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Bibliothèque de l'école des

chartes

Clermont-Ferrand au Ve siècle : Recherches sur la topographie


de la ville.
Pierre.-François Fournier

Résumé
P. -F. Fournier, Clermont-Ferrand au VIe siècle. Recherches sur la topographie de la ville. — Bibliothèque de l'École des
chartes, t. GXXVIII (1970), p. 273-344.
A Clermont, au VIe siècle, l'enceinte fortifiée du Bas-Empire délimitait une aire étroite au sommet de la butte, qui a été le
centre historique de la ville. C'est sur les églises que nous sommes le mieux informés, grâce aux récits de Grégoire de
Tours.
Cette étude, entreprise avant l'ouverture de la controverse sur les emplacements des premiers sanctuaires chrétiens dans
les cités de la Gaule et sans relation avec elle, s'y est trouvée mêlée, en fin de compte, du fait de la date de sa publication.
La communauté chrétienne de Clermont ne paraît pas s'être organisée avant le premier quart du IVe siècle. Le groupe
episcopal fut installé d'abord au quartier périphérique de Saint-Alyre, qui ne devait pas encore avoir été rejeté hors de la
ville par l'édification de l'enceinte fortifiée. Plus tard, l'église épiscopale et la maison de l'évêque furent transférées à
l'intérieur de cette enceinte. Mais le baptistère resta à Saint-Alyre. Dans ce même « quartier chrétien » il y avait un groupe
très dense de sanctuaires. Non loin de là il y avait aussi un « quartier juif » avec une synagogue.

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Fournier Pierre.-François. Clermont-Ferrand au Ve siècle : Recherches sur la topographie de la ville.. In: Bibliothèque de
l'école des chartes. 1970, tome 128, livraison 2. pp. 273-344.

doi : 10.3406/bec.1970.449866

http://www.persee.fr/doc/bec_0373-6237_1970_num_128_2_449866

Document généré le 14/10/2015


CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE

RECHERCHES SUR LA TOPOGRAPHIE DE LA VILLE

par P.-F. FOURNIER

Le présent essai, dans son dessein primitif, formait le


terme final d'une étude sur les origines de Clermont, qui
vient de paraître1. Des nécessités d'ordre financier ont
imposé de l'en distraire.
La première rédaction remonte à l'hiver 1967-1968. Une
des bases de départ en était alors l'idée générale que les
chrétiens, en Gaule, ont établi, au moins dans un grand
nombre de cas, leurs premiers lieux de culte hors des cités,
dans les banlieues, maintes fois auprès d'anciens cimetières,
avant que les églises épiscopales aient été transférées
à l'intérieur des enceintes fortifiées. Or, dans le numéro du
Journal des savants de janvier-mars 1968 (dépôt légal du
quatrième trimestre 1968), Dom Jacques Dubois a contredit
cette théorie : il n'a pas nié que le phénomène ait pu se
produire dans quelques cas particuliers, mais il a contesté
qu'il eût été une règle. En particulier il en a nié l'existence
à Clermont2. La conséquence a été que mon essai ne pou
vait plus paraître sous sa forme première. La rédaction
de 1967-1968 n'a pas été refaite entièrement. Mais elle a
été remaniée.
Après examen des sources et de certains points de chrono-

1. Nouvelles recherches sur les origines de Clermont-Ferrand, par Emile


Desforges, Gabriel et Pierre-Fr. Fournier, Jean- Jacques Hatt, Franck Imberdis
[Publications de l'Institut d'études du Massif Central, 5), Clermont-Ferrand,
1970, in-8°. — Cité NROC.
2. Dom Jacques Dubois, L'emplacement des premiers sanctuaires de Paris,
dans le Journal des Savants, 1968, p. 5-44, plans (cité EPSP) et Bull, delà
Soc. nat. des Antiquaires, 1968, 115-117.
BIBL. ÉC. CHARTES. 1970. 2 18
274 P. -F. FOURNIER
logie, les éléments connus ou conjecturés de la topographie
de Glermont au vie siècle seront analysés chacun à son tour,
en m'abstenant, par principe, de me référer à la théorie
susvisée. C'est seulement à, la. fin de cette série de monog
raphies que sera abordée la question de savoir si le phéno
mène de l'établissement primitif des chrétiens dans la ban
lieue de la ville s'est produit à Glermont, ou non1.

1. Sources. — La comparaison du vie siècle avec les


siècles qui le précèdent fait apparaître un changement
notable. L'histoire de Glermont dans les premiers siècles de
notre ère repose presque exclusivement sur des données ar
chéologiques. Après l'époque romaine, les documents de
1 . Les titres des ouvrages le plus souvent cités seront abrégés : Acta sanc
torum, cités d'après la réimpression Carnandet, Paris, 1863 et sq. (AASS).

— Audigier, Histoire de Clermont, Bibl. nat., mss. fr. 11485-11486, cité d'après
la copie des Arch. dép. du Puy-de-Dôme, 4 F 229-230.. — R.-S. Bour, Églises
[de Metz] antérieures à l'an mil, dans l' Annuaire de la Société d'histoire et
d'archéologie de la Lorraine, 1929, t. XXXVIII, p. 510-639 [EMAM). —
Jacques Branche, La vie des sainctz et des sainctes ď Auvergne et du Velay,
le Puy, 1652, cité d'après la réédition Marmeisse, Clermont, 1858, 2 vol.
(VSSA). — Michel Cohendy, Inventaire de toutes les chartes antérieures au
XIIIe siècle, qui se trouvent dans les différents fonds d'archives du département
du Puy-de-Dôme, dans les Annales scientifiques... de V Auvergne, 1854, XXVII,
p. 353-459 (ITC). — Antoine Delarbre, Notice sur l'ancien royaume des Auver
gnats et sur la cille de Clermont, Clermont, 1805 (NE A). — Louis Duchesne,
Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, 1894-1900, 2 vol. {FEG). — Jean Du-

fraisse, L'origine des églises de France prouvée par la succession de ses évêques,


Paris, 1688 {OEF). — Benoît Gonod, Chronologie des évêques de Clermont,
Clermont-Ferrand, 1833 (CEC). — Élie Griffe, La Gaule chrétienne à l'époque

romaine, 1947-1957, 2 vol. (GCR). — Henri Leclercq, Dictionnaire d'archéologie


chrétienne et de liturgie [DAC]. — Léon Levillain, Études sur l'abbaye de Saint-


Denis à l'époque mérovingienne, dans la BEC, 1921, LXXXII (EASD), et

Saint Trophime confesseur..., dans la Revue d'histoire de l'Église de France,


1927 [TCMA). — Auguste Longnon, Géographie de la Gaule au VIe siècle,
1878 (GG). — Mme de Maillé, Recherches sur les origines chrétiennes de Bor

deaux, Paris, 1960 (ROCB). — S. -M. Mosnier, Les saints d'Auvergne, Paris;

1900, 2 vol. [S SAW). — Raphanel, L'emplacement des églises de Clermont


au Xe siècle, dans le Bulletin historique et scientifique de l'Auvergne, 1921,

p. 107-116, 150-157, 172-186 (EEC). — Jean Savaron, Les origines de Clair-


mont, Clermont, 1607, cité d'après la deuxième édition par Pierre Durand,
Paris, 1662 (OC). — Ambroise Tardieu, Histoire de la ville de Clermont-Ferrand,
Moulins, 1870-1871, 2 vol. in-fol. (HCF). — May Vieillard- Troïekourofî,

La cathédrale de Clermont du Ve au XIIIe siècle, dans les Cahiers archéologiques,


1960, XI, 199-247, fig. (CC). — May Vieillard-Troïekourofï, Denise Fossard,
Elisabeth Chatel, Colette Lamy-Lassalle, Les églises suburbaines de Paris du
IVe au Xe siècle (extrait de Paris et Ile-de-France, Mémoires publiés par la
Fédération des Sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Ile-de-
France, 1960, XI), 1961 (ESP).
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cette nature se font plus rares ou sont trop mal connus.;
Il en sera ainsi durant plusieurs siècles. Les monuments
n'ont peut-être pas tous été détruits. Mais ils ont été si
souvent réparés ou reconstruits que je ne pense pas qu'aucun;
trait de leur état primitif soit perceptible dans l'état pré
sent. La masse de la monnaie métallique en circulation
était minime et les exemplaires en sont si rares qu'ils peuvent
être considérés comme à peu près négligeables 1. Les tombes
sont dépourvues de mobilier, donc difficiles à dater, si
elles sont sans coffre. Les types de sarcophages, si l'évolution
en paraît assez claire dans les grandes lignes, ne se prêtent
pas à une classification chronologique précise2. Les objets
mobiliers deviennent plus rares, même la vaisselle de terre,
qui, en outre, est imparfaitement classée, peut-être malaisé
ment classable. Pour compenser, nous disposons de textes,
qui faisaient à peu près complètement défaut antérieure
ment, et de quelques plans. Mais ces textes relatent au
moins autant de légendes que de faits réels.
Le résultat en est que l'histoire de la Gaule en ces temps-là,
et particulièrement de l'Auvergne, est pleine d'incertitudes.
L'évangélisation, sur laquelle nous ne manquons pas de
textes, ne nous est connue que stylisée par des légendes
hagiographiques3. En Auvergne la forme la plus ancienne
sous laquelle elles nous sont parvenues date du vie siècle
et se trouve dans les ouvrages de Grégoire de Tours. Ils
sont à la fois précieux et décevants, mais constituent,
en tout cas, la source principale de notre information :
Glermont et Tours sont les deux villes de la Gaule sur le
squelles il nous renseigne le plus abondamment. Né vers 540

1 . Seulement trois trientes « mérovingiens » trouvés à Clermont sont connus :


NROC, 487.
2. D'après l'évolution des sarcophages de pierre communément admise,
ceux dont la cuve est rectangulaire se placent en tête. Ensuite ils s'étrécissent
vers les pieds. Des coussinets réservés à l'intérieur et formant une niche pour
la tête apparaissent plus tard. Telle quelle, cette évolution paraît exacte
dans ses grands traits. Mais il serait difficile d'attribuer à chaque type des
dates à peu près sûres. L'évolution n'a pas nécessairement progressé de même
en tous lieux et il y eut certainement des chevauchements. Compte tenu dé
ces conditions et aussi sous la réserve de remplois toujours possibles, je consi
dérerai les sarcophages étroits aux pieds et sans niche pour la tête comme un
indice chronologique approximatif de ce qu'on appelle l'époque mérovingienne.
3. F. Lot, La Gaule, 1947, p. 434 ; Dur.hesne, FEG, II, 9.
276 P. -F. FOURNIER
d'un père auvergnat et d'une mère originaire de la Gaule
orientale, l'un et l'autre de familles sénatoriales, neveu de
deux évêques de Langres et de Clermont, Grégoire devint
lui-même évêque de Tours en 573 et mourut en 593 ou
594. Ses ouvrages ont été mis en forme surtout à partir de
575 1. Pour l'Auvergne des temps qui ont précédé le sien, ses
sources ont été diverses : un catalogue des évêques de Cler
mont, qui ne paraît pas avoir contenu de dates2, mais qui
était peut-être enrichi de légendes édifiantes, des récits
hagiographiques 3, des traditions transmises par la voie
orale. Des matériaux amassés par lui, ceux qui se trouvent
dans son Histoire des Francs sont insérés dans la trame
chronologique d'une histoire générale. L'insertion paraît
avoir été faite à plusieurs reprises. C'est ainsi qu'on explique
des différences caractérisant certains manuscrits, les uns (tel
celui qu'on appelle de Corbie) ne contenant pas certains cha
pitres qui existent dans d'autres. Il semble qu'une rédaction
primitive ait été complétée par des « fiches » épinglées à des
1. Voir Molinier, Sources, I, 56 sq. ; Cl. Brunei, dans le Bulletin historique et
scientifique de V Auvergne, 1939, LIX, 14.5. Les parents de Grégoire avaient
un domaine en Limagne : Edmond Morand, La terre familiale de Grégoire de
Tours, dans le même Bulletin, 1939, LIX, 225-229. Avant d'être évêque de
Tours, il a vécu beaucoup à Clermont et ensuite il est resté en relation avec
ses compatriotes, notamment avec l'évêque Avitus.
Les titres des ouvrages de Grégoire de Tours seront abrégés : Historia Fran-
corum {H F), De Gloria confessorum et martyrům (GC et GM), Vitae patrům
[VP). Les éditions généralement citées sont celle de Bruno Krusch (Mon.
Germ, hist., Script, rerum meroving., I) et celle d'Omont, Collon, Poupardin,
contenant VHF seule, d'après le manuscrit de Corbie (Collection de textes
pour servir à l'étude et à renseignement de l'histoire, 47). L'édition de Poiinart,
reproduite dans la Patrologie latine, t. LXXI, contient des notes utiles.
2. Depuis, des historiens se sont efforcés de donner des dates plus précises
à ces évêques : Savaron, OC, 45-50 ; Dufraisse, OEF, 80 ; Gallia Christiana,
II, 225 et sq. ; Gonod, CEC; Duchesne a dressé un catalogue critique : FEG,
II, 31 et sq. Un catalogue, terminé à Guillaume Duprat (écriture du xvi° siècle,
encre restée noire, 4 col., recouvrant un texte en encre jaunie et fort effacée)
est au bas du fol. 150 v° du ms. bibl. de Clermont 147.
3. Ces légendes ne lui étaient pas parvenues probablement sans avoir subi
des altérations fortuites, voire intentionnelles. D'ailleurs, l'objet essentiel
des écrits hagiographiques est d'exalter les actes de piété ou les miracles des
saints, en vue d'exciter la dévotion des lecteurs ou des auditeurs. Voir M.oli-
nier, Sources, I, p. 94-97. — Je note ici une fois pour toutes que dans les pages
qui suivent il sera question d'ossements de saints à plus d'une reprise. Chaque
fois cela doit être compris en sous-entendant « ou des ossements qui étaient
considérés comme les leurs ». Les conditions des exhumations dans d'anciens
cimetières, où les sépultures se touchaient, permettaient mal de déterminer
sûrement l'identité de tel ou tel squelette.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 277
passages ayant quelque rapport avec les faits rapportés
par elles. Dans les ouvrages hagiographiques, les matériaux
sont assemblés sans souci de la chronologie. Il arrive que
Grégoire cite ses sources. On a pensé déceler chez lui des
velléités d'esprit critique. Dans la mesure où elles existent 1,
elles ne vont pas loin. Il est d'une crédulité presque infinie.
Outre ce que nous apprend Grégoire de Tours, quelques
indications sont à glaner dans les poèmes de son contem
porain Fortunat. Puis, après le vie siècle, les hagiographes
n'ont pas chômé. Leurs récits ont amplifié ceux de Grégoire,
les ont chargés d'anecdotes nouvelles, toujours dans un
dessein d'édification. Cette littérature n'est pas dépourvue
d'intérêt pour les temps où elle a été composée. Son apport
à l'histoire des temps qu'elle prétend concerner est bien
près d'être nul. De ces textes, je ne citerai ici que trois
Vies anonymes de saint Stremonius 2 et deux de saint Alyre,

-.1. L. Duchesne a noté (FEG, I, 22) qu'en relatant l'envoi en Gaule d'Eu-
trope, premier évêque de Saintes, par le pape Clément Ier (c'est la seule église
pour laquelle il mentionne une antiquité aussi haute), il aurait exprimé une
certaine réserve au moyen du verbe fertur (GM, 55). C'est forcer le sens de
ce verbe, car il se retrouve, en incise, à propos de saint Saturnin (GM, 47),
dont Grégoire ne mettait sûrement pas la mission en doute (cf. HF, I, 30).
2. Vital* (AASS, nov. I, p. 23-32, 49-54; cf. Duchesne, FEG, I, 119-120;
Leclercq, BAG, III-2, 1907-1909; Mosnier, SSAVV, 11,501-512; [A. Pon-
celet], La plus ancienne Vie de saint Austremoine, dans les Analecta Bollandiana,
XIII, 33-46) ; cette Vie a été vraisemblablement composée en Auvergne
{AASS, nov. I, 49). — Vita IP- {AASS, nov. I, 26-35, 55-61 ; cf. Duchesne,
FEG, I, 120; Leclercq, ВАС, .111-2, 1909-1910; Mosnier, SSAVV, II,
512-513). — Vita II1& (AASS, nov. I, 26-33, 61-77; cf. Duchesne, FEG, I,
121-122; Leclercq, ВАС, III-2, 1910; Mosnier, SSAVV, II, 513-515).
Telles qu'elles nous sont parvenues, elles sont postérieures au transfert des
reliques du saint à Mozac et, par conséquent, rédigées vers les ixe-xe siècles.
.

Leurs auteurs se sont servis du récit de Grégoire de Tours, en l'embrouillant


dans des amplifications et fioritures qui n'ajoutent rien à notre connaissance
de la vie de Stremonius. Ils ont cru augmenter sa gloire en lui faisant subir le
martyre. Même de grossières contradictions chronologiques ne les ont pas r
ebutés : ainsi la Vita Ia, tout en conservant la date du principát de Dèce, fait
envoyer Stremonius en Gaule par le pape Clément Ier (vers 100). — Sur le
groupe d'églises qui prétendaient remonter à des missionnaires envoyés par
Clément, voir Griffe, GCR, I, 70-71. D'inflation en inflation, on en vint à faire
de Stremonius un des soixante-douze disciples de Jésus (Mathieu, VIII, 21-22)
envoyé par saint Pierre (VitaIU&, AASS, nov. I, p. 61, n08 2-3) et à lui donner
pour compagnons. Mary (Branche, VSSA, I, 350-353; Mosnier, SSAVV, I,
600-612), Mamet et Antonín (Branche, I, 370-371; Mosnier, II, 158-162),
Nectaire (Branche, II, 180; Mosnier, II, 692-700), Sirénat (Branche, II, 112,-
114; Mosnier, II, 485, cf. I, 320), dont le premier l'aurait même précédé- en
Auvergne.
278 P. -F. FOURNIER .
l'une anonyme, l'autre par Winebrand1. Un catalogue
d'églises de la ville, dressé vers le xe siècle, est aussi précieux
que bourré d'énigmes 2.

2. Chronologie. — La plus grosse part de la chronologie

1. Le texte que les Bollandistes ont réédité sous le nom de Vita /a de saint
Alyre, ce sont les passages de Grégoire de Tours qui le concernent (Bibl. hagiogr.
lat., 4264). Le texte édité par eux sous le nom de Vita II* [BHL, 4265 ; éd. :
A AS S, juin I, p. 420-423) avait été communiqué à Henschenius, responsable
du dossier Alyre, par Dom Jacques Bardion, qui fut moine à Saint-Alyre,
d'après un manuscrit de la bibliothèque de son abbaye. Cette Vita IIй est
du xie siècle : l'évêque Begon (vers 970-1010) y est nommé (AASS, juin I,
p. 421). Mosnier (SSAUV, I, 542, note) a supposé que ce texte serait la Vie
de saint Alyre par Winebrand, dont il va être question. Selon lui, Dom Bardion,
au lieu de copier la Vita dans le manuscrit qui était à sa disposition, aurait
arraché les premiers folios de ce manuscrit (aujourd'hui 147 de la bibl. de
Çlermont) et les aurait envoyés tels quels à Henschenius. La reliure du volume,
réparée depuis que l'abbé Mosnier l'avait consulté, ne permet plus de percevoir
la lacune qu'il avait cru y constater. Mais la foliotation ancienne, en noir,
concorde avec la table du xvie siècle, sur papier, placée en tête du volume.
Le manuscrit n'a donc pas subi l'amputation supposée. Une troisième Vita
de saint Alyre, à peu près de la même époque que la seconde, composée par
Winebrand, lui aussi moine de Saint-Alyre, a été considérée comme entièr
ementperdue. Cf. AASS, juin I, p. 417-418 ; Molinier, Sources, I, 11 7. Sur Wine
brand : Dom Deschamps, Mémoire..., 1766, bibl. de Çlermont, ms. 712, fol. 49sq.
(cf. Fr. Mège, L' Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Çlermont-
Ferrand, 1884, p. 99-100) ; B. de Gaifïier, La Vita s. lllidii par Winebrand, de
Saint-Alyre, dans les Analecta Bollandiana, 1968, LXXXVI, 233-257; Vie
de saint Jllidius par Winebrand, nouveaux fragments, dans les Analecta Bol
landiana, 1969, LXXXVII, 337-342. Des extraits de cette 3e Vie étaient cités
par Savaron, OC, passim, et par Dom Deschamps. Le P. de Gaifïier en a décou
vertet publié des fragments un peu plus importants dans deux manuscrits de
la Bibliothèque nationale, retrouvés dans des reliures : a) nouv. acq. lat. 2644,
8 fol., dont plusieurs incomplets, écriture du xne siècle, éd. de Gaiffier, loc.
cit., 242-256 ; b) nouv. acq. lat. 3063, 4 fol., écriture du xie siècle, éd. de Gaiff
ier, p. 339-342 (contenant pour partie les mêmes textes que ceux qui ont été
déjà publiés en 1968). Si l'on rapproche ces deux Vies de l'inscription commem
orative de Corvus (cf. NROC, 388), il semblerait que le monastère de Saint-
Alyre eût été au xie siècle particulièrement attentif à l'histoire, telle, du moins,
qu'on pouvait la concevoir alors.
2. Éditions : Savaron, 1608 ; Savaron, OC, éd. Durand, 343-365 ; W. Levi-
son, dans les Mon. Germ, hist., SS rer. merov., VII, Passiones vitaeque SS aevi
merov., 454-467. Savaron a connu deux manuscrits dont un, celui du Port,
est perdu. Il contenait une addition au chapitre 2 (Notre-Dame du Port).
Mais de quelle époque était cette addition? L'écriture du manuscrit édité ne
saurait être postérieure au xie siècle (Levison, 454). Les autres indications
utilisables pour dater le catalogue ne permettent guère de préciser davantage.
Un troisième manuscrit, partiel, est dans le rouleau de parchemin intitulé1
Brève memoraturio de illas reliquias que sunt in monasterio Rubiago, écriture
du хше au xive siècle : rédaction légèrement différente des n03 43 et 44 de
l'édition Levison (concernant Royat). Je les ai édités : Bulletin historique et
scientifique de Г Auvergne, 1952, LXXII, 50, — Ce catalogue sera cité : Libellus.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 279
que nous pouvons tirer des écrits de Grégoire de Tours
ayant pour base quelques chapitres de Y Histoire des Francs,
je ne pense pas qu'un meilleur point de départ puisse être
choisi que de les analyser l'un après l'autre.
Livre I, ch. 30 (28 du ms. de Corbie). Sous l'empereur
Dèce, les chrétiens furent persécutés dans l'ensemble de
l'Empire1, en même temps que la foi orthodoxe était a
ttaquée par les hérésiarques Valentinianus et Novatianus2.
Alors sept évêques reçurent la mission de prêcher la foi
chrétienne dans les Gaules3. L'un d'eux, Stremonius, fut
chargé de l'Auvergne. En insérant ici un extrait de la
Passion d'un autre des Sept, Saturnin, qui, pensait-ily
fixait le commencement du sacerdoce de ce saint à l'année
où Dèce fut consul avec Gratus, c'est-à-dire 250, Grégoire
de Tours a implicitement assigné cette même date à la
mission des Sept, qu'il a explicitement fixée à la première
année du principát de Dèce dans son chapitre sur les évêques
de Tours4. Sur les sept missionnaires, deux furent martyr
isés.Les cinq autres, dont Stremonius, achevèrent leur vie
en confesseurs 5.
Le chapitre suivant, 31 (manquant dans le ms. de Corbie),
relate l'histoire d'un quidam chargé, lui aussi par le pape, de

1. Trajan Dèce, empereur de l'automne 249 à son assassinat en novembre


251, exigea des chrétiens un certificat de sacrifice aux dieux.
2. On ne connaît pas d'hérésiarque du nom de Valentinien. Mosnier, SSAUV,-
II, 520, suppose que Grégoire a voulu probablement parler de Valentin
(ие siècle), mentionné par lui sous sa vraie date au chapitre 28 (addition).
Le schisme rigoriste de Novatien (élu pape contre Corneille en juillet 251) est
en relation avec la persécution de Dèce. Sur sa répercussion en Gaule, voir
Griffe, GCR, I, 52-55.
3. Selon la grammaire du latin classique, hujus tempore se rapporterait, à
Novatien, le dernier nommé. Mais Grégoire de Tours n'est pas Cicéron. Chez
lui, hujus doit être Decius, dont le nom domine tout le récit. D'ailleurs, cette
remarque ne change rien à la chronologie de Grégoire. Cf. Levillain, TCMA,
160.
4. H F, X, 31.
5. A ce propos, Stremonius étant un simple confesseur, il n'est pas surpre
nantque son culte ne se soit établi que tardivement. Cf. H. Delehaye, Sanctus,
1927, p. 109, 118. D'après Grégoire de Tours, son sépulcre était connu deshabi.-.
tants d'Issoire, mais sans qu'aucun culte lui fût rendu. C'est seulement Cautin,
alors diacre avant de devenir évêque de Clermont (vie siècle), qui s'avisa de
rendre à ses restes mortels les honneurs dus à la sainteté (GC, 29). Noter
aussi que la date de sa. fête ne doit pas être celle de son décès, qui était ignorée.:
c'est le 1er novembre, sorte de date omnibus, sous laquelle sont vénérés des
saints dont la date de décès était ignorée (Dubois, EPSP, 37).
280 P. -F. FOURNIER
prêcher la foi dans le pays de Bourges, et que Grégoire
nomme ailleurs, Ursinus1. Ainsi, peut-être sans l'avoir
remarqué, Grégoire a porté le nombre des missionnaires à
huit.
Le chapitre 32 (29 du ms. de Gorbie) narre l'invasion des
Alamans de Chrocus en Gaule sous Valérien (253-259) et
Gallien (253-268), vers le temps de la mort des saints Cor
neille (253) et Gyprien (258) 2.
Les chapitres 33 à 38 sont des additions à la rédaction
primitive. Le chapitre 33 comprend deux parties distinctes.
Premièrement une note très brève sur les martyrs Liminius
et Antolianus. C'est un simple rappel, car Grégoire reparle
de ces saints ailleurs 3. Il n'y a rien à tirer de cette mention,
ni de la place où elle a été insérée, pour la date ou les ci
rconstances de leur martyre. Le seul rapport de ces saints
avec ce qui précède ou ce qui suit est d'ordre topographique :
tous les faits relatés dans la deuxième partie du chapitre 32
et dans le chapitre 33 se sont passés à Glermont ou dans la
banlieue de Glermont. La deuxième « fiche » relate l'histoire
de Victorinus, d'abord au service d'un prêtre du « temple »
Vasso de Jaude4, et persécuteur des chrétiens, converti
par Gassius 5 et, pour finir, martyrisés l'un et l'autre. Cette

1. Le chapitre 31 débute par De horum vero discipulis. Ce chapitre étant


considéré à sa place actuelle et en négligeant son caractère de « fiche » rédigée
à part et intercalée après coup, grammaticalement horum ce seraient les Sept.
Mais cette fiche doit être considérée par rapport non au chapitre qui la pré
cède actuellement, mais à l'ensemble de l'œuvre de Grégoire, ainsi que le
prouve GC, 79 : a discipulis apostolorum [Ursinus] episeopus ordinatus in
Galliis destinatus est. Or chez Grégoire discipuli apostolorum, ce sont les papes.
Voir Catianus, Stremonius, Martialis (a Romanis episcopis ou a Romanae
sedis papa : HF, X, 31 ; GC, 4, 27, 29) et Saturninus (ab apostolorum disci
pulis : GM, 47; cf. Fortunat, II, 8, 11, Romana... ab urbe). Cf. Duchesne,
FEG, I, 20, 25, 362; Levillain, TCMA, 166.
2. Voir NROC, 119-123, 541.
3. GM, 64 ; GC, 35.
4. Contrairement à une opinion aussi répandue que dépourvue de fonde
ment, ce monument n'était pas au sommet du puy de Dôme. 11 était tout près de
l'ancien Clermont au terroir de Jaude. Voir P.-F. Fournier, Le monument
dit Vasso de Jaude à Clermont-Ferrand, dans Gallia, 1965, XXIII, 103-150;
NROC, 119-124, 129-136, 352-356.
5. Il existe une Vie de saint Cassius, anonyme, en deux rédactions : une
longue (bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 148, fol. 3-5 v°) et une brève (ibid.,
fol. 5 v°-6 v°), sans valeur. L'écriture est du хше siècle. La première fait
envoyer les missionnaires par saint Pierre, sous le règne de Claude. Mais ils
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 281
fois-ci, il y a entre ce récit et celui du chapitre 32 un rapport
plus étroit que l'identité du lieu, c'est l'idée du « temple »
Vasso. Serait-ce la raison pour laquelle Grégoire a accroché
ici cette histoire ajoutée après coup? Coville l'a pensé.
Et l'on ne voit pas quelle autre conjecture mériterait de
retenir l'attention1. Le chapitre 34 revient aux Alamans,
poursuivant leur invasion au delà de Glermont, jusqu'à
Mende et Arles. Il a été accroché ici, afin de le rapprocher
du chapitre 32, où il était déjà question de Chrocus. Les
chapitres 35-38 concernent les empereurs depuis Dioclétien
jusqu'à Constantin jeune.
Les chapitres 39-43 (ms. de Corbie 30-34) concernent la
prédication de saint Martin, la mort de saint Hilaire de
Poitiers, la matrone Melania, la mort de Valentinien et de
Valens, l'association de Thëodose à Gratien, l'usurpation
de Maxime, la mort de Gratien et de Maxime.
Dans le manuscrit de Corbie, le livre I se termine par le
récit de la mort de saint Martin en 397 (ch. 35, devenu
ensuite 48).
Plus tard, Grégoire inséra entre les chapitres 34 et 35
du manuscrit de Corbie (rédaction définitive ch. 43 et 48)
l'histoire d'Urbicus, qui fut primus episcopus post Stramo
niumepiscopum, suivie d'une brève mention de Legonus,
lui-même successeur d'Urbicus (ch. 44), les notices d'Ulidius,

ne
évêque
sont de
plusChalon-sur-Saône,
que six : Paris et aTours
été ajouté.
ont été Il
supprimés
est vrai et
queunl'auteur
certain Valérien,
ajoute et
plures alii. Ce Valérien n'a pas été évêque de Chalon. C'est un martyr enterré à
Tournus, quadragesimo a Caçillonensi urbe miliario, dit Grégoire de Tours,
GM, 53.
1. Coville, Crocus, roi des Alamans, dans Faculté des Lettres de Clermont-
Ferrand, Mélanges littéraires publiés à l'occasion de son centenaire, 191 0, p. 10:;
Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1936, LVI, 74 ; Dom Chevalier,
Dissertation sur les martyrs ď Auvergne, bibl. de Clermont-Ferrand,
ms. 712, fo]. 23 v°-24. — Remarquer que ce récit présuppose le culte encore
pratiqué au temple Vasso : à s'en tenir à la chronologie de Grégoire de Tours,
les faits relatés seraient donc antérieurs à la destruction du monument par
Chrocus (253-259). Or, à moins de supposer à la prédication de Stremonius,
commencée en 250, une progression foudroyante, on ne concevrait pas com
ment Victorinus aurait pu trouver tant de chrétiens à pourchasser [frequenter
ad persequendos christianos adit). La chronologie de ces récits est boiteuse.
Noter aussi qu'un tel récit trouverait sans doute mieux sa place dans les luttes
entre chrétiens et païens du ive siècle que dans une des persécutions du nie.
Cf. Duchesne, FEG, II, 9-10.
282 P. -F. FOURNIER
Nepptianus et Artemius, qui se succédèrent après Legorms
(ch. 45-46), l'anecdote pieuse d'Injuriosus et de sa chaste
épouse (ch. 47).
La suite des évêques se trouve au livre IL A Artemius
succèdent Venerandus, Rusticus (ch. 13), Namatius (ch. 16-
17), Éparchius et Sidoine Apollinaire (ch. 21). Les cha
pitres 16, 17, 21 manquent dans le manuscrit de Gorbie.
Avec Sidoine nous atteignons pour la première fois un per
sonnage connu par d'autres sources et une date à peu près
sûre : probablement 471-vers 4861. Viennent ensuite Abrun-
culus (1. II, ch. 23), Eufrasius, Apollinaris, fils de Sidoine,
dont l'épiscopat rie dura que quelques mois, Quintianus
(1. III, ch. 2), Gallus, de 525-526 à 551 (1. IV, ch. 5), Gau-
tinus, mort en 571 (ch. 7), Avitus (ch. 35), contemporain de
Grégoire et qui semble lui avoir survécu2.
Dire que cette, chronologie est très sûre serait, au moins,
exagéré. La date initiale, 250, repose sur une interpréta
tion fausse de la. Passion de saint Saturnin3. La date du
décès d'Alyre s'établirait à 384-385, s'il est exact qu'elle
soit survenue au retour d'un voyage à Trêves auprès de
l'empereur Maxime4. Sous la même réserve, son successeur
Artemius, envoyé en mission en Espagne par le même
Maxime et arrêté en Auvergne par la maladie, était pro
bablement chargé de s'occuper de l'affaire des priscillia-

1. A. Loyen, édition de Sidoine Apollinaire, Poèmes, t. I, p. ххп, xxix.


Sur Sidoine, voir aussi С. Е. Stevens, Sidonius Apollinaris, Oxford, 1933.
; 2. Cf. Duchesne, FEG, II, 35-36.
3. Vraisemblablement, les débuts du christianisme en Auvergne n'avaient
pas dans les documents utilisés par Grégoire de Tours des dates aussi précises
que les événements de l'histoire biblique et romaine au milieu desquels il les a
insérés. Probablement c'est lui qui les a datés en partant de la date attribuée
par lui à la mission de saint Saturnin. Mais l'extrait de la Passion de ce saint,
tel qu'il l'a cité, est tronqué : il a omis l'incise ante annos L. Ce n'est donc plus
le commencement de la mission qui y est visé. Le texte complet n'est pas
parfaitement limpide. L. Levillain l'a soumis à une critique serrée (TCMA,
1 61 -163), au terme de laquelle apparaît le sens suivant : « au temps où des
communautés chrétiennes apparaissaient çà et là [en Gaule] et où les sacrifices
continuaient, dans les temples païens, de quoi témoigne le décret rendu sous le
consulat de Dèce et de Gratus [250], cinquante ans avant que commençât
l'épiscopat de Saturnin à Toulouse... » Cela reporterait cet épiscopat vers 300
et la rédaction de la Passion vers 400. L'argumentation de Levillain paraît
convaincante.
4. Duchesne, FEG, II, 33. Griffe, GCR, I, 232, opte pour 384,
.

-
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 283
nistes (370-384) г et Nép.otien aurait pu lui succéder en 385 2.
Grégoire de Tours rapporte un passage d'un certain Paulin,
où Vénérand est loué en même temps que sept autres évêques
ses contemporains, dont quatre sont attestés, d'autre part,
aux années 400-411 3.

Si l'on admettait telle quelle la chronologie de Grégoire


de Tours, il en résulterait qu'en cent trente-cinq ans, de
250 à 385, quatre évêques seulement auraient occupé le
siège de Clermont, ce qui ferait pour chacun d'eux une
durée moyenne de trente-trois ans. Elle a paru trop longue.
Mgr Duchesne ne pensait pas que Stremonius pût « remonter
beaucoup au delà de l'an 300, s'il y remonte »4. Mme de.
Maillé a repris l'argumentation. Elle a obtenu pour cinq
sièges épiscopaux aux rve-vie siècles des moyennes variant
de douze à dix-sept ans par évêque, soit une moyenne,.
pour lés cinq sièges ensemble, de quatorze ans 5. A Clermont,
de l'accession de Sidoine jusqu'à la mort de Gautin, dont les
dates sont à peu près sûres, sept évêques ont tenu le siège
durant un temps moyen de quatorze à quinze ans pour cha
cun. En se fondant sur la moyenne de quatorze ans, on r
emonterait pour Clermont : en partant du décès d'Alyre à
329, en partant de l'accession de Sidoine à 331, en partant
de son décès à 332, en partant du décès de Cautin à 334.
En partant de 471, la même moyenne donnerait 372-386
pour l'épiscopat d'Alyre. De telles moyennes ne doivent
être prises que pour ce qu'elles valent 6. Pourtant la con-

1. Grégoire de Tours, HF, I, 46 ; II, 13. Cf. Duchesne, FEG, II, 33 ; Griffe,
GCR, I, 233-239.
2. Grégoire de Tours, HF, I, 46, GC, 36. Cf. Duchesne, FEG, II, 33.
3. HF, II, 13. Ces quatre sont Simplicius, de Vienne, vers 400, Amandus,
de Bordeaux, après 404, Alithius, de Cahors, probablement après 407, Exupe-
rius, de Toulouse, 405, 411 (Duchesne, FEG, I, 146; II, 60, 44; I, 296). « Le
passage cité [par Grégoire] a été quelquefois attribué à Paulin de Noie, mais
sans preuve » (note de l'éd. Omont, Collon, Poupardin).
4. FEG, I, 20. (cf. 30) ; II, 9, 10. Cf. Griffe, GCR, I, 65, 74, 84. En sens con
traire, voir Mosnier, SSAVV, II, 521-527.
5. De Maillé, ROCB, p. 17, n. 6.
6. Dans une série chronologique un règne long (Philippe Iei, Louis XIV,
Victoria) ou une vacance prolongée suffisent à fausser la moyenne. Objection
de Ribauld de la Chapelle, 1754 (bibl. de Clermont-Ferrand, ms. 714, fol. 22),
reprise par Mosnier, SSAUV, II, 523. Cf. Baudot et Chaussin, Vies des saints,
284 P. -F. FOURNIER
cordance de ces chiffres ne les rend pas indignes de considé
ration.
Pour conclure, nous devons prendre notre parti d'une
chronologie approximative. Quelque lents que nous conjec
turions les progrès du christianisme en Gaule1, il faudrait
supposer tous les habitants de l'Auvergne bien fermés aux
idées philosophiques et religieuses qui occupaient les esprits
dans le monde romain pour admettre qu'avant la fin du
nie siècle le christianisme y était complètement ignoré.
Mais l'histoire de sa propagation, de ses premiers adeptes
nous est totalement inconnue. L'organisation d'une com
munauté, à la tête de laquelle les légendes placent un certain
Stremonius, pourrait se situer, selon la chronologie la
plus plausible, au cours des années qui suivirent les édits
de Galère (311) et de Constantin (313) 2. De bonne heure
le christianisme paraît avoir pénétré dans l'aristocratie3.
Urbicus était de rang sénatorial, d'après Grégoire de Tours,
ainsi que Vénérand4. Sidoine Apollinaire était même de
primis Galliarum senatoribus 5. Injuriosus était riche 6.
Artemius, envoyé en Espagne, vraisemblablement par l'eiii-

IV, 69. En un autre temps, de 1687 à 1800 (en ne tenant pas compte de l'évêque
constitutionnel), le siège de Clermont a été occupé par quatre évêques seule--
ment (moyenne : 28 ans)..
'
l.Duchesne, FEG, I, 46 ; G. Jullian, Histoire de la Gaule, IV, 485 ; F. Lot,
La Gaule, 434. A la fin du ive siècle, Sulpice-Sévère note : serius trans Alpes
fíei religione suscepta [Chron., II, 32). — L'archéologie serait-elle en mesure
d'apporter à la solution du problème une contribution efficace? Les dates
des dernières monnaies récoltées dans des lieux de culte païens dans la région
sont : puy de Dôme, Tve siècle (Fournier, Informations, dans Gallia, 1961,
XIX, 356) ; Reyrol, comm. d'Anzat-le-Luguet (fouille en cours, par M. Buffet),
vers 350; Rajat, comm. de Murol, 388-392 ou 393-394 (H. Verdier, Le sanc
tuaire de Rajat, dans Gallia, 1963, XXI, 246); Margerides (Corrèze), 375-392
(Vatin, Informations, dans Gallia, 1967, XXV, 300). Mais, après ces dates,
ce n'est pas seulement dans les lieux de culte que les monnaies deviennent raris
simes.
■2. Une lettre de saint Cyprien atteste l'existence d'évêques en Gaule en 254
:

(citée par Griffe, GCR, 1, 12). Pour des éléments de comparaison, voir Duchesne,
FEG, I, 30, 32 (cf. Griffe, GCR., I, 65 sq.) : une seule église (Lyon) remonte au
.

ne siècle, trois vers le milieu du ше, sept vers 300 (j'y classe Toulouse, voir
chap. 2), dix-neuf vers le temps de Constantin, vingt au cours du ive siècle.
3. Cf. Mme de Maillé, ROCB, 27.
4. HF, I, 44 ; II, 13.
5. HF, II, 21.
6. HF, ï, 47.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 285
pereur, et qui renonça à la fois à son épouse et à ses richesses *,
n'était pas un uomo qualunque. L'épouse de l'évêque Na-
matius fait construire une église, semble-t-il, de ses deniers2.
Dès le ive siècle quelques sarcophages en marbre, sculptés,
par conséquent importés et d'un prix élevé, témoignent.
à la fois de la richesse de ceux qui s'y sont fait, inhumer et
de leur goût de l'ostentation3. A l'époque de Sidoine Apoll
inaire le christianisme est solidement implanté en Auvergne.

3. Rempart, « suburbium», ruines. — Dans les premiers


siècles de la Gaule romaine Clermont s'étendait librement.
Aucune trace d'enceinte fortifiée n'a été décelée. Les limites
de la ville sont déterminées d'après la zone de sépultures,
plus ou moins denses suivant les endroits, qui l'entourait.
La phase de rétraction qui suivit eut pour terme la cons
truction d'une enceinte fortifiée très étroite, que j'ai pro
posé de dater, par préférence, du ive siècle. Elle n'occupait
plus que le tiers septentrional — le mieux fortifié naturel
lement — de la butte, autour de laquelle la ville s'était
développée. Elle s'ouvrait sur l'extérieur par cinq portes :
deux à l'ouest, une sur chacun des côtés nord, est et sud4.
Cette enceinte est mentionnée par Sidoine Apollinaire5,

1. HF, I, 46.
2. HF, II, 17.
8. Voir NROC, 313, 389, 390, 459, 466, 546. .'
4. Voir NROC, 154-165, 542-544.
5. Epist., III, 2 : tu sanctum pedem semirutis moenibus intulisti--- Quibus
(les habitants de Clermont)... in unum oppidum revertentibus mûri tibi debent
plebem reductam. — III, 3 : te... omnis aetas, ordo, sexus e semirutis aggeribus
conspicabantur. — III, 7 : ut tantisper a pervigili statione respirent quos a mura-
libus excubiis non dies... non nox receptui canere persuadent. — V, 12 : nos
propugnacula tegunt. — VII, 1 : non nos aut ambustam murorum faciem aut
putrem sudium cratem aut propugnacula vigilum trita pectoribus confidimus.
— VII, 7 : oui saepe populo (celui de Clermont) Gothus non fuit clause intra
moenia formidini cum vicissim ipse fieret oppugnatoribus posais intra castra

terrori... Propter hujus tam inclitae pacis expectationem avulsas muralibus ri-
mis herbas in cibum traximus... Si murus noster aperitur hostibus. — VII, 11 :
ego istic inter semiustas mûri fragilis clausus angustias. — -IX, 9 : territorium
Arvernum cum praeterirent, non solum moenia mea (c'est-à-dire de ma ville)
verum etiam latera radentibus. — La plupart de ces textes sont dans Audollent,
Clermont gallo romain, dans Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, Mélanges
littéraires (1910), p. 107, avec quelques autres où Clermont est qualifié oppidum
(mais est-on fondé à attribuer la valeur très précise de « place forte » à ce terme
en l'occurrence?). — NROC, 544-545.
286 P. -F. FOURNIER
par Grégoire dé Tours1 et par l'auteur anonyme de la
Vita Г1 de Stremonius 2.
Hors de l'enceinte, le suburbium n'était pas un espace
totalement désert. Lors des campagnes d'Euric en Auvergne,
la ville ne fut pas occupée par les Wisigoths. Une allusion
de Sidoine Apollinaire à des demeures incendiées ne peut
donc concerner que celles qui existaient, sans doute plus
ou moins éparpillées, dans la banlieue3. La notion du su-
burbanum, comme dit Grégoire de Tours, s'étendait assez
loin. Un texte de la fin du vne siècle y inclut Chamalières 4.
Mais les mentions dont nous disposons sont trop peu ex
plicites pour nous permettre une représentation exacte de
la manière dont il était occupé5. Tout au plus, pouvons-nous
supposer, d'après les églises qui y étaient éparses 6, que des
noyaux de peuplement n'en étaient pas absents.
Deux monuments des siècles antérieurs, ou, du moins,
leurs ruines encore importantes, ont retenu l'attention des
contemporains. Grégoire de Tours mentionne celles d'un
monument situé au terroir de Jaude (Galate), en le quali-

1. HF, III, 9 : cunique portae civitatis obseratae essent et unde ingrediretur


pervium patulum non haberet, incisam Arcadius serram unius portae eum civitati
intromisit; — III, 12 : Theodoricus..., ad urbem Arvernam usque accedens,
in civi illius suburbana castra fixit. — VP, IV, 2 : Adveniente Theodorico ac

voilante cum exercitu urbem (Clermont), sanctus Dei muros ejus per noctem

psallendo circuiret--. Porro Theodoricus rex, cum cogitaret etiam muros urbis
evertere, ... Hilpingus dux ejus... ait : «... Ecce mûri civitatis istius fortissimi
sunt eamque propugnacula ingentia valiant : ••• de sanctis quorum basilicae
muros [illius~\ urbis ambiunt haec ïbquor » ; — IV, 4 : In Arverno... cum ... sanctus
rogationes illas, quae ante Ascensionem Dominicain aguntur, ... caelebraret die
tertia, cum jam portám civitatis adpropinquarent, ••■ priusquam portám urbis
attingerent, discendit pluvia. — HF, IV, 16 : Tune Arvernus populus infra
murus tenebatur inclusus. — Voir aussi, ch. 5, la cathédrale à l'intérieur des
murs {HF, II, 16; V, 11) et l'église Saint-Étienne dans la banlieue (HF,
II, 17).
2. NROC, 193, n. 28.
3. Quas tu lacrimas... super sedes incendio prorutas et domicilia semiustà
fudisti (Epist., III, 2).
4. Monasterium sacrarum virginum suburbano praefate civitatis (Clermont)
in loco cui Camelaria nomen inditum est (1 re Vie de saint Priest, A ASS, janv. III,
p. 244). ■■■•.-■
5. Sur la notion de suburbium en ce temps-là, voir F. Lot, L'histoire urbaine
du Nord de la France de la fin du IIIe siècle à la fin du XIe siècle, dans le Journal
des Savants, 1935, p. 64-66; Recherches sur la population-. ■ des cités (JBiblio^
thèque de l'École des hautes études, sciences historiques et philologiques, 287),
t. I, p. xi ; La Gaule, p. 399.
6. Elles vont être étudiées dans les chapitres qui suivent.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 287
fiant de « temple ». L'étude des vestiges aperçus au cours de
travaux récents ne confirme pas cette qualification1/
L'aqueduc, qui amenait à Gler mont l'eau de la vallée de.
Villars, est cité par l'auteur de la première Vie de Stremonius
vers les ixe-xe siècles2. Il est probable qu'il n'était alors
plus en état de servir3.

.
4. Églises non déterminées. — C'est sur les monu
ments du culte que notre documentation nous renseigne le
mieux. Ils vont être étudiés dans les chapitres qui suivent.
Il ne sera pas possible d'en dresser le catalogue complet,
même pas des principaux. Nous connaissons surtout ceux
que le hasard de ses récits a fait mentionner par Grégoire
de Tours. Les autres documents sont rares et généralement
incertains.
Au vie siècle, une seule église est connue à l'intérieur de
l'enceinte fortifiée. Les autres étaient éparses alentour,
avec une densité maximale dans la banlieue septentrionale,
près du ruisseau de Tiretaine. A plus d'une reprise, Grégoire
de Tours mentionne des églises de Clermont sans les dési
gner de façon plus précise4.

1. Bull. hist, et scient, de l'Auvergne, t. LXXXIV, procès-verbal de novembre


1970, p. 429. -
:

2. Voir NROC, 193.


3. Voir NROC, 194, 500, et plus loin, ch. 5.
-

4. De sanctis, quorum basilicae muros illius urbis ambiunt (VP, IV, 2). Un
certain jÊvodius, prêtre, ayant accablé Pévêque Gai d'outrages, l'évêque se
leva et entreprit la tournée des saintes basiliques, consurgens sacerdos, loca
basilicarum sanctarum circuibat, jusqu'à ce qu'Évodius fut venu implorer
son pardon (VP, VI, 4). Valentinianus, ... presbiter, ... in die accensus hujus
febris, loca sancta circuire disponeret orans, veniensque ad hujus (s. Gai) sancti
sepulchrum (dans l'église Saint-Laurent) prostratus ait--- (VP, 7). In supradicta
urbe (le contexte montre qu'ici urbs désigne la ville, Clermont) Childeberthu's
rex отпет tributům tam ecclesiis quam monasteriis . . . concessit, en 590 (HF,
X, 7). — Quoi qu'on en ait pensé (en dernier, Coens = Analecta Bollandiana,
1920, XXXVIII, 429), c'est de l'église Saint- Julien de Brioude qu'il est ques

tion dans HF, II, 20, III, 12, et non de Saint-Julien de Clermont (G. Fournier,
Origine de Brioude = Almanach de Brioude, 1960, XL, 42, n. 37 ; Tavernier,
La Passion de saint Julien de Brioude et la critique hagiographique = même
Almanach, 19 62, XLII, 175-185). — La liste dressée parLeclercq, DAG, III-2,
19, comprend deux sépultures sur lesquelles Grégoire nementionne pas ď église.
— Delarbre, NRA, 34, reproduit par Tardieu, HCF, I, 661, a attribué à Gré
goire de Tours le passage suivant : pluribus olim ecclesiis Arverna civitas il-
lustrabatur murique illius undequaque circumiebantur. En réalité ce texte est
de Savaron, OC, 342.
Je mentionne seulement, sans y insister : l'église Saint-Pierre de Beaumont
288 P. -F. FOURNIER

5. L'église ÉPiscoPALE « in GiviTATE. » — Suivant son


habitude, Grégoire de Tours désigne l'église épiscopale
sous le nom d'ecclesia, employé seul, sans indication de
vocable1. Il la mentionne en plusieurs occasions2. A deux
reprises il précise que, de son temps, elle était à l'intérieur
des murs de la cité3. La situation de la cathédrale actuelle
non loin du mur d'enceinte — ce qui est courant — entre
deux portes de ce mur, sa permanence en cet endroit, ainsi
que celle de ses annexes, donnent à penser que celle du
vie siècle s'élevait au même endroit. Si donc l'hypothèse
que j'ai déduite de la comparaison de la direction de l'aqueduc
romain avec la situation des conduits qui répartissaient
l'eau dans la ville est exacte4, la cathédrale aurait occupé

(où est remployé un chapiteau mérovingien, mais dont la provenance pourrait


être étrangère; cf. Gallia, 1951, IX, 113 ; NROC, 261, 347), l'église indétermi
née de Chamalières (où ont été découverts deux sarcophages rectangulaires,
NROC, 368-369), les églises de Saint-Saturnin, près de la vieille route de Beau-
mont, et de Saint-Genès, rue de l'Oradou (dans les cimetières desquelles il y
avait des sarcophages à étrécissement aux pieds et sans niche pour la tête
NROC, 260, 337-338 et 97, 434).
1. Cf. Longnon, GG, 481 ; M. Vieillard-Troïekourofï, dans ESP, 50 ; Dubois,
EPSP, 33.
2. L'évêque Éparchius, après avoir passé le temps du carême dans un ora
toire de la banlieue, revenait en procession ad ecclesiam suam (Grégoire de
Tours, HF, II, 21). Une nuit, il trouve plenám ecclesiam a demonibus [ibid.).
Cum ante nocíe minatus fuisset [Sidonium] de ecclesia celle extrahere, signum
ad matutinis audiens fuisset commotum... Nec istud sine haeresi potest accipi
ut in ecclesiam non obaudiatur sacerdos Dei... [Sidonius] rogat suos ut eurrí in
ecclesiam ferrent, cumque illuc inlatus fuisset... presbiter ille nequam... jussít
cunctos cives in domo ecclesiae invitari {HF, II, 23). Firminus cum socra sua
eclesiam petiit. Chramn dépêche deux envoyés avec l'ordre : « Vi extrahite
Firminum Caesariamque, socrum ejus, de eclesia » ... Ingrediuntur eclesiàm-.-
déambulantes per eclesiam ... ab eclesia ejeciunt {H F, IV, 13). Une alouette,
entrée in ecclesia... Arverna, y éteint les lumières {HF, IV, 31). Clercs assem
blésin ecclesia Arverna {HF, IV, 35). Des prisonniers libérés miraculeusement
ecclesiam ingressi sunt {HF, X, 6). Gai, nommé évêque, in civitatem suscipitur
et in sua ecclesia ordinatur {VP, VI, 3) ; il est outragé par un prêtre in convivio
ecclesie {Ibid., VI, 4) ; un incendie ayant éclaté à Clermont, ingressus ecclesiam,
il y prie, puis marche droit au feu, qui s'éteint {Ibid., VI, 6) ; après sa mort,
son corps in ecclesia deportatus fuisset, in ecclesiam defertur {HF, IV, 5, VP,
VI, 7).
3. Hic (Namace) ecclesiam, qui (var. : quae) nunc constat et senior infra
(var. : intra) muros civitatis habetur, suo studio fabricavit {HF, II, 16). La tra
duction de VHF, par M. R. Latouche porte « à l'extérieur des murs » : il a bien
voulu me mander qu'il s'agit d'une banale coquille d'impression pour « inté
rieur ». Sur l'emplacement de Vecclesia, voir aussi l'épisode du juif converti,
eh. 6.
4. NROC, 194, 501-502.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 289
l'emplacement où cet aqueduc devait aboutir à une sorte de
bassin de répartition. La tradition attribuait à l'évêqu.e
Namace (vers le milieu du ve siècle) la construction du mo
nument alors existant1.
Le passage où Grégoire de Tours relate cette construction
est de ceux à propos desquels des discussions pourraient se
poursuivre sans fin. Quae nunc constat etc. peut signifier
simplement que le monument existant au temps de Grégoire
était celui que Namace a fait construire. Mais est-ce bien
toute la signification de cette incidente? L'insistance mise
sur l'emplacement de la cathédrale actuelle est-elle tell
ement habituelle? Interdirait-elle absolument d'y voir évo
quer le souvenir d'une ancienne cathédrale, qui n'aurait pas
été à l'intérieur des murs ? La question me paraissait devoir
être posée. Je ne vais pas au delà. Senior peut avoir deux
significations. S'il devait s'agir de l'église la plus ancienne
à l'intérieur des murs, nous devons noter qu'aucun document
ne nous autorise à conjecturer une autre église dans cette
enceinte : Saint-Pierre du Château, mentionnée par le
Libellus, vers le xe siècle, étant, sauf preuve contraire, la
chapelle du château comtal et, par conséquent, hors de
cause au vie siècle. Mais senior pourrait être aussi une simple
épithète pléonastique, exprimant avec plus d'insistance la
dignité de la cathédrale. Les autres exemples de l'emploi
de senior par Grégoire de Tours n'apportent pas d'argument
décisif à ce sujet2.

1. HF, II, 16. Grégoire rapporte les dimensions du monument et une des
cription qui ont donné de la tablature aux archéologues. Voir Duchesne,
FEG, II, 34 ; M. Vieillard-Troïekourofï, CC, 200-201 ; etc. Je n'y insiste pas,
car ces détails concernent la forme et la décoration de l'édifice, non la topo
graphie de la ville.
2. Que senior, comparatif, et d'autres comparatifs ne soient pas toujours
employés par Grégoire de Tours selon les règles du latin classique (Max Bonnet,
Le latin de Grégoire de Tours, 452), que dès le latin classique senior « comporte
souvent une nuance de respect ... qui explique le sens pris par le mot dans les
langues romanes » (jErnout et Meillet, Dictionnaire étymologique de la langue
latine, cité par Dom Dubois, 33), que le langage de Grégoire de Tours ne soit
pas d'une précision très stricte et que le même terme puisse y être employé
dans des acceptions différentes de façon souvent embarrassante (témoin :
urbs « ville » ou « diocèse »), cela est notoire. Dans le cas présent, les auteurs
diffèrent d'opinion sur le sens de senior : M. Latouche traduit Г « église mère »,
Mme Troïekourofî (CC, 200), la « plus ancienne » ; voir aussi l'opinion de M. Ro-
bibl. Éc. chartes. 1970. 2 19
290 P.-F. POURNIER
D'après une tradition rapportée par Grégoire de Tours,
au temps de l'évêque Ëparchius, la cathédrale n'avait autour
d'elle qu'un espace si étroit que l'évêque avait sa demeure
dans une annexe, d'où, la nuit, il entrait dans l'église1.
La manière dont Grégoire s'exprime (eo tempore) sous-
entendrait-elle que de son temps l'évêque avait pu se donner
plus d'aisance?
Pour sa nouvelle église Namace passait pour s'être pro
curé des reliques des saints Agricole et Vital2. C'est sous
leurs vocables que sa dédicace figure au Martyrologe hié-
ronymienz. Au xe siècle la Vierge leur est associée et fmale-

blin, Revue des Études anciennes, 1951, LUI, 306, n. 2 ; Dom Dubois paraît
demeurer hésitant : « dans la pratique du vie siècle, le mot senior désigne à la
fois l'ancienneté et la dignité » ; c'est une épithète appliquée à la cathédrale
(EPSP, 32-37, 39). A Narbonne, ecclesia senior pourrait signifier « la cathédrale »
(Grégoire de Tours, GM, 22). A Tours ; deux passages, où il est question à' ec
clesia senior (une fois au pluriel) sont ambigus (HF, X, 31, n° 18; GM, 46).
A Paris, Mme Troïekourofî {ESP, 122) et Dom Dubois (EPSP, 34-37, 39)
traduisent senior, ut aiunt, ecclesia nuncupatur (GC, 103) « l'église qui est ap
pelée la Vieille ». Dans le cas de Paris, l'incise ut aiunt paraît vouloir marquer
que l'épithète senior était estimée par Grégoire de Tours anormale en quelque
manière ; mais il nous a laissé le soin de deviner pour quelle raison.
1. Et quia eo tempore ecclesia parvam possessionem infra muros urbis habebat,
ipsi sacerdoti in ipso, quod modo salutatorium dicitur, mansio erat (HF, II, 21).
— Le prétendu don de la maison de l'église par le sénateur Cassius (Branche,
VSSA, I, 290-291 ; Dufraisse, OEF, 326 ; Mosnier, SSAVV, II, 175 ; Tardieu,
HCF, I, 455; II, 118, 171) n'est pas dans Grégoire de Tours. Cette légende
pourrait avoir été inspirée par ce que Grégoire rapporte de l'évêque de Tours
Litorius : primaque ab eo ex domo cujusdam senatoris basilica facta est (HF, X,
31, secundus episcopus) . — Ruinart définit salutatorium « quod alias secretarium,
hodie sacristia appellatur » (note à son édition de Grégoire de Tours : Patr. lat.,
LXXI, col. 217). Traduction de l'explication de Ruinart : Audigier, 4 F 230,
fol. 11. Sur salutatorium voir : Sulpice Sévère, Dial. II, dans la Patr. lat., XX,
201 ; concile de Mâcon, 581, par. 2 (Mansi, Sacr. concil. ampl. collectio, IX,
932) ; Grégoire le Grand, Epist., I, 19; V, 56 (Patr. lat., LXXVII, 464, note,
789) ; Agnellus de Ravenne, Liber pontificalis sive vitae pontificum Ravennatum,
dans Muratori, SS, t. II, p. 164; Du Cange, sub v°. M. Latouche a traduit
« parloir » (trad, de VHF). Tardieu a imprimé salvatorium (HCF, I, 173).
Voir aussi Mosnier, SSAUV, II, 475. — Commentaire de ce passage par Duf
raisse, OEF, 443 : « Par le récit de cette histoire il se voit que les évêques de

ces premiers siècles logeoient dans la maison que nous appelons de l'Abbé,
qui pour lors tenoit à la maison (corr. ms. : chapelle) de Saint-Sauveur ou du
Saint Sepulchre, que ce saint écrivain appelle salvatorium à raison de cette
proximité, que l'on commença à détruire il y a 184 ans, pour faire la place et
mettre la fontaine que l'on y voit présentement. » — D'habitude, la maison

de l'évêque et de ses services était proche des édifices du culte (De Maillé,
ROCB, 186, n. 7).
2. Ut scilicet eas in ecclesia quam ipse construxerat collocaret (GM, 43).
3. Pridie idus maii (AASS, nov. II-l, p. 60; II-2, p. 253). Cf. Vieillard
Troïekourofî, CC, 204, n. 7.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 291
ment elle devint seule titulaire. Pourtant on trouve parfois
saint Laurent associé à ces trois saints1.
Les renseignements archéologiques sont maigres. Des
fouilles ont découvert sous le sol de la cathédrale actuelle
des vestiges, dont il serait difficile de déterminer s'ils ont
appartenu à celle de Namace ou à d'autres constructions2.
Le sarcophage du ive siècle, qui a servi d'autel jadis dans la
chapelle du Saint-Esprit, a toujours passé pour ne pas pro
venir de la cathédrale. Le petit fragment du couvercle
d'un sarcophage de même style dégagé de la maçonnerie de
la façade de la cathédrale doit vraisemblablement avoir
été remployé sur place. Un autre sarcophage, du ve ou
du vie siècle, a été découvert au cours d'une fouille, mais
dans des conditions mal connues3.

6. Le baptistère. — A Pâques 576, l'évêque Avitus


administrait le baptême. Parmi les baptisés était un juif
converti. Gomme le baptistère était hors des murs de la
ville, après la cérémonie on revenait en procession à la
cathédrale, en franchissant une porte de la ville. Ala Pente
côtesuivante, nouveau baptême, dont la relation mentionne
qu'on sortit hors des murs pour se rendre au baptistère4.

1. Dans le Libellus (n° 1) la cathédrale est nommée mater eeclesia et le pre


mier autel est celui des saints Agricole et Vital (cf. Vieillard-Troïekourofï,
CC, 208, n. 3). — Super basilicam Dei genitricis Mariae Arçernensis (relation,
par le diacre Arnaud, de la vision du moine R,obert, xe siècle, éd. Rigodon,
dans le Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1950, LXX, 46). —
Ad ecclesiam majorem sedis episcopalis que est sub obtenue Genitricis Domini
:

Mariae (Winebrand, Vie de saint Alyre, éd. de Gaiffier, dans les Analecîa
Bollandiana, 1968, LXXXVI, 237, 251). — Dans les plus anciennes chartes
du chapitre cathedral de Clermont, xe-xne siècles, on trouve dix-huit fois
sainte Marie seule (xe-xne siècles), deux fois saints Agricole et Vital seuls
(ixe-xe siècles), vingt-trois fois les trois saints ci-dessus ensemble (xe-xie siècles),
trois fois les mêmes trois saints avec saint Laurent (xe siècle) (Cohendy, ITC,
passim ; cf. Vieillard-Troïekourofî, CC, 208, n. 4, 6). — 4° nonas junii, Arvernis
civitate dedicatio basilice S'ancte Marie, quam Stephanus, inclitus pontifex,
miro honore fieri rogavit et ipse consecravit (Canone, A. D. Puy-de-Dôme,
3 G suppl. 15, reg., fol. 65 ; cf. Vieillard-Troïekourofî, CC, 209-210).
2. NROC, 312-313.
3. NROC, 312-314.
4. Renatusque a Deo per baptismi sacramenti cum albatis reliquis in albis et
ipse procedit. Ingredientibus populis portám civitatis, u?ius Judaeorum per
capud conversi Judaei oleum foedilum, diabulo instigante, diffudit ■■■ Pontifex,
noctem sanctam Pentecosten vigilias caelebratas, ad baptisterium foras niuraneum
292 P. -F. FOURNIER
Ce récit de Grégoire de Tours nous apprend que le baptis
tère n'était pas auprès de l'église épiscopale, ni même à l'inté
rieur de l'enceinte. Mais il ne précise pas autrement quel en
était l'emplacement. Aucun vestige archéologique pouvant
provenir d'un baptistère n'a été noté. Pourtant nous di
sposons d'un indice pour en déceler l'emplacement.
Primitivement les sanctuaires chrétiens n'étaient pas
désignés par des noms de saints patrons. Quand la mode
de les dénommer ainsi s'établit, c'est le vocable de Saint-
Jean-Baptiste que reçurent communément les baptistères.
Ensuite, quand, les rites du baptême ayant évolué, on ne
l'administra généralement plus dans des sanctuaires spé
ciaux, les anciens baptistères conservèrent souvent leur
vocable 1.
A Glermont une église Saint- Jean-Baptiste a existé hors
de l'enceinte aux cinq portes 2. C'est la seule que le Libellus
enregistre sous ce vocable (n° 7). Elle n'avait qu'un seul
autel, dédié à saint Jean-Baptiste. Sa place dans le Libellus
indique qu'elle était située dans le quartier de Saint-Aîyre 3.

egressus ibique omnis multitudo coram eo prostrata baptismum flagitavit (HF,


V, 11). Cf. Vieillard-Troïekouroff, CC, 200, n. 3.
1. Baptistères épiscopaux : Aix en-Provence, Poitiers, Gap, Paris (Leclercq,
DAC, v° baptistère, col. 462-467 ; Dubois, EPSP, 42 ; F. Eygun, Le baptistère
Saint-Jean de Poitiers, dans Gallia, 1964, XXII-2), Metz (Bour, EMAM,
p. 513), Angoulême (R. Crozet, Recherches sur les cathédrales et les éçêques
d'Angoulëme et de Saintes, extrait des Bulletins et mémoires de la Société ar
chéologique et historique de la Charente, 1960, p. 4), le Puy, etc. Baptistères
paroissiaux : Artonne, Riom, Saint-Germain-Lembron, Marsac, Pleaux, etc.
(G. Fournier, PRBA, 136, 141, 156, 403, 405).
2. L'autel (Libellus, n° 1) et la chapelle de Saint-Jean-Baptiste de la cathé
drale actuelle, qui est la chapelle axiale du chœur (Audigier, Arch. dép., 4 F 229,
fol. 170 ; Savaron, OC, 114 ; Tardieu, HCF, I, 703 ; Canone, A. D., 3 G, suppl. 15,
reg., fol. xxx ; Vieillard-Troïekouroff, 209; H. Du Ranquet, Les vitraux de la
cathédrale de Clermont, 1932, p. 121), sont dans l'aire contenue à l'intérieur du
rempart et n'ont donc rien à voir avec le baptistère du vie siècle. — Tardieu
(HCF, I, 325 ; reproduit par A. Bruel, Pouillés des diocèses de Clermont---,
p. 183) a mentionné une autre église Saint- Jean-Baptiste « dans l'enclos de
l'abbaye de Saint-André » et qui, d'après lui, « vers 1 64 0 ... servait de logement
au fermier de l'abbaye ». Je n'ai su découvrir, jusqu'à présent, d'autre rense
ignement à ce sujet.
3. Je pense que c'est d'elle qu'il est question, au xnie siècle, dans la Canone
(3 G, suppl. 15, reg., fol. xxxi) : Isti celebrantur extra ecclesiam (c'est-à-dire
la cathédrale) : ... in ecclesia Sancti Johannis Baptiste : succentor et D. Tex-
toris (en même temps sont énumérées les églises de Jaude, de Saint- Jacques de
Rabanesse).
CLERMONT-FERRAND АБ VIе SIÈCLE 293
Au xvie siècle elle n'existait plus1. Le souvenir de son
emplacement était encore conservé au temps de Savaron :
distabat a monasterio (ici « église ») Sancti Illidii 20 passus
versus meridiem intra hortos Illidiani coenobii2. Ce jardin
est occupé aujourd'hui par la chapelle de l'Institution
Saint-Alyre, la maison de l'aumônier, la cour d'entrée qui
les sépare, le segment élargi de la rue Sainte-George situé
au sud de la porte d'entrée de l'Institution, lequel a fait
partie autrefois de l'enclos de l'abbaye3. C'est donc cette
église qui a été l'ancien baptistère.
Cela posé, trois portes de l'enceinte pouvaient servir pour
se rendre de la cathédrale au quartier de Saint-Alyre.
Celle du nord débouchait sur une sorte de vallon (emplace
ment du square Biaise-Pascal d'aujourd'hui) et sur une
pente très raide. Il est plus probable que, dans le récit de
Grégoire de Tours, il s'agisse d'une des deux portes de
l'ouest, près desquelles et entre lesquelles était située la
cathédrale4. De là on descendait par la rue des Chaussetiers
ou par la rue de la Boucherie, puis par la rue Sainte-Claire.
De la cathédrale, le baptistère était à 620 mètres à vol
d'oiseau, au moins 700 mètres en comptant les détours du
chemin.

1. Le jardin du monastère, « auquel soulloit avoir une chapelle de Saint


Jehan », est donné comme confin dans le terrier Boschatel de Saint-Alyre,
1571 (Raphanel, EEC, 115).
2. Son édition du Libellus, p. 347.
3. Voir le plan du quartier, NROC, 396. — Par l'effet d'une confusion ré
sultant d'une prétention invérifiable des religieuses de Sainte-Claire (voir

plus loin ch. 11), Audigier (A. D., 4 F 229, fol. 282) et Tardieu (HCF, I, 326)
ont pensé que l'église Saint- Jean-Baptiste « estoit à une extrémité de l'enclos
des religieuses de Sainte-Claire, proche de la paroisse de Saint-Cassius » et
que là « fut la première retraite de ces religieuses ». Le couvent de Sainte-
Claire était un peu plus haut que l'église Saint-Étienne (aujourd'hui Saint-
Eutrope).
4. J'ignore si, au vie siècle, la rue des Gras, que j'ai supposée établie sur
l'emplacement de l'ancien aqueduc, servait déjà à la circulation. En tout cas,
elle n'aurait abouti alors à aucune porte de la cité. Jusqu'au xixe siècle, elle
se terminait en haut en cul-de-sac (voir NROC, 502). La façade occidentale
de la cathédrale ne devait pas être éloignée du mur d'enceinte, mais je ne
pense pas qu'elle le touchait. C'est plus tard que la courtine, entre les deux
portes de la Terrasse et de la Monnaie, fut éventrée, afin de permettre l'accès
à la porte ouverte dans la façade occidentale de la cathédrale, au sommet des
degrés qui ont donné leur nom à la dite rue,
294 P. -F. FOURNIER

7. Basilique non nommée. — A l'époque de Grégoire


de Tours, les églises ont chacune un saint patron et c'est
sous ces vocables qu'il les désigne habituellement. A Cïer-
mont, trois seulement échappent à cette règle. Elles sont
désignées par un simple appellatif. Celui de Yecclesia, la
cathédrale (qui pourtant avait déjà ses patrons, saints Agri
cole et Vital), celui du baptistère indiquent leurs fonctions,
qui suffisaient à les déterminer. La troisième, Grégoire l'ap
pelle la basilique tout court. Or les basiliques ne manq
uaient pas dans la banlieue de Clermont et il les connaiss
ait bien. Je ne pense pas qu'on doive traduire « une basi
lique », car Grégoire, d'après les circonstances de temps et
de lieu contenues dans son récit, ne pouvait pas ignorer de
quelle basilique il s'agissait. D'une part, en effet, le récit
est celui de la procession du jour de l'Ascension. Or les
processions des grandes fêtes ne se conçoivent pas sans des
itinéraires et des stations fixes, dont Grégoire, qui avait
vécu à Clermont, ne pouvait, manquer d'être informé.
D'autre part, l'itinéraire de ce jour-là entre la cathédrale
et la basilique ne devait pas passer très loin de la synagogue 1.
Or la synagogue devait être dans le quartier dont deux ter
roirs ont conservé le nom des juifs et qui était situé au
nord-nord-ouest par rapport à la cité. Cela revient à dire
que cette basilique devait être approximativement dans la
direction du quartier de Saint-Alyre, où effectivement les
basiliques ne manquaient pas. Quant à préciser laquelle ce
devait être, plus aucun indice n'existe pour orienter notre
choix.

8. Saint-Alyre, alias Saint-Clément, Notre-Dame


d'entre Saints. — Ces trois vocables, finalement réunis
en une seule église, ne peuvent être séparés. Leurs histoires
ne sont pas exemptes d'obscurité.
A. Saint-Alyre. — Grégoire de Tours rapporte que l'évêque

1 . Die autem beato quo Dominus ad caelum post redemptum hominem gloriosus
ascendit, cum sacerdos de ecclesiam ad basilicam psallendo procederet, inruit

super sinagogae Judaeorum multitudo sequentium (H F, V, 11). Voir plus loin,


ch. 22. — A Paris aussi il y avait une basilica dont il n'était pas besoin de
préciser le vocable (HF, IX, 6 ;' M. Vieillard-Troïekourofï, dans ESP, 58-59).


CLERMONT-FERRAKD AU VIe SIÈCLE 295
Alyre, étant décédé au cours de son retour de Trêves, son
corps fut ramené par les siens et inhumé dans un faubourg
de Glermont 1. Sur son sépulcre, des miracles se produisirent 2.
Le culte est attesté pour l'époque où Grégoire était enfant.
Alors le mausolée construit sur la tombe était voûté, étroit
et d'accès mal commode. Avitus, pendant son épiscopat,
donc après 571, fit ajouter une belle construction voûtée
et arrondie, exhuma les restes du saint, qui étaient dans
un cercueil de bois, les enferma dans un sarcophage de pierre.
Ces travaux durent, entraîner un exhaussement du sol.
Le mausolée, s'étant trouvé en contrebas, fut alors comblé
et le sarcophage placé plus haut qu'auparavant3. Il est
à noter que deux passages, où. Grégoire qualifie le monument
de basilica41, ont probablement, été écrits après ces trans
formations. Auprès d'Alyre avait été enterré son archidiacre
Justus 5. Douter que le faubourg où était le mausolée, puis
la basilique élevée par Avitus, ait été le faubourg de Saint-
Alyre ne serait pas raisonnable.
1. In urbe sua sepultus est (Grégoire de Tours, VP, II, 1 ; cf. 4 [ces numéros
sont ceux des MGH, le numérotage est différent dans les AASS, juin I]).
Sepultusque in cripta suburbano civitatis illius {HF, I, 45). Voir aussi ch. 8 C.
2. Post transitům beau Illidii confessons, ad gloriosum ejus sepulcrum tantae
virtutes apparent ut пес scribi intègre queant пес memoria retineri {HF, I, 45).
Une mère expose son fils sur le pavé du mausolée, genitrix-.- beau confessoris
adiit tumulům, exponit in pavimento aegrotum-.. atque in vigiliis obsecrationi-
busque coram sepulchro antistitis excubat {VP, II, 4). Grégoire y fut guéri deux
fois. C'était au temps où Gallus était évêque et lui même enfant. Étant mal
ade, le désir lui vint ut ad beau Illidii basilicam deportaretur, inlatusque ma-
nibus puerorum ad ejus tumulům- ■■ leviorem se sensit esse quant venerat. Ayant
souffert de nouveau, il demanda à sa mère : ad sepulchrum, tu, me remitte
beau Illidii. On l'y ramena. Tune sancti deportatus ad tumulům- ■ - sensit- -.
discedere febrëm {VP, II, 2).
3. Hujus confessoris beatum corpus ab antiquis in cripta sepultum fuit. Sed,
quia artum erat aedificium ac diflïcillem habebat ingressum, sanctus Avitus,
pontifex urbis, constructa in circuitu miro opere absida, beatos inquisiçit artus
repperitque in capsa tabulis formata ligneis. Quos assumens, ... juxta morem
sarcofago clausit, oppletamque criptam, altius collocavit {VP, II, 4). Crypta,
chez Grégoire de Tours, désigne des caveaux funéraires en maçonnerie, voûtés
(Grabar, Martyrium, I, 436-437, 521). La description du mausolée d'Alyre
par Grégoire pourrait être rapprochée des martyria étudiés par Grabar, Mart
.

yr., I, 147 : couloir d'accès à deux voies (entrée et sortie) menant à une niche,
dans laquelle le corps reposait. C'est vraisemblablement à la construction de
la basilique que se rapporte le miracle du four à chaux : clibanus ad coquendas
basilicae ipsius [Illidii] calces succenderetur ■ ■ ■ Tune presbiter--- oratione facta
ad sepulchrum sancti... {VP, II, 4).
4. VP, II, 2, 4.
5. HF, I, 45 ; VP, II, 4,
Fig. 1. — Plan de la ci-devant abbaye de Saint-Alyre, appartenant au
citoyen bonnefoy, négociant a lyon, d'après les plans de la bibliothèque
de Clermont, С 206, 207, 209. — Bonnefoy avait acquis les bâtiments de
Saint-Alyre en 1791. — Un autre plan, Arch, dép., Q 212 (publié par Ja-
loustre, Saint-Alyre, planche en face de la p. 112), diffère de ceux-ci
PAR QUELQUES DÉTAILS.
1 : « belveder ». — 2 : « cabinet ». — 3, 8, 9 : «jardin ». — 4 : « maison du jardinier ». —
5 : « Saint-Vénérand ». — 6 : « église de Saint-Cassi siçe Sainte-George ». — 7 : « semetiere
de Saint-Cassi sive Sainte-George ». — 10 : « bâtimens nouveaux ». — 11 : « bâtimens
enciens ». — 12, 16, 22, 24 : « cour ». — 13 : « vacant ». — 14 : « tour ». — 15 : « bâtiment
des étrangers ». — 17 : « cloître ». — 18 : « église » [Saint-Alyre]. — 19 : « jardin pour le
citoyen curé ». — 20 : « maison de... » {sic). — 21 : « magasin de bois et blé ». —
23 : « parloir « (G 207), ou « grange pour le presbitaire » (G 209). — 25 : «écuries ». —
26 : « rue » [de Saint-Alyre]. — 27 : [place de la Motte]. — 28 : « rue » [de Sainte-George].
sCLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 297
An xie siècle le tombeau du saint était à l'extrémité orien
tale de l'église, à seize coudées (c'est-à-dire, vel plus

Fig. 2. — Extrait du plan de Glermont par Loriette (1791)


a : église Saint- Alyre. — b : église Saint-Vénérand. — ■ с : église Sainte-George.

— d : cimetière de Sainte-George. — e : rue Sainte-George. — / : rue Saint-


Alyre. — g : « pré verger de Sainte-Glaire ». — h : rue Sainte-Claire. — i : [rue
du Pérou].

çel minus, une dizaine de mètres) derrière l'autel de


Saint-Clément, dans un endroit plus bas que le reste de
298 P. -F. FOURNIER
l'église1. Par l'effet d'un mauvais entretien {per negli-
gentiam) le pavement, des mosaïques et des peintures étaient
en mauvais état2. Le 26 juin 1106, la dédicace de l'église
fut célébrée en présence du pape Pascal II3.
En décembre 1311 l'évêque Aubert Aycelin procéda à l'él
évation des reliques du saint dans l'église du monastère de
Saint-Alyre. En conséquence de réparations successives, le
sarcophage était enterré. L'emplacement en était connu par
une inscription et une tradition. Dans une cuve de pierre, obtu
réepar un couvercle aussi de pierre, on trouva des ossements,
qu'on admit être ceux de saint Alyre. Ils furent placés en
un endroit élevé, d'où ils étaient visibles par tous les fidèles 4.

1. Ad urbem perçehitur... ad locum prefatum in suburbio civitatis pedelemptim


defertur... Sepelitur tandem versus orientalem plagam in prefata ecclesia, lon-
giuscule 16 cubais ab altare beati démentis (Winebrand, éd. de Gaiffier, p. 246).
Locus autem ubi sanctus quiescit decliçior et profundior est illo quo iota consistit
ecclesia, non tamen, ut çideatur, ibi esse specu пес subterranea cripta, qui locus...
miro opere est aptatus atque constructus, sed pro vetustate aliquantulum opus
est dirutum (id., p. 247). Qui, cum pervenisset ad locum ubi sanctus requiescit
Illidius, requisivit subtiliter qua in parte esset tumulatus. Cui responsum est
ab aedituo aecelesiae quod jaceret in illa parte qua a terra in declivio pendet et
fossa profundius manet absesque in se trilucinium tenet (id., p. 253-254). — II
s'agit donc d'une rotonde-mausolée, qui est visible sur le dessin du Monasticon


gallicanum. Sur ces rotondes- mausolées à l'est du chevet des églises des temps
mérovingiens et carolingiens, voir Grabar, Martyrium, I, 490-491 ; J. Hubert,
L'art préroman, p. 58-64, et Les églises à rotonde orientale, dans les Actes du
IIIe Congrès international pour l'étude du hakt Moyen Age, Lausanne, 1954,
p. 309-320.
2. Winebrand, éd. de Gaiffier, p. 244, 249-250.
3. Martyrologe et nécrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont-Ferrand,
ms. 674, хше siècle, fol. 12. Voir plus loin, ch. 8 G.
4. AASS, juin I, 423-424. Trad. : Chaulanges, Manry, Sève, L'histoire vue
de l'Auvergne, t. I, p. 165-167. Anal. : Savaron, OC, 76-77 ; Cohadon, Le mo
nastère de Saint- Allyre — THA, 1843, IV, 611-612. L'élévation était fêtée à
Saint-Alyre et à Clermont le 9 décembre : translatio sancti Illidii episcopi,
confessoris (nécrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 131 v° ;
bréviaire de Clermont, xive siècle, bibl. de Clermont, ms. 68, fol. 10 v° ; autre
bréviaire, xve siècle, même bibl., ms. 67, fol. 206 v°). Le procès- verbal de l'él
évation de 1311 ne révèle pas d'après quels critères on admit que c'étaient
bien les ossements de saint Alyre qui étaient dans le sarcophage découvert.
Toujours est-il qu'on ne poursuivit pas la recherche des reliques de l'évêque
Népotien et de l'archidiacre Justus, parce qu'il y avait en cet endroit trop
d'autres sépultures. Sur les reliques au xvine siècle, voir Journalde Dom Boyer,
publié par F. Boyer et A. Vernière, dans les Mémoires de l'Académie... de
Clerimont, 1884, XXVI, 113. L'église de Saint-Alyre avait un trésor de reliques
d'une richesse extrême, dont l'inventaire est dans Audigier, A. D., 4 F 229,
fol. 206-208 : « Premièrement dans l'église ou aux environs, on y marche sur les
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 299
En 1524 le maître-autel fut consacré en l'honneur des saints
Alyre et Clément1.
B. Saint- Clément. — Dans l'histoire de l'église d'Auvergne
le pape Clément Ier apparaît tardivement2. Ce n'est que
dans la première et la deuxième Vies de Stremonius qu'on
lit pour la première fois qu'il aurait reçu de ce pape la mis
sion d'évangéliser l'Auvergne3. Cela, l'auteur de la première
Vie l'a copié dans la Passion de saint Denis (rédaction
Gloriosae). La légende se développa ensuite. Les reliques
de saint Clément n'ont été connues qu'au ixe siècle : c'est
saint Cyrille (t 869) qui les avait rapportées de Chersonese
à Rome4. Le Libellus enregistre un autel de saint Clément
à l'église Saint-Alyre (n° 11). La Vie anonyme d'Alyre
narre qu'il désirait avoir des reliques de saint Clément
pour la basilique édifiée par lui, que d'un voyage légendaire
en Chersonese il aurait rapporté un bras du saint découvert
miraculeusement 5, que, plus tard, l'évêque Begon (vers 980-
1010) et l'abbé de Saint-Alyre, Mancidius, procédèrent à
l'élévation de ce bras 6. Plus loin le même hagiographe donne

corps de plus de 12.000 martyrs..., on y vénère le corps... de plusieurs évesques


de Clermont, de saint Allyre », etc.
1. xi kl. febr. Consecratum fuit majus altare ad honorent ss. dementis et
Illidii cum eorum reliquiis et aliis plurimis anno Domini 1523° ; sacrista etiajn
fregit et accipit particulam brachii s. démentis, que ab episcopo recondita est
altari cum supradictis (même nécrologe de Saint-Alyre, fol. 90).
2. La légende de l'envoi de missionnaires en Gaule par le pape Clément Ier
est attestée dès Grégoire de Tours pour Butrope, évêque de Saintes (GM, 55).
Elle le serait antérieurement pour saint Denis, d'après certains manuscrits de
sa Vie (rédaction Gloriosae), et pour sainte -Geneviève, d'après sa Vie. Mais
les dates de ces Vies sont controversées. Voir, pour Denis, Levillain, EASD,
14-28, 58 ; R. J. Loenertz, La légende parisienne de saint Denis V Aréopagite,
dans les Analecta Bollandiana, 1951, LXIX ; pour Geneviève, Levillain, EASD,
9-11, 115; Molinier, Sources, I, 194.
3. Sur ces Vies, cf. ci-dessus, ch. 1.
4. Dubois, EPSP, 36.
5. Ut ex sacratissimo corpore aliquid reliquiarum suae basilicae, quam apud
Arvernam urbem aedificaverat, ■■■ accipiat... Secum in suam basilicam detulit
et in praecipui altaris medio... indidit [Vie de saint Alyre, AASS, juin I, p. 421 ,
par. 5 et 6). La Vie du saint par Winebrand donne une relation quelque peu
différente (extrait dans Savaron, OC, 350) : brachium [s. démentis] in crypta
quadam subius altare posuit, pro cujus etiam veneratione oratorium illud sa-
cravit. L'inventaire des reliques de Saint-Alyre (Audigier, A. D., 4 F 229,
fol. 208) mentionne le bras de saint Clément.
6. L'évêque accessit ad altare principale, quod oral conslruclum in honore
300 P. -F. FOURNIES.
à cette basilique le vocable de Saint-Clément a. Au xive siècle,
le maître-autel de l'église Saint-Alyre est dédié à saint Clé
ment : c'est à cet autel que l'évêque Aubert Aycelin ter
mine les cérémonies de la nouvelle élévation des reliques de
saint Alyre par une grand-messe2. Au xvie siècle, cet
autel est sous le vocable des deux saints Clément et
Alyre 3.
Ainsi, par l'effet de l'apport d'une nouvelle relique, qui
ne doit pas être antérieur au dernier tiers du ixe siècle, le
souvenir de saint Alyre faillit être expulsé de la basilique
érigée sur son tombeau. C'est un phénomène banal4. Il y
eut un moment où saint Clément prit le pas sur lui. Alyre
dut, au moins, partager : l'église fut sous deux vocables. En
fin de compte, l'attachement des populations au souvenir
de leur quatrième évêque, soutenu par le nom du monastère,
qui resta toujours Saint-Alyre, et par des légendes généa-

b. démentis, ... et surreœit aram altaris et cepit fodere donec pervertit ad locum
in quo positae erant sanctae reliquiae ... ibique repererunt b. Clementis brachium- ■ .
Postea vero reaedificaverunt altare in honorem ejusdem (AASS, juin I, p. 421,
par. 6 ; relation de l'élévation, manuscrit du xie siècle, bibl. de Clermont,
ms. 147, fol. 74, éd. par J. van der Straeten, dans les Ânalecta Bollandiana,
1964, LXXXII, 393-394 ; cf. B. de Gaifïïer, La « Vita s. Illidii », dans les mêmes
Analecta, 1968, LXXXVI, 239).
1. In suam basilicam divo démenti- ■• a se [Illidio] dedicatam prope Arver-
nam urbem [Vie anonyme de saint Alyre, AASS, juin I, p. 422, par. 9). Voir
aussi p. 301. G. A la suite d'un miracle, des marchands venus en Auvergne
ad aedem divi dementis substiterunt et ab accolis ad tumulům divi praesulis
[Illidii] perducti sunt-.. Artificibus mox convocatis jubent in sublimi arcuatam
testudinem super sepulcrum sanctum fieri (Ibid., p. 422, par. 15). — Maints
ouvrages ont admis positivement que l'église a été un certain temps sous le
titre de Saint-Clément : Savaron, OC, 351, et index, v° « églises » ; Cohadon,
Le monastère de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de Г Auvergne, 1843,
IV, 584 ; Randanne, Saint Avit, dans le Bulletin historique et scientifique de
l'Auvergne, 1893, p. 28 ; Mosnier, SSAUV, I, 133 ; Audigier, 4 F 229, fol. 190 ;
Chaix de Lavarène, Monumenta pontif. Arverniae, 1880, p. 274 (note du n°169) ;
Gallia christiana, II, 323; Tardieu, HCF, I, 318; Verdier-Latour, bibl. de
Clermont-Ferrand, ms. 698, fol. 170 ; ms. 699, p. 5). — Afin de ne rien laisser
de côté, je mentionne qu'au xe siècle il y avait à Clermont une église Saint-

Clément, qui n'a pas de rapport avec celle de Saint-Alyre, mais dont on ne
connaît ni l'emplacement ni l'histoire (Libellus, n° 31 ; Raphanel, EEC, 185 ;
Tardieu, HCF, I, 325). — Le manuscrit 147 de la bibl. de Clermont, prove
nant de Saint-Alyre, contient une Passio s. Clementis, Xe siècle, fol. 62-67,

suivie de De Virtutibus s. Clementis, fol. 67-67 v°.


2. Et missa solemni in altare beati Clementis decantata (AASS, juin I, p. 424).
3. Voir ci-dessus, p. 299, n. 1.
4. Cf. de Maillé, BOCB, 34.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 301
logiques des familles de Dallet puis de Langeac, qui se préten
daient de l'estoc du saint1, l'emporta.
G. Notre-Dame ďentre Saints. — Grégoire de Tours ne
fait nulle mention d'une église dédiée à la Vierge à Cler
mont. Les trois Vies de Stremonius non plus : la première
note seulement qu'il éleva une église à Clermont sans autre
précision2. Il faut attendre les deux Vies d'Alyre, posté
rieures à l'an mil, pour en trouver la première mention.
Alyre, rapporte l'hagiographe anonyme, éprouvait une dé
votion particulière pour la chapelle dédiée par Stremonius
à la Vierge, Notre-Dame d'entre Saints, ainsi que pour ]a
basilique de Saint-Clément : se sentant près de mourir, il
prie ses compagnons de ramener son corps en Auvergne
et de l'enterrer dans cette basilique, à l'endroit appelé
Notre-Dame d'entre Saints3. La trame de ce récit est un
démarquage amplifié de celui de Grégoire de Tours. L'ha
giographe y ajoute une précision, qui, analysée et replacée
dans l'ensemble de la documentation, semblerait conserver
une tradition (par voie écrite ou orale?) qui expliquait le
plan de l'église Saint-Alyre par l'existence de deux sanc
tuaires, jadis proches l'un de l'autre et, à l'époque de l'ha
giographe, probablement déjà soudés, savoir un sacellum
sous le vocable de Sainte-Marie et une basilica sous le
vocable de Saint-Clément. Les fragments conservés de la
Vie de saint Alyre par Winebrand mentionnent aussi Notre-
Dame d'entre Saints 4.

1. Mosnier, SSAUV, I, 544, note; Branche, VSSA, I, 324; Savaron, OC,


47; Verdier-Latour, Notices historiques sur--- Saint-Alyre, bibl. de Clermont,
ms. 698, fol. 209, et 699, p. 41 ; etc.
2. Ecclesiam ibi (à Clermont), quae пес locis пес populis erat nota, ... fabri-
cavit (AASS, nov. I, p. 49, par. 2).
3. Dictant divo Clementi extructam basilicam neenon et sacellum quod beatus
Austremonius Deiparae Virgini dedicaverat {quod ob sepultam in gyrum mar
tyrům multitudinis Beatae Mariae inter Sanctos nomen accepit) vir sanctus
[Illidius] in singulari habuit devotione... Rogat ut corporis sui exuvias... in
Arverniam déférant et in sua basilica, in loco qui dicitur ad Sanctam Mariant
inter Sanctos sepeliant--- Quo jusserat tumulo pater patriae inferlur, ubi et nunc
in capsula quiescit, miraculis clarus (AASS, juin I, p. 421, par. 6 ; p. 422, par. 12).
— Des hagiographes plus récents ont inventé que saint Martial, traversant
l'Auvergne avant l'arrivée de Stremonius, y aurait construit une église
(Branche, VSSA, II, 116; cf. Dufraisse, OEF, 300, 326; Mosnier, SSAUV,
I, 604).
4. S. Alyre jubet et illis, postquam de hac vila migraveril, ut apud urbem
f
— Chanturgue

Chanturgue

Route vers Limoges


et l'Atlantique

Fig. 3. — Églises de Glermont attestées au vie siècle


Pointillé : cimetières gallo-romains. — Les sépultures des rues Niel et Th: de Banville,
à l'est, la chapelle Saint-Mart, à l'ouest, ont été un peu rapprochées du centre, afin de
les faire entrer dans la largeur de la justification. — Les croix de saint André indi
quent les églises dont l'identification ou l'emplacement sont incertains.
R : ruine de delybrium illud quod gallica lingua Vasso Galatae vocctnt (Greg.
Tur., H. F., I, 32). — Le plan indique les deux enceintes fortifiées de la ville : celle du
Bas-Empire (avec ses 5 portes), celle de la fin du Moyen Age.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 303
Le Libellus, antérieur aux Vies d'Alyre, se contente
d'inventorier dans l'église de Saint -Alyre un autel de sainte
Marie (n° 11) : In ecclesia Sancti Illidii... altare Sanctae
Mariae.
D'après la Vie anonyme de saint Alyre, un habitant de
Glermont, guéri par l'intercession du saint, fonda le monast
ère de Saint-Alyre dans le lieu jadis consacré par Stremo-
nius à la sainte Vierge, puis par Alyre à saint Clément1.
Mais l'histoire de la fondation du monastère est trop
obscure pour apporter le moindre éclaircissement en l'e
spèce2.
Le fonds de l'abbaye de Saint-Alyre conserve une série
de donations au profit d'un luminaire établi dans l'église de
l'abbaye et appelé de Notre-Dame ou de Notre-Dame
d'entre Saints 3. La dévotion à Notre-Dame d'entre Saints
dura à travers le Moyen Age4 jusqu'aux temps modernes5.
Sous sa forme la plus anciennement attestée le détermi-
natif est inter Sanctos. Gela est en rapport avec les anciennes

Arçernam, in loco quid diciiur ad Sanctam Mariam inter Sanctos sepeliant Шит,
neque alicubi faciant ei sepulcrum. Un campagnard venit in suburbio ad locum,
qui antiquitus Sancta Maria inter Sanctos est appellatus, ubi beatissimus confes
sor Dei requiescit Illidius (éd. de Gaifïîer, p. 257, 25:1).
1. Illo in loco Deiparae Virgini olim jam a tempore sancti Austremonii sacro
et ab ipso divo Illidio, Clementi, papae et martyři dedicate (AASS, juin I, p. 423,
par. 17).
2. Gallia Christiana, II, 323.
3. De 1254 à 1503 : luminaris Béate Marie in monasterio Sancti Illidii (A. D.,
H, Saint-Alyre, layette GG, cotes 3087, 3099, 3111, 3113, 3115, 3113, 3120) ;
en 1281 : luminaris Béate Marie d'antre Sayns (même layette, cote 3097).
4. Clause du testament d'Antoine Brunet, chanoine de la cathédrale, abbé
de Saint-Genès, 25 avril 1517, H, Saint-Alyre, layette 3 A, cote 335) : Die
sepulture mee obsecro humiliter reverendos patres abbalem et religiosos devoti
monasterii Sancti Illidii prope Claromon. ut placeat eisdem unam missam de
mortuis alta voce pro remedio anime mee celebrare et, ilia finita, accedere ante
altare Béate Marie de Intersanctis et ibidem decantare, ad mei intentionem,
Salve Regina cum collecta Patriam, etc., cum De profundis et collecta Absolve,
etc. Voir aussi Cohadon, Monastère de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques
de l'Auvergne, 1843, IV, fiO2.
5. Voir Savaron, OC, 14; Fodéré, Narration-. -, rééd. dans les Mémoires de
V Académie- ■■ de Clermont-Ferrand, 1859, I, 354 ; note de Ruinart à son édition
de Grégoire de Tours, ch. 34 du Gl. conf. (Patr. lat., LXXI, col. 853-854) ;
Tardieu, HCF, I, 318; Jaloustre, Saint-Alyre, p. 12. Dom Boyer en 1710-
1711, séjournant, au cours de ses voyages, à Saint-Alyre, dit la messe plusieurs
fois à Notre-Dame-d'entre-Saints (Journal, éd. Boyer et Vernière, dans les
Mémoires de l'Académie--, de Clermont-Ferrand, 1884, XXVI, 102, 105, 213,
221).
304 P. -F. FOURNIER
sépultures, qui ne manquaient pas en ce lieu1. Dans des
documents plus récents ('Xiue siècle) apparaît parfois la
forme Sancta Maria ad Martires ou inter Martires'2', qui
résulte de l'influence du nom de l'église fondée au Panthéon,
à Rome, par Boniface IV au vne siècle3.
D. L'église multiple de Saint-Alyre. — L'église Saint-
Alyre est complètement détruite. L'Institution Saint-
Alyre occupe aujourd'hui l'emplacement de l'ancienne ab
baye : l'église se trouvait à la place du grand bâtiment situé
en face de l'entrée et sur lequel est implantée la chapelle
actuelle. Pour essayer de nous en représenter certains traits,
nous disposons d'anciennes descriptions, de dessins et de
plans4, qui ne s'accordent pas tous en tous points.

1. Voir NROC, 387-392. Ces sépultures étaient-elles toutes chrétiennes?


C'est une autre question. Mais il suffit qu'elles aient été considérées comme
telles, à tort ou à raison.
2. Martyrologe et nécrologe de Saint-Alyre, хше siècle, bibl. de Clermont,
ms. 674, fol. 6 v° et 108 : 3. idus maii, Natalis Sancte Marie ad Martires;
fol. 10 v° : nonas junii, apud Arvernam civitatem in loco qui antiquitus ad Sanc-
tam Mariant inter Martires est appellatus depositio sancti Illidii, ejusdem urbis
pontificis et egregii Christi confessons, qui multis claret miraculis, etc. ; fol. 12 y0 :
6. kl. julii, ipso die in suburbio civitatis Arverne quod [dicebatur] ad [Maria}
(sic) inter Sanctos antiquitus, dedicacio basilice Sancti (suite au fol. 15 r°)
démentis, Romani pontificis et martiris, et Beau Illidii, quarti Arvemorum
presulis, que facta est ab inclito papa Paschale 11° et archipresule Bituricensi
Leodegario necnon et antistite sedis Arvernice Petro, anno a passione Domini
1106°, Francorum regni gubernacula retinente Philippo, quam prémisse basilice
felicem et elegantem nimium consecrationem venerabilis Petrus, ejusdem loci tune
temporis abbas, annuatim miro honore recoluit, dum corpore viguit, et ad idem
indesinenter agendum suo exemplo bene sequaces instituit et posteras invitavit
(les mots entre crochets sont des additions interlinéaires du xve siècle). —
Les mêmes items se retrouvent au reg. dit la Canone (fonds du chapitre ca •
thedral, •
3 G suppl., 15, reg.) sauf celui du 6 des calendes de juillet : calendrier,
fol. 8 : 3 idus maii, Marie ad Martires ; martyrologe, fol. 61 : 3 idus maii,
natalis Sancte Marie ad Martires ; calendrier, fol. 8 y0 : nonas junii, Illidii,
Clar. episcopi et confessons ; martyrologe, fol. 66 : nonas junii, apud urbem
Arvernam, depositio sancti Illidii, episcopi et confessoris,
3. Templům qui appellatur Pantheum, in quo fecit ecclesiam Beatae Mariaè
semper Virginis et omnium martyrům [Liber pontificalis, cité par Leclercq,
DAC, X-2, 2066). Dans une inscription plus récente, le nom est devenu Sancta
Maria ad Martyres {Ibid, et XIV-2, 2886, 2910, 2966). C'est le jour de la fête
de la dédicace de cette église, fixée au 1er novembre, qui est devenu celui de la
Toussaint [Martror, Martrou en prov.). — Églises de même vocable à Metz,
à Trêves (Bour, EMAM, 597-598).
4. Deux dessins de l'Armoriai de Guillaume Eevel (1456-1461), Bibl. nat.,
fr. 22297, p. 71 (vue prise du sud, insérée, par erreur, dans une vue générale
de Clermont prise du nord) et 122 (vue prise du nord), cf. Revue d'Auvergne,
т..
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 305
Les plans du monastère montrent un bâtiment résultant
de la soudure de plusieurs sanctuaires antérieurs. Combien?
Trois, semblent affirmer Audigier1 et Cohadon2. Mais leurs
deux descriptions, prises en elles-mêmes, comparées l'une
avec l'autre ou avec d'autres documents, ne sont pas
exemptes d'incertitude. Le procès-verbal de l'élévation des
reliques de saint Alyre en 1311 3 n'est pas très explicite.
D'autres descriptions sembleraient ne faire état que de
deux sanctuaires soudés4. Sur les plans du monastère,

1966, t. 80, p. 118-119. — Dessin dans le plan cavalier de François Fuzier,


1574 (Munster et François de Belleforest, La cosmographie universelle, t. 1,
1575). — Plans du monastère dressés à l'époque de la Révolution : Cohadon,
Monastère de Saint- Alyre, dans les Tablettes historiques de Г Auvergne, 1843,
t. IV, pi. 13 ; arch, dép., Q 212, reproduit dans E. Jaloustre, Saint- Alyre,
pi. en face de la p. 112 ; 4 plans de la ЫЫ. de Clermont, С 206-209, d'après les
quels a été exécuté le plan de la fig. 1. — Plan de l'église seule, arch. dép.,
série Q, reproduit dans Jaloustre, p. en face de la p. 96 (ce plan, établi à
l'occasion d'une contestation, est un schéma, faussé par la réduction de tous
les angles à 90 degrés). — Plan dans le plan général de Clermont par Loriette,
1791, arch, comm., aux A. D., С III g 111. — Sépia par Gault de Saint-Germain,
vers 1800, bibl. de Clermont, ms. 571, p. 97; reproduit dans Jaloustre, pi.

en face de la p. 122, et dans Tardieu, L' Auvergne illustrée ancienne et mo


derne, 1886, p. 53-54. — Gravure dans le Monasticon gallicanum, reproduite
dans Jaloustre, Saint- Alyre, pi. en face de la p. 50 ; A. Audollent, La cité

des Arvernes au temps de Grégoire de Tours, Clermont-Ferrand, 1939, p. 11 ;


NROC, 301 ; fig. 4.
1. « Cette église est composée de trois nefs, qui, dans leurs extrémités, forment
chacune une ovale, où l'on a placé un autel. Celuy qui est à la droite en entrant
fait la chapelle de Notre-Dame d'entre Saints, dont la pierre est d'un beau
marbre. Celuy qui est à la gauche est dédié à saint Alyre. La châsse de saint
Alyre... est exposée bien au-dessus du maistre autel » (Audigier, A. D., 4 F 229,
fol. 191).
2. « A droite en entrant était la chapelle de Notre-Dame d'entre Saints,
plusieurs fois restaurée... A gauche on voyait la chapelle de Saint-Alyre, où
la châsse était bien exposée à la vue... Dans la nef du milieu était le maître-
autel, adossé comme les autres ; dans les derniers temps, on l'avait isolé du
mur à la manière de Rome » (Cohadon, Monastère de Saint-Alyre, dans les
Tablettes historiques de l'Auvergne, 1843, IV, 599-600). L'abbé Cohadon, né
en 1797 (Tardieu, L'Auvergne illustrée, ancienne et moderne, 1886, p. 124),
avait pu connaître des personnes qui avaient vu l'église.
3. Voir chap. 8 A.
4. In qua [ecclesia] a parte dextera est altare in honore Sanctae Marie semper
virginis, quae est inter sanctos, ideo dicta eo quod altare illud est positum inter
multorum corpora sanctorum (Winebrand, Vie de saint Alyre, éd. de Gaifïier,
p. 246). — Cette église de Notre-Dame d'entre Saints « se trouve à présent
estre seulement une chapelle comprinse dans l'église de lad. abbaye de Saint-
Alire » (Fodéré, Narration... des convens de l'ordre de s. François, 1619, rééd.
dans les Mémoires de V Académie... de Clermont-Ferrand, 1859, I, 354). —
Saint Alyre « fit bâtir une églize en son nom (de saint Clément) a costé du sep-
bibl. Éc. chartes. 1970. 2 20
306 P. -F. POURNIER
l'ancienne église Notre-Dame, accolée au flanc méridional
de la grande nef, apparaît nettement. Du côté du nord ils
sont moins clairs. Le plan de l'intérieur de l'église montré
de ce côté une série de petites pièces, où il serait difficile de
reconnaître un ancien sanctuaire, bien que l'une d'elles y
soit qualifiée « chapelle ». Sur le même plan la grande nef,
est accostée de deux bas-côtés étroits.
La Vie de saint Alyre par Winebrand atteste que la
soudure était déjà faite au xie siècle. Si j'interprète bien le
Libellus (n° 11), elle devait même remonter plus haut :
de son temps l'église est sous le vocable de saint Alyre et
le corps de ce saint y repose ; mais deux autels seulement y
sont mentionnés : celui de saint Clément en premier, celui
de sainte Marie en second. Un acte de 980, cité par Mabillon,
mentionne les trois vocables de l'église1.
Que conclure? Dans l'état où elle était avant d'être rasée,
l'église Saint-Alyre était complexe 2. Elle résultait de la
soudure de deux ou peut-être trois sanctuaires primitifs.
Celui de Saint-Alyre était, en somme, un agrandissement du
premier monument érigé sur la tombe du quatrième évêque
et son origine remontait donc jusqu'au ive siècle. Le sanc
tuaire de Sainte-Marie n'est pas attesté positivement avant

tentrion tout joignant celle de Nostre-Dame... La chappelle de Nostre-Dame


d'entre Sainctz... est scituée au midy » (Dom Jacques Bardion, Histoire de
l'abbaye de Saint-Alyre, 1681, Bibl. nat., ms. 12676, fol. 14 v°, 24). — Ruinart
note seulement : in oratorio quod Sanctae Mariae inter Sanctos nomen retinuit
altare habet mar'moreum (note à son édition de Grégoire de Tours, GC, 34,
rééd. Patr. lat., LXXI, 853-854. — Jaloustre {Saint-Alyre, p. 99 et 121) a
situé Notre-Datae d'entre Saints au nord de l'église Saint-Alyre, d'après une
tradition encore conservée chez les religieuses ursulines. Dans l'état présent
de mes recherches, cette interprétation, qui contredit tous les textes, depuis
Winebrand jusqu'à l'abbé Cohadon (note ci-dessus), me paraît erronée.
1. Mancio étant abbé de Saint-Alyre, un prêtre nommé Geraud fait une
donation, pour sa sépulture et le salut de son âme, monasterio quod est juxta
civitatem Claromontensem, vocatum Inter Sanctos et est constructum in honore
Dei omnipotentis et sanctae Dei genitrîcis Mariae et sanctorum beati démentis,
martyris Christi, et sancti confessoris Christi Illidii, ubi corpus ipsius requiescit
(Annales ordinis s. Benedicti, III, 1706, p. 660-661). Il semble entrer dans cette
analyse de Mabillon un extrait du texte, mais je ne distingue pas l'extrait
de l'analyse. Autre analyse : Audigier, 4 F 229, fol. 199. La Gallia christiana
mentionne l'acte d'après Mabillon, mais sous la date 1080 (II, 324).
2. Sur les églises multiples, voir J. Hubert, L'architecture du haut Moyen
Age en France, 1952, pi. I, et Les cathédrales doubles, dans Genava, 1963,
XI, 105-125.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 307
les xe-xie siècles ; pourtant au xie une tradition lui attri
buait l'antériorité sur celui de Saint- Alyre. Souvenir d'une
situation ancienne? Simple légende? L'argument décisif
fait défaut. Un troisième sanctuaire, s'il a existé, aurait-il été
un monument destiné à recevoir le bras de saint Clément,
lors de l'acquisition de cette relique, au plus tôt vers le déclin
du ixe siècle? Ou cette relique fut-elle d'emblée placée dans
le sanctuaire de Saint-Alyre? Les documents ne montrer
aient-ils pas saint Clément tendant à évincer saint Alyre,
plutôt que s'établissant paisiblement à côté de lui? Le pro
blème ne me paraît pas soluble dans l'état présent de la
documentation.
Le plan du monastère contient encore une particularité
digne de remarque. Le cloître est posé de guingois par rap
port à l'église. Des cloîtres ont pu être implantés de façons
plus ou moins régulières en raison de circonstances, topo
graphiques ou autres, préexistantes. Mais, dans le cas présent,
ne dirait-on pas que deux églises auraient existé d'abord
l'une à côté de l'autre, orientées chacune de façon légèr
ement différente, avec un cloître implanté normalement sur
celle du nord, et qu'ensuite, lors de leur soudure, colle du
nord aurait basculé vers celle du sud, en pivotant sur son
chevet, laissant le cloître à sa place, ce qui expliquerait
l'hiatus intercalé finalement entre lui et l'église du nord?
La grande nef et l'église Notre-Dame d'entre Saints avaient
chacune à leur extrémité orientale une rotonde-mausolée1.
Celle qui était au bout de la grande nef était cylindrique,
celle de Notre-Dame d'entre Saints, pent agon aie. Sur le
dessin du Monasticon gallicanum, plus ancien, les deux
rotondes paraissent bien isolées des deux nefs. Sur le plan
d'ensemble du monastère elles paraîtraient, au contraire,
soudées aux nefs. Celle de Notre-Dame, seule conservée
encore, sembie-t-il, au temps du dessin de Gault de Saint-
Germain, y paraît aussi soudée à la nef. C'est elle dont le
sommet apparaît derrière le clocher du transept sur l'un
des deux dessins de Revel (vue prise du nord).

1. Sur les rotondes-mausolées, voir A. Grabar, Martyrium, p. 490-501 ;


J. Hubert, V art préroman, p. 60, et Les églises à rotonde orientale, dans les Actes
du IIIe Congrès international pour l'étude du haut Moyen Age, Lausanne, 1964,
p. 309-320.
308 P. -P. FOURNIER
Le plan de l'intérieur de l'égîise Saint-Alyre publié par
Jaloustre {Saint-Alyre, planche entre les pages 96 et 97)
ne lui donne qu'une seule abside axiale. Sur les plans de la
bibliothèque de Glermont (fig. 1) l'église est terminée à
l'est par deux absides. Sur le plan des archives départe
mentales (reproduit par Jaloustre, op. cit., planche entre les
p. 112 et 113) et sur celui de Loriette (fig. 2) elle est terminée
par trois absides. Le dessin du Monasticon gallicanum
montre clairement deux tours rotondes, en laissant appar
aître derrière la principale (c'est-à-dire au nord de l'axe
de la grande nef) une construction de plan circulaire. Je
demeure perplexe en présence de ces contradictions.
Des colonnes en marbres divers, des chapiteaux également
en marbre, le sarcophage en marbre sculpté, du ive siècle,
transformé en sépulture de l'évêque Justus, étaient des remp
lois de monuments plus anciens 1.
Grégoire de Tours a narré deux fois l'histoire des « deux
Amants », Injuriosus et son épouse. Il note seulement que
leurs sépultures étaient « dans une certaine basilique2 ».
S'il n'y avait pas eu de translation entre le vie et le xe siècles,
cette basilique aurait été Saint-Alyre : c'est là, en effet,
qu'était le tombeau d'Injuriosus d'après le n° 11 du Libellus3.

E. Prétentions de Véglise Saint-Alyre à une certaine


prééminence. — Dans les temps modernes l'église Saint-

Alyre, telle qu'elle fut depuis la coalescence des basiliques


primitives, a eu, ou du moins, prétendu avoir, une sorte de
prééminence sur les autres églises de la ville4. Les évêques,
quand ils venaient prendre possession de leur siège, y faisaient

1. NROC, 385-389, 471-472; A. Redon, Le sarcophage de saint Just...,


dans le Bulletin historique et scientifique de V Auvergne, 1970, t. 84, p. 309-
312, pi.
2. Duos fuisse apud Arvernum virum scilicet et puellam... Erant... in una
quidam basilica (GC, 31. Cf. HF, I, 47). On notera, en passant, que l'axe de la
basilique était dans le sens est-ouest, puisque les deux sarcophages, d'abord
séparés, étaient adossés l'un à la paroi nord, l'autre à la paroi sud.
3. Certains ont pensé, mais sans preuve, que Scholastica, nommée par le
Libellus en même temps qu'Injuriosus, aurait été son épouse (cf. Levïson,
son éd. du Libellus, p. 461, note de la p. 460 ; Longnon, GG, 486).
4. C'est ainsi que Dufraisse écrit : « Nostre-Dame-d'entre-Saints, dans la
quelle estoit autresfois le baptistaire, qui est la première et la plus ancienne
du diocèse » (OEF, 326).
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 309
un bref séjour et c'est de là qu'ils partaient processionnelle-
ment pour faire leur entrée solennelle dans la ville, par la
porte des Gras, et dans la cathédrale 1. Cet usage est attesté
pour Guillaume Duprat, 1535 2, Louis d'Estaing, 1651 3,
Gilbert de Veyny d'Arbouze, 1664 4. Des usages compar
ables ont été observés dans d'autres cités épiscopales 5. Un
acte de non-préjudice de 1672 attribue à Saint-Alyre la s
econde place parmi les églises de Glermont 6. Au xvne siècle,
YHistoire anonyme de Vabhaye de Saint-Alyre note que,
« lorsque les religieux de cette abbaye assistaient aux pro-

1. Audigier, 4 F 229, fol. 164, 195 ; Delarbre, NRA, 60 ; Cohadon, Monastère


de Saint-Alyre, dans les Tablettes historiques de V Auvergne, 1843, IV, 622-623 ;
Verdier-Latour, Notices historiques sur... Saint-Alyre, bibl. de Clermont,
mss. 698, fol. 179, et 699, p. 15 ; Cohendy, Entrée des évêques, dans les Annales
scientifiques... de l'Auvergne, 1855, XXVIII, 378-398 ; Tardieu, HCF, I, 173,
348; II, 66-70, et L'Auvergne illustrée ancienne et moderne, 1887, p. 42-44.
2. Gonod, CEC, 46-47; Tardieu, HCF, I, 66-67.
3. Cohendy, Entrée..., 389-392; Tardieu, HCF, II, 67-69; R. SèYe, La vie
à Clermont, dans Clermont, ville de Pascal, 1962, p. 153-154.
4. Cohendy, Entrée..., 394-396 ; Tardieu, HCF, II, 69-70.
5. Par exemple, les archevêques de Bordeaux faisaient une station à l'église
Saint-Germain et passaient la nuit à Saint-Seurin avant de faire leur entrée
à la cathédrale Saint- André. Cet usage est attesté dès le xive siècle ; un texte
plus ancien y fait allusion. D'autres textes qualifient Saint-Seurin de gleysa
cathedrau (1444), prima sedes Burdigalensis (1482) : de Maillé, ROCB, 232/
237, 238, 244. Mme de Maillé note que Saint-Seurin ne fut pas cathédrale,
mais s'élevait dans un site où avait été vraisemblablement le premier groupe
episcopal (p. 263). Elle cite d'autres exemples d'entrées épiscopales compar
ables (p. 262-263) et conclut qu'il s'agit d'un « rite qui s'inscrit dans le cadre
et l'esprit de tout un ensemble de coutumes féodales, religieuses et laïques ».
A Vaison, l'évêque, lors de son installation, célébrait sa première messe dans
la vieille cathédrale (abandonnée pour celle de la ville haute en 1464), puis
se dirigeait en procession vers la ville haute (F. Lot, Recherches sur la populat
ion et la superficie des cités, dans la Bibliothèque de V École des hautes études,
sciences historiques et philologiques, lre partie, 1945, p. 128).
6. « Nous Gilbert de Veny d'Arbouze, évêque de Clermont, sur la remont
rance qui nous a esté faite par le Père prieur claustral, an l'absence du Père
abbé, de l'abbaye de Saint-Allyre proche lad. ville de Clermont, que par nostre
mandement du moys de may de la présente année nous aurions ordonné que
toutes les églises de nostre diocèse et particulièrement celles de Clermont expo
seraient le très saint Sacrement de l'autel et feroient des prières de 40 heures
pour l'heureux succès des armes de Sa Majesté et que lad. exposition du saint
Sacrement se feroit dans lesd. églises successivement et suivant l'ordre de
prééminence ou d'antiquité d'icelles, néantmoins dans la liste qui a esté posée
au dessoubz dud. mandement lad. abbaye de Saint-Allyre se trouve dans un
rang fort éloigné, quoyque, sans contredit, elle aye tousjours tenu et doive
tenir rang immédiatement après la cathédralle de lad. ville et ainsy led. Père
prieur, pour les religieux de lad. abbaye, nous auroit humblement requis de
leur vouloir accorder un acte pour ernpescher que lad. liste ne leur puisse pré-
310 P. -F. FOURNIER
cessions générales, ils avoient le premier rang après la cathé
drale1 ».
D'aucune de ces coutumes de l'ancien régime, je ne con
nais présentement d'attestation plus ancienne. Elles pour
raient remonter simplement à des usages ou à des préten
tionsformés ou développés en des temps et dans des ci
rconstances non déterminés, peut-être ne reposant que sur des
mythes plus ou moins tardifs. Pourtant les rites de l'Église
ou les coutumes du clergé sont parfois conservateurs.
L'administration ecclésiastique n'a-t-elle pas conservé jus
qu'à la fin du xvine siècle, malgré les conditions nouvelles
qui en accusaient l'archaïsme et moyennant seulement des
retouches de détail, les cadres de l'administration d'Au
guste? On ne saurait donc exclure formellement une hypo
thèse qui rattacherait de tels usages au souvenir, transmis
à travers les âges, d'un état remontant à des temps très
anciens. Le degré de probabilité en reste évidemment in
certain. Je note seulement que rien ne la contredit.

9. Saint- Vénérand. — A vingt-cinq mètres environ


au sud-sud-est du chevet de la basilique Saint-Alyre s'éle
vait la basilique Saint-Vénérand. Elle contenait des sarco
phages en marbre représentant des symboles chrétiens2,

judicier. Pour à quoy satisfaire et en considération de la dignité de lad. abbaye,


nous déclarons que nostre intention n'a point esté de porter préjudice en aucune
façon au rang deti à lad. abbaye de Saint-Allyre et que l'ordre où elle a esté
mise ne pourra tirer à conséquence pour l'advenir. En foy de quoy nous avons
signé le présent acte de nostre main et iceluy fait contresigner par nostre se
crétaire ce 11e juin 1672. Gilbert, évêque de Clermont. Par commandement
de mond. seigneur : Grenouille, loco secretariU (A. D., H, Saint-Alyre, lay. 9 В,
cote 830, copie contemporaine non authentique, papier.
1. Histoire anonyme de l'abbaye de Saint-Alyre, xvne siècle, Bibl. nat., ms.
fr. 12676, fol. 54).
2. In basilica-.. Sancti Venerandi, quae Sancti Illidii est proxima, transvo-
luta cellula a parte occidentis fuit, in qua multa ex marmore Phario sepulchra
sculpta sunt, in quibus nonnulli virorum sanctorum et mulierum religiosarum
quiescunt. Unde non ambigitur eos esse christianos, quia ipsae historiae sepul-
chrorum de çirtutibus Domini et apostolorum ejus expositae sunt (Grégoire de
Tours, GC, 34). Cf. NROC, 390. Du temps que Georges était comte du pays
d'Auvergne, pars transvolutionis illius, quae per longinquae incuriae negle-
gentiam pluviis erat infusa, super unum eorundem sarcofagum ruit operturiumque
ejus impulsům in frustra comminuit. In quo apparuit puella jacens, ita membris
omnibus solidata quasi nuper ab hoc saeculo fuisset adsumpta. Nam faciès ma-
nusque ejus... integrae erant--. Sed credo earn aromatibus fuisse conditam. La
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 311
les tombes du martyr Liminius1, des saints évêques Véné-
rand et Népotien2, d'autres saints inconnus3. L'épitaphe du

femme du comte, à la suite d'une vision, fait recouvrir d'une pierre le sarco
phage, quod in basilica Sancti Venerandi detection habetur (Grégoire de Tours,
GC, 34). Sum enim in hoc loco multa sepulchra, quae, ut diximus, fidelium
esse probantur. Habetur... ibi tumulům huic a laeça, sur lequel est écrit : sanctae
memoriae gallae (Ibid., 35). — Sur Galla, voir H. Delehaye, Sanctus, 1927,
p. 44. L'indication d'origine « de Paros » ne doit pas être prise à la lettre. C'est
une synecdoque (cf. Ausone, Ordo urbium nobilium, vers 120, 148 ; Sidoine
Apollinaire, Ep., II, 2, 7; Carm., XI, 18, XXII, 140). En 1629, Abraham
Gôlnitz mentionne une chapelle « où reposent les corps d'un grand nombre
de martyrs » (Reçue d'Auvergne, 1884, I, 99). — C'est dans le mausolée, cellula,
qu'étaient les sarcophages. La cellula placée hors de la basilica, puisque sa
voûte recevait la pluie (Grabar, Martyrium, I, 410, n. 2, 551), n'en faisait
pas moins corps avec elle (in basilicam). M. Grabar pense que la cellula pou
vait occuper une partie de l'atrium, parvis commun, qui séparait Saint-Véné
rand de Saint-Alyre et où se trouvaient aussi les tombeaux d'Alexandre et de
l'inconnu (Martyrium, I, 410, 550-551). — Sur Saint-Vénérand, voir Longnon,
GG, 482, 488-489 ; Tardieu, HCF, I, 329. Au хше siècle, la dédicace de Saint-

Vénérand était célébrée à Saint-Alyre le 29 octobre : dedicatio basilice Sancti


Venerandi (Martyrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 33 v°).
L'état du cadavre de la jeune fille pourrait être rapproché de ce qu'on a ap
pelé la « momie » des Martres-d'Artières : P. -F. Fournier, La momie des Martres-
d'Artières, dans la Reçue ď Auvergne, 1963, LXVIII, 97-126.
1. In hac enim basilica et beatus martyr Liminius est sepultus, cujus agonis
historia cum ab incolis teneatur, nullus tamen ei cultus çenerationis inpenditur
(GC, 35). Juxta hanc urbem (Clermont) Liminius Antolianusque martyres
requiescunt (HF, I, 33). Au vie siècle, on ne rendait donc aucun culte à Limi
nius (H. Delehaye, Sanctus, p. 141). Son inscription au Libellus (n° 10) montre
que ce culte existait vers le xe siècle. Je n'éprouve, en effet, pas d'hésitation
à identifier Liminius avec le saint Linguinus qui est inscrit au Libellus : limi
nius peut produire facilement la fausse lecture linjuinis ou linjinius. Voir
Levison, note de son édition du Libellus ; AASS, mars III, p. 766. Au
xiii0 siècle, on fêtait à Saint-Alyre, le 13 ou le 14 mai, la translatio sancti Li-
mini maniris (Martyrologe, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 6 v°, 131 v°).
Au xviie siècle, son corps reposait à Saint-Alyre : Savaron, OC, 18 ; Audigier,
4 F 229, fol. 206.
2. Est ibi et sepulchrum ipsius sancti Venerandi episcopi, a quo haec aedes
nomen accepit, sub analogie compositum, super quod caput per fenestellam
quique çult immittit, praecans quae nécessitas cogit... Ibi et sanctus Nepotianus
episcopus requiescit (GC, 36). Les tombes de Vénérand et de Népotien sont
mentionnées dans l'église Saint-Vénérand par le Libellus (n° 10). Mais, en
1311, quand l'évêque Aubert Aycelin procéda à l'élévation des reliques de
saint Alyre, on croyait celles de Népotien dans l'église Saint-Alyre ; on r
enonça à en poursuivre la recherche propter di-ffîcultatem quaerendi corpus-..,
quod in eadem capella sicut et multi alii sancti sepultum fuisse noscitur (AASS,
juin I, p. 424 ; Savaron, OC, 30 ; cf. Leclercq, BAC, IH-2, 1915). Les corps de
Népotien et de Vénérand étaient à Saint-Alyre au xvne siècle (Savaron, OC,
18; Audigier, 4 F 229, fol. 207). Nécrologe de Saint-Alyre, xine siècle, bibl.
de Clermont, ms. 674, fol. 134, 22 décembre : translatio sancti Venerandi,
episcopi confessoris.
o. Sum enim ibi-.. inlustrium merilorum çiri, quorum nojnina ignola incolis,
312 P. -F. FOURNIES.
diacre Innocentius en provient1. La dédicace de l'église
était célébrée à Saint-Alyre le 29 octobre2. L'église existe
encore dans le jardin de l'Institution Saint-Alyre. Elle est
défigurée, encrassée de crépis et d'enduits, affectée à di
vers usages : sépultures des religieuses du xixe siècle au
sous-sol, resserre d'outils d'horticulture au rez-de-chaussée3.
Elle était entourée d'un ancien cimetière, qui remontait
à l'époque païenne et contenait des sarcophages étrécis aux
pieds, sans niche pour la tête4.
Entre les basiliques Saint-Alyre et Saint- Vén érand, on
voyait le sépulcre d'un nommé Alexandre5, qui n'est pas
connu autrement, et celui d'un inconnu6.

10. Saint-Cassi. — Les martyrs Gassius et Victorinus r


eposaient près de Glermont7 dans un ancien cimetière de la
ville8. Une basilique avait été édifiée en leur honneur. Elle

scripta tamen, ut credemus, retenentur in coelis (Gl. conf., 35). Sur cette formule
et d'autres analogues, voir NROC, 388. Entre le vie siècle et les rxe-xe, le
nombre de ces saints inconnus s'est précisé : 6200 in corpore quiescunt, quorum
nomina Deus scit (Libellus, n° 10). Puis il continua à croître : Nalalis ss. Cassi
et Victorini et Maxim(i) martirum čum aliis 6666 (Martyrologe de Saint-
Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 7 v°, 15 mai). Cf. Levison, éd. du Libellus,
p. 460, n. 5 ; Dom Chevalier, Dissertation sur les martyrs d'Auçergne, bibl. de
Clermont, ms. 712, fol. 32 v°. Mosnier pense que c'est l'effectif de la légion
romaine qui a inspiré un tel chiffre aux hagiographes, la troupe des martyrs
étant comparée à une légion (SSAUV, I, 136).
1. Le Blant, Inscriptions chrétiennes, II, n° 564; CIL, XIII, 1489; NROC,
390.
2. IIII kl nov., dedicatio basilice Sancti Venerandi (Lectionnaire de Saint-
Alyre, хше siècle, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 33 v°).
3. NROC, 391. Cf. Longnon, GG, 488; J. Hubert, L'architecture religieuse
du haut Moyen Age en France, 1952, pi. XVII, n° 62, p. 63. Photogr. : Jaloustre,
Saint-Alyre, 1910, pi. en face de la p. 18 ; P. Balme, Clermont capitale du Massif
Central, 1931, p. 33.
4. NROC, 387, 391, 393.
5. Inter egressum basilicae Sancti Illidii et ingressum templi Bead Venerandi. . .
sepulchrum- ■ ■ in edito positum, in quo ferunt Alexandrům quendam religiosum
fuisse sepultum (GC, 35). Alyre a passé pour avoir ressuscité trois jeunes gens
Claromontanae urbis nobilissimos, Alexandrům, Floridum, et Pudentem (Vie
anonyme de saint Alyre, AASS, juin I, p. 42J, par. 4; Winebrand, éd. de
Gaiffier, p. 245, n. 1. S'agirait-il du même Alexandre? Cf. Longnon, GG,
482, 489.
6. E regione... hujus sepulchri, si ingrediaris per ostium in basilica Sancti
Venerandi, dextra de parte sepulchrum parvulum contemplabis super terram
situm. On ignore qui- il contient (GC, 35).
7. Juxta hanc urbem (HF, I, 33).
8. NROC, 393 (place Sainte-George), — Mais rien n'autorise à conjecturer
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 313
était connue sous le nom de Saint-Cassi, contenait les
reliques des deux martyrs à l'époque du Libellas (n° 9)
et devint, plus tard, l'église paroissiale du quartier. Reconst
ruite à plus d'une reprise, elle existe encore, défigurée
par son affectation actuelle : elle sert d'école 1. Elle est située
à environ vingt-cinq mètres au nord-est de Saint-Vénérand,
à trente-cinq mètres à l'est du chevet de Saint-Alyre. Le
mausolée de saint Gassius, contenant le sarcophage en marbre
du saint, lui était accolé 2.
Dans cette basilique a reposé la dépouille mortelle d'une
jeune campagnarde, Georgia, dont le corps avait été porté
à Glermont, pour y être inhumé3. Cette histoire atteste
l'usage des inhumations en des lieux éloignés du domicile
des défunts, mais élus pour bénéficier du voisinage de saints
renommés. Grégoire de Tours ne désigne pas par son nom
l'église où fut inhumée Georgia. Mais sa sépulture devint
l'objet d'un culte et c'était dans l'église Saint-Cassi qu'elle se
trouvait dès l'époque du Libeïlus (n° 9), si bien qu'il vint
un temps où l'église fut communément aussi connue sous
le nom de Sainte-George que sous celui de Saint-Cassi.
Guillaume Duprat, évêque de Clermont, ouvrit le tom
beau de sainte George en 1531. Au temps de Savaron, il
était sous un arc de pierre avec un quatrain gravé sur marbre.
D'après Ruinart le corps aurait été transféré à Saint-Alyre

que ce fût là qu'ils « avaient vécu et subi le martyre » (Dubois, EPSP, 25, 26).
1. Voir Longnon, GG, 483; Mosnier, SSAUV, I, 292, note, 487; NROC,
391-392.
2. Erat enim ad basilicam Sancti Cassii marlyris crypta antiquissima abditis-
simaque, ubi erat sepulcrum magnum ex marmore Phario [H F, IV, 12). Ce fut
le lieu de l'épisode macabre du prêtre Anastase, enfermé vivant dans ce sarco
phage. L. Duchesne en a quelque peu rajouté en donnant pour compagnon à
Anastase dans le sarcophage un « cadavre en putréfaction » [L'Église au
VIe siècle, 1925, p. 527) : il n'y avait que des os. On notera au passage que ce
mausolée avait deux portes : celle qui servait d'habitude et devant laquelle se
tenaient les gardes et une autre, par où s'évada Anastase avec l'aide d'un
passant. Le sens à'abditus serait « éloigné, caché » : ne signifierait-il pas ici
« profond »?
3. Fertur--- fuisse in ea urbe (« diocèse ») puella quaedam religiosa-.., quae
in rure commanens ... Factum est... ut, migrans ab hoc mundo, ad basilicam
oppidi (Clermont) causa sepeliendi portaretur ■ ■ ■ Des colombes suivent le cor
tège. Quam in basilicam delatam, elles se posent super tectum aedis ipsius et
se retirent après l'ensevelissement, ... Georgia nuncupala (GC, 33 ; CIL,
XIII, 1491). — Sur les sépultures ad sanctos, cf. Grabar, Martyrium, I, 43,
488-489.
314 P. -F. FOURNIER
par l'évêque Louis d'Estaing1. Le corps de saint Cassius
était encore dans l'église Saint-Cassi au xvne siècle2. Mais
plusieurs églises ont prétendu en détenir des parties3.

11. Saint- Antolien. — Antolien et Liminius étaient deux


martyrs enterrés près de Clermont 4. Quand deux pieuses
femmes, Alchima et Placidina, sœur et épouse de i'évêque
Apollinaire (entre 515 et 525) 5, entreprirent d'édifier un
monument sur la tombe d'Antolien, le creusement pour les
fondations fit remuer des squelettes. Comme on ignorait à
qui ils avaient appartenu, on les rassembla dans une grande
fosse. La construction n'était pas d'une solidité très grande.
Elle était lézardée au temps de l'évêque Avitus (571-
après 592). Une réparation entreprise par lui n'empêcha
pas qu'elle s'écroula, sans écraser l'autel, ce qui fut consi
déré comme un miracle6.
La manière dont Grégoire de Tours mentionne la tombe
d'Antolien avec celle de Liminius, dans une seule proposition,
n'interdit pas de penser qu'elles ne devaient pas être élo
ignées l'une de l'autre. Or celle de Liminius était à Saint-
Vénérand7. Aucune église Saint -Antolien n'existait à
l'époque du Libellus, qui mentionne les reliques du saint
dans l'église Saint-Gai (n° 8). Il ne serait pas inconcevable
que le titre de Saint-Antolien eût été refoulé dans cette
église par celui de Saint-Gai8. Le mauvais état de l'église
Saint-Antolien à la fin du vie siècle inclinerait plutôt à
conjecturer la translation des reliques du saint dans une
autre église, après la ruine définitive de la sienne propre.
D'après une version de la première Vie de saint Priest,

1. Savaron, OC, 18, 349 ; Audigier, 4 F 229, fol. 207 ; Ruinart, son édition
de Grégoire de Tours (éd. Migne, Pair, lat., LXXI, col. 854-855, note) ; Tar-
dieu, HCF, I, 298-301 ; Longnon, GG, p. 483; Mosnier, SSAUV, I, 292.
2. Savaron, OC, 18 ; Audigier, 4 F 229, fol. 206.
3. Mosnier, SSAUV, I, 486, 487.
4. Juxta hanc urbem (HF, I, 33).
5. Duchesne, FEG, II, 35. Sur Alcima, voir Stevens, Sidonius Apollinaris,
p. 84-85, note; A. Loyen, éd. des Poèmes de Sidoine Apollinaire, t. I, I960,
p. xvii ; Mommsen, dans l'édition des Œuvres de Sidoine Apollinaire (MGH,
Auct. antiquiss., VIII), p. xlvii ; Grégoire de Tours, HF, III, 2.
6. GM, 64. — Sur cette église voir Grabar, Martyrium, t. I, p. 439.
7. Grégoire de Tours, GC, 35.
'


8. Sur la perte fréquente du vocable primitif dans les églises « devenues


des églises de corps saints ou de reliques », cf, de Maillé, ROCB, 214,
CLERMONT-FERRAND' AU VIe SIÈCLE 315
les reliques de saint Antoiien auraient été translatées
en même temps que celles des saints Gassius et Victorinus
par l'évêque Avitus II, vers 676-691 1.
En tout cas, au xvne siècle, les reliques de saint Antoiien
et de saint Gai étaient à Saint-Alyre2 et aucun souvenir
de l'église Saint-Gai n'était conservé. La place occupée
par elle dans le Libellas ne permettrait guère de douter
sérieusement qu'elle était située dans le grand cimetière du
nord. Je ne saurais préciser davantage. L'abbé Raphanel
pensait que ce devait être dans les parages de la rue Sainte-
George, non loin de Saint-Cassi 3.
Pourtant au xvnie siècle les religieuses de Sainte-Glaire,
installées un peu plus haut, entre Saint-Eutrope et la rue
Abbé-Bannier, prétendaient que leur enclos occupait l'em
placement de l'ancienne église Saint-Antolien. Les titres
anciens de l'abbaye de Sainte-Glaire sont presque tous
perdus, et les légendes dont on a cru illustrer l'origine du
couvent ont varié. Une première forme s'en trouve chez
Audigier4 : les clarisses « eurent dans leur premier establis-
sement une église dédiée à saint Jean-Baptiste, qui estoit
à l'extrémité de leur enclos du costé du nord, non loin de
la paroisse de Saint-Cassius ». Une seconde forme de la
légende est dans un catalogue des abbesses placé en tête
de l'inventaire des archives du couvent. Guilherme y est
considérée comme la première abbesse. « C'est de son
temps et l'année 1306, étant évêque de Gîermont Pierre du
Groq, que îuy fut donnée et à sa communauté l'églize de

1. AASS, janv. III, p. 244, par. 5.


2. Savaron, OC, 18; Audigier, 4 F 229, fol. 206-207; Longnon, GG, 483.
Ecclesia S. Galli destructa, sacrum corpus Antoliani in ecclesidm S. Illidii
translatum est (Ruinart, son édition de Grégoire de Tours, éd. Migne, Patr.
lat., LXXI, col. 763, note). R.uinart ajoute toutefois que d'autres soutiennent
que le corps de saint Antoiien aurait été transféré à Chanteuges. Cf. J. Branche,
VSSA, I, 190 ; Mosnier, SSAUV, I, 212. Le corps de saint Gai aussi fut trans
féréà Saint-Alyre (26 avril, Arçernis translatio s. Galli episcopi et confessons :
Martyrologe de Saint-Alyre, bibl. de Clermont, ms. 674, fol. 3 y0), ainsi que
celui d'un autre évêque, Urbicus, qui avait été dans la même église Saint-Gai
(Savaron, OC, 18 ; Audigier, 4 F 229, fol. 207).
3. Raphanel, EEG, 152 (il pense que cette église tirait son nom de Gai II,
évêque entre 630 et 655) ; Savaron, OC, 348 [Libellus, n° 8) ; Mosnier, SSAUV,
II, 561 ; Tardieu, HCP, I, 328). Cf. Longnon, GG, 483.
4. 4 F 229, fol. 246, 282 ; cf. Gallia christiana, II, 416; Tardieu, HCF, I,
328, 396-397; Mosnier, SSAUV, I, 212.
316 P. -F. FOURNIER
Saint-Antolian martir, bâtie hors les murs de la ville, sous
l'épiscopat de saint Quientian dans le ve siècle, par une
vierge d'Auvergne. Il en est fait mention dans l'office de
saint Vénérand, le 18 janvier. L'on avoit transféré dans
cette même églize, environ l'an 1303, le corps et une partie
des reliques de sainte Claire, qui reposoient auparavant
dans l'églize de Saint-Vénérand et. dès lors l'abbaye prit le
nom de Sainte-Glaire1. » Que penser d'une telle tradition?
Aurait-elle été simplement inventée au cours des âges, comme
tant d'autres, par quelque sœur plus ou moins érudite?
Aurait-elle eu quelque fondement? Si l'enclos des clarisses
descendait vers le nord, dès le principe, jusqu'au chemin
devenu depuis la rue du Pérou — ainsi qu'il faisait en 1791
(plan Loriette, fig. 2) — ■ aurait-il compris dans ses parties
basses, à une époque proche de l'installation du couvent,
quelque ruine de l'église Saint-Antolien ? Plus tard, la dis
parition totale de cette ruine aurait-elle permis la confusion
avec l'église Saint-Jean-Baptiste — proche, mais dans
l'enclos de Saint-Alyre — disparue, elle aussi, lors de la
rédaction de ces deux textes, mais dont le souvenir, encore
existant du vivant de Savaron, pourrait donner à penser
qu'elle aurait survécu à Saint-Antolien? Ces questions
demeurent sans réponse. Pourtant on peut noter qu'au
coin des deux rues nouvelles percées au xrxe siècle (rue
Gaultier-de-Biauzat) et au xxe (rue Dumaniant) sur l'em
placement de cette partie de l'enclos des clarisses et, un
peu plus haut, dans la rue Dumaniant elle-même des sépul
tures (en sarcophages de domite, ou sans entourage conservé)
ont été observées (NROC, 384). Elles pourraient co
rrespondre au champ d'inhumations sur l'emplacement du
quel l'église Saint-Antolien fut édifiée. Mais ces sépultures
occupent une aire assez étendue pour interdire, dans l'état

1. A. D., H, clarisses de Clermont, inventaire des archives, 1744, non coté,


registre, fol. 2-3 ; Extrait de l'inventaire de titres, mémoires et documents de l'ab
baye royale de Sainte-Claire-lès-Clermont, dans le Bulletin historique et scien
tifique de l'Auvergne, 1915, p. 219-220; Mosnier, SSAUV, I, 210. — Outre
l'erreur concernant Saint- Jean-Baptiste, on relève encore dans l'historique
placé en tête de cet inventaire : l°une date fausse de l'épiscopat de Quintien ;
2° la confusion inepte entre la fondatrice de l'ordre des clarisses et une certaine
sainte Clara, Clermontoise, inconnue d'ailleurs, dont le corps reposait à Saint-
Vénérand {Libellus, n° 10) ; 3° une date fausse de l'épiscopat de Pierre de Cros.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 317
présent de nos connaissances, de chercher à situer plus
précisément cette église.

12. Saint-Étienne. — Cette basilique, située à 220 mètres


au sud de celle de Saint-Alyre, est mentionnée deux fois
par Grégoire de Tours. Il relate d'abord sa construction
par l'épouse de l'évêque Namace dans un faubourg hors des
murs, vers le milieu du ve siècle et note ensuite que l'évêque
Quintien (entre 515 et 525) y fut inhumé1. Cette église,
située entre le faubourg Saint-Alyre et la ville du Moyen.
Age, près de la rue Sainte-Claire, existe encore, mais en
tièrement rebâtie. Elle a été un certain temps sous le titre
de Saint -Patro cle et elle est connue communément au
jourd'hui sous celui de Saint-Eutrope2. Dans son ancien
cimetière il y avait des sarcophages en pierre étrécis aux
pieds et sans niche pour la tête 3.
Les corps des évêques Quintien et Namace étaient encore
à l'église Saint-Étienne vers le xe siècle4. Celui de Quintien
fut transféré dans l'église Saint-Genès 5, où il était encore
au xviie siècle6. Les deux basiliques de Saint-Vénérand et
Saint-Cassi s'élevaient au milieu du cimetière gallo-romain
du nord, comme celle de Saint-Alyre. Chacune avait été
construite pour abriter et honorer une sépulture spécial
ement vénérée : celles d'un martyr (Cassius) et de deux
évêques (Alyre et Vénérand). Le cimetière a continué à
se développer après leur construction, car les fidèles qui

1. Basilicam Sáncti Stephani suburbano murorum aedijicavit [HF, II, 17).


[Quintianus] sepultus est in basilica Sancti Stephani ad levam altaris (VP,
IV, 5). Sur Quintien, voir Duchesne, FEG, II, 35 ; Leclercq = DAC, III-2,
1915.
2. Sur cette église, voir : Audigier, 4 F 229, fol. 167, 265-266 ; 4 F 230, fol. 28,
54; Longnon, GG, 488; Tardieu, HCF, I, 296-297; R. Crègut, Le cénobite
Abraham, dans les Mémoires de V Académie... de Clermont-Ferrand, 2e série,
VI, 81-109; [Joseph Pouzadoux], Querelles de clocher, dans Le messager de
Saint-Eutrope, mars 1955, n° 18, p. 5-8; NROC, 384-385, 396.
3. NROC, 238, 384.
4. Libellus, n° 13.
5. Avant 1095, d'après Mosnier, SSAUV, II, 618 ; en 1242, d'après Audigier,
4 F 230, fol. 54.
6. Savaron, OC, 19. Ibique (à Saint-Eutrope) et jam nunc visitur ejus se-
pulchrum. Sed sacrum corpus inde translatum est in ecclesiam Sanctorum Sym-
phoriani et Genesii in urbem, ubi hodie quiescit (Ruinart, édition de Grégoire
de Tours, éd. Migne, Patr. lat., LXXI, col. 1026, note).
318 P. -F. FOURNIER
disposaient de ressources suffisantes affectionnaient la proxi
mité d'un corps saint pour élire leur sépulture. Saint-
Etienne a bien contenu les sépultures des deux évêques
ci-dessus nommés. Mais elle n'a pas été construite à cette
intention. Elle l'a été du vivant de Namace, afin d'honorer
une relique de saint Etienne, et trois quarts de siècle avant
la mort de Quintien. Le culte du protomartyr s'est développé
à partir de l'invention de son corps en 415. Si l'anecdote
relative à la construction de son sanctuaire de Glermont est
exacte, elle serait un témoignage de la rapidité avec laquelle
ce culte s'est propagé1.

13. Saint-Cirgues. — Un Perse chrétien, Abraham,


fuyant la persécution qui sévissait dans son pays sous les
rois Yezdedjerd Ier, Varane V et Yezdedjerd II, dans la
première moitié du ve siècle, se réfugia à Glermont, y fonda
un monastère et y construisit une église2, qui, au temps
de Grégoire de Tours, était dédiée à saint Cirgues3. Abra
ham mourut après que Sidoine Apollinaire fut rentré en
grâce auprès du roi des Wisigoths, Euric pour le compte de
qui Victorius gouvernait alors l'Auvergne (474-481). S
idoine Apollinaire composa l'épitaphe d'Abraham en vers4.
L'église Saint-Cirgues fut paroissiale jusqu'à la Révolution.
Une partie des murs existe encore, transformée à l'usage de
dépôt de marchandises, entre les rues Saint-Cirgues, Font-

1. De Maillé, ROCB, 9, 169 ; R. Louis, Les églises d'Auxerre, p. 16.


2. Aedificas hic ipse Deo venerabile templům (Sidoine Apollinaire, Epist.,
VII, 17, vers 23).
3. Arvernus advenit ibique ad basilicam Sancti Cirici monasterium collocavit
(VP, III, 1). Apud urbem Arvernam... fuit in monasterio Beau Quirici urbis
ipsius abbas Abraham (HF, II, 21). Sanctus vero Sidonius... ad festivitatem
basilicae monasterii, oui supra meminimus (le ch. 21 mentionne deux monast
ères, mais celui de Saint-Cirgues, nommé en dernier, doit être celui auquel se
rapporte le ch. 22), invitatus accederet (Ibid., 22). Longnon [GG, 485) et Tar-
dieu (HCF, I, 302) ont admis, d'après Grégoire de Tours, que l'église existait
avant l'arrivée d'Abraham. Pourtant, Sidoine Apollinaire parle d'une cons
truction. Voir Savaron, OC, 19, 354-355 ; R. Crègut, Le cénobite Abraham =
MACF, 2e série, VI ; P.-F. Fournier, dans le Dictionnaire de biographie fran
çaise, 1929, t. I, col. 193-194; Tardieu, HCF, I, 296; Mosnier, SSAUV, I,
634.
4. Sidoine Apollinaire, Ep., MGH, Auct. antiq., VIII, 123. — Décès de Si
doine autour de 4 86 (Loyen, éd. des Poèmes, t. I, p. xxix).
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 319
giève et la place Fayolle1, à 450 mètres au sud -ouest de
Saint-Alyre.
Cette église contenait la sépulture d'Abraham à l'époque
du Libellus (n° 14). Puis, il semble qu'au cours des âges
le souvenir de l'emplacement exact de cette sépulture ait
été perdu, car elle fut découverte au xvne siècle2. Au temps
de Gaignères une inscription en indiquait l'emplacement
« près la grande porte à droite en entrant », c'est-à-dire,
contre le mur méridional de l'église3. Le 18 mai 1761, une
fouille constata en cet endroit l'existence d'une tombe
en pierre, qui ne fut pas ouverte4. Le 14 juin 1803, l'abbé
Geneix, curé de Saint-Cirgues de 1758 à la Révolution et
curé de Saint-Eutrope depuis le Concordat, fit fouiller au
même endroit et exhuma un squelette, qu'on admit être
celui d'Abraham. Le 11 avril 1804, il fut transféré à l'église
Saint-Eutrope 5, où il est exposé sous l'autel d'une chapelle.

14. Saint-Laurent. — Ily a à Clermont la basilique


de Saint-Laurent, note Grégoire de Tours6. En 551, le
corps de l'évêque Gai, l'oncle de Grégoire, y fut inhumé7.
Des miracles se produisirent sur son tombeau8. Son corps
y était encore à l'époque du Libellus (n° 3) et fut, plus tard,

1. Raphanel, EEC, 153. Sur l'ancien cimetière de Saint-Cirgues, voir NROC,


238, 397.
2. D'après un procès-verbal de guérison miraculeuse, 3 juin, 1687, « les re
liques [du saint] estoient trouvées peu de temps auparavant dans, l'esglise de
Saint-Cirgues ». Un catalogue de guérisons miraculeuses « au tombeau de
s. Abraham » (12 septembre 1684 au 18 avril 1686) ferait penser que l'année
1684 pourrait être celle de la découverte (Crègut, 63-67).
3. Emile Roux, Êpitaphes et inscriptions des principales églises de Clermont-
Ferrand d'après les manuscrits de Gaignères, dans les Mémoires de V Académie- ■■
de Clermont-Ferrand, 1904, XVII, 112. Crègut, p. 69-70. Le procès-verbal
d'élévation des reliques (1803) précise : joignant le pilier à droite de la porte
(Crègut, 93, 96).
4. Crègut, 71.
5. Crègut, 93-104.
6. Est enim apud eandem urbem (Clermont) basilica Sancti Laurentii, levitae,
cui supra meminimus (le renvoi concerne le saint, non la basilique) (Grégoire
de Tours, GM, 45). Cf. Duchesne, FEG, II, 36. Épitaphe par Fortunat, IV, 4;
cf. Leclercq, BAC, III-2, col. 1917-1918. — Grégoire de Tours mentionne l'église
de Saint-Laurent à Saint-Germain-Lembron (HF, II, 20) : Savaron a mal
interprété « l'église de Saint-Laurent [à Clermont] » (OC, 345).
7. In Sancti Laurentii basilicam sepeliunt (Grégoire de Tours, VP, VI, 7).
8. VP, VI, 7. V
320 P. -F. FOURNIER
transféré en l'église Notre-Dame du Port 1. Au xvne siècle,
l'épitaphe du diacre Emellio, décédé en 548 ou en 621, a
été découverte dans l'ancien cimetière de Saint -Laurent 2.
L'église, nommée dans la Vie de saint Bonnet 3, était au
quartier du Port4. De construction romane, elle existe
encore, encastrée dans d'autres immeubles au sud de la rue
du Port. Au xixe siècle, elle a servi de chapelle militaire, sous
le vocable des saints Laurent et Maurice 5. Aujourd'hui elle
sert de salle de réunion à la paroisse du Port. La paroisse,
dont elle a été le siège, a été unie à celle du Port au
xnie siècle 6.

15. Saint-André. — Grégoire de Tours rapporte longue


mentles prodiges, qui, pensait-il, avaient annoncé l'épidémie
de peste qu'on date de 571. Parmi ceux-ci, il cite un oiseau,
qui, entré dans la basilique Saint-André, y éteignit les lu
mières 7. L'épidémie causa dans toute la région une grande
mortalité.
L'église Saint-André existait à Glermont vers le xe siècle
et on y vénérait la sépulture de saint Tigridius8. Au
xne siècle, des religieux de l'ordre de Prémontré s'instal
lèrent auprès d'elle. La sépulture de Tigridius se trouvait
dans leur église, située dans le faubourg entre Glermont
et Chamalières 9, à l'emplacement occupé aujourd'hui par

1. Savaron, OC, 52 ; Tardieu, HCF, I, 181, 282 ; Longnon, GG, 487.


2. NROC, 323.
3. Beau levitae et martiris Laurencii ecclesiam ingressi sumus (MGH, SS
rer. merov., VI, Passiones, p. 122).
4. Mulier... fuit ad Portům juxta ecclesiam Sancti Laurentii (Winebrand,
Vie de saint. Alyre, éd. de Gaiffier, p. 257).
5. Tardieu, HCF, I, 307.
6. Savaron, OC, 345-346; Tardieu, HCF, I, 306-307; Longnon, GG, 487;
arch. dép. du Puy-de-Dôme, 4 G 192.
7. A la cathédrale une alouette avait éteint les lumières. Similiter et in
basilica Beau Ândraeae de lichynis lucentibus avis alia fecit {Hist. Franc, IV, 31).
8. Libellus, n° 34 ; Savaron, OC, 360. — Une Vie de Tigridius, d'ailleurs sans
valeur historique, vient d'être publiée par J. van der Straeten, Notes d'hagio
graphie clermontoise, dans les Analecta Bollandiana, 1964, LXXXII, 386-387.
9. Savaron, OC, 16, 19, 360; Branche, VSSA, I, 220; Dufraisse, OEF,
331-332 ; Audigier, 4 F 229, fol. 208; Longnon, GG, 483; Tardieu, HCF, I,
363; Mosnier, SSAUV, I, 296-297; Raphanel, EEC, 186. Munster et F. de
Belleforest, Cosmogr. univ., t. I (1575), col. 229, ont noté : «l'abbaye de Pré
montré, portant le nom de Saint-André qui fut jadis un prieuré avant l'in
stitution dud. ordre de Prémontré ». Le registre dit la Canone (3 G suppl 15,
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 321
le lycée Amédée Gasquet. Des sarcophages étrécis aux pieds
et sans niche pour la tête ont été observés dans l'ancien
cimetière de Saint-André1.

16. Saint-Pierre. — A l'occasion de la même épidé


mie, Grégoire de Tours mentionne une basilique Saint-
Pierre, dans laquelle 300 enterrements auraient été cé
lébrés en un seul dimanche2. Même si ce chiffre est exa
géré, ainsi qu'il n'est pas improbable, cela ferait supposer
que cette basilique était dans une agglomération importante
et, en tenant compte de ce qu'elle est nommée à la suite
de la cathédrale et de Saint-André, la supposition que
cette agglomération serait Glermont vient naturellement à
l'esprit. Resterait encore à déterminer de quelle église il
s'agissait. Le cimetière de l'ancienne collégiale Saint-Pierre
(Libellus, n° 17) a livré quelques sarcophages étrécis aux
pieds et sans niche pour la tête, de l'un desquels a été
extrait un petit pot globuleux en terre cuite, assez proche,
par sa forme, des traditions gallo-romaines3. Cela ne. contre
dirait pas l'identification de cette église avec la basilique
aux 300 enterrements. Mais le Libellus énumère, de plus,
trois autres églises sous le même vocable à Glermont et deux
dans les environs4. Le choix est difficile et l'identification
incertaine.
reg.,fol. 48 v°) note, sous la date du 14 des calendes de mars : Ipso die insuburbio
civitatis Arvernice deposiiio sancti Tigridii confessoris.
1. NROC, 74, 359, 508 (plan de Saint-André).
2. Adçeniente ipsa clade, tanta strages de populo per totam regionem illctm
facta est--. ; numerati šunt autem quadam dominicain in unam Beau Pétri basi-
licam 300 defunctorum corpora [HF, IV, 31).
3. NROC, p. 203, n° I; p. 205, n°s X, XII. Sur cette église, voir Audigier,
A. D., 4 F 229, fol. 189; Tardieu, HCF, I, 343 ; Raphanel, EEC, 155; Lon-
gnon, GG, 487.
4. Libellus, n° 6 [n'existe plus au xvne siècle (Savaron, OC, 347 ; Audigier,
4 F 229, fol. 281) ; située par Raphanel {EEC, 116) « probablement dans la
partie de la rue Saint-Alyre comprise entre la rue Sainte-George et la rue
Bourzeix »] ; n° 20 \Sancti Pétri in Castello~\ ; n° 26 [nommée par Grégoire de
Tours sous le nom du lieu, sans son vocable : voir Chantoin, ch. 17] ; n° II-3
(37 de I evison) [n'existe plus (Savaron, OC, 362 ; Audigier, 4 F 229, fol. 274 ;
Tardieu, Grand dictionnaire historique du Puy-de-Dôme, 112, Histoire de Mont-
ferrand et de Chamalières, 110-111 )J ; n° 11-10 (44 de Levison) [identifiée par
Savaron (OC, 363) avec une église qu'il croit avoir existé au puy Chaté]. —
D'après sa 2e Vie, Stremonius ecclesiam in honore Pétri apostolorum principis . . .
construxit (ÁASS, nov. I, p. 55, n° 4 ; idem dans la 3e Vie, p. 63, n° 6), laquelle,
BIBL. ÉC. CHARTES. 1970. 2 21
322 P. -F. FOURNIER

17 et 18. Ghantoin et Chanturgue. — Nous devons


ici chercher à interpréter deux passages de Grégoire de
Tours. L'un et l'autre manquent dans le manuscrit de
Gorbie. C'est donc qu'ils ont été insérés après coup dans la
rédaction primitive de YHistoria, à une époque où l'auteur
n'habitait plus l'Auvergne.
Premièrement, Urbicus, évêque successeur de Stremo-
nius, après avoir fait pénitence, revint à Clermont, y mour
ut et fut enterré, avec sa femme et sa fille, dans la cha
pelle voûtée Cantabennensi, jouxtant un chemin public1.
Secondement, l'évêque Éparchius, successeur de Sidoine
Apollinaire, établit un monastère au sommet du puy Canto-
bennici, à l'endroit où existait, au temps de Grégoire, un
oratoire 2.
Le nom de lieu est le même dans les deux passages. C'est
un composé de deux mots gaulois : canto + benno. Le sens
pourrait être « brillant pic3 ». Grégoire a tiré de ce nom deux
adjectifs par i'addition de deux suffixes différents : Canto-
benn + icus, Cantobenn + ensis^. Que Cantobennum soit
devenu Ghantoin et Cantobennicum Ghanturgue, cela est
clair5. Le sens conviendrait bien au puy de Ghanturgue,

d'après Savaron (OC, 16, 347) aurait été le n° 6 du Libellus. — Cf. Longnon,
GG, 487. ■
1. Acturus poenitentiam, diocesis suae monasterium appétit- ■. ; ad urbem
propriam est reversus... ; migravit a saeculo... ; ipse... cum conjuge et filia in
cripta Cantabennensi, juxta aggerem publicum est sepultus (HF, I, 44).
2. Ferunt etiam ipsum (Éparchius) in arce Cantobennici montis monaste
rium collocasse, ubi nunc oratorium est (H F, II, 21).
3. Longnon, GG, 497-498 ; Dottin, La langue gauloise, 233, 241 ; A. Dauzat,
La toponymie française, 214. — D'autres étymologistes considèrent *cant-

comme une racine pré-celtique avec le sens de « hauteur, rocher ». Dans leur
hypothèse, le composé serait pléonastique.
4. Il emploie également les deux adjectifs arçernicus et arvernensis (Lon
gnon, GG, 477).
5. Voici quelques formes anciennes :
Chantoin : Chantoen, 1195 (Cl. Brunei, Plus anciennes chartes provençales,
n° 282, 1. 29, 30, 37, 41 ; molendinum appellatum de Noent situm in parrochia
Chanthoenni, 1468 (A. D., F 0474, fol. 22); domus Chantoeni, 1199 (Baluze,
Histoire de la maison d'Auvergne, II, 258) ; aedificio de Chantoent, 1199 (Bal.,
Ibid., II, 257) ; Chantoenc, 1280 (Bal., Ibid., II, 505) ; Chantohen, 1285 (Bal.,
Ibid., II, 531); Chantoint, 1464 (F 0474, fol. 9 v°) ; Chantoing, 1286 (Bal.,
Ibid., II, 535), 1460 (A. D., H, Saint-Alyre, reg., liasse 1, n° 1, fol. 27 v°) ;
Champtoing, 14 60-1461 (même reg., fol. 27, 34 v°).
Chanturgue : in monte Cantoennico VIII operas de vinea, 1065 (A. D.,
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 323
surtout s'il est enneigé ou givré, quand il est éclairé par le
soleil levant, avant la plaine restée encore dans la pénombre.
On s'attendrait donc plutôt à ce que le nom fût resté au
puy, le dérivé s'appliquant à la plaine qui est au pied,
entre Ciermont et le puy. C'est le contraire qui s'est produit.
Il y a eu glissement du nom. Le phénomène est banal1.
Mais la raison n'en peut pas être décelée dans tous les cas.
En l'espèce, le sens du nom donne à penser que c'est le
puy qu'il a désigné en premier ; puis il s'est étendu larg
ement aux racines et aux abords du puy. En fin de compte^
Cantobennum > Chantoin s'est fixé, avec un sens res
treint sur un des abords, celui qui était le plus proche de
Glermont, celui qui avait, par conséquent, le plus souvent
l'occasion d'être nommé par le plus grand nombre de gens.
Par rapport à ce point de fixation, la proximité du puy a
permis de le désigner par l'adjectif, podium Cantobenni-
ctim « le puy Chanturgue ». Gela étant, nous devons admettre
que les deux passages de Grégoire de Tours désignent deux
endroits différents.
In arce Cantobennici montis ne peut se traduire autre
ment que « au sommet du puy de Chanturgue2 ». C'est donc
quelque part là-haut que se trouvait le monastère. Quant à
préciser davantage l'emplacement, c'est impossible dans
l'état actuel des choses 3.

3 G, arm. 18, sac A, cote 32, Cohendy, ITC, 401) ; in monte Cantoergo, Cari-
toenrgo, 1017-1021 (3 G, arm. 18, sac B, cote 1, Gohendy, Ibid., 374) ; Chan-
toergue, хше siècle (terrier Dogue, 4 G 55, M. 65 v°, 67-68, 103 v°, 105 v°,
108), el som del poih de Chantoergue (Ibid., fol. 49), lo ceirhe del poi de Chan-
toergues (Ibid., fol. 46); Chantorgue, xnie siècle (Ibid., fol. 16, 121), 1464,
1467 (A. D., F 0474, fol. 7, 19 т»); Champtorgue, 1467 (F 0474, fol. 24, 32 v°) ;
Champtourgue, 1443 (A. D., H, Saint-André, liasse 1 b, cote 4 a, fol. 42 v°).
1. Cf., de nos jours, le quartier Saint- Jacques, qui est devenu le nom,
depuis quelques années qu'il a commencé à se peupler, du plateau situé au
sud et au-dessus de l'ancien Saint-Jacques, qui était à la hauteur des boule
vards Côte-Blatin et Jaurès.
2. Arx peut avoir un sens symbol'ique dans certains cas (deMail lé, ROCB,
p. 1 93, n. 8). Le nom ne peut avoir que son sens propre, quand il est déterminé
par mous.
3. Déjà Audigier notait qu'il ne peut s'agir de Chantoin, qui est dans la
plaine, dans « le lieu le plus bas de la ville » (4 F 229, fol. 284). « De plus »,
ajoute-t-il, « on remarque encore aujourd'liuy quelques vestiges de cet ancien
monastère de ce saint evesque sur la montagne ». Je ne sais ce qu'avait vu
ou cru voir Audigier. Rien n'est visible aujourd'hui.
324 P.-F. FOURNIER
D'autre part, un ancien cimetière existait dans les pa
rages de l'abbaye de Chantoin \ II devait y avoir là quelque
mausolée ou quelque chapelle sépulcrale. L'ancienne route
de Glermont à Riom passait près de l'abbaye2. Le Libellus
mentionne à Chantoin une église Saint-Pierre (ri.0 26),
qui était un prieuré de Saint-Alyre au xvne siècle3. Auprès
de l'église s'établirent successivement un monastère de
femmes, une abbaye d'augustins, un couvent de carmes
réformés dits déchaussés4. La permanence du sanctuaire
et la contiguïté de la route ne permettent pas de chercher
ailleurs le Ghantoin de Grégoire de Tours.

:■
Quant aux restes mortels d'Urbicus, le Libellus ne les y
mentionne plus (n° 26). D'après lui, ils étaient à Saint-Gai
(n° 8). Plus tard ils furent à Saint-Alyre5.

19. Saint-Mart. — Au ve siècle, Martius avait fondé un


,

monastère au pied du puy Ghaté, entre Chamalières et


Royat. Il y mourut au début du vie siècle et fut enseveli
dans la chapelle de son monastère 6. Le père de Grégoire
de Tours l'avait vu dans son enfance. L'église existait vers
le xe siècle7. Elle fut plus tard un prieuré dépendant de

1. Voir NROC, 398-399; Tardieu, HCF, I, 336.


2. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui la chaussée de Claudius, refoulée vers
le sud-est par l'agrandissement du cimetière. Sur cette route et ce nom, voir
P.-F. Fournier, Augustonemetum nœud de routes, dans la Revue ď Auvergne,
1969, LXXXIII, 295.
3. Savaron, OC, 358-359 ; A. Bruel, Touillés des diocèses de Clermont et de
Saint- Flour [Mélanges historiques, t. IV, Collection de documents inédits),
p. 74, n° 22. Sur la date de ce pouillé, voir J. de Font-Réaulx, Fouillés de la
province de Bourges, p. lvii.
4. Savaron, OC, 358 ; Audigier, 4 F 229, fol. 216-222 ;4 F 230, fol. 21 ; Gallia
Christiana, II, 394 ; Tardieu, HCF, I, 367-374 ; Raphanel, EEC, 181 ; Gohadon,

Recherches historiques sur Chantoin, dans les Tablettes historiques de V Auvergne,


1842, III, 529-543. — L'identification du Candidinense coenobium avec Chant
oin a été proposée : c'est un problème à examiner. -,
5. Voir Libellus, éd. Levison, n° 8, note 4. Posiea iterum translatus est in
.

ecclesiam Sancti Illidii (Ruinart, éd. de Grégoire de Tours, éd. Migne, Patr.
lat., LXXI, col. 182, note). -
6. Martius, Arvernae urbis abba... haud procul ab ea secessit. Acceptoque
.
.

sarculo, montem lapideum caedere coepit, in quo, cellulas sculpens, habitacula


sibi parvula fecit--- Collegit viros, format monachos... Infra oratorium monas-
terii est sepultus (VP, XIV, 1, 2, 4). Cf. G. Fournier, PRB A, 413.
!.. Libellus, n° 11-16 (50 de Levison); Savaron, OC, 364-365; Longnon,
GG, 510-511.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 325
l'abbaye de Saint-Alyre1. Elle était sur l'avenue de Royat,
au pied du viaduc. Il n'en reste rien. Dans le cimetière
ont été aperçus à plusieurs reprises des sarcophages étrécis
aux pieds, sans niche pour la tête2. Deux fragments d'épi-
taphes en proviennent, dont l'un est sans date, l'autre soit
de 546 ou 591, soit de 543 ou 605 3.

20. Saint Amable. — Le problème de saint Amable est


obscur4. Voici d'abord les documents :
1° Grégoire de Tours relate qu'il y eut dans la ville (?)
ou le diocèse (?) de Clermont un prêtre du bourg de Riom
nommé Amable5, près de la tombe duquel se produisirent
deux miracles. L'emplacement de celle-ci n'est pas précisé
et il n'est pas indiqué qu'une église ait été élevée sur elle.
2° Vers le xe siècle, le Libellus (n° 12) enregistre la pré
sence du corps de saint Amable dans une église Saint-Hilaire
à Clermont, qui n'existe plus. D'après son rang, Raphanel
suppose qu'elle était dans le quartier de Saint-Alyre, à
peu près dans les parages de la rue Bourzeix6.
3° Savaron avait identifié cette église avec l'église Sainte-

1. Delarbre, NRA, 98; Tardieu, GDHP, 313; Bruel, Pouillés des diocèses
de Clermont et de Saint-Flour, p. 189. De là est venue l'erreur de Ruinart, qui a
cru que la tombe de Mart était à Saint-Alyre (son édition de Grégoire de Tours).
2. NROC, 374, 376.
3. Le Blant, Nouveau recueil, 237, 238; CIL, XIII, 1482, 1488.
4. Bénédictins, continuateurs de Baudot et Chaussin, Vies des saints, X,
602 ; Mosnier, SSAUV, II, 444-466. L'ardeur avec laquelle le problème a
été discuté n'a pas contribué à le rendre plus clair. On trouvera la documentat
ion et un exposé complet des discussions dans Edmond Morand, L'abbaye
de Saint- Amable de Riom [Mémoires de V Académie- ■■ de Clermont-Ferrand,
1930, XXIX), 13-81, Vie de saint Amable par l'archiprêtre Juste, et Le tombeau
de saint Amable à Clermont, dans le Bulletin historique et scientifique de V Auv
ergne, 1917, p. 96-107, et 1919, p. 40-48, Saint Amable, dans le Dictionnaire
de biographie française, II, 372-374. Voir aussi Longnon, GG, 482-483 ; Le-
clercq, BAC, III-2, 1921. Essai d'interprétation en rapport avec l'histoire
de Riom : G. Fournier, PRBA, 138-143. Dom Dubois a marqué la tombe de
saint Amable sur son plan, p. 25, avec un point d'interrogation.
5. Le passage de Grégoire qui concerne Amable doit être replacé dans son
contexte, car il contient le mot urbs, qui, chez lui, signifie indifféremment
« ville » ou « diocèse ». Dans le chapitre GC 31, Arvernum désigne à peu près,
sûrement Clermont. Ch. 32 : Fuit etiam in supradicta Arverna urbe admirabilis
sanctitatis Amabilis quidam, vici Ricomagensis presbiter (si les ch. 31 et 32.;
ont été rédigés ensemble, urbs Arverna y désigne évidemment Clermont ;
le sens est incertain, si les deux chapitres ont été rédigés séparément). Au
chapitre 33 in ea urbe désigne le diocèse. Le chapitre 34 concerne Clermont.
6. EEC, 150-151,
326 P. -F. FOURNIER
Madeleine du Bois-de-Gros 1, pour la seule raison (de valeur
incertaine) que Sainte-Madeleine a dépendu de l'abbaye
de Saint-Amable de Riom depuis au moins 1233 2.
4° Une Vie de saint Amable, rédigée vraisemblable
ment au xne siècle3, pleine d'anachronismes, mentionne que
les reliques de saint Ámable étaient dans l'église Saint-
Bénigne de Riom, qui, pour cette raison, était coutumière-
ment appelée Saint-Amable4.
5° Un capellanus Sancti Amabilis est mentionné en 1192-
1195 et Yecdesia Sancti Amabilis Riàmensis en 1233 5.
Pour conclure sur le premier point, à savoir si le tom
beau d'Amable était à Clermont ou ailleurs au vie siècle,
il n'y a pas Heu de chercher à répondre catégoriquement
par oui ou par non. L'amphibologie du texte permettrait
mal de départager les sentiments qui feraient préférer,
suivant les personnes, une traduction à l'autre. Pour la
suite, si l'on veut bien comparer ce que les documents
nous apprennent sur les reliques d'Amable avec ce qu'ils
nous apprennent sur tant d'autres reliques de Clermont
et d'ailleurs, on devra convenir que nous avons affaire
probablement à une banale translation des reliques 6.

1. OC, 352. Identification reprise par Audigier, 4F 229, fol. 176, 267, 270.
2. Gallia christiana, II, 389 ; Morand, p. 51, 258. Voir aussi Bruel, Pouillés
des diocèses de Clermont et de Saint-Flour, p. 183-184. Cette église était parois
sialeen 1302 (Baluze, Histoire de la maison d'Auvergne, II, 206). Cf. Tardieu,
HCF, I, 316-317. L'église fut cédée au seigneur du Bois-de-Cros en 1643.
Elle fut détruite au xvine siècle («il y a plus de 50 ans », écrit Delarbre, NRA,
1 88, en 1805 ; cf. Tardieu, HCF, I, 318). Elle était située rue Péri. Sur son cimet
ière, voir NROC, 351. Ruinart, qui a pu s'embrouiller dans les renseignements
communiqués par ses correspondants, a noté que, de son temps, on yoyait
le sépulcre de saint Amable à Sainte-Madeleine, bien que son corps fût à Riom
(son édition de Grégoire de Tours, éd. Migne, Pair, lat., LXXI, col. 853).
D'après Dufraisse, OEF, 448-449, les reliques auraient été un certain temps
à Saint-Adjutor, à Clermont avant d'être transférées à Riom.
3. Morand, L'abbaye, p. 19-39, 325-338; G. Fournier, PRBA, 139.
4. Morand, L'abbaye, p. 333.
5. Morand, L'abbaye, p. 341-342, 347.
6. Sans quitter Clermont, on voit XJrbicus transféré de Chantoin à Saint-
Gai puis à Saint-Alyre, Népotien de Saint- Vénérand à Saint-Alyre,
Quintien de Saint Etienne à Saint-Genès, Gal I de Saint-Gai à Saint-Alyre.
Gai II de Saint-Laurent à Notre-Dame-du-Port, Abraham de Saint-Cirgues
à Saint-Eutrope, Antolien de Saint-Gai à Saint-Alyre, Liminius de Saint-
Vénérand à Saint-Alyre, Georgia de Saint-Cassi à Saint-Alyre. Voir aussi
l'histoire des reliques de Stremonius (G, Fournier, PRBA, ,145-148),
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 327

21. Notre-Dame du Port. — Cette église n'est pas


mentionnée par Grégoire de Tours. Toutefois, la tombe de
Remesto, décédé en 612 1, ayant été extraite du cimetière
adjacent, permet d'admettre que l'église devait exister
au moins dès les dernières années du vie siècle. Des légendes
ont cours au sujet de ses origines.
Une Vie d'Avit, évêque de Glermont contemporain de
Grégoire de Tours, postérieure à l'organisation du chapitre
du Port et conservée par un manuscrit du xue siècle2,
ainsi qu'un huitain (inc. : Hoc templujm), postérieur à l'évêque
Sigon (vers 862-866) et antérieur à 1575 3, attribuent la
fondation de l'église Notre-Dame du Port au dit évêque
Avit, qui y fut inhumé.
Les plus anciennes mentions datées de cette église sont
loin de remonter aussi haut. La première est un acte de
959 : l'évêque Etienne II, sur le point de partir pour Rome,
restitue aux chanoines de son église certains biens, qui leur
appartenaient en commun et que ses prédécesseurs ou lui-

1. CIL, XIII, 1485; NROC, 323.


2. Bibl. de Clermont, ms. 149, fol. 88-92. La Vie est essentiellement un dé
layage de passages de Grégoire de Tours, mis à part ce qui concerne l'église du
Port. L'auteur a aussi connu Fortunat. Voici le passage qui intéresse le sujet :
(fol. 91) Avitus... in urbe Arverna, qua ut praediximus, Domino annuente,
cathedram pontificalem susceperat, in locum qui ab antiquis Portus vocabatur, in '
honore sanotae Dei genitricis et virginis Mariae aecclesiam eleganter construœit,
quam et multis sanctorum reliquiis diligenter adornavit et magnis terrarum ho-
noribus affluenter ditaçit. Canonicos etiam Ulic ad serviendum Deo disposuit
atque predictam basilicam Principálem appellari placuit, vel quia inter ceteras
quae per aepiscopatum in honore sanctae Dei genitricis constructe çidebantur
(v°) principátům teneret, vel quia in eadem civitate tune temporis aecclesia ad
gloriam matris Dei fabricata inveniri nullo modo poterat. Ferunt insuper in pre-
libata aecclesia altar quod est in subteriori scripta (sic) divino nutu ab angelis
consecratum fuisse... Sepultus autem est in aecclesia Portuensi quae Principalis
dicitur, qïiam ipse, dum adviveret, decenter fundaverat et diligenter consumaverat.
Extraits : Savaron, OC, 344-345 ; Levison, éd. du Libellus, MGH, p. 457 ;
L.-A. Chaix, Histoire de Notre-Dame du-P ort, 1866, p. 16-17; Marcel Aubert,
dans Congrès archéologique, 1924, Clermont-Ferrand, p. 27, 28; Mosnier,
SSATJV, II, 251 ; E. et H. Du Ranquet, Notre-Dame du Port, dans les Mém
oires de V Académie... de Clermont-Ferrand, 1932, XXX, 7 ; P. Balme et
G. Rouchon, Notre Dame du Port, dans l'Auvergne littéraire, 1930, n° 51, p. 1.
3. Il est reproduit dans Munster etF.de Belleforest, La cosmographie, univers
elle.,t. I, 2e partie, col. 227, d'après « un vieux livre escrit à la main qui est en
ceste église » [du Port]. Ce manuscrit n'a pas été retrouvé. Il est cité par Savaron,
OC, 344-345 ; Audigier, 4 F 229, fol. 180. Tous les auteurs modernes qui ont
traité de cette église ont cité ce huitain,
328 P. -F. FOURNIER
même avaient détournés, parmi lesquels figure l'église
Sainte-Marie appelée Principale 1. Viennent ensuite quelques
documents à dates moins précises : le Libellus, xe siècle 2 ;
un inventaire de livres de la cathédrale, vers 980-1010 3;
un état de biens vendus pour les travaux de l'église,
xie siècle 4. Robert, doyen du chapitre du Port, est nommé
dans trois actes de 1065 et 1077-1095 5.
Si c'est Avitus lui-même qui a élu cette église pour lieu
de sa sépulture, il ne serait pas invraisemblable que son choix
eût été accompagné de quelque donation. Demander davan
tageà une documentation aussi piètre serait manquer de
circonspection. L'église a dépendu du chapitre cathedral.
Un chapitre particulier y existait au xie siècle.
La dénomination de l'église appelle une double remarque :
1° Son vocable est déterminé par un nom de quartier.
Elle était située dans le quartier du portus6. A Clermont

1. Cet acte est connu par : 1° l'original, daté, 3 G, arm. 11, sac Q, cote 1
(incipit et explicit dans Baluze, Histoire de la maison ď Auvergne, II, 38 ; r
eproduits d'après lui par Tardieu, HCF, II, 316 ; extrait dans la Gallia Chris
tiana, II, 257 ; analyse : Cohendy, ITC, 361-363 ; G. Rouchon, Notre Dame
de Clermont, la cathédrale, dans Y Auvergne littéraire, 1934, n° 73, p. 30) ; 2° un
résumé non daté dans le cartulaire en rouleau du chapitre cathedral, arm. 7,
sac A, cote 2, aux rouleaux, acte n° 2 (cité par Savaron, OC, 345 ; éd. par Ba
luze, op. cit., II, 38-39, puis, d'après lui, par Tardieu, HCF, II, 316, sous la
date 976, fausse et dont je n'ai su trouver l'explication). — Leçon de l'original. :
ecclesiam Sancte Mariae que dicitur Principalis ; leçon du cartulaire : abbatiarn
Sancte Marie que, etc.
2. № 2 : In ecclesia Sanctae Mariae Principalis... ubi requiescunt s. Avitus...
3. A Sancta Maria Principalis (Louis Bréhier, Études archéologiques, Mém
oires de la Société des amis de V Université de Clermont-Ferrand, t. II, 1910,
p. -37).
4. A. D., 3 G, arm. 18, sac B, cote 1 (Cohendy, ITC, 373 ; M. Aubert, dans
Congrès archéologique, 1924, Clermont-Ferrand, p. 29 ; Du Ranquet, Notre-
Dame du Port, dans les Mémoires de l'Académie... de Clermont-Ferrand, 1932,
XXX, 18-19) : Breve de terra Sancta Maria Principalis, quem vendidit Rotbertus
abbas et Armandus decanus et Johannes minister pro bastimento ipsius Sancta
Maria Principalis.
5. A. D., 3 G, arm. 18, sac A, cotes 32, 39-40 ; Cohendy, ITC, 401, 410-413.
6. Un portus, c'est en somme un lieu de marché, « un endroit par lequel,
en vertu même de la circulation commerciale, passent habituellement les
marchandises » (Pirenne, Les villes et les institutions urbaines, 1939, I, 133).
La fixation des marchés auprès des châteaux est un fait courant au haut Moyen
Age. A Clermont le portus est établi sur la route mettant la ville en relation
avec les provinces septentrionales, dont l'importance est alors croissante, au
pied du château des comtes, qui devait occuper l'emplacement du futur pa
lais de la reine, au xvie siècle (aujourd'hui hôtel de ville et palais de justice).
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 329
ce nom a désigné : a) le quartier : l'église Saint-Laurent est
dite « au Port » (voir chap. 14) ; comme tel, le nom a servi
de surnom personnel1; b) la rue qui traverse le quartier
ou qui y conduit2; c) l'église Sainte-Marie, qui est désignée
soit sous son vocable déterminé par le nom du quartier3,
soit sous le seul nom du quartier4; ce dernier usage est
encore courant chez les Glermontois d'aujourd'hui, du moins
ceux qui sont de souche indigène : on va à la messe au
Port, on suit la procession du Port.
2° L'épithète principalis a fourni prétexte à des dis
cussions, sur lesquelles je n'insisterai pas5. Après échange
de vues avec notre confrère M. J. de Font-Réaulx, je me
range à son interprétation. Cette épithète est à rapprocher
de la Reau (Sancta Maria Regalis, diocèse de Poitiers,
commune de Saint-Martin-l'Ars, Vienne), la Réale (abbaye
au diocèse d'Elne), Notre-Dame-du-Fourchaud (Sancta Mar
ia Fiscalis) et Notre-Dame-la-Comtale à Bourges. Ces
noms doivent rappeler qu'elles avaient ou avaient passé
pour avoir eu quelque rapport avec le roi, le fisc, le comte
(fondées ou gratifiées par eux, etc.). De fait, comme il est
dit plus haut, l'église du Port était à proximité du château
du comte6, qui avait pu s'y intéresser.

1. Robert del Port, 1204 (Cl. Brunei, Nouvelles chartes, dans les Mélanges
Albert Dauzat, p. 72.)
2. Mangna carreria Portus, 1467 (A. D., F 0474, fol. 18). Hospitium et-.,
virgultum contiguos, sitos in civitate Clar. et in magna carreria Portus Clar.,
per quam tenditur de quadrivio du Quayre N'Odigier ad quadrivium du Terrailh
(la rue Pascal), 1er juillet 1463 (A. D., H, Saint-Alyre, terrier, reg., liasse 1,
n° 1, fol. 35 v°).
3. Sa Maria del Port, que nom deu al Port midons Sa Maria, quo om deu
midons Sa Maria del Port, хше siècle (A. D., 4 G 54, fol. 11 v°, 13, 1, 7) ;lagleiza
de ma dona Sainta Maria dal Port (terrier Dogue, 4 G 55, fol. 78).
4. Li gleiza del Port, la veiria del Port, xine siècle (4 G 54, fol. 12, 20) ;
que debetur canonicis Portuensibus, dédit- ■■ canonicis Portuensis ecclesie, con-
cessit capitulo Portuensi [Ibid., fol. 17, 22, 23, 22 v°) ; legavit ecclesie Portus
Claromontensi, 1285, 1286 (Baluze, Histoire de la maison ď Auvergne, II, 531,
535) ; al Port laisse per m'anoal, la sosterana del Port, 1195 (Cl. Brunei, Les
plus anciennes chartes provençales, n° 282, 1. 14 et 15) ; in parochia Portus,
1263 (3 G, arm. XI, sac P, cote 9, aux sceaux).
5. G. Rouchon, Notre-Dame du-Port, dans V Auvergne littéraire, 1930, n° 51,
p. 3-4 ; Б. et H. Du R.anquet, L'église Notre-Dame-du-Port, dans les Mémoires
de l'Académie... de Clermont-Ferrand, 1932, XXX, 18; de Maillé, ROCJB,
196 ; Savaron, OC, 344 ; etc.
6. Princeps « comte » (Niermeyer, Diet.).
330 P. -F. FOURNIER

22. Le quartier juif. '— Le mot juif, dans son emploi


substantif ou adjectif, n'est pas rare en toponymie fran
çaise1. Quand il est un élément d'un nom composé dans
les villes, il y a probabilité qu'il se réfère à un établissement
de Juifs. Dans les campagnes, c'est plus douteux : l'origine
peut alors avoir été plus communément une de ces ci
rconstances fortuites dont le souvenir est d'ordinaire aboli.
Il arrive même qu'on ait affaire à des produits de l'étymologie
populaire2. A Clermont, deux noms de lieu contiennent
l'adjectif judeus3. Le premier, Fontgiève, désigne un terroir
près de la Tiretaine, jadis au nord-ouest de Glermont, au
jourd'hui englobé dans la ville. Le second nom, Montjuzet,
désigne la hauteur qui s'élève au nord de Fontgiève et qui
sépare la vallée de la Tiretaine de celle de son affluent le
Rivaly.
Il n'y a pas de raison de penser qu'aux premiers siècles
les Juifs aient été confinés dans de véritables ghettos.
Mais il est naturel que des étrangers minoritaires aient
tendu à s'agglomérer de préférence dans un même quartier.
Et il paraît vraisemblable qu'ils aient dû établir leur lieu
de culte près de l'endroit où ils étaient installés en plus grande
proportion. Dans le Glermont de l'époque franque, ce quart
ierest celui où ils ont laissé leur trace dans les noms des
deux terroirs Fontgiève et Montjuzet. C'est dans ce même
quartier, à Saint-Cirgues, qu'un Asiatique, un Perse, s'était
établi au ve siècle, Abraham. Il est vrai que c'était un chré
tien fuyant la persécution des rois Sassanides. Mais il n'en
est pas moins vraisemblable qu'une certaine attirance vers
des gens plus proches par l'appartenance ethnique et l'ori
gine géographique ait joué en l'espèce. Les marchands
syriens (sous ce nom étaient englobés toutes gens d'origines
voisines quoique diverses, des Levantins, comme nous

1. R. Anchel, Les.Juifs de France, 1946, p. 41-57, a consacré tout un chapitre


à la toponymie juive en France. Certains noms admis par lui sont douteux :
par exemple, les noms bibliques cités en Lozère doivent être plutôt protestants
que juifs. Voir aussi A. Vincent, Toponymie de la France, nos 452, 697, 765;
de Maillé, ROCB, 179, 209-212 ; Ant. Thomas, Essais de philologie française,
XI, p. 113-117.
2. Vincent, Toponymie de la France, n° 116.
3. Formes anciennes de ces deux noms : NROC, 481-483.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 331
dirions) avaient une tendance à s'installer dans les villes
auprès des Juifs, dont vraisemblablement ils se sentaient
aussi plus proches par une certaine similitude de modes de
vie et d'occupations. Il est à noter, d'ailleurs, que l'étroi-
tesse extrême de la cité à partir du ive siècle aurait dif
ficilement permis à des groupes allogènes d'y trouver leur
place.
La plus ancienne mention d'un Juif en Auvergne remonte
au ve siècle : Sidoine Apollinaire confie à un Juif une lettre
à porter à un de ses collègues évêque1. Au vie siècle, les
mentions deviennent plus nombreuses. Le concile de Gler-
mont, en 535, condamne les mariages entre chrétiens et
juifs2. A l'enterrement de l'évêque Gai, oncle paternel de
Grégoire de Tours (551), les Juifs même pleuraient3. Gré
goire n'aimait guère le successeur de Gai, l'évêque Cautin
(551-571). Entre autres griefs, il lui a reproché ses relations
avec les Juifs 4. Gautin mort, Eufrasius, qui brigua sa place,
mais ne l'obtint pas, était aussi un ami des Juifs, toujours
au dire de Grégoire 5.
Avit, qui succéda à Gautin, entreprit de convertir les
Juifs. Ayant réussi auprès de l'un d'eux, il le baptisa à
Pâques 576. Le baptistère, on l'a vu, était hors de la cité.
Au moment où la procession des nouveaux baptisés, vêtus
de blanc, et des fidèles, rentrait dans la cité, un Juif non
converti versa sur la tête de celui qui était pour lui un renégat
une huile fétide. L'agresseur fut sauvé par l'évêque de la
fureur des gens. Mais le jour de l'Ascension, alors que la
procession se rendait de l'église (cathédrale) à la basilique
(voir ch. 7), la foule des fidèles se jeta sur la synagogue des
Juifs et la détruisit 6. Il est donc probable que la synagogue
n'était pas éloignée du chemin suivi par la procession.

1. Sidoine Apollinaire (Epist., III, 4 : éd. MGH, p. 43) à Félix. Le Juif


Gozolas est en Auvergne auprès de Sidoine ; mais il n'est pas nécessairement
établi en Auvergne. — Voir B. Blumenkranz, Les premières implantations de
Juifs en France, dans CRAI, 1969, p. 162-174.

2. Mansi, Sacr. concil. ampliss. coll., VIII, 86t.


3. Grégoire de Tours, VP, VI, 7.
4. HF, IV, 12.
5. HF, IV, 35.
6. Inruit super sinagogae Judeorum multitude/ sequentium distructumque a
fundamenlis carnpi planitiae adsimilatur (HF, V, 11).
332 P. -F. FOURNIER
L'évêque tenta une nouvelle démarche auprès des Juifs,
cette fois-ci imperative. Il leur fit savoir que, sans les
contraindre à confesser le Christ, il était disposé à admettre
dans la communauté chrétienne ceux qui se convertiraient.
Quant à ceux qui ne voudraient pas le faire, ils n'avaient
qu'à s'en aller. Devant cet ultimatum, certains Juifs ac
ceptèrent la conversion. Avit s'en réjouit et les baptisa
après la célébration des vigiles de Pentecôte. Les endurcis,
qui refusèrent le baptême, quittèrent la ville et se retirèrent
à Marseille1. On ne risque pas d'errer en considérant le
chiffre de « plus de 500 » convertis avancé par Grégoire de
Tours comme hyperbolique. Il n'en résulte pas moins de
cette anecdote que la colonie juive de Clermont devait avoir
une certaine importance avant l'expulsion. Ces faits ont
fourni la matière d'un poème de Fortunat, adressé à Gré
goire de Tours2.
La communauté juive exilée ne paraît pas s'être recons
tituée de longtemps. En effet, l'auteur de la première Vie
de Stremonius (vers les rxe-xe siècles) prétend qu'il n'y a
pas de Juifs en Auvergne de son temps 3. Or le nom de

1. HF, V, 11. Le grand port méditerranéen de Marseille paraît être alors


une ville refuge pour les Juifs. Voir HF, VI, 10; Louis Bréhier, Les colonies
d'Orientaux en Occident au commencement du Moyen Age, dans Byzantinische
Zeitschrift, XII, 1-2 (tir. à part), p. 3, 11 ; Leclercq, DAC, III-2, col. 2273 ;
R. Latouche, Les origines de l'économie occidentale, 1956, p. 141-142, 144.
— C'était aussi, ainsi que les autres villes maritimes de Provence, la principale
étape d'où les Orientaux se répandaient ensuite dans la Gaule.
2. Livre V, carmen 5 :
Plebs Arverna etenim, bifido discessa tumultu,
urbe manens una, non erat una fide :
christicolis judaeus odor resilibat amarus
.

obsiabatque piis impia turba sacris


... plebs, animante fide, judaica templa revellit
et campus patuit quo synagoga fuit.
3. Après la mort du jeune Juif d'Issoire converti et celle de Stremonius,
coepit christianorum odium in Judaeos concrescere..., quos ita atrocissimis
poenis variisque suppliciis sunt insecuti ut ne unus quidem in hac urbe, sicuti
in aliis, habitare noscatur usque in praesens (par. 10). — On retrouvera plus
tard, des Juifs en Auvergne. Au хше siècle, ils étaient répartis entre un grand
nombre de localités, même petites : Molinier, Correspondance administrative
à" Alfonse de Poitiers, nos 646, 652, 658, 709, 888, 1003 ; Fournier et Guébin,
Enquêtes administratives ď Alfonse de Poitiers, p. 45, 53 b, 54, 152 b, 156 b,
157 b (1251-1269); A. Ghassaing, Spicil. Briçat., p. 201, 204, 217, 223, 252
(1293-1299) ; Camin, Note sur le cimetière juif d'Ennezat, dans le Congrès ar-
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 333
Montjuzet est attesté dès le xe siècle. Ce serait donc, semble-
t, -il , à la communauté juive de Glermont à l'époque franque
que ce nom et celui de Fontgiève, qui va avec lui, se rap
porteraient1.

23. « Vicus christianorum ». — ■ Au terme de ces analyses,


le moment est venu d'aborder la question si la communauté
chrétienne de Glermont a eu son premier centre religieux
dans un faubourg ou au cœur de la ville ? Cette question est
symbolisée, en quelque sorte, par une expression de Gré
goire de Tours, vicus quem christianoruim vocant2, à propos
de laquelle deux remarques préalables s'imposent.
En premier lieu il doit être noté qu'elle ne se rencontre
que cette seule fois, telle quelle, chez Grégoire de Tours.
Une autre fois, à propos de Tours, il en emploie bien une
autre assez analogue, in ipsius vici cijmiterio qui erat chris-
tianorum3, mais dans laquelle sa syntaxe ne permet pas
de décider si qui représente vicus ou cvmiteriùm^.

chéologique, 1895, Clermont-Ferrand, p. 355-357; [Du Ranquet], Musée d'his


toire et d'art local de Clermont-Ferrand [Musée Du Ranquet], (1924), p. 4.
1. Les historiens de Clermont avaient déjà reconnu l'existence du quartier
juif de la ville : Tardieu, HCF, I, 435 ; Mosnier, SSAUV, II, 244-246 ; P. Balme,
Clermont à travers les âges, 1952, p. 5 ; etc. Toutefois cette notion avait besoin
d'être précisée. — Tardieu a même affirmé que les Juifs avaient une école à
Fontgiève au vie siècle et prétendu fonder cette affirmation sur un passage du

Talmud (HCF, I, 435). R. Crègut l'a contredit (Le cénobite Abraham, dans les
Mémoires de V Académie... de Clermont-Ferrand, 1893, VI, 47). M. Bernhard
Blumenkranz a bien voulu me mander à ce sujet : « En ce qui concerne le
Talmud (dont la rédaction est achevée dès le ve siècle) et les auteurs juifs du
Moyen Age, on peut se fier entièrement à H. Gross, Gallia judaica, Paris,
1897. Dans son article consacré à Clermont-Ferrand, p. 588 sq., il ne mentionne,
au titre de la littérature juive, que les chroniqueurs des croisades, ou plus exac
tement les auteurs de complaintes liturgiques relatives aux croisades, qui
auraient parlé de cette ville, mais uniquement à propos de l'origine des croi
sades. Rien, de toute manière, sur le Talmud ou aucun autre produit de la
littérature hébraïque du haut Moyen Age. » "
2. Grégoire de Tours, HF, I, 33.
3. HF, X, 31, primus episcopus.
4. Telle est aussi l'opinion de Dom Dubois, EPSP, 23-24.
Une autre expression de Grégoire de Tours, qui a été rapprochée des deux
précédentes, est sans rapport avec elles. Il mentionne le tombeau de saint
Marcel in ipsius civitatiscf.'(Paris) vico (GC, 87) et celui de Crescentia in vico
Parisiorum (GC, 103; Vieillard-Troïekourofï, dans ESP, 57, 124, n. 3).
Il s'agit d'un phénomène toponymique. Certaines agglomérations (ici la civi-
tas Parisiaca) ont autour d'elles des groupes d'habitations moins importants,
résultant soit d'un éclatement, soit d'une rétraction, qui se distinguent du
334 P. -F. FOURNIER
Secondement, cette expression vaut pour le vie siècle,
Grégoire de Tours en avertit expressément son lecteur, en
mettant au présent le seul verbe de l'incidente, alors que tout
le récit dans lequel elle est insérée est au passé (il s'agit de
faits que refert antiquitas). Que cette appellation ait eu déjà
cours dans les premiers temps de Г Église d'Auvergne, cela
n'est dit nulle part.
A Clermont, au vie siècle, les deux éléments présentement
identifiés du groupe episcopal, la cathédrale, avec la de
meure de l'évêque, installée à l'étroit à l'intérieur de la cité,
au sommet de la butte, le baptistère dans un quartier du
suburbiulm, près de la Tiretaine, étaient séparés par près de
trois quarts de kilomètre. Or, dans bien des cas, je pense
même dans la plupart des cas connus, les baptistères étaient
plus proches de leurs cathédrales1. Deux hypothèses pa
raissent concevables afin d'expliquer un tel écartèlement de
sanctuaires entre lesquels étaient réparties alors des cér
émonies de la liturgie.
Dom Dubois admet que la cathédrale aurait été dès le
principe à l'endroit où nous la voyons aujourd'hui, dans la
cité. Dans le quartier suburbain de Saint-Alyre, il y aurait
eu simplement « une accumulation de sanctuaires », prin
cipalement sépulcraux, qui, avec les clercs les desservant,
les fidèles attirés par leur dévotion, auraient suffi à faire
donner à ce quartier le « surnom » de bourg des chrétiens %.
Dom Dubois ne mentionne pas le baptistère, et ne l'a pas
porté sur son plan. Il ne fait pas état, non plus, de l'étroitesse
de l'emplacement occupé par la cathédrale. Certes, la

groupe central soit par un appellatif indiquant une moindre importance (ici
vièus) ou une différence (avec conservation ou non du nom principal), soit par
une épithète, soit par un diminutif.
1. Voir Leclercq, BAC, v° baptistère, et Angoulême, Metz, Vienne, Salone,
le Puy. Voir les références chap. 6.
2. Dubois, EPSP, 25, légende du plan. Une remarque en passant. Dom
Dubois fait partir son raisonnement de la comparaison avec Rome. Il me semble
qu'une telle comparaison ne doit pas être invoquée sans précaution. L'histoire
des églises de Rome part des tout premiers débuts du christianisme, d'une
époque où les édifices cultuels n'ont pas encore acquis leur spécificité. L'his
toire du christianisme clermontois, comme celle de la plupart des églises de
Gaule, ne part que du iye siècle. L'évolution des édifices cultuels est alors plus
avancée. La communauté primitive de Clermont s'est organisée avec des
idées et des besoins différents de ceux des premiers chrétiens de Rome.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 335
communauté chrétienne à ses débuts aurait pu avoir des
raisons imperatives — qui nous échapperaient — de dislo
quer d'emblée le groupe episcopal. Ignorant ces raisons,
et même si elles ont existé, ne sommes-nous pas autorisés à
chercher si quelque autre hypothèse ne rendrait pas compte
des faits constatés de manière plus adéquate? Au préal
able, certaines particularités doivent être rassemblées et
examinées, desquelles la solution pourra dépendre.
Les bords de la Tiretaine étaient à la lisière de Faire oc
cupée par la ville au temps de son extension maximale.
Dans ces parages avait existé un des anciens cimetières
païens, qui avaient formé une sorte de ceinture autour de
la ville. Depuis que la phase de rétraction de la ville avait
commencé, toutes les parties de ces cimetières n'étaient plus
nécessairement entretenues de façon parfaite1. Le nom
Inter sanctos atteste qu'on avait continué d'enterrer des
chrétiens dans celui-ci, et probablement aussi que toutes les
anciennes sépultures, quand des travaux les découvraient,
étaient prises pour celles de « saints ».
Le baptistère était en cet endroit.
La place disponible pour un groupe cherchant où installer
ses édifices cultuels, si sommaires qu'on les suppose au départ,
devenait plus considérable à mesure qu'on s'écartait du centre
historique et démographique de la ville. Il est permis aussi
de penser que le terrain devenait moins cher.
En lisant le texte de Grégoire de Tours, on se défend
mal de trouver qu'il insiste sur l'emplacement de la cathé
drale plus qu'il a l'habitude de le faire dans d'autres cas.
Gela peut être fortuit. Cela pourrait aussi signifier que cet
emplacement était jugé digne de retenir l'attention pour
quelque raison, qui pourrait être que la cathédrale n'avait
pas été là de tout temps.
Quand la coutume se répandit de désigner les sanctuaires
chrétiens par des noms de saints patrons, il est arrivé plus
d'une fois qu'une des églises du groupe episcopal ait eu le
nom de la mère du Sauveur pour vocable. Or une des églises

1. Nous ne sommes pas renseignés sur l'état des cimetières au ive siècle.
Au Ve, une anecdote de Sidoine Apollinaire témoigne de l'entretien médiocre
d'un ancien cimetière près de Lyon '[Ep., III, 12).
336 P. -F. FOURNIER
de ce quartier a porté ce vocable. Son histoire est obscure.
Pourtant il est permis de se demander si l'importance
qu'elle a eue dans les siècles suivants n'aurait pas été pro
portionnée plus aux souvenirs qui y restaient attachés
qu'à la dimension du petit sanctuaire collé au flanc de
l'église Saint-Alyre-Samt-Clément1?
Vers le xie siècle, l'auteur anonyme de la Vita 11Л de
saint Alyre attribue à Stremonius la construction de cette
église Notre-Dame d'entre Saints et à saint Alyre le désir
d'être inhumé auprès d'elle. Pour légendaire que soit ce
récit, il n'en atteste pas moins qu'à l'époque où il fut rédigé
ce sanctuaire était l'objet d'une vénération particulière au
moins de la part de certains Glermontois.
Je ne saurais localiser précisément la basilique où une
station était célébrée les jours de procession et qui occupait
dans la hiérarchie des sanctuaires clermontois une place
telle que son appellatif simple, sans vocable, suffît à la
désigner de façon non équivoque. Mais un récit de Grégoire
de Tours fait présumer qu'elle était dans le même quartier.
De bonne heure les tombes de deux martyrs (Gassius et
Victorinus : ch. 10), ainsi que de saints de réputation s
econdaire (Alexandre, un inconnu, Antolien, Liminius :
ch. 9 et 11) y furent vénérées, des évêques y furent inhumés,
dont les mausolées devinrent des basiliques. Sur treize
sanctuaires clermontois nommés par Grégoire de Tours,
le baptistère (ch. 6), cinq basiliques (ch. 8, 9, 10, 12, 13),
une église funéraire (ch. 11), soit sept, étaient concentrés
sur une aire de moins de dix hectares dans ce quartier.
On a dit que le christianisme s'est développé en Gaule

1. La cathédrale de Namace in civitate reçut le vocable des saints Agricole


et Vital. Plus tard celui de la Vierge s'y substitua : simple témoignage de la
grande vogue du culte de Marie? ou transfert à une nouvelle cathédrale du
vocable d'une plus ancienne? Rapprochement hasardeux, question insoluble.
Je poursuis quand même. Le chanoine de Laugardière [L'église de Bourges
avant Charlemagne, 1951, p. 49-58) a remarqué que certaines paroisses rurales
paraissent avoir tendu à adopter le même vocable que la cathédrale : dans le
diocèse de Bourges quarante-trois églises sont sous le vocable de saint Etienne,
patron de la cathédrale. Or, dans le diocèse de Clermont, neuf des plus anciennes
paroisses identifiées sont sous le vocable de Notre-Dame (G. Fournier, PBRA,
62, 407) et dans le même diocèse avant la distraction de celui de Saint-Flour,
c'était plus de cent paroisses qui étaient sous le même vocable, c'est-à-dire
grosso modo une sur huit.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 337
à partir de colonies de Levantins. Il est plus facile de lé
conjecturer d'après de maigres indices que d'en administrer
la preuve. Mais, pour ces temps, la majeure partie de notre
connaissance de la vie sociale et religieuse des gens ne
repose-t-elle pas sur une forte part de conjecture? Certains
théologiens ou dirigeants du clergé catholique considéraient
les Juifs comme séparés des chrétiens par leur attachement
obstiné à la loi de Moïse1, les autorités religieuses2 ou
laïques 3 exigeaient parfois des conversions forcées, qui
n'allaient pas sans résistance, les masses chrétiennes étaient
sujettes à des accès de fanatisme, qui les jetaient contre les
édifices cultuels juifs4. Mais les réactions du commun des
fidèles dans la vie quotidienne n'étaient pas toujours à
sens unique. Il y eut un temps, au départ, où le souvenir
non aboli d'une origine commune, l'usage du même livre
saint, une certaine « analogie d'aspect » entre les deux cultes
entretenaient à leurs frontières un degré de fluidité, qui
atténuait suffisamment les oppositions pour que des rap
ports d'affinité pussent rapprocher les fidèles des deux rel
igions et, sinon les inciter positivement à se grouper les uns
auprès des autres, du moins ne pas faire obstacle à un tel
groupement5. Que les deux cultes aient voisiné dans le
Glermont des ive-vie siècles ne serait donc pas surprenant 6,
Aucune des remarques qui précèdent ne constituerait
une preuve à elle seule et leur valeur d'indice est, pour
certaines, d'une grande faiblesse. Prises ensemble, elles
s'appuient l'une l'autre et leur convergence ne me paraît
pas dépourvue de valeur. D'après elles, d'après ce qui est
connu de l'histoire de la ville, la manière qui me paraît le

1. Grégoire de Tours, HF, V, 11 ; VI, 5, 17.


2. Ci-dessus, Juifs convertis par Avit, ch. 22.
3. HF, VI, 17.
4. Ci-dessus, ch. 22, et HF, VIII, 1 (Orléans).
5. R. Anchel, Les Juifs en France, p. 23-30 ; Les Juifs en Gaule à V époque
franque, dans le Journal des Sapants, 1938, p. 255-265.
6. Voir Bossuat, Clermont, dans le Dictionnaire d'histoire et de géographie
ecclésiastiques, t. XII, col. 1437, 1444. A Bordeaux, le mont et la rue Judaïque
sont dans les parages du groupe episcopal primitif et le cimetière juif est voisin
de celui de Saint-Seurin. Situations analogues à Poitiers et à Nîmes (de Maillé,
ROCB, 209-212). A Bologne, c'est au milieu d'un cimetière juif qu'Ambroise
retrouve les corps des martyrs Agricole et Vital.
BIBL. ÉC. CHARTES. 1970. 2 22
338 P. -F. FOURNIER
mieux rendre compte des faits connus et des conjectures
admissibles serait la suivante. Lorsque la communauté
chrétienne eut atteint une importance suffisante pour se
donner une organisation, la ville était en pleine phase de
rétraction. La communauté établit son centre religieux
près du ruisseau de Tiretaine1, mais non point, assurément,
les demeures de ses membres. C'était un quartier périphé
rique,mais non la campagne, ni un bourg séparé. Un ancien
cimetière existait dans les mêmes parages. La rétraction
de la ville eut pour terme final l'édification d'une enceinte
minuscule, englobant seulement le tiers septentrional de la
butte de Glermont, à une époque que, d'après d'autres
considérations, j'ai proposé de supposer assez avancée dans
le ive siècle. Dès lors, le groupe episcopal se trouva relégué
dans un coin du suburbium, dans le même temps que la
situation des chrétiens s'était affermie et que l'évêque de
venait une autorité dans la ville. Serait-ce pour cette raison
qu'il aurait jugé plus conforme à sa dignité d'obtenir une
installation à l'intérieur de la cité? On l'a pensé2 et ce
n'est pas impossible. Une autre raison a pu être plus déte
rminante : le ive siècle, ni le ve n'ont été dans l'Empire en
général et en Gaule en particulier une période de paix, et
il se pourrait que l'évêque eût été attiré à l'intérieur du
rempart par un motif de sécurité3. Mais l'enceinte fortifiée
était si étroite que tous les éléments du groupe episcopal
ne purent y trouver place : le baptistère, notamment, resta
à l'emplacement primitif. Cette dislocation n'entraîna pas
la disparition des processions entre les divers sanctuaires 4.
1. Si l'anecdote de l'évêque Urbicus était autre chose qu'un conte pieux,
ce serait aux annexes de l'église épiscopale de Saint-Alyre qu'elle se rapport
erait. Urbicus était marié. Devenu évêque, il vivait séparé de sa femme dans
la « maison de l'église », affectée à son logement. Une nuit, sa femme, enflam
mée de concupiscence, vint le réveiller et l'induisit à lui rendre le devoir conjug
al.Repentant, il se retira dans un monastère et ce ne fut qu'après y avoir fait
suffisante pénitence qu'il rentra dans sa ville (Grégoire de Tours, HF, I, 44).
2. Griffe, GCR, 123. Ne pourrait-on penser aussi à l'imitation de Rome?
Depuis Constantin, le Latran avec sa basilique, son baptistère et son palais a
été le siège du gouvernement apostolique : or, il était à l'intérieur du mur
d'Aurélien (Dubois, EPSP, 14-15).
3. Rapprocher Fortunat, au vie siècle : Longius hinc olim sacra cum delubra
fuissent et plebs ob spatium saepe timeret iter (éd. Leo, MGH, Auct. antiquiss.,
IV-1, p. 13 ; cité par M>e de Maillé, ROCB, 182).
4. S'avancer plus avant, se demander, par exemple, si le seul sanctuaire
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 339
Par conséquent, quand les gens du vie siècle désignaient
le quartier de Saint-Alyre sous le nom de çicus christia-
norum, il paraît probable qu'ils ne voulaient pas seulement
dire que c'était le quartier de la ville où l'on voyait le plus
d'églises et où l'on rencontrait le plus de clercs. Un élément
affectif et historique transparaissait sous cette expression.
Pour eux ce quartier conservait le privilège d'avoir été le
premier centre du christianisme à Glermont, il évoquait la
mémoire des « grands ancêtres », et ces souvenirs étaient
encore matérialisés par la permanence d'une partie du groupe
episcopal.
Si ces conclusions paraissent acceptables, Glermont serait
donc une des villes où les chrétiens ont établi d'abord leur
centre religieux dans un quartier périphérique. Cela ne
confirme ni n'infirme la théorie générale contestée par Dom
Dubois. C'est seulement une contribution à l'approche du
problème. Au fait, je me demande s'il ne s'agit pas en l'e
spèce d'un de ces faux problèmes, sur lesquels tout le monde
serait d'accord, si l'on écartait d'emblée certains termes
abusifs (tels que « loi », qui a été employé à ce sujet). A des
théories absolues, « à sens unique », il me semble que je
préférerais une conception plus souple, plus objective aussi.
Pourquoi vouloir que l'établissement des chrétiens dans
les villes de Gaule eût été soumis à une règle uniforme?
Ne serait-il pas plus probable que les circonstances locales
eussent imposé des solutions différentes, qui se réparti
raient en un nombre limité de types? C'est par le recense
ment des cas bien connus que devrait être établi le pour
centage de chacun de ces types. Mais cela eût été au delà
du dessein de cet essai.
P. -F. FOURNIER.

du quartier de Saint-Alyre qui n'ait pas été d'abord une chapelle funéraire,
c'est-à-dire Notre-Dame d'entre Saints (la plus proche du baptistère, d'autre
part), n'aurait pas été la principale église épiscopale à l'origine? Si la construc
tion de la nouvelle église de Namace n'aurait pas été liée au déplacement de
la cathédrale? Cela pourrait être tentant. Mais ce serait aller au delà des conclu
sionsautorisées par les documents.
On remarquera que les conjectures qui précèdent aboutissent, en somme,
à une notion que l'on trouverait déjà chez plusieurs historiens de Clermont.
J'ai essayé de pousser l'analyse plus profondément, de préciser et de nuancer
les limites entre le connu et l'inconnaissable.
340 P. -F. FOURNIER

NOTE ANNEXE I
A propos de la mission des Sept.

Il a été abondamment disserté sur les sept missionnaires


de Grégoire de Tours. On a vu plus haut ce qui concerne leur
date. La composition de la liste révèle, me semble-t-il, la manière
dont elle a été composée1.
Deux parmi ces missionnaires s'expliquent sans long commenta
ire. Le diocèse de Glermont était la patrie d'origine de Grégoire
et, lorsqu'il écrivait, il était évêque de Tours2.
Le huitième, qui a été ajouté à la liste après coup, était l'évêque
de Bourges, donc le métropolitain de Glermont. C'était aussi,
en somme, un compatriote, d'après une vue plus large des
choses.
Le diocèse de Limoges relevait du même métropolitain et avait
une longue frontière commune avec celui de Glermont. « Limous
in, mon voisin » est un dicton d'une partie de l'Auvergne. De
plus, Martial est considéré par Grégoire sur le même pied que les
grands thaumaturges, Julien de Brioude et Martin de Tours,
ainsi que Saturnin et Denis, tous saints pour lesquels Grégoire
éprouvait une dévotion particulière 3.
La dévotion de Grégoire envers Saturnin vient d'être citée.
De plus Grégoire connaissait des reliques du saint en Auvergne,
à Yssac ; il savait que des reliques du même saint avaient été
transférées à travers leBrivadois ; il cite un extrait de sa Passion
et il avait des reliques du saint dans son oratoire à Tours4.
Denis s'explique par la réputation du saint et par les relations
de Grégoire avec les rois de la race de Glovis, défenseurs de l'o
rthodoxie catholique contre les hérétiques ariens.
Grégoire ne pouvait pas ignorer la légende qui faisait de
Trophime, prétendument envoyé par saint Pierre, le plus ancien

1. A côté des remarques qui suivent, Levillain a noté également que les
préséances sont observées dans la liste : d'abord deux métropolitains, puis
deux martyrs, à la fin trois simples confesseurs (TCMA, 168). Le huitième
est aussi un métropolitain, mais le fait d'avoir été ajouté après coup l'a mis à
part.
2. Levillain, TCMA, 168.
3. HF, X, 29.
4. GM, 47, 65 (cf. G. Fournier, PRBA, 409-410, 411, 627-628); GC, 20.
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 341
envoyé du siège romain en Gaule, légende proclamée par une
lettre du pape Zosime en 417 x.
Reste Paul, de Narbonne. Il est le seul dont la raison de son
inscription sur la liste n'apparaît pas à première vue.
Les questions posées au sujet de cette liste de missionnaires
paraissent vaines, dès qu'on les considère à la lumière de ce
qui précède. Que Grégoire ait trouvé dans l'ambiance de son
temps l'idée de missionnaires envoyés de Rome pour évangé-
liser la Gaule, c'est probable. Ainsi qu'il est courant en pareil
cas, chacun, en racontant cette histoire, y faisait entrer tels ou
tels saints, dont la célébrité rehaussait l'éclat de la mission ou
qui, pour une raison ou pour une autre, étaient plus chers à
l'auteur du récit. Grégoire n'a pas procédé autrement. Sa liste
est une pure légende, sans valeur historique 2.

Note annexe II
Le nom du premier évêqae de Clermont.

Grégoire de Tours nomme quatre fois le premier évêque de


Clermont, toujours sous le même nom, Stremonius3. Dès le
vine siècle, une nouvelle forme du nom apparaît, Austremonius.
Elle se trouve pour la première fois dans la première Vie de
saint Priest4. Elle est ensuite dans les trois Vies du premier

1. Duchesne, FEG, I, 84-85, 247; Levillain, TCMA, 186-188; P. Batifïol,


Les églises gallo-romaines et le siège apostolique, dans la Reçue d'histoire de
l'Église de France, 1922, t. VIII, p. 160-163.
2. Le chiffre 7 peut avoir une valeur mystique (Levillain, TCMA, 167,
169 ; Griffe, GCR, I, 73-74). Mais il se rencontre si souvent chez les auteurs de
l'Antiquité et dans l'Écriture que Grégoire a pu le choisir sans intention bien
définie.
Autre remarque à propos des huit missionnaires. Parmi eux, sept portent
des noms figurant à l'Index cofenominum des tomes XII et XIII du CIL et
cinq des noms figurant dans l'Index of potters' stamps on [gaulish] terra sigillata
de F. Oswald. Ceux qui manquent sont : Stremonius au CIL, Dionisius, Stre
monius, Trophimus à l'Index d'Oswald. Rien n'exige donc que ces premiers
évêques de huit diocèses de la Gaule eussent dû être étrangers au pays.
3. HF, I, 30 (deux fois), 44 ; GC, 29. Variante : Stremoneus. Des manuscrits
'

plus récents donnent les formes Astremonius, Austremonius. Voir l'édition


Krusch (MGH).
4. La première Vie de saint Priest paraît avoir été écrite en un temps- où
des témoins de son existence vivaient encore, c'est-à-dire dans les dernières
années du vne siècle ou les premières du vine. Elle est éditée dans les AASS,
janv. III, 244-246, d'après un manuscrit d'Utrecht, qui contient une version
342 P. -F. FOURNIER
évêque, écrites vers les ixe-xe siècles1. Désormais c'est sous
ce nom qu'il est mentionné par la quasi-totalité des documents 2.
Seuls quelques documents isolés, œuvre sans doute de puristes
connaissant Grégoire de Tours, reviennent à la forme Stremo-
nius 3.
Stremonius n'est pas courant en latin. Je n'en ai pas découvert
d'autre exemple4. Toutefois il ne devait pas paraître insolite
auprès de la série des noms de personne latins en -onius : An-
tonius, Petronius, Trebonius, Semproňius (avec un о long),
etc. 5. Neuf noms de ce type (y compris Stremonius) sont ment
ionnés dans les oeuvres de Grégoire de Tours. Des noms gaulois
en -oriios ont aussi existé6, notamment Apronios, le dédicant

différente de celle qui est éditée par Krusch, MGH, SS rer. merov., V, 212-248
(ms. de Rouen, xe-xie siècles). La deuxième Vie est une amplification de la
première, éditée dans les AASS, p. 247-250. La première Vie, éd. Krusch,
mentionne que Priest aurait écrit sancti Austremonii gesta (par. 9). La deuxième
Vie, éd. des AASS, mentionne qu'il aurait écrit passiones martyrům-.. Astre-
bodii (variante : Astrebundi) . Remarquer dans cette deuxième Vie la déna
salisation des consonnes nasales.
1. Voir ci-dessus, chap. 1
2. Faux diplôme de Pépin le Bref, forgé en se servant d'un diplôme perdu
de Pépin II, roi d'Aquitaine, de 848 (éd. Levillain, Recueil des actes de Pépin Ier
et Pépin II, rois ď Aquitaine, n° 58) : beato Austremonio ; — A. et M. Baudot,
Le grand cartuldire de Saint-Julien de Brioude, n° CCCCXXXIII : sancto


Austremonio ad Uciodore (927)-; — testament d'Etienne, évêque de Clermont,
vers 940-970 : sancto Austremonio et ad locum Yciodorensem (Cartulaire de

Sauxillanges, n° 475) (voir aussi même cartulaire, n° 254) ; — Libellus, n° 32 :


ecclesia Sancti Austremonii ; — listes des évêques de Clermont, l'une par Hugues
de Flavigny (deuxième moitié du xie siècle) dans les marges de sa Chronique
(ëd. MGH, SS, VIII, p. 288), l'autre à la fin du ms. 147 de la bibl. de Clermont,
fol. 150 v°, copiée au xvie siècle : Austremonius.
3. Échange entre Lanfroi, abbé de Mozac, et Bernard, comte, janvier 864,
connu par une copie du cartulaire de Brioude, n° 176 : cenobio Mausiaco...
ubi, moderno tempore, beatus Stremonius, martyr, primus Arvernorum episcopus
et praedicator, corpore requiescit; — Pouillé du diocèse de Rodez, 1510 : Sancti
Stremonii... prioratus (J. de Font-Réaulx, Fouillés de la province de Bourges,
1961, p. 326 : Saint-Austremoine, Aveyron, canton de Marcilhac- Vallon,
commune de Salles-la-Source) ; — tous les documents cités par les AASS,
p. 36-39, ont Austremonius du xive siècle à 1774 ; cette année-là le bréviaire

de Le Maistre de Lagarlaye reprend la forme Stremonius ; depuis on est revenu


à Austremonius.
4. Les fiches de VOnomasticon du Thesaurus linguae latinae ne contiennent
aucun Stremonius ni Stremonia. Communication de M. W. Ehlers, que je re
mercie de son obligeance.
5. D'autres dérivés à désinence -onius, avec о bref, sont d'origine grecque
(Euphronius, Strymonius) ou italique (Ausonius). Stremonius n'ayant laissé
dans les langues romanes que des formes savantes, la quantité de son о reste
incertaine.
6. P. Lebel, Les noms de personnes (« Que sàis-je? », 235), p. 26,
CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE 343
du Mercure de Lezoux. Le radical Strem-, quoique peu courant,
n'est pas dépourvu d'appuis. Ils sont de deux sortes :
1° La collection Fabre, au château de la Gagère, contient un
moule de potier, sur lequel se lit, sous la base, un graffite gravé
à la pointe après cuisson : strem1. Les granites de ce genre
sont généralement des noms de personnes, potiers ou ouvriers,
et ils sont souvent abrégés, comme celui-ci, qui n'est pas connu
sous sa forme complète. Il serait donc impossible de savoir si
ce nom était effectivement le même que celui de l'évêque. En
tout cas, le radical était le même et ce graffite atteste qu'il exis
tait en Arvernie à l'époque gallo-romaine.
2° Le même radical se retrouve dans le toponyme Stremiacum,
connu à trois exemplaires :
a) Dans la région de Lyon, un lieu de ce nom, non identifié,
est attesté en 836 2 : Louis le Pieux y tint un plaid général (in
Stremiaco prope Lugdunum ciçitatem : Annales de Saint-Bertin,
éd. Dehaisnes, Soc. de l'hist. de France, p. 19) ; in pago Lugdu-
nensi... in loco qui çocatur Stramiaco : l'Astronome, éd. Pertz,
MGE, SS, t. 2, p. 642, cf. p. 639) et y data deux diplômes,
le premier le 24 juin, pour l'évêché du Mans (Actum Stramiaco
supra fluçium Rodani, copie dans les Gesta Aldrici, Cenoman.,
episc), le second le 21 juillet, pour le monastère d'Aniane {Ac
tum Stremiaco cilla, copie dans le cartulaire d'Aniane). Ce lieu
s'insère dans l'itinéraire de l'empereur entre Alhujivilla (Al-
bisheim, Palatinat) le 25 mai, et Luco cilla le 29 juillet3.
b) Estramiac (Gers, arr. de Lectoure, cant, de Saint-Glar).
Formes anciennes : ad Estramiac, 1159 ; castrum de Stramiaco,
1327 ; a Astramiac, 1667 ; esglise ď Estramiac, 1781 ; patois
Stramiac, 1959*.
c) Estremiac (Cantal, arr. de Saint-Flour, cant, de Ruines,
comm. de Saint-Just). Formes anciennes : Estremiac, 1762 ;
Estremihac (cartes de Cassini et au 1 /80.000e) ; patois aller
astremya, venir destremya, 1969.
1 . Charles Fabre, Lezoux à travers les âges (extrait de Г Auvergne littéraire,
1958, n° 1 61 ; Le touriste en Auvergne, n° 31), planche en face de la page 17.
2. Cf. Mansi, Sacr. concil. ampl. coll., XIV, 734.
3. Je tiens les renseignements relatifs à ces deux diplômes de M. E. Meyer,
qui prépare l'édition des actes de Louis le Pieux, et le prie de trouver ici le
témoignage de ma gratitude.
h. J'ai reçu ces formes de notre confrère M, Polge, que j'en remercie bien
vivement.
344 P. -F. FOURNIER. — CLERMONT-FERRAND AU VIe SIÈCLE
Stremonius paraît donc d'appartenance gallo-romaine. Austre-
monius, au contraire, est d'appartenance germanique *.
. Or, depuis le vie siècle, la mode des noms de personne germa
niques s'était énormément répandue en Gaule2. Godéfroy KurLh
a relevé cent onze noms de personnes mentionnés en Auvergne
par Grégoire de Tours et quelques épitaphes aux vie et vne siècles :
quatre-vingt-seize de ces noms sont romains et quinze seulement
germaniques3. Dans la première Vie de saint Priest, composée
aux environs de l'an 700 4, dix-neuf noms sont germaniques et
dix latins, sans compter quelques incertains. Un dénombre
ment portant sur les trente premières chartes du cart ul aire de
Brioude (en ne retenant que les chartes datées et sans compter
une dizaine de noms incertains) a donné : pour le ixe siècle,
quatre-vingt-treize noms germaniques, treize latins, deux bi
bliques ; pour le xe siècle, quatre-vingt-trois germaniques, huit
latins, trois bibliques.
Dans ces conditions, entre le vie et le ixe siècle, le nom latin
.

Stremonius, rare et privé d'appui, est tombé dans l'attraction


du nom germanique Austremonius, qui s'est à peu près total
ement substitué à lui 5.

. 1. F. Lot en a manifesté sa surprise, La Gaule, 1947, p. 435. Marie-Thérèse


Morlet, Les noms de personne sur le territoire de l'ancienne Gaule du VIe au
XIIe siècle. I : Les noms issus du germanique continental, p. 47. Je dois une parti-
culière gratitude à M1!e Morlet, dont une remarque m'a mis sur la voie de ce

'
que je considère comme la solution du problème posé par le nom du premier
évêque.
2. Giry, Manuel de diplomatique, p. 356; A. Dauzat, Les noms de famille
de France, p. 61 ; F. Lot, La fin du monde antique et le début du Moyen Age
[L'évolution de l'humanité), p. 273 ; P. Lebel, Les noms de personnes, p. 47, 53.
3. G. Kurth, Les ducs et les comtes d'Auvergne et Les nationalités en Auvergne
au F/e siècle, dans la Revue d'Auvergne, 1960, t. XVII, p. 369-390 et 401-416.
4. Éd. Krusch, MGH, SS rer. merov., V.
5. La prosthèse de i- puis e- devant si-, qui apparaît dès le ne siècle (Bour-
ciez, Éléments de linguistique romane, nos 54 b, 161), a pu faciliter la substi
tution d'un nom à l'autre.

Addition a la page 307. — A propos des orientations différentes de l'église


Saint- Alyre (assez exactement vers l'est) et du cloître (vers l'est-sud est) [voir
plans, fig. 1-2, et vue cavalière, fig. 4], ajouter : ou bien que, à l'occasion d'une
reconstruction des deux églises, l'orientation en aurait été rectifiée, le cloître
conservant son orientation primitive?

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