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Une forteresse ibérique à

Osuna (fouilles de 1903), par


MM. Arthur Engel et Pierre
Paris,...

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Paris, Pierre (1859-1931). Une forteresse ibérique à Osuna
(fouilles de 1903), par MM. Arthur Engel et Pierre Paris,.... 1906.

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MISSIONS SCIENTIFIQUES
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CHOIX DE RAPPORTS ET INSTRUCTIONS


PUBLIÉ SOUS LES AUSPICES

BEAUX-ARTS
DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES

TOME XIII

Fascicule 4

PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCCVI
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MISSIONS SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAJHES
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MISSIONS SCIENTIFIQUES
ET LITTÉRAIRES

CHOIX DE RAPPORTS ET INSTRUCTIONS


PUBLIÉ SOUS LES AUSPICES

DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE ET DES BEAUX-ARTS

TOME XIII

PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE

MDCCCCVI
UNE FORTERESSE IRÉRIQUE
À OSUNA
(FOUILLES DE 1903),
PAR MM.VRTHIR ENGEL ET PIERRE PARIS,
ANCIENS MEMBRES DE VÉCOLE FRANÇAISE D'ATHÈNES,
CHARGÉS DE MISSIONS EN ESPAGNE.

AVANT-PROPOS.
Avant d'exposer les résultats des fouilles qu'ils ont faites à
Osuna en 1903, les auteurs de ce mémoire tiennent à préciser
les conditions dans lesquelles ils les ont entreprises et poursuivies,
et quels étaient leurs désirs et leurs espérances.
L'antique Urso ibérique devint, sous le nom de ColoniuJulia
Genetiva, une puissante colonie romaine que la découverte de sa
loi municipale, gravée sur des tables de bronze, a rendue célèbre
auprès des historiens modernes.
C'est certainement après la conquête romaine que la ville a pris
toute son extension et toute son importance.
Les édifices, les constructions de toute espèce de la Colonie se
sont peu à peu élevés sur les fondations rasées de la cité libre.
Puis des bâtiments modernes et des champs de culture ont envahi
lentement les ruines de la ville romaine. Aussi, depuis plusieurs
siècles que la pioche éventre ou la charrue laboure le sol riche en
ruines, ce sont des antiquités romaines qui sont ramenées au jour.
Certes, l'intérêt n'en est pas médiocre, et le jour où nous seront ren-
dues les plaq ues de bronze qui manquent encore à la loimunicipale,
ou bien quelques statues dignes des marbres d'Italica, marquera
pour l'archéologie espagnole une date fortunée.
Mais ce n'est pas l'Osuna romaine dont nous avons voulu faire
revivre, après tant d'autres, quelques monuments d'architecture,
de sculpture ou d'épigraphie. C'est la ville ou, si l'on veut, le
bourg primitif, l'Urso ou l'Ursao des antiques Ibères qui nous a
attirés et dont nous avons poursuivi le souvenir,afin d'ajouter,
s'il était possible, un nouveau chapitre à l'histoire si peu connue
encore de l'art de la primitive Espagne libre.
Lorsque des ruines d'une si vaste étendues'offrent à la curiosité
de chercheurs dont les ressources et le temps sont limités, il
convient de se borner, de choisir la place où seront poussées à fond
des recherches vraiment scientifiques, et de ne point se laisser sé-
duire à l'espérance de découvertes variées mais incomplètes et peu
instructives dues à des travaux rapides, superficiels et sans suite.
Aussi lorsque à la fin de 1902 l'un de nous eut connaissance des
débris de sculptures que Fernando Gomez Guisado avait déterrées
dans le garrotal (vergers d'oliviers) d'un cordonnier enrichi, José
Postigo(11, sculptures de style évidemment indigène et pré-romain,
notre unique désir fut-il d'explorer à fond ce terrain, et de découvrir,
s'il existait encore, l'édifice d'où provenait cette décoration origi-
nale. C'est à la conquête archéologique de ce garrotal et de celui
qui lui faisait suite que se borna notre ambition et notre effort.
Nous ne nous laissâmes pas séduire par l'attrait de trouvailles cer-
taines dans la ville romaine, où il n'eut pas été difficile d'acquérir
des terrains propices. Et cependant nous avons plus d'une fois
déploré, d'accord avec nos amis les plus éclairés d'Osuna, de voir
un si riche domaine bouleversé et saccagé par des ignorants et
des maladroits dont notre succès excitait la convoitise ou, si l'on
préfère,l'émulation.
Du moins la tâche que nous nous étions proposée, nous l'avons
accomplie presque entière. Nous avons déblayé dans le garrotal
Postigo et dans le garrotal adjacent, que nous avons acquis, les
constructions dont les trouvaillesrécentes avaient révélé l'existence;
nous avons remis au jour ces ruines dans presque toute leur éten-
due. Il n'a pas tenu à nous que notre œuvre ne fût plus complète
encore; mais nous nous sommes heurtés, chose rare, nous le
déclarons, dans la bienveillante Andalousie, à la mauvaise volonté,
sinon à la mauvaise foi de José Postigo, propriétaire d'une partie
du terrain. Ce prétendu ami de la première heure s'est d'abord
obstinément opposé au déplacement d'un mur de pierres sèches
au-dessous duquel pouvaient peut-être se trouver quelques sculp-
tures intéressantes, cela malgré nos offres très suffisamment géné-
reuses, et bien que cette modification de son terrain ne dût lui

(1) D'après certains renseignements, ce n'est pas Gomez, malgré ses affirma-
tions,qui aurait découvert ces sculptures; il les aurait achetées à celui qui les
le
trouva réellement Lachose est bien possible, personnage étant un peususpect.
causer aucun dommage. Ensuite, malgré l'engagement formel
qu'il avait pris, verbalement et par écrit,d'autoriser nos recherches
dans toute l'étendue de son verger, il s'est opposé à la continuation
de nos fouilles, mais s'est hâté de les permettre, sans attendre
même que nous fussions partis, à des archéologues improvisés
d'Osuna, aussi peu constants d'ailleurs dans leurs efforts que peu
scrupuleux. Après tout, faut-il demandera un zapatero de s'élever
au-dessus de ses zapatos ?
Mais s'il nous convient de donner à Postigo le souvenir qu'il
mérite, il nous plaît surtout de nous féliciter de l'accueil si cordial
et de l'aide que nous avons trouvés à Osuna chez des amis qui
nous resteront chers. Une place à part est due dans notre gratitude
à D. Manuel Romero, administrateur des Postes, notre collabora-
teur de tous les instants, comme le prouvent les plans des fouilles
qu'il a dressés avec tant de soin et d'exactitude; à D. Manuel Vela,
notre banquier et notre administrateur désintéressé; à D.Juan
Lasarte, ancien Président de la Société archéologique d'Osuna,
notre hôte et notre agent infatigable, à MM. les rédacteurs du
Pa/cio, vaillant journal d'Osuna, qui suivirent nos travaux avec
un intérêt passionné, et en rendirent compte de semaine en se-
maine dans le plus large esprit de philoxénie. Mais trop insister
sur leur extrême complaisance serait faire tort à tous ceux que
nous ne nommons pas, car ils sont trop nombreux, et qui nous
ont rendu fort agréable le séjour de l'hospitalière Osuna.
Tous les objets que nous avons découverts appartiennent main-
tenant au Musée du Louvre. Nous devons cette récompense de
nos travaux parfois pénibles à la bienveillance de l'Administration
de notre grand Musée, et plus particulièrement a M. Léon Heuzey
dont l'intérêt pour les études d'art ibérique ne s'est pas démenti
depuis qu'il sut le premier mettre en lumière l'authenticité et la
valeur scientifique des sculptures du Cerro de los Santos, et qui
p'a point cessé de nous encourager et de nous aider. C'est lui qui
trouva l'ingénieuse combinaison qui permit à la Caisse des Musées
Nationaux de s'intéresser à nos recherches sans craindre les risques
d'un insuccès. Nous n'avons garde non plus d'oublier ce que nous
devons à la Direction de l'Enseignement supérieur qui nous a
confié à l'un et à l'autre une mission officielle. Mais nous tenons
particulièrementà dire notre reconnaissanceà M. Bayet et à M. Ron-
jon, Directeur des Beaux-Arts, qui l'un par un congé, l'autre par
une somme importante accordés à l'un de nous, ont rendu possible
l'exécution rapide et continue des fouilles dans un pays peu con-
fortable dont le rude climat d'été use bientôt les forces les plus
vigoureuses.
Enfin nous ne saurions trop insister sur la bienveillance avec la-
quelle M. Saint-Arroman nous a ouvert les Archives des MissionsM.

HISTOIRE ANCIENNE D'OSUNA.


HISTOIRE DES DÉCOUVERTES ARCHÉOLOGIQUES
À OSUNA.

Nous n'avons pas lu la Vida de S. Arcadio Ursaonellse, par


Fr. Fernando de Valdivia (1711), intéressante, paraît-il, pour
l'histoire d'Osuna, ni les Progresos de la Villa de Osuna en la
serie de las edades, y noiicias del escudo de SliS armas, par 1).Juan
Placido Benavida (Cordoue, 1736). Nous n'en avons connaissance
que par les citations qu'en a faites el Anonimo de Osuna dans la
série d'articles qu'il écrivit sur l'histoire d'Osuna et les découvertes
archéologiques dans le journal El Paleto du 29 mars au 29 oc-
tobre 1903.
Mais nous connaissons l'histoire manuscrite d'Osuna rédigée
vers le milieu du XVIIIe siècle par un corregidor de cette ville,
:
1).Antonio Garcia de Cordoba, sous ce titre Historia, anligùedad
y evcelencias de la Villa de OSlllla. Le manuscrit est daté de 1746;
nous en avons lu non pas l'original, mais une excellente copie
faite par D. Antonio Yalderrama y Yalcarcel, archiprètre actuel
d'Osuna; nous avons pu compulser ces documents à loisir, et nous
ne saurions trop remercier de sa complaisance libérale notre res-
pectable ami (2).

(1) M. HEUZEY, dans la séance du i3 mai 190/1, a bien voulu entretenir rAca
démie des Inscriptions des principaux résultats des fouilles d'Osuna. Voir
ComptesRendus, 190/1, p. 307 et p. 3og-3i8 (Communication). Il a été parlé
(
de nos travaux dans le Ialtrbuclt der Kais.Deat.Arch. Instituts de Ig04 Arch.
Anzeigcr, 1go'i, 2, p. i3g et s. Pierre PARIS, Funde in Spanien). Cinq gravures
y ont montré quelques-uns des plus importants bas-reliefs.
(2) Le manuscrit que nous avons eu en mains est intitulé comme il suit
rial
:Mémo-
de algunos documentos no publicados ni empresos hasta Itoy, pertenecientes
a antccjûedades de esta villa de Osuna, copiados por el Licenciado don Antonio
Nous avons appris au chapitre III de cette mirifique histoire les
origines et la fondation d'Osuna. « Le Prince Ibéros était l'arrière
petit-fils de Noé; c'est lui qui nomma l'Espagne Ihérie et baptisa
aussi le fleuve de l'Ebre. De son temps naquit Abraham « qui connut
déjà cette ville illustrissime; et cela est absolument certain, parce
qu'à cette époque elle fut fondée par les sujets dudit prince, et
371ans après fut fondée Home(1) Il.Que si l'on préfère une autre
tradition non moins croyable, voici ce qu'il est dit à la page 211 :
«
Pyrrhus, fils d'un roi de Grèce, qui vint à Cadix, y vécut et y
fonda le temple d'Hercule, et exista 3.4a ans après Ibéros, se maria
en l'an 607 après le déluge avec Ilibéria, fille du roi Hispan ». Or
«
visitant la province et chassant les ours dans la région de notre
ville, il la fonda et lui donna le nom d'Urso, 64o ans après le
déluge, et 1073 ans avant Jésus-Christ ».
L'intrépide corregidor
ne trouve pas encore cette naissance d'Osuna assez ancienne;
Osuna, suivant lui, pourrait bien être une fondation phénicienne,
((mais, dit-il, de quelque façon qu'on envisage la question, il est
inévitable de proclamer la très antique origine de notre très illustre
ville, qui ayant du sa très glorieuse existence à la main (cela est
moins sûr) d'un monarque espagnol, a vu de son trône se lever les
tours superbes de Séville, de Grenade, bien plus de Rome elle-même,
et a été témoin de tant d'événements divins et humains
plus loin « Ainsi apparaît aux yeux l'éclatante priorité de notre
Et ».
Insigne Cité, qui l'emporte sur la fameuse ville de Rome par plus
de douze siècles d'antiquité (') ».
Comment d'ailleurs Osuna n'eùt-elle pas été l'une des plus admi-
rables cités du monde? « Les astrologues disent que les astres ano-
blissent; cette bienveillance et le concours des présages semblent
avoir tellement favorisé Osuna que, outre que sa situation l'anoblit,
elle a reçu en partage le plus agréable climat et le plus aimable
aspect. Elle est située dans une vaste et belle plaine bornée
Valderrama y Valcarcel, presbitero de dicha Villa. Ano de 1885. — Puis vient
le titre du manuscrit de D. Antonio Garcia de C6rdoba, et cette indication que
le brouillon de D. Antonio Garcia de Côrdoba fut copié par D. Patricio Gut-
tierrez Bravo, corregidor de la ville d'Arahal en 1766, et que c'est cette copie
qu'a copiée le vénérable arcbiprêlre d'Osuna.
C P.19-20.
(2)P.24.
WP.28.
WP.36.
du côté du midi par les fertiles et riches sierras qui la regardent
comme leur maîtresse et lui portent en opulent tribut les fruits
des vastes vignobles dont se couronnent ses fécondes hauteurs, de
ses vallons et de ses riches vergers, fruits qui flattent le goût des
habitants. Encore ces monts concevaient-ils dans leurs entrailles
de très précieuses pierres de toute espèce, mais aujourd'hui ils ne
produisent que des jaspes estimés. Osuna possède pour arroser son
territoire spacieux ses diverses sources médicinales qui embellissent
ses montagnes, ses vallées et ses végas. Il s'étend à travers ses
immenses plaines de très vastes plantations d'oliviers dont le suc,
pressé dans ses nombreux moulins, alimente l'Andalousie et beau-
coup d'autres provinces. Elle possède plusieurs dehesas très étendues
ou multiplient et paîsfcént toutes les variétés d'un innombrable
bétail. Ses monts se couvrent d'une infinité de chênes dont les
glands nourrissent ces animaux monstrueux, mais nécessaires,
qui les dévorent(1). »
Quant à la ville elle-même, elle est « ornée de magnifiques
places et de larges rues peuplées d'édifices aussi beaux que somp-
tueux qui l'embellissent au plus haut point; elle s'étale de grandiose
façon en sa grandeur naturelle; ses rues s'égaient et s'adornent de
cinq très copieuses et belles fontaines publiques dont les eaux
salutaires suffisent largement à la multitude des habitants (2)».
De ces descriptions enchanteresses il faudrait peut-être adoucir
un peu l'éclat. Le climat d'Osuna est exquis, mais il y fait un peu
chaud en été; ses fontaines publiques sont bien au nombre de
cinq au moins, mais il y a si peu d'eau lorsque vient la canicule
et qu'il n'a pas plu depuis six mois I Ses rues sont larges et droites,
et bordées de quelques beaux palacios, d'architecture toutefois
assez douteuse, mais elles sont semées et si souvent clairsemées de
si étranges pavés !
Et quant à son antiquité fabuleuse, nous aimons mieux y croire
que de rechercher et vérifier les documents du bon corregidor.
Nous sauterons donc quelques siècles, les abandonnant aux
rêveries patriotiques des naïfs historiens d'Osuna, et noterons que
la ville ne fait pour la première fois figure qu'à une époque en
somme assez récente.

(1) P. 7 et suiv.
(j; P.Il.
D. Antonio Garcia se plaint amèrement u de la honteuse négli-
gence de ses fils, qui ont permis que se voient ensevelies dans
le sein de l'oubli les insignes prouesses de leur mère, par suite
du silence obstiné de tant de siècles(J) Et il a raison, car depuis
l'arrière petit-fils deNoé, nous ne sachons pas qu'il ait été fait men-
tion d'Osuna dans les annales du monde avant l'année 2i3-2i2 de
l'ère ancienne. Appien, en effet, nous apprend que les Carthaginois,
après avoir fait la paix avec Syphax, envoyèrent Hasdrubal en
Espagne pour guerroyer contre les deux Scipions. L'hiver survenant,
les Carthaginois prirent leurs quartiers dans la Turditane, tandis
que Cneius Scipion concentra ses troupes à Osuna, Publius à
Castulo. Cneius ne resta pas du reste longtemps dans sa garnison,
car la mort de Publius le força à aller au secours de son corps
d'armée, et ion sait comment lui-même trouva la mort dans cette
cxpédition(2). Il faut sauter plus de soixante
ans pour retrouver le
nom d'Osuna dans l'histoire, à l'époque de la guerre de Viriathe.
Appien relate que les Romains ayant envoyé contre le patriote
lusitanien Fabius Maximus Æmilianus, fils de PaulusiEmilius,
le vainqueur de Persée, ce consul s'arrêta à Osuna avant de se
rendre à Gades pour sacrifier à Hercule (3).
Ce passage, dans des circonstances particulièrement dramatiques,
avait laissé des souvenirs durables à Osuna. D. Juan Placido de
Benavides raconte qu'«en l'année 143 avant l'Incarnation, arriva
à Osuna, ou Ursina, déjà grande cité, Quintus Fabius Maximus
Æmilianus, avec ses troupes, et qu'il y séjourna un peu de temps
pendant que ses soldats se reposaient; et comme il lui parut que
cela serait favorable à la défense de la ville, il éleva la tour qui
aujourd'hui se nomme la Tour de l'eau. Comme témoignage
de cette fondation et de l'antiquité de la tour, il reste la tradition,
qui a une grande force, et une inscription, qui était dans la même
tour, et que je lus à l'entrée de la première salle. Mais mainte-
nant, par faute de surveillance, et aussi parce que le monument
fut à la merci des soldats, elle s'est effacée, et l'on ne voit plus
que quelques lettres mal formées^ Cela fut écrit avant1786:
vers 17^6 D. Antonio Garcia, à son tour, a écrit dans son Histoire
(1) P. 5 et sui\.
(2) AppiE-,, Iber., XVI.
« ID.,ibid.>LXV.
(II) )•
D'après le Paleto,5avril190.V110^7
«De l'entrée de Virinthe à Osuna le souvenirpersistait encore il n'y
a pas longtemps, grâce à une inscription qui était gravée au-dessus
de l'entrée de la Tour de l'eau, et que je transcrivis d'après une
copie que me donna le docteur D. Pedro Toledo Herrera, chantre
de l'Insigne Eglise collégiale de cette ville, personne très véridique,
très lettrée et de grand âge, m'assurant qu'il avait vu l'original
sur la tour même. Voici ce texte :
"La 609e année de la réédification de Rome, qui concorde
avec l'an 385o de la création du monde, et l'an 113 avant N.-S.
Jésus-Christ, vint à Osuna le Consul Quintus Fabius Maximus,
frère de Scipion l'Africain, contre notre très fameux capitaine
espagnol Yiriathe. Cette année même, Osuna, ayant forme de
cité (cette tour très puissante fit partie de l'enceinte), fut réé-
difiée (1). «
La forme de cette inscription, on le devine même après une
double traduction, prouve que si elle a plus que probablement
existé, elle n'était certainement pas antique, mais qu'elle fut
rédigée d'après le récit d'Appien. Il est d'ailleurs étonnant que
1). Antonio Garcia parle de la venue de Viriathe à Osuna, tandis
qu'il était question dans l'inscription de celle de son adversaire
romain. Le séjour même de Quintus Fabius Maximus est assez
peu honorable pour la ville, puisqu'il prouve qu'elle n'était point
du parti du très fameux capitaine qui luttait pour l'indépendance
de la patrie ibérique. Il semble que les Osuniens eussent été
mieux inspirés en consacrant le souvenir des événements plus
anciens qui se rattachent à la guerre punique et au séjour de
Cn. Scipion; mais sans doute, après de longs siècles, les patriotes
de la ville n'ont pas songé à ces considérations, et la mémoire de
la glorieuse aventure de Viriathe s'est imposée à eux avec force.
Quoi qu'il en soit, ni dans la guerre punique, ni dans les soulève-
ments de Viriathe, Osuna ne joue un rôle important. Il n'en est
pas de même dans la lutte qui mit aux prises en Espagne les fils
de Pompée avec César.
Les Osuniens firent cause commune avec Cn. Pompée; un
certain nombre de leurs soldats soutinrent avec ses partisans le
terrible siège d'Ategua, et devinrent, après la reddition de la ville,
les prisonniers de César. L'historien de la guerre hispanique

(1) D'après le Pnleto. 5 avril 1903 (n° 37).


raconte à leur sujet un épisode qui donne bien l'idée de cette
guerre sauvage, où les deux partis rivalisaient de ruse et de
cruauté, où les indigènes vraiment ne savaient trop à quel des deux
rivaux romains ils devaient s'attacher ou rester fidèles. Cn. Pompée
ayant fait décapiter 74 hommes qui étaient accusés d'applaudir aux
victoires de César, César envoya les Osuniens captifs avec quel-
ques-uns de ses soldats « pour apprendre à leurs concitoyens ce
qu'ils devaient attendre de Pompée, dont les soldats égorgeaient
leurs hôtes, et dont les garnisons commettaient toute sorte de
crimes dans les villes où elles étaient reçues. Arrivés à la ville,
les nôtres, qui étaient tous chevaliers romains ou sénateurs,
n'osèrent y entrer avec les autres. Après plusieurs conférences,
ceux-ci se retiraient pour nous rejoindre, lorsque les soldats de la
garnison les suivirent et les égorgèrent; deux seulement s'enfuirent
et rapportèrent le fait à César. Les habitants firent partir des
émissaires pour Ategua. Quand ils virent que les députés n'avaient
rien dit que devrai, ils s'attroupèrent, voulurent lapider celui qui
les avait égorgés, et se saisirent de lui en disant qu'il avait
perdu la ville. Échappé à ce danger avec peine, il leur demanda
seulement la liberté d'aller apaiser César. Il l'obtient, part, ras-
semble une troupe assez forte, s'introduit la nuit dans la ville,
massacre les chefs qui lui étaient contraires et se rend maître de
la place. Des esclaves transfuges nous apprirent que l'on vendait
les biens des habitants; que personne ne pouvait sortir avec une
ceinture, et que depuis la prise d'Ategua beaucoup de monde

succès »
avait fui en Béturie, ne voyant plus aucune apparence de

Nous ne savons pas ce qu'il advint de cette usurpation tyran-


nique, mais toujours est-il qu'Osuna resta lidèle à Pompée. Il faut
croire cependant que les succès de César etles défections qui s'en-
suivirent dans le camp de son ennemi inspirèrent quelques craintes

:
à ce dernier, car il crut devoir écrire aux habitants de la ville
alliée une lettre dont voici la traduction « Si vous êtes bien, je
m'en réjouis; moi aussi je suis bien. Quelque glorieux qu'aient
été jusqu'ici nos succès, j'aurais encore terminé la guerre plus
tôt que vous ne pensez si l'ennemi descendait en plaine. Mais
ils n'osent exposer aux chances d'une bataille leurs légions novices;

(1) De Bello lIÜpallico. XXI, XXII.


ils cherchent, en s'emparant de nos places, à traîner les affaires
en longueur; ils ont investi les villes et en tirent des vivres. Je
mets tous mes soins à conserver celles de notre parti, et au premier
jour je finirai la guerre. J'ai dessein de vous envoyer quelques
cohortes. Le besoin de vivres forcera enfin l'ennemi à combattreM. »
On ne sait pas si ces renfortsarrivèrent, mais la lettre de Pompée,
affirme l'annaliste, avait singulièrement affermi les habitants dans
son parti (2). Par contre-coup leur fidélité semble avoir donné du
courage au Romain, qui provoqua César en bataille rangée dans
la plaine au-devant de Munda. On sait quelle fut pour Cneius
l'issue lamentable de cette journée, et le désastre dans lequel il
fut entraîné ainsi que son frère Sextus. Tandis que César, laissant
des troupes au siège de Munda où s'étaient enfermés les débris
des Pompéiens, s'emparait peu à peu de toutes les villes de la
Bétique, Osuna restait attachée aux vaincus. Quand Munda fut

:
prise, les Césariens marchèrent contre elle. La soumission de la
place n'était pas facile Il La situation de cette ville et ses nom-
breuses fortifications en rendaient le siège malaisé. En outre il n'y
avait de l'eau que dans la ville de Munda; il eut été impossible
d'en trouver à 8 milles à la ronde. Il fallait chercher à plus de
6 milles les matériaux nécessaires pour construire les tours et les
terrasses. Pompée, pour en rendre l'attaque plus pénible, avait
fait couper et porter dans la place tout le bois des environs. Nos
gens étaient forcés de tout faire venir de Munda dont ils s'étaient
emparés récemment (3). »
La narration de la guerre hispanique, on le sait, est interrompue
brusquement en cet endroit. Mais il n'est pas douteux que la ville
fut prise ou se rendit. A partir de ce moment nous ne savons plus
rien de son histoire, sinon que le dictateur ne lui tint pas rancune
de sa résistance, puisqu'il transforma l'antique cité ibérique en
colonie romaine, et lui marqua une particulière faveur en lui
donnant le nom de Colonia Julia Genetiva.
Nous n'avons pas à suivre les destinées plus qu'honorables de
l'ancienne colonie romaine au moyen âge et dans les temps
modernes. Plutôt nous allons rappeler à grands traits son histoire
archéologique, c'est-à-dire celle des découvertes qui depuis le
(1) De Bcllo Hispanicn. XXVI.
WIbid.,XXVUT.
mIbid.,XLI.
X-VIesiècle jusqu'à nos jours lui ont assuré une juste renommée
dans les préoccupations des antiquaires.
D. Antonio Garcia de Cordoba nous donne la plus ancienne
information relative à notre sujet. Elle concerne la découverte
fortuite en 1525, au lieu appelé Egidio, au Nord, d'un aqueduc
en solide maçonnerie, assez
haut pour qu'un homme pût s'y
tenir debout, ayant de distance en distance des paliers et des
galeries (minas).
Pendant plus de six mois il donna de l'eau en grande quantité;
mais l'eau ayant disparu, on l'aveuglaO.
En 1586, suivant le même auteur, au même endroit on découvrit
un hypogée (cueva), avec beaucoup de chambres qui renfermaient
des sépultures petites comme des sépultures d'enfants, creusées
aussi bien dans le sol que dans les parois(2).
En 1590, découverte d'un nouvel hypogée avec de nombreuses
chambres creusées dans le roc, et trois sépultures de grandeur
merveilleuse; «toutes les trois étaient fermées par une dalle, mais
sur une seule de ces dalles on pouvait lire.une inscription :
DIIS MANIBVS SACRVM
CAMIL-MAT-FIL-SVO-LICINIO-FECIT
S.T.T.L.
:
ce qui dans notre langue signifie a Sacrifice aux dieux des morts.
Camilla mère l'a fait à son fils Licinius; que la terre te soit légère P.
Et ayant ouvert les sépulcres, on y trouva beaucoup de lampes
d'argile, grandes, enfumées, lampes que les Romains laissaient
allumées avec les cadavres. Et en l'an 1592 se trouva un autre
tombeau près de ce qui est aujourd'hui la Plaza Mayor, à l'intérieur
duquel il y avait un squelette très grand, et tout auprès une autre
lampe semblable (3) Il.
Enfin D. Antonio rapporte à l'an 1600 la trouvaille en ce même

(1)El Paleto, 2 mai igo3 (n° 4o). Nous suivons, on le verra, de très près
la relation des découvertes telle qu'elle a été relevée avec soin par El Anonimo de
Osuna, d'après des documents que nous n'avions pas aisément nous-mêmes à
notre disposition.
« Ibid.
(1) Ibid. Nous avons conservé à la traduction du texte latin ses erreurs
naïves et son tour pittoresque.
site d'une nouvelle cueva avec divers compartiments et tombeaux
couverts de dalles sur l'une desquelles était l'inscription
LEL-LAVD-HIC-SIT-EST
ST-T-L-w
L'année i 608 est mémorable. a En 1608, dit encore D. Antonio
Garcia de Cordoba, un habitant labourant ses terres au lieu nommé
la boca del Sabinal, à une demi-lieue de la ville, découvrit un trou
dans lequel il y avait une petite construction en briques (hornilla),
et dedans une plaque de bronze où étaient gravés divers règlements
donnés à la cité par le sénat et le peuple romains, en langue latine. Il
L'auteur ajoute que le gouverneur, D. Fernando Enriquez de Rivera,
s'occupa de cette découverte et en dressa des procès-verbaux offi-
ciels par devant l'escribano Alonso Mariscal (2;. Mais ces actes sont
aujourd'hui perdus, ce qui est fâcheux, car il s'agit de documents
épigraphiques importants.
Continuons à parcourir le manuscrit de D. Antonio. Nous y lirons
qu'en 1736 on mit au jour dans la rue de San Cristobal des conduites
d'eau de fort calibre, qui pendant beaucoup de jours donnèrent
un liquide copieux(3). En 17^3 « l'Alcalde D. José Aranza y Aguirre
fut avisé qu'au haut de la rue Arecife on avait découvert un
trou très profond; il se rendit sur les lieux pour le reconnaître,
et de la bouche de cette grotte apparaissait le sommet d'arcades
formant une voûte dont la bouche en question semblait être
;
la porte et ces arcades paraissaient s'étendre en faisant des circuits
jusqu'au centre de la ville avec un art et une magnificence in-
croyables. Comme on ne trouvait personne qui consentît à ex-
plorer toute la longueur et la profondeur de cette construction, on
fit fermer l'ouverture, qui était carrée et non naturelle, mais
faite de main d'homme, et qui était depuis de longs siècles bouchée
avec une grande pierre posée au ras du sol; c'est pour cela qu'elle
resta inaperçue jusqu'à ce que le passage d'un char qui l'ébranla
la rompit et fit apparaître ce qu'on vient de décrire. Ce fut alors
l'opinion que ces arcs et ces voûtes étaient des conduits faits dans
l'antiquité pour la distribution de l'eau. El Anonimo de Osuna ajoute
ce renseignement intéressant qu'il yaquelque trente ans D. Francisco
2
WElPaleto, maiigo3 (n° 4o).
(2) Ibid.,10 mai 1903 (n° 4i).
(3)Ibid.
-
Zamora Reyes étant al cal de, on essaya de retrouver ces aq ueducs,
mais que !on dépensa de l'argent en pure perte(1).
Nous ne nous arrêterons pas à quelques trouvailles isolées
d'inscriptions ou de monnaies, car nous préférons parler avec
quelques détails de la découverte de la nécropole, puis de celle de
la loi constitutionnelle de la Colonie, qui l'une et l'autre, à des titres
divers, font époque dans l'archéologie de la Péninsule.
La nécropole est connue depuis fort longtemps. Fr. Fernando
de Valdivia, dans sa Vida de San Arcadio Ursaoïicn.sc, publiée
en 1711, parle déjà de la nécropole romaine d'Osuna. Il nous
paraît intéressant de traduire ce passage dont nous empruntons
la citation au Paleto du 19 avriligo3.
«
Les Romains faisaient aussi de somptueux sépulcres où ils
déposaient leurs corps à ce qu'il paraît; c'était au lieu que l'on
nomme communément aujourd'hui les cucvas, et qui se trouve à
l'orient, sur le chemin qui va à Grenade(2). Et ils ne les construi-
saient pas de toutes pièces, mais les creusaient dans la roche vive.
Il en subsiste un si singulier que, comme l'affirme le docteur Rodrigo
Caro, c'est une des choses les plus notables qui se puissent voir
dans toute l'Espagne. Et moi, ayant lu cela dans cet auteur, je fus
le visiter, et le trouvai tel que l'observa curieusement le susdit

en ces propres termes :


Docteur, lequel, se plaignant beaucoup de notre négligence, écrit
«
Ce sépulcre n'est pas plus estimé que
beaucoup d'autres qui se trouvent aussi là, et qui servent de bauges
a des animaux immondes; mais il est intact, tel que l'ont disposé
les premiers possesseurs. On y pénètre en descendant de la
surface du sol, qui est plane, de la hauteur d'un estado a peu
près, et sans doute il y avait là des degrés. On se trouve comme
dans un vestibule de quatre varas environ de tour pour chaque
hazera, en forme de chambre ou carré. Dans le mur de ce vestibule
se voient creusées des niches semblables à celles qu'on trouve dans
les fermes pour placer les cruches. Sans doute c'était pour enterrer
les enfants, pour recevoir soit leurs petits corps entiers, soit leurs
cendres mises dans des urnes, après la crémation, suivant les
usages d'alors. Puis on voit une porte très bien faite, haute d'un
estado, large à proportion, et cette porte avait des vantaux, qui
servaient à la fermer, parce qu'on voit encore le haut des montants qui
(1) El Paleto,10maiigo3 (n° 41 ).
('2) C'est la Vereda de Granada, dont il sera souvent question par la suite.
tenaient les gonds. Passé cette porte on découvre une chambre
de trois varas environ de long, de quatre de large et d'un eslado
et demi de haut. La voûte en est soutenue du haut en bas par des
piliers naturels, parce que, bien que la roche soit solide et résistante,
elle est facile à travailler. De chaque côté de cette chambre funéraire
il y en a beaucoup d'autres plus grandes et plus larges, mais pas
si hautes, car on ne peut y entrer et s'y tenir que le dos courbé.
Elles sont aussi soutenues par des piliers naturels, car dans cet

vive n. Le même auteur ajoute :


édifice il n'y a rien de construit, mais tout est creusé dans la roche
«On dit que ce sépulcre fut
découvert il y a soixante ans (le Docteur écrivait en 1634) et qu'à
l'intérieur on trouva des inscriptions latines sur les couvercles des
luzillos, inscriptions qu'enlevèrent, avec les cendres et les urnes
qu'il y avait, ceux qui entrèrent. Il m'a paru bon de transcrire
tout cela, bien que j'aie tout vu moi-même, pour que l'on ne
vienne pas à douter de ce qui peut passer pour un peu fort et
singulier. »
Ce n'est qu'en 1784 que l'on s'occupe de nouveau des cuevas
avec quelque précision. D. Francisco Rodriguez Marin, l'illustre
écrivain dont Osuna s'honore d'être la patrie, avait entrepris
d'écrire il ya quelques années, dans El centinela de Osuna, une
série d'articles archéologiques sur sa ville. Dans l'un de ces articles
il nous apprend que le 17 mai 1784 l'alcalde D. José de Figueroa
y Silva écrivit au comte de Floridablanca, ministre de Charles III,
pour l'informer que l'on avait rencontré tout près d'Osuna des
souterrains contenant treize tombeaux avec des squelettes, et
qu'il avait fait faire quelques fouilles en ce lieu. De là, déblaie-
ment de plusieurs chambres funéraires taillées en pleine roche
en forme de voûtes. L'exploration parut assez intéressante, et les
objets recueillis assez précieux pour que l'alcalde fît appel au
Ministre, et lui demandât quelques subsides pour continuer ces
travaux. Le Ministre fit droit à la requête, et le 20 août, quatre
mois à peine après la demande! annonça à l'alcalde que le roi lui
accordait 12,000 réaux. Mais les fonds tardant à arriver, D.José de
Figueroa reprit l'exploration à ses dépens, le 17 septembreM.
La direction en fut confiée à Arcadio Martin Rodriguez, dont
M. Rodriguez Marin a reproduit le journal de fouilles. On y lit

(1) El Paleto, 2 mai 1903 (n" 4a).


que les découvertes de cuevas funéraires et de tombeaux se succé-
dèrent avec abondance et rapidité depuis le 17 septembre jusqu'au
11 octobre. Depuis ce jour c'est l'argent du roi qui paie
les fouilles;
mais à partir de cette date on n'a plus de renseignements sur les
résultats obtenus (1).
Notre sujet ne comporte pas la description des cuevas d'Osuna,
qui depuis l'exploration sont restées ouvertes, et qui ont été maintes
fois étudiées, en particulier par Cean-Bermudez (2),et par D. Juan
de Dios de la Rada y Delgado (3). Nous nous contenterons de relever
la mention de certaines scul ptures qui semblent malheureusement
perdues, mais que notre indication pourrait permettre de retrouver.
C'est d'abord, tout au début des fouilles de 1784, selon
M. Rodriguez Marin, «unfragment de tête de taureau sculpté en
pierre blanche; l'animal cherchait à introduire sa langue dans une
de ses narinesW».
Le 28 septembre de la même année, au rapport d'Arcadio
Martin, on rencontra aux portes d'un hypogée qui n'avait jamais
été exploré quelques pierres d'albâtre et deux boules de pierre
commune, plus une statue de pierre, le haut du corps jusqu'à la
ceinture; la main droite, tenant une sorte de vase à pied, était
repliée contre la poitrine, tandis que la main gauche était posée
contre la tête, derrière l'oreille. D. José de Figueroa informa le
comte de Floridablanca de cette découverte, et lui dit que la statue
était d'une facture grossière; il nota qu'il restait autour du front
les traces d'un ornement disparu, que le coude gauche et le
nez étaient brisés, et ajouta que l'ensemble était «monstruoso
en su configuracion »;
il voulait y reconnaître une image de Bac-
chus (5).
Il est intéressant de remarquer la mention de ces boulets de
pierre, dont nous avons retrouvé nous-mêmes une importante col-
lection. Le 8 octobre on en recueillait un autre'6); le 6, en même
tempsqu'un bras de statue tenant sans doute une grenade, on avait
trouvé quelques balles de frondes avec inscriptions, unas ballas

(1)ElPaleto, 3i mai 1903 (n°43).


(2)Sumario de las Antiquedades que kayenEspana, p. 322.
(,,) Necropolis de Carmona, p. 57 et suiv.
(/|' ElPaleto. a4 mai IQO3 (n° 42).
(.), Ibid., 31 mai igo3 (n° 43).
J ( \\).
Tbid.,7JUIN RJO3 N°
con leIrasW. Si nous insistonssur ces détails, c'est qu'ils nous
semblent utiles pour établir que la nécropole ne date pas seulement
de l'époque chrétienne, comme on pourrait le croire d'après certains
motifs de décoration peints sur les parois de quelques-unes des
grottes, et d'après les croix gravées en assez grand nombre sur les pa-
rois intérieures ou extérieures, mais que les cuevas ont été creusées,
en grande partie tout au moins, au temps des Romains et même
auparavant. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que l'on a trouvé dans
les chambres funéraires un certain nombre d'inscriptions latines.
Quant aux fragments de statues que nous venons d'énumérer, il est
téméraire de rien alfirmer de trop précis, mais il nous semble que
l'attitude du prétendu Bacchus et la façon dont il porte un vase à
pied contre la poitrine le rapprochent des figures du Cerro de los
Santos, aussi bien que la matière dans laquelle il était taillé et
que la barbarie du style. Il devait en être de même du bras tenant
une soi-disant grenade, et de la tète du taureau, animal très souvent
représenté par les sculpteurs indigènes, à Osuna particulièrement,
comme nous le verrons plus tard.
Quant aux célèbres Tables d'Osuna, nous en connaissons point
par point l'histoire. Au début de 1871 plusieurs plaques de bronze
couvertes de caractères latins furent trouvées fortuitement par un
laboureur. Trois de ces tables, ou pour mieux dire deux en trois
morceaux, passèrent à Séville, achetées par Francisco Caballero
Infante yZuago. En mars 1872 l'illustre D. Manuel Rodriguez
de Berlanga, à qui elles furent signalées par le docteur Mateos
Gago, les vit et reconnut leur très grande importance. C'étaient
des fragments de la constitution municipale donnée en 43 avant
J.-C. par César à la Colonia Julia Genetiva. Les documents furent
acquis en 1873 par le marquis de Casa-Loring et allèrent rejoindre
dans son riche musée de Malaga les tables de Alalaga, Salpensa
et Bonanza (2).
En 1873 deux autres bronzes, trouvés, dit-on, par Juan Miguel
Martin Zambrano, mais appartenant sans aucun doute à Francisco
Martin Ocana, furent mis en vente. Sur les circonstances et le lieu
de cette nouvelle trouvaille nous avons pu recueillir les dépositions
concordantes de nombreux témoins. C'est bien dans le verger
(1)
(1) ,
ElPaleto, 7 juin 1903 (n° 4i).
M. R. DE BERLANGA Catâlojio deiMuseo de los Ercelentimmos SenoresMar-
i/uescsde Casa Lorinjt(Malaga i<)o3), p. w el suiv.
d'oliviers appartenant actuellement à José Postigo, tout près de la
pointe même de l'angle déterminé par la jonction de la vereda de
Granada et du camino de San José, que furent rencontrés ces débris
du plus précieux peut-être des monuments épigraphiques de l'Es-
pagne. C'est de là aussi très certainement que provenaient les trois
premiers fragments.
Francisco Martin Ocana songea à tirer un bon prix de la trou-
vaille; il offrit les inscriptions pour la somme de 6,000 douros
(3o,ooo francs) à divers musées, en particulier au Louvre et au
Musée de Berlin. Nous ne voulons pas insister sur la maladresse
et l'incurie dont firent preuve en cette circonstance le Directeur
du Musée du Louvre et son représentant occasionnel en Espagne,
ni les opposer à l'habile activité de leurs confrères allemands. Nous
avons eu entre les mains et copié intégralement le dossier de cette
affaire, et la lecture en estpénible. Berlin allait faire l'acquisition,
par la très grande faute de Paris, quand le Gouvernement espagnol
s'émut, trouva les fonds nécessaires et envoya D. Juan de Dios de
la Rada y Delgado pour acheter les Tables qui entrèrent au Musée
archéologique national de Madrid. Elles y furent rejointes quelques
années après par celles qu'avait recueillies le marquis de Càsa-
Loring M.
L'achat sensationnel de ces bronzes excita naturellement plus
d'une convoitise. D'abord D. Francisco Mateos Gago fut charge par
les pouvoirs publics de rechercher les tables qui manquent encore
à la loi municipale. Ses fouilles mirent au jour des ruines de
thermes, avec des.mosaïques, des sépultures, des fragments de
statues, des monnaies, des armes, etc. Mais comme on ne retrouva
rien de ce que l'on désirait surtout retrouver, l'enthousiasme tomba
bientôt, et même les ruines découvertes furent peu à peu détruites
et
par les enfants les passants. Nous n'avons rien à ajouter relative-
ment aux Tables d'Osuna, pas plus que nous n'avions à étudier
les cuevas. L'histoire de l'archéologie osunienne touche d'ailleurs
a sa fin.
Elle a eu en 1903, grâce aux fouillesque nous y avons pour-
suivies avec méthode pendant hait mois; et dont ce mémoire est
destiné à exposer les résultats, un épilogue assez honorable. Et sans
doute cet épisode restera longtemps le dernier, carle descuydo dont
(1) M. R. DE Beblatsga, Catalogo del Museo de los Excelentisimos Seiiores Mar-
inieses de CasaLoring (Malaga, igo3), p. 20 et suiv.
se plaignait Fr. Fernando de Valdivia en 1711 semble bien la
maladie incurable des Osuniens.
En janvier 1887, quelques hommes éclairés de la ville eurent
l'ie ',- généreuse mais un peu téméraire de fonder une Société ar-
chéologique des fouilles d'Osuna, société d'autant plus estimable
qu'il n'entrait dans sa conception aucune pensée de lucre. Il
s'agissait simplement de mettre en commun un peu d'argent et
de l'employer d'un commun accord à l'exploration scientifique de
terrains que la tradition et des exemples récents montraient si
riches en antiquités. Modestement on ne songeait qu'à créer à
Osuna une succursale de VAteneo y Sociedaddeexcursiones de
Séville. Le 12 janvier le bureau, laJunta provisoire de la Société,
était constitué, et l'on nomma une commission de propagande; le
6 février la Société prit officiellement naissance; on nomma Pré-
sidents d'honneur D. Antonio Maria Garcia Blanco et D. Manuel
Sales y Ferré, auxquels fut plus tard adjoint D. Manuel Rodriguez

:
de Berlanga. Il est bon de conserver les noms des hommes dévoués

:
qui formèrent la junta définitive. Les voici Président: D. Juan
;
F. Lasarte y Lobo Vice-Président D. José Maria Aranda y Castaneda;
Conseillers: D. Juan Lopez Bengoa, D. Iidefonso Lomelino Iraola,

;
D. Eulogio Jurado Fernandez et D. Eulogio Ariza Zamora; Trésorier

:
D. Manuel Aguilar Tamarit;Secrétaire-Archiviste
Rodriguez Marin; Secrétaire comptable
:
D. Francisco
D. Manuel L. Romero
Jimenez.
Tout le monde avait les meilleures intentions, mais après quel-
ques efforts pour obtenir des autorisations de fouilles, et en parti-
culier sur le terrain où l'on croyait qu'existaitjadis le théàtre romain,
après quelques séances régulières, il y eut une brillante réunion
des sociétaires le 22 mai, où assistait l'ill ustrissime S' D. José
Maria Ariza y Montero Coracho, représentant de l'Athénée de
Séville. Comme le raconte malicieusement el Anonimo de Osuna,
les propositions de D.José Maria Ariza furent accueillies avec des
applaudissements tels qu'ils épuisèrent les forces de la Société,
laquelle tomba dans un tel marasme qu'elle ne donna plus signe
de vie. Cependant elle sembla secouer un instant sa torpeur à la
suite d'une polémique avec un journal local, el Vigilante. Nombreuses
réunions, cotisations mieux fournies, fouilles le long de la vereda
de Granada et dans un champ de José Postigo Perez, jusqu'à ce
qu'enfin la Société Il restât enterrée dans un puits profond de cette
vereda, puits qu'elle entreprit de vider, et où elle engloutit tous
ses fonds et quelques autres
qu'elle prit à crédit». La dernière
réunion eut lieu le 5 août 188(1).
Cet insuccès était peu encourageant pour la suite. Aussi lorsque en
1902 Fernando Gomez Guisado, plus persévérant et plus heureux
que tous les doctes sociétaires de 1888, eut déterré quelques sculp-
tures, ne rencontra-t-il autour de lui qu'indifférence et raillerie. Il
fallut l'entreprise que nous concertâmes avec lui, et la curiosité
qu'excitèrent nos premières trouvailles pour animer l'ardeur de
plus d'un que rien d'ailleurs ne semblait préparer aux recherches
archéologiques. Tout le long de la vereda de Granada, autour de
la Pileta, réservoir d'eau antique dont le bloc de ciment a résisté
aux hommes et aux siècles, ce ne furent pendant quelques jours
que rassemblements de curieux sur le dos de trois ou quatie braves
garçons occupés à déblayer des citernes ou des silos, sans succès
d'ailleurs. Puis ce fut Escasena, le propriétaire du solar de Blanquel,
a droite de la veieda, qui bouleversa sans pitié l'emplacement et
les ruines très intéressantes du théâtre romain pour y recueillir
quelques inscriptions fragmentaires, quelques lampes d'argile en
morceaux, un torse assez élégant d'éphèbe nu en marbre blanc,
et de riches chapiteaux corinthiens aux délicats feuillages finement
stuqués. Nous nous lamentions chaque jour à voir ce beau champ
de fouilles saccagé sans aucun profit pour la science ni pour l',.rt.
Puis ce furent MM. Carlos Perea et Gutiercs Cavallo qui, ayant
acq uis des terrains contigus à celui d'Escasena, déblayèrent avec
grand soin et à grands frais un large puits, profond de plus de
4o mètres, recueillant dans les décombres entassés de beaux débris
de statues romaines dont la discrétion nous fait un devoir de ne
:
donner ici que l'énumération sommaire. Ce sont un pied et une
main de la statue d'un légat des Baléares; sur la semelle de la
sandale est l'inscription BALIAR, et sur la main BALIAR LEG,
deux têtes colossales en marbre, mutilées, mais d'une blancheur
éclatante. L'une surtout, une tête d'homme, est fort belle, assez
semblable comme type à celle du Doryphore de Polyclète; l'autre,
une tête de Minerve casquée, est inférieure de style, et assez banale ;
une petite tête virile d'assez bon style romano-grec, curieuse en
ce que les yeux en sont à peine dessinés et modèles; le bas d'une
(1)On pourra lire les détails de l'histoire de cette société éphémère dans
El Paleto du 5 juillet 1903 (n° 48).
petite tête de Silène ou d'Hermès, de style grec archaïsant; le
torse sans tête d'une Vénus colossale, ayant une légère bandelette
au-dessous des seins; la partie antérieure d'un grand torse viril;
de très nombreux débris de vêtements de statues de différentes
dimensions; ajoutons des morceaux de corniches et de moulures
de marbre; des monnaies; et enfin, ce qui est peut-être le plus
intéressant de tout, deux petits pieds votifs joints l'un contre l'autre,
en pierre commune, sans doute produit de l'art populaire indigène.
Vu fond du puits s'amassa à quelques décimètres de hauteur
une eau limpide et fraîche, mais pas assez abondante, nous en
avons peur, pour que l'on puisse y trouver la source si désirée et
si nécessaire, capable d'empêcher Osuna, bêtes et gens, de mourir
de soif pendant la canicule.
Non loin du puits, vers la ville, un vaste réservoir d'eau qui fut
à moitié déblayé a donné une belle jambe de marbre; plus bas
encore vers la ville des restes de murs en très gros appareil ont
signalé la ruine d'un important édifice.
Les entrepreneurs de ces travaux, qui nous ontmontré leurs
trouvailles avec beaucoup de bonne grâce, et nous les en remer-
cions, faisaient alors de beaux projets; même le garrotal de José
Postigo, dans la partie où l'on voudrait espérer qu'il reste encore
quelqu'une des Tables de bronze, a reçu la visite de leurs pioches.
Mais ce beau feu s'est éteint comme feu de paille, dès que l'espoir
des gros bénéfices s'est obscurci, et cette fois, hélas, nous craignons
bien que l'aficion ne soit pour toujours morte à Osuna. Vraiment les
archéologues improvisés semblent découragés parle médiocre succès
de leurs entreprises commerciales. Et cependant quel beau domaine
pour qui voudrait l'exploiter avec méthode et désintéressement,
!
pour le seul profit de l'histoire

ÉTtSJ DES LIEl \\yr LES FOULEES.


Comme il arrive le plus souvent, tandis que la ColoniaJulia
(rciu'tiva, succédant à l'ibérique Urso, occupait un plateau rocheux
où il lui était facile de se fortifier pour se défendre, la moderne
Osuna s'est établie, en sa sécurité de ville ouverte, sur le penchant
de la colline d'abord, puis au bord de la plaine où ses maisons
s'étalent plus à l'aise, vers le cours du Salado, vers les vastes cul-
tures de blé qui font sa principale richesse.
I
PI.

D'OSUNA

FOUILLES

fasc.

4?
XIII,

T.
Sclucs,

Missions Édit.

LEROUX,
des

Arch.

E.
JV-UV.
C'est une heureuse fortune pour les chercheurs d'antiquités,
qui ont ainsi le terrain libre, n'étant gênés, au lieu de maisons,
que par des champs et des arbres.
Tel était le cas en ce qui concerne le garrotal de José Postigo
et Yolivar contigu que nous avons acheté (voir pl. I).
Le garrotal, avec son annexe, est exactement situé au Nord-
Ouest de la ville, et forme un long triangle à sommet très aigu
compris entre le large chemin qu'on appelle vereda de Granada,
et un chemin plus étroit, quoique praticable aux chars, le cami-
no de San José. Malgré l'existence d'une bonne route qui conduit
d'Osuna à Aguadulce et Estepa, la vereda est encore très fré-
quentée même par les chars, parce qu'elle est plus courte; le
camÙw dessert plus particulièrement les olivettes touffues de
cette région et le cortijo de San José qui lui a donné son nom;
il aide aussi à raccourcir la longue route d'Osuna à Ecija. Le
garrotal s'élève en pente douce depuis la bifurcation des deux
chemins; peu à peu, comme la roche tendre de la vereda s'est
usée et creusée sous les pieds et les roues, il est arrivé que le
côté sud du terrain, dessiné largement en arc de cercle, s'est
trouvé coupé à pic; une haie vive de grands aloès arrête l'éboule-
ment de l'humus. Lorsqu'on arrivait, avant les fouilles, au point
culminant du garrotal, on apercevait un mur en pierres sèches
peu élevé, servant seulement à séparer cet héritage du voisin, et
derrière ce mur que l'on désigne sous le nom de valtado,une
sorte de plate-forme étroite, bordée d'aloès et de figuiers sauvages,
arrêtée par la coupure brusque d'anciennes carrières.
On voyait du reste que le mur de pierres sèches n'était qu'une
limite artificielle, suivant l'ondulation naturelle de la colline qui
se trouvait là uniformément bombée. Il était facile de reconnaître
que ce renflement même du sol au-dessus d'une carrière exploitée
par couches horizontales n'était pas naturel et devait cacher des
constructions enfouies, d'autant plus que la pente était rapide
jusqu'aux limites peu éloignées de l'olivar Engel, que l'on
voyait, à la partie basse de celui-ci, affleurer presque partout le
roc sous quelques centimètres à peine de terre, et que le même
lait se produisait, dans le garrotal Postigo, à peu de distance en
avant du vallado.
LES FOUILLES. — LES CONSTRUCTIONS.

En fait il n'y aurait pas lieu de distinguer, dans la description


des ruines que nos fouilles ont déterrées, entre les deuxfincas ex-
plorées successivement. Nous avons dit que le mur de séparation,
le vallado, peu ancien, n'avait qu'une signification de bornage.
Les constructions qui existaient de part et d'autre de cette limite
faisaient partie d'un seul et même ensemble, et devraient être
étudiées à la fois.
Mais comme il nous a été interdit de détruire ce mur, qui sub-
siste jusqu'à nouvel ordre, et que par suite il a fallu laisser subsister
aussi une masse de terre assez épaisse et forte pour le soutenir, il
en est résulté que les fouilles ont été vraiment coupées en deux.
a
José Postigo d'ailleurs exié que toutes les pierres trouvées dans
son terrain, qu'elles fussent ou non assemblées en murailles,
fussent retirées du sol pour être vendues (elles ont servi en grand
nombre à la construction d'une plaza de toros), et que le lieu des
excavations fut aussitôt recouvert de terre et nivelé pour la planta-
tion de nouveaux oliviers. C'est pour cela que les visiteurs ne ver-
ront plus au jour que les constructions déblayées dans le terrain
qui nous appartenait, et il est très fâcheux (nul de nous deux n'en
est responsable) que nous soyons obligés de demander au lecteur,
en même temps que son indulgence, toute sa confiance. Heureu-
sement les murailles découvertes des deux côtés du vallado ont
été notées et mesurées jour par jour avec le plus grand soin et
par nous et par D. Manuel Romero, et le plan qui en a été dressé
est aussi exact que sincère. D'ailleurs le mal n'est pas aussi grand
le
qu'il pourrait paraître, car nous n'osons pas affirmer qu'il n'y
ait eu dans le terrain Postigo que des constructions vraiment
antiques, et ce que nous avons retrouvé de plus important et de
plus intéressant est tout entier compris dans le terrain Engel,
aujourd'hui propriété de Fernando Gomez (voir pl. II).
L'emplacement, à une époque très reculée, a servi de car-
rière. L'exploitation de la pierre a certainement contribué, aux
époques les plus lointaines, à la prospérité d'Urso, comme elle
continue à faire vivre beaucoup de familles d'Osuna. Toute la
série de collines où s'étendent des vestiges anciens est formée
d'une masse très homogène de pierre tendre, facile à couper et
à débiter à ciel ouvert par tranches verticales ou horizontales. Les
carrières d'Osuna, encore en pleine activité, où les tailles, depuis
de si longs siècles, ont ouvert d'abruptes tranchées profondes,
sont une merveille de pittoresque grandeur; on dirait de fabu-
leuses constructions cyclopéennes, et les hautes parois qu'ont
roussies les ardents soleils l'emportent par leur sauvagerie gran-
diose même sur les Latomies syracusaines.
A l'endroit où nous avons fouillé l'exploitation ne semble pas s'èlrc
attaquée au sommet même de la colline, car nous avons trouvé
au point culminant, et assez proches l'une de l'autre, deux sépul-
tures que les objets déposés auprès des morts nous ont fait recon-
naître comme carthaginoises. On en découvrirait d'autres encore,
probablement, sous les constructions que nous avons laissées en
place dans le terrain Engel. Cela prouve que le lieu était réservé
aux tombeaux, ou tout au moins que les carriers ont voulu res-
pecter en cet endroit le caractère religieux et sacré de la roche.
D'ailleurs les chambres funéraires, les cuevas, sont là toutes
proches, dans la direction duSud,creusées dans la même col-
line, et si ces cuevas, comme nous l'avons dit, ont été utilisées à
l'époque romaine, rien ne prouve qu'elles n'aient pas constitué,
àune époque plus antique, une partie de la nécropole des indi-
gènes.
Mais, de toutes façons, les tombeaux n'ont jamais été très
nombreux sur ce plateau, ou bien le cimetière a été abandonné
de bonne heure, car on y a construit, à une certaine époque que
nous allons essayer de déterminer, une série de murailles qu'il
faut décrire.
Au centre même de la fouille le plan montre (pl. II, 1 et 2)
deux gros massifs de maçonnerie qui sont probablement les restes
de la seule construction que l'on puisse sans hésitation qualifier d'an-
tique. Dans tous les cas c'est la seule muraille bien régulièrement
appareillée avec des pierres taillées exprès pour cette destination ;
leurs dimensions sont considérables, puisque nous trouvons
40 centimètres d'épaisseur, l m. 60 de longueur, et o m. 60 de
largeur. Elles sont superposées simplement, sans mortier, avec des
joints bien parés, de façon à constiluer comme deux têtes de
murs avancés. Ces deux espèces de piliers n'ont pas tous les deux,
à leur face antérieure, la même forme; cel ui de gauche a un
léger rebord sur ses deux faces latérales. Mais ils sont bien ali-
gués tous les deux en façade, et bien parallèles dans le sens de
leur profondeur; leur écartement est de 7 m. 70, et l'ouverture
regarde directement la ville d'Osuna. Ils s'enfoncent sous le vaï-
lado, mais s'arrêtent brusquement, en arrière de ce mur, dans le
terrain Engel, parce qu'ils ont été coupés pourlaisser place à des
constructions plus récentes.
Il est difficile de préciser quelle était l'utilité de ces deux murs
symétriques. Cependant, si l'on attache quelque importance àce
fait que l'on a trouvé parmi de très grosses pierres taillées amon-
celées à cet endroit, et plus particulièrement entre les piliers, des
blocs coupés suivant une ligne courbe, comme des claveaux de
voûte ou d'arc, on peut supposer qu'il y avait là une grande porte
couverte en berceau; mais ce ne peut être qu'une hypothèse.
En avant de ces deux têtes de murs, et à droite et à gauche
jusqu'à une certaine distance, les fouilles ont rencontré un assez
grand nombre de murailles de longueurs, d'épaisseurs, de hauteurs
diverses, dont l'enchevêtrement était tel qu'il a fallu renoncer à y
retrouver des plans réguliers d'édifices Ces murs étaient construits
tantôt avec des moellons, tantôt avec des pierres travaillées mais
qui ne constituaient cependant que des matériaux de fortune,
car elles étaient de taille et de façon très diverses. Nous y avons
noté et recueilli pêle-mêle de simples pierres d'appareillage,
des pierres décoratives, frises ou corniches, des bas-reliefs et des
figures sculptées en ronde-bosse. Cela est la preuve certaine que
cet aménagement du sommet de la colline est d'époque assez ré-
cente. Pour que l'on ait songé à employer de tels éléments, il a
fallu que tous ces débris sculptés ne fussent plus utiles, et, très
probablement, qu'ils provinssent d'édifices déjà abandonnés et
ruinés.
D'autre part, si tous ces murs sont relativement récents, ils ne
sont pas tous pour cela contemporains, car il arrive souvent qu'ils
se contrarient, qu'ils se surmontent et se recoupent si bien les uns
les autres qu'il est impossible de ne pas songer à des remaniements
successifs qui ont fait perdre jusqu'au souvenir d'un plan primitif.
Kt ce plan, il nous a été interdit de chercher même à en retrou-
ver les lignes principales.
Cependant nous pouvons signaler quelques points de repère
dont les indications ont peut-êtrede la valeur. Ce sont en particu-
lier les piliers marqués 3 et 6, qui semblent s'unir assez naturelle-
II
Pl.

D'OSUNA

FOUILLES

'nsc.

fh
XIII.

1'.
Sciucs,

Milisions
Édit.

LEROUX,
des

Arch.

E.
Nouv.
ment aux murs qui y viennent buter. La position du pilier 3 ,
juste au milieu de l'écartement des piliers 1 et 2, est une
preuve convaincante que ces derniers sont antérieurs, puisque avec
le mur qui y aboutit il obstrue vraiment l'ouverture,
Les murs indiqués dans le plan, et les piliers 3, 4,5, 6 sont
construits un peu plus régulièrement que les autres, avec des
pierres que l'on appelle encore, dans le langage technique des
carriers d'Osuna, piedras a ocho (o m. 56 X o m. 20 X o m. i4).
Uneespèce de dallage, formé de deux files jointes de pierres de
mtmes dimensions, se trouve à gauche du pilier 3.
C'est vers la gauche que la fouille a fourni surtout de l'intérêt.
En effet, nous y avons déblayé une grande citerne taillée en plein
roc (n° 7 du plan). Elle est à peu près carrée, ayant environ
3mètres de côté, et profonde de 3 m. 5o. On avait ménagé à l'un
des angles un escalier à hautes marches afin d'avoir un accès facile
jusqu'au niveau de l'eau. Cette grande cavité ne contenait, au mi-
lieu d'une masse encombrante de terre et de pierres, que des tes-
sons de poteries, sans style, et des boulets de pierre en assez grand
nombre. Ce dernier détail prouve que la citerne était encore uti-
lisée avant la destruction générale des bâtiments du garrotal,
destruction due, comme nous le dirons, à une bataille ou plutôt à
un assaut.
Presqueau bord de la citerne, à droite, s'est dressée une sorte de
plate-forme coupée à pic de trois côtés, et dont la pente du qua-
trième côté, vers la ville, était ménagée en marches d'escalier
(n° 8). Les degrés étaient au nombre de huit; ils reposaient sur une
première assise en légère saillie, formée de beaucoup de terre et
de pierres régulières ou non. Eux-mêmes n'étaient pas d'un appa-
reil bien étudié, et malgré ce qu'on pouvait croire au premier
abord, les éléments en avaient été pris et rassemblés au hasard.
Les marches reposaient en encorbellement sur un monticule artifi-
ciel de terre, et naturellement il s'était produit dans les files des
dislocations et des ruptures de niveau (pl. IV, A).
Bien qu'il soit téméraire, dans l'état de confusion de ces lieux,
de faire des suppositions sur l'usage de cet escalier, comme il nous
parait de date assez récente, nous y verrions tout simplement un
escalier servant à gagner de ce côté de la ville le niveau des con-
structions placées en arrière du vallado, dans le terrain Engel, ou
à descendre de ces mêmes constructions vers la citerne.
Comme tout près de l'escalier a ététrouvé le corps d'un gros taureau
de pierre (pl. VIII, B). nous avions tout d'abord pensé que la plate-
forme à laquelle aboutissait cet escalier avait peut-être servi de pié-
destal à l'animal, et nous-avions supposé qu'au-dessous avait été
peut-être enterré un mort. L'ensemble eût constitué un hérôon
funéraire; mais un tel monument aurait daté d'une époque très
antérieure à celle où permet de remonter le type de la construc-
tion des gradins, et d'ailleurs en démolissant l'escalier, comme il
nous était enjoint de le faire, nous sommes parvenus jusqu'au roc
sans trouver la moindre trace de sépulture. Il est vrai que l'une des
deux tombes phéniciennes dont nous avons parlé était justement
creusée à côté de cette construction (pl. II, sép. A).
Signalons enfin, sans insister, à gauche et un peu en avant de
l'escalier, une espèce de petit couloir couvert dont le sol était in-
cliné en pente; nous n'avons pu en fixer la destination (pl. II, n° 9).
Dans le terrain Engel les fouilles ont donné, en ce qui concerne
les constructions, des résultats beaucoup plus intéressants.
Elles nous ont permis de remettre au jour une forte muraille
flanquée de demi-tours, qui constitue soit un fragment d'enceinte,
soit le reste d'un fort isolé, et dont la planche 111 donne la vue
d'ensemble prise du Sud-Est.
Les boulets de pierre et les balles de frondes qui avaient été
recueillis en grand nombre dans le garrotal de Postigo nous
avaient bien montré que ce sommet de colline avait été le théâtre
d'une lutte de quelqueimportance; mais rien ne faisait prévoir que
de l'autre côté du vallado se trouverait l'œuvre de défense qui fut
l'objet de cette attaque violente, et dont voici la description.
La muraille, suivant la disposition même de la carrière sur
laquelle elle est établie, épouse exactement les contours du som-
met de l'éminence qu'elle couronne, et par conséquent, comme le
mur de pierres sèches auquel elle est parallèle, forme une courbe
à grand rayon. La convexité en est tournée vers l'Est, c'est-à-dire
vers la plaine du Salado et d'Aguadulce et la haute falaise projetée
en éperon de la Sierra d'Estepa.
La valeur stratégique de celte position est facile à saisir. Sur
la gauche du terrain de fouilles la colline se relève encore, dans la
direction du Nord et à quelque 5oo mètres se trouve le point
,
culminant de la chaîne. Mais cette hauteur, d'où l'on domine un
plus vaste panorama, si elle a reçu quelque ouvrage de fortifi-
III.

Pl.

D'OSUNA

FOUILLES

4efasc.

Xllf,

T.
Scl"e;,

Jfisstons

ldit.
des

ArcJt. LEROrX,

Nouv.

E.
XOUÏ.Arch. des Missions ScqIlCS, T. XLLF,4efasc. Pl.IV.
FOUILLES D'OSUNA
cation en dehors d'une épaisse enceinte dont il nous semble avoir
reconnu la ligne, avait surtout de l'importance comme observa-
toire, et d'ailleurs elle commande surtout les plaines qui s'étendent
au nord d'Osuna.
Au contraire notre forteresse pouvait défendre très efficacement
le passage que devait essayer de forcer toute armée venant à l'at-
taque d'Osuna par la plaine d'Aguadulce. La ligne de cette
muraille, qui se perd malheureusement dans le champ voisin du
nôtre sans que nous ayons pu la déterminer avec précision, allait
rejoindre certainement la ligne des cuevas funéraires qui aboutit à
lavereda, de Gmnada. Or cette vereda, nous l'avons dit, c'est la
route antique qui faisait communiquer Ursao avec les villes de
l'Est, comme aujourd'hui Osuna avec Aguadulce,Estepa, etc. A
supposer que la circonvallation se poursuivît de l'autre côté de la
route, ou que quelque forteresse semblable se dressât sur une émi-
nence symétrique, la résistance était assurée.
Pour nous en tenir à ce que nous ont appris les fouilles, nous
dirons que si l'emplacement de la fortification était bien choisi, la
fortification elle-même nous a causé plus d'une surprise.
Dans l'état actuel, elle apparaît toute différente de ce qu'elle
était d'abord. En effet, si l'on se place bien en face du mur
pour en suivre des yeux le développement, on le voit s'abaisser
lentement à droite, et surtout à gauche. De ce côté, à la limite du
terrain Engel, au point où nous avons dû arrêter le déblaiement,
il n'a plus qu'une hauteur de i mètre, tandis qu'il en a A au milieu.
Cela explique la forme de mamelon qu'avait le sommet de la col-
line avant les fouilles.
Du côté droit, le sol de la carrière n'avait pas une déclivité aussi
prononcée, et d'ailleurs il y avait là une profonde entaille vive du
roc, et comme un haut degré dont l'ingénieur avait profité pour
asseoir la muraille. 11 est bien certain que cette muraille avait eu
partout la même hauteur. On ne peut savoir pour quels motifs la
destruction en a été irrégulière, et pourquoi il s'est conservé plus
d'assises de pierres au point culminant que sur les bras latéraux.
La muraille, d'autre part, ne suit pas le mouvement d'une
courbe régulière. C'est plutôt une ligne brisée dont les brisures
sont presque insensibles à gauche, mais très accentuées à droite.
D'autre part elle est flanquée de quatre grosses tours et d'une plus
petite.
Il ne faut pas s'imaginer que l'aspect de cette construction satis-
fasse le regard. Rien qui nous rappelle les belles et vigoureuses
murailles ibériques ou romaines dont tant de précieux spécimens
ont duré jusqu'à nos jours. Les constructeurs n'ont pris nul
souci de bien appareiller et dresser les parois, d'obtenir l'élégance
en même temps que la solidité et la force par des alignements
réguliers de matériaux bien choisis, résistants par eux-mêmes et
par l'heureux ajustement de leurs faces bien parées. Des moellons
sont engagés dans des lits de mortier de terre qui les maintiennent
à peine, et n'ont pu les empêcher de céder, en mainte place, à la
poussée intérieure. On comprend que c'est là une construction
rapide, sans doute élevée contre un péril pressant. Pour lui don-
ner plus de force, l'ingénieur a veillé simplement à ce que la
muraille ne fût pas dressée verticalement, mais reçût pourtant
une inclinaison en talus, et cette précaution l'a certainement pro..
tégée.
Cependant cette protection était encore bien sommaire.
Comme il était d'absolue nécessité pour nos travaux d'ouvrir une
brèche au milieu juste de la muraille afin d'évacuer les déblais
vers la partie basse du terrain Engel, nous avons pu étudier de
près l'épaisseur du talus. Il se compose de deux parties bien dis-
tinctes accolées l'une au-devant de l'autre, et d'abord une masse
de terre parsemée d'assez rares petites pierres, et formant ainsi
un amalgame peu consistant; cette espèce de remblai a reçu
sur sa face extérieure inclinée le revêtement de pierres posées
à plat dont nous venons de parler, et qui n'a pas de profondeur.
C'est lui seul qui est extérieurement visible.
Cette première levée de terre sert à contrebuter un second
remblai plus épais et plus robuste, car il est formé de pierres
quelquefois assez grosses, noyées dans un mortier de boue rou-
geàtre. La face antérieure est inclinée, mais moins que celle qui
devait être visible. Quant à la ligne de séparation des deux masses
combinées, elle est très nette, et l'on dirait que la première
maçonnerie ayant paru trop peu épaisse, ou trop faible, on l'a élar-
gie et renforcée en hâte au moyen de la seconde.
En arrière, par conséquent au revers du talus, la paroi du pre-
mier remblai est dressée verticalement; les pierres y sont assez
bien assemblées, et alignées plus régulièrement que d'autre part.
Mais l'intérieur du remblai est moins soigné, car il s'est produit
des tassements à mesure que le mortier séchait, el, en faisant la
tranchée centrale, nous avons trouvé des trous et des vides qui ne
s'expliquaient pas autrement.
Ainsi la muraille, inclinée par devant, coupée verticalement par
derrière, formaitune sorte de terrasse allongée que les fouilles ont
déterrée sur une longueur de 95 mètres, et dont la largeur oscil-
lait autour de 10 mètres.
Ce n'est pas tout; la muraille était, nous l'avons dit, rendue
plus puissante et plus facile à défendre au moyen de gros bas-
tions arrondis qui faisaient saillie du coté de la plaine.
En partant de la gauche, nous trouvons d'abord tout contre la
limite de l'olivar Engel une première demi-tour dont la saillie est
irrégulièrement ronde, et dont le parement extérieur est formé
d'assez grosses pierres. Le diamètre en est de 6 m. 5o. Nous avons
expliqué comment la couche de terre, en cette partie de la col-
line, était peu épaisse au-dessus de la carrière, et par conséquent
la tour s'élève à une très faible hauteur.
Laseconde, éloignée de la première de 16 mètres, a un dia-
mètreégal; mais elle est conservée sur une plus grande hauteur.
La face extérieure en est encore plus irrégulière; le revêtement de
pierres a été plus travaillé par la poussée de la masse intérieure.
C'est entre cette tour et la suivante que nous avons éventré la
,
muraille. Il y avait la même distance, soit 16mètres, de l'une à
l'autre. La muraille atteint à cet endroit sa plus haute élévation,
et c'est là qu'elle est le mieux conservée. La troisième tour est
pour cette raison la plus intéressante. Si le relevé fait par M. Ro-
mero est bien exact, la forme a été quelque peu modifiée et, au
lieu d'être absolument ronde, serait elliptique.Nos observations el
nos notes personnelles nous permettent dedire que, s'il en estvéri-
tablement ainsi, probablement cela est du à des mouvements de la
construction plutôt qu'à la volonté du constructeur. Quoi qu'il en
soit, le flanc incliné du talus a beaucoup moins souffert du travail
intime des terres mieux maintenues. Les files de pierres semblent
plus solidement assises et plus régulièrement ordonnées, et bien
que rien ne puisse atténuer l'impression d'œuvre hâtive, on sent la
défense improvisée plus forte et plus résistante.
Si, à partir de cette troisième tour en allant vers la droite, on
continue à étudier la muraille, on la trouve plus compliquée.
D'abord, tout près de la tour, à i mètre a peine, se trouve une
autre saillie arrondie, de 3 mètres de diamètre tout au plus. Nous
n'osons pas lui donner le nom de tour, car nous croyons plutôt que
c'est un simple contrefort servant à consolider la muraille à un en-
droit qui peut-être supportait quelque poids écrasant. En effet cette
saillie a pour ainsi dire deux degrés, le plus élevé sensiblement en
retrait sur le plus bas (ce dernier est en partie détruit), ce qui
joint aux dimensions exiguës et à la situation, si proche de la
grosse tour voisine, rend invraisemblable l'idée d'une tour. Entre
la tour précédente et ce contrefort qui la flanque de si près est
ménagé un recoin bien abrité; peut-être l'excroissance du contre-
fort n'a-t-elle d'autre utilité que de disposer cet abri. Dans tous les
cas on a profilé de la circonstance, puisque nous avons relevé, juste
en avant de cette partie de la muraille, un mur très peu soigné,
formé de pierres quelconques, derrière lequel on pouvait dissi-
muler quelque sentinelle ou quelque combattant avancé. Ce qui
donne encore de la force à cette hypothèse, c'est que tout près du
contrefort, à droite, il y a dans la muraille une cavité carrée qui
est sans doute le reste d'une niche ou d'une poterne, et, un peu
plus loin, des pierres en saillie sur la paroi où elles sont engagées
par une pointe, et disposées en encorbellement de façon à former
un véritable escalier pour descendre au pied du mur.
Enfin, à une courte distance à droite, se trouve la dernière
demi-tour. Celle-ci n'est pas complète, mais peut-être ne l'a-telle
jamais été. En effet nous avons rejoint maintenant l'endroit où
l'exploitation antique de la carrière a taillé le roc a pic, si bien
que le sommet de la colline tire de cette coupure abrupte une
excellente défense naturelle. Il ne s'agissait donc plus pour le con-
structeur que de raccorder habilement la muraille artificielle à la
muraille naturelle.
Il y est arrivé en taillant la roche en rond, de façon à ménager
une sorte de base sur laquelle vient s'appuyer et se dresser la tour
construite en moellons. Par malheur il ne reste de cette dernière
qu'une partie assez réduite, car en ce lieu le terrain Engel est res-
treint à une bande étroite n'ayant qu'une faible épaisseur d'humus,
les cultivateurs ont peu à peu démoli la muraille antique pour
élever le vallado moderne, pour nettoyer le sol pierreux, pour
faire leur place aux oliviers et aux aloès envahissants. De telle
sorte qu'il est impossible actuellement de voir comment se com-
portait jadis l'enceinte à partir de cette tour.
Une construction aussi rudimentaire et aussi peu artistique que
celle de ces murs et de ces tours donne lieu à peu de remarques.
Nous avons pourtant noté le soin relatif avec lequel l'ingénieur a
préparé la surface de la carrière pour y établir l'ouvrage. Il est
certain qu'il a dû se livrer à une opération de nivellement. En
effet, en plusieurs endroits, au-devant de la muraille, nous sommes
tombés dans de véritables cavités très régulières où nos ouvriers,
experts au travail des carrières, reconnaissaient, et nous-mêmes,
avec un peu d'habitude, reconnaissions aisément les traces d'une
exploitation régulière, tout à fait conforme du reste à celle qui
est encore en usage à Osuna. Le peu de profondeur de ces excava-
tions (d'ordinaire elles n'atteignent pas la profondeur d'une pierre
a ocho) prouve que les parois en ont été abaissées. D'ailleurs ce
trav.il n'était pas perdu, puisqu'il fournissait en abondance des
éclats de pierre dont on avait l'emploi dans la forteresse.
De plus, on a eu bien soin de ménager à la muraille et aux
tours une assise solide, et l'on suit, tout le long du front du talus,
une entaille qui accompagne les courbes et les lignes droites, éle-
vant la construction comme sur un degré. En avant de ce degré,
presque sur tout le développement du talus, on voit aussi une
sorte de canal peu large et peu profond dont l'usage ne nous est
pas très clairement apparu et qui semble accentuer le contour de
la forteresse.
Nous avons retrouvé dans les décombres plusieurs des outils
qui ont servi à ces travaux préliminaires, et qui sont tout à fait
semblal.les aux pics des carriers osuniens.
En arrière de la plate-forme bastionnée,entre le mur perpendi-
culaire qui la soutient du colé de la ville et le vallado que nous
n'avons pas pu abattre, nous avons suivi un certain nombre de
murs qui se raccordent plus ou moins bien avec ceux du garrotal
dePostigo; mais ici encore nos efforts pour essayer d'établir quelque
plan sont restés vains. Nous pouvons dire seulement que les murs
étaient faits aussi de matériaux de toute espèce entassés sans au-
cun art. La description en serait oiseuse, et nous renvoyons au
plan pour ce qui en concerne les directions. Tout ce que nous
pouvons conjecturer, maintenant que nous connaissons l'existence
de la forteresse, c'est qu'il devait y avoir derrière la ligne de défense
des habitations et des corps de garde pour les soldats.
Nous aurions aimé tout au moins à reconnaître la destination
exacte des gros murs dont les piliers antiques que nous avons
signalés forment la tête. Mais la fouille a déçu notre espoir. En
effet, après avoir passé perpendiculairement sous l'épaisseur du
vallado, ils viennent se heurter au revers de la forteresse, et s' y
arrêtent. Contre cette paroi la construction en est même beaucoup
plus négligée, moins régulière. Les pierres n'ont plus la même
coupe soignée qui frappait notre attention quand nous regardions
la partie située dans le terrain Postigo. Même le mur de droite était
construit sommairement, avec des matériaux mal assortis et mal
liés, si bien que leur cohésion a cédé et qu'il ne reste plus que
deux ou trois assises mal appareillées à la base.

:
Que résulte-t-il de ces constatations, sinon une de ces deux hypo-
thèses ou bien la construction de la forteresse a exigé que ces
murs fussent coupés pour lui faire place, ou bien ces murs mêmes
sont contemporains de la forteresse sans que l'utilité puisse en
être maintenant expliquée? Malgré le soin donné à la tête de ces
murailles, soin qui contraste singulièrement avec le désordre des
autres murs qui existent sur tout ce plateau, nous inclinerions
volontiers à la seconde supposition, car nous comprenons mal
pourquoi les ingénieurs de la forteresse se seraient donné la peine
de couper des massifs assez puissants qui pouvaient donner une
solide assise à leur remblai de moellons et de boue s'ils s'étaient
contentés de les noyer dans ce remblai. Mais, d'autre part, on
peut aussi admettre que, si ces murs sont les restes de quelque
porte monumentale, les têtes en avaient été plus soigneusement
édifiées que les flancs, car ces derniers pouvaient être couverts de
mortier ou de stuc. Il ne faut pas oublier que nous avons trouvé
dans les fouilles une grande quantité de pierres revêtues encore
d'enduit, et quelquefois d'enduit coloré.
Parmi les constructions accessoires il nous faut faire mention
d'une série de hauts degrés formant escalier que nous avons décou-
verts justement au sommet du mamelon, tout contre le vallado
auquel ils sont parallèles. Comme la largeur de ces degrés est a
peu près exactement celle de l'ouverture de ces deux murs, et
qu'ils sont d'appareil assez régulier, nous avions pensé d'abord
qu'il y avait un rapport entre ces deux constructions. Mais nous
avons été vite détrompés. D'abord l'escalier, dont la marche supé-
rieure affleurait presque la surface du sol avant les fouilles, ne se
prolongeait pas en bas jusqu'auv deux murs, et n'a pas pu être
soutenu par eux, ni élevé en même temps. De plus nous avons trouve
juste à cet endroit un fragment de grande gourde à deux anses en
terre cuite, et cette poterie est manifestement de fabrique arabe
(les tessons de céramique arabe sont assez nombreux dans toute
cette partie de la ville antique); il est plus que probable que
l'escalier est de même origine. Cependant nous ne devons pas
négliger de dire que la disposition de ces gradins rappelle de très
près celle des gradins déblayés dans le garrotal Postigo et que
nous avons décrits plus haut. Doit-on en inférer que ceux-là aussi
sont d'époque arabe, ou bien plutôt que la présence de la poterie
arabe tout près de ceux-ci n'est pas un témoignage suffisant pour
autoriser à dire qu'ils ne sont pas ibériques? (Pl. IV, B.)
Pour revenir à la forteresse même, dont l'intérêt est ici principal,
nous n'avons pas encore traité toutes les questions qu'elle soulève.
D'abord on peut être étonné que les habitants d'Ursao ayant a
leur disposition, comme nous l'avons dit, de fortes pierres prove-
nant de divers édifices, aient consacré ces matériaux à bâtir des
salles et chambres placées derrière le rempart, casernes, corps
de garde ou casemates, au lieu de les employer au rempart lui-
même pour lui donner plus de masse et de résistance. Nous ne
pouvons que constater le fait sans l'expliquer.
Mais comme au pied de la muraille en talus, et jusqu'à une
distance de 5o mètres environ sur la pente de la carrière, nous
avons retrouvé dans la terre une énorme quantité de pierres
taillées et travaillées, dont beaucoup très grosses; comme ces
pierres étaient jetées pêle-mêle, souvent amoncelées en tas; comme
il y avait aussi des pans de murs entiers tombés comme une seule
masse et venus a terre sans s'éparpiller, et comme il faut bien en
expliquer la présence, nous sommes amenés à affirmer que la
forteresse, telle que nous la voyons actuellement s'élever au point
culminant de la colline, avec ses quatre gros bastions, n'est pas
complète. Il n'y a du reste qu'un seul moyen de la reconstituer
par la pensée, c'est de rétablir au-dessus de cette muraille et de
ces demi-tours en moellons une autre muraille et d'autres
demi-tours en gros appareil. Ce qui subsistait sous le tertre que
nous avons fouillé, c'était l'escarpe, le soubassement des fortifica-
tions proprement dites, et c'est du reste ce que faisait prévoir la
forme de talus incliné donnée à la construction. C'est celle que
l'on emploie pour donner plus de résistance à une substruction
avec plus de pied, lorsq ue cette substruction est exposée à uu
tassement vertical et à des poussées latérales.
11 est du reste bien prouvé
que tout ce socle des remparts et des
tours de défense n'était pas caché aux yeux, alors qu'il était en
service, par un amoncellement de terre s'élevant jusqu'au pied
des remparts et des bastions eux-mêmes; cette idée pourraitvenir
à d'autres comme elle nous est venue à nous-mêmes; mais cela
est impossible, car c'est au-devant de ces soubassements, sur le roc
même de la carrière, qu'étaient entassés tous les matériaux de démo-
lition, et pêle-mêle avec eux lesarmes de toute espèce, indigènes et
étrangères, dont nous étudierons plus tard la précieuse çoIJectiQn.
La vraie muraille, les vraies tours ont donc été projetées
soit en avant, soit en arrière, dans le garrotal Postigo comme dans
le terrain Engel, sur un sol placé plus bas, très sensiblement plus
bas que leurs premières assises inférieures, c'est-à-dire que leur
base était à découvert.
Ce sont là des faits, en somme, qu'un peu d'observation sulJit
à établir. Il est bien plus hasardeux d'essayer de fixer la date à
laquelle on doit faire remonter la construction de la forteresse
et celle de sa destruction, aussi bien que les circonstances de l'une
et de l'autre. Nous croyons pourtant pouvoir donner de ces pror
blêmes des solutions au moins vraisemblahles.
Un des résultats les plus certains des fouilles est, selon nous,
et nous y avons insisté à plusieurs reprises déjà, d'avoir prouvé
que toutes les constructions, y compris la muraille forte elle-même,
ont été exécutées rapidement, pour parer à un péril urgent.
D'autre part il est non moins certain qu'un combat acharné
s'est livré au pied de la forteresse, quepeut-être la muraille et
les tours ont été prises d'assaut, et qu'à cet assaut, où le feu joua
son rôle, sont dues la chute et la ruine complète des constructions
de défense.
En effet, si en arrière du valladQ, au revers de la forteresse,
nous avons recueilli, comme nous l'avons dit, un assez grand
nombre de boulets de pierre, de balles de frondes en plomb et de
déb'is d'armes de fer, ces mêmes objets pullulaient en avant du
front de défense, dans le terrain Engel, et l'état même d'aplatisse-
ment, de torsion ou de cassure où beaucoup nous sont parvenus
démontre qu'ils ont servi et ne proviennent pas d'un arsenal ou
d'un dépét. De plus nous aurions pu enlever des tombereaux de
cendres et de gros sacs de charbons, restes d'un violent incendie,
et nous avons dit que par endroits des quartiers de murailles
s'étaientabattus d'un seul bloc. Sans doute longtemps encore après
cette bataille la ruine dut dresser au-dessus du sol des pointes
émergeantes de constructions conservées; mais peu à peu le temps
et la culture ont égalisé complètement le sommet de la colline;
les murs et les tours se sont trouvés rasés à leur pied même,
tandis que leur base s'enfouissait complètement dans la terre
protectrice.
pour l'époque de ces événements les balles de frondes en plomb
portant en relief GN MAG IMP (GneiusMagni[f.] Imperator),
que nous avons ramassées en abondance, sont des documents dont
l'importance est exceptionnelle.
En effet, si l'on a recueilli beaucoup d'autres balles de frondes
porlant aussi des lettres et des marques, celles que nous signalons
ici sont les seules qui portent un nom romain. Parmi les autres,
qui sont ibériques, il n'y a que deux ou trois marques divenuos,
et ces deux faits rapprochés semblent bien prouver que ces petites
masses de plomb ne proviennent que d'une seule et même action
de guerre.
Or le nom de Cn. Pompeius nous donne une indication précieuse,
car nous n'ignorons pas que dans la région d'Osuna se déroulèrent
les graves événements qui consacrèrent la définitive défaite des
Pompéiens. Si l'on discute encore
— et la discussion peut durer
longtemps
— sur l'emplacement de Munda, du moins les texles
anciens sont-Hs d'accoi d pour inciter les historiens modernes à
chercher aux environs d'Osuna le théâtre de la célèbre bataille; et
plus d'un témoignage aussi marque avec précision le rôle qu'Ursao
joua dans cette guerre décisive.

PIERRES ARCHITECTURALES.

Parmi les pierres travaillées provenant de la ruine de la forte-


celles
resse et de ses dépendances, nous avons mis à part toutes
qui avaient servi à quelque usage de décoration. Il est inutile de
répéter une fois de plus que ce sont des matériaux de hasard, qui
ne semblent avoir aucun lien entre eux, et qui ont servi primitive-
ment à la construction d'édifices très antérieurs à la forteresse.
Le fait seul que ces débris sont taillés pour la plupart dans la
pierre tendre et très peu dense descarrières d'Osuna prouve
qu'ils remontent à la période ibérique, car nous savons très bien
comment les Romains, une fois maîtres dans la vieille cité, em-
ployèrent à leur habitude soit le marbre, soit la pierre recouverte
d'un stuc très fin et très poli. Les fouilles désordonnées du théâtre,
au pillage duquel il nous a été donné d'assister pendant notre
séjour à Osuna, sont très instructives à cet égard; on y a retrouvé
des tambours de colonnes revêtus d'enduit à très menu grain, à
surface très habilement polie, et des chapiteaux corinthiens dont
toutes les feuilles, de modèle très délicat et d'exécution très soignée,
sont en stuc. Et de plus on a recueilli, soit dans le théâtre même,
soit dans le puits voisin, soit dans les citernes nombreuses de la
ville romaine, et partout enfin dans le sol, au hasard des coups
de pioche, de très nombreux fragments de corniches, de moulures
et de plaques de revêtement ou de dallage en marbre.
Il faut dire cependant que nous avons trouvé quelquespierres
couvertes de stuc coloré; mais ces pierres proviennent de parois
lisses, et non de frises ou corniches, de bases ou de chapiteaux
ouvragés, et d'ailleurs le travail de l'enduit est beaucoup plus rude
et grossier.
Les ouvriers dela forteresse ont utilisé avec assez d'abondance
les tambours de colonnes de diamètres variables, mais ils ne se
sont pas gênés pour les retailler au besoin, et surtout pour les
fendre en deux. La plupart de ces tronçons s'accordent assez bien
comme dimensions avec unchapiteau que nous avons heureuse-
ment retrouvé tout entier. Il est d'un type très simple, copiant le
dorique de très près, mais avec maladresse. Sous le tailloir carré
et assez épais l'échiné est d'un profil presque demi-circulaire,
mais cependant on peut apprécier le mouvement d'écrasement de
ce coussin; il est à peu près de la même épaisseur que le tailloir.
il se réunit au fùL, lequel semble avoir été tout droit, sans élar-
gissement vers la base ni renflement à mi-hauteur. On n'aperçoit
aucune trace de cannelures, non plus que sur le fût des colonnes,
et les annelets ont été supprimés. En somme, c'est le chapiteau do-
rique moins les détails qui en rappellent chez les Grecs l'origine
et en établissent la construction logique (pl. VI, C).
Nous en dirons autant d'un autre chapiteau plus petit, prove-
nant de quelque édicule de dimensions très réduites qui a été re-
trouvé, incomplet par malheur, dans le terrain Engel, près d'un
JYouv.Arch. des Missions ScqIlCS, T. XIIT, 4efasc. Pl. V.

FOUILLES D'OSUNA
fragment de colonnette qui ne lui appartient peutêtre pas. H est
d'une pierre à grain plus serré; l'échiné est un tore un peu moins
arrondi, d'un galbe plus simple; mais l'ensemble, s'il est plus élé-
gant, est traité avec la même simplicité.
Ces deux chapiteaux n'en ont pas moins de l'intérêt surtout si
l'on veut bien se rappeler que les Ibères ont su, quand ils l'ont
voulu, concevoir et sculpter des chapiteaux où ils s'inspiraient des
modèles grecs assez heureusement pour rester originaux. On sait
qu'il existe au Louvre deux chapiteaux rapportés d'Elche, l'un
orné de palmettes, l'autre de volutes et de rinceaux, où il est
aisé de reconnaître l'imitation non servile mais très personnelle
d'excellents modèlesgrecs,"). Les mêmes observations s'appliquent
à des chapiteaux ibéro-ioniques de Montealegre et du Cerro de los
Santos (2).
D'ailleurs à Osuna même nous avons pu nous procurer pour le
Louvre un petit chapiteau de style corinthien qui donne lieu aux
mêmes réflexions que ceux de la région d'Alicante et d'Albacetv.
Il provient des fouilles du théâtre, mais il est probable qu'il se
trouvait égaré dans ces ruines. Au premier coup d'œil il ressemble
par la simplicité des volutes et des feuilles lisses appliquées contre
la corbeille à certains chapiteaux gothiques; mais ce n'est qu'une
apparence, et l'antiquité n'en fait pas de doute. L'abaque, très
peu épais, est découpé sur plan carré curviligne; chaque angle
saillant est supporté par deux disques accolés de part et d'autre
d'une console et jouant le rôle des volutes grecques. L'échiné en
forme de corbeille est engagée derrière ces disques qu'elle échancre
et cerclée d'un assez gros tore. Sur chaque face, au point ex-
trème de la courbe rentrante, faisant saillie contre l'abaque et le
dépassant de sa pointe, il y a une feuille; enfin contre le bas de
la corbeille est plaquée une ceinture de feuilles lisses dont la pointe
se retourne en avant. On retrouve donc ici tous les éléments du
chapiteau corinthien classique, mais chacun d'eux est transformé.
interprété si l'on veut, et il ne peut venir à l'esprit que notre petit
monument soit l'œuvre d'un Romain, et non d'un ingénieux Ibère.
Mais tandis que le plus important des chapiteaux d'Elche, par
exemple, a surtout pour caractéristique la multiplication, la com
1 Pierre PARIS, Essai sur l'art el l'industrie de l'Espagneprimitive, t. l, p. 8
clsiiiv.Pl.TUetfiç;.36et07.
v® ll'id..fig. 3i, 3a, 33.
plication très touffue, trop touffue peut-être, des éléments em-
pruntés(lessculptures du Cerro de los Santos, le buste d'Elche
montrent que cette exagération est un défaut essentiel de l'art ibé-
rique), ici nous saisissons au contraire comme un souci de simpli-
fication et de synthèse. Il est vrai que peut-être la pierre du chapi-
teau était couverte de couleur, et que le peintre avait fixé avec
son pinceau les enroulements des volutes, le lacis tressé de la
corbeille, les nervurès et les frisures des feuilles d'acanthe. De
plus il est probable que, tout en étant sculpté par un indigène, ce
chapiteau est de date relativement récente, d'épolue romaine si
l'on veut. Quoi qu'il en soit, il nous a paru intéressant de re-
cueillir ce morceau curieux pour le comparer et l'opposer aux
chapiteaux doriques dont nous venons de parler, Aussi remercions-
nous notre ami dévoué D. Juan Lasarte qui a su nous le procurer.
Après les restes de colonnes, les fragments de corniches ou de
frises que nous avons découverts méritent de fixer l'attention.
La pierre qui nous paraît de la facture et du style le plus an-
cien est une pierre d'angle ayant la forme d'une plate-bande sur
laquelle est découpée à plat une ligne de larges crosses. La frise
ainsi décorée devait être très antique, si l'on en juge par la nature
du èalcaire dont on a fait usage, un calcaire coquilliertrès mou.
Nous savons d'ailleurs que cet ornement était familier aux Ibères;
sur des vases dont le style remonte à une très haute antiquité la
crosse est très souvent employée. On en peut voir de nombreux
exemples dans l'Essai sur l'art et l'industrie de l'Espagne primitive,
au chapitrè de la céramiqueM.
Dans un calcaire analogue à celui de ce bandeau ont été taillés
quelques fragments d'une corniche assez épaisse et saillante, en
particulier deux pierres d'angle, dont la principale moulure est
ornée d'une grosse torsade en relief. Elle se détache au-dessus de
trois minces listels en encorbellement. On comprend que placé à
une certaine hauteur ce simple tore ondulé, avec les raies d'ombre
s inueuses de sa cofcte tordue, devait produire un heureux effet de
force et de solidité,, omrne si an cible puissant eût encerclé le
faîte de l'édifice (pl. V-,C).
ce
;
D'ailleurs ft
rnuftif ftembèe avoir quelque vogue, car il nous
semble que les deux pierres d'angle, que nous avons surtout exa-

W T. Il, fig.13i,173,174,170,178.etc.
XIII, 4e fasc.
PI VI
VI.
Nom.Arch. des Missions Scques, T.

FOUILLES D'OSUNA
minées, ne proviennent pas dû même monument. Du moins elles
n'ont pas été exécutées par le même ciseau, car l'une nous paraît
d'une facture plus ferme que l'autre. Ainsi tandis que les petites
*
platcs..biltIdes sont ici bien dressées taillées à angles vifs, elles sont
là creusées en forme de cahâl; lèà arêtes des angles saillants,
comme celles des angles rentrants * sont émoussées; et la torde
accuse une torsion moins serrée. Il est possible*après tout, que
ces différences résultent plutôt d'un état plus ou moins hettrèux
de conservation.
Nous ne signalons qu'en passant une console fort simple mais i
j
d'un dessin vigoureux, dont il est difficile de retrouver la destina-
tion; elle est non plus en pierre coquillièrè mais en grès tendre,
h
comme le petit chapiteau dorique et probablement assez récente.
Il coftvient au contraire d'insister sUr plusieurs fragments où
nous retrouvons l'imitation directe des modèles grecs.
Tout près du Cerro de los Santos, au Llano de la Consolaciônj
ont été recueillis quelques humbles débris où l'on voit un rang
d'oves appuyé soit sur Un simple listel, soit sur un cordon de perles;
entré les courbures des oVes sont logés des fers de lances (1). Un éOIS
don de perles sous l'abaqued'unchapiteau et un rang de grands
oVes constituent aus-i un chapiteau ihéro..greé de même provenance.
A Osuna nous avons également retrouvé des rangs d'oves, mais
cet ornement classique est employé de façon originale et fort ingé-
nieuse. En effet il a été chargé de décorer l'étroite bande saillante
formant la face verticale d'unlarmier dont il reste quelques mor-
ceaux courants et une pierre angulaire. Comme sous les pieds
des personnages de certains bas'réliefs il se trouve un rang d'oves
semblables (pl. XVII, B), il est très possiblè qUe ce larmier ait
servi à protéger la saillie des sculptures d'une frise (2). Quoi qu'il
en soit, l'idée est heureuse. Sous un mince listel, un peu en re-
trait, sont pour ainsi dire suspendus les ôVes, larges et de galbe
alourdi, entourés d'un bourrelet. Le globe en est aplati, et,
par Un oubli fort explicable de l'origine du motif, agrémenté en
son milieu d'une petite cannelure verticale. Les oves ne sont pas

(l) t.
Pierre PARIS. Essai, HP- 3i.
(ci) Il nous
a semblé qu'un des fragments du larmier
;
s'ajustait tout natu-
rellement au-dessus d'un des bas-reliefs auxquels nous faisons allusion mais
comme il est toujours facile de faire coïncider dnx surfaces plantes, nous n'o-
sfrns pis changer en affirmation rtÓthi, hypothèse.
tangents, mais séparés par la douille d'un fer de lance. Le bord
inférieur de cet ornement courant est découpé suivant l'alternance
sinueuse des oves et des lances pointues, et cette ligne ne manque
pas de grâce ni d'élégance, malgré l'alourdissement du motif ori-
ginel. En arrière la pierre se creuse en s'arrondissant, de manière à
ce que la chute de l'eau pluviale devienne nécessaire, et le larmier
se raccordait ensuite par une courbe molle à la paroi verticale qu'il
devait couronner.
En somme l'architecte ibère a emprunté aux architectes des pays
classiques l'idée même et l'image du larmier protecteur, il leur a
emprunté le motif dont il a décoré ce larmier, mais il n'a point
fait acte de simple plagiaire, et aussi bien dans l'ornementation
que dans la forme il a trouvé le moyen de montrer de l'ima-
gination et du goût; c'est de la bonne et féconde imitation. Et si,
comme nous le supposons, ce larmier protégeait les bas-reliefs
soulignés d'un rang d'oves, cette imitation remonte à une époque
assez lointaine.
Ce n'est pas non plus une invention tout à fait originale que
celle de ce protome de bélier faisant saillie au-devant d'une grosse
pierre cubique. L'animal, dont l'arrière-train était censé enfoncé
dans la muraille où la pierre était encastrée, est accroupi, les pattes
repliées sous son corps. L'idée vient naturellement de rapprocher
cette sculpture des fameux chapiteaux des palais de la Perse, et
des chapiteaux de Délos, que ceux-ci ont sans doute inspirés. Ce-
pendant, au lieu d'un chapiteau, nous n'avons ici qu'une figure
décorative, quelque chose d'analogue aux gargouilles de notre art
national, et le rapprochement avec l'art oriental doit se borner à
l'attitude (pl. VII, A, A).
D'ailleurs, au lieu d'un taureau, l'artiste d'Osuna a représenté
un bélier. Si l'on ne voyait que l'avant-corps sans la tête, on pour-
rait s'y tromper, et c'est ce qui nous est arrivé d'abord en présence
d'un fragment de figure analogue que nous avions découvert précé
demment (pl. VII, B). La tête manquait; on ne voyait qu'un poitrail
d'animal où la peau se plissait en fanons réguliers comme ceux d'un
taureau; il était impossible de reconnaître là une toison laineuse,
et c'est pourtant ce que l'artiste a voulu représenter, comme le
montre la seconde sculpture.
Cette maladresse s'explique d'autant moins que la tête de bélier,
toute mutilée qu'elle soit (il manque le mufle et les oreilles, et
Notiv. Arcii. des Missions Sci"",T.XIII, 4a fasc. Pl. rIl.

FOUILLES D'OSUNA
l'œil gauche est éraillé), dénote une observation assez juste de la na-
ture, et une certaine dextérité de technique. La forme camuse du
front et du nez, l'enroulement des cornes, la saillie de l'œil gros et
stupide sont très bien vus, et rendus avec assez de franchise;
bien que le travail soit rude en somme, il est surprenant que le
sculpteur en ait pris si à son aise avec les frisures de la toison sur
le front, sur le cou et sur la poitrine, et s'en soit tenu à une sorte
de stylisation des plus conventionnelles. D'autant plus qu'un petit
bélier de pierre qui a été trouvé également au garrotal, et qui ne
semble pas d'époque plus récente (nous en reparlerons plus tard)
est traité avec beaucoup plus de vérité (pl. VII, E). Ajoutons que
l'observation fait aussi totalement défaut en ce qui concerne les
pattes de l'animal, qui non seulement sont attachées au corps de
façon tout à fait absurde, mais n'ont rien qui rappelle celles des
moutons.
Nous ne trouvons à ces anomalies qu'une explication, si l'on ne
veut pas se contenter d'en rendre responsable la grossièreté barbare
de l'auteur; c'est que le vieux tailleur de pierre a donné vraiment
une tête de bélier à un corps de taureau. Nous verrons bientôt des
exemples de taureaux dont le cuir se plisse au cou et au poi-
trail suivant cette même formule qui est ici appliquée à contre-
sens. Il est donc à croire que dans les édifices d'Osuna la coutume
était d'encastrer des bustes saillants de taureaux, et que ces orne-
ments étaient devenus classiques, si bien que lorsque sa fantaisie
ou quelque convenance religieuse poussa un sculpteur à remplacer
le taureau par le bélier, il ne se préoccupa que de la tête, et
laissant travailler suivant la tradition son ciseau routinier, ne
s'offusqua pas de créer cet être hybride qui nous étonneM.
Ce n'est pas du reste le seul exemple d'un abus de ce genre que
nous offre l'histoire de la plastique. On se rappelle qu'un grand
nombre de têtes viriles du Cerro de los Santos ont la chevelure
disposée régulièrement en dents, pointes et chevrons, dont la forme
conventionnelle a été empruntée par les Ibères à l'art chaldéen;
c'est un fait que M. Léon Heuzey a établi avec force depuis long-

(i) L'idée pourrait aussi être soutenue que la pierre à laquelle manque la tête
était vraiment un protome de taureau, et que sur la façade de l'édificed'où
proviennent ces ornements alternaient des animaux divers. Alors on devrait ad-
mettre que le sculpteur a fait tous les corps semblables, pour garder quelque
unité à la décoration.
temps;or nul n'ignore que ces mèches chaldéenries, dans leur pays
d'origine, ont servi indistinctementà figurer toute surface couverte
de cheveux, de poils, de laine, deplumes ou de franges, et qu'on
les retrouve tracées de même sur la tête des statues, sur le cou et les
épaules des lions, sur l'étoffe de kaunakés. N'y a-t-il pas là une négli.
gence ou, pour mieux dire, une paresse d'invention aussi grave que
celle du sculpteur d'Osuna, tenant à la même force d'inertie qui
fait le danger des conventions artistiques?
Quelle fut au reste la destination véritable de ces béliers? Nous
avons songé à des gargouilles, à cause de la forme, et aussi parce
que la première pierre rencontrée, celle dont la této est perdue,
est creusée sur sa face supérieure d'une sorte de canal qui aurait
pu servir à l'écoulement des eaux. Mais ce canal manque à la se-
conde, et la tête n'est pas percée comme il conviendrait dans cette
hypothèse. Nous pensons plus volontiers à des consoles saillantes
au sommet d'un mur pour supporter quelque architrave, l'extré-
mité de quelques poutres maîtresses d'entablement. La supposi-
tion est d'autant plus séduisante que la face supérieure du bloc
est plate et lisse.
Quoi qu'il en soit de la solution donnée au problème, il n'en
est pas moins intéressant d'avoir retrouvé ces deux débris qui ne
sont pas tout à fait obscurs, puisque nous y saisissons une fois
de plus ce mélange d'éléments étrangers et d'éléments indigènes
qui caractérise le style ibérique.
A ce titre le taureau dont nous allons nous occuper maintenant
a bien plus de valeur encore (pl. VIII, A). L'importance de cette
figure aurait pu nous la faire classer dans une autre série, et nous
autorisait à l'étudier comme une œuvre isolée de sculpture; mais
une des raisons qui lui donnent surtout du prix, c'est qu'elle a fait
partie intégranted'une construction.Ellene constituait pas un orne-
ment accessoire, n'ayant qu'une simple valeur décorative; mais elle
était vraiment un membreintime de J'édifice. En effet, tandis que
la tête et le cou sont traités en ronde-bosse, le reste du corps est
appliqué en très hautrelief contre un bloc épais. Nous connaissons
déjà dans .l'art ibérique une figure ainsi conçue; c'est l'une des
plus connues et des plus instructives, la Vicha de Balazote. Cet
animal fantastique à tête d'homme cornu, à corps de bœuf, a eu
l'heureuse fortune d'occuper M. Léon Heuzey qui en a mis en
lumière avec sa science et sa précision coutumière les caractères
HOU/I. Arch.des Missions Seqlles, T. XIII, 4e rase. VIII.

FOUILLES D'OSUNA
essentiels en le rattachant à des origines orientalesW. 11 est aisé
de voir que le taureau d'Osuna est établi de façon à être placé
exactement comme la Vicha de Balazote, c'est-à-dire à la manière
destaureauxque nous montrent certaines représentai ions de palais
assyriens, et qui supportent des piliers, on bien à la manière des
grands taureaux androcéphales qui gardent les portes des demeures
royales de Khorsabad ou de Susc. De plus il est couché tout à fait
comme la Vicha, les quatre pattes repliées sous son corps, et sa
queue,terminée de même par un plumet, s'enroule de même sur
1a cuisse gauche. Sans doute là s'arrêtent les rapports, et le taureau
n'a pas 1 intérêt que donne à la Vicha sa tête humaine.
De plus l'art en est extrêmement mauvais. On ne peut rien
maginer de plus mala Iroit que la construction de cette pauvre
bête. En particulier la tête est beaucoup trop petite pour le corps,
les pattes de devant ne sont pas en proportions avec celles de der-
rière. Tout l'arrière-train est d'ailleurs beaucoup trop puissant.
Mais ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est le dessus des pattes ployées,
et surtout la forme de l'épaule de devant et de toute la jambe
de derrière qui se découpent sans aucune vérité anatomique sur
le ventre énorme, carré, sans modelé. L'encolure est cerclée de
lignes parallèles assez indécises qui veulent signifier le plissement
des fanons, et dont le moindre défaut est d'être trop nombreuses,
trop uniformes, et de remonter jusque sur la nuque, comme
une série de colliers.
Enfin la tête, que la cassure des cornes et des oreilles contribue
à rendre encore moins naturelle, est taillée d'un ciseau rapide et
mou qui se contente d'un à peu près. L'ouvrier n'a pas su donner
sa forme exacte au museau, coupé au bout comme un groin, et
s'est contenté de figurer les naseaux par deux trous ronds, l'un
plus petit que l'autre, et les yeux par deux globes saillants sous
des paupières en amandes, sans se préoccuper de les mettre d'en-
semble. Au-dessus de ces yeux le front se plisse et les six traits
qui expriment le froncement du cuir se rapprochent sur le chan-
frein de facon tout a fait conventionnelle. On voit aussi un pli
transversal allant de la base d'une corne à l'autre, et ressemblant
à une lanière; une série de petites coches juxtaposées veut indiquer

(1)Monuments et mémoires de la fondation Piot, lyoi, p. l'>.?.Cf. Pierre


PARIS, Estai, t. I, p. 117 et soiv.; pl. IV et fig. 91-
les poils drus et frisés que les bœufs ont en effet pntre les cornes
(pl.VII,G).
;
Bref, les détails comme l'ensemble de cette figure massive sont
d'une facture et d'un style tout à fait barbares que nous sommes
loin de l'art à la fois sincère et savant, de l'am pleur et de l'effet
!
décoratif des superbes têtes de taureaux en bronze de Costig Mais
il faut pardonner ses fautes au sculpteur primitif en récompense
de ce que nous apprend son œuvre naïve sur les origines de son
art. On ne saurait trop se féliciter de pouvoir placer à côté de la
Vicha de Balazote ce taureau qui en confirme et en précise les
précieux enseignements.
Nous terminerons cette revue par l'étude de quelques pierres
sculptées en bas-relief sur plusieurs de leurs faces, dont le sens et
l'usage restent pour nous très obscurs. Les constructeurs de la

,
forteresse les ont brisées comme à plaisir, mais nous avons pu ras-
sembler deux à deux, ou trois à trois plusieurs fragments de façon
à reconstituer entièrement l'aspect de la décoration. Sur chacune
des faces, et sur toutes les pierres, était représenté le même sujet
ornemental, traité en très faible saillie plate. On voit à droite et à
gauche deux grosses torsades parallèles réunies en haut et en bas
par un simple bandeau étroit. Le champ rectangulaire ainsi dé-
terminé est rempli par une courte colonne cannelée, la tête s'en
épanouit de part et d'autre du fût en élégantes volutes ioniquesdont
les courbures sont tangentes au cadre. Contre le pied de la colonne
vient s'appuyer de chaque côté une crosse tangente aussi au cadre.
et dont la volute est disposée en sens inverse de celle du chapiteau.
Les petits écoinçons déterminés entre les volutes et les angles du
cadre qu'elles remplissent sont occupés par une simple petite feuille
dont l'ornement rejoint le sommet de l'angle. Sur l'une des faces
au moins on aperçoit que le bandeau supérieur ducadre est
décoré de dents (pl. V, B; VI, A, B).
Nous avons retrouvé les éléments de trois de ces tableaux; deux
proviennent du même bloc. Mais si le sujet est partout le même,
il y a une recherche certaine de diversité dans le détail. Ainsi,
d'abord, si la même torsade se reproduit à droite et à gauche sur
chaque face, d'une face à l'autre cette torsade change de dessin;
elle est ou très simple, une série d'S accrochées en façon de gros
tortil, ou assez compliquée, par exemple un écheveau à trois
brins.La colonne a de simples rudentures, ou une succession de
Xouv.Arch.des Missions Si'i"", T. XIII, 4e fase.l'l.IX.
FOUILLES D'OSUNA
cannelureset derudentures, ou même elle devient une colonne,
torse comme le laisse deviner un fragment. Les volutes et les
crosses sont de dessin plus ou moins sobre, tracé avec plus ou moins
de vigueur.
U est, nous le répétons, malaisé de déterminer l'emploi de ces
pierres.Nous avons pensé d'abord qu'elles servaient simplement
de bases à des piliers, mais leur cube ne paraît pas se prêter à cet
usage, et il faudrait d'ailleurs que quatre faces consécutives eussent
été sculptées, ce que nous ne croyons pas. Nous avons songé en-
suite à les rapprocher des pierres tombales recueillies en grand
nombre à Carthage, et où l'on trouve quelquefois des ornements
;
de ce genre mais outre qu'elles n'ont pas la forme de stèles funé-
raires, on n'y voit ni inscriptions, ni figures symboliques, et d'ail
leurs il n'y a pas de raison pour que les pierres tombales soient
décorées sur plusieurs faces.

(elles sont de même hauteur :


Nous préférerions cette hypothèse que ces pierres juxtaposées
o m. 39) formaient partie d'une
frise où les tresses et les colonnes auraient alterné comme les tri-
glyphes et les métopes des Grecs; les blocs décorés sur deux faces
auraient été employés aux angles. Cette disposition serait ingé-
nieuse, les colonnes paraissant alors soutenir un entablement ou
le larmier d'un toit. Mais ce n'est qu'une supposition, à laquelle
on peut objecter la trouvaille d'une autre pierre très probablement
de la même série où l'on voit seulement sur une saillie un
système très riche de cordes et de spirales enchevêtrées et com-
binées, bordées par une grosse torsade. Si le système décoratif est
le même, la pierre, par sa forme, ne se prêterait pas à l'usage qui
nous semblerait convenir aux précédentes (pl. V, A).
Peu importe d'ailleurs; l'essentiel est de noter le caractère très
nettement mycénien de ce décor sculpté. Les colonnes rappellent
sans conteste certains bijoux d'or à forme de palmiers; les enroule-
ments, les spirales et les torsades ont leurs analogues dans toute
l'ornementation mycénienne; il sunit de rappeler les stèles funé-
raires trouvées par Schliemann, et la fameuse lame de poignard.
Il n'est pas jusqu'à la colonne torse que nous avons signalée,
forme extrêmement rare, sinon absolument exceptionnelle, dans
l'art antique, qui ne se recommande de la colonne de la porte du
Trésor d'Agamemnon.
Peu de monuments ibériques gardent avec tant de force la
marque, que nous avons pourtant relevée ailleurs avec insistance,
de l'influence de MyoèRes, et la découverte a Osuna de ces débris
en apparence si humblesajoute une singulière force au témoi-
gnage de la céramique, des pierres des citanias du Portugal, des
armes d'Almedinilla, où apparaissent les crosses, les volutes, les
enroulements chers aux décorateurs de M ycènes. Ces pierres sont
la preuve indéniablequ'il y avait à une époque très antique une véri-
table unité d'art à travers toute la Péninsule,unité qu'avait créée
l'imitation commune des mêmes modèles importés.
Déjà, par cette simple étude de quelques restes d'architecture
retrouvés dans une petite ville de la Bétique, nous arrivons à con-
firmer ce que l'un de nous a essayé d'établir dans un livre récent,
à savoir que dès l'origine on trouve que les artistes de l'Ibérie ont
su profiter heureusement des leçons de l'Orient et de la Gre.

SCULPTURE.

On sait que les œuvres exécutées par les indigènes de la Pénin-


sule avant l'époque romaine, ou en dehors de l'influence romaine,
n'attirent que depuis peu l'attention. Sans M. Léon Heuzcy qui le
premier reconnut l'authenticité, les justes caractères et l'impôt
tance des sculptures du Cerro de los Santos, et suscita un actif
mouvement de recherches auxquelles nous avons pu prendre notre
part, il est probable que l'on en serait encore à ignorer complète-
ment qu'il y a un art ibérique digne d'être analysé et critiquée
Aussi n'est-il pas étonnant que personne ne se soit préoccupé des
deux bas-reliefs trouvés il y a longtemps à Osuna, au lieu même
où nous avons fouillé.
Le premier, selon les dires de José Postigo, le propriétaire du
garrotal, dires confirmés par nombre de témoins, représentait une
biche en train d'allaiter son faon, et "lUlire cyprès. Nous avons
insisté à plusieurs reprises auprès de Postigo pour lui faire préciser
l'attitude de la biche, et la nature des arbres qu'il appelle des
cyprès, et eela parce qu'il se trouve au musée de l'Ayuntamiento
de Séville une pierre sculptée où apparaît une biche avec son petit.
Ce bas.relief proviendrait, assure-tron, de Marchena. Or Mar-
ehena eet une petite ville toute voisine d'Osuna,ayant avec elle des
relations très faciles, et nous avons pensé que cette eienuJ. pourrait
bien être celle du garrotal, Il y a cependant une difficulté, c'est
que dans le champ du bas-relief, derrière le groupe de la biche et
du faon, est figuré un palmier au lieu des cyprès que portait la
pierre d'Osuna. Malgré tout, nous inclinons à penser qu'il ne s'agit
là que d'un seul et même monument, d'abord parce qu'il ne faut
avoir qu'une médiocre confiance dansl'intelligence et la mémoire de
Postigo, ensuite parce que d'après Postigolui-même le groupe
de la biche et du faon de son bas relief était absolument sem-
blable au groupe de la pierre conservée à Séville, De plus, tandis
que le palmier s'explique tout naturellement, puisqu'on le retrouve
sur d'autres monuments de la même région, par exemple sur une
autre stèle de Marchena, on se demande ce que viendraient faire ici
des cyprès. Ajoutons que personne à Marchena (nous nous sommes
inquiétés de le savoir) n'a souvenir de cette découverte qui, dans
une petite ville où il y a des aficionados, n'aurait pas manqué de
faire quelque bruit. D'ailleurs, si l'on s'en rapporte à Postigo, il
est facilede supposer qu'il ya eu deux ciervas, l'une accompagnée
du palmier, l'autre des cyprès,quifaisaient partie d'un même en-
semble décoratif, dont l'une s'est perdue, dont l'autre est passée
d'abord à Marchena, puis à Séville(l).
Heureusement le second bas-relief n'est ni perdu, ni même
égaré, puisqu'on peut le voir au Muséeprovincial de Séville. Il
représente, sur unepierreépaisse, en très forte saillie, deux per-
sonnages à qui manquent par disgrâce la tête et le haut des
épaules (pl. XUt A)(:2). De cette sculpture la provenance n'est pas
douteuse; mais à supposer même qu'elle fùt ignorée, il ne pourrait
subsister aucun doute, parce que nous pouvons rapprocher le frag-
ment de quelques autres provenant de nos fouilles, et ce rappro.,
chement prouve qu'ils appartenaient à la décoration d'un même
édifice.

(1) Sur le bas-relief de Séville voir Pieprp Paris, Essai, L i,p.3?8, lig. 3l.
La seconde stèle de Marchepa est i'iguiveIbid., fig. 3 d.
La question rt'¡l.iUeUl'S
se complique encore. si l'on se rappelleces quelques lignes de CFAN-BFRMUDEZ,
Sumarin de las anligiiedades romands que hay es Espana, p.
3ifl, au mot Lorilla t
«Lorilla o Lora Menor, alilea de Est pa en la proviacia de Sevilla. maptiene
las ruinas de suanligua poblacion, eotre las cuales se Jialla w» bnfo relieyt de
»
marmol que JigurabaIçicierva de Diana. Serait-ce la cierva du Musée de Sé-
ville? Le plu.. sage serait peut-être d'admettre tout simplement que le motif
de la bicheallaitant un faon était particulièrement aime des sculpteurs de
cette région.
C Musée de Séville, n° 596.
s'agit d'une ou deux frises taillées dans un grès assez tendre,
Il
mais de grain menu, et assez plastique, dont nous avons recueilli
quatre morceaux principaux.
10 Une pierre d'angle, longue de 1 m. 22, haute de o 111. 385
épaisse de o m. 28. On y voit sur la face principale six jambes,
vues de profil, et provenant de personnages tournés vers la gauche.
Sur la face étroite de gauche il reste une seule jambe. Comme le grès
est nettement coupé à sa partie supérieure, ilest certain que lasculp-
ture était taillée sur deux assises étroitementjointées (pl. X, A).
Toutes ces jambes, dont plusieurs ont été mutilées (même l'une
d'elles, la première à gauche, n'a laissé qu'une trace à saillie
déchirée sur le fond), sont de forme courte et lourde; elles sont
nues, mais les pieds sont chaussés de brodequins à bouts pointus
et relevés, que serre au-dessus de la cheville un triple lien plat.
Sur les deux premières jambes à droite vient se poser et s'ajus-
ter nettement un corps viril, dont la tête a par malheur sauté; le
bras gauche, qui était tendu en avant, était sculpté sur un autre
bloc que nous n'avons pas retrouvé.
Le personnage ainsi reconstitué en grande partie est un fantas-
sin qui s'avance vers la gauche, les jambes vues de profil (nous

;
l'avons indiqué) et le reste du corps vu de dos. Le bras droit dis-
paraît presque complètement derrière la poitrine on n'en voit que
l'attache à l'épaule et à gauche, sous l'autre bras, la main tenant
contre la taille la poignée d'un sabre. Le bras gauche était tendu
en avant et tenait assurément un petit bouclier. Le soldat est vêtu
d'une tunique courte toute plissée de plis contrariés, formant des
épaules à la taille d'abord, puis de la taille jusqu'au bord inférieur,
des angles aigus dont les sommets sont tournés vers le bas. La taille
est marquée plutôt que vraiment serrée par une ceinture assez
lâche que constituait soit un large bandeau divisé en trois par une
gaufrure, soit un étroit galon trois fois enroulé.
2° Pour nous rendre moins sensible la mutilation de ce personnage,
dont la tête et les bras ont été brisés, les fouilles nous ont rendu un
groupe de deux soldats semblables, sculptés sur un même bloc, et
ceux-ci sont dans un état de conservation presque parfait. Il n'est
point douteux que ce bloc ne provienne du même édifice, mais je
n'oserais pas affirmer qu'il appartenait à la même frise, parce que les
corps entiers des deux hommes sont taillés sur un bloc unique, et
il est assez difficile d'admettre que la même frise ait été distribuée
fa,c.

D'OSUNA

FOUILLES

XIII,

T.

Mixtion*

Jet
Arch.

A'oup.
Xl.

l'l.

D'OSUNA

FOUILLES

4Pfasc.
.¡ejasc.

XIII,

T.
T.
,S'c.,,,,,,
Sc<J/

J/i.!<iol1"
ions

ss
Mi

des
d('.
Arch.
Al'ch.

Nouv.
là sur deux assises, et ici sur une seule. La chose n'est pourtant
pas impossible. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître ici et là le
même ciseau. L'attitude des deux fantassins est exactement la
même que celle que nous venons de décrire tout à l'heure leur
costume, leurs chaussures sont identiques; mais nous apprenons
;
de plus qu'ils ont comme arme offensive un sabre à lame courte,
comme arme défensive une petite rondache à umbo, exactement
semblable à la rondache des Lusitaniens que Strabon décrit ainsi :
âcnrtSiov Jhrouv, xoïkovsis TO ëp:npoO"Bev, c'est-à-dire un petit bou-

,
clier ayant deux pieds de diamètre, et à surface extérieure con-
cave. Leur tête est nue, couverte de courts cheveux drus coupés
net assez bas sur le front. C'est le lieu de rappeler que, suivant
Strabon encore, les Lusitaniens de son temps combattaient tête
nue, se contentant de se nouer quelque étoffe autour du front,
anpcocrctfxsvoi Ta (JLsxùma (xot)(pvTa.i, à la manière sans doute des
Espagnols modernes, en particulier des Aragonais (1) (pl. XI, A).
3° Sur un troisième bloc était sculpté un autre guerrier. Il est
regrettable qu'il ait si tristement souffert (il lui manque la tête, le
bras droit et les deux jambes), car il différé des précédents par
plusieurs traits intéressants. D'abord, bien que les jambes aient
été modelées de profil, son torse est vu non plus de dos, mais de
face; le bouclier, dont les bords sont très écornés, est maintenu
tout contre sa poitrine; il est du reste tout à fait semblable aux
autres. Mais la tunique est ici différente, ou plutôt la tunique
est remplacée par une cuirasse dont on voit les pièces appliquées
à glissement sur les épaules, et qui forme depuis la taille comme
une jupe à triple étage de petites languettes ou lanières superposées.
M. Léon Heuzey a rapproché cette cuirasse de celles que l'on
remarque particulièrement sur les bronzes phéniciens et sur les
cylindres dits hétéens ou hittites. Peut-être, plus simplement,
faut-il voir dans ces lambrequins trois volants de tunique froncee
à petits plis (pl. XI. B).
Cette variante dans l'uniforme, et cette attitude différente de
celle des soldats groupes en compagnie, peuvent désigner un otli-
cier marchant en avant de son bataillon.
Sur le bas-relief du musée de Séville les deux personnages n'ont
de profil
pas moins d'intérêt (pl. XII, A). Le premier à droite est vu

c' STRAB.,111, p.LÔ't,I5Ô.


et regarde vers la gauche. Il ne semble pas marcher, car son pied
gauche recouvre en partie son pied droit, et si la jambe droite est un
peu infléchie, la gauche est tendue dans une position d'immobilité.
Il est difficile de reconnaître exactement ce que faisait cet homme
Il
dont tout le haut du corps est niutilé. semble pourtant que son
avant-bras gauche se porte en avant, et que la main a tenu un
objet. Son vêtement est celui des premiers fantassins, la tunique
plissée à ceinturon; mais ses chaussures sont différentes, ou du
moins différemment attachées au-dessus de la cheviUe où l'on ne
voit que deux tours de cordon.
Quant à son compagnon, qui se présente de face, il est bizarre-
ment accoutré d'une grande robe flottante qui tombe plus bas que
les mollets, ou plutôt d'une double robe, car on voit en bas
comme deux étoffes superposées, l'une dépassant l'autre. Ce vête-
ment est fendu sur le côté gauche, et laisse apercevoir unepartie de
la jambe nue. Il est, comme les tuniques courtes des soldats, strié
de raies parallèles, celles de droite contrariant celles de gauche,
qui indiquent un plissement serré. Aux pieds se voient les mêmes

;
brodequins qu'à ceux du personnage précédent. Il est absolument
impossible de savoir ce que faisait cet homme ainsi équipé il est à
supposer que ces longs habits sans ceinture conviennent à un
prêtre ou tout au moins à un civil.
Nous ne prétendons pas que toutes ces figures aient un grand
mérite d'art; mais la valeur archéologique en est notable, car rien
de tel encore n'avait été exhumé du sol de l'Espagne. Il ne peut y
avoir de doute sur leur origineibérique, parce que ces bas-reliefs
ne ressemblent en rien à ce qu'auraient pu importer les Phéni-
ciens, les Grecs ou les Romains.
Sans doute les sculpteurs qui ont taillé ces images étaient d'une
grande naïveté. Les attitudes ne sont jamais naturelles, et l'observa-
tion de la vie était la moindre qualité des auteurs. Il saute aux
yeux que, sauf deux exceptions, le guerrier qui porte la cuirasse et
celui qui se trouve à gauche sur le fragment de Séville, les torses
sont adaptés à la taille et aux jambes avec la plus enfantine mal-
adresse, et si les tuniques n'enveloppaient de mystère le nu des
hanches, on ne comprendrait pas la torsion infligée au squelette et
aux muscles pour arriver à représenter des personnages à la fois
de dos et de profil.
La difficulté a été plus grossièrement résolue encore lorsqu'il
Nouv. Arch. des Missions Scques,T. XIII, 4efasc.
pi XII.

FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Édit.
s'est agi de présenter de face, et peut-être dans l'attitude de la
marche, le personnage à grande toge. Les jambes largement écar-
tées le rendent horriblement bancal, et le seul pied qu'il a con-
servé, vu par le bout, est difforme.
Du reste, les défauts de ces œuvres sont innombrables. Les bras
sont très mal attachés, et toute la structure du corps est incorrecte,
comme si les sculpteurs n'avaient pas pris soin de regarder, à plus
forte raison d'étudier et de copier la nature. On se rend bien
compte encore de cette faute lorsqu'on examine les proportions,
qui ne sont jamais justes, et semblent choisies par les artistes pour
répondre à l'idée, je ne dis pas à l'idéal,equ'ils se faisaient des
formes humaines. Or l'homme, ils le voyaient petit et court,
robuste et trapu, large aux épaules et à la ceinture, et comme
tassé sur ses jambes fortes. C'est un caractère que nous retrouverons
sans cesse dans la suite de cette étude, et qui, tout en faisant la part
de l'archaïsme, témoigne bien d'une intention ou tout au moins
d'une vision spéciale.
Quant au modelé des parties du corps laissées nues, il est aussi
rudimentaire que le dessin, ou plutôt il n'existe pas. Sous les chairs
molles et empâtées on ne soupçonne nullement l'ossature, et le
sculpteur est satisfait, à bon compte, s'il a réussi à esquisser la
silhouette de ses personnages; peu lui importe qu'ils aient l'aspect
de mannequins plutôt que d'hommes.
Nous n'avons encore rien dit des têtes. Si l'on considère les deux
seules qui se sont conservées (elles sont, par un heureux hasard, à
peu près intactes), on est choqué de la forme du crâne et de celle
des mâchoires, de la place et du développement des oreilles.
Cependant il y a peut-être lieu d'observer ici que l'aspect étrange
de ces visages n'est pas dû seulement à la rudesse barbare, et, si
l'on veut être indulgent, à l'archaïsme de l'auteur. En effet, si les
yeux dessinés de face, à la mode orientale ou grecque archaïque,
s'expliquent par l'antiquité même de la sculpture, il n'en est plus
ainsi du prognathisme presque monstrueux et de la bouffissure des
lèvres des guerriers. Ces traits sont dus certainement a la préoccu-
pation de caractériser le type d'une race, et l'on songe tout natu-
rellement à reconnaître dans ces fantassins, que leur armement et
leur uniforme devraient faire appeler Ibères, un contingent de nègres
africains à la solde de quelque peuple ou roi de la Péninsule. Cepen-
dant il y a une objection grave, c'est que les cheveux, tels qu'ils sont
ici ligures, ne sont
pas crépus, mais sont disposés en un triple
étage de petites mèches plates.N'y a-t-il là qu'une impuissance
du sculpteur à pousser son observation jusqu'au menu détail,
ou même à exprimer avec son ciseau ce détail, si l'expression en
exige un travail nouveau, en dehors de la tradition routinière
de l'atelier?
D'autre part la technique de ces bas-reliefs est assez curieuse.
La saillie est très vigoureuse, et les corps se détachent hautement
sur le fond; mais il y a très peu de modelé. Si l'on examine, par
exemple, les jambes des personnages, on voit qu'elles sont taillées
presque carrément, et que le contour en est marqué par un
angle sec, presque droit; c'est une sorte de découpage plan sur
plan, et ce qui accentue l'effet du procédé, c'est que la surface des
corps est presque plate. On se demande si ce n'est pas un souvenir
de la technique des ouvriers sculpteurs de bois, soit qu'il y ait eu
une époque en Espagne même où l'on se servait du bois pour les
statues et la sculpture décorative, soit que les artistes d'Osuna aient
simplement copié leurs procédés sur des modèles importés, ou
emprunté leurs outils à des maîtres étrangers. Du reste, dans le
détail même on reconnaît aisément l'emploi, probablement exclu-
sif, de la gouge et du ciseau à bois; il suflit d'examiner, par
exemple, les plis des tuniques ou la ligne sèche qui coupe les
cheveux sur le front.
Nous devons ajouter que cette facture semble particulière à
un atelier, car nous verrons bientôt d'autres bas-reliefs dont la
technique est toute différente.
Ces divers fragments ne se laissent pas ajouter l'un a l'autre de
façon à former une suite continue; aussi serait-il téméraire d'es-
sayer de reconstituer la frise, ni même d'en déterminer exacte-
ment le sujet, si l'on ne veut pas se contenter de dire qu'il y était
représenté un défilé de soldats. D'ailleurs, s'il y avait cela, il y avait
aussi autre chose, comme le prouvent deux autres bas-reliefs que
nous n'hésitons pas à rapporter à la même série, et dont le second
tout au moins est tout à fait imprévu et un peu déconcertant.
Le premier représente un homme debout, vu de face les
mains derrière le dos. Sa tête et ses pieds ont été brisés. Il est
,
vêtu, comme les soldats, d'une tunique courte et assez ample,
mais cette tunique n'est pas froncée verticalement à petits plis;
elle est unie, et l'ampleur en est simplement diminuée par une
Nouv. Ai-eh.(les Mipsioyis Scqllcs. T. XIII, 41 fase.
n7 y,,
FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Édit.
ceinture qui maintient l'étoffe ramenée sur elle-même à droite et à
gauche. Cette ceinture est plate, de largeur inégale, et les deux
bouts en sont réunis par devant avec négligence. Les jambes
paraissent nues. Le style de cette figure n'est pas meilleur que
celui des précédentes; cependant le travail, quoique peu poussé,
paraît un peu plus souple; les contours du torse et des jambes sont
moins anguleux.
Il ne semble pas douteux que nous sommes en présence d'un
prisonnier dont les mains ont été attachées derrière le dos, et ce
motif s'accorde bien avec les représentations militaires des autres
débris de la frise. Mais il n'en est pas de même, en apparence du
moins, du bas-relief auquel nous arrivons maintenantIl repré-
sente un homme vu de côté, marchant sur les mains de telle sorte
que ses jambes dressées se retournent, et que les plantes de ses pieds
viennent presque se poser sur le sommet de sa tète. Ce tour
d'équilibre est bien connu, et l'on sait que les anciens ont souvent
représenté des acrobates, hommes ou femmes, se livrant à cet
exercice. Les Grecs leur donnaient le nom de xvfittrltjTijpe?, qui se
trouve déjà dans Homère, et de xUbla1"Y/Tplal (pl. XIII).
L'acrobate d'Osuna appartient à la même race que les deux
fantassins de la planche XI, A. Son nez, sa bouche et son menton
ont été emportés par quelque choc, mais il reste les yeux, dessinés
de profil, les cheveux étagés et coupés sur le front, l'oreille
difforme et mal placée. D'autre part, si le costume est réduit à
une petite jupe plissée, à une sorte de pagne descendant de la
taille, où il est retenu par un ceinturon, jusqu'àmi-cuisses, les
pieds avaient la même chaussure, le brodequin, ou plutôt l'espa-
drille attachée au-dessus du cou-de-pied. Par malheur les pointes
de ces pieds ont été brisées.
L'exécution est la même, anguleuse et plate, que celle des
autres bas-reliefs, et l'on est étonné que le sculpteur, usant d'une
(J; Dans le journal d'Osuna El Paleto du 19 mars 1903, el Anonimo de
Ostuutaécrit à propos de ce bas-relief « Se ha descubicrto hace muy pocos dias
otra piedra, labrada tamhicn al relieve, que representa ul/a figura coma de mujev
o niiia descansando sobre el vientre, con la cabeza
hechada atras y las piernas
dobladas sobre cldorso.n Dans les articles suivants, du Palcto. l'Anonyme
d'Osuna, devenu notre très biemeillant ami, et informe par nos soins, a donné
des descriptions moins fantaisistes à ses lecteurs. L'article du Paleto dont
nous venons de donner un extrait a été reproduit en partie, sans indication
d'origine,d'ailleurs, par El Liberal de SéviHe (3i juin igo3).
technique et d'outils si rudimentaires, ait osé aborder un sujet
si difficile, qui demandait une science sérieuse de l'anatomie, et
une certaine maîtrise du ciseau. Il n'a guère réussi dans cet
exercice au-dessus de ses forces. Rien de plus maladroit, par
exemple, que l'épaule et l'attache du cou; rien de plus dispro-
portionné que les bras et les jambes, que la tête et tout le corps, et
ainsi de suite.
Il faut cependant remarquer que l'aspect du personnage n'est
pas tout à fait aussi lourd et trapu; il semble au contraire que
si on le redressait il serait long et effilé. Il est du reste, vis-à-vis
des guerriers, d'une grandeur démesurée. Mais ce n'est là que le
résultat, à notre avis, de l'application qu'a faite le sculpteur du
principe connu, quand il s'agit d'art grec, sous le nom d'isocépha-
lie, c'est-à-dire que, quelle que soit l'attitude des personnages, ils
occupent toute la hauteur du fond, de manière à ce qu'il n'y ait
pas de vide au-dessus de quelques tètes. On sait que ce principe a
été appliqué avec tant d'adresse et de succès à la frise des Pan-
athénées qu'il faut quelque attention à remarquer le fait. Il est
intéressant de noter une pareille convention dans les œuvres ar-
chaïques de l'Espagne.
Mais que faisait là cet acrobate? Il n'y a qu'une hypothèse qui
pour le moment nous paraisse acceptable. La frise devait décorer
quelque important hérôon funéraire, le tombeau d'un roi puissant
ou d'un général glorieux, et ses contemporains ont voulu conserver
par la sculpture le souvenir de ses exploits guerriers en même
temps que de ses funérailles pompeuses. Dans les festins Homère
fait apparaître des xv@«r1tiTrjpss, et l'on peut bien admettre que
les Ibères ont emprunté aux Grecs de l'épopée cet usage, l'appli-
quant aux banquets funéraires et aux réjouissances en l'honneur
d'une victoire. Il est extrêmement curieux de rappeler qu'au
portail de la cathédrale de Rouen, devant la table où festoient
Hérode et ses convives, Salomé vêtue d'une longue robe se livre
aux mêmes ébats que notre acrobate ibère; elle a exactement la
même position. Mais avec quelle souplesse, quelle élégance et
quelle vérité notre vieil imagier du XIIIe siècle a exécuté ce morceau
que l'on s'attendait si peu à voir en un tel tableau!

Ces guerriers ne sont pas les seuls que nous ayons retrouvés à
Osuna. Il y en avait quatre autres, également en bas-relief, appar"
tenant à deux autres frises plus intéressantes peut-être que les
premières. Deux sont sculptés sur une pierre à part, les deux
autres sur deux faces d'une pierre d'angle. Décrivons d'abord ces
derniers.
o ;
Pierre d'angle, hauteur m. f)7 épaisseur, sans le relief, o 111. 23;
saillie maximum des figures, o ni. o5 (pl. XIV).
Face A. Fantassin courant vers la gauche. Il tient à gauche,
un peu bas, un grand bouclier ovale derrière lequel disparaît
tout son bras; au centre du bouclier saillit un umbo ovale qui
est relié aux bords de l'orbe par deux diamètres en croix, l'un
formé par une plate-bande, l'autre par un simple cordon en
relief. La main droite vivement ramenée en arrière tient un sabre
d'un type bien connu, dont le beau fragment de guerrier d'Elche
qui est au musée du Louvre nous a déjà donné un exemple, et
dont on a retrouvé dans diverses nécropoles, surtout à Almedinilla,
dans la province de Cordoue, de très beaux modèles. C'est pro-
prement un sabre de fer caractérisé par la courbure spéciale de
sa lame en forme de copis, et par la disposition de la poignée qui
tend à recouvrir et protéger la main. Ici l'on voit très nettement
que cette garde est façonnée en tête de cheval, ou plutôt de
griffon; une tige relie l'extrémité de cette tête à la naissance
de la lame, absolument comme dans de nombreux spécimens
d'Almedinilla. C'est la première fois que la sculpture nous
offre une représentation aussi complète et aussi nette de cette
arme, et par notre découverte d'Osuna se trouve confirmée, s'il
en est besoin, l'authenticité des sabres d'Almedinilla, dont l'un
surtout, le plus beau, le sabre augriffon, a un air moyen âge
qui l'a rendu et le rend encore suspect aux yeux de personnes
bien averties des choses de l'archéologie ibérique.
Notre soldat porte un casque ajusté au crâne, descendant assez
bas sur le front, et qui semble couvert d'une sorte de perruque
tombant sur le cou en longues mèches régulières; il faut du reste
une certaine attention pour ne pas croire, tout simplement, que
les tètes sont nues et amplement chevelues; mais ce qui lève
toute incertitude, c'est que l'on aperçoit très certainement un
cimier étroit et raide formé, si l'on en juge par les traits rapprochés
qui le strient, de crins courts piqués en brosse.
On ne peut préciser si le personnage portait ou non des braies;
la chose est seulement probable; dans tous les cas elles seraient
très collantes, car les cuisses et les mollets sont modelés comme
s'ils étaient nus. Les pieds devaient être chaussés, car le sculpteur
n'a pas indiqué les orteils; on peut admettre comme très vraisem-
blable que la couleur suppléait ici le ciseau.
Au contraire on voit très nettement, sur le haut du corps, la
coupe de la tunique et de la cuirasse dont il est couvert. La
tunique est courte, sans manches, très aj ustée, serrée par une
ceinture, courroie ou bandelette de métal, qui faisait deux fois
et demie le tour de la taille, et était fixée par une boucle au milieu
du dos. Cette boucle est fort simple, et non sans élégance, étant
formée de quatre boutons groupés autour d'un cinquième au
bord duquel ils sont tangents. Le bord inférieur de la casaque
est décoré de traits horizontaux en creux, dont quelques-uns,
raccordés verticalement aux premiers, simulent l'ouverture de
deux courtes basques. Autour du cou et à l'entournure des
épaules on distingue une bande rouge. Toute la surface, du reste,
était aussi teintée de rouge, mais de nuance moins foncée.
M. Léon Heuzey a observé que ces liserés et d'autres traits à la
pointe, et ces couleurs semées sur la tunique indiquaient la présence
d'une cuirasse à lambrequins, une cuirasse à la grecque, et peut-
être même cette cuirasse de lin, dont les Ibères faisaient grand
usage, au dire de Strabon.
Il faut noter que si le champ du bas-relief est simplement ravalé
avec soin, la surface de la sculpture a été plus finement polie, et
comme le grain de la pierre est très peu serré, l'artiste a remédié
à ce défaut par une application de stuc qui a persisté par places,
en particulier sur l'épaule gauche.
A l'intérêt de l'armement et du costume s'ajoute celui du visage
vu de profil. Ce qui le caractérise surtout, c'est la finesse du nez
droit, la petitesse de la bouche proéminente, la fuite nette, mais
non exagérée du menton, et, en ce qui concerne la technique,
l'obliquité de l'œil en amande, où la prunelle est cerclée d'un
trait creux. L'œil est d'ailleurs dessiné comme s'il se présentait
de face, bien qu'il soit vu de profil.
Face B. La seconde face de la pierre est par malheur bien
mutilée. Elle portait un guerrier du même type, s'avançant vers
la droite. On voit l'envers de son grand bouclier, la tête à peu
près intacte, l'épaule gauche et le bras gauche avec la main accro-
chée à la poignée interne du bouclier.
"-A/I.
Pl.1'.

D'OSUNA

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Le casque est absolument semblable à celui du soldat précédent;
il portait une tunique et une cuirasse rouge identiques, bordées
au cou par une bande plate dont les bouts se croisent en nœud
de cravate. Ce détail est bien particulier, mais non pas unique,
car on peut le retrouver sur un torse de statue virile du Cerro
de los Santos (1), et sur une petite figurine de bronze provenant de
Cehegin au Musée du Louvre -1.
Un large bracelet serre le bras
au-dessus du coude. Enfin le visage dénote absolument la même
race et la même technique que celui de l'autre fantassin. Les yeux
sont dessinés de même, le nez et la bouche ont la même finesse
seulement les joues sont un peu plus pleines.
On voit qu'il n'y a nul rapport entre ces soldats et ceux de la
série précédente. Leur costume diffère, ainsi que leur armement;
et aussi le type de leur visage les rattache à une autre race.Frappé
de ce que leur bouclier ressemble beaucoup au Bupeos (iaxp6s des
Gaulois, M. Léon Heuzey émet avec toute prudence l'hypothèse
que l'on pourrait bien avoir sous les yeux des Celtibériens. Il faut,
croyons-nous, laisser au temps le soin de confirmer cette ingénieuse
et séduisante supposition; elle a besoin de s'appuyer encore sur
d'autres découvertes.
D'autre part le style de la sculpture est ici tout à fait distinct.
Sans doute tout n'est pas à louer dans ces bas-reliefs. Si nous
considérons le premier guerrier, nous voyons que l'attitude de la
course, dans laquelle il est représenté, est bien mal observée.
Comme pour les soldats de l'autre frise, il y a la plus grande
maladresse dans la manière dont l'homme est vu à la fois de dos
et de profil. Cependant le sculpteur a cherché à rendre le mouve-
ment moins forcé, et si les jambes sont présentées de côté, tout
le bassin participe un peu déjà, posé comme il est de trois quarts,
à la position du torse; si les bras, grêles et courts, s'accordent
assez bien aux épaules étroites et à la taille fine, ils sont en dis-
proportion fàcheuse avec les jambes, et les pieds trop forts sont
de même hors de mesure avec les mollets et les cuisses, dispropor-
tions qui nous ont déjà frappés dans la figure de la frise précé-
dente. Enfin, si la forme ronde et molle, si le modelé un peu
plus nuancé des jambes témoignent d'une technique toute diffe-
(1) J. DE Dios DE L\ dei Crrro
RADA Y ])ELGo\OO, Anti,qiiedade.ç de los Santos,
pl.X,n° 5.
(2) Pierre PARTS, Essai, t. I, fig. 272. »
rente, et peut-être un peu supérieure à celle de cette frise, dont
la taille anguleuse et coupante nous avait choqués; si nous notons
un peu plus de soin et de goùt dans le détail, par exemple dans
les ornements gravés qui décorent les vêtements, il n'en est pas
moins vrai que ces bas-reliefs sont encore les produits d'un art
enfantin et primitif.
Du moins y a-t-il quelque progrès des premiers documents aux
seconds, et si nous ne nous trompons pas, ce progrès est dû à
l'influence d'un art étranger, nous voulons dire de l'art grec. C'est
du moins ce que nous semble prouver l'étude des deux têtes
heureusement assez bien conservées. En effet on commence main-
tenant à connaître un assez grand nombre de monuments ibériques
pour qu'il soit en somme aisé de discerner ceux qu'ont exécutés
les indigènes en dehors de toute suggestion étrangère de ceux qui
doivent quelque chose à des modèles venus d'ailleurs. C'est ainsi
que certaines têtes du Cerro de los Santos, têtes de femmes ou
têtes d'hommes, portent nettement sur leur visage espagnoll'em-
preinte de l'archaïsme ou de l'art du ve siècle hellénique; c'est
ainsi que la Vicha de Balazote ou les Sphinx du Salobral évoquent,
malgré l'originalité de leur type et de leur facture locale, des
souvenirs de monstres d'Orient.
Les deux guerriers en question ne peuvent qu'être sortis d'un
atelier indigène, car leur aspect ne permet de les confondre ni
avec des œuvres phéniciennes, ni avec des œuvres grecques. La
forme lourde et basse de leur corps, le pénible assemblement de
leurs membres, le modelé sans vigueur de leurs muscles, sans
oublier la nudité de leurs jambes et la forme de leur casaque-
cuirasse, tout cela les rapproche sans conteste des guerriers de
l'autre frise. Le grand bouclier ovale, s'il n'est pas caractéristique
des combattants celtibériques, semble du moins une innovation,
une mode étrangère; on ne peut manquer de le comparer, en
même temps qu'au Bupeàs [xouepos des Gaulois, au scutuin des
Romains, qui est peut-être le bouclier étrusque légèrement modifié.
La petiterondache était d'usage beaucoup plus répandu, si l'on en
juge par le nombre de monuments où on la voit figuréeM. Quant au

(1) Des guerriers, sur un bas-relief d'Estrpa au Musée provincial de Séville,


portent de grands boucliers qui sont de forme oblongue, et dont le centre
est orné d'un umbo d'où part une bande longitudinalcomme on en voit
Nouv. Arch. des Missions Scqlles, T. XIII, 4efasc. Pl. XV.

FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX,Édit.
glaive, il est inutile d'insister sur son originalité; quoique la forme
de la lame semble empruntée soit à l'Asie, soit à la Grèce, puisque
c'est exactement celle de la xonfe, la poignée et la garde, du moins,
sont purement et exclusivement ibériques.
Si, d'autre part, ou examine particulièrement la tète de nos
personnages, on ne peut plus en affirmer aussi catégoriquement
l'originalité. D'abord ces têtes sont couvertes d'un casque. Ce fait
n'aurait pas grande importance, bien qu'il soit exceptionnel, si ce
casque avait quelque rapport, par exemple, avec ceux que portent
quelques rares figures du Cerro de los Santos, ou quelques sta-
tuettes de bronze. Mais il est d'une forme et d'un type tout a
fait nouveaux en Espagne, et dont il faut aller en Grèce chercher
les équivalents. Le timbre débordant sur la nuque, le cimier de
crin, nous ne les avions vus jusqu'ici que sur le crânedeguerriers
grecs ou romains, mais surtout grecs; les Ibères ont certainement
fait un emprunt, mais, suivant leur habitude, ils ont fait complè-
tement leur ce bien étranger, en adjoignant au cimier cette cheve-
lure curieuse que nous avons signalée.
Et quant au visage lui-même, le profil en est dessiné avec une
finesse qui contraste heureusement avec l'épaisseur lourde du corps
et des membres. On est étonné que le même ciseau ait si mal-
adroitement ébauché le torse trop court, les jambes trop molles,
et marqué avec tant de précision presque élégante, d'une part les
détails de la crinière qui couvre lecasque, de l'autre le contour
des yeux, du nez et de la bouche, modelé avec un véritable charme
les joues et le menton. Nous ne connaissons dans les arts des
peuples contemporains que l'art grec qui ait pu inspirer au scul p-
teurd'Osuna cet effort sur sa nature, cette victoire sur sa rude
maladresse instinctive.
On en jugera mieux encore si l'on examine maintenant les deux
autres guerriers que nous avons découverts, et qui proviennent
encore d'un nouveau monument, ou du moins d'une nouvelle
frise.
L'un d'eux, vu complètement de profil, s'avance de droite à
gauche, comme on défile à la parade, le sabre haut, incliné sur
l'épaule, et a demi caché par son grand bouclier. Il est tête nue,

aux boucliers ovales d'Osuna. Mais ces fantassins sont peut-être des Romains.
(Pierre Puus, Essai, t. I,fig.316.)
les cheveux coupés courts; il est vêtu d'une petite casaque sans
plis, dont la basque ne tombe qu'un peu plus bas que les reins,
et qui montre aussi une apparence de lambrequins; à la taille un
large ceinturon; les jambes nues, et si nous voyons bien, pas de
chaussures. Le grand bouclier est ovale avec un umbo et cette
ligne saillante suivant le plus long diamètre que nous avons déjà
remarquée. Le sabre ou plutôt le glaive, a une poignée courte,
sans garde, terminée par deux boules, une lame large en fer
de lance très allongé. Ce n'est plus, on le voit la forme copis,
mais assurément le gladius ibericus, dont nous voyons ici le pre-
mierspécimen certain; on comprend l'intérêt de ce détail,
quand on se rappelle que les Romains avaient apprécié cette arme
au point de l'adopter sans presque aucune modification (pl. XV).
L'autre soldat est le frère de celui-ci ]); il a même glaive, même

;
bouclier; sa tête est aussi sans casque; il porte un justaucorps
pareil ses jambes, ses pieds sont nus. Mais au lieu de s'avancer de
droite à gauche, il marche vers la droite, ce qui fait que l'on n'aper-
,
çoit sur le fond du bas-relief, que l'envers du bouclier (une petite
partie seulement, car le bouclier débordait sur une pierre contiguë)
mais qu'en revanche on voit tout le bras droit avec le glaive qui
est porté obliquement devant la poitrine, au lieu d'être levé à hau-
teur de la tête.
Le premier personnage est d'un mouvement plus juste que
le second, qui semble tomber en avant, et dont les jambes ont
une flexion malheureuse. Mais l'un et l'autre ne méritent que notre
intérêt d'archéologues; ils sont d'un art vraiment barbare, et sauf
un effort à rendre avec quelque vérité les boucles de la chevelure,
nous ne trouvons rien à louer dans ces figures. Sachons leur gré
cependant d'avoir conservé tout à fait intact leur caractère ibérique
et de nous renseigner une fois de plus, en même temps que sur le
détail de l'uniforme de guerre et de l'armement des fantassins de
l'Espagne primitive, sur le peu de génie des vieux imagiers indi-
gènes lorsqu'ils sont livrés à leur seule inspiration.
Nous ne croyons pas nous tromper en attribuant à la décoration
du même édifice le cavalier que nous avons trouvé brisé en deux
morceaux, et que l'on a pu reconstituer au Louvre (pl. XII).
Nous avons pensé d'abord, en voyant la forme arrondie de la

(\) Hauteur,om. 73.


Nouv. Arch. des Missions Scqller,T. XIJJ,4efasc. Pl. XVI.

FOUILLES D'OSUNA
pierre par en haut, qu'il s'agissait d'une stèle funéraire. Mais eu
constatant depuis quel rapport frappant de type et de style il y a
entre ce cavalier et les deux fantassins dont nous venons de parler,
nous nous sommes convaincus que nous étions en présence d'un
acrotère. La courbure supérieure du bas-relief convient partaite-
ment à cette destination, et puisque nous avons pu relever à
Osuna des traces manifestes de l'influence grecque, il n'y a aucune
difficulté à admettre que les architectes de cette région ont goûté
et employé ce motif, qui couronne si bien les angles ou le faîte
d'un monument (1).
Le cheval est lancé au galop, les pattes de derrière touchant
seules le sol; le cavalier qui le maîtrise est un soldat, comme le
prouve le sabre qu'il tient la pointe en avant. Il n'a pas de casque,
mais ce détail n'est pas pour nous surprendre, puisque nous avons
vu la plupart des guerriers d'Osuna représentés tête nue, et que
sur un grand nombre de monnaies ibériques au type du jinete,
ce jinete (qui doit être un dieu, mais est équipé comme un
simple mortel) n'est pas non plus casqué.
Le sabre n'est pas bien conservé, que l'on examine la poignée
ou la lame; nous ne croyons pas qu'il se rapporte exactement à
aucun des types que nous avons notés jusqu'ici. Il semble pourtant
que la lame soit légèrement courbée en dehors, et se rapproche
du modèle de la copis. Sans doute il s'agit d'une forme spéciale
réservée à la cavalerie, d'un sabre plus fait pour frapper de taille
que d'estoc -2'.
Quant au costume du guerrier, il se réduit à la petite tunique
collante, serrée à la taille, et très courte; elle est sans plis, et sur
le haut de la cuisse on distingue trois traits gravés qui indiquent
une couture, ou les bords rapprochés de deux basques. Les jambes
sont nues, et nous n'avons pas remarqué d'indication positive d'une
botte ou d'une chaussure quelconque.
La tête, trèsbienconservée, est intéressante. Le profilest de

;1 j)
11
Albacete
a au Louvre un acrotère d'angle en pierre, provenant
du Salobral
qui est orné d'une sculpture très curieuse. Le monument ne laisse
aucun doute sur l'usage que les Ibères ont l'ait de ce genre de couronnement
(Pierre PARIS, Bulletinhispanique, 1906, p. 221 et pl. I.)
(2) Il y
a donc lieu de supprimer la remarque faite dans 1Essai sur l'art et
l'industriede l'Espagne primitive, t. II, p. 280, que la Copis iberique a pu être
spécialement à l'usage des cavaliers.
type très nouveau; le front est très bombé et le nez relevé, la
bouche est petite et fine, et le menton dessiné d'une jolie courbe
sans lourdeur. L'œil,vu de face selon la coutume archaïque, est
grand, et les paupières sont bien ouvertes sur un globe assez sail-
lant. L'oreille est étroite et d'une longueur exagérée, à moins que

;
le lobe n'ait porté un pendant, ce qu'une cassure empêche de bien
discerner elle est malheureusement placée très mal, trop en ar-
rière, et cela donne à la joue une largeur démesurée. Pourtant le
modelé de cette joue ne manque pas de jeunesse. C'est du reste
une impression de jeunesse et de fraîcheur que donne ce visage
imberbe, impression qu'accentue encore la coupe des cheveux dis-
posés en mèches ondulées qui s'appliquent sur le cràne et tombent
sur le front presque jusqu'aux sourcils.
Le cheval a tout simplement, au lieu de selle, une petite cha-
braque montant assez haut sur le garrot, et maintenue par une
sangle et par une bricole passée au cou, juste à la naissance de
l'épaule. Mais la bride, en revanche, est assez compliquée. Elle
se compose, comme cela est indispensable, d'abord d'une têtière,
d'une sous-gorge et d'un fronteau (ce dernier est attaché à la
),
têtière, près de l'oreille, sous une cocarde des porte-mors et de
la muserolle. Ce qu'il y a de nouveau c'est que les
porte-mors
ou, si l'on veut, les montants de la bride, se divisent en deux, de
chaque côté, pour venir s'accrocher aux deux extrémités des ailes
du mors, qui sont demi-circulaires. Cette disposition, dont nous
ne connaissons pas d'exemples, était destinée, àce qu'on nous a dit,
à augmenter l'effet du mors sur les barres; sans doute les Ibères,
comme tous les peuples antiques, usaient de mors particulièrement
brutaux. Les rênes sont de simples courroies, assez larges, atta-
chées directement au mors. Enfin, détail fort intéressant, le che-
val porte sur le front une pièce d'armure, un chanfrein destiné à
protéger sa tête. On sait que les Orientaux en faisaient usage, et
que les Grecs n'ont pas négligé d'en munir leurs chevaux de
guerre; on en a retrouvé d'assez nombreux spécimens, de formes
variées, et souvent richement ornés. Celui de notre Ibère est très
simple; c'est une plaque de forme ovale, à peine décorée; il ne
descend pas jusque sur les naseaux et ne va que du fronteau à la
muserolle W.
(1) Peut-être cet ornement d'étoffe et de crin qui pend du fronteau entre les
yetix des chevaux encore harnachés à la mode andalouse, tels qu'on peut les
Il y a peu de chose à dire pour critiquer le style de cet acrotère
que nous n'ayons déjà dit à propos des œuvres précédentes. En ce
qui concerne le cavalier, nous ne pouvons qu'être frappés une
fois de plus de le voir de proportions si peu acceptables. Sa tête
surtout paraît énorme par rapport au reste du corps; ses jambes
sont épaisses et courtes, et tout souci d'un modelé net et précis en
est exclu, aussi bien que du bras visible. L'auteur se contente bien
facilement d'une exécution rapide et molle. Il a semblé un peu
plus préoccupé de donner un mouvement juste au personnage
qui est assez bien en selle; mais il garde pourtant dans l'attitude
quelque chose de raide, d'emprunté et de naïf.
Quant à la monture, nous sommes étonnés que le sculpteur
n'en ait pas tiré meilleur parti, car il est de règle à peu près géné-
rale que les artistes primitifs montrent plus d'habileté à représen-
ter les animaux que les hommes. On sait combien l'étude de l'art
assyrien, en particulier, donne de force à cette observation. Ici le
cheval n'est pas beaucoup mteux dessiné ni modelé que l'homme.
Si son avant-train est lancé dans un mouvement assez juste de
galop, son train de derrière est d'une extrême mollesse; les deux
pattes semblent pendre également à l'abandon, sans vigueur,
sans aucune contraction de muscles, comme il serait nécessaire
puisqu'elles supportent tout l'effort et tout le poids du groupe. Il
est à noter que le type du cheval est assez caractéristique ;
il est
long et léger; ses pattes sont plutôt grêles, son encolure est étroite.

;
Sa tête au contraire manque un peu de finesse; les naseaux sont
carrés l'œil placé trop bas, n'a que très peu de vie. Il est regret-
table que les oreilles soient brisées, car bien pointées au-dessus des
cocardes du fronteau, elles auraient sans doute atténué l'impres-
sion de lourdeur que donne cette tête.
Enfin, si l'on descend aux menus détails, on constate que le
sculpteur savait quand il le voulait se servir de ses outils avec
quelque adresse. Les mèches ondulées des cheveux du cavalier, le
toupet du cheval, ramené vers la droite au-dessus de l'œil (1),
les piqûres au bord de la jaquette sont tracés avec légèreté.
Sans doute si la surface de la pierre s'était moins endommagée

voir à Séville et ailleurs; n'est-il qu'un souvenir de la pièce de bride que nous
venons de décrire.
(1) Cf. une tête de cheval trouvée
au Llano de la Consolaciôn, et conservée
au Louvre (Pierre PARIS, Essai, t. I, fig. 3oo).
aurait-on pu constater d'autres témoignages de cette recherche
du fini.
Nous n'avons plus à noter qu'un détail assez original, c'est que,
le profil de la tête de cheval venant juste se confondre avec le bord
arrondi de l'acrotère, c'est sur l'épaisseur de la pierre qu'est
sculpté en relief le chanfrein dont nous avons parlé.

Nous n'en avons pas fini avec les représentations d'hommes ar-
més. En voici un qui appartient encore à une frise différente.
Peut-être d'ailleurs est-ce plutôt une stèle funéraire. La sculpture
est bien mutilée, et c'est à grand peine qu'on a pu en rapprocher
deux morceaux trouvés dans les fouilles assez loin l'un de l'autre.
On reconnaît un fantassin debout, tourné vers la gauche, armé
d'une longue lance qu'il tient verticalement devant lui, et d'un
bouclier rond, de dimension moyenne, dont la face extérieure est
concave, selon le type décrit par Strabon. Ce bouclier surtout a de
l'intérêt, car il porte au centre en duise d'umbo un important
épisème en relief, une tête de tigre vue de face. L'animal a un air
rébarbatif, avec deux gros yeux ronds, les oreilles dressées, une
gueule largement fendue d'un trait horizontal. Le pittoresque de
cet ornement fait regretter que la tète du soldat ait disparu et
que tout son corps soit si rongé par le temps. Sa jaquette courte
devait être de forme nouvelle, car on voit une sorte de feston
au-dessus de la taille; ce sont peut-être les lambrequins d'une
cuirasse.
Quant au style, bien que difficile à juger actuellement, il ne
nous semble pas qu'il ait été différent de celui de tous les bas-
reliefs précédents. Les proportions du corps semblent pourtant un
un peu plus allongées, et les formes des membres un peu plus
légères.
Lepersonnagedont nous avons maintenant à parler est telle-
ment particulier quesaprésence dans les ruines de la forteresse
est assez difficile à expliquer.
Sur les cinq morceaux que nous avons pu reunir de manière
it former une plaque de pierre haute de i m. 10, large de
o m. 57 est représenté un t'umicen qui court vers la gauche en
sonnant de son instrument (pl. XVil,13].
La première idée qui se présente à l'esprit est que ce cornicen
est un Humain. On sait en effet que l'instrument désigné sous le
XVII.

rl.

D'OSUNA

FOUILLES

se.
fa
4e
XIII.

T.
-"(''i//(s,

Mu'sions

Edit.

des
LEROUX,
Arch.

Noue.
E.
nom de CUrt/Il était d'usage courant dans l'armpe romaine. Les
représentations en sont très fréquentes sur les monuments, et
plusieurs fois il est figuré exactement comme on le voit sur le
bas-relief d'Osuna(1), c'est-à-dire sous la forme d'«une trompette
fortement recourbée munie au centre d'une hampe qui relie en-
semble les deux extrémités du diamètre pour donner au cercle
même plus de solidité, pour permettre au soldat de le tenir com-
modément i'1'!».
D'autre part le cornicen porte des cnémides, à la mode
à
grecque. On sait que les fantassins de l'armée primitive, Rome,
avaient adopté cette partie d'armure^, et, bien que la coutume
fût de se garnir la seule jambe droite de VvTroxvrjfits, on pourrait
à la rigueur admettre que le sculpteur espagnol n'a pas bien oh-
servé ce détail, et n'en a pas moins voulu représenter un Romain.
Mais le costume du personnage ne permet pas d'y voir autre
chose qu'un Ibère. En effet, comme a bien voulu nous le faire ob-
server M. Léon Heuzey, dont la connaissance du costume antique
est si particulière, ce guerrier (ainsi que celui que représente la
pl.XI,B) se distingue par une tunique courte dont la jupe est
garnie de lambrequins en forme de lanières très étroites, et dont
on voit plusieurs étages superposés. Or rien de tel n'apparaît dans
le costume des soldats romains. Au contraire, ce système est
particulier aux statuettes phéniciennes et à celles que l'on dit
hétéennes.
D'autres raisons viennent s'ajouter à celle-là. D'abord le cor-
nicen d'Osuna a la tête nue, ce qui serait tout à fait extraordinaire
pour un soldat romain.
Ensuite le visage a ceci de très particulier que, bien qu'il soit
vu de profil, le sculpteur a dessiné l'œil de face. Cette convention
tout à fait archaïque ne s'explique pas si l'on est d'avis que le bas-
relief a été exécuté à l'époque romaine, alors que les ateliers espa-
gnols avaient sous les yeux les modèles d'un art avancé, et que de
telles naïvetés n'eussent plus été de mise. On pourrait, au besoin,
supposer que l'auteur a tracé machinalement cet œil, fidèle à une
très antique routine d'atelier. Mais une telle persistance dans une

M DAREMBERG etSAGLIO, Dictionnairedesantiquités,art.Cornicen, lig. 1902-


1955.
(!)Ibid..p.J;)l".
(3)VEG., Mil..I,'<0;VYRHO,IJ.I'-.V,116.
convention surannée n'est guère probable, surtout si l'on observe
que notre bas-relief n'est pas sans mérite, comparé à ceux que
nous avons examinés jusqu'ici. En effet, le cornicen est figuré
dans un double mouvement violent et rapide qui dénote une heu-
reuse observation et une véritable hardiesse. Il court vers la gauche,
et ses jambes, la droite vue de profil, la gauche vue presque de
face, sont dans une attitude très juste; on a l'impression précise
que le trompette entraîne derrière lui un bataillon; mais, en
même temps, il se retourne, si bien que le profil de sa tête est à
gauche, juste à l'opposé du profil de sa jambe droite; c'est que le
soldat attire vraiment à sa suite ses compagnons, et leur jette en
arrière l'appel ardent de son cor. Derrière lui, sur le champ du
relief, s'étale un manteau flottant. L'ensemble est d'une ingénieuse
disposition et rappelle quelques œuvres estimables de l'art clas-
sique. Mais cette sûreté de conception et de style révèle un artiste
exercé, maître de lui, et non point attardé dans des formules
dont la vieillesse l'eût sans doute rendu ridicule aux yeux de ses
contemporains.
Il y a donc lieu de ne point céder à des apparences, mais bien
probablement de reconnaître en ce soldat un Ibère dont l'uniforme
est un mélange plus ou moins habile d'éléments orientaux et
d'éléments grecs, dont la cornu seule est romaine.
Un autre argument a beaucoup de poids à nos yeux. Nous avons
trouvéun fragment important de bas-reliefoù il reste la partie infé-
rieure du corps d'un soldat qui va achever un autre soldat tombé le
dos contre le sol (pl.X,A). Or, si le vaincu a la tenue des pre-
miers fantassins que nous avons décrits, le vainqueur appartient
au même corps que le cornicen. Or il est tout à fait invraisem-
blable qu'un sculpteur ibère — et la facture ibérique du morceau
n'est pas douteuse — ait représenté sur un monument à la gloire
ou à la mémoire de ses compatriotes la victoire d'un ennemi.
Enfin, pour admettre que ces bas-reliefs représentassent des
Romains, il faudrait adopter une date très rapprochée de la
guerre entre César et les fils de Pompée, et l'on se rappelle par
quelles raisons nous avonsétabli que la construction du rempart
dans les ruines duquel ils ont été trouvés, formée elle-même de
débris pris à des ruines, ne devait être que de très peu antérieure
à la bataille de Munda.
:
Notons, à propos ducornicen, un détail intéressant la face de
tasc.
XV11I.

PL

ie

D'OSUNA
A/,

FOUILLES

T.

Sc'i's,

Missions

Edit.
des

Arch. LImoux,

Nouv.

E.
l'étroite plinthe sur laquelle reposent ses pieds est décorée d'un
rang d'oves assez mal façonnés que séparent des batonnets verti-
caux. Nous avons, au chapitre de l'architecture, signalé quelques
applications de ce même motif emprunté à l'antiquité classique.
C'est peutêtre, d'autre part, sur la frise d'où provient notre bas-
relief qu'était appliquée la corniche en larmier que nous avons
décrite, et qui justement présente aussi un bandeau vertical orné
d'oves.

Les derniers jours de fouilles nous réservaient une heureuse


surprise, la découverte de deux blocs de pierre ayant constitué
deux angles d'une frise importante qui diffère beaucoup des mo-
numents précédents par les sujets.
Sur le premier bloc, haut de o m. 09, large de o m. 4i, on
voit en relief assez prononcé deux figures qui occupent deux faces
consécutives; elles marchent l'une vers la droite, l'autre vers la
gauche, et par conséquent se tournent le dos (pl. XVIII).
Le premier personnage est un homme. Il a la tète nue; il est
vêtu d'une longue robe talaire qui, cependant, laisse "voir les
pieds, et, par-dessus cette robe, d'un ample manteau à pèlerine,
sans doute le plus ancien exemple connu de la capa espagnole.
Les bras sortent un peu du manteau, au-devant de la taille, mais
les mains ont été brisée, et l'on ne peut préciser si elles tenaient
un objet ou faisaient un simple g2ste, car il ne reste aucune trace
sur le f»nd. Il est cependant probable que nous sommes en pré-
sence d'un prêtre en grand costume, célébrant quelquecéré-
monie.
Quoi qu'il en soit, toute cette figure est fort simple; les vêtements
tombent tout droit, dans toute leur ampleur, et à peine voit-on sur
le côté deux longues rainures verticales indiquant des plis. L'étoffe
n'est décorée d'aucun ornement, et l'on aperçoit uniquement
comme un large ourlet au bord du camail. La tête, qui est très
ronde, avec le front et l'occiput très développés, est couverte de
cheveux drus dont les courtes mèches ondulées ne sont bien in-
diquées que sur le front; elles descendent assez bas sur les sourcils.
Sur la seconde face paraît, non plus un homme, mais une
femme, une joueuse de flûte, dont le costume et nouveau et inté-
ressant. Il se compose simplement d'unelongue robe à manches
bouffantes serrée à la taille par un large ruban. Cette ceinture est
fermée par une boucle à grande plaque oblongue que décorent des
spirales gravées, une 8 couchée en diagonale et une crosse dans
chacun des deux angles opposés laissés libres par ce premier or-
nement. La jupe de la robe est ronde, avec un peu d'ampleur seu-
lement par derrière, ainsi que l'indiquent quelques plis marqués
a grands traits, de telle sorte qu'elle devait traîner légèrement sur
le sol à la façon des robes modernes. Du reste il est curieux de
noter que tout ce costume féminin, le corsage, la ceinture, la
jupe, donne à la femme un aspect plus moderne qu'antique;
nous sommes bien loin du principe et des modes de la draperie
dans les pays orientaux, grecs ou romains.
La coiffure n'est pas moins originale. La femme, après avoir
très correctement et régulièrement ramené jusque sur ses yeux ses
cheveux aplatis et ondulés, les a réunis par derrière en une épaisse
et longue tresse qu'elle a enroulée plusieurs fois autour de sa tête.
derrière les oreilles, de manière à former un chignon conique à
pointe très émoussée. Cette disposition est très simple, mais ne
manque pas d'élégance, et cette élégance s'accorde bien avec le
goût des bijoux; la musicienne porte en effet de lourdes boucles
d'oreilles, un collier et un bracelet formés de simples joncs cir-
culaires.
Sur la seconde pierre, un peu plus haute (o m. 65 au lieu de
o m. 59)(J), les personnages, vus aussi de profil, ne sont pas dis-
posés de lamême façon; ils marchent l'un vers l'autre, ou plutôt
sont debout l'un en face de l'autre. Ce sont deux femmes. L'une,
celle de gauche, porte une toilette dont il est assez difficile de dis-

se compose :
tinguer avec précision les pièces. Il nous semble pourtant qu'elle
lO d'une robe descendant jusqu'aux pieds, et irai
nant un peu par derrière; 2° d'une seconde jupe enliléepar-
dessus la première, un peu plus courte et un peu moins ample
aussi, froncée à larges plis verticaux; 3"d'un vêtement de dessus,
sorte de manteau ou plutôt de jaquette à manches rudimentaires,
très montante, et tombant jusqu'au milieu des jambes; elle fait,
de gauche à droite, de grands plis obliques rapidement indiqués.

j) NOlls ne savons a quoi tient cette différence de hauteur, les deux scujp-
tures étant vraiment sœurs. Les personnages sont pourtant de même taille;
mais il reste du champ au-dessus de leur tête, ce qui n'est pas pour les précé-
dents. On constate donc que l'isocéphalie, dont nous avons observé plus haut
l'application, n'était pas un principe de rigueur.
XIX.

4efasc

D'OSUNA

XIII,

FOUILLES

T
Sc'!'s,

JJissions

des

Arch.

Nouv.
Du haut de l'épaule jusqu'au poignet on aperçoit des traits paral-
lèles marquant des piqûres, et le poignet lui-même est formé d'un
large galon orné de godrons en relief; d° d'un voile posé Ilà la
»,
vierge ne couvrant que le derrière de la tête et le dos; il des-
cend un peu plus bas que la taille; le bord de l'étoffe dessine une
courbe assez dure depuis l'oreille, que l'on aperçoit en partie, jus-
qu'aux reins, ce qui montre bien qu'ilfinissait en pointe par der-
rière. Naturellement ce voile empêche de savoir comment les che-
veux étaient peignés par derrière: par devant et sur les côtés ils
sont disposés comme ceux de la joueuse de flûte que nous venons
de décrire; les oreilles étaient également pourvues de longs et
riches pendants (pl. XIX, B).
Quant à l'attitude de cette femme, elle est simple; elle tient de la
main gauche, devant sa poitrine, un vase en forme de calice sans
pied. Le bras droit est ramené par devant, un peu au-dessous de la
taille, et la main qui sort seule de la manche du vêtement parait
tenir obliquement un objet qui ressemble à un gros et court bâ-
ton brisé à son extrémité. Sans doute n'y a-t-il là qu'une illusion,
et cet objet n'est-il autre chose que l'avant-bras gauche dont le
coude serait soutenu par la main droite, mais dont le sculpteur
aurait très mal déterminé la place.
La seconde femme, un peu plus petite, n'a pas tout à fait le
même costume. Elle porte une robe non serrée à la taille, comme
celle de sa compagne, ample et tombant droite par devant, sans
plis; mais elle n'a pas de jupe de dessus, ni de corsage. En re-
vanche son voile, beaucoup plus large et long, tombe jusqu'au ras
du sol et s'étale autour d'elle comme un manteau. Par-dessous
l'étoile on aperçoit la saillie que fait le bras et l'angle du coude.
La mainseule sort, à la hauteur de la taille, et présente un calice
à grosse panse ronde et à col évasé. C'est exactement le même mo-
dèle que celui du calice de la première femme. La coiffure est
identique à la précédente; l'oreille a aussi une boucle, et tous les
détails concourent à faire de cette femme la compagne et la sœur
de sa voisine (pl. XIX, C).
Il y a une grande unité de style entre les quatre figures que
nous venons de décrire d toutes les précédentes. Si nous com-
parons les formes générales et les proportions des corps, nous
la même lourdeur, le même empâtement; si nous étu-
y trouvons
dions la facture, nous y remarquons la même mollesse banale,
la même rapidité qui se contente d'à peu près. Voyez par exemple
les mains, et en particulier celle de la seconde prêtresse au vase,
carelle est la mieux conservée: elle est d'une extrême maladresse
et dénote une ignorance absolue del'anatomie, tant celle du sque-
lette que celle des muscles. Le sculpteur mérite d'autant mieux
des reproches pour un tel dédain de la vérité et de la nature qu'à
examiner la tête de la même femme et celle de sa compagne on y
voit avec plaisir assez heureusement écrit un sentiment de dignité.
C'est du leste cette impression de gravité sacerdotale que donnent,
malgré leurs défauts, ces deux figures dont la silhouette calme et
vigoureuse, dont le costume sévère et simple ue sont pas sans
beauté. Les visages de ces prêtres et prêtresses ne sont pas des por-
traits, ni la reproduction des traits d'un banal modèle d'atelier; il
est évident que le sculpteur, malgré la gaucherie de sa facture, a
connu un sentiment personnel d'idéal. Il faut ajouter, et ceci est
d'une grande importance, que, rompant avec toutes les traditions
de l'archaïsme, il a dessiné et modelé les yeux comme ils devaient
l'être, et non plus de face dans un visage vu de profil. ild floJ
Nous ne croyons pas qu'il faille pour cela rajeunir beaucoup
les bas-reliefs; simplement nous sommes d'avis que l'auteur a fait
acte d'indépendance et d'initiative, et rompu avec une routine qui
avait fait son temps. D'ailleurs nous pouvons peut-être trouver
la raison de ce progrès. Sans doute a-t-on été déjà frappé, comme
nous-mêmes, du sujet représenté sur le second deces deux blocs.
Il n'est pas nouveau dans la sculpture ibérique; la prêtresse tenant
devant elle le vase à libations était une figure chère aux artistes
du Cerro de los Santos qui ont reproduit ce thème à satiété.
D'ailleurs ce motif, nous en connaissons bien l'origine, et les Ibères
l'ont emprunté à l'Orient. Mais à côté de cette influence orientale
très lointaine, et qui d'ailleurs est ici plutôt religieuse qu'artistique,
nous en constatons une autre, non moins précise et certaine, celle
dela Grèce. La musicienne joue de la IlÙLe. et cet instrument est
inattendu en Espagne, tandis que la place en était marquée dans
les cérémonies de toute espèce de la Grèce, qu'il s'agisse de la vie
religieuse ou de la vie civile. Bien plus, c'est une double flûte que
nous voyons sur le bas-relief d'Osuna, et la double flûte semble
bien une invention tout à fait grecque. If' ,,.'mf' "e-I:m"",,,'
Il en résulte que lorsque l'artiste espagnol a exécuté les figures
de cette frise, lui-même et ses contemporains connaissaient fort
bien, jusque dans leurs détails, les moeurs et les usages de la Grèce,
et il n'est que juste de supposer qu'il avait vu des œuvres d'art
sorties des ateliers helléniques, qu'il en avait compris la beauté
et l'originalité puissante, et qu'il avait cherché à en faire son
profit. Cela sulla à expliquer ce qu'il y a de bon dans son
œuvre, et des qualités qui sont justement celles qui élèvent si
haut l'art grec. Ce qui reste de mauvais, il faut l'imputer à la
rudesse naïve de la race, et aux traditions persistantes d'ateliers
engourdis dans la routine.
Ces figures, par suite, ont le très grand intérêtde nous mon-
à
trer travers cette Espagne primitive, de l'est à l'ouest, en Anda-
lousie comme dans le royaume de Murcie ou de Valence, une
unité certaine dans le développement artistique, malgré la diversité
des races. Les mêmes courants circulent à travers toute la Pénin-
sule, charriant les mêmes influences; les éléments orientaux, les
éléments grecs viennent uniformément s'amalgamer aux éléments
indigènes, à Osuna et à Estepa comme au Cerro de los Santos ou à
Elche, pour constituer cet art ibérique, rarement beau, mais
pouvant aller jusqu'à l'extrême beauté, du moins toujours original
et fort.

Un curieux fragment que nous devons rattacher à une autre


série encore nous en donne un nouvel et très heureux témoignage.
C'est assurément une des sculptures d'Osuna qui mérite la plus
vive attention, et il est très regrettable que l'ensemble dont elle
provient ait disparu sans grande chance qu'on en retrouve jamais
les autres débris (pl. XVII, A).
Supposons un groupe formé par une bête féroce, et un homme
dont le monstre a fait sa victime, qu'il a abaitu sur le sol où il
le maintient avec sa patte énorme. Il ne reste que le bout des
griffes de l'animal, que la tête, le bras et l'épaule gauche de
l'homme. Celui-ci est tombé à plat ventre sans doute, etcomme
son vainqueur l'écrase de tout le poids de sa grosse patte, il a
étendu son bras à terre pour protéger sa tête, qu'il retourne vers
le spectateur. Le bras est modelé de façon tout à fait primitive,
et la main n'est pas de forme meilleure; du reste toute l'attention
se concentre sur la tête, dont le type est très singulier. Le mal-
heureux a les cheveux crépus comme un nègre, le front bas, le
nez court et épaté, les pommettes saillantes, la mâchoire proémi-
nente, les yeux gros et ronds à fleur de tête sous une arcade sourci-
lière largement courbée. La bouche est grande, mais les lèvres ne
sont pas grosses comme on pourrait l'attendre si vraiment c'est
l'image d'un nègre; du reste elles sont comme contractées, et les
coins s'abaissent par l'effet de la douleur. Le menton est court et
large, et le visage a par suite un ovale très surbaissé.
On est étonné de voir quelle différence il y a entre cette tête et
le bras; car si le bras est l'œuvre d'un sculpteur sans aucune
originalité, sans personnalité même, qui se contente d'à peu près,
et cherche tout au plus à ce que l'on ne confonde pas un bras
d'homme avec une patte d'animal O, la tête révèle une observation
vraiment assez pénétrante de la nature, et un effort méritoire
pour exprimer la réalité vivante. En ce sens le fragment est tout
à fait différent des bas-reliefs des prêtresses et de la musicienne, et
cependant nous les rapprochons, car il nous paraît que ce fragment
aussi n'aurait pas eu cette sincérité qui fait son mérite, si l'artiste
ne s'était pas mis à l'école de la Grèce. Et ce qui nous conduit
encore à cette appréciation, c'est la manière dont est indiqué le
crépage des cheveux, par une série de petites boucles en colimaçon
serrées les unes contre les autres. C'est ainsi que les bronziers
archaïques procédaient en Grèce, et c'est ainsi que nombre de
marbriers ont procédé à leur imitation. Nous sommes d'autant
mieux fondés à dire que le sculpteur ibère s'inspire de ces modèles
que nous avons vu plus haut un de ses confrères, ayant aussi à
représenter, cela est du moins très probable, des hommes de race
africaine, échouer complètement à reproduire la laine frisée de
ses nègres, et la remplaçant par une série de mèches droites et
raides.
Ce qui frappe encore dans ce morceau, en dehors du type et
du style, c'est la disproportion considérable qu'il y a entre la taille
de l'homme et celle de la bête. Si l'on en juge par le bout de
griffe conservé, et qui provient certainement d'une patte trois fois
grosse comme la tête qu'elle écrase, l'animal était de grandeur
colossale, et nous ne sommes point étonnés qu'il ait eu si complè-
tement raison de sa victime. Cette observation n'est pas sans
intérêt, car elle prouve que le bas-relief ne pouvait pas provenir

(1) le bas-relief
Si nous nous exprimons ainsi, c'est que, lorsqu'on regarde
en face, la main ressemble à une griffe.
Nouv.Arch. desMu'sions Sel"", T.XTIT, 4e fasc. Pl. XX.

FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Edlt.
d'une frise analogue aux précédentes. Il faut admettre ou qu'il
formait à lui seul un vaste tableau, décorant quelque large et
haute muraille, ou peut-être qu'il ornait un fronton. On se figure
assez bien la place de l'homme allongé sous la griffe du fauve à
l'angle extrême de gauche, sous la corniche rampante.
Les griffes conservées appartiennent certainement à un félin.
11 serait téméraire sans doute de vouloir préciser davantage, et de

dire s'il s'agit d'un lion ou d'un tigre. Cependant il est très pro-
bable que ce sont des griffes de lion, car cet animal avait intéressé
particulièrement les sculpteurs d'Osuna. II est très possible même
que deux fragments que nous n'avons pas pu rajuster, mais qui
proviennent à n'en pas douter d'une même figure, aient appartenu
au corps du monstre dont il est ici question. Sur le premier on
voit seulement une toison touffue, provenant d'une crinière, sur
l'autre un peu du bord de cette même crinière et un large morceau
d'épaule (pl. XX, A, B). Le procédé qu'a employé l'artiste pour
exprimer les touffes de poils, et comme les mèches de la crinière,
est très conventionnel, mais n'est pas banal. Sans doute on sent
encore les lois tyranniques de l'archaïsme dans la symétrie trop mo-
notone des boucles en accroche-cœurs, qui frisent au bord de la
toison, dans l'uniformité des mèches indiquées toutes par le même
système de traits et de chevrons en creux; mais l'auteur néanmoins
a cherché, sans l'avoir toujours trouvée, une certaine liberté, une
souplesse de facture qui se manifestent par des irrégularités inat-
tendues, des coups brusques de ciseau impatient et fatigué d'un
travail toujours le même, suivant une formule inflexible.
A la même époque, peut-être au même sculpteur et au même
monument, il faut attribuer une tête de lion en bas-relief, très
mutilée, de dimensions plus restreintes, mais dont la crinière
est traitée exactement de même style. Le mufle a beaucoup
souffert, mais on voit que la gueule était largement ouverte en un
rictus terrible qui faisait contracter les muscles vigoureusement
modelés de la face (pl. XX, D).
Au contraire, une troisième tête que nous avons trouvée, elle
aussi, dans un piteux état, nous paraît remonter à un âge plus
antique. L'animal (nous ne savons pas trop s'il était en ronde bosse
ou en bas-relief) ouvrait aussi la gueule en grondant. Ce qui reste
des joues et des mâchoires montre que le modelé était très rapide
et sommaire, que le sculpteur procédait par plans unis et précis.
Mais la crinière, qui est mieux conservée, nous offre un exemple
curieux de stylisation des poils. Les mèches de la toison sont
indiquées par un système de dents et d'arêtes très régulières et
symétriques, avec enchevêtrement de chevrons, qui ne rappellent
en rien la nature. Cette stylisation n'est pas d'ailleurs pour nous
étonner; nous la connaissons bien, par de nombreux exemples
trouvés en Espagne même. On sait que très souvent les sculpteurs
du Cerro de los Santos ont exécuté suivant la même convention les
chevelures d'un grand nombre de têtes viriles, et non des plus
mauvaises. En représentant les poils d'une crinière de lion comme
les mèches d'une chevelure humaine, le sculpteur d'Osuna a fait
exactement comme les sculpteurs chaldéens qui exprimaient par
le même système conventionnel de virgules imbriquées les cheveux
des hommes, les toisons des animaux et les flocons laineux des
étoffes de kaunakès (pl. XX, C).
Il est du reste intéressant de noter que des mèches archaïques
(ce mot a ici une valeur critique et non pas chronologique) de
cette tête de lion aux mèches plus modernes des deux lions précé-
dents, on devine une transition toute naturelle. Le second système
n'est qu'un développement heureux, un aboutissant naturel du
premier.

C'est le moment, puisque nous nous occupons d'animaux, de


signaler ceux que nous avons trouvés encore.
Les deux premiers, un cheval et un mouton, sont des œuvres
de petite taille, et plus probablement des ex-voto. Le cheval, qui
a perdu la moitié au moins de sa tête, est haut de o m. 36. Vu de
côté, il marche vers la droite, la patte gauche de devant levée. Il
est traité, de façon très naïve, à moitié en bas-relief, à moitié en
ronde bosse. C'est que le sculpteur n'a pas osé silhouetter les pattes
ni toute l'encolure, craignant la cassure de la pierre fragile, et
les a laissées appliquées sur un fond aplani. Au contraire il a dégagé
la queue, qui est actuellement très courte, et profilé librement, en
franche saillie, la ligne du dos et de la crinière. Nous avons déjà vu
un procédé analogue appliqué par le sculpteur du taureau que nous
avons étudié dans le chapitre de l'architecture. et nous avons rappelé
que l'origine de cette technique est peut-être orientale (pl. VII,D).
En lui-même le cheval ne mérite que peu d'attention. Il faut
seulement remarquer, avec la disproportion du cou trop mince,
l'épaisseur des jambes. Le détaille plus notable est que les sabots
sont fendus, comme ceux des bœufs; on ne sait vraiment pas
comiru nt expliquer cette faute, car en somme le modelé de l'animal
est assez juste, de même que le mouvement de marche; il ya
aussiquelque intention de vérité anatomique dans le jarret de la
patte droite de derrière.
Le mouton est exactement de la même hauteur que le cheval.
Il ne lui manque que l'extrémité du nez. Très lourdement façonné,
l'animal n'est travaillé que d'un côté. Comme celles du cheval,
ses pattes ne sont pas dégagées du fond, et le dessous fie son ventre
n'est pas évidé. En tant que sculpture cet ex-voto est inférieur au
précédt-nt. Sans la tête, on aurait de la peine à affirmer que ce
soit là un mouton, car le corps n'a aucune vérité; il est beaucoup
trop bas et court et trop rond, et ressemble plutôt à celui d'un
porc; les pattes, surtout celles de derrière, sont massives, sans
rien qui rappelle la gracilité caractéristique de la race. Quant a
la toison, l'auteur a bien essayé d'en donner l'illusion au moyen
d'un guillochage au ciseau, et en cela certes il se montre plus
avisé que celui qui a exécuté les protomes de béliers dont nous
près
avons déjà parlé; mais il n'en est pas moins resté à un à peu
enfantin. Enfin la tête a les mêmes défauts que le corps, étant de
formesempâtées et obtuses, au bout d'un cou trop court. C'est
là encore une œuvre d'industrie populaire sans aucune valeur
artistique (pl. VII, E).
Nous ne savons s'il faut adjoindre à cette série d'offrandes le
corps d'un oiseau auquel il manque la tête et les pattes, et
dont,
par suite, il est malaisé de préciser l'espèce. Il semble pourtant que
adroite
ce soit un pigeon. Il est d'une exécution beaucoup plus
dessinées
que le cheval et le bélier, et les plumes des ailes sont
avec simplicité sans doute, mais aussi avec justesse. Si ce
n'est là
le débris d'une figure votive, il faut croire que le morceau est
détaché de quelque ensemble décoratif.
Le fragment est d'ailleurs secondaire. Au contraire voici l'une
des plus importantes sculptures d'Osuna, la seule qui soit com-
plètement traitée en ronde bosse. C'est le taureau retrouvé dans le
garrotal de Postigo, près du soubassement à degrés que nous avons
décrit. Nous l'avons signalé à propos de ce soubassement (pl.VIII, B).
L'animal était debout, planté ferme sur ses quatre pattes; mais
ces pattes ont été brisées depuis les genoux; les cornes et la queue
;
ont aussi disparu, mais tout ce qui est conservé est en bon état il
est exécuté à peu près en grandeur demi-naturelle.
Ce n'est point une œuvre de mérite artistique; la pierre a été
sommairement taillée par larges plans brusquement raccordés,
d'un travail rapide qui a laissé rugueuse toute la superficie. On voit
très nettement les traits gravés en tous sens par la pointe de l'outil.
L'auteur n'a pas voulu polir le cuir du taureau, peut-être dans
l'intention de donner l'illusion des poils. Les formes même de la
bête n'ont pas grande vérité; il y a pourtant le souci d'accuser
certaines parties saillantes du squelette, et quelques muscles
essentiels. A ce point de vue l'épaule gauche de devant et toute
la cuisse gauche de derrière ont un intérêt particulier. Mais là
même l'observation est peu exacte et maladroite; par exemple la
façon dont la queue est attachée, presque à la naissance de l'échine,
est tout à fait inacceptable.
D'autre part les proportions sont mauvaises; le ventre est trop
épais, le cou beaucoup trop court, et l'on peut estimer, d'après la
partie intacte, que le taureau était trop bas sur ses pattes. Ce sont
là les caractères, les défauts si l'on veut, communs à toutes
les sculptures d'Osuna, et l'intérêt de cette lourde masse serait
médiocre, n'était la façon curieuse dont sont exécutés le cou et
la tête (pl. IX).
Pour le cou, nous connaissons déjà le procédé; c'est le même
dont usaient les artistes d'Osuna pour indiquer le plissement du
cuir; nous retrouvons ici les sillons parallèles que nous avons déjà
vus à l'encolure des béliers et à celle du taureau accroupi. Seule-
ment ici le travail de la gouge est plus régulier et plus franc, et le
point de départ des ondulations creuses n'est plus sur la nuque
même, mais seulement à la hauteur de l'oreille.
Quant à la tête, elle est remarquable par la grandeur déme-
surée des oreilles (dont la pointe est pourtant brisée) par la direc-
,
tion des cornes, que l'on devine, d'après la manière dont elles
étaient plantées, hautes et portées en avant, surtout par les yeux
et les paupières.
Les globes sont gros, tout ronds et à fleur de tête, assez bien
placés d'ailleurs; la pupille y est marquée en creux. Une ligne
assez profonde les cerne, formée de deux arcs bien distincts, et
par on ne sait quelle fantaisie les pointes de l'arc supérieur se
prolongent par en bas jusque sur les joues. Ensuite, entre l'œit et
la naissance des cornes, s'étagent en s'arrontlissantcinq lignes
creuses parallèles, comme si la peau des tempes était plissée
régulièrement. Ces lignes se prolongent, autour de l'œil qu'elles
enveloppent d'une part jusqu'aux oreilles, de l'autre sur le front
et tout le long du chanfrein, jusqu'aux naseaux. Naturellement
les plus excentriques de ces lignes se rejoignent deux à deux,
formant chevrons, les premières sur le front, d'autres un peu
plus bas. Nous avons déjà vu une disposition analogue sur le front,
mais sur le front seulement, du taureau accroupi. Ici la convention
est plus hardie, ou si l'on veut plus naïve. Il semble que le sculp-
teur se soit fait un jeu, laissant courir son outil, de tracer ces
lignes comme un agréable ornement, et l'on ne peut s'expliquer
qu'ainsi qu'il ait, juste au bord du mufle,élégamment réuni par
un demi-cercle deux des lignes descendant sur le chanfrein.
Du reste il ne s'est appliqué qu'à ce travail inutile, et n'a que
très sommairement marqué les trous des narines, la commissure
des lèvres; il a laissé sans modelé ni forme juste les larges joues
plates.
Il est inutile de revenir une fois de plus sur la place que
tenaient les taureaux dans la sculpture ibérique. L'importance en
était due sans doute à des idées religieuses, que le taureau ait été
d'ailleurs représenté à titre d'animal symbolique, ou simplement
de victime principale.
Mais ici il faut noter que cette figure n'était pas la seule. Nous
avons recueilli des fragments, tous indépendants les uns des autres,
par malheur, et trop frustes pour être publiés, de plusieurs autres.,
des croupes, des lianes, des pattes, des têtes. Quelques-uns de ces
débris, comme une petite tête exactement du même style que la tête
du grand taureau, proviennent de petits ex-voto; d'autres, comme
un fragment très remarquable encore par le plissement des
paupières qui se stylise de plus en plus et dégénère de plus en plub
en motif ornemental, sont de dimensions assez grandes pour avoir
pu appartenir à des figures destinées à jouer un rôle important.
Nous avons songé qu'il y avait pu avoir à Osuna quelque avenue,
quelque dromos à la mode égyptienne, où le taureau aurait tenu
la place des sphinx ou des béliers classiques.

On pourrait dire que toutes les œuvres dont nous avons parlé jus
à
qu'ici appartiennent lasculptureclassique d'Osuna;non pas qu'ellt-
soient rigoureusement contemporaines, mais elles nous semblent
appartenir à la même période artistique, et cette période se dis-
tingue par une originalité d'inspiration et une franchise de facture
que l'on ne trouve d'ordinaire ni dans les archaïsmes, ni dans les
décadences.
Au contraire, un autre lot de sculptures nous paraît exécuté
dans la manière molle et comme lassée, banale et conventionnelle
qui caractérise si souvent les arts à l'époque de leur déclin.
Quelle fut l'idée du sculpteur qui tailla dans la pierre l'étrange
?
personnage dont notre planche XXI donne la face et le profil Que
représente cet homme couronné de feuilles ou de rayons (on peut s'y
tromper, tant l'ornement est imprécis) dont la tête énorme se
lève au-dessus du buste étriqué? Comme le personnage, sculpté
en très haut relief, est raduit au torse, et a perdu ses bras en
même temps que tout le bas de son corps depuis la taille, le pro-
blème est fort difficile à résoudre; et si l'on admet que l'attitude
est réfléchie et voul ue, que le menton levé, la nuque rejetée en
arrière ne sont pas des maladresses de l'auteur, cette constatation
n'est pas faite pour simplifier la question; nous ne connaissons pas,
pour notre part, à quel immortel ou à quel homme elle pourrait
convenir; nous n'avons rien vu d'analogue dans l'iconographie hu-
maine ou divine de l'histoire ou de la mythologie des peuples clas-
siques. Tout au plus peut-on supposer que l'on est en présence
d'un prêtre en adoration aux pieds de son idole. Mais d'ailleurs,
peu importe. L'essentiel est de noter combien le morceau est diffé-
rent de tous ceux que nous avons étudiés jusqu'ici, et combien il
leur est inférieur. Si l'on considère le torse en face, on constate
que sous la chemise il n'y a pas véritablement de corps. Les plis
lourds et maladroitement ondulés de la poitrine aux épaules ne
couvrent ni ossature, ni chair musculeuse; les bras seuls, coupés
malheureusementjuste où finissaient les manches courtes, ont un
peu de consistance; même ils sont trop gros pour la hauteur du
buste et la hauteur des épaules. En revanche examinons la sculp-
ture de profil, et nous verrons quelle importance ont prise, contre
toute vérité, les épaules ramenées en avant, les omoplates et le
dos rond; ici d'aillurs, l'artiste a négligé de rendre visible l'étoffe
du vêtement. D'autre part toute la pierre, depuis la torsade qui
sert de ceinture jusqu'à l'ourlet de l'encolure, est de la facture la
plus molle, celle d'un outil émoussé poussé par une main aussi
l.

XX

l'l.

D'OSUNA

fasc.
FOUILLES

4e
XIIJ,

T.
Scql/("

Missions

Edit.
des
LEHOUX,
Arch

Nouv.
E.
nonchalante que l'esprit qui la dirigeait. Quant à la tête, sans
parler de son attitude, d'une si extraordinaire naïveté, que dire
des proportions étranges des oreilles, du nez, des yeux, de la
bouche et du menton, de la structure du front et des arcades
sourcilières, du module des joues et du cou? C'est d'un art enfan-
tin, ou plutôt tombé en enfance, d'une barbarie de décadence dés-
ormais incurable. Pourtant, cette barbarie ne va pas sans un peu
d'originalité. C'est un très faible mérite, sans doute, mais qui
n'est pas très banal, et jusque dans les tristes produits où se mani-
feste sa mort prochaine l'art d'Osuna nous surprend parce qu'il
trouve le moyen d'avoir un style bien à lui.
En effet, ce fragment n'est pas unique dans son genre; nous
avons trouvé d'autres sculptures qui proviennent sans doute de la
décoration du même édifice, et d'abord une tête de mêmedimen-
sion que la précédente, couronnée d'une couronne identique,
comme elle levée vers le ciel, mais d'un mouvement moins accen-
tué. Le menton, la bouche, le nez et les veux ont beaucoup souf-
fert; cependant il est possible de reconnaître que le style était ici
un peu meilleur; le galbe des joues, la forme du menton sont na-
turels, et l'expression du visage devait paraître plus agréable, sans
qu'il soit pourtant permis de parler de grâce ni de beauté. Peut-
être est-ce une tête de femme. Il faut remarquer, derrière le crâne,

sans doute en bas-relief (pl. XXII, A,


>
On peut faire la même critique au
A
sujet
)."4"
le tenon de pierre qui joignait probablementla tête, taillée en ronde
bosse et en très forte saillie, au fond sur lequel le corps se détachait

d'une troisième tête dont


le visage et toute la partie antérieure du crâne et de la chevelure
ont été très mutilés (pl. XIÏ, B). Cette fois, il s'agit d'une tête de
femme, comme le prouve le bandeau de grosses perles très appa-
rent au-dessus des oreilles. Les cheveux, en avant de ce diadème,
le
sur les tempes et en arrière, étaient disposés avec élégance, et
ciseau du sculpteur s'y montre capable de quelque souplesse; il
semble aussi, bien que le jugement soit peu sùr en présence dune
face si ravagée, que le visage ait été dessiné et modelé avec un
plus habile souci d'art; mais la maladresse est encore trop évidente,
particulier dans les dimensions et la forme de l'oreille. La
en
tête n'était pas en ronde bosse, comme les précédentes, mais en
bas-relief; elle appartenait à une femme qui faisait partie d'un
groupe, mais il faut de l'attention pour s'en convaincre, car ce
groupe était singulièrement disposé. On voit à droite de la lète,
à la hauteur du cou, une surface modelée que l'on peut prendre
au premier abord pour une partie de l'épaule de la femme, avec
les plis de l'entournure d'une manche. Mais, à y regarder de plus
près, on s'aperçoit que cela ne peut être, étant donnée la direction
des lignes, et après examen on reconnaît qu'il s'agit de la tête,
grossièrement modelée, simplement ébauchée peut-être, d'un
bouc. On distingue le front brisé juste au-dessous des cornes, les
gros yeux saillants, la bouche indiquée par trois lignes, et la
longue barbiche. L'animal a posé son mufle sur l'épaule de la
femme, et il ne serait pas impossible que le bas-relief ait repré-
senté quelque symplegma mythologique. Mais nous craignons que
l'on ne parvienne pas de longtemps à expliquer le sens de ce frag-
ment, non plus que celui des précédents.
Un détail reste aussi pour nous très obscur. Si l'on examine de
près la surface de la joue droite, on voit une sorte de cordon de
très forte saillie qui, parti de la pommette, passe par-dessusl'oreille,
un peu plus haut que la naissance du lobe, et va se perdre dans
les cheveux, au-dessous du diadème.J\OUS a\ons cru d'abord a un
défaut de la pierre ou à une négligence de celui qui l'a taillée;
mais il n'en est rien.En effet, sur la joue de la tête précédente
Je même cordon est aussi ménagé, plus nettement encore, plus
large et plus saillant. Nous avons songé que ce pouvaient être les
restes de cet appareil bien connu dont usaient les joueurs de flûte
antiques, la (popGeia. On sait que la flûte était un instrument
agréable aux Ibères, et l'on se rappelle non seulement la flûtiste
trouvée à Osuna, mais celle d'Estepa. Mais l'explication ne vaut
rien, car le cordon a son point de départ, nous l'avons dit, non
pas au coin de la bouche, mais sur les pommettes, ce qui est d'au-
tant plus bizarre,que l'on ne distingue là aucun point d'attache,
et le cordon n'existe d'ailleurs que sur la joue droite. Il faut donc,
jusqu'à nouvel ordre, se résoudre à l'ignorance.
D'un quatrième personnage de la même série il ne reste que
la tête, un peu du torse, et le bras gauche. Ce personnage, une
femme sans doute, probablement debout, était appuyé du coude
gauche sur un support placé à côté de lui, et la main relevée
soutenait la tête. Tout le morceau est d'un style très barbare, et
l'on n'y voit même pas les qualités pourtant rudimentaires que
Ion soupçonne dans les précédents. Cependant. l'auteur a eu un
Xotir.Arck. des Missions Sel"", T. XIII, 4efasc. Pl. XXII
à
certain mérite d'observation; il a donné, la femme une attitude
pensive qui n'est pas vulgaire, et surtout on s'intéresse à la dis-
position très naturelle de la main dont le petit doigt est replié,
tandis que lesjrautres s'allongent le long de la tempe (pl.XII, C).
Ce fragment provient d'un bas-relief, ainsi que celui que repré-
sente la planche XXII, B. C'est le reste d'une figure féminine;
réduite aux épaules, au bras droit sans la main, à la moitié environ
du buste; la femme est vêtue d'une chemise à très courtes manches
plissées, et serrée au col par une fibule en forme de clou triangu-
laire; par-dessus la chemise elle porte une sorte de cuirasse lisse
qui se modèle sur les seins peu saillants, et se décore, bien au
milieu, d'une grande étoile. Un lourd et long collier à double
rang de boules s'arrondit à la naissance de la gorge, d'une épaule
à l'autre. Le bras est levé, comme si la femme brandissait une
arme, ou tout autre objet. Du reste, cette sculpture ne vaut que
:
par le détail de l'accoutrement, et l'exécution n'a aucun mérite.
Reste un morceau de facture un peu plus soignée les hanches
et les cuisses d'un homme, sans doute un guerrier. Il est fâcheux
que le haut du corps ne soit pas conservé, car il nous aurait cer-
tainement donné d'intéressants détails de costume et d'armement
(pl.X,C).
Dans l'état actuel il est permis seulement de deviner que sur
une tunique courte en étoffé souple le personnage portait un casa-
quin ou une cuirasse rigide fendue sur le côté gauche ou est for-
mé comme un soumet. Les cuisses sont nues. En somme cela rap-
pelle comme disposition la tenue des guerriers plus anciens dont
lesimages ont été retrouvées à Osuna. L'exécution est simple et
rapide, comme toujours, mais un peu plus vigoureuse; la volonté
du sculpteur s'y affirme avec un peu plus de franchise.

\ous terminons cette étude de la sculpture à Osuna par la no-


menclature de quelques débris intéressants malgré leur mauvais
état et leurs dimensions, et bien qu'ils ne se rattachent à aucune
des séries précédentes.
C'est d'abord le fragment d'un groupe de deux personnages
placés l'un à côté de l'autre; il subsiste, sur une large plinthe, un
seul pied de l'un avec un peu de jupe que ce pied dépasse, les
deux pieds de l'autre avec un morteau plus grand de jupe. A la
direction fuyante des pieds et' des jambes sous l'étoffe, on devine
que les deux figures étaient assises l'une près de l'autre; ce qui
frappe d'ailleurs le plus, c'est que l'aspect très simple de la sculp-
ture, la forme massive des chaussures à semelles où sont enfer-
més les pieds, la disposition de la tunique sans plis, étroite
comme une gaine, évoquent très nettement le souvenir de beaucoup
d'œuvres du Cerro de los Santos (pL XXIII, C).
On en peut dire autant d'un pied bien conservé, curieusement
posé sur une pomme de pin (pl. XXIII, A). On dirait, à première
vue, qu'il y a deux pieds réunis, mais il n'yen a qu'un, laissé très
large parce que la saillie de la sculpture était très haute et que
l'auteur n'a pas voulu la détacher du fond. Le pied est chaussé
d'un brodequin carré du bout avec une forte semelle sans talon.
Cette semelle est unie à l'empeigne de façou très apparente, par
une couture dont le fil dessine des dents. Une large guêtre bordée

;
d'ourlets en relief s'étale sur le cou-de-pied, mais il est notable
que cette guêtre n'entoure pas tout le bas de la jambe le derrière
du talon reste a découvert. On ne peut s'empêcher de rapprocher
cette disposition de celle que l'on connaît par de nombreuses statues
du Cerro.
Que signifie cette pomme de pinil C'est encore un problème que
nous ne nous nous chargeons pas actuellement de résoudre.

Nous avons trouvé aussi un débris curieux, bien que moins sin-
gulier : ce sont deux pieds joints tout l'un contre l'autre; ils
semblent s'être détachés d'une statue restée à l'état d'ébauche, car
le travail en est incomplet. Sur les cous-de-pied tombe aussi une
guêtre ou le bas d'une jupe très étroite; les deux pieds ont une se-
melle épaisse, mais sur le gauche seul on voit en relief les courroies
très simples qui la maintenaient.
Il faut rapprocher de ce morceau deux petits pieds votifs
d'aspect très rudimentaire, que M. Carlos Perea et son associé ont
retirés du très profond puits romain dont nous avons parlé.
L'ex-voto, comme le fragment de statue, se rattache encore, très
nettement, au style ibérique du Cerro.
En cinquième lieu, nous signalons une très petite tête virile
provenant d'un haut relief. Elle est en fort mauvais état. La
joue gauche était presque entièrement détachée du fond, mais ce
que l'on en aperçoit n'a pu étremodelé, et se trouve à peine ébau-
ché; on ne distingue qu'un plan pour la joue, une ligne pour la
XXIII.

Pl.

D'OSUNA

fasc. FOUILLES

4e

XIII,

SeT.

Jfiwkns

ldit.
des

Arch. x.
IÆltOF

Nouv.
E.
bouche; mais le profil devait être travaillé avec assez de précision.
Les cheveux courts semblent séparés en petites boules sans que
l'on puisse cependant les comparer à ceux du nègre abattu par
un félin.
Comme dimensions, cette tête se rapporte assez bien à un petit
torse très mutilé que couvrait une sorte de chlamyde; c'est du moins
ce que semble indiquer un pan d'étoffe plissée retenu au devant
de l'épaule par un gros bouton. D'après ce détail il semblerait que
la sculpture doive être de la même époque que le cornicen.
Enfin, comme spécimen amusant de l'art populaire à Osuna,
nous donnons l'image d'un petit bas-relief dont nous ignorons la
destination. On y voit un couple amoureux qui s'embrasse à pleines
lèvres (pl. XVI, A).
L'homme et la femme, réduits au buste, sont présentés de pro-
fil; les deux visages sont tout à fait symétriques. L'homme est re-
connaissable à ses cheveux ras et aux restes d'un torques; la femme
à ses cheveux plus épais, bien que courts, les mèches indiquées
par un naïf quadrillage, et à un étroitcollier de perles. Du reste,
les deux profils sont à peu près semblables, avec leur grand nez
et leur front fuyant. L'art est absolument enfantin, et rien n'est
plus barbare, par exemple, que l'oreille de la jeune fille et la
coupe de sa chevelure. Le morceau ne vaut que par le sujet et par
la naïveté de l'inspiration. Nous ne connaissons rien dans l'art ibé-
rique qui puisse en être rapproché, sinon deux visages tracés en
graffito sur un bloc de pierre d'Estepa actuellement au Musée du
Louvre. Encore le dessin est-il là moins incorrect(1).

LES ARMES.

I;()tJJ.ETS DE PIERRE ET BALLES DE FRONDES.

En étudiant la construction et la disposition de la muraille que


nos fouilles ont mise à découvert, et les pierres amoncelées de part
et d'autre de cette muraille, nous avons exposé nos raisons de
croire que nous nous trouvions en présence des ruines d'une forte-
resse hâtivement élevée, et brutalement abattue après un
assaut; parmi ces raisons, la plus probante certainement

(1 I,
Pierre PARIS, Essai, IFJR.3*3.
l'énorme quantité d'armes de toute sorte que nous avons recueillies
en avant et en arrière, mais surtout en avant de l'ouvrage.
Il est à remarquer que si ces objets étaient, dans l'ensemble,
dispersés de part et d'autre de la muraille sur tout le terrain des
fouilles, d'ordinaire on les trouvait par groupes plus ou moins
compacts, comme si l'attaque des artilleurs s'était plus particuliè-
rement portée par moments sur tel ou tel point de la forteresse.
C'est de ces armes que nous devons nous occuper maintenant,
el d'abord des armes de jet.
Contre les tours et les murs appareillés qui surmontaient le ta-
lus en moellons, les assaillants ont lancé un nombre immense de
boulets en pierre. La récolte journalière de ces projectiles était si
considérable qu'il y aurait de quoi élever avec eux une haute
pyramide. Nous n'avons transporté en France que quelques spéci-
mens choisis, afin que l'on puisse apprécier les dimensions, les
formes exactes et la technique.
Tous les boulets sont taillés dans la même pierre à gros grain,
mais ils sont loin d'être tous pareils. Si le plus grand nombre sont
régulièrement arrondis, et assez habilement rendus sphériques par
un travail minutieux du pic, dont la trace est très apparente, la
surface n'étant jamais polie, il y en a cependant une quantité qui
sont très maladroitement façonnés, prennent d'irrégulières formes
d'œufs ou de lentilles. On devine que la provision de boulets régle-
mentaires étant insuffisante, on l'a augmentée en toute hâte,
taillant au petit bonheur dans des blocs quelconques des sphères
biscornues; même il est arrivéque, n'ayant à sa disposition qu'une
pierre plate et peu épaisse, l'ouvrier se soit contenté de découper
un carré dont il a abattu et rapidement arrondi les coins. Sans
doute ces formes étaient assez contraires au bon elfet balistique,
mais l'inconvénient n'était pas sans doute très grand, car on devait
lancer ces projectiles de fort près. Ils ont en général assez bien
résisté au choc, car les débris provenant de cassures antiques ne
sont pas très nombreux, et cependant ils étaient projetés avec
une grande force, puisque nous en avons retrouvé en arrière
de lafortification une assez grande quantité qui avaient dépassé le
but.
La grosseur des boules est très variable. La circonférence des
boulets oscille pour le plus grand nombre entre 4o et 5o centi-
et
mètres; mais elle peut augmenterbeaucoup, lesmesures de 07,
Nouv. Arch. des Missions ScqIlO, T.XIII, 4e fase Pl. XXIV,

FOUILLES D'OSUNA
60, 66,70 centimètres ne sont pas tares;d'autre part d'autres
boulets ne dépassent pas la grosseur d'une grosse orange. On peut
rendre compte de ces différences en examinant le tas de boulets
se
que nous avons photographiés au pied d'un olivier, à côté de la
hutte que nous avions construite avec des tiges d'aloès et des
genêts pour nous abriter contre le soleiltorride (pl. XXIV, A);
que l'on voie aussi les quelques spécimens dont nous donnons
une image plus grande, parce qu'ils ont un intérêt tout particu-
lier(pl.XXV,B).
Ce sont quelques-uns des projectiles où nous avons relevé des
marques, et dont voici le catalogue :

10 Boulet de grosseur moyenne, dont les deux pôles sont apla-


tis; sur l'une de ces surfaces on lit, creuséirrégulièrement :

20Fragment avec la marque Xi, sans doute incomplète.


3° Boulet plus petit que le n° l

4.°: +11+

5° -tu.
6°:
:

+111

70 :
III\A {le dernier trait du signe \A est douteux).
8° Gros boulet d'où l'on a fait sauter une calotte sphériquepour
tracer la marque suivante : -

Le signe supérieur est en relief, l'inférieur en creuxW.


90 Boulet de moyenne grosseur, légèrement aplati :

Ces neuf boulets sont au Louvre.

(1)Nous nous sommes demandé si c'était vraiment là une marque, ou si


plutôt le boulet n'aurait pas été taillé dans un bloc de pierre équarrioù ces
deux angles, l'un en creux, l'autre en relief, étaient déjà tracés sur une des
deux faces.
Notre ami D. Juan Lasarte, en passant en revue ceux que nous
avons laissés à Osuna, a mis de côté ceux dont voici la liste et les
marques, d'après ses indications :
i° Boulet ayant o m. 49 de circonférence

m. 47 1 :
2° Cire. o
Cire,om. 43 :
30
4° Cire. o m. 43 ::



Cire. o m. 51
Cire. o m. 5 l:
Cire. o m. 66 : X
(?)

8° Cire. o m. 64 : (avec doute)

10°
g0 Cire. o m. 57 :
Cire. o m. 61 : ~-
Il nous semble que ces marques peuvent se diviser en deux
groupes, les unes indiquant une numération, les autres étant de
simples signes. Mais il serait téméraire peut-être de les interpréter.
Nous n'osons même pas décider si les boulets sont des projectiles
romains ou indigènes, car parmi les assaillants il y avait sans
aucun doute avec les Romains des alliés ibères, et d'autre part, si
nous avons des détails assez précis sur les iithoboles, les balistes
et autres puissantes machines de jet des anciens, si l'on a déjà
retrouvé, bien que rarement, des projectiles dans le genre de ceux
d'Osuna, ou l'on n'y a donné que peu d'attention ou l'on n'y a
remarqué aucun signe caractéristique C'est ainsi que l'illustre
explorateur de Carthage, le R. P. Delattre, ayant trouvé au pied
de la colline de Byrsa, près de la mer, une grande quantité de bou-
lets, a cru pour de bonnes raisons pouvoir les regarder comme
turcs, et les attribuer à la reprise de la Tunisie par les Turcs sur
les Espagnols. Sans doute il a raison, et cependant on a pu hésiter,

W Par exemple M. René kEiiviLErt. dans la Revue archéototjiqur, 1860.


II, p. 280 (De. projectiles cylindro-coni(furs on en olive depuis l'antiquité jusqu'à
nos jours ), signale bien desapprovisionnementsdebouletssphériqttrs en pierre et
en fer qui ont été trouvés dans les anciens retranchements qui traversent tout
le département de la Loire-Inférieure, de la forêt de Gavre à Candé, mais il ne
fait que les signaler. Osuna tous les boulets sont en pierre.
Nouv Arck. des Missions Sciuest T. Xflf, 4° fase.
FOUILLES D'OSUNA
1n1j. xx r.
car on en a trouvé d'autres en construisant ia nouvelle Carthage
qui certainement sont puniques; en effet quelques-uns portent un
caractère punique; ils sont seulement un peu plus petitsW.
La littérature ne nous aide d'ailleurs pas à trancher de pareilles
difficultés, car nulle part il ne nous est donné de renseignements
sur les projectiles lancés par les machines de guerre. Les auteurs
anciens ont bien soin assez souvent de dire que dans telle ou telle
bataille on a combattu de près ou de loin avec des pierres, XiOois,
lapidibiisW, mais il reste toujours impossible de savoir s'il s'agit de
boulets lancés avec des machines ou de simples cailloux lancés à
la main. Le mot molares, qu'emploie Silius Italicus(3), ne semble
pas un terme technique, bien qu'il s'agisse certainement dans ce
passage de pierres jetées par des balistes.

La collection de balles de frondes est plus intéressante. En prin-


cipe, puisqu'il s'agissait d'une forteresse, il fallait s'attendre à
recueillir à Osuna des projectiles de ce genre. L'auteur du de Bello
hispanico a plusieurs fois l'occasion de faire allusion aux frondeurs
dans son récit de la lutte dont la bataille de Munda détermina
l'issue. On se rappelle en particulier l'usage qui fut fait des glandes
au siège d'Ategua pour établir une correspondance des assiégeants
aux assiégés. On savait d'ailleurs même avant nos fouilles que
Cn. Pompée avait des frondeurs dans son armée, et l'on avait
retrouvé dans la région où se déroula la guerre hispanique quelques
balles marquées à son nom. La première est signalée au Corpus
(J, 68i= II,
4965, 1,2 =11, Suppl., 6248, 1) comme se trouvant
inmllseo privati enjusdam,, et l'inscription est lue très nettement :
CN-MAG- IMP-

Le R. P. Delattre a bien voulu nous donner par lettre ces indications que
(1)

nous sommes heureux de transcrire ici.


(i SALL., Jag.. 57'0 Romani pars «minus glande aut lapidibus
pugnantes.
Bel. Mithr.,
APP., 32,33 (Sièged'Athènes, 667 IW. J.-C.) È'JI'e'Ó"TwV Q-atfinm
rùv usoXefilwvxaiXtQ ots xaijSéksm xal (toXvSiaimis %peô(téva>v. Cf. Bel. en.,
5, 36. ).'(jo, xai Toeú(Joa(]'¡ xaî pokvSSatvais.Voiraussi 1p récit du siège
d'Ategua, de Bello hispan.. i3, 18.
W SIL.Ital., r. 334.

addiietis stridula nervis


Phocaïs effundit vnstos ballista molim'x.
mais la disposition des mots abrégés n'est pas indiquée. Momm-
sen fait d'ailleurs cette constatation importante que la balle de
fronde corrobore les données des monnaies d'après lesquelles
Cn. Mag. désigne Cneius Pompée; Magnus pris seul désigne son
père. Une balle trouvée en Sicile porte des syllabes où par ana-
logie il est facile de reconnaître le nom de Sextus Pompée.
Dans son tout récent Catàlogo ciel Museo de los Excelentisimos
Senores Marqueses cle Cpsa Loring,M. de Berlanga inventorie sous
le n° i.xv (p. 87) « une balle de plomb très bien conservée trouvée
tout près d'Osuna, et qui conserve en relief l'inscription CN'
MAG-IMP- *. Mais l'illustre épigraphiste de Malaga ne croit pas
qu'il s'agisse du fils de Pompée, et son argumentation est assez
:
spécieuse pour que nous la rapportions ici « Il me paraît très
naturel que Cneius Pompée ait voulu conserver le souvenir de son
père sur les balles de ses frondeurs, en faisant estamper sur le
plomb le nom de l'auteur de ses jours; mais que ce même fils
s'attribue à titre d'héritage le surnom que son père mérita de
Sylla, au dire de Plutarque, cela me paraît bien peu conforme aux
règles de l'onomatologie romaine. »
; ,
Cette observation ne prévaut
sans doute pas contre l'opinion de Mommsen
lieu de lire CN(EIVS) MAG(NVS) IMP(ERATOR)
mais peut-être au
serait-il
plus prudent et plus correct de restituer CN(EIVS) MAG(NI)
rF(ILIVS)] IMP(ERATOR).
En reprenant au second volume du Corpus la balle de Cneius,
E. Hubner indique avec plus de précision qu'elle a été trouvée
dans les environs d'Utrera, ce qui nous ramène tout près d'Osuna.
Il rappelle que des balles du même type se trouvaient à Hispalis
(collections Gago et Francisco Caballero Infante).Hiïbnerindique
aussi que des balles anépigraphes se sont rencontrées entre le Cas-
tillo deTeba, au nord du Rio Guadajozillo, et Cabrinana, et entre
Teba la vieja et Espejo. Il emprunte ce détail à Cardenas Franco,
repris par Cean-Bermudez (p. 378). Teba la vieja est un despoblado
à 4 lieues au sud de Cordoue, et il est probable que là se trouvait
justement la ville d'Ategua dont nous venons de parler, et que le
siège de César a rendue fameuse. Cean-Bermudez donne un dessin
3
de grandeur naturelle de ces balles, qui pesaient onces, etavaient
la forme d'une olive pointue aux deux bouts.
Lorsque nous arrivâmes à Osuna, on nous signala encore le
Cerro delNitno, entre Ecija et Osuna, où l'on recueillait assez sou-
J'I.XXVI.
VI.

XX

1'1.

fasc.
D'OSUNA

FOUILLES

4"

III,

X
T.
Sc'i"",

Missions

Jes

Arch.

Nouv.
vent des bellotas (glands) de plomb. Les paysans decette région en
apportent souvent à Osuna, et nous eûmes l'occasion d'en acquérir
quelques-unes, sans marques du reste. Le Musée provincial de
Séville en possède un petit lot de cette provenance; elles lui ont
été données par l'illustre académicien D. Rodriguez Marin, né à
Osuna. D. Rodriguez conserve aussi une balle avec le monogramme
Æ, et plus de 70 balles anépigraphesqui proviennent de la Ata.
laya Nufio) [Corp. Jnscr. Lat., II, Suppl., 6325].
Dans le même musée, sous le n° 2401, est un autre lot de douze
balles anépigraphes sans indication d'origine. De même, il y a dans
le Musée de Casa-Loring « six balles de plomb lisses, sans légende,
parfaitement conservées; deux d'entre elles figurent des cônes unis
par les bases, et les quatre autres ont la forme de deux petites
pyramides également unies par leurs bases respectives (de Ber-
langa, Catâlogo, p. 120, n° 1).
D'autre part Hubner a publié au Corpus une balle inscrite,
trouvée, dit-il, quelque part en Bétique, peut-être à Osuna même;
elle porte les lettres COS. D (II, Suppl.,62/18, 9).
Nous avons à signaler une autre balle qui est sans doute la plus
intéressante, si, comme nous le croyons, les caractères qu'on y lit
sont ibériques. Elle se trouve aussi publiée au Corpus (11, Suppl,
62/18, 2). Elle a été trouvée à Montoro, l'antique Epora. On y lit :
3ADAd).
Enfin, Cean-Bermudez (Sumario, p. 3p) nous apprend que
dans les environs d'Alcalâ de Gisbert (Valence) un berger recueillit
<
plus de deux torchas de balles de plomb.
On voit qu'en somme ces petits monuments sont assez rares en
Espagne, et en particulier dans la Bétique.
Nos fouilles nous ont permis d'en réunir une des collections les
plus nombreuses et les plus variées qui existent; on peut l'évaluer
certainement à un millier; nous n'avons transporté à Paris que les
exemplaires les plus intéressants; il en reste à Osuna de pleins couf
fins. L'image que nous donnons plancheXWI, A montre le tas
rassemblé en deux ou trois jours, et permet d'avoir un aperçu de
l'extrême diversité des modèles. Nous allons essayer de faire un
classement, et nous nous occuperons d'abord des plombs qui
portent des lettres ou des signes.
C Nous ne parlons pas dos hallesdouteuses du Corpus, II,Suppl., lh/¡K,
3-8 i
et6 48,1o.
io Balles au nom de Cn. Pompée. — Ces bâties relativement
nombreuses n'ont pas toujours le même poids; ce poids varie, selon
la grosseur ou la longueur, de 80 à 102 grammes, mais la forme
est toujours la même; ce n'est pas celle d'une olive, mais celle de
deux cônes unis par les bases. Comme elles ont été coulées dans un
moule à deux parties, il y a presque inévitablement dans le sens
de la longueur une bavure fine formant d'un bout à l'autre et tout
autour comme une arête vive, et la régularité des cônes en souffre.
Il est à noter que la pointe de l'un des cônes s'allonge plus que
l'autre, et parfois semble s'évaser en s'émoussant. L'explication
la plus simple est que le moule étant rempli, un peu du métal en
fusion se logeait dans le trou qui servait à l'introduire, et formait
comme une tige que l'on négligeait de recouper. Mais il est aussi
possible que l'on ait ajouté cet appendice à dessein, par une rai-
son de balistique, par exemple pour assurer l'équilibre de la balle
dans sa trajectoire. On sait par des études spéciales que les balles
de frondes antiques sont des projectiles vraiment scientifiques.
L'inscription est toujours ménagée en relief et d'ordinaire fort
lisible. Les syllabes CN-MAG- sont à la suite l'une de l'autre,
dans le sens de la longueur, empiétant d'un cône sur l'autre;
la syllabe IMP à l'opposé, toute seule et bien au milieu (pl. XXVI.
B, 1, 2, 3, 4).

2° Balles à inscriptions diverses. — Nous avons cru assez long-


temps que les balles de Cn. Pompée seraient les seules inscrites;
ce n'est qu'assez tard, alors que nous avions attaqué depuis
quelques jours le terrain Engel, que nous avons été détrompés, et
fort heureusement, par la découverte de quelques balles, trop
rares d'ailleurs, portant des caractères différents de ceux que nous
venons d'étudier; nous avons tout lieu de les croire ibériques.
Voici la description des plombs et le fac-similé ou la transcrip-
tion des marques.
1° Balle longue de o m. 052, en forme de noyau émoussé aux
:
deux bouts. On y lit d'une part VA D
:
et à l'opposé V\fV'
Pl. XXVII, A. 6.

o Balle longue de o m. 06, pointue à une extrémité et émous-


Nouv. Arch. des JlissionsScquc" T. XIIT, 4"fasc. Pl. A'.Y{'

FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Edit.
bavures : : vy
sée par un choc à
YYN

et à l'opposé
l'autre, mal coulée, irrégulière, avec des

Pl. XXVII, B, i.
On distingue pourtant avec un peu d'attention
et à l'opposé V-n1)
:
3° Balle toute mâchée, dont il est difficile de lire J'inscription.

: \1')/

Pl. XXVII, A, 5.
La balle a o m. o5 de longueur.

4° Balle coupée par le bout; la forme était celle d'une olive


régulièrement roulée au centre et finement apointée. Longueur
actuelle, o m. 045. L'inscription, très peu apparente, était ana-
logue à celle de la balle précédente :
VA
Pl. XXVII, A, â.

5° Balle à quatre faces plates, oblongue. Longueur o m. oltS.


Les caractères sont formés de vigoureux traits en relief, occupant
toute la superficie de l'une des faces :
niv
Pl. XXVII, B, 2.

6° Balle de la même forme que la précédente, mais un peu


plus longue (o m. o48), très pointue aux extrémités. L'inscription
est très nette :
niv
Pl. XXVII, A, 3.

7° Balle demême forme que la précédente,demême longueur,


mais non sortie du même moule, car bien quel'inscription soit
vraisemblablement identique, les caractères ne sont pas tout à fait
:
pareils
Ilh
Pl. XXVII. A, 3.
8° Balle à trois faces plates, longue de o m. o5, et bien poin-
tue, avec deux caractères nettement imprimés en relief. :
V-i
Pl. XXVII,A, i.
911 Balle en forme d'olive bien arrondie, aux pointes nettement
effilées, longue de o m. o53. L'inscription est placée à peu prèsau

:
milieu, mais les traits ne sont pas très précis. Il n'y a pourtant pas
d'hésitation sur la lecture AF

Pl. XXVII, B, 3. C'est une balle à peu près de ce type que nous
avons signalée plus haut (p. 445).
I
10° Balle de même forme dont une extrémité a été endom-

:
magée. Longueur o m. o58. L'inscription est placée vers la pointe
conservée; elle est fort lisible AC

Pl. XXVII, B, 4.

BALLES AVEC SIMPLES MARQUES.

1° Un grand nombre de balles portent tout simplement en


guise de marque un croissant en relief, dont la courbe est plus ou
moins accentuée, et dont les cornes sont plus ou moins allongées;
le signe peut être d'ailleurs placé n'importe où sur la surface du
plomb. Une fois, ce signe existe concurremment avec une in-
scription (Balles à inscriptions diverses, n° 2). Si cette inscription
est bien, ibérique, comme il semble, il en résulte que toutes les
balles portant ce croissant sont indigènes.
Un nombre plus grand encore de balles, de formes très variées,

:
mais ordinairement allongées, sont aplaties sur une partie de leur
longueur, et portent en creux la marque suivante

superficielle..
qui peut être plus ou moins longue et plus ou moins large, plus
ou moins profonde ou
Nouv. Arch. des Missions Sciu", T. XIII, 4e fasc.Pl.XXVIII.
FOUILLES D'OSUNA
BALLES ANBPIGRAP1IES.

Les inscriptions des balles que nous croyons ibériques sont jus-
qu'à nouvel ordre indéchiffrables; les marques et signes ne nous
apprennent rien de nouveau au sujet de l'histoire générale de ces
projectiles. La très nombreuse collection des balles anépigraphes
est en ce sens beaucoup plus intéressante.
L'extrêmevariété de formes nous a d'abord frappés. On com-
prendra que nous ne songions pas à les décrire toutes; les images
où nous avons groupé les spécimens les plus typiques sont très
suffisamment explicites àcet égard (pl. XXVIXXIX). Disons seule-
ment que si les plombs en forme d'olives régulièrement rondes au
milieu et effilées aux deux bouts sont les plus fréquentes, il est assez
rare de rencontrer deux balles absolument semblables de longueur
et d'épaisseur et de poids égaux. Sans doute il faut tenir compte
des divers accidents qui ont pu modifier l'aspect primitif des projec-
tiles. Comme tous ont servi, les chocs les ont mâchés, dépointés,
tordus, aplatis, bosselés et coupés; mais cela ne suffit pas à expli-
quer des différences aussi accentuées que celles qui existent. La
diversité si grande des types nous suggère alors une hypothèse, c'est
que chaque frondeur avait son moule à lui, et fondait ses balles à
sa fantaisie. Peut-être aussi faut-il tenir compte de la hâte de com-
bats improvisés, comme nous l'avons déjà proposé au sujet des
boulets de pierre mal taillés et mal arrondis. Nous parlons surtout
des frondeurs ibères, car dans la collection un grand nombre de
balles qui ressemblent absolument à celles de Cn. Pompée, mais
n'ont pas d'inscription, paraissent bien de même fabrique, et nous
les croyons romaines; les frondeurs des légions recevaient leur
provision toute prête de projectiles à peu près uniformes.
Il y aurait du reste, pour qui serait compétent en cette matière,
d'intéressantes études à faire sur la valeur balistique de tel ou tel
modèle. M. René Kerviler a montré dans un instructif mémoire
cité plus haut que les anciens, en donnant la forme d'olives aux
balles de frondes, avaient résolu de façon très ingénieuse un difficile
problème. Il y aurait à reprendre cette étude pour les formes de
quelques balles d'Osuna.
Par exemple, comment pouvaient se comporter dans leur tra-
jectoire les balles à trois ou quatre pans, ou les balles romaines
comme celles de Cn. Pompée, composées de deux cônes unis par
la base? Quels étaient les avantages ou les inconvénients de ces
divers modèles? En particulier, quelle influence pouvaient avoir
sur la portée ou la justesse du tir des balles leur plus ou moins de
régularité, les bavures qui en détruisent l'équilibre, les marques
en relief ou en creux qui en modifient la surface?
Parmi les modèles que nous croyons nouveaux, il en est de tout
à fait curieux, dont nous n'avons retrouvé qu'un petit nombre
d'exemplaires. D'abord des balles en forme d'olives assez peu poin-
tues, mais d'olives incomplètes, en ce sens que l'une des extrémi-
tés a été coupée de manière à ménager à l'arrière du projectile une
surface tantôt plane, tantôt concave (pl.XXVÏÏI, 16, XXIX, 12).
Ceci est de grande importance, et prouve la science ou l'instinct
vraiment rare de nos frondeurs. En effet la forme en olive, meil-
leure que la forme ronde, n'est pas la plus parfaite que l'on puisse
imaginer, et les modernes y ont renoncé pour les projectiles de
leur artillerie, fusils ou canons. Voici ce que nous lisons à ce sujet
dans le mémoire documenté de M. R. Kerviler : Il la forme
pointue en avant en résultait naturellement pour réduire au mini-
mum la.résistance de l'air; mais la difficulté de projection dans
l'axe existant toujours avec l'arrière aminci, on a presque partout
adopté le projectile allongé avec avant pointu et culot plat, mal-
gré le désavantage de la dissymétrie qui est une cause de dévia-
tion, le centre de gravité n'étant plus au centre de figure, et malgré
le plus grand vide d'air causé à l'arrière pendant le trajet par la
forme plate. » Nos Ibères apparaissent donc comme des précurseurs.
Mais il y a plus; ils ont essayé quelquefois de remédier aux
inconvénients du modèle à culot plat. Nous avons recueilli soigneu-
sement deux balles auxquelles nous ne connaissons pas d'ana-
logues; elles sont coniques, effilées, à fond légèrement concave,
mais on y a laissé en appendice, sur le bord de la base, une petite
languette de plomh(pi. XXIX, A, 13,16). Malgré notre incom
pétence en la matière, nous ne croyons pas nous tromper en disant
que cette queue devait être destinée à atténuer la déviation du pro-
jectile. Nous ne pouvons dire si le procédé était efficace, mais dans
tous les cas la recherche dont il témoigne a son prix.
Elle ne nous étonne pas dans un pays où l'art du frondeur était
dans l'antiquité en grande estime (est-il besoin de rappeler la célé-
brité des frondeurs des Baléares?), et où la tradition s'est conservée
Nouv. Arch. des Missions ScV", T. XIIT, 4"fase. Pl, XXIX.

FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Edit.
de très curieuse manière. A Osuna, en particulier, ii n'est pas un
enfant, il n'est pas un jeune homme qui ne soit d'une extrême
habileté à manier sa fronde en fibres d'aloès; elle sert à ramener
dans le gros du troupeau la chèvre, le porc ou le bœuf qui vaga-
bonde. On dit même que certains bergers sont d'une adresse mer-
veilleuse à atteindre à longue distance la corne droite ou gauche
d'un bœuf au galop; nous n'avons point vu cet exploit, digne du
trappeur Bois-Rosé, qui touchait de sa balle l'œil ou l'oreille d'une
loutre, à son gré; mais plus d'un parmi nos ouvriers lançait avec
sa fronde claquant comme une escopette des projectiles qui allaient
droit au but lointain. Même, à certain jour de fête, c'est la coutume
séculaire que deux camps de jeunes frondeurs se mitraillent, et
non sans danger, avec des oranges.
Presque toutes les autres balles d'Osuna sont de même intérêt,
n'étant que des variantes du type vulgaire en olive, et nous n'y
insistons pas. Mais nous devons une mention spéciale à trois pro-
jectiles vraiment exceptionnels, moins par leur forme que par leur
grosseur.ÎNous n'avons pas connaissance qu'on en ait trouvé n'im-
porte où d'autres exemplaires. Ce sont des olives de plomb grosses à
peu près comme des œufs de poules; elles sont très régulières et
bien fondues. L'une pèse 555 grammes, la seconde 54o, la troi-
sième 53o grammes. Elles n'ont absolument aucune marque ni
signe distinctif, car on ne peut faire état d'un trou qui se trouve
dans l'une d'elles, et qui ne doit être qu'une simple soufflure.
\ous ne savons trop comment expliquer la rareté de ces lourds
projectiles; peut-être étaient-ils réservés à quelque officierou ne les
employait-on que dans certaines occasions (pl. XXIX, B).
D'autre part nous n'a\O!IS retrouvé qu'un spécimen, du reste
fort endommagé par l'oxyde et l'action chimique de la terre, de
balle de fronde en fer, et nous n'avons recueilli aucune balle en
terre cuite, comme celles dont nous savons que se servaient par
exemple les Carthaginois, et qui avaient la forme de galets ellip-
soïdes. En revanche, nous avons ramassé une grande abondance de
balles d'un nouveau genre, dont les combattants d'Osuna ont fait
une grande consommation. Ce sont des cailloux roulés. La présence
sur ces hauteurs de pierres recueillies dans le lit des ruisseaux ne
s'explique que si elles ont servi de projectiles, et il y a tout lieu de
croire qu'elles furent lancées avec la fronde et non avec la main.
Elles sont presque toutes de la grosseur du poing à peu près, mais
affectent des formes variées, et pas toujours très régulières, comme
le montre la planche XXV, A. Nous en avons trouvé beaucoup que
le choc avait brisées, ce qui est un argument de plus pour prouver
qu'elles ont été projetées avec une fronde. Les cassures de la pierre
correspondentaux bosses et aux aplatissements du plomb des balles.
Il y«amême de ces cailloux qui ont éclaté au feu, de même que
nombre deballes de plomb ont été fondues dans l'incendie dont
nous 'avonsnoté partout les'traces (pl. XXVIII, 22, 2 4).

, , GLAIVES, POIGNARDS, JAVELOTS, LANCES.

L'embarras- que nous avons dû parfois constater lorsqu'il s'est


agi de classer les balles de frondes en romaines et ibériques est
plus grand encore peut-être à propos des armes de fer de toute
espèce; dont la récolte a été d'une extrême richesse.
Je ne parle pas là d'un spécimen fort intéressant de glqdius, au-
quel nous pouvons indifféremment donner le qualificatifde romain
ou d'ibérique, puisque à partir de la deuxième guerre punique c'est
un fait bien connu que les Romains empruntèrent aux Ibères la
forme duglaive dont étaient armés les légionnaires (pl. XXX, B).
Le fragment que nousavons retrouvé est encore long -de
o m. ti1 et se compose de la tige qui s'enfonçait dans la poignée,
malheureusement disparue, et d'une partie de la lame enfermée
encore dns le fourreau. Cette lame est bien conforme ace que

;
nous savons dû glaive des légionnaires, c'est-à-direqu'elle est à deux
tranchants rfenflée de façon assez sensible au milieu, et -va" légère-
ment en décroissant de largeur vers la pointe; cette pointe, il est
tout naturel de la supposer courte et assez "Obtuse. Le fourrèau
et
étaitenbois, ce bois est encore conservé par endroits, surtout
où ilétait le plus épais, à l'ouverture; l'action du-temps l'a fait
adlhéter au fer sans qu'il soit possible d'essayer -de l'en s éparer.
Nous ne broyons pas que la gaine ait été complètement- recouverte
de métal, mais les deux plaques qui la composaient étaient main-
tenuespardesàflneaux oblongs de bronze, dont un était encore en
plate quand nous avons déterré cet important débris.
Dans le terre environnante nous avons retrouvé quatre anneaux
adhérents à des crochets qui servaient sans doute à suspendre le
gMi, èt justement lafameuse épée dite de Tibère, ml musée de
Mayeuce, par exemple, était suspendue par quatre anneaux. Une
Xouv.Arch. desJfissions ScqllC>, T.XIII, 4e fase. Pl. XXX.

FOUILLES D'OSUNA
provient probablemfentdu baudrier.
boucle que nbus avons -recueillie an même temps que la lame

à
Ilest moins facile de savoir quoi servaient deux clous à tête
ronde et" bombée, également. en bronze, portant chacun -accolé au
bord de cette tête ici un anneau, là
une sorte d'étrier; de petites
plaques de bronze où sont encore engagées des chevilles rivées,
de
aingrandnombre menus crochets en formede virgules ou, pour
mieux dire,'de larmes. De ces derniers objets dentale-métal brille
comme de Hor, on peut supposer qu'ils étaient appliqués au four-
reau, en guise d'ornements; comme le bronze, très mince et pour
ainsi dire soufflé, sebosselle au moindre choc, on ne peut' ad-
mettre qu'ils aient servi à garnir la poignée. Quoi qu'il,en soit,
leseul fait que l'arme était ainsi décorée semble prouver qu'elle
appartenait à un chef.
A côté de ce glaivë,nous avons recueilli un mofceâu de lame
de mêmetype; il est donc probable que quelques-uns des-débris
métalliques que nous venons de mentionner se rapportent à ee
second exemplaireW.
Avec le gladius, le légionnaire était eneore armé du*pugia ou

,
-
poignard, dont nous ne sommes passûrsdevoir retrouvé de spé-
cimen même en fragments. Cependant nous avons soigneusement
recueilli des débris de lames plates, assezmincesetétroites, pro1-
venant de lames dont la longueur ne peut être exactement" déter-
minée, maie qui conviendraient assez bien à des poignards. Si ce
n'étaient que de simples couteaux, on- en expliquerait malaisément
la présenceau milieu de toutes ces armes- de combat. -

;
Quant au javelot ou pilum, cette arme classique du soldat rov
main, elle est asstèz bien connue elle se composait de deux parties;
le fer et le bois, qui, réunies, étaient d'une longueur de trois
pieds. L'extrémité dangereuse duferétait apomtée,l'autre s'emman-
chait au boisau'moyen d'une douille et de chevilles; quelquefois
les cftux parties du javelot étaientmaintenues jointes' par une
sorte de luanchonen bois.
A Osuna nous avons recueilli un grand nombre de tiges de fer
renflées-au bout et façonnées en pointes à quatre pans, oùl'bn

crros rivets

seulesrBsiste. la et
-*
Quelques débris de fer plat, transpercés perpendiculairement par de
à têtes rondes, sont tout ce qui reste de poignées de glaives. Natu-
rellement le bois ôu l'os qui garnissait soie est tombé les parties métaîiïqûes
ont
serait bien tenté de reconnaître des restes de pila. On en peut voir
un spécimen pl. XXXI, n° 7. C'est une baguette de fer, incomplète
certainement, puisqu'elle n'est longue que de o m. 3o, terminée
par une tête courte formée d'un renflement aiguisé en pointe. Le
fer constituant la haste est presque aussi gros que la tête elle-
même, et ne s'en distingue que par un léger étranglement du
métal à la base. C'est du reste le seul exemplaire que nous ayons
retrouvé d'un javelot à forte tige. Tous ceux que nous allons men-
tionner ont au contraire une tige très mince. C'est d'abord le cas du
fragment figuré pl. XXXI, n° 5. Il mesure o m. 45; la tige, qui est

;
tordue et assez mince, semble avoir été quadrangulaire, mais nous
ne pouvons l'affirmer la pointe est allongée.
Nous avons trouvé un fragmentdumême genre, mais plus
,
court (0111. 22) intéressant parce que la haste s'amincit franche-
ment vers l'origine de la tête qui est pointue. Le fragment 8 de notre
planche XXXI, long de o m. 3o5, a la tige fine et carrée; la
tête est longue et forte.
,
Nous avons réuni sous les numéros 2 1 et 3 de la même
planche un fer long de om.01, dont la tige ronde et menue
s'est conservée très droite, et qui se termine par une pointe à
quatre faces; plus un fragment de o m. 5k, plus gros et cependant
tordu, dont la tète se distingue à peine de la haste; et un autre un
peu plus mince, deo m. 65. Enfin un débris fort mince atteint la
longueur de o m. 68, mais la tige est fort oxydée et amincie par in-
tervalles. Nous ne signalons que pour mémoired'autresfragments
longs respectivement de o m. 18 et de o m. 012. Ce dernier a ceci
de particulier que la tête, assez vigoureuse, a quatre faces. Mais on
doit une attention particulière au n° 4 de la pl. XXXI, dont la tige
est taillée à quatre faces; cette tige, qui est très régulière, offre ce
détail inattendu qu'elle est composée de deux parties, une âme
centrale et tout autour de cette àme un manchon de métal dif-
férent. Comme le métal extérieur s'est oxydé, il s'est détaehé en
un endroit de la baguette centrale, laissant apparaître très nette-
ment cette curieuse particularité de technique. Sans doute la tige
intérieure, faite d'un métal plus souple, était destinée à éviter les
cassures de l'arme.
Cette remarque nous semble expliquer la découverte d'un
grand nombre de petites tiges tantôt en fer tantôt en bronze,
rondes ou quadrangulaires, mais plus souvent quadrangu-
laires, pointues aux deux bouts, de longueur variant entre o m. 15
et o m. 17, et dont l'on ne comprend pas tout d'abord l'usage.
Ce sont très probablement des âmes du genre de celle que nous
laisse voir la haste en question, et dont le revêtement extérieur est
tombé. Elles ont résisté, parce que le métal dont elles sont faites
est plus résistant que son allié à l'oxydation. Mais il nous est difficile
pour le moment de savoir quel genre d'armes elles servaient ainsi
à consolider; leur forme même, effilée aux deux bouts, n'est pas
instructive à cet égard. Cependant nous aurons tout-à-l'heure à dé-
crire une espèce de harpon auquel il semble qu'elle conviendrait
assez bien, puisqu'il est pointu à une extrémité, pour frapper et
blesser, et pointu à l'autre pour être fiché dans une haste.
Tous les détails que nous venons de donner sur ce type d'armes
nous troublent, on le comprend, et nous n'osons pas affirmer
pleinement leur origine romaine. D'abord nous ne connaissons
aucun texte ni monument qui nous autorise à croire que la tige
du pilum ait jamais été carrée. De plus même les plus longues de
ces tiges de fer ne portent aucune trace à leur extrémité non poin-
tue, ni de douille ni de mode d'assemblage quelconque ayant pu
servir àl'attacher à la tige de bois; et nous nous demandons si ce
ne sont pas tout
simplement des lances. En effet à Alcalâ la Real,
près de Cordoue, dans une collection particulière, nous avons eu
l'occasion de photographier deux lances en fer, l'une toute droite
encore, l'autre tordue en serpent, dont la ressemblance avec les
fragments d'Osuna est absolue. Elles proviennent probablement de
la célèbre nécropole ibérique d'Almedinilla, dont Alcalà la Real
n'est éloignée que de quelques heures; le musée de Cordoue
possède aussi plusieurs de ces armes très importantes, et très bien
conservées, et sans doute de mêmeorigineW. Javelots ou lances,
armes ibériques ou romaines, la question peut rester douteuse,
d'autant que les fouilles nous ont rendu de véritables pointes de
lances, certaines cette fois-ci, et qui presque toutes sont curieuses
n'ayant d'ailleurs aucun rapport avec les objets que nous venons
d'examiner.
Nous disons pointes de lances, car les armes d'où elles pro-
viennent étaient toutes, sauf une, fabriquées en deux parties, le
(1)Nous venons d'imprimer un assez long mémoire sur les armes d'Almedinilla,
d'Alcalâ la Real et de Cordoue. Il a paru dans la Revue archéologique, 1906,
II, p. Il9-9,2.
bois, et le fer muni d'une douille dans laquelle s'engageait le bois;
un clou ou une cheville passait par un trou ménagé à travers la
douille, et assurait l'adhérence et la solidité des deux membres.
Un des spécimens est figuré pl. XXXII, n° 2. La pointe et la
douille ont en tout o m. 20 de long; la pointe est petite, mince, al-
longée; la douille au contraire s'évase brusquement, et a o m. 025
de diamètre maximum. Le fer a été courbé un peu au-dessus de
cette douille, à l'endroit où la tige était vraiment un peu faible
pour supporter un choc de quelque violence. C'est une arme
de médiocre valeur offensive, et qui bien certainement est indi-
gène.
Nons en avons recueilli un second spécimen (pl. XXXII, 4)
dont la tige est également tordue; la pointe, en forme de feuille
de laurier, est assez plate et fine; elle s'ajuste par un délié à la
haste. Un autre exemplaire, long de o m. llt, diffère par la
pointe, qui, tout en ayant la même forme, est assez épaisse, de
plus de 1 centimètre. Sa largeur maximum est de o m.o3. Il est
regrettable que la pointe extrême ait été brisée, et que la feuille
elle-même ait été détachée de sa tige.
Un second type est mieux conçu; le fer est à peu près aussi
long (o m. 195), mais la douille est plus courte et plus forte, et
la pointe s'y ajoute presque sans intermédiaire (pl. XXXII, 5).
Cette pointe est intéressante en ce qu'elle a la forme d'une feuille
oblongue, large de o m.o35, flanquée à droite et à gauche, près
du pédoncule, de deux barbes pendantes; c'est en somme un fer
de flèche agrandi. Il faut observer que l'extrémité a été violem-
ment recourbée en avant sans se briser, et ce détail curieux que
la douille étant sans doute un peu trop large pour la haste, dont
elle conserve un fragment engagé, on avait essayé de fixer les deux
parties au moyen d'un peu de fil ou d'étoffe qui subsiste après tant
de siècles.
Les fers de lances de la pl. XXXll, nos 1 et 3, sont de même type;
le second est long de om. 15, et la pointe en a été recourbée en
forme de véritable anneau, ce qui s'explique assez malaisément,
et n'indique pas une très bonne fabrication; le second n'est long
que de o m. 13, car l'extrémité a été cassée.
Enfin nous ne connaissons qu'un spécimen du type de la lance
représentée pl. XXXII, n° 6. La tête et ce qui reste de la tige forment
une longueur de o m. 16. La pointe est mince, plate et allongée,
~—~.—.~ FOUILLES D'OSUNA
Pl.Z-Yxff

B. LEROUX, Édit.
-
Pl.XY.xm
Nouv Àrci, - des Missions Sducs, 1'. XIII,
4cfasc.
FOUILLES D'OSUNA

B. LBRoux, Édit.
douille.
le fer est très menu, et sans doute toute la haste était en fer, ne
formant qu'un morceau avec la pointe, car il n'y a pas de trace de

j
Nous ne croyons
TRIDENTS.

pasque les trtmpés


-

romaines, même en y
comprenantlesauxiliaires, aient jamais fait usage des armes que
examiner, et qui sont des tridents. Les
nous allons maintenant
tridetits ne seront retrouvés qtfàu nombre de quatre (pl. Xn).
Ils ne sont pas d'un même modèle. t-
Le premier létait emmanché à - une haste au moyen d'une
douille. II est en très mauvais état, et une dent â disparu. Ces dents
qui semblerft avtJir été courtes, et dont l'êcartèftiettt màximum
n'était que de 0m.06, n'étaient pas disposées en dents de fourche,

;
comme on se figure les tridents dassiqùes dès
divinités marines,
mais formaienttriangle elles étaient -fines et devaient êtreasez

om.18 XXXIH, î).-


courtes. La longueur actuellede l'arme toute mutilée est de
(pl-
Le second et le troisième diffèrent du premier d'abord en te que
les dents sont plus écartées et plus fortes, et qu'elles étaient plus lon-
gues, ensuite ence qu'ilsétaient plantés dans hasteau moyend'une
la
pointe -robuste partant del'origine des - dents (n° 2). L'écartement

:
des branches du troisième (n° 3) est de o ni. ô8. L'un et l'autre
sont aussi mutilés que le premier il leur manque un dent, et
les deux qui restent sont brisées sans qu'on puisée préciser la Ion1
gueur qu'elles avaient. Actuellement le n° 3 mesure omr i5,ét le
ii°3om.i35. Enfin le quatrième est tout différent; il était fixé
;
4)..
au bois par une douille courte et grosse ses dents étaient dispo-
sées sur un même plan, et, trèsfortes à la base, s'amincissaien
rapidement en pointe aiguë. II ne reste que celle dumilieu,éties
amorces des deux autres. L'arme, qui mesureaujourd'hui o m.- 4,
devait être tourte et puissante(n°
Ce n'est pas la première fois qu'on découvre des tridents de ce
genre, car Cean-Bermudez (Sumario, p. 64) signale à Carche, près
deJumilla, la découverte faite en 1774 de ((armas arrojadizas
i
t

semejantes al dardo con ires puntasajiïadas». Mais la rareté des


tridents à Osuna même prouve que les soldats qui* donnèrent l'as-
saut à la forteresse ou qui la défendirent n'en. étaient pourvus qu'à
titre exceptionnel
ÉPIEUX.

Les épieux n'ont pas apparu en beaucoup plus grand nombre;


le Louvre n'en a reçu que six. Ils se composent, sauf exception,
d'une pointe conique en fer à la base de laquelle est creusée une

:
douille pour recevoir un manche de bois.
Voici la liste de nos 6 exemplaires
i" longueur, o m. 18; diamètre maximum de la douille
o m. o4- L'extrémité de la pointe est brisée, et la longueur totale
du fer ne devait pas dépasser o m, 20 ou o m. 21.
3° Longueur, o m. 5; diamètre maximum de la douille
o m. o4. Il manque le bout de la pointe et un peu de la douille
(pl.XXXIV,n° î).
3° Cette pointe d'épieu est complète; elle a o m. io5 de
longueur;lediamètre de la douille est de o m. 025 (pl. XXXIV,
n° 2).
41 Epieu très pointu, à grosse douille, long de o m. 11. Le
diamètre maximum de la douille est o m. o3 (pl. XXXIV, 00 3).
5° Fera pointe émoussée, à douille; longueur p m. lÜ.
0" Pointe d'épieu de même forme, ayant ceci de particulier
qu'elle n'a pas de douille, et était implantée directement dans le
bois par son extrémité inférieure apointée. Il serait d'ailleurs pos-
sible desoutenir que c'était tout simplement la pointe d'un javelot.
Longueur, o m, 17,
Nous savons que sous les mots de veru, verlllzzm veruculum,
on désignait des armes de trait que les Romains avaient emprun-
;
tées aux Samnites pour armer leurs soldats d'infanterie légère la
description qui nous en a été laissée et qui les représente comme
des pointes coniques en fer, longues de 5 pouces et emmanchées
à des hampes de 3 pieds et demi, montre que les épieux
d'Osuna répondent assez bien au veru, et peuvent être d'origine
romaine.

HARPONS.

Au contraire nous regardons comme purement espagnol un


type d'arme qui est de beaucoup la plus fréquente dans notre col-
lection et que nous ne pouvons mieux désigner que sous le nom
de harpon.
XIII. 4e fasc. l'l,XXXIV
Nouv. Arch. des Missions Scqucs, T.
FOUILLES D'OSUNA

E. LEROUX, Edit.
C'est une tige de fer pointue à l'une de ses extrémités et ter-
minée à l'autre en forme de crochet aigu ou d'hameçon. La
pointe sans crochet était enfoncée dans une haste en bois, et
l'autre servait à frapper. Une fois entrée dans la chair, la pointe
ne pouvait plus s'en dégager sans déchirure, à cause de la barbe
saillante. Il serait tentant d'y reconnaître ces javelots à crochet, tout
en fer (cravviois
oÀo(,;J'lJ'¡po, àyxicrlPWiïeo-i) que Diodore signale
comme particuliers aux LusitaniensM.
Le plus grand nombre de ces harpons nous sont parvenus in-
complets, mais beaucoup sont heureusement intacts, et l'on peut
juger qu'ils n'étaient pas façonnés sur un modèle uniforme. La
longueur de l'arme totale, celle du crochet pris à part, l'épais-
seur du fer, sont très variables. La planche XXXV, n° 5 nous
montre un harpon massif, long de o m. 14 seulement, à grosse
;
tête, à tige très robuste, épaisse et à peine arrondie au contraire
les numéros 2 et 6 de la même planche sont des armes très
fines, longues respectivement de o m. 15 et o m. 118. La pointe
et le crochet en sont très acérés; la seconde a ceci de très parti-
culier que la tige en est carrée.
Entre ces deux extrêmes il y a place pour des modèles plus
ou moins gros ou minces; quant à la longueur, si elle oscille
en moyenne entre o m. 10 et o m. i5, elle peut se porter jus-
qu'à o m. 4o (pl. XXXV, n° 7) et se réduire jusqu'à o m. o65
(n° 10). Mais il faut bien noter que l'épaisseur du fer n'est pas
toujours en rapport avec sa longueur; nous avons déjà dit que le
plus gros des harpons n'a que o m. i4; le n° 8 de la planche,
qui est un peu moins robuste seulement, a la même longueur à
quelques millimètres près (o m. 135); au contraire le harpon
n° 2 a o m. 15.
On se rendra compte de ces détails en parcourant le catalogue
de ces harpons; mais, avant de dresser ce catalogue, nous devons
faire quelques remarques.
D'abord il y a des exemples, rares il est vrai, mais certains, de
harpons qui s'emmanchaient à la haste au moyen d'une douille.
Tel est celui qui est représenté pl. XXXV, n° 9. Il s'est très bien
conservé dans toute sa longueur, avec sa tête courte et fine, son

(1) Dioi). Sic., V, 3/1. Cf. CARTAILHAC, Âges préhistoriques


Portugal, p.250.
de et dit
crochet à peine émoussé et sa tige bien droite. Nous avons reconnu,
avec un peu d'hésitation, il est vrai, une pointe de harpon égale-
ment à douille, mais beaucoup plus gros et lourd (o m. 08). Mais
d'autre part, la pl. XXXV, n° 3, représente un fort beau spécimen
d'un type vigoureux sans lourdeur, à tête solide s'élargissant au
bout de la tige. La douille est longue et forte, et l'on y voit nette-
ment le trou où passait le clou destiné à la fixer au bois.
Il n'y a là en somme qu'une disposition particulière du mode
d'attache. Au contraire, le harpon figuré pl. XXXV, n° Il (la

:
pointe inférieure est brisée, et il n'a que o m. 07) a une forme
rare le crochet n'est pas du dessin ordinaired'un hameçon
il est beaucoup plus écarté de la tige, dont il est plus indépen-
;
dant, et placé absolument comme le crochet du coutelas grec
connu sous le nom de harpé, cette arme que l'on voit par exemple
aux mains de Persée coupant la tête de la Méduse (Daremberg
et Saglio, Dictionnaire des Antiquités, s. v. Faix, fig. 2872).
Nous avons pensé tout d'abord que c'était simplement une dé-
formation du crochet brusquement écarté de la tige, comme
c'est le cas pour le harpon n° 71 du catalogue; mais après examen
il faut renoncer à ce rapprochement; nous avons bien trouvé la
un spécimen unique et fort original de harpon.
On remarquera maintenant qu'un grand nombre de tiges de
harpons sont coudées vers la base et forment une ligne brisée à

Exemples:
angle plus ou moins aigu.

N° 3 (pl. XXXV, n° 6), 4, i5, 47 (pl. XXXV, n" 2), 5o, 50


(pl. XXXV, n- 5),70,77,78 (pl. XXXV, n'io), 87 (pl. XXXV,
n° 7)-
Nous trouvons à ce fait, qui n'est certainement pas accidentel,
une seule explication, c'est que l'on a cherché le moyen de ployer
ainsi la tige en l'insérant dans la haste afin d'assurer la cohésion
du fer avec le bois; mais ce moyen lui-même nous avons du mal
a l'imaginer. Il semblemême que parfois l'on ait eu soin d'aplatir
l'extrémité de la tige afin de la rendre soit coupante pour l'intro-
duire plus facilement dans le bois, soit moins glissante pour l'em-
pêcher de se dégager aisément.
Enfin, il nous semble que les âmes de métal dont j'ai parlé
plus haut, ont pu particulièrement être bien employées pour la
confection des harpons. On notera que l'une des pointes d'une de
Nouv.Arch.desMissions T.XIII,4'fasc-
SctlIlCS, FOUILLES D'OSUNA PLxxxr

Édit.
E.LEROUX,
forme d'un harpon :
ces tiges est coudée, et qu'un autre de ces objets a tout à fait la
le crochet existe, aplati contre la tige, et
l'extrême pointe inférieure est nettement retournée.

CATALOGUE.

o 1.— Longueur, o m. 097. - Harpon incomplet, très oxydé;


le fer est tout boursouflé, la pointe émoussée.
2.— L. o m. 18. Incomplet; pointe émoussée, tige ronde
-
assez bien conservée.
3. — L. o m. 12. - Complet; tige ronde très fine, avec le
bout inférieur coudé. (Pl. XXXV, n° 6.)
4. — Deux harpons soudés ensemble par l'effet du feu ou du
travail chimique du fer. L'un est complet (0 m. 15) avec la pointe
inférieure tordue, l'autre a la tige brisée (o m. 10). Oxydation et
boursouflures graves.
5. — L. o m. 15. - Harpon à forte tige et à crochet assez fin;
très oxydé, la pointe émoussée.
--
6. L. o m. i3. - Harpon à tête très courte, à crochet très
dégagé. Tige incomplète.
-
7.
fines.
L. o' m. 133. Harpon bien conservé; tige et tête assez
-
8. — L. o m. 072. Tête de harpon longue, très oxydée; la
-
barbe est petite et fort exiguë.
9. — L. o m. 097. - Tête de harpon bien conservée. La pointe
et le crochet sont vigoureux sans lourdeur.
10. — L. o m. 165. - Harpon complet; longue tête dont la
pointe est émoussée; forte oxydation.
11. — L. o m. 15. - Harpon incomplet; le crochet est en
mauvais état; la tige un peu tordue s'effrite dans le sens de la
longueur.
12. — L. o m. 118. Harpon dont la tête surtout est toute
-
boursouflée, mais l'extrême pointe est bien conservée.
13. — L. o m. 11. Harpon presque complet; crochet court
-
et émoussé.
14. — L. o m. 09. Fragment; tête courte et forte sur une
-
tige robuste.
---
15. L. o m. 12.
- Harpon complet; la tige est nettement
coudée. Bon spécimen, de forme et de proportions moyennes.
56. — L. o m. i4- Harpon complet à tête énorme, à crochet
(émoussé) court et resserré contre la tige, à tige épaisse coudée au
bas. Spécimen curieux d'arme forte et rustique. (Pl. XXXV, fig. 5.)
57. — L. o m. 098. - Harpon incomplet à tète courte et trop
fine par rapport à la tige.
58. — L. o m. 11. - Harpon incomplet à pointe aiguë, tète
line, crochet peu saillant (émoussé). La tige est régulière et bien
droite. Bon spécimen d'arme moyenne.
-
59. - — L. o m. 11. Harpon incomplet à forte tige droite, à
longue tète fine, à crochet court et peu détaché.
60. -- L. o m. 127. -- Fragment de harpon très oxydé. La tige

-
devait être très longue, la tête fine avec un crochet court.
61. L. o m. 10. - Fragment de harpon à grosse lige; tête
très endommagée par l'oxydation.
62. — L. o m. io5. - Fragment de harpon à grosse tige; tète
très endommagée par l'oxydation.
63. — L. o m. 096. - Harpon incomplet. La tète paraît beau-
coup trop courte et menue pour la tige, parce que le fer a été
rongé.
64. — L. o m. 090. - Harpon incomplet, à tète courte, à
grosse tige droite.
65. — L. om. o85. - Fragment de harpon à grosse tige; le
crochet a disparu, mais on en reconnaît l'attache.
66. — L. o m. 09. - Fragment très oxydé; cependant la pointe
de la tête et celle du crochet sont bien conservées.
67. — L. o m. 08. — Fragment. La tête du harpon est longue
et mince; le crochet, qui est émoussé, devait être court et peu dé-
taché.
68.- L. o m. o3. - Tête de harpon très courte avec un fort
crochet, sur une grosse tige. Grave oxydation qui a épaissi et dé-
formé le métal.
69. — L. o m. 09. - Tête de harpon. Modèle courant avec
grosse tige.
70. — L. o m. io5. - Harpon, ou plutôt harpe, à longue
tige pointue, avec crochet en virgule très détaché, relié à la tige
par des lignes courbes. (Pl. XXXV, n° Il.)
71. — L. o m. 115. - Harpon presque complet, à grosse tète
et tige ronde bien régulière. Le crochet a été violemment écarté
de la tige et relevé la pointe en l'air.
72. — L. o m. oj. - Tète de harpon bien conservée, Une et
pointue.
73. — L. o m. 17. - Tète de harpon épaisse et courte; la
pointe du crochet est émoussée.
1k. — L. o m. 10.
- Fragment de harpon à grosse tige et
petite tête; le crochet a à peu près disparu.
75. — L. o m. i3. Harpon complet à tête et tige fines; le
-
crochet est presque détruit.
76. — L. o m. i 2. Harpon presque complet, a tige une el
-
courte; le crochet est brisé à sa naissance. La tige est incurvée.
77. — L. o m. 125. Harpon complet; la tète a souffert; la
-
tige s'arrondit mollement à l'opposite du crochet, qui a l'air d'une
simple épine courte.
78. — L. o m. o65. - Harpon complet; c'est le plus petit de
lous ceux qui ont été recueillis; la tête est grosse et courte, la
pointe inférieure retournée. (Pl. XXX\, n° 10.)
79. — 1.. o m. i35. - Harpon presque complet; tète line et
courte par rapport a la grosseur de la tige.
80. --- L. o m. io5. Fragment; tête courte à pointe mousse,
avec un tout petit crochet.
81.— L. o m. 117. Fragment; la tige est grosse, la tète est
courte et bien aiguisée, mais le crochet a presque disparu.
82. — L. o m. 21. - Harpon complet monté à douille; la tète
est fine et courte, et la tige va en s'élargissant vers la douille.
(Pl.XXXV,n°9.)
83. -- L. o m. 08. -- Fragment de crochet a douille; l'identifi-
cation reste d'ailleurs un peu douteuse.
8^1.
— L. o m. 125. - Harpon à tige très mi nce. Le crochet se
-
détache de la pointe même dela tète. (Pl. XV, n° 1.)
85. L. o m. 23. - Harpon complet, monté à douille. On
aperçoit nettement le trou destiné au passage d'une cheville de
maintien. La tète est longue et forte, avec un robuste crochet dont
la pointe manque. (Pl. XXXV, n° 3.)
86. ---- L. o m. 165. Harpon mince et long; la tige s'incurve
; les
-
pointes de la tête sont émoussées.
-
par en bas
87. L. o m. llt.
- Grand harpon à tige coudée; la tète est
petite, et le crochet peu important. (Pl. XXXV, n° 7.)
-
88. — L. o m. 1/4. Harpon à tête fine, à crochet aigu, bien
dégagé.
89. — L. o m. ii. - Fragment de harpon; le crochet est réduit
par l'oxydation à une toute petite pointe.
90.— L. o m. 16. - Harpon complet à tête moyenne, bien
conservée. Le bout inférieur de la tige est recourbé.

:
91. — L. o m. 23. - Harpon (ou épieu?) à douille; la tête est
ployée par un choc le crochet est peu apparent.

PIQUES.

Une collection qui n'est pas moins importante en nombre ni


moins variée que celle des harpons est celle des piques. Ces armes,
du reste, doivent être également d'origine indigène, car nous ne
croyons pas que les armées romaines en aient fait usage, et si des
auxiliaires en ont employé, on ne possède, à notre connaissance,
aucun document sur ce point. Les découvertes d'objets de cette
espèce sont d'ailleurs, semble-t-il, extrêmement rares. Nous ne pré-
tendons pas connaître tous les musées ni toutes les collections où il
peut en exister, ni tous les ouvrages où il pourrait en être question
ou en être fait mention; mais il nous a intéressé de savoir si dans
les pays puniques on en a retrouvé, et justement le R. P. Delattre

de Sainte-Monique;
en signale deux exemplaires déterrés dans la nécropole voisine
il en a donné même l'image. La plus grande
a o m. 07 de longueur; la tête paraît ronde, mais elle est fort
endommagée. Si les piques de cette provenance étaient plus nom-
breuses, on pourrait supposer que les Ibères avaient emprunté
ce type au peuple auquel ils avaient emprunté tant d'autres choses.
Les piques d'Osuna, comme les harpons, sont loin d'être d'un
seul modèle. Voici le catalogue des plus intéressantes et des mieux
conservées.
? 1. — Longueur, o m. 07. - Tête de pique fort endommagée,
épointée et rongée par l'oxydation.
2.— L. o m. o5. - Tête de pique à pointe émoussée, presque
ronde.
3.- L. o 111. 07, - Tête de pique en très mauvais état, très
grosse pour sa longueur, et comme ramassée en boule.
4. — L. o m. 10. - Tête de pique presque complète; la pointe
est fine, et l'arme s'emmanchait à une haste de bois au moyen
d'une douille.
5. — L. o m. i3. - Fer de pique monté à douille, en bon état
mais émoussé; le col est fin. (Pl. XXXVI, n° 3.)
6. — L. o m. on. - Fer de pique à douille; la tête est assez
effilée, la douille courte et conique.
7. — L. om. 215. - Deux fragments, douille et tète, d'une
forte pique. La tète (o m. 07) a perdu sa pointe et le fer en est très
oxydé. La douille est bien conservée. (Pl. XXXVI, n° 4.)
8. — L. o m. 10. - Pique complète, de même type que le n° 3,
mais cependant le col est plus épais, la tète plus finement apointée.
(Pl. XXXVI, n° 2.)
9.-- L. o m. o85. - Pique complète. La tète a une forme spé-
ciale : c'est une pyramide posée par sa base sur le sommet de la
douille. La pointe était courte et comme aplatie; elle a l'apparence
d'un clou dé fer à cheval. (Pl. XXXVI, n° 10.)
10. 'd- L. o m. 09. Pique complète, à douille, bien conservée.
-
La tête est fine et bien pointue; le col n'est indiqué que par une
dépression longue et peu sensible. (PL XXXVI, n° 6.)
11.— L. o m. 077. - Pique plus courte, très bien conservée
dans un dépôt calcaire provenant de la chute de quelque mu-
raille incendiée. Le col est robuste, la pointe assez longue et bien
aiguisée. (Pl.XXXVI,n°7.)
12. — L. o m. 082. Pique à douille complète, en très bon
-
état. La tête a la forme pyramidale. (Pl. XXXVI, n° 8.)
13. — L. o m. og. Pique en mauvais état, épointée. C'est un
-
modèle trapu, ramassé, qui manque de finesse.
--
14.. L. o m. 11. Pique dont la douille est en partie dé-
-
truite, dans le sens de la longueur aussi bien que de l'épaisseur.
La tête est longue et fine.
15. — L. o m.08. Fragment de pique de type unique. La
-
douille est grosse, le col à peu près de mêmediamètreque la
douille, et la tête massive et très courte. (Pl. XXXVI, n° 14.)

;
16. —Tête et fragment de la douille d'une pique. C'est la plus
grosse qui ait été trouvée elle mériterait plutôt d'être appelée masse
d'armes. La tête, qui mesure o m. 1 5, est formée de deux pyra-
mides unies par les bases; celle qui forme la pointe est la plus
basse. Le col était étroit, et la douille, qui était courte relative-
ment, a une hauteur de o m. 06, mais elle a pu être rongée par
l'oxydation ou, au contraire, épaissie et boursouflée. (Pl. XXXVI,
n° 5. La tête seule.)
17. -
— L. o in. 12. Arme très endommagée. La tige a douille
est du même diamètre dans toute sa longueur.La tête est ronde
et courte, et fait une forte saillie plate sur le col. Il reste dans la
douille du bois de la hampe assez bien conservé.
18.— L. o m. 10. Pique très endommagée. La tête se rat-
-
tache directement à la douille sans que le col soit bien marqué. Il
reste du bois de la haste.
19. — L. o m. o85. - Pique presque complète (épointée);
col mince, douille large, conique.
20. — L. o m. io5. - Pique complète, assez bien conservée;
tête assez fine et courte, col bien marqué, douille de fort diamètre
à la base.
21. -- L. o m. 1 L5. Pique dont la douille est incomplète.
-
La pointe est longue et fine; le col vigoureux. ( Pl. XXXVI, n° i.)
22. -- L. o m. 07. Pique très mal conservée, toute rongée,
-
et de forme maintenant peu distincte.
23.— L. o m. 075. Tête de pique épointée, de forme al-
-
longée.
24. - L. o m. 72. - Fragment de pique à forte tige, à épaisse
tète courte, sans presque de col. Il reste du bois dans la douille.
25. — L. o m.o85. - Tête de pique en très mauvais état,
mais qui devait être de forme allongée et terminée en pointe
fine.
-
26.— L. o m. 09. Fer de pique dont la pointe seule manque.
La tête était longue et fine, le col nettement étranglé, la douille
conique.
27. — L. o m. 06.— Grosse tête de pique à pointe courte, à
tige forte.
28. — L. o ni.o5. Tête de pique épointée; elle était assez
-
mince, et la pointe était allongée.
29.— L. o m. o5. - Fragment de pique à tête petite, et de
pointe courte.
30. — L. o 111. 06. - Petite pique complète, à très exiguë tête
massive sur une grosse tige à douille. (Pl. XXXVI, n° 12.)
31. — L. o m. 09. — Fer de pique complet. La pointe s'est
retournée par l'effet d'un choc. La tète est longue, peu saillante

-
sur le col.
32. L. o m. oy5. - Fer de pique du même type, mieux
conservé.
Nouv.Arch.desMissions T.XIII.4efase.
ScqIus, A
FOUILLEESUN Pl.XXX
VI

Édit.
E.LRROUX,
33. — L. o m. 07. - Petite piquecomplète, sans col ou avec
un col à peine marqué. Tête fine et bien pointue.
34. — L. o m.09. — Fer de pique du mêmetypeque les nu-
méros 3i et 39.
35. — L. o m.10. - Fer de pique à douille courte et aplatie,
à pointe émoussée.
36. --- L. o m. io5. —Fer depique complet, en assez bon état.
Le col et la douille sont assez minces; la tête est bien carrée et bien
détachée. (Pl. XXXVI, 11° 17.)
37. — L. o m. 09. Fer de pique dont la douille est incom-
-
plète. La tête est bien détachée du col; elle est épaisse et à
pointe courte.
38. — L. o m. 096. Pique complète, a grosse tête courte
-
faisant une franche saillie sur la tige.
39. -- L. o m. n5. - Pique complète à grosse douille
évasée, à long col mince, à fine tête bien aiguisée. (Pl. XXXVI,
n° ia.)
40.— L. o m. 09. - Pique complète, à longue douille évasée,
à long col mince, à toute petite tête carrée avec pointe très aplatie.
(Pl. XXXVI, n° 9.)
41. — L. o m. 09. - Pique à tête bien carrée sur une tige

-
presque de même épaisseur.
4*2. L. o m. 10. - Pique complète, de type moyen; douille,
col et tête bien proportionnés. (Pl. XXXVI, n° 16.)
43. — L. om. 06. - Fragment très mal conservé. Tête irrégu-

44. — L.om.07.
l'oxydation.
-
lière dont la pointe a disparu, mal plantée sur un col épais.
Fragment très mal conservé, rongé par

45. — L. o m. 09. Tête de pique et débris de douille en


-
mauvais état. Le col surtout est rongé et aminci. (Pl. XXXVI,
n° 13.)
46.— L. o m.075. - Fragment. Tête de pique très courte et
peu pointue sur une épaisse douille conique sans étranglement au
col. (Pl. XXXVI, n" IL)
47. — L. 0m. 11. Fragment à peu près du même type,
-
mais la pointe est plus longue.
48. — L. o m. 09. Fer de pique complet, de forme et de
proportions moyennes.
-
A parcourir cette énumération, on constate comme pourles
harpons que les combattants d'Osuna employaient des piques
tantôt très grosses, de véritables masses d'armes, tantôt très pe-
tites, longues de o m. 06 (pl. XXXVI, n° 12). Mais la longueur
moyenne était de o m. 08 à o m. 12. Toutes ces armes étaient
emmanchées à une haste en bois au moyen de douilles. Quelques
exemplaires ont encore conservé des restes de ce bois à l'intérieur
de la douille. fid1Jffl .M f; I' * m s«wwr tnmqlfjnohRf tq lm .q. !
Les formes de la tête avec sa pointe, depuis le col de la douille,
sont, d'autre part, très variables. La tête est toujours à quatre
pans, pyramidale; mais la pyramide qui forme la pointe est plus
ou moins haute, et la pointe en est plus ou moins élevée, plus ou
moins aiguë. Quelquefois la pyramide est très surbaissée, et l'on
se demande comment elle pouvait pénétrer profondément dans
un corps un peu résistant. La tête peut du reste être unie à la
tige par des raccords de formes variées, lignes droites, lignes
courbes, ou simplement être posée par sa base sur le sommet de
la tige; cela est vigoureux, mais manque d'élégance. Le col est plus
ou moins marqué par un étranglement au-dessous de la tête; mais
il arrive aussi que ce col a totalement disparu, et que la tête semble
se rattacher directement à la douille. Cette douille est tantôt cylin-
drique, tantôt conique, et presque toujours un peu fendue dans
le sens de la longueur. Cela permettait sans doute de la resserrer
sur le bois par un battage au moment oùce bois était fortement
engagé, et d'assurer l'adhérence.Nous n'avons pas noté d'exem-
plaire où il y ait un trou pour passer un clou, comme cela existait,
nous l'avons vu, pour quelques harpons. - » "t
Quant à la valeur de l'arme, elle nous semble inférieure à celle
de la lance, dont la force de pénétration était certainement plus
grande. La pique, quand elle était très grosse, pouvait servir à
frapper et à assommer. Mais quand elle était moyenne, à plus forte
raisonquand elle était petite,elle n'avait guère d'autre avantage que
d'être plus solide que la lance. Nous avons vu que presque toutes
les lances d'Osuna avaient le fer replié par suite de chocs; la
pointe de la pique était plus résistante que la feuille mince de la
lance et c'est sans doute pour cela qu'elle fut en honneur auprès de
certaines tribus des Ibères» La fabrication en était d'ailleurs simple;
et c'était une considération qui avait son prix. fffiwom n{\:'
POINTES DE FLÈCHES.

Il ne nous reste plus à parler que des pointes de flèches, dont


le nombre était très grand et la variététrèsappréciable. Ici en-
core nous allons d'abord dresser le catalogue des pièces principales,
les plusintéressantes par leur forme, leurs mesures ou leur bon état
de conservation.

1. — L. o m. oyà- Pointe de flèche à courte tête très large et


grosse, avec deux crochets très saillants, et une tige massive
destinée à être enfoncée dans une haste de bois. (Pl. XXXVII,
n° 28.)
2. — L. o m.066. Pointe de flèche en forme de feuille lan-
-
céolée, petite et étroite.
3. — L. o m. 066. Flèche du même type, mais plus longue et
-
plus bombée. (Pl. XXXVII, n° 36.)
4. — L. o m.07. - Tête de flèche ronde, en forme de fuseau.
Le métal est fendu dans le sens de la longueur. (Pl. XXXVII,
n"27.)
5. — L. o m. 08. - Pointe de flèche à tête longue et mince,
de forme quadrangulaire, peu distincte de la tige. (PI XXXVII,
n° 34.) :..
6. — L. o m. o65. - Tête de flèche de même type que le n° 1,
mais plus étroite et plus allongée. (Pl. XXXVil, n° 3o.) -
7. — L. o m. ofi8. Petite pointe de flèche de forme lancéo-
-
lée, large et courte. (Pl. XXXVil, n°5.)
8. — L. o m. 08. - Flèche complète. La tige est plus longue
que la tête, laquelle est plate et depointe peu ellilée. (Pl. XXXVII,
n° 38.)
9. — L. o m. 06. Flèche complète, bien conservée; la tête
-
est très petite, en forme de feuille pointue et arrondie vers la tige.
(Pl.XXXVil,n°20.) : 1 ,:
10. --
L.0m.07. - Flèche presque complète (il manque le
bout de la tige), à tête plate et de forme à peu près semblable,
mais plus large et plus forte. (Pl. XXXVII, n° 19.)
o
11. — L. m. 076. Flèche complète à tête lancéolée, plate
-
acérée, à tige très fineet courte. (Pl. XXXVII, n° 22.)
et peu
12. - Flèche complète dont la tête est longue et assez évasée
àla naissance de la tige. Joli spécimen bien conservé. (Pi. XXXVII,
11° 11.)
13.
— L. o m. 077. - Flèche complète, à tête carrée, fine et
assez courte. (Pl. XXXVII, n° 7.)
trI. — L. o m. 027. — Pointe d'une petite flèche à trois faces
un peu concaves. Spécimen unique, très intéressant. (Pl. XXXVII,
ii° 21.)
15. — L. o m. 077. - Pointe de flèche quadrangulaire, longue
et fine. Le fer est barbelé, et pour obtenir les barbelures on a
fait des entailles dans le métal encore chaud sans doute, et retourné
les copeaux en dehors. (Pl. XXXVII, n° 2.)
16. — L. o m. o45. - Pointe de flèche plate, en forme de
feuille allongée; la tige est brisée.
-
17. L. o m. o53. - Pointe de flèche du même type, plus
épaisse; la pointe est émoussée et la tige à moitié détruite.
18. — L. o m. 06. - Pointe de flèche plate, en forme de
feuille allongée en losange. La tige a disparu. (Pl. XXXVII,
n° 25.)
19.— L. o m. o5. - Pointe de flèche de même type, plus pe-
tite, fortement oxydée et boursouflée. La tige est plate et dé-
pointée.
20. — L. o m. 06. - Pointe de flèche quadrangulaire, barbelée,
très oxydée; elle est mince et allongée; la tige est brisée.
21. L. o in.06. - Pointe de flèche quadrangulaire, barbelée.
La pointe est émoussée, la tige bien conservée.
22. — L. o m. o52. - Pointe de flèche de type classique,
plate, avec une tige large et deux crochets latéraux, destinés à
empêcher l'arme de sortir de la plaie. (Pl. XXXVII, n° 16.)
23. — L. o 111. 06. - Tige de flèche aiguë. Le bois dans lequel
elle était insérée a laissé un dépôt rouge sur le fer.
-
2^1.— L. o m. 11. Pointe de flèche bien conservée, plate et
mince, le côté droit plus large que l'autre. C'est un exemple
rare d'asymétrie. (Pl. XXXVII, n° 9.)
25. — L. o m.078. — Fer de flèche qui s'ajustait au bois au
moyen d'une douille. L'objet a été très bien conservé dans un
dépôt de chaux; la douille a été seulement aplatie. Il faut remar-
quer l'unique crochet latéral, au bas de la tête qui a la forme
d'une feuille lancéolée, et la déviation de la flèche vers la gauche.
(Pl. XXXVII, n° 10.)
FOUILLES D'OSUNA Pl.
PZyyyV/7~
XXXVII
onsScqucs,
Nouv.Arc/l.desMissi T.XIII.4efasc.

Édit.
E.LEROUX,
-
26. - L. o m. o85. - Fer de flèche bien conservé, long et
étroit, aplati, mais à angles vifs; l'arme est légèrement asymé-
trique.
27. —L.om.087. - Fer de flèche bien conservé malgré l'oxy-
dation. La pointe est à quatre faces égales, fine et aiguë. L'arme
était peut-être barbelée. (Pl. XXXVII, n° 35.)
28. — L. o m. 07. - Fer de flèche ronde, fendillé dans le sens

9.
de la longueur. La tige est brisée. (Pl. XXXVII, 11° 8.)
L. o m. 10. - Fer de flèche long, à quatre faces bien
régulières, très finement barbelées (Pl. XXXVII, n° 26.)
30. — L. o Ill. 07. - Pointe de flèche à tête plate, lancéolée,
large à la naissance de la tige.
31.— L. o m. io. - Flèche complète; tête fine à quatre faces,
barbelée.
32. — L. o m. o5o.-Pointe de flèche plate à tête en forme de
losange allongé.
33. --- L. o m. o65. - Pointe de flèche à quatre pans, renflée
uniformément depuis la pointe jusqu'à la naissance de la tige.
(Pl. XXXVII, n° 3a.)
34. — L. o m.07, - Tête de flèche plate, à pointe acérée,
asymétrique par rapport à la direction de la tige.
35. ---- L. o m. io3. - Flèche à quatre pans, barbelée, très fine,
comme le n° 3o.
-
36.— L. o m. 07. Flèche complète; la tige est coudée acci-
dentellement sans doute. La tête, en losange, est plate et bien
pointue. (Pl. XXXVII, n° 31.)
37.
n"27).
- L. o m. o65. Tête de flèche à un seul crochet (cf.
-
38. - L. o m. 08. Flèche complète, à tête en losange. Si
-
elle est barbelée ce détail est peu distinct. (Pl. XXXVII, n° 29.)
39-— L. o m. o65. - Flèche complète à quatre faces, fine
et bien barbelée.(Pl. XXXVII, n° 37.)
40. L. o m. o. - Fragment. Il reste de la flèche la tête courte
etlarge, en forme de fer de lance. C'est un des plus petits spécimens
retrouvés.
41. — L. o m. 078. Pointe de flèche fine, très acérée, à
-
quatre faces et barbelée. (Pl. XXXVII,n°
- -n° 33.)
f.2. L. om.og. Flèche de même type, complète, plus fine
encore. (Pl. XXXVII, 1.)
7"2.
— L. om. 082. - Flèche presque complète, à grosse tète
plate (pointe émoussée), avec deux crochets. La tige, également
plate, est très lalge à la naissance des crochets et sur presque
toute sa longueur. (Ibid.,no 13.)
73. — L. om.o85. - Flèche à tête quadrangulaire, à deux
crochets nettement détachés, a tige fine. L'arme est bien conservée;
seulement la pointe très aiguë a été repliée. (Ibid., n° 14.)
74. — Flèche complète bien conservée, ayant om.11. La
pointe est fine, régulièrement allongée, avec deux crochets latéram.
très nets et bien détachés(1).

Il n'en est pas pour les flèches comme pour les tridents, les
harpons, etc.; on n'est pas en droit de dire qu'elles sont purement
indigènes. Depuis que Rome, menacée par l'invasion d'Annibal,
accepta le secours des 1,000 archers ou frondeurs que lui offrait
le tyran Hiéron de Sicile (2), les troupes des auxiliaires ne cessèrent
de figurer dans les armées à côté des troupes romaines, et parmi
ces auxiliaires les archers tinrent toujours une place importante.
En particulier on sait que pendant la guerre civile Pompée comptait
dans son armée, parmi d'autres troupes étrangères, 3,000 archers
de Crète, de Sparte, du Pont, de la Syrie, en même temps que
1,200 frondeurs(3).
11 est fort probable qu'une partie de
ces archers a continué à
combattre avec les fils de Pompée, et que beaucoup des flèches
trouvées à Osuna proviennent de leur armement. Par leur différence
d'origine s'expliquerait en partie la diversité de type des fers re-
cueillis.
Car on a sans doute été frappé de voir combien de modèles
différents nous avons décrits, et quelle variété il existe dans la
collection du Louvre, que l'on considère la taille des fers de flèches,
leur forme, leur mode d'attache.

,
Si la longueur moyenne des pointes est comprise entre 6 et 8 centi-
mètres nous en avons trouvé pl usieurs deom. io, deux de o m. 11,
et peut-être même une de o m. 15. D'autre part un fer au moins
n'avait que o m. oh. Du reste la mesure totale des objets donne
(1)Le n° 4 de la pl. XXX n'est pas une pointe de flèche, mais sans doute
une pointe de pique.
WTIT.LIV.,XXII,37.
MBel.Civ., III,
IV.
un renseignement incomplet, car la proportion n'est pas toujours
la même entre la pointe proprement dite et la tige; tantôt la
tête est longue et la tige courte, tantôt le rapport est renversé.
Quant à la forme, on en reconnaît quatre principales, ce qui ne
veut pas dire que toutes les flèches se rapportant à chacune d'elles
soient absolument semblables :
loFer plat en forme de feuille lancéolée;
2° Fer en forme de fuseau allongé;
3° Fer allongé, très pointu, à quatre faces, avec arêtes barbe-
;
lées
4° Fer plus ou moins plat ou bombé, avec deux crochets. C'est
le type qu'en latin on désigne sous le nom de sagitta hamata (en
hameçon), ou adunca.
Nos fouilles ont livré de très complets et très intéressants spéci-
mens de ces divers types, et en assez grand nombre. Toutes ces
pointes se piquaient dans le bois par leur tige effilée; il suffit
d'ailleurs de parcourir la liste établie plus haut pour se rendre
compte des particularités les plus notables de la collection. Nous
nous bornerons donc à souligner quelques faits saillants.
D'abord quelques exemplaires uniques ou très rares ne rentrent
pas bien dans les catégories précédentes. C'est d'abord la flèche
en forme de longue feuille plate qui se fixait au bois au moyen
d'une douille, et qui est munie d'un seul crochet latéral (n° 24).
Nous ne connaissons pour notre part qu'une seule flèche de ce
type, encore qu'avec des différences; c'est celle dont il est donné
une image dans le catalogue de vente de la collection Gréau
(fig. 711). Le groupe où elle figure est composé de flèches trouvées
en Syrie, en Chypre, en Grèce, en Italie et en Gaule, mais le
renseignement manque de précision, et nous ne savons pas la
provenance exacte du spécimen qui nous intéresse surtout.
Unique aussi est la pointe de flèche à trois faces concaves qui
est représentée pl. XXXVII, n°21.
Nous signalons ensuite la flèche n° 24, notable par sa longueur
(om. 11), et aussi par la forme irrégulière de la feuille qui lui
sert de pointe. On peut se demander si cette asymétrie (qui se
retrouve n° 25) était bien faite pour assurer la direction et la
rapidité du trait.
,
Le type fusiforme (nos 2 28, 43, 57, 60, etc.) est plus fréquent
mais assez nouveau, croyons-nous; quant à celui qui semble avoir
eu la préférence d'un important corps d'archers combattant à
Osuna, c'est celui de notre troisième série,, de la flèche mince,
allongée, taillée à quatre pans, avec les arêtes entaillées de barbe-
lures vigoureuses.
Il faut avoir bien soin d'insister sur cette observation déjà faite,
que nous n'avons pas recueilli deux flèches absolument pareilles,
et comme il en était de même pour les lances, les épieux, les tri-
dents, les harpons, et peut-être pour les balles de frondes, il semble
nettement établi qu'il y avait fort peu d'unité dans l'armement des
auxiliaires ou des ennemis des Romains, et spécialement des Ibères.
Nous n'avons pas à nous en plaindre, pour ce que la collection
d'Osuna y gagne en variété et en intérêt. Nos fouilles auront eu du
moins ce profit de réunir une instructive série de documents de
provenance certaine, peut-être la plus riche et la plus diverse qui
soit.

Parmi les décombres, semées pêle-mêle au milieu des armes,


nous avons ramassé en assez grande quantité ces tiges de métal
carrées, pointues aux deux bouts, où nous avons cru reconnaître
l'âme de certaines armes, lances ou harpons. Leur longueur varie
de 13 à 17 centimètres. Il est à remarquer que le métal en est
plus souple que celui qui servait à les revêtir, et qu'il se courbe
en ondulations plutôt qu'il ne se ploie à angles secs. La plus inté-
ressante de ces tiges est celle qui a tout à fait la forme d'un
harpon avec son crochet. C'est un spécimen unique; d'ordinaire
le crochet du harpon ne semble pas avoir été m'ini du même
support intérieur que le reste de l'arme. L'une des raisons qui
nous font croire d'ailleurs que ces tiges proviennent bien de har-
pons, c'est que quelques exemplaires ont une extrémité recourbée
comme celle de beaucoup de harpons complets.

OBJETS DIVERS, CLOUS, OUTILS.

Enfin parmi les ruines, aussi bien du garrotai Postigo que de


l'olitar Engel, nous n'avons pas négligé de recueillir tous les
objets qui pouvaient présenter un peu d'intérêt.
Nous n'avons pas fait fi, par exemple, d'un grand nombre de
clous. On y voit de nombreuses variétés, depuis la longue pointe
à tige fine et à longue tête plate, depuis le clou solide, à robuste
tige conique,jusqu'au crochet d'aspect le plus moderne. Tous ce
clous proviennent soit des constructions qui s'élevaient au-dessus
des soubassements de la forteresse, soit peut-être des machines de
siège dont nous croyons avoir retrouvé, comme nous l'avons dit,
quelques poutres incendiées.
On peut en dire autant de deux fragments de queues d'arondes
en plomb.
Nous n'avons pas manqué non plus de faire parvenir au Louvre
deux outils de carriers. Ce sont deux pioches à fer coupant.
L'une est longue de om. 37. le manche s'y adaptait dans une douille
de part et d'autre de laquelle s'étendent deux bras d'inégale lon-
gueur. Le plus court servait à couper dans le sens vertical; le
tranchant a o m. 07 de hauteur; le plus long servait à tailler et
à racler dans le sens horizontal; le tranchant n'a que o m. 045
de large.
La seconde pioche est plus petite et plus mal conservée elle
n'a que o m, 20 d'une pointe à l'autre. Elle diffère aussi de la
première en ce que les deux bras sont moins obliques à la douille,
et que le tranchant vertical est arrondi. Le bras d'ailleurs s'amincit
légèrement avant de s'épanouir en lame tranchante.
Les pioches des carriers d'Osuna ont encore la même forme que
celles de leurs lointains aïeux; les bras sont seulement plus minces
et plus allongés. L'ouvrier, pour détacher un bloc dans la niasse
très homogène et assez tendre de la carrière, commence par
l'isoler verticalementaumoyen du bras le plus court de son
outil; puis, au moyen de l'autre, il creuse par-dessous, dans un
plan horizontal, un sillon assez peu profond, et comme la pierre
à enlever est de dimension restreinte, il suffit de faire levier avec
la pioche même pour la disjoindre de la masse. La section est
toujours assez franche.

SÉPULTURES PHÉNICIENNES.

PEIGNE WIVOIRE.

L'une des découvertes sans aucun doute les Flus inattendues


et les plus intéressantes de nos fouilles est celle de deux tombes
creusées toutes les deux en plein roc au sommet de la colline, et
certainement d'époque antérieure à la construction de la forteresse
car si l'une était placée comme l'indique le plan en arrière des
bastions, sur le terrain Postigo (sépulture A), l'autre était dans
le terrain Engel, juste au-dessous de la muraille (sépulture B).
(Voir pl. XXXVIII, le tombeau A, et pl. XXIV, B, le tombeau B.)
Les deux fosses ont la même forme, oblongue, arrondie aux
deux extrémités. La première est longue de 1 m. 75, large de
om.75, et profonde de om.4o; la cavité a la forme non d'un
cube à arêtes vives, mais d'une sorte de cuvette; la seconde, à peu
de chose près, est de mêmes dimensions. Elles sont orientées égale-
à
ment de l'Ouest l'Est. Ce n'étaient pas des tombes à incinération, car
les ossements s'y sont trouvés mélangés à la terre. Aucune dalle ne
recouvrait la fosse, ou du moins nous n'en avons pas trouvé trace,
mais il est fort possible que les superstructures du monument
funéraire aient été rasées pour faire place à la forteresse.
Dans la première sépulture étaient les restes d'un squelette que
nous pensons être celui d'une femme, et d'une femme jeune. En
effet l'objet le plus important qui a été recueilli dans la terre est
un peigne d'ivoire, et d'autre part la mâchoire inférieure qui s'est
conservée en très bon état avait toutes les dents et très saines. Ce
qui fait le haut intérêt de cette sépulture, c'est justement la
présence de ce peigne d'ivoire, dont l'origine est absolument
certaine (pl. XXXIX).
Ce n'est pas la première fois que l'on signale la trouvaille
d'objets de cette espèce en Espagne. Cean-Bermudez mentionne
que sur le territoire de Tarancon (province de Tolède, parti
d'Ocana), au lieu appelé Palomarejo, on a découvert cimientos de
edificios romanos, pavimentos de.mosaicos con figuras geométricas a
mariera de escaques y con olros ornatos, sepulcros de piedm, peines de
marfil, y olros maebles domesticos (Sumario, p. 116-117).
Mais surtout on connaît les magnifiques découvertes de notre
ami George Bonsor dans la région des AlcoresW, non loin d'Osuna,
et l'on sait que parmi ses trouvailles les plus précieuses il faut
compter une collection imporlante de fragments d'ivoire, tablettes,
plaques à godets, peignes ornés de dessins gravés. Tous ces objets
ont été trouvés dans des sépultures de forme et de type divers,
tombes à inhumation ou à incinération, mêlés à des vases, des

l1' G. soit. Les


BON *
colonies agricoles pré-romaines de la valléefin Métis, dans
la Reme archéologique, t. XXXVI (1899 ).
T. XIII RI.XXXVIII.
Kouv Arch. des Missions Scques,
4e fasc.
FOUILLES D'OSUNA
bijoux, des ustensiles appartenant à des industries indigènes et
importées; mais sur leur provenance particulière il n'y a pas de
doute possible; les sujets gravés, aussi bien que la technique et le
style, sont absolument phéniciens.
M. Bonsor. dans son beau mémoire, n'a pas cru devoir insister
sur ce point d'évidence absolue, ni établir par des comparaisons
trop faciles que les sujets gravés sur l'ivoire sont empruntés au
trésor commun de l'imagerie phénicienne, que le style est ce-
lui qu'ont fait si nettement connaîtreenparticulier les fameuses
coupes et patères d'Amathonte, d'Idalie, de Dali, de Curium, de Pré-
neste, etc. Ces chasseurs, ces cavaliers, ces personnages a grandes
robes plissées, ces lions, ces griffons, ces sphinx, ces taureaux, ces
gazelles, ces oiseaux, que nous voyons apparaître sur les ivoires
de la collection Bonsor, avec les ornements géométriques, les pal-
mettes, les volutes, les fleurs de lotus, tout cela nous introduit
dans un cycle de sujets et de motifs que nous connaissonsde longue
date, parmi des figures et des ornements familiers.
Ce n'est pas que les ivoires des Alcores manquent d'une origina-
lité propre. D'abord les objets eux-mêmes, tablettes, plaques à
godet ou peignes, ont leur valeur spéciale, qui pour plusieurs peut-
être réside dans leur signification funéraire. M. Bonsor remarque
ingénieusement qu'un fort beau peigne, sorti d'une fosse de l'extra-
ordinaire cimetière des lapidés de l'Acebuchal, n'a pas à propre-
ment parler de dents,car les dents sont simplement tracées sur
l'ivoire. Il n'a donc jamais pu servir, et il aurait été fabriqué tout
spécialement en vue de son emploi funéraire. L'auteur ajoute :
Il paraîtrait que les peignes avaient chez les peuples lybiens une
(1
significationfunéraire importante; les sépultures des indigènes
égyptiens à Négadah en fournirent un grand nombre. » (P. 96,
avec renvoi à Flinders-Petrie, Naqada and Ballas, pl. LXIII.)
D'autre part quelques sujets sont tout à fait nouveaux et d'expli-
cation assez malaisée, tel le groupe que l'on voit sur une tablette,
où est figuré un griffon soutenant de sa patte le bras d'un chasseur
aux prises avec un lion, lequel semble vaincu par cette interven-
tion, et détourne la tête. M. Bonsor suppose avec vraisemblance
que le griffon (on le retrouve sur plusieurs autres tablettes) pa-
raîtrait désigner quelque influence mystérieuse opposée à celle

sor ajoute, non sans raison :


du lion. Cette influence serait bienfaisante et protectrice. M. Bon-
«On ne s'explique pas cependant
quelle influence ces tablettes gravées pouvaient exercer sur l'état
futur du défunt. » Il faut d'ailleurs noter avec soin que ce rôle pro-
tecteur du griffon est en contradiction avec ce que nous apprend
l'examen des coupes et patères phéniciennes, car si le griffon se
trouve un très grand nombre de fois figuré sur ces ustensiles de
luxe, il y paraît le plus souvent aux prises avec l'homme comme
les autres animaux de chasse, ou avec d'autres animaux.
Ce n'est malheureusement pas une représentation du genre de
celle des taHettes de Carmona que nous fournit le peigne d'O-
suna. Le motif gravé est beaucoup plus simple et d'intérêt pure-
ment décoratif, car il consiste uniquement, sur l'une et l'autre face,
en l'image de deux gazelles couchées l'une à la suite de l'autre
en avant d'une rangée de fleurs de lotus, dont on voit le haut des
tiges et les têtes dépasser au-dessus de l'échiné des animaux.
Ce dessin n'est pas exactement le même que l'on voit sur deux
peignes de la Cruz del Negro (fig. io3 et io4) puisque sur le pre-
mier de ces objets il y a bien uue gazelle étendue, du même type,
mais que les lotus n'existent pas, tandis que cette gazelle a un oi-
seau perché sur sa croupe; puisque sur le second il y bien a
deux gazelles, mais plus petites et retournant la tête, et des lotus,
mais placés sur le même plan, à la suite des animaux, et vus tout
entiers, du pied de la tige jusqu'au sommet. Le thème diffère aussi
de celui du peigne n5-ii6 de la collection Bonsor, car si l'on
retrouve sur les deux faces de ce dernier la gazelle avec le lotus
dépassant son échine, on y voit aussi un lion qui s'est approché
par derrière, et lui pose une patte sur la croupe. Le peigne figuré
parM. Bonsor sous le n° 132.133 est de forme différente, beau-
coup plus allongé et plus étroit, et les gazelles affrontées de part

:
et d'autre d'une palmette forment un motif héraldique.
Un détail a son importance sur le flanc et sur la croupe desani-
maux gravés sur les peignes 102 à ioé, 115-116 de M. Bonsor,
on a incisé des signes, en particulierleSMt phénicien. Il y a bien
sur le flanc et ia croupe des gazelles d'Osuna des traits parallèles,
mais ils ne semblent pas former descaractères.

et
à
Quaot la forme, elle est exactement celle des peignes 102-
115-116de la Cruz del Negro, avec les deux échancrures
103
;
en demi-IODe des deux cotés il semble que les trois objets sortent
de la même fabrique, si l'on remarque aussi que tout autour des
gazelles formantcadre, et le long des Montants qui bordent les
desMisonsSci"",T.XIU,4'tasc.
NOHV.Arch. Pl.XXXIX.

FOUILLES D'OSUNA

E.LEUOUX,FAIU
dents, se trouve la même bande de zigzags. il faut noter que le
peigne d'Osunaest plus grand que le peigne de Carmona 102-1o3,
et à très peu de chose près de la même taille que le peigne 115-
116. Il mesure o m.125.
Si nous recherchons maintenant à quels monuments tous ces
ivoires sont le mieux apparentés pour le style et la technique, en
dehors des coupes et des patères dont nous avons déjà parlé, nous
n'hésitons pas à dire que ce sont les rasoirs en métal que le P. De-
lattre a trouvés souvent dans les tombeaux puniques de Carthage.
Nous citerons en particulier celui que l'illustre explorateur a re-
cueilli dans une sépulture de la nécropole voisine de Sainte-Mo-
nique, et dont une face est décorée au trait d'un bœuf couché
dans la même attitude que nos gazelles, avec un oiseau picorant
sur son dos, et une mouche dans le champ (Nécropolepanique
voisine de Sainte-Monique, deuxième trimestre des fouilles, p. 11,
fig. -23-24) (l)- Ne sommesnous pas en droit de tirer de ce rap-
prochement une conclusion importante, à savoir que les objets
découverts par M. Bonsor et par nous sont de fabrication cartha-
ginoise, et par suite que les tombeaux où ils furent déposés étaient
ceux de colons venus de Carthage ?
En somme, si notre trouvaille ne fait qu'ajouter un spécimen
bien conservé à une série déjà connue, elle confirme du moins ce
que démontre si bien l'étude de la collection Bonsor, à savoir que
les graveurs d'ivoires phéniciens mélangeaient avec une fantaisie
très routinière les éléments à peu près toujours les mêmes de leurs
thèmes décoratifs. Et cette rrmarque nous semble comporter cet
enseignement qu'il faut se défier de vouloir interpréter avec trop
de précision pour la connaissaMee<ies mœurs, des idées ou des

(1) propos des oiseaux perc hés sur le due des fions, M. Bonsor pense que
A
l'imagier a pu vouloir signifier ainsi de manière tangible que ces fauves sont
apaisés et rendus très doux par l'influence bienfaisante du griffon. (Colonies
pré-romaines. p. 87.) Que devient cette explication lorsque l'oiseau familier est
posé sur le dos d'une gazelle ou d'un bœul ? Nous croyons tout simplement que
les décorateurs n'ont eu d'autre idée que de retracer un petit tableau pitto-
resque dont le motif n'est pas rare à la campagne. Nous axons vu bien souvent
en Normandie, par exemple, des pies en train de picorer sur la tête ou le dos
d'une bonne vache ruminante, exactement comme le représente la gravure du
rasoir de Carthage. Ensuite, par abus routinier, les graveurs ont rendu l'oiseau
indifféremment familier avec tous les animaux domestiques ou sauvages qu'ils
dessinaient.
croyances la présence ou le groupement sur tel ou tel objet de tels
ou tels personnages ou de tels ou tels motifs. Il peut n'y avoir là,
et il n'ya le plus souvent que des choix sans intention, on des
rapprochements fortuits.
Dans la seconde sépulture, celle dont Ja nécessité de faire une
brèche au centre de la forteresse nous a heureusement révélé
l'existence, les ossements étaient beaucoup moins bien conservés et
réduits pour ainsi dire en miettes. En fait d'objets on n'a retrouvé
dans la terre qu'un petit alabastron phénicien en albâtre, dont la
surface est assez rongéeM (pl. XL, C), et quelques perles d'un
collier. Ces perles sont de deux formes, les unes sont de simples
boules aplaties aux deux pôles, les autres sont oblongues. Elles
devaient alterner sur le lien qui les unissait. Elles sont en pâte de
verre, de différentes couleurs, et quelques-unes même étaient
dorées. L'origine phénicienne n'en saurait être mise en doute.
Nous n'avons pas voulu démolir la forteresse pour rechercher de
nouveaux tombeaux: mais nous sommes persuadés que le roc en
cache encore quelques-uns. La proximité de la nécropole d'époque
romaine, laquelle a dû certainement prendre la place de l'ancienne
nécropole indigène, indique tout naturellement que sur le plateau
y
il devait avoir plus de deux sépultures isolées. Le fait que les
deux tombeaux trouvés sur l'emplacement de nos fouilles étaient
des tombeaux phéniciens (il y a du moins de fortes probabilités),
et que nous avons trouvé seulement deux tombeaux, ne pourrait-il
pas induire à penser que le site fut réservé, à une certaine
époque, à l'ensevelissement de colons ou de voyageurs étrangers?

CÉRAJUQUE.

Il fallait s'attendre à ce que la céramique fût mal représentée


dans les fouilles d'Osuna, puisque nous opérions sur l'emplace-
ment d'une forteresse où les vases et les ustensiles de terre cuite
n'avaient pas de raison de se trouver en abondance.
Nous n'avons guère recueilli que des tessons de peu d'intérêt,
tels qu'il s'en rencontre partout sur le sol des villes antiques en
Espagne. Il est cependant important de noter que les fragments

(1) Un alabastron à peu près semblable a été trouvé par M. Bonsor dans une
[
sépulture del'Acebuchat Colonies pré-romaines, fig. 95).
J'asc.
XL.

Pl.

D'OSUNA

FOUILLES

4e

XIII,

T.
ScqIlC<,

tdit.
.Mission..

LEROUX,

des

Arch.
E.

Nouv.
de barro mguntino iYé se sont montrés qu'en riômbré infhïite, ce
qui prouve (fdé la citadelle était en dehors de la zone habitée a
l'époque romaine.
Au contraire, beaucoup de débris pèuVéntêtreappelésibériques,
c'est-à-dire qu'ils étaient probablement de fabrique indigène, si l'on
admet la théorie que l'un d'entre nous à exposée dans un livre ré-
cent, et qui rapporte aux Ibêres les vases décorés de dessins géomé-
triques au pinceau qui ne peuvent se confondre ni avec les vases
grecs, ni avec les vases gréco-romains, ni avec les vases d'impor-
tation phénicienne et plus spécialement punique.
Il faut aussi attribuer à l'industrie locale ou, si l'on veut un
terme plus général,espagnole, quatre Vases complets que nousavons
retrouvés,vases petits, de formes basses et lourdes, de technique
sommaire, sansdécoratiôri peinte, peut-être aussi une petite lampe
à huile. Lés potiers étaient pourtant capables de fabriquer des
ustensiles plus gracieux: et plus artistiques, ou tout au moins lés
habitants d'Osuna pbuvaient avoir du goût pour des produits plus
fins, comme en témoignent deux petites urnes sans anses en argile
noire, très légères, à parois à peine plus épaisses que dés coquilles
d'oeufs, et de galbe assez élégant ( hauteur o m. 065;diamètre de
l'ouverturè om. 0O7; diamètre de la panse o m. 07). Par bon-
heur l'un de ces deux objets s'est conservé intact, et l'autre a très
peu souffert; il est fâcheux que la panse n'en soit ornée d'aucun
dessin, car l'on aurait pu alors préciser l'origine de ces intéressants
ustensiles (pl. XL, A).

Nous mentionnons à part les débris d'une coupe à pied, sorte


dé cylix dont nous avons pu reconstituer le pied et une partie du
récipient. La coupe avait une hauteur de o m. i5 et un diamètre
de o m. 29. Elle est assurément d'importation phénicienne, comme
on en peut juger par la décoration peinte bien conservée.
Cette décoration consiste en une série ininterrompue de bandes
circulaires concentriques, rouges, noires et jaunes, alternant avet
une grande irrégularité. Le style de cette décoration, aussi bien
que les couleurs employées, feraient de cette coupe un exemplaire
unique dans la céramiquèdesIbères; au contraire elle nous semble
se rattacher tout naturellement aux poteries importées dont
M. Bonsùr a recueilli de nombreux spécimens, et que l'on peut
voir au Musée de Carmona ou dans sa collection particulière. Par
exemple il nous faut la rapprocher de la grande urne que M. Bon-
sor a trouvée à La Cruz del Negro, qu'il a publiée dans son mémoire
:
(lig. Ill), et qu'il décrit ainsi « Urne cinérairepunique à double
»
oreillon, peinte de zones rouges et de lignes brunes (p. 1 j A). Cette
urne fut enfouie dans les charbons du bûcher où fut brùlé le ca-
davre dont elle reçut les restes. Ce fait donnerait peut-être à penser
que la coupe d'Osuna, tout près du second tombeau phénicien, a
pu sortir de ce tombeau lors de quelque profanation antique, par
exemple au moment où l'on nivela la surface du rocher pour (qe-
ver la muraille de défense.
Rattachons enfin à ces rares vestiges de la céramique un frag-
ment de figurine, un torse, torse de femme sans doute, sur lequel
après long examen nous n'avons pas réussi à nous faire une opi-
nion précise. Si la tête, les bras et les jambes presque entières ne
manquaient pas au personnage, nous saurions peut-être à quel
art il faut l'attribuer; dans l'état où il se trouve, nous avouons
que certaines qualités de modelé souple et gras nous font hésiter
à reconnaître la main d'un artiste indigène, car les sculptures
d'Osuna ne brillent pas par ce mérite, d'autant plus estimable ici
qu'il s'agit d'un corps absolument nu. Si l'objet est ibérique, il
faut supposer qu'il a été apporté déjà brisé et mutilé avec de la
terre destinée à la construction de la forteresse. D'autre part nous
ne retrouvons pas non plus le faire rapide et imprécis de la plu-
part des œuvres similaires de l'industrie romaine, et d'ailleurs il
est difficile d'expliquer la présence d'un objet romain de cette
nature au milieu de décombres purement ibériques, à moins de
supposer qu'il est tombé sur le champ de bataille du bagage d'un
soldat. La nudité révélerait alors quelque idole ou quelque fétiche.
(Pl.XL,B.)
NUMISMATIQUE.

La récolte de monnaies a été assez rare à Osuna; nous n'avons


à signaler comme ayant quelque valeur et quelque intérêt que
:
les pièces suivantes
10 Un rarissime bronze d'Uni) au type de l'ours assis (Heiss,
n° î), exemplaire bien connu, mais de frappe défectueuse. Date
44 à 27 de J.-C. suivant Heiss.
:
20 Un bronze de Ventipo presque aussi rare. Heiss le fait remon-
ter aux premières années du siècle d'Auguste.
3" Unecurieuse once de
de vaisseau, la légende
dans
laRépublique, portant,
rétrograde AMOR au lieu de ROMA.
Recherchessur
-
sous la proue

la monnaie romaine,
Le baron d'Ailly, ses
n'avoir rencontré cinq pièces de la Répu-
t. XI, p. 217, dit que
nôtre ne figure
bliqueoffrant cette anomalie, et dans sa liste la

pas.
4° Un moyen bronze deJDomitien.
TABLE DES PLANCHES.

I.
II.
Terraindes fouilles.
d'Osuna.
Plan de la forteresse
En face de la page 376
38o
III. Panorama de la forteresse d'Osuna 382
A, B. Gradins en arrière de la forteresse

ibérique3ga
IV. 383
V. A, B. Pierres ornementales de style mycénien.

VI.
VII.
mycénien.
C. Angle de corniche
A, B. Pierres ornementales de style
A, A'. Protome de bélier.
394

B. Fragment de protome de bélier.

ibérique.
C. Tête du taureau représenté pl. VIII, A.

4
D. Cheval, ex-voto ibérique.

votive.,
E. Bélier, ex-voto 396
VIII.

IX.
X.
B
B. Taureau debout, sculpture
00
A. Taureau couché, sculpture décorative.

guerrier.
Tête du taureau représenté pl. VIII,
A, B. Guerriers ibères, fragments de frise.
C. Fragment de statue de
398

4o4
XI. ihérique.
A, B. Fantassins, fragments de frise de style 404
XII. A. Deux Ibères, fragment de la même frise.
B. Fragment d'un groupe de style ibérique, femme et bouc.
XXIV. A. Boulets de pierre.
B. Tranchée en travers de la forteresse et tombeau phénicien, 44o
XXV.
B. Boulets de pierre avec marques.
A. Cailloux roulés servant de projectiles.
442
XXVI.
Pompée444
A. Balles de frondes en plomb.
B. Balles de frondes au nom de Cneius
marques446
diverses.
A, B. Balles de frondes avec inscriptions ou

plomb.
XXVII.

fer
XXVIII. Balles de frondes de formes 448

glaives.
A. Balles de frondes de formes diverses.

454
XXIX.
B. Grosses balles de 45o
XXX.

XXXI.
XXXII.
XXXIII.
lances.
A. Pointes de flèches en fer.

Tridents.
Épieux.
B. Débris de
Javelots de
Fers de
45,

456
456
XXXIV.
XXXV. Harpons
Pointes de piques 468
flèches.
458
46o

d'ivoire.
XXXVI.
XXXVII. Pointes de 472
XXXVIII. A, B, C. Sépulture phénicienne 480
XXXIX. A,B. Peigne 482
XL. A. Petits vases d'argile.
B. Petit torse en terre cuite.
C. Alabastre et collier de perlesphéniciens. 484
TABLE DES MATIÈRES.

AVANT-PROPOS.'-' Pages.
357

OSUNA.:
HISTOIRE ANCIENNE D'OSUNA. ARCHÉOLOGIQUES
— HISTOIRE DES DÉCOUVERTES
À 36o
ÉTATDESLIEUXAVANTLES FOUILLES.'-' 376
LES FOUILLES. LES CONSTRUCTIONS. 378
PIERRES

SCULPTURE.,

ARCHITECTURALES.-. ; 391
402

Epieux.
lances.
LES ARMES.
Boulets de pierre et balles de frondes 439

Harpons.
Glaives, poignards, javelots,
Tridents.;

&èches.
PIQUES 466
':,:"
Pointes de
Objets divers, clous, outils.
453
456
458
458

471
478

d'ivoire.
SÉPULTURES PHÉNICIENNES.

CERAMIQUE.
Peigne 479
484
NUMISMATIQUE.<.,. 486
TABLE DES MATIÈRES.

Pages

GRAVIER.
Rapport sur une mission scientifique à la côte française des Somalis, par
M. Ch.

par M. Aug. CHEVALIER.


Rapport sur une mission scientifique et économique au Chari-Lac Tchad,
7

PARIS.
POINSSOT.,
Les inscriptions de Thugga. par M. Louis

Une forteresse ibérique à Osuna (fouines de 1903), par MM. Arthur EN-
GEL et Pierre
103

357