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Coédition

LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554 CNRS (France)


ISBN : 978-2-9552583-2-3
EAN : 9782955258323
&
Éditions Raponda-Walker (Gabon)
ISBN : 978-2-35495-032-3
EAN : 9782354950323
Dépôt légal : janvier 2017
Achevé d’imprimer en décembre 2016
COPY-MÉDIA, Canéjan (France)
LES RÉGIONS LITTORALES DU GABON
Éléments de réflexion pour une planification stratégique du territoire

sous la direction de
Patrick POTTIER
Zéphirin MENIE OVONO
François Edgard FAURE
Guy-Serge BIGNOUMBA

Préface de Jacques GUILLAUME


Professeur émérite de Géographie, Université de Nantes

Programme interuniversitaire Nantes (France) - Libreville (Gabon), 2016


Cet ouvrage a bénéficié du soutien financier de l’Office des Ports et Rades du Gabon (OPRAG),
du Laboratoire LETG-Nantes Géolittomer (UMR 6554-CNRS), de l’Ambassade de France,
de l’Institut Français du Gabon (IFG), de l’Institut Universitaire Mer et Littoral (IUML) de
Nantes et de l’École Normale Supérieure (ENS) de Libreville
Cartographie et mise en page
Simon CHARRIER, Cartographe de l'IGARUN, Université de Nantes
Laurent POURINET, Cartographe (CNRS), LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554-CNRS
Zéphirin MENIE OVONO, Géomorphologue, enseignant à l’École Normale Supérieure (ENS) de Libreville
Patrick POTTIER, Géographe à l’Université de Nantes, LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554-CNRS

Comité de lecture
Della André ALLA (Université FHB d’Abidjan, Côte d’Ivoire), Kouadio AFFIAN (Université FHB d’Abidjan,
Côte d’Ivoire), Kouassi Paul ANOH (Université FHB d’Abidjan, Côte d’Ivoire), René Joly ASSAKO
ASSAKO (Université Yaoundé 1, Cameroun), Guy-Serge BIGNOUMBA (Université Omar Bongo, Gabon),
Céline CHADENAS (Université de Nantes, France), Simon CHARRIER (Université de Nantes, France),
Étienne CHAUVEAU (Université de Nantes, France), Ousmane DEMBÉLÉ (Université FHB d’Abidjan,
Côte d’Ivoire), Michel DESSE (Université de Nantes, France), Paul FATTAL (Université de Nantes, France),
Thierry GUINEBERTEAU (Université de Nantes, France), Laurent GODET (Géolittomer, UMR 6554
LETG du CNRS, France), Célestin Paul HAUHOUOT (Université FHB d’Abidjan, Côte d’Ivoire), Mohamed
MAANAN (Université de Nantes, France), Zéphirin MENIE OVONO (ENS-Libreville, Gabon), Patrick
POTTIER (Université de Nantes, France), Laurent POURINET (Géolittomer, UMR 6554 LETG du CNRS,
France), Nicolas ROLLO (Université de Nantes, France), Brice TROUILLET (Université de Nantes, France).
Liste des auteurs

Fidèle-Marcellin ALLOGHO-NKOGHE Télédétection, Géomatique) Nantes Géolittomer,


Maître de conférences en Géographie et Aménagement de UMR 6554-CNRS.
l’Espace, École Normale Supérieure (ENS) de Libreville. paul.fattal@univ-nantes.fr
alloghe2000@gmail.com François Edgard FAURE
Propice ANGO MOUGOUBA Chargé de recherche au CENAREST et directeur du
Ingénieur électro mécanicien, CNDIO-CENAREST CNDIO, Libreville.
(Centre National des Données et de l'Information faured@yahoo.fr)
Océanographiques - Centre National de la Recherche Jacques GUILLAUME
Scientifique et Technologique), Libreville. Professeur émérite de Géographie, IGARUN, Univer-
proango@yahoo.fr sité de Nantes, membre de LETG-Nantes Géolittomer,
UMR 6554-CNRS.
Guy-Serge BIGNOUMBA jacques.guillaume@univ-nantes.fr
Maître de conférences en Géographie, Département
de Géographie de l’Université Omar Bongo, Libre- Marie-Thérèse ITONGO
ville, membre du CERGEP (Centre d'Études et de Géomorphologue, Maître-assistant au Département de
Recherches en Géosciences Politiques et Prospective) et Géographie de l’Université Omar Bongo, Libreville.
du LANASPET (Laboratoire d'Analyse Spatiale et des itongo2005@yahoo.fr
Environnements Tropicaux). Christian JOHNSON-OGOULA
gsbignoumba@yahoo.fr Directeur technique adjoint de l’Agence Nationale
des Parcs Nationaux (ANPN), spécialiste tourisme,
Simon CHARRIER Libreville.
Technicien cartographe à l'IGARUN (Institut de Géo- johnchristansah@yahoo.fr
graphie et d'Aménagement Régional de l'Université de
Nantes). Jean-Pamphile KOUMBA
simon.charrier@univ-nantes.fr Maître-assistant et Directeur du Département de
Géographie de l’Université Omar Bongo, Libreville.
Clet Mesmin EDOU EBOLO jeanpamphile@yahoo.com
Maître-assistant, Département de Géographie de
Brice Didier KOUMBA MABERT
l’Université Omar Bongo, Libreville, membre du La- Chargé de Recherche, Responsable MTCA-CN-
boratoire de Géomatique, de Recherche Appliquée et DIO - Expert Membre de la COI/Gabon, Libreville.
de Conseil (LAGRAC). koumbamabertb@gmail.com
ebolofr@yahoo.fr
Serge LOUNGOU
Paul FATTAL Maître de conférences en Géographie politique, Dé-
Professeur de Géographie, Vice-président Qualité et partement de Géographie de l'Université Omar Bon-
Développement Durable, IGARUN, Université de go, Libreville, membre du CERGEP.
Nantes, membre de LETG (Littoral, Environnement, sloungou@yahoo.fr
Jean-Bernard MAMBANI Patrice MOUNDOUNGA MOUITY
Maître-assistant, Département d'Histoire-Géographie, Maître-assistant de Science politique, Faculté de Droit
ENS de Libreville, membre du GRESHS (Groupe de et de Sciences Économiques (FDSE) de l’Université
Recherche en Sciences Humaines et Sociales). Omar Bongo, Libreville, chargé de cours aux dépar-
jbmambani@yahoo.fr tements de Droit public et Science politique. patri-
Michel MBADINGA cemm2000@yahoo.fr
Maître-assistant, Département de Géographie de l’Uni- Magloir-Désiré MOUNGANGA
versité Omar Bongo, Libreville, membre du LAGRAC. Directeur de recherche, Directeur Scientifique de
Auguste Paulin MBONDA l'ANPN.
Ingénieur chimiste biologiste, Attaché de Recherche à moungangamad@gmail.com
l’Institut de Recherche en Sciences Humaines (IRSH)/
CENAREST, Libreville, membre du CNDIO. Vivino Max Thierry MOUYALOU
augustepaulinmbonda@yahoo.com Chercheur au CNDIO-CENAREST, doctorant en
Géomorphologie Littorale, Département de Géogra-
Zéphirin MENIE OVONO phie de l'Université Omar Bongo, Libreville.
Assistant, enseignant à l’ENS de Libreville et membre vivinomax2@yahoo.fr
associé de LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554-
CNRS. Jonathan NTOUTOUME NGOME
zephirinmo@gmail.com Maître-assistant, Département de Géographie de l’Uni-
Jean-Bernard MOMBO versité Omar Bongo, Libreville, membre du CERGEP.
Maître de conférences, Département de Géographie jonathanntoutoume@yahoo.fr
de l'Université Omar Bongo, Libreville, membre du Nicole NTSAME ONDO
LANASPET. Démographe à l'ENS de Libreville, membre du
jb.mombo@yahoo.fr GRESH.
Alain MOUBÉLÉ nicondo@yahoo.fr
Chargé de Recherche à l’IRSH/CENAREST et En-
Emmanuel ONDO ASSOUMOU
seignant vacataire à l’ENS de Libreville, membre du
Groupe de Recherche sur l’Environnement et Déve- Maître-assistant, Département de Géographie (ensei-
loppement des Sociétés (GREDS), et du Laboratoire gnant permanent) de l’Université Omar Bongo, Libre-
de Recherche en Télédétection et Système d’Informa- ville, membre du LAGRAC.
tion géographique (LARTESIG) de l’IRSH. ondoassoumou@yahoo.fr
alrim11@yahoo.fr Patrick POTTIER
Jean Aurélien MOUKANA LEBONGUI Maître de conférences en Géographie, IGARUN,
Docteur-ingénieur, Département de Géographie de l’Uni- Université de Nantes, membre de LETG-Nantes
versité Omar Bongo, Libreville, membre du LAGRAC. Géolittomer, UMR 6554-CNRS.
jalebremouke_hotmail.com patrick.pottier@univ-nantes.fr
Laurent POURINET
Ingénieur d'Études cartographe au CNRS, Université
de Nantes, membre de LETG-Nantes Géolittomer,
UMR 6554-CNRS
laurent.pourinet@univ-nantes.fr
Nicaise RABENKOGO
Chef de département des sciences marines (DESMAR),
membre du laboratoire Gestion des Risques et des Espaces
Humides (GREH) - IRSH - CENAREST, Libreville.
rabenkogo.nicaise@gmail.com
Marc-Louis ROPIVIA
Professeur titulaire en Géosciences politiques, Direc-
teur du CERGEP, Recteur de l’Université Omar Bon-
go, Libreville.
mropivia@yahoo.com
Guy ROSSATANGA-RIGNAULT
Professeur de droit public et science politique, Faculté
de Droit et de Sciences Économiques (FDSE) de l’Uni-
versité Omar Bongo, Libreville.
izolwe2@yahoo.fr
Pamela ROUSSELOT LARIDAN
Docteur de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
prousselot1@hotmail.fr
Charles TCHOBA
Géographe, CNDIO-CENAREST, Libreville.
moussonda@hotmail.com
Sylvie Brizard ZONGO
Maître-assistant, Université des Sciences et Techniques
de Masuku (USTM), Faculté des Sciences, Départe-
ment de Biologie, Chef de Département Faune et
Aires Protégées à l'École Nationale des Eaux et Forêts
(ENEF), Franceville.
sylvie.zongo@hotmail.fr
Préface
Jacques Guillaume
Professeur émérite de Géographie, Université de Nantes

On a souvent dit que l’Afrique ignorait la mer ou pêcheurs, plus récentes lorsqu’elles naissent dans
en avait peur. Elle a d’ailleurs des raisons objectives le sillage des réseaux de commerce, des contingents
pour cela, profondément inscrites dans l’histoire étrangers au pays, comme le rappelle fort justement
longue des consciences collectives et on aurait tort le chapitre introductif, qui nous montre décidément
de les lui reprocher. Bien sûr, ce désintérêt a fini par que la conscience littorale et maritime est encore
se retourner contre elle au moment où il s’est agi de dans l’enfance. Le Gabon moderne sait pourtant
s’ouvrir au monde et de maîtriser les outils néces- qu’il doit son entrée dans le monde aux mouvements
saires aux échanges. André Vigarié, le géographe de massifs de ressources brutes passées au travers de ses
la mer qui fut un des initiateurs des relations entre quelques pôles littoraux, que ces pôles ont explosé
Nantes et les universités africaines, n’avait pas accor- économiquement et démographiquement, au point
dé à l’Afrique un chapitre particulier en 1995, dans que son littoral lui est devenu indispensable, voire
son ouvrage « La mer et la géostratégie des nations », se s’identifie pleinement au Gabon « utile ». L’économie
contentant d’en décrire les virtualités dans les deux bleue, même si elle s’abreuve largement d’or noir,
directions opposées de l’Atlantique et de l’océan In- a pris le pas sur les couleurs vertes des tâches fores-
tières. Quelle révolution !
dien. Ainsi ce continent restait au bord des grands
enjeux mondiaux, une proie à saisir plus qu’une voix En fait, ce Gabon « utile », non seulement A des
à séduire. L’Afrique a pourtant d’immenses poten- ressources que certains voudraient défendre contre
tialités et surtout, fait nouveau, sa population s’est les appétits des populations du dedans et plus encore
massivement « littoralisée », contribuant à faire de la des populations du dehors, mais il EST une ressource
mer, sa voisine de proximité immédiate, faute d’en en soi, que seule une communauté territorialisée peut
faire une partenaire d’opportunités économiques et comprendre, mettre en valeur et gérer. C’est bien le
plus encore d’ouverture des esprits et de stimulation sens du présent livre, puisqu’il s’agit, grâce aux efforts
des initiatives. d’une communauté scientifique d’origine diverse, de
rendre compte de la nature de ce fuseau, d’une lon-
Le Gabon, « petit » pays à l’échelle du continent, est gueur de 800 à 1 000 km du nord au sud et d’une lar-
un microcosme qui résume bien ce fond de plan, fait geur allant jusqu’à 200 km d’ouest en est, fuseau dési-
de craintes ou d’inattentions. Héritier des grands par- gné sous le vocable de « régions littorales du Gabon ».
tages coloniaux du XIXe siècle, et donc né d’influences On n’oublie pas d’y adjoindre le plateau continental
extérieures qu’il ne maîtrisait pas, le Gabon a d’abord et les vastes étendues encore à stabiliser de la Zone
meublé son littoral, par mitages disjoints, avec des économique exclusive, voire des fonds marins hors de
populations locales de faible maritimité, avant d’ac- la zone, de sorte que le littoral est cette ligne, à la fois
cueillir, au gré des migrations des peuples de la côte, nette et incertaine, qui partage et relie tout à la fois les
fort anciennes lorsqu’il s’agit des communautés de terres émergées et les espaces immergés.

11
Les régions littorales du gabon

Cette prise de conscience, émanant d’une commu- même source de tensions avec les voisins immédiats
nauté éclairée et avertie, est le signe d’une seconde et l’on souhaiterait à ce sujet que soit réglé au plus
révolution qu’on se plairait à qualifier de fondatrice vite le différend avec la Guinée Équatoriale à propos
pour l’opinion publique, tant elle est en avance sur son des îles de la baie de Corisco, au nord du pays. La très
temps et presque prophétique pour l’avenir du pays. forte poussée des populations urbaines, sur les deux
Une trentaine de chercheurs, de disciplines diverses, pôles encore mal reliés l’un à l’autre de Libreville et
ont uni leurs efforts pour circonscrire l’étendue des de Port-Gentil, pèse sur la qualité environnementale
potentiels de ces territoires, mais aussi pour mesurer des régions littorales. Ces dernières, très riches sur
l’ampleur des risques qui les menacent. L’Université les plans floristique et faunistique, mais assez mono-
Omar Bongo, mais également le CENAREST, l’École tones sur le plan des reliefs, se caractérisent surtout
Normale Supérieure, l’Agence Nationale des Parcs par l’extension des zones hydromorphes au travers
Nationaux, l’École Nationale des Eaux et Forêts sont desquelles se déclinent rias, estuaires, delta (le qua-
ici représentés et témoignent de la densité, de la qua- trième d’Afrique avec l’Ogooué) et lagunes, mena-
lité et de la variété de la réflexion scientifique, dès lors cés par les dégradations, pollutions, inondations et
qu’il s’agit d’affirmer les richesses de l’un des biens submersions. Bien sûr, aux défis locaux, s’ajoutent
communs de la Nation. Structurée en deux grandes les préoccupations du changement global, marquées
thématiques, quatre parties et dix-sept chapitres, sans par les menaces d’élévation eustatique du niveau de
compter le chapitre introductif déjà évoqué, l’œuvre l’océan, d’autant plus inquiétantes que les littoraux
a le souffle ample pour rendre compte de l’originalité, sont ici de faible élévation et d’érosion facile. Bien
de la diversité et de la mobilité des milieux naturels sûr, le Gabon cherche à s’organiser autour de mesures
côtiers, pour identifier les principales pressions an- de protection et de développement coordonné. On
thropiques et mesurer les recompositions territoriales souhaiterait que ces mesures dépassent le stade des
qui leur sont associées, pour comprendre les risques simples postures politiques ou des effets d’affichage.
dans lesquels se mêlent très étroitement la puissance La jeune génération des chercheurs qui domine la
des aléas naturels et l’anarchie des usages, pour mesu- rédaction de cet ouvrage en est bien consciente et ne
rer enfin les conditions d’une gouvernance rénovée, se paiera pas de mots à ce sujet.
fondée sur les principes de la gestion intégrée et les
On se plaît à souligner ici la participation, dis-
orientations d’une stratégie nationale pour la mer et
crète mais décisive, des collègues français de l’uni-
le littoral.
versité de Nantes, et plus particulièrement celle de
Comme on le devine, les défis sont immenses. Patrick Pottier, le maître d’œuvre actuel des relations
Disposant de ressources, biologiques ou minérales, entre l’Institut de Géographie et d’Aménagement
nullement négligeables, le Gabon peine à les exploi- Régional de notre université et les instances acadé-
ter pour les premières ou les utilise mal pour les miques du Gabon. Sans lui, le travail n’aurait pas
secondes. Leur utilisation renvoie à leur mauvaise abouti dans la version finale que nous lui connais-
intégration dans le tissu socio-économique national sons, œuvre finalement exemplaire d’une coopéra-
ou à leurs impacts négatifs sur les milieux. Elle est tion décentralisée, voie si souvent évoquée pour la

12
Préface

fraternité des peuples, et trop rarement aboutie en


cet état d’aussi plein épanouissement. L’auteur de
ces quelques lignes se souvient de l’histoire des rela-
tions entre Nantes et Libreville, des pionniers des
premières thèses « maritimistes », des conventions
signées puis régulièrement reconduites, sur la foi
des réussites doctorales de plus en plus nombreuses,
et balayant par leur diversité, la plupart des thèmes
traités dans le présent livre, des amitiés surtout qui
se sont nouées entre nous et qui sont les meilleures
garanties de la pérennité des efforts communs.
Amis lecteurs, lisez donc ce livre, à la fois comme
l’analyse scientifique d’un objet d’étude, et comme
l’accomplissement provisoire d’une aventure hu-
maine, une œuvre de rencontres et d’échanges qui est
loin d’être close, un bilan d’étape en quelque sorte qui
en appelle d’autres, tant l’avenir de nos relations est
prometteur et l’objet de nos recherches en perpétuelle
évolution.

Fait à Nantes, le 18 novembre 2016


Jacques Guillaume

13
Les régions littorales du gabon
Introduction

15
Introduction générale
Patrick POTTIER
Géographe, Université de Nantes
Zéphirin MENIE OVONO
Géomorphologue, École Normale Supérieure (ENS), Libreville

Pendant longtemps, le Gabon s’est peu soucié de son C’est en particulier à la faveur des ressources de
littoral, à tel point que certains y ont vu un vrai déficit la nature que l’émergence de la façade littorale du
de sentiment maritime. Ce pays d’Afrique centrale fut Gabon a pu s’organiser. Ce le fut dès l’époque colo-
principalement occupé pendant des décennies à l’ex- niale, par la mise en valeur nécessaire de cette inter-
ploitation de ses ressources forestières, dont les terres face terre-mer sur laquelle se bâtissait déjà un modèle
intérieures étaient riches pratiquement sans limites. de développement extraverti, basé sur les exporta-
Progressivement pourtant, les centres de gravité du tions des matières premières. Les villes-comptoirs en
territoire national se sont déplacés vers les espaces lit- étaient les nœuds stratégiques. Celles-ci ont bénéficié
toraux. Le bassin sédimentaire côtier a tout d’abord de situations favorables, aux débouchés d’un réseau
révélé ses richesses pétrolières, sur la terre ferme à par- hydrographique puissant qui a de tout temps favorisé
tir des années 1930 et ensuite en mer, au cours de la les liens avec les régions intérieures du pays.
décennie des années 1960. La période de libéralisa- Au-delà de cette richesse du contact géographique,
tion des échanges qui suivit favorisa alors l’émergence le bassin sédimentaire côtier gabonais compte
définitive des portes océanes gabonaises du transport d’autres ressources naturelles sur lesquelles les régions
maritime, Port-Gentil et Libreville, comme les points littorales peuvent aujourd’hui appuyer leur dévelop-
d’ancrage de cette intégration mondiale. pement. Les hydrocarbures, dont l’exploitation est
Aujourd’hui, les régions littorales concentrent pour 30 % onshore et 70 % offshore, représentent
61 % de la population du Gabon, sur 18 % de son une part essentielle de la richesse du pays. Cette res-
territoire. Les deux principaux pôles urbains se sont source géologique vient compléter celle de la végé-
développés au contact de l’océan et regroupent à tation équatoriale, dont la forêt fournit ses bois aux
eux-seuls 68 % des citadins du pays. Cet essor est re- marchés mondiaux. Jusqu’en 1961, leur exploitation
lativement récent, à l’image de la capitale Libreville était presqu’entièrement concentrée dans les régions
qui est passée de 31 000 habitants en 1960, soit 7 % littorales du bassin sédimentaire côtier. Aujourd’hui,
de la population du pays à cette période, à 800 000 la reconnaissance de la richesse plus globale des éco-
en 2013, soit 52 % de la population nationale. En systèmes forestiers de ces territoires constitue un atout
50  ans, les rapports démographiques villes-cam- encore plus prometteur, tant pour le développement
pagnes se sont totalement inversés. Cette évolution touristique que pour la reconnaissance du pays dans
spectaculaire s’est accompagnée d’un renforcement la contribution aux grands équilibres écologiques du
du poids des régions littorales qui sont ainsi deve- monde. La faune qui caractérise ces milieux littoraux
nues les territoires les plus sollicités du Gabon par est également remarquable, autant à terre qu’en mer.
rapport au reste du pays. Elle représente déjà l’un des symboles d’un tourisme

17
Les régions littorales du gabon

Les atteintes à cette nature sont d’autant plus fortes


que les pressions humaines sur ces territoires sensibles
sont de plus en plus importantes. La particularité du
développement des régions littorales gabonaises ré-
side dans une occupation humaine très inégale, avec
des secteurs de forte concentration et d’autres restés
pratiquement à l’écart des forçages anthropiques.
Autour des deux grands pôles urbains que sont Li-
breville et Port-Gentil, et plus localement dans les
secteurs des implantations urbaines plus modestes
ou des exploitations industrielles plus ponctuelles, le
développement a souvent été rapide et anarchique.
Les villes littorales ne possèdent pas de dispositifs de
gestion et de régulation des nuisances provoquées par
la concentration urbaine, que ce soit dans le domaine
des déchets et des eaux usées, de l’adduction d’eau et
de la collecte des ordures ou dans celui des réseaux
techniques urbains qui sont encore largement hors de
la modernité et de la durabilité. Si bien que ce déficit
Photo 1 - Les risques d’équipements favorise non seulement les inégalités
environnementaux liés au
développement urbain international en quête de nature africaine authen- sociales, mais provoque également des dégradations
(ph. CENAREST, 2011) tique, tout autant que ceux de scientifiques natura- environnementales inquiétantes (photo 1). À ces
Compte-tenu du sous- équi- listes et environnementalistes qui reconnaissent au risques d’ordre anthropique, facteurs de pollutions,
pement des villes littorales Gabon cette richesse exceptionnelle de la nature. En de crises urbaines dans des villes sous-équipées ou
en dispositif d’assainissement
et de réseaux de collecte des
mer, cette ressource qui regroupe comme à terre les encore de difficultés des autorités à réguler les dyna-
ordures, les exutoires naturels espèces les plus emblématiques n’est pas seulement à miques, s’ajoutent aussi des risques naturels, facteurs
ou aménagés déversent bien destination des touristes et des chercheurs. La richesse d’érosion du trait de côte (photo 2), d’inondations
souvent en mer les eaux usées
et les déchets de la ville. C’est
halieutique de la mer gabonaise peut également favo- et de submersions, ou encore de crises en lien avec
notamment le cas à Libreville, riser le développement d’une pêche nationale dont les changements climatiques. De ce point de vue,
comme ici entre Léon Mba et le marché intérieur est encore largement déficitaire, c’est l’ensemble des territoires littoraux du Gabon
la Sablière.
comme celle d’une pêche internationale qui a besoin qui devient sujet de préoccupation, même si le pays
d’une réelle maîtrise. La richesse des régions littorales possède encore de vastes espaces largement épargnés
du Gabon est donc à plus d’un titre remarquable. d’une « prédation humaine » qui est jusqu’à présent
Elle représente pour l’avenir un ensemble d’atouts in- limitée à quelques secteurs de concentration. Les
déniables pour son développement, mais également espoirs de voir préserver cette partie essentielle des
d’inquiétudes, car les milieux littoraux sont particu- régions littorales du Gabon reconnues par leur nature
lièrement fragiles. authentique, semblent pour l’instant se concrétiser.

18
Introduction générale

Ils sont entretenus par les autorités gabonaises qui


se montrent attentives, depuis quelques années, aux
défis auxquels elles sont confrontées, face à ces pres-
sions qui s’exercent sur les espaces littoraux.
À la recherche d’outils de gestion et de contrôle, le
pays s’est déjà doté d’un certain nombre de disposi-
tifs, dont les parcs nationaux et les périmètres d’aires
protégées qui couvrent du côté terre 53 % des régions
littorales. L’extension de cette politique de préserva-
tion est par ailleurs déjà actée du côté mer, avec cette
fois le classement d’un réseau de parcs marins cou-
vrant 23 % de la Zone économique exclusive (ZEE).
Mais beaucoup reste encore à faire, notamment dans
le domaine de la maîtrise des impacts des pressions
humaines sur les milieux littoraux, espace maritime
compris, et de la gestion du développement urbain et
industriel. C’est pour cette raison que le Conseil Na-
tional de la Mer a été mis en place en 2014, dans le
cadre du Plan Stratégique Gabon Émergent (PSGE,
2012), et de son volet littoral Gabon bleu. Les pre- Photo 2 - L’érosion des
côtes au Gabon
mières pierres d’une démarche de gestion intégrée des ainsi que d’une entrée centrée sur deux grands axes (ph. B. Koumba Mabert,
littoraux pourraient ainsi être posées, mais l’édifice de réflexion : le premier, consacré aux interactions na- CNDIO, 2011)
complet est encore à imaginer. ture/société dans ces territoires littoraux, est peut-être Le recul de la côte sur

Dans ce contexte d’évolution des territoires litto- le plus académique ; le second, orienté vers la com- ce secteur de la baie
d’Akouango, entre la
raux du Gabon et de recherche d’un équilibre durable préhension des risques, aménagements et probléma- Sablière et le Cap Santa
entre protection de la nature et intégration écono- tiques de gestion durable, est sans doute plus ancré Clara, à quelques kilo-

miques et sociale, cet ouvrage a pour objectif d’appor- dans l’opérationnel. mètres de l’agglomération
de Libreville, a été d’une
ter des éclairages constructifs. Il vise non seulement à quarantaine de mètres
rassembler les connaissances déjà acquises depuis plu-
Les régions littorales du Gabon entre 2008 et 2012. Le
résultat est spectacu-
sieurs années par les spécialistes gabonais des littoraux L’espace de contact entre la terre et la mer ne se li- laire, avec l’abattage par
et leurs partenaires scientifiques, mais aussi à poser mite pas à un simple trait de côte. Le terme littoral re- vagues successives des
les termes d’une réflexion prospective en éveil sur la couvre en effet des dimensions de géométrie variable, alignements de cocotiers.

question du rôle des régions littorales dans l’organisa- au cœur desquelles quelques principes fondamentaux
tion et le développement national. Les 34 co-auteurs peuvent être soulignés à partir de la notion d’interface.
ont pour cela pris le parti d’une approche globale de Tout d’abord, le littoral est le lieu de rencontre des
l’espace littoral, au sens géographique le plus large, périphéries terrestres et maritimes, un espace variable

19
Les régions littorales du gabon

de discontinuité entre deux milieux aux


caractéristiques bien différentes. Ensuite,
c’est également un ensemble de liens et
OCÉAN d’interactions qui fait que les échanges
ATLANTIQUE entre ces deux périphéries sont inévita-
blement multidimensionnels. Enfin, cette
entité n’est pas figée dans le temps, mais
dynamique, diachronique et mobile.
LIBREVILLE Pour ces raisons, au Gabon peut-être
plus qu’ailleurs, le littoral est fait d’une
grande diversité et d’une réelle « épaisseur ».
Cette diversité est visible dans les formes
et les étendues des contacts entre les mi-
GABON lieux maritimes et terrestres, où les eaux
Port-Gentil se mélangent des fonds d’estuaires actuels
ou hérités, jusqu’aux sillons sous-marins
enrichis des apports continentaux en sels
nutritifs. Des retombés du plateau conti-
nental du côté maritime, aux rebords du
socle et des élévations topographiques du
côté continental, les espaces littoraux du
Gabon s’étendent sur de vastes surfaces,
offrant une réelle profondeur à la vue des
paysages, comme à la géologie d’un bas-
© IGARUN, Université de Nantes sin sédimentaire que le trait de côte ne
N suffit pas à séparer en deux entités.
Source : Jarvis A., Reuter H. I., Nelson A. et Guevara E., (2008)
Hole-filled SRTM for the globe Version 4,
Comme ils sont occupés, « territorialisés »,
0 50 100 km CGIAR-CSI SRTM 90m Database (http://srtm.csi.cgiar.org) par les sociétés humaines, ces espaces lit-
S. CHARRIER toraux sont aussi des régions sur lesquelles
les empreintes de l’histoire, des cultures
Altitude (en m) et des richesses matérielles des hommes
limite du bassin sédimentaire côtier
s’inscrivent et évoluent. Des limites d’un
0 50 100 200 300 400 500 600 700 800 900 limite d’État
territoire marin sous droits souverains
aux héritages d’une construction qui s’est
Figure 1 - Topographie du Gabon
faite grâce aux facilités hydrographiques

20
Introduction générale

de pénétration vers l’intérieur des terres, jusqu’à lagunes qui font l’originalité du lit-
Lambaréné
Lambaréné notamment, les régions littorales du Ga- toral au sud du Cap Lopez et qui

permettent aux eaux continentales oo
bon sont multiples. Og
et océaniques de se mélanger sur
Du côté terrestre, elles correspondent géologique-
une surface supérieure à 1 400 km²,
ment au bassin sédimentaire côtier (Lebigre, 1983),
soit 3 % des régions littorales  ; ou
qui couvre une surface d’environ 48 000 km², soit
enfin, par des lacs intérieurs de la
18 % du territoire gabonais. Si la carte géologique dé- vallée de l’Ogooué qui, bien que
crit ce bassin sous ses aspects enfouis (voir chapitre 3 plus modestes, couvrent cependant
du présent ouvrage, fig. 10), la carte topographique une surface1 de 650 km². Elle l’est
offre une réalité plus directement perceptible à l’œil enfin par l’ancrage de ces régions
OCÉAN
ATLANTIQUE
(fig. 1). Les limites de ces régions littorales sont en atlantiques aux grands pôles urbains
effet d’une grande lisibilité, car elles s’appuient sur côtiers, Libreville et Port-Gentil, qui
la rupture des altitudes entre le socle et le bassin sé- « rayonnent » sur l’ensemble de ces ré-
dimentaire. Passé cette zone de contact, l’influence gions littorales à l’exception de l’ex-

© IGARUN, Université de Nantes


maritime est déjà présente. Elle l’est tout d’abord trême sud, plus confidentiel et isolé.
par les héritages du passé : le substrat géologique N

sédimentaire, évidemment ; mais aussi les transgres- Du côté marin, la ZEE affirme
sions marines dont la transgression holocène (8 000 son « exclusivité » en termes de droits 0 25 50 km
d’après Vande weghe, 2013
à 5  000  ans BP) qui permit la remontée des eaux souverains. Les régions littorales du S. CHARRIER

océaniques dans la vallée de l’Ogooué alors trans- Gabon sont aussi et sans conteste Figure 2 - Configuration
formée en ria, « jusque près de Lambaréné » (Vande maritimes. Cet espace océanique est essentiel pour schématique de la côte
weghe, 2013 - fig. 2); ou encore par les chemins si le Gabon. Il concentre l’activité d’exploitation pé- gabonaise à la transgression
holocène, il y a 5 000 ans
souvent empruntés de cette vallée de l’Ogooué, no- trolière offshore, permet plus de 90 % des échanges (d’après Vande weghe, 2013)
tamment par les occidentaux qui en firent un axe de internationaux du pays qui passent ainsi par la voie
pénétration majeur du pays et d’intégration de cette maritime, favorise l’arrivée de 25 % des touristes in-
région entière de Lambaréné à l’océan. Elle l’est éga- ternationaux qui passent par cette même voie (11 %
lement par la présence de l’eau (fig. 1 et 4), qui fait par voie routière), et facilite l’entrée de 80 % des
de ces régions littorales des régions d’une interface clandestins qui immigrent dans le pays. On vient au
non pas rectiligne, mais perpendiculaire au trait de Gabon par la mer, plus que par la route ! Les deux
côte  : au contact des mangroves qui couvrent plus principales villes du pays, Libreville et Port-Gentil,
de 2 540  km² au Gabon, soit 5 % des régions lit- ne sont d’ailleurs pas reliées par voie terrestre, si bien
torales ; par des estuaires profonds dont celui du
Komo qui, à plus de 75 kilomètres de l’embouchure,
1. On peut ainsi évaluer à l’échelle du bassin sédimentaire côtier,
dispose encore d’une largeur de 2 kilomètres et per- dont la surface est d’environ 48 000 km², les surfaces les plus impor-
met aux eaux marines de pénétrer sur 50 kilomètres tantes en eau (estuaires, lagunes et grands lacs), à un ensemble de plus
supplémentaires vers l’intérieur des terres ; par des de 3 000 km², soit environ 6,25 % de ce bassin sédimentaire.

21
Les régions littorales du gabon

zone contestée avec CAMEROUN qu’en dehors de l’avion, il est possible de retenir pour le Gabon le trait de
la Guinée Équatoriale
(environ 5 000 km²) GUINÉE c’est par bateau qu’elles côte lui-même, les rives des estuaires, des éléments
ÉQUATORIALE sont en relation. principaux du réseau hydrographique deltaïque et
les rives des lagunes. Tous ces linéaires représentent
Une fois assemblés,
OCÉAN des contacts de la terre avec des eaux sous influence
ATLANTIQUE LIBREVILLE les territoires terrestre
marine. Leur longueur cumulée est importante, avec
et maritime du Gabon
4 873  kilomètres de rivages littoraux. Sur ce total,
Port-Gentil Domaine terrestre forme un ensemble de
267 667 km² le trait de côte représente 955  kilomètres, les rives
ué près de 460  000  km²
des estuaires 610, celles des deltas 849 et les rives des
Og o o

Franceville (fig. 3), dont un peu plus


lagunes 2 459 (fig. 4).
de 191 000 km² pour le
domaine maritime. Ces 4 873 kilomètres de rivages littoraux sont tous
originaux par cette confrontation du domaine mari-
Le contact précis
time et du domaine terrestre, quelles qu’en soient les
entre la mer et la terre
Domaine maritime CONGO formes et les configurations. Par leur originalité du
présente lui aussi une
191 944 km² point de vue naturel, ils nécessitent tous une atten-
grande diversité et une
tion particulière et surtout la prise de conscience de
réalité souvent inconnue.
bin
da leur fragilité.
Ca Même si ce contact n’est
© IGARUN, Université de Nantes

territoire Gabonais RÉP. DÉM. pas toujours simple à


(total : 459 611 km²) DU CONGO Présentation du plan
N ville principale délimiter dans le détail2,
limite d’État ANGOLA Le présent ouvrage n’est pas un assemblage d’ar-
0 50 100 km
Source : Sea Around Us Project (2015) P. POTTIER, S. CHARRIER
ticles scientifiques limités à des objets de préoccupa-
2. Le contact de l’océan et du tion ponctuelle, ou même un numéro spécial d’une
Figure 3 - Les territoires continent offre une forme simple
terrestre et maritime du Gabon lorsqu’il s’agit du trait de côte (limite supérieure de la zone interti- revue scientifique. Il a été conçu comme un ouvrage
dale atteinte lors des plus hautes mers de vives eaux). Les contours transversal sur les régions littorales du Gabon, avec
des îles sont également comptabilisés dans le calcul du linéaire total des éléments de connaissance générale et synthétique,
de ce trait de côte. La limite des eaux marines et continentales est des données chiffrées de référence et des illustrations
plus difficile à appréhender, surtout au Gabon où la confrontation des graphiques, notamment une cartographie abon-
deux est très variée et peut s’effectuer en profondeur des terres. Ainsi,
les linéaires qui ont été retenus pour calculer les rives d’estuaire cor- dante, susceptibles d’apporter les éclairages les plus
respondent aux rives situées dès l’embouchure (à la limite transversale divers sur ces territoires si particuliers. Toutefois, les
de la mer) jusqu’à celles concernées par la remontée du jusant (sur contributions ne se limitent pas à un contenu acadé-
une distance de 120 kilomètres vers l’intérieur à partir de la pointe mique, mais au contraire, elles ont été largement cen-
d’Akanda pour l’estuaire du Komo, selon Mombo (1991). Pour les trées sur des problématiques de fond qui intègrent
rives deltaïques, ce sont celles des éléments principaux du réseau hydro-
graphique, dont l’embouchure au contact de la mer est au moins de
500 mètres de largeur, et qui s’étendent comme pour les estuaires aux selon Elf Gabon (1978). Pour les rives de lagune, elles sont retenues dès
limites de l’influence de la marée (sur une distance de 60 kilomètres la passe et pour la totalité du plan d’eau intérieur, y compris pour les
dans le cours inférieur de l’Ogooué à partir de la barre Azo Mitongo, rives des principales îles lagunaires.

22
Introduction générale

inévitablement des questions opérationnelles de gestion Estuaire du GUINÉE


Mouni ÉQUATORIALE
et d’aménagement des territoires. Ces contributions
Cocobeach
sont ainsi assemblées en deux grands axes de réflexion :
le premier est consacré aux interactions nature/société Baie de Trait de côte
la Mondah
dans ces territoires littoraux ; et le second est orienté (façade maritime de 955 km)
LITTORAL
vers les compréhensions des risques, aménagements et D’ESTUAIRES LIBREVILLE Ntoum
problématiques de gestion durable. Estuaire mo

Ko
du Komo Rive
L’ensemble est précédé d’un chapitre introductif qui Kango estuarienne (610 km)
permet dès le départ d’apprécier toute la profondeur deltaïque (849 km)
historique, géographique et anthropologique de cet es- lagunaire (2 459 km)
pace de contact qu’est le littoral. De la confrontation du

oué
Delta de Og o
peuple autochtone et des migrants ouest-africains, qui l'Ogooué Lambaréné
Lambaréné région littorale (45 954 km²)
ont ensemble produit à Port-Gentil un « grand miroir du (bassin sédimentaire émergé,

Ng
cosmopolitisme », il en ressort une curiosité plus aiguisée

ou
Port-Gentil hors surfaces des lagunes

nié
et estuaires qui représentent
pour ces régions littorales du Gabon. LITTORAL 2 104 km²)
DELTAÏQUE
Sur la première question de l’analyse des interactions
nature/société, quatre chapitres posent dans une pre- Lagune
Nkomi (558 km²) Hydrographie
mière partie consacrée à la mobilité des espaces et des
lac ou lagune
milieux naturels côtiers, les bases de la connaissance des Omboué
réseau hydrographique
paysages, de la faune, des reliefs et de la géomorpho- Lagune
principal
Iguéla (203 km²)
logie des régions littorales gabonaises. Ces regards sur
une nature si généreuse et remarquable n’excluent pas
l’homme, bien au contraire. En effet, dans tous ces do- OCÉAN ville principale
ATLANTIQUE Lagune
maines, la confrontation entre les sociétés et leur milieu Ndogo (503 km²) limite du bassin
sédimentaire côtier
éclaire déjà les impacts des pressions qui s’exercent. Ces
LITTORAL limite d’État
questions trouvent leur prolongement logique dans la LAGUNAIRE Gamba
partie suivante consacrée plus exclusivement aux pres-
sions anthropiques croissantes et aux recompositions
territoriales. Les deux premiers chapitres traitent de
l’espace maritime, pour illustrer la convoitise dont il est
© IGARUN, Université de Nantes

N
l’objet. Aux multiples usages et occupations qui en font Mayumba
Lagune (147 km²)
sous bien des aspects un monde aussi plein que celui de 0 50 100 km
Banio
la terre, viennent alors s’ajouter les questions juridiques CONGO
d’une convoitise territoriale qui oppose le Gabon à son Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
voisin guinéen pour la reconnaissance de leurs ZEE. À
Figure 4 - Les rivages des littoraux du Gabon, trait de côte, estuariens, deltaïques et lagunaires
terre, c’est à partir du prisme du développement urbain
Les calculs présentés ici ont été réalisés à partir de la base de données vectorielles de l’Institut
National de Cartographie (INC), obtenue par numérisation des fonds de cartes topographiques au
1/200 000 dans le cadre du projet « Forêt et Environnement (PFE-1999/2000) ». Elle a été mise 23
à jour et modifiée en 2003 dans le cadre de la production de la « BD2 », puis à nouveau en 2008.
Les régions littorales du gabon

et des activités touristiques et de loisirs de proxi- droits souverains sur le plateau continental, souligne
mité que sont ensuite évaluées en deux chapitres les qu’à présent les ambitions du pays sont aussi tour-
recompositions territoriales en cours et les enjeux nées vers la mer. L’autre, avec la mise en place de la
qui accompagnent un développement trop brutal. politique nationale de la mer et le programme Gabon
L’occupation humaine croissante des régions litto- bleu, confirme que le pays est en train de prendre
rales en révèle alors toute la fragilité. conscience de l’intérêt de son espace maritime et par
extension de son littoral tout entier. La démarche ne
La seconde question des risques, des aménage- fait que conforter deux piliers de la nation gabonaise,
ments et des problématiques de gestion durable pro- inscrits dans les couleurs nationales qui unissent le
pose tout d’abord une première série d’éléments de Gabon vert au Gabon bleu.
réflexion, dans une partie consacrée aux risques na-
turels et anthropiques découlant des usages. Quatre Cet ouvrage qui regroupe 34 co-auteurs, à la fois
chapitres consacrés à la stabilisation du trait de côte, de l’Université Omar Bongo (UOB), de l’École Nor-
aux aménagements touristiques sur un site sensible male Supérieure de Libreville (ENS), de l’Université
confronté à l’érosion et la conservation de la nature, des Sciences et Techniques de Masuku (USTM),
aux impacts environnementaux du développement du Centre National de la Recherche Scientifique et
urbain de Libreville, et aux problèmes d’inondation Technologique (CENAREST), de l’Agence Nationale
et de submersion des villes côtières, rassemblent des Parcs Nationaux (ANPN), et de quelques-uns de
les éléments indispensables à l’évaluation des dif- leurs partenaires scientifiques français, notamment de
ficultés auxquelles les gabonais sont confrontées l’Université de Nantes et du CNRS, est destiné non
dans la perspective d’une gestion intégrée des zones seulement au monde scientifique, mais également à
côtières. La dernière partie, abordant les questions tous les acteurs institutionnels, politiques, adminis-
de développement durable et de gouvernance dans tratifs ou privés, nationaux comme internationaux
cette gestion intégrée, apporte quelques éléments intéressés par ces territoires littoraux qui concentrent
de réponse et souligne les efforts déjà consentis et à l’échelle mondiale, comme à celle du Gabon, une
ceux qui restent à mobiliser. Le premier chapitre population en croissance constante.
de cette partie présente les nouveaux outils de réor-
ganisation au service de la pêche artisanale, le deu-
xième traite de la conservation de la biodiversité et
le troisième s’interroge sur les défis à relever dans
le domaine de la production pétrolière pour porter
le Gabon au stade de l’émergence. Si ces contribu-
tions révèlent déjà l’attention nouvelle du Gabon
pour ses régions littorales, les deux derniers cha-
pitres la confirment plus nettement. L’un, à partir
de la mise en œuvre de la Convention des Nations
Unies sur le Droit de la Mer pour l’extension des

24
Introduction générale

Références
Elf Gabon, 1978. Reconnaissance bathymétrique du
delta de l'Ogooué-plan de situation des mires, rapport
SAOUT.
Lebigre J.-M., 1983. Le littoral du Gabon : aspects
géomorphologiques et biogéographiques, Institut Péda-
gogique National (IPN), Libreville, 58 p.
Mombo J.-B., 1991. La côte à rias du Gabon septen-
trional de Komo au Rio Mouni. Cadre physique et mor-
phologie littorale, Thèse de doctorat de Géographie,
Université de Bordeaux III, 311 p.
PSGE, République gabonaise, 2012. Plan Straté-
gique Gabon Émergent, Vision 2025 et orientations stra-
tégiques 2011-2016, République gabonaise, Libreville,
149 p. [URL : http://www.aninf.ga/telechargements/
PLAN%20STRATEGIQUE%20GABON%20
EMERGENT.pdf ].
Vande weghe J.-P., 2013. Loango, Mayumba et
le bas Ogooué, série Les parcs nationaux du Gabon,
ANPN-WSC, Libreville, 2e édition, 320 p.

25
Chapitre introductif - Peuple autochtone et migrants ouest-africains à
Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique
Marc-Louis ROPIVIA
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville

Port-Gentil, située à l’embouchure deltaïque du locales à travers une nomenclature indigène de la


fleuve Ogooué, est une ville portuaire occupant natu- côte ouest africaine retraçant les foyers de départ des
rellement une double position de contact entre la côte migrants.
et l’hinterland d’une part, et entre la côte et l’outre-
Dès lors, l’intérêt d’examiner les logiques des rap-
mer d’autre part. Depuis la fin du 19e siècle, au travers
ports interculturels résultant de ces contacts entre
des deux cycles consécutifs d’activités du bois et du pé-
autochtones et allogènes s’impose afin de mieux com-
trole, elle n’a cessé de concentrer toutes les attentions
prendre et expliquer les critères d’identification qui
en tant que capitale économique du Gabon. L’arrivée
ont permis de construire cette nomenclature. Deux
récente, il y a à peu près une vingtaine d’années, de
questions vont ainsi servir de fil conducteur à notre
nouvelles communautés plus dynamiques (libanaises,
argumentaire. Comment les Orungu sont-ils arri-
maliennes, marocaines) pourrait faire oublier le rôle
vés à désigner et à distinguer les différents peuples
majeur joué naguère par les peuples côtiers ouest-afri-
d’Afrique de l’ouest qui se sont établis à Port-Gentil
cains dans l’essor économique et le cosmopolitisme
? À partir de quel vécu, de quel perçu et de quelles
de la ville.
activités économiques ou socioculturelles sont-ils par-
En effet, depuis sa fondation en 1880, sous le nom venus à les identifier et à les caractériser ?
de Cap Lopez, en tant qu’entrepôt de la Mission de
l’Ouest Africain de l’explorateur Pierre Savorgnan de D’une icône milicienne à la désignation
Brazza et au fil du développement de ses activités éco- autochtone de la Sénégambie et
nomiques de comptoir sous le sceau de l’entreprise du golfe de Guinée
maritime avec les Chargeurs Réunis, Compagnie Pour les Orungu, le littoral ouest-africain, avec ses
Française d’Afrique Occidentale (CFAO), Compa- différentes désignations, Sénégambie, Rivières du Sud,
gnie Commerciale d’Afrique Équatoriale Française Côte des Graines, Côte d’Ivoire, Côte de l’Or, Côte des
(CCAEF), Société Ouest Africaine d’Entreprise Ma- Esclaves (fig. 1), plus communément appelé « Guinée
ritime (SOAEM), son histoire n’a pu être dissociée Supérieure » dans l’historiographie européenne des côtes
des migrations des différents peuples côtiers et des africaines du 16e siècle, porte globalement un nom  :
vagues d’importation des travailleurs étrangers de Oronga. Cependant, cette première catégorisation géo-
l’ouest africain qui ont contribué à forger son cos- graphique induit tout de même une subdivision en
mopolitisme. C’est sans doute ce dernier aspect qui
deux sous-ensembles : Ghorè et Oronga proprement dit.
permet d’entrevoir aujourd’hui toute la profondeur
historique, géographique et anthropologique des
Ghorè ou la Sénégambie
relations que les Orungu, peuple autochtone de la
ville de Port-Gentil et sa région, ont tissé avec cer- Le premier sous-ensemble, chronologiquement identi-
taines communautés littorales ouest-africaines, dont fié par les Orungu, est constitué par la côte de Sénégam-
l’ancrage dans la ville a façonné les représentations bie et ses dépendances mandingues. Elle sera désignée

27
Les régions littorales du gabon

20° O 10° O 0° 10° E 20° E


De ces premiers sénégalais et surtout de leur chef, le
Sergent Malamine, grande icône de la milice coloniale

© IGARUN, Université de Nantes


20° N
MALI au Gabon et au Congo, les Orungu en feront un sté-
Nouakchott MAURITANIE
Ni g er
NIGER réotype anthropomorphique désignant le Ghorè, c’est-

à-dire le Sénégalais, comme un individu de grande
Sénégamb


TCHAD
ga l

Dakar SÉNÉGAL taille, de stature imposante, de couleur noire d’ébène


GAMBIE Ga Niamey Lac Tchad
et d’apparence méchante, voué à une tâche de gar-
ie

Banjul bi Bamako BURKINA


m

Bissau Ndjamena
diennage et de maintien de l’ordre dans l’appareil ad-
e

FASO
GUINÉE-
GUINÉE Tch ad
Riv

BISSAU BÉNIN NIGÉRIA ministratif colonial. C’est dès cette époque que nais-
ièr

Lo

10° N
Conakry
sent l’image et l’appellation de Ghorè pour désigner
es

gone
SIERRA o
d

Com oé

Freetown TOGO Bén


uS

LEONE CÔTE
Cotonou Lagos jusqu’à aujourd’hui les forces de police ou de gendar-
ud

LIBÉRIA D’IVOIRE GHANA


Monrovia
Lomé
RÉP.
CENTRAFRICAINE merie nationales en langue orungu et, par extension,
Accra Port Douala ana ga en langue omyènè.
Abidjan
ou

e S
Cô t

e d des Harcourt

t

e l Gr CAMEROUN
a M ain Côte des Es c Bata Par ailleurs, cette période de contacts entre les
ala es r la v es
gue de l’O G. ÉQ. Orungu et les Ghorè s’est profondément inscrite dans
OCÉAN tte Côte Libreville
Côte d’Ivoire ué CONGO
ATLANTIQUE goo la patronymie. En descendant plus au sud de la Sé-


Port-Gentil
O

GABON o
ng
négambie, on retrouve des noms de l’actuelle Répu-
Co
RÉP. DÉM. DU
Mayumba Brazzaville CONGO blique de Guinée, à consonance mandingue, mêlés
dénomination de la côte ouest-africaine par les européens Pointe Noire
Kinshasa à la grande vague des Ghorè. Ainsi, sans distinction
réseau hydrographique principal Cabinda
N
particulière de leur lieu d’origine, les Orungu consi-
ANGOLA
ville principale dèrent grosso modo que les anciens géniteurs des actuels
limite des États actuels 0 250 500 km Source : J.-P. Chauveau (1991) Kièrino (Tierno), Sidiya (Sidi), Sada, Touré, Camara
M. L. ROPIVIA, S. CHARRIER
et Diara, qui constituent, à la fin du 19e siècle, la pre-
mière vague de populations côtières ouest-africaines à
Figure 1 - Nomenclature de
la côte ouest-africaine dans
s’installer à Port-Gentil, sont à rattacher à un même
l’historiographie européenne
par l’ethno-toponyme de Ghorè (fig. 2). En effet, c’est mouvement de déplacement des Ghorè depuis les
au XVIe siècle à partir de 1875, dans le sillage des missions d’explora- côtes du Sénégal et de la Guinée.
tion de Pierre Savorgnan de Brazza, que les Orungu font
connaissance avec les miliciens ou tirailleurs sénégalais
Oronga ou le golfe de Guinée supérieur
provenant de la base militaire française de Gorée. Ils sta-
tionnent à Port-Gentil dont le poste créé est baptisé Cap Le deuxième sous-ensemble est le golfe de Guinée
Lopez pour servir d’entrepôt à toute la logistique d’ex- proprement dit. Plus précisément, il s’agit de la rive
ploration de l’Ogooué. C’est à ces Sénégalais qu’incom- nord de la grande échancrure qui, depuis le Cap des
bent notamment les tâches principales de gardiennage Palmes au Libéria jusqu’au delta du Niger au Nige-
de la station et de sécurité de l’expédition dans l’itiné- ria, pénètre dans le centre du continent. Ce littoral
raire de l’explorateur. Du coup, tout le Sénégal, dans la aura été la zone la plus pourvoyeuse en communautés
conception orungu, est assimilé à l’île de Goré. ouest-africaines de la ville de Port-Gentil.

28
Peuple autochtone et migrants ouest-africains à Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique

C’est sans doute la naissance, en 1889, de la Com- 20° O 10° O 0° 10° E 20° E

pagnie maritime Les Chargeurs Réunis1 et le début, au

© IGARUN, Université de Nantes


20° N
départ de Bordeaux, de ses escales sur la côte occiden- MALI
tale d’Afrique qui donnèrent une grande impulsion au Nouakchott MAURITANIE
NIGER
Ni g er
déplacement des personnels africains subalternes de Sé

l’administration coloniale et des compagnies privées

gal
Dakar SÉNÉGAL TCHAD

d’import-export vers le golfe de Guinée méridional ; GAMBIE Ga Niamey Lac Tchad


Banjul b ie Bamako BURKINA

m
et particulièrement vers la colonie du Gabon en plein GHORÈ Bissau FASO
Ndjamena
essor en raison de l’intense et très rentable activité GUINÉE- GUINÉE
BÉNIN
T ch ad
BISSAU Conakry NIGÉRIA

10° N
d’exploitation du bois dont Port-Gentil constituait ué
Lo

gone
SIERRA é no
déjà le centre névralgique. Compte tenu de la régu-

Co m oé
Freetown LEONE CÔTE TOGO B
GHANA Cotonou Lagos
larité de la ligne de transport maritime, ces déplace- LIBÉRIA D’IVOIRE Lomé
Accra L Port RÉP.
ments de personnels s’accompagnèrent de la migration
Monrovia Popo égh Harcourt CENTRAFRICAINE
Abidjan Amina Douala Sa na
ga

oss
massive d’autres catégories de populations et de pro-

i
A duyé Kala b a
CAMEROUN
fessionnels. Ce mouvement de descente des peuples OCÉAN Bata
A
ouest-africains vers le sud du golfe de Guinée s’accen- ATLANTIQUE OR ONG G. ÉQ.
Libreville ué CONGO
tua entre 1927 et 1947 avec la mise en service de trois goo


Port-Gentil

O
o
paquebots, Brazza, Foucauld et Général Leclerc dont les GABON ng

Co
RÉP. DÉM. DU
escales africaines au départ de Bordeaux étaient les sui- } dénomination de la côte ouest-africaine par les Orungu Mayumba Brazzaville CONGO
vantes : Dakar (Sénégal), Conakry (Guinée), Monro- réseau hydrographique principal Pointe Noire
Kinshasa
via (Libéria), Sassandra (Côte d’Ivoire), Abidjan (Côte N
Cabinda
ville principale
d’Ivoire), Lomé (Togo), Cotonou (Dahomey), Lagos L O A NGO ANGOLA
(Nigeria), Douala (Cameroun), Libreville (Gabon), limite des États actuels 0 250 500 km
M. L. ROPIVIA, S. CHARRIER
Port-Gentil (Gabon), Pointe-Noire (Congo) (fig. 3).
Figure 2 - Nomenclature et
Comme les Orungu s’étaient déjà familiarisés avec représentation de la côte
les originaires des deux premiers arrêts, il leur restait ouest-africaine par les Orungu
confrontées à des problèmes locaux de qualification
maintenant à découvrir les communautés provenant
de la main-d’œuvre, importèrent des pays de la côte
des autres escales de la côte ouest que la prospérité du
ouest-africaine les travailleurs dont ils avaient besoin
Gabon colonial de l’entre-deux guerres et du deuxième
pour mieux rentabiliser leurs sociétés. Affluèrent
après-guerre allait drainer vers sa capitale économique.
alors à Port-Gentil : des employés de chargement des
Les compagnies coloniales d’import-export, les entre-
grumes et de déchargement des marchandises en rade
prises œuvrant dans le domaine d’exportation du bois,
foraine ; des dockers et des personnels d’entretien des
d’autres encore travaillant dans les activités de transit,
navires ; des cadres moyens dans les domaines de la
comptabilité et du dédouanement ; des mécaniciens
1. L’historique de cette compagnie est évoqué dans le site web figu- dans l’entretien des remorqueurs marins qui reliaient
rant dans les références. les navires en rade et le wharf. Et cette main-d’œuvre

29
Les régions littorales du gabon

20° O 10° O 0° 10° E 20° E profondeurs). La raison serait sans doute liée au fait
que le peuple autochtone les avait vu débarquer de

© IGARUN, Université de Nantes


20° N
MALI grands navires qui non seulement surgissaient du grand
Nouakchott MAURITANIE
NIGER
large profond, lointain et mystérieux pour un peuple
côtier sans grande culture ni envergure maritime2 mais
Dakar SÉNÉGAL TCHAD encore mouillaient en rade, c’est-à-dire en grande pro-
GAMBIE Niamey
Banjul GUINÉE- Bamako BURKINA
fondeur, avant l’acheminement des passagers à terre.
Ndjamena
Bissau
BISSAU FASO Plus tard, ce toponyme et cette désignation des ressor-
GUINÉE
BÉNIN tissants ouest-africains s’imposèrent véritablement dans
Conakry

10° N
SIERRA
TOGO NIGÉRIA la langue locale lorsque les autochtones, après avoir
CÔTE GHANA
Freetown LEONE Cotonou réalisé que les communautés de pêcheurs allogènes ins-
LIBÉRIA D’IVOIRE Lomé
Lomé Lagos
Accra Port RÉP. tallées dans le village côtier du Cap Lopez utilisaient
Monrovia Harcourt CENTRAFRICAINE
Abidjan
Douala la senne comme engin de pêche le long de la façade
CAMEROUN atlantique, se convainquirent que, contrairement à eux
OCÉAN Bata dont l’activité s’exerce en milieu deltaïque, ces pêcheurs
ATLANTIQUE Libreville G. ÉQ.
GABON CONGO étaient bien des gens de mer, des connaisseurs du grand


Dakar Port-Gentil large et des spécialistes de la grande profondeur.
port d’embarquement RÉP. DÉM. DU
Mayumba CONGO
foyer de départ Brazzaville
Ethnographie et représentations
direction du flux migratoire
N
oi Noire
Pointe
Cabinda
Kinshasa des Orungu du golfe de Guinée
ville principale
ANGOLA septentrional
limite des États actuels 0 250 500 km
M. L. ROPIVIA, S. CHARRIER Si le terme Mong’oronga demeure une désignation
générique des peuples du golfe de Guinée septentrio-
Figure 3 - Ports et escales nal (ou Guinée supérieure), quels peuvent donc être
maritimes d’émigration vers
Port-Gentil de 1900 à 1960
ouest-africaine importée par la SHO, les Chargeurs
Réunis, Delmas Vieljeux, la CFAO, la Société des 2. La littoralité, phénomène plus large et englobant la maritimité, est le
Pétroles d’Afrique Équatoriale Française (SPAEF), etc. résultat de l’adaptation des communautés humaines dans un environne-
provenait principalement du Libéria, de Côte d’Ivoire, ment littoral. Elle peut s’exprimer à travers quatre dimensions : lagunaire,
estuarienne, deltaïque, maritime. C’est dans cet esprit qu’il convient de
du Togo, du Dahomey et du Nigeria. C’est ce littoral préciser que les Orungu, à l’instar des autres peuples côtiers du Gabon, ne
nord du golfe de Guinée allant du Libéria au Nige- sauraient être considérés comme des peuples marins à proprement parler.
ria, et dont les communautés étrangères de travailleurs À ce jour, nous n’avons aucune connaissance indiquant qu’ils ont pu déve-
avaient été acheminées à Port-Gentil par les bateaux de lopper, en matière de génie hydrodynamique (notamment de construction
la ligne de transport maritime des Chargeurs Réunis, navale), d’aérodynamique (voilure) et de pêcherie (engins et techniques),
les aptitudes et les habiletés qui leur auraient permis d’exercer une activité
que les Orungu vont appeler Oronga (le grand large, techno-économique reliée à la haute mer. Ils restent tout simplement une
les grandes profondeurs), et ceux qui en provenaient population de littoralité purement deltaïque, c’est-à-dire limitée à un mi-
Mong’oronga (ceux du grand large, ceux des grandes lieu hydrique où partout la terre n’est jamais loin.

30
Peuple autochtone et migrants ouest-africains à Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique

distinctement ces communautés que les Orungu ont fluviale des radeaux de bois a d’abord été expérimenté
eu à connaître, et comment ont-ils forgé l’image qui a en Côte d’Ivoire par les compagnies commerciales pri-
servi à cette identification ? vées. Et les Orungu ne pouvaient que s’étonner à propos
de la dation des noms de bateaux qui ne représentaient
Aduyé aucun lieu de leur pays ou n’avaient aucune significa-
tion dans leur langue. C’est donc, semble-t-il, en dé-
L’enquête menée auprès de familles orungu les plus couvrant les noms de Adjamé 4 (photo 1), Dimbokro ou
anciennes de Port-Gentil en vue d’aboutir à l’identifi- Sassandra qu’ils purent réaliser que ces localités apparte-
cation ethnique précise de ce groupe n’a jusqu’à pré- naient au pays Oronga et qu’ils firent alors connaissance
sent donné aucun résultat significatif. Il n’est pas exclu avec les peuples
qu’à l’avenir, un approfondissement des recherches qui en étaient ori-
permette de clarifier cet endonyme quelque peu énig- ginaires.
matique. Cependant, l’origine géographique et l’acti-
vité principale des Aduyé à Port-Gentil restent gravés Les Orungu
dans la mémoire collective des Orungu. Dans la me- considéraient les
sure où certains d’entre eux étaient anglophones3 et la Aduyé comme
grande majorité francophone, il est aisé de situer leur les individus les
espace matriciel aux confins du Libéria et de la Côte mieux rompus
d’Ivoire, et principalement en pays Kru. Mais à vrai dans le métier,
dire, ils étaient plus représentatifs d’une large portion chez eux nais-
du littoral de la Côte d’Ivoire incluant d’autres com- sant, de docker et
munautés côtières des ports ou localités de San Pedro, dans l’exercice des
Sassandra, Abidjan et Grand Bassam. tâches se situant
entre le wharf et le
Si l’on se fie à l’iconographie maritime des côtes du navire. Ils leur re-
Gabon au début du 20e siècle, entre 1900 et 1910, connaissaient une
cette portion du golfe de Guinée peut être considérée expertise sans égal Photo 1 - Le bateau « Adjamé »
comme ayant entretenu les relations les plus intenses en natation. On raconte que dès le mouillage, c’est à la des Chargeurs Réunis à Port-
avec Port-Gentil. On peut même faire l’hypothèse que nage qu’ils rejoignaient le bateau pour aller vaquer aux
Gentil en 1900
le modèle d’organisation des premiers transports flu- (Gabon A.E.F., BR.)
menus emplois de transbordement des marchandises, de
viaux entre Port-Gentil et Lambaréné ou de traction nettoyage, de peinture, puis d’embarquement des billes
d’okoumé. C’est surtout dans ce dernier aspect qu’ils se
3. Il est utile de rappeler que : « En 1900, le Gabon était desservi par
deux compagnies maritimes françaises : les Chargeurs Réunis venant 4. La photo de ce bateau à aubes des Chargeurs Réunis, ici repro-
du Havre et la compagnie Frayssinet de Marseille ; deux anglaises : The duite et empruntée, représente le navire en cale sèche en 1900. Avec
African Steam Ship Company et The British African Steam Navigation Dimbokro et Sassandra, ces trois noms de bateaux ayant navigué
Company au départ de Liverpool ; une allemande, Woermann, venant à Port-Gentil et sur le fleuve Ogooué sont des toponymes de Côte
de Hambourg… » (Le Carpentier et Walter, 1993). d’Ivoire (Le Carpentier et Walter, 1993).

31
Les régions littorales du gabon

8° 45’ E 8° 50’ E 8° 55’ E


Pedro, de l’auteur de ce chapitre avec trois anciennes
village Cap Lopez
familles d’employés revenues dans leur foyer d’origine
pêcheurs zone de pêche en milieu océanique suite au déclin de la filière portgentillaise du bois qui
Amina s’amorçait à la fin de la décennie 1970.
zone de pêche en milieu deltaïque

extension de la zone deltaïque Amina

0° 40’ S
En cette première décennie du 20e siècle, comme
dans le cas du groupe précédent, les Orungu sont
Baie du entrés en contact avec des membres d’une commu-
Cap Lopez nauté ouest-africaine qu’ils ont appelé Amina, dont
certains parlaient également anglais (Le Carpentier et
VILLE
Walter, 1993). Deux toponymes de la côte du golfe de
DE
Guinée, sans doute revendiqués par les nouveaux ar-
PORT-GENTIL
rivants, paraissent avoir inspiré aux Orungu la déno-
village mination de Amina. Il s’agit des localités de El Mina

0° 45’ S
OCÉAN pêcheurs en Côte de l’Or (actuel Ghana) et de Mina au Togo.
ATLANTIQUE Popo
La rencontre des Orungu et des Amina se rattache,
chez les premiers, aux spéculations sur les origines de
leur activité économique la plus emblématique : la

© IGARUN, Université de Nantes


village de pêcheurs allogènes Tchengué
village pêche à la sardine (Ethmalosa fimbriata) au moyen du
village orungu ou localité voisine filet ou épervier (mbuza, en langue orungu). D’après
de Port-Gentil N
les anciens et les sources orales les plus concordantes,
emprise urbaine de Port-Gentil
0°50’ S

cet engin de pêche aurait été inconnu des Orungu


0 2 4 km
réseau routier principal jusqu’à l’arrivée des Amina. C’est la raison pour la-
quelle ils le baptisèrent du nom de ceux qui l’intro-
Source : carte topographique INC-Gabon M. L. ROPIVIA, S. CHARRIER duisirent, à savoir Ogol’amina, littéralement le fil (ou
Figure 4 - Implantations des
la corde) des Amina. Et le débat reste ouvert quant à la
pêcheurs ouest-africains à vérification de cette hypothèse. Cependant, leur tradi-
sont parfaitement illustrés. Leur talent se manifestait en
Port-Gentil tion de pêche à la senne en hautes vagues le long de la
s’immergeant pour enrouler la bille d’un filin métallique
côte houleuse de l’Atlantique conduisit des migrants
avant sa traction et son chargement par le mât du navire.
pêcheurs de leur communauté à s’établir sur la façade
Le témoignage le plus authentique de cette présence atlantique du Cap Lopez (fig. 4). L’anglophonie de
ivoirienne à Port-Gentil à l’époque florissante de certains membres de ce village, notamment pour les
l’économie du bois (années 1950, 1960 et 1970) où individus aujourd’hui âgés de plus de soixante-cinq
le chargement des grumes ne s’interrompait jamais, ans et appartenant à la deuxième génération, suggère
fut la rencontre en 1989, dans la ville portuaire de San qu’ils venaient sans doute de l’actuel Ghana.

32
Peuple autochtone et migrants ouest-africains à Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique

Popo pagnes, des cosmétiques et des ustensiles. La plus


Il s’agit vraisemblablement de la plus importante grande partie de ces activités commerciales était prin-
communauté ouest-africaine ayant émigré à Port-Gen- cipalement exercée par les femmes popo. Il semble
til. Pour les Orungu, cette communauté provenait des bien que c’est avec l’arrivée de cette communauté que
escales maritimes de Lomé et de Cotonou. Ces mi- la notion de marché, en tant que lieu de rassemble-
grants disaient qu’ils appartenaient au peuple popo qui ment des petits commerçants détaillants, s’organise
s’étendait des côtes du Togo à celles du Dahomey (ac- réellement à Port-Gentil. Il est également nécessaire
tuel Bénin) mais dont le cœur véritable est la localité de de souligner que l’on doit aux Popo la concentration
Grand Popo. C’est pour cette raison que les Orungu du premier grand village de pêcheurs ouest-africains,
ont fini par appliquer cette appellation de manière in- toujours en activité au sud de Port-Gentil au quar-
distincte aux ressortissants de ces deux pays. Quand tier Atanda (les palétuviers). Contrairement à ceux du
bien même ils vinrent plus tard de Porto Novo (Bénin) Cap Lopez, les pêcheurs popo sont plutôt de type del-
ou d’ailleurs de l’intérieur ou du littoral de ces deux taïque ou lagunaire (fig. 4).
pays, l’appellation de Popo, déjà enracinée, continua de Le caractère trop entreprenant de cette communau-
désigner globalement l’ensemble de la communauté da- té et surtout des femmes popo ne manqua pas d’être
ho-togolaise5, encore appelée aofienne6, de Port-Gentil. perçu comme trop envahissant ou carrément agressif
Outre leur nombre et les emplois qualifiés occupés par les femmes orungu qui se sentaient évincées de
dans les compagnies coloniales ou commerciales ma- l’activité du petit commerce. C’est donc, semble-t-il, à
ritimes privées, les Popo, surtout depuis leurs vagues partir du marché que la tension commença à monter.
d’arrivée les plus massives qui remontent à la fin de L’enjeu était la reconquête d’une position d’actrices
la deuxième guerre mondiale, se sont immédiatement par les femmes autochtones. Mais face à un peuple
distingués par un dynamisme accru dans les métiers de longue tradition commerçante, au savoir-faire
du commerce de détail (boutiques, échoppes, débits pluriséculaire, les femmes orungu ne pouvaient faire
de boissons), les petits métiers du commerce étalagiste front. Et l’irréparable se produisit lorsque, en 1953,
de rue, la vente du poisson, des nourritures ambu- les hommes décidèrent d’une action punitive contre
lantes (beignets, riz, croquettes)7, du commerce des l’ensemble de la colonie popo de la ville. Cet épisode
d’affrontement entre Orungu et Popo est inscrit dans
la mémoire collective portgentillaise sous la désigna-
5. Dans l’imaginaire orungu, les communautés originaires du Da- tion de Igowi gni popo (la guerre contre les Popo). Il
homey et du Togo étaient si ressemblantes en termes d’habillement, revient maintenant aux historiens de nous renseigner
d’activités culturelles, commerciales et d’habitat qu’il était impossible
de les distinguer ou de les dissocier ; d’où l’assimilation instinctive et de rétablir la vérité sur ce moment de coexistence
fondée sur cette similitude observée. douloureuse entre les deux communautés.
6. Désignation quelque peu péjorative des originaires d’Afrique Il reste enfin à souligner que de nombreuses fa-
Occidentale Française (AOF). milles popo ont fait souche à Port-Gentil. Lorsque
7. Les appellations les plus courantes des vendeuses étaient maman- leurs patriarches, au gré des vicissitudes des relations
riz ou maman-gâteau. internationales postcoloniales, ont dû repartir dans

33
Les régions littorales du gabon

leurs pays d’origine, ils ont légué les grandes familles de là qu’ils auraient rallié Port-Gentil. À partir d’un
gabono-béninoises, gabono-togolaises et celles natu- tel scénario, on peut très bien comprendre qu’en y
ralisées ou définitivement installées. Parmi les grands arrivant, ils se soient fondus dans la communauté
noms aofiens qui peuplent le paysage patronymique allogène qui leur était culturellement la plus proche,
de Port-Gentil, on retrouve les Adéchan, Adétola, Ad- en l’occurrence celle des popo, tout en maintenant
jovi, Afanou, Akakpovi, Amégasse, Azokri, Cosme, leur particularisme. Alors qu’ils pratiquaient le même
Dalmeida, Dègnon, Dick, De Medeiros, Dodo, Do- type d’activités commerciales que les Popo ou les Ao-
régo, Dossa, De Souza, Foli, Golon, Hounkpounou, fiens, les Orungu, surtout après les affrontements in-
Houssou, Johnson, Kakpo, Kingbo, Kodjo, Kotokoli, tercommunautaires de 1953, apprirent à respecter la
Lawson, Lima, Mensah, Paraiso, Plaka, Quenum, différence qu’eux-mêmes ont dû revendiquer. Dans la
Soumaho, Yovo, pour ne citer que ceux-là. mesure où un grand nombre d’entre eux étaient is-
lamisés, ils allèrent grossir le quartier musulman de
Léghossi la Mosquée appelé Osseng’Haoussa (le sanctuaire des
Haoussa) en langue orungu (Ehazouambela, 2012).
La ville de Lagos (Nigeria) en tant qu’escale mari- Ainsi, par affinités religieuses, les Orungu assimilè-
time de la Compagnie des Chargeurs Réunis a certai- rent-ils les Léghossi aux Haoussa.
nement contribué, de manière infime soit-elle, dans la
fourniture de migrants à Port-Gentil, car les Orungu Kalaba
dénommaient Léghossi (ou Laghossi) une certaine ca-
tégorie de ressortissants aofiens. En effet, c’est vrai- Ils ne font pas partie des vagues précédentes des mi-
semblablement du nom Lagos que vint cette défor- grants historiques. Les Kalaba ne fréquentent que trop
mation. On aurait pu s’attendre à ce que ces Léghossi récemment le pays orungu, certainement depuis une
fussent locuteurs de langue anglaise. Il n’en fut rien. dizaine d’années suite à la destruction par les forces
de sécurité, au début de la décennie 2000, de leurs
Pour comprendre l’origine de ce fragment de com- campements de pêcheurs de la région de Libreville
munauté, il faudrait se rappeler que la côte est de l’an- et de la dispersion qui en résulta. Ils ne constituent
cien Dahomey et la côte ouest du Nigeria sont peu- pas véritablement une communauté clairement loca-
plées de l’ethnie Yoruba dont la ville de Lagos en est lisable dans l’espace portgentillais. Il s’agit plutôt d’un
devenue la métropole coloniale. En l’état actuel des groupe plus connu depuis longtemps par les Mpon-
connaissances, il serait difficile de dire quelles furent gwè de l’Estuaire du Gabon et les populations de la
exactement les motivations, autres que commerciales, Baie de la Mondah dont ils situent l’origine à la ville
qui ont suscité leur installation à Port-Gentil. Cepen- de Calabar (Nigeria) et ses environs dans le delta du
dant, l’on pourrait supposer que, ceux qui ont été Niger. Cependant, leur présence en pays orungu peut
appelés Léghossi par les Orungu seraient sans doute être maintenant signalée, puisque l’usage de cet exo-
des Yoruba francophones (provenant du Dahomey) ethnonyme signifie que leur identification est désor-
ayant peut-être longtemps séjourné et entrepris des mais clairement établie en Ogooué-Maritime. Leur
activités commerciales dans la ville de Lagos. Et c’est activité principale est la pêche en milieu deltaïque.

34
Peuple autochtone et migrants ouest-africains à Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique

Cela explique pourquoi on les retrouve pratiquant et Ngola, la plaine de Mbinda, le lac Ompindi a loango
celle-ci au cœur du canton Océan et du pays orungu, (campement des Loango), un sous-groupe ethnique
en milieu de palétuviers, dans les différents bras de aujourd’hui omyènisé dénommé Ivili, un patronyme
l’Ogooué et chenaux de marée du delta maritime. À répandu de Moaloango (fils de Loango). Ce qui re-
Port-Gentil même, dans leur habitat, ils sont mélan- lève ici du constat empirique, corroboré par des re-
gés aux pêcheurs popo. présentations cartographiques sommaires d’extension
du royaume Loango au 17e siècle, demande à être
Loango ou le littoral méridional confirmé ou infirmé à l’avenir par des investigations
du golfe de Guinée beaucoup plus rigoureuses d’historiens outillés.
La « Guinée inférieure » décrite par les navigateurs et La période coloniale semble plus précise dans les
explorateurs de côtes africaines aux 16e et 17e siècles contacts entre Orungu et Loango. La première rai-
correspond au littoral méridional du golfe de Guinée, son tient au fait que la ville de Pointe-Noire, espace
celui qui va du sud du Cameroun à la frontière de matriciel du peuple loango, a appartenu au territoire
l’Angola avec la Namibie. Pour les Orungu, cette sec- gabonais jusqu’en 1918, date à laquelle elle est défi-
tion de la côte est attachée au nom évocateur d’un nitivement cédée à la République du Congo (Ropivia
pays, d’un peuple et d’une histoire : Loango. et Djéki, 1995). La deuxième est liée à la facilité des
communications entre Port-Gentil et Pointe-Noire
Bien qu’émanant du golfe de Guinée méridional dès l’entrée en service, au début du 20e siècle, de la
et ayant débarqué à Port-Gentil par le grand large, ligne de transport maritime des Chargeurs Réunis.
les Loango (ou Vili) ne jouissent pas de l’appellation Puisque les périodes précoloniale et coloniale ont créé
de Mong’oronga. La raison en est sans doute qu’ils un continuum culturel entre les populations côtières
n’étaient pas des nouveaux venus en pays orungu. allant du Cap Lopez à Pointe-Noire, et que par ail-
D’abord, la tradition orale la plus vivace aujourd’hui leurs les Loango n’ont pas eu à changer de pays en
renseigne sur un itinéraire de peuplement et sur la tant que gabonais d’origine, on peut les considérer
formation de l’ethnie orungu à partir de certains comme les premiers à s’installer à Port-Gentil et à
clans provenant du Loango. Tels sont les cas des s’illustrer dans les petits métiers dont le profession-
Anori, Ayamba, Apessi. Puis, au 17e siècle, à l’époque nalisme a eu à susciter un intérêt particulier pour la
où, émancipés du Royaume de Kongo, les Loango à communauté blanche coloniale. Et cette dernière les
leur tour constituent un royaume autonome dont la employait comme personnel domestique : cuisinier,
capitale est Loango (actuelle ville de Pointe-Noire), tailleur, coiffeur, jardinier. Tous ces contacts anciens
leur influence se serait étendue jusqu’en pays orungu. laissent supposer que les Loango ont eu à constituer
L’on suppose que cette présence historique précolo- la communauté allogène la mieux intégrée et la plus
niale est encore attestée de nos jours par une topo- présente dans la mémoire collective des Orungu. Les
nymie révélatrice dans la région avoisinante de Port- patronymes qui témoignent de l’osmose culturelle
Gentil, aussi bien dans le delta intérieur que dans le entre les deux peuples côtiers sont les Bouanga, Kam-
delta maritime. On y retrouve les villages de Luanda bissi, Loembè, Mabiala, Makaya, Makosso (Akosso),

35
Les régions littorales du gabon

Mavungu (Avungu), Mbatchi, Ngoma, Nzenzé, Pam- l’ouest africain. De cette différenciation socioculturelle
bo, Pandzu (Pandjo), Poati, Souami, Tchibinda, etc. fondée sur l’identification des origines géographiques
Il a fallu que survienne la crise gabono-congolaise de des migrants va naître, chez les Orungu, la nomencla-
1962 avec ses rapatriements réciproques de popula- ture endogène du littoral ouest-africain.
tions pour que s’étiole le sentiment d’appartenance Il en résulte finalement un espace littoral subdivisé
des Loango à Port-Gentil. Ceux originaires de Pointe- en trois entités : Ghorè ; Oronga ; Loango (fig. 2). Si la
Noire ont regagné le Congo malgré eux, tandis que première et la troisième, situées aux deux extrémités,
ceux de Mayumba sont restés gabonais et ont conti- correspondent dès les origines à des peuples ou na-
nué de vivre et de prospérer dans le sol portgentillais tionalités actuelles clairement identifiés (Sénégalais et
qui les a vus naître. Vili), il reste que le rayonnement de leurs ressortissants
dans l’essor économique et culturel de la ville n’a pas
Conclusion été aussi éclatant. Par contre, l’entité de la charnière
Les Orungu, peuple deltaïque de l’embouchure de centrale, Oronga, de par sa diversité et son enchevêtre-
l’Ogooué, arrivés à leur finistère du Cap Lopez n’ont osé ment ethnoculturel avec Aduyé (Libériens, Ivoiriens),
affronter le grand large, la haute mer, pour connaître la Amina (Ghanéens, Togolais), Popo (Togolais, Béni-
géographie du golfe de Guinée, telle que construite par nois), Léghossi, Kalaba (Nigerians), tous générique-
les explorateurs européens depuis le 16e siècle. Ils n’ont ment appelés Aofiens, peut être considérée comme
été non plus ni navigateurs ni migrants océaniques celle ayant fourni le plus gros contingent de com-
pour essaimer le long des côtes de cet espace mari- munautés extérieures qui ont fait de Port-Gentil un
time. Cependant, leur pays, la ville de Port-Gentil et des grands miroirs du cosmopolitisme parmi les villes
sa région avoisinante, aura été durant près d’un siècle portuaires de l’ouest africain. L’apport de ces commu-
(le 20e) le centre névralgique d’exportation du bois de nautés dans l’évolution culturelle de la ville demeure
toute la côte ouest-africaine. Cette activité dynamique incontestable. Elle s’est traduite par la structuration
et prospère a attiré les grandes compagnies coloniales du marché, l’implantation de la mosquée et la conso-
d’import-export, les grandes compagnies maritimes lidation de la communauté musulmane, l’impulsion
de transport ainsi que celles qui exerçaient dans la du commerce de détail et sa généralisation dans les
réparation navale. Sous l’impulsion de ces dernières, quartiers africains, la forte implication dans le cham-
le besoin de main-d’œuvre qualifiée, dont la ville de pionnat de football avec les deux clubs de l’Amanco et
Port-Gentil ne disposait pas, a fait converger vers elle de la Lorraine (début de la décennie 1950), la création
des travailleurs immigrés appartenant à différentes eth- des deux grands villages de pêcheurs aujourd’hui les
nies de la côte occidentale d’Afrique. Le contact des plus emblématiques de la présence ouest-africaine à
Orungu avec chacun de ces peuples, leur vécu com- Port-Gentil, Cap Lopez et Atanda.
mun, leurs expériences croisées, leurs échanges fruc- Une ville disposant d’un tel potentiel de res-
tueux et leur cohabitation parfois conflictuelle, ont sources humaines et de savoir-faire autant nationaux
permis au peuple autochtone-hôte de se forger une qu’étrangers, couplé à de nouvelles opportunités
géo-ethnographie des différents peuples côtiers de (route reliant Port-Gentil à l’ensemble du continent

36
Peuple autochtone et migrants ouest-africains à Port-Gentil, nomenclature et représentations du littoral atlantique

africain, aéroport international, port en eau pro- Le Carpentier G. et Walter R., 1993. Facettes
fonde) est appelée, si ses élites inclusivement réunies d’histoire du Gabon, Cartes postales d’antan, Paris, Édi-
lui définissent de manière consensuelle le projet de tions Champs Elysées, 312 p.
sa renaissance, à savoir sortir du blocage dans lequel Moutangou F. A., 2013. Une entreprise coloniale et
l’a enfermé l’exclusivité de l’activité et de la rente pé- ses travailleurs : la Société du Haut-Ogooué et la main-
trolières. La permanence et la prospérité d’une ville d’œuvre africaine (1893-1963), Thèse de doctorat
portuaire sont avant tout liées aux avantages que lui d’histoire, Toulouse, Université Toulouse 2 Le Mirail.
procure sa position géographique plutôt qu’à ceux de
ses richesses naturelles, surtout lorsque celles-ci ne Peron F. et Rieucau J., 1996. La maritimité au-
sont pas renouvelables ou dépendent d’une conjonc- jourd’hui, Paris, L’Harmattan, Coll. Géographie et
ture économique internationale aussi imprévisible Culture, 336 p.
qu’incontrôlable. Ropivia M.-L. et Djéki J., 1995. Atlas de la forma-
tion territoriale du Gabon, frontières et unités admi-
nistratives des origines à nos jours, Libreville, Cergep/
ACCT, 63 p.
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Ambouroue-Avaro J., 1981. Un peuple gabonais à http://www.la-marine-marchande.com/voyage-cote-
l’aube de la colonisation: le bas ogowé au XIXe siècle, afrique.htm
Paris, Karthala, 285 p.
Carre F., 1998. La pêche sur les côtes de l’Afrique
tropicale, du Sénégal au Congo. In Gamblin A.
(s.  dir.), Les littoraux, espaces de vies, Paris, SEDES,
coll. « DIEM », pp. 297-306.
Chauveau J.-P., Larsen E. et J., Chaboud C.,
2000. Les pêches piroguières en Afrique de l’Ouest, Dy-
namiques institutionnelles : pouvoir, mobilité, marchés,
Paris, CMI-IRD-Karthala, 383 p.
Ehazouambela D., 2012. Les petites « liturgies »
politiques de l’islam au Gabon, ou comment lire les
liens entre le politique et l’islam minoritaire, Cahiers
d’Études Africaines, vol. 2, n° 206-207, pp. 665-686
[URL  : https://www.cairn.info/article.php?ID_
ARTICLE=CEA_206_0665].

37
Thématique 1 - Les interactions nature-société
dans les territoires littoraux

Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

39
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais
Emmanuel ONDO ASSOUMOU
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville

Sur presque 950 kilomètres de long en forme de lo-


sange, les régions littorales du Gabon s’étendent de la
frontière équato-guinéenne au nord, à la République
Populaire du Congo au sud, entre l’estuaire du Mouni
et la lagune Banio. La partie centrale entre Port-Gen-
til et Lambaréné est la plus large avec environ 200 ki-
lomètres de pénétration des influences maritimes vers
l’intérieur des terres.
On trouve dans ces vastes régions littorales gabo-
naises différents milieux physiques qui constituent
aussi des milieux de vie pour nombre d’espèces vé-
gétales et animales. Il s’agit du littoral septentrional à
rias, du littoral central à delta de l’Ogooué et enfin du
littoral méridional à lagunes. Les milieux de vie sont
essentiellement composés de formations végétales.
En biogéographie, une formation végétale désigne
une communauté d’espèces végétales, caractérisée
par une certaine physionomie, qui déterminent un
paysage. Cette physionomie décrit l’aspect général Photo 1 - Paysage typique de
forêt de mangrove sur la rive
de la végétation d’une étendue donnée. Une forma- des zones de forêts et de savanes sur l’ensemble de son droite de la rivière Egoumié au
tion végétale est ainsi composée de plantes ligneuses littoral. La présence des savanes dans un massif fores-
sud d’Owendo
(ph. E. Ondo Assoumou, 2013)
et herbeuses, auxquelles est inféodée une diversité de tier comme celui du Gabon avait étonné beaucoup La rivière Egoumié est un
formes animales. de scientifiques, notamment Aubréville (1962) qui les affluent de la rive droite du
Au Gabon, pays forestier à près de 85 %, les for- qualifiait au départ de formations « aberrantes ». fleuve Komo (au niveau de
son estuaire). La mangrove se
mations végétales de la zone côtière présentent une Cette diversité floristique et typologique tient à la développe sur d’importantes
double originalité. D’abord, l’hétérogénéité forestière, fois aux influences maritimes (formation des plages et quantités de vase charriées
par cette rivière. Cette vase est
caractérisée par sa richesse floristique (diversité des cordons littoraux, végétations halophiles le long des colonisée par un rideau frontal
espèces de plantes) et typologique (diversité des types criques à l’exemple des mangroves), qu’à celles du cli- massif, impénétrable composé
de forêts), la plus reconnue et la plus étendue étant la mat liées aux variations des précipitations avec une essentiellement de grands
Rhizophora sp. (palétuviers
forêt à okoumé couvrant pratiquement les trois quart décroissance pluviométrique du nord au sud du litto- rouges) qui se distinguent
de sa superficie. Les forêts à okoumé constituent une ral (Maloba Makanga, 2004). Les influences géo-pé- par de nombreuses racines
source importante de revenu pour l’économie du Ga- dologiques (présence des sables marins et du calcaire), échasses. Sur certains individus,
on peut observer aussi des
bon, dont les activités sont essentiellement le sciage du et aujourd’hui les activités humaines sont également racines pendantes ou cordages
bois, le déroulage et la fabrication des contreplaqués. responsables de la diversité et de l’évolution des for- qui descendent de l’arbre et se
retrouvent principalement sur
L'autre caractéristique est ensuite liée à l’alternance mations végétales des régions côtières du Gabon. les premières branches.

41
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Diversité des paysages végétaux


des régions littorales gabonaises
L’ensemble des paysages végétaux des régions littorales gabonaises,
à l’exception des forêts à okoumé qui se retrouvent au-delà de ces
limites, suivent plus ou moins les contours du bassin sédimentaire
côtier. Les environnements côtiers façonnent le développement de
ces formations végétales, de la nature du sol ou la topographie, aux
conditions hydrologiques (la salinité) et hydrographiques (tracé des
Forêt ombrophile Rhizophora harrisonii Avicennia germinans cours d’eau).
(F.o) (R.h) (Av)
Ainsi, on distingue sur l’ensemble du littoral gabonais, en fonc-
Hauteur tion des caractères physionomiques, deux types de formations
F.o P.r R.h L.r Av Pl.r
(m) végétales, les ligneux et les herbacées. Les formations ligneuses
12
dominent les côtes rocheuses et vaseuses, ainsi que les zones exon-
10
dées. En revanche, les herbacées sont très clairsemées et n’occu-
8
pent que des étendues assez faibles par rapport aux forêts. Aussi,
6
sont-elles plus présentes en bordure de la mer qu’à l’intérieur du
4
bassin sédimentaire.
2

Les végétations ligneuses


Crique Le long des cours d’eau, chenaux de marée et fleuves côtiers,
E. ONDO ASSOUMOU, I. A. AKENDENGUE
comme sur la terre ferme, trois types de ligneux dominent les pay-
sages végétaux. Il s’agit des marais à mangroves, des forêts maréca-
geuses et des forêts de terre ferme.
- Les forêts de mangroves (photo 1) sont considérées comme
des formations pionnières ou de transition entre l’océan et le
continent, car elles sont régulièrement soumises aux mouvements
permanents des courants marins, vagues et marées. De ce point de
vue, ce sont des formations emblématiques de l’interface côtière
terre/mer. Elles se développent lorsque les conditions écologiques
sont particulières, notamment un taux de salinité élevé et une tem-
Phoenix reclinata Laguncularia racemosa Platier rocheux pérature supérieure à 15 °C. Le sol est généralement composé de
(P.r) (L.r) (Pl.r) vase, c’est-à-dire des colloïdes ou sédiments fins, argile et limon,
Figure 1 - Coupe transversale représentant la zonation végétale dans un marais ou des vases mélangées au sable fin. Sur le plan topographique,
à mangroves à Okala au nord de Libreville la pente doit être nulle ou insignifiante (moins de 5 %). Les sols

42
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

des mangroves sont également acides, contiennent


des sulfates et beaucoup de matières organiques is-
sues de la décomposition des feuilles ou des racines.
Les forêts de mangroves se présentent en rideaux
le long des cours d’eau et en bandes parallèles au
chenal jusqu’à la terre ferme. Leur disposition est
particulière, car elles peuvent présenter des forma-
tions monospécifiques à Rhizophora ou Avicennia,
ou des formations plurispécifiques avec l’association
Forêt ombrophile Laguncularia racemosa Avicennia germinans Chrysobalanus icaco
Avicennia-Laguncularia, ou bien encore l’association (F.o) (L.r) (Av) (Cr.i)
Rhizophora-Avicennia (fig. 1).
Hauteur
En complément de cette zonation, les paysages de (m)
mangroves présentent également plusieurs aspects en F.o P.c R.h L.r Av C.e Cr.i F.o P.c F.o
35
fonction de la hauteur des individus. Ainsi, se dis- 30
tingue en bordure de l’eau libre, sur le front de mer 25

ou au bord du cours d’eau, une mangrove haute et 20


15
dense de 15 à 20 mètres parfois plus. En s’éloignant 10
de ce rideau et en s’approchant de la terre ferme, 5

la hauteur des individus diminue, passant de 5 à 0

10 mètres, puis de 1 à 3 mètres. Mais ce schéma n’est


pas homogène sur tous les sites. Sur certaines zones, Crique
le dernier rideau situé au contact avec la terre ferme E. ONDO ASSOUMOU, I. A. AKENDENGUE

est constitué de hautes mangroves, souvent vieilles,


de plus de 25 mètres (fig. 2).
Le paysage d’arrière-mangrove est également re-
marquable, non seulement par le caractère rabougri
des Rhizophora, notamment Rhizophora harrisonii,
mais aussi par son aspect clairsemé. Enfin, dans la
zone de contact avec la terre ferme, la mangrove est
mélangée avec des espèces dites « accompagnatrices »,
tels que les palmiers faux-dattier le Phoenix reclinata,
les Raphia, la fougère dorée Acrostichum aureum (Po- Rhizophora harrisonii Crique Conocarpus erectus Pandanus candelabrum
lypodiaceae), la graminée Paspalum vaginatum et les (R.h) (C.e) (P.c)

Pandanus (Pandanaceae). Sur le littoral gabonais, on Figure 2 - Coupe transversale dans un marais à mangroves à Ikoy-Komo à
dénombre trois genres de Rhizophora ou palétuvier l’est de la commune d’Owendo

43
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

GUINÉE
Rio Mouni
ÉQUATORIALE

Cocobeach Baie de
la Mondah
rouge : le Rhizophora environ 1 500 km2 dans la première zone et 1 000 km2
LIBREVILLE Estuaire harrisonii ; le Rhi- dans la seconde ; les 41 km2 restants étant situés dans
du Komo
zophora racemosa ; et la partie méridionale, notamment dans les quatre prin-
marais à mangroves
le Rhizophora mangle cipales lagunes (Ondo Assoumou, 2011).
(2 500 km² environ) (qui est une hybride
Baie du Delta de issue du croisement Enfin, le paysage des marais à mangroves est com-
limite du bassin
Cap Lopez l’Ogooué sédimentaire côtier des deux premiers) posé de zones dénuées, appelées « tannes ». Le tanne
Port- de la famille des Rhi- peut être vif lorsque le sol est complètement nu
Gentil (photo  2), et herbu (photo  3) lorsqu’il est couvert
Superficie de mangroves zophoraceae, le genre
(en km²)
1 000 Avicennia avec une d’un tapis herbeux ras composé de Sesuvium portula-
Lagune castrum et de petites cypéracées clairsemées, parfois
Nkomi 350
seule espèce représen-
Omboué
100 tée au Gabon Avicen- colonisé aussi par quelques pieds de Laguncularia ra-
25 nia germinans de la cemosa et de Conocarpus erectus de petites tailles. Ces
Lagune
Ngové moins de 15 famille des Avicennia- tannes se trouvent en arrière des mangroves. La for-
OCÉAN Lagune ceae. Le Laguncularia mation des tannes est certainement due au manque
ATLANTIQUE Ndogou racemosa et le Cono- de circulation d’eau et à l’évaporation des sels mi-
Gamba carpus erectus sont les néraux (Vande weghe, 2011). L’analyse de Lebigre
© IGARUN, Université de Nantes

représentants de la (2007) est plutôt soutenue sur le processus de tan-


famille des Combre- nification. En effet, deux facteurs sont responsables
N
Mayumba
Lagune taceae. de la tannification. Le premier est l’acidification des
Banio
Les marais à man- sols, c’est-à-dire la présence dans le sol du souffre
0 50 100 km
groves de la côte ga- et de ses composés. La matière organique, notam-
CONGO
d’après A. LEMBÉ (2014) S. CHARRIER bonaise couvrent au ment l’abondance des radicelles dans les écosystèmes
total une superficie mangroves, favorise en effet la sulfato-réduction bac-
Figure 3 - Les principaux
secteurs de mangroves d’environ1 2 540 km2 répartis principalement dans térienne en milieu anaérobie. Le deuxième facteur
au Gabon
trois zones (fig. 3). Les mangroves estuariennes (dans est la salinisation des sols de mangroves et de leurs
la partie septentrionale) et deltaïques (dans la partie nappes, lorsque le taux de sel des sols est supérieur
centrale) sont les plus importantes avec respectivement à celui de la mer (environ 20 ‰). Les variations de
la salinité dans les mangroves seraient liées en partie
à la percolation horizontale de l’eau, tandis que la
1. La superficie totale des mangroves du Gabon n’est pas préci- percolation verticale est liée à la nature du substrat
sément connue, car pour l’instant, les seules données assez fiables
ne concernent que quelques zones, en particulier les mangroves de
(Lebigre, 2007).
l’estuaire du Komo, du delta de l’Ogooué et de la lagune Nkomi. Cer- Il y a environ trois décennies, lorsque les premières
tains auteurs proposent des estimations pour l’ensemble des mangroves
du pays : 2 500 km2 pour Lebigre (1990) et Ondo Assoumou (2006
études sur les mangroves ont commencé au Gabon, la
et 2011) ; 4 000 km2 pour Rabenkogo (2003) ; et 2 100 km2 pour présence des tannes, ces espaces nus ou herbus, parais-
Vande weghe (2011 et 2013). sait comme un phénomène inattendu (Lebigre, 1983a).

44
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

Ils n'avaient été signalés à cette époque que dans la partie septentrionale
du littoral gabonais, dans la baie de la Mondah et à l’ouest de l’estuaire du
Komo (Lebigre et Marius, 1984). Aujourd’hui, il existe d’autres secteurs
à tannes sur le littoral du Gabon, notamment dans la lagune Ngové où ils
portent le nom de prés salés.
- La forêt marécageuse est la deuxième formation de ligneux ren-
contrée dans la zone côtière du Gabon. Dans ce type de forêts, les sols
sont en permanence gorgés d’eau. Les arbres et les arbustes qui y vivent
sont composés d’espèces introduites et d’espèces naturelles. Parmi les
espèces introduites par l’homme, signalons le Gnaouli ou le Melaleuca
leucadendron (Myrtaceae), très abondant aujourd’hui à Port-Gentil, Photo 2 - Tanne vif dans la mangrove basse de Bizango-rail à l’est de Libreville
et qui forme dans cette région une forêt monodominante (Fromard (ph. B. Sindzi Indouyi, 2015)
Ce tanne vif de couleur grise se trouve entre la forêt de terre ferme et les man-
et al., 1994 ; Ondo Assoumou, 2006). Historiquement, le Melaleuca groves basses à Rhizophora. Par endroit, le sol est jonché de troncs d’arbres
leucadendron a été introduit à Port-Gentil vers 1894 par les mission- morts suite au recul du pied de la colline.
naires catholiques de la mission Dybowski. La plante a été cultivée
pour lutter contre les moustiques responsables de la malaria. Depuis,
cette espèce s’est densément peuplée et a envahi pratiquement toute la
ville de Port-Gentil. Elle a été plantée au nord de cette ville, et actuel-
lement elle se trouve au sud à Ntchengué à plus de 20 kilomètres du
centre d’origine. Certains anciens pensent même que c’est une essence
locale, car ils ont grandi avec. Inféodée dans cet écosystème, cette es-
pèce a su s’adapter et s’est bien développée dans la zone marécageuse
entre les mangroves et les savanes. C’est une espèce dont les individus
ne dépassent pas 20  mètres de haut et résistent bien au feu que les
populations allument régulièrement pendant les saisons sèches. Aussi,
elle a tendance à envahir la savane, car son pouvoir colonisateur est
important surtout lorsque le milieu est ouvert. Elle se dissémine par le
vent (plante anémochore) et par l’homme (anthropochore) qui l’utilise
souvent comme poteaux électriques ou pour le linge.
Outre cette espèce anthropique, la forêt marécageuse, même si elle
n’est pas très riche en espèces d’arbres en raison de conditions éco- Photo 3 - Tanne herbeux dans les mangroves d’Egoumié à Owendo
logiques assez difficiles, est composée d’espèces fréquentes comme (ph. I. Akendengue Aken, 2015)

l’assongho Anthostema aubryanum, un petit arbre de la famille des On note entre la mangrove à petits Rhizophora à droite et les palmiers à
gauche, un espace dénudé jonché de troncs morts et quelques touffes très
Euphorbiaceae, des Rubiaceae comme les bahias Hallea ciliata et Hal- rases, à environ 15 cm du sol, du Paspalum vaginatum (Graminée). Le sol est
lea stipulosa, les palmiers Raphia (Vande weghe, 2013). sableux et assez compact.

45
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

- Les forêts denses (Malvaceae). Dans d’autres cas, surtout là où elle


humides de terre s’est bien développée, elle forme des fourrés denses
ferme  : il existe trois impénétrables comportant beaucoup d’arbustes et de
principaux types de lianes. Les espèces les plus fréquentes sont l’icaquier
forêts côtières de terre Chrysobalanus icaco (Rosaceae), le Manilkara lacera
ferme au Gabon. (Sapotaceae) ; le Syzygium guineense (Myrtaceae), les
eucalyptus Barteria nigritana et Fegimanra africana
La forêt sclérophylle
mélangés aux palmiers faux-dattiers Phoenix reclinata
littorale ou forêt sèche se
et le grand Hyphaene guinensis.
développe face à l’océan
Photo 4 - Sous-bois d’une sur des terrains élevés Les forêts secondaires sont des formations végé-
forêt sclérophylle ou sèche du (anciens cordons littoraux et collines), notam- tales qui succèdent aux cultures abandonnées et
littoral
(ph. B. Sindzi Indouyi, 2015)
ment dans la plaine de Pongara (littoral septen- aux anciennes zones d’exploitation forestière. Elles
Le sous-bois est clair, dégagé.
trional) (Ndjimbou Niarra, 2010) et dans la recolonisent ces espaces après plusieurs années, à la
Les feuilles mortes au sol sont plaine de Ouanga vers Gamba (littoral méridio- suite des stades d’herbacées et de brousses arbustives.
souvent rouges. nal) (Ndéma, 2014). Outre la topographie, le Les ligneux pionniers sont tout d’abord le paraso-
critère climatique pourrait également influen- lier Musanga cecropioides (Moraceae), puis l’ahinebé
cer cette formation végétale. Son sous-bois est Anthocleista schweinfurthii (Loganiaceae) (photo 6),
souvent clair (photo 4). En effet, elle perd gé- suivis par l’okoumé Aucoumea klaineana (Bursera-
néralement les feuilles pendant la saison sèche ceae) et l’ilomba Pycnanthus angolensis (Myristica-
qui dure environ trois mois au Gabon. Elle est ceae). Enfin, les retardataires ou dryades des forma-
en principe composée d’arbres dont la hauteur tions secondaires sont le fromager Ceiba pentandra
n’excède pas les 15  mètres. Cette formation (Bombacaceae) et le kumbi Lannea welwitschii (Ana-
représente un stade avancé de la succession vé- cardiaceae). On retrouve ces essences aussi bien dans
gétale qui commence par la recolonisation des les vieilles jachères que dans les jeunes. Toutefois,
secteurs anciennement occupés par les savanes l’okoumé reste dominant, suivi du parasolier et de
côtières (Vande weghe, 2011). Ainsi, elle se pré- l’ahinebé (Douh et al., 2012). Les lianes, comme le
sente par endroit sous forme de bosquets boisés, Combretum platypterum, sont abondantes. Le sous-
parfois en bandes parallèles au trait de côte et se bois est touffu et on y retrouve beaucoup de Zin-
matérialise par une différence de hauteur. giberaceae comme le genre Aframomum aux fruits
rouges.
Photo 5 - Forêt sclérophylle Les individus les plus vieux et les plus hauts
à Dalberghia ecastaphyllum sont sur les anciens cordons littoraux, tandis Enfin, les forêts matures à okoumé et ozouga se dé-
(Papilionoideae) à Bizango-rail
à l’est de Libreville que les essences arbustives sont sur les cor- veloppent tout le long du littoral gabonais sur les sols
(ph. B. Sindzi Indouyi, 2015) dons littoraux récents. Les espèces les plus sableux, où les pressions d’origine anthropique sont
Dalberghia ecastaphyllum se connues de cette forêt sont Dalberghia ecas- rares ou minimes. Ce sont de vieilles forêts où do-
présente ici comme un fourré taphyllum, une légumineuse de la famille des minent essentiellement les espèces d’ombre ou scia-
impénétrable moins haut,
d'environ 4 mètres.
Papilionoideae (photo 5), et Hibiscus tiliaceus philes. Les arbres de cette formation sont très hauts et

46
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

peuvent atteindre les 60 mètres. Les plus fréquentes


sont okoumé Aucoumea klaineana, espèce endémique
de la forêt gabonaise, et l’ozouga Sacoglottis gabonen-
sis. À ces deux premières s’ajoutent l’alep Desbordesia
glaucescens (Irvingiaceae) et l’ozigo Dacryodes buettne-
ri (Burseraceae).
Dans la forêt classée de l’Arboretum de Raponda
Walker, au nord de Libreville, quelques vielles es-
sences se rencontrent, comme l’azobé Lophira alata
de la famille des Ochnaceae. Cette forêt représente,
en définitive, la partie occidentale de la forêt de terre
ferme du Gabon. Elle appartient à l’ensemble des fo-
rêts sempervirentes du golfe de Guinée s’étendant de
la frontière nigérienne au sud du Gabon. Au niveau
du Gabon, elles sont connues sous l’appellation de
forêts à okoumé Aucoumea klaineana et ozouga Saco-
glottis gabonensis. C’est une formation végétale qui
s’est développée le long du littoral sur des sols très
sableux, et à l’intérieur du Gabon sur des sols argi-
leux (Vande weghe, 2013).

Les végétations herbacées du bassin côtier Photo 6 - Forêts secondaires


Anthocleista schweinfurthii
Les herbacées dans la classification de Raunkaer résiste au sel. Ce sont des espèces rampantes ou tra- (Loganiaceae)
(Salanon et Lacoste, 2005) représentent le deuxième çantes pouvant atteindre 30 mètres de long. La tige (ph. B. Sindzi Indouyi, 2015)
type biologique. Ce sont essentiellement des herbes, est très ramifiée. Ce groupement végétal comprend
soit isolées, soit en peuplement dense. Sur le littoral deux espèces caractéristiques, la rampante Ipomea
gabonais, ces herbacées occupent à la fois des terrains pes-caprae (Convolvulaceae Portuculaceae) et Remira
sableux sur les plages que des terrains argileux sur maritima (Cyperaceae) aux tiges dressées, et quelques
terre ferme. La végétation herbacée s’étend sur tout le espèces accompagnatrices comme Canavalia rosea et
long du littoral gabonais et se distingue soit par des Tilium triangular (Papilionoideae). Leur hauteur ne
critères floristiques et physionomiques, soit par des dépasse pas 80 centimètres et ce groupement est sou-
critères édaphiques et de durée de l’inondation. vent clairsemé (Ondo Assoumou, 2006).
- les herbacées du haut de plage représentent un - les herbacées d’arrière plage se distribuent en
groupement végétal pionnier qui colonise les sables fonction de la nature du sable en deux groupements.
blancs situés au-dessus de la laisse de haute mer et qui Les herbacées qui colonisent les sables blancs et

47
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

d’autres qui se développent sur sable ocre à cause des circuler convenablement dans ces dépressions. Mais
argiles mélangées aux sables. La diversité des espèces, au fil des années, les ligneux, notamment le Mela-
leur densité et leur hauteur caractérisent ce groupe- leuca leucadendron, s’installent.
ment d’herbacées. Les plus fréquentes sont des grami-
- les savanes des anciens cordons de la plaine lit-
nées Ctenium newtoni, Melinisne rviglumis, Paspalum
Hauteur torale : bien que parfois invisibles, la plaine littorale
vaginatum, Hyparrhenia, Anadelphia, Andropogon et
(m) 4 est parsemée d’anciens cordons littoraux qui se sont
BL Eragrostis, les cypéracées sont nombreuses. Souvent
formés lors de la transgression flandrienne entre 6000
ces espèces sont envahies par le Cassytha fili-
6 et 4000 ans B.P. (Giresse, 1969). La régression taffo-
formis (Olaceae). Leur hauteur maximale
lienne, caractérisée par un climat sec (Lebigre, 1983b)
varie entre 1,5 et 2 mètres.
4
qui a succédé à cette transgression, a favorisé le dé-
4
BL 3
- les savanes her- veloppement des savanes littorales. L’essentiel de ces
2 beuses humides se cordons est aujourd’hui dominé par la forêt littorale.
2 Est BL 1 Ouest
trouvent le long Cependant, par endroit et du Sud vers le Nord, on y
sable
rpl rpl de plage des ruisseaux, trouve des îlots de savanes intraforestières morcelées et
0 dans les fonds disséminées sur le littoral gabonais. Naturellement, ces
dp dp dp mer
de vallées et savanes marquent le prolongement de vastes étendues
300 m 200 m 100 m 0
dans les dé- de savanes du Congo et de l’Angola (Vande weghe,
1 espèces rampantes Source : E. ONDO ASSOUMOU, 2006
pressions des 2013). Elles se rencontrent aussi dans la réserve de
2 strate herbacée
cordons littoraux Wonga-Wongué au sud de Libreville, dans la plaine
3 strate sous-arbustive (50 cm à 2 m de haut)
où se développe deltaïque de l’Ogooué (Ondo Assoumou, 2006) et
4 strate arbustive (2 à 7 m)
une végétation herba- quelques poches dans les lagunes méridionales, no-
rpl replat cée dense et haute. Les grami- tamment dans la Lagune Nkomi, dans le parc national
dp dépression nées y sont abondantes et atteignent de Loango et à Gamba. Les savanes des anciens cor-
BL bandes ligneuses 80 cm à 1,20 m formant un tapis plus ou dons littoraux ont une double spécificité. La première
moins continu. Les espèces dominantes sont tient au fait qu’elles sont totalement dépourvues de vé-
Figure 4 - Coupe paysagère Hypparrhenia, Andropogon gabonensis, Panicum gétations arborées. Structuralement et contrairement
schématique de la forêt-
savane des cordons sableux congoense, Loudetia simplex, Ctenium newtoni, ainsi à l’idée selon laquelle ces savanes sont dépourvues de
à Port-Gentil que les cypéracées Mariceus sp, Cyperus cyperoides, ligneux, on note la présence de quelques arbustes. Il
Cyperus nutan, Fimbristylis sp, Anadelphia afzeliana s’agit du goyavier Psidium guinensis (Myrtaceae) ra-
et Imperata cylindrica occupant parfois de grandes bougri, Annona senegalensis très résistant aux feux
étendues et reconnaissables par de longs épis blan- de brousse et Annona glabra (Annonaceae) présent à
châtres et duveteux. À ces deux familles s’ajoute une Port-Gentil, et le petit icaquier Chrysabalanus icaco
fougère, le Nephrolepis sp. À Port-Gentil et dans le (Chrysabalanceae). La deuxième spécificité est liée au
parc national de Pongara, les savanes humides se re- type de sable. Les savanes sur des sables blancs sont
trouvent notamment dans les dépressions humides. présentes entre Omboué et Gamba, et sont compo-
Une topographie quasiment plate empêche l’eau de sées d’herbes très courtes et clairsemées ne dépassant

48
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

pas 40 cm. Les graminées typiques de cette savane sont C’est un groupement assez pur car constitué essen-
le Ctenium newtoni, Melinis nerviglumis et Eragrostis tiellement de Melaleuca leucadendron en peuplement
sp. On trouve aussi des Cypéracées et des Gentianaceae ligneux monodominant. Ces bandes ligneuses se
comme Neurotheca corymbosa. retrouvent derrière les mangroves et tentent de des-
Les savanes sur sable ocre se développent soit sur cendre vers le sud de Port-Gentil. Les individus sont
des sols argilo-sableux, soit sablo-argileux. La végéta- hauts de plus de 25 mètres ;
tion herbacée est dense et continue pouvant atteindre
80  cm à 1,20 m de haut. Les principales graminées
sont Hyparrhenia, Anadelphia et Andropogon.

Paysages de mosaïques ligneux-herbacées


des cordons littoraux
C’est un paysage typique des cordons littoraux de
Port-Gentil où alternent crêtes, replats et dépressions
humides (fig. 4). On en distingue plusieurs types :
- des peuplements ligneux purs et denses à cimes
jointives : les espèces dominantes sont le Melaleuca
leucadendron et le Manilkara lacera. Elles colonisent
les dépressions humides :
- des îlots boisés : ces ligneux ont également des
cimes jointives, mais ils se développent dans les sa-
vanes humides des replats où ils forment des bos-
quets plus ou moins circulaires de hauteur moyenne
d’environ 10 mètres. Les espèces les plus abondantes
sont le palmier Elaeis guineensis, Chrysobalanus icaco,
et Melaleuca leucadendron ;
- des alignements de ligneux isolés : c’est un grou- Photo 7 - Paysage de mosaïque
forêt-savane dans la région de
pement végétal qui n’est ni pur ni dense, les cimes ne - des savanes boisées : souvent loin de la mer, les Wonga-Wongué
sont pas jointives. Les espèces, espacées les unes des herbacées sont mélangées aux ligneux arbustifs (pho- (ph. J. Sidle, 2014, www.
autres, occupent les dépressions humides. Elles sont to 7). Le peuplement herbeux est dense, mais les ar- panoramio.com)

dominées par Elaeis guineensis et Chrysobalanus icaco ; bustes sont moins nombreux et clairsemés. La phy-
- des bandes ligneuses larges : elles sont presque sionomie est dominée par des palmiers nains d’Elaeis
parallèles au trait de côte de direction nord-sud. Elles guineensis à certains endroits, et dans d’autres secteurs,
occupent également les dépressions humides et sont les herbacées sont associées à Annona glabra (Annona-
très impressionnantes et remarquables à vol d’oiseau. ceae), un arbuste de moins de 3 mètres de haut.

49
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

GUINÉE
ni ÉQUATORIALE
Mou La mosaïque des formations végétales
R

io
Cocobeach du bassin sédimentaire côtier du Gabon

Type de formation végétale


Sur l’ensemble des régions littorales gabonaises, les ligneux
forêt dense humide
sont plus diversifiés et comprennent du trait de côte jusqu’à
LIBREVILLE Ntoum de terre ferme la limite du bassin sédimentaire côtier et de la forêt de l’inté-
rieur du pays, les forêts inondées et les forêts de terre ferme.
Est

a ir
ed
Kango forêt marécageuse
u

u Ko m
o Les forêts de mangroves soumises à des mouvements quo-
forêt de mangroves tidiens des marées ont besoin de vase et d’une température
assez chaude. Y a-t-il un lien entre ces conditions physiques
savane des cordons
littoraux actuels
et la répartition des mangroves sur le littoral gabonais ? Les
Lac Azingo mangroves du Gabon sont en effet plus abondantes dans
savane des anciens cordons
Lambaréné de la plaine littorale la partie septentrionale (les trois estuaires) et dans la partie
Port-Gentil oué centrale (le delta de l’Ogooué) de ce littoral, avec environ
O go jachère, plantations
et forêt dégradée 2 540  km² pour l’ensemble et 2 350  km² pour les seules
régions du Nord. Dans la partie sud, elles ne forment que
des lisérés étroits et localisés à l’embouchure des lagunes. Au
Lagune
Nkomi
regard des conditions physiques, cette diminution des man-
i réseau hydrographique groves dans le littoral sud du Gabon serait probablement liée
Omboué kom principal
à deux facteurs, le relief et l'hydrologie. En effet, sur le plan
N

limite du bassin
Iguéla Lagune sédimentaire côtier orographique, les pentes des rives des lagunes du Sud seraient
Ngové
ville principale plus fortes et limiteraient donc la sédimentation de la vase.
Une mince couche de vase s’y dépose alors au-dessus d’une
Lagune importante couche de sable laissée auparavant par les cou-
Ndogou
OCÉAN Setté Cama
rants marins. La deuxième raison est liée à la nature des eaux
ATLANTIQUE du littoral méridional gabonais. Ces eaux sont plus froides et
Gamba plus salées que celles du littoral central et septentrional. Le
courant froid de Benguela rafraîchit les eaux, lorsque les cou-
rants guinéens sont plus chauds et moins salés (Lebigre, 1990
et Ondo Assoumou, 2006). L’autre élément caractéristique
Lag
Mayumba
une des formations végétales du littoral gabonais est la présence
B an
N 0 50 100 km
io de paysages de mosaïques herbacées-ligneux, notamment
dans la région de Port-Gentil et dans la plaine de Pongara
Ndindi
avec des contacts savanes-mangroves ou savanes-forêts à Me-
d’après Atlas du Gabon, 2003 CONGO laleuca leucadendron (fig. 5). Les formations végétales ne sont
E. ONDO ASSOUMOU, S. CHARRIER © IGARUN, Université de Nantes
pas seulement conditionnées par des facteurs physiques, mais
Figure 5 - Les formations végétales des régions littorales du Gabon leur dynamique dépend aussi des actions anthropiques.

50
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

De la mangrove urbaine
à la « mangrovicide » dans
les villes littorales du Gabon
Les principales villes côtières du Gabon ont été
construites à proximité des zones de mangroves qui se
développent le long des cours d’eau où les pentes sont
faibles et où les eaux sont salées et chargées d’alluvions.
Le relief dominant du bassin sédimentaire côtier du
Gabon est constitué de plaines littorales qui, au cours Photos 8 et 9 - Pêche
artisanale sur la rivière Lowé,
de leur évolution, ont été érodées par les eaux fluviales autour ou à proximité des mangroves détruisent éga- dans le quartier Acaé au sud
et laissent ainsi apparaître des alignements colinéaires lement ces écosystèmes pour construire des latrines, de Libreville
(ph. E. Ondo Assoumou, 2013)
et des vallées encaissées. Le développement urbain a été douches, lavabos artisanaux en plein air et puits.
Un débarcadère a été amé-
fortement contraint par ces caractéristiques liées aux Elles plantent aussi des palmiers, des bananiers et du nagé au sein de la mangrove
sites des villes. Or, si dès le départ, les implantations manioc (photos 10 à 15). par les pêcheurs pour leurs
se sont faites comme par exemple à Libreville dans les pirogues à moteur et leurs

zones exondées, c’est-à-dire sur les crêtes et les versants Le deuxième type de relation est composé de po- fumoirs.

des collines, il en fut bien autrement des extensions les pulations vivant hors des mangroves. Les pressions
plus récentes (voir le chapitre 12 du présent ouvrage). anthropiques qui s’exercent sont alors liées à un be-
soin particulier, soit pour des raisons médicales, car Photos 10 et 11 - Destruction
Aujourd’hui, outre la pêche traditionnellement l’écorce des palétuviers rouges est utilisée dans la de la mangrove au profit de
l’aménagement urbain
pratiquée dans ces zones, les mangroves sont deve-
(ph. E. Ondo Assoumou, 2013)
nues de véritables milieux de vie pour les popula-
tions riveraines (Kuete, 2005 ; Cormier Salem,
1996), dont les pressions sur ces milieux sensibles
s’exercent de deux façons. Le premier type com-
prend les populations vivant à l’intérieur des man-
groves (villages) et celles vivant à proximité ou en
arrière des mangroves (Ondo Assoumou, 2011).
Dans les plus grandes agglomérations du Gabon, de
nombreux villages sont ainsi situés dans les zones de
mangroves, parmi lesquels ceux des pécheurs. À Li-
breville, il s’agit par exemple des quartiers Ambowé
et Alibadeng au nord, et Acaé au sud (photos 8 et 9).
À Port-Gentil, les pécheurs se sont installés dans les
villages de Matanda et Iguiri sur la façade est. Outre Construction des lavabos et culture de manioc, banane et palmier à huile dans les zones de mangroves dans
le quartier Alénakiri à côté de la centrale électrique d’Owendo. En arrière-plan à gauche, on observe de grands
la construction des maisons, les populations vivant arbres de mangrove d’environ 25 m situés à proximité des habitations.

51
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

des terres et la recherche des terrains à moindre coût


obligent les riverains à construire dans les zones de
mangroves qui sont ainsi détruites. On assiste sou-
vent à des coupes à blanc. Puis, ces zones sont rem-
blayées lorsqu’il s’agit d’entreprises disposant d’im-
portants moyens logistiques. Les populations peu
fortunées s’installent quant à elles directement dans
les zones de mangroves après leur destruction au mé-
pris de tout risque naturel. Les zones de mangroves
Photos 12 et 13 - Construction
d’un puits artisanal à Alénakiri sont ainsi vulnérables par leur situation de proximité
au sud de la commune aux grandes agglomérations du Gabon, où s’accélère
d’Owendo pharmacopée, soit pour des raisons récréatives, éduca-
l’urbanisation (photos 16 et 17) et se développent
(ph. E. Ondo Assoumou, 2013) tives ou pédagogiques. Il s’agit également du tourisme
sans cesse des activités industrielles. Particulièrement
Vivant loin des circuits d’ad- ou encore des travaux scientifiques menés sur des thé-
duction d’eau, les populations
matiques en rapport avec ces écosystèmes fragiles. concernée, la superficie des mangroves d’Owendo est
sont obligées de construire des en fort recul dans la zone du pont Nomba et d’Alé-
puits en plein air à côté de la
vase et des mangroves.
Cependant, au-delà de ce que l’on peut appe- nakiri, derrière les trois ports.
ler aujourd’hui « service écologique », les milieux de
mangroves sont devenus des zones particulièrement Ailleurs, comme à la Pointe Chapuis au nord de
convoitées par les populations riveraines. La conquête Port-Gentil, 80 hectares de mangroves ont été dé-
truits en 2014 afin de construire une usine d’engrais
chimique. Et l’urbanisation n’est pas la seule cause
de dégradation des mangroves, les activités agricoles
ayant également un impact négatif sur ces écosys-
tèmes (photo 18). À Libreville, de nombreux secteurs
à mangroves ont ainsi été transformés en cultures
maraîchères, d’autres ont été rasés pour faire passer
les conduites de gaz ou d’adduction d’eau comme à
Okala au nord de Libreville.
Au-delà du cas spécifique des mangroves, ce sont
les formations végétales des régions littorales dans
leur ensemble qui sont victimes de diverses formes
de dégradation. Étant situées soit à proximité des
grandes villes littorales ou dans les zones d’exploita-
Photos 14 et 15 - Construction des latrines dans la mangrove tion pétrolière et forestière, elles sont bien souvent
(ph. de gauche E. Ondo Assoumou, 2012, et de droite P. Pottier, 2014) détruites et remplacées par de nouveaux quartiers
La mangrove est coupée au profit des latrines situées à l’extérieur des habitations. Elles sont urbains, des routes ou de nouveaux fronts pionniers
souvent sur pilotis avec des pieux en béton (photo de gauche, arrière plan) dans le quartier
Alibadeng au nord de Libreville et en planches avec passerelle dans le quartier Ngindabato à
52 Owendo (photo de droite).
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

d’exploitation agricole. Aussi, les aménagements pétroliers


et la déforestation créent au sein de la végétation littorale des
effets tels que la fragmentation des écosystèmes, ou encore la
formation de zones marécageuses par blocage des cours d’eau. Photos 16 et 17 - Destruction
Les nouvelles routes altèrent ainsi l’écoulement des rivières et de la mangrove au profit de
provoquent la création de plans d’eau artificiels. Ces derniers l’aménagement urbain
(ph. C.-O. Nkouandzi Mabika,
causent la disparition de la végétation ou modifient la structure 2015)
et la composition des types de forêts. Au-delà de ces situations Projet de construction de
localisées qui pourraient s’accroître dans les décennies à venir, logements sociaux à Ntchen-
gué au sud-est de Port-Gentil.
ces dégradations pourraient provoquer un recul réellement si- À droite, les zones de man-
gnificatif des espaces naturels gabonais, au bénéfice des espaces groves sont d’abord détruites,
artificialisés par l’homme. Cette tendance devrait alors devenir puis rechargées en sable. En
bas, les premiers logements
un vrai sujet de préoccupation pour les générations futures de la construits sur le site.
population du pays.
Les atteintes à la nature sont par ailleurs d’autant plus préoccu-
pantes que ces régions littorales voient leur poids démographique
augmenter de façon importante et continue depuis plusieurs dé-
cennies (voir à ce sujet le chapitre 7 du présent ouvrage). Elles révè-
lent aussi sur ces milieux naturels littoraux l’évolution de pressions
anthropiques qui vont croissantes et illustrent bien ces relations
entre l’homme et son milieu naturel, qui, en une scène contradic-
toire, voit s’affronter les questions de développement économique
et de conservation de la nature. Ces régions littorales ont en effet
été les premières à être exploitées afin de dégager une rente, no-
tamment pour leur forêt. En 1956, la première zone d’attribution
à l’exploitation était ainsi concentrée dans le quart nord-ouest du
pays (Meka Mallogho, 2007), presque entièrement dans le bassin
sédimentaire côtier et prolongée jusqu’en 1961 par une deuxième
zone qui ne fit que pénétrer timidement vers l’intérieur des terres.
Ces régions littorales sont aussi porteuses d’espoirs pour l’avenir
du Gabon. Celles des promesses du développement d’un écotou-
risme qui pourrait s’enrichir d’une valorisation encore plus affir-
mée de ce patrimoine végétal gabonais remarquable, déjà ancré
dans les représentations, mais aussi celles d’une économie plus
intégrée et orientée vers la satisfaction des populations locales.

53
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

supplémentaire en faveur d’une gestion maîtrisée de


la nature au Gabon, particulièrement au service de
la limitation du recul des espaces naturels forestiers.

Conclusion
Les forêts ombrophiles gabonaises sont souvent
étudiées dans leur ensemble, et l’on distingue à
ce titre les forêts de l’intérieur de celles de la zone
côtière. Le critère oro-géologique et la dominance
de l’okoumé étant les éléments distinctifs. Or, en
biogéographie végétale, les critères physionomiques
et floristiques sont déterminants dans une étude de
classification des paysages végétaux d’un territoire
donné. C’est dire que d’autres travaux sont indis-
pensables dans la connaissance de la végétation du
Gabon.
Aussi, la distinction entre les forêts de l’intérieur
de celles de la zone côtière est un indicateur de di-
versité et même d’originalité. En effet, cette diffé-
rence est liée aux facteurs écologiques qui sont déjà
différents. Les régions côtières, notamment celles
du Nord, sont les plus pluvieuses du Gabon, avec
Photo 18 - Un marais à
mangrove en cours de
plus de 2 500 mm par an. Étant situées dans la zone
destruction, remplacé par une de transition entre terre et mer, les embouchures
bananeraie à Ikoy, non loin À une autre échelle, sur le plan international, le des grands fleuves apportent énormément de sédi-
d’Owendo
(ph. A.-I. Akendengue, 2015)
Gabon pourrait également tirer profit de cet excep- ments terrigènes qui favorisent le développement
tionnel réservoir naturel. Car à l’avenir, les pays des écosystèmes particuliers, notamment les man-
détenteurs d’espaces forestiers considérés comme groves. On a souvent pensé que ces embouchures
de véritables « pièges à carbone », pourraient être (delta de l’Ogooué notamment) constituaient un
indemnisés pour ce service rendu à l’humanité. obstacle à la colonisation des okoumé, d’où leur
Ainsi, le Gabon avec ses espaces naturels forestiers absence. Les conditions climatiques actuelles pour-
de grande étendue pourrait en tirer un profit finan- raient favoriser l’expansion de cette espèce dans tout
cier sur la scène internationale, en faisant valoir son le bassin sédimentaire côtier et surtout en bordure
rôle important dans la contribution à la limitation de ces embouchures fluviales. Ce bassin a été la pre-
du réchauffement climatique. À n’en pas douter, ce mière zone consacrée à l’exploitation forestière. Sur
dernier point constitue bien évidemment une raison ces anciens sites, plus ouverts, sans aménagements

54
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

anthropiques, mais surtout de manière naturelle, les


jeunes okoumé se développent bien. Ce processus de Photo 19 - Affichage
à l’entrée du parc
colonisation naturel avait été étudié par Aubréville national de Mayumba
(1962) qui estimait à juste titre « Que l’okoumé est (ph. B. D. Koumba
Mabert, 2011)
fille du manioc ». Or, aujourd’hui, la zone côtière du
Les interdits qui sont
Gabon est la plus sollicitée par rapport au reste du affichés aux entrées
pays, avec l’exploitation forestière et l’urbanisation des parcs natio-
sans cesse croissante. naux sur de grands
panneaux illustrent
Par ailleurs, très peu étudié aujourd’hui sur le litto- bien les efforts de
protection et de
ral gabonais, le changement climatique, via l’éléva- conservation qui sont
tion du niveau de la mer ou l’érosion côtière encore portés par l’ANPN. Il
sectorielle pourrait lui aussi modifier la structure s’agit bien entendu de
rappeler que la nature
et la composition de la végétation littorale. La fo- doit être protégée des
rêt sclérophylle pourrait par exemple s’étendre ; les agressions humaines,
mangroves pourraient connaître une inversion de au moins sur ces
territoires aux péri-
leur front de colonisation, avec certainement une mètres bien définis.
recolonisation des tannes. Aussi, l’avenir des man-
groves sur substrat rocheux devrait constituer un en-
jeu important dans l’articulation avec le changement
climatique et l’évolution des écosystèmes côtiers.
populations. À cet effet, il est nécessaire d’impliquer
Enfin, les formations végétales des régions littorales toutes les catégories socioprofessionnelles, notam-
du Gabon se trouvent entre destruction, conversion ment les scientifiques pour comprendre les multiples
et protection, gestion, valorisation. Les efforts de interrelations qui affectent les écosystèmes naturels,
protection ont commencé (photo 19) et devront se les pouvoirs publics et les acteurs privés comme les
poursuivre avec l’Agence Nationale des Parcs Natio- ONGs œuvrant dans leur gestion.
naux qui a notamment pour missions la valorisation
des parcs nationaux, 13 créés en 2002 (voir à ce sujet
le chapitre 14 du présent ouvrage). Au total, parcs,
aires protégées et réserves couvrent aujourd’hui
25 572 km² du bassin sédimentaire côtier, soit plus
de 53 % de l’ensemble de sa surface. Les ambitions
affichées par le Gabon dans le domaine de la conser-
vation devraient normalement viser la réduction des
menaces qui pèsent sur la dégradation des écosys-
tèmes naturels, mais aussi stimuler la croissance éco-
nomique et l’amélioration de la qualité de vie des

55
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Références Lebigre J.-M., 1990. Les marais maritimes du


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56
Chapitre 1 - Les paysages végétaux du littoral gabonais

Ndjimbou Niarra S.-O., 2010. Organisation floris-


tique et dynamique de répartition de quelques essences
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Mémoire de maîtrise, Département de Géographie,
Université Omar Bongo, 100 p.
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Salanon R. et Lacoste A., 2005. Éléments de bio-
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Vande weghe J.-P., 2011. Akanda et Pongara, plages
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ANPN-WCS, Libreville, 2e édition, 272 p.
Vande weghe J.-P., 2013. Loango, Mayumba et
le bas Ogooué, série Les parcs nationaux du Gabon,
ANPN-WSC, Libreville, 2e édition, 320 p.

57
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise
Sylvie Brizard ZONGO
Océanographe, Université de Masuku, Franceville
Brice Didier KOUMBA MABERT
Géographe, CNDIO-CENAREST, Libreville

Les régions littorales du Gabon fournissent une part des pressions hu-
importante des ressources dont bénéficie le pays. Les maines non négli-
ressources économiques qui y sont extraites grâce au geables, quoi qu’en-
tourisme, à la pêche ou à l’exploitation du pétrole core limitées. Ces
découlent en amont d’un « capital naturel » indéniable pressions illustrent
car c’est en effet sur le plan biologique que cette combien la coha-
richesse est au départ remarquable. Dans sa partie bitation au sein du
maritime, les apports du continent en sels nutritifs géosystème entre les
favorisent une production primaire très élevée ainsi hommes et leur en-
qu’une production plus globale importante en res- vironnement, ici une
sources naturelles. Les campagnes océanographiques faune très présente,
et de recherches au Gabon ont ainsi permis de signa- peut être difficile
ler l’exceptionnelle biodiversité marine et aquatique et de conséquences
(Bourgeois et al., 2008). néfastes.
La préservation de cette biodiversité est aujourd’hui
un enjeu majeur pour le pays. Elle repose à la fois Les grands
sur la connaissance et surtout l’évaluation de ces res- écosystèmes
sources et de leurs habitats (Witt et al., 2008), ce qui marins et Photo 1 - Tortue luth sur la
plage de Pongara
nécessite un travail important d’inventaire. Ce travail le bassin du Congo comme facteurs (ph. Partenariat Tortues
a largement été engagé par certains auteurs, notam- déterminants de la richesse Marines du Gabon, 2011)

ment Vande weghe (2003, 2011, 2012, 2013) et Ziss- faunistique au Gabon Cette espèce qui est la plus
grande des tortues marines
man (2007), qui ont pu répertorier la faune marine L’Atlantique est compris entre les continents amé- fait du Gabon l’un des sites
et terrestre du Gabon et leurs habitats, dont une des ricain, européen et africain, il s’étend du nord au sud
de nidification les plus
importants au monde.
espèces littorales emblématiques reste sans conteste sur 12 000 kilomètres et d’est en ouest sur 5 600 kilo-
la tortue marine (photo 1), objet de plusieurs pro- mètres. Quant au golfe de Guinée, il se situe au milieu
grammes de recherche. de la façade de l’Atlantique Sud-Est (Geistdoerfer,
Ces programmes, bien que d’importance par leur 2002). Plusieurs limites ont été données au golfe de
dimension internationale et les soutiens qui les ac- Guinée, certaines privilégiant une étendue du Séné-
compagnent, ne doivent toutefois pas occulter que gal au nord à l’Angola au sud, d’autres le réduisant
les richesses biologiques sont en partie altérées par au nord à la Côte d’Ivoire et au sud par le Gabon

59
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

(Kouassi et Biney, 1998). Nous considérons pour Le littoral du Gabon est à l’image de cette diver-
notre part pertinente la délimitation proposée par le sité. Il présente au nord une côte rocheuse à petites
Guinea Current Large Marine Ecosystem (GCLME), falaises, aux caractéristiques marquées également par
de la Guinée Bissau à l’Angola sur une longueur des estuaires bien développés et de vastes surfaces de
totale de 7 600 kilomètres, et centrée entre les lati- mangroves (Vande weghe, 2007). En progressant vers
tudes 12° N et 16° S (Ukwe, 2006 ; Etoga, 2009). Aux le centre, c’est un complexe deltaïque qui constitue la
caractéristiques physiques particulièrement favorables façade côtière et s’étale sur 150 kilomètres environ,
au développement biologique, le GCLME regroupe d’est en ouest, avec un delta extérieur et de petits del-
au total seize pays, dont le Gabon qui s’étend sur plus tas intérieurs. Au sud de cet ensemble, des cordons
de 950 kilomètres de ses rivages (voir introduction du littoraux délimitent de grandes lagunes (voir les cha-
présent ouvrage). pitres 3 et 4 du présent ouvrage).
Le bassin du Congo joue également un rôle impor- Le GCLME est caractérisé par un plateau conti-
tant dans la richesse des milieux naturels du littoral nental étroit, compris entre 15 et 150 kilomètres,
du Gabon. Les forêts de cet ensemble abritent la avec la partie la plus large au niveau de la Guinée.
majeure partie des mammifères typiques des forêts Au Gabon, au niveau du Cap Lopez, le plateau conti-
d’Afrique centrale occidentale, notamment l’élé- nental est très étroit, d’une largeur comprise entre
phant, le gorille, le chimpanzé, le lamantin, le buffle 15 et 50 kilomètres (Mombo et al., 2007, voir éga-
et l’hippopotame (Devers et Vande weghe, 2006). La lement le chapitre 3 du présent ouvrage). Le plateau
connaissance de ces grands écosystèmes est détermi- continental se rétrécit également entre le Ghana et le
nante pour bien comprendre la richesse biologique Nigéria (Ukwe et al., 2006). Le GCLME est alimenté
par un ensemble hydrographique allant de la Guinée
des eaux littorales gabonaises.
Bissau au Congo. Les grands fleuves comme le Niger,
la Volta, le Congo et la Comoé, mais aussi de plus
Les grands écosystèmes marins autour modestes comme l’Ogooué au Gabon, transportent
du Gabon des tonnes de sédiments dans le golfe. Au niveau du
La façade maritime des pays du GCLME est carac- Cap Lopez, jusqu’à l’embouchure de la Nyanga, les
térisée par une grande diversité des modes d’inter- fonds sont sableux et vaseux (Vande weghe, 2013). Au
faces entre la terre et la mer, avec des plaines côtières sud de l’embouchure de la Nyanga, les fonds sablo-
à contact sableux, des côtes rocheuses à falaises, mais vaseux deviennent de plus en plus vaseux ; ces vases
également des estuaires, ou encore des marais salés où proviennent du fleuve Congo (Mombo et al., 2007).
les mangroves se développent (Awasika et Ibe, 1998 ; L’hydrodynamisme du golfe est dû essentiellement
Soclo, 1998 ; Kouassi et al., 1998 ; Ukwe et al., 2006 ; aux vents et aux courants (Guiavarc’h, 2007). Quant
Mombo et al., 2007). Parmi ceux-ci, sont également à la dynamique côtière, elle est contrôlée par la confi-
très présentes des flèches sableuses, derrière lesquelles guration de la côte, la bathymétrie, le vent, la marée
se loge tout un complexe de réseaux lagunaires (Vande et par les paramètres physico-chimiques (Awosika et
weghe, 2007 ; Ajayi, 1998). Abe, 1998). Le golfe de Guinée est caractérisé au nord

60
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

JANVIER Îles Canaries


JUILLET Îles Canaries
MAROC MAROC
(Esp.) ALGÉRIE LIBYE (Esp.) ALGÉRIE LIBYE

Courant
Équatorial MAURITANIE MAURITANIE
Nord
MALI NIGER MALI NIGER
SÉNÉGAL SÉNÉGAL
GAMBIE TCHAD GAMBIE TCHAD
GUINÉE- GUINÉE- BURKINA
BISSAU BURKINA
FASO BISSAU FASO
GUINÉE GUINÉE
BÉNIN BÉNIN
SIERRA NIGERIA Cont re-co uran t SIERRA NIGERIA
CÔTE TOGO CÔTE TOGO Figures 1 et 2 -
LEONE Équa toria l Nord LEONE
D’IVOIRE GHANA RÉP. D’IVOIRE GHANA RÉP. Courants marins
LIBÉRIA CENTRA- LIBÉRIA CENTRA-
Couran dans le golfe de
Cou CAMEROUN FRICAINE t de Guin CAMEROUN FRICAINE
rant ée
de Guinée Guinée en janvier et
G. ÉQ. G. ÉQ. en juillet
Équateur CONGO Équateur CONGO
GABON GABON
Courant Équ L’upwelling pro-
atorial Su
d RÉP. DÉM. Courant É RÉP. DÉM. gresse avec l’évo-
quatori
CONGO al Sud CONGO
lution des saisons.
OCÉAN En juillet, il remonte
ATLANTIQUE jusque sur les côtes
gabonaises.
ANGOLA ANGOLA
© IGARUN, Université de Nantes

OCÉAN

Co
ATLANTIQUE

ura
Co
ur

nt d
NAMIBIE NAMIBIE
an
td

e Be
Groupes d’États côtiers sous l’influence
eB

des grands écosytèmes marins suivant :

ngue
en

N
upwelling côtier
gue

courant des Canaries (CCLME)

la
la

courant de Guinée (GCLME) front


AFRIQUE Source : Wauthy, 1983 0 500 1 000 km AFRIQUE
courant de Benguela (BCLME) DU SUD DU SUD
B. D. KUMBA MABERT, S. CHARRIER

par le courant des Canaries et au sud par la région des la production biologique. Au sud de l’Angola, le cou-
upwelling, affectés par les grandes cellules anticyclo- rant de Benguela transporte les eaux froides vers le nord,
niques. Au niveau des côtes du Ghana et de la Côte avant d’être freiné par le Courant Équatorial Sud (SEC).
d’Ivoire, des upwellings saisonniers sont intenses. Ils L’évolution de ces courants participe certainement à la
apparaissent de manière régulière de juin à août (fig. 1 migration de la biodiversité qui colonise les côtes gabo-
et 2), moins fréquemment de janvier à février (Binet naises. La richesse biologique du golfe de Guinée est
et Marchal, 1993). Au Gabon, le contre courant sub- étroitement liée aux upwellings (Zognou, 2012), et le
superficiel se dirige vers l’est et entraîne la remontée Gabon fait partie de l’une de ses quatre principales
des eaux profondes qui ont une incidence directe sur zones de forte productivité en raison de l’upwelling du

61
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

courant de Benguela qui longe ses côtes. Cet upwel- taux de salinité reste supérieur à 35 ‰. Il convient de
ling émane du Benguela Current Large Maine Ecosystem noter tout de même que ces variations sont également
(BCLME), dont les influences remontent jusqu’au liées à l’influence plus ou moins forte de deux grands
Gabon (fig. 1 et 2). fleuves, le Niger et le Congo. Au niveau du Cap Lo-
La circulation dans les couches intermédiaires et pez, la température des eaux de surface atteint 27 °C,
profondes est liée à l’alternance des courants zonaux et les salinités 31 à 33 ‰ d’octobre à mai (saison de
qui engendrent différentes masses d’eau advectées pluie). Les courants transportent des eaux chaudes de
dans le golfe. Le cycle saisonnier joue un rôle impor- faible salinité le long des côtes africaines (Stramma et
tant dans la variabilité des courants et donc dans la Schott, 1999). Durant la saison sèche, les vents du
stratification des masses d’eau. Le golfe est caractérisé golfe sont forts et entraînent de grosses houles. Les
par un climat tropical qui comprend une saison sèche eaux du Cap Lopez atteignent 23 °C et 35 ‰ de sali-
qui s’étend de mai à septembre, et d’une saison de nité dues à la remontée des eaux profondes. La région
pluie qui va d’octobre à avril. Au niveau du Ghana côtière du golfe est ainsi très productive. Au niveau de
et de la Côte-d’Ivoire, la thermocline atteint les 20 m l’écosystème du courant de Benguela, la population
et au Togo-Benin, elle atteint les 35 m presque toute animale est abondante et diversifiée : poissons, crusta-
l’année, à l’exception des mois de juillet et août (Ajayi, cés, oiseaux et mammifères marins.
1998). Au niveau du Gabon (Cap Lopez), en saison
de pluie, les eaux chaudes et moins salées ne forment L’influence du bassin du Congo
qu’une mince couche qui cache les eaux profondes, Le bassin du Congo s’étend sur une superficie de
plus froides et plus salées. près de 2 millions de km² et abrite la deuxième plus
Selon Mombo et al. (2007), trois saisons se dis- grande étendue de forêt humide du monde, après celle
tinguent dans les eaux océaniques du golfe de Guinée. de l’Amazonie. Le bassin du Congo est limité à l’ouest
La première, dite grande saison chaude, se caractérise par le golfe de Guinée et à l’est par le rift d’Albertin. Le
par des températures de l’ordre de 24° C avec des eaux Gabon fait partie du bassin du Congo qui est délimité
chaudes et dessalées, ainsi qu’un taux de salinité infé- au nord par le Cameroun et la Guinée Équatoriale,
rieur à 35 ‰. Entre janvier et mai, en pleine saison au sud et à l’est par la République du Congo. Le pays
des pluies, les températures moyennes enregistrées est couvert à 85 % par la forêt. Ces pays frontaliers
oscillent autour de 28 °C et la salinité tombe à 30 ‰. se partagent la même région, aussi bien pour l’éco-
Ensuite, en décembre, on y note une petite saison système terrestre que pour l’écosystème aquatique.
fraîche avec des températures supérieures à 24 °C et Des écorégions floristiques et faunistiques y sont bien
un taux de salinité supérieur à 35 ‰. Enfin, cet espace visibles. Dans ce sens, Devers et Vande weghe (2006)
connaît une grande saison fraîche. Au cours de cette distinguent deux zones de haute richesse, à savoir, les
saison, entre les mois de juin et octobre, les eaux sont forêts de Basse-Guinée à l’ouest avec le Cameroun, la
froides et salées, en relation avec les upwellings intenses Guinée Équatoriale et le Gabon, et celles du piémont
du courant de Benguela. Les températures moyennes du rift Albertin à l’est de la République Démocratique
enregistrées se situent aux alentours de 18° C et le du Congo. Thomas (2004) estime que les forêts de

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Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

Basse-Guinée sont les plus riches du continent afri- dans la région de Gamba, alors que 230 espèces dont
cain en espèces faunistiques. Au niveau du bassin, une 161 espèces typiquement forestières ont été observées
série de fleuves se jette dans l’Atlantique, avec bien en- dans les Monts Doudou par Christy et Goodman
tendu le fleuve Congo, mais également l’Ogooué qui (2004). Dans le parc national de Loango, ce sont près
est le plus long fleuve du Gabon, prenant sa source de 200 espèces d’oiseaux qui ont été inventoriées.
au Congo et se jetant dans l’océan à Port-Gentil. Au S’agissant de l’herpétofaune, Pauwels et al. (2006)
sud de cette région, la Nyanga, second fleuve par son découvrent près de 86 espèces de reptiles dans le
débit, draine un bassin de 22 000 km² dont 80 % complexe de Gamba et 54 espèces d’amphibiens ont
se situent au Gabon. Il se jette également dans l’At- été trouvées dans les Monts Doudou par Burger et al.
lantique. Le fleuve Komo, le troisième grand fleuve (2004). L’ychtyofaune n’est pas en reste. Les travaux
du Gabon, prend sa source en Guinée Équatoriale et de Mamoneke et al. (2006) permettent de trouver
se jette dans la mer par l’estuaire du Komo. 67 espèces de poissons dans la région de Rabi. Ceux
La façade maritime est caractérisée par une bande de du WWF (1995) répertorient plus de 68 espèces de
forêts sempervirentes au niveau du nord ouest du Ga- poissons issues de 34 familles dans la lagune Ndogo.
bon et dans l’ouest de Cameroun. À 100 ou 200 kilo- La baie de Panga au nord de Mayumba, zone dans
mètres de la côte culminent le Mont Alén, les Monts laquelle les pêcheurs de la région ont été repoussés
de Cristal et les Monts Doudou sur lesquels s’étend après la création du parc national de Mayumba, a été
une végétation à césalpinioïdées. Une mosaïque de identifiée comme étant une nurserie pour les requins
formations sempervirentes et semi-sempervirentes est et les raies.
localisée plus à l’est du bassin et, au centre, une forêt Les éléphants d’Afrique, les buffles, le bonobo, les
marécageuse. Une mosaïque de savane est localisée au gorilles, les okapis et les bongos, entre autres, sont
sud de la cuvette congolaise, zone dans laquelle des toutes des espèces retrouvées dans cette région où les
populations importantes de grands mammifères sont mosaïques de savanes côtières et de galeries forestières
installées. favorisent la présence de ces importants mammifères
Le Paysage transfrontalier littoral Gamba-Mayum- (Devers et Vande weghe, 2006). Le gorille de plaine
ba-Conkouati est l’un des paysages importants du et l’éléphant de forêt ont ainsi fait l’objet de grands
bassin du Congo (Devers et Vande weghe, 2006). Il programmes comme le projet « espèces phares », porté
est centré sur les parcs nationaux de Loango, Mouka- par cinq pays : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la
laba-Doudou et Mayumba au Gabon. Entre ces der- Guinée Équatoriale et Sao Tomé et Principe.
niers, on peut noter l’existence des domaines de chasse
Ngové-Ndogo, Moukalaba, Setté Cama et Iguéla et La faune caractéristique
la réserve de la plaine Ouanga (voir le chapitre 14 du du littoral gabonais
présent ouvrage). La richesse de cette région a sans La faune des régions littorales, comme celle de l’en-
doute milité pour la création de ces aires protégées. semble du pays, reste pour l’heure largement épargnée
89 espèces de mammifères y ont été identifiées. Pour grâce à une prédation humaine limitée à quelques
l’avifaune, Sargeant (1993) a inventorié 380 espèces secteurs de concentration. La mise en place des aires

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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

protégées vient biodiversité. Les mangroves qui sont particulièrement


renforcer le niveau présentes sont réparties dans les milieux suivants : l’es-
de préservation de tuaire du Mouni, la baie de la Mondah, l’estuaire du
la richesse faunis- Komo, le delta de l’Ogooué, et les lagunes du littoral
tique du Gabon. méridional. Elles s’étendent sur environ 2  500 km²
La présentation de (voir chapitre 1 du présent ouvrage). Elles sont colo-
cette faune carac- nisées principalement par les palétuviers appartenant
téristique du litto- à la famille des rhizophoracées (Rhizophora racemosa,
ral gabonais qui R. mangle et R. harriet), des avicenniacées (Avicennia
va suivre n’est pas nitida) et par des combrétacées (Conocarpus erectus,
exhaustive, car il est Laguncularia racemosa). Au niveau faunistique, ces
simplement ques- zones humides renferment des oiseaux ; des mammi-
tion ici de mettre en fères ; des reptiles ; et des poissons. Les mangroves qui
valeur les espèces les constituent de véritables niches de reproduction pour
plus remarquables. beaucoup d’espèces de poissons pélagiques, de crabes
Qu’il s’agisse de la et de crustacés servent également d’abri, avec les va-
petite faune ou de sières, aux mollusques et aux vers propices aux oiseaux
la grande faune, limicoles. Pour ces oiseaux, c’est aussi un lieu d’hiver-
le choix tient plus nage, notamment dans la baie de la Mondah. S’agis-
à la spécificité des sant des mollusques, le plus caractéristique est l’huître
Photo 2 - Tantale ibis dans le
parc national de Pongara espèces dont cer- (Crassostrea gasar) que l’on retrouve abondamment à
(ph. Partenariat Tortues Marines taines sont en danger (tortues marines), ou encore au Mayumba, aussi bien sur les racines des palétuviers
du Gabon - MTCA, 2012) fait qu’elles ont été véritablement répertoriées et iden- que dans le fond de la lagune (Vande weghe, 2013).
tifiées dans les aires protégées littorales et, enfin, au L’huître rencontrée à Mayumba est beaucoup plus
caractère emblématique de ces dernières. En partant grosse que celle qu’on retrouve dans les mangroves
du continent vers la mer, il est possible de distinguer de la région de Libreville. Dans une ferme ostréicole
la faune des zones humides côtières, avant de mettre récemment implantée au Cap Estérias, dans la baie
en valeur la biodiversité marine. d’Abaga dans l’océan Atlantique, l’exploitant y élève
d’ailleurs cette espèce.
Faune des zones humides côtières Les zones humides côtières représentent les milieux
La zone côtière représente la partie principale du remarquables pour nombre d’oiseaux1. Les espèces uti-
contact terre-mer. Au Gabon, cette interface prend lisent les racines ou les hautes branches de palétuviers
souvent la forme de milieux humides largement déve-
loppés au-delà d’un simple trait de rivage : lagunes ; 1. Ce recueil d’oiseaux est notamment tiré de Vande weghe, dont les
estuaires ; marécages ouverts ; mangroves ; forêts inon- ouvrages remarquables consacrés aux parcs nationaux du Gabon sont
dées ; ou encore estrans. Ces zones abritent une grande une référence (2011, 2012, 2013 pour les parcs des régions littorales).

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Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

comme reposoir. Les espèces comme l’apalis à poi- Les oiseaux migra-
trine jaune (Apalis flavida), tantale ibis (Mycteria Ibis) teurs qui colonisent
(photo 2) et le gonolek à ventre blanc (Laniarius bico- les fleuves, les lacs,
lor) sont observées au niveau d’Akanda et de Pongara. les rivières et les
Le héron cendré (Ardea cinerea) est lui présent sur les lagunes sont aussi
estrans rocheux, alors que le goéland argenté à pieds très bien représentés
jaunes (Larus argentatus) est visible au niveau de la avec  : le balbuzard
plage de Port-Gentil. Les sternes sont également ob- (Pandion haliaetus)
servées sur toutes les côtes, comme la sterne caspienne et le pélican gris
(Sterna caspia), en nombre dans le parc de Loango ; (Pelecanus rufescens -
la sterne royale (Sterna maxima) et la sterne caugek photo 3) qui sont
(Sterna sandvicensis) qui sont très présentes entre les présents le long des
mois d’octobre et avril. rivières (Ngové no-
tamment). Le cor-
On rencontre l’aigrette garzette (Egretta garzetta) moran africain (Pha-
et l’aigrette à gorge blanche (E. gularis) au niveau de lacrocorax africanus) Photo 3 - Pélicans dans le parc
l’embouchure de la lagune Ngové, l’aigrette ardoisée colonise également les lacs. Le héron pourpré (Ardea d'Akanda
(E. ardesiaa) étant quant à elle observée près de Setté (ph. E. J. H. Damas, ANPN, 2011)
goliath) est retrouvé dans presque toutes les zones hu-
Cama. On y retrouve également l’ombrette africaine mides. Le héron strié (Butorides striatus) est un migra-
(Scopus umbreta), la cigogne épiscopale (Ciconia epis- teur qui colonise la rivière Ngové. Parmi les cigognes,
copus), l’ibis sacré (Threskiornis aethiopicus) et la spa- il y a la cigogne épiscopale (Ciconia episcopus) et le den-
tule d’Afrique (Platalea alba). crocygne veuf (Dendrocygna viduata) qui sont obser-
Au niveau de la baie du Cap Lopez, les oiseaux ob- vables dans le parc national de Loango. Le palmiste
servés sont : le courlis corlieu (Numenius phaeopus), africain (Gypohierax angolensis) est également présent
le bécasseau minute (Calidris minuta), le bécasseau dans la zone. D’autres oiseaux migrateurs comme les
cocorli (C. ferruginea), le chevalier aboyeur (Tringa becs-en-ciseaux sont aussi présents au Gabon.
nebularia), le chevalier guignette (Actitis hypoleucos) et Parmi les chouettes, la chouette-pêcheuse de Pel
le pluvier grand-gravelot (Charadrius hiaticula). Dans (Scotopelia peli) et la chouette-pêcheuse de Bou-
le parc d’Akanda, on rencontre la barge rousse (Li- vier (Scotopelia bouvieri) colonisent les rives et les
mosa lapponica) et le pluvier argenté (Pluvialis squata- forêts inondées. Sur la canopée des grands arbres,
rola). Au droit de la lagune Ngové, les espèces obser- on peut trouver des bandes entières de perroquets
vées sont : le bec-en-ciseaux (Rynchops flavirostris), le gris (Psittacus erithacus). De leur petit nom, Jaco, ils
martin-pêcheur pie (Ceryle rudis), le martin-pêcheur suivent les fruits sur ces arbres. Véritable oiseau de
géant (Megaceryle maxima), le martin-pêcheur huppé compagnie du fait de sa grande capacité d’appren-
(Alcedo cristata), le pélican gris (Pelecanus rufescens) et tissage du langage humain et de son intelligence, le
le palmiste africain (Gypohierax angolensis). perroquet gris du Gabon est en déclin. Le Gabon

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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

l’a proposé à l’Annexe I tacheté (Lutra maculicollis), le talapoin du Nord (Mio-


de la CITES (liste des pithecus ogouensis), le cercopithèque hocheur (Cerco-
espèces animales mena- pithecus n. nictitans), le cercocède à collier (Cercocebus
cées d’extinction). On torquatus), le moustac (Cercopithecus cephus) et les
le retrouve dans les ra- six espèces de céphalophes dont le plus commun, le
phiales des régions de céphalophe bleu (Cephalophus monticola), fréquente
Loango, Mayumba et plus ou moins régulièrement les zones humides. Il
du bas Ogooué (Vande convient également de signaler que le buffle de forêt
weghe, 2013). On peut (Syncerus caffer - photo 4), habitué des prairies inon-
également le rencon- dées ou inondables, le sitatunga (Tragelaphus spekei),
trer dans le fond de l’éléphant de savane (Loxodonta africanus) et l’éle-
l’estuaire du Komo. Au phant de forêt (Loxodonta cyclotis) sont présents dans
cœur des lacs de Lam- ces zones humides des régions littorales du Gabon
Photo 4 - Troupeau de buffles
baréné, sur les grands (photo  5). Ces derniers sont très souvent en abon-
dans le parc national de Loango arbres, on retrouve aussi en abondance des pélicans dance là où la pression des chasseurs est la plus faible,
(ph. ANPN, 2013) (Pelecanus rufescens). notamment autour des aires protégées dans les régions
côtières du Gabon. Ils sortent jusque dans les cités pé-
À côté des oiseaux, d’autres espèces profitent égale-
trolières près de Gamba. C’est le cas notamment à Yen-
ment de la particularité des zones humides côtières,
zi lors de la saison des mangues (septembre-octobre).
notamment les petits mammifères. On y rencontre
la mangouste des marais (Atilax paludinosus) qui se Parmi les mammifères qui visitent les eaux douces,
nourrit d’insectes, de il y a notamment les hippopotames (Hippopotamus
mollusques, de crabes, amphibius) et le lamantin (Trichechus senegalensis) qui
de poissons et d’amphi- est un mammifère aquatique de l'ordre des siréniens
biens (Vande weghe, appartenant à la famille des trichechidés. Au Gabon,
2013). Dans ce groupe le lamantin a été signalé en abondance dans la région
des carnivores, on peut de Gamba. Son existence a été également remarquée
également noter la pré- dans les parcs nationaux de Loango, Moukalaba-
sence de félidés avec le Doudou et Mayumba, en raison de la présence de
chat doré (Felis aurata) l’environnement lagunaire et des fleuves côtiers. On
et la panthère (Panthera le retrouve aussi dans le delta de l’Ogooué, dans la
pardus). Cette dernière région des lacs de Lambaréné (Agondogo, 2006) et
est couramment rencon- dans le Komo et l’Abanga. Les autres espèces de mam-
trée dans les aires pro- mifères aquatiques qui visitent les milieux humides
tégées littorales et fait sont le cercocèbe à collier (Cercocebus torquatus) et le
Photo 5 - Éléphant dans le parc national de Loango l’objet d’une protection chevrotain aquatique (Hyemoschus aquaticus). Ce der-
(ph. J. Bergère, 2013) intégrale. La loutre à cou nier est surtout présent autour des ruisseaux.

66
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

Certains de ces mammifères sont présents jusqu’au contact de


l’océan et ainsi souvent observés sur les plages, ce qui constitue une
curiosité largement affichée par les professionnels du tourisme. Les Photo 6 -
plus régulièrement rencontrés sont les éléphants (photo 6), le sita- Eléphants
tunga, le buffle, les hippopotames, les cercocèbes à collier (Cercoce- colonisant la
côte dans le
bus torquatus) et les potamochères (Potamochoerus porcus - photo 7). parc national de
Ces derniers sont largement présents dans les lagunes du sud du Pongara
(ph. MTCA, 2012)
Gabon et les milieux humides du bas Ogooué. La protection de plus
La photo est prise
en plus renforcée de ces espèces a conduit à leur prolifération. Ainsi, de la plage, que
l'abondance des éléphants pose désormais des problèmes de cohabi- les éléphants
tation dans les zones peuplées. semblent parcourir
régulièrement.
Toujours parmi ces espèces remarquables de la faune africaine lar-
gement implantées dans les régions côtières du Gabon, le gorille (Go-
rilla gorilla). Selon Vande weghe (2013), la région sud-ouest du Ga-
bon est une des régions les plus riches d’Afrique centrale en primates.
Ces gorilles sont visibles dans les forêts inondées du parc national de
Loango. On les rencontre aussi dans les forêts de la lagune Ngové, de
la région de Mayumba et du bas Ogooué, en groupes composés de
femelles, de jeunes et d’un mâle adulte.
À côté de ces espèces emblématiques, on peut également relever
la présence des reptiles qui appartiennent à l’ordre des crocodiliens
et sont représentés par le crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) et le
crocodile nain (Osteolaemus t. teraspis), rencontrés dans les ruisseaux
de forêts et les forêts inondées.
Pour finir, ces milieux aquatiques particulièrement riches abritent
également des poissons, d’une abondance exceptionnelle et qui sont
présents dans l’ensemble des eaux littorales intérieures du pays. Vande
weghe (2011, 2012, 2013) et Mombo et al. (2007) proposent un
ensemble de tableaux qui classent les poissons de ces zones côtières
du Gabon en quatre groupes en fonction de leur milieu de vie : les
espèces strictement inféodées aux eaux marines, aux eaux saumâtres,
et aux eaux douces, ainsi que les espèces amphibiotiques.
La grande richesse de la faune des régions littorales du Gabon re-
monte jusqu’aux portes de Lambaréné et dans la région des lacs où Photo 7 - Potamochères dans le parc de Loango
l’eau joue un rôle très important dans la vie des populations locales, (ph. E. J. H. Damas, ANPN, 2012)

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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

ne serait-ce que par également présents dans la région. Dans la baie de


l’apport des pro- Mayumba, Vande weghe (2013) identifie une impor-
téines animales. Ces tante nurserie de requins bouledogues (Carcharhinus
lacs sont connus leucas), de requins soyeux (C. falciformis) et de requins
pour leur richesse à museau pointu (Rhizoprionodon acutus). Quant au
en ressources halieu- requin marteau (Sphyrna couardi - photo 8), on le
tiques, avec comme rencontre plus loin en mer, même si les jeunes s’aven-
espèce phare la carpe turent dans les eaux peu profondes des côtes.
(Tilapia) qui fait la Formant les chondrichtyrens avec les requins dont
renommée de la ville elles sont dérivées, les raies colonisent aussi les eaux ga-
de Lambaréné. bonaises. Vande weghe (2011, 2012, 2013) en a recensé
À l’opposé du 34  espèces dont 32 qui vivent dans les eaux côtières,
trait de côte, non 9  qui rentrent dans les eaux saumâtres des estuaires
plus vers l’intérieur et 4 retrouvées dans les eaux douces. Ces raies appar-
des terres, mais cette tiennent toutes à huit familles, celle des pristidées ou
fois vers l’espace poissons-scies en est la plus ancienne. On y retrouve
maritime, les éco- notamment Pristis pristis, P. microdon, et P. pectinata. Au
Photo 8 - Requin marteau systèmes sont éga- Gabon, on observe également la présence de raies gui-
capturé par les pêcheurs de
lement remarquables. La mer gabonaise abrite ainsi tares ou rhinobatidés avec la raie guitare à dos épineux
Mayumba
(ph. B. Koumba Mabert, nombre d’espèces phares, dont certaines font du Ga- (Rhinobatos Irvinei) et la raie guitare commune (Rh. Rhi-
2006) bon l’un des premiers pays au monde visités pour des nobatos) ; de raies torpilles ou torpedinidés (on y recense
Ce requin qui prolifère dans besoins de nidification. 4 des 35 espèces connues dans le monde) ; d'une raie
la région de Mayumba est papillon (famille des gymnuridés), la pastenaque ailée
abondamment capturé à tel
point qu’on lui a donné dans la Faune marine caractéristique de la région (Gymnura altavela) ; de la raie manta (Manta birostris)
langue locale, le vili, le nom de qui représente la famille des mobulidés et se retrouve en
« Douk-Dak ». Formé du qua- La faune marine gabonaise est caractérisée par les haute mer, mais aussi dans les eaux peu profondes. Cette
lificatif « tchiduk », qui signifie
« bête ou idiot » et de « dak »,
requins, les raies, les cétacés, les tortues marines et une dernière est un véritable cauchemar pour les baigneurs
qui signifie « pêché », « Douk- diversité de poissons, source d’enjeux de pêche. de la zone des Caps Santa Clara et Estérias. Enfin, on
Dak » pourrait donc être peut citer également les raies aigles ou myliobatidés,
traduit par « l’idiot pêché » S’agissant des requins, des 35 espèces connues au
(propos recueillis auprès du Gabon, 28 sont trouvées dans les eaux côtières et les avec 3 espèces connues au Gabon dont l’aigle de mer
sage de Mayumba Makosso
7 autres, au-delà de cet espace. On y observe notam- léopard (Aetobatus), l’aigle de mer commun (Myliobatus
« De Lion », âgé de 95 ans). aquila) et l’aigle vachette (Pteromylatus bivinus).
ment les requins plats, les requins dormeurs ou dala-
tiidés et 4 squales chagrins ou centrophoridés. Les Quant aux cétacés, qui constituent d’autres espèces
requins modernes, le requin-baleine (Ginglymostoma remarquables de la communauté faunistique mari-
cirrhatum), le grand requin blanc (Carcharodon car- time du Gabon, Vande weghe (2011, 2012, 2013) en
charias) et le requin mako (Isurus oxyrinchus) sont distingue 15 espèces dans les eaux gabonaises. Parmi

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Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

ces derniers, 6 sont des mysticètes, rorquals et baleines, et 9 des


odontocètes, cachalots et dauphins. Parmi les cétacés migrateurs,
le plus commun est le rorqual à bosse ou mégaptère ou baleine
à bosse (Megaptera novaeangliae - photo 9), qui est observé au
Gabon au niveau du plateau continental aux mois de juillet et
août. Les baleines migrent de la zone polaire à la zone tropicale
(Budker et Collignon, 1952). Les populations de rorqual de Bryde
(Baleanoptera edeni), de rorqual boréal (Balaenoptera borealis), de
rorqual commun (Balaenoptera physalis), de rorqual bleu (Balae-
noptera musculus) et la baleine franche australe (Eubalaena austra-
lis) sont également observées sur les côtes gabonaises.
Environ 11 espèces de cétacés plus petits, principalement des dau-
phins et des espèces associées colonisent également les eaux gabo-
naises : le dauphin commun à long bec (Delphinus capensis), le dau-
phin commun (Delphinus delphis - photo 10), le dauphin à bosse de
l’Atlantique (Souza teuszii), le dauphin de Risso (Grampus griseus) et
le dauphin bleu (Stenella frontalis). Des groupes de dauphins com-
muns (Delphinus delphis, Tursiops truncatus) sont observés régulière- Photo 9 - Parade d’une baleine à
ment au niveau de la baie du Cap Lopez. bosse au large de Mayumba
(ph. E. J. H. Damas, ANPN, 2013)
D’autres dauphins plus grands comme l’orque ou épaulard (Or-
cinus orca) et le faux-orque (Pseudorca crassidens) apparaissent aussi
au niveau des côtes gabonaises (Mayumba, Cap Estérias).
Ces cétacés grands et plus petits constituent de véritables attrac-
tions touristiques recherchées par les visiteurs. Ils sont de ce point
de vue non seulement des marqueurs importants de la qualité des
milieux marins gabonais et de la richesse de sa faune, mais égale-
ment des atouts pour son développement économique.
Photo 10 - Dauphin commun au
Enfin, la tortue marine, espèce caractéristique de la biodiversité large de Mayumba
marine au Gabon, se retrouve sur l’ensemble du littoral. Le pays (ph. G. Minton, ANPN, 2013)
est plus particulièrement concerné par deux sites majeurs d’impor-
tance écologique internationale pour les tortues marines du golfe
de Guinée (Rieucau, 2001). Le premier correspond à la zone de
ponte qui s’étend de Mayumba jusqu’à la frontière du Congo et
la deuxième est l’aire d’alimentation qui est la baie de Corisco sur
une superficie d’environ 1 570 km², limitée au nord par le Cap

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Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

San Juan (Guinée Équatoriale) et au sud par le Cap Dans les proportions beaucoup moins importantes que
Estérias (Gabon). La tortue marine migre de la zone celles de la tortue luth, la tortue olivâtre fréquente égale-
d’alimentation à la zone de ponte. Les périodes de ment les côtes gabonaises et est observée régulièrement
reproduction s’étendent du mois d’octobre au mois au sud de Port-Gentil. La tortue verte est un visiteur
d’avril, période sur laquelle se superposent les cam- régulier des plages du Gabon. Enfin, la tortue imbri-
pagnes d’étude du Partenariat Tortues Marines du quée qui vit dans les eaux chaudes et riches en nourri-
Gabon (MTCA) financées par le gouvernement amé- ture est plus abondante dans la baie de Corisco.
ricain. Sur les côtes gabonaises, la plus grande activité Toutes ces espèces de tortues sont « en danger » ou
de nidification s’observe de décembre à janvier. « en danger critique » selon l’Union Mondiale pour la
Les tortues marines sont des reptiles qui dépassent Nature (Billes, 2004).
la taille des tortues terrestres. Elles viennent s’accou-
Au-delà de ces espèces terrestres ou marines remar-
pler et pondre chaque année sur les côtes gabonaises.
quables par leur intérêt biologique, mais aussi par la
Leur présence a été signalée pour la première fois par
valeur symbolique qu’elles représentent (grande faune
Duméril (1859). Mais c’est Fretey (1984) qui iden-
spectaculaire et devenant rare à observer, espèces emblé-
tifia les sites de reproduction des tortues luth au sud
matiques de l’Afrique…), la faune des régions littorales
de Libreville. Des sites avaient aussi été répertoriés
du Gabon est avant tout exceptionnelle par sa richesse
dans la baie de Corisco, dans la région de Gamba et
et sa très grande diversité. Reconnue comme un élément
à Mayumba.
important du patrimoine naturel à l’échelle de la sous-
Après les côtes d’Amérique latine, le littoral gabo- région, comme du continent ou de notre planète, cette
nais constitue une zone importante de ponte pour les richesse est devenue de toute évidence un enjeu pour
tortues marines. On y retrouve cinq des huit espèces l’avenir du pays, faisant tantôt l’objet d’un suivi régulier,
de tortues marines répertoriées dans le monde. Il s’agit ou étant tantôt encadrée par un mode de gouvernance
de la tortue luth (Dermochelys coriacea), la tortue oli- axé sur des projets et autres programmes d’actions.
vâtre (Lepidochelys olivacea), la tortue verte (Chelonia
mydas), la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricatta) Les programmes de protection de
et la tortue caouanne (Carette caretta). la biodiversité littorale et marine
La tortue luth est la plus grosse tortue au monde. Le Gabon a très tôt pris la mesure de la gestion de
On la retrouve au sud de Mayumba, dans le parc de sa biodiversité marine à travers la ratification le 15 avril
Pongara et à Gamba. Dans le sud du pays, la tortue 1935 de la convention SDN (Société des Nations) dite
luth fait de Mayumba le second site au monde pour Convention pour la réglementation de la chasse à la
la nidification des tortues marines. Chaque année, baleine. Ce texte, signé à Genève le 24 septembre 1931
entre novembre et avril, plus de 550 femelles par nuit (SDN, 1931), participait déjà à la gouvernance de cette
viennent pondre sur les quelques 80 kilomètres de espèce marine. Tout au long de son histoire, le Gabon a
plage, de Mayumba à la frontière avec le Congo voisin ratifié plusieurs conventions et accords, tant nationaux
(Billes et al., 2000). qu’internationaux, qui participent tous à la gestion de

70
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

l’environnement (tab. 1). Depuis lors et jusqu’à Lieu et date Date de ratification
Nature Domaine
récemment, le pays a défini un certain nombre de de signature par le Gabon
programmes et de stratégies dans la gestion de ses Convention SDN Chasse à la baleine Genève, 24 septembre 1931 15 avril 1935
ressources naturelles.
Convention SDN Faune et flore Afrique Londres, 8 novembre 1933 31 mai 1938

Les grands programmes et stratégies de Accord de réciprocité Pêche avec le Congo Libreville, 29 juin 1971 24 septembre 1972
conservation Convention
Forêt : organisation africaine
Libreville, 2 juin 1976 9 août 1976
du bois
Le Plan National d’Action pour l’Environnement Accord de réciprocité Pêche avec le Cameroun Franceville, 9 août 1974 3 octobre 1977
(PNAE, 2001)
Convention sur la prévention de
Environnement, immersion
Le PNAE a été lancé officiellement au cours la pollution des mers résultant
des déchets
Londres, 13 novembre 1972 2 juin 1980
de l'immersion des déchets
d’un séminaire organisé à Libreville en juin 1997.
Environnement : nature et
C’est une initiative soutenue et financée par la Convention d'Alger
ressources naturelles
Alger, 15 septembre 1968 29 juillet 1987
Banque Mondiale dont les actions ont essentiel- Convention CITES Faune et flore sauvage Washington, 3 mars 1973 29 juillet 1987
lement porté sur le financement de projets en fa-
Coopération en matière de
veur de la lutte contre les pollutions, la gestion de protection et de mise en
Convention d'Abidjan Abidjan, 23 mars 1981 13 décembre 1988
l’environnement urbain, la gestion des ressources valeur du milieu marin et
naturelles et le renforcement des capacités des ins- des zones côtières

titutions nationales et locales (Sournia, 1996). Le Accord international Forêts : bois tropicaux Genève, 18 juin 1983 Loi 0019/87 du 29 juillet 1987
PNAE avait pour objectif d’orienter le Gouverne- Protocole
Pêche : protection des
Paris, 10 juillet 1984 Loi 13/88, 13 décembre 1988
ment sur les priorités d’actions en matière d’envi- thonidés de l'Atlantique
Accord de coopération
ronnement. Cet instrument mettait en collabora- sous-régional
Faune sauvage, conservation Libreville, 16 avril 1983 30 décembre 1988
tion les différentes parties prenantes, c’est-à-dire
Accord international Forêt : bois tropicaux Genève, 18 juin 1983
le Gouvernement, les ONG, les partenaires éco-
nomiques et les bailleurs de fonds. Selon Mom- Pêche : développement
Convention des pêches dans le golfe de Libreville, 21 juin 1984 29 décembre 1989
bo et al. (2007), le littoral gabonais a été inscrit Guinée
dans ses volets de travail comme un écosystème Convention sur la diversité
Diversité biologique Rio, 5 juin 1992 28 juin 1996
« perpétuellement menacé, à risques, sous l’effet des biologique
Montego Bay,
diverses pressions d’ordre anthropique, industriel et Convention ONU Droit de la mer
10 décembre 1982
26 février 1998
naturel » par le PNAE. Sous la tutelle du Minis- Convention cadre sur les Environnement :
tère chargé de l’environnement et avec l’appui du changements climatiques (CCCC) changements climatiques
Kyoto, 11 décembre 1997 21 janvier 1998

Programme des Nations Unies pour le Dévelop- Convention relative aux zones
Environnement : flore,
pement (PNUD), ce Plan a validé, au cours d’un humides d’importance
faune, écosystème
Ramsar, 2 février 1971 9 juin 2005
internationale dite Ramsar
conseil exécutif tenu en 1999, un livre blanc qui
Environnement : espèces
est une compilation d’un programme de dévelop- Convention de Bonn
migratrices
Bonn, 1979
pement pour le secteur environnemental.
Tableau 1 - Situation de la ratification des conventions et traités internationaux
dans les domaines de la gestion et de la protection des ressources naturelles
Source : Bibang et Ella, 2010 71
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

La protection des tortues marines autour marines en Afrique centrale bénéficia ainsi d’un fi-
de PROTOMAC et du MTCA nancement important à compter de 2003, grâce à la
Le programme ECOFAC (ECOsystèmes Fores- Commission Européenne à partir du projet Espèces
tiers d’Afrique Centrale) a organisé en 1997 un ate- phares. Il s’agissait essentiellement du développement
lier sous-régional pour la conservation des tortues d’activités de recherche et de conservation des tortues
marines à Ekwata, sur la rive droite de l’estuaire du marines dans 5 pays : Cameroun, Guinée Équatoriale,
Komo au Gabon, qui s’est achevé sur la création d’un Sao Tomé et Principe, Gabon et Congo.
premier réseau nommé PROTOMAC (PROtection Compte-tenu de l’importance de la population nidi-
des TOrtues Marines d’Afrique Centrale). Cette ini- fiante de tortues luth et grâce au financement de l’US
tiative a débouché sur une évaluation préliminaire Fish and Wildlife Service Marine Turtle Conservation
de cinq des espèces de tortues marines présentes en Fund, on assista à la création du Partenariat pour les
Afrique occidentale. Les premières conclusions des Tortues Marines du Gabon (MTCA) en 2005. Cette
études ont tout d’abord fait état du statut de ces plateforme est née du constat selon lequel les activités
tortues en proie à un certain nombre de menaces. portant sur la conservation des tortues marines ont
Mais surtout, ce programme a également permis de été « menées de façon fragmentée et souvent dissonante,
déterminer les différentes zones de ponte de tortues avec des méthodologies divergentes et des résultats souvent
marines le long du littoral du Gabon, les données de inconsistants » (MTCA, 2010). Le but à long terme
comptage, de marquage et d'observation des traces de ce partenariat est d’agir pour la conservation de
étant renseignées dans une base de données « tortues ». la population de tortues luth au Gabon et d’amélio-
Les rapports de Gabon Environnement (2007) et rer la compréhension sur son statut, sa biologie et les
d’Alexis Billes (2000) sont d’ailleurs issus de cette base menaces qui pèsent sur cette ressource. Les principaux
de données. Dans le prolongement de la Convention partenaires sont essentiellement Aventures Sans Fron-
sur les espèces migratrices (CMS), 17 États africains tières (ASF), Gabon Environnement, Ibonga, Manga,
aidés de la France et de l’Union Internationale pour la Protection des Tortues marines d’Afrique Centrale
Conservation de la Nature (UICN) se sont retrouvés (PROTOMAC), la Wildlife Conservation Society
deux ans plus tard autour d’un mémorandum d’ac- (WCS) et le World Wildlife Fund (WWF), l’Agence
cord régional (Mémorandum d’Abidjan) qui entérina Nationale des Parcs Nationaux (ANPN) et le Centre
effectivement la conservation des tortues marines sur National des Données et de l’Information Océano-
l’ensemble de la façade atlantique de l’Afrique. graphiques (CNDIO).
Ce Mémorandum d’Abidjan a ainsi permis la mise Le Partenariat assure aujourd’hui un suivi de base des
en place d’un programme de coopération régionale, le populations afin d’évaluer leur évolution ainsi que des
Programme Kudu (nom vernaculaire servant à dési- survols aériens de l'ensemble de la côte pendant la sai-
gner les tortues marines chez plusieurs ethnies afri- son de ponte. Plusieurs groupes de travail, composés
caines côtières) dont le but est d’assurer une conser- des membres des diverses organisations partenaires tra-
vation pérenne des tortues marines sur la façade vaillent spécifiquement sur les menaces, notamment la
atlantique (Billes, 2004). La conservation des tortues pêche industrielle, les lumières artificielles, les grumes

72
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

rejetées sur les plages, la pêche ar- Période d’observation


tisanale, l’inondation des nids, la Nb de pontes
2004-2005
2005-2006 LIBREVILLE
prédation et les problèmes d’éro- de tortues luth Pointe
observées 2006-2007 Pongara
sion côtière. Un autre volet porte
3 500
sur la sensibilisation environne- Pointe
3 000 Wingombé
mentale et la prise en compte des
2 500
communautés locales. 113 obs�/km Pointe Denis
2 000

zo
Pointe

ne

Es
1 500
La grande faune et le projet Ngombé

tu
1 000
« Espèces phares » phare de

ai
500 Ngombé

re
Le projet «  Espèces Phares » 0
Parc National

du
a été initié par le programme
1

4
Pongara

zone 2
ne

ne

ne

ne

Ko
Zo

Zo

Zo

Zo
ECOFAC et cofinancé par la 310 obs�/km

m
Commission Européenne pour

o
une durée de trois ans (27 février 2003 au 26 février
Pointe
2006). Ce projet est régi par une convention de fi- OCÉAN Kinguerié
nancement signée entre la Commission Européenne ATLANTIQUE

zone 3
et le Gouvernement gabonais qui a confié l’exécution 93 obs�/km
du projet à la cellule de coordination du programme
ECOFAC, puis au RAPAC (Réseau des aires proté-
intensité de ponte
gées d’Afrique centrale) depuis le 20 juin 2005. des tortues luth

zone
L’objectif global de ce projet vise le maintien de + 134 obs�/km
la biodiversité en Afrique centrale. Plus spécifique-

4
-
ment, il s’agit de valoriser quatre espèces « phares » et
emblématiques des écosystèmes de la région : gorilles,
éléphants, tortues marines (fig. 3) et baleines. Deux nombre moyen
N
d’observations
approches sont mises en exergue dans ce projet : la re- de ponte par km limite de zone

© IGARUN, Université de
zone 3

cherche, afin de déterminer le statut des populations de linéaire côtier 93 obs�/km de ponte des 0 2 4 km
N
et par zone tortues luth Matek
et leur espace de vie, ainsi que l’écotourisme comme Mavie
(sur la période parc national
moyen de contribution aux coûts de fonctionnement 2005-2006)
des aires protégées et d’amélioration des revenus des © IGARUN, Université de Nantes
Source : Gabon Environnement, 2007
B. KUMBA MABERT, S. CHARRIER
populations locales.
Figure 3 - Pontes de tortue luth de 2004 à 2007 (à partir des comptages effectués par Gabon
Au Gabon, le projet « Espèces phares » s’est foca- Environnement)
lisé dans un certain nombre d’aires protégées par Exemple de travaux réalisés dans le cadre du suivi de cette côte par Gabon Environnement. Ici, non seulement
les relevés permettent d’observer les évolutions annuelles des pontes, mais également de localiser géogra-
des ONG, notamment dans les parcs nationaux de phiquement les secteurs les plus concernés (voir également à ce sujet le chapitre 11 du présent ouvrage).

73
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Pongara, Mayumba et Lopé, et dans le complexe des Le WCS et les autres partenaires ont ainsi posé des
aires protégées de Gamba. L’ONG Ibonga, basée à balises dans le parc national de Loango notamment.
Gamba, en collaboration avec l’association hollan- Ce programme avait également permis au WCS et à
daise Biotopic et le WWF Gamba sur la base d’un Gabon Environnement de réaliser le premier inven-
protocole d’accord signé entre Ibonga et ECOFAC en taire sur les éléphants et les grands singes dans le parc
octobre 2004, a assuré le suivi méthodique des plages national de Pongara.
de ponte de tortues. Quant à l’ONG Gabon Envi-
ronnement, elle a travaillé dans les parcs nationaux de L’apport du corpus juridique et la création
Pongara (fig. 3) et de Mayumba. Sa mission a consisté des parcs nationaux
au suivi méthodique des plages de ponte des tortues Au-delà des ratifications aux différentes conventions
marines, à l’analyse approfondie de leurs nids et à la internationales et régionales, le Gabon a mis en place
pose de balises Argos sur les carapaces. Ces balises ser- localement tout un corpus juridique pour la préserva-
vaient à apporter des précisions sur les trajectoires des tion et la gestion de son environnement. Des textes
tortues après leur ponte. de lois et autres décrets ont été ainsi élaborés. La loi
S’agissant des baleines, un protocole d’accord a été qui a longtemps encadré l’environnement au Gabon
signé en juin 2003 entre ECOFAC et la West Coast est la loi n° 1/82 du 22 juillet, dite Loi d’orientation
Whale Research Foundation (WCWRF) pour mettre en matière des Eaux et Forêts. À la suite de cette loi,
en œuvre une étude sur les baleines au Gabon, no- on peut citer la loi n° 16/93 du 26 août 1993, rela-
tamment au large de Port-Gentil. L’étude portait sur tive à la protection et à l’amélioration de l’environne-
une meilleure connaissance des périodes d’arrivée ment, dite Code de l’environnement. Cette loi ren-
des baleines dans la zone (fin mai / début juin) et ferme les principes généraux qui fondent la politique
la mise en place d’un système innovant de suivi des nationale en matière de protection et d’amélioration
populations à partir d’hydrophones installés sur des de l’environnement. Il y est question, entre autres,
plateformes pétrolières. Toutefois, le projet n’a pas de la lutte contre les pollutions et nuisances ainsi
atteint les résultats escomptés, du fait de la modestie que de la mise en place du principe de l’élaboration
des moyens financiers et des difficultés de collabora- des études d’impact (EIE). L’EIE est un instrument
tion avec le WCS, qui travaillait aussi sur cette même d’analyse et de prévision visant à évaluer les inci-
recherche (ECOFAC, 2005). dences néfastes des projets de travaux ou d’aménage-
Enfin, le volet « Éléphant » du Projet « Espèces Phares » ments sur la santé, la qualité de l’environnement, les
vise essentiellement la recherche pour une meilleure ressources naturelles et les équilibres écologiques. Le
compréhension de leur dynamique, pour avoir des décret n° 539/PR/MEFEPEPN pris en application
informations concrètes sur le braconnage des défenses de l’article 67 de la loi n° 16/93 du 26 août 1993
et pour une amélioration de la conservation des élé- réglemente les EIE. Ces dispositions sont ainsi prises
phants dans la zone transfrontalière. Ce volet a utilisé en compte dans le cadre des aménagements divers
la télémétrie par GPS pour permettre un meilleur sui- sur le littoral. Toute forme d’exploration ou exploi-
vi de leurs déplacements à travers l’Afrique centrale. tation, notamment par les sociétés pétrolières ou

74
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

forestières nécessite, de facto, la conduite d’une EIE Dans ces aires pro-
dont la finalité est, entre autres, de limiter les impacts tégées, toute activité
des activités sur l’environnement et de proposer les de quelque nature
mesures d’atténuation. Ensuite, on peut évoquer la que ce soit jugée non
loi n° 16/2001 du 31 décembre 2001, portant Code conforme à la loi y est
forestier en République gabonaise qui s’appuie sur le proscrite. L’instauration
concept d’aménagement et de gestion durable. La loi de ces restrictions, cou-
n° 003/ 2007 relative aux parcs nationaux est entiè- plée à la politique haute-
rement dédiée à ces parcs créés en 2002. Enfin, la ment répressive exercée
loi n° 7/2014 du 1er août 2014 relative à la protec- par l’ANPN entraîne
tion de l’environnement en République gabonaise, et un certain nombre de
le décret n° 0579/PR/MPE du 30 novembre 2015, conséquences, notam-
qui fixe les modalités et conditions d’exercice de la ment dans les rapports
pêche, ont complété récemment les dispositions ré- homme-faune. Car les
glementaires portées sur le littoral. Les différentes lois modes de vie des popu-
consacrent toujours un chapitre dédié à la mer et aux lations peuvent égale-
océans et un autre à la faune et à la flore, puis aux ment être sources de
aires protégées. Dans ce sens, les parcs nationaux ont dommages sur cette bio- Photo 11 - Éléphant divagant à
ainsi été créés en août 2002. diversité exceptionnelle. l’aéroport de Gamba
(ph. J. A. Koumba Iwangou,
En effet, les décrets n° 608/PR/MEFEPN, n° 613/ 2016)
Des stratégies de conservation aux Les éléphants côtoient
PR/MEFEPN, n° 614/PR/MEFEPN, n° 616/PR/
effets discutables désormais le quotidien des
MEFEPN, n° 618/PR/MEFEPN du 30 août 2002, populations et il n’est pas
pris en application des articles 9, 75, 76 et 90 de la loi La mise en place de nouvelles aires protégées à partir rare de les retrouver dans les
de 2002, couplée à l’existence d’une législation axée locaux-poubelles de la cité
n° 16/2001 du 31 décembre 2001, portent respecti- des cadres de Shell Gabon à
vement classement des parcs nationaux d’Akanda, de sur la protection de la faune, a entraîné des effets sur Gamba.
Loango, de Mayumba, de Moukalaba-Doudou et de la population de certaines espèces. De plus, les popu-
Pongara. Au sens de la loi, un parc national est « une lations locales exercent également des pressions sur la
aire protégée établie sur une portion du territoire où des faune et le non encadrement de leurs activités peut
écosystèmes terrestres ou marins, des sites géomorpholo- causer des dommages sur la ressource.
giques, historiques et autres formes de paysage, jouissent
La question de la gestion des rapports homme-faune
d’une protection particulière avec l’objectif de maintenir
la diversité biologique et les processus de régulation éco- Depuis l’avènement des parcs nationaux, les popu-
logique naturels en y autorisant des activités réglemen- lations locales ont vu leur espace vital réduit à tel point
tées d’écotourisme, de recherche scientifique et d’éduca- qu’elles ont de plus en plus de mal à vivre de leurs
tion tout en contribuant au développement économique activités champêtres. Les éléphants sont sortis des
et social des communautés locales ». forêts et vivent désormais dans les villes (photo 11) et

75
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

villages, détruisant tout sur leur cole dans tout le pays, le programme GRAINE (Ga-
passage. Les populations voient bon des Réalisations Agricoles et des Initiatives des
tous les jours leurs champs et Nationaux Engagés). L’une des menaces à laquelle il
autres plantations détruits par est confronté est effectivement la présence de l’élé-
ces pachydermes hautement phant. L’ANPN et le gouvernement développent
protégés par la législation en actuellement un plan national de gestion de ce
vigueur. conflit homme-faune en expérimentant l’utilisation
Au Gabon, l’éléphant fait de barrières électriques devant éloigner davantage
partie intégrante de la popula- cet animal. La chasse ne peut-elle pas constituer un
tion à tel point qu’il a pris une outil de régulation de la faune ? Abattre ces éléphants
part active dans la campagne peut être une mesure rentable et pourrait améliorer
présidentielle de 2016. La la tolérance des communautés à l’égard de la faune.
plupart des candidats à l’élec- Les revenus issus de la vente des permis ou les taxes
tion présidentielle ont intégré d’abattage pourraient alors servir au financement des
Photo 12 - Jeune rorqual dans dans leurs discours le fait selon activités de conservation, à la protection des instal-
les eaux du port de Port-Gentil lequel ce sont les éléphants qui voteraient pour le lations humaines (Treves et Karanth, 2003) ou ap-
(ph. J. Bergère, 2014)
président sortant du pays. Cette situation est révé- porter directement des revenus aux communautés,
La divagation de cette grande
latrice de l’exaspération des populations qui, chaque comme c’est le cas en Namibie, au Zimbabwe ou en
faune aquatique sauvage dans
les eaux pourtant inhospita- jour, subissent les conséquences dans ce conflit qui Zambie.
lières (ici du terminal de Port- les oppose à la faune. De plus, le gouvernement a Les pressions humaines sur la faune locale
Gentil) n’est pas sans danger,
surtout pour l’animal…
mis en place un programme de développement agri- pas encore totalement encadrées
Sans doute faut-il enfin souligner qu’une des par-
ticularités du Gabon réside dans ses faibles densités
humaines (voir à ce sujet le chapitre 7 du présent ou-
Photo 13 Tortue luth piégée par les vrage). Ce semis de peuplement très éparse permet par
billes de bois endroit à la faune sauvage de vivre en toute tranquillité
(ph. Partenariat Tortues Marines du
Gabon, 2012)
avec les sociétés humaines des régions littorales, voire
La prolifération de troncs d’arbres
dans d’autres secteurs de cohabiter souvent sans dan-
issus de l’exploitation forestière ger. Parfois, cette cohabitation peut également poser
sur les plages entraîne de graves problème, au point de mettre en péril certaines espèces.
dommages sur cette espèce, de telle
sorte que le Partenariat a mis en C’est le cas dans les espaces maritimes où l’occu-
place un programme devant nettoyer
les plages de Pongara de cette
pation industrielle notamment, d’extraction pétro-
menace. lière ou d’exploitation portuaire, est la plus présente ;
dans l’estuaire du Komo comme dans les eaux de
Port-Gentil, où s’aventure parfois non sans danger la

76
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

grande faune aquatique (photo 12). Ces risques qui


entraînent des collisions fatales provoquent régu-
lièrement sur les côtes gabonaises des échouages,
notamment de cétacés (voir à ce sujet le chapitre Photo 14 - Requins saisis par les agents du parc
14 du présent ouvrage), et des dommages sur la national de Mayumba
(ph. E. Ogowet - PN Mayumba, 2016)
nidification des tortues marines (photo 13).
Cette saisie a été faite le 8 septembre 2016 dans le
Plus globalement, le danger pour la faune sau- parc national de Mayumba où les pêcheurs congolais, à
bord de pirogues améliorées, exercent une forte pres-
vage vient bien souvent de la prédation humaine sion sur cette espèce très appréciée par les popula-
volontaire, au-delà des dégradations environne- tions congolaises. Dans cette prise, on peut remarquer
mentales qui ne sont pas sans conséquences aussi également la présence d’une raie.
sur les ressources naturelles du pays (voir à ce su-
jet les chapitres 5 et 14 du présent ouvrage). Dans
le domaine de la pêche, les prélèvements de pois-
sons et autres espèces aquatiques se font parfois
sans raison et sans maîtrise, réduisant les stocks
(photos 14 et 15). C’est bien entendu le cas pour
la pêche industrielle illicite (voir le chapitre 5 du
présent ouvrage), mais également des pêches arti-
Photo 15 - Jeunes requins prélevés d’un ventre de
sanales illégales ou traditionnelles (photos 16, 17, requin femelle, au village de pêcheurs de Mayumba
18 et 19). (ph. B. Koumba Mabert, 2006)
Des prises non contrôlées peuvent entraîner leur
Les mollusques font aussi l’objet d’une exploi- extinction, comme c’est le cas sur les côtes califor-
tation artisanale. Longtemps non contrôlée, la niennes où les requins décimés pendant la seconde
récolte des huîtres à Mayumba a été pratiquée par guerre mondiale n’ont toujours pas recolonisés les
eaux de cette partie du monde (Vande weghe, 2013).
les populations locales, sans véritable politique de
gestion durable. Les coquilles vides ont été sou-
vent abandonnées sur les berges de la lagune Ba-
nio (photo 20). Les huîtres sont enlevées de leur
coquille après avoir été cuites dans de grosses mar-
mites sur du feu de bois (photo 21). Photo 16 - Tortue marine piégée dans les filets de pêche
(ph. J.-B. Mambani, 2015)
Depuis 2008 et avec l’aide de l’ANPN et du
Une remontée de senne à la Sablière, au nord de
WCS, les populations locales ont compris la né- Libreville. On peut apercevoir dans la poche du
cessité de gérer durablement cette ressource. Elles trémail, une tortue marine (espèce intégralement
ont mis en place une association de récolteurs protégée) en sus des autres espèces pélagiques. On
peut craindre, même sans certitude, pour le destin de
et de vendeurs d’huîtres. La première action de ce pauvre animal…
cette association a été de remettre à l’eau toutes

77
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

les coquilles abandonnées sur les rives (Koumba


Photo 17 - Beau spécimen d’une
Mabert, 2010), pour éviter la raréfaction de cette
raie pastenague capturée par des espèce à Mayumba.
pêcheurs
(ph. P Pottier, 2014) Dans le domaine de la chasse, certaines espèces sont
Dans la région des lacs en aval de également recherchées pour approvisionner les mar-
Lambaréné, cette raie qui vient
d’être pêchée est d’une belle
chés d’Oloumi et de Mont Bouet à Libreville. C’est
taille, plus d’un mêtre pour sa le cas du potamochère (Potamochoerus porcus), du
partie abdominale. céphalophe bleu (Cephalophus monticola) et du sita-
tunga (Tragelaphus spekei). Pendant longtemps, le bra-
connage de masse a causé des dommages sur la faune
malgré l’existence d’une législation en la matière. De-
puis l’avènement des parcs nationaux, le phénomène
a considérablement diminué sans avoir disparu com-
plètement. Il est courant de retrouver de la viande de
Photos 18 et 19 - Crocodiles nains capturés brousse dans les restaurants de Libreville en période
pour être consommés
(ph. P. Pottier, 2014)
de fermeture de la chasse. Le pays a pourtant adopté
Dans la région des lacs de Lambaréné et sur
un décret réglementant les périodes d’ouverture (du
l’axe routier Libreville-Lambaréné, il est fré- 16 mars au 14 septembre) et de fermeture (du 15 sep-
quent de retrouver cette espèce proposée à tembre au 15 mars) de la chasse (République gabo-
la vente pour les ménages et les restau-
rants des villes importantes, notamment
naise, 2011). À côté de ce braconnage commercial et
Libreville. de subsistance, il existe aussi une forme de braconnage
pour les sous-produits. Ce type de braconnage est pra-
tiqué surtout sur les éléphants pour se procurer l’ivoire.
Il n’est pas rare de retrouver des carcasses d’éléphants
dans les aires protégées, notamment dans la réserve de
Wonga Wongué où près de 27 éléphants morts ont
été découverts par les agents de l’ANPN en avril 2011
(ANPN, 2012). D’autres espèces sont aussi l’objet de
ce braconnage pour l’utilisation de leur peau, c’est le
cas de la panthère dont la peau sert à l’occasion de
certains rites initiatiques traditionnels.
Malgré l’existence des contraintes imposées par
la mise en place des parcs nationaux, une législation
riche et des programmes de conservation, la faune du
littoral du Gabon connaît des dommages importants

78
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

qui portent atteinte


à son intégrité. Un
meilleur renforce-
ment des capacités,
à la fois institu-
tionnelles et opéra-
tionnelles permet-
trait à l’ANPN et
à l’administration
des Eaux et Forêts
de mieux orienter
leurs actions, même
si le problème de
la prolifération des
éléphants mérite un
regard particulier.
Photos 20 et 21 - Huîtres sur
les bords de la lagune Banio
Conclusion
(ph. B. Koumba Mabert, 2006)
Plus encore que dans sa partie terrestre continen- des milieux aquatiques. Les plus grandes comme la L’abandon des coquilles sur les
tale, la richesse de la faune sauvage gabonaise est baleine à bosse ou le dauphin sont recherchées par les rives (photo de gauche) prive
remarquable dans les régions littorales du pays. Sa touristes, alors que bien d’autres, fragiles et en danger les fonds sableux des coquilles
vides sur lesquelles les larves
plus grande diversité est bien entendu liée à celle des comme le lamentin ou encore la tortue marine sont planctoniques se fixent. Une
milieux où l’eau est très présente, que ce soit dans de plus en plus objet de préoccupation. fois les huîtres extraites de
leurs coquilles, elles sont cuites
l’espace maritime, sur le trait de côte, dans les très Ces ressources naturelles apparaissent pourtant de dans de grosses marmites
nombreux éléments d’un réseau hydrographique plus en plus comme un véritable capital à préserver (photo de droite).
dense, ou encore dans des zones humides d’un inté- et à faire fructifier. Les enjeux autour de celles-ci sont
rêt écologique majeur pour l’ensemble des écosys- essentiels pour l’avenir, car une partie du développe-
tèmes côtiers. Ainsi, cette biodiversité intègre des ment y est liée. Le tourisme encore prometteur en
espèces majeures dont les lieux de vie vont bien au- dépend, bien entendu, mais aussi la pêche qui n’ar-
delà des espaces sous influence littorale, comme les rive pas à répondre aux besoins nationaux ou encore
éléphants, les singes ou les buffles, qui sont parmi l’équilibre entre les villes et les espaces agricoles et
les symboles d’une nature africaine encore largement forestiers qui a besoin d’une organisation recompo-
préservée dans ce pays aux densités démographiques sée, tout comme celui entre les sanctuaires naturels
si faibles. L’originalité est toutefois de les voir diva- et les espaces de vie des gabonais qui doit trouver un
guer jusque sur les plages. Les territoires littoraux difficile équilibre entre préservation de la nature et
renferment aussi de nombreuses espèces symboliques intégration économique. Les actions engagées sur les

79
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

voies d’une gestion à objectifs durables des environ- Bibang R. et Ella M.-L., 2010. Rapport national
nements naturels sont déjà nombreuses au Gabon, sur les progrès accomplis par le Gabon vers l’aménagement
et c’est une chance. Il n’en demeure pas moins que durable des forêts sur la base du principe I des PCI OAB-
toutes les attentions doivent être soutenues, pour OIBT de gestion durable des forets tropicales naturelles
permettre au pays d’offrir encore pour longtemps d’Afrique, Projet OIBT PD 124/01 Rev. 2  (M), Pro-
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80
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

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81
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

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82
Chapitre 2 - Diversité et richesse de la faune littorale gabonaise

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83
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon
Jean-Bernard MOMBO
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville

Pays du Grand Écosystème Marin du Courant de altitude et de dépressions. Les plateaux sont souvent
Guinée (GEMCG), le Gabon a une superficie de fortement entaillés par les cours d’eau, dont les fonds
267 667 km², avec près de 950 km de côtes ouvertes de vallées sont plats et marécageux. Ceux-ci forment
sur l’océan Atlantique. Un couvert forestier dense les mailles d’un réseau de collines. Géologiquement,
d’environ 22 millions d’hectares (85 % de sa superfi- les régions littorales du Gabon correspondent au bas-
cie) et un réseau hydrographique abondant donnent sin sédimentaire côtier (Hudeley et Belmonte, 1970).
toute son originalité à l’oro-hydrographie du terri-
toire gabonais. La morphologie des fonds sous-marins
Le pays présente des formes variées du relief. La du précontinent gabonais
topographie ondulée à très ondulée est faite essentiel- Dans le cadre de la zone IV de l’Afrique de l’Ouest
lement de plaines, de plateaux (les plus représentés), (groupe Nigeria, Cameroun, Guinée Équatoriale, Îles
de collines et de massifs montagneux de basse alti- Sao Tomé et Principe et Gabon) du concept des « mers
tude. Les altitudes sont peu élevées, culminant autour régionales », le Gabon avec un peu plus de 950 km
de 1 000 m : Mikongo, 1 022 m, à l’est des Monts représente 38 % du linéaire côtier total (Klingebiel,
de Cristal ; le Mont Milondo, 1 020 m, et à 80 km 1987) et 45 % de la surface du plateau continental,
à l’ouest 1 022 m, dans le Massif du Chaillu ; les soit 41 900 km² (Bignoumba, 1995). Ses 22 % de
Monts de Belinga, 1 024 m, et le Mont Sassamongo, Zone économique exclusive (ZEE), soit 191 944 km²
1 001 m, dans la province de l’Ogooué Ivindo. (Sea Around Us, 2015), représentent un espace mari-
Dans une orientation grossièrement méridienne, les time pas loin d’être équivalent à la superficie conti-
régions littorales du Gabon sont situées entre l’océan nentale gabonaise (72 %).
Atlantique, à l’ouest, et une bordure orographique
relativement élevée de 600 m à 900 m d’altitude dans La morphologie du plateau continental
l’arrière-pays, à l’est. Cette zone sous influence mari- ou de la plateforme continentale
time a une forme en losange d’une superficie d’environ
La largeur du plateau continental
50 000 km², soit environ 600 km du Nord au Sud et
200 km de l’Ouest vers l’Est, dont les extrémités sont : Les cartes du Service Hydrographique et Océanogra-
au nord, la région de Cocobeach et de l’estuaire du phique de la Marine (S.H.M./S.H.O.M.) renseignent
Rio Mouni, à la frontière avec la Guinée Équatoriale ; sur la topographie sous-marine du précontinent. La
à l’est, la région de Lambaréné ; au sud, le fond de la plateforme continentale est assez étroite (fig. 1), soit :
lagune Banio, à la frontière avec le Congo ; et à l’ouest, 50 km entre la Pointe Ngombé ou Gombé et sa limite
le Cap Lopez et l’Île Mandji, côté océan Atlantique. externe à -100 m de profondeur, pour une pente de
Ces régions littorales ont une topographie très variée, 0,25 % ; 43 km entre le Cap Estérias et sa limite ex-
faite de collines, de plaines, plateaux et crêtes de faible terne à -100 m pour une pente de 0,25 % ; etc.

85
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

À l’ouest de la Pointe Ngombé, une rupture


Île de
Principe GUINÉE ÉQUATORIALE de pente à -100 m de profondeur marque la
bassin
sédimentaire arrière pays Estuaire du
limite externe du plateau continental. En
côtier Mouni
effet, les profondeurs de -100  m à -110 m
Cocobeach
sont un « [...]trait morphologique [...] caracté-
Baie de
Cap Corisco ristique de plusieurs bordures externes des pla-
Estérias
teformes de l’Afrique Atlantique » (Giresse et
Île de LIBREVILLE Ntoum
al., 1981). Le talus continental est donc bien
Sao Tomé Pointe Kom
Ngombé
o
Kango
plus vite atteint que dans la plupart des cas
où la rupture de pente est à -180 m/-200 m
100
200
de profondeur. Le plateau continental a une

oué
Wonga
Baie du Wongué
Lac Azingo Og o largeur variable entre 15 et 50 km au nord du
Cap Lopez Lambaréné
Port-Gentil
254 m
Lac
Cap Lopez, quasiment nulle devant ledit cap

Ng
ou
Mandjé
(présence d’un canyon sous-marin, fig. 4) et

nié
OCÉAN Delta de
l'Ogooué Lac Lac
rarement au delà de 50 km au sud de l’exu-
Rum sincide nimagnis ATLANTIQUE Lac Anengué
Avanga Onangué
GABON toire de l’Ogooué. La largeur moyenne du
in nobis aut is ad que omniend
igendant et il es esto inimus etus
Lagune
Nkomi
plateau continental est équivalente à celle
nis volo commolupta cuptaquia Omboué
Rem bo
i du Congo voisin : 40 à 50 km, soit près
Île ellorpo samus, ut quam
kom

quatur, N
de 30 milles (Giresse et al., 1981). Généra-

© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer


d'Annobón
qui natis endae estia quia volest Lagune
qui dellatur, nonsequibus aut fac- Iguéla lement, il est limité au large par une forte
caecat verum quodit etur? Faccus Lagune rupture de pente vers les isobathes -120 m à
elibus rem qui berum nonsedionse Ndogo
pressit quiaeru ptatem suntem
-130 m, correspondant aux anciennes lignes
reperum ressit, estrum, to omni- de rivage des paléoenvironnements litto-
hilitio moluptam Gamba raux (Giresse et al., 1981). Grosso modo, la
3
00
0

10
20
0
0
Nya g
n direction nord-sud des isobathes est parallèle
a

40
00
à la ligne de rivage. Leur espacement quasi
Mayumba
Lagune
Lagune
régulier souligne une pente régulière descen-
N Banio
Banio dant vers les grands fonds, et une topogra-
Pointe
phie sous-marine peu différenciée. La pente
0 50 100 km
Banda
CONGO moyenne du plateau continental est de 0,2 %
(autour de 1,5°), donc très faible.
Sources : diverses dont TOTAL GABON (fond de carte), bathymétrie SHOM Z. MENIE OVONO,
(cartes 6758, 7188, 7257, 7588, 7791), J.M. LEBIGRE (1983), D. MARTIN (1981) S. CHARRIER De type atlantique, uniforme (Afrique,
Bathymétrie (en mètres) réseau hydrographique ville principale Brésil, etc.), cette plateforme continentale
principal
limite d'État à pente très faible joue deux rôles essentiels.
2 000 1 000 500 200 100 30 20 0
D’une part, elle favorise la propagation et
Figure 1 - La bathymétrie au droit des côtes du Gabon

86
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

un impact plus grand des agents hydrodynamiques 0/-20 m -20/-50 m -50/-200 m -200/-800 m 0/-200 m
marins de la morphogenèse côtière. Les houles à la Nord du Cap
Lopez
4 100 km² 4 100 km² 3 600 km² 2 100 km² 11 800 km²
côte ont une grande longueur d’onde (2 à 6 m), une Sud du Cap 3 900 km² 8 700 km² 16 200 km² 9 000 km² 28 800 km²
amplitude ou hauteur de 1,5 m avec un maximum de Lopez
3,7 m, une longue période (entre 9 et 15 secondes ; soit Zone des
estuaires 1 300 km² 1 300 km²
une moyenne habituelle entre 10 et 12 s des houles de Plateau 9 300 km² 12 800 km² 19 800 km² 41 900 km²
l’océan Atlantique) et une célérité ou vitesse de propa- continental
gation de 2,5 m/s (Mombo et al., 2007). Leurs impor- Talus continental 11 100 km² --------------
tants déferlements à la côte ont des actions mécaniques MARGE CONTINENTALE 53 000 km²
dévastatrices, d’où une forte érosion côtière. D’autre
Tableau 1 - La superficie
part, la sédimentation terrigène (sable, vase) est l’objet de la marge continentale
d’un fort transit littoral, conséquence sur les côtes du des eaux littorales et du climat continental par le phé- du Gabon

Gabon d’une houle issue de deux directions domi- nomène d’upwelling côtier (remontées d’eaux froides Source : Bignoumba

nantes sud - sud-ouest et ouest - sud-ouest. du plateau continental) engendré. (1995), modifié

Sous l’effet du jet de rive, une puissante dérive La superficie de la marge continentale
littorale qui porte vers le Nord est responsable de La marge continentale a une superficie de
la migration des sédiments et, en conséquence, de 53  000  km² repartie ainsi (Bignoumba, 1995) :
la morphodynamique côtière actuelle. Les houles 41 900 km² entre les limites de zéro et -200 mètres,
dominantes de secteur sud-ouest favorisent ainsi auxquels s’ajoutent près de 11 100 km² de talus conti-
une dérive littorale orientée sud-nord pendant une nental entre les isobathes -200 m et -800 m (tab. 1).
grande partie de l’année. La conséquence est un Pour l’ensemble du bassin côtier gabonais, le plateau
transit de sables ayant édifié une succession de cor- continental laisse clairement apparaître sa division
dons littoraux bordant les plages (exemples : de la en deux unités séparées l’une de l’autre par le canyon
Pointe Ngombé à Pointe Pongara ; flèches sableuses), sous-marin du Cap Lopez.
à l’origine de la migration des embouchures des
rivières, ou isolant des lagunes. L’importance du La topographie du plateau continental
phénomène dans l’alimentation des plages donne,
Les aspects topographiques sont en relation avec
d’une part, des débouchés côtiers souvent obstrués
une marge continentale passive construite par une
par des apports sédimentaires considérables issus du
sédimentation progradée. Une « tectonique d’origine
large et, d’autre part, de la remobilisation des sables
distensive commande la structure du plateau continen-
issus des cordons littoraux récents et quaternaires
tal et notamment l’orientation des dépressions où l’on
(Mombo et al., 2007).
observe les plus fortes épaisseurs de couverture meuble
L’influence océanique australe est, entre autres, aussi (jusqu’à 15 m), ainsi que celle du littoral » (Giresse
marquée par la remontée dès avril-mai du courant et al., 1981). La plateforme continentale gabonaise est
froid de Benguela. Celui-ci favorise le rafraîchissement quelque peu analogue à celle de la côte est-américaine :

87
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

i
Île Elobey oun
Chico Rio M
Île Elobey Cocobeach
Grande
Bathymétrie
(en m)
flexurations et subsidence en cette côte dans la Baie de Corisco (une mer épiconti-
Île de Corisco
Pointe 0 fond de géosynclinal due à une nentale d’environ 1  570  km² - Rieucau, 2001), au-
Ndombo surcharge sédimentaire. Cette
BAIE DE
10 dessus de l’isobathe -20 m (fig. 2). Ces îles reliques,
20
CORISCO combinaison des faits géody- témoins des effondrements tardifs quaternaires dans
30
namiques (marge passive, sédi- cette enclave côtière, ont des contours rocheux et des
Île Leva mentation progradée, subsi- plages sableuses. Les îles Mbanié et Leva renseignent
Pointe dence) fait que le Gabon côtier
Île Mbanié Buyumba sur la dynamique marine à travers leur queue de co-
est (Salomon, 2008) : mète sableuse s’étirant côté est sur au moins un kilo-
Îlot Conga Îlot Cocotier - d’une part, du groupe mètre (photo 1), dans le sens de la propagation de la
« […] des littoraux des plaines houle dont l’incidence est perpendiculaire à la côte.
sédimentaires, que ces dernières Indice d’un milieu de sédimentation fine et moyenne
intense, la Baie de Corisco est le siège de bancs ro-
© IGARUN, Université de Nantes

Pointe
Akanda
correspondent à un bassin plus
Pointe
Bolokouboué
Pointe
Moka ou moins envahi par une mer cheux, sableux et vaseux, affleurant ou non. Les îles
BAIE DE de l’embouchure du Rio Mouni sont au cœur d’un
LA MONDAH
(cas de la mer du Nord) ou que
Cap Estérias contentieux maritime entre la Guinée Équatoriale et
les sédiments s’accumulent pour
0 5 10 km former une plateforme conti- le Gabon (voir chapitre 6 du présent ouvrage).
N

Source : bathymétrie SHOM S. CHARRIER nentale subsidente (cas du golfe


Le réseau d’entailles du plateau continental
du Mexique) » ;
Figure 2 - Les îles de la Baie de Corisco
La genèse de la plateforme continentale est encore
- d’autre part, du groupe
assez délicate à aborder du fait, d’une part, de l’ab-
« […] des littoraux des bourre-
sence d’études spécifiques et, d’autre part, de la com-
lets marginaux des socles (côtes
plexité des variations eustatiques quaternaires et des
du Gabon, d’Afrique occiden-
micro-variations holocènes marines, entre +100 m et
tale, de l’Inde, etc.). Ici, le tracé -100 m, sous plusieurs cycles d’érosion et sous des
général suit l’orientation d’en- paléoclimats différents de l’actuel.
semble ».
Toutefois, les vallées fluviales côtières ont été en-
Les îles de la Baie de Corisco noyées lors de la remontée marine holocène. Les
entre le Gabon et la Guinée chenaux sous-marins de marées des vallées fluvio-
Équatoriale marines des estuaires du Rio Mouni, de la Baie de
la Mondah et de l’Estuaire du Komo1 correspondent
Quelques sept îles, Corisco
ou Mandyi, Grande Elobey/
Elobey Grande, Petite Elobey/ 1. L’Estuaire du Komo présente un grand chenal. Celui-ci, qui
vient de la Pointe Owendo (-11 m), coupant à travers l’estuaire, passe
Photo 1 - Île Mbanié dans la Baie de Corisco (vue depuis le sud-ouest) Elobey Chico ou Elobey Niño, du côté de la Pointe Pongara (jusqu’à -29 m au débouché de l’es-
(ph. P. Pottier, 2014) Mbanié, Conga, Leva, et Coco- tuaire, Passe de la Pénélope). Au-delà, les profondeurs varient autour
En blanc au bout de l’île, se trouve une « queue de comète
sableuse » en direction perpendiculaire au trait de côte.
tier sont localisées au large de de -10 m à -19 m, dans la zone infralittorale. La Mondah et le Rio

88
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

à des entailles du plateau continental (Tsire, 1987), 2° N


6° 7° 8° 9° 10° 11°

et attestent de la préexistence d’un modelé subaérien Île de ito


en
Principe

B
immergé. Il en est de même pour le littoral au sud du

Rio
GUINÉE
Cap Lopez. Sur le plateau continental, des réseaux SAO TOMÉ- Estuaire du
Mouni
ÉQUATORIALE
ET-PRINCIPE
d’entailles prolongent ces chenaux (fig. 3). 1° N

Île de Baie de
La sédimentation sur le plateau continental Sao Tomé la Mondah

go
Kom o
Libreville

bon
A n o
De la frontière équato-guinéenne au Cap Lopez, Oka
le plateau continental est le siège d’une sédimenta- 0° Estuaire
tion abondante liée aux apports terrigènes des fleuves du Komo

Mouni, de la Mondah, du Komo et de l’Ogooué, les GABON


principaux pourvoyeurs en sédiments sur cette marge Port-Gentil
Ik o y
continentale nord du Gabon. Île d’ Annobón Ogoo ué
1° S
(Guinée Éq.)
Du Cap Lopez à la frontière congolaise, le plateau Lagune
g

N
Nkomi
continental présente une plus grande diversité struc-

ou
ni é
omi
turale. La pente moyenne, de l’ordre de 0,20 %, dimi- Lagune
Nk

nue très légèrement au fur et à mesure qu’on va vers 2° S Iguela

le Sud et qu’on s’éloigne de la côte. Ainsi, sur la partie Lagune


Ndogo
interne du plateau, jusqu’aux fonds de 50 mètres, les
isobathes demeurent parallèles à la côte. L’exception N
ga

ya
est faite dans les secteurs d’affleurements qui pro- gny

n
3° S
Do u
© IGARUN, Université de Nantes

longent les pointements rocheux tels ceux d’Iguéga,


Lagune
Komandji, Panga, Banda et Kounda, et où les fonds Banio

sont plus accidentés. La zone de déferlement, qui CONGO


couvre les fonds de zéro à 20 mètres, a une pente de 4° S
Sources : ROSSIGNOL et al. (1962), bathymétrie SHOM
0,38 % entre la Pointe Iguéga et la Pointe Kounda. Bathymétrie (en m) Réseau d’entailles du modifié d’après J. TSIRE (1987)
plateau continental et
Dans la baie de Mayumba, la pente atteint 0,18 %. chenaux sous-marins
S. CHARRIER
4 000 3 000 2 000 1 000 200 30 0
Sur les fonds de 20 à 50 mètres, la pente s’affaiblit en-
< -200 m 0 à -200 m
core régulièrement ; les valeurs sont autour de 0,08 % réseau hydrographique N
actuel limite approximative
(Malounguila-Nganga, 1983). Sur la partie externe, la du plateau continental
limite d’État gabonais (≈ - 200 m) 0 50 100 km

Mouni révèlent aussi des chenaux fluvio-marins entre -6 m et -21 m Figure 3 - Le réseau d’entailles du
de profondeur débouchant dans la « mer épicontinentale » de la Baie plateau continental gabonais
de Corisco. Ces chenaux sous-marins vont jusqu’à des profondeurs
souvent inférieures à l’isobathe -20 m dans la zone infralittorale.

89
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

pente atteint 0,16 % pour trouvent souvent dans le prolongement des pointes
les fonds de 50 à 110 m, rocheuses. Celles-ci constituent le soubassement des
et seulement 0,08  % le cordons sableux qui garnissent aujourd’hui le lit-
long de la bordure ex- toral. Au large de la Pointe Panga et de la Pointe
ca

ny
o n du Cap
terne, sur les fonds de 110 Banda, mais surtout au large de Mayumba, à partir
Lopez

à 120 m, grâce à la pré- des fonds de 40 à 50 m à la surface du plateau conti-


sence d’une terrasse. Au- nental, une succession d’affleurements se poursuit
delà de 120 m, commence de façon presque ininterrompue jusqu’au-delà des
la pente beaucoup plus 120 m (Kouyoumontzakis, 1979).
accentuée du talus conti- Le substratum du plateau continental est recouvert
nental (entre 20 et 45 %). de sédiments meubles. Suivant la largeur de la pla-
Les apports sédimentaires teforme, l’action de la houle sur le rivage s’exerce de
du fleuve Congo sont, manière plus ou moins forte. Là où elles sont le moins
d’une part, importants amorties, les vagues atteignent la côte avec une éner-
dans l’alimentation du gie plus grande. De plus, l’étroitesse du plateau favo-
plateau continental (Mo- rise une dispersion des sédiments côtiers vers le large,
guedet, 1988) et, d’autre au cours des périodes de grande activité hydrodyna-
part, à l’origine de la di- mique ou fluviatile (en saison pluvieuse ou lors des
minution de la pente du upwellings côtiers). Cette couverture sédimentaire est
Nord vers le Sud. parfois absente, laissant apparaître des affleurements
La surface du plateau rocheux, là où la couverture meuble n’est pas suffi-
continental est carac- sante ou est inexistante.
Figure 4 - Le canyon sous-marin
du Cap Lopez térisée par deux traits Deux types de dépôts meubles sont présents :
Source : SHOM, 1969 principaux. Primo, il y a une sédimentation à pré- les dépôts fossiles et les dépôts actuels. Les dépôts
dominance sablo-vaseuse. Celle-ci est dominée par reliques se sont mis en place lors de la dernière ré-
les sables, surtout entre le Cap Lopez et l’embou- gression léopoldvillienne ou ogolienne (-30 000 à
chure de la Nyanga, jusqu’au-delà des 120 m de -12 000 ans B.P.). Ces dépôts, généralement sableux,
profondeur. Au sud de l’embouchure de la Nyanga, ont été remaniés tout au long de la progression de la
les fonds sablo-vaseux deviennent de plus en plus dernière transgression holocène qui a suivi. Les dépôts
vaseux ; des vases issues du fleuve Congo. Secundo, actuels sont en équilibre avec la dynamique des eaux.
il y a l’importance des affleurements rocheux. Ainsi, Cette sédimentation se trouve généralement sur la
du Cap Lopez à la Pointe Banda, les fonds du pla- frange littorale jusqu’à -30 m. Elle est postérieure à la
teau continental présentent une surface aux deux transgression holocène et provient essentiellement de
tiers parsemée de ces affleurements. Sur la partie in- l’apport récent du fleuve Congo, surtout pour le sud
terne du plateau, jusqu’à - 40 m, ces affleurements se du Cap Lopez.

90
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Sur le plateau continental, apparaît une opposition Principe ou Île du Prince (1 170 km², NIGERIA Mont
Cameroun
entre la sédimentation actuelle et les dépôts fossiles 1  006 m) et Fernando-Poo (Île Bioko, 200 m
Douala

de la dernière régression pléistocène (ogolienne) et 2 000 km² ; Pic Santa Isabel, 3 007 m). 1 00 0 m
CAMEROUN
de la transgression holocène (Giresse et Kouyoumon- Ces îles sont des témoins de l’expansion 30
00 2 000
m Bioko
m
tzakis, 1973 ; Malounguila-Nganga, 1983 ; Mogue- des fonds océaniques et la preuve d’un Haut-fond
Bata
det, 1988). Trois catégories de sédiments superficiels paléo-volcanisme sur cette marge atlan- GUINÉE
Principe
du plateau continental, dominés par des sables, sont tique (Hudeley et Belmonte, 1970  ; ÉQUATORIALE

mises en évidence : les sables quartzeux, les sables à Karlin., s.d.).


Libreville
débris coquilliers et les sables glauconieux. Sao Tomé Équateur
Le contexte paléogéographique de ces
Port-Gentil
îles est celui des formes héritées ou re-
Morphologie du talus continental liques. Elles traduisent l’existence dans GABON
Pagalu
et grands fonds marins le passé d’un « […] volcanisme insulaire (ou Annobón)

Au-delà du plateau continental, le talus continen- et marginal Sud-atlantique […] » (Guil- 4 000

© IGARUN, Université de Nantes


cher, 1969), en relation avec l’expansion Haut-fond
m
tal a une pente de l’ordre de 20 à 45 %. À une cen-
sismique des fonds océaniques. Ces îles
taine de kilomètres au droit des côtes, il atteint les N
alignées sud-ouest/nord-est prolongent CONGO
grands fonds à partir de -2 000 m. Du Cap Lopez 0 400 km Pointe
le « Seuil ou Rameau de Guinée », crête Noire
en allant vers le Sud et en s’éloignant de la côte, les asismique actuelle, sur le continent
Source : bathymétrie SHOM Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER

canyons sous-marins (Bourgoin et al., 1963) forment dans l’axe du Mont Cameroun jusqu’au Figure 5 - L’ensemble
des profondes entailles sur le talus continental. Le Tibesti. Cet axe, ou linéament, est celui insulaire du golfe de
Guinée
canyon sous-marin le plus proche du trait de côte et d’un cisaillement sismique réalisé par l’expansion
le mieux élaboré est celui du Cap Lopez, dont la tête des fonds océaniques ayant favorisé dans le passé des
à l’isobathe -30 m est située entre la Pointe Renard au phénomènes volcaniques (Vanney, 1976). Ces poin-
nord-est et la Pointe du Phare au sud-ouest (fig. 4). tements anciennement volcaniques (existence de
Au pied de la pente continentale, qui marque la vestiges d’anciens cratères à Fernando Poo,…), entre
transition avec le bassin atlantique africain orienté collines abyssales (autour de 1 000 m de hauteur)
nord-sud, il y a les « ondulations précontinentales et monts sous-marins (volcans ; plus de 1 000 m),
inférieures » (Ottman, 1965). Bien au-delà, dans la sont constitués de roches volcaniques basiques ou
région des « ondulations précontinentales supérieures », calcaires.
sont situées les îles océaniques formant l’ensemble In fine, la marge continentale du Gabon a une
insulaire au large des côtes du Gabon, de la Guinée structure à la fois du type subsident ou nord-est
Équatoriale et du Cameroun. Alignées sud-ouest/ américain et du type flexuré ou africain, faillé. Cette
nord-est, ou de la plus océanique à la plus proche du marge passive ou stable du type atlantique comprend
continent (fig. 5), il y a les îles : Annobón (Anno- bien le littoral, la plateforme continentale, la pente
bonn, 15 km²), San Thomé ou Sao Tomé (1 290 km², continentale, le glacis océanique sans fossé et le bassin
2 023 m d’altitude, au droit de la Pointe Ngombé), océanique. La plateforme continentale gabonaise est

91
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Cocobeach
ici la principale zone de pêche et le premier champ d’exploitation
Baie de Cuesta de

Mon
la Mondah Ndombo des gisements d’hydrocarbures dits offshore. Sa connaissance et les

t
210 m
usages qui s’y développent sont essentiels pour l’avenir du pays.

sd
eC
rist
LIBREVILLE Ntoum

al
stu
a ir L’orographie : les reliefs des régions littorales
E

e du Kango
Pointe Ngombé Ko mo continentales
m
Le bas-pays côtier du Gabon est situé entre le rivage atlantique à
Ra

boué
Horst de l’ouest et à l’est, respectivement du nord au sud, l’escarpement des
Lambaréné
340 m
oué
Monts de Cristal qui domine la plaine de la Noya d’environ 800 m
Plateau de Og o
Wonga-Wongué
Lac Azingo de dénivellation, les Monts de Ndjolé au centre (est de Lamba-
Baie du Lambaréné réné) et la retombée septentrionale de la chaîne du Mayombe.
Cap Lopez 254 m
Correspondant au bassin sédimentaire péricratonique, cette vaste
Ng

Port-Gentil
ou
nié

région côtière continentale basse est un ensemble orographique


Delta
Delta de
de contrasté, spatialement discontinu, de plaines, collines et plateaux
l'Ogooué
l'Ogooué Altimétrie (en m) disséqués par un réseau hydrographique très dense.
Lac Anengué Lac Onangué
200 Les altitudes sont très faibles, comprises entre 100 m en
Lagune 100
Nkomi moyenne et 350 m d’altitude maximale. Ces régions littorales
50
Omboué Remb o N
k o mi 0
sont larges d’environ 50 km entre Cocobeach et les Monts de
Lagune Cristal (extrémité nord, région de l’estuaire du Rio Mouni),
point culminant
Iguéla 90  km au niveau de Libreville, 200 km au centre entre le Cap
Hydrographie
Lopez et Lambaréné, et de 7 à 25 km entre le Mayombe et le
trait de côte (extrémité sud, région de la lagune Banio) ; d’où sa
lac ou lagune
Lagune configuration en losange (fig. 6).
réseau
Ndogo hydrographique
OCÉAN Ainsi, ces régions littorales ont un relief faiblement accidenté
ATLANTIQUE où s’imbriquent collines, «[...] éperons lobés [...] longues et étroites
ville principale
Gamba
croupes aux contours digités s’abaissant vers la plage [...] »(Lasserre,
limite du bassin
sédimentaire côtier 1958), bas-fonds et vallées bien drainées. Les plateaux sont sou-
Ny a n limite d’État vent fortement entaillés par les cours d’eau, dont le fond des
ga

vallées est plat et marécageux. Ceux-ci forment les mailles d’un


N
réseau de collines. Le « bas-Gabon » (Sautter, 1966), ou « Gabon
Mayumba des marais », est « [...] une mosaïque de zones hydromorphes, de
Lag
une
Ban
croupes ondulées et de collines ou éperons à versants convexes » (Per-
0 50 100 km io russet, 1981). Le modelé est celui de formes convexes façonnées
dans les altérites épaisses. Les modelés rocheux sont inexistants,
Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer
hormis les exceptionnels affleurements dus aux travaux divers
Figure 6 - Les grands ensembles orographiques du Gabon côtier
92
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Ouest Komo Est


(terrassement, routes, chemin de fer Transgabo- Estuaire
du Komo
nais...). Cependant, le long des pentes découvertes, Océan Monts de cristal
Atlantique
des collines ou croupes démantelées, apparaissent
Pointe
les lambeaux d’une cuirasse ancienne (la nappe de

© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer


Ngombé
gravats ou stone-line). Le relief de Libreville en est
l’illustration avec son vieux plateau démantelé ayant crétacé du système de la Noya
donné lieu à un système de petites crêtes à flancs
série schisto-géseuse
convexes et ses quelques collines que sont les points
hauts de la ville (Mont Bouet, 126 m ; Mont Nkol- série schisto-calcaire

Ogoum, 126 m ; et Mont Bisségué, 104 m). ectinite du complexe de base

Dans cette étendue de basses collines et de bas pla- granite


0 25 50 km
teaux disséqués par l’érosion hydrique, cinq ensembles quartzodiorite
M. AUBAGUE et J.-J. HAUSKNECHT, 1959
de relief se distinguent et rompent la monotonie des modifié par Z. MENIE OVONO formations volcaniques
ondulations de la zone littorale. Il s’agit, du Nord au fractures
Sud : du plateau gréseux de Ndombo, du chaînon
cristallin de Lambaréné-Chinchoua, du plateau de Les paysages morphopédologiques du Gabon sep- Figure 7 - Coupe géologique
de la Pointe Ngombé aux
Wonga Wongué et du Plateau des Milles Vaches, de tentrional (Martin et al., 1981) sont, grossièrement Monts de Cristal
la plaine du delta de l’Ogooué et de ses lacs et, enfin, d’est en ouest : le piémont des Monts de Cristal et
de l’étroit « compartiment littoral » (Chatelin, 1968) ses vallées alluviales, les crêtes et les plateaux sur grès
méridional et ses grandes lagunes (fig. 6). de Ndombo, les surfaces ondulées à très ondulées sur
du matériau fin argileux et sablo-argileux à argilo-sa-
Le plateau des grès de Ndombo bleux, la surface aplanie sur du matériau sableux à sa-
et ses environs blo-argileux, la vallée alluviale du Komo et des autres
fleuves côtiers, les marais maritimes à mangrove et
Comprise entre les estuaires du Komo et du Rio enfin les cordons littoraux actuels.
Mouni, la façade atlantique du Gabon septentrional
est une région littorale basse. Les altitudes sont très En forme de plateaux étroits ou de collines serrées
faibles, 100 m en moyenne, hormis quelques secteurs à aspect de « chaînon », le plateau de Ndombo tranche
élevés avoisinant les 200 à 250 m à l’instar du pla- avec la monotonie des paysages. Cette ligne de crêtes
teau de Ndombo. Cette région côtière est large d’en- orientée nord-ouest/sud-est, entre le sud de Coco-
viron 50 km entre Cocobeach et les Monts de Cristal. beach et le nord de Kougouleu, présente dans un ali-
Au niveau de Libreville, cette valeur passe à environ gnement respectif trois points cotés : 218 m, 265 m
90 km. Cette façade atlantique s’appuie au nord-est et au centre et 285 m.
à l’est sur les contreforts rocheux cristallins et cristal- Les « crêtes et plateaux sur grès de Ndombo » font l’ori-
lophylliens (socle) des Monts de Cristal (Mont Mvé- ginalité de cette région, d’une part, par leur altitude
lakéné, 825 m) (fig. 7). élevée (maximum au Mont Koulounga, 240 m et

93
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Sud-Ouest Nord-Est
Cuesta de Ndombo
200 Riv. Nzémé Route de Cocobeach Riv. Mbé 265 m) et, d’autre part, comme interfluve séparant
Hauteur (m)

100 le bassin hydrographique du fleuve Noya des petits


0 cours d’eau tributaires de la Baie de la Mondah, dont
Distance (km)
-100
le plus important est la Nzémé qui a sa source dans
Epaisseur (m)

la région de Ntoum et alimente Libreville en eau


-200

série de Madiéla
potable. En effet, dans ce milieu très pluvieux, les
-300
Géoli
ttom
er grès de Ndombo forment une « [...] ligne de partage
-Nan
tes, série de Cocobeach
éde Na
ntes,
LETG des eaux entre le bassin de la Noya et les fleuves côtiers
ersit grès et sables de Ndombo
© IG
ARUN
, Univ ou tributaires de l’Estuaire du Gabon » (Delhumeau,
marne de Mvone 1969) et de la Mondah. Les grès de Ndombo consti-
0 2 4 6 km série de l’Agoula tuent un château d’eau. Les pentes sont moyennes,
faille
10 à 15 %.
BRGM, 1984, modifiée par Z. MENIE OVONO
À l’ouest des grès de Ndombo, il y a une surface
Figure 8 - La région de la cuesta
des grès de Ndombo
ondulée à très ondulée sur du matériau fin argileux.
« Les grès de Ndombo forment le plus bel escarpement structural du bassin
sédimentaire côtier » (Girardin et Lebigre, 1980). Son profil dissymé-
trique révèle un front de cuesta dont le regard porte sur la Noya et un
revers à la pente plus douce coté Baie de Corisco (fig. 8). Cette cuesta
est entaillée par des rivières cataclinales : Nkanglé et Mbé dans le sec-
teur de Koulounga. Les rivières anaclinales sont absentes. Cependant,
l’ensemble est profondément entaillé par l’action érosive et incisive
du réseau hydrographique, le tout lié à un très bon drainage interne.
« [...] L’altération a donné de grandes quantités de matériel sableux propice
à l’érosion » (Girardin et Lebigre, 1980). À l’est, une vaste dépression
orthoclinale alluviale (séries de Mvone et de l’Agoula) est le siège de la
vallée de la Noya et ses affluents, délimitée par l’escarpement des monts
de Cristal. Le « piémont des Monts de Cristal et les vallées alluviales » de la
Noya et de ses affluents sont des « régions déprimées au pied de l’escarpe-
ment des Monts de Cristal [...] » (Delhumeau, 1966).

Le plateau de Wonga Wongué ou des Bam-Bam


et le « Plateau des Mille Vaches »
Entre les régions de l’estuaire du Komo (sud de Nzomo) et du delta
intérieur de l’Ogooué (nord du lac Alombié), existe le plateau disséqué
Photo 2 - Cirque de Bam-Bam, et paysage des contacts de la région de Wonga Wongué confondue avec la réserve de faune du
savane - forêt de la région du plateau de Wonga Wongué
(ph. Y. Arthus Bertrand)
94 Source : http://www.yannarthusbertrand2.org
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Nyonié Foulenzem

même nom. Ce relief sert de château d’eau et de ligne plus au sud, a une orientation

ne
o
de partage des eaux entre les chenaux de marée de la dite mayombienne (sud - sud- Ekouata Liaméé
Liam

Mb ilag
rive gauche de l’estuaire du Komo (Remboué, Banga est / nord - nord-ouest). Alignés

a
Bang
et Mbilagone), les petites rivières côtières (du Nord au selon son axe principal, quelques OCÉAN
Sud : Liamé, Mbomba, Awagné, Wezé, Nguelié) et les points cotés donnent ses alti- ATLANTIQUE M
Mbboom
mbbaa
Cirque de Grand
cours d’eau qui se déversent dans l’Ogooué et ses lacs tudes : 340 m au sud du village Aw
Bam Bam

ag
251m
intérieurs (Rivière des Coupeurs au lac Gomé ; Ri- Chinchoua, 212 m au centre et R iv. des cou


Sangatanga Wonga u rs Mt Gadingo
vière Mabora au lac Azingo ; rivières du lac Alombié).

pe
347 m au village Kougouleu/ D(1)
Wongué (N’dougou)
Compris entre la cote 200 m et le point coté 284 m et Lambaréné, avec sa ligne de base Gongoué Cirque de petit

© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer


Valléeordet
édifié dans la série des Cirques, le plateau de Wonga à 40 m. Son environnement phy- Bam bam

la m
260 m
Wongué a été démantelé par l’érosion des petits cours sique est marqué par des collines D(2) Wézzé
Wé é
254 m
284 m
Plateau des Mt Sawé
d’eau côtiers. Des grands cirques d’érosion (Le Trou aux versants convexes et par la Mille vaches
NNgguuééliliéé
du Diable, Grand Bam-Bam, Petit Bam-Bam, etc.) rivière Remboué et ses affluents, Mporaloko
font l’originalité orographique et touristique de cette la Mbilagone et la Banga.
Gomo
région côtière (photo 2).
N

D’ouest en est, les altitudes s’élèvent avec côté

SSéékkéé
0 10 km
oriental un alignement, dans une orientation grosso d’après données HOURCQ V. et DEVIGNE J.P., 1950 ;
modo nord/sud, des points culminants du plateau Gabon : carte touristique au 1/1 000 000 (INC, 1987)

de Wonga Wongué : Cirque de Grand Bam-Bam D(1) Ouest Est


(251 m), Cirque de Petit Bam-Bam (260 m), Mont 300 Sangatanga
Petit Bam-Bam
Mt N’dougou
Altitude (m)

(140 m)
Ngadingo (284 m), Plateau des Mille Vaches (254 m) 200 Awagné
Riv. des
et Mont Chauve (185 m) (fig. 9). 100 Coupeurs
0
La région de Wonga Wongué a aussi une présence
Plateau des
remarquable de petits lacs : Youyou, Dina, Ndaminzé, D(2) Ouest Mille Vaches Est
Bruphard, Abowé, Eliwawanyé, Malon, Ngélié... dans 300
Savane (254 m)
Altitude (m)

Mboge
un paysage grandiose de savane herbeuse, à l’exemple 200
Wézé
100
de la Savane N’Gola. À l’est de la région de Wonga
0
Wongué se succèdent le Mont Ndougou (210 m) et
le môle de Lambaréné-Chinchoua. 0 20 40 Distance (km)

complexe grès tendres, sables, marnes


Le môle ou chaînon cristallin (horst) alluvions (Holocène) bitumineuses et calcaires (Maestrichien à Sénonien)
de Lambaréné-Chinchoua série des Cirques : sables arkosiques, calcaires et marnes fossilifères,
grès argileux, argiles (Plio-pléistocène) grès friables rubefiés (Turonien)
Le môle ou chaînon de Lambaréné à Chinchoua J.-B. MOMBO,
série rouge : marnes et sables,
fait l’originalité des paysages de la région. Ce relief, réseau hydrographique principal calcaires et dolomies (Cénomanien)
modifié par
Z. MENIE OVONO
de 120  km de long et 30 km de largeur maximale
Figure 9 - Esquisse du profil d’ouest en est de la région de Wonga Wongué

95
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Le môle de Lambaréné-Chinchoua est un axe cristallin


Île Corisco
Cocobeach migmatique (Précambrien ou Protérozoïque inférieur). Ce
relief a connu une surrection, en horst de socle, au milieu

Moo
M
Île Mbanié

nntst
des formations sédimentaires de couverture du substratum

sdde
Série des cirques QUATERNAIRE
sous-jacent. Cette remontée est due à la tectonique du socle

eC
rCisrt
N'Tchengué/Akosso Libreville

iaslt
Pte Ngombé précambrien (Protérozoïque inférieur), au Crétacé inférieur

al
NÉOGÈNE
Mandorové/M'Béga (Barrémien). Les migmatites, ou gneiss granitoïdes ou gneiss
Kango
Animba/Ozouri Pte Nyonié granitisés [granitoïdes et migmatites (gneiss granitisés) ; Le-

Ho
PALÉOGÈNE
masle, 1983 ; Azzibrouck Azziley, 2004], constituent donc

rs
Pte Ekouata BASSIN

td
Ikando BASSIN ORIENTAL

eL
ATLANTIQUE ici un ensemble du socle émergeant, ou intrusif, au milieu

am
Pte Clairette/Ewongué

ba
de la formation sédimentaire calcaire (série de Madiéla) du

rén
Cirques de

é
Wonga
Anguille
CRÉTACÉ Wongué
bassin côtier gabonais. Cette remontée du socle cristallin
Lambaréné
Azilé SUPÉRIEUR Port- sous-jacent (horst de Lambaréné-Chinchoua) a divisé les
Gentil
Cap Lopez
formations de couverture du bassin sédimentaire côtier en
deux sous-bassins : un synclinal intérieur ou oriental et un
Madiéla
autre atlantique ou occidental (fig. 10).
CRÉTACÉ
Ezanga/Gamba
INFÉRIEUR
Le môle de Lambaréné-Chinchoua est actuellement
Néocomien à Barémien une source d’approvisionnement très sollicitée en blocs
Cocobeach supérieur de migmatites/granitoïdes et gneiss indifférenciés. Malgré
Cocobeach Moyen JURASSIQUE
son éloignement des villes et son enclavement, ce relief est
donc le siège de carrières de roches denses et très dures des-
Cocobeach inférieur
© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer

OCÉAN tinées au concassage, en vue de la production des graviers


Pré-Cocobeach ou
série de la Noya PERMIEN ET ATLANTIQUE pour les travaux de BTP. Du fait de son démantèlement,
CARBONIFÈRE
Roches volcaniques son profil est de plus en plus discontinu dans l’espace.
Socle ARCHÉEN
Au sud, le môle et le Plateau des Mille Vaches (région de
Wonga Wongué) jouxtent la région des grands lacs et du
faille delta intérieur de l’Ogooué.
20
m0

Ainsi, la topographie continentale de la région côtière


Mayumba
principale ville N au nord de l’Ogooué est marquée par de larges vallées
marécageuses séparant des collines et de longues et étroites
Source : Total Gabon, T/DAP/DMH n°1077, 13-04-2001
croupes ou interfluves. Témoins ou vestiges d’une ancienne
0 50 100 km
Modifiée par Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER surface haute, vallées, collines et lambeaux de plateaux
constituent les ensembles orographiques aux versants à
Figure 10 - Carte géologique du bassin sédimentaire côtier du Gabon
pentes fortes. Cette topographie accidentée est due à une
dissection fluviale d’une ancienne surface d’aplanissement.

96
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Le démantèlement du relief a modelé la topographie


actuelle de 40 m d’altitude moyenne. Les altitudes
varient du trait de côte à l’ouest, 0 m, vers les ondula-
tions continentales, autour de 120 m dans la région de
Libreville, pour culminer à 250 m dans le Plateau sur
grès de Ndombo et 350 m dans la région des Plateaux
de Wonga Wongué. Faite de parties hautes (îlots de
plateaux, collines ou monts, éperons et interfluves) et
de parties basses (basses vallées principales à marais ou
marécages, vallons, ravins et ravineaux), cette région
côtière s’abaisse vers l’Ouest atlantique.

La plaine côtière du delta de l’Ogooué


et de la région des grands lacs
Long de 1 200 km, dont 200 km en République du
Congo (sa source) et 1 000 km en territoire gabonais,
le fleuve Ogooué draine 215 000 km² de bassin ver- Photo 3 - Paysage de la région
du lac Onangué
sant. Il atteint l’océan Atlantique à son exutoire prin- de bras dont certains sont entièrement ensablés en saison sèche. Au (ph. P. Fattal, 2014)
cipal d’Ozouri, au sud de l’Ile Mandji. L’Ogooué a un nord et au sud des deux bras du fleuve (Ouango et Ogooué) se trouve Ces grands lacs, qui
delta de 5 100 km², soit un delta intérieur en aval de toute une série de lacs : Azingo, Dégoulié, Onangué, Evaro, Kébanda, jouxtent l’Ogooué jusqu’aux
Lambaréné et un delta maritime ouvert de la Baie du Ezanga, la plupart communique avec le fleuve par des chenaux souvent portes de Lambaréné, sont
très étroits et divaguant au milieu de zones marécageuses, certains che- les témoins de vastes rias
Cap Lopez à la lagune Nkomi. naux restent navigables en saison sèche. Chatelin (1964) explique cette qui permettaient à l’océan de
particularité par « un ajustement des eaux du lac à celui de l’Ogooué pénétrer toute cette région il
En aval de Lambaréné, l’Ogooué présente les carac- y a environ 5000 ans (Sautter,
provoquant par période des courants suffisamment forts pour les
téristiques d’un cours d’eau de plaine côtière. Cette déblayer », d’autres chenaux (les plus longs) sont par contre ensablés en 1966 ; Chatelin, 1964 ; Collinet
plaine maritime, ou plaine de niveau de base du cours saison sèche (Azingo, Dégoulié, Ezanga).
et Martin, 1973 - note infrapa-
ginale 2).
inférieur de l’Ogooué, est ici constituée par son delta Les rives des grands lacs sont souvent très découpées à l’ouest, mais basses
et la région des grands lacs gabonais. De Lambaréné à et marécageuses à l’est, ce qui peut s’expliquer par le léger pendage ouest des
son embouchure, I’Ogooué se divise en de multiples séries sédimentaires dont les extrémités redressées des bancs constituent les
rives hautes (séries rouges, séries de Madiéla), culminant entre 40 et 60 m.
bras, typiques d’un lit à chenaux anastomosés dans L’origine de ces lacs est d’une interprétation délicate : Sautter (1966) ti-
un environnement lacustre. En effet, le cours inférieur rant argument des fonds de 20 m, donc sous l’actuel niveau des océans, et
de l’Ogooué est souvent bordé de marécages inondés, des formes découpées des rives qu’il qualifie de « rias d’eau douce », n’hésite
et dont les ramifications très étendues spatialement pas à considérer qu’il s’agit là de ramifications d’anciens golfes marins isolés
le raccordent à des grands lacs. Les grands lacs du ensuite en lac par des « atterrissements de l’Ogooué ». Chatelin (1964)
fait état de l’ennoyage de zones déprimées provoqué par une récente re-
Gabon2 sont localisés dans la région du bassin côtier, montée du niveau de base, ce qui semble être confirmé par la « présence
d’horizons tourbeux enterrés à plusieurs mètres de profondeur sous les
2. « En aval de Lambaréné, l’Ogooué se divise en un grand nombre dépôts des basses terrasses actuelles » (Collinet et Martin, 1973).

97
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

particulièrement le long du cours lin, 1964). Dans son cours inférieur, l’Ogooué coule
inférieur du fleuve Ogooué, dans la donc dans une véritable plaine maritime alluviale.
région du Bas-Ogooué ou du delta In fine, le bassin de l’Ogooué est partagé entre la
intérieur de l’Ogooué. L’Ogooué a : dynamique du creusement dans ses cours amont et
- sur sa rive gauche, les lacs Ezanga, moyen et l’alluvionnement dans son cours inférieur.
Evaro, Onangué (photo 3) et Ogue- En effet, après les Monts de Ndjolé à son embou-
moué ; le long du cours d’eau dans chure, le courant fluvial devient relativement lent
le sens de l’écoulement, le groupe du fait de la faiblesse de sa pente faisant de cette
linéaire des lacs Nyondjé, Avanga, région côtière une plaine d’inondation du fleuve et,
Photo 4 - Paysage des régions Ogoni, Mandjé et Anengué ; par conséquent, une plaine alluviale.
littorales du sud du Gabon
(ph., V. M. T. Mouyalou, 2011) - sur la rive droite, disparates et souvent très éloi-
Au premier plan, le village Panga gnés du bras principal de l’Ogooué, les lacs Déguélié, La région lagunaire méridionale
au milieu et, en arrière au loin, la Azingo, Nkonié, Gomè, Alombié et Opindalwango. Le rivage marin présente une disposition où le cor-
chaîne du Mayombe culminant au
Mont Pelé (872 m). L’origine de ces lacs est soit tectonique (liée à des don littoral, formé de l’empilement de bourrelets
fossés d’effondrement, le cas des lacs situés en amont sableux successifs, isole de l’océan un ensemble de
de Lambaréné ; lac Nzilé), soit topographique (liée à grandes lagunes. En arrière des systèmes hydromor-
l’aplanissement du relief devenu cuvette, la plupart phosédimentaires lagunaires, la région côtière sud
des lacs du bas-Ogooué). La région du bas-Ogooué est le siège de quelques petits lacs : les lacs Goum-
est une plaine d’inondation du fleuve. ba (nord de Massana/Ofoubou), Divangui (près du
site pétrolier de Rabi-Kounga), Kivoro (à l’ouest des
Ainsi, des Monts de Ndjolé jusqu’à Lambaréné,
l’Ogooué a un cours assez lent. Sa pente moyenne Monts Doudou), Mandjé/Cachimba, Vevy.
est inférieure à 13 cm/km. À son embouchure, la Entre les deltas marin et intérieur de l’Ogooué et
pente de I’Ogooué est de 7 cm/km. Les marées in- la rivière Ngové, au nord de la lagune Ndougou, la
versent le courant fluvial jusqu’à plus de 50 km dans région côtière prend une grande extension, manifestée
les terres. par le plus grand développement des surfaces basses
Morphologiquement, sur ses rives et dans les maré- de la région littorale. D’environ une centaine de ki-
cages, l’Ogooué a déposé des alluvions argilo-limo- lomètres de large au droit de Port-Gentil, la région
neuses relativement épaisses, de l’ordre de plusieurs côtière se rétrécit de 25 à 7 km, au fur et à mesure que
mètres, au-dessus des tourbes anciennes. Le cours la chaîne du Mayombe se rapproche du rivage atlan-
inférieur de I’Ogooué renferme les vestiges des varia- tique ; soit du delta de l’Ogooué à la lagune Banio.
tions de son niveau de base et « de ses anciens profils : Cet aspect a une conséquence sur la configuration
terrasses à galets suivies d’une phase de creusement qui des lagunes, dont les superficies vont décroissantes
a pu se poursuivre jusqu’a la formation des tourbières du Nord - lagune Fernan Vaz, très digitée, 550 km² -
actuellement fossilisées, alluvions subactuelles déposées vers le Sud - lagune Banio, linéaire, environ 150 km²
à la faveur d’une remontée du niveau de base » (Chate- (Mombo, 1989).

98
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Entre le Massif du Mayombe et l’océan Atlantique, Dans l’hinterland, ces terres sous influences mari-
existe une très étroite et basse plaine côtière (photo 4), times sont limitées par une ceinture de hauts reliefs
parallèle au trait de côte et orientée nord - nord-ouest / bordiers. Ces ensembles orographiques hauts sont
sud - sud-est. Le relief relativement plat ou ondulé est façonnés dans le vieux socle et donnent de vastes ré-
doux et peu élevé. Il s’agit d’un ensemble de collines gions de plateaux monotones du vieux bouclier arasé
aux versants concaves à convexo-concaves atteignant et quelques massifs montagneux. Ces massifs mon-
les 100 m, en allant vers le Mayombe à l’est. Séparées tagneux, ou basses montagnes, ont leurs plus hauts
les unes des autres par des vallées à profil en berceau et sommets culminant autour de 1 000 m, dans un
des terres inondables (marécages), les collines culmi- alignement suivant nord-ouest/sud-est et sud-ouest,
nent à 75 m (Douvou) et 100 m (Panga). dans l’axe central du pays.
L’ensemble de cette région côtière a des pentes
toutes inférieures à 5 %, avec une moyenne inférieure Conclusion
à 3 %. La région au sud du lac Mandjé/Cachimba De part et d’autre du trait de côte, les reliefs des
est drainée par les principaux cours d’eau suivants, régions littorales du Gabon sont donc modestes.
du Nord-Ouest au Sud-Est : la Nyanga, second Dans la partie maritime, les fonds du plateau conti-
fleuve gabonais (22 000 km² de bassin-versant, dont nental sont en pentes douces. Certes riches des héri-
80 % au Gabon et 20 % au Congo ; source au cœur tages d’un modèle subaérien immergé et disposant
du Massif du Chaillu, dans les Monts Birougou, à d’un réseau dense d’entailles formées par les chenaux
1 000 m d’altitude ; 600 km de long), et la Douigni, sous-marins de marées, ils apparaissent toutefois sans
la Doumvou, la Djoungou, la Loutsieni et la Louzibi grand développement tant le talus continental est
qui se jettent dans l’océan Atlantique pour les deux atteint avec empressement 15 à 50 km au nord du
premiers et dans la Lagune Banio pour les autres. Ces Cap Lopez, rarement au-delà de 50 km au sud de
cours d’eau prennent leur source dans les hauteurs l’exutoire de l’Ogooué . C’est au droit de cette avan-
de la retombée occidentale du Mayombe. La région cée la plus occidentale des terres gabonaises que la
de Mayumba est marquée par une micro-dissection géographie sous-marine est en fait la plus cassante,
et un aplanissement, « les reliefs d’altitudes moyennes avec le canyon du Cap Lopez qui projette le talus
caractérisées par des vallées encaissées, des versants escar- continental au plus près du trait de côte. À l’excep-
pés, des crêtes aigües » (Perrusset, 1983). tion de cet accident particulier, les pentes du talus
In fine, la topographie accidentée des régions litto- restent limitées à 3 ou 5%, si bien que les grands
rales du Gabon est due à une dissection fluviale d’une fonds à -2 000 m ne sont atteints qu’à une centaine
ancienne surface d’aplanissement. Le démantèlement de kilomètres au droit des côtes.
du relief a modelé la topographie actuelle de 40 m Dans la partie continentale de ces régions littorales
d’altitude moyenne, avec des altitudes variant du trait du Gabon, le relief est celui d’un vaste bassin sédi-
de côte, 0 m, pour culminer aux plateaux démantelés mentaire de genèse récente, façonné en une basse pé-
à 350 m. La pente générale, avec de basses vallées à néplaine et qui offre aujourd’hui un ensemble com-
marais ou marécages, s’abaisse vers l’océan Atlantique. plexe de collines à versants convexes, de lanières de

99
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

bas-plateaux, de dépressions marécageuses, dont les ouverture sur l’océan Atlantique, les gabonais restent
altitudes les plus élevées ne s’élèvent guère au-dessus encore un peuple au dos tourné à la mer, sans tradi-
d’une centaine de mètres, les plus fréquentes joux- tion maritime marquée.
tant le niveau des eaux. Les seuls traits orographiques
notables sont ceux de la toile de fond vers l’est des
contreforts, du Nord au Sud, du socle des Monts de
Cristal et des Monts de Ndjolé, et de la chaine pré-
cambrienne cristalline du système du Mayombe. Références
Aubague M. et Hausknecht J.-J., 1959. Notice ex-
Ce qui peut paraître remarquable dans cet en- plicative sur la feuille Feuille Libreville-Est. Carte géolo-
semble est sans doute l’influence marine très présente gique de reconnaissance au 1/500 000), Gouv. Gén. de
dans les terres gabonaises. L’interface terre-mer n’y
l’A.E.F., Direction Mines et Géologie Afrique Equa-
est que très rarement abrupte, mais au contraire faite
toriale Française. Paris, Impr. Nat., 36 p., 1 carte géol.
de contacts subtils et nombreux, de présence parta-
coul. (feuille Libreville-Est).
gée entre la terre et l’eau, de pénétrations intérieures
profondes. La marée se fait sentir très loin à l’inté- Azzibrouck Azziley G., 2004. Géologie et res-
rieur du pays (Choubert, 1937 ; Lasserre, 1958  ; sources minières, Atlas de l’Afrique, Gabon, Paris, Les
Lerique, 1965) entre 50 km et 120 km de la côte, Éditions Jeune Afrique, pp. 10-11.
par exemple : jusqu’aux environs du débarcadère Bignoumba G.-S., 1995. La pêche maritime au
du village Andock-Foula sur la M’béi (affluent du Gabon : contribution géographique à l’étude d’une acti-
Komo), à 120 km en amont de la Pointe Pongara ; vité marginale dans un pays tourné principalement vers
jusqu’à Médègue sur la Noya (Rio Mouni), a environ l’exploitation de ses ressources continentales, Thèse de
100 km de l’océan ; jusqu’à plus de 50 km dans les doctorat de Géographie, Université de Nantes, 367 p.
terres sur l’Ogooué ; etc. Ces limites de remontée
Bourgoin J., Reyre D., Magloire P. et Krichews-
de marée sont quasiment les mêmes toute l’année,
ky M., 1963. Les canyons sous-marins du Cap Lopez
avec cependant en saison pluvieuse une migration
(Gabon), Cahiers Océanographiques, France, XVe an-
vers l’aval, avec l’augmentation du débit des cours
née, n° 6, pp. 372-387.
d’eau côtiers.
B.R.G.M., s.d. Alimentation en eau de Libreville.
Cette interpénétration terre-mer a favorisé le peu-
Recherches de nouvelles ressources dans la série sablo-gré-
plement du littoral et donc l’exode rural, avec, d’une
seuse de Ndombo entre Ntoum et Akok, BRGM, Centre
part l’existence des chantiers forestiers coloniaux
de Libreville, 14 p.
dans la première zone d’exploitation du bois évacué
par flottage sur les cours d’eau débouchant à la côte Chatelin Y., 1964. Notes de pédologie gabonaise,
et, d’autre part, avec la découverte et l’exploitation 1 - Aperçu sur le Gabon, 2 - Géomorphologie et Pédo-
des hydrocarbures et le développement du premier logie dans le bassin de I’Ogooué, Cahiers ORSTOM,
pôle industriel du pays. Cependant, malgré la large pp. 3-28.

100
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Chatelin Y., 1968. Notes de pédologie gabonaise, Guilcher A., 1969. Travaux récents sur la forma-
5 - Géomorphologie et pédologie dans le sud Gabon, tion de l’Océan Atlantique, Annales de Géographie,
des Monts Birougou au littoral, Cahiers ORSTOM, n° 430, vol. 78, pp. 701-703.
série Pédologie, vol. VI, n° 1. 1968, pp. 3-20.
Hourcq V. et Devigne J.-P., 1950. Notice explica-
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Géogr. Phys. Géol. Dynam., 210 p. Direction Mines et Géologie Afrique Équatoriale
Française. Paris, Impr. Nat., 24 p., 1 carte géol. coul.
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(feuille Port-Gentil Ouest, SA-32 NE-0.9).
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Pédologique de reconnaissance à 1/200 000, Feuille Libreville-
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101
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

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102
Chapitre 3 - Les reliefs des régions littorales du Gabon

Tsire J., 1987. Analyse morphostructurale du bassin


côtier gabonais. Influence des structurations continen-
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Sciences Naturelles, Océanologie, Université de Bor-
deaux I, 166 p.
Vanney J.-R. (1976). Géomorphologie des plates-
formes continentales, Paris, Doin, 300 p.

103
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon
Zéphirin MENIE OVONO
Géomorphologue, École Normale Supérieure (ENS), Libreville

Les côtes gabonaises représentent environ 950 ki- dépôts paraliques vers


lomètres de linéaire côtier et s’étendent de l’estuaire le large au cours de la
du Mouni au nord à la lagune Mekoundji à l’ex- mise en place du bassin
trême sud du pays. Le trait de côte délimite la par- sédimentaire (Hourcq,
tie marine du bassin sédimentaire avec le continent 1966). Ainsi, le paral-
émergé. Sa physionomie varie de par sa nature et sa lélisme des dépôts et la
forme d’un secteur de côte à un autre. Au premier trajectoire actuelle du
plan, le littoral exondé se démarque par sa prograda- trait de côte font que
tion en forme de pyramide à travers une vaste plate- ce dernier les traverse
forme entraînant un trait de côte orienté nord-est/ aussi bien dans sa par-
sud-ouest, puis nord-ouest/sud-est avec un point tie septentrionale que
d’inflexion au niveau du Cap Lopez. méridionale.
L’explication du tracé actuel s’explique d’une part Les nombreux caps,
sur la structure géologique et sur les oscillations du pointes, dépressions et
niveau marin du Pléistocène au quaternaire récent, et, beach-rocks observés sur
d’autre part, par les facteurs météo-marins actuels et les plages témoignent Photo 1 - La Pointe
les actions anthropiques contemporaines. de la marque de la structure géologique sur le tracé
Ngombé, vue du large
(ph. P. Bordais, 2016,
La physionomie des côtes gabonaises et la dyna- de cette côte. Les principaux faciès (grès, argiles, cal- http://pascaletbeaauga-
mique de son trait de côte ont été l’objet de plusieurs caires marneux, calcaires gréseux, marnes et marnes bon.blogspot.fr)

études réalisées par différents auteurs (voir bibliogra- gréseuses) affleurent à la côte. Ces lithofaciès détri- Au niveau de l’estran on
observe la masse noirâtre
phie en fin de chapitre). Ces initiatives restent tout tiques déterminent aussi une côte fragmentée (Mom- de basalte mis à nu par le
de même sectorielles pour la plupart, de telle sorte bo, 1991), justifiant les nombreux promontoires dans mouvement des vagues.
les formations dures et les rentrants dans les roches L’affleurement est couvert
qu’une synthèse de ces différents travaux permet de dans sa partie supérieure
cerner les grands traits morphologiques et les enjeux meubles. L’exemple patent de ces affleurements le long par une couche latéritique
liés à la dynamique de ce rivage. de cette côte est l’intrusion volcanique basique d’un jaunâtre tapissée par une
couverture herbeuse. À
basanitoïde à olivine (Sénonien), qui s’exprime par son sommet se dresse un
Géomorphologie du trait de côte une pointe de 40 mètres d’altitude dite de « Ngombé » phare.
(photo 1).
Les formes héritées de la mise en place La marge continentale du Gabon a été formée par
du bassin sédimentaire côtier distension et affaissement subséquent des continents
La lithologie du trait de côte est constituée de for- africain et sud-américain. Les seuls accidents consta-
mations sédimentaires post-paléozoïques à épisodes tés sont ceux en lien avec la tectonique du socle lors de
évaporitiques en discordance sur le socle. Le tracé l’ouverture de l’océan Atlantique et cela a fortement
actuel s’est construit par une avancée régulière des impacté la physionomie du littoral, d’abord par une

105
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Cocobeach activité tectonique intense (Aptien Moyen à Supérieur) et


ensuite par des mouvements généraux de subsidence suivant
n g
Fa

des bandes parallèles (fin du Crétacé). Ces accidents géolo-


re
tu
ac

Libreville giques sont à l’origine de nombreuses ruptures du trait de


fr
de

F le

côte empruntées actuellement par le réseau hydrographique


BASSIN NORD

ne

xu
Zo

littoral et la segmentation du bassin côtier en deux sous-bas-


re
Atl

sins nord et sud. Cette structuration est matérialisée par la


an
tiq

présence des faisceaux Fangs et Nkomi (fig. 1).


ue

Horst de Le tracé du rivage septentrional est affecté par les failles


Lambaréné
Port-Gentil Lambaréné longitudinales orientées sud-est/nord-ouest ainsi que des
failles inverses de direction nord-est/sud-ouest. Ces frac-
Compartiments du bassin
tures orientent également le réseau hydrographique, ainsi
Omboué
sédimentaire côtier l’estuaire du Komo est situé dans un fossé d’effondrement
tectonique, tandis que les estuaires de la Mondah et du
i
m

o bassin atlantique
Nk occidental
r ed
u Mouni seraient plutôt logés dans l’axe d’un important effon-
bassin atlantique
ctu immergé émergé drement de failles transverses (Mombo, 1991). Au centre et
fra oriental
e
ed dans la partie méridionale du littoral, on observe des fais-
Zon bassin intérieur
intrusion du socle cristallin ceaux de failles sud-ouest/nord-est qui guident le réseau
(horst de Lambaréné) hydrographique et permettent une sédimentation paralique
BASSIN SUD

Gamba
du littoral et des fonds marins allant de l’Albien (avec la
Tectonique
série de Madiéla) au Pléistocène (série Akosso qui affleure
Fle

flexure
autour de la lagune Banio). Cette situation a eu pour consé-
xu

e
A tl
r

faille
an quence la mise en place d’un système deltaïque au centre
tiq
ue
Mayumba ville principale et un système lagunaire à l’extrême sud. Les sédiments ne
N sont pas tous carbonatés, une partie est composée de grès et
sables continentaux comme la série des Cirques d’âge Plio-
0 50 100 km
Pléistocène (Lebigre, 1983). Ces unités sédimentaires seront
ensuite recouvertes par les formations quaternaires d’origine
d’après Teisserenc et Villemin, 1990 Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER marine et continentale.

Figure 1 - Schéma structural du bassin sédimentaire côtier gabonais du Dévonien au Miocène La morphologie du plateau continental
L’évolution du bassin sédimentaire a abouti à la mise en place dans la partie émergée et son influence sur le tracé du rivage
actuelle de deux bassins sédimentaires séparés par le horst de Lambaréné de direction
nord-ouest/sud-est : le bassin intérieur (environ 10 000 km²) et le bassin atlantique (environ La connaissance des irrégularités de relief du plateau
40 000 km²) lui-même divisé par la flexure atlantique en deux domaines ouest et est. La
zone de fracture océanique Nkomi distingue un domaine nord avec un domaine sud.
continental est nécessaire pour comprendre les anomalies
apparentes du tracé des littoraux sableux (Pinot, 1980). La

106
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

PtePteM’Bini
M’Bini
Mouni GUINÉE ÉQUATORIALE
Pte Cocobeach
plateforme continentale du Gabon (fig. 2) porte la marque BAIE DE
Cocobeach
CORISCO Bathymétrie
de flexures et de subsidences en fond de géosynclinal due à Pte Akanda (en m)

200
100

Mond
une surcharge sédimentaire. Cet espace est compris entre la Cap Estérias 0

ah
Cap
limite supérieure de l’estran et la rupture de pente marquée Santa Clara 10
LIBREVILLE plateau
Pte Pongara 30
par l’isobathes -100 mètres correspondant à l’ancienne ligne tu a
Pte
Owendo o continental
50

Es
Pte Ngombé ire

Kom
de rivage. L’étendue marine laisse apparaître une structura- du K
omo 100
Pte Kenguérié Kango
tion en deux unités, séparées l’une de l’autre par le canyon 200
talus
Pte Nyonié continental
du Cap Lopez. La largeur moyenne du plateau continental m boué 500

Ra
Pte Ekouata plaine
oscille entre 15 et 50 km avec une pente moyenne de 0,2 % abyssale
Pte Tambinione
(voir chapitre 3 du présent ouvrage). Cette situation favorise

oué
Cap Pte Wézé Lac Azingo Og o
une forte érosion côtière et un transit littoral important. Lopez Pte Fétiche
BAIE DU Lambaréné
Lambaréné
CAP LOPEZ
La pointe du Cap Lopez marque le point de rencontre entre

Ng
ou
Lac Mandjé Canyon

nié
les eaux chaudes du courant de Guinée et les eaux froides Port- sous-marin
Gentil
du courant de Benguela. Le canyon du Cap Lopez (fig. 3) Lac Avanga
Lac Ezanga lac et
constitue un des pièges à sédiments provenant des fleuves Lac Anengué Lac Onangué lagune fleuve et
rivière
Congo, Kouilou, Nyanga et Ogooué justifiant ainsi la pro- Lagune
gradation asymétrique de la partie sud du plateau continen- Nkomi Hydrographie
tal au détriment de la partie nord. Une cinétique régressive Omboué
Rembo Nk
om i
du trait de côte est observée à la tête de ces canyons (Menie limite d’État ville principale
Pte Iguéga
Ovono, 2010). Lagune
Iguéla
Pte Sainte Bassin sédimentaire
Le plateau continental est marqué par plusieurs entailles Catherine
côtier
dont le réseau le plus dense est organisé autour de la région
Lagune
dite des « canyons du Cap Lopez » (Giresse, 1969). Ces entailles Ndogo
Pte Komandji
perpendiculaires au trait de côte sont connectées aux chenaux N
des fleuves côtiers à partir de l’isobathe -20 mètres (voir cha- Pte Pédras
Lac
Mandjé
pitre 3 du présent ouvrage). L’essentiel du budget sédimen- Gamba
0 25 50 km
taire du littoral du Gabon est géré à cet endroit. La surface OCÉAN
10
0
Ny a

a
20

ng
0
du plateau continental est caractérisée par deux traits prin- ATLANTIQUE
cipaux : d’abord une sédimentation sablo-vaseuse dominée Pte Panga
par le sable de divers calibres à l’exception des embouchures Mayumba
Lag
où la vase domine, ensuite une présence des affleurements Pte Kouango
un
eB
an
io
rocheux à travers l’ensemble du plancher océanique. Ces af-
Pte Banda
fleurements se retrouvent souvent dans le prolongement des Source : données bathymétriques SHOM (correction 2013)
CONGO
Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
pointes rocheuses (Mounganga, 2001), et constituent le subs- Pte Tchibodo

tratum des cordons sableux, des beach-rocks des plages qui Figure 2 - Bathymétrie de la plateforme continentale du Gabon
impactent considérablement le tracé du trait de côte. Le talus continental se situe entre 100 et 200 mètres. On note une organisation en deux
compartiments avec comme ligne de partage le Cap Lopez. L’architecture du plateau
continental se distingue par la présence au sud du Cap Lopez des canyons de la rampe de
l’Ogooué (Biscara, 2011) reliés par un complexe de chenaux-levées.
107
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Cap Lopez

Bathymétrie Terminal pétrolier


(en m) Pointe Odden du Cap Lopez
2 - la régression Ogolienne (de
5 22 000 à 16 000 avant
12
J.-C.). Le niveau de
20
28 Pointe Renard l’océan Atlantique était à
N

35
Pointe du Phare -120  mètres par rapport
42 à la position actuelle.
50
57
On assiste au façonnement
Axe du canyon
65 des vallées sous-marines à l’exemple du canyon
Campagne bathymétrique
du Cap Lopez. L’estuaire du Gabon à cette époque
(ELF Gabon, 1995) n’était qu’une vaste vallée traversée par un cours d’eau
Triangulation (x, y, z) réalisée
par Z. MENIE OVONO (2010)
© LETG-Nantes Géolittomer, UMR 6554 CNRS
ancêtre du Komo actuel (Lebigre, 1983) ;
Figure 3 - Vue en perspective du - la transgression Nouakchotienne ou Holocène (de
canyon du Cap Lopez
Les variations eustatiques pendant le 8 000 à 5 000 avant J.-C.). On assiste à une remon-
Il se positionne perpendiculai-
quaternaire et leurs conséquences sur tée du volume d’eau des océans jusqu’à atteindre le
rement au trait de côte entre
la Pointe du Phare et la Pointe le tracé actuel du rivage niveau actuel vers 5 000 avant J.-C. (Clist, 1995) ;
Renard. Ce canyon constitue
un piège pour le transit littoral Le niveau marin a fluctué depuis le début du quater- - la régression Taffolienne (de 3 000 avant J.-C.
sud-nord et conditionne la naire. Les données et les courbes relatives au contexte à l’actuel) est une légère baisse du niveau marin de
croissance du crochet terminal
gabonais ont fait l’objet de publications scientifiques quelques centimètres par rapport au niveau actuel,
de la flèche Mandji. Le plateau
continental est entaillé par dont les plus pertinentes sont celles de Giresse (1969, elle est à l’origine de la formation des cordons sableux
plusieurs vallées sous-marines 1984, 1990) et de Clist (1995), qui ont reconstitué parallèles au trait de côte (Lebigre, 1983).
disposées est-ouest (Menie
Ovono, 2010). les variations eustatiques et leurs conséquences sur la Les datations des paléo-positions du rivage ré-
morphologie du trait de côte actuel. vèlent que le trait de côte vers 16 000 avant J.- C.
Les données traitant les positions occupées par le était à 55  kilomètres à l’ouest de Cocobeach, à
trait de côte pendant le quaternaire récent, au niveau 60 kilomètres à l’ouest de Libreville, à 16 kilomètres
du Gabon, ne vont pas au-delà des 15 000 ans avant à l’ouest de Port-Gentil et enfin, à 78 kilomètres à
J.-C. La période précédente, c’est-à-dire entre 40 000 l’ouest de Mayumba. À noter aussi que les îles Elo-
et 20 000 avant J.-C. (transgression Inchirienne) est bey ont été séparées du continent vers 5 000 avant
quasi la même sur l’ensemble du golfe de Guinée. J.-C. et que l’île de Corisco était encore rattachée au
continent près du Cap Estérias à peu près à la même
Quatre événements sont retenus dans le cadre de époque (Mombo, 1991). Ces paléo-fluctuations du
cette dynamique de l’océan Atlantique : niveau marin ont pour conséquence la sédimenta-
- la transgression Inchirienne (de 40 000 à 30 000 tion Holocène estuarienne, le colmatage des dépres-
avant J.-C.). Le trait de côte se situait entre -35 et sions littorales, l’ennoiement en rias et la mise en
-47 mètres par rapport à la position actuelle (Clist, place des marais à mangroves. Les paléo-environne-
1995) ; ments constituent des témoins morphologiques des

108
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

épandages sableux de cet épisode de variations ma- à mangrove, pointes ou caps et falaises y alternent
rines. Il s’agit entre autre des « sablières » du nord de avec des plages sableuses adossées sur des cordons
Libreville, les sables du Cap Estérias et les accumula- quaternaires. Le littoral va de Cocobeach à la Pointe
tions sableuses au sud de Cocobeach (Mombo, Ngombé, distant de 100 kilomètres environ. C’est
1991). la province administrative de l’Estuaire.
On observe un trait de
Compartimentation Cap Estérias

des côtes gabonaises


BAIE DE LA
La compartimentation proposée prend MONDAH Atem No Ayong
en compte les critères génétiques et mor-
phologiques des côtes. Les critères géné- Nzog Bour
tiques distinguent une côte primaire Cap
d’une côte secondaire (Shepard, 1963). Santa Clara ville
LIBREVILLE Akok
Les côtes primaires dans le contexte du village
Pointe Pongara
littoral du Gabon sont héritières de la
mise en place du bassin sédimentaire, Nkok Méba
des processus d’érosions continen- ES Nkolotang
Owendo
tales qui se sont succédés pendant
TU
Pointe
AI
l’Holocène. À cette classification Ngombé Ntoum
RE
D
des côtes primaires on adjoint les U
KO Etaméyong
critères morphologiques de pay- MO
sages d’embouchures (Moun-
Donguila
ganga, 2001). Cette dernière
se fonde sur la description de
N
la morphologie des embou- Figure 4 - Vue du littoral à
rias du Gabon
chures pendant leurs diffé-
Nzamaligue Du Nord vers le Sud se
rents stades d’évolution. Les NASA Land dressent successivement
sat Progra
côtes gabonaises sont ainsi m, 1990,
La nsat TM,
scene p186
Nfoulazem les rias de la Mondah
r060_4t900
segmentées en trois systèmes 207, orth
or ectifié pa
r USGS, 07
/02/1990
et du Komo. De très
0 nombreuses entailles du
littoraux : estuarien septentrional, del- , traitemen
t image co
mposite 6
bandes. Co
5 10 km trait de côte ont permis le
taïque médian, et lagunaire méridional. mposition
co lo ré e bandes:
5-4-3 développement de vastes
Z. MENIE
côte fragmenté par OVONO vallées fluviales envahies
Le littoral septentrional à rias par l’eau océanique et
un réseau hydrographique dense, orienté ceinturées par des marais
C’est le domaine des rias : Mouni, Mondah, Komo perpendiculairement au rivage et par de grandes inci- à mangrove.
(fig. 4). Le long de la côte, les affleurements rocheux sions structurales colmatées à la suite de variations
sont très fréquents. Milieu par excellence des vasières eustatiques Holocène par des alluvions et colluvions.

109
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

0 10 km

Trois vastes vallées fluviales se distinguent : l’estuaire du Komo, de la Mondah


et du Mouni. La baie du Mouni se situe à l’extrémité nord du littoral, à la fron-
tière avec la Guinée Équatoriale. Découverte pour la première fois par les portugais
en 1472, cet estuaire ne prit son nom actuel que lors de l’arrivée des espagnols
en 1856. Plusieurs cours d’eau aboutissent dans la baie du Mouni par des petites
embouchures de fond de baie. Ces cours d’eau influencent la dynamique hydrosé-
dimentaire de la baie.
La ria est bordée par un ensemble de mangroves à Rhizophora Racemosa qui laisse
en amont une forêt inondée. La mangrove occupe une superficie de 108 km² (Ondo
Assoumou, 2011). Ce paysage est segmenté par des caps qui aboutissent directe-
ment dans l’estuaire. La ville de Cocobeach occupe la rive gauche de l’estuaire sur
un linéaire de 18 kilomètres environ.
La baie de la Mondah se situe au nord-est de Libreville (fig. 5). Elle est séparée
Source : U.S. National Geospatial-Intelligence Agency,
Sheet NA 32-15 Libreville, Gabon ; Equatorial Guinea, 1975)
à l’ouest de ladite localité par un cordon fossile sur lequel est construit l’aéro-
port international Léon Mba et au sud par un liseré de terre à Nkok. La baie se
Figure 5 - La baie de la Mondah déploie sur un substrat géologique d’âge Crétacé où calcaires et grès forment des
Extrait de la carte topographique strates peu épaisses entre lesquelles s’intercalent marnes et argiles (Lebigre, 1983).
de l’US National Geospatial-Intelii-
gence Agency datant de 1975.
La mangrove occupe une superficie exceptionnelle de près de 350 km² (Ondo
Assoumou, 2011) encerclant la baie. Les cours d’eau qui se jettent dans la baie
sont de petites tailles avec un bassin hydrographique estimé par Lebigre (1983) à
1 200 km² de superficie avec un module brut de seulement 74 m³/s.
L’estuaire du Komo ou estuaire du Gabon, ancienne appellation (fig. 6) liée à
l’histoire de sa découverte le 12 août 1472 par des navigateurs portugais en prove-
nance de Sao Tomé, décrit une embouchure en forme de caban marin « Gabao ».
Point de départ de la colonisation française, l’embouchure va laisser son nom à
l’ensemble du pays : Gabon.
L’estuaire est l’exutoire du fleuve Komo qui prend sa source au pied du mont
de « Cristal ». Il représente un bassin versant de 5 000 km² pour un module brut
de 160 m³/s. L’estuaire s’est développé pendant les transgressions quaternaires, le
long d’un faisceau de failles orientées sud-est/nord-ouest qui hachent cette partie
du bassin sédimentaire (Lebigre, 1984 - fig.  1). L’estuaire du Komo est entouré
par une ceinture de mangrove de près de 1 000 km² répartie tout au long des rives
du fleuve et de ses nombreux affluents. La marée semi-diurne contribue beaucoup
à l’extension de la vasière, car son influence pendant le jusant s’étant à plus de
Figure 6 - L’estuaire du Gabon 120 kilomètres loin en amont.
Extrait de l'encyclopédie " la Grande géographie Bong illustrée "
(Reclus, 1914).
110
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

Les apports alluvionnaires du bassin hydrogra- marquants l’existence au Paléocène d’une vaste baie
phique expliquent la présence des îles « Conniquet » dérivant d’une transgression marine. Le delta a col-
et des « Cailloux » qui émergent au large du port maté cet estuaire d’abord dans sa partie médiane,
d’Owendo. expliquant ainsi la présence actuelle de plusieurs lacs
La ville de Libreville, capitale politique du Gabon résiduels : Onangué, Azingo, Nyongé, Anengué. Au
marque une emprise spatiale sur la rive droite qui départ delta de fond de baie, sa morphogenèse a pro-
s’étend de la Pointe d’Owendo au Cap Santa Clara. gressivement dépassé le cadre initial pour
Cap Lopez s’étendre en
Le littoral deltaïque du centre-ouest BAIE DU
Delta mari
n
CAP LOP
EZ
Le domaine deltaïque s’étend de la région des Port-Gentil
cirques du Bam-Bam à la lagune Nkomi, ce

Île Ma
Mporaloko
Marais maritime Delta intérie
qui représente un linéaire côtier de plus de ur

n
Plateau de

dji
de N’kondjo
200  kilomètres. Le littoral du Gabon, dans Ntchengué Wonga Wongué

Ani m b a
jo
cette partie médiane, a développé un vaste

o nd
Plaine k

N’
delta de 5 100 km². En Afrique, le delta de Mandorové Loanda
l’Ogooué occupe le 4e rang après les deltas Ozori Lac Alombié
Ngola
du Niger (19  000  km²), de l’Okavango Ngoumbi
Enyonga Yombé
(18 000 km²) et du Nil (12 000 km²).
OCÉAN Ogoo u é Lac
Le delta s’est construit à l’exutoire ATLANTIQ
UE
Plaine Lac Mandje Ogonié
Figure 7 - Vue
Inguéssi
du fleuve Ogooué (fig. 7). C’est le satellitaire du
Marais Nkengué littoral deltaïque
fleuve le plus important du fait de é Lac Anengué
N ni
l’étendue de son bassin hydrogra-
lu
po

lué
0 10 20 km M de Système mor-

A
phique de près de 215 000 km², NASA Landsat ville phosédimentaire
Program, 200
avec un module brut à la station 1, Landsat ETM
+, scene p186r0
61_7t2001073 village hybride d’une double
1, orthorectifié par influence de l’océan
de Lambaréné de 4 730  m³/s EarthSat, 31/07/
2001, traitem
ents image com Z. MENIE OVON Atlantique et du fleuve
posite 6 bandes O
(Lebigre, 1983). . Composition
colorée bandes
: 5-4-3 Ogooué. Le marais de
N’kondjo représente le
Le comblement d’un tel appareil a impacté toute pleine mer. Le delta actif.
la région centrale du littoral du Gabon à tel point comblement du delta s’est fait d’abord
que le delta intérieur s’étire à plus de 200 kilomètres vers le Sud au niveau de la lagune Nkomi, puis s’est
en aval de Lambaréné. La morphogenèse du delta ensuite déporté vers le Nord où il est encore actif.
n’est pas encore totalement élucidée. D’après Lebigre La sédimentation est encadrée au contact de la mer
(1983), un paléodelta d’âge Crétacé a été décou- par un imposant cordon sableux maintenu par une
vert au large du delta actuel lors d’une prospection dérive littorale nord-ouest/sud-est. La ville de Port-
d’Elf Gabon (actuel Total Gabon). On note aussi la Gentil y est installée et occupe la partie médiane de
présence dans les environs de Lambaréné d’indices la flèche littorale dite Mandji.

111
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Lagune
Plaine ié n
La végétation dominante est la mangrove qui co-
M’polu
Inguéssi
Olendé
é
Ad
elu lonise le delta intérieur de la baie du Cap Lopez à
la lagune Nkomi au sud et représente une superficie
é
mb
d’environ 1 000 km² (voir le chapitre 1 du présent
ago
mb

ouvrage).
Dje

Ondombo
Au-delà du delta actif est associée au littoral del-
Plaine taïque la région dite des cirques du Bambam. Le
Niongo trait caractéristique de cette région est son relief par-
mi l’un des plus hauts de tout le littoral, culminant
à plus de 284 mètres d’altitude par le mont Wonga
Essogoué Wongué. La côte y est rectiligne et orientée nord-
sud. Elle s’étend de la Pointe Ngombé à la Pointe
La

Wézé (limite nord du delta de l’Ogooué). Le trait


g un

Ikenguè
eN

dominant est la présence d’une série de cordons sa-


OCÉAN
ko

bleux qui cernent les formations tertiaires fortement


m

ATLANTIQUE Plaine
i

N’Tchongo N’tchiné
Owimbiano érodées par un réseau dense de petits fleuves côtiers.
Les amphithéâtres naturels issus de cette érosion ac-
ville Omboué tive sont localement appelés « cirques de Wonga Won-
Kongo
village gué » (voir chapitre 3 du présent ouvrage).
)
nd Vaz
(Ferna Le littoral méridional à grandes lagunes
Odimba
N
(Mission Ste Anne) C’est la région méridionale du littoral qui s’étend
0 5 10 km de l’embouchure d’Olendé à la frontière congolaise
NASA Landsat Program, 1990, Landsat TM, scene p186r061_4t900207, orthorectifié par USGS, 07/02/1990
Traitements image composite 6 bandes. Composition colorée bandes : 5-4-3 Z. MENIE OVONO
et représente 500 kilomètres environ de linéaire
Figure 8 - Le littoral
méridional à grandes
lagunes : exemple de la
lagune de N’komi
Lagune de type « semi-
fermée » circonscrite par
de vastes cordons sableux Photo 2 - Vue aérienne d’une petite lagune à
résultant de la prédominance barrière fermées par les sillons de cordons
de l’hydrodynamisme marin sableux parallèles au trait de côte du secteur de
(dérive littorale, courant Gamba (lagune Ndogo)
de marée) sur le flux conti- (ph. Delondiny, 2009, www.panoramio.com)
nental.

112
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

côtier. Elle se situe au sud du delta de l’Ogooué et lièrement sur le secteur de côte entre la lagune Iguéla
sa limite orientale avec le socle est fixée par l’impo- et la lagune Ndogo (photo 2). À l’interface terre/
sant massif du Mayombe. C’est une pénéplaine com- mer, l’étendue des estrans sableux n’est rompue que
posé essentiellement de collines entourées par des par quelques affleurements de la structure du bassin
vallées fluviales. La moyenne des altitudes tourne Atlantique (formation Phanérozoïque), généralement
autour de 40 mètres par rapport au niveau de la mer. sous forme de bancs submergés à marée haute. La
L’inclinaison est-ouest du bassin côtier conflue vers trajectoire rectiligne du trait de ces côtes est segmen-
l’océan Atlantique un réseau hydrographique dense tée par des promontoires dont les plus remarquables
structuré en cinq bassins versants : l’Ogooué, Rem- sont : la Pointe Catherine, la Pointe Komandji (pla-
bo Nkomi, Rembo Echira Iguéla, Rembo Ndogo, tier diaclasé formé de roches Sénoniennes), la Pointe
Nyanga. Excepté l’embouchure de la Nyanga qui se Panga (petit plateau sableux de la série des cirques,
jette directement dans la mer, les exutoires des autres photo  4), la Pointe Kouango à Mayumba (filon de
bassins hydrographiques y aboutissent via un système dolérite). Les graus sont circonscrits par deux flèches
lagunaire. Quatre grandes lagunes se succèdent du opposées fixées de part et d’autre de la barrière et
Nord vers le Sud : Nkomi (558 km², fig. 8), Iguéla ayant chacune une extrémité sommitale libre, sous
(202 km²), Ndogo (502 km²), Banio (147 km²). influence de la marée et des vagues qui la façonne.
Les unités morphostructurales caractéristiques des Le bassin lagunaire représente le plan d’eau conti-
lagunes de ce littoral sont : le complexe de cordons nentale retenu par le lido. Dans le cadre du littoral
sableux (en aval), les bassins lagunaires (médian), les méridional du Gabon, on observe une organisation
réseaux hydrographiques (en amont). en deux compartiments distincts représentant la la-
Les plans d’eau sont séparés de l’océan Atlantique gune amont et la lagune aval.
par de larges lidos qui s’inscrivent dans une série La lagune amont héberge les embouchures fluviales
juxtaposée de cordons sableux orientés sud - sud-est/ et les conditions hydrosédimentaires sont dominées
nord - nord-ouest d’origine holocènes. Cette dyna- par les influences continentales. Elle constitue un
mique hydrosédimentaire qui remonte au quaternaire réceptacle pour les eaux et les alluvions provenant du
récent est entretenue de nos jours par les houles de bassin versant. Rabenkogo (2007) décrit ce compar-
direction sud-ouest et par la dérive littorale sud-nord timent localement appelé « Aliwa z’Iguela » comme
du courant de Benguela qui prédomine sur les apports ayant des contours irréguliers marqués par des criques
alluvionnaires fluviaux. Ces accumulations sableuses (Asséwé, Ntchonga), par des deltas intérieurs et par
larges de 5 km et longues de 40 km n’excèdent pas des entrants en forme de « V » des embouchures des
10 m de commandement. Pour les principales lagunes rivières (Rembo Nkomi, Mpiviè).
précitées, la barrière est rompue par un seul grau qui
établit la communication entre le bassin lagunaire La lagune aval appelée par les peuples autochtones
et la mer. On note cependant la présence de petites « Eliwa z’Obambacala », est un conduit qui relie la
lagunes à barrières fermées, dérivant des rivières lit- lagune amont avec le grau. La houle dominante sud-
torales à débits très faibles. On les rencontre particu- ouest de ce littoral leur confère une forme allongée

113
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Typologie des côtes Baie du Mouni et parallèle au rivage. Une croissance importante des
côte basse à marais vaseux
Mouni cordons littoraux peut entraîner son confinement en
Cocobeach
ou cordons sableux
Cap BAIE DE Cocobeach un goulot d’étranglement pour la cellule hydrosédi-

500 m
200 m
CORISCO
mentaire réduisant ainsi le delta de marée. Les berges

100 m
côte basse artificielle (urbaine) Estérias

côte mixte : plage à beach-rocks Cap sont basses de l’ordre de 3 à 6 mètres d’altitude en
Santa Clara
ou à petite falaise argileuse (<10 m)
tu a
LIBREVILLE moyenne.
côte rocheuse basse à platier Pte Pongara

Es
ire d
ou à falaise (< 15 m) u Komo
Les lagunes du littoral méridional du Gabon, par
Kango
Pte Nyonié leurs attraits paysagers et leur abondance en ressources
biologiques et pétrolières, sont des lieux très convoités
ville principale
par les sociétés humaines. Au 15e siècle, les naviga-

oué
limite du bassin
sédimentaire côtier Cap Baie du
BAIE DU
Og o teurs y ont découvert des villages autochtones qu’ils
Lopez CAP
limite d’État
CapLOPEZ
Lopez Lambaréné baptisèrent de noms portugais, Fernan Vaz ou Nkomi
pour exemple. Aujourd’hui, plusieurs villes y sont ins-
Port-
lac et Gentil tallées (Omboué, Gamba, Setté Cama, Mayumba) et
fleuve et
lagune
rivière une exploitation pétrolière intense y est pratiquée.
hydrographie
Lagune
Soucieuses de l’extrême sensibilité de cet environne-
Nkomi ment, les autorités y ont mis en place une politique de
canyon sous-marin Omboué gestion intégrée qui a abouti à la création en 2002 de
Pte Iguéga
Pte Iguéga
13 parcs sur l’ensemble du territoire gabonais, et no-
Lagune
Iguéla tamment des parcs lagunaires de Loango (1550 km2),
Grands traits géologiques
Moukalaba Doudou (4550 km²), et Mayumba
sable des cordons marins
(80 km²), auxquels se sont ajoutées deux aires natu-
(Quaternaire récent) Pte Komandji
Lagune
Ndogo relles protégées (Ogooué et Rabi Ndogo).
argile et sable fluvio-lagunaire
(Quaternaire)
Quaternaire indiffériencié Gamba Typologie des côtes gabonaises
Pte Pédras
10
Tertiaire indifférencié 200
0m
Les côtes secondaires sont celles qui dérivent des
500 m
m impacts directs des agents météo-marins et intègrent
Crétacé indifférencié
sable argileux, grès,
les dynamiques locales. Il s’agit des côtes à falaise fa-
Jurassique indifférencié Pte Panga Mayumba
calcaire et marne Lag
un
çonnées par l’énergie des vagues, des plages de sables
eB
séries Agoula et Nkom (Karoo s.i) Pte Kouango an
io ou de galets des estrans mise en place par une dérive
Pré-Cocobeach ou série N
de la Noya
littorale (Bourgou et Miossec, 2010). Cette classifi-
Pte Banda
cation permet de produire une typologie des côtes
roche volcanique 0 25 50 km
(fig. 9). Entre la Pointe Mbini et la Pointe Mekound-
Sources : données bathymétriques SHOM (correction 2013), terrain Z. MENIE OVONO, S. CHARRIER
ji, le rivage offre une diversité morphologique et
dynamique à plusieurs niveaux scalaires : des formes
Figure 9 - Typologie des côtes gabonaises (sur la base des critères
topographiques et géologiques)
114
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

d’accumulations diverses de sables, de vasières ; des cordons sur lesquels sont fixés
de nombreuses flèches sableuses ; des côtes rectilignes, baies et anses ; des platiers
rocheux associés à des falaises. On observe aussi une juxtaposition des types d’estrans
à divers stades d’évolution : des formes d’accumulation et d’ablation séparées par des
pointes ; des lagunes barrées par des flèches.
La distribution zonale des formes littorales est à noter : vasières, plages, cap rocheux
sont cantonnés le long du littoral septentrional. Cette situation est entretenue à la fois
par la nature lithologique des formations littorales, d’apport alluvionnaires inégaux
des bassins versants littoraux et par la diversité d’exposition du trait de côte aux houles
dominantes de direction sud-ouest. Quatre types d’estrans se distinguent.

Côtes rocheuses basses ou à falaises (ou petites falaises <15 mètres)


Ce sont des côtes à falaises de faible commandement et formées dans des séquences Photo 3 - Paysage à falaise de la côte Cap Santa Clara - Cap Estérias
(ph. AAP, 2011)
sédimentaires du Sénonien ayant à leurs pieds les platiers gréso-calcaires et marneux.
Les hauteurs des falaises varient selon la nature lithologique de
Trois unités morphologiques caractérisent ces côtes : la présence d’un platier calcaire l’affleurement et leur disposition par rapport au trait de côte. Les
gréseux, des plages encastrées dans les roches incisées par l’action des vagues, et enfin pieds des falaises sont fragilisés par l’action érosive des houles
des falaises hautes en moyenne de 10 mètres qui surplombent les estrans. Le trait dominantes sud-ouest.

de côte est marqué par des promontoires constituant les nombreux caps et pointes.
Le substrat rocheux peut être observé sur l’estran à marée basse ou sur la falaise. Les
faciès sont marneux, calcaires et gréseux. Ces secteurs de côtes font front aux houles
de direction sud-ouest et sud.
Ce type de côte est observable à la Pointe Mbini (Cocobeach), au secteur de côte
situé entre le Cap Estérias et le Cap Santa Clara, à la Pointe Ngombé et la côte de
Panga (entre Gamba et Mayumba), la Pointe Fouica (site du nouveau port en eau
profonde de Mayumba).
Le secteur de la Pointe de la Case - Cap Santa Clara (photo 3) est caractéristique de
ce type de côte. On observe bien un changement de direction de la trajectoire de la
ligne de rivage, dont le prolongement sous l’eau se fait par un large platier à vasques
et micro-vasques. La fracturation du platier permet d’apprécier l’importance de la tec-
tonique dans l’évolution des formes des estrans. Enfin, de part et d’autre de la pointe, Photo 4 - Paysage d’une côte à falaise argileuse proche de la
un colmatage se fait dans les milieux démantelés par la houle aptes à une sédimenta- Pointe Panga
(ph. CNDIO-CENAREST, 2011)
tion fine sableuse ou silteuse favorisant la mise en place d’une plage adossée, concave
Localité située à une trentaine de kilomètres au nord de
entre deux pointes rocheuses successives. La falaise est constituée d’une roche (grès, Mayumba. Petit plateau argilo-sableux de la série des cirques
marne, calcaire) souvent altérée ou recouverte d’une imposante masse d’altérites. reposant sur un rocher Cénomanien.

115
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

La Pointe Fouica constitue une belle illustration de


ces affleurements de plages (photo 5). Le type de for-
mation rocheuse le plus souvent rencontré se rapporte
aux grès de plage, sables indurés et disposés en bandes
sensiblement parallèles à la côte actuelle (Mounganga,
2001), marquant ainsi les fluctuations du niveau de la
mer au quaternaire.

Côtes basses à marais à mangrove


ou à cordons sableux
Photo 5 - Beach-rocks sur la plage de Fouica (Mayumba)
(ph. CNDIO - CENAREST, 2014)
Les côtes basses à marais à mangrove délimitent les
Intrusion de dolérite (roche magmatique intermédiaire) sur laquelle est fixé le lido sableux qui circonscrit
vastes rias estuariennes du nord, le delta de l’Ogooué
la lagune Banio. Son affleurement a donné du relief à la ville de Mayumba. et les contours des lagunes. Le trait de côte a un as-
pect crénelé par les nombreuses indentations qui
forment les contours des rias en partie colmatées
par des sédiments fluvio-marins. Ces vasières s’éten-
Les côtes mixtes : plages
dent sur d’immenses surfaces cernant les îles dont la
sableuses à beach-rocks ou
masse vert-sombre surplombe les mangroves.
à petites falaises argileuses
(<10 mètres) L’estran est une basse slikke formée de vases gor-
gées d’eau et riche en matières organiques. C’est la
Elles regroupent aussi bien les plages limite de l’extension de la mangrove vers le large.
sableuses avec des beach-rocks et les Ces formes de rivages sont observables dans la ria du
petites falaises qui surplombent des Mouni, où le trait de côte est segmenté par les passes
estrans sableux. Ces types de côtes se Goumba et Miboula, dans la baie de la Mondah,
situent entre la Pointe Sainte Catherine l’estuaire du Komo, le delta de l’Ogooué (fig. 10) et
(en aval de l’Iguéla) et la Pointe Banda la lagune Nkomi.
(à l’extrême sud de la lagune Banio).
Les côtes basses à cordons sableux sont des accu-
Les côtes à falaises argileuses sont mulations sableuses organisées en une succession de
présentes dans les secteurs où affleurent rides parallèles à la ligne de rivage actuel, séparées
les roches des séries du Sénonien, Turo- par des dépressions qui forment de longs couloirs
Photo 6 - Côte basse à cordons sableux
(ph. C. Vigna, 2014, www.panoramio.com)
nien et Cénomanien (photo 4). Ce sont entre deux crêtes de cordons successifs (Lebigre,
Caractéristique du dynamisme hydrosédimentaire
des grès, calcaires et marnes. Les falaises 1983). Elles constituent les vastes plages sableuses
des estrans, cette accumulation sableuse sert de sont couvertes d’une couche supérieure s’appuyant sur des cordons Holocène. Ce type
barrière et réoriente les chenaux des rivières litto- d’altérites végétalisées façonnée par le de côte est illustré par l’embouchure de la rivière
rales vers le Nord. Ici l’exutoire de la rivière Oyane
au nord de la Pointe Ekouata. sapement des vagues. Oyane (photo 6). Les côtes basses à cordons sableux

116
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

Cap Lopez BAIE DE


NAZARÉ
sont très représentées sur l’ensemble du littoral : le BAIE DU
cordon sableux qui s’étale de la lagune Mekoundji CAP LOPEZ
jusqu’à la pointe du Cap Lopez  ; de Wonga Won- Mporaloko
gué à la Pointe Denis ; du Port-Môle à la sablière de Port-Gentil
Libreville.

Côtes artificialisées ou protégées


Marais maritime
Les côtes artificialisées urbaines (ou périurbaine) Ntchengué de Nkondjo
correspondent aux fronts de mer des grandes villes
littorales (Libreville et Port-Gentil) et aux secteurs

Flè
de côtes protégés par les ouvrages spécifiques contre

ch
les assauts de la mer. Le bord de mer de Libreville Plaine

eM
qui s’étend de la Pointe d’Owendo au Cap Santa Mandorové

an
Mbilapé

dji
Clara a connu depuis l’époque de la colonisation des
mutations importantes de son rivage. Les plans d’ur- Loanda

banismes de 1939, de 1962 dit « Henri Pottier », de


1965 dit « Olivo-Prass » et de mai 2010 ont privilégié
le bétonnage de la façade maritime (Engo Assou- Ngomo
mou, 2007). Le boulevard du bord de mer (photo 7)
reliant la zone portuaire et l’aéroport international
Ozori
est l’une des entités qui a une grande emprise spa- 0 5 10 km
N
tiale le long de cette côte.
Ogoo u é
L’urbanisation au quasi contact du rivage a modifié NASA Landsat Program, 2001, Lansat ETM+, Plaine
scene p186r061_7t20010731,orthorectifié par EarthSat, 31/07/2001
la dynamique hydrosédimentaire des estrans. Ainsi, Traitement image composite 6 bandes. Composition colorée bandes : 5-4-3
Iguéssi
Z. MENIE OVONO
pour se protéger de l’agitation de la mer, les ouvrages
de protection côtière ont été érigés le long des secteurs flèche littorale (Mandji) formée par une série ville village
de cordons sableux orientés nord-ouest/sud-est
les plus vulnérables à l’érosion et à la submersion ma- et disposés parallélement au trait de côte Figure 10 - Image panchromatique
rine (voir le chapitre 9 du présent ouvrage). La stra- du delta marin de l’Ogooué
tégie de lutte contre ces aléas est différente entre les On peut observer le vaste marais
deux villes, car c’est la nature du milieu physique qui Descriptions des dynamiques à mangrove compartimenté par

définit le choix des ouvrages à édifier et leur emprise des côtes gabonaises les distributaires nord du fleuve
Ogooué et les nombreux chenaux
spatiale. Ainsi, à Libreville, les ouvrages installés sont La dynamique littorale s’exprime par des avancés de marée. Le delta marin actif est
mis à l’abris des facteurs météo-
les perrés bétonnés et les épis, tandis qu’à Port-Gentil, dans l’océan et par des reculs vers le continent du marins de provenance sud-ouest
les brises lames ont été privilégiés (cf. photo 10). linéaire côtier. Le long des côtes gabonaises, on peut par une imposante flèche sableuse.

117
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

constater la présence budget sédimentaire varie d’un secteur de côte à un


de secteurs côtiers en autre et dépend de la puissance des appareils hydrolo-
accrétion et en érosion. giques et de la taille de leurs bassins versants respectifs.
Cette mobilité du trait Ainsi, le module brut de l’Ogooué est de 4 730 m3/s,
de côte est entretenue et celui du Komo de 160 m3/s. La répartition de ces
par la mobilisation de sédiments est organisée par une dérive littorale de di-
volumes sédimentaires rection dominante sud-ouest/nord-est qui façonne la
importants, par les fac- diversité des formes d’accumulation observées le long
teurs hydrodynamiques des 950 kilomètres de côtes gabonaises.
en jeu et par un climat Les agents météo-marins, les vents dominants de
équatorial de transition secteurs sud ou sud-ouest entretiennent le transit lit-
marine. toral et opère des processus d’ablation ou d’accrétion
du trait de côte. Il s’agit des houles obliques sud-
Photo 7 - Estran artificiel du bord Les facteurs de ouest, des courants de marées et des vents côtiers.
de mer de Libreville la mobilité
(ph. Z. Menie Ovono, 2011) Les houles constituent le principal forçage hydro-
La nature originelle du trait de La source sédimentaire a pour origine la remo- dynamique de la zone littorale du Gabon (Menie
côte est remplacée par la digue bilisation des fonds marins et les apports alluvion- Ovono, 2010). En fonction de la disposition du
en béton peinte en blanc qui un
peu plus loin est soutenue par des
naires importants entretenus par un ensemble de rivage et de sa nature lithologique, les houles de pro-
blocs de pierres. bassins versants orientés est-ouest. Le trait de côte venance sud érodent des pans importants de côte ou
est segmenté à plusieurs endroits par ce réseau hy- favorisent les accumulations par effet combiné avec
drographique dense dont les exutoires constituent les forces fluviales continentales.
les embouchures des fleuves et rivières côtières. Les
principaux bassins versants par ordre d’importance Le régime des houles est influencé par la présence
sont ceux de l’Ogooué (215 000 km²), de la Nyanga persistante de l’anticyclone de Sainte-Hélène. La cir-
(22 000 km²) et du Komo (5 000 km²). Le volume culation des vents dans le sens inverse des aiguilles
sédimentaire mise à disposition de la dérive littorale d’une montre autour de cet anticyclone entretient des
houles longues et régulières qui se propagent du Sud
entre Ozouri et la Pointe du phare du Cap Lopez se
vers le Nord, pour atteindre la côte avec une direction
chiffrerait à 500  000  m3/an (Menie Ovono, 2004).
principale sud-ouest/nord-est (Menie Ovono, 2010).
La mise en place d’un vaste domaine deltaïque de
Sur les côtes du golfe de Guinée, Guilcher (1985) dé-
5 100 km² de superficie dans cette partie du littoral
termine deux domaines de houles ayant des directions
justifie bien le rôle de pourvoyeur de sédiments par
de provenances opposées. Il s’agit d’une part des houles
le bassin versant de l’Ogooué (Menie Ovono, 2010).
nord-ouest d’origine boréale, et, d’autre part, des
Le littoral septentrional est lui alimenté par les bas- houles sud-ouest ou sud - sud-ouest d’origine australe.
sins du Komo et de la Mondah, tandis que le littoral Ces houles ont une origine lointaine et leurs caracté-
méridional est pourvu par le bassin de la Nyanga. Le ristiques varient suivant les saisons australes : houles

118
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

« fortes » et de longue période, de fin mars à fin septembre Pte Mbini


GUINÉE ÉQUATORIALE
Pte
avec un maximum en juin-juillet, et les houles « faibles », Cocobeach Pte Mbini
N
de courte période d’octobre à mars avec un maximum Cap
BAIE DE
Estérias CORISCO
Cocobeach
Mobilité du trait de côte
en décembre (Menie Ovono, 2010). Les marées sont de

500 m
200 m
100 m
O E (tendance globale)
type semi-diurne avec deux marées basses et deux marées S
Cap érosion
Santa Clara
hautes. Le marnage moyen oscille entre 2 mètres pendant LIBREVILLE
Pte Pongara stable
uai Owendo
les marées de vive-eau et 50 centimètres lors des marées

E st
Pte Ngombé re d
u Komo accrétion
de morte-eau. Le domaine d’influence des marées est Kango
non définie
particulièrement important dans la partie septentrionale Pte Nyonié m boué

Ra
estuarienne où le courant de jusant va plus loin dans la
terre ferme. Celle-ci se fait sentir jusqu’au débarcadère

o ué
N Og o
Cap
d’Andock Foula, de Kango, de la Mbei situés à plus de Lopez
BAIE DU
CAP LOPEZ Pte Tambinione Lambaréné
Facteurs météomarins
O E
120 km en amont de la Pointe Pongara (Mombo, 1991). Pte Wézé direction principale de
S
Port- distribution du vent
Gentil
dérive littorale
La cinématique du trait de côte
La dynamique hydrosédimentaire du trait de côte ex-
plique les formes convexes et concaves de la trajectoire Lagune
Nkomi
Omboué
du rivage. Rembo Nk
omi
ville principale

Il ressort trois types d’évolution sectorielle du trait de Lagune


bassin sédimentaire côtier
Pte Iguéga
côte : stable, érosion, accrétion. La cartographie de ces évo- Iguéla
limite d’État
lutions s’appuie sur la technique d’interprétation des prises lac et
lagune
de vue aériennes et de télédétection du littoral. Les résul- Lagune
fleuve et
rivière
tats de ces traitements sont confrontés aux mesures de ter- Pte Komandji
Ndogo hydrographie
rain, puis complétés par les rapports d’études sectorielles
Gamba canyon sous-marin
réalisées par des acteurs divers. Le résultat issu de ces divers
Pte Pédras
traitements permet de produire une carte de la tendance de 200
10
0m

la dynamique globale du trait de côte (fig. 11). 500


m
m

De la Pointe Mbini à la côte d’Akanda N Pte Panga Mayumba


Lag
un
La côte de la baie de Mondah est globalement dans une 0 25 50 km O E Pte Kouango
eB
an
io
dynamique d’accrétion naturelle en lien avec un apport al-
S Pte Banda CONGO
luvionnaire important des rivières littorales et d’une marée
semi-diurne active. Le reste du littoral jusqu’à la baie du Sources : données bathymétriques SHOM (correction 2013) ,
MOUNGANGA (2011), MENIE OVONO (2010), MOMBE-NGUEMA (2000), MOMBO (1991)
Pte Tchibodo
Z. MENIE OVONO
Mouni alterne des secteurs en recul ou qui progradent. On
observe une érosion vive le long du littoral du bord de Figure 11 - Géomorphologie et dynamique globale du trait de côte

119
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

mer de la ville de Coco- D’après les observations de terrain de Ditengou


beach. L’évolution du Mboumi (2012), la mer y a conquis plus de 200 mètres
phénomène y menace d’espace de terre. Selon l’auteur, cette érosion s’ampli-
même la pérennité de la fierait sous les effets conjugués du changement clima-
route côtière (photo 12). tique actuel, d’une exploitation sauvage de sable de
plage et d’une urbanisation non-contrôlée du littoral.
Du Cap Estérias à
la Pointe d’Owendo
Au-delà du Cap Santa Clara, se développe ensuite
une côte rectiligne, stabilisée par les affleurements
Elle se structure en trois rocheux du bassin sédimentaire et offrant de minces
secteurs distincts matéria- plages, adossées à des falaises rocheuses. Cette situa-
lisés par un changement tion est quasi continue jusqu’à la Pointe Akanda.
de direction au niveau du
Cap Santa Clara. La pre- De la Pointe Denis à la Pointe Pongara

Photo 8 - Dégâts causés par


mière partie orientée sud- La forme d’accumulation sédimentaire dominante est
l’érosion côtière au nord de la est/nord-ouest, s’étend du Port d’Owendo à l’ancien la plage de sable peu triée, entretenue par la dérive des
Pointe Denis épi de l’hôtel Dialogue. Les courants estuariens ne courants internes à la dynamique estuarienne du Komo.
(ph. P. Fattal, 2014)
favorisent pas une dynamique de dépôts sédimen- Cette plage intérieure est sujette à une érosion active
taires le long du trait de côte, exceptés quelques qui détruit les habitats et compromet la pérennité des
pseudos cordons sableux aux exutoires des petites aménagements touristiques qui s’y trouvent (photo 8).
rivières côtières. La dérive littorale orientée nord- Au-delà de la Pointe Pongara côté maritime, l’érosion
sud est déviée vers le talweg de l’estuaire au niveau est atténuée du fait de la modification de l’incidence
du Lycée Léon Mba. Le second secteur concerne des houles d’origine sud-ouest. La dérive littorale favo-
la côte nord de Libreville et s’étale jusqu’à la baie rise ainsi l’accrétion des plages dans les environs immé-
d’Akouango. L’essentiel du budget sédimentaire est diats de la Pointe Pongara. On observe une érosion
concentré le long de ces 10  kilomètres de côte et de la façade ouest de l’extrémité de la flèche, dont la
cette situation explique le développement des vastes conséquence est la forme en crochet orienté vers l’Est.
plages de sable favorable à un tourisme de villégia- De la Pointe Denis à la Pointe d’Owendo, la dyna-
ture. Cette dynamique d’engraissement des plages mique sédimentaire des estrans va dépendre des condi-
est rompue entre la Sablière et le Cap Santa Clara tions hydrodynamiques fluvio-marines de l’estuaire du
où le rivage est sérieusement menacé par l’érosion. Komo, qui se résument par des accumulations allu-
Les houles sud-ouest viennent déferler sur cette côte vionnaires le long des berges du fleuve.
mobilisant ainsi des volumes de sables importants
et détruisant les habitats bordiers. Cette dynamique De la Pointe Ngombé à la Pointe Tambinione
régressive est favorisée par la nature lithologie des C’est une côte quasi rectiligne orientée nord-sud.
paléodunes Holocène qui bordent cette côte. Elle est composée par une série de cordons sableux
quaternaires disposés parallèlement au rivage. Les

120
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

affleurements à la côte de la structure géologique en basse. La côte recule avec une vitesse
pointes rocheuses séparent les estrans sableux concaves. moyenne de 8 à 10 mètres par an, mena-
Les pointes jouent alors un rôle d’épis naturels impac- çant le phare et la route qui conduit au
tant ainsi la dérive littorale orientée à la base vers le terminal pétrolier de Total Gabon (Menie
Nord. Les houles sud-ouest ont un angle d’incidence Ovono, 2010). Sur la base des mesures
faible avec la ligne de rivage expliquant ainsi une éro- et des observations de terrain réalisées de-
sion réduite jusqu’à la limite de la Pointe Ngombé. puis 1960, on retient un recul latéral du
On n’observe pas d’apports sédimentaires continen- rivage de plus de 230 mètres, comme en
taux supplémentaires pouvant engraisser ces plages et témoigne l’impact de l’érosion au niveau
le changement de direction de la dérive littorale n’est de la Pointe du Phare (photo 9).
pas favorable à une accrétion du rivage. Cette côte est Cette avancée fulgurante de la mer sur
globalement stable. la terre ferme a mis en péril en moins de
13 ans le Phare du Cap Lopez. Au nord
De la Pointe Wézé au Cap Lopez de la Pointe du Phare, on observe une
Circonscrites à l’ouest et à l’est par la Baie d’Endou- érosion entretenue par une dynamique
gou et par la Baie de Nazaré, les conditions hydro- régressive de la tête d’un canyon sous-ma-
dynamiques sont celles d’un delta actif. Les courants rin à l’origine de la forme concave pré-
fluviaux des distributaires nord de l’Ogooué sont les sentée par ce rivage. La Pointe Odden est
seuls agents hydrodynamiques en jeu, car la presqu’île victime d’une érosion qui s’opère par des
glissements de la côte. Cette régression se
Mandji met en situation d’abri le front deltaïque nord
fait à une vitesse moyenne de 10  mètres
contre les houles puissantes du Sud-Ouest. Hormis la
par an causant des dégâts importants au Photo 9 - Érosion littorale au
segmentation du trait de côte par les embouchures des
niveau du bassin de décantation du terminal de Total phare du Cap Lopez
fleuves Animba, N’kondjo, Ngouboué et Ganboué,
Gabon. Du quai des Chaland à la Pointe Clairette, (ph. Elf Gabon, 1986 et 1999)
le littoral est marqué par une accumulation vaso-sa-
on note un engraissement du rivage sous l’impulsion Illustration d’un changement
bleuse importante avec une extension du front del- de paysage causé par le recul
des courants de marées entretenus par la morpholo-
taïque dans la Baie du Cap Lopez, justifiée par de gie des baies du Cap Lopez et de Port-Gentil. Au sud,
excessif du trait de la Pointe
du phare au Cap Lopez entre
nombreux lobes et bancs vaseux sous-marins. Une on observe un bord de mer figé par des digues arti- 1986 et 1999.
accrétion globale s’y développe du fait d’un apport ficielles qui par l’action du temps cèdent aux vagues
alluvionnaire opéré au détriment de la dérive littorale. pendant les tempêtes.
De la Pointe Akosso à la Pointe du phare, le trait
de côte est marqué par une érosion globale dont les De la côte « Bac-Aviation » (Port-Gentil) à la côte
de Mayumba
facteurs varient le long du littoral. Au niveau de la
Pointe du Phare au Cap Lopez, l’agent hydrodyna- Globalement, c’est une côte d’accumulation sa-
mique dominant est la houle de provenance sud- bleuse matérialisée par de vastes cordons sableux.
ouest, dont les vagues viennent déferler sur une côte On observe des flèches sableuses en extension avec

121
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

des sommets incurvées vers le Nord-Est par l’impact


Risques naturels côtiers des houles de direction sud-ouest. La forme d’accu-
Canyon du submersion marine mulation dominante est la plage à sable fin répar-
Cap Lopez
inondation pluviale tie le long de la façade atlantique et la vasière qui
Cap Lopez occupe les bords intérieurs des lagunes. La tendance
N
érosion du trait de côte
Pte générale est à l’engraissement du trait de côte. Ce-
Renard Pte W E
Odden pendant, on observe des secteurs très localisés en
S
Pte du Phare phase érosive. L’érosion se situe particulièrement au
niveau des embouchures des lagunes par les ruptures
Pte Djalowé
BAIE DU des barres littorales pendant la saison de pluie du fait
N CAP LOPEZ de la dominance des forces fluviales au détriment des
Pte Chapuis W E agents météo-marins. Cette forme d’érosion est ob-
S
servée au niveau de Mayumba à l’extrémité du lido
de la lagune Banio, entraînant l’élargissement de la
passe (Mounganga, 2011). Le village des pécheurs
Pte Clairette pourrait être menacé sur le long terme si cette éro-
sion venait à se perpétuer.
De l’embouchure d’Ozouri à PG2 et sur le secteur
de « Bac-Aviation », on enregistre également un recul
e
rom

Facteurs météomarins
de la côte à une vitesse moyenne de 2 à 3 mètres par
od

principale provenance
Aér

des houles (ELF, 1992) an. La disposition oblique de ce littoral par rapport
courant annuel aux houles sud-ouest explique cette érosion. La vul-
de surface (Actimar, 2004) Port-Gentil nérabilité du littoral est faible à cause de l’absence
Pte Akosso
dérive littorale des aménagements humains en bordure de plages.

Occupation du sol Les sociétés littorales face à l’érosion :


urbanisation exemples de Port-Gentil et Cocobeach
réseau routier Pte Inguiri Le littoral est par nature un milieu mobile et de ce
fait peut avoir une incidence particulière sur les acti-
marais à mangroves vités humaines, l’urbanisation des côtes, la protection
BAIE
forêt tigrée (secondaire) D’ ENDOUGOU de la biodiversité ou encore le tourisme balnéaire.
N
réseau hydrogaphique Dans le contexte gabonais, le processus de l’érosion
côtière est bien réel dans les régions littorales à forts
Z. MENIE OVONO
0 2 4 km
Pte Ntchengué enjeux humains. Cependant, la modalité de recul du
trait de côte et la gestion de ce risque varient locale-
Figure 12 - L’Île Mandji et son environnement ment. Cette disparité tient aux facteurs internes liés à

122
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

la nature du milieu et aux actions anthropiques, pour brise-lames ont été érigés au niveau de la
l’éclairage desquels les situations observées sur les sec- pointe du Cap Lopez en 1999 et la cam-
teurs de la flèche Mandji et de la rive ouest de la baie pagne s’est étendue à l’ensemble du litto-
du Mouni, jusqu’à Cocobeach au nord, sont riches ral jusqu’en 2001 (photo 10 et 11).
d’enseignements. Le changement climatique avec ses
conséquences d’aggravation de l’érosion
La flèche « Mandji » côtière1 sur les côtes basses ont fait évo-
C’est une flèche littorale sableuse et basse avec une luer la politique de gestion côtière en op-
altimétrie moyenne à 5 mètres par rapport au niveau tant pour une nouvelle tactique d’adap-
de la mer (fig. 12). Sur la base des 40 kilomètres du tation dite de recul stratégique jusqu’à
l’horizon 2100. C’est un mode de gestion Photo 10 - Brise-lame au sud
linéaire côtier concerné, 14 kilomètres de côte sont de la Pointe du phare
impactés par l’érosion avec des vitesses de recul excé- qui consiste à délocaliser les enjeux à l’abri de l’éro- (ph. CNDIO-CENAREST, 2010)
dant parfois les 10 mètres par an. sion et à laisser la nature suivre son cours. Pour le Cet ouvrage est une initiative de
cas spécifique de Port-Gentil, un repli vers la région la société pétrolière Elf Gabon
Les causes de cette érosion sont naturelles : les de Wonga Wongué pourrait constituer une véritable actuelle Total Gabon. L’objectif
est de protéger le phare et la
houles dominantes de secteur sud-ouest, la dyna- alternative. route qui mène au terminal
mique régressive de la tête du canyon du Cap Lopez pétrolier du Cap Lopez.
et les glissements de la côte de la Pointe Odden. Cocobeach
Les actions humaines hormis celles liées à la lutte Ville côtière frontalière
contre le recul du trait de côte contribuent peu ou avec la Guinée Équatoriale,
pas au processus de l’érosion. L’intensification de elle occupe la rive gauche de
l’érosion sur un périmètre aussi réduit et à fort enjeux la baie du Mouni. La côte de
tels que le terminal pétrolier, le phare, le point d’eau Cocobeach se caractérise par
douce des « Baleiniers », le village des pêcheurs, aug- un aspect vallonné et une
menterait de toute évidence la vulnérabilité environ- succession de trois formes
nementale et sociétale de ce littoral. littorales  : cordon littoral,
La combinaison d’autant de contraintes dans un
environnement aussi restreint contribue au risque 1. Les estimations d’augmentation
du niveau de la mer du GIEC (ARS)
bien au-delà de l’échelle locale. La destruction d’un font état d’une élévation probable de
bassin de décantation du pétrole brut au terminal du 52 à 98 centimètres avant 2100. Com-
Cap Lopez entraînerait par exemple une pénurie de binés aux effets des tempêtes et fortes Photo 11 - Aménagement
carburant sur l’ensemble du territoire gabonais. Une houles, cette élévation est de nature à des ouvrages de protection
accroître encore un peu plus les risques côtière au sud du phare du
stratégie de stabilisation du trait de côte des secteurs côtiers, notamment en matière d’érosion Cap Lopez
à forts enjeux et menacés par l’érosion a été déployée sur une façade littorale comme celle de (ph. CNDIO-CENAREST, 2010)
par Elf Gabon, actuelle Total Gabon. Les premiers Port-Gentil, basse et saturée d’eau.

123
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Une érosion s’est déclarée dans le secteur de côte


Estuaire situé de part et d’autre de la Pointe Mbini le long
Pte Idolo du Mouni
de la route du bord de mer de la ville de Cocobeach
BAIE DE
CORISCO vers Pte Mbini (photo  12). Les causes de cette érosion sont anthro-
piques. La route qui relie cette localité au reste du pays
Pte Cocobeach
N village des a été renforcée depuis 2007. Pour faire des remblais,
pêcheurs nigérians
W E le maître d’ouvrage a extrait des volumes importants
Facteurs météomarins et dynamique S Cocobeach de sable de plage en amont du lieu de l’érosion active.
du trait de côte Lén é Cette situation a affecté la dérive littorale créant un
provenance des vents dominants déséquilibre de la cellule hydrosédimentaire. Du fait
dérive littorale de ce déficit, l’aval présente aux agents météo-marins
érosion du trait de côte un secteur plus vulnérable expliquant l’érosion des
village des
pêcheurs béninois
falaises. Depuis 2008, la route a ainsi été entamée par
Occupation du sol cette érosion, précipitant sa rupture.
urbanisation
En l’absence d’enjeux immédiats, hormis la route
réseau routier
non bitumée, une stratégie de réhabilitation du litto-
marais à mangroves
N
ral n’est pas envisageable. Le rapport de l’étude sur la
forêt tigrée (secondaire) stratégie nationale d’adaptation du littoral gabonais
réseau hydrogaphique 0 250 500 m aux changements climatiques (Acciona Ingenieria,
Z. MENIE OVONO
2011) priorise le développement des ressources ha-
Figure 13 - Cocobeach et sa lieutiques au détriment du risque érosion.
région. Environnement et érosion
côtière le long du rivage À la lumière de ces deux exemples, il apparaît bien
falaises rocheuses et vasière à mangrove (fig. 13). De que la gestion de l’érosion sur le littoral du Gabon
la Pointe Ndombo au village des pêcheurs béninois, ne répond pas à une logique globale, mais sectorielle.
se dresse un cordon sableux avec de vastes plages. Il C’est une gestion au « cas par cas », où la prise en
s’en suit une alternance de côtes à falaises rocheuses compte du risque par les acteurs et le traitement de
et de côtes basses à vasières. Les affleurements en l’érosion dépend d’une part, des facteurs naturels en
pointes de bancs rocheux calcaires et l’imposant pla- jeux localement, et, d’autre part, de l’importance des
tier découvert pendant la marée basse montre le rôle enjeux pour les sociétés locales (voir le chapitre 9 du
important de la structure géologique dans la dyna- présent ouvrage, consacré à cette question au droit de
mique hydrosédimentaire de cette partie du littoral l’agglomération librevilloise).
gabonais. La ville et sa région se présentent comme
un ensemble à collines marqué par une érosion qui Les promoteurs économiques et les riverains sont
met à nu un substrat rocheux entaillé par des failles. les premiers acteurs du traitement de l’érosion avant
À la base des falaises, l’érosion dégage des masses l’État gabonais. Il n’y a pas de loi Littoral au Gabon,
d’altérites qui les recouvrent. l’État s’étant doté plus spécifiquement d’instruments

124
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

juridiques axés sur la protection de l’environnement et par le courant de


et, notamment, la loi n°16/93 du 26 août 1993 por- Benguela qui entre-
tant « code de l’environnement ». Au titre de la conven- tient une dérive litto-
tion cadre des Nations Unies sur les changements rale dominante sur les
climatiques, des initiatives commencent également apports continentaux.
à émerger, à l’exemple des programmes nationaux
L’occupation an-
d’adaptation (Acciona Ingenieria, 2011) des côtes
thropique du trait de
gabonaises aux impacts de ce phénomène.
côte est concentrée
autour des villes répar-
Conclusion ties le long du littoral
La mise en place du bassin sédimentaire côtier avec une emprise sur
(Phanérozoïque) et les variations eustatiques (qua- le trait de côte maté-
ternaires) ont pour chacun contribué au façonne- rialisée par les aména-
ment des faciès actuels du trait de côte du Gabon. gements portuaires et
Les nombreux promontoires (caps, pointes) ca- les ouvrages de pro-
ractérisant les côtes de type rocheux ou à falaises, tection contre l’assaut
portent la marque d’une structure géologique qui de la mer. Ces instal- Photo 12 - Rupture de la route
du front de mer de Cocobeach
affleure tout au long du rivage (falaises beach-rocks). lations sont menacées par la montée de trois risques
(ph. Z. Menie Ovono, 2010)
Les épisodes de transgressions et de régression ont majeurs qui suivant la nature physique et l’exposi-
Par l’action des vagues,
en quelques sortes segmenté le littoral gabonais en tion des enjeux, occasionnent des dégâts importants. l’érosion met à nu le platier
trois grands ensembles hydrosédimentaires : les rias Parmi eux, l’érosion concerne l’ensemble des villes rocheux en dégageant la couche
côtières. Cependant, les inondations pluvieuses et les latéritique superficielle.
du Nord, le delta du Centre, les lagunes du Sud. La
caractéristique forte de ce milieu paralique est le submersions marines touchent particulièrement les
rôle majeur de l’eau pour le remodelage du trait de côtes basses (voir le chapitre 12 du présent ouvrage).
côte. Ainsi, entre les plages sableuses et les vasières, Les initiatives de prise en compte de ces risques par
s’interposent les pointements et les embouchures des l’État et des privés ne manquent pas. Mais l’absence
rivières littorales. d’une stratégie globale de traitement de ces risques
Les côtes gabonaises sont passives, il n’existe donc crée des disparités au sein d’un même espace littoral,
rendant ainsi le plus souvent inefficace les quelques
aucune activité sismique susceptible de porter les
actions isolées mener contre ces aléas.
modifications sur la morphologie actuelle du trait
de côte. La dynamique contemporaine du rivage y
est plus particulièrement la conséquence des facteurs
météo-marins. Les processus d’érosion, de trans-
port et de cantonnement des sédiments le long de
la zone intertidale sont gouvernés par les marées se-
mi-diurnes, par les houles de provenance sud-ouest,

125
Interactions nature-société
Partie 1 - Mobilité des espaces et des milieux naturels côtiers

Références Guilcher A., 1985. Caractères des rivages équato-


riaux américains et africains, Norois, tome 32, n° 125,
Acciona Ingenieria, 2011. Stratégie nationale
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126
Chapitre 4 - Géomorphologie et dynamique du trait de côte au Gabon

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les pays et les peuples, Paris, Édition Bong et Cie, 406 p.

127
Thématique 1 - Les interactions nature-société
dans les territoires littoraux

Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions


territoriales sur les littoraux du Gabon

129
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime
Guy-Serge BIGNOUMBA
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville
Serge LOUNGOU
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville
Patrick POTTIER
Géographe, Université de Nantes
François Edgard FAURE
Géographe maritimiste, CENAREST-CNDIO
Jonathan NDOUTOUME NGOME
Géographe, Université Omar Bongo, Libreville

Avec près de 950 kilomètres de côtes, le Gabon est dominée par la pêche artisanale, pour l’essentiel contrô-
doté de l’une des façades maritimes les plus longues en lée par des communautés d’origine ouest-africaine, la
Afrique. Dans tous les cas, elle est la plus longue en mer gabonaise est aussi le théâtre d’entrée sur le ter-
Afrique centrale1. Si l’on s’en tient aux principes de la ritoire national de migrants illégaux en provenance
Convention de Montego Bay sur la délimitation des d’Afrique de l’Ouest. Ces « acteurs de la mer » doivent
zones de souveraineté et de juridiction des États côtiers par ailleurs partager l’espace océanique avec les routes
et insulaires, le Gabon dispose d’un domaine maritime des transports maritimes et des accès portuaires, alors
de par sa Zone économique exclusive (ZEE) couvrant que dans le même temps, l’exploitation pétrolière off-
191 944  km², pouvant s’étendre2 à 233 000 km², shore s’érige en autant d’obstacles et en impose par son
soit près de l’équivalent de sa superficie continentale emprise maritime. Ainsi, la mer gabonaise, loin d’être
(267 667 km²). Son plateau continental d’un point de une immensité sans activités et sans enjeux, apparaît
vue physique s’étend sur 41 900 km². Limité au nord comme un espace de concurrence et de convoitise3.
par la Guinée Équatoriale et ses dépendances insulaires
(Corisco, îles Elobey Chica et Elobey Grande), à l’ouest Les pêches maritimes au Gabon :
par un arc insulaire formé de l’archipel de Sao Tomé et une faible emprise spatiale ou
Principe et de l’île équato-guinéenne d’Annobón et, en- un secteur d’activités désaffecté
fin au sud, par le Congo-Brazzaville, ce vaste domaine
maritime gabonais est confronté à diverses formes de La pêche constitue l’une des activités maritimes les
convoitises. Espace d’une intense activité halieutique plus représentatives au Gabon. Son potentiel biologique
est mal connu car le Gabon ne dispose d’aucune capa-
cité autonome d’évaluation de ses stocks halieutiques.
1. Guinée Équatoriale (296 km), République du Congo (169
km), Congo Démocratique (37 km), Cameroun (402 km), Sao Tomé
et Principe (209 km), (CIA, 2012).
3. L’attrait des ressources minérales et énergétiques dont on soup-
2. Dont 191 944 km² de Zone économique exclusive (Sea Around çonne le golfe de Guinée d’être riche alimente également les tensions
Us, 2015) auxquels pourraient s’ajouter 41 000 km² actuellement en avec les pays voisins, en particulier la Guinée Équatoriale qui dispute
cours de demande au titre des extensions des droits souverains sur le au Gabon la souveraineté sur les îlots adjacents Mbanié, Cocotiers et
plateau continental (voir le chapitre 16 du présent ouvrage). Conga (voir à ce sujet le chapitre 6 du présent ouvrage).

131
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Production
(en tonnes)
40 000
36 316,4

La dernière évaluation des stocks, par le navire océano-


graphique Visconde de Eza en 2002, n’a pas été validée
30 000
25 821,5
par l’Administration des pêches du Gabon. Il faut donc
25 103
s’en tenir aux données de 1995, fournies par le navire
océanographique norvégien Fridjoff Nansen, qui situait
19 489,4
20 000
la biomasse halieutique à 324 000 tonnes. Si l’on ajoute
les 350 000 à 550 000 tonnes de thonidés que le Gabon
partage avec les autres États de l’Afrique centrale, c’est
de 674 000 à 874 000 tonnes de ressources halieutiques
10
10 071
071
10 000 dont disposerait le Gabon (Ministère de la Planifica-
tion, de l’Environnement et du Tourisme, 1998).
Sur ce potentiel, le Gabon ne débarque sur le sol
national que 30 000 tonnes par an en moyenne, ce
0
2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 qui représente à peine 3 à 4 %4. Ce faible niveau de
captures traduit à la fois la faible emprise spatiale de
débarquement
pêche artisanale (en tonnes par année) la pêche maritime et la forte désaffection du secteur
10 071 cumul des mises à
halieutique par les autochtones.
pêche industrielle terres marines L’évolution des mises à terre au cours des dernières
Figure 1 - Évolution des mises à terres marines et contribution des années montre une tendance à la baisse régulière des
pêches artisanales et industrielles du Gabon, de 2003 à 2014 débarquements depuis 2004 (36 316,4 tonnes) jusqu’à
Source : DGPA, 2014 2009 (19 489,4 tonnes). Les productions ont amorcé
une courte remontée jusqu’en 2011 (25 821,5 tonnes)
avant de connaître une nouvelle baisse en 2012
(20 981 tonnes). Cette baisse s’est poursuivie jusqu’en
2013 (10 071 tonnes), avant la forte hausse enregistrée
Photo 1 - Quelques spécimens en 2014 avec 25 103 tonnes (fig.1).
d’espèces de pêche maritime
(ph. G.-S. Bignoumba, 2015) Qu’il s’agisse de la pêche industrielle ou de celle ar-
Ici au point de débarquement de tisanale, on observe que l’évolution de la production
Pont-Nomba (Owendo), érigé en
marché où sont vendus toutes
suit une tendance quasi identique (fig. 1). Toutefois,
sortes de produits alimentaires et les pêcheries maritimes gabonaises s’organisent autour
non-alimentaires. La photo repré- d’un secteur artisanal plus performant et d’un secteur
sente un étal de poisson sous une
bâche. Sont exposés à l’état frais :
industriel en déclin.
soles, bécunes, etc.

4. Ne sont pas pris en compte ici les captures effectuées par les na-
vires conventionnés européens et asiatiques.

132
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

Une pêche artisanale dominante La conservation des


produits à bord appelle
Les débarquements effectués par la pêche artisanale
l’utilisation de caisses
sont supérieurs à ceux de la pêche industrielle (fig. 1).
isothermes que l’on re-
En 2014, l’on enregistre 18 076,4 tonnes débarquées
couvre de bâches pour
contre 7 026,69 en pêche industrielle. Cette position
les protéger des intem-
avantageuse est due à un effort de pêche plus intense
péries (photo 2).
évalué en jours de pêche. Sur la période 2001-2011
par exemple, il a été enregistré annuellement un effort Des pirogues d’un
de 84 456 jours de pêche en moyenne en pêche arti- autre type, d’allure
sanale, contre 9 962 en pêche industrielle. plus moderne et fabri-
quées à base de maté-
Les captures artisanales sont composées de péla- riaux composites, sont Photo 2 - Pirogues
giques à 73 %, dont 98 % d’ethmaloses (Etmalosa montées localement de façon industrielle. On peut traditionnelles de pêche
fimbriata). Les démersaux représentent 26 %. On y aisément les observer sur certains sites de débarque-
artisanale au Centre
Communautaire de Pêche
trouve notamment des rouges (Lutjanus dentatus), des ment, comme à Pont Nomba, dans la commune d’Owendo
bossus (Pseudololithus elongatus) et des bars (Pseudoli- (ph. G.-S. Bignoumba, 2014)
thus sp.). Les crustacés ne constituent qu’à peine 1 % Ce modèle d’embarcation de
des captures dont 83 % de crevettes roses (Penaeus pêche artisanale maritime
est une pirogue monoxyle
notialis). La photo 1 propose un échantillon de soles surmontée de bordages pour la
(Cynoglossus sp.), bossus et de bars. Nombre
rendre plus robuste. Elles sont
délestées de leurs moteurs en
La flottille artisanale est piroguière, avec une domi- de pêcheurs ou
attendant la prochaine marée.
de pirogues
nation de la pirogue monoxyle que l’on peut, selon Des caissons isothermes ou
5 000 congélateurs servant à la
les cas, renforcer par des bordures surmontées et in- conservation du poisson pen-
clinées vers l’intérieur de la pirogue pour lui donner dant la marée sont recouverts
4 000 de bâches pour les protéger
une allure plus robuste et plus apte à la navigation des intempéries.
marine. La plupart des embarcations sont importées
3 000
d’Afrique de l’Ouest grâce aux pêcheurs migrants
ouest-africains, qui se trouvent en position de mono- 2 000 nombre de pêcheurs
pole dans le secteur artisanal. Les pirogues ne sont
équipées d’aucun instrument de navigation, de po- 1 000 nombre de pirogues
sitionnement ou de détection des ressources. Elles
sont équipées de moteurs hors-bord de 40 cv à 80 % 0
(DGPA, 2015). Ceci constitue l’unique signe de mo- 2003 2005 2007 2009 2011 2014
dernisation de ces embarcations dont l’autonomie et
le rayon d’action sont limités. Leur taille réduite les Figure 2 - Évolution du nombre de pêcheurs et de pirogues au Gabon, de 2003 à 2014
condamne à une navigation essentiellement côtière. Source : DGPA, 2015

133
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

d’Owendo, au sud de Libreville (photo 3). Elles sont équipées et


exploitées de la même manière que les pirogues monoxyles tra-
ditionnelles. Propulsées par des moteurs hors-bord de 40 cv, ces
pirogues ont un rayon d’action circonscrit à la zone côtière.
La flottille piroguière est en diminution. Elle est passée de 1 564
unités en 2003 à 763 en 2014. Cette tendance décroissante n’est pas
linéaire. Elle présente une certaine stabilité de 2003 (1 564 piro-
gues) à 2007 (1 484 pirogues) avant la chute brutale qui se produisit
à partir de 2008 et qui porta le nombre de pirogues à 763 unités
jusqu’en 2014 (fig. 2).
En 2014, le nombre de pêcheurs artisans s’élève à 1 772. Les
hommes représentent 87 % des effectifs contre 13 % pour les
femmes. Ce nombre est en diminution sur la période 2003-2014,
puisqu’il est passé de 4 298 en 2003 à 1 772 en 2014, avec une forte
Photo 3 - Pirogue moderne de pêche artisanale au Pont Nomba
(ph. G.-S. Bignoumba, 2015)
tendance à la baisse comme pour le nombre de pêcheurs (fig. 2). Les
Modèle de pêche artisanale, fabriquée industriellement à partir de matériaux
« déguerpissements » opérés à Owendo depuis une quinzaine d’années
composites. Elles utilisent un moteur hors-bord comme moyen de propulsion. ont considérablement impacté le nombre de villages et par consé-
quent celui des pêcheurs et des embarcations (DGPA, 2015).

Un secteur industriel en déclin


Sur les 7 027 tonnes de produits débarquées par la pêche indus-
trielle en 2014, 91 % l’ont été au port d’Owendo à Libreville,
5 % au Port-môle de Port-Gentil et 4 % au Port-môle de Libre-
ville (DGPA, 2015). Malgré des productions moindres que celles
de la pêche artisanale, la pêche industrielle apparaît néanmoins
plus performante par unité d’effort (CPUE), où l’on enregistre
885 tonnes pour la pêche industrielle contre 248 pour celle artisa-
nale. La supériorité technologique de la pêche industrielle apparaît
déterminante. Les captures de la pêche industrielle sont consti-
tuées de démersaux à 68 %. Les capitaines (Galeoides decadactylus)
et bars (Pseudotolithus senegalensis) en constituent les principales
espèces. Les pélagiques n’y représentent que 8 %. On y trouve
surtout les maquereaux (Scomber japonicus), bécunes (Sphyreana
Photo 4 - Bateau de pêche industrielle au Gabon (ici, un chalutier basé à Port-Gentil) afra) et chinchards (Caranx spp.). Les crustacés constituent 4 %
(ph. J. Bergère, 2014) des mises à terre, avec pour principales espèces les crevettes grises

134
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

Types d’armement
sous pavillon
sous accords de pêche affrètement étranger national
(Penaeus kerathurus) et les crabes (Callinectes sp.). Les Union Europénne Japon Chine et autres Divers Gabon
Pavillon
divers, rejets et autres espèces forment 20 % des cap- 36 15 16 11 16
tures industrielles.
Les pêches industrielles l’emportent sur la valeur des 94 licences de pêche au Gabon
débarquements. Ainsi, sur la période de 2003 à 2012, Figure 3 - Les navires selon les
le secteur industriel a généré un chiffre d’affaires de uniquement. Les bateaux affrétés sont au nombre de quatre types d’armement de
16,586 milliards de francs CFA en moyenne contre 16. Ils battent pavillon de Chine, Bélise, Madagascar, la flotte de pêche industrielle
gabonaise en 2010
13,123 milliards pour le secteur artisanal (DGPA, Togo, Corée, Cameroun. On dénombre 11 bateaux Source : DGPA, 2013
2012, inédit). Mais en 2014, la pêche artisanale a été étrangers (Corée, Congo, Maroc, Cap-Vert, Pays-Bas,
plus rentable que la pêche industrielle, avec respecti- Bélise, Panama, Antilles), qui se livrent à la capture
vement 32,6 et 12,9 milliards de francs CFA, tant il de poissons et de diverses crevettes pêchées au chalut
est vrai que la valeur des pêches industrielles ne prend ou du thon à la palangre. La flottille sous pavillon
en compte que la pêche industrielle côtière et pas celle national représente 17 % de l’ensemble de la flottille
hauturière dont les données ne sont pas disponibles. industrielle. Elle est constituée, pour l’essentiel, de
Quoi qu’il en soit, la pêche industrielle cible tradi- bateaux de seconde main, ce qui nécessite des répara-
tionnellement des espèces à forte valeur marchande tions fréquentes se traduisant par des coûts d’entretien
comme les crustacés et divers poissons démersaux prohibitifs qui amoindrissent la rentabilité des navires.
écoulés en frais ou en congelé, là où la pêche artisa- Cette situation constitue l’une des principales causes
nale vise les petits pélagiques côtiers (Sardinela aurita de la désaffection et du déclin de la pêche maritime
et Sardinela maderensis) vendus frais, fumés ou séchés. industrielle au Gabon. La faible proportion des navires
gabonais dans la flottille nationale ouvre grandement
Le secteur industriel compte quatre types d’opéra-
la porte à des navires de pays tiers, qui pêchent y com-
teurs. On les distingue à la spécificité de leur armement :
pris de façon illégale comme s’en fait souvent l’écho
armement sous accords de pêche avec l’Union Euro-
la presse nationale (fig. 5). Cette désaffection explique
péenne et le Japon, armement sous affrètement avec la
le déclin du sec-
Chine, armement étranger, pavillon national (fig. 3).
teur des pêches Nombre
Tous ces armements exploitent des navires modernes, de navires
maritimes dont la Figure 4 - Évolution du nombre
disposant de l’essentiel des équipements de navigation, 80 d’armements et de navires de pêche
meilleure illustra- industrielle gabonais, de 2003 à 2012
communication, détection de la ressource, captures, etc. 70
tion est la chute du 60 Source : DGPA, 2013
Au premier trimestre 2010, il a été délivré 94 licences nombre des arme- 50
de pêche. 51 concernaient les navires d’armement sous ments et des na- 40 Nombre
accord de pêche dont 36 pour l’Union Européenne vires sur la période 30 d’armements
(Espagne, France, Portugal) et 15 pour le Japon. 2003-2012, pour 20 20
L’Union Européenne recherche du thon (Thunus alba- laquelle l’Adminis- 10 10
0 0
core, Scomberomerus tritor), capturé à la palangre et à tration dispose de
2004 2006 2008 2010 2012
la senne. Le Japon pêche la même espèce à la palangre données (fig. 4).

135
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Figure 5 - Pêche illicite de pays tiers


Article du quotidien national l’Union du 31 mars 2015, faisant état de l’arrestation de pêcheurs clandestins chinois et congolais dans les eaux gabonaises. Cette arrestation fait
suite à une opération coordonnée de la Gendarmerie et de la Marine Nationale. La question de la pêche illicite est récurrente au Gabon comme dans bien d’autre pays du golfe de
Guinée. Au-delà du pillage de la ressource que cette pêche représente, elle contribue également à fragiliser les pêches nationales par une concurrence déloyale sur leurs zones de
pêche, ainsi que par la raréfaction des espèces convoitées.

136
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

a. Zones de pêche à la ligne b. Zones de pêche au chalut

100 m
Cocobeach Cocobeach

100 m
N

LIBREVILLE LIBREVILLE
La diminution du nombre de navires sur la période 2003-
2012 est à mettre en corrélation avec celle du nombre d’arme-
ments dont l’évolution est identique à celle des navires. Sur une
moyenne de dix pêcheurs par navire, on obtient 320 marins Port-Gentil
Port-Gentil
pêcheurs au total. Ce chiffre est en diminution par rapport à
celui de 2003 où sur la même base d’évaluation on enregistrait GABON
740 marins pêcheurs. Omboué Omboué

Le secteur halieutique gabonais suscite de vives convoitises


auprès des pays tiers d’où proviennent la plupart des marins Setté Setté
Cama
pêcheurs (fig. 5). C’est le cas en particulier dans la pêche arti- Cama

sanale où les pêcheurs migrants sont majoritaires bien qu’il soit OCÉAN
difficile de traduire en chiffres cette réalité visible sur le terrain. ATLANTIQUE

Ils dominent l’ensemble de la filière, depuis la capture jusqu’à Mayumba Mayumba


zone de pêche zone de pêche
la distribution via la transformation des produits. Ces pêcheurs zone interdite à la pêche zone interdite à la pêche
migrants viennent d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Nigeria, Togo, (exploitations pétrolières) 0 50 km (exploitations pétrolières)
Ghana) et accessoirement d’Afrique centrale (Sao Tomé et
Principe). Sur les 375 dossiers d’autorisation de pêche artisa- c. Zones de pêche des crevettes d. Zones potentielles de pêche artisanale
nale qui ont été initiés en 2014 dans la province de l’Estuaire,
Cocobeach Cocobeach

100 m

100 m
61 % l’ont été par des non nationaux, à savoir Burkinabés (1),
Béninois (103), Nigérians (118) et Togolais (7) (DGPA, 2015). LIBREVILLE LIBREVILLE
En réalité, le nombre de gabonais est bien inférieur à celui
qu’affichent ces statistiques, car dans bien des cas ces autori-
sations n’empêchent pas l’emploi de pêcheurs non nationaux
qui disposent de l’expertise requise. Quant au secteur industriel, Port-Gentil
Port-Gentil
il donne lieu à plusieurs accords de pêche avec l’Union Euro-
péenne, le Japon, la Chine et divers autres pays (Corée du Sud,
Omboué Omboué
Maroc, Congo, Cap-Vert, etc.). Cette présence étrangère tient

© IGARUN, Université de Nantes


de la désaffection du secteur par les nationaux, faute de tradition
maritime (Bignoumba, 1995). Ils sont par conséquent peu aptes Setté Setté
à l’exploitation des ressources biologiques marines, où chaque Cama Cama
secteur bénéficie de zones de pêches spécifiques (fig.  6a, b, c
et d). Le domaine maritime est subdivisé en cinq zones de droit
de pêche5. La première zone couvre les eaux intérieures que sont crevettes côtières
Mayumba Mayumba
crevettes profondes zone potentielle de pêche
zone interdite à la pêche zone interdite à la pêche
(exploitations pétrolières) (exploitations pétrolières)
5. Décret n° 0579/PR/MPE du 30 novembre 2015 fixant les modalités et
conditions d’exercice de la pêche (République gabonaise, 2015). d’après G.-S. BIGNOUMBA, 1995, modifié
S. CHARRIER
Figure 6 - Zones de pêche maritime au Gabon
137
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

les fleuves, rivières, lacs et lagunes et s’étend jusqu’aux De l’insuffisance des infrastructures
embouchures. C’est une zone strictement réservée industrielles à la modernisation
aux pêcheurs nationaux. La deuxième zone part des des installations artisanales
embouchures jusqu’à 3 milles marins. Elle est dévolue
Le Gabon souffre de l’insuffisance de son infrastruc-
à la pêche maritime artisanale. La troisième va de 3 à
ture portuaire halieutique, que ce soit au plan quan-
6 milles marins. Elle est destinée à la pêche industrielle
titatif ou qualitatif. Si les ports de pêche industrielle
locale. La quatrième zone s’étend de 6 à 12 milles ma-
rins. Elle est là aussi destinée aux navires de pêche in- sont vétustes, les points de débarquements des pro-
dustrielle y compris les armements non nationaux. La duits de pêche artisanale se caractérisent à la fois par
cinquième zone s’étend au-delà de la limite extérieure leur dénuement et la modernité de quelques-uns.
de la quatrième zone jusqu’à la limite extérieure de la Le pays compte trois ports de pêche industrielle
Zone économique exclusive (ZEE). Elle est identique dont deux à Libreville (Port-môle et Owendo) et
à la quatrième zone en termes d’accès. un à Port-Gentil. Si le Port-môle de Libreville perd
La gestion des zones de pêche maritime au Gabon progressivement sa spécialité halieutique à cause de
soulève une problématique à la fois sociologique et la concurrence des autres secteurs d’activités et des
géopolitique. Au plan sociologique, on peut s’interro- conditions nautiques défavorables propres à éloigner
ger sur la pertinence d’une zone de pêche réservée aux les grosses unités de pêche industrielle, Owendo et
pêcheurs nationaux, du reste quasi inexistants surtout Port-Gentil sont des structures intégrées à de vastes
sur le versant maritime alors même que les pêcheurs ensembles polyfonctionnels, où la pêche occupe géné-
migrants, véritables professionnels de la pêche mari- ralement la portion congrue. Ces ports sont confron-
time sont repoussés vers le large, là où les conditions tés aux contraintes liées à la mauvaise qualité du site,
d’exploitation sont plus délicates. à leur faible niveau d’équipement, et à leur situation
géographique désavantageuse.
Au plan géopolitique, on note une diminution pro-
gressive des zones de pêche. Déjà amputées, depuis Les problèmes de site concernent Owendo et le
des années, des territoires couverts par l’exploitation Port-môle de Libreville, dont la faible profondeur des
pétrolière offshore, elles doivent aujourd’hui pâtir fonds, due à l’envasement, interdit l’accueil de navires
des réductions liées à la création des parcs nationaux de grand tonnage, contraints alors de transborder leur
marins qui les repoussent vers le large et expose les cargaison en rade. Certains bateaux doivent attendre
pêcheurs à des conditions d’exercices plus périlleuses, la marée haute pour accoster ou prendre la mer.
étant donné le type d’embarcations utilisées6. Quant à Port-Gentil, il souffre de son isolement par
rapport à Libreville, premier centre de consommation
du pays. Mais qu’il s’agisse de Libreville ou de Port-
6. C’est en effet lors du 6e congrès mondial des parcs organisé par Gentil, les ports de pêche du Gabon souffrent d’un
l’Union mondiale pour la nature (UICN) à Sydney (Australie) en no-
vembre 2014 que le Chef de l’État gabonais a annoncé que 23 % de
déficit criant en équipements. De fait, les opérations
la ZEE gabonaise seraient consacrés à la constitution de parcs marins de transbordement des produits se font par exemple
(voir à ce sujet le chapitre 14 du présent ouvrage). à la force des bras. Non seulement cela ne garantit

138
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

guère la bonne hygiène des produits à cause des ma-


nipulations que cela occasionne, il s’ensuit également
un ralentissement du rythme de transbordement, un
allongement du séjour des navires à quai et une hausse
conséquente des frais portuaires.
Les sites de débarquement de pêche artisanale
se caractérisent par leur émiettement le long des
950 kilomètres de côtes et par le caractère sommaire
de leurs aménagements, en dépit des efforts de mo-
dernisation qu’illustre la construction de trois centres
communautaires de pêche sur le littoral sur les cinq
que compte le pays. Nombre de ces sites sont d’accès
difficile, ce qui constitue une gêne pour l’Administra-
tion des pêches dans ses opérations de contrôle et pour
la clientèle en quête de poisson. Contrairement aux
sites de débarquement, qui prennent souvent la forme
de simples échouages (photo 5), les Centres Commu-
nautaires de Pêche se caractérisent par la modernité
de leurs installations (voir le chapitre 13 du présent Photo 5 - Site de débarquement
ouvrage). Ceux d’Owendo, Libreville et Port-Gen- de Jeanne Ébori à Libreville
(ph. G.-S. Bignoumba, 2016)
til sont à vocation maritime tandis que Lambaréné Dans les efforts de modernisation des infrastruc- L’absence de toute infrastructure
et Omboué ont une destination fluviale et lagunaire. tures de pêche artisanale, il convient d’évoquer la portuaire est totale. Les rondins
Fruits de la coopération européenne avec l’Espagne et contribution du Projet d’appui au Secteur des Pêches qui jonchent le sol servent à faire
asiatique avec le Japon, ils offrent de bonnes condi- et de l’Aquaculture (PSPA), financé en principal par glisser la pirogue jusque sur le
haut de plage. En arrière-plan, on
tions à la préparation de la marée, au débarquement, la Banque Africaine de Développement (BAD), avec peut apercevoir un congélateur
à la conservation et à la vente des produits frais. Ils une contrepartie gabonaise à hauteur de 10 %. Ce pour la conservation des produits
contribuent également à la traçabilité des activités de projet, destiné au renforcement institutionnel de la invendus. Chaque matin, cette
place, lieu de débarquement de
pêche en facilitant la collecte des données statistiques Direction Générale des Pêches et de l’Aquaculture prédilection des pêcheurs santo-
sur les quantités, la qualité, la nature des captures ainsi (DGPA), a réservé une partie importante de son bud- méens et cap-verdiens, est prise
que les engins et embarcations utilisés. Ces données d’assaut par une nombreuse
get à la construction de sept points de débarquement clientèle.
constituent des informations de base nécessaires à la des produits de pêche artisanale à Cocobeach, Kango,
gestion des pêcheries. Il reste néanmoins à rendre les Omboué, Gamba, Mayumba, Makokou, Ebel Aban-
centres plus attractifs auprès des pêcheurs, en diversi- ga. Ces structures, conçues comme de mini-ports de
fiant leurs services et en améliorant leur gouvernance pêche artisanale, vont améliorer la lisibilité des acti-
financière pour les rendre véritablement autonomes vités de pêche et les conditions de débarquement des
vis-à-vis de l’administration des pêches. produits, donc leur qualité sanitaire.

139
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

100 %
Un espace de mérou, la dorade, la crevette, la langouste, etc. Ces
commercialisation étriqué produits sont vendus sur les marchés européen et
80 %
Le marché joue un rôle im- américain, car ils sont peu accessibles aux consom-
portant dans le développement mateurs moyens gabonais. Il existe également une
60 %
des activités de pêche. Par la filière d’exportation de poisson fumé vers certains
pays d’Afrique centrale et de l’Ouest. Les flux géné-
demande qu’il exprime, il in-
rés par ces exportations sont difficiles à appréhender
40 % cite naturellement à la produc-
en raison des circuits clandestins qu’ils empruntent,
tion. Le pêcheur est d’autant
en complicité avec certains pêcheurs migrants exer-
20 % plus porté à accroître sa pro-
çant au Gabon.
duction qu’il est assuré de la
capacité du marché à absorber Le rôle socio-économique de la pêche est indé-
0%
2006 2007 2008 2009 cette production. L’étendue du niable. Cette activité contribue à la sécurité alimen-
marché est donc un facteur dé- taire des populations, à la création d’emplois directs
importations exportations terminant de la production ha- et indirects et à la formation de la richesse nationale.
lieutique (Chaussade, 1998). Toutefois, la pêche fait face aujourd’hui à plusieurs
enjeux qui en conditionnent l’avenir. Il y a tout
Figure 7 - Commerce international Le marché gabonais des produits de pêche est pour
des produits de pêche au Gabon d’abord l’enjeu du renouvellement des effectifs face
le moins étriqué, notamment par le faible nombre de
de 2006 à 2009 à la baisse du nombre de pêcheurs en raison du ra-
ses consommateurs, dans un pays qui n’atteint pas
Source : FAO, tableaux récapitu- lentissement des filières d’immigration des pêcheurs
latifs, 2010 les 2 millions d’habitants. Par ailleurs, la capacité de
artisans et de la faible inclination des populations
consommation des populations est limitée par leur
locales pour l’activité halieutique marine. Le second
faible pouvoir d’achat dû à un contexte social de
enjeu est lié à la pression croissante qui s’exerce sur
grande pauvreté.
les pêcheurs par la restriction des zones de pêche.
Le marché international des produits de la pêche La politique actuelle du programme Gabon bleu, qui
du Gabon est déséquilibré. Le pays importe davan- vise notamment la création des parcs marins dans
tage qu’il n’exporte (fig. 7), d’où un déficit en vo- une proportion de 23 % du territoire maritime pour
lume de sa balance commerciale. Il est un impor- s’additionner aux restrictions spatiales instaurées de-
tateur net de produits halieutiques. En 2011, il a puis plusieurs années dans un rayon de 500 m autour
importé en valeur pour 33 millions de dollars contre des infrastructures pétrolières offshore et de 3 milles
seulement 1,5 millions d’exportations (FAO, 2011). des terminaux constitue une véritable contrainte
Ces importations représentent 5,2 % de la valeur des à l’activité halieutique et témoigne des multiples
importations agricoles et 0,9 % de la valeur des im- convoitises, parfois divergentes, auxquelles doit faire
portations de marchandises. Les importations cou- face la mer gabonaise. Le marin pêcheur artisan doit
vrent tous types de produits halieutiques bruts ou pouvoir s’adapter à ce contexte nouveau pour assurer
transformés. Quant aux exportations, elles portent à la fois sa survie et celle du secteur halieutique dans
essentiellement sur des produits de luxe comme le son ensemble.

140
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

La mer côtière, un espace quotidien des popula-


de mobilité clandestine tions (écoles, dispen-
Après avoir été, du XVe siècle au milieu du XIXe saires, marchés, lieux
siècle, un haut lieu de la Traite des esclaves, les côtes de culte) et abritent
du Gabon abritent depuis l’abolition de cette forme une multitude d’activi-
de migration hétéronome, une diversité d’activités tés socio-économiques
et de mobilités à caractère autonome. L’observation « informelles », dont les
détaillée de ces dynamiques permet de distinguer à plus emblématiques sont
la fois les mobilités de proximité et les migrations de la pêche illégale, le tra-
longue distance, les échanges socio-économiques ré- fic d’immigrés clandes-
tins et l’import-export
guliers et les flux illégaux. Ces mobilités clandestines
frauduleux de mar-
se sont aussi approprié l’espace maritime.
chandises. Les impor-
tations concernent une
Les flux socio-économiques
large gamme de mar-
L’espace côtier gabonais n’échappe pas à la pression chandises qui va des Photo 6 - Débarcadère de
démographique caractéristique de la plupart des zones produits alimentaires ou agricoles (venant du Came- Cocobeach
littorales dans le monde. Cette pression concerne en roun et de Sao Tomé et Principe) aux biens d’équipe- (ph. S. Loungou, 2013)

particulier la zone nord, c’est-à-dire entre les provinces ments (pièces détachées pour véhicules et électroména- Des ressortissants équato-
guinéens, venus se ravitailler
de l’Estuaire et de l’Ogooué-Maritime qui abritent ger importés du Nigeria), en passant par une diversité au Gabon en produits de
respectivement les villes de Libreville et Port-Gentil, d’autres biens de consommation courante (produits consommation courante,
soit les deux plus importantes agglomérations urbaines s’apprêtent à effectuer la
pharmaceutiques, cosmétiques, pétroliers originaires traversée du Rio Mouni en
du pays (voir le chapitre 7 du présent ouvrage). Elles du Nigeria). Les marchandises importées sont écoulées direction de la localité équa-
constituent les principales portes d’entrée et de sortie sur les marchés et autres espaces commerciaux publics to-guinéenne de Cogo.
des flux économiques et migratoires maritimes - qu’ils ou en contrebande. Les exportations concernent essen-
soient « formels » ou non, de proximité ou au long tiellement les produits halieutiques, lesquels sont géné-
cours  - organisés entre le Gabon et bon nombre de ralement destinés au marché nigérian. Les ressources
pays riverains du golfe de Guinée. Les échanges socio- générées par ces flux économiques sont systématique-
économiques s’effectuent la plupart du temps par ca- ment rapatriées par des canaux « informels » de trans-
botage. Les communautés de pêcheurs ouest-africains fert d’argent vers les pays d’origine. Il importe aussi
constituent les principaux acteurs de cette forme d’éco- de mentionner les mouvements pendulaires effectués
nomie, leurs villages implantés le long des côtes et sur par les populations équato-guinéennes résidant dans
les îles adjacentes servant de plaques tournantes. Pour les localités de Cogo ou de Corisco, qui viennent quo-
la plupart situés à la périphérie des villes, ces villages en tidiennement se ravitailler en produits de première
effet se distinguent par un certain degré d’autonomie nécessité au Gabon, à partir de la petite ville côtière de
dans la mise en place d’infrastructures nécessaires au Cocobeach (photo 6).

141
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

le territoire gabonais. Alimentée principalement par


des flux en provenance d’Afrique de l’Ouest (fig. 8),
Mauritanie
Mali Niger cette dynamique migratoire clandestine apparaît lar-
Tchad gement d’essence maritime, soit précisément 80 %
Sénégal
Burkina
des flux selon la Marine Nationale du Gabon.
Gambie
Faso
Guinée-
À quoi tient la « vocation » maritime de l’immi-
Guinée Bénin gration clandestine d’origine ouest-africaine à desti-
Bissau
Sierra Togo nation du Gabon ? Quelle stratégie les autorités de
Leone Côte Nigeria
d’Ivoire Rép. ce pays opposent-elles à cette dynamique interlope ?
Libéria Ghana Centrafricaine
Les réponses à ces deux questions fondamentales ap-
Cameroun portent des éclairages utiles à la compréhension de ce
Sao Tomé- phénomène remarquable.
OCÉAN ATLANTIQUE
et-Principe
Équateur Congo L’immigration clandestine : acteurs et stratégies
Guinée Gabon
Rép. Dém. du
Équatoriale Au nombre des nationalités pour lesquelles la mi-
Congo
gration clandestine par mer semble constituer depuis

© IGARUN, Université de Nantes


plusieurs décennies la seule alternative pour gagner
pays de départ flux maritime l’« eldorado » gabonais, on compte en majorité les
N
pays de transit flux terrestre Béninois, Ghanéens, Maliens, Nigérians, Sénégalais
pays de départ et de transit Angola et Togolais. À ces migrants illégaux traditionnels,
0 250 500 km
S. LOUNGOU, S. CHARRIER s’ajoutent désormais les Burkinabè, Ivoiriens, Libé-
riens et Sierra-léonais. La vocation maritime de ces
Figure 8 - Géographie des
migrations à destination du Gabon
flux migratoires clandestins tient à la conjugaison de
plusieurs facteurs. Tout d’abord, face à l’obstacle que
Les flux migratoires constitue le massif forestier, dont le pays est couvert
Le Gabon apparaît comme une des destinations à près de 85 %, et aux nombreux contrôles routiers
majeures des flux clandestins. Sur une population im- qui s’exercent sur le continent, la voie maritime est
migrée évaluée à un peu plus de 150 000 personnes celle qui offre le plus de facilité aux migrants illégaux
lors du recensement de 1993, on en dénombrait en dans leur tentative de pénétrer massivement sur le
effet 45 %, essentiellement des Africains, qui étaient territoire gabonais. De fait, bien que disposant d’une
en situation irrégulière. Si l’on en juge par la frénésie importante façade maritime, le Gabon semble, pour
des arrivées clandestines dont la presse locale se fait reprendre une formule consacrée, « tourner le dos » à
régulièrement l’écho et en dépit de l’absence de sta- la mer (Bignoumba, 1999). Cette réalité se traduit
tistiques fiables et renouvelées, on peut légitimement notamment par une très faible participation des po-
penser que plus de deux décennies plus tard, le niveau pulations autochtones aux activités halieutiques en
de présence étrangère illégale s’est fortement accru sur milieu océanique, l’absence d’une flotte commerciale

142
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

nationale et le caractère pour le moins symbolique des pays de l’hinterland ouest-africain, à l’instar des
des forces de sécurité et de défense navales (Bignoum- Maliens et des Burkinabè, connus pour être sans tra-
ba, 2000 ; Ogoulat, 2002 ; Otsa’a Nguema, 2015). dition maritime. Ces derniers cités se sont de plus en
Faute de moyens et structures de surveillance et de plus détournés vers le Gabon du fait de la crise so-
contrôle adaptés, les frontières maritimes gabonaises ciopolitique qui, depuis la seconde moitié des années
apparaissent en effet largement aujourd’hui poreuses 1990, secoue la Côte d’Ivoire, autrefois leur destina-
(Loungou, 2014a). tion privilégiée.
Observé depuis près de trois décennies, le caractère C’est à partir des embarcadères et ports disséminés
ininterrompu et massif de cette migration illégale le long des côtes allant du Ghana au Nigeria que
par mer tient aussi au fait qu’elle implique de nom- partent les contingents des migrants. Les passeurs
breuses communautés ouest-africaines ayant une convoient généralement par rotation plusieurs di-
tradition nautique marquée et que la pratique de la zaines de personnes de diverses nationalités, parmi
pêche a amené à essaimer sur l’ensemble du golfe de lesquelles on dénombre très souvent des enfants pro-
Guinée, du Libéria au Congo (Carre, 1998). Précisé- mis à l’exploitation économique ou domestique au
ment, au Gabon, où la plupart des marins-pêcheurs Gabon (Loungou, 2011). Les voyages se font la plu-
sont originaires d’Afrique de l’Ouest, quelques part de temps à bord de pirogues océaniques d’une
grands groupes ethniques se distinguent par leur capacité d’emport minimale de 100 personnes, se dé-
engagement dans les activités halieutiques en mer ; plaçant par cabotage et selon la technique du « saute
il s’agit des Ewé et Fanti du Ghana et du Togo, des mouton ». Celle-ci consiste à déplacer les migrants
Popo du Bénin, des Yoruba et Ijaw du Nigeria. L’or- d’un point à un autre, jusqu’à leur débarquement
ganisation sociale de ces communautés de pêcheurs sur les côtes gabonaises. Au cours de ces différentes
permet d’observer qu’elles vivent généralement en escales, le temps est mis à profit pour le ravitaille-
marge de la société gabonaise, dans des villages et ment (carburant, eau, nourriture) et la recherche
campements littoraux situés en périphérie des villes d’informations (conditions météorologiques, mou-
(Nyinguéma Ndong, 2015). Ainsi, en échappant au vements de gardes-côtes). Il arrive que les convoyeurs
contrôle de l’administration gabonaise, ces agglo- affrètent des bateaux pour le transport des migrants,
mérations littorales forment le cœur d’une intense surtout au départ du Nigeria. Dans ce cas, le voyage
activité « informelle » dont le convoyage des migrants comporte peu d’escales, sauf en cas de force majeure
clandestins représente une des formes saillantes (intempérie, problème mécanique). L’ingéniosité des
(Loungou, 2014b). passeurs, leur parfaite maîtrise des parcours combi-
Au départ alimentée essentiellement par les ethnies nés à l’absence de contrôle en mer permettent aux
côtières pratiquant la pêche, l’immigration clandes- migrants clandestins partis des côtes d’Afrique de
tine par mer à destination des côtes gabonaises de- l’Ouest d’aborder les rivages gabonais en un temps
puis la fin de la décennie 1980 s’est progressivement relativement court, soit parfois moins de cinq jours.
élargie à de nombreuses autres populations originaires Les principaux points de débarquement en terre

143
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Île Elobey Chico


Cocobeach
gabonaise des migrants maritimes illégaux (fig. 9) sont
(Guinée Équatoriale) situés dans la province de l’Estuaire, qui abrite la capitale
Île Elobey Grande
(Guinée Équatoriale) Libreville et fait frontière avec la partie continentale de
la Guinée Équatoriale (province de Mbini) et ses dépen-
Massamboué N dances insulaires (Corisco, Elobey). Il s’agit notamment
Mengono des localités de Cocobeach et du Cap Estérias, des dif-
Île de Corisco
(Guinée Équatoriale) E férents bras de rivières côtières qui drainent la périphé-
IE D
0 5 10 km

BA rie nord de l’agglomération librevilloise, des villages de


CO
RIS pêcheurs disséminés le long de la côte, de Cocobeach, au
CO
nord, à la localité portuaire d’Owendo, au sud (photo 7)
Île Mbanié Emone Mekak (Nyinguéma et Pottier, 2015). Dans le langage popu-
R1
0
laire au Gabon, ces migrants clandestins sont désignés
Lybe par l’expression de « dos mouillés », signifiant par là que
les passeurs de frontière, par crainte d’être eux-mêmes
Bissobinam
pris, leur font gagner le rivage à la nage. Très souvent dé-
BAIE
DE barqués de nuit, les « illégaux » connaissent des fortunes
ONDAH
LA M diverses : si la plupart parviennent à rejoindre les villages
Milembié de pêcheurs et les villes, où les attendent des complices,
Île Assimba certains, moins chanceux, tombent entre les mains de la
Cap Estérias
Île Nende
Ikendjé police, le plus souvent à la suite de dénonciations par les
populations autochtones.
Île Une réponse entre impuissance et gestion réactive
Boussimba
L10

La réponse des autorités gabonaises au déferlement par


1

Île Sekou
Cap Doukou mer des populations d’origine ouest-africaine semble oscil-
Santa Clara
ler entre impuissance et réactivité. L’impuissance est en
ES effet l’expression qui convient, tant les forces de défense et
TU trajectoire d’entrée
AI
RE LIBREVILLE
des migrants
de sécurité nationales gabonaises ont démontré leur incapa-
DU
G cité à lutter efficacement contre le phénomène migratoire
N1 localité de
clandestin d’origine maritime. Une telle incurie traduit
AB

débarquement
© IGARUN, Université de Nantes
ON

Pointe
Denis Owendo réseau routier
un manque de stratégie en la matière. Ce défaut de vision
principal stratégique se traduit notamment par une faible dotation
Pont Nomba
Grand Village ancien village budgétaire, un sous-équipement logistique et en effectifs
Petit Village de pêcheurs des unités nautiques des forces de sécurité et de défense.
S. LOUNGOU, S. CHARRIER De sorte que la marine nationale gabonaise se trouve en
permanence confrontée à des difficultés « domestiques » qui
Figure 9 - Points d’entrée des migrants maritimes illégaux

144
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

limitent considérablement ses capacités opération-


nelles  : on dénonce pêle-mêle la rareté des équipe-
ments de transmission et des aides à la navigation,
l’absence de pièces de rechange pour matériel de navi-
gation ou encore les ruptures fréquentes de réserves
de carburant (Ropivia, 2003). Une des conséquences
pour le moins fâcheuse de ces dysfonctionnements est
que les gardes-côtes gabonais sont « parfois obligés de
solliciter l’aide des piroguiers expatriés » lors du trans-
fert sur le continent des clandestins appréhendés en
mer (journal « L’Union », 03/04/1998) ! Un comble
qui n’est pas sans risque, car il n’est pas rare que des
agents soient molestés ou pris en otage par des ma-
rins-pêcheurs étrangers, en représailles de leurs abus.
Parmi les accusations régulièrement portées contre
les personnels des brigades nautiques par les artisans
pêcheurs ouest-africains, on note les amendes « arbi-
traires » et le retrait « abusif » des matériels de pêche et
de navigation.
Ainsi, faute de stratégie et de moyens opérationnels
appropriés pour lutter efficacement contre l’immi-
gration clandestine d’origine maritime, les autorités Photo 7 - Village de pêcheurs au
sud de Libreville
gabonaises en sont réduites à une sorte de gestion faveur de deux décisions gouvernementales : celles, (ph. S. Loungou, 2013)
réactive du phénomène. Cette « politique » consiste d’une part, d’interdire la présence de nuit de toute Situés sur le littoral, les villages
en un ensemble de mesures allant de la détention au embarcation dans les rades et zones de mouillage et, de pêcheurs servent de plus en
refoulement des immigrés illégaux. Si ces dispositions d’autre part, de détruire les villages de pêcheurs de
plus de plaques tournantes aux
activités illicites, notamment le
sont prévues par la loi, leur application demeure ce- la zone sud de Libreville (Loungou, 2014b). Diver- trafic de migrants clandestins.
pendant problématique, faute de pouvoir être main- sement appréciées à l’époque, ces mesures, qui se
tenus en détention ou d’être rapatriés dans leur pays sont avérées lourdes de conséquences pour l’activité
d’origine ou de provenance, les immigrés clandestins halieutique, venaient en réponse à la vague d’insé-
sont généralement « une fois arrêtés […], présentés aux curité observée alors en milieu portuaire, en même
médias, puis mis en liberté, parfois avec la complicité des temps qu’elles visaient à rassurer une opinion natio-
autorités » (journal « L’Union », 16/02/1998). nale désabusée quant à la capacité de l’État à jugu-
Par ailleurs, il apparaît que les actions de la puis- ler l’immigration clandestine et l’insécurité, deux
sance publique viennent quelquefois en réaction. La phénomènes ici considérés comme consubstantiels
preuve en a été apportée notamment en 2002, à la (Loungou, 2003). Pour autant, les actes d’insécurité

145
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Cameroun, Togo (brigandage, pêche illégale, sipho-


Sao Tomé GUINÉE nage de carburant) sont loin d’avoir
et Principe Corisco ÉQUATORIALE
(G. Éq.) cessé en mer et les villages de pê-
Cogo cheurs détruits se sont progressive-
Cocobeach ment reconstitués sur d’autres sites.
Manganèse (3,7),
bois (0,37) LIBREVILLE Quant à l’immigration clandestine,
(Owendo) principales villes
6,2 millions de t. portuaires
elle demeure tout aussi préoccu-
Machines, 6,2
véhicules de transports, (trafic total en 2014, pante, si l’on en juge par l’écho que
nourritures, métaux, en millions de tonnes) s’en fait presque quotidiennement la
biens d’équipement Denis presse locale.
autres villes portuaires
Nyonié
liaison fluviale Que ce soit de jour comme de nuit,
Port-Gentil - Lambaréné ces mobilités clandestines contribuent
Pétrole brut (9,9), (pirogues motorisées)
bois (0,09)
elles aussi à faire de la mer côtière ga-
Lambaréné réseau routier principal
bonaise un territoire fortement appro-
10,5 Port-Gentil
zone d’exploitation prié. Les flux maritimes ainsi générés
ué pétrolière offshore viennent donc s’ajouter à ceux des
Ogo o
Produits pétroliers intense dense activités de la pêche qu’elle soit artisa-
raffinés
nale ou industrielle, en même temps
bassin sédimentaire
côtier qu’aux mouvements des navires des
Omboué
limite d’État transports maritimes cette fois légaux
de marchandises et de passagers.
Trafic maritime GABON
Trafic portuaire international Routes des transports
exportations (2014)
maritimes et accès
(en millions de tonnes) Setté Cama portuaires
importations (2014) Gamba À l’égal des autres activités liées à la
Cabotage de marchandise mer, les transports maritimes au Ga-
OCÉAN
© IGARUN, Université de Nantes

international
ATLANTIQUE
bon relèvent d’une importance ma-
national (intense) jeure. Plus de 90 % des échanges in-
national (secondaire) ternationaux du pays passent en effet
Mayumba
Transport de passager
aujourd’hui par la voie maritime, le
N
international Gabon ayant très tôt trouvé comme
national (modéré à intense) Angola, Ndindi point de départ et d’aboutissement
CONGO
0 50 100 km
Congo de son commerce extérieur les ports
Source : DGEPF, 2015 P. POTTIER, S. CHARRIER
de commerce et les terminaux pri-
Figure 10 - Les transports maritimes au Gabon vés gérés par les sociétés pétrolières à

146
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

Photo 8 - Installations pétrolières


offshore
(ph. J. Bergère, 2014)
Port-Gentil et minéralières à Owendo. Aujourd’hui, cent kilomètres au sud (fig. 10). Le premier a enregis- Ces installations sont très
l’espace marin dédié aux activités de navigation fait tré en 2014 un trafic global de 6,2 millions de tonnes présentes sur le plan d’eau océa-
l’objet d’une intense exploitation, dont la perfor- et un total de mouvements de 662 navires ; celui de nique gabonais, comme ici au droit
de Port-Gentil où sont visibles au
mance est notamment limitée par le partage quelque Port-Gentil, au cœur du domaine pétrolier offshore fond à gauche une plateforme
fois difficile avec les autres usagers du plan d’eau, gabonais, un trafic global de 10,5 millions de tonnes en attente d’être remorquée
mais également des conditions naturelles, techniques (dont 9,9 millions de pétrole brut) et 681 de navires, vers son site d’exploitation, à
droite une autre en délaissement,
et sécuritaires contraignantes. pour cette même année 2014 (DGEPF, 2015). toujours au fond mais au centre
une barge de transport fluvial, et
Les routes maritimes, une forte emprise Entre le large des grandes routes maritimes du golfe au premier plan des navires de

des activités pétrolières et offshore de Guinée et les côtes gabonaises, les navires mar- type « surfeur » d’avitaillement
et de transport de personnel à
chands faisant escale dans ces ports doivent affron- destination des plateformes.
Ls transport maritime au Gabon a une importance ter les mers encombrées de la ZEE (photo 8). Les
particulière, car il permet non seulement l’approvi- activités du transport maritime au Gabon sont en
sionnement du pays et l’expédition de ses principales effet fortement contraintes dans les eaux de droits
productions, mais également de suppléer un réseau souverains par la présence d’obstacles majeurs consti-
routier largement déficitaire dans les régions côtières. tués en particulier par les champs de l’activité pétro-
Les deux points d’ancrage principaux sont les ports lière offshore. Les installations pétrolières y sont très
en eau profonde de Libreville-Owendo, dans l’estuaire fréquentes et assez denses, les nombreux gisements
du Komo, et celui de Port-Gentil, situé à peine plus de d’hydrocarbures du plateau continental faisant l’objet

147
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

d’une exploitation intensive, principa- soient généralement équipées de feux et de cornes


lement au sud du Cap Lopez jusqu’en de brume, il est recommandé de passer à bonne dis-
Angola (fig. 11, 13, 14 et 18). tance de ces installations.
Outre les plateformes d’exploration Plus globalement, les installations des activi-
et d’exploitation que les navires mar- tés pétrolières constituent pour la navigation une
chands doivent éviter à bonne distance, contrainte supplémentaire en raison des zones d’évi-
ces activités offshore ont également dis- tement autour des champs pétrolifères qui obligent
posé d’autres obstacles à la navigation les navires à passer au large (fig. 11), ce qui allonge
maritimes, dont les canalisations de le temps de transport et augmente de facto les coûts
transport, oléoducs et pipelines, ainsi d’exploitation des armements. Et même si à l’heure
que les terminaux pétroliers dont cer- actuelle, il n’existe pas encore de réglementation
Photo 9 - Le FSO Mayumba, un
tains sont en mer (fig. 14). Sur les sites spécifique pour la régulation des activités maritimes
navire de stockage fixe au sud
du Gabon de production en effet, les hydrocarbures sont dans l’ensemble des secteurs d’exploitation pétro-
(ph. Perenco Gabon)
évacués par oléoducs vers la terre et vers les ter- lière, l’usage du domaine marin oblige les pétroliers
minaux pétroliers, notamment au Cap Lopez à sécuriser leurs zones d’exploitation7.
et à Gamba. L’infrastructure pétrolière au large Au-delà des installations des activités pétrolières
des côtes gabonaises comprenait ainsi en 2012, elles-mêmes, les navires marchands doivent égale-
858 kilomètres d’oléoducs et 240 kilomètres de ment faire face sur le plan d’eau maritime aux autres
gazoducs (CIA, 2012). Une partie de la produc- embarcations, navires ravitailleurs, d’assistance tech-
tion pétrolière est également chargée directe- nique, de surveillance, venant s’ajouter aux bateaux
ment sur les tankers à partir des terminaux en de pêche, ainsi qu’aux embarcations de loisirs et de
mer  : bouées de chargement, plateformes de transport de passagers.
chargement, navires-citernes de stockage mouil-
lés à poste fixe (photos 9 et 10). Les plateformes Le cabotage maritime, une activité
mobiles et permanentes ainsi que les grandes indispensable pour les villes portuaires
bouées sont souvent entourées d’obstacles de Le cabotage est une forme de navigation maritime
surface et sous-marins. qui s’effectue d’un port à un autre en restant proche
Les conduites sous-marines, les puits en at- des côtes. Au Gabon, deux ports principaux sont utili-
tente ou en cours d’exploitation et les centres sés pour le cabotage national : il s’agit du Port-môle de
de collecteurs sous-marins constituent bien Libreville et du port fluvial de Port-Gentil. Ces ports
évidemment autant de dangers pour la navi-
gation en surface, suivant la hauteur d’eau 7. Il faut noter à ce sujet que le projet de création des aires marines
Photo 10 - Un pétrolier en attente protégées autour des plateformes pétrolières (Programme Gabon bleu
de chargement à l’arrière du FSO qui les recouvre et le tirant d’eau des navires. du Plan Stratégique Gabon Émergent) va certainement nécessiter
Mayumba Ces installations constituent des obstructions
(ph. Perenco Gabon)
la promulgation de lois afin d’organiser les usages sur le littoral du
pour le mouillage et le chalutage. Bien qu’elles Gabon (voir à ce sujet le chapitre 14 du présent ouvrage).

148
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

sont également exploités pour le cabotage


international qui relie le Gabon aux autres
ports de la sous-région d’Afrique centrale
(Cameroun, Pointe Noire, Sao Tomé et
Principe), voire de la côte ouest-africaine.
Il n’existe pas de voie de navigation défi-
nie pour accéder au Port-môle de Libre-
ville. Les capitaines des navires utilisent
des points de navigation terrestres et leurs
connaissances de l’estuaire et du port pour
se rendre jusqu’au Port-môle. L’accès du
Port-môle est également limité par la ma-
rée, la plupart des navires se déplacent donc
lors des marées hautes. La présence de na-
vires de commerce mouillant dans la rade
d’Owendo (photo  11), ainsi que celle de
certains chalutiers provoque quelque fois
des collisions entre les différents usagers de
l’estuaire. Elle témoigne surtout des mul-
tiples occupations de ce plan d’eau estua-
rien où se côtoient les navires marchands
du cabotage et du transport international,
les navettes touristiques, les embarcations
privées de loisirs et les bateaux de pêche,
aussi bien du secteur artisanal qu’industriel.
Le cabotage revêt un caractère stra-
tégique pour le Gabon, dans la mesure
où la quasi-totalité des produits vivriers
consommés à Libreville et Port-Gentil8
proviennent des pays de la sous-région,
notamment du Cameroun et de Sao Tomé
Figure 11 - Illustration des restrictions d’usage de l’espace maritime dans le secteur pétrolier offshore

8. Avec près de 950 000 habitants à elles deux en Ici la carte du SHOM au sud du Cap Lopez. La légende de ces cartes rappelle par ailleurs qu’au droit des gisements
d’hydrocarbures, autour des plateformes de production et les structures associées, « … la navigation sans autorisation est
2013 (RGPH), leurs populations représentent plus de
interdite à moins de 500 mètres de ces structures… », et qu’au droit des terminaux, « … seuls les navires utilisant les postes
52 % de la population totale du Gabon (voir le cha- d’accostage des terminaux peuvent pénétrer dans les zones de restriction représentées. Les autres navires ne doivent pas
pitre 7 du présent ouvrage). s’approcher à moins de 3 milles des terminaux » (source SHOM, carte n° 7257, 1995).

149
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Photo 11 - Occupation du plan


d’eau dans l’estuaire du Komo,
avec navires marchands en et Principe. Sur le plan intérieur, compte-tenu des dif- Le transport des passagers,
attente et embarcation de loisir
ficultés de liaison par voie terrestre, le cabotage est par l’autre activité maritime qui compte
(ph. P. Pottier, 2013)
ailleurs le mode de transport le plus approprié pour L’activité du Port-môle à Libreville est celui d’un
Vue prise de la rive gauche à
Pointe Denis. relier Libreville à la seconde ville littorale du pays, établissement sans vocation clairement identifiée, où
Port-Gentil (fig. 10). Que ce soit pour les liaisons de les bateaux de pêche côtoient les caboteurs permettant
la sous-région ou nationales, le mauvais état du réseau d’assurer le cabotage international, en même temps
routier (voire son absence), est en effet un atout sup- que les navires assurant la liaison entre Port-Gentil
plémentaire au développement des liaisons maritimes et Libreville. À côté de l’activité liée au cabotage, les
côtières qui, par ailleurs, offrent des coûts de trans- ports gabonais abritent également des navettes à voca-
ports bien plus avantageux que tion plutôt touristique qui effectuent la traversée vers
ceux par voie terrestre. La mer les différentes localités situées sur la rive gauche de
représente donc de ce point de l’estuaire du Komo, notamment la Pointe Denis et la
vue un espace de liaison pri- Baie des tortues, au niveau de la Pointe Wingombé.
vilégiée entre l’ensemble des
villes côtières gabonaises, pra- Car en dehors des marchandises, le cabotage assure
tiquement toutes desservies également le transport des passagers qui trouvent ici un
par des embarcations de capa- moyen de déplacement à bon prix par rapport à l’avion
cité différentes, en fonction de qui est plus coûteux. Le prix des billets d’avion s’élève
l’intensité des marchandises en effet à plus de 150 000 francs CFA contre 45 000
Photo 12 - Le catamaran à charger. Ces échanges mari- pour le billet de bateau entre Libreville et Douala.
Apomandé Jet, de la CNI, effectue
les liaisons Libreville Port-Gentil
times se complètent par ailleurs de liaisons fluviales Sur l’axe Libreville/Port-Gentil, la Compagnie Na-
(ph. CNI) importantes vers l’intérieur, entre Lambaréné et Port- tionale de Navigation Intérieure (CNI) propose des
Gentil, ce dernier représentant le débouché océanique liaisons avec des navires à grande vitesse (photo 12)
de l’ensemble du bassin versant de l’Ogooué. qui effectuent le trajet en quatre heures, tandis que le

150
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

confort est reparti selon les classes dont une classe éco-
nomique (22 000 francs CFA), club (25  000  francs Cap Estérias
LIBREVILLE
CFA) et VIP (38 000 francs CFA)9. Le prix d’un billet
d’avion est lui plus élevé (85 000 francs CFA), alors que OCÉAN Ntoum
ATLANTIQUE Kango
les liaisons routières sont impossibles entre ces deux plus
grandes villes du pays.
Compte-tenu de l’absence de statistiques tenues Nzomo
régulièrement par la capitainerie du Port-môle, il est
Ndjolé
très difficile de connaître précisément les effectifs trans-
portés sur cette ligne Libreville/Port-Gentil. Céline
Sayi-Mbouyi (2014) a permis néanmoins d’estimer sur
huit mois, de juillet 2013 à février 2014, le nombre Lambaréné
de passagers transportés par les navires de la CNI et
les recettes réalisées à cet effet. Le nombre cumulé de Port-Gentil
passagers transportés par la CNI s’élèverait à 55 390
en huit mois, auxquels il faut ajouter le trafic généré
© IGARUN, Université de Nantes, LETG-Nantes, Géolittomer

Og o
(non comptabilisé) par la Sonaga et Antares, les deux

o
Fougamou
autres compagnies qui desservent Port-Gentil à partir
de Libreville. Le mouvement des ferries et des navires
liés de ces deux compagnies n’est pas plus facilement
Omboué
consultable. La Sonaga assure quatre liaisons au départ N
du Port-môle par semaine, alors que les navires d’An-
tares effectuent quant à eux six liaisons hebdomadaires Mandji
Mouila
entre Libreville et Port-Gentil. Le non suivi du trafic 0 25 50 km
Source : INC
passager entre Libreville et Port-Gentil est dû en par- B. KOUMBA-MABERT, S. CHARRIER
tie à la fermeture partielle du Port-môle depuis 2012,
pour travaux d’aménagement autour de ce port (Royal Route Desserte maritime desserte fluviale
actuelle de l’aéroport
Haskoning DHV & Géo-Guide, 2013). de Port-Gentil (POG) desserte lagunaire
en projet
Au-delà de ce lien essentiel entre les deux princi- actuelle chemin de fer en projet
pales villes du Gabon, la carence du réseau terrestre en Ville en projet
infrastructures de transports se fait également sentir principale bassin sédimentaire côtier
dans l’ensemble des régions côtières, notamment au secondaire projet Port-Gentil 2
sud de Libreville, puis au-delà de Port-Gentil (fig. 12). réseau hydrographique
principal

9. Il est toutefois à préciser que l’âge a une incidence sur le prix des Figure 12 - Les liaisons Libreville - Port-Gentil et le projet de
billets. Pour les enfants de 4 à 12 ans, le tarif est de 15 000 francs CFA. désenclavement de l’île Mandji

151
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

GUINÉE ÉQUATORIALE

Cocobeach
Corisco
Le transport de passagers par voie maritime s’y subs-
titue là aussi, à partir de liaisons moins systématiques
LIBREVILLE
LIBREVILLE
et de plus faible capacité, mais pourtant tout aussi
Owendo route maritime
majeure et faisceau importantes. Ces liaisons ne sont pas régulières et sont
de liaisons importantes effectuées à la demande d’opérateurs économiques
implantés dans ces localités côtières. Il en est de même
espace de circulation pour les liaisons entre les deux rives de l’estuaire du
secondaire à importante
Batanga Komo (Libreville - Pointe Denis ou Libreville - Ndzo-
espace de liaisons
diffuses
moe). Toutefois, il existe un trafic assuré par de petits
espace sans réelle liaison
artisans qui suppléent l’activité de la CNI et génèrent
maritime commerciale quelques fois des accidents mortels, notamment dans
Port-Gentil
Port-Gentil le delta de l’Ogooué. Les localités de Pointe Denis et
ville principale Nyonié/Ndzomoe sont ainsi desservies au départ de
limite d’état Libreville, alors que plus au sud, la ville d’Omboué
l’est au départ de Port-Gentil, et celle de Ndindi au
départ de Mayumba. Dans un contexte d’absence
GABON cruelle de liaisons terrestres, ce cabotage côtier per-
met ainsi de rapprocher les localités et villes du littoral
du Gabon, tout comme le permettent les liaisons flu-
Iguéla viales entre Lambaréné et Port-Gentil, essentielles aux

© IGARUN, Université de Nantes


N déplacements de l’intérieur vers la côte.
Ces activités de cabotage pourraient pourtant à
0 50 100 km terme être concurrencées par la route en construction
devant relier Port-Gentil au reste du pays via Omboué
Source : www.marinetraffic.com,
(fig. 12). L’aménagement de cette route Port-Gentil -
Gamba
trafic maritime 2014 Omboué (100 kilomètres) que tentent de dévelop-
S. CHARRIER per les pouvoirs publics entre en fait dans le cadre
plus large du programme de désenclavement de l’île
Mandji, afin de consolider le projet de la zone franche
Mayumba industrielle au sud du Cap Lopez. Initié en 2000 sur
la base de la loi 10/2000 du 12 octobre 2000, le projet
de la zone franche de l’île Mandji est un projet por-
teur pour le Gabon et la région du golfe de Guinée.
Cet ambitieux projet est axé sur la diversification de
CONGO
l’économie gabonaise, la stimulation des investisse-
ments et la création des emplois.
Figure 13 - Les grands secteurs de navigation maritime dans la mer gabonaise
Une représentation synthétique produite à partir des mouvements annuels des navires sur ce secteur
152 océanique permet d’illustrer à la fois la densité des échanges entre Libreville et Port-Gentil, mais
également celle liée à l’intensité des mouvements enregistrés dans les zones pétrolières offshore.
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

En l’attente, sur le plan d’eau maritime gabonais, les une immensité réservée aux solitaires… L’exploitation
transports de marchandises et de passagers viennent pétrolière offshore y est en effet très présente, occupant
donc renforcer cette impression d’une mer aux multiples de vastes surfaces, quelques fois dense autant sur le plan
usages. Aux côtés des bateaux de pêches et des embarca- d’eau qu’en profondeur, souvent contraignante pour les
tions des migrations clandestines, les navires du grand autres usages de la mer gabonaise. D’un point de vue
commerce international comme ceux du cabotage inté- économique, enfin, le développement de cette exploita-
rieur et sous-régional se mêlent aux navettes des mobili- tion pétrolière offshore est un enjeu essentiel pour l’ave-
tés humaines, irriguant des régions côtières quelque fois nir du Gabon, à tel point que son extension souhaitée
coupées de leur arrière-pays. Toutefois, si l’ensemble de apparaît encore aujourd’hui chaotique et incertaine.
la mer du Gabon est concernée par ces routes maritimes,
il convient de souligner qu’une part importante de ces L’exploitation pétrolière en mer :
transports est consacrée à l’activité pétrolière offshore aspects géographiques
qui génère non seulement des trafics liés à l’exploration,
l’extraction et les ravitaillements (fig.  13), mais égale- L’état actuel de l’occupation du domaine pétrolier
ment des contraintes d’exclusion et donc d’usage qui au Gabon
s’imposent aux autres formes de navigation. Le domaine pétrolier gabonais occupe une superficie
C’est aussi en cela que la mer gabonaise est convoi- de 253 507 km² (DGH, 2015), dont 30 % onshore
tée, et cette situation est d’autant plus remarquable et 70 % offshore (fig. 14). Environ 47 % de la sur-
que les eaux nationales de la ZEE sont par ailleurs très face attribuée sont ouverts à l’exploration. Le secteur
largement occupées par cette autre activité vitale pour pétrolier national connaît actuellement une extension
le pays. L’exploitation pétrolière offshore représente de son domaine d’exploration, du rivage au large des
ainsi non seulement une emprise spatiale en mer re- côtes qui devrait déboucher en cas de découverte sur
marquable par son étendue, mais également un usage une éventuelle extraction en offshore profond ou en
incontournable et sans doute « dominateur » sous bien ultra-profond10. L’attribution du domaine libre en-
des aspects dans les eaux maritimes du pays. traînerait une augmentation du taux d’occupation et
des activités d’exploration d’au moins 40 à 45 %.
« De l’or noir au fond du grand bleu » :
Les évolutions historiques du pétrole offshore
l’enjeu des hydrocarbures dans
au Gabon
la mer gabonaise
Depuis les années 1960, l’exploitation du pétrole Si les premiers gisements en offshore ont été mis à
dans la mer côtière gabonaise représente un usage sup- jour en 1938, la zone du golfe de Guinée a enregistré ses
plémentaire qui vient s’ajouter aux précédents, pêches, premières découvertes dans les bas-fonds sous-marins
transports maritimes des hommes et des marchandises
notamment. Cette activité participe à l’accroissement 10. L’offshore profond concerne les hydrocarbures explorés et exploi-
des pressions humaines sur ce territoire liquide fragile, tés à plus de 1 000 m de profondeur des fonds marins ; l’offshore
instable et si souvent injustement considéré comme ultra-profond au-delà de 1 500 m de profondeur des fonds marins.

153
Interactions nature-société
Partie 2 - Pressions anthropiques croissantes et recompositions territoriales

Bathymétrie LIBREVILLE
(en m)
0
dès le début des années 1960, avec les décou-
20
50
vertes au large du Delta du Niger (Nigeria),
100 de Port-Gentil (Gabon), et du « champ Éme-
200 raude » au Congo. Le Gabon connaîtra alors
500 son premier forage offshore dans les eaux de
1 000 Terminal du l’Ogooué Maritime à Port-Gentil. C’est à la
2 000 Cap Lopez
Lambarené fin des années 1960 que les premiers gise-
Port-Gentil
ments de Tchengué Océan et Anguille y ont
en effet été mis en exploitation. Beaucoup
oué
Ogo
Fougamou
d’autres ont suivi dans ce même secteur géo-
graphique au cours de la décennie 1970, si
bien que c’est dans le prolongement de l’ex-
tension terrestre la plus occidentale du bassin
Terminal
Omboué sédimentaire vers l’océan que se concentrent
d’Oguendjo encore aujourd’hui les territoires les plus
Mandji denses de cette exploitation pétrolière off-
Exploitation pétrolière offshore
champ pétrolier shore (fig. 14). L’identité « pétrolière » recon-
terminal pétrolier
nue à toute cette région de Port-Gentil et
Terminal
terminal pétrolier flottant Tchatamba des débouchés du grand fleuve Ogooué n’est
raffinerie
donc pas usurpée.
oléoduc Dans ce secteur au plateau continen-
gazoduc tal peu profond et aux pentes douces (voir
Gamba chapitre  3 du présent ouvrage), les zones
Tchibanga
Exploitation pétrolière terrestre OCÉAN ATLANTIQUE Terminal de
Gamba
d’exploitation le sont à des profondeurs
champ pétrolier
relativement faibles, le plus généralement
oléduc ou gazoduc inférieures à 100 mètres. Au droit de l’an-
Terminal
Olowi
cien champ Anguille entré en production en
réseau hydrographique
principal
Mayumba 1966 et dont le renouvellement au profit de
principal axe routier
Terminal Total Gabon s’est fait en 2007 (concession
Lucina
Anguille Marine), le champ de production
ville principale
N Terminal Etame n’est qu’à 30 mètres de profondeur. En fait,
Marine
bassin sédimentaire côtier
Terminal
la courbe bathymétrique des 200 mètres de
limite de ZEE Gabon / Congo 0 25 50 km
M’Bya profondeur a longtemps correspondu à la
(désaffecté)
limite d’exploitabilité du plateau continen-
Sources : Ministère des mines, du pétrole et des hydrocarbures du Gabon (2015), Atlas du Gabon (2004), bathymétrie SHOM tal pour des raisons à la fois technologiques
S. CHARRIER © IGARUN, Université de Nantes et de coût d’exploitation. Il convient en effet
Figure 14 - Extension de l’exploitation pétrolière au Gabon
154
Chapitre 5 - La mer convoitée, usages et occupation de l’espace maritime

TUNISIE LIBYE
ALGÉRIE

ÉGYPTE
N

de souligner que les forages réalisés au-delà de cette limite avant les SOUDAN