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Pourquoi demander pardon beaucoup et

souvent à Allâh
Le cheikh Nasir Al Fahd a écrit en décembre 2012, depuis sa prison
séoudienne, un texte sur les raisons qui justifient que le serviteur doive
demander pardon en permanence et en quantité.

Il commence en disant, comme cela est très connu, que le Prophète


d'Allâh, 'alayhi salam, bien qu'Allâh lui eût pardonné complètement de
son vivant, était très préoccupé et occupé par la tawbah et l'istighfâr. Il
passait beaucoup de temps, vraiment beaucoup de temps dans ces
adorations. Le cheikh rapporte même un hadith de Abû Dâwûd, avec une
bonne chaine de transmission depuis Ibn Umar, qu'Allâh l'agrée, qui dit
que, en une seule assise, une seule réunion, à laquelle le Prophète, 'alayhi
salam, assistait, on pouvait compter ses demandes de pardon, plus de 100
: Rabbi-ghfir lî wa tub 'alayya, innaka Anta-t-Tawwâbu-l-Ghafûr, avant
qu'il ne se lève et ne quitte l'assemblée ! Ô mon Maître, pardonne-moi et
accepte mon retour vers Toi, Toi seul est Celui qui accueille le repentir et
Celui qui pardonne.

L'istighfâr est, grâce à Allah, l'un des plus puissants remèdes contre les
affections du cœur et les maladies qui découlent des chubuhâte (des
ambiguités, des raisonnements trompeurs qui créent le doute et
l'égarement) et des chahawâte (les pulsions de l'homme, le
fonctionnement de son âme, qui le poussent à désobéir). On doit le
pratiquer chaque jour, et autant que possible. Beaucoup de gens, et
beaucoup de gens de bien, réservent l'istighfâr pour certains péchés
seulement, pas parce qu'ils négligent les autres, ou qu'ils s'en moquent,
mais parce qu'ils ne les voient pas, les oublient, ne s'en rendent pas
compte ou les ignorent. Or il est nécessaire de connaitre la maladie pour
que le remède soit efficace. Si on ne connait pas le mal parfaitement, on
n'arrivera pas à utiliser le remède à bon escient.

1 - La prise en compte des hadiths qui parlent du fait qu'on n'entre pas au
Paradis par ses propres actions mais uniquement comme une générosité
de la part d'Allah doit nous pousser à rechercher la générosité d'Allâh par
la demande de pardon. Car ces hadith mettent l'accent à la fois sur la
générosité incommensurable d'Allâh et sur les imperfections de l'homme.
Ce qui doit pousser l'homme à chercher la générosité d'Allah en se
rabaissant devant Lui, en L'implorant, et en reconnaissant ses fautes.
2 - Les actes d'adoration - au sens large - des humains sont diminués et
souillés de plusieurs manières : l'ignorance, le manque de capacité, la
négligence, l'ostentation et l'autosatisfaction. Et cela en diminue la
récompense. C'est pour cela qu'Allâh a légiféré la demande de pardon
après les actes d'adoration. Comme c'est le cas de la prière et même le
pèlerinage, ou encore les prières de la nuit. Pour nous, cela nous permet
de voir les actes d'adoration comme évidemment diminué, ce qui permet,
outre de demander sincèrement le pardon d'Allah, de toujours rechercher
l'amélioration de son adoration.

3 - Ce qui doit rendre évidente la pratique fréquente de l'istighfâr, c'est


l'existence des grands péchés connus et visibles, comme les relations
intimes hors mariage (zina), les intérêts et l'usure (riba), le vol, le fait
d'opprimer les gens et d'être injustes avec eux, ou encore le mensonge, la
médisance, la calomnie, la vulgarité...

La reconnaissance de l'existence de ces péchés doit avoir deux


conséquences :

a - demander pardon quand on s'en approche et quand on les commet

b - comprendre que s'il y a des grands péchés visibles et connus c'est qu'il
existe des petits péchés et des péchés moins visibles et dont on parle
moins. Et du coup demander pardon pour ces péchés est extrêmement
important justement parce qu'ils peuvent passer inaperçus et, comme on
le verra, car certains d'entre eux sont plus graves.

4 - En plus des péchés liés au fait de commettre des actes mauvais


(commettre les grands péchés par exemple), il y a les péchés liés au fait de
ne pas faire quelque chose de recommandé ou d'obligatoire. C'est
l'absence d'acte qui est un péché ici. Souvent ces péchés sont liés aux droits
des autres sur nous et aux actes situés dans le champ des relations avec les
autres. Comme les droits des parents, des voisins, de la famille, des
croyants, et le fait d'appeler les gens à la vérité et de les encourager à ne
plus commettre les péchés et à revenir à l'islam (le amr bil ma'rûf et le
nahy 'anil munkar). Le gros problème avec ce genre de péchés c'est que,
quand on les commet, cela ne se voit pas et on peut s'habituer à les
commettre au point qu'ils deviennent la norme, qu'on les commette
comme si de rien n'était et qu'on ne demande plus jamais pardon pour
eux. Et dans certains cas comme celui du amr bil ma'rûf et du nahy 'anil
munkar, si on prend l'habitude de ne rien faire et de ne rien dire devant
un mal, alors petit à petit même le cœur n'arrivera plus à être contre une
mauvaise chose, car elle sera devenue une habitude qui n'appelle aucune
réaction de notre part. Et si le cœur n'est pas outré par un mal qu'on
rencontre, on a perdu l'îmâne et il n'en reste plus de trace, qu'Allah nous
protège.

5 - Il existe des péchés par les actes, soit que l'on fait quelque chose soit
que l'on ne fait pas quelque chose. Il existe aussi des péchés intérieurs, qui
touchent le cœur. Ils ne sont pas directement visibles. Ce sont les maladies
du cœur comme l'orgueil, l'autosatisfaction, la jalousie... Ces maladies ne
souillent pas le cœur de la même manière. Certaines sont mortelles à très
faible dose, d'autres à haute dose.

Il est difficile de se débarrasser de ces maladies car :

a- elles sont facilement négligeables et sont négligées. On néglige leur


présence, on néglige leur importance, on néglige leur influence. Ce qui fait
que même pour les gens pieux qui sont très méticuleux avec les péchés
visibles, grands et petits, les péchés intérieurs ne sont pas souvent pris en
compte.

b - tant qu'Allâh ne nous a pas aidés à les éliminer, ces maladies sont
actives en permanence, et sont influentes en permanence, contrairement
aux péchés visibles qui n'existent que lorsqu'on les commet.

c - elles sont en interaction avec l'ensemble du corps puisque le cœur est


en interaction avec l'ensemble du corps. Le coeur influence les actes et les
paroles. Un mauvais cœur donne de mauvais actes. Et, le cheikh n'en
parle pas ici, en retour les actes influencent le cœur, et donc peuvent
renforcer ces maladies quand ils sont mauvais.

d - pour certaines de ces maladies, l'effet sur les actes et sur la souillure du
cœur existent même quand la maladie est très peu importante. Comme
l'orgueil, pour lequel il suffit, disent les hadith authentiques, d'un atome
dans le cœur pour mériter l'enfer éternel. La moindre quantité d'orgueil
est un grand péché.

e - le plus grave, c'est justement que ces maladies, surtout quand elles ont
une influence même à très faible dose, on ne les remarque pas. Elles
passent inaperçues et sont souvent confondues avec autre chose. Qu'Allâh
nous préserve de l'orgueil, qui nous fait renoncer à la vérité pour notre
propre passion.
6 - Parmi les raisons qui doivent pousser le serviteur d'Allâh à Lui
demander pardon beaucoup, il y a l'existence des péchés cachés (khafiyy).
Ce sont les péchés que le serviteur commet mais qui lui sont cachés. Il ne
sait pas qu'il commet quelque chose de grave et il ne se rend pas compte
de la réelle nature du péché. Ces péchés peuvent être internes, dans le
cœur, et peuvent être commis par la langue et le corps :

a - il y a le chirk (le fait de donner des associés à Allâh) et il y a le chirk


caché : le chirk caché c'est l'ostentation (tant qu'il n'est pas fréquent) qui se
mélange aux actes et aux paroles de bien du serviteur, sans qu'il se rende
compte qu'il souille son adoration exclusive d'Allâh.

b - il y a la chahwah, la passion et la pulsion, et il y a la chahwah cachée


qui est, selon certaines paroles qui remontent à des compagnons, un
péché que le Prophète, 'alayhi salam, craignait pour nous, tout autant que
le chirk caché. Les savants ont interprété cette chahwah cachée comme
l'amour du commandement, qui comprend aussi l'amour d'être connu,
d'être mentionné, qu'on parle de nous... Ce qui doit nous inquiéter c'est
que ces péchés cachés se trouvent aussi ancrés chez les gens de bien, et
comme disaient certains salaf, nos ancêtres pieux : la dernière chose qui
sort de la tête des hommes véridiques c'est cet amour d'être reconnu,
connu, de commander...

Le cheikh ajoute que le plus dangereux et le plus cachés de ce genre de


péchés c'est celui contre lequel le Prophète, 'alayhi salam, nous a mis en
garde dans des hadith authentiques du type : Il se peut que le serviteur
dise un mot qui provoque la colère d'Allah, et auquel il ne prête pas
d'attention et qui lui fait mériter de plonger profonde dans l'enfer.

C'est extrêmement angoissant et c'est une raison majeure pour demander


pardon à Allah. Car comme s'interroge le cheikh : Comment savoir si dans
un moment de négligence, de colère, de légèreté, d'insouciance, une telle
parole n'est pas sortie de notre bouche, que nous ne nous en sommes pas
rendu compte, que les anges l'ont inscrite et que nous méritions la
réalisation de la menace des hadith sur nous ? Comment savoir ?

Le cheikh conclut cet avant dernier paragraphe de sa risalah par cette


invocation : Qu'Allah préserve notre langue, nous préserve de provoquer
Sa colère, et nous préserve de l'enfer. Amine.

7 - Le cheikh Nasir al Fahd finit son propos avec la dernière raison qui
doit nous pousser à rechercher le pardon d’Allâh. C’est l’existence de
péchés ignorés. On parle de péchés que la religion a déterminés comme "
ignorables " et dont l’ignorance est excusable et ne fait pas plonger dans le
chirk et le kufr. Ce sont les péchés que l’auteur ignore être des péchés. Ces
péchés peuvent être par une action effectuée (commettre une action
interdite) ou par l’absence d’action (ne pas faire quelque chose de
recommandé). Cette ignorance peut avoir deux statut :

a - c’est un défaut de la personne qui commet le péché car elle s’est


détournée de la recherche de la vérité alors qu’elle aurait pu la trouver.
C’est un péché.

b - c’est un défaut de la personne mais il ne refuse rien, il n’a juste pas la


possibilité de savoir. Il n’y a pas de péché proprement dit là, mais sa
valeur est diminuée par rapport à quelqu’un qui ne fait pas ces péchés.

Aussi dans les deux cas, le besoin de demander pardon est impérieux, le
premier pour son péché, le second pour son imperfection coupable.

Le cheikh conclut en se mettant en garde et en nous mettant en garde :


On garde en tête ces raisons impérieuses et on se regarde soi-même. Si on
fait cela, on ne manquera pas de comprendre à quel point on a besoin
d’istighfâr et de tawbah. Et le Prophète, 'alayhi salam, nous a appris de
façon insistante à nous corriger et à demander pardon en permanence par
amour pour nous et parce qu’il sait à quel point nous en avons besoin. Il
faut donc que chacun de nous, avec l’aide d’Allâh, demande beaucoup
pardon à Allah et tout le temps, en utilisant les invocations prophétiques
authentiques, en particulier celles qui évoquent tous les types de péchés
possibles, les grands, les petits, les concrets, les abstraits, ceux du corps, du
cœur, de la langue, les connus, les ignorés, les cachés, les apparents, ceux
qu’on fait à la vue des gens comme ceux qu’on fait en secret... tous.

En voici deux exemples, l’un de chez Muslim, l’autre de chez Al-Bukhâriyy


:

a - Allâhumma-ghfir lî dhanbî kullahû, diqqahû wa jillahû, wa awwalahû


wa âkhirahû, wa ‘alâniyatahû wa sirrahû

b - Allâhumma-ghfir lî mâ qaddamatu wa mâ akhkhartu wa mâ asrartu wa


mâ a’lantu wa mâ anta a’lamu bihî minnî, Anta-l-Muqaddimu wa Anta-l-
Mu-akhkhiru wa Anta ‘alâ kulli chay-in Qadîr
Qu'Allah nous pardonne, c'est l'objectif de tout musulman sincère :
demander pardon ET se corriger. Amine.
[35 moyens pour se faire pardonner] 1er
moyen : L'islam
Bismi-Llâh

As-salâmu 'alaykum wa rahmatu-Llâh

Chers frères, chères soeurs, chers lecteurs

Se faire pardonner ses péchés est, et doit être, une des principales activités
du croyant. Une activité qui a des répercussions dans l'Au-delà mais aussi
et d'abord sur Terre. Nos prédécesseurs en effet cherchaient à se faire
pardonner pour entrer au Paradis, mais également pour des questions de
bienfaits d'Allâh, de rizq et de barakah sur Terre. La conception qu'il y a
derrière c'est que le bonheur, que ce soit ici ou dans l'Au-delà, ne peut
exister si nos relations avec notre Créateur sont entachées. Celui qui est
agréé et pardonné par Allâh est heureux.

Voici donc une synthèse augmentée que nous écrivons à partir du fascicule
: 35 Sababan li Maghfirati-dh-Dhunûb fî Dhaw-i-l-Kitâbi was-Sunnah (35
Causes de pardon des péchés, à la lumière du livre d'Allâh et de la sunnah
du Prophète, 'alayhi salâm), écrit par Fâtin bint 'Abdil 'Azîz.

Le premier moyen pour voir ses péchés pardonnés, c'est l'islam.

Al-Bukhâriyy rapporte ce hadith authentique de Abâ Sa-îd Al-Khudriyy :


Quand l'individu se convertit à l'islam, l'islam authentique et complet,
Allâh lui pardonne l'ensemble des mauvaises actions qu'il a commises
jusque-là. Après cela, la règle suivie est la suivante : une bonne action vaut
entre 10 et 700 bonnes actions, et une mauvaise action vaut une mauvaise
action, à moins qu'elle ne soit pardonnée par Allâh.
Cela démontre la grande bonté d'Allâh pour Ses créatures et ce cadeau de
bienvenue est là pour encourager les hommes à entrer en islam et à ne pas
désespérer de ce qu'ils ont fait avant. Et cette indulgence vis-à-vis des actes
commis dans la mécréance laisse entrevoir l'indulgence d'Allâh pour les
croyants. Comment peut-on imaginer qu'Allâh accepte aussi largement le
repentir des mécréants lorsqu'ils se convertissent à l'islam et n'accepterait
pas au moins aussi largement le repentir des hommes et des femmes qui
Lui sont déjà dévoués.

Ce hadith montre également la mesure de l'engagement de la personne


qui se convertit. Le prophète 'alayhi salâm dans ce hadith " fa hasuna
islâmuh " que j'ai traduit par " l'islam authentique et complet ". Cela
signifie, comme le mentionnent les interprétateurs de ce hadith, que
l'individu qui se convertit doit adopter l'islam entièrement, ses croyances,
ses pratiques, sa moralité. Les compagnons, qu'Allâh les agrée et les rende
satisfaits, quand ils entraient dans islam se défaisaient de toutes leurs
anciennes croyances et leurs anciennes pratiques. Cette précision du
Prophète 'alayhi salâm est extrêmement importante. Elle engage
également le musulman né dans une famille musulman à se débarrasser de
tout ce qu'il a trouvé de mal dans sa famille, sa tribu, son pays, son ethnie.
Rien ne doit plus l'influencer que l'islam de Muhammad, 'alayhi salâm,

[35 moyens pour se faire pardonner] 2e


moyen : La taqwâ
Le deuxième moyen pour voir ses péchés pardonnés, c'est la taqwâ.

Dans la sourate Le Divorce, 65, au verset 5, Allâh dit : ... et celui a la


taqwâ vis-à-vis d'Allâh, Allâh lui efface les péchés et augmentera
énormément sa récompense.

La taqwâ est l'un des moyens les plus puissants pour que nos péchés soient
pardonnés par Allâh, pour obtenir une grande récompense et entrer au
Paradis.

La taqwâ c'est la conséquence de la peur d'Allâh et de Son châtiment. C'est


le fait de, par crainte, dresser une protection entre soi et l'enfer. Comment
? En s'écartant des désobéissances et en accomplissant les actes
obligatoires. Ce n'est pas plus difficile que cela, et c'est Allâh qui facilite.
Ce qui est encourageant, c'est qu'on sent bien que c'est à la portée de tout
le monde.
Allâh dit également dans la sourate Le Butin, 8, au verset 29 : Ô ceux qui
croient ! Si vous avez de la taqwâ vis-à-vis d'Allâh, Il vous donnera de
quoi distinguer clairement le vrai et le faux, Il effacera vos mauvaises
actions, et vous pardonnera.

Les savants spécialisés dans l'interprétation des versets du Coran disent ici
que celui qui a de la taqwâ vis-à-vis d'Allâh en faisant ce qu'Il a ordonné
et en s'écartant de ce qu'Il a interdit, Allâh l'aidera à repérer la vérité et le
faux. C'est une qualité indispensable sur Terre, surtout à une époque où
tout le monde parle de tout et chacun appelle à sa voie, sans scrupules.
Dans cette cacophonie, il faut un outil sans faille : la clairvoyance. Et c'est
ce qu'Allâh offre à celui qui a de la taqwâ. Et les savants spécialisés
ajoutent que cette capacité à distinguer le vrai et le faux est générale et est
cause de réussite dans cette vie-là et de bonheur au jour du Jugement.

Allâh dit aussi dans la sourate La Famille de 'Imrâne, 3, aux versets 133 et
134 : Courez vers le pardon de vôtre Seigneur et vers un Paradis aussi
large que les cieux et la Terre, un Paradis préparé pour ceux qui ont la
taqwâ. Ceux qui dépensent de leur argent dans la facilité comme dans la
difficulté, qui dominent leur colère et sont indulgents avec les hommes. Et
Allâh aime ceux qui pratiquent le bien.

Voilà comment on comprend de ce verset que ceux qui méritent le


pardon d'Allâh et Son paradis immense sont ceux qui Le craignent et
craignent d'être punis, qui Lui obéissent, quels que soient Ses ordres et Ses
interdictions, n'en négligeant aucun. Voilà comment la taqwâ amène le
pardon des péchés et le Paradis.

Allâh dit enfin dans la sourate Les Groupes coalisés, 33, aux versets 70 et
71 : Ô ceux qui croient ! Ayez de la taqwâ vis-à-vis d'Allâh et ne dites que
des paroles de vérité et sincères. Il rendra vos actes parfaits et pardonnera
vos péchés. Et celui qui obéit à Allâh et à Son messager auront bel et bien
grandement réussi.

Voilà comment on comprend que la taqwâ, ainsi que la bonne parole


(qu'elle signifie selon les interprétations des savants la vérité, lâ ilâha illa-
Llâh, la parole sincère ou la parole pour réconcilier les gens) sont des
causes pour obtenir le pardon et que les péchés soient effacés comme s'ils
n'avaient jamais été commis.
[35 moyens pour se faire pardonner] 3e
moyen : suivre le Prophète, 'alayhi salâm
C'est de suivre le Prophète 'alayhi salâm.

La personne du Prophète 'alayhi salâm est vraiment extraordinaire,


notamment en tant que modèle pour nous. Quel type modèle est-il pour
nous ?

Un réponse. C'est le seul personnage de la communauté musulmane qui


ne se trompe jamais et c'est le seul personnage qui n'a pas eu besoin de
progresser car il était au point dès le début.

Je m'explique. " Prophète " est un service social au même titre que
médecin, boulanger, enseignant... C'est le service le plus crucial, mais
comme les autres services, il est nécessaire que celui qui est choisi par Allâh
ait des qualités particulières pour être efficace. Et c'est là où les choses sont
miraculeuses : le prophète est efficace dans sa mission du début à la fin. Il
n'y a pas de ratés, de balbutiement. Il est au point dès le début. Il n'y a
pas chez le Prophète, 'alayhi salâm, d'état imparfait transitoire ou de
progression et d'amélioration dans le temps, comme chez le médecin et le
boulanger, le gouverneur et l'artisan, le savant et l'étudiant. Tous ceux là
mettent des années à être au point. On préfère se faire opérer par un
chirurgien expérimenté plutôt que par un tout nouveau chirurgien et on
sait que le nouveau chirurgien va et doit encore s'améliorer dans le temps.
Le pain de tel boulanger s'est amélioré avec le temps, les écrits de ce
savant correspondent de plus en plus à nos besoins... Chaque fonction
nécessite du temps pour être maîtrisée et optimale. Sauf la noble fonction
de prophète. Le prophète est au point dès le début. Ses paroles comme ses
actes sont adaptés et optimaux dès le début de la mission. On peut se fier
à ce qu'il a fait au début de sa mission exactement de la même manière
qu'on se fie à se qu'il a fait à la fin. Il est unique à ce niveau. Pour tous les
autres hommes, on sait qu'ils vont évoluer et s'améliorer, changer avec le
temps ce qui rend moins forte leur fiabilité, et parfois leur crédibilité, à
l'instant t. Pour le prophète la fiabilité est maximale dès le début et c'est
un don unique.

Cela explique pourquoi il est le seul modèle possible pour les gens à qui il
a été envoyé par Allâh. Quand on parle de Mohammad, 'alayhi salam,
c'est l'humanité qui n'a d'autre choix que de le prendre pour modèle vu
qu'il ne se trompe jamais, du début à la fin, qu'il est expert de son
domaine dès le commencement. N'importe quel autre personne qu'on
prendrait pour modèle serait moins fiable que lui.

C'est avec cela en tête qu'il faut étudier les versets d'Allâh qui nous
ordonnent de suivre Muhammad, 'alayhi salam. Comme le verset 31 de la
sourate 3, La Famille de 'Imrâne : Dis-leur, ô Muhammad, si vous aimez
Allâh, suivez-moi, Allâh vous aimera et pardonnera vos péchés.

Aimer Allâh, le Créateur est une prétention d'une bonne partie des
habitants de la Terre aujourd'hui et sans doute de l'extrême majorité de
l'humanité à travers les siècles. Et Allâh nous apprend ici que la seule
manière de mettre en pratique cette prétention, si on est sincères, c'est de
suivre le prophète, 'alayhi salam. C'est-à-dire en obéissant à ses ordres et
en s'éloignant de ce qu'il a interdit. Et celui qui fait cela, sachant que tout
ce qu'a amené le Prophète, 'alayhi salam, vient d'Allâh et de personne
d'autre que Lui, se verra pardonner tous ses péchés.

Et Allâh nous dit dans le verset 31 de la sourate 46, La Région de Al-Ahqâf


: Ô notre peuple ! Répondez à celui-là qui vous appelle à Allâh et croyez
en lui. Allâh vous pardonnera certains de vos péchés* et vous préservera
d'un châtiment douloureux.

Dans ce verset, bien sûr, " celui-là qui vous appelle à Allâh " est le
prophète Muhammad, 'alayhi salam. Donc suivre le prophète, 'alayhi
salam, parce qu'on croit en lui, est un des moyens d'être pardonner pour
ses péchés, grâce à Allâh*.

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* " Certains de vos péchés " : les savants expliquent que ne seraient pas
pris en compte là les péchés qui touchent les droits des autres. Pour être
pardonné d'un vol commis contre une personne, il faut lui rendre ce
qu'on a volé. Remarque, rendre ce qu'on a volé pour espérer le pardon
d'Allâh est la voie du prophète 'alayhi salam. Ce qui fait que suivre la voie
du Prophète, 'alayhi salam, a bien pour conséquence le pardon de tous les
péchés, par la grâce d'Allâh sur nous.
[35 moyens pour se faire pardonner] 4e
moyen : avoir peur d'Allâh
C'est la peur d'Allâh, al-khawf.

Dans un magnifique hadith, authentique de chez Al-Bukhâriyy, le


Prophète 'alayhi salam nous apprend ceci : Il y avait un homme, parmi
ceux qui vivaient avant vous, qui avait conscience que ses actions avaient
été mauvaises. Il a dit à ses enfants : " Quand je serai mort, prenez-moi et
éparpillez-moi en mer un jour de grand-vent. " C'est ce qu'ils ont fait.
Allâh a rassemblé ses cendres et lui a dit : " Qu'est-ce qui t'a poussé à agir
ainsi ? " L'homme a répondu : " Uniquement que j'ai peur de Toi. " Et
Allâh l'a pardonné.

Ce hadith est une preuve très claire que la peur est une des causes du
pardon d'Allâh. Et ce hadith a été classé par Al-Bukhâriyy dans le chapitre
" Au sujet de la peur d'Allâh ". Ce hadith est là pour nous apprendre la
valeur de la peur d'Allâh pour obtenir le pardon d'Allâh, pas pour
légitimer certaines conceptions blasphématoires au sujet d'Allâh, ni
légaliser l'incinération, qui était peut-être permise à cette époque pour ce
peuple.

Quant aux conceptions erronées, l'homme dont il est question ici doute
de la toute-capacité d'Allâh (qudrah) à le ressusciter s'il était ainsi éparpillé.
Cette croyance est du kufr à l'unanimité des musulmans. Et celui qui pense
cela n'est pas musulman et mérite le châtiment d'Allâh. Cet homme-là a
pris un risque énorme ! Mais c'était un ignorant qui ignorait réellement
l'étendue de la puissance d'Allâh. Il ne niait pas la résurrection, mais, naïf
et ignorant, pas clairvoyant, il a pu penser qu'avec ce genre de méthode il
pouvait passer outre. Donc il ne niait pas la résurrection, juste ignorant de
ses caractéristiques. D'ailleurs, son coeur n'était pas mort, étant donné qu'il
avait conscience que ses actes étaient mauvais. Dans certaines versions du
hadith, il reconnaît mériter le châtiment d'Allâh étant donné qu'il était
conscient de " n'avoir rien fait pour Allâh ". C'est pourquoi Ibn
Taymiyyah, rahimahullâh, dit à propos de ce hadith que cet homme qui
doutait de la qudrah d'Allâh était ignorant mais en même temps croyant
(mu-min) car il avait peur qu'Allâh le punisse pour ce qu'il avait fait et
dont il reconnaissait la gravité. Et c'est pour cela qu'Allâh l'a pardonné.
Pour finir, ce que le Prophète, 'alayhi salam, nous apprend là a, selon les
savants, pu déjà se produire ou pas encore.

[35 moyens pour se faire pardonner] 5e


moyen : s'éloigner des grands péchés
C'est le fait de s'écarter des grands péchés, qu'on appelle les kabâ-ir.

Allâh a dit en effet dans la sourate 4, Les Femmes, au verset 31 : Si vous


évitez les grands péchés, qui vous ont été formellement interdits, Nous
effacerons vos péchés et vous ferons entrer dans un endroit magnifique.

Voilà comment Allâh promet à Ses serviteurs comme récompense pour


s'écarter des grands péchés de leur pardonner tous les autres péchés.

Les grands péchés, ont défini les musulmans depuis les compagnons
même, les grands péchés sont ceux qui sont assortis, par la Révélation,
d'une peine comme le feu, la colère d'Allâh, Sa malédiction, ou le
châtiment.

Allâh nous a promis le pardon si on évite les grands péchés. Ainsi sont
effacés les petits péchés. Quant aux grands péchés, y compris le fait
d'associer une créature à Allâh, on peut les faire effacer, par la grâce
d'Allâh, mais cela passe par le repentir, la demande de pardon, par le
retour à Allâh, l'îmâne et les bonnes actions.

Une remarque importante. Les grands péchés sont de deux types : ceux
qui ne sont pas pardonnés par Allâh s'il n'y a pas eu de repentir. L'auteur
de ces péchés va en enfer. Il s'agit du fait d'associer à Allâh, quelle que soit
la forme que cela prend, de l'abandon de la prière pour de nombreux
savants, et de l'abandon de la zakat pour certains d'entre eux.

Ensuite ceux qu'Allâh pardonne même s'il n'y a pas eu de repentir. On ne


sort pas de l'islam pour le seul fait d'avoir commis ces grands péchés et on
n'entre pas en enfer définitivement à cause d'eux, grâce à Allâh. Cela
signifie donc que si on se repent de ces péchés, Allâh nous pardonne de
notre vivant. Si on ne s'en repent pas, on mérite le châtiment promis.
Alors soit Allâh nous pardonne gratuitement, soit Allâh nous pardonne
après une expiation passée en enfer.
Qu'Allâh nous aide à ne pas retarder le repentir, à ne pas commettre de
grands péchés et à ne pas être plongés en enfer, ne serait-ce qu'une seule
fraction de seconde.

[35 moyens pour se faire pardonner] 6e


moyen : les bonnes actions
Ce sont les bonnes actions, à condition d'avoir la foi

Dans de nombreux versets Allâh nous informe que le fait de croire


combiné au fait de pratiquer les bonnes oeuvres est un des moyens
d'échapper à Son châtiment.

Il dit par exemple dans le verset 7 de la sourate 29, L'Araignée : Et à ceux


qui croient et pratiquent les bonnes oeuvres, Nous effacerons les péchés,
et nous les récompenserons pour tout le bien qu'ils auront fait.

Pour certains savants, quand Allâh dit qu'Il les récompensera pour tout le
bien qu'ils auront fait, cela signifie que même les bonnes actions faites
dans la mécréance seront récompensées si la personne croit ensuite.

Cette générosité et cette bonté a une cause : pratiquer les bonnes actions
après avoir cru.

Quand on dit " croire " c'est reconnaitre d'une part que l'islam est la vérité,
d'autre part que c'est la seule vérité. Quand on parle de " bonnes actions "
on parle d'actions que le Prophète, 'alayhi salâm, nous a apprises comme
étant bonnes.

Il faut voir ces actions comme les seules qui peuvent nous rapprocher
d'Allâh, c'est d'ailleurs pour cela qu'elles ont été instituées. Ce qu'on doit
comprendre alors c'est que comme ces actions sont les seules qui peuvent
nous rapprocher d'Allâh, c'est qu'on ne peut pas décider de nous-mêmes
qu'un acte est une bonne action ou pas. On doit se référer à une
Révélation, c'est-à-dire à ce que nous a appris le Prophète, 'alayhi salâm.
Et voir ce qu'il a fait, quand il l'a fait, comment il l'a fait pour se
rapprocher d'Allâh, et comment ses compagnons l'ont compris et imité.
Car il est le seul lien entre nous et Allâh. Aussi, on croit que lui seul nous a
appris comment nous rapprocher d'Allâh, quelles actions Allâh
considèrent comme bonnes et qu'une action qu'il ne nous a pas enseignée
ne peut devenir une bonne action juste. Il nous a en effet tout enseigné et
on n'a besoin de personne d'autre que lui dans ce domaine.

[35 moyens pour se faire pardonner] 7e


moyen : le jihad avec les biens et par soi-
même
C'est le jihad par les biens et par soi-même, à condition d'avoir l'îmâne.

NB : Quand la Révélation, le Coran ou les hadith prophétiques, évoquent


le jihad, ils parlent du jihad armé contre l'ennemi, pas simplement du "
jihad " quotidien contre ses penchants et ses pulsions et pour combattre
ses défauts.
Cela apparaît très clairement dans ce hadith authentique de chez Al-
Bukhâriyy et Muslim, où notre mère 'Â-ichah demande, au nom des
femmes, au Prophète, 'alayhi salâm : Ô envoyé d’Allâh ! Tu dis que le
jihad est la meilleure bonne action. Allons-nous faire le jihad, nous aussi
? Elle entend par jihad la guerre, sinon elle n'aurait pas demandé la
permission de la faire au Prophète, 'alayhi salam, et le Prophète n'aurait
pas répondu que le jihad des femmes c'est le pèlerinage fait avec sincérité.

Donc Allâh dit dans les versets 10 à 12 de la sourate 61, Le Rang : Ô ceux
qui ont cru ! Voulez-vous que je vous montre un commerce qui vous
sauvera d'un châtiment de douleur ? Vous croyez en Allâh et dans Son
prophète et vous combattez dans la voie d'Allâh avec vos biens et par
vous-mêmes, cela est un bien pour vous, si vous saviez. Alors Allâh
pardonnera vos péchés et vous fera entrer dans des jardins en dessous
desquels des cours d'eau coulent, et dans des demeures magnifiques dans
le Paradis 'Adn. C'est cela la grande victoire.

Les savants spécialistes de l'explication du Coran disent que ce verset a été


révélé quand les compagnons, qu'Allâh les agrée et les satisfait, ont
demandé au Prophète, 'alayhi salâm, au sujet des actes qu'Allâh aime le
plus. Les compagnons étaient toujours dans l'optique de mettre en
pratique ce qui leur permet qu'Allâh les agrée. Ils n'étaient pas dans la
théorie gratuite. Rien ne les intéressait que de plaire à Allâh et rien de les
inquiétait que la colère d'Allâh. Donc Allâh leur a donné la marche à
suivre pour pratiquer les oeuvres qu'Allâh aime le plus (croire sincèrement
- avoir l'îmâne - et combattre dans la voie d'Allâh par tous les moyens),
que ce commerce avec Allâh est meilleur pour l'homme que le commerce
dans cette vie-là et, qu'en échange, Allâh pardonnera les péchés.

Par ce commerce Allâh nous indique la voie du pardon.

On trouve cette même idée dans un hadith authentique de chez Muslim,


dans lequel le fils d'un compagnon a entendu son père dire qu'un jour que
le Prophète, 'alayhi salâm, avait rappelé à des gens que les meilleures
bonnes actions étaient l'imane et le jihad, un homme lui avait demandé si
tous ses péchés seraient pardonnés s'il venait à mourir au combat. Et le
Prophète, 'alayhi salâm, lui a répondu : Oui. Si tu es tué dans la voie
d'Allâh, alors que tu es patient, et que tu comptes sur la récompense
d'Allâh pour cette bonne action et que tu fais face sans t'enfuir. Tous tes
péchés, sauf le cas des dettes, car c'est ainsi que l'ange Jibrîl, 'alayhi salam,
me l'a enseigné.

Ce hadith donne la valeur du combat dans la voie d'Allâh et nous


apprend comment lui donner cette valeur. Le combat dans la voie d'Allâh
n'est pas indépendant de l'îmâne, ni de la patience, de croire dans la
récompense d'Allâh, d'affronter l'ennemi sans fuir le combat. Celui qui a
ces caractéristiques-là sera pardonné s'il combat dans la voie d'Allâh.

[35 moyens pour se faire pardonner] 8e


moyen : l'aumône et le fait de dépenser
pour Allâh
C'est l'aumône (sadaqah) et le fait de dépenser dans la voie d'Allâh

Allâh nous dit dans le verset 271 de la sourate 2, La Vache : Si vous faites
des aumônes à la vue des gens, c'est déjà une bonne chose. Et si vous les
faites en secret et les donnez aux pauvres, cela est encore mieux pour
vous. Et Allâh effacera vos mauvaises actions, et Allâh est parfaitement
informé de ce que vous faites.

Tous les actes de générosité, faits pour Allâh uniquement, sont acceptés.
Qu'ils soient faits en public ou en privé. Mais les actes faits en privés sont
plus vertueux.
Pour insister sur cette idée, on peut faire appel à certaines variantes de
lecture de ce verset qui montre que c'est la nature même des actes de
générosité d'expier les mauvaises actions. Dans une variante en effet on
peut lire : et vos sadaqâtes (aumônes) vont effacer vos péchés.

Allâh dit aussi dans la sourate La Famille de 'Imrâne, 3, aux versets 133 et
134 : Courez vers le pardon de votre Seigneur et vers un Paradis aussi
large que les cieux et la Terre, un Paradis préparé pour ceux qui ont la
taqwâ. Ceux qui dépensent de leur argent dans la facilité comme dans la
difficulté, qui dominent leur colère et sont indulgents avec les hommes. Et
Allâh aime ceux qui pratiquent le bien.

Courons donc tous ensemble vers les actes qui sont les causes du pardon
d'Allâh, car rendre des comptes pour ses péchés est une chose très dure,
affligeante, à ne pas prendre à la légère. S'imaginer devant Allâh pour
rendre des comptes pour un péché dont on était conscient et qu'on aurait
effacer avec quelques euros, c'est dramatique. Si on croit vraiment, au
fond de soi, que la générosité est une cause de pardon alors être généreux
sera facile, surtout quand on a les moyens.

Mais le verset précise aussi que la difficulté financière n'est pas une raison
pour ne pas être généreux. Car donner pour Allâh n'appauvrit pas, cela
enrichit. Et c'est Celui qui donne qui le dit. Cherchez des témoignages
autour de vous pour être assurés que la générosité (et le repentir en
général) amène le rizq. Nos prédécesseurs avaient bien compris cela, eux
qui se repentaient à Allâh lorsque la subsistance tardait à venir. De même
les savants relatent le cas de ce savant des temps anciens qui disait que
quand il avait besoin d'argent, il donnait en aumône ce qu'il possédait. Et
que dire d'Abû Bakr, 'Umar et 'Uthmâne, qu'Allâh les agrée et les satisfait,
qui ont donné tout ou partie de leur biens pour équiper l'armée
musulmane. Et que dire du Prophète 'alayhi salam qui donnait tout ce qui
passait entre ses mains pour les pauvres. Même si leur vie fut jalonnée
d'épreuves, ce qui ressort de leur biographie à tous ceux-là, ce n'est pas le
manque, la pauvreté, la difficulté. C'est au contraire la facilité, la
satisfaction, le bonheur. Car c'est Allâh qui rend heureux, pas les biens
matériels. Il faut juste se faire un peu violence pour donner au début et
Allâh nous aide à Le servir. Une fois qu'on a compris la valeur de
l'aumône, la gravité des péchés, le fait que celui qui donne et reprend c'est
Allâh, la main sera plus légère quand elle se dirigera vers la poche.
Et dans le verset 134 cité au-dessus, quand Allâh donne les qualités de
ceux qui bénéficient de Son pardon et de Sa récompense, Il commence
bien par ceux qui sont généreux, dans la facilité comme dans la difficulté.
Courir vers le pardon et le paradis, c'est courir vers la générosité.

[35 moyens pour se faire pardonner] 9e


moyen : le pardon et l'indulgence envers
les autres

C'est le pardon et l'indulgence (le 'afw et le safh) envers les gens qui nous
ont fait du tort alors qu'on serait en mesure de les sanctionner.

Allâh dit dans la sourate La Famille de 'Imrâne, 3, aux versets 133 et 134
: Courez vers le pardon de votre Seigneur et vers un Paradis aussi large
que les cieux et la Terre, un Paradis préparé pour ceux qui ont la taqwâ.
Ceux qui dépensent de leur argent dans la facilité comme dans la
difficulté, qui dominent leur colère et sont indulgents avec les autres. Et
Allâh aime ceux qui pratiquent le bien.

Comme on l'a déjà dit, dans ce verset, Allâh décrit les muttaqûn (ceux qui
ont la taqwâ - voir le 2e moyen), et qui méritent d'être pardonnés. Et
parmi leurs qualités, il y a le fait d'être indulgents et pardonneurs avec les
gens qui ont été mauvais avec eux malgré le fait qu'ils ont les moyens de
les sanctionner et de se venger. La vengeance serait légitime, la sanction
aussi, mais ils font preuve de bonté pour Allâh et, tout en contrôlant la
situation, pardonnent et refusent d'aller plus loin. Ils sont magnanimes.

Ce sont donc des gens qui mettent une bonne ambiance dans la société,
car ils permettent aux autres de faire des erreurs et des fautes, ils leur
laissent le temps de se corriger. Avec à ce genre de personnes, on est
serein, on ne craint pas de se faire jeter ou pire à la moindre erreur. Ce
sont de bons compagnons et leur indulgence n'est en aucun cas assimilable
à de la peur ou de la faiblesse. Ils sont respectés, et par parce qu'on les
craint.

Allâh dit aussi dans le verset 22 de la sourate 24, La Lumière : Il ne faut


pas que ceux, parmi vous, qui ont été favorisés dans la compréhension de
la religion et favorisés dans les richesses et qui ont la possibilité d'en faire
du bien, il ne faut pas que ces gens-là jurent de ne plus donner de leurs
biens à leurs proches, aux pauvres et à ceux qui ont émigré pour Allâh,
sous prétexte que ces derniers ont eu un mauvais comportement envers
eux. Non, il faut qu'ils pardonnent et soient indulgents. Est-ce qu'ils ne
voudraient pas qu'Allâh les pardonne ? Et Allâh est bien Celui qui
pardonne et qui est bon envers la créature.

Ce verset, nous apprennent les spécialistes de l'explication du Coran, a été


révélé au sujet de Abû Bakr, qu'Allâh l'agrée, le plus savant d'entre les
compagnons. Il avait juré de ne plus rien donner à l'un de ses proches, un
compagnon pauvre, le fils de sa tante maternelle, pour ce qu'il avait dit
contre sa fille 'Â-ichah, au moment de la période sombre où elle avait été
suspectée et accusée d'adultère sans aucune preuve. Cet homme, qu'Allâh
l'agrée, était un Émigrant, un Muhâjir, qui était pauvre et qui bénéficiait
des largesses de son cousin Abû Bakr qui lui permettait ainsi de vivre.

Lorque Allâh a innocenté Â-ichah dans une révélation coranique


spécifique, les quelques vrais croyants qui avait douté de notre mère et
parlé sur elle se sont repentis et ont été pardonnés. Allâh a alors voulu
que Abû Bakr éprouve à nouveau des sentiments pour son cousin. Abû
Bakr est cet homme favorisé dans sa compréhension de la religion et dans
les biens et la générosité, dont Allâh parle dans ce verset à son attention.
Quand Abû Bakr a appris qu'Allâh dans ce verset lui promettait le pardon
et l'indulgence s'il pardonnait à celui qui lui avait fait du tort, il a dit : Je
jure par Allâh que je ne le priverai plus jamais de mes biens !

Allâh avait pardonné à son cousin, car il s'était repenti, et a montré à Abû
Bakr que cet homme méritait aussi son pardon à lui. Ceci montre que le
repentir des gens qui nous ont fait du tort doit nous pousser à l'indulgence
et au pardon total, et leurs excuses doivent être acceptées. Cela crée une
société où les différends secondaires, ceux où nous sommes les seuls
victimes, ne persistent jamais, ni la rancune, ni le désir de vengeance. Pour
nous aider à atteindre ce niveau, à oublier les torts passés et à préserver
les gens et la société, Allâh nous promet de nous pardonner si on
pardonne, d'être indulgent avec nous si on est indulgents avec les autres.

Allâh dit enfin dans le verset 14 de la sourate 64, La Perte Mutuelle : Ô


ceux qui ont cru ! Vous avez chez vos épouses et vos enfants des choses
qui pourrait vous conduire à renoncer à l'islam, prenez donc garde à cela.
Et si vous êtes indulgents, que vous oubliez les torts passés et que vous
pardonnez, alors Allâh est Celui qui pardonne et qui est bon envers Sa
créature.

Ce verset nous met en garde contre ce que nos proches pourraient faire
qui nous pousserait à désobéir à Allâh. Il faut être vigilants. Ce verset a été
révélé au sujet de personnes qui voulaient rentrer dans l'islam et émigrer
avec le Prophète, 'alayhi salam, à Médine mais qui en ont été empêchés
par leur famille. Mais le verset dit aussi qu'il faut pardonner les erreurs
passées, même si ces erreurs étaient d'empêcher d'obéir à Allâh, qu'il ne
faut pas les sanctionner, et ne pas être rancunier. Alors, comme ils ont
pardonné, Allâh les pardonnera.

Les savants disent que ce verset, certes très spécifique, s'applique quand
même de manière générale à tout péché fait à cause des siens. Il faut s'en
repentir mais ne pas sanctionner et c'est l'assurance d'être pardonné, car
Allâh est bon avec l'être humain. Ainsi, la cellule familiale est préservée
même dans un cas d'une extrême gravité, lorsque les uns profitent des
sentiments ou de l'autorité pour écarter les autres du droit chemin. Si la
structure familiale est préservée par l'islam dans un cas si dramatique, on
imagine aisément combien elle est préservée pour tous les autres griefs
qu'on peut avoir contre les siens, forcément moins graves. Et quand la
structure familiale est préservée, c'est toute la société qui en bénéficie.

Que nous reste-t-il a nous écrier devant la sagesse parfaite des


recommandations divines sinon : Al-hamdu lillâh-ir-Rahîm-il-Mannân !

[35 moyens pour se faire pardonner] 10e


moyen : dégager ce qui dérange les gens
sur la route
C'est le simple fait de faciliter la vie des gens, pour plaire à Allâh, en
dégageant les obstacles et les choses dangereuses sur la route.

C'est un acte simple et pourtant sa récompense est énorme, comme


l'atteste ce hadith authentique de chez Al-Bukhâriyy dans lequel le
compagnon Abû Hurayrah, qu'Allâh l'agrée, a dit que le Prophète 'alayhi
salâm a dit : Alors qu'un homme marchait sur une route, il a trouvé une
branche avec des épines par terre. Il l'a écartée. Allâh a été satisfait de lui.
Alors Il lui a pardonné.

Ainsi les savants généralisent sur la base de ce hadith pour nous apprendre
que celui qui souhaite la bonté d'Allâh, Sa rahmah, qu'il soit bon avec les
créatures, toutes les créatures, ses frères et ses soeurs en particulier.

Pour bien comprendre cela, il faut garder en tête que cet acte pieux
d'écarter ce qui gêne les gens sur la route est aussi, comme nous l'apprend
le célèbre hadith authentique, une composante de l'îmâne. Et comme
l'îmâne est ce qui traduit la force de notre relation avec Allâh et ce qui
nous fait entrer au Paradis, on comprend d'office qu'on tient là quelque
chose de très important. Comment en serait-il autrement alors que parmi
de nombreux actes qui pourraient paraître moins insignifiants, notre
Prophète, 'alayhi salam, a choisi de mentionner celui-là ? Cela doit avoir
deux conséquences en nous : d'abord, cela nous pousse à considérer cet
acte comme extrêmement important et à être vigilant dans la rue ; ensuite
à ne négliger aucun acte fait pour Allâh et qui a été recommandé par le
Prophète, 'alayhi salâm.

Tout est important, le siwak, la barbe, se couper les ongles... même si cela
nous semble dérisoire. Tout a un intérêt justement parce que c'est
recommandé par le prophète d'Allâh, 'alayhi salâm. Et l'intérêt n'est pas
seulement pour l'Au-delà, car l'obéissance à Allâh génère du bien-être et la
réussite déjà sur Terre. Et souvent bien au-delà de ce qu'on imagine au
premier abord. Aussi, par exemple, avoir dans le coeur le souci de
protéger les gens quand ils sont sur les routes, ça pousse à vouloir les
protéger à tout moment, à ne pas les embêter ni être une menace pour
eux, à propager l'amour, la bonté et la confiance dans la société. Car si on
comprend qu'Allâh aime le simple fait d'ôter les obstacles pour faciliter la
vie aux gens, comment ne pas comprendre qu'Allâh aime aussi tout ce
qu'on va faire, de licite, pour faciliter la vie aux gens ? Cela rejoint ce
hadith, authentique par certaines voies et bon par d'autres, que les
hommes les plus aimés par Allâh sont ceux qui sont le plus utiles aux
autres.

Et d'un hadith simple sur le fait de dégager les routes, on obtient une
hadith qui décrit un modèle de société basé sur l'entraide et qui interdit
l'individualisme. Dans une société où dégager la route pour les autres est
une valeur, pourrait-il être possible d'affamer les autres, de les apauvrir,
de les surendetter, de les tuer..?
On voit comme la moindre parole d'Allâh et de Son prophète, 'alayhi
salam, a des répercussions gigantesques pour la bonne marche des
individus et des sociétés. Wal hamdulillâh.

[35 moyens pour se faire pardonner] 11e


moyen : la bonté à l'égard des animaux
C'est le fait d'être bon avec les animaux.

Un hadith authentique très connu de chez Al-Bukhâriyy nous apprend que


le Prophète, 'alayhi salâm, a dit : Un homme marchait quand il eut fort
soif. Il est descendu dans un puits et a bu de l'eau. Quand il en est ressorti,
il a trouvé un chien qui haletait et qui avait tellement soif qu'il mangeait
de la boue. Alors l'homme a dit : " Il est aussi assoiffé que je l'étais. " Il est
donc descendu de nouveau dans le puits, a rempli sa chaussure d'eau, l'a
tenue avec sa bouche et s'est hissé hors du puits. Une fois ressorti, il a pu
abreuver le chien. Allâh a été satisfait de lui et l'a pardonné.
A ces mots les compagnons ont demandé : Ô Messager d'Allâh ! On a une
récompense quand on s'occupe de nos troupeaux ?
Et le Prophète ,'alayhi salâm, a répondu : Oui ! Il y a une récompense
pour chaque être vivant dont s'occupe.

Ce hadith est édifiant et émouvant. Il n'y a pas de petits actes lorsqu'on est
bon, empatique et désintéressé. Ce point rejoint le point précédent qui
évoquait les relations entre les gens dans une société. Ce hadith également
met en évidence l'importance pour obtenir le pardon d'être bon d'une
manière générale. Il faut comprendre que si aujourd'hui, depuis assez peu
de temps, on exagère l'importance des animaux et de leurs droits, à
l'époque prophétique les animaux étaient insignifiants exceptés le cheval
et le chameau. Ce hadith n'est pas un hadith sur les droits des animaux
mais sur l'aspect global des recommandations à être bon et désintéressé
pour Allâh.

En gros avec le point précédent et celui-là, on sait que l'acte de bonté


pour Allâh vaut dans tous les cas, même si c'est un acte insignifiant
(dégager la route par exemple), même si c'est envers un être insignifiant
(un chien par exemple).
Un dernier point extrêmement important pour tout croyant qui souhaite
être pardonné pour tous ses péchés. Normalement, pour qu'un péché
particulier soit pardonné par Allâh, il faut l'arrêter. Mais il peut arriver
qu'on commette des péchés dont on ne connait pas la gravité, qu'on a du
mal à regretter ou simplement qu'on a oublié. Les savants disent que ce
genre de péchés peut être pardonné par Allâh d'une manière ou d'une
autre : par exemple par la patience face à une épreuve ou une maladie
ou, ce qui nous intéresse ici, par un acte de bonté désintéressé.

C'est le cas de cette prostituée juive, dans le hadith authentique de chez


Muslim, qui a vu un chien tourner autour d'un puits, la langue toute sortie
à cause de la soif. Elle a enlevé sa chaussure pour l'abreuver. Et Allâh l'a
pardonné.

Cette prostituée était croyante et la manière dont Allâh l'a pardonnée


n'est pas précisée. Est-ce qu'Il l'a pardonnée alors qu'elle continuait à se
prostituer, ou Il lui a rendu le repentir facile ? On ne sait pas. Ce qu'on sait
c'est qu'Allâh lui a pardonné son péché ignoble uniquement parce qu'elle
avait fait preuve d'une bonté et d'une pitié désintéressées.

Alors il nous faut travailler notre empathie pour ressentir de la pitié et


pour faire preuve de ce genre de bonté envers les autres quels qu'ils
soient. Celui qui a besoin de nous nous trouve, surtout notre famille, nos
frères et soeurs, les gens en général, puis les animaux...

On doit travailler également pour être convaincu qu'en faisant cela on


obtient le pardon d'Allâh. On doit même rechercher le pardon d'Allâh par
ces actes-là. Et si cela reste théorique, on doit rendre cela concret en
récueillant les preuves que le pardon d'Allâh, en plus d'être ce qui nous
donnera le Paradis, est la cause principale, sinon la seule, de l'amélioration
de notre vie.

Quiconque a gouté au repentir sait cela : le pardon d'Allâh va de paire


avec l'amélioration de la vie, d'une manière ou d'une autre. Et nos
ancêtres le disaient, quand la vie était dure, il demandait pardon à Allâh.
Aussi tout ce qui peut nous apporter le pardon, comme être bons, ne doit
pas etre négligé. Et par la réflexion et la vigilance, Allâh nous permettra,
comme Il l'a permis à nos ancêtres, de voir les effets concrets de Son
pardon.
[35 moyens pour se faire pardonner] 12e
moyen : se repentir
C'est le repentir. La tawbah.

C'est le moyen le plus général, le plus global qu'on peut retrouver à la


base de n'importe quel autre moyen. Il concerne de façon générale tous
les péchés, et de façon spécifique, les grands péchés, ceux pour lesquels on
a un châtiment déterminé, comme le chirk, le kufr, l'adultère, le
mensonge, le meurtre, le vol, le fait de se vanter de ses péchés,
l'injustice...

Allâh nous informe de cette bonne nouvelle dans la sourate La Table


servie au verset 39 :Puis celui qui fait la tawbah après sa faute et se
corrige, alors Allâh acceptera sa tawbah. Allâh est vraiment Pardonneur et
Bon avec les croyants.

Celui qui fait la tawbah a fait deux choses principales : il a renoncé à son
péché et a corrigé son comportement et ses croyances. Il est revenu vers
Allâh et vers ce que veut Allâh. Il a reconnu qu'il s'était mal comporté et
que le bon comportement est uniquement celui défini par Allâh et Son
prophète, 'alayhi salâm. Et Allâh est indulgent et accepte le retour de celui
qui revient à Lui et qui a délaissé la désobéissance pour s'adonner à
l'obéissance. Allâh cachera ses défauts et ses fautes et le pardonnera.

Ce verset, c'est vrai, a été révélé dans le cadre d'un péché particulier, le
vol. Mais les savants, unanimes, disent que si la cause de la révélation est
spécifique, les mots sont généraux et englobent tous les péchés.

Allâh dit aussi dans la sourate Le Voyage nocturne, au verset 25 : Votre


Seigneur est le plus savant de ce que vous avez en vous. Si vous pratiquez
les bonnes oeuvres et adoptez les bonnes croyances, alors Allâh est
vraiment pardonneur avec ceux qui reviennent vers Lui.

" Ceux qui reviennent à Lui ", c'est comme cela que je traduis le mot
" awwâbîn ".
" Awwâb ", c'est le serviteur qui revient à Allâh à chaque fois qu'il commet
une faute. Il ne reste pas longtemps dans la faute. Il commet un péché, il
se repent, il commet un péché, il se repent... C'est aussi le serviteur qui
demande pardon à Allâh et revient à Lui dès qu'il pense à ses fautes. Et
Allâh pardonne sans exception ceux qui se comportent comme cela.

C'est donc très facile d'être pardonné. C'est comme cela qu'on peut
comprendre pourquoi Allâh dit de Lui-même qu'Il est le Grand
Pardonneur, le Seul Vrai Pardonneur. Revenir à Allâh, être awwâb est très
simple.

Allâh dit encore dans la sourate Al-Fourqâne, Le Livre qui différencie la


vérité et le faux, aux versets 68-71 : Et les adorateurs du Rahmâne sont
aussi ceux qui considèrent qu'on ne peut invoquer personne avec Allâh,
qui ne tuent pas les âmes, qu'Allâh a interdit de tuer, sauf quand il est
juste de le faire, et qui n'ont pas de relations intimes hors-mariage. Et celui
qui fait cela recevra un châtiment très dur. Son châtiment sera multiplié le
jour du Jugement, et c'est humilié qu'il restera comme cela éternellement.
Sauf celui qui se repent, croit sincèrement et pratique les bonnes actions :
ceux-là, Allâh transformera leurs péchés en bonnes actions. Allâh est très
Pardonneur et très Bon avec ceux qui reviennent à Lui. Et celui qui revient
à Allâh et revient à la pratique des bonnes actions, alors il est vraiment
revenu à Allâh et Allâh accueillera favorablement son repentir, le
pardonnera et le récompensera.

Al-hamdulillâh ! Les circonstances de la révélation de ces versets semblent


être la conversion d'un groupe de muchrikin, des idolâtres. En entrant
dans l'islam, bien conscients de l'engagement qu'ils prenaient et que cet
engagement était la seule vérité, ils ont compris à quel point leur
égarement d'avant était dramatique. Alors ils ont douté et ont désespéré.
Est-ce qu'entrer dans l'islam leur servirait à quelque chose ? Est-ce que leurs
péchés n'étaient pas à ce point graves que rien n'aurait pu les faire effacer
? Alors ils ont demandé au prophète,'alayhi salâm. Et Allâh leur a révélé
ces versets pour leur apprendre qu'Il acceptait le repentir de celui qui
revient sincèrement et correctement à Lui.

Une autre version, de chez Muslim, très proche, plus précise, selon Ibn
'Abbas, qu'Allâh l'agrée, explique qu'un groupe d'idôlatres pratiquait le
meurtre et l'adultère à outrance. Ils sont allés voir le Prophète, 'alayhi
salâm, et lui ont dit : Ce que tu dis et ce vers quoi tu appelles est bon. Ah,
si tu pouvais nous apprendre qu'il y a un pardon possible pour ce que
nous avons fait ! Et Allâh a révélé ces versets magnifiques.
Allâh dit enfin dans le verset 8 de la sourate L'Interdiction : Ô ceux qui
ont l'îmâne ! Revenez à Allâh et à l'obéissance sans retour vers la
désobéissance. Certainement votre Seigneur vous pardonnera pour vos
péchés et vous fera entrer dans des jardins en bas desquels coulent des
cours d'eau. Ce sera le jour où Allâh n'humiliera ni Son Prophète ni ceux
qui ont cru avec lui. Leur lumière filera devant eux et à leur droite et ils
s'écrieront : Ô notre Maître ! Laisse notre lumière vive et pardonne-nous.
Toi seul est capable de faire toute chose !

Voilà comment Allâh, 'Azza wa Jall, nous encourage à revenir sans cesse à
Lui, dans le coeur, par la langue et par les actes. Revenir à l'obéissance,
cesser la désobéissance. Changer son état d'esprit pour courir vers Allâh, se
réfugier chez Lui contre Sa colère et profiter de Son pardon. Le repentir
est une cause de pardon très puissante. Quand on a demandé à 'Umar,
qu'Allâh l'agrée, la signification de tawbah nasûh évoqué dans le verset ci-
dessus, il a répondu : c'est de revenir à Allâh en arrêtant son péché et ne
plus y replonger.

C'est sur la simplicité de la tawbah que nous aimerions insister au final.


Prendre conscience de ses péchés, les arrêter pour Allâh, les remplacer par
les bonnes oeuvres pour Allâh, et ne plus y revenir.
C'est simple, d'autant que pour chaque étape, on a besoin d'Allâh. Et tout
est facile pour Allâh. Donc si Allâh le permet ce sera facile. Et Allâh nous a
donné un outil pour nous aider dans toutes ses étapes, c'est la Ummah, la
communauté, nos frères et nos soeurs. Chacun doit conseiller aux autres
de se repentir et les aider à s'y tenir, et chacun doit accepter l'aide
apportée par les autres. Qu'on progresse tous ensemble, sans se juger,
mais en se corrigeant. Avec l'aide d'Allâh.

[35 moyens pour se faire pardonner] 13e


moyen : l'istighfâr, demander le pardon à
Allâh
C'est le fait de demander pardon à Allâh, l'Istighfâr.

C'est demander le pardon à Allâh pour les péchés. La formule la plus


simple est : Astaghfiru-Llâh. C'est donc une invocation qui peut être
acceptée ou pas, qui est acceptée quand on remplit les conditions
générales.
C'est pourquoi nos savants depuis l'époque des élèves des compagnons
ont dit cette phrase : Notre istighfâr nécessite de l'istighfâr ! Cela signifie
que l'istighfâr qui nous est demandé de la part de notre Créateur, ce n'est
pas juste la formule, mais c'est celui qui est persévéré, continu et celui qui
est ancré dans le coeur, sincère. Par contre celui qui dit " Astaghfiru-Llâh"
avec la bouche mais dont le coeur reste attaché au péché et à la
désobéissance, son istighfâr n'est pas complet et nécessite encore de
l'istighfâr, pour être complet et accepté, au risque de voir ses petits péchés,
à force d'être négligés, devenir des grands péchés. Attention à nous !

Un des savants qui a prononcé cette phrase (Notre istighfâr nécessite de


l'istighfâr !) n'est autre que le grand savant Al-Hasan Al-Basriyy, un savant
né à l'époque des compagnons. Un élève des compagnons. Et c'est cet
homme qui disait : Notre istighfâr nécessite de l'istighfâr ! En
commentaire, l'exégète Al-Qurtubiyy dit : Cet homme (Al-Hasan Al-
Basriyy) dit cela à son époque, l'époque des compagnons. Alors que dire
de notre époque (13e siècle de l'ère chrétienne) où on a l'habitude de voir
des gens plongés dans l'injustice, qui l'aiment, qui ne veulent pas s'en
éloigner et qui dans le même temps, le chapelet à la main, prétendent
qu'ils demandent pardon à Allâh pour leurs péchés ? Ils se moquent ou
méprisent le réel sens de l'istighfâr, ils ne le prennent pas au sérieux.

On pourrait tenir le même raisonnement en comparant notre époque et


celle de l'imam Al-Qurtubiyy. Est-ce qu'à son époque les hommes et les
femmes sortaient mal habillées, est-ce que les hommes et les femmes se
fréquentaient hors mariage, est-ce que le ribâ étaient répandu dans la
société musulmane, est-ce que les gens sollicitaient une autre loi que celle
d'Allâh...?

Les prophètes sont venus aussi pour purifier la société de tout cela
pourtant. Alors pour se purifier à nouveau, il faut revenir à Allâh, avec
la tawbah (voir 12e moyen), l'istighfâr, et également ne pas cesser
d'appeler au bien (ma'rûf) et de rejeter le mal (munkar), sans laisser
n'importe qui s'occuper de cela. On doit craindre la colère d'Allâh si le mal
se répand d'une manière officielle, assumée, manifeste, sans qu'on dise
quoi que ce soit, car il se peut qu'Allâh engloble tout le monde dans le
châtiment pour des péchés, y compris ceux qui ne commettent pas ces
péchés.
Ainsi, chaque membre de la communauté doit, une fois qu'il connait
le ma'rûf et le munkar, conseiller les autres d'arrêter les péchés et les
conduire au bien de la manière la plus rentable au moment où il le fait. Il
doit également accepter le conseil, les critiques et les corrections des
autres. En ayant en tête que commettre des péchés, surtout de manière
officielle et assumée, ou laisser faire les péchés, c'est mettre en danger la
communauté, soi-même, son conjoint, ses enfants, sa famille, les gens
qu'on aime. C'est provoquer la colère d'Allâh.

Allâh dit dans la sourate Âlu 'Imrâne au verset 135 : Et les croyants sont
ceux qui, quand ils ont fait de mauvaises choses ou ont été injustes envers
eux-mêmes, pensent à Allâh, se Le rappellent et implorent tout de suite
Son pardon pour leurs péchés - car qui donc peut pardonner les péchés
sinon Allâh -, et ne persistent pas dans leurs péchés alors qu'ils sont au
courant que ce sont des péchés.

Voilà comment sont les croyants et à quoi nous aimerions tous ressembler.
La qualité des croyants n'est pas de ne commettre aucun péché, bien sûr.
Les péchés font partie de la nature humaine. La qualité des croyants c'est
de revenir à Allâh quand ils ont commis un péché et de ne plus y revenir.
Le croyant est en permanence avec Allah et il pense à Lui très souvent.
Aussi dès qu'il pense à Lui il pense à sa relation avec Lui, comment elle a
été entachée par les péchés. Il a honte d'avoir désobéi à Celui qu'il aime, Il
craint Sa colère, il est déçu de lui-même. Alors naturellement il revient à
Allâh, pour regagner Son amour, échapper à Sa colère et aussi parce qu'il
ne se sent bien que quand il obéit à Allâh. Sinon, il se sent une mauvaise
personne.Et il sait que s'il fait cela Allâh le pardonnera et le fera entrer
dans Son paradis.

Regardons comment Allâh décrit les croyants : ce sont des gens qui
peuvent être trompés par leur âmes (nafs) et par les chayatin, c'est vrai,
mais aucune tromperie ne saurait résister au pardon d'Allâh qui est acquis
tant que les croyants le Lui demandent (istighfâr). C'est pour cela, comme
le rapporte Ibn Kathîr dans son explication de ce verset, que le
compagnon Anas, qu'Allâh soit satisfait de lui, a dit : J'ai appris que Iblis a
pleuré quand ce verset est descendu.

Al-Bukhâriyy rapporte ce hadith très connu de Abû Hurayrah, qu'Allâh


soit satisfait de lui. Le Prophète 'alayhi salâm a dit : Allâh descend chaque
jour au ciel le plus proche de nous, quand il reste un tiers de nuit, Il
dit : Qui M'invoque, que Je l'exauce, qui Me demande de lui donner, que
Je lui donne, qui implore Mon pardon, que Je le pardonne.

Enfin, ce hadith authentique de chez Muslim, rapporté également par Abû


Hurayrah, qu'Allâh soit satisfait de Lui, dans lequel le Prophète, 'alayhi
salâm, a dit : Je jure par Celui qui tient mon âme dans la Main, que si
vous ne commettiez pas de péchés, alors Allâh vous ferait disparaître,
pour faire venir un peuple qui commet des péchés, qui demandent
pardon à Allâh et qu'Allâh pardonnerait.

Quelle bonté ! Subhâna-Llâhi wa bihamdih ! On pourrait écrire des pages


et des pages sur ce hadith. Disons simplement qu'il nous permet de
comprendre 3 choses essentielles :

- Ce que signifie le fait que la rahmah (la bonté envers les créatures) est un
attribut d'Allâh. Il n'existe pas de situation où elle est inutile, qu'Allâh nous
préserve de le penser. Allâh est bon avec Sa créature et Sa créature a
toujours besoin de Sa bonté. Il n'existe aucune créature qui n'a pas besoin
de Sa bonté et de Son pardon tant Allâh est au-dessus de Sa créature et
tant il est impossible pour une créature de rendre à Allâh un culte parfait,
comme Il le mérite. C'est pour cela que le Prophète, 'alayhi salâm, comme
le rappelle un hadith authentique implorait le pardon d'Allâh pour lui plus
d'une centaine de fois par jour. Alors que tous ses péchés avaient déjà été
pardonnés.

- La grandeur de cette rahmah. Cette situation d'un peuple qui ne commet


pas de péchés est improbable, impossible même. Ce hadith n'est pas là
pour nous parler de cette situation mais pour nous parler de
la rahmah d'Allâh. Il n'est pas dans la nature de l'homme de ne pas
pécher, mais Allâh est Pardonneur et Bon, Il veut le bien de Sa créature, Il
aime le pardon, Il aime que les créatures Lui demandent pardon et
renoncent au péché, au point que cela justifierait de faire disparaitre un
peuple qui ne pécherait pas.

- L'importance de cette notion de pardon, et de cette notion de demande


pardon. Cela doit devenir un style de vie chez nous que de demander
pardon en ayant en tête que la grande bonté d'Allâh fait que le pécheur
qui demande pardon se trouve dans l'état de celui qui n'a pas péché.
[35 moyens pour se faire pardonner] 14e
moyen : les hudûd, les sanctions pénales

Ce sont les hudûd, les sanctions pénales définies dans la charî'ah pour
certains péchés. Ces sanctions que certains ont qualifié de " monstrueuses "
et pour l'arrêt desquels on a demandé un moratoire le temps de je ne sais
quoi (moratoire durant lequel l'application des lois non islamiques devient
obligatoire finalement et considérées plus justes) servent, outre à réguler
la paix civile, à effacer les péchés des croyants qui les subissent.

Dans un hadith authentique de chez Al-Bukhâriyy, le Prophète, 'alayhi


salâm, a dit : Engagez-vous auprès de moi à n'associer personne à Allâh, à
ne pas voler, à ne pas commettre la fornication. Puis il a lu ce verset (le
verset 12 de la sourate Celle qui subit le test. Puis il a dit : Celui qui fait
cela aura sa récompense auprès d'Allâh. Quant à celui qui tombe dans ces
péchés, alors la sanction pénale vaudra une expiation. Quant à celui qui
aura commis ses péchés et qu'Allâh aura préservé de sorte que personne
ne soit mis au courant (et qu'il n'y ait pas de sanctions) alors Allâh le
pardonnera s'Il le veut ou le châtiera s'Il le veut.

C'est ce hadith qui nous a appris que les peines prévues par la charî'ah
bénie sont des moyens de pardonner celui qui les subit. Que se passe-t-il
dans le cas où la charî'ah n'est pas appliquée comme c'est le cas dans la
majeure partie des pays ?

Ce hadith parle des péchés qui ont 2 caractéristiques principales :

1. elles sont extrêmement graves et appellent une peine qui touche


souvent à l'intégrité physique
2. elles constituent le coeur de l'engagement quand on est musulman,
converti ou pas.

Donc ce sont des péchés extrêmement graves qui touchent notre relation
avec Allâh et qui touchent nos rapports avec les autres et les sociétés. Tout
cela doit nous mettre en garde pour éviter ces péchés. Car les commettre
c'est casser la relation qu'on a construit avec Allâh. On touche à ce qu'on a
de plus sacré !

Quant au pardon pour ces péchés, il peut être obtenu même sans
l'application des peines, notamment quand elles ne sont pas appliquées au
niveau de l'état. Bien sûr ne pas les appliquer est un péché grave qui peut
aller jusqu'à l'apostasie. Mais au niveau individuel, les savants disent que le
repentir, la tawbah permet d'effacer ces péchés, même s'il n'y a pas de
sanction pénale. Cela permet de ne pas désespérer pour celui qui a
commis l'un de ces péchés. Il doit arrêter, demander pardon et revenir à
Allâh, et espérer.

Quant à celui qui verra dans ces règles une possibilité de ruser et de
pécher sans danger, alors son problème est plus important que le simple
fait de commettre un grave péché. Le problème ici c'est une ignorance de
qui est Allâh, et c'est bien plus grave. On ne joue pas avec Allâh, 'Azza wa
Jall. Et qui est tenté de le faire si ce n'est celui qui ne connaît pas Allâh ?

Enfin, quand il s'agit des grands péchés, ceux qui ne font pas sortir de
l'islam, comme l'adultère ou le vol (à condition de les considérer comme
des péchés), la règle est celle-ci dans le détail

1. subir la peine si c'est possible + repentir conduit au pardon d'Allâh


et on échappe à l'Enfer par Sa miséricorde
2. se repentir et revenir à Allâh conduit au pardon d'Allâh et on
échappe à l'Enfer par Sa miséricorde.
3. ne pas se repentir : comme on n'est pas mécréant du seul fait de
commettre l'un de ces péchés, on ne restera pas en Enfer
définitivement. Mais notre sort est incertain : si Allâh le veut on va
au Paradis, si Allâh le veut on passe un temps en enfer.

Mais qui risquerait l'enfer, même une seconde, pour les charmes de
quelqu'un, ou pour un bien volé ?