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Hartmut Elsenhans

Développement indépendant, rôle des petites et moyennes


entreprises et du secteur informel, distribution des revenus
In: Tiers-Monde. 1988, tome 29 n°115. pp. 601-616.

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Elsenhans Hartmut. Développement indépendant, rôle des petites et moyennes entreprises et du secteur informel, distribution
des revenus. In: Tiers-Monde. 1988, tome 29 n°115. pp. 601-616.

doi : 10.3406/tiers.1988.5750

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1988_num_29_115_5750
DEVELOPPEMENT INDEPENDANT
RÔLE DES PETITES
ET MOYENNES ENTREPRISES
ET DU SECTEUR INFORMEL
DISTRIBUTIONS DES REVENUS

par Harmut Elsbnhans*

Le rôle des petites et moyennes entreprises dans le développement


économique du Tiers Monde est souligné dans la présente communication,
car elles constituent un maillon essentiel dans une stratégie de crois
sance qui vise à s'appuyer sur la consommation des masses et la création
d'une base technologique locale.
L'argument principal de la présente communication peut être réduit
à quelques propositions :
— le développement économique n'est pas caractérisé par une hausse de
l'intensité en capital de la production;
— la coexistence entre économies développées et économies sous-développées
crée l'hétérogénéité structurelle du Tiers Monde;
— l'hétérogénéité structurelle permet l'appropriation de rentes et décourage
le développement de techniques locales et renforce les tendances à l'inégal
ité de la distribution des revenus;
— la création d'une base technologique locale nécessite une distribution
relativement égalitaire des revenus;
— la création d'une base technologique moderne nécessite le développement
de la petite et moyenne entreprise en transformant au moins une partie
notable des entreprises du secteur informel en petites et moyennes entre
prises dynamiques;

♦ Université de Constance.
Bévue Tiers Monde, t. XXIX, n° 115, Juillet-Septembre 1988
602 HARMUT ELSENHANS

— • un rôle plus important des petites et moyennes entreprises nécessite non


pas la fin de la planification étatique mais une nouvelle qualité de
cette planification;
— l'option pour une technologie intermédiaire est la voie royale pour
l'assimilation de technologies plus complexes.

1. Historiquement, le développement économique a dépendu d'une distribution


relativement ègalitaire des revenus

II y a deux orientations possibles du progrès technique. Il peut servir


à produire un bien toujours plus raffiné ou à produire des biens standards
en quantités toujours plus importantes. C'est seulement dans le second
cas que des machines seront employées, car celles-ci sont des ensembles de
pièces mécaniques qui transmettent de l'énergie non humaine sur des outils
qui perforaient des opérations répétitives. L'installation de machines est
rentable, si des produits identiques sont fabriqués en quantités toujours
plus larges. Le développement économique par l'utilisation et le perfe
ctionnement de machines nécessite donc des marchés de masses. Puisque le
progrès technique réduit de plus les coûts unitaires des produits, un pro
cessus d'accumulation caractérisé par l'emploi de machines toujours plus
performantes nécessite des marchés de masses en expansion.
L'expérience historique des pays aujourd'hui industrialisés montre, que
malgré la contribution certaine du marché extérieur, ce sont les marchés de
masses intérieurs qui ont servi de base à l'industrialisation. A la différence
de la production de l'artisanat, l'industrie a d'abord produit des biens de
qualité médiocre, mais à bon prix pour des couches à revenu plutôt bas.
La critique de la misère des pauvres dans les pays aujourd'hui industriels,
par exemple en Angleterre, ne tient pas compte du fait que même les lois
anglaises du xviie au xixe siècle contre les pauvres constituent un puissant
instrument de redistribution.

2. Le développement économique n'est pas caractérisé


par une hausse de Vintensité en capital de la production

. La complexité croissante de la machinerie moderne conduit souvent à


l'impression que le progrès technique demande des moyens financiers tou
jours plus importants. Mais, même si la valeur des équipements monte par
emploi, le progrès technique en régime capitaliste n'est pas caractérisé par
la tendance à la hausse de la composition organique du capital. Une telle
tendance devrait se mesurer par la hausse du rapport capital fixe/somme
des salaires, ou en cas d'un pourcentage plutôt constant des salaires dans
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 603

le PNB, par une hausse du rapport capital flxe/PNB, qui pourtant reste
stable dans des limites étroites, comme cela a été démontré pour les Etats-
Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne depuis le siècle dernier.
Le progrès technique ne se réalise donc pas par une accumulation de
capital fixe mesuré en valeur travail, mais par une amélioration de la
performance des équipements produits par une partie relativement stable
du collectif ouvrier.
Les pays industrialisés ne sont pas dotés de plus de capital que les pays
non développés, mais d'une main-d'œuvre qui a plus de connaissances.
Une explication de la spécialisation internationale ne doit donc pas
être basée sur les differences en dotation en facteurs de production.
L'innovation technique est toujours réalisée dans la production de
machines nouvelles. Elles sont rentables, si elles réduisent les coûts de
production chez l'utilisateur de machines. Le producteur d'une machine peut
vendre un modèle nouveau, s'il remplit cette condition. Mais la concurrence
le forcera à baisser son prix à ses coûts de production. Cette baisse appar
aîtra comme hausse de la productivité chez les utilisateurs de la
machine.
Les pays qui ne participent pas au progrès technique par la construction
de machines vont avoir un avantage comparatif toujours plus important
dans l'utilisation de machines par rapport à la construction de machines.

3. La coexistence entre économies développées et économies sous-dêveîoppées


crée V hétérogénéité structurelle des économies du Tiers Monde

L'augmentation de la productivité physique dans différentes filières de


production n'est ni égale ni dépendante du taux d'accroissement du capital
fixe. Au cours du développement économique il y a donc restructuration
des prix relatifs pour les différents biens de manière à ce que dans les pays
industriels les gains marginaux par coût de facteur supplémentaire s'éga
lisent. Le système des prix relatifs mondiaux correspond au niveau technique
réalisé dans les pays industriels.
Si ce niveau correspond non pas à un degré d'intensité capitalistique
mais à un niveau de connaissances et de qualifications de la main-d'œuvre,
il est peu probable que le retard des pays sous-développés soit identique
dans toutes les filières possibles.
On observe dans le Tiers Monde des productivités de facteurs différentes
dans différentes filières. J'appelle ce phénomène hétérogénéité structurelle.
Il est dû à la dominance du système international des prix relatifs. Sans
l'existence du monde industrialisé, le Tiers Monde aurait à produire ses
biens d'équipements à ses propres coûts de production.
604 HARMUT ELSENHANS

Cette hétérogénéité structurelle conduit à trois conséquences import


antes pour le blocage du développement :
— le Tiers Monde a un retard moins grand dans l'utilisation de machines
par rapport à leur production ; cela décourage la production locale de
machines;
— la différence des productivités de facteurs par branches enlève à une
économie la possibilité de réagir flexiblement à des changements dans
la composition de la demande. En cas d'homogénéité de la productivité
des facteurs, une hausse de la demande pour un certain produit conduira
à une légère augmentation de la rentabilité dans la branche concernée,
ce qui conduit à l'élargissement de la production, etc. Si les productivités
divergent, une hausse du prix pour un produit peut toujours être trop
faible pour attirer du capital vers cette branche, car la productivité
et donc la rentabilité seront plus élevées ailleurs ou simplement insuf
fisantes; -
— l'émergence de rentes.

4^ U hétérogénéité structurelle permet V appropriation de rentes,


décourage le développement de techniques locales
et renforce les tendances à Vinégalité de la distribution des revenus

L'hétérogénéité structurelle comme divergence des productivités de fac


teurs par filières doit conduire à l'apparition de rentes. Un pays peut se
spécialiser sur des produits où son retard par rapport aux autres product
eurs est le moins grand. Il fixera son taux de change et donc la valeur
internationale de sa force de travail à ce niveau. En profiteront du taux
de change élevé ceux qui contrôlent ce produit exporté, et ceci par des
termes de l'échange relativement favorables entre leurs produits et les
produits importés. La quantité produite serait limitée et ne conduirait pas
au plein emploi. Pourtant le retard en productivité par rapport aux pays
plus avancés est plus grand dans d'autres filières. La production ne sera
rentable dans ces autres filières ni pour l'exportation ni pour substituer
des importations. Supposons que ce pays dévalue. La somme des recettes
en devises dépendra de l'élasticité-prix de la demande et du niveau de
productivité dans des filières de production appelées à naître.
Si le degré d'hétérogénéité structurelle est grand et si l'élasticité-prix
de la demande pour les produits que les pays du Tiers Monde concerné
exporte ou peut exporter/substituer aux importations en cas de dévaluation
est faible, la dévaluation peut conduire à une perte en devises, que l'Etat
peut éviter s'il taxe les produits qui étaient déjà compétitifs au niveau
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 605

du taux de change plus élevé. Plus généralement, si les productivités


par filières ne sont pas égales, il n'y a pas de taux de change qui convient
à toute filière et le taux de change qui conduit au plein emploi peut
être très bas. On peut construire des modèles réalistes où le revenu en
devises diminue avec l'augmentation des exportations en quantité. Pour
éviter de telles pertes, un contrôle du commerce extérieur est nécessaire.
Même les pays supposés comme libéraux, tel Singapour, taxent les expor
tations en produits simples (ou le retard est petit) pour subventionner la
diversification vers des produits plus sophistiqués (où le retard est plus
grand).
L'hétérogénéité structurelle est donc la base économique pour l'appro
priation de rentes. La condition politique pour l'appropriation de telles
rentes est la centralisation de la classe dirigeante. Les oligarchies sont
une forme ancienne d'une classe centralisée; les sociétés du Tiers Monde
d'aujourd'hui sont des sociétés bureaucratiques de développement dominées
par des classes-Etat. Le développement inégal des forces productives à
l'échelle mondiale conduit au développement politique inégal.
La rente, revenu destiné à financer des importations notamment en
biens d'équipement, devient le terrain où s'affrontent les sociétés du Nord
et les classes-Etat du Sud.
La rente permet de financer un processus d'accumulation. Elle est une
ressource financière certaine. Mais l'émergence de la rente comme revenu
important déclenche aussi des tendances qui contribuent à bloquer le
développement.
Une technologie moins sophistiquée peut être rentable comparée à une
technologie plus sophistiquée pour les raisons suivantes :
— la technologie plus sophistiquée n'est rentable qu'à cause des taux des
salaires très élevés dans les pays industriels;
— la différence entre taux de rendement. Le taux de rendement de la tech
nologie sophistiquée est beaucoup plus bas dans un pays du Tiers Monde
que dans un pays industriel comparé au taux de rendement d'une technol
ogie moins complexe;
— la technologie moins sophistiquée peut être produite avec du travail local
— dans le pays.

Vue les conditions de la création et de la propagation du progrès


technique, ceci nécessite la formation de compétences locales, qui s'obtiennent
par l'entraînement dans la production mécanique à partir d'un niveau où la
technologie localement produite n'est d'abord non rentable. Par contre,
la rente ne peut pas être réellement appropriée que par l'importation de
606 . HARMUT ELSENHANS

biens matériels (à l'exception de quelques cas limites). Il est donc clair que
la rente doit être dépensée pour des biens importés, et qu'en ce cas,
elle doit être dépensée pour des biens, de la disposition desquels on peut
attendre un accroissement maximal de la production locale. Ceci justifie
l'importation de technologies sophistiquées au moins dans une considération
à court terme. Ces tendances spontanées à négliger la production locale de
machines sont renforcées par la disponibilité de la rente.
Une accumulation qui dépend de la rente et de l'importation de biens
d'équipement conduit à une économie où il n'y a pas tendances expansionn
istes dans le cycle conjoncturel, parce qu'il n'y a pas hausse de la
demande intérieure après la baisse par la demande simultanée de biens
d'équipement de remplacement ou l'introduction cumulée d'innovations.
C'est dans ces phases où s'est reconstitué le pouvoir de négociation des
classes ouvrières dans l'Ouest. Par contre, la disponibilité de la rente
renforce des tendances à une distribution inégalitaires de revenus dans
des sociétés bureaucratiques de développement du Sud.
La dépendance de la croissance de la disponibilité de la rente crée
une tendance à la solidarité nationale, qui renforce le pouvoir des classes-
Etat. La verticalité des interactions sociales, qui est le résultat des pro
cessus d'allocation de la rente, mine les solidarités des classes sous-
privilégiées et renforce le pouvoir des classes-Etat par des relations
multiformes de clientèle et de patronage. La disponibilité de la rente
permet des formes de communication qui sont caractérisées par le désir
de ne pas blesser l'interlocuteur, même si le contenu devient imprécis
et incomplet. La rente finance des classes-Etat, qui peuvent contribuer à
vaincre le sous-développement en investissant dans les filières nécessaires
pour la création d'une base technologique locale et pour la consommation
des masses, car elles ne sont pas soumises à la « loi de la valeur ».
Elles peuvent faire des investissements, dont la rentabilité n'est assurée
que si des mesures complémentaires économiques mais aussi politiques
(redistribution des revenus) sont prises. Les classes-Etats ne sont null
ement forcées par des mécanismes économiques à opter pour ce type de
stratégie de développement.
La rente déclenche en plus des tendances à maintenir la stabilité du
système politique par d'autres mécanismes, qui ont comme caractéristique
de limiter l'expansion des marchés de masses et de limiter le pouvoir de
contestation des masses populaires. Et par la structure des avantages compar
atifset par les structures sociales que la rente finance, la rente décourage
la production locale de biens d'équipement. Elle est une source de finance
mentindéniable pour vaincre le sous-développement, mais elle peut contri
buerà la croissance des forces productives à long terme seulement, si elle
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est utilisée dans une stratégie consciente de développement qui bloque


les tendances spontanées à la spécialisation inégale, à l'importation
indiscriminée de technologies et à l'inégalité sociale.

5. La création d'une base technologique focale nécessite une distribution


relativement êgalitaire des revenus
Les observations que Ton peut faire dans le Tiers Monde ne supportent
pas l'argument que l'inégalité de la distribution des revenus favorise
l'épargne. En plus, pour être transformée en accumulation de capital fixe,
une épargne supplémentaire éventuelle dans le Tiers Monde devrait être
transformée en pouvoir d'achat international, aussi longtemps qu'une pro
duction locale de biens d'équipement n'existe pas.
Le développement d'une base technologique locale est favorisé par une
distribution plutôt êgalitaire de la consommation pour les raisons suivantes :
— La demande à partir des revenus faibles est dirigée vers des produits
simples qui peuvent être fabriqués en partie avec des technologies locales.
L'argument, d'après lequel les petites et moyennes entreprises de type
artisanal produisent aussi pour la consommation des classes privilégiées
limite les effets de distribution des revenus sur l'emploi, mais non pas sur la
croissance. Une redistribution de la demande conduira à une hausse de la
demande pour le secteur informel et des petites et moyennes entreprises à
partir de classes pauvres dans la mesure où la réduction de la demande des
classes aisées pour des produits traditionnels est inférieure à l'augmentation
de la demande des classes pauvres pour cette catégorie de produits. En
général, cette condition est remplie. Mais en plus, la production du secteur
informel et des petites et moyennes entreprises pour la consommation des
classes aisées est de caractère artisanal, production sur commande, etc.,
qui ne déclenche pas des tendances à l'amélioration des équipements, comme
le ferait l'augmentation de la production de ce secteur pour une consommat
ion de masses de produits simples.
Toutes les observations attestent au secteur informel et des petites et
moyennes entreprises un haut degré d'efficacité dans l'utilisation de res
sources rares, l'emploi de matières premières locales, la recherche de solu
tions techniques appropriées avec les moyens de bord et l'emploi d'une
main-d'œuvre peu qualifiée, à la qualification de laquelle ces entreprises
contribuent par des systèmes élaborés d'apprentissage. La possibilité de
satisfaire une partie de la demande supplémentaire â partir d'une production
accrue du secteur informel et des petites et moyennes entreprises est une
base importante pour la restructuration de la demande et, plus important
encore, pour l'augmentation de la productivité de larges groupes de tra-
608 HARMUT ELSENHANS

vailleurs par des technologies appropriées qui devraient être fabriquées


localement.
— La demande à partir des revenus des masses ne se porte pas seulement
sur des produits simples ou traditionnels. Pourtant, une demande articulée à
partir de revenus de masses distribués d'une manière relativement égali-
taire est moins diversifiée qu'une demande d'un montant total identique
à partir de revenus très élevés. La production de tels biens modernes peut
se limiter à un éventail d'abord petit, où les produits seront pourtant
fabriqués en grande série. Moins de filières nouvelles doivent être maîtrisées
par la main-d'œuvre qualifiée toujours rare. La productivité physique
sera plus élevée et le coût en équipement importé diminue. En plus, la
plus grande homogénéité de la demande finale permet l'utilisation d'éco
nomies d'échelle, ce qui réduit encore une fois les coûts unitaires en
équipement importé. Ce sont deux facteurs supplémentaires qui méritent
une attention spéciale : la catégorie « produit moderne » n'est pas
homogène. Le produit moderne conçu dans les pays industriels satisfait
toute une gamme de besoins, à côté de qualités directement liées au
produit (une machine à laver doit laver) toute une série de qualités (elle
doit être petite, automatisée), mais fournir aussi des signes de distinction
(notamment si ce même produit est transféré au Tiers Monde. Ici, un
accessoire utile pour le ménage européen, par exemple l'autorégulation
de la machine qui permet son fonctionnement pendant l'absence de l'épouse,
peut devenir un pur gadget). Puisque les classes sous-privilégiées sont
prioritairement intéressées à la valeur-usage au sens strict du terme et à
un niveau de qualité costaud, l'orientation de la production des biens
modernes vers la demande des masses permet de dépaqueter les modèles
importés et de concevoir des modèles composés par des éléments, qui
peuvent être produits en grande partie avec les équipements que l'on peut
localement produire. D'autre part, la concentration — au début — sur
peu de filières de biens modernes rend plus homogène la demande pour les
biens d'équipement et des intrants, ce qui peut justifier leur production locale.
Enfin, toutes les observations montrent que l'intensité d'importation
directe ou indirecte est plus élevée pour les paniers de consommation des
classes aisées par rapport aux paniers de consommation des classes pauvres.
Une redistribution des revenus permet de dégager des devises supplé
mentaires dont la nécessité dans le processus d'accumulation par l'apport
de technologies importées à déjà été soulignée.
Il est vrai qu'une telle stratégie égalitariste a des conséquences pour
la structure de l'appareil productif à réaliser, et cela avant la redistribution
des revenus, car le résultat de l'hétérogénéité structurelle est le manque
de flexibilité de l'appareil productif par rapport à des changements de la
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 609

demande. Il faut disposer d'une structure agraire, où les paysans se voient


récompensés pour un travail supplémentaire à fournir, donc des réformes
foncières radicales complétées par l'établissement d'organismes de support.
La production de biens d'équipements pour l'agriculture qui augmenteront
les rendements (non pas nécessairement la productivité de travail), car le
maintien d'un maximum de personnes productives dans l'agriculture est
essentiel avant que l'industrie puisse créer des emplois plus productifs.
Production de produits simples de consommation, car les paysans ne vont
pas fournir à long terme un surplus agricole sans pouvoir l'échanger contre
des produits qu'ils désirent consommer.
Une stratégie qui vise au développement des forces productives par l'éla
rgissement des marchés des masses crée des constellations économiques où
l'adaptation des technologies modernes destinées à la production de biens
modernes est favorisée par une baisse des exigeances de qualité et un
accroissement des quantités, tandis qu'en même temps une hausse de la
demande pour des biens traditionnels simples pour la consommation des
pauvres peut déclencher une hausse de la demande pour des outils ou des
machines simples.
Les deux tendances peuvent servir de base au développement d'une pro
duction locale de machines. Un pays du Tiers Monde, qui veut établir une
base technologique qui lui permet d'assimiler des technologies importées
doit pouvoir dépaqueter, maintenir, réparer, et améliorer des biens d'équ
ipement importés. Toutes ces opérations dépendent de la qualification et de
la quantité d'ouvriers, techniciens et ingénieurs expérimentés dans le
travail des métaux. Un système de formation professionnelle ne suffirait pas
à créer ces capacités. Il faut que ces ouvriers, techniciens et ingénieurs
s'entraînent dans une production mécanique dont le résultat entre dans
des processus productifs, d'où leur parviendront des encouragements et des
suggestions.
Ceci ne veut pas dire qu'il faut rechercher l'autarcie technologique.
On continuera d'importer aussi des technologies de pointe. Mais on veillera
dans le choix de ces technologies, que de préférence les opérations de
maintien propulsent plutôt les capacités techniques locales que le recours
à l'assistance étrangère. Et ceci peut en certains cas conduire à préférer
une technologie moins sophistiquée.
De même ceci ne veut pas dire que l'égalité dans la distribution des
revenus provoquera automatiquement une production locale de machines.
Les différences de productivités entre filières sont aujourd'hui tellement
grandes, que même la distribution complètement égalitaire de certaines
rentes conduirait à des coûts de salaires aussi élevés, que la diversification
de la production ne serait pas rentable. La problématique de la stratégie
610 HARMUT BLSENHANS

proposée est de prendre en considération en même temps l'inévitabilité


de ta rente et ses effets positifs et négatifs sur les plans économiques,
sociaux et politiques et l'impératif de s'appuyer sur des marchés de masses
par une distribution plutôt égalitaire des revenus.

6. La création ďune base technologique moderne nécessite le développement


de la petite et moyenne entreprise
en transformant au moins une partie notable
des entrepreneurs du secteur informel
en petites et moyennes entreprises dynamiques

La grande entreprise moderne tend à utiliser des technologies importées


à un degré plus important que la petite et moyenne entreprise. Il y a
plusieurs raisons : sur le plan strictement économique, la hausse de la
productivité dans la grande industrie est obtenue par l'emploi de machines
toujours plus spécialisées. La tendance à l'augmentation de la productivité
se réalise dans la construction de machines toujours plus spécifiques non
pas par la construction de lots de machines toujours plus importants. Par
là, il y a tendance au recours plus important à l'importation de machines
par la grande entreprise. En plus, celle-ci à un degré plus important de
monopole sur son marché : des coûts supplémentaires dus au manque d'util
isation de capacités productives à cause de marchés restreints ou à cause
de rupture de production seront plus facilement retransmis à ces clients.
De même, dans la lutte pour la distribution de la rente, la grande entre
prise est mieux placée que la petite, car les conséquences sociales et éco
nomiques de son échec apparaissent aux organismes centraux de direction
du processus d'accumulation toujours comme plus importantes que les diff
icultés qu'une moyenne entreprise peut éprouver. A condition de compétences
techniques égales, et a fortiori confronté avec une offre identique de
machines localement produites, le rapport coûts globaux de l'importation
de machines par rapport à l'achat/au développement local de machines à
performance égale est plus avantageux pour une grande entreprise que pour
une petite entreprise puisque les coûts de devises nécessaires sont plus
importants pour la petite entreprise et de même que l'avantage de la
technologie importée est moins grand pour la petite industrie, car elle
perdrait éventuellement son avantage de flexibilité.
Les enquêtes dont nous disposons sur l'équipement des petites et
moyennes entreprises montrent, que pratiquement 90 % des machines sont
de type standard que l'on produit déjà dans certains pays du Tiers Monde
et dont ni les spécifications techniques ni les marchés intérieurs possibles
interdisent la production locale.
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 611

Avec certaines exceptions, les observations convergent que les entre


prises publiques dans le Tiers Monde ont été plutôt consommatrices de
technologies importées, et que les filiales des sociétés multinationales
présentent au moins un résultat complexe en ce qui concerne le transfert
de technologies efficace. Néanmoins, il ne faudrait pas surestimer le rôle
de la petite et moyenne entreprise dans l'innovation technique dans le
Tiers Monde.
Le secteur informel et des petites et moyennes entreprises ne correspond
pas à la petite et moyenne industrie des pays développés particulièrement
forte dans la construction de machines. On ne peut attendre la product
ion locale spontanée de machines que si Ton aide la petite et moyenne indust
rie.Pourtant, deux résultats peuvent être attendus d'une telle promotion
de la petite et moyenne industrie : la création et l'extension d'un marché
pour des machines d'abord simples localement produites et l'expansion de
l'emploi à partir de tels équipements avec l'affaiblissement du lien entre
accumulation/création d'emploi et importation de biens d'équipement.
Certaines critiques d'une telle stratégie sont plus fondées que d'autres.
Des taux de salaire bas (notamment pour apprentis) ne sont pas le fait
de la stratégie des petites et moyennes entreprises mais le résultat du
manque d'emplois productifs. Dans le cadre de la stratégie préconisée,
l'élévation des revenus des masses augmentera aussi les coûts d'accès à la
force de travail pour les entrepreneurs des petites et moyennes entreprises.
Par contre, mes enquêtes sur la distribution des revenus dans le secteur infor
melet des petites et moyennes entreprises ne montrent pas une plus grande
inégalité dans la distribution des revenus par rapport au secteur étatique
ou formel. Un comportement souvent peu innovateur des entrepreneurs
renvoie au fait que les entrepreneurs ne sont innovateurs que sous la menace
de la concurrence. La non-disponibilité des matières premières essentielles,
de machines même simples et quelques fois même de systèmes de rationne
ment de ces inputs stratégiques peuvent transformer le secteur des petites et
moyennes entreprises en ensemble de producteurs quasi monopolistes. C'est
surtout le cas, si un système d'autorisations pour l'établissement de petites
et moyennes entreprises est installé. L'argument, suivant lequel le secteur
des petites et moyennes entreprises produit un surplus en faveur de la
grande entreprise et du capital international, est difficile à discuter : il
serait important pour le rapport Nord-Sud, si la loi de la baisse tendanc
ielledu taux de profit avait une réalité — ce que je nie, et il serait
important si la hausse des prix sans hausse de la demande pour les pro
duits du secteur des petites et moyennes entreprises contribuait à la
croissance de celui-ci, ce que personne n'a postulé.
612 . HARMUT ELSENHANS

7. Un rôle plus important des petites et moyennes entreprises


nécessite non pas la fin de la planification étatique
mais une nouvelle qualité de cette planification.

Si la contribution de la petite et moyenne entreprise à la croissance


économique et à l'emploi peut être importante, dans mon argument j'ai
considéré ce secteur comme un maillon certes important et peut-être essent
ielmais non pas indépendant d'une stratégie générale de vaincre le sous-
développement. Celle-ci est basée sur l'utilisation des marchés des masses
afin de créer des structures économiques de la part de la demande, qui
favorisent l'éclosion d'une production locale de machines comme tremplin,
qui permet d'avancer par bonds dans une stratégie de rattrapage écono
mique qui n'exclut pas l'importation sélective de technologies de pointe,
qui permettent d'élever le niveau technologique de la propre base techno
logique. Mais cette stratégie prend en compte l'existence de rentes, l'appro
priation desquelles elle défend, et la nécessité de la restructuration de l'appar
eil productif. Les orientations pour une telle restructuration sont à dégager
d'une manière empirique par la projection de profils de demande basés
sur la consommation des ménages à des niveaux de revenus différents et par
l'analyse du chemin de la production du produit final vers les produits
intermédiaires. Ceci permet de dégager les structures d'un appareil de pro
duction qui serait capable de satisfaire les besoins des masses en cas de
l'augmentation des revenus, la contribution du secteur informel et des petites
et moyennes entreprises à la satisfaction des demandes finales et interméd
iaires, les goulots d'étranglement pour ce secteur en rendant visible le
manque de certains équipements et les domaines de production qui néces
sitent l'intervention de la grande industrie et l'importation de biens
d'équipement. Une telle stratégie ne vise pas l'autarcie mais la mobilisation
totale des facteurs de production locaux.
Pour le secteur des petites et moyennes entreprises et le secteur informel,
la stratégie proposée est différente aux stratégies poursuivies dans la
plupart des cas. La promotion de la petite et moyenne entreprise repose
normalement sur l'idée, que si l'on crée suffisamment d'avantages finan
ciers, la petite et moyenne entreprise commencera à développer sa dyna
mique propre et établira quasi automatiquement un tissu interindustriel
dense.
D'après notre concept d'hétérogénéité structurelle et d'après les nomb
reuses constatations du caractère désarticulé des économies du Tiers Monde,
un tel optimisme me paraît étonnant.
Les expériences des institutions multilatérales d'aide au développement,
des institutions bilatérales et des administrations nationales dans le Tiers
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 613

Monde montrent à des degrés différents que la petite et moyenne entreprise


peut être entravée dans son développement par le manque de crédit, le
manque d'infrastructure et de services, mais que sont plus importants son
environnement économique, la structure de ses débouchés et l'accès à des
technologies rentables pour l'envergure de ses opérations et la qualité de ses
produits.
On peut en exagérant dessiner deux modes de promotion : dans une pre
mière approche on veut promouvoir un maximum de projets de création ou
d'extension de petites et moyennes entreprises. On crée une commission
nationale qui décide des demandes en fonction de capacités de production
planifiées par branche et d'autres critères, ainsi que le nombre d'emploi,
l'installation régionale, etc. Une telle approche doit fatalement déboucher à
un système d'autorisation d'investissement. Puisque les devises sont rares
(ou puisqu'en recevant des devises au taux de change officiel) l'entrepreneur
participe à la rente, l'Etat ne peut pas accepter des investissements « inef
ficaces ». .
Si pourtant l'Etat se rendait compte que le vecteur ultime de la dépen
dance est le manque d'une propre base technologique locale, il pourrait
subventionner ou produire lui-même certains biens d'équipement standards
(tours à deux ou trois dimensions, presses, fraiseuses, aléseuses, postes de
soudure) et les offrir à des prix subventionnés sur le marché pour financer les
coûts d'entraînement. Dans ce cas, une industrie de biens d'équipement pour
l'alimentaire, le vêtement et le textile pourrait naître, notamment si l'on
choisissait un taux de change bas et si l'on œuvrait pour l'expansion des
marchés des masses. Dans une telle stratégie, la promotion de la petite et
moyenne industrie est conçue d'une manière indirecte en mettant à sa dispo
sition en amont une technologie localement produite et en aval des marchés
de masses en expansion par la redistribution des revenus, l'accroissement
de l'emploi et à plus longue échéance la hausse des salaires réels.
En se concentrant sur l'établissement des industries de base, les Etats
dans le Tiers Monde ont dans la plupart des cas dû faire l'expérience, que
ces industries ne sont « industrialisantes » que dans des économies capables
de produire elles-mêmes des machines et des équipements supplémentaires.
Pour gagner l'indépendance économique, il faut savoir construire des
machines. Certes, il ne faut pas parcourir tous les détours de l'Occident, mais
il serait absurde de vouloir commencer par l'utilisation de technologies qui
largement dépassent les connaissances locales pour assimiler celles-ci. J'ai
montré que par une combinaison entre marchés des masses et hausse des
emplois dans la petite et moyenne industrie, l'Etat peut créer des marchés
pour une production locale de machines d'abord simples qui permettent aux
ouvriers et techniciens de s'initier pour pouvoir rattraper. La différence entre
614 HARMUT ELSENHANS

la Corée du Sud et le Taïwan montre que même en cas d'industrialisation


orientée vers les exportations, le succès final dépend de l'insertion du secteur
exportateur dans les réseaux de technologies locales et dans des marchés
de masses en expansion.

8. V option pour une technologie intermédiaire est la voie royale


pour V assimilation de technologies plus complexes

Ceux qui suggèrent une stratégie de développement qui combine consom


mation des masses, technologie appropriée et importation sélective de biens
d'équipement, se voient souvent exposés au reproche de vouloir exclure le
Tiers Monde de l'héritage commun de l'humanité, c'est-à-dire de la technol
ogiemoderne, et vouloir le confiner à toujours dans une situation
d'infériorité.
Cette argumentation a comme base l'idéologie que l'on pourrait acheter
le développement. Or, comme on Га indiqué au début, le capital — dont di
sposeraient les pays plus développés — n'est nullement le capital fixe qui
apparaît dans les bilans de leurs grandes compagnies. Ce capital, c'est la
capacité d'une fraction large de leur main-d'œuvre de produire des outils,
des machines et des machines-outils. Il n'y a qu'une possibilité d'acquérir
ces connaissances, c'est produire soi-même des machines tout en apprenant
alors de la part de producteurs plus avancés comment on peut faire mieux.
Certes, des évaluations continuelles doivent être entreprises sur les
procédés dans la conception et la production de machines qui sont démodées
pour assurer l'entrée latérale dans une filière, par exemple en construisant
tout de suite des machines à régulation micro-électronique simple.
Il est certain qu'une décentralisation des opérateurs économique et la
compétition sur le marché facilitent cette recherche, et que donc encore
une fois l'option pour une industrie à dimension trop grande peut rendre
plus difficile cette concurrence. Mais quel que soit le degré de décentrali
sation, c'est l'expansion du marché des masses qui favorise le plus l'intr
oduction d'outils et d'équipements. Dans notre cas de production assisté de
tels équipements par l'Etat dans le cadre d'une programmation de l'économie
à long terme, une base technologique locale peut naître. C'est elle, et beau
coup plus que les usines utilisatrices de technologies importées, qui permet
l'assimilation de technologies plus modernes, et, avec leur adaptation même,
l'innovation dans le Tiers Monde.
On dit aussi qu'en optant pour des technologies appropriées et local
ementproduites, on retarderait la croissance du Tiers Monde. Les technologies
intensives en capital permettraient d'augmenter le surplus. Mais sous quelles
formes ce surplus existe-t-il : sous forme de produits de base ou de produits
DÉVELOPPEMENT INDÉPENDANT ET SECTEUR INFORMEL 615

de consommation. Pour être accumulé il doit être échangé contre des biens
d'équipement et en cas de deux seuls pays, celui spécialisé sur l'utilisation de
la technologie intensive en capital devra augmenter ses exportations et baisser
son prix jusqu'à ce que l'utilisation de son capital devienne rentable dans
la production de machines. La maximisation du surplus et la maximisation
du produit national brut sont des indicateurs dépourvus de sens dans des
économies structurellement hétérogènes où il n'y a pas de production
simultanée de biens d'équipement et de biens de consommation. Des chan
gements légers pour la demande de leurs exportations peuvent entraîner des
chutes considérables de leur pnb et de leurs surplus, s'ils ne sont pas
capables de substituer aux produits essentiels importés (donc aux biens
d'équipement, aux denrées et aux biens industriels-salaires) des productions
locales, si la valeur internationale de leur monnaie (de leur travail) baisse.
Le transfert réel de technologie passe par la production de machines.
Celle-ci doit commencer en utilisant les compétences existantes. Puisque
celles-ci sont basses, et vu la structure de la consommation par couches de
revenu, une stratégie égalitariste appuyée par la dynamisation des petites et
moyennes entreprises a le plus de chances à susciter et à appuyer une
production locale de machines.

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