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Master : Economie Appliquée

S3

Matière : Gestion des Risques Financiers

La Gestion Actif-Passif

Préparé par : Encadré par :


 MCHICH Mohammed Mr. ELBOUHADI
 LOUDIY Yassine
 EL-BOUZAKRAOUI Mohamed
 RHALLOUCH Mohamed
 EL-AMARTY Abdelali

Année Universitaire 2018-2019

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Introduction

Apparue aux Etats-Unis au cours des années70 sous le nom d’Asset and
Liability Management (ALM), la Gestion Actif-Passif est aujourd'hui reconnue, dans
l'ensemble des entreprises, comme une composante indispensable d'une gestion
financière performante.

Cette méthode permet d’assurer un équilibre entre les ressources et les


emplois à travers la gestion des risques financiers. En effet, les entreprises cotées en
bourse encourent des risques plus nombreux et plus complexe, il s’agit
principalement du risque de taux d’intérêt, de taux de change, et de liquidité. Ce qui
explique le problème de chercher une telle manière d’optimiser l’allocation d’actifs ;

Une bonne GAP, suppose d’une part, la validation d’une politique qui fixe des
limites à la composition de l’actif et du passif en établissant régulièrement des
indicateurs de mesure des risques financiers, et d’autre part, une mise en place des
moyens de gestion adéquat en vue de piloter l’équilibre entre les masses du bilan,
tout en respectant un cadre réglementaire. Alors,

Comment la Gestion Actif-Passif peut optimiser le couple


rendement/risque ?

Pour répondre à cette problématique, on va procéder à traiter trois axes. Le


premier porte sur la définition et les objectifs de ALM, le deuxième concerne la
mesure du risque de liquidité, et le troisième va être consacré pour présenter les
différentes méthodes de la couverture du risque de taux d’intérêt par un cadre de
gestion Actif-Passif.

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I. Définition et Objectifs de ALM
1. Définition de ALM

L’ALM ou encore gestion actif-passif a été abordé par de nombreux auteurs.


Selon ces auteurs, l’ALM peut être analysé sous diverses formes ;

BESSIS (1995), fait ressortir la différence entre la gestion actif-passif et la


gestion des risques. En effet, la première consiste à définir les grands équilibres du
bilan en fonction des contraintes prudentielles, des limites globales des risques et
des objectifs de performance. Il s’agit donc d’une gestion globale.

Pour DUBERNET (1997), « La gestion actif-passif a pour fonction de gérer les


risques financiers: les risques de taux, de liquidité, de change et de contrepartie sur
la sphère financière. Elle participe aussi à la gestion des fonds propres de
l’établissement en contribuant à définir les objectifs de niveau et de rentabilité de
ceux-ci. C’est donc la gestion de l’équilibre global du bilan ».

De même VINTZEL (2008), souligne que « L’ALM est une méthode globale et
coordonnée permettant à une entreprise, et notamment à une banque, de gérer la
composition et l'adéquation de l'ensemble de ses actifs et passifs et de son hors-
bilan ».

LEVASSEUR & QUINTART (1990), « La gestion financière offre plusieurs


techniques de réduction ou de gestion du risque qu'on peut regrouper entre
adossement, immunisation, diversification et couverture à terme ». Pour eux si le
risque et sa gestion ont toujours préoccupé les banques et établissements financiers,
le recours à l'ALM en tant qu'outil de pilotage, en plein essor depuis les années 90,
est le fruit d'une volonté plus active de mieux cerner le risque. Les techniques et
outils de l'ALM permettent une meilleure définition, une mesure quantitative, donc
plus précise, une planification plus élaborée mais également une gestion plus
adéquate des risques financiers.

Selon DELOITTE (2005 : 5), « La plupart des concepts utilisés en ALM ne


sont pas nouveaux, mais leur application dans un cadre plus cohérent fait de l'ALM
un puissant outil de création de valeur pour l'actionnaire et de contrôle du risque ».
C'est ainsi que l'ALM débouche sur des préconisations d'action, en termes de
financement, de placement, de couverture et de tarification.

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D’une manière générale, nous pouvons retenir que l’ALM vise particulièrement
une meilleure maîtrise des risques financiers (taux, change et liquidité) de façon
interne à travers les politiques mis en place par l’établissement financier. Nous
partageons l’idée de DAMEL (2003), selon laquelle : « l’ALM vise tout d’abord, à
optimiser les risques en procédant à des opérations de couverture de risques
structurels et de risque de négoce lorsque l’activité de la banque le permet, et
cherche à optimiser les risques ainsi que les performances à travers les choix de
stratégie d’intervention pour stabiliser la marge d’intérêt ».

2. Les objectifs de l’ALM

En termes d’objectifs, les visions divergent quelque peu sur le but final de la
gestion actif passif selon les auteurs.

Pour BITNER (1992 ), les objectifs d’un gestionnaire actif-passif sont de :

- gérer le risque de taux pesant sur le bilan de la banque ;

- gérer les besoins de liquidité relatifs à l’activité bancaire ;

- préserver le capital de la banque.

- d’identifier les risques de marché et leur méthode d’évaluation sous une forme
globale
- d’immuniser le bilan des différents risques de marché en mettant en place une
politique de couverture et de financement adaptée ;
- permet essentiellement d’évaluer et de maitriser les risques de manière
systémique et efficace.

Identifications des risques financiers


La banque est confrontée à plusieurs risques qu’il faudrait gérer, il s’agit
principalement de risque de liquidité de taux et de change.

1. Risque de liquidité :

Le risque de liquidité est inhérent à l’activité bancaire dans la mesure où il est issu
du rôle de transformation. En effet, il s’agit du fait d’évaluer les décalages important
entre les entrées et sorties de fonds.

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Dans ce sens, le risque de liquidité représente pour une banque l’éventualité de ne
pas pouvoir faire face à ses engagements résultant d’un manque de liquidité, il
dépend de la situation propre de l’établissement de crédit d’une part, et d’autres
facteurs exogènes d’autre part. Concernant les facteurs liés à la situation propre il
s’agit soit :

-D’un retrait massif des dépôts.

- D’une crise de confiance du marché à l’égard de l’établissement concerné dû à une


dégradation de la rentabilité de ce dernier (exemple : mauvaise gestion, concurrence
intense sur le marché et perte de compétitivité).

2. Risque de taux d’intérêt :

Le risque de taux est plus complexe que celui de liquidité pour la simple raison
que le taux d’intérêt évolue de façon remarquable que le coût de la liquidité. Ainsi,
nous pouvons le définir comme étant le risque qui représente pour l’établissement de
crédit l’éventualité de voir sa rentabilité affectée par les fluctuations des taux
d’intérêts.

Ce risque se matérialise, par exemple, si la banque refinance à court terme un prêt


à long terme à taux fixe, et fait face par la suite à une hausse brutale des taux
d’intérêt. Dans ce sens, l’incidence d’une hausse des taux sur les résultats courants
sera d’autant plus grande, si le terme des actifs à taux fixe est éloigné et que la
proportion d’actifs à taux fixe est importante dans le bilan de l’établissement.

3. Risque de change :

Le risque de change est plus complexe que les deux autres risques cités ci-
dessus, dans la mesure où les opérations de change font intervenir plusieurs
monnaies alors que les autres sont libellés en une devise donnée. Ce risque provient
de la détention d’actifs et de passifs libellés en devises dont les cours sont fluctuants,
ce qui engendre des gains ou des pertes pour les établissements principalement
ceux dont les activités sont internationales. Le risque de change peut-être :

-Un risque de change de transaction : il s’agit de la situation où l’établissement


voit la rentabilité de ses opérations libellées en devises se modifier suite aux
évolutions du taux de change et principalement lorsque ces opérations sont sans
couverture par des contrats de garantie de taux de change à terme. Nous pouvons
citer un autre exemple où l’établissement de crédit est exposé au risque de change,

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qui correspond au niveau es comptes de la maison mère quand il existe à l’actif de
son bilan des titres de filiales ou de participation libellés en devises étrangères.

-Un risque de change de traduction: il s’agit de ramener dans les comptes de


l’établissement de crédit des résultats depuis la devise d’origine vers la devise
d’expression de ceux-ci. Exemple « conversion en Euro des résultats généré en
Dollars ».

-Un risque de change de consolidation: il apparaît lors de la consolidation des


comptes dans un groupe qui comporte des filiales à l’étranger et donc les résultats
consolidés de ce dernier peuvent être moindre si les résultats des filiales étrangères
sont positifs et les devises d’activité de ces filiales sont dévaluées par rapport à la
monnaie de consolidation.

II. La mesure du risque de liquidité

Le risque de liquidité ou encore risque d’illiquidité a été abordé par de


nombreux auteurs. Selon ces auteurs dont CALVET (2002), AUGROS & QUEREL
(2000), ce risque peut être analysé suivant deux approches : l’approche de la
liquidité marché et l’approche bilancielle.

SARDI (2002), souligne que « le risque de liquidité ou précisément le risque


d’absence de liquidité donc d’illiquidité, est le fait pour une banque de ne pas pouvoir
faire face à ses engagements par l’impossibilité de se procurer les fonds dont elle a
besoin ». Il souligne également un autre aspect du risque de liquidité qui est celui de
ne pouvoir trouver , à un instant donné, des instruments financiers destinés à ouvrir
ou à couvrir une position , ou de devoir les acheter ou les vendre à prix anormal, du
fait de l’insuffisance ou de l’absence de liquidité sur le marché .

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Pour AUGROS & QUERUEL (2000 : 15), « la mesure du risque de liquidité
doit permettre d’évaluer l’aptitude de l’établissement à faire face à ses exigibilités, à
différentes échéances étalées dans le temps. Pour ce faire, on compare les
amortissements respectifs de ses emplois et de ses ressources en fonction de leurs
échéanciers contractuels ou probables ».

Il existe plusieurs méthodes pour mesurer le risque de liquidité : la méthode


des impasses, le profil d’échéance, la méthode des nombres et le surplus de base.
Notons que la méthode des impasses est généralement retenue par les autorités de
tutelle.

1. La méthode des impasses


De COUSSERGUES (2007: 188), souligne que, le profil d’échéances est un
tableau qui classe les actifs et les passifs selon leurs durées restantes à courir et
faire ressortir les impasses : différence entre passifs et actifs selon la méthodologie
suivante

- les classes d’échéances sont plus fines pour les maturités proches, car c’est le
risque de liquidité immédiate qui est mesuré ;
- les actifs et passifs sans stipulation de terme comme les dépôts à vue, les
fonds propres ou les immobilisations corporelles font l’objet d’un traitement
adapté. C’est pourquoi, la commission bancaire propose dans l’un de ses
modes de traitement des dépôts à vue l’échéancier suivant : 20% à moins d’un
mois, 20% d’un mois à trois mois, 10% de trois à six mois, 10% de six mois à
un an et 40% de un à cinq ans ;
- les actifs et passifs à échéance juridique différent de leur échéance pratique
sont difficiles à positionner : certains comme les découverts ont une maturité
courte mais étant régulièrement renouvelés ils engagent les banques autant
que des crédits à maturité plus longue ; d’autres crédits comportent des clauses
de remboursement anticipé ; de même, la commission répartit ainsi les comptes
ordinaires débiteurs de la clientèle : 10% seront remboursés entre un mois et
trois mois, 15% entre trois et six mois 20% entre six mois et un an et 55% entre
un an et cinq ans ;
- les engagements de hors bilan sont subordonnés à la survenance d’un
évènement futur et souvent incertain. Il est néanmoins nécessaire d’estimer les
flux découlant de ces opérations à partir d’estimations sur la base des
constations passées (historiques) ;
- le profil d’échéances doit être mis à jour régulièrement.

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Une impasse positive représente un excédent de ressources c'est-à-dire que la
banque est en «sur-liquidée » ;
une impasse négative représente un déficit, une position nette « illiquide ».

Nous disposons de deux possibilités de calcul :

 1ère possibilité : « méthode des flux »


Il faut déterminer l’impasse par la différence entre les variations des passifs
et actifs pendant une période donnée.

Impasse en flux = tombées actifs - tombées passifs

Tableau 1 : (Impasse de liquidité) illustre ces définitions avec des données


simples.
PERIODE D Actifs Passifs Impasses
1 semaine 4800 4200 600
8jours<D <1 mois 6400 5000 1400
1 mois<D< 3 mois 8600 5400 3200
3 mois < D < 6 mois 5800 4200 1600
6mois< D <1 an 2000 2400 -400
1 an < D < 2ans 1000 3400 -2400
2 ans<D< 5ans 1400 2900 -1500
Plus de 5 ans 1500 4000 -2500
TOTAL 31500 31500
Source : COUSSERGUES (2007 : 188)

Figure 1 : qui représente les résultats du tableau 1 ;

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 2ème possibilité : « méthode des stocks »
Egalement, l’impasse en liquidité représente la différence entre les encours
de passifs et d’actifs pour toutes les dates futures, telles qu’on peut les projeter à un
moment donné soit aujourd’hui.

Impasse en stocks = encours passif - encours actif

Les impasses en stocks sont nécessairement identiques en valeur absolue


aux impasses en flux cumulées depuis l’origine. Pour calculer l’impasse, on doit
établir un profil d’échéance sous forme de tableau qui classe les actifs et passifs
selon leur durée restant à courir, tout en veillant à ce que les classes d’échéances
soient plus fines (étroites) pour les maturités proches, car c’est le risque de liquidité
immédiate qui doit être mesuré.

Tableau 2 : Méthode des impasses cumulées

Période Actifs Passifs Impasses cumulées


Moins d’une semaine 4800 4200 600
Moins d’un mois 11200 9200 2000
Mois de 3 mois 19800 14600 5200
Moins de 6mois 25600 18800 6800

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Moins d’un an 27600 21200 6400
Moins de 2ans 28600 24600 4000
Moins de 5ans 30000 27500 2500
Source : COUSSERGUES (2007 :188)

Figure 2 : représente les résultats du tableau ;

La construction d’un échéancier faisant ressortir les impasses doit tenir


compte des échéances de remboursements et non des échéances de
renouvellement de taux. Les bandes doivent être beaucoup plus étroites pour les
prévisions à très court terme.

SARDI (2002 : 302), met l’accent sur la difficulté liée à la construction des
échéanciers en soulignant : « la construction de cet échéancier va poser des
difficultés liées à la date de remboursement de certaines créances et de dette :
dépôts à vue de la clientèle, découverts, compte d’épargne, etc. La problématique
des options cachées va s’ajouter : remboursement anticipés des crédits et dépôts à
terme. Il convient d’émettre des hypothèses clairement définies et de mettre en place
différents scénarios ».

2. La méthode des nombres ou l’indice de transformation

Cette méthode utilisée par la Commission bancaire consiste à pondérer les


actifs et passifs par la durée moyenne de chaque classe puis à calculer un indice de

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liquidité égal à :

Un indice supérieur à 1 signifie que la banque emprunte plus long qu’elle


ne prête, si l’indice est faible, alors la banque transforme des passifs courts en
actifs longs.

Tableau 3 : Méthode des nombres

PERIODE D Passif Actifs Pondération Passifs Actifs

(en durée AN) pondérés pondérés


1 semaine 4800 4200 0,01 48 42
8 jours<D <1 mois 6400 5000 0,05 320 250
1 mois<D< 3 mois 8600 5400 0,16 1376 864
3 mois < D < 6 mois 5800 4200 0,37 2146 1550
6mois< D <1 an 2000 2400 0,75 1500 1800
1 an < D < 2ans 1000 3400 1,5 1500 5100
2 ans<D< 5ans 1400 2900 3,5 4900 18900
Plus de 5 ans 1500 4000 7,5 11250 30000
TOTAL 31500 31500 23040 58510
Source : COUSSERGUES (2007)

Durée forfaitaire des échéances supérieures à 5ans : 7ans et demi.


Indice de liquidité =0,39

3. Le surplus de base

Il équivaut à un instrument de mesure journalier et est égal à l’actif liquide


moins le passif exigible, tout ceci en terme journalier.

Surplus de base = Actif liquide - Passif exigible

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L’actif liquide comprend tous les actifs ayant une échéance imminente ou
pouvant être transformés en cash sans générer des moins-values intolérables. On
peut citer comme exemple: les encaisses, les instruments du marché monétaire
venant à échéance dans moins d’un mois, les excédents de réserves. Le passif
exigible ou journalier comprend les dettes à très court terme, telles que: les emprunts
à 24 heures, les mises en pension, les emprunts à la Banque Centrale et les dépôts
à échéance inférieure à un mois.

Un surplus de base positif : signifie qu’une partie des actifs liquides est financée
par des ressources à long terme. La banque dispose donc d’un surplus de liquidité.
Un surplus de base négatif : signifie que la banque finance une partie de ses actifs
à terme par des passifs courts. Le surplus de base est un instrument de gestion de
liquidité journalière.

Il est maintenu à un minimum positif selon la taille de la banque et selon son


appréhension des problèmes de liquidité. Un surplus positif va permettre à la banque
de faire face aux variations de liquidité journalière (GOUSLISTY, 2011).

La couverture du risque de liquidité

Nous distinguerons deux aspects pour gérer le risque de liquidité :

-Liquidité stockée : il s’agit de cession d’actifs pour obtenir des liquidités,


dans ce sens le portefeuille titres des banques constitue la principale source de
liquidité stockée, et principalement les titres de transactions qui peuvent être céder
rapidement.

- Liquidité empruntée : soit auprès de la banque centrale en répondant aux


appels d’offre de celle-ci ou sur le marché à travers les certificats de dépôts
négociable.

Le choix de l’une ou de l’autre des deux solutions dépend de plusieurs facteurs. En


effet, le fait d’emprunter sur le marché peut s’avérer plus risqués que la cession
d’actifs, de plus la plupart des banques n’ont pas la même facilité d’accès au marché
de capitaux notamment la taille de l’établissement, sa solidité financière … etc. D’où

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les petites banques non adossées à des groupes financiers doivent être plus
attentives au risque de liquidité et doivent détenir dans leurs bilans des actifs
facilement transformables en liquidité.

III. Couverture de risque du taux d’intérêt par un cadre


de gestion Actif-Passif

L’objectif de cette partie est de présenter les outils correspondant à une


couverture du risque de taux, tout en immunisant le portefeuille. Citons par la suite
les différents outils :

Cash flow matching : une méthode qui consiste à coupler à chaque flux du
passif un instrument de l’actif

Immunisation par la duration : une méthode qui consiste à considérer que la


duration est un bon proxy du risque de taux et à construire un portefeuille de duration
égale à celle du passif.

1. Cash flow Matching


« Le cash flow matching consiste à construire un portefeuille de placements
obligataires tel que les flux futurs qu’il génère soient égaux, à chaque date, aux flux
(supposés fixes) générés par les engagements de la société à l’égard des clients ».
C'est l'une des méthodes de couverture les plus intuitives, consistant à adosser à
chacun des flux de Passif un produit taux dont la maturité coïncide avec la date de
paiement du flux par l'utilisation spécialement de 2 types d’instruments: les
obligations ou les swaps de taux d’intérêt.

Par la pratique, les obligations les plus utilisées sont les zéro-coupons, notant
que:

- Les zéro-coupons sont moins liquides que les obligations à coupons, ce qui
implique une détérioration du prix, car la différence entre l'offre et la demande est
plus large et l'acquisition se fait au regard du paiement d'une prime de liquidité.

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- Par contre, les obligations à coupons intermédiaires sont plus liquides, on ne
voit pas cette détérioration du prix, mais ne sont pas les instruments les plus
adéquats pour une telle opération comme les coupons intermédiaires déforment
l'adéquation actif-passif comme leur existence augmentera la valeur de l'actif. On
prendra en compte ce point en application.

Le Cash Flow matching est un moyen de couverture qui pourra être efficace à
court terme, mais ne donne pas des résultats satisfaisants à long terme vue que les
flux de l’Actif et du Passif sont eux-mêmes dépendants des taux d’intérêts.

Application

Les étapes d’application suivies sont celles mentionnées dans le livre «


Gestion Actif Passif en assurance vie » :

- Choisir une obligation à taux fixe dont l’échéance coïncide avec la date la
plus éloignée de sortie de fonds ;

- Investir dans cette obligation un montant tel que le flux généré par cette
obligation à son échéance soit égal aux flux généré par le Passif ;

- Retrancher aux autres flux résultant du Passif (correspondant donc à des


dates antérieures) les montants de coupons détachés par la précédente obligation ;

- Recommencer pour l’avant dernière date la plus éloignée de sortie de fonds,


et ainsi de suite….

La couverture est effectuée par l'utilisation des obligations émises par l’Etat
Libanais. La couverture s’étendra jusqu’à l’année 2026.

Tenant compte du portefeuille d’actifs initial : Notre projection doit prendre en


compte les flux d’actif provenant de l’actif existant. Ci-dessous la projection du
Surplus (Actif – Passif) avant la réalisation du Cash flow matching :

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Comme on remarque, il existe une inadéquation qui sera constatée dans deux
ans, les surplus commencent à devenir de plus en plus déficitaires après la 3ème
année de projection. Par la suite, les flux qui doivent être couverts sont les déficits.

Alors l’application effectuée porte sur les mêmes étapes décrites ci-dessous
mais en couvrant les séries de flux déficitaires à chaque date t notés Pt ’ tout au long
de 14 ans. Par la suite notre portefeuille de couverture portera sur 13 lignes
obligataires émises par le l’Etat Libanais (à taux fixe), cherchant à couvrir 13 flux
annuels probables. Les 13 lignes obligataires sont les suivantes :

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Ces obligations ayant un nominal de 100,000 USD, on génère les flux produits
par ces obligations choisies et on procède au calcul suivant : Les sorties de fonds P’
à couvrir sont fin année 2014 jusqu’au 2026. Le portefeuille obligataire considéré est
formé de 13 obligations in fine à taux fixe. Soit :

Par la suite on obtient :

On commence par la sortie de fonds la plus éloignée ce qui veut dire pour la maturité

2026, on calcule et après date à date, on retranche les


sorties de fonds antérieures, et on obtient une nouvelle série de flux P’ pour calculer
α25, et ainsi de suite.

Le graphe suivant illustre les flux projetés après Cash flow matching :

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 Inconvénients et limites de l’application effectuée :

La couverture en « cash-flow matching » a l’avantage d’être intuitive, donne


d’excellent résultats dans le temps à condition d’être réalisée par les instruments
convenables, ce qui implique de trouver sur le marché la profondeur suffisante pour
pouvoir investir le Passif dans de bonnes conditions de prix : ceci n’est pas assuré.

D’autre part, il est important de souligner que les fonds à couvrir en question
sont des flux probables. Ce qui implique que la structure du portefeuille obligataire
déduite du cash flow matching dépend fortement des hypothèses et des prévisions
faites pour la projection du Passif. Par la suite une importante variante des sorties de
fonds autour des prévisions faites peut donc rendre inefficace la stratégie du cash
flow matching.

2. Immunisation par la duration


Une institution financière est protégée contre le risque de la variation des taux
d’intérêt lorsqu’elle rend égale la duration de son actif à celle de son passif,
autrement dit lorsque la duration de son actif est égale à celle de ses engagements.

Comme, souvent, le montant de l’actif est supérieur à celui des engagements,


la duration des engagements doit être supérieure à celle des avoirs pour une
immunisation parfaite. Il ne s’agit pas d’une égalité stricte, mais plutôt d’un
adossement entre l’actif et le passif. L’exemple du tableau 3 illustre les détails
techniques de l’opération.

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Exemple

Considérons les éléments suivants du bilan de la banque ALPHA.

Tableau 4 : Duration des éléments du bilan de la banque Alpha

La banque dispose d’un actif de 900 M € et d’un passif de 900 M € dont 100
M € ne constituent pas des engagements. Les capitaux propres représentent la
différence entre l’actif et les engagements de la banque ALPHA. La direction de la
banque estime que celle-ci est vulnérable aux variations des taux d’intérêt et qu’il
s’impose d’adopter une stratégie de couverture contre le risque des variations des
taux. La duration de l’actif peut être calculée en pondérant la valeur relative de
chaque actif par sa duration et en faisant la somme comme suit :

Duration de l’actif = 0(20/900) + 1/4(400/900) + 3/4(300/900) + 2(30/900) +


15(150/900) = 0 + 1/9 + 1/4 + 2/30 + 2,5 = 2,93 années

Duration des engagements = 0(300/800) + 1 (300/800) + 10,22(200/800) = 2,93


années

Dans la mesure où la duration de l’actif est égale à celle du passif, la banque


est immunisée contre les variations des taux d’intérêt. Cette affirmation n’est pas
parfaitement vérifiée puisque l’actif de la société représente 900 M € alors que ses

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engagements représentent uniquement 800 M €. Pour que la société soit
parfaitement immunisée contre le risque des variations des taux d’intérêt, la relation
suivante doit être vérifiée :

En outre, il faut faire correspondre la duration de l’actif à celle des


engagements en diminuant la première, sans modifier la seconde, ou en augmentant
cette dernière sans toucher à celle des avoirs. Ainsi, l’immunisation parfaite exige
une augmentation de la duration des engagements sans toucher à celle de l’actif. La
duration des engagements passe à 3,296 années, soit :

soit :

3,296 années = 2,93 (900/800)

et l’égalité précédente devient : 2,93 (900) = 3,296 (800)

L’immunisation parfaite exige aussi une diminution de la duration des avoirs


sans modifier celle des engagements. La duration des avoirs passe à 2,6044
années, soit :

soit : 2,6044 = 2,93[800/900]

et l’égalité précédente devient :

2,6044 (900) = 2,93 (800)

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Conclusion

La gestion actif-passif vise à équilibrer les grandes masses d'actif et de passif.


Face aux évolutions du marché, tous les acteurs financiers mettent en place cette
gestion. Celle-ci permet notamment d'appréhender et de limiter les différents risques
du marché.

Comme toute méthode, la gestion actif-passif présente des limites étant donné
qu'elle s'appuie sur des hypothèses qui prolongent le plus souvent les tendances
observées. Les erreurs commises par la Gestion Actif-Passif proviennent :

• du risque de mauvaise interprétation et de simplification.

• du risque de modèle (écoulements du stock).

• de la précision et de l'exhaustivité du dispositif d'information.

À ces limites attachées à la mise en œuvre des modèles ALM doivent être
ajoutées des objections de principe. Depuis la fin des années 1990 a émergé un
nouveau paradigme, la gestion passifs-actifs ("LDM, Liabilities Driven
Management"). La LDM donne la priorité aux contraintes de gestion issues des
passifs en termes d'échéances, de rendement et de risques.

20
Bibliographie :

 Mondher Bellalah « La gestion actif-passif et l’immunisation


d’un portefeuille », Gestion des risques de taux d'intérêt et de
change (2005) Edition De Boeck Supérieur.

 Nicole Mahutin GNAMBODE “Gestion du risque de liquidité


par l’approche ALM : cas de la Société générale de banque
Sénégal (SGBS)”, Centre Africain d’Etudes Supérieures en
Gestion France, 2012.

 Marie MOUKHAIBER «Gestion Actif-Passif pour un portefeuille


de produits d’épargne : Application par immunisation et par
allocation d’actifs ». INSTITUT DE SCIENCE FINANCIERE ET
D'ASSURANCES ; Université Claude Bernard – Lyon 1 .

 «Gestion Actif Passif Méthodologie et application au Livret A


» ; Thèse professionnelle Master Spécialise ‘Finance’
Promotion 2003.

 Alaeddine FALEH (2011), Allocation stratégique d’actifs et


ALM pour les régimes de retraite, THÈSE présentée devant
l’UNIVERSITÉ CLAUDE BERNARD - LYON 1 – ISFA

21
Table des matières

Introduction ..................................................................................................................................... 2
I. Définition et Objectifs de ALM ................................................................................................ 3
1. Définition de ALM.................................................................................................................... 3
2. Les objectifs de l’ALM .............................................................................................................. 4
II. La mesure du risque de liquidité ............................................................................................ 6
1. La méthode des impasses ....................................................................................................... 7
2. La méthode des nombres ou l’indice de transformation ...................................................... 10
3. Le surplus de base ................................................................................................................. 11
III. Couverture de risque du taux d’intérêt par un cadre de gestion Actif-Passif ................... 13
1. Cash flow Matching ............................................................................................................... 13
2. Immunisation par la duration ................................................................................................ 17
Conclusion ..................................................................................................................................... 20
Bibliographie :...................................................................................................................................... 21

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