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Le Printemps

de l’Île-Saint-
Denis

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Une île manifeste p.3 – Une île en mouvement p.9 – Une île sur une île p.13 – Une île pour l’avenir p.27 – Une île à construire p.29 – Une île vivante p.37 – Une île commune p.41 – Une île ensemble p.44 – Règles d’urbanisme p.48

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Une île
mani-
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feste
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Une île manifeste
Entretien de Patrick Bouchain avec Christophe Catsaros

Christophe Catsaros : L’aménagement que vous proposez est en cela sera fait, que dans le type d’activité qui s’y déroulera. Les
rupture avec la norme en la matière. entreprises qui vont choisir de s’installer sur l’Île pourraient le faire
précisément parce qu’elles correspondent au profil que dégage le
Patrick Bouchain : Nous allons rendre un projet manifeste, et non site tel que nous le souhaitons. Ce pourrait être un pôle pour des
pas un projet qui soit au premier degré - la réponse à la demande entreprises qui s’activent sur des questions environnementales, ou
qui est faite. des entreprise d’activités nautiques attirées par le caractère fluvial
J’ai été assez choqué par une réunion avec des gens du département, du site.
où il n’a été question que de coût, d’argent, et de valeurs foncières. Un L’idée de préserver un hangar qui a servi de stocks n’est pas évi-
tel discours est inapproprié quand il s’agit d’un patrimoine foncier dente au début. Or la structure existante peut très bien fonctionner
de cette qualité. Certes, les difficultés financières de la commune comme une sorte de racks, de grands rayonnages, pour tout ce l’on
l’obligent à vendre ce terrain, mais la pauvreté économique n’est souhaite y placer. C’est assez drôle ; on a stocké là des produits de la
pas nécessairement synonyme de pauvreté historique. Ce territoire maison, des frigidaires, des tables, des chaises, des canapés, pour les
est riche d’un point de vue historique et géographique. magasins du Printemps qui meublaient des appartements parisiens.
On a là une occasion idéale pour démontrer quelle pourrait être Aujourd’hui vidé des produits qui constituaient les appartements
une requalification exemplaire d’un territoire qui a été abîmé par des autres, le site peut servir à loger des gens. Comme si on mettait
l’urbanisation, l’industrie, la construction de logements sociaux, le logement après que les meubles soient partis. Un grand rayonnage
les infrastructures. voué à l’échange et au commerce, d’un seul coup, sédentarisé.
Ce projet défend une forme d’écologie populaire, et pas une écolo- Ce projet pose aussi la question du temps : comment transformer
gie de nantis. Est-ce que cette île qui a été abîmée dans le cadre du lentement ? Je suis attaché à cette idée du temps en architecture, et
développement industriel peut rester, tout en étant requalifiée, une de la transformation progressive des choses. Peut-être que le temps
île populaire ? Un endroit qui expérimenterait une forme populaire de la reconfiguration du site est le temps nécessaire à transformer
de requalification écologique. les pratiques, les usages, et les habitudes. Le logement change, le
C’est la raison pour laquelle nous souhaitons ne rien démolir. Le travail aussi. Ce grand rayonnage pourrait être l’objet porteur de ces
patrimoine de l’Île-Saint-Denis c’est l’ensemble des constructions évolutions; c’est peut être une chance. Le grand avantage quand on
qui ont été réalisées sur son territoire. Croire que cette parcelle garde un bâtiment, c’est que le bâtiment parle. Il est un élément de
pourrait être écologique parce qu’on détruirait tout en faisant table programme, il est lui-même, par sa structure, par sa trame, porteur
rase de l’histoire, est une erreur. Cette conviction mettrait en con- d’un discours sur l’architecture. C’est ce qui nous permet d’aborder
tradiction toute l’île ; déjà parce qu’on ne pourrait pas avoir ce autrement la question de la norme. Ce bâtiment peut peser contre la
traitement sur sa totalité. Nous proposons donc de prendre cette norme actuelle, il peut nous obliger à repenser cette norme absurde.
parcelle telle qu’elle est, avec ses constructions, en prenant le soin Nous proposons un projet dénormé, au sens d’une anormalité «nor-
de déconstruire ce qui doit l’être pour pouvoir la transformer. male», d’une anormalité constitutive de l’humanité.
Nous envisageons des logements et des locaux d’activité orientés Puis, il y a aussi la question de l’emploi que doit susciter le réa-
sur la qualité de l’environnement, aussi bien dans la manière dont ménagement du site. On oublie toujours que le chantier est un

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Une île manifeste Une île manifeste
facteur de travail, de richesse ; que la collectivité achète des heures sans logement et qui pourraient donner bien plus que 40 heures C.C. : Vous travaillez pour la première fois avec le groupe Eiffage ?
de travail quand elle passe une commande. L’emploi constructeur pour le construire ; et on n’y pense même pas. Comme si ce type de
doit être considéré comme le premier emploi créé sur le site. C’est contrat ne pouvait exister que dans un rapport de surexploitation. P.B. : C’est clair je n’ai jamais travaillé avec un grand groupe de BTP
l’emploi qui va transformer la ville. Peut-être que ce temps de travail, aujourd’hui gaspillé, pourrait puisque tous mes chantiers, je les fais en corps d’état séparés. Je
être mis au service de l’environnement et du cadre de vie. Imaginez n’ai pas de relation organique avec Bouygues, la Caisse des Dépôts et
C.C. : Votre démarche implique l’ouverture du chantier au des gens sans emploi devenus les transformateurs du cadre de vie. autres. C’est des gens que je connais, que j’évite aussi dans certains
public. D’un seul coup, cet emploi devient le plus noble des emplois. Non cas. Là ce sont eux qui m’ont appelé. J’ai été clair dès le départ, en
pas un emploi d’intérêt collectif, forcé et subi, mais un emploi au disant, ce sera comme ça.
P.B. : En effet, ce chantier sera ouvert au public, il sera communi- vrai sens du terme, qui génère effectivement de la richesse. C’est Eiffage avait déjà constitué une équipe. J’ai considéré qu’elle était
quant. Nous allons établir un débat avec la population sur le lieu vrai que c’est impensable. bonne, et que moi je venais obligatoirement avec la mienne. Dans
même de la transformation, et non pas de manière factice avec des C’est comme avec les grands ensembles que l’on appelle comme l’équipe Eiffage, il y avait Alain Bornarel, dont je connais le travail ;
documents. Ce choix rejoint le principe des maquettes que l’on fait cela alors que rien n’est fait pour que l’on soit ensemble. Peut être notamment sa collaboration avec Lucien Kroll. Alain Bornarel est
à l’agence, et le fait que l’on ne se sert pas de l’informatique pour que la création d’un grand ensemble devrait commencer par cela : certainement un des meilleurs, et je suis content de l’intégrer.
concevoir l’architecture, mais uniquement pour la transcrire. Il penser la vie collective, réinventer le «vivre ensemble». Puis il y a les urbanistes d’Arc.Ame, l’équipe de Laurent Pezin, que
peut y avoir un vrai débat entre la maîtrise d’ouvrage, le politique, A la fin, on a presque envie qu’il n’y ait pas de concours. On se dit : je connais pour avoir été en concurrence avec lui pour le Channel
les promoteurs et les habitants. Nous en avons déjà l’expérience. tout ce temps perdu sous prétexte d’aller chercher le meilleur, alors à Calais. J’avais apprécié son projet, mais on a gagné. J’étais donc
Pour cela, nous commencerons par créer une baraque de chantier qu’on pourrait se mettre dès demain au travail, planter une tente assez content de le rencontrer dans le cadre d’un nouveau projet.
qui sera le lieu de la transformation du site, et le lieu d’accueil de sur le lieu même, continuer cette conversation avec les gens. Le promoteur de développement économique, Jérôme de Segogne,
la population. On pourrait même envisager un atelier public d’ar- Le caractère manifeste de notre proposition réside aussi dans a quant à lui accepté le principe de faire cet endroit de manière
chitecture. C’est un projet qui me tient à cœur depuis Blois, il y a l’apport de cette réflexion. Même si l’on perdait dans le cadre du expérimentale, et non pas en raisonnant, comme c’est souvent le
trente ans ; la seule fois que l’on a pu le faire. On obligerait tout concours, cette réflexion militante pourrait un jour servir. cas, exclusivement en termes de zones d’activité.
concepteur à travailler sur place, c’est-à-dire ouvrir obligatoire- Pour l’équipe qui m’accompagne, il y a mes associés, Loïc Julienne
ment une agence là. On ferait en sorte que la conception ne se fasse C.C. : Comment conjuguer cette vision idéale, idéaliste même, et Nicole Concordet. Il y a aussi Camille Laporte, une étudiante qui
pas ailleurs que sur le terrain. On ouvrirait ainsi la porte à une très avec la réalité de l’île ? avait fait son diplôme sur l’Île-Saint-Denis et qui fait aujourd’hui
grande diversité d’architectes. C’est comme si ce grand rayonnage son Habilitation à la Maîtrise d’Oeuvre. Comme toujours, il y a
transformé en atelier public d’architecture pouvait réinventer la P.B. : Je me suis longtemps promené dans l’île. La dernière fois que Liliana Motta pour tout ce qui est travail sur le paysage, ce que l’on
règle du jeu. Une nouvelle règle ouverte, et non plus coercitive et je m’y suis rendu, j’y suis resté presque cinq heures, je ne pouvais appelle la reconquête naturelle. En même temps, Liliana joue le rôle
fermée. Un mode de fonctionnement qui permettrait, même à de pas la quitter, et donc je l’ai faite à pied. J’ai fait tous les quais, les de directeur artistique, pour faire en sorte que nos dossiers soient
toutes petites agences, d’agir et de faire un projet. berges. L’île est pauvre, c’est un fait, beaucoup de gens sont au compréhensibles autrement que par les professionnels. C’est là que
Ce projet pourrait être l’occasion d’expérimenter à nouveau des chômage. J’ai rencontré une fille qui avait une agence de voyages qui j’ai décidé de faire ce dossier comme un journal, avec un graphiste et
pratiques d’autoconstruction. On pourrait faire en sorte de relancer ne marchait pas, et qui a ouvert à la place une pâtisserie marocaine. éditeur, Élie Kongs, et un rédacteur en chef, Christophe Catsaros. A
le mouvement Castors. La grande différence qu’il y a entre les mou- Elle a juste retiré les meubles, elle a mis des banquettes, et elle eux trois, ils sortent le premier journal de cette réflexion collective
vements Castors d’avant et ceux l’on pourrait produire maintenant, s’est mise à faire des pâtisseries, dans son bureau. J’admire cette sur l’avenir du site.
c’est la question du plein emploi. capacité à transformer une activité, et j’en ferai même un exemple
Les Castors ont existé à une période de plein emploi, de prospé- de l’esprit de notre intervention. Il y a une certaine violence dans
rité et de pénurie de logements. Les travailleurs monnayaient 40 ce qui est arrivé à cette fille. Mais c’est certainement la vie qui est
heures de travail supplémentaire par mois, ce qui correspondait à la force la plus grande. La violence de la vie qui est plus forte que
l’apport personnel que le crédit foncier acceptait pour prêter les la violence de la haine. La vie collective permet de gagner contre
80% permettant de construire son logement. Aujourd’hui, on est la haine individuelle.
dans une situation totalement inversée. On a des gens qui sont

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Une île en mouvement
La ruine comme condition de la transformation urbaine. Par Christophe Catsaros

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés s’avère souvent contradictoire. On cherche à garder la ruine porteuse
et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des d’histoire, et notre action n’aboutit finalement qu’à l’effacement
références, des points de départ, des sources.
des traces. Plus une restauration est minutieuse, plus elle change ce
Georges Perec, Espèces d’Espaces.
qu’elle croit sauver. Une approche plus structurelle et moins con-
servatrice peut s’avérer plus appropriée, plus à même de restituer
Si l’intérêt croissant pour les sites industriels désaffectés ne fait l’âme de l’usine. Car ce qui fascine dans les friches industrielles,
aucun doute, les raisons de cet engouement ne vont pas de soi. Que ce que l’on tente de préserver avec plus ou moins de succès, c’est
recherchons-nous dans les ruines de la culture industrielle du xxe aussi la culture ouvrière qui vient à manquer.
siècle, et qu’y trouvons-nous au juste ? Est-il seulement possible de reconstituer le lien social disparu
Les usines désaffectées sont des lieux de mémoire insolites. Si le en l’inscrivant dans l’architecture d’une reconversion ?
musée sert à préserver la version canonique du passé, la ruine est
le dépôt de sa version refoulée : son inconscient. La cité modulaire
Toujours dans cette analogie, la pratique de la table rase est
une négation de l’inconscient collectif de la ville. Détruire c’est Dans le cas de l’aménagement proposé à l’Île-Saint-Denis, c’est
simplement effacer les deux siècles d’histoire qui ont forgé notre le maintien de la trame des entrepôts qui accomplit cette conti-
modernité. nuité structurelle entre le passé et l’avenir du site. Cette trame qui
Les acteurs du développement des villes semblent prendre peu à accueille sans distinction logements, lieux d’activités, et espaces
peu conscience de l’importance de ces lieux dans l’accomplissement verts, devient un dispositif modulaire décliné selon les besoins. On
du projet urbain. Le rêve situationniste1 d’usines transformées en pourrait s’imaginer un processus de mise en œuvre progressive,
terrains de jeu et de création n’est-il pas en train de se concrétiser en fonction de la demande. Le chantier serait coordonné par un
dans la plupart des villes occidentales? L’importance de ces sites atelier de développement du site composé d’élus, d’architectes,
excède ce que nous pouvons en dire en termes fonctionnels dans d’urbanistes, et d’étudiants, mais aussi des habitants et des pro-
le cadre du réaménagement des villes. fessionnels du quartier.
Certes les friches font de formidables lieux culturels, mais souvent Les entrepôts se transformeraient alors graduellement en une
leur portée à l’échelle de la cité va bien au-delà de cette fonction cité vivante, plus autonome que dépendante, capable de réagir
spécifique. Comme dans le cas de l’inconscient exprimé, la valo- aux demandes de croissance ou de décroissance. Cette modularité
risation du patrimoine industriel influence l’ensemble de la ville. effective ne va pas sans rappeler un des projets utopiques qui ont
2
Véritable réconciliation, elle « apaise des tensions » et remédie marqué le xxe siècle : La Nouvelle-Babylone de Constant .
à des carences qui demeureraient jusqu’alors inexpliquées. Les
friches reconverties rétablissent la plus-value spatiale, historique, Il s’agit donc d’une restauration non pas au sens patrimonial et
et économique, qui souvent fait défaut. ornemental du terme, mais bien au sens organique : celui d’inscrire
La restitution du patrimoine industriel ne passe pas nécessaire- le nouveau dans l’ancien. Il n’est pas question de constituer des
ment par sa restauration minutieuse. Préserver scrupuleusement décors, mais de montrer que l’île est un lieu où la vie prend racine

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Une île en mouvement
dans l’existant, au lieu de tenter vainement de repartir à chaque
fois de zéro.
L’urbanisme amnésique dont souffrent tant de villes n’est pas
un sens unique ; y remédier ne se fera pas en appliquant des
modèles dictés par des fabricants de lampadaires Belle époque.
L’amnésie recule au fur et à mesure que la ville se montre capable
de prendre conscience de son histoire, en la réaffirmant. Et ce
n’est pas de la Grande Histoire qu’il s’agit, mais de la petite : celle
des gens ordinaires, celle des quartiers et des fabriques, des
écoles et des chemins empruntés. Celle tout simplement de la
nouvelle génération qui trouve de quoi s’implanter sur le terrain
de la précédente.
Reconvertir l’île en se servant des entrepôts est un choix qui va
dans ce sens. Une résolution qui unit l’avenir et le passé, sans
s’interdire le droit d’innover. Le nouveau quartier de l’île détient
un héritage : l’intelligence constructive des entrepôts. L’investir
s’impose comme un acte de bon sens.

1. Historiquement, c’est aux situationnistes que l’on doit en grande partie l’intérêt planétaire de l’avenir, un lieu habité par les nomades futurs, qui, dégagés des limites
actuel pour les friches industrielles. Déjà dans les années 60, et bien avant la désin- matérielles et conceptuelles du travail, seraient libres de créer dans leur pratique de la vie
dustrialisation, ils ont été les premiers à prôner l’occupation ludique et festive des contemporaine. La ville ferait écho à cette mobilité, sa structure mouvante s’adaptant à ses
lieux de travail désaffectés. S’il fallait retenir un seul élément de leur doctrine, c’est habitants. La Nouvelle-Babylone serait une ville en constante fluctuation. Elle existerait
bien leur sens de l’observation et leur façon unique d’analyser et de cartographier partout et nulle part à la fois et ne se trouverait ni dans le passé ni dans l’avenir.
les effets que produit un site. La Nouvelle-Babylone est une réaction à la rigidité de l’environnement bâti de
l’époque, dont Constant et d’autres, à la suite de Georges Bataille, jugeaient qu’elle
2. En 1956, l’artiste néerlandais Constant Nieuwenhuys a entrepris de conceptualiser un étouffait la société et représentait, au bout du compte, la gardienne de l’ordre social.
nouveau type d’environnement urbain. Sa Nouvelle-Babylone est sa version de la ville Candice Hopkins, Architectures Nomades.

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Une île sur une île
Un projet hors normes. Par Construire et Christophe Catsaros

L’histoire de la création des grands ensembles dans la seconde L’architecture du nouveau quartier
moitié du vingtième siècle, est ponctuée d’espoirs, de dynamisme,
d’erreurs, et de déceptions. Aujourd’hui, nous savons ce qui a fait Les murs épais et étanches des anciens entrepôts du Printemps,
défaut dans le projet de la « ville nouvelle ». C’est essentiellement cachent un squelette gigantesque, constitué de hautes et vastes
la notion de temps et de continuité avec la ville existante. Contrai- travées. La reconquête de ce territoire forclos va se faire de façon
rement à la cité historique qui a mis des siècles à se construire, la progressive. Le maintien de la structure poteaux-poutres, l’ouverture
ville nouvelle est née instantanément. des façades et la préservation de grandes bandes de toiture dans le
sens est-ouest, vont permettre la création de bâtiments traversants
Les grands ensembles ont émergés du vide de la table rase, d’une rive à l’autre, espacés par des intervalles d’espaces libres.
leurs commanditaires étant persuadés du caractère scientifique
et calculable de la formule à appliquer. Ces portions de villes Ces bâtiments utiliseront l’ossature des entrepôts actuels, qui sera
n’ont jamais eu l’occasion de mûrir. Elles ont dépéri au lieu de conservée sur l’ensemble du site, y compris dans les aires libres.
vieillir en se perfectionnant. La solution n’est certainement pas Dans les jardins, la structure sera à la fois support de plantes, de
de raser à nouveau pour reconstruire. Une telle démarche ne peut jeux d’enfants, et de tout autre usage qui peut être imaginé dans un
que reproduire les mêmes erreurs : celles qui un peu partout en espace collectif à partager. Les équipements publics pourront être
France, imposent aujourd’hui la transformation des ces ensembles. logés soit au rez-de-chaussée des bâtiments, soit dans des construc-
La solution serait plutôt de corriger, compléter le projet moderne, tions autonomes implantées dans les aires libres. L’élévation des
en préservant ce qui a de la valeur et en lui apportant ce qui fait constructions sera variable. Elle peut aller de trois à cinq niveaux
défaut. pour un même bâtiment. Véritable contrepoids au tracé linéaire et
quadrillé de l’ensemble, ce jeu permettra l’ouverture de terrasses
Si les entrepôts du Printemps ne rentrent pas exactement dans ce sur les rives. Dans le même état d’esprit, l’extension de certains des
cas de figure, ils n’y échappent pas non plus. Il s’agit d’une infras- bâtiments en surplomb de la Seine rompra la régularité du tracé au
tructure bâtie dans l’esprit moderne de délimitation de zones d’ac- sol par un débordement de la trame et de la rive.
tivité; un lieu de travail qui a forgé le caractère actuel du site. Nier La totalité des espaces d’habitation sera sur pilotis. Ce choix libère
son existence en l’effaçant pour construire autre chose, c’est oublier le sol, restituant ainsi la surface du site aux usagers. Au-delà de
que la ville s’édifie en strates, et non d’un seul coup. Ce que l’on son caractère fonctionnel, l’utilisation de pilotis fait référence
admire, ce qui fait aussi la valeur de certaines parcelles urbaines, aux constructions fluviales, surélevées pour pallier les risques
c’est bien la superposition de couches d’aménagements différentes : d’inondation en cas de crues.
la ville de la Renaissance incrustée dans la trame médiévale, la ville
moderne, édifiée sur celle héritée du classicisme. Une cité hors normes
La ville est porteuse d’histoire, et c’est toujours ce que nous y
recherchons. Faire du neuf dans l’ancien est un choix qui érige ce L’ensemble doit pouvoir se constituer en exemple d’une nou-
constat en principe. La ville a besoin de son passé pour exister. velle façon de vivre et d’habiter à l’Île-Saint-Denis. Le caractère

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paradigmatique de l’aménagement – mixité des usages, gestion
collective des espaces libres, mise à l’écart graduelle de l’auto-
mobile, proximité des équipements publics, écologie/économie
énergétique –, remet en question les normes actuelles en matière
de logement et de travail. Ce rejet de la normativité constructive
ne découle pas d’un élan d’originalité créative, mais d’un constat
réaliste : celui d’une incapacité fondamentale de la norme en général,
à tenir compte des véritables défis de la vie plurielle et complexe.
Le « hors normes » se veut une réponse à la diversité effective
qui compose une collectivité d’habitants ou d’employés. En règle
générale, derrière l’uniformité des façades, chaque appartement
est régi par ses propres lois. Ce projet fait le choix de projeter vers
l’extérieur ces différences.

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Coupes transversales échelle 1/1000e

[16] [17]
Coupe longitudinale échelle 1/1000e

[18] [19]
Plan masse Plan masse

[20] [21]
Plan de sol Plan de sol

[22] [23]
Plans de niveaux 1/1000e Typologie 1/1000e

[24] [25]
Une île pour l’avenir
Extraits du diagnostic de développement durable du site. Par TRIBU, Alain Bonarel

Déplacements mentation RT 2025, si celle-ci est réalisable, et se situe toujours


Malgré les apparences, le site de l’Île-Saint-Denis n’est pas si dans la continuité des précédentes (-15% tous les 5 ans).
défavorisé que ça en matière de déplacements. Il faut miser sur
les modes de transports les moins polluants. La station Saint- Pollutions
Denis (RER D et tram T1) est proche du centre urbain Nord de l’île Bruit : La principale source de bruit est l’A86. Réglementairement,
et une navette (Lilobus) permet, à partir de là, d’accéder directe- l’impact est à prendre en compte sur une bande de 300 m de part et
ment au site du Printemps. L’augmentation des fréquences de la d’autre, qui recouvre plus de la moitié du site. En réalité, son effet
navette est indispensable dans le cadre du développement du site, est sensible sur une zone plus étendue et il n’y a pas de réglemen-
ainsi que la création de liaisons (fluviales, vélos,…) pour assurer tation concernant la qualité des espaces extérieurs. Le trafic sur
la connexion avec les bus et le métro. les berges opposées de la Seine, notamment côté Gennevilliers,
est sans doute une autre source de bruit.
Biodiversité
L’île est remarquablement bien pourvue en termes de biodiversité Pollution électromagnétique : Le site est traversé par deux lignes THT
de 225 kV. Les risques sur la santé liés aux ondes électromagnétiques
puisqu’elle est entourée de deux bras de Seine. Or le fleuve constitue,
ne font pas consensus en France. Néanmoins, on peut relever des
avec les canaux et les voies ferrées, un des rares corridors écologiques
fonctionnant en milieu urbain. En effet, quelle que soit la qualité constatations suffisamment graves (augmentation du risque de
leucémie en cas d’exposition prolongée, notamment chez les jeunes
écologique du fleuve, il présente, sur ses berges, des milieux plantés,
humides et sombres, qu’empruntent les animaux (insectes, petits enfants) pour avoir conduit certains pays (Suède) à réglementer de
rongeurs…), vecteurs des éléments (pollens, graines…) indispen- façon sévère, ainsi que l’OMS à fixer un seuil d’exposition (0,4 µT).
On est dans le cas typique de légitimité du principe de précaution.
sables à la survie de tout écosystème vivant. La qualité écologique des
berges et le raccordement à celles-ci des espaces plantés de notre Celui-ci conduirait à une zone de protection sans occupation pro-
projet constituent donc des priorités écologiques. longée, de l’ordre de 75 m de part et d’autre de chacune des deux
lignes (les ondes magnétiques ne sont pas arrêtées par les matériaux
Énergie courants). Des mesures plus précises devront être effectuées pour
On ne peut plus aujourd’hui concevoir un bâtiment, sans imaginer délimiter cette zone de protection.
qu’il est destiné à un contexte radicalement différent de celui qui
a prévalu jusqu’à maintenant : un contexte d’énergie chère et rare,
ainsi qu’un impératif de maîtrise des impacts des consommations
énergétiques sur le dérèglement climatique. Cela exige des standards
de bâtiments tout à fait nouveaux. Faute de quoi, ces bâtiments
seront obsolètes à peine livrés.
Nous proposons de viser comme objectif, un facteur 21 dès 1. En référence au facteur 4 (diviser d’ici 2050, par 4, les émissions de gaz à effet de
serre par rapport à ce qu’elles étaient en 2000) fixé par le Plan Climat à l’échelle
aujourd’hui. Cela correspond aux exigences attendues pour la régle- nationale.

[26] [27]
Une île à construire
Par Laurent Pezin ARC.AME et Construire

L’étroit territoire de l’Île-Saint-Denis qui s’étend sur plus de L’aménagement prévoit la création de 24 000 m2 d’espaces d’ac-
6,6 Km, représente un site unique dans l’agglomération parisienne. tivité ainsi que de 300 logements. Si l’idéal d’une mixité totale
Son aménagement est un patchwork hétéroclite et morcelé de dif- entre les logements et les bureaux n’est pas encore envisageable,
férents modes d’occupation du territoire. leur implantation s’efforce de les rapprocher.
Au nord, le parc et sa zone naturelle contrastent fortement avec Le traitement des espaces communs, la typologie des édifices ainsi
le reste de l’île, notamment avec l’urbanisation de Saint-Denis et que la création d’une voie de desserte conjointe, réunit les lieux
de Gennevilliers. d’habitat et de travail. Les espaces d’activité regroupés au nord et
Au centre, la ville « historique » qui s’est développée autour du au sud du site maintiennent une certaine autonomie, sans pour
premier pont semble négliger son caractère insulaire. Son plan autant se cloisonner. En règle générale l’aménagement privilégie
privilégie plutôt la liaison et la continuité avec les communes les piétons et les cyclistes, sans exclure complètement l’automobile.
voisines. Nous prévoyons un grand parking de 440 places sous l’A86, ainsi
À l’extrême sud, des activités sportives ont pris possession de que trois parkings de proximité pour les résidents, un sous chaque
façon désordonnée d’un territoire splendide : la pointe d’une île. bâtiment de logements.
Entre les deux, une succession d’entrepôts et d’usines qui n’ont Le nouveau partage de la voirie entre véhicules motorisés, piétons,
plus vraiment leur place en ville. et vélos, ne peut s’accomplir sur la départementale. La création d’une
Quant aux entrepôts du Printemps, ils s’approprient tout l’espace voie intérieure réservée aux dessertes locales permet d’instaurer ce
autour de l’A86, fermant les vues est-ouest entre les deux rives de la régime inédit : sa position centrale la rend incontournable, créant
Seine et rejetant à l’est toutes les circulations (piétonnes, cyclistes, ainsi les conditions d’une route fréquentée, animée et vivante.
automobiles). L’Île-Saint-Denis est un site en devenir. Le nord et le sud, denses
et peuplés, sont amenés à se rejoindre. L’aménagement des entre-
Principes de l’aménagement urbain pôts préfigure le morceau de ville manquant.
La voie intérieure s’inspire d’une installation de Carlos Martinez
Ce projet prend à contre-pied les schémas urbains développés et Pipilotti Rist à St Gall, en Suisse. Ce projet illustre assez bien ce
jusqu’à présent pour le site : au tracé nord-sud prévalant, nous que nous souhaitons atteindre. Les espaces publics, les trottoirs,
opposons un tracé est-ouest qui permet de relier les deux berges la voie, mais aussi le mobilier urbain, ont été recouverts d’une
et d’orienter les vues vers Gennevilliers et Saint-Denis. sorte de tarmac rouge. Cette mise en exergue de l’espace public
La destruction des anciens entrepôts contredit selon nous, les instaure un nouveau régime de partage du territoire. La signalétique
principes d’un développement durable qui doit d’abord poser la est réduite au strict minimum et un principe de respect mutuel
question de la réutilisation pertinente de l’existant. devient la règle entre les usagers, qu’ils soient motorisés ou non.
Le gabarit des futurs bâtiments peut varier. Néanmoins, la proxi- Ce régime de « voirie partagée » n’implique pas une modification
mité du pont de l’A86 confère au site une échelle qu’il faut assumer : du code de la route : en l’absence de signalétique, c’est la priorité à
des constructions de 20 à 25 m de haut pallieraient au caractère droite qui prévaut. Dans certaines villes aux Pays-Bas qui ont testé
dominant de la voie rapide. à grande échelle cette « déréglementation civilisée », les résultats

[28] [29]
Une île à construire Une île à construire
sont surprenants, aussi bien en terme de sécurité routière que de
fluidité atteinte.

Le projet renforce le caractère fluvial du site. Les darses perpendi-


culaires sont de véritables intrusions du fleuve au cœur du quartier.
Celle au nord du site servira de base de loisirs et de port d’attache,
avec la possibilité de sortir les bateaux pour les stocker dans un
grand rack construit le long de l’A86. Le bras ouest de la Seine sera
bordé de pontons pour l’accostage des bateaux, en prolongement
des guinguettes construites sur la rive.

Le projet prévoit enfin le maintien de la dalle des entrepôts. Au lieu


d’un traitement massif, coûteux, et polluant, nous optons pour une Plan de cheminements
reconquête progressive du terrain, basée sur la phytoremédiation.
Des carottages épars de la dalle, permettront de planter des espèces
végétales capables de dépolluer. La conservation de la dalle est une
application au sol des principes qui dictent la préservation de la
structure des entrepôts. Ne pas déplacer le sous-sol pollué est un
choix écologique : celui de ne pas créer de nouveaux déchets.

Plan de percement

Plan de végétation

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Hypothèse de développement à long terme

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Une île à construire Une île à construire

Croquis cycles et piétons

Croquis desserte

Croquis parking

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Une île vivante
Le conservatoire des plantes modestes de Seine-Saint-Denis, la phytoremédiation. Par Liliana Motta

L’aménagement des entrepôts du Printemps sur l’Île-Saint-Denis et la confrontation à l’existant peuvent frayer de nouveaux chemins.
est un projet manifeste, qui respecte l’existant et s’en inspire. Ce constat doit être au centre de la création d’une nouvelle forme
La végétation ne se résume pas à un élément urbain quelcon- de lieu public : une sorte de jardin écologique construit comme un
que, simple détail d’un aménagement paysager anonyme. Elle « laboratoire du dehors ».
est environnante, dans le sens de ce qui nous accompagne, nous
entoure et nous protège. C’est dans cette nature de proximité que Ce jardin écologique sera un laboratoire au sens scientifique du
nous trouvons refuge ; c’est là aussi que nous devons chercher les terme, en même temps qu’un lieu de vie. Cette recherche doit
solutions à certains problèmes non résolus de notre condition impliquer des conseils d’érudits locaux, d’universitaires, de scien-
urbaine. L’espace public ne doit plus être un espace impersonnel. tifiques, de naturalistes, et de toute association locale ayant fait
Cet espace que nous partageons doit être considéré comme le lieu ses preuves dans le domaine social ou culturel. Ce « laboratoire
même du caractère collectif de la ville. du dehors » doit inclure dans sa composition, les techniciens de
la ville qui gèrent au quotidien l’espace en question, jardiniers ou
L’Île-Saint-Denis présente un territoire mixte, composé de milieux cantonniers.
urbains, de délaissés, de remblais, de trottoirs, et surtout d’une flore
originale et résistante. Les talus de la départementale possèdent une Que ce soit pour sa mise en place ou pour son entretien, le jardin
richesse floristique non négligeable et servent de refuge à bon nombre fera l’objet de chantiers pédagogiques, avec la participation des
d’espèces. Cette nature banale qui prolifère le long des berges, peut écoles primaires, des collèges et des lycées. L’expérience montre
nous aider à remédier à la pollution des sols dans l’île. que ces laboratoires sont des dispositifs exemplaires pour com-
Certains arbres et grandes graminées aux puissantes racines, muniquer sur la politique environnementale d’une commune. Ils
traitent les résidus polluants du sol, y compris les métaux lourds. pourront aussi servir de cellules pour la formation professionnelle
La pollution qu’ils absorbent réduit celle que nous devons subir de techniciens de l’environnement.
quotidiennement ; la poussière qu’ils fixent est à soustraire à celle
que nous respirons.

Nous avons fini par comprendre que le vivant est complexe et difficile
à appréhender. Aller à sa rencontre dans le square de notre quartier
ou sur le berges de la Seine, peut paraître insignifiant. Pourtant c’est
dans ce paysage ordinaire que nous devons nous reposer la question
de la biodiversité. C’est dans ces lieux négligés et quotidiens que
l’expérimentation sur l’écologie urbaine doit avoir lieu.

Les problématiques liées à la nature en ville sont innombrables, et


il ne saurait y avoir de solution miracle à appliquer. Seules la pratique

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Une île commune
La baraque de chantier. Contruire

Le premier acte concret du chantier sera la mise en place d’un Chaque étape du chantier doit pouvoir s’intégrer activement à la
espace public de travail et de vie : la baraque de chantier. Ce lieu vie globale du projet. Il ne doit pas y avoir de tâches ingrates (démo-
accompagnera les travaux jusqu’à leur achèvement. Espace d’échange lition, dépollution) à opposer à des tâches nobles (construction,
entre élus, associations, maîtrise d’œuvre, entreprises, et popula- finition).
tion, la baraque est un site pédagogique, où le projet et sa progression
seront montrés dans le cadre d’une ouverture du chantier. Véritable Ainsi, le déshabillage et la démolition préalables à la mise en place
lieu de travail, c’est là que les réunions entre maîtrise d’oeuvre et du chantier peuvent déjà faire l’objet d’un chantier d’insertion, avec
entrepreneurs se dérouleront. Les plans et les maquettes y seront comme objectif le recyclage sur place de tous les déchets. Dans le
exposés pour expliquer le projet, aussi bien aux intervenants, qu’au contexte environnemental qui est le notre, l’acte de recycler doit
public. devenir, sous toutes ses formes, un acte citoyen. Un chantier de
cette taille peut avoir une portée pédagogique à l’échelle de la ville.
La baraque de chantier peut aussi accueillir des activités culturelles À nous de l’exploiter et de la mettre en avant.
(conférences, spectacles, ateliers, projections, fêtes…). L’expérience
récente d’un lieu similaire, au Channel à Calais, nous encourage à
développer ce type d’intervention. Ces actions ponctuelles ne doivent
pas rester sans rapport à la vie culturelle de l’endroit. Leur program-
mation doit donc préfigurer celle de La Cité des Arts Vivants.

Dernier volet de cette place polyvalente, celui de la création d’un


restaurant public qui servira également de cantine aux ouvriers.

La baraque sera donc le foyer de l’atelier en charge du projet


global. Elle sera au cœur d’une cité de chantier constituée des
locaux des entreprises engagées dans l’aménagement. Celles-ci
s’établiront à l’intérieur de la structure des entrepôts, selon le
principe d’aménagement global du site. L’installation de cette
cité éphémère doit préfigurer l’occupation et la transformation
en cours. Elle sera une sorte de laboratoire in situ du mode d’in-
tervention proposé.

En règle générale, notre approche vise une valorisation de l’acte


constructeur. Le rôle de la baraque de chantier est de la rendre
manifeste.

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Plan de phasage Plan de phasage

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Une île ensemble Liste des intervenants :
Eiffage construction Joseph MALTESE, Patrick VRIGNAUD, Babak NATTAGH • GESTEC
Nicolas GRAVIT • B&H CONSTRUIRE Patrick BOUCHAIN, Loïc JULIENNE, Nicole CONCORDET,
Dato TARIELASHVILI, Camille LAPORTE • Paysagiste – Artiste botanique Liliana MOTTA
• ARC.AME Laurent PEZIN, Sylvain-Pierre BACHOC, Anne JACOB • TRIBU Alain BORNAREL,
Hélène MICHELSON • OTCI Josiane DARMOUNI, Gérard BATARD • Société Bleecker Jérôme
DE SEGOGNE • Direction artistique – Graphisme Liliana MOTTA, Élie KONGS • Redacteur
en chef Christophe CATSAROS.

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Règles d’urbanisme
• Cette phase permet de décomposer l’ensemble de l’opé- La concrétisation par l’exemple
ration en actions précisément identifiées qui peuvent être Les premières opérations réalisées jouent un rôle essentiel dans le
déclenchées indépendamment par la suite. La mise en œuvre renouvellement d’image que l’on souhaite instiller dans un quartier.
d’un seul chantier est en effet illusoire sur un projet de cette Elles ont valeur d’exemple réalisé, qui guide les choix des concep-
ampleur. teurs futurs.
Proposition méthodologique.
Les études opérationnelles En ce sens, en accompagnement d’un cahier des charges ou d’un
Les opérations d’aménagement sur lesquelles nous intervenons places, le traitement des limites, le mobilier, sont partie intégrante Elle comprennent les phases traditionnelles d’une mission de règlement, nous plaidons souvent pour la réalisation d‘une opé-
en tant qu’architectes urbanistes coordinateurs, nous ont amené de ce socle urbain. maîtrise d’œuvre qui peuvent être confiées à l’équipe lauréate ration pilote, qui constitue la formulation concrète des principes
à réfléchir précisément sur l’efficacité des outils réglementaires De la cohérence globale de ce socle dépend la réussite du projet ou à d’autres maîtrises d’œuvre sous la coordination de l’équipe de renouvellement d’image architecturale dans les sites que nous
adressés aux concepteurs désignés pour les constructions neuves. d’ensemble. Sur ce volet il est nécessaire de réfléchir et de dévelop- lauréate. aménageons.
per le projet à l’échelle de missions de maîtrise d’œuvre d’ensemble
Le règlement d’urbanisme a un rôle essentiel pour définir les confiée à l’équipe lauréate porteuse du concept urbain. Ceci afin de permettre au maître d’ouvrage de planifier et de L’architecte coordinateur doit savoir se situer en retrait des opé-
lignes directrices des futures constructions. contrôler, en fonction de ses propres besoins, la poursuite des rations sur les secteurs d’aménagement dont il a la responsabilité.
Cependant, un règlement trop rigide risque de « brider » trop Mise au point de l’esquisse opérations. Le risque d’un concepteur unique serait de tendre à l’uniformisa-
durement la liberté des concepteurs et d’aboutir à une trop grande Cette phase contient la nécessaire mise au point du projet afin tion excessive de l’image finale. La priorité doit être donnée à la
uniformité d’ensemble. d’intégrer, de façon beaucoup plus interactive que dans le concours, Schéma simplifié diversité des conceptions.
A l’inverse, des principes trop souples tendent à faire perdre toute les attentes des partenaires et leurs remarques sur le schéma initial
notion de cohérence architecturale d’ensemble. proposé. Phase 1 L’architecte coordinateur doit cependant pouvoir démontrer et
• Affinement du projet urbain exposer en vraie grandeur, sur une opération ponctuelle, le parti
La liberté maîtrisée Elle est l’occasion de préciser et d’affiner le parti retenu en vue • Prise en compte des général qu’il propose.
Esquisse remarques des partenaires
Pour atteindre cet objectif le projet d’aménagement doit sérier avec de pouvoir arrêter les bases d’un projet validé par tous les parte- • Finalisation d’un projet
précision les exigences en fonction des échelles d’intervention et naires. partagé Cette opération prototype devient un outil complémentaire de
des impacts prévisibles sur l’environnement paysager et urbain. référence, à disposition du maître d’ouvrage, pour exposer ses
L’avant projet choix de renouvellement.
Un projet d’aménagement solidement ancré sur son territoire La phase d’avant projet constitue le pivot indispensable entre la Phase 2
doit pouvoir absorber sans conséquence dommageable, et sur de mise au point du projet urbain et le démarrage des études opéra- • Plan général détaillé Les règles ciblées
longues périodes, les inévitables aléas de la ville. tionnelles. • Validation technique Le PADD et le PLU peuvent intégrer des règles particulières à
AVP • Cadre pré-opérationnel pour
l’ensemble des partenaires l’aménagement du secteur. Le principe des règles d’orientations
La méthode proposée repose sur une maîtrise importante des Ce cœur de mission est distingué pour plusieurs raisons : • Outil de coordination spécifiques permet de définir avec précision les exigences et les
fondamentaux, sur la concrétisation par l’exemple, sur l’exigence enjeux d’aménagement d’un territoire.
ciblée des règles imposées et sur la matérialisation de lieux d’in- • Le projet urbain doit être poussé en détail afin de parfaite-
terprétation. ment valider la faisabilité technique des solutions proposées Phase 3 Le schéma urbain d’ensemble peut être intégré dans ce cahier
avant le démarrage des études opérationnelles. d’orientations spécifiques qui a valeur opposable.
• Décomposition par actions
La maîtrise des fondamentaux Études distinctes
Sur l’Île-Saint-Denis, le fondamental c’est le territoire au sens de • La définition plus précise du projet permet de cadrer l’ensem- opérationnelles • Possibilité de maîtrise Pour la rédaction des articles réglementaires du PLU les critères
d’ouvrages distinctes
la reconquête du sol ( le niveau de la ville) et de la constitution du ble des interventions qui peuvent être menées ultérieurement imposés doivent être peu nombreux pour être pertinents.
socle des constructions futures ( la structure existante conservée). par les différents opérateurs. La ville dispose au terme de
Le statut des espaces publics et privés, les voiries, les chemine- l’avant projet d’un réel outil de contrôle et de cohérence
ments, le stationnement, les espaces paysagers, les plantations, les de mise en oeuvre de l’opération sur la durée.

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Pour le Printemps de l’Île-Saint-Denis nous proposerons quelques
principes clés :

• Gabarits des bâtiments au-dessus du socle


• Orientations des logements ( apports solaires, ventilation
naturelle…)
• Confort des utilisateurs ( éclairement naturel des circulations
communes, pièce extérieure…)
• Organisation des accès et du stationnement
• Matériaux

Les lieux d’interprétation


Le projet du Printemps de l’Île-Saint-Denis vise un objectif qui
dépasse son simple cadre territorial pour chercher les ramifications
avec le reste de l’île et constituer la première étape d’un renouvel-
lement urbain d’ensemble sur le long terme.

Pour cela des espaces particuliers peuvent être identifiés et réservés


à l’évolution de la réflexion. La raison d’aujourd’hui ne sera sans
doute plus la même à l’horizon de 10 ans, ce qui est court pour un
projet de cette nature.

Dans cette logique mouvante du développement de la ville, cette


« réserve de territoire » constitue une ouverture au champ des
possibles et la préfiguration du lien avec l’après-demain de l’Île-
Saint-Denis.

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