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La Génération des minéraux métalliques, dans

la pratique des mineurs du moyen âge,


d'après le BERGBÜCHLEIN
par M. A. DAUBRÉE, Membre de l'Institut.

Extrait du Journal des Savants - Juin-Juillet 1890.

Ce n'est pas seulement dans le domaine des phénomènes de la vie que se sont produites de bizarres
fantaisies de l'imagination. Quelque inertes qu'ils soient, les corps bruts en offrent dans leur histoire
des exemples particulièrement surprenants. Les vertus extraordinaires qui, pendant tant de siècles,
ont été attribuées à certaines pierres témoignent d'une manière frappante de cette tendance au
merveilleux. Cette même tendance se manifeste encore , sous un autre aspect, par la manière dont
ona tenté d'expliquer la formation des principaux minéraux dans le sein de la terre.

On sait que l'astrologie, dès une antiquité reculée, a compris dans son ressort tout ce qui se passe à
la surface de la terre. Mais elle ne s'est pas limitée au monde extérieur. L'action du soleil et des
planètes était supposée intervenir jusqu'aux profondeurs sombres et inaccessibles du globe et devait
y présider à la formation des minéraux, particulièrement à celle des minéraux métalliques. Bien
qu'enfantées par la pure fantaisie, ces assertions furent soumises à des raisonnements et
coordonnées en système.

Ce qui paraîtra encore plus surprenant, c'est que toute cette fantasmagorie ne soit pas restée dans la
sphère de la spéculation ou de superstitions traditionnelles. Elle parvint à acquérir assez de force et
de crédit pour se faire adopter par les mineurs eux-mêmes. Tout positifs qu'ils étaient, ces praticiens
croyaient devoir y recourir, comme à un guide infaillible et indispensable, pour les opérations qui
leur servaient à exploiter les filons métalliques.

Une conviction si ferme ne semblerait pas croyable aujourd'hui, si nous n'en trouvions des preuves
formelles dans un petit livre publié dès l'origine de l'imprimerie et devenu d'une extrême rareté.
Dans cet ouvrage , la doctrine se trouve dogmatiquement exposée , sous la forme d'un dialogue
entre un savant connaisseur de mines et un apprenti mi neur, et, pour mieux préciser son
enseignement qu'il qualifle d'émi nemment utile , l'auteur a illustré le texte de cet opuscule de
figures représentant les effluves indicateurs des filons métalliques.

Il est intéressant, non seulement pour l'histoire de l'art des mines, mais aussi au point de vue de la
psychologie, de connaître la singulière croyance dont les gîtes minéraux ont été ]ongtemps l'objet,
même dans le domaine de la pratique. Tel est l'objet de cet article.

Qualités occultes attribuées à certaines pierres.

Rien peut-ètre ne témoigne plus hautement de la crédulité humaine et de sa tendance au merveilleux


que ces vertus diverses, la plupart bienfaisantes, qui étaient attribuées à certaines pierres, surtout
aux pierres précieuses. Les qualités physiques de ces dernières, ainsi que leur rareté , les ont fait
pendant bien longtemps regarder comme possédant des influences surnaturelles. Cependant
l'expérience de chaque jour aurait dû, semble-t-il, obliger bientôt à reconnaître combien de telles
croyances étaient erronées.
Il n'est guère de traité ancien relatif aux pierres où, à côté d'indications vagues sur leurs caractères
extérieurs, telles qu'on pouvait les donner alors, ne figure une énumération des vertus occultes de
beaucoup d'entre elles. Les iivres de medecine , de pharmacie et d'alchimie temoignent aussi de ces
superstitions singulières. Tel est, entre autres , l'un des poèmes d'Orphée relatif aux pierres.

L'ambre ou succin était connu dès une antiquité très reculée, ainsi qu'il résulte de nombreux textes
et de la découverte de cette substance sous forme de bijoux. Le pouvoir remarquable qu'elle possède
d'attirer à elle les corps légers était bien de nature à entretenir dans ]es esprits ]'idée d'une sorte
d'action vitale ou même , selon certains philosophes , d'une âme résidant dans les minéraux.

Il en était de même de la pierre d'aimant, dont la force attractive n'avait pas. non plus. échappé à
l'attention des anciens.

Nos aïeux du moyen âge adoptaient ces légendes bizarres, qui leur avaient vraisemblablement été
transmises par l'intermédiaire des Arabes.

Un des écrits qui ont le plus contribué à les répendre en Occident est le poème que Marbode,
évéque de Rennes, écrivit sur cette matière au commencement du XIIè siècle.

Jusqu'à une époque assez rapprochée de nous, l'attribution aux pierres de vertus secrètes et
mystérieuses a continué à trouver crédit. Il serait trop long et sans grand intérêt de les reproduire. Je
me bornerai à deux exemples remontant seulement au XVIIè siècle.

Voici ce qu'écrivait en 1644 Boèce de Boot, médecin de l'empereur Rodolphe II : « Un


gentilhomme de ma connaissance, en portant au bras une pierre néphrétique , jette une si grande
quantité de sable , que, craignant qu'une si grande éruption ne lui nuise, il la pose quelquefois et ne
jette plus de sable; mais, lorsque la douleur le presse, il la reprend derechef et instantanément il est
déliviré. » «Quant à l'émeraude, dit Robert de Berquen en 1669, elle conserve la chasteté et
découvre l'adultère, ne pouvant du tout souffrir l'impudicité, autrement qu'elle se rompt de soi-
même en pièces, ainsi que le fait entendre Agricola ... Elle rend les personnes agréables, éloquentes
et discrètes. »

Bien des gens admettaient qu'à l'instar de l'aimant, qui sent le fer et l'attire ou va à lui, les pierres
étaient susceptibles de sentiments.

D'autres faisaient intervenir une action surhumaine. « Personne n'attribuera ces facultés à la pierre
elle-même, ajoute Boèce de Boot, mais aux esprits auxquels Dieu a commis et permis d'exercer ces
facultés.

Peut-être la substance de ces pierres précieuses , à cause de leur beauté , de leur splendeur, de leur
dignité, est-elle propre pour être le siège et le réceptacle des esprits bons, tout aussi bien que le
réceptacle des mauvais sont les lieux puants, horribles et solitaires. » Aujourd'hui les préjugés sur
les vertus des pierres ne sont pas tout à fait effacés ; ils persistent encore dans certains pays de
l'Europe , par exemple relativement à l'opale.

La supposition que la divinité pouvait résider dans une pierre se rattache à une vénération qui
remonte à une haute antiquité. C'est une forme de culte primitivement très répandue,
particulièrement en Asie.

Parmi les pierres vénérées, celles qu'on avait vues tomberdu ciel, les météorites, paraissent avoir
occupé une place à part. Telle était la masse recueillie à Pessinonte , en Phrygie , qui devint l'objet
d'un culte sous le nom de Cybèle ou de Mère des dieux et qui fut transportée, en 204 avant notre
ère, à Rome, au temple de la Victoire, avec la plus grande pompe, suivie d'un cortège brillant de
dames romaines. Telle était aussi la pierre d'Emèse, en Syrie, qu'on y adorait comme l'image du
dieu du soleii et que lempereur Elagabale fit egalement transférer à Rome. Traînée sur un char
magnifique, elle fut amenée dans un temple élevé en son honneur sur le mont Palatin, qui fut
consacré dès lors au culte du Soleil.

Au revers de diverses monnaies d'Elagabale est représentée une pierre de forme conique et poirtée
par un quadrige. Cette figure est, sans aucun doute, la reproduction de la pierre d'origine céleste à
laquelle Élagabale avait rendu de si grands honneurs en sa qualité de grand prêtre du Soleil. La
vénération dont on entourait les masses dont l'origine extra-terrestre avait été reconnue est attestée
par le revers de bien d'autres médailles antiques et à l'effigie de divers empereurs.

La pierre noire de la mosquée de la Mecque nous montre encore aujourd'hui l'exemple d'un culte
semblable.

Circonstances dans lesquelles les pierres sont supposées avoir mûri et acquis leur état actuel.

Les anciens avaient bien remarqué que certaines pierres continuent à se former journellement.
Telles sont notamment les stalactites des cavernes qui avaient fort attiré leur attention. La pierre
calcaire avec laquelle Rome est construite, le travertin, continue à se déposer avec lenteur, à mesure
que l'eau de la rivière perd l'acide carbonique qu'elle tenait en dissolution. L'auteur du Digeste
pouvait avoir en vue ce dernier phénomène , lorsque (livre III , titre V, loi 18), parmi les
dispositions relatives à la propriété, il prévoyait le cas de carrières telles que la pierre s'y régénère.

Mais ces dépôts contemporains des continents, généralement restreints à leur épiderme, constituent
des cas exceptionnels et sont en général peu étendus ; l'ensemble des roches remonte à des époques
bien antérieures à l'histoire. Leur formation et celle des minéraux qui leur sont associés ont plus
d'une fois excité la curiosité des naturalistes et des penseurs, sans qu'elle ait obtenu une réponse
rationnelle. Avant que l'observation fît conaître la constitution de l'écorce terrestre et surtout avant
que la chimie eût éclairé la nature des minéraux, on devait se borner, en ce qui concerne l'origine
des pierres, à des conjectures parfois aussi extravagantes que celles qui précèdent. Rien n'en pouvait
préserver les esprits les plus judicieux eux-mêmes.

Sans remonter bien haut dans le passé, c'est, par exemple, ce que nous montre Bernard Palissy, qui,
avec un jugement si juste, avait pénétré des faits fondamentaux de l'histoire du globe méconnus
jusqu'à lui : « Dieu ne créa pas toutes ces choses pour les laisser oisives ... Les astres et les planètes
ne sont pas oisifs; la mer se pourmène d'un côté et d'autre ... ; la terre semblablement n'est jamais
oisive. . . Ce qui se consomme naturellement en elle, elle le renouvelle et le reforme derechef; si ce
n'est en une sorte, elle le refait en une autre ... Tout, ainsi que l'extérieur de la terre, se travaille pour
enfanter quelque chos; pareillement le dedans et matrice de la terre se travaille aussi à produire. »
Un siècle plus tard on continuait à penser que la nature n'est jamais oisive, qu'elle produit sans cesse
et perfectionne ce qu'elle produit.

Quant aux procédés qui président à ces transformations, ils ne peuvent avoir, on le suppose bien, été
indiqués que d'une manière très erronée ou dans des termes fort vagues. Les explications se
rattachent en général à celles qu'on trouve chez les Arabes, et en particulier au XIIIè siècle, dans le
Jivre de Teifaschi.

La terre et l'eau amenée à l'état d'exhalaisons fumeuses ou vaporeuses, ou à l'état d'exhalaisons


sèches, forment, les premières, les substances fusibles . et les métaux , tandis que les secondes
produisent les pierres, conformément à l'idée d'Aristote. La chaleur et le froid, la sécheresse et
l'humidité interviennent. On a aussi supposé que la chaleur solaire intervient et que la production
des pierres précieuses exige l'eau et le feu. La croyance qu'on avait dans la transmutation des
éléments aidait beaucoup à toutes ces hypothèses : « Le rubis, en particulier, prend naissance peu à
peu dans la minière; premièrement il est blanc, et, en mûrissant , il contracte graduellement sa
rougeur; d'où vient qu'il s'en trouve d'aucuns qui sont tout à fait blancs, d'autres moitié blancs et
moitié rouges ... Comme l'enfant se nourrit du sang dans le ventre de sa mère, ainsi le rubis se forme
et se nourrit. »

De telles idées étaient de nature à stimuler vivement les efforts des alchimistes pour arriver à la
pierre philosophale ; c'est ce qui est éloquemment exprimé dans les lignes suivantes : « Ce que la
nature a fait dans le commencement , disaient-ils , nous pouvons le faire également, en remontant
au procédé qu'elle a suivi. Ce qu'elle fait peut-être encore à l'aide des siècles, dans ses solitudes
souterraines, nous pouvons le luifaire achever en un seul instant, en l'aidant et en la mettant dans
des circonstances meilleures. Comme nous faisons le pain, de même nous pourrons faire les
métaux. Sans nous, la moisson ne mûrirait pas dans les champs; le blé ne s'échapperait pas en farine
sous nos meules, ni la farine en pain, par le brassage et la cuisson. Concertons-nous donc avec la
nature pour l'oeuvre minérale, aussi bien que pour l'oeuvre agricole, et les trésors s'ouvriront devant
nous.

Parmi les influences éminemment actives auxquelles était attribuée la génération des minéraux et
des métaux, celle des astres, pendant tant de siècles objet de crédulité, mérite une attention spéciale.

Toutes les civilisations, à une certaine époque de leur existence, ont passé par la phase de
l'astrologie, c'est-à-dire par des croyances à l'inter vention des astres dans tout ce qui se passe à la
surface du globe et en particulier dans les actions des hommes. Cette croyance se présente partout,
en Egypte, en Chaldée, en Grèce, à Rome, chez les Arabes et, après eux, chez les Européens de la
Renaissance. L'astrologie paraît même encore exercer actuellement un pouvoir en divers pays,
l'Inde, la Perse, le Thibet, la Chine et le Japon.

Doctrine de la génération des métaux, sous l'influence des astres, admise par les mineurs
praticiens, d'après le BERGBUECHLEIN.

Ayant autrefois trouvé à Strasbourg un exemplaire de ce petit livre imprimé en 15o5 à Augsbourg et
n'en ayant jamais vu d'autres, je m'adressai à un savant versé dans tout ce qui concerne l'art du
mineur et, en même temps. d'une obligeance sans bornes, à mon ami von Dechen, avec prière de me
renseigner à ce sujet. M. von Dechen ne connaissait aucunement cet ouvrage; les personnes
compétentes qu'il consulta ne le connaissaient pas davantage. Un avis inséré par lui dans un journal
allemand très répandu parmi les ingénieurs des mines, pour demander des renseignements, resta
sans réponse. Cependant M. Schaar schmidt, professeur à l'université de Bonn, lui apprit qu'il avait
vu ce livre cité dans d'anciens ouvrages. Ayant enfin rencontré le Bergbuechlein, mais d'une édition
moins ancienne que celui dont il s'agit, M. von Dechen le trouva assez digne d'intérêt pour en faire
l'objet d'une publi cation portant le titre : Das älteste deutsche Bergwerkbuch. C'est en effet la plus
ancienne publication en langue allemande sur ce sujet. Georges Agricola, dans l'avant-propos de
son célèbre ouvrage De re metallica, nous fait connaître l'auteur du Bergbuechlein, qui était resté
anonyme et qu'il désigne sous le nom de Calbus Fribergius; le nom allemand peut avoir été Calb ou
Calbe. Calbus n'était pas mineur lui-même , mais médecin distingué, non ignobilis medicus, comme
dit Agricola. Vivant à Freyberg parmi les plus habiles mineurs de la Saxe (Bergmeister,
Geschworene, etc. ) , il s'en assimila le savoir, et il le reproduisit, ainsi que les opinions des « sages
», c'est-à-dire des savants ou alchimistes. L'auteur paraît lui-mème avoir été un copropriétaire ou
actionnaire de mine, à en juger par la manière précise dont il définit la division des actions ou parts
de mine (Kuxe).

Le Bergbuechlein a aussi le mérite d'avoir servi de précurseur à cet ouvrage classique d'Agricola , le
fondateur de la science des mines et de la métallurgie pratique, qu'on a appelé le Pline de la Saxe.
Non plus que Calbus, Agricola n'exerçait l'état de mineur : comme son devancier. il était médecin,
et résidait à Joachimsthal, l'une des principales villes minières de la Saxe, pays exceptionnellement
renommé dès cette époque pour l'industrie des mines. Comme Calbe à Freyberg , il eut l'occasion
d'acquérir des connaissances techniques approfondies, surtout avec l'aide de son ami Bermann,
auquel il a rendu hommage dans sa première publication. Après avoir fait ses études à Wittenberg et
en Italie, il avait acquis une érudition extrêmement étendue à en juger par la manière dont il cite les
auteurs latins, grecs et autres. Les alchimistes arabes lui étaient aussi bien connus.

Publié il y a plus de quatre siècles, le Bergbuechlein est écrit dans l'ancienne langue allemande
(Hoch Deutsch). Il est souvent difficile à comprendre : beaucoup de passages en sont réellement
obscurs, ainsi qu'Agricola le reconnaissait déjà (liber admodum confusus), et amphigouriques.
D'aillenrs les fautes d'impression y abondent.

Grâce à la très obligeante collaboration du docteur Gurlt, ingénieur des mines à Coblentz , j'en
possède une traduction aussi littérale que possible. Je vais la donner à peu près ci-dessous, après y
avoir fait diverses retouches, mais en conservant toutefois bien des phrases peu compréhensibles ou
fort incorrectes. Malgré ces défectuosités, on accueillera, je l'espère. avec bienveillance, l'exposé
d'une doctrine intéressante, qui n'a pas encore été publiée en langue francaise et qui est exposée
avec une conviction et une naïveté surprenantes ; un résumé ou quelques extraits seraient
insuffisants pour l'apprécier.

Suite de l'article de A. Daubrée :

L'exemplaire dont il vient d'être question est le plus ancien que l'on connaisse. Il paraît, d'après
l'enquête faite par M. von Dechen , qu'il n'en existe pas d'autre (C'est sans succès que M. Zapf,
conseiller intime à Augsbourg, en a recherché un exemplaire de 1778 à 1791.). Toutefois il a été
signalé des éditions postérieures du Bergbüchlein, en date des années 1512, 1518, 1527, 1534 et
1539, imprimées à Augsbourg, Worms et Erfurt ; l'ouvrage, tout amphigourique qu'il était, trouvait
donc bien des acquéreurs. Notre Bibliothèque nationale en possède un exemplaire sans date, en 24
pages, probablement du XVIe siècle. Cette édition est , à très peu près , la reproduction de celle de
1505 , sauf quelques variantes dans les figures : sur l'une d'elles, les rayons du soleil sont
représentés par des séries de lignes doubles faisant des angles très aigus ou pointes, dirigées vers la
terre.

Observations.

C'est ainsi qu'une coopération de la terre et du ciel était supposée présider à la naissance des
minerais métalliques dans les filons.

Pour cette croissance, il faut un élément géniteur et une chose soumise, ou matière assujettie , qui
soit capable de percevoir l'action génératrice.

D'une part, le géniteur général est le firmament, avec son mouvement, particulièrement le soleil et
les sept planètes.
D'autre part, la terre fournit des émanations , de l'humidité, du soufre et du mercure, qui s'unissent
sous l'action des planètes pour former un minerai. Dans cette union, le soufre se comporte comme la
semence mâle, le père ou l'esprit, et le mercure comme la semence femelle ou la mère, lors de la
conception d'un enfant.

Chaque sorte de minerai métallique correspond à une influence spéciale de sa planète particulière
(Le minerai n'est pas un corps simple ; il se compose de deux substances qui sont, respectivement,
de la nature du soufre et du mercure ordinaires isolés, mais qui néanmoins ne sont pas identiques à
ces éléments et qui peuvent d'ailleurs varier en humeur et en pureté.).

Néanmoins cette action simultanée ne suffit pas pour permettre à la génération de s'accomplir. Il
faut, en outre, un réceptacle naturel, bien approprié et comparable à l'utérus chez les animaux. Tels
sont les filons, verticaux et autres, pour servir de passage aisé à l'agent minéralisateur. La situation
des réceptacles par rapport aux positions des astres, c'est-à dire leur orientation, importe beaucoup
pour donner tel ou tel minerai.

Ces croyances des mineurs représentent, on le voit, une association d'idées de deux ordres
absolument distincts : celles de leurs observations journalières et de leurs connaissances pratiques
avec les doctrines antiques des alchimistes.

La différence dans la nature des minerais, suivant les diverses directions des filons, telle que la
faisaient reconnaître si clairement les exploitations de la Saxe , notamment celles de Freyberg , était
de nature à confirmer cette confiance dans une intervention des astres sur les générations
métalliques.

Dans le Bergbüchlein, reflet fidèle de ces idées, la doctrine est exposée sous une forme
essentiellement affirmative, tout comme s'il s'agissait de théorèmes de géométrie. Dans un exposé
extrêmement court, d'environ 21 pages de petit format, à côté de la description de l'instrument
essentiel , la boussole, la place tout à fait prédominante est accordée à l'influence génératrice des
astres. La connaissance de cette action, quelque mystérieuse et vague qu'elle soit, est supposée non
moins indispensable que la notion de la boussole à celui qui exploite les mines métalliques.

Comme pour éclaircir et mieux fixer le phénomène dans l'esprit, une série de figures représente les
effluves, partant de la planète , ainsi que les émanations exhalées du sol et désignées sous les noms
d'efforescences et brumes de la montagne (Witterung und Nebel des Bergs).

Les Babyloniens, on le sait, croyaient déjà que les planètes ont une influence sur toutes les créatures
et sur tous les objets répandus à la surface de la terre. C'est à eux également que paraît remonter
l'attribution respective aux sept planètes des sept métaux qu'ils connaissaient : les correspondances
rappelant la ressemblance de la teinte de la lumière des uns avec la couleur des autres. Cela résulte
des écrits de Proclus au Vè siècle, dans son commentaire sur le Timée et de ceux d'Olympiodore au
VIè siècle, c'est-à-dire à une époque bien postérieure à celle où florissait l'école astrologique des
Babyloniens. Un savant russe, M. Chwolsohn, a publié en allemand un ouvrage remarquable qui
confirme le fait. Plus tard, ces idées, après avoir passé par l'Égypte , furent transmises aux Grecs , et
de nouveaux noms, traductions des précédents, furent substitués par les astrologues et les
philosophes néo-platoniciens aux noms orientaux qui servaient à désigner les planètes respectives.

Apportées à Constantinople, les notions dont il s'agit furent transmises aux Arabes vers les VIIè et
VIIIè siècles, à l'époque de Geber. Enfin les Arabes de Syrie et d'Espagne les enseignèrent dans
l'occident.
Leonardi de Pise, nommé aussi Fibonacci, après avoir voyagé au XIIè siècle parmi les Arabes de la
Barbarie , en rapporta leurs connaissances. Il ne leur emprunta pas seulement l'usage des chiffres
que nous nommons arabes et qu'il introduisit en Italie. On lui doit aussi un livre intitulé Camilli
Leonardi, cui accessit septem metallorum ac septem selectorum lapidum ad planetas(Paris 1610,
in-8° . Bibliothèque nationale.) ou se trouvent les doctrines qui avaient cours alors et le germe des
idées du Bergbüchlein.

Après avoir rappelé dans l'introduction les couleurs des sept planètes, il dit dans le chapitre premier
intitulé De septem lapidibus planetarus (Ouvrage précité, p 255) : « L'Arabe Balemis, dissertant
dans son traité d'archéologie (livre II, chapitre VIII) par quelle manière les astres peuvent aussi
produire une force active sous la terre, s'efforce de prouver que les métaux et les pierres ne peuvent
se développer (vegetare), à moins qu'une force coulante (vis fluxiva), dont le vrai nom est seilen, ne
leur soit accordée par une planète spéciale. C'est pourquoi il affirme qu'on ne peut attribuer aux
planètes que les sept pierres d'élite (selectissimi) et les sept métaux, et que telle est la sympathie des
uns pour les autres qu'une fois placés ensemble, et toutes précautions prises, ils peuvent produire
des effets admirables (Adeo ut, simul positis et omnibus bene observatis, effectus mirabiles pro
ducere valent).

Suit une figure expliquant cette correspondance : turquoise et plomb ; émeraude et fer ; améthyste et
cuivre ; cristal de roche et argent ; aimant et vif-argent ; diamant ou saphir et or ; carniole et étain.

Dans le chapitre V, De sympathia metallorum ad planetas, le texte latin peut se traduire à peu près
ainsi : « Il a été dit et démontré par quelle manière les métaux et les pierres sont mutuellement liés
(in causa generativa et productiva ad invicem ) ; il reste à considérer pourquoi tel métal convient à
une planète plutôt qu'à une autre et pourquoi telle pierre est consacrée (dicatur) à telle planète. . .
Nous avons démontré que les pierres et les métaux dérivent de la même matière (etiam aequalem
materiam lapidibus et metallis exstare). »

Le chapitre VII est consacré aux qualités planétaires.

Les rêveries astrologiques relatives à la naissance des métaux ont persisté postérieurement à ces
siècles du moyen âge.

Ce n'est pas toutefois qu'il n'y ait eu des protestations isolées contre de telles assertions.

A l'époque même où s'imprimait le Bergbüchlein, Léonard de Vinci crut devoir combattre les idées
astrologiques comme une erreur assez répandue ; on le voit dans les passages suivants de ses
manuscrits, qui concernent l'état ancien de la terre et les témoignages de l'intervention de la mer
dans la formation des continents : « Et si tu veux dire que les coquilles sont produites par la nature
moyennant les constellations, par quelle voie montreras-tu que les constellations font les coquilles
de diverses grandeurs et de diverses espèces en un même endroit (Charles Ravaisson-Mollien, Les
manuscrits de Léonard de Vinci. Manuscrit F, fol. 8o V') ». « Si elles étaient dues aux étoiles, il s'en
reproduirait encore aujourd'hui en quelque lieu , et je te défie de m'indiquer sur la terre un point où
ce travail de formation s'accomplisse. Et d'ailleurs comment expliqueras-tu par des influences
sidérales la présence, à diverses hauteurs, des bancs de graviers où l'on distingue des cailloux qui
n'ont pu être arrondis qu'à l'aide du mouvement des eaux? Et comment expliqueras-tu par les astres
le grand nombre de feuilles fixées dans les pierres sur le haut des montagnes? Et l'algue, herbe
marine entremêlée de coquilles et de sable, le tout pétrifié dans la même masse, avec des écrevisses
de mer morcelées et mélangées à ces coquilles ? Pour moi , il m'est impossible de ne pas y voir une
preuve du séjour des eaux en ces lieux (Venturi, Les manuscrits de Léonard de Vinci, p. 12 et 13). »
Palissy, sans avoir connaissance de ces lumineuses indications , arrivait de même, soixante ans plus
tard, par l'examen du sol de son pays, à reconnaître la signification des animaux fossiles.

Quarante années après la publication du Bergbüchlein, Agricola aussi se montrait tout à fait
réfractaire aux doctrines astrologiques de ce livre. Dans son ouvrage intitulé De ortu et causis
subterraneorum, publié en 1544 et au 5em livre, où il traite des métaux et des hypothèses relatives
aux matières métalliques, il ose ridiculiser la doctrine des alchimistes sur le soufre et le mercure,
qu'il qualifie d'impossible. Il réfute aussi assez longuement celle de l'influence des planètes qui, dit-
il, sont seulement au nombre de sept, tandis que les métaux sont beaucoup plus nombreux. Quant à
l'opinion personnelle de ce métallurgiste, « la matière métallique , dit-il , est un mélange de terre et
d'eau qui se fait sous l'influence des eaux souterraines par l'action de la chaleur et du froid,
conformément à l'idée d'Aristote. »

Cependant, malgré ces oppositions, et quelque singulière qu'elle soit, la croyance à l'influence des
planètes, conserva du crédit longtemps encore après l'époque où nous venons de l'étudier.

« Les mouvements du ciel sont la première cause de génération et, de corruption qui se font ici-
bas. . . Selon l'ordonnance de la nature et par la puissance divine, il est de nécessité que les corps
célestes influent sur les choses extérieures. » Telles sont, comme exemple, deux phrases d'un petit
volume imprimé à Metz en 1510 et devenu très rare (Pronostications nouvelles pour l'an 1510.
Bibliothèque de la ville de Metz).

Nous voyons la persistance des anciennes idées , pendant le XVIIè siècle dans un ouvrage bien
connu :

« Il est certain que la génération des métaux et des minéraux, est-il écrit, en 1640, dans la
Restitution de Pluton (Dédié à Monseigneur l'Éminentissime cardinal duc de Richelieu. Gobet, t. I,
p . 381 et 338), par la dame et baronne de Beausoleil, se fait par l'action des corps célestes et de la
matière, d'exhalaisons chaudes et sèches enfermées dans les entrailles de la terre. La matière
s'épaissit, s'endurcit et devient pierre ; et selon la diversité des veines de la terre, des conjonctions
des astres ou planètes et des différents aspects du soleil et des étoiles, et encore des sujets dont les
exhalaisons et vapeurs sont composées, les pierres sont donc de prix ou de nulle valeur, opaques ou
transparentes , claires ou diversement colorées. Ceux qui sont maîtres des mines doivent savoir
l'astronomie pour divers motifs. »

Il n'y a guère plus d'un siècle, en 1753, Lehmann, membre de l'Académie de Berlin et conseiller des
mines de Prusse , croyait encore dans un ouvrage estimé (Traité de la formation des métaux, tome I,
p. 191 Traduction française, 1759), devoir réfuter ces opinions relatives aux influences des planètes.
« Cependant, ajoutait-il, comme on a remarqué que les métaux , surtout l'or, semblent affectionner
le midi , on ne peut en donner, selon moi, de raison plus plausible qu'en disant que le soleil par sa
chaleur échauffe les fentes des montagnes. C'est là le seul corps céleste dont nous ne puissions nier
l'influence , quoique nous ayons des raisons pour la renfermer dans des limites très étroites. »

Vers la fin du XVIIIè siècle, Wallerius, tout en reconnaissant avec justesse que souvent les mines
métalliques et les métaux ne sont pas si âgés que les montagnes qui les renferment, pensait que l'eau
se change en terre , que la terre calcaire , ainsi que la terre fusible et vitrescible , est un produit des
eaux (De origine mundi, 1779, p.92,93 et 123).

Enfin, en 1784, Guyton de Morveau croyait encore à la transmutation de l'argent en or, et Bergmann
lui-même ne repoussait pas tout ce qui se disait à ce sujet.
Que de changements survenus dans la connaissance des gîtes métallifères, en moins d'un siècle,
depuis qu'ils ont été l'objet d'innombrables observations précises et exactes, telles que les exige
aujourd'hui l'art des mines! Habilement coordonnées, ces observations servent de base à des
théories . auxquelles la synthèse expérimentale elle-même est venue apporter son contrôle. Quels
que puissent être les progrès ultérieurs et les transformations de la science, nous possédons dès
aujourd'hui des faits certains, destinés à persister au milieu des changements que le temps apportera
nécessairement à nos connaissances.

Mais , avant l'ère de la géologie positive, il fallait des réponses à tous les problèmes que se posait
l'esprit, alors même qu'on n'avait aucun fondement pour les résoudre, et les hypothèses ainsi sorties
du pur domaine de l'imagination étaient susceptibles d'acquérir un crédit incontesté.

Au point de vue de l'étude de l'esprit humain, il est bien remarquable de voir avec quelle persistance
les erreurs et les illusions les plus bizarres se sont perpétuées ; combien de générations les ont
acceptées comme des vérités.

On voit ainsi combien notre intelligence a besoin d'efforts méthodiques pour s'approcher
graduellement de la vérité.

Traduction en français du BERGBÜCHLEIN


Un petit livre bien ordonné et utile : comment chercher et trouver des mines de
divers minéraux, avec leurs figures, d'après la situation des montagnes ;
joliment exposé, suivi de termes miniers, d'un grand service pour les mineurs
praticiens.
DANIEL, le connaisseur des mines.
LE JEUNE APPRENTI MINEUR.

DANIEL, Le connaisseur des mines (der Bergwerkverständig). Sur ton instante prière et ton désir
longtemps manifesté, j'ai pensé à préparer un petit livre sur les minerais metalliques, tiré des livres
des vieux sages et aussi de l'expérience de mineurs experts, dans lequel tu peux trouver instruction
et connaissance : quelles montagnes, quels filons, failles ou minéraux, par la démonstration de leur
juste nature, sont capabies de générer des minerais métalliques et promettent d'être avantageux à
exploiter ; et il donne connaissance, dans la mesure du possible, de chaque objet rencontré tel que la
capacité des des montagnes, la direction, l'inclinaison et l'affleurement des filons en général, et de
chaque métal en particulier, dans des chapitres séparés en tant que de besoin.

LE JEUNE APPRENTI MINEUR (Knappius der Jung). Ainsi je voudrais bien apprendre de ce
petit livre, d'après les causes. à reconnaitre quelles mines seraient à exploiter avec avantage, pour
que les frais ne soient pas dépensés inutilement, mais plutôt avec profit.

DANIEL. Chaque homme doit bien se servir de sa raison et s'exercer avec diligence et travail à
reconnaitre aussi bien que possible dequelles matières, par quels moyens et en quels lieux les
métaux se sont formnés dans la nature, et sans mépriser l'avantage qui en résulte. Cependant la
tendance est généralement et principalement dirigée vers le proft et l'avantage. et non pour
reconnaître les travaux admirables réalisés par la nature dans la terre au moyen de la force minérale.
Il pourrait même en résulter une dépréciation de ce petit livre et de chaque art. Si tu veux apprécier
le profit plus que l'art, tu t'exposes à manquer l'art avec le profit.

Mais il te faut bien considérer une chose : cest que l'information générale , qui résulte du gisement,
de la direction, du mur et des autres propriétés des filons, doit être appliquée avec grande facilité à
tel ou tel filon particulier.
L'APPRENTI MINEUR. Je le comprendrai mieux par l'expérience.

DANIEL. Par la connaissance des chapitres de ce petit livre sur la division du monde (les points
cardinaux) et son usage dans les mines, tu peux parfaitement apprendre les oeuvres exécutées par la
nature à l'intérieur de la terre.

L'APPRENTI MINEUR. Comme tu veux parler des directions du monde et des particularités des
mines, je te demande vers quelle direction du monde, ou en quelle galerie du puits, ou de quel côté
du sol, de ma part de mine ou celle de Lamprecht doit se faire l'exploration, afin que je puisse voir
dans la mine quel en serait mon avantage.

DANIEL. Ton ignorance des mines m'a forcé à ce travail. Penses-tu qu'une partie de la mine donne
un profit particulier ? Une part est la 128ème partie du tout, c'est-à-dire de la propriété d'une mine.
Et la mine est ensuite commodément divisée en 16, 32, 64 et 128 parts de mine ; et aussi en 1/2, 1/4
et 1/8 de part.

Quand cette division se fait par un diviseur exact , elle donne des portions entières. Ainsi peux-tu
apprendre de quelle nature est une part d'une mine. Mais une chose ne te doit pas soucier : ce petit
livre est fait en des termes et expressions peu ornées. Il contiendra néanmoins quelque chose
d'utile , que tu dois plus estimer que la douceur des mots. La journée est à demi passée , et , pour ne
pas faire un poste prolongé , apprends brièvement les choses qui vont suivre.

Pour la connaissance de l'arrivée et de l'origine des minerais métalliques , il faut savoir que ce petit
livre sur la génération minérale se divise en dix chapitres.

LE PREMIER CHAPITRE.
De l'origine des minerais, soit d'argent, d'or, d'étain, de cuivre, de fer ou de plomb.
Coume ils se présentent tous d'une même manière, ils seront appelés, d'un nom général , minerais
métalliques. Il est à remarquer que , pour la croissance ou génération d'un minerai métallique, il faut
un géniteur et une chose soumise ou matière qui soit capable de percevoir l'action génératrice. Le
géniteur général de toutes choses, du minerai et de toutes choses qui naissent, est le ciel avec son
mouvement, son rayonnement lumineux et son influence, comme disent les maitres en sciences
naturelles. L'influence du ciel se multiplie par le cours du firmament et la rotation des sept planètes.
C'est pourquoi chaque minerai- métallique reçoit une influence toute particulière de sa propre
planète , d'après sa propriété et d'après sa conformité en chaleur, froid , humeur et aridité. Ainsi l'or
s'est fait par le Soleil , l'argent par la Lune , l'étain par Jupiter, le cuivre par Vénus , le fer par Mars ,
le plomb par Saturne, le vif-argent par Mercure.

Pour cela les métaux sont souvent appelés par Hermès [Hermès Trismegistos, le philosophe
égyptien] et par d'autres sages d'après ces noms : l'or, le Soleil (Sol en latin) ; l'argent , la Lune
(Luna en latin) comme il sera dit clairement dans les chapitres concernant chaque métal. C'est tout
ce qu'il faut dire sur le géniteur général des métaux et des minerais.

Mais la chose soumise ou la matière générale de tous les métaux est, selon l'opinion des sages, un
soufre et un mercure qui, par le cours et l'influence du ciel, doivent être purifiés et consolidés en un
corps métallique ou en un minerai. Aussi quelques-uns sont d'avis que , par le cours et sous
l'influence du ciel , par ce soufre et ce mercure, des vapeurs ou exhalaisons dites exhalationes
minerales soient attirées des profondeurs de la terre et en émanent dans les filons et fentes, où elles
sont transformées en minerai. Il y en a encore d'autres qui prétendent que les métaux ne sont pas
engendrés par le mercure, parce qu'on trouve en beaucoup de lieux des minerais métalliques , mais
pas de mercure ; au lieu du mercure , ils supposent une matière humide, froide et muqueuse, sans
aucun soufre, qui est tirée de la terre coimme sa sueur, et par laquelle, avec la copulation du soufre,
tous les métaux seraient engendrés.

Quoi qu'il en soit, après une claire intelligence et une juste explication, chaque opinion est bonne ;
et le minerai ou le métal est engendré de l'humeur de la terre, ' comme d'une matière du premier
degré, de vapeur ou de l'exhalaison en partie, comme d'une matière du second degré, qui l'une et
l'autre s'appellent ici mercure.

De plus , dans l'union du mercure et du soufre au minerai , le soufre se comporte comme la semence
masculine et le mercure comme la semence féminine dans la conception et naissance d'un enfant.
Le soufre est ainsi parliculièremenl propre à la génération des minerais ou métaux.

LE DEUXIEME CHAPITRE.
De la capacité générale des montagnes.
Quoique les influences du ciel et la propriété des matières concernent la génération de chaque
minéral ou métal, elles ne suffisent pas pour que la naissance des minerais puisse se faire
commodément. Mais il faut une qualité propre d'un vase naturel comme les filons , dans lequel le
minerai soit engendré. Il y a des filons redressés, inclinés, traînants, croisants ou selon les
appellations d'usage de chaque pays. Il faut aussi des voies ou approches commodes, par lesquelles
le pouvoir métallique ou minéral peut avoir accès au vase naturel, comme les crins [sortes de fentes]
; que ces crins soient obliques, en travers, inclinés, croisants, ou que ce soient des couches portant
différents noms selon l'usage de chaque pays.

(La figure est dessinée comme une vue latérale du filon. La dénomination des quatre points
cardinaux n'est donc pas correcte; elle ne devrait montrer que les deux régions minuit
[Mitternacht] et midi [Mittag]. La pente de la montagne est vers midi. L'arc avec des courbes
parallèles signifie l'efflorescence [Witterung] indicatrice du filon.)

Il faut aussi une stratification convenable de la montagne dans laquelle les filons et crins s'étendent.
La position générale de la montagne, par rapport à sa pente ou à la stratification est, en quelques
lieux, vers le matin, en d'autres vers le midi, en d'autres vers le soir et en d'autres vers minuit. Mais
la pente ou la stratification de la montagne vers midi est plus favorable que toutes les autres
directions à la production du minerai d'or quand elle a devant elle, vers midi, une partie peu
inclinée. Et cela est la meilleure position de toutes les montagnes à exploiter.

Pour l'exploitation de cela, consulte la figure.

Pour l'éclaircissement de ce qui précède sur les régions du monde et des chapitres suivants, il faut
noter que toute la terre se divise en 24 parts, selon le cercle dit horizon, qui divise le ciel dans la
partie supérieure et la partie inérieure , là où le ciel touche la terre en apparence. Il est premièrement
partagé en quatre divisions par deux lignes qui, avec des angles ou coins égaux . passent l'une sur
l'autre en se croisant; ces divisions sont dites orient ou matin, midi, occident ou soir, et minuit.

Ensuite chaque portion se divise encore en six parts. Sur l'orient il faut mettre 6, alors 7, 8, 9, 10, 11
sur les autres divisions avant le midi, et 12 sur le midi et 1, 2, 3, 4, 5 sur les autres divisions après le
midi , 6 sur le soir et 7, 8, 9, 10, 11 sur les autres divisions après le midi, enfin 12 sur minuit et 1, 2,
3, 4, 5 sur les autres divisions après minuit. Ainsi le temps est divisé sur chaque demi-horloge
[Halbe Zaiger ou demi-horloge : divisée en deux fois 12 heures au lieu de 24 heures comme sur les
horloges anciennes]. Pour le mieux comprendre suis cette figure
LE TROISIÈME CHAPITRE.
De la direction et de l'affleurement des filons et crins.
La direction des filons est leur étendue longitudinale , dans laquelle ils se trouvent entre les roches
de la montagne. Cette direction va quelquefois du matin au soir.

(Cette figure est une vue transversale. De même que la figure précédente, elle porte les
quatrerégions, mais avec cette erreur qu'en bas est indiqué le matin [Morgen] , au lieu du
soir.)

Et quelquefois du soir au matin. Un filon a sa direction du matin au soir, dont la roche encaissante a
la pente de ses couches ou de ses joints de stratification au toit vers le soir, et le filon se dirige au
contraire du soir vers le matin, si la roche a son inclinaison vers le matin , comme il est représenté
dans cette figure. Cela se règle selon la pente de la montagne.

La direction de certains filons va aussi de midi à minuit, et pour certains autres, au contraire, de
minuit à midi, selon l'inclinaison de la roche, comme il est justement indiqué plus haut ; mais cela
se règle encore suivant la pente de la montagne.
(Ici est placée une figure)

La direction des filons va quelquefois aussi du milieu entre matin et midi vers le milieu entre soir et
minuit, et quelquefois au contraire du milieu entre soir et minuit vers celui entre matin et midi.

(Dans cette figure, deux filons sont représentés ; le trait oblique gris représente la brume de la
montagne ; les traits courbes gris représentent les efflorescences qui émanent des filons.)

La direction des filons s'étend quelquefois aussi du milieu entre midi et soir vers le milieu entre
matin et minuit, et au contraire quelquefois du milieu entre matin et minuit vers le milieu entre midi
et soir. Cela s'apprend d'après la pente de la montagne, comme précédemment.
(Ici est placée une figure)

Aussi la direction de quelques filons est-elle entre les quatre régions du monde et leurs milieux, et,
pour chaque région, en deux espèces de direction. Il y a aussi des filons ayant une direction
régulière et droite, suivant vingt-quatre directions [selon les vingt-quatre heures de la boussole
allemande], comme il se peut facilement comprendre de ce qui a été dit sur la division du monde. Il
y a aussi quelques filons dont la direction n'est pas droite ou régulière mais courbée selon un demi-
cercle, ou verticale par des accidents. Il en est qui se dirigent d'abord du matin vers le midi , puis du
midi vers le soir ou autres régions du monde. Comme ces filons sont inégaux en leur direction, ils
sont aussi inégaux par leurs minerais, comme suit dans les autres chapitres.

(Ici est placée une figure)

Il reste à parler du toit et du mur des filons.

Chaque filon a aussi son toit et mur. Le toit du filon est la couverture au-dessus de lui, qu'il touche
avec son dos. Le mur est la roche sur laquelle il repose.
Mais il y a quelques filons qui ont une position si verticale qu'on n'en peut pas bien reconnaître le
toit ou mur.

Cela dit sur le toit et le mur, voyons l'affleurement des filons.

Chaque filon a deux espèces d'affleurement. L'une est l'affleurement vers le jour selon toute la
longueur du filon. On l'appele affleurement du filon entier. L'autre est l'affleurement à travers la
direction ou contre la direction du filon selon sa roche encaissante ; cela s'appelle l'affleurement de
la roche.

Après cette définition obscure de la seconde espèce d'affleurement, suit une explication
supplémentaire de la boussole allemande

L'auteur ne connaît pas encore les mots de déclinaison ou déviation magnétique; cependant il sait
fort bien la divergence du vrai méridien et du méridien magnétique. Il indique qu'en son temps et
aux pays bénis de Meissen (Saxe), la déclinaison magnétique était tout près de huit heures du
matin, c'est-à-dire vers l'ouest. La boussole représentée montre la flèche dé l'aiguille aimantée
dirigée vers midi et sa demi-lune vers minuit. Il semble ainsi que la flèche signifie le pôle austral, le
croissant en usage à l'époque indiquant le pôle boréal (comme chez les chinois).
Les figures montrent en outre au
milieu un cercle. qui doit représenter un disque fixé à l'aiguille, comme aujourd'hui la rosette des
compas de mer.

Ainsi peux-tu avoir une exacte connaissance des régions du monde, de la direction , de l'inclinaison
et de l'affleurement des filons , quand la boussole tellement divisée est tenue au-dessus du filon.

Suite, sur les crins.

Aprends la direction, la pente et l'affleurement des crins comme tu viens de 1'apprendre pour les
filons. Parmi les crins, il y a des crins obliques, des crins en travers, des crins croissants comme on
les appelle selon les expressions des mineurs. Tantot ils apportent ou conduisent au filon,
l'enrichissent et font un bon minerai: tantôt ils enlèvent et prennent au filon sa génération minérale
ou son pouvoir producteur de minerai, pour quelle raison on trouve souvent loin des filons une
grande efflorescence : ils rendent beaucoup de mineurs incertains sur leur exploitation. Mais quels
crins apportent l'enrichissement du flilon ou l'enlèvent, je veux le montrer dans le chapitre suivant.

Les généralités sur les filons métalliques qui forment la première partie du BERGBUECHLEIN
sont suivies de l'examen de chaque métal, considéré séparément dans sa génération et dans son
gisement, comme on va le voir.
LE QUATRIÈME CHAPITRE.
Du minerai d'argent et de ses filons.
Quoiqu'il serait juste, en suivant l'action et l'ordre de la nature, de décrire les métaux imparfaits en
premier lieu, je veux donc mettre d'abord le plus précieux et le plus cher métal , parce qu'il est
naturel que le métal le plus profitable soit le plus estimé, et ensuite je descendrai de l'un à l'autre
selon un ordre convenable. Mais quoiqu'il serait juste de donner à l'Orl le premier rang , selon la
noblesse de sa nature , il m'a cependant paru convenable, parce que le pays de Meissen (dans lequel
ce petit livre sur les minerais a été récemment conçu) est si bien pourvu de toutes sortes de
minerais. parmi lesgels se trouve principalement le minerai d'argent, de commencer avec la
description de l'origine et de la génération du minerai d'argent.

Selon l'opinion des sages, le minerai d'argent se fait sous l'influence de la lune, comme il est dit plus
haut, d'un mercure clair et d'un soufre constant et pur, par le pouvoir d'un géniteur et la propriéié de
la matière. " Le minerai d'argent est produit de différentes manières : quelquefois dans le limon de
l'eau , comme une poudre noire et grise, de la mème manière qui suit dans le chapitre sur le minerai
d'or ; quelquefois aussi dans les filons et crins, comme il suit dans le présent chapitre.

A la connaissance des filons aurifères, il faut comprendre que la position la plus convenable du
filon se trouve à la pente de la montagne vers midi, quand sa direction est de 7 ou 6 heures du matin
à 6 ou 7 heures du soir, selon la division du monde , comme il est dit plus haut , et quand
l'affleurement de tout le filon ara vers minuit, surtout quand la stratification de la roche encaissante
s'élève vers le matin et le toit du filon marque vers midi, et son mur vers minuit.

Car, en de telles dispositions de la montagne et du filon, l'influence du ciel est très commodément
reçue pour prépàrer la matière dont le minerai d'argent doit se faire ou naître, et pour la contenir
enfermée comme dans un vase, de manière que la génération du minerai d'argent peut s'y achever
avec tant de perfection.

Mais les autres directions des filons sont considérées comme plus ou moins argentifères selon
qu'elles s'eloignent plus ou moms de la direction décrite, mais avec les mêmes toit, mur et
affleurement. Aussi ces filons, qui ont Ieur direction de minuit à midi, et leur toit vers le soir, et leur
mur et affleurement vers le matin, donnent plus d'espérance à l'exploitation que les filons qui se
dirigent du midi au minuit, et dont le toit est contre le mnatin et le mur et affleurement vers le soir.

Quoique ces derniers filons quelquefois contiennent de l'argent natif en enduit et de beaux minerais
en quelques lieux. cependant il n'y a rien de constant ou de durable, car tout le pouvoir minéral
s'évapore ou s'efflore ou s'en va par tels affleurements.

Tu dois aussi comprendre ce qui concerne les filons qui ont leur direction du matin au soir, comme
il esl dit plus haut, et leur affleurement et mur vers midi, parce qu'ils subissent une altération
complète par leur affleurement.

Parmi les filons d'argent, il y en a aussi quelques-uns qui ont des quartz au toit el au mur, d'autres
du spath calcaire, d'autres de la pierre cornée, ou de la mine de fer, ou aussi du calcaire ou une
roche bigarrée de beaucoup de couleurs, selon le mélange des vapeurs de nature différente qui
colorent la roche, enfin quelques autres pierres remarquables.

Quelquefois les filons portent aussi des pyrites blanches ou jaunes ; quelques-uns, de la galène ou
du mineirai de bismuth ; d'autres, des terres colorées jannes ou brunàtres, ou des terres grasses
brulées, noires, bleues ou brunes, ou une efflorescence verte selon la nature de la vapeur minérale ;
enfin d'autres, une pierre luisante foncée ou blanche comme l'alun. Mais une espèce est nommée du
quartz transparent, quoiqu'il soit, à l'opposé du vrai quartz, fusible par le feu (peut-être le spath
fluor).

Les mêmes pierres et minéraux se trouvent dans les joints ou crins , comme il est dit sur les filons.
Quand ces différents minéraux des filons et crins contiennent euxmêmes de l'argent, alors il faut
recouper ces minéraux jusque dans le toit et le mur.

Mais quand il y a des crins obliques en travers ou croisants, qui se detachent du filon principal ou se
traînent au-dessus , alors on peut foncer hardiment : car les filons s'enrichissent ensuite eux-mes et
deviennent argentifères en profondeur, si les affleurements de ces filons et minéraux vont l'un vers
minuit et l'autre vers le matin.

La fin de ce chapitre contient des règles sur l'exploitation des filons qu'il faut suivre pour en
obtenir un résultat heureux ; entre autres indications , il en est qni concernent les minéraux non
métalliques , les crins, joints, veinules argileuses et autres choses.

LE CINQUIÈME CHAPITRE.
Du minerai d'or.
Selon l'opinion des sages, l'or est engendré d'un soufre le plus clair possible et bien purifié et rectifiè
dans la terre, sous l'action du ciel. principalement du soleii, de manière qu'il ne contient plus aucune
humeur qui pourrait être détruite ou brûlée par le feu, ni aucune huumidite qui pourrait être
évaporée par le feu : aussi d'un mercure qui est le plus constant possible, et purifié au plus haut
degré, au point qu'un soufre pur n'y trouve aucune résistance à la génération. Ils sont absorbés l'un
par l'autre et colorés de la couleur permanente de l'or, depuis leur surface jusqu'au fond de toutes
leurs parties et tous les deux , soufre et mercure, comme des matières minérales , sous l'influence du
ciel appropriée au soleil , et par la convenance du lieu qui la reflète et retourne et en lui-mème
contient de la matière minérale du soufre et du mercure ; unis par les plus fortes et les plus
puissantes affinités; ils se pénètrent en un corps métallique que la plus forte et la plus grande action
du feu ne peut détruire.

L'or est engendré dans différents gisements (Stettenn) : quelquefois dans le sable commun des
fleuves ; quelquefois dans la terre , auprès des marais ; quelquefois dans les gisements pyriteux , ou
en état natif, dans les crins ou filons ; quelquefois aussi en certains minéraux et efflorescences, que
les filons et crins contiennent euxmêmes avec des parties schisteuses ou en efflorescences noires,
brunâtres, bleues ou jaunes, ou dans des parties de glaise. L'or qui a son origine dans le sable des
fleuves est le plus pur et le plus fin, parce que sa matière est bien purifiée par le flux et le reflux de
l'eau et par la nature du gisement dans lequel se trouve l'or de lavage déposé par l'action des eaux.

La situation de l'eau la plus favorable est quand il y a vers minuit une montagne et vers le soir une
plaine, et sa direction doit être du matin au soir. Un autre cours de la rivière, mais moins favorable,
est du soir au matin, quand la situation de la montagne est la même. La troisième direction du cours
va de minuit à midi avec une montagne vers matin. Mais la plus mauvaise condition pour la
génération de l'or est de midi à minuit quand une haute montagne s'y élève vers le soir. La direction
de l'eau peut être aussi variable que les régions du monde, comme la direction des filons, qui est
décrite plus haut dans le chapitre sur l'argent. Et chaque cours est estimé plus favorable ou plus
mauvais selon qu'il s'éloigne plus ou moins des ci-dites directions.

Suit alors une énumération de minéraux qui accompagent généralement l'or, comme certaines
pierres précieuses, la tourmaline, le fer magnétique, etc.
De plus, l'or qui s'engendre dans les gisements pyriteux est mélangé avec d'abondantes et
différentes impuretés, à cause du soufre imparfait et de la terre impure, dont le gisement pyriteux est
constitué. Cependant, après beaucoup de temps, par l'action du soleil et du ciel, la plus subtile
substance du gisement devient purifiée et cuite nécessairement jusqu'à l'état de parfait minerai d'or,
qu'on peut séparer de l'impur gisement pyriteux par beaucoup de travail, au moyen du feu.

Ce gisement pyriteux aurifère se trouve en quelques lieux, comme une vraie couche (Fletzwerck)
qui s'étend par toute la surface de la montagne , et on l'appelle , selon l'usage de quelques pays, un
filon peu incliné (Schwebender Gang). On le trouve aussi en vrais filons redressés, qui ont toit et
mur'. Un gisement pyriteux peu incliné est de petite valeur, parce que l'action du ciel n'y peut pas
beaucoup produire, à cause de l'inaptitude de la localité.

Mais un gisement pyriteux aurifère (Goldkisswerck) de la sorte d'un filon est regardé comme
meilleur quand sa roche au toit et au mur devient plus subtile et noble ; et aussi quand les filons d'or
ont la direction et l'affleurement en régions favo rables: et enfin quand ils sont joints de crins
accidentels qui enrichissent le filon, comme il est dit plus haut au chapitre sur les filons d'argent, par
lesquels ils deviennent meilleurs et plus aurifères. Aussi l'or, qui est engendré dans les filons sans
pyrite se trouve quelquefois en état natif dans la roche , aussi dans une glaise jaune ou dans une
subtile efflorescence brune, et gelquefois engendré dans les quartz.

Où cette brune efflorescence se montre comme filons, là on peut exploiter avec espoir, parce que les
crins accidentels apportent en profondeur un remarquable enrichissement.

De même, là où les jaunes glaises se trouvent comme des filons, on peut s'en foncer également avec
espoir, quand le filon porte une roche subtile au toit et au mur. En outre, où l'on trouve l'or natif
dans les crins qui s'étendent à côté du filon, là il faut bien observer à quel lieu le crin se dirige vers
le filon; en ce lieu, on peut exploiter et s'enfoncer avec certitude. Mais quand le crin s'éloigne du
filon , il est à craindre qu'on n'y puisse guère gagner quelque chose remarquable, sauf s'il se dirige
vers un autre filon. Pour cette raison, il faut bien conseiller, où de semblables crins obliques qui
contiennent de l'or natif s'éloignent ou s'inclinent à partir du filon, de faire dans un tel lieu des
travaux de recherches ou explora tions pour rencontrer d'autres filons, et d'exploiter ainsi avec
prudence les crins, roches et filons ensemble.

LE SIXIÈME CHAPITRE.
Du minerai d'étain.
Le minerai d'étain (le nom zwitten ou zwitter, des vieux mineurs allemands, signifie jumeau, peut-
être parce que le minerai d'étain cristallise très souvent en cristaux jumeaux ou naclés) se fait, sous
l'influence de Jupiter, d'un mer cure pur et d'un peu de soufre. A un mélange des deux se trouvent
ajoutées quelques vapeurs sulfureuses et mauvaises, qui s'incorporent l'une à l'autre et s'unissent en
un métal appelé étain. Par cette vapeur mauvaise, chaque étain devient fortement odorant , craquant
et cassant, ainsi que fait tout autre métal mauvais et cassant auquel il est mélangé.

De plus , une partie du minerai d'étain est née dans les rivières , comme plus haut l'or, et
quelquefois lavée en gros grains, comme la tourmaline, dont se fait le plus beau et le meilleur étain
qu'on appelle étain de lavage, parce que sa matière devient fort bien purifiée et ennoblie par la
qualité du lieu. Quelque minerai d'étain est aussi engendré dans Ies montagnes et se trouve en
filons; on l'estime davantage quand il se trouve bien loin de filons pyriteux et quand il est moins
mélangé surtout de matières lourdes (peut-être le wolfram) et cuivreuses dont le minerai d'étain est
très difficile à séparer. Mais la pyrite stérile (Taub Kifs, pyrite stérile, probablement pyrite
arsenicale) n'est pas si nuisible au minerai d'étain,parce que, par l'ardeur du feu, elle est allégée et
incinérée : ainsi elle peut être séparée du minerai d'étain par lavage sur la table.
Le jumeau ou minerai d'étain se trouve quelquefois aussi dans une couche imprégnée (Geschitt
nestig, couche imprégnée, Stockwerk comme à Geyer et Zinnwald) et pas en filons dans la
montagne. Ce minerai est d'autant plus pur qu'il se trouve plus loin des filons pyriteux ; il est alors
moins mélangé de pyrite de fer (Eyserigen Schwefel, pyrite de fer). Une indication de ce minerai
d'étain est fournie par les fragments de la roche qui se détachent au jour.

LE SEPTIÈME CHAPITRE.
Du minerai de cuivre.
Le minerai de cuivr'e est engendré sous l'influence de Vénus par un bon et pur mercure, cependant
pas parfaitement libéré d'une certaine humeur étrangère, et par un chaud, brûlant et impur soufre, de
manière que, par la chaleur du soufre, tout le métal devient coloré rouge en toutes ses parties. Ce
minerai métallique est rencontré tantôt dans des couches schisteuses, tantôt dans des filons et en
sortes différentes, quelquefois brun ou vert, enfin pyriteux. Le minerai de cuivre dans les schistes
est mélangé de beancoup de roche stérile, de manière qu'il n'est guère possible d'en obtenir le métal
par un traitement ou une fusion simple. Mais le minerai de cuivre des filons est trouvé meilleur et
plus aurifère, selon que le filon tourne avec son toit et son mur à une roche noble et convenable.
Aussi, selon que les filons ont une direction dans les régions favorables du monde, comme il est dit
plus haut des filons d'argent, enfin quand les filons sont plus ou moins ennoblis par des crins
accidentels ou des minerais mêlés, alors ils portent aussi un cuivre plus pur et plus riche.

Apprends la direction des filons de cuivre et leur enrichissement, de la même manière qu'il est dit
plus haut, de l'enrichissement des filons d'argent. Seulement les filons de cuivre qui s'étendent le
long de la pente des montagnes vers minuit sont en général puissants, pendant que leur cuivre est
néanmoins moindre en argent. Mais les filons qui se dirigent le long de la montagne vers midi sont
plus subtils et leur cuivre est plus riche en argent. Ces filons s'ennoblissent aussi par leur direction,
comme il est remarqué plus haut des filons d'argent.

LE HUITIÈME CHAPITRE.
Du minerai de fer.
Le fer est fait sous l'influence de Mars, d'un mercure impur et d'un soufre sec et impur; qui entraîne
beaucoup de matières terreuses dans le mélange métallique.

C'est ainsi que le fer est très difficile à amollir dans le feu et qu'il contient beaucoup de rouille
enfermée, à cause du soufre impur, pourquoi il ne peut pas facilement être mêlé, fondu ou allié avec
un autre métal.

La mine de fer se trouve en quelques lieux, comme une couche incohérente, brune et jaune ; en
autres, en filons. La mine de fer des couches donne beaucoup de scories ou mâchefers et peu de fer.

Mais la mine de fer des filons donne du fer en plus grande quantité; cependant il est quelquefois
cassant, parce qu'il est mélangé avec une autre espèce de métal. De plus , les filons bien pourvus de
toit et mur ne sont pas à mésestimer, surtout quand leur direction va du matin au soir et leur
inclinaison vers midi. Quand leur mur et leur affleurement se montrent vers minuit, la mine de fer
est profonde : le filon se mélange en général avec de l'or ou un autre minerai précieux.

LE NEUVIÈME CHAPITRE.
Du minerai de plomb.
Le minerai de plomb est engendré sous l'influence de Saturne, d'un imparfait, humide, lourd et
impur mercure et d'un peu de soufre qui, par la sortie de ses exhalaisons chaudes, cuit le mercure et
le coagule en un corps métallique. Et comme tous les deux, le sufre et le mercure, sont unis
seulement d'une faible affinité, ainsi leur corps métallique, le plomb, est facilement consumé et
volatilisé par le feu.

Le minerai de ce métal se trouve quelquefois comme une couche peu inclinée, quelquefois comme
un filon redressé. Le minerai de plomb des couches, près de l'affleurement, est pauvre en argent, s'il
n'arrive pas que des minerais d'argent s'y joignent : ce qui peut se faire par les crins. Mais le minerai
de plomb des filons est plus riche et d'une plus forte teneur en argent, quand ses direction,
inclinaison et enrichissement sont convenables, comme il est dit plus haut de l'argent. Le minerai de
plomb des filons est tantôt noir, tantôt gris foncé, tantôt luisant.

LE DIXIÈME CHAPITRE.
Du mercure ordinaire.
Le mercure ordinaire est engendré sous l'influence de Mercure, d'une humeur muqueuse et aqueuse,
qui est mélangée avec la plus subtile terre sulfureuse. Ce métal est quelquefois engendré dans une
terre brune, comme les autres minerais; quelquefois dans les mines, comme coulé dans les crins et
dans la roche, en une cavité, comme de l'eau. Il y en a aussi qui est vaporisé et volatilisé au-dessus
de la terre et qui se trouve dans le gazon de la surface. Ce métal est d'une nature merveilleuse, dont
les alchimistes ont bonne connaissance, et pour cette fois je veux laisser disputer sur sa nature.

L'APPRENTI MINEUR. Par la connaissance des matières dont le minerai se fait et des lieux où il
est commodément engendré, je ne peux pas apercevoir de quelle manière l'un ou l'autre peut être
fondu pour fournir le métal supposé.

DANIEL. La journée est passée ; maintenant il est dit assez sur ce sujet. Demain , nous voulons
aller de la cabane à l'usine, et alors je veux te dire avec quel fondant il faut fondre les minerais
pyriteux, fusibles, sauvages, à gros gains ou à fins grains. Amen.

Ce livre a été imprimé par Erhart Ratdolt à Augsburg. En comptant après la naissance du Christ,
c'était en l'an MCCCCCV, le six de mai.

Dans la traduction fournie par M. A. Daubrée, on trouve ici les phrases suivantes qui n'existent
pas dans l'ouvrage des archives de l'Ecole des mines de Paris :

Si quelqu'un voulait faire peindre ou colorier les figures, pour en mieux distinguer et reconnaitre la
montagne, il faudrait faire les filons jaunes, la brume et l'efflorescence gris de fumée, l'eau bleue ;
quoi qu'il en soit , j'ai eu soin en général d'indiquer par les lettres suivantes :

• g. Filons de la montagne.
• w. Efflorescences de la montagne.
• n. Brumes de la montagne.

Après ce dixième chapitre vient une explication des termes techniques qui concernent l'art des
mines et la métallurgie.