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Revue des Études Grecques

Un serment violé chez Alcée


Stefano Caciagli

Abstract
The interpretation of the act of ἐμβάτευσις, suggested by L. Gernet in Droit et prédroit en Grèce ancienne, could explain
Alc. fr. 129,21-24 V. Indeed, it is possible to give the verb ἐπεμβαίνω the ritual value of ‘ stepping upon’ on sacred objects
: this action would signify penetrating into a domain that is religiously qualified.

Résumé
The interpretation of the act of ἐμβάτευσις, suggested by L. Gernet in Droit et prédroit en Grèce ancienne, could explain
Alc. fr. 129,21-24 V. Indeed, it is possible to give the verb ἐπεμβαίνω the ritual value of ‘ stepping upon’ on sacred objects
: this action would signify penetrating into a domain that is religiously qualified.

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Caciagli Stefano. Un serment violé chez Alcée. In: Revue des Études Grecques, tome 122, fascicule 1, Janvier-juin 2009.
pp. 185-200.

doi : 10.3406/reg.2009.7949

http://www.persee.fr/doc/reg_0035-2039_2009_num_122_1_7949

Document généré le 21/10/2015


VARIÉTÉS

Stefano CACIAGLI

UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE*

RÉSUMÉ. – L’interprétation du geste d’êmbáteusiv proposée par L. Gernet


dans Droit et prédroit en Grèce ancienne pourrait éclaircir les vv. 21-24 du
fr. 129 V. d’Alcée∞∞: il serait en effet possible de donner au verbe êpembaínw la
valeur rituelle de ‘entrer en montant’ sur des objets sacrés, action qui représente-
rait le fait de pénétrer dans un domaine religieusement qualifié.

ABSTRACT. – The interpretation of the act of êmbáteusiv, suggested by L. Ger-


net in Droit et prédroit en Grèce ancienne, could explain Alc. fr. 129,21-24 V.
Indeed, it is possible to give the verb êpembaínw the ritual value of ‘stepping
upon’ on sacred objects∞∞: this action would signify penetrating into a domain that
is religiously qualified.

kßnwn ô fúsgwn oû dielézato


pròv qÕmon, âllà brafldíwv pósin
∂]mbaiv êpˆ ôrkíoisi dáptei
24 tàn pólin ãmmi …
«∞∞entre ceux-là le pansu ne parla pas
selon son cœur, mais, étant monté sans scrupules
sur les victimes du serment avec les pieds,
24 il nous dévore la cité […]∞∞».
(Alc. fr. 129,21-24 V.)

*
Je voudrais remercier les Proff. C. Calame, C. Neri et le Dr. A. Taddei pour les utiles
suggestions reçues.

REG tome 122 (2009/1), 185-200.


186 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

En se référant à la violation d’une sunwmosía1, les vv. 21-24 du fr. 129 V.


d’Alcée présentent, parmi de nombreuses difficultés syntaxiques (cf. infra), un verbe
fort significatif, êmbaínw, qui indique ‘marcher dans, entrer dans’ (Bailly 651) ou
mieux – comme on verra – êpembaínw, ‘entrer en montant sur’ (ibid. 731)2. Gernet
(1968, 207-227) s’est beaucoup intéressé à ce verbe, surtout à propos de la
sphère juridique, où les verbes êmbateúw, ‘entrer dans’, et son voisin êmbaínw3
désignent la prise de possession d’un bien par un héritier ou par un créditeur∞∞; le
savant, cependant, suppose que cette valeur a pris naissance d’un antécédent, à
savoir l’acte de ‘mettre les pieds sur’ un objet sacré, qui aurait aussi sa fonction
dans un cadre strictement lié au sujet du poème d’Alcée, le serment (cf. ibid.
226).
Le symbolisme des pieds est important dans le domaine du sacré, car dans
des formes du rituel, en général ‘chtonien’, on retrouve le geste de poser un pied
nu sur des ïerá – un endroit, des victimes – ou de s’y placer debout4∞ : à part le
serment, qu’on examinera de plus près, on peut repérer l’acte préfiguré par des
composés de baínw – notamment êmbateúw ou êmbaínw – dans des procès
initiatiques ou à propos des espaces sous la tutelle divine5. Quelques exemples
– à vrai dire peu nombreux – sont remarquables∞∞: dans les Mystères de Claros,
êmbateúw semble désigner une étape d’un procès initiatique et on peut lui attribuer
la valeur d’‘accéder à un ãbaton’ (Picard 1922, 305)∞∞; chez Hésiode (Th. 392-
396), êpibaínw indique l’acte de rejoindre la timß et les géra, ce qui assimile
le verbe à des gestes d’intronisation6∞ ; Socrate (Plat. Ion 534a), en décrivant la
nature divine de l’inspiration poétique, dit que, quand les melopoioí «∞∞ont mis
le pied (scil. êmbaínw) dans∞∞»7 l’ärmonía et dans le Åuqmóv, ils subissent alors
une extase bachique (scil. bakxeúousi) et êmbaínw, dans ce contexte, signifierait
‘rentrer dans un lieu qui était auparavant ãbatov’∞∞: ce sens a été supposé par Wila-
mowitz (1920, 40 n. 1) grâce au rapprochement avec le v. 466 des Bacchanctes
d’Euripide (Diónusov aûtóv mˆ eîsébjsˆ, ö toÕ Dióv), où il est question d’une
initiation.
Face à cette situation, Gernet (1968, 223ss.) a donc formulé l’hypothèse que
l’usage juridique des verbes êmbaínw et êmbateúw aurait eu sa préhistoire dans

1
A l’origine, la sunwmosía unissait deux ou plus ëtaire⁄ai pour un objectif commun
(cf. Sartori 1957, 57ss.)∞∞: puisque Pittaque paraît entouré par un propre groupe de compa-
gnons (cf. Alc. 70,4 e 305,23s.), on pourrait supposer que les groupes du fils d’Hyrras et
celui d’Alcée s’étaient alliés contre les hommes o◊ tótˆ êpikrétjn (Alc. fr. 129,19 V.).
2
Cf. Gentili 2007, 184.
3
Le verbe êmabaínw peut être synonyme d’êmbateúw dans le langage juridique pour
indiquer la prise de possession∞∞: cf. Beauchet 1897, III 117s., 262ss. (à propos du créditeur)
et 594ss. (à propos de l’héritier) et, en outre, SIG364, 74-77 (Éphèse, IIIe siècle a.C.) üpèr
t¬n dane[ist]¬n t¬n êmbebjkótwn eîv ktßmata· ºsoi mèm prò mjnòv Poside¬nov
toÕ êpì Dj[m]agórou êmbántev eîv ktßmata katà prázeiv ∂xousin tà ktßmata kaì
némontai, e˝nai [aû]to⁄v kuríav tàv êmbáseiv.
4
Cf. Frazer 1898, III 277s. et 1927, 258-261∞∞; Wilamowitz 1920, 40 n. 1∞∞; Kakridis
1928, 426s.∞∞; Picard 1933, 390∞∞; Déonna 1935, 60-63.
5
Cf. LSJ9 539 s.v. êmbateúw (‘step in or on, frequent, haunt […] of tutelary gods’) et,
en outre, IG VII 1739,3 to⁄v êm[b]ánte[s]si tòn ïaròn tómon et 5 ö êmbàv [t]àg g¢n t¬
¨Jrakle⁄ov t¬ ïar¬.
6
A propos du sens métaphorique du verbe, cf. West 1966, 274.
7
Méridier 1931 ad l.
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 187
des pratiques d’intronisation royale, où le symbolisme du pied serait bien actif.
Il tire cette conclusion d’images mythiques∞∞: Oreste, lorsqu’il arrive à Mycènes
afin de venger son père, monte sur le tombeau de ce dernier pour lui rendre
hommage8∞∞; Jason se présente à Pélias, usurpateur de son royaume, chaussé à
un seul pied9, fait qui reporte au geste rituel décrit précédemment10∞∞; pour Thé-
sée, les chaussures que le père lui a laissées représentent significativement un
signe de reconnaissance11. Selon Gernet, ces récits mythiques offrent des ima-
ges d’intronisation, où l’acte de poser le pied sur le tombeau ou sur la terre
paternelle représente le lien avec sa propre lignée. Plus en général, il suppose
que les composés de baínw – êpibaínw, âmfibaínw, etc. – pourraient avoir un
symbolisme sacré marqué et spécialement êmbaínw, qui signifierait «∞∞pénétrer
dans un domaine religieusement qualifié∞∞» et qui représenterait l’acte de «∞∞se
mettre en contact avec des forces∞∞; notamment avec celles qui émanent de la
terre∞∞» (ibid. 226s.).
Comme possible vérification de cette idée, il n’est pas sans intérêt de faire
référence à une image des Sept d’Eschyle (vv. 631-648), qui est significative par
la présence du verbe êpembaínw. Avant le combat final, Polynice souhaite mon-
ter (v. 634 êpembáv) sur les púrgoi et d’être proclamé seigneur de Thèbes, en
chantant un péan älÉsimov∞∞: il invoque les dieux de sa lignée afin que ses priè-
res soient exaucées∞∞; sur son bouclier la Justice est représentée, le conduisant
vers la possession de sa cité et de ses propriétés paternelles. Bien que le verbe
êpembaínw indique l’action concrète de monter sur les remparts de la ville, ce
geste pourrait avoir aussi une valeur symbolique, à savoir la prise de possession
d’un bien et d’un pouvoir dont Polynice est l’un des légitimes héritiers. En reve-
nant à Alcée, l’idée de Gernet pourrait être intéressante pour l’interprétation de
la strophe, car (êp)embaínw présente le même préverbe de êmbaínw et êmba-
teúw∞∞: préalablement, on pourrait légitimement postuler une référence du poète
à un geste rituel. Afin de vérifier cette hypothèse, toutefois, il est indispensable
de définir les actes typiques du serment en Grèce archaïque et d’analyser les
problèmes syntaxiques que l’interprétation de ces vers pose.
En ce qui concerne la cérémonie du ºrkov, le serment semble représenter,
pour le sujet de l’action, une sorte de malédiction anticipée en cas de violation∞∞:
à ce propos, le rituel associé à l’acte de parole est significatif 12. Lorsqu’on jure,
on prend dans les mains les splágxna ou on reste debout sur la victime13. Ces
gestes mettent en contact directement celui qui prête le serment et les parties de

8
Cf. Aesch. Ch. 172ss. et Soph. El. 909ss.
9
Cf. Pind. P. 4,70ss.
10
Cf. SIG 653,24ss. (m® êxétw … üpodßmata) et 939,1ss. (m® êzéstw parépjn
∂xontav ên tò ïerò t¢v Despoínav … mjdè üpodßmata)∞∞; Thuc. III 22,2 (à propos des
Platéens chaussés à un seul pied, qui sortirent de la ville assiégée par les Spartiates)∞∞; Pind.
P. 4,73-78, Ap. Rh. I 5-7 et Apollod. I 9,16 (à propos de Jason chaussé à un seul pied face
à Pélias) et Frazer 1927, 258ss. ad l.
11
Cf. Plut. Th. 3,5 et 12,3s.
12
Sur le serment, voir Glotz, DAGR III/1 748-753 s.v. Jusjurandum∞∞; Nilsson 1967,
139-142∞∞; Gernet 1968, 207-217∞∞; Plescia 1970, 1-14∞∞; Burkert 2003, 457-462∞∞; Sommerstein
2007, 1-8.
13
Cf. Nilsson 1967, 140, Gernet 1968, 214, et, en outre, Dem. 23,68 et Paus. III 20,9.
188 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

l’animal sacrifié, qui sont proprement les ºrkia14. Cette cérémonie, donc, établit
un Sympathiezauber, une liaison ‘magique’ entre le destin de l’animal et celui de
l’homme qui viole le ºrkov15, mais, également, la cérémonie comporte une sorte
de consécration due au contact avec le domaine du sacré16, fait qui provoque
«∞∞un changement d’état chez les partenaires∞∞» (Gernet 1968, 216)∞∞: ce lien s’ins-
taure avec des forces qu’on pourrait définir infernales (ibid. 212ss.). En effet, le
serment des dieux est représenté par le fleuve souterrain Styx, qui punit immé-
diatement les parjures dès qu’ils jurent (cf. Hes. Th. 793-798)∞∞; chez les hommes,
d’ailleurs, le serment dès sa stipulation est strictement lié à des forces ‘chtonien-
nes’, car, selon Hésiode (Op. 804), les Erinyes entourent «∞∞la naissance du Ser-
ment∞∞» (Mazon 1928, 115)∞∞; ces divinités, en outre, sont engendrées respective-
ment par la Terre (Hes. Th. 185)17 et par des puissances qui lui sont liées (ibid.
231s.). Le moyen par lequel on rentre en contact avec ces énergies est perceva-
ble en analysant d’un point de vue linguistique le terme ºrkov∞∞: ceci, en effet,
semble indiquer proprement la chose avec laquelle on rentre en contact18. De cette
situation, donc, le ºrkov représente le lieu où résident les forces maléfiques qui
restent attachées à celui qui a juré (cf. Benveniste 1948, 86).
Le mot indiquant le parjure pourrait présumer cette idée∞∞: Benveniste (1948,
87), en effet, soutient que «∞∞les adjectifs formés de êpí- et d’un second membre
nominal […] indiquent […] le sujet sur qui se porte la notion ou qui y est exposé∞∞:
par exemple, êpígamov, êpídikov, êpídozov, êpímaxov, êpíkljrov, êpínomov,
êpínosov, êpíponov, êpísjmov∞∞». Le terme êpíorkov, ‘parjure’, alors, signi-
fierait ‘qui est entré dans le domaine du ºrkov’19, c’est-à-dire qui a été pénétré

14
Cf. Il. III 245s. kßrukev dˆ ânà ãstu qe¬n féron ºrkia pistá, / ãrne dúw kaì
o˝non êúfrona. En analysant les usages ºrkov et ºrkia, Cohen (1980) note que leur emploi
diffère dans l’Iliade∞∞: le premier vaudrait ‘serment’, alors que le deuxième indiquerait ‘l’éta-
blissement d’une relation de réciprocité’, sans l’introduction nécessaire du jurement.
15
Cf. Il. III 298-301 et, en plus, Faraone 1993, 72ss., Bachvarova 2007.
16
Cf. Nilsson 1967, 140s. et Gernet 1968, 212s.
17
Dans Aesch. Eum.110 le fantôme de Clytemnestre reproche aux Erinyes la fuite
d’Oreste∞∞: elles ne se souviennent pas des cultes ‘chtoniens’ que la reine leur avait rendus.
18
Cf. Benveniste 1948, 85s., Gernet 1968, 215s. et n. 170∞∞: pour les dieux le ºrkov est
le Styx, comme on voit dans Il. II 755, XV 37s., Od. V 185s., H. Hom. Dem. 259, H. Hom.
Ap. 85 et Hes. Th. 784-787∞∞; pour les hommes objets comme le sceptre, les viscères d’ani-
maux ou des ïerá en général∞∞: cf. Il. I 233s., Aeschin. I 114,6ss.
19
Cf. Rollant 1979, 270ss. Benveniste a proposé une solution différente dans Le voca-
bulaire des institutions indo-européennes (1969, 169-171), qui ne nous paraît pas pré-
gnante∞∞: en partant du fait que la forme êpíorkov ne semble pas ancienne, car on devrait
avoir *êforkov, il suppose à l’origine la conjonction d’une locution où êpí et ºrkov
figuraient ensemble. Le savant écarte l’hypothèse de Schwyzer (1927, 255ss.), qui rappro-
che Archil. fr. 193 T., car l’élément manquant serait celui essentiel, à savoir le verbe
baínw, et il propose comme parallèle Hes. Op. 194s. blácei dˆ ö kakòv tòn âreíona
f¬ta / múqoisi skolio⁄v ênépwn, êpì dˆ ºrkon ôme⁄tai. Il y aurait donc une implicite
allusion à la pratique habituelle de prêter un faux serment, telle que l’expression ‘ajouter
un ºrkov’ serait devenue proverbiale pour indiquer un parjure. Cette idée, toutefois, impli-
que une conception bien ‘laïque’ du serment∞∞: à l’époque archaïque la trahison du ºrkov
serait devenue normale, fait qui est pourtant en contraste avec l’importance sacrale que à
ce rituel donnent e.g. Homère (Il. III et IV), Hésiode (Th. 231s., Op. 282ss.) et Théognis
(399 et 1139).
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 189
désormais d’une énergie maléfique et a déchaîné, par son comportement, le châ-
timent auquel il s’était voué en cas de violation∞∞; la conséquence de cette infrac-
tion est donc la persécution par les Erinyes et la destruction de ses biens et de sa
progéniture20. La cérémonie de la prestation du serment, donc, comporte des
actes significatifs, comme celui de toucher les ºrkia21∞ : le but est de charger les
victimes du sacrifice de la force punitive que le serment déchaîne en puissance
et qui rendra maudits les parjures.
Lisant les vv. 22s. du poème en question en relation avec ce qu’on a esquissé
jusqu’ici, il est possible imaginer qu’un verbe indiquant le fait de monter sur les
ºrkia pourrait être adéquat aux actes rituels du serment∞∞: le geste de (êp)em-
baínein, en effet, renverrait à celui de rester debout sur les tómia, action qui
précédait ou suivait l’énonciation de la formule du ºrkov (cf. Plescia 1970, 10).
Cette thèse, pourtant, se trouve en visible contraste avec le contexte dans lequel
(êp)embaínw est inséré. Il paraît clair, en effet, que l’enjeu du poème – et notam-
ment des vv. 22s. – n’est pas le rite, mais sa violation∞∞: Pittacos, «∞∞foulant aux
pieds∞∞» (Liberman 1999, 62) les ºrkia, a rejoint au pouvoir le tyran de Myti-
lène, Myrsile, et a trahi ses anciens compagnons. Cette interprétation métaphori-
que du passage d’Alcée semble s’appuyer sur un parallèle où il est question de
la trahison du serment et non de son instauration∞∞: Archil. fr. 193 T. (= Hippon.
fr. 194,3s. Dg.) taÕtˆ (i.e. kaká) êqéloimˆ ån îde⁄n, / ºv mˆ ©díkjse, l[à]z dˆ
êpˆ örkíoiv ∂bj, / tò prìn ëta⁄rov [ê]Én22.
Un élément, néanmoins, frappe∞∞: il est peut-être légitime de se demander
pourquoi Alcée ou Archiloque auraient dû employer une image compatible avec
la stipulation du serment pour indiquer, vice versa, son exact contraire. A vrai
dire, les deux poètes diffèrent légèrement, car l’un utilise le préverbe êp(i)- et
l’autre (êp)ên-∞∞: face à l’analyse de Gernet, on pourrait se demander si la pré-
sence de ên- chez Alcée implique une ‘pénétration’ dans le domaine sacré qui
n’appartiendrait pas à Archiloque. On ne met pas ici en doute, clairement, la
violation du ºrkov, assurée par le contexte, mais plutôt la façon dont on a man-
qué à l’engagement, surtout à cause de la présence de l’adverbe brafldíwv∞∞: on
propose donc l’hypothèse que le poète puisse accuser Pittacos de ne pas avoir
juré correctement, autrement dit il n’a pas accompli le rituel selon les règles, en
se conduisant ‘avec légèreté, sans réflexion, sans scrupules’23.
Pour vérifier la validité de cette supposition, il est nécessaire d’analyser le
contexte où (êp)embaínw est introduit et les problèmes lexicaux et syntaxiques

20
Cf. Nilsson 1967, 140, Glotz, DAGR III/1 752 et, en outre, Il. III 301, Hes. Op. 282-285.
21
La qusía du serment se distingue d’autres sortes de sacrifice par le fait qu’elle pré-
voit la destruction totale de la victime∞∞: elle peut être enterrée (schol. Il. III 310b), jetée à
la mer (Il. XIX 266-268) ou, encore, subir un holocauste complet (cf. Nilsson 1967, 140).
Comme pour tous les sacrifices ‘chtoniens’, la destruction de la victime est normale et cette
pratique se distingue de celle du banquet rituel, qui suit le sacrifice ‘olympien’ (cf. Burkert
2003, 159s.)∞∞: la différence pourrait s’expliquer à cause des forces maléfiques dont on
croyait que les ºrkia étaient chargés.
22
Pour un bref, mais précis résumé de la question très discutée de la paternité du frag-
ment, cf. Degani 2005, 33-36∞∞: on adopte ici l’identification du savant italien, soutenue
aussi par Tarditi 1968, ad l., Gianotti 1977, 131-134 et Aloni 1993, 121. Contra cf. Nicolosi
2007, 17-27 e 82ss.
23
Cf. Faraone 1993, 70 n. 42.
190 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

que les vv. 21-23 comportent. Il faut, d’abord, situer le cadre présupposé par
le poème∞∞: Alcée, probablement priant pour ses compagnons (vv. 10s. e 16), se
trouve dans un sanctuaire (vv. 1-3), en exil (v. 12), et s’adresse à la triade les-
bienne (vv. 5ss.)24. Au v. 13 une rupture intervient∞∞: le poète invoque, par l’Erinye
des morts25, le châtiment de Pittacos, ce dernier ayant visiblement violé l’enga-
gement pris avec le locuteur et son auditoire de partager ensemble le même
destin (vv. 16-20)∞∞; la prestation du ºrkov avait été accompagnée par un sacri-
fice sanglant (v. 15). La description du rituel s’étend du v. 14 au v. 20, immé-
diatement précédée et suivie par deux expressions formellement similaires,
kßnwn ˆE[rínnu]v et kßnwn ô fúskwn∞∞: les deux semblent avoir la fonction
d’ouvrir et fermer la parenthèse sur un passé qui est la condition nécessaire à
l’intervention de l’Erinye. Ainsi, le poète arrive au cœur de son argumentation,
c’et-à-dire la violation du serment, qui est la raison concrète du metelqe⁄n de
Pittacos. Le poème se conclut probablement avec des allusions au comportement
du vieux compagnon (vv. 24ss.).
Esquissé le contexte du poème et son sens général, il est nécessaire d’exami-
ner les vv. 21-24, où les problèmes linguistiques et syntaxiques sont nombreux.
La phrase kßnwn ô fúsgwn oû dielézato pròv qÕmon présente trois difficul-
tés∞∞: on est incertain sur les valeurs soit de dialégomai que de pròv qÕmon et il
est ambigu savoir à quoi se réfère le génitif kßnwn. En ce qui concerne dialé-
gomai, la critique s’est partagée en deux∞∞: on a supposé que le verbe puisse
signifier ‘dire, parler, discuter’ ou ‘réfléchir’26, mais il faut admettre, avec Gentili
(2007, 183s.), qu’aucun exemple ne soutient la deuxième interprétation27∞ ; le poète,
donc, met l’accent sur l’acte de parole de Pittacos durant le serment. A quoi se
réfère, toutefois, kßnwn∞∞? Il faut exclure le verbe, car celui-ci régit l’accusatif de
la chose dite et próv + accusatif (ou datif simple) de la personne à qui on
s’adresse (Cf. LSJ9 400). Le démonstratif, alors, se lie à ô fúsgwn ou à pròv
qÕmon. Dans le premier cas, kßnwn serait un partitif et il faudrait traduire «∞∞le
pansu entre ceux-là (i.e. les compagnons)∞∞»∞∞: pour cette structure on aurait le
parallèle du v. 14, où le démonstratif se réfère au nom qui le suit immédiatement,

24
Cf. Picard 1946, 455-473 et Robert 1960, 292ss.
25
Cf. Gentili 2007, 183. Le référent du démonstratif n’est pas explicite dans le poème,
à moins de ne pas en supposer un extradiscoursif. On peut croire que dans la fuite de
l’ëtaireía d’Alcée de Mytilène à Pyrrha, quelques compagnons du poète soient morts et
l’Erinye ait été déchaînée par ce fait, sur la base de la formule sacramentaire autrefois
prononcée (vv. 17s.).
26
Pour dialégomai ‘dire’, cf. Gentili 1965, 205∞∞; Id. 2007, 183s. et Burzacchini 2005,
205∞∞; pour ‘reflechir’, cf. Diehl 1944, 12∞∞; Theander 1946, 65 n. 1∞∞; Page 1955, 167∞∞; Treu
1963, 141s.
27
Treu (1963, 141s.) a soutenu que dialégomai signifie chez Alcée deliberare secum,
avec le régime inhabituel du génitif, en reprenant la thèse de Diehl (1944, 12) et Theander
(1946, 65 n. 1). L’analyse des usages du verbe, pourtant, démontre qu’il régit exclusivement
l’accusatif (cf. Sapph. fr. 27,5s. V.) et qui signifie ‘parler, discuter’ (cf. Sapph. fr. 134 V.),
aussi dans les passages où il indique métaphoriquement ‘réfléchir’, comme dans l’Iliade
(IX 407) et chez Théocrite (30,11)∞∞: en effet, on assisterait ici à un vrai dialogue entre le
locuteur et son cœur, image qui représente dans la mentalité archaïque l’action de ‘méditer’.
Pour une ample discussion de la question, cf. Gentili 1965, 205 et 2007, 183s., suivi par
Burzacchini 2005, 205.
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 191
même si ce génitif a un sens différent, car il désigne la ‘paternité’ de l’Erinye28∞ ;
l’ordre des mots, en outre, serait peut-être plus immédiat que si on attribuait le
génitif à pròv qÕmon29.
Le problème de cette interprétation, pourtant, est la signification qu’il faut
attribuer à pròv qÕmon. La construction dialégomai próv + acc. indique en
général le destinataire de l’acte de parole, ce qui impliquerait que Pittacos parla
au cœur. Cette expression n’est pas sans parallèles, car elle est présente chez
Aristote (Pol. 1328a 4 ˆArxíloxov prosjkóntwv to⁄v fíloiv êgkal¬n dia-
légetai pròv tòn qumón) et puisqu’on en retrouve des similaires ailleurs,
comme par exemple dans l’Iliade (XVII 90 e˝pe pròv Ωn megalßtora qumón)
et chez Plutarque (Mor. 458c 4 oÀtwv ∂stin eîpe⁄n pròv tòn qumón). Le pro-
blème, cependant, est d’ordre conceptuel∞∞: que signifierait-il ‘parler au cœur’
dans ce contexte∞∞? Et puis, au cœur de qui se référerait l’allocution∞∞? Dans
les exemples cités, le dialogue avec le qumóv du sujet est une métaphore pour
exprimer la pensée intérieure, dont on mentionne les termes, mais il faut mettre
en évidence que, chez Alcée, il en manque l’objet30. L’alternative est celle de
supposer une ‘discussion’ entre Pittacos et les cœurs des sunwmótai, fait qui
exclurait la référence de kßnwn à fúsgwn et impliquerait celle à pròv qÕmon.
Cette interprétation, toutefois, ne donne pas plus d’avantages que la précédente,
car l’image de parler aux cœurs des interlocuteurs ne semble pas avoir de rap-
prochements en grec et, en plus, amène un problème conceptuel. L’exemple
d’Hippolyte, en effet, est clair∞∞: au moment où la nourrice lui révèle le désir de
Phèdre, il menace de tout révéler en public (Eur. Hipp. 610), mais celle-ci lui
rappelle les serments prêtés auparavant∞∞; le fils de Thésée, alors, lui répond en
disant ™ gl¬ssˆ ômÉmoxˆ, ™ dè fr®n ânÉmotov (ibid. 612). La suite démontrera
la bonne foi du héros et son respect sacré du serment (ibid. 1025ss. e 1060ss.),
mais ce qui ressort est que le cœur n’est pas le destinataire du ºrkov, mais, à la
limite, son origine∞∞; face à cette situation, il faut mettre en évidence que, selon
Page (1955, 167), le grec dirait pour exprimer la sincérité du locuteur ‘du cœur’
de celui-ci et non ‘au cœur’ des auditeurs∞∞: si l’enjeu, donc, était la sincérité du
futur aîsumnßtjv, on s’attendrait chez Alcée êk qúmou de Pittacos plutôt que
pròv qÕmon des auditeurs.
Si on considère la référence de kßnwn à ô fúsgwn la plus probable pour les
raisons susdites, reste le problème du sens de l’expression pròv qÕmon. A ce
propos, Gentili (2007, 1983s.)31 a suggéré une solution qui tient compte de l’ordre
des mots et qui offre un sens convenable au contenu du passage∞∞: pròv qÕmon

28
Cf. e.g. Pour cette structure on a comme parallèles Hdt. VI 114 (âpò dˆ ∂qane t¬n
stratjg¬n Stjsílewv ö Qrasúlew)28 et Dem. 4,40 (kaì gàr êkeínwn – i.e. barbárwn –
ö pljgeìv âeì t±v pljg±v ∂xetai) et, en outre, Kühner-Gerth II/1 §414,5a et Gentili
2007, 184.
29
La structure syntaxique d’un nom qui est séparé de son génitif par plusieurs mots est
clairement possible chez Alcée∞∞: cf. Alc. fr. 362,1s. V. ânßtw mèn perì taìv déraisi /
peqétw pléktaiv ûpoqúmidáv tiv.
30
Le démonstratif kßnwn ne peut pas être l’objet de l’acte de parole ou de la réflexion
de Pittaque, comme Treu (1963, 141s.) a supposé, car le verbe dialégomai ne régit pas le
génitif (cf. Gentili 2007, 183s.).
31
Cf. Gentili 1947, 105ss. et 1948, 229ss.
192 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

aurait une valeur adverbiale comme les locutions pròv bían ou pròv xárin et,
donc, Alcée dirait «∞∞entre ceux-là (i.e. ses compagnons) le pansu ne parla pas
sincèrement∞∞». L’obstacle, toutefois, est que le seul rapprochement possible pour
pròv qÕmon adverbial serait un vers d’Anacréon (fr. 55 G.∞∞: oûdé tí toi pròv
qumón· ºmwv ge ménw sˆ âdoiástwv), dont le contexte est probablement trop
bref pour exprimer un jugement bien pondéré. Il est vrai, toutefois, que les paral-
lèles comme pròv bían pourraient suffire, car formellement identiques à celui
en examen, et puisque le manque d’exemples pourrait être un simple hasard.
En conclusion, les deux interprétations possibles des vv. 21s. présentent des
difficultés∞∞: l’une serait plus conforme à l’usage du verbe dialégomai, pour
lequel próv + acc. indique le destinataire de l’allocution∞∞; l’autre aurait un sens
meilleur, même si la valeur adverbiale de pròv qÕmon ne est pas sûrement éta-
blie. Quoi qu’il en soit, il y a un élément important à retenir∞∞: pour Alcée Pitta-
cos a transgressé dès le début le serment. En effet, le poète accuse visiblement
le vieux compagnon de fausseté au moment même où ce dernier a prêté serment,
comme l’adverbe brafldíwv suggère∞∞: cette conclusion, d’ailleurs, est valable
soit que Pittacos n’ait pas parlé selon son cœur soit qu’il n’ait pas discuté avec
le cœur de ses compagnons, autrement dit que leur communication n’a pas été
entre les cœurs, mais entre langue et oreilles, en paraphrasant l’expression d’Hip-
polyte. Or, cette conclusion pourrait être significative pour l’interprétation du
passage suivant, car Alcée explicitement affirme que son ennemi n’a pas accompli
une partie du rituel correctement∞∞: il n’a pas cru aux engagements que la parole
sacrée du serment implique, comme démontre le comportement katà nómon du
fils de Thésée dans l’Hippolyte d’Euripide.
On arrive, donc, au centre du problème, i.e. le rapport entre l’idée gernetienne
et la valeur du verbe (êp)embaínw chez Alcée. Avant d’analyser le sens des
vv. 22s., toutefois, il faut établir si le verbe en question est êmbaínw ou êpem-
baínw. A ce propos, il est nécessaire de souligner que ∂]mbaiv est une intégra-
tion probable, mais non obligatoire, car il serait possible de lire aussi *∫]mbaiv,
forme éolienne du participe aoriste de ânabaínw. Ce verbe ne paraît pas être
attesté en région éolienne, quoique le nom dérivé, ∫mbasiv, apparaisse dans une
inscription thessalienne du IIIe siècle a.C. (Missailidou-Despotidou 1993, 187ss.
B 65,72,75)∞∞; en tout cas, le fait qu’on ne retrouve pas d’exemples du verbe à
Lesbos rend plus plausible l’intégration êmbaínw, qui est déjà présent chez Alcée
(fr. 6,3 V.). Si on accepte cette interprétation, il faut mettre en évidence qu’une
structure êmbaínw êpí + dat. semble sans rapprochement32, quand êpembaínw +
dat. est celle normale33 et attestée, entre autres, chez Eschyle (Sept. 634 púrgoiv
êpembáv)∞∞: elle serait, donc, préférable (cf. Gentili 2007, 184)34.
En ce qui concerne le sens d’êpembaínw et d’êpibaínw chez Alcée et Archi-
loque, on a estimé35 que ces verbes valent ‘fouler aux pieds’ et, donc, métapho-
riquement ‘mépriser’∞∞: on propose, en effet, la comparaison avec des expressions
comme (Tr¬ev) katà dˆ ºrkia pistà pátjsan (Il. IV 157). Certes, dans l’Iliade

32
Cf. ThLG IV 799s., LSJ9 538 et Bailly 651.
33
Cf. ThLG IV 1477s., LSJ9 616 et Bailly 731.
34
Degani (2005, 41) pense que chez Archiloque (Archil. fr. 193 T. = Hippon. fr. 194,3s.
Dg.) on a ‘tmèse’, c’est-à-dire que le verbe de la phrase est êpibaínw.
35
Cf. Masson 1951, 434ss., Gianotti 1977, 131-134, Degani 2005, 41s.
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 193
apparaît katapatéw et non un composé de baínw, mais Eustathe (625,21-23)
semble offrir partiellement une base à ce rapprochement, car, en expliquant
Il. VI 65 (ˆAtreídjv dè làz ên stßqesi bàv êzépasen ∂gxov), il dit làz
êmb±nai légei to⁄v stßqesi tò podì pat±sai eîv tò st±qov. Donc, êmbaínw
équivaudrait à patéw, verbe qui paraît sous-entendre un mouvement des pieds
sur l’objet piétiné, puisque sa racine semble liée à pátov, qui «∞∞désigne […] le
sentier battu, fréquenté∞∞» (Chantraine, DELG 863). Cette idée, pourtant, présente
une difficulté∞∞: face au sens de ‘piétiner’, il faut admettre que, dans l’image
expliquée par Eustathe, Agamemnon ne bouge pas les pieds après être monté sur
la poitrine de son ennemi, mais il reste debout sur son cadavre pour en arracher la
lance. L’action que le composé de baínw suppose, donc, semblerait être un mou-
vement qui se conclut quand le héros est sur sa victime, autrement dit êmbaínw
pourrait évoquer une stase en conclusion de l’action de ‘monter’, qui ne serait
pas conforme au signifié de patéw36.
Cette situation n’est pas seulement caractéristique du passage de l’Iliade
concernant Agamemnon, mais semble sous-entendue dans tous les composés
en êpi-, ên- et êpen- de baínw∞∞: ces verbes, en effet, paraissent indiquer l’action
concrète de se poser sur quelque chose en se placant au-dessus d’elle ou, en
certains cas, pénétrant en elle37∞ ; selon une acception métaphorique, en plus, ils
dénotent un acte d’oppression hostile38, comme le montre bien Théognis (847s.),
pour qui le fait de monter (êpíba) avec le pied (láz) sur le peuple (dßmwç)
représente l’action d’un despótjv, qui le frappe avec un aiguillon et le place sous

36
Pour (kata)patéw avec le sens concret de ‘piétiner’ une chose, cf. inc. auct. fr. 16,3
V. (póav … ãnqov … máteisai, i.e. Kr±ssai), Aesch. Ch. 732 (po⁄ d® pate⁄v, Kílissa,
dwmátwn púlav), Soph. OC 37 (x¬ron … pate⁄n), Xen. Oec. 18,4 (pate⁄n tò s⁄ton, i.e.
la moisson), Call. fr. 194,39 Pf. (koû mˆ – i.e. dáfnjn – ãnqrwpoi), Cer. 20 (bóav …
pat±sai, i.e. drágmata âstaxúwn, c’est-à-dire la moisson), Hybr. ap. Ath. XV 696a
(patéw tòn ädùn o˝non âpˆ âmpélw)∞∞; pour ‘piétiner’ quelqu’un, cf. Soph. Aj. 1146
(pate⁄n pare⁄xe t¬ç qélonti nautílwn – i.e. ân®r qrasúv – ên kak¬ç xeim¬nov), Plat.
Phdr. 248a (patoÕsi âllßlav i.e. cuxaí), Xen. Cyn. 10,13 (pate⁄ – i.e. tò qßrion – tòn
ãnqrwpon).
37
Pour êpibaínw avec datif, cf. Il. II 351 (njusín ên Ökupóroisin ∂bainon, i.e. êgÉ,
Néstwr), Theogn. 815 (boÕv êpì glÉssjÇ krater¬ç podì làz êpibaínwn, image concrète
de sens métaphorique), Ap. Rh. II 220 (êpˆ ôfqálmoiv ˆErinúv làz êpébj, image concrète
de sens métaphorique), Xen. Cyr. V 2,26 (êpib±nai … t¬ç ˆAssuríwç)∞ ; pour êmbaínw avec
datif, cf. Il. V 199 (ÿppoisin mˆ êkéleue kaì †rmasi êmbeba¬ta / ârxeúein TrÉessi),
VI 65 (làz ên stßqessi báv), Od. IV 656 (∂mbj njÚ Púlonde), X 164 (t¬ç dˆ [i.e. cerf]
êgÑ [i.e. Ulysse] êmbaínwn), Hes. Th. 12 (ÊJran … pedíloiv êmbebau⁄an), Pind. P. 10,12
(tò dè suggenèv êmbébaken ÷xnesin patróv)∞∞; pour êpembaínw avec datif, cf. Aesch.
Sept. 634 (púrgoiv [i.e. de Thèbes] êpembáv [i.e. Polynice]), Plut. Mor. 346b (ˆEpameinÉndav
… êpemb±nai t±Ç SpártjÇ pesoúsjÇ … ©qéljse, cf. infra p. 194 n. 40).
38
Pour êpibaínw avec datif, cf. Theogn. 847 (làz êpíba dßmwç keneófroni), Pind.
N. 3,20 (ânoréaiv … êpéba pa⁄v ˆAristofáneov), Plut. Cim. 15,1 (sunéstelle tòn
d±mon, êpibaínonta to⁄v ârístoiv)∞∞; pour êmbaínw avec datif, cf. Plat. Phd. 252e
(êmbeb¬si t¬ç êpitjdeúmati [i.e. p¢n poie⁄n ºpwv toioÕtov ∂stai])∞∞; pour êpembaínw
avec datif, cf. Soph. El. 456 (êxqro⁄sin aûtoÕ [i.e. Oreste] … êpemb±nai podí)∞∞; Eur.
Hipp. (kãmˆ [i.e. Hippolyte] êátw ta⁄sdˆ [i.e. les femmes] êpembaínein âeí), Hyp. Phil.
fr. 10,1-3 Jensen (oœtoi êpembaínousin t¬ç dßmwç ên âtux[íaiv), Plut. Mor. 59d
(êpemb±nai deinòv [i.e. adulateur] ämartßmasi).
194 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

un joug. Une image similaire apparaît chez Sophocle (El. 453-456)∞∞: Electre
invite Chrysothemis à offrir au tombeau d’Agamemnon leurs chevelures, en le
priant de venir des profondeurs de la terre (g±qen … mole⁄n) pour les aider et
en demandant qu’Oreste monte (êpemb±nai), encore vivant, avec le pied sur ses
ennemis.
Face à ces valeurs concrètes et métaphoriques, on pourrait se demander si les
composés de baínw signifient ‘mépriser’ – notamment avec láz, podí ou posí
– ou seulement ‘opprimer’, comme il semble être le cas chez Théognis et Sopho-
cle. A ce propos, l’image de ‘fouler aux pieds’ les serments, la justice, les lois ou
les sacra est certes bien attestée chez les Grecs39, mais ce concept paraît généra-
lement exprimé par (kata)patéw40. Cette acception attribuée à êpibaínw et à
êpembaínw, alors, semblerait exclusivement attestée chez Archiloque et Alcée,
fait qui pourrait être significatif si le passage d’Alcée pouvait être interprété diffé-
remment à la lumière de l’analyse gernetienne. Lire les vv. 22s. du poème d’Alcée
en question comme un acte d’êmbáteusiv, pourtant, engendre certaines difficultés.
Certes, on a montré au début des exemples de composés de baínw qui se réfé-
raient à ce geste, mais il est probablement ardu de démontrer une leur utilisation
‘technique’ dans des procédures rituelles41. Ces composés de baínw, pourtant,
impliquent une position du sujet qui est conforme aux gestes caractéristiques de
certains rites, quand ils semblent incompatibles avec l’action de ‘piétiner’, qui
sous-entend un mouvement. Il faut ajouter, en plus, que l’interprétation de êpem-
baínw chez Alcée et de êpibaínw chez Archiloque dépend beaucoup du sens
attribué à ºrkia, à savoir métaphorique ou concret, surtout si on constate qu’il
n’est pas impératif de donner à ce mot la même valeur dans les deux passages.
A ce propos, il faut remarquer qu’on a supposé un lien direct entre le poème
d’Archiloque et celui d’Alcée, jusqu’à formuler l’hypothèse d’un procédé imita-
tif42∞∞: ce fait a eu aussi un rôle important dans l’établissement de la paternité

39
Masson (1951, 434-438) affirme que «∞∞la métaphore «∞∞fouler aux pieds∞∞» est courante
en grec∞∞» et il cite plusieurs exemples, en disant que «∞∞le grec dispose pour cette métaphore
de différents verbes de sens très proche∞∞» comme baínw et ses composés êmbaínw, êpi-
baínw et êpembaínw, bien que «∞∞plus souvent encore on trouve employé patéw […] et le
composé katapatéw∞∞». Les seize parallèles qu’il fournit, pourtant, ont tous (kata)patéw,
sauf Alc. fr. 129,22s. V., ce qui ne permet pas d’apprécier la valeur de baínw et de ces
composés.
40
Cf. pour (kata)patéw au sens métaphorique Il. IV 157 (ºrkia), Aesch. Ag. 371s.
(âqíktwn xáriv pato⁄to), Ch. 641s. (Díkav … làz pédoi patouménav), Eum. 110 (taÕta
[i.e. i culti alle Erinni] làz ör¬ patoúmena), Soph. Ant. 745 (timáv ge tàv qe¬n pat¬n),
Aj. 1335 (t®n díkjn pate⁄n), fr. 683,2 R.2 (tà mèn díkaia kaì sÉfrona lágdjn
pate⁄tai), Ar. V. 377s. (m® pate⁄n tà / t¬n qe¬n cjfísmata), Plat. Leg. 714a 7 (kata-
patßsav … toùv nómouv), Plut. Mor. 346b (ˆEpameinÉndav … pat±sai frónjma kaì
tò âzíwma t±v pólewv [i.e. Sparta] … ©qéljse), passage qui est significatif, car on y
retrouve l’un à côté de l’autre êpembaínw et patéw, respectivement avec la valeur de ‘mar-
cher sur, mettre le pied sur le territoire de’ et ‘fouler aux pieds’, cf. supra p. 193 n. 37.
41
Cf. ThLG IV 799s. s.v. êmbaínw, 1477s. s.v. êpembaínw et 1521ss. s.v. êpibaínw.
42
Degani (2005, 42) formule l’hypothèse que Alc. fr. 129,22s. V. soit «∞∞senza dubbio
in relazione diretta coll’Epodo∞∞». Lasserre (1950, 276s. n. 3), pourtant, doute qu’il puisse
avoir imitation soit d’Alcée envers Archiloque que de Hipponax envers Alcée∞∞: «∞∞l’expres-
sion êfˆ örkíoiv baínein peut être usuelle∞∞; elle s’explique en tout cas parfaitement par la
signification matérielle qui s’attache au mot ºrkov∞∞».
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 195
d’Archil. fr. 193 T. Marzullo (1967, 27), exempli gratia, assure que Alcée a dérivé
l’image d’Archiloque, car «∞∞se ne serve letterariamente […] la indebolisce sosti-
tuendo all’omerico e violento láz uno scialbo pósin, la diluisce con brafldíwv∞∞»∞ :
Alcée, donc, ne pourrait pas avoir été le modèle d’Hipponax. Il est clair qu’une
telle hypothèse détermine une analyse intertextuelle et, donc, une sorte de
‘ˆAlka⁄ov êz ˆArxilóxou safjníhein’ ou ‘¨Ipp¬naz êz ˆAlkaíou safjníhein’,
opérations, celles-ci, qui affaibliraient les possibles différences entre les passages
en question. Le risque à prendre, pourtant, est grand, surtout à propos de la poé-
sie archaïque, car on postulerait la chance de retrouver l’écho d’un passage poé-
tique dans un autre, fait qui est sincèrement très ardu face au naufrage quasi
complet de la tradition des textes du VIIe et du VIe siècle∞∞; en plus, il serait néces-
saire de rendre problématique par quels moyens certains ‘textes’ auraient circulé,
dans une culture qui est katà fÕsin orale43. Beaucoup de prudence, aussi, serait
souhaitable même si on croit à la possibilité d’une intertextualité entre produits
‘littéraires’ archaïques, puisque les poèmes sur la violation d’un serment devai-
ent être très nombreux, si il faut imaginer avec Vetta (1983, XIII-LX) qu’une
grande partie de la production poétique archaïque était liée au symposium, à
savoir aux ëtaire⁄ai dont la sunwmosía était un élément récurrent44. La relation

43
Si l’intertextualité est un phénomène normal pour une société écrite, elle ne l’est pas
de même pour une orale, car il serait nécessaire de s’interroger sur les moyens qui donnent
accès à un auteur au patrimoine littéraire et il faudrait problématiser la façon dont il en fait
usage. Or, il n’est pas question que la Grèce archaïque ait été une société orale (cf. Have-
lock 1963 et Cerri 1969) et on peut affirmer que l’usage massif de l’écriture pour la diffu-
sion des produits littéraires paraît attesté seulement dès la deuxième partie du Ve siècle a.C.
(Rösler 1980, 47). Bien que l’écriture fusse connue déjà au VIIIe siècle (ibid. 51) et qu’elle
puisse avoir eu de l’importance dans la composition des poèmes ‘lyriques’ (Rösler 1997,
709), la diffusion de ces derniers comme de l’∂pov reste liée à la performance orale, pro-
bablement jusqu’à Théognis, qui serait le premier à imaginer une forme fixe de son œuvre,
quoique l’image qu’il donne de sa transmission (vv. 237ss.) sous-entende encore l’oralité.
Certes, l’oralité n’exclut pas les retentissements, soit au niveau de langue que de parole,
car les allusions à la forme épique de Sapph. fr. 44 V. ou la réponse de Solon (fr. 26 G.-P.)
à Mimnerme (fr. 11 G.-P.) en sont des témoignages. Or, il faudrait tenir compte de la pro-
fonde différence entre poésie ‘lyrique’ et épique, car l’une est strictement liée au contexte
originaire et à un public particulier, alors que l’autre est sans relations directes avec un lieu
et avec des personnes (cf. Calame 2005, 30-34). En ce qui concerne cette différence, s’il
n’est pas difficile croire à une référence d’un poète mélique à un grand concept propre à
l’∂pov ou à un épisode connu par les modernes dans la version de l’Iliade ou l’Odyssée, on
ne peut pas dire autant pour une poésie liée directement à un contexte précis (cf. Vetta 1983,
XIIIss.) et qui ne vise pas à une réception à distance (Rösler 1980, 55)∞∞: il ne pourrait pas
être un hasard, en effet, que le contenu du poème de Mimnerme ait un sens très général
(ibid. n. 68), qui le rapprocherait à l’∂pov. Sur les moyens de diffusion de la poésie mélique,
la zenía pourrait y avoir joué un rôle, en mettant en contact différents contextes – à savoir
des banquets aristocratiques – mais un tel système de communication et, en général,
l’oralité rendent très improbable la possibilité qu’on poète comme Alcée ait de l’œuvre
d’Archiloque une idée telle qu’il puisse faire des retentissements précis à des passages liés
à la vie communautaire de son modèle. En conclusion, le rapport entre les fragments de
Solon et de Mimnerne pourrait être une exception plutôt que la règle.
44
Sur les ëtaire⁄ai de l’époque archaïque et classique voir Calhoun 1913, Sartori 1957
et Ghinatti 1970.
196 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

entre Archiloque et Alcée, alors, pourrait être plus de ‘langue’ que de ‘parole’,
mais sur ce plan on devrait prêter attention aux différences et non seulement aux
similitudes. Sous cette lumière, donc, il convient d’évaluer si les éléments diver-
gents entre les deux poètes – le préverbe ên-, brafldíwv et pósin – ont un sens,
sans imaginer promptement une variatio stylistique.
Si le verbe êmbaínw peut impliquer, dans certains contextes, le geste d’êmbá-
teusiv, il faudrait admettre que le préverbe ên- est important, puisqu’il implique
non seulement le fait de monter sur les ºrkia, mais aussi d’entrer en contact
intime avec de ces objets chargés de puissances sacrées. Si on postule que le
verbe représente le geste de jurer sur les victimes sectionnées durant le sacrifice
qui accompagne le serment, la présence, alors, de pósin chez Alcée pourrait être
significative∞∞: dans certaines occasions, on prêtait serment debout sur les ïerá,
ce qui pourrait sous-entendre que les deux pieds fussent posés sur la victime45.
En ce qui concerne l’adverbe, en outre, il faut relever que sa présence ne serait
pas incohérente, car il qualifierait négativement le geste rituel de Pittacos. La
description riche de détails de la cérémonie sacramentaire dont les ëta⁄roi ont
été protagonistes et qui est à l’origine de l’intervention de l’Erinye vise peut-être
à mettre en évidence l’exactitude des gestes rituels, d’une part le sacrifice (v. 16),
de l’autre l’acte de parole (vv. 17-21). Or, Alcée accuse explicitement Pittacos
d’avoir failli lors de la deuxième partie du rite, i.e. à l’énonciation sincère de la
formule du serment, qui est obligatoire∞∞: le fils de Hyrras, en effet, n’a pas parlé
pròv qÕmon et le contraste entre lui et les ëta⁄roi paraît émerger immédiate-
ment dans l’expression kßnwn ô fúsgwn, qui rapproche les compagnons au
traître. Face à cette accusation, Alcée pourrait renchérir, en soulignant le fait que
son ennemi n’a pas pris sérieusement aussi l’êmbáteusiv, concept qui serait alors
bien exprimé par l’adverbe brafldíwv. On aurait, donc, une sorte de chiasme,
avec l’opposition entre katà nómon (vv. 16 et 17-21) et parà nómon (vv. 22s.
et 23s.)∞∞: aux extrêmes, le rite∞∞; au centre, l’acte de parole. Bref, le poète impu-
terait à Pittacos non seulement la trahison, mais l’âsébeia, car il aurait méprisé
l’ensemble des sacra qui caractérisent la procédure du serment46.
L’interprétation qu’on a donné d’êpembaínw vise à mettre en évidence les
possibles allusions qu’Alcée pourrait faire avec ce verbe aux actes typiques de la
prestation du serment. Cette hypothèse ressort de la présence du préverbe ên- et
du contexte, où les aspects matériaux de la cérémonie sacramentaire sont esquis-
sés avec grande précision∞∞: face à cette situation, il serait légitime attribuer au
verbe et à ºrkioisˆ(i) un sens concret. Dans cette lecture, alors, prend impor-
tance la présence de l’adverbe brafldíwv, qui caracteriserait l’action de Pittacos
comme sacrilège, car il aurait accompli un acte significatif du point de vue reli-
gieux sans lui donner de valeur. Cette explication, pourtant, ne convient pas à Archi-
loque, car le poète ne fait aucune allusion au rite du serment∞∞: son seul but semble
être celui d’affirmer la trahison de son ancien compagnon. Or, en revenant à

45
Cf. Dem. 23,68 oûdeìv ∫mnusˆ üpèr oûdenòv ãllou, stàv êpì t¬n tomíwn káprou
kaì krioÕ kaì taúrou et Paus. III 20,9 Tundárewv gàr qúsav êntaÕqa ÿppon toùv
¨Elénjv êzÉrkou mnjst±rav ïstàv êpì toÕ ÿppou t¬n tomíwn.
46
Alcée accuserait d’impiété Pittacos au fr. 298 V., si on suis la thèse de Tarditi (1969,
89), qui suppose que le poète dans ce poème rapproche le sacrilège d’Ajax envers Cassan-
dre à la trahison du serment dont Pittaque serait coupable.
2009] UN SERMENT VIOLÉ CHEZ ALCÉE 197
l’emploi d’êpibaínw, s’il y a une différence entre ce verbe et (kata)patéw,
est-il légitime de traduire comme d’habitude ou comme on sous-entend «∞∞il pié-
tina avec le pied les serments (ou les victimes), lui qui était auparavant mon
compagnon∞∞»∞ ? Le parallèle de Théognis (847s., cf. supra p. 193) paraît conduire
ailleurs∞∞: dans ces vers l’image d’un peuple asservis est représentée par celle du
tyran qui place sous ses pieds le d±mov. En interprétant le passage d’Archiloque
dans cette direction, on pourrait alors plus prudemment traduire «∞∞il monta avec
le pied sur les serments (ou les victimes)∞∞», à savoir «∞∞il domina∞∞», «∞∞il se mis en
position de supériorité face aux serments (ou aux victimes)∞∞»∞ : l’enjeu serait le
manque de respect pour les ïerá. Or, étant donné qu’il ne semble pas y avoir de
référence à des actes rituels concrets, le verbe devrait être interprété métaphori-
quement, probablement comme ºrkia, qui ferait allusion – au sens élargi – à la
liaison sacrale qui unissait Archiloque au traître.
Une analyse qui ne considère pas comme un fait acquis un rapport direct entre
les passages d’Alcée et celui d’Archiloque et qui essaie d’en comprendre leur sens
à partir des usages des composés de baínw, notamment avec le datif, pourrait
conduire à repérer une situation bien plus complexe que celle de la simple trahi-
son. La donnée plus notable est le fait que le poète de Mytilène aurait accusé son
ennemi non seulement de trahison, mais aussi d’accomplir des actes rituels sans
croire à leur valeur significative. Cette attitude ne doit pas surprendre, car la repré-
sentation qu’Alcée semble donner du fils d’Hyrras à son public est en opposition
radicale à tout ce qui pour lui est du côté du ‘bon’∞∞: Pittacos est un kakopatrídjv
(Alc. fr. 348,1, cf. ibid. 67,4∞∞; 75,12∞∞; 106,3), il est difforme (Diog. Laert. I 81,4-9)
et il n’agit pas conformément aux pratiques des ãristoi, comme il est évident
pour le symposium (cf. Alc. fr. 70 e 72 V.). Dans le fragment ici étudié, en plus,
il est décrit comme un animal farouche et cette image ne sort pas seulement de
fúsgwn, mais aussi du verbe dáptw (v. 24)47. Bref, entre l’ëtaireía d’Alcée et
Pittacos il y aurait une rupture similaire à celle qui existe entre Ulysse et le
Cyclope (cf. Od. IX 259-374)∞∞: dans cette dichotomie, le respect des sacra et leur
facile violation sont des éléments qui ont un sens important. Le poète, donc, vise
à mettre en évidence la profonde âsébeia du traître, qui ne s’est pas limité à la
trahison, déjà en elle même impie, mais qui a aussi accompli des actions sacrées
sans leur donner la valeur profonde qu’elles ont et doivent avoir (cf. braidíwv).
En concluant sur Archiloque, il est tout de même étonnant que ce poète utilise
comme image de la violation du serment un verbe dont la signification concrète
est conforme à la procédure sacramentaire, bien que le manque du préverbe ên-
rend peut-être moins évidente l’intime liaison entre le sujet et le domaine du sacré.
Certes, chez Archiloque on pourrait entrevoir aussi une allusion à un rite, qui pour-
rait expliquer plus clairement le passage, mais, faute de témoignages plus précis
et à cause de la brièveté du texte, il faut probablement suspendre le jugement.
Stefano CACIAGLI
Dip. di Filologia Classica e Medioevale
Università di Bologna

47
Selon Page (1955, 167), le verbe dáptw indiquerait l’action de ‘dévorer’ qui carac-
térise les fauves, comme le lion, le loup ou le chien∞∞: cf. respectivement Il. XI 48, XVI
156-159 et XXII 183.
198 STEFANO CACIAGLI [REG, 122

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