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Bibliothèque de l'école des chartes Clermont-Ferrand au Ve siècle : Recherches sur la topographie de

Résumé

P. -F. Fournier, Clermont-Ferrand au VIe siècle. Recherches sur la topographie de la ville. — Bibliothèque de l'École des chartes, t. GXXVIII (1970), p. 273-344. A Clermont, au VIe siècle, l'enceinte fortifiée du Bas-Empire délimitait une aire étroite au sommet de la butte, qui a été le centre historique de la ville. C'est sur les églises que nous sommes le mieux informés, grâce aux récits de Grégoire de Tours. Cette étude, entreprise avant l'ouverture de la controverse sur les emplacements des premiers sanctuaires chrétiens dans les cités de la Gaule et sans relation avec elle, s'y est trouvée mêlée, en fin de compte, du fait de la date de sa publication. La communauté chrétienne de Clermont ne paraît pas s'être organisée avant le premier quart du IVe siècle. Le groupe episcopal fut installé d'abord au quartier périphérique de Saint-Alyre, qui ne devait pas encore avoir été rejeté hors de la ville par l'édification de l'enceinte fortifiée. Plus tard, l'église épiscopale et la maison de l'évêque furent transférées à l'intérieur de cette enceinte. Mais le baptistère resta à Saint-Alyre. Dans ce même « quartier chrétien » il y avait un groupe très dense de sanctuaires. Non loin de là il y avait aussi un « quartier juif » avec une synagogue.

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Fournier Pierre.-François. Clermont-Ferrand au Ve siècle : Recherches sur la topographie de la ville l'école des chartes. 1970, tome 128, livraison 2. pp. 273-344.

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CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

RECHERCHES SUR LA TOPOGRAPHIE DE LA VILLE

par P.-F. FOURNIER

Le présent essai, dans son dessein primitif, formait le terme final d'une étude sur les origines de Clermont, qui vient de paraître1. Des nécessités d'ordre financier ont imposé de l'en distraire. La première rédaction remonte à l'hiver 1967-1968. Une des bases de départ en était alors l'idée générale que les chrétiens, en Gaule, ont établi, au moins dans un grand nombre de cas, leurs premiers lieux de culte hors des cités, dans les banlieues, maintes fois auprès d'anciens cimetières, avant que les églises épiscopales aient été transférées à l'intérieur des enceintes fortifiées. Or, dans le numéro du Journal des savants de janvier-mars 1968 (dépôt légal du quatrième trimestre 1968), Dom Jacques Dubois a contredit cette théorie : il n'a pas nié que le phénomène ait pu se produire dans quelques cas particuliers, mais il a contesté qu'il eût été une règle. En particulier il en a nié l'existence à Clermont2. La conséquence a été que mon essai ne pou vait plus paraître sous sa forme première. La rédaction de 1967-1968 n'a pas été refaite entièrement. Mais elle a été remaniée. Après examen des sources et de certains points de chrono-

1. Nouvelles recherches sur les origines de Clermont-Ferrand, par Emile

Desforges, Gabriel et Pierre-Fr. Fournier, Jean- Jacques Hatt, Franck Imberdis [Publications de l'Institut d'études du Massif Central, 5), Clermont-Ferrand, 1970, in-8°. — Cité NROC.

2.

Dom Jacques Dubois, L'emplacement des premiers sanctuaires de Paris,

dans le Journal des Savants, 1968, p. 5-44, plans (cité EPSP) et Bull, delà

Soc. nat. des Antiquaires, 1968, 115-117.

BIBL. ÉC.

CHARTES. 1970. 2

18

274

logie, les éléments connus ou conjecturés de la topographie

de Glermont au vie siècle seront analysés chacun à son tour,

P. -F. FOURNIER

en m'abstenant, par principe, de

susvisée. C'est seulement à, la. fin de cette série de monog raphies que sera abordée la question de savoir si le phéno mène de l'établissement primitif des chrétiens dans la ban

me référer

à la théorie

lieue

de

la ville

s'est produit à Glermont, ou non1.

1.

Sources. — ■ La comparaison du vie siècle avec les

siècles

qui

le

précèdent fait

apparaître un changement

notable. L'histoire de Glermont dans les premiers siècles de notre ère repose presque exclusivement sur des données ar chéologiques. Après l'époque romaine, les documents de

■ 1 . Les titres des ouvrages le plus souvent cités seront abrégés : Acta sanc torum, cités d'après la réimpression Carnandet, Paris, 1863 et sq. (AASS).

— Audigier, Histoire de Clermont, Bibl. nat., mss. fr. 11485-11486, cité d'après la copie des Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 4 F 229-230 — R.-S. Bour, Églises [de Metz] antérieures à l'an mil, dans l' Annuaire de la Société d'histoire et d'archéologie de la Lorraine, 1929, t. XXXVIII, p. 510-639 [EMAM). — Jacques Branche, La vie des sainctz et des sainctes ď Auvergne et du Velay,

le

(VSSA). — Michel Cohendy, Inventaire de toutes les chartes antérieures au XIIIe siècle, qui se trouvent dans les différents fonds d'archives du département

du Puy-de-Dôme, dans les Annales scientifiques

p. 353-459 (ITC). — Antoine Delarbre, Notice sur l'ancien royaume des Auver gnats et sur la cille de Clermont, Clermont, 1805 (NE A). —• Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, 1894-1900, 2 vol. {FEG). ■—■ Jean Du-

fraisse, L'origine des églises de France prouvée par la succession de ses évêques, Paris, 1688 {OEF). —• Benoît Gonod, Chronologie des évêques de Clermont, Clermont-Ferrand, 1833 (CEC). ■— Élie Griffe, La Gaule chrétienne à l'époque romaine, 1947-1957, 2 vol. (GCR). — Henri Leclercq, Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie [DAC]. —■ Léon Levillain, Études sur l'abbaye de Saint- Denis à l'époque mérovingienne, dans la BEC, 1921, LXXXII (EASD), et

Saint Trophime confesseur

, [TCMA). — • Auguste Longnon, Géographie de la Gaule au VIe siècle, (GG). —• Mme de Maillé, Recherches sur les origines chrétiennes de Bor Paris, 1960 (ROCB). — S. -M. Mosnier, Les saints d'Auvergne, Paris;

deaux,

Puy, 1652,

cité d'après la réédition

Marmeisse, Clermont, 1858, 2 vol.

de VAuvergne, 1854, XXVII,

dans la Revue d'histoire de l'Église de France,

1927

1878

1900, 2 vol. [S SAW). —• Raphanel, L'emplacement des églises de Clermont au Xe siècle, dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1921, p. 107-116, 150-157, 172-186 (EEC). — Jean Savaron, Les origines de Clair- mont, Clermont, 1607, cité d'après la deuxième édition par Pierre Durand, Paris, 1662 (OC). ■—■Ambroise Tardieu, Histoire de la ville de Clermont-Ferrand, Moulins, 1870-1871, 2 vol. in-fol. (HCF). — May Vieillard- Troïekourofî, La cathédrale de Clermont du Ve au XIIIe siècle, dans les Cahiers archéologiques,

1960, XI, 199-247, fig. (CC). — May Vieillard-Troïekourofï, Denise Fossard, Elisabeth Chatel, Colette Lamy-Lassalle, Les églises suburbaines de Paris du IVe au Xe siècle (extrait de Paris et Ile-de-France, Mémoires publiés par la Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Ile-de- France, 1960, XI), 1961 (ESP).

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 275

cette nature se font plus

Il en sera ainsi durant plusieurs siècles. Les monuments n'ont peut-être pas tous été détruits. Mais ils ont été si souvent réparés ou reconstruits que je ne pense pas qu'aucun; trait de leur état primitif soit perceptible dans l'état pré sent. La masse de la monnaie métallique en circulation

était minime et les exemplaires en sont si rares qu'ils peuvent être considérés comme à peu près négligeables 1. Les tombes sont dépourvues de mobilier, donc difficiles à dater, si elles sont sans coffre. Les types de sarcophages, si l'évolution en paraît assez claire dans les grandes lignes, ne se prêtent pas à une classification chronologique précise2. Les objets mobiliers deviennent plus rares, même la vaisselle de terre, qui, en outre, est imparfaitement classée, peut-être malaisé mentclassable. Pour compenser, nous disposons de textes, qui faisaient à peu près complètement défaut antérieure ment,et de quelques plans. Mais ces textes relatent au moins autant de légendes que de faits réels. Le résultat en est que l'histoire de la Gaule en ces temps-là, et particulièrement de l'Auvergne, est pleine d'incertitudes. L'évangélisation, sur laquelle nous ne manquons pas de textes, ne nous est connue que stylisée par des légendes hagiographiques3. En Auvergne la forme la plus ancienne sous laquelle elles nous sont parvenues date du vie siècle et se trouve dans les ouvrages de Grégoire de Tours. Ils

rares ou sont trop mal connus.;

sont

en tout

Glermont et Tours sont les deux villes de la Gaule sur le

squelles

à

la

fois

précieux et décevants,

mais constituent,

cas,

la source principale

de notre information :

il nous renseigne le plus abondamment. Né vers 540

1 . Seulement trois trientes « mérovingiens » trouvés à Clermont sont connus :

NROC, 487.

2.

D'après l'évolution des sarcophages de pierre communément admise,

ceux dont la cuve est rectangulaire se placent en tête. Ensuite ils s'étrécissent

vers les pieds. Des coussinets réservés à l'intérieur et formant une niche pour la tête apparaissent plus tard. Telle quelle, cette évolution paraît exacte dans ses grands traits. Mais il serait difficile d'attribuer à chaque type des dates à peu près sûres. L'évolution n'a pas nécessairement progressé de même en tous lieux et il y eut certainement des chevauchements. Compte tenu dé

ces conditions et aussi sous la réserve de remplois toujours possibles, je consi

dérerai

les sarcophages étroits aux pieds et sans niche pour la tête comme un

indice chronologique approximatif de ce qu'on appelle l'époque mérovingienne.

3.

F. Lot, La Gaule, 1947, p. 434 ; Dur.hesne, FEG, II, 9.

276

d'un père auvergnat et d'une mère originaire de la Gaule orientale, l'un et l'autre de familles sénatoriales, neveu de deux évêques de Langres et de Clermont, Grégoire devint lui-même évêque de Tours en 573 et mourut en 593 ou 594. Ses ouvrages ont été mis en forme surtout à partir de 575 1. Pour l'Auvergne des temps qui ont précédé le sien, ses sources ont été diverses : un catalogue des évêques de Cler mont, qui ne paraît pas avoir contenu de dates2, mais qui était peut-être enrichi de légendes édifiantes, des récits hagiographiques 3, des traditions transmises par la voie orale. Des matériaux amassés par lui, ceux qui se trouvent dans son Histoire des Francs sont insérés dans la trame chronologique d'une histoire générale. L'insertion paraît avoir été faite à plusieurs reprises. C'est ainsi qu'on explique des différences caractérisant certains manuscrits, les uns (tel celui qu'on appelle de Corbie) ne contenant pas certains cha pitres qui existent dans d'autres. Il semble qu'une rédaction primitive ait été complétée par des « fiches » épinglées à des

P. -F. FOURNIER

1. Voir Molinier, Sources, I, 56 sq. ; Cl. Brunei, dans le Bulletin historique et scientifique de VAuvergne, 1939, LIX, 14.5. Les parents de Grégoire avaient un domaine en Limagne : Edmond Morand, La terre familiale de Grégoire de Tours, dans le même Bulletin, 1939, LIX, 225-229. Avant d'être évêque de Tours, il a vécu beaucoup à Clermont et ensuite il est resté en relation avec ses compatriotes, notamment avec l'évêque Avitus. Les titres des ouvrages de Grégoire de Tours seront abrégés : Historia Fran- corum {H F), De Gloria confessorum et martyrům (GC et GM), Vitae patrům [VP). Les éditions généralement citées sont celle de Bruno Krusch (Mon. Germ, hist., Script, rerum meroving., I) et celle d'Omont, Collon, Poupardin, contenant VHF seule, d'après le manuscrit de Corbie (Collection de textes

pour servir à l'étude et à renseignement de l'histoire, 47). L'édition de Poiinart, reproduite dans la Patrologie latine, t. LXXI, contient des notes utiles.

2.

Depuis, des historiens se sont efforcés de donner des dates plus précises

à ces évêques : Savaron, OC, 45-50 ; Dufraisse, OEF, 80 ; Gallia Christiana, II, 225 et sq. ; Gonod, CEC; Duchesne a dressé un catalogue critique : FEG, II, 31 et sq. Un catalogue, terminé à Guillaume Duprat (écriture du xvi° siècle,

encre restée noire, 4 col., recouvrant un texte en encre jaunie et fort effacée) est au bas du fol. 150 v° du ms. bibl. de Clermont 147.

Ces légendes ne lui étaient pas parvenues probablement sans avoir subi

des altérations fortuites, voire intentionnelles. D'ailleurs, l'objet essentiel des écrits hagiographiques est d'exalter les actes de piété ou les miracles des saints, en vue d'exciter la dévotion des lecteurs ou des auditeurs. Voir M.oli- nier, Sources, I, p. 94-97. — Je note ici une fois pour toutes que dans les pages qui suivent il sera question d'ossements de saints à plus d'une reprise. Chaque fois cela doit être compris en sous-entendant « ou des ossements qui étaient considérés comme les leurs ». Les conditions des exhumations dans d'anciens cimetières, où les sépultures se touchaient, permettaient mal de déterminer sûrement l'identité de tel ou tel squelette.

3.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 277

passages ayant quelque rapport avec les faits rapportés par elles. Dans les ouvrages hagiographiques, les matériaux sont assemblés sans souci de la chronologie. Il arrive que Grégoire cite ses sources. On a pensé déceler chez lui des

velléités d'esprit critique. Dans la mesure où elles existent 1, elles ne vont pas loin. Il est d'une crédulité presque infinie. Outre ce que nous apprend Grégoire de Tours, quelques indications sont à glaner dans les poèmes de son contem porain Fortunat. Puis, après le vie siècle, les hagiographes n'ont pas chômé. Leurs récits ont amplifié ceux de Grégoire, les ont chargés d'anecdotes nouvelles, toujours dans un dessein d'édification. Cette littérature n'est pas dépourvue d'intérêt pour les temps où elle a été composée. Son apport à l'histoire des temps qu'elle prétend concerner est bien

près d'être

nul. De

ces textes, je

ne

citerai ici que trois

Vies anonymes de saint Stremonius 2 et deux de saint Alyre,

-.1. L. Duchesne a noté (FEG, I, 22) qu'en relatant l'envoi en Gaule d'Eu- trope, premier évêque de Saintes, par le pape Clément Ier (c'est la seule église pour laquelle il mentionne une antiquité aussi haute), il aurait exprimé une

du verbe fertur (GM, 55). C'est forcer le sens de

ce verbe, car il se retrouve, en incise, à propos de saint Saturnin (GM, 47), dont Grégoire ne mettait sûrement pas la mission en doute (cf. HF, I, 30).

certaine réserve au moyen

2.

Vital* (AASS, nov. I, p. 23-32, 49-54; cf. Duchesne, FEG, I, 119-120;

I,

120; Leclercq,

ВАС, .111-2, 1909-1910; Mosnier, SSAVV, II,

Leclercq, BAG, III-2, 1907-1909; Mosnier, SSAVV, 11,501-512; [A. Pon- celet], La plus ancienne Vie de saint Austremoine, dans les Analecta Bollandiana, XIII, 33-46) ; cette Vie a été vraisemblablement composée en Auvergne {AASS, nov. I, 49). — Vita IP- {AASS, nov. I, 26-35, 55-61 ; cf. Duchesne,

FEG,

512-513). — Vita II1& (AASS, nov. I, 26-33, 61-77; cf. Duchesne, FEG, I, 121-122; Leclercq, ВАС, III-2, 1910; Mosnier, SSAVV, II, 513-515). Telles qu'elles nous sont . parvenues, elles sont postérieures au transfert des

reliques du saint à Mozac et, par conséquent, rédigées vers les ixe-xe siècles. Leurs auteurs se sont servis du récit de Grégoire de Tours, en l'embrouillant dans des amplifications et fioritures qui n'ajoutent rien à notre connaissance de la vie de Stremonius. Ils ont cru augmenter sa gloire en lui faisant subir le martyre. Même de grossières contradictions chronologiques ne les ont pas r

ebutés

envoyer Stremonius en Gaule par le pape Clément Ier (vers 100). — Sur le groupe d'églises qui prétendaient remonter à des missionnaires envoyés par Clément, voir Griffe, GCR, I, 70-71. D'inflation en inflation, on en vint à faire de Stremonius un des soixante-douze disciples de Jésus (Mathieu, VIII, 21-22) envoyé par saint Pierre (VitaIU&, AASS, nov. I, p. 61, n08 2-3) et à lui donner pour compagnons. Mary (Branche, VSSA, I, 350-353; Mosnier, SSAVV, I, 600-612), Mamet et Antonín (Branche, I, 370-371; Mosnier, II, 158-162), Nectaire (Branche, II, 180; Mosnier, II, 692-700), Sirénat (Branche, II, 112,- 114; Mosnier, II, 485, cf. I, 320), dont le premier l'aurait même précédé- en Auvergne.

: ainsi la Vita Ia, tout en conservant la date du principát de Dèce, fait

278

P. -F. FOURNIER .

l'une anonyme, l'autre par Winebrand1. Un catalogue d'églises de la ville, dressé vers le xe siècle, est aussi précieux que bourré d'énigmes 2.

2. Chronologie. — La plus grosse part de la chronologie

1. Le texte que les Bollandistes ont réédité sous le nom de Vita /a de saint

Alyre, ce sont les passages de Grégoire de Tours qui le concernent (Bibl. hagiogr. lat., 4264). Le texte édité par eux sous le nom de Vita II* [BHL, 4265 ; éd. :

A AS S, juin I, p. 420-423) avait été communiqué à Henschenius, responsable du dossier Alyre, par Dom Jacques Bardion, qui fut moine à Saint-Alyre, d'après un manuscrit de la bibliothèque de son abbaye. Cette Vita IIй est du xie siècle : l'évêque Begon (vers 970-1010) y est nommé (AASS, juin I, p. 421). Mosnier (SSAUV, I, 542, note) a supposé que ce texte serait la Vie de saint Alyre par Winebrand, dont il va être question. Selon lui, Dom Bardion, au lieu de copier la Vita dans le manuscrit qui était à sa disposition, aurait arraché les premiers folios de ce manuscrit (aujourd'hui 147 de la bibl. de Çlermont) et les aurait envoyés tels quels à Henschenius. La reliure du volume, réparée depuis que l'abbé Mosnier l'avait consulté, ne permet plus de percevoir la lacune qu'il avait cru y constater. Mais la foliotation ancienne, en noir, concorde avec la table du xvie siècle, sur papier, placée en tête du volume. Le manuscrit n'a donc pas subi l'amputation supposée. Une troisième Vita de saint Alyre, à peu près de la même époque que la seconde, composée par Winebrand, lui aussi moine de Saint-Alyre, a été considérée comme entièr ementperdue. Cf. AASS, juin I, p. 417-418 ; Molinier, Sources, I, 11 7. Sur Wine

brand : Dom Deschamps, Mémoire

1766, bibl. de Çlermont, ms. 712, fol. 49sq.

, (cf. Fr. Mège, L' Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Çlermont-

Ferrand, 1884, p. 99-100) ; B. de Gaifïier, La Vita s. lllidii par Winebrand, de Saint-Alyre, dans les Analecta Bollandiana, 1968, LXXXVI, 233-257; Vie de saint Jllidius par Winebrand, nouveaux fragments, dans les Analecta Bol

landiana,

par Savaron, OC, passim, et par Dom Deschamps. Le P. de Gaifïier en a décou vertet publié des fragments un peu plus importants dans deux manuscrits de la Bibliothèque nationale, retrouvés dans des reliures : a) nouv. acq. lat. 2644, 8 fol., dont plusieurs incomplets, écriture du xne siècle, éd. de Gaiffier, loc. cit., 242-256 ; b) nouv. acq. lat. 3063, 4 fol., écriture du xie siècle, éd. de Gaiff ier, p. 339-342 (contenant pour partie les mêmes textes que ceux qui ont été déjà publiés en 1968). Si l'on rapproche ces deux Vies de l'inscription commem orative de Corvus (cf. NROC, 388), il semblerait que le monastère de Saint- Alyre eût été au xie siècle particulièrement attentif à l'histoire, telle, du moins, qu'on pouvait la concevoir alors. 2. Éditions : Savaron, 1608 ; Savaron, OC, éd. Durand, 343-365 ; W. Levi- son, dans les Mon. Germ, hist., SS rer. merov., VII, Passiones vitaeque SS aevi merov., 454-467. Savaron a connu deux manuscrits dont un, celui du Port, est perdu. Il contenait une addition au chapitre 2 (Notre-Dame du Port). Mais de quelle époque était cette addition? L'écriture du manuscrit édité ne saurait être postérieure au xie siècle (Levison, 454). Les autres indications utilisables pour dater le catalogue ne permettent guère de préciser davantage. Un troisième manuscrit, partiel, est dans le rouleau de parchemin intitulé1 Brève memoraturio de illas reliquias que sunt in monasterio Rubiago, écriture du хше au xive siècle : rédaction légèrement différente des n03 43 et 44 de l'édition Levison (concernant Royat). Je les ai édités : Bulletin historique et scientifique de Г Auvergne, 1952, LXXII, 50, — Ce catalogue sera cité : Libellus.

1969, LXXXVII, 337-342. Des extraits de cette 3e Vie étaient cités

279

que nous pouvons tirer des écrits de Grégoire de Tours ayant pour base quelques chapitres de YHistoire des Francs, je ne pense pas qu'un meilleur point de départ puisse être choisi que de les analyser l'un après l'autre.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

Sous l'empereur

Dèce, les chrétiens furent persécutés dans l'ensemble de

l'Empire1, en même temps que la foi orthodoxe était a ttaquée par les hérésiarques Valentinianus et Novatianus2. Alors sept évêques reçurent la mission de prêcher la foi chrétienne dans les Gaules3. L'un d'eux, Stremonius, fut

la

Passion d'un autre des Sept, Saturnin, qui, pensait-ily fixait le commencement du sacerdoce de ce saint à l'année où Dèce fut consul avec Gratus, c'est-à-dire 250, Grégoire de Tours a implicitement assigné cette même date à la mission des Sept, qu'il a explicitement fixée à la première année du principát de Dèce dans son chapitre sur les évêques de Tours4. Sur les sept missionnaires, deux furent martyr isés.Les cinq autres, dont Stremonius, achevèrent leur vie en confesseurs 5. Le chapitre suivant, 31 (manquant dans le ms. de Corbie), relate l'histoire d'un quidam chargé, lui aussi par le pape, de

Livre

I,

ch.

30

(28

du ms. de Corbie).

chargé de l'Auvergne. En insérant ici un extrait

de

1. Trajan Dèce, empereur de l'automne 249 à son assassinat en novembre

On ne connaît pas d'hérésiarque du nom de Valentinien. Mosnier, SSAUV,-

251, exigea des chrétiens un certificat de sacrifice aux dieux.

2.

II,

520, suppose que Grégoire a voulu probablement parler de Valentin

(ие siècle), mentionné par lui sous sa vraie date au chapitre 28 (addition). Le schisme rigoriste de Novatien (élu pape contre Corneille en juillet 251) est en relation avec la persécution de Dèce. Sur sa répercussion en Gaule, voir

Griffe, GCR, I, 52-55.

Selon la grammaire du latin classique, hujus tempore se rapporterait, à

Novatien, le dernier nommé. Mais Grégoire de Tours n'est pas Cicéron. Chez lui, hujus doit être Decius, dont le nom domine tout le récit. D'ailleurs, cette remarque ne change rien à la chronologie de Grégoire. Cf. Levillain, TCMA,

160.

3.

4. 5. A ce propos, Stremonius étant un simple confesseur, il n'est pas surpre

nantque son culte ne se soit établi que tardivement. Cf. H. Delehaye, Sanctus,

1927, p. 109, 118. D'après Grégoire de Tours, son sépulcre était connu deshabi.-. tants d'Issoire, mais sans qu'aucun culte lui fût rendu. C'est seulement Cautin, alors diacre avant de devenir évêque de Clermont (vie siècle), qui s'avisa de

(GC, 29). Noter

aussi que la date de sa. fête ne doit pas être celle de son décès, qui était ignorée.:

rendre à ses restes

c'est le 1er novembre, sorte de date omnibus, sous laquelle sont vénérés des saints dont la date de décès était ignorée (Dubois, EPSP, 37).

H F, X, 31.

mortels les honneurs dus à la sainteté

P. -F. FOURNIER

prêcher la foi dans le pays de Bourges, et que Grégoire nomme ailleurs, Ursinus1. Ainsi, peut-être sans l'avoir remarqué, Grégoire a porté le nombre des missionnaires à

280

huit. Le chapitre 32 (29 du ms. de Gorbie) narre l'invasion des Alamans de Chrocus en Gaule sous Valérien (253-259) et Gallien (253-268), vers le temps de la mort des saints Cor

neille

(253) et Gyprien (258) 2.

 

Les

chapitres 33 à

38 sont des

additions à la

rédaction

primitive. Le chapitre 33 comprend deux parties distinctes. Premièrement une note très brève sur les martyrs Liminius et Antolianus. C'est un simple rappel, car Grégoire reparle

de ces saints ailleurs 3. Il n'y a rien à tirer de cette mention,

ni

de la place où elle a été insérée, pour la date

ou les ci

rconstances

de leur martyre. Le seul rapport de ces saints

avec ce qui précède ou ce qui suit est d'ordre topographique :

tous les faits relatés dans la deuxième partie du chapitre 32 et dans le chapitre 33 se sont passés à Glermont ou dans la banlieue de Glermont. La deuxième « fiche » relate l'histoire de Victorinus, d'abord au service d'un prêtre du « temple » Vasso de Jaude4, et persécuteur des chrétiens, converti par Gassius 5 et, pour finir, martyrisés l'un et l'autre. Cette

1. Le chapitre 31 débute par De horum vero discipulis. Ce chapitre étant considéré à sa place actuelle et en négligeant son caractère de « fiche » rédigée à part et intercalée après coup, grammaticalement horum ce seraient les Sept. Mais cette fiche doit être considérée par rapport non au chapitre qui la pré

cède

actuellement, mais à l'ensemble de l'œuvre de Grégoire, ainsi que le

prouve GC, 79 : a discipulis apostolorum [Ursinus] episeopus ordinatus in Galliis destinatus est. Or chez Grégoire discipuli apostolorum, ce sont les papes. Voir Catianus, Stremonius, Martialis (a Romanis episcopis ou a Romanae

sedis papa : HF,

pulis : GM, 47; cf. Fortunat, II, 8, 11, Romana FEG, I, 20, 25, 362; Levillain, TCMA, 166.

X, 31 ; GC, 4, 27,

29) et Saturninus (ab apostolorum disci

ab urbe). Cf. Duchesne,

2.

3. GM, 64 ; GC, 35.

4.

Voir NROC, 119-123, 541.

Contrairement à une opinion aussi répandue que dépourvue de fonde

ment, ce monument n'était pas au sommet du puy de Dôme. 11 était tout près de l'ancien Clermont au terroir de Jaude. Voir P.-F. Fournier, Le monument

dit Vasso de Jaude à Clermont-Ferrand, dans Gallia, 1965, XXIII, 103-150; NROC, 119-124, 129-136, 352-356.

Il existe une Vie de saint Cassius, anonyme, en deux rédactions : une

longue (bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 148, fol. 3-5 v°) et une brève (ibid.,

fol.

envoyer les missionnaires par saint Pierre, sous le règne de Claude. Mais ils

siècle. La première fait

5.

5 v°-6 v°),

sans valeur.

L'écriture est du хше

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

281

fois-ci, il y a entre ce récit et celui du chapitre 32 un rapport plus étroit que l'identité du lieu, c'est l'idée du « temple » Vasso. Serait-ce la raison pour laquelle Grégoire a accroché ici cette histoire ajoutée après coup? Coville l'a pensé. Et l'on ne voit pas quelle autre conjecture mériterait de retenir l'attention1. Le chapitre 34 revient aux Alamans, poursuivant leur invasion au delà de Glermont, jusqu'à Mende et Arles. Il a été accroché ici, afin de le rapprocher du chapitre 32, où il était déjà question de Chrocus. Les chapitres 35-38 concernent les empereurs depuis Dioclétien jusqu'à Constantin jeune. Les chapitres 39-43 (ms. de Corbie 30-34) concernent la prédication de saint Martin, la mort de saint Hilaire de Poitiers, la matrone Melania, la mort de Valentinien et de Valens, l'association de Thëodose à Gratien, l'usurpation de Maxime, la mort de Gratien et de Maxime. Dans le manuscrit de Corbie, le livre I se termine par le

récit

ensuite 48).

de

la

Plus tard,

mort

de saint

Martin

en 397

(ch. 35,

devenu

Grégoire inséra entre les chapitres 34 et 35

du manuscrit de Corbie (rédaction définitive ch. 43 et 48) l'histoire d'Urbicus, qui fut primus episcopus post Stramo niumepiscopum, suivie d'une brève mention de Legonus, lui-même successeur d'Urbicus (ch. 44), les notices d'Ulidius,

neévêquesont plusde Chalon-sur-Saône,que six : Paris et aToursété ajouté.ont été Ilsupprimésest vrai etqueunl'auteurcertain Valérien,ajoute et plures alii. Ce Valérien n'a pas été évêque de Chalon. C'est un martyr enterré à Tournus, quadragesimo a Caçillonensi urbe miliario, dit Grégoire de Tours, GM, 53. 1. Coville, Crocus, roi des Alamans, dans Faculté des Lettres de Clermont- Ferrand, Mélanges littéraires publiés à l'occasion de son centenaire, 191 0, p. 10:; Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1936, LVI, 74 ; Dom Chevalier, Dissertation sur les martyrs ď Auvergne, bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 712, fo]. 23 v°-24. — Remarquer que ce récit présuppose le culte encore pratiqué au temple Vasso : à s'en tenir à la chronologie de Grégoire de Tours, les faits relatés seraient donc antérieurs à la destruction du monument par Chrocus (253-259). Or, à moins de supposer à la prédication de Stremonius, commencée en 250, une progression foudroyante, on ne concevrait pas com

ment

Victorinus aurait pu trouver tant de chrétiens à pourchasser [frequenter

ad persequendos christianos adit). La chronologie de ces récits est boiteuse. Noter aussi qu'un tel récit trouverait sans doute mieux sa place dans les luttes entre chrétiens et païens du ive siècle que dans une des persécutions du nie.

Cf. Duchesne, FEG, II, 9-10.

P. -F. FOURNIER

Nepptianus et Artemius, qui se succédèrent après Legorms (ch. 45-46), l'anecdote pieuse d'Injuriosus et de sa chaste épouse (ch. 47). La suite des évêques se trouve au livre IL A Artemius succèdent Venerandus, Rusticus (ch. 13), Namatius (ch. 16- 17), Éparchius et Sidoine Apollinaire (ch. 21). Les cha pitres 16, 17, 21 manquent dans le manuscrit de Gorbie. Avec Sidoine nous atteignons pour la première fois un per sonnage connu par d'autres sources et une date à peu près sûre : probablement 471-vers 4861. Viennent ensuite Abrun-

culus (1. II, ch. 23), Eufrasius, Apollinaris, fils de Sidoine, dont l'épiscopat rie dura que quelques mois, Quintianus

(1. III, ch. 2), Gallus, de 525-526 à 551

tinus, mort en 571 (ch. 7), Avitus (ch. 35), contemporain de Grégoire et qui semble lui avoir survécu2. Dire que cette, chronologie est très sûre serait, au moins, exagéré. La date initiale, 250, repose sur une interpréta

tionfausse de la. Passion de saint Saturnin3. La date du décès d'Alyre s'établirait à 384-385, s'il est exact qu'elle soit survenue au retour d'un voyage à Trêves auprès de l'empereur Maxime4. Sous la même réserve, son successeur Artemius, envoyé en mission en Espagne par le même Maxime et arrêté en Auvergne par la maladie, était pro

bablement

282

(1.

IV, ch.

5), Gau-

chargé de s'occuper de l'affaire des priscillia-

1. A. Loyen, édition de Sidoine Apollinaire, Poèmes, t. I,

p. ххп,

xxix.

Sur Sidoine, voir aussi С. Е. Stevens, Sidonius Apollinaris, Oxford, 1933.

; 2.

Cf. Duchesne, FEG, II, 35-36.

3.

Vraisemblablement, les débuts du christianisme en Auvergne n'avaient

pas dans les documents utilisés par Grégoire de Tours des dates aussi précises que les événements de l'histoire biblique et romaine au milieu desquels il les a insérés. Probablement c'est lui qui les a datés en partant de la date attribuée par lui à la mission de saint Saturnin. Mais l'extrait de la Passion de ce saint,

tel qu'il l'a cité, est tronqué : il a omis l'incise ante annos L. Ce n'est donc plus

le commencement de la mission

parfaitement limpide. L. Levillain l'a soumis à une critique serrée (TCMA,

1 61 -163), au terme de laquelle

qui y est visé. Le texte complet n'est pas

apparaît le sens suivant : « au temps où des

communautés chrétiennes apparaissaient çà et là [en Gaule] et où les sacrifices continuaient, dans les temples païens, de quoi témoigne le décret rendu sous le consulat de Dèce et de Gratus [250], cinquante ans avant que commençât

l'épiscopat de Saturnin à Toulouse

» Cela reporterait cet épiscopat vers 300

et la rédaction de la Passion vers 400. L'argumentation de Levillain paraît -

convaincante.

.

4. Duchesne, FEG, II, 33.

Griffe, GCR,

I, 232, opte pour 384,

283

nistes (370-384) г et Nép.otien aurait pu lui succéder en 385 2. Grégoire de Tours rapporte un passage d'un certain Paulin, où Vénérand est loué en même temps que sept autres évêques ses contemporains, dont quatre sont attestés, d'autre part, aux années 400-411 3.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

Si l'on admettait telle quelle la chronologie de Grégoire de Tours, il en résulterait qu'en cent trente-cinq ans, de 250 à 385, quatre évêques seulement auraient occupé le siège de Clermont, ce qui ferait pour chacun d'eux une durée moyenne de trente-trois ans. Elle a paru trop longue. Mgr Duchesne ne pensait pas que Stremonius pût « remonter beaucoup au delà de l'an 300, s'il y remonte »4. Mme de. Maillé a repris l'argumentation. Elle a obtenu pour cinq sièges épiscopaux aux rve-vie siècles des moyennes variant de douze à dix-sept ans par évêque, soit une moyenne,.

pour lés cinq sièges ensemble, de quatorze ans 5. A Clermont, de l'accession de Sidoine jusqu'à la mort de Gautin, dont les dates sont à peu près sûres, sept évêques ont tenu le siège durant un temps moyen de quatorze à quinze ans pour cha cun. En se fondant sur la moyenne de quatorze ans, on r

emonterait

329, en partant de l'accession de Sidoine à 331, en partant de son décès à 332, en partant du décès de Cautin à 334. En partant de 471, la même moyenne donnerait 372-386 pour l'épiscopat d'Alyre. De telles moyennes ne doivent être prises que pour ce qu'elles valent 6. Pourtant la con-

pour Clermont : en partant du décès d'Alyre à

1. Grégoire de Tours, HF, I, 46 ; II, 13. Cf. Duchesne, FEG, II, 33 ; Griffe, GCR, I, 233-239.

2. Grégoire de Tours, HF, I, 46, GC, 36. Cf. Duchesne, FEG, II, 33.

3. HF, II, 13. Ces quatre sont Simplicius, de Vienne, vers 400, Amandus,

de Bordeaux, après 404, Alithius, de Cahors, probablement après 407, Exupe-

rius, de

passage cité [par Grégoire] a été quelquefois attribué à Paulin de Noie, mais sans preuve » (note de l'éd. Omont, Collon, Poupardin).

Toulouse, 405, 411 (Duchesne, FEG, I, 146; II, 60, 44; I, 296). « Le

4.

FEG, I, 20. (cf. 30) ; II, 9, 10. Cf. Griffe, GCR, I, 65, 74, 84. En sens con voir Mosnier, SSAVV, II, 521-527.

De Maillé, ROCB, p. 17, n. 6.

Dans une série chronologique un règne long (Philippe Iei, Louis XIV,

traire,

5.

6.

Victoria) ou une vacance prolongée suffisent à fausser la moyenne. Objection de Ribauld de la Chapelle, 1754 (bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 714, fol. 22),

reprise par Mosnier, SSAUV, II, 523. Cf. Baudot et Chaussin, Vies des saints,

P. -F. FOURNIER

284

cordance de ces chiffres ne les rend pas indignes de considé ration. Pour conclure, nous devons prendre notre parti d'une chronologie approximative. Quelque lents que nous conjec

turions

supposer tous les habitants de l'Auvergne bien fermés aux idées philosophiques et religieuses qui occupaient les esprits dans le monde romain pour admettre qu'avant la fin du nie siècle le christianisme y était complètement ignoré. Mais l'histoire de sa propagation, de ses premiers adeptes nous est totalement inconnue. L'organisation d'une com munauté, à la tête de laquelle les légendes placent un certain Stremonius, pourrait se situer, selon la chronologie la plus plausible, au cours des années qui suivirent les édits de Galère (311) et de Constantin (313) 2. De bonne heure le christianisme paraît avoir pénétré dans l'aristocratie3.

Urbicus était de rang sénatorial, d'après Grégoire de Tours, ainsi que Vénérand4. Sidoine Apollinaire était même de primis Galliarum senatoribus 5. Injuriosus était riche 6. Artemius, envoyé en Espagne, vraisemblablement par l'eiii-

les progrès du christianisme en Gaule1, il faudrait

IV, 69. En un autre temps, de 1687 à 1800 (en ne tenant pas compte de l'évêque constitutionnel), le siège de Clermont a été occupé par quatre évêques seule-- '

l.Duchesne, FEG, I, 46 ; G. Jullian, Histoire de la Gaule, IV, 485 ; F. Lot, La Gaule, 434. A la fin du ive siècle, Sulpice-Sévère note : serius trans Alpes fíei religione suscepta [Chron., II, 32). — L'archéologie serait-elle en mesure d'apporter à la solution du problème une contribution efficace? Les dates des dernières monnaies récoltées dans des lieux de culte païens dans la région sont : puy de Dôme, Tve siècle (Fournier, Informations, dans Gallia, 1961, XIX, 356) ; Reyrol, comm. d'Anzat-le-Luguet (fouille en cours, par M. Buffet), vers 350; Rajat, comm. de Murol, 388-392 ou 393-394 (H. Verdier, Le sanc tuaire de Rajat, dans Gallia, 1963, XXI, 246); Margerides (Corrèze), 375-392 (Vatin, Informations, dans Gallia, 1967, XXV, 300). Mais, après ces dates, ce n'est pas seulement dans les lieux de culte que les monnaies deviennent raris simes.

■2. Une lettre de saint Cyprien atteste l'existence d'évêques en Gaule en 254 (citée par Griffe, GCR, 1, 12). Pour des éléments de comparaison, voir Duchesne, . FEG, I, 30, 32 (cf. Griffe, GCR., I, 65 sq.) : une seule église (Lyon) remonte au ne siècle, trois vers le milieu du ше, sept vers 300 (j'y classe Toulouse, voir chap. 2), dix-neuf vers le temps de Constantin, vingt au cours du ive siècle.

ment (moyenne : 28 ans)

:

3.

4. HF, I, 44 ; II, 13.

5. HF, II, 21.

6. HF, ï, 47.

Cf. Mme de Maillé, ROCB, 27.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 285

pereur, et qui renonça à la fois à son épouse et à ses richesses *, n'était pas un uomo qualunque. L'épouse de l'évêque Na- matius fait construire une église, semble-t-il, de ses deniers2. Dès le ive siècle quelques sarcophages en marbre, sculptés, par conséquent importés et d'un prix élevé, témoignent. à la fois de la richesse de ceux qui s'y sont fait, inhumer et de leur goût de l'ostentation3. A l'époque de Sidoine Apoll inaire le christianisme est solidement implanté en Auvergne.

3. Rempart, « suburbium», ruines. — Dans les premiers siècles de la Gaule romaine Clermont s'étendait librement. Aucune trace d'enceinte fortifiée n'a été décelée. Les limites de la ville sont déterminées d'après la zone de sépultures, plus ou moins denses suivant les endroits, qui l'entourait. La phase de rétraction qui suivit eut pour terme la cons truction d'une enceinte fortifiée très étroite, que j'ai pro posé de dater, par préférence, du ive siècle. Elle n'occupait plus que le tiers septentrional — le mieux fortifié naturel lement — de la butte, autour de laquelle la ville s'était développée. Elle s'ouvrait sur l'extérieur par cinq portes :

deux à l'ouest, une sur chacun des côtés nord, est et sud4. Cette enceinte est mentionnée par Sidoine Apollinaire5,

1.

2.

8. Voir NROC,

4.

HF, I, 46.

HF,

II, 17.

313, 389,

390, 459,

466, 546.

.'

Voir NROC, 154-165, 542-544.

te

Epist., III, 2 : tu sanctum pedem semirutis moenibus intulisti--- Quibus

(les habitants de Clermont) plebem reductam. — III, 3 :

conspicabantur. — III, 7 : ut tantisper a pervigili statione respirent quos a mura-

nos

propugnacula tegunt. — VII, 1 : non nos aut ambustam murorum faciem aut putrem sudium cratem aut propugnacula vigilum trita pectoribus confidimus.

■— VII, 7 : oui saepe populo (celui de Clermont) Gothus non fuit clause intra moenia formidini cum vicissim ipse fieret oppugnatoribus posais intra castra

terrori

mis herbas in cibum traximus

ego istic inter semiustas mûri fragilis clausus angustias. —-IX, 9 : territorium Arvernum cum praeterirent, non solum moenia mea (c'est-à-dire de ma ville) verum etiam latera radentibus. — La plupart de ces textes sont dans Audollent, Clermont gallo romain, dans Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, Mélanges littéraires (1910), p. 107, avec quelques autres où Clermont est qualifié oppidum (mais est-on fondé à attribuer la valeur très précise de « place forte » à ce terme en l'occurrence?). — NROC, 544-545.

Si murus noster aperitur hostibus. — VII, 11 :

Propter hujus tam inclitae pacis expectationem avulsas muralibus ri-

libus excubiis non dies

in unum oppidum revertentibus mûri tibi debent omnis aetas, ordo, sexus e semirutis aggeribus

5.

non nox receptui canere persuadent. — V, 12

:

286

par Grégoire dé Tours1 et par l'auteur

Vita Г1 de Stremonius 2. Hors de l'enceinte, le suburbium n'était pas un espace totalement désert. Lors des campagnes d'Euric en Auvergne, la ville ne fut pas occupée par les Wisigoths. Une allusion de Sidoine Apollinaire à des demeures incendiées ne peut donc concerner que celles qui existaient, sans doute plus ou moins éparpillées, dans la banlieue3. La notion du su- burbanum, comme dit Grégoire de Tours, s'étendait assez loin. Un texte de la fin du vne siècle y inclut Chamalières 4. Mais les mentions dont nous disposons sont trop peu ex plicites pour nous permettre une représentation exacte de la manière dont il était occupé5. Tout au plus, pouvons-nous supposer, d'après les églises qui y étaient éparses 6, que des noyaux de peuplement n'en étaient pas absents. Deux monuments des siècles antérieurs, ou, du moins, leurs ruines encore importantes, ont retenu l'attention des contemporains. Grégoire de Tours mentionne celles d'un monument situé au terroir de Jaude (Galate), en le quali-

P. -F. FOURNIER

anonyme de la

1. HF, III, 9 : cunique portae civitatis obseratae essent et unde ingrediretur

pervium patulum non haberet, incisam Arcadius serram unius portae eum civitati

, in civi illius suburbana castra fixit. ■—• VP, IV, 2 : Adveniente Theodorico ac

voilante cum exercitu urbem (Clermont), sanctus Dei muros ejus per noctem

psallendo circuiret--. Porro Theodoricus rex, cum cogitaret etiam muros urbis

evertere,

sunt eamque propugnacula ingentia valiant : ••• de sanctis quorum basilicae

sanctus

caelebraret die

tertia, cum jam portám civitatis adpropinquarent, ••■ priusquam portám urbis

attingerent, discendit pluvia. — HF, IV, 16 : Tune Arvernus populus infra murus tenebatur inclusus. — Voir aussi, ch. 5, la cathédrale à l'intérieur des

murs

II,

super sedes incendio prorutas et domicilia semiustà

intromisit; —■ III,

12 : Theodoricus

ad urbem Arvernam usque accedens,

Ecce mûri civitatis istius fortissimi

cum

Hilpingus dux ejus

ait : «

muros [illius~\ urbis ambiunt haec ïbquor » ; — IV, 4 : In Arverno rogationes illas, quae ante Ascensionem Dominicain aguntur,

{HF, II, 16; V, 11)

17).

2. NROC, 193, n. 28.

3. Quas tu lacrimas

fudisti (Epist., III, 2).

4.

5.

et l'église Saint-Étienne dans la banlieue (HF,

Monasterium sacrarum virginum suburbano praefate civitatis (Clermont)

■■■•.-■

in loco cui Camelaria nomen inditum est (1 re Vie de saint Priest, A ASS, janv. III,

p. 244).

Sur la notion de suburbium en ce temps-là, voir F. Lot, L'histoire urbaine

du Nord de la France de la fin du IIIe siècle à la fin du XIe siècle, dans le Journal

des Savants, 1935, p. 64-66; Recherches sur la population-. ■ des cités (JBiblio^ thèque de l'École des hautes études, sciences historiques et philologiques, 287), t. I, p. xi ; La Gaule, p. 399. 6. Elles vont être étudiées dans les chapitres qui suivent.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

287

fiant de « temple ». L'étude des vestiges aperçus au cours de travaux récents ne confirme pas cette qualification1/ L'aqueduc, qui amenait à Glermont l'eau de la vallée de.

Villars, est cité par l'auteur de la première Vie de Stremonius vers les ixe-xe siècles2. Il est probable qu'il n'était alors

plus en état de servir3.

.

.

4. Églises non déterminées. — C'est sur les monu ments du culte que notre documentation nous renseigne le mieux. Ils vont être étudiés dans les chapitres qui suivent. Il ne sera pas possible d'en dresser le catalogue complet, même pas des principaux. Nous connaissons surtout ceux que le hasard de ses récits a fait mentionner par Grégoire de Tours. Les autres documents sont rares et généralement incertains. Au vie siècle, une seule église est connue à l'intérieur de l'enceinte fortifiée. Les autres étaient éparses alentour, avec une densité maximale dans la banlieue septentrionale, près du ruisseau de Tiretaine. A plus d'une reprise, Grégoire de Tours mentionne des églises de Clermont sans les dési gner de façon plus précise4.

1.

Bull. hist, et scient, de l'Auvergne, t. LXXXIV, procès-verbal de novembre

-

:

1970, p. 429.

2. Voir NROC, 193. -

3. Voir NROC, 194, 500, et plus loin, ch. 5.

4.

.

De sanctis, quorum basilicae muros illius urbis ambiunt (VP, IV, 2). Un

certain jÊvodius, prêtre, ayant accablé Pévêque Gai d'outrages, l'évêque se

leva et entreprit la tournée des saintes basiliques, consurgens sacerdos, loca basilicarum sanctarum circuibat, jusqu'à ce qu'Évodius fut venu implorer

son pardon (VP, VI, 4). Valentinianus,

febris, loca sancta circuire disponeret orans, veniensque ad hujus (s. Gai) sancti sepulchrum (dans l'église Saint-Laurent) prostratus ait--- (VP, 7). In supradicta urbe (le contexte montre qu'ici urbs désigne la ville, Clermont) Childeberthu's

rex отпет tributům tam ecclesiis quam monasteriis

X, 7). •—■ Quoi qu'on en ait pensé (en dernier, Coens = Analecta Bollandiana, 1920, XXXVIII, 429), c'est de l'église Saint- Julien de Brioude qu'il est ques tion dans HF, II, 20, III, 12, et non de Saint-Julien de Clermont (G. Fournier, Origine de Brioude = Almanach de Brioude, 1960, XL, 42, n. 37 ; Tavernier, La Passion de saint Julien de Brioude et la critique hagiographique = même Almanach, 19 62, XLII, 175-185). — La liste dressée parLeclercq, DAG, III-2, 19, comprend deux sépultures sur lesquelles Grégoire nementionne pas ď église. — Delarbre, NRA, 34, reproduit par Tardieu, HCF, I, 661, a attribué à Gré goire de Tours le passage suivant : pluribus olim ecclesiis Arverna civitas il- lustrabatur murique illius undequaque circumiebantur. En réalité ce texte est

de Savaron, OC, 342. Je mentionne seulement, sans y insister : l'église Saint-Pierre de Beaumont

presbiter,

in die accensus hujus

concessit, en 590 (HF,

P. -F. FOURNIER

288

5. L'église ÉPiscoPALE « in GiviTATE. » — Suivant son habitude, Grégoire de Tours désigne l'église épiscopale sous le nom d'ecclesia, employé seul, sans indication de vocable1. Il la mentionne en plusieurs occasions2. A deux

reprises il précise que, de son temps, elle était à l'intérieur des murs de la cité3. La situation de la cathédrale actuelle non loin du mur d'enceinte — ce qui est courant — entre deux portes de ce mur, sa permanence en cet endroit, ainsi

du

vie siècle s'élevait au même endroit. Si donc l'hypothèse que j'ai déduite de la comparaison de la direction de l'aqueduc romain avec la situation des conduits qui répartissaient l'eau dans la ville est exacte4, la cathédrale aurait occupé

que

celle de ses annexes,

donnent à penser que celle

(où est remployé un chapiteau mérovingien, mais dont la provenance pourrait

être étrangère; cf. Gallia, 1951, IX, 113 ; NROC, 261, 347), l'église indétermi néede Chamalières (où ont été découverts deux sarcophages rectangulaires, NROC, 368-369), les églises de Saint-Saturnin, près de la vieille route de Beau- mont, et de Saint-Genès, rue de l'Oradou (dans les cimetières desquelles il y avait des sarcophages à étrécissement aux pieds et sans niche pour la tête NROC, 260, 337-338 et 97, 434).

Cf. Longnon, GG, 481 ; M. Vieillard-Troïekourofï, dans ESP, 50 ; Dubois, EPSP, 33.

1.

2.

L'évêque Éparchius, après avoir passé le temps du carême dans un ora

Nec istud sine haeresi potest accipi

[Sidonius] rogat suos ut eurrí in

jussít

presbiter ille nequam

Ingrediuntur eclesiàm-.-

ab eclesia ejeciunt {H F, IV, 13). Une alouette,

Arverna, y éteint les lumières {HF, IV, 31). Clercs assem

toire de la banlieue, revenait en procession ad ecclesiam suam (Grégoire de Tours, HF, II, 21). Une nuit, il trouve plenám ecclesiam a demonibus [ibid.).

Cum ante nocíe minatus fuisset [Sidonium] de ecclesia celle extrahere, signum

ad matutinis audiens fuisset commotum

ut in ecclesiam non obaudiatur sacerdos Dei ecclesiam ferrent, cumque illuc inlatus fuisset

cunctos cives in domo ecclesiae invitari {HF, II, 23). Firminus cum socra sua eclesiam petiit. Chramn dépêche deux envoyés avec l'ordre : « Vi extrahite

Firminum Caesariamque, socrum ejus, de eclesia »

déambulantes per eclesiam

entrée in ecclesia

blésin ecclesia Arverna {HF, IV, 35). Des prisonniers libérés miraculeusement

ecclesiam ingressi sunt {HF, X, 6). Gai, nommé évêque, in civitatem suscipitur et in sua ecclesia ordinatur {VP, VI, 3) ; il est outragé par un prêtre in convivio ecclesie {Ibid., VI, 4) ; un incendie ayant éclaté à Clermont, ingressus ecclesiam, il y prie, puis marche droit au feu, qui s'éteint {Ibid., VI, 6) ; après sa mort, son corps in ecclesia deportatus fuisset, in ecclesiam defertur {HF, IV, 5, VP, VI, 7).

senior infra

3. Hic

(Namace) ecclesiam, qui

(var.

:

quae) nunc constat et

(var. : intra) muros civitatis habetur, suo studio fabricavit {HF, II, 16). La tra

duction

voulu me mander qu'il s'agit d'une banale coquille d'impression pour « inté

rieur ». Sur l'emplacement de Vecclesia, voir aussi l'épisode du juif converti, eh. 6.

de VHF, par M. R. Latouche porte « à l'extérieur des murs » : il a bien

4. NROC, 194, 501-502.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 289

l'emplacement où cet aqueduc devait aboutir à une sorte de bassin de répartition. La tradition attribuait à l'évêqu.e Namace (vers le milieu du ve siècle) la construction du mo

nument

Le passage où Grégoire de Tours relate cette construction est de ceux à propos desquels des discussions pourraient se poursuivre sans fin. Quae nunc constat etc. peut signifier simplement que le monument existant au temps de Grégoire était celui que Namace a fait construire. Mais est-ce bien toute la signification de cette incidente? L'insistance mise sur l'emplacement de la cathédrale actuelle est-elle tell ement habituelle? Interdirait-elle absolument d'y voir évo quer le souvenir d'une ancienne cathédrale, qui n'aurait pas été à l'intérieur des murs ? La question me paraissait devoir être posée. Je ne vais pas au delà. Senior peut avoir deux significations. S'il devait s'agir de l'église la plus ancienne à l'intérieur des murs, nous devons noter qu'aucun document ne nous autorise à conjecturer une autre église dans cette enceinte : Saint-Pierre du Château, mentionnée par le Libellus, vers le xe siècle, étant, sauf preuve contraire, la chapelle du château comtal et, par conséquent, hors de cause au vie siècle. Mais senior pourrait être aussi une simple épithète pléonastique, exprimant avec plus d'insistance la dignité de la cathédrale. Les autres exemples de l'emploi de senior par Grégoire de Tours n'apportent pas d'argument décisif à ce sujet2.

alors existant1.

HF, II, 16. Grégoire rapporte les dimensions du monument et une des qui ont donné de la tablature aux archéologues. Voir Duchesne,

cription

FEG, II, 34 ; M. Vieillard-Troïekourofï, CC, 200-201 ; etc. Je n'y insiste pas, car ces détails concernent la forme et la décoration de l'édifice, non la topo

graphie

1.

de la ville.

2.

Que senior, comparatif, et d'autres comparatifs ne soient pas toujours

employés par Grégoire de Tours selon les règles du latin classique (Max Bonnet,

Le latin de Grégoire de Tours, 452), que dès le latin classique senior « comporte

souvent une nuance de respect

langues romanes » (jErnout et Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue latine, cité par Dom Dubois, 33), que le langage de Grégoire de Tours ne soit pas d'une précision très stricte et que le même terme puisse y être employé dans des acceptions différentes de façon souvent embarrassante (témoin :

qui explique le sens pris par le mot dans les

urbs « ville » ou « diocèse »), cela est notoire. Dans le cas présent, les auteurs diffèrent d'opinion sur le sens de senior : M. Latouche traduit Г « église mère », Mme Troïekourofî (CC, 200), la « plus ancienne » ; voir aussi l'opinion de M. Ro-

bibl. Éc.

chartes. 1970. 2

19

P.-F. POURNIER

D'après une tradition rapportée par Grégoire de Tours, au temps de l'évêque Ëparchius, la cathédrale n'avait autour d'elle qu'un espace si étroit que l'évêque avait sa demeure dans une annexe, d'où, la nuit, il entrait dans l'église1. La manière dont Grégoire s'exprime (eo tempore) sous- entendrait-elle que de son temps l'évêque avait pu se donner plus d'aisance? Pour sa nouvelle église Namace passait pour s'être pro curé des reliques des saints Agricole et Vital2. C'est sous leurs vocables que sa dédicace figure au Martyrologe hié- ronymienz. Au xe siècle la Vierge leur est associée et fmale-

290

blin, Revue des Études anciennes, 1951, LUI, 306, n. 2 ; Dom Dubois paraît demeurer hésitant : « dans la pratique du vie siècle, le mot senior désigne à la fois l'ancienneté et la dignité » ; c'est une épithète appliquée à la cathédrale

(EPSP, 32-37, 39). A Narbonne, ecclesia senior pourrait signifier « la cathédrale » (Grégoire de Tours, GM, 22). A Tours ; deux passages, où il est question à' ec

clesia

A Paris, Mme Troïekourofî {ESP, 122) et Dom Dubois (EPSP, 34-37, 39) traduisent senior, ut aiunt, ecclesia nuncupatur (GC, 103) « l'église qui est ap

pelée la Vieille ». Dans le cas de Paris, l'incise ut aiunt paraît vouloir marquer que l'épithète senior était estimée par Grégoire de Tours anormale en quelque manière ; mais il nous a laissé le soin de deviner pour quelle raison.

senior (une fois au pluriel) sont ambigus

(HF, X, 31, n° 18; GM, 46).

1.

Et quia eo tempore ecclesia parvam possessionem infra muros urbis habebat,

I, 455; II, 118,

171) n'est pas dans Grégoire de Tours. Cette légende

ipsi sacerdoti in ipso, quod modo salutatorium dicitur, mansio erat (HF, II, 21). — Le prétendu don de la maison de l'église par le sénateur Cassius (Branche,

VSSA, I, 290-291 ; Dufraisse, OEF, 326 ; Mosnier, SSAVV, II, 175 ; Tardieu,

HCF,

pourrait avoir été inspirée par ce que Grégoire rapporte de l'évêque de Tours

Litorius : primaque ab eo ex domo cujusdam senatoris basilica facta est (HF, X, 31, secundus episcopus) . — Ruinart définit salutatorium « quod alias secretarium, hodie sacristia appellatur » (note à son édition de Grégoire de Tours : Patr. lat., LXXI, col. 217). Traduction de l'explication de Ruinart : Audigier, 4 F 230, fol. 11. Sur salutatorium voir : Sulpice Sévère, Dial. II, dans la Patr. lat., XX, 201 ; concile de Mâcon, 581, par. 2 (Mansi, Sacr. concil. ampl. collectio, IX, 932) ; Grégoire le Grand, Epist., I, 19; V, 56 (Patr. lat., LXXVII, 464, note,

789) ; Agnellus de

Ravenne, Liber pontificalis sive vitae pontificum Ravennatum,

II, p. 164; Du Cange, sub v°. M.

Latouche a traduit

I, 173).

dans Muratori, SS, t.

« parloir » (trad, de VHF). Tardieu a imprimé salvatorium (HCF,

Voir aussi Mosnier, SSAUV, II, 475. — • Commentaire de ce passage par Duf

raisse,

ces premiers siècles logeoient dans la maison que nous appelons de l'Abbé, qui pour lors tenoit à la maison (corr. ms. : chapelle) de Saint-Sauveur ou du Saint Sepulchre, que ce saint écrivain appelle salvatorium à raison de cette proximité, que l'on commença à détruire il y a 184 ans, pour faire la place et mettre la fontaine que l'on y voit présentement. » ■—■D'habitude, la maison

OEF, 443 : « Par le récit de cette histoire il se voit que les évêques de

de l'évêque et de ses services était proche des édifices du culte (De Maillé, ROCB, 186, n. 7). 2. Ut scilicet eas in ecclesia quam ipse construxerat collocaret (GM, 43).

3. Pridie idus maii (AASS, nov. II-l,

Troïekourofî, CC, 204, n. 7.

p. 60; II-2,

p. 253). Cf. Vieillard

CLERMONT-FERRAND

AU VIe SIÈCLE

291

ment elle devint seule titulaire. Pourtant on trouve parfois saint Laurent associé à ces trois saints1. Les renseignements archéologiques sont maigres. Des fouilles ont découvert sous le sol de la cathédrale actuelle des vestiges, dont il serait difficile de déterminer s'ils ont appartenu à celle de Namace ou à d'autres constructions2. Le sarcophage du ive siècle, qui a servi d'autel jadis dans la chapelle du Saint-Esprit, a toujours passé pour ne pas pro venir de la cathédrale. Le petit fragment du couvercle d'un sarcophage de même style dégagé de la maçonnerie de la façade de la cathédrale doit vraisemblablement avoir été remployé sur place. Un autre sarcophage, du ve ou du vie siècle, a été découvert au cours d'une fouille, mais dans des conditions mal connues3.

baptistère. — A Pâques 576, l'évêque Avitus

administrait le baptême. Parmi les baptisés était un juif converti. Gomme le baptistère était hors des murs de la ville, après la cérémonie on revenait en procession à la cathédrale, en franchissant une porte de la ville. Ala Pente côtesuivante, nouveau baptême, dont la relation mentionne qu'on sortit hors des murs pour se rendre au baptistère4.

6.

Le

1. Dans le Libellus (n° 1) la cathédrale est nommée mater eeclesia et le pre autel est celui des saints Agricole et Vital (cf. Vieillard-Troïekourofï,

mier

CC, 208, n. 3). — Super basilicam Dei genitricis Mariae Arçernensis (relation, par le diacre Arnaud, de la vision du moine R,obert, xe siècle, éd. Rigodon, dans le Bulletin historique et scientifique de VAuvergne, 1950, LXX, 46). :— Ad ecclesiam majorem sedis episcopalis que est sub obtenue Genitricis Domini Mariae (Winebrand, Vie de saint Alyre, éd. de Gaiffier, dans les Analecîa

Bollandiana, 1968, LXXXVI, 237, 251). — Dans les plus anciennes chartes du chapitre cathedral de Clermont, xe-xne siècles, on trouve dix-huit fois sainte Marie seule (xe-xne siècles), deux fois saints Agricole et Vital seuls (ixe-xe siècles), vingt-trois fois les trois saints ci-dessus ensemble (xe-xie siècles), trois fois les mêmes trois saints avec saint Laurent (xe siècle) (Cohendy, ITC, passim ; cf. Vieillard-Troïekourofî, CC, 208, n. 4, 6). — 4° nonas junii, Arvernis civitate dedicatio basilice S'ancte Marie, quam Stephanus, inclitus pontifex, miro honore fieri rogavit et ipse consecravit (Canone, A. D. Puy-de-Dôme, 3 G suppl. 15, reg., fol. 65 ; cf. Vieillard-Troïekourofî, CC, 209-210).

2. NROC, 312-313.

3. NROC, 312-314.

4. Renatusque a Deo per baptismi sacramenti cum albatis reliquis in albis et

ipse procedit. Ingredientibus populis portám civitatis, u?ius Judaeorum per capud conversi Judaei oleum foedilum, diabulo instigante, diffudit ■■■ Pontifex, noctem sanctam Pentecosten vigilias caelebratas, ad baptisterium foras niuraneum

292

P. -F. FOURNIER

Ce récit de Grégoire de Tours nous apprend que le baptis

tèren'était pas auprès de l'église épiscopale, ni même à l'inté rieur de l'enceinte. Mais il ne précise pas autrement quel en était l'emplacement. Aucun vestige archéologique pouvant provenir d'un baptistère n'a été noté. Pourtant nous di

sposons

Primitivement les sanctuaires chrétiens n'étaient pas désignés par des noms de saints patrons. Quand la mode de les dénommer ainsi s'établit, c'est le vocable de Saint-

Jean-Baptiste que reçurent communément les baptistères. Ensuite, quand, les rites du baptême ayant évolué, on ne l'administra généralement plus dans des sanctuaires spé

ciaux, les anciens baptistères conservèrent souvent leur vocable 1.

d'un indice pour en déceler l'emplacement.

A Glermont une église Saint- Jean-Baptiste a existé hors

de l'enceinte aux cinq portes 2. C'est la seule que le Libellus enregistre sous ce vocable (n° 7). Elle n'avait qu'un seul autel, dédié à saint Jean-Baptiste. Sa place dans le Libellus indique qu'elle était située dans le quartier de Saint-Aîyre 3.

egressus ibique omnis multitudo coram eo prostrata baptismum flagitavit (HF, V, 11). Cf. Vieillard-Troïekouroff, CC, 200, n. 3.

1. Baptistères épiscopaux : Aix en-Provence, Poitiers, Gap, Paris (Leclercq,

513), Angoulême (R. Crozet, Recherches sur les cathédrales et les éçêques

2.

L'autel (Libellus, n° 1) et la chapelle de Saint-Jean-Baptiste de la cathé

DAC, v° baptistère, col. 462-467 ; Dubois, EPSP, 42 ; F. Eygun, Le baptistère Saint-Jean de Poitiers, dans Gallia, 1964, XXII-2), Metz (Bour, EMAM,

p.

d'Angoulëme et de Saintes, extrait des Bulletins et mémoires de la Société ar

chéologique et historique de la Charente, 1960, p. 4), le Puy, etc. Baptistères paroissiaux : Artonne, Riom, Saint-Germain-Lembron, Marsac, Pleaux, etc. (G. Fournier, PRBA, 136, 141, 156, 403, 405).

drale actuelle, qui est la chapelle axiale du chœur (Audigier, Arch. dép., 4 F 229,

fol. 170 ; Savaron, OC, 114 ; Tardieu, HCF, I, 703 ; Canone, A. D., 3 G, suppl. 15, reg., fol. xxx ; Vieillard-Troïekouroff, 209; H. Du Ranquet, Les vitraux de la cathédrale de Clermont, 1932, p. 121), sont dans l'aire contenue à l'intérieur du rempart et n'ont donc rien à voir avec le baptistère du vie siècle. — Tardieu

(HCF, I,

325 ; reproduit par A. Bruel, Pouillés des diocèses de Clermont---,

autre église Saint- Jean-Baptiste « dans l'enclos de

servait de logement

p.

l'abbaye de Saint-André » et qui, d'après lui, « vers 1 64 0

183) a mentionné une

au fermier de l'abbaye ». Je n'ai su découvrir, jusqu'à présent, d'autre rense

ignement

3.

à ce sujet.

Je pense que c'est d'elle qu'il est question, au xnie siècle, dans la Canone

(3 G, suppl. 15, reg., fol. xxxi) : Isti celebrantur extra ecclesiam (c'est-à-dire

in ecclesia Sancti Johannis Baptiste : succentor et D. Tex-

toris (en même temps sont énumérées les églises de Jaude, de Saint- Jacques de

la cathédrale) :

Rabanesse).

CLERMONT-FERRAND АБ VIе SIÈCLE 293 Au xvie siècle elle n'existait plus1. Le souvenir de son emplacement était encore conservé au temps de Savaron :

distabat a monasterio (ici « église ») Sancti Illidii 20 passus versus meridiem intra hortos Illidiani coenobii2. Ce jardin est occupé aujourd'hui par la chapelle de l'Institution Saint-Alyre, la maison de l'aumônier, la cour d'entrée qui les sépare, le segment élargi de la rue Sainte-George situé au sud de la porte d'entrée de l'Institution, lequel a fait partie autrefois de l'enclos de l'abbaye3. C'est donc cette église qui a été l'ancien baptistère. Cela posé, trois portes de l'enceinte pouvaient servir pour se rendre de la cathédrale au quartier de Saint-Alyre. Celle du nord débouchait sur une sorte de vallon (emplace mentdu square Biaise-Pascal d'aujourd'hui) et sur une pente très raide. Il est plus probable que, dans le récit de Grégoire de Tours, il s'agisse d'une des deux portes de l'ouest, près desquelles et entre lesquelles était située la cathédrale4. De là on descendait par la rue des Chaussetiers ou par la rue de la Boucherie, puis par la rue Sainte-Claire.

vol

d'oiseau, au moins 700 mètres en comptant les détours du chemin.

De

la cathédrale, le baptistère était à

620 mètres

à

1. Le jardin du monastère, « auquel soulloit avoir une chapelle de Saint

2.

3. Voir le plan du quartier, NROC, 396. —■ Par l'effet d'une confusion ré

Son édition du Libellus, p. 347.

Jehan », est donné comme confin dans le terrier Boschatel de Saint-Alyre,

1571 (Raphanel, EEC, 115).

sultant d'une prétention invérifiable des religieuses de Sainte-Claire (voir plus loin ch. 11), Audigier (A. D., 4 F 229, fol. 282) et Tardieu (HCF, I, 326) ont pensé que l'église Saint- Jean-Baptiste « estoit à une extrémité de l'enclos des religieuses de Sainte-Claire, proche de la paroisse de Saint-Cassius » et que là « fut la première retraite de ces religieuses ». Le couvent de Sainte- Claire était un peu plus haut que l'église Saint-Étienne (aujourd'hui Saint-

la rue des Gras, que j'ai supposée établie sur

Eutrope). 4. J'ignore si, au vie siècle,

l'emplacement de l'ancien aqueduc, servait déjà à la circulation. En tout cas, elle n'aurait abouti alors à aucune porte de la cité. Jusqu'au xixe siècle, elle

se terminait en haut en cul-de-sac (voir NROC, 502). La façade occidentale de la cathédrale ne devait pas être éloignée du mur d'enceinte, mais je ne pense pas qu'elle le touchait. C'est plus tard que la courtine, entre les deux portes de la Terrasse et de la Monnaie, fut éventrée, afin de permettre l'accès à la porte ouverte dans la façade occidentale de la cathédrale, au sommet des degrés qui ont donné leur nom à la dite rue,

294

P. -F. FOURNIER

7.

Basilique non nommée. — A l'époque de Grégoire

de Tours, les églises ont chacune un saint patron et c'est sous ces vocables qu'il les désigne habituellement. A Cïer- mont, trois seulement échappent à cette règle. Elles sont désignées par un simple appellatif. Celui de Yecclesia, la cathédrale (qui pourtant avait déjà ses patrons, saints Agri cole et Vital), celui du baptistère indiquent leurs fonctions, qui suffisaient à les déterminer. La troisième, Grégoire l'ap pelle la basilique tout court. Or les basiliques ne manq uaient pas dans la banlieue de Clermont et il les connaiss aitbien. Je ne pense pas qu'on doive traduire « une basi lique », car Grégoire, d'après les circonstances de temps et de lieu contenues dans son récit, ne pouvait pas ignorer de quelle basilique il s'agissait. D'une part, en effet, le récit est celui de la procession du jour de l'Ascension. Or les processions des grandes fêtes ne se conçoivent pas sans des itinéraires et des stations fixes, dont Grégoire, qui avait vécu à Clermont, ne pouvait, manquer d'être informé. D'autre part, l'itinéraire de ce jour-là entre la cathédrale et la basilique ne devait pas passer très loin de la synagogue 1. Or la synagogue devait être dans le quartier dont deux ter roirs ont conservé le nom des juifs et qui était situé au nord-nord-ouest par rapport à la cité. Cela revient à dire que cette basilique devait être approximativement dans la direction du quartier de Saint-Alyre, où effectivement les basiliques ne manquaient pas. Quant à préciser laquelle ce devait être, plus aucun indice n'existe pour orienter notre choix.

8. Saint-Alyre, alias Saint-Clément, Notre-Dame

d'entre Saints. — Ces trois vocables, finalement réunis en une seule église, ne peuvent être séparés. Leurs histoires ne sont pas exemptes d'obscurité. A. Saint-Alyre. — Grégoire de Tours rapporte que l'évêque

■ 1 . Die autem beato quo Dominus ad caelum post redemptum hominem gloriosus

ascendit, cum sacerdos de ecclesiam ad basilicam psallendo procederet, inruit

super sinagogae Judaeorum multitudo sequentium (H F, V, 11). Voir plus loin, ch. 22. •—■ A Paris aussi il y avait ;' une basilica dont il n'était pas besoin de

M. Vieillard-Troïekourofï, dans ESP, 58-59).

préciser le vocable (HF, IX, 6

CLERMONT-FERRAKD AU VIe SIÈCLE 295

Alyre, étant décédé au cours de son retour de Trêves, son corps fut ramené par les siens et inhumé dans un faubourg de Glermont 1. Sur son sépulcre, des miracles se produisirent 2. Le culte est attesté pour l'époque où Grégoire était enfant. Alors le mausolée construit sur la tombe était voûté, étroit et d'accès mal commode. Avitus, pendant son épiscopat, donc après 571, fit ajouter une belle construction voûtée et arrondie, exhuma les restes du saint, qui étaient dans un cercueil de bois, les enferma dans un sarcophage de pierre. Ces travaux durent, entraîner un exhaussement du sol. Le mausolée, s'étant trouvé en contrebas, fut alors comblé et le sarcophage placé plus haut qu'auparavant3. Il est à noter que deux passages, où. Grégoire qualifie le monument de basilica41, ont probablement, été écrits après ces trans formations. Auprès d'Alyre avait été enterré son archidiacre Justus 5. Douter que le faubourg où était le mausolée, puis la basilique élevée par Avitus, ait été le faubourg de Saint- Alyre ne serait pas raisonnable.

1.

2.

In urbe sua sepultus est (Grégoire de Tours, VP, II, 1 ; cf. 4 [ces numéros

juin I]).

Post transitům beau Illidii confessons, ad gloriosum ejus sepulcrum tantae

sont ceux des MGH, le numérotage est différent dans les AASS,

Sepultusque in cripta suburbano civitatis illius {HF, I, 45). Voir aussi ch. 8 C.

virtutes apparent ut пес scribi intègre queant пес memoria retineri {HF, I, 45). Une mère expose son fils sur le pavé du mausolée, genitrix-.- beau confessoris

atque in vigiliis obsecrationi-

adiit tumulům, exponit in pavimento aegrotum-

busque coram sepulchro antistitis excubat {VP, II, 4). Grégoire y fut guéri deux fois. C'était au temps où Gallus était évêque et lui même enfant. Étant mal ade, le désir lui vint ut ad beau Illidii basilicam deportaretur, inlatusque ma- nibus puerorum ad ejus tumulům- ■■ leviorem se sensit esse quant venerat. Ayant

souffert de nouveau, il demanda à sa mère

: ad sepulchrum, tu, me remitte

beau Illidii. On l'y ramena. Tune

discedere febrëm {VP, II, 2).

sancti deportatus ad tumulům- ■- sensit- -.

3. Hujus confessoris beatum corpus ab antiquis in cripta sepultum fuit. Sed,

quia artum erat aedificium ac diflïcillem habebat ingressum, sanctus Avitus,

pontifex urbis, constructa in circuitu miro opere absida, beatos inquisiçit artus

repperitque in capsa tabulis formata ligneis. Quos assumens,

sarcofago clausit, oppletamque criptam, altius collocavit {VP, II, 4). Crypta, chez Grégoire de Tours, désigne des caveaux funéraires en maçonnerie, voûtés (Grabar, Martyrium, I, 436-437, 521). La description du mausolée d'Alyre . par Grégoire pourrait être rapprochée des martyria étudiés par Grabar, Mart yr., I, 147 : couloir d'accès à deux voies (entrée et sortie) menant à une niche, dans laquelle le corps reposait. C'est vraisemblablement à la construction de la basilique que se rapporte le miracle du four à chaux : clibanus ad coquendas basilicae ipsius [Illidii] calces succenderetur■■■ Tune presbiter--- oratione facta

ad sepulchrum sancti

juxta morem

{VP, II, 4).

4.

5. HF, I, 45 ; VP, II, 4,

VP, II, 2, 4.

Fig. 1. — Plan de la ci-devant abbaye de Saint-Alyre, appartenant au citoyen bonnefoy, négociant

Fig. 1. — Plan de la ci-devant abbaye de Saint-Alyre, appartenant au citoyen bonnefoy, négociant a lyon, d'après les plans de la bibliothèque de Clermont, С 206, 207, 209. — Bonnefoy avait acquis les bâtiments de Saint-Alyre en 1791. — Un autre plan, Arch, dép., Q 212 (publié par Ja- loustre, Saint-Alyre, planche en face de la p. 112), diffère de ceux-ci PAR QUELQUES DÉTAILS.

3, 8, 9 : «jardin ». — 4 : « maison du jardinier ». —

5 : « Saint-Vénérand ». — 6 : « église de Saint-Cassi siçe

de Saint-Cassi sive Sainte-George ». — 10

enciens ». — 12, 16, 22, 24 : « cour ». — 13 : « vacant

des

Sainte-George ». — 7 : « semetiere

1 : « belveder ».

— 2

:

« cabinet ». —

:

« bâtimens

nouveaux ». — 11

: « bâtimens

». — 14 : « tour ». — 15 : « bâtiment

21

:

« magasin

de bois

et

blé

».

étrangers ». — 17 —

20

:

:

«

cloître ». — 18 : « église » [Saint-Alyre]. — 19 : « jardin pour le

citoyen curé ».

« maison

de

»

{sic).

23

: « parloir

«

(G 207),

ou « grange pour

le presbitaire » (G 209). — 25 : «écuries ». —

26

:

« rue

»

[de Saint-Alyre]. — 27 : [place

de la Motte]. — 28 : « rue » [de Sainte-George].

sCLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

297

An xie siècle le tombeau du saint était à l'extrémité orien

tale de l'église, à seize coudées (c'est-à-dire,

vel

plus

à seize coudées (c'est-à-dire, vel plus Fig. 2. — Extrait du plan de Glermont par Loriette

Fig. 2. — Extrait du plan de Glermont par Loriette (1791)

a : église Saint- Alyre. — b : église Saint-Vénérand. •—■с : église Sainte-George.

d

:

cimetière

de

Sainte-George.

e : rue Sainte-George.

— / : rue

Saint-

Alyre.

— g

:

«

pré

verger

de

Sainte-Glaire ». — h : rue Sainte-Claire. —

i

:

[rue

du Pérou].

 
 

çel

minus,

une

dizaine de

mètres)

derrière

l'autel

de

Saint-Clément,

dans un endroit plus

bas

que le reste

de

P. -F. FOURNIER

l'église1. Par l'effet d'un mauvais entretien {per negli-

gentiam) le pavement, des mosaïques et des peintures étaient en mauvais état2. Le 26 juin 1106, la dédicace de l'église fut célébrée en présence du pape Pascal II3. En décembre 1311 l'évêque Aubert Aycelin procéda à l'él

évation

Saint-Alyre. En conséquence de réparations successives, le sarcophage était enterré. L'emplacement en était connu par une inscription et une tradition. Dans une cuve de pierre, obtu réepar un couvercle aussi de pierre, on trouva des ossements, qu'on admit être ceux de saint Alyre. Ils furent placés en un endroit élevé, d'où ils étaient visibles par tous les fidèles 4.

298

des reliques du saint dans l'église du monastère de

ad locum prefatum in suburbio civitatis pedelemptim

defertur

giuscule 16 cubais ab altare beati démentis (Winebrand, éd. de Gaiffier, p. 246). Locus autem ubi sanctus quiescit decliçior et profundior est illo quo iota consistit ecclesia, non tamen, ut çideatur, ibi esse specu пес subterranea cripta, qui locus miro opere est aptatus atque constructus, sed pro vetustate aliquantulum opus est dirutum (id., p. 247). Qui, cum pervenisset ad locum ubi sanctus requiescit Illidius, requisivit subtiliter qua in parte esset tumulatus. Cui responsum est ab aedituo aecelesiae quod jaceret in illa parte qua a terra in declivio pendet et fossa profundius manet absesque in se trilucinium tenet (id., p. 253-254). —• II s'agit donc d'une rotonde-mausolée, qui est visible sur le dessin du Monasticon gallicanum. Sur ces rotondes- mausolées à l'est du chevet des églises des temps

mérovingiens et carolingiens, voir Grabar, Martyrium, I, 490-491 ; J. Hubert, L'art préroman, p. 58-64, et Les églises à rotonde orientale, dans les Actes du IIIe Congrès international pour l'étude du hakt Moyen Age, Lausanne, 1954, p. 309-320.

1. Ad urbem perçehitur

Sepelitur tandem versus orientalem plagam in prefata ecclesia, lon-

2.

3.

Winebrand, éd. de Gaiffier, p. 244, 249-250.

Martyrologe et nécrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont-Ferrand,

ms. 674, хше siècle, fol. 12. Voir plus loin, ch. 8 G.

4.

AASS, juin I, 423-424. Trad. : Chaulanges, Manry, Sève, L'histoire vue

de Saint- Allyre — THA, 1843, IV, 611-612. L'élévation était fêtée à

de l'Auvergne, t. I, p. 165-167. Anal. : Savaron, OC, 76-77 ; Cohadon, Le mo

nastère

Saint-Alyre et à Clermont le 9 décembre : translatio sancti Illidii episcopi, confessoris (nécrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 131 v° ; bréviaire de Clermont, xive siècle, bibl. de Clermont, ms. 68, fol. 10 v° ; autre

bréviaire, xve siècle, même bibl., ms. 67, fol. 206 v°). Le procès- verbal de l'él évation de 1311 ne révèle pas d'après quels critères on admit que c'étaient bien les ossements de saint Alyre qui étaient dans le sarcophage découvert. Toujours est-il qu'on ne poursuivit pas la recherche des reliques de l'évêque Népotien et de l'archidiacre Justus, parce qu'il y avait en cet endroit trop d'autres sépultures. Sur les reliques au xvine siècle, voir Journalde Dom Boyer,

publié par F. Boyer et A. Vernière, dans les Mémoires de l'Académie

Clerimont, 1884, XXVI, 113. L'église de Saint-Alyre avait un trésor de reliques d'une richesse extrême, dont l'inventaire est dans Audigier, A. D., 4 F 229, fol. 206-208 : « Premièrement dans l'église ou aux environs, on y marche sur les

de

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 299

En 1524 le maître-autel fut consacré en l'honneur des saints Alyre et Clément1.

B. Saint- Clément. — Dans l'histoire de l'église d'Auvergne

le pape Clément Ier apparaît tardivement2. Ce n'est que dans la première et la deuxième Vies de Stremonius qu'on

lit pour la première fois qu'il aurait reçu de ce pape la mis sion d'évangéliser l'Auvergne3. Cela, l'auteur de la première

Vie l'a copié

dans la Passion de saint Denis (rédaction

Gloriosae). La légende se développa ensuite. Les reliques de saint Clément n'ont été connues qu'au ixe siècle : c'est

saint Cyrille (t 869) qui les avait rapportées de Chersonese

à Rome4. Le Libellus enregistre un autel de saint Clément

à l'église Saint-Alyre (n° 11). La Vie anonyme d'Alyre

narre qu'il désirait avoir des reliques de saint Clément pour la basilique édifiée par lui, que d'un voyage légendaire en Chersonese il aurait rapporté un bras du saint découvert miraculeusement 5, que, plus tard, l'évêque Begon (vers 980- 1010) et l'abbé de Saint-Alyre, Mancidius, procédèrent à l'élévation de ce bras 6. Plus loin le même hagiographe donne

corps de plus de 12.000 martyrs

de Clermont, de saint Allyre », etc.

, on y vénère le corps

de plusieurs évesques

dementis et

1. xi

2.

kl. febr.

Consecratum fuit majus

altare ad honorent ss.

Illidii cum eorum reliquiis et aliis plurimis anno Domini 1523° ; sacrista etiajn fregit et accipit particulam brachii s. démentis, que ab episcopo recondita est

altari cum supradictis (même nécrologe de Saint-Alyre, fol. 90).

La légende de l'envoi de missionnaires en Gaule par le pape Clément Ier

est attestée dès Grégoire de Tours pour Butrope, évêque de Saintes (GM, 55). Elle le serait antérieurement pour saint Denis, d'après certains manuscrits de sa Vie (rédaction Gloriosae), et pour sainte -Geneviève, d'après sa Vie. Mais les dates de ces Vies sont controversées. Voir, pour Denis, Levillain, EASD, 14-28, 58 ; R. J. Loenertz, La légende parisienne de saint Denis VAréopagite, dans les Analecta Bollandiana, 1951, LXIX ; pour Geneviève, Levillain, EASD, 9-11, 115; Molinier, Sources, I, 194.

3. Sur ces

4. Dubois, EPSP, 36.

5. Ut ex sacratissimo corpore aliquid reliquiarum suae basilicae, quam apud

Vies, cf. ci-dessus, ch. 1.

Secum in suam basilicam detulit

et in praecipui altaris medio

par. 5 et 6). La Vie du saint par Winebrand donne une relation quelque peu

différente (extrait dans Savaron, OC, 350) : brachium [s. démentis] in crypta quadam subius altare posuit, pro cujus etiam veneratione oratorium illud sa- cravit. L'inventaire des reliques de Saint-Alyre (Audigier, A. D., 4 F 229, fol. 208) mentionne le bras de saint Clément.

Arvernam urbem aedificaverat, ■■■ accipiat

indidit [Vie de saint Alyre, AASS, juin I, p. 421 ,

6. L'évêque accessit ad altare principale, quod oral conslruclum in honore

300

à cette basilique le vocable de Saint-Clément a. Au xive siècle, le maître-autel de l'église Saint-Alyre est dédié à saint Clé

ment

: c'est à cet autel que l'évêque Aubert Aycelin ter

mine les cérémonies de la nouvelle élévation des reliques de

P. -F. FOURNIES.

saint Alyre par

une grand-messe2. Au xvie siècle, cet

autel est

sous

le vocable

des

deux

saints

Clément et

Alyre 3.

Ainsi, par l'effet de l'apport d'une nouvelle relique, qui

ne doit

souvenir de saint Alyre faillit être expulsé de la basilique érigée sur son tombeau. C'est un phénomène banal4. Il y eut un moment où saint Clément prit le pas sur lui. Alyre dut, au moins, partager : l'église fut sous deux vocables. En fin de compte, l'attachement des populations au souvenir de leur quatrième évêque, soutenu par le nom du monastère, qui resta toujours Saint-Alyre, et par des légendes généa-

pas être antérieur au dernier tiers du ixe siècle, le

b. démentis,

ibique repererunt b. Clementis brachium- ■.

Postea vero reaedificaverunt altare in honorem ejusdem (AASS, juin I, p. 421, par. 6 ; relation de l'élévation, manuscrit du xie siècle, bibl. de Clermont,

ms. 147, fol.

et surreœit aram altaris et cepit fodere donec pervertit ad locum

in quo positae erant sanctae reliquiae

74, éd. par J. van der Straeten, dans les Ânalecta Bollandiana,

1964, LXXXII, 393-394 ; cf. B. de Gaifïïer, La « Vita s. Illidii », dans les mêmes

Analecta, 1968, LXXXVI, 239).

In suam basilicam divo démenti- ■• a se [Illidio] dedicatam prope Arver-

nam urbem [Vie anonyme de saint Alyre, AASS, juin I,

1.

p. 422, par. 9). Voir

aussi p. 301. G. A la suite d'un miracle, des marchands venus en Auvergne ad aedem divi dementis substiterunt et ab accolis ad tumulům divi praesulis [Illidii] perducti sunt- Artificibus mox convocatis jubent in sublimi arcuatam testudinem super sepulcrum sanctum fieri (Ibid., p. 422, par. 15). — Maints ouvrages ont admis positivement que l'église a été un certain temps sous le titre de Saint-Clément : Savaron, OC, 351, et index, v° « églises » ; Cohadon, Le monastère de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de ГAuvergne, 1843, IV, 584 ; Randanne, Saint Avit, dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1893, p. 28 ; Mosnier, SSAUV, I, 133 ; Audigier, 4 F 229, fol. 190 ; Chaix de Lavarène, Monumenta pontif. Arverniae, 1880, p. 274 (note du n°169) ;

Gallia christiana, II, 323; Tardieu, HCF, I, 318; Verdier-Latour, bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 698, fol. 170 ; ms. 699, p. 5). ■—■ Afin de ne rien laisser de côté, je mentionne qu'au xe siècle il y avait à Clermont une église Saint- Clément, qui n'a pas de rapport avec celle de Saint-Alyre, mais dont on ne connaît ni l'emplacement ni l'histoire (Libellus, n° 31 ; Raphanel, EEC, 185 ; Tardieu, HCF, I, 325). •—■ Le manuscrit 147 de la bibl. de Clermont, prove nant de Saint-Alyre, contient une Passio s. Clementis, Xe siècle, fol. 62-67, suivie de De Virtutibus s. Clementis, fol. 67-67 v°.

2. Et missa solemni in altare beati Clementis decantata (AASS, juin I, p. 424).

3. Voir ci-dessus, p. 299, n. 1.

4. Cf. de Maillé, BOCB, 34.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

301

logiques des familles de Dallet puis de Langeac, qui se préten daient de l'estoc du saint1, l'emporta. G. Notre-Dame ďentre Saints. — Grégoire de Tours ne

à Cler

mont.

note seulement qu'il éleva une église à Clermont sans autre précision2. Il faut attendre les deux Vies d'Alyre, posté rieures à l'an mil, pour en trouver la première mention. Alyre, rapporte l'hagiographe anonyme, éprouvait une dé

votion

à la Vierge, Notre-Dame d'entre Saints, ainsi que pour ]a basilique de Saint-Clément : se sentant près de mourir, il prie ses compagnons de ramener son corps en Auvergne et de l'enterrer dans cette basilique, à l'endroit appelé Notre-Dame d'entre Saints3. La trame de ce récit est un démarquage amplifié de celui de Grégoire de Tours. L'ha

giographe y ajoute une précision, qui, analysée et replacée dans l'ensemble de la documentation, semblerait conserver une tradition (par voie écrite ou orale?) qui expliquait le plan de l'église Saint-Alyre par l'existence de deux sanc

tuaires,

jadis proches l'un de l'autre et, à l'époque de l'ha

fait nulle mention d'une église dédiée à la Vierge

Les trois Vies de Stremonius non plus : la première

particulière pour la chapelle dédiée par Stremonius

giographe, probablement déjà soudés, savoir un sacellum

basilica sous le

vocable de Saint-Clément. Les fragments conservés de la Vie de saint Alyre par Winebrand mentionnent aussi Notre-

sous le vocable de Sainte-Marie et une

Dame d'entre Saints 4.

1. Mosnier, SSAUV, I, 544, note; Branche, VSSA, I, 324; Savaron, OC,

47; Verdier-Latour, Notices historiques sur--- Saint-Alyre, bibl. de Clermont,

ms. 698, fol. 209, et 699, p. 41 ; etc.

2. Ecclesiam ibi (à Clermont), quae пес locis пес populis erat nota,

fabri-

Dictant divo Clementi extructam basilicam neenon et sacellum quod beatus

cavit (AASS, nov. I, p. 49, par. 2).

3.

Austremonius Deiparae Virgini dedicaverat {quod ob sepultam in gyrum mar

tyrům

in

Arverniam déférant et in sua basilica, in loco qui dicitur ad Sanctam Mariant inter Sanctos sepeliant--- Quo jusserat tumulo pater patriae inferlur, ubi et nunc

in capsula quiescit, miraculis clarus (AASS, juin I, p. 421, par. 6 ; p. 422, par. 12). — Des hagiographes plus récents ont inventé que saint Martial, traversant l'Auvergne avant l'arrivée de Stremonius, y aurait construit une église (Branche, VSSA, II, 116; cf. Dufraisse, OEF, 300, 326; Mosnier, SSAUV, I, 604).

ut apud urbem

multitudinis Beatae Mariae inter Sanctos nomen accepit)

vir sanctus

[Illidius] in singulari habuit devotione

Rogat ut corporis sui exuvias

4. S. Alyre jubet et illis, postquam de hac vila migraveril,

— f Chanturgue Chanturgue Route et l'Atlantique vers Limoges
— f Chanturgue
Chanturgue
Route et l'Atlantique vers Limoges

Fig. 3. — Églises de Glermont attestées au vie siècle

Pointillé : cimetières gallo-romains. — Les sépultures des rues Niel et Th: de Banville,

indi

les églises dont l'identification ou l'emplacement sont incertains.

R

:

ruine

de

delybrium illud quod gallica

lingua

Vasso

à l'est, la chapelle Saint-Mart, à l'ouest, ont été un peu rapprochées du centre, afin de

les faire entrer dans la largeur de la justification. — Les croix de saint André

quent

Galatae vocctnt (Greg.

Tur., H. F., I, 32). — Le plan indique les deux enceintes

fortifiées de la ville

:

celle

du

Bas-Empire

(avec ses 5 portes), celle de la fin du Moyen Age.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

303

Vies d'Alyre, se contente

Le Libellus, antérieur aux

d'inventorier dans l'église de Saint -Alyre un autel de sainte

Marie

Mariae. D'après la Vie anonyme de saint Alyre, un habitant de Glermont, guéri par l'intercession du saint, fonda le monast èrede Saint-Alyre dans le lieu jadis consacré par Stremo- nius à la sainte Vierge, puis par Alyre à saint Clément1. Mais l'histoire de la fondation du monastère est trop obscure pour apporter le moindre éclaircissement en l'e

spèce2.

Le fonds de l'abbaye de Saint-Alyre conserve une série de donations au profit d'un luminaire établi dans l'église de l'abbaye et appelé de Notre-Dame ou de Notre-Dame d'entre Saints 3. La dévotion à Notre-Dame d'entre Saints dura à travers le Moyen Age4 jusqu'aux temps modernes5. Sous sa forme la plus anciennement attestée le détermi- natif est inter Sanctos. Gela est en rapport avec les anciennes

(n°

11)

:

In

ecclesia Sancti Illidii

altare Sanctae

Arçernam, in loco quid diciiur ad Sanctam Mariam inter Sanctos sepeliant Шит,

neque alicubi faciant ei sepulcrum. Un campagnard venit in suburbio ad locum, qui antiquitus Sancta Maria inter Sanctos est appellatus, ubi beatissimus confes sorDei requiescit Illidius (éd. de Gaifïîer, p. 257, 25:1).

1.

2.

3.

Illo in loco Deiparae Virgini olim jam a tempore sancti Austremonii sacro

Gallia Christiana, II, 323.

De 1254 à 1503 : luminaris Béate Marie in monasterio Sancti Illidii (A. D.,

et ab ipso divo Illidio, Clementi, papae et martyři dedicate (AASS, juin I, p. 423,

par. 17).

H, Saint-Alyre, layette GG, cotes 3087, 3099, 3111, 3113, 3115, 3113, 3120) ; en 1281 : luminaris Béate Marie d'antre Sayns (même layette, cote 3097).

Clause du testament d'Antoine Brunet, chanoine de la cathédrale, abbé

: Die

sepulture mee obsecro humiliter reverendos patres abbalem et religiosos devoti monasterii Sancti Illidii prope Claromon. ut placeat eisdem unam missam de mortuis alta voce pro remedio anime mee celebrare et, ilia finita, accedere ante altare Béate Marie de Intersanctis et ibidem decantare, ad mei intentionem,

de Saint-Genès, 25 avril 1517,

4.

H, Saint-Alyre, layette 3 A, cote

335)

Salve Regina cum collecta Patriam, etc., cum De profundis et collecta Absolve, etc. Voir aussi Cohadon, Monastère de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de l'Auvergne, 1843, IV, fiO2.

Voir Savaron, OC, 14; Fodéré, Narration-. -, rééd. dans les Mémoires de

V Académie- ■■ de Clermont-Ferrand, 1859, I, 354 ; note de Ruinart à son édition

853-854) ;

Tardieu, HCF, I, 318; Jaloustre, Saint-Alyre, p. 12. Dom Boyer en 1710- 1711, séjournant, au cours de ses voyages, à Saint-Alyre, dit la messe plusieurs fois à Notre-Dame-d'entre-Saints (Journal, éd. Boyer et Vernière, dans les

de

5.

Grégoire de Tours, ch. 34 du Gl.

conf. (Patr. lat., LXXI,

col.

Mémoires de l'Académie--, de Clermont-Ferrand, 1884, XXVI, 102, 105, 213,

221).

304

P. -F. FOURNIER

 

sépultures,

qui ne manquaient

pas en

ce lieu1. Dans

des

documents plus récents ('Xiue siècle) apparaît parfois la forme Sancta Maria ad Martires ou inter Martires'2', qui résulte de l'influence du nom de l'église fondée au Panthéon, à Rome, par Boniface IV au vne siècle3. D. L'église multiple de Saint-Alyre. — L'église Saint- Alyre est complètement détruite. L'Institution Saint- Alyre occupe aujourd'hui l'emplacement de l'ancienne ab baye : l'église se trouvait à la place du grand bâtiment situé en face de l'entrée et sur lequel est implantée la chapelle actuelle. Pour essayer de nous en représenter certains traits, nous disposons d'anciennes descriptions, de dessins et de plans4, qui ne s'accordent pas tous en tous points.

1. Voir NROC, 387-392. Ces sépultures étaient-elles toutes chrétiennes?

C'est une autre question. Mais il suffit qu'elles aient été considérées comme telles, à tort ou à raison.

2. Martyrologe et nécrologe de Saint-Alyre, хше siècle, bibl. de Clermont,

6 v° et 108

:

3.

idus maii, Natalis Sancte Marie ad Martires;

fol. 10 v° : nonas junii, apud Arvernam civitatem in loco qui antiquitus ad Sanc-

tam Mariant inter Martires est appellatus depositio sancti Illidii, ejusdem urbis pontificis et egregii Christi confessons, qui multis claret miraculis, etc. ; fol. 12 y0 :

6. kl. julii, ipso die in suburbio civitatis Arverne quod [dicebatur] ad [Maria}

15 r°)

(sic) inter Sanctos antiquitus, dedicacio basilice Sancti (suite au

démentis, Romani pontificis et martiris, et Beau Illidii, quarti Arvemorum

ms. 674, fol.

fol.

presulis, que facta est ab inclito papa Paschale 11° et archipresule Bituricensi Leodegario necnon et antistite sedis Arvernice Petro, anno a passione Domini 1106°, Francorum regni gubernacula retinente Philippo, quam prémisse basilice felicem et elegantem nimium consecrationem venerabilis Petrus, ejusdem loci tune temporis abbas, annuatim miro honore recoluit, dum corpore viguit, et ad idem indesinenter agendum suo exemplo bene sequaces instituit et posteras invitavit (les mots entre crochets sont des additions interlinéaires du xve siècle). •—• Les mêmes items se retrouvent au reg. dit la Canone (fonds du chapitre ca

thedral,

fol.

natalis Sancte Marie ad Martires ; calendrier, fol. 8 y0 : nonas junii, Illidii,

Clar. episcopi et confessons ; martyrologe, fol. 66 : nonas junii, apud urbem Arvernam, depositio sancti Illidii, episcopi et confessoris,

3 G suppl., 15, reg.) sauf celui du 6 des calendes de juillet : calendrier,

3 idus maii,

8 : 3 idus maii,

Marie ad Martires ; martyrologe, fol. 61

:

Templům qui appellatur Pantheum, in quo fecit ecclesiam Beatae Mariaè

semper Virginis et omnium martyrům [Liber pontificalis, cité par Leclercq, DAC, X-2, 2066). Dans une inscription plus récente, le nom est devenu Sancta

Maria ad Martyres {Ibid, et XIV-2, 2886, 2910, 2966). C'est le jour de la fête de la dédicace de cette église, fixée au 1er novembre, qui est devenu celui de la Toussaint [Martror, Martrou en prov.). — Églises de même vocable à Metz, à Trêves (Bour, EMAM, 597-598).

3.

4. Deux dessins de l'Armoriai de Guillaume Eevel (1456-1461), Bibl. nat.,

fr. 22297, p. 71

de Clermont prise du nord) et 122 (vue prise du nord), cf. Revue d'Auvergne,

(vue prise du sud, insérée, par erreur, dans une vue générale

т

т

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 305

Les plans du monastère montrent un bâtiment résultant de la soudure de plusieurs sanctuaires antérieurs. Combien? Trois, semblent affirmer Audigier1 et Cohadon2. Mais leurs deux descriptions, prises en elles-mêmes, comparées l'une avec l'autre ou avec d'autres documents, ne sont pas exemptes d'incertitude. Le procès-verbal de l'élévation des reliques de saint Alyre en 1311 3 n'est pas très explicite.

de

deux sanctuaires soudés4. Sur les plans du monastère,

D'autres descriptions sembleraient ne faire état

que

1966, t. 80, p. 118-119. — Dessin dans le plan cavalier de François Fuzier, 1574 (Munster et François de Belleforest, La cosmographie universelle, t. 1, 1575). — Plans du monastère dressés à l'époque de la Révolution : Cohadon,

Monastère de Saint- Alyre, dans les Tablettes historiques de Г Auvergne, 1843,

Jaloustre, Saint- Alyre,

quels

(ce plan, établi à

l'occasion d'une contestation, est un schéma, faussé par la réduction de tous les angles à 90 degrés). — Plan dans le plan général de Clermont par Loriette, 1791, arch, comm., aux A. D., С III g 111. •— Sépia par Gault de Saint-Germain,

vers 1800,

série Q, reproduit dans

pi.

t.

a été exécuté le plan de la fig. 1. — Plan de l'église seule, arch. dép.,

IV, pi. 13 ; arch, dép., Q

212, reproduit

dans E.

en face de la p. 112 ; 4 plans de la ЫЫ. de Clermont, С 206-209, d'après les

Jaloustre, p.

en face

de la p.

96

bibl. de Clermont, ms.

571, p. 97; reproduit dans Jaloustre, pi.

dans Tardieu, L' Auvergne illustrée ancienne et mo

1886, p. 53-54. —■ Gravure dans le Monasticon gallicanum, reproduite

de la p.

50 ; A.

Audollent,

en face de la p. 122, et

derne,

La cité

des Arvernes au temps de Grégoire de Tours, Clermont-Ferrand, 1939, p. 11 ; NROC, 301 ; fig. 4.

« Cette église est composée de trois nefs, qui, dans leurs extrémités, forment

chacune une ovale, où l'on a placé un autel. Celuy qui est à la droite en entrant

fait la chapelle de Notre-Dame d'entre Saints, dont la pierre est d'un beau

marbre. Celuy qui est à la gauche est dédié à saint Alyre. La châsse de saint

dans Jaloustre, Saint- Alyre, pi. en face

1.

Alyre

fol. 191).

est exposée bien au-dessus du maistre autel » (Audigier, A. D., 4 F 229,

2. « A droite en entrant était la chapelle de Notre-Dame d'entre Saints,

était bien exposée à la vue

plusieurs fois restaurée

la châsse

autel, adossé comme les autres ; dans les derniers temps, on l'avait isolé du mur à la manière de Rome » (Cohadon, Monastère de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de l'Auvergne, 1843, IV, 599-600). L'abbé Cohadon, né en 1797 (Tardieu, L'Auvergne illustrée, ancienne et moderne, 1886, p. 124), avait pu connaître des personnes qui avaient vu l'église.

Dans la nef du milieu était le maître-

A gauche on voyait la chapelle de Saint-Alyre, où

3. Voir chap.

4.

8

A.

In qua [ecclesia] a parte dextera est altare in honore Sanctae Marie semper

virginis, quae est inter sanctos, ideo dicta eo quod altare illud est positum inter multorum corpora sanctorum (Winebrand, Vie de saint Alyre, éd. de Gaifïier, p. 246). — Cette église de Notre-Dame d'entre Saints « se trouve à présent estre seulement une chapelle comprinse dans l'église de lad. abbaye de Saint-

Alire » (Fodéré, Narration

dans les Mémoires de VAcadémie

Saint Alyre « fit bâtir une églize en son nom (de saint Clément) a costé du sep-

de Clermont-Ferrand, 1859, I, 354). —

des convens de l'ordre de s. François, 1619, rééd.

bibl.

Éc. chartes. 1970. 2

20

306

l'ancienne église Notre-Dame, accolée au flanc méridional de la grande nef, apparaît nettement. Du côté du nord ils sont moins clairs. Le plan de l'intérieur de l'église montré

de ce côté une série de petites pièces, où il serait difficile de reconnaître un ancien sanctuaire, bien que l'une d'elles y soit qualifiée « chapelle ». Sur le même plan la grande nef, est accostée de deux bas-côtés étroits. La Vie de saint Alyre par Winebrand atteste que la soudure était déjà faite au xie siècle. Si j'interprète bien le Libellus (n° 11), elle devait même remonter plus haut :

saint Alyre et

P. -F. POURNIER

de son temps l'église est sous le vocable de

le corps de ce saint y repose ; mais deux autels seulement y sont mentionnés : celui de saint Clément en premier, celui de sainte Marie en second. Un acte de 980, cité par Mabillon, mentionne les trois vocables de l'église1. Que conclure? Dans l'état où elle était avant d'être rasée, l'église Saint-Alyre était complexe 2. Elle résultait de la soudure de deux ou peut-être trois sanctuaires primitifs. Celui de Saint-Alyre était, en somme, un agrandissement du premier monument érigé sur la tombe du quatrième évêque et son origine remontait donc jusqu'au ive siècle. Le sanc tuaire de Sainte-Marie n'est pas attesté positivement avant

La chappelle de Nostre-Dame

est scituée au midy » (Dom Jacques Bardion, Histoire de

l'abbaye de Saint-Alyre, 1681, Bibl. nat., ms. 12676, fol. 14 v°, 24). — Ruinart note seulement : in oratorio quod Sanctae Mariae inter Sanctos nomen retinuit

altare habet mar'moreum (note à son édition de Grégoire de Tours, GC, 34, rééd. Patr. lat., LXXI, 853-854. — Jaloustre {Saint-Alyre, p. 99 et 121) a situé Notre-Datae d'entre Saints au nord de l'église Saint-Alyre, d'après une tradition encore conservée chez les religieuses ursulines. Dans l'état présent de mes recherches, cette interprétation, qui contredit tous les textes, depuis Winebrand jusqu'à l'abbé Cohadon (note ci-dessus), me paraît erronée.

d'entre Sainctz

tentrion tout joignant celle de Nostre-Dame

1.

Mancio étant abbé de Saint-Alyre, un prêtre nommé Geraud fait une

donation, pour sa sépulture et le salut de son âme, monasterio quod est juxta civitatem Claromontensem, vocatum Inter Sanctos et est constructum in honore

Dei omnipotentis et sanctae Dei genitrîcis Mariae et sanctorum beati démentis, martyris Christi, et sancti confessoris Christi Illidii, ubi corpus ipsius requiescit (Annales ordinis s. Benedicti, III, 1706, p. 660-661). Il semble entrer dans cette analyse de Mabillon un extrait du texte, mais je ne distingue pas l'extrait de l'analyse. Autre analyse : Audigier, 4 F 229, fol. 199. La Gallia christiana mentionne l'acte d'après Mabillon, mais sous la date 1080 (II, 324).

Sur les églises multiples, voir J. Hubert, L'architecture du haut Moyen

Age en France, 1952, pi. I, et Les cathédrales doubles, dans Genava, 1963,

2.

XI, 105-125.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 307

les xe-xie siècles ; pourtant au xie une tradition lui attri

buait l'antériorité

situation ancienne? Simple légende? L'argument décisif

fait défaut. Un troisième sanctuaire, s'il a existé, aurait-il été un monument destiné à recevoir le bras de saint Clément, lors de l'acquisition de cette relique, au plus tôt vers le déclin du ixe siècle? Ou cette relique fut-elle d'emblée placée dans le sanctuaire de Saint-Alyre? Les documents ne montrer aient-ils pas saint Clément tendant à évincer saint Alyre, plutôt que s'établissant paisiblement à côté de lui? Le pro blème ne me paraît pas soluble dans l'état présent de la

sur celui de Saint- Alyre. Souvenir d'une

documentation.

Le plan du monastère contient encore une particularité

digne de remarque. Le cloître est posé de guingois par rap

port

plus ou moins régulières en raison de circonstances, topo

graphiques ou autres, préexistantes. Mais, dans le cas présent, ne dirait-on pas que deux églises auraient existé d'abord l'une à côté de l'autre, orientées chacune de façon légèr

normalement sur

celle du nord, et qu'ensuite, lors de leur soudure, colle du nord aurait basculé vers celle du sud, en pivotant sur son chevet, laissant le cloître à sa place, ce qui expliquerait l'hiatus intercalé finalement entre lui et l'église du nord? La grande nef et l'église Notre-Dame d'entre Saints avaient chacune à leur extrémité orientale une rotonde-mausolée1. Celle qui était au bout de la grande nef était cylindrique, celle de Notre-Dame d'entre Saints, pent agon aie. Sur le dessin du Monasticon gallicanum, plus ancien, les deux rotondes paraissent bien isolées des deux nefs. Sur le plan d'ensemble du monastère elles paraîtraient, au contraire, soudées aux nefs. Celle de Notre-Dame, seule conservée encore, sembie-t-il, au temps du dessin de Gault de Saint- Germain, y paraît aussi soudée à la nef. C'est elle dont le sommet apparaît derrière le clocher du transept sur l'un des deux dessins de Revel (vue prise du nord).

ement différente, avec un cloître implanté

à l'église. Des cloîtres ont pu être implantés de façons

1. Sur les rotondes-mausolées, voir A. Grabar, Martyrium, p. 490-501 ;

Hubert, V art préroman, p. 60, et Les églises à rotonde orientale, dans les Actes

J.

du IIIe Congrès international pour l'étude du haut Moyen Age, Lausanne, 1964,

p. 309-320.

308

Le plan de l'intérieur de l'égîise Saint-Alyre publié par Jaloustre {Saint-Alyre, planche entre les pages 96 et 97) ne lui donne qu'une seule abside axiale. Sur les plans de la bibliothèque de Glermont (fig. 1) l'église est terminée à l'est par deux absides. Sur le plan des archives départe mentales (reproduit par Jaloustre, op. cit., planche entre les p. 112 et 113) et sur celui de Loriette (fig. 2) elle est terminée par trois absides. Le dessin du Monasticon gallicanum montre clairement deux tours rotondes, en laissant appar aître derrière la principale (c'est-à-dire au nord de l'axe de la grande nef) une construction de plan circulaire. Je demeure perplexe en présence de ces contradictions. Des colonnes en marbres divers, des chapiteaux également en marbre, le sarcophage en marbre sculpté, du ive siècle, transformé en sépulture de l'évêque Justus, étaient des remp lois de monuments plus anciens 1. Grégoire de Tours a narré deux fois l'histoire des « deux Amants », Injuriosus et son épouse. Il note seulement que leurs sépultures étaient « dans une certaine basilique2 ». S'il n'y avait pas eu de translation entre le vie et le xe siècles, cette basilique aurait été Saint-Alyre : c'est là, en effet, qu'était le tombeau d'Injuriosus d'après le n° 11 du Libellus3.

P. -P. FOURNIER

E. Prétentions

de

Véglise

Saint-Alyre

à

une

certaine

prééminence. — ■ Dans les temps modernes l'église Saint- Alyre, telle qu'elle fut depuis la coalescence des basiliques primitives, a eu, ou du moins, prétendu avoir, une sorte de prééminence sur les autres églises de la ville4. Les évêques, quand ils venaient prendre possession de leur siège, y faisaient

1. NROC, 385-389, 471-472; A. Redon, Le sarcophage de saint

2. Duos fuisse apud Arvernum virum scilicet et puellam

3.

4.

Erant

Just ,

309-

in una

quidam basilica (GC, 31. Cf. HF, I, 47). On notera, en passant, que l'axe de la basilique était dans le sens est-ouest, puisque les deux sarcophages, d'abord séparés, étaient adossés l'un à la paroi nord, l'autre à la paroi sud.

dans le Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1970, t. 84, p.

312, pi.

Certains ont pensé, mais sans preuve, que Scholastica, nommée par le

C'est ainsi que Dufraisse écrit : « Nostre-Dame-d'entre-Saints, dans la

estoit autresfois le baptistaire, qui est la première et la plus ancienne

Libellus en même temps qu'Injuriosus, aurait été son épouse (cf. Levïson, son éd. du Libellus, p. 461, note de la p. 460 ; Longnon, GG, 486).

quelle

du diocèse » (OEF, 326).

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

309

un bref séjour et c'est de là qu'ils partaient processionnelle- ment pour faire leur entrée solennelle dans la ville, par la porte des Gras, et dans la cathédrale 1. Cet usage est attesté pour Guillaume Duprat, 1535 2, Louis d'Estaing, 1651 3, Gilbert de Veyny d'Arbouze, 1664 4. Des usages compar ables ont été observés dans d'autres cités épiscopales 5. Un acte de non-préjudice de 1672 attribue à Saint-Alyre la s econde place parmi les églises de Glermont 6. Au xvne siècle, YHistoire anonyme de Vabhaye de Saint-Alyre note que,

« lorsque les religieux de cette abbaye assistaient aux pro-

1. Audigier, 4 F 229, fol. 164, 195 ; Delarbre, NRA, 60 ; Cohadon, Monastère

de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de VAuvergne, 1843, IV, 622-623 ;

Verdier-Latour, Notices historiques sur

mss. 698, fol. 179, et 699, p. 15 ; Cohendy, Entrée des évêques, dans les Annales

de l'Auvergne, 1855, XXVIII, 378-398 ; Tardieu, HCF, I, 173,

348; II, 66-70, et L'Auvergne illustrée ancienne et moderne, 1887, p. 42-44.

scientifiques

Saint-Alyre, bibl. de Clermont,

II, 67-69; R. SèYe, La vie

2.

3. Cohendy, Entrée

Gonod, CEC, 46-47; Tardieu, HCF, I, 66-67.

,

389-392; Tardieu, HCF,

à Clermont, dans Clermont, ville de Pascal, 1962, p. 153-154.

4. Cohendy, Entrée

5.

,

394-396 ; Tardieu, HCF, II, 69-70.

Par exemple, les archevêques de Bordeaux faisaient une station à l'église

Saint-Germain et passaient la nuit à Saint-Seurin avant de faire leur entrée

à

plus ancien y fait allusion. D'autres textes qualifient Saint-Seurin de gleysa cathedrau (1444), prima sedes Burdigalensis (1482) : de Maillé, ROCB, 232/ 237, 238, 244. Mme de Maillé note que Saint-Seurin ne fut pas cathédrale, mais s'élevait dans un site où avait été vraisemblablement le premier groupe

episcopal (p. 263). Elle cite d'autres exemples d'entrées épiscopales compar ables (p. 262-263) et conclut qu'il s'agit d'un « rite qui s'inscrit dans le cadre

et

A

la

se

ionet la superficie des cités, dans la Bibliothèque de VÉcole des hautes études,

dirigeait en procession vers la ville haute (F. Lot, Recherches sur la populat

sciences historiques et philologiques, lre partie, 1945, p. 128). 6. « Nous Gilbert de Veny d'Arbouze, évêque de Clermont, sur la remont rance qui nous a esté faite par le Père prieur claustral, an l'absence du Père abbé, de l'abbaye de Saint-Allyre proche lad. ville de Clermont, que par nostre mandement du moys de may de la présente année nous aurions ordonné que toutes les églises de nostre diocèse et particulièrement celles de Clermont expo seraient le très saint Sacrement de l'autel et feroient des prières de 40 heures pour l'heureux succès des armes de Sa Majesté et que lad. exposition du saint Sacrement se feroit dans lesd. églises successivement et suivant l'ordre de prééminence ou d'antiquité d'icelles, néantmoins dans la liste qui a esté posée au dessoubz dud. mandement lad. abbaye de Saint-Allyre se trouve dans un rang fort éloigné, quoyque, sans contredit, elle aye tousjours tenu et doive tenir rang immédiatement après la cathédralle de lad. ville et ainsy led. Père prieur, pour les religieux de lad. abbaye, nous auroit humblement requis de leur vouloir accorder un acte pour ernpescher que lad. liste ne leur puisse pré-

la cathédrale Saint- André. Cet usage est attesté dès le xive siècle ; un texte

l'esprit de tout un ensemble de coutumes féodales, religieuses et laïques ».

Vaison, l'évêque, lors de son installation, célébrait sa première messe dans

vieille cathédrale (abandonnée pour celle de la ville haute en 1464), puis

310

cessions générales, ils avoient le premier rang après la cathé drale1 ». D'aucune de ces coutumes de l'ancien régime, je ne con nais présentement d'attestation plus ancienne. Elles pour

raient

tions formés ou développés en des temps et dans des ci

rconstances non déterminés, peut-être ne reposant que sur des mythes plus ou moins tardifs. Pourtant les rites de l'Église

P. -F. FOURNIER

remonter simplement à des usages ou à des préten

ou les coutumes

du

clergé

sont

parfois

conservateurs.

L'administration ecclésiastique n'a-t-elle pas conservé jus qu'à la fin du xvine siècle, malgré les conditions nouvelles qui en accusaient l'archaïsme et moyennant seulement des retouches de détail, les cadres de l'administration d'Au guste? On ne saurait donc exclure formellement une hypo thèse qui rattacherait de tels usages au souvenir, transmis à travers les âges, d'un état remontant à des temps très anciens. Le degré de probabilité en reste évidemment in certain. Je note seulement que rien ne la contredit.

9. Saint- Vénérand.

— A vingt-cinq mètres

environ

au sud-sud-est du chevet de la basilique Saint-Alyre s'éle vait la basilique Saint-Vénérand. Elle contenait des sarco

phages en marbre représentant des symboles chrétiens2,

judicier. Pour à quoy satisfaire et en considération de la dignité de lad. abbaye, nous déclarons que nostre intention n'a point esté de porter préjudice en aucune façon au rang deti à lad. abbaye de Saint-Allyre et que l'ordre où elle a esté mise ne pourra tirer à conséquence pour l'advenir. En foy de quoy nous avons signé le présent acte de nostre main et iceluy fait contresigner par nostre se

crétaire

ce 11e juin 1672. Gilbert, évêque de Clermont. Par commandement

de mond. seigneur : Grenouille, loco secretariU (A. D., H, Saint-Alyre, lay. 9 В, cote 830, copie contemporaine non authentique, papier.

Histoire anonyme de l'abbaye de Saint-Alyre, xvne siècle, Bibl. nat., ms. fr. 12676, fol. 54).

2. In basilica- Sancti Venerandi, quae Sancti Illidii est proxima, transvo-

1.

luta cellula a parte occidentis fuit, in qua multa ex marmore Phario sepulchra sculpta sunt, in quibus nonnulli virorum sanctorum et mulierum religiosarum quiescunt. Unde non ambigitur eos esse christianos, quia ipsae historiae sepul-

chrorum de çirtutibus Domini et apostolorum ejus expositae sunt (Grégoire de Tours, GC, 34). Cf. NROC, 390. Du temps que Georges était comte du pays d'Auvergne, pars transvolutionis illius, quae per longinquae incuriae negle-

gentiampluviis erat infusa, super unum eorundem sarcofagum ruit operturiumque ejus impulsům in frustra comminuit. In quo apparuit puella jacens, ita membris omnibus solidata quasi nuper ab hoc saeculo fuisset adsumpta. Nam faciès ma-

nusque ejus

integrae erant--. Sed credo earn aromatibus fuisse conditam. La

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

311

les tombes du martyr Liminius1, des saints évêques Véné- rand et Népotien2, d'autres saints inconnus3. L'épitaphe du

femme du comte, à la suite d'une vision, fait recouvrir d'une pierre le sarco phage, quod in basilica Sancti Venerandi detection habetur (Grégoire de Tours, GC, 34). Sum enim in hoc loco multa sepulchra, quae, ut diximus, fidelium

esse probantur. Habetur

memoriae gallae (Ibid., 35). — Sur Galla, voir H. Delehaye, Sanctus, 1927, p. 44. L'indication d'origine « de Paros » ne doit pas être prise à la lettre. C'est

une synecdoque (cf. Ausone, Ordo urbium nobilium, vers 120, 148 ; Sidoine

140). En 1629, Abraham

Gôlnitz mentionne une chapelle « où reposent les corps d'un grand nombre de martyrs » (Reçue d'Auvergne, 1884, I, 99). — C'est dans le mausolée, cellula,

qu'étaient les sarcophages. La cellula placée hors de la basilica, puisque sa

551), n'en faisait

ibi tumulům huic a laeça, sur lequel est écrit : sanctae

Apollinaire, Ep.,

II, 2, 7;

Carm., XI,

18, XXII,

Martyrium,

pas moins corps avec elle (in basilicam). M. Grabar pense que la cellula pou vait occuper une partie de l'atrium, parvis commun, qui séparait Saint-Véné randde Saint-Alyre et où se trouvaient aussi les tombeaux d'Alexandre et de l'inconnu (Martyrium, I, 410, 550-551). —• Sur Saint-Vénérand, voir Longnon, GG, 482, 488-489 ; Tardieu, HCF, I, 329. Au хше siècle, la dédicace de Saint- Vénérand était célébrée à Saint-Alyre le 29 octobre : dedicatio basilice Sancti

voûte recevait la pluie (Grabar,

I, 410, n. 2,

Venerandi (Martyrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 33 v°). L'état du cadavre de la jeune fille pourrait être rapproché de ce qu'on a ap pelé la « momie » des Martres-d'Artières : P. -F. Fournier, La momie des Martres- d'Artières, dans la Reçue ď Auvergne, 1963, LXVIII, 97-126.

In hac enim basilica et beatus martyr Liminius est sepultus, cujus agonis

historia cum ab incolis teneatur, nullus tamen ei cultus çenerationis inpenditur (GC, 35). Juxta hanc urbem (Clermont) Liminius Antolianusque martyres

requiescunt (HF, I, 33). Au vie siècle, on ne rendait donc aucun culte à Limi nius (H. Delehaye, Sanctus, p. 141). Son inscription au Libellus (n° 10) montre que ce culte existait vers le xe siècle. Je n'éprouve, en effet, pas d'hésitation à identifier Liminius avec le saint Linguinus qui est inscrit au Libellus : limi nius peut produire facilement la fausse lecture linjuinis ou linjinius. Voir

Levison, note

xiii0 siècle, on fêtait à Saint-Alyre, le 13 ou le 14 mai, la translatio sancti Li-

mini maniris (Martyrologe, bibl. de Clermont, ms.

1.

de son édition

du Libellus ; AASS,

mars III,

674,

fol.

p.

766.

131

Au

v°).

6 v°,

Au xviie siècle, son corps reposait à Saint-Alyre : Savaron, OC, 18 ; Audigier,

4

Est ibi et sepulchrum ipsius sancti Venerandi episcopi, a quo haec aedes nomen accepit, sub analogie compositum, super quod caput per fenestellam

quique çult immittit, praecans quae nécessitas cogit

episcopus requiescit (GC, 36). Les tombes de Vénérand et de Népotien sont mentionnées dans l'église Saint-Vénérand par le Libellus (n° 10). Mais, en 1311, quand l'évêque Aubert Aycelin procéda à l'élévation des reliques de saint Alyre, on croyait celles de Népotien dans l'église Saint-Alyre ; on r enonça à en poursuivre la recherche propter di-ffîcultatem quaerendi corpus- ,

quod in eadem capella sicut et multi alii sancti sepultum fuisse noscitur (AASS, juin I, p. 424 ; Savaron, OC, 30 ; cf. Leclercq, BAC, IH-2, 1915). Les corps de Népotien et de Vénérand étaient à Saint-Alyre au xvne siècle (Savaron, OC, 18; Audigier, 4 F 229, fol. 207). Nécrologe de Saint-Alyre, xine siècle, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 134, 22 décembre : translatio sancti Venerandi, episcopi confessoris.

Ibi et sanctus Nepotianus

F 229, fol. 206.

2.

o. Sum enim ibi-

inlustrium merilorum çiri, quorum nojnina ignola incolis,

P. -F. FOURNIES.

312

diacre Innocentius en provient1. La dédicace de l'église était célébrée à Saint-Alyre le 29 octobre2. L'église existe

encore dans le jardin de l'Institution Saint-Alyre. Elle est défigurée, encrassée de crépis et d'enduits, affectée à di

usages : sépultures des religieuses du xixe siècle au

sous-sol, resserre d'outils d'horticulture au rez-de-chaussée3. Elle était entourée d'un ancien cimetière, qui remontait à l'époque païenne et contenait des sarcophages étrécis aux pieds, sans niche pour la tête4. Entre les basiliques Saint-Alyre et Saint- Vén érand, on voyait le sépulcre d'un nommé Alexandre5, qui n'est pas connu autrement, et celui d'un inconnu6.

vers

10. Saint-Cassi. — Les martyrs Gassius et Victorinus r près de Glermont7 dans un ancien cimetière de la

eposaient

ville8. Une basilique avait été édifiée en leur honneur. Elle

scripta tamen, ut credemus, retenentur in coelis (Gl. conf., 35). Sur cette formule et d'autres analogues, voir NROC, 388. Entre le vie siècle et les rxe-xe, le nombre de ces saints inconnus s'est précisé : 6200 in corpore quiescunt, quorum nomina Deus scit (Libellus, n° 10). Puis il continua à croître : Nalalis ss. Cassi et Victorini et Maxim(i) martirum čum aliis 6666 (Martyrologe de Saint-

Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 7 v°, 15 mai). Cf. Levison, éd. du Libellus, p. 460, n. 5 ; Dom Chevalier, Dissertation sur les martyrs d'Auçergne, bibl. de Clermont, ms. 712, fol. 32 v°. Mosnier pense que c'est l'effectif de la légion romaine qui a inspiré un tel chiffre aux hagiographes, la troupe des martyrs étant comparée à une légion (SSAUV, I, 136).

1.

3.

Le Blant, Inscriptions chrétiennes, II, n° 564; CIL, XIII, 1489; NROC,

390.

2. IIII kl nov., dedicatio basilice Sancti Venerandi (Lectionnaire de Saint- Alyre, хше siècle, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 33 v°).

NROC, 391. Cf. Longnon, GG, 488; J. Hubert, L'architecture religieuse

du haut Moyen Age en France, 1952, pi. XVII, n° 62, p. 63. Photogr. : Jaloustre, Saint-Alyre, 1910, pi. en face de la p. 18 ; P. Balme, Clermont capitale du Massif

Central, 1931, p. 33.

4.

5. Inter egressum basilicae Sancti Illidii et ingressum templi Bead

NROC, 387, 391, 393.

sepulchrum- ■■ in edito positum, in quo ferunt Alexandrům quendam religiosum

fuisse sepultum (GC, 35). Alyre a passé pour avoir ressuscité trois jeunes gens Claromontanae urbis nobilissimos, Alexandrům, Floridum, et Pudentem (Vie

anonyme de saint Alyre, AASS, juin I, p. 42J, par.

Gaiffier, p. 245, n. 1. S'agirait-il du même Alexandre? Cf. Longnon, 482, 489.

hujus sepulchri, si ingrediaris per ostium in basilica Sancti

Venerandi, dextra de parte sepulchrum parvulum contemplabis super terram situm. On ignore qui- il contient (GC, 35).

4; Winebrand, éd. de

GG,

6. E regione

7.

8. NROC, 393 (place Sainte-George), — Mais rien n'autorise à conjecturer

Juxta hanc urbem (HF, I, 33).

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 313

était connue

reliques des deux martyrs à l'époque

et devint, plus tard, l'église paroissiale du quartier. Reconst ruite à plus d'une reprise, elle existe encore, défigurée par son affectation actuelle : elle sert d'école 1. Elle est située

sous

le

nom de

Saint-Cassi,

contenait les

(n°

9)

du Libellas

à environ vingt-cinq mètres au nord-est de Saint-Vénérand,

à trente-cinq mètres à l'est du chevet de Saint-Alyre. Le

mausolée de saint Gassius, contenant le sarcophage en marbre du saint, lui était accolé 2. Dans cette basilique a reposé la dépouille mortelle d'une jeune campagnarde, Georgia, dont le corps avait été porté à Glermont, pour y être inhumé3. Cette histoire atteste l'usage des inhumations en des lieux éloignés du domicile des défunts, mais élus pour bénéficier du voisinage de saints renommés. Grégoire de Tours ne désigne pas par son nom l'église où fut inhumée Georgia. Mais sa sépulture devint l'objet d'un culte et c'était dans l'église Saint-Cassi qu'elle se trouvait dès l'époque du Libeïlus (n° 9), si bien qu'il vint un temps où l'église fut communément aussi connue sous le nom de Sainte-George que sous celui de Saint-Cassi. Guillaume Duprat, évêque de Clermont, ouvrit le tom beau de sainte George en 1531. Au temps de Savaron, il était sous un arc de pierre avec un quatrain gravé sur marbre. D'après Ruinart le corps aurait été transféré à Saint-Alyre

que ce fût là qu'ils « avaient vécu et subi le martyre » (Dubois, EPSP, 25, 26).

Voir Longnon, GG, 483; Mosnier, SSAUV, I, 292, note, 487; NROC,

391-392.

2. Erat enim ad basilicam Sancti Cassii marlyris crypta antiquissima abditis-

1.

simaque, ubi erat sepulcrum magnum ex marmore Phario [H F, IV, 12). Ce fut le lieu de l'épisode macabre du prêtre Anastase, enfermé vivant dans ce sarco phage. L. Duchesne en a quelque peu rajouté en donnant pour compagnon à Anastase dans le sarcophage un « cadavre en putréfaction » [L'Église au VIe siècle, 1925, p. 527) : il n'y avait que des os. On notera au passage que ce mausolée avait deux portes : celle qui servait d'habitude et devant laquelle se tenaient les gardes et une autre, par où s'évada Anastase avec l'aide d'un

passant. Le sens à'abditus serait « éloigné, caché » : ne signifierait-il pas ici « profond »?

3. Fertur--- fuisse in ea urbe (« diocèse ») puella quaedam religiosa-

Factum est

in rure commanens

oppidi (Clermont) causa sepeliendi portaretur■■■ Des colombes suivent le cor

tège. Quam in basilicam delatam, elles se posent super tectum aedis ipsius et

se retirent après l'ensevelissement,

XIII, 1491). — Sur les sépultures ad sanctos, cf. Grabar, Martyrium, I, 43,

488-489.

, ut, migrans ab hoc mundo, ad basilicam

Georgia nuncupala (GC, 33 ; CIL,

quae

P. -F. FOURNIER

par l'évêque Louis d'Estaing1. Le corps de saint Cassius était encore dans l'église Saint-Cassi au xvne siècle2. Mais plusieurs églises ont prétendu en détenir des parties3.

314

11. Saint- Antolien. — Antolien et Liminius étaient deux

martyrs enterrés près de Clermont 4. Quand deux pieuses femmes, Alchima et Placidina, sœur et épouse de i'évêque Apollinaire (entre 515 et 525) 5, entreprirent d'édifier un monument sur la tombe d'Antolien, le creusement pour les fondations fit remuer des squelettes. Comme on ignorait à

qui ils avaient appartenu, on les rassembla dans une grande fosse. La construction n'était pas d'une solidité très grande. Elle était lézardée au temps de l'évêque Avitus (571- après 592). Une réparation entreprise par lui n'empêcha pas qu'elle s'écroula, sans écraser l'autel, ce qui fut consi déré comme un miracle6. La manière dont Grégoire de Tours mentionne la tombe d'Antolien avec celle de Liminius, dans une seule proposition, n'interdit pas de penser qu'elles ne devaient pas être élo

ignées

l'une de l'autre.

Or celle de Liminius était à Saint-

Vénérand7. Aucune église Saint -Antolien n'existait à

l'époque du Libellus, qui mentionne les reliques du saint dans l'église Saint-Gai (n° 8). Il ne serait pas inconcevable

cette

église par celui de Saint-Gai8. Le mauvais état de l'église

Saint-Antolien à la

à

conjecturer la translation des reliques du saint dans une

autre église, après la ruine définitive de la sienne propre.

que le titre de Saint-Antolien eût été refoulé dans

fin du vie siècle inclinerait plutôt

D'après une version de la première

Vie de saint Priest,

Savaron, OC, 18, 349 ; Audigier, 4 F 229, fol. 207 ; Ruinart, son édition

de Grégoire de Tours (éd. Migne, Pair, lat., LXXI, col. 854-855, note) ; Tar-

dieu, HCF,

1.

I, 298-301 ; Longnon,

GG, p. 483; Mosnier, SSAUV, I, 292.

2. Savaron, OC, 18 ; Audigier, 4 F 229, fol. 206.

3. Mosnier, SSAUV, I, 486, 487.

4. Juxta hanc urbem (HF, I, 33).

5. Duchesne, FEG, II, 35. Sur Alcima, voir Stevens, Sidonius Apollinaris,

84-85, note; A. Loyen, éd. des Poèmes de Sidoine Apollinaire, t. I, I960,

xvii ; Mommsen, dans l'édition des Œuvres de Sidoine Apollinaire (MGH,

p.

p.

Auct. antiquiss., VIII), p. xlvii ; Grégoire de Tours, HF, III, 2.

' 6.

GM, 64. •—■ Sur cette église voir Grabar, Martyrium, t. I, p. 439.

7. Grégoire de Tours, GC, 35.
8.

Sur la perte fréquente du vocable primitif dans les églises « devenues

214,

des églises de corps saints ou de reliques », cf, de Maillé, ROCB,

CLERMONT-FERRAND' AU VIe SIÈCLE 315

les reliques de saint Antoiien auraient été translatées en même temps que celles des saints Gassius et Victorinus par l'évêque Avitus II, vers 676-691 1. En tout cas, au xvne siècle, les reliques de saint Antoiien et de saint Gai étaient à Saint-Alyre2 et aucun souvenir de l'église Saint-Gai n'était conservé. La place occupée par elle dans le Libellas ne permettrait guère de douter sérieusement qu'elle était située dans le grand cimetière du nord. Je ne saurais préciser davantage. L'abbé Raphanel pensait que ce devait être dans les parages de la rue Sainte- George, non loin de Saint-Cassi 3. Pourtant au xvnie siècle les religieuses de Sainte-Glaire,

installées un peu plus haut, entre Saint-Eutrope et la rue Abbé-Bannier, prétendaient que leur enclos occupait l'em placement de l'ancienne église Saint-Antolien. Les titres anciens de l'abbaye de Sainte-Glaire sont presque tous perdus, et les légendes dont on a cru illustrer l'origine du couvent ont varié. Une première forme s'en trouve chez Audigier4 : les clarisses « eurent dans leur premier establis- sement une église dédiée à saint Jean-Baptiste, qui estoit à l'extrémité de leur enclos du costé du nord, non loin de

la paroisse de Saint-Cassius

légende est dans un catalogue des abbesses placé en tête de l'inventaire des archives du couvent. Guilherme y est considérée comme la première abbesse. « C'est de son temps et l'année 1306, étant évêque de Gîermont Pierre du Groq, que îuy fut donnée et à sa communauté l'églize de

». Une seconde

forme

de

la

1. AASS, janv. III, p. 244, par. 5.

2. Savaron, OC, 18; Audigier, 4 F 229, fol. 206-207; Longnon,

GG, 483.

Ecclesia S. Galli destructa, sacrum corpus Antoliani in ecclesidm S. Illidii translatum est (Ruinart, son édition de Grégoire de Tours, éd. Migne, Patr. lat., LXXI, col. 763, note). R.uinart ajoute toutefois que d'autres soutiennent que le corps de saint Antoiien aurait été transféré à Chanteuges. Cf. J. Branche,

VSSA, I, 190 ; Mosnier, SSAUV, I, 212. Le corps de saint Gai aussi fut trans féréà Saint-Alyre (26 avril, Arçernis translatio s. Galli episcopi et confessons :

Martyrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 3 y0), ainsi que celui d'un autre évêque, Urbicus, qui avait été dans la même église Saint-Gai (Savaron, OC, 18 ; Audigier, 4 F 229, fol. 207).

3.

Raphanel, EEG, 152 (il pense que cette église tirait son nom de Gai II,

561 ; Tardieu,

HCP,

I,

328). Cf. Longnon,

GG, 483.

4. 4 F 229, fol. 246, 282 ; cf. Gallia christiana, II, 416; Tardieu, HCF,

I,

évêque entre 630 et 655) ; Savaron, OC, 348 [Libellus, n° 8) ; Mosnier, SSAUV,

II,

328, 396-397; Mosnier, SSAUV, I, 212.

P. -F. FOURNIER

Saint-Antolian martir, bâtie hors les murs de la ville, sous l'épiscopat de saint Quientian dans le ve siècle, par une vierge d'Auvergne. Il en est fait mention dans l'office de saint Vénérand, le 18 janvier. L'on avoit transféré dans cette même églize, environ l'an 1303, le corps et une partie des reliques de sainte Claire, qui reposoient auparavant dans l'églize de Saint-Vénérand et. dès lors l'abbaye prit le nom de Sainte-Glaire1. » Que penser d'une telle tradition? Aurait-elle été simplement inventée au cours des âges, comme tant d'autres, par quelque sœur plus ou moins érudite? Aurait-elle eu quelque fondement? Si l'enclos des clarisses descendait vers le nord, dès le principe, jusqu'au chemin devenu depuis la rue du Pérou — ainsi qu'il faisait en 1791

(plan Loriette, fig. 2) — ■ aurait-il compris dans ses parties basses, à une époque proche de l'installation du couvent, quelque ruine de l'église Saint-Antolien ? Plus tard, la dis parition totale de cette ruine aurait-elle permis la confusion avec l'église Saint-Jean-Baptiste — proche, mais dans l'enclos de Saint-Alyre — disparue, elle aussi, lors de la rédaction de ces deux textes, mais dont le souvenir, encore existant du vivant de Savaron, pourrait donner à penser qu'elle aurait survécu à Saint-Antolien? Ces questions demeurent sans réponse. Pourtant on peut noter qu'au

coin

Gaultier-de-Biauzat) et au xxe (rue Dumaniant) sur l'em

placement

peu plus haut, dans la rue Dumaniant elle-même des sépul

tures (en sarcophages de domite, ou sans entourage conservé)

ont

rrespondre au champ d'inhumations sur l'emplacement du quel l'église Saint-Antolien fut édifiée. Mais ces sépultures occupent une aire assez étendue pour interdire, dans l'état

316

des deux rues nouvelles percées au xrxe siècle (rue

été

de cette partie de l'enclos

observées

(NROC,

des clarisses

et,

un

384). Elles pourraient co

1. A. D., H, clarisses de Clermont, inventaire des archives, 1744, non coté, registre, fol. 2-3 ; Extrait de l'inventaire de titres, mémoires et documents de l'ab baye royale de Sainte-Claire-lès-Clermont, dans le Bulletin historique et scien tifique de l'Auvergne, 1915, p. 219-220; Mosnier, SSAUV, I, 210. — Outre l'erreur concernant Saint- Jean-Baptiste, on relève encore dans l'historique placé en tête de cet inventaire : l°une date fausse de l'épiscopat de Quintien ; 2° la confusion inepte entre la fondatrice de l'ordre des clarisses et une certaine sainte Clara, Clermontoise, inconnue d'ailleurs, dont le corps reposait à Saint- Vénérand {Libellus, n° 10) ; 3° une date fausse de l'épiscopat de Pierre de Cros.

317

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

présent de nos connaissances, de chercher à situer plus précisément cette église.

12. Saint-Étienne. — Cette basilique, située à 220 mètres

au sud de celle de Saint-Alyre, est mentionnée deux fois par Grégoire de Tours. Il relate d'abord sa construction par l'épouse de l'évêque Namace dans un faubourg hors des murs, vers le milieu du ve siècle et note ensuite que l'évêque

Quintien

située entre le faubourg Saint-Alyre et la ville du Moyen.

(entre

515

et

525) y fut inhumé1.

Cette

église,

Age, près de la rue Sainte-Claire, existe encore, mais en

tièrement

de Saint -Patro cle et elle est connue communément au

jourd'hui

cimetière il y avait des sarcophages en pierre étrécis aux pieds et sans niche pour la tête 3. Les corps des évêques Quintien et Namace étaient encore à l'église Saint-Étienne vers le xe siècle4. Celui de Quintien fut transféré dans l'église Saint-Genès 5, où il était encore au xviie siècle6. Les deux basiliques de Saint-Vénérand et Saint-Cassi s'élevaient au milieu du cimetière gallo-romain du nord, comme celle de Saint-Alyre. Chacune avait été construite pour abriter et honorer une sépulture spécial ementvénérée : celles d'un martyr (Cassius) et de deux évêques (Alyre et Vénérand). Le cimetière a continué à se développer après leur construction, car les fidèles qui

rebâtie. Elle a été un certain temps sous le titre

sous celui de Saint-Eutrope2. Dans son ancien

1. Basilicam Sáncti Stephani suburbano murorum aedijicavit [HF, II, 17).

[Quintianus] sepultus est in basilica Sancti Stephani ad levam altaris (VP, IV, 5). Sur Quintien, voir Duchesne, FEG, II, 35 ; Leclercq = DAC, III-2,
1915.

Sur cette église, voir : Audigier, 4 F 229, fol. 167, 265-266 ; 4 F 230, fol. 28, 54; Longnon, GG, 488; Tardieu, HCF, I, 296-297; R. Crègut, Le cénobite

Abraham, dans les Mémoires de VAcadémie

VI, 81-109; [Joseph Pouzadoux], Querelles de clocher, dans Le messager de Saint-Eutrope, mars 1955, n° 18, p. 5-8; NROC, 384-385, 396.

2.

de Clermont-Ferrand, 2e série,

3.

NROC, 238, 384.

4. Libellus, n° 13.

5. Avant 1095, d'après Mosnier, SSAUV, II, 618 ; en 1242, d'après Audigier, 4 F 230, fol. 54.

6. Savaron, OC, 19. Ibique (à Saint-Eutrope) et jam nunc visitur ejus se-

pulchrum. Sed sacrum corpus inde translatum est in ecclesiam Sanctorum Sym- phoriani et Genesii in urbem, ubi hodie quiescit (Ruinart, édition de Grégoire de Tours, éd. Migne, Patr. lat., LXXI, col. 1026, note).

P. -F. FOURNIER

318

disposaient de ressources suffisantes affectionnaient la proxi mité d'un corps saint pour élire leur sépulture. Saint- Etienne a bien contenu les sépultures des deux évêques ci-dessus nommés. Mais elle n'a pas été construite à cette intention. Elle l'a été du vivant de Namace, afin d'honorer une relique de saint Etienne, et trois quarts de siècle avant la mort de Quintien. Le culte du protomartyr s'est développé à partir de l'invention de son corps en 415. Si l'anecdote relative à la construction de son sanctuaire de Glermont est exacte, elle serait un témoignage de la rapidité avec laquelle ce culte s'est propagé1.

13.

Saint-Cirgues. — Un Perse chrétien,

Abraham,

fuyant la persécution qui sévissait dans son pays sous les rois Yezdedjerd Ier, Varane V et Yezdedjerd II, dans la première moitié du ve siècle, se réfugia à Glermont, y fonda un monastère et y construisit une église2, qui, au temps de Grégoire de Tours, était dédiée à saint Cirgues3. Abra ham mourut après que Sidoine Apollinaire fut rentré en grâce auprès du roi des Wisigoths, Euric pour le compte de qui Victorius gouvernait alors l'Auvergne (474-481). S idoine Apollinaire composa l'épitaphe d'Abraham en vers4. L'église Saint-Cirgues fut paroissiale jusqu'à la Révolution. Une partie des murs existe encore, transformée à l'usage de dépôt de marchandises, entre les rues Saint-Cirgues, Font-

1. De Maillé, ROCB, 9, 169 ; R. Louis, Les églises d'Auxerre, p. 16.
2.

Aedificas hic ipse Deo venerabile templům (Sidoine Apollinaire, Epist.,

Arvernus advenit ibique ad basilicam Sancti Cirici monasterium collocavit

fuit in monasterio Beau Quirici urbis

ad festivitatem

VII, 17, vers 23).

3.

(VP, III, 1). Apud urbem Arvernam

ipsius abbas Abraham (HF, II, 21). Sanctus vero Sidonius

basilicae monasterii, oui supra meminimus (le ch. 21 mentionne deux monast ères, mais celui de Saint-Cirgues, nommé en dernier, doit être celui auquel se

rapporte le ch. 22), invitatus accederet (Ibid., 22). Longnon [GG, 485) et Tar- dieu (HCF, I, 302) ont admis, d'après Grégoire de Tours, que l'église existait avant l'arrivée d'Abraham. Pourtant, Sidoine Apollinaire parle d'une cons

truction.

Voir Savaron, OC, 19, 354-355 ; R. Crègut, Le cénobite Abraham =

MACF, 2e série, VI ; P.-F. Fournier, dans le Dictionnaire de biographie fran

çaise,
634.

doine

1929, t. I, col. 193-194; Tardieu, HCF, I, 296; Mosnier, SSAUV, I,

4. Sidoine Apollinaire, Ep., MGH, Auct. antiq., VIII, 123. — Décès de Si autour de 4 86 (Loyen, éd. des Poèmes, t. I, p. xxix).

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

giève et la place Fayolle1, à 450 mètres au sud -ouest de Saint-Alyre. Cette église contenait la sépulture d'Abraham à l'époque

du Libellus (n° 14).

le souvenir de l'emplacement exact de cette sépulture ait été perdu, car elle fut découverte au xvne siècle2. Au temps de Gaignères une inscription en indiquait l'emplacement « près la grande porte à droite en entrant », c'est-à-dire, contre le mur méridional de l'église3. Le 18 mai 1761, une fouille constata en cet endroit l'existence d'une tombe en pierre, qui ne fut pas ouverte4. Le 14 juin 1803, l'abbé Geneix, curé de Saint-Cirgues de 1758 à la Révolution et curé de Saint-Eutrope depuis le Concordat, fit fouiller au même endroit et exhuma un squelette, qu'on admit être celui d'Abraham. Le 11 avril 1804, il fut transféré à l'église Saint-Eutrope 5, où il est exposé sous l'autel d'une chapelle.

319

Puis, il semble

qu'au cours des âges

14. Saint-Laurent. — Ily a à Clermont la basilique de Saint-Laurent, note Grégoire de Tours6. En 551, le corps de l'évêque Gai, l'oncle de Grégoire, y fut inhumé7. Des miracles se produisirent sur son tombeau8. Son corps y était encore à l'époque du Libellus (n° 3) et fut, plus tard,

1. Raphanel, EEC, 153. Sur l'ancien cimetière de Saint-Cirgues, voir NROC,

D'après un procès-verbal de guérison miraculeuse, 3 juin, 1687, « les re

3.

238, 397.

2.

liques [du saint] estoient trouvées peu de temps auparavant dans, l'esglise de Saint-Cirgues ». Un catalogue de guérisons miraculeuses « au tombeau de

s. Abraham » (12 septembre 1684 au 18 avril 1686) ferait penser que l'année 1684 pourrait être celle de la découverte (Crègut, 63-67).

Emile Roux, Êpitaphes et inscriptions des principales églises de Clermont-

Ferrand d'après les manuscrits de Gaignères, dans les Mémoires de V Académie- ■■

de Clermont-Ferrand, 1904, XVII, 112. Crègut, p. 69-70. Le procès-verbal d'élévation des reliques (1803) précise : joignant le pilier à droite de la porte (Crègut, 93, 96).

4. Crègut, 71.

5. Crègut, 93-104.

6. Est enim apud eandem urbem (Clermont) basilica Sancti Laurentii, levitae,

cui supra meminimus (le renvoi concerne le saint, non la basilique) (Grégoire

de Tours, GM, 45). Cf. Duchesne, FEG, II, 36. Épitaphe par Fortunat, IV, 4; cf. Leclercq, BAC, III-2, col. 1917-1918. — Grégoire de Tours mentionne l'église de Saint-Laurent à Saint-Germain-Lembron (HF, II, 20) : Savaron a mal interprété « l'église de Saint-Laurent [à Clermont] » (OC, 345).

7.

8.

In Sancti Laurentii basilicam sepeliunt (Grégoire de Tours, VP, VI, 7).

VP, VI, 7.

V

320

transféré en l'église Notre-Dame du Port 1. Au xvne siècle,

l'épitaphe du diacre

été découverte dans l'ancien cimetière de Saint -Laurent 2.

L'église, nommée dans la Vie de saint Bonnet 3, était au quartier du Port4. De construction romane, elle existe encore, encastrée dans d'autres immeubles au sud de la rue du Port. Au xixe siècle, elle a servi de chapelle militaire, sous le vocable des saints Laurent et Maurice 5. Aujourd'hui elle sert de salle de réunion à la paroisse du Port. La paroisse,

dont elle

P. -F. FOURNIER

Emellio,

décédé en

548 ou en 621,

a

a xnie siècle 6.

été

le siège,

a

été

unie

à

celle du Port au

15. Saint-André. — Grégoire de Tours rapporte longue mentles prodiges, qui, pensait-il, avaient annoncé l'épidémie de peste qu'on date de 571. Parmi ceux-ci, il cite un oiseau, qui, entré dans la basilique Saint-André, y éteignit les lu mières 7. L'épidémie causa dans toute la région une grande mortalité. L'église Saint-André existait à Glermont vers le xe siècle et on y vénérait la sépulture de saint Tigridius8. Au xne siècle, des religieux de l'ordre de Prémontré s'instal lèrent auprès d'elle. La sépulture de Tigridius se trouvait dans leur église, située dans le faubourg entre Glermont et Chamalières 9, à l'emplacement occupé aujourd'hui par

1. Savaron, OC,

2. NROC, 323.

3. Beau levitae et martiris Laurencii ecclesiam ingressi sumus (MGH, SS

52 ; Tardieu, HCF,

I, 181, 282 ; Longnon,

GG, 487.

rer. merov., VI, Passiones, p. 122).

4. Mulier

fuit ad Portům juxta ecclesiam Sancti Laurentii (Winebrand,

Vie de saint. Alyre, éd. de Gaiffier, p. 257).

5.

6.

arch. dép. du Puy-de-Dôme, 4 G 192.

7.

Tardieu, HCF, I, 307.

Savaron, OC, 345-346; Tardieu, HCF, I, 306-307; Longnon, GG, 487;

A la cathédrale une alouette avait éteint les lumières. Similiter et in

basilica Beau Ândraeae de lichynis lucentibus avis alia fecit {Hist. Franc, IV, 31).

8.

Libellus, n° 34 ; Savaron, OC, 360. — Une Vie de Tigridius, d'ailleurs sans

16,

19, 360;

VSSA,

GG, 483; Tardieu, HCF, I,

valeur historique, vient d'être publiée par J. van der Straeten, Notes d'hagio

graphie clermontoise, dans les Analecta Bollandiana, 1964, LXXXII, 386-387.

I, 220; Dufraisse, OEF,

Branche,

331-332 ; Audigier, 4 F 229, fol. 208; Longnon,

9. Savaron, OC,

363; Mosnier, SSAUV, I, 296-297; Raphanel, EEC, 186. Munster et F. de

Belleforest,

montré,

stitution

Cosmogr. univ., t. I (1575), col. 229, ont noté : «l'abbaye de Pré

portant le nom de Saint-André qui fut jadis un prieuré avant l'in dud. ordre de Prémontré ». Le registre dit la Canone (3 G suppl 15,

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

le lycée Amédée Gasquet. Des sarcophages étrécis aux pieds

et sans niche pour la tête ont été observés cimetière de Saint-André1.

dans l'ancien

321

16. Saint-Pierre. — A l'occasion de la même épidé mie, Grégoire de Tours mentionne une basilique Saint-

Pierre, dans laquelle 300 enterrements auraient été cé

lébrés

en un seul dimanche2. Même si ce chiffre

est exa

géré, ainsi qu'il n'est pas improbable, cela ferait supposer que cette basilique était dans une agglomération importante et, en tenant compte de ce qu'elle est nommée à la suite de la cathédrale et de Saint-André, la supposition que cette agglomération serait Glermont vient naturellement à l'esprit. Resterait encore à déterminer de quelle église il s'agissait. Le cimetière de l'ancienne collégiale Saint-Pierre (Libellus, n° 17) a livré quelques sarcophages étrécis aux pieds et sans niche pour la tête, de l'un desquels a été extrait un petit pot globuleux en terre cuite, assez proche, par sa forme, des traditions gallo-romaines3. Cela ne. contre dirait pas l'identification de cette église avec la basilique aux 300 enterrements. Mais le Libellus énumère, de plus, trois autres églises sous le même vocable à Glermont et deux dans les environs4. Le choix est difficile et l'identification incertaine.

reg.,fol. 48 v°) note, sous la date du 14 des calendes de mars : Ipso die insuburbio civitatis Arvernice deposiiio sancti Tigridii confessoris.

1.

2.

NROC, 74, 359, 508 (plan de Saint-André).

Adçeniente ipsa clade, tanta strages de populo per totam regionem illctm

facta est--. ; numerati šunt autem quadam dominicain in unam Beau Pétri basi-

licam 300 defunctorum corpora [HF, IV, 31).

3.

4.

NROC, p. 203, n° I; p. 205, n°s X, XII. Sur cette église, voir Audigier,

GG, 487.

Libellus, n° 6 [n'existe plus au xvne siècle (Savaron, OC, 347 ; Audigier,

281) ; située par Raphanel

{EEC, 116)

A. D., 4 F 229, fol. 189; Tardieu, HCF, I, 343 ; Raphanel, EEC, 155; Lon-

gnon,

« probablement dans la

partie de la rue Saint-Alyre comprise entre la rue Sainte-George et la rue Bourzeix »] ; n° 20 \Sancti Pétri in Castello~\ ; n° 26 [nommée par Grégoire de

Tours sous le nom du lieu, sans son vocable : voir Chantoin, ch. 17] ; n° II-3

(37 de I evison) [n'existe plus

Tardieu, Grand dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, 112, Histoire de Mont- ferrand et de Chamalières, 110-111 )J ; n° 11-10 (44 de Levison) [identifiée par Savaron (OC, 363) avec une église qu'il croit avoir existé au puy Chaté]. — D'après sa 2e Vie, Stremonius ecclesiam in honore Pétri apostolorum principis construxit (ÁASS, nov. I, p. 55, n° 4 ; idem dans la 3e Vie, p. 63, n° 6), laquelle,

(Savaron, OC, 362 ; Audigier, 4 F 229, fol. 274 ;

4 F 229, fol.

BIBL.

ÉC.

CHARTES. 1970. 2

21

322

P. -F. FOURNIER

17 et 18. Ghantoin et Chanturgue. — Nous devons ici chercher à interpréter deux passages de Grégoire de Tours. L'un et l'autre manquent dans le manuscrit de Gorbie. C'est donc qu'ils ont été insérés après coup dans la rédaction primitive de YHistoria, à une époque où l'auteur n'habitait plus l'Auvergne. Premièrement, Urbicus, évêque successeur de Stremo- nius, après avoir fait pénitence, revint à Clermont, y mour ut et fut enterré, avec sa femme et sa fille, dans la cha pelle voûtée Cantabennensi, jouxtant un chemin public1. Secondement, l'évêque Éparchius, successeur de Sidoine Apollinaire, établit un monastère au sommet du puy Canto- bennici, à l'endroit où existait, au temps de Grégoire, un oratoire 2. Le nom de lieu est le même dans les deux passages. C'est un composé de deux mots gaulois : canto + benno. Le sens pourrait être « brillant pic3 ». Grégoire a tiré de ce nom deux adjectifs par i'addition de deux suffixes différents : Canto- benn + icus, Cantobenn + ensis^. Que Cantobennum soit devenu Ghantoin et Cantobennicum Ghanturgue, cela est clair5. Le sens conviendrait bien au puy de Ghanturgue,

d'après Savaron (OC, 16, 347) aurait été le n° 6 du Libellus. ■— Cf. Longnon, GG, 487.

1.

2.

Acturus poenitentiam, diocesis suae monasterium appétit- ■. ; ad urbem

cum conjuge et filia in

propriam est reversus

cripta Cantabennensi, juxta aggerem publicum est sepultus (HF, I, 44).

; migravit a saeculo

;

ipse

Ferunt etiam ipsum (Éparchius) in arce Cantobennici montis monaste

riumcollocasse, ubi nunc oratorium est (HF, II, 21).

3.

4.

Longnon, GG, 497-498 ; Dottin, La langue gauloise, 233, 241 ; A. Dauzat,

Il emploie également les deux adjectifs arçernicus et arvernensis (Lon GG, 477).

Voici quelques formes anciennes :

La toponymie française, 214. ■—■ D'autres étymologistes considèrent *cant-

comme une racine pré-celtique avec le sens de « hauteur, rocher ». Dans leur hypothèse, le composé serait pléonastique.

gnon,

5.

Chantoin : Chantoen, 1195 (Cl. Brunei, Plus anciennes chartes provençales, n° 282, 1. 29, 30, 37, 41 ; molendinum appellatum de Noent situm in parrochia Chanthoenni, 1468 (A. D., F 0474, fol. 22); domus Chantoeni, 1199 (Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, II, 258) ; aedificio de Chantoent, 1199 (Bal.,

Ibid., II, 257) ; Chantoenc, 1280 (Bal., Ibid., II, 505) ; Chantohen, 1285 (Bal.,

Ibid., II, 531); Chantoint, 1464 (F 0474, fol. 9 v°) ; Chantoing,

Ibid., II, 535), 1460 (A. D., H, Saint-Alyre, reg., liasse

Champtoing, 14 60-1461 (même reg., fol. 27, 34 v°). Chanturgue : in monte Cantoennico VIII operas de vinea, 1065

1286 (Bal.,

1, n° 1, fol. 27 v°) ;

(A. D.,

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 323

surtout s'il est enneigé ou givré, quand il est éclairé par le soleil levant, avant la plaine restée encore dans la pénombre. On s'attendrait donc plutôt à ce que le nom fût resté au

puy, le dérivé s'appliquant

entre Ciermont et le puy. C'est le contraire qui s'est produit.

à

la plaine

qui

est

au pied,

Il y

a

eu glissement du nom.

Le phénomène est banal1.

Mais la raison n'en peut pas être décelée dans tous les cas.

En

puy qu'il a désigné en premier ; puis il s'est étendu larg ement aux racines et aux abords du puy. En fin de compte^

l'espèce, le sens du nom

donne à penser que

c'est le

Cantobennum > Chantoin s'est

fixé, avec

un sens

res

treint sur un des abords, celui qui était le plus proche de Glermont, celui qui avait, par conséquent, le plus souvent l'occasion d'être nommé par le plus grand nombre de gens. Par rapport à ce point de fixation, la proximité du puy a permis de le désigner par l'adjectif, podium Cantobenni- ctim « le puy Chanturgue ». Gela étant, nous devons admettre que les deux passages de Grégoire de Tours désignent deux endroits différents. In arce Cantobennici montis ne peut se traduire autre ment que « au sommet du puy de Chanturgue2 ». C'est donc quelque part là-haut que se trouvait le monastère. Quant à préciser davantage l'emplacement, c'est impossible dans l'état actuel des choses 3.

3 G, arm. 18, sac A, cote 32, Cohendy, ITC, 401) ; in monte Cantoergo,

toenrgo, 1017-1021

toergue,

Cari-

(3 G, arm. 18, sac B, cote 1, Gohendy, Ibid., 374) ; Chan-

хше siècle (terrier Dogue, 4 G 55, M. 65 v°, 67-68, 103 v°, 105 v°,

108), el som del poih de Chantoergue (Ibid., fol. 49), lo ceirhe del poi de Chan-

toergues

(Ibid., fol. 46); Chantorgue, xnie siècle

(Ibid., fol. 16,

121), 1464,

1467 (A. D., F 0474, fol. 7, 19 т»); Champtorgue, 1467 (F 0474, fol. 24, 32 v°) ; Champtourgue, 1443 (A. D., H, Saint-André, liasse 1 b, cote 4 a, fol. 42 v°).

1.

2.

Cf., de nos jours, le quartier Saint- Jacques,

qui est devenu le nom,

depuis quelques années qu'il a commencé à se peupler, du plateau situé au sud et au-dessus de l'ancien Saint-Jacques, qui était à la hauteur des boule vards Côte-Blatin et Jaurès.

p.

par mous.

Arx peut avoir un sens symbol'ique dans certains cas (deMail lé, ROCB,

avoir que son sens propre, quand il est déterminé

montagne ». Je ne sais

1 93, n. 8). Le nom ne peut

3.

Déjà Audigier notait qu'il ne peut s'agir de Chantoin, qui est dans la

plaine, dans « le lieu le plus bas de la ville » (4 F 229, fol. 284). « De plus »,

ajoute-t-il, « on remarque encore aujourd'liuy quelques vestiges de cet ancien

monastère de ce saint evesque sur la

ce qu'avait vu

ou cru voir Audigier. Rien n'est visible aujourd'hui.

324

D'autre part, un ancien cimetière existait dans les pa rages de l'abbaye de Chantoin \ II devait y avoir là quelque mausolée ou quelque chapelle sépulcrale. L'ancienne route de Glermont à Riom passait près de l'abbaye2. Le Libellus mentionne à Chantoin une église Saint-Pierre (ri.0 26), qui était un prieuré de Saint-Alyre au xvne siècle3. Auprès

P.-F. FOURNIER

de l'église

s'établirent successivement

un

monastère

de

femmes, une abbaye d'augustins, un couvent de carmes réformés dits déchaussés4. La permanence du sanctuaire

et la contiguïté de la route ne permettent pas de chercher

ailleurs le Ghantoin de Grégoire de Tours.

Quant aux restes mortels d'Urbicus, le Libellus ne les y mentionne plus (n° 26). D'après lui, ils étaient à Saint-Gai (n° 8). Plus tard ils furent à Saint-Alyre5.

:■

, 19. Saint-Mart. — Au ve siècle, Martius avait fondé un monastère au pied du puy Ghaté, entre Chamalières et

Royat. Il y mourut dans la chapelle de

du vie siècle et fut enseveli

au début

son monastère 6. Le père de Grégoire

de Tours l'avait vu dans son enfance. L'église existait vers le xe siècle7. Elle fut plus tard un prieuré dépendant de

1. Voir NROC, 398-399; Tardieu, HCF, I, 336.
2.

C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la chaussée de Claudius, refoulée vers

le sud-est par l'agrandissement du cimetière. Sur cette route et ce nom, voir P.-F. Fournier, Augustonemetum nœud de routes, dans la Revue ď Auvergne,

1969, LXXXIII, 295.

3.

4.

Savaron, OC, 358-359 ; A. Bruel, Touillés des diocèses de Clermont et de

Saint- Flour [Mélanges historiques, t. IV, Collection de documents inédits),

p. 74, n° 22. Sur la date de ce pouillé, voir J. de Font-Réaulx, Fouillés de la province de Bourges, p. lvii.

Savaron, OC, 358 ; Audigier, 4 F 229, fol. 216-222 ;4 F 230, fol. 21 ; Gallia

Christiana, II, 394 ; Tardieu, HCF, I, 367-374 ; Raphanel, EEC, 181 ; Gohadon, Recherches historiques sur Chantoin, dans les Tablettes historiques de VAuvergne, 1842, III, 529-543. — L'identification du Candidinense coenobium avec Chant

oin a été proposée : c'est un problème à examiner.

.

-,

éd. Levison, n° 8, note 4. Posiea iterum translatus est in

ecclesiam Sancti Illidii (Ruinart, éd. de Grégoire de Tours, éd. Migne, Patr.

lat., LXXI, col. 182, note).

5. Voir Libellus,

.

- haud procul ab ea secessit. Acceptoque

.

6. Martius, Arvernae urbis abba

!

sarculo, montem lapideum caedere coepit, in quo, cellulas sculpens, habitacula

sibi parvula fecit--- Collegit viros, format monachos

terii est sepultus (VP, XIV, 1, 2, 4). Cf. G. Fournier, PRB A, 413.

Infra oratorium monas-

Libellus, n° 11-16 (50 de Levison); Savaron, OC, 364-365; Longnon, GG, 510-511.

325

l'abbaye de Saint-Alyre1. Elle était sur l'avenue de Royat, au pied du viaduc. Il n'en reste rien. Dans le cimetière ont été aperçus à plusieurs reprises des sarcophages étrécis aux pieds, sans niche pour la tête2. Deux fragments d'épi- taphes en proviennent, dont l'un est sans date, l'autre soit

de

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

546 ou

591, soit

de 543

ou

605 3.

20. Saint Amable. — Le problème de saint Amable est obscur4. Voici d'abord les documents :

dans la ville (?)

ou le diocèse (?) de Clermont un prêtre du bourg de Riom nommé Amable5, près de la tombe duquel se produisirent deux miracles. L'emplacement de celle-ci n'est pas précisé

et il n'est pas indiqué qu'une église ait été élevée sur elle.

1° Grégoire de Tours relate qu'il y eut

Vers le xe siècle,

le Libellus (n° 12) enregistre la pré

sence du corps de saint Amable dans une église Saint-Hilaire à Clermont, qui n'existe plus. D'après son rang, Raphanel suppose qu'elle était dans le quartier de Saint-Alyre, à peu près dans les parages de la rue Bourzeix6. 3° Savaron avait identifié cette église avec l'église Sainte-

Delarbre, NRA, 98; Tardieu, GDHP, 313; Bruel, Pouillés des diocèses

de Clermont et de Saint-Flour, p. 189. De là est venue l'erreur de Ruinart, qui a cru que la tombe de Mart était à Saint-Alyre (son édition de Grégoire de Tours).

1.

2. NROC, 374, 376.

3. Le Blant, Nouveau recueil, 237, 238; CIL, XIII, 1482, 1488.

4.

Bénédictins, continuateurs de Baudot et Chaussin, Vies des saints, X,

602 ; Mosnier, SSAUV, II, 444-466. L'ardeur avec laquelle le problème a été discuté n'a pas contribué à le rendre plus clair. On trouvera la documentat ionet un exposé complet des discussions dans Edmond Morand, L'abbaye de Saint- Amable de Riom [Mémoires de V Académie- ■■ de Clermont-Ferrand, 1930, XXIX), 13-81, Vie de saint Amable par l'archiprêtre Juste, et Le tombeau de saint Amable à Clermont, dans le Bulletin historique et scientifique de V Auv

ergne,

de biographie française, II, 372-374. Voir aussi Longnon, GG, 482-483 ; Le- clercq, BAC, III-2, 1921. Essai d'interprétation en rapport avec l'histoire de Riom : G. Fournier, PRBA, 138-143. Dom Dubois a marqué la tombe de

saint Amable sur son plan, p. 25, avec un point d'interrogation.

1917, p. 96-107, et 1919, p. 40-48, Saint Amable, dans le Dictionnaire

5.

Le passage de Grégoire qui concerne Amable doit être replacé dans son

» ou « diocèse

». Dans le chapitre

GC 31, Arvernum désigne à peu près,

contexte, car il contient le mot urbs, qui, chez lui, signifie indifféremment

« ville

sûrement Clermont. Ch. 32 : Fuit etiam in supradicta Arverna urbe admirabilis sanctitatis Amabilis quidam, vici Ricomagensis presbiter (si les ch. 31 et 32.; ont été rédigés ensemble, urbs Arverna y désigne évidemment Clermont ; le sens est incertain, si les deux chapitres ont été rédigés séparément). Au chapitre 33 in ea urbe désigne le diocèse. Le chapitre 34 concerne Clermont. 6. EEC, 150-151,

326

Madeleine du Bois-de-Gros 1, pour la seule raison (de valeur incertaine) que Sainte-Madeleine a dépendu de l'abbaye de Saint-Amable de Riom depuis au moins 1233 2.

P. -F. FOURNIER

4° Une

Vie

de

saint Amable,

rédigée

vraisemblable

mentau xne siècle3, pleine d'anachronismes, mentionne que les reliques de saint Ámable étaient dans l'église Saint-

Bénigne de Riom, qui, pour cette raison, était coutumière- ment appelée Saint-Amable4. 5° Un capellanus Sancti Amabilis est mentionné en 1192- 1195 et Yecdesia Sancti Amabilis Riàmensis en 1233 5. Pour conclure sur le premier point, à savoir si le tom

beau

il n'y a pas Heu de chercher à répondre catégoriquement par oui ou par non. L'amphibologie du texte permettrait mal de départager les sentiments qui feraient préférer, suivant les personnes, une traduction à l'autre. Pour la suite, si l'on veut bien comparer ce que les documents nous apprennent sur les reliques d'Amable avec ce qu'ils nous apprennent sur tant d'autres reliques de Clermont et d'ailleurs, on devra convenir que nous avons affaire probablement à une banale translation des reliques 6.

d'Amable était à Clermont ou ailleurs au vie siècle,

1. OC, 352. Identification reprise par Audigier, 4F 229, fol. 176, 267, 270.
2.

Gallia christiana, II, 389 ; Morand, p. 51, 258. Voir aussi Bruel, Pouillés

des diocèses de Clermont et de Saint-Flour, p. 183-184. Cette église était parois sialeen 1302 (Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, II, 206). Cf. Tardieu,

HCF, I, 316-317. L'église fut cédée au seigneur du Bois-de-Cros en 1643. Elle fut détruite au xvine siècle («il y a plus de 50 ans », écrit Delarbre, NRA, 1 88, en 1805 ; cf. Tardieu, HCF, I, 318). Elle était située rue Péri. Sur son cimet ière, voir NROC, 351. Ruinart, qui a pu s'embrouiller dans les renseignements communiqués par ses correspondants, a noté que, de son temps, on yoyait le sépulcre de saint Amable à Sainte-Madeleine, bien que son corps fût à Riom

853).

D'après Dufraisse, OEF, 448-449, les reliques auraient été un certain temps

(son édition de Grégoire de

Tours, éd. Migne, Pair,

lat., LXXI, col.

à

Saint-Adjutor, à Clermont avant d'être transférées à Riom.

3.

Morand, L'abbaye, p. 19-39, 325-338; G. Fournier, PRBA, 139.

Morand, L'abbaye, p. 333.

Morand, L'abbaye, p. 341-342, 347.

Sans quitter Clermont, on voit XJrbicus transféré de Chantoin à Saint-

4.

5.

6.

Népotien de Saint- Vénérand à Saint-Alyre,

Quintien de Saint Etienne à Saint-Genès, Gal I de Saint-Gai à Saint-Alyre.

Gai

Gai II de Saint-Laurent à Notre-Dame-du-Port, Abraham de Saint-Cirgues

à

Vénérand à Saint-Alyre, Georgia de Saint-Cassi à Saint-Alyre. Voir aussi

Saint-Eutrope, Antolien de Saint-Gai à Saint-Alyre, Liminius de Saint-

l'histoire des reliques de Stremonius (G, Fournier, PRBA, ,145-148),

puis

à Saint-Alyre,

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

327

21. Notre-Dame du Port. — Cette église n'est pas mentionnée par Grégoire de Tours. Toutefois, la tombe de Remesto, décédé en 612 1, ayant été extraite du cimetière adjacent, permet d'admettre que l'église devait exister au moins dès les dernières années du vie siècle. Des légendes ont cours au sujet de ses origines. Une Vie d'Avit, évêque de Glermont contemporain de Grégoire de Tours, postérieure à l'organisation du chapitre du Port et conservée par un manuscrit du xue siècle2, ainsi qu'un huitain (inc. : Hoc templujm), postérieur à l'évêque Sigon (vers 862-866) et antérieur à 1575 3, attribuent la fondation de l'église Notre-Dame du Port au dit évêque Avit, qui y fut inhumé. Les plus anciennes mentions datées de cette église sont loin de remonter aussi haut. La première est un acte de 959 : l'évêque Etienne II, sur le point de partir pour Rome, restitue aux chanoines de son église certains biens, qui leur appartenaient en commun et que ses prédécesseurs ou lui-

1. CIL, XIII, 1485; NROC, 323.

2. Bibl. de Clermont, ms. 149, fol. 88-92. La Vie est essentiellement un dé de passages de Grégoire de Tours, mis à part ce qui concerne l'église du

layage

Port. L'auteur a aussi connu Fortunat. Voici le passage qui intéresse le sujet :

urbe Arverna, qua ut praediximus, Domino annuente,

(fol.

cathedram pontificalem susceperat, in locum qui ab antiquis Portus vocabatur, in ' honore sanotae Dei genitricis et virginis Mariae aecclesiam eleganter construœit, quam et multis sanctorum reliquiis diligenter adornavit et magnis terrarum ho-

noribus affluenter ditaçit. Canonicos etiam Ulic ad serviendum Deo disposuit atque predictam basilicam Principálem appellari placuit, vel quia inter ceteras quae per aepiscopatum in honore sanctae Dei genitricis constructe çidebantur (v°) principátům teneret, vel quia in eadem civitate tune temporis aecclesia ad gloriam matris Dei fabricata inveniri nullo modo poterat. Ferunt insuper in pre-

libata aecclesia altar quod est in subteriori scripta (sic) divino nutu ab angelis

Sepultus autem est in aecclesia Portuensi quae Principalis

consecratum fuisse

dicitur, qïiam ipse, dum adviveret, decenter fundaverat et diligenter consumaverat.

91)

Avitus

in

Extraits : Savaron,

L.-A. Chaix, Histoire de Notre-Dame du-P ort, 1866, p. 16-17; Marcel Aubert,

457 ;

dans Congrès archéologique, 1924, Clermont-Ferrand, p. 27, 28; Mosnier,

SSATJV, II, 251 ; E. et H. Du Ranquet, Notre-Dame du Port, dans les

Balme et

oires

G. Rouchon, Notre Dame du Port, dans l'Auvergne littéraire, 1930, n° 51, p. 1.

OC, 344-345 ; Levison, éd.

du Libellus, MGH, p.

7

;

P.

Mém

de VAcadémie

de Clermont-Ferrand, 1932, XXX,

3.

Il est reproduit dans Munster etF.de Belleforest, La cosmographie, univers

elle.,t. I, 2e partie, col. 227, d'après « un vieux livre escrit à la main qui est en ceste église » [du Port]. Ce manuscrit n'a pas été retrouvé. Il est cité par Savaron,

OC, 344-345 ; Audigier, 4 F 229, fol. 180. Tous les auteurs modernes qui ont traité de cette église ont cité ce huitain,

328

même avaient détournés, parmi lesquels figure l'église Sainte-Marie appelée Principale 1. Viennent ensuite quelques documents à dates moins précises : le Libellus, xe siècle 2 ; un inventaire de livres de la cathédrale, vers 980-1010 3; un état de biens vendus pour les travaux de l'église, xie siècle 4. Robert, doyen du chapitre du Port, est nommé dans trois actes de 1065 et 1077-1095 5. Si c'est Avitus lui-même qui a élu cette église pour lieu de sa sépulture, il ne serait pas invraisemblable que son choix eût été accompagné de quelque donation. Demander davan tageà une documentation aussi piètre serait manquer de circonspection. L'église a dépendu du chapitre cathedral. Un chapitre particulier y existait au xie siècle. La dénomination de l'église appelle une double remarque :

P. -F. FOURNIER

1° Son vocable est déterminé par un nom de quartier. Elle était située dans le quartier du portus6. A Clermont

1.

Cet acte est connu par : 1° l'original, daté,

3 G, arm. 11, sac Q, cote 1

(incipit et explicit dans Baluze, Histoire de la maison ď Auvergne, II, 38 ; r

eproduits

tiana, II, 257 ; analyse : Cohendy, ITC, 361-363 ; G. Rouchon, Notre Dame de Clermont, la cathédrale, dans YAuvergne littéraire, 1934, n° 73, p. 30) ; 2° un résumé non daté dans le cartulaire en rouleau du chapitre cathedral, arm. 7, sac A, cote 2, aux rouleaux, acte n° 2 (cité par Savaron, OC, 345 ; éd. par Ba

luze,

d'après lui par Tardieu, HCF, II, 316 ; extrait dans la Gallia Chris

op. cit., II, 38-39, puis, d'après lui, par Tardieu, HCF, II, 316, sous la

№ 2 : In ecclesia Sanctae Mariae Principalis

A Sancta Maria Principalis (Louis Bréhier, Études archéologiques, Mém de la Société des amis de V Université de Clermont-Ferrand, t. II, 1910,

ubi requiescunt s. Avitus

de Clermont-Ferrand, 1932,

A. D., 3 G, arm. 18, sac A, cotes 32, 39-40 ; Cohendy, ITC, 401, 410-413.

« un endroit par lequel,

Un portus, c'est en somme un lieu de marché,

date 976, fausse et dont je n'ai su trouver l'explication). — Leçon de l'original. :

ecclesiam Sancte Mariae que dicitur Principalis ; leçon du cartulaire : abbatiarn Sancte Marie que, etc.

2.

3.

oires

p. -37).

A. D., 3 G, arm. 18, sac B, cote 1 (Cohendy, ITC, 373 ; M. Aubert, dans

Congrès archéologique, 1924, Clermont-Ferrand, p. 29 ; Du Ranquet, Notre-

Dame du Port, dans les Mémoires de l'Académie

XXX, 18-19) : Breve de terra Sancta Maria Principalis, quem vendidit Rotbertus abbas et Armandus decanus et Johannes minister pro bastimento ipsius Sancta

Maria Principalis.

4.

5.

6.

en vertu même de la circulation commerciale, passent habituellement les marchandises » (Pirenne, Les villes et les institutions urbaines, 1939, I, 133). La fixation des marchés auprès des châteaux est un fait courant au haut Moyen Age. A Clermont le portus est établi sur la route mettant la ville en relation avec les provinces septentrionales, dont l'importance est alors croissante, au pied du château des comtes, qui devait occuper l'emplacement du futur pa lais de la reine, au xvie siècle (aujourd'hui hôtel de ville et palais de justice).

329

ce nom a désigné : a) le quartier : l'église Saint-Laurent est

14) ; comme tel, le nom a servi

de surnom personnel1; b) la rue qui traverse le quartier

ou qui y conduit2; c) l'église Sainte-Marie, qui est désignée soit sous son vocable déterminé par le nom du quartier3,

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

dite « au Port » (voir chap.

soit

ce dernier usage est

encore courant chez les Glermontois d'aujourd'hui, du moins ceux qui sont de souche indigène : on va à la messe au Port, on suit la procession du Port.

sous le

seul nom du

quartier4;

2° L'épithète principalis a fourni prétexte à des

dis

cussions, sur lesquelles je n'insisterai pas5. Après échange

de vues

range à son interprétation. Cette épithète est à rapprocher de la Reau (Sancta Maria Regalis, diocèse de Poitiers, commune de Saint-Martin-l'Ars, Vienne), la Réale (abbaye au diocèse d'Elne), Notre-Dame-du-Fourchaud (Sancta Mar ia Fiscalis) et Notre-Dame-la-Comtale à Bourges. Ces noms doivent rappeler qu'elles avaient ou avaient passé pour avoir eu quelque rapport avec le roi, le fisc, le comte (fondées ou gratifiées par eux, etc.). De fait, comme il est dit plus haut, l'église du Port était à proximité du château du comte6, qui avait pu s'y intéresser.

avec notre confrère M. J.

de Font-Réaulx, je me

Robert del Port, 1204 (Cl. Brunei, Nouvelles chartes, dans les Mélanges Albert Dauzat, p. 72.)

1.

2. Mangna carreria Portus, 1467 (A.

4.

35 v°).

D., F

0474, fol. 18). Hospitium et-.,

virgultum contiguos, sitos in civitate Clar. et in magna carreria Portus Clar., per quam tenditur de quadrivio du Quayre N'Odigier ad quadrivium du Terrailh

(la rue Pascal), 1er juillet 1463 (A. D., H, Saint-Alyre, terrier, reg., liasse 1,

n° 1, fol.

3. Sa Maria del Port, que nom deu al Port midons Sa Maria, quo om deu

midons Sa Maria del Port, хше siècle (A. D., 4 G 54, fol. 11 v°, 13, 1, 7) ;lagleiza de ma dona Sainta Maria dal Port (terrier Dogue, 4 G 55, fol. 78).

(4 G 54, fol. 12, 20) ;

ecclesie, con-

v°) ; legavit ecclesie Portus

Claromontensi, 1285, 1286 (Baluze, Histoire de la maison ď Auvergne, II, 531, 535) ; al Port laisse per m'anoal, la sosterana del Port, 1195 (Cl. Brunei, Les plus anciennes chartes provençales, n° 282, 1. 14 et 15) ; in parochia Portus, 1263 (3 G, arm. XI, sac P, cote 9, aux sceaux).

cessit capitulo Portuensi [Ibid., fol.

que debetur canonicis Portuensibus, dédit- ■■ canonicis Portuensis

Li gleiza del Port, la veiria del Port, xine siècle

17, 22, 23, 22

5.

G. Rouchon, Notre-Dame du-Port, dans V Auvergne littéraire, 1930, n° 51,

de Clermont-Ferrand, 1932, XXX, 18; de Maillé, ROCJB,

p. 3-4 ; Б. et H. Du R.anquet, L'église Notre-Dame-du-Port, dans les Mémoires

de l'Académie

196 ; Savaron, OC, 344 ; etc.

6.

Princeps « comte » (Niermeyer, Diet.).

330

P. -F. FOURNIER

22. Le quartier juif. '— Le mot juif, dans son emploi substantif ou adjectif, n'est pas rare en toponymie fran çaise1. Quand il est un élément d'un nom composé dans les villes, il y a probabilité qu'il se réfère à un établissement de Juifs. Dans les campagnes, c'est plus douteux : l'origine peut alors avoir été plus communément une de ces ci rconstances fortuites dont le souvenir est d'ordinaire aboli. Il arrive même qu'on ait affaire à des produits de l'étymologie populaire2. A Clermont, deux noms de lieu contiennent l'adjectif judeus3. Le premier, Fontgiève, désigne un terroir près de la Tiretaine, jadis au nord-ouest de Glermont, au jourd'hui englobé dans la ville. Le second nom, Montjuzet, désigne la hauteur qui s'élève au nord de Fontgiève et qui sépare la vallée de la Tiretaine de celle de son affluent le Rivaly. Il n'y a pas de raison de penser qu'aux premiers siècles les Juifs aient été confinés dans de véritables ghettos. Mais il est naturel que des étrangers minoritaires aient tendu à s'agglomérer de préférence dans un même quartier. Et il paraît vraisemblable qu'ils aient dû établir leur lieu de culte près de l'endroit où ils étaient installés en plus grande proportion. Dans le Glermont de l'époque franque, ce quart ier est celui où ils ont laissé leur trace dans les noms des deux terroirs Fontgiève et Montjuzet. C'est dans ce même quartier, à Saint-Cirgues, qu'un Asiatique, un Perse, s'était établi au ve siècle, Abraham. Il est vrai que c'était un chré tien fuyant la persécution des rois Sassanides. Mais il n'en est pas moins vraisemblable qu'une certaine attirance vers des gens plus proches par l'appartenance ethnique et l'ori gine géographique ait joué en l'espèce. Les marchands syriens (sous ce nom étaient englobés toutes gens d'origines voisines quoique diverses, des Levantins, comme nous

1. R. Anchel, Les.Juifs de France, 1946, p. 41-57, a consacré tout un chapitre à la toponymie juive en France. Certains noms admis par lui sont douteux :

par exemple, les noms bibliques cités en Lozère doivent être plutôt protestants que juifs. Voir aussi A. Vincent, Toponymie de la France, nos 452, 697, 765; de Maillé, ROCB, 179, 209-212 ; Ant. Thomas, Essais de philologie française, XI, p. 113-117. 2. Vincent, Toponymie de la France, n° 116. 3. Formes anciennes de ces deux noms : NROC, 481-483.

CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

331

dirions) avaient une tendance à s'installer dans les villes auprès des Juifs, dont vraisemblablement ils se sentaient aussi plus proches par une certaine similitude de modes de

vie et d'occupations. Il est à noter, d'ailleurs, que l'étroi-

tesse extrême

ficilement

place. La plus ancienne mention d'un Juif en Auvergne remonte au ve siècle : Sidoine Apollinaire confie à un Juif une lettre à porter à un de ses collègues évêque1. Au vie siècle, les mentions deviennent plus nombreuses. Le concile de Gler-

permis à des groupes allogènes d'y trouver leur

de

la

cité à partir

du ive siècle aurait

dif

mont, en 535, condamne les mariages entre chrétiens et

juifs2. A l'enterrement de l'évêque Gai, oncle paternel de Grégoire de Tours (551), les Juifs même pleuraient3. Gré goire n'aimait guère le successeur de Gai, l'évêque Cautin (551-571). Entre autres griefs, il lui a reproché ses relations avec les Juifs 4. Gautin mort, Eufrasius, qui brigua sa place, mais ne l'obtint pas, était aussi un ami des Juifs, toujours au dire de Grégoire 5. Avit, qui succéda à Gautin, entreprit de convertir les

Juifs. Ayant réussi auprès de l'un d'eux,

Pâques 576. Le baptistère, on l'a vu, était hors de la cité. Au moment où la procession des nouveaux baptisés, vêtus de blanc, et des fidèles, rentrait dans la cité, un Juif non converti versa sur la tête de celui qui était pour lui un renégat une huile fétide. L'agresseur fut sauvé par l'évêque de la fureur des gens. Mais le jour de l'Ascension, alors que la procession se rendait de l'église (cathédrale) à la basilique (voir ch. 7), la foule des fidèles se jeta sur la synagogue des Juifs et la détruisit 6. Il est donc probable que la synagogue n'était pas éloignée du chemin suivi par la procession.

il

le

baptisa à

Sidoine Apollinaire (Epist., III, 4 : éd. MGH, p. 43) à Félix. Le Juif

Gozolas est en Auvergne auprès de Sidoine ; mais il n'est pas nécessairement établi en Auvergne. —■ Voir B. Blumenkranz, Les premières implantations de

Juifs en France, dans CRAI, 1969, p. 162-174.

1.

2.

3.

4.

Mansi, Sacr. concil. ampliss. coll., VIII, 86t. Grégoire de Tours, VP, VI, 7.

HF,

IV, 12.

HF, IV, 35. Inruit super sinagogae Judeorum multitude/ sequentium distructumque a fundamenlis carnpi planitiae adsimilatur (HF, V, 11).

5.

6.

332

L'évêque tenta une nouvelle démarche auprès des Juifs,

cette

contraindre à confesser le Christ, il était disposé à admettre dans la communauté chrétienne ceux qui se convertiraient. Quant à ceux qui ne voudraient pas le faire, ils n'avaient qu'à s'en aller. Devant cet ultimatum, certains Juifs ac

ceptèrent

après la célébration des vigiles de Pentecôte. Les endurcis, qui refusèrent le baptême, quittèrent la ville et se retirèrent

à Marseille1.

P. -F. FOURNIER

Il leur