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aTemple maçonnique (3em partie)

3 / L’absence constitutionnelle et résonnance sacrée.


Pas plus une Constitution qu’un règlement ne traite de sujets initiatiques. Une
Constitution organise le pouvoir et le processus de décision en Loge et en Grande Loge.
La Grande Loge n’est pas un lieu de transmission initiatique. Il est donc normal que
nous n’y trouvions que des considérations traitant de l’art de vivre ensemble, et rien
de plus. L’initiatique en 1723 appartient encore à la transmission verbale et a sa
résonnance en chaque franc-maçon. Un article de Constitution n’a jamais transmis un
semblant de lumière. Il n’est donc pas sérieux de se référer toujours et constamment
aux Constitutions de 1723 et de 1738 pour y trouver une source initiatique. En dehors
de l’article premier qui fixe le cadre philosophique et humaniste de l’affectio
societatis, nous n’y trouverons que des cadres organisationnels. Le symbolisme
constructif est donc « logé » dans la cellule de base où s’opère la transmission sur la
trame du devoir de mémoire.
Or la notion de Temple ou Loge se réfère à la transmission initiatique via une
véritable hiérologie alors que la notion de Grande Loge se réfère à la conservation de
"l’organisation" maçonnique.
Finalement en dehors de l’art 1 des Constitutions de 1723, c’est dans les chants en
dernière partie de la publication que vont transparaître certains aspects initiatiques
réservés aux connaisseurs.
On peut se référer aux Constitutions d’Anderson de 1723 non pas pour
répondre à la question posée, « Pourquoi les francs-maçons utilisent-ils le
mot temple pour définir le lieu de leurs travaux ? » mais pour tenter d’en
avoir une approche organisationnelle. Si on examine attentivement les
Obligations et les Statuts de la très Vénérable Confraternité des francs-
maçons, on se rend à l’évidence que le mot temple, et encore moins le mot
atelier, sont absents des textes fondateurs de la franc-maçonnerie de 1717.
Ces textes recommandent aux frères de se réunir dans un lieu convenable.
Peut-on dire que les tavernes furent considérées comme des lieux
convenables ? Les anciens rituels londoniens stipulaient qu’il convenait de
couvrir la loge hors des aboiements d’un chien ou du chant d’un coq. Soit un
lieu clos et couvert éloigné de l’indiscrétion profane de la « basse » cour.
Mais le texte dans ses annexes laisse transparaître quelques éléments qui
feront naître l’idée du Temple.
On trouve dans les chants en fin des Constitutions ce passage : « ADAM, le premier
de l'Espèce humaine, Créée avec la GÉOMÉTRIE Gravée en son Royal Esprit,
Instruisit bientôt sa Descendance CAIN et SETH, qui améliorèrent alors La
Science libérale dans l'Art De l’ARCHITECTURE, qu’ils aimaient, Et
communiquèrent à leurs Fils. » Il y a donc aucune prescription pour designer
le temple si ce n’est l’architecture comme art transmissible d’origine
surhumaine et donc sacrée ; l’architecture sera la future servante du Temple-
Templum, c’est elle qui lui donnera forme et proportion.
Cette abstention dans la citation du Temple ramène la valeur de celui-ci à la
science sacrée de sa mesure géométrique (naométria) et de sa traduction
démiurgique : l’architecture et la géométrie.
On évite ainsi l’utilisation d’un terme partisan à connotation religieuse
(temple protestant, Église, cathédrale synagogue, etc.). Mais on constatera
que la substitution du Temple par la vision et la modalité qui le construira,
positionne l’architecte-géomètre sur le trône d’une connaissance
antédiluvienne. Le temple sera ainsi lié à une connaissance réservée à
l’édification du Temple comme à celui d’Adam.
Il s’agit de la capacité à lire et mettre en œuvre les plans divins. L’architecte-
géomètre se situe ainsi hors la dimension temporelle et historique ce qui
explique l’échec annoncé de toutes les écoles d’historiens qui cherchent
l’arbre généalogique des francs-maçons spéculatifs. Ce qui doit être
recherché ce n’est pas la transmission de la patente (modalité
organisationnelle) ou un lien direct immédiat et écrit entre loges spéculatives
et les loges opératives, mais la transmission d’une sensibilité hiérologique.
Cet aspect souvent oublié des historiens, travesti et confine la recherche
généalogique en un point de vue dit « documenté ». Mais aucun document ne
peut relater la dimension et la perception du sacré si ce n’est le symbole dans
son expression graphique ou glyphique universelle. Au mieux la
démonstration portera sur la transmission de l’idéogramme ou la
reproduction du signe associant signifiant-signifié. L’architecture du Temple
et la géométrie sacrée seront une verbalisation du symbole sacré. Or force est
de constater que sur ce point le symbole s’inscrit dans une représentation
universelle avec une évocation-narration qui forme la base des archétypes de
la pensée. Cette notion archétypale est trop souvent mise à l’index dans la
recherche d’une filiation initiatique.
La voie initiatique passe par la mise en explication et en sensibilité du
phénomène symbolique et sacral. Si l’historien ouvert à l’intemporalité
acceptait de recroiser les indices liés aux symboles, il n’aurait aucune peine à
se faire le génial découvreur de la filiation initiatique hiérographique de la
franc-maçonnerie. Les affirmations par les Anciens Devoirs, par les
Constitutions d’Anderson ou le Discours de Ramsay, de liens avec aussi bien
l’Égypte, le roi Altestan, la chevalerie revenue d’Orient, etc, ne sont pas à
interpréter sur un plan historique, mais sur un plan hiérologique. L’aspect
historique fut-il maladroitement relaté par nos anciens, met en exergue le
cheminement universel de la dimension sacrale associée aux voies
initiatiques.
Les Constitutions de 1723 sont nées dans l’opposition armée des Hanovres
protestants et des Stuarts catholiques. Se voulant universelles, elles ne
tombent pas dans le piège du qualificatif partisan de la maison de Dieu, mais
s’en rapprochent par la science géométrique et par l’art de bâtir. On note par
contre dans la fin du Titre I que « la Maçonnerie devient le Centre d'Union et
le Moyen de concilier une véritable Amitié parmi des Personnes qui auraient
dû rester perpétuellement Éloignées. »
Ce but, le « Centre de l’Union » correspond précisément à la situation du
mont du Temple de Jérusalem qui jouxte et conjoint dans une proximité
propre aux lieux universels les 3 religions du Livre en 4 quartiers : le quartier
juif, le quartier musulman, le quartier chrétien, le quartier arménien. On
retrouvera cette vocation de l’union dans la manière dont les Hanovres
(protestants) vont tenter par la Franc-maçonnerie de récupérer les débris
Stuartistes. Il est vrai que les deux maçonneries vont continuer de se
fréquenter et dialoguer aux pires moments des tentatives de reconquête.
Ainsi, d’une manière presque utopiste, le centre de l’union pouvait prétendre
réunir ce qui est épars.
Je conclurais en disant que l’absence constitutionnelle et parfois rituelique
(suivant le rite) du mot temple, vaut substitution habile au profit de la
science et de l’art (géométrie-architecture) qui permet sa construction. Cette
perception en amont du Temple par l’art de bâtir le sacré, appelé aussi art
royal nous conduit à l’universalisme non partisan de la franc-maçonnerie.
Cette pseudo-neutralité dans les constitutions se traduira par un mot
d’emprunt qui sera le terme « Hall ». Ce terme deviendra emphatique, voire
majestueux et englobant, à la dimension des ambitions encyclopédiques et
universelles des penseurs du XVIIIème Siècle.

Voici la représentation du Hall d’apparat à gauche qui diffère dans sa majesté et ses
intentions de celle de la loge en appartement à droite, plus modeste et plus
fonctionnelle.(musée des Beaux Arts de Lyon, Feddersen (AQC Bayreuth), tirées de
l'exellent ouvrage de Philippe Langlet, « Lecture d’image de la Franc Maçonnerie, ed
Dervy).
La dénomination « Hall » devient par son œcuménisme verbal et spéculatif
plus conforme à la tradition maçonnique des Maçons francs et acceptés
devenus spéculatifs. Cette tradition d'ouverture et d'élargisement à
l'universel est bien antérieure à 1717 puisqu’en trouve trace dès 1646 avec
l’admission du rosicrucien alchimiste anglais Élias Ashmole. Mais il convient
de souligner que l’avènement de la franc-maçonnerie à Londres, se référant
aux anciennes chartes constitutives de la Maçonnerie opérative et puis de la
Maçonnerie franche et acceptée, se distingue particulièrement par son
approche de nature organisationnelle et délibérante via la Constitution de la
Grande loge sous l’autorité d’un Grand Maître et de son collège de Grands
officiers. La Grande Loge ne se réunit en aucune façon dans le Temple. Il
faudra donc revoir la problématique du Temple uniquement au niveau des
loges détentrices de la transmission initiatique, c’est ici que se fera la mise en
éveil et la perception du sacré.
Le Hall est donc une surenchère institutionnelle de l’organisation
maçonnique. La franc-maçonnerie veut peser dans le paysage sociopolitique.
La loge est ici abritée par le Hall avec une identification sociale distincte des
autres lieux cultuels ou institutionnels. A l’évidence nous ne sommes plus
dans une arrière taverne.
La notion de Hall est bien présente dans l’édition des constitutions de 1723(à gauche).
L’élitisme transformera la vocation oecuménique en Freemason's Hall (à droite)
réservé à la gentry Anglaise.

4 / Influences et confluences mystiques et initiatiques.


L’image du Temple irradie la pensée autour du sacré, ce Temple fut un point de
ralliement de l’histoire événementielle. Le Temple suscite la contemplation. Il est le
point de liberté qui conduit à la grande perspective. C’est par l’approche du bâti sacré
que se situe la transmission maçonnique.
La pratique démontre que les francs-maçons utilisent le mot temple pour
définir le lieu de leurs travaux. Doit-on y voir une influence écossaise de type
protestante où la notion de Temple n’est pas absente ? S’agit-il d’une
influence où le temple est l’équivalent de l’athanor humain chez certains
rosicruciens et Stuartistes présents dans l’Invisible Collège et dans la Royale
Society ? Ces mêmes personnages seront aussi francs maçons spéculatifs…
Sans doute l’apparition du grade de Maître vers 1730 va cristalliser au plan
architectural et archétypal la notion de Temple. Le propre du franc-maçon
est de vivre le symbole et donc ici le Temple de Salomon sera intériorisé.
Précédemment comme le démontrent les premières Constitutions d’Anderson
nous n’avions que deux grades maçonniques, à savoir le grade d’Apprenti et
le grade de Compagnon. L’ensemble des frères travaillaient à cette époque
sous l’autorité du Maître de la Loge. Donc point de grade de Maître Maçon. Ce
grade fut constitué après 1723, on retient 1730-1740. Naturellement, la
légende qui compose le corpus de ce nouveau grade témoigne d’une
démarche rituelle christique, mais la notion de temple n’est pas
nécessairement liée au Christ. Le temple serait dans son acceptation initiale
plutôt hébraïsante. C’est pourtant la légende d’Hiram qui scelle le transfert
christique, mais elle se déroule dans un cadre vetérotestamentaire.
Sur ce, les francs-maçons Irlandais de Londres, catholiques comme les
partisans Stuartistes, demandeurs de la reconnaissance de l’Arche royale, ont
accéléré l’acceptation du mot temple. Ils furent chassés en 1717 par une
bourgeoisie londonienne, qui cultivait son entre-soi et ils entrèrent plus tard
victorieux dans un accord mémorable… De par les accords de 1813 entre les
Modernes et les Anciens, ils réussirent à imposer l’Arche royale au grade de
Maître Maçon au sein de la Grande Loge Unie d’Angleterre. En d’autres
termes ils adossèrent la Loge au Temple. Ainsi « l’élaboration » en loge servait
le secret du Temple.
Enfin le génie français à la suite du chevalier de Saint-Lazare Ramsay "en
mission" par ses deux discours de 1736-1737, reveille et suscite ce qu’on
appellera de manière générique « l’écossisme », comprenant le grade Maître
Écossais de différentes appellations, notamment le Maître Parfait Écossais du
Early Grand Scottish Rite, les grades chevaleresques et templiers et le grade
Rose-croix. Les deux discours associent la chevalerie au temple par
l’entremise des « croisés ». Selon Ramsay, le Temple devient ainsi le
compendium d’une connaissance initiatique et sacrée qui fut instillée dans les
loges écossaises.
La chevalerie « croisée » revient avec un ésotérisme chrétien éprouvé au pied
de la muraille du temple. Ils conjoindront le temple et la loge entraînant dans
cet élan une multitude influences donnant des grades ésotériques et
hermétiques. L’influence gnostique ou hermétisante déjà présente dans les
milieux intellectuels (rosicrucianisme anglais et allemand), s’en trouva
définitivement installée, en marge de l’influence christique templière. De
cette double influence naît un heureux mélange autour de la figure du temple
qui reste une valeur universelle commune. Tout cet ensemble s’amalgame
dans le théâtre de la loge.
Une telle diversification de grades et de pratiques sera plus ou moins
réceptionnée par le Grand Chapitre de Clermont notamment. Le Grand Orient
de France de l’Ancien régime régula en 1785 les trois grades symboliques et
institua les quatre ordres de sagesse. Ce fut l’œuvre de Roëttiers de
Montalaud (1748-1807). Le talentueux Jean Baptiste Willermoz rectifia en
1778 les grades templiers du baron de Hund en y faisant revivre le dépôt
traditionnel des premiers chrétiens. Le temple fut donc présent dans un
aspect templier puis dans l’esprit rectifié, c'est-à-dire épuré, par
une théosophie chrétienne.
L’esprit du Temple souffle sur l’occident depuis les croisades et la rencontre
dans la mêlée d’un combat pour la reconquête, du plus fameux centre
spirituel (Jérusalem). Cette mêlée créa un pont allant du soufisme à la
chevalerie d’occident, soit de l’expire oriental à l’inspire occidental.
Nous assistons alors à un « conjointement de la voûte ». Les deux arcs nord et
sud vont se rejoindre sur la même clef de voûte : la tradition occidentale
chevaleresque devenue "templière" et la tradition orientale du Temple ont
pour clef commune Jérusalem et la fontaine de Siloé.
La tradition chevaleresque de l’Occident et la fotowwat (Compagnons
Chevaliers) de la tradition orientale vont mêler leurs souffles sous la muraille
du temple et au Dôme du rocher. Mûrit alors dans l’inconscient et dans les
récits, l’image archétype du Temple – en Orient comme en Occident – . Cette
image archétypale n’est pas séparable de la méthode des bâtisseurs et de celle
des chevaliers, et aboutira dans ses plus hauts degrés à une méthode
« contemplative » visant l’image sublimée, la légende et la répétition.
Finalement « le con-templateur, la con-templation et le Temple ne font
qu’un » selon Henri Corbin.
Ainsi nous avons un Temple avec trois enceintes, ce qui veut dire que nous
avons 3 Temples : le Temple d’Hénoch le plus proche des temps premiers, il
sera celui de l’ontologie, le Temple de Salomonbâtit suivant les plans ou
pendant la construction « on entendit ni marteau, ni pics ni outils en fer »
R6,7, puis nous aurons le Temple de Zorobabel, celui de la reconstruction.
L’image chrétienne se résume dans le Temple de Jérusalem qui sera celui
centre, « point de liberté » en jonction entre la Jérusalem terrestre et la
Jérusalem céleste.
Ces trois constructions sont bâties dans la représentation mentale du franc-
maçon qui fera le lien entre le haut et le bas, entre la chute et la
réintégration. Cette espace médiateur nous revient par la planche à tracer
des maîtres qui fera devenir réalité ce qui y est tracé par le doigt divin, soit
une représentation sublime qui reste à déchiffrer.
C’est le pouvoir contemplatif qui construit le Temple en soi. Il s’agit donc
d’une vision intégrative du sacré propre au chevalier comme au maçon. Elle
peut être mystique et ésotérique. Alors le Temple dressé dans l’Imaginaire
par la représentation mentale devient ainsi Porte du Ciel. C’est ainsi que la
transcendance se manifeste en nous. C’est notre temple intérieur qui
« prends corps ».
E.°.R.°.(suite et fin prochaine parution)

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
15 décembre 2013
Loge maçonnique ou Temple maçonnique (2em partie)

1/ Coexistence de la Loge face au Temple ou la Loge consubstantielle du


Temple. (Point de vue organique)

La Loge n’a de sens historique qu’en vue de l’édification d’un temple fut-il
virtuel.

C’est ici la fonction organique de la loge ; le Temple, en tant que structure


d’accueil du centre, serait l’objet du travail en loge.

On ne fait pas la même chose dans le temple et dans la loge, mais le temple
trouve sa source matérielle dans la Loge des bâtisseurs, et la Loge situe l’acte
de bâtir en regard de la con-templation, c’est-à-dire dans la méditation
autour du sens ontologique et cosmogonique du temple. Ainsi l’essence
provient du Temple et la substance provient de la Loge.

Le point de vue organique passe par l’entrelacement du compas et de


l’équerre. Il nous apprendra la descente de l’esprit dans la matière et la
remontée dans l’axe, ou la réintégration du centre ontologique commun à la
terre et au ciel.

Le principe de synchronicité inversée entre la Loge et le Temple est


clairement établi par les rites maçonniques qui animent et organise la Loge.
C’est ainsi que l’on trouvera l’inversion de la Lune et du Soleil, l’inversion des
colonnes, l’inversion du sens d’entrée, etc. (voir notre étude sur la position
des colonnes dans le livre de l’apprenti au REP p 205 .). La symétrie indique
que les deux mondes célestes et terrestres se superposent, mais ne se
confondent pas et que le Vénérable Maître n’est ni Dieu ni Démiurge, mais
l’interprète transmetteur de la lumière sur les colonnes. Ainsi le temple est
synonyme d’univers créé et incréé, la loge en devient le miroir de ce qui est
en haut et le support d’apprentissage d’une construction en fonction de la
lumière. Le miroir inverse ou symétrise à l’échelle de l’homme, l’image
originelle. L’image originale serait le Temple et la loge son reflet avec de
nombreuses implications.

Le franc-maçon se déplace rituellement dans un lieu consacré, nous pouvons


dire que le Temple est une destination pour les membres d’une loge. Il a un
pouvoir d’attraction.

Dans l’antiquité, les membres du Collège des Artisans (Collegia Fabrorum),


comme tout un chacun, suivaient leurs cultes: ceux de la religion officielle;
de même, les écoles initiatiques ou des mystères, se réunissaient dans les
forêts, les grottes, les endroits éloignés particulièrement telluriques, mais
jamais principalement dans les temples, car les temples antiques étaient faits
pour abriter exclusivement la statue de la divinité, rien de plus. Nous avons
vu dans l’introduction que, dans leurs processions, les confréries du Moyen
Âge passaient rituellement par l’Église pour rendre hommage à leur saint
patron et terminaient leur procession circumambulatoire solaire, voir
stellaire, dans un lieu civil ou naturel où ils procédaient à l’intégration des
nouveaux membres et prenaient les arbitrages du mestier.

Le temple en qualité de bâti sacré faisait certes partie du paysage, mais n’était
pas le lieu ordinaire de réunion de la loge ou de la confrérie. S’il n’était pas le
lieu permanent de réunion rituelique et sacré du métier, l’Église faisait bien
partie du voyage processionnel circumambulatoire initiatique.

De l’organisation du déplacement du corps en regard du Temple, nous


passons à l’image superposée du Temple et du corps.

Le Temple et le corps de l’homme sont résonance organique. Ils expriment


l’excellence de la construction alliant prouesse technique et proportion
divine, reliant la terre au ciel. Les trois axes et les six directions de l’espace
ont une signification à la mesure du corps de l’homme pour la Loge et du
divin pour le Temple. Ce constat n'est qu'une déclinaison du principe défini
par Protagoras.

Le Temple est le lieu orienté de la rencontre descendante de l’axe sur une


quadrature céleste, qui va pour le Temple de l’Orient à l’Occident répandant
la Lumière, du Septentrion au Midi pour donner le plan manifesté, du Zénith
au Nadir pour donner l’axe de l’ascendance et de la superposition des
mondes. La Loge est strictement orientée dans le sens symétrique à l’échelle
microcosmique humaine qui va d’Ouest en Est, allant à la rencontre de la
lumière, du Sud au Nord pour connaître le plan géométrique, du subterrestre
au céleste (bas et haut) pour rencontrer le visage du Dieu.
L’usage ritualisé en loge de termes voués au Temple (orient-occident, midi-
septentrion, zénith-nadir) démontre que les francs maçons « spéculatifs » ont
fait du corps de l’homme (microcosme) une image du temple. Le modèle du
temple est donc passé du microcosme des Petits Mystères au macrocosme des
Grands Mystères. Donc le Temple possède dans son image même un pouvoir
d’exaltation, il éclaire notre pensée à l'image d'un un archétype universel
rassemblant les 3 axes de l'incommensurable.

Les rituels maçonniques vont donc emprunter les perspectives


incommensurables et divines du Temple de l’univers pour les appliquer à la
Loge des maçons. Dans la plupart des rituels maçonniques, la voûte étoilée est
sans dimension « des coudées sans nombres », contrairement aux autres
proportions de la loge, indiquant ainsi le sens de la transcendance pour le
maître.

La loge deviendra support d’apprentissage corporel de la marche vers la


lumière. Les outils et instruments s’appliqueront à se définir en fonction de la
Loge et du plan du Temple. Dans le premier cas ils seront prolongation du
corps, dans le second cas ils seront prolongation de l’esprit. C’est ici que se
situe l’un des plus grands secrets des symboles maçonniques ; les outils-
instrumentum trouvent à s’appliquer sur deux plans superposés au moins.
Par voie de conséquence l'outil-instrumentum se confondra avec sa finalité
templière, porte d’accès aux niveaux supérieurs d’une échelle de l’esprit.
C'est donc le niveau d'interpretation en son cadre materiel et moral d'un
coté, puis symbolique et anagogique de l'autre qui nous fera passer de la
matière à l'esprit et de la Loge au Temple. De ce point de vue, nous pouvons
affirmer que la loge est une antichambre organique du Temple. Sans ce
dedoublement nous ne pouvons "concevoir" ni "réaliser" l'ascendance.

La Loge et le Temple forment système d'exhaussement de l'esprit.


C’est ainsi que la Loge et son centre devint « l’image du Temple d’en haut »
pour reprendre les termes du rituel de compagnon au REP. Cette affirmation
caractérise la réalité initiatique d’une loge à la fois « ouverte et couverte ».

(Cathédrale de Laon : Salomon tenant le Temple dans ses mains et sur son
"cœur". Le Temple de Dieu se transporte dans notre centre intime.)

La vision organique de la Loge la fait persister sous differentes formes à


travers les âges confirmant ainsi par sa finalité une indiscutable
transmission. C'est la nature plus ou moins spiritualisée de la transmission
qui a évolué, assimilant l'homme à la pierre brute.
Les guildes médiévales se réunissaient dans les ateliers - loge où travaillaient
des appareilleurs, des carreleurs, des tailleurs de pierre. Les maçons libres
avaient un endroit à leur usage exclusif situé sur le site de construction. Ils
s’en servaient de lieu de rencontre clos et couvert « organique » au sens du
repos des corps et des outils, de ressourcement à la lecture des plans, de
programmation des phases du chantier. La loge était alors le lieu de la
"concentration" de la pensée en fonction de l'agir. Cette attitude est encore
présente dans nos loges spéculatives.

Dans la franc maçonnerie de transition puis dans la franc-maçonnerie


spéculative, les rencontres dans les tavernes, dans les ponts des navires, ou
des casernes militaires ou sous la toile de tente en campagne militaire ont
existé et persisté avant et après l’adoption des Constitutions d’Anderson.
En 1776, le premier temple maçonnique a été inauguré à Londres, nommé
par «HALL» plutôt que Temple. Mais ce Hall manquait peut être de la
modestie qui sied au cherchant. On ressentit très vite la volonté
d’institutionnaliser la franc-maçonnerie à un niveau différent de la tradition
opérative. D’organique la loge dans le multiple devient « organisation ». Ce
lieu dit de spéculation réunissait des hommes de qualité allant de la haute
bourgeoisie à la noblesse avec une prétention universaliste et encyclopédique
propre à l’air du temps. Le lieu devient ainsi un enjeu social, où le Roi tenait
la main de l’institution et/ou le Grand Maître élu devait « représenter » par
son rang et son apparence une certaine idée œcuménique de la franc-
maçonnerie. L’organique devient organisation institutionnelle et « outil »
d’une politique de l’Universel.

La Grande Loge finit par s’endetter pour acquérir des bâtiments à la hauteur
de ses ambitions. La confusion s’installa entre le temple de matière lieu de
réunion des FF et le Temple centre d’une pseudo universalité politique et
idéologique. Le pseudo universel politique profite de l’universel surjacent du
Temple.

C’est ici que la question se pose : les francs-maçons se réunissent en Loge ou


au Temple ? La réponse est que les maçons se réunissent en Loge pour bâtir le
Temple ou la cathédrale.

De cette vision organique et fonctionnelle, il nous est resté la vision finale du


bâtisseur : le Temple. La vision deviendra idéale au sens propre, et se
transformera en quête.

La pratique assimile ce fait, au point que, par abus de langage, le Temple


semble désigner le bâtiment et la loge l’assemblée des frères. Mais ce n’est
qu’un raccourci qui consiste à qualifier l’objet ou l’outil en fonction de sa
finalité.
La loge porte en elle un temple idéal qu’il convient de définir.

Ce temple idéal nous renverra à celui de Salomon puis de Zorobabel d’une


part et à ce fameux temple intérieur, véritable cœur universel de la franc-
maçonnerie d’autre part.

2 / Refondation du Temple dans la Loge suivant la Loi et le Plan. (Point de vue


ontologique.) Trilogie:Templum-Temple et Loge.

La meilleure façon de qualifier l’espace maçonnique consiste à se pencher sur


sa fondation et sa consécration. Faisons ici la synthèse de ce que nous
trouvons dans les encyclopédies.
Voyons du coté du temple, la modalité "essentielle" de sa création :
Letemplum découle d’un procédé de magie cérémonielle , il est une
transcription gréco-latine qui désigne une pratique divinatoire
étrusque destinée à délimiter un espace sacré (pour édifier un temple
étrusque, les limites d'une ville, celles d'un domaine ou d'une maison) par la
prise d’auspices, un prêtre (l’haruspice) chargé d'interpréter les
présages (wp).
Il se trouve que ce procédé met en relation ce qui est en haut et ce qui est en
bas, plus précisément on fait descendre ce qui est dans le ciel sur terre, dans
un espace spécifique et délimité.
Le templum (fenêtre) est tracé dans le ciel par l'haruspice tenant le
litius(bâton), et le vol des oiseaux de proie le guide pour interpréter les
signes(la prise de décision, aidée par les phénomènes naturels). Il s’agit de
lire le plan divin et d’accueillir ici bas sa présence.
Le mot templum donne ensuite par contiguïté le mot temple soit un bâtiment
dont l'emplacement a été défini par cette pratique, qui abritera la
représentation d'une divinité, ou même le lieu d'un rassemblement non
religieux. D'une fraction d'espace celeste nous sommes donc passés à une
fraction d'espace terrestre.

Revenons à la Loge qui semble être un diminutif du Temple :


Suivant les rites, différentes techniques de fondation et de consécration de la
Loge sont utilisées. Les plus remarquables sont celles qui restituent par
imitation symbolique le Temple dans la Loge en fondation.
Les rituels de fondation de la Loge ou de consécrations de la Loge sont en
réalité des imitations de la construction et de la consécration du Temple en
tant que maison accueillant la présence Divine. Il s’agit plutôt d’une
"duplication" traditionnelle du centre ontologique que d’une création au sens
strict.
Cette présence spirituelle s’insère dans l’édifice bâti par les maçons suivant
les Plans divins confiés à David puis transmis à Salomon. C’est Hiram Abif qui
exécutera les plans fidèlement et c’est Hiram de Tyr, « Roi loyal » qui fournira
le meilleur de la matière (bois et carrières) des territoires extérieurs où
s’exerce sa couronne vers un centre spirituel. (Principe de concentration de
la matiere vers un centre ou se manifeste l'esprit).

Les trois voies initiatiques vont ainsi concourir à bâtir en forme et en esprit la
maison de l’éternel. La voie sacerdotale s’associe à la voie artisanale et à la
voie royale dans « l’animation » d’un centre spirituel qui fait le lien entre le
haut et le bas.
Ce qui anime ces trois acteurs, c’est la « loyauté » (synthèse de « Loi » et «
Royauté » dont on retrouvera la mise en pratique dans l’expression « Art
Royal »), c'est-à-dire le respect de la loi divine telle que les Tables de la Loi
représentées dans l’art de bâtir, par le respect des règles de construction et
des plans divins.
Certains rites font intervenir les consécrateurs, sacrificateurs de la tribu des
lévites, d’autres organisent le voyage des quatre espèces, sèment et le carré
long de blé pour le renouveau et la fécondité, de sel pour la purification et
l’alliance, de vin pour la joie et l’allégresse et d’huile pour la concorde et la
paix, encensent les trois maillets ou trois points du triangle et invoquent
l’éternel.
Le rituel de l’encensement du Temple atteste la présence de Divin au sein de
la Loge, présence « cachée », comme doivent rester cachés le Visage et le Nom
de Dieu.
D’autres se contentent d’animer le carré long d’y placer les colonnettes et de
faire entrer la lumière ontologique imitant la recréation du monde, d’autres
encore par le nombre le poids et la mesure, « dimensionnement l’espace »
laissé libre par le créateur par l'utilisation de la corde à nœuds partant du
point-centre et s’élargissant jusqu’aux hauteurs de la loge…ou de baguettes
en 3,4,5 données aux porteurs de maillet... ou "mettant en gloire le travail" du
carré long en opérant, à partir de deux centres "rayonnants" situés sur le
milieu des colonnes. Le centre de la colonne Soleil represente la source
pseudo-ontologique, le centre de la colonne Lune représente son reflet de la
source soit sa duplication…( Il est entendu que le Soleil est lui-même centre
secondaire, dans un ordre supérieur, d’un centre ontologique.) etc.

D’autres encore procèdent à l’entrée de trois coupelles d’encens posées au


pied des trois piliers. Souvent la clôture se fait par une invocation, une
incantation ou une prière dédicatoire.etc.
Ainsi la référence au Temple "maison du divin" existe dans certains rites
maçonniques alors que d’autres s’en tiennent à une dimension soit plus
métaphysique, soit plus humanisante. Ce triple aspect est à l’origine des
variations dans l’approche spirituelle en franc-maçonnerie. Il y aurait donc
une maçonnerie des Parvis, une maçonnerie du Saint, une maçonnerie du
Saint des Saint. On remarquera que conformément aux principes et lois de
correspondances, chacune de ces maçonneries est "orientée" et dotée d'une
porte d'acces au niveau superieur.
Les approches vétérotestamentaires, chrétiennes, gnostiques ou
métaphysiques restent contenues dans un espace spirituel plus ou moins
vaste alors que la démarche humanisante irradie une démarche d’utilité
sociétale mettant l’homme au centre. Il n’y a pas de différence fondamentale
entre les deux démarches dès lors que l’on considère que les pierres du
Temple sont des pierres vivantes représentées par tous les maçons.
En conséquence lors des rituels maçonniques de fondation et de consécration
de loge on invoque la présence divine pour certains, jusqu'à la lumière de
laconscience, synonyme de vérité pour d’autres. Pour le divin il faut un
Temple, pour la vérité un espace d’élaboration alchimique de type athanor
suffit. C’est ici que naîtrait la dichotomie entre le Temple et la Loge. De plus
on coupe en deux voir trois parties un espace de recherche (temple ou loge)
qui devient restreint à l'une de ces deux ou trois parties, humaine,
suprahumaine ou divine. Dans chacune de ses trois parties est célébrée la
lumière et ses modalités d'accès.

Quoiqu’il en soit, il faut être admis en loge pour percevoir toute l’étendue
archétypale du Temple associé à la Loi et aux Plans.
On pose ici le principe d’une vision diachronique du triptyque « Templum-
Temple-Loge »réservé au Frères et Soeurs de la Loge et donc inaccessible au
profane.
L’interaction du Temple et de la Loge semble donc liée au secret maçonnique
ce qui explique son approche difficile...
E.°.R.°. suite prochainement...

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8 décembre 2013
Loge maçonnique ou Temple maçonnique? 1er partie.
Loge maçonnique ou Temple maçonnique ?
Ou la Naometria maçonnique et l’apologie du centre universel lumineux.
(Note de synthèse)
Aller au Temple ou en loge semble synonyme. C’est symptomatique d’un sens
évolutif qui apparente la loge et le temple dans un même dessin.
Si le Temple est la maison de Dieu, l’espace consacré, la loge est la maison du
savoir-faire et du savoir-être de l’Œuvrier. Les Francs Maçons sont occupés à
construire le Temple.
Le temple est le lieu de célébration d’une religion, la loge est le lieu de
transmission initiatique se rapportant à l’art de bâtir. Il se trouve que l’art de
bâtir est directement lié au sacré aux lieux consacrés et religieux dont il est
chargé d’illustrer le sens.
L’illustration du sens divin suppose le préalable de l’initiation. C’est ainsi que
la loge et le temple ont formé un indissociable binôme initiatique et religieux.
Le Temple est l’image architecturée d’un divin archétypal dont la loge
rapporte un effet miroir lisible et transmissible à l’Œuvrier. La lisibilité passe
donc par la représentation mentale dont on connaît le rôle essentiel dans
l’interprétation des symboles et le devoir de mémoire. Rappelons que le
devoir de mémoire est ni plus ni moins un catéchisme de grade appris par
cœur, découvrant les vérités fondamentales du grade et héritage scolastique
de la notion de « somma ». La somma est une totalité interprétative et
explicative des Saintes Écritures. Le franc-maçon héritera d’une sorte de
« somma » transmise par ses aînés, consistant dans l’interprétation cohérente
de l’universalité des symboles et des rites qui se déroulent dans la loge.
L’interprétation restera personnelle tout en étant fondée sur une conscience
collective et empruntera les chemins de la méthode maçonnique à l'image
d'un plan graduel et structuré en parties successives.
Tous les symboles maçonniques ont pour finalité la recherche intuitive ou
déductive d’un centre universel lumineux qui fera lien entre poussière
terrestre et souffle de vie. Ce centre par son universalité peut être compris au
sens traditionnel (hébraïsant, Greco-Christique, christique), associé au
Temple et à la cathédrale, comme au sens humaniste (associé au Temple
intérieur). Ce constat nous aidera à répondre à la question : le franc-maçon
travaille dans la loge ou dans le temple ?
Ainsi, la question d’une éventuelle confusion entre le loge et le temple
s’expliquerait par la nature universelle de la recherche d’un centre et d’une
unité, commune aux opératifs et aux spéculatifs ainsi qu’aux courants de
pensée du XVII et XVIIIème siècle.
Auparavant, la métaphysique de la lumière prônée par Denis le Pseudo-
Aréopagite puis par Scots Erigène (810-877) produira ses effets dans
l’apparition du style gothique qui va sortir la conscience collective de
l’indistinction tellurique des modes d’expression et de pensée. Ainsi Pseudo-
Aréopagite dans Hiérarchies Célestes affirme que notre Esprit peut s’élever à
ce qui n’est pas matériel sous la conduite de se qu’il est. La meilleure
expression artistique de cette évolution sera l’apparition de la perspective qui
fait descendre le ciel sur le carré long. La représentation des tableaux de loge
du XVIII et XIXème siècles portent encore témoignage de cette descente du
ciel en terre par le traitement « graduel » de l’effet de perspective (accepté
depuis 1330 et Giotto). Ici est représenté le non représentable :
l’immatérialité du point de fuite caractérisant l’insaisissable infini et où
l’observateur est renvoyé en lui-même. Il confondra son regard et son
parcours final avec un centre en abîme. Ce centre en abîme est au centre de la
loge.
On comprendra alors que le principe d’élévation architectural se confonde
avec l’élévation de la compréhension pour dépasser l’interprétation
symbolique classique et aboutir à l’interprétation anagogique…soit une
méthode interprétative, qui littéralement « conduit vers le haut » ; c’est ici
l’essence même d'un message gothique classique réactualisé, dans lequel le
franc-maçon opératif tends la main est passe le levier de l'interprétation
anagogique au franc-maçon spéculatif.
À ceux qui s’interrogent sur la cohérence de la chaîne de transmission
initiatique entre le moyen-âge et le XVIIème siècle, nous avons ici la réponse.
Le message et le rituel initiatique de la lumière furent fixés par l’orientation
et la déambulation dans l’église à construire puis dans la cathédrale par les
opératifs porteurs d’outils et les clercs porteurs de paroles et lecteurs de
l’évangile selon saint Jean. Cette déambulation « lumineuse » se faisait en
regard d’un centre à atteindre. La ritualisation de l’entrée et de la sortie du
bâti sacré, n’était pas liée à la religion exotérique, mais conçue comme une
véritable expérience initiatique dont il nous reste de manière très visible le
labyrinthe qui deviendra pavé mosaïque en loge. La déambulation initiatique
dans l’église ou la cathédrale, n’était qu’un exercice vécu et pratiqué en
d’autres lieux plus adéquats pour la voie artisanale. À l’époque, l’église dotée
d’une voie sacerdotale complète dispensait encore cet enseignement
ésotérique. Divers mouvements et confréries réunis autour d’un saint
intercesseur ont procédé à la célébration du saint dans l’enceinte même
réservée au sacerdoce. Par leurs offrandes et célébrations et par les
déambulations en cortège, ils ont ainsi perpétué ce message anagogique
d’élaboration alchimique et de construction lumineuse jusqu'à en remettre le
dépôt dans cette franc-maçonnerie de transition du XVIIem siècle puis
spéculative du XVIIIème Siècle. La pratique initiatique et la transmission ne
furent point perdues ou dissipées comme certains le pensent, elle survécut en
divers mouvements et organisations et nous revinrent en loge spéculative.
La Loge du franc-maçon, où la forme parfaite reste une « œuvre de l’esprit »,
deviendra réceptacle de toutes ces variantes traditionnelles (parfois
secondaires) qui expliquent et célèbrent l’alchemia de la lumière née du
Centre (hermétistes, rose croix, alchimistes, gnostiques, cabalistes,
astrologues, etc.). Ici l’Esprit et la lumière seront synonymes.
La « franc-maçonnerie-réceptacle », fût-elle spéculative (de "speculum" le
miroir), n’aurait donc subi aucune rupture dans la chaîne de transmission
lumineuse ainsi que l’affirmait René Guenon (les historiens sont dubitatifs sur
ce point, car la documentation fait défaut). La franc-maçonnerie de l’art de
bâtir "spéculatif" ou "en miroir" resterait la dernière organisation initiatique
authentique en occident qui transmet le « savoir-faire » ritualisé et
méthodique et le « savoir-être » lié à la découverte et l’expérience intérieure
d’un centre universel lumineux. C’est le sens de la démarche initiatique.
Un état d’esprit commun, distillé dans l’inconscient collectif, abouti à une
matérialisation possible d’un centre lumineux. L’homme avait la capacité de
le représenter physiquement pour mieux le ressentir intérieurement. Ainsi la
lumière se confondait avec le divin centre et avait un aspect créé et concret
et un aspect non concret voir incréé. Le signifiant (sculpture ou cathédrale)
produisait le signifié (lumière), qui à son tour devenait signifiant appelant un
signifié (lumière incréée).
Ce mouvement se traduit par une esthétique de l’élévation et du
cheminement méthodique et hiérarchisé et parfois intuitif, mettant l’art de
bâtir au service d’une élévation de l’âme.
Cette élévation se structura sur le plan d’une conscience collective façonnée
par l’école de type scolastique qui tente d’associer Aristote et le Christ. Ainsi
s’établit au moyen âge un fond commun de vérité greco-christique, une
« somma » induisant une représentation mentale alliant une métaphysique
de la lumière et le principe trinitaire. Ce phénomène qui influencera
l’architecte et le clerc, était déjà dessiné et mis en pratique dans les loges de
constructeurs. En effet, la tradition voulait que depuis la nuit des temps le
bâti sacré fut orienté en vis-à-vis de la lumière solsticiale et en direction d’un
centre lumineux dédoublé en terrestre et céleste (lever du soleil et étoile du
Nord). C’est cette volonté de « mise en œuvre » par imitation traditionnelle
de l’école (scolastique) et du maître que va revitaliser un schéma inconscient
et collectif autour de la lumière. Ce schème était déjà connu des Égyptiens. On
redonne du sens à la tradition conservée dans les rites célébrant la lumière.
Ces rites de célébration de la lumière ont toujours été conservés dans la voie
artisanale. La chaîne de la transmission se perpétuera entre le maçon opératif
« initié » à la lumière et sous la rose et le franc-maçon en quête d’une vérité
universelle.
La scolastique donnera au moyen-âge une méthode répétitive et planifiée de
la lectio, du discours, des arguments, du raisonnement et de la disputatio.
Cette méthode se perfectionnera et aboutira à concilier les contraires dans
une lecture de niveau supérieur qui donnera plus tard l’esprit de synthèse
(rassembler ce qui est épars). La méthode scolastique, par imitation de
raisonnement, se retrouvera en architecture et en sculpture et donc dans les
loges de bâtisseurs et dans les cathédrales en construction.
Les maçons opératifs habitués à conjuguer la matière et la lumière, furent
témoins de cette conscience commune fondée sur la lumière métaphysique et
le ternaire qui aboutira à montrer ou démontrer par le visible l’invisible.
Le jeu scolastique consiste à donner à voir les arguments qui en architecture
mènent la lumière à l’intérieur du bâti. Ce jeu se retrouvera dans
l’élaboration des idées et des constructions qui devront faire apparaître les
modalités de raisonnement et de planification, partant de la pierre de
fondation jusqu'à la croisée d’ogives. Ainsi deviennent visibles les nervures
de la construction et les dentelles de lumières, les rosaces et les arcs brisés.
L’ombre colorée et diffractée de la lumière filtrée par le vitrail fit le passage
entre l’apparent et le caché, laissant entendre que la lumière se décline en
plusieurs niveaux subtils à partir d’un centre (distinction maçonnique du
rayonnement lumineux et du flamboiement du centre). Cet état multiple
projeté et manifesté sur le pavement justifie la quête d’une remontée vers la
cause première.
L’architecture gothique deviendra le lieu du raisonnement structurant l’idée
lumineuse et la réalisant dans l’élévation du plan sur trois niveaux et plus.
Aussi l’apologie du centre (le prêche de Saint Bernard réveille dans
l’inconscient collectif de la quête du centre lumineux) aboutira aux 8
croisades (1095/1270) pour sa reconquête, aussi extérieures et matérielles
que vaines.
Cette reconquête du tombeau de Christ se confondit géographiquement avec
celle du Temple et s’affirmera sur un fond de représentation collective de
« libération du centre », et reactivera l'idée de reconstruction du Temple. Le
centre, alias la Jérusalem terrestre, était le point ultime du pèlerinage
chrétien. Ce centre des centres sera traduit par le géomètre par un point
commun au cercle, au carré et surtout au triangle, soit le point de contact
absolu entre le bas et le haut, entre la matière et l’esprit entre la Jérusalem
terrestre et céleste.

Le centre universel se confondra avec l’unité retrouvée, soit un point de vue


métaphysique qui correspondra au désir d’unité, voire de réintégration avec
le principe originel. Il y aurait ainsi superposition du centre dit « initiatique »
et du centre dit « religieux »; autrement dit du Temple même. Cette
superposition est due, qu’on le veuille ou non, au fait que l’art de bâtir soit
une voie initiatique complète qui atteint le même sommet, ou centre, que
l’art sacerdotal ou chevaleresque. Ce sont trois voies initiatiques et la religion
dans son versant ésotérique oublié, possédait sa méthode initiatique
complète. Or ces trois voies ont le Temple en source commune.
Il semblerait que tous les points de vue concourent à la recherche d’un centre
universel. On retrouve dans l’art martial de la chevalerie, à travers le Graal,
l’idéal ultime d’une réalisation volontaire et maîtrisée de soi jusqu'au
sacrifice du corps du combattant. Ce centre de réalisation de soi deviendra
une porte libératrice pour le chevalier.

Qu’ils soient avoués et reconnus sur le plan de la recherche personnelle, ou


déclinés dans le point de vue collectif et social, les notions d’unité et le centre
ont trouvé en Franc-Maçonnerie des moyens d’élaboration qui font de la loge
un athanor pour la découverte de notre Temple ou Église intérieure. Cette
idée d’un centre dénommé « Temple » nous sortira de l'impasse idéologique
se bornant à exclure le Temple « religieux » de la loge. Il s’agirait donc d’un
Temple initiatique commun à la voie artisanale, à la voie sacerdotale et
chevaleresque.
La franc-maçonnerie n’est pas une religion, car on ne célèbre pas de culte en
loge, mais elle ne s’interdit pas d’étudier le nomen, la source métaphysique et
la traduction phénoménale du nom de Dieu.
Je tenterai de démontrer que chaque loge quelque soit son rite héberge un
Temple en son Saint, dès lors quelle abrite un espace consacré (templum), tel
que le carré long et le tapis de loge ou équivalent.
Nous concentrerons notre réflexion sur les trois premiers grades, en notant
cependant que dans certains degrés dits « supérieurs » la rituelie se déroule
clairement dans le temple. À ces grades la question est donc sans objet, mais
affirme clairement le désir de faire exister le Temple en franc-maçonnerie.
Les prolégomènes ainsi posés, nous tenterons de répondre en 12 points à la
question : le franc-maçon travaille-t-il en loge ou dans le
temple ? (Développement à suivre)
E.°.R.°.

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9 novembre 2013
De la douleur à la souffrance initiatique-Maîtrise de l'ego
De la douleur à la souffrance initiatique

-Maîtrise de l’ego (1erDegré)

« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître. Nul ne se connaît tant qu’il n’a
pas souffert » (Alfred de Musset – La nuit d’octobre)

La douleur n’est certes pas une fin en soi, mais il semble bien qu’elle fasse
partie du parcours de l’homme dans la vie. La vie ressemble à un labyrinthe
avec un début de parcours et une fin. À moins que la fin ne soit un début, il
faut bien reconnaître à l’homme qui cherche depuis toujours la lumière, une
forme d’endurance et d’opiniâtreté à vouloir lutter contre l’animal en lui.
De l’animal il a conservé la douleur, de son humanisation par les sens devenus
sensations puis sentiments, il a découvert la souffrance.

Le franc-maçon connaît ce parcours labyrinthique par ses voyages : au


contact des éléments, il a appris à redécouvrir ses sens
/sensations/sentiments-émotions. S’il comprend fort bien la douleur, il
s’interroge sur la nature réelle de la souffrance. Celle-ci n’aurait-elle pas un
lien de cause à effet avec la perte, la privation, l’envie, l’insatisfaction, le désir
inassouvi, etc.

Vaincre ses passions et faire des tombeaux pour les vices. Quelle est donc
cette partie de nous même que nous cherchons à contenir ?

La souffrance est liée à la douleur c’est une évidence, comme l’âme est liée au
corps. Mais il est aussi possible que la souffrance soit liée à la part insatisfaite
de nous même en regard de ce que notre ego prétend nous faire paraître ou
devenir. Se posera la question du rôle de l’ego mal contrôlé dans la naissance
d’une souffrance qui nous éloigne de la liberté.

Nous vous invitons à découvrir cette approche de la douleur qui très vite
aboutira à l’exploration de la souffrance et du rôle de l’ego.(E.°.R.°.)

(...)

De la douleur
Dans la constitution d’un monde humain, c’est-à-dire un monde de
signification et de valeurs accessibles à l’action de l’homme, la douleur est
une donnée fondatrice. Elle est sans doute l’expérience la mieux partagée,
avec celle de la mort.

Tout d’abord, il semble opportun de revoir quelques définitions de la douleur.

La douleur est la sensation ressentie par un organisme dont le système


nerveux détecte un stimulus nociceptif. Habituellement, elle correspond à
un signal d’alarme de l’organisme pour signifier une remise en cause, de
son intégrité physique.

La douleur est une expérience sensorielle et psychologique déplaisante


accompagnée de dommages réels ou potentiels. Elle peut être physique ou
morale.

Impression de souffrance, état pénible produit par un mal physique mais


aussi une peine de l’esprit ou du cœur.

Processus impliqué dans le traitement de l’information.


La douleurcorrespondrait à la composante cognitive du processus de
nociception tandis que la souffrance correspondrait à la
composante affective.

Il en existe bien d’autres. Le mot douleur dans la langue française contient


une ambiguïté sémantique. Il peut signifier non seulement un état physique,
mais aussi un état psychologique. On lui reconnaît des synonymes
comme : mal, affliction, calvaire, chagrin, déchirement, souffrance, peine, désespoir,
désolation, tristesse, épreuve, misère, détresse, tourment (grand Larousse de la
langue française).
Historique de la douleur

L’histoire de la douleur s’inscrit dans les grands courants de pensées


rationalistes ou mystiques qui ont divisé les civilisations au cours des siècles.
Au tout début, la médecine était imprégnée de pensée magique. La douleur
était vue comme une malédiction, un être maléfique, un démon, un « djinn »
qui s’emparait de notre corps et le détruisait. Cela pouvait également
représenter une punition, un châtiment, une expiation.

Les premiers « soignants » étaient des sorciers, des magiciens, des guérisseurs
de toutes sortes ou des prêtres qui servaient d’intermédiaires entre les
malades et les puissances supérieures.

Puis vint le temps des philosophes médecins qui refusèrent d’associer la


douleur à une quelconque intervention surnaturelle ou divine. Il faut donc
l’étudier avec intelligence et raison.

Les philosophes grecs vont faire porter leurs efforts sur l’attitude mentale à
adopter face à la douleur. L’homme devra donc rester stoïque. Pour les
stoïciens, la douleur sera donc un mal que si celui qui l’éprouve la juge ainsi.
L’homme doit se soumettre avec dignité à la douleur et de fait à la loi
naturelle de la mort. Cicéron affirme le rôle de la volonté dans l’acceptation
de la douleur : « Qu’y a-t-il qui vaille mieux pour éloigner la douleur que de
comprendre qu’elle ne sert à rien et qu’il est vain de l’accueillir ».
Epictète prône l’entraînement du corps face à la douleur afin d’être
indifférent aux sensations et aux instincts. Hippocrate affirme quand à lui
que ni la magie, ni la philosophie, ni la religion n’ont leur place en médecine.

Cet ascétisme est cependant très loin des morales religieuses à venir.

La rédemption par la douleur

Au commencement de notre ère, le grand courant monothéiste influencera


fortement l’approche, voire la définition de la douleur.

L’Ancien Testament, la Tora, est un récit plein de violences, et donc de fait, de


douleurs.

Du péché originel, condamnant la femme à enfanter dans la douleur au


Nouveau Testament et la crucifixion de Jésus se sacrifiant par amour pour
effacer nos péchés, on retiendra que c’est Dieu qui envoie la douleur à
l’homme pour l’éprouver ou le punir. Pour notre civilisation judéo-
chrétienne, la douleur devient une fonction morale de signification
ambivalente. Elle peut donc revêtir une forme salutaire permettant la
rédemption de l’âme ou alors représenter un châtiment destiné à expier ses
fautes. Cette notion de douleur rédemptrice restera bien ancrée dans les
mentalités. Beaucoup l’accepteront et même s’en réjouiront, car elle donnera
accès à la « vie éternelle ». S’infliger des douleurs pour plaire à Dieu tels les
« flagellants » deviendra donc un nouveau phénomène. N’oublions pas le
« cilice », un des principaux instruments des chrétiens des premiers siècles,
tunique ou ceinture de crin, d’étoffe rude ou de métal portée sur la peau nue
pour mortification. Le cilice est encore systématiquement porté par les
membres de l’Opus Déï...

La douleur n’existe que de manière transitoire si elle aboutit au sacrifice.


Pour de nombreuses religions, le sacrifice est une porte d’accès au divin. Elle
est un préambule nécessaire pour un passage dans un ailleurs. C’est donc pas
la douleur ni le passage qui sont initiatiques, mais ce qui se passe après.

Dans le sacrifice, on est heureux de se débarrasser de son corps enveloppe


mortelle pour accéder au monde de l’esprit ou au paradis (Christ en croix,
Saint-André en croix). La douleur est donc liée au corps et à sa disparition,
à son souvenir. Ce n’est qu’un passage en regard de ce qu’il advient de l’âme
et de l’esprit qui continuent leur chemin.

Le sentiment lié à la douleur est relatif à la perte de la vie ou à son


amputation. Le samouraï, le kamikaze, les fous de Dieu du djihad sont dans
cette mouvance. Le templier aussi ce qui explique son aveu pour mourir.

De la douleur rituélique

De nombreux autres exemples d’automutilations ou de douleurs auto-créées


verront le jour.
Il faut également noter un grand nombre de pratiques « douloureuses »
pratiquées par tradition religieuse ou pour marquer son appartenance à un
groupe.

La plus connue est sans aucun doute la circoncision.

Des dessins rupestres datant du néolithique ainsi que des hiéroglyphes


égyptiens décrivaient déjà la circoncision. Hérodote en attribue la paternité
aux Égyptiens dès le Vème siècle av. J.-C. Elle représentait pour les pharaons
un caractère initiatique.

La circoncision se justifie tour à tour par une prescription hygiénique, une


renonciation symbolique au péché de chair, un rite de passage à l’âge adulte,
un signe d’appartenance à une communauté religieuse.

L’on retrouve cette pratique dans le judaïsme, l’islam, certaines


communautés chrétiennes ainsi que plusieurs religions animistes.

Dans le judaïsme, elle intervient au huitième jour du nouveau-né lors d’un


rite fondateur, la « Brit milah » en présence de 10 hommes adultes.

Appelée « Khitan, Touhour ou Tahara » dans l’islam elle est pratiquée dès le
7ème jour et jusqu’à l’âge de 13 ans.
On la retrouve également chez les Coptes d’Égypte aux Philippines et en
Afrique.

Elle est présente dans de nombreux pays d’Afrique noire, en Polynésie et dans
la plupart des tribus aborigènes.

Très répandue au Canada et aux États-Unis, une récente étude américaine à


récemment classé les pays en voie de développement selon le taux de
circoncision des hommes !

Une autre pratique malheureusement encore très ou trop répandue pour des
pseudo motifs d’ordre religieux se nomme excision. Une étude parue en 2013
nous donne des chiffres révélateurs. Cette étude pratiquée ces vingt dernières
années sur des femmes et des fillettes âgées de 15 à 49 ans, montre certes un
recul de cette pratique, mais les chiffres restent impressionnants : 98% en
Somalie, 96% en Guinée, 93% à Djibouti, 91% en Égypte soit près de 140
millions de personnes concernées dont la plupart ont subi cette pratique
avant l’âge de cinq ans.

La douleur est-elle nécessaire, voire utile ?


Une chose est sûre. La douleur est inévitable, qu’elle soit physique (maladie,
accident….) ou psychique (perte d’un être cher, déception amoureuse,
échecs…….) chacun de nous aura à composer avec elle.

Dans certains cas, la douleur reste un baromètre indispensable aux soignants


pour pouvoir adapter des traitements afin de la soulager sans danger d’excès
médicamenteux.

« Il y a des maux qui sont absolument nécessaires pour savoir ce qui se passe
exactement….On est plus capable de comprendre qu’il y a des souffrances utiles. On
est des hêtres humains, on n’est pas encore des clones ….» La douleur a une utilité
et « en insensibilisant la souffrance, on insensibilise le jeu des sens, on suspende le
rapport au monde » (Le Breton, 1995).

Cette citation du professeur David Lebreton * se vérifie tout particulièrement


dans le cas d’une femme sur le point d’accoucher.

Sous péridurale, le problème réside dans le fait que la femme ne ressent plus
suffisamment les signes de son corps pour faire correspondre les poussées à
bon escient. Il faudrait donc mieux doser les antalgiques de façon à rendre
cette douleur plus acceptable sans pour autant totalement la faire disparaître.

La douleur est également un garde fou nous empêchant de nous exposer à


certaines situations, car nous savons que nous aurons à payer en souffrance
le prix de nos actions.
Dans certains cas également, la souffrance psychique se révèle tellement
intense qu’elle débouche sur des douleurs physiques. Ici la souffrance créerait
la douleur. Nous aurions ainsi une douleur suscitée par quelques mécanismes
biochimiques ou psychologiques inconnus.

Citons le cas d’une pathologie qui prête à controverse dans le milieu médical,
la fibromyalgie.

Après avoir été considérée comme un syndrome, cette maladie caractérisée


par un état douloureux musculaire chronique (myalgies diffuses) étendu ou
localisé à des régions du corps diverses se manifeste notamment par
une allodynie tactile et une asthénie (fatigue) persistante et pouvant devenir
invalidante.

Une moyenne mondiale de 2 à 10 % (selon les pays) de la population des « pays


industrialisés » est touchée par cette maladie (2 % de la population américaine
avec une prédominance féminine nette).

En France un rapport gouvernemental de 2007 donne une prévalence


française estimée à 3,4 % chez la femme et à 0,5 % chez l’homme. Il y a enfin,
en dehors de tout contexte médical, la douleur acceptée pour sa valeur
initiatique.

La douleur initiatique
Toute initiation passe par un certain nombre de rites et d’épreuves
qui rendent effective la dichotomie Douleur/Souffrance.

Ceux-ci se déclinent en enseignements, cérémonies et épreuves. De nombreux


rites qui seront dans la grande majorité des cas des rites de passage
imposeront aux impétrants des épreuves douloureuses.

Présente dans les rites initiatiques de nombreuses sociétés traditionnelles,


cette douleur est une mémoire d’autant plus chevillée dans la chair qu’une
marque désormais bien visible signe l’apparence physique de l’initié.
Subincision, limage ou arrachage des dents, amputation d’un doigt ou d’un
membre, scarifications, excoriations, brûlures, tatouages, etc. sont autant de
pratiques douloureuses qui laisseront des traces indélébiles sur les corps,
mais aussi dans les esprits. L’épreuve marque et « transforme » littéralement
l’être. À la modification extérieure de l’apparence correspondent un prise de
conscience et une métamorphose du regard.

Cette douleur est l’encre de la loi commune écrite directement sur le corps de
l’initié. Elle atteste la mutation ontologique de ce dernier, le passage par
exemple d’un univers social à un autre. Elle bouleverse d’un trait l’ancien
rapport au monde et la trace corporelle avec la douleur qui l’enracine
signifiera la gravité de l’engagement.

La douleur devient alors source d’honneur. En surmontant la part physique et


sa conséquence psychique appelée souffrance, le nouvel initié démontra son
courage, sa virilité et la force de son engagement. Mais il restera toujours un
enseignement discret dans toute épreuve vécue.

Pour être vrai, il faut avoir subi une épreuve initiatique

Comment ne pas parler de ces rites de passage plus communément connus


sous les termes de « bizutage, bachotage (ou bahutage), usinage » ou autres.

Que se soit dans les armées, dans certaines administrations, dans des
corporations ou dans les grandes écoles, ces rituels ont pour but de faire
adhérer le futur initié à des valeurs communes à cette catégorie de
personnels. Cela va les conforter dans ce sentiment d’appartenance à une
collectivité. Après une période d’apprentissage, de tests et d’évaluation, ils
sont prêts à franchir le pas et passent donc de l’état « d’apprenti » à celui
d’initié.

Il va de soi que certaines pratiques dégradantes ainsi que des traitements


sexistes ou cruels doivent être bannis de ces rituels. Malgré que la loi
interdise ce type de rituel, il est évident qu’un grand nombre subsiste après
avoir fait cependant l’objet de modifications tendant à les rendre plus
acceptables.

À la différence d’un bizutage subit et exagéré qui humilie et avilie la


confiance en soi, un rite de passage bien ordonné et bien compris ne sera plus
une épreuve douloureuse pour le candidat. Au contraire cette épreuve
renforcera son identité et l’ancrera dans sa culture. Elle lui donnera un
sentiment de fierté d’appartenance au groupe et lui offrira la reconnaissance
du groupe. Elle viendra enrichir son estime de soi. Mais ici on perçoit que le
rite de passage strictement social ne débouche que sur la reconnaissance des
autres où l’ego reste dominant. Ce n’est pas une véritable initiation
lumineuse, c’est un passage sociétal.

De l’initiation

Selon Mircea Eliade, historien des religions.

On comprend généralement par initiation un ensemble de rites et


d’enseignements oraux, qui poursuit la modification radicale du statut
religieux et/ou social du sujet à initier. Au-delà de ce but général, il est
possible d’identifier des fonctions plus spécifiques. On peut ainsi distinguer
trois types d’initiations traditionnelles : les initiations tribales (ou de
puberté) qui permettent le passage de l’enfance à l’âge adulte ; les initiations
religieuses qui ouvrent l’accès à des sociétés secrètes ou à des confréries
fermées ; les initiations magiques qui font abandonner la condition humaine
pour accéder à la possession de pouvoirs surnaturels. Bien que toutes
appartiennent à la catégorie générale des rites de passage, on doit éviter de
les confondre avec n’importe lequel de ces rites.

En effet, l’initiation présente la spécificité de rendre possible un double


passage : il s’agit d’une part de faire passer le néophyte de la vie infantile à la
société des hommes, et, d’autre part, de le faire passer de la vie profane à la
vie sacrée. Alors que la première transition peut être l’objet des rites de
passage, la seconde est propre à l’initiation, donc on peut dire qu’elle est plus
qu’un rite de passage. Plus qu’un changement de statut social, elle représente
en effet une nouvelle naissance par le passage à une ontologie
transcendante.
Encore faut-il comprendre cette transcendance de façon assez large puisque
l’initiation est un acte qui n’engage pas seulement la vie religieuse de
l’individu, dans le sens moderne du terme « religion » - il engage sa vie
totale.

Il me paraît intéressant de dire quelques mots sur une initiation ritualiste


très explicite : la danse de soleil.
Ce rituel (de type chamanique) est pratiqué par plusieurs tribus indiennes
d’Amérique du Nord et dans certaines traditions mexicaines. Il représente un
moment très important dans le parcours initiatique des chamanes.

Chaque participant se présente devant « l’homme médecine » qui lui pince


une partie de la peau de sa poitrine, lui pratique une incision de façon à
pouvoir lui glisser une baguette en bois ou en os qui sera reliée à l’aide d’une
lanière en cuir à un mât.

Le participant doit ensuite se libérer en tirant sur cette lanière en courant


vers le poteau puis se jetant en arrière avec « la rapidité d’un cheval de
guerre et la férocité d’un lion » dans une tentative d’arracher les broches de
sa chaire.

Ces lanières représentent les rayons de lumière émanant du Grand Esprit. Le


mât est le grand esprit, ce que nous interpréterons de manière initiatique
comme « l’axis mundi » qui relie le haut et le bas.

Simplement, l’initiation chamanique reste dans un ordre inférieur et touche


uniquement aux moyens d’action sur les êtres et les choses (magie
cérémonielle) et aux communications avec un ailleurs fait d’esprits et
d’ancêtres intercesseurs.
L’initiation chamanique et l’initiation maçonnique ne sont pas de même
nature.

La démarche chamanique repose sur une communication interprétative avec


la grande nature, d’un certain point de vue sa technique est proche du Mage…
Ce n’est pas ici la préoccupation de la franc-maçonnerie qui s’occupe des
progrès de l’humanisation de l’homme et de la découverte de l’unité
principielle pour certains ou de la recherche de la vérité pour d’autres.
Les deux lanières sont la droite et la gauche en toutes choses et
particulièrement dans le chemin horizontal de tout homme, doit-il aller à
droite ou à gauche ?
La libération des deux lanières fait que l’homme échappe au choix binaire
pour être homme libre sur le chemin. L’homme n’est plus la marionnette
suspendue au bon vouloir des esprits et démons.
En général, en deux ou trois heures, le participant parvient à se libérer, mais
il existe de nombreux cas où il est nécessaire de doubler, et même de tripler
ce temps.

Comment doit-on appeler dans ce cas précis les ressentis de cet «exercice » ?
Douleur, car physique ou souffrance, car il n’est pas impossible que cela soit
accompli en état de transe ?

En tout état de cause, ces douleurs ou souffrances sont assumées comme des
épreuves indispensables à la transformation mystique qui n’est pas
obligatoirement initiatique.
Les autorités américaines interdirent la Danse du Soleil et autres rites tribaux
en 1881. La pratique continua cependant dans la clandestinité jusqu’en 1934,
date à laquelle l’interdiction fut levée par « l’Indien Reorganization Act ».

Nous en venons à considérer que l’animation des sens par les épreuves de
types initiatiques animent les sens et donc les sensations dans un sens
remontant jusqu’au cerveau. Un état d’épreuve corporelle produisant la
douleur physique crée un état d’âme et un état d’esprit. À partir d’un simple
état d’âme naît la souffrance psychique qui dans le sens descendant se
transforme en une douleur physique.

Il s’agit maintenant d’étudier le sens descendant de la souffrance, de l’âme à


la douleur physique.

Approche Maçonnique du sujet

Avons-nous, nous francs-maçons soufferts, avons-nous aussi ressenti des


douleurs, des souffrances, et aujourd’hui, souffrons-nous encore ?

Pour répondre dans un ordre chronologique, il nous faut tout d’abord nous
replonger dans notre cérémonie d’initiation.

Nous avons été introduits les yeux bandés dans une petite pièce, puis notre
accompagnant, après avoir fermé la porte nous a autorisés à enlever ce
bandeau Il faut garder en mémoire que le but de l’initiation par l’épreuve est de
plonger l’impétrant dans un certain état corporel, puis dans un état d’âme et pour
finir dans un état d’esprit. C’est la perception de ces trois états qui donne à l’homme la
conscience de son unité en rapport d’une totalité.
Souvenons-nous, comme nous étions seuls dans ce cabinet noir éclairé par
une faible lumière.
Souvenons-nous également de ce crâne, ces ossements, ce morceau de pain,
ce sel, ce mercure et ce « V.I.T.R.I.O.L. ».
Cela nous effrayait quelque peut, mais ce n’était pas fini ! Le but sous-jacent
de cet effraiement était d’affecter la partie secrète qui motive nos
agissements et nos comportements. Cette partie secrète de nous-mêmes est
appelée « l’ego ». L’homme est prisonnier de son ego comme le guerrier de
ses deux lanières qui font de lui une marionnette. Dans le cabinet de
réflexion, nous devons piéger notre ego, le rendre secondaire et servile à
notre volonté, pour enfin trouver notre liberté. C’est ici le tombeau de nos
vices et de notre prétention à paraître.
Plusieurs fois, cette voie devant la porte nous invective, nous parle de ces
objets qui doivent « nous suggérer des réflexions sérieuses sur le néant des
choses d’ici bas ».
Elle nous parle de résolutions, de penchants (égotiques), d’Ordre, de ténèbres
et pour finir elle nous annonce « Monsieur, on vient vous chercher pour vous faire
subir de violentes épreuves, physiques et morales. Êtes-vous encore disposé à les
subir ? » (C’est ici que l’ego devrait vouloir fuir l’épreuve, mais un sentiment intuitif
nous pousse à vouloir nous libérer de nos liens et déterminismes égotiques).
Prenant notre courage (libératoire) à deux mains nous répondons que oui et
la cérémonie continue.
Après avoir juré de garder le silence, s’être rebandé les yeux, notre
accompagnant va nous faire enlever nos emblèmes égotiques ; montre,
gourmette, chaîne, mais aussi notre veste, fait enlever un bras de la chemise,
relever une jambe du pantalon, ébouriffer les cheveux, et même chausser je
ne sais quelle pantoufle ! Notre ego est mis en situation de défaite et de
résorption laissant la place au « je » dégagé du « je suis ».
Puis viendront les questionnements, les trois voyages, l’eau, l’air et le feu, une
pointe d’acier sur le cœur.
Le serment ensuite, à genoux la main sur le Livre, la pointe d’un compas sur
la mamelle gauche suivi des trois coups de maillet sur l’œil du compas.
Cette pointe transpercera la carapace de l’ego pour inonder notre cœur de
lumière, c’est la sortie de la caverne socratique.
Et c’est seulement à ce moment que le Vénérable nous donnera la Lumière
libératrice du « Je » et qu’enfin notre appréhension va laisser place à notre
renaissance à une nouvelle vie. « Je suis » est mort ou maîtrisé, que vive le
« Je »libre !
Bien évidemment nous n’avons pas, à proprement parler, souffert de cette
cérémonie. Peut être pouvons nous reconnaître que certes nous avons été
déboussolés, que nous avons perdu nos repères, peut être même que nous
avons eu peur, mais c’est suite à cette initiation que nous allons comprendre
que pourtant nous sommes des souffrants. C’est la part parasitaire et
égotique du « je » qui fut impacté.

Nous sommes des souffrants

Nous sommes des souffrants, car il nous faut maintenant faire table rase de ce
que nous ou plus précisément notre égo, pensions juste. Il va nous falloir faire
sacrifice de notre amour-propre (ego), de nos préjugés (ego), de nos quêtes
individuelles des choses matérielles au détriment de l’autre (ego). Il va falloir
œuvrer sans fin afin de trouver la vraie Lumière sans se décourager par les
obstacles (mis en place par notre ego), car, si l’homme a perdu la Lumière par
l’abus de sa liberté (égotique), il peut la recouvrer par une volonté ferme et
inébranlable dans la pratique du bien (sans ego). Il faudra pour cela réprimer
nos passions et réfréner nos désirs (qui dans les deux cas sont égotiques). Il va
nous falloir unir l’esprit, l’âme et le corps pour être à la hauteur de toute
chose et ainsi espérer parvenir à la Lumière du vrai Orient, car, jusqu'à
présent, notre ego nous voilait la vraie lumière.

On peut donc dire que la Franc-maçonnerie, et ce, quel que soit l’obédience
ou le rite, est une certaine forme d’antalgique aux turpitudes de la vie
moderne (l’initiation par l’épreuve permet d’endormir les puissances de
l’ego). La vie maçonnique correspond à mon sens, à une certaine forme de
thérapie plus que jamais nécessaire aux hommes minés par la douleur de
vivre, la peur de vivre, du lendemain , de la maladie, de l’angoisse, de cette
peur existentielle, de cette « longue maladie » comme le disait Platon.

Notre quête initiatique va nous permettre de s’affranchir des passions en


suivant un cheminement intérieur même s’il est semé d’embûches. En
« visitant l’intérieur de la terre » et en pratiquant le rituel, nous allons nous
ouvrir à la Lumière de l’ici-maintenant, dégagée de la gangue égotique. Suivre
le rituel va nous permettre d’en comprendre les symboles qui vont nous
parler directement au cœur sans intermédiaire parasite et favoriser le silence
intérieur.

La mort initiatique et bien sûr la renaissance qui en découle, nous permet de


dépasser notre « petit moi » et c’est notre travail intérieur qui nous
permettra de réaliser l’interdépendance de tous les phénomènes et ainsi donc
de nous unir à tous les êtres et à tout l’univers.

C’est tout le travail accompli pour équarrir cette pierre brute qui
transformera ce monde de souffrance en un asile de paix, de bonheur et de
fraternité, grâce à la culture de l’amour et de la connaissance, représentées
par les deux colonnes du Temple. L’épreuve la douleur et la souffrance vont exiler
l’ego dans un rôle subalterne. Le maçon sait désormais que l’ego existe et qu’il doit le
contenir, car il ne pourra jamais le faire disparaître. Au final c’est un maçon libre qui
persévère dans sa marche vers l’Orient et c’est son ego qui souffre de ne plus être aux
commandes.

Véritable science de l’esprit, la Franc-maçonnerie, universelle, n’impose


aucune conversion et respecte toutes les croyances. En s’appuyant sur la
tradition, la transmission, la connaissance de soi, l’initiation et la recherche
dans la vérité dans une approche non dogmatique, elle n’a pour but que la
perfectibilité et la liberté de l’homme.

On pourrait faire un parallèle avec le Bouddhisme, car de nombreux points


communs les rapprochent. Si le Bouddhisme dit qu’intérieurement l’homme a
la nature de Bouddha et qu’il peut la réaliser en la débarrassant de ses
différents voiles (égotiques) et ainsi se libérer progressivement de l’illusion
(égotique), la Franc-maçonnerie fait référence à la pierre brute qu’il convient
de tailler, de dégrossir, de travailler afin de la rendre cubique ou parfaite.
Cependant, cette perfection n’est pas celle du « je suis », mais celle du « Je »
Une chose est sûre, cette quête de la Lumière nous permet de soigner cette
maladie de l’ignorance pour trouver la réponse à la question de Socrate
« Connais-toi toi-même ».
Encore faut-il admettre qu’être Maçon en Loge, c’est aussi l’être en son
Temple intérieur et dans tous les actes de la vie quotidienne. La
métamorphose de la substance purifiée est révélatrice de l’essence...
Luc Seb.°. R.°.L.°. "Ecossais de la sainte Beaume"

Sources : *Wikipédia Wiktionary – David Lebreton Anthropologie de la douleur,


Paris, Métailié, 1995 – De la violence II, F. Héritier, éditions Odile JACOB, 1999
– Halshs-00119421, version 1, 9 dec2006 – Configurations relationnelles de la
douleur, Michel Houseman CNRS – Fabrice Hervieu-Wane, une boussole pour
la vie, les nouveaux rites de passage, Albin Michel 2005 – Mistral soignant
n°22 – François Saint Pierre, chef de projet à l’agence nationale
d’accréditation et d’évaluation de la Santé – hemato-icl.fr –
psychobiologie.ouvaton.org –

* David Le Breton (né le 26 octobre 1953) est professeur à l'Université de


Strasbourg, membre de l'Institut universitaire de France et chercheur au
laboratoire Cultures et Sociétés en
Europe. Anthropologue et sociologue français, il est spécialiste des
représentations et des mises en jeu du corps humain qu'il a notamment
étudiées en analysant les conduites à risque.

*A noter l’excellent passage sur la question de l’ego en franc-maçonnerie


dans « L’arbre séphirotique maçonnique » par Rabi Zied Odnil éd Shekinah
(ER°).

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
4 octobre 2013
Passage de Ligne N°3
Nous avons conclu dans les deux articles précédents au caractère non
initiatique du rituel de passage de la ligne équatoriale.
Nous commenterons les quelques rithèmes insuffisamment développés dans
ce rite pour le rendre initiatique.

Un rituel limité.
La ligne impose une limite que l'on franchit ou pas.
Ici le dépassement se fait dans la soumission qui démontre la "valeur" et la
"discipline" du Neo.
La perte de sens d’orientation et la perte de valeur sont mises en scène et
contrôlées dans un vieux rituel de la Royale. Il nous rappelle certains
épisodes et épreuves préalables à l’initiation maçonnique. En Franc-
maçonnerie le franchissement de la porte basse et les circonvolutions les
yeux bandés, participent de la perte des anciens repères profanes. Il y a
cependant une différence fondamentale entre le passage de la ligne et
l’initiation maçonnique : en franc-maçonnerie nous avons un contenu
initiatique structuré et graduel sous l’égide de la lumière qui s’oppose au
rituel de la ligne. La graduation "chevalier de la mer" et "dignitaire des
océans" correspond à des passages supplementaires de la ligne sans
enseignement spécifique. Le rituel de la Royale implique un état
d’humanisation inversé comme principe et aboutissement. C’est un rituel de
formatage tribal, de calibrage et d’agrégation au groupe, ce n’est qu’un rite de
passage nécessaire à l’unité combattante.

(Le rithème du chaudron ou de la bassine n’est pas sans rappeler les fonds
baptismaux. On remarquera l’humour du graveur dans cette illustration : le
baptême se fait par le fondement et non pas par le chef ce qui démontre à
nouveau l’inversion du sens, voir son caractère rétrograde sur le plan de
l’humanisation).

Le rite de la ligne ne va pas jusqu'à l’initiation, mais la prépare comme


l’épreuve du cabinet de réflexion le fait en Franc-Maçonnerie. Par
comparaison nous pouvons avancer que le rituel de la ligne s’arrête au
dénudement du genou et de l’épaule et ne va pas jusqu'à la lumière. Il n’y a
pas la reconquête des états inférieurs suivi de la recomposition élémentaire
de l’être jusqu'à la métamorphose du regard par la lumière. Ce n’est donc pas
un rituel initiatique, mais un rite de passage au sens propre comme au sens
symbolique.
Cette limitation dans l’ambition spirituelle de ce rite de passage s’explique
par la connaissance d’un seul élément : l’eau. Alors que la franc-maçonnerie
s’appuie sur la totalité élémentaire(terre,eau,air,feu) et sa quintessence.

L’initiation est toujours graduelle et permet le passage dans un état supérieur


débarrassé des scories.
Elle correspondrait pour le marin à l’accès aux grades au combat par le sang
versé. Ici l’eau salée devait avoir pour « essence » le sang.
En vérité l’élément eau et sel deviendrait sang du véritable chevalier de la
ligne. Rien dans le rituel ne le fait apparaître. À défaut de lumière, et
s’agissant de chevalerie, le Néo aurait pu intégrer la notion de sacrifice pour
le passage au-delà de la ligne. Le sacrifice est un élément initiatique fort, en
maçonnerie comme en chevalerie. Ici, il n’y a pas de sacrifice, mais plus
simplement un renoncement à l’individualité par la crainte mise en scène et
l’épreuve avilissante. En effet plutôt que de privilégier le mime du sang versé,
on badigeonne le Neo de pseudo nourriture avariée qui s’apparente à des
excréments. Puis de divers produits gluants et collants à la peau comme à
l’esprit.

Le baptême[1] par l’annonciateur est une purification. Le baptiste annonce


la suite en s’effaçant devant celui qui est plus grand que lui (l’évangéliste).
Symboliquement le baptême par l’eau permet de passer d’un rivage à l’autre,
ici d’un hémisphère à l’autre, passant de l’Ancien Monde au Nouveau Monde
et de l’Ancien Testament au Nouveau Testament. Mais le rituel n’annonce
aucune « Bonne nouvelle », ni aucune perspective en dehors du groupe. La
purification par l’eau salée renvoie à l’univers clos du bateau et à ses règles
implacables.
Le message d’Amour qui est repris par les principes de la Franc-maçonnerie
dans les termes mystiques Foi Esperance et Charité, ou pour son aspect
"extérieur" et fondateur "Sagesse Force et Harmonie" est dégénéré en
Soumission, Intégration et Ordre. (Cette règle prévaut dans tous les
bizutages). "Honneur-Patrie" et "Valeur-Discipline" sont inscrits depuis
l'Empire sur les cartouches des bâtiments de la Royale, confirmant les valeurs
chevaleresques et intégratives ainsi que et l'idéal commun. Mais ici le
cartouche "Honneur -Patrie" a disparu de l'horizon, reste "Valeur -
Discipline" à bord.
Le rituel ne met pas en avant l’aspect "lumineux" du changement d’étoile ou
de pôle. Nous expliquons cette absence comme une perte de vue de l’horizon
terrestre. Cet adombrement de l’humain confine ce rite au passage vers
l’inférieur des possibilités humaines. Il n’offre aucun élargissement ou
libération de l’esprit. Il ne forge aucun "idéal" de type chevaleresque. Il se
résume à un conditionnement.
La condition de marin est confortée dans son élément de base (l’eau) sans
ouverture à un nouveau Pôle ou Testament en dehors de l’Arche. Dans ce
rituel nous restons dans les eaux d’en bas où flotte l’Arche du groupe.
(...)
Aperçus compagnonniques et chevaleresques
On peut aussi voir dans le symbolisme du passage de la ligne équatoriale un
triple symbole compagnonnique inversé avec des développements pseudo-
chevaleresque :

1) Celui de l’émancipation du compagnon par le pas de côté qui le fait


sortir de la « ligne rectiligne » de l’axe Est Ouest. Cette ligne dont s’affranchit
le compagnon est strictement d’orientation Ouest-Est, ce qui est aussi la
« ligne équatoriale » dont il est ici question. Cette analogie troublante est
donc de nature à qualifier cette tradition de la Royale comme un élément
coutumier dérivé d’une véritable tradition initiatique primordiale que la
franc-maçonnerie a su conserver depuis trois siècles sans l’expliquer
vraiment sur un point de vue hémisphérique.

2) Le deuxième point relève d’éléments compagnonniques : le voyage et


plus précisément le périple est le propre du compagnon opératif. Le
compagnon s’émancipe et va faire son tour de France, de même le marin ne
craint plus une limite-frontière qu’il croit franchir dans son tour du monde.
3) Se pose le problème de l’étoile. Le compagnon suit l’étoile flamboyante
traditionnellement dessinée tête en haut, le chevalier des mers à vu l’étoile
tête en bas au sens propre et corrélatif à l’hémisphère Sud, suivant le
principe de reflet inversé entre ce qui est en haut et en bas. Ces deux étoiles
ont deux significations différentes. La première est « visible » et oriente la
marche du compagnon ou du bateau, la seconde est souvent associée à la
Venus comme étoile des Rois-mages qui va dans l’hémisphère Nord comme
dans l’hémisphère Sud. La relation à la seconde est de fait relative à
l'observateur et implique l’abandon de la polaire absolue. Il existe une
"sympathie" entre le mage et cette étoile. Cette sympathie relève des
possibilités d’action de l’homme dans son environnement.(Comme du
capitaine du navire qui abandonne la polaire pour sa propre étoile). Nous
passons de l'absolu fixe, au relatif mobile. Donc l'étoile comme la lumière
s'apprecie dans un domaine suprahumain fixe ou absolu et dans un domaine
infrahumain relatif.

4) La gaffe de l’épreuve est la lance d’un chevalier non pas en quête, mais
en capacité à passer « sous » la ligne. Avec une gaffe on attrape et on soulève
en attirant à soi. Le néo ne transperce pas il soulève les replis de l'océan. Son
Graal est la coupe hémisphérique dans laquelle il tombe, réceptacle de
l’intériorité commune au groupe et lieu de la chute collective. C’est aussi le
baptistère du fondement. Il se rend mettre du voyage dans le monde d’en bas.
(…)

Il convient d'aborder les potentialités non exploitées ou oubliées par ce rite.

L’étoile et le chemin intérieur


Les voyages terrestres du compagnon et maritimes impliquent de tout temps
la connaissance des étoiles pour s’orienter, et particulièrement la plus
indispensable, celle du Nord, mais la véritable bonne étoile du pèlerin est
Vénus et donc le pentagramme. Cette étoile « révèle » au voyageur sur
chemin, sa véritable personnalité, elle implique la connaissance de soi et donc
le voyage intérieur entre la Lune et le Soleil, la réflexion retro-centrée et
l’action rayonnante. Nous verrons qu’il existe un lien direct et structurel
entre l’étoile du Nord et la ligne équatoriale.
C’est l'étoile qui montre le chemin aux Rois Mages et accompagne chaque
pèlerin sur le chemin et qui par extension populaire, fait que chaque être à sa
bonne étoile. Cette bonne étoile est aussi la découverte que chacun d’entre
nous possède une aptitude à découvrir une partie de lui-même qui se situe
hors du monde matériel. C’est plus qu’une aventure psychanalytique, c’est
une révélation céleste à soi. C’est donc une extension de l’aspect corporel
dans un domaine plus éthérique. Cette extension à l’essence de soi, hors la
matérialité, donnera à l’homme, selon certaines théories, cette fameuse
relation extracorporelle avec le divin et ses intermédiaires. Cependant le
rituel de la ligne dont nous avons lecture, n’offre pas un tel développement.

Repolarisation de l’individu et la révolution.


Pour ce rituel de la ligne, nous aurions pu titrer « Dépolarisation de
l’individu ».
Ainsi le voyage extérieur se traduit par analogie inversée, en un voyage
intérieur.
C’est le secret du voyage initiatique qui aboutira à la connaissance de soi.
Le voyage devient alors labyrinthique : le pèlerin parcourt la lieue de
Jérusalem au cœur des cathédrales pour en atteindre le centre, comme le
navire tire des bords pour remonter au vent jusqu’à la source (le port
d’attache).
Or nous constatons que le franchissement de la ligne équatoriale est
matérialisé ici par le soulèvement d’un cordage flottant. On ne passe pas la
ligne, on passe sous la ligne.
Passer sous quelque chose implique l’intériorisation matérielle de la Ligne
(voir nos explications sur la gaffe).
Ce passage « en dessous » donne accès à un hémisphère inversé. Cette
relation dans l’inversion des deux hémisphères est, symboliquement, une
inversion des mondes. L’Occident et l’Orient s’en trouvent bouleversés et
disparaissent avec la polaire.
On peut dire au moment du franchissement de la ligne que les marins ont
littéralement « perdu le Nord ». Tout leur comportement ritualisé le
démontre. Plus encore la disparition des rivages Orient/Occident fait
disparaître tous les lieux saints et montagnes sacrés. Il n’y a plus d’Orient au
sens maçonnique.
L’inversion des sens correspond à la tradition dramaturgique de la « fête des
fous » appelée aussi « fêtes des innocents » le jour de la sainte Anne[2] .
Cette fête nous renvoie dans le moyen-âge gothique sommet initiatique des
loges opératives dont l’exercice pratique d’élévation spirituelle fut les
cathédrales. Avec la fête des fous, l’ordre établi se retrouve inversé, la
critique de l’autorité est libérée et chacun pouvait se déguiser et défiler dans
la cathédrale en se moquant du clergé[3] .
Le charivari à bord se rapporte à une immersion et au passage sous la surface
des eaux. Ceci explique une inversion des valeurs, une perte de la polaire et
du sens hiérarchique. Le tout est vécu par l’équipage comme une catharsis
des forces passionnelles et souterraines qui se font jour dans les lieux
confinés ou retirés du monde connu. L’apparente révolution à bord serait une
involution collective.
.

(Charivari au XIVème siècle et La nouvelle Loi à bord. Dans les deux cas, la
caricature et le déguisement marquent l’inversion de l’ordre établi.)

De la fête des fous au passage de la ligne il y a bien des points communs :


Le fou révèle et caricature la nature humaine par le fondement. Par le mime
et le rire, il évoque sans crainte l’inversion en tout.
La fête des fous au moyen âge dépasse le simple défoulement et évoque une
autre hiérarchie et d’autres repères.
Il est caractéristique que le charivari à bord et la fête des fous servent la
même étoile, qui n’est pas la polaire.
La fête des fous commence à la naissance du Christ et s’arrête à la découverte
par les Rois-mages de l’enfant roi grâce à une étoile.
La naissance du Christ est un passage de la ligne symbolique : « l’incarnation
de l’Esprit saint » se déroule le 25 décembre (naissance du Christ) et dure
jusqu'à sa reconnaissance par les 3 Rois Mages suivant l’étoile, le 6 janvier.

C’est le début du « comput » de l’ère chrétienne, le décompte est positif


depuis, en revanche pour les années antérieures, le décompte est en valeur
inversée précédé du signe moins. Ceci nous ramène symboliquement au point
de basculement entre le plus et le moins (ou entre le haut et le bas...).
Nous avons dans ce rite maritime une « fête des fous »ou « fête des innocents
neos », qui s’organise avant le passage en compte à rebours et après le
passage en nouvelle ère pour le baptisé.
Nous retrouvons ce passage à la nouvelle ère dans la Pessah juive où la
traversée de la mer Rouge marque le passage de l’Égypte de l’esclavage à la
terre promise. Les élus et les fils d’Israël ne peuvent avoir de perspectives
hors du groupe. Il y a un changement de statut : les enfants d'Israël sont
passés du statut d'esclaves à celui de fils d’Israël. La sortie d'Égypte est un rite
de passage grâce au bâton de Moïse qui partage les eaux et ouvre d’Ouest en
Est un passage au sec. Avant ce passage il n’y avait pas d'existence ni pour la
collectivité ni pour l’individu, chacun était individuellement esclave en
Égypte. On passe donc à une souveraineté individuelle qui s’abandonne à
l’esclavage à une souveraineté collective dans la destinée. Il y a une forme de
libération dans l’appartenance au groupe qui marche vers son monothéisme
et son destin. Cependant le rituel de la ligne se réfère à l’intégration au
groupe sous couvert d’un dieu païen. L’intégration au groupe s’accompagne
donc d’une régression historique et symbolique.
Le comput fonctionne à l’envers. le Néo est plongé dans une valeur de temps
négative associée à une régression.

De la liberté à l’appartenance par recentrage :


Sur un bateau il est trop dangereux de perdre le cap en laissant de simples
matelots barrer le navire. Le Cap est conservé par ceux qui savent s’orienter
sans la polaire.
Les néophytes subissent les épreuves pour apprendre de nouveaux repères
plus spécifiques. Ils devront perdre leurs repères de l’Ancien Monde
(Honneur et Patrie, perte de l'honneur porteur des valeurs hautes de
l'individu, et le de Patrie avec ses valeurs constitutionnelles et légales qui
protègent la liberté individuelle).
Délibérément on perd le Nord et l’autorité d’un Centre extérieur au navire
(légalité continentale, Centre spirituel) pour intégrer un Centre plus restreint
et plus confiné qui est celui de l’autorité à bord.
Ce qui est remis en cause ici c’est la qualité d’homme ne dépendant que du
Nord.
Mais nous avons compris qu’il n’existait pas d’étoile fixe dans le ciel pour se
substituer à celle du Nord. Il ne peut donc y avoir élévation céleste de l’esprit
identique pour tous dans l’autorité d’une étoile. Le rituel ne montre aucune
étoile, et le sextant fait le point sur la disparition de la polaire. Nous en
déduisons que chacun risque de suivre sa bonne étoile, ce qui est un facteur
d’anarchie qu'exprime le charivari à bord. Il va falloir établir un nouvel
ordre.

Ce bizutage va réduire l’apparence de l’homme à une condition servile. C’est


précisément une inversion du sens commun et une restriction de sentiment
d’indépendance et d’individualité hors d’un tout réduit.
Par le truchement du « passage en dessous », l’humanisation s’en trouve
remise en question comme une marche en arrière de l’humanité, faisant la
distinction entre ceux qui ont subi et ce qui subissent. On revient à un
système archaïque qui fait de l’Arche et de « l’Archè » une fin en soi oublieuse
de l'individu multiple. On voudrait en effet que les individus soient réduits à
un seul corps, probablement celui de la Génèse. La causalité première semble
résider dans l’arche.
Je pense que la causalité première peut se retrouver dans l'arche de Noé, et
les aspersions d'eau salée évoquent le déluge, mais il manque le retour de la
colombe un rameau d'olivier dans son bec pour annoncer la nouvelle terre, et
le mont Ararat n'est pas à l'horizon.
(Le rituel ne la ligne enferme la perspective à l'équipage, la liberté promise
par la colombe n'est pas de mise)

Bien entendu cette inféodation apparente est ressentie comme libératrice,


car on fait partie enfin du groupe. C’est ici la seule issue possible, il n’y a
aucun rivage visible à l’horizon. Ce groupe se substitue à l’individu dans
l’élaboration de la pensée de chacun.
On peut voir dans ce rite le désir de mettre en avant le chemin parcouru
entre l’état individuel inadapté et l’état d’homme libéré dans un groupe. Ce
nouveau marin raisonne désormais en membre d’équipage et non plus en
individu. La nouvelle perception du collectif restreint au centre d’autorité du
navire est corrélative de l’exploit du changement de monde. Cet exploit ainsi
ritualisé devient une expérience marquante.
Sur le navire devenu arche, le marin ne peut se détacher de l’équipage.
Cette découverte brise les protections et les limites de l’homme isolé.
L’instinct grégaire trouve ici sa récompense que le rituel de passage conforte.
Le franchissement de la ligne est alors vécu comme un véritable
affranchissement, l’individu n’est plus prisonnier de lui-même et de son ego.
Insidieusement il échange son libre arbitre égotique qui peut être dangereux
sur un navire, contre un passeport pour appartenir à la communauté des
vrais marins. Enfin, il est dans une communauté d’expériences et d’égrégores
partagés. C’est l’exemple typique du processus d’intégration selective que
certains pourraient qualifier de sectaire. ( Ce que combattent les francs-
maçons, est ce faux semblant de libération par inféodation du corps et de
l'esprit).
Cette nouvelle situation de l’individu vis-à-vis du groupe et de son centre de
commandement est cependant une garantie pour la fiabilité et la solidité du
groupe en situation difficile ou de survie.

Le paradoxe: Nouveau Monde, ancien Centre.


Nous avions déjà connu dans le monde maritime la découverte du
franchissement de la ligne séparant l’Ancien Monde du Nouveau Monde par
Christophe Colomb en 1492. Certes la ligne n’était par équatoriale, mais
longitudinale. Ici le Nord n’était pas perdu, ce qui l’était, c’est le centre
spirituel auquel on devait se référer. Désormais la référence de l’Ancien
Monde disparu à tel point qu’à mi-chemin, au milieu de l’Atlantique,
Christophe Colomb fit patienter son équipage par une énigme symbolique :
Comment faire tenir un Œuf debout ? On fit tenir debout un œuf en écrasant
l’un de ses pôles, tout un symbole quand on sait qu’il pouvait s’agir pour
l’époque de l’œuf du monde. L’un des mondes, l'inferieur, serait contraint et
écrasé par l’autre considéré comme supérieur.
Le Centre ou Pôle spirituel des marins était Jérusalem et Rome. Sur ce
nouveau continent plutôt que de découvrir un nouveau Centre, on décidât de
l’imposer par la force, ce qui explique l’attitude inconsciente des
conquistadores.
Les conquistadores, venus pour l’or, ont fait une croisade inversée et n’ont
libéré aucun lieu saint. L’inversion consistant ici, en l’asservissement des
âmes et la quête d’un or matériel et sanglant. On choisit d’imposer un pôle
spirituel autre et donc un nouvel ordre établi , de l’Ancien Monde dans un
Nouveau Monde.
Inadéquation du Centre spirituel implique la mise en servitude d’une
civilisation. Cette mise en servitude est le sort réservé aux indigènes
colonisés comme aux jeunes matelots « Neos ».
Les indigènes comme les Néos devaient s’adapter ou disparaître.
(Colomb impose par l'érection de la croix, un Centre spirituel dans le
Nouveau Monde)

Les nouveaux repères et Nouvelle Loi


La perte du Pôle ou du Centre Spirituel implique une perte des repères et une
perte du bon sens. De cette perte naît une expérience collective et
individuelle, que l’on subi ou que l’on fait subir et que l’on réanime à chaque
passage de ligne. Ceci peut être vécu comme une libération ou comme un
déchirement.
C’est dans tous les cas la découverte d'un monde inconnu, qui remet en
question les valeurs établies. Il s’en suit une confrontation entre deux
systèmes légaux et deux Centres spirituels.
Ceci aboutira à la grande controverse de Valladolid où notre bon clergé
ibérique, sous la houlette de Charles Quint, s’interrogea longuement sur la
manière d’imposer à un peuple innocent (aussi innocents que les Neos ), dotés
d’une conscience collective structurée et centralisée, des règles soi-disant
civilisatrices.
On retrouvera la récurrence du problème confrontant : Nouveau
continent /humanisation / ancien Centre, dans l’attitude des colons
australiens en regard des peuples autochtones, ou des colons blancs en
Afrique du Sud. On glissera de l’esclavage aboli par les Anglais en 1833 à
l’apartheid aboli en 1991, etc. A chaque fois se pose la question de
l'hégémonie d'un centre spirituel et légal sur l'autre.
Dans la microsociété du Navire, il n’y a pas esclavage, mais il y a
confrontation entre les repères des néophytes et ceux des marins aguerris ou
plus précisément « amarinés » du Sud ou « au parfum[4] » du Sud.

Au bout du voyage, au-delà de la limite du connu, c’est l’inconnu que l’on


rencontre qui s’agisse d’un Nouveau continent, ou d’une autre humanité, et
plus encore la découverte d’un continent intérieur ou d’un autre soi-même.
Curieusement, le nombre et le collectif se retrouvent parfaitement hébergés
dans l’individu grégaire. C’est ce que l’on appelle « l’esprit de corps » propre
au groupe de combat, ou aux organisations corporatistes ou initiatiques. C’est
grâce à cet égrégore que les plus grands combats démocratiques furent
menés. Mais la version noire de ces égrégores produisit les pires atrocités
pour l’humanité. Il faut être prudent sur cette notion.
Nous reconnaissons l’importance de cet esprit de corps dans les rites
profanes ou initiatiques.
L’infériorité numérique du groupe se compensait au combat par la
détermination provoquée et entretenue par l’égrégore. L’homme ne
s’appartient plus il appartient au groupe et à ses frères d’armes. On entendait
dans les combats d’antan l’appel aux ancêtres pour venir combattre en esprit
au côté des soldats. L’appel de cette nature s’appuie sur l’égrégore. Le cri
d'arme du chevalier entrant dans la mêlée est de même nature.
La vaillance, le courage et le détachement sont symptomatiques de l’emprise
de l’égrégore...

L'épreuve de la Chute
Une autre question est posée par le rite de la ligne ;
La ligne, nous la comprenons comme une limite entre la demi-sphère
supérieure et la demi-sphère inférieure.
L’Iliade et l’Odyssée et Héraclès nous ont fait connaître les colonnes
d’Hercules au-delà desquelles le monde chutait dans l’abîme. Les anciennes
cartes maritimes attestent de cette idée de chute ou de terra incognita.
La chute et l’abîme sont associés à l’inconnu, et parfois aux enfers. Depuis
Déméter et Perséphone, nous savons qu’il est possible à l’initié de descendre
dans l’inconnu au plus profond de soi et d’en remonter en respectant
certaines conditions.
On n’est jamais sûr de pouvoir passer la ligne, il y a toujours un Sphinx pour
tuiler Œdipe, un cerbère pour garder la frontière. Le passage est associé à
l’épreuve de la descente.
( La limite exterienre d'un monde connu rejoint l'abime de nos pensées et de notre
representation mentale. Cet au-delà reste à decouvrir, l'équipage doit se preparer à
faire face.)
L’abîme et la limite
Franchir la ligne, c’est donc « tomber » littéralement dans la limite. Je dis
tomber dans la limite, car l’homme ne peut aller plus loin que son
imagination le porte. (Il reconnaît cette impossibilité dans ce rite en
passant sous la ligne). La limite de l’homme sera toujours la ligne-frontière de
sa représentation mentale. C’est pour cela que certains philosophes affirment
que Dieu n’existe que si l’homme est là pour le concevoir sur l’écran de son
imagination.
Ainsi le cartographe et le géomètre s’entendent pour mesurer la planète. Ils
contiennent et dessinent le monde à l’intérieur d’une cage faite d’abscisses et
d’ordonnées, de latitudes et de longitudes. Ainsi nous vivons « sous » telle ou
telle latitude. Notre monde est issu pour partie de la tutelle géométrique et
n’autorise pas la vision de l’inconnaissable ou de l’innommable.
Tomber dans la limite, sans pouvoir aller au-delà c’est ce que nous faisons
dans le rêve. C’est la porte d’accès aux autres mondes qui habillent et protège
notre idéal d’existence.
Ainsi La limite est du domaine de l’homme : elle s’y associe en tant que
quantité en tendant vers l’infini sans jamais l’atteindre vraiment,
condamnant l’homme à sa condition terrestre. C’est la représentation de
l’homme en croix dans le pentagramme, ou la tête ne touche pas le sommet
de l’étoile.
Franchir la limite, ou plus précisément s’affranchir de la limite n’est pas
possible dans le domaine numérique et quantitatif, ce n’est possible que dans
le domaine qualitatif.
C’est alors le « hors limite » dépassant les contingences, qui permettrait
d’affleurer l’infini. Nous serions alors dans le domaine des grands mystères
rendant l’homme égal du tout.
L’homme se cofondant avec l’infini se superpose à la totalité. C’est dans ce
dernier cas la représentation suivante : l’homme inscrit dans le pentagramme
lui-même centré dans l’hexagone central de l’hexagramme. On l’appelle
l’hexagramme pentalphique. L’homme s’y intègre non pas en temps que
quantité nombre et mesure, mais en temps que qualité, où du corps exhale
l’esprit.
De tout cela le rituel du franchissement de la ligne équatoriale est
amnésique .

Le point, le cercle et le basculement


Le marin franchissant la ligne tombe dans la limite.
Partant d’un point de vue hémisphérique vu du pôle Nord, le marin part d’un
centre connu pour tenter d’aller au-delà de la périphérie-circonférence. Il est
impossible d’aller au-delà.
Au-delà de la ligne équatoriale, il s’approche de plus en plus du pôle Sud.
Faisant ainsi un parcours inversé, il rejoint le point caché et opposé au Nord.
Ce point caché et opposé est généré par l’axis Mundi. Ainsi franchir la ligne
veut dire tomber dans la limite de l’être qui l’amène à avoir la connaissance
intime et inversée du réel. Nous sommes très proches de l’abîme dans lequel
nous voulons plonger pour avoir la connaissance de soi.
Cette constatation nous amène à considérer « La ligne » comme la
circonférence-limite d’un monde connu et apparent. C’est la limite du monde
connu qui donne accès au centre secret en soi.
Donc la ligne est ici un Lieu de basculement comme le point de conjonction
du sablier. Le lieu du basculement est en fait une porte qui permet la chute ou
la remontée. Le point de conjonction est le point en abîme ou le point
d’intersection des mondes. Pour le marin l’emprise de l’étoile du Nord trouve
sa limite dans la ligne équatoriale. Symboliquement au-delà de la ligne, nous
serions sous l’emprise d’un autre ciel et d’un autre Pôle, celui d’un monde
symboliquement inversé.
C'est encore un point escamoté par le rituel.
Ce rite du passage de la ligne par ses absences ou insuffisances symboliques
reste un simple rite de passage et d'agrégation au groupe. II possède en lui
des développements potentiels qui pouvaient le rendre initiatique, ce qui
pose la question de son origine historique et de la connaissance initiatique ses
premiers auteurs... Un rite initiatique peut se dégrader, sous l'action
profane, en simple rite de passage. Se pose ici le problème de la modification
ou modernisation des rituels qui trop souvent tendent vers une simplification
profane.
E.°.R.°..
à paraître dans RDM7

[1] Le nom du Baptême vient du geste qui le réalise: baptiser signifie « plonger », «
immerger ». La plongée dans l'eau signifie pour celui qui demande le baptême (le
catéchumène), son union au christ dans sa mort et sa résurrection. Il est comme une «
nouvelle créature » dans le rite de la ligne, il s’agit d’une inféodation au groupe.
[2] On élisait un évêque, et même dans quelques églises un pape des fous. Les
prêtres, barbouillés de lie, masqués et travestis de la manière la plus folle, dansaient
en entrant dans le chœur et y chantaient des chansons obscènes, les diacres et les
sous-diacres mangeaient des boudins et des saucisses sur l'autel, devant le célébrant,
jouaient sous ses yeux aux cartes et aux dés, et brûlaient dans les encensoirs de
vieilles savates. Ensuite, on les charriait tous par les rues, dans des tombereaux pleins
d'ordures, où ils prenaient des poses lascives et faisaient des gestes impudiques.(wp)
[3] On célébra aussi l’âne qui portait le Christ le 28 décembre et le 6 février la fête des
Rois (mages) était l’occasion d’un joyeux charivari dans le bas clergé. Le passage de la
ligne avait eu lieu !.
[4] Au parfum de la rose qui est le centre absolu pour les initiés sub rosa.

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28 septembre 2013
Passage de la Ligne 2ème partie

Rite de la ligne 2ème partie.


Nous poursuivons notre étude symbolique du rite de passage de la ligne équatoriale,
en cours dans la marine française- Cette étude est un exercice de style sur le
symbolisme appliqué à une rituellie fut-elle profane.

Approche symbolique du tampon.


Il va sans dire que l’interprétation qui suit ne perd pas de vue le côté humoristique et
bon enfant d’un tel rituel même si l’on parle de bizutage des néophytes. Il existe
derrière cet aspect potache une rigueur dans l’application rituelique qui doit attirer
notre attention.
Ce n’est pas parce que le rite est simplement dit « de passage » qu’il n’offre pas des
signes initiatiques dissimulés. Le tampon sur notre document en atteste.
Celui qui a buriné le tampon l’a fait, suivant les règles habituelles de composition
d’une flamme circulaire concentrique. Le motif central doit être justement équilibré,
les éléments remarquables du sujet représentés. La logique de la flamme est
naturellement symbolique, car seul le symbole peut résumer et représenter un
concept.

Nous avons sélectionné une série de représentations symboliques qui par analogies se
complètent et se répondent.
Nous partons d’un cercle dans lequel doivent se représenter le monde d’en haut et le
monde d’en bas, avec un triangle montant et descendant. Vu autrement on traduit
cette relation par un axe traversant un plan, soit une croix de Saint-André avec un
axe vertical en son centre. C’est l’archétype de la croix tridimensionnelle. (Nous
utilisons ici les règles d’analyse en cours au REP). Enfin ramené à un navire, l'axe
devient le mat central, le plan est le navire sur l'eau.
À partir de l’archétype symbolique qui précède on dérive un labarum constantinien
du IV em siècle, le tampon objet de l’analyse, un arbre de vie hermétique du XVIIème
siècle et enfin le l’axe mercurien ailé enlaçant de deux serpents montant
représentants la cristallisation de la vie (ADN). Nous aurions pu utiliser l’arbre
séphirotique. L'ancre est le symbole de l'espérance et de la fermeté. l'ancre désigne la
stabilité, la solidité de la foi chrétienne. Sur les tombeaux des premiers chrétiens, elle
symbolise le salut. Elle est representée au Rite émulation.

Nous avons à l’intérieur d’un triple cercle représentant les trois sphères esprit /âme
/corps (ou le ciel, la mer et la terre), un chrisme composé d’un axe représentant
l’ancrage du marin. Cet axe est la stangue de l’ancre. Ce monde est sphérique et
gravitationnel : équivalent du fil à plomb, une ancre relie le haut et le bas avec un
cordage vital s’enroulant autour. Le cordage qui le relie à l’ancre est pour le bateau
comme pour le marin une ligne de vie (la gumène).
Ce cordage part d’un anneau marquant « l’alliance » avec le ciel qui va jusqu'à la
profondeur des océans. Le ciel est la partie supérieure de l’ancre formant un triangle
montant, la profondeur abyssale est marquée par le triangle descendant de la partie
inférieure.
Nous reconnaissons ici l’arbre de vie composé d’un axe et de deux ou plusieurs
triangles montant et descendant. Le principe hermétique « ce qui est en haut est
comme ce qui est en bas » découle de cette représentation universelle. Le haut et le
bas sont deux triangles réunis par l’axe de l’ancre et entre lesquels s’enroule le
serpent symbole de la vie terrestre qui s’y cristallise. Le triangle haut à pour base la
traverse en bois appelée la trabe.
Formant une croix de Saint-André, nous avons une gaffe pointe en haut signifiant le
pouvoir d’action sur la ligne par le chevalier des mers, qui recroise un trident symbole
du pouvoir divin et les trois voies initiatiques (ou les trois mondes minéral, végétal,
animal pour les tenant de la grande Nature) qui ont présidées à l’armement aquatique
du chevalier.
Au croisement des trois axes et donc « en abîme » au sens héraldique et précisément
au centre du Chrisme, nous avons une couronne « Exotique » dans son ramage ou
plumage, marquant le bouleversement des valeurs.

Traditionnellement la couronne exprime la procuration et la légitimité divine du roi


et de son action ici-bas. Le Roi agit au nom de Dieu. Ce n’est pas la couronne de
Neptune ni d’Amphitrite, mais celle du capitaine de bord.
« Couronnant » le centre, une couronne, un zodiaque « indigène » et donc de l’autre
monde, marque le changement de centre légal et spirituel. C’est l’illustration de la
dépolarisation des hommes et de leurs systèmes référentiels. Ainsi l’horizon terrestre
de l’hémisphère Nord cède la place à un horizon maritime en relation avec un nouvel
horizon céleste.

On remarque que le centre de la croisée du chrisme correspond au centre « intérieur »


de la couronne, on peut évoquer ici la notion d’ordre intérieur. Ce centre intérieur
peut s’atteindre par la plongée sous la ligne de l’équateur. Ce passage dans l’épreuve
permet non pas de dépasser la circonférence pour aller « au-delà » mais plutôt
d’atteindre le centre de soi. Nous resterions ainsi dans le monde des petits mystères.

La couronne est le symbole du pouvoir royal « indigène » qui s’exerce par délégation
du Dieu tutélaire représenté par le trident de la Connaissance (pouvoir Sacerdotal,
Royal et Artisanal) et dont le moyen d’action sur son royaume sera la gaffe (pouvoir
artisanal du marin) qui permet le passage sous la ligne. Ledit territoire sera défendu
par le chevalier (pouvoir Royal).
Le Roi est l’envoyé de Dieu. Sur l’arche flottante sur le Nouveau Monde des eaux
« intérieures » c’est le Capitaine-Roi.
Le chevalier des mers agira par délégation du Roi est sa lance sera une gaffe. Il sera
artisan devenu chevalier comme en franc-maçonnerie dans les grades de transition
où le maçon porte la truelle et l’épée pour la defense d'un centre spirituel.

Enfin en Alpha nous avons le Soleil et en Oméga la Lune affirmant l’empire des cycles
ancestraux et de leurs rôles sur les éléments et leurs transformations (marée
évaporation cristallisation, etc.). C’est aussi l’expression des deux lumières, la solaire
et la mariale.
Deux étoiles sont présentes en symétrie, la première serait l’étoile des initiés (polaire)
la seconde celle des mages (sud), mais étant placées à l’est et à l’ouest au plus bas sur
l’horizon, elles représentent deux mondes différents avec deux horizons
symétriquement opposés. L’étoile sous la ligne de partage des eaux marquée par le
Soleil et la Lune est une allusion à l’inversion du système référentiel. Vue de
l’hémisphère Nord cette étoile des antipodes (sous la Lune) devrait être représentée
par un pentagramme inversé (étoile des mages), c’est soit une erreur du graveur
dénotant un point de vue profane soit que le rituel de passage ne permet pas d’accéder
aux voies d’actions.

Le cheminement descendant du marin se fait donc entre Lune et Soleil jusqu'à


« connaître » les deux étoiles qui sont mises pour les deux hémisphères et les deux
mondes. Si la Polaire est connue, il n’y a pas d’étoile du Sud remplissant la même
fonction de guide, ou de point fixe dans la mouvance. Donc cette étoile, ce point fixe,
est dans l’Arche elle-même, au pied de son mat central. Elle s’incarne dans celui qui
donne le cap, le Capitaine seul maître après Dieu.
Cette étoile est celle des voies d’actions propres à l’homme sur le groupe, relative à la
potentialité cachée de l’homme.

Symboliquement le capitaine couronné « connaît » le chemin pour le passage et pour


le retour. Il est le mage et suivant le trident, le « trois fois mage » qui suit l’étoile avec
laquelle il entre en « sympathie ». Cette nouvelle étoile aux antipodes ou à l’inverse de
celle du Nord et complète la connaissance de l’homme cheminant sur les mers
intérieures et les océans dans le but de relier deux rivages, celui du haut et celui du
bas…

Malheureusement, si le tampon révèle globalement la potentialité initiatique du


symbole du passage de la ligne, le rituel semble dégrader l’intention initiale dans une
démarche autarcique au groupe, de nature finalement descendante, relatant les
potentialités grégaires de l’homme réuni autour du Mage ou sorcier.
La rituellie serait ici de nature chamanique, relative aux états inférieurs de l’être
plutôt qu’initiatique.
En effet un rituel initiatique s’attache, après une descente, à une remontée vers la
lumière et à l’élargissement de l’esprit. C’est ici le point de vue du franc-maçon qui se
retrouve frustré de ne pouvoir poursuivre le rituel plus loin et plus haut.

Nous envisagerons, dans une prochaine parution, les différents aspects du rituel de
passage de la ligne, en tachant de décrypter sa finalité profane ou initiatique.
L’intégralité du texte paraitra dans la RDM n°7
E.°.R.°.

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22 septembre 2013
Passage de la Ligne -1er partie
Le passage de la ligne...
Tampon de bord attestant de mon passage de la ligne –
avec le soleil et la lune…

Le passage de la ligne

Il y a 20 ans, j'effectuais mon service militaire dans la marine. En signant un


engagement de deux ans, j'ai eu l'opportunité d'être embarqué outre-mer sur
un aviso escorteur, le commandant Bory. Durant ce temps, j'ai par trois fois
franchi l'équateur, la ligne mythique séparant les deux hémisphères.

Dans le sens nord-sud, ce moment a été à chaque fois l'occasion d'un rituel
bien connu par tous les marins, appelé « passage de la ligne », ou encore
« baptême de la ligne ».
C'est ainsi que je suis passé de l'état de Néophyte, à celui de Chevalier de la
ligne et enfin, lors de mon troisième franchissement, à celui de Dignitaire des
mers du Sud.

J'avais vécu cet événement comme un bizutage éprouvant la vaillance des


marins, voire une manière de souder l'équipage. Même si, comme vous allez
vous en rendre compte, ce baptême n'était pas une partie de plaisir pour les
néophytes, j'en ai tiré une certaine fierté, car par ce passage j’étais reconnu
des anciens marins. Je faisais partie d'une confrérie de métier.
C'est le passage de jeune matelot à celui de marin, comme il existe le passage
d'adolescent à celui d'homme.

Bien plus tard, après mon entrée en F :.M :., ce baptême, ce passage de la ligne
a eu un nouvel écho en moi. À travers le prisme du symbolisme, je me suis
aperçu que ce que j'avais vécu n’était pas dénué de sens, et cela malgré les
apparences. J’y ai retrouvé des similitudes avec l'univers maçonnique, même
s’il s’agit d’un passage et non pas une initiation. *
*commentaires
Mise en condition

Impossible de passer à travers, tout marin qui franchit pour la première fois
la ligne de l'équateur doit être « baptisé » afin d'expier tous ses péchés
d'avant... Dans la marine Nationale, les festivités durent quatre ou cinq jours
(dans la marine marchande un seul jour).
La hiérarchie à bord est chamboulée. Il n'y a plus de grades, il n'y a plus que
deux catégories de marins, les néophytes et les dignitaires.
Il est très mal vu, et cela pourrait briser sa carrière, qu'un jeune officier
essaie de se soustraire à ce rituel. Il en va de même pour d'anciens marins
ayant effectué leur travail en métropole, se retrouvant en fin de carrière
néophyte.
L'ordre établi n'a plus lieu et c'est un temps suspendu, inversé, qui débute ;
un carnaval en pleine mer. Coupées du reste du monde, en vase clos total, les
épreuves se déroulent 24 heures sur 24.
Il est possible de faire une comparaison avec les rituels de puberté des tribus
primitives où les futurs hommes sont privés de nourriture, mis à l'écart de la
tribu, et soumis à diverses brimades. Pour les religions non occidentales, la
mort n’est pas une fin mais un rite de passage, selon Micéa Eliade : « La grande
initiation ».
Durant quatre jours, les « néos » sont préparés psychologiquement à leur
baptême. Malmenés, ils doivent manger à même le sol des repas immondes.
Privés de nourritures saines, leurs sens sont altérés en étant bâillonnés,
attachés, les yeux bandés des heures durant. Il leur est interdit de regarder
ou même d'adresser la parole à un dignitaire sans son autorisation. Ils sont
marqués sur le front d'un « N. » pour rappeler leur état.
J'y retrouve des similitudes avec le moment où, dans le cabinet de réflexion,
le profane n’est plus rien, mis à l’écart, sous terre.
Cette mise au ban de la société est là pour signifier le passage du matelot à
une partie du monde inconnue.
Tout comme certains peuples archaïques qui teintent leurs corps en blanc, les
corps des matelots seront recouverts de farine à la fin de la cérémonie finale
signifiant l'état cadavérique.
Pour s'élever, il faut toucher le fond, passer de l'immonde à la pureté.
Quatre jours à veiller sans fin, à répondre aux ordres les plus absurdes, et à
connaître la souffrance qu'ont connue les vieux marins.
Le sentiment du moi, équivalent de la mort, s'efface devant le sentiment
d'appartenir à une communauté, à un tout. L'espace temporel devient espace
initiatique.

Cette épreuve d'avant baptême est à mettre en parallèle aux voyages de


l'apprenti. Il nécessite une transformation du soi, une découverte de son moi
profond. Ce chaos psychique symbolise le chaos précosmogonique avant la
création du monde.

C'est ainsi que j'ai vu des « grandes gueules » s'effondrer devant ces
brimades, des colosses pleurer la nuit leurs mamans, et d'autres à l'allure
fragile supporter les épreuves sans faillir.

Dans l'histoire

Le rituel du passage de la ligne remonte aux premières traversées de la


marine à voiles. En ce temps-là, en plus de donner un nouvel état aux jeunes
matelots, cela venait exorciser les peurs du franchissement de la limite d'un
monde totalement inconnu. Un inconnu bien réel, déboussolant car les
marins perdaient leurs repères d'étoiles et leur nord. La peur de tomber dans
le néant était réelle ; un monde inversé avive les plus grands fantasmes.
À cette époque, il semble que le rituel était limité à l'immersion par des seaux
d'eau de mer.
Une purification par l'eau dont le principe est bien connu, l'eau, unique
élément et seul horizon pour les marins pendant des semaines.

Ce passage devait leur faire prendre conscience d'un ailleurs, d'un Nouveau
Monde. Ce rituel était certainement la réponse au mythe universel de la fin
du monde qui n’est jamais définitive, elle est généralement suivie d’un
Nouveau Monde régénéré. Et pour marquer les esprits, il faut bien signifier ce
passage. Pour que le marin soit imprégné de ce passage, il va devoir endurer
mille épreuves. Dans la marine de tourisme, parfois il existe une petite
cérémonie de passage de l'équateur où l'on propose aux passagers de boire
une gorgée d'eau de mer... Il est évident que cela devient du folklore et n'a
plus aucun sens.
Peu à peu, dans la « royale » ce rituel s'est apparenté à un Carnaval, sans pour
autant en perdre son sens initial.
Le rituel que j'ai vécu a été peu à peu codifié dans la marine française sur les
premiers navires modernes. J'ai retrouvé le texte du discours de Neptune
reproduit par le magazine officiel de la Marine nationale, Col Bleu.
Je suis sûr que certains éléments ont perduré depuis le XVe siècle, âge d'or de
la marine à voiles et de la découverte du Nouveau Monde. L'élément principal
conservé est la présence de Neptune et Amphitrite dans le rituel.
La réactualisation d'un mythe, nous retrouvons là un thème que nous avons
abordé précédemment dans le texte intitulé « le sacré et le profane ». (voir
Revue Du Maçon n° 5)

La convocation

La cérémonie du passage de la ligne est largement théâtralisée. Quelques


marins hors cérémonie assurent la sécurité minimale, mais le pouvoir est
confié aux anciens suivant leur expérience dans les mers du Sud. C'est ainsi
qu'un vieux bosco prendra la place du commandant, le maître d'armes se
travestira en Amphitrite, un timonier deviendra Neptune, etc.
Car pour avoir le droit de franchir la ligne il faut en demander l'autorisation
au Dieu des mers Neptune (Poséidon).

Une nouvelle épreuve attend les néophytes.


Un jour avant le passage, ils doivent venir chercher leur convocation pour se
présenter devant Neptune.
Cette convocation, un bout de papier de quelques centimètres, est placée
entre les fesses d'un facteur, rôle joué généralement par un homme
d'équipage bien charnu, lesquelles fesses ont été au préalable enduites
d'aliments dont les dates de consommation ont été largement dépassées.
Pour compliquer la tâche, la missive doit être collectée, les mains attachées
dans le dos, comprenez avec la bouche et les dents.

Jour du passage

Le réveil se fait avec un cinglant « Tremblez, Néophytes... ». L'ensemble des


« néos » se retrouvent à l'avant du navire où ils doivent essuyer des heures
durant un grain, annonçant l'entrée dans le royaume de Neptune et de son
épouse Amphitrite. Ce « grain » est symbolisé par des jets d'eau de mer bien
réels déversés sur les matelots à l'aide de lances à incendies.
Au point de passage exact de l'équateur, le bateau s'arrête et le plus jeune
néophyte aidé d'une gaffe soulève la ligne imaginaire afin que le bateau
puisse passer dessous et verser dans l'autre hémisphère.
Puis Neptune et Amphitrite montent à bord pour vérifier que tous les marins
sont bien des dignitaires. Il est facile d’y voir la similitude avec la couverture
d'un temple maçonnique.
Neptune lit alors le discours suivant :
« En ce... jour de l'an de grâce..., moi, Neptune qui suscite les tempêtes et commande
les flots, je vous souhaite la bienvenue, o fiers navigateurs. Vous ayant aperçus dans
la flamboyante ondée du majestueux Phoebus, "Mercure", rapide messager
m'annonce l'audacieuse intrusion de votre nef aux confins de mon royaume. Et la
fidèle Iris m'informe que vous êtes l'équipage de... et que vous venez de France. Soyez
mes hôtes d'un jour ». (du Commandant au matelot, Neptune saluera toutes les
catégories de personnel du navire).
« Mais que vois-je?
Quel est cet infâme troupeau de bestiaux !! Sont-ce des néophytes que vous m'offrez
donc là? Oh !! Vile multitude, craint mon regard divin, Craint mon juste courroux !
Infâmes pourceaux, inclinez-vous devant ma majesté !
Abjecte engeance qui ose souiller ces lieux sacrés et en cet état paraître
Tremblez ! Tremblez Néophytes
Vous allez subir un baptême purificateur qui permettra peut-être de passer de l'état
de non-être à celui de Chevalier des Mouillés, Colorés et Enfarinés. Gendarmes, veillez
que pas un n'en réchappe. Juges soyez implacables, faites passer ma justice sans
faiblesse. Cireurs et infirmiers mettez de la couleur et appliquez les potions. Fiers
sauvages de la tribu des Oula Oula Sa Fait Bobo, noyez-les tous, je reconnaîtrai peut-
être les miens. Boulangers, appliquez la blanche pulvérence et humectez-la bien de
l'ovoïde produit de nos sociétés aviaires. Il faut que ça colle.
Quant à vous, heureux mortels, profitez pleinement de ce jour de liesse. Je vous
souhaite agréable compagnie et plaisirs raffinés. Ma divine protection vous
accompagnera jusqu'au terme du voyage. Et peut-être même qu'il fera beau le jour de
l'arrivée.
Bonne mer et bon vent !
Venez, chère Amphitrite, que vos chastes paupières dévoilent vos beaux yeux afin
qu'ils se réjouissent de cette intronisation salée.
Et maintenant que la fête commence, car tel est notre bon plaisir ! »

Le baptême

L'un après l'autre, les matelots vont passer devant plusieurs ateliers
symboliques encadrés par les gendarmes.
Le Juge qui va signifier une sentence suivant les fautes à expier de sa vie
d'avant.
L'avocat, pas toujours de bonne foi, viendra amoindrir ou alourdir la
sentence.
Les néophytes devront baiser les pieds de la belle Amphitrite.
L'évêque aidé des enfants de chœur viendra en aide aux condamnés en leur
donnant la communion et l'absolution.
L'infirmier procédera à la visite médicale et à l'ingurgitation des potions
nécessaires à l'entrée dans les mers du Sud.
Les barbiers raseront les « néos » de très près.
Les mécanos et les cireurs enduiront les corps des infâmes de graisse et de
cirage.
La tribu des sauvages installés dans une piscine d'eau de mer a pour mission
de faire boire la tasse par trois fois aux matelots en les immergeant,
longtemps, longtemps.
Le néophyte sorti de la piscine est confié aux boulangers qui l'enduisent
copieusement de farine.

Je vous l'accorde, on est loin d'une spiritualité d'élévation, et pourtant...


Je suppose que de telles pratiques existent dans tous les corps militaires.
Là encore, on peut voir une légère similitude avec une loge maçonnique et ses
postes d’officiers.
Je ne suis pas ici pour dire si un bizutage est bon ou mauvais, mais pour faire
partager mon vécu.
Ce moment a compté pour moi, je pense en avoir retiré le bon message.
Par la suite, cela a soudé l'équipage, et quelques brebis galeuses ont été
découvertes. Nous avons été confrontés, durant cinq jours, à des conditions
difficilement acceptables dans un autre contexte, mais nous étions fiers
d'être Chevaliers des mers. Pouvoir compter sur l'autre, c'est une nécessité
en mer ; en cas d'incendie ou d'avarie, rien ne sert de composer le 18 ou le
112 pour appeler les secours, l'équipage ne peut compter que sur lui-même.

Après mon entrée en F :. M :., ces instants enfouis dans ma mémoire ont
resurgi sous un nouvel angle.

Le passage – limite
En ritualisant le passage de l'équateur, les marins ont sacralisé ce moment. En
revivant les mêmes brimades que leurs aînés, les jeunes matelots entrent
ainsi dans la grande lignée des marins qui sont allés au-delà des mers, vers
l'autre monde. C'est ainsi pour toutes les fêtes annuelles, elles réactualisent
un mythe et ainsi nous plongent dans un temps suspendu. La question qui se
pose est celle de la ligne et de la limite…Que se passe-t-il au-delà ?

Chr.°.Mart.°.

Commentaires (premiere partie) :

Le rite est l’indispensable vecteur de la transmission de la tradition


ésotérique ou exotérique.

Un rite à pour fonction de révéler au cherchant, une voiesacrée s’il est initiatique ou
de rendre compte d’un certain état humain s’il est profane. Il implique un
ordonnancement, un processus dramatique précis, pourvu de sens. Sa fonction
consiste à faire voir ou ressentir les chemins qui conduisent aux états supérieurs de
l’être. Ainsi il est recherché le dépassement des limites strictement humaines
individuelles ou égotiques.
Un rite peut entraîner la mise en œuvre de plusieurs rituels (D’ouverture des travaux,
de fermeture des travaux, de tenue funèbre, de tenue solsticiale, d’augmentation de
salaire, d’exaltation, etc.), Les rituels peuvent se décomposer en rithèmes (baptême
par l’eau, ou par le feu, recomposition élémentaire, mort-renaissance, ingestion,
transpercement, marche, envol, descente, etc.). L’ensemble mis en œuvre agit sur des
leviers subtils conscients ou inconscients qui selon René Guenon sont susceptibles de
transmettre une influence spirituelle.
Un rite initiatique se fonde sur une expérience, un vécu in situ, induisant une
métamorphose du regard associé à un recommencement, mais le rituel est dit « de
passage » s’il y a un vécu commun d’intégration et le sentiment d’appartenance à un
groupe ou à une classe sociale. Le rite réduit à un rituel de passage correspond
généralement à un continuum sociétal et profane.
Le rite initiatique infère un ou plusieurs rituels de passage, mais un rituel de passage
isolé n’est pas nécessairement initiatique.
Le rite comprend une succession de rituels qui se jouent en fonction d’une période de
l’année et/ou en fonction d’un lieu approprié. La période et le lieu ont pour but de
faire revivre un processus ontologique pour l’initiatique, ou une mise en situation ad
hoc pour le rituel de passage. Ainsi le rituel de la Saint Jean d’été est un rituel de
passage de la lumière solsticiale strictement initiatique pour les francs-maçons qui
l’intègre dans un rite maçonnique des loges de Saint Jean. Ce rituel de la Saint Jean est
alors une partie du rite maçonnique qui va justifier l’orientation de la Loge calculée
en interdépendance avec la place des colonnes marquant le couché du soleil au
solstice d’été et d’hiver. Vécu dans les campagnes et particulièrement en Provence ce
rituel bien que traditionnel et ancestral n’était pas initiatique pour ceux qui le
vivaient. Il n’est alors qu’un vestige fragmentaire de rituels initiatiques antiques bien
plus vastes. Il est rendu à une dimension sociétale intégratrice ou l’on démontrait la
bravoure des jeunes gens en sautant au-dessus du feu. Il était un repère traditionnel
coutumier de type « ritus » pour le basculement des saisons et en ce sens porte un
message exotérique de première importance.

Le rituel de passage s’attachera à faire passer l’individu d’une rive à l’autre. Il y aura
donc un avant, et un après.
Assister ou être acteur d’un rite c’est participer activement à la transmission de celui-
ci. Son but est le réveil ou l’éveil d’une conscience individuelle dans un rapport au
collectif. La participation collective à un rite d’éveil de la conscience crée un
phénomène de cohérence et d’osmose entre les individus.
De cette participation collective, née ou émane un égrégore, c'est-à-dire une entité
mentale consistant en une mise en commun d’un ressenti fondé sur l’expérience
individuelle partagée.
Ainsi l’individuel intègre le collectif. Par voie de conséquence l’expérience devient
collective.

L’expérience commune et corporatiste d’un rite de passage est la signature de


l’adhésion de l’individu au groupe et de l’acceptation de ce dernier par l’institution.
Cette expérience d’adhésion mutuelle se fait par une ou plusieurs épreuves ritualisées,
institutionnelles et ancestrales, et constitue un rite de passage essentiellement
corporel. Son but est d’intégrer l’individu dans une chaîne de transmission.
Ainsi l’intégration au collectif se fait à deux niveaux : horizontale en intégrant
l’individu au groupe ici présent, verticale en intégrant l’individu à ceux qui ont
précédés dans le temps et à ceux qui suivront.
L’intégration se fera par l’élément qui caractérise le groupe, ici l’eau de mer
considérée comme le « vêtement » de la sphère maritime. L’aspersion par l’eau salée
remplit une double fonction d'enveloppement et de coagulation.
C’est en éprouvant le corps par ses sens et par voie de conséquence son « état
d’âme » que l’on imprime au plus profond de soi la notion d’appartenance et de
conscience partagée. Nous savons que le passage de l'experience à la conscience se fait
par les sens qui activent l'âme. De l’expérience partagée par l’eau de mer on passe à
la conscience partagée qui est symbolisée par le sel qui va cristalliser. La
cristallisation représentant un état de conscience commun.
L’épreuve « sabre » l’innocence des « Néos-néophytes »représentée par l’eau douce du
Jourdain (d’où l’expression marin d’eau douce ???).
On fait appel aux Dieux représentatifs de cet élément (Neptune et Amphitrite), avec
l’assistance des représentants « carnavalesques » des trois castes initiatiques :
l’autorité sacerdotale (évêque), la chevaleresque (gendarme) et l’artisanale
(boulanger). Chaque autorité est revêtue de son habit symbolique. (Le lien entre
Neptune et les trois voies initiatiques se fait par le trident présent sur le tampon.)
Donc un rite qu’il soit de « passage » ou « initiatique », infère derrière la notion
d’épreuve et parfois d’humiliation apparente et d’appréhension, une vérité cachée. La
peur, l’éblouissement, les larmes, les épreuves en général sont les bornes d’un
processus d'élaboration alchimique interne.
Cet aspect doit être considéré comme vital pour l’équipage. Il met en balance
l’individu et le groupe embarqué vivant en milieu confiné et affrontant les éléments.
C’est ici que nous pouvons faire une distinction claire entre un rite initiatique et un
rite de passage. Ce qui est en cause, c’est la capacité de progression de l’humanisation
de l’homme.
Pour un simple rite de passage, cette humanisation consistera à l’abandon de
l’innocence du néophyte dans l’épreuve pour assumer son rôle social dans et pour la
tribu. Sur le fond il s’agit de servir une utilité collective relative à la survie du groupe
entraînant un abandon de souveraineté individuelle. Ici la maison est commune et
chacun s’affaire à la survie collective. On est dans une recherche de protection.
Pour un rite initiatique, l’épreuve sous-tend une recomposition. L’humanisation de
l’homme s’accompagne d’une élévation spirituelle. Après une mort symbolique, il ne
perd rien de sa souveraineté individuelle, mais consacre sa réflexion et son action à
grandir vers la lumière. Ici chacun participe dans sa maison à l’œuvre commune.
L’initiation maçonnique est une initiation individuelle dans une cadre collectif,
chacun s’affaire à l’humanisation de l’Homme par divers moyens, dont la spiritualité.
On est dans le construction d’une Œuvre perçue sur un plan de réalisation
individuelle dans une perspective de libération ou de délivrance. Cette Œuvre est la
reconnaissance des chemins de vie qui mènent à l’Unité.
Un simple rite de passage (tribal corporatiste et opératif) ne doit pas aboutir à
grandir l’individu en dehors de l’Œuvre du groupe (exemple la cathédrale à bâtir).
L’individu est dévoué à l’œuvre du groupe organisé. Le groupe est l’unité et son Œuvre
est à son image. L’individu n’existe qu’au service et au renforcement du groupe. La vie
s’envisage et se célèbre dans son unité de base qui n’est pas l’homme, mais le groupe.
Inversement un rite initiatique (franc-maçonnerie spéculative) va faire grandir
l’humanisation de l’individu en regard et grâce au groupe. Dans ce denier cas
l’individu devient le Tout et son gardien-bâtisseur (reconstruction du Temple de
Salomon). Les deux aspects sont complémentaires c’est d’ailleurs le seul moyen de
réconcilier les opératifs et les spéculatifs. La sacralité et la spiritualité fut-elle laïque
sont de puissants moteurs de transfert du corpus agissant des rites et rituels.
C’est sur ce mode opératoire groupe /individu que se sont élaborés les Rites
maçonniques primitifs de transition. On tenta d’allier le groupe et l’individu tendant
vers l’esprit élargi. Ce fut la tentative louable, de transmettre les sciences
traditionnelles pour les mettre au service d’un humanisme fin connaisseur de la
tradition. La scolastique et son trivium – quadrivium constituaient déjà une échelle
initiatique où l’homme restait architecte de sa vie et de son ascension vers le visage
du divin, l’humanisme l’émancipa du groupe et de la lecture dogmatique. Les
différents courants de la science hermétique virent se déverser dans l’athanor de la
loge. Apparurent les tendances rationalistes et les tendances magico-occultes qui
émargèrent la démarche spirituelle (sans la perdre de vue).
Il n’en demeure pas moins que la démarche initiatique est une réflexion spirituelle
basée sur la Vie. Cette « réflexion » telle un miroir met en relation le haut et le bas
dans une relation de causalité que l’initié devra décrypter.
« Il n’y a pas d’autre initiation que la vie » disait Robert Ambelain.
(…)
Avant d’aller plus loin, il convient de fixer le problème de l’humiliation et du
bizutage dans le rite de la ligne.
Il y a de très beaux rites de passage qui sont mal joués par des acteurs qui ne les ont
pas compris. Le rudoiement du corps a pour but d’atteindre l’âme et l’esprit, mais il
est inutile d’humilier pour faire grandir. Ainsi on se bornera à remettre en cause
l’aspect rayonnant ou apparent du corps et touchant au plus prés la source de son
rayonnement. Ce qui peut expliquer le dévêtement partiel, le poignard sur le cœur,
etc. Au plan initiatique, cette source sera approchée et activée par le
réordonnancement des 5 sens, le néophyte prendra conscience de l’existence d’un
corps périssable et d’une âme qui l’anime et assimilera la lumière à l’esprit.
Le rite de passage non initiatique rudoie le corps pour que le groupe s’en empare, la
scarification tribale comme le tatouage en sont des stigmates extérieurs.
Inversement en matière initiatique nul besoin d’humiliation qui anéantirait la
présence de l’humain dans l’homme. Mais cependant le respect du devoir peut aller
jusqu’au sacrifice de soi. Le sacrifice n’est pas une humiliation et correspond à un
passage ultime.
Toutefois les véritables épreuves vécues au front appelé « ligne de front », sur mer
comme sur terre, dépassent allègrement le stade du bizutage. L’individu incapable de
« passer la ligne »n’a probablement pas sa place dans un groupe en situation de
combat. Le dépassement psychologique s’associe à une survie qui ne se conçoit pas en
dehors du groupe et qui probablement élimine plénitude égotique et l’individualisme.
Pour finir l’humiliation est un sentiment temporaire pour le néophyte qui sera vite
remplacé par le sentiment d’appartenance. C’est ici la preuve qu’un rite de cette
nature n’est pas initiatique, car il ne débouche pas sur l’élévation spirituelle. Enfin le
sentiment d’humiliation de restera dans l’esprit que de ceux qui n’ont fait qu’assister
au rite sans le vivre comme expérience ce qui est théoriquement impossible, car tous
ceux qui franchissent la ligne doivent vivre cette épreuve. Il ne reste plus que ceux à
qui on le raconte qui le verront comme humiliant, car ils n’appartiennent pas au
groupe des chevaliers des mers.
(…)
Outre la définition des critères distinguant un rite initiatique d’un simple rite de
passage, il convient de découvrir le sens caché du pseudo « dépassement » de la ligne
en regard du périple.
Il s'agit du problème non pas de la « ligne », mais de la « limite » et de ce qui se passe
au-delà ou plus précisément après.
Si je passe la ligne-frontière, j’aborde un monde inconnu.
Se pose alors la problématique du système référentiel adapté à un nouveau milieu. Ce
système référentiel est le fruit de la représentation mentale à partir d’une
« connaissance » transmise. Le système référentiel du véritable marin est différent de
celle du néophyte. Cette différence justifie le rite de passage qui « réaligne » les
systèmes référentiels.
Si un système référentiel sert à l’individu comme au groupe à se situer dans espace-
temps et dans un univers donné, alors il nous faudra parler du Nord. (Et du rite du
passage corrélatif du cercle polaire !)
L’élément clef du passage de la ligne repose sur une dépolarisation/repolarisation.
(Représentée sur le tampon par la présence de deux étoiles)
La représentation mentale intègre de manière dissimilée le changement de pôle et de
repère.
Ce changement implique le changement de loi, l’inversion symétrique des sens en
regard du plan équatorial et de l’axe Nord-Sud. On assiste alors l’extériorisation de
l'imaginaire et intériorisation du réel (charivari des valeurs), et bien sûr à la mise en
abîme de l’homme parcourant le grand schéma avec notamment la notion de chute et
de remontée (représentée sur le tampon par l’ancre et son cordage serpentiforme
équivalent de l’axe ou du fil à plomb).
(…)
Il sera intéressant d’établir des ponts et des symétries.
Mais peut-on s'affranchir d'une limite ou ne fait-on qu'y tomber? Celui qui repassera
la ligne dans l’autre sens sera nommé chevalier des mers voir dignitaire...
N’est pas chevalier qui veut !
Dans notre prochaine publication nos développerons ces différents aspects, "au fil de
l’eau", en commençant par l’analyse de la flamme-tampon attestant du « passage ».
ER (suite prochaine parution)

1)Il existe traditionnellement trois voies initiatiques qui sont la voie


sacerdotale, la voie royale, la voie artisanale.
2) En tant qu’expérience mentale et physique de partage entre frères,
l’égrégore subsiste dans chacun des participants après la tenue en loge et se
régénère à chaque tenue.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
13 juillet 2013
Ouverture des travaux, le Verbe s'exprime.
OUVERTURE DES TRAVAUX AU REP
Devoir de mémoire portant sur l’ordonnancement du monde, la rénovation
de l’Œuvre, la marche des cycles de la Vie.

(L’ouverture des travaux sera principalement traitée dans la profondeur


ésotérique du « commencement ». Il existe d’autres interprétations.)

Ouvrir, c’est commencer, c’est découvrir le secret de la vie et du monde, tenu à


couvert derrière la porte du Temple.
La Loge reste un lieu d’élaboration d’un soi identifié à l’Œuvre à accomplir. Cette
Œuvre suit des plans devenus lois et règles que les compagnons du Devoir, fils de la
lumière et enfants de la Veuve s’attachent à exécuter…
Chaque ouverture des travaux est une genèse pour soi et en soi. Il s’y joue le mystère
de la lumière Johanique, créée et incréée, née de la ténèbre originelle et ordonnatrice
du Chaos. Le mystère se rejoue là sous nos yeux à chaque ouverture des travaux…
Le franc-maçon est attentif à une Nature plus ésotérique que jamais et dont il tente de
percer les mystères de l’origine et du retour. Pour lui la nature est la grande matrice
et suivant sa sensibilité manichéenne ou théosophique s’assimile au Divin lui-même.
La grande nature est synonyme d’origine et de commencement. Ainsi il l’observe
renaissante comme lui-même au contact de la lumière. Le franc-maçon oriente la loge
et met en scène les cycles lunaires, solaires et solsticiaux. Il imite le mouvement des
sphères planétaires et astrales, étalonne et mesure la matière et l’harmonie des
formes, codifie son langage secret en fonction de la parole originelle, élabore un
tableau de loge qui est l’arcane du grade écrit en symboles, établi les correspondances
qui le mèneront dans la verticalité du Principe.
Le rituel d’ouverture montre à l’apprenti ce qui est caché au-delà des apparences
profanes et qui concerne l’origine du monde et de la conscience humaine.

L’ouverture se fait en trois étapes : 1) l’arrivée des Frères et de la Lumière


primordiale en loge, 2) l’ouverture de la loge,
3) l’ouverture des travaux.
Ces étapes sont marquées par la frappe maillet(1) du Vénérable répété par les
Frères Surveillants. Le maillet symbole de l’autorité et de l’ordre, rappelle
aux Frères qu’ils doivent suivre avec humilité et rigueur(2) les préceptes de la
Franc-maçonnerie. Un triple coup ébranle la tranquillité de la loge et va
animer l’espace. Rappelons que la loge en matière organique est une cavité
qui protège et héberge un organe(3) vital. Ce point n’est pas sans intérêt
pour qualifier la production(4) de la loge et l’identification de l’individu à un
groupe organique(5) qui invoque, élabore et travaille(6) à la lumière de
l’initiation.(Qui, faut-il le rappeler, est au REP la lumière de Vie de Saint-Jean
l’évangéliste.)

Le Vénérable - À l’Ordre mes Frères; aidez-moi à ouvrir la Loge générale d’Apprenti.


Frère 1er Surveillant, quel est le premier devoir d’un Maçon en Loge?
Le terme de loge générale(7) vient du lieu de réunion universel des maçons
opératifs au moyen-âge où l’art de la construction sacrée est enseigné au sein
d’une corporation quigrâce au devoir qui l’anime a obtenu le privilège de sa
liberté. Cette liberté s’envisage sur un double aspect : la liberté de circuler
dans et hors de l’espace sacré et la liberté de penser dans le temporel et
l’intemporel. Le maçon est homme de devoir, héritier des Anciens Devoirs et
Obligations du Régius en 1390 et du Cooke en 1410 et conserve en mémoire la
première phrase des constitutions d’Anderson de 1723 « Un maçon est obligé
par sa tenure d’obéir à la loi morale ».
Le local où ils se réunissent doit être aménagé à l’image du cosmos afin de
permettre la préparation d’un évènement de première importance : la
réception de la lumière et la lecture du plan(8). Cet aménagement « universel
ou général » est une mise en ordre au milieu du chaos profane.
Il s’agit d’ouvrir les travaux en loge qui logiquement vont suivre l’ouverture
de la loge.
Ouvrir la loge c’est s’ouvrir soi-même, ouvrir son esprit, accepter de créer
une brèche(9) dans notre moi égotique qu’une lumière venue d’en haut
viendra éclairer. Ici la lumière initiatique (ou lumière vitale) viendra
illuminer et donc « animer(10) » notre âme (premier degré).
Le Vénérable demande le concours de tous les Frères pour parvenir à cette
ouverture difficile qui évoque la recréation du monde et l’ouverture de soi.
Ensuite il demande quel est le premier devoir d’un franc-maçon en Loge. Le
rituel parle de « premier devoir » laissant entendre qu’il en existe d’autres,
mais que celui-ci à un lien avec la loge générale.
Les devoirs qui sont les siens découlent de ces deux libertés liées à la
corporation du métier qui ne doit pas s’entendre au sens vulgaire, mais au
sens symbolique. La « corporation du mestier » est l’incorporation(11) de
l’homme à une voie initiatique travaillant à la transformation de la matière
jusqu’au chef d’Œuvre.
Il semble que le devoir ici soit le principe opératif de la loge dans sa mise en
fonctionnement. Tous les Frères sont tributaires d’un devoir qu’il conviendra
de définir. Évidemment le rapprochement se fait avec les compagnons du
Devoir qui au nom du Devoir, et donc de leur liberté, ont fait fleurir les plus
beaux édifices d’Europe. Le devoir s’exprime à tous les niveaux, dans le
fonctionnement de la loge comme aux postes occupés par chacun. Alors le
devoir devient charge(12)et suppose alors une vocation dans l’oubli de soi.
L’honneur et l’orgueil d’occuper une fonction ou de tenir un maillet
disparaissent à l'aune d’une charge à accomplir au profit de la loge. L’ego de
l’individu va disparaître dans les obligations personnelles et collectives de la
charge occupée. Rappelons que le devoir peut aller jusqu’au sacrifice de la vie
comme le souligne la légende des Quatres Couronnées.

Le 1er Surveillant - Vénérable c’est de voir si la Loge est couverte extérieurement, et si


nous sommes tous intérieurement Maçons et membres de celle assemblée.
Les travaux vont se dérouler à couvert, car avant d’être capable d’agir à
l’extérieur il convient de rassembler les énergies à l’intérieur de la loge
et donc à l’intérieur de soi.
Le premier devoir est donc de nous protéger de toute interférence profane
afin d’apercevoir ce qui existe en nous. L’univers est si vaste que nous ne
pouvons l’embrasser du regard, il nous reste la ressource de regarder à
l’intérieur de nous-mêmes. C’est ainsi par analogie entre l’intérieur et
l’extérieur et entre ce qui est en bas et ce qui est en haut que nous aurons une
vision des règles et des plans utilisés par le Grand Architecte de l’Univers(13).

Le Vénérable - Faites y pourvoir. Mes Frères, quittez l’Ordre et prenez place


Cet ordre provient de l’Orient, il dit de se mettre en route vers le chemin de la
réalisation de soi, en prenant sa place dans le grand ensemble ou chacun
participe.

Le 1er Surveillant - Frère Terrible, vous avez entendu l’ordre du Vénérable. Assurez-
vous si le Temple est à couvert(14) et si nous sommes à l’abri de tout profane.
Voici la preuve que le titre d’officier est lié à un office et non pas à un
privilège. L’office s’inscrit dans l’ordre naturel des choses, l’officiant doit
rétablir l’ordre au milieu du chaos profane.
Le Frère terrible va ouvrir la porte. Le symbolisme est très important, car il
indique le passage entre deux états, entre deux mondes, entre le connu et
l’inconnu, le profane et le sacré(15).
Cette porte est le passage qui permet d’accéder à une réalité supérieure.
L’accès doit être refusé aux profanateurs potentiels qui sont ceux qui ne sont
pas de la loge (ou qui ne travaillent pas en loge).
Les Frères Surveillants vont faire le tour de la loge en inspectant les colonnes.
Ils commencent leur tournée d’inspection en marchant sur l’Occident, lieu du
coucher du soleil, en portant à main droite et sur le cœur le maillet de
l’autorité qu’ils incarnent. Symboliquement, ils descendent dans la ténèbre
du couchant pour remonter vers l’Orient très éclairé. Cette descente suivie
d’une remontée est le signe de tout mouvement initiatique : il faut descendre
aux tréfonds de soi pour enfin remonter à la vérité.(16)
Ils se croisent à nouveau, à l’Orient et redescendent prendre leur stalle pour
éclairer de cette lumière orientale leurs colonnes respectives.
Les surveillants réfléchissent la lumière du Vénérable comme la
Lune(17) réfléchit celle du Soleil. Le rapprochement de la descente dans les
ténèbres et de la remontée à la lumière se retrouve dans l’entrée et de la
sortie du cabinet de réflexion. Ce cabinet est dit de réflexion moins pour des
raisons philosophiques que pour préparer au réfléchissement(18) à l’intérieur
de soi d’une lumière que nous découvrons en Loge.
C’est donc un vrai privilège que nous offre la Franc-maçonnerie : voir en soi
la totalité lumineuse du créé et de l’incréé. C’est ce qu’on appelle, découvrir
la pierre cachée(19).

Le Frère Terrible - Frère 2e Surveillant, annoncez au Vénérable que la Loge est à


couvert et à l’abri de tout profane.
Le Frère Terrible avant d’annoncer que la loge est à couvert a regardé à
l’intérieur de lui-même, a agi et a écarté le profane en lui. Il nous invite à en
faire de même.
Le secret est là, écarter le profane en soi permet de recevoir la lumière. La
tradition parle d’un chemin à suivre. C’est pour nous inciter à un double
mouvement intérieur et extérieur.(20)
Le Frère Terrible se met à l’ordre, l’épée à main droite pointe en l’air et garde
sous le menton. Son positionnement dans l’axe de la lumière Orientale et son
épée émettricepermet le dosage lumineux des colonnes en fonction des
besoins de chaque frère. À chaque tenue ce frère interroge notre intériorité
et écarte en nous le profane.

Le 2e Surveillant - Frère 1er Surveillant, la loge est à couvert extérieurement, et tous


les Frères sur ma Colonne sont membres de cette assemblée
Cet ordre est répété au Vénérable par le Premier Surveillant. La parole circule
comme l’énergie en loge de l’Orient à l’Occident et inversement. Soit, de
l’esprit à la matière, du créateur à la création ; c’est une mise en harmonie qui
implique le corps de chaque maçon dans la mise « en » ordre. Cette parole en
tant qu’énergie créatrice circule, s’ordonne et porte le souffle de la vie. Ce
souffle est une information qui n’a d’effet que si nous y sommes « ouverts »,
réceptifs. D’où l’expression « aidez-moi à ouvrir la loge ». Nous ne devons pas
assister au rituel, mais assister le rituel. Nous y participons en nous levant et
en nous mettant à l’ordre : par l’inspire et l’expire d’un corps à l’ordre, nous
vivons le rituel, nous devenons le rituel.
L’ordonnancement sera visible dans le tableau ou tapis de loge posé sur le
pavé mosaïque. Le pavé sous-jacent suggère l’alternance de la montée et de la
descente du corps mis à l’ordre et de l’esprit mis en éveil. La circulation des
flux(21) et des paroles entre l’Orient et l’Occident implique une notion de
vécu et d’entendement de ce qui est exotérique ou ésotérique. À chaque
situation une double interprétation s’invite. La première relève de l’attitude
physique et de la description des apparences, la seconde relève d’une
intériorité qu’on appelle l’éveil.

Frère 1er Surveillant, où se tient le Vénérable en Loge?


Le 1er Surveillant - À l’Orient, Vénérable.
Le Vénérable - Pourquoi, Frère 2e Surveillant?
Le 2e Surveillant - À l’exemple du Soleil qui commence sa carrière par cette partie du
globe, de même le Vénérable s’y tient pour ouvrir la Loge et mettre les ouvriers à
l’Œuvre.
La place du Vénérable est définie entre le Soleil et la Lune, soit incorporée
dans la limite de l’univers « tangible(22) ». Sa position est haute en regard des
colonnes du Nord et du Midi. Sa lumière est Aurorale, il attendra Midi plein
pour « former et décliner le Verbe ». Tout ce qui est mis en place se fait pour
accomplir l’Œuvre suivant la lecture du Plan.

Le Vénérable - Frère 1er Surveillant, à quelle heure s’ouvre une Loge


régulièred’Apprenti?
Le 1er Surveillant - À midi, Vénérable.
Le Vénérable - Frère 2e Surveillant, quelle heure est-il?
Le 2e Surveillant - Midi plein, Vénérable.
Après la loge Générale et donc « Universelle », on parle d’une loge
« régulière », qui donc est conforme à la loi et à la règle. Il y a une relation
indéfectible entre ces deux notions. L’Universel(23) aux deux premiers
degrés, concerne l’Homme et se rapproche du latin « omnes » soit « tous »
qui devient le Tout ou la totalité. Cela veut dire que l’Homme est la mesure de
l’univers, il est donc à l’image du Tout et inversement le Tout est en lui.
Est « régulière » la loge qui suit la règle et qui à pris la mesure du Tout par ses
membres. La règle est ici la loi universelle de la création. Donc l’Universel
associe l’Homme à la Loi-Principe. Plus tard au grade de maître on parlera de
« Loge Royale » en référence à la voie à suivre pour l’exaltation qui nous fera
passer des petits mystères aux grands mystères.
C’est au Sud et à Midi que l’on perçoit la lumière la plus intense. L’homme y
reçoit le maximum de la transmission énergétique. L’apprenti bénéficie de cet
apport vital, lui qui, assis dans le froid septentrional, fait face à ce Sud encore
lointain.
En travaillant à midi, le maçon est dans l’harmonie éclairée du cosmos. Il fait
corps avec la création solaire dont il semble procéder.
À ce point sommital, il est hors du temps, dans l’instant suspendu de
l’éternité. Puis, la marche cyclique reprendra son cours jusqu’à minuit,
l’exact inverse de midi, soit le point suspendu dans les ténèbres et le
silence(24).
La marche de l’apprenti sera donc une dynamisation de ces deux points
sommitaux. Ce sera la marche de la vie renaissante partant de la Ténèbre et
du silence vers un lieu plus éclairé.(25)

À midi plein tout est prêt pour que survienne un évènement :

Le Vénérable - Frères 1er et 2eme Surveillants, puisqu’il est midi plein et que la Loge
est couverte, il est temps de l’ouvrir et de mettre les ouvriers à l’Œuvre. Annoncez sur
vos Colonnes respectives que la Loge qui était fermée et qui est couverte va être
ouverte par les Signes ordinaires. (L’annonce est répétée)
SUIVENT LES TROIS COUPS DE MAILLET du Vénérable puis des deux Surveillants.

Cet ordre est répété par le Second Surveillant qui s’adresse à la colonne du
Nord puis le Premier pour le Midi.
Le MIDI est « plein », en plénitude lumineuse, prêt à illuminer notre
intériorité. C’est un travail d’accouchement par le Verbe. La gestation dans
un ailleurs céleste se termine pour aboutir dans un présent terrestre. Au
travail gestationnel et ontologique succédera le travail dans la matière.
L’accouchement de la lumière se mime par trois coups de maillet par trois.
OOO
Ici est formé et décliné le verbe créateur, on lui donne une forme dans le
monde matériel et dans les trois états de perception humaine lié à la forme :
le physique, le psychique et le spirituel. (Il existe d’autres états qui se
détachent de la forme).
Cette « formalisation » est donc distincte de l’informe illisible et non visible.
C’est le Verbe qui, installé dans la Loge, nous donne l’image du Monde
manifesté et différencié.
Ici la loge est ouverte pour accueillir la lumière.

Après l’ouverture de la loge commencera l’ouverture des travaux. Les maçons


sont au travail et à l’Œuvre. Le travail sera individuel et collectif avec une
tension, une concentration particulière appelée vigilance qui fera que l’acte
individuel s’intégrera parfaitement à l’Œuvre collective. Avec persévérance,
l’apprenti refera le travail mal exécuté jusqu'à avoir son « mestier en main ».
Nous passerons de l’individuel au collectif afin de transformer une loge, qui
est le lieu d’élaboration de l’Œuvre, en temple qui sera la maison de la
lumière. L’affection des frères et l’Œuvre menée de mains de maître
construira cet égrégore qui caractérise le travail individuel dans un cadre
collectif. Cet égrégore est un dépassement de l’addition des âmes de chaque
maçon pour une entité collective de Frères au sein de laquelle circulent
l’énergie créative et l’influence spirituelle.
Accomplir son devoir de maçon consiste donc à mettre au service de l’Œuvre
le savoir-faire qui donne accès au savoir-être(26), qui s’appelle aussi
connaissance de soi.D’ailleurs le franc-maçon ne se reconnaît pas à son
savoir, mais à sa façon d’être et d’agir dans une relation au tout. Enfin cette
relation au tout va s’exprimer par des signes qualifiés d’ordinaire, c'est-à-dire
ceux qui relèvent de l’ordonnancement du monde selon le grade. Ces
« signes ordinaires» du grade sont un langage, la signature extérieure de
l’état d’avancement de l’éveil initiatique de l’apprenti dans le Hékal et de
l’ouverture angulaire et spirituelle du compas situé au Debhir.

Le Vénérable - Mes Frères, évoquons cette lumière que nous sommes venus
acquérir en la Franc-Maçonnerie. Frère Maître de Cérémonies et frère
terrible, préparez-vous pour votre office selon les usages.
Ici va commencer la déclinaison du Verbe par le Vénérable Maître.
Acquérir la lumière se traduit par « Querir » la sagesse la beauté et la force. Il
s’agit d’une Quête. C’est un but inatteignable assorti d’une méthode que nous
propose la franc-maçonnerie. Les voiles du mystère initiatique se lèvent par
cette méthode qui nous propose un cheminement graduel.
Le frère Maître des Cérémonies frappe le sol avec sa canne comme Moise avec
son bâton, Hermès avec sa baguette et le pèlerin avec son bourdon sur le
chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. La canne symbolise l’axe du
monde qui relie la terre au ciel. Le Maître des Cérémonies véritable
ordonnateur de la loge va ensuite prendre la flamme primordialeà l’Autel du
Vénérable pour illuminer les lumières d’ordre. Le Vénérable prononce ces
trois phrases :

Le Vénérable - Que la Sagesse préside à nos travaux.


- Que la Beauté les orne.
- Que la Force les achève.

La lumière triplement déclinée se manifeste dans le Hékal « dans l’ordre


architectural » conforme au plan (d’où leur appellation « lumières d’ordres »)
par la Sagesse la Beauté et la Force,. A l’inverse pour rejoindre la lumière
l’initié « Œuvrera » en Sagesse Beauté et Force et pour qu’il y ait « Œuvre »
chaque terme s’appliquera sur les trois plans physique, psychique et spirituel.
Le chemin descendant et comme le chemin montant. La lumière est donc
trine comme le chemin de l’esprit conciliant les oppositions dans la matière.

Tout s’effectue suivant un plan et un ordonnancement immuable, tel que


prévu par les rites et rituels. C’est la traditionnelle lumière « trine » qui se
met en place faisant apparaître les formes.
La lumière se « manifeste » sur toutes les lumières d’ordre en descendant du
ciel. Les paroles prononcées sont l’expression humaine et les coups de canne
sur le sol en sont la répercussion terrestre et tellurique. La canne qui se lève,
touche le ciel par un bout et frappe la terre par l’autre bout. L’homme est en
charge d’harmoniser les énergies et les formes au moyen de la sagesse, de la
beauté et de la force.
Suite à l’allumage des lumières d’ordre, les flambeaux des deux Frères
Surveillants sont aussi allumés.
La petite flamme qui brille désormais devant les deux surveillants leur
confère le pouvoir d’éclairer la colonne de chaque « côté » de la porte, car la
vraie connaissance n’est pas celle que l’on garde, mais celle que l’on
transmet. Ce qui n’est pas donné est perdu.
C’est cette lumière qui va éclairer le maçon dans l’usage de son libre
arbitre. Nous commencerons à transmettre nous-mêmes lorsque nous aurons
trouvé notre voie. C’est ainsi que cette petite flamme viendra éclairer notre
chemin jusqu'à l’édifice commun, puis un éclairage total réapparaîtra.
Le Vénérable se trouve au centre des croisées lumineuses, recevant et
distribuant la lumière faisant de lui l’intermédiaire entre l’ignorance et la
connaissance. Cette lumière si précieuse sera escortée par l’épée du frère
terrible qui est le seul à pouvoir lever l’épée symbolisant la vigilance du
chercheur de vérité(27).

Le Vénérable - Mes Frères, debout et à l’ordre


Ceci est un ordre donné qui ne demande ni confirmation, ni réplique, car c’est
l’annonce d’une vérité nouvelle.
Le Vénérable se lève pour accompagner et parfaire l’union de tous les Frères.
L’ordre chasse le désordre.
À l’ordre, c’est la main droite sous la gorge qui semble contenir le
bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et qui préserve
ainsi la tête. Se mettre debout et à l’ordre c’est être prêt pour l’alliance avec
le Grand Architecte de l’Univers, car ce qui va se passer ici, en un lieu et un
temps sacrés, appartient à l’histoire et à la franc-maçonnerie, mais pas à
l’homme lui-même. Ce dernier est un dépositaire chargé de transmettre.
C’est ainsi que, ne possédant rien pour lui-même, le franc-maçon lorsqu’il se
sépare de ses Frères à la fermeture des travaux est soumis au serment de
garder le secret et ceci depuis son entrée en franc-maçonnerie. Il ne peut
divulguer ce qui ne lui appartient pas et qui le dépasse.
La position debout fait du franc-maçon un intermédiaire entre la terre et le
ciel. Les pieds en équerre en terre, la tête dans le ciel, il réunit en lui le
matériel et le spirituel. Il ne lui reste plus qu’à ouvrir les portes de son
cœur par l’acclamation écossaise et la triple batterie à l’unisson.

La tradition initiatique rassemble ainsi tous les frères épars pour une
élévation commune vers le Grand Architecte de l’Univers, mais sans jamais se
substituer à l’exotérisme religieux qui est en dehors du champ couvert(28).
.
Le Vénérable — À la Gloire du Dieu Tout-puissant, Grand Architecte de l’Univers; au
nom et sous les auspices de La GLSREP travaillant au Rite Écossais Primitif, en vertu
des Anciens Devoirs et des Pouvoirs qui me furent conférés en fonction de ma charge,
je déclare ouverts les Travaux en Loge d’Apprenti…
L’œuvre consistant en l’ordonnancement du chaos en vue d’accueillir la
lumière est accomplie par le positionnement de l’esprit et de la matière à la
lumière de l’Évangile de Saint-Jean, il ne reste qu’à l’annoncer à la Loge haut
et fort. C’est une verbalisation qui, venant de l’Orient, est une imitation(29)
du Verbe premier.
Ce verbe semble transiter par Dieu Tout Puissant, puis par le Grand
Architecte de l’univers puis enfin par le Maître de la Loge qui place l’équerre
sur le compas le tout irradié par le Livre.
Cette déclinaison de la source en trois hiérarchies semble établir un principe
démiurgique. En réalité le REP est historiquement témoin de l’arrivée en Loge
de la notion de GADLU. Ce dernier s’est accolé au Divin considéré comme le
Principe sans prétendre à une démarche démiurgique. C’est un témoignage
historique de l’universalisme transreligieux, voir Noachite qui suivi l’apport
Andersonien de 1723 et 1737 et celui de De La Tierce des années 1743. Notre
rite a conservé la trace de ce passage.
Par cette invocation la communion parfaite vient de s’opérer dans un même
Amour et une même Connaissance. L’initié au milieu de tous ses Frères les
voit avec les yeux du Grand Architecte. Chacun dans l’invocation qui précède
doit se rappeler qu’il ne travaille pas à sa propre gloire. Il doit utiliser son
cœur pour servir l’autre. Ainsi, construire le temple n’est pas seulement bâtir
une personnalité réceptive à une grande vision, mais aussi élever un nouvel
Être au-delà du monde visible(30).

Le Vénérable - Mes Frères qui êtes à l’Orient, la Loge d’Apprenti étant ouverte vous
invite à reprendre vos places
Cette formule sera répétée sur les colonnes suivant le principe de la triple
voie(31).
Qu’elle est la place du franc-maçon ?
Chaque maçon à une place et un rôle à jouer dans l’ordonnancement de
l’Univers. L’homme n’est pas seul, il participe d’un Tout « ad orientem ». Il
sait que l’on veut et que l’on peut ordonner le Chaos. Cette certitude provient
du rôle qu’il joua en loge afin de rendre lisible le grand dessin. Gageons qu’il
puisse établir pour lui-même un dialogue entre ce qui est en haut et ce qui est
en bas.
Le franc-maçon travaillant en loge essaye jour après jour de bâtir un temple
intérieursous le « sol salutis » (sous la lumière du salut). Les colonnes ne
seront jamais assez hautes pour rejoindre le ciel. Le toit de la loge est une
voûte étoilée démontrant le lien permanent entre le ciel et ses deux
luminaires qui sont le Soleil et la Lune et le carré long symbole de la matière.
C’est à partir de ce carré long que les francs-maçons décidèrent de bâtir la
Loge puis le Temple.
Les francs-maçons travaillent à remplir cet incommensurable espace de leur
amour fraternel. Ce sera la voie royale.

Le cosmos est donc présent en nous(32). Nous sommes partagés entre la


pesanteur gravitationnelle qui nous attache à ce sol terrestre et l’aspiration à
s’élever spirituellement. C’est ici que l’ésotérisme de l’ouverture de la Loge
nous apprend quelque chose de lumineux sur nous-mêmes et l’univers.
Notre destin semble passer par la brèche ouverte dans l’espace et le temps.
L’ouverture de la loge donne bien accès à la grande universalité outrepassant
le regard profane.
(…) ER
1)En tant que volonté affirmée dans la matière, le coup de maillet s’assimile
au LOGOS qui concrétise la Pensée initiale en Parole. La vibration sonore
rappelle celle qui fut organisatrice du Tohu Bohu, appelée manifestation. Ce
verbe créateur s’exprime en premier par le fiat lux (« Iehi Aor ») G,I,3. Dans
l’ordre nous avons : 1er la Pensée à l’intérieur du Principe originel, qui est
l’entrée en Loge, en 2nd nous avons le Verbe vibratoire ou Parole qui exprime
la Pensée initiale par la frappe du maillet, 3ème, ledit Verbe ordonne et éclaire
l’informel par la Lumière.
2)Le maillet de l’autorité devient rigueur dans son application constante. A
tous ceux qui cofondent la rigueur du maillet et la rigueur de la faux, je
rappelle que la franc-maçonnerie s’attache à la construction suivant la
lecture lumineuse des plans, plus qu’à la destruction. La rigueur ne peut être
associée à une quelconque sanction. Le rite écossais primitif n’est en aucune
façon un rite noir ; c’est un rite lumineux synonyme de vie. Le REP est
métaphysique, accepte l’ésotérisme, mais pas l’obscurantisme mortifère. La
Lumière provient de la Ténèbre et chassera les ténèbres. Les deux termes
n’ont rien de commun d’où la confusion dans certaines interprétations
erronées d’un occultisme fondé sur les ténèbres.
3)En ce sens, le cerveau et le sang sont respectivement « logés » dans le crâne
et le cœur.
4)La loge à une production spirituelle ou matérielle dans un but spirituel :
construire le temple.
5)La franc-maçonnerie « organise » l’initiation individuelle dans un cadre
immémorial et collectif.
6)Nous pouvons dire Ora et Labora en lieu et place de l’invocation et du
travail. En cabale phonétique on retiendra que l’élaboration est l’association
du spirituel par la prière (Ora-oratoire) et de la matière par le labeur (labora),
qui nous donne lab-oratoire.
7)Général et Universel s’entend de la plénitude des facultés de l’homme libre,
non asservi à un maître ou à un vice, qui se relie par le devoir de mémoire
aux lois universelles dont la connaissance fera de lui un homme réalisé.
8)La lecture des Plans fourni par le Divin à David et mis en œuvre par
Salomon, est à la voie artisanale l’équivalent des Tables de la Loi fournies par
le Divin à Moise pour la voie sacerdotale.
9)Dans la tradition maçonnique, la brèche pour l’esprit est au niveau de la
fontanelle et pour l’âme au niveau du cœur percé par l’épée et le compas.
Dans tous les cas c’est un « objet rayon » qui fait pénétrer la lumière à
l’intérieur.
10)L’animation du corps composé des éléments de base tels que l’eau et la
boue, séchée au soleil et à l’air est ce fameux souffle qu’insuffle le divin dans
les narines d’Adam. Ce souffle est donc l’âme d’après la Genèse.
11)L’incorporation est l’assimilation de son corps et de son esprit à l’une des
pierres de lumière du temple.
12)Il y a une assimilation troublante entre le fait d’assumer sa charge, et le
fait de porter la croix. Nous avons d’un côté une pesanteur matérielle
normale dans une initiation portant sur la transformation de la matière qui
devra être rendue au niveau subtil du chef d’œuvre et la croix portée qui est
synonyme de l’avènement ultime de l’abandon du corps de matière pour
l’esprit.
13)C’est ici la fameuse logique reliant l’homme au Monde ou à l’Universel
(synonyme de Général). C’est le fil de l’analogie et de la correspondance qui
est un invariant commun à tous les ésotérismes et qui existe de manière
certaine depuis plus de 20 000 ans. On voit dans la caverne de la période
Solutréenne, une femme préhistorique tenant en main un quart de Lune
barrée de 14 traits, associant le cycle lunaire à celui de la femme. Donc la vie
dans sa durée est liée au temps céleste. L’homme est donc en rapport avec le
tout.
14)On retiendra la parenté entre l’expression « à couvert » et le verbe
« tuiler ». Il s’agit dans les deux cas de se protéger du regard profane, celui de
l’extérieur à la loge et celui de l’intérieur de nous même. C’est toujours un
couvreur qui place la tuile.
15)La franc-maçonnerie n’a jamais opposé le profane au sacré ni l’exotérisme
à l’ésotérisme. Au contraire la science du premier s’enrichit de la
« connaissance » du second. Il ne peut y avoir d’ésotérisme fiable sans le
rattachement à une base exotérique reconnue. Simplement le niveau
d’interprétation sera différent, mais pas nécessairement opposé.
16)C’est ici l’illustration du principe universel de l’analogie inverse, comme le
sceau de Salomon, l’arbre inversé, le sablier. L’initié devra voir l’image
inversée en soi, unifiant ainsi les contraires en complémentaires. Cette
démarche inclut la notion cyclique, le recommencement, le premier qui
devient le dernier, etc.
17)On notera qu’autrefois la lune n’était pas positionnée à l’Orient, mais à
l’Occident, accentuant le principe réfléchissant des Surveillants.
18)Nous retrouverons dans l’image donnée par un miroir une image inversée
décrivant une réalité d’une autre nature.
19)La fameuse pierre cachée du cabinet de réflexion deviendra chez le
bâtisseur la pierre rejetée. La pierre est support du sens ésotérique.
20)Le pèlerin sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle pérégrine tout
autant à l’intérieur de lui.
21)Cette notion de flux quasi imperceptible relève du domaine subtil qui est
le tissus asubstantiel de l’être. Le subtil participe de la matière et de l’esprit et
se retrouve dans la forme. Il interagit entre les objets ou les sujets. L’égrégore
en est un exemple. C’est aussi la rosée céleste du rose-croix, le feu secret
intérieur de l’alchimiste ou l’influence astrale de l’astrologie de tradition. Le
subtil se lie à l’état supérieur de l’être et se révèle par signatures et des
correspondances.
22)Soit celui de la tangente, celui de la périphérie, née du Logos central. Il
devient alors centre secondaire rayonnant, car détenteur de l’épée
flamboyante dans le monde de la loge.
23)C’est aussi par cette explication que l’on parle d’une franc-maçonnerie
universelle, ce qui n’a rien à voir avec un communautarisme nivelant d’idées
sans relief ontologique.
24)C’est ici la loi des correspondances inversées qui trouve à s’exprimer de
Midi à Minuit, mais aussi dans l’hexagramme, ce qui est en haut et ce qui est
en bas, etc. Cette antithétique implique ce que l’on appelle la loi du retour qui
harmonise les contraires dans un habile complément. C’est ainsi que les
premiers seront les derniers, et que tout mouvement atteignant son extrême
se converti dans son opposé apparent. Ainsi les deux Saint-Jean et l’Ancien et
le Nouveau Testament se retrouvent symboliquement assimilés à la course de
la lumière entre les deux solstices que nous représentons en loge par les deux
colonnes J et B.
25)Nous retrouvons cette symbolique dans le renversement du sablier.
26)Ainsi les outils du grade présents au tableau de loge, trouvent à exprimer
leur sens ésotérique superficiel en regard du temple à bâtir, et un sens
ésotérique second en regard de la construction de soi. C’est ce que consacre le
passage du savoir-faire au savoir-être. Il y a toujours un sens ésotérique lié à
la forme (ici le temple) et un autre consacré au fond (ici concernant l’homme
et la puissance créatrice).
27)On raconte qu’on a retrouvé derrière les murs des commanderies
templiers d’étranges pièces sombres sans ouverture hormis la lourde porte
d’accès. Des tentures blanches ornaient les murs et sur l’autel vacillait une
petite flamme. Cette petite flamme était gardée nuit et jour par un templier
en prière, car la flamme ne devait jamais rester seule et le moment venu de la
relève la bougie était changée. Ainsi la flamme brillait sans interruption afin
d’éclairer l’homme dans les ténèbres.
28)La voie religieuse en Occident est exotérique, la voie initiatique est
ésotérique.
29)Le mimétisme correspond au devoir de mémoire prescrit par les Statuts de
Schaw de 1599.
30)C’est aussi le développement de la faculté de double vue qui permet au
maçon de voir au-delà des apparences.
31)Ou triple parole qui anime les deux colonnes Nord et Sud en plus de celle
du milieu Est Ouest. La triple voie est un écho dans la matière duelle de la
puissance originelle. La parole trine étant liée à la lumière, on comprend que
les maillets soient associés à une bougie, que l’on retrouve en Sagesse Beauté
et Force autour du tableau de loge. La triple voie induit la lumière trine.
32)Dans nos rituels on retrouve les grandes options de la philosophie :
pythagoricienne par la loi des nombres et des proportions, platonicienne par
la notion d’essence, où le concret n’est que le reflet de l’idée, mais aussi les
principes du monde des formes et les différents plans de l’être face à l’unité,
etc. Cet ensemble varié trouve à s’exprimer dans l’ésotérisme de base du
franc-maçon. La version humaniste et sociale de la franc-maçonnerie viendra
équilibrer cette recherche et la discipline de l’arcane, en s’assurant que le
sens caché apporte un progrès pour l’humanisation de l’Homme, et que le
retour dans la Lumière ne soit pas sans effet dans le monde profane.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
25 mai 2013
Les trois grands coups, ou le retour au Centre
(Nous surlignons pour favoriser une lecture rapide, ER)
C’est par trois grands coups que nous sommes entrés en franc-maçonnerie,
c’est ce que nous indique le catéchisme de l’apprenti. Cette affirmation est
confortée dans la plupart des rites continentaux inspirés des modernes, à
l’exception du REAA où il faut frapper deux coups et du RFM où il faut frapper
un coup. Rien dans les anciennes divulgations ou les anciens rituels ne
conforte l’absence des trois grands coups. Nous en conclurons que dans le but
de se différencier et de donner à la tenue rituelique un aspect moins
trinitaire, certains rites ont voulu marquer une différence dès l’instant ou le
profane est amené à la porte du temple.
L’aspect trinitaire n’est pas le seul problème généré par les coups à la porte,
celui de la place de cet épisode dans le processus initiatique n’est pas sans
intérêt. Pour certains rites, le cabinet de réflexion n’est pas l’épreuve de la
terre partant du principe que l’homme existe tel qu’il est, ledit cabinet
devient chambre de réflexion, pour d’autres ce n’est pas le cabinet de
réflexion, mais la chambre des réflexions (RFT) donnant une part plutôt
méditative et philosophique à ce passage dans l’isolement.
Nous resterons sur les principes du REP qui considère que les trois grands
coups frappés à la porte du temple se situent entre la recomposition
subterrestre du corps et son animation par les sens et les émotions dans les
épreuves dextrocentrées, pour finir dans l’illumination de l’esprit.
Une fois de plus, face à la porte et au moment de frapper les trois coups, nous
nous interrogeons sur le sens profond du rituel qui comme la porte qui va
s’ouvrir, offre un aspect extérieur et moral et un aspect intérieur et
ésotérique. La porte offre en effet à celui qui la fait ouvrir le sens « caché » de
ce qui s’y trouve conservé à l’abri des regards profanes.
Les trois coups sont liés au sens secret de la porte et à la nature profonde de
la sortie du cabinet de réflexion. Tous les rites n’entrevoient pas la même
intériorité dans le sens à donner à cette « translation ».
Quels que soient les chemins empruntés par les différents rites maçonniques,
ils aboutissent tous devant la porte du temple.
Dans le développement qui suit nous ne perdrons pas de vue le principe de
dé-corporation avec l’idée de la mort du vieil homme, et nous n’oublierons
pas que le REP privilégie l’interprétation en miroir entre ce qui est
« extérieur » et ce qui est « intérieur ». C’est sous cette double condition que
nous pouvons valablement étudier le sens à donner aux trois grands coups
appelés aussi les trois coups distincts, qui sont une opération rituelique de la
« lumière trine » appliquée au candidat qui va demander la lumière. Nous ne
perdrons pas de vue le sens du mouvement général de l’initiation caractérisée
par les trois verbes du catéchisme Demander, chercher et frapper. Ce
mouvement abouti à réintégrer le centre de soi-même et de découvrir qu’il se
superpose au centre des centres.

I) L’histoire, le rythme et l’intensité


Dans le sens des trois grands coups, nous avons le rituel de la loge mère
écossaise de Marseille de 1751 qui est d’après nos recherches et les
affirmations de Robert Ambelain l’une des souches du REP du moins pour les
deux premiers degrés. Nous avons aussi le Wilkinson de 1727, « la Maçonnerie
disséquée » de Samuel Prichard de 1730, « la Réception d’un Frey maçon » de
1737, « l’Ordre des Francs-Maçons trahis » de 1742, « le Sceau Rompu de 1745,
« the Three Distinct Knoks» de 1760, « Jachin et Boaz » de 1762. En sens
contraire : un seul coup dans la Parfait Maçon de 1744, dans le guide du
maçon de 1804 (REAA), deux coups dans le Rite Français de 1858 et 1887. À
noter que le Nécessaire Maçonnique du rite français de 1817 et le Nécessaire
Maçonnique du rite écossais de 1817 optent tous les deux pour les trois coups.
Tout porte à croire en l’antériorité historique des trois grands coups pour
entrer en loge. La question subsidiaire repose sur le rythme de ces coups, ils
peuvent être réguliers ou irréguliers. On apprécie l’irrégularité « profane »
au sens du rythme et de l’intensité en regard de la pratique des maillets. S’ils
sont dans le rythme des maillets, cela veut dire que celui qui frappe à la porte
est déjà franc-maçon. Si le rythme ou l’intensité n’est pas celui du rite, cela
veut dire qu’une présence étrangère à l’ordre est derrière la porte. Ainsi nous
voyons tantôt le maître de cérémonie frapper à la porte pour le compte de
l’impétrant ( REP, R Emulation, RFT) qui assiste de tous ses sens auditifs à
cette scène, soit nous avons l’impétrant qui frappe lui-même à la porte (RER,
RY), les yeux bandés se faisant guidé dans la frappe par le Maître de
Cérémonie ou par l’expert. Mais nous ne leurrons pas le cherchant n’est
jamais livré à lui-même il est toujours guidé dans ses pas, sa marche, ses
coups et ses réponses.
Nous en conclurons que la frappe à la porte par trois grands coups est une
manière extérieure d’exprimer son désir de rentrer dans les mystères de
l’ordre maçonnique. Cette manière extérieure s’exprime aussi bien au sens
propre qu’au sens figuré.
De nos jours les trois grands coups sont requis au REP, au RER, à la SOT le
RFT, le RY,un coup au REAA,deux coups au RFGO et un nombre non déterminé
au RAPMM. S’agissant des trois coups s’ils sont égaux dans leurs intervalles,
ont dit qu’ils sont le reflet d’un principe trinitaire et triunitaire, les trois
coups égaux formant l’unité ; s’ils sont inégaux deux plus un, ils signifient le
processus du passage du monde binaire profane vers la découverte de l’unité
sacrée. La différence n’est pas anodine si nous considérons que les maillets
vont rythmer et mettre en phase l’égrégore de la loge. Dans le premier cas, le
principe est révélé, dans le second on le découvre.

A)Quand débute l’initiation ?


Débute-t-elle à l’entrée dans le cabinet de réflexion ou au moment de l’entrée
en loge ? C’est en répondant à cette question que nous établirons la nature
réelle des trois grands coups.
Il existe une initiation « extérieure» fondée sur l’évidence de la mort, de l’espoir et du
cycle éternel basée sur une recomposition élémentaire.
Il existe une initiation « intérieure» de nos sens activés par les éléments. Nos sens
deviendront créateurs d’émotions et berceau de l’âme.
- Dans la première est « extérieure » et individuelle celle du cabinet de
réflexion, c’est une démarche existentielle née de la possible mort à soi-
même qui nous fait comprendre la nature des éléments qui nous compose.
C’est donc l’épreuve de la terre faisant apparaître le principe de vie et sa
dissolution élémentaire, et la notion même l’existence matérielle. Est sous-
tendue l’idée d’une décomposition et recomposition organique du corps. La
recomposition se fait par agrégation des éléments alchimiques autour d’un
centre que nous découvrirons dans l’acronyme V.I.T.R.I.O.L. Dans le cabinet
de réflexion nous entrons sans frapper, car nous accédons à une intériorité
propre à tout homme face à l’idée de la mort. C’est un simple « mémento
mori» avec des indices précieux sur la manière profane de se percevoir. Ces
indices sont incompréhensibles et sans effets sans la lumière du temple. Cette
épreuve de la terre est insuffisante, car elle ne révèle que la vanité des
prétentions liées au matériel et au corporel et ne fait pas apparaître les autres
éléments constitutifs de l’Être. Le but de l’initiation est de prendre conscience
de toutes les composantes de l’être.
- La seconde est intérieure dans un cadre collectif, c’est une purification
ou plutôt une rectification alchimique des sens d’un corps recomposé sorti du
cabinet de réflexion. Ce corps recomposé des quatre éléments n’a pas de vie
s’il n’est associé aux 5 sens, et les 5 sens n’ont aucune cohérence s’ils ne sont
animés par une âme coordinatrice. Celle-ci va se situer graduellement au-
dessus des sens, des sensations, des sentiments et enfin des émotions. Le
Maître de Cérémonie viendra heurter et frapper à la porte du cabinet qui
nous retient, activant ainsi la recomposition matérielle de notre être. Ce
réveil du corps tiré de sa dissolution dans le vitriol, appel l’âme et l’esprit à le
compléter…

Ce supplément d’âme demandé par le corps, fait que l’homme se détache de


l’animal en élaborant des sentiments et des émotions reliées à une causalité
supérieure. Ces émotions se traduisent dans un ordonnancement qui fait
prendre conscience à l’homme de sa dimension et de son altérité. La relation
aux autres âmes crée le sentiment humain et la possibilité de fonder une
famille une société puis un temple et une spiritualité.
C’est donc dans l’idée de bâtir quelque chose, outrepassant la simple état de
vie, qu’apparaît enfin une dimension spirituelle. Cette dimension
verticalisante, se traduira par l’accueil par l’âme et par le corps recomposé et
purifié d’une troisième composante appelée « Esprit ». Le corps l’âme et
l’esprit sont les composantes propres à toutes les initiations spirituelles qui
spiritualisent la relation au monde et à l’homme dans leurs communes
origines et destinées. Nous ne sommes plus très loin de la recherche de la
cause première.
Il existe incontestablement une corrélation entre la tripartition de l’Être, la
lumière trine et les trois grands coups. C’est ce que nous tenterons de
démontrer.
Retenons simplement que l’initiation au REP et aux rites qui frappent trois coups à
commencé par la recomposition élémentaire du cabinet de réflexion. Ici l’initiation est
déjà installée sur ses bases lorsque le demandeur-cherchant « pris en main » par le
maître de cérémonie se retrouve yeux bandés devant la porte. C’est le MDC qui frappe
à la porte 3 coups pour le compte du demandeur devenu cherchant puis frappeur !
Nous comprenons qu’a chaque coup est attaché un verbe et que l’association des trois
verbes va nous rapprocher du Verbe créateur.

B)De l’extérieur à l’intérieur. Problème de la verbalisation.


En effet le demandeur cherchant est face à sa réponse qui se trouve de l’autre
côté de la porte. Symboliquement Il faut FRAPPER trois fois sur trois portes
pour trois ouvertures sur l’intériorité.
A ce DEMANDEUR, CHERCHANT nous allons lui ouvrir la porte d’accès aux
mystères de l’intérieur.
Le demandeur a les yeux bandés, il est muet et il est tenu en main. Il n’a
aucune autonomie. Il va donc s’exprimer et donc verbaliser par l’entremise
de son interprète le Maître de Cérémonie. Cette verbalisation sonore est
réduite aux coups sur une porte. Ces coups sont le seul langage connu de
l’extérieur comme de l’intérieur, c’est un langage véritablement universel qui
demande la permission d’entrer. On verbalise la demande d’entrer en
frappant à la porte.
Au REP le futur initié est amené devant la Porte d'Occident du temple. Il est
en tension entre l’avant et l’après. Il se prépare à un passage entre l’extérieur
et l’intérieur qui du fait des yeux bandés se passe à un double niveau : celui
du corporel par le déplacement guidé de sa personne, et celui de
l’imagination activée par l’obération d’un sens.
Cet épisode nous donne la première représentation mentale de l’impétrant.
Pour la première fois dans son parcours il met en phase l’agir (trois coups) et
l’image intime (ce qui est derrière la porte). Soit l’extérieur et le corporel et
l’intérieur psychique. Ceci sera une habitude durant la totalité de son
parcours maçonnique.
Au REP le futur initié a les yeux bandés, le maître de cérémonie frappe trois
grands coups à la porte et attends la réponse du frère terrible qui est à
l’intérieur du Temple. On dit qu’il frappe en profane par des grands coups,
car il accompagne un non initié. On parle simplement de trois grands coups
qui ne sont différents de ceux habituellement frappés que par leur intensité
sonore (au REP). C’est l’intensité du coup porté qui annonce l’arrivée d’un
profane et non pas comme a d’autres rites la déstructuration du rythme. Nous
avons ici la réponse à l’intensité des coups.
On découvrira dans le catéchisme le sens caché de ses trois grands coups :
« Demandez et vous recevrez (la lumière), cherchez et vous trouverez (l’entrée du
temple de lumière ou la vérité), frappez et on vous ouvrira (les sens secrets des
symboles, ou le livre fermé ou de la porte des mystères de la franc-maçonnerie
donnant accès au Centre).
Soyons clairs, les coups relatent la triple verbalisation du demander chercher
frapper.
Nous comprenons d’emblée que ces coups, en regard de leurs trois
significations, ne peuvent pas être irréguliers dans le rythme au risque de
déséquilibrer les trois verbes, et donc la verbalisation entre l’extérieur et
l’intérieur. Si cette demande n’était pas équilibrée la porte ne s’ouvrirait pas.
Ce qui est excessif et non mesuré est donc l’intensité qui déroge aux
habitudes de la loge.
Au REP le rythme sera régulier et l’intensité forte pour se conformer au
catéchisme.D’autres rites privilégient l’arythmie à l’intensité. Notons pour
conclure que le qualificatif « grand » rend compte de l’intensité mais aussi de
l’importance, de la signification haute des coups quant à la cible qu’ils visent
qui n’est autre que le Verbe.
II) Principe d’intériorisation de la porte. La demande et l’identité et la
procuration.

Après les trois coups portés par procuration le demandeur décline son
identité.
L’association de l’identité déclinée à la demande d’entrer dans le temple doit
retenir notre attention.
La porte du temple devient par association de circonstances notre propre
porte. La porte est donc identitaire ! Cette assimilation de la porte à son
propre accès intérieur est la conséquence immédiate de l’acronyme
V.I.T.R.I.O.L.
Cependant nous constatons qu’au REP (contrairement à d’autres rites) ce
n’est pas le demandeur qui frappe à la porte, mais le Maître des Cérémonies
(idem R Emulation , RFT REAA.
Donc l’opération de frappe n’est pas physiquement faite par l’impétrant, mais
cela reste une expérience initiatique vécue par le demandeur. C’est son
accompagnant de confiance qui l’amène à bon port sur la porte inconnue du
temple. Il ya a une relation de fusion entre celui qui demande et le guide.
Nous retrouvons cet aspect de mise en confiance sur le chemin à suivre dans
l’allégorie du Bon Pasteur : « C'est moi qui suis la porte : celui qui entrera par moi
sera sauvé », Le maître de cérémonie est celui qui rassemble et guide vers le
centre. Il va aller jusqu’au bout de sa mission d’accompagnement en agissant
pour le compte du candidat.
Une demande formulée pour son compte est une extériorisation de la
volonté par le principe de la procure. Cette extériorisation de l’acte et de la
volonté dans la personne du MDC (procuration) a pour corollaire une
intériorisation de la représentation mentale de la scène. Les yeux bandés, le
demandeur assiste à sa propre demande et à ses conséquences comme dans
une scène où il serait son propre spectateur.
Cette « dé-corporation » face à une porte est le premier exercice initiant la
connaissance de soi en étant spectateur de sa propre démarche et de sa
propre entrée. Assister à sa propre entrée en loge est plus édifiante que celle
d’un acteur maladroit, d’une scène non comprise. L’incompréhension de la
scène résulte souvent de l’acte dont on ne comprend pas le sens, occupé que
l’on est à l’accomplir sans le vivre pleinement. Au REP on privilégie le
ressenti d’un esprit en plein éveil. En vérité l’intérêt de cette démarche est de
découvrir sa porte intérieure qui est celle du temple de l’homme.
En conséquence, l’expérience de dé-corporation qui rend le candidat
spectateur de sa propre demande, va faire place à l’incorporation de la porte
du temple autrement dit à la découverte en soi d’une porte pour faire entrer
la lumière.

A) Mise en scène de l’intégration


Voici la scène telle quelle est prévue par les rituels du REP.
Le MDC tient le futur initié par le bras,
Le Maître des Cérémonies frappe trois grands coups à la porte du Temple.
« O » « O » « O » (Il frappe en qualité d’initié accompagné d’un profane donc par
trois grands coups qui dérogent à l’intensité habituelle, ils sont forts et espacés)
Le Frère Terrible — Frère 2ème Surveillant, annoncez au Vénérable qu’on
frappe à la porte du Temple en Profane.
Le 2ème Surveillant - Frère 1er Surveillant, on frappe à la porte du Temple en
Profane.
Le 1er Surveillant — Vénérable, on frappe à la porte du Temple en Profane.
Le Vénérable — Frère Terrible, voyez qui frappe ainsi à la porte du Temple et
écartez tout Profane qui oserait venir troubler nos travaux.
Le Frère Terrible frappe de l’intérieur du Temple en Apprenti : « O O O » »
Le Maître de Cérémonies de l’extérieur lui répond de même : « O O O »
Le Frère Terrible - Frère Maître de Cérémonies, pourquoi frappez-vous ainsi?
Le Maître des Cérémonies - Annoncez au Vénérable que c’est un Profane qui
demande la faveur d’être reçu Maçon et d’être admis à nos Travaux.
Le Frère Terrible — - Vénérable c’est un Profane qui demande la faveur d’être
reçu Maçon et d’être admis à nos Travaux.
Le Vénérable — Frère Terrible, demandez à ce Profane son nom, ses prénoms,
son âge, son lieu de naissance, qui étaient ses père et mère et sa religion.
On voit que dans cette procédure d’introduction en loge la présence d’un
profane en demande n’est pas une surprise, il n’y a pas lieu de s’armer comme
au REAA d’épée pour s’en défendre, nous sommes en conscience dans
un rituel dit d’initiation ou tout est annoncé et programmé. Personne n’est
surpris par la frappe à la porte. Mais la porte ne s’ouvre pas
immédiatement, car il faut mettre en résonnance ce qui se passe de part et
d’autre de la porte. Une deuxième série de frappes en miroir (en réponse)
entre l’intérieur et l’extérieur va y pourvoir. J’insiste sur l’effet miroir de
cette réponse qui justifie les trois coups de la demande. Elle sera « régulière »
dans l’intensité et le rythme et donc au diapason de l’égrégore de la
loge. C’est donc cet effet miroir de l’intérieur à l’extérieur qui va débloquer le
processus d’initiation en autorisant un non-initié à entrer accompagné et
« pris en main » ou « maintenu ». Cette réponse est un écho purifié de la
présence profane. On fait déjà entendre au candidat la régularité de la
frappe !.

B) Le processus hermétique d’intégration intérieure

L’effet miroir des deux fois trois coups réguliers de l’intérieur vers
l’extérieur nous donne un indice capital sur le principe de symétrie
analogique qui nourri les premiers grades du REP. Cette symétrie joue aussi
bien entre les parvis et le Hékal qu’entre le temple et l’intimité du maçon. Le
miroir est une clef hermétique majeure qui donne la relation entre le haut et
le bas, mais aussi entre l’extérieur et l’intérieur..
Maintenant que nous avons perçu la notion de porte intérieure à soi –même il
faut bien souligner qu’elle s’associe parfaitement avec l’intérieur du
Temple. Toute porte fait la frontière entre l’intérieur et l’extérieur.
Il est donc logique et nous l’avons démontré que le premier acte intérieur
soit un non-actequi aboutit à une représentation mentale de haut niveau qui
est elle-même de nature intérieure. Ainsi avant le début de la cérémonie dans
le temple, c’est par la représentation mentale inconsciente que nous nous
intériorisons le sacré d’un temple en trois niveaux :
1) le niveau matériel d’une porte est imaginé

2) le niveau corporel d’une porte d’entrée dans notre intériorité


3) le niveau intérieur d’une vérité et d’une lumière en soi qui se déclinera
entre âme et esprit,
Nous allons retrouver cette stratification des niveaux dans le catéchisme de
l’apprenti. D’un constat de correspondance entre extérieur et intérieur nous
allons déduire le sens intérieur et le sens extérieur des choses et des
symboles. Soit l’ésotérisme et l’exotérisme. Ainsi le fait de frapper à la porte
séparant l’intérieur de l’extérieur les yeux bandés est déjà un acte plein de
sens. Le fait qu’il soit fait pour notre propre compte par un initié dont la
fonction est de nous guider sur le chemin est encore plus symbolique.
Celui qui sait nous montre où frapper en nous et comment, pour y faire
entrer la lumière !
On peut cependant relever une différence de point de vue entre la porte du
temple qui permet de rentrer dans la lumière et la porte intérieure à soi que
l’on entrouvre pour faire entrer la lumière jusque dans notre centre.
L’homme n’est pas un démiurge il ne peut que recevoir et transmettre. Il ne
crée pas la Lumière. Il va la chercher dans un lieu consacré et dédicacé à cet
effet lumineux. Ce lieu de lumière fut conçu comme la maison de Dieu. Ce
Temple de Salomon demeure la référence architecturale de la réception de la
lumière et de sa diffusion dans ses trois parties qui sont le Debhir, le Hékal et
l’Ulam, soit dans une transcription anthropomorphique du Temple : l’esprit,
l’âme et le corps.
C) Où frapper en nous ?
À l’évidence les trois grands coups frappés sur une porte s’adressent à trois
entrées en soi. Nous retrouvons ces trois entrées dans les trois maillets
frappeurs du VM du 1er et 2nd S mais aussi dans la légende d’Hiram. Hiram
perd la vie par les trois coups assenés par trois outils ou instruments dévoyés,
sur trois sorties pour le corps pour l’âme et pour l’esprit.
Sur un plan symbolique, nous pouvons affecter les trois coups à la porte
sur les trois strates qui humanisent l’homme :
- La première concerne nos sens corporels et en premier lien l’audition,
une vibration entre dans notre corps. Elle est intériorisée, tout comme la vue
et les autres sens qui sont sans repères visuels « extérieures »
- Le deuxième s’adresse à l’émotion induite par l’acte solennel et
mystérieux, elle concerne l’animation du corps autour de cet événement,
l’augmentation du rythme cardiaque, la tension musculaire et l’appréhension
de ce qui va se passer. C’est ici l’âme qui « réagit » aux coups sur sa porte. Elle
est littéralement mise en vibration par les émotions et en phase avec la
volonté d’enter dans la lumière. La porte d’entrée de l’âme animatrice du
corps est le cœur. L’intelligence de ce cœur est vibratoire, on la dit
« cardiaque ».
- Enfin un troisième niveau est frappé, c’est celui qui entraîne
l’imagination et la représentation mentale, c’est donc l’esprit, analytique,
discursif ou synthétique qui projette la « dé-corporisation » de l’expérience
en regardant son corps et son âme être mis en vibration par cette rituellie. Il
y a pour la première fois dans le parcours maçonnique une tentative de
séparer ou du moins de distinguer, le corps et l’esprit,comme un premier
exercice.
Il y aurait ainsi trois centres en soi qui seraient frappés, celui du corps atteint
par la vibration ici sonore (elle pourrait être lumineuse, tactile, olfactive, etc),
celui de l’âmeatteinte par le sens concerné ici l’audition. Elle est issue de
l’émotion générée par les sens dans le corps. Il y a mise en phase de l’âme et
du corps. Enfin intervient le troisième centre, celui de l’esprit qui verticalise
et réuni les zones du cerveau activées par les sens, dans la recomposition
d’une image mentale cohérente.
Voici résumée la signification des trois coups dont on nous dit qu’ils sont
« grands » au REP ou « distinct » dans la divulgation « the three distincts
knoks »,veut dire distincts ou tranchés, voir séparés ou formels. Cette mise en
valeur des coups se fait plus au regard de l’importance des centres qu’ils vont
réveiller chez ce profane accompagné..
On notera que la tripartition de l’Être rend l’homme sensible aux multiples de
3 et que le raisonnement précédent vaut pour tout système ternaire dans ses
modalités symboliques.Autrement dit le ternaire maçonnique et son tri-
unitarisme doit nous permettre de découvrir le centre en soi et le centre du
Tout.

D)Acte volontaire codifié aux trois effets


Les trois coups frappés par procuration ou par soi-même ont une fonction
d’apprentissage du code universel du franc-maçon, il en sera de même avec
l’épellation où pour la première fois on souffle au futur maçon la lettre à
prononcer. Nous aurons le même processus imitatif dans l’exécution des pas
et des gestes.
Nous sommes indiscutablement dans un processus mémoriel d’apprentissage
par imitation de ceux qui savent. On marque par les trois grands coups
EXTERIEURS et par leurs réponses INTERIEURES le principe de mise en phase
des trois niveaux :
- celui de l’individu au groupe, (du cabinet de réflexion à la loge)
- celui du corporel à l’intellectuel (imagerie mentale)
- celui de l’intellectuel à la représentation mentale ternaire ou triangulée, en
partage avec la structure de la Loge ou du Temple, le langage des trois coups
et la lumière trine.
Sur ce dernier point nous reviendrons dans une prochaine étude sur la
différence existant en trois coups à intervalles réguliers ou progressifs.
Au REP la représentation mentale de l’acte de frapper et d’entrer va activer le
corps dans son souffle intime appelé par les anciens l’âme et va exaucer le
niveau de notre pensée par la spiritualisation de l’acte lui-même faisant la
part belle à l’esprit.
Pour les rites qui excluent les trois grands coups, la signification s’arrête au
premier stade celui de la mise en harmonie de l’individu au groupe. Ou avec
les deux coups on se situe dans l’utopie au sens noble (représentation
mentale) appliquée au groupe social.

III) Processus d’intégration à la loge

Hormis l’effet miroir des trois coups frappés régulièrement qui répondent
aux trois grands coups « extérieurs », nous allons vivre l’intégration de la
périphérie au centre par les trois voyages dextrocentrés. On pourra analyser
ce phénomène comme une agrégation au groupe de l’intérieur ou comme une
réintégration centripète au centre lumineux.
Mais avant l’intégration de cet élément extérieur, il est nécessaire que le
profane soit passé par une série de questionnement.
Le Frère terrible au REP fait le relais entre la porte Ouest conçue comme le
cercle extérieur et le centre représenté par le Maître de Loge. C’est donc par
l’interface du Frère terrible-expert que s’organisera le questionnement
identitaire. Ce questionnement porte sur les trois parties constitutives du
candidat ne sera qu’une synthèse des trois grands coups portés à la porte du
temple

A)Le questionnement identitaire et le premier gnôthi seauton


Le questionnement sur l’identité et l’origine parentale ou religieuse du
candidat n’est pas qu’une simple formalité. Ici se résume la totalité du
parcours profane pour aller jusque dans le temple. Le testament
philosophique à permis au REP de réfléchir sur les trois niveaux d’intégration
de l’être envers les siens, la société et le cosmos. Mais cette triple
interrogation n’était qu’une amorce à la découverte de soi en trois
étapes.Nous mettons entre parenthèse nos ajouts :
« D. Comment avez-vous été introduit en Loge (dans votre temple intérieur)?
R. Par trois grands coups (par trois réveils)?
D. Que signifient ces trois coups?
R. Demandez (en vous), vous recevrez;(la lumière) Cherchez (en vous), vous trouverez
(le chemin); frappez (en vous), et l’on vous ouvrira (les trois portes de l’être).
D. Que vous ont produit ces trois coups?
R. Un Expert, qui m’a demandé mon nom, mes prénoms, mon âge, mon pays, et si
c’était bien ma volonté d’être reçu Maçon? »

En demandant au candidat de décliner son identité, on lui demande de


répondre profondément à la question : qui es-tu ?
Le fait de le dire qui on est entraîne une prise de conscience à l’instant même
d’entrer à l’intérieur du Temple comme de soi-même. Nous l’avons démontré,
la porte est la même.
L’état civil est la synthèse des trois enquêtes et du passage sous le bandeau. Il
est racinaire, on fait apparaître ses géniteurs et ses racines sociales qui
animent et son corps, il est aussi une indication sur sa spiritualité qui donne
un sens à son âme, car on demande sa religion. Donc nous pouvons affirmer
que la question-réponse pour entrer dans le temple repose sur la
connaissance élémentaire et minimale de soi. Ceci implique un état du
corps(géniteur et filiation), un état d’âme qui penche vers le complément
d’âme apporté par le groupe initiatique et un état d’esprit (croyance ou pas)
une spiritualité affirmée ou en voie de construction. Nous avons donc ici un
état des lieux de l’Être. Nous voyons intuitivement ce que la loge peut
compléter dans cet état de l’Être.
Ce sont les trois ressorts invisibles du questionnement identitaire fait par le
Vénérable pour le compte de la Loge comme pour le compte du candidat.
Ce questionnement identitaire du « connais-toi toi-même », n’a de valeur
dans ses réponses qu’a l’issue d’un parcours mental et physique en trois
temps qui sont résumés dans le catéchisme de l’apprenti à propos des trois
grands coups :

B)« Demandez, Cherchez, Frappez » et Le Verbe. Le retour au centre


Nous revenons sur les trois verbes du catéchisme que nous qualifierons de
« centripètes » et intégrateurs.
Le Verbe créateur nous est inaccessible, nous ne pouvons que l’approcher.
Nous ne pouvons qu’épeler ou n’utiliser que des verbes « centripètes »
manifestant notre volonté de réintégrer le centre.
Dans le grand mouvement des idées métaphysiques et religieuses, l’homme
cherche son centre immobile, celui de la quiétude et de plénitude ultime où
ni le temps ni la contingence n’ont de prises. L’effet miroir appelé aussi loi
des correspondances nous dit que ce qui est en haut est comme ce qui est en
bas : donc ce centre en soi correspond au centre du Tout.
Il n’est pas dans le privilège de l’homme de posséder le Verbe divin. Il doit se
contenter des éléments de sa « manifestation » par l’épée flamboyante et le
maillet d’un coté, et par la déclinaison verbale de l’agir de l’autre. Nous avons
ainsi les trois coups qui sont associés aux trois états de l’être et aux trois
verbes du retour.
D. Que signifient ces trois coups?
R. Demandez, vous recevrez; cherchez, vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira.

Nous avons compris que l’intégration en loge et l’intégration au centre


lumineux autrement dit symboliquement la réintégration de l’homme au
paradis perdu. Il s’agit pour chacun de revenir à cet état édénique.

Les verbes sont l’expression d’une démarche active et volontaire pour


revenir au centre.
1) La demande est un acte volontaire et persistant, on veut intégrer à soi une
réponse. C’est un désir qui s’affirme !
Il faut la formuler par écrit et verbalement on n’entre pas en franc-
maçonnerie par hasard. La demande se fait à une autorité supposée
supérieure à soi,. Non pas que la loge soit hiérarchiquement et socialement
supérieure, mais que la demande faite à la loge est faite aussi à soi-même
dans une intimité supérieure à son état d’existence. Nous revenons ici à cet
état de dé-corporisation propice à une prise de conscience. de notre
tripartition (nous en retrouvons les effets dans le testament philosophique
qui prépare la mort du vieil homme.)
C’est ici l’effet miroir du rituel qui joue à plein sur la demande à soi et aux
autres. Elle se traduit par la persistance et des examens successifs par
enquêtes et bandeau jusqu'à la déclinaison identitaire de ce que nous sommes
vraiment, à la porte du temple. Sur la base d’une demande faite à une
position hiérarchiquement avancée sur le plan initiatique, la question de la
porte de la loge ou du Temple se posera à nouveau. S’il s’agit de la loge, le
système égalitaire qui la gouverne sous l’égide des modernes ne pourra
répondre à ce lien hiérarchique. Par contre c’est dans l’intériorité que ce lien
hiérarchique va s’imposer. Au contraire, si nous frappons à la porte du
Temple, alors la hiérarchie s’impose à nous depuis l’Ancien Testament. Le
Temple de Salomon est inégalable et non reconstruit. Il représente
l’archétype de la maison de Dieu.
L’esprit de la demande trouve ici un écho de première importance. J’en viens
à la demande que vous avez formulée pour entrer en franc-maçonnerie :
avez-vous souhaité intégrer un groupe de réflexion qui ne s’inféode qu’à ses
propres expectatives et où chaque maçon bâtit comme bon lui semble l’aléa
de ses pensées ? Où avez-vous souhaité rechercher un rapprochement sérieux
avec le grand schéma des origines et rechercher la voie qui mène à la source ?
Dans tous les cas les murailles ne seront plus reconstruites, et les pierres
serviront à bâtir des ponts, sans doute entre les peuples, mais plus sûrement
avec celui qui tient le compas.
2) Chercher n’est pas la réponse à une énigme comme si l’on comparaissait
devant le sphinx. C’est tout simplement chercher le chemin qui conduit au
temple, mais aussi ce chemin de lumière ou de vérité qui est tout autant
extérieur ( la loge) qu’intérieur et archétypal (le temple de Salomon devenu
temple intérieur). On comprendra dès lors que le chemin se dessine à chaque
bifurcation. Chacun aura donc son chemin, chacun marche vers l’idée qu’il se
fait de ce qui est juste beau et bon. Chercher en soi le chemin qui sera semé
d’embûches, fait de nous un pèlerin de l’esprit. Or un pèlerin de l’esprit est un
homme qui vit son désir d’exaltation confronté à ses tentations. Le RER
résume parfaitement cet aspect par les termes nous serons « cherchant
persévérant et souffrant ».

Nous pouvons estimer que celui qui cherche s’inscrit dans une perspective de
découverte de ce qui est au-delà des apparences. C’est donc un certain regard
qui s’affirme jusqu'à se retrouver intériorisé face à la porte.
Il faudra un travail constant et opiniâtre pour rester sur ce chemin et enfin
atteindre la porte. L'Évangile selon Saint-Jean nous parle d’une porte et d’un
chemin difficile à trouver: « Entrez par la porte étroite, large en effet est la porte et
spacieuse est la route qui mène à la perdition et nombreux sont ceux qui s'y engagent.
Qu’elle est étroite la porte et qu'elle est resserrée la route qui mène à la vie, et peux
nombreux sont ceux qui la trouvent. » Il semble donc évident qu’à l’égal du
pèlerin, il faille demander et chercher son chemin qui n’est autre
qu’intérieur.

3) Frapper est ici l’objet même de l’entrée dans le temple maçonnique et


intérieur. Nous avons vu que la frappe à la porte par trois coups s’adresse à la
totalité tripartite de l’Être soit le corps, l’âme et l’esprit. En loge la frappe
légale se fait par le maillet qui ouvre le cœur à la lumière par la frappe de la
tête du compas. La frappe éveille ou réveille, elle met en alerte et en ordre,
c’est l’appel d’une insondable profondeur.
Si l’acte est physique, son écho et psychique et spirituel. Pour ouvrir la porte
intérieure il faut une clef, la clef est l’écho intérieur à cette frappe
extérieure ! ce sont trois coups cette fois-ci réguliers et harmonieux
au comme le centre d’où ils proviennent.

La frappe de haut en bas, liant le Verbe venu du haut, à la manifestation de


l’ici bas, sera une seconde nature dans le processus initiatique du maçon. On
l’illustre dès son admission par son premier travail sur la pierre. Knock est un
cognement, un coup, une frappe. C’est aussi l’idée de heurter de bouleverser
ce qui est établit pour activer un nouvel état.

On retrouve l’intégralité des trois coups associés aux trois verbes et aux trois
états de l’Être qui ont en commun le même centre. Le mouvement général est
bien celui d’une intégration au centre lumineux au sens métaphysique du
terme, et l’Évangile en général se laisse interpréter dans ce sens assez
facilement.
L’acceptation est réitérée plusieurs fois dans les Évangiles.

C) Acceptation par le gardien du seuil

Par ces trois coups associés aux trois verbes marquant le désir du retour au
centre,on répondra positivement :

Matthieu 7 :7 ; Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez,


et l'on vous ouvrira.
Matthieu 7 :8 ; Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à
celui qui frappe.
Luc 11 :9 ; Et moi, je vous dis : Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous
trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira.
Luc 10 :10 : Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à
celui qui frappe

Il semble donc qu’à chacun, une réponse positive peut être faite. Les
conditions doivent relater un état d’esprit : La demande doit être persistante,
elle fait apparaître la recherche d’un chemin de lumière et enfin la volonté
doit s’engager jusqu’à l’épreuve de soi faisant naître des sentiments profonds.
(C’est l’état de « l’homme de désir » au RER, qui infère aussi une notion de
souffrance et de tension en regard des vices qu’il doit combattre.)
La réponse de la Nouvelle Alliance qui est donnée est une lumière faite
homme.
Elle est structurée tant au plan intérieur qu’extérieur par les trois coups et les
trois verbes. Ils provoquent le réveil de l’être (corps âme esprit) et ce ne sera
pas le fruit d’un hasard ou d’une attitude passive. Cette réponse évangélique
est intégrée au catéchisme maçonnique.
C’est toute la méthode maçonnique que nous retrouvons résumée à la porte
du Temple. A l’évidence par les trois coups notre rituel voit plus loin que de
simples préoccupations morales ou sociales. Ce qui est visé au terme de notre
initiation c’est de comprendre ce que signifie la réintégration de l’Être en son
propre centre.
Cette méthode universaliste et œcuménique est fondée sur une Esperance
active, une foi maçonnique qui est celle des bâtisseurs de cathédrales, et
l’intégration charnelle de la notion de partage, de solidarité et de fraternité.
Nous retrouvons les chemins d’une initiation qui ne sépare pas l’homme de la
fraternité à laquelle il appartient, ces critères typiquement occidentaux
seront repris dans les grades supérieurs et notamment dans la chevalerie
Rose Croix (Foi, Espérance et Charité)
IV) Le sens final du troisième coup
Qu’y a-t-il derrière la porte ?
Bien plus qu’une assemblée de maçons célébrant la lumière
Bien plus qu’une loge pratiquant un rite traditionnel moderne ou ancien
Autre chose de plus fort et de plus intérieur et une méthode d’exaltation de
l’être.
Le rapport au Temple qu’il fut celui de Salomon ou de notre intériorité
renoue avec l’échelle ascensionnelle qui nous mène vers ce centre divin.
Finalement les trois grands coups nous montrent le chemin de l’intérieur.
C’est le second secret de sagesse après celui du centre en soi révélé par
l’acronyme. C’est le secret qui révèle le lieu et les étapes du passage vers un
centre un jour peut-être illuminé par l’esprit.
En frappant à la porte de la Loge et du Temple, nous souhaitons secrètement
acquérir les moyens et la connaissance qui nous permettront une
réintégration dans le Jardin d’Éden. Cet accès passera par l’humanisation
grandissante de l’homme de vérité qui sommeille en nous. Ce réveil se
traduira par le relèvement du maître intérieur.
Nous savons ce qu’il nous reste à faire.
Extraits divers sur les trois grands coups, ou trois coups distincts
Catéchisme caractéristique des Anciens Devoirs de la maçonnerie opérative
anglaise,daté de 1760 et intitulé « Les Trois coups distincts ». Les « Trois
Coups Distincts » est la divulgation d’une cérémonie dialoguée sur la base du
devoir de mémoire qui aurait été pratiquée par les loges des Ancients.
Extrait
Degré d’apprenti
« Le maître : Y a-t-il un lien qui nous unit, mon frère ?
Réponse : Oui vénérable.
Maî.: Quel est ce lien mon frère ?
Rép.: C’est un secret.
Maî.: Quel est ce secret, mon frère ?
Rép.: La maçonnerie.
Maî.: Alors je suppose que vous êtes maçon.
Rép.: Mes frères et mes compagnons me reconnaissent et m’acceptent comme
tel.
Maî.: Pouvez-vous me dire quel genre d’homme un maçon doit-il être ?
Rép.: Un homme né d’une femme libre.
Maî.: Où vous êtes-vous d’abord préparé pour devenir maçon ?
Rép.:Dans mon cœur.
…………..
Maî.: Comment avez-vous été admis ?
Rép.:Par trois coups distincts.
Maî.: Qu’est-ce qu’on vous a dit ?
Rép.: Qui va là ?
Maî.: Qu’avez-vous répondu, mon frère ?
Rép.: Quelqu’un qui demande à prendre part au bienfait de cette très
respectable loge dédiée à saint Jean, comme ont fait beaucoup de frères et
compagnons avant moi.
________________________________________________________________
Le sceau rompu en 1745 dans sa critique du Secret des Francs maçon
précédemment publiés.
« A la page 68, quand il s'agit d'introduire le candidat dans la chambre de
réception, il est vrai que le parrain frappe trois coups à la porte, mais l'Auteur
ne marque pas que le premier des Surveillant frappe aussitôt trois coups sur
le maillet du second, & que celui-ci lui répond par autant de coups sur le sien ;
omission, comme on voit des plus importantes. »
…………………………………………………………………………………………
« D. Comment vous y a-t'il introduit ?
R. Par trois grands coups.
D. Que signifient ces trois grands coups ?
R. 3 Paroles de l'Ecriture Sainte : Frappez, on vous ouvrira ; Parlez, on vous
répondra ; Demandez, on vous donnera. »
____________________________________________________________________
_______

RITE FRANÇAIS 1788 : DU CATECHISME DU GRADE D'APPRENTI DU RECUEIL


DE LA MACONNERIE (1788)

D. Que signifient les trois grands, coups ?


R. Trois Paroles de l'Écriture-Sainte, Frappez, on vous ouvrira ; Cherchez,
vous trouverez ; Demandez vous, recevrez. (inversion)
D. Que vous ont-ils produits ?
R. L'ouverture de la Loge.
D. Lorsqu'elle a été ouverte, qu'est-ce que l'Expert a fait de vous ?
R. Il m'a remis entre les mains du second Surveillant.
________________________________________________________________
Rituel du marquis de Cages 1763
Extrait :
Le Terrible sort de la loge et va trouver le récipiendaire en lui disant :
Monsieur, c'est donc vous qui vouliez apprendre les secrets des maçons et
être admis parmi eux.
Lorsqu'il a répondu, il lui dit :
Armez-vous de patience et de courage !
Puis il lui fait quitter tous les métaux comme argent, boucles, agrafes,
boutons de manche, habit, puis il lui fait mettre le bras droit nu, et il lui
bande les yeux et lui met le soulier gauche en pantoufle et le genou droit
découvert.
En cet état, il le conduit à la porte de la Loge en lui disant :
Monsieur c'est ici qu'il faut montrer de la fermeté et ne vous étonner de rien.
Puis le Terrible frappe trois coups à la porte ce qui est le frapper de
l'apprenti. Le 2 eme Survts.·. ayant entendu frapper, frappe sur le maillet du
1er et le 1er sur le sien, le maître sur l'autel, alors le 2 eme Survts.·. dit au 1 er
:
Vénérable frère 1er Survts.·., on frappe à la porte du temple en apprenti
et le 1er dit :
Vénérable Maître on frappe en apprenti à la porte du temple.
alors le maître dit :
Vénérable frère 1er Survts.·., envoyez voir qui frappe à la porte du temple par
le vénérable frère 2eme Survts.·.
Le 1 er le dit au second et le second va à la porte où il frappe en apprenti. Le
Terrible répond, le 2eme répète et ouvre en disant d'une voix grosse et
contrefaite :
Que demandez-vous?
Le terrible répond :
C'est un profane qui demande d'être reçu maçon.
Le 2ème Survts.·. ferme brusquement la porte et revient frapper sur le maillet
du 1 er et le premier sur le sien, le Maître sur l'autel alors le 2ème Survts.·. dit
au premier :
Vénérable frère premier Survts.·.
c'est un profane qui demande d'être initié dans nos sacrés mystères et de voir
la Lumière.
Le premier dit au Maître et le Maître dit:
Vénérable frère 1er Survts.·., envoyez le Vénérable frère 2ème Suvts.·., lui
demander son nom, son âge, sa qualité et sa religion et si ce n'est point par
esprit de curiosité qu'il demande d'être initié parmi nous.
Le 1er le dit au deuxième et le 2eme va à la porte du temple où il frappe en
apprenti. Le terrible répond.
Le 2ème répète et il ouvre en di

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12 mai 2013
SOURCES TRADITIONNELLES DES RITUELS MAÇONNIQUES
I) Le rituel maçonnique, sens, origines et évolutions.
La franc-maçonnerie se veut une des dernières sociétés initiatiques en
Occident. Dépositaire des dernières traces de la tradition primordiale, elle
s’attache à transmettre ce précieux trésor de génération en génération,
d’initié en initié. Le rituel maçonnique est immédiatement relié à la tradition
et à l’initiation. Ces trois éléments ne pouvant être séparés, la trilogie se
résume de la manière suivante : « J’accède à la Tradition primordiale, celle de
l’origine des temps, par l’initiation rituellement menée qui ouvre l’accès à un
espace consacré situé hors du temps profane. » Dans une société ou les rites
ancestraux ont tendance à être relégué au rang de curiosité, de sujets d’étude
pour universitaires ethnologue, ou le mouvement et l’accélération du temps
nous oblige à des choix immédiats et précipités, quel bonheur de savoir qu’il
existe une filiation entre nous et nos anciens dans la pratique des rituels
initiatiques.
Ceux-ci se déroulaient dans un « espace rituellement consacré », à l’écart du
tumulte : « la loge est à couvert extérieurement » et en dehors du temps
profane : « les travaux en loge se déroulent de midi à minuit ». Ces trois
points sont toujours indissociables pour assurer une mise en œuvre efficiente
du rituel, et donc une transmission authentique. La signification du
terme « rite » nous renvoi à son étymologie « Rita » signifiant ordre. La mise
en oeuvre d’un rite met les participants en dehors du chaos[1], par
l’ordonnancement de la cérémonie même, et l’application de règles
communes propices à « faire naître cette lumière » que les francs maçons
recherchent en se réunissant.
La sacralité liée à l’usage des rites explique sans doute leurs présences dans
toutes les liturgies religieuses. Les rites ont encore de beaux jours devant eux,
car l’expérience démontre que l’homme, aussi moderne soit il, ne peut se
départir de la dimension sacrée. De la même façon il ne pourra se départir de
ce qui le relie à cette tradition primordiale, lien non connu du profane, mais
mis en « conscience[2] » lors de la cérémonie d’initiation.
Nous pouvons donc définir le rite maçonnique comme la mise en œuvre d’un
ensemble de signes, de mots et de sons qui ont tous une portée symbolique et
qui respectent des règles communes, dans un espace abrité et consacré, ayant
pour effet de mettre en condition le franc maçon pour recevoir l’initiation
consistant en une transmission de l’influence spirituelle tout en s’ouvrant à
lui-même et aux autres.

Il s’agit d’obtenir par la grâce du rituel, l’ouverture de l’Espace et du


Temps[3] pour s’en échapper et se situer radicalement hors la contingence.
Rappelons qu’il ne peut y avoir d’influence spirituelle sans la mise en œuvre
par des initiés qualifiés[4] de la forme et de la classe[5] rituelique adaptée. Le
rite relie le présent au passé marquant ainsi l’intemporalité, il devient la clé
d’accès à un espace consacré, mais aussi au temps primordial et sacré qui
précédait les temps historiques.
Nous concevons alors comme nécessaire de distinguer « la forme » de « la
classe », non pas pour faire apparaître une quelconque opposition, mais pour
déterminer plus efficacement les modalités de transmission de l’influence
spirituelle.
Finalement, le rite a pour but de donner accès, par ce qu’il est supposé
transmettre, à quelque chose qui dépasse notre simple individualité et qui
selon l’expression chère à René Guenon « appartient à d’autres états
d’existence[6] ».
Néanmoins, on constate que la notion de rite est répandue à tous les niveaux
de la société et à chaque moment important de notre vie. Au-delà de ce
constat, a priori favorable, car de nature à banaliser le rite comme une
seconde nature, il n’en demeure pas moins que le rituel initiatique pour ce
qu’il représente et implique est peu répandu, voir combattu dans nos sociétés
occidentales.
Au même titre assiste-on en Occident à la prédominance du temps laïc et
linéaire, masculin par son essence solaire, face au temps circulaire marqué
par le renouvellement et la renaissance lunaire par nature d’essence
féminine[7]. À ce sujet on remarque que la célébration des deux solstices
d’été et d’hiver symbolise la communion cosmogonique des principes solaires
et lunaires par cette inflexion d’une linéarité vers le cycle du déclin et du
renouvellement. Ces fêtes sont conservées dans les sociétés initiatiques et
oubliées dans la société civile.
La symbolique cosmogonique fondatrice de l’univers demeure la base des
sociétés initiatiques dont fait partie la franc-maçonnerie[8]. C’est ici que se
situe le hiatus le plus déterminant quant à ses conséquences et sa nature
profonde, entre l’opposition de principe qui existe entre la société
occidentale expurgée de ses racines ésotériques et traditionnelles et les
sociétés orientales plus globales. À défaut d’être cohérentes et efficaces, ces
dernières ont réussi à mener simultanément l’interprétation exotérique et
ésotérique, passant de l’une à l’autre au quotidien, sans restriction ni
ostracisme. Le déracinement ésotérique ne pouvant mener qu’à une
laïcité[9] combative, aussi nécessaire que nivelante, et qui a pris le relais
d’une inquisition de même nature. De la même manière que l’agnosticisme
prend le relais, à titre subsidiaire et en se référant à la laicité, d’une religion
essoufflée et endormie sur sa propre légende.
Ce bilan est d’autant plus navrant que le point de convergence entre les trois
religions Abrahamiques se situe justement sur le registre ésotérique qui au-
delà du temps liturgique[10] et de sa contingence interprétative donne accès
au temps primordiaux et mythiques qui sont la souche de l’unité originaire
des religions.
Au titre du constat sur la déficience ésotérique, laissons la parole à Mircea
Eliade qui souligne dans Naissances mystiques[11]« qu’une des
caractéristiques du monde moderne est la disparition de l’initiation ». Cette
remarque vient en renfort de l’ouvrage prémonitoire et terriblement actuel
de René Guénon « La crise du monde moderne [12]». René Guénon fait une
magistrale démonstration de la différence existant entre une société
moderne occidentale et une société traditionnelle elle-même en voie de
disparition sous les coups de boutoirs du rationalisme idéologique et
économique. Il est fort probable que la théorie des cycles finisse par
l’emporter et remette un jour sur les rails cette tradition qui tempèrerait les
excès d’une mondialisation aveugle.

Comment a-t-on réussi à assurer la pérennité d’une telle transmission dans


un contexte occidental particulièrement défavorable ? La question nous
impose un rapide survol des difficultés rencontrées dans la dévolution
successorale de la tradition initiatique des origines, face à l’hégémonie
grandissante d’une religion d’État qui n’a jamais vu d’un très bon œil les
groupements « élitistes » œuvrant sur le terrain spirituel et ésotérique et
susceptibles d’interpréter autrement les textes sacrés.

La religion d’État.

Nous savons que le monde chrétien s’est développé justement en rompant


avec la tradition élitiste et initiatique des mystères d’Éleusis, tout en
absorbant les mythes osiriaques et en reprenant à son compte l’ensemble des
mythes mithriaques, éradiquant les castes initiatiques d’origine grecque
égyptienne ou celtique.
La chrétienté des premiers siècles et sa papauté n’ont pas hésité à écraser
aussi les mouvements qui se réclamaient de la gnose elle-même fondée sur la
même tradition, mais qui contestait son magistère. Le gnosticisme et ses
dérivés de l’ordre inférieur étaient tenus pour hérétiques.
Au demeurant on constatera que la confusion des pouvoirs spirituels et
temporels accentua la puissance de cette nouvelle religion. L’empereur
Constantin en l’an 315, en fit une religion officielle lui donnant
l’universalisme de l’empire romain comme support d’expression. Ladite
religion s’empressa de détruire et absorber les sanctuaires mithriaques
constitués pour l’essentiel par des cavernes pour y bâtir des églises[13].
Ernest Renan, évoquant cet épisode, disait « Si le christianisme eut été arrêté
dans sa croissance par quelque maladie mortelle, le monde eut été Mithraïste ».
Devenue dogmatique par nécessité séculière, l’église des conciles, de Nicée
notamment, dispute aux autres interprétations la parole des évangiles, et tire
à elle la couverture de la Tradition qui préexistait à ceux-ci.
La religion chrétienne dans son comportement monopolistique a su
démocratiser et rendre accessible les « nouveaux » mystères à tout à chacun,
sans filtres particuliers en dehors du baptême[14]. Cette force de la non
sélection et cette vocation à accueillir chacun, lui permis de devenir
« catholicos » c'est-à-dire universelle. On comprend alors que les anciens
mystères dont l’accès et la rituellie n’étaient réservés qu’aux initiés, furent
mis en déroute. La pratique initiatique en occident se trouva concurrencée
par l’hégémonie grandissante d’une chrétienté toute puissante, jusqu'à
imposer l’inquisition. C’est à cette période que l’on situe généralement
l’alliance du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel pourchassant
l’hérétique interprétation. Cette chasse à l’hérétique sera une véritable
croisade intérieure qui par sa lutte contre la gnose et les gnostiques,
installera définitivement la tri unité exotérique au sommet de
l’interprétation occidentale.

L’ésotérisme Occidental en difficulté.

Alors que toutes les religions ont une double vocation à la fois exotérique et
ésotérique, qui sont à notre point de vue les deux faces de la même pièce, il
semblerait que la chrétienté à compter du moyen âge ait cherché à se
départir de la dimension ésotérique, sans doute pour mieux assumer son
caractère séculier. Enfermée dans la lutte pour un pouvoir politique[15], elle
risquait de perde ainsi tout le dimensionnement spirituel ésotérique qui pour
le coup ne lui était d’aucune utilité. Ainsi, l’élite[16] associée à l’ésotérisme et
capable de double vue, cédait le pas au nombre, à la quantité, à la primauté de
l’interprétation exotérique et rationalisée des textes sacrés. L’élite du sens
caché disparaissait au profit d’une élite de pouvoir sur les choses.
Dès lors on peu légitimement s’interroger sur la survie de la pratique
initiatique ritualisée, par nature ésotérique, seule capable de transmettre la
tradition primordiale.
C’est la pratique rituelique qui donne vie à l’interprétation ésotérique ; c’est
aussi elle qui permet la transmission de l’initiation.
L’usage du symbole et des mythes et leurs assimilations adaptées à chaque
individu suivant un chemin qui lui est propre, reste une spécificité
maçonnique. Le rituel étant l’écrin protecteur de l’initiation, il faut rappeler
qu’il codifie l’ensemble des gestes et des mots d’un processus qui fait vivre la
tenue maçonnique. Héritier inspiré des traditions des collegias faborum, des
loges opératives du moyen âge et des confréries qui leurs succèdent ; le rituel
des francs maçons élabore un cadre propice à l’éclosion et à la transmission
d’une initiation de métier de la classe artisanale appelée « art royal ».
Comment la démarche initiatique a-t-elle pu être transmise face l’hégémonie
de l’église ? « E.°.R.°. »

Suite de l’article dans une prochaine parution

[1] D’où l’expression bien connue « Ordo ab chaos ».


[2] La mise en conscience peut être progressive ou simplement virtuelle et
s’exprimer ultérieurement lors du cheminement de l’initié.
[3] On remarque qu’il est difficile de séparér le tempus du templum, le
premier pouvant se décliner en cyclique et linéaire, le deuxième imago
mundi.
[4] C'est-à-dire ayant reçue préalablement l’initiation correspondant aux
rituels dont il s’agit.
[5] Par principe il existe trois classes initiatique qui correspondent
traditionnellement à trois classes sociales distinctes : la classe artisanale ; la
chevalerie, la classe sacerdotale.
[6]Aperçus sur l’initiation, Editions Traditionnelles.
[7] Le cycle est de nature féminine sur la base des 28 jours entre déclin et
régénération voir renouvellement.
[8] On peut noter que les temples maçonniques sont orientés vers l’Est porte
des dieux, et que les deux colonnes représentent le point du couché du soleil
aux deux solstices d’Eté et d’Hiver.
[9] Nous restons persuadés que de la même façon qu’une société trouve
momentanément son salut puis son équilibre dans l’excès, elle revient, dans
l’excès à nouveau, à ce fameux point de départ qui lui revient de droit et de
nature.
[10] Il convient de distinguer les trois temps-supports de la tradition, dont le
principe est de reposer sur un évènement fondateur : le temps profane, par
nature historique et non sacré, le temps liturgique inaugural des temps
historiques et reposant par exemple sur la parole de Jésus, le temps
primordial porteur de la Tradition qui précède les deux autres et repose sur
les mythes ontologiques.
[11]Gallimard 1959, page 9.
[12]Gallimard.
[13] Le choix du 25 décembre solstice d’hiver pour fêter la naissance du Christ
correspond à une ancienne fête Mithriaque qu’il s’agissait d’assimiler à la
liturgie chrétienne.
[14] Symbolisant une nouvelle naissance, le premier des sept sacrements de
l’église pourrait se rapprocher de l’initiation s’il n’était dévalorisé par son
caractère exotérique sur fond de prosélytisme.
[15] Cette lutte entre pouvoir temporel et spirituel sera stigmatisée par la
lutte entre Guelfes et Gibelins.
[16] L’élite indique que tout le monde n’est pas initiable. N’a pas la "vocation"
qui veut.
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5 mai 2013
Le tableau de loge et son approche métaphysique

Le tableau de loge et son approche métaphysique. Du Principe à la


manifestation (par E.°.R.°.)
Le tableau de loge est en rapport symbolique direct avec son support qui est le pavé
mosaïque. Ce tableau est ainsi « placé » intentionnellement à un endroit du temple
que nous pouvons appeler la croisée des chemins de lumière. L’intention dans ce
« placement » est ritualisée et donc productrice d’effets.
C’est en fonction de ces deux relations de cause à effet ritualisées que nous tenterons
de donner une interprétation métaphysique du tableau de loge(au Rite Ecossais
Primitif filation Ambelain-GLSREP).
Rappel des fondamentaux
Les fondements de la voie maçonnique recoupent les archétypes de toute
initiation en faisant référence indirecte au Principe. C’est en cela que l’on
peut qualifier une voie de traditionnelle.
Il est utile de rappeler que les relations de cause à effet forment la base des
systèmes de correspondances qui amplifient et subliment le symbole. Les lois
de correspondances associant le haut et le bas, la relation symétrique et
l’inversion en miroir font partie des clefs offertes par la méthode
maçonnique. L’acquisition de ces notions se fera graduellement comme si
nous montions les barreaux d’une échelle. Le but restera celui de nos
anciens : voir le visage de la Lumière et redescendre pour en témoigner à nos
frères.
Tendre vers l’interprétation anagogique constitue l’objectif de la méthode
maçonnique. Ainsi la recherche de la cause en tant que démarche rationnelle
et scientifique peut muter sur le plan du concret et du social ou tenter de s’en
détacher. Du concret et du substantiel nous irons vers l’essence. L’essence
elle-même reste liée à la substance, mais nous rapproche sensiblement de la
fameuse cause de toutes les causes, appelée cause première. La « cause
première » que nous pourrions appeler le « principe » va générer la totalité
des effets créés et incréés dont l’un d’entre eux va retenir notre attention : la
manifestation. Cette manifestation peut avoir une connotation réelle et
concrète, ou une connotation immatérielle. C’est sur cette manifestation que
va travailler le franc-maçon, car elle correspond à la voie qu’il a choisie, celle
de la transformation de la matière jusqu'à en découvrir l’esprit qui y
sommeille. Pour ce travail il y mettra toute son âme en vue de produire un
chef-d’œuvre qui sera symboliquement une œuvre de l’esprit. Ainsi entre le
sujet et l’objet nous retrouvons une correspondance qui est la suivante : en
taillant ma pierre c’est moi-même que je taille et polis jusqu'à l’harmonie
parfaite conjuguant la forme et mon esprit. Ma pierre est un miroir qui
reflète mon intime et aussi le monde. Il y a donc un double aspect intérieur et
extérieur sur lequel il faut travailler.
Dans ce double travail alliant la matière à l’esprit s’interpose le souffle de la
vie représenté par l’âme. C’est à elle que revient le privilège de lier le corps et
l’esprit, c’est pour cela que l’artisan mettra tout son cœur et donc toute son
âme dans son travail jusqu’a en faire jaillir l’esprit. Dans cette lignée nous
trouverons les chefs d'oeuvre des compagnons du tour de France ou la
perspective du chef d’œuvre de l’artiste qui ouvriront une voie vers la
perfection du divin pour certains, ou le principe pour d’autres.
Nous retrouvons dans la progression graduelle maçonnique nos trois états
liés à la superposition-entrelacement du compas-équerre :
1) notre matière formelle, donnant le monde des formes et l’homme charnel
2) notre esprit extrait de la matière formelle donnant l’intermédiation,
l’altérité de l’homme psychique
3) enfin l’esprit réintégré au principe donnant la remontée dans l’axe
transcendant de l’homme spirituel.
L’opération se ferait donc en trois temps.
Cette constatation s’appliquera au tableau de loge qui devrait dans tous les
rites maçonniques traditionnels établir le lien mémoriel et graduel entre le
Principe et la manifestation…quelle qu’en soit l’appellation.
La mémoire du grand schéma
Nous avions démontré que tout tableau de loge est une image mémorielle et
symbolique du monde. Mémorielle pour rendre compte du devoir de mémoire
des anciens devoirs et des statuts de Schaw de 1599 ; symbolique, car il reste
entendu que le symbole implique un niveau de réflexion qui dépasse la
signification pratique ou littéraire de l’objet. Le signifiant sans s’éloigner du
signifié, donne au symbole le statut « d’image du monde » au tableau de loge
ou plutôt d’image d’un monde. En effet il existe plusieurs images du monde
qui correspondent aux différents niveaux d’éveil du maçon correspondant à
trois points de vue pris suivant les trois axes de la perspective de Vitruve.

L’imago mundi du tableau de loge sera la synthèse de la succession des


représentations graduelles du monde sans lesquelles le mystère né du signe,
du mot, du geste symbolique serait sans but. Or, le seul but commun à tous les
symboles est le lien avec le principe. La gradualité maçonnique évoque
l’échelle qui monte dans les degrés dits « supérieurs » pour mieux
transmettre en redescendant. On retrouve l’idée de l’échelle en divers grades
maçonnique, et aussi sur les tableaux de loge du rite Emulation ou noachites.
Sans entrer dans les détails d’une telle « élévation » vers le Principe, nous
constatons qu’a chaque barreau de l’échelle peut correspondre à un état qui
offre un point de vue sur le monde et donc à un tableau de loge.
Néanmoins, toute échelle comme tout tableau repose sur un fondement.

Le fondement « sacré » du tracé de loge


Le tableau de loge est sur le pavé mosaïque en forme de carré long.
Le fondement renvoie à la pierre d’angle qui offre à toute construction une
possibilité un jour de consécration ou de dédicace.
Le fondement, et la pierre d’angle sont liés au concret d’une construction
sacrée. C’est le sacrum que nous retrouvons dans l’anatomie osseuse.
Le fondement renvoie aussi à l’éclairage angulaire, c'est-à-dire à l’ouverture
d’esprit nécessaire à la compréhension. Ainsi les piliers d’angles sagesse force
et beauté renvoient pour les rites Écossais à la géométrie pythagoricienne des
triangles rectangles et au fameux théorème. La bissectrice de l’hypoténuse
correspondra symboliquement au point de passage de l’axis mundi. À d’autres
rites, il s’agit d’une triangulation du naos, ce qui sur un plan métaphysique
revient au même. Nous voyons se dessiner sous nos yeux la correspondance
entre le plan du tableau et la notion d’axe, pour ne pas dire d’échelle
ascensionnelle. Nous pouvons donc affirmer que les trois tableaux de loge des
grades symboliques se superposent dans une ouverture d’esprit toujours plus
grande ou du moins toujours plus étendue. Il suffit d’observer le pas de
l’apprenti évoquant la ligne puis celui du compagnon évoquant le plan pour
enfin découvrir la verticale axiale de l'envol du maître
Nous retiendrons au REP que l’apprenti le compagnon et le maître
s’organisent au plan symbolique autour d’un pavé mosaïque et d’un tableau
de loge. Ces derniers sont éclairés par les lumières d’ordres sagesse force et
beauté. Cet éclairage initiatique du diagramme doit rayonner en nous en
fonction de notre avancement dans l’éveil. La norme du dispositif du pavé
mosaïque est appelée « carré long » qui évoque la notion de parcours
terrestre vers la lumière.
La vision fractionnée du grand schéma fonction de l’état d’âme.
Ce que nous voyons sur le tableau de loge est ce que nous pouvons concevoir
et « imaginer » à partir d’un schéma. La notion même du schéma est en
rapport direct avec le grand dessein divin tracé par le compas dont il n’est
qu’une vision limitée à la hauteur de notre ouverture d’esprit. Le grand
dessein du principe et du Verbe devient donc le grand dessin. C’est ainsi
que chacun des trois grades possède son tableau signature d’un état intérieur.
Ils nous racontent trois états déclinés du grand dessein. Ces trois états sont
perceptibles en fonction de trois états d’âme. Nous pouvons dire qu'il existe
une relation d'âme entre notre état de vivant et notre état de percevant.
Cette ouverture graduelle de notre perception va être animée par un état âme
qui doit aboutir à un état d’esprit.
C’est là que nous retrouvons liés dans un processus graduel le corps, l’âme et
l’esprit. L’état de superposition des trois composantes de l’être donne à
l’initié son avancement sur le chemin de l’éveil.
En rassemblant ce qui est épars, il tentera la superposition parfaite sur un axe
commun des trois éléments constitutifs. Symboliquement et dans la voie
maçonnique, il aura « réalisé » son Être en trouvant le centre de lui-même.
S’agissant d’une progression graduelle, l’état intérieur du franc-maçon et en
relation causale avec les limites du diagramme « la table à tracer ».
La tabula universalis
Quel est ce grand dessein, devenu dessin tracé, sinon la volonté, le logos se
traduisant par le rayon premier perçant les ténèbres ?

On représente le Pancréator portant compas. Une pointe s’appuie sur un


centre dit ontologique ou principiel, celui à partir duquel le rayon va
« rayonner » sur le cercle. Un point (parmi d’autres) engendré sur ce cercle
va donner naissance à une manifestation (parmi d’autres) qui ne sera qu’une
des possibilités d’expression du centre. Ce centre est relié à la manifestation
par le rayon producteur de cette manifestation, composée de substance et
d’essence. En simplifiant, nous comprenons que la substance va s’analyser
comme la matière et l’essence se rapprochera de la notion d’esprit.
Nous abordons de manière simplifiée les principes de base de la
métaphysique, et de ce qui la défini au-delà du simple aspect concret.
Le tableau de loge nous parle en effet de l’état de manifestation du monde
soit d’une possibilité concrète et visible d'embrasser de ce qui ne l’est pas et
qui s’appelle l’essence du monde. Cette essence est la source de l’état
substantiel, autrement dit dans une mesure plus concrète on dira que la
matière (substance) est une déclinaison concrète de l’esprit (essence). C’est ce
que le maçon détermine clairement dans le travail de la forme
harmonieuse, le travail sur la pierre cubique à pointe permettra
d’approfondir cet aperçu entre la matière et l’esprit ou entre la substance et
l’essence.
Cette observation nous mène tout droit à la constatation que le rite
maçonnique célèbre le lien indéfectible et traditionnel de la matière et de
l’esprit, souligné par l’entrecroisement de l’équerre et du compas. L’imago
mundi des trois tableaux des trois points de vue fonction des trois axes nous
renvoie à l’élaboration pour chaque maçon de sa propre vision du grand
schéma de l’univers. Cet exercice se fera à l’aune de la raison, mais dans une
dimension différente de celle dictée par les préjugés temporaires. C'est pour
s'abstraire de la contrainte occasionnelle ou sociale que le franc-maçon ira
chercher sa raison et son raisonnement dans le mythe. On ne devra pas
perdre de vue que l’homme ne peut s’humaniser sans une pensée haute, qui
tente de se détacher de la contingence en tentant de remonter à la source de
l'histoire et des cycles. Cette tabula universalis du pavé mosaïque va donc
supporter la « manifestation » par le traçage au compas et à la règle d’une
image du monde par le Grand Architecte De l’Univers. Nous y retrouverons le
cycle et la ligne, le temps et l’intemporel. Et dans tous les cas, le Principe y
figure caché derrière un symbole.

Le point et le tout
Le réel du traceur se situe entre les deux points de l’origine et de la
manifestation. Ce schéma nous donne une mandorle de laquelle nous tirons
un carré long. Ce carré long est un double carré qui exprime le parcours de
l’homme dans l’état manifesté. L’état manifesté est donc le fruit de la double
puissance du logos et de sa duplication. Ce réel est une vérité qui exprime une
des nombreuses possibilités de ce fameux centre ontologique duquel partent
tous les rayons de tous les possibles. C’est sur ce point principiel sans
existence concrète que s’appuie la pointe sèche du compas du GADLU .

Ce cercle premier est la volonté initiale (Principe) et le point sur le cercle une
simple potentialité qui rayonne à son tour établissant le monde manifesté
(verbalisation du monde par le Verbe).
L’espace d’intersection de ces deux cercles ontologique et manifesté est la
zone médiane de réalisation du sujet dans l’objet. Ce réel est tenu à distance
égale entre le centre source et le centre dupliqué.
Ici se trace la mandorle qui nous donne le double carré de la réalisation. Cette
réalisation à une perspective plane qui reproduit le haut et le bas comme la
montagne portant en sa base une caverne.
Cette superposition nous ramène à ce qui est en haut et ce qui est en bas soit
à l’hexagramme pour le Principe. Dans mesure plus humaine nous retrouvons
un sens à la destinée d’Hiram : soit pour sa dépouille et son âme le
bas, lesubterrestre, la crypte, et pour son esprit le haut, l’envol, et l’axe.
Cette organisation axiale et rayonnante de la mandorle forme une croix qui
n’est rien d’autre qu’un axe qui traverse un état. Ici avec les trois tableaux de
loge il s’agit des trois états du maçon, le physique le psychique et le spirituel.
Évidement, suivant les lois de correspondance et les principes d’harmonie,
chaque fois qui nous gravissons une marche vers le haut nous en descendons
une vers le bas. Il s’agit de la « réalisation » ascendante et descendante
suivant l’axe que nous retrouvons de manière universelle dans toutes les
initiations.
Ces deux carrés superposés du carré long sont le produit de l’intermédiation
des deux cercles et de l’axe Nord-Sud et Est-Ouest. Le centre est celui de l’axis
mundi. Cette tabula universalis dans le domaine manifesté devient pour le
maçon une réalité. C’est sur ce diagramme symbolique que va se « réaliser »
en corps et en esprit le maçon. Grâce à la mandorle des compagnons
bâtisseurs de cathédrales nous pouvons retrouver le traceur qui se tient entre
l’équerre du double carré et le compas du double cercle. L’analogie est à ce
point frappante que nous pouvons affirmer que le pavé mosaïque est une
table à tracer pour les monuments « axiaux » tels que les cathédrales. Cette
tabula devient tableau de loge exprimant un état du « réel » maçonnique en
fonction du parcours entrepris.
De cette table du réel nous tirerons au second degré une table d’harmonie qui
nous donnera un carré long dans la limite humaine du nombre d’or. Cet ici
que la manifestation se resoudra à la vérité humaine et en exprime
l’harmonie intégratrice au tout soit à la tabula Universalis.
Nous pouvons en conclure que la manifestation s’exprime par le réel et donc
la forme avec deux situations bien connues, l’une dans l’universel sans forme
et l’autre dans l’individuel avec forme. Entre les deux on trouve le carré long,
soit une zone de médiation qui est aussi celle de la prise de conscience des
deux notions informelles et formelles. C’est ici que nous pouvons dire que le
réel est une possibilité manifestée et que si la manifestation se traduit par le
réel, elle constitue la base perceptible de la connaissance d’un tout, à la fois
formel représenté par la boîte à outils du franc-maçon et informel représenté
par le silence et la ténèbre.
Le Principe sera au-delà du manifesté et du non manifesté il fonde la
connaissance non duelle, car il annule toutes les oppositions c’est en cela que
le Principe est associé à l’idée d’une possibilité universelle. Finalement les
principes seconds et traditionnels dont les tableaux de loges sont les tracés,
ne sont que des dérivés de la vision totale. Ils constituent notre réel et
fondent notre vision progressivement éclairée du Tout.
Donc l’art de la transformation de la matière est bien une voie qui permet de
connaître le Tout. C’est une voie initiatique « parfaite ». Notons qu’il existe
autant de possibles que de réels, mais qui remontent tous à la même source
ontologique informelle.
Le tableau d’avancement et le tablier.
Sur le chemin le pèlerin pérégrine.

La tabula universalis du Réel est le tracé du possible dont dépend le franc-


maçon en fonction de son grade. Ce tableau d’avancement ou tableau du
grade est toujours souché dans le point ontologique représenté par l’axe. Le
réel est donc une possibilité dite contingente où l’essence est à découvrir.
L’initié ne se réalisera qu’en percevant les trois états de son être inscrit dans
la permanence qui doit naturellement mener à la connaissance et donc à
l’unité première. Arrivé à ce sommet il pourra redescendre et transmettre
pour la franc-maçonnerie ou passer dans l’impermanence pour d’autres
voies. L'impermanence sera atteinte par la négation de l'existant ou de
l'acquis ce qui arrive fréquemment aux grands initiés. Ce comportement
incompréhensible voir asocial pour l'entourage n'est pas le but de la franc-
maçonnerie. Il est parfaitement explicable en fonction d'une grille de lecture
qui repose sur un effet miroir où la lecture du véritable sens à donner aux
expressions est inversée (comme dans la lecture sacrée ou l'image reflétée
par le miroir des sages). Nous restons en franc-maçonnerie symbolique, dans
le partage, le retour d'expérience initiatique et nous n'allons pas au-delà dans
cette voie. Ce travail « géométrique » du moi au soi débouchera sur une
remontée vers la source. Lors de ce processus sera perçue la dimension non
substantielle permettant de suivre le chemin spirituel du rayon.
Cette tabula universalis associant le tableau de loge tracé sur le plan en
damier est donc une clef de lecture. On en retrouvera la déclinaison discrète
dans le tablier du maçon qui varie fonction du grade, puis dans le tabar du
héraut d’armes pour la chevalerie de l’esprit… Nous y reviendrons dans un
prochain article. (E.°.R.°.)

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
26 avril 2013
Les gants blancs et le travail dans la lumière
Deuxième partie de l'étude sur les gants blancs. Vu la longueur de l'article
nous avons surligné les passages essentiels
II) Les gants blancs et l’expérience initiatique (E.°.R.°.)
Traditionnellement la main s’associe au travail de l’homo faber. Ce dernier
imite Dieu dans sa création par le travail de la matière. Il y a dans les mains
l’idée d’une conscience liée à la création du monde. La main est parfois
utilisée pour détruire, agresser et tuer. Il faut rendre la main à son expression
haute dans un meilleur spéculatif clos et couvert. Cette expression noble de la
main implique le respect des règles morales qui trouvent un écho en soi. Ceci
fait, l’agir dépendra de l’image que chacun a de soi, le soi étant par ailleurs en
harmonie avec le tout. L’initiation en loges d’homo faber, héritières de l’art
royal, forment la représentation « éclairée » de l’agir.
Les gants blancs font partie du dispositif rituelique de la loge. Dans la plupart
des rites, il semble improbable que les travaux puissent être ouverts sans que
les frères soient gantés de blanc.
Cette « mise en état » de la personne est comme une seconde nature tant au
plan physique qu’au plan psychique et semble directement liée à l’expérience
initiatique.
L’expérience initiatique repose sur l’épreuve purificatrice en vue de la
perception harmonieuse du Tout.
On constate que les gants blancs sanctionnèrent un passage initiatique lié à la
réception de la lumière, et à certains rites ils ne sont remis qu’a l’issue d’une
période probatoire complémentaire (rite York).
Le gant est le vêtement de la main, et la main par son chiffre cinq nous
renvoie à l’homme en harmonie avec l’univers (pentagramme et
hexagramme). L’homme en harmonie avec le tout oblige à penser l’homme à
l’image du tout. Nous avons ici le plus bel exemple d’effet miroir au plan
initiatique avec le problème de la justesse de la représentation mentale dans
l’aller-retour entre la voie extérieure et la voie intérieure. Ainsi nous aurons
à prendre en compte l’idée que la représentation symbolique du franc-maçon
passe par le filtre corps. Ce corps purifié est symboliquement une unité de
mesure et un lieu de projection du Tout. Donc dans la voie initiatique
artisanale c’est le corps qui transforme et agit sur un plan extérieur suivant
une représentation schématique intériorisée. La relation de l’extérieur à
l’intérieur trouve dans le symbole le moyen de s’exprimer. Les gants blancs
seront donc l’extériorisation du travail « intérieur ». Ces gants semblent
habiller la main extérieure comme la main intérieure illustrant le principe de
seconde nature née de l’effet miroir.
Le Tout (le cercle) est Un (le point central), donc l’initié doit trouver son
centre unitaire tenter de le mettre en harmonie ou en résonnance avec tous
les centres. Ganté de lumière il s’appuiera dans cette tentative sur les piliers
sagesse, force et harmonie.
Les gants blancs sont des symboles ritualisés particulièrement influents dans
la représentation du soi et du tout. Cette représentation du grand schéma est
aussi accentuée par l’épellation qui fait apparaître le sens de la lettre et du
silence, par le signe d’ordre qui catégorise les strates superposées de la
représentation, par les mots qui sont aussi agissants que le rythme du maillet
et le positionnement de l’équerre et du compas, etc.
La méthode maçonnique et sa rituelie ne laissent rien au hasard. Chaque
symbole ritualisé à obligatoirement un lien avec le principe. À défaut les
rituels maçonniques ne seraient que mise en scène folklorique d’assemblées
d’honnêtes bourgeois privilégiant l’entresoi et confondant la lumière avec la
fée électricité !
L’obération des sens, que ce soit la vue par le bandeau, ou le toucher par les
gants blancs, nous incite à ressentir autrement et à construire
symboliquement notre temple de lumière par la voie intérieure. Si la lumière
semble de prime abord extérieure, ses effets en franc-maçonnerie sont de
nature intérieure. Les gants blancs semblent nous mettre dans la perception
d’un ailleurs lumineux, où la forme extérieure comme les empreintes
digitales sont oubliées au profit d’une projection plus « essentielle ».
Les gants blancs nous font passer du stade formel pour aller vers l’essence.
L’étude des gants blancs sont un prétexte pour démontrer que le symbole agit
tout autant ici, dans notre monde manifesté du petit schéma, mais aussi dans
un ailleurs lumineux du grand schéma. C’est cette mise en superposition des
effets et des correspondances, entre micro et macrocosme, que nous
tenterons d’aborder dans 9 thèmes successifs :

1) L’idée d’un corps pur


Plus qu’un simple isolant fluidique, le gant retient dans la main les
conjonctions fluidiques de l’être ; pour mieux les maîtriser, les recomposer et
les filtrer. C’est le principe de la filtration-purification que nous retrouvons
dans l’athanor du cabinet de réflexion et dans les voyages initiatiques de
l’apprenti. Il s’agit plus d’une rectification au sens alchimique plutôt qu’une
appréciation simplement morale.
Ainsi les gants blancs « filtrant » rendent ou témoignent de la pureté des
mains pour nous-mêmes et nos frères. Ils symbolisent l’individuel dans le
collectif et inversement. C’est autour de cette relation que va s’élaborer l’idée
de purification.
Les mains pures sont l’image projetée des gants blancs. Voici les 4
conséquences de la mise en vêture des mains :
 Le corps métamorphosé est le signifié du vêtement cérémoniel ou
traditionnel, ce qui veut dire que la main pure devient
représentation du gant blanc. Le même raisonnement vaut pour le
tablier d’agneau sacrifié ou pour la coiffe ou couronne sur la tête.
(immanence-transcendance)
 Dans une assemblée de maçon, la présence des gants blancs est aussi
agissante pour la main que pour l’idée de ce qu’est le franc-maçon. Le
phénomène est induit au niveau individuel et collectif et se traduira par
l’égrégore et la circulation des bonnes ondes en loges. La chaîne d’union
évoquera une fusion fraternelle sans gant par les mains purifiées et
éprouvées.
 Le symbole est réellement agissant au niveau de la Psychée, qui
interagit avec le corps, modifiant ses fluides, et renvoie l’âme vagabonde
dans le vrai centre de l’être. C’est le principe de concentration. C’est
alors un égocentrisme individuel et collectif qui ont un même centre en
partage.
 Le temple déjà purifié et illuminé devient l’image du temple intérieur.
Le temple et le corps sont synonymes. Nous avons ici l’application
pratique des lois de correspondances : mains visibles de l’agir
extérieur/mains de lumières de l’agir intérieur ; temple maçonnique de
l’œuvre collective / temple intérieur fait de pierres de lumière.
Les gants blancs protègent nos frères de nos influx profanes. Ainsi ce qui est
en partage sont des idées filtrées par la lumière. Par les gants blancs, nous
nous protégeons du mauvais geste, du mauvais mot, de la mauvaise tendance.
On à donc au plan individuel un effet filtrant qui est dynamisé et redoublé par
l’effet du cumul collectif. Nous verrons que pour transmettre il faut
dynamiser un certain état collectif et individuel avec un objet clairement
défini. Cet objet et de réunir au plan individuel et collectif les différentes
composantes de l’Être autour d’un centre lumineux.

2) Prégnance du corps sur l’être et la représentation erronée.


Quelles sont nos limites ?
Les gants blancs nous renvoient à l’imperfection des tendances du corps
charnel. C’est donc la perfectibilité du corps qui doit mener à une
représentation du Tout unitaire, but de l’initiation.
Si les voyages initiatiques sont des voyages de purification et de
renouvellement, nous en déduisons que le corps est potentiellement
désordonné voir impur. Ce serait notre incohérence, notre
« déconcentration » ou notre impureté qui nous empêche d’avoir la vue et de
recevoir la lumière. À ces trois désunions, la franc-maçonnerie répond qu’il
faut rassembler ce qui est épars, concentre notre vue haute sur notre propre
centre en concordance avec un centre commun, et purifie par les voyages.
Cette idée de recomposition purifiée et de concentration ne peut être prise
uniquement au plan moral. Nos anciens nous renvoient aux origines de la
chute de l’homme dans la matière comprise dans un sens métaphysique. Sans
tomber dans la caricature, et pour mieux comprendre, il faut revenir au
système ternaire de l’apprenti :
Soyons simples. Dans les grades symboliques, suivant l’interprétation de la
Bible (parfois représentée par la règle à certains rites), l’Être serait triunitaire
et donc composé du corps contenant l’âme et l’esprit.

« Être » franc-maçon c’est vivre l’initiation dans par son corps « animé » par
l’âme. Corps que nous tentons de le purifier dans les épreuves que nous
subissons. Purifier l’homme charnel, c’est purifier aussi l'âme-psyché et donc
le siège de celle-ci qui est le cœur. C’est ici que se joue l’intention :
Nos intentions sont-elles pures ? = Notre coeur est-il pur ?
Si la réponse est positive, nous aurons respectivement un corps pur et une
âme purifiée. C’est sur cette base préalable que nous sommes aptes à recevoir
la lumière. L’impétrant est interrogé sur ses intentions dans la phase
préalable à l’initiation. Si on peut juger de son corps, on ne peut qu’évaluer
son âme par ses intentions, et le fait d’être libre et de bonnes moeurs met en
relation directe le corps et l’âme. Il peut alors être reçu dans la lumière. Cette
réception est « illuminatrice » de notre perception visuelle et se traduit
par une représentation mentale claire dont les contours sont définis au-delà
des apparences. C'est ce que j’appelle le don de double vue du franc-maçon ou
l’interprétation ésotérique dépasse l’apparence dispersée et tend vers l’unité.
Voilà ce que soulève comme question le port des gants blancs, mais aussi sous
un autre angle le tablier en peau.
Il est certain que l’initiation passe par la représentation sous l’empire de la
lumière. La question qui se posera est de savoir si la représentation de la
totalité est corporelle (microcosmique ?) ou partiellement détachée du corps
(macrocosmique ?) ou essence pure, hors contingence (Centre des centres ?).

3) Les gants blancs pour la double vue.


L’agir en gants blancs spéculatifs c’est voir et œuvrer au-delà, dans la
perfection. La perfection du maçon est d’abord géométrique.
Cette deuxième vue porte sur cette unité toujours présente dans l’initiation.
Cette vision de l’unité est associée à l’éveil ou la réalisation de soi qu’on
qualifie d’état de conscience supérieure. Le franc-maçon depuis les anciens
devoirs (1390 et 1410) inspirés par l’échelle scolastique du trivium et du
quadrivium, y accède par la géométrie.
Cette vision de l’unité en loge est relayée par la conjonction de nombreux
symboles souvent associés par paires reliées par un axeChacun les connaît
bien, ce sont les paires axiales : pavé mosaïque et voûte étoilée pour le
Zénith-Nadir, équerre et compas pour le Nord-Sud « entrelacé », niveau et
perpendiculaire pour l’Est -Ouest. Il y a ainsi un seul axe pour deux « points
de vue ». Ceci nous conduira à deux interprétations : celle qui se veut
exotérique ou du livre ouvert et l’autre plus réservée dite « ésotérique » ou
du livre fermé. La paire axiale est l’expression du passage du binaire au
ternaire. C’est donc le ternaire expression de l’esprit qui fait retour à l’unité.
Cette vision unitaire privilégiée et sacrée est cependant contingentée dans la
voie artisanale par la science géométrique et des nombres qui doit aboutir à
la « connaissance » de l’axe concerné par le degré. Ainsi le Tout se
« géométrise » ou plutôt est « géocentré » par le point de conjonction des
trois axes lumineux formant une croix tridimensionnelle :
- l’axe Ouest-Est de l’apprenti, formant une ligne, plus
- l’axe Nord-Sud du compagnon formant le plan plus
- l’axe Zénith-Nadir du maître formant le volume ou le Tout.
Ainsi nous avons trois « prises en conscience » des trois axes d’une géométrie
qui se veut sacrée et qui ne peut être mise en conscience que par les gants de
l’esprit.
La conscience des trois axes et de la double interprétation nous aide à la
représentation du tout.
4) L’examen des gants et l’éveil par le détachement et l’absence de tâches.
Pour parvenir à la troisième prise par la conscience de l’axe Zénith-Nadir il
faudra procéder à l’examen des gants. Les gants du compagnon sont-ils
« tachés » du sang d’Hiram ? Symboliquement la tache de sang est la fatalité
morbide du corps. Nous aurons ainsi un « détachement »(et absence de
tâches) de l’emprise corporelle au profit de l’envol ou de la libération de
l’esprit.
Nous serons jugés par nos intentions qui traduisent notre âme pure et
« détachée » d’impuretés qui l’alourdissent et par nos actes lumineux qui
traduisent notre corps pur et sans tâche. Donc aucun des trois compartiments
de l’Être ne doit être impur et sans conscience.
Par son esprit, l'être humain a la conscience illuminée d’un centre, par son
âme il a la conscience du centre en lui-même, enfin par son corps et ses sens,
il a la conscience de la contingence de son environnement sur sa chair.
Cette illumination des gants blancs devient spirituelle lorsque l’homme de
chair est purifié et que l’homme psychique a retrouvé son centre en lui
(V.I.T.R.I.O.L). La reconquête des états inférieurs de l’Être doit conduire
progressivement à une dissolution du sentiment d'individualité séparée, et
donc une communion avec toute chose. C’est cette forme d’éveil que
consacrent les gants blancs. Sans aborder le domaine religieux, la double vue
n’est qu’un aspect de l’illumination qui se caractérise par la notion d'éveil
spirituel.
Nous connaissons avec le cabinet de réflexion, le mythe symbolique de la
caverne de Platon qui se traduit au minimum par la « vision directe du réel »
caractérisée par un sentiment d'éternité et de perfection intrinsèque de toute
chose. Les gants blancs favorisent la vision non séparée du sujet et de l’objet.
Malheureusement cette vision globale est souvent erronée et les gants blancs
vont permettre de nous en prémunir. L’esprit siège symboliquement dans le
crâne, cavité de conjonction des sens filtrés par le corps. Nous verrons que
cette filtration inadéquate et profane va fausser l’image du monde.

5) Illumination et dégénérescence du corps


Nous sommes initiatiquement nés en mourant !
Les gants blancs couvrent le corps périssable faible et déclinant et vont
l’espace d’une tenue, tenter de le mettre notre corps en gloire par le
travail. La mise en gloire par le travail du corps est un état de médiation entre
le terrestre et le céleste à l'instar du Christ "en gloire" ou en mandorle au
fronton des cathédrales. Le travail du corps peut être fait jusqu'au sacrifice
utile d'Hiram, ou pour le rachat des âmes par le Christ. La gloire par le travail
signifie simplement la régénération du corps au contact de l'Œuvre
accomplie: L'Œuvre « réalisée » et tout autant intérieure qu'extérieure.
L’initié dans la voie artisanale se « réalise » par l’œuvre intérieure.
La pureté de la représentation symbolique est réellement mise en cause par
l’aptitude de nos sens et de nos cellules nerveuses d’en transférer dans notre
crâne l’image vraie. L’image faussée sera mal interprétée et donc l’esprit ne
sera pas au diapason du corps et de l’âme.
Malheureusement, habitant notre corps, nous dépendons de nos limites
physiques pour tenter la représentation du Tout. Il faut donc se résoudre à
porter un bandeau pour voir à l’intérieur de soi, des verres correcteurs pour
voir clair, comme il faut porter des gants blancs pour agir purement et un
tablier d’agneau pour travailler à la transcendance (l’agneau divin ou
l’agneau pascal).
En général le corps et ici particulièrement les mains, sont le lieu
intermédiaire et permanent de l'expérience initiatique. Ils nous relatent une
la perception du monde relatif en fonction de la capacité limitée de nos sens.
Ainsi la pensée ne peut s’exprimer que relativement au corps est les 5 sens.
Nous pouvons affirmer que la pensée comme la perception sont
contingentées et filtrées et souvent déformées par la prégnance de nos sens
et du corps. Il y a donc un problème de lien entre l’emprise du corps, la
lecture et la compréhension des informations transmises par les sens.
Donc le travail de l’initié symbolisé par la remise à jour des sens dans les
voyages et par les gants blancs consistera à rompre avec cette filtration des
perceptions par un corps déclinant avec le temps. Il est urgent d’aboutir à
une assimilation directe de la lumière et par une reconnaissance des limites
du corps pour mieux le dépasser. Ce sera l’objet du passage à la maîtrise,
premier des hauts grades.
Celui qui arrive au bout du chemin initiatique (sommet de l’échelle) vit hors
de son corps, il n’aurait plus besoin de gants.
La pensée et le songe ainsi que la représentation mentale s’exprime par des
mots en nombre limité qui passent par le filtre corporel de la langue et des
cordes vocales (cable tow). Ainsi on ne peut libérer la pensée de son
enveloppe corporelle malade de sa future mort, sauf dans le cas de
l’interprétation anagogique du symbole. Ici la pensée, traduction de l’esprit,
s’échappe de l’emprise du corps pour se rapprocher du spirituel ou du divin
suivant la sensibilité de chacun.
En fonction de nos arguments précédents, les gants blancs semblent nous
donner le « toucher » essentiel et lumineux. L’anagogie est la bonne serrure
des grands symboles initiatiques. La clef reste le symbole tri directionnel.
Anagogie du blanc
Il faudra dans l’expérience initiatique déchiffrer les symboles au plus haut en
dehors des limites de l’homme profane. Ce sens anagogique conduit au divin
et ne peut donc être analysé que par un exégète déjà initié.
Hiérarchiquement, dans les quatre sens de l'Écriture, l’anagogie vient en
dernier, après les sens littéral (fonction de la racine ou du sens primitif),
tropologique (figuré ou moral) et symbolique. « L’interprétation
anagogique » est celle qui tente de dépasser le sens littéral ou immédiat du
texte et de remonter à une cause première ou principe premier. Ici on vise
l'essence des choses ou les réalités ultimes. Platon appelait cela lesIdées. On
est assez proche des archétypes.
Nous pouvons appliquer cette lecture aux gants blancs.
. Au corps déclinant et limité dans ses expressions, le rituel maçonnique
revalorise la lettre et les mots, le signe et le geste, le rythme, la posture et la
vêture.
Faillite du sens
Si nous évoquons la lecture comme phénomène de transcription de l’écrit, ou
du symbole compris au filtre de la pensée, nous ne pouvons nier le filtre de la
vue et du nerf visuel, de l’acuité, de l’audition et de leurs mécanismes
chimiques et physiologiques, etc. Le cerveau au final se représente une image
recomposée par les sens et projetée en différentes zones du cerveau. L’image
qui en découle est une recomposition après décomposition par les sens. Si on
obère certains sens, on favorise l’expression d’une image non dépendante de
mon imperfection corporelle. Elle sera associée à un sens rendu à sa cause ou
principe premier. Connaître le principe, c’est le propre de la Connaissance.
Voilà l’utilité des gants qui développent un autre sens que le toucher.
La représentation anagogique va donc se détacher de la matérialité.
Ainsi derrière le voile du symbole, nous réévaluons sans cesse l’expression
humaine et nos actes dans la signification lumineuse et principielle ; c’est
pour cette raison que nos gants sont blancs.

6) Les gants correctifs


Je pense que la démarche initiatique offre des verres correcteurs à notre
représentation mentale et à la traduction verbale de celle-ci. Peut-on
comprendre et prononcer la parole divine ?
On doit remonter à la cause première dans le jardin d’Éden et avant la chute
pour être dans la parole. Si nous donnons au mot sacré des épellations ou des
mots substitués, ce n’est pas pour rien. On ne veut pas donner de perles aux
pourceaux !
La connaissance implique la sortie du corps, soit une pensée extracorporelle,
comme le maçon « libère » l’esprit de la matière.
À défaut d’avoir cette vision totale, nous devons laborieusement progresser
sur l’échelle initiatique qui nous apprend les correctifs de la vision humaine.
Ces correctifs nous rapprocheront de la vision totale.
Ces correctifs que nous donnent les grades maçonniques vont nous permettre
de rétablir une représentation extracorporelle, c'est-à-dire non définie le
filtre et la présence encombrante du corps. C’est pour cette raison qu’au rite
Écossais Primitif le relèvement du maître au troisième degré est celui du
« maître intérieur » lui aussi ganté de blanc ; on sous-entend que le corps
physique n’a pas à être relevé et doit être laissé à sa recomposition
élémentaire ainsi détachée de l’esprit. C’est donc l’éveil complet de l’esprit
sur les trois axes qui est mis en scène. Le relèvement du maître intérieur par
les cinq points est une sortie par le haut et dans l’axe.
Les gants blancs sont des correctifs agissants et efficaces. Ils participent à la
vision d’un grand schéma métaphysique qui outrepasse les problèmes de
vision profane partielle. Le grand schéma est la vision totale !
7) Les gants blancs de l’initié sur le chemin lumineux entre caverne et
montagne.
Nous devons illustrer la correction de la vision ou de l’état profane par
l’usage des symboles ritualisés.
C’est dans le but de comprendre la relation entre le corps et la pensée que le
franc-maçon fait l’apprentissage d’un signifiant non corporel. Ainsi le franc-
maçon apprend à épeler. Nous sommes dans le vibratoire qui est produit par
le corps, mais qui s’en libère.
Il faut libérer la pensée et donc l’esprit du corps qui le retient. L’écueil de la
vision totale, c’est le corps qui emprisonne la pensée et limite l’expression
plénière de l’esprit.
Le langage implique d'abord une activité intentionnelle, qui passe par le
corps en propre.
« La pensée n'est rien d'"intérieur" ou d’extracorporelle, elle reste sous
l’emprise du corps. Les gants blancs nous protègent de l’emprise du corporel
de l’empreinte digitale et donnent à la pensée la dimension de l’esprit.

Pour se libérer de l’emprise du corps dans le but de se réaliser, il faut soit


annuler ses effets ou le détruire :

1er) Par exemple la destruction sera la conséquence de l’incapacité à


prononcer un mot de passe (2ème degré). Pour prononcer un mot de passe
initiatique il faut non pas le lire avec le filtre du corps impur, mais il faut être
le mot lui-même. Schibboleth est l’exemple parfait : la non-appartenance à la
tribu entraîne un défaut de prononciation à cause du corps, de la langue ou
des cordes vocales. Ici ne pas « être » le mot entraîne la mort, ou le refus du
passage.

2em) Pour le nom ineffable il en est de même il faut appartenir à la tribu des
lévites et être le grand prêtre avec une initiation préalable pour le prononcé,
ce grand prêtre s’est « réalisé » en tant que grand initié et s’est libéré de la
contingence corporelle, il doit être le mot lui-même.

3em) L’oralité initiatique est extracorporelle. En devenant le mot ritualisé,


nous entrons dans un autre registre qui amalgame la vibration et la mise en
scène ritualisée. L’illustration peut être faite par la mise en croix du Christ ou
de Saint-André. Ils sont devenus la parole qu’ils ont prononcée, ce qui se
traduit par la délivrance ou la libération de l’esprit par le point central de la
croix.

L’idée de la filtration des fluides par les gants vaut aussi pour les vibrations
(son, chaîne d’union), les sons (coups de maillet, acclamation), les images
(bandeau ou voilette). Cette filtration s’associe automatiquement à la
transmission de la lumière : ainsi le transpercement (épée ou compas sur le
cœur dénudé) constitue la base de la transmission initiatique qui ne doit pas
être parasitée. La transmission est opérante à l’image des gants, sous la
condition qu’elle se fasse entre celui qui sait prononcer le mot rituellement et
celui qui sait écouter. Ce qui est prononcé et ce qui est entendu ne sont pas du
monde profane. Grâce aux gants, celui qui transmet est un corps pur qui a
déjà incarné dans son for intérieur (le centre de lui-même) le mot le geste ou
le signe.
Les gants lumineux sont là pour nous rappeler notre relation intérieure au
centre lumineux. Ils nous rappellent aussi la condition de métamorphose par
la purification préalable à tout acte de transmission ou à tout acte opérant
dans le champ de la lumière. Cette condition d’adéquation de l’intérieur et de
l’extérieur se retrouve dans la recherche du centre en soi et de son
adéquation au centre des centres.
Enfin pour clore la démonstration de l’effet filtrant et correcteur nous
retiendrons qu’au REP le gant est maintenu dans le port de l’épée
flamboyante par le maître de loge. Celle-ci déjà chargée par le pommeau
(soleil ou lune suivant le genre de l’initiation) n’est pas perturbée par l’influx
du Maître de Loge, conservant ainsi toute son efficacité. Le médiateur-
intercesseur respecte l’origine du flux sans y imposer sa marque (au sens de
sa signature).
Dans un autre cas, c’est l’inverse qui est requis : le gant est absent au moment
du serment d’obligation, car la main purifiée par les voyages initiatiques est
ici posée au contact du centre des centres. Ici il n’est point besoin de filtrer
une source pure, qui est la bible le compas et l’équerre, et qui rayonne au-
delà des 5 sens. On enlève à nouveau les gants pour la chaîne d’union. Ici c’est
la conjugaison des marques (signature géométrique et donc spirituelle des
opératifs) qui fait l’œuvre en regard du centre. Il y a un travail commun qui
est ce temple de l’homme bâti autour du centre. Cette chaîne d’union vibre
moins par l’influx spécifique et personnel du voisin de droite, mais par le
point de conjonction des regards qui est le cœur de la croix tridimensionnelle
formée par le plan du pavé mosaïque et l’aplomb de l’axis Mundi. Ce point
rayonne dans l’esprit de chacun et génère une vibration parfaite.
8) Les mains pures pour « opérer » l’Œuvre de l’esprit

Le franc-maçon réalise en mettant son acte à la hauteur maximale de ses


possibilités. Il y met littéralement toute son âme. Il sort de son corps toutes
ses ressources. Cette hauteur maximale qui outrepasse le corps, c’est ce qu’on
appelle un chef d’Œuvre. Le chef d’Œuvre dans la matière relate la dimension
divine.
Le Gant blanc est un vêtement pour la régénération du corps préalable à la
réalisation de l’homme dans toutes ses composantes, jusqu'à la libération de
l’esprit dans l’Oeuvre.
Pour le temps qui nous est accordé, nous devons concourir par nos gants à
l’édification de l’Œuvre.
La main est l’outil premier de l’esprit qui réalise dans la matière. Cet aspect
relationnel entre matière et esprit passe obligatoirement par la main qui
« opère » la rectification-purification. On rectifie-purifie la forme par la taille
qui retranche et sculpte, par l’assemblage des pierres.
La matérialisation de la pensée est une voie initiatique complète qui se
traduit par la trans-formation de la matière. La transformation (au-delà de la
forme) doit aboutir à la métamorphose, c'est-à-dire à une forme qui surpasse
la matière grâce à l’esprit qui y réside. Les gants attestent de la
métamorphose des mains qui vont travailler la forme. Cette dernière est ainsi
lumineuse ou sublimée en esprit.Nous retrouvons très partiellement ce
phénomène dans l’œuvre d’art.
Le propre de la voie artisanale est de transformer la matière brute en
perfection de forme qui relate la perfection de l’esprit. La forme devient
l’image manifestée de l’esprit. En ce sens on comprendra que l’artisan initié
mette toute son âme dans la réalisation de soi et dans la pierre taillée.
La projection de l’âme passe par le canal des mains gantées qui se prolonge
par des outils. L’effet de projection de l’âme dans le corps abouti à une
symbiose entre l’artisan et la pièce transformée. Cette symbiose obéie à des
règles d’harmonie, des lignes de force, et une sagesse dans l’exécution. (Force,
sagesse et beauté)
C’est un acte où l’âme se projette dans la matière et fait le chemin de l’esprit.
C’est au final ce que nous appelons communément une œuvre de l’esprit.
L’œuvre est ici constituée de trois aspects indissociables qui dans la voie
artisanale ont tous les trois transité d’une manière ou d’une autre par les
mains.

Ces trois composantes sont le corps, l’âme et l’esprit, soit les tâches sur les
gants de la boue adamique, les gouttes de sang et sueur de la pierre cubique,
les larmes de l’âme veuve de l’esprit envolé. Si nous voulons des gants sans
tâche, il nous faut maintenir les trois composantes unies autour du même
centre.
Ici nous comprenons le rôle symbolique et pratique des gants blancs des
francs-maçons spéculatifs.
Ils ne sont là que pour souligner et protéger le rôle si particulier de la main
sublimée dans le chef d’œuvre. La fraction du corps représenté par la main
est chez un initié de la voie artisanale, une expression parfaite de la réunion
des trois parties de l’Être. La main pure est donc bien plus qu’une fraction du
corps, elle « réalise » l’Homme autour de son centre, elle donne accès à la
transcendance du centre.

L’initiation sans réalisation de soi est une totale impossibilité. L’homme


corporel doit progresser vers l’homme psychique puis vers l’homme spirituel.
Il doit voir au-delà de la matière, et plus loin que sa psyché pour rejoindre le
point de toutes les vues et de tous les rayons. Le point de toutes les vues, qui
recoupe tout les angles et toutes les dimensions s’appellent le
Principe. Depuis que nous avons reçu la Lumière, nous savons que celle-ci est
blanche. C’est pour ce rappel que nos gants sont blancs, car le franc-maçon
doit agir dans l’ici et maintenant sous l’égide de la lumière et non des
ténèbres.
Les gants sont blancs par l’assimilation de la lumière principielle. Ils
traduisent en retour la pureté de nos intentions.

9) L’œuvre de la main pure est unité des genres (le secret de la deuxième
paire)

Nous avons évoqué de mains pures et de cœur pur de l'homme originel, mais
il nous faut aborder la non-différenciation des genres qui caractérise l'unité
première. De cette période adamique chère aux fondateurs de la franc-
maçonnerie spéculative, il nous reste le souvenir lumineux du paradis perdu.
L'homme sur la voie de l'initiation tente de retrouver cette éternité d'avant la
chute qui entraîna la différenciation et le nombre par la différence des genres
masculins et féminins.
C'est ici le secret de la deuxième paire de gants.
Pour illustrer définitivement ce caractère opérant des gants blancs dans
l’unité principielle lumineuse, il convient d’aborder la conjonction des genres
propre la franc-maçonnerie.
L’androgyne et le Rebis convergent les genres en un seul corps il n’est plus
besoin de pagne fait de feuille de figuier, ancêtre du tablier, pour dissimuler
leur différence.
La deuxième paire de gants souligne une dualité réconciliée et apaisée dans le
cœur illuminé de l’homme. Le maçon a donc un double qui lui est
indispensable pour accueillir la lumière. Ce double est une aide qui va animer
(par l’âme) le corps de l’homme. Cette aide se relie à lui par un fil conducteur.
Ils sont associés dans la marche vers la lumière : au centre du labyrinthe sont
réunis d’un bout à l’autre d’un fil, Thésée et Ariane. Cet aspect n’est vu que
par quelques rites primitifs en franc-maçonnerie et reste peu commenté dans
sa vraie dimension par les grands auteurs.
Cette paire qui nous est remise, célèbre notre moitié féminine et bien plus. En
effet notre réalisation initiatique passe par la connaissance « illuminée » de
notre propre intériorité, cette caverne matricielle qui nous a fait renaître à
nous même. Notre âme est féminine, elle n’attend que la lumière de l’esprit
en son sein. La Dame est l’âme que nous honorons du don de la deuxième
paire. Nous l’appelons aussi Notre-Dame, notre reine sans laquelle le roi ne
serait pas couronné d’épines. La couronne de lumière du roi auréole celui qui
a fait le lien entre le bas et le haut, voire le Très-Haut (mise en gloire).

Les gants blancs sont à remettre à notre corps agissant comme à notre âme
accueillante. Alors ainsi vêtus, l’âme et le corps peuvent accueillir l’esprit et
bâtir dans la lumière. Revêtir les gants blancs permettra de recevoir la
lumière et nous ouvre l’accès à ce qui est au-delà de la manifestation. Les
gants de lumière opéreront le dépassement de la contingence, la "délivrance"
de l’ivraie des contradictions et des fausses harmonies.E.°.R.°.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
24 mars 2013
La truelle et la réalisation descendante.
La première partie, propose une présentation générale de la truelle, avec une
interprétation symbolique originale qui reprend le dispositif des lumières
d’ordres au Rite Ecossais Primitif. Une seconde partie fera l’exposé du
symbolisme de la truelle dans la réalisation descendante du franc-maçon, soit
une manière nouvelle d’exposer la gloire au travail.

La truelle opérative
Cet outil est une sorte de petite pelle à main. Il en existe aujourd’hui de
différentes sortes (carrée, à bout arrondi, brettée, langue de chat, …),mais
pour cette planche, je vais me limiter à l’étude de la truelle « standard » (la
plus commune) qui est composée d’une lame triangulaire en métal
(aujourd’hui en inox) et d’un manche de fer recourbé se terminant par une
poignée en bois. Elle fut inventée au début du XVème siècle par un maçon du
nom de Clément Arrieux.
La truelle est l’un des outils principaux que le maçon opératif utilise dans son
travail quotidien. Nous pouvons dire que la truelle est l’outil emblématique
associé au maçon. En effet, si nous voulons représenter sur un croquis un
maçon, il suffit de dessiner un homme en salopette avec une truelle à la main.
Le maçon contemporain, dans ses travaux, l’utilise pour divers usages. Je vais
essayer de développer, de manière succincte, ses deux principales
utilisations.

 Maçonner les murs : poser et unir la pierre dans un ensemble.


Le maçon l’utilise comme une petite pelle pour prendre le mortier dans l’auge
et l’étaler sur le parpaing (ou la brique, la pierre, …) qui doit être scellé
(cimenté) avec un autre. Ensuite, il utilise le flanc tranchant de la truelle pour
enlever le trop de mortier au niveau des joints et les lisses grâce à sa partie
plane.

 Enduire les murs : consolider et harmoniser l’ensemble.


Le maçon utilise la truelle à nouveau comme une petite pelle pour prendre le
mortier, mais cette fois-ci afin de l’étaler sur la paroi à enduire, il projette le
mortier grâce à la truelle en faisant énergiquement un geste rotatif du
poigné. Ce geste très technique n’est pas à la portée d’un novice sans
expérience, car la difficulté est de réussir à ce que tout le mortier reste collé
sur la paroi verticale du mur de manière étalée et homogène. Pour cela, il faut
que pendant la rotation du poignet qu'il y ait en même temps un mouvement
du bras (de bas en haut) qui permette à ce que le mortier s’étale correctement
sur le mur tout en restant accroché au mur à enduire. La projection de la
forme à parfaire se fait en pensée et en acte.
Le maçon utilise également la truelle pour divers autres usages comme lisser
le mortier, gâcher le mortier, racler, nettoyer, ouvrir les sacs de ciment, …. La
truelle, comme le maillet, le ciseau, le fil à plomb, le niveau, l’équerre, le
mètre (la règle) sont les outils indispensables pour tous les maçons opératifs.
Nous ne pouvons pas décrire la truelle sans évoquer de manière plus détaillée
le mortier. L’un ne va pas sans l’autre comme je l’ai déjà indiqué un peu plus
haut dans cette planche (maçonner et enduire les murs). Le mortier est une
matière molle qui sert d’une part à cimenter, à unir plusieurs blocs
(constituant le mur) et d’autre part à enduire, à harmoniser la paroi du mur
que l’on souhaite embellir. Le mortier est généralement composé de trois
doses de sable pour une dose de ciment et une dose d’eau.
Le triangle opérant
La truelle, au R.E.P., n’est pas représentée sur le tableau de loge du premier
degré. On la retrouve au deuxième degré au grade de compagnon. Sans
dévoiler le tableau de loge du second degré, la truelle y est schématisée et
positionnée comme la figure ci-dessous :

Si nous observons attentivement cette figure, nous pouvons dire que ; d’une
part, la truelle est composée d’un triangle (lame) et d’un éclair (poignée) ; et
d’autre part, la truelle est dirigée vers le bas.
L’éclair
La poignée de la truelle représente un éclair. L’éclair symbolise l’étincelle de
la vie qui vient du Divin, du Céleste. L’éclair est un signe de puissance et de
force qui manifeste une énergie. D’un point de vue spirituel, il produit une
lumière intérieure, une révélation en soi provenant d’en haut. On peut ainsi
dire que l’éclair représente la volonté agissante de l’esprit.
Le triangle
La lame de la truelle représente un triangle, ce qui nous ramène au ternaire, à
la tri-unité. Nous avons tous été initiés sur la base de la « ternarité ». En effet,
dès le cabinet de réflexion pour l’impétrant (le soufre, le mercure et le sel) ;
en passant par l’initiation avec les trois voyages (air, eau et feu) ; ou avec les
trois pas de l’apprenti ; etc. …
Dans la loge, au 1er degré, le ternaire est omniprésent aussi bien au Debhir (le
Soleil, la lune et le Maître de Loge) qu’au Hékal avec les trois colonnettes
(Sagesse, Beauté et Force). Attardons-nous un peu sur les trois flambeaux. Au
R.E.P., nous trouvons la Sagesse, ensuite la Beauté et la Force. Leur
emplacement autour du carré long (trois points) représente un triangle et son
centre se trouve dans l’axe vertical de la voûte étoilée, l’Axis Mundi (fil à
plomb). C'est dans le Hékal en fonction de ces trois vertues que doit opérer la
truelle.

Si à partir de cet axe vertical (axis mundi), nous faisons tourner le triangle
d’un quart de tour dans le sens horaire, nous retrouvons la position du
triangle représentant la truelle avec la pointe vers le bas (comme on la trouve
sur le tableau de loge du Compagnon). Alors, nous avons en premier la Force,
ensuite la Sagesse et la Beauté.

Le triangle ainsi représenté (avec la pointe orientée vers le bas) symbolise,


entre autres, l’eau, ce qui m’amène à réfléchir sur le mortier. Mais juste
avant, nous pouvons remarquer que si conjuguons le triangle du
Hékal (pointe vers le bas) avec celui du Debhir (pointe vers le haut
symbolisant le feu) nous obtenons un hexagramme (l’étoile à 6 branches).

Le mortier
Comme je l’ai évoqué dans la première partie de cette planche, le mortier est
étroitement associé à la truelle. Ce mortier maçonnique serait donc le
« liant » qui unit tous les francs-maçons. Mais de quoi est-il composé ? Le
mortier du maçon opératif se compose de trois doses de sable, d’une dose de
ciment et d’une dose d’eau. Si nous additionnons le nombre de doses, nous
avons cinq doses pour obtenir ce mortier idéal. Étant donné que nous
sommes au 1er degré, je ne développerais pas plus sur ce thème, mais
seulement je note que, dans plusieurs rites et notamment au R.E.R., le
Compagnon reçoit la truelle à l’issue du cinquième et dernier voyage. Le
sable serait donc la Force (le travail de l’homme) provenant de la terre, le
ciment serait la Sagesse (l’esprit de fraternité) provenant du céleste et l’eau
serait la Beauté (l’harmonie de l’âme). On retrouve ainsi dans l’ordre les 3
points que représentent les colonnettes pour former le triangle de la truelle
dirigé vers le bas : Force, Sagesse et Beauté.

Le symbolisme de la truelle
À ce stade de ma réflexion, je peux dire que la truelle est un outil symbole
très important, un outil de fraternité, qui sert à unir, à lisser et à consolider,
donc à parfaire l’œuvre. La truelle associée au mortier permet au Maçon
Compagnon, qui sait correctement la manier, de faire le joint avec tous ses
Frères afin de terminer son chantier de Compagnon. Elle permet d’unir
chaque pierre cubique pour atteindre l’unité (fusion), et ce, malgré les
particularités de chacun d’entre nous. En effet, aucune pierre cubique n’est
identique ou parfaite, elles ont toutes quelques différences et la truelle
permet également de lisser les joints et d’atténuer les aspérités, les
imperfections de l’ouvrage, dans un souci d’harmonie et de cohérence. La
truelle atténue la différence de chaque pierre (notion de tolérance), mais elle
doit servir pour l’œuvre commune et dans l’intérêt général. Le mortier
symbolise l’Amour Fraternel qui, à mon sens, est essentiel pour développer
latolérance, la bienveillance et l’altruisme. La truelle est une volonté
agissante de l’esprit sur la matière qui laisse une main libre au Maçon (maillet
et ciseau occupent les deux mains). La truelle est l’outil par excellence qui
permet d’achever l’œuvre, la truelle permet de réunir ce qui est épars et de
parfaire l’ouvrage. La truelle symbolise également la réalisation descendante
de l’esprit sur la matière. Avant de conclure, je souhaite aborder l’expression
maçonnique « passer la truelle » qui signifie pardonner, c’est-à-dire passer
une couche mortier sur les aspérités.

Conclusion
La pierre brute que l’Apprenti taille grâce à son maillet et son ciseau est la
représentation de son travail sur lui même. Quand ce premier chantier de
l’apprenti est abouti, que sa pierre par son travail est devenue cubique, le
Maçon devenu Compagnon peut passer à l’étape suivante, avec toujours la
volonté agissante, qui consiste à se rapprocher des autres par l’assemblage de
sa propre pierre avec celles de ses Frères Maçons afin de construire le
temple. La truelle est le symbole de l’Amour Fraternel qui doit unir tous les
maçons et le mortier est alors la fraternité universelle, le liant, qui unit tous
les maçons entre eux.
Alors pourquoi cet outil qui nous permet de faire le lien fraternel est si
difficile à
utiliser ?
À mon avis, afin que le liant soit efficace, il est nécessaire que le
maçon soit déjà bien conscient du travail qui lui reste à faire, car son chantier
ne sera jamais terminé puisque la sagesse n’est pas une fin en soi, mais elle
est le début d’un long parcours qui doit permettre aux Francs- Maçons de
suivre leur propre voie intellectuelle philosophique et spirituelle tout en
acceptant celles de ses Frères.
Pour terminer ma planche, je me permets de donner une petite note légère
concernant les agapes en vous disant (à l’ avance) à nos cuillères !

Pa :. Av :.
La truelle outil de la réalisation matérielle descendante dans l’état de
perfection.
La réalisation matérielle descendante est appelée dans son aspect opératif
« gloire au travail ». la gloire sur le fronton des cathédrales est un espace en
intersection entre deux cercles, celui du centre ontologique, et celui du
centre manifesté. le Christ en gloire appartient aux deux mondes le terrestre
et le céleste. Donc la gloire au travail doit s'interpréter comme le travail dans
la gloire. Nous travaillons à notre réalisation d'être total en regard du
monde matériel et du monde spirituel .
Sans abandonner les généralités admises sur la signification du symbole
associé à certains rites au 5ème voyage du compagnon, nous devons signaler
que cet instrument est eu REP l’instrument du maître dans l’ennéade des
outils, mais figure en bonne place au tableau de compagnon ; Il doit donc être
étudié sous deux aspects, opératif et moral (1), puis conceptuel et
métaphysique (2). Ces deux aspects emportent la notion de perfection.
« La truelle symbolise la perfection, a pour vice l’erreur et pour vertu la
réintégration c'est-à-dire la prise de conscience supérieure d’une complète
totalité. » (Livre de l’apprenti au Rite Ecossais Primitif)

1) Morale opérative de la truelle.


L’outil possède une vocation fraternelle et plaide pour l’universalité dans la
différence.C’est l’union fraternelle dans la différence.
De l’individu à l’unité construite
Le franc-maçon taille sa propre pierre et tâche de l’insérer dans un grand
ensemble fait de beauté et de sagesse. La beauté suppose l’harmonie de la
construction, la Sagesse est l’épouse du Grand Architecte de l’Univers et
prédispose à la communion avec le sacré.
Le tailleur envisage l’œuvre à accomplir comme une succession d’étapes : la
pierre taillée s’insère dans le mur qui s’insère dans l’édifice entre terre et ciel.
Les trois domaines correspondent à la maçonnerie graduelle du trait du plan
et du volume que les pas des trois premiers degrés symbolisent.
Ces trois étapes graduelles, pierre, mur, édifice, sont un assemblage
homogène d’unités hétérogènes. Il faut donc l’introduction d’un liant.
Au fur et à mesure que l’édifice est érigé, il prend corps et âme en fonction
des plans, image de l’esprit, qui ont permis sa conception. En ce sens le maçon
et l’architecte deviennent serviteurs d’un dessein supérieur ou chaque
instrument et outil joue un rôle matériel et symbolique.

Deux approches et deux perfections.

La perfection porte sur l’acte matériel du "savoir-faire" et sur l’attitude qui


l’accompagne appelée « savoir-être ». Le savoir-être emporte la notion union
fraternelle et d’universalisme. Ce savoir-faire et ce savoir-être sont les fruits
du travail méthodique et ritualisé du maçon, que l’on nomme sous
l’expression « gloire au travail ».
Il existe deux approches en taille de pierre, celle qui précise que la taille de
chacune est si parfaite qu'aucun joint n’est nécessaire, ce qui suppose une
uniformité calibrée de chaque pierre. L’autre approche considère que chaque
pierre taillée est unique est qu’un joint est nécessaire à l’unité de l’œuvre.
Le franc maçon spéculatif apprend à travailler la pierre de manière qu’aucune
pierre ne puisse être laissée de côté au moment de son insertion dans le mur.
La réalité de la taille est toute autre. Chaque pierre est différente, car elle est
l’image indirecte de la personnalité de chaque tailleur de pierre. Cette variété
des personnalités et des apprentissages enrichit la franc-maçonnerie. En
s’éloignant de l’uniformité régimentaire d’une taille uniforme et strictement
calibrée, il faut trouver un outil qui permette d’unir la diversité.
La diversité unie par la truelle donnera un sentiment de perfection à
l’ensemble bâti. Cette perfection provient de la cohérence des joints entre les
pierres. Ce joint est un mortier ou un ciment que la truelle étale sur le
support. Enfin l’unité de l’œuvre s’impose au regard. Le joint absorbe la
désunion des pierres et les différences de tailles.
Unir dans la matière, ou les prémices de la réalisation
Si l’unité architecturale est recherchée tant par son agencement que par sa
parfaite adéquation avec son objet divin. Le Temple dessiné comme la maison
de Dieu est une « réalisation » matérielle et spirituelle de l’homme. Le maçon
comme l’architecte se réalisent en participant à l’œuvre divine. Celle-ci doit
être finalisée par l’usage de l’outil qui unit et harmonise la construction.
Donc l’acte au départ opératif se teinte de spiritualité
Alors cette unité visuelle « esthétique » autorise la réintégration du centre
spirituel des religions du livre.
La truelle est représentée au second degré du REP sur le côté Nord du tableau
et en parallèle on trouve sur le côté Midi une épée. Dans ce parallèle il est
troublant de constater que si l’épée est montante vers l’Orient, la truelle est
dessinée la pointe descendante vers l’Occident et au Nord. À l’évidence la
truelle est un instrument qui se tient d’une main, donc nous conclurons que
la deuxième main est disponible pour se saisir de l’épée. Nous avons pour le
compagnon le dessin de sa future condition, un homme d’accord et d’union
par la truelle tenue à main droite et un homme relié à l’Orient et à l’esprit par
l’épée. Plus tard cette épée servira à défendre l’œuvre. Le lien à l’axe semble
impliquer sa défense.
Symboliquement l’épée au Sud sert à se défendre d’ennemi venu d’une partie
de l’univers extérieur éloigné du centre spirituel placé au Nord comme
l'étoile qui centre symboliquement le Hékal.
La truelle se dit descendante afin d’appliquer à la matière l’influence axiale
de l’esprit.
La réalisation descendante par la truelle est une affaire de mise en acte sur un
plan matériel de la relation terre ciel. Cette relation se construit
extérieurement et intérieurement dans chaque maçon. Il s’agit de produire
dans la matière et par la forme parfaite, une image de l’esprit.
2) Métaphysique de la truelle.
L’interprétation morale ne peut suffire au cherchant, nous pressentons que
cet outil dessine une fonction particulière dans ce que j’appellerais la mise en
âme de l’ouvrage. (pendant cardiaque de la mise en oeuvre materielle!)
La truelle est l’instrument opératif de la voie du milieu
Pavé mosaïque noir et blanc est la manifestation au cœur des ténèbres de
l’étincelle et sa descendance multiple. Ce pavé à des joints si parfaits qu’ils
semblent invisibles. La raison en est simple : suivant la Genèse, la lumière
procède des ténèbres. La case blanche procède de la case noire, il n’y a pas de
pièces rapportées. Tout provient d’une materia prima qui s’ordonne avec la
forme née de la lumière. Le joint suggère la dévolution parentale.
Dans le noir informe de la materia prima apparaît la forme « éclairée ». Au
terme de la taille et de l’assemblage la truelle va agir, elle participe d’un tout
parfait. Cette perfection de la forme suivant les canons de sagesse d’harmonie
et de force ne peut s’apprécier qu’à la lumière. L’ombre portée de la forme
témoigne de la relation génétique de la lumière aux ténèbres (Ténèbres est ici
utilisé pour son sens ontologique et métaphysique qui n’a aucune valeur
négative, ne pas confondre avec "l’enfer" religieux des ténèbres.).
L’acte de plénitude est un accomplissement de soi en accord avec la source
spirituelle ou lumineuse. Celle-ci se situant dans le plan supérieur, il est
classique de la comparer à un éclair, un rayon lumineux ou un axe.
Donc la truelle est trinitaire en joignant dans une heureuse synthèse deux
pierres différentes, justement posées et "de niveau" sur des fondations, entre
terre et ciel. (Dessin formant les deux axes de la croix en partie superieure
des fondations).
Ceci implique que l’initié passe par le stade du binaire d’une comparaison des
contraires à l’unité d’une réalisation matérielle appelée ici réalisation
descendante.
La descente est dénuée de toute connotation discriminante, car elle précède
comme dans toute initiation une remontée. Au surplus faut-il rappeler que
suivant les principes de correspondance, à la réalisation matérielle
correspond un équivalent d’ordre spirituel. La franc-maçonnerie nous donne
des exemples de réalisation descendante par les stades du cabinet de
réflexion et des épreuves, par l’acronyme VITRIOL, par le travail persistant de
la pierre pour bâtir graduellement le temple.
La truelle ne discrimine pas, elle se tient par le joint à égale distance de
chaque pierre, et par l’enduit protège l’âme de chacune. Ainsi la truelle unit
les différents centres de chaque pierre dans un centre commun à l’œuvre
entière. La truelle fait l'apologie du centre.
La truelle finie la forme dans l’axe relationnel au divin
La truelle, la hache et la transpiration.
Les centres se superposent à l’infini. En dépassant le stade de chaque pierre
pour en arriver à considérer l’unité de l’œuvre nous mettons en parallèle
l’action de la truelle et l’action de la hache sur la pierre cubique à pointe.
(Rappelons que la hache est tenuecomme la truelle d'une main et reuni aussi
deux outils dans une verticalité tranchante qui sont le maillet de la volnté
agissante et le ciseau séparant le subtil de l'épais.)
Cette dernière figure nous fait découvrir, par extériorisation, le centre caché
de la pierre. La hache qui la surmonte veut la fendre signifier la descente de
l’esprit ou de l’éclair au centre de la matière. Ainsi l’esprit prisonnier de la
matière peut s’en échapper. Il y a bien corrélation entre l’assemblage des
unités par la truelle et la présence en chacune d’elle d’un élément non
matériel. Cette « spiritualisation » et cette « animation » de la matière
contribuent à donner à la voie initiatique artisanale une dimension qui par
l’expérience nous fait passer dans la dimension autre. La transpiration du
tailleur de pierre est faite de sang, d’eau et de sel. (Corps, Âme, Esprit) c’est
ainsi que les alchimistes considèrent que le sel inversé dans sa représentation
descendante (triangle descendant surmonté d’une croix) est l’image de la
respiration de la matière.
La hache de l’éclair fend la pierre au cœur. La truelle du rassemblement de ce
qui semble épars dans une même œuvre. Les deux outils démiurgiques de
l’âme et de l’esprit, nous démontrent l’interpénétration des trois entités qui
sont : - le corps matériel de la pierre participant à une totalité structurée,
- une âme commune au façonnage démiurgique de la forme, somme de toutes
les âmes des tailleurs de pierre,
- et enfin la relation axiale et spirituelle de l’ensemble bâtit fait de
l’assemblage des parcelles lumineuses présentes en chaque pierre.
La truelle s’associe à l’âme, la hache à l’esprit, l’enduit à l’homme fait de terre
et d’eau.
3) L’espace démiurgique du maçon
Nous voyons que c’est dans le jointement que vivra l’œuvre. Cette attitude et
ce travail diffèrent de la traditionnelle taille de la matière brute. Elle dépasse
le surfaçage et le polissage d’un élément pour s’adresser à une universalité,
soit un temple fait de pierre dont la fonction est de célébrer la lumière.
De la taille au façonnage démiurgique.
Si nous construisons Temple en nous même c’est que nous pouvons nous
relier au principe. À ce compte ne sommes-nous pas détenteurs du pouvoir de
créer la vie à l’égal du divin ?
C’est la lumière qui descend dans les profondeurs matérielles. Elle semble à la
portée de ceux qui savent manier la truelle.
Comme outil la truelle est munie d’un manche axial, véritable rayon de
connaissance qui fait la prolongation de l’esprit humain. Ce manche va par la
force appliquée à la lame triangulaire joindre ou surfacer les pierres à l’aide
d’un enduit. Nous passons alors de la maçonnerie de la taille à la maçonnerie
de l’enduit et du mélange des éléments, nous nous rapprochons de l’acte
démiurgique du potier.
Nous passons de la taille au façonnage. Évidemment la force indispensable à
l’acte matérialise l’esprit, entre sagesse et beauté. La taille, la façon des
argiles et enduits et le tissage sont les trois sommets de la voie artisanale
dont la vocation est de transformer et sublimer la matière en une
forme dotée d’une peau spirituelle. Notre Être apparaît progressivement sur
l’action d’une truelle qui confond l’individuel au collectif dans une même
synthèse. De cette synthèse née la conscience d’une âme collective.
Un cœur sacré
Ce qui anime cette forme jointée et lissée, c’est une âme qui siège dans le
cœur. Le cœur a traditionnellement la forme d’un triangle descendant. Nous
avons vu que la truelle est munie d’une lame triangulaire.
La réalisation descendante s’exprime au plan individuel et en franc-
maçonnerie, dans la matière et par la forme. C’est ce travail qui fera
rencontrer à l’initié le fameux axe considéré en franc-maçonnerie comme
une échelle graduelle vers la lumière.
Ainsi le schéma est simple : un triangle descendant tenu dans sa verticalité
par un axe traversant la frontière entre le haut et le bas. Cette frontière est
symboliquement un horizon dessiné comme une barre horizontale. L’esprit
dans sa descente sera un axe descendant traversant l’horizon. Nous avons
ainsi un triangle surmonté d’une croix. Ce triangle à la forme d’un cœur. C’est
le Sacré-Cœur.
.

C’est dans cette cavité Graalique qu’a eu lieu la réalisation matérielle


descendante : la lumière inonde le cœur et notre intériorité.
Ainsi classiquement la réalisation matérielle descendante ne peut suffire, elle
précède une réalisation montante. Cette échelle sera dressée à partir de cette
cavité (nous aurons alors un triangle montant surmontant une croix, symbole
bien connu du souffre...).
Nous avons ainsi le sens précis des deux triangles formant l'hexagramme.
L'hexagramme est une clef qui ouvre tous les symboles des trois premiers
degrés du REP.
La remontée
Nous avons compris que s’agissant de la voie initiatique artisanale, la
réalisation matérielle se situait dans les niveaux terrestres est subterrestres.
Le niveau terrestre-céleste est réservé à la chevalerie et le niveau céleste-
surcéleste au sacerdoce.
Atteindre le point extrême de la réalisation matérielle descendante pour le
tailleur, c’est réaliser l’œuvre de perfection qui ouvre à la remontée vers la
lumière le long de l’axe. Il s’agira alors de franchir les niveaux célestes et
surcéleste. La perfection dans le savoir- faire et dans le savoir- être, va libérer
l’homme de son conditionnement ; c’est toute la philosophie de la pierre
cubique à pointe. La perfection du centre immobile égale et génère la
perfection rayonnante de la pointe. Entre ces deux points soit entre le bas et
le haut se dessine l’axe de la remontée qui annonce la libération de l’être. Cet
axe est clairement l’épée du midi pointée à l’Orient du pavé mosaïque pour le
compagnon du REP et l’exaltation de l’esprit vers le zénith pour le maître.
La truelle annonce donc le début de dépassement de la dualité, qui ne sera
atteint effectivement au sommet de la remontée.
Arrivé à ce sommet l’initié pourra soit redescendre pour transmettre ce qui est la
vocation du franc-maçon soit persister dans l’oubli de la dualité en passant le cap de
la lumière pour atteindre la ténèbre originelle du pré-instant qui précède la
manifestation.
Cet état ultime non manifesté est en vérité une libération totale et une
absence d’état. Il est l’aboutissement de la voie initiatique traditionnelle.
L’unité et le principe résident dans ce berceau sans contraintes ni contraires.
Cette dernière étape est véritablement non matérielle et descendante.
E.°.R.°.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
16 mars 2013
Pourquoi entrer et pourquoi rester en franc-maçonnerie.
Nous justifions après coup notre entrée dans la franc-maçonnerie avec de
grandes déclarations sur la morale, le goût du progrès, les grands sentiments
et autres prétextes qui sonnent faux. Souvent ceci ne correspond pas à la
vérité.
Nous sommes rentrés en FM car nous y connaissions quelqu'un qui nous
inspirait confiance, mais aussi avec une curiosité faussement dissimulée.
Certains recherchaient un carnet d’adresses et un relationnel, d’autres
voulaient simplement ouvrir le champ des possibles en élargissant leur
champ de vison. Voilà la réalité.
Les affairistes qui avaient dissimulé leurs vraies intentions sont partis ou ont
accepté cette conversion du regard qui caractérise l’homme sur le chemin
initiatique. Les autres, qui espéraient une micro-société élitiste infiltrée dans
les arcanes du pouvoir, poursuivant des buts mystérieux et secrets, sont
repartis bredouilles vers d’autres théories du complot.
Les raisons qui nous font rester en franc-maçonnerie sont souvent différentes
de celles qui nous ont fait frapper à la porte.
Avant d’aborder les motivations qui font que l’on reste en franc-maçonnerie
(2,) cette planche décrit d’une manière inédite les raisons qui nous incitent à
y entrer (1).
1)Pourquoi entrer en Franc Maçonnerie
Il y a maintenant quelques années que je suis parmi vous et j’ai voulu faire
un point sur les fondamentaux de « ma » maçonnerie. Pourquoi faire ce
constat ? Tout simplement pour ne pas oublier le pourquoi je suis rentré en
Franc- Maçonnerie. Je ne voudrais pas l’occulter un jour, donc réviser ne peut
être que bénéfique.
Ce que je vais développer devant vous mes F :. n’est pas le comment rentrer
en F :.M :. mais le pourquoi.
Je suis franc-maçon, a dit un F.:, parce qu’un jour j’ai frappé à la porte du
Temple et on m’a ouvert. J’ai ensuite demandé la Lumière et on me l’a
accordée ou plus exactement on m’a donné les outils nécessaires pour la
rechercher. J’ai donc été initié, c’est-à-dire que j’ai accepté de me soumettre à
un ensemble de rites d’initiation qui m’ont permis d’entrer dans la fraternité
maçonnique.
Peut-être avant de mieux préciser le pourquoi on devient maçon, je vais
définir 10 raisons ou commandements pour ne pas vouloir devenir Franc
Maçon :
1. Vous avez déjà beaucoup trop d’amis.
Les amis vous causent plus d’ennuis que de bien-être en vous invitant
constamment aux évènements sociaux, en s’enquérant au sujet de la santé de
votre famille et de votre vie personnelle, et en vous offrant leur sagesse et
leurs conseils. Vous ne pouvez pas vous imaginer en avoir plus. Parfois un
homme doit juste être seul.
2. Vous aimez mentir, tricher et voler.
Profiter des autres est pour vous, une façon de vous hisser dans la société.
Manipulateur, vous savez dire aux gens ce qu’ils veulent entendre, quitte à
mentir. Cela vous a toujours été avantageux et la simple pensée de joindre
une association qui exige de vous d’être droit et honnête dans tous vos
rapports avec votre prochain est fondamentalement contraire à votre
caractère.
3. Vous êtes un non conformiste.
Vous vous dites que l’homme libre que vous êtes ne peut respecter les règles
édictées par les autres. Ainsi, vous ne pouvez suivre les règlements et le code
d’éthique d’un groupe. Vous ne pouvez adhérer à une association qui limite
son adhésion aux hommes bons et les encourage à vivre leurs vies aux
niveaux les plus élevés de la morale. Cette action serait contraire à votre
identité personnelle.
4. Vous êtes avaricieux.
Vous avez tellement travaillé pour posséder cet argent, que vous ne pouvez
pas vous résoudre à dépenser un sou pour aider d’autres personnes. Ce sont
tous des exploiteurs, ces vieillards, ces handicapés, ces veuves et ces démunis.
Ils ne méritent ni temps, ni argent.
5. Vous êtes un fondamentaliste religieux et croyez que le dogme de votre foi
est le seul véritable chemin de la vérité et du salut.
Vous croyez que votre premier devoir en ce monde est de convertir d’autres
êtres humains en votre foi. Et que ceux qui n’y adhérant pas, sont voués à
l’enfer.
6. Vous êtes un matérialiste ou un athée.
Vous ne pouvez pas concevoir qu’il existe une chose telle que Dieu, qu’il soit
celui des religions ou celui de Spinoza. Ceux qui croient en Dieu sont stupides.
Vous croyez que la pensée est le résultat de l’interaction entre les petits
objets comme les atomes et que l’esprit ne peut exister sans la matière. Vous
croyez que l’existence de l’homme se limite à sa vie sur la terre et que la vie
elle-même n’a aucune signification.
7. Vous détestez la charte des droits et libertés et tout ce qui touche aux
droits de l’homme.
Vous croyez que le monde fonctionnait beaucoup mieux quand les hommes
étaient incultes, vivaient dans la crainte de la persécution religieuse, sous des
monarchies et des dictatures. Vous ne croyez pas que tous les hommes
naissent égaux, ni qu’ils ont le droit au bonheur et à la justice. Vous ne croyez
pas aux principes de la justice, de liberté et d’égalité.
8. Vous êtes trop occupé.
Il y a tellement d’émissions de télé que vous devez regarder. Sans compter les
jeux vidéo, l’Internet et tout ce qui occupe vos nombreux loisirs. En fait, votre
précieux temps est complètement en dehors de votre contrôle et il est hors
de question de prioriser vos activités permettant de vous engager dans des
activités avec votre communauté, même si celles-ci ne sont que de quelques
heures par mois.
9. Vous détestez tout ce qui touche à la tradition et à l’histoire.
Vous détestez l’histoire et tout ce qui touche aux traditions. Vous vous dites
que nous sommes dans le monde moderne maintenant. Il n’y a rien
d’intéressant et de gratifiant à vouloir la préservation de ces choses
démodées, ces vieux bâtiments et surtout, toutes ces traditions orales.
Pourquoi voudriez-vous soutenir une cérémonie anachronique, périmée, et
injustifiée qui depuis des siècles a survécu en conservant toujours le même
objectif ?
Dans la société moderne, ceci est désuet et sans importance.
10. Vous ne trouvez aucune raison de vous améliorer.
Votre personnalité et votre caractère ne pourraient s’améliorer, vous êtes
parfait. Si vous aviez à joindre la franc-maçonnerie, ça ne serait que pour
enseigner aux autres les grandes techniques que vous avez développées,
celles qui rendent votre personnalité si exemplaire.
Si vous avez répondu vrai à une seule de ces affirmations, alors effectivement
vous n’avez rien à faire en maçonnerie.
Maintenant, il serait un peu facile de retourner toutes ces affirmations pour
motiver une rentrée en maçonnerie.
Comme pour beaucoup, je suppose, mon entrée en Franc-Maçonnerie
s’accompagnait d’interrogation.
Les premières Tenues m’ont laissé perplexe : c’est au nom du Grand
Architecte de L’Univers que s’ouvrent et se ferment les travaux, j’avais
entendu cette incantation pour la 1ere fois, le soir de mon Initiation, mais
encore sous le choc de cette soirée inoubliable, je n’y ai pas trop fait
attention. Aux Tenues suivantes j’ai écouté cette formule avec plus
d’attention et je me suis demandé qui invoquait –on ainsi ?
Les livres à la disposition des Apprentis ne sont pas très loquaces. Avais-je
trouvé une autre religion ?
La réponse que j’ai obtenue est que « Le Grand Architecte de
l’Univers » n’était pas un Dieu révélé, pas un objet de croyance, ni un dogme
imposé, mais un principe créateur, un symbole, une idée. Ici tout est symbole
m’avait dit le Vénérable Maître le soir de mon Initiation. Le symbole dit
« Goethe » transforme l’apparence en idée, l’idée en image. Le symbole
contient donc l’idée, mais il n’est pas l’idée. Aussi laisse- t-il la liberté
d’évoquer la chose, le phénomène selon sa sensibilité, ses sentiments, ses
convictions, voire ses doutes.

La Loge maçonnique est un lieu exceptionnel un lieu sacré, à l’abri du monde


profane où des hommes libres et de bonne volonté peuvent se rencontrer,
dialoguer, communiquer, rassembler des personnes différentes autour d’un
même idéal. En Loge règne un esprit de tolérance, un humanisme, le seul qui
permette à l’homme de se sentir tel qu’il est, dans toute l’acception du terme
En Loge, le franc-maçon peut exprimer ses sentiments de fraternité, de
camaraderie, d’amitié et les partager avec ses Frères et leur offrir le meilleur
de lui-même. Au sein de l’Atelier maçonnique, il n’y pas de compétitions
entre les Frères, pas d’enjeux financiers. Il y a une spiritualisation au sens
large de toute chose, et la méthode du symbolisme permet d’aller au fond des
questions posées. Dans certains moments difficiles de notre vie, la Fraternité
avec un grand F et le soutien des Frères est un grand secours moral.

L’Initiation engage le franc-maçon à développer sa connaissance, à revoir sa


manière de penser, de réfléchir, sa manière de vivre où tout au moins essayer
de se transformer, de passer du « profane au maçon» qui maîtrise ses
passions. Tailler et polir la Pierre Brute que nous sommes, symbole de
l’homme, pour l’insérer harmonieusement dans l’édifice commun.
Il ne faut pas perdre de vue que c’est dans la Loge que tout commence. Nous
ne sommes pas entrés en franc-maçonnerie par goût de l’érudition, mais pour
nous changer. Méthode de réflexion et non-école de pensée, l’initiation
Maçonnique ne dispense aucun enseignement doctrinal où dogmatique,
n’impose aucune idée toute faite. C’est le franc-maçon lui-même avec l’aide
de ses Frères qui accomplit son approche de la vérité, cette vérité qui
appartient à ceux qui la cherchent, et non à ceux qui prétendent l’avoir
trouvée. Nul ne saurait se dire Franc-Maçon, s’il ne cherche pas, s’il
n’entreprend pas de se transformer. C’est ce que nous tentons de faire nous
qui nous réunissons dans nos Loges, en observant le Rituel.
Dans notre Rituel tout nous pousse à prendre des décisions, nous donne un
état d’esprit d’homme responsable, d’homme d’avenir. Le Rituel est avant un
tout un outil, probablement le plus élaboré nous faisant à chaque fois tenter
de bâtir un Temple. Nous sommes pierres et le Rituel nous permet de rendre
ces pierres plus conformes à leur intégration dans la construction du
Temple. Le but de la Franc-Maçonnerie est que le franc-maçon s’améliore
lui-même et par là améliore les autres, c’est un travail de groupe donc de la
Loge.
En fin de Tenue, nous formons la Chaîne d’Union. La Chaîne D’union est un
des points forts de notre Rituel, elle est le moment d’une intense communion
affective, la Chaîne d’Union exprime notre concept de Fraternité et notre
concept d’amour, lesquels sont au centre de notre vie de franc-maçon.
« Formons de nos mains qui s’enlacent une chaîne d’amour » dit la chanson
maçonnique « Ce n’est qu’un revoir mes Frères. »
Je rends hommage à mon Frère Dominique qui m’a amené à la porte du
Temple. Je l’en remercie sincèrement, ainsi que tous les Frères qui m’ont
épaulé et aidé.
Je fais un retour sur moi-même, de l’homme que j’étais quand j’ai dit ma
volonté d’être maçon » me suis-je amélioré ? Seuls mes Frères peuvent le
dire.
Je crois avoir appris par le silence de mon apprentissage, mais aussi après, à
écouter les autres, et à me maîtriser.
L’Initiation a été forte et impressionnante au moment où je l’ai reçue. Mais
c’est avec le recul que je m’aperçois que petit à petit je me suis transformé.
Comment ? comment cela s’est-il fait ? Par quelle alchimie ? Être Maître de
son œuvre. J’ai compris que j’étais en train de construire mon Temple
intérieur c’est-à-dire : MON MOI. L’Initiation m’a permis d’entrer et de
marcher sur un chemin qui me conduit à moi-même, et de créer cette
dynamique qui fera qu’un jour un Profane se demandera pourquoi je suis
comme cela ? Quelle est la raison de ce changement, de cette
transformation ? Qu’il se dise à son tour : je veux être maçon. Alors une
partie de mon œuvre sera accomplie : je rayonne !! J’ai la lumière en moi, je
peux la transmettre.
Pour conclure, je cite ces strophes d’un poème :
Le bandeau est tombé tu as vu la Lumière
Ici commence un long chemin
Que chacun d’entre nous doit suivre à sa manière
En taillant chaque jour la pierre de ses mains

C’est le long chemin vers soi-même


La pierre brute à dégrossir
Pour l’ésotérique baptême
Ou le vieil homme doit mourir

C’est le long chemin qui rassemble


Ceux qu’un même idéal unit
Bâtir un monde où règne ensemble
Sagesse et Beauté et Force
(j’ai modifié le dernier vers afin de le cadrer avec notre rite.)
R.°.L.°. La Lumière écossaise à l'O.°.d'Ollioules
Par :Thi :. Vei :.
2)Pourquoi rester en franc-maçonnerie ?
Si on reste en franc-maçonnerie, c’est parce que l’histoire de la connaissance
de soi et du monde ne s’est jamais achevée. Nous persistons sur le chemin de
la connaissance en franchissant différentes frontières.
Je résumerais mon envie de rester par la phrase suivante :
« Je suis un maçon libre, avec une vue haute qui tend vers l’universel. Tels l’arbre et le
Temple je célèbre la lumière d’un centre fondé sur l’harmonie des correspondances. Je
reste aux côtés de mes frères qui privilégient l’être à l’avoir, participant activement
au chantier de l’humanisation de l’homme. »
La franc-maçonnerie spirituelle et traditionnelle est riche de sa diversité et
s’adresse à de nombreuses sensibilités. Elle n’est composée que de femmes et
d’hommes qui sont des bonnes mères et de bons pères de famille et qui
pensent que l’homme est perfectible, son moteur intime n’étant pas fondé sur
l’argent ou la lutte des classes. Ils n’ont pas l’impression de détenir la vérité
puisse qu’ils la cherchent en entamant le long périple d’un pèlerin libre, sans
dogme ni subordination à un gourou ou à une idéologie.
Il existe en l’homme libre un rapport secret au sacré et à l’intemporel qui ne
relève pas d’une révélation faite au café du commerce ou d’une perfusion
religieuse. L’homme à en lui des frontières qu’il nous faut découvrir. Nous
sommes donc dans le domaine mystérieux de l’intime qui se dessine
progressivement à celui qui veut tenter l’expérience initiatique.
« Avec une vue haute »
La franc-maçonnerie intéresse ceux qui pensent que l’homme fait partie d’un
tout qui le dépasse. Le franc-maçon tente de percevoir le tout dans les
différents mondes qui l’entourent.
Il a des devoirs envers lui-même, ce qui suppose une connaissance de soi,
envers sa famille ce qui le situe dans la transmission et dans la mémoire,
envers la société qu’il tente d’améliorer et envers l’univers qu’il tente de
comprendre dans sa naissance et son devenir.
Cette prise de conscience graduelle découle non pas d’une simple réflexion
écologique globale ou religieuse, mais d’une expérience initiatique qui donne
ce que l’on appelle le don de « double vue ». On traduit cela par regard neuf et
sans préjugés : je vois l’homme pour lui-même et pour son entourage, mais je
le restitue aussitôt dans un grand tout qui par certains cotés n’est accessible
qu’au regard averti capable d’établir un jeu subtil de correspondance.
Je ne peux me contenter de penser que l’homme demeura à tout jamais
esclave de son inconscient. Alors il ne pourrait voir au-delà de la
compréhension de son asservissement. Ce serait une vue basse et partielle !
Il faut simplement reprendre l’initiative avec une vision nouvelle d’un soi
relié à la totalité. Ce serait la vue haute et globale, parfois appelée vérité.
Apprendre modestement à se connaître semble la première démarche, mais
pour qu'elle soit aboutie et riche de promesses il faut mourir à ses propres
certitudes et tenter de recomposer avec méthode notre être. C’est ici la
preuve qu’il ne s’agit pas d’une simple exploration du subconscient. On y
passe sans y rester. Le Gnôthi sauton n’est pas une doctrine de
l’enfermement en soi.
La méthode maçonnique repose sur une base matérielle et intérieure pour
embrasser une dimension spirituelle et céleste qui surpasse la psychologie.
Afin d’éviter tout dérapage et la stagnation dans les fractions infernales de
l’être, je peux compter sur la fraternité attentive de ceux qui me précèdent
sur le chemin.
« Qui tend vers l’universel »
Quoi qu'il en soit nous restons en franc-maçonnerie pour une certaine idée
que nous avons du monde, de la fraternité des hommes et de l’harmonie de
l’univers. L’idée de fraternité ne peut dans une société initiatique se détacher
de la tradition. La tradition c’est non pas se qui nous asservi au passé, mais ce
qui nous relie à l’universalité. Cette universalité fut l’objectif des
encyclopédistes et des humanistes du Siècle des Lumières. C’est dans ce siècle
que la franc-maçonnerie de la spéculation s’est développée. Ainsi aussi bien
Anderson, Desaguliers, le chevalier Ramsay, Le baron de la Tierce, les Stuarts
et les Hanovres défendaient cette idée, avec peut-être des arrières pensées
politiques…
Je vais tenter d’expliquer ce qu’est la tradition initiante sans parler du temple
de Salomon que je connais sans l’avoir jamais vu :
La tradition est la transmission de la grande histoire du monde manifesté par le
principe qui transparaît dans le jeu ancestral des symboles, des mythes et des rites.
Cette tradition est initiante lorsqu’elle se traduit par une explication universelle qui se
double d’une expérience vécue physiquement et intérieurement, inférant une double
vision et donc une métamorphose du regard.
« L’arbre le Temple et l’Homme »
Lorsque je vois un homme assis au pied d’un arbre je ne peux m’empêcher de
penser au lien ancestral qui nous lie à la nature, à ce que l’arbre depuis Adam
et Ève peut représenter, ce qu’il incarna comme divinité celtique, ce qu’en fit
Saint Louis et enfin celui que j’ai planté écolier en CE2. Son pouvoir de
représentation est sans limite, arbre de la connaissance, du bien et du mal,
arbre de vie, arbre du milieu, centre du paradis céleste ou terrestre, l’arbre de
justice, la grande nature à défendre, arbre à palabre, etc.… Le maçon
spiritualiste comme le maçon humaniste et social se retrouvent pour
défendre l’arbre. Pour interpréter l’arbre, on ne peut se contenter
d’interroger son subconscient, il faut aller plus haut et en dehors de soi-
même par l’expérience.
Donc l’arbre dans la forêt, comme le temple de Salomon, possède plusieurs
significations étagées dans les mondes de la conscience, de l’expérience et de
l’inconscient et au surplus, telle une cathédrale au milieu de la multitude,
l’arbre fait la médiation entre la terre et le ciel. Ce dernier schéma abandonne
la dictature de l’inconscient pour s’adresser à quelque chose de supérieur que
nous pourrions appeler une supraconscience. L’homme n’est plus le centre de
l’univers, il est un élément qui veut participer de ce centre, ce qui est
différent. Cette participation au centre se fait par différentes modalités
rituéliques au sein du temple maçonnique, toutes reliées à la notion de
lumière. Lumière et centre vont devenir synonymes sur un plan
métaphysique.
Je découvre que les ramures visibles sont en relation avec les racines
invisibles par le tronc qui sourd d’une puissance secrète et que la vie découle
de la lumière qui par les racines et le jeu mystérieux de la sève, va
recomposer les éléments souterrains obscurs en feuilles vertes baignées de
soleil.
Symboliquement l’arbre axial est puissant d’autre chose qu’une simple valeur
économique ou biologique.
J’accède ainsi par un symbole polysémique, traditionnel et universel, à une
vérité qui est que la vie provient du désir d’énergie et de lumière.
« La célébration d’un centre lumineux »
Ainsi l’arbre comme l’homme debout, semblent devoir leur vie terrestre àune
quête lumineuse. Cette lumière pour l’homme peut être conçue avec une
dimension spirituelle qui se cache sous l’aspect physique. La vie pour
l’homme depuis la nuit des temps, trouve son origine dans autre chose qu’une
complexe mutation moléculaire. C’est le conte et le mythe qui meublaient nos
veillées jusqu’au XIXème siècle en non une base chimico physique, ni la
sélection darwinienne. C’est ainsi notre conscience s’est éveillée aux mystères
de la nature et à la dimension sacrée reliant le bas et le haut. La dimension
sacrée et l’histoire de la naissance du monde et de l’homme fut transmises
par oralité entre les civilisations successives puis consignées par gravure sur
des tablettes d’argile ou par écriture dans les livres de sagesse. Les
constitutions des hommes ou des grandes loges ne sont que des dérivées
organisationnelles et morales de ces grandes explications ontologiques. On y
explique comment les sociétés ou les francs-maçons s’organisent autour de ce
qui finalement est une résurgence du foyer lumineux des origines. On y
agence la relation entre un centre du pouvoir et une périphérie
démocratique. Autrefois celui qui détenait le pouvoir se disait de droit divin,
aujourd’hui l’électeur tel Prométhée s’est emparé de cette relation au divin
par l’acte démiurgique partagé de l’élection. La transmission successorale
propre aux rois et au sang s’est transféré dans la périphérie citoyenne qui par
l’élection refonde périodiquement la légitimité sacrée et républicaine d’un
centre lumineux. Le modèle traditionnel se reproduit sous divers aspects,
c’est toujours à partir d’un centre que tourne la roue. Les francs-maçons ont
tenté de conserver dans la loge un centre lumineux en la personne du Maître
de la Loge doté de l’épée flamboyante de l’autorité spirituelle et de son
maillet signifiant son pouvoir temporel.
Le franc-maçon par l’initiation entreprend de faire rayonner le centre relatif
en lui-même en le mettant en résonance avec un centre absolu.
L’arbre et la lumière sont une simple illustration du don de double vue qui
repose sur la découverte des mécanismes de représentation mentale. C’est ce
qu’on appelle le symbolisme. Les mythes ainsi que les rituels en sont les
applications socialement ordonnées pour les premiers et graduellement
progressives pour les seconds. Ils reposent sur l’oralité et une mise en œuvre
qui intériorise l’expérience initiatique. Nous pouvons « appliquer » ce double
principe de représentation mentale aussi bien à la définition de la lumière et
à son accès intime et spirituel que dans la lecture par la voie(voix) intérieure
de n’importe quel texte sacré. Cette voie intérieure passera notamment par
l’expérience initiatique de l’épellation qui permet de se mettre en résonance
avec les mots sacrés, ou par le tracer « en soi » du tableau de loge et pour finir
par l’apprentissage de la planche à tracer. La craie qui crisse sur l’ardoise
n’est que le reflet de la lumière intérieure balbutiante. Le maillet et le ciseau
n’expriment une forme que dans la pensée devenue volonté agissante. Le
ciseau incise la matière entre l’ombre et la lumière. La forme née à la lumière
physique par la lumière spirituelle.
« L’harmonie des correspondances »
Nous dépassons ainsi la lecture religieuse ou sociale d’une explication
exotérique (qui découle de l’apparence) en recherchant les signifiants
ésotériques (au-delà des apparences). La recherche ésotérique ne nie pas la
relation de cause à effet, mais ne se borne pas à décrire la crête de la vague en
fonction du vent ou du courant. Elle recherche le rôle non apparent de la lune
et ce que le phénomène des marées apporta à la vie sur terre. Elle se permet
de décrire la Lune dans tous ses états symboliques et mythiques pour en
déduire un lien arrimé à l’imaginaire traditionnel ancestral. La crête d’une
vague n’est qu’un épiphénomène de quelque chose de plus grand. La face
cachée de la lune est donc symbolique, mythique et métaphysique! En un mot
ésotérique.
J’en conclurais que la grande explication symbolique vient relier le
phénomène à une totalité sans doute produit d’un Principe « lumineux ».
L’ontologie fonde pour partie le sens de la vie.
Partant de cet exercice, on comprend que l’homme à une aptitude à
unereprésentation « surjacente » (et pas seulement sous-jacente comme
l’affirme le dictat de l’inconscient) et symbolique par le jeu des
correspondances entre ce qui est en haut et ce qui est en bas, entre l’apparent
et le caché, entre immanence et la transcendance. Cette interrogation
symbolique participe à son humanisation du cherchant par l’élévation de
l’esprit.
« Le chantier de l’humanisation »
Le positivisme et le matérialisme ont banni temporairement notre langage
sacré, simplement parce que certains n’ont pas compris qu’il existait aussi un
sacré « laïque » dépassant la croyance asservie et que la grande mémoire des
peuples avait dans son ADN symbolique tous les épisodes de la manifestation.
Les nouvelles technologies par la « réalité augmentée » à laquelle succédera
la « réalité rêvée » restaurent ce grand mythe des temps premiers
démontrant s’il en était besoin qu’aucune dictature idéologique n’empêchera
la recherche d’un paradis perdu, preuve que les marges de progression sont
importantes.
Nous pouvons faire des progrès sur la voie de l’humanisation de l’homme en
lui restituant sa dimension sacrée fut elle laïque. Les progrès très relatifs de
la science sont à relire à l’aune de cette capacité à être plus homme universel
qu’animal âpre au gain ou à un faux bien-être. L’homme véritable s’extrait de
la contingence, l’homme réalisé dépasse son conditionnement intellectuel et
social. Il est de notre devoir d’exiger que le progrès matériel ne se passe point
d’une éthique et d’une élévation spirituelle.
« Le franc-maçon privilégie l’être à l’avoir. »
Un franc-maçon s’efforce de voir au-delà des apparences et embrasse le
monde en franchissant des frontières intérieures. Il finit par rayonner de
cette force tranquille qui fait de lui celui qui entend et qui voit. En aucun cas
la franc-maçonnerie ne confine à une observation passive d’un centre
immobile. Elle suggère l’élévation de l’âme et le perfectionnement actif par la
voie citoyenne.
Je suis rentré en FM comme les autres et j’y suis resté à cause de l’arbre
universel que j’ai planté enfant et qui à grandi en moi, sous l’œil bienveillant
de mes frères sur le chemin de la lumière.
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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
9 mars 2013
Symbolisme des vierges noires
Symbolisme des Vierges noires

Le symbolisme des Vierges noires est un si vaste sujet qu’il faut bien
accepter de se limiter. Pour ce travail, nous prendrons le parti de nous fier
pour une grande part à une démarche intuitive qui on le sait nous relie le plus
sûrement à l’évidence archaïque des mots et des symboles. Nous explorons
dans une première partie les généralités du symbolisme des Vierges noires en
tentant de trouver des points de convergence avec l’initiation maçonnique.
Dans la seconde partie, nous étudierons un lieu virginal célèbre,
Rocamadour. C’est un endroit baigné de ferveur que l’auteur de l’étude a
visité à plusieurs reprises.
L’étude s’appuie sur diverses recherches notamment celles de Jean Pierre
Bayard, « Les cahiers de Saint-André » des hauts grades du REP, les notes
d’instructions de la GLSREP aux divers grades et sur les compléments des FF
de la L.°..
Les Vierges noires sont présentes et célébrées en de très nombreux lieux en
France. Des sanctuaires ont été érigés en leur honneur, on en trouve dans les
églises, dans les cryptes. Les sites dévoués aux Vierges noires font l'objet
d'une dévotion ancestrale et leur couleur noire semble recouvrir d’un voile
une vérité d’une nature supérieure.
Photo Chris.°.Mar.°.
Représentation et symbolisme à travers les âges
Le culte des Vierges noires est lié au culte des Déesses-mères et de la
fécondité des anciens temps. Les mystères qui entourent l’enfantement ont
sanctifié ses femmes symboles depuis toujours. Elles puisent leur force et
leurs substances élémentaires dans la Terre Gaïa. Dans les mythes fondateurs,
la caverne est le lieu de vie de la déesse-mère. « L’orifice de la caverne est
comparable à l’organe générateur de la Grande Déesse et c’est aussi le lieu de
sépulture. Les cadavres y sont toujours orientés […] la tête à l’Ouest afin qu’en se
relevant ils se présentent face au soleil naissant ». (J.P Bayard Déesses mères et
vierges noires)
À l’époque du néolithique, on retrouve une multitude de petites statuettes en
l’honneur de la femme au ventre rond et aux seins bombés, célébrant le
mystère de la naissance. Auparavant prédominaient des représentations sans
tête ni bras, parfois limité au simple organe reproducteur considéré comme
lieu d’entrée en la matière et d’extraction à la lumière.
Dans l’antiquité les Déesses-mères sont innombrables et incarnent la
féminité, l’amour et la maternité. On les connaît sous les noms d’Ishtar,
Aphrodite, Vénus, Diane, Junon, Rhéa sœur de Cronos, Galatée, Psyché,
Danaé, Ariane, etc. Il y a aussi Déméter « la Noire », qui signifie « déesse-
mère » et qui préfigure les Vierges noires. « Il ne faudra pas oublier que Déméter
des mythes d’Éleusis se caractérise par un voyage au centre subterrestre annonçant le
cycle alterné des saisons et des genres. Déméter s’engageant dans les profondeurs se
déguise et se voile en femme à la recherche de Perséphone sa bien-aimée. Ce
déguisement « voile » la réalité de sa nature pour aboutir dans sa quête amoureuse
d’un cœur improbable. Cette ambivalence, nous la retrouverons constamment
écartelée entre la virginité blanche et la noirceur primaire d’une non-couleur ».ER[1]
En Égypte, Isis est le symbole de la Déesse-mère. Mariée à son frère Osiris, elle
le ressuscite d’entre les morts. Cela fait d’elle la divinité qui détient le secret
de la vie, de la mort et de la résurrection. Isis signifie « le trône », elle est
parfois représentée ailée, la tête surmontée d’un trône son nom hiéroglyphe,
mais aussi ce qui est plus intéressant pour notre sujet assise, donnant le sein
à son enfant sur les genoux ou en simple présence faciale sur le genou
gauche, la tête surmontée d’un cercle solaire entre deux cornes de bœuf. La
déesse est solaire et lunaire (« ambivalence contra-cyclique, elle reçoit
symboliquement la lumière de la vie dans le croissant lunaire, coupe réceptacle
représenté par les cornes ». ER[2]), elle règne sur le Ciel et la Terre, elle est
principe créateur et régénérateur. Le culte d’Isis s’est prolongé dans
l’Antiquité avec diverses représentations.
En Gaule romaine Isis a eu ses temples fondés dans les lieux primitifs du culte
celtique de la nature, généralement près des sources d'eau. « Les vierges dites
noires sont l’expression, par leur situation et par leurs dimensions, d’une pointe
tellurique parfaitement située sur le réseau d’Hartmann. Au plan iconographique on
ne peut être que surpris par l’identité représentative des vierges noires avec les
statuettes d’Isis et de son enfant : grandes mains, enfant de face sur les genoux en
trône, la couleur noire, le port haut, etc. La main[3] disproportionnée est à l’évidence
celle du guérisseur de l’infertilité qui utilise le magnétisme tellurique du lieu pour
établir son pouvoir »[4]
Ce culte a été importé en France par la conquête romaine, mais c'est
confronté au culte gaulois de Bélisama qui était la sœur et l'épouse de Belem.
La similitude avec le culte d'Isis est frappante. Il est clair que nous sommes
devant un symbole universel, appartenant à la tradition primordiale, repris
et adapté par tous les peuples.
Vierges noires en Occident
En Occident chrétien, la vierge peut être noire de la materia prima et blanche
immaculée de l’esprit lumineux. Le moyen âge a été marqué par la ferveur
des pèlerinages[5] vers les sites telluriques voués au culte des Vierges noires
de l’ancien système. À travers L’Europe, il apparaît que le plus grand nombre
de miracles sont attribués à ces Vierges. « Au XIIe siècle, pas moins de 80
cathédrales dédiées à Notre-Dame et plus de 500 églises, entre 1170 et 1270, seront
édifiées à sa gloire ». (Fulcanelli : le mystère des cathédrales). Notre-Dame semble le
pendant lumineux et terrestre d’une vierge noire subterrestre. Chaque lieu de
cultes de Vierge Noire à sa propre origine, son propre mythe réadapté, mais
elles sont toujours nées sur les fondations d’anciens cultes païens. Elles ont
proliféré à nouveau au temps des croisades, ce qui laisse supposer une
possible importation orientale par les croisés. Ce qui ajoute valeur à cette
thèse, c'est la composition des statues des Vierges noires qui sont souvent
faites de bois de cèdre, inexistant en Europe et très utilisé au Moyen-Orient.
Ces célébrations mariales ne sont autres que la métamorphose et le réemploi
des anciennes Déesses-mères en Marie, Vierge, femme et mère de Dieu.
Pourquoi Vierge ?
Pourquoi nomme-t-on Vierge une déesse de la fécondité ? Être mère et vierge
semble contradictoire. Par le terme Vierge il ne faut pas comprendre chaste,
il semble que ce soit la notion de la conception miraculeuse qui prédomine.
« Ces déesses qui sont au-delà des lois humaines, au-delà de la conception de mariage,
sont vénérées pour la fertilité quelles apportent. […] Elle demeure “l’Immaculée
Conception” puisqu’elle est le principe ». (J.P Bayard Déesses mères et vierges
noires) Le terme Vierge n’est pas en rapport de l’état physiologique, mais de la
divinité acquise en étant fécondée miraculeusement par l’Esprit Saint. « La
vierge quelle soit noire ou qu’elle soit immaculée participe d’une médiation entre les
ténèbres et la lumière, entre la gestation des éléments dans les ténèbres et la
naissance à la lumière céleste. Ce double aspect doit rappeler au franc maçon
spéculatif son expérience initiatique entre le cabinet de réflexion chtonien et la loge
illuminée par l’esprit. »[6]
« D'ailleurs, parmi ces “Vierges”, ces femmes qui ne se marient pas, sont choisies les
prostituées sacrées, celles qui ont la garde du temple, qui célèbrent le culte divin et
dont la racine ultime est toujours préservée ».(J.P Bayard Déesses mères et vierges
noires)
Il faut imaginer la notion de virginité comme le renouveau de la nature, le
retour de la terre vierge avant l’ensemencement cyclique de nouvelles
cultures.
« Ce renouveau saisonnier nous fait pressentir le retour cyclique au cabinet de
réflexion, lieu de la « recomposition élémentaire » stade préalable à la renaissance à
la lumière en loge. L’initiation à la lumière ne peut se comprendre sans un retour sur
soi et en soi ».ER[7]
Pourquoi noires ?
Il semble que cet aspect suscite le plus d'interrogations, et a frappé
l'imagination des fidèles. Écartons la notion de race, bien que ce soit parfois
une thèse mise en avant et probable dans certains cas (à Sainte-Marie de la
Mer). Le granit noir ou le bois de cèdre ont été souvent utilisés, cela pourrait
valider l'origine orientale. Les Vierges noires qui sont parvenues jusqu’à nous
ne sont pas toutes authentiques, et quand elles ont été reproduites elles ont
été volontairement teintes en Noir. La thèse de la coloration par la
combustion des cierges ou avec le temps n’est pas la raison première. On
pense que c'est d'une manière soit volontaire, soit traditionnelle, que l'on a
reproduit la couleur noire. À l'époque médiévale, l'art pour l'art n'existait
pas, et il faut interpréter dans la couleur une référence alchimique. Il
s’agissait retrouver la couleur du principe originel, de la nuit cosmique
d’avant la création, de la couleur de la terre.
« Nous savons que le noir absorbe toutes les longueurs d’ondes des couleurs. Il précède
la variété de la vie organisée. Ainsi le noir est la non-couleur de l’instant qui précède
l’arrivée de la lumière. Il s’agit ni plus ni moins d’une sainte ténèbre qui portera et
accouchera la lumière ordonnatrice. Cette vie apparaîtra dans l’arc en ciel qui n’est
autre qu’une arche céleste. Le Noir est celui de la materia prima, celui du cabinet de
réflexion. Il est ce noir qui porte la fragile flamme de la bougie. Le noir est moins une
couleur qu’un état antérieur à la manifestation lumineuse. Sans le noir, le blanc est
invisible. Nous retrouvons ici l’un des aspects complémentaires du pavé mosaïque en
relisant avec précision les premiers paragraphes de la genèse et de l’évangile selon
saint Jean. La lumière est née des ténèbres qui la précèdent.
Les vierges noires peuvent donc être qualifiées de cryptiques. La crypte souterraine
des Églises les accueillent, comme la vierge mit au monde le christ dans une grotte
(notion provençale de crèche, notion maçonnique de l’arche ou de la voûte). L’aspect
cryptique obscur et noir rassemble les forces telluriques du bâtiment ou du lieu pour
les focaliser vers un nouvel état : le nouveau-né procède d’une fécondation
miraculeuse de nature céleste, ensemençant la materia prima. Il y a donc rencontre
axiale entre le terrestre le subterrestre et le céleste ».[8]
La Vierge médiatrice dans l'Église
Les évangiles n’accordent qu’une place honorifique à Marie, alors qu’elle est
aux premières places dans la liturgie Romaine et Orthodoxe. La ferveur des
croyants l’a placée au premier rang. L'Église a bien été obligée de s'adapter et
a essayé de contrer la ferveur historique attachée aux Vierges noires en en
faisant disparaître certaines, ou encore en mettant progressivement en avant
une Vierge Marie immaculée et plus céleste. L’Église a essayé de gommer
l’image de la mère nourrice et les représentations de la vierge se sont
métamorphosées. D’Isis assise sur un trône donnant le sein à son fils, on est
passé à la Vierge noire assise avec son fils sur les genoux, puis La Vierge
Marie avec son enfant Jésus dans les bras, pour aboutir à la Vierge dépourvue
d’enfant à l’auréole immaculée. L'Église a ainsi effacé la mère subterrestre
pour laisser apparaître la Vierge céleste. Devant la ferveur païenne pour ces
divinités chtoniennes, et afin d’annexer le culte des Vierges Noires il a été
avancé un passage du cantique des cantiques de Salomon : « O filles de
Jérusalem, je suis brune, mais de bonne grâce, comme les tentes du Kédar et comme
les pavillons de Salomon – ne considérez pas que je suis brune parce que le soleil m'a
regardé ».
La force de l'église a été d'absorber les divinités païennes, de les intégrer dans
le cortège des mythes chrétiens.
Le concile d'Éphèse du 22 juin 431 a déclaré Marie mère de Dieu. Il est aussi
expliqué que Marie est venue réparer la faute d'Ève. L’apport symbolique de
Marie est que le couple Adam-Eve soit responsable de la chute de l'homme, et
le couple Marie-Jésus soit celui de la renaissance spirituelle. Marie est
désignée comme celle qui a écrasé la tête du serpent. Il est parfois dit que le
serpent/Satan redoute plus que tout la Vierge immaculée.
Papesse du Tarot et Vierge zodiacale
Dans le livre symbolique du Tarot, Isis ou la Vierge est personnalisée par la
2elame majeure, La Papesse. Aucun rapport avec une fonction christique, il
s’agit de l’incarnation de la prêtresse des mystères. Elle est assise sur un
trône, le visage en parti voilé, et porte dans la main non pas un enfant comme
les Vierges Noires, mais le livre des secrets que nul ne peut connaître, a
moins de posséder les clefs qu’elle tient dans sa seconde main. On retrouve là
une correspondance avec le voile d’Isis qu’aucun humain n’a osé soulever et
qui recouvre les secrets de tout ce qui a été, est et sera. Les clefs qu’elle
détient sont d’Or et d’Argent correspondant au symbole du Soleil et de la
Lune.
La Vierge, c’est le sixième signe du zodiaque, symbole de la moisson. Terme du cycle
annuel de l’élément Terre, avant l’équinoxe d’automne. Le cycle végétal s’achève sur
une terre nouvelle devenue Vierge. Sa Sixième place dans le zodiaque la fait participer
au symbolisme du nombre six et du sceau de Salomon. Elle est le symbole du foyer.
(Dictionnaire des Symboles)
Enfanter le monde
Il est intéressant de souligner que, malgré sa toute-puissance, Dieu créateur
du Ciel et de la Terre a eu besoin du ventre d’une mère, Marie, pour envoyer
sur terre son fils sauveur des hommes. Elle a ainsi offert à Dieu le fruit de ses
entrailles. La Déesse-mère est le réceptacle qui fait germer la graine divine,
tout comme Isis elle ressuscite Osiris et transmet la vie à Horus. Elle est le lien
matriciel avec le divin. Selon Bernard de Clervaux : « Le passage obligé pour
joindre les lois terrestres aux lois célestes ».
Une question que peut-être vous vous posez est : que vient faire une étude sur
la vierge noire dans une loge Masculine ? Il faut mettre les choses au point,
toute loge masculine que nous sommes, nous avons tous dans nos cœurs nos
mères, nos épouses, nos filles et nos sœurs. Nous sommes une loge dédiée aux
symboles et il est important de les aborder tous. « Faut-il rappeler que les
chevaliers partis pour les croisades, à la reconquête du centre ontologique, avaient
pour emblème la vierge Marie qui était leur Dame sous le vocable Notre-Dame! » ER
Autres questions : n’y a-t-il point de représentation « secondaire » de la
vierge dans la loge ? Ce principe matriciel ancré dans les religions les plus
anciennes aurait-il pu échapper au symbolisme du R.E.P. ? La réponse nous
vient des travaux de Da.°.Dub.°. sur le thème « la loge : matrice initiatique et
symbolique ». La représentation de la Déesse-mère, c’est le cabinet de
réflexion, d’où germent de nouveaux hommes qui poussent et grandissent à
la lumière de la loge.
Selon ER dans Cahiers de Saint-André « la vierge noire est l’expression ancestrale
d’une société qui assume l’incarnation de l’âme. Cette société est matriarcale par
nature. La transmission de l’appartenance et de l’identité se fait par la mère en
l’absence d’un père simplement putatif. Nous comprenons ici, tout l’intérêt de la
distinction entre l’initiation féminine et l’initiation masculine. Le REP conserve en son
sein cette archaïque tradition d’un athanor commun pour un assemblage d’éléments à
chaque fois unique et original comme la molécule d’ADN qui relie le présent au passé.
En vérité cette vierge noire est présente en loge, dans le voile noir que nous enlevons
du tableau de loge à l’allumage des lumières d’ordre. C’est le symbolisme du voile
d’Isis qui pour le premier et le second degré dissimule l’organisation du monde et son
ordonnancement à partir de l’imago mundi éclairé par la sagesse la beauté et la force.
Ainsi à l’ordonnancement du tableau de loge suit la conception et la gestation du
cabinet de la réflexion. Au troisième degré ce voile d’Isis enveloppe le catafalque dans
la fosse laissant paraître la « forme » de l’âme qui animait le corps d’Hiram. Cette âme
semble condamnée à rester en terre.
Ainsi l’Isis, la vierge noire et le voile du deuil, participe à l'incarnation de l’Âme dans
l’homme. Cette âme attend la lumière.
Ici nous est révélé le véritable sens du voile associé à la vierge au voile non déchiré
(hymen) et à l’Isis de la recomposition des corps morcelés (ou décomposés lorsque la
chaire quitte les os). Cette « incarnation » de l’âme exilée[9] depuis la chute doit
trouver un lieu d’accueil pour opérer.
Ce lieu primaire subterrestre est au plan exotérique une caverne ou une crypte, une
voûte ou une arche, où naît la forme en présence d’une bougie ou d’un rayon
lumineux venu du ciel, et au plan ésotérique le réceptacle utérin, athanor des
éléments de l’âme et de l’esprit. Nous avons alors la tripartition classique d’un corps
recomposé dans le cabinet de réflexion, assorti et animé d’une âme de terre noire qui
n’attend que la venue et la descente lumineuse de l’esprit en son sein.
L’âme anime le corps et les sens dénués de perception totale (bandeau) dans les trois
voyages jusqu'à l’arrivée de la lumière illuminatrice. L’esprit est représenté par la
lumière reçue et « dévoilée » en loge qui illumine l’âme et réchauffe le corps. C’est ici
l’expression humanisée d’une vitalité accordée par les dieux à un animal évolué.
Toute l’Humanisation de Cro-Magnon repose sur le concept de tripartition de l’être.
Nous sommes rendus au carrefour subterrestre de l’évolution chtonienne et de
l’étincelle supra humaine, dont la grotte socratique n’est qu’une version exotérique.
L’âme implore la descente de l’esprit, afin que les enfants de la veuve (l’âme)
deviennent fils de la lumière (l’esprit).
La vierge noire et son voile[10] intérieur, hymen exprimant une fidélité à l’esprit, sont
donc bien présents en loge, dans les trois premiers degrés. Elle transparaît sous
d’autres formes et correspondances avec d’autres appellations que le maçon ne pourra
ignorer. Cependant rien dans la transmission traditionnelle de la lumière ne doit
éliminer cet aspect ancestral de la manifestation de l’âme en un corps régénéré dans
la cavité matricielle du cabinet de réflexion. »[11]
Finalement à toute chute malheur est bon.
La dispersion dans la matière est le propre de l’homme vénal, oublieux de son
paradis perdu. C’est encore à la femme d’enfanter l’union plutôt que la
dispersion, le retour au centre lumineux plutôt que son éloignement.
La noire et la blanche
« La mise en gloire chrétienne d’une Marie des évangiles dans sa version
terrienne et traditionnelle, trouve sa source secrète dans vierges noires
chères aux peuples nomades dont l’aspect souterrain depuis la grotte de la
nativité est immédiat.
Suivant le principe de géométrie sacrée, sculptée aux tympans de nos
cathédrales, la transcendance par la mise en gloire dépend toujours d’un
centre secondaire en relation ontologique avec le centre des centres. Ici avec
la vierge noire, ce centre secondaire serait subterrestre en un point tellurique
connu des temps immémoriaux alors que Marie immaculée en serait le
pendant céleste. Ce sont ni plus ni moins les deux points, le haut et le bas,
formant l’intersection des deux cercles de la mandorle[12] qui porte l’axe ou
l’échelle initiatique.
C’est la dévolution céleste qui porte la paix dans la transcendance alors que la
vierge noire porte l’immanence à partir du chaos. Au final ce sont deux
aspects d’une seule et même vierge que nous décrivons. La vierge noire reste
affectée aux Petits Mystères et la vierge immaculée aux Grands Mystères.
C’est en effet, le deuxième aspect de Marie mère du Christ est d’apporter la
paix maternelle du chant et de la caresse dans les cheveux de l’enfance agitée.
Le peuple nomade guerrier et frondeur issu de la materia prima trouve
recomposition et repos en se ressourçant au sein premier. La vierge noire
sédentarise l’expression du sacré, comme l’arche d’alliance quitta les tentes
pour le Saint des Saints du temple de Salomon. C’est « la paix est en toi» ou
« dieu est en nous »soit l’aspect immanent qui prévaut. Marie fût la Notre-
Dame de la chevalerie templière pour son double aspect. Cette Marie était
comme le beauceant, noire et blanche. Cette paix concerne strictement
l’univers manifesté avec l’homme est ses possibles. La Shekinah apparaît à la
jonction entre les deux termes : immanence de la vierge noire et
transcendance de Marie l’immaculée. Comme une évidence elles détiennent
dans leur matrice la présence divine transformatrice, comme l’acacia de
l’arche d’alliance fidèlement gardée par les chérubins dans le Saint des Saints.
Ainsi la noire subterrestre et la blanche céleste se posent en médiatrices sur
un même axe reliant le subterrestre, le terrestre et le céleste ».[13]
La fraction Osirienne manquante
« Réunir ce qui est épars comme le fit Isis avec les 13 morceaux d’Osiris, nous
donne à penser que la perte du 14ème morceau manquant, avalé par les
poissons, est symptomatique d’un manque freudien. La transmission par les
voies basses sans l’esprit associé à l’âme déjà incarnée aboutit à une perte. La
reconstruction de la fraction perdue à l’aide de l’esprit divin permettra
l’enfantement. En franc-maçonnerie la perte de la parole par la mort d’Hiram
et sa reconstitution se fait aussi par la convocation de l’esprit. C’est aussi en
ce sens spirituel que s’entrevoie le concept de virginité qui renvoie au divin.
Nous sommes bien proches de la tradition maçonnique spéculative de la
parole perdue qui nous restitue la vierge noire en une Ruth (veuve de la tribu
dissidente) rassembleuse des tribus dispersées. La vierge noire accueillante
est une Isis rassembleuse des chrétiens et des cultes païens de la renaissance,
conforment à la Tradition primordiale faisant état du verbe... Mais pour
rendre cette relation à l’esprit divin plus parlante, plus exotérique, il fallut
mettre en avant Marie l’immaculée. Incontestablement Marie l’immaculée et
transcendante s’éloigne du paganisme et des cultes de la nature plus
immanents ».[14]

Vierge noire de Rocamadour


Pour ceux qui ont visité Rocamadour dans le département du Lot ce qui
frappe c’est l’ingéniosité des constructeurs du sanctuaire à épouser la grotte
originelle et à sublimer le lieu. Certains chercheurs y ont détecté des traces
d’habitations Magdaléniennes 15 000 ans avant notre ère. On y retrouve
également une source. Nous sommes en présence de tous les éléments
matriciels indispensables à la renaissance chtonienne.
Le mythe du sanctuaire : Amadour sauve la vierge ainsi que l'enfant Jésus
lors de leur fuite en Égypte afin d'échapper aux persécutions d'Hérode.
Poursuivi par des soldats Romains Jésus pris une poignée de blé dans le sac
d'Amadour et le jeta a la volée. Aussitôt le blé germa et les hauts épis
cachèrent les fugitifs. Amadour quitta tout pour suivre la Sainte Famille.
Marie lui confia le soin d'évangéliser la Gaule et Amadour établit son siège
dans le Quercy. Saint Amadour sculpta une statuette de Marie et l'enfant
Jésus au Ier siècle. Une autre tradition veut que le saint homme ait ramené
avec lui, d'Orient, une statue de couleur noire sculptée par St Luc
l'évangéliste.
Cependant, la statue qui se trouve actuellement à Rocamadour a été datée du
XIIe siècle. On conçoit que c'est une reproduction de la première statuette
reproduite à l'identique.
Le succès de ce lieu est dû au nombre très élevé de miracles qu'on lui
attribue. Le premier est lié à la dépouille de Saint Amadou retrouvée intacte
en 1166. Les textes ajoutent que le corps était dans un parfait état de
conservation. Le corps fut offert à la dévotion des fidèles jusqu'en 1562, date à
laquelle les protestants mirent la cité à sac et brûlèrent la sainte dépouille.
Plus tard, on attribua comme miracles de ranimer des nourrissons mort-nés
le temps qu'ils obtiennent le sacrement du baptême, de redonner la vue, ou
encore de rendre féconde une femme infertile. Les marins l'ont également
sanctifié, les nombreux ex-voto témoignent de leur adoration, les marins
bretons et québécois l'on fait leur protectrice.
Rocamadour retient notre attention, car tous les ingrédients archétypaux des
Vierges noires y sont réunis. Sa taille, environ 70 cm par 30 cm soit un
rapport 7/3 commun à beaucoup d'entre elles; la date de sa réalisation le XIIe
siècle, même si comme beaucoup de Vierges Noires on retrouve des traces de
Culte avant cette époque, Matériellement très peu datent d’avant le XIIe
siècle. La Vierge noire est couronnée et assise sur un trône preuve que le lien
avec le divin est établi. Les bras écartés symbolisent l’accueil matriciel et le
rassemblement de ce qui est épars. L'enfant Jésus sur le genou gauche se situe
côté cavité cardiaque[15] où réside traditionnellement l’âme. Tout rappel la
statue d'Isis : le lieu, une grotte près d'une source ; l'implantation sur les
fondations d'un culte païen antérieur, la couleur, le trône et l’Horus.
La chaîne des mères.
Notre attention a été retenue par un article de la revue française du National
Géographic de mars 2006, un article de James Shreeve (page 5), qui présentait
une enquête mondiale sur l’épopée humaine qui a conquis tous les continents
au travers de l’ADN des hommes d’aujourd’hui. L’auteur explique comment à
travers les infimes différences génétiques des chercheurs ont découvert de
quelle façon et dans quel ordre les humains se sont déployés dans le monde.
Mais ce qui a retenu notre attention est le court paragraphe : « les spécialistes
estiment aujourd’hui que tous les êtres vivants sont apparentés à une seule et même
femme, qui a vécu en Afrique il y a quelque 150 000 ans : une Ève mitochondriale. Ce
n’était pas la seule femme à vivre à cette époque-là, mais, si les généticiens ont vu
juste, l’humanité entière est reliée à cette Ève par une chaîne ininterrompue de
mères ». C’est une manière de constater que la source primordiale qui inspira
les mythes peut avoir un écho dans la réalité scientifique, dixit le mythe
d'Isis : « chaque être humain est une goutte de sang d’Isis... »
Conclusion
Le personnage de la vierge n’est certes pas un élément directement visible
dans corpus maçonnique. On ne l’aborde que par le truchement de l’analogie.
L’analogie reste la base de l’interprétation symbolique. C’est le symbolisme lié
à la « conception » qui affecte l’athanor du cabinet de réflexion et la
réception intime de la lumière en loge. Cette similitude « conceptuelle »
autorise des rapprochements qui sont communs à toutes les voies
initiatiques, soit une alchimie de l’intime provoquée par la descente de la
lumière dans le réceptacle.
Nous pourrions énumérer les lieux et les mythes qui célèbrent les Vierges
dans leurs versions noires ou blanches. Ils témoigneraient de l’universalité
symétrique du symbolisme matriciel. Nous avons donné un aperçu du
symbolisme des Vierges noires dans une transcription symbolique accessible
aux francs-maçons questeurs de l’universel.
Nous retiendrons qu'à travers les âges, les cultes se succèdent, mais reflètent
une même origine traditionnelle: celle de la célébration de la terre mère Gaïa
et le mystère cyclique de la fécondité reliant la terre et le ciel.

Ch.°. MAR.°.
04/03/2013 R.°.L.°. « Les Écossais de la Sainte Baume »GLSREP- SAINT
MAXIMIN
[1]Étude sur la vierge, l’âme et la voûte. Cahiers de Saint-André. Éditions du
Maçon.
[2]A ce propos on fera l’analogie entre lune réceptacle d’une lumière solaire
et le Graal ou le crâne d’Adam recevant le sang du Christ crucifié sur
l’intersection du monde manifesté et l’axis mundi. Voir en ce sens RDM 3 « Le
crâne d’Adam »
[3]La main pour le maçon spéculatif est le moyen de la realisation. Sa
« surproportion » annonce une aptitude à la réalisation initiatique dans la
matière.
[4]ibid 1
[5]Le pèlerinage était pour les anciennes confréries de métier un voyage
initiatique avec un retour au point de départ qui s’effectuait sous l’égide du
saint intercesseur choisi par la confrérie.
[6]Ibid 1
[7]Voir dans ce sens « La marche à reculons et le retournement » RDM4 p 128.
[8]Ibid 1
[9]Sur l’exil de l’âme en terre après la destruction du Temple ou la perte de la
parole, le rapprochement doit se faire aux grades supérieurs traitant de
retour d’exil, de voûte ou d’arche. Voir notamment Le Maître Parfait Ecossais,
REP, aux Éditions du Maçon.
[10]Sur le voile masquant le cœur ou l’athanor, lire « la porte sur l’invisible »
RDM4 p 54
[11]Ibid 1
[12]Sur la mandorle et sa finalité lire « dernière mission » « Le Chevalier de
Saint-André » par ER aux éditions du Maçon p 104.
[13]Ibid 1
[14]Ibid 1
[15]L’enfant Jésus côté cavité cardiaque indique où se situe l’Âme dans le
corps, on situe l’esprit dans la boîte crânienne. La rencontre des deux initie
l’ascendance spirituelle représentée par ce fils de la lumière.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
2 mars 2013
LA LOGE, MATRICE INITIATIQUE ET SYMBOLIQUE
L'aspect matriciel de la loge est rarement abordé, alors qu'il demeure le point
incontournable de l'initiation traditionnelle. Il nous a semblé utile d'en faire
un compte rendu dans la lignée de nos recherches sur le
positionnement colonnes et la porte du temple. Si l'initiation est un
commencement entraînant une métamorphose du regard, il faut expliquer
les mécanismes cachés de ce qui dans ce lieu "à couvert" nous permet de dire
que nous renaissons "intérieurement" à la lumière.
La loge matricielle fut aussi un enjeu politique avec la maîtrise "orientée" de
l'entre-soi.
Enfin nous lirons la planche qui synthétise les recherches d'un FF sur ce
sujet.

Une double matrice pour une double intériorité


Il existe une relation de cause à effet entre le cabinet de réflexion et la loge.
Le cabinet énumère les éléments constitutifs de l’être dans l’oubli
testamentaire du Vieil homme et la loge ordonne rituellement l’agencement
sensible de ses éléments purifiés en vue du cheminement lumineux[1]. La
première cavité est le ventre premier, lieu de la décomposition du
désassemblage des éléments primaires[2]en vue de leur recomposition. Ainsi
le cabinet de réflexion sera à la fois le lieu mystérieux de la mort, de la
décomposition, de la recomposition et de la renaissance. La recomposition se
fera dans l’assemblage des contraires que seule la matrice opère. À l’échelle
de la génétique, cette matrice va assembler l’élément masculin de la semence
à l’élément féminin de l’ovule. Chaque humain possède donc par son origine
matricielle ce double aspect au sortir de cette première cavité[3], il sera « ni
nu ni vêtu » au franchissement de la porte du temple. Il sera alors dans un
état démuni d'ego orienté comme une forme d’immaturité[4]. C’est ici que se
terminera sa gestation dans la phase dite lumineuse en loge. L'ego par l’éveil
des sens va conquérir l’axe Est-Ouest au premier degré[5]. La lumière de la
loge va « orienter » sa marche linéaire et la reconstruction de soi[6]. Cette
marche vers la lumière est en fait un retour à la source première, fontaine de
sagesse et de sérénité pour certains, arbre de vie pour d’autres.
La loge est par un mystère extraordinaire un lieu situé dans l’espace universel
et hors du temps profane. Ce mystère peut s’expliquer par l’alchimie d’un
rituel agissant dans le cœur de chaque maçon.
Cette mise hors de la contingence profane de la loge permet la gestation de
l’homme nouveau. L’homme n’est nouveau que par son ressenti et la
métamorphose de son regard. Cette révolution du moi en soi s’appuie sur la
sacralité d’un lieu intemporel. Ce dernier sera remis rituellement à son état
originel, celui de la lumière ontologique ou rien ni personne ne venait
diminuer l’unité de l’être et de l’univers. Cette unité première ne peut être
perçue que par les artifices de la pensée totale reconstituée dans les débris de
l’immanence de la matière et de la transcendance de l’esprit.
Les mythes pseudo-historiques[7]de l’unité première et le jeu des symboles
vont contribuer à l’élaboration d’un langage commun et à la gradualité de la
progression personnelle dans un milieu collectif. Le franc-maçon trouve sa
légitimité légendaire dans la construction du Temple de Salomon, ou de
l’arche de Noé. Ce sont deux cavités « à couvert » ou se trame la visite de dieu,
la renaissance de la parole divine et la régénération-purification de l’homme.
L’homme trouve son unité dans la réalisation d’une arche de pierre ou de bois
sur la base du plan fourni ou inspiré par le divin. Ce sera l’arche d’alliance au
sens de « l’arché » et de l’archétype.
Ces deux notions, individu et loge, vont se lier (alliance de l’homme au divin)
l’un à l’autre par le truchement de l’intériorité. L’intériorité de l’individu se
définit par le passage de l’immanence à la transcendance, du microcosme au
macrocosme et par tous les changements qui impliquent un regard plus haut
et plus profond. L’intériorité de la loge s’apprécie par la couverture ou
fermeture de celle-ci, au regard qui n’a pas franchi la porte intérieure. C’est
ici l’expression du mystère ancestral de la matrice ou de la caverne aux yeux
des profanes. C’est un lieu réservé où se déroulent les mystères de la
transformation[8]. Le cabinet de réflexion est une caverne sub-terrestre ou la
terre est inséminée par l’eau du ciel, la loge est une caverne cosmique où
réside la lumière renaissante à l’Est soit la vision lumineuse du Divin. Le
cabinet de réflexion est donc symboliquement un triangle descendant et la
loge un triangle ascendant.
Ces deux triangles-cavités imposent un double mouvement descendant et
ascendant. C’est la signification première de l'hexagramme.
Paradoxalement l’esprit ne peut décoller de la matière qui l’emprisonne sans
avoir trouvé son centre. Le centre de la pierre taillée devient identique au
centre de la terre et du monde. Ce centre du monde devient à son tour centre
des mondes, etc… C’est donc l’abandon d’une matérialité de surface qui donne
accès à la plénitude du centre en soi.
Ainsi le sens véritable de V.I.T.R.I.O.L apparaît dans une dimension qui
confond l’homme au Tout[9]. C’est cette différence de niveau qui n’est pas
toujours comprise par les considérations positivistes limitées au progrès
scientifique se substituant à la transcendance. L’homme archétype communie
avec une totalité dont il semble issu et qui pourtant n’a d’existence
« spéculée » que s’il est apte à la concevoir. Dans l’initiation maçonnique,
nous avons trois cavernes matricielles, le cabinet de réflexion, la loge et le
temple intérieur représenté par la cavité cardiaque. Chacune reprend le point
de vue extérieur et intérieur comme un effet miroir.
C’est la double perception de l’extérieur vers l’intérieur et inversement qui
définit le don de double vue de l’initié. Par cette double perception, le maçon
pourra élaborer sa propre vision globale. C’est donc la découverte de notre
intériorité dans un lieu lui-même intériorisé et collectif que va naître un
nouveau regard et une nouvelle altérité. On peut donc affirmer que cette loge
maçonnique est une enceinte, une matrice où s’élabore par le mystère de
l’expérience lumineuse un nouvel homme pour unenouvelle société. Cette
tradition ancestrale de l’initiation purificatrice par l’expérience intérieure est
une reprise « inconsciente » par les spéculatifs de 1717 des anciennes
traditions qui concevaient la place de l’homme et son rôle dans le grand
ensemble manifesté. Les maçons opératifs avaient autrefois conçu la place du
maçon entre le savoir-faire et le savoir-être en regard de la transcendance
d’une cathédrale. La pratique du savoir-faire et du savoir-être devaient
constituer le socle de la connaissance et la finalité initiatique des arts
libéraux. Sur ce point le temple de Salomon (ou l’arche en particulier) devient
la première des loges idéalement conçue comme la maison de Dieu avant les
schismes. Ces modèles d’inspiration opératifs situés en amont de l’histoire,
fonctionnement à merveille au point d’inspirer ces messieurs de la royale
society qui à la suite de l’invisible collège vont enrichir le réceptacle matriciel
de franc-maçonnerie spéculative. C’est donc la tradition matricielle écossaise
du « mot de maçon[10] » qui va inspirer la base du modèle spéculatif anglais.
Ce dernier se veut oecuménique et pacificateur d’une Grande Ile en pleine
mutation du pouvoir, sur fond de guerre de religion.
La maîtrise de la matrice
La prétention des Stuart catholiques et des Hanovre protestants pour un
même trône vont accélérer le rôle singulier de l’entre-soi matriciel des loges.
Cet entre-soi sera tour à tour partisan dans sa propagande hanovrienne ou
stuartiste pour devenir véritablement eucumenique, voire universel. Cette
approche encyclopédique fut la valeur la mieux partagée en ces temps
troublés. On en trouve deux exemples francisés dans le camp écossais et le
camp anglais en France. Le premier dans le discours du le chevalier
catholique et Stuartiste Andrew Ramsay en 1738, le second dans le travail
rédactionnel des Constitutions du huguenot le baron De la Tierce
probablement auteur ou coauteur avec Anderson des dernières constitutions
de 1738 publiées sur le continent en 1742.
Le message de la religion universelle oecuménique se traduira par
l’universalisme rassembleur d’une gentry cultivée bien pensante dans
« l’entre-soi » aristocrate, bourgeois et commerçant du XVIIIème siècle. Ce
lieu de « l’entre-soi » bourgeois ne devient centre d’élaboration du moi en soi
que sous l’influence des cultures de la grande tradition initiatique venue de la
philosophie utopique[11]agissante et sociale, de la métaphysique, de
l’alchimie des cabalistes et des Rose-Croix. Ces cultures initiatiques
traditionnelles étaient véhiculées par les élites culturelles[12] de l’époque
avant que l’homme ne devienne vers la fin du Siècle des lumières et au XIXe
siècle le centre démiurgique de la nature. C’est ainsi que les loges
maçonniques continentales devinrent le lieu, le réceptacle d’une culture de
l’entre-soi cultivé, mêlées aux influences hermétiques qui enrichirent et
définirent les contours du savoir-être. De l’être nous passions à l’Être.
Ce lieu de l’entre-soi devient un creuset pour la recherche, un athanor, un
four d’élaboration et un Grall de la pensée totale.
On comprend l’enjeu que représentait la grande maîtrise de ces lieux
d’élaboration de la pensée, et la lutte entre écossais et anglais, entre anciens
et modernes, entre franc-maçonnerie anglaise et continentale, etc.
L’esprit encyclopédique dévia de son aspect universel au profit d’une
hégémonie intellectuelle par la notion de reconnaissance et d’outil politique.
Ainsi la notion de « matrice universelle » fut l’objet d’une lutte pour sa
maîtrise. Elle fut instrumentalisée dans un but politique voir commercial[13].
L’homme « cherchant » sur cet océan agité fut tour à tour objet et sujet de
l’initiation conçue non plus comme un commencement, mais comme un
recommencement éclairé. Ce recommencement « orienté » se traduisait pour
les Stuartistes par un désir de reconquête du « trône de droit divin ». Pour les
Orangistes vainqueurs par l’hégémonie encyclopédique et intellectuelle ou
pour les hermétistes par la recherche d’une pierre philosophale cachée
centre de la connaissance universelle. On voit bien les trois niveaux
d’éclairement du XVIIIème Siècle qui sont par certains cotés toujours
d’actualité. S’il n’y a qu’un seul Orient, la lumière ne peut éclairer que l’objet
limitatif de la quête que nous pouvons concevoir. Il nous appartient donc de
nous affranchir pour nous-mêmes et non pour les systèmes.
C’est donc à la visite de cette matrice de l’esprit libre et éveillé, de ce creuset
doublement intérieur à soi et à la loge que cette planche nous invite. E.°.R.°.

LA LOGE, MATRICE INITIATIQUE ET SYMBOLIQUE


La franc-maçonnerie, dernière des traditions initiatiques occidentales, vise
par un travail individuel dans un cadre collectif à la réalisation spirituelle de
ses membres. Dans le cadre d’un rituel, elle utilise une méthode basée sur
l’étude des symboles et outils empruntés aux bâtisseurs de cathédrales ainsi
qu’une interprétation ésotérique des textes philosophiques et sacrés des
anciennes traditions ou religions. Cette méthode de transmission venue des
anciens assigne un but à chaque frère : par un processus de purification et de
rectification spirituelle et mentale il tentera de passer de l’ombre vers la
lumière, du moi au soi.
Quoi qu’il en soit, ce travail ne peut se faire qu’au sein d’un espace sacré et
hermétiquement clos vis-à-vis du monde profane : LA LOGE.
Conscient que le plus important reste à découvrir, je vais modestement vous
faire part de la façon dont j’appréhende cet espace sacré où nous nous
réunissons lors de chaque tenue. Je m’attacherai dans un premier temps à
présenter de façon succincte la LOGE au Rite Ecossais Primitif. Je l’envisagerai
ensuite comme ce qu’elle me paraît être avant tout : une matrice initiatique
symbolique tant à la fois sur un plan cosmogonique qu’ontologique.
La LOGE, dans la tradition maçonnique, est une représentation du temple de
Salomon, et pour le soustraire à la contingence on le situe hors du temps et
hors de l’espace historique et le ramenant à la notion de cycle absolu soit la
course du soleil et la période de midi à minuit.
Ce temple aurait été construit dans la partie est de l’actuelle vieille ville de
Jérusalem aux alentours du Xème siècle avant J-C. Sa destruction du fait des
Babyloniens daterait de -58 av J-C. Le temple de Salomon était considéré
comme la demeure de Dieu et renfermait en son sein l’arche d’alliance ainsi
que les tables de la loi. Il est à noter que, contrairement au temple
maçonnique, aucune cérémonie n’y avait lieu et aucun homme n’y était admis
hormis les prêtres. La seule porte d’entrée étant celle des dieux à l’orient. La
configuration de notre LOGE maçonnique se trouve donc inversée par rapport
au temple de Salomon, car les hommes initiés y sont cette fois-ci autorisés à y
entrer, mais par la porte d’occident. On ne confond pas l’homme et Dieu dans
le temple maçonnique.
La LOGE maçonnique, au niveau de ses dimensions est délimitée au sein d’un
volume sacré décrit dans le rituel : de l’orient à l’occident, du septentrion au
midi et du nadir au zénith où passe l’axis mundi autour duquel s’articule la
vie en loge. Cet espace où se déroulent nos travaux est à l’abri de tout
profane !
Après s’être débarrassé de ses métaux, le néophyte entre par la porte de
l’occident après y avoir été autorisé par le frère terrible. Cette porte marque
le passage entre les deux colonnes J et B à côté desquelles se trouvent les
frères second et premier surveillants. La LOGE est ornée de la houppe
dentelée. Trois fenêtres surplombent la colonne du midi où siègent les
compagnons et en face se trouve la colonne du septentrion où siègent les
apprentis. A l’Orient se tient le Vénérable ; sur son autel se trouve la Bible
(ouverte sur le prologue de St Jean) sur laquelle sont posés l’équerre et le
compas. À côté de la Bible sont posés son épée flamboyante ainsi que le
chandelier des trois lumières d’ordre. Ensuite derrière lui on peut voir
l’hexagramme et de chaque côté la Lune et le frère secrétaire ainsi que le
Soleil et le frère orateur. En bas de l’autel sont présents face à face, le frère
maître de cérémonie et le frère hospitalier. Enfin, toujours au pied de l’autel,
se positionne une pierre brute sur laquelle sont posés un ciseau et un maillet.
Au centre de la loge se trouve le tableau de loge posé sur le pavé mosaïque,
entouré des trois colonnettes Sagesse, Beauté et Force, le tout surplombé par
la voûte étoilée d’où à partir de l’étoile Polaire est suspendu un fil à plomb.
Cette description très brève est un rappel pour les apprentis et peut être à la
portée de n’importe quel profane bien documenté.
Quel est le sens de ce que nous vivons en loge à chaque tenue ?
Comme tous les édifices sacrés, la loge est une représentation de l’univers
dans sa globalité, tant dans l’infiniment grand que dans l’infiniment petit.
Par le service d’un rituel bien compris et le truchement des symboles, nous
revivons la création permanente de l’univers. Au fur et à mesure du
déroulement de la tenue, de l’ouverture jusqu’à la fermeture des travaux, soit
dans le temps symbolique de Midi à Minuit, nous revivons la Genèse.
C’est en cela que la Bible ouverte sur le prologue de St Jean au premier degré
a une importance capitale dans notre rituel : à chaque ouverture des travaux,
le Vénérable Maître, passeur de lumière, par sa charge sacrée et son épée
flamboyante transmet la lumière primordiale qui vient éclairer le chaos. Le
Vénérable n’est évidemment pas Dieu ni un démiurge, il n’est le vecteur de la
parole, de la manifestation du principe créateur, que les religions appellent
Dieu et nous francs-maçons au REP GADLU. Bien évidemment je cite la Bible,
car c’est légitimement le livre sacré adopté par le REP vu le contexte
historique du début du XVIII ème Siècle. J’aurais pu également citer une
vision égyptienne de la création de l’univers et parler du NOUN, cette énergie
primordiale contenant en elle tous les possibles et à partir de laquelle le dieu
ATOUM créa le monde. Oui, au départ il n’y avait pas rien, le néant, mais
simplement le TOUT, l’UNITÉ.
Comme nous l’avons vu, la loge est la représentation de l’univers en
perpétuelle expansion ; c’est en cela que la loge est une matrice. Tel l’utérus
où se développe l’embryon, elle renferme en son sein le TOUT, l’ordre et
l’harmonie, tant l’esprit que la matière, la manifestation du verbe et
l’ordonnancement du chaos.
Tous les hommes font partie du Grand Œuvre, au même titre que le règne
animal, végétal ou bien encore la matière. Mais par leur égo, leurs vices et
leur animalité, ils ne sont pas capables de recevoir la lumière et sont perdus
dans les ténèbres, condamnés à errer sans orientation sur un plan inférieur et
métallique. Tel est alors le dessein de l’initiation :partant d’une volonté
personnelle de trouver un sens à la vie ( à la suite d’une rencontre avec un
initié le plus souvent), dans un cadre initiatique et au sein d’un espace sacré
de la loge. Le profane «cherchant » devenu impétrant «demandant », puis
néophyte « frappant » la porte sera initié par trois coups sur le cœur et trois
coups sur la pierre. Ainsi on lie la lumière au cœur et à la matière ce qui veut
dire que la lumière de l’esprit se trouve au cœur de la matière et au centre de
soi.
Ce processus de retournement est déjà décrit dans le mythe de la caverne
socratique : celui qui tournait le dos à la lumière, se retourne et se met à sa
recherche se positionnant dans son axe, soit de l’Occident vers l’Orient. Par ce
mouvement il fait entrer la lumière dans sa propre cavité cardiaque.
Ainsi, commence le périple de l’initié vers la connaissance. Le premier pas
vers la lumière se fait alors au sein du cabinet de réflexion, première matrice
qui accueille le profane et à l’intérieur de laquelle ce dernier entame son
chemin vers la vérité. Il va vivre sa première épreuve initiatique, celle de la
terre. Après un travail d’introspection (V.I.T.R.I.O.L), il va partir à la
recherche de son centre. Il va donc mourir symboliquement à sa condition de
profane afin de renaître ensuite sous la forme d’un être prêt à être initié. Il
suit le processus de la graine de l’épi de blé qui du tréfonds de la terre va
émerger et pousser en direction de la lumière en puisant sa substance dans la
materia prima des quatre éléments. Alors prêt à recevoir cette lumière, il va
ensuite être dirigé en loge où il va subir les trois autres épreuves de
l’ordonnancement initiatique. La loge est ainsi, à l’image de l’athanor des
alchimistes, le lieu où le profane par le biais de rectifications successives et
par l’éveil des sens, passe d’un état matériel à spirituel, de l’horizontalité vers
la verticalité éclairée.
Oui, l’initié est d’abord celui qui a la volonté de partir à la découverte de son
être. Dans le prologue de St Jean, il est dit : « la lumière était la véritable
lumière, qui en venant dans le monde, éclaire tout homme. Elle était dans le
monde , et le monde a été fait par elle , et le monde ne l’a point connue. Elle
est venue chez les siens et les siens ne l’ont point reçue. »
L’initié commençant son parcours initiatique s’extrait de cette materia prima
ignorant la lumière. L’initié se construit et le profane est déjà mort. Il
comprend, ou du moins il en a l’intuition au départ, qu’il fait partie du TOUT
et qu’il est à l’image de la chute, un fragment épars qui doit se reconstituer
avec les autres éléments. Il doit, en bâtissant son temple intérieur cette fois-
ci, retrouver son centre, son être, cette parcelle divine qui le différencie du
monde de la matière, des apparences et des vices. Il fait un travail sur lui-
même (V.I.T.R.I.O.L) qui lui permettra par la suite de trouver sa place dans
l’univers et de comprendre le sens de son existence.
Ce n’est pas pour rien que le Vénérable Maître nous demande à certains
moments de reprendre nos places ; il ne s’agit pas là d’une simple injonction
nous intimant l’ordre de nous poser passivement sur les colonnes. En
reprenant littéralement nos places, nous nous inscrivons activement dans le
grand œuvre, nous nous insérons comme la pierre taillée au sein de l’édifice.
En cherchant à bâtir notre temple intérieur, je pense que nous sommes
autant au sein de la loge que la loge elle-même est en nous ! Par l’utilisation
des symboles et le travail intérieur, la transformation s’opère et notre centre
traversé par l’axis mundi qui se retrouve lié à tous les autres centres, ceux
des autres frères et celui du Tout. Ainsi autour de cet axe qui traverse l’être
de chacun et la part d’esprit qui se retrouve autant dans l’univers que dans le
moindre atome. Un mouvement se met en marche et nous pouvons telle une
spirale marcher de façon dextrocentrique autour du centre de la loge, soit
autour du pavé mosaïque et du tableau de loge. L’infiniment grand se
synchronise avec l’infiniment petit, tout ce qui est en haut devient alors
comme tout ce qui est en bas.
La vie, la lumière sont mouvement ! À travers l’initiation et l’assiduité aux
tenues, le profane devenu impétrant et enfin initié se transforme, se rectifie
progressivement sur ce merveilleux chantier de mondes imbriqués. Tel
l’ouvrier opératif, il façonne les outils qu’il utilise ensuite et qui lui
permettront aussi de se façonner lui-même, de tailler sa propre pierre brute.
Nous avons dans l’acte initiatique un dédoublement intérieur. Seuls le
courage, l’intelligence du cœur et le goût du travail permettront d’arriver
peut-être à son but ultime. La loge, ce magnifique chantier représenté par la
loge couverte extérieurement va servir de cadre à ce travail intérieur à soi.
Il faut se rendre à l’évidence, la loge et le temple intérieur sont les
qualificatifs dédoublés de la matrice initiatique.
Une fois la tenue terminée, le frère repart dans le monde profane parmi les
siens. Il se doit à lui-même et à ses semblables de rayonner à son tour sur ce
monde d’apparence binaire et d’arriver naturellement par la transmission de
sa sagesse à faire progresser l’humanité ! Car si le destin du maçon consiste à
trouver un sens à sa vie, peut-être sa mission est également d’aider son
prochain à y arriver ! Ainsi, sans tomber dans le prosélytisme, doit-il aider le
profane qui se cherche à trouver son chemin. Un nouveau cycle initiatique
commencera sous couvert de la transmission matricielle.

D.°.D.°. "R.°.L.°. La lumière écossaise"


[1] Ce cheminement implique l’abandon de l’ego profane en vue de la
découverte de notre trésor intérieur, élaborant ainsi une nouvelle dynamique
reconstructive d’un soi purifié, comme le voyage de Jonas dans le ventre de la
baleine
[2] Soit la solutio alchimique qui signifie un retour à la matière différenciée.
[3] C’est l’image de l’androgyne initial.
[4]L’appellation de néophyte ou de jeune graine en germination trouve ici son
explication.
[5] Il conquiert l’axe Nord Sud au second degré puis l’axe Nadir-Zénith au
troisième pour finir résorbé au centre de la croix tridimensionnelle ainsi
formée.
[6] A noter que reconstruction est encore matérielle par le pas composé de
quatre stations et de trois pas vers la lumière. On intègre le ternaire spirituel
dans l’état matériel quaternaire.
[7] Les mythes fondateurs du vivant ont tous un rapport à l’intériorité
première d’une gestation qui s’émancipe par la lumière ou le feu.
[8] La caverne socratique en est l’illustration.
[9] C’est l’autre approche de la connaissance de soi l’intériorité est un jeu de
poupées russes ou s’imbriquent une succession de mondes et de niveaux.
Nous apprendrons qu’ils ont un centre unique et commun par le jeu des
correspondances.
[10] Le procédé mnémotechnique du catéchisme par question-réponse fait
écho au système ternaire de la triple voie répondant non seulement à
l’exigence du devoir de mémoire mais aussi à la montée en puissance
spirituelle de la loge par la ritualisation ternaire.
[11] A bien des égards une partie de l’inspiration utopique agissante et
secrète provient d’ouvrages ce sont les ouvrages « Utopia » de l’humaniste
Thomas More en 1518 et « La nouvelle Atlantide » de Francis Bacon en 1622.
Ce dernier roman est très rependu pour l’époque et souvent republié. Il s’agit
d’une étude décrivant une île dont les habitants sont gouvernés par une
société secrète hégémonique créant des filiales à l'étranger dans des nations
rivales aux fins de renseignement. Certains y voit une origine possible de la
franc-maçonnerie spéculative faisant son apparition en Angleterre moins de
20 ans après la publication de cet ouvrage, et manifestant certains des
caractères indiqués dans le livre de Bacon, comme d'affecter un but d'étude
mais de s'occuper de politique.(wp)
[12]Ecossaises anglaise et française, le niveau culturel classique et ésotérique
et scientifique est relativement élevé et se traduit par le mouvement
encyclopédique qui motiva l’esprit Royal Society et l’universalité des loges. A
cette époque le savant se piquait autant de science positive que d’alchimie ou
d’hermétisme. Newton, Ramsay ou De la Tierce en sont de brillants exemples.
[13] Une partie non négligeable des loges dites « écossaises » furent
portuaires, rassemblant au départ nombre d’exilés Stuartistes puis de simples
négociants locaux et aristocrates. Elles poursuivaient un but de l'entre-soi
avec une connotation certes spirituelle mais aussi commerciale. L'exemple le
plus remarquable fut celui de la loge mère de Marseille (1751) qui développa
son essaimage portuaire méditerranéen et outre-mer au point de faire de
l’ombre au Grand Orient de l’époque.

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23 février 2013
La porte du temple
Le Le franchissement de la porte :

On entre en franc-maçonnerie en même temps que l’on entre dans le temple


en franchissant le « pas de la porte[1] ».
Cette porte est l’expression du système binaire qui effectue la synthèse axiale.
Le binaire s’exprime par les deux faces, externe et interne, la synthèse en est
faite dans l’articulation verticale de l’axe des gonds. Si le secret de l’ouverture
de la porte est dans la clef des lettres et des mots, le mystère de la porte et
son unité symbolique résident dans le gond (l’axe) qui relie la terre au ciel, la
matière et l’esprit, la substance et l’essence. C’est donc l’articulation
commune et cachée qu’il faut rechercher dans toute opposition apparente.
C’est ici l’un des secrets des maçons : un troisième terme vient couronner la
complémentarité de l’extériorité et de l’intériorité.

L’entrée du Temple de lumière se fait par l’Ouest que les anciens qualifiaient
de porte des hommes. Mais l’Ouest est le miroir imparfait de l’Est.
Les hommes se sont redressés en observant la course du soleil et des étoiles
qui racontent l’histoire et le cycle des temps.
La lumière s’associe au redressement des corps et à l’élan de l’esprit en
passant par la porte basse.
Cette porte matérialise le franchissement d’une limite qui nous fait passer du
profane au sacré. Elle signifie que nous entrons dans le domaine de la lumière
éternellement renaissante par l’Est. L’Orient devient symbole de renaissance,
d’espérance et de vérité.
La démarche « active » de l’initié est de progresser vers l’Orient appelé aussi
porte des Dieux. Pour les anciens l’interprétation de la chute
d’Adam[2]précipité dans l’univers matériel suite à la faute originelle fait que
chaque homme n’a de cesse que de renouer avec son paradis originel, celui
d’avant la chute. L’initié va mettre en œuvre tous les moyens dont il peut
disposer pour atteinte l’autre porte celle de l’Orient. Cette porte appelée
porte étroite serait donc sur un plan symbolique celle des Dieux. Sur un plan
plus humaniste, nous dirons qu’il s’agit de la porte de la vérité qui illumine
l’homme dans son humanité.
Ce parcours difficile sera structuré sur le modèle de la Loge et des colonnes
solsticiales, il sera aussi progressif et graduel et cyclique comme les trois
grades de la franc-maçonnerie. L’apprenti devra se livrer à un véritable
travail pour progresser sur le chemin de l’Orient. Symboliquement le chemin
de l’Orient est le celui du retour vers le paradis perdu pour certains, de la
lumière ontologique pour d’autres. C’est aussi la volonté de sortir de l’empire
de la matérialité et de l’image du monde représentée par le tableau de loge
posé sur le pavé mosaïque. L’initié tentera quitter la manifestation pour
atteindre un jour peut être, des contrées plus spirituelles ou plus éclairées du
coté de l’Orient.

Les « mots-clefs » du franchissement


La grande question est de savoir ce que la porte est censée délimiter.
Assurément un intérieur et un extérieur.
Il faut avoir des mots-clefs pour entrer par une porte. En franc-maçonnerie
c’est par « trois grands coups » et la déclinaison de mon identité que
l’ouverture me fut donnée. Les trois expressions constituent la clef
actionnant la serrure : chercher demander et frapper. Ces mots-clefs
caractérisent l’état du cherchant volontaire et opiniâtre, désirant la lumière.
Il faut donc chercher demander et frapper pour faire ouvrir cette porte sur la
lumière.
Cette porte forme une frontière vue de l’intérieur, flanquée de deux colonnes,
telles les colonnes d’Hercules qui marquent le franchissement de deux mers,
Mare Nostrum, et une autre mer inconnue. Notre Mare Nostrun devient
l’espace intérieur de la loge, lieu d’échange et de partage et d’union entre les
fils de la lumière et les enfants de la veuve. C’est ici que se tisse le plus haut
sur la trame de l’indicible.
La frontière intérieure
Ces frontières symboliques, on ne les connaît plus lorsque l’on est à
l’intérieur. Le maçon admis à l’intérieur du temple est un profane
« affranchi » de la porte. Cela veut dire que le maçon à passé en conscience un
cap une frontière à l’intérieur de lui-même. Donc la frontière est intériorisée
en nous comme le phénomène initiatique lui-même. Ceux qui parlent du
passage de la porte du temple comme d’une épreuve extérieure sont dans
l’erreur. Ils n’ont toujours pas compris ce que le bandeau posé sur les yeux
implique dans la vision intérieure en soi[3]. Paradoxalement, la frontière
entre le monde profane et le monde de l’initié est purement intérieure et non
matérialisable. Sa matérialisation ne résulte que de convention
iconographique et rituelique assistant la mémoire[4]et l’affect dans le travail
intérieur. L’abandon des métaux et le travail du couvreur de vérifier que la
loge est à couvert sont de nature aussi intérieure que la porte de notre
temple.
La convention est parlante et s’inscrit dans un rituel cardiaque. Ce n’est plus
sur un plan visuel et extérieur et profane que nous devons parler de la porte.
Cette porte à l’évidence donne accès à une cavité cardiaque qu'on peut
reconnaître sur un plan symbolique et spirituel si l'on est initié. L’intelligence
du cœur « humanise » la rigoureuse efficacité méthodique du rituel. Les
cœurs à l’unisson des maillets, des gestes et des mots font raisonner la
profondeur signifiante des origines. Ramenée à la raison terrestre et à la
course du soleil, la vie vibre et s’étalonne entres les portes zodiacales
et solsticiales sous l’égide du dieu Janus[5]. C’est ainsi qu'entre en résonance
le cycle céleste, le cycle terrestre et le cycle cardiaque. Symboliquement en
franchissant la porte du temple j’entre dans ces trois cavités qui seront
synchronisées et misent à l’ordre par le rituel.
La double lecture
Ces deux points de vue sont extérieurs et intérieurs. Nous les retrouvons dans
la configuration de la porte, il y a une face extérieure et une face intérieure et
là tout est résumé. Un même objet projette deux visions. La face extérieure
représente la vision exotérique ou profane, aussi bien de ce qui apparaît à
l’œil comme la lecture morale que l’on peut faire d’un livre sacré telle que la
Bible.
Le livre fermé comme la porte fermée sont le symbole de l’interprétation
ésotérique réservée aux seuls initiés. La porte ouverte et le livre ouvert
symbolisent la lecture à tous et donc au profane soit la version exotérique du
plus grand nombre.
La vision intérieure ou ésotérique du même texte ou du même objet devient
alors un symbole initiatique. À chaque fois que nous pénétrons dans un
bâtiment sacré, il faut en initié avoir les deux lectures.
Les travaux ouverts en loge impliquent la couverture de celle-ci aux regards
profanes ou plutot à notre propre regard qui pourait se perdre en
profanitude. Les travaux s’associent à l’ouverture de la Bible dont le message
de sagesse peut être perçu par les Frères adeptes de la lecture intérieure et
ésotérique, au-delà du dogme exterieur.
L’accouchement à la lumière
Au R.E.P., l’ouverture de la porte est le symbole de l’ouverture de la porte
basse[6]. L'ouverture est comme un accouchement, et le petit enfant se relève
vers la lumière qui règne en loge.
C’est la tradition maçonnique des portes-solstices propres aux loges de Saint
Jean. Le temple de Salomon qui nous sert de modèle était inversé, la porte
d’entrée était située au levant. La question à poser est : à quoi servait le
temple de Salomon et à quoi sert le temple maçonnique ? Le temple de
Salomon était la maison de Dieu. Une fois par an, le grand prêtre venait
prononcer son nom qui est nous est imprononçable. Nous, simples maçons,
nous sommes des hommes et nous passons modestement par la porte qui
nous est destinée celle de l’Ouest.
Entrant dans le temple, nous sommes dans l’axe de la lumière de la vie. Notre
objectif est de marcher vers la lumière du soleil levant, pour reproduire
l’entrée de la lumière à l’intérieur du temple de Salomon comme au sein de
nous même. Ce temple maçonnique est une sorte de caverne cosmique. C’est
un peu comme un four, un athanor qui est composé de l’apport psychique et
materiae de chacun d’entre nous. La loge devient alors une matrice pour la
lumière qu’elle célèbre et donc symboliquement pour l’Esprit.
Nous cherchons à nous purifier dans l’abandon de nos scories. L’apprenti qui
a voyagé s’est reconstitué un corps composé des quatre éléments tirés du
cabinet de réflexion et réordonné par le réveil des sens dans la matrice
lumineuse.
En franchissant cette porte du Temple, l’homme désirant la lumière franchit
une « enceinte » sacrée. Il le fera par trois pas comme pour annoncer
trois étapes ou trois enceintes. La Franc Maçonnerie propose un espace sacré
dédié notamment à la recomposition lumineuse de soi. Cette recomposition
s’effectue hors du temps et hors de toutes contingences ce qui permet de
renaître à la lumière des origines.
Et après ?
Puisque franchissant la porte, nous marchons en direction de la lumière,
notre objectif est d’aller au-delà de l’Orient. Nous voulons franchir la porte
de l’Orient Éternel. Il semblerait que ceux qui ont réussi à atteindre cet
espace ne sont plus corporellement présents, c’est peut-être l’abandon de la
vêture corporelle et le triomphe de l’esprit.
Nous ne savons pas combien de portes nous devrons franchir dans notre vie
maçonnique, mais il est probable que la première franchie tout devient plus
lumineux.
E.°.R.°.

Nous vous invitons à lire une planche d'une grande sensibilité poétique au
premier degré du REP sur ce thème.

La Porte
La porte délimite deux espaces, l'un d'où l'on vient, que l'on a vu et celui où
l'on va donc extérieur et l'autre intérieur, ou vice versa.
Dans l'espace de vie créé dans le monde profane, il ne peut pas ne pas y avoir
de portes, pour délimiter les différents espaces, et lieux de vie, ou de travail,
ou de loisirs.
Il y une multitude de portes, de différentes tailles et de différents acabits, et
leur franchissement est ressentit différemment à chaque fois, car lieux et
causes différents.
Sans porte tout ne serait que murs infranchissables et rien ne serait possible,
le cloisonnement, comme un château fort imprenable, mais qui aurait son
pont levis, sans accès, sur un plan existentiel tel que nous en avons reçu le
concept, cela reste chose impossible, car même chez les indiens vivant
dehors, le dedans est nécessaire, il y a une possibilité de refuge dans un lieu
clos par une tente avec une entrée ouverte ou fermée, au visiteur cherchant
chaleur et écoute.
Même un sans-abri ne peut survivre sans un abri de fortune,(cartons, bâches,
bois)et une délimitation même très mince d'un lieu individuel ou la sensation
de replis sur soi pour un bien être, même illusoire puisse être vécu, avoir son
chez soi trouve là même dans la misère une signification justifiée pour
trouver le repos dans la tourmente de la vie.
Ou bien imaginons un monde sans murs ou il ne pourrait y avoir de bâtisses.
Tout serait donc ballotté par les éléments extérieurs, mus par les forces de la
nature et que cela soit les meubles, les objets, et les outils. Tout y serait
corrodé et ne résisteraient pas longtemps aux intempéries, et nous aurions
nous aussi du mal à vivre sans être malade et mal à l'aise ainsi, sans être à
l'abri, et chercherions même sous des cartons ce "un peu de chez soi" si
nécessaire à un sommeil réparateur, et ne pourrions pas avoir l'espérance de
vie donnée par les médias pour monsieur tout le monde...Le règne animal lui-
même ne vit pas sans refuge.
Concernant le va-et-vient de la porte, maître Eckhart fait de la porte le
symbole de l'homme extérieur et du gond celui de l'homme intérieur non
atteint par le mouvement du dehors.
Dans les traditions juives et chrétiennes, la porte donne accès à la révélation.
Christ est, pour les chrétiens, la porte par laquelle on accède au royaume des
cieux.
La porte évoque une idée de transcendance accessible ou interdite selon
qu'elle est ouverte ou fermée, franchie ou regardée.
Selon Dom Pernety, pour les alchimistes elle signifie la même chose que clef,
entrée, ou moyens d'opérer dans tout le cours de l'œuvre. Elle est la
communication de l'outil caché, de l'instrument secret.
Elle permet de passer d'un stade à un autre, de changer l'état de la matière
dans le domaine philosophique, le moi ne se connaît pas et nous nous devons
de nous connaître nous même c'est l'œuvre de toute une vie.
Elle signifie séparation ou relation, c'est indéniable selon si elle s'ouvre, au
visiteur inconnu du locataire qui doit faire preuve de confiance pour l'ouvrir,
ou reste fermée par une volonté
de ne pas être dérangé par un importun, car il se trouve peut être que le
visiteur tombe à un moment mal choisi, pour rendre visite.
Une porte c'est la découverte, faire de nouvelles connaissances, amitiés,
fraternités, adhésions, c'est l'ouverture vers un lieu qui nous était inconnu,
on peut dire que l'on passe du stade d'ignorant de ce qui est derrière la porte
à connaissant, et pour connaître un milieu tel qu'il soit, du domaine
professionnel, associatif ou initiatique, seul le temps permet une
imprégnation.
Petite citation de Françoise Leclercq que j'ai bien aimée.
« Quand je marche dans une ville, je regarde les portes. Derrière elles, il y a
des gens qui vivent, qui s’aiment, qui se disputent, qui sont tristes ou joyeux ;
il y a des meubles et des objets, des bruits de voix, des odeurs de soupe…, tout
un univers clos et mystérieux pour celui qui passe ou qui attend sur le seuil
après avoir frappé ou poussé sur le bouton de sonnette. »
Le seuil, la porte, le passage sont si liés entre eux qu’il est difficile de les
séparer comme on démonterait un objet en ses différentes pièces. Ce que l’on
pourrait dire du seuil peut se répéter pour la porte : elle se présente aussi
comme une limite, une frontière. Mais elle est plus que cela.
Évidemment, la porte délimite un dehors et un dedans, sépare le sacré
du profane, comme le seuil qui la précède, mais aussi induit d’autres
significations :
Il y en des portes...Des automatiques pour faciliter l'entrée dans des halls de
marchands, et des blindées pour accéder aux coffres de banques, des vitrées
pour laisser au visiteur même boutique fermée le libre choix de pouvoir voir
ce qui lui plairait à acheter ultérieurement.
Elles correspondent par leurs anatomies à différentes utilisations préétablies
par leurs concepteurs, et sont le fruit de différentes volontés, elles sont donc
toutes sans exception produites par une action de pensée créatrice.
Les portes sont donc de différentes compositions, et de formes et de taille.
Dans la vie courante, la porte est souvent synonyme de renouveau, un nouvel
emploi, nouvel appartement, nouvelle rencontre, nouvelle phase de notre vie,
et cætera...
Ou d'enfermement si une porte est fermée et ne permet pas de sortir, le
paroxysme de la porte fermée est la porte de prison ou seule une fin de peine
permet l'ouverture vers une liberté regagnée par le temps passé.
Pour l'entrée d'une église ou d'un temple, on rentre déjà dans le symbolisme
dont le seuil délimité par une ligne imaginaire, mais pourtant si réelle reste
invisible séparant le visiteur du monde extérieur d'où il provient à celui de
l'intérieur ou se trouve sous forme créée un message, encodé des bâtisseurs.
Franchir le seuil d'un lieu sacré c'est et cela doit être un acte de soumission et
de respect des anciens et de leurs legs,( ne se baisse t'on pas pour entrer en
loge?) On ressent tous un sentiment d'intrusion dans un espace donné lors
d'une visite dans un lieu sacré, on sent que l'on accède à un quelque chose
d'invisible, mais d'omniprésent, même en étant encore un profane, ce
quelque chose nous attire et attire une multitude de visiteurs, comme dans la
cathédrale de Notre Dame, haut lieu symbolique, ou se croisent des visiteurs
venus du monde entier, attirés comme des millions d'abeilles vers une ruche
symbole personnifié remplie de miel.
Le seuil et le parvis de Notre Dame est chargé. Elle, est la personnification
du symbolisme que cela soit dans son concept, son architecture, sa situation
géographique, ses sculptures et ses peintures.
Sa porte est une quintessence créative, que cela soit dans ses battants ou ses
linteaux.
À l'initiation après que le vieil homme symbolique soit mort et que nous
ayons rendu notre testament philosophique, on ne peut nous faire sortir de la
cellule de réflexion qu'en frappant à la porte, c'est un pas à franchir pour
aller vers l'inconnu, et franchir un seuil sombre dont on sort pour aller par
un parcours initiatique vers un autre seuil, qui lui est rempli de lumière.
La sensation en portant le bandeau lors des trois voyages qui sont faits de
vent, d'eau et de feu, permets un travail opérant un changement d'état de la
matière primordiale se rapportant à l'élément terre, le glébeux que nous
sommes pour devenir actif sur soi et non plus passif. Le seuil du portique a
été franchi, l'opération a commencé, et le serment prononcé.
L'initié passe de l'ombre à la lumière, du profane à l'éclairé. Il appréhendera
le symbolisme d'un œil neuf et se doit d'acquérir une ouverture d'esprit
progressive le menant à la métanoïa puis à l'individuation, une libération de
soi, menant à des changements d'état de conscience, dont on ne peut en dire
plus au premier degré.
La porte peut être comparée à une progression, une suite de pièces où
l'opérant, fera petit à petit, par le nombre de ses vertèbres, monter son flux
vital pour tendre vers la couronne, la porte d'or à franchir pour rejoindre
l'astral.
Pour une porte fermée, il faut une clé pour l'ouvrir ou bien il y a un gardien
pour lequel il faut un mot de passe, donc une clé symbolique à fournir, sinon
le franchissement vers ce qui paraît à découvrir reste impossible.
C'est pour cela que même les diffusions par caméra cachée dans des loges ne
peuvent en aucun cas altérer ce qui s'y passe, car ce n'est qu'un film fait de
platitude, le secret est ailleurs, mais encore faut-il pour le comprendre avoir
du cœur.
Ce qui est perçu par un œil profane n'est pas la réalité elle n'est que
suggestive engoncée dans des stéréotypes trompeurs, on peut représenter le
profane comme un non-voyant en quelque sorte, d'où le port du bandeau
d'un point de vue symbolique.
Alors malgré le tapage médiatique aucune inquiétude de voir disparaître la
force initiatique les curieux peu enclins à défendre la cause, sortiront comme
ils sont rentrés, c'est-à-dire sans rien voir, entendre ni comprendre.

La porte
Ne dit-on pas passer le pas de la porte ?
Dans l'autre dimension en quelque sorte.
Tout en enjambant cette ligne imaginaire,
Que l'on ne voit, mais on imagine par terre.
Séparant le monde profane de l'initiatique,
Passer par les deux colonnes c'est magique.
On ne peut y entrer sans y être autorisé,
Car il faut frapper pour Y être enfin invité.
Il faut être "saint d'esprit", avoir le coeur pur,
Prêt à mourir à soi-même et c'est très dur.
Rien ne se perdra, car tout se transforme
Passer d'un état d'esprit à une autre forme.
Plancher enfin sur une vie nouvelle créatrice,
Sortir des statuts quo sortir de cette matrice.
Devenir complet avec ce que cela engendre,
Vivre ce que d'autres ne peuvent comprendre.
Heureux sommes-nous d'avoir pu donc un jour,
Devenir légers comme l'air que de rester lourds.
Bru.°. Pel.°.

[1] Le franchissement du "pas de porte" implique la notion de pas, ceux de


l’apprenti.
[2] Adam et Ève sont, selon la Genèse, les premiers êtres humains sur la terre.
Ils vécurent dans le jardin d'Éden. Ils furent chassés par Dieu de ce
merveilleux jardin, car ils mangèrent du fruit défendu, cueilli sur l’arbre de la
connaissance.
[3] Il en est de même s’agissant du réveil intérieur des sens lors des voyages
initiatiques.
[4] Le devoir de mémoire institué par les Statuts de Schaw de 1599 fait
obligation de transmission mnémotechnique par le truchement des
questions-réponses apprises par cœur et des symboles visuels tracés à la
craie.
[5] Janus est le Dieux des portes il à un double visage pour une double lecture
intérieure et extérieure. S’agissant des portes solsticiales Janus se rapproche
de saint jean l’évangéliste et de saint jean baptiste.
[6] Il est d’usage dans certaines loges d’aménager la fraction inférieure de la
porte du temple en porte basse, à défaut on fait courber le corps de
l’impétrant à son passage du seuil passant un linteau fictif, de sorte qu’il se
redresse à l’intérieur du temple.

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9 février 2013
LE THÉORÈME DE PYTHAGORE en LOGE
LE THÉORÈME DE PYTHAGORE
(Les secrets de l’hypoténuse ou diagonale de la connaissance en loge)
IL TEOREMA DI PITAGORA
nella 47a. Proposizione di Euclide
Voici une étude qui intéresse aussi bien les compagnons dans l’apprentissage de la
géométrie planne que les maîtres qui retrouveront les bases du principe d’élévation
en loge. On met en valeur le rôle particulier du Frère Terrible qui "couvre"à l’Occident
la naissance de l’esprit dans la matière. On donne ici un éclairage maçonnique à la
47ème proposition d’Euclide. (traduction libre de l’Italien avec commentaires)
“ In un Triangolo Rettangolo con lati a) b) e c) e con rapporti rispettivamente 3, 4 e
5, la somma dei quadrati costruiti sui cateti a) e b) è uguale al quadrato costruito
sull’ipotenusa c)”
“Dans un Triangle Rectangle, de cotés a) b) c) , avec les rapports respectifs: 3,4, 5, la
somme des carrés des cotés a) et b) est égal au carré de l’hypoténuse c)”
Questa è la scarna e semplice definizione del teorema così come più o meno
ce lo ricordiamo dai banchi di scuola.
Celle-ci est la simple définition du Théorème telle qu’apprise à l’école.
Giamblico, biografo di Pitagora, riporta il seguente aneddoto : quando il
Maestro intuì l’occulto significato del Teorema, fu così colpito dalla
profondità del mistero intravisto, che ritenne di aver avuto una
rivelazione di origine divina. Pieno di riconoscenza agli Dei per il dono
ricevuto, offrì addirittura una ecatombe in sacrificio di ringraziamento.
Giamblicus, le biographe de Pythagore, nous conte l’anecdote suivante: quand le
Maître s’est rendu compte du sens caché du Théorème , il fut tellement frappé par la
profondeur du mystère entrevu, qu’il crut avoir eu une révélation
divine. En reconnaissance aux dieux pour le don reçu, il offrit une hécatombe en
sacrifice pour remerciement.
Dell’occulto significato del Teorema naturalmente Giamblico non dà nessuna
spiegazione . Nemmeno Euclide, che riporta la dimostrazione di questo
Teorema nella sua 47.a Proposizione, non chiarisce alcun significato occulto:
sono dimostrate essenzialmente le proprietà geometriche e matematiche dei
Triangoli Retti.
Du sens caché du Théorème, Giamblicus ne nous donne pas d’explications. Même
Euclide, qui donne la démonstration de ce Théorème dans la 47eme Proposition, ne
révèle aucune signification cachée, mais démontre simplement les propriétés
géométriques et mathématiques des Triangles Rectangles.
Euclide non era un Pitagorico: le Proposizioni servivano solo ai suoi scopi,
ossia le dimostrazioni empiriche e pratiche dei Teoremi e le loro
applicazioni .
Euclide n’était pas un pythagoricien : le but avéré de ses Propositions était les
démonstrations pratiques et empiriques des Théorèmes et leurs applications.
Se c’è una possibile direzione in cui indagare, potrebbe essere quella del
simbolismo dei numeri, caro ai pitagorici, riferito ai misteri dell’universo, le
implicazioni col mistero divino , e il loro rapporto con il mondo materiale.
S’il y a une direction possible de recherche, elle est sans doute vers le symbolisme des
nombres, cher aux pythagoriciens, en relation aux mystères de l’univers, soit les
implications avec le mystère du divin et le rapport avec le monde matériel.
Il Teorema di Pitagora potrebbe indicare forse, la misura della
dimensione delloSpirito presente nell’Uomo, e le corrispondenze tra i due livelli di
Ordine spirituale e di Ordine materiale .
Le Théorème de Pythagore peut donner la mesure de la dimension spirituelle
de l’Homme et donc la correspondance entre les deux niveaux : l’Ordre Spirituel et
l’Ordre Materiel.
L’ipotesi può essere abbastanza sostenibile, perché già il neo
pitagorico Plutarco, del II sec. dC, , ne “Le vite parallele”, diceva in proposito:
“Fra le cose di ordine superiore, come fra le cose naturali, esistono legami e
corrispondenze segrete di cui è impossibile giudicare se non con l’esperienza, le
tradizioni, e il consenso di tutti gli uomini”
Cette hypothèse est assez crédible, parce qu’autrefois le néo-pythagoricien Plutarque
(2ème Siècle av JC) disait à ce propos:
“Entre les choses d’ordre supérieur et les choses naturelles, existent des liaisons et
correspondances secrètes, qu’il est impossible d’approcher sinon avec
les expériences, les traditions, et le consentement de tous les hommes…..”
E’ interessante notare il riferimento alla coralità degli
uomini, (consenso) oltre al riferimento alla ricerca
empirica, (esperienza), necessari per comprendere le corrispondenze e i
legami tra le due dimensioni.
Il est intéressant remarquer la référence à l’unanimité de tous les hommes (le
consensus ) en plus de la référence à la recherche par l'application des procédés
empiriques, qui sont nécessaire pour comprendre les correspondances et les liaisons
entre les deux dimensions.(On notera que l’initiation elle-même est une expérience
consensuellement vécue. Le consensus reconnaît la tradition et les lois de
correspondance.)
Per i Pitagorici tutto l’Universo, in ogni manifestazione visibile o invisibile, è
espresso in numero. Nel numero è celato il simbolico significato di ogni cosa
manifesta o occulta.
Pour les pythagoriciens l’Univers entier, dans chaque manifestation visible ou
invisible, s’exprime en Nombres. Dans le Nombre est caché le sens symbolique de
toutes les choses visibles ou invisibles.
Proviamo ora a risolvere l’equazione del Teorema secondo il
procedimento abituale:
Résolvons maintenant l’équation du Théorème comme d’habitude:

si a = 3, b = 4 , c = 5
alors : 9 + 16 = 25
Per ottenere il quadrato di un numero dobbiamo moltiplicare il numero per
stesso, o, anche , sommare il numero tante volte se stesso:
Pour obtenir le carré d’un nombre, il faut multiplier le nombre par lui-même , ou
additionner le nombre autant de fois que lui même.
3 + 3 +3 = 9 - 4+4+4+4=16 - 5+5+5+5+5=25
Il quadrato ottenuto è formato quindi da tante cifre : tante quante indicate
dal numero che lo ha prodotto. Non si tratta però di un “aggregato” di
numeri, ma di una nuova entità, che in sintesi contiene tutte le proprietà e
le qualità dei numeri che l’hanno generata.
Le carré obtenu est formé par beaucoup de chiffres: autant de fois qu’ indiqué par le
nombre lui-même qui a produit le carré. Il s’agit pas d’un ensemble de nombres, mais
d’une nouvelle entité élevée sur elle-même, qui contient en synthèse les propriétés et
les qualités des nombres qui l’ont produit.
Prendiamo per es. il numero Tre che indica, secondo le convenzioni , la sfera
del Divino, l’Essere Supremo, la sintesi dello Spirito.
Prenons par exemple le nombre Trois, qui, selon les conventions, indique la dimension
divine, l’Être Superieur, la synthèse de l’Esprit.
Svolgendo il quadrato si “genera” il numero Nove: ovvero l’Enneade, che
troviamo inserita nella Tetractys. I Pitagorici ritenevano che la
Tetractys rappresentasse il compendio universale della rivelazione
divina, racchiusa nei numeri Quattro, Tre, Due e l’Unità.
En développant son carré s’engendre le nombre Neuf: ou l’Ennéade, qui se trouve
insérée dans la Tetractys. Les pythagoriciens jugent que la Tetractys représentait le
résumé universel de la Revelation Divine, renfermé dans les nombres Quatre , Trois,
Deux et l’Unité.
Il Numero Nove inoltre rappresentava per i pitagorici anche la generazione
e la reincarnazione, nonché l’eterna evoluzione dell’Universo :esso infatti si
riproduce continuamente, scomponendosi e ricomponendosi :
Le Nombre Neuf, en outre, représentait pour les pythagoriciens l’engendrement et la
réincarnation et, de plus, l’évolution éternelle de l’Univers: en effet le nombre neuf se
reproduit toujours, en se décomposant et recomposant:
9x1=9; 9x2=18 * 1+8=9; 9x3=27 * 2+7=9 …. Etc.
Secondo i pitagorici ogni numero ha vita e significato propri: il prodotto di
un numero, o della sua somma, è una nuova entità , una nuova
dimensione in un piano superiore di cui vengono svelati i misteri. I numeri
sarebbero quindi simbolicamente “idee-forza” dotate di una propria
specificità. Sono il fondamento del Tutto, il “Cosmo” ,la realtà che può essere
compresa solo se la si riduce a quantità misurabile, appunto mediante il
numero.
Selon les Pythagoriciens tous les nombres ont leur vie et un sens propre: le produit
d’un numéro , ou son addition, est une nouvelle entité, une nouvelle dimension sur un
plan supérieur, dans lequel il y a des mystères qui sont révélés.
Così il numero Quattro, che moltiplicato per se stesso “genera” il
numero Sedici.
De la même façon nous avons le numéro Quatre, qui multiplié par lui-même engendre
le numéro Seize.
Il numero Quattro indica la Materia nei quattro principi elementari: Terra,
Acqua, Aria e Fuoco., E’ il simbolo della concretezza nella sua essenza e della
solidità. I Pitagorici lo ritenevano simbolo dell’Ente Creatore rappresentato
nel quaternario, o Tetractys, ( la Tetractys indica per estensione anche
i primi dieci numeri) . Era talmente importante che essi prestavano
giuramento con questa formula: “Per Colui che ha trasmesso alla nostra mente il
Quaternario, fonte che scaturisce dalla natura inesauribile” (dai Versi Aurei).
Il Quaternario racchiude anche il primo solido: la
Piramide, ritenuta simbolo di immortalità.
Le numéro Quatre représente la Matière dans ses quatre Principes élémentaires: la
Terre, l’Eau, l’Air et le Feu. Ce numéro représente aussi symboliquement l’essence du
concret et la solidité. Pour les pythagoriciens le quaternaire, ou Tetractys, était le
symbole de l’Être Suprème. Il était tellement important qu’ils prêtaient serment avec
cette formule: “Pour Celui qui a transmis à notre Esprit le Quaternaire, la fontaine qui
jaillit de la Nature éternelle” (Les Vers d’Or).
Le Quaternaire renferme aussi le premier Solide: la Pyramide, considérée comme un
symbole d’immortalité.
Il numero Sedici è quindi un nuovo “principio”, o idea – forza, generato dal
prodotto ( o somma di se stesso) del numero Quattro che svela gli
insondabili misteri dei quattro elementi della Materia.
Le numéro Seize est donc un nouveau Principe, ou une idée-force, engendré par le
produit (ou addition de lui-même) du numéro Quatre qui dévoile les mystères
insondables des quatre éléments de la Matière.
Il numero Cinque, infine, “genera” il numero Venticinque, il più “mirabile”
di tutti i numeri perché racchiude in sé il compimento dell’intera
creazione: l’Uomo. Egli porta impresso nel suo DNA la spinta evolutiva
verso la perfezione, o il ripristino di un mitico stato edenico ,
dove forse una volta viveva in comunione stretta con il piano Divino, come
vari miti ci raccontano.
Enfin le nombre Cinq, le nombre de l’Homme, qui engendre le nombre Vingt-cinq: le
nombre le plus admirable, parce qu’il renferme en soi-même l’achèvement de la
Creation entière: l’Homme. L’Homme qui porte dans son ADN la puissance évolutive
vers la Perfection, la restauration de l’Âge d’Or où le mythique état édénique, où jadis
l’homme (peut- être) communiait étroitement avec Dieu.
Quindi, parafrasando il grande matematico Arturo Reghini, possiamo
affermare che l’Uomo, nella sua evoluzione verso la massima perfezione,
adoperando gli Strumenti dell’Arte Speculativa , si trova in una complessa
dimensione sostenuta dai Numeri Nove e Sedici, principi che svelano il Divino
e la Materia.
Donc, pour paraphraser le mathématicien Arturo Reghini, nous pouvons affirmer que
l’Homme, dans son évolution vers le plus haut niveau de Perfection, se servant des
Outils philosophiques de l’Art Spéculatif, se trouve dans une dimension très complexe
soutenue par les Nombres Neuf et Seize, qui dévoilent les mystères du Divin et de la
Matière.
La dimensione umana , così complessa , è veramente di difficile comprensione
. L’aspetto fisiologico e biologico, mirabile, è ancora in fase di esplorazione,
insondabile poi il livello psichico, di cui si conosce appena la punta
dell’iceberg.
La dimension humaine, dans sa complexité, est vraiment difficile à
comprendre. L’aspect physiologique et biologique, admirables, sont encore en phase
d’exploration. Insondable est encore le niveau psychique, dont on connaît seulement
la pointe de l’iceberg.
Di fronte alla inadeguatezza degli strumenti scientifici, forse il ritorno alla
simbologia pitagorica ci offre qualche argomento in più di comprensione.
Face à l’inadéquation des Outils scientifiques peut- être que la tradition et la
symbolique pythagoricienne nous donnent des arguments supplémentaires pour
comprendre le mystère humain.
Quando per es. si giudicano persone , argomenti, o opere del genio umano,
non ci fermiamo alle semplici apparenze, ma sondiamo e cerchiamo di
comprendere i vari elementi che formano le varie dimensioni.
Quand par exemple on juge les personnes, idées, arguments, et œuvres du génie
humain, on ne s’arrête pas aux simples apparences, mais on cherche de comprendre
plusieurs aspects à différents niveaux.
Così il Divino, che scaturisce da tre dimensioni fondamentali si articola in
“nove” diversi principi…. Così la Materia, strutturata in quattro diversi
aspetti…., si articola in “sedici” diversi principi….. Così l’Uomo, con la sua
doppia dimensione, umana e spirituale, la sua struttura psicofisica, il suo
intelletto e la sua emotività, (numero “cinque”) è articolato in un
complesso sistema , contenuto in ben “venticinque” diversi principi !.
On prend par exemple la Dimension Divine qui jaillit de trois sources fondamentales et
s’articule en neuf principes…. Ou la Matière, qui se structure en quatre aspects
différents, s’articule en seize principes. De la même façon l’Homme, avec sa double
dimension humaine et spirituelle, avec sa structure psychique et physique, son
intelligence, son esprit, et sa raison (son nombre est le Cinq), est compris dans un
complexe système de vingt-cinq principes!

L’Icosaedro e il numero Venticinque


L’Icosaèdre et le nombre Vingt-cinq
L’Icosaedro, uno dei cinque solidi platonici associati ai cinque elementi
dell’universo, ha strabilianti collegamenti simbolici. Esso nasce da tre
piani che si intersecano tra di loro, indicando tre Rettangoli Aurei e formano
, come si può intuire dal grafico, venti triangoli equilateri.
L’Icosaèdre est un des cinq solides platoniques associés aux cinq Éléments de
l’Univers. Il a des liaisons symboliques très intéressantes. Il naît de trois plans qui se
recoupent entre eux et indiquent trois Rectangles d’Or. Comme on peut le voir dans la
figure en haut, ils forment aussi vingt triangles équilatéraux. (Les trois plans suivent
les trois axes de la loge. S’agissant du travail de la matière ils ne se superposent pas
mais s’entrecroisent suivant les principes de la croix tridimensionnelle.)
Come sappiamo, il numero venticinque corrisponde al quadrato
dell’ipotenusa cinque del Triangolo retto. Il numero cinque a sua volta è il
generatore del rapporto aureo dei tre Rettangoli Aurei
dell’Icosaedro. Rapporto aureo che si rileva anche nel Pentalfa .
Mais la liaison avec le nombre vingt-cinq est donnée par le carré construit sur
l’Hypoténuse avec valeur Cinq du Triangle Rectangle. Et ce nombre Cinq engendre
aussi le Nombre d’Or des trois Rectangles d’Or de l’Icosaèdre. Ce Nombre d’Or se
trouve aussi dans le Pentaèdre qui donne le pentagramme et l’étoile à cinq branches.
L’Icosaedro è l’unico solido platonico inscrivibile nel Dodecaedro, associato
esotericamente all’Universo. Esso presenta 12 facce “pentagonali” e anche in
questo caso la distanza tra due facce opposte dà la Sezione Aurea
corrispondente.
L’Icosaèdre est l’unique solide platonique qu’on peut inscrire dans le Dodecaèdre,
symboliquement associé à l’Univers. Le Dodecaèdre a Douze faces pentagonales et le
nombre d’Or correspondent est donné par la distance de deux faces opposées
Il significato simbolico è sorprendente: la sovrapposizione dei due solidi
raccontano in termini numerologici, geometrici e matematici la storia
dell’umanità proiettata nell’Universo e la sua copertura di origine divina.
Le sens symbolique est surprenant: la superposition des deux solides nous parlent de
l’histoire de l’humanité , qui se projette dans l’Univers avec sa “couverture” d’origine
“divine”, en termes numérologiques, mathématiques et géométriques.

Il Teorema di Pitagora nella simbologia muratoria


Le Théoreme de Pythagore dans la symbolique maçonnique
Lo svolgimento grafico del Teorema compare anche nel Gioiello dell’Ex-M.V.
Le développement graphique du Théoreme apparaît aussi dans le bijou du Passé-
Maitre.
C’è una ragione ben precisa per questo attributo e c’è un nesso molto stretto
fra la Squadra, strumento del M.V. in carica, e il Triangolo
Rettangolo dell’Ex-M.V.
Il y a une raison bien précise pour cette attribution, il y a une liaison cohérente entre
l’Équerre, Outil du VM, et le Triangle Rectangle du Passé Maître.
La Squadra del MV ha come rapporti i numeri Tre e Quattro. Il braccio
più corto, con rapporto Tre, unisce verticalmente la Terra al
Cielo, idealmente dal Nadir allo Zenith. Il Tre, come si è detto, è il numero
che simboleggia il Divino , la dimensione spirituale che permea la materia e
la trasforma in costante evoluzione. Su questo argomento ricordiamo
l’intreccio dinamico della Squadra col Compasso, che segna l’evoluzione del
Libero Muratore in tre fondamentali tappe. (Secondo F.Cusin
l’intreccio indica più che altro lo stato evolutivo dell’iniziato e non tanto il
Grado in cui la Loggia lavora : Cfr. “Il Senso del Linguaggio nell’Arte Reale”)
L’Équerre du VM a comme rapports les nombres Trois et Quatre. Le bras plus court,
avec rapport Trois, joint verticalement la Terre au Ciel: idéalement du Nadir au
Zénith. Le nombreTrois , symbolise le mystère Divin, c’est-à-dire la dimension
spirituelle qui imprègne la Matière en la transformant de manière continue.
A ce propos, nous rappelons l’éternel et dynamique entrecroisement de l’Équerre et
du Compas qui marque l’évolution du Franc-Macon en trois étapes. Selon F.Cusin
l’entrecroisement indique plus que tout autre symbole l’état d’évolution du Franc
Macon ,( cfr.: Cusin, “Il Senso del Linguaggio nell’Arte Reale”)
Il braccio più lungo della Squadra, con rapporto Quattro, si estende
orizzontalmente da Oriente a Occidente . Il numero Quattro simboleggia la
Materia con i suoi quattro principi Elementari, percorsi dall’Iniziando
durante i viaggi di purificazione.
Le bras plus long de l’Équerre, de rapport Quatre, s’étend horizontalement de l’Orient
à l’Occident. Le nombre Quatre symbolise la Matière et ses quatre Principes
élémentaires, parcours par l’Initié dans les voyages de purification.
Il MV siede ad Oriente nel punto di incontro dei due bracci della
Squadra. Egli è il garante e punto di unione tra il Cielo e la Terra.
Rappresenta la Luce Divina che illumina la Materia. “Come il Sole apparendo ad
Oriente per illuminare la Terra….”
Le VM s’assied à l’Orient dans le point d’intersection des deux bras de l’Équerre. Le
VM se porte garant de l’union entre Ciel (3) et Terre (4). Il représente la Lumière
Divine qui éclaircit la Matière: “….Comme le Soleil qui apparaît à l’Orient pour
illuminer la Terre…..”
Con il rito di apertura dei Lavori, per i “poteri” che gli sono stati conferiti il
MV “apre” la Loggia alle influenze spirituali che discendono copiose in chi è
predisposto ad accoglierle lavorando con gli Strumenti dell’Arte Speculativa.
Dans le Rituel d’Ouverture des Travaux, pour les “pouvoirs” qui lui furent conférés, le
VM “ouvre” la Loge aux influences spirituelles qui descendent en abondance sur celui
qui s’est préparé pour les accueillir en travaillant avec les Outils de l’Art spéculatif.
Ricordiamo in proposito che nella Libera Muratoria esiste un solo Magistero
iniziatico: esso si esprime unicamente nella Loggia con i Nove Strumenti
dell’Arte Speculativa, il Rituale, i Simboli e le allegorie.
Rappelons à ce propos que la Franc Maconnerie recèle un Magistère initiatique qui ne
peut s’exprimer que dans la Loge avec les Neuf Outils de l’Art Speculatif, le Rituel, les
Symboles et les Allégories.
Di fronte al M.V., sull’estremità ideale del braccio più lungo della Squadra,
siede il Copritore Interno, tra le Colonne di Occidente. Secondo la
tradizione, la funzione del Copritore Interno dovrebbe essere ricoperta
dall’Ex-MV, specchio del MV in carica. Chi meglio del suo Ex-MV lo può
rassicurare sulla “copertura” della Loggia, libera da influenze profane e
contemporaneamente dell’ “apertura” della stessa alle influenze
spirituali? L’Ex-MV ha completato il suo cammino attraverso le varie
funzioni previste dal Rituale e siede idealmente a Occidente per iniziare il
nuovo cammino verso le Stelle sulla direttrice segnata dall’Ipotenusa del
Triangolo Retto.
Face au VM , sur l’extremité idéale du bras plus long de l’Équerre, s’assieds le
Couvreur Interieur , ou bien le Fr.Terrible, entre les Colonnes d’Occident . Selon la
Tradition , la fonction du Couvreur Interieur doit être occupée par le Passé Maître,
miroir du VM en chair. Qui d’autre que le Passé Maître peut rassurer le VM sur la
“couverture” de la Loge, libre de influences profanes, et en même temps
sur”l’ouverture” de celle-ci aux influences spirituelles? Le Passé Maître a achevé son
chemin parmi les fonctions prévues par le Rituel et s’assieds idéalement à Occident
pour commencer un nouveau chemin d’élévation vers les Étoiles sur la direction
idéale marquée par l’Hypoténuse invisible et le sens secret du Triangle Rectangle. (Le
franc-maçon voit au-delà des apparences, c’est l’enseignement du monde des
symboles)
La “Copertura” della Loggia e la sua successiva “Apertura” sono, come già
sappiamo, operazioni rituali attivate dal Copritore interno (Ex-MV) e dal MV.
La “Couverture” de la Loge, et son “Ouverture” corrélative, sont, comme on sait, des
opérations rituelles activées par le Couvreur Interieur , ou Terrible, et par le VM.
(C’est l’application de l’effet miroir entre Orient et Occident ici sur l’axe précis de la
lumière équinoxiale.)
Il Copritore Interno, Ex-MV, siede quindi ad Occidente di fronte al MV e
unisce idealmente la Materia al Divino, questa volta dalla prospettiva
dell’Occidente: dall’oscurità della Materia alla Luce del Divino
si proietta, come un raggio di Luce, l’ipotenusa con
rapporto Cinque unendo i due punti della Squadra formando il Triangolo
Retto.
Le Couvreur (Passé Maître) se poste donc à Occident, face au VM, et joint idéalement
la Matière au Divin, mais cette fois avec le point de vue Occidental: de l’obscurité de la
Matière à la Lumière du Divin se projette comme un rayon de lumière, l’Hypoténuse
avec son rapport Cinq, qui joint les deux points les plus élogniés de l’Équerre en
donnant forme au Triangle Rectangle. (C’est cette mise en forme qui est le point de
vue occidental ici faisant le lien entre le monde naturel de la matière informe, venant
du cabinet de réflexion, avec l’univers des formes harmonieuses qui nous lient au
monde spirituel de la lumière naissante situé à l’Orient.)

Il Copritore Interno si rende garante della “copertura spirituale” sotto cui la


Loggia opera.. per il bene dell’umanità e alla GDGADU… Si tratta della Piccola e
della Grande Opera che indicano un lungo percorso di perfezionamento della
Pietra , che da grezza diventa cubica con punta a piramide.
Le Couvreur Interieur donc se porte garant de la “couverture spirituelle” sous
laquelle la Loge travaille… pour le bien de l’humanité et A’LGDGADLU. Il s’agit de la
Petite et Grande Opération qui marquent le long parcours de perfection de la Pierre,
qui de brute devient cubique et de cubique à pointe pyramidale. (Ces trois états de
perfection correspondent aux trois axes de la loge.)
E’ un percorso rappresentato anche allegoricamente dalla cacciata di
Adamo ed Eva dall’Eden e il difficile, lento e tortuoso, tentativo di
ritornarci.
Ce parcours est représenté allégoriquement aussi par l’expulsion de Adam et Ève du
Paradis Terrestre et la difficile et lente tentative d’y retourner.( Tentative de
reintergration dans la lumière divine)
Il Numero Cinque dell’Ipotenusa simboleggia dunque l’Uomo e la sua
origine divina, la sua presa di coscienza come materia grezza, la sua
evoluzione e il suo divenire verso il Divino, tutto ciò simbolicamente
rappresentato nel Triangolo Rettangolo nei suoi lati con rapporti 3, 4, e 5 .
Le nombre Cinq de l’Hypoténuse symbolise donc l’Homme et son origine divine, sa
prise de conscience comme matière brute, son évolution et son devenir vers la
Dimension Spirituelle. Tout cela est représenté dans le Triangle Rectangle et dans ses
côtés avec rapports 3,4, et 5. (L’hypoténuse est pour le franc-maçon la diagonale de
l’esprit, reliant ses états inférieurs et le plus haut spirituel. C’est aussi la diagonale de
la Connaissance.)
Quindi il numero 25 contrassegna l’Uomo che “opera” all’interno di un
progetto superiore con la “copertura” delle influenze spirituali di cui il
Copritore Interno, Ex MV, si rende garante.
Donc le nombre 25 indique l’Homme qui travaille à un projet supérieur sous la
couverture des influences spirituelles garantie par le Couvreur Interieur-Fr.Terrible-
Passé Maître.
(Le carré d’un nombre de l’homme caractérise le passage d’un état naturel à un état
spirituel, soit l’exhaussement de l’esprit en l’homme, à l’exemple du sommet de la
pierre cubique à pointe.)
Par le T:.de R:. Acacia di San Giovanni di Scozia (REP)
O:. de Cerrina, 5 Fevrier 2013
Bibliografia:
Arturo Reghini - “Considerazioni sul Rituale di Apprendista” - ed Anastatica - “I
numeri sacri nella Tradizione Pitagorica Massonica” ed,Atanor – “La
Tradizione Pitagorica” ed . Melita
Louis Claude de Saint Martin - “ La simbologia dei numeri” ed. Atanor
Flavio Cusin – “ Il Senso del Linguaggio nell’Arte Reale” - Ed.Cozzi – Trieste
Francesco Brunelli – “Principi e metodi di massoneria operativa” ed. Bastogi
Jules Boucher – “La Simbologia massonica” ed. Atanor

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
2 février 2013
De l’initiation féminine et masculine en quelques mots.
Certains ont décidé de rester dans la filière initiatique « primitive » qui
distingue deux initiations portées par deux moitiés d’un même processus
allant de la différenciation vers l’unification. Cette étude ne concerne pas les
initiations en loges mixtes parfaitement valables par ailleurs qui installent
l’indifférenciation dès le cabinet de réflexion. .

Les deux moitiés dans l'Un.

La différence portera moins sur la forme que sur les éléments eau et feu dont
on connaît la difficile conciliation. Les loges restant différentes quant au
genre. Ce point de vue archaïque au sens de « l’arché » est une très ancienne
tradition. Pour en comprendre le sens, nous sommes renvoyés « in principio »
soit dans les arcanes de la Genèse.
Ceci permet d’expliquer qu’a certains rites la décision fut prise de maintenir
la différenciation sur le début du parcours initiatique. Au terme de l’initiation
au REP comme à d’autres il y aura non pas de« mixité » initiante qui suppose
encore une différenciation et une hétérogénéité, mais fusion qui suppose
homogénéité finale des filières initiatiques aboutissant à un retour à l’Unité.
L'Unité symbolique entre homme et femme découle de la fameuse chose
double, la « res binah », idéal d’un rebis ou de l’androgyne initial, soit le
retour à une source indifférenciée dans son genre.
L’enjeu au terme d’un long parcours initiatique est de réunir ce qui fut
différencié. Cette unité des genres est typique d’une ancienne tradition qui
nous vient en partie des marches de l’Europe. L’Écosse mythique est un
endroit abrité, tel un sanctuaire qui s’est nourri des filières initiatiques
antérieures au modernisme du Siècle des lumières. C’est dans ce fond
commun entre le futur antérieur et le passé que l’on peut soucher une
transmission.
Il faut tenter de rester imperturbable et à l’écart de toute
contingence. L’initiation par le genre demeure la valeur universelle, il suffit
de relire Mircea Eliade ou René Guenon. La franc-maçonnerie reconnaît
l'égalité des sexes dans le respect de la différence.
Autrement dit, face à une pratique mixte , nous décrivons une pratique où la
séparation des genres est conforme à la Genèse. Cette séparation permet de
mieux s’identifier pour mieux fusionner avec notre partie manquante,
condition sine qua non d’achèvement du parcours initiatique. C’est en effet
« le connaît toi toi-même » qui reste un préalable à toute ascension spirituelle
ordonnée et graduelle.
La modernité a transformé les rituels initiatiques pour les rendre intelligibles
au plus grand nombre. C’est ici une option qui n’est pas obligatoire. Sans être
anti moderne, on peut faire l'effort de reconnaître les archaïsmes en ce sens
qu’ils nous apportent une plus grande proximité avec la source. La lecture de
ces archaïsmes implique la connaissance d’éléments de langages perçus par
l’intelligence du cœur et de l’esprit. À charge pour ceux qui le pratique d’en
expliquer l’aspect historique, photographie initiatique de la fin du XVIIème
siècle. Certains rites tentent de restituer le moment qui précède le Siècle des
Lumières. Ce fut une époque où la stabilité et le caractère éternel des
structures traditionnelles n’étaient pas remis en cause par l’éclatement
philosophique et politique des trois voies initiatiques. Les frères étaient férus
de rosicrucianisme, d’alchimie de science hermétique, de connaissance
parfaite de la philosophie grecque, d’études gréco-latines, de celtisme et de
druidisme. Leurs bases culturelles s’appuyaient sur une connaissance parfaite
de la Bible, livre de chevet de tout bon sujet du Roi d’Écosse et d’Angleterre.
Ces matières n’étaient pas vues à l’époque comme exotiques ou sujettes à
caution.

La conscience de l’Unité.
La « mens » consistant en l’arrivée de l’esprit dans le corps animé, se faisait
en rapport à la connaissance traditionnelle, où l’esprit accueilli par l’âme,
anime le corps et permet la fameuse relation avec le spirituel et le ciel. Ce
positionnement graduel donne les trois niveaux de conscience et de
discernement. Ces trois niveaux de conscience sont en rapport avec la
tripartition traditionnelle de l’être sur le mode : corps, âme et esprit. Un
rapprochement utile pourra se faire avec la découverte graduelle des trois
axes de la loge. Le premier est l’axe de la vie avec cet axe solsticial et
équinoxial de la lumière, soit l’axe Est-Ouest. Cette lumière autorise la vie sur
terre avec la présence bénéfique du Soleil et de la Lune. Le second à trait à
l’axe Nord-Sud qui est l’axe découvert par le pas du compagnon qui
s’harmonise dans l’Étoile flamboyante. Le troisième sera l’axe Nadir Zénith
qui sera l’axe d’élévation ou d’exaltation principiel du maître.
Cette lecture outrepasse les problématiques andersonniennes sans les nier,
en remontant aux sources mêmes de la cosmogonie traditionnelle.
Les rites initiatiques ne sont pas un mode d’emploi pour résoudre les
problèmes sociaux de notre époque ni pour justifier l’hyper modernité des
temps futurs et la « numérisation » de l’âme humaine. Ce n’est pas leur
finalité. Ils peuvent cependant apporter un éclairage sur les valeurs stables et
immuables et parfois « oubliées », en complément d’autres réflexions.
L’initiation par la reconnaissance du genre, est un cheminement qui est
moins le produit de la société que des anciennes traditions. Ainsi les rites
initiatiques s’adressent indistinctement à des femmes et des hommes qui
aspirent au « commencement » et à la réintégration du Tout.
L’homme comme sujet et objet de savoir devient élément de la connaissance
et peut percevoir un Tout qui dépasse les limites de son horizon. L’initiation
doit permettre à chacun de voir son image intégrée dans la transparence de
l’Unité.
L’initiation par la reconnaissance du genre.

Que dit Robert Ambelain de l’initiation masculine en son point d’entrée qui
est la chambre de réflexion au REP :
« Avant l’Ouverture des Travaux, le Candidat aura été placé dans un Cabinet où il
demeurera seul, livré à ses réflexions, pendant un certain temps. On lui aura soumis
quelques questions relatives à la morale, tracées sur papier, auxquelles il aura à
répondre par écrit.
Lorsque le Candidat aura ainsi médité pendant un quart d’heure environ dans ce
Cabinet, le Frère Maître de Cérémonies viendra lui bander les yeux et le conduira en
cet état dans un autre Cabinet obscur dénommé Chambre de réflexion.
Cette Chambre de réflexion sera tendue de noir, éclairée par une seule lumière
rendant une faible clarté. Il y aura quelques ossements et d’autres objets susceptibles
d’inspirer de la frayeur au Candidat, un crâne et un poignard disposés sur une petite
nappe noire feront l’affaire, placés devant la bougie allumée.
Le Maître de Cérémonie aura introduit le Candidat dans la Chambre de réflexion, il
s’en retirera et fermera la porte derrière lui. »
Au surplus du décorum minimal on peut y adjoindre le tableau de réflexion
reproduit ci-dessous avec posé sur la tablette, un épi de blé ou du pain, une
coupelle d’eau, du soufre, une fiole de mercure.
Pour les loges de la filière féminine on substitue au poignard, un tartan
écossais et une quenouille axiale avec du fil autour.
Évidemment, la substitution du poignard par l’étoffe et sa source pose la
question de la complémentarité des deux initiations, sachant que les autres
éléments sont communs. Dors et déjà nous pouvons faire un rapprochement
avec le fil d’Ariane qui permet à Thésée armé du poignard de s’aventurer
dans le labyrinthe afin de tuer le Minotaure au centre du dédale. Vaincre le
monstre ne suffit pas il faut alors ressortir grâce au fil et donc à Ariane. C’est
donc le couple Thésée-Ariane qui ensemble « renaît » à une autre lumière.
La question de la métamorphose de l’Homme au centre de la Terre avec la
rencontre de la partie sombre qu’il doit vaincre est l’enjeu de la
complémentarité entre Ariane et Thésée. Thésée ne peut vaincre sans Ariane,
et Ariane guide les pas de Thésée par le fil. La réunion de deux acteurs forme
la victoire de la lumière. Ceci doit nous aider à comprendre la
complémentarité des voies initiatiques masculine et féminine, reliées par le
fil.

Le lien libérateur.

Il faut noter que ni le poignard, ni le tartan et la quenouille ne seront présent


en loge, signifiant qu’en loge nous sommes devenus maçon sans distinction
de genre. Le maçon en loge quelque soit sont genre travaille avec les mêmes
outils à tailler sa pierre.
Quelque part se pose dans la transmission la question du lien. Ce lien est celui
d’une tradition initiatique dûment transmise dans un chaînage dûment
identifié. Ce lien n’implique aucune inféodation, mais au contraire une
indépendance par la conscience plus élevée de soi-même.
En reliant ainsi les initiations masculines et féminines, nous dépassons toutes
les considérations polémiques liées à la mixité des loges. De plus nous
pouvons mieux comprendre la dévolution de l’influence spirituelle et sa
préservation par la loge. Il existe en effet une relation entre l’influence
spirituelle que nous avons reçue de nos aînés et son maintien au sein des
loges. La modalité de l’essaimage témoigne du caractère intuitu personae de
la transmission. La loge devient réceptacle matriciel de cette influence avec
les maçons qui lui donnent vie.
Ce lien se fait dans le cadre d’un chaînage immémorial de transmission.
Chaque initié est un maillon responsable, et pour mettre en œuvre la
transmission il faut une loge. Le fil est un lien spirituel vivant, il ne devrait
pas être rompu. La mort elle-même ne rompt pas ce lien. Finalement notre
liberté dépend de notre transmission et de la reconnaissance de notre partie
manquante masculine ou féminine et de notre place dans un « chaînage »
immémorial d’initiés sur la « trame » rituelique des loges. Paradoxalement, la
reconnaissance de ce double lien nous libère par un processus d’individuation
qui reste l’objet premier de l’initiation. Notre liberté passe par la
transmission et la reconnaissance de l’autre. Ici l’autre est la partie
complémentaire. Le fil de l'union à l'autre confortera la transmission sur un
plan générationnel. C’est un aspect clanique que nous devrons examiner et
dépasser.

L’initiation élémentaire.

A) Par l’eau ou par le feu

Traditionnellement le genre masculin implique une initiation par le feu, le


genre féminin par l’eau.
Évidemment la distinction ne se justifie que pour préparer un beau mariage
alchimique, il y aura à terme fusion et non pas « confusion » des genres. Cette
différence symbolique des genres reconnue dans le parcours des parvis sera
assumée dans le cabinet de réflexion puis abandonnée dans la loge. Nous
passerons de la différence assumée à la complémentarité pour finir dans
l'unité.
C’est par le feu que la nature est changée : potier, forgeron métallurgiste
alchimiste, orfèvre, et c’est par l’eau qui descend du ciel que la vie
s’installe : culture, élevage, filage et tissage, etc. C’est l’accès aux fruits et
produits de la terre par l’action de l’eau et du soleil.
Conséquence de ces antiques traditions, la loge masculine initiante par sa
nature, voit l’épée flamboyante au repos sur l’autel du Maître de Loge la
pointe tournée vers la lune et se charge au feu du soleil. Dans le cas d’une
loge féminine initiante, elle sera pointée au repos vers le soleil se charge à
l’eau de la lune. Ce seront aussi les derniers restes d’une différenciation car
désormais le travail sur la pierre se ferra avec les mêmes outils mais avec une
sensibilité différente.
Dans les deux cas, il est dans les attributions du MDL d’unifier les
« éléments » sur un plan donné, dans une relation harmonieuse et éclairée
entre le haut et le bas. Il tient l’épée à main gauche et maillet à droite et en
bande, reliant le ciel au cœur, soit pour les initiés « l’esprit par l’âme dans le
coeur de l’homme ». La tripartition de l’Etre est ainsi prise en compte.
En loge féminine c’est donc l’eau fécondante et purificatrice venue du ciel
jusqu’en terre qui fertilise l’âme en terre pour en faire germer l’esprit.
L’esprit descend du ciel par le feu représenté par le rayon céleste ou par la
foudre, mais il vient aussi par l’eau qui « anime » la graine des profondeurs
terrestres pour aller chercher la lumière en germant. En vérité, le feu et l’eau
sont indispensables au miracle de la vie.
Le REP consacre le feu et l’eau dans une même unité principielle celle de
l’hexagramme qui devient alors le résumé de la pensée hermétique suivant la
table d’émeraude : « Ce qui est en haut et comme ce qui est bas ». La jonction
du triangle montant du feu et du triangle descendant de l’eau se fait par le
rayonnement à partir du Principe dans les six directions de l’espace et
suivant les trois puissances axiales du centre ontologique. Sur un plan
graphique, le motif de la partie haute se reflète dans le miroir de la ligne de
partage des eaux qui est aussi une ligne d’horizon, nous donnant deux
éléments de base supplémentaires qui sont la terre et l’air.
L’universalité symbolique de l’eau est consacrée au plan initiatique et dans la
Bible. Son action principale tient à son caractère purificateur (fontaine de
Siloé, eau lustrale et déluge, etc.), germinal et fécond au premier degré (l’eau
source de vie s’infiltre dans les tréfonds et se retrouve associée à la graine),
lors de la progression initiatique c’est son rôle de miroir (surface des eaux)
qui va permettre à l’initié sur le chemin de mieux se connaître sans tomber
dans le syndrome de Narcisse.
Outre le symbole de vie quelle porte en elle, l’aboutissement de l’initiation
par l’eau aux trois premiers degrés concerne le domaine de la parole divine
qui s’applique à l’esprit et principe créateur. Elle y est associée à
la Genèse 1,2 et à l’Apocalypse 22,17.
Symboliquement, c’est donc une capacité à recevoir l’Esprit qui s’organise
dans le rituel initiatique du 1erau 5em et 6ème degré du REP.
Traditionnellement faut un corps purifié par l’eau pour recevoir le souffle de
l’âme puis enfin le feu de l’esprit. Sans âme ni souffle, le feu ne peut installer
l’esprit dans le corps. Du reste suivant la Genèse c’est sur la surface des eaux
qu’est né le souffle divin caractérisé par le logos. Ce souffle, c’est l’âme qui
anime les corps[1].
Sur un plan vital, l’épreuve de la terre suppose la présence d’une graine. Le
voyage de l’eau purificatrice va nourrir la graine en terre, celle-ci germe se
nourrissant des éléments premiers et va recevoir dans le voyage suivant le
« souffle », âme animant le corps de forme. Pour finir, ce bel ensemble reçoit
le feu « esprit » dans l’interprétation principielle de la lumière.
L’esprit se manifeste par un travail engageant la conscience, traduisant une
progression sur la voie intérieure. Ceci suppose le réveil préalable du maître
intérieur qui seul capable de voir la lumière incréée (MPE).
Ramenée au lieu sacré du temple, l’eau puisée à la fontaine de Siloé était
versée en libation sur l’autel, restaurant les quatre fleuves du paradis et
toutes les eaux de la création. Elle correspond aussi à la prophétie de Zacharie
qui indiquait que l’eau, représentant l’esprit du Temple, devait jaillir de sous
les fondations du temple. Pour les bâtisseurs, cette eau est l’Esprit du
Temple maison du créateur. Son origine est souterraine comme la plupart
des éléments extraits du cabinet de réflexion.
Pour les chevaliers, l’eau quittera la gravité terrestre pour rejoindre « la
parole qui souffle à la surface des eaux », soit dans l’espace compris entre la
terre et le ciel. Elle change d’état et devient vapeur montante puis rosée
matinale… Ainsi s’accomplit le mystère de la rose sur la croix.
L’eau du baptême inaugure le passage du fleuve séparant la première Alliance
et la seconde. C’est Saint-Jean le Baptiste qui met en scène le passage par
l’eau est c’est un autre Saint jean dit l’évangéliste qui complétera cette action
par le feu-lumière ou feu-principe. Voilà en quelques lignes les fondements
de l’initiation par l’eau en loges féminines.
Ainsi, les loges mixtes ne sont pas initiantes au REP, elles se consacrent à la
recherche. Néanmoins c’est sur d’autres bases d’une complémentarité
immédiate que les loges mixtes pratiquent l’initiation et les explications
quelle donnent sont parfaitement valable en regard des rites pratiqués. Le
REP préfère organiser la complémentarité dans une progression graduelle.
La tenue se déroule alors avec l’épée flamboyante en accord avec le genre du
MDL. La loge au plan administratif est versée dans la rubrique loge de
recherche.
Le choix de l’eau et du feu est imposé par le genre[2] du MDL qui ne peut donc
initier que dans son genre et dans une loge du même.

B) Du filage et du tissage – généralités.

1) Le métier : de la matière à la forme.


Le bâtisseur, le potier et la fileuse-tisseuse sont les arts de la matière
transformée. Le génie humain en devient démiurgique au point de donner à
celui qui détient le savoir-faire, des pouvoirs en relation avec la création.
Le cas du forgeron est particulier. Le pacte qu’il doit passer avec les forces
infernales pour extraire leur minerai caractérise son impureté. C’est pour
cette raison que Tubalcaïn n’a pas droit de citer dans le rite écossais primitif.
Il fut valablement assimilé par des rites qui ont fait la part belle aux progrès
techniques. Cette évolution accompagnerait pour certain une métallisation
du langage associée à la rétractation de l’esprit. Finalement Tubalcaïn
appartiendrait à la fraction fautive dans le crime d’Abel qui fut éloigné ou
exilé loin du centre créateur. Tubalcaïn successeur du meurtrier Caïn
incarne la faute entraînant la chute de l’homme et son l’exil dans les replis de
la terre. La franc-maçonnerie écossaise primitive conserve la cérémonie de
l’abandon des métaux avant d’ouvrir les travaux, ce n'est pas pour acceuillir
tubalcaïn. Cet abandon des métaux renforce l’idée d’une purification de la
matière première afin d’affiner, de « rectifier[4] » les éléments constitutifs de
l’être.
Le métier artisanal fait naître transforme la matière purifiée, et fait naître les
formes esthétiques. Comment naissent les formes ? Par le savoir-faire et le
savoir-être.
C’est la maîtrise du monde des formes qui justifie la transmission initiatique
associée au savoir-faire. À un travail esthétique, et donc purifié, sur la
matière correspond un travail sous-jacent de l’esprit. L’addition des
formes, du savoir-faire complémentaire et du savoir-être spirituel donne
accès à la connaissance[5].
Vu de l’extérieur, le tour de main devient une notion quasi magique qui n’a
pas de prix comme l’œuvre d’art. Vue de l’intérieur cette réussite est
l’aboutissement d’une transmission et d’une réalisation de soi.
Ces métiers participent du monde des formes, produisant une perfection
matérielle et esthétique par inspiration de l’esprit. Dans notre cas le tissage
donne le vêtement qui par analogie est une seconde peau.
Au plan collectif le tissu peut être une expression d’un socle identitaire
clanique lié au celtisme, au druidisme et à toutes sociétés primitives
hiérarchisées. Les sociétés traditionnelles ont pour point commun une
histoire de l’origine du monde et de l’homme sous l’aspect d’un acte artisanal.

2) Le tissage narratif.
L’étoffe tissée est une page d’écriture, d’où la racine commune entre
« textile » faisant récit et « texte ». Il ne s’agit pas de folklore, mais d’une
ancienne écriture de la tradition par le langage des signes universels.
La base de cette écriture repose sur trois éléments : l’horizontale, la verticale
et la couleur avec pour sommet significatif la croix. On retrouve des traces de
cette écriture dans le langage du blason. Plus tard le canevas et la broderie
puis la tapisserie, renforceront le caractère narratif du tissu sous un angle
plus extérieur. Plus simplement en loge, le pavé mosaïque est moins une
juxtaposition de cases qu’un tissage, illustré par ses bandes noires et blanches
entrelacées comme tressées dans la largeur et la longueur. Il s’agit d’une
image contrastée de la chaîne et de la trame.
Toute écriture traditionnelle doit être capable de décrire l’univers et sa
naissance. Le tissu-linceul remplit cette fonction, en accompagnant la
naissance et la mort. Pour la vie nous avons le tartan écossais dans le cabinet
de réflexion qui accueil le nouveau-né dans sa tribu et pour la mort, nous
avons le voile noir posé sur le cercueil ou le corps d’Hiram.

3) l’ordonnancement de la matière.
La spécificité de l’initiation féminine au REP, passe par le cabinet de réflexion.
Nous y trouvons en plus des éléments déjà présents dans les initiations
masculines, deux éléments fondamentaux et spécifiques. Ils ont tous les deux
des caractéristiques du domaine des petits mystères et au surplus une lecture
particulière en matière cosmogonique.
L’espace du cabinet de réflexion illustre le retour de la matière dans son état
indifférencié avec des incompatibilités marquées comme le soufre et l’eau. Le
cabinet va réaliser l’union des contraires pour faire naître la vie grâce à
l’action transformatrice de la lumière et la naissance du temps.
Deux fonctions ancestrales sont recouvertes par la quenouille et le tartan, il
s’agit du filage et du tissage. Ces deux activités appartiennent aux mystères
de l’existence suscitée par leur présence dans le cabinet de réflexion.
La rencontre de la chaîne et de la trame est aussi celle de l’espace et du
temps, soit du ciel et de la terre. La forme elle-même est née de l’espace et du
temps, et d’après la Genèse c’est le logos, le verbe qui ordonna la
manifestation et la différenciation. Du verbe nous passons à la parole de la
transmission pour l’homme.
La différentiation de la Genèse dépend et s’associe au temps. Le temps est
celui de la durée du jour et de la lumière et du règne solsticial du soleil et de
l’influence de la Lune. Ainsi la partie haute du métier est le ciel et la partie
basse la terre.
Entre terre et ciel, la chaîne verticale fait le lien axial et la trame marque le
cycle du temps par les aller-retour de la navette. Le cycle du tissage
est lunaire, car reflet de la lumière du plan formé en esprit. Le tissage et de la
volonté exprimée du Logos, et la parole découlant du verbe.
Avant l’intervention du principe qui avait-il ? On nous dit : l’informel et le
non organisé, une materia prima indistincte et indescriptible, invisible, car
sans lumière. Le tout était dans les ténèbres. Le principe dans son action
ordonnatrice est associé à la lumière, celle que nous retrouvons
philosophiquement dans le cabinet de réflexion. Nous devons notre monde à
un Principe lumineux et ordonnateur que nos physiciens et nos religions
tentent de saisir et que nous, franc-maçon nommons de son titre le plus
formaliste qui soit : le Grand Architecte de l’Univers.
Le cabinet de réflexion est un athanor qui met en présence les éléments
disparates et essaie dans l’espace et le temps de leur donner forme et vie.
C’est l’impétrant lui-même qui doit pendre conscience de ses propres
éléments constitutifs et commencer à réfléchir sur leur assemblage
esthétique.
De la dislocation solution du corps on accède au monde des formes en passant
par les états inférieurs de l’être (V.IT.R.I.O.L). Il s’agit clairement d’aller
puiser dans le subterrestre associé à la materia prima, les éléments de la
future forme. Il faut cependant qu’un souffle particulier anime et maintienne
ces éléments primaires ensemble alors même qu’ils auraient vocation à se
repousser (soufre-feu opposé au sel-eau).
Cette force unifiante est l’âme-anima pour nos anciens. Ceci suppose que le
subterrestre est le lieu de résidence et de manifestation de l’âme, ce qui
correspond à la grande tradition occultiste et à l’idée chrétienne qu’a la fin
des temps, les corps enterrés verront leur résurrection (relèvement).

C) Le fil de la vie.

D’une certaine façon le cabinet sera vu par la Sœur et le Frère comme un


assemblage d’éléments ordonnés et associés malgré leurs oppositions, dans le
sens du fil de la vie.

1) La parole créatrice.
La construction du tartan est une histoire qui s’écrit et provient de la tension
entre le haut et le bas du métier à tisser. Le fil lui-même est un assemblage de
matériaux bruts associé par le doigté de l’artisan. La vie est au bout de cette
gestation.
Le tissage repose sur l’entrecroisement de deux séries de fils
perpendiculaires. L’aptitude au filage et au tissage constituent véritablement
le supplément d’âme propre à Ève.
Ève est née de la cote d’Adam, soit la pointe latérale droite du triangle parfait.
Elle se situe sous la ligne de partage des eaux de l’hexagramme et reste en
rapport matériel avec la terre tout en bénéficiant de la lumière chaleureuse
du soleil[6].
De manière plus symbolique il s’agit de la rencontre du visible et de l’invisible
qui se traduit sous la forme d’une création. Le tissage est un acte de création
par la femme qui emprisonne ses mots et ses pensées dans la fibre. Il en
résulte une saga prise dans les filets de la mémoire tissée. Le tissu est à
l’image de la tisseuse qui déclare son appartenance tribale par les motifs
qu’elle y insère.
Le tissu est donc une imago mundi qui provient de « la voix » ou parole
féminine. La voix est emprisonnée dans le motif du tartan. Cette parole
créatrice de la femme souffle à la surface de la trame comme le verbe divin
soufflait à la surface des eaux.

2) La Genèse et le vivant.

Ce métier est celui du commencement : « Au commencement Dieu créa la


Terre et le Ciel » (Genèse 1-1). Le metier à tisser met en tension le ciel et la
terre.
En tant que métier du « commencement » il est situé à l’endroit de la
naissance des formes à la lumière, le cabinet de réflexion. Le temps s’égrène
en fonction de la course de la navette représentant les planètes dans leurs
courses cycliques et plus précisément la lune. C’est un temps matriciel qui
n’existe qu’en dépendance du mouvement de la navette et se calcule en
lunaisons. La navette circule dans un espace créé entre terre et ciel. L’espace
et le temps s’associent à la forme, créant par le mouvement le motif signifiant
une imago mundi sur l’étoffe. Le motif se construit dans une progression
ascendante, et la quenouille fournit la substance (matière-terre) que le métier
par la représentation du motif, transformera en essence (esprit-ciel).
Ainsi par l’exemple du métier à tisser nous pouvons dire que toute forme est
souché dans la lumière principe. Sans lumière point de formes ni de lecture.
Ce système, nous le retrouvons développé dans le temple maçonnique sous
l’angle du bâtisseur. Le travail de la pierre brute ne se conçoit que dans
l’hypothèse de la construction du temple qui est aussi une élévation
lumineuse vers le ciel, mais cette taille ne peut s’effectuer dans le cabinet de
réflexion subterrestre. Ce cabinet est dévolu aux états inférieurs de l’être et à
l’assemblage des éléments disparates dans la gestation d’un nouvel homme
tailleur de pierre.
Le filage se fait à partir de fibres végétales ou animales soit le monde du
vivant et non pas le monde minéral du maçon. Le monde composé par le
tissage repose sur le fil qui est l’image même du destin. La destinée et un fil
qui peut se rompre. C’est donc la fileuse qui tient entre ses doigts le destin. Le
fil à une épaisseur et une longueur symbolisant la résistance de la ligne de vie
et une couleur signifiant la nature de son langage. C’est la main dans son
habilité qui fait le fil et son devenir, c’est elle qui assemble et épaissit le trait,
en détermine la longueur, c’est une fonction mercurielle.
La femme file le destin du monde tout comme le cordon ombilical. Le fil part
de l’axe du monde représenté par la quenouille et rayonne jusqu’au métier à
tisser, image du ventre maternel triangle d’eau, tissant l’étoffe du monde.
Le monde est coupé de sa source lorsque le fil est coupé, c’est ici encore une
image de la chute originelle. C’est aussi l’image de la vie qui ne tient qu’a un
fil.

3) La mythologie du fil. Les Parques


La mythologie grecque reconnaissait trois Moires que les Latins reprirent
sous le nom de Parques. En grec : Clotho, Lachésis, Atropos. En Latin : Nona,
Decima, Morta : Divinités maîtresses de la destinée humaine, de la naissance à
la mort. Elles sont généralement représentées comme des fileuses mesurant
la vie des hommes. La première, la plus âgée, tire le fil de la quenouille, la
suivante, mesure le fil et le tisse, et la dernière, la plus jeune, quand l’heure
de la mort est arrivée, coupe ce fil avec le fatal ciseau dont elle est armée. La
longueur du fil plus ou moins long représente la destinée de chacun. Cette
destinée dans sa longueur est fonction de la durée mesurée.(WP)

D) La quenouille et le tartan

Revenons aux éléments strictement visibles dans le cabinet de réflexion qui


rappelons le n’auront plus à être présents en loge car hommes et femmes
seront franc-maçon et travaillerons avec les mêmes outils.

- Une quenouille composée de deux éléments, l’axe et le fil.

- Un tartan écossais aux couleurs du clan.


1) La quenouille est composée d’un axe et d’un fil qui s’enroule autour de
celui-ci dans le sens dextrocentrique montant (1er et 2ème degré) et qui se
déroule dans le sens sinistrocentrique descendant (3èm degré).
Évidemment l’axe représente l’axis mundi, le sens d’enroulement du fil et le
sens inverse du déroulement représente le cordon ombilical et l’axe de la vie
soit une projection Est-Ouest de la lumière dans les ténèbres. L’axe en laissant
dérouler le fil autorise une projection sur le plan horizontal. On comprendra
ici qu’il s’agit de l’action du centre ontologique en regard du monde
manifesté et précisément que l’axe producteur de la lumière créée permet de
percevoir au fond de soi, la lumière incréée[7]. On retrouve cette situation
symbolique mise en œuvre par le chiffre 15 seulement abordé au grade de
maître, mais pleinement expliqué dans la cérémonie secrète d’installation du
maître de Saint Jean. La progression du fil le long de l’axis Mundi est
reproduite par 3, 5, 7 en montant puis par 7 et 8 en descendant[8]…
Évidemment le fil lové dans les deux sens représente le double serpent
gardien de l’axe du caducée ailé, ou l’escalier à vis que l’on monte jusqu’au
visage de Dieu et que l’on redescend pour transmettre ici bas.
Au plan humain on remarque que le fil fait lien entre le masculin et le
féminin il relie l’aspect mâle et femelle donnant une perspective de
réalisation vers l’androgyne. Le fil en lui-même est un cheminement qu’il soit
sur le métier à tisser ou pour relier la vie à son destin. Ce fil nous sera utile
pour la réalisation de l’être total.
Ceci implique que le cheminement de l’homme dans le labyrinthe de la
psyché ne peut se faire sans l’aide de la moitié féminine. Il faut pour atteindre
la lumière en soi être à la fois homme et femme, unis ici par un fil.
Le fil est un conducteur de vie, de sensations d’ondes et ici de lumière. Il
donne un sens à la vie en la reliant à son auteur. L’axe se tient entre les deux
paumes des mains, représentant le haut et le bas. Il faut être deux
protagonistes pour progresser dans les ténèbres et en revenir : l’un tient le fil
et l’autre le déroule en tenant l’axe. Au bout du compte le fil par la volonté de
l’axe, uni l’homme à la femme.
Le fil de la vie est au sens propre l’essence de l’axe.

Une fois la lumière intérieure atteinte au centre du labyrinthe par le guerrier


(Thésée tue avec une pierre ou un poignard le Minotaure au centre de lui-
même et perçoit alors la lumière « intérieure »). On enroule le fil pour faire
revenir notre guerrier intérieurement « illuminé » à la lumière terrestre.
C’est la sortie horizontale (Thésée et Ariane) du labyrinthe qui est suggérée et
non pas la sortie verticale Icarienne réservée à d’autres initiations au sein du
REP. Thésée et Ariane ont vécu la même épreuve dans les méandres
complexes du labyrinthe, car ils étaient reliés par ce fil. Il est donc faux de
prétendre au rôle passif et secondaire de la femme, car le fil relie les vécus.
Après tout, la lune réfléchit la dimension incréée de la lumière provenant du
soleil, elle est donc indispensable à la vie sur terre et à la descente de l’esprit,
son rôle n’est en aucun cas secondaire. Nous sommes tous le produit
harmonieux du soleil et de la lune. S’agissant d’Ariane, elle raconte sur son
métier à tisser l’histoire de Thésée qui est aussi son vécu, elle se confond à lui
par le fil. La sortie Théséenne de l’antre est une renaissance dans la matière,
soit une forme illuminée de l’intérieur.
Ainsi 3 notions apparaissent clairement :
a) l’élément matriciel de la naissance à la lumière associée au cordon
ombilical. Ce cordon est l’axis mundi des formes, la perpendiculaire
descendante qui relie l’homme de la « chute » à la terre. C’est aussi un lieu, le
ventre (Matrice de l’eau).
b) l’androgynie de la réalisation de l’être par le fil. Ariane et Thésée ne
sont qu’un seul être. A l'unisson ils sont un seul coeur battant reunifiés pour
acceuillir la lumière. C’est en ce lieu du cœur que sera déposée la lumiere
interieure. Ce coeur devient réceptacle Graalique(Matrice du feu).
c) l’axe vertical au milieu des quatre points cardinaux. L’axe génère le
mouvement, l’espace et le temps et relie la vie par un fil au centre créateur.
Cet axe cardinal permet de se guider dans le labyrinthe. (Réceptacle et
matrice de l’esprit, dans son envol dans l’axe principiel)

Nous en concluons que celle qui tient l’axe et le pouvoir de couper le fil
détient la source de la vie.

Quel est donc le pouvoir[9]des sœurs ?

Notamment dans le pouvoir de tisser, faire le jour et de défaire la nuit


l’ouvrage, lui donner les couleurs et les symboles voulus. La quenouille le
filage et le tissage sont démiurgiques par nature et se font à la pénombre, de
la nuit originelle jusqu'à la lumière du premier jour de la vie. Le chemin n’est
éclairé que d’une lumière qui se veut intérieure.
Donc la quenouille doit être dans la pénombre du cabinet de réflexion, car
elle permet d’y entrer et d’en sortir et d’établir un lien entre lumière et
ténèbres. Elle n’a pas à être présente dans la loge même, car les trois axes et
six directions y sont déjà en tension dès l’allumage des feux.
Faut-il rappeler que le cabinet de réflexion est une cavité matricielle, où la
lumière de la bougie apparaît comme une promesse en devenir, et où tous les
éléments présents concourent à la constitution de l’être. Simplement ces
éléments apparaissent dissocies et ne s’assemblent et ne prennent vie qu’en
présence d’une âme. Le Temple est déjà l’expression de l’ordre manifesté par
la lumière, nous sommes à un état d’avancement supérieur. Le corps est déjà
constitué dans le monde des formes, il est réveillé à ses sens dans une lecture
profonde dans le but de participer à la construction. Le fil qui relie le maçon
au cabinet de réflexion à été coupé par cette fameuse chute. Il reste en
mémoire comme une nostalgie des origines, mais l’apprentissage de la
marche va donner la liberté de mouvement au maçon. Commencera alors le
cheminement vers l’exaltation…Icarienne peut-être.
On peut faire un rapprochement entre le sel né de l’eau et le soufre né du feu
qui ne s’unissent que par le pouvoir du mercure. Le mercure est assimilé au
bois au premier degré du REP, il transforme et uni les éléments subterrestre
dissociés en vie solaire. Autrement dit le bois fait le lien axial entre la terre et
le ciel par les racines jusqu’aux ramures. Le bois[10] du tronc est un axe au
même titre que la quenouille, la colonne vertébrale ou les colonnes du
temple. Leurs fonctions sont notamment de donner cohérence et forme au
chaos, par la lumière descendante représentant la volonté divine ou le
principe.
La sœur initiée est indispensable à ce mouvement lumineux.

Quel est le sens véritable du fil ?


C’est ce qui relie notre conscience à l’Œuvre.
Il faut préciser les termes : relier c’est la religion au sens étymologique,
« religare » qui veut dire se relier au passé, à l’origine donc. Ce « religare » est
au sens propre le fil qui lie mon présent initiatique à mon origine d’homme
total et primordial soit l’Adam original. Or l’Adam original est aussi bien
homme et femme, car non différentié. Il bénéficie d’une proximité immédiate
avec le souffle divin. Ce souffle divin est l’origine de l’Œuvre qui fait de
l’homme le gardien, le berger de la création.
Pour accomplir cette mission, l’homme fut mis en conscience, en situation de
responsabilité de sa situation face à l’immensité de sa tâche.
Malheureusement plutôt que de mener à bien cette mission, il utilisa sa
conscience à son seul profit voyant dans la nature une source de valorisation
de son seul Ego. Au lien de servir la création, il se l’appropria comme si elle
était sienne. L’Ego se développa en lui au point qu’il devient centre de
l’univers, perdant ainsi le sens de sa mission première. La perte du sens divin
est une rupture du fil par la perte de conscience. L’initié répare la rupture.
L’initiation qui permet de réparer le lien fait apparaître trois niveaux de
conscience, et donne trois pilotes à celle-ci.
L’âme pour les anciens est ce qui anime les corps. Donc le cabinet de réflexion
est l’athanor des éléments alchimiques qui prendront forme et vie par la
présence de cette âme.
1- L’homme par son corps constitué (et ordonné) prend conscience du moi
par ses facultés sensiblesnotamment lors des voyages initiatiques. Le sensible
est du domaine corporel.
2- En quittant le cabinet de réflexion, chacun disposait des éléments pour
se construire et les voyages vont finir et ordonner en forme humaine cette
construction. Ce sera alors « la prise de la conscience de soi » par l’âme.
3- Si le vieil homme meurt et se décompose, le nouveau se réordonne dans
sa composition de manière consciente dans le but de se dire « je suis » au
grade de maître. Cette êtreté embryonnaire ne demandera qu’à se développer
et percevra plus tard la notion d’esprit-lumière. Ce sera alors « la prise de la
conscience du Tout par l’esprit ».

Ainsi la triple « prise de conscience » s’effectue tour à tour : par le corps dans
sa cohérence formelle où il s’agit de réunir les éléments constitutifs épars,
puis par l’âme venant animer les sens de ce corps à la sortie du cabinet de
réflexion et dans les voyages, puis en dernière phase par l’esprit avec la
présentation de la lumière faisant briller la parcelle divine[11] qui est en
nous. Nous avons ici le triptyque traditionnel : corps, âme, esprit soit un
triangle parfait.
Évidemment cette triple prise de conscience est ici à l’état embryonnaire et se
développera au fur et à mesure du travail en loge. Elle doit être plus vécue
qu’expliquée, du moins au premier degré…
C’est en prenant la mesure des trois axes de la conscience que l’on rétablit le
lien avec l’origine, qui est en vérité le centre de tout rayonnement.

2) Le tartan est une étoffe issue de la quenouille, il est donc l’expression


clanique d’un monde manifesté né du centre ontologique.
On voit immédiatement la laine à l’état brut qui sera filé puis tissé. Ces
activités se faisaient à l’abri (à couvert), soit à l’intérieur de la « demeure »
soit à l’abri d’une « enceinte ». Cette activité est par nature intérieure à l’être
dans sa forme et dans son esprit. Nous retombons à nouveau sur le caractère
matriciel de l’activité.
Cette activité se rapproche de la taille de la pierre, mais s’en différencie en
touchant au vivant du monde animal ou végétal qui sont les fruits et les
produits de l’eau et du soleil. (Laine du mouton, lin, chanvre, etc.). De plus la
taille de la pierre est minérale, elle implique l’éventrement de la terre pour y
placer les fondations et le tutoiement du ciel par le clocher. Le minéral
magmatique est informel et donc indifférencié par nature. Par ses actes le
maçon donne la forme au chaos.
Là ou l’activité textile fait une seconde peau protectrice de la progéniture et
donc du vivant, l’activité du tailleur crée des éclats dont il faut se protéger
par un tablier en guise de seconde peau.
La fileuse-tisseuse relève d’une activité sédentarisée organisée et centralisée
autour du foyer dont la flamme est entretenue par la mère nourricière.
L’homme dans ses excursions et sa chasse est lié par un fil le reliant au foyer
central. Ce foyer central vu de loin est une colonne de fumée axiale source de
vie, de réconfort de sécurité et de descendance. Ce fil tisse des liens, appelés
« lien du sang » et dessine l’appartenance tribale. C’est le principe de
la « filiation » qui unit l’homme, la femme et la tribu.
Le tartan est la construction identitaire sous un double aspect comme
l’initiation. Au plan individuelcette construction est appelée « trame de la
personnalité ». Au plan collectif et tribal, cette construction est appelée
« esprit de corps », et on le retrouve dans les loges régimentaires Ecossaise et
Irlandaise. C’est cet "esprit de corps", véritable conscience collective qui sera
appelée plus tard égrégore en loge. Évidemment cette expression identitaire
est une reproduction du monde manifesté sur la base d’une abscisse et d’une
ordonnée. (La chaîne et fil de trame).
Le tissu est l’assemblage des éléments de vie structurés dans un ensemble
cohérent et identitaire. Le tartan intervient à nouveau sur les trois niveaux
de la prise de conscience « collective » :

- Le sensible et donc le corps par l’écriture de l’histoire spécifique du


clan,

- L’âme par sa présence active dans le collectif de pensée et d’action du


clan, uni les individus, transformant leurs différences en complémentarités
dans le but d’œuvrer en commun, jusqu'à la mort s’il le faut. Le corps
retournant au terroir contribuant ainsi à entretenir un véritable substrat de
la mémoire collective et de l’âme tribale.

- L’esprit par la jonction du haut et du bas à l’intersection de la croix et


dans la certitude de la présence divine au coté des combattants au-delà du
visible. Il y a une survivance spirituelle attachée à la lignée clanique. Donc le
clan regroupe par l’esprit les vivants les morts et ceux qui vont suivre.

Le tartan est donc un mausolée de la conscience tribale. Ce point sera enfin


dépassé en loge et défaisant la barrière clanique de la différence.
Le tartan Imago Mundi
Le tartan nous raconte l’histoire du clan comme la première étape
restreinte d'une cosmogonie. la loge poursuivra le processus en le menant
vers l'universel.
Au plan microcosmique, et donc horizontal, chaque point d’intersection du
tartan est signifiant d’un individu en regard de son histoire et l’ensemble
constitue un monde tribal avec pour origine un fil qui nous relie à l’axis
Mundi. Ce monde est identifié par le clan et ses couleurs spécifiques.
Au plan macrocosmique et donc vertical, chaque étagement des fils est
constitutif d’un monde, et donc le tartan devient « la chaîne des mondes ».
Pour nos anciens, il existe des mondes supérieurs et inférieurs. Ces mondes
font références aux ancêtres toujours présents, notamment dans les combats
et aux dieux ou esprits intercesseurs toujours agissants.
Ce lien à l’axe et le chaînage textile infère le sens du pouvoir divin, il ne peut
se faire qu’à la lumière qui ordonne. C’est l’illustration du pouvoir et de la
puissance créatrice du Logos. À cette puissance divine répond la puissance
transformatrice de l’homme sur son environnement naturel mission dévolue
à l’Adam.
Le tartan tout en étant une référence ontologique puissante, est aussi un
rappel, une « invocation » à nos anciens et à nos racines. Il doit pour les
mêmes raisons se situer dans le cabinet de réflexion. Rappelons que la
vocation d’un cabinet de réflexion est, entre autres, d’illustrer les éléments
constitutifs par dislocation du vivant, de vaincre le moi par le testament pour
finalement aboutir à un réordonnancement harmonieux de ces mêmes
éléments de base.
À l’évidence la présence du tartan dans ce lieu prépare l’impétrante aux
fonctions matricielles et identitaires propres à l’initiation féminine. La
« geste » féminine est matricielle, elle ordonne le chaos en fonction d’une
verticale de l’esprit.

La couleur.
Le tartan Écossais qu’il fût image du monde manifesté, ou plus simplement
identitaire et clanique laisse sa place à l’étoffe tissée de couleur unie en loge.
C’est une évolution importante qui tend vers l'universel.
La couleur désormais unie (rouge ou noire) vient souligner la présence vitale
du sang et de l’âme :
- Il est aux deux premiers degrés de couleurs ponceau soit la couleur du
sang irriguant la chair de l’être sur les plateaux et l’autel. C’est
traditionnellement le sang du combattant intérieur ici.
- Au troisième degré il devient linceul sur le corps d’Hiram au fond de la
fosse. Il est de couleur noire comme le subterrestre et comme l’âme errante
en quête de lumière.
- L’esprit s’échappe dans la lumière, qui faiblie au 3em degré.
Ceci nous indique que le linceul noir d’Hiram est conservateur de son âme, le
reste du corps étant dissous (la chair quitte les os) dans le chaos subterrestre
et l’esprit reparti dans l’axe Nadir Zénith[12]. Le tissu recouvre le corps et
conserve l’âme en en dessinant les contours. Le tissu et l’os restent en terre
avec l’âme qui y fait son lieu de résidence jusqu'à la fin des temps. Cette
explication est véritablement traditionnelle et commune à de nombreuses
religions, elle correspond au surplus à notre tradition occidentale, elle
s’appuie sur une large mythologie. Mais ce linceul noir est aussi un voile qui
dissimule l’entrée dans les grands mystères par le biais de l’âme qui unit le
corps à l’esprit. Surgit alors l’éclair des trois consciences œuvrant sur les trois
parties de l’Être.
C’est un aspect de l’unus mundus qui sur le plan de la psyché humaine, fait la
relation entre le subconscient ou partie dissimulée du Soi, le conscient et la
supra conscience. (Ce point sera développé au grade de MPE).
Le tartan écossais est certes une imago mundi née de la matrice universelle,
mais élaborée dans un Orient précis. Le tartan nous donne l’expérience
initiatique de l’unus mundi, à l’aune du clan. Dans tous les cas il reprendra les
règles communes de composition qui sont liées à l’ontologie. On assiste ainsi
au transport du centre ontologique au cœur du clan. C’est ainsi qu’il existe
autant de centres ontologiques que d’univers claniques formés. En ce sens le
mont mythique Hérédom pour les maçons écossais est un point de contact
avec le ciel, soit un centre ontologique. Le tartan est une recréation du monde
d’un point de vue clanique.

Dans la loge
La quenouille et le tartan sont absents de la loge. La loge est vêtue de textiles
rouges ou noirs suivant le grade. Nous ne sommes plus dans le même univers.
Ici l’homme et la femme n’ont plus de différences au plan des attribus qui
sont abandonnés dans le cabinet de reflexion. En conservant leur identité,
ils apprennent à travailler avec les mêmes outils.

Dans la loge c’est le cycle du bâtisseur qui démarre. La femme participait


assez souvent aux chantiers de construction, elle y remplaçait le mari décédé
gagnant ainsi son salaire, elle suivait le militaire en campagne et pleurait sur
son corps après la bataille. Elle y intervenait avec cette intelligence et cette
sensibilité venant de ce fameux fil qui « relie » l’homme à la femme…
Ariane n’a jamais abandonné Thésée[13].

E) Recomposition alchimique et transmission de l’influx.


À la différenciation de la Genèse qui de génération en génération nous
éloigne de la source originelle, répond l’aspiration de tout homme à
retourner à l’unité.

Quel est l’objectif de la différenciation initiatique de l’homme et de la


femme ?
Tout simplement le respect des anciennes traditions initiatiques. Ce respect
s’inscrit dans la philosophie de la transmission.
Quelle est la finalité de ses deux initiations apparement séparées ?
La réponse en est donnée au grade de Chevalier de Saint André qui va
réunifier la Dame au chevalier par l’Idéal et le mundus imaginalis. Cette
union à l’évidence rejoint l’androgyne ou l’Adam originel, celui d’avant la
division et la différenciation. La fonction du fil est de réunir. C’est donc au
retour vers l’unité ontologique que nous travaillons, soit tout le contraire
d’une vision machiste et rétrograde.
Pour obtenir ce résultat unificateur, il faut aller jusqu’au bout de son genre
pour comprendre ce que l’on est et ce que fut la différenciation. Ces étapes
nous semblent indispensables à une bonne progression, l’Egalite des sexes
passe par leur re-connaissance. Cette re-connaissance ne doit pas gommer
notre co-naissance[14]sexuée. Il faut d’abord accepter d’être spectateur
attentif de notre naissance avant de reconnaître l’autre sexe comme notre
propre moitié. . Ainsi reconnu à nous même nous pourrons œuvrer avec les
mêmes outils et sans distinction de genre en loge ou en chapitre.

F) Du clan à la loge.
La notion d’appartenance clanique implique-t-elle une initiation par la
naissance ?
La naissance implique un réordonnancement des éléments autour de l’influx
spirituel. Cet influx est un fil qui nous relie au centre. En transmettant, nous
donnons le fil.
Le REP comme d'autres rites retrace le rapprochement du grand schéma de
l’homme marqué par l’immanence et le grand schéma du Tout englobant tous
les mondes caractérisés par la transcendance. Il offre à ses FF et SS un
véritable dessin tissé de l’alpha jusqu'à l’oméga.
La connaissance par l’initié de ces deux schémas réconcilie l’homme,
l’univers et d’autres notions qui ne relèvent pas du monde des formes ; c’est
ici que la conscience activée dans ses trois niveaux, chacun subdivisé en trois
états, porte ses fruits dans la structuration et la relation entre des deux
schémas.
Le franc maçon s’initie par lui-même dans un regroupement d’initiés sur le
chemin, collectivement héritiers du rite et de la tradition. Les trois prises de
la conscience, par le corps, par l’âme et par l’esprit, se feront ainsi sur un plan
individuel et collectif.
L’homme comme point de départ se déploie dans un aspect collectif et
sociétal (notion d’appartenance) avant de se projeter individuellement grâce
à la connaissance de soi, dans le but de mieux se fondre collectivement dans
le grand schéma.
Ce que nous dit le tartan par son aspect collectif est que l’initiation que l’on
pouvait considérer en Occident comme une notion strictement individuelle
peut être aussi replacée dans un cadre collectif d’une dévolution successorale
(clan) qui dépasse l’aspect culturel pour toucher à la connaissance. Peut-on
hériter par naissance dans un milieu donné d’une initiation que serait alors
innée et non plus acquise?
Je pense que le milieu et le sentiment d’appartenance favorisent la
transmission ne serait-ce que par proximité ou immersion. L’influence
spirituelle y est plus forte. Mais la naissance n’est-elle pas déjà une
transmission ? À l’évidence, elle ne peut suffire, car l’initiation s’appuie sur
l’expérience et donc l'acquis. La naissance doit se doubler d’un apprentissage
conscient.
Cette remarque n’est pas sans conséquence sur la notion de peuple élu ou au
rôle dévolu à la tribu des Lévites en rapport au Temple de l’Ancien
Testament, ou plus antérieurement de la descendance de Seth ou de Caïn, ou
même des castes. C’est le pouvoir des mères et le système initiatique
matriarcal qu’il faudrait étudier en prenant exemple sur la vocation
réconciliatrice de Ruth. Celle-ci en s’unissant à Booz, réunie deux tribus
rivales de la descendance de David, donnant à la transmission de l’influence
spirituelle une dimension universelle, réconciliatrice et matricielle, soit le
contraire de la filière sectaire.
En Occident personne ne nie l’existence jusqu'à la révolution, non pas de
castes, mais de classes anciennement calquées sur les trois voies initiatiques
traditionnelles : artisanales, chevaleresque pour la noblesse, et sacerdotale
pour l’église. Elles n’étaient pas imperméables et restaient subordonnées à
une transmission initiatique à l’origine puis à une simple transmission
sociale. Cette dégénération se traduit aujourd’hui par une négation des
genres. Il n’y aurait rien à regretter si nous arrivons à démontrer que cette
évolution s’accompagne d’une plus grande humanisation de l’Homme.
Malheureusement ce n’est pas encore le cas. C’est la raison pour laquelle les
traditions désuettes conservées dans certains rites doivent être regardées
comme un témoignage intéressant.

(…)
E.°.R.°.

[1]À partir du MPE et du CSA mais aussi dans les rituels de CT il y a de


nouveau purification par l’eau. Au REP on privilégie la fontaine de Siloé
comme source de purification et d’ingestion de l’Esprit. L’âme accompagne
par le souffle vital la recomposition des éléments dispersés puisés dans le
cabinet de réflexion. Puis elle fait une place suffisante dans le corps pour
animer la parcelle divine véritable trace du Principe-Logos qui est en nous
[2]A l’évidence nous laissons à nos successeurs l’appréciation de la notion de
genre qui sous l’effet d’une certaine modernité se dissocierait du sexe
compris au plan physique et génétique. Le genre se comprendrait alors sous
l’angle du connaît toi toi-même, soit d’une intime conviction. Voilà de beaux
débats en perspective. Cette réflexion pouvant aboutir à un nouveau genre
suivant la connaissance de soi. La tradition n’en serait pas bouleversée pour
autant et démonterait sa plasticité interprétative.
[3]Images extraites de Textile wibis.com et licornedecluny.com
[4]Purifier au sens alchimique.
[5]Nous avons vu que dans l’accès à la connaissance il y avait deux liens
préalables à conforter, celui de la moitié manquante et celui de la
transmission. Ceci est illustré par le couple Ariane Thésée. Le couple unisexe
Dédale-Icare ne porte que la transmission du savoir, il manqua la
complémentarité du genre pour que Icare se réalise dans la connaissance. Son
savoir fondit au soleil et il chuta. On peut remarquer que le couple Ariane
Thésée allie la transmission par le fil et la complémentarité du savoir- faire
par le genre.
[6]Suivant la disposition de l’Orient au REP, où figure au centre un
hexagramme lumineux centré de la lettre G.
[7]On comprendra que le sens montant et descendant s’adresse à l’apprenti
sorti du cabinet de réflexion et ayant accompli ses voyages initiatiques. Dans
toute initiation il est nécessaire de descendre avant d’entamer la remontée.
Une fois atteint un certain sommet, il est alors nécessaire de redescendre à
nouveau, mais cette fois-ci dans le but de transmettre. (Principe de la caverne
socratique.)
[8]La question ne peut être développée ici.

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Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
26 janvier 2013
Ce qu'épeler veut dire... suivit de la place du Silence.
Ce qu’Épeler veut dire …

On a souvent pour habitude d’accorder une large part de nos travaux aux
symboles visibles de la loge.
Pourtant il est des paroles qui ont une influence tout aussi importante dans la
vie d’un Maçon.
Prononcées à des moments clés et d’une certaine manière elles vont
l’accompagner tout au long de son parcours initiatique.

Il en est ainsi pour l’acte d’Epeler.

Pourquoi utilise-t- on cette façon si particulière d’énoncer en FM ?


Que nous révèle l’action d’Épeler ?
C’est en essayant de répondre entre autres à ces questions que nous tenterons
de lever le voile sur ce qu’Épeler veut dire.

Nous nous intéresserons dans un premier temps à l’action d’Épeler dans le


monde profane. Ce court préambule permettra de nous éclairer en partie sur
les fonctions d’Epeler dans le Temple.
Dans un second temps nous resituerons les séquences ou on met en œuvre
l’épellation dans le rituel.
Nous pourrons alors, dans une dernière partie, mesurer toute la portée de
cette action d’Épeler.

 Quelques considérations profanes en préambule :

Épeler (“nommer oralement successivement chacune des lettres d’un mot”


selon la définition qui nous en est donné par Le Petit Robert édition 1993) est
intimement lié à l’acquisition et la maîtrise du langage.

Chez le tout jeune enfant à la phase de vocalise va succéder une phase de


production de syllabes clairement articulées qui vont progressivement lui
permettre de reconstituer les mots environnants qu’il perçoit.
C’est par ce biais que l’enfant pose les fondations nécessaires au bon
développement du langage.

Même si ces premières formations de phonèmes ne sont pas des épellations


stricto sensu (ces dernières requérant une plus grande finesse dans la
connaissance de la langue), elles peuvent s’y apparenter, en constituer les
prémisses, tant le procédé en est similaire :
Décomposer méthodiquement un mot en sonorités élémentaires pour mieux
le reconstituer et ainsi se l’approprier.

Plus tard, l’enfant pourra apprendre à lire et à écrire en suivant une méthode
basée sur la fragmentation des mots en lettres : la méthode syllabique. Un
temps décriée et remplacée par d’autres méthodes, celle-ci se révèle au final
la plus efficace pour l’apprentissage de la lecture et l’écriture.

Ce même procédé sera d’ailleurs utilisé tout au long de la vie de l’individu


pour apprendre ou transmettre oralement la juste orthographe d’un mot. Il
est important de noter que l’action d’épeler implique une relation entre un
destinateur (celui qui détient l’information et va la transmettre), le message
(le mot, nom épelé), et un destinataire (celui qui va recevoir l’information).
Il s’agit donc d’une véritable communication qui est mis en place.

D’un point de vue physiologique la fonction d’« Épeler » est la résultante


visible d’un mécanisme complexe mettant en jeu différentes capacités
cognitives, auditives et phonatoires.

D’un point de vue psychologique, ce processus, commun à l’ensemble des


individus, apparaît comme un schéma psychique inné d’apprentissage. Il est
ancré en nous dés la naissance et se révèle essentiel pour appréhender une
langue.
Si le développement du langage va de pair avec celui de la structuration du
fonctionnement psychique, il ne fait nul doute que le processus d’épeler joue
un grand rôle dans la structuration de la pensée.

La fonction d’Epeler s’avère donc être à la fois une faculté naturelle


nécessaire pour acquérir le langage, un facteur structurant de notre appareil
psychique et un mode de communication particulier.

Mais qu’en est-il de l’action d’Épeler en F M ?

 “Épeler” dans le temple :

Afin de dégager toute la symbolique de l’action d’Épeler au sein du temple, il


convient de rappeler quelle place ce mot, cette fonction occupe dans les
rituels, à quel moment et où sa mise en œuvre intervient.

C’est lors de la phase finale de l’Initiation que le néophyte va être pour la


première fois invité à Épeler.
Pour ce faire, le nouvel initié aura reçu au préalable du Vénérable une courte
instruction lui dévoilant entre autres la méthode et le mot à épeler.
Cette transmission est appelée Communication des secrets de la Franc-
maçonnerie. Ils sont au nombre de sept. Comme le souligne E R“ il ne
s’agit pas de secret initiatique, mais de pures conventions qui ont un haut
degré d’évocation ” (cf. « Communication aux Apprentis » Les Écossais de
Saint Jean p.26).

Le septième secret, Le Mot Sacré, est celui qui nous intéresse en l’occurrence.
Le Vénérable “conscient de l’ignorance du néophyte […] lui communique le
Mot, par lettre, et l’Apprenti les répète une à une. Après quoi les deux Frères
prononcent ensemble le Mot entier ” (cf. Ibid. p.28).
Le nouvel initié aura à renouveler cette séquence en Épelant cette fois-ci le
Mot au Second puis au Premier Surveillant, entre les colonnes J et B.

Un autre temps fort de la vie du maçon durant lequel ce dernier se doit


d’épeler de nouveau est le catéchisme au grade d’apprenti et bien plus tard au
grade de compagnon.

Placé entre les colonnes le frère est amené à répondre à une série de
questions qui lui “ sont posées de manière à stimuler sa réflexion ” (cf. « La
Franc Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes- Livre de l’Apprenti » de
Oswald WIRTH p.129).

Au cours de ce véritable dialogue, il est demandé à l’Apprenti : “Donnez-moi


la parole”
Ce à quoi l’Apprenti répond : “Je ne puis ni lire, ni écrire, je ne puis qu’épeler,
dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde …”.

Maintenant que nous avons resitué dans son contexte la pratique d’ « Épeler »
il convient d’en dégager toute la portée symbolique.

 La portée symbolique de la fonction d’“Epeler” en F M :

La portée symbolique de la fonction d’Epeler se manifeste à travers


différentes formes.
o Épeler, une musicalité symbolique :

Commençons tout d’abord par évoquer la musicalité générée par le fait


d’Épeler.

L’action d’Épeler crée une rythmique, une respiration qui donne une
dynamique plus importante encore à la cérémonie. Que ce soit lors de
l’initiation ou du catéchisme, l’épellation va apporter un souffle vivifiant, une
cadence, une palpitation qui va stimuler les esprits.

Ce rythme saccadé n’est pas sans nous rappeler les coups que porte le maçon
sur sa pierre afin de la tailler. La symbolique du maillet, du ciseau et du
travail de la pierre brute peut d’ailleurs être reprise ici.
Dans la séquence d’épeler le maçon devient tour à tour l’incarnation
de l’action combinée du maillet et du ciseau et celle de la pierre travaillée.
- Incarnation de l’action combinée du maillet et du ciseau, car en
nommant une lettre il devient actif et façonne le Mot
- Incarnation de la Pierre travaillée, car il est ensuite dans l’attente de la
lettre suivante, dont l’énoncé par le Vénérable ou le Surveillant va agir sur
lui.
Au final chacun des locuteurs apportera sa pierre pour édifier une œuvre
orale : le Mot Sacré.
o Epeler, une autre forme de transmission :

Comme nous l’avons vu plus haut la fonction d’Epeler joue chez le tout jeune
enfant un rôle primordial dans l’acquisition du langage.
Il n’est par conséquent pas surprenant que ce “procédé” d’apprentissage
graduel et performant soit utilisé à des fins initiatiques.
Ainsi, lors de la cérémonie d’initiation, l’impétrant gardera pour toujours en
mémoire l’énoncé du Mot Sacré, et ce malgré le trouble ou l’émotion qui peut
le saisir.
C’est grâce à cette séquence si particulière de l’épellation (répétée par trois
fois) que cette transmission se révèle aussi efficace.

Une autre illustration du pouvoir de transmission de l’action d’Épeler se


trouve dans le catéchisme de l’Apprenti.

Comme nous l’avons mentionné précédemment on questionne l’Apprenti


ainsi : “Donnez-moi la Parole ?” et en réponse celui-ci avance “je ne dois ni
lire, ni écrire je ne puis qu’épeler, dites-moi la première lettre, je vous dirai la
seconde”.

Attardons-nous un instant sur le début de cette phrase (“je ne dois ni lire, ni


écrire”) et interrogeons-nous sur son sens.
S’agit-il d’un interdit que l’on aurait intimé au frère apprenti ?
Ou son incapacité, faute de connaissance, d’aller plus loin dans l’énoncé de la
parole ?
La référence à d’autres versions du catéchisme nous éclaire sur ce point.
Si l’on se réfère au catéchisme de l’apprenti repris dans l’ouvrage d’Oswald
WIRTH (cf. « La Franc Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes - Livre de
l’Apprenti » p.132), la réponse apportée par l’apprenti est légèrement
différente : “Je ne sais ni lire, ni écrire, je ne puis qu’épeler…”.
C’est par conséquent le manque de connaissance qui empêche l’Apprenti de
prononcer “ La Parole”.

Face au constat de son ignorance, l’apprenti a besoin d’être guidé.


Il sollicite alors le Vénérable (“dites-moi la première lettre, je vous dirai la
seconde”) et c’est par le biais de l’action d’épeler que la transmission va une
nouvelle fois avoir lieu.

Cet apprentissage aurait pu être délivré d’un seul trait (sans être épelé), mais
la connaissance transmise aurait alors perdu de sa force.
Par l’action d’épeler l’enseignement devient progressif, à la mesure de
l’apprenti qui avance par étape. Le Mot est de plus autant suggéré que donné.
Ce procédé permet au récipiendaire non seulement de mieux l’intégrer, mais
au-delà, d’appréhender la méthode de transmission en loge.

“La Méthode d’enseignement de la F M[…] sollicite les efforts intellectuels


de chacun, tout en évitant d’inculquer des dogmes. – On met le néophyte sur
la voie de la vérité, en lui donnant symboliquement la première lettre du mot
sacré ; il doit trouver lui-même la seconde, puis on lui indique la troisième,
afin qu’il devine la quatrième ” (cf. « La Franc Maçonnerie rendue intelligible
à ses adeptes - Livre de l’Apprenti » de Oswald WIRTH p. 133).

Rappelons de plus que le Frère lors de l’épellation est placé entre les
colonnes.
Or dans de nombreuses traditions hermétiques, “les colonnes étaient
associées à la conservation et à la transmission de la connaissance” (cf. « Les
Deux Colonnes et La porte du Temple» p34. de François Figeac).
Ce qui accrédite encore la thèse selon laquelle Épeler permet de révéler et
d’inculquer une connaissance supérieure.

Enfin si l’on poursuit l’analogie entre l’enfant et l’Apprenti on peut avancer


que si l’enfant doit produire des syllabes pour acquérir le langage, le jeune
initié devra Épeler (non seulement oralement, mais aussi en tant que
“démarche intellectuelle”) pour apprendre le langage symbolique de la
F M.
Et pour aller plus loin encore, si, comme nous l’avons vu plus haut,
l’épellation (et plus largement le langage) joue un rôle dans la structuration
et la maturation psychique de l’enfant, il paraît fort probable que ce procédé
utilisé en loge agit de la même façon sur l’Apprenti.

o Épeler, une expression orale du Ternaire :

Dans de nombreuses religions, le langage est assimilé à l'action primordiale, à


l'action créatrice par excellence.
Pour Jean Chevalier et Alain Gheerbrant “Le monde est l’effet de la Parole
divine” (cf. « Dictionnaire des Symboles » p.560).
Parole qui est “le symbole de la volonté créatrice de Dieu” (ibid) :
Ainsi peut-on citer le « Prologue de l’Évangile selon Saint-Jean » qui s’ouvre
sur : “Au commencement était la Parole… ” et sur lequel sont posés l’Équerre
et le Compas.
De même dans les Védas on peut lire : “Au commencement était Brahma et
avec lui Vâk, la Parole”.
Dans le « Livre de la Création » (appelé Sefer Yetsirah, ouvrage à caractère
ésotérique de la tradition juive), il est dit “La Parole produisit tout objet et
toute chose…”.

Il en est de même pour l’Homme, il ne peut concevoir les choses, les faire
vivre qu’à partir du moment où il les fait sortir de l’indifférencié, autrement
dit une fois qu’il les a nommées.
Le Nom, le Verbe, la Parole sont ce qui fait émerger les choses du néant, du
chaos.

Or en F M La Parole est symboliquement morcelée.


Que nous révèle dès lors le fait d’Épeler ?

Qu’on l’appelle Créateur, Un-Tout, Centre cosmique et ontologique ou l’Être


dans son unité radicale, c’est de ce Principe originel non manifesté que va
découler la manifestation, l’émanation créatrice, le Verbe, la Parole.

Or cette manifestation revêt des formes différenciées, voire opposées, tout du


moins en apparence (le noir vs le blanc, la nuit vs le jour … pour ne citer que
quelques exemples parmi une infinité d’autres).
Si l’on en reste à ce niveau, l’épellation ne consiste qu’à égrener des lettres
différentes issues d’un même alphabet.
Cette vision duelle des choses est certes séduisante (la dualité, par essence
réductrice, permet de facilement catégoriser) mais elle se révèle au final
stérile, voire illusoire.

En effet, comme le souligne notre G.°.M.°. E R“ toute opposition


apparente n’est que l’expression bipolaire d’une même entité ” cf. « La Revue
du Maçon n° 3 » p. 23 par E R).

C’est cette pensée binaire simpliste qu’il nous faut dépasser.

Il nous faut alors tendre vers une troisième voie qui vise à la conciliation des
contraires : Le Ternaire.
Ce troisième terme, bien “ plus qu’une synthèse des oppositions” permet
“d’aller au-delà des antagonismes” (cf. « La Revue du Maçon n° 3 » p. 8 par
E R).

Épeler en loge est une mise en œuvre orale du Ternaire.


L’épellation se faisant à deux chacun des locuteurs va énoncer une lettre.

L’action d’Épeler constitue donc une expression qui semble a priori duelle,
mais qui en formant le Mot Sacré va révéler la complémentarité de ces lettres
(voie ternaire) et nous ramener à l’Unicité originelle.

L’action d’Épeler nous renvoie à “cette synthèse salvatrice du ternaire [qui


seule] permet notre progression initiatique” (cf. « La Revue du Maçon n° 3 »
p. 40 par ER).

Nous pouvons conclure que l’action d’Épeler même si elle n’intervient qu’en
de brèves séquences dans le rituel est essentielle, car elle permet de poser les
fondations d’une méthode et d’une vision maçonnique.
Comme à l’habitude de nombreuses questions demeurent.
On peut ainsi s’interroger sur la symbolique des silences qui ponctuent
l’énonciation de chaque lettre ?

M.°.C.°.
INTERVENTIONS :
Nous utiliserons le terme « épellation » pour qualifier l’acte rituelique de
décryptage du langage lié au sacré.
M.°.L.°. : L’instructeur met le néophyte sur la voie en prononçant la première
lettre. L’apprenti doit réfléchir par lui-même et trouver ce qui les autres ont
déjà trouvé. J’y voie un parallèle avec la rythmique des maillets à l’ouverture
et la fermeture des tenues. La parole est la manifestation de la pensée.
Concernant le silence entre chaque lettre, il me fait penser aux espaces qui
ponctuent l’acronyme V.I.T.R.I.O.L.
E.°. R.°. : la différence entre le R.E.P. et les autres rites nous disons « je ne
dois ni lire ni écrire » oui il y a un interdit et c’est le seul. Le savoir n’est pas
la connaissance. Nous savons dire le mot, mais nous ne comprenons pas. «Je
ne dois pas » est la directive que l’on a donnée à l’apprenti. L’apprenti
nouvellement constitué assimile qu’il ne doit pas confondre son savoir
profane et la connaissance acquise en loge.
Le fait d’épeler est le passage du monde binaire au monde ternaire, les deux
lettres forment une syllabe qui a sa propre signification. Le fait d’épeler
restitue le symbole (morcelé). C’est grâce à un vis-à-vis que l’on peut
reconstituer le symbole. L’apprenti ne devine rien il l’apprend, car on lui
transmet, il n’y a rien de magique. Ce qu’il faut retenir : épeler, c’est s’élever.
Le frère qui répond est un miroir. C’est l’initiation individuelle dans un cadre
collectif. Autre aspect à retenir l’apprenti épelle entre les deux colonnes et
ainsi par sa présence constitue la troisième partie du ternaire. On ne peut pas
parler de l’épellation sans parler du silence. Dans la Genèse il est dit au début
était la parole. D’où vient la parole ? Du silence… le préinstant avant la logos
et lumière. La parole est née du néant ou silence. Et vous apprenez apprenti à
vous construire par le silence. Vous écoutez, vous entendez. La lumière ne
peut exister s’il n’existe pas les ténèbres. Dans V.I.T.R.I.O.L. Chaque lettre est
ponctuée et ce point qui représente l’instant premier symbolisé par le silence
précédant le parole.
D.°. D.°. : La position des apprentis au nord représente ce préinstant. Il est dit
qu’ils sont là, car ils ne peuvent soutenir qu’une faible lumière. Si la lumière
est l’expression du logos, ils n’ont pas encore la capacité de l’assimiler et ils
ont besoin du vénérable pour aller sur la colonne du midi.
A.°. L.°. : épeler, je l’interprète comme un signe d’humilité de la part du
nouvel initié. C’est le préambule du chemin qu’il doit parcourir. On le met
dans un état d’ignorance. Le résultat du mot est le premier travail intellectuel
que l’on va lui demander. Le temps de pause entre chaque lettre permet la
mise en vibration du mot. Le tout ne doit faire plus qu’un.
J.°. P.°. : on parlait de VITRIOL, on enlèverait une lettre de ce mot et il n’aurait
plus de signification. On pourrait le comparer aux officiers de la loge qui sont
au nombre de 7, comme notre échelle des grades au REP. Nous sommes bien
dans un rite christique qui semble porter l’épellation comme on égrène un
chapelet. On rencontre l’épellation dans les églises. IHS, qui signifie Jésus
Sauveur des Hommes. Il y a aussi INRI Jésus de Nazareth Roi des Juifs, ce sont
deux épellations ascendantes.
Je rappelle pour nos apprentis que V.IT.R.I.O.L en latin signifie Visita Interiora
Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem soit Visite l'intérieur de la terre
et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée. Soit la partie descendante de
l'épellation.
C.°. M.°. : Ce sujet est un bel exemple pour les apprentis : ce qui peut paraître
anecdotique peut faire surgir d’éléments symboliques. Peut-être que ce
travail intellectuel d’épeler est fait pour rassembler ce qui est épart, je ne
pense pas qu’il aide à la compréhension du mot. N’est-ce pas une manière de
réserver aux seuls initiés la compréhension des mots quand on épelle
seulement la première lettre, même si c’est conventionnel ?
E.°. R.°. : Effectivement c’est un secret conventionnel qui repose sur un accord
du groupe dans un désir d’élévation, mais le vrai secret se situe au fond de
votre cœur, il est d'une profondeur inexprimable. On pourrait croire vu de
l’extérieur qu’il y a volonté de dissimuler. Ce n’est pas le cas, la vérité, c’est
l’effet miroir, l’effet symbole, la conciliation de deux éléments en un tout
supérieur. Il y a donc un troisième élément qui intervient dans le fait
d’épeler. C’est le travail du second surveillant d’éveiller l’apprenti sur la
signification du mot et sa structuration. Il faut donc apprendre à lire entre les
apparences.
E.°. R.°.: L’enfant est dans l’imitation, en entrant en loge on imite les plus
anciens. C’est la mise sur la voie. Quand on vous montre le pas, quand on vous
donne les lettres à épeler vous imitez, vous n’inventez rien. Nous apprenons
à construire. Il faut trouver la trace des origines entre les interstices des
lettres, il faut donc apprendre à entendre les silences interlettrés. Il faut
admettre que dans l’Art royal, la connaissance procède du Devoir et non pas
du savoir. C’est cette différence que nous apprenons au REP en disant non
pas « je ne sais ni lire ni écrire », mais « je ne dois ni lire ni écrire ».

APPORTS, COMPLEMENTS et DEVELOPPEMENTS par E.°.R.°.


Le silence complément à ce qu’épeler veut dire
Le silence suit le même processus que la lumière.
Le silence est la source originelle du fleuve des mots.
Avant la parole qui avait-il ? Le silence primordial
Ce silence primordial fut le silence de toutes les paroles qui suivirent. Le
silence est le verbe transcendé, aux potentialités illimitées. De ce silence est
née une parole qui n’est autre qu’un aspect mineur du potentiel d'un silence
primordial. Cette vibrationassociant le temps et le mouvement fut appelée
Parole.
La parole est un silence « manifesté ». Le silence primordial est non
manifesté. La parole perdue n’est que la perte du chemin qui même à
l’origine, au grand silence. C’est son véritable secret.
Le silence interlettré.
L’épellation maçonnique est un dialogue en miroir. L’acte d’épeler en
maçonnerie est de nature initiatique. Ce miroir inverse totalement l’image.
En effet, le signifiant concret est inversé dans le signifié symbolique, comme
une image extérieure serait projetée à l’intérieur d’une chambre noire par
une ouverture étroite. Pour ceux qui s’intéressent à l’optique, l’inversion de
l’image dans la chambre noire se situe au point de conjonction entre
l’extérieur et l’intérieur. C’est l’effet de seuil ou le "sub liminem", de
passage du « point sublime ». Il en résulte que l’image « intérieure » est
inverse de l’image « extérieure ». Ceci explique en partie la disposition des
colonnes en Loge et le croisement des 1er et 2nd Surveillants en regard de leurs
colonnes respectives.
Dans l’épellation, la lettre et son prononcé à certes son importance, mais elle
n’est que la partie d’un tout qui dépasse le mot lui-même. Nous avons déjà
démontré que l’apparence binaire n’est qu’un procédé mnémotechnique
mettant en évidence le mot lui-même et plus précisément la parole
ordonnatrice du chaos. La parole originelle est née dans le silence des
immensités sans début ni fin. Cette absence de début et de fin caractérise le
non-espace et le non-instant. Cet état absolu des origines est indéfinissable
tout autant que la parole et donc le mot à épeler procède de ce « non-lieu ».
Ce non-lieu est l’absolu silence.
L’absolu silence est identique dans son concept aux ténèbres dont procède la
lumière. Ainsi de l’absolu silence procède la parole.
Ainsi résumé le lien entre la lumière et son berceau ténébreux, nous
comprenons que la parole suit le même chemin métaphysique avec
cependant une « articulation » plus humaine. En effet l’homme pourrait
peut-être prononcer la parole, mais il ne peut être la Lumière.
Pour certains c’est une des conséquences de la chute adamique qui nous priva
de vivre dans la lumière de Dieu et qui nous a donné. La Connaissance
détenue risquait de disparaitre à cause du Déluge. C’est sur les colonnes
antédiluviennes que fut gravée la connaissance. Cette connaissance, protégée
du Déluge, fut décryptée et lue après avoir été épelée.
Il faut donc refaire le chemin du décryptage de la connaissance transmise et
passer par l’apprentissage de l’épellation. La connaissance est lumière par
définition, c’est ici que la lumière et la parole se retrouvent, sur le point
ontologique.
Ceci posé nous considérons que les traces de ce silence ontologique, qui fut le
berceau de la parole subsistent encore. Il nous appartient de démontrer la
présence du silence dans les mots sacrés. C’est une trace littéralement
« préhistorique » de la parole.
Nous découvrons alors l’intérêt initiatique de l’épellation qui au-delà du
passage du binaire au ternaire, au-delà de l’initiation individuelle dans le
cadre collectif de la loge, nous fourni une preuve évidente que le silence est
bien présent. Le silence se positionne entre les lettres. Il n’est pas présent
dans la succession des mots, car nous sommes absorbés par le sens des mots.
Dans l’épellation nous sommes absorbés par le vide ondulatoire inter-lettré.
Ce vide fait la mise relief du mot.
Que pouvons-nous dire de cette vacuité silencieuse ? Le silence apparaît
encore plus clairement en matière musicale où il donne le souffle et la
profondeur de champ.
En peinture le silence s’associe au noir (une non-couleur) qui donne par les
jeux d’ombres la profondeur qui alimente le relief. La lettre et plus
précisément la syllabe seront couleurs.
Ce que nous transmettons dans l’épellation c’est aussi cette relation au
silence ontologique, berceau de la parole organisatrice du chaos. Silence et
épellation viennent évoquer l’origine et surtout la volonté divine que nous
décelons dans le couple Jakin-Boaz. Ce couple Jakin-Boaz n’est plus une
épellation, mais une juxtaposition de deux mots sacrés qui évoquent la
volonté divine fermement établie sur terre.
Le silence inter-lettré nous renvoie au pré-instant. Il nous oblige à retracer le
chemin parcouru par la lumière ontologique jusqu'à nous.
Il Faut être Trois pour épeler !
« Il faut donc être deux pour ne pas prononcer le silence tout en prononçant
le mot! Pourquoi ce paradoxe.
Quel est ce mot qui dans sa portée originelle et sa signification nous est
inaccessible?
Il y a donc un troisième personnage qui par son absence ou sa disparition à
notre vue nous oblige à épeler. Nous sommes rendu au même point qu’au
moment de la redécouverte des colonnes antédiluviennes.
C'est la parole perdue sur les chemins du langage. Une forme indéfinie, mal
dégrossie. Un manque que ne peut s'exprimer que par le bégaiement ou par
l'égrenage du sablier.
Nous n'avons plus la parole qui génère le tout. Notre langage est inachevé et
confus au point de rechercher la lettre J ou B qui indique l’intention première
du Divin sur Terre.
La vision du tout nous fait défaut. Pourquoi? Subissons-nous les conséquences
de Babel? Sommes-nous la génération de Babel? La construction du Temple
de Salomon s'est faite dans le silence afin que ceux qui y participèrent ne
firent pas de les divergences un thème de discorde. Le silence est une écoute
vertueuse qui construit la concorde. Face à cette reussite silencieuse qui
permit d'acceuillir la Présence du Divin. Nous avons le contrexemple de la
Tour de Babel qui fut construite avec des hommes qui exprimaient leurs
divergences et ne pouvaient par leur silence accueillir l'autre et encore moins
le Divin. Cette divergence d'opinion ne pouvait permettre l'achevement de la
Tour car pour s'elever il faut converger en soi comme vers les autres. L'unité
en soi permet l'union pour l'oeuvre d'élévation. Le silence vertueux préserve
l'union avec l'autre comme avec le Divin.
Quel est donc cet événement qui nous a rendus orphelins de cette parole
divine qui nous a fait à l'image de notre auteur?
Quel fut cet évènement premier qui nous fit chuter dans l'abîme de l'oubli,
dans la perte dans la matière au point d'assassiner le dernier porteur de la
parole?
Cet événement premier fut le non-respect de la parole et de la volonté du
créateur par Adam.
Il nous reste le souffle"anima" qui est notre espoir. Par cette relique du
souffle divin (l'âme) nous espérons accueillir l'esprit et donc la lumière, dont
nous avons conservé un souvenir nostalgique ».

Epeler avec son corps, son âme et son esprit.

Épeler avec son corps, c’est mettre en évidence le silence impossible du corps.
L’apprenti dans son silence écoute le bruit que fait le passage du temps dans
son corps de midi à minuit, il ressent par sa posture assise le mouvement de
la vie qui est né avec le temps.
Ce mouvement, c’est la vie. Ce ressenti est essentiellement existentiel. Ainsi
l’autre épelant est un miroir pour soi.
Le dialogue de l’épellation peut-il se transformer en trilogue ? Si oui alors
nous acceptons la « présence » d’un troisième personnage, nous sommes
alors dans un schéma anthropique. C’est alors une démarche
anthropocentrique qui ramène le silence dans l’épellation à un autre soi.
Le dialogue épelé du premier degré dans tous les rites est donc d’abord
centré sur soi par le truchement du cabinet de réflexion et du testament
philosophique. Puis le silence sur les colonnes affirme la place de l’homme
dans un Tout qui reste à l’échelle de l’homme dans cycle solsticial. Cette
épellation fait appel à un silence existentiel dans un premier temps. Ce n’est
que plus tard que l’apprenti découvrira, c’est un silence qui vient d’un
ailleurs plus profond et plus lointain, au-delà des capacités de l’homme à
concevoir et des frontières du corps.
Donc, épeler avec son corps ce qui est le cas de l’apprenti renvoie au silence
égocentré, épeler avec son âme renvoi au silence du paradis perdu, celui
d’avant la chute d’Adam, épeler avec l’esprit renvoi au silence ontologique,
celui précédant la création.
Nous avons donc trois niveaux d’épellation qui nous mènent aux trois
niveaux du silence.

Nous épelons pour sortir du Chaos

Si nous épelons, c’est pour réapprendre et réordonner ce qui est épars.


Dans le chaos silencieux des ténèbres, la parole s’est formée
instantanément. Elle fut l’œuvre de la puissance créatrice. Pauvres apprentis
que nous sommes nous n’avons pas la capacité d’embrasser le tout ni du
regard ni en pensée. Il faut donc se réapproprier les bases premières.
Il faut être deux, car le principe agissant dans l’ordre manifesté décline les
genres et les qualités en deux. La manifestation est avant tout une
différenciation des êtres et des choses. L’exemple premier trouve sa source
dans la genèse.
De cette approche binaire nous savons que la synthèse des complémentarités
doit être recherchée comme une troisième voie de synthèse. Ce troisième
terme est unifiant et non destructeur. Le tout ainsi formé est supérieur à
l’addition des deux parties premières. C’est l’œuvre unitaire du ternaire.
Ce ternaire nous le retrouvons en loge au moment où l’apprenti situé entre
les deux colonnes entre en réplique avec successivement les deux
surveillants. Situé ainsi, il participe physiquement au ternaire axial. La
réplique de l’épellation est faite sur la base faussement binaire. C’est un
ternaire dissimulé. Le franc-maçon ne doit pas se laisser prendre par la
première apparence il doit rechercher ce qui est vrai. Ce qui est dans le
processus d’épellation c’est que chacune les lettres prononcées est séparée
d’une fraction de silence. Le fait que ce soit un faible instant est très
significatif d’un aspect ontologique du silence, et donc d’ une « non-parole ».

La « non-parole » du préinstant.

Le temps semble démarrer en même temps que la Genèse.


La manifestation d’apparence binaire est synthétiquement ternaire. Le
ternaire renvoie à l’unité première et ceci irrémédiablement. Donc
nous concevons que le silence est le troisième terme des deux lettres épelées.
Si le silence semble précéder la parole-lumière alors, le silence est
préontologique. Si la parole crée la vie que fait le silence ?
Il permet à la parole d’exister et donc le silence est le complément
indispensable de la vie. Sans ténèbres point de lumière et sans silence point
de parole.
Une distinction semble s’imposer : Si la parole peut s’éteindre comme la
flamme d’une bougie, les silences pas plus que les ténèbres ne disparaîtront…

Rassembler ce qui est épars.

Le binaire de la manifestation n’est qu’un pâle reflet des choses nous


condamne en apparence à la multiplicité. La conscience de l’unité première
n’arrive qu’avec la mort sacrificielle de Hiram qui s'associe à la perte de la
Parole et plus précisement de la transmission.
Ce que ne savent pas faire l’apprenti et le compagnon, le maître sait opérer le
rassemblement. C’est ainsi qu’il sera capable de prononcer non pas une lettre,
mais une syllabe puis le mot de substitution (constatant la rupture dans la
chaine de transmission). Cette capacité à rassembler renvoie le silence non
plus entre les lettres, mais entre les mots. Cette progression met en avant le
morcellement des mots à la manière du morcellement du corps d’Osiris.
Personne ne peut prononcer le mot en dehors du grand prêtre une fois l’an. Il
faut donc pour prononcer le mot être initié, avoir les qualités requises par le
sens de la lettre, de la syllabe et du mot en perspective du silence, soit un
avancement suffisant dans la réalisation spirituelle du franc-maçon.

La succession des mondes.

La franc-maçonnerie offre une progression graduelle dans les différents


mondes représentés par les tableaux de loges auxquels on accède par les mots
de passe et que l’on invoque par les mots sacrés. Ces mots sont des paroles
interlettrées de silence. Ce qui fait lien c’est le silence matriciel.
Les mots sacrés comme les lettres qui les composent sont significatifs d’un
chaînage des mondes reliés par le silence du préinstant.
La meilleure image que nous pouvons offrir pour illustrer ce principe du
chaînage est le chapelet ou le rosaire. Commun aux chrétiens et à l’islam le
chapelet succède sur un fil les prières ou invocations les mondes qui s’y
trouvent.
Pour comprendre l'épellation il faut "entendre" le silence ontologique
Il faut aussi accepter le Devoir comme source de connaissance qui donne à la
mémoire sa part de tradition.
C'est aussi une invocation graduelle proche du chapelet
bref...
Le décryptage du langage sacré repasse par le point-silence ontologique,
comme le cercle visible fait référence au centre invisible...

(Nous poursuivrons prochainement cette étude en la resserrant sur les trois silences
initiatiques dont le plus achevé, nous l’avons compris, est sans mouvement et hors du
temps).
E.°.R.°.
Repost0
Published by écossaisdesaintjean dans morceaux d'architecture
12 janvier 2013
Place des colonnes en loge- Différences entre modernes et anciens- (par
Roger Dachez -Baglis tv).

Après l'excellent rappel historique de Roger Dachez, nous envisagerons un


nouveau point de vue justifiant la place des colonnes en loge.
La place des colonnes en loge.
Nouvelle approche (Résumé)
Pour travailler sur cette question, il faut reprendre les fondamentaux.
4 éléments doivent être pris en compte pour résoudre la problématique des
colonnes.
1) Vers 1730, Jakin et Boaz n'étaient qu'une seule et même expression
transmise dans le sens B-J à l'apprenti et dans le sens J-B au compagnon. On
pouvait lire l’expression "dans la force il établira!", ou "il établira dans la
force!" (Il existe bien d'autres interprétations qui ne changent rien à notre
démonstration)
2) Bien souvent la transmission des deux grades se faisait dans la même soirée
(voir en ce sens la divulgation de Samuel Prichard "masonery
dissected"[1][1]). Dans tous les cas, il semble que les deux mots étaient
transmis dans la même soirée, dans un sens au grade d'apprenti et dans
l'autre au grade de compagnon. Ceci confirme la lecture en miroir qui
précède.
3) Il faut comprendre que les colonnes sont affectées à l'entrée du temple, et
donc indirectement, à la porte et à sa signification.
Pour les anciens cette porte est solsticiale. Elle évoque la course du soleil sur
le plan terrestre. B indique le jour le plus long et J le jour le plus court.
Dans le temple de Salomon, la lumière venait de la porte des dieux et dans le
temple maçonnique la porte est inversée. Donc le maçon entre par le soleil
couchant, par la porte des Hommes. Il était logique que l'on considère un
changement de plan entre la maison de Dieu qui fut le temple de Salomon et
la maison des hommes marchant vers la lumière qui est le temple
maçonnique.
4) La colonne du Nord est au plan stellaire la moins lumineuse et convient à
l'apprenti sorti du cabinet de réflexion.
Ceci posé nous comprenons que ces 4 éléments vont nous aider à comprendre
le positionnement des colonnes B et J en fonction de la lecture de la lumière,
car c'est la lumière que nous sommes venus chercher dans le temple
maçonnique.
Des quatre points qui précèdent, chaque rite se définira en fonction de la
lumière terrestre et céleste qu'il accorde à l’apprenti.
Rappelons qu'il y a trois mondes en loge, celui de l'homme (V.I.T.R.I.O.L et
l'étoile à cinq branches), celui de la terre et du plan terrestre (le pavé
mosaïque et les bornes solsticiales et l'Orient) et celui du ciel et du plan
céleste la voûte étoilée, la polaire et l'axis mundi du fil à plomb). A ces trois
mondes correspondent les trois axes de la loge.
Voici ce que nous révèle Prichard en 1730 :
Au grade d'apprenti:
Q -Donnez-moi le mot?
R -Je l'épellerais avec vous.
Q-B
R-O
Q-A
R-Z
Q-donnez-m'en un autre
R-JAKIN
Au grade de compagnon dans la même soirée :
Q-Lorsque vous êtes passé sous le porche, qu'avez-vous vu?
R-Deux grandes colonnes.
Q- Comment se nomment-elles?
R-Jet B, c'est-à-dire Jakin et Boaz.
Les deux mots sont donnés aux deux grades!
La vision "orientée"des colonnes du temple de Salomon se fait toujours en
regardant l’Est. Ce qui nous donne à gauche et au Nord Boaz et à droite et au
Sud Jakin.
La signification de B-J était confirmée comme dans un effet miroir par la
signification de J-B. Cet effet miroir faisait partie du corpus initiatique en tant
que changement de "point de vue". Faut-il rappeler que la lecture en langue
sacrée se fait de droite à gauche? Or J est à droite et B à gauche, en Hébreux
(langage sacré) on devrait commencer par J la lecture des colonnes ! En
suivant ce raisonnement Prichard nous apprends que l' apprenti à une
lecture élémentaire des deux colonnes. Condamné au silence pour la non-
maîtrise du langage sacré, ne sachant ni lire ni écrire (en langage sacré), il
fait une lecture en langage vulgaire des colonnes. Ceci donne la lecture B-J de
droite à gauche en regardant l'Est. A l'inverse le compagnon fait une lecture
pertinente en langage sacré qu'il commence à maîtriser, soit de droite à
gauche: J-B
Trois événements vont entraîner un bouleversement dans la représentation
et l’orientation des colonnes :
- En changeant l'entrée du temple, de l'entée à l'Est nous sommes passés à
l'entrée à l'Ouest. Il fallut reconsidérer le sens de la lecture des symboles en
fonction du point de vue humain et du positionnement géographique du
lecteur. Ce changement dans l’entrée du temple va obliger nos prédécesseurs
à « retrouver » le sens et l’intensité de la lumière terrestre et céleste.
La seule chose stable fut que les apprentis restent assis au Nord!
- Les colonnes se sont retrouvées à l’intérieur du Temple maçonnique.
- Un troisième événement va compliquer le sens premier de la lumière par la
dissociation du couple J-B (B-J en sens vulgaire).
La séparation de l'expression en deux mots distincts et séparés pour
l'apprenti et le compagnon s'opéra lors de l'arrivée du grade de maître vers
1730. Il fallut individualiser les corpus de trois grades distincts. On sépara les
jumeaux signifiants et marqueurs de la porte solsticiale. Ils étaient de même
naissance solaire et on donna à l'un la volonté divine (Jakin) et à l'autre la
volonté des hommes (Boaz). Cette dichotomie rappelle la porte des Dieux et la
porte des hommes.
La controverse de 1753
Peu de temps après l'instauration du grade de maître, un faux problème vient
polluer le raisonnement de nos anciens: la controverse des anciens et des
modernes. Les "Anciens" constitués en Grandes Loge accusaient les
"Modernes " de 1717 d'avoir inversé les mots suite aux divulgations publiées.
Jusqu'a cette polémique artificielle, le choix de Jakin ou Boaz pour l'apprenti
ou le compagnon fut sans intérêt majeur dans l'esprit des maçons de
l'époque. Ce fut une affaire de convention suite à la séparation du corpus
entre l'apprenti et le compagnon. C’est un choix qui relève d'un « point de
vue » au sens spatial et initiatique. Il s'agit donc d'un problème de "lumière".
On donna à ce choix une importance polémique pour se distinguer du voisin,
en voulant se montrer plus légitime, voire même plus régulier, etc...
Ce problème d'ego et de rivalité entretenait la confusion autour de la notion
d'inversion des colonnes et des mots.
Il n'y a en réalité ni erreur ni illégitimité dans le positionnement de B et J
dans les trois systèmes connus. Chacun a sa propre cohérence à condition de
connaître leurraisonnement fondé la lumière terrestre et céleste que l'on
veut répartir entre les colonnes.
Le Rite Écossais Primitif ou Early Grand Scottish Rite est présent dans les
premières loges régimentaires à Saint-Germain-en-Laye dès 1688. Il est
simple et composite, car synthèse des pratiques Écossaises et Irlandaises.
Antérieur dans sa pratique à la création de la Grande Loge de Londres, il est
l'exemple parfait d'un positionnement croisé des colonnes en fonction du J au
Sud Ouest pour le Second Surveillant qui surveille la colonne Nord de
l'apprenti et du B au Nord Ouest pour le Premier Surveillant qui surveille la
colonne Sud.
Ce "croisement" vise à conserver la lumière la moins forte et la moins
longue pour l'apprenti. En regardant son surveillant, l'apprenti assis au Nord
voit le solstice d'Hiver où le jour est le moins long.
Le REP à conservé le sens premier de la transmission en miroir et met en
place cette clef hermétique dans la loge par le croisement des colonnes en X
sur le plan du Hékal. Ce miroir met en correspondance la lumière terrestre et
la lumière céleste dans le cycle des petits mystères. Nous avons ainsi un
moindre éclairement pour l’apprenti qui est doublement garanti.
Ainsi la colonne J au Sud-Ouest par le jeu du miroir en X est "placée pour" la
colonne Nord des apprentis. Les apprentis sont abrités du soleil trop vif, et
c'est aussi pour cela que tout en étant placés au Nord moins lumineux au plan
stellaire, ils sont affectés au paiement de leur salaire, par le second
surveillant, à la colonne J positionnée au jour le plus court au plan solaire.
Le REP combine ainsi parfaitement la théorie de la lumière à l'intérieur de la
loge par le croisement horizontal du monde stellaire et du monde solaire.
J'invite donc les cherchants, à reconsidérer les rites des trois premiers
degrés, en fonction du système adopté pour la lumière des apprentis.
Je pense que les rites dits anciens (REAA) sont en conformité solsticiale avec
le temple de Salomon .
B au Nord Ouest est le marqueur du solstice d’été et offre le jour le plus long
aux apprentis. On justifiera cette situation par le fait que le jour le plus long
donne le soleil le plus haut qui n'éblouit pas... l'argument se discute.
Les rites dits "anciens" sont simplement solsticiaux. Il n’y a aucun croisement
ni effet démultiplié dans la loge ou à l’extérieur de celle-ci. La lecture des
colonnes se fait dans le sens B pour l'apprenti et J pour le compagnon. Ces
rites justifient pleinement la célébration des fêtes solsticiales dans la lignée
des deux saints Jean. Sans croisement lumineux nous restons avec ces rites
dans un alignement, une dimension symbolique et philosophique des mythes
anciens préchrétiens. Le croisement "hermétique" n'interviendra qu'a niveau
supérieur au grade de Maître (signe et contre signe etc.)
Les rites dits "modernes" sont de nature stellaire (J au Nord, second
surveillant au Nord).
J est le marqueur du jour le plus court dans le temple de Salomon. J est ici
inversé dans le soucis du ralliement de la borne du solstice d'Hiver au Nord
moins éclairé . Cette inversion n’est pas une erreur, c'est un "alignement
céleste". J est mis pour le Nord comme au REP quel que soit sa position
géographique.
On donne cependant à l'apprenti la lumière la moins forte et la moins longue
comme au REP. Le Nord stellaire est toujours le moins lumineux sur le temple
de Salomon qui sert de modèle originel. Il y a cependant inversion (et non-
rupture) du sens solsticial entre les colonnes de Salomon et celles du temple
maçonnique (ce n’est pas le cas au REP). Au nom de cet alignement du
terrestre sur le céleste, le croisement ne se fait pas à l'intérieur de la loge
comme au REP, mais sur les parvis des deux temples. C'est un "point de vue
des parvis" donc "extérieur" ou exotérique.
Est-ce que ce croisement sur les parvis incite à un travail en loge différent par
rapport aux loges travaillant dans le croisement intérieur ou aux loges
travaillant dans l’axe solsticial strict ?
Nous constatons que ces rites par nature infèrent une vision extérieure,
exotérique et humaine (social, sociétal RF, religieux RER etc…). Nous sommes
dans une universalité humaine où le symbole participe du progrès et du
perfectionnement de l’homme au plan social et humaniste ou au plan
religieux. Nous ne saurions dire si cette approche trouve sa source dans
l’orientation des colonnes en fonction d'un croisement "extérieur" qui
favoriserait une lecture exotérique. Cette affirmation serait probablement
abusive, mais il est possible que les rites aient une influence sur les travaux.
Les rites modernes sont donc stellaires avec croisement « extérieur » des
colonnes.
Le Rite Écossais Primitif confirme le Nord stellaire du siège des apprentis et
leur affecte une colonne J au Sud Ouest conforme au principe solsticial du
temple de Salomon.
Le REP est donc solsticial avec croisement « intérieur » des colonnes.
Le Rite Écossais Primitif a conservé la vision croisée des colonnes à l'intérieur
de la loge. C'est un miroir qui met en rapport le plan céleste (Nord) et le plan
terrestre (jour le plus court).
A l'évidence il y a un rapport tracé dans le Hekal entre ce qui est en haut et ce
qui est en bas. Cette vision « ésotérique » se traduit dans le choix de J pour
l'apprenti. C'est un choix qui n'est fait qu'en rapport à la nature de la lumière
traversant deux plans.
La lumière son origine et sa manifestation est le propre des mots J et B. Ces
mots qui intègrent le "lumineux" dans l’humain et bénéficient de la double
lecture croisée ou de lecture dans les deux sens en vue de faire l’Unité.
Ici l’unité est perfection.
C’est ainsi que l’expression au REP « Dieu tout puissant » sera dédoublée vers
1730 de « Grand Architecte de l’Univers » faisant la relation entre le Principe
et sa manifestation ou son organisation. L’aspect religieux exotérique est
dépassé, sans être exclu. Ce qui est mis à l’honneur, c’est un point de vue
principiel. Les deux expressions coexistent au REP pour des raisons
historiques et n’ont pas été changées depuis, en raison de leur capacité à
appréhender l’aspect métaphysique et hermétique dans leurs dédoublements
croisés.
Ce système hermétique et métaphysique fut « placé » dans les loges de
transitions opératives puis dans les loges militaires sous l'influence cultivée
des chevaliers de Saint-Lazare et de Saint-André. Les membres de ces deux
ordres chevaleresques présents en loge se firent reconnaître comme «
Maîtres Écossais ». Ils meublaient les Orients à la belle époque de transition
des Stuarts. Leurs connaissances en matières traditionnelles et hermétiques
étaient reconnues, mais parfois incomprises des vénérables en place.
Ils furent absorbés par l'Ecossisme français, qui en perdit partiellement le
sens en sortant de la filière primitive. Mais les grades de Maître Parfait
Écossais et de Chevalier de Saint André offrent une saisissante illustration de
ces principes.
Ainsi on touche du doigt ce que peut signifier un rite Stuartiste.
Dans un prochain article, nous poursuivrons notre exploration du système du
croisement intérieur en décrivant ses effets dans la relation entre le Debhir et
le Hékal. Nous tenterons, en concluant, de donner une définition à ce système
de correspondance symbolique en loge maçonnique.

E.°.R.°.

[1]Et l’ouvrage de René Desaguliers « Les deux grandes colonnes de la franc-


maçonnerie » ed Dervy complété par Roger Dachez.

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28 décembre 2012
La marche à reculons et le retournement.
La marche à reculons et le retournement.

Le propre du franc-maçon est de progresser vers la lumière.


Cette marche volontaire est ritualisée à tous les grades et elle est porteuse de sens.
La géométrie de cette marche correspond au niveau de l’avancement de l’éveil d’une
conscience. Tour à tour seront tracés par le pas, une ligne rectiligne puis un plan et
enfin un volume.
Ce qui nous intéresse ici c’est la signification à donner à la marche à reculons associée
à la notion de retournement.
Voici le problème : pour marcher vers la lumière il faut d’abord s’enfoncer
dans les ténèbres et y trouver la pierre cachée. La marche à reculons est une
descente en soi, le retournement est l’abandon des valeurs profanes pour
accéder à la lumière.

Traditionnellement, en signe de respect, il convient de s’incliner devant


l’autorité spirituelle et de se retirer en marche à reculons pour sortir de la
pièce où elle se tient.
Cette ancienne marque de respect n’est rien d’autre qu’une marque de
transition entre le monde lumineux ou se tient l’autorité et le monde profane.
La marche à reculons peut être physique (marche à rebours) ou virtuelle
(marche vers son intériorité par les yeux bandés) et s’accompagne d’un
retournement du corps établissant le changement de point de vue (intérieur
ou à rebours).
Certaines peuplades pratiquent le retournement du corps de leurs aïeux, afin
de leur faciliter le passage dans des mondes successifs et concentriques vers
un centre ultime. Leurs dépouilles sont déposées dans des grottes. Ici la
marche à reculons est faite par les vivants qui à la fois descendent du défunt
et descendent dans la caverne (marche vers l’intériorité). Si cette marche à
reculons se fait par procuration successorale, le retournement de la dépouille
est bien réel et pour une durée cyclique de 5 années.
Nous avons tous connu un premier retournement dans le ventre de la mère
qui nous permet de naître la tête la première.
Le retournement est donc un préalable à la naissance.
On marque ainsi le passage entre deux mondes de natures et d’essences
différentes. Un monde se situe à un niveau supérieur à l’autre tout
simplement parce qu’il détient une dimension supplémentaire par rapport à
l’autre, c’est ce que nous pratiquons en franc-maçonnerie.
La marche à reculons et le retournement du corps lorsqu’ils sont associés
marquent une marche vers la mémoire des profondeurs et le passage d’une
frontière.
Le retournement consiste à présenter son dos au monde d’avant et à faire
face au Nouveau Monde. Un rapprochement peut être valablement établi avec
le symbolisme de la porte dont une face regarde l’extérieur ou le passé et
l’autre l’intérieur ou le futur. La franc-maçonnerie célèbre le symbolisme de
la porte des hommes et celle des Dieux à la Saint Jean d’Eté et d’Hiver. Le
Janus biface est un symbole universel archétypal à la fois cyclique réalisant
l’unité sur deux mondes.
La marche à reculons suppose que nous passions à rebours sur un chemin
déjà parcouru, et si nous reculons c’est pour mieux voir, pour avoir le bon
point de vue sous un éclairage différent.
Lors de l’initiation à certains rites maçonniques cette tradition fut préservée.
Au REP, au premier degré, après avoir prononcé son obligation la main
dégantée posée sur la Bible, les yeux bandés, genou en équerre, l’impétrant
est ramené en marche à reculons entre les colonnes d’Occident.
Nous sommes bien dans l’accès à quelque chose de supérieur dont nous avons
eu à connaître par le cœur plus que par la vue, à savoir la Bible ouverte
précisément au prologue de saint Jean dont nous connaissons la profondeur
métaphysique et ésotérique du « Fiat lux ». Ici c’est une lumière de l’esprit
qui est reçue, car notre vue est occultée.
Nous avons rencontré cette dimension supérieure à notre état, et telle une
impression rétinienne persistante, la représentation symbolique doit être
préservée. La marche à reculons souligne l’importance de la rencontre. C’est
au cours de cet événement que nous avons fait la rencontre de la lumière
intérieure au-delà de toute vision matérielle. L’impétrant est préparé pour
rencontrer cette lumière, car on aura préalablement ouvert en lui les
passages secrets vers son centre. À ce moment, les yeux bandés, il fait face à
l’Orient plus précisément comme le souligne le rituel face au trône, d’où lui
viendra la lumière éblouissante et présente son dos à la porte d’Occident d’où
il est venu. Littéralement, il tourne le dos au monde profane et extérieur dés
son serment sur la Bible. Il s’agit bien d’un retournement pour plonger dans
l’intériorité et l’ésotérisme du livre de Saint-Jean.
« Le Frère Terrible et le Frère Maître de Cérémonies font reculer le nouveau Frère face
au trône jusqu’à l’Occident.
Le Vénérable — Que demandez-vous enfin?
Le Récipiendaire - La lumière.
Le Vénérable - Que la lumière lui soit accordée au troisième coup de Maillet.
Le Vénérable frappe alors lentement trois coups : O. O. O.
( allumage de la lumière)
Tous les Frères se mettent à l’Ordre d’Apprenti et dirigent la lame de leur épée vers
le Récipiendaire, que l’on dévoile. »
Tout ceci nous semble logique et symbolique à la fois.
Toute marche à reculons entraîne systématiquement un retournement dont
nous présumons l’extrême importance au plan rituelique.
Le retournement pour faire face à la lumière est le seul possible. Il faut avoir
le courage de transgresser son état actuel de pénombre pour progresser vers
la lumière, c’est ici que le retournement a lieu. Il marque le point de départ
du changement d’état et d’univers. Le retournement ne consiste pas à tourner
le dos à la lumière venue de l’Orient, mais de tourner le dos à son ancienne
condition.
Ainsi le maçon ne retourne pas à son état antérieur il ne fait que plonger en
lui-même pour trouver la pierre cachée. Il ne faut pas se tromper de chemin.
La descente en soi se fait dans l’intention de remonter.
Les mythes qui font partie de ma méthode maçonnique de transmission des
connaissances nous apprennent ce qu’il en coûte de se tromper de
retournement et de quitter la marche vers la lumière.
Orphée est parti à la recherche d’Eurydice. Celle-ci morte est aux enfers. Il
parvint, grâce à sa musique, à faire fléchir le cerbère et Hadès pour pénétrer
aux enfers, et celui-ci le laissa repartir avec sa bien-aimée à la condition
qu'elle le suivrait et qu'il ne se retournerait ni ne lui parlerait tant qu'ils ne
seraient pas revenus tous deux dans le monde des vivants. Mais au moment
où ils s'apprêtaient à sortir des Enfers, Orphée, inquiet du silence d’Eurydice,
ne put s'empêcher de se retourner et celle-ci lui fut retirée définitivement.
Ovide dans Métamorphoses nous donne plus de précisions : « Orphée la
récupère sous cette condition, qu'il ne tournera pas ses regards en arrière jusqu'à ce
qu'il soit sorti des vallées de l'Averne ; sinon, cette faveur sera rendue vaine. [...] Ils
n'étaient plus éloignés, la limite franchie, de fouler la surface de la Terre ; Orphée,
tremblant qu'Eurydice ne disparût et avide de la contempler, tourna, entraîné par
l'amour, les yeux vers elle ; aussitôt elle recula, et la malheureuse, tendant les bras,
s'efforçant d'être retenue par lui, de le retenir, ne saisit que l'air inconsistant. »
Orphée se montra par la suite inconsolable de son erreur. De nombreuses
traditions circulent sur sa mort. La version la plus courante est que les
Bacchantes éprouvèrent un vif dépit de le voir rester fidèle à Eurydice et le
déchiquetèrent. La franc-maçonnerie reprend ce châtiment qui doit être
interprété comme une dislocation du soi et une déliquescence de l’homme
perdant la direction de la lumière en restant fidèle à son état antérieur. On ne
peut progresser dans un Nouveau Monde avec les repères cartésiens[1] de
l’Ancien Monde.
Voilà ce qu’il en coûte de quitter le chemin vers la lumière : le
démembrement du corps et son cœur arraché, ses restes dispersés et jetés à la
mer afin qu’il ne fût plus mention de lui. C’est du reste le châtiment prévu
contre le traître maçon qui fait parjure à ses engagements et qui
littéralement perd le bon sens, celui de la lumière.
Le mythe orphique sous-tend la rituellie maçonnique. L’idéal orphique, qui
rejoint le nôtre, et qui consiste à passer de l’épreuve des ténèbres à la
lumière, demande, exige même, que l’on ne se retourne pas dans cette
marche. C’est en descendant dans les tréfonds que l’on découvre la vraie
signification de la lumière, c’est alors qu’il faut faire demi-tour pour
remonter à la lumière sans rompre cet élan. C’est le sens de l’épreuve du
cabinet de réflexion.
Orphée a douté dans sa marche, il s’est retourné au mauvais moment et dans
le mauvais sens. Ainsi le franc-maçon abandonne son habit de vieil homme
aux enfers, c’est l’objet même de son testament. Il ne s’agit plus pour lui de le
revêtir à nouveau en retournant vers l’obscur. Il fait mourir sa part d’être qui
est celle du passé, et s’attelle à construire avec des outils symboliques un
chef-d’œuvre éclairé dans son discernement et son intuition par une vraie
lumière.
Le vieil homme est mort dans le cabinet de réflexion, ses dernières pensées de
profane sont consignées dans le testament symbolique ont été brûlées, il doit
aller de l’avant, et son regard tourné vers la Lumière.
Dans sa quête de l’autre, Orphée s’est découvert à lui-même. C’est bien plus
qu’une introspection c’est un retournement de soi, le passage du moi
égotique, au soi de la totalité.
La devise V.I.T.R.I.O.L du cabinet de réflexion trouve ici a s’appliquer :
“ visite l’intérieur de la terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée “.
Eurydice est la pierre cachée. Orphée la retrouve en visitant l’intérieur de la
terre et par analogie l’intérieur de lui-même.
Cette quête du soi pour tourner le dos au moi est aussi un retournement.
Jusque ici sa quête est une réussite, mais il n’a pas su aller jusqu’au bout.
Le retournement inadéquat est généré par le doute. Il se traduit par la
rencontre des éléments masculin et féminin dans une même relation d’amour
et de fusion impossibles à cause du doute.
Le retournement se situe toujours à la frontière de la vie et de la mort.
Ce dualisme de notre existence ici bas pouvait être fusionné si Orphée avait
réussi sa remontée. La mort d’Orphée permet le retour à l’état antérieur soit
une dualité des forces du bien et du mal. Ceci est donc l’histoire d’un
retournement qui a échoué, car fondé sur l’incertitude.
On ne peut douter dans sa marche vers la lumière, on ne peut être amoureux
de la pierre cachée et se complaire dans cette relation éloignée. Il faut aller la
chercher et la ramener à la surface. La seule façon de réaliser la fusion et
l’union est de continuer le chemin vers cette nouvelle étoile. L’exploration
des états inférieurs de l’être est une finalité initiatique intermédiaire utile à
l’édification du soi, sans plus, il ne constitue nullement une fin en soi au sens
littéral. .

Orphée par son sacrifice, régénère une quête que l’on retrouve dans les trois
branches initiatiques. Son corps est mis en pièces et dispersé sur le sol.
C’est un rite de passage d’un état à un autre et le sacrifice[2]célèbre une
union cette fois-ci réussie celle du retour à la terre, par la décomposition du
corps et sa recomposition en nous. Nous sommes porteurs de la mémoire
archétypale de cet échec dans cette tentative de fusion. Le dualisme à gagné.
Le propre de l’initiation est de franchir ces frontières pour nous libérer de
cette contingence. Orphée à failli réussir l’union totale, il personnifie le divin
et comme tel doit ensemencer la terre par dispersion de ses restes pour la
régénérer. C’est donc un sacrifice utile qui est célébré lors des grands
passages. Il appartient au milieu collectif de la loge d’aider l’Orphée franc-
maçon que nous sommes à ne point douter au risque de se tromper de sens.
À quelle hauteur se situe notre retournement vers la lumière ?
Le fait de prendre ses engagements sur la bible ouverte à Saint-Jean au
chapitre de la Genèse, renvoie le retournement au chapitre de l’apocalypse et
à la destinée de l’humanité. Ce retournement de l’apocalypse ne doit pas être
confondu avec une inversion. L'Apocalypse signifie "le retournement".
Destruction-régénération d’un monde au profit d’un nouveau. Cette
ambivalence se retrouve dans un processus dynamique de création et de
destruction de l'œuvre que l’on retrouve dans l’épisode de la création-
destruction-reconstruction du temple de Salomon[3].
Au plan macrocosmique, le retournement établit une succession de cycles,
impliquant la superposition du point final et du point de départ et
naturellement une marche à reculons pour perdre de vue un ancien centre
lumineux pour un autre supposé plus élevé (entrée du compagnon en
chambre du milieu). La marche à reculons ne peut en aucun cas être une
inversion, c’est la préparation à une progression polaire.
Le succès de la marche à reculons et du retournement impliquent une
conformité à l’Ordre et à la progression graduelle.
C’est donc au passage des petits aux grands mystères qu’a lieu le deuxième
retournement.
Le retournement induit une marche à reculons, un retour en arrière dans la
marque laissée par nos pas du passé. On remonte le temps et on réactualise
notre vision sous une nouvelle lumière ; c’est un transport rétroactif dans
notre mémoire, sans revenir à notre état profane antérieur.
Le temps passé et l’espace déjà parcouru nourri notre pensée à rebours
comme Isis reconstituant le corps démembré d’Osiris donnera naissance à un
nouvel être d’esprit : Horus[4].
On reconstruit Osiris comme on reconstruirait Orphée.
Il est donc possible de remonter le temps et l’espace, c’est la quête initiatique
de la découverte du soi. Cette remémoration est donc une reconstruction sans
être un errement[5] ni une inversion.
En reconstruisant notre regard par l’équerre et le compas, on découvre son
propre centre, on se le réapproprie par la mémoire et on s’en débarrasse
comme d’une vielle peau.

Les rituels ont toujours fait une place importante à cette marche
récapitulative d’un passé à l’aune d’une nouvelle lumière. Le REP au moment
de l’introduction historique du grade de maître précise que le compagnon
entre en loge tournant le dos au tableau de loge figurant la fosse ou se situe le
corps d’Hiram sous un linceul noir. Sa progression se fera de manière
sinistrocentrique, constamment dos au centre des centres (chambre du
milieu) D’une marche à rebours on passe à une marche de travers et pour
finir par une marche qui en survole le tableau de loge. Déjà en 1774 le rituel
de la mère loge écossaise d’Avignon précise que le candidat sera introduit en
marche arrière et effectuera 17 voyages de l’Occident à l’Orient en passant
par le Midi puis de l’Orient à l’Occident en passant par le Nord, « de
reculons », c'est-à-dire que le récipiendaire doit toujours avoir le dos tourné
au milieu de la loge. Il n’est pas précisé que la marche introductive se fait
dans l’obscurité, c’est un syncrétisme récent et logique, mais non obligatoire,
une pénombre suffit à la solennité du moment.
L’entrée en loge en reculant du futur maître marque l’abandon. Cet univers
du passé, microcosmique marqué par l’étoile flamboyante cette Vénus du
système solaire sera abandonnée au profit de la polaire du système stellaire.
Les lumières du passé éclairent notre avenir comme le précise le rituel du
REAA. La marche arrière qui en fait est une entrée dans un Nouveau Monde
inconnu signifie que la mémoire récapitulative est agissante.

Le changement d’étoile justifie le passage entre deux mondes[6]superposés et


entre les deux, il est douteux que l’on se perde dans les ténèbres. « Les étoiles
ne doivent pas être estimées par leur apparence, mais par leur situation et
leur distance. Celles qui sont le plus haut étant sûr de paraître plus petites,
alors qu’il est vraisemblable qu’elles sont plus grosses. La distance étant la
raison donnée ordinairement pour l’apparence et le magnitude. Une autre
propriété des étoiles est le secret pouvoir qu’elles ont sur les choses
inférieures.(…) Être ce que l’on parait rend compte de cette imperceptible
gloire que les étoiles rayonnent dans leurs émanations et leurs significations,
qui n’apparaît pas aux yeux qui ne voient que la radiation de leur lumière et
de leur beauté. » Sir Robert Moray.

Au terme de ses voyages à reculons ou latéraux (dans l’obscurité ou la


pénombre[7]) ou plus précisément dos au centre terrestre et céleste, il y a
enfin le retournement. On cherche à découvrir en soi cette nouvelle lumière
plus intériorisée.
Le tapis de loge figure la mort qui est une limite indépassable pour les petits
mystères. Ce n’est pas avec les outils et la connaissance acquise et horizontale
que je franchirai cet abîme. Il me faut faire appel à cette verticalité qui
portera mon envol. Cet envol au-dessus de ce centre ontologique est une
rencontre magnifique avec la puissance du tout.
Ici le retournement face à la fosse marque l’abandon d’un système pour un
autre plus élevé. C’est une deuxième mort et renaissance à un monde d’esprit
qui contient et dépasse le précédent. Chaque rite maçonnique va préparer et
approfondir la signification de ce retournement en fonction des subtilités de
la mise en scène et des phrases et des mots prononcés, mais la manière dont
est dessiné le tableau de loge et les symboles y figurants est d’une importance
capitale[8]. Le relèvement physique n’était pas de mise à l’introduction
historique du grade, pas plus que la chute du compagnon dans le cercueil. Ces
apports physiques et théâtraux risquent de déformer l’essence même du
message en faisant apparaître le nouveau maître comme l’incarnation
d’Hiram, et pourquoi pas du Christ !

Le retournement symbolique et physique est lié au troisième degré, au


relèvement symbolique du maître intérieur, qui ne doit pas être confondu
avec une quelconque métempsychose. C’est à ce moment que la scénographie
prend tout son sens, changer ses points de repère et son étoile éclairante est
un retournement sur soi qui nécessite un recul préalable.
Sans ce retournement le relèvement du maître n’aurait aucun sens. Le maître
intérieur ne pourrait s’exprimer, c’est du moins le sens à donner à la phrase
de Goethe « Meurs et devient »
Les rituels maçonniques sont d’une perfection et d’une progressivité
exemplaires. Malgré les syncrétismes que certains ont pu subir, le
cheminement physique du maçon est une progression et une quête de soi.
Chemin faisant, deux frontières seront passées : celle du monde profane aux
petits mystères, où l’on apprend à se connaître, puis celle des petits mystères
aux grands mystères ou l’on passe du microcosme au macrocosme.
Ces deux frontières passent par la mort du vieil homme puis par la libération
de l’esprit. Cette libération de l’esprit face à la matière est conforme à la
méthode maçonnique, elle se traduira sous des formes diverses suivant les
rites. Délivrance pour certains, conçue comme une universalisation totale de
l’individu, soit un état absolument inconditionné et donc métaphysique (une
non-dualité) reposant sur la connaissance ; ou comme au RER, suivant
l’impulsion wilhermozienne de 1778, un état de salut individuel ou
l’immortalité chrétienne qui relève plus d’une réalisation mystique.
Chaque rite trouve encore sa richesse interprétative en fonction de ses
évolutions. L’interprétation au niveau du franc-maçon se fera suivant la ligne
de partage entre l’immanence et la transcendance,[9]entre le croyant et le
cherchant…
E.°.R.°.
R.°.L.°. Les Écossais de Saint Jean

[1] À ce sujet nos amis cartésiens noteront que les étoiles servent de repères
et d’appui à l’abscisse et l’ordonnée.
[2] Le sacrifice n’est comme dans la légende d’Hiram pas à prendre au sens
moral, mais au sens divin de l’alliance entre l’homme et Dieu. Orphée perd
tout, Eurydice lui est enlevée et lui-même subira le démembrement. Ce
double sacrifice consacre l’Ancien Monde des dieux dans le statu quo du bien
et du mal.
[3] Sur ce point, on constate que les grades supérieurs organisent une
philosophie de la reconstruction matérielle impossible dans l’Ancien Monde
au profit d’un temple intérieur spirituel dans le Nouveau Monde.
[4] L’enfant d’Isis et d’Osiris est symbolisé par un œil triangulé fruit de la
recomposition des éléments et de la génération décorporisée et donc
spirituelle (absence du 14em morceau chez Osiris) ce qui ne peut laisser
indifférent le franc maçon attentif à ces deux symboles.
[5] L’errement est une situation d’attente et de perdition qui diffère de la
quête. Cette situation se retrouve dans les récits de chevalerie, le chevalier
errant n’a pas la noblesse du cœur de celui qui est en quête. Dans l’exotérisme
chrétien on retrouve cette situation dans la règle de Saint Benoît qui dit
exclure de sa règle les moines errants appelés sarabaïtes astreints à aucune
règle et sans maître et le gyrovagues errants de province en province suivant
leurs passions. Seuls les cénobites soumis à la règle et les anachorètes
expérimentés ont grâce à ses yeux. On notera que les francs-maçons sont eux
aussi soumis à la règle du livre ou de l’instrument suivant les rites depuis les
anciens devoirs.
[6] Devrions-nous dire entre deux mondes et plus ! Le nouveau Maître ayant
appris la transition d’un monde à l’autre pourra s’il le souhaite en explorer
d’autres. À ce niveau nous touchons aux différentes traditions hermétiques
qui mettent en exergue les mondes dits intermédiaires et qui s’appuie sur des
maîtres dûment formés à la tradition pour former leurs colonnes. Ces mondes
relèvent plus de moyens d’action que de Nouveaux Mondes.
[7] Le Rite Ecossais Primitif fidèle à ses sources et notamment des deux
premiers degrés consignés dans les rituels de la Mère loge écossaise de
Marseille de 1751, n’organise aucune obscurité dans la marche introductive à
reculons du compagnon, pas plus que celui de la Mère loge écossaise
d’Avignon de 1774. Le REAA et d’autres rites aménagent postérieurement aux
documents originaux cette marche comme un retour vers l’obscurité des
enfers ou comme un éloignement de la Vénus flamboyante qui finit par
s’éteindre. L’idée reste identique quitter une étoile pour une autre, mais
l’interprétation peut prendre des chemins étonnants voir contre-initiatiques.
À toute fin utile, nous rappellerons qu’en aucun cas le monde que l’on quitte
n’est en opposition avec le Nouveau Monde découvert, c’est une progression
graduelle vers une lumière plus totale et enveloppante. Le centre reste
identique, mais on obtient un nouveau point de vue axial plus élevé.
[8] La présence d’une croix dessinée sur le linceul ou le voile noir recouvrant
le cercueil d’Hiram dans certains rites n’est pas sans conséquence sur la
signification du relèvement. Ce qui est relevé est le maître intérieur en même
temps que cette croix dans ce Nouveau Monde du maître, mettant en
correspondance axiale deux mondes superposés au même titre qu’à la Vénus
du système solaire on substitue la polaire du système stellaire.
[9] Pour l’aider dans cette recherche, le franc-maçon utilisera l’équerre et le
compas symbolisant la matière et l’esprit.
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21 décembre 2012
La porte sur l’invisible
La porte sur l’invisible

Toute initiation est un commencement. Le but principal est le mûrissement


de l’individu et la découverte de soi-même.
La franc-maçonnerie apporte une méthode que nous connaissons bien, qui a
la particularité de doser l’usage de la raison et de l’intuition pour traiter les
informations. Ces informations arrivent au cerveau faussées par le filtre des
nerfs de la perception et de nos cinq sens[1]. Nous avions dès lors suggéré que
le cerveau seul ne pouvait traiter convenablement les informations dans
l’obscurité caverneuse de la boite crânienne et que le cœur pris dans un sens
symbolique éclairait la pensée d’une flamme aussi fragile que l’amour.
Les voyages initiatiques à travers la terre l’air l’eau et le feu restaurent ces
sensations primitives et les re-identifiants. L’opération d’identification des
éléments s’effectue les yeux bandés pour oublier les « à priori » de
l’expérience faussée.
Ces voyages ont pour but de nous remettre dans une virginité initiatique, ce
qui nous permet de relier nos sens à la liberté et à la plénitude d’une
renaissance. On va enfin réactiver une intelligence cérébrale raisonnante et
l’intuition cardiaque, cet œil du cœur qui nous marie à la totalité.
La raison engagée et l’intuition de l’élan guident les pas du franc-maçon.
Nous sommes des gréco-latins. Nous privilégions la raison qui est censée
donner de notre environnement une vision juste. Nos philosophes Grecs ont
fait grand cas de la forme logique et discursive dans une tentative vaine et
limitée de décrire le monde. L’individu qui cartographie le monde réel et ses
lois, ainsi que le monde de la pensée, s’en rends maître et pourrait peut être
accéder à une sagesse. Cette sagesse repose alors sur une redéfinition
rationnelle du monde. Cette rationalité philosophique échoua dans sa
tentative d’expliquer la totalité d’un monde en plein renouveau.
La philosophie rationaliste fondée sur le raisonnement s’opposait au sacré
des religions et des dogmes qui imposaient leurs vérités en dehors du
raisonnement. C’est ainsi que de nos jours encore, on considère la
philosophie comme un apprentissage de la sagesse par la raison, mais elle
n’offre pas de réponse ni de solution donnant une vision globale.
Le mutisme de cette école de la sagesse fit que l’homme se tourna vers les
mythes prolixes de l’ontologie d’un côté et de l’autre vers une religion
proposant des dogmes fondateurs et rassurants.
Les Mythes, à cet égard, sont plus efficaces sur le plan de la logique
raisonnante et sur le plan de l’intuition métaphysique. Les symboles
fournissent les clefs de base de cette interprétation totale grâce à leur
plasticité. C’est cette une porte que le franc-maçon franchi. Elle se situe à
équidistance entre la rationalité et le dogme de la révélation, mais les dépasse
par son adaptabilité aux temps et aux mentalités.
Entre la philosophie rationnelle grecque et le dogme de la révélation se situe
l’ancienne porte des mythes fondateurs de l’humanité. Ces mythes sont
vierges des dogmes sécularisés et constituent une ressource inépuisable pour
l’intuition raisonnée.
Notre histoire connut trois combats opposant le dogme à la raison. La période
grecque 6 siècles av. J.-C., la renaissance qui redécouvrit la pensée grecque et
le Siècle des lumières au XVIIIe siècle dont l’un des développements fut le
positivisme du XIXe siècle.
L’inconvénient principal du fonctionnement rationnel est qu’il interpose,
entre l’homme et son aspiration, les étapes du raisonnement et de
l’explication scientifique ou technique. Cette interposition d’étapes
rationnelles brise la nature primitive et profonde de l’élan humain. C’est un
peu comme si on devenait amoureux par l’application d’une équation à une
personne. L’élan intuitif et secret, caché dans ses mécanismes profonds,
donne plus de fraîcheur et plus de goût à la vie. C’est ce goût de l’indicible et
le parfum du mystère qui fait défaut à notre modernité.
On parle alors de l’intelligence du cœur qui recueille et centralise nos
sentiments, notre affection et notre subjectivité. Elle fonde, bien plus que la
raison, notre goût pour la vie. Elle ouvre à la contemplation et à la perception
du divin et du sacré et donc de ce qui est invisible.
Le cœur est pour toujours associé à l’amour, et le cerveau à la rationalité
raisonnante. L’homme n’est pas distingué de l’animal par son seul
raisonnement conceptuel qui lui offre l’objectivité en cadeau. Il est capable
d’amour et de sentiments fondés en partie sur l’intuition analogique donnant
une interprétation subjective de l’invisible et un sens à sa vie. C’est la voie
cardiaque.
La différence fondamentale entre la cérébralité et la voie cardiaque est que
dans le deuxième cas, il doit y avoir une participation effective et physique,
soit par une mise en situation de la personne, soit par mise en contact avec
l’objet support de symbole. Ce n’est pas le cas dans une cérébralité bien
comprise qui se contentera d’une approche virtuelle. D’où l’importance
capitale de la bonne exécution des rituels et de l’approche convergente des
maçons en tenue. C’est aussi ce qui explique la notion d’égrégore et la
nécessité physique de la chaîne d’union qui n’est autre que la mise en phase
des cœurs battants.
Le cœur tient une grande place dans la religion, car il est le siège de l’âme et
le cerveau de l’esprit. On retrouve la tripartition corps, âme, esprit que nous
avons développé précédemment.
Si la franc-maçonnerie initiatique fonde son tracé sur l’ouverture de la
troisième porte, celle des mythes, c’est qu’elle peut compter sur une clef[2] de
lecture de l’invisible qui est véritablement universelle : le symbolisme.
La clef du symbolisme n’est pas dans l’encéphale mais dans le cœur. Le
symbolisme fait donc appel aux ressources du cœur pour exister. Le cœur
produit l’intuition, le ressenti, l’analogie et les effets de correspondance,
l’irrationalité et la subjectivité.
La révélation d’une supraconscience[3]faisant fi de l’apparence
trompeuse[4] s’ouvre à nous. L’invisible devient visible.
Plus loin encore, le franc-maçon pousse cette attitude en tentant de
construire son temple intérieur. Il le fait à cœur ouvert, c'est-à-dire dans un
état de réceptivité totale sur le registre du sacré. Les fondations de ce temple
sont celles du cœur. Son architecture repose sur un plan invisible et ses
dimensions sont le fruit de l’intuition de l’artisan.
La profondeur du sens est fonction de la lumière reçue. L’exercice quotidien
d’un symbolisme constructif permet de bâtir avec des éléments apparemment
disparates, une œuvre remplie de sens. Cette « ré-alliance » des éléments
dispersés, parfois antagonistes, fait partie du travail unificateur et
synthétique du maçon.
L’ouverture du cœur donne lieu à une possibilité d’appréhension d’un univers
plus large où finalement chaque objet trouve sa bonne relation avec son
environnement. Les symboles deviennent inter-agissants dans un concert
d’harmonie. C’est alors que le cherchant trouve sa place dans ce temple de la
pensée et les questions existentielles perdent de leur urgence.
Toute œuvre trouve sa limite dans l’idée qui devance son tracé. Si l’idée et
l’intention sont bonnes alors le résultat sera parfait. Si par contre l’idée est
faussée par un manque de liberté de l’être, que ce dernier reste aveuglé par
une matérialité douteuse, ou un défaut d’ouverture à l’autre et donc à soi,
alors la voie ne s’ouvrira pas devant lui.
C’est donc le rôle du symbolisme de faire le lien entre les deux voies, celle
d’une cérébralité raisonnante et discursive qui pourrait être représentée par
la géométrie pythagoricienne et l’intuition cardiaque qui pourrait être
représentée par la gnose des origines. On en revient donc au schéma des deux
colonnes antédiluviennes que nous avons détaillé précédemment[5]. À
l’évidence, la franc-maçonnerie prend le parti de se tenir à égale lecture des
hiéroglyphes burinés sur chacune des deux colonnes. Elle emprunte la porte
du milieu et entre dans un vaste champ des possibles, régénérée de cette
réalité augmentée dans son horizon et sa profondeur.
Ainsi la réalité augmentée[6] apparaît à l’entendement de l’initié. Elle est
pour partie ce que nous voyons concrètement. Derrière le voile de
l’apparence apparaissent des contours autres et une signification d’un ordre
plus profond. Cette vision élargie est un pas intermédiaire qui doit nous
mener à une vision globale.
La vision globale se fera à l’issue d’un long apprentissage qui peut durer toute
une vie. Elle impliquera plus qu’une participation physique aux jeux
cosmogoniques des rituels. C’est une authentique fusion de l’être retrouvé
dans toute son amplitude.
Cet être retrouvé se situera dans les phénomènes cycliques pour mieux les
dépasser.
Le renouvellement dans l’espace et le temps fera place à une ponctualité
expression d’une totalité sans début ni fin où le temps n’a ni prise, ni sens.
Cette ponctualité, ce fameux point originel, affirme sa puissance plus par son
impermanence que par sa présence. C’est ainsi que l’on peut entrevoir le sens
ultime de toutes les initiations.
Le ressenti du franc-maçon est bien plus important que la réalité qui se joue
sous ses yeux et dont il est acteur. C’est la puissance d’un rituel initiatique
que d’agir dans l’ordonnancement intuitif de l’individu. Comme une liturgie,
un rituel est agissant dès lors qu’il se met en phase avec les grands cycles et
qu’il imprime nos sens. C’est ainsi que l’on peut ouvrir cette fameuse porte
sur l’invisible.
E.°.R.°.

[1] Voir RDM 3 Le crâne en franc-maçonnerie.


[2] Sur le symbolisme de la clef dans la franc-maçonnerie des anciens
devoirs : elle était en ivoire, cachée sur la langue, excroissance du cœur et
faisant lien avec le cerveau ; le cœur semble avoir un rapport d’ouverture
permanent avec la boite à os qu’elle peut ouvrir par le truchement de la clef.
Ainsi, la parole perdue venant du cœur pourrait se laisser prononcer. Voir
« Le crâne en franc-maçonnerie » RDM 3 P 171.
[3] Sur la question de la supraconscience, on fera un rapprochement utile
avec la notion d’imaginaire agissant en matière de chevalerie céleste.
[4] L’apparence trompeuse, changer son regard sur le binaire, RDM 3 P 13.
[5] Voir RDM 3 « Perfection et reconquête du langage initiatique » P 60.
[6] La réalité augmentée est une expression empruntée au monde du
numérique. Elle consiste, en un lieu donné à faire apparaître sur une tablette
ou un smart phone, les éléments recherchés par un utilisateur qui
simplement photographierait ce qui l’entoure en se géolocalisant. Ce procédé
révèle ce qui est non apparent ou recherché, au milieu d’une réalité.

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7 décembre 2012
« Au commencement ». Le Logos, le Verbe et la Parole. La Lumière.
« Au commencement ».

La Franc-maçonnerie accueille la Bible sur l’autel du vénérable ou sur l’autel


des serments prenant exemple sur ses devanciers opératifs qui se
réunissaient sous son couvert comme toutes les confréries du moyen-âge.
Héritage de nos glorieux anciens, nos rituels s’inspirent des valeurs hautes de
la chrétienté et des textes qui nous offrent un message véritablement
universel. Ce n’est pas une question de religion, mais plutôt une aptitude à
concevoir la naissance du monde et la place de l’homme dans l’Univers. Cette
question fut traitée au plus haut niveau par les religions, par les catholiques
primitifs particulièrement et les théosophes qui, en regard des mystères de la
nature, cherchaient à interpréter les textes sacrés. Il fut une époque où
chacun pouvait interpréter la Bible jusqu'à ce que le Dogme impose sa doxa à
laquelle le croyant de base faisait crédit. Parmi les textes sacrés, rien n’égalait
pour nos intellectuels cherchant, la Bible, dans sa part ancienne et nouvelle.
Les anciens devoirs font de la présence de la Bible et la référence à la Sainte
Église, une évidence en loge opérative. Les réunions annuelles des confréries
de métiers voués à un saint ainsi que des loges vouées aux deux Saint-Jean,
pouvaient se faire en présence d’un clerc, scribe et lecteur, qui lisait et
rappelait les règlements. Ce clerc, homme d’église ou de monastère, formé
bien souvent à la règle de Saint Benoît, ne pouvait avoir de plus hautes
références que la bible, véritable récit cosmogonique, qui coiffait les règles du
métier, tout en justifiant l’art de bâtir en regard de la construction du Temple
de Salomon.
Cette observation n’implique aucun parti pris si ce n’est de rappeler un fait
historique.
Pour les rites maçonniques dits « anciens » la Bible est l’une des trois grandes
lumières (REAA) avec l’équerre et le compas et pour les rites dits
« modernes » (RER, RF, REP) elle est l’une des lumières de la loge, car les trois
grandes lumières sont le VM le Soleil et le Lune.
Le rôle joué par la Bible n’est pas identique à tous les rites qui l’admettent :
livre de Sagesse avec un message universel, interchangeable avec d’autres
livres de Sagesse, ou Volume de la Loi Sacrée pour d’autres qui règle la
conduite morale du maçon ; règle de religions pour certains entraînant le
maçon dans une croyance religieuse chrétienne primitive. Pour d’autres, il
s’agit d’un livre blanc et certains l’on carrément supprimé.
L’influence des Obédiences sur la mise en œuvre des rites et leurs éventuelles
modifications est ici primordiale.
La mise à l’écart du texte, qui dans sa globalité reste fondamentalement
chrétien, peut s’expliquer pour nos Frères agnostiques. Cependant, le
prologue de l’évangile selon Jean aurait pu être épargné, compte tenu de sa
vocation métaphysique. Quoi qu'il en soit tout rite se disant écossais dit
s’appuyer pendant ses travaux, sur les lumières de la Bible, source universelle
de spiritualité et d’humanisme.

Le prologue du 4e Évangile celui de Saint-Jean dépasse la question d’une


croyance quelconque pour nous offrir une histoire du commencement de
l’Univers dans une version ésotérique. Cette question est véritablement
existentielle au plan humain et dépasse toutes les crispations religieuses ; elle
est aussi une recherche de vérité au plan métaphysique. Dans un sens, c’est
une notion ontologique qui se marie parfaitement avec le Grand Architecte
De L’Univers. Le Prologue nous renvoie naturellement au texte de la Genèse
de l’Ancien Testament qui complètera utilement le travail de tout cherchant
dans une lecture métaphysique et dynamisante du « commencement ».
Faut-il souligner que la bonne méthode interprétative se base sur les
premiers temps de la création. Nous devrons être des archéologues de
« l’archè » et nous devons reconnaître des archétypes.
« Au commencement » est le premier mot de la Genèse et de l’Évangile selon
Saint-Jean : Archè en grec veut dire commencement et commandement. Donc
cette double signification dirige toute l’interprétation du texte dans sa
globalité. Le temps premier est aussi celui qui commande le reste et se
propage comme une onde dans le temps ordinaire jusqu'à nous. C’est
exactement le même effet que le Big bang dont nos astronomes perçoivent
aujourd’hui encore le bruit de fond dans l’univers. On nous dit que l’univers
est en expansion et que l’espace qui nous sépare des galaxies les plus
lointaines s’agrandit à une vitesse telle que la lumière de leurs étoiles ne peut
nous parvenir. Cette lumière nous semble inaccessible et perdue. Cette
lumière cherche à nous rejoindre sans succès, nous ne contemplons que
l’obscurité.
Le gouffre des immensités obscures peut-il être comblé par la lecture d’un
texte sacré ? Si la réponse est positive, il faudra donc que le mot
« commencement » revête un ensemble signifiant propre à remplir cette
béance. C’est le propre de l’archétype du commencement qui commande la
foi.
Donc le premier mot est celui qui « commande » les autres et qui
« commence » le temps par l’apparition consécutive de la lumière. De cette
lumière première (Fiat lux), nous percevons cette lumière fossile. Elle fut et
elle est encore !
Le thème de la Lumière contenu dans la Bible est la clef opérative qui permet
le travail sur la matière.

On peut, sur cette question métaphysique de la lumière et à un niveau plus


spéculatif, décloisonner les lignes de partage et les territoires religieux en
passant par-dessus les frontières des églises.
Nous avons une conjonction en Franc-maçonnerie entre les cycles du soleil et
le travail en loge. De nombreux indices en attestent lors de nos tenues. Le
Cycle journalier se perpétue tout au long de l’année rythmant au gré des
saisons et de la hauteur du soleil, le travail de nos lointains cousins opératifs.
Il semble donc évident que la ligne de partage entre le soleil montant sur
l’horizon et le soleil descendant soit particulièrement mise à l’honneur
depuis l’antiquité.
C’était sous l’égide de Janus, Dieu romain aux deux visages, gardien des
portes du soleil que se fêtait le passage d’un demi-cycle à un autre. Les
chrétiens calquèrent cette tradition avec Saint Jean Baptiste pour la Saint
Jean d’Eté le 24 Juin. C’est l’annonciateur du Christ, celui qui établit en
précurseur la fraternité des baptisés, qui fit le passage entre l’ancienne et la
nouvelle Loi par un message d’espérance.
Saint Jean l’Evangéliste le 27 décembre, annonce le rallongement du jour, la
présence de l’Esprit divin en toutes choses que nous retrouvons dans le
prologue.
C’est ainsi que nous nous nommons loges de Saint-Jean au nom de cette
tradition des cycles de notre univers visible et de notre marche vers la
lumière.
Ce qui rattache le franc maçon au texte même du prologue c’est la question
universelle du commencement, mais aussi le concept de lumière illuminatrice
et la notion de parole agissante.
Nous tenterons en regard des différentes traductions d’approcher la
signification métaphysique de différents termes et leurs interactions :

Le Logos, le Verbe et la Parole. La Lumière.

Leurs points communs : ils sont tous produits de la puissance divine, et sont
acteurs de la manifestation, c'est-à-dire de l’apparition de notre univers et de
nous même, « la vie était la lumière des hommes » verset 4.
Si le but de toute initiation est de marcher vers la lumière illuminatrice et
divine, celle-ci semble assimilée, suivant les traductions, à la parole et donc
au Logos en Grec. Le Logos réuni en lui les deux natures, la nature divine par
son origine et la nature humaine par sa matérialisation.
De notre point de vue le Logos est à la fois pensée et création, verbe et parole.
La Lumière intervient dans la manifestation. Auparavant elle était dans un
mélange chaotique non ordonné. On assimile la Lumière à Dieu, car elle
permet de voir la manifestation
Le Verbe est la Lumière de Dieu et la parole est donc lumière et vie. C’est ce
qui résulte de la plupart des traductions.
Il se trouve qu’en franc-maçonnerie, tout cherchant se met en marche en
direction de l’Orient vers la Lumière Originelle. Pour le franc-maçon la
lumière est assimilée à la Connaissance ce qui nous revoie directement à une
vérité sans filtre ni distance ou à la lumière du verbe.
La description du prologue suggère que la Lumière préexiste. Elle est
antérieure à toute autre création-manifestation. Cette constatation nous
permet d’assimiler la lumière au Principe immuable par nature et sans
dualité qui par définition n’a ni début ni fin contrairement à la manifestation
Cette Lumière définie comme éclairant le chaos des possibles, souche toute
existence et reste le but de toute recherche initiatique. Pour y parvenir, nous
utilisons un fil conducteur que nous tenterons de remonter comme un fil
tendu entre nous et notre point du « commencement ».
C’est ainsi que nous recherchons aussi la fameuse parole perdue ! Cette parole
qui chez les Égyptiens avait une fonction fondamentale : elle ouvrait les
portes, elle est agissante.
La parole est un médiateur accessible à l’homme, pas la lumière qui reste du
domaine surhumain.
Il est probable que la parole et la lumière soient les deux faces d’une même
pièce, entraînant chez l’initié, la vue au-delà des apparences visuelles et
l’audition au-delà de l’épellation des mots.
La lumière illuminatrice de l’Être ne se voit pas avec les yeux pas plus que la
parole ne s’entend d’une oreille profane.

Quels sont les rapports entre la Parole et le Verbe ? Suivant les traductions du
grec au latin ou à l’hébreu, la parole est créatrice on l’appelle alors le Logos et
le Verbe en serait le synonyme. Donc de notre point de vue, le Logos recoupe
deux notions ayant une seule et même origine. Dans un cas la traduction
latine admet le féminin (la parole) dans l’autre le grec n’admet que le
masculin (le verbe). Il nous semble que le Verbe et la Parole appartiennent à
deux niveaux d’éveils différents. D’un niveau Divin pour le premier et d’un
niveau Humain pour le second. C’est ici, d’après nous que se situent les
différences dans les traductions qui penchent soit du coté humain soit du
coté divin inaccessible au premier ; nous retrouvons le même phénomène en
franc-maçonnerie. La parole perdue du franc-maçon souligne notre
éloignement avec la tradition primordiale suite à la chute. Notre travail
consiste donc à tenter de la retrouver en rassemblant ce qui est épars. La
quête spirituelle du maçon est donc directement liée à cette fameuse parole
originelle qui pour cette classe initiatique n’est autre que le Grand Architecte
de l’Univers. Le maçon dans sa recherche arrive à épeler à l’aide d’un frère un
substitut à la parole ou au nom de Dieu. Le nom lui-même est imprononçable,
car il appartient à la proximité divine avec laquelle nous nous sommes
éloignés depuis la « chute ». (Voir l’épisode du jardin d’Eden et de la faute
originelle d’Adam et au plan cosmogonique la chute de Satan).

Il nous semble que le Logos est le verbe de Dieu et situe l’omnipotence dans
toutes ses œuvres. On le retrouve en toutes créations, et se situe en son sein
ou son centre. Cette constatation directement déduite du Prologue explique
la recherche des centres dans la connaissance de soi par VITRIOL pour
l’apprenti, du sommet de la pierre cubique à pointe pour le compagnon, du
ciel et son centre, Vénus puis l’étoile du Nord pour le Maître , de l’homme et
du microcosme (l’étoile flamboyante), du macrocosme (l’hexagramme), etc.
En franc-maçonnerie cette recherche de la centralité universelle par
l’analogie nous donne l’établissement du fameux Axis Mundi qui relie tous les
centres par le jeu des correspondances (ce qui est en haut est comme ce qui
est en bas, selon Hermès Trismégiste, ce qui nous donne la conjonction de
l’immanence par la parcelle divine au centre de chaque homme et de la
transcendance par cette réconciliation avec le Père, centre des centres), donc
le Logos trouve sa source dans un centre suprème.

La faculté de l’initié est de révéler la lecture du centre de chaque chose


comme de lui-même au niveau microcosmique et macrocosmique. La
présence de ce centre en toute manifestation révèle l’immanence du divin au
centre de toute création.
Soyons plus précis : le compagnon fait une recherche du centre même
(interne et caché) de la pierre cubique à pointe par son extériorisation dans la
pointe de la pyramide. Il en est de même pour le maître qui par le relèvement
de son maître intérieur révèle au plus profond de lui-même cette immanence
divine, qui n’est rien d’autre que cette parcelle de divinité qui sommeille en
nous.
Sur un plan général, toute réalisation provient du Verbe(Logos) divin, toute
réalisation possède en son centre une trace de cette intention initiale. Pour
ainsi dire ce que Dieu devait réaliser dans la création était déjà dans le Verbe.
Le Verbe est donc l’expression des possibles dans toutes les variantes du
visible et de l’invisible.

Il semblerait qu’il existe malgré tout, une hiérarchie dans la mise en œuvre
de la puissance divine. Ce serait, d’après nous, le Verbe qui représente
l’intention divine et la Parole sa mise en œuvre effective. Le Verbe n’est pas
l’ombre de la parole. Autrement dit il n’y aurait pas de manifestation de
l’intention divine sans la médiation de la parole au plan humain. La parole est
une voie d’expression compréhensible de l’homme, elle est une modalité
d’expression typique de l’homme qui ne fait que traduire le principe
supérieur à celui-ci. Le Verbe reste l’apanage de Dieu.
Il existe donc un lien naturel et hiérarchique entre Verbe et parole. C’est ce
que nous suggérons.
Ce serait une des raisons qui poussent les maîtres maçons à retrouver le
secret d’Hiram qui n’est autre que la Parole perdue. Cette parole qui est bien
plus qu’un mot, met en relation l’initié avec le GADLU. La
manifestation/création est bien l’œuvre de la Parole conçue comme
l’affirmation extérieure d’une volonté divine, la parole devient un langage
divin, audible pour ceux qui savent le comprendre, c'est-à-dire les initiés.
Le Verbe est donc une parole divine en action au plan ontologique.
La Parole serait alors sa traduction efficace du Verbe au plan humain.

Les 18 versets du Prologue sont donc dans un rapport métaphysique et


dynamique avec la Genèse. Cette dernière nous fait une description détaillée
du principe de différenciation qui ne peut se produire sans la volonté divine.
Cette volonté précède la Genèse et établi la Loi (les 10 commandements).
L’intention préalable ou pensée à l’intérieur du Divin, le Verbe, précède tout
développement dans le temps, la parole reste liée à l’existence et donc à la
naissance des temps. Ainsi le Verbe est du domaine de l’essence, atemporel, la
parole du domaine de l’existence avec un temps.
La parole devient donc un mode de manifestation de la pensée divine appelée
aussi verbe divin, dont la première parole exprimée par la volonté divine fut
que la lumière brille (fiat lux de la Genèse I-3), dispersant les ténèbres et le
chaos (Tohu bohu).
C’est ce que les francs-maçons veulent signifier par l’expression « ordo ab
chaos ». Mais la lumière si elle préexiste à l’apparition de l’homme ne
préexistait pas à tout ; dans la Genèse on voit qu’elle est établie par Dieu
après que dieu créa le ciel et la terre :
Au commencement Dieu créa la ciel et la terre. La terre était déserte et vide
et la ténèbre à la surface de l’abîme ; le souffle de Dieu planait sur la surface
des eaux, Dieu dit : « Que la lumière soit ! et la lumière fut… » Dieu vit que la
lumière était bonne. Dieu sépara la lumière de la ténèbre. (Extrait de la Bible
TOB Genèse 1,1à 4).
Ceci nous replace la lumière sous la gouverne du divin et comme élément
constitutif de la différenciation/création, puisse que la lumière est séparée
des ténèbres et va ordonner le Chaos. Le prologue nous dit cependant que la
Vie est la lumière des hommes ce qui sous-entend que l’homme ne peut être
vivant sans lumière. L’homme dépend de la lumière pour être, et c’est par la
lumière qu’il est à l’image de Dieu. La dichotomie lumière-ténèbre est relatée
dans toute sa puissance dans le symbolisme du pavé mosaïque. Si la lumière
lutte pour perdurer, elle ne pourrait se passer de la ténèbre ce qui suppose
une ambivalence dans la lutte et le maintient d’un statut-quo comme dans le
pavé qui doit être regardé, faut il le rappeler dans sa globalité, et non pas
dans une alternative de choix entre le noir et le blanc. (Ce point d’opposition
apparent a confiné les manichéens dans l’impasse appelée gnosticisme. C’est
une affaire de hauteur point de vue, comme il est question du plan, inférieur
ou supérieur dans lequel on situe l’observateur).

La parole est donc associée au temps des cycles (propre aussi aux maçons
opératifs et à leurs règles de vie et de travail sur la voie de la matière) de la
Genèse par le phénomène de la différenciation binaire (Le ciel, la terre, le
jour, la nuit, la mer, les montagnes, les espèces l’homme et la femme, jusqu'à
l’apocalypse, etc.). Le Verbe reste immuablement hors du temps profane soit
dans le temps sacré qui, sur le plan humain se traduit avec point de départ
marqué symboliquement du « 1 » chronologique et du « Un » source
métaphysique et qui marque par l’infini ou l’indéfini son absence de limite
(en découle l’expression « Un le Tout »). Le temps cyclique des hommes n’est
qu’une traduction en parole minorée de l’intemporalité du Verbe sacré.
(…)

E.°.R.°.
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30 novembre 2012
L’Éveil du maître
L’Éveil du maître
Ou le réveil ou relèvement du Maître intérieur

Il ne suffit pas de constater la mort d’Hiram, et d’envisager sa fidélité aux


engagements et aux principes qui ont animé sa vie pour justifier ce sacrifice.
Il ne suffit pas de tenter d’expliquer au plan social la nécessité de pourchasser
les mauvais compagnons sous couvert d’une justice qui n’est que vengeance,
pour fonder la transmission.
Dans ce cas, notre vision reste voilée.
Affirmer que l’on ne peut rentrer dans un système initiatique par effraction
et qu’il faut être choisi en fonction des progrès qui sont les nôtres est un bon
principe, mais ne peut justifier la mort d’Hiram.
Quelle est la nature profonde du message de cette légende aux multiples
facettes ? Quelle transmission initiatique peut justifier ce sacrifice ?
Ce n’est pas la notion de fidélité aux principes traditionnels du métier, ni la
vengeance qui va permettre de faire du maître un homme véritable. La
dimension morale et sociétale a certainement son importance, car elle est
censée garantir la qualité et la rigueur dans la transmission du message
maçonnique, mais elle n’est pas le message lui-même. Il ne faut pas confondre
la fin et les moyens. Un système initiatique comme la franc-maçonnerie ne
peut pas se contenter d’un prêchi-prêcha humaniste et moraliste pour fonder
l’entrée du franc-maçon dans les grands mystères.
La légende d’Hiram est l’histoire de l’assassinat sacrificiel du chef de la voie
initiatique artisanale, reposant sur le travail de la matière.
Si le relèvement du maître ne se traduit pas comme nous le savons par la
transmigration de l’âme d’Hiram dans le corps du nouveau compagnon, c’est
que l’on doit rechercher une autre dimension dans le relèvement symbolique
du corps du compagnon devenu maître. Cette dimension est donc de nature
intérieure et non physique.

Dans l’idée de la transmission il y a deux facettes, celle du témoin matériel


transmis de mains en mains appelé savoir-faire, ou le témoignage d’un savoir
ou d’un secret transmis de la bouche de celui qui sait prononcer à oreille de
celui qui est capable d’entendre.
Au-delà de cet aspect physique et verbal de la transmission, il y a un aspect
spirituel. La transmission en relisant la légende du grade et en étudiant les
rituels de maîtrise confirme quatre éléments : comment la mort permet une
transmission ? Pourquoi procède-t-on à l’inversion des sens de la marche ? A
quoi correspond le survol du corps ? Comment retrouver ce qui est perdu ?
Tout semble indiquer que la solution de l’énigme est globale, unifiée par une
seule explication qui réponde à toutes ces observations.
On peut douter d’une solution concrète et matérielle. Il s’agit de trouver
Hiram tel qu’il est, dans un état de putréfaction qui semble nous enseigner de
manière ultime qu’il faut rechercher ce qui est impérissable et hors d’atteinte
pour le temporel et le profane. Salomon consacrera ce message en le faisant
enterré dans le Temple même, c’est donc la preuve que Hiram avait la clef de
la relation au divin et nous savons que cette clef est plus qu’un nom
imprononçable ou un mot, c’est traditionnellement l’esprit qui unit l’homme
à Dieu.
Que reste-t-il d’Hiram dont la chair quitte les os, rien ou presque. Il ne sera
bientôt plus que poussière des temps premiers et os, reliquaire d’une œuvre
au blanc. Ce qui est célébré dans la recherche de son cadavre c’est sa relation
au divin et l’accomplissement d’une voie initiatique totalement réalisée
jusque dans sa mort. Donc le corps n’est qu’un support remarquable,
transportant quelque chose que l’on peut célébrer : L’esprit
C’est donc au niveau spirituel que se situe le secret de la transmission.
Se pose alors la question fondamentale : Peut-on transmettre l’esprit ?

Non. L’esprit est une notion bien trop large, trop principielle pour être
contenue dans un bagage audible et transmissible. Il ne s’agit donc pas d’une
transmission d’une recette avec des ingrédients en juste proportion. Il s’agit
plutôt de s’ouvrir à une influence de l’esprit.
En un mot, le compagnon devenu maître doit s’ouvrir pour recevoir l’esprit
ou plus précisément l’influence spirituelle. L’influence étant reçue, il peut
exalter la parcelle d’esprit qui dort en lui.

L’homme ne peut prétendre contenir l’Esprit incommensurable par nature.


Tout juste peut- il recevoir une influence de l’esprit.
Il s’agit donc, dans la légende d’Hiram, de la transmission de l’influence
spirituelle.
Lorsque l’influence est reçue par l’initié, elle se focalise en son centre à partir
duquel elle rayonne. Le centre particulier et relatif de l’homme sur la voie
initiatique correspond à ce fameux centre universel qui contient toutes les
modalités de l’existence.
Au point de vue métaphysique, il y a superposition et interpénétration des
différents mondes et univers. Le centre ontologique qui est le fameux point
de départ de l’univers manifesté correspond au centre macrocosmique qui
lui-même correspond au centre microcosmique, en correspondance avec le
centre de l’homme. La découverte de son propre centre est l’une des taches
mystérieuses et gratifiantes de l’initié sur la voie. La connaissance de soi, et le
passage progressif du moi au soi fut l’une des taches prioritaires des deux
premiers grades. Il faut désormais découvrir ce fameux centre relatif à soi qui
va permettre de se mettre en relation avec la totalité du monde manifesté.
Cette démarche provoque non pas un oubli de soi, mais replace l’être de chair
et de sang que nous sommes dans le grand ensemble qui nous porte.
L’interconnexion des centres ou leurs correspondances sont un enjeu
véritable qui feront du maître, un initié accompli dans sa quête. Le véhicule,
le vecteur ascensionnel qui fera le lien entre les différents centres sera celui
de l’esprit.
Ce centre est le réceptacle de la fameuse lumière illuminatrice de la franc-
maçonnerie, le centre ouvert à la lumière spirituelle, c’est tout l’être qui
s’illumine.
Au plan pratique voir la lumière revient à recevoir au cœur de soi, synonyme
de centre, l’influence de l’esprit universel appelé aussi Principe. En dernier
ressort, c’est le corps qui transporte tout cela dans l’espace et dans le temps
jusqu'à la mort physique. À propos du corps d’Hiram, l’objectif n’est il pas de
le ramener au centre de la loge qui est aussi le temple de Salomon. N’y a-t-il
pas à ce moment concordance des centres micro et macrocosmiques dans la
maison de Dieu ?

L’objet premier de l’exaltation au grade de maître est principalement d’en


faire un homme éveillé, en capacité de voir la lumière, mais surtout de la
recevoir. On souhaite réveiller en lui la parcelle de l’esprit qui y réside, que
certains appellent la parcelle divine. Cette opération est l’objet même du
rituel d’exaltation à la maîtrise, qui opère un retournement du moi restreint
vers le soi global. Il y a changement de repère qui est la conséquence même
de rituel.

Le sommeil de l’esprit se comprend par l’absorption des facultés et des


énergies de l’homme à faire face à ses obligations contingentes, à sa survie, à
ses pulsions, à ses besoins, à sa part animale, à son angoisse existentielle. La
réalité du vivant ne correspond pas toujours à ce que nous percevons, notre
regard est préoccupé et pollué par la nécessaire survie et le paraître social.
Submergé par les besoins de son corps et par l’image qu’il veut projeter dans
la société, l’homme plonge dans une matérialité qui l’enchaîne. Sa pseudo-
libération apparaît comme l’amélioration de ses conditions et conforts
d’existence. C’est la version matérielle et philosophiquement éclairée d’une
pratique maçonnique qui peu s’exercer ainsi, mais qui donne du progrès de
l’homme et de sa perfection une perspective morte, car récurrente dans son
matérialisme. Le progrès dans la condition de l’homme n’est pas que social et
matériel, il peut être aussi spirituel par un niveau de conscience et d’éveil
élevé. Cette spiritualisation de l’initié s’envisage comme une prise de
conscience progressive ou subite, insérée dans la vie réelle et non point
imaginaire ; c’est ce qu’on appelle la réalisation spirituelle. L’esprit
interpénètre la réalité en la relativisant dans une échelle graduelle des
mondes.

Seul un processus initiatique peut aboutir au réveil de l’esprit au milieu des


décombres métalliques et osseux. Le futur maître est rituellement en
retournement de situation.
On comprend mieux le sacrifice d’Hiram pour qui la mort n’est pas un
problème, car ritualisée[1] par l’usage sacrificiel des outils.
Sa mort ne fait pas disparaître l’esprit qui illumine son centre. Cet esprit
retourne d’où il est venu, soit le centre universel. L’intéressé le sait, ce qui
explique son détachement de l’aspect formel de la vie bien qu’il soit
l’architecte de l’initiation matérielle. Il est arrivé au sommet de l’art royal et
par son éveil total, connait le secret qui fait qu’une partie de lui-même
survivra à sa mort.
Ce secret intransmissible par nature, car dépendant de son propre éveil est
d’abord une vision d’une totalité à laquelle il est assimilé quelque soit son
état corporel. Qu’il soit vivant ou mort, représenté par un corps rempli
d’énergie animé par son âme, ou en état de putréfaction, il y a longtemps
qu’Hiram a pris conscience de son appartenance, et donc de sa destination.
Aucun des outils dévoyés de leurs bons usages ne peut atteindre l’esprit.
L’esprit est donc hors de portée de la matérialité et des outils opératifs qui
opèrent le sacrifice[2].

L’esprit est impérissable et n’est pas susceptible de possession ou


d’appropriation. C’est pour cela que les mots de maître n’ont pas été transmis
aux mauvais compagnons, ils n’étaient pas prêts pour l’éveil et Hiram n’avais
rien à leur donner qu’ils puissent percevoir ou recevoir. En fait, la
prononciation du mot leur était impossible, car ils n’étaient pas aptes à
l’entendre, leurs états de conscience étaient insuffisamment avancés ; ils sont
restés au stade du moi différencié sans atteindre le soi universaliste.
Le meurtre non plus n’était pas le fait d’une rencontre malheureuse. Leur
présence à cet apparent guet-apens permet le passage d’Hiram par la porte
étroite, celle qui donne accès à l’esprit principe.
Ce qui est transmis, c’est la découverte en soi du réveil possible d’un
récepteur de l’esprit. Encore faut-il être prêt. L’activation de cette lumière
dans le corps de l’homme n’est pas le fait d’une transmission matérielle, mais
d’une ouverture de soi.
Il ne s’agit pas d’obéir à un mot d’ordre (précédemment perdu), car il n’y a
pas de dogme à suivre en franc-maçonnerie.
L’effort vient de soi et consiste à une mise en relation entre l’être et le tout.
Ceci se traduit par une conscience totale de soi.
Ce tout fait problème pour un Occidental qui a pour habitude de penser à lui
pour lui et par lui. Cette pensée concentrée est orientée par la dynamique des
forces qui animent le corps ou la pensée productive. Il conçoit difficilement
son appartenance à un grand ensemble dans lequel il n’est rien et tout à la
fois. Cette image est insoluble dans une pensée cartésienne ou humaniste, elle
prend sa valeur dans le vaste ensemble principiel et métaphysique qui
outrepasse nos raisonnements. Ce lien entre le tout est le rien revient à
disséquer l’homme dans sa constitution traditionnelle.

Le corps, l’âme et l’esprit ainsi égrènent la tripartition traditionnelle de


l’homme.
Le corps est vivant, ce n’est pas un amas de chair sans forme. C’est une
structure à la fois matérielle et vivante. C’est avant tout une masse de
substance qui plutôt que d’être une masse informe provenant du monde
minéral auquel il retournera par le jeu de la décomposition, s’est structurée
sous l’influence d’énergie dont la fonction première est de lutter pour que ce
corps ne redevienne poussière. C’est cet ensemble de forces énergétiques qui
confère au corps son organisation et sa vie.
Cette énergie anime les cellules et rend un corps vivant, dressé sur terre en
lutte permanente contre la pesanteur. C’est cette même énergie du vivant qui
dresse et fait croître les végétaux en direction du soleil.
Ce qui différencie la plante de l’animal et de l’homme c’est le niveau de
conscience. Cette conscience recoupe les sentiments, les désirs et les
instincts. C’est aussi ce qu’on appelle traditionnellement l’âme. C’est le
souffle intérieur qui fait l’homme animé. Cette âme–souffle reste attachée à
l’individu, et suggère en la reflétant une dimension supérieure. Elle prépare
le chemin qui va du moi vers le soi. C’est la conscience de l’âme qui ouvre le
chemin du questionnement.
L’âme va préparer l’attente de l’esprit dont elle n’est qu’un reflet relatif. Le
corps de l’homme se déplace et exprime ses sentiments en fonction de ses
expériences et de ses instincts. Son niveau de conscience est confronté au
milieu extérieur souvent hostile avec lequel il doit composer, mais il est aussi
confronté à lui-même. Face à lui-même, il peut dessiner ses propres contours.
Au-delà de ces contours, domine l’esprit qui bien que concevable par l’homme
ne se limite pas à lui en temps que moi différencié. L’esprit n’est pas la
production du cerveau de l’homme, ni de sa condition. Si le cerveau n’est que
le récepteur de l’influence spirituelle, c’est l’esprit qui élève l’homme au-
dessus de sa condition animale et de la nécessité. L'esprit autorise les
aspirations et la volonté créatrice. Il donne la dimension individuelle à
l’homme en le différenciant de son voisin, tout le reliant à une dimension
véritablement supérieure à sa condition, probablement de nature divine.
Éveiller le maître rituellement c’est réveiller cette aptitude à se relier à
l’esprit. C’est donc réveiller la parcelle divine qui est en lui et qui permet
cette vision.
La légende d’Hiram peut s’interpréter et s’expliquer de multiples façons à
plusieurs niveaux, mais il nous semble qu’elle met en avant une continuité de
la vie après la mort.
Nous sommes bien ici dans la résolution de la problématique de l’angoisse
existentielle dont la seule véritable obsession est la mort. Cette obsession
masque le vrai sens de la légende d’Hiram qui en vérité organise la prise de
conscience de l’impérissabilité de l’esprit. Ce dernier tel une lumière venue
d’un centre ontologique, vient inonder notre être. C’est ainsi que le
retournement et le relèvement produit ses fruits : le corps devient lumière et
vision totale, car relié aux dimensions supérieures.
L’initiation maçonnique donne des outils subtils pour faire face à cet ultime
passage. L’esprit est impérissable, il nous vient d’en haut et nous habite
jusqu'à notre mort ou il rejoint son point de départ qui n’est autre que ce
fameux centre des centres. Quelque part son atemporalité nous donne une
perspective d’immortalité pour d’une part profonde de nous qui est aussi la
plus précieuse.
La rituellie maçonnique marque cette ouverture du corps pour recevoir
l’esprit lorsque le VM à l’aide de son épée flamboyante ouvre la fontanelle du
crâne du nouveau maître. Cette ouverture permet d’activer les récepteurs
sommeillant à une lumière venue d’en haut. Tout ceci est symbolique, mais
pas inopérant. L’épée flamboyante n’est autre que l’expression du rayon de
lumière provenant de ce centre. La fontanelle un chakra bien connu, et le
retournement succède à l’entrée rituelique en marche arrière.
L’établissement du tableau de loge au non de ce principe du retournement
voudrait que la tête d’Hiram soit à l’Ouest et les pieds à l’Est. Bref tout doit
être rituellement fait pour que la signification haute du rituel soit cohérente
pour faire entrer la lumière et révéler l’esprit.

L’esprit comme Dieu d’ailleurs, n’existe dans la perception de l’homme que si


ce dernier l’accepte. C’est ici que se situe la limite de la transmission : la
volonté de recevoir et de concevoir.
C’est pour cette raison que dans les rituels maçonniques on demande à
chaque fois si le candidat à un passage de grade veut connaître et recevoir les
mystères du grade suivant.
Cette volonté réceptive dans la démarche est une condition préalable pour
concevoir la dimension spirituelle, seule dimension qui rende l’homme libre à
lui-même et à ses conditionnements sans l’assujettir à un dogme.
E.°.R.°.

[1] Instrumentalisée de manière contre-initiatique par le mauvais usage des


outils ?
[2] Seule la planche à tracer serait apte à démontrer la toute-puissance du
rayonnement de l’esprit par son principe. C’est la géométrie sacrée déjà
connue du compagnon qui permet d’établir la puissance ontologique de
l’esprit par le point initial et son rayonnement (rayon) puis le cercle tracé
(manifestation). La duplication du point original par lui-même donnera un
deuxième cercle. À partir de ces deux figures reliées on établira
naturellement toutes les figures qui seront l’expression du nombre d’Or et de
Pi, soit les deux nombres considérés comme sacrés, car d’origine non
humaine.

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 Blog : Le blog de ecossaisdesaintjean

 Description : Site de publication et de recherche en franc maçonnerie.


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le Rite ecossais Primitif et son symbolisme y sont décrit. Le blog est
ouvert, les planches de différents rites sont acceptés
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et les planches sur les thèmes des symboles , des mythes et de la tradition,
véritables bases de toutes démarches initiatiques. Le franc-maçon éclairé en
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Pages
 La R.:L.: Les Ecossais de Saint Jean
 Les loges régimentaires et le Rite Ecossais Primitif
 Les ordonnances de la cathédrale d'YORK 1370
 Les précurseurs de la franc-maçonnerie par Gustave BORD
 Les statuts opératifs de Ratisbonne en 1498
 Manuscrit "Le COOKE" vers 1410
 Premier texte de référence Le Regius de 1390
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