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HEIDEGGER COURS 3

La structure de la question de l’être :


Sur la question de l’être, nous voulons savoir le SENS de l’être.

1.4 La priorité ontologique de la question de l’être

Il s’agit en fait qu’une priorité scientifique


C’est-à-dire d’une priorité de la question ontologique de l’être

-Toute science s’intéresse à une certaine région de l’étant


-Elle s’y prend à l’aide de concepts fondamentaux (Dieu, Société, littérature, etc),
le plus souvent puisés à même l’Expérience préscientifique,
mais ne sont pas eux-mêmes quelque chose d’étant (Fait référence plutôt à l’être de l’étant)
- Ils concernent l’être de tel ou tel domaine d’étant.

SZ 10, par 3 : M 30
« Mais dans la mesure où chacun de ces domaines est conquis à partir de la région de l’étant lui-
même, une telle recherche préalable et créatrice de concepts fondamentaux ne signifie rien
d’autre que l’interprétation de cet étant quant à la constitution fondamentale de son être »

La compréhension de l’être de chaque région d’étant incombe à la philosophie

- La philo s’entend ici comme « logique productive » (SZ 10)


qui tire au clair la compréhension propre à chaque science.
SZ 10, M 30
« Une telle recherche doit nécessairement devancer les sciences positives et elle le peut »

La hiérarchie de l’ontique et de l’ontologique :

Recherche ontique = sciences de l’étant (sciences particulières : socio, littérature, etc)

Recherche ontologique = s’intéresse à l’être de cet étant


(Peut corriger certaines connaissances ontiques)

Mais avant de se livrer à cette recherche ontologique (qu’est la philosophie), il faut avoir élucidé
le sens de l’être lui-même (Qu’est-ce qu’on entend par être ?)
C’est le sens et la tâche d’une ontologie fondamentale.
(Il faut aussi fonder la recherche ontologique par la question du sens de l’être)

SZ 11 : M 30-31
« Certes le questionnement ontologique est plus originaire que le questionnement ontique des
sciences positives. Néanmoins, il reste lui-même naïf et opaque si ces investigations du sens de
l’être de l’étant laissent le sens de l’être en général inélucidé. Et justement, la tâche ontologique
d’une généalogie non déductive des différents mondes possibles de l‘être que requiert que l’on
s’entende préalablement sur ce que nous visons proprement par le mot être »

« La question su sens de l’être recherche donc une condition a priori de la possibilité non
seulement des sciences qui explorent l’étant qui est de telle ou telle manière et se meuvent alors
toujours déjà dans une compréhension de l’être, mais encore des ontologies mêmes qui
précèdent les sciences ontiques et les fondent. Toute ontologie, si riche et cohérent que soit le
système catégorial dont elle dispose, demeure au fond aveugle pervertit son intention la plus
propre, si elle n’a pas commencé par clarifier suffisamment le sens de l’être et par reconnaître
cette clarification comme sa tâche fondamentale »

Hiérarchie

Sciences ontiques : Leur tâche : l’exploration d’un domaine d’étant

Ontologies : Leur tâche : l’élucidation des concepts fondamentaux

Ontologie fondamentale Leur tâche : la clarification du sens de l’être comme de la


condition apriorique de ces ontologies (But d’être et temps)

1.5 La priorité ontique de la question de l’être

La priorité ontique : Cette priorité vise à montrer que la question est prioritaire pour un étant
particulier qui a nom « Dasein ». Le Dasein est ,en effet, l’étant qui se
caractérise ontiquement « par le fait qu’il y va en son être de cet être
même » (SZ 12, M.31)

La formule rappelle Kierkegaard : « Le moi est un rapport qui se rapport à lui-même, ou cette
propriété qu’a le rapport de se rapporter à lui-même : le moi
n’est pas le rapport, mais le fait que le rapport se rapporte à
lui-même ».

La formule rappelle Augustin : « Je suis devenu une question pour moi-même » (Quaestio mihi
factus sum)

-La priorité ontique est celle de son être pour le Dasein.


-Le Dasein est un être de « souci » qui a d’abord le souci de son être.
-Il appartient donc à la constitution d’être du Dasein d’avoir une relation d’être à son être.
-Cela veut dire que le Dasein se comprend dans son être, mais aussi que la compréhension d’être
fait partie de son être.

Dasein ---------- se rapporte à --------- son être (appelé « existence »)


L’être auquel le Dasein se rapporte est donc appelé existence.
Ex-sistere : « sortir de », « ressortir ».
Le dasein ressort du monde de l’étant, pour surgir à l’être.

La mienneté de l’existence :

- Existence « mienne » que j’ai à être, au sens transitif du terme. Le Dasein « a, chaque fois, à
être son être en tant que celui-ci n’est qu’à lui » (Page 12 SZ, M31 = page la + importante)

- « Le Dasein se comprend toujours soi-même à partir de son existence, d’une possibilité de lui-
même d’être lui-même ou de ne pas être lui-même ». (SZ 12, M31)

= > Le Dasein est un être de possibilité : La « possibilité de lui-même » désigne la possibilité


qu’a le Dasein de se « prendre en main » ou non.

- Ces possibilités, ou bien le Dasein les a choisies, ou bien il est entré en elles, parce qu’il a
grandi en elles (SZ 12, M 31)

« L’existence est toujours et seulement décidée par le Dasein lui-même, sous la forme d’une
saisie (Ergredein) ou d’une omission (Versäumen) de la possibilité » (SZ 12)

Version Verzin : « se prendre en main ou négliger de le faire, ces manières d’exister, il appartient
chaque fois au Dasein et à lui seul d’en décider ».

Deux grandes modalités de l’accomplissement de l’existence

Existence authentique : Celle qui saisit et configure ses possibilités (NB Dasein : pouvoir être là)

Existence inauthentique : Celle qui omet de le faire, alors qu’elle le pourrait

Deux niveaux d’analyse de l’existence

Existentielle : Analyse individuelle (De la factualité de chacun, propre à chacun)

Existentiale : Analyse philosophique, universelle, transcendantale

Exemple distinctif :
Ainsi, au plan existentiel, « l’être-pour-la-mort » est vécu de manière différence par chacun, mais
l’être-pour-la-mort est un existential de la condition de Dasein.
=> L’analyse de Heidegger se veut strictement existentiale

Perspective critique

Cette distinction entre existentiel et exitentiale peut-elle tjrs être maintenue ?


Même si cette distinction n’est pas tjrs absolue, elle conserve sa pertinence philosophique.
SZ 13 : M32 Heidegger reconnaît que son analytique existentiale « est en dernière instance
enracinée existentiellement, c’est-à-dire ontiquement » (Qui est enracinée dans la vie de chacun)

SZ : M34 La prise en charge philosophique de la question de l’être n’est que « la radicalisation


d’une tendance d’être appartenant par essence au Dasein lui-même »

Bilan

- Heidegger propose de développer une analyse ontologique de l’existence afin de réveiller la


question de l’être.

- Son fil conducteur : si le Dasein est le lieu où se pose la question de l’Être, c’est son être qu’il
faut analyser, si l’on veut tirer au clair la question de l’Être.

-D’où l’idée d’une « analytique existentiale » pour une « ontologie fondamentale » qui
s’enquiert du sens de l’être.

A.E au service de l’O.F

Ontologie fondamentale : ---------- sens de l’être



À chercher dans une analytique ontologique du Dasein

3 choses différentes sur l’ontologie fondamentale

SZ : « L’ontologie fondamentale, d’où seulement peuvent jaillir toutes les autres ontologies, doit
être nécessairement cherchée dans l’analytique du Dasein » (SZ 13, M32)

« La possibilité d’accomplissement de l’analytique du Dasein dépend de l’élaboration préalable


de la question du sens de l’être en général » (SZ 13, M32)

« L’analytique ontologique du Dasein en général constitue l’ontologie fondamentale » ( SZ 14,


M22)

 Pour tirer au clair : Cette ontologie se fera ultérieurement

Chapitre 2 de l’introduction

Titre : La double tâche (Doppelaufgabe) de l’élaboration de la question de l’être.

-Méthode et plan de la recherche


Doppelaufgabe :
1- Analytique ontologique du Dasein
2- Destruction de l’histoire de l’ontologie

Deux tâche ou une seule ?  Disons deux volets d’une seule et même tâche

-Ces deux volets correspondront aux deux parties promises de SZ.

1.6 : La tâche d’une analytique ontologique du Dasein

- Doublet de l’analytique et de la destruction (Rappelle celui de l’analytique (logique du vrai) et


de la dialectique (logique du faux) chez KANT).

-Souci commun surplombe les deux tâches : Celui de la voie d’accès au phénomène du Dasein et,
par là, à l’être.

-Le 1er paragraphe a p-t crée l’impression que le Dasein devait être « donné en priorité,
ontiquement et ontologiquement » (SZ 15, M34)
Il n’en est rien !

- Il est p-t ce qu’il y a de plus éloigné de lui-même (das Fernste), en partie en raison de son
Wegsein, de son « être-pas-là ». (Being there, being away)

Pourquoi le Dasein est-il ce qu’il y a de plus lointain ?


-C’est que le Dasein se comprend le plus souvent à partir du monde, comme un étant (res)
comme les autres, c-a-d comme une « substance », dotée de propriétés, et entretenant des
relations avec des objets distincts de lui, mais qui ont le même mode d’être « chosal » que lui.

-Ces catégories sont appropriées à l’étant qui n’est pas le Dasein.


-Mais elles ratent le caractère d’être propre au Dasein, qui n’est pas une res, mais une tâche, une
ouverture, un souci, une inquiétude radicale.

SZ (15-16, M34) « Le Dasein a tendance, conformément au mode d’être qui lui appartient, à
comprendre son être propre à partir de l’étant par rapport auquel il se rapporte essentiellement
de façon constante et immédiate à partir du monde. Dans le Dasein lui-même, donc dans sa
propre compréhension d’être, il y a ce que nous mettrons en lumière comme réflexion
(Rückstrahlung, Verzin : une réverbération) ontologique de la compréhension du monde sur la
compréhension du Dasein. »

Double connotation de la notion de monde :

-Ce à partir de quoi le Dasein se comprend le plus souvent (se méprenant sur son être)
-Dans SZ, le Dasein devra aussi être pris tel qu’il se donne dans sa quotidienneté, « comme être-
dans-le-monde ».
La tâche d’une analytique du Dasein :

-D’abord d’élaborer une conceptualité qui soit adaptée au mode d’être du Dasein.
SZ 16, M35 « Une analytique du Dasein doit donc demeurer la première requête (Anliegen)
dans la question de l’être. Seulement, c’est alors que le problème d’une conquête et d’une
confirmation du mode directeur d’accès au Dasein devient précisément un problème …

Négativement : il n’est pas question d’appliquer à cet étant, dans une construction dogmatique,
une quelconque idée de l’être et de l’effectivité, si « évidente » soit-elle, et il est tout aussi peu
question d’imposer au Dasein, sans précautions ontologiques, les catégories préesquissées par
une telle idée. Bien plutôt le mode d’accès et d’explicitation doit-il être choisi de telle manière
que cet étant puisse se montrer en lui-même à partir de lui-même. Or ce mode doit bel et bien
montrer cet étant en ce qu’il est de prime abord le plus souvent, dans sa quotidienneté moyenne.
Et sur la base de celle-ci, ce ne sont pas des structures arbitraires et fortuites qui doivent être
dégagées, mais des structures essentielles, qui se maintiennent, à titre de déterminations de son
être, dans tout mode d’être du Dasein tel qu’il est de fait (faktisch) ».

Les existentiaux (Structures propres au Dasein)

Afin de faire ressortir l’être propre au Dasein, l’Analytique se propose de mettre en lumière les
existentiaux du Dasein (les structures propres de l’existence), à distinguer des « catégories »
propres aux étants du monde.

Existentiaux : les modes d’être propres au Dasein (s’opposent aux catégories de l’étant)
Exemple : compréhension, langage, bavardage, déchéance, être-pour-la-mort, conscience,
historicité, etc.
Ricoeur : « les manières dont le Dasein surgit sur la scène du monde » ***bonne formule

Catégories : Ce sont les structures de l’étant qui n’est pas Dasein (Roche, tableau périodique, les
mathématique, etc) substance, accident, choséité, quantité, qualité, relation, etc, élaborées dans la
tradition aristotélicienne et kantienne. (Utiles pour parler de la philosophie de la nature)

-Le Dasein exige un autre lexique existentiale que celui des catégories émises par Aristote et
Kant.

Même si elle est forcément centrée sur l’existence, cette analytique « reste orientée sur la
question de l’être » (SZ 17, M35).

-L’analytique reste ainsi nécessairement « provisoire »


-Lorsque la question de l’être aura été élaborée pour elle-même, il sera possible de « répéter »
l’analytique te de proposer une ontologie du Dasein plus complète (SZ 17, M35)

Quelle est la finalité de l’analytique provisoire du Dasein ?

-Elle s’annonce dans le titre du para5 et de la 1er section de SZ : « L’interprétation du Dasein par
rapport à la temporalité et l’explication du temps comme horizon transcendantal de la question de
l’être ».

 Cette tâche comporte deux moments : a) Il s’agit d’abord d’interpréter le Dasein par rapport à
la temporalité, c-a-d montrer que tous les modes
d’être du Dasein (1.1) peuvent être compris comme
des modes d’actualisation de son être temporel (2e
section de la 1er partie : Dasein et temporalité), selon
les guises de l’authenticité ou de l’inauthenticité.

b) Il s’agit ensuite de montrer que le temps incarne


l’horizon transcendantal de la question de l’être. « Il
faut montrer ce à partir de quoi le Dasein en général
comprend et explicite silencieusement quelque chose
comme l’être et le temps » (SZ 17, M35)

L’être compris à partir du temps

Depuis tjrs, observe Heidegger, le temps a servi de « critère » pour distinguer les différentes
régions de l’être.

Opposition : Être temporel ------------ être atemporel ou éternel

L’être lui-même se définit par sa « présence » (ousia) donc par une connotation temporelle.

Les indices de la temporalité de l’être :

Parménide : L’être vrai est soustrait au temps et au devoir (donc l’être permanent en qqpart)

Platon : Cet être vrai et permanent est celui de l’eidos

Aristote : La permanence revient à l’ousia, « substance », qui reste au fondement des


changements de l’étant

Augustin : L’être temporel est assujetti à l’être intemporel (Deus)

Descartes : Le cogito est le fundamentum inconcussum (fondement inébranlable) parce que


permanent

Kant : Le phénomène se définit par des déterminations de temps (schématisme)

Hegel : L’esprit absolu enfin conscient de lui-même « abolit le temps »

Nietzsche : Le mode d’être de ce qui est : l’éternel retour du même.

Husserl : Le phénomène se définit par sa présence qui remplit la conscience


Positivisme (Carnap : Ce qui est, ce sont les données immédiates actuellement perceptibles

La question de Heidegger

D’où vient ce singulier privilège du temps dans l’intelligence de l’être ?


 Cette question, dit Heidegger, n’a jamais été posée (SZ 18, M36)

L’intuition de Heidegger

C’est parce que le Dasein est un être radicalement temporel, et mortel, qu’il comprend l’être à
partir du temps.

Mais à partir de quel temps ?

1.7 Comment comprendre le temps ?

On peut distinguer deux grands concepts de temps (SZ 1.2)

Temps vulgaire : Compréhension « inauthentique » et « dérivé » = Répétition infinie du


maintenant ou du présent (Déf ds la physique d’Aristote)

Temps originaire : Compréhension « authentique » = Temps de la condition humaine vouée à la


mort

Le soupçon de Heidegger : Et si le temps vulgaire découlait d’une rature du temps originaire ?


Ainsi, le privilège du temps in-fini et de l’être qui se maintient dans la présence
permanente jaillirait d’une tentative d’oblitération de la finitude
humaine.

Heidegger distingue deux étapes dans l’élaboration de la question du temps comme horizon de
l’être.

1er étape : La mise en évidence de la temporalité (Zeitlichkeit) du Dasein.

2e étape : La mise en évidence de la temporalité (Temporalität) de l’être lui-même (de l’être


temporal) (SZ 1, 3 Temps et Être)

La thèse générale de Heidegger sur l’intelligence de l’être selon le temps

-La temporalité de l’être paraît dépendre de celle du Dasein, selon les guises de l’authenticité et
de l’inauthenticité.
Temporalité inauthentique et infinie  Compréhension de l’être comme présence permanente

Temporalité authentique de la finitude  Conception plus originelle de l’être

Temporalité inauthentique découle de la temporalité authentique.

Temps et Être

C’est dans la 3e section « Temps et Être » de SZ que Heidegger promet de donner pour la
première fois la réponse concrète à la question du sens de l’être » (SZ 19, M36)
 Cette section, Heidegger ne l’a jamais publiée …

On peut reconstruire l’intention de « Temps et Être », en s’inspirant du cours du semestre d’été


1927 sur les problèmes fondamentaux de la phénoménologie où la dernière section présente
comme une nouvelle élaboration de la 3e section de la 1er partie de SZ.

L’échec de cette 3e section aura conduit Heidegger à son tournant et à une nouvelle amorce de la
question de l’être. (Il se disait prisonnier du langage métaphysique qui l’empêchait de dire ce
qu’il voulait dire)  Son tournant