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1/77/M
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Safar 1397
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Etranger : 60 OH
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40 OH/ an Etudiants : 30 OH/an Etranger : 60 OH / an Pourquoi "Al Asas"

Pourquoi "Al Asas" ?

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page 5

Politique : Raison de l'Administration ou raison de l'Etat ? par Ahmed El Kohen Lamrhili Les élections aux chambres professionnelles Réactions : Les Partis du Gouvernement, les opinions des citoyens par S.A. Habib La prière des partis politiques Le Parti de l'Action : une expérience avortée : inter-. view de Zaki M'barek.

prière des partis politiques Le Parti de l'Action : une expérience avortée : inter-. view de
prière des partis politiques Le Parti de l'Action : une expérience avortée : inter-. view de
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6

8

8

1!

Témoignage

:

La

coopération

franco-marocaine

:

une occasion manquée par J.Y. Noiret

17

Confidentiel par Zalo

20

Fès : Gloires du passé, décripitudes du présent par Ahmed Nadim

21

Aperçu sur l'activité de l'O.D./. L'aventure sucrière du Maroc par Mohamed Salam. Le commerce américano-marocain à la recherche d'un nouvea~ souffle

26

27

29

Tribulations La Chine vit-elle une troisième Révolution Culturelle ? par Habib Abouricha

ao

8!

Arts plastiques: A propos de la 2ème Biennale Arabe par Hassan Mniaï Perspectives d'avenir par Mohamed Chabad

86

88

Livres et lectures Khair Eddine : une odeur de mantèque ou le récit impossible par Marc Gontard

89 - 44

89

Rétrospectives : Bou·rgeoisie nationale et colonia- lisme : Genèse d'un rejet par Ahmed El Kohen Lamrhili

45

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Pourquoi

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Pour dénoncer toute hérésie politique, économique et sociale

et pour mieux préparer le Maroc de demain en brisant les carcans du présent, en répondant à une aspiration du "nouveau" chez le lecteur

en explicitant les exigences du lecteur, en matière d'analyse et d'information, en rectifiant, ou en régénérant une information obscuran- tiste et "désinformante", .

intoxi-

en démystifiant

quent le lecteur par des recettes de facilité, en contribuant à créer une tradition d'information objective, en participant aux débats culturels et politiques qui permet- tront de dégager les divers courants de pensée qui animent le pays, en offrant un panorama aussi complet que possible des préoc- cupations nationales et internationales, en étudiant et en défendant le patrimoine culturel marocain, arabo-musulman et africain, en donnant un sens aux luttes et combats que le peuple mène.

:

certains

groupes

d'information

qui

et africain, en donnant un sens aux luttes et combats que le peuple mène. : certains

_

POLITIQUE

Raisons de 1}\dministration

ou

Raison de l'Etat

On a failli croire un moment que la "farce" des élections ne séduisait guère certaines forces politiques. Mais le suspens fut vite levé quand S. M. le Roi nomma Abderrahim BOUABID, Mahjoubi AHARDANE, M'hamed BOU- CETIA et le Dr. EL KHATIB ministres d'Etat sans portefeuille, chargés entre autre de superviser et de veiller au bon déroulement de la campagne électorale des législatives.

L'accueil réservé par ces différentes forces politiques à cette initiative royale, ne tarda pas à lever le voile sur leur attitude plus ou -moins nuan- cée à l'égard du jeu électoral, non sans étonner observateurs politiques, à l'in- térieur comme à l'extérieur, et militants de base de certains de ces partis. Tout le monde se demande par quel mécanisme miraculeux ces person- nages politiques vont réellement et sérieusement contrôler le déroulement des législatives, conçues, préparées, lancées et éxécutées par un appareil administratif dont la conception du jeu électoral s'est fait clairement voir lors des élections aux Assemblées Pro- vinciales. Les personnalités politiques ne furent-elles pas d'ailleurs membres du Conseil National chargé de super- viser les élections précédentes ? Militants et observateurs politiques restent perplexes : d'aucuns pensent qu'on a fait pression sur l'un ou l'autre de ces Ministres d'Etat, d'autres pen- sent que ces responsables politiques ne font que confirmer au grand jour, le désir qui les a toujours animés, à savoir leur présence dans les rouages du Gouvernement. Certains vont même plus loin, affirmant que ces person-

nalités, et d'autres encore, jouaient depuis longtemps le rôle tacite de Ministres d'Etat, argumentant la posi tion des uns et des autres à l'égard des multiples procès, notamment celui de Casablanca.

Tout en souhaitant vivement que l'ou- verture politique annoncée par S.M. le Roi rentrera concrétement dans les moeurs de l'administration marocaine et des puissants du jour, Il n'en de- meure pas moins que l'attitude de l'ad- ministration lors des élections aes bu- reaux communaux et municipaux, ainsi que lors (et surtout) des élections aux assemblées provinciales, a été décou- rageante, voire même traumatisante. Sans demander à l'administration de renoncer complétement et entièrement aux privilèges qu'elle a accumulés de- puis une dizaine d'années, elle pourrait au moins faire l'effort de montrer une volonté de rajeunissement de ses mé- canismes et de ses structures devenues trop ankylosées par un exercice sou- vent incohérent du pouvoir.

L'Administration iIIègale.

Quels que soient les mérites, les com- pétences et la persévérance des élé- ments bureaucratiques de notre admi- nistration, ils doivent être conscients que l'appareil administratif n'est pas une source de pouvoir à des fins per- sonnelles, mais qu'ils sont au service du public au sens large du terme. Ces éléments doivent être conscients que leur source de pouvoir ne vient pas du fait qu'ils sont inclus dans un appareil, mais provient par contre du degré plus ou moins sincère, réflechi et dé- sintéressé de leur capacité à se mettre

au service des autres. Un administra- tif qui réagit autrement ne peut que faire preuve d'une incapacité à comprendre et à résoudre les pro- blèmes relevant des impératifs de l'heure. L'administratif n'a pas une source de pouvoir occu-Ite, il n'a pas à penser que la durée plus ou moins longue de sa fonction dans l'appareil -lui confère automatiquement et in- discutablement un droit sur les autres, pas plus qu'il n'a à briller par son man- que d'imagination, ou à croire qu'il a le droit de "dompter ou d'apprivoiser" celle des autres. S'il y a une condition

à une véritable ouverture démocratique dans ce pays, elle réside dans la dé- mission de l'administration à exercer un pouvoir illégal, illégitime, pour lequel elle n'a jamais été mandatée. fût-ce même du temps de l'Empire des Pharaons ou de ce lui de Thèbes ou de Sparte. Un administratif doit avoir la souplesse nécessaire pour synthétiser, éxécuter et concrétiser les volontés de ceux qu'il estime être sous sa coupe administrative. Certes, il y a plusieurs reproches à faire aux organisations politiques dans ce pays, mais ces reproches demeurent secondaires face à ceux qu'on pourrait faire aux visions de l'exercice du pou- voir par l'Administration, qui n'a pas

à s'ériger en force politique ni en or- ganisation politique, ni en tendance politique, comme l'affaire des "Indépen- dants, vient de le confirmer. Autre- ment elle oublierait sa mission première qui est de gérer purement et simple- ment avec l'entente des citoyens con- cernés, les affaires publiques. Une administration qui s'érige en pouvoir parallèle à celui des institutions légales

\i

b

ou tacites de l'Etat est une adminis- tration menaçante pour l'Etat, les forces politiques et les citoyens du pays. L'administration est une courroie de transmission et non une source d'éma- nation d'un pouvoir quelconque. C'est là sa raison d'être et c'est là en même temps sa force de durer. Que notre administration se souvienne des exem- ples donnés par l'administration de Saïgon, de Batista, ou plus concréte- ment de l'administration coloniale au Maroc. Tout effort d'enfreindre la mis- sion première de l'administration relève d'une incapacité de ses dirigeants à innover, imaginer, créer et répondre aux aspirations des administrés. Que certains puissants du jour n'essaient . pas de se cacher derrière une con- ception bâtarde d'un pouvoir occulte attribué à l'administration. Il est temps que les incapables démontrent leurs incapacités en se livrant, sans couver- ture policière aucune, à l'exercice de la pratique, en respectant toutes les règles du jeu, qu'elles qu'en soient les conséquences. En vertu de quoi, tel ou tel ministre, s'acharnerait-il à remporter les succès dans une opération électo- rale en usant d'un appareil administratif déjà habitué aux compromissions, à l'entêtement, à l'aveuglement et à la stérilité de la gestion des affaires. Ce ministre serait-il l'émanation ou l'éma- nent d'une essence administrative ? qu'il nous la définisse et on pourrait au moins comprendre quelle logique, quel cheminement, quelle approche, quelles embûches et quelles pers- pectives il entrevoit. On est désolé de constater qu'aucun ministre, aucun administratif ne nous a, et ne peut nous fournir une logique adéquate de ce qu'il appelle "Ia raison" adminis- trative. La clarté ici, comme ailleurs, devrait s'imposer pour que les citoyens concernés sachent au moins quelles solutions de rechange il conviendrait d'apporter. Si les choses continuent ainsi, tout ce qu'on pourrait dire et croire, c'est que l'appareil adminis- tratif, censé être au service des ci- t.oyens est une machine de pression, de répression, de blocage, de stérélité et d'asphyxie.

La clarification

du jeu

politique

le Maroc appartient à tous les ci- toyens et tout en convenant que cer- tains éléments de l'opposition ont pris parfois des attitudes de refus de prin- cipe, donc négatives diraient les puis- sants du jour, l'Administration en per-

sistant dans son rejet de tout élément vivifiant, ne pourrait que conduire le pays vers une situation quelque peu asphyxiante. Malgré la soif de partici- pation à la gestion des affaires publi- ques enregistrée chez la majorité du peuple marocain, les jalons d'une dé- mocratisation véritable n'ont été que timidement jetés jusqu'alors. Peut-on espérer qu'une ère nouvelle va réel- lement s'ouvrir pour de nombreuses générations jusque-là mises à l'écart? la période que traverse le Maroc actuellement est historiquement très riche. Elle l'est surtout par la clarifica- tion du jeu politique qu'elle risque de susciter. L'acquis pour le théoricien ou le militant sera d'un grand intérêt. Nous allons peut-être assister à la naissance d'une pensée politique au- thentique, car basée sur la réalité con- crète du jeu politique national où les clichès et les stéréotypes faciles à ru- miner ne pourront que connaître une digestion difficile.

De leurs côtés les partis politiques, ces "écoles de formation de cadres", devraient éviter leur narcissisme aveuglant et leur esprit partisan mu- tilant ; autrement ils ne feraient que perpétuer l'éclectisme de l'adminis- tration qu'ils ne font que critiquer actuellement, Un seul objectif pourrait permettre d'éviter de telles attitudes de la part de ces Partis : l'édification du Maroc dans l'intérêt général et non dans celui d'une minorité, fût-elle la mieux éclairée. Déjà sans pourtant jouir d'une grande audience au niveau national, certaines de ces organisa- tions politiques exercent un 'terrorisme' intellectuel et culturel, pensant détenir "la vérité absolue" Dans ce nouveau Maroc que nous aimerions construire, tout fanatisme d'où qu'il vienne devrait être aboli. Les tâches sont nombreuses et lourdes et nécéssitent l'éffort et la contribution de tout un chacun. Personne n'a le droit de s'ériger en pro- phète devant l'immensité et la comp- lexité des problèmes du sous-dévelop- pement qui nous assomment encore. Personne n'a le droit de penser détenir une solution miraculeuse pour ré- soudre ces problèmes. Le miracle ré- siderait par contre dans la concerta- tion commune, la réflexion collective et l'engagement de tous ceux qui as- pirent réellement à un changement. Telle est la priorité prioritaire de tout mouvement d'édification du nouveau Maroc.

Ahmed El Kohen lamrhili

Telle est la priorité prioritaire de tout mouvement d'édification du nouveau Maroc. Ahmed El Kohen lamrhili

Telle est la priorité prioritaire de tout mouvement d'édification du nouveau Maroc. Ahmed El Kohen lamrhili

Les élections aux Chambres pro- fessionnelles,

C'est dans un climat d'indifférence quasi-totale que les chambres profes- sionnelles ont procédé au renouvel- lement de leurs membres, Indifférence d'abord de la part des concernés, in- différence ensuite de la part des ci-

toyens et des partis politiques. Au niveau national, le taux de participa- tion, selon le Ministère de l'Intérieur,

Collège

au Collège

du Commerce et de 61,93 % au Col- lège de l'Artisanat. Dans les villes les plus politisées du pays, comme Casa- bianca, Rabat-Salé et Fès, le taux de participation était encore plus faible. Fès vient en tête: 46 % pour le col- lège de l'Industrie, 35 % pour le Col- lège du commerce et à peine 36% pour le collège d'Artisanat. Sans les petits épiciers, les vendeurs ambulants et ceux qui ont voté cinq ou six fois, le taux de participation au niveau national n'aurait pas dépassé les 40 %. Le dé- compte des votants et des suffrages exprimés explique bien que ceux qui ont manipulé les bulletins de vote, ont été chercher à la dernière minute les vendeurs de menthe, les marchands

ambulants

Ainsi, à Casablanca, par exem~le, lef suffrages exprimés pour l'élection du Collège de l'Industrie, ont été à peine de 72 % l2232 votants et 1 611 suf- frages exprimés), et de 88 % POUl l'élection du Collège du Commerce

était à peine de 63,03 % au

de l'Industrie, de 64,21 %

suffrages ex-

primés). Sans compter ceux qui ont voté plusieurs fois, le véritable taux de 'participation à Casablanca, était de 36 % au lieu de 64 % au Collège de l'Industrie et de 27 % au lieu de 49 % au Collège du Commerce. Ce même calcul appliqué à Fès, ferait chuter

considérablement le soi-disant taux de participation avancé. Rappelons à l'Administration, la fable de la Fontaine : "Rien ne sert de courir

(15309 votants, 13 571

A.

Z

8

f

t

1

J

1

1

REACTIONS

J

1 l

I

1

1

J

es marocains sont actuel- lement partagés entre la lu-

cidité et l'indifférence. Lu- cidité dans l'indifférence ou

indifférence dans la lucidité, les masses populaires peuvent-elles dire non à l'appel de participation à la

gestion politique du pays ? S'il n'y avait qu'une simple opération de vote, chacun trouvera la solution à sa mesure. Mais c'est tout à fait autre chose que d'élire des responsables capables de redresser durablement, vers le mieux, les conditions de la vie quotidienne.

1 Interrogés sur leurs réactions à la suite de la nomination des quatre

J

ministres d'Etat - M'hamed Boucetta,

Bouabid,

M a h jOli b

1 Abderrahim

t

l

J

t

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I

Aherdane et Abdelkrim Khatib - les

marocains répondent d'une manière

évasive qui nécessite d'être examinée

de très près. Au total, .l'intelligence collective paraît à la fois incrédule, et imperturbablement silencieuse. Le si- lence, ici, loin de prendre l'allure d'une dérobade, apparaît comme le fruit d'une parfaite maîtrise des réalités locales et d'une science ou sagesse consommée. Tout en étant pessimistes, les maro- cains se déclarent néanmoins optimis-

tes.

L'entrée au Gouvernement des leaders des quatre premiers partis politiques du

des élec-

pays ( selon les résultats

tions communales du 12 novembre 1976), mesure considérée par certains comme fondamentale, laisse une bon- ne partie des citoyens sans opinion précise. Incapable de prendre la moin- dre position, parce que certains ne

J sont même pas au courant de l'événe-

ment. Dix jours après l'annonce de la

nouvelle, plus de la moitié de nos

interlocuteurs - et certains ne sont ni J analphabètes, ni ruraux, ni sans média à leur disposition - apprennent l'infor-

" mation de notre question, Information

t1 rassurante sensationnelle. inattendue,

Les

Les

incomprise ou inventée selon les uns

ou les autres. Il semble donc que

l'impact réé! d'un événement de ce genre et dans le contexte actuel, soit

passé inaperçu.

Ils ne partiront pas,

"Vous savez, dans n'importe quel système de gouvernement il y a l'ex- périence et l'aptitude. Si l'on avait laissé l'expérience démocratique de la ' période 1959 - 1965 se poursuivre nor- malement jusqu'à ce jour, la situation serait plus claire et certainement meilleure. Cette deuxième expérience de 1976 - 77 (celle de 1970 ne compte pas pour moi) est capitale pour notre avenir, Caution pour demain, elle res- tera pour la prochaine décennie, la première référence de toute une géné- ration qui se compte déjà par millions.

L'élite d'aujourd'hui et les électeurs des

dix années à venir apprendront beau-

coup de l'expérience que nous vivons. Il y a lieu d'éduquer la majorité de nos citoyens afin qu'ils sachent utiliser cor-

rectement les outils démocratiques. Cette expérience est une école. Nous avons intérêt à ce que la minorité obéisse à la majorité, et que celle-ci respecte les tendances des mino- rités

L'homme qui parle ainsi, est un véri- table animal politique. Agé de 44 ans,

il a fait la résistance durant les der- nières années cruciales du Protectorat,

et la politique durant les premières

années - aussi cruciales de l'Indépen-

dance. Devenu homme d'affaires mal- gré lui, par désœuvrement politique i 1 i m pro vis a und is cou r s

bilan avant de nous livrer sa réaction "La désignation des quatre ministres d'Etat est une bonne chose.

La présence des partis politiques au

sein du gouvernement lève pas mal d'incertitudes quant à l'élaboration d'un nouveau programme d'action pour les prochaines élections. Ceux qui ont été

-------------------------

Partis du Gouvernement opinions des citoyens

b

désignés représentent une audience reconnue par le vote du 12 novembre 1976. Les autres - et là je pense au Parti du Progrès et du Socialisme d'Ali

Vata, au Parti Libéral Progressiste des

-

Soussis, au Parti de l'Action, etc ils représentent une certaine idée.

Proportionnellement, ils demeurent très

Pour

quatres chefs de partis désignés, ça m'étonnerait beaucoup qu'ils quittent le gouvernement en claquant les por- tes. Honnêtement ils ont perdu beau- coup de leurs prétendues masses de militants et de sympathisants. Ces par- tis ont besoin d'un prestige nouveau. Leur présence au Gouvernement leur en donne l'occasion d'en avoir. Ils sont maintenant sur le même pied d'égalité devant les électeurs. ,Qu'un Haddou Chiguer se présente à Khémisset ou un Abderrahim Bouabid à Kénitr8 pour le futur Parlement personne ne pourra

aux

minoritaires

en

revenir

dire que l'un se trouve dans le Gouver- nement et l'autre dans l'opposition. Franchement je suis vraiment opti- miste".

faut-il les croire avant ou après.

Amère, impitoyable et rancunier, un ancien candidat malheureux des élec- tions municapales de Casablanca por- tant bien bas l'étiquette politique des indépendants, alla droit au but : "Le peuple marocain se pose la question suivante : faut-il croire .Ies partis poli- tiques et leurs journaux avant ou après leur entrée au gouvernement. N'est-ce pas qu'ils ont parlé de falsification de la volonté populaire durant les der- nières élections 1 Prenez leurs quo- tidiens, faites l'analyse et vous verrez. Leur participation au gouvernement

qu'ils critiquaient hier encore, signifie que leurs journaux pratiquaient des mensonges vis-à-vis de l'opinion pu-

n'est-ce ·pas ? S'il y a un

accord qui passe sous silence des élections controversées, pourquoi ne

le dit-on pas,

pour que la confiance

règne

Certains interviewés ne mâchent pas leurs mots, tel ce militant de base, journaliste pour quelques jours encore dans un quotidien qualifié d'organe d'opposition jusqu'au mois de février

1977 : "C'est affreux, je suis déso- rienté. Il m'a fallu des jours pour iden- tifier tous les changements d'attitudes qu'impose la participation de notre Parti au sein du Gouvernement. Vous ne pouvez imaginer combien l'auto- censure est plus insupportable que la censure. Maintenant que la censure est

levé. tout est

blique,

1".

censuré par la direction

de mon journal. Jamais nos corres- pondants n'accepteront de passer sous silence une injustice politique flagrante ou de la minimiser par un usage savant de formules creuses. Nos lecteurs nous boudent déjà : les chiffres de diffusion

baissent dangereusement. Et l'aug- mentation de 50 % du prix de vente des quotidiens n'arrangera pas les choses. Je préfère démissionner."

"Notre Parti ne participe pas cette fois-

ci au Gouvernement. Nous demeurons

à la réserve de l'Etat. Notre tour vien- dra et vous verrez - déclare avec beau- coup de conviction, et pour toute ré- ponse, cet adhérant d'un parti crée il

y a moins de cinq ans.

Trop d'intérêts, pour que ça n'éc- late pas.

Selon toute probabilité, la participation politique des quatre ministres d'Etat au gouvernement n'entraînera pas au sein de leurs partis des malaises pro-

Entrée d'un bureau de vote

9

_

fonds, mais les adhérants intérrogés, ne cachent pas leur insatisfaction, voire leur inquiétude. Un ingénieur

fonds, mais les adhérants intérrogés, ne cachent pas leur insatisfaction, voire leur inquiétude. Un ingénieur infor- maticien résume la situation :: "vous allez voir les complications se multi- plier à l'infini à partir du démarrage officiel de la campagne électorale par- lementaire. Il y a trop d'intérêts en jeu pour que ça n'éclate pas, à partir de ce moment. Nous allons bien nous amuser". "Sincèrement je m'en contrebalance. Je ne me sens pas du tout concerné. L'expérience et l'histoire de nombreux pays du Tiers-Monde démontrent que beaucoup de ministres en qui nous avions confiance au début, nous dé- çoivent par la suite." nous répond un citoyen moyen qui ne meurt pas de faim, d'après lui et qui ne veut pas entrer dans les détails. Voilà qui est de nature à provoquer quelques grincements de d€nts à la fois chez les partis intéressés par la mesure de participation et chez les dé- fenseurs de toutes les situations of- ficielles. Non pas que l'affrontement entre thèses antagonistes soit une réalité quotidienne. Bien au contraire, c'est précisément la prédominance des interprétations et des jeux individuels sur les partis politiques, et la foire verbale sous couvert d'unanimité, qui bloquent toute prise de position. La conjoncture ne rend pas l'analyse aisée car la mise en sourdine de3 conflits d'intérêts tend à obscurcir le débat.

Jamais contre le gouvernement.

Même ce professeur de la Faculté de

de Droit de Rabat. auteur de travaux

de

universitaires

sur les états

d'âme

10

l'élite marocaine, n'est pas sûr de son analyse/réaction : "Bien que je sais que mon explication va être repetée, celà ne m'empêche pas de dire que les partis n'ont jamais été contre le gou- vernement. Leur participation est une tactique de gouvernement".

Un autre universitaire s'avance assez loin : "Les quatre ministres d'Etat ré- cemment désignés disent qu'ils ne sont au gouvernement que pour contrôler la bonne marche des élections légis- latives. En réalité ils sont plus que ça. Mais certains d'entre eux ne peuvent avouer à leurs bases qu'ils légiférent sur les grandes affaires de l'Etat. Ils sont des Kissinger à la tête d'un Conseil National de Sécurité, avant de devenir officiellement des ministres à protefeuilles. La preuve, la Bourse et les hommes d'affaires à Casablanca

n'ont pas peur

"L'idéal, pour nous, c'est qu'ils res- suscitent une Koutla Watania élargie. Alors, là, adieu les subterfuges de l'Administration. La marée de ses indépendants sera submergée par l'Union de l'Opposition" espère un jeune professeur de lycée.

".

Bouabid favorisé,

A ce genre d'espoirs sans limites, fait

place chez certains une vigilance sans défaut. "Ce n'était même pas une su- prise, nous dit un jeune fonctionnaire

de la capitale ayant de fortes attaches avec sa ville maraboutique, c'était dans

le vent. J'ai saisi la nouvelle avec beau-

coup de sang froid et de lucidité parce

que les noms désignés me sont fami- liers. Entre un Abdelkrim Khatib et un Mohamed Larbi Khattabi je ne fais pas beaucoup de distinctions, et l'opinion publique non plus. Je reconnais que Abderrahim Bouabid a été favorisé par

ce choix puisqu'il revient au gouverne-

ment sans concession apparente. Les jeunes militants et non partisans, sont curieux de connaître ce que les minis- tres, désignés vont faire. Dans l'im-

médiat nous attendons d'eux des élections législatives normales et sans problèmes".

Dans ces conditions il est évident, pour certains, de ramener la question au contexte actuel et d'en tirer des enseignements raisonnés: "Pas de pro- blème, juge un magistrat d'un centre agricole important. Cette participation est nulle et non avenue en politique intérieure. Je sais que les partis ont touché de l'argent, des sommes con- sidérables lors des élections commu- nales. Je sais aussi qu'un candidat « indépendant » a donné jusqu'à 20000 centimes par voix. Je sais aussi qu'un parti politique traditionnel a utilisé une entremetteuse pour sa com- pagne électorale. La procédure adé-

quate n'est pas appliquée".

Plutôt de l'indiffèrence,

Sceptique, un angliciste lance sur un ton flegmatique de circonstance :

"Ouais. C'est plutôt de l'indifférence. Je ne me sens pas du tout concerné". Tout autre est le point de vue d'un directeur d'école privée: "ça peut être intéressant dans la mesure où ça don- nera un regain de confiance aux citoyens pour les motiver à voter. IL

y aura peut être une meilleure partici-

pation aux élections législatives. Je ne suis pas très optimiste. A mon avis,

il

faut faire ces élections, les annuler

6

ou 7 mois après les élections

suivantes

s e r 0

n t

certainement

meilleures".

 

Il n'a pas voté, ce photographe de

28 ans. Il ne votera pas non plus. Ce

qui signifie pour lui, comme pour l'in- génieur machin~ste interrogé que "rien n'a changé. Rien ne changera. Le moussem continue". Réponse souvent rencontrée et qui va parfois jusqu'à la damnation et l'insulte. Cette attitude mise désormais sur le refus de l'action

politique. Ce refus obstiné, prend souvent la forme de préoccupations plus terre à terre : le loyer, le coût de la vie, la nourriture, l'habillement, le

Véri-

table poudrière, les oppositions d'en- gager le dialogue et de porter le moindre intérêt à la vie publique, sont aussi symptomatiques que les réac- tio~s plus ou moins engagées. Notre entretien bute parfois, parce que nos interviewés veulent se soustraire à toute prise de conscience sérieuse, par une remIse en question de notre interrogation. Il devient alors discus- sion tourmentée et embrouillée. Com- ment résoudre l'énigme de quelqu'un qui veut d'abord s'assurer s'il est libre de dire rééllement ce qu'il pense ? Comment sortir du piège embarassé d'un interrocuteur qui avant de réagir, exige de savoir pourquoi Ali Yata, secrétaire Général du P.P.S. ne fait pas partie du gouvernement ? Et pourquoi les organes d'information de notre pays et de l'étranger n'ont pas donné à l'évènement l'importance qu'il mérite, s'interroge ce riche propriétaire im- mobier rejoignant l'attitude d'un intel- lectuel occidentalisé qui ne peut réagir qu'après la lecture du quotidien fran- çais "Le Monde" interdit de circulation depuis deux mois ?

Moi et la politique, ça fait deux

Plus significatives encore les réactions de la masse silencieuse et dépolitisée; "Tu me poses une telle question à

transport, les cigarettes, etc

Tu sais moi et la politique ça

fait deux" affirme une jeune écono- miste sans aucune équivoque. Son amie est aussi déconcertante dans sa

moi

réplique : "je ne sais pas. Oui c'est très important. Mais je n'ai pas fait

réplique : "je ne sais pas. Oui c'est très important. Mais je n'ai pas fait attention. Je savais qu'il y avait un changement de ministres. En général, ce genre d'évènement est discuté par un petit groupe ou par un autre à la Faculté. Je n'ai rien entendu. Main- tenant que je connais la nouvelle, je pense rien du tout. A part Abder- rahim Bouabid, je ne sais pas ce que peuvent représenter réellement et po- litiquement les autres". Deux étudiantes de la Faculté des Sciences de Rabat, l'une de Fès et l'autre de Marrakech sollicitent des détails sur la nouvelle. Elles n'étaient même pas au courant. quinze jours après la nomination des quatre per- sonnalités. Priées de dire sur le champs leur point de vue, la marrakchie pense que chaque leader va défendre mieux son parti, alors que la fassie souhaite connaître le mécanisme pour bien apprécier le fait:

Un chanteur de grande andience justifie son ignorance de l'évènement "parce qu'il y a tellement de remaniements qu'on ne sait plus à qui l'on a affaire. On voit qu'il y a plus d'ouverture. On n'a jamais pensé que ces gens là auront une responsabilité gouverne- mentale, si minime soit-elle" Une secrétaire, orginaire du Maroc oriental. manipulant depuis près de dix ans les journaux de son chef de service, n'est pas plus informé que le chanteur qui fréquente la R.T.M. : "je ne les connais pas. On verra par la suite ce qu'ils vont donner. Je n'ai pas entendu parler d'eux autour de moi. Qui sont-ils ? "Son frère, agent comptable d'une administration, n'avait

connu lui la nouvelle "que parce que nous taquinons un collègue de bureau istiqlalien qui était tout heureux de nous annoncer l'évènement. Leur pré- sence, au gouvernement, garantira la régularité de l'opération électorale. Il n'y aura plus d'affaire de Béni Mat'har".

Fantastique,

je

ne

les connais

pas,

Un marchand ambulant, vendeur des quatre saisons, habitant Douar Dbarh à Rabat se hâte de nous confier: "je ne sais pas, je ne peux pas te mentir. Franchement, je n'ai pas de poste radio. Je connais bien Si Allal AI Fassi que Dieu le bénisse. Même M'hamed Boucetta, qui le remplace d'après toi. je ne le connais pas. Les autres, non

plus. Tout ce que je pense

les aide, tous. Excuse-moi, il faut que

je parte, je n'ai que le matin pour "

vendre mes œufs

Une européenne, mère d'enfants marocains et installée donc pour tou- jours ici se lance dans des compa- raisons : "je n'arrive pas à imaginer l'importance de l'évènement. C'est presque François Mittérrand et Geor- ges Marchais au gouvernement en France. Ça viendra. C'est étonnant même si c'est pour la forme, Je pense que c'est très, très important. Cela fait partie d'un phénomène astral gé- néralisé. Voyez l'Italie, l'Espagne, la "

Un Marocain, naturalisé Français par commodité, semble planer au dessus de ce qu'il considére sans valeur. Il ne peut pas donner de point de vue sur la question, mais il fera tout pour finir

que Dieu

France, le Portugal etc

ses jours au Maroc. Sa réaction n'est pas si loin de la Jdidia couturière, ayant suivi quelques péripéties de ce qu'elle croit être, durant les élections municipales, un affrontement Khatib - Arsalane El Jadidi, Elle ne sait même pas si Khatib est devenu ministre, et ignore jusqu'aux noms des autres nou- veaux ministres d'Etat. Une autre femme, hôtesse de l'air, ne se trouve pas plus informée que ses nombreuses sœurs analphabètes. Simplement par- ce qu'elle ne lit pas avec attention les journaux. "De toute façon, je ne fais pas partie des politiciens de ce pays. S'intéressent-ils à moi pour que je m'occupe d'eux? "s'interroge-t-elle en guise de conclusion.

AI kalma, le silence.

"Pour moi il n'y a plus de politique et de politiciens au Maroc insiste un istiqlalien actif jusqu'à la scission de 1959, entrepreneur moyen en travaux de maçonnerie. "Ces quatre person- nalités ne sont pas des ministres, poursuit-il. ce sont des gardiens et des garants de la paix recrutés pour un temps précis. Leur contrôle terminé, ils partiront. Moi. je ne comprends pas leur présence au gouvernement. Ils sont riches. Ils ont tout ce qu'il faut. Mais ils ont besoin des priviléges du pouvoir ; al Kalma comme on dit. Ils oublient qu'il y a des ministres per- manents qu'ils ne remplaceront jamais. L'Etat a formé son propre groupe de ministres fonctionnaires. On écoute le même disque, depuis longtemps. Ce qu'il faut : c'est les jeune". Il y a d'excellents jeunes cadres dans les partis politiques et ailleurs. Pourquoi ne leur donne-t-on pas l'occasion d'ex- ercer leurs talents ? C'est de sang nouveau qu'on a besoin". Ainsi donc, après le long apprentissage du silence, tout sondage d'opinion s'avère difficile dans ce pays. Il n'est guère facile d'exprimer son opinion sur un événement important quand "in- formation devient le privilège d'une minorité. Néanmoins, les véritables leaders d'opinion, ceux dont le point de vue compte pour leur entourage, se découvrent des vocations politi- ciennes camouflées. Pour s'y retrou- ver, seules la patience et la sagacité comptent. Car, en dépit des ambiguités qui entourent le contexte de la partici- pation des nouveaux quatre ministres d'Etat au Gouvernement, et notamment celle du programme d'action convenu, il ne fait pas de doute qu'une couche importante de la population ne veut pas se prononcer encore. Quant à la dépolitisation angoissante et indénia- ble des citoyens, elle ne peut que souligner davantage les dangers de la démobilisation, à un moment où toutes les énergies doivent converger vers la construction d'un nouveau Maroc. S.A. Habib

La prière des partis politiques

,

il.

S .)uvent contradictoires, les journaux des quatre partis représentés par leurs leaders au Gouvernement s'accor- dent sur un point : leur participation ouvre la voie à une véritable démocratie.

font

Deux autres

points

é g a le men t

l' u n a n i mit é

:

1a

ratification

de

leur

désignation

de leur

parti et la limitation dans le temps des fonctions des quatres ministres d'Etat en une période ne dépassant pas le

par les instances supérieures

déroulement des élections législatives. Pour Libération (n° 91) la démarche de l'Union Socialiste de~ Forces popu- laires : "se situe dans la droite ligne de préoccupation constante de notre or- ganisation à développer un nouveau processus, dont la dynamique intro- duira les changements auxquels aspire notre peuple . la mise en place d'ins- titutions jouissant d'un minimum d'au- thenticité et de représentativité est à même, de provoquer les prémisses du Maroc Nouveau.

" Celà précise donc la tâche gou-

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12

vernementale qui est assignée aux nou- veaux ministres d'Etat, qui est une transposition de leur rôle au sein du Conseil Supérieur de Contrôle des Elec- tions, sans aucune fonction de gestion politique.

"Ainsi notre ·Parti. mû par l'intérêt na- tional et en pleine conscience de ses responsabilités vis à vis des masses populaires et de la patrie, donne la preuve d'un acharnement à ne point succomber aux intentions nuisibles à léI nation marocaine et au mouvement démocratique dans le pays.

"Loin de verser dans le sentimenta- lisme et l'esprit impulsif, il se mobilise sur la base d'une analyse objective des données politiques, pour que le Maroc de la démocratisation se mette . en branle et rejoigne le Maroc de la marche libératrice".

Une tentative de sauvetage.

Abderrahim Bouabid, plus explicite, déclare dans AI Mouharrir du 8 mars 1977 : "Notre participation au Gouver- nement est une tentative de sauvetage du processus démocratique. Nous n'at- tendons par des profiteurs qu'ils faci- litent la marche du processus démocra- tique".

L'Opinion du 5 mars 1977 fait de ce thème le titre de son ouverture : "La participation du Parti de l'Istiqlal au Gouvernement vise à sauver le pro- cessus démocratique". Le journal rap- pelle le choix difficile devant lequel était placé le Parti : boycotter les élections. solution justifiée et non exclue, donc échec de l'expérience entreprise ; ou essayer de sauver le processus démocratique en barrant la route à ceux qui veulent empêcher l'accession du peuple ou pouvoir.

"Ce qui est intéressant à relever, sou-

w,,

ligne le quotidien istiqlalien, c'est que la participation des partis politiques s'est faite sur la base d'assurances fermes qui leur ont été données of- ficiellement. Il s'agit notamment de l'établissement de nouvelles listes électorales. de nouvelles cartes d'élec- teurs. la levée de la censure qui frappe arbitrairement et illégalement la presse nationale, la passation des pouvoirs aux conseils communaux et à leur présidents conformément aux disposi- tions du dahir du 30 septembre 1976, la révision des textes législatifs et rè- glementaires relatifs aux élections, plus particulièrement ceux relatifs au dé- coupage des circonscriptions électo- rales et enfin, et c'est l'essentiel, la neutralité de l'administration, condition • sine-qua-non pour le succès de toute expérience démocratique.

C'est un pas positif, fait par le Parti

de l'Istiqlal dans le sens de l'instauration de la démocratie et pout le succès des efforts déployés dans ce cadre. Les gouvernants doivent, de leur côté, abandonner cette mentalité rétrograde consistant à dénigrer l'action des partis et à œuvrer pour la dépolitisa-

tion des masses".

Dans une déclaration à l'Agence France Presse, M'hmed Boucetta précise que les Ministres d'Etat peuvent, s'ils sont appelés à le faire, donner leur avis sur des questions d'intérêt général, mais celà ne peut être interprété selon le Secrétaire Général dl! Parti de l'Istiqlal, comme une participation à la gestion des affaires publiques, gestion dont le gouvernement assume seul la res- ponsabilité.

"

Vaincre les réticences.

Les journaux de l'Istiqlal et de l'U.S.F.P. trouvent beaucoup de diffi- culté, pour vaincre les réticences des militants, la soif d'informations précises de leurs électorats, et les reproches des derniers opposants. AI Bayane du 3 Mars 1977 reprenant un communiqué du Parti du Progrès et du Socialisme, allume le feu : pour lui, ce dernier remaniement ministériel, demandé par l'Istiqlal et l'U.S.F.P., ne satisfait que ces deux partis. AI Mouharrir (5 mars 1977) répond: ':U.S.F.P. n'a jamais demandé de remaniement ministérel et n'a pas lié le problème des élections à la formation d'un gouvernement d'union nationale.

AI Maghrib AI Arabi, organe d'expres- sion du Mouvement Populaire Consti- tutionnel Démocratique, considère la polémique AI Bayanne-AI Moharrir puérile et futile Pour ce journal les partis politiques ont demandé effec- tivement de participer au gouverne- ment. Dans son éditoral du 12 mars 1977 intitulé "le choix et la respon- . sabilité", AI. Maghrib AI Arabi note que

"Sa Majesté le Roi a bien voulu désigner quatre leaders de partis politiques, ministres d'Etat au Gouvernement à la suite de leur demande et de leur désir à tous, afin d'assumer leurs respon- sabilités de contrôle des élections à partir du niveau gouvernemental et côte à côté de leurs collègues, les autres ministres".

Partage des responsabilités.

Tout à son honneur, AI Maghrib AI Arabi est le seul journal de parti à avoir reproduit avec l'information les photo- graphies des quatre leaders désignés. Dans ·l'article intitulé "Nous avons choisi la voie démocratique, nous de- vons assumer toutes les responsabi- lités et toutes les incidences AI Ma- ghrib AI Arabi signale que le Conseil Supérieur de Contrôle des Elections a été transformé en Conseil de Gouver- nement et les débats houleux en dé- libérations sereines. Tirant les conc- lusions qui s'imposent, le journal pres- crit le contexte de cette participation "Ainsi donc, le respect des règles du

jeu devient un devoir

parties ( concernées ) sont devenues une seule partie ou un seul front dont

l'objectif est la protection de l'avenir contre l'absurde ainsi que le partage de la responsabilité pour la construction

S'il arrive que les

avis soient partagés et les tendances

de plus en plus divergeantes, la ré-

de la démocratie

puisque les

férence ultime du bien fondé demeure et demeurera la recherche de l'intérêt général : l'intérêt du Maroc. Et même s'il n'y aura pas de divergences quant aux buts et objectifs, il est demandé de ne pas créer de désaccords quant aux moyens de concrétisation des objec- tifs

AI Haraka, hebdomadaire du Mouve- ment Populaire inscrit la participation des quatre leaders de partis, dans le cadre du processus de libération du Sahara et de démocratisation des ins- titutions constitutionnelles du pays.

Le journal considère cette participation au gouvernement comme un acquis important "puisqu'il permet de réaliser les objectifs principaux, à savoir la création des institutions démocra- tiques, d'une manière cohèrente et loin de toutes phraséologies et de démago- gies. Et même si cette participation ne concrétise pas tous ses objectifs, elle aura au moins l'avantage d'emprunter une voie plus correcte que s'il n'y avait pas de leaders de partis au gouver- nement

De la lecture des journaux des quatre partis des nouveaux ministres d'Etat, une prière à peine murmurée, semble se dresser. Prière d'action de grâce, humble et longue, elle finit par devenir pressante et angoissée pour que ça réussisse et que ça dure.

D.

S

et angoissée pour que ça réussisse et que ça dure. D. S l'ASSASSINAT de KAMAl JO

l'ASSASSINAT de KAMAl JO MBLAT

L'assassinat de Kamal Joumblat est un crime odieux à tous égards. Il n'y a absolument aucun motif sérieux per- mettant d'accomplir un tel acte. De même, il n'y a aucune raison d'Etat, quelle que soit l'urgence de la situation, qui puisse justifier une telle chose.

En portant atteinte à la personne phy- sique de Joumblat, au-delà du carac- tère politique du leader libanais et des espoirs qu'il incarnait dans l'ne partie du monde où il n'y a pratiquement plus d'espoir actuellement, c'est la Palestine et toute la gauche arabe qui ont été vi- sées. Cette partie du monde vit crime sur crime depuis plus de trente ans, sans que cette "belle" humanité ne soit

troublée pour un sou. La dernière mascarade libanaise n'a pas suffi à quelques "héros" arabes et à leurs acolytes. Leurs "gloires" ne seront par- faitement accomplies qu'en se débar- rassant du peuple palestinien et des idées nourricières qui continuent en- core à alimenter la sève vivifiante de cette partie du monde. L'assassinat de Joumblat ne peut être justifié comme un simple accident ou comme l'acte irresponsable d'un grou- puscule, il s'inscrit dans la logique de la pensée apocalyptique de certains "héros" arabes et des fils hitlériens d' "Israël". L'histoire a trop décrié Hitler, mais ferme complétement les yeux sur ses fils.

13

_

le Parti de l:4ction , . "une experlence avortee" , Z a k i Mubarek

le Parti de l:4ction

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"une experlence avortee"

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le Parti de l:4ction , . "une experlence avortee" , Z a k i Mubarek est

Z a k i Mubarek est n é l e 12 m ars 1940

à Rabat où il fait ses études pri- maires, secondaires (Moulay YousBef) et universi- taires (Licence d'histoire à la Faculté des Lettres). Docto,rat de 3ème cycle d'histoire à Aix en Provence BOUS le titre "Les mouvements d'opposition au Maroc issus de la Résistance et de l'Armée de Libération, de de 1947 à 1970". Diplamé de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix en Provence (La politiques extérieure du Maroc de 1965

à 1970). Membre actif d'associations culturelles. Sympathisant du Mouvement Populaire (.Mahjoubi Aherdance). Membre fondateur du Parti de l'Action, il est chargé de l'orientation du Parti de novembre 1974 à janvier 1975. Trois mois après la création du parti et avec quelques membres il "gèle" ses activités au Parti de l'Action. Assistant à la Faculté des Lettres à Rabat, puis Attaché de Cabinet au Ministère de l'Education Nationale, Zaki Mubarek est actuellement Maître de conférences au CURS (Centre Universitaire de Re- cherche Scientifique).

déclare

Le 17 novembre 1974 fut créé à Rabat. un nouveau parti politique dénommé Parti de l'Action. Le 31 jan- vier 1975, les responsables de cette nouvelle organisa- tion politique tinrent une conférence de presse au cours de laquelle ils expo- sèrent la charte du parti et répondirent aux différentes questions qui leur avaient été posées. Il ressortait de l'exposé "doctrinal" et des différentes interventions, que l'action politique du nouveau parti repose sur deux idées fondamentales :

le progrés par l'action et l'action au profit du peuple.

L'édification d'une société nouvelle par une élite nou- velle. Cette élite nouvelle, explique la charte, est celle qui, liée organiquement aux masses rurales ou appar- tenant aux couches néo- citadines, entend jouer un rôle d'avant-garde identique à celui qu'avait assumé l'élite traditionnelle lors de la création du mouvement national marocain.

Lors des dernières élec-

Zaki Mubarèk

tions, la presse écrite et parlée donne au Parti de l'Action une existence na- tionale en annonçant les résultats électoraux. Sa pré- sence ne s'est manifestée en effet que dans le Rif et dans la région de Taza,

Dans le reste du pays, il demeure absent. Il est tout à fait normal qu'un parti, qui n'a comme durée d'exis- tence qu'une seule année, obtienne de tels résultats. Cependant ces résultats comme l'explique un des fondateurs de cette organi- sation, "auraient pu être meilleurs, si le Parti avait maintenu sa cohésion, con- servé son unité d'action et s'était attaché au principes contenus dans sa charte"

En effet, les principaux membres fondateurs de- vaient geler leurs activités au sein du Parti. Un grand nombre d'entre eux dé- missionna. Cette expérience avortée était-elle voulue ou provoquée? ZAKI M'Barek, qui fut l'un des principaux fondateurs de ce parti, nous révèle les péripéties de cette expérience,

Question: Pourquoi le parti de l'Action? Réponse : L'idée de créer un parti politique nouveau remonte aux années 1964-65. C'est parmi un groupe de

d'étudiants qui

dirigeaient une association culturelle "Jeunesse et Société" dont j'étais res- ponsàble des affaires culturelles, que l'idée germa. Cette association qui avait groupé des éléments de dif- férentes tendances politiques réussit

à mobiliser un grand nombre de jeunes en faveur d'une action sociale conc- rète : Organisation des cours d'alpha- bétisation, de rattrapage pour les élèves expulsés du C.M.2, des cours de baccalauréat pour les fonction- naires, des campagnes d'Etat-Civil dans les milieux ruraux sans parler des conférences e t des v 0 y age s organisés qui entraient dans le cadre des activités culturelles. Certains partis dont je conserve les articles de leur presse n'avaient cessé de critiquer notre action bénévole et désintéressée. D'autres, plus intelligents, tentèrent de s'accaparer la direction pour s'ap-

proprier le mouvement. En effet, "Jeunesse et Société" devint un mouvement de jeunesse trop im· portant pour rester indépendant à l'égard des partis, et neutre vis-à-vis de l'administration. L'aile communiste du mouvement provoqua sa désagré- gation par les méthodes usuelles allant jusqu'a la falsification des cartes. Laile "unéfpéiste" chercha les compromis avec les non-engagés. Le résultat de

toutes ces luttes fut, en définitive, la dissolution de l'association et son péril. Les grands perdants furent en réalité les analphabètes qui ne purent plus suivre les cours, les dizaines de fonction- naires qui venaient chaque soir suivre des cours gratuitement, et les popu- lations des douars pour qui l'associa· tion organisait des campagnes éduca· tives et sociales. Cette attitude des partis impressionna un grand nombre d'entre nous et nous incita à réfléchir. l'idée de créer un -parti politique qui s'intéresserait essentiellement à la promotion des masses et à leur éduca- tion prit naissance dans notre esprit. D'ailleurs, beaucoup de ces jeunes et

à partir de cette expérience précisèm.

ment, céssèrent leur militantisme poli-

tipue notamment au sein du parti com- muniste.

A partir de 1969, l'idée réapparut parmi

quelques éléments, anciens membres du P.C. et qui avaient été à l'origine de

de la désagrégation de "Jeunesse et Société". Je fus contacté àè:e sujet mais je ne pouvais suivre leur dé- marche étant obligé de regagner Aix où je préparais ma thèse. Après les événements "que connut le Maroc de 1969 à 1973, la société poli- tique marocaine devenait confuse et et ambigue. Les partis traditionalistes

jeunes professeu rs et

n'arrivaient plus à convaincre ni par leurs idées ni par leur passé, la nou- velle élite. Des courants philosophiques et idéologiques trouvent un terrain fa- vorable à leur émersion. La tentative de créer un parti politique nouveau était à amorcé.

Question : Quelles sont donc les éta- pes de la création du Parti de l'Action? Réponse : La création du parti est passée par trois étapes distinctes :

- La formulation de l'idée et sa mise en circulation

La fixation

des milieux où

l'idée a

été réceptive

 

La

recherche

des

appuis

moraux

et

financiers.

- La formulation de l'idée n'était pas

une entreprise difficile. Une analyse objective de la situation politique du pays démontrait aisèment que l'état d'exception avait abouti à paralyser l'activité des partis politiques et J mettre en veilleuse les institutions dé- mocratiques. L'apparition d'une nou- velle élite issue du monde rural et ap- partenant à des couches sociales la- borieuses ne pouvait qu'accentuer les conflits sociaux qui caractérisent notre société depuis l'indépendance. Cette nouvelle élite condamne toutes les structures politiques salls exception aucune et en propose de nouvelles avec des orientations qui sont à discu- ter. Au niveau de la formulation de l'idée, nous avons tenu compte de cette situation et c'est en fonction d'elle que la charte fut élaborée. Cette charte mit en relief la nécessité d'un changement mais qui devait se faire progressive. ment par des réformes successives et continues. Autrement dit, notre attitude politique était en quelque sorte "op- portuniste", car nous avions cherché à ménager "le choux et la chèvre" )'ailleurs nous n'avions pas manqué de préciser dans cette charte que nous n'étions ni progressistes, ni révolution- na'-es, mais nous nous contentions de

devenir un parti centriste qui évoluerait en fonction de l'évolution politique de la majorité du peuple marocain.

- la fixation des milieux où l'idée serait beaucoup plus réceptive dépen- dait de deux éléments sur lesquels re- posait la stratégie du parti, L'élément jeunesse intellectuelle, autrement dit la nouvelle élite, et l'élément résistant, autrement dit la base sociale. Pour ce qui est de l'élément élite nouvelle, nous pûmes f$}cilement grouper un grand nombre de cadres et d'intel- lectuels avec qui nous entretenions depuis fort longtemps des relations de différents aspects: (familiales, tri· baies, militantisme partisan, camarades

,) . Ces éléments

participèrent à la discussion de la charte et je dois dire en toute probité qu'un bon nombre d'entre eux manifes- tèrent un enthousisme sincère pro- voqué par le désir ardent de participer à une action politique noble. D'autres ne voyaient en cette entreprise qu'une

occasion propice dont ils pourraient tirer profit.

Quant à l'élément résistant, ce dernier fut tellement politisé qu'il devint per- méable à toutes les tentatives. Cepen- dant, nous prîmes la précaution de ne contacter que les véritables résistants mécontents, qui jouèrent un grand rôle dans la lutte pour l'indépendance, qui exercent une influence certaine dans leur région et qui furent tenus à l'écart. La présence au sein du comité préparatoire du Parti de quelques grandes figures qui remplissaient ces conditions, facilita notre tâche et permit à l'idéé de trouver de nombreux adeptes dans les régions qui connurent la lutte de libération nationale (Casa- bianca, le Maroc oriental, les provinces riffaines) .

- L'appui moral et financier fut le côté le plus discuté et sur lequel les membres du comité Préparatoire adop- tèrent des attitudes opposées. Le Parti, pour être libre de toute pression, et pour répondre sincèrement aux

de promotion, etc

!,

.

vœux et aux désirs qui animent ses responsables, devrait compter sur les cotisations de ses membres et sur leur militantisme. Telle fut la décision finale adoptée par le Comité. C'est d'ailleurs cette décision qui tarda l'annonce de sa création. C'est au cours de cette attente qu'un nouvel élément entra en jeu : les grossistes soussis de Casa- bIanca.

Rabat, Casa, et retour.

Je ne m'étalerai pas sur les nombreux épisodes de ce marathon qui avait op- posé le groupe de Casa à celui de Rabat. Les grossistes soussis seraient disposés à financer l'action politique, li condition que cette action soit axée sur le renforcement du libéralisme éco- nomique et la libération de cette éco- nomie du monopole imposé par une fraction de la bourgeoisie nationale. Le groupe de Rabat tenait à respecter quant à lui, les principes énoncés dans sa chane, Il y eut des négociations, des entretiens auxquels panicipèrent à titre personnel, des hauts responsables. Les casablancais usèrent de tous les procédés pour semer la discorde au sein du groupe de Rabat. Ils ne réussirent que peu. Pendant que les négociations se poursuivaient, la presse écrite et parlée annonça la créa· tion à Casablanca d'un nouveau pani le Pani Libéral Progressiste (P.L.P). Une initiative aussi inattendue et in· vraisemblable, mit le'groupe de Rabat devant une situation délicate et pro· voqua les trois prises de position suivantes:

- La première était celle des éléments qui décidèrent d'abondonner toute acti- vité politique. - La deuxième représentait la ten· dance médiatrice qui était en faveur d'une fusion du groupe au sein du pani nouvellement créé, avec l'inten- tion de le noyauter et de le ronger à panir de l'intérieur.

- La troisième tendance groupait les

éléments qui furent convaincus de la nécessité absolue d'annoncer la créa- tion d'un autre parti pour lancer un défi au groupe de Casablanca et pour tenter cette expérience en dépit de de toutes les difficultés qui allaient surgir. C'est dans cet environnement politique que la décision fut prise. Elle était lourde de conséquences. J'en as- sume une part de responsabilité que je ne dissimule pas. Question : Quels furent donc, les objectifs du Parti de l'Action et pour quelles raisons, la tendance "Elite Nou- velle" composant son comité, devait geler ses activités après quelques mois, à peine, d'activités ? Réponse : Les objectifs du Parti de l'Action, après le coup des casablan- cais, devaient répondre à deux im- pératifs : la satisfaction de la tendance - Résistant - par une action politique revendicative continue, mettant en exergue le rôle de la Résistance dans la libération nationale. Le deuxième impératif consistait à paralyser par tous les moyens, l'ac- tion politique du P.L.P. Je pense que ces deux impératifs auxquels nous nous sommes attachés, furent atteints. Le P.L.P., en dépit des moyens financiers dont il disposait, et en dépit des soutiens que sa doctrine libérale pouvait lui procurer, ne put s'implanter là même, où il comptait beaucoup d'adeptes. Les résultats des élections sont fon éloquents à ce sujet. Quant au deuxième volet de la question, sa réponse est intimement liée au pre- mier impératif. La direction du Pani de l'Action groupait deux groupes fon- cièrement opposés. Seule l'idée de créer un pani constituait le facteur commun qui IEl!:; unissait. La tendance "Elite Nouvelle" avait besoin d'une assise sociale ; l'aile mécontente des Résistants cherchait des voix et des plumes pour faire entendre leurs revendications. Les problèmes finan·

faire entendre leurs revendications. Les problèmes finan· ciers jouèrent un rôle important dans l'orientation du

ciers jouèrent un rôle important dans l'orientation du Pa ni. Il était

qui

finançaient, devaient se sentir maîtres et exigeaient· un minimum de respect et d'obéissance à leur auguste persan· ne. Le respect et l'obéissance dans le domaine politique ne peuvent s'acheter. Un chef politique impose le respect à ses collaborateurs par son comporte- ment social, sa culture, ses visions prospectives et par le respect de ses engagements. Ainsi, plusieurs membres du comité directeur décidèrent de geler leurs activités, d'autres démissionnè- rent carrément. Le Pani de l'Action aurait pu être une expérience concluante. Elle fut avortée. Cet avonement fut provoqué.

Les enseignements nègatifs.

é v id e n t que

c e u )t

Question : En guise de conclusion, quelles sont les leçons à tirer de cette expérience. Réponse : Je pense que la première leçon est celle qui nous a été donnée par tous les partis politiques qui firent de leur mieux pour discréditer notre ac- tion en diffusant par leur presse et par leurs agents spécialisés dans la propa- gande psychopolitique des rumeurs nous qualifiant de valets du pouvoir et d'agents au service de l'étranger. Je compris par la suite les fondements de ce componement que je qualifierai de "cas de légitime défense". La deuxième leçon à tirer de cett~ ex- périence et celle qui tend à démontrer que notre société politique est soumise à plusieurs forces - défendant chacune des intérêts. Ces forces quoique op- posées apparemment, s'unissent spon· tanément pour combattre toute ten- tative pouvant porter atteinte à leurs intérêts. La troisième leçon à tirer de cette ex- périence, relève du domaine de l'his- toire politique de notre pays, Actuel- lement, les forces en présence s'op- posent à tout renouveau, discréditent toute action noble et écanent toute les bonnes volontés des leviers de com- mande. Cette attitude négative nous fait penser à celle que les autorités colonialistes adoptèrent à l'égard de l'élite nationaliste qui revendiquait des réformes et une juste participation à la gestion du pays. Par ce comporte- ment, les colonialistes pensant freiner la poussée des nationalistes, n'avaient fait qu'accentuer leurs militantismes et consolider leur position sociale Nous connaissons l'évolution des événements Le Parti de l'Action ne fut en réalité qu'une voix qui s'était élevée pour crier tout haut, que le pays avait besoin d'un sang nouveau pour réanimer un corps épuisé. Les plus hauts respon· sables en sont conscients. L'expérience démocratique en cours, peut-elle pro- voquer le souffle de l'espérance ?

AI

Asas

TEMOIGNAGE

LA COOPERATION

FRANCO-MAROCAINE

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Dessin

:

El

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t"caslon manquee"

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1:"·

Hayani

0.-.----

~ ai commencé à enseigner le français au premier cycle,

• dans un collège flambant

J neuf, en partie d'ailleurs inachevé, niché en bordure de la séculaire médina de Fès, le premier octobre

1975.

Ce n'était pas une bouffée de phi- lanthropie qui m'avait poussé sur les rives de l'Oued Fès. Non , ! je me

souciais fort peu de venir ici en terre maghrébine, apporter à sa jeune géné-

ration assoiffée de savoir, la belle, la raissonable culture française : J'avais d'obord été nommé à Annaba en Algérie, mais on m'avait tant vanté la douceur et le charme marocains que j'avais réussi à obtenir in extrémis mon affectation à Fès. Je venais ici pour vivre une expérience qui me sortirait de mon quotidien grisailleux d'Outre- Méditerranée. Je voulais chausser les bottes de sept lieues de l'aventure, pour n'avoir point à prendre conscience que je m'empantouflais, la trentaine passée. Je voulais me remettre en question, m'affirmer jeune dans un

pour les

coopérants. Je fais grâce ici des dé- tails cocasses, colorés, ridicules et ennuyeux de mon installation. Je me retrouvai donc ce premier octobre devant une quar~mtaine de filles et de garçons de 13 à 14 ans (j'àvais deux classes de 1ère A.S.). On me regarda, me sourit, me jaugea. N'ayant eu au- cune séance de formation (ou même d'information) au préalable, je me fis

la main au fil des jours, au fil des

pays où il fait bon vivre

semaines: j'appris la méthode, achetai les livres pédagogiques m'Informai à à droite, à gauche, assistai à quelques leçons modèles du directeur de l'é- tablissement

En quoi étais-je utile?

Je compris vite une chose : le travail qu'on me demandait ne correspondait pas du tout à ma formation de profes- seur d'enseignement général de collège (P.E.G.C.) en lettres (histoire - géo- graphie). Ce que je faisais, suivant fidè- lement les instructions officielles, pui- sant consciencieusement dans un dossier pédagogique, émanant du Ministère de l'Enseignement Primaire et Secondaire, n'importe quel jeune professeur marocain motivé pouvait le faire. En quoi étais-je utile alors 7

J'ai encore conscience, après plus d'un an de "coopération" que je n'apporte rien qui puisse justifier ma présence ici.

Autre source de frustation, valable aussi je le crois pour la majorité des coopérants; ma mentalité d'occidental, façonnée à angle droit ne parvient pas bien à saisir celle en arabesque de mes élèves : par exemple, les jeunes ado- rent jouer avec leur professeur, ils le soumettent à une série d'épreuves et l'observent il faut alors entrer dans le

jeu, le récupérer, ce que les élèvbs acceptent. Le sachant. il m'arrive toute- fois souvent encore de me braquer, de me bloquer, de faire jouer mon autorité, ce qui ne convainc pas mon auditoire, loin de là qui s'amuse à me voir en colère, signe de faiblesse, en définitive. L'enfant au Maroc a beaucoup moins le sens de la discipline, de l'autorité que chez nous. On ne peut donc l'abor- der comme on aborde un jeune français. Ce qui revient à dire que de jeunes collègues marocains n'auraient pas commis les erreurs de compor- tement de psychologie que j'ai com· mises, que je commets et commettrai certainement encore, pour un travail, je le répète, dont la "technicité" ne justifie absolument pas ma présence ici.

Les blocages,

Je voudrais également expliquer une autre source de "blocage" chez la plupart d'entre nous : les conditions de travail souvent désagréables, voire même pénibles, il faut bien le recon- naître, surtout en hiver. En effet la plupart du temps, il y a lieu de déplorer l'inconfort des salles, non chauffées, aux carreaux cassés, parfois non éclai· rées, le manque total de matériel didactique et enfin les effectifs plé- thoriques par rapport à ce qu'ils sont

en France. Ainsi, déçus, parfois écoeurés, certains collègues se figent, assument leur fonction "du bout des lèvres", de façon formelle et cherchent ailleurs des compensations, des jus- tifications d'existence.

Il est toutefois bien dommage, d'après ce que je vois et entends ça et là, que nombre d'entre nous, sous prétexte que la mentalité marocaine est très différente de la nÔtre, se coupent lit- téralement du contexte social fassi, l'ignorent même délibérément. Au début de mon séjour à Fès, des col- lègues, des "anciens", m'ont affirmé en toute bonne foi, qu'il n'était pas possible, ici, de se faire des amis marocains, et qu'eux, après 6 ans, n'en avaient aucun. Lorsque, dernièrement, je leur ai appris que leur prédication s'avèrait fausse en ce qui me con- cernait, ils m'ont répondu presqu'admi- ratifs "tu as de la chance". Est-ce de la chance que d'ac- cepter la différence de l'autre 7. N'a-t- on pas dit un jour: "il faut s'enrichir de ses différences mutuelles 7", Est-ce une solution 'que de s'enfermer dans un ghetto de collègues coopérants et de vivoter entre le tennis, le cercle d'enseignement, le centre culturel, le ski, le cheval 7 N'est-il pas dommage,

vivoter entre le tennis, le cercle d'enseignement, le centre culturel, le ski, le cheval 7 N'est-il

qu'aucun collègue français n'ait cru bon

de se déplacer l'an dernier lorsqu'un

professeur marocain, pour "arroser"

un succès au CAPES avait organisé

un buffet fort amical chez lui 7 Evidem- ment, nous étions à la veille des vacan- ces de Pâques et les valises étaient à faire. Mais découvrir le Maroc. est-ce avaler des centaines de kilomètres, à la touriste, ou bien est-ce essayer de s'y intégrer, humainement parlant, ac- ceptant de se remettre en cause. On m'a encore dit "tu comprends, ils ne donnent rien et je refuse de me remettre en question - à quoi bon l ". De fait, il faut le reconnaître, souvent le marocain se dérobe, refuse

de se livrer, contrairement aux ap-

parences de spontanéité. Pourquoi

faut-il donc que cette Méditerranée,

sur laquelle a navigué jadis l'Histoire,

nous sépare tous, plus qu'elle nous

rapproche 7

Cœxistence avec le sourire.

Au collège, français et marocains s'ignorent gentiment. L'an dernier, le directeur a eu des velléités de créer une communauté professorale. En vain, il s'est découragé. Cette année nous coexistons avec le sourire. L'incom-

préhension mutuelle règne.

En fin de compte, à l'heure où le

Royaume du Maroc, après avoir con-

solidé son intégrité territoriale à l'issue

de la Marche Verte, après avoir entamé un processus d'élections qui devrait aboutir à démocratiser les institutions

du pays, à l'heure donc où

Rabat marocanise son corps profes- soral dans le premier cycle, on ne peut que constater et regretter que la coopé- ration, en tout cas celle que j'ai vécue, que je vis encore, soit une occasion ratée. Une occasion ratée parce que

nous avons tous, ou presque cons-

cience de l'inutilité de notre rôle pé- dagogique ici, une occasion ratée aussi parce que les gens de gauche que nous sommes censés être, n'ont pas

pénétré le monde marocain, certes par- fois déroutant, mais si riche, et n'ont pas, dans une certaine mesure, même essayé, alléguant bien sOr mille raisons, mille justifications, souvent valables

du reste. Une occasion ratée, enfin

source de ce malaise profond, qui flotte en chacun de nous. Une occasion ratée qui n'a pu devenir noment de vérité ; Vérité de nous-mêmes, parachutés que nous sommes en un lieu et en un

et ·Iè vie

temps si différents de ceux qui nous ont nourris. Les gens de gauche que nous sommes censés être ne pourront même pas, de retour outre-Méditer-

ranée, présenter à leurs compatriotes, déjà bien chauvins, un autre visage

du Maroc, le vrai visage du Maroc,

celui qu'ils ont failli découvrir, celui

qu'ils auraient dO découvrir, celui qu'ils

n'ont pas voulu découvrir, celui que

je n'ai pas, moi même découvert. C'est

dommage 1 Quelle occasion ratée pour

la gauche française d'une meilleure

connaissance, donc d'une meilleure

compréhension de l'Occident et du

Tiers-monde 1 Et les autorités maro-

caines et françaises, par leur passivité,

par leur bureaucratie étouffante, portent

elles-aussi une lourde responsabilité

dans ce gâchis d'argent, d'énergie,

d'intelligence. Et ces enfants, ces

jeunes, ces adolescents qui nous

regardent aujourd'hui partir, y avons

-nous songé ?

Oui décidèment, la Coopération Cul-

turelle, une belle occasion manquée 1

J. Y NOIRET

CONFIDENTIEL

CONFIDENTIEL 20 Abdelhadi Boutaleb, Ambassa- deur du Maroc à Washington a fait ses valises. Un de

20

Abdelhadi Boutaleb, Ambassa- deur du Maroc à Washington a fait ses valises. Un de ses intimes, à l'affût de la moindre rumeur, pense qu'il prendra sa retraite pour diriger ses af- faires qui souffrent beaucaup de son absence. Mais dans les milieux généralement bien in- formés de la capitale on fait valoir que les responsabilités assumées par Abdelhadi Bou taleb dans le passé (Ministre de l' Education Nationale, de l'Information, des Affaires Etrangères, Président du Par-

) feront

pencher la balance pour qu'il soit désigné à une haute fonc- tion, probablement au Cabinet

Royal.

lement de 1970-71, etc

Youssef Ben Abbès devait quitter son poste diplomatique à Paris quelques jours avant la Fête du Trône, le 3 mars dernier. Des instructions de dernières minutes prolongent son séjour dans la capitale française. Il était même ques- tion à l'époque de lui· confier un poste ministériel de premier choix dans un gouvernement d'union national. Son retour au Maroc est imminen~ pour re- trouver un portefeuille minis- tériel avec rang de Ministre d'Etat.

• Ahmed Belyamani, membre du Comité Exécutif du Parti de l'Istiqlal, ancien Directeur Tech- nique de l'Enseignement Pri- maire et Secondaire à la Prési- dence du Conseil (remplacé par M. Bouamoud à la suite de l'é- loignement du Dr. Ahmed Laraki, Premier Ministre, des cadres du Parti de l'Istiqlal) et candidat malheureux aux dernières élections municipales dans sa circonscription natale, Blida, à Salé quitterait l'activi- té politique définitivement. Son entourage exerce sur lui de fortes pressions pour qu'il abon-

donne l'arène politique qui ne lui apporte que des déceptions. Mais il semble décidé à jouer une dernière carte lors des pro- chaines élections législatives. A moins de ne pas se présenter à Salé, ses chances d'accès au Par- lement pourraient être impor- tantes.

• La Direction Générale de l'Office Chérifien des Phos- phates serait confiée à une per- sonnalité de premier plan, peut être même à un ancien premier ministre. Mohamed Karim Lamrani, dont le rôle de "grand argentier" de l'Etat a été di- minué par l'inflation et l'abais- sement des prix mondiaux du phosphate, pourrait activer la ressurection du Parti de la Justice dont le défunt Abdel- kader Sahraoui et l'ancien syn- dicaliste Mohamed Arsalane Al Jadidi, actuel Haut com- missaire à la Promotion Na- tionale' ont été les instigateurs.

• Un cadre - retiré de l'UMT

affirme que le Parti de l'Istiqlal a l'intention de contrôler d'une manière ou d'une autre 70 % des imprimeries du Maroc. D'après les premières estima- tions, un très grand nombre d'imprimeurs, anciens sympa- thisants ou membres actifs de partis traditionnels, rallieraient l'Istiqlal en échange de déroga- tions et de mesures protection- nistes en faveur de l'industrie du Livre. En s~ fixant cet objec- tif, le Parti de l'Istiqlal compte limiter le nombre des publica- tions (journaux, prospectus électoraux) du rassemblement des indépendants.

• Mustapha Bellarbi Alaoui, ambassadeur du Maroc à Rome, homme de gestion publique de grand talent, a vite fait le tour du champ d'action de son poste diplomatique. Certains visi- teurs de sa nouvelle résidence ont observé une certaine mo- rosité dans leurs entretiens du

fait que l'Administration de Casablanca lui manque beau- coup. A Casablanca même, les hypothèses sur son départ vont bon train. Sa demande de dé- mission pour des raisons de santé n'était pas un mystère. Mais il parait que les résultats des élections municipales favo- rables à l'U.S.F.P. et une af- faire immobilière sont à pren- dre en considération.

• Ahmed Senoussi, ancien

ministre de l'Information et ambassadeur à Alger jusqu'à la dernière rupture de relations diplomatiques, vient de prendre en main la Société Lafarge- Maroc qui demeurs la princi- pale cimenterie du pays. La nouvelle, donnée par un men- suel de Casablanca, n'a pas été destinée à une grande diffusion. Discrètement et efficacement le nouveau Président du Conseil d'Administration de Lafarge- Maroc, Ahmed Senoussi, entre- rait bientôt dans le club des anciens ministres milliardaires.

Jacques Quintard, promo- teur du spectacle Mondo-Variété au Théâtre Mohamed V et de la tournée (en rond) de pop music marocaine à l'étranger, ne visait en fait que des sub- ventions officielles pour la quinzaine Marocaine à l'Olympia et la production d'un film sur la Bataille des Trois Rois. Aussi introuvable que sa société parisienne, il aurait laissé der- rière lui du vide. Et entre autres, un chèque de 8000 DH impayé à Nass Al Ghiwan.

Maroc

Soir

:

le

premier

quotidien

de

Moulay

Ahmed

Alaoui suspendrait sa parution pour des raisons budgétaires. Seules les ventes de Casablanca, l'après midi, lui sauvent un

pourcentage minime de la masse des invendus. Copie con- forme du Matin, sa disparitiO'n ne semble inquiéter persO'nne.

ZALO

1

rtI

1 : Equipe Nationale du schèma- Directeur de la ville de Fès vient de livrer
1 : Equipe Nationale du schèma- Directeur de la ville de Fès vient de livrer
1 : Equipe Nationale du schèma- Directeur de la ville de Fès vient de livrer

1 : Equipe Nationale du schèma- Directeur de la ville de Fès

vient de livrer officiellement à l'adminis- tration du Ministère de l'Urbanisme, de l'Habitat, du Tourisme et de l'Environ- nement, le rapport de l'Analyse Pré-

sement financiers ont retardé sa con- fection finale.

le rapport, dont le nombre de pages dépasse les 400, est illustré par de nombreuses cartes et de nombreux graphiques.

tion plus poussée sur l'histoire de la

ville. Cette étude, que certains n'ont pas manqué de freiner ou de retarder,

a fini heureusement par voir le jour,

grâce à la persévérance des membres de l'Equipe Nationale qui ont su résis- ter à toutes les difficultés qu'une cer- taine administration a voulu leur im-

poser.

Il convient de préciser également, que ce rapport dépasse largement le cadre de "Rapport Préliminaire", tel que les bureaux d'études, nationaux et étran- gers, ont l'habitude de faire. Il s'agit véritablement d'une "Analyse" et non d'un bilan descriptif statique des con- naissances disponibles sur la ville. Alliant l'approche théorique à l'ap-

liminaire, fin Janvier 1977. Travail uni ue en son
liminaire, fin Janvier 1977.
Travail uni ue en son

'~

t

Fès achève au début du XXème siècle, entre ses remparts, une existence millénaire, dans un cadre urbain re- lativement immuable, selon un modèle de société et d'économie à peine ef- fleuré par les échos de la révolution industrielle. De capitable économique, culturelle, spirituelle et souvent politique du pays, au rayonnement dépassant largement le cadre national, Fès est passée subi tement au rang de métropole régionale subissant les dépendances diverses au niveau national et international. Ainsi, en peu de temps, la ville de Fès a perdu les principales fonctions qui ont fait d'elle, durant des siècles, la pre- mière ville du Maroc :

ses fonctions administratives et politiques sont désormais assu- mées par Rabat, ses fonctions économiques et commerciales, par Casablanca, ses fonctions culturelles ne com- mencent à lui revenir en partie que depuis la décentralisation de l'Uni- versité, ses fonctions religieuses lui sont sérieusement disputées par d'au- tres métropoles régionales, ses fonctions urbaines, tombées en désuétude lors de l'installation du Protectorat, sont depuis fortement subordonnées à la métropole atlan- tique, ainsi qu'aux autres métro- poles outre-atlantiques, et Fès ne fait que recopier dans toutes ses manifestations urbaines majeures ce qui s'y passe (habitat, équipe- ments, répartition de l'espace, fonctionnement des instances locales, organisation du travail etc.) ses fonctions de réservoir en élites ont été reprises par d'autres villes du pays. Dans le cadre de son arrière-pays, le statu-quo séculairement établi entre la cité et son environnement régional se trouve complètement rompu, car la ville marque davantage son poids sur la région.

Rayonnement menacé

Si Fés parvient à polariser un vaste espace régional diversifié, malgré les handicaps dus aux difficultés de cir- culation, aux disparités des ressources de ses campagnes et aux populations quittant définitivement la région, son rayonnement demeure néanmoins menacé. la zone d'influence toute proche de Meknès s'étendra-t-elle à soo détriment ? Si cette menace s'avère lointaine, la construction d'un pOle industriel à Nador et le pOle actif du littoral, ne prendront-ils pas en tenaille la zone d'influence de Fès,

22

pas en tenaille la zone d'influence de Fès, 22 pour la réduire en une ville de

pour la réduire en une ville de rang médiocre, ? Ou bien Fès jouera-t-elle alors un rôle dynamique assurant ainSi un équilibre entre ces deux pôles ?

l'aménagement du Nord du Maroc, et en fin de compte le sort de la ville de Fès dépendront de la place que pourra tenir l'espace régional fassi entre un pôle déjà écrasant (littoral atlanique) et un autre en gestation (Nador). le rééquilibrage des multiples réseaux d'influence de la ville de Fè.i est l'une des conditions de l'affirmation de son rôle. Cela ne dépend pas seule- ment de son évolution interne, mais aussi des rapports multiples qu'elle a avec ses campagnes, d'une part. et 'es centres urbains de sa zone d'influence propre, d'autre part.

le tourisme est venu se greffer sur une situation déjà très défavorisée. Encore mal armé, le site de la ville ne risque-t-il pas d'être défiguré par des activités touristiques anarchiques, mal coordonnées, n'ayant pour objectif principal que le gain rapide. Mal con- çues, ces activités n'ont eu encore que de maigres résultats. Economiquement, le secteur touristique est un adjuvent de développement '~rès aléatoire : il créé plus de frustrations que de sati~ factions. Il défigure le site, contribue à la dégradation des activités arti· sanales, introduit de nouveaux modèles de consommation, etc.

Il sous-tend un inégal et inquiètant développement. l'emploi dans ce sec- teur est instable: il dépend des saisons et du flux touristique, d'où la tendance à tout brader pour quelques sous de plus. Dégradée sur le plan de son patrimoine immobilier, dépouillée de ses fonctions et atteinte dans ses fondements, la Médina de Fès pose, avec acuité, le problème de son insertion dans un

contexte urbain nouveau et son adap- tation à un nouveau modèle de société. le centre colonial de Dar Débibarh, comme les quartiers de Ain Kadous (nouvelle médina), ne sont encore que des villes inachevées. Ces ébauches sont d'autant plus indécises dans leur aspect et leur fonction que leurs fon- dements socio-économiques et cul- turels fragiles et artificiels au départ, sont aujourd'hui dépassés par l'évo- lution de l'urbanisme moderne. C'est sur cette structure globale que vient se· greffer la crise du logement devenue depuis quelques années un fait courant, touchant à peu près toutes les catégories de la population. Il est très difficile de trouver à se loger, par manque de terrains à bâtir et pénurie grave de maisons et d'appartements de location, sans parler de l'inadapta- tion des logements existants aux be- soins réels, ainsi que de leur état de dégradation dans la grande majorité.

Crise de logement.

Pour un accroissement de la popula-

durant la période inter-censitaire

tion

1960 - 1971

de

:

150 000 personnes, correspondant

en

moyenne

à

30 000

ménages,

11 500 logements environ ont été construits. Ces chiffres font ressortir un "déficit" de l'ordre de 18500 logements, auquel il faudrait ajouter les logements correspon- dant à l'excédent de peuplement de la Médina qu'on peut estimer à environ 50 000 personnes, soit un déficit .de l'ordre de 10000 loge- ments.

Ce surpeuplement de la Médina ne pourra être réduit à court terme, mais il importe néanmoins de prendre en compte ce besoin en logements sup-

G

plémentaires : ce qui porte le déficit de logements en 1976 au niveau de 28 à 30 000 logements. La crise du logement se manifeste violemment dans la surdensification de la Médina et dans la multiplication des bidonvilles. Ainsi, près de 45 000 pers-

- sonnes vivent aujourd'hui en marge de la structure organique de la ville, à savoir:

- 20000 personnes dans des lotisse- ments clandestins, progressive- ment intégrés,

- 25000 personnes dans des douars semi-ruraux ou des bidonvilles. les équipements posent à leur tour un problème non moins aigû que celui du logement. Dans la mesure où les t équipements et infrastructures con- ditionnent le fonctionnement de la ville, leurs problèmes sont ressentis quoti- diennement par la population au niveau du "vécu" au même titre que la crise du logement, et ce d'autant plus vive- ment qu'augmente une population jeune, portée vers de nouveaux be- soins, que les structures traditionnelles ne sont plus en mesure de satisfaire. L'inégalité de la répartition de ces équi- pements agprave davantage le pro- blème. C'est ainsi qu'une répartition inégale des équipements économiques entre les trois grands quartiers assu,re l'hégémonie de Dar Débibarh, dans les secteurs dynamiques. En matière de verdure, la ville de Fès ne dispose que de quelque 11 ha d'espaces verts, soit moins de 0,25 m2 d'espace vert aménagé par habitant. Insuffisants à tous points do vue, les équipements socio-culturels et de loisirs devraient ~tre améliorés. La Mé- dina devrait occuper une place impor- tante dans tout projet intéressant la vie socio-culturelle de la ville.

De même, les réseaux modernes de V.R.D. (voirie et réseaux divers) et de transport~ sont Vapanage quasi-exclu- sif des nouveaux quartiers qui béné- ficient par là d'un net avantage sur la ville ancienne, dont les réseaux tradi- tionnels souffrent d'insuffisance, d'ina- daptation et de vétusté. L'assainisse- ment de la Médina, nécessité vitale, à l'ordre du jour, saura-t-il s'intégrer dans les structures urbaines sans les dénaturer et en tenant compte de l'é- volution des besoins à moyen et à long termes?

Un million d'habitants,

Sur le plan global. peut-on affirmer que ces infrastructures seront capables d'absorber les besoins de la croissance urbaine dans les 25 ans à venir ? En effet, dans la perspective du million d'habitants dans 25 ans, cela signifie un accroissement de la population

urbaine de 600 000 personnes, soit:

- l'équivalent de 120000 ménages et autant de logements dont environ 72000 relèveront de mesures sociales,

une superficie à aménager de 2 000

soit près de deux fois Dar

Débibarh actuellementt, la construction de 150 écoles pri- maires, 20 lycées et collèges et 8 hôpitaux,

- la création de 170 000 emplois de tout ordre, soit 1,5 la totalité des emplois actuellement disponibles à Fès, ou une superficie de 210 h de quartiers industriels, soit 1,5 fois

ha,

celle

réunis.

de

Dokkarat et Sidi-Brahim

Dans le seul domaine du logement, cela signifie 8 fois la totalité des réali- sations effectuées durant la période 1960 - 1975. L'ampleur de ces pers- pectives implique de poser en termes absolument nouveaux, les problèmes du développement urbain et des moyens à mettre en œuvre en vue de les coordonner, les harmoniser et les maîtriser. Ainsi donc, si l'on veut:

- garder à la ville de Fès son carac- tère séduisant de ville nichée dans son écrin de verdure,

- préserver les possibilités de loisir et de détente des milliers d'habi- tants de demain,

- ménager aux habitants un cadre de vie, non seulement fonctionnel et propre, mais agréable et en ré- sonance culturelle avec la cité traditionnelle, Un plan général de sauvegarde et de mise en valeur s'impose à l'échelle de toute l'agglomération et de sa zone périphérique qui associe étroitement toutes les disciplines concernées par la recherche d'un équilibre vital entre la ville et son environnement.

L'histoire économique et commerciale de la ville démontre clairement que Fès est prête à s'industrialiser de l'inté- rieur grâce à une dynamique propre.

Ces possibilités,

au

début du

siècle,

étaient illustrées

par

le

rayonnement

international de Fès, dont les article3 parvenaient jusqu'au Japon. Trois

facteurs

processus:

majeurs

ont

pu

arrêter ca

- la faiblesse relative de l'emprise du pouvoir central sur le pays,

- l'établissement du Protectorat avec toutes ses implications locales, ré- gionales et nationales sur le plan économique et politique, et enfin

- l'exode des capitaux fassis et de

et

leurs

détenteurs à

Casablanca

ailleurs.

L'Artisanat de la quantité.

Dan si' e n sam b 1e, l'artisanat

a p e r dus 0 n 0 r ga n i s a t Ion ancienne, son importance et sa place de choix dans la cité. Con-

currencé, travaillant plus pour les mar- chés extérieurs, s'intéressant plus à la quantité qu'à la qualité, gagné de plus

en plus par la mécanisation, assujetti

à un approvisionnement fort complexe

et plus diversifié, envahi par des néo-

citadins aux expériences profession-

nelles limitées, dominé par des baza- ristes et commerçants parasitaires, l'artisanat n'est plus cette grande

difficilement

vivre ses hommes.

fierté

de

la

cité,

et

fait

.

Ayant connu un déclin rapide depuis 1925, le secteur artisanal n'enregistre un léger redressement que depuis 1962. Mais malgré la crise, l'artisanat continue toujours à être le premier pourvoyeur de la cité en matière d'em- plois. Il fait vivre plus de 100000 per-

sonnes et occupe plus de 23000 ar- tisans. Ce secteur est oevenu très U\::~\::IIUélm aes marcnès extérieurs \ \::11 exportations de produits locaux finis

et en importations de matières pre-

mières), de la conjoncture touristique,

des intermédiaires de l'Etat. etc. Il connait aussi un sous-emploi et une sous-utilisation chroniques ; Je sous- emploi y est estimé à 60 %, voire même 85 % dans certaines branches.

Quoique touchée par une multitude de petites industries, Fès n'a jamais été une grande ville industrielle sous le Protectorat. D'où le caractère récent des activités industrielles, dans cette ville. qu'il faut situer vers les années 60. Trois quartiers industriels (Dokkarat, Aïn Kadous et Sidi Brahim) et trois importantes unités textiles (cofitex en 1962, Texnord et Manudra en 1963) ont vu le jour depuis 1962, auxquelles se sont ajoutées d'autres unités depuis

23

1970 (Cotef en 1970, Moulins Zalagh et Etablissements Taj). Les unités textiles au nombre de 12 représentent 15 % de l'ensemble des étàblissements industriels et occupent 47 % des sala- riés dans ce secteur, alors que l'ali- mentation avec ses 22 établissements (soit 25 % du total) n'emploie que 11 % du total des salariés. D'autres unités traditionnelles, mécanisées s'a- joutent à cet ensemble moderne : 72 huileries mécaniques en 1972 réparties entre Uokkarat (24), Bab El Khoukha (34) et Bab el Guissa (14).

Toutefois, excepté pour Texnord, la Manufacture de Fès, Brotef et Cotef, dont la production a légèrement aug- menté par rapport à 1973, toutes les autres entreprises subissent une nette récession entraînant une baisse notable du chiffre d'affaires.

Fès n'a pas seulement perdu ses fonc- tions de capitale économique, cultu- relle et commerciale, elle a aussi perdu sa place de première métropole hu- maine du pays dont la population était estimée en 1900 à près de 100000

habitants. En 1971 Fès n'occupait plus que le 4ème rang avec une population de 321 460 habitants qui se carac- térise par son extrême jeunesse: 43 % ont moins de 15 ans et 55 % ont moins de 20 ans.

Dans cet effectif, l'ancienne ville en- registre une nette prédominance en tant qu'ensemble d'habitat : 2/3 de la population s'y concentrent. C'est l'un des pourcentage les plus forts du Royaume, ce qui n'est pas sans lien avec le passé prestigieux de cette ville. Estimée à 81.172 en 1926, la population de Fès aurait été multipliée par 4 en cinquante ans. Plus frappante encore est l'évolution de la population maro- caine musulmane qui s'est multipliée par 4,6 au cours de la même période. Le tiers de l'accroissement de la ville de Fès s'expliquerait par le biais de la migration. Le taux d'immigration d'ori- gine rurale est de 1,74%, soit un débit durant la période 1960-71 de 12 im- migrants par jour. En étudiant cet exode selon l'origine géographique on remarque que les 2/3 des immigrants

proviennent de l'ancienne province ru-

rale de Fès,

%

de Ksar-es-Souk et 16 % du reste du Maroc.

12

(c'est-à-dire 8 par jour),

%

de

la province de Taza, et 6

Un tiers de chômeurs.

Le taux d'activité de la population de

Fès a été estimé en 1971 à 28,3

%

avec 44,3 % pour le sexe masculin et 10,7 % pour le sexe féminin. Le nombre de créations nouvelles d'emplois entre 1960 et 1971 s'élevait au maximum à 27.668, soit 2.515 emplois par année en moyenne, mais qui ne représentent en réalité que 2 000 emplois per-

manents, essentiellement au profit du sexe masculin (77 %).

Ainsi, le tiers de la population active est soit en chômage, soit sous-emp- loyé. En termes absolus, cette caté- gorie s'élève actuellement dans la ville de Fès à 36.500 environ. La répartition par secteurs d'activité fait apparaître la prépondérance des activités ter- tiaires.

La répartition par secteurs d'activité fait apparaître la prépondérance des activités ter- tiaires. t "

t

"

L'effectif des ménages s'élevait en 1971 à 62 823, soit une taille moyenne de 5,18 contre 4,8 pour l'ensemble du Maroc urbain. La taille la plus forte se trouve en Nouvelle Médina, et n'a d'égale que la taille des ménages en milieu rural. Les tailles les plus faibleS se trouvent aux deux extrêmités de la stratification morphologique : d'une part dans les quartiers modernes (4,56) et d'autre part en bidonvilles

(4,48),

Au niveau du logement, le taux d'oc- cupation est de l'ordre de 24 person- nes pour 10 pièces. Ce taux est varia- ble selon la taille des logements qui décroît avec l'augmentation du nombre de pièces. Le statut d'occupation montre que seulement 33 % des m~ nages sont propriétaires ou co-pro- priétaires. Vu l'augmentation croissante des loyers, la Médina sert de plus en plus de zone d'accueil pour les popu- lations à revenu modeste ou sans revenu.

La régression du cadre bâti en Médina s'accompagne d'un recul même dans le domaine culturel. Alors que jadis, Fès était l'avant-garde du milieu urbain sur le plan de l'alphabétisme et de la scolarisation, elle est reléguée aujour- d'hui à un rang juste moyen. En effet, la progression du nombre de person- nes alphabétisées durant la période inter-censitaire s'élevait à 37,5 % à Fès, contre 57 % pour le Maroc urbain. La scolarisation touchant les enfants de 7 à 14 ans est encore assez modeste (54 enfants scolarisés sur 100 scola- risables, alors que dans le reste du Maroc urbain, le chiffre est de 58 sur

100).

Ces multiples transformations subies par la ville de Fès ont entraîné de pro- fondes mutations sociales. Ainsi, pat exemple, au lieu d'un modèle relati- vement unique d'organisation familiale (modèle de la famille patriarcale éten- due qui correspondait à la maison tra- ditionnelle), on observe une démultipli- cation et une diversification des formes d'organisation familiale qui vont entraî- ner une évolution complexe des formes d'habitats.

- Des institutions hybrides.

L'ancienne pyramide sociale a complé- tement changé; on trouve actuellement un sommet trop réduit, une couche intermédiaire et une base considéra- blement gonflée, d'où la paupérisation de plus en plus grandissante de la

.",

la paupérisation de plus en plus grandissante de la .", société fassie. Le faible développement des
la paupérisation de plus en plus grandissante de la .", société fassie. Le faible développement des
la paupérisation de plus en plus grandissante de la .", société fassie. Le faible développement des
la paupérisation de plus en plus grandissante de la .", société fassie. Le faible développement des

société fassie. Le faible développement des couches moyennes est dû à l'émigration des élites techniques et culturelles, tant musulmanes qu'israëli- tes, au faible développement de l'ap- pareil administratif et à la faiblesse relative de l'implantation économique dans la ville.

Aux anciens mécanismes d'adaptation spontanée et aux anciennes institu- tions appropriées, ont succédé des ins- titutions sociales hybrides, moins capables de faire face à tous les problèmes d'aménagement et de gestion, devenus de plus en plus complexes. Ceci a provoqué le dépéris- sement de la Médina, un accroissement de l'extraversion et une diminution des ressources internes.

Le nouveau modèle de l'habitat se caractérise par l'anomymat, par l'imi- tation, par des normes importées, par l'hétérogèneité des quartiers, par un coût relatif très élevé, par la notion de profit ou de "recasement" selon les cas, par sa dominante locative, par son assujettissement aux problèmes éco- nomiques et techniques.

Mais en dépit de toutes ces mutations, le substrat culturel de Fès offre des possibilités de synthèse plus fortes qu'ailleurs. Ceci constitue un atout d'une extrême importance pour les futurs planificateurs de la cité.

Ahmed Nadlm

pour les futurs planificateurs de la cité. Ahmed Nadlm (1) L'équipe Nationale du Schèma-Directeur de la

(1) L'équipe Nationale du Schèma-Directeur de la ville de Fès est composée de M 0 h a m e d Gue S sou S (sociologue, professeur à Rabat), Mohamed Naciri (géo- graphe, professeur détaché au C.U.R.S), Hassan Sebbar (économiste statisticien professeur à l'I.N.S.E.A), Yahya Boutaleb (économiste, professeur à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques à Fès), Abdallah Berrada (statisticien, dèmographe, chef de division à la Fonction Publique), Ahmed El Kohen (Sociologue, professeur à

et Jean-Paul

Ichter (architecte - Uraniste à Fès).

la Faculté des Lettres à Fès)

25

L'action de l'Office se situe sur le triple plan des études de la promotion, de

L'action de l'Office se situe sur le triple plan des études de la promotion, de l'identification et de la réalisation de projets industriels seul ou en coopéra- tion avec le secteur public et privé, na- tional ou étranger.

S'agissant des études, elles couvrent l'ensemble des secteurs relevant de la compétence de 1'001 : agro-industrie, electro-mécanique, chimie, parachimie et textile. Une cinquantaaine d'études ont été réalisées.

En ce qui concerne les réalisations des investissements, le budget initial à la charge de 1'001 s'établissait à 1.373.200.000 OH. Ce montant a été actualisé au niveau de 2.886.740.000 OH. La participation de 1'001, quant à elle est passée de 266.750.000 OH. à 664.090.372 OH. Cette révision se jus- tifie par les répercussions de l'augmen- tation importante du coût des équi-

pements importés par suite de l'infla- tion qui sévit dans le monde, le chan- gement dans le programme de produc- tion de certains projets dont la capacité

a été augmentée et par l'introduction de nouveaux projets.

A noter que plus de 50 % du montant

des investissements était déjà engagé fin 1976 pour la réalisation d'un certain nombre de projets, actuellement en

en chantier, tels que :

- La Société Nationale d'Electrolyse et de Pétrochimie "SNEP" à Mohammadia

- La Cimenterie de l'Oriental

- Les deux unités de l'Industrie Co- tonnière d'Oued Zem "ICOZ"

- Les deux unités de l'Industrie Mé- canique et Electrique de Fès, "SIMEF"

- Des projets textiles et de confec- tion, notamment la SICOM et la SICOF

- Divers projets agro-industriels tels que l'aliment de bétail de Béni- Mellal et d'Agadir, des laiteries des Doukkala et d'Agadir, la trans- formation de la mélasse pour la production de levures boulangères et fourragère, et d'alcool.

C'est ainsi que les projets déjà lancés et ceux qui sont sur le point de l'être vont permettre la création de 9.000 emplois directs. Ce nombre sera porté à 13.000 emplois à la fin du quinquen- nat moyennant une participation de 1'001 de l'ordre de 675 millions de dirhams compte non tenu de la SONASID.

E

ce qui concerne la régionalisation

qui tend à assurer un développement équilibré de l'ensemble des sept ré- gions économiques, 1'0.0.1. a participé

à l'exécution de cette politique avec le

souci de localiser les unités industriel-

les dans les lieux de production des matières premières.

Pour ce qui est de l'action promotion- nelle de 1'0.0.1., l'effort s'est 'étendu

à certains pays, notamment la France,

la République Fédérale d'Allem agneet la Belgique. Il s'agit de faire connaître tous les secteurs susceptibles d'in-

téresser les investisseurs marocains et étrangers à créer des sociétés mixtes dont les fabrications sont essentiel- lement destinées à l'exportation.

D'ores et déjà, cet effort promotion- nel commence à porter ses fruits. Sur le seul plan de l'emploi, ces unités mixtes concourreront à la création de 3.500 emplois.

Face à la diversification et à la multipli- cation des tâches de 1'001, celui-ci a ren- forcé ses structures par le recrutement de cadres supérieurs, ingénieurs et éco- nomistes, par une organisation adaptée aux-spécifités de chaque secteur indus- triel et par une politique de participa- tion qui tient compte des caractéris- tiques de chaque projet.

TABLEAU SYNOPTIQUE DU PLAN QUINQUENNAL DE L'ODI (1973-1977)

 

(Rèalisations à

fin

1976)

 

- en 1.000 OH

-

 

RUBRIQUES

Montant de

l'Investis-

Participation

de

1'001

en

valeur

Dépenses

0.0.1.

Dépenses d'inves-

tissement

 

sement

au 31/12/76

au 31/12/76

- Etudes

13000

13.000

-

1,328,85

- Projets

2.866.740

661.762,25

668.051

296.608,225

Agro-l n du strie

124.960

18.833,65

34.631

9.683,625

Electro-Mécanique

488.300

160.540

12.700

14.340

Chimie E. P. Chimie

2.003.630

418.995

490.736

213.447

• Textile

249.850

63.393,6

129.984

59.137,6

- Dotation non affectée

-

23.281,922

-

238,65

 

TOTAL

2.879.740

698.044,172

668.051

298.175,725

(Publi

-

étude)

ECONOMIE

L'aventure sucrière du Maroc

Les plantes sucrières (betterave et canne) doivent être des cultures aussi importantes que les céréales au Maroc. Elles produisent les calories nécessai- res pour notre survie à tous. La culture sucrière-réintroduite au Maroc sous l'influence du besoin-provoque une transformation globale de notre société, transformation qui va de la physio- nomie des terrains agricoles à la psy- chologie des agriculteurs et de toutes les catégories sociales qui vivent de l'économie sucrière. Son développe- ment technique est possible un peu

partout dans le pays. Il représentera un objectif d'autant plus important qu'il est à la fois créateur d'activités économiques et producteur d'une denrée vivrière de première nécessité. Denrée dont la demande de consom- mation subit, ces derniers temps, une sorte de psychose collective. Le Marocain grand consommateur de sucre défie les normes habituelles d'un pays en voie de développement. C'est à la campagne que les records sont battus, le sucre étant un élément de base de nutrition, comme la pain et

Par Mohamed Salam

avant même la viande et de loin. En milieu rural, on consomme annuelle- ment 30 kg environ par habitant, alors qu'en milieu citadin la consommation est de 28 kg par habitant et par an. Soit en moyenne, 29 kg/marocain/an. En outre ce produit représente 12 % environ dans le groupe des dépenses alimentaires du budget des ménages. Notons qu'en Afrique la consommation moyenne annuelle par personne est la plus faible : elle est de 11 kg. Alors qu'en Europe Occidentale elle est de 35,5 kg et en Amérique du Nord elle

1

1

l

,

!

1

1

i! 1

est de 54 kg. D'un pays à l'autre, à l'intérieur d'un même contient, la con- sommation du sucre varie. Ainsi en Afrique le Maroc vient en tête avec

29 kg suivi de loin par la Tunisie 21 kg, l'Algérie 20 kg l'Egypte 18 kg, le Sénégal 17kg, le Niger 3,3kg, la Haute Volta 2 kg et le Cameroun 1,8 kg. Certes il y a des explications acadé- miques (conditions climatiques, l'évo-

pour justi-

lution économique,

fier les variations des taux. Mais seules

les habitudes alimentaires mettent en relief cet état de fait : ainsi les héritiers de l'Empire britannique consomment

(avec beaucoup de thè, de confiseries

et de gâteaux bien sûr) 55 kg / an / anglais. Les maghrébins sont aussi de

etc

)

1 gros consommateurs (de thè sucré,

) par rapport

aux pays africains, arabes et musul-

1 !,

de cuisine sucrée etc

,

mans.

i

,

!

Faire baisser la consom- mation ?

Produit stratégique, le prix de vente du sucre est fixé par chaque gouver- nement en fonction d'une politique économique spécifique qui doit tenir, nécessairement, compte du marché mondial et des conditons locales. Bien que le pouvoir d'achat soit chez nous assez faible, comme dans tous les pays en voie de développement, le sucre est irremplaçable. On a constaté au Maroc, comme dans le monde entier à la suite de la crise économique des lendemains de la guerre du Moyen Onent d'oc- tobre 1973, que la consommation à légérement baissé. Au Maroc de 1973 à 1976, la consommation a ba'issé d'un kilogramme par habitant.

Grand consommateur, le Maroc ne pouvait pas ne pas formuler, au moins, les grandes lignes générales d'une po- litique sucrière. Dans le cadre d'un processus global d'industrialisation, de recherche d'autonomie nutritionnelle conforme aux possibilités locales et à la vocation agricole du pays, l'industrie sucrière a été retenue comme option et instrument de développement ré- gional agricole et industriel. Le Maroc est und e s r are spa y s, f a v 0 r is é par 1e c 1i mat pou r les cultures aussi bien de betterave que de canne à sucre. En 1963 la bet- terave à sucre à grande échelle a été introduite en favorisant des change- ments notables dans les régions de Tadla, du Gharb de Doukkala et de Moulouya. De 3500 hectares en 1963 et dans le Gharb uniquement, on est arrivé en 1975 à 62 200 hectares soit 18 fois la superficie de 1963. La produc- tivité à l'hectare a augmenté aussi vite et représente 26 fois celle de 1963. Et nous sommes encore loin de régler nos problèmes.

28

Un autre million ?

En ce qui concerne la canne à sucre d'introduction récente, depuis 1975, elle concerne deux régions : La Mou- louya et le Gharb. Deux usines traitent déjà la canne à sucre : Zaio et Mechraa Belksiri. Dans les prévisions de dé- veloppement économique, la canne à sucre dépasserait en superficies et en usines le champ d'action actuel de la betterave à sucre. Le plan sucrier (dont l'objectif à atteindre pour 1989 sera la production d'un million de tonnes de sucre brut (après l'éta- pe de 1984 où le Maroc n'importera plus de sucre) exige plus de 230000 hectares répartis ainsi :

Canne à sucre Gharb : 30000 hectares Loukkos : 19000 hectares Moulouya: 19000 hectares TOTAL : 134 600 hectares

- Betterave à sucre Ghrab : 30000 hectares Loukkos: 7000 hectares Moulouya: 6 500 hectares Doukkala : 18000 hectares Tadla : 21 770 hectares Haouz : 7 950 hectares Souss : 5610 hectares

TOTAL : 96230 hectares.

des rares

pays à pouvoir cultiver la canne et la betterave à sucre. La production glo- bale de ces 230 000 hectares sera de 646300 T. De 5400 T en 1963,

sucre

est passée à 311 290 T en 1976 (avec une récolte de 2357100 T sur 68800 ha). Nous sommes très loin du million de tonnes de sucre brut en 1989 et même de 1984 où l'on ne doit plus en importer en principe.

Le

Maroc est en

effet l'un

la

production

marocaine

de

Gageur et politique ambitieuse!

Exemple type d'intégration d'une vaste opération agro-industrielle, l'économie sucrière mobilise des moyens consi- dérables et des équipements comp- lexes. Elles contribue à nouer des liens et à créer des échanges divers entre les milieux agricoles, industriels, com- merciaux, bureaucratiques et politiques. Dès le lancement des premières opé- rations et après quelques hésitations dûes à la lourdeur du rythme de la communication sociale, l'adhésion des agriculteurs à cette option n'a jamais fait défaut. Mais le gouvernement est encore loin de répondre à toutes les garanties qu'exige cette adhésion. Les mesures d'encouragements, de pro- tection contre les calamités, d'équi- pements en infrastructures et de facili- tés en crédits sont encore très aléa- toires. Des travailleurs de toutes ca-

tégories, allant de l'ouvrier non qua- lifié à l'ingénieur - chercheur, engagent leur carrière au service de l'économie sucrière. Mais disposent-ils de la moindre parcelle de véritable autorité pour mener à terme ce qu'il convient d'appeler désormais "l'aventure su- crière" ? Aventure parce que les paris et les enjeux sont nombreux, alors que les certitudes sont douteuses.

su- crière" ? Aventure parce que les paris et les enjeux sont nombreux, alors que les

Annoncer avec suffisance qu'en 1984 avec environ 500 000 tonnes de sucre brut, le Maroc aura satisfait à ses be- soins locaux de consommation est une illusion de bureaucratie. D'abord dans ce calcul, l'Administration n'a pas tenu compte de l'explosion démographique du Maroc, une des plus forte du monde (3%). Ensuite, le taux de con- sommation de sucre par habitant est très variable. \1 dépend aussi bien de la conjonture économique - locale et mondiale-que de la diffusion des habitudes alimentaires dûes à l'éléva- tion de vie de la population. Le Maroc aura besoin en 1984 de plus de 600000 T environ, sans compter tout l'effort sérieux que nécessite une poli- ,tique responsable en matière d'éco- nomie sucrière. S'il y a un aspect con- cret de l'Economie nationale qui fait l'unamimité au Maroc, c'est bien celui de l'obligation de ne plus dépendre de l'extérieur pour notre alimentation quotidienne. Mais la démarche suivie jusqu'ici, est loin de satisfaire tout le monde, du technicien concemé au consommateur.

Duperie et devises,

La décentralisation de l'industrie su- crière proclamée avec beaucoup d'éc- lats est une duperie dangeureus~. Les unités existantes ne sont autonomes les unes des autres que pour profiter des investissements considérables de la communauté. La plupart des usines appartiennent au capital étranger, al- lemand, français, belge et italien. L'une d'entre elles, celle de Béni Mellal est dirigée par un allemand de l'Ouest. Pourtant le pays ne manque ni de cadres, ni de capitaux nationaux pour prendre en charge son programme ambitieux. Les yeux rivés sur le chiffre magique du Million de tonne de sucre brut par an mettre en parallèle avec le pro- jet du Million d'hectares de terre à cultiver) les objectif~ prioritaires doi- vent demeurer: Premièrement: la sa- tisfaction des besoins de la consom- mation nationale en accroissant la production locale et en économisant les chères devises utilisées pour l'im- portation du sucre. Deuxièmement: l'in- troduction de l'industrie sucrière doit avoir des effets multiplicateurs sur un nombre important de secteurs par la mise en valeur agricole de périmètres à hauts rendements et par le dévelop- pements des industries et activités para-industrielles. Mais on n'en est pas là. Pour l'heure comment faire face avec efficacité à la médiocrité quoti- dienne faite de pénuries pour les nombreux ménages pauvres et moyens ainsi que de l'enrichissement des spéculateurs et des intermédiaires de toutes catégories ?

rb 1

Mohamed

Salam.

le commerce

amerlcano - marocain

à la recherche d'un

l'

nouveau

souHle

Au Maroc, "La plupart des hommes américains s'attendaient à être agrées sur la base de la réputation de leur firme et de leur titre personnel. Dès qu'une affaire intéressante ou une oc- casion d'investissement est identifiée, ils sont pressés de négocier et de signer un contrat sans délai. Les Maro- cains, de leur côté, souhaitent fré- quemment des conversations prolon. gées qui, souvent, ne peuvent avoir lieu à cause des programmes de voyage chargés des hommes d'affaires améri- cains. Ceci est souvent interprété par les Américains comme un manque d'in- térêt ou de sérieux de la part des Marocains. Les Hommes d'affaires américains doivent réaliser que les affaires sont signées ici sur un plan beaucoup plus personnel qu'elles ne le sont chez nous", souligne Robert Anderson, ambassadeur des Etats-Unis à Rabat, devant une assemblée de la Chambre de Commerce Américaine à Casablanca, à l'occasion de l'inau- guration de l'année fiscale 1977.

En langage plus précis, que signifie le conseil de l'ambassadeur améri- cain; Veut-il dire que la signature d'un contrat doit être une prouesse indi- viduelle ou peut-on comprendr~ que seule l'intimité des relations person- nelles favorise la négociation d'une affaire?

Certes, le diplomate américain a quel- que raison de s'inquiéter de la faiblesse des relations économiques maroco- américaines. N'affirme-t-il pas que "Logiquement, un code d'investisse-

ment stimulant pour les investisseurs étrangers -et une reconnaissance maro- caine grandissante des avantages amé- ricains dans les domaines de la tech- nologie, de l'efficience, de la maitrise des marchés, devraient avoir soulevé un plus grand intérêt parmi un plus grand nombre de firmes américaines. Hélas 1 cela n'a pas été le cas 1"

A part l'ignorance "affligeante" des

dirigeants d'entreprises américaines du Cadre général des affaires au Maroc et

le peu d'intérêt que suscite la Chambre

de Commerce Américaine parmi les res-

ponsables de l'économie Marocaine, mis en relief par Robert Anderson dans son discours, n'y a-t-il pas d'autres causes plus profondes de la stagna- tion des relations commerciales amé- ricano-marocaines ? Sans aller jus- qu'aux problèmes de la langue et

l'habitude des contracts suivis et pri- vilégiés avec nos voisins européens,

ne doit-on pas imputer aux structures

économiques américaines quelques griefs comme la longueur des délais de livraison et l'ocrtoi quasi-automa-

tique aux firmes américaines installées

en Europe de tous les droits sur les

marchés maghrébins et africains, sans

aucune garantie ?

Ne faut-il pas rappeler, aussi, que les

marocains et les américains ont eu la primeur d'un avant goût du scandale

des "pots de vin" de Lookheed et d'autres firmes, avec l'affaire de la PANAM, du Holliday Inn ainsi que des procès de corruption qui s'ensuivi- rent ?

29

Mo

TRIBULATIONS

"

Mo TRIBULATIONS " Sadate enterre définitivement Nasser frères et réhabilite les musulmans. En rejetant résolument

Sadate enterre définitivement

Nasser

frères

et

réhabilite

les

musulmans.

En rejetant résolument le "socia- li$me idole" en déclarant que NASSER était définitivement mort le 5 Juin 1967, avec la défaite de la guerre des six jours, SADATE en- tend ouvrir une ère nouvelle pour l'Egypte. Toutefois, les observateurs se deman- dent si la virulente offensive qu'il a entreprise contre les forces de gauche - et surtout les communistes - ac- cusées d'avoir voulu renverser le régime, ne risque pas de causer un déséquilibre dans la balance démocra- tique. Ils se demandent également si les mesures fiscales prises dans un "souci de justice" sociale seront suf- fisantes pour amorcer, dans la pop~ lation, un retour à la confiance dans le régime. En effet, estiment les observateurs, les procès qui se préparent, la cam- pagne de vigilance encouragée par le Président lui-même, le déchaînement de la presse contre la gauche vont avoir pour effet de faire entrer dans la clandestinité des gens qui en sor- taient avec la "démocratisation". Les démissions commencent à affluer au

siège du Rassemblement unioniste progressiste, seul parti de gauche autorisé, depuis que le gouvernement a accusé ses dirigeants dont certains ont été arrêtés, d'avoir été "utilisés" par les forces séditieuses. Le parti du ceMre, très majoritaire au Parlement qui soutient le gouver- nement a été fortement secoué par les évènements (on a vu les députés du centre approuver la décision gouver- nementale d'augmenter les prix, dé- tonateur de la crise, pour ensuite la critiquer) et cette formation est loin d'être homogène. La droite, en revanche, sort renforcée de cette épreuve. Le parti de Moustpha Mourndi, seule formation autorisée avec les partis du centre et de la gauche, soutient sans réserve les récents décrêts. L'organisation clandestine des "frè- res musulmans" a été blanchie de tout soupçon de participation aux dé- sordres et les organisations religi~ ses ont reçu du Président l'assurance que la religion, matière obligatoire d'enseignement, deviendra une mG- 'tière comptant aux examens.

deviendra une mG- 'tière comptant aux examens. Les Présidents Anouar Sadate et Jimm)J Carter, durant les

Les Présidents Anouar Sadate et Jimm)J Carter, durant les hymnes nationaux dans un salon de la Maison

Blanche

(Photo A.F.P).

30

Anouar Sadate et Jimm)J Carter, durant les hymnes nationaux dans un salon de la Maison Blanche

Pensées de Choc !

La Revue "ADDAAWA" dans son numéro 8 de janvier 1977 a consacré 2 articles l'un, sous forme d'éditorial,

à "la religion, la politique et les

partis", et l'autre à "l'esprit scienti- fique ,. complot occidental contre l'Orient musulman". Dans l'éditorial, écrit par Omar Tilimsani, on peut lire : "les pays chrétiens sont excu- sables d'avoir eu recours à la sép~ ration entre la religion et la politique, à cause de la domination des papes sur les rois, qui ont profité de leur position spirituelle pour accumule101es

biens terrestres, dressant ainsi une cloison entre Dieu et ses sujets, ne laissant à ces derniers qu'une seule

voix, celle du pardon. Cette attitude

a été critiquée par des chrétiens

ouverts comme Martin Luther, Calvin

et d'autres.

"Or il n'y

a

rien de

cela en Islam,

l'Homme de religion est musulman,

et tout musulman est un homme de

religion. Personne n'a le droit d'im- poser son point de vue à un musul- man, qu'il s'agisse du dirigeant ou du dirigé. Pour ces raisons, et d'au- tres encore, nos ancêtres n'ont jamais

eu à imaginer que la religion est une chose, que le comportement de l'in-

dividu, de la famille, de la Société,

de la Nation ou des peuples ( dans

l'administration, la justice, le com- merce ou tout autre comportement), est autre chose. Ce n'est que par l'af-

faiblissement de la religion musul- mane que ses adveTsaires ont essayé

de nous inculquer l'idée de la sépar~

tion entTe la religion et la politique.

Cette idée déviationniste extrava- gante, confuse est rejetée par la re- ligion ,. alors que l'Islam est une foi

et un pouvoir, livre sacré et épée,

justice et force, perfection et fierté"

Dans le deuxième article de la revue écrit par Ali Gricha, on peut lire que

l'esprit scientifique signifie "a-reli- gion". L'enseignement, les moyens de communication de masse et le droit sont des moye;ns pour l'Occident de propager l'esprit scientifique: "Lors- que l'esprit scientifique s'est propagé dans les pays d'Islam, ceux-ci ont perdu la religion et ce bas-monde,

la récente év'olution de l'Université

d'El Azhar s'inscrit directement dans le mouvement prôné par l'esprit sei

entifique". Dans sa rubrique consacrée à la Sagesse, ADDAA WA donne-15 carac- téristiques d'une âme sereine. Citons-

en quelques unes :

Une "âme sereine est

- paisible

- croyante

- satisfaite du destin de Dieu

-

- assurée par sa foi

fidèle

savante

Qu'arrive-t-il à la voie Socialiste au Soudan?

Qu'arrive-t-il à la voie Socialiste au Soudan? Devant l'abandon de la ligne soci~ liste tracée par

Devant l'abandon de la ligne soci~ liste tracée par le gouvernement Soudanais, le Ministre de l'Inform~ tion essaie de justifier à un cor- respondant de la revue jordanienne "Al - Fajr Liqtissadi", dans le nu- méro de janvier 1977, les dessous de la politique du gouvernement :

"La Charte d'Action Nationale Sou- danaise parle du socialisme scienti- fique, mais le monopole de ce concept par les marxistes a fait qu'il signifie automatiquement socialisme marxis- te. Lorsque nous parlons du soci~ lisme soudanais, nous le voulons issu de notre réalité et centré sur notre partimoine, sur nos valeurs, en tenant compte des aspects distinctifs de notre société soudanaise. Nous ne pouvons pas prétendre que nous appliquons actuellement le socialisme, mais nous pouvons dire que nous sommes en train d'asseoir la base matérielle et sociale permettant d'édifier une so- ciété de suffisance et de justice à. travers le développement économique de toutes les ressources dont dispose le Soudan, afin justement d'aboutir à cette société de suffisance et de justice, suffisance quant à la pro- duction, justice quand à. la réparti-

Nous ne voulons pas sacrifier

une génération entière pour le bon-

tion

heur d'autres générations, comme ce fut le cas ailleurs. La voie que nous empruntons pour aboutir à. cette so- ciété de suffisance et de justice con- siste à intéresser les masses à. la p~ nification et à l'organisation à. tra- vers les organes populaires et les organisations de masses, en essayant de puiser nos valeurs et nos idéaux dans notre patrimoine et dans notre religion.

La révolution au Soudan était menée par des personnes qui croient en leu'l' Dieu et en leur Patrie, mais la ré- volution de Mai a néamoins permis l'infiltration de certains éléments communistes qui ont poussé la poli- tique de l'Etat vers des démarches économiques qui se sont avérées loin de l'intérêt de la Nation. C'est ce qui nous a permis de revoi'l' et de réviser notre position. Ce qui est arrivé ne signifie aucunement l'abandon du socialisme ou un man- que d'assurance dans le principe, mais il signifie une erreur flans l'applica- tion. Tout en considérant le secteu'l' public comme le plus important, nous encourageons aussi le capitalisme national et le secteur privé.

Président

Numeyri

mais ne s'abandonne pas".

Et

comme

:

l'a

dit

le

la révolution se

révise,

.·ETRANGER

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!!!~I.JIII"~ ~I.I.~ ':' \ \' q l a Révolution Culturelle Chinoise de 1966 continue ~
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l a Révolution Culturelle Chinoise de 1966 continue ~ de provoquer des chan· gements dans tous les do- maines de la vie publique et privée des chinois. Mals l'on oublie souvent l'aspect proprement culturel du mouvement qui mobilise et bou- leverse les masses dans toute l'é- tendue de la République Populaire de Chine et intrigue le monde entier, faute d'informations précises et exhaustives. Pourtant, c'est dans le monde de la culture et des arts qu'apparaissent les transformations les plus notables. Bien sûr les aspects politiques, économiques et sociaux demeurent fondamentaux. Mais c'est pourtant dans l'environnement de la culture, au sens le plus large, que la révolution chinoise émerge, se dé- veloppe et se montre la plus radicale. C'est aussi dans ce domaine qu'elle se répète en permanence, malgrè les pé-

32

En

haut de

pal,Je.

un poème

de Lou

ripéties des compromis des pouvoirs et des impératifs économiques. Aux yeux même des dirigeants chinois, et de MaoTsé-toung en particulier la Révolution qui se contenterait de "changer de couleur" au lieu de "changer la vision du monde" de centaines de millions de personnes, est à cOIr

Depuis la mort du Grand Timonier, la Chine revit des moments de dra- matisations et de remises en question de tout un statu-quo culturel, artisti- que et socio-politique. Il suffit d'examiner la presse - nationale et étrangère - mise en diffusion au Maroc pour s'apercevoir du flot d'in- formations complexes qui nous parviennent des curieux débats cul- turels en Chine. Il suffit de laisser parler les faits, éloquents, pour en saisir les significations. Il est vrai que les dernières informations nous

Sin calligraphiè par le Président Mao

en

1961.

tombent sur la tête avec la fantasma- tique mysoginie traditionnelle et avec le dédain de tout ce qui vient de l'art.

Lâ leçon de la vieille

Pour bien comprendre les nuances imperceptibles du quotidien, l'exem- ple d'un débat à propos du film "Entreprise" est très révélateur du rôle de la culture aussi bien pour les élites que pour les masses chinoises. "Entreprise" est un film qui raconte dit-on comment la Chine, privée de l'aide soviétique, a recouru à ses propres ressources pétrolières met- tant en valeur son premier grand gisement. Le. film a été tourné avec la collaboration des techniciens pé- troliers à Tatching et réalisé par le scénariste Chang Tien - min. Quel- ques semaines après sa sortie, "En- treprise" aurait été retiré des salles

,."

1

(

de cinéma. durant l'hiver 1974 - 1975 et il a fallu attendre novembre de l'année 1976 pour découvrir toute l'importance de l'enjeu dans le con- texte de ce que l'on appelle "la dé- nonciation des crimes de la Bande des quatre". En effet les journaux chinois - mu- raux et imprimés - accusent la veuve de Mao, Madame Chiang Ching d'avoir empêché la sortie du film "Entreprise". Elle avait dressé une nste des crimes de ce long métrage, apologie de Lieu Chao-shi (le Khrou- chtchev chinois selon le langage local). Elle considérait que ce film incite au révisionisme. Le défunt premier ministre Chou En.,Laï, ~assant outre l'avis de Madame Mao autorisa la sortie du film. Le Prési- dent Mao Tsé-Toung, après avoir "visionné" le film vers le 25 juillet 1975, déclara qu' "il n'a pas de dé- fauts majeurs". Madame Mao ne s'avoua pas vaincue. Elle aurait contraint le scénariste à écrire une deuxième lettre au Pré- sident Mao se déjugeant et lui deman- dant de tourner une nouvelle version de son film. Cette démarche vint après la convocation à Pékin des réalisateurs d' "Entreprise" afin qu'ils fassent leur autocritique sous la supervision directe de "la Bande des quatre". Madame Mao aurait même dit publiquement au scénariste cette terrible phrase: "tu t'es plaint de la vielle mère, hé bien la vielle mère te donne aujourd'hui la leçon". Le plus étonnant de l'affaire ne fut pas seulement, la reprise du film en novembre 1976 dans de nombreuses salles de Pékin, mais le comportement du public qui n'hésite pas à prendre parti dans le débat. Deux indices illustrent bien ces prises de position :

les journaux muraux portent une attention particulière aux péripéties de l'affaire et les salles, qui projet- tent "Entreprise" connaissent un afflux extraordinaire de spectateurs dont certains' revoient le film pour la deuxième ou la troisième fois. Fabuleux ! Etonnants chinois !

Réévaluation du cinéma

Le cas du film "Entreprise" n'est ni particulier ni unique. Les dé- pêches d'agences d'information de novembre 1976 apportent des révéla- tions inédites et fantastiques, sur le cinéma chinois. On a appris en effet que la République Populaire de Chine va sortir de leur "enfer" des films tournés avant la révolution culturelle et que la "Bande des quatre" avait fait interdjre. Selon le journal chinois Le Quotidien du Peuple, Chou En-Laï et "d'autres camarades dirigeants des organes centraux" J:lvaient ordon-

b

né que tous les films tournés avant la révolution culturelle soient 'rééva- lués" et que ceux qui se révéleraient "relativement bons quant au contenu et à la forme artistique" soient remis dans les circuits de distribution.

Un metteur en scène, un caméraman et un scénariste - parmi tant d'autres accusent la "Bande des Quatre" d'avoir fait obstacle à ce travail de "réévaluation" afin de se réserver le mérite de toute création nouvelle. Ce travail de "réévalution" se poursuit parfois sous des formes inattendues:

dernièrement à Paris, le jeudi 18 novembre 1976, la projection du premier film sur la révolution cul- turelle, Tchouen Miao (jeunes pous- ses du printemps), fut suspendue par les affaires étrangères de Pékin parce que ce film était devenu robjet de "débats critiques" en Chine.

Le débat sur le cinéma chinois qui se limitait au début à quelques rares privilégiés dans les coulisses du pou- voir et sur quelques journaux mu- raux, se décide maintenant sur la place publique où les détails les plus pittoresques sont étalés. Le Journal de Pékin a reproché à Madame Chiang Ching, veuve de Mao Tsé- Toung, son passé d'actrice non point pour les rôles qu'elle avait inter- prétés, mais un rôle qu'elle n'avait même pas joué-. Le journal souligne le fait que Madame Chiang Ching, alors qu'elle jouait la comédie à Changhaï dans les années 1930, avait été candidate pour interpréter le rôle d'une prostituée partageant le lit d'un militaire étranger. Ce rôle lui fut re- fusé et l'affaire n'en fut pas classée pour autant. Le journal de Pékin note que le fait d'avoir accepté de jouer dans ce film révéle "sa nature capi- tularde et réactionnaire" !

D'autre part, le Quotidien du Peuple accuse de son côté Madame Chiang Ching d'avoir "fait importer à grands frais par l'Etat, des films pornogra- phiques, policiers, d'aventures et d'in- trigues amoureuses" qu'elle faisait projeter en privé pour son plaisir et celui de ses "comparses". Parmi ces films il y avait notamment : "Le Rouge et le Noir", "Autant en em- porte le vent" et "le Comte de Monté- Cristo", On se perd en hypothèses suppositions et conjectures. On ne pardonne pas facilement à une ar- tiste de flirter avec le Pouvoir, de le désirer pour elle. Ses critiques ne lui reconnaissent même pas de valeur ar- tistique : mauvaise comédienne, in- terpréte secondaire de films de troi- sième catégorie . Vaniteuse elle pour- suivait de sa vengeance tous ses en- nemis. Les Chinois n'hésitent pas à se féliciter de sa disparition de la

scène du pays et considèrent, par conséquent, son empreinte sur la vie culturelle et artistique comme désas- treuse.

La démarche cinématographique de la Chine est trop complexe et contra- dictoire pour être analysée selon les normes habituelles de la critique de cinéma europèenne et tiers mondiste. On ne peut avoir que des approches modestes. Il arrive parfois de tomber sur des textes très curieux, même dans la presse marocaine : "Les films chinois produits pendant la grande révolution culturelle" écrit probable- ment par un chinois, Wen Ti, (Opi- nion du 23 novembre 1976) dans le style dazibao fleuri, équipe et exalté bien connu.

le style dazibao fleuri, équipe et exalté bien connu. Scène du film de l'Opéra Révolution- naire

Scène du film de l'Opéra Révolution- naire Moderne de Pékin : ''Taking

Tiger Mountain by Strategy"

33

"

!(

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l'

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"

" !( 'i l' .\: . " Vers tionnel ? le retour à l'opéra tradi- En

Vers

tionnel ?

le retour

à

l'opéra tradi-

En dehors du monde cinématogra- phique dont la situation présente ne s'explique pas aisèment, les autres domaines de la culture et des arts vivent à l'heure des "réévaluations". Dans le secteur de l'Opéra, un article du Quotidien du Peuple laisse en- tendre qu'une "renaissance" est im- minente avec la présentation d'opéras révolutionnaires qui avaient été in- terdits par Madame Chiang Ching.

Notons dès maintenant qu'un premier pas vers la réhabilitation de Make, célèbre compositeur de l'opéra-modèle "la fille aux cheveux blancs", a été effectué. Make avait été soumis, dès 1967, sur directives de la "Bande des Quatre" à une enquête "sans qu'aucune preuve n'ait été fournie qu'il ait été un ennemi" un agent spécial ou un renégat".

Déjà en 1975, une affiche ne mâchait pas ses mots pour défendre Make et attaquer la hiérarchie du Ministère

deI a

un nouveau héros qu'on vient de dé- couvrir : Li Chun-kuang, professeur de musique au conservatoire qui avait osé critiquer les dirigeants du Ministère de la Culture. Raison pour laaquelle il a été emprisonné en juin dernier. Après avoir souligné que les responsables du Ministère de la Cul- ture, avaient outre-passé la ligne tracée par Mao Tsé-Toung et Chou En-Iaï ; il ironisait sur leurs incom- pétences, critiquait le luxe de leur mode de vie et dénonçait la crainte qu'ils inspiraient à leurs subordonnés, à qui il demandait : "est-ce que votre

cette

d e

culture.

affiche

L'auteur

est

Ministère est vraiment un tigre de papIer dont on n'ose toucher la croupe. Avez-vous jamais toléré

quelques mots de critiques ou de

suggestions ! ".

34

Sorti récemment de prison, Li Chun- Kuang a été consacré héros, et le Quotidien du Peuple n'hésite pas à considèrer sa libération comme étant celle "de Li Chun-Kuang et de son affiche".

A côté de ces réhabilitations, des

destitutions spectaculaires se pro- duisent dans un contexte de plus en plus imprévisible et inéluctable. Le Ministre (l'est-il encore 7) de la Cul- ture, Yu Hui-yung s'incline devant les nouvelles évidences. Lui même compositeur de musique, très lié à Madame Chiang Ching, il a collboré avec elle à plusieurs reprises pour la

création d'opéras "radicaux".

Rappelons que jusqu'à la vielle de la Révofution Culturelle, on continuait

de jouer des opéras traditionnels en

même temps que des oeuvres révo-

lutionnaires nées de la réforme de 1964 et des Jiang Quig. Ce fut là

un des principaux griefs des gardes rouges contre l'ancien maire de Pékin, Peng Zhen.

Troisième révolution culturelle ?

Opéra, théâtre, cinéma, musique, édi- tion, aucun domaine ne semble être épargné et nul ne peut prévoir les limites et les répercussions des" cam- pagnes actuelles. Même un Ministre des sports Chuang Tsé-Toung, est victime de virulentes attaques sur af- fiches à grands caratères pour avoir été "la main noire de la Bande des Quatre" dans le domaine des sports. Il est encore trop tôt pour établir l'historique du mouvement critique

à l'heure de Hua Kuo-feng, le

successeur de Mao Tsé-toung. Le mouvement bat actuellement son plein sans avoir révélé, encore, ses principaux objectifs. Dans l'histoire récente de la Chine, le mouvement de ce que l'on appelle déjà "l'Affaire des Quatre" ou "le Complot des Qua- tre" ne fait que succéder à la cam-

Complot des Qua- tre" ne fait que succéder à la cam- pagne de critique de Lin
Complot des Qua- tre" ne fait que succéder à la cam- pagne de critique de Lin

pagne de critique de Lin Piao et de Confucius ; campagne dont les caractéristiques et les incon:Iues sont encore trop confuses pour établir un bilan complet. On sait que la révo- lution culturelle proprement dite (version originale 1966-69) ne s'est ralentie - et non pas achevée - que par des compromis de "gauche" dont semble avoir bénéficié "la Rande des Quatre" et ses "comparses", Ne vit- on pas en Chine par consequent une troisième révolution culturelle ?

Pareille situation rappelle, jusque

dans les détails, le déclenchement im- pétueux de la grande révolution cul- turelle prolétarienne. Notons seule- ment pour l'instant que le mouvement ne répond pas systématiquement à un dessein de destruction comme au dé- but de la période 1966-1969. Voici plus de dix ans, toutes les bibliothè-

ques

et

tous

les

musée3

étaient

fermés,

les

expositions étaient exceptionnelles, la télévision se limitait à deux heures d'émissions quotidiennes, et les

spectacles étaient rares. Il avait fallu que les acteurs achèvent leur "rééducation" et apprennent de nou- veaux répertoires "révolutionnaires". Seule la radio était partout présente et entièrement politisée. "Le pro- létariat doit exercer une dictature intégrale sur la bourgeoisie dans le

domaine de la superstructure, y corn"

pris tous les secteurs

repète le slogan le plus diffusé :n cette période là.

Dorénavant, la culture en Chine n'a pas seulement pour but de "servir le peuple" mais encore de consolider "les pouvoirs spéciaux" que les "mas- ses populaires" exercent pleinement sur la bourgeoisie et les gauchistes radicaux. De ce point de vue les "Interventions" de Mao aux "Cause- ries sur la littérature et l'art à Yenan "sont dépassées ; de même que "Le Procès verbal des causeries sur le

e la culture"

travail littéraire et artistique" animées à Changhaï du 2 au 20 fév- rier 1966 par la grande réformatrice de l'opéra pékinois Kiang Tsing.

Pratiquement les campagnes actuelles de "réévaluations" remettent en cau- se un certain nombre d'acquis de la Révolution Culturelle. La rigueur

tarisme, esprit anti-bureaucratique,

abolition des examens etc

Quant à ceux qui ne sont plus que "des rats en débandades" des "loups à face humaine", des "crottes de chien", des "serpents vénimeux", une "vermine grouillante" et de "hideux conspirateurs" peuvent-ils s'opposer au "courant irréversible de l'histoire"

au "courant irréversible de l'histoire" Teng Hsiao • ping. ancien vice premier ministre.

Teng Hsiao • ping. ancien vice premier ministre.

Victime

de

la

"Bande

des

Quatre"

poursuit

sa

longue

marche

de réhabilitation.

(Photo

A.F.P).

idéologique et 1;8 ambitions du "Gang des Quatre" ne les avaient guère rendus populaires. Leur courant "radical" reste minoritaire dans une Chine à deux étages. Mais les aspi- rations, les habitudes et les pratiques de la Révolution Culturelle demeurent bien vivantes : critique du savoir intellectuel, lutte contre l'autori-

rien qu'avec des citations de Mao pareilles à celle-ci : "les contradic- tions au sein du peuple ne datent pas d'aujourd'hui, mais leur contenu est différent dans chaque période de la

révolution et dans la période de l'édi-

fication socialiste

Notre gouver-

nement populaire est l'authentique

représentant des intérêts du peuple et au service de celui-ci ; mais entre lui et les masses il y a également des contradictions

"

Habib Abouricha

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES

- Le Monde, 21-22 Novembre 1976

18

Novembre 1976 cité par l'A.F.P et Reuter.

Han Suyn "Chiang Ching, - ce qui se passe en Chine" dans le magazine français féminin "Elle" du 29 novembre 1976.

Revue française Ecran 76 46 :

comment yukong déplaça les mon- tagnes". PP. 44-50.

- Le

Journal

de

Pékin

du

- Aritcle paru le lundi 6 décembre 1976 dans le Quotidien du Peuple repris par l'Agence Chine Nou- velle et rapporté par les agences internationales de presse.

- "Note sur le mouvement de criti- que de Lin Piao et de Confucius "par Jean Luc Domenach, in revue Esprit n° 6 - Juin 1974.

Paul Bady - Le degré zéro de la culture bourgeoise.

La Révolution culturelle chinoise

in revue Esprit, mars 1971,

(2)

pp

Une Chine à deux étages - K.S. Karol, Le Nouvel Observateur

624.

- "Le journal mural" de Li Yi-zhe; Voir l'étude de Jean Daubier. (Le Monde Diplomatique, novembre 1976) à la suite de la parution de : "Chinois, si vous saviez (Paris, Editions Ch. Bourgeois, 1976, Collection Bibliothèque Asiatique).

505 - 523.

"

1976, Collection Bibliothèque Asiatique). 505 - 523. " Le Poème de Lou Sin : Sans nombre

Le Poème de Lou Sin :

Sans nombre sont les familles a,ffligées ; ronces et herbes folles

voient périr les hommes. Si par ma peine et mes lamen-

tations, la terre entière pouvait être

ébranlée

/

Mes pensées errent au loin, par

des8U8 le désert immense ; Et dans le silence. j'entends le

grondement du tonnerre.

ARTS PLASTIQUES

à propos de la 2 9 Biennale Arabe

a Biennale est devenue t . aujourd'hui une manifes- tation d'une importance capitale dans la
a Biennale est devenue
t
.
aujourd'hui une manifes-
tation d'une importance
capitale dans la vie intel-
lectuelle du monde arabe.
Aucune activité similaire n'avait
existé auparavant à l'exception de
quelques contacts qui amènent un ou
plusieurs peintres à exposer dans un
pays frère ou à y faire un séjour
agréable. Mais brusquement l'As-
sociation des Plasticiens Arabes-que
présidait il y a quelques années le
palestinien ISMAIL SHAMMOUT -
a décidé de trouver une formule pour
rassembler ses membres, et pour leur
permettre d'exposer des oeuvres qui
Création d'El Hadi Salim - Tunisie

36

,

oeuvres qui Création d'El Hadi Salim - Tunisie 36 , définissent une certaine spécificité ou qui

définissent une certaine spécificité ou qui dégagent des styles au visage multiforme, Ce fut donc la première Biennale organisée à Bagdad du 15 mars au 15 avril 1974 puis la seconde qui s'est tenue cette année à Rabat (du 27 décembre 1976 au 27 janvier 1977) sous l'égide du Ministère de la Culture et dans le cadre enchanteur du Musée des "OUDAYA". Plusieurs pays y sont représentés à l'exception de quelques uns comme l'Algérie, la Libye et la Mauritanie,

Pourquoi donc une telle manifestar tion dont le but diffère totalement de celui d'une biennale européenne qui vise avant tout à offrir une gam- me de créations ou de tendances plastiques plus ou moins modernes ? On ne peut que répondre difttcilement à cette question si on ne considère la situation dans le monde Arabe dont les exigences veulent que de nos jours soit posé sans ambages et d'une manière sérieuse le problème des relations entre l'artiste et le public. Une autre difficulté, corollaire de la précédente, réside dans le fait même de l'exposition ainsi que dans le thème . proposé, c'est-à-dire la "Palestine".

Dans cette optique on a le droit de dire que les œuvres exposées ne témoignent guère de la valeur du sujet, ni de son acuité à l'exception de certaines toiles présentées sur de larges cimaises (comme celles des Irakiens Kadim Haïdar et Diya El-Azzaoui) du reste le but de cette Biennale consiste tout simplement à donner à l'amateur d'art un échantillonnage plus ou moins révé- lateur des différentes écoles qui exis- tent dans chaque pays pa'rticipant. D'où une certaine "tricherie" visible qui a poussé des peintres à coller des titres imaginaires qui ne correspon-

Tableau

de Fouad

Bellamine

,

b

b Tableau de Baghdad Benas diction monstrueuse entre le souci d'atteindre cette spécificité et l'ex- pression

Tableau de Baghdad Benas

diction monstrueuse entre le souci d'atteindre cette spécificité et l'ex- pression étrangère appltquée à

leurs œuvres. Je pense qu'il ne suffit pas de charger un tableau de mys- tères éscatalogiques, de signes ber- bères, de figures talismaniques ou de calligraphie pour se définir comme un véritable plasticien arabe, Car si on tient à parler franchement,

il faut dire que cette biennale nous

a procuré - à travers un cumul de

concepts et de styles - l'impression d'un vide artistique (plagiat des artistes occidentaux) et d'une inerte

et hallucinante plénitude.

Donc,

il

faut avouer qu'il est

encore trop tôt pour se former une opinion bien précise sur la peinture arabe, car en dépit de son attache- ment au neuf, à l'étrange et à l'iné- dit, elle est loin de répondre à toutes les questions qui se posent ( géo- politiques culturelles et sociales). Elle ne peut trouver ses options esthétiques et être en réconciliation totale avec le patrimoine que lorsque les peintres sauront soulager leurs complexes en se désaliénant, et en remettant fondamentalement en cause les acquisitions même de l'art dit "A rabe" ainsi que le rôle du peintre dans la Société. En atte1V- dant l'intérêt de la Biennale reste assez relatif.

dent pas du tout à la facture de leurs œuvres, ne serait-ce que pour consoler le visiteur ou pour le situer d'une façon ou d'une autre dans la véritable ambiance.

Le caractère soi-disant arabe

Cependant, quel que soit le thème choisi, il faut avouer que cette Biennale était une occasion propice pour nous de découvrir un exercice de virtuose, voire même le jeu d'une dextérité parfaite surtout chez la ma- jorité des artistes Iraquiens et Marocains qui donnent l'impression de connaître leur métier, et qui es- saient de proposer une écriture pictu- rale dont l'expression humaine et constructive les mettait en posture de concentration et de recherches per- manentes. Cela ne veut pas dire que les autres s'acquittent mal de leur rôle, mais ils ont réussi tout ce qu'ils se proposent de peindre.

Certes, il y avait des œuvres stériles et de.~ compositions qui avaient besoin d'être laminées, mais dans l'ensemble chaque pavillon of- frait un espace où s'animent des for- mes privilégiées d'expression allant du figuratif (Bahraïne - Qatar Yamen - Egypte - Palestine - Koweit) à la nouvelle abstraction (Iraq - Maroc - Tunisie) en passant par toutes les tendances de l'art con- temporain. C'est dire que chaque exécution essaie de s'intégrer dans

un système plastique moderne ou de faire naître de nouvelles touches qui puisent permettre à la peinture arabe de se libérer du joug de la technique européenne, même s'il faut vivifier des structures locales ou anciennes (Tradition et modernité). Ainsi, il y aurait lieu de faire re- marquer la curieuse insistance de tous les peintres à vanter le caractère soi-disant arabe de leur travail. N'y a-t-il pas une contra-

Hassan Mniai

arabe de leur travail. N'y a-t-il pas une contra- Hassan Mniai Une vue partielle du pavillon

Une vue partielle du pavillon de la Palestine

37

ARTS PLASTIQUES

Afin d'analyser la situation des arts plastiques au Maroc, il faut tenir com- pte de la situation particulière et spé- cifiq.le dans laquelle évolue l'histoire de la peinture moderne dans notre pays.

En effet, cette situation est la consé-

joué

par les artistes mais aussi du rôle de l'administration. Nous devons étudier:

1) Les structures pédagogiques qui sont en place pour former les artistes, développer l'art et le goût du citoyen. 2) La création plastique, sa qualité et le degré de maturité des artistes.

La démarche la plus fréquente est de faire la critique de la peinture et de conclure que l'œuvre aussi bien que l'artiste sont aliénés par l'occident

On fait abstraction dans cette critique

des institutions telles, musées, écoles,

On procède

comme si l'artiste et l'œuvre devaient surgir comme un miracle au milieu de l'histoire. Or il est de notoriété publi- que que le Maroc ne dispose que d'une

école de beaux arts à Tétouan et d'une petite école municipale à Casablanca. Les seuls musées sont ceux de l'héri- tage colonial, il s'agit des Musées des Arts Traditionnels et Populaires. De- puis l'indépendance, non seulement rien n'a été fait mais les établisse- ments hérités du protectorat ont con- nu une dégradation alarmante et une grande partie du patrimoine est grave- ment endommagée.

Au niveau des écoles primaires et se- condaires, un mépris total est résevé à l'éducation artistique, ainsi, les en- fants et adolescents sont privés de toutes possibilités d'approche du monde plastique et visuel, il en dé- coule une grande lacune dans la for- mation des artistes et par conséquent du public. Il est impossible de conce- voir un développement de l'art dans l'absence des institutions et des cadres qui .permettent son épanouissement. Je pense ici aux défenseurs de l'art dit "naïf" qui sciemment ou inconsciem-

quence

non

seulement du rôle

centres artistiques etc

Perspectives

d'avenir

ment favorisent cet état de choses. Quand on se place du côté de l'artiste et de sa production on constate ql.d l'apparition de l'artiste en tant qu'- homme de formation type occidental se situe aux environs des années 50. Les premières expositions de ce type se situent à la même période. Prenant en considération cette date, on cons- tate que la peinture marocaine est très jeune et que malgré cela, le Maroc compte parmi les pays arabes les plus avancés dans ce domaine, une quin- zaine de peintres connus sur le marché international.

Le problème du public

Ceci étant. les peintres les plus actifs, environ une trentaine, n'ont aucune influence dans la vie de la Société. Ce nombre indique clairement qu'il est insuffisant par rapport au nombre d'ha- bitants.

Malgré ces éléments objectifs et subjectifs, un certain nombre de pein- tres ont pu procéder à l'élaboration d'une théorie de la peinture marocaine et arabe, elle montre une démarche de l'art actuel et de la culture nationale. L'existence de l'Association des Arts Plastiques est un témoignage de cette prise de conscience de l'Artiste maro- cain et de son rôle dans la Société.

Il yale problème du public qui est souvent dénoncé et commenté, mais le public qui pose le plus de problèmes aux peintres à mon avis, est le public

des intellectuels, écrivains, JOLJrnalistes

etc

son aliénation, ce public aborde la peinture avec des préjugés qui l'em- pêchent d'établir un dialogue véritable avec la création, il conçoit des schémas mentaux qui n'existent que dans sa tête et va à la recherche d€s œuvres qui peuvent "coller" avec ces schémas. Ainsi ce public entrave le dialogue entre le peintre et le public le plus large par les préjugés et les interprétations érronées qu'il fait circuler par la presse,

il développe une très mauvaise façon d'approcher la peinture et approfondit la confusion dans les idées.

Bour~eoisie et snobisme.

Le public non

Du fait de sa formation et de

instruit constitue pour

nous un spectateur libre et un con- sommateur concerné pour l'avenir, alors que le public intellectuel est par contre un spectateur aliéné condi- tionné par une pseudo connaissance

et négatif à toute perception cohéra'nte.

Vis-à-vis du rôle du secteur privé, il y

a la bourgeoisie riche qui "encou-

rage" la peinture le plus souvent par snobisme, mais il est significatif de constater qu.e cette classe n'encourage pas ses enfants à étudier l'art, ex- ception faite de l'architecture. Il ne faut donc pas y compter pour que l'art soit institué dans les écoles et pour qu'elle participe à l'ouverture de mu- sées (l'art n'est pas encore pour cette classe un moyen intéressant de profit). Ceci explique aussi le début très timide du marché et des galeries à Rabat et à Casablanca, le vrai marché de la peinture a toujours été poussé par la volonté en quelque sorte collective d'une hégémonie donnée.

Au Maroc, la bourgeoisie, tout en pos- sédant les tenants et les aboutissants

de la vie de la Société, est paradoxale-

ment opposée à tout ce qui touche la culture, l'art, et manifeste même un certain mépris pour la création et les créateurs. Elle s'amuse dans le folklore pour le folklore lui-même.

Nous constatons là que l'artiste comme le large public sont abandonnés à eux- mêmes.

Tout à l'honneur des artistes, sont la patience et le sacrifice qu'ils démont- rent dans leur quête de la vérité &( dan~ leur lutte même sous-jacente pour l'épanouissement de l'art et la culture de demain, afin que l'art entre dans la vie sociale par la grande porte, que la Société les assure et les défende, (ac- tuellement l'artiste ne dispose d'aucune garantie contre les risques de la vie, aucune retraite, aucune protection.)

L'Art ne pourra se développer au Maroc, sans que toute la Société ou du moins l'avant-garde de la Société fasse sienne l'affaire des arts plastiques com- me des autres arts dans le contexte d'une volonté collective de développer une culture nationale digne de ce nom.

Mohamed Chabaâ

b

LIVRES ET LECTURES

hair-Eddine, da~s la plu- part de ses œuvres, nous a habitué à une technique informelle qui opère une sorte de déconstruction des modèles littéraires traditionnels. ~on utilisation, dans un même texte, de la prose narrative et du récit dialogué, de la scénette et du lyrisme, provoque l'éclatement du genre ro- manesque et la constitution d'une parole sauvage dont la véhémence suscite un véritable discours pluriel.

dont la véhémence suscite un véritable discours pluriel. son dernier ouvrage, n'échappe pas à cette règle

son

dernier ouvrage, n'échappe pas à cette règle L'imbrication des es- paces réels' et fabuleux, mnésiques et fantasmagoriques, la multiplicité des voix et leur combat incessant pour accaparer l'activité narrative, suscitent une forme de récit qui se caractérise par sa propre impossi- bilité, reflet de l'impossibilité d'être

de l'auteur lui-même.

Une

odeur

de

mantèque

(1),

L'espace de la fable : une fausse diégèse.

Le début de l'oeuvre nous introduit dans un univers fabuleux en tout point semblable à celui des Mille et une nuits (que l'on songe par exemple,au conte intitulé Le Mar-

qui ouvre le ·re-

cueil). Nous nous trouvons donc en compagnie d'un vieil homme qui a fait fortune dans le commerce d'une manière scandaleuse. En effet, ce vieillard possède un miroir magique volé autrefois, sur le conseil d'un fquih-sorcier, à un marchand qu'il a ensuite assassiné. Cet objet hanté contre lequel il s'emporte va devenir le médiateur d'une série d'enchan-

tements diaboliqaes. Le premier enchantement transporte le vieux dans une salle "haute jusqu'au ciel" où il se voit menacé par une multitude d'anomalcules engendrés par un nuage noir. Fort heureusement pour lui ses pensées donnent bientôt nuisance à des cra- pauds "pustuleux et gluants, grouil-

chand et le génie,

KHAIR

EDDINE

une odeur de

mantéque

ou le récit impossible

lant dtl poux rouges et verts" qui se mettent à combattre les animacules. Victorieux par le nombre et par la puissance, ces crapauds seront à leur tour victimes de serpents issus eux- mêmes des pensées du vieillard. Le second enchantement réunit le vieil homme et le fquih-sorcier qui lui avait conseillé le vol du miroir et qui, enfant, l'avait protégé du mau- vais oeil en le vouant au diable. Nous sommes non seulement dans l'outre- monde mais dans un espace infernal qui rappelle d'assez près celui de la

Mille et deuxième nuit de Nissaboury

où disparaît l'ombre de Shahrazade. Passons sur les nombreuses méta- morphoses de cet espace, sur les disputes incessantes entre le vieux et son initiateur qui reçoit le nom de "supervieux", nous arrivons ainsi au stade final de cette première partie. Le supervieux obtient que le vieux puisse entrer dans la paradis des "Houris du Livre" car, dit-il à "l'être luminiscent" qui contrôle les entrées, c'est un excellent "agent" du "grand Maître", entendons par là :

Satan. Car c'est là toute la symbolique de ce récit fabuleux. Le vieux est un marchand dont les affaires n'ont prospéré que par le crime et le vol. Ses pensées sont ~es crapauds qui écrasent le petit peuple des anima- cules puis des serpents qui le dé- barassent des crapauds après usage Consacré au "grand maître" par le fquih-sorcier, il devient l'un des principaux vecteurs du mal. Une scène caractéristique qui, à elle seule, résume le sens de cette pre- mière partie nous le montre sodo- misé par un démon invisible. C'est donc une mémoire diabolique qui, lentement, émerge du récit fabu- leux et bien des éléments évoquent

La Mille et deuxième nuit. Le vieux

apparaît en effet comme une figura- tion nouvelle de cet autre enrichi qu'est Sindbad, roi du "pays fendu" livré au despotisme des "sodomisés".

Quant aux crapauds secrétés par sa pensée, ils ressemblent trait pour trait à ceux qui agonisent dans le poème de Nissabouri, ultime méta- morphose des personnages du conte Soulignons également dans les deux oeuvres le même souci d'enracine- ment du texte dans un patrimoine ou dans une tradition orale. C'est l'une des manières de revendiquer, au de là de la graphie française, une certaine identité culturelle, même si le récit de Khair-Eddine n'est que calqué sur le modèle des contes orien- taux. Nous avons dit "récit", en fait le terme devient déjà inopérant dans la mesure où la fiction fabuleuse demeure sans suite. Ainsi toute la diégèse élaborée par le début de l'oeuvre, va-t-elle succomber à un transit narratif qui opère un retour- nement total de l'espace diégétique.

Le transit narratif et l'émergence

du "je".

En fait, le transit narratif qui rompt la trame du récit est double et correspond, d'une part à l'exclusion du "il" remplacé par le "je" d'autre part à l'élimination de ce premier "je" par un second. En effet, au paradis des Houris où le vieux subira par l'orgasme une sorte de régénérescence, le super- vieux, son guide, entonne une chan- son que "jamais oreille humaine n'ouït". Cette chanson nous plonge dans un nouveau récit symbolique où il est question de l'Espagne, plus exactement d'un rêve vécu en Espagne par un jeune couple. On y embaume à chaque carrefour un "ancien tueur", vivant irrémé- diable" ; on y visite un palais sous la conduite d'une mère espagnole et de son enfant, pour y découvrir que tous les diamants ont disparu, volés par le père qui s'est enfui en Améri. que. L'enfant meurt. Le rêve s'inter- rompt et le couple initial se retrouve errant à l'aventure, dans une nature

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indéfinie. Quelle importance accorder à ce micro-récit qui n'est, rappelons-le, qu'une chanson de supervieux ? celle d'intégrer, pour la première fois, dans l'espace fabuleux, un espace

lieu d'un rêve

avorté, d'une faillite financière, à l'ombre de ce "vivant irrémédiable"

à demimomifié, qui pourrait bien être France, d'où cette rétiscence de Khair-Eddine intervenant lui-même dans le récit, par le biais des paren- thèses : ("je ne puis tout transcrire sous peine d'être moi-même radié de ce globe") (p. 50). Son premier chant achevé, le super- vieux entreprend un second récit pour prédire au vieux l'avenir de son pays : "Voici donc mon rêve, ami, pour que tu saches ce qu'il adviendra de ton territoir" (p. 53) Suit l'évoca- tion de la guerre du Rif (la seconde), de la misère du peuple ("Toute la ville se tort de faim : le peuple crève sur les dalles scellées") et de

l'émeute de Casablanca

peu à peu, au cours du récit, insensi-

blement d'abord, puis avec de plus en plus d'évidence, la voix du vieux se superpose à celle du supervieux, avant de l'évincer totalement de l'es- pace narratif. Au terme de ce second transit qui s'effectue progressive- ment, c'est le vieux lui-même qui se raconte. Il vit sa propre mort puis se retrouve dans un espace mi-cellulaire, mi-infernal, "cramponné à un mur humide et glissant fait avec des lames de rasoir" où les "flics" le soumettent à la question pour lui faire "vomir" sa "mémoire rébarba- tive" (p. 70). Cette seconde matrice diégétique, dans sa complexité interne nous ré- vèle à quel point la mise en oeuvre du récit s'affirme laborieuse (on songe à cette "guerre des récits" dont Ricarbou fait l'une des caractéris- tiques essentielles du nouveau ro- man). Car nous en sommes au troi- sième changement de code narratif:

Cependant,

réel : l'Espagne

du conte fabuleux, nous sommes passés au double récit du supervieux avant de parvenir à cette parole totalitaire qui, désormais, donne la narration : celle du vieux "vomis- sant" sa mémoire.

La mémoire vomie antidiégétique.

Evoquer des souvenirs peut cons-

tituer une excellente diégèse, bien des romans sont construits sur ce prin- cipe. Encore faut-il que la mémoire

Lorsqu'elle se veut

"rébarbative" et que les souvenirs sont "éructés" (p. 117), le récit de- vient problématique.

Or, la mémoire du vieux n'a rien,

un espace

soit consentante

(1)

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: Paris, Le Seuil, 1976

précisément, d'une mémoire paisible. Cynique, insolente, lorsqu'elle par- vient à s'organiser en discours co- hérent sa parole relève d'une cons- cience diabolique surgie d'une sorte de mémoire collective bourgeoise.

Car, c'est bien un bourgeois enrichi, qui au hasard du flux mnésique, nous retrace les étages de sa fortune fon- dée sur le commerce, c'est-à-dire, ici, sur le vol et le meurtre, le pillage et le brigandage, la corruption et la

Mémoire patriarcale, à

travers, laquelle surgissent comme chez Ben Jelloun ou Boudjedra, les mécanismes d'une tyrannie qui au sein de la famille traditionnelle et féodale, oppresse les femmes aussi bien que les fils. Passons sur l'enoncé

des perversions sexuelles du vieillard sur sa collusion avec le pouvoir, sur sa pratique religieuse intéressée et hypocrite, pour arriver au moment où cette mémoire malfaisante tra- verse une période de crise En effet, deux éléments qui apparais- sent au cours du monologue vont entraîner une crise de conscience dont les conséquences vont être considérables sur le point de vue du vieux. A la terrasse d'un café, il voit passer un cercueil: avec l'image de la mort, c'est toute la vanité de son existence qui lui est brutalement révélée: "Toute la fausseté du monde t'es soudain apparue comme sur une table de jeu une défaite irré- parable !" (134) Ensu