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MANUEL POUR LE

SECOURISTE-
AMBULANCIER
Manuel pour le
SECOURISTE-AMBULANCIER

SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement


DG2 - Soins de Santé primaires et Gestion de crise
Colophon

Editeur responsable Service public féÙ»dÙéral de la Sant»Ùé publique,


S»é™curit™é» de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction g™é»né»™rale des Soins de Sant»é primaires et Gestion de crise.

Secrétaires de rédaction Prof. Dr. Walter Buylaert, U.Z. Gent


Prof. Dr. Jean Micheels, C.H.U. de Liège

Coordinateur Dr. Stefaan Suykens, U.Z. Gent

Révision des textes Geerdt Magiels

Photographie Frank Croes

D»épôŸt l»égal 952815

ISBN 90-802914-2-0

© Service public fÙ»édéÙral de la Sant»Ùé publique,


S»écurit™é» de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction g™é»né™rale des Soins de Santé™» primaires et Gestion de crise.

Aucune partie de cette édition ne peut être reproduite par des moyens
électroniques ou autres, y compris les systèmes informatiques, sans auto-
risation écrite préalable de l’éditeur.
Colophon de la première mise à jour

Editeur responsable Service public fÙ»édéÙral de la Sant»éÙ publique,


Sécurit»™é de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction gÙé»™n»™éÙrale des Soins de Santé™» primaires et Gestion de crise.

Secrétariat de rédaction Prof. Dr. Walter Buylaert, U.Z. Gent


Prof. Dr. Jean Micheels, C.H.U. de Liège
Mrs Marc Jonckers et Didier Stuckens, infirmiers détenteurs du titre SISU

Coordinateur Dr. Stephan Suykens, U.Z. Gent

Photographie Marc Deganck

DȎpٙt lȎgal 952815

ISBN 90-802914-2-0

© Service public fÙ»édéÙral de la Sant»Ùé publique,


Sécurit»™é de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction gÙé»n»érale des Soins de Santé™» primaires et Gestion de crise.

Aucune partie de cette édition ne peut être reproduite par des moyens
électroniques ou autres, y compris les systèmes informatiques, sans auto-
risation écrite préalable de l’éditeur.
Colophon de la deuxième mise à jour

Editeur responsable Service public fÙé»dÙéral de la Sant»Ùé publique,


Sé»™curit»™é de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction géÙ»né»™Ùrale des Soins de Sant™»é primaires et Gestion de crise.

Secrétariat de rédaction Dr. Koen Monieurs, U.Z. Gent


Prof. Dr. Jean Micheels, C.H.U. de Liège
Lieve Smeesters et Didier Stuckens, infirmiers détenteurs du titre SISU

Photographie Marc Deganck et Dé»partement Anesth»ésie Ò R»éanimation C.H.U. de LiÀège.

DȎpٙt lȎgal 952815

ISBN 90-802914-2-0

© Service public fÙ»édÙéral de la Santé»Ù publique,


Sécurit™é» de la chaine alimentaire et Environnement,
Direction gÙé»né»™Ùrale des Soins de Santé™» primaires et Gestion de crise.

Aucune partie de cette édition ne peut être reproduite par des moyens
électroniques ou autres, y compris les systèmes informatiques, sans auto-
risation écrite préalable de l’éditeur.
Préface

L’ambulancier joue un rôle essentiel dans le fonctionnement de l’Aide


médicale urgente.

Une organisation adéquate de l’Aide médicale urgente et un haut niveau de


formation des ambulanciers sont plus que jamais nécessaires pour faire face
à l’évolution rapide qu’ont connu tant l’Aide médicale urgente que la
médecine d’urgence en général, et aux exigences, à juste titre élevées,
qu’a la population vis-à-vis des soins dispensés en cas d’urgence.

Une rédaction scientifique regroupant des représentants de toutes les


organisations qui participent à l’Aide médicale urgente a mis au point un
Manuel à votre intention. Ce Manuel a comme objectif de promouvoir
l’uniformité dans les procédures et les interventions. De plus, une con-
cordance maximale entre votre intervention et celle d’autres interve-
nants médicaux et paramédicaux avec lesquels vous collaborez est de la
plus grande importance.

Ces différents volumes, richement illustrés, vous seront sans aucun dou-
te utiles dans votre formation de base, certes, mais également en perspec-
tive des cours de formation continue que vous suivrez de toute évidence.

Je suis tout aussi convaincu que ce manuel contribuera, en outre, à une


organisation encore plus performante de l’Aide médicale urgente.
Soyez enfin convaincus de l’admiration que m’inspire votre dévouement
incessant envers vos concitoyens à des moments où leur santé, voire leur
vie elle-même, sont menacées.

MARCEL COLLA
Ministre de la Santé Publique et des Pensions
Préface de la première mise à jour

L’évolution constante de la médecine d’urgence impose à ses acteurs une


compétence de plus en plus pointue et adaptée à ses pratiques et ses
techniques d’intervention.

Le Manuel pour le Secouriste-Ambulancier, édité en 1995, ne peut échapper


à cette évolution au risque de perdre l’intérêt de son caractère innovateur.
En le consultant, les secouristes-ambulanciers pourront retirer le meilleur
profit des cours qu’ils auront suivi et y trouver l’aide-mémoire de tous les
jours.

Cette première mise à jour propose de nouveaux textes concernant le


code de la route adapté au véhicule prioritaire, la pratique de l’oxymétrie
de pouls et l’approche du patient incarcéré.
Une traduction comparée des termes usuels en quatre langues (alle-
mand, anglais, français et néerlandais) est ajoutée. Cette dernière doit
améliorer les contacts avec les patients que nous prenons en charge.
Cette traduction sera aussi utile pour favoriser les rapports entre les dif-
férents services de secours belges et pour faciliter les relations avec des
services d’urgence d’autres pays à l’occasion d’éventuelles interventions
internationales.

Nous osons espérer que cette première actualisation sera accueillie avec
la même sympathie que l’ouvrage. Les remarques et suggestions pour
d’autres mises à jour sont les bienvenues.

La Cellule d’exécution et de coordination octobre 1999


Préface de la deuxième mise à jour

La formation des secouristes-ambulanciers s’adapte de mieux en mieux


à la pratique et aux besoins d’une des professions de l’urgence en pleine
évolution. Les personnes qui font appel au service 100 attendent une
intervention compétente et efficace.

Cette seconde mise à jour aborde quatre sujets.

Un petit chapitre décrit la réglementation à propos de la formation initiale


et permanente du secouriste-ambulancier.

Le thème des plaies et de leurs pansements permettra de faire face aux


principales lésions et blessures observées dans l’aide médicale urgente
quotidienne.

Les situations stressantes rencontrées par le secouriste-ambulancier et les


services de secours sont nombreuses et variées. A court ou à long terme,
elles peuvent laisser des traces importantes. Quelques mesures de
prévention et des explications claires aideront à mieux comprendre et
appréhender le stress psychologique.

Finalement, le chapitre sur la catastrophe ou les urgences collectives a été


réécrit et actualisé pour permettre aux secouristes-ambulanciers de
s’insérer dans l’organisation générale qui répond à une situation impli-
quant de nombreuses victimes.

Avec l’aide précieuse des centres de formation et de perfectionnement,


nous espérons que ces compléments du manuel trouveront leur pleine
utilité au profit de la personne en détresse.

Demain, le Manuel du Secouriste-Ambulancier trouvera certainemant un


avenir dans une version électronique complémentaire, enrichie et adaptée
à l’évolution des techniques de la communication ainsi que de l’appren-
tissage.

La Cellule d’exécution et de coordination février 2002


Remerciements

L’écriture d’un manuel pour secouriste-ambulancier était un projet qui


n’aurait pu aboutir sans la collaboration de nombreuses personnes.

Ce manuel est le fruit d’échanges multiples qui ont dépassé les clivages
linguistiques et philosophiques. Un large échange scientifique a été orga-
nisé. Un consensus a été recherché et nous voulons remercier tous ceux
qui ont collaboré à la réalisation de ce consensus final.
Nos remerciements vont aussi à l’équipe qui a vérifié les concordances
linguistiques et la forme des textes: Pierre Bruggeman, Geerdt Magiels,
Agnes Peeters, Michel Terwagne, Jean-Jacques van Lochem, et Eric
Van Den Heuvel.

Le lay-out et la réalisation technique de ce manuel sont dus à tous les col-


laborateurs de Gramma s.a., particulièrement à Jan Dries et Hanneke
Lommers.

La photographie a été réalisée par Frank Croes.

Pour le travail de secrétariat, nous avons toujours pu compter sur l’appui


de Madame C. Sior et de Madame R. Vanlangendonck.

Nous tenons aussi à remercier ceux qui ont été les initiateurs de ce pro-
jet: plus particulièrement Monsieur le Directeur Général C. Decoster,
Madame le Docteur B. Toussaint, le Docteur A. Verhoeven et le Docteur
B. Winnen. Un mot de remerciement sincère s’adresse au Docteur
L. Blondeel, qui a initié ce projet et n’a cessé de l’appuyer.

La rédaction veut continuer à compléter et à améliorer la présente édi-


tion. Vous nous aideriez de vos critiques constructives.

Le Comité de Rédaction
Collaborateurs

Ont contribué à la rédaction de R. ASKENASI, J. BAUDEWIJN, C. BELLANGER, P. CALLE,


ce manuel
P. COLSON, L. CORNE, C. DEJARDIN, J. EVEN, F. GIJSENBERGH,
P. GUERISSE, B. JADOUL, R. JAVAUX, M. JONCKERS, J. KESSEL,
J.-P. LABRUYERE, D. LAUWAERT, J. MAGOTTEAUX, A. MANIET,
P. MEERT, A. MULLIE, M. ROMMES, L. RYDANT, M. SABBE,
V. SCHWAGTEN, D. STUCKENS, S. SUYKENS, C. THYSE,
J. VAN BRANTEGEM, K. VAN DE VELDE, J.-J. VAN LOCHEM,
L. VAN ROMPAY, H. VERBRUGGEN, M. VERGNION,
G. VUNDELINCKX et L. WAMPACH

Cellule d’exécution et de W. BUYLAERT, J. MICHEELS,


coordination
S. SUYKENS, M. JONCKERS, D. STUCKENS
Contenu

Contenu

INTRODUCTION

Guide d’emploi de ce manuel


Introduction

Chapitre 1 LE CORPS HUMAIN

1.1 Où se trouve quoi?


1.2 Les différents “systèmes” du corps humain et leurs fonctions

Chapitre 2 LES PREMIÈRES MINUTES

2.1 Evaluation de la situation


2.2 Evaluation primaire du patient
2.2.1 Evaluation primaire rapide du patient
2.2.2 Evaluation primaire plus détaillée
2.3 Evaluation secondaire du patient
2.4 Transport vers l’hôpital

Chapitre 3 LES AFFECTIONS À RISQUE VITAL

3.1 Quand la respiration est insuffisante


3.2 Quand le cœur s’arrête
3.3 Le choc
3.4 Les hémorragies

Chapitre 4 LE PATIENT TRAUMATISÉ

4.1 Accidents et lésions


4.2 Les premières minutes après l’accident
4.3 Les lésions thoraciques
4.4 Les lésions abdominales
4.5 Les lésions du crâne et des vertèbres
4.6 Contusions et plaies
4.7 Les lésions du squelette des membres
Contenu

Chapitre 5 MALADIES ET INTOXICATIONS

5.1 Les maladies


5.2 Les intoxications
5.3 Alcool et drogue

Chapitre 6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

6.1 Notions générales


6.2 Accouchement inopiné
6.3 Problèmes en cours de grossesse

Chapitre 7 L’ENFANT EN DÉTRESSE

7.1 Introduction
7.2 Les premières minutes chez l’enfant en détresse
7.3 Cas particuliers

Chapitre 8 URGENCES PROVOQUÉES PAR AGENTS PHYSIQUES

8.1 Brûlures
8.2 Noyade
8.3 Froid et chaleur
8.4 Irradiations

Chapitre 9 URGENCES PSYCHIATRIQUES

9.1 L’ambulancier et les problèmes psychiques


9.2 Suicide, tentative de suicide ou menace de suicide
9.3 Crise d’agitation aiguë
9.4 Cas particuliers

Chapitre 10 LE TRANSPORT DU PATIENT

10.1 Techniques
10.2 Les minerves
10.3 Le casque
10.4 Le transport en ambulance
Contenu

Chapitre 11 LES CATASTROPHES

11.1 Evolution de la législation belge


11.2 Les urgences collectives
11.3 L’assistance aux victimes

Chapitre 12 ORGANISATION DE L’AIDE MÉDICALE URGENTE

12.1 Législation
12.2 Le centre 100
12.3 Le transport vers l’hôpital
12.4 Les relations secouriste-ambulancier et SMUR
12.5 Le secouriste-ambulancier et le médecin généraliste
12.6 Déontologie - secret professionel
12.7 Le Fonds d’Aide Médicale Urgente
12.8 La formation du secouriste-ambulancier

Chapitre 13 TECHNIQUES

13.1 Les liaisons radio


13.2 La lecture de cartes
13.3 La sécurité sur les lieux d’intervention
13.4 Les produits dangereux

Chapitre 14 SUPPLÉMENTS

14.1 Le formulaire d’enregistrement du transport ambulancier


14.2 Le code de la route pour les véhicules prioritaires
14.3 L’oxymétrie de pouls
14.4 La désincarcération d’une victime
14.5 Les soins de plaies et pansements
14.6 Le stress psychologique
14.7 L’hygiène

Chapitre 15 VOCABULAIRE

15.1 Vocabulaire
15.2 Traduction comparée des termes usuels
octobre 1999

Errata

Premières corrections de la version française du Manuel pour le Secouriste-


Ambulancier - octobre 1999.

Page 1.20 A la ligne 21; lire “moelle osseuse” et non “moelle épinière.”

Page 3.20 A la ligne 21; lire “La compression abdominale chez un adulte.” et non
“La compression thoracique chez un adulte.”

Page 3.22 La figure 3.14 représente la compression abdominale chez un patient


couché comme la figure 3.12. La position du secouriste-ambulancier
pour la compression thoracique chez l’adulte inconscient couché est la
même que pour le massage cardiaque.

Page 3.23 et 3.33 Les figures 3.15 et 3.18 (4) présentent une position erronée de la main
pour réaliser les cinq tapes légères dans le dos. Ces tapes se donnent entre
les omoplates de l’enfant.

Page 3.31 Le diagramme 3.5 est imprécis. Les premières cinq tapes dans le dos
(sixième rectangle blanc) doivent bien évidemment être réalisées si vous
constatez l’impossibilité de ventiler l’enfant et pas d’emblée comme
indiqué dans le diagramme.

Page 3.37 A la ligne 22; “Ch” signifie “Charrière” et représente le diamètre externe
de certaines sondes à usage médical (aspiration, gastrique, intubation, ...).

Page 3.42 Le point 4 de la figure 3.27 renvoie au tuyau d'admission de l'oxygène et


non à une soupape.

Page 3.45 En bas de page; lire “L’oxygène médical est signalé par les lettres “M” et
“O2” en rouge.

Page 3.52 A la ligne 34; lire “le débit doit parfois être augmenté au maximum pour
conserver le réservoir gonflé.”

Page 3.53 La légende de la deuxième photo de la figure 3.39 doit être lue comme
suit: “Ouvrez la bonbonne et contrôlez la pression sur le manomètre du
détendeur.”

Page 3.54 A la ligne 3; lire “Laissez échapper l’oxygène restant dans le détendeur en
ouvrant le débitmètre à fond.”

Page 3.69 A la ligne 8; il s’agit de “l’appendice xiphoïde” et non de “l’apophyse


xiphoïde.”
Le numéro du tableau est “3.2” et non “3.3”.
octobre 1999

Page 3.89 La légende de la figure 3.63 doit être lue comme suit :
2. Tubulures et robinet à trois voies stériles.
3. Compresse stérile imbibée d’antiseptique alcoolique.
5. Sparadrap.

Page 3.85 La figure 3.61 indique une position de garrot incorrecte. Si un garrot est
nécessaire, il sera placé sur un os long et unique; bras ou cuisse.

Page 4.16 A la huitième ligne du paragraphe sur le pneumothorax; lire “Dans le


pneumothorax fermé, cela n’est pas le cas car la paroi thoracique est
indemne d’orifice.”

Page 4.20 Vous pouvez appeler également le SMUR pour les problèmes d’expecto-
ration de sang et de congestion des vaisseaux du cou.

Page 4.30 A la ligne 22; remplacez la phrase “Utilisez la technique de la subluxation


de la mandibule” par la phrase “Utilisez la technique de la rotation latérale
“en bloc”, en respectant l’axe tête-cou-tronc par un maintien rigoureux de
la tête.”

Page 4.39 Comment poser une minerve ?


Ajouter “Une traction légère et continue de la tête peut être réalisée par
ce même ambulancier.” après la première phrase du paragraphe.

Page 4.46 L’objet n° 5 de la figure 4.29 qui représente une couverture de survie doit
être remplacé sur la photo par un flacon d’antiseptique.

Page 4.56 A la ligne 22; lire “De plus, cette attelle fonctionne comme un pansement
compressif dans le cas de plaies à caractère hémorragique.
La légende de la photo n°3 de la figure 4.36 doit être lue comme suit :
“Contrôlez le pouls après l’installation d’une attelle gonflable qui n’est pas
une attelle à dépression.”

Page 4.60 La légende de la deuxième photo de la figure 4.38 doit être lue comme
suit : “Exercez le maintien longitudinal de la hanche luxée puis immo-
bilisez à l'aide du matelas à dépression.”

Page 5.21 A la ligne 3; lire “Les serpents venimeux provoquent des empoisonne-
ments par morsure.”

Page 6.4 En bas de la page; remplacer “les contractures” par “les contractions”.

Page 6.8 A la ligne 10 du texte sur la procidence du cordon; lire “Couchez la


maman sur le flanc gauche avec le bassin surélevé par rapport à la tête.”

Page 7.5 A la ligne 6; lire “La tête est, par rapport au reste du corps, relativement
plus volumineuse et plus lourde chez l’enfant que chez l’adulte.”

Chapitre 14 Certaines données inscrites à titre d’exemples d’encodage de formulaires


ambulanciers ne correspondent pas aux scénarios présentés. Ce chapitre
devrait être entièrement revu en fonction de l’évolution du formulaire et
de l’expérience acquise.
Guide d’emploi de ce manuel 1

Guide d’emploi de ce manuel

Le système de feuilles libres Ce manuel est composé d’un système de feuilles libres. Il y a plusieurs
raisons à cela. Tout d’abord, la médecine est une science en pleine évo-
lution. Les techniques médicales s’adaptent continuellement aux der-
niers développements de la science médicale. Nous savons déjà que les
méthodes que nous vous enseignons ne resteront pas éternellement
immuables. Des améliorations de ces techniques seront proposées con-
tinuellement et vous devrez vous adapter à ces changements. Dans un
classeur comme celui-ci, les feuilles peuvent facilement être remplacées
ou ajoutées. En outre, il vous est possible d’y ajouter vos propres notes.

Les termes médicaux La médecine utilise un vocabulaire et une terminologie propres. Elle uti-
lise des termes venant du latin et du grec. Cette terminologie précise per-
met aux médecins et aux intervenants de l’Aide Médicale urgente de se
comprendre en toutes circonstances.
Certains de ces termes sont passés dans le langage courant : “appendicite
“qui veut dire inflammation de l’appendice, “sinusite” qui veut dire une
inflammation des sinus; les sinus sont des cavités de la face.
Dans la mesure du possible, nous utiliserons des termes courants de la
langue française. La première fois qu’un terme médical sera utilisé dans
le texte, il sera mentionné entre guillemets. Vous constaterez que vous
allez acquérir progressivement ce vocabulaire médical et que vous com-
mencerez à l’utiliser spontanément.

En fin de manuel, vous trouverez un dictionnaire de tous les termes


médicaux. Ce sont ces termes médicaux que vous entendrez employer
régulièrement dans votre pratique d’ambulancier.

Guide d’emploi Au début de chaque chapitre se trouve une table de matière succincte, à
la fin du chapitre vous trouverez un résumé des choses très importantes
à retenir : ce que vous devez connaître et apprendre à réaliser.
En marge du texte, vous rencontrerez des symboles. Ils sont au nombre
de cinq. Ils sont là comme des signaux routiers pour vous permettre de
retrouver plus facilement votre chemin dans ce manuel.
Guide d’emploi de ce manuel 2

renvoie à une autre page, plus loin dans le texte; cette page apportera une
x.x
information complémentaire sur le sujet.

renvoie à une autre page, déjà rencontrée dans le texte; cette page rap-
x.x
pellera une information complémentaire sur le sujet.

ABC indique que le texte décrit une situation dans laquelle la procédure
de prise en charge des fonctions vitales ABC doit être suivie.

RCP indique que le texte décrit une situation dans laquelle la réanimation
cardio-pulmonaire doit être réalisée.

indique un point qui demande une attention particulière : il faut veiller à


!
sa propre sécurité et à celle du patient en appliquant cette technique.

A certains endroits vous rencontrerez du texte en petits caractères. Ces tex-


tes donnent des informations complémentaires utiles à connaître, mais
qui ne sont pas indispensables pour pouvoir accomplir les missions d’un
ambulancier.
Introduction 3

Introduction

L’HISTOIRE DES AMBULANCIERS

Il y a un siècle, on ne parlait pas d’ambulanciers. Les blessés ou malades,


tout comme les morts, étaient transportés par le corbillard.

Les guerres sont à l’origine de la fonction de l’ambulancier. A défaut de


soins, le soldat blessé mourait trop souvent sur le champ de bataille. Au
début du dix-neuvième siècle, Napoléon fut le premier à organiser le
transport des blessés hors du champ de bataille pour être soignés par des
médecins. Le corps des brancardiers ne s’occupait pas d’aide médicale
sur place; sa tâche se limitait au simple transport d’un blessé vers l’arrière.

Au début du vingtième siècle, quelques grandes villes ont organisé des


services civils de transports sanitaires. Ces services ne se souciaient pas
de soins médicaux ni sur place, ni pendant le transport.

Durant la première guerre mondiale, les premiers ambulanciers appa-


raissent sur les champs de bataille. Ce sont des volontaires qui, outre les
soins médicaux sur place, assurent le transport des blessés vers les pos-
tes sanitaires. L’expérience militaire des premiers ambulanciers fut ensui-
te appliquée dans des communautés civiles, d’abord dans les grandes
agglomérations, ensuite à la campagne.

LES MAILLONS FORMENT UNE CHAINE

L’aide médicale n’est rendue possible que par la collaboration de nombre


de personnes et de services. Ces personnes forment les maillons de la
chaîne de l’aide médicale d’urgence. La cascade de communications et de
déplacements est déclenchée par une personne en détresse. Le but final
est d’atteindre la structure hospitalière adéquate.

1. La chaîne de La chaîne de l’aide médicale urgente est déclenchée par la victime ou le


l’aide médicale urgente patient. Il s’agit d’une personne en détresse, qui peut être d’ordre physi-
que ou psychique ou les deux simultanément.

En cas d’accident ou de maladie grave, la victime ne sera pas en état


d’appeler à l’aide; des témoins le feront.
Introduction 4

Les personnes qui signalent cette détresse sont les “premiers témoins”.
Celles-ci appellent à l’aide, inquiètes pour la santé d’un être humain.
Leur analyse peut vous apparaître exagérée dans l’optique d’un ambu-
lancier; néanmoins elle mérite toujours votre respect.
En Belgique, l’appel de détresse se fait par un numéro de téléphone uni-
que: le N° “100”. Il s’agit du “système d’appel unifié 100”.

2. Lorsqu’on fait appel au ‘100’ En Belgique, lorsqu’un patient ou le témoin d’une situation de détresse
... le préposé compose le numéro de téléphone ‘100’, on parle d’un appel de détresse
au centre du secours 100 le plus proche. Il est toujours reçu par une per-
sonne, qui est officiellement désignée comme “le préposé du système
d’appel unifié”. Chaque appel sera immédiatement pris en charge par le
préposé. Si nécessaire, il détachera une équipe d’ambulanciers, pré-
viendra l’hôpital, les sapeurs-pompiers ou les forces de l’ordre.
Le préposé doit poser quelques questions afin d’organiser l’aide médica-
le urgente. Trois de ces questions sont d’une importance capitale:

1. Où est situé le patient? La réponse à cette question est indispensable. Une


adresse exacte est l’idéal, mais parfois le préposé doit se contenter d’indi-
cations approximatives. Le numéro de téléphone du correspondant appa-
raît automatiquement sur l’écran du standard; ceci permet le dépistage de
l’adresse correspondante.

2. Qui est concerné par le problème? Le préposé doit connaître le nombre


de patients et/ou de victimes; en outre, il est d’importance de savoir s’il
s’agit d’un enfant ou d’un adulte afin que l’équipe d’ambulanciers puisse
se préparer pendant le trajet vers le patient.

3. Quel est le problème? S’agit-il d’une maladie ou d’un accident? Le pré-


posé entraîné et expérimenté saura estimer la gravité de la situation sur
place. Se basant sur une présomption, le préposé peut décider de faire
appel à une aide supplémentaire. Cette aide peut être technique (p.e. le
corps des sapeurs-pompiers) ou médicale (p.e. plusieurs ambulances ou
l’aide d’un médecin).

3. Les ambulanciers Le préposé fera toujours appel à une équipe de deux ambulanciers capa-
bles de dispenser une aide adéquate sur place et de transporter le patient
vers l’hôpital. Un ambulancier est entraîné à aider d’autres personnes.
Il doit être entraîné à se trouver confronté à des situations très diverses.
Il peut s’agir de maladies commes des difficultés respiratoires ou une per-
te de conscience. Parfois il doit porter secours à une victime d’un acci-
dent routier. L’ambulancier est souvent confronté à la panique de la vic-
time ou des témoins mais aussi à ses propres sentiments.
Introduction 5

4. Le Service Mobile d’Urgence Dans certaines circonstances, vous ne serez pas en mesure de résoudre
le problème par vous-même. Dans ce cas, vous devrez en avertir le cent-
re de secours 100. Le préposé fera appel à un Service Mobile d’Urgence
(SMUR). Cette équipe est détachée d’un service des urgences d’un hôpi-
tal ‘100’. Un SMUR est constitué d’au moins un médecin et un infirmier,
tous deux spécialisés dans l’aide médicale d’urgence. En collaboration
avec les ambulanciers, ils seront responsables du patient, aussi bien sur
place que pendant le transport.

5. Le service des urgences Le point final de la chaîne de l’aide médicale urgente est le service des
urgences d’un hôpital. Finalement, le patient pourra être examiné et
traité par les médecins et infirmiers d’un hôpital ‘100’.

L’ambulancier est un maillon important de la chaîne de l’aide médicale


urgente. Comme ambulancier, vous serez souvent la seule personne en
mesure de juger sur place ou pendant le transport du patient. Non seu-
lement vous transportez une victime mais vous devrez aussi transmettre
à l’hôpital les informations collectées sur le terrain.
F I G .1

LA C H A ÎN E D E L ’ A I D E
MÉDICALE URGENTE

100
CENTRE DE SECOURS
préposé
nt
me
ne

on
vir
en

appel de détresse
té m oin s

PATIENT AMBULANCE
2 ambulanciers

100

SERVICE DES SMUR


URGENCES médecin
TRANSPORT + infirmier

HOPITAL 100
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
1
LE
CORPS
HUMAIN

CONTENU

1.1 Où se trouve quoi ?

1.2 Les différents “systèmes”


du corps humain
et leurs fonctions
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.2

Le corps humain est un ensemble d’organes, de tissus et de cellules.


Plusieurs parties peuvent être atteintes par une maladie ou un accident.
Parfois la santé peut être tellement atteinte que le patient est en danger
de mort.

Comme ambulancier, il vous faudra estimer la gravité de la situation et


secourir le patient d’une manière adéquate. Pour cela vous devrez con-
naître la composition (l’anatomie) et le fonctionnement (la physiologie) du
corps humain. Ce chapitre décrit quels organes et structures composent
le corps humain, leurs localisations, leurs fonctions et leurs interactions.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.3

1.1 Où se trouve quoi ?

Souvent le patient habillé se prête mal à l’examen visuel. Cependant, il est


important de savoir où les organes se situent dans le corps humain, afin
de pouvoir déduire les lésions des plaintes et des signes extérieurs. Il vous
faudra connaître les termes que la médecine utilise pour désigner des
régions et des positions du corps. Si les ambulanciers, infirmiers et méde-
cins emploient le même langage, des malentendus seront évités ce qui
peut prévenir des conséquences très graves.

Comment orienter La médecine décrit toujours le corps humain en “position anatomique”.


le corps humain? Ceci est une convention acceptée dans le monde entier: vous regardez de
face le patient debout, les bras ballants et les paumes de la main tournées
vers vous.

FIG. 1.1
tête
LA POSITION ANATOMIQUE postérieur

droit gauche

médial
latéral

antérieur

proximal
distal

Légende: • les axes


• les directions

Le côté gauche de la page correspond au côté droit du patient.


Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.4

Droit et gauche: quand vous examinez un patient, quand vous décrivez


une situation, si vous employez le terme “droit’, il s’agit toujours du côté
droit tel qu’il serait désigné par le patient lui-même (voir fig. 1.1).

Antérieur et postérieur: la face “antérieure” correspond au côté du


ventre et du visage, la face postérieure correspond au côté du dos et des
fesses.

Proximal et distal: le terme “proximal” désigne une position proche


d’un point de référence, le terme “distal” désigne une position éloignée
d’un point de référence. En anatomie, on considère toujours le torse
comme le point de référence. Le genou peut être considéré comme
proximal vis-à-vis de la cheville; la main est distale vis-à-vis du poignet.

Supérieur et inférieur: quand on parle de supérieur on désigne la direc-


tion de la tête, quand on parle d’inférieur on désigne la direction des
pieds.

Médial et latéral: en divisant le corps en deux parties égales par une


ligne imaginaire de haut en bas, tout ce qui se trouve près de cette ligne
est considéré comme médial, et tout ce qui se trouve à distance de cette
ligne est considéré comme latéral.

En parlant d’une “position anatomique’, il ne faut jamais oublier que le


côté droit correspond au côté droit du patient et non à celui de l’obser-
vateur.
Trois positions du corps ont reçu des dénominations anatomiques clas-
siques. Un patient qui se trouve sur le dos est en position dorsale (décu-
bitus dorsal). Celui qui se trouve sur le ventre est en position ventrale
(décubitus ventral). Celui qui se trouve sur le côté est en position latérale
(décubitus latéral). Si l’on emploie le terme “position latérale gauche”, on
veut dire que le patient se trouve sur le côté gauche.

Les régions du corps On fera la distinction entre certaines régions extérieures du corps.

La région de la tête: la face (facies), le crâne (cranium), les mâchoires,


l’occiput, les tempes.

La région cervicale: la gorge, le larynx, la région cervicale.

Le tronc: la région thoracique, le ventre (abdomen), le nombril, les lom-


bes, l’aine, le bassin, la région génitale, le sacrum, les fesses.

Les membres supérieurs: les épaules, les bras, les coudes, les avant-
bras, les poignets, les mains, la paume de la main, le dos de la main.

Les membres inférieurs: les hanches, les cuisses, les mollets, les
genoux, les chevilles, les pieds, la plante du pied, le dos du pied.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.5

FIG. 1.2a

LES RÉGIONS DU région de la tête


CORPS HUMAIN (DE FACE)
région de la gorge

membre supérieur (épaule,


bras, coude, avant-bras,
poignet, paume de la main)
région
pectorale
torse
région
abdominale
bassin

l’aine
région génitale

membre inférieur
(hanche, cuisse, genou, jambe,
cheville, dos du pied)

FIG. 1.2b

LES RÉGIONS DU région occipitale


CORPS HUMAIN (DE DOS)
région cervicale

omoplate

colonne vertébrale

sacrum
coccyx
dos de la main

membre inférieur

mollet

cheville
talon
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.6

Les cavités du corps et A partir de repères extérieurs et de lignes imaginaires, vous devez être
la localisation des organes capable d’indiquer les cavités du corps les plus importantes, ainsi que les
organes qu’elles contiennent.

FIG. 1.3
vue antérieure vue latérale
LES CAVITÉS
DU CORPS HUMAIN la cavité cérébrale
• •

• • la cavité
médullaire

• • la cavité
thoracique

• • le diaphragme

• • la cavité
abdominale

Légende: La cavité cérébrale se prolonge dans la cavité médullaire.


Le diaphragme sépare la cavité thoracique de la cavité abdominale.

La cavité thoracique (le thorax) est protégée par la cage thoracique (les
côtes) et contient les poumons, le cœur, l’œsophage et la trachée. La
cavité thoracique est séparée de l’abdomen par un muscle très puissant,
le diaphragme.

La cavité abdominale (l’abdomen) s’étend du diaphragme au bassin.


L’abdomen contient entre autres: l’estomac, le foie, la vésicule biliaire, la
rate, le pancréas, l’intestin grêle, le gros intestin et l’appendice.
Comme cette cavité n’est pas entièrement protégée par des structures
osseuses, les organes qu’elle contient sont très vulnérables.
La cavité abdominale se divise en quatre régions qu’on appelle “les qua-
drants” (fig. 1.4). Il faut imaginer une croix dessinée sur la paroi abdo-
minale dont l’intersection de l’axe horizontal et vertical se situe au niveau
du nombril. De ce fait, on peut observer deux quadrants supérieurs
(gauche et droite) et deux quadrants inférieurs (gauche et droite). Cette
division vous permet d’imaginer la position interne des organes de
l’abdomen.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.7

FIG. 1.4

LES QUADRANTS
DE LA CAVITÉ ABDOMINALE
1 4
3
2

supérieur 5 supérieur
droit gauche
inférieur 6 inférieur
droit 9 gauche

8
7

Légende: 3 estomac
1 foie ▼ 4 rate
2 vésicule biliaire 1
▼ 2 5 gros intestin
8 appendice 4 3▼ 6 intestin grêle

9 intestin grêle
7 vessie

La cavité cérébrale est protégée par le crâne et contient le cerveau.


La cavité médullaire est protégée par le canal rachidien et contient la
moelle épinière.
A partir de repères externes, vous devez être capable de désigner les dif-
férents segments de la colonne vertébrale. Elle se compose de 5 seg-
ments: la colonne cervicale, la colonne dorsale, la colonne lombaire, le
sacrum et le coccyx.

FIG. 1.5
cervicale
LES SEGMENTS
DE LA COLONNE VERTÉBRALE
dorsale

lombaire

sacrum
coccyx
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.8

1.2 Aperçu des différents systèmes


du corps humain

Le corps se compose de différents systèmes, que l’on pourrait considérer


comme des “sections”, qui assurent des tâches bien définies.
Un système du corps humain est constitué de différents éléments (orga-
nes et tissus) qui collaborent à assurer ces fonctions. La dénomination est
basée sur les fonctions assurées.

Le système nerveux Le système nerveux se compose des nerfs et du cerveau. Les nerfs for-
ment un réseau qui relie différentes parties du corps à “l’ordinateur cen-
tral” (le cerveau). Toutes les informations des sens, tous les ordres du cer-
veau destinés aux muscles, mais aussi tous les messages de douleur ou de
plaisir, toutes nos pensées et sensations sont traduits en messages par le
système nerveux, stockés (mémorisés) ou transformés.

Le système respiratoire On ne peut survivre sans l’oxygène de l’air. Tout le fonctionnement de


notre corps nécessite un apport d’oxygène et une élimination continue de
gaz carbonique. Cet échange de gaz s’appelle “la respiration’; elle est
assurée par les voies respiratoires et les poumons.

Le système circulatoire On peut considérer le cœur comme une pompe qui pulse le sang dans un
réseau très ramifié de vaisseaux sanguins. L’oxygène, les aliments et
l’énergie sont de cette façon distribués dans tout le corps; les déchets sont
évacués simultanément de la même façon.

Le système locomoteur Nous sommes capables de nous tenir debout et de nous déplacer grâce
au squelette, aux articulations et aux muscles. Ces trois composants
interactifs constituent le système locomoteur.

Le système digestif La fonction du système digestif est double: l’énergie est extraite des ali-
ments et les déchets non assimilés doivent être éliminés. Ce système
s’étend de la bouche jusqu’à la terminaison du gros intestin. Il est con-
stitué d’un canal en communication avec le foie et les glandes digestives.

Le système uro-génital Les reins, les uretères et la vessie forment le système urinaire. Ce système
fonctionne comme une station d’épuration du sang dont il extrait les
déchets afin de les éliminer. Il est donc responsable de l’équilibre du
milieu intérieur, de la régulation de l’eau et des solutions du corps.
Le système génital est responsable de la reproduction. On le décrit en
même temps que le système urinaire parce que les organes et les struc-
tures des deux systèmes sont voisins dans le bas-ventre. Ceci explique
l’utilisation du terme “système uro-génital” ou “génito-urinaire”.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.9

Les glandes endocrines Les glandes endocrines (“les glandes”) secrètent des produits que l’on
appelle hormones. Celles-ci règlent un ensemble de fonctions dans l’orga-
nisme, comme la croissance, la reproduction, la teneur en sucre dans le
sang.

Le système immunitaire Le corps possède un système de défense perfectionné, qui nous protège
contre les intrus présents dans le monde extérieur, comme les virus, les
bactéries et les champignons. Ce système nous protège donc contre cer-
taines maladies; il nous rend immun contre certaines maladies. C’est
pour cette raison que ce système s’appelle le “système immunitaire”.

Les organes des sens Les organes des sens nous permettent de percevoir les stimuli et les
signaux de notre environnement.

La peau La peau protège le corps contre de multiples agressions du milieu; cela va


du rayonnement solaire aux bactéries. Ce système est aussi important
dans la régulation de la chaleur interne.

Les systèmes importants pour exécuter correctement la fonction d’ambu-


lancier vont être décrits de manière plus détaillée.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.10

1.2.1 LE SYSTÈME NERVEUX

Le système nerveux est comparable à un ordinateur central relié à un


réseau de communications très étendu. Le système nerveux est dirigé par
cet ordinateur central très complexe qu’est le cerveau. C’est dans ce
centre que toutes les informations des différentes parties du corps sont
collectées et retransmises à celui-ci. La transmission d’informations et
d’ordres est réalisée grâce à la moelle épinière et aux nerfs.

Comment est constitué Le système nerveux comprend le système nerveux central et le système
le système nerveux? nerveux périphérique.

Le système nerveux central est composé du cerveau, protégé par le


crâne, et de la moelle épinière, contenue dans le canal rachidien. Le
cerveau se présente comme une grosse noix, creusée de rides, et divisée
en deux: la moitié gauche et la moitié droite. Derrière et sous le cerveau
se trouve “le cervelet”. Le cerveau est relié à la moelle épinière par le
bulbe rachidien. La moelle épinière traverse le canal rachidien jusqu’à la
partie inférieure des vertèbres dorsales (voir fig. 1.5).
Le cerveau et la moelle épinière sont enveloppés de membranes, les
méninges, et baignent dans un liquide. Ce liquide cérébro-spinal
protège le cerveau contre les secousses et d’autres agressions extérieures.

Le système nerveux périphérique se compose de nerfs qui assurent la


connexion du système nerveux central aux organes et aux membres du
corps. Ces nerfs sont, par exemple, responsables des transmissions de la
douleur ou commandent les muscles locomoteurs.

Comment fonctionne Le cerveau est “l’ordinateur central” qui contrôle les fonctions physiques
le système nerveux? et psychiques de l’homme: l’interprétation des sensations, la mémoire, la
pensée, l’expression, la locomotion. Ces activités sont surtout localisées
dans le cerveau. Il est plus développé chez l’être humain que chez les
espèces animales. Il est intéressant de savoir que le côté gauche du
corps humain est commandé par le côté droit du cerveau et vice versa.
C’est la raison pour laquelle certaines maladies de la moitié gauche du
cerveau se traduisent par des signes extérieurs (p.e. paralysie) de la moi-
tié contro-latérale du corps humain.
Le cervelet est le siège de la coordination de nos mouvements, de notre
équilibre et de certains réflexes.

Le bulbe rachidien est responsable de beaucoup de fonctions automa-


tiques inconscientes: la régulation de la température interne, le méca-
nisme pour avaler ou vomir, la respiration ou le rythme cardiaque.

La moelle épinière transmet les informations destinées au/ou origi-


naires du cerveau, et destinées au/ou originaires du corps. Elle reçoit les
impulsions des organes des sens et les retransmet au cerveau; elle dis-
tribue en sens inverse les ordres du cerveau destinés aux parties cor-
respondantes du corps.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.11

Au niveau du système nerveux périphérique, les nerfs moteurs dis-


tribuent les ordres de la moelle épinière vers les muscles. Les nerfs sen-
sitifs sont responsables de la transmission de la douleur, de la perception
de la chaleur et du toucher.

Le système nerveux autonome fonctionne sans le contrôle de la


volonté humaine. Il est constitué de nerfs périphériques qui relient le
bulbe rachidien et la moelle épinière à certains organes comme par
exemple le cœur, les vaisseaux sanguins, les poumons et les glandes. Il
règle des fonctions du corps humain qui doivent être assurées de manière
inconsciente: l’accélération ou le ralentissement du cœur, la dilatation ou
la constriction des pupilles, la contraction ou le relâchement des muscles
de l’estomac ou de la vessie.

FIG. 1.6

LE SYSTÈME NERVEUX
cerveau
CENTRAL ET PÉRIPHÉRIQUE
bulbe rachidien

moelle épinière

nerf périphérique
de la main

nerf périphérique
du pied

Légende: ■ le système nerveux central


■ le système nerveux périphérique
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.12

Aspects du système nerveux La connaissance du système nerveux est très importante pour l’ambu-
importants pour l’ambulancier lancier. Illustrons cela par quelques exemples.

• La vie en bonne santé suppose un fonctionnement normal du système


nerveux et surtout du cerveau. Le cerveau ne peut fonctionner sans
l’oxygène fourni par le système respiratoire et circulatoire.
Si le cerveau est en manque d’oxygène (par exemple dans le cas de
l’arrêt cardiaque ou respiratoire), il est endommagé dès la 4e ou 6e
minute. Après 10 minutes, les premières cellules cérébrales meurent. La
mort des cellules cérébrales est irréversible.
Afin d’éviter toute lésion du cerveau, l’intervention de l’ambulancier
consiste à restaurer l’apport d’oxygène. Par cette aide, un patient que
l’on considère comme “mort cliniquement” (ce qui veut dire: arrêt respi-
ratoire et circulatoire) peut être réanimé. De cette façon, on sauve
quelqu’un d’une mort biologique qui, elle, est irréversible.

FIG. 1.7

LE CERVEAU EN mort clinique


MANQUE D’OXYGÈNE 0 4
début des lésions
cérébrales
10 min mort biologique

Légende: minute 0 : arrêt cardiorespiratoire = mort clinique


minute 4 : cellules cérébrales lésées
minute 10 : mort des cellules cérébrales = mort biologique

• Quand la colonne vertébrale a été accidentée, les vertèbres peuvent


comprimer ou endommager la moelle épinière. Ceci se traduit par des
paralysies des membres qui souvent s’avèrent définitives. L’ambulancier
peut prévenir cette évolution en reconnaissant une fracture de la
colonne vertébrale, en la prenant en charge de manière adéquate, et en
respectant des règles durant le transport.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.13

1.2.2 LE SYSTÈME RESPIRATOIRE

On ne peut vivre sans l’oxygène de l’air ambiant. Presque tous les orga-
nes, tissus et cellules de notre corps ont besoin d’oxygène afin de pouvoir
“travailler”. Cet oxygène sert à la combustion des substances nutritives
libérant l’énergie nécessaire pour assurer différentes tâches. Cette com-
bustion produit du gaz carbonique qui doit être éliminé. Nous captons
l’oxygène de l’air ambiant: il en contient 21%. Pour que l’air ambiant et
donc l’oxygène, parvienne à notre corps, et pour que le gaz carbonique
en soit éliminé, nous disposons du système respiratoire. Il s’agit d’un
système vital dont la connaissance de l’anatomie et de la physiologie est
très importante.

De quoi est constitué L’air est aspiré par le nez ou la bouche. A l’arrière du pharynx, près du
le système respiratoire? larynx, se trouve une bifurcation qui sépare l’air et les aliments. L’air suit
la voie de la trachée, alors que les aliments suivent la voie de l’œso-
phage. Afin que les aliments ne traversent pas la trachée, l’épiglotte se
ferme lorsque nous avalons. Le repère externe de l’épiglotte est la
Pomme d’Adam. Le larynx contient aussi les cordes vocales.

La trachée, longue d’environ douze centimètres, est renforcée par des


anneaux de cartilage. La trachée se termine par une bifurcation en deux
bronches, dont l’une assure la ventilation du poumon gauche et l’autre
celle du poumon droit.

Au niveau du poumon, les bronches se rétrécissent par bifurcations


successives et aboutissent finalement dans des unités microscopiques et
membraneuses que l’on appelle les alvéoles. La paroi des alvéoles est
traversée par des vaisseaux sanguins minuscules, les capillaires. Le
sang qui circule dans ces capillaires absorbe l’oxygène de l’air inspiré et
élimine le gaz carbonique du sang. La paroi des alvéoles sert de zone
d’échanges gazeux entre les systèmes respiratoire et circulatoire; elle
permet l’absorption de l’oxygène et l’élimination du gaz carbonique.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.14

FIG. 1.8

LE SYSTÈME RESPIRATOIRE
1. voie respiratoire
+ poumons
cavité nasale
cavité orale
pharynx
épiglotte larynx
œsophage
trachée,

bronche

alvéole

plèvre

agrandissement
2. alvéole

bronche terminale
paroi d’une alvéole
O2
capillaire pulmonaire
CO2
absorption
de l’oxygène
élimination du gaz
carbonique

Légende: les voies respiratoires (1) se ramifient jusqu’aux alvéoles


(2) où le gaz carbonique est éliminé du sang qui s’enrichit d’oxygène.

Comment fonctionne La cage thoracique fonctionne comme un soufflet. Quand les muscles
le système respiratoire? thoraciques et le diaphragme se relâchent, le volume de la cavité pul-
monaire diminue et par conséquent le volume des poumons aussi. Ceci
entraîne une augmentation de la pression pulmonaire. De ce fait, cette
pression pulmonaire dépasse la pression atmosphérique, ce qui permet
l’expiration de l’air des poumons. Lors de l’inspiration, on assiste au
processus inverse. Les muscles thoraciques et le diaphragme se con-
tractent et augmentent le volume de la cage thoracique. De ce fait le
volume des poumons augmente et fait tomber la pression pulmonaire.
Ceci entraîne un courant d’air vers les poumons. La différence entre la
pression pulmonaire et atmosphérique reste toujours très mince. Cepen-
dant, cette différence suffit largement pour que l’air transite d’une pres-
sion supérieure à une pression inférieure. Si cet équilibre délicat est per-
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.15

turbé, la respiration, et par conséquent l’apport d’oxygène, est hypo-


théquée. Ces perturbations comportent un risque vital. La coordination
des mouvements de la respiration est assurée par le centre respiratoire du
cerveau.
Une respiration normale assure le déplacement d’un demi-litre d’air.
L’adulte respire environ 10 à 15 fois par minute. Il est évident que la
respiration sera plus profonde et plus rapide si quelqu’un est soumis à des
efforts plus importants. L’adaptation du corps à l’effort est automatique.
Si le taux d’oxygène de l’air est insuffisant, ou si la concentration de gaz
carbonique dans le sang est trop élevée, le rythme de la respiration aug-
mentera.

Les plèvres, la cavité pleurale.


Tous les mouvements des poumons dans la cage thoracique sont dépen-

FIG. 1.9

Inspiration Expiration
LES MOUVEMENTS
RESPIRATOIRES DES POUMONS

L’inspiration augmente le L’expiration diminue le


volume thoracique: la pression volume thoracique: la pression
intrathoracique diminue, intrathoracique monte,
l’air entre. l’air est évacué.

dants du bon état de deux membranes très importantes: les plèvres.


Une de ces membranes recouvre la surface interne de la cage thoracique.
L’autre recouvre la surface externe du poumon. Entre ces deux mem-
branes, un espace très petit existe: la cavité pleurale.
Lorsque la cavité thoracique augmente de volume, il existe une pression
négative (très faible) dans la cavité pleurale.
Le poumon est donc “aspiré”, suit la paroi thoracique, et donc, aug-
mente de volume. C’est l’inspiration.
Ces membranes (les plèvres) sont relativement fragiles et sensibles à
diverses agressions (des chocs, des blessures, des infections, ...).
Si les plèvres (que ce soit la plèvre externe ou la plèvre interne) subissent
un dommage important, de l’air peut envahir l’espace pleural. A ce
moment, on parle de pneumothorax.
Si une infection pulmonaire est communiquée aux plèvres, on parle de
pleurésie.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.16

Points importants que Considérons de nouveau quelques exemples qui démontrent l’impor-
l’ambulancier doit retenir tance du système respiratoire du point de vue pratique de l’ambulancier.

• Le corps ne saurait survivre sans oxygène. S’il y a un arrêt respiratoire


ou si la respiration est insuffisante, l’intervention de l’ambulancier est
urgente. Des dommages irréversibles des cellules cérébrales s’installent
après 4 à 6 minutes sans oxygène.

• Souvent les voies respiratoires sont obstruées par la langue, par des ali-
ments, par des vomissements. Cette situation se produit fréquemment
chez le patient inconscient. L’ambulancier devra apprendre comment
libérer les voies respiratoires.

• Si des côtes sont fracturées ou si le patient a subi une plaie pénétrante


de la cage thoracique, la fonction de soufflet de cette dernière n’est plus
assurée. L’ambulancier devra reconnaître cette situation et apprendre
les gestes thérapeutiques nécessaires.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.17

1.2.3 LE SYSTÈME CIRCULATOIRE

La circulation sanguine fonctionne comme un système d’irrigation, qui


distribue le sang au corps entier. Grâce à la circulation, tout le corps est
ravitaillé en oxygène, en énergie et en d’autres éléments vitaux. La cir-
culation sert également de circuit d’évacuation des déchets, produits
par les diverses fonctions de notre corps.
En cas d’arrêt de la circulation sanguine, l’apport d’oxygène s’arrête
également, ce qui est fatal pour les cellules du corps humain. En parti-
culier, les cellules nerveuses du cerveau ne peuvent résister au manque
d’oxygène que très peu de temps.
La circulation sanguine joue également un rôle important dans la pro-
tection du corps contre des maladies et des infections.
La circulation sanguine véhicule les hormones (produites par les glandes
du corps humain) et les médicaments administrés de l’extérieur à
l’homme.
La circulation participe également au mécanisme de régulation de la
température interne du corps. Par grande chaleur, les vaisseaux san-
guins de la tête, des bras et des jambes se dilatent, permettant ainsi
l’évacuation d’une partie de la chaleur vers l’extérieur. Quand il fait froid,
les vaisseaux se contractent, de sorte que la chaleur du corps est con-
servée dans le corps humain.

FIG. 1.10a

LE SYSTÈME CIRCULATOIRE

veine
cœur

veine cave
aorte

artère

capillaires

légende ■ veine
■ artère
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.18

De quoi est composé Le système circulatoire se compose d’une pompe (le cœur) qui véhicule
le système circulatoire? un liquide (le sang) à travers un vaste réseau ramifié de tuyaux et de tubes
plus fins (les vaisseaux sanguins et les capillaires).

Le cœur est un muscle creux (fig. 1.10b). La cavité du cœur est divisée
en quatre compartiments: les oreillettes gauche et droite et les ventricu-
les gauche et droit.

FIG. 1.10b

LE CŒUR aorte
veine cave
artère pulmonaire

oreillette droite
oreillette gauche

• • artère coronaire

ventricule droit

ventricule gauche

Le sang est propulsé par le cœur dans les vaisseaux sanguins (fig.
1.10a). Il y a trois sortes de vaisseaux sanguins. Les artères transportent
le sang du cœur vers les autres parties du corps. Elles ont un diamètre
important et sont très élastiques, parce qu’elles reçoivent du sang sous
pression (pression artérielle); cela est dû aux contractions cardiaques. Les
artères doivent donc être capables de résister à une pression élevée.
Cette pression, qui se traduit par le pouls, est le battement du sang que
l’on palpe au niveau des artères. Finalement les artères se ramifient dans
les capillaires (fig. 1.11). Ce sont des vaisseaux sanguins très fins qui
parcourent le tissu du corps comme un réseau “en dentelle”. Leur paroi
très mince permet l’échange avec les cellules qu’elles irriguent. Les élé-
ments véhiculés par le sang, comme l’oxygène, sont échangés au niveau
des pores de la paroi des capillaires.
Le sang retourne par les veines vers le cœur. La paroi des veines est plus
fragile que celle des artères.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.19

FIG. 1.11
cerveau
LA GRANDE ET capillaires
LA PETITE CIRCULATION

grande circulation

poumon

veine pulmonaire
artère pulmonaire

oreillette droite
oreillette gauche

ventricule droit
ventricule gauche
veine cave

foie
intestin

rein

muscles et peau
capillaires

Légende: La petite circulation part du ventricule droit vers les


artères pulmonaires; au niveau des poumons, le gaz carbonique est
éliminé et l’oxygène ajouté; de là le sang retourne par les veines
pulmonaires vers l’oreillette gauche.

Dans la circulation sanguine, on distingue la grande et la petite circula-


tion. La grande circulation part du ventricule gauche par l’aorte vers
toutes les parties du corps humain. Les artères importantes qui fournis-
sent au muscle cardiaque le sang oxygéné s’appellent les artères coro-
naires. Appauvri en oxygène et chargé de dioxyde de carbone, le sang
retourne vers l’oreillette droite.

A ce niveau de l’oreillette commence la petite circulation: au départ de


l’oreillette droite le sang est chassé vers le ventricule droit et de là refoulé
vers les poumons. Dans les poumons, le gaz carbonique est éliminé vers
l’extérieur et le sang est enrichi d’oxygène. Le sang oxygéné retourne
vers l’oreillette gauche, et le cycle recommence.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.20

A quoi servent Des valves dirigent passivement, à chaque contraction cardiaque, le


les valves cardiaques? débit sanguin. Dans la partie droite du cœur, le sang qui revient du corps
est dirigé de l’oreillette droite vers le ventricule droit; ensuite, du ventri-
cule droit vers l’artère pulmonaire. Dans la partie gauche du cœur, le sang
oxygèné qui revient des poumons est orienté de l’oreillette gauche vers
le ventricule gauche puis de celui-ci vers l’aorte.

De quoi se compose Le sang se compose de plasma et d’éléments figurés. Le corps humain


le sang? d’un adulte contient approximativement 5 à 6 litres de sang, celui d’un
nouveau-né environ 1 litre.
Le plasma est un liquide jaunâtre qui véhicule les éléments figurés du
sang, un peu comme l’eau d’une rivière transporte des grains de sable. Le
plasma contient également des substances qui contribuent à la protection
de l’organisme contre les infections et des éléments nécessaires à la
coagulation du sang.

Il y a trois types importants d’éléments figurés. Les globules rouges qui


transportent l’oxygène sont au nombre de 5.000.000 par mm3. Ils con-
tiennent une substance rouge, l’hémoglobine, capable de fixer beaucoup
d’oxygène. Les globules rouges sont fabriqués par la moelle osseuse.
Les globules blancs sont les “sentinelles” du corps. Ils patrouillent par
milliers dans le torrent sanguin (+ 10.000 par mm3 de sang). Ils sont
également produits par la moelle épinière.
Les plaquettes jouent un rôle important dans l’hémostase (la coagula-
tion). Elles sont au nombre de 150.000 - 300.000 par mm3.

Comment fonctionne Les contractions du muscle cardiaque propulsent le sang. Ces contrac-
le système circulatoire? tions sont commandées par des impulsions électriques internes. Ce
centre électrique peut se comparer à une pile qui fournit des décharges à
intervalles réguliers. Le muscle cardiaque est équipé de son propre
“système de câblage”, qui transmet le courant vers les différentes zones
du cœur.
La fréquence des battements du cœur détermine le rythme cardiaque (et
par conséquent le rythme des pulsations). C’est cette fréquence qui est
mesurée lorsqu’on palpe le “pouls”.
La puissance de la contraction du cœur et la dilatation des vaisseaux san-
guins déterminent la tension artérielle.
La circulation est “forcée” dans un sens déterminé par le jeu des valves
cardiaques et par l’action d’autres valves situées dans les veines.

Pourquoi le système circulatoire • Quand la circulation sanguine s’arrête, le transport d’oxygène est inter-
est-il important pour rompu et les cellules des différents tissus, dont le cerveau, meurent.
l’ambulancier? L’ambulancier doit être capable de contrôler la présence d’une circula-
tion. Voilà pourquoi vous devez savoir où se trouvent les vaisseaux san-
guins les plus importants pour prendre le pouls (carotide et artère du
poignet).

• Quand une artère coronaire est obstruée, le muscle cardiaque ne reçoit


plus d’oxygène. Le patient se plaint d’une douleur au niveau du thorax,
c’est une situation grave que vous devrez reconnaître.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.21

1.2.4 LE SYSTÈME LOCOMOTEUR

Constitution et fonctionnement Le squelette est l’armature de notre corps. Les os du squelette sont liés
par les articulations. Pour la plupart des mouvements, les muscles sont
nécessaires.

Le squelette est un assemblage de 206 os ou osselets. Le crâne est


constitué d’une structure osseuse qui, comme une boîte protectrice,
enferme le cerveau. La colonne vertébrale est indispensable pour la sta-
tion debout et protège la moelle épinière. La colonne vertébrale associe
des qualités de rigidité et de souplesse car les vertèbres rigides sont
liées par des articulations souples.

Les articulations sont des “charnières” qui nous permettent des mou-
vements. Ce sont des surfaces de contact qui naturellement sont suscep-
tibles d’usure par friction entre les parties en mouvement. Les articula-
tions sont aussi susceptibles d’être blessées en cas d’accident. Des
ligaments consolident les différentes parties d’une articulation.

FIG. 1.12

crâne
LE SQUELETTE

mandibule

clavicule
ÉPAULE
sternum
côte
xyphoïde
COUDE
humérus
colonne vertébrale
cubitus
radius
bassin
sacrum
HANCHE

main
POIGNET

fémur

GENOU

rotule

tibia
péroné

CHEVILLE

pied

Légende: QUELQUES ARTICULATIONS IMPORTANTES


Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.22

FIG. 1.13

os
UNE ARTICULATION

cartilage
• liquide synovial
capsule articulaire

ligament

Légende: Sous la capsule articulaire on trouve le contenu de


l’articulation: le cartilage et le liquide synovial.

La masse musculaire représente 40-50% du poids du corps. Il existe


près de 501 muscles différents qui sont capables de contraction. Ils
assurent notre équilibre car même dans une position fixe nous avons
besoin de contractions musculaires !
Les muscles n’assurent pas seulement le mouvement mais aussi la pro-
duction de chaleur.
Si une personne a tendance à se refroidir, la température interne sera res-
taurée par des frissons qui sont réglés par un réflexe automatique.
Les muscles sont rattachés aux os par des tendons. Les muscles respon-
sables de mouvements sont commandés par des nerfs moteurs.

L’examen du système locomoteur fournit très certainement des infor-


mations importantes pour l’ambulancier:
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.23

FIG. 1.14

LE SYSTÈME MUSCULAIRE muscle facial

muscle cervical

muscle pectoral

muscle brachial

muscle abdominal
aponévrose
abdominale

muscle de la main

muscle de la cuisse

tendon rotulien

muscle jambier

muscle du pied

Légende: ■ muscles ■ os
■ tendons aponévroses ■ ligaments

Importance du système Souvent des os sont fracturés, des articulations endommagées, des mus-
locomoteur pour l’ambulancier cles sont contusionnés. Il est donc important que l’ambulancier puisse
reconnaître les différentes parties du système locomoteur.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.24

1.2.5 LE SYSTÈME DIGESTIF

Le système digestif digère les éléments nutritifs des aliments. Ces élé-
ments sont employés comme source d’énergie ou comme matériaux de
construction pour les cellules de notre corps.

De quoi est constitué La structure de base du système digestif est un long tube creux. Il com-
le système digestif? mence dans la cavité orale, se prolonge par l’œsophage, l’estomac, les
intestins, pour aboutir à l’anus. La digestion se réalise dans ce canal
digestif, grâce à des substances digestives sécrétées par des organes
comme le foie ou le pancréas.
Les organes de la cavité abdominale qui constituent le système digestif
sont enveloppés du péritoine.

FIG. 1.15
œsophage
LE SYSTÈME DIGESTIF
rate
estomac
foie pancréas
vésicule biliaire
duodénum

gros intestin
intestin grêle
appendice

anus

Légende: Le pancréas (en jaune) est en majeure partie dissimulé par le


gros intestin.

Comment fonctionne Dans la cavité buccale, les aliments sont broyés et mélangés à la salive.
le système digestif? La salive contient de nombreuses substances qui entament la digestion
des aliments. La digestion débute donc dans la bouche. L’œsophage
conduit les aliments mâchés de la bouche à l’estomac. L’estomac con-
tinue à broyer les aliments, ceci est facilité par sa forme en sac et son
tonus musculaire. Au niveau de l’estomac, les aliments sont mélangés
avec l’acide gastrique et d’autres substances digestives. Les aliments
passent ensuite au niveau du duodénum qui est le début de l’intestin
grêle. C’est à ce niveau que tous les éléments nutritifs sont extraits vers
le sang. Les déchets sont propulsés dans le gros intestin (côlon). Ce seg-
ment sert surtout à récupérer des liquides. Le corps garde ainsi son eau
et les déchets sont aussi concentrés que possible dans les selles.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.25

Pourquoi le système digestif • Au niveau de la gorge, les voies respiratoires et le tube digestif s’entre-
est-il important croisent. Lors de la déglutition, des aliments peuvent suivre une fausse
pour l’ambulancier? route et causer une obstruction partielle ou totale des voies respiratoi-
res. Dans ce manuel, vous apprendrez à reconnaître cette situation et le
traitement correspondant.

• En cas d’accident accompagné d’une brusque décélération ou lors d’un


impact sur la cavité abdominale, les organes internes comme le foie
peuvent être endommagés; ceci peut occasionner des hémorragies
internes avec danger de mort.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.26

1.2.6 LE SYSTÈME URO-GÉNITAL

L’appareil urinaire purifie le sang et excrète des déchets. Il contrôle le


niveau d’hydratation du corps (qui est composé de 75% d’eau). La pro-
duction de l’urine est en moyenne de 1,5 litre par jour (cette quantité
dépend du volume des boissons). Le système génital assure la repro-
duction. Il détermine les différences physiques, les sexes. Il assure la
fécondation de l’ovule par le sperme.

Configuration et fonction La purification du sang est assurée par les reins. On peut les considérer
du système uro-génital comme une station d’épuration du corps. Simultanément, les reins règlent
l’acidité et l’hydratation du sang, ainsi que la concentration d’autres
substances chimiques importantes. Les reins sont situés du côté dorsal de
la cavité abdominale, à côté de la colonne vertébrale.
Au niveau des reins, le liquide qui a été filtré du sang (= la production
d’urine ou diurèse) est excrété par les uretères vers la vessie. L’urine est
expulsée de ce réservoir par l’urètre. La partie distale du système urinaire
est très proche du système génital: chez l’homme le système urinaire ter-
minal traverse le pénis; chez la femme le système urinaire aboutit entre
les lèvres de la vulve.

FIG. 1.16
sang purifié
L’APPAREIL URINAIRE sang à purifier

rein

uretère

vessie

urètre

Légende: Les artères rénales évacuent les déchets vers les reins.
Là, les déchets sont excrétés vers la vessie. Le sang purifié recircule
par les veines rénales vers le corps.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.27

Le système génital masculin visible est composé du pénis et du scrotum


qui contient les testicules. La partie interne du système génital masculin
est constituée par la prostate et les cordons spermatiques. Les testicules
produisent le sperme. La prostate entoure la partie interne de l’urètre. La
prostate sécrète une solution indispensable au sperme (fig. 1.17).
Tout le système génital féminin se trouve dans le bassin. Les ovaires
sont responsables de la production des ovules qui, à chaque cycle men-
suel, sont transportés vers l’utérus. L’ovules se niche dans la paroi de
l’utérus. Lorsque l’ovule est fécondé par les spermatozoïdes, les condi-
tions sont réunies pour le développement d’un embryon. Sans féconda-
tion l’ovule sera rejeté avec du sang. Ce phénomène cyclique est appelé
menstruation. Le vagin relie l’utérus au monde extérieur (fig. 1.18).

FIG. 1.17

LE SYSTÈME
GÉNITAL MASCULIN
uretère

vessie
prostate

cordon spermatique
pénis
testicule
scrotum

Légende: Vue de trois quarts du système génital masculin.

FIG. 1.18

LE SYSTÈME
GÉNITAL FÉMININ

ovaire
oviducte
utérus

vagin

Légende: Le système génital féminin se situe entièrement


dans le bassin.

Pourquoi le système uro-génital En cas d’accident accompagné d’impacts importants ou de décéléra-


est-il important pour tions très brusques, les reins peuvent être endommagés. Ce sont des
l’ambulancier? organes vulnérables, susceptibles de subir des lésions qui s’accompagnent
d’hémorragies profuses. L’ambulancier devra reconnaître cette situation
et la traiter de manière adéquate.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.28

1.2.7 LES GLANDES ENDOCRINES

Les glandes endocrines produisent des substances libérées dans la cir-


culation. Ces substances sont appelées “hormones”. Les hormones sont
distribuées dans le corps entier et ont une influence spécifique sur diffé-
rents organes et tissus.

Une des glandes endocrines la plus importante est le pancréas. Non seu-
lement le pancréas est responsable de la sécrétion d’enzymes digestifs
mais il produit aussi l’insuline. L’insuline est indispensable pour contrô-
ler le taux de sucre sanguin et cellulaire. Des cellules sans insuline sont
privées d’énergie. Il existe des personnes dont le pancréas ne sécrète pas
ou insuffisamment d’insuline (les diabétiques) et qui nécessiteront des
injections régulières d’insuline.

Aspect important des glandes Des patients diabétiques qui se sont injectés une quantité d’insuline trop
endocrines pour l’ambulancier élevée présenteront une symptomatologie de manque de sucre. Il est
important que l’ambulancier puisse relever ces symptômes.

1.2.8 LE SYSTÈME IMMUNITAIRE

Notre système immunitaire nous défend contre des molécules étrangères


à notre organisme. Nous formons des anticorps contre ces molécules
(appelées antigènes) et, grâce à des cellules spécialisées (globules blancs
dont les lymphocytes), nous détruisons ces antigènes. Ce mécanisme est
capital pour nous défendre contre les infections. La vaccination est basée
sur ce principe de défense et provoque la préparation des anticorps spé-
cifiquement orientés contre tel aggresseur (virus de l’hépatite par exem-
ple).

Importance du Certaines vaccinations sont importantes pour la profession d’ambulancier


système immunitaire (tétanos, hépatite). Discutez-en avec votre médecin traitant ou avec
pour les ambulanciers votre médecin du travail. Certaines réactions immunologiques violentes
peuvent être la cause d’un appel au “100”; le choc anaphylactique pro-
voqué chez certains patients par une piqûre de guêpe en est l’exemple
typique.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.29

1.2.9 LES ORGANES DES SENS

Les organes des sens nous permettent de voir, d’entendre, de toucher, de


goûter et de sentir.
Il y a deux organes des sens importants pour l’ambulancier. Les yeux et
les oreilles sont des organes externes qui peuvent être endommagés ou
qui peuvent fournir des informations importantes en cas de maladie.

L’Œil

L’œil capte la lumière à travers une membrane transparente (la cornée)


qui protège une lentille (le cristallin). La lumière qui pénètre dans l’œil est
concentrée sur la rétine. La rétine transmet les impulsions de la lumière
vers le cerveau où ces données visuelles sont décodées et transformées
en images.
De l’extérieur nous voyons le blanc de l’œil (la conjonctive), un anneau
coloré (l’iris) et un point central noir (la pupille). La pupille est le dia-
phragme ajustable par lequel la lumière pénètre dans l’œil.

Aspects importants Normalement, les deux pupilles présentent un diamètre identique. Cer-
pour l’ambulancier taines lésions du cerveau peuvent entraîner des diamètres pupillaires
différents. L’ambulancier doit remarquer cela et savoir que ce signe cor-
respond à une souffrance cérébrale.

FIG. 1.19

L’ŒIL
sourcil
paupière
iris
pupille
conjonctive

Légende: Le diamètre de la pupille fournit des informations


importantes sur l’état de santé du patient.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.30

L’Oreille

L’oreille n’est pas seulement l’organe responsable de l’ouïe: sa structure


interne abrite également l’organe de l’équilibre.

Le pavillon de l’oreille est relié au tympan par le conduit auditif externe.


C’est là que les ondes sonores sont transformées en vibrations qui sont
converties en impulsions par la chaîne des osselets (le marteau, l’enclume
et l’étrier, noms inspirés de la forme des osselets). Le tympan est une
membrane extrêmement sensible qui peut être abîmée par des objets
pointus ou des changements brusques de pression.

Dans la partie moyenne de l’oreille, située entièrement à l’intérieur du


crâne, se trouvent les canaux semi-circulaires qui analysent en perma-
nence la position de notre corps. Ces données très importantes pour
notre équilibre sont retransmises au cerveau. Celui-ci les traduit en com-
mandes musculaires qui maintiennent l’équilibre du corps.
L’oreille moyenne est en communication directe avec la gorge par la
trompe d’Eustache.

FIG. 1.20
pavillon
L’OREILLE
organe de l’équilibre
conduit auditif interne

osselets
tympan
conduit auditif externe
trompe d’Eustache

Légende: oreille externe: pavillon, conduit auditif externe


oreille moyenne: tympan, osselets, trompe d’Eustache
oreille interne: conduit auditif interne, organe de
l’équilibre

Importance de l’oreille • Des changements brusques et importants de pression, par exemple en


pour l’ambulancier cas d’explosion, peuvent déchirer le tympan.

• En cas de fracture du crâne, il peut exister un passage entre la fracture


et l’oreille interne, moyenne ou externe. Cela se traduit par des pertes
de sang visibles dans l’oreille externe. Ceci indique souvent une situa-
tion très grave. L’ambulancier doit remarquer ces pertes de sang et
savoir qu’il s’agit d’une situation grave.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.31

1.2.10 LA PEAU

Anatomie et fonction de la peau La peau est constituée de l’épiderme, du derme et du tissu sous-cutané.
Dans la peau sont logés les extrémités de nerfs du toucher et de la dou-
leur, des vaisseaux sanguins, des glandes sudoripares, des glandes
sébacées et les bulbes pileux (racines des poils).
• La peau protège contre les infections, la perte d’eau, les rayons solaires
et les substances chimiques.
• La peau est perméable. Nombre de médicaments (mais aussi de sub-
stances toxiques) peuvent pénétrer par la peau.
• La peau assure un contrôle important dans la régulation de la tempé-
rature du corps. Par grande chaleur, la peau sécrète une solution liquide
(la transpiration). L’ évaporation de cette transpiration se traduit par un
abaissement de la température interne de l’organisme. La peau est
donc importante dans le processus de la régulation de la température.

FIG. 1.21

LA PEAU

poil

EPIDERME

DERME
gl. sudoripare
gl. sébacée
graisse HYPODERME

terminaison nerveuse
racine d’un poil
vaisseau capillaire

Légende: Les trois couches de la peau: épiderme, derme et hypoderme.

Importance de la peau La peau est très sensible aux agressions extérieures comme par exemple
pour l’ambulancier une température trop élevée ou des substances chimiques caustiques. En
tant qu’ambulancier, vous rencontrerez des brûlures dont il faudra estimer
la gravité et organiser le début de la thérapeutique.
Chapitre 1 L e c o r p s h u m a i n 1.32

RÉSUMÉ DU CHAPITRE 1

La localisation des organes dans le corps humain est


décrite par l'anatomie. L'ambulancier doit connaître où se
trouvent les organes les plus importants.

Les organes fonctionnent en systèmes. Le fonctionnement


de ces systèmes est décrit par la physiologie. L'ambulancier
doit comprendre comment fonctionnent les systèmes les
plus importants.

Trois systèmes ont une importance vitale:


• le système nerveux
• le système respiratoire
• le système circulatoire

La première mission de l'ambulancier est de soutenir les


fonctions vitales du patient.
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
LES
2
PREMIERES
MINUTES

CONTENU

2.1 Evaluation de la situation

2.2 Evaluation primaire du


patient
2.2.1 Evaluation primaire rapide
du patient
2.2.2 Evaluation primaire plus
détaillée

2.3 Evaluation secondaire


du patient

2.4 Transport vers l’hôpital


Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.2

Dès que vous arrivez sur place, vous êtes responsable du patient. Votre
premier et unique but est de le secourir de manière rapide et adéquate.
Ceci ne sera possible que si vous suivez une procédure bien définie.
Cette procédure consiste en une évaluation systématique de la situation
du patient suivie des mesures qui s’imposent. Ce chapitre décrit ces
procédures à l’aide d’un diagramme qui sera le fil conducteur de tout le
syllabus.

Evidemment, la connaissance de ces procédures ne peut pas être seule-


ment théorique; il vous faudra accumuler une expérience pendant des
années de pratique. Voilà pourquoi ce chapitre est peut être le plus diffi-
cile de tout le syllabus. Ce chapitre est en quelque sorte un condensé du
syllabus. Ne vous laissez pas impressionner par la quantité de nouvelles
informations que contiennent les pages qui suivent. Le tout sera détaillé
ensuite. Après avoir parcouru le reste du syllabus, ce chapitre sera beau-
coup plus clair. Très vite, les procédures décrites dans le diagramme vous
seront familières dans votre pratique de routine. Vous apprendrez qu’il est
possible d’accomplir beaucoup de choses dans un laps de temps court.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.3

LE PLUS IMPORTANT D’ABORD

La gravité de la maladie ou d’un accident varie selon les cas. Si des


patients sont peu atteints, d’autres peuvent se trouver en danger de
mort.
L’ambulancier doit pouvoir évaluer la gravité du problème. Ainsi un
ambulancier sera capable de réactions adéquates qui peuvent sauver la
vie d’un patient ou prévenir toute détérioration de la santé. Vous serez
toujours guidé par la réponse à cinq questions:

1.Quelles sont les circonstances que vous découvrez? Les con-


ditions d’intervention sont-elles sûres et contrôlez-vous la
situation?
2.L’évaluation primaire rapide montre-t-elle un danger de mort?
Si ce n’est pas le cas, vous pouvez procéder à une évaluation
primaire plus détaillée.
3.L’évaluation primaire détaillée montre-t-elle que le patient se
trouve quand même dans une situation critique?
4.Quels sont les éléments de l’évaluation secondaire?
5.Etes-vous prêt pour le départ et le transport vers l’hôpital?

L’ordre des questions ne s’improvise pas. Les questions les plus impor-
tantes sont posées en premier lieu.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.4

2.1 Evaluation de la situation

Si le préposé du centre 100 vous a informé de la situation sur place, vous


pouvez prendre des précautions pour votre propre sécurité pendant le
trajet vers le patient: enfiler des gants, adapter vos vêtements aux con-
ditions atmosphériques, préparer des torches électriques. Vous pouvez
vous faire une idée du matériel dont vous aurez besoin.
A votre arrivée, vous informez le centre 100: “Sur place”.

À L’ARRIVÉE ...

Dès que vous arrivez sur place, il vous faudra d’abord avoir une vue
globale de la situation. Une observation précise peut vous apprendre
beaucoup à propos des circonstances. Parfois une appréciation rapide est
suffisante, souvent il faudra rechercher activement des facteurs de
menace. Il vous faudra examiner immédiatement les environs, pour deux
raisons:

• Contrôler s’il y a encore du danger pour les intervenants ou le patient.


• Informer le centre 100 des circonstances locales, ce que seul un inter-
venant qui est sur place peut faire. Cela sera d’une importance capitale
pour les intervenants suivants.
DIAGRAMME 2.1

ARRIVEE
aide technique

EVALUATION DE CENTRE
LA SITUATION SUR DANGER
PLACE A L’ARRIVEE 100
SECURITE SMUR

EXISTE-T-IL UNE MENACE DE DANGER?

La situation dans laquelle le patient se trouve peut être dangereuse. Fai-


tes attention aux dangers possibles, tant pour le patient que pour vous.
• Enfilez des gants, surtout si vous voyez du sang.
• Ne vous introduisez jamais dans un espace rempli de fumée sans
l’assistance des pompiers.
• Présence de gaz toxiques? Un patient inconscient dans une salle de
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.5

bains peut signifier une intoxication au monoxyde de carbone. Il vous


faudra aérer la pièce.
• Quelles sont les conditions atmosphériques? En cas de pluie, de neige
ou de verglas, il faut prévenir toute hypothermie; le soleil ou la chaleur
intense peuvent causer des insolations ou des hyperthermies.
• Si la victime se trouve dans une voiture accidentée ou dans un bâtiment
instable, libérez la victime avec une prudence extrême.
• Les épaves de voitures accidentées peuvent gêner la circulation et pré-
senter un danger pour les autres usagers de la route.
• Une fuite de carburant présente un grand risque d’inflammation.
• Un conteneur ou un camion-citerne déchiré peut contenir des produits
dangereux.
• Des câbles électriques arrachés occasionnent un danger d’électrocution.

Le chapitre 13 détaillera cet aspect des dangers et de la sécurité au tra-


13.3
vail de l’ambulancier.

DEMANDEZ DE L’AIDE SUPPLÉMENTAIRE

La première question que vous vous posez dans ces circonstances est:
vous trouvez-vous dans une situation à risque spécifique? Existe-t-il un
risque pour votre propre sécurité ou pour celle de la victime? Une aide
supplémentaire (spécialisée) s’impose-t-elle? Cette aide peut être tech-
nique ou médicale (flèche verte sur le diagramme).

Pour l’aide technique vous pouvez faire appel aux pompiers. Par exem-
ple, ceux-ci disposent du matériel adapté pour libérer des victimes
coincées. Souvent vous aurez besoin de l’intervention de la police ou de
la gendarmerie pour contrôler la circulation. N’oubliez pas que vous
n’êtes pas qualifié pour régler celle-ci.

Lorsqu’il y a plusieurs victimes, une aide ambulancière supplémentaire


11
peut être nécessaire: plusieurs ambulances. En cas de “catastrophes”
avec un nombre élevé de victimes, on demandera au centre 100 d’activer
le plan “catastrophe”. Il est parfois évident qu’une aide médicale spécia-
lisée du SMUR est nécessaire, par exemple lors d’un arrêt cardiaque ou
lorsque vous trouvez sur place un médecin en train de réanimer le
patient.

QUAND LE PATIENT EST-IL EN DÉTRESSE?

Pendant que vous courez de l’ambulance au patient, vous pouvez appren-


dre beaucoup d’éléments sur les circonstances qui entourent le sinistre et
la situation du patient.
Ecoutez les passants ou les premiers témoins tout en ne vous laissant pas
distraire du patient. Les témoins peuvent vous informer par exemple: “il
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.6

est tombé d’une échelle”, ou “il se trouve sur un câble électrique”.


En inspectant la situation vous verrez si quelque chose est tombé sur le
patient, s’il y a eu un incendie, si le patient est tombé. En cas d’accident
de voiture, une inspection à travers le pare-brise peut vous apprendre
beaucoup de choses: le volant a-t-il été déformé?, le pare-brise est-il
brisé ou fêlé? Cela peut vous orienter vers le type de lésions à rechercher.
La position du patient peut apporter des informations. Le patient se
trouve-t-il dans une position inhabituelle? Voyez-vous du sang? Le patient
se plaint-il de douleur? Les vêtements sont-ils déchirés? De la sorte vous
pouvez collecter beaucoup d’informations utiles, même avant d’avoir
parlé au patient ou de l’avoir touché. Pas à pas, vous apprendrez dans ce
manuel les choses importantes qu’il faut contrôler.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.7

2.2 Evaluation primaire du patient

L’évaluation primaire a pour but de vérifier systématiquement si les


lésions ou la maladie mettent en danger la vie du patient. Danger pour la
vie veut dire qu’il y a perturbation ou menace des fonctions vitales (“vita”
veut dire en latin “vie”). Ces fonctions ont été amplement décrites dans
le chapitre 1: le système nerveux (conscience), la respiration et la circu-
lation.
Dans l’évaluation primaire nous discernons:
1. l’évaluation primaire rapide où toute atteinte qui menace la vie, doit
être reconnue et traitée immédiatement.
2. une récapitulation de l’évaluation primaire lorsque l’évaluation pri-
maire rapide le permet.

2.2.1 L’ÉVALUATION PRIMAIRE RAPIDE

DIAGRAMME 2.2
DANGER

SECURITE

EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT
évaluation primaire rapide
Réanimation
conscience Cardio
voies respiratoires PATIENT
respiration CRITIQUE Pulmonaire
circulation
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

SMUR
NON CRITIQUE

L’évaluation primaire commence par une appréciation de la conscience


et se poursuit par l’ABC de l’aide médicale urgente. Cet ABC est une
abréviation internationale qu’on emploie pour désigner les étapes suc-
cessives de l’évaluation primaire: Air passage, Bouche-à-bouche, Circu-
lation. Vous devrez réaliser rapidement cette évaluation rigoureusement
dans cet ordre:
(1) les voies respiratoires sont-elles dégagées?
(2) le patient respire-t-il ou doit-il être ventilé?
(3) la circulation sanguine est-elle normale?
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.8

La procédure ABC est systématique, ce qui veut dire que vous ne pour-
rez entamer l’étape suivante que si la précédente a été couronnée de
succès. C’est une procédure où vous devrez traiter le patient tout en
l’examinant. Ceci implique que vous n’observerez la respiration qu’après
avoir dégagé les voies respiratoires. Peu importe le point C, tant que le
point A n’a pas été contrôlé et traité.

En aucun cas, on ne saurait s’écarter de la priorité absolue de l’ABC, aus-


si spectaculaires que soient les blessures. Par exemple, dans le cas d’un
blessé inconscient, il est dangereux de s’occuper d’abord de l’origine
d’une hémorragie (C) et ne pas s’assurer que les voies respiratoires sont
libres (A), car la victime risque d’étouffer et de faire un arrêt cardiaque.

Si la première évaluation de la situation et du patient montre une altéra-


tion de l’état de conscience, de la respiration ou de la circulation, appe-
lez immédiatement le SMUR.

Conscience? Il faut toujours d’abord vérifier si le patient est conscient. Pour vous en
Le patient réagit-il? assurer, adressez-lui la parole. Présentez-vous “Je suis l’ambulancier X et
nous venons vous aider” et demandez ce qui s’est passé. Si le patient
vous répond, vous savez qu’il est conscient, respire et qu’il a un pouls.
Si le patient ne réagit pas à vos questions, tapez-lui sur l’épaule et adres-
!
sez-lui de nouveau la parole. Si le patient ne réagit pas à vos questions,
vous avez constaté que l’état de conscience du patient est diminué ou
que celui-ci est inconscient.

Une victime inconsciente doit toujours être positionnée sur le dos. Cette
procédure est nécessaire parce qu’il est très difficile de contrôler les
voies respiratoires ou la respiration du patient lorsqu’il est couché sur le
ventre. Attention: un patient inconscient peut avoir subi une lésion de la
nuque.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.9

Il faut donc déplacer la victime d’une manière extrêmement prudente


pour qu’une lésion de la moelle épinière ne soit pas aggravée. Dans ce
cas, vous employez toujours la technique “log-roll”. Cette technique sup-
pose que vous tourniez la tête, la nuque et le torse en bloc. Cette procé-
dure sera détaillée ultérieurement.

A: Les voies respiratoires La respiration est une fonction vitale de la victime. Elle n’est possible que
sont-elles dégagées? si les voies respiratoires sont dégagées. Les techniques pour désobstruer
les voies respiratoires sont détaillées dans le chapitre 3. Retenez déjà
qu’en présence d’un patient inconscient avec suspicion de lésions cervi-
cales, il faut toujours employer la technique de la protrusion de la
mâchoire pour dégager les voies respiratoires.
Lorsque le patient ne présente pas de douleur cervicale et ne présente
3.1
aucun signe d’une lésion cervicale, vous employez la technique de bas-
cule de la tête de la victime en hyperextension pendant que le menton est
tiré en avant. Les deux techniques sont complétées par une désobstruc-
tion de la bouche avec les doigts.

B: La respiration artificielle La respiration est évaluée en regardant, en écoutant et en sentant.


est-elle nécessaire? Regardez les mouvements de la cage thoracique (parfois les mouve-
ments respiratoires sont plus visibles à hauteur de la paroi abdominale).
Rapprochez ensuite votre oreille de la bouche et du nez du patient. De
la sorte, vous pourrez entendre le flux de l’air et si la respiration est dif-
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.10

ficile. Vous pouvez aussi sentir avec la joue s’il y a un flux d’air.
Si le patient ne respire pas ou très peu, commencez immédiatement la
3.1
respiration artificielle. Parfois vous devrez administrer de l’oxygène.
Ceci suppose des techniques spécifiques que nous décrirons dans le
chapitre 3.

Recherche de la respiration:
• voir
• entendre
• sentir

C: La circulation sanguine Après la recherche de la respiration (et après dégagement des voies
est-elle correcte? respiratoires si nécessaire), vous contrôlez la fonction vitale qu’est la
circulation sanguine. En palpant le pouls vous aurez une première idée de
la situation de la fonction cardiaque et circulatoire.
Vous contrôlez le pouls au niveau de l’artère carotide. Pour cela vous
employez l’index et le médius. (N’employez pas le pouce car vous pouvez
confondre le pouls du patient avec le vôtre.)
En vous agenouillant près de la tête du patient, vous pouvez procéder à
toutes les techniques ABC sans qu’il soit nécessaire de changer de posi-
tion.
Lorsque le pouls n’est pas palpable, il faut commencer immédiatement la
3.2
réanimation et demander le SMUR. Les techniques de réanimation avec
ou sans matériel, et avec ou sans aide d’un assistant, seront détaillées
dans le chapitre 3.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.11

En cas d’hémorragies externes avec abondante perte de sang, vous


3.3
devez comprimer la blessure. Des hémorragies peuvent – si elles ne sont
pas arrêtées – entraîner un choc et menacer la vie du patient.

Le patient est-il Chaque patient dont la conscience est diminuée, les voies respiratoires
dans un état critique? obstruées, la respiration perturbée, la circulation insuffisante, est en dan-
ger de mort! Cela est un état critique.
La possibilité de pouvoir aider ces victimes par vos propres moyens
peut être faible. En cas de doute, il ne faut pas gaspiller de temps: il faut
demander au centre 100 une assistance médicale urgente: le SMUR.

DIAGRAMME 2.3
SECURITE

EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT
évaluation primaire rapide
Réanimation
conscience Cardio
voies respiratoires PATIENT
respiration CRITIQUE Pulmonaire
circulation
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

NON CRITIQUE

QUAND MEME
CRITIQUE

SMUR

Un exemple: vous êtes envoyé par le centre 100 suite à l’appel


d’une dame qui a trouvé son mari inconscient. A l’arrivée, vous
apprenez que cette dame l’a vu tomber et que, dans le passé, il
prenait déjà des médicaments pour des troubles cardiaques. Vous
trouvez un adulte couché sur le ventre. Il ne réagit pas, ni lorsque
vous lui adressez la parole, ni quand vous lui tapez sur l’épaule. Il
est donc inconscient. Il n’y a pas de signe de lésion grave trau-
matique. Avec prudence vous le couchez sur le dos. Vous appréciez
l’ABC. Les voies respiratoires semblent libres mais il n’y a pas de
trace de respiration ni de pouls. Il s’agit clairement d’un arrêt
respiratoire et cardiaque. Entamez immédiatement la réanima-
tion et demandez au centre 100 l’assistance du SMUR.

Dans cet exemple, il est clair pour tout le monde qu’il s’agit d’un patient
en état critique. Parfois les signes d’un état critique seront plus subtils ou
moins prononcés. Il vous faudra apprendre dans ce manuel et par votre
pratique comment différencier les situations critiques de celles qui ne le
sont pas.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.12

Si la situation ne vous semble pas critique, il vous faudra recommencer


l’évaluation primaire d’une manière plus détaillée.

2.2.2 LA REVUE DÉTAILLÉE


DE L’ÉVALUATION PRIMAIRE

Vous commencez par un examen plus détaillé de l’évaluation de l’état de


conscience et vous examinez la colonne vertébrale. En fait, vous évaluez
le système nerveux et les fonctions vitales qui en dépendent.

DIAGRAMME 2.4
SECURITE

EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT
évaluation primaire rapide
Réanimation
PATIENT Cardio
CRITIQUE Pulmonaire
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

NON CRITIQUE

récapitulation détaillée
de la première évaluation
EPADONO et GCS
voies respiratoires + oxygène QUAND MEME
respiration (hémostase) CRITIQUE
circulation (collier cervical)

SMUR

Conscience et Pour évaluer l’état de conscience d’une manière plus détaillée, on doit
système nerveux réaliser des stimulations bien définies. Pour cela on emploie la procédu-
re EPADONO, ce qui veut dire: Eveil, PArole, DOuleur, NOn réactif.
Quand le patient connaît son nom, sait ce qui se passe, connaît le jour de
la semaine et où il se trouve, vous le considérez “en éveil”. Si la victime
semble inconsciente mais réagit cependant quand on lui adresse la paro-
le, vous jugez que le patient réagit à la parole. Si ce n’est pas le cas, il se
peut que la victime réagisse à des stimuli douloureux (p.e. en comprimant
l’ongle de l’index). Dans ce cas on considère la victime sensible à la
douleur. Si la victime ne réagit même pas à cette stimulation douloureu-
se, on la considère comme non réactive.
En cas d’accident, vous complétez le “score de Glasgow” qui sera détail-
4.5
lé au chapitre 4.
Par cette évaluation plus détaillée, vous reconnaissez quatre niveaux de
conscience dont seulement l’état “éveillé” peut être considéré comme
normal et non-critique. Si la victime ne réagit qu’à la parole, la douleur ou
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.13

si elle est non-réactive, la situation peut comporter un danger de mort.


Dans ces cas-là, la situation du patient doit être considérée comme criti-
que.

Même une altération temporaire de l’état de conscience doit toujours être


rapportée au médecin. Aussi longtemps que vous êtes responsable du
patient, il faut contrôler en permanence toute altération de l’état de
conscience.

Attention aux L’ambulancier doit toujours s’inquiéter de la possibilité de fractures ver-


fractures vertébrales tébrales. Une fracture vertébrale est une situation critique parce que la
victime risque une paralysie irréversible.
Souvent les patients, victimes de fractures vertébrales, se plaignent de
douleur au niveau du cou ou du dos. Les victimes inconscientes ne peu-
vent pas exprimer cette plainte. C’est pourquoi l’on suppose que tout
patient présentant un état de conscience diminué peut souffrir d’une
lésion vertébrale. Jusqu’à la preuve du contraire, cette supposition reste
de mise. Si les circonstances montrent un accident, et si la victime souf-
fre de douleur à la nuque, il faudra toujours agir avec prudence.
Dans ce cas, on applique un collier cervical lorsque l’ABC de l’évaluation
10.3
primaire a été complété. Chez les victimes d’un accident qui restent en
éveil, mais qui se plaignent d’une douleur au dos, de sensations anor-
males aux doigts ou aux orteils, ou de paralysies des bras ou des jambes,
il faudra toujours penser à une fracture vertébrale.
Les victimes d’accident, qui ont présenté une diminution de l’état de
10.2
conscience temporaire, seront stabilisées par un collier cervical pendant
la récapitulation plus détaillée de l’ABC, avant qu’elles ne soient dé-
placées avec prudence. A cet effet, on emploie des moyens particuliers de
relève comme par exemple une civière à palettes ou le matelas à dépres-
sion.
L’évaluation exacte de l’état du système nerveux et de l’état de cons-
cience suivie des mesures qui s’imposent, seront redétaillées dans le
chapitre 4 qui traite des lésions du cerveau et de la moelle épinière.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.14

Les voies respiratoires Quand on évalue la liberté des voies respiratoires, il faut en premier lieu
et la respiration (A-B) écouter les sons qui sortent du nez et de la bouche du patient. Normale-
ment, la respiration est un processus rythmique plutôt silencieux (voir
ultérieurement). Si les voies respiratoires sont obstruées, vous entendrez
un bruit de sifflement, de gargarisme ou de ronflement. Ceci indique un
risque vital pour le patient.
En cas d’obstruction complète des voies respiratoires, vous n’entendrez
3.1
rien. Ceci est une situation critique qui ne vous permet pas de continuer
une récapitulation détaillée de l’évaluation primaire. Vous entamerez
immédiatement la réanimation avec les mesures qui s’imposent pour
dégager les voies respiratoires. Vous demandez immédiatement une
intervention du SMUR au centre 100.

Si la récapitulation détaillée de l’évaluation primaire du patient ne


démontre pas une situation critique, vous allez contrôler comment le
patient respire.
Un adulte normal respire avec une fréquence de 12 à 20 fois par minute.
Le nombre de mouvements respiratoires par minute s’appelle la fré-
quence respiratoire. Pour déterminer cette fréquence, vous observez
pendant une demi-minute le nombre de mouvements ascendants de la
cage thoracique ou du ventre et vous multipliez ce nombre par deux. Une
respiration normale est composée de mouvements inspiratoires et expi-
ratoires qui se succèdent régulièrement. On peut discerner un rythme
respiratoire régulier ou irrégulier. Il faut aussi contrôler les caracté-
ristiques respiratoires: une respiration peut être superficielle ou pro-
fonde, une respiration peut être difficile ou calme. Normalement, un être
humain respire sans effort et sans s’en apercevoir. Les caractéristiques de
certains types de respiration, leurs fréquences, leurs rythmes sont
résumés dans le tableau 2.1.

TABLEAU 2.1
COMMENT LE PATIENT L’ÉTAT DU EXEMPLE
RESPIRE-T-IL? PATIENT EST

Fréquence 12-20/min. normal


inférieur à 12/min. critique intoxication avec coma
par l’alcool ou des médicaments
plus de 20/min. critique asthme
insuffisance cardiaque
Rythme régulier normal
irrégulier critique coma par hémorragie cérébrale
Caractéristiques sans effort normal
profondément critique insuffisance cardiaque
superficiellement critique asthme
problème cardiaque
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.15

La circulation (C) Si, à ce stade, la récapitulation plus détaillée de l’évaluation primaire n’a
pas montré une situation critique de la conscience, des voies respiratoi-
res ou de la respiration, vous pouvez contrôler d’une manière plus fine la
circulation sanguine (C). S’il s’agit d’une victime critique, vous palpez
d’abord l’artère carotide. Si la victime n’est pas dans un état critique, vous
pouvez contrôler le pouls au niveau du poignet. A cet effet, vous
employez l’index et le médius.

Vous évaluez la fréquence, la régularité et la force du pouls. Normale-


ment, la fréquence du pouls se situe entre 60 et 80 pulsations par
minute. On peut calculer la fréquence du pouls de la manière suivante: on
compte le nombre de pulsations pendant 15 secondes et on multiplie ce
nombre par 4. Le résultat vous donne le nombre de pulsations par minu-
te. Si la fréquence du pouls est lente on parle d’une “bradycardie” (brady
est le terme grec pour lent). Si la fréquence du pouls est élevée on parle
d’une “tachycardie” (tachy est le terme grec pour rapide).

Normalement le pouls est régulier, c’est-à-dire qu’il y a un intervalle fixe


entre deux pulsations consécutives et donc un rythme régulier. Si ce
n’est pas le cas, on parle d’un pouls irrégulier ou d’une arythmie. Cette
anomalie peut être associée aussi bien à un rythme lent qu’à un rythme
rapide.

Une autre caractéristique du pouls est le “volume”, c’est-à-dire la force


de frappe. Normalement, le volume des pulsations est ressenti comme
“bon”. En cas d’hémorragie abondante ou d’insuffisance cardiaque le
pouls sera ressenti comme “faible”. Par contre, en cas d’ efforts impor-
tants, le cœur bat plus fort. Par conséquent, les pulsations entraîneront un
pouls plus vigoureux. Dans le tableau 2.2, ces différentes caractéristiques
sont résumées.

TABLEAU 2.2

CARACTERISTIQUES ETAT EXEMPLES


DU POULS DU PATIENT

Fréquence 60-8O/min. normal


moins de 60/min. normal sportif au repos
critique problème cardiaque
hémorragie cérébrale
plus de 80/min. normal effort
critique fièvre
hémorragie
manque d’oxygène
problème cardiaque
Rythme régulier normal
irrégulier critique problème cardiaque
Force bonne normal
faible critique problème cardiaque
hémorragie
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.16

Une récapitulation plus détaillée de l’évaluation primaire vous permet de


détecter si la situation du patient est malgré tout critique. Si vous trouvez
des indications dans ce sens, il ne faut pas entamer l’évaluation ultérieu-
re et deux réactions immédiates s’imposent: prendre les mesures pour
soutenir les fonctions vitales et informer le centre 100 pour demander une
intervention du SMUR.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.17

2.3 Evaluation secondaire du patient

Si après la récapitulation détaillée de la première évaluation vous estimez


que le patient ne se trouve pas en danger de mort, vous pouvez procéder
à l’évaluation secondaire. Pendant cette évaluation, vous cherchez des
lésions ou des symptômes qui potentiellement peuvent menacer la vie.
L’exemple suivant va le démontrer clairement.

Le centre 100 vous envoie vers quelqu’un qui est enseveli sous un toit
effondré sur un chantier. Pendant le trajet, vous prenez des précautions
pour votre propre sécurité (casque). Vous arrivez sur le chantier et annon-
cez au centre 100 que vous êtes sur place. Les travailleurs vous assurent
que le chantier est sûr et vous déclarent que la poutre effondrée a touché
un de leurs collègues. Vous arrivez près du blessé et dites: “Je suis
l’ambulancier X et je viens vous aider. Que s’est-il passé?” La victime
répond: “Une poutre m’est tombée sur la jambe, je crois que ma jambe
est cassée.” Votre première évaluation vous permet de constater que
la victime est consciente, présente des voies respiratoires libres, respire
et présente une circulation. A première vue, le patient ne se trouve pas en
situation critique.
Par conséquent, vous avez le temps d’exécuter une récapitulation
détaillée de la première évaluation. Il connaît son nom, sait quelle
heure il est et où il se trouve. Il est “éveillé”. Il n’a pas perdu connais-
sance. Il dit qu’il ne souffre pas de la nuque et qu’il n’a pas de paresthé-
sies dans les doigts ou les orteils. Il parle normalement et donc les voies
respiratoires sont libres. Vous contrôlez la respiration et constatez que la
fréquence est élevée: 20 fois par minute avec un rythme régulier. Son
pouls, mesuré à la hauteur du poignet, est vigoureux avec un rythme de
80 par minute.
Cette récapitulation détaillée de la première évaluation vous a permis de
conclure que la situation n’est pas critique.
Maintenant vous avez le temps d’exécuter une évaluation secondaire.
Vous demandez au patient où se situe la douleur. Le patient répond que
c’est surtout à la jambe. Vous remarquez qu’en effet, elle a un aspect
anormal. Vous demandez s’il ressent d’autres douleurs à d’autres places.
Si, par exemple, il se plaignait aussi de douleur au ventre, ceci pourrait
indiquer qu’il souffre d’une hémorragie interne suite à l’impact de la
poutre effondrée. Cela peut aussi, par exemple, indiquer une lésion de la
rate et cette situation peut se détériorer très vite pendant le transport vers
l’hôpital.

L’évaluation secondaire sert donc à:


1. Chercher des lésions sérieuses qui peuvent s’aggraver pendant le
transport vers l’hôpital.
2. Chercher des lésions qui ne menacent pas immédiatement la vie
mais qui cependant doivent être traitées avant le transport.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.18

EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT

Réanimation
PATIENT
PATIENT
CRITIQUE
CRITIQUE ☎ Cardio
Cardio+ oxigène
Réanimation
± hémostase
Pulmonaire
Pulmonaire ± collier
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

NON CRITIQUE

EVALUATION SECONDAIRE
DU PATIENT
examen selon les plaintes QUAND MEME
lésions occultes
soins d’autres lésions CRITIQUE

NON CRITIQUE
SMUR

DIAGRAMME 2.5

L’évaluation secondaire consiste à (1) évaluer l’état général du patient,


(2) interroger le patient ou les premiers témoins, et (3) réaliser une
inspection plus détaillée du corps du patient.

Si, pendant l’évaluation secondaire, vous constatez une situation qui


menace la vie du patient, l’évaluation secondaire est interrompue et
vous suivez à nouveau la procédure de la première évaluation: vous
soutenez les fonctions vitales et vous prévenez le centre 100 en deman-
dant une intervention du SMUR.

1. Etat général

Vous pouvez apprendre beaucoup de la position du patient. L’ambulan-


cier inexpérimenté ne pourra pas facilement tout observer en même
temps. Vous constaterez cependant qu’avec une expérience accrue, vous
serez de plus en plus capable d’évaluer rapidement les situations de dé-
tresse. Dans ce manuel, puis dans la pratique, vous serez confronté à
beaucoup de situations de détresse qui vous deviendront routinières.
Nous nous limitons ici à quelques exemples.

Un patient avec un visage défiguré de douleur, dont l’épaule pend et qui


n’ose pas bouger, peut souffrir d’une luxation de l’épaule.
Un patient qui est assis dans le lit, qui a peur, et qui respire vite et
bruyamment, peut souffrir d’une insuffisance cardiaque.
Un patient qui n’ose pas bouger dans le lit, qui a un aspect très atteint, et
qui n’ose pas faire de mouvements parce que cela lui cause des douleurs
abdominales, peut souffrir d’une inflammation du péritoine ...
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.19

En cas d’accident de voiture, la position de la victime est très importan-


te parce qu’elle peut vous indiquer le mécanisme de l’accident et les
lésions à prévoir. La victime est-elle coincée, portait-elle une ceinture de
sécurité, quelle était la place de départ de la voiture? Le pare-brise est-il
fêlé et est-il taché du sang de la tête du patient? La victime a-t-elle été
éjectée de la voiture et à quelle distance? Le motocycliste portait-il son
4.1
casque et ses vêtements de protection? Les mécanismes des accidents
seront détaillés dans l’introduction du chapitre 4.

2. Interrogation du patient

Remarque préliminaire: Vous ne pouvez commencer l’interrogation qu’après avoir terminé com-
plètement la première évaluation.
Il est évident que parfois le patient ne peut pas répondre à vos questions.
Ceci dépend surtout de l’état de conscience. Si le patient ne peut pas
répondre à vos questions lui-même, vous consulterez les membres de la
famille ou les témoins. En tout cas, quelqu’un de l’équipe des intervenants
doit toujours rester près du patient et l’observer. De préférence, vous
interrogez le patient vous-même. Le contact avec un ambulancier calme
souvent le patient.

Une interrogation médicale exige beaucoup d’expérience. Vous appren-


drez à ne pas suggérer les réponses. N’influencez pas le patient mais lais-
sez-lui la parole pour vous raconter ce qui s’est passé. Attention, ce n’est
pas le moment non plus de perdre trop de temps.

Comment procéder? Commencez toujours par vous présenter vous-même (Bonjour, mon-
sieur/madame, je suis l’ambulancier X. Que s’est-il passé?).
Demandez quelle est la plainte principale. C’est le problème qui a
motivé le patient ou les premiers témoins à demander de l’aide. Dans la
plupart des cas il sera clair, mais il est conseillé de déterminer la plainte
principale en demandant au patient de quoi il se plaint le plus.
En cas d’accident, une plaie à la tête peut être impressionnante, mais
cependant il est plus important de savoir que le patient se plaint d’une
douleur de la nuque, ce qui indique la possibilité d’une lésion cervicale.
Une interrogation approfondie peut vous donner des informations addi-
tionnelles. Par exemple, quand il s’agit d’une douleur thoracique:
• la localisation de la douleur (derrière le sternum),
• la nature de la douleur (des crampes, des picotements, une oppres-
sion),
• l’évolution (quand la douleur a-t-elle commencé?),
• comment et dans quelles circonstances la plainte principale est-elle
apparue? (une douleur thoracique après un repas consistant ou après un
accident indique des problèmes différents).
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.20

Après ces questions, vous connaissez quelle est la plainte principale, où


elle se situe, quand et comment elle a débuté. En cas d’accident de voi-
ture, il est important de rechercher les circonstances de l’accident et de
mentionner cette information dans le rapport qui sera remis au médecin.
Ne perdez pas de temps. Avec de l’expérience, vous collecterez l’infor-
mation pendant que vous prenez les mesures qui s’imposent.

Après avoir posé des questions à propos de la plainte principale, vous


pouvez récolter des informations additionnelles qui serviront au traite-
ment ultérieur du patient. Il faut d’abord vous informer de la prise de
médicaments. Demandez quels médicaments le patient a l’habitude de
prendre. Si nécessaire, apportez-les à l’hôpital.
Vous demanderez si le patient souffre de maladie importante comme par
exemple: diabète, maladie du cœur ou respiratoire. Il ne faut pas toujours
détailler votre interrogatoire. La plupart du temps, un patient sait qu’il
souffre d’asthme (ce qui est important à savoir), qu’il a été opéré d’une
hernie il y a quatre ans n’a pas beaucoup d’importance en soi.
Il est aussi important de demander si le patient est allergique (à certains
médicaments, aliments, ou insectes). C’est aussi une information essen-
tielle pour le médecin. Quelles pathologies? Quels traitements? Quelles
allergies?

Quelles maladies, quels traitements, quelles allergies?

3. Examen du patient

Un ambulancier n’est pas autorisé à réaliser un examen “médical” du


patient. Cependant, il doit essayer d’une manière pleine de tact d’avoir un
aperçu aussi complet que possible des problèmes du patient. L’ambu-
lancier est souvent le premier et le seul secouriste sur place qui peut col-
lecter l’information. Votre rapport sur l’état du patient et les circonstan-
ces de l’urgence seront très utiles pour le médecin du SMUR ou le méde-
cin à l’hôpital. Celui-ci attend de vous un rapport dans lequel vous
décrivez la situation des fonctions vitales, les signes et les symptômes.

Les signes sont les éléments que vous pouvez voir, entendre, sentir.
Les symptômes sont composés de plaintes du patient. Vous avez ras-
semblé la majorité de cette information pendant l’interview.

Procédez d’une manière systématique pendant l’observation, point par


point, de la tête jusqu’aux pieds. Employez tous vos sens:
• Observez les lésions, les colorations anormales, les positions anormales
d’un membre ou les mouvements inhabituels.
• Ecoutez les bruits de la respiration ou de membres fracturés.
• Observez des déformations, des zones inhabituellement dures ou mol-
les, des points douloureux, et la température de la peau.
• Sentez des odeurs inhabituelles du corps, de la respiration ou des vête-
ments, comme par exemple l’odeur d’alcool ou de substances chimiques.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.21

Nous nous limiterons à quelques exemples de questions que vous posez


pendant l’évaluation secondaire. L’importance de ces éléments et les
conclusions que vous pouvez en tirer seront détaillées dans le chapitre
suivant.

La peau Le visage est-il pâle, cyanosé? La peau est-elle humide? Déterminez si le


patient a chaud ou froid, employez le dos de votre main que vous posez
sur le front du patient. La peau est-elle sèche, humide ou moite? La
chair de poule est souvent un symptôme de refroidissement.

La tête Contrôlez la présence de pertes de sang ou de liquide cérébro-rachidien


venant du nez ou de la bouche. Observez les pupilles. Dans les circons-
tances normales, les deux pupilles ont un contour régulier à diamètre
identique.
Voyez-vous des blessures? La victime fait-t-elle une grimace?

Le cou Comment sonne la voix du patient? Est-elle rauque?


Le patient souffre-t-il de douleur aux muscles du cou? Soyez attentif aux
éventuelles fractures des vertèbres cervicales.
Le patient emploie-t-il les muscles du cou pour respirer?

Les épaules, les bras et mains Y a-t-il des signes de fracture de la clavicule, du bras ou de l’avant-bras?
Les mouvements des mains et des doigts sont-ils possibles?

La cage thoracique La cage thoracique présente-t-elle des mouvements irréguliers ou


asymétriques lors de la respiration?
Le patient se plaint-il de douleurs à la cage thoracique?

L’abdomen Le ventre est-il gonflé? Le patient se plaint-il de douleurs abdominales?

Le dos Le patient se plaint-il de douleurs à la hauteur du dos?

Le bassin Le patient souffre-t-il de douleurs aux hanches, au bassin ou au pubis?

Les jambes, les genoux, Voyez-vous des signes de fractures, luxations ou blessures?
les chevilles et les pieds

De cette manière vous obtiendrez très vite une impression générale de la


situation du patient.
Chapitre 2 L e s p r e m i è r e s m i n u t e s 2.22

2.4 Transpor t vers l’hôpital

Après avoir prodigué les premiers soins qui sont détaillés dans le chapitre
4, vous transférez le patient dans l’ambulance avec les précautions qui
s’imposent (voir chap. 10). N’oubliez pas la prudence que nécessite le
transport d’un patient souffrant d’une lésion des vertèbres cervicales ou
dorsales (voir chap. 4).
Avertissez le centre 100 que vous partez avec le patient, en mentionnant
votre destination. Lorsque vous partez avec l’ambulance vers l’hôpital,
cela veut dire que vous n’avez pas appelé le SMUR et que le patient ne
court pas un risque vital. Le transport sûr et calme vers l’hôpital est plus
important qu’un gain de temps de quelques minutes par une course
effrénée. Le transport doit se faire en toute sécurité et ne peut pas aggra-
ver la situation.
Le convoyeur doit rester près du patient.

Vous observez le patient pendant le trajet. Recommencez l’éva-


luation des fonctions vitales. Si la situation du patient se détériore, com-
mencez immédiatement les mesures qui s’imposent et demandez le
SMUR.

Lorsque vous arrivez à l’hôpital, vous en avertissez le centre 100.


A l’hôpital, transmettez toutes les informations importantes à l’infirmier
ou au médecin (le chapitre 12 aura pour objet les relations entre les
ambulanciers et les équipes médicales).
Avant de repartir et de vous rendre disponible, vous nettoyez et rangez le
matériel et l’ambulance. Il faut toujours être rapidement prêt pour l’appel
suivant.

DIAGRAMME 2.6

NON CRITIQUE

EVALUATION SECONDAIRE
DU PATIENT
QUAND MEME
CRITIQUE

NON CRITIQUE
SERVICE DES
TRANSPORT
URGENCES 100
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
3
LES
AFFECTIONS
À RISQUE VITAL

CONTENU

3.1 Quand la respiration


est insuffisante

3.2 Quand le cœur s’arrête

3.3 Le choc

3.4 Les hémorragies


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.2

Les affections à risque vital

Certaines affections peuvent entraîner rapidement la mort: lorsqu’un


patient s’arrête de respirer, lorsque la respiration et le cœur s’arrêtent,
lorsque le patient perd beaucoup de sang, ou lorsque le patient se trouve
en état de choc.
L’ambulancier est généralement le premier professionnel de la santé qui
arrive sur les lieux d’une détresse vitale. La mission de l’ambulancier est
de reconnaître cet état de menace vitale et de maintenir le patient en vie
jusqu’à l’arrivée du SMUR..
On appelle “réanimation élémentaire” ou “réanimation de base”,
l’ensemble des techniques et des manœuvres qui permettent de mainte-
nir les fonctions vitales du patient. Ce chapitre décrit de manière détail-
lée les techniques qui ont été esquissées dans “les premières minutes”. Il
décrit les affections diverses qui interfèrent avec la fourniture de l’oxygène
à l’organisme et qui mettent la vie du patient en danger.

1 QUAND LA RESPIRATION
EST DÉFICIENTE

La respiration est déficiente lorsqu’elle est absente ou trop faible pour


fournir une quantité suffisante d’oxygène à l’organisme (et surtout au cer-
veau). Dès que la respiration s’arrête de manière prolongée, le cœur finit
par s’arrêter également. A ce moment, le transport de l’oxygène est
interrompu et l’apparition de lésions irréversibles est inévitable sauf si une
réanimation efficace est réalisée.
En premier lieu, nous décrirons comment reconnaître un arrêt respiratoire
et comment y remédier. Ensuite, nous expliquerons comment recon-
naître une obstruction des voies respiratoires et comment y remédier.
Finalement, nous envisagerons les différents appareils et systèmes que
nous pouvons utiliser pour soutenir la respiration ou pour administrer de
l’oxygène.

2 QUAND LE CŒUR S’ARRÊTE

Lorsque le cœur s’arrête, la respiration s’arrête également et plus aucun


transport d’oxygène n’est réalisé dans le corps. Quelques minutes de
manque d’oxygène peuvent avoir des conséquences irrémédiables et
souvent fatales.
Nous décrivons ici toutes les techniques que les ambulanciers peuvent
utiliser, seul ou à deux, pour réanimer un patient.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.3

3 LE CHOC

Chez le patient en choc, la circulation est insuffisante, avec, comme


conséquence, un apport insuffisant en oxygène dans le corps. Cette situa-
tion peut s’aggraver rapidement et entraîner un arrêt du cœur ou de la
respiration.
Comme ambulancier vous devez apprendre à reconnaître un état de
choc et les mesures à prendre pour y remédier.

4 LES HÉMORRAGIES

Lors d’une perte de sang importante, la circulation sanguine peut égale-


ment être insuffisante et mettre en péril le transport de l’oxygène dans
l’organisme. Cette situation peut s’aggraver rapidement et entraîner un
arrêt du cœur et/ou de la respiration.
Vous devez apprendre à évaluer une perte de sang et à utiliser les tech-
niques pour arrêter les saignements.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.4

3.1 Quand la respiration est déficiente

IMPORTANCE DE LA RESPIRATION

Un homme peut rester sans manger pendant de nombreux jours, rester


quelques jours sans boire, mais il ne survit pas à dix minutes de manque
d’oxygène. Sans l’oxygène que nous respirons en permanence et qui est
transporté continuellement dans tout le corps, il nous est impossible de
vivre. Le cerveau et les autres organes subissent très rapidement des
dommages irréparables lorsqu’ils ne reçoivent plus leur approvisionne-
ment en oxygène. La mort survient en moyenne après 10 minutes.

Le fonctionnement de la respiration est expliqué dans le chapitre 1. Il est


1.2
important de bien connaître le fonctionnement de la respiration avant
d’étudier les affections vitales qui peuvent la perturber.

La respiration peut être altérée par de nombreuses affections, maladies ou


blessures. Le tableau 3.1. donne un aperçu de ces diverses affections. Ces
affections seront traitées de manière détaillée dans la suite de ce manuel.
Il est intéressant de se rendre compte du nombre important d’affections
différentes qui peuvent provoquer des problèmes respiratoires graves.

Sans entrer dans le détail de l’origine des problèmes respiratoires nous


faisons la distinction – en vue de manœuvres immédiates de réanimation –
entre les situations d’urgence vitale dans lesquelles:
A. la respiration est défaillante
B. les voies respiratoires sont obstruées.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.5

TABLEAU 3.1

1. OBSTRUCTION DES VOIES RESPIRATOIRES

• Chute de la langue vers l’arrière chez une victime inconsciente


• Corps étranger (morceau de nourriture, prothèse dentaire
vomissements, sang, liquides)
• Gonflement suite à une lésion du larynx (coup ou étranglement)
• Gonflement suite à une inflammation de la gorge ou du larynx
• Gonflement suite à une réaction d’hypersensibilité (allergie)
• Tumeur de la gorge ou de la trachée

2. DÉRÈGLEMENT DE LA FONCTION DE SOUFFLET


DE LA CAGE THORACIQUE

• Fracture de plusieurs côtes (“volet thoracique”)


• Déchirure du diaphragme
• Lésion de la plèvre, laissant passer de l’air et/ou du sang dans
la cavité thoracique ou pleurale
• Lésion des muscles respiratoires (par infection, choc électrique
ou substances médicamenteuses)

3. COMMANDE INSUFFISANTE DE LA FONCTION DE SOUFFLET


DE LA CAGE THORACIQUE PAR LE SYSTÈME NERVEUX

• Intoxication (par ex. par l’héroïne) entraînant une dépression


du centre respiratoire du système nerveux central
• Lésion du centre respiratoire du système nerveux central
(par accident, hémorragie,...)

4. AFFECTION DES POUMONS

• Obstruction des voies respiratoires et des alvéoles pulmonaires


(asthme, infection, allergie)
• Affection des alvéoles pulmonaires (accumulation de liquide dans
les poumons lors d’une insuffisance cardiaque, pneumonie avec
formation de pus, ...)

5. QUALITÉ DE L’AIR INSPIRÉ

• Manque d’oxygène
• Gaz toxiques dans l’air ambiant
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.6

A. QUE FAIRE LORS D’UNE DÉFAILLANCE


RESPIRATOIRE?

Une défaillance respiratoire (insuffisance respiratoire) est un arrêt de la


respiration normale ou une diminution de la respiration empêchant
l’apport adéquat d’oxygène aux différents organes.

Comment reconnaître un patient atteint d’une défaillance


respiratoire?

Regardez, écoutez et sentez pour reconnaître les problèmes respiratoires.

Regardez: Les personnes atteintes d’une défaillance respiratoire montrent généra-


lement des signes manifestes d’angoisse, de panique et d’excitation. Ces
signes sont tellement parlants qu’ils se remarquent immédiatement.
Lorsque le problème respiratoire est très sérieux, le patient perd géné-
ralement connaissance.
Les patients qui présentent un problème respiratoire effectuent, de
manière évidente, de grands efforts de respiration; cela se voit à la tension
des muscles du cou et aux grands mouvements du thorax et de l’abdo-
men.
Par contre, certains patients en détresse respiratoire bougent à peine
et/ou très irrégulièrement leur thorax.
Parfois le thorax ne bouge plus et le patient respire “avec le ventre”.
Lors d’un arrêt respiratoire, on ne constate plus aucun mouvement.
Dans certains cas, on constate un mouvement “paradoxal” (mouvement
vers l’intérieur à l’inspiration et vers l’extérieur lors de l’expiration, ce qui
est le contraire de ce qui se passe normalement).
Le patient happe l’air, comme un poisson hors de l’eau.
La fréquence des respirations peut être plus élevée ou plus basse que nor-
malement. Cela peut nous apprendre beaucoup.
Lorsque l’inspiration dure plus longtemps que normalement, nous som-
mes généralement en présence d’une obstruction des voies respiratoires
supérieures; au contraire, une expiration prolongée indique une obstruc-
tion des voies respiratoires inférieures.
Le patient est souvent incapable de parler ou ne peut articuler que quel-
ques mots.
La peau, les lèvres, la langue, les lobes des oreilles et le lit unguéal sont
souvent bleus ou gris. Nous appelons cela “cyanose”, littéralement
“bleuissement”, car le sang contient moins d’oxygène, perd sa couleur
rouge et devient bleu.

Ecoutez: Des bruits inhabituels surviennent au cours de la respiration: des siffle-


ments, des gargouillements ou des ronflements.

Sentez: Vous ne sentez aucun flux d’air ou une diminution du flux sortant de la
bouche ou du nez.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.7

Que vous apprend la fréquence respiratoire ?

La fréquence respiratoire peut être déterminée facilement et nous ren-


seigne beaucoup sur la qualité de la respiration. La fréquence respiratoire
est variable selon les âges. Chez le nouveau-né elle se situe entre 30 et
40 par minute, chez l’enfant entre 20 et 30 par minute, tandis que chez
l’adulte la fréquence est située entre 12 et 15 par minute. Après un
effort physique important, la fréquence augmentera tandis qu’elle dimi-
nuera au repos.

Dans la majorité des problèmes respiratoires, vous constaterez généra-


lement une augmentation de la fréquence respiratoire. On parle alors de
“tachypnée” (littéralement:” respiration rapide”). Dans certains cas, elle
sera diminuée à des valeurs de 5 à 6 par minute et on parlera alors de
“bradypnée” (littéralement “respiration lente”).

Un patient dont la respiration s’accélère sans raison évidente (comme la


peur ou l’effort) souffre d’insuffisance respiratoire et compense celle-ci en
accélérant son rythme respiratoire. Les cas de respiration ralentie sont, en
général, des intoxications par des drogues (morphine ou héroïne par
exemple) ou une atteinte du centre respiratoire du cerveau. Un ralentis-
sement de la respiration peut également survenir après un épisode de
respiration rapide, à la suite de l’épuisement du patient dyspnéique.

Toute modification de la fréquence respiratoire doit être signalée au


médecin du SMUR ou au médecin qui prend le patient en charge. Ces
données doivent être consignées dans le rapport de l’intervention.
Comme ambulancier, vous êtes à ce moment le seul “professionnel”
capable d’observer ces modifications de la respiration.

Que faire lors d’une défaillance respiratoire?

Les difficultés respiratoires peuvent entraîner de multiples situations gra-


ves ou des menaces vitales immédiates. Votre action d’ambulancier
dépendra en premier lieu de l’état de conscience du patient.

Si le patient est conscient et continue – même avec difficulté – à respi-


rer, il doit être mis en position assise ou semi-assise. L’administration
d’oxygène qui sera détaillée dans la suite de ce chapitre, est particuliè-
rement importante. La manière d’agir sera fonction du type d’affection et
sera expliquée dans les chapitres suivants. Il faut toujours avoir présente
à l’esprit la possibilité de lésions des vertèbres cervicales et agir en
conséquence.

Si le patient est inconscient et présente des signes d’arrêt respiratoire ou


de défaillance respiratoire très grave, il faut y suppléer ou soutenir immé-
diatement la respiration défaillante. Les procédures décrites brièvement
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.8

et schématiquement dans le chapitre 2 sont à mettre immédiatement en


œuvre:

(1) contrôle de l’état de conscience et mise en position adéquate du


patient;
(2) mise en route de la procédure ABC en libérant les voies respiratoires
et
(3) ventilation si nécessaire.

Les pages suivantes décrivent en détail le A et le B, et détaillent les


moyens techniques qui peuvent être utilisés pour améliorer la respiration.

1. P OSITION DU PATIENT

Un patient inconscient ou peu réactif, chez qui l’examen primaire a mis


en évidence une défaillance respiratoire, doit être placé en position dor-
sale (cfr. fig. 3.1) en utilisant des techniques adéquates.
Avant toute chose, l’absence de lésions des vertèbres cervicales ou dor-
sales doit être vérifiée.

Pensez à la probabilité de lésions vertébrales chez un patient


!
inconscient ou à conscience altérée
• Selon les circonstances de l’accident, comme une chute d’un lieu élevé,
la position de la victime en bas d’un escalier, la découverte d’un patient
dyspnéique après un accident de roulage, ...
• En fonction de la découverte de lésions externes manifestes de la tête,
du cou ou de la nuque.

Dans tous les cas où le patient est inconscient ou obnubilé, il faut placer
une minerve (collier cervical). Celle-ci doit être placée en employant
une technique correcte pour éviter d’aggraver les lésions déjà présentes.
Si vous êtes le seul ambulancier sur place, une technique spéciale est
nécessaire et sera appliquée avec une prudence extrême. Ceci sera
détaillé par la suite.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.9

FIG 3.1.

COMMENT PLACER LE PATIENT


EN DÉCUBITUS DORSAL.

1. Positionnez le bras du patient qui 2. Saisissez la nuque et l’aisselle du


est le plus proche de vous vers le côté opposé.
haut.

3. Tournez le patient prudemment 4. Replacez le bras le long du corps.


“en bloc”

2. D ÉGAGEZ LES VOIES RESPIRATOIRES

Les voies respiratoires doivent être dégagées chez tous les patients
inconscients ou en arrêt respiratoire. L’arrêt respiratoire est souvent,
simplement, la conséquence de la position de la langue. En effet, chez
l’inconscient qui a perdu ses réflexes, la langue tombe en arrière dans le
pharynx sous l’effet de la gravité. La masse du pharynx et le poids de la
langue suffisent à bloquer les voies respiratoires (cfr. fig. 3.2).
Le dégagement rapide des voies respiratoires peut suffire à corriger
l’arrêt respiratoire. Si la libération des voies respiratoires est retardée, la
respiration ne pourra plus se rétablir spontanément. De toute façon, la
perméabilité des voies respiratoires est de la plus grande importance pour
assurer une respiration artificielle efficace.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.10

FIG. 3.2.

OBSTRUCTION DES VOIES


RESPIRATOIRES CHEZ
LE PATIENT INCONSCIENT.

Le poids de la langue, de la
mâchoire et des muscles du plancher
de la bouche obstrue les voies
respiratoires chez le patient
inconscient.

Trois techniques simples peuvent être utilisées pour libérer les voies
respiratoires: la bascule de la tête vers l’arrière, la bascule de la tête
avec la traction sur le menton et la propulsion (protrusion) de la mâchoire
inférieure.

Bascule de la tête Placez la tête dans l’axe du corps.


Agenouillez-vous à côté du patient et posez une main sur le front du
patient.
Poussez avec la paume de cette main sur le front et basculez ainsi la tête
vers l’arrière.
Cette technique est également appelée “hyperextension” et en anglais
“head-tilt”.

Cette technique ne peut jamais être utilisée s’il existe la moindre


!
indication de lésion de la colonne cervicale.

FIG. 3.3.

BASCULE DE LA TÊTE
(HEAD-TILT)

En poussant sur le front


du patient, la tête s’incline
légèrement vers l’arrière.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.11

FIG 3.4

LIBÉRATION DES VOIES


RESPIRATOIRES PAR LA BASCULE
DE LA TÊTE EN ARRIÈRE ET
POUSSÉE SUR LE MENTON.
(“HEAD TILT” ET “CHIN LIFT”)

Les voies respiratoires sont libérées


par la bascule de la tête en arrière
pendant que le menton est propulsé
vers l’avant.

Bascule de la tête en arrière C’est la meilleure technique de libération des voies respiratoires. Chez un
avec poussée sur le menton adulte, mettez la tête dans l’axe du corps. Agenouillez-vous à côté du
patient et posez une main sur le front du patient. Basculez la tête légère-
ment en arrière par une légère poussée sur le front. Prenez le menton du
patient entre le pouce et l’index de l’autre main puis poussez la mâchoire
inférieure du patient vers le haut et amenez les dents inférieures en avant
des dents supérieures. Exercez la pression uniquement sur la mâchoire
inférieure, sans appuyer sur la peau ou les parties molles pour ne pas
obstruer les voies respiratoires.
Veillez à ne pas fermer la bouche en réalisant cette poussée vers le haut.
Si nécessaire abaissez la lèvre inférieure avec votre pouce.
Cette technique n’est indiquée que chez l’adulte. En anglais, cette tech-
nique est appelée “head-tilt, chin-lift”. Chez l’enfant, une technique spé-
cifique doit être utilisée (cfr. infra).

Cette technique ne peut jamais être utilisée s’il existe le moindre


!
signe de lésion de la colonne cervicale.

Poussée du maxillaire Cette technique est la seule utilisable pour dégager les voies respiratoires
inférieur vers l’avant en présence d’une suspicion de lésion du crâne, du cou ou de la nuque.
Le but de cette technique est la libération des voies respiratoires en pro-
pulsant seulement le maxillaire inférieur (la langue y est fixée) vers l’avant
sans mobiliser la tête ou la nuque. (Il est impératif, alors, de placer une
minerve.)
Le traitement de patients avec des lésions de la nuque est exposé au cha-
4.5
pitre 4.
La technique de la poussée du maxillaire inférieur est réalisée comme suit
(cfr. fig. 3.5)
Positionnez avec précaution le patient en décubitus dorsal, en alignant la
tête, le cou et le tronc. Agenouillez-vous à la tête du patient et appuyez
vos coudes sur le plan sur lequel repose la tête du patient. Placez vos
mains de chaque côté de la tête du patient. Stabilisez la tête entre vos
bras. Veillez à ce qu’elle ne tourne ni ne bascule pas.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.12

FIG 3.5.

LA TECHNIQUE DE LA POUSSÉE
DU MAXILLAIRE INFÉRIEUR
(“JAW-THRUST”)

L’ambulancier place ses index sur


les bords du maxillaire inférieur et
pousse le maxillaire inférieur vers
l’avant (protrusion); il ouvre la
bouche avec les pouces.

Placez vos index sur les bords du maxillaire inférieur et poussez le maxil-
laire inférieur vers l’avant (prothrusion).
Il est parfois nécessaire de placer les pouces sur la lèvre inférieure pour
garder la bouche ouverte.
En anglais, cette technique est appelée “jaw-thrust”.

3. L A VENTILATION

Si le patient ne respire pas ou respire de manière insuffisante, une respi-


ration artificielle doit être débutée immédiatement. Cela doit toujours être
réalisé, même sans aucun matériel disponible.
Sans matériel, vous réaliserez une réanimation par “bouche-à-bouche”
avec votre air expiré. Cet air contient encore suffisamment d’oxygène
pour aider le patient. Lors de l’assistance respiratoire par bouche-à-bou-
che, bouche-à-nez ou bouche-à-stomie, l’ambulancier est en contact
direct avec la victime et cela n’est pas toujours attrayant pour des raisons
d’hygiène ou des raisons psychologiques. C’est la raison pour laquelle il
est conseillé d’avoir toujours sur soi un masque pour pouvoir réaliser une
réanimation bouche-sur-embout. Ce masque n’est qu’un exemple du
matériel qui sera présenté dans ce chapitre.

Bouche-à-bouche chez l’adulte • Dégagez les voies respiratoires.

• Vérifiez si le patient respire et si la respiration est suffisante.


Octroyez-vous 4 à 5 secondes pour réaliser cette vérification.

Veillez à ce que les voies respiratoires restent libres. Pincez le nez du


pouce et de l’index de la main qui a servi à basculer la tête lors du déga-
gement des voies respiratoires. Soulevez le menton avec les doigts de
l’autre main. Ainsi, de vos deux mains, vous assurez la perméabilité des
voies respiratoires.

• Ouvrez la bouche du patient et inspirez profondément. Posez votre


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.13

FIG. 3.6

BOUCHE-À-BOUCHE
CHEZ L’ADULTE

Pendant l’insufflation observez


le soulèvement du thorax.

bouche sur la bouche du patient en adaptant hermétiquement vos lèvres


sur ses lèvres. Expirez dans la bouche du patient en regardant si
la cage thoracique se soulève. Vous percevez en même temps la
résistance de la cage thoracique qui se gonfle comme un ballon

• Dès que vous voyez la cage thoracique se soulever, arrêtez votre insuf-
flation (ceci correspond à un volume de 0,8 à 1,2 l d’air)
Insufflez lentement. Chaque insufflation doit durer 1,5 à 2 secondes. Si
vous insufflez plus rapidement, vous courez le risque d’insuffler l’esto-
mac au lieu des poumons.

• Retirez votre bouche et lâchez le nez. L’air sortira spontanément du tho-


rax. Laissez vos mains en place et observez si la cage thoracique
s’affaisse et si vous percevez l’air qui sort.

Si l’insufflation est impossible, la première hypothèse à vérifier est


celle d’une obstruction des voies respiratoires. Basculez la tête et
soulevez à nouveau le menton en réalisant une nouvelle tentative de
ventilation. Une obstruction par un corps étranger est également possi-
ble (cfr. infra).
Inspirez à nouveau profondément, pincez à nouveau le nez du patient et
insufflez l’air inspiré dans la bouche du patient. Laissez l’expiration se
faire passivement.
Après deux insufflations, recontrôlez si le patient ne respire pas spon-
3.2
tanément, prenez le pouls. En l’absence de respiration et de pouls, débu-
tez immédiatement une réanimation cardio-pulmonaire, comme décrit
dans la deuxième partie de ce chapitre. Si le pouls est présent en
l’absence de respiration, continuez la ventilation comme décrit ci-dessus.
Essayez de réaliser une fréquence de 10 à 12 insufflations par minute.
Ceci correspond à une insufflation toutes les 5 à 6 secondes. Pendant ces
manœuvres, il faut continuellement vérifier si le thorax se soulève ou
s’abaisse. La ventilation doit être poursuivie jusqu’à l’arrivée du SMUR ou
la reprise d’une respiration spontanée satisfaisante.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.14

Quelques problèmes fréquents Le problème le plus fréquent est l’impossibilité de ventiler à cause du
lors de la ventilation dégagement insuffisant des voies respiratoires; la tête n’est pas suffi-
bouche-à-bouche samment basculée et la traction sur le menton est insuffisante (cfr. supra).
D’autres problèmes fréquents sont:
• une fuite d’air lorsque votre bouche ne s’adapte pas hermétiquement à
la bouche du patient.
• l’oubli de pincer le nez, qui permet à l’air de s’échapper.

Lors de la technique de propulsion en avant de la mâchoire inférieure, les


deux mains sont occupées. La ventilation bouche-à-bouche est très dif-
ficile. La ventilation bouche-masque est plus performante.

La ventilation bouche-à-nez Il est parfois impossible d’effectuer une ventilation bouche-à-bouche.


chez l’adulte Cela peut arriver chez un patient atteint de lésions sérieuses de la bouche
ou de la mâchoire, ou chez certains patients soit édentés, soit porteurs
d’un dentier; ces situations ne permettent pas d’occlure correctement la
bouche. Dans ces cas, vous pouvez employer la ventilation bouche-à-nez.
Les techniques de contrôle et de libération des voies respiratoires, les
fréquences de ventilation sont les mêmes que pour la ventilation bouche-
à-bouche.
Pour ventiler, vous prenez le nez de la victime avec votre bouche et vous
insufflez. La bouche doit rester fermée. Pour permettre l’expiration vous
enlevez votre bouche du nez. Lorsque vous utilisez la technique de la pro-
pulsion de la mâchoire inférieure (chez des patients suspects de lésions
de la nuque), vous devez obturer la bouche en y appuyant votre joue.

Ventilation bouche-à-stomie Dans certains cas exceptionnels, vous rencontrerez des patients qui ont
chez l’adulte subi une laryngectomie, c’est-à-dire chez qui le larynx a été enlevé. Ces
patients ne respirent pas par la bouche ou le nez, mais par une ouverture
dans le cou en relation directe avec la trachée. Cette ouverture est
appelée “stomie”.

FIG.3.7.

VENTILATION BOUCHE-À-NEZ
CHEZ L’ADULTE

Cette technique est utilisée lorsque


la ventilation bouche-à-bouche n’est
pas possible.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.15

Lorsque ces patients sont en détresse respiratoire, cela provient généra-


lement de la présence d’un bouchon de mucus dans les voies respiratoi-
res. Vous aspirerez d’abord à l’aide d’une sonde d’aspiration stérile (cfr. le
matériel décrit pour les défaillances respiratoires) les voies respiratoires,
sans pénétrer de plus de 7,5 à 12,5 cm dans l’ouverture. Après cela, si le
patient ne reprend pas la respiration ou que la respiration reste très
insuffisante, vous entreprendrez une ventilation bouche-à-stomie. La
technique est identique à celle de la ventilation bouche-à-bouche mais il
n’est pas nécessaire de récliner la tête. Vous placez la bouche sur la sto-
mie du patient et vous ventilez comme décrit pour la ventilation bouche-
à-bouche. Vous fermez la bouche et le nez du patient avec votre main.

La ventilation bouche-à-bouche Les nourrissons et les enfants peuvent également présenter des défail-
chez les nourrissons lances respiratoires. La cause en est habituellement une obstruction des
et les enfants voies respiratoires. Le chapitre 7 qui traite des urgences pédiatriques
vous donnera des détails complémentaires.
Les techniques de ventilation doivent être adaptées selon qu’elles sont uti-
lisées chez des nourrissons (0 à 1 an) ou chez des enfants (1 à 8 ans). Chez
les enfants de plus de 8 ans, les techniques pour adultes peuvent être uti-
lisées.

• L’état de conscience est contrôlé d’une légère tape sur l’épaule chez
les enfants et d’une légère tape sur la plante de pieds chez les nourris-
sons. Il est aussi possible de parler à l’enfant. Un enfant qui n’est pas
inconscient réagira en parlant, en bougeant ou en pleurant.
• Posez l’enfant ou le nourrisson sur un plan dur. Un petit enfant peut être
tenu sur les bras.
• Dégagez les voies respiratoires et observez pendant 3 à 5 secondes
s’il existe ou non une respiration. Chez les enfants, on dégage les voies
respiratoires en réclinant prudemment la tête. Si vous exagérez l’exten-
sion de la nuque, les voies respiratoires qui sont constituées de cartilage
mou, seront comprimées. Si vous êtes trop prudent, l’extension sera
insuffisante et les voies respiratoires ne seront pas suffisamment dégagées.
• Inspirez et posez votre bouche sur la bouche et le nez de l’enfant. Chez
les grands enfants, la ventilation bouche-à-bouche peut être employée.
• Ventilez 2 fois lentement et prudemment. Une ventilation doit
durer 1 à 1,5 seconde. Intercalez une courte pause entre les deux ven-
tilations, et écartez votre bouche de celle de l’enfant.
La quantité d’air insufflée est fonction de la taille de l’enfant. Insufflez
suffisamment d’air pour voir la cage thoracique se soulever, mais arrê-
tez l’insufflation dès que vous observez ce mouvement.
La force de l’insufflation ne doit pas être trop grande, pour ne pas insuf-
fler d’air dans l’estomac. Si vous percevez une résistance trop grande,
pensez d’abord à un dégagement insuffisant des voies respiratoires.
Répétez les manœuvres qui viennent d’être décrites pour dégager les
voies respiratoires. Si elles restent sans effet, vérifiez si un corps étran-
ger n’obstrue pas les voies respiratoires.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.16

FIG.3.8.

VENTILATION BOUCHE-À-BOUCHE
CHEZ UN NOURRISSON.

D’une main vous soutenez le menton Le nourrisson peut être appuyé sur
du nourrisson votre avant-bras.

• Après deux insufflations, recherchez un pouls. Si le pouls est absent,


commencez immédiatement une réanimation cardio-pulmonaire, c’est-
à-dire la combinaison de la ventilation de la compression thoracique,
comme décrit dans la deuxième partie de ce chapitre (“Quand le cœur
s’arrête”). Si le pouls est perçu, continuez la ventilation à raison de 20
fois par minute, c’est-à-dire une insufflation toutes les 3 secondes. Con-
tinuez à observer les mouvements thoraciques et arrêtez d’insuffler
dès que la cage thoracique se soulève.

Le problème de l’air insufflé Si vous insufflez de l’air dans l’estomac, celui-ci va se gonfler. Il va exer-
dans l’estomac cer une pression sur le diaphragme et sur les poumons et rendra ainsi la
chez l’adulte et l’enfant ventilation plus difficile. Le contenu gastrique (acide et aliments) peut
remonter et inonder la gorge, les vomissements peuvent entrer dans les
voies respiratoires. Les restes alimentaires peuvent bloquer les voies
respiratoires et l’acide gastrique peut attaquer les tissus pulmonaires,
cela peut entraîner une pneumonie sévère.
Souvent, une extension insuffisante de la tête est la cause principale: les
voies respiratoires ne sont pas dégagées et l’air s’introduit dans l’œso-
phage et l’estomac. Si les voies respiratoires sont obstruées, l’air cher-
chera un chemin vers l’œsophage. De même, lorsque les insufflations sont
trop vigoureuses, de l’air sera insufflé dans l’œsophage et parviendra ainsi
à l’estomac.
Dès que l’on aperçoit un gonflement de la région de l’estomac, on repo-
sitionne la tête du patient en extension. Veillez à ne pas insuffler trop fort,
à laisser un temps suffisant entre deux insufflations et n’insufflez pas plus
d’air que nécessaire aux mouvements du thorax. Si vous voyez apparaître
des vomissures dans la bouche, vous devez les éliminer aussi vite que
possible. Idéalement cela se fait avec un aspirateur (cfr. infra). Vous tour-
nez le patient en bloc sur le côté, en étant très prudent avec la nuque et
la tête, surtout s’il existe une possibilité de lésion de la nuque. Tourner
uniquement la tête est insuffisant et dangereux pour la colonne cervicale.
Ventilez après avoir remis le patient en position.
N’appuyez par sur l’estomac pour essayer d’évacuer l’air qui y est accu-
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.17

mulé. Vous pourriez expulser ainsi le contenu gastrique et aggraver les


problèmes.

La position latérale de sécurité Un patient qui respire suffisamment et dont le pouls est présent, doit être
placé en position latérale de sécurité. Cette position offre l’avantage de
drainer les vomissements et la salive de la bouche vers l’extérieur, et évite
ainsi l’inondation des poumons. La langue ne peut pas retomber en
l’arrière et bloquer les voies respiratoires.

Cette technique ne doit pas être utilisée en présence de la


!
moindre suspicion de lésion de la nuque.

Pour mettre le patient en position latérale de sécurité, de nombreuses


10.4
techniques existent. Chaque technique a ses avantages et ses désavan-
tages. Le chapitre 10 traitera de cette technique in extenso.

FIG.3.9

LA POSITION LATÉRALE
DE SÉCURITÉ

La technique de mise en place du patient en position latérale de sécurité est


exposée au chapitre 10.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.18

B. QUE FAIRE SI LES VOIES


RESPIRATOIRES SONT OBSTRUÉES?

L’obstruction des voies respiratoires constitue une menace vitale. De


nombreuses maladies et lésions peuvent obstruer les voies respiratoires
et les mesures pour y remédier seront exposées dans les chapitres cor-
respondants.
Nous envisagerons ici uniquement l’obstruction des voies respiratoires
par un corps étranger. Une technique particulière doit être utilisée pour
l’éliminer. Il est important de distinguer (a) une obstruction partielle et
(b) une obstruction complète des voies respiratoires.

a. Obstruction partielle des voies respiratoires.

^
C OMMENT RECONNAI TRE UNE OBSTRUCTION PARTIELLE ?

Pensez toujours à une obstruction partielle des voies respiratoires dans


toute détresse respiratoire. Par fausse route, un morceau de nourriture
peut s’introduire accidentellement dans la trachée. Un morceau de
viande, une bouchée de pain ou une arachide peuvent suffire. L’entourage
pourra éventuellement vous donner des éléments d’information.
Un patient encore conscient voudra vous le signaler et attirer votre atten-
tion sur ce fait. Souvent le patient se prendra la gorge des deux mains de
manière typique. Cette position représentée sur la photo (fig. 3.10) est
souvent prise naturellement par réflexe. On la considère comme le signe
universel de la suffocation.

Lors d’une obstruction partielle, le patient continue généralement de


respirer, même avec difficulté.
Demandez au patient s’il suffoque, s’il est encore capable de parler ou de
tousser. Une personne qui peut parler ou tousser ne présente jamais une
obstruction complète des voies respiratoires.

FIG.3.10

OBSTRUCTION DES VOIES


RESPIRATOIRES PAR
UN CORPS ÉTRANGER

Le signe universel
de la suffocation.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.19

La respiration est généralement bruyante: on entend des râles (provoqués


par le corps étranger ou du sang qui se trouve dans le pharynx), des sif-
flements ou des aboiements sont parfois présents.
La peau, les lèvres, la langue, les oreilles et le lit unguéal du patient sont
colorés de bleu-gris (cyanose).

Q UE FAIRE LORS D ’ UNE OBSTRUCTION PARTIELLE ?

Invitez le patient à tousser fortement; la toux peut être suffisante pour


évacuer un corps étranger des voies respiratoires.
N’essayez jamais d’enlever le corps étranger avec vos doigts. Vous avez
toutes les chances de l’enfoncer plus profondément et de provoquer une
obstruction complète.
Si toutes ces mesures ne résolvent pas immédiatement le problème,
appelez le SMUR et administrez de l’oxygène au masque (cfr. infra).
Si le patient n’est plus capable de tousser ou est seulement capable de
tousser très faiblement et se cyanose, vous devez le traiter comme un
patient qui présente une obstruction complète des voies respiratoires.

b. Obstruction complète des voies respiratoires.

C OMMENT RECONNAITRE UNE OBSTRUCTION COMPLÈTE ?

Un patient qui présente une obstruction complète des voies respiratoires


peut encore être conscient, mais généralement il est inconscient. Cons-
cient, ce patient montre des signes évidents de suffocation et va essayer
de parler sans y parvenir. Il ne sera pas capable non plus de tousser. Le
patient présentera le signe universel de suffocation (cfr. fig. 3.10)
Il est beaucoup plus difficile de constater si les voies respiratoires sont
obstruées lorsque le patient est inconscient. Les circonstances et le récit
des témoins (à table, dans un restaurant) donnent des indications. Si on
trouve une personne inconsciente sans témoins, il faudra toujours envi-
sager la possibilité d’une obstruction par un corps étranger. Pensez éga-
lement à un corps étranger si même après avoir remis la tête en position
correcte, vous rencontrez une résistance importante lors de l’insufflation.

C OMMENT DÉGAGER DES VOIES RESPIRATOIRES COMPLÈTEMENT


OBSTRUÉES ?

Il existe de nombreuses techniques pour libérer des voies respiratoires


complètement obstruées.La première utilise la provocation d’un courant
d’air brusque, tandis que la deuxième enlève le corps étranger d’un mou-
vement de nettoyage des doigts. Selon les circonstances, les deux tech-
niques peuvent être employées et doivent souvent être combinées. Lors
de l’obstruction des voies respiratoires par des vomissements ou du
sang, on utilise un aspirateur (cfr. infra).
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.20

La compression abdominale La compression abdominale, appelée manœuvre de Heimlich du nom de


(manoeuvre de Heimlich) l’inventeur de cette technique, imite un mouvement de toux en compri-
mant brusquement l’abdomen des deux mains. L’air est expulsé avec
force des poumons dans l’espoir de déloger le corps étranger des voies
respiratoires.

La compression abdominale ne peut pas être utilisée chez les femmes en


fin de grossesse, car la matrice est en position abdominale haute. Elle ne
peut pas être utilisée chez les nourrissons (enfants de moins de 1 an).
Dans ces deux cas, la compression abdominale peut provoquer des
lésions aux organes internes.

• La compression abdominale chez un adulte conscient


ou un enfant de plus d’un an conscient.

Placez-vous derrière le patient en position debout ou assise. Entourez-le


de vos bras au niveau de la taille. Fermez un poing et appuyez le côté du
pouce de cette main contre l’abdomen du patient, au-dessus du nombril
et sur la ligne médiane. Ne placez pas votre main trop haut pour ne pas
atteindre “l’apophyse xyphoïde”, la partie inférieure du sternum.

Prenez votre poing dans l’autre main et tirez vigoureusement vers vous
et vers le haut (en direction du diaphragme du patient) en un mouvement
rapide et continu. Vous tirez donc votre poing “dans” le ventre du patient.

• La compression thoracique chez un adulte


ou un enfant de plus d’un an, allongé au sol.

Asseyez-vous à califourchon sur le patient, au niveau de ses cuisses, le


visage vers son thorax.
Placez le talon de votre main sur la ligne médiane de l’abdomen, immé-
diatement au-dessus du nombril et en dessous de l’extrémité inférieure du
sternum.
Posez votre main libre sur la main déjà posée sur le ventre. Vos épaules
doivent se trouver à l’aplomb au-dessus du ventre du patient. Vous devez

FIG. 3.11

LA COMPRESSION ABDOMINALE
(MANŒUVRE DE HEIMLICH)
CHEZ LE PATIENT DEBOUT
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.21

vous assurer que vous êtes placé au-dessus de la ligne médiane de l’abdo-
men; il ne faut pas effectuer une compression abdominale déviée vers la
gauche ou vers la droite.
Comprimez brusquement en poussant les mains vers l’intérieur du ventre
du patient et vers le haut (en direction du diaphragme). Répétez ce geste
cinq fois rapidement.

La compression doit être donnée en direction de l’abdomen du patient et


orientée vers le haut, sur la ligne médiane de l’abdomen, au-dessus du
nombril et en dessous du rebord costal.

FIG.3.12

LA COMPRESSION ABDOMINALE
(MANŒUVRE DE HEIMLICH)
CHEZ UN PATIENT COUCHÉ

La compression est ventrale,


orientée vers le haut, située sur la
ligne médiane au-dessus du nombril
et sous le rebord costal.

La compression thoracique
• La compression thoracique
chez un adulte conscient.

Cette compression est utilisée chez des patientes enceintes en fin de


grossesse ou chez des personnes fortement obèses.
Mettez-vous derrière la personne en position assise ou debout et passez
vos bras en dessous des aisselles du patient.
Fermez un poing sur le sternum du patient. Le poing est placé sur la ligne
médiane, deux à trois travers de doigt au-dessus de l’apophyse xyphoïde.
Le poing est alors situé sur le tiers inférieur du sternum et ne touche pas
les côtes.
Prenez le poing fermé au moyen de l’autre main et donnez cinq com-
pressions brusques sur le thorax. Ces compressions sont orientées vers
l’arrière, en direction de la colonne vertébrale.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.23

• Tapes dans le dos et compression thoracique


chez le nourrisson

Chez le nourrisson on alterne les tapes légères dans le dos et les com-
pressions thoraciques.
Posez le nourrisson le visage vers le bas sur votre avant-bras, la tête en
contrebas par rapport au tronc. Soutenez la tête en tenant la mâchoire
d’ une main. Vous pouvez vous stabiliser en vous asseyant et en appuy-
ant votre avant-bras sur votre cuisse.
Donnez 5 tapes légères dans le dos (en 3 à 5 secondes) avec le talon de
votre main. Appliquez ces tapes entre les omoplates.
Faites suivre par les compressions thoraciques; placez votre bras libre
sous le dos du nourrisson. Soutenez ensuite la tête avec votre main et
maintenez le nourrisson entre votre deux bras. Retournez l’enfant pour
qu’il repose le dos sur votre avant-bras. Appuyez votre avant-bras contre
votre cuisse. La tête doit être placée plus bas que le tronc.
Donnez rapidement 5 compressions thoraciques en utilisant les pointes
de 2 à 3 doigts. Appuyez sur le milieu du sternum. Les doigts doivent se
trouver sur une ligne imaginaire 1 cm en dessous de la ligne intermamil-
laire.
Si les voies respiratoires restent encombrées, continuez en alternant les
tapes dans le dos et les compressions thoraciques légères.

Attention:
!
Cette technique peut être dangereuse et ne peut être effectuée
que si l’enfant est effectivement en danger de mort. Tant que
l’enfant continue de respirer après l’inhalation d’un corps étranger, l’appli-
cation de cette technique ne peut qu’aggraver la situation.
S’il n’existe qu’une obstruction partielle des voies respiratoires et que
l’enfant peut respirer efficacement en position droite, ne mettez jamais
ce nourrisson ou ce petit enfant la tête plus bas que le tronc.
Retenez qu’une toux énergique peut avoir un effet bénéfique sur une
obstruction des voies respiratoires.

FIG 3.15

LIBÉRATION DES VOIES


RESPIRATOIRES
CHEZ LE NOURRISSON

1. Tapes dans le dos. 2. Compressions thoraciques:


les doigts doivent se trouver
à un travers de doigt en dessous
de la ligne intermamillaire.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.24

Le nettoyage au doigt Le nettoyage au doigt est une technique qui tente d’évacuer un corps
étranger de la bouche du patient lorsqu’il a été entièrement ou partielle-
ment éjecté des voies respiratoires. Le nettoyage au doigt doit être réa-
lisé correctement sous peine de refouler à nouveau le corps étranger dans
les voies respiratoires.

Enfilez toujours des gants.


Ouvrez la bouche du patient. Cela est possible de deux manières:
Prenez la langue entre le pouce et les doigts d’une main et tirez-la vers
l’avant, en l’éloignant de l’arrière-gorge. Ceci suffit parfois à libérer (par-
tiellement) les voies respiratoires.
Tenez le front fermement d’une main. Placez le pouce de l’autre main sur
la mâchoire inférieure (ou sur les dents inférieures) et placez votre index
contre les dents supérieures. En croisant le pouce et l’index vous ouvrez
la bouche. Dès que la bouche est ouverte, vous maintenez la mandibule
pour que la bouche reste ouverte.
Introduisez un index dans la bouche du patient en suivant la joue. Intro-
duisez ensuite ce doigt plus profondément jusqu’à la base de la langue.
Vous devez utiliser ce doigt comme un crochet pour passer derrière le
corps étranger, le libérer et l’enlever. Si une matière liquide ou semi-
liquide obstrue la bouche, essuyez-la avec un chiffon.
N’insistez pas si le corps étranger ne se libère pas immédiatement. Le ris-
que de le pousser plus loin dans les voies respiratoires est grand.
Chez les nourrissons et les enfants le nettoyage au doigt ne peut être uti-
lisé que s’il est possible de voir le corps étranger. Vous pouvez utiliser
l’auriculaire pour enlever l’objet.
Le nettoyage au doigt ne peut pas être utilisé chez une personne cons-
ciente, car il peut provoquer un réflexe de nausée et des vomissures
peuvent passer dans les poumons et provoquer des infections pulmo-
naires sévères. Vous courez, de plus, le risque d’être mordu.

FIG 3.16

LE NETTOYAGE AU DOIGT

1. Vous ouvrez la bouche en 2. L’index de l’autre main est utilisé


croisant le pouce et l’index. comme un crochet.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.25

c. Quelles procédures utiliser pour libérer les voies


respiratoires?

Les techniques de libération des voies respiratoires qui viennent d’être


décrites doivent être utilisées au bon moment chez le patient pour qui
cela est indiqué. Un adulte conscient doit être traité différemment d’un
enfant inconscient. Les différentes procédures ont été résumées dans les
six arbres décisionnels suivants.
Lors de l’intervention de deux ambulanciers, la reconnaissance d’un
problème respiratoire avec suspicion d’obstruction complète des voies
respiratoires impose que l’un des ambulanciers applique les techniques de
dégagement des voies respiratoires, pendant que l’autre appelle le SMUR.
Si vous êtes seul (en dehors du service par exemple), il est préférable
qu’un témoin appelle une ambulance et un SMUR en renfort, pendant que
vous soignez le patient. Si personne n’est présent, commencez les
manœuvres de dégagement des voies respiratoires pendant une minute,
puis allez appeler le SMUR.
Chez les enfants (de 1 à 8 ans), vous procédez comme chez l’adulte,
mais, le nettoyage au doigt n’est pas réalisé à l’aveugle et vous uti-
lisez l’auriculaire à la place de l’index. Vous regardez donc d’abord
dans la bouche et enlevez de l’auriculaire les corps étrangers visibles.
La compression abdominale (Heimlich) s’effectue plus facilement en
s’agenouillant derrière l’enfant, en asseyant l’enfant devant soi sur une
table.
Il est parfois difficile de déterminer si les voies respiratoires d’un nour-
risson sont obstruées par un corps étranger, car il ne sait pas faire le signe
de suffocation et ne sait pas parler. D’autres indices devront vous per-
mettre de reconnaître une obstruction des voies respiratoires:
• petits objets autour de l’enfant (alimentation, cacahuètes, perles...)
• bruits respiratoires anormaux (sibillances...)
• teinte gris-bleu
• arrêt respiratoire

Il faut cependant se rappeler qu’une trachéite peut provoquer de l’œdème


des tissus du cou chez l’enfant et chez le nourrisson et entraîner une
obstruction des voies respiratoires. Cela nécessite une autre thérapeuti-
que.
Dans ce cas, les techniques d’extraction d’un corps étranger ne peuvent
7.3
absolument pas être appliquées (plus de détails seront donnés au
chapitre 7).
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.26

DIAGRAMME 3.1

CHEZ L’ADULTE CONSCIENT


AVEC SUSPICION D’OBSTRUCTION DES VOIES RESPIRATOIRES

Evaluez l’obstruction de voies respiratoires


Regardez, écoutez et sentez le flux de l’air

Le patient est-il capable de parler ou de tousser? OUI


Il existe une obstruction partielle
des voies respiratoires
NON Demandez au patient de tousser
Les voies respiratoires sont-elles libres?
La respiration est spontanée?
NON OUI

• Ventilez le patient et • Donnez de l’oxygène


donnez de l’oxygène • Transportez le patient
• Appelez le SMUR et observez
Observations:
• dégagement réussi
des voies respiratoires?
• perte de connaissance?
Il existe une obstruction complète cfr. diagramme 3.2
• Prévenez le SMUR (par le 100)
• Réalisez des compressions abdominales (5 fois)
• Donnez de l’oxygène
Les voies respiratoires sont-elles dégagées? OUI • Transportez le patient et observez

NON

Répétez les compressions abdominales (5 fois)

• Donnez de l’oxygène
Les voies respiratoires sont-elles dégagées? OUI • Transportez le patient et observez

NON

Répétez les compressions abdominales (5x),


en contrôlant chaque fois la respiration jusqu’à
• dégagement réussi des voies respiratoires
• ou perte de connaissance du patient
cfr. diagramme 3.2

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.27

FIG. 3.17

OBSTRUCTION RESPIRATOIRE
PAR UN CORPS ÉTRANGER
CHEZ UN ADULTE CONSCIENT

Reconnaissez les signes Effectuez les compressions


de suffocation. abdominales.

Soutenez le patient pendant Contrôlez les voies respiratoires.


la chute et couchez-le sur le sol.

Essayez de ventiler. Répétez les compressions


abdominales.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.28

DIAGRAMME 3.2

CHEZ UN ADULTE QUI PERD CONSCIENCE DEVANT VOUS


LORS D’UNE OBSTRUCTION RESPIRATOIRE COMPLÈTE

Le patient perd conscience; soutenez-le pendant


la chute et couchez-le sur le sol. Contrôlez la
conscience (parlez, tapez sur l’épaule)
Appelez le SMUR (par le 100)
Ouvrez la bouche, nettoyez au doigt
Dégagez les voies respiratoires et ventilez Ventilez jusqu’à l’arrivée du SMUR
ou jusqu’à reprise d’une
La ventilation est effective, le thorax se soulève? OUI respiration spontanée

NON

Ouvrez à nouveau les voies respiratoires


(bascule de la tête, traction sur le menton,
Ventilez jusqu’à l’arrivée du SMUR
poussée sur la mâchoire inférieure)
ou jusqu’à reprise d’une
Le thorax se soulève pendant la ventilation? OUI respiration spontanée

NON

Compression abdominale (5 x)
Ventilez jusqu’à l’arrivée du SMUR
Ouvrez la bouche et nettoyez au doigt
ou jusqu’à reprise d’une
Avez-vous enlevé le corps étranger? OUI respiration spontanée

NON

Dégagez à nouveau les voies respiratoires et


Ventilez jusqu’à l’arrivée du SMUR
tentez une nouvelle ventilation
ou jusqu’à reprise d’une
Réussite de la ventilation? OUI respiration spontanée

NON

Répétez le cycle.

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.29

DIAGRAMME 3.3

ADULTE TROUVÉ INCONSCIENT AVEC OBSTRUCTION COMPLÈTE DES VOIES RESPIRATOIRES

Patient inconscient
Appel du SMUR (par le 100)
Indications claires données par l’entourage orientant diagramme 3.2
vers une obstruction des voies respiratoires OUI

NON

Couchez le patient sur le dos


Dégagez les voies respiratoires
Basculez la tête en élevant le menton
Si possibilité de lésion de la nuque,
élévation de la mandibule Oxygène jusqu’à l’arrivée du
SMUR, observez le patient et
Respiration? OUI ventilez si nécessaire

NON

Ventilez deux fois lentement Ventilez jusqu’à l’arrivée du


SMUR et reprise d’une respiration
Le thorax se soulève? OUI spontanée efficace.

NON

Dégagez à nouveau les voies respiratoires


(bascule de la tête, traction sur le menton,
Ventilez jusqu’à l’arrivée du
élévation de la mandibule). Ventilation
SMUR et reprise d’une respiration
Le thorax se soulève pendant l’insufflation? OUI spontanée efficace.

NON

Compressions abdominales (5x),


Ventilez jusqu’à l’arrivée du
ouverture de la bouche et nettoyage digital
SMUR et reprise d’une respiration
Corps étranger enlevé? OUI spontanée efficace.

NON

Ouvrez à nouveau les voies respiratoires


Ventilez jusqu’à l’arrivée du
et essayez à nouveau de ventiler
SMUR et reprise d’une respiration
Réussite de la ventilation OUI spontanée efficace.

NON

Reprenez le cycle

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.30

DIAGRAMME 3.4

NOURRISSON CONSCIENT (0 à 1 AN)


AVEC OBSTRUCTION RESPIRATOIRE COMPLÈTE

Reconnaissez l’obstruction respiratoire:


couleur grise, mouvements respiratoires bizarres,
bruits anormaux de la respiration,
petits objets autour de l’enfant
APPEL DU SMUR (PAR LE 100)

Couchez le nourrisson sur votre avant-bras


sur le ventre, la tête plus basse que le tronc

Donnez 5 tapes légères entre les omoplates


(pendant 3 à 5 secondes)

Soutenez la tête et prenez le nourrisson


entre les deux mains

Retournez le nourrisson

Donnez 5 compressions thoraciques légères

Contrôlez la bouche pour vérifier


la présence d’un corps étranger,
enlevez-le avec l’auriculaire,
seulement s’il est visible
Administrez de l’oxygène, obser-
Les voies respiratoires sont dégagées OUI vez jusqu’à l’arrivée du SMUR

NON

Continuez le cycle (tapes sur le dos,


puis compressions sur le thorax)
jusqu’à l’élimination de l’objet
ou perte de connaissance
cfr. diagramme 3.5

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.31

DIAGRAMME 3.5

NOURRISSON (0 à 1 AN) QUI PERD CONNAISSANCE DEVANT VOUS


AVEC OBSTRUCTION RESPIRATOIRE COMPLÈTE

Perte de conscience (pas de réaction aux


tapotements sur l’épaule ou aux bruits)

Appelez le SMUR (par le 100)


si cela n’a pas encore été fait

Couchez l’enfant sur le dos en soutenant


la nuque et la tête

Ouvrez la bouche (langue, mâchoire inférieure)


Pas de nettoyage digital !
Enlevez seulement, de l’auriculaire,
les corps étrangers visibles

Dégagez les voies respiratoires, contrôlez la


présence de la respiration, si nécessaire ventilez

Retournez l’enfant, puis 5 tapes sur le dos


Administrez de l’oxygène Obser-
Reprise de la respiration OUI
vez jusqu’à l’arrivée du SMUR
NON

Retournez le nourrisson

Enlevez le corps étranger avec votre annulaire


seulement s’il est visible

Administrez 5 compressions thoraciques

Contrôlez la bouche pour vérifier la présence


d’un corps étranger, enlevez avec l’annulaire
seulement si visualisé
Administrez de l’oxygène Obser-
Les voies respiratoires sont dégagées OUI vez jusqu’à l’arrivée du SMUR

NON

Continuez le cycle (tapes sur le dos,


compressions thoraciques) jusqu’à:
élimination de l’objet ou perte
de connaissance:
diagramme 3.6

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.32

DIAGRAMME 3.6

NOURRISSON TROUVÉ INCONSCIENT (0 à 1 AN)


AVEC OBSTRUCTION RESPIRATOIRE COMPLÈTE

Inconscience (pas de réaction aux


tapotements de l’épaule ou aux bruits)

Appelez le SMUR (par le 100)


si cela n’a pas encore été fait.

Couchez le nourrisson sur le dos


et soutenez la nuque et la tête

Dégagez les voies respiratoires,


contrôlez la respiration, si nécessaire ventilez Administrez de l’oxygène
Observez jusqu’à
Reprise de la respiration OUI l’arrivée du SMUR

NON

Dégagez les voies respiratoires Administrez de l’oxygène


Observez jusqu’à
Les voies respiratoires sont dégagées OUI l’arrivée du SMUR

NON

Couchez le nourrisson sur le ventre sur votre avant-


bras, la tête plus basse que le tronc, soutenez la
tête et la mâchoire. 5 tapes sur le dos (en 3 à 5
sec.). Retournez sur le dos en appui sur l’avant-bras

Réalisez 5 compressions thoraciques légères

Ouvrez la bouche. PAS de nettoyage digital


Enlevez le corps étranger seulement s’il est visible

Dégagez les voies respiratoires et ventilez Administrez de l’oxygène


Observez jusqu’à
Les voies respiratoires sont dégagées OUI l’arrivée du SMUR

NON

Répétez le cycle

Si le pouls disparaît:
commencez également un massage cardiaque
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.33

FIG. 3.18

1. Contrôlez l’état de conscience. 2. Dégagez les voies respiratoires et


Couchez le nourrisson sur le dos. contrôlez la respiration.

3. Essayez de ventiler. 4. Retournez le nourrisson


Pas de résultat? sur le ventre et donner 5 tapes
légères sur le dos.

5. Enlevez uniquement les objets 6. Tentez une nouvelle ventilation.


visibles au moyen de l’auriculaire.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.34

C. MATÉRIEL POUR LE TRAITEMENT


DE L’INSUFFISANCE RESPIRATOIRE.

Nous envisagerons successivement


(a) le matériel pour dégager et maintenir perméables les voies respira-
toires.
(b) le matériel de ventilation
(c) le matériel d’administration de l’oxygène.

En pratique, on utilise de manière préférentielle du matériel qui permet


d’éviter un contact direct entre l’ambulancier et le patient.

a. Le matériel pour dégager et maintenir perméables


les voies respiratoires.

La première priorité lors de toute intervention est le dégagement et le


maintien de la perméabilité des voies respiratoires. Dans de nombreuses
situations, la langue constitue l’objet encombrant et les premières
manœuvres utilisées seront la bascule de la tête en arrière et le soutien du
menton, ou la technique de la protrusion de la mâchoire.

Il existe cependant une aide technique qui permet d’écarter la langue des
voies respiratoires: la canule pharyngée. Dans certains cas, on utilise
en outre un appareil d’aspiration pour dégager les voies respiratoires.

La canule pharyngée
Qu’est-ce qu’une canule pharyngée?

Une canule pharyngée est, en fait, un appareil creux (une “canule”) qui
maintient la perméabilité des voies respiratoires au niveau de la bouche
(oro) et du pharynx. Les canules sont appelées oropharyngées, canule de
Mayo ou de Guedel.
Ces canules sont constituées d’un tuyau courbe en matière synthétique
que l’on introduit dans la bouche du patient. D’un côté nous trouvons une

FIG. 3.19

LES CANULES
OROPHARYNGÉES

Les canules oropharyngées existent


en plusieurs tailles.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.35

collerette qui repose sur les lèvres du patient, tandis que la partie
recourbée s’appuie sur la langue du patient et l’éloigne de la paroi posté-
rieure du pharynx. Ces canules existent en plusieurs tailles, en fonction de
la grandeur de la bouche du patient; elles sont numérotées de 1 (petit)
à 4 (grand). Chaque ambulance doit être équipée des différentes tailles.

• Chez quels patients utiliser les canules oropharyngées?

Les canules oropharyngées ne peuvent être utilisées que chez des


patients inconscients qui ne présentent plus de réflexe nauséeux. Dans les
autres cas, le patient pourrait vomir. Ceci est la raison de leur abandon par
certains centres. Suivez par conséquent les indications du médecin du
SMUR qui assure votre formation.

• Comment choisir la taille correcte de la canule?

Pour être efficace, la canule doit être de taille adéquate. Pour choisir la
taille, tenez la canule contre la joue du patient, la courbure vers le haut:
la collerette est positionnée au niveau de la commissure des lèvres, tan-
dis que l’autre extrémité est placée au niveau du tragus de l’oreille.

• Comment placer une canule?

Mettez toujours des gants.


Couchez le patient sur le dos et dégagez les voies respiratoires par une
bascule de la tête en soutenant le menton ou en subluxant la mâchoire.
Choisissez la taille de canule correcte.
Ouvrez la bouche avec le pouce et l’index (cfr. supra) et maintenez la bou-
che ouverte.
Tenez la canule avec l’extrémité vers le haut, dirigée vers le palais du
patient.
Engagez la canule en faisant glisser l’extrémité le long du palais, d’abord
le long du palais dur, ensuite au niveau du palais mou, jusqu’au moment
où vous dépassez la luette (ou jusqu’au moment où vous sentez une
résistance contre le palais mou).
Veillez à ne pas repousser la langue vers l’intérieur. Vérifiez également la
distance que vous parcourez et ne vous fiez pas uniquement à la sensa-
tion tactile.

FIG. 3.20

CHOIX DE LA TAILLE
CORRECTE DE CANULE

Choisissez une canule de la


longueur de la distance commissure
labiale-tragus de l’oreille.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.36

FIG. 3.21
PLACEMENT
DE LA CANULE

La canule doit être engagée en


mettant la pointe vers le haut.
Lorsque la canule a dépassé la
luette, elle doit être tournée avec
douceur de 180°.

Lorsque la canule est à la bonne profondeur, tournez-la doucement de


180°, jusqu’au moment où l’extrémité est orientée vers le larynx du
patient. De cette manière, on évite le refoulement de la langue vers
l’arrière.

Si on ne soupçonne aucune lésion de la nuque ou de la colonne verté-


10.2
brale, on maintient la bascule de la tête. Si ces lésions sont possibles,
maintenez la tête aussi immobile que possible et posez une minerve

Contrôlez la position de la collerette contre les lèvres du patient. Si la


canule paraît trop courte ou trop longue, enlevez-la et remplacez-la par
une canule de taille correcte. La canule s’enlève par simple traction sans
rotation.
Surveillez le patient attentivement. Dès l’apparition d’un réflexe
nauséeux, la canule doit être enlevée. Si la canule améliore la respiration
(le patient respire plus facilement et plus silencieusement), la canule
peut rester en place. Si la respiration se détériore ou devient plus
bruyante, enlevez la canule et tentez d’améliorer le dégagement des
voies respiratoires par les procédures déjà décrites. Si le placement d’une
canule ne semble apporter aucun effet (ni bon, ni mauvais), il faut conti-
nuer à observer attentivement le patient. La canule peut provoquer une
salivation et même provoquer une remontée du contenu gastrique, ce qui
aggrave la situation et vous amènera à l’enlever.
Si la respiration est insuffisante ou absente, vous devez ventiler le patient
par la technique du bouche-à-bouche ou par d’autres moyens que nous
verrons par la suite.

• Comment entretenir les canules?

Après usage, les canules doivent être nettoyées à l’aide d’un détergent
désinfectant. Dès que la canule est nettoyée, elle est mise dans un sachet
de protection. Avant d’utiliser une canule, il faut toujours vérifier si elle est
propre et perméable.

Certains services utilisent des canules stériles disposables.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.37

Les appareils d’aspiration Parfois des vomissures, du sang ou du mucus se trouvent dans la cavité
buccale ou dans le pharynx. Il est évident que cela peut obstruer les voies
respiratoires ou pénétrer dans les poumons (et y provoquer une pneu-
monie). Ces matières doivent donc être évacuées. Cela est réalisé à l’aide
d’un appareil d’aspiration.

• Qu’est-ce qu’un appareil d’aspiration?

Chaque appareil d’aspiration est composé d’une pompe qui génère une
pression négative, d’une connexion à un bocal récepteur qui reçoit le
matériel aspiré, d’une canule ou d’une sonde d’aspiration et d’un réservoir
d’eau stérile.
Le matériel d’aspiration portable produit une dépression à l’aide d’un
moteur électrique (branché sur batterie ou sur secteur) ou à l’aide d’une
pompe manuelle. Ces appareils doivent être capables de créer le vide
dans un espace fermé.
Les conduits doivent être suffisamment épais pour ne pas se collaber. Le
réservoir doit être incassable et facile à nettoyer (ou disposable).

Une canule d’aspiration rigide (appelée également Yankauer), permet


d’aspirer sélectivement dans la bouche et le pharynx. Elle est arrondie et
munie d’orifices multiples pour éviter d’être bouchée par des débris ali-
mentaires.

Les sondes d’aspiration existent en des tailles différentes. La taille est


donnée en “french” ou en “CH”. Plus le chiffre est élevé, plus le diamètre
est large. Elles sont flexibles et ne peuvent aspirer des débris alimentai-
res importants. Lorsqu’elles se bouchent, il faut les déboucher en les
rinçant avec l’eau stérile du réservoir.

FIG. 3.22

1
2
5
3

Appareil portable avec moteur Quelques appareils d’aspiration


électrique à pompe manuelle
1. batterie
2. source de vide (pompe)
3. réservoir
4. connexion
5. interrupteur
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.38

FIG. 3.23

SONDES D’ASPIRATION

Sondes d’aspiration de tailles Canule d’aspiration (Yankauer).


différentes dans leur emballage La flèche rouge indique l’extrémité
stérile. arrondie pourvue de fentes. La force
d’aspiration se règle en fermant plus
ou moins l’ouverture (flèche jaune).

• Comment utiliser un appareil d’aspiration?


Agenouillez-vous à la tête du patient.
Couchez le patient sur le côté s’il n’existe aucune indication de lésion de
la nuque ou de la colonne cervicale. Ne déplacez pas le patient si vous
suspectez des lésions de la nuque.
Prenez la sonde ou la canule. Elles sont emballées stérilement. Ouvrez
seulement un côté de l’emballage pour connecter la sonde à l’appareil.
Vous gardez ainsi l’autre extrémité stérile jusqu’au dernier moment.
Avant d’utiliser la sonde, vous devez mesurer la profondeur utile. Pour
cela, mesurez sur le visage du patient la distance entre les commissures
des lèvres et le tragus de l’oreille du même côté.
Il n’est pas nécessaire de prendre une mesure pour utiliser la canule. Vous
ne pourrez pas l’introduire trop profondément, puisque vous devez gar-
der l’extrémité de la canule sous le contrôle de la vue.
Branchez l’appareil et contrôlez son fonctionnement en clampant le
tuyau et en percevant ou en écoutant si une dépression existe.
Ouvrez la bouche du patient avec la technique des doigts croisés (déjà
décrite).
Introduisez la sonde jusqu’à la profondeur mesurée. La canule est insérée
avec le bout arrondi vers le palais. Amenez, à vue, le bout vers l’endroit
désiré. N’introduisez jamais la canule profondément dans la gorge
ou le larynx.
Dès que la canule ou la sonde sont en place, mettez l’appareil en marche
et retirez la sonde ou la canule tout en aspirant. Pour aspirer, il suffit de
boucher l’orifice proximal de la canule.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.39

FIG. 3.24

UTILISATION DE
L’APPAREIL D’ASPIRATION

1. Placez l’appareil d’aspiration 2. Ouvrez aussi stérilement que


à la tête du patient. possible l’emballage de la sonde ou
de la canule d’aspiration choisie.

3. Mesurez la distance entre la commis- 4. Branchez l’appareil d’aspiration


sure de la lèvre et le tragus de l’oreille: et vérifiez si une dépression existe.
cette mesure est la distance maximale
d’introduction de la sonde par la bouche.

5. Ouvrez la bouche du patient et 6. N’introduisez pas la sonde plus


aspirez comme décrit. loin qu’autorisé.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.40

Aspirez toujours prudemment. Les canules d’aspiration sont rigides et


peuvent léser les tissus et provoquer des saignements. Ne pénétrez jamais
dans des plaies et n’enlevez pas de tissus en aspirant. Aspirez seulement
dans le pharynx. Si le patient présente un réflexe de nausée pendant
l’aspiration, reculez jusqu’à l’endroit où ce réflexe ne se manifeste plus.

L’aspiration chez un patient qui ne respire pas ou qui respire mal,


ou qui présente un arrêt cardiaque ou respiratoire, ne peut jamais
durer plus de quelques secondes.

b. Le matériel de ventilation.

Le matériel de ventilation qui peut être utilisé lors de la réanimation


respiratoire vous protège contre l’infection par la salive, le sang ou les
vomissures. Il permet également d’administrer de l’oxygène pen-
dant la ventilation. Trois aides techniques à la ventilation sont dispo-
nibles: le masque facial, le masque de poche et le système masque-valve-
ballon.

Le masque facial Ce masque est constitué d’une fine membrane translucide que l’on pose
sur la figure du patient pour diminuer le contact avec sa bouche pendant
la réanimation par le bouche-à-bouche. Ce masque devrait se trouver
dans les coffres de premiers soins (atelier, voiture).

Le masque de poche Le masque de poche est pliant et peut être facilement rangé et transporté.
Il est possible de l’avoir toujours sur soi, non seulement dans l’ambulance
mais également dans son véhicule personnel.
Le masque est en plastique transparent souple. Les meilleurs modèles
sont transparents afin de pouvoir remarquer immédiatement la présence
de vomissures ou de mucus dans le masque. Le masque de poche a la
forme d’une pyramide à base triangulaire. Une valve unidirectionnelle
empêche l’air exhalé par le patient de revenir dans la figure du sauveteur.

FIG. 3.25

MASQUES DE POCHE
TRANSPARENTS
3
À VALVE UNIDIRECTIONNELLE

2
3

2 1. masque de poche transparent


1 2. valve unidirectionnelle à filtre
1 anti-bactérien
3. embout.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.41

FIG.3.26

MASQUES DE POCHE

Certains possèdent un raccord pour Ventilation avec un masque de


l’administration d’oxygène. poche, valve unidirectionnelle et
embout. Le sauveteur doit maintenir
les voies respiratoires dégagées
pendant la ventilation (cfr. texte).

Les modèles les meilleurs permettent l’administration d’oxygène par un


raccord. Certains masques sont équipés d’un serre-tête élastique qui
permet la fixation sur la bouche et le nez du patient. Cela est particuliè-
rement pratique lorsqu’on est seul pour réanimer.

• Comment utiliser le masque de poche?

Branchez si possible l’oxygène sur le masque avec un débit de 10 à 15 l


par minute.
Agenouillez-vous derrière la tête du patient et dégagez les voies respira-
toires. Si le patient est uniquement inconscient et ne présente pas de
réflexe de nausée, vous pouvez placer une canule oropharyngée.
Placez le masque sur la face du patient. Veillez à ce que la pointe du mas-
que repose sur l’arête du nez et la base du masque sur la mâchoire infé-
rieure entre la lèvre inférieure et la pointe du menton.
Appuyez fermement le masque avec les pouces. Continuez à garder les
voies respiratoires dégagées en maintenant la mâchoire inférieure des
index, médians, annulaires, en réalisant une traction vers le haut et en réa-
lisant la bascule de la tête.
Inspirez profondément et ventilez par l’embout du masque. Chaque insuf-
flation dure environ 1,5 à 2 secondes chez l’adulte et 1 à 1,5 seconde chez
les nourrissons et les enfants. Pendant l’insufflation, observez s’il existe
une élévation du thorax.
Laissez le patient expirer en enlevant votre bouche de l’embout.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.42

FIG. 3.27

LE DISPOSITIF MASQUE-
VALVE-BALLON
2

5 1 3

1. ballon 2. valve unidirectionnelle 3. masque 4. soupape d’admission


d’oxygène 5. sac-réservoir.

Le dispositif Ce dispositif est constitué d’un masque, d’une valve pour l’arrivée et la
masque-valve-ballon sortie de l’air, d’un ballon autostatique d’un volume minimum de 800 ml,
d’une admission d’air, d’une admission d’oxygène et d’un réservoir d’oxy-
gène qui est adapté au ballon.
Vous devez savoir comment démonter cet appareil, le nettoyer et le
remonter facilement.

• Comment fonctionne le dispositif masque-valve-ballon?

L’oxygène entre par l’admission d’oxygène dans le ballon. Lors de la


compression du ballon, la pression à l’intérieur du ballon fermera la sou-
pape d’admission d’air, et l’air ainsi que l’oxygène traverseront la sou-
pape d’admission vers le masque.
Lorsque le ballon est utilisé sans adjonction d’oxygène, le patient sera
ventilé par de l’air atmosphérique qui contient 21 % d’oxygène.
Lorsque le dispositif est utilisé avec admission d’oxygène, mais sans bal-
lon-réservoir, le patient recevra un mélange avec ± 50 % d’oxygène.
Lors de l’utilisation d’oxygène en employant le réservoir d’oxygène (avec
un débit de plus de 15 l/min) le patient recevra 100 % d’oxygène.
Lorque le ballon est relâché, l’expiration passive du patient se fait par la
valve d’expiration. Les valves du ballon sont conçues de manière à éli-
miner l’air expiré et ne pas permettre qu’il soit inspiré à nouveau. Pendant
l’expiration, l’oxygène du sac réservoir passe dans le ballon qui se rem-
plit parce qu’il reprend automatiquement sa forme (autostatique) et est
ainsi prêt pour l’insufflation suivante.

• Quand utiliser un dispositif masque-valve-ballon?

L’emploi d’un dispositif masque-valve-ballon n’est pas aisé et demande


beaucoup d’expérience. Il faut réaliser trois gestes simultanément de
manière parfaite: comprimer le ballon avec une main, dégager les voies
respiratoires avec l’autre tout en appliquant le masque sur la face du
patient.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.43

C’est la raison pour laquelle tous les ambulanciers ne sont pas formés à
l’utilisation du ballon. Suivez donc les indications données pendant votre
formation: 1. soit l’utilisation d’un masque de poche avec oxygène, 2. soit
l’utilisation d’un masque-valve-ballon lorsque vous êtes à deux et qu’une
personne comprime le ballon, tandis que l’autre maintient le masque
sur la face en dégageant les voies respiratoires ou soit, 3. l’utilisation du
masque-valve-ballon et passez au masque de poche avec oxygène au
moindre doute d’efficacité.

• Quelle est la taille correcte du masque?

Il existe des masques-valves-ballons de plusieurs tailles: pour adultes,


pour enfants et pour nourrissons. Le contenu du ballon et la taille du mas-
que sont différents.
La taille du masque doit être choisie telle que la pointe du masque repose
sur l’arête du nez et la base entre la lèvre inférieure et la pointe du men-
ton. Veillez à ne pas utiliser un masque pour adulte chez un enfant
(cfr. fig. 3.29)

FIG. 3.28

DISPOSITIFS
MASQUE-VALVE-BALLON

Divers modèles pour adultes.

FIG. 3.29

DISPOSITIFS
MASQUE-VALVE-BALLON POUR
ADULTES ET POUR ENFANTS

Choisissez la taille correcte.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.44

FIG. 3.30

VENTILATION AVEC LE DISPOSITIF


MASQUE-VALVE-BALLON

Choisissez le masque de taille Appuyez le masque avec le pouce et


correcte. l’index; avec les trois autres doigts
saisissez la mâchoire.

• Comment utiliser le dispositif masque-valve-ballon?

Agenouillez-vous à la tête du patient. Dégagez les voies respiratoires et,


si nécessaire, nettoyez-les (utilisez l’appareil d’aspiration).
Placez une canule oropharyngée, sauf si le patient présente un réflexe de
nausée.
Choisissez la taille correcte de masque.
Appliquez correctement et fermement le masque sur la face en appuyant
votre pouce sur la partie supérieure du masque et l’index sur la partie infé-
rieure. Les autres doigts empoignent le menton et l’angle du maxillaire
inférieur (cfr. fig. 3.30).
Comprimez le ballon toutes les 5 secondes. Vous pouvez appuyer le bal-
lon contre votre cuisse.
Vous devez appuyer avec suffisamment de force pour voir la cage tho-
racique se soulever. Chez les nourrissons et les enfants vous comprimez
toutes les 3 secondes.
Relâchez le ballon après l’avoir comprimé. Le patient expirera passive-
ment.
Si vous êtes à deux, l’un de vous pourra tenir le masque en place, tandis
que l’autre comprime le ballon.

c. Le matériel d’administration de l’oxygène.

L’air que nous inspirons contient 21 % d’oxygène et cela suffit ample-


ment dans les circonstances normales. Cependant, de nombreux patients
nécessiteront une concentration d’oxygène plus importante car leur
respiration est insuffisante.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.45

Q UI A BESOIN D ’ UN SUPPLÉMENT D ’ OXYGÈNE ?

• Les patients qui présentent des difficultés respiratoires ou un arrêt car-


diaque et respiratoire.
• Les patients victimes d’ une crise cardiaque ou d’un accident vasculaire
cérébral; dans ces circonstances, l’apport de sang vers le cœur ou le cer-
veau est diminué.
• Les patients en état de choc: leur circulation est insuffisante et l’apport
d’oxygène aux organes est problématique.
• Les patients qui perdent beaucoup de sang présentent des problèmes
circulatoires et, de cette façon, des problèmes d’apport d’oxygène.
• Les patients qui présentent des maladies pulmonaires sont en détresse
respiratoire et ne peuvent donc pas prendre suffisamment d’oxygène.
• Les patients comateux ou intoxiqués par le monoxyde de carbone.
Un ambulancier doit reconnaître ces situations par le teint bleuâtre ou
bleu-pâle du patient, par le type de respiration ou par l’altération de
l’état de conscience, la confusion ou l’agitation du patient.

R EMARQUES GÉNÉRALES À PROPOS DES RÈGLES DE SÉCURITÉ


LORS DE L’ ADMINISTRATION D ’ OXYGÈNE

L’administration d’oxygène sauve fréquemment des vies. Les avantages


de l’utilisation de l’oxygène dans le cadre de l’aide médicale urgente
sont toujours plus grands que les risques médicaux et non médicaux.
L’emploi de l’oxygène est cependant lié à des règles strictes de sécurité.
L’ambulancier doit toujours avoir présent à l’esprit les notions suivantes,
tant pour sa propre sécurité que pour celle des patients:
• L’oxygène pur est un gaz qui peut provoquer des explosions.
• Dans la bonbonne, l’oxygène se trouve sous pression; une brèche dans
la bonbonne, la rupture d’une valve, un manodétendeur défectueux ou
vieilli peuvent provoquer une explosion et la projection de débris.
• L’oxygène est fortement inflammable et active violemment la combus-
tion. Aucune flamme (cigarette, chauffage avec flamme nue, arcs élec-
triques, ...) ne peut être présente dans un local où l’on emploie de l’oxy-
gène.
• Les appareils utilisés pour l’oxygénation ne doivent pas être lubrifiés par
de l’huile ou de la graisse, ils ne doivent pas être lavés avec du savon
gras, ils ne doivent pas être manipulés avec des mains grasses; l’utili-
sation de sparadrap ou d’adhésifs est dangereuse sur ces appareils
(saturation dangereuse des colles par l’oxygène).
• Il ne faut jamais utiliser de l’oxygène industriel à des fins médicales,
celui-ci contient des impuretés et des toxiques. L’oxygène médical est
signalé par la lettre “M” en rouge.
• Evitez les manipulations à l’aide d’outils qui peuvent provoquer des
étincelles et entraîner un risque d’explosion.
D’un point de vue médical, l’oxygène est un médicament.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.46

Dans certaines rares situations, l’oxygène peut être nuisible pour le


patient:
• une administration prolongée d’oxygène aux nouveau-nés peut être
dangereuse, mais ce problème n’existe jamais dans le cadre de votre
activité d’ambulancier.
• l’oxygène peut augmenter la toxicité de certains produits phytophar-
maceutiques (Paraquat® ou Gramoxone®).
• les bronchiteux chroniques insuffisants respiratoires graves, peuvent,
après une administration d’une trop grande quantité d’oxygène, courir
le risque d’un arrêt respiratoire.

AU MOYEN DE QUELS APPAREILS ADMINISTRER L’ OXYGÈNE ?

Vous disposez d’appareils portables, mais également d’installations fixes


dans les ambulances. La majorité des appareils sont constitués d’une
bonbonne, d’un détendeur, d’un débitmètre, d’un masque et d’un
tuyau d’alimentation.

La bonbonne La bonbonne contient de l’oxygène comprimé et constitue le moyen


idéal pour disposer d’oxygène en tout lieu, même en dehors de l’hôpital.
Selon les dispositions légales, les bonbonnes d’oxygène doivent être
munies d’un collet blanc. Les bonbonnes existent en plusieurs tailles, de
trois à vingt litres; leur volume est gravé sur la bonbonne (cfr. fig. 3.31).
Pour savoir quelle quantité d’oxygène est disponible, vous devez bien con-
naître ce volume (cfr. infra).
Ces bonbonnes peuvent devenir dangereuses, si vous les manipulez de
manière incorrecte. Ne les laissez jamais tomber, ne les cognez jamais
brutalement. Fixez les bonbonnes au brancard pendant le transport.
Ne déplacez jamais une bonbonne en la traînant ou en la roulant.
N’utilisez jamais des sparadraps ou des adhésifs sur le cylindre, car la
colle peut réagir de manière explosive avec l’oxygène.
N’utilisez que le détendeur et le débitmètre qui sont destinés à cette
bonbonne.

FIG. 3.31

BONBONNES D’OXYGÈNE

Bonbonne d’oxygène. Différents modèles de bonbonnes.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.47

FIG. 3.32

DÉTENDEUR ET DÉBITMÈTRE
3
1

1. Pas de vis et anneau de joint Placement du détendeur.


2. Détendeur Ceci doit s’effectuer sans outillage.
3. Manomètre du détendeur
4. Régulateur de débit (débitmètre).

N’ouvrez jamais une bonbonne complètement, mais refermez toujours la


valve d’un quart de tour pour éviter qu’une autre personne ne force le
robinet déjà ouvert de la bonbonne. La valve ne doit pas être complète-
ment ouverte pour délivrer de l’oxygène.
Entreposez les bonbonnes dans une pièce fraîche, ventilée, en les fixant
correctement en place.
La réglementation belge prévoit, tous les 10 ans, une révision des bon-
bonnes par une firme agréée. La pression ne peut pas dépasser 200 bars
(200 fois la pression atmosphérique). La pression de test du cylindre est
poinçonnée sur la bonbonne par la firme agréée. Toute réparation doit
être réalisée par une firme agréée.
Suite à divers incidents survenus ces dernières années dans des hôpitaux
ou des corps ambulanciers, les firmes agréées conseillent actuellement:
• une révision du matériel tous les 5 ans
• une décision de déclassement du matériel subissant des hautes pres-
sions après 10 ans.
Comme ambulancier, vous rencontrez des professionnels des soins de
santé qui utilisent de l’oxygène gazeux contenu dans des petits réservoirs
disposables (médecins généralistes, dentistes, infirmiers d’entreprises,
kinésithérapeutes,...). Ces dispositifs ne sont pas adaptés à votre pratique
de tous les jours mais à l’utilisation très occasionnelle.

Le détendeur Le détendeur réduit la pression de 200 bars à un niveau de pression qui


permet l’administration de l’oxygène au patient.
Le pas de vis du détendeur qui connecte le manodétendeur sur la bon-
bonne est d’un modèle défini légalement pour empêcher toute erreur de
montage.
En principe, ces accessoires doivent pouvoir être montés sans l’aide
d’outils (c’est à dire avec les mains). Ceci est rendu possible par une vis
micrométrique qui relie la bonbonne d’oxygène au détendeur et un poin-
teau avec joint qui réalise une jonction hermétique.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.48

FIG. 3.33

DÉBITMÈTRES

Différents types de débitmètres


pour régler l’administration
d’oxygène.

Vous devez bien connaître ce matériel et en maîtriser parfaitement


l’usage. Un détendeur subit des pressions importantes, manipulez-le avec
précaution, respectez les consignes de la firme agréée.

Le débitmètre La majorité des appareils modernes possède un détendeur et un


manomètre réunis en un seul bloc.
Le débitmètre est le robinet avec lequel vous réglez la quantité d’oxygène
qui est délivrée par minute. Il existe plusieurs sortes de débitmètres. Le
premier type est constitué d’un tube transparent muni d’une échelle.
Une bille flottante indique le débit. Ce débitmètre doit toujours être en
position verticale pour une lecture correcte. Ce type de débitmètre con-
vient dans les installations hospitalières fixes.
Le deuxième type possède un cadran où une aiguille indique le débit. Ce
type est indépendant de la position de la bonbonne et est moins fragile.

Un troisième type de débitmètre est étalonné sur des débits fixes pré-
établis. L’ambulancier peut chosir le débit à administrer (p.ex. 2, 4, 6, 8,
10 ou 12 l/min). Ce système est particulièrement robuste et efficace.
Un quatrième type donne un débit fixe. Ce système ne peut qu’être
ouvert ou fermé. Il n’est pas adapté à l’aide médicale urgente. Il n’est pas
possible d’adapter le débit aux besoins du patient. Pour une personne
atteinte d’une affection pulmonaire chronique, un débit de 10 l/min peut
être trop élevé. Ce type de débitmètre fixe est surtout utilisé dans des en-
treprises lors de la prise en charge d’accidents de travail.

• Comment connaître l’autonomie d’un système d’oxygénation?

Vous devez être capable de calculer l’autonomie de votre réserve d’oxy-


gène. Un calcul simple permet de déterminer cette autonomie à partir de
la pression de la bonbonne (à lire sur le manomètre du détendeur), le
volume de la bonbonne (gravé sur la bonbonne) et le débit administré
(à lire sur le débitmètre).
Dans des conditions d’utilisation normales, le calcul est effectué comme
suit:
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.49

• Volume de la bonbonne x pression dans la bonbonne =


quantité d’oxygène disponible.

Par exemple. Une bonbonne de 6 litres présentant une pression de 100 bars
fournira à pression atmosphérique 600 l d’oxygène. Il est dès lors facile de cal-
culer rapidement l’autonomie en fonction d’un débit déterminé.
Avec 600 l d’oxygène, un débit de 10 l/min pourra être administré pendant
60 minutes avant de vider la bouteille.
En altitude ou pendant un transport aérien, la pression atmosphérique peut être
plus basse.

L’humidificateur Il existe des systèmes dans lesquels l’oxygène passe à travers un réservoir
d’eau avant d’être respiré. Cela est surtout utile lors de l’administration
prolongée d’oxygène à l’hôpital. Dans le cadre de l’Aide Médicale Urgente
ceci n’est utile que pour de longs trajets en ambulance. Ces réservoirs
d’eau sont des foyers de contamination bactérienne. C’est la raison pour
laquelle il vaut mieux les éviter dans le cadre de l’aide Médicale Urgente.
Pour les transports de longue durée, il faut utiliser un système stérile
d’humidification de l’oxygène.

Sondes et masques pour Plusieurs systèmes d’apport d’oxygène existent. Certains conviennent
l’administration d’oxygène pour des patients capables de respirer spontanément, tandis que d’autres
sont conçus pour des patients qui respirent faiblement, de manière insuf-
fisante ou ne respirent plus.

• Pour les patients qui respirent spontanément

La sonde nasale et les lunettes à oxygène.


La sonde nasale est constituée d’un simple tube de plastique souple,
relié à la bonbonne d’oxygène et introduit jusqu’à une certaine profondeur
dans le nez (cfr. fig. 3.34). Les lunettes à oxygène sont constituées d’un
tuyau souple qui se termine en forme de lunettes avec deux orifices qui
peuvent être ajustés aux narines; le dispositif tient en place grâce à un
cordon qui passe derrière les oreilles et en dessous du menton du patient.

FIG. 3.34

SONDES POUR
L’ADMINISTRATION D’OXYGÈNE

Sonde nasale. Lunettes à oxygène.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.50

FIG. 3.35

MISE EN PLACE
D’UNE SONDE NASALE

1. Mesure de la longueur maximale 2. Fixation de la sonde.


pouvant être introduite dans le nez.

FIG. 3.36

MISE EN PLACE
D’UNE LUNETTE À OXYGÈNE

1. Les deux orifices sont insérés 2. Fixation des “lunettes” au


dans les narines. patient.

Le débit d’une sonde nasale ou d’une lunette à oxygène peut être réglé
entre 1 et 6 l/min. Ceci correspond respectivement à environ 24% et 44%
d’oxygène dans l’air inspiré. Il n’est pas indiqué d’administrer un débit
plus élevé, car cela dessèche les muqueuses nasales. En fait, il n’est pas
indiqué d’administrer plus de 3 l/min par ces systèmes, si l’oxygénation
dure plus de 10 minutes.

La sonde nasale et les lunettes à oxygène sont généralement utilisées


dans des affections médicales légères. Les patients atteints d’affections
pulmonaires chroniques peuvent aussi utiliser les sondes nasales et les
lunettes à oxygène car ils ne peuvent pas recevoir plus de 1-2 l/min
d’oxygène. Pour les patients atteints d’affections graves une sonde nasale
ou des lunettes à oxygène sont insuffisantes car ces patients nécessitent
plus de 6 l/min. L’oxygène doit leur être administré au masque. Parfois ils
ne supporteront pas le masque à cause d’une sensation de suffocation, et
il est alors préférable de leur administrer l’oxygène à l’aide d’une sonde
nasale ou de lunettes à oxygène, à débit maximal.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.51

FIG. 3.37

MASQUES POUR
L’ADMINISTRATION D’OXYGÈNE

1. masque simple 2. masque à réservoir


(pour adultes et enfants). (pour adultes et enfants).

Attention, la pression élevée peut repousser en arrière le tuyau de la


sonde nasale ou des lunettes.

Les masques
Les ambulanciers utilisent normalement des masques à réservoir. Pour
être complet, nous décrirons également le masque ordinaire; vous devez
en connaître les avantages et les inconvénients.

Le masque ordinaire est fabriqué en plastique souple qui s’adapte sur


la figure au niveau du nez et de la bouche. Le masque possède des ouver-
tures circulaires qui permettent l’admission d’air inspiré qui se mélange
à l’oxygène et par lesquelles l’air expiré peut s’échapper. Le tuyau
d’admission d’oxygène s’adapte à l’extrémité du masque.

FIG. 3.38
1 3
MASQUE AVEC RÉSERVOIR

1.sac réservoir
2. ouvertures unidirectionnelles
(rondelles en caoutchouc)
3. apport d’oxygène
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.52

L’oxygène entre dans le masque et se mélange avec l’air inspiré. L’oxy-


gène purge également l’air expiré dans le masque. Pour cette raison, le
débit d’oxygène doit être d’au moins 6 l/min. Si le débit est plus bas, le
patient inspirerait l’air qu’il vient d’expirer et recevrait trop peu d’oxygène.
A un débit de 6 l/min, le patient reçoit 35 % d’oxygène, et à un débit de
10 l/min, 60 % d’oxygène.

Le masque avec réservoir ressemble à un masque facial simple, mais


les ouvertures latérales sont munies de rondelles de caoutchouc qui lais-
sent sortir l’air expiré, mais se referment lors de l’inspiration sous l’effet
de la dépression. De cette façon, l’air extérieur ne rentre pas par ces
ouvertures lors de l’inspiration. Le patient reçoit par conséquent plus
d’oxygène. Le masque est muni d’un sac-réservoir, par lequel l’oxygène
rentre dans le masque. A un débit de 8 l/min le patient reçoit 80 %
d’oxygène, et 95 % à un débit de 15 l/min.

Il est très important d’utiliser une technique correcte pour appliquer le


masque:
Si le patient est conscient, expliquez que l’administration d’oxygène est
indispensable et qu’il est nécessaire d’utiliser un masque. Choisissez un
masque de taille adéquate. Il existe plusieurs tailles, notamment pour les
nourrissons, les enfants et les adultes. Chez les patients avec stomie, il est
possible d’utiliser un masque pour enfant et de l’appliquer sur l’ouverture
de la stomie.
Reliez le masque au tube d’alimentation en oxygène et connectez-le à la
bonbonne. Prenez le masque et obturez avec le doigt l’arrivée d’oxygène
dans le masque. Réglez le débitmètre sur la valeur souhaitée, appuyez sur
l’ouverture jusqu’à remplissage complet du réservoir par l’oxygène.
Posez le masque sur la figure et fixez-le avec l’élastique autour de la
tête. Le masque doit être bien appliqué sur la figure, sinon de l’air entrera
dans le masque et le patient recevra moins d’oxygène.
Réglez le débit pour que le volume du réservoir diminue au grand maxi-
mum de 1/3 de son volume lors de l’inspiration. S’il diminue plus, le
patient reçoit trop peu d’oxygène et il faut augmenter le débit. Le débit
minimum nécessaire est de 8 l/min. Chez un patient qui respire rapide-
ment et profondément le débit doit parfois être augmenté jusqu’à 20
l/min.
Si le patient ne supporte pas le masque, il faudra utiliser la sonde nasale
ou les lunettes à oxygène. Parfois le patient conscient peut tenir le mas-
que lui-même sur la bouche et le nez.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.53

FIG. 3.39
ADMINISTRATION DE L’OXYGÈNE

1. Expliquez au patient ce qui va se 2. Ouvrez la bonbonne et contrôlez


passer, et choisissez un masque de la pression sur le détendeur.
taille adéquate. Reliez le masque
par le tuyau d’alimentation à la
bonbonne.

3. Réglez le débitmètre à la valeur 4. Posez le masque prudemment sur


souhaitée et obturez l’ouverture du la figure.
réservoir jusqu’à remplissage
complet par l’oxygène.

5. Réglez le débit en surveillant le


volume du sac-réservoir (cfr. texte).
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.54

Si vous souhaitez interrompre l’administration d’oxygène, enlevez le


masque en détachant l’élastique. Fermez le robinet de la bonbonne.
Détachez les tuyaux de la bonbonne. Laissez échapper l’oxygène restant
dans le débitmètre en ouvrant le débitmètre à fond.
Il faut utiliser le masque à réservoir chez les patients qui ont besoin de
beaucoup d’oxygène, par exemple lors des intoxications par les émana-
tions d’un poêle (intoxication au monoxyde de carbone) ou chez le patient
choqué. Dans ce manuel, plusieurs situations cliniques sont décrites, la
quantité d’oxygène ainsi que la manière de l’administrer seront précisées.

• Chez les patients qui ne respirent pas spontanément.

Un patient qui ne respire plus spontanément doit évidemment être


ventilé. En réalisant le bouche-à-bouche, il n’est pas possible d’admini-
strer de l’oxygène supplémentaire. En utilisant un masque facial ou un
masque avec valve, il est possible d’administrer un supplément d’oxygène.
L’utilisation du masque facial a été décrit précédemment. Un bon mas-
que facial possède un embout d’administration d’oxygène. En donnant
10 l/min d’oxygène, le patient reçoit environ 50 % d’oxygène inspiré.

Le masque-valve-ballon a été décrit précédemment. Il possède une


admission d’oxygène. En donnant suffisamment d’oxygène (10 à 15 l/
min), le patient sera pratiquement ventilé à l’oxygène pur (90 %). Ces
avantages sont à mettre en balance avec la difficulté d’emploi et l’en-
traînement nécessaire à l’utilisation de cette technique.
Il existe des appareils de ventilation automatique avec masque
facial; leur emploi nécessite un entraînement certain et de l’expérience.
Les appareils automatiques de ventilation sont généralement portables et
munis d’une bonbonne d’oxygène relativement petite. Certains de ces
appareils délivrent l’oxygène sous pression, à la demande de l’utilisateur
(gâchette ou bouton à enfoncer). L’emploi de ces appareils doit se discuter
avec le médecin responsable de votre formation.

Pour l’ambulancier, un masque facial et un ballon alimenté en


oxygène sont à préférer à ces dispositifs difficiles à utiliser cor-
rectement.

Aide au SMUR pour la ventilation du patient

L’équipe d’inter vention possède une série de moyens spécialisés et


d’appareils pour traiter les patients victimes d’une obstruction des
voies respiratoires et d’une défaillance respiratoire: la pince de
Magill, le lar yngoscope, le tube endotrachéal et les appareils de
ventilation automatique.
Il est bon que l’ambulancier connaisse ces appareils pour com-
prendre l’action et les demandes de l’équipe du SMUR.
Votre degré d’implication dans cette action dépend de votre for-
mation et des instructions du médecin du SMUR.
Lors de l’intubation endotrachéale, une sonde est introduite dans
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.55

la trachée. Ce tube est muni à une extrémité d’une manchette gon-


flable. Au moment où le tube est en place, le gonflement de cette
manchette adaptera celui-ci à la trachée. Il sera alors très facile de
ventiler le patient avec 100 % d’oxygène. Cette ventilation peut se
faire au ballon ou avec un appareil de ventilation automatique.
L’appareil permet de régler séparément le débit et la fréquence.

Pendant la préparation de l’intubation, le patient doit être ventilé


avec de l’oxygène. Ceci est de la responsabilité de l’ambulancier et
de l’équipe médicale.
Si pendant l’intubation, vous devez aider le médecin en présentant
le matériel, cela doit faire l’objet d’un apprentissage approfondi
indispensable pendant votre formation.

FIG. 3.40
3
6
L’INTUBATION ENDOTRACHÉALE
7

1 3
4
5
2
1 2

Le matériel nécessaire: 1. tube endotrachéal.


1. laryngoscope avec lames de 2. manchette ou “cuff” pour adapter
différentes tailles. le tube hermétiquement à la trachée.
2. pince de Magill (tailles 3. seringue pour gonfler la
différentes). manchette.
3. appareil d’aspiration prêt
à l’emploi.
4. tube endotrachéal (emballage
stérile).
5. mandrin pour le tube.
6. lubrifiant.
7. sparadrap et ciseaux.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.56

3.2 Quand le cœur s’arrête

Chaque année 11.000 personnes environ décèdent d’un arrêt cardiaque


inopiné. Cela représente un nombre de décès deux fois plus grand que
ceux provoqués par les accidents de roulage.
Le système cardio-vasculaire et le système respiratoire sont deux systè-
mes vitaux qui collaborent étroitement pour fournir l’oxygène à l’orga-
nisme. Ils sont tellement intimement liés que lors d’un arrêt cardiaque,
la respiration s’arrêtera également très rapidement. Sans intervention
immédiate, la mort sera inéluctable.
Un arrêt cardiaque peut avoir des causes diverses, mais dans de nom-
breux cas la cause est liée à une affection du cœur lui-même. Lors d’une
suffocation ou d’une noyade, l’arrêt respiratoire peut précéder l’arrêt
cardiaque.
La cause précise de l’arrêt cardiaque est généralement sans grande
importance pour l’ambulancier. La technique de base pour la réanimation
cardio-pulmonaire reste toujours la même. On parle de Réanimation
Cardio-Pulmonaire (RCP) parce que l’on tente de remettre en route
l’activité spontanée du cœur (en latin “cor”) et de la respiration (poumon
en latin s’appelle “pulmo”).

Malheureusement il est rarement possible de rétablir l’activité spontanée


cardiaque et respiratoire au moyen de la réanimation de base seule.
Cependant, cette réanimation de base est essentielle pour le maintien de
1.2
l’apport d’une quantité vitale d’oxygène à l’organisme (et surtout au cer-
veau); cela permet de retarder l’apparition de la mort biologique. Persévé-
rez dans la pratique de la RCP en attendant que le SMUR vienne en ren-
fort avec ses moyens spécialisés. Sans vos efforts, aucun espoir ne serait
possible pour préserver l’intégrité des cellules cérébrales du patient.

Que se passe-t-il lors d’un arrêt cardiorespiratoire?

L’anatomie et le fonctionnement du cœur ont été exposés au cha-


pitre 1. Une révision de celui-ci est utile avant de progresser dans
ce chapitre-ci.
Chaque contraction du muscle cardiaque est provoquée par une
activité électrique. La décharge électrique est normalement très
régulière, car le cœur reçoit des impulsions régulières de nerfs spé-
cialisés. Cette activité électrique peut être enregistrée avec un
moniteur cardiaque et interprétée par un médecin.
Lors de la “mort subite”, on distingue trois types de troubles de
l’activité électrique du muscle cardiaque.
Si le moniteur cardiaque enregistre une activité électrique chaoti-
que, comme une suite de courts-circuits désordonnés, nous parle-
rons de fibrillation ventriculaire. Dans ces cas, il est possible
de synchroniser ce chaos électrique en administrant un choc élec-
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.57

trique. On appelle cela “défibrillation” et cela suffit parfois à


sauver le patient.
Lors d’une asystolie plus aucune activité électrique n’est enregis-
trable, et par conséquent aucune contraction cardiaque n’est pré-
sente.
Lors d’une dissociation électromécanique, on enregistre
encore une activité électrique organisée, mais cette activité élect-
rique n’est plus capable de provoquer une contraction musculaire
efficace. Le signal électrique et la contraction musculaire sont
donc dissociés et il n’y a pas de circulation efficace (pas de pouls
perçu).

COMMENT PERMETTRE À UN PATIENT


VICTIME D’UN ARRÊT CARDIAQUE
DE SURVIVRE?

La survie d’un patient lors de l’arrêt cardiorespiratoire est fonction d’un


certain nombre de facteurs. D’une part, l’état de santé du patient, son âge,
ses antécédents médicaux et la cause de l’arrêt jouent un rôle; d’autre
part, la survie est également déterminée par la rapidité de l’intervention
des services de secours médicaux. En quelques minutes, un arrêt du

FIG. 3.41

TROUBLES DU FONCTIONNEMENT
ÉLECTRIQUE DU CŒUR

1. activité cardiaque normale 2. fibrillation ventriculaire

3. asystolie 4. dissociation électromécanique.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.58

cœur et de la respiration entraîneront toujours des lésions cérébrales irré-


parables, si l’on n’y supplée pas efficacement.

La gravité de la situation doit être rapidement reconnue et les secours


adéquats doivent être apportés rapidement.
L’ABC de la réanimation doit être mis en œuvre aussi rapidement que
possible. Idéalement, ces “gestes qui sauvent” seront réalisés par les
premiers témoins, acteurs importants de la “chaîne de survie”.
Dès leur arrivée, les ambulanciers doivent continuer cet ABC ou l’enta-
mer sans tarder.
Le SMUR dispose de matériel spécialisé de défibrillation, d’intubation et
de médicaments qui doit arriver sur place le plus tôt possible.
Dans cette “chaîne de secours” de l’aide médicale urgente, tous les
maillons sont importants. Le rôle de l’ambulancier est essentiel. Vous
devez reconnaître une personne inconsciente victime d’un arrêt cardia-
que et respiratoire, appeler le SMUR en renfort s’il n’a pas été envoyé
d’office, et mettre sans tarder l’ABC de la réanimation en œuvre.

FIG. 3.42

LA CHAÎNE DES SECOURS DE


L’AIDE MÉDICALE URGENTE.
1. Appel immédiat des secours

2. Réanimation cardio-pulmonaire
immédiate

3. Défibrillation précoce

4. ACLS immédiate pour


stabilisation.

Légende: ACLS signifie Advanced Cardiac Life Support.


Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.59

Les premiers secours débutent toujours par l’ABC

Le contrôle de la conscience, le A et B des techniques de réanimation ont


été exposés précédemment en détail. Nous n’en reprenons que les points
principaux.

FIG. 3.43

PRISE EN CHARGE D’UN ARRÊT


CARDIORESPIRATOIRE

1. Contrôlez l’état de conscience 2. Contrôlez l’état de conscience


en parlant au patient. en tapant sur l’épaule.

3. Dégagez les voies respiratoires 4. Dégagez les voies respiratoires


seulement si vous voyez un corps par l’hyperextension de la tête.
étranger. Regardez, écoutez et sentez si une
respiration est présente.

5. En l’absence de respiration,
ventilez 2 fois.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.60

C ONTR ô LEZ L’ ÉTAT DE CONSCIENCE

Si un patient ne réagit pas à une interpellation ou à une tape sur l’épaule,


à des bruits violents et à des stimulations douloureuses, on admet qu’il est
inconscient. Appelez le SMUR en renfort par le centre 100.

Mettez le patient dans la position adéquate: couché sur le dos et de


2.2
préférence sur un plan dur.
Attention: essayez de déduire des circonstances si une lésion de la nuque
ou du dos est probable et prenez si nécessaire les mesures adéquates en
utilisant les techniques appropriées.

L ES VOIES RESPIRATOIRES SONT- ELLES LIBRES ?

Basculez la tête vers l’arrière et tirez le menton vers l’avant pour dégager
2.2
les voies respiratoires. Si un corps étranger bloque manifestement les
voies respiratoires (dentier, vomissures ...), enlevez-le.
Si une lésion de la nuque est probable, utilisez la technique de la sub-
luxation de la mâchoire inférieure.

FAUT- IL VENTILER ?

Regardez, écoutez et sentez si le patient respire. Comptez jusqu’à 5 pour


chacune de ces étapes. Si vous n’observez aucune respiration, commen-
cez la ventilation.
Si aucun soulèvement de la cage thoracique n’est observé lors de l’insuf-
2.2
flation, ou si vous sentez une résistance lors de l’insufflation, réalisez une
deuxième tentative de dégagement des voies respiratoires en basculant
la tête vers l’arrière et en tirant le menton vers l’avant. Ce n’est qu’après
une deuxième tentative infructueuse que vous devez envisager l’éven-
tualité de la présence d’un corps étranger qui obstrue les voies respira-
toires, et agir en conséquence.
Après avoir effectué deux ventilations, contrôlez la circulation.

FIG. 3.44

HYPEREXTENSION DE LA TÊTE
AVEC “CHIN-LIFT”

Regardez, écoutez et sentez si une


respiration est présente.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.61

FIG. 3.45

CONTRÔLE DU POULS PAR


LA RECHERCHE DU POULS
CAROTIDIEN

1. Recherchez la pomme d’Adam 2. Faites prudemment glisser les


de l’index et du médius. deux doigts vers la gouttière située
entre la pomme d’Adam et le muscle
qui se trouve en arrière. Recherchez
le pouls.

C ONTR ô LEZ LA CIRCULATION

Faites glisser l’index et le médius de la main qui tient le menton vers le


2.2
bas, le long du larynx et le muscle qui est en arrière de celui-ci. Entre le
larynx et ce muscle, vous trouverez la carotide.

Cette artère (la carotide) est choisie de préférence pour contrôler la cir-
culation car le pouls y est encore perceptible lorsque la pression artérielle
est basse. En effet, ce vaisseau est large et proche du cœur. En outre, cette
artère est aisément accessible.
Palpez pendant 5 à 10 secondes, car dans certaines affections cardiaques
sans arrêt cardiaque, le pouls peut être très lent. Il faut toujours éviter de
commencer un massage cardiaque si cela n’est pas indispensable. Si
vous sentez un pouls, aussi lent soit-il, il sera seulement nécessaire de
ventiler.

M AINTENEZ LA CIRCULATION

Lorsqu’aucun pouls n’est perçu au niveau de la carotide, il faut débuter un


massage cardiaque externe. Ce “massage” imite le fonctionnement de
la pompe cardiaque. La compression rythmique extérieure du cœur est
réalisée par un appui sur la moitié inférieure du sternum.
De cette manière, il est possible de maintenir la circulation cérébrale, car-
diaque et pulmonaire. Le massage cardiaque réalisé le plus parfaitement
possible ne restitue que 25 % de la fonction cardiaque normale, et n’est
que le pâle reflet d’une pompe cardiaque qui fonctionne normalement.
Une réalisation technique incorrecte en diminue encore l’efficacité.

• Comment réaliser le massage cardiaque?

Couchez le patient allongé sur le dos sur un plan dur. La meilleure solu-
tion consiste souvent à le coucher simplement sur le sol. On conseille de
surélever légèrement les pieds du patient, ce qui favorise le retour du sang
en provenance des jambes vers le cerveau et le cœur.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.62

FIG. 3.46

DETERMINEZ LE POINT
DE COMPRESSION POUR
LE MASSAGE CARDIAQUE

Glissez l’index et le médius le long


du gril costal vers la jonction des
côtes.

Agenouillez-vous à côté du patient au niveau de son thorax.


Glissez l’index et le médius le long du rebord costal (du côté où vous êtes
agenouillé) jusqu’à la jonction des deux arcs costaux, à la partie inférieure
du sternum.
Posez l’index et le médius sur le sternum à l’endroit où les côtes se
rejoignent. Ne posez pas les doigts sur la partie inférieure extrême du
sternum (appendice xiphoïde). Une pression trop forte sur ce point peut
entraîner des fractures et des lésions; Posez le talon de l’autre main
immédiatement à côté des deux doigts sur le sternum. Posez la
main (celle de l’index et du médius) sur la première et entrelacez les
doigts. Vous tirez ainsi les doigts de la main inférieure vers le haut. Ils ne
prennent donc pas appui sur les côtes, ce qui permet d’éviter autant que
possible les fractures de côtes lors de la réalisation du massage.
Placez-vous aussi près que possible du patient, les bras tendus et les épau-
les d’aplomb au-dessus des paumes de vos mains.
Enfoncez verticalement le sternum de 3,5 à 5 cm. On appelle cela une
“compression thoracique”, ce qui signifie littéralement une compression
du thorax. Les bras sont maintenus tendus en permanence. Le mouve-
ment de compression doit partir des hanches, tandis que le thorax, les
épaules et les bras se déplacent en bloc. Ne pliez pas les bras. Maintenez
vos mains constamment en place.

FIG. 3.47

POINT DE COMPRESSION POUR


LE MASSAGE CARDIAQUE

Repérez la jonction des rebords


costaux et posez l’index et le médius
à côté, sur la partie inférieure du
sternum.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.63

FIG. 3.48

PLACEMENT DES MAINS

Placez le talon de la main sur le


sternum, à côté de l’endroit que
vous venez de repérer de l’index
et du médius.

FIG. 3.49

DIRECTION DE LA
COMPRESSION THORACIQUE

Exécutez les compressions


verticalement, les bras tendus.

Le rythme du massage cardiaque varie selon l’âge du patient (adulte,


enfant ou nourrisson) et selon que vous êtes seul ou à deux sauveteurs.
Ces aspects et d’autres détails seront développés plus loin.

Quel matériel peut être utilisé lors de la réanimation?

Il est fréquent que le patient vomisse pendant la réanimation. Pour main-


3.1
tenir les voies respiratoires libres et pour empêcher la pénétration des
vomissures dans l’arbre bronchique, il est nécessaire d’éliminer aussi
rapidement que possible les vomissements, le sang et/ou la salive. Plu-
sieurs techniques sont utilisables sans ou avec du matériel, comme les
aspirateurs.

Pour maintenir les voies respiratoires perméables, une canule oropha-


3.1
ryngée est un moyen commode. Une canule de taille adéquate doit être
utilisée pendant la ventilation au ballon.
Si on souhaite administrer un supplément d’oxygène, l’utilisation d’un
masque est indispensable. On utilise généralement un masque de poche
ou un ballon. Le médecin responsable de votre formation choisira la
technique standard à utiliser.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.64

Ces moyens techniques indispensables doivent être emportés lorsque


vous vous rendez vers le patient, cela afin de ne pas perdre de temps en
revenant les chercher ensuite.

Procédures pour la réanimation cardio-pulmonaire

Les procédures de réanimation dépendent de l’âge du patient et du nom-


bre de sauveteurs. Les techniques sont exposées ci-dessous et le tableau
3.3 en est le résumé.

RCP DE L’ ADULTE PAR UN SAUVETEUR

Après avoir constaté la perte de conscience et avoir appelé le SMUR, il


faut exécuter l’ABC selon la procédure suivante:
Après avoir constaté l’absence de respiration, réalisez deux insufflations.
La technique à utiliser est évidemment fonction du matériel disponible
(masque, ...). Si aucun matériel n’est disponible, il faut effectuer une ven-
tilation par la technique du bouche-à-bouche.
Contrôlez ensuite le pouls au niveau de l’artère carotide.
En l’absence de pouls, commencez le massage cardiaque: 15 compres-
sions au rythme de 80 à 100/min (c’est-à-dire environ 15 compressions
en 10 secondes).
Effectuez deux nouvelles insufflations.
Répétez une nouvelle série de 15 compressions et de 2 insufflations
jusqu’au rétablissement d’une respiration ou d’une circulation spontanée.
Contrôlez le rétablissement éventuel du pouls et de la respiration après
les 4 premières séries de 15 compressions et de 2 insufflations, et ensuite
toutes les 2 ou 3 minutes.
Si vous obtenez le renfort d’un deuxième sauveteur, vous passerez à la
technique de réanimation à deux sauveteurs, à condition qu’une bonne
collaboration soit possible entre les deux sauveteurs présents.
Continuez la réanimation jusqu’à l’arrivée de l’aide spécialisée du SMUR.

FIG. 3.50

RÉANIMATION CARDIO-
PULMONAIRE PAR UN SAUVETEUR.

15 compressions 2 insufflations
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.65

RCP DE L’ ADULTE PAR DEUX SAUVETEURS

C’est la méthode de réanimation classique par deux ambulanciers.


Le premier sauveteur entame immédiatement la procédure à un sauve-
teur comme décrit plus haut. Le second prévient entre-temps – si cela
n’est déjà fait – le SMUR par l’intermédiaire du centre 100 et prépare le
matériel pour la ventilation au masque (avec administration d’oxygène).
On passe à la technique par deux sauveteurs après une série de 15 com-
pressions et de 2 insufflations.
Pour cela, le premier sauveteur s’agenouille derrière la tête du patient,
dans l’axe longitudinal de celui-ci et dégage les voies respiratoires (bas-
cule de la tête, placement éventuel d’une canule oropharyngée). Cet
ambulancier contrôle également si entre-temps la respiration ne s’est pas
rétablie. Il adapte le masque fermement sur la figure du patient.
Le second sauveteur est agenouillé à côté du thorax, contrôle le pouls et
place les mains correctement pour réaliser les compressions thoraciques.
Si la respiration et la circulation sont toujours absentes, un sauveteur
effectue une insufflation, et ensuite l’autre sauveteur effectue 5 com-
pressions (rythme de 80 -100/min). Après la cinquième compression, une
pause de 1,5 à 2 secondes est intercalée, pour permettre à l’autre sauve-
teur d’effectuer une insufflation.

1 insufflation pour 5 compressions


!
Pendant qu’un ambulancier réalise le massage cardiaque, l’autre sauve-
teur contrôle le pouls carotidien. Normalement, le pouls carotidien peut
être perçu et permet de juger de l’efficacité du massage cardiaque.
Après 1 minute, la RCP est interrompue pendant 5 secondes pour per-
mettre le contrôle de la respiration et de la circulation par le sauveteur qui
est près de la tête. Ensuite, il répètera ce contrôle toutes les 2 à 3 minu-
tes.
Si un sauveteur est fatigué de réaliser les compressions thoraciques, un
changement de rôle peut se réaliser, à condition de perdre aussi peu de
temps que possible.

FIG. 3.51

RÉANIMATION CARDIO-
PULMONAIRE À DEUX
SAUVETEURS

5 compressions thoraciques pour


1 insufflation.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.66

RCP CHEZ LES ENFANTS (1 À 8 ANS )

Les variations entre les techniques de réanimation pour adultes, enfants


et nourrissons ont été réduites au minimum par les auteurs des recom-
mandations officielles. Nous ne mentionnerons que les différences.
Celles-ci sont résumées dans le tableau 3.3.

Alerte du SMUR Si on se trouve seul sur le lieu d’un sinistre (sans témoins), on ventilera les
enfants d’abord pendant une minute, et on réalisera des compressions
thoraciques avant de prévenir le SMUR. En effet, tandis que chez les adul-
tes, l’arrêt cardiaque est généralement dû à un problème cardiaque, chez
les enfants, il est généralement la conséquence d’un manque d’oxygène.
C’est la raison pour laquelle l’ABC a seul une chance raisonnable de
sauver l’enfant. Lorsqu’on se trouve à deux sauveteurs, il est évident
qu’un sauveteur appelle immédiatement le SMUR, tandis que l’autre
commence la réanimation.

Voies respiratoires Si on est le seul sauveteur sur les lieux, on maintiendra continuellement
une main sur le front pour maintenir la tête réclinée et dégager ainsi les
voies respiratoires; l’autre main effectuera les compressions thoraciques
sur le sternum. Cette manière de procéder permet de perdre un minimum
de temps pour alterner la ventilation et le massage cardiaque. Si cela n’est
pas efficace pour assurer une bonne ventilation du petit patient, il faut uti-
liser la main du massage cardiaque pour basculer le menton et dégager
les voies respiratoires. Il ne faut pas exagérer la bascule de la tête en
arrière, car les cartilages de la trachée et du larynx sont mous et peuvent
s’aplatir et obstruer ainsi les voies respiratoires.

Ventilation Il faut tenir compte du fait que les poumons de l’enfant sont plus petits
que ceux d’un adulte. Le volume est différent selon les âges. Arrêtez
d’insuffler dès que vous voyez la cage thoracique se soulever. L’insuf-
flation est plus brève que chez l’adulte, (1 à 1,5 seconde au lieu de
1,5 à 2 secondes).
Rappelez-vous que la fréquence de ventilation est plus élevée chez
l’enfant que chez les adultes (20/minute).
Veillez à ne pas insuffler de l’air dans l’estomac.

Ventilez si nécessaire par la bouche et le nez. Choisissez la taille adéquate


3.1
lors de l’utilisation d’un masque de poche ou d’un ballon-valve-masque.

Massage cardiaque Le massage cardiaque chez l’enfant se réalise à une seule main. La cage
thoracique est enfoncée de seulement 2,5 cm à 4 cm. Le point de com-
pression, c’est-à-dire l’endroit où le talon de la main est placé, est le
même que chez l’adulte.
La fréquence du massage est légèrement supérieure à celle
employée chez l’adulte (100 par minute). Le rapport ventilation/com-
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.67

FIG. 3.52

MASSAGE CARDIAQUE
CHEZ L’ENFANT (1 À 8 ANS)

Le massage cardiaque s’effectue


à une main.

pression est – après les deux insufflations initiales – le même, que l’on soit
seul ou à deux sauveteurs.

1 insufflation pour 5 compressions


!

RCP CHEZ LE NOURRISSON

Suivez ici également les règles générales de l’ABC. Comme pour les
enfants, si l’on est le seul sauveteur, on commence par réanimer pendant
une minute avant d’appeler le SMUR.

Voies respiratoires Si vous êtes seul, vous maintenez en permanence une main sur le front
pour dégager les voies respiratoires en basculant la tête vers l’arrière et
vous placez les doigts de l’autre main sur le sternum pour effectuer les
compressions thoraciques. Ceci permet une perte de temps minimum lors
du passage des compressions aux insufflations.
Cependant, s’il n’est pas possible de ventiler correctement le petit patient
de cette manière, vous serez obligé d’utiliser la main du massage cardia-
que pour dégager les voies respiratoires en tirant le menton vers l’avant.
Il ne faut pas exagérer la bascule de la tête vers l’arrière, car les
voies respiratoires du nourrisson sont constituées de cartilages mous
qui peuvent s’écraser et s’obstruer.
Une autre technique consiste à placer une main sous les épaules de
l’enfant, ce qui bascule automatiquement la tête en arrière.

Ventilation Vous posez la bouche sur la bouche et le nez de l’enfant. Le volume


d’insufflation reste limité à la quantité d’air contenue dans les joues
gonflées du sauveteur. Il faut veiller à choisir une taille correcte de mas-
que pour la ventilation au masque ou au ballon.

Contrôle du pouls La carotide est souvent difficilement accessible chez le nourrisson. C’est
la raison pour laquelle on utilise généralement l’artère brachiale que
l’on trouve à la face interne du bras, derrière le biceps.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.68

M ASSAGE CARDIAQUE

Chez le nourrisson, on place l’index, le médius et l’annulaire sur le ster-


num, en dessous d’une ligne imaginaire qui relie les deux mame-
lons. On enlève ensuite l’index et on effectue les compressions avec le
médius et l’annulaire.
On utilise, chez le nourrisson, deux doigts pour la compression et on en-
fonce le thorax de 1,5 à 2,5 cm. Le rythme est identique à celui des
enfants: 10 compressions par minute. Le rapport compressions/insuf-
flations, après les 2 ventilations “initiales” est le même que chez les
enfants:

1 insufflation pour 5 compressions


!

FIG. 3.53

RÉANIMATION
CARDIOPULMONAIRE
CHEZ LE NOURRISSON

1 Basculez prudemment la tête vers 2. Contrôlez le pouls au niveau


l’arrière et ventilez par la bouche de l’artère brachiale du bras.
et le nez.

3. Placez l’index, le médius et 4. Effectuez les compressions


l’annulaire sur le sternum en dessous thoraciques avec le médius et
d’une ligne imaginaire reliant les l’annulaire restés en place.
deux mamelons. Relevez l’index.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.69

C HEZ L’ ADULTE ET L’ ENFANT VEILLEZ PARTICULIEREMENT À CE


QUI SUIT:

La RCP est une méthode imparfaite pour suppléer les fonctions circula-
toire et respiratoire normales. Limitez par conséquent les interruptions au
strict minimum.
Placez correctement vos mains pour réaliser les compressions. Placées
trop haut, elles peuvent entraîner des fractures de sternum et de côtes.
Placées trop bas, cela peut entraîner une fracture de l’apophyse xiphoïde
et des lésions internes notamment du foie. Si les mains ne sont pas
placées au milieu, la pression asymétrique peut entraîner des fractures de
côtes.
Même si les mains sont placées correctement, le cartilage des côtes peut
se rompre et des côtes peuvent se briser. Cela peut arriver surtout chez des
personnes âgées aux os fragiles. Continuez néanmoins votre RCP après
avoir contrôlé la position de vos mains. Un patient qui survit avec des
côtes cassées est préféré à un patient décédé avec des côtes intactes.
Ne jamais commencer un massage cardiaque quand le pouls est présent.
TABLEAU 3.3.
L’ambulancier doit toujours entamer une RCP, devant une absence de
COMPARAISON DE LA
pouls. Dans un certain nombre de cas limités, définis par la loi, vous n’êtes
REANIMATION CARDIOPULMO- pas tenu de commencer une réanimation: c’est le cas des victimes qui
NAIRE CHEZ L’ADULTE, L’ENFANT présentent des signes évidents de mort (décapitation, raideur cadavérique
ET LE NOURRISSON ou début de putréfaction du cadavre).

TECHNIQUE NOURRISSON(< 1 AN) ENFANT (1-8 ANS) ADULTE ET


ENFANT (>8ANS)
Voies respiratoires bascule très légère de la tête bascule de la tête bascule de la tête
avec poussée vers le haut avec poussée du menton avec poussée du menton
du menton ou placement
d’une main sous les épaules si traumatisme: si traumatisme:
subluxation de la mandibule subluxation de la mandibule

Ventilation
Durée de l’insufflation 1 à 1,5 sec 1 à 1,5 sec 1,5 à 2 sec
Nombre
initial 2x 2x 2x
Ensuite 20 x/min 20 x/min 10 à 12 x/min

Circulation
Contrôle du pouls bras cou cou
Endroit de compression 1 travers de doigt 1 travers de doigt 2 doigts au-dessus de
en dessous de la ligne au-dessus de la jonction l’appendice xiphoïde
intermamelonnaire (= tiers des côtes (tiers au-dessus de la jonction
inférieur du sternum) inférieur du sternum) des côtes (tiers
inférieur du sternum)
Type de compression 2 doigts talon d’une main talon des deux mains
entrecroisées

Profondeur 1,5 à 2,5 cm 2,5 à 4 cm 3,5 à 5 cm


Fréquence au moins 100/min 100/min 80 à 100/min
Rapport compressions/ventilations
1 sauveteur 5/1 5/1 15 / 2
2 sauveteurs – 5/1 5/1
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 70

Comment faire face à une fibrillation ?


La réanimation cardio-respiratoire constitue une partie
importante de la formation de base et de la formation
permanente du secouriste-ambulancier. L'introduction
de la défibrillation externe automatique (DEA) dans le
système de secours pré-hospitalier peut contribuer à
réduire d'une manière importante le délai entre l'apparition
d'un malaise cardiaque et la défibrillation.

L'arrêt cardio-respiratoire se définit comme la suppression


des pulsations cardiaques périphériques. Cela entraîne la
mort s'il se prolonge plusieurs minutes.

Recherche scientifique a démontré que les maladies


cardiovasculaires constituaient une cause importante de
mortalité.
Les troubles du rythme cardiaque, notamment ceux
où la fonction mécanique du cœur perd son efficacité,
constituent la cause principale de décès précoces. Il est
possible de restaurer une activité cardiaque normale par
la réanimation précoce et la défibrillation.
Progressivement, l'équipement des ambulances est
complété par des appareils de DEA. Afin de pouvoir les
utiliser, les autorités ont rendu accessible cette technique
médicale pour les secouristes-ambulanciers. Cela rend
nécessaire une formation de bonne qualité et l'utilisation
du défibrillateur par un personnel autorisé, habilité et
12.4 sous contrôle médical strict. Chaque mise en action
è d'un appareil de DEA par les secouristes-ambulanciers
nécessite impérativement l'intervention précoce d'un
service mobile d'urgence car il s'agit de la prise en
charge médicale d'un arrêt cardio-respiratoire.

Le cœur

L'anatomie du cœur est décrite à partir de la page 1.17 du


1.17
chapitre 1 du manuel.
ç
La stimulation et la conduction cardiaque

Le sang pauvre en
oxygène qui revient
des organes vers la
cavité thoracique est
pompé par le cœur
droit et envoyé vers les
poumons. Le sang alors
enrichi en oxygène par
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 71

les poumons revient vers le cœur gauche et est envoyé


dans le corps par l'aorte.
Pour pouvoir se contracter et effectuer ce travail, le
myocarde, comme les autres muscles, doit bénéficier
d'une stimulation électrique.

Le nœud sinusal :
Un groupe de cellules, constituant une sorte de batterie,
se trouve dans la paroi de l'oreillette droite, à proximité
de la jonction avec l'orifice de la veine cave. Ce nœud
stimulateur dirige, par des fibres conductrices, un courant
électrique vers chaque cellule des oreillettes où s'effectue
leur contraction symétrique.

La conduction auriculo-ventriculaire :
La stimulation émanant du nœud sinusal atteint ensuite la
jonction entre les oreillettes et les ventricules. A la sortie
de cette jonction, la stimulation électrique arrive avec un
peu de retard aux cellules des ventricules par le faisceau
de His et les fibres de Purkinje. Dès lors, les muscles des
ventricules se contractent d'une manière coordonnée.
Après un court instant, les cellules musculaires du
myocarde se remettent au repos.

Le rythme cardiaque

Un rythme cardiaque normal est appelé "rythme sinusal"


quand la stimulation débute au niveau du nœud sinusal.

Pendant la réanimation, nous pouvons classer les rythmes


cardiaques en deux groupes :
• Rythmes pouvant être défibrillés :
o fibrillation ventriculaire : les fibres
musculaires cardiaques agissent d'une
manière incoordonnées. Cela empêche
l'éjection du sang en dehors du cœur.
o Tachycardie ventriculaire avec une
fréquence supérieure à 180/minute : les
ventricules se contractent indépendamment
à une grande vitesse et le travail de la
pompe devient inefficace.
• Rythmes ne pouvant être défibrillés :
o Asystolie : Le cœur ne présente plus
d'activité électrique ni mécanique.
o Activité électrique sans pulsation :
elle est souvent appelée dissociation
électromécanique. Cela se caractérise
par une activité électrique sans activité
mécanique du cœur.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 72

La défibrilation
La défibrillation

Défibriller consiste à administrer un choc électrique


au niveau du cœur, au travers de la paroi thoracique.
Défibriller a pour but de lever le désordre dans la
contraction des fibres musculaires cardiaques et leur
permettre de reprendre une activité synchrone efficace.

Types de défibrillateurs et principes de fonctionnement


Le défibrillateur

Un défibrillateur est un appareil par lequel un choc


électrique peut être donné à une victime en état d'arrêt
cardiaque.
• Défibrillateur interne
Certains personnes cardiaques disposent d'un
défibrillateur interne. L'appareil décide d'une manière
totalement indépendante de délivrer un choc électrique
dans les troubles du rythme appropriés.
• Défibrillateurs externes
o Défibrillateur externe manuel : L'usage
d'un défibrillateur manuel nécessite une
interprétation du rythme cardiaque par le
sauveteur à l'aide d'un tracé visible sur un
écran ou un papier. Cette interprétation
est réservée à l'équipe SMUR qui dispose
des connaissances et de l'expérience
nécessaire.
o Défibrillateurs externes automatiques (DEA)
: L'appareil réalise une analyse fiable de
l'activité électrique du cœur. Il identifie
les troubles du rythme cardiaque qui
nécessitent une défibrillation. Si le patient
ne présente pas un rythme nécessitant
un choc électrique, l'appareil refusera son
administration. Cette décharge électrique
va atteindre le myocarde au travers de la
paroi thoracique. L'appareil gère seul et
d'une manière totalement automatique la
succession des chocs administrés selon
une procédure préalablement établie. Votre
seule tâche est de délivrer le choc électrique
à la demande de l'appareil en appuyant sur
le bouton adéquat.

La plupart des DEA ne sont pas appropriés pour être utilisés


comme appareil de monitorage pour des personnes qui
ne présentent pas un arrêt cardiaque. C'est la raison pour
laquelle les secouristes-ambulanciers ne peuvent l'utiliser
que pendant la réanimation cardio-respiratoire.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 73

Types de chocs électriques

• Monophasique : Le passage du courant va de


l'électrode A vers l'électrode B. Les défibrillateurs
des anciennes générations sont le plus souvent
monophasiques.
• Biphasique : Le courant électrique se dirige
de l'électrode A vers l'électrode B et revient à
l'électrode A. Cela présente l'avantage d'avoir
besoin de moins d'énergie pour obtenir le même
résultat. La technologie biphasique est appliquée
dans la quasi-totalité des nouveaux défibrillateurs.

Accessoires et maintenance

Il existe beaucoup de modèles (marques) différents de


défibrillateurs sur le marché. Malgré cela, ils disposent
tous des mêmes propriétés de base et des même
commandes.
Vous devez connaître parfaitement l'utilisation de l'appareil
disponible dans votre service et, en premier lieu, lire le
mode d'emploi.
Les appareils les plus modernes exécutent
automatiquement à intervalles réguliers des tests de
fonctionnement. Les problèmes techniques éventuels
sont signalés par des alarmes visuelles et sonores.
Le boîtier doit toujours être propre et peut être nettoyé
avec un chiffon humide imbibé de désinfectant. Il ne peut
être stérilisé ni immergé dans un liquide désinfectant.
Vous éviterez les nettoyants abrasifs. Dans tous les cas,
les recommandations du fabricant seront respectées.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 74

Batteries

Actuellement, les appareils disposent de batteries à


usage unique (non rechargeables) au lithium. Elles
autorisent une autonomie de 300 à 450 chocs et doivent
alors être remplacées sans jamais être rechargées.

Les batteries rechargeables au plomb ont une date de


péremption et doivent être conservées entre 15 et 25°
pour assurer une utilisation optimale. Une batterie de
réserve chargée doit toujours être disponible à proximité
du défibrillateur.

Electrodes

Les électrodes sont auto-adhésives et enduites d'un


gel facilitant le contact avec la peau. Elles doivent être
posées parfaitement à plat sur le thorax, sans bulle d'air
afin d'éviter les brûlures. Emballées par deux dans un
sachet hermétique, elles seront déballées au moment de
l'utilisation. Vous devez veiller à disposer des électrodes
correspondant à l'appareil mis à votre disposition.
Afin d'éviter les problèmes, certaines doivent être pré
connectées et seront identifiées par l'appareil. Sur la
plupart des électrodes figurent des indications relatives
à la manière de les poser sur le thorax du patient. Suivez
ces indications.

Câble

Le câble de connexion relie l'appareil aux électrodes auto-


adhésives. Il ne peut être entaillé, sectionné ou usé. Vous
devez vérifier les broches des contacteurs. Les appareils
actuels réalisent des tests automatiques et annoncent les
défectuosités.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 75

Ecran

La présence d'un écran à cristaux liquides permet


d'indiquer des messages, lesquels sont confirmés par
des messages vocaux. Si l'écran peut indiquer un tracé
électrocardiographique, le secouriste-ambulancier n'est
pas formé pour l'interpréter.

Boutons

Le nombre de boutons dépend du type d'appareil dont on


dispose.
Certains appareils disposent :
• d'un bouton de mise en marche
• d'un bouton d'analyse qui est actionné à la
demande de l'appareil pour débuter une analyse
du rythme cardiaque
• d'un bouton pour délivrer le choc électrique. Ce
dernier est facilement reconnaissable par sa
couleur, son logo et le fait qu'il va s'allumer ou
clignoter s'il est nécessaire de défibriller. Comme
secouriste-ambulancier, vous pousserez sur ce
bouton si le choc est indiqué.

Mémorisation

Les gestes posés, leur chronologie et le déroulement


de l'action peuvent être enregistrés dans la mémoire de
l'appareil. Cette mémoire permet une analyse ultérieure
et un enregistrement de l'événement. Un programme
informatique spécialisé facilite cette analyse. L'horloge
interne doit être réglée (été/hiver).
Mesures de sécurité
Le DEA est actuellement utilisé chez des personnes de
plus de 8 ans et avec un poids corporel de plus de 25
kg. L'application de la défibrillation à l'enfant âgé de 1 à 8
ans sera possible dans le futur en fonction des évolutions
technologiques et de la recherche scientifique.

Vous devez connaître les mesures de sécurité de cet


appareil. Le DEA ne peut être utilisé sous la pluie, dans
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 76

une atmosphère explosive, inflammable ou dans une


haute concentration en oxygène. Le DEA ne peut pas être
utilisé pendant le brancardage d'un patient et certainement
pas pendant le transport afin de limiter le risque d'erreur
d'analyse.
L'apprentissage s'exécute sur des mannequins
spécialement adaptés et jamais sur un individu vivant.

Préparation du patient

Le patient est étendu sur le dos, torse nu.


Pour obtenir un contact adéquat avec les électrodes, il
faut s'assurer que la peau :
soit sèche è sécher la peau si nécessaire
permette un contact étroit è raser la peau si nécessaire
ne soit pas en contact avec des bijoux è éloigner les
bijoux de cou

Cette manipulation ne doit pas interrompre les manœuvres


de réanimation entamées. Le sachet d'électrodes est
ouvert au moment de son utilisation.
Dès ce moment, vous devez respecter les consignes
ordonnées par l'appareil. Elles sont rédigées au départ
d'un algorithme international validé en Belgique.

Position des électrodes

• Electrode droite : juste en dessous de la clavicule,


à côté du sternum
• Electrode gauche : sous l'aisselle gauche, avec le
bord supérieur à hauteur du mamelon

Une prudence générale s'impose en présence :


• de patchs médicamenteux autocollants (toujours
enlever),
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 77

• d'un pace-maker implanté (conserver une distance


de 10 cm au moins),
• d'ondes radio-électriques, des émetteurs radio et
Plan d’action des téléphones portables qui seront à éloigner.
Les règles générales de sécurité, d'évaluation et
2.1
d'intervention d'une mission d'aide médicale urgente sont
ç
de vigueur. La DEA s'insère dans la réanimation cardio-
respiratoire que vous connaissez.
Un plan d'action est présenté. Il garantit la vitesse de
l'action, augmente la rapidité de la défibrillation et limite
les interruptions des gestes de réanimation. Vous devez
vous munir du matériel de réanimation et du défibrillateur
si l'appel suggère un arrêt cardiaque, un risque
d'aggravation brutale ou encore si le lieu d'intervention est
distant de votre ambulance.

1. Début des manœuvres de base de la réanimation


2. Mise en place des électrodes du défibrillateur
externe automatique
3. Analyse du rythme cardiaque par l'appareil
(réanimation suspendue)
4. Déclenchement du choc électrique s'il est
recommandé
5. Poursuite des gestes de réanimation cardio-
respiratoire
6. Assistance à l'équipe du SMUR

Pendant une réanimation, la défibrillation est prioritaire sur


tous les autres gestes. Au besoin, la victime sera rapidement
déplacée vers un espace plus grand permettant la mise en
action de la réanimation en toute sécurité. Un SMUR est
toujours requis.
A ce moment, le défibrillateur est interrogé (cela peut être
réalisé d'une manière automatique par certains appareils).
Vous devez vous assurer que personne ne touche le patient,
ce qui pourrait provoquer une interférence dans le processus
d'analyse. Après quelques secondes, l'appareil donne une
réponse : le choc est requis ou il ne l'est pas. La rapidité
d'action est primordiale.

Si le choc n'est pas indiqué

Le défibrillateur demande de prendre le pouls. Cela signifie


qu'il détecte un rythme qui n'est pas compatible avec une
défibrillation.
En prenant le pouls carotidien, le secouriste-ambulancier
peut évaluer si une réanimation est nécessaire. Si le pouls
est absent, il faut pratiquer la réanimation pendant une
minute avant que le défibrillateur n'entre à nouveau en action.
Pendant cette minute, il est inutile de l'interroger à nouveau.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 78

Si le choc est indiqué

Le défibrillateur demande de s'écarter et un signal sonore


croissant annonce la charge de l'appareil. Cela signifie qu'il
a détecté un rythme qu'il peut défibrillé. Dès que la charge
est acquise, l'appareil annonce qu'il faut défibriller. Après
avoir vérifié que personne n'est en contact avec le patient,
vous délivrez le choc en appuyant sur le bouton adéquat
après avoir redemandé aux personnes de s'écarter.
A partir du moment où un choc électrique est administré,
l'appareil va procéder à une nouvelle analyse et défibriller
à nouveau si nécessaire. De cette façon, on peut
administrer trois chocs successifs. Après le troisième choc,
il ne faut plus analyser, mais contrôler les pulsations. Si la
victime est toujours en arrêt cardiaque, il faut oxygéner
le sang et pratiquer le massage cardiaque pendant une
minute de réanimation classique.
Au terme de la minute de réanimation pendant laquelle
certains appareils annoncent clairement les gestes à
poser, une nouvelle analyse va permettre ou non jusqu'à
trois nouveaux chocs consécutifs.
Quand une pulsation est à nouveau perceptible à n'importe
quel moment de la procédure, il est utile de continuer à
ventiler le patient et de contrôler ses pulsations toutes les
minutes.
__________________________ ______________________________________
Chapitre 3 Les affections à risque vital  3. 79

Après l'intervention

Après l'intervention avec le DEA, vous devez remplacer


la batterie rechargeable si votre appareil en utilise,
remplacer les électrodes et vous assurer que l'appareil est
à nouveau utilisable en toute sécurité (propreté, rasoir, …
). Vous complétez le rapport d'intervention et imprimez le
contenu du module d'enregistrement suivant la procédure
en vigueur. L'analyse de votre intervention peut être
réalisée en collaboration avec l'équipe du service mobile
d'urgence.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.80

Comment transporter un patient


en arrêt cardiorespiratoire?

La technique de transport et la décision de transporter un patient en arrêt


cardiorespiratoire vers l’hôpital dépend essentiellement de la disponibi-
lité d’une aide du SMUR. Si le SMUR est en route, vous restez sur place
et vous appliquez l’ABC.
S’il n’est pas possible d’obtenir l’intervention d’un SMUR, la seule possi-
bilité restera un transport rapide pendant lequel la réanimation est con-
tinuée pendant le trajet vers l’hôpital le plus proche. Avertissez pendant
le trajet le service des urgences de l’hôpital de destination. Continuez la
réanimation aussi bien que possible pendant le trajet.
Dans les régions où les distances sont éloignées, on travaille parfois en
rendez-vous avec le SMUR. Les ambulanciers roulent à la rencontre du
SMUR, pendant qu’ils réaniment. La conduite des opérations est déter-
minée par le médecin responsable du SMUR.
De toute façon, ces méthodes de “rendez-vous” sont pleines d’aléas.

Quand pouvez-vous arrêter une RCP?

• lorsque le pouls est revenu et lorsque la respiration est spontanée


• sur décision d’un médecin
• lorsque, seul, vous êtes épuisé.

Collaboration avec le SMUR

Si vous avez commencé une réanimation, vous la continuez jusqu’à


l’arrivée du SMUR, à moins de se situer dans une région qui ne dispose
pas d’un SMUR.
Le SMUR dispose de médicaments et de moyens techniques qui peuvent
remettre, dans certains cas, le cœur en activité. On appelle ces techniques
de la réanimation “avancée” en opposition avec la réanimation “de base”.
Comme ambulancier, vous devez connaître les grands principes de la
technique de réanimation “avancée”. Pendant cette réanimation, le per-
sonnel du SMUR est pleinement occupé et l’aide des ambulanciers (ven-
tilation, massage cardiaque) est indispensable.

Défibrillation A son arrivée, le personnel du SMUR installera le moniteur cardiaque et


vérifiera, pendant une courte interruption du massage cardiaque et de la
ventilation, la nature du rythme cardiaque du patient. Le moniteur est
connecté par l’intermédiaire d’électrodes que l’on place sur le thorax. En
présence d’une fibrillation ventriculaire, le personnel du SMUR effectuera
immédiatement une défibrillation électrique. Cela se réalise au moyen de
deux électrodes de défibrillation (“paddles”) que l’on place sur le thorax
pour délivrer un choc avec du courant continu. Pour obtenir un bon con-
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.81

FIG. 3.65

LA DÉFIBRILLATION
ELECTRIQUE

1. L’équipe du SMUR installe des 2. L’infirmier et le médecin du


compresses imbibées de substance SMUR installent le défibrillateur et
conductrice ou applique une gelée analysent le rythme du patient.
conductrice.

3. Au moment de la défibrillation, 4. Position des électrodes


seuls l’infirmier ou le médecin du de défibrillation.
SMUR se trouvent près du patient.
Avant de défibriller, le médecin ou
l’infirmier du SMUR crie:
”Attention, écartez-vous
du patient”.

tact, les électrodes sont appliquées sur une pâte de conduction ou des
compresses de contact spéciales.
Il ne faut jamais toucher le patient pendant le choc (interruption brève de
la ventilation et du massage) car le risque d’électrocution est réel. Il est
parfois nécessaire de répéter la défibrillation électrique à plusieurs repri-
ses. Cette défibrillation peut suffire dans certains cas.
Dans certaines régions, les ambulanciers apprennent à utiliser, dans
l’attente du SMUR, des défibrillateurs semi-automatiques. Ce sont des
appareils qui évaluent le rythme cardiaque à la demande de l’ambulancier.
Lorsqu’un choc est indiqué, l’appareil le signale à l’ambulancier. L’emploi
de ces appareils nécessite une formation complémentaire et ne sera
donc pas décrit dans ce manuel.
Dans les cas d’asystolie et de dissociation électromécanique, la défibril-
lation n’a pas de sens.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.82

Intubation endotrachéale Afin de mieux administrer l’oxygène pendant la réanimation, l’équipe du


SMUR réalisera généralement une intubation.
Lorsque le patient a été intubé, l’oxygène est insufflé directement dans les
voies respiratoires et ne peut gonfler l’estomac. Il est alors possible de
ventiler sans pause au rythme de 10 à 12 par minute, même pendant le
massage cardiaque.

Voie veineuse L’équipe du SMUR installe une voie veineuse qui permet l’administration
de médicaments dans la circulation; ces médicaments ont une action sur
le cœur et les vaisseaux. Les médicaments qui sont employés par le
SMUR sont, notamment, l’adrénaline (pour soutenir la circulation), l’atro-
pine et la lidocaïne (pour contrôler le rythme cardiaque), et le bicarbonate
de soude (pour combattre l’acidification du sang).
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.83

3.3 Le choc

Le choc est un risque mortel. Une cause fréquente de choc est la perte
importante de sang, mais cela n’est certainement pas la seule cause de
choc.

QU’EST-CE QU’UN CHOC?

Le choc apparaît à la suite d’un trouble de la circulation. Avant de conti-


nuer ce chapitre, il vous est conseillé de relire tout ce qui a trait à la cir-
culation dans le chapitre 1.

On parle de choc lorsque l’apport de sang, et par conséquent


l’apport d’oxygène, au cœur, au cerveau et aux autres organes est
insuffisant. Les causes d’insuffisance de la circulation sont très diver-
sifiées. Pour comprendre cela, vous devez vous représenter la circulation
sanguine comme un circuit fermé de conduites (artères, capillaires et vei-
nes) muni d’une pompe (le cœur) qui propulse un liquide (le sang). Con-
trairement aux conduites d’eau, les tuyaux de la circulation sanguine
peuvent s’élargir ou se rétrécir. Le contenu du “réservoir” peut donc
devenir plus grand ou plus petit.
La circulation sanguine peut être perturbée de trois manières:
la pompe défaille: le cœur souffre, le sang n’est plus pompé et ne circule
plus.
le réservoir fuit: à la suite d’une perte de sang sévère la quantité de sang
n’est plus suffisante pour maintenir une circulation.
le réservoir se dilate: les vaisseaux sanguins se sont dilatés au point qu’il
y a trop peu de sang pour remplir le système. Certaines parties du corps
ne reçoivent plus de sang (et, par conséquent plus d’oxygène).

QUELLES SONT LES CAUSES DE CHOC?

Il existe plusieurs sortes de choc, suivant la nature des situations


d’urgence. Il est important de connaître ces principales situations.

Lors d’une hémorragie importante, un choc hypovolémique apparaît


3.4
(hypo-volume = peu de volume). La quantité de sang circulant dans le
corps est inférieure à la normale. La pression artérielle diminue. Lors de
brûlures étendues, le patient perd du plasma, ce qui peut également en-
traîner un choc. Un choc hypovolémique peut également apparaître si un
patient a perdu beaucoup de liquides suite à une diarrhée, des vomisse-
ments ou une transpiration abondante.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.84

Lorsque le muscle cardiaque souffre, par exemple lors d’un infarctus du


3.2
myocarde important, la pompe cardiaque fonctionnera très faiblement et
nous parlerons de choc cardiogénique (du latin cor), c’est-à-dire qui
trouve son origine dans le cœur.
Lorsqu’un gros caillot se coince dans un gros vaisseau, la partie qui se
trouve en aval du caillot sera privée de son apport d’oxygène. De surcroît,
le cœur s’épuisera parce qu’il doit pomper contre une forte résistance. On
appelle cela un choc obstructif.
Un choc anaphylactique survient à la suite d’une réaction à une subs-
tance à laquelle la personne est allergique (venin d’insecte, aliments
comme des fruits de mer, certains médicaments...). Les vaisseaux se
dilatent massivement, la pression artérielle chute de manière dramatique
et la circulation est fortement diminuée.
Une dilatation anormale des vaisseaux peut également survenir à la
5.1
suite d’une atteinte des nerfs qui contrôlent le diamètre des vaisseaux.
Cela peut survenir lors d’une lésion de la moelle épinière. On parle alors
de choc neurogène.
Une syncope banale est en fait une forme légère et transitoire de choc qui
survient suite à une dilatation brusque des vaisseaux. Ce sujet sera traité
au chapitre 5.

QUE SE PASSE-T-IL PENDANT LE CHOC?

Le choc est la réaction de l’organisme à une menace vitale. Notre orga-


nisme réagira à une perte de sang massive en faisant pomper le cœur plus
rapidement pour compenser cette perte. Entre-temps, l’apport d’oxy-
gène aux organes diminue. L’organisme essaie de compenser en accélé-
rant la respiration.
Le patient devient anxieux et agité. L’organisme “perçoit” que quelque
chose ne va pas. Cette agitation est souvent le premier signe net de choc
Au cours du choc la circulation devient de moins en moins satisfaisante.
Cela se remarque à la pâleur de la peau qui est marbrée. Le “pouls capil-
laire” devient également plus lent.
Lorsqu’on appuie un doigt sur la peau, par exemple sur le front du patient,
puis qu’on relâche la pression, la peau est devenue pâle à l’endroit de
pression. Normalement, la peau se recolore endéans les deux secondes
(le temps nécessaire pour prononcer les mots “pouls capillaire”). Chez un
patient en état de choc cela dure plus de deux secondes.
Entre-temps, le pouls présente simultanément une fréquence plus rapide
et devient plus faible. Les difficultés respiratoires deviennent de plus en
plus apparentes.
Dans les stades ultimes du choc, l’apport d’oxygène au cerveau devient
tellement insuffisant que le patient devient de plus en plus confus et
perd finalement connaissance. La pression artérielle chutera alors de
manière dramatique. L’organisme est sur le point de perdre le combat
contre le choc. Sans aide extérieure, il ne survivra pas.
Les individus jeunes peuvent lutter plus longtemps contre le choc. Des
enfants peuvent perdre jusqu’à 40% de leur volume sanguin avant que
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.85

l’on observe une chute de tension artérielle. Cela veut dire qu’ils sem-
bleront “bien” très tard après le début du choc, alors que celui-ci est
quand même présent.

COMMENT RECONNAÎTRE UN CHOC?

Un choc évolue dans le temps. Vous devrez donc reconnaître aussi bien
un patient qui court le risque d’entrer en état de choc, qu’un patient qui
se trouve déjà en état de choc. Vous arriverez souvent sur les lieux
d’intervention au moment où le choc s’est déjà installé. Vérifiez dans
l’ordre: la conscience, l’aspect de la peau et des doigts, la respiration et le
pouls.
La conscience d’un patient peut être fortement altérée lors de l’état de
choc. Un patient qui n’est pas inconscient est souvent confus, désorienté
(ne sait plus où il est, l’heure, l’endroit...), très anxieux et tendu. La peau
est froide, moite, le patient transpire. La peau a parfois l’air “marbrée”. La
peau peut également se colorer de manière bleuâtre (surtout au niveau
des lèvres et du nez). Les mains, et surtout les doigts, sont pâles et
parfois bleuâtres.
La respiration est toujours accélérée, parfois superficielle et bruyante.
Le pouls du patient en état de choc est généralement accéléré et faible.
Parfois il est à peine perceptible au niveau du pouls radial et il devra être
palpé au niveau de la carotide ou de l’aine. Le médecin ou l’infirmier du
SMUR mesureront au tensiomètre une pression artérielle basse.

Observez les circonstances qui peuvent évoquer l’existence d’un choc.


Posez, si nécessaire, des questions aux témoins. Voyez-vous des signes
d’hémorragie interne? Le patient a-t-il ressenti des douleurs dans la poit-
rine? Le patient est-il allergique à certains médicaments ou à des denrées
alimentaires? A-t-il été piqué par un insecte? A-t-il pris un médicament?

FIG. 3.54

SIGNES DE CHOC

1. Etat de conscience altéré


2. peau froide, moite, marbrée,
patient pâle avec des lèvres bleutées
3. respiration superficielle rapide
4. pouls faible et accéléré.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.86

QUE FAIRE DANS UN CAS DE CHOC?

Appelez le SMUR dès que vous constatez un état de choc ou une menace
de choc. N’attendez pas qu’il soit trop tard.
Commencez à poser les questions précédentes pendant que vous agissez.
Parlez au patient et continuez toujours à lui parler. Agissez calmement et
de manière mesurée. Expliquez toujours ce que vous faites. L’agitation, la
tension et les mouvements brusques peuvent aggraver l’état de choc.
Administrez de l’oxygène. Chaque patient en état de choc doit recevoir
une quantité maximale d’oxygène. Utilisez un masque avec réservoir et
un débit de 10 à 15 l/min.
Placez le patient (sur place et pendant le transport) en position couchée.
Cela permet à la circulation de mieux perfuser tout l’organisme. Elevez
celles-ci modérément, par exemple en posant une couverture roulée
sous les jambes. De cette façon le sang reviendra plus aisément vers le
cœur.
Exception: si le patient présente des difficultés respiratoires sérieuses, lais-
sez-lui la possibilité de prendre la position qu’il trouve la plus confortable.
Ce sera, généralement, la position assise ou semi-assise.
Traitez si possible la cause. Il s’agit souvent d’hémorragies (internes ou
externes). La suite du chapitre abordera ce problème de manière plus
étendue.
Evitez le refroidissement en couvrant le patient d’une couverture isolante.
Ne donnez jamais à boire au patient, même s’il se plaint de gorge sèche
ou de soif. Boire peut entraîner des vomissements qui représentent ainsi
un danger vital, surtout chez un patient inconscient. De plus, un estomac
vide représente un facteur de sécurité si le patient doit être opéré dans les
suites immédiates de l’accident.
Surveillez continuellement l’état du patient: contrôlez régulièrement le
pouls et la respiration.

Le pantalon antichoc

Dans certains pays les patients atteints de choc sont traités par un
pantalon antichoc. Cependant le traitement par pantalon anti-
choc nécessite une formation spéciale. On l’utilise peu dans notre
pays. Vous devez simplement connaître l’existence de cette tech-
nique.
Le pantalon antichoc est un vêtement de soutien en forme de pan-
talon. Il peut être adapté aisément autour des jambes et de la
région du bassin. Le pantalon est gonflable à une pression qui
peut atteindre 120 mm Hg. Par cette pression 1 à 2 l de sang seront
refoulés vers le cœur. Le pantalon antichoc peut rendre des ser vi-
ces durant le transport d’un patient en état de choc sur de grandes
distances.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.87

FIG. 3.56

PANTALON ANTICHOC

Qu’est-ce qu’un choc anaphylactique?

Un choc anaphylactique est la conséquence d’une réaction


d’hypersensibilité (appelée également “réaction allergique”). Les
substances auxquelles certaines personnes sont allergiques sont
appelées des allergènes. Dans la plupart des cas, une hypersensi-
bilité allergique est une affection gênante, mais non dangereuse.
Certaines personnes font une forte réaction allergique à certains
allergènes. On appelle cela un “choc anaphylactique”: c’est une
réaction explosive et non contrôlée d’hypersensibilité qui repré-
sente un risque vital. Au cours d’un choc anaphylactique, les vais-
seaux se dilatent brutalement et la pression artérielle chute. Les
muqueuses respiratoires vont gonfler ce qui va constituer un obsta-
cle pour la respiration.

Quelles sont les causes du choc anaphylactique?

Un choc anaphylactique est une réaction qui peut sur venir lors
d’un contact avec:
• des piqûres d’insecte (généralement des guêpes ou des abeilles).
• des produits ou des aliments et des boissons (le poisson et les
crustacés, des épices, des noix, des colorants).
• des médicaments.

Comment reconnaître une réaction anaphylactique?

Dans certains cas, le patient ou les membres de la famille peuvent


vous signaler que le patient est hypersensible à certains produits.
Recherchez les signes et les plaintes suivantes:
• le patient se sent mal, avale difficilement suite au gonflement
des muqueuses.
• le patient est confus et anxieux, est mal orienté dans le temps et
dans l’espace, parfois il perd conscience.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.88

FIG.3.55
1 4
CHOC ANAPHYLACTIQUE

3
6

1. piqûres d’insecte, 2. produits ingérés, 3. médicaments, 4. injections,


5. produits inhalés, 6. plantes et produits chimiques au contact de la peau

• le patient est en détresse respiratoire, il respire plus rapide-


ment, parfois superficiellement. Vous pouvez parfois entendre
une respiration sifflante, comme lors d’une crise d’asthme.
• le patient se plaint de prurit. La peau est fréquemment rouge
avec des taches rouges surélevées.
• le patient transpire.
• les muqueuses, la peau autour de la bouche et des yeux, la
langue sont gonflées. Ce gonflement peut aggraver les diffi-
cultés respiratoires.
• le patient a des nausées ou vomit; il présente parfois des selles
molles.
• le pouls est souvent accéléré et difficile à palper.

Une réaction anaphylactique est imprévisible. Elle peut se limiter


à des chatouillements légers et une sensation de malaise, mais
peut également évoluer en quelques minutes vers une situation qui
présente un risque vital, un choc, qui peut entraîner un arrêt car-
diaque et respiratoire.

Que faire en face d’un choc anaphylactique?

Avertissez le SMUR promptement.


Le traitement général du choc, expliqué plus haut, doit être appli-
qué. Parlez avec le patient de manière rassurante, calmez-le.
Administrez de l’oxygène, couchez le patient (position assise si
difficultés respiratoires) et vérifiez les fonctions vitales. Si cela est
nécessaire, débutez la RCP.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.89

Certains patients connaissent leur hypersensibilité par exemple


aux piqûres de guêpes, et transportent sur eux une seringue avec
de l’adrénaline, un médicament contre l’hypersensibilité. Le
patient ou un membre de la famille peut l’injecter. Comme ambu-
lancier vous n’êtes pas autorisé à le faire.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.90

3.4 Les hémorragies

Dans le chapitre 2, il vous a été enseigné que lors des hémorragies gra-
ves vous deviez contrôler la circulation sanguine (le C de l’ABC). Les
hémorragies sévères, internes comme externes, sont des menaces vita-
les. Une des missions parmi les plus importantes de l’ambulancier
est de contrôler, dans la mesure du possible, les hémorragies.
Une perte de sang diminue la circulation, et par conséquent l’approvi-
sionnement en oxygène. Si une hémorragie n’est pas arrêtée, le choc est
inévitable. Les hémorragies externes importantes doivent être traitées
immédiatement sur place, et ce traitement doit continuer pendant le
transport. Il est impossible d’attendre jusqu’à l’arrivée à l’hôpital. Nous
envisageons dans ce chapitre le traitement de la perte de sang.
Pour comprendre ce chapitre, il est conseillé de relire la partie qui con-
1.2
cerne la circulation dans le chapitre 1.

Comment débutent les hémorragies


et comment cessent-elles?

Les hémorragies sont le résultat d’une blessure d’artères, de veines ou de


capillaires. Cette blessure est causée par un corps étranger ou un coup
vigoureux. Chez les personnes âgées, les parois des vaisseaux peuvent
être tellement fragiles qu’elles peuvent même se rompre sans trauma-
tisme.
Notre organisme possède son propre système de lutte contre les hémor-
ragies. Différentes substances coagulantes du sang collaborent avec les
plaquettes pour colmater aussi rapidement que possible les plaies. Ce
système est cependant parfois pris en défaut, par exemple quand la plaie
est trop importante. Certains patients souffrent de maladies dans les-
quelles les facteurs de coagulation ne fonctionnent pas correctement, cela
empêche l’arrêt spontané des saignements. Il existe également des médi-
caments qui diminuent la coagulabilité du sang.
Les hémorragies peuvent être subdivisées en hémorragies internes et
externes. Nous envisagerons ces deux cas.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.91

A. HÉMORRAGIE EXTERNE

Quelles sont les différentes sortes d’hémorragies?

Les hémorragies externes sont les hémorragies où le sang est visible sur
la peau ou sur les muqueuses. Ces hémorragies proviennent des artères,
des veines ou des capillaires.
Une artère est un vaisseau sanguin dans lequel règne une forte pression.
Lors d’un saignement artériel, une grande quantité de sang est rapide-
ment perdue. Le sang gicle hors de la plaie, au rythme des battements
cardiaques. le sang artériel est riche en oxygène et a, par conséquent, une
coloration rouge vif.
FIG. 3.57

SORTES DE SAIGNEMENTS
EXTERNES
1

1. saignement artériel
2. saignement veineux
3. saignement capillaire

La pression dans une veine est plus basse, et le saignement en prove-


nance d’une veine est généralement moins abondant qu’un saignement
artériel. Le sang contient également moins d’oxygène et est donc moins
rouge.
Lors d’un saignement en provenance des capillaires, le sang provient
des petits vaisseaux capillaires. Cela ressemble plutôt à une “fuite” de
sang à travers la peau. Le sang n’est pas aussi rouge que lors du saigne-
ment artériel, mais, il est plus rouge que lors du saignement veineux.

Le traitement de ces diverses sortes d’hémorragies est identique. Il faut


cependant connaître la différence entre ces divers saignements, car un
saignement artériel nécessite plus de précautions que les autres.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.92

A quoi faut-il être attentif en face


d’une hémorragie externe?

Il faut toujours être attentif aux plaies qui s’accompagnent d’une perte de
sang. Des plaies qui saignent de manière importante peuvent être mas-
quées par les cheveux et par les vêtements.
Déduisez de la couleur du sang et de la force du saignement si le sang
provient d’une artère, d’une veine ou d’un capillaire mais ne perdez pas
trop de temps à cette recherche.
Essayez de juger quelle est l’importance de la perte de sang. Cela n’est
pas facile. Estimez la quantité de sang perdu à la taille des flaques de sang
sur le sol ou à l’imprégnation des vêtements.

Faites attention aux signes généraux des pertes importantes de sang.


3.3
Ceux-ci correspondent aux signes de choc: le patient est confus et agité,
la respiration est rapide et faible, la peau est moite et marbrée, le pouls est
rapide mais difficilement palpable, le pouls capillaire est lent.
En présence de signes de choc, il faut toujours penser à une perte de sang
importante. Il faut rechercher la plaie qui saigne et essayer d’arrêter ce
saignement.

Que faire devant une hémorragie externe?

Il faut considérer que toute perte de sang peut entraîner un choc.


Jusqu’à preuve du contraire, agissez comme si le patient était en
état de choc. Evaluez la situation et prévenez le SMUR au
moindre signe de choc. Arrêtez les saignements et administrez de
l’oxygène. Veillez à organiser un transport rapide, tout en con-
trôlant calmement la situation.

Votre toute première préoccupation doit être d’arrêter le saignement.


Vous devez connaître plusieurs techniques que nous allons décrire de
manière succincte.
La manière la plus simple d’arrêter une hémorragie est la compression
directe sur la plaie. Lorsqu’un bras ou une jambe saigne, élevez ce
membre. Si la compression directe est inefficace, tentez une compres-
sion indirecte sur les vaisseaux qui irriguent la région de la plaie.
Placez ensuite un pansement compressif, et, enfin, si nécessaire, un gar-
rot.
Couchez un patient qui présente une hémorragie importante. Surélevez
les jambes du patient (avec une couverture roulée). Ces deux mesures
combattent une chute de la tension artérielle et favorisent le retour san-
guin vers le cœur.
Administrez de l’oxygène à l’aide d’un masque à réservoir avec un débit
d’au moins 10 l/min.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.93

FIG. 3.58

PRESSION DIRECTE LORS


DES HÉMORRAGIES

La pression directe se réalise


au moyen de compresses.

P RESSION DIRECTE

Cette méthode est la méthode de choix pour arrêter les saignements. Il


est possible de comprimer la plaie au moyen de compresses (portez tou-
jours des gants).
Devant un saignement très important, posez votre main (avec gant!)
directement sur la plaie. Ne perdez pas de temps à chercher une com-
presse. Un mouchoir propre ou un autre morceau de tissu propre est uti-
lisable.
N’utilisez jamais de mouchoir en papier, ou de la ouate, car cela colle
dans la plaie et y laisse des débris.
Maintenez la pression sur la compresse pendant au moins dix minutes. Il
est possible de voir le sang imbiber la compresse. N’enlevez jamais la
compresse pour regarder si le saignement s’arrête. En soulevant la com-
presse, vous enlevez le sang qui commence à coaguler et rouvrez la
plaie. Laissez retirer les compresses par le service des urgences de l’hôpi-
tal.
Si la plaie continue de saigner, posez une deuxième compresse sur la pre-
mière.
S’il s’agit d’une plaie au niveau du bras ou de la jambe, il faut surélever
4.7
le membre, pour diminuer la pression sanguine dans celui-ci et diminuer
ainsi le saignement. Si une hémorragie accompagne une fracture, le trai-
tement de la fracture (la réduction ou l’alignement de la fracture) dimi-
nuera le saignement .

Le pansement compressif Vous pouvez remplacer la main qui appuie sur la plaie par un pansement
qui comprime la plaie, on parle de pansement compressif.
Cela peut être réalisé au moyen d’une bande qui appuie sur la com-
presse. Un rouleau de pansement placé sur la compresse forme un paquet
assez rigide autour duquel on place une bande élastique. On exerce ainsi
une pression sur l’endroit qui saigne et une pression moindre sur l’autre
face du membre.
Contrôlez toujours si le pansement compressif ne serre pas trop fort, car
cela peut mettre en danger la circulation dans tout le membre. Surveillez
toujours le pouls et la couleur du membre atteint.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.94

FIG. 3.59

LE PANSEMENT COMPRESSIF

La pression doit toujours être


suffisante.

LA COMPRESSION INDIRECTE

Utilisez la compression indirecte seulement si la compression


directe n’est pas suffisamment efficace pour arrêter le saigne-
ment.
En laissant les compresses sur la plaie et en continuant à exercer la pres-
sion directe, il faut comprimer l’artère qui irrigue la région du saignement.
Il est possible de comprimer une artère à des endroits précis en la com-
primant contre les os sous-jacents. L’illustration montre un des endroits
du corps où cette technique peut être appliquée. L’expérience vous
apprendra ces localisations et avec quelle force il faut comprimer.
FIG. 3.60

PRESSION INDIRECTE

Utilisez cette technique seulement


si la compression directe est
inefficace.

Le garrot ou “tourniquet” Le garrot comprime tous les vaisseaux qui irriguent un membre. Cela
représente un traitement extrême qui ne peut être utilisé que dans des cir-
constances exceptionnelles. En supprimant tout l’apport de sang d’un
membre, bras ou jambe, celui-ci peut se nécroser par manque prolongé
d’oxygène.

La pose d’un garrot n’est justifiée que pour des saignements gra-
ves qui ne peuvent être arrêtés par l’utilisation simultanée d’une
compression directe et d’une compression indirecte.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.95

On utilise parfois un garrot si des membres sont écrasés ou arrachés.


Lors de l’amputation d’un membre, l’hémorragie est habituellement
modérée. En effet, après une déchirure brutale, les vaisseaux se rétractent
et, d’une certaine manière, se referment. Une pression directe est souvent
suffisante pour maîtriser ce type de saignement.
Parfois un témoin a déjà posé un garrot (car beaucoup de personnes non
professionnelles pensent que c’est la meilleure façon d’arrêter un sai-
gnement). S’il est possible de déterminer qu’il ne s’agit pas d’un saigne-
ment important, et qu’il pourrait être maîtrisé sans garrot, si le garrot n’a
pas été posé depuis trop longtemps et que les directives du médecin for-
mateur vous le permettent, vous pouvez relâcher lentement ce garrot.
Pendant que vous relâchez ce garrot, une autre personne exerce une
compression directe de la plaie. En cas de doute, il faut toujours deman-
der conseil à l’équipe du SMUR.

Les “astuces” du garrot • Utilisez toujours une bande large (minimum 5 à 7 cm). N’utilisez pas une
ficelle ou un ruban fin, qui couperaient la peau. N’utilisez pas une bande
trop élastique, elle n’exercera pas suffisamment de pression.
• Recherchez un endroit adéquat pour placer le garrot: entre la plaie et le
cœur, aussi près que possible (5 cm) de la plaie, jamais sur une articu-
lation (genou ou coude) mais immédiatement au-dessus.
• Posez un coussin (rouleau de pansement) sur l’emplacement du gros
vaisseau. Nouez le garrot au-dessus de ce coussin et utilisez un objet
long comme levier pour serrer le garrot en tournant.
• Exercez suffisamment de pression pour arrêter le saignement et fixez
ensuite le levier. Le garrot ne pourra plus être relâché avant
l’arrivée à l’hôpital.
• Notez soigneusement l’heure de la pose du garrot, non seulement dans
le rapport d’intervention mais également de manière visible sur la peau
du patient (p.ex. sur le front). Par exemple T = 16.10 (garrot posé à
quatre heures dix de l’après-midi). Ne couvrez pas le membre garrotté,
afin que l’équipe médicale n’oublie pas le garrot. Mentionnez toujours
la présence d’un garrot lors de votre arrivée à l’hôpital.

FIG. 3.61

LE GARROT OU “TOURNIQUET”

Le garrot ne sera utilisé que pour des saignements impossibles à arrêter par
compression directe et indirecte. Notez toujours l’heure de la mise en place
(p.ex. sur le front du patient).
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.96

Que faire dans des situations particulières?

Certaines plaies sont provoquées par des corps étrangers comme des
couteaux ou des pièces de carrosserie. Il arrive que ces objets soient tou-
jours fichés dans la plaie. La règle générale est de laisser l’objet dans la
plaie, car il aide à arrêter le saignement. Mettez des compresses autour
de l’objet et évitez de le bouger. Pendant le trajet, on tentera d’arrêter le
saignement par une pression sur les compresses, mais sans réaliser de
compression sur l’objet, et en évitant tout mouvement.

Un saignement du nez peut survenir spontanément et est rarement


4.5
sérieux. Si le nez saigne à la suite d’une blessure cela peut être beaucoup
plus sérieux. Après un accident, une perte de sang à partir du nez peut
indiquer une fracture de la base du crâne.
Si le patient le supporte, on peut comprimer les ailes du nez jusqu’à
arrêt du saignement. Cela ne se fait pas si le nez est cassé ou blessé. Il
vaut mieux transporter le patient en position assise, la tête penchée en
avant.
Demandez au patient de cracher dans un bassin réniforme le sang qui
s’écoule dans le pharynx, évitez les mouchages violents.
Surveillez le patient et soyez attentif aux premiers signes de choc (alté-
ration de la conscience, pouls rapide et filant, respiration accélérée,
pâleur...). Réagissez de manière adéquate si ces signes apparaissent.

Lors d’une hémorragie provenant de l’oreille, il est possible que le sang


1.2
provienne de l’oreille interne, ce qui indique une fracture du crâne ou
d’autres lésions sérieuses.
Parfois ce sang est rose, ce qui indique une fracture du crâne avec perte
de liquide céphalo-rachidien. Cette situation sera décrite en détail.
Par contre, s’il s’agit uniquement d’une lésion du conduit auditif externe
ou du pavillon de l’oreille, une compresse suffira pour arrêter le saigne-
ment.
Un saignement en provenance de la bouche peut être le signe d’une
4.5
plaie dans la bouche ou d’une lésion grave du crâne. Une fracture du
crâne et des plaies importantes de la face nécessitent des précautions par-
ticulières.
Lorsqu’un patient, sans plaie apparente, vomit spontanément du sang, ce
sang peut provenir de l’estomac, de l’œsophage ou des voies respiratoi-
res. Il n’est pas toujours facile de faire la différence. Le sang qui sort de
l’estomac est généralement de coloration noire. Le sang qui provient
des voies respiratoires est généralement rose. Généralement, dans ce
dernier cas, le patient tousse. Ces hémorragies peuvent entraîner un
choc et une suffocation par obstruction des voies respiratoires.
Soyez attentif aux premiers signes de choc (altération de la conscience,
pouls rapide et filant, respiration accélérée, pâleur..) et agissez comme
décrit précédemment (couchez le patient, administrez de l’oxygène...).
Alertez le SMUR.
Maintenez les voies respiratoires dégagées en aspirant le sang de la bou-
che, placez le patient en position latérale de sécurité.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.97

Si le sang est rose et si le patient tousse ou est à court d’haleine, laissez-


le en position assise, penché ou non en avant. Aspirez et administrez de
l’oxygène à l’aide d’un masque réservoir (10 l/min).

B. HÉMORRAGIE INTERNE

Qu’est-ce qu’une hémorragie interne?

Les vaisseaux sanguins des tissus et des organes peuvent être blessés et
le sang peut s’accumuler dans les cavités du corps. Cela n’est pas direc-
tement visible de l’extérieur. Une hémorragie interne peut être très grave
et entraîner la mort en quelques minutes.
Un coup, lors d’un accident ou lors d’un contact avec un objet conton-
dant, peut entraîner, sans lésions externes, des ruptures de vaisseaux dans
l’abdomen ou dans le thorax et léser des organes comme le foie ou la rate.
Une hémorragie interne peut se produire autour d’un foyer de fracture.
Lors d’une fracture de la cuisse, le patient peut perdre facilement un
litre de sang, alors que l’on observe seulement de l’extérieur un gonfle-
ment de la jambe. Le patient présentera rapidement des signes de choc.
Une hémorragie interne peut survenir à l’occasion d’une maladie. Un
ulcère d’estomac peut saigner. Dans un premier temps, le sang va s’accu-
muler dans l’estomac puis sera éventuellement vomi par la suite (cfr.
“Saignement par la bouche”).

Comment reconnaître une hémorragie interne?

Essayez d’identifier le mécanisme de la blessure. Si le patient a reçu un


coup violent ou a heurté un objet contondant, pensez aux hémorragies
internes. Le foie et la rate sont particulièrement sensibles à ces acci-
dents.

FIG. 3.62

HÉMORRAGIE INTERNE

Chaque contusion externe doit faire


penser à une hémorragie interne.
Les plaintes du patient, les douleurs
thoraciques ou abdominales,
peuvent indiquer une hémorragie
interne.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.98

Recherchez les signes de choc (perte de connaissance, agitation, pouls


rapide et filant, pâleur, respiration rapide..)
Recherchez les contusions externes au niveau de l’abdomen. Les bles-
4.4
sures perforantes peuvent également entraîner des saignements internes.
Notez que des fractures osseuses peuvent provoquer une perte de sang
interne importante (par exemple une fracture du fémur provoque une
hémorragie de 1,5 à 2,5 litres dans la cuisse).

Que faire lors d’une hémorragie interne?

Dès que vous observez des signes de choc, alertez le SMUR via le
service 100.
Couchez le patient, les jambes légèrement surélevées. Si le patient est
inconscient, placez-le en position latérale de sécurité. Dans les cas de
blessures du thorax avec hémorragie interne, le patient présente des dif-
ficultés respiratoires. Choisissez une position assise ou semi-assise pour
le transport.

Administrez de l’oxygène à un débit de 10 à 15 l/min à l’aide d’un mas-


que réservoir.
Immobilisez les fractures. La pose des attelles diminuera le saignement.
Ne donnez rien à boire, même si le patient se plaint de soif ou d’une sen-
sation de gorge sèche (signe de choc).
Transportez rapidement le patient vers l’hôpital. Les hémorragies inter-
nes dans le thorax et l’abdomen sont des urgences pour lesquelles toute
perte de temps est interdite.

Que fait le SMUR pour traiter des hémorragies?

Lors d’une perte de sang sévère, le SMUR peut perfuser des subs-
tances de remplacement du sang. Ce sont des solutions de com-
positions diverses qui sont administrées par une voie veineuse et
une perfusion intraveineuse. Le liquide physiologique (solution de
sel), la solution de Hartmann (également une solution saline) en
sont des exemples. On gonfle d’abord une veine avec un garrot, on
désinfecte la peau et on place un cathéter dans cette veine, le plus
souvent au niveau du pli du coude. Une poche de liquide est con-
nectée à ce cathéter. Le tuyau est muni d’un robinet qui permet de
régler le débit. Le tout est fixé à la peau avec un adhésif.
L’installation d’une perfusion doit se faire rapidement. Parfois
plusieurs abords veineux seront nécessaires via de gros cathéters,
et les perfusions seront mises sous pression.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.99

FIG. 3.63

7
ASSISTANCE AU SMUR. MATÉRIEL
2
NÉCESSAIRE POUR LA PERFUSION
INTRAVEINEUSE
2 3

1 6 4

1. Une poche avec le liquide Mise en place d’une voie veineuse


de perfusion. chez le patient.
2. Tuyau de connexion.
3. Robinet à trois voies sur le tuyau.
4. Cathéter.
5. Pansement adhésif.
6. Compresses.
7. Garrot.
Chapitre 3 L e s a f f e c t i o n s à r i s q u e v i t a l 3.99.1

RÉSUMÉ DU CHAPITRE 3

Les affections à risque vital peuvent être groupées en quatre


grandes catégories:

• les atteintes de la respiration


• les problèmes cardiaques
• le choc
• les hémorragies importantes

Pour prendre en charge ces problèmes vitaux, il faut toujours


suivre la procédure ABC. L'ambulancier doit connaître la
procédure ABC et la RCP.

Lorsque vous décelez une affection à risque vitale, vous devez


appeler immédiatement le SMUR.
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
4
LE PATIENT
TRAUMATISÉ

CONTENU

4.1 Accidents et lésions

4.2 Les premières minutes


après l’accident

4.3 Les lésions thoraciques

4.4 Les lésions abdominales

4.5 Les lésions du crâne


et des vertèbres

4.6 Contusions et plaies

4.7 Les lésions du squelette


des membres
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.2

Les accidents représentent la cause de décès la plus importante chez les


personnes de moins de quarante ans.
Les accidents ont des conséquences importantes, non seulement liées aux
décès, mais également aux invalidités de longue durée. Il est possible
d’éviter ces conséquences, ou d’en limiter la portée, en reconnaissant les
lésions, en évaluant correctement les risques qui y sont associés et en
effectuant les gestes adéquats.

La première heure après un accident est appelée “l’heure en or”. En


administrant les soins appropriés endéans l’heure de l’accident, les consé-
quences de celui-ci sont généralement moins dramatiques. Pour cela, il est
nécessaire d’agir rapidement et efficacement. L’intervention de l’ambu-
lancier est déterminante. En tant que tel, vous êtes souvent les premiers
sur les lieux et vous déterminez de manière importante la suite de l’inter-
vention et son résultat final.

Ce chapitre traite des différents accidents et des lésions qu’ils peuvent


provoquer.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.3

4.1 Accidents et lésions

LES DIFFÉRENTS ACCIDENTS

En fonction de l’endroit et de la nature de l’accident, on distingue les acci-


dents de roulage, les accidents aux travail, les accidents au domicile et les
accidents de loisir.
L’accident de roulage nous paraît une partie intégrante de la vie de tous
les jours. Malgré de nombreuses mesures destinées à augmenter la sécu-
rité, comme les limitations de vitesse et les ceintures de sécurité, la cir-
culation routière continue à prélever son lot de victimes suite à l’abus
d’alcool, aux excès de vitesse et aux comportements à risques.
Chaque année, des milliers d’accidents de travail surviennent. La gra-
vité des lésions dépend étroitement de la nature du travail et du milieu de
travail. La sécurité sur les lieux de travail laisse encore souvent à désirer.
Même dans des conditions optimales, le travail comportera toujours des
erreurs humaines et les accidents seront inévitables.
De nombreux accidents arrivent à la maison ou pendant les loisirs.
De nombreux bricoleurs manipulent du matériel inadéquat et sans con-
naissance technique. On monte sur les toits sans mesure de sécurité et on
travaille avec des machines qui étaient auparavant uniquement l’apana-
ge des hommes de métier. Les sports dangereux deviennent de plus en
plus populaires. Le cyclisme, l’escalade et la pratique du kayak causent
des accidents chez des sportifs imprudents ou inexpérimentés. A la mai-
son, le patient peut chuter dans les escaliers ou se couper les doigts. Chez
nos seniors grisonnants, des chutes ont des conséquences graves, com-
me une fracture du col du fémur.

DEUX SORTES DE LÉSIONS

Traumatisme est le terme médical pour blessure. La discipline médicale


qui s’occupe des blessures est appelée traumatologie.
Une blessure survient lorsqu’une force extérieure lèse un tissu. Une
plaie ouverte saigne généralement. Nous parlerons par exemple d’éra-
flures, de lacérations, de coupures ou de plaies par balle.
Une plaie fermée survient lorsque le patient heurte violemment un
objet contondant ou est soumis à une forte décélération. Au cours de
nombreux accidents de roulage, la victime apparaît extérieurement
indemne, mais a subi des lésions internes. Ces blessures s’appellent éga-
lement des contusions internes.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.4

LES CONSÉQUENCES D’UN COUP

Au cours d’une chute ou d’un accident de roulage, on rencontre souvent


des plaies fermées. Pour comprendre à quel point les lésions internes invi-
sibles peuvent être importantes, il faut se représenter la force du choc. Un
peu de physique permet de comprendre ce qui se passe dans le corps lors
d’un accident.
La force du choc lors d’un accident est déterminée en grande partie par
l’énergie cinétique de la victime au moment de l’accident. L’énergie
cinétique d’un objet (voiture ou personne) en mouvement est fonction de
la masse de l’objet multiplié par le carré de la vitesse de déplacement.
Plus grandes sont la masse et la vitesse, plus grande est l’énergie cinéti-
que.
Lorsque vous souhaitez enfoncer un clou dans une surface dure, vous pre-
nez un marteau (masse) et vous effectuez un grand mouvement (vitesse).
Au moment où le marteau frappe le clou, l’énergie cinétique du marteau
est transformée en mouvement du clou. Plus le marteau est lourd et
plus vous frappez fort, plus la profondeur à laquelle vous chassez le clou
sera grande. Le clou est construit dans ce but. Si vous frappez sur votre
doigt, l’énergie cinétique du marteau aura des conséquences destructri-
ces pour votre doigt: l’os se casse, les vaisseaux et les nerfs sont écrasés,
la peau se déchire. Plus l’énergie cinétique qui agit sur les tissus est gran-
de, plus graves seront les lésions qui en résultent.
Lors d’un accident nous ne considérons pas seulement la vitesse, mais
également la décélération: le ralentissement. Si vous tombez sur un
matelas, une partie de l’énergie cinétique sera absorbée par le matelas qui
ralentit la chute. Lors d’une chute sur du béton, tout l’impact sera absorbé
par le corps. C’est la raison pour laquelle les voitures modernes sont
équipées de zones de déformation: une partie de l’énergie du choc est uti-
lisée lors de la déformation de la carrosserie et limite ainsi les blessures
des passagers. Les piétons, les cyclistes et les motocyclistes n’ont pas de
carrosserie et encaissent l’entièreté du choc. Lors d’une chute dans un
escalier ou à vélo, le corps peut atteindre des vitesses élevées.

COMMENT ÉVALUER LA GRAVITÉ


D’UN ACCIDENT?

En tant qu’ambulancier, vous arriverez souvent le premier sur les lieux de


l’accident. Vous apprendrez, avec l’expérience, à avoir rapidement une
image de l’accident grâce au témoignage de la victime, des témoins, à
l’observation des conditions générales sur place. Ces éléments permettent
d’évaluer la gravité de la situation. Les lésions du patient sont notamment
fonction de la vitesse du véhicule ou de la hauteur de la chute. Gardez
votre calme. Cela tranquillise la victime et les témoins. Tout en agissant,
récoltez des informations. Ces précieux renseignements seront transmis
aux sauveteurs suivants.
Lorsqu’un véhicule entre en collision avec un obstacle à la vitesse de
100 km/heure, le conducteur est projeté vers l’avant avec la même force
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.5

que s’il tombait d’une hauteur de 50 mètres. Plus le véhicule va vite, plus
le choc est violent et plus grande est la quantité d’énergie transformée en
lésions corporelles. Lorsque deux véhicules entrent en collision frontale
à une vitesse de 60 km/heure, les vitesses s’additionnent et le choc cor-
respond à une vitesse de 120 km/heure.
Le corps est décéléré brutalement, et les organes continuent à se déplacer
sur leur trajectoire. Nous obtenons ainsi des lésions de décélération.
L’aorte est blessée et la rate peut se déchirer. Lors d’un choc violent, des
lésions internes très graves peuvent se produire; ces lésions qui ne se
voient pas de l’extérieur, constituent tout de même une menace vitale.
Des fractures graves peuvent également être invisibles: une fracture du
bassin, une fracture des vertèbres du cou ou du dos. Lors des accidents
pour lesquels on suspecte un choc violent, il faut être attentif à la possi-
bilité de telles lésions.

QUELLES SONT LES LÉSIONS PROBABLES


SELON LA NATURE DE L’ACCIDENT?

Au cours d’une collision frontale, la voiture s’arrête mais le corps con-


tinue sur sa trajectoire pendant encore un instant, jusqu’au moment où la
ceinture de sécurité ou l’airbag, ou, dans la pire des hypothèses, le tableau
de bord ou le pare-brise l’arrête.
Lorsque la victime est arrêtée par la ceinture de sécurité, des lésions sur-
viennent parfois aux points de pression sur les épaules et le thorax, par-
fois sous forme de fractures. On voit parfois les traces de la ceinture sur
le corps. Les ceintures retiennent le thorax, mais la tête est souvent bal-
lottée d’avant en arrière comme un punching-ball. Ceci peut entraîner des
luxations et des fractures des vertèbres cervicales. L’airbag protège les
occupants d’une voiture contre ce type de lésions.
Lorsque les passagers d’une voiture ne portent pas la ceinture de sécurité,
le risque de blessures graves est très grand. En effet, les victimes peuvent
alors être propulsées dans les deux directions.
Parfois le corps glisse vers l’avant et vers le bas, tandis que les jambes
supportent le premier choc en se fracturant contre le tableau de bord et
qu’ensuite le thorax frappe le volant ou le tableau de bord provoquant des
lésions graves du cœur et des poumons. Lorsque le volant d’une voiture
est endommagé, le conducteur est toujours gravement atteint.
Parfois le corps est projeté vers l’avant et vers le haut. Il heurtera peut-être
le volant ou le tableau de bord mais ce sera surtout la tête qui entrera en
collision avec le pare-brise et qui peut-être le traversera. Cela provoque
de graves lésions du crâne, des fractures de la colonne cervicale et des
plaies cérébrales.
Lors d’une collision frontale, ce sont surtout les enfants qui sont projetés
vers le haut. Un pare-brise brisé indique toujours, jusqu’à preuve du con-
traire, une lésion cervicale ou crânienne grave.

Lors d’une collision latérale, les occupants sont soumis à une force laté-
rale. Les blessures sont provoquées par la pénétration de pièces de car-
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.6

FIG. 4.1

LES TROIS PHASES


D’UNE COLLISION FRONTALE

Légende:
1. La voiture heurte un obstacle.
2. L’occupant heurte des parties du
véhicule.
3. Les organes de la victime s’écra-
sent contre les parois du corps.

rosserie ou par la violence des forces latérales. On rencontre souvent des


lésions des bras, du thorax et du bassin.
Une collision latérale entraîne généralement des blessures graves.
Les collisions qui surviennent dans les bouchons, aux feux de circulation
ou dans des collisions en chaîne, sont souvent des collisions par l’arriè-
re. Ici, les appuis-tête et les ceintures de sécurité peuvent limiter les
blessures. La violence du choc agit surtout au niveau de la nuque, ce qui
peut entraîner des lésions de vertèbres cervicales. Le whip-lash, littéra-
lement “coup de fouet” ou en français encore “coup du lapin” en est une
conséquence typique.
Lorsque la collision est réalisée de biais, la voiture peut se mettre à tour-
noyer et des forces centrifuges entrent en action. La nature des lésions est
difficilement prévisible car elles sont fonction des différents chocs que la
victime subit. Généralement les blessures sont moins graves que lors des
collisions frontales.
Si la voiture fait des tonneaux et que les occupants n’ont pas attaché
leurs ceintures, il existe un grand risque d’éjection. Le port ou non de la
ceinture ainsi que la manière dont la voiture a effectué les tonneaux
détermineront la gravité des blessures. Il faut toujours rechercher des
lésions crâniennes et cervicales.
Les collisions voitures-piétons sont des rapports de force inégaux en-
tre les victimes et les véhicules. Souvent, elles entraînent des lésions
graves ou même la mort de l’usager de la route le plus faible. La taille de
la victime par rapport à la hauteur des pare-chocs est très importante. Un
piéton est habituellement touché à hauteur des tibias, ce qui entraîne des
fractures graves des jambes (au niveau du tibia). Ensuite la victime est
projetée sur le capot de la voiture ou vers le haut, ce qui entraîne des
lésions du thorax, du bassin et des fémurs. Finalement, la victime tombe
sur la tête, ce qui peut entraîner des lésions cervicales et crâniennes.
La collision avec un cycliste entraînera des lésions qui seront fonction de
la manière dont celui-ci est touché; les lésions seront très fortement ana-
logues à celles d’un piéton.
Les blessures provoquées par une chute sont fonction de la hauteur de
cette chute et de la partie du corps qui touche le sol. Il faut toujours
s’informer de la hauteur d’une chute. Ce renseignement est à transmet-
tre aux autres intervenants lorsque vous leur confiez le patient (SMUR ou
Service des Urgences).
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.7

Les enfants tombent souvent sur la tête, et ceci entraîne généralement des
lésions cérébrales. Lorsqu’ils se reçoivent sur les mains, cela provoque des
fractures des poignets ou des bras. Les adultes essaient surtout de retom-
ber sur les deux pieds. Le choc se transmet alors dans l’axe longitudinal
du corps. Les blessures sont alors étagées des talons aux jambes, au
bassin et à la colonne vertébrale.
Les blessures par balle et par coup de couteau sont des exemples de
blessures “externes” ou “ouvertes”. Les chances de survie sont plus
grandes dans ce cas que dans les cas de blessures “internes” ou
“fermées”. Le temps est important; “l’intervalle médical libre”, c’est-à-dire.
le temps qui s’écoule entre le moment de l’accident et l’intervention
médicale, est alors capital.
Les plaies par balle sont provoquées par l’énergie et la forme du projec-
tile. Tous les tissus et les organes situés sur la trajectoire du projectile se-
ront endommagés. Dans le cas des projectiles à grande vitesse une onde
de choc est créée dans l’organisme (arme militaire); celle-ci va atteindre
des organes et des tissus distants de la trajectoire du projectile.

Les lésions qui surviennent à la suite d’une explosion sont de trois


natures. Un premier type de lésions est provoqué par l’onde de pression
(“blast”, onde de choc) de l’explosion. Tous les organes qui contiennent
de l’air, comme les oreilles, les poumons et le système digestif seront
atteints à la suite du brusque changement de pression. Des douleurs
d’oreille, des bourdonnements d’oreille, un saignement en provenance de
l’oreille accompagné d’une perte d’audition sont des signes de lésions
sévères. Dans ces cas, il faut craindre des lésions pulmonaires graves.
Les débris et les éclats projetés provoquent un deuxième type de lésions.
Si la victime est projetée violemment contre un mur ou le sol, cela en-
traîne des lésions semblables à celles d’une chute.

FIG. 4.2

SCÉNARIO DES
BLESSURES DU PIÉTON.

2
3

1
1
2

Chez l’enfant: Chez l’adulte:


1. La force du pare-chocs s’applique 1. Les jambes sont touchées par le
au niveau du bassin (flèche rouge). pare-chocs.
2. L’enfant est projeté (flèche 2. La tête, le thorax et l’abdomen
jaune). sont projetés contre le véhicule.
3. La victime rebondit et touche le
sol de la tête.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.8

FIG. 4.3

CHUTE DE L’ADULTE

Légende:
La force est orientée dans la direc-
tion de la flèche rouge et agit du
talon vers le bassin et la colonne
vertébrale.

Enfin, les explosions sont souvent accompagnées d’effondrements


(lésions par compression), d’incendies (brûlures) et de dégagement de
fumées toxiques (suffocation).
Lorsqu’une explosion a touché de nombreuses victimes, les blessés les
plus graves sont prioritaires. Recherchez en premier lieu les victimes de
l’onde de choc. Ces lésions sont moins spectaculaires mais déterminent
une priorité de traitement.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.9

4.2 Les premières minutes


après l’accident

La prise en charge immédiate d’un patient atteint de blessures graves, est


2
toujours la même pendant les premières minutes. La technique de l’ABC
a déjà été décrite.
Nous ne reprendrons la description de ces techniques que dans la mesure
où les patients accidentés présentent des particularités; ensuite, nous
envisagerons les différentes lésions région par région.

QUE FAIRE LORS DE L’ARRIVÉE


SUR LES LIEUX?

Lors de l’arrivée sur les lieux de l’accident, vous devez déterminer immé-
diatement quel est l’endroit le plus sûr pour garer l’ambulance. Dans le
cas d’un accident de roulage, il vous est recommandé de vous placer en-
tre la circulation et l’accident.

FIG. 4.4 ARRIVEE


aide technique

EVALUATION DE CENTRE
À L’ARRIVÉE SUR LES LIEUX LA SITUATION SUR DANGER
PLACE A L’ARRIVEE 100
SECURITE SMUR

Y a-t-il un danger pour les intervenants et les victimes? Avez-vous besoin


d’une aide supplémentaire (technique ou médicale)? Analysez les cir-
constances et la disposition des lieux. Essayez de comprendre la cause de
l’accident.

Evaluation primaire

Evaluez la situation du patient, observez les paramètres vitaux; cela vous


a été décrit dans la procédure ABC: le patient est-il conscient et les voies
respiratoires sont-elles libres?, faut-il ventiler?, est-on en présence d’un
problème circulatoire?
Cet examen ne doit prendre que quelques minutes. Si une des fonctions
2.2
vitales est atteinte, faites immédiatement appel au SMUR. Placez une
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.10

SECURITE
FIG. 4.5
EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT
ÉVALUATION PRIMAIRE
évaluation primaire rapide
LORS D’UN ACCIDENT Réanimation
conscience Cardio
voies respiratoires PATIENT
respiration CRITIQUE Pulmonaire
circulation
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

NON CRITIQUE

récapitulation détaillée
de la première évaluation
EPADONO et GCS
voies respiratoires + oxygène QUAND MEME
respiration (hémostase)
circulation (collier cervical) CRITIQUE

SMUR

minerve si une lésion cervicale est possible. Faites le nécessaire pour


maintenir l’apport d’oxygène et maintenir une circulation satisfaisante.
Si le patient est conscient, respire correctement et présente une circula-
tion correcte, passez à l’évaluation secondaire.

L’évaluation secondaire

Lors de l’évaluation secondaire, vous inspectez tout le corps du patient.


Recherchez, et si possible, soignez les lésions potentiellement à risque
vital. Procédez rapidement et examinez particulièrement la tête, la nuque
et les autres lésions graves que nous allons décrire par la suite.
Recherchez les contusions et les plaies de la tête. Elles peuvent expliquer
une éventuelle modification de l’état de conscience. Observez égale-
ment le diamètre des pupilles.
Examinez la nuque. Posez une minerve chez tout patient qui se plaint de
douleurs de nuque ou qui présente une altération de l’état de conscience.

SECURE
FIG. 4.6
EVALUATION PRIMAIRE
DU PATIENT
ÉVALUATION SECONDAIRE
DU PATIENT ACCIDENTÉ Réanimation
PATIENT
PATIENT
CRITIQUE
CRITIQUE ☎ Cardio
Cardio+ oxigène
Réanimation
± hémostase
Pulmonaire
Pulmonaire ± collier
+ oxygène
(hémostase)
(collier cervical)

NON CRITIQUE

EVALUATION SECONDAIRE
DU PATIENT
examen selon les plaintes QUAND MEME
lésions occultes
soins d’autres lésions CRITIQUE

NON CRITIQUE
SMUR
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.11

Observez la couleur de la peau. Une pâleur peut indiquer un état de


choc par perte de sang importante. Vérifiez à nouveau la respiration et la
liberté des voies respiratoires (fréquence, aspect, effort, odeur). Interro-
gez le patient sur la présence de douleurs thoraciques. Evaluez à nouveau
la circulation (pouls: fréquence, force). Demandez au patient s’il ressent
des douleurs abdominales. Les hémorragies internes peuvent mettre la
vie en danger et sont parfois signalées par des ecchymoses externes.
Le bassin est-il douloureux, déformé? Une fracture du bassin entraîne
généralement une perte de sang interne importante.

Y a-t-il des douleurs dans le dos, des paresthésies (perte légère de sensi-
bilité), des picotements dans les membres, des paralysies, le patient est-
il couché dans une attitude anormale?
Observez la localisation des douleurs, des contusions, des plaies, des
fractures ouvertes ou fermées au niveau des membres.
Recherchez les antécédents médicaux importants: maladies graves (du
cœur ou du poumon, diabète), prise de médicaments particuliers.

Demandez toujours l’intervention du SMUR lorsque la situation du


patient est critique ou lorsque celui-ci est incarcéré.

TRANSPORT

Un long délai s’écoule parfois avant le transport du patient. Il faut limiter


les pertes de temps, et l’on peut parfois organiser un rendez-vous avec le
SMUR, en accord avec les habitudes du service. Cela doit s’organiser
après avoir réalisé les premiers soins.
Continuez le contrôle des voies respiratoires. Ventilez si nécessaire.
Administrez aux blessés de l’oxygène au masque à réservoir avec un
débit minimum de 10 à 15 l/min.
Si le masque n’est pas toléré, utilisez de préférence les lunettes à oxygè-
ne.
En cas de choc, couchez le patient. Alignez la tête et le dos. En présence
de difficultés respiratoires, donnez la préférence à une position semi-assi-
se.
Posez une minerve chez les patients dont la conscience est altérée ou qui
se plaignent de douleurs dans la nuque. Placez le patient sur une civière
à palettes (scoop) ou un matelas à dépression. Couvrez les plaies de

NON CRITIQUE
FIG. 4.7
EVALUATION SECONDAIRE
DU PATIENT
QUAND MEME
TRANSPORT VERS L’HÔPITAL CRITIQUE

NON CRITIQUE
SERVICE DES
TRANSPORT
URGENCES 100
(système de rendez-vous)
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.12

compresses stériles. En cas d’hémorragie, placez un pansement com-


pressif.
N’enlevez jamais un objet perforant d’une plaie. Stabilisez-le à l’aide de
compresses et mettez tout en œuvre pour réaliser un transport rapide.
Alignez les fractures si cela est possible et posez des attelles.
Si votre formation vous y a préparé, aidez le SMUR à installer une per-
fusion.
Transportez le patient vers l’hôpital et prévenez de votre arrivée. Trans-
mettez toutes les informations nécessaires, la nature et l’importance des
lésions.

L’HEURE EN OR

Une prise en charge adéquate par l’ambulancier peut réduire les consé-
quences dramatiques des blessures, augmenter les chances de survie,
raccourcir le séjour à hôpital et diminuer les risques d’invalidité perma-
nente. En reprenant le fil des événements qui se déroulent durant la pre-
mière heure après l’accident, vous comprendrez rapidement pourquoi.
Certains patients décèdent endéans les quelques secondes ou minutes
après l’accident. Dans ces cas, il s’agit souvent de lésions cérébrales
irréversibles ou d’hémorragies massives qui entraînent un arrêt cardiaque.
Dans ces cas, même l’intervention la plus compétente ne peut être cou-
ronnée de succès.

FIG. 4.8

nombre des
L’HEURE EN OR
décès

A B C
accident temps

Légende: Ce graphique indique la mortalité en fonction du temps après


un accident.

A. une majorité de patients décèdent durant les premières secondes ou


minutes qui suivent l’accident: ce sont les décès immédiats.
B. d’autres victimes meurent au cours des heures qui suivent l’accident:
ce sont les décès “précoces”
C. un autre groupe de patients meurent après des jours, voire des semaines
d’hospitalisation: ce sont les décès tardifs.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.13

Cependant, de trop nombreuses victimes meurent encore sur les lieux de


l’accident parce que les témoins ignorent les principes de base de la
réanimation ABC et n’ont, par exemple, pas dégagé les voies respiratoi-
res.
Beaucoup de décès surviennent dans les premières heures après l’acci-
dent. Il s’agit alors généralement de blessures pour lesquelles une aide
rapide et efficace aurait pu être salvatrice. La simple suffocation par
obstruction des voies respiratoires, est un exemple d’incident banal en-
traînant la mort si une aide efficace n’est pas apportée vite et bien. Les
patients peuvent survivre à des hémorragies abdominales ou cérébrales
ou à des fractures graves, si une thérapeutique correcte est réalisée suf-
fisamment rapidement. Il est admis qu’une aide efficace apportée pendant
la première heure après l’accident, (on l’appelle “l’heure en or”) peut
faire la différence entre la vie et la mort.

Beaucoup de choses dépendent de l’approvisionnement en oxygène de


l’organisme. Un manque d’oxygène apparaît fréquemment dès les pre-
miers instants. La douleur et le stress augmentent la consommation
d’oxygène. Les lésions des poumons diminuent l’apport d’oxygène san-
guin. La perte de sang diminue l’apport d’oxygène aux organes. L’admi-
nistration d’oxygène et l’administration de perfusions permettent de
maintenir un apport d’oxygène aux tissus et aux organes. En diminuant
la douleur et le stress (par exemple en posant une attelle dans le cas de
fracture), il est possible de réduire l’importance du choc.
En moyenne, un patient arrive à l’hôpital 45 minutes après l’accident. Les
premiers soins sur les lieux et pendant le transport sont importants. Le
comportement des ambulanciers et leur collaboration avec le SMUR
jouent un rôle capital.
Un certain nombre de victimes meurent après des semaines d’hospitali-
sation. Malgré des soins intensifs, un patient peut décéder longtemps
après l’accident. Tout ce que vous réalisez pendant l’“heure en or” aura
des effets à long terme et peut prévenir les complications tardives ou en
réduire les effets. En évitant l’inondation des poumons par du sang ou des
vomissements, vous évitez l’apparition de broncho-pneumonies tardi-
ves. Plus les voies respiratoires sont protégées par l’ambulancier, moins
les complications tardives apparaissent.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.14

4.3 Les lésions thoraciques

Les lésions de la cage thoracique sont souvent difficiles à évaluer, car il


1.2
s’agit de lésions fermées dont la gravité ne peut être reconnue directe-
ment. La cage thoracique contient les poumons et les voies respira-
toires, le cœur et les gros vaisseaux. Ce sont des systèmes vitaux. Les
blessures de la cage thoracique mettent donc la vie en danger.
Vous devez être capable de reconnaître la gravité de ces lésions, sans les
voir extérieurement. Vous ne devez pas poser le diagnostic précis de ces
lésions. Cela sera réalisé par les équipes médicales et à l’hôpital.
Nous allons décrire cependant les différents types de lésions thoraciques
afin de vous en donner un aperçu et de vous en expliquer les consé-
quences. Vous pourrez ainsi comprendre à quel point il est important de
reconnaître les signes de ces lésions vitales.
Relisez le chapitre 1 et revoyez quels organes sont situés dans la cage
thoracique et comment ils fonctionnent.
Le déficit de l’apport sanguin, et par conséquent de l’apport d’oxygène
signale rapidement les lésions des poumons, du cœur ou des grands
vaisseaux. Retenez que le diaphragme qui sépare l’abdomen du thorax est
situé assez haut. En dessous du diaphragme se trouvent des organes
vulnérables comme le foie, la rate, et l’estomac.
Pensez toujours, lors de blessures de la partie inférieure du thorax, aux
4.4
lésions des organes abdominaux.

QUELLES SONT LES DIFFÉRENTES SORTES


DE LÉSIONS THORACIQUES?

On distingue les lésions thoraciques ouvertes et fermées. Les lésions


fermées sont souvent la conséquence d’une contusion importante. Les
lésions ouvertes sont provoquées par des objets perforants. Parfois un
choc peut être suffisamment violent pour que des côtes brisées provo-
quent une plaie ouverte, perforée de l’intérieur.

Blessures thoraciques fermées

1. F RACTURE DU STERNUM

Une fracture du sternum est généralement provoquée par une force qui
agit perpendiculairement au sternum. Ceci se voit fréquemment chez les
personnes âgées lors d’une collision frontale. La fracture n’est pas visible,
le patient se plaint de douleurs au milieu de la cage thoracique et se plaint
d’une difficulté respiratoire.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.15

FIG. 4.9

FRACTURES DE CÔTES

1 2 3

1. fractures de côtes 2. et 3. volets thoraciques

2. F RACTURE DE C Ô TES

La lésion thoracique la plus fréquente est la fracture d’une ou de plu-


sieures côtes. Chez les individus jeunes, les côtes sont encore relative-
ment souples. Chez les personnes âgées, elles sont plus rigides. Elles se
brisent donc plus facilement. Chez les personnes âgées, les côtes se bri-
sent même à l’occasion d’une chute légère. Chez les individus jeunes et
les enfants, les côtes ne se brisent que sous l’influence de forces plus
importantes.
Les quatre premières côtes sont protégées par les omoplates et donc ne
se brisent pas aussi rapidement. La plupart des fractures de côtes sont
localisées de la 5e à la 10e côte. La onzième et la douzième côte ne se bri-
sent pas aussi facilement car elles sont “flottantes” d’un côté et peuvent
ainsi se plier plus aisément.
En cas de fracture de côte, le patient se plaint de douleurs à l’endroit de
la fracture. La douleur est augmentée par la toux, les mouvements et la
respiration.
La douleur empêche même le patient de respirer normalement. Le patient
est souvent penché du côté de la fracture et maintient celle-ci de ses
mains, tentant ainsi de l’immobiliser.
Une fracture de côte peut entraîner des complications graves que nous
discuterons par la suite. En cas de fracture de plusieures côtes, une par-
tie de la paroi thoracique est libre et on parle de volet thoracique. Des
côtes enfoncées ou brisées peuvent blesser les poumons (contusion pul-
monaire) ou provoquer des hémorragies des poumons ou des gros vais-
seaux (hémothorax). De l’air peut s’accumuler entre la paroi thoracique
et la plèvre (pneumothorax). Une fracture des côtes inférieures peut léser
des organes abdominaux et provoquer des hémorragies internes.

3. VOLET THORACIQUE

Un “volet thoracique” est une partie flottante de la paroi thoracique.


Ces “volets thoraciques” existent lorsque 3 ou plusieurs côtes successi-
ves situées du même côté sont fracturées à au moins deux endroits. Cela
peut exister lorsque le sternum est fracturé en même temps que des
côtes situées de part et d’autre de celui-ci.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.16

FIG. 4.10

LE VOLET THRACIQUE ET LES


MOUVEMENTS PARADOXAUX

Le volet se déplace dans la direction opposée au mouvement


de la respiration.

Une partie de la cage thoracique n’est plus fixée et est désolidarisée de


l’ensemble. Cette partie de la cage thoracique va se mouvoir de manière
“paradoxale”: à l’inspiration, le volet va rentrer vers l’intérieur; à l’expi-
ration, il va sortir vers l’extérieur, alors que normalement on constate
l’inverse. Cela est une lésion très grave.
Les autres signes sont ceux d’une fracture de côtes: une douleur à l’en-
droit de la fracture et aggravation lors du mouvement. Très souvent des
signes de choc accompagnent la respiration paradoxale.

4. C ONTUSION PULMONAIRE

Des côtes enfoncées ou fracturées peuvent contusionner le poumon.


Cela n’est pas visible. Le patient se plaint de douleurs et sa respiration est
courte, comme dans le cas des fractures de côtes. Parfois la cage thora-
cique présente des mouvements anormaux lors de la respiration. Il arri-
ve que le patient crache du sang.

5. P NEUMOTHORAX

Lors d’un pneumothorax, de l’air (pneumo) s’accumule entre la mem-


brane qui entoure le poumon (la plèvre) et la paroi thoracique. L’air accu-
mulé empêche l’expansion du poumon à cet endroit. Lors de l’accumu-
lation d’une trop grande quantité d’air, le poumon est complètement
comprimé, le cœur et les gros vaisseaux peuvent être déplacés et le
retour du sang vers le cœur est diminué. Cela s’appelle un pneumothorax
sous tension (suffocant). Dans le pneumothorax ouvert, le pneumothorax
est en relation avec l’air ambiant par une plaie ouverte. Dans le pneumo-
thorax fermé, cela n’est pas le cas car la plèvre est indemne.
Parfois de l’air s’échappe entre les couches cutanées et s’accumule au
niveau du cou et de la face. Dans ces cas, on parle également de pneumo-
thorax sous tension. Le patient ressemble au bonhomme Bibendum de
Michelin. La palpation de la peau permet d’observer un crépitement
neigeux (emphysème sous-cutané).
Le patient se plaint de douleurs comme dans le cas des fractures de
côtes. Parfois la dyspnée est très prononcée et s’aggrave lentement, par-
fois rapidement. La pomme d’Adam est refoulée vers le côté indemne.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.17

FIG. 4.11

PNEUMOTHORAX

Pneumothorax ouvert Pneumothorax fermé


De l’air pénètre, de l’extérieur, De l’air, venant des bronches,
entre la paroi thoracique et le pénètre entre la paroi thoracique et
poumon droit collabé. le poumon droit collabé.

On palpe le crépitement de l’emphysème sous-cutané. On observe des


3.3
signes de choc.

6. H ÉMOTHORAX

Dans l’hémothorax, le sang s’accumule dans le thorax. Ce saignement


est dangereux en soi et peut provoquer un choc. De plus, le sang va
refouler les poumons et gêner la respiration.
En tant qu’ambulancier sur le terrain, vous ne diagnostiquerez pas un
hémothorax. Vous verrez uniquement une dyspnée et des signes de
choc. Lorsque le thorax se remplit d’un mélange d’air et de sang, on par-
3.3
le d’un hémopneumothorax.

7. C ONTUSION CARDIAQUE

Un important choc direct porté sur la cage thoracique peut contusion-


ner le cœur. Souvent cela s’accompagne d’une fracture du sternum.
Même à l’hôpital, avec des techniques d’exploration sophistiquées, cela
est difficile à mettre en évidence.
Vous devez seulement vous rappeler que cela est possible lors d’une
3.3
collision frontale grave. Le patient se plaint de douleurs, est court
d’haleine et développe parfois un état de choc.

FIG. 4.12

HÉMOTHORAX

Le poumon est collabé. On trouve


du sang entre la paroi thoracique
et le poumon.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.18

8. TAMPONNADE CARDIAQUE

Le cœur est entouré d’un sac, le péricarde. Si du sang inonde ce sac, le


cœur sera incapable de se dilater suffisamment, et il pompera moins de
sang.
La tamponnade cardiaque n’est pas fréquente, mais on peut la suspecter
après un choc violent contre le thorax. Lorsque le pouls est difficile à
prendre et les vaisseaux sanguins du cou sont distendus, cela peut signi-
fier une tamponnade cardiaque.

9. D ÉCHIRURE DE L’ AORTE

Lorsque le corps est brutalement freiné, le cœur continue sur sa lancée,


comme un voyageur qui tombe dans un bus si celui-ci s’arrête brutale-
ment. Cela peut provoquer une fissure de l’aorte, la grande artère qui
prend naissance dans le cœur. Du sang s’infiltre dans la paroi de l’aorte,
et cela peut entraîner après un certain temps (quelques minutes ou quel-
ques heures) une hémorragie brutale et mortelle.
Il ne faut suspecter cette lésion que lorsque le patient a reçu un choc vio-
lent et se plaint de douleurs localisées derrière le sternum (rétrosternales)
ou entre les omoplates.

10. D ÉCHIRURE DU DIAPHRAGME

Le diaphragme est le muscle qui sépare la cavité thoracique de la cavité


abdominale. Il participe aux mouvements respiratoires. Le diaphragme
peut se déchirer. Dans ce cas, l’estomac ou des anses intestinales peuvent
glisser dans le thorax. Cela réduit le volume disponible pour la respiration.
De plus, le diaphragme est alors incapable de se contracter correctement,
et cela va entraîner des difficultés respiratoires.
La fissuration ou la déchirure est invisible de l’extérieur. On remarque, par
contre, les signes manifestes d’une dyspnée. Il faut toujours penser à ce
type de lésion après un choc violent contre le thorax.

PLAIES OUVERTES DU THORAX

Les objets qui perforent la paroi thoracique peuvent léser la plèvre, les
poumons, les vaisseaux, le cœur et le diaphragme. Les lésions qui en
résultent sont identiques à celles décrites pour les blessures thoraciques
fermées: pneumothorax, hémothorax, plaie pulmonaire, tamponnade
cardiaque, lésions du cœur et des vaisseaux.
Lorsqu’un corps étranger est resté fiché dans le thorax, par exemple un
couteau, le diagnostic ne pose aucun problème. Le patient se plaint de
douleurs, est court d’haleine, montre des signes de dyspnée et de choc.
Dans le cas d’une “plaie soufflante”, de l’air est aspiré à l’inspiration
entre la paroi thoracique et le poumon. Vous pouvez entendre entrer et
sortir l’air de la cavité thoracique. Il existe alors un pneumothorax qui
peut évoluer vers le pneumothorax suffocant.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.19

FIG. 4.13

“PLAIE SOUFFLANTE”

“Plaie soufflante”:
de l’air est aspiré et expulsé à
chaque mouvement respiratoire.

Le patient se plaint de douleurs et est court d’haleine. Vous voyez une


plaie thoracique. Vous pouvez entendre l’air qui est aspiré par la plaie
pendant l’inspiration. Vous voyez des signes de choc si le cœur est lésé,
si une perte de sang importante existe ou si un pneumothorax suffocant
est constitué.

Chaque plaie perforante du thorax menace la vie.

Comment évaluer la gravité des lésions thoraciques?

Un traumatisme thoracique entraîne souvent des lésions fermées et


l’ambulancier n’a pas la possibilité de déterminer l’étendue exacte des
lésions du patient.
En fait cela n’est pas nécessaire. Si vous êtes capable de reconnaître un
certain nombre de signes, vous aurez suffisamment d’indications pour
poser une série de gestes salvateurs.

Douleur La douleur est la plainte la plus fréquente lors de lésions thoraciques. Un


patient conscient est capable d’indiquer l’endroit qui fait mal. Parfois le
patient tente de maintenir, avec les mains, la fracture de côtes. Deman-
dez au patient de tousser. S’il en est incapable à cause de la douleur, vous
saurez que la cage thoracique a été fortement touchée. Vous devez con-
sidérer la douleur comme un signal d’alarme. Pendant le transport,
observez le patient attentivement. Contrôlez en permanence le pouls et
la respiration.
Si la douleur est située au niveau des 4 côtes supérieures, la possibilité de
lésions des nerfs des bras doit être évoquée et vous devrez vérifier si le
patient est capable de bouger les bras. Si la douleur est basse (8e ou 10e
côte), vous devrez être attentif à la possibilité de lésions du foie ou de la
rate; ces lésions peuvent être à l’origine de saignements internes graves.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.20

Agitation Un patient souffrant de lésions thoraciques graves est agité et anxieux.


Des symptômes typiques de choc, en relation avec le manque d’oxygène
et une perte de sang peuvent apparaître. Faites appel au SMUR.

Problèmes respiratoires Le patient se plaint de dyspnée, de “manque d’air”, d’une “sensation


d’étouffement”. Mesurez la fréquence et le type de respiration; observez
les efforts que le patient doit effectuer lors de la respiration. Recherchez
les mouvements asymétriques de la cage thoracique.
Ces signes indiquent une urgence vitale: faites appel au SMUR.

Volet thoracique A côté des signes de fracture de côtes vous observez un mouvement
paradoxal de la cage thoracique: vers l’intérieur à l’inspiration, vers
l’extérieur lors de l’expiration. Il existe souvent simultanément des signes
de choc. Il s’agit toujours d’une urgence majeure: faites appel au SMUR.

Expectoration de sang L’expectoration de sang (cracher du sang) signe une contusion pulmo-
naire et par conséquent une lésion importante.

Emphysème sous-cutané La peau du cou, et parfois de la tête, est gonflée (comme chez Bibendum)
par de l’air qui s’est échappé de la cage thoracique sous la peau. A cer-
tains endroits on sent l’air sous les doigts comme de la neige qui craque
(crépitation neigeuse). Vous avez alors la certitude que le patient souffre
d’un pneumothorax. Cela est une urgence majeure: faites appel au SMUR.

Choc Les plaies de la cage thoracique provoquent souvent des difficultés respi-
ratoires et/ou une perte de sang. Cela entraîne tôt ou tard un état de
choc. Le patient est pâle, la peau devient bleue et grise, le patient présente
de la transpiration et est anxieux. Prenez le pouls, car l’évolution de sa
force et de sa fréquence sont des indicateurs dans le choc. Il s’agit d’une
urgence médicale majeure: faites appel au SMUR.

Congestion des Chez certains patients en état de choc, le sang retourne difficilement au
vaisseaux du cou cœur (c’est le cas en présence d’un pneumothorax suffocant). Le sang
s’accumule alors dans les vaisseaux du cou, qui se distendent.

Position anormale Lorsqu’un poumon ne fonctionne plus correctement (par exemple en cas
de la pomme d’Adam de pneumothorax), la pomme d’Adam se déplace du côté du poumon
sain. Cela indique de sérieux problèmes de respiration et de circulation.
Il s’agit d’une urgence médicale majeure: faites appel au SMUR.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.21

Plaies par arme blanche Les plaies par arme blanche ou par balle sont faciles à reconnaître lors-
ou par balle que le corps étranger est encore dans la plaie. Lorsque l’objet a été
enlevé ou en l’absence d’information, vous constatez une plaie ouverte.
Celle-ci peut aspirer de l’air à l’inspiration.

Un patient inconscient ou en état de choc ne parlera plus et ne


vous donnera pas d’indication. Vous devrez alors toujours pen-
ser aux plaies thoraciques ou abdominales.

QUE FAIRE EN FACE DE BLESSURES


DE LA CAGE THORACIQUE?

Il faut toujours évaluer la gravité des lésions. En cas de doute, faites


immédiatement appel au SMUR.
Suivez, ensuite, la même procédure que pour tout autre urgence majeu-
re: suivez la procédure de l’ABC et de la réanimation. Dans de nombreux
cas, ce sera pratiquement la seule chose que vous pourrez faire.
Soutenez les fonctions vitales, dégagez les voies respiratoires, assistez la
respiration, et combattez le choc.
Posez une minerve chez tout patient qui est inconscient ou qui se plaint
de douleurs au niveau de la nuque.
Chez les patients victimes d’une lésion de la cage thoracique, et qui res-
pirent encore suffisamment, administrez de l’oxygène à l’aide d’un mas-
que avec réservoir, au débit de 10-15 l/min.
Continuez à surveiller la respiration et la circulation.

Vous devez prendre des mesures particulières en présence de plaies


béantes du thorax, en présence d’un volet thoracique et en présence de
plaies ouvertes avec corps étrangers transfixiants.

En présence de plaies béantes du thorax. Il est certain que la cage


thoracique ne fonctionnera plus correctement en présence de grandes
plaies béantes. Vous devez occlure aussi rapidement que possible cette
plaie ouverte avec un pansement adéquat. Si cela n’est pas directement
possible, vous devez boucher la plaie avec votre main (un gant stérile).

Vous ne devez jamais fermer la plaie hermétiquement, car un


pneumothorax ouvert pourrait se transformer en pneumotho-
rax fermé suffocant.

Le pansement doit être d’au moins 5 cm plus grand que la plaie. En pré-
sence de plusieurs plaies ouvertes (entrée et sortie d’un projectile), tou-
tes les ouvertures doivent être protégées. Veillez à ne pas coller un coin
du pansement qui pourra alors fonctionner comme une soupape unidi-
rectionnelle: la plaie est occluse lorsque le patient inspire, et l’air pourra
s’échapper de la cage thoracique lors de l’expiration. Cette méthode
prévient la formation d’un pneumothorax suffocant. Vous utiliserez de
préférence un set de pansement qui est destiné spécialement à cela et que
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.22

FIG. 4.14

PLAIE THORACIQUE SOUFFLANTE

Légende: En appliquant le pansement occlusif on laisse un des quatre


coins libre. A l’inspiration le pansement sera entièrement occlusif et prévient
l’aspiration de l’air. A l’expiration, l’air s’échappe de la cavité thoracique
par le coin laissé libre.

vous stockez dans votre ambulance. Si la peau du pourtour de la plaie est


souillée par du sang ou du liquide, il est parfois difficile de bien coller le
pansement. Dans ces cas, vous devez maintenir le pansement avec votre
main, sans toutefois comprimer le coin laissé libre.

Continuez à surveiller la respiration et le pouls. Si la situation du patient


s’aggrave après la pose du pansement, cela peut être provoqué par le pan-
sement qui ferme hermétiquement la plaie (p.ex. le coin libre est collé par
du sang). Détachez alors le pansement.

En cas de volet thoracique, tentez de stabiliser la partie de la cage


thoracique qui présente un mouvement paradoxal. Placez, pour cela, un
pansement épais sur le volet, renforcez-le éventuellement par un petit
coussin. Fixez le pansement avec des bandes adhésives. Ne réalisez
jamais un pansement circulaire autour du thorax, ce qui pourrait diminuer
les mouvements respiratoires. Si les bandes adhésives ne collent pas, ou
si vous n’en possédez pas, pressez le pansement et le coussin de vos
mains sur la lésion.
Transportez le patient en position assise. Si le patient ne le supporte
pas, placez-le en position couchée sur le côté du volet thoracique.
Soyez attentif aux signes de choc. Des difficultés respiratoires sévères sur-
viennent fréquemment et doivent être prises en charge correctement.

Dans le cas des plaies perforantes avec corps étranger présent dans
la plaie, vous ne devrez jamais enlever l’objet. Ne tirez donc jamais un
couteau d’une plaie. Stabilisez l’objet aussi bien que possible avec des
pansements épais et des bandes adhésives et transportez le patient en
administrant de l’oxygène et en surveillant les fonctions vitales. Faites
appel au SMUR.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.23

FIG. 4.15

OBJET PERFORANT
DANS LA CAGE THORACIQUE

Ne retirez jamais le corps étranger de la cage thoracique.


Fixez-le à l’aide de pansements stables.

Pour les plaies par arme blanche, la vitesse de prise en charge est vitale.
Le patient doit être transporté aussi rapidement et aussi précaution-
neusement que possible à l’hôpital. Veillez à ce que l’objet ne bouge pas
et ne touche rien pendant le transport. Si l’objet est trop long pour être
transporté, sectionnez-le.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.24

4.4 Les lésions abdominales

La cavité abdominale contient les organes de la digestion, le système uro-


génital et des vaisseaux importants. Certains organes sont très vulnéra-
bles aux grandes décélérations ou aux chocs multiples lors des acci-
dents. En outre, ces organes ne sont pas protégés par le squelette.
Une plainte banale de douleur abdominale après un accident peut être
liée à une lésion du foie ou de la rate; ces lésions peuvent entraîner des
hémorragies internes mortelles.

QUELLES SONT LES BLESSURES


DE L’ABDOMEN QUE VOUS POUVEZ
RENCONTRER?

On distingue, ici aussi, des lésions internes et des plaies ouvertes. Les
lésions internes sont la conséquence d’un accident de la circulation (coup
contre le volant d’une voiture) ou d’une chute (avec une décélération bru-
tale au moment de la réception). N’oubliez jamais que les blessures de la
partie inférieure de la cage thoracique peuvent avoir des répercussions
dans la cavité abdominale.
Il peut exister des contusions simples du foie et de la rate. Les saigne-
ments de la rate, du foie et des vaisseaux sanguins qui alimentent l’esto-
mac sont plus graves.
Certains organes peuvent être entièrement ou partiellement détruits.
Les plaies ouvertes abdominales sont généralement provoquées par des
objets perforants. Ces plaies sont spectaculaires, mais sont moins dan-
gereuses sur le plan vital que les plaies perforantes thoraciques. Une
anse intestinale perforée met moins vite la vie en danger qu’un cœur per-
foré. Néanmoins les hémorragies internes abdominales restent très
sérieuses et dangereuses.

COMMENT ÉVALUER LA SITUATION


DU PATIENT?

Les signes ou les symptômes d’une plaie de la cavité abdominale sont


parfois peu évidents.
Dans les cas de lésions internes vous observerez parfois des hématomes
cutanés à l’endroit où un objet contondant a touché le corps. Il est fré-
quent de ne rien voir.
Dans le cas de plaies ouvertes, vous verrez par contre la plaie et parfois
l’objet perforant encore en place.
Une hémorragie interne peut distendre l’abdomen.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.25

Le patient se plaint de douleurs dans le ventre. Cela doit toujours être


considéré comme un signal d’alarme. Généralement, le patient sera
couché, immobile, les jambes repliées dans une tentative de diminuer la
douleur abdominale.
Les signes du choc, suite à une perte de sang dans l’abdomen, peuvent
être présents: agitation, angoisse, pâleur, transpiration, pouls rapide et
filant, respiration superficielle. Dans certains cas, le patient vomit du
sang.
Attention: un patient inconscient ou en état de choc avancé ne parle plus.
Néanmoins, la possibilité de lésions abdominales doit être présente à
votre esprit.

QUE FAIRE DEVANT DES PLAIES


ABDOMINALES?

Couchez le patient sur le dos.


Traitez le choc, administrez de l’oxygène au masque à réservoir (débit
10-15 l/min.)

FIG. 4.16

PLAIE ABDOMINALE
OUVERTE AVEC DES INTESTINS
HORS DE L’ABDOMEN

1. Les intestins sortent de la cavité 2. Découpez les vêtements, ne


abdominale. touchez pas les intestins.

3. Couvrez les anses intestinales 4. Fixez le pansement.


extériorisées avec un pansement
stérile.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.26

Surveillez et assistez les fonctions vitales (prenez le pouls et observez la


respiration). Assurez un transport médicalisé rapide. Faites, par consé-
quent, appel au SMUR.
Ne permettez jamais au patient de boire ou de manger.
Couvrez les plaies ouvertes avec des pansements stériles.
Si les intestins sortent de la plaie, couvrez-les avec un pansement plasti-
que stérile. Ne touchez jamais les intestins et n’essayez pas de les replacer
dans l’abdomen. Couvrez le tout stérilement avec un pansement hermé-
tique.

N’utilisez jamais de feuille aluminium, car les bords en sont tranchants et


peuvent provoquer des blessures graves aux organes abdominaux.
Si l’objet perforant se trouve encore dans la plaie, il ne faut jamais l’enle-
ver. Fixez l’objet avec des pansements épais. Ne bougez pas les jambes de
la victime. Transportez le blessé dans la position dans laquelle vous
l’avez trouvé à l’aide d’une civière à palettes. Vous diminuerez ainsi le ris-
que de déplacer l’objet fixé dans la plaie.

PLAIES DU SYSTEME UROGÉNITAL

Le système uro-génital est constitué d’une part des reins, de la vessie et


de leurs liaisons, et des organes sexuels masculins ou féminins.
Le choc d’un objet contondant dans la région des reins peut provoquer
une lésion interne. L’artère rénale peut être déchirée lors d’une décélé-
ration brutale; cela peut se produire au cours d’accidents. Des hémorra-
gies importantes à risque vital peuvent survenir. A l’occasion d’une frac-
ture du bassin, la vessie peut être blessée.
Des plaies ouvertes ou des lésions internes peuvent atteindre les organes
génitaux. Les organes sexuels externes sont moins protégés et par consé-
quent plus vulnérables. Chez la femme enceinte, l’utérus et le fœtus
peuvent être gravement atteints. Cela sera expliqué dans le chapitre sur
6
la grossesse.
Tous ces organes sont fortement vascularisés. Lors de blessures, de gran-
des quantités de sang peuvent être perdues.
Il n’est pas possible de définir la nature exacte des lésions sur les lieux de
l’accident. Le patient peut se plaindre de douleurs dans le côté, les lom-
bes ou le bas-ventre. Des signes d’hémorragie interne (et par consé-
quent de choc) peuvent apparaître.
Traitez ces lésions comme des lésions abdominales. Traitez le choc
éventuel en administrant de l’oxygène au masque à réservoir (15 l/min.).
Couvrez les plaies externes et comprimez les hémorragies avec des pan-
sements stériles.
En cas de douleurs dans le dos ou dans la région lombaire, il faut tenir
compte de la possibilité d’une lésion du rachis. Transportez le patient vers
l’hôpital sur un matelas à dépression ou sur une civière à palettes.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.27

4.5 Lésions de la tête et des ver tèbres

Les lésions de la tête et de la colonne vertébrale sont souvent accom-


pagnées de lésions sévères du système nerveux. Les lésions de la tête
avec traumatisme cérébral sont une des causes les plus fréquentes de
décès dans les suites d’un accident. Si le patient survit à l’accident, les
lésions cérébrales entraînent souvent des séquelles permanentes gra-
ves. Dans de nombreux cas, ces dommages peuvent être évités ou limités
en administrant correctement les premiers soins.
Une évaluation correcte de la situation et une intervention adéquate
sont de la plus grande importance. Il est donc indispensable de recon-
naître les signes de ces lésions. Ce chapitre débute par l’étude de ces
signes. Relisez le chapitre 1 sur l’anatomie et le fonctionnement du cer-
1.2
veau, du système nerveux et du squelette.

LESIONS DU CRÂNE ET DU CERVEAU

Dans les lésions de la tête, on distingue les lésions du crâne et du cerveau


d’une part, et les lésions de la face d’autre part. Le traumatisme crânien
s’accompagne souvent de lésions cérébrales. La boîte crânienne protège
le cerveau. Il est évident que si la boîte osseuse a été endommagée, il est
très probable que le cerveau l’ait été aussi. Cela peut survenir à la suite
d’un coup violent par objet perforant comme une balle. Le cerveau peut
être également endommagé par la décélération lors d’un accident, alors
qu’extérieurement rien n’est visible.
Lors d’une fracture du crâne, ce sont surtout les dommages cérébraux qui
sont préoccupants. Le cerveau peut également être endommagé sans
fracture du crâne. Le signe de la lésion cérébrale est une altération de
l’état de conscience. Ce signe est donc le seul auquel un ambulancier doit
toujours être très attentif.
L’ambulancier n’a pas la possibilité d’établir un diagnostic précis. Cela
n’est d’ailleurs possible qu’en milieu hospitalier à l’aide d’appareillages
sophistiqués. Par contre, vous devrez être capable d’identifier les symptô-
mes de ces lésions et d’y adapter votre intervention.

QUELS SONT LES DIFFÉRENTS TYPES


DE LÉSIONS CRÂNIENNES?

Dans le cas des fractures du crâne fermées, rien n’est visible de l’exté-
rieur. La violence du coup (le mécanisme de l’accident) et les autres
lésions visibles (comme un hématome ou des lésions cutanées) peuvent
faire suspecter la présence d’une fracture du crâne. Les fractures du
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.28

crâne graves provoquent parfois des déformations visibles extérieure-


ment; parfois elles sont palpées par hasard au moment de la pose d’une
minerve. Le patient aura au minimum perdu connaissance pendant un
bref laps de temps, mais habituellement sera inconscient.
Lors d’une fracture ouverte du crâne, le choc aura été très violent et
parfois le cerveau est visible. Ce sont des lésions très graves qui sont pra-
tiquement toujours accompagnées de perte de connaissance. Dans le cas
des plaies par balle, on peut reconnaître un orifice d’entrée et un orifice
de sortie du projectile. Dans les fractures de la base du crâne la par-
tie la plus basse du crâne est fracturée. Ces fractures ne sont pas direc-
tement reconnaissables. Des signes de fracture de la base du crâne sont
l’hématome “en lunettes” autour des yeux ou des pertes de sang en
arrière des oreilles. Parfois on observe une perte de sang et de liquide par
les oreilles et le nez. L’état de conscience est généralement atteint.

Quelles lésions cérébrales peut-on rencontrer?

Une commotion cérébrale est provoquée par un coup sur la tête. Le


cerveau est en fait “secoué”, et entre violemment en contact avec la
face interne de la voûte crânienne. Une perte de connaissance brève est
caractéristique de la commotion. Habituellement le patient ne se souvient
pas de ce qui s’est passé. Lors d’une commotion cérébrale sévère cette
amnésie peut s’étendre sur une période plus longue. Le patient ne se sou-
vient généralement pas de l’endroit et du moment de l’accident. Deman-
dez toujours aux témoins si le patient a perdu connaissance.
Une contusion cérébrale est une forme sévère de commotion cérébrale
dans laquelle le cerveau présente des contusions. Le diagnostic de ces
contusions n’est possible qu’en milieu hospitalier. L’état de conscience est
généralement atteint.
Lorsqu’un vaisseau de la face externe du cerveau saigne, nous nous
trouverons devant une hémorragie entre le cerveau et la boîte crânien-
ne, et le sang s’accumulera à cet endroit. Ce volume va comprimer le cer-
veau, perturber son fonctionnement et peut l’endommager définitive-
ment. Au début, les symptômes et les plaintes sont les mêmes que dans
le cas de la commotion cérébrale banale. Par exemple, le patient aura eu
une brève perte de conscience. Mais contrairement à ce qui se passe dans
une commotion cérébrale banale, l’état de conscience va s’altérer à nou-
veau après un intervalle libre de quelques minutes (parfois de quelques
heures).

Les hémorragies peuvent entraîner une accumulation de sang à l’intérieur


du cerveau, et cela peut provoquer d’autres lésions. Les conséquences en
sont alors plus graves que celles d’une hémorragie superficielle, et l’alté-
ration de l’état de conscience sera plus profonde et plus prolongée; cette
inconscience peut même s’installer d’emblée.
La boîte crânienne est une boîte fermée, et chaque lésion du cerveau en-
traîne un œdème des tissus et une accumulation de sang. La pression à
l’intérieur de la boîte crânienne va augmenter, ce qui entraînera une
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.29

FIG. 4.17

LES HEMORRAGIES CEREBRALES

1. Hémorragie extradurale 2. Hémorragie intradurale 3. Hémorragie intracérébrale

compression des vaisseaux sanguins et diminuera l’apport de sang vers


les différentes parties du cerveau.
Toutes ces lésions présentent un risque vital. Le signe cardinal qui per-
met de reconnaître ces lésions est l’altération de l’état de cons-
cience. Vous devez être capable d’évaluer l’évolution de l’état de cons-
cience et l’importance de cette modification de l’état de conscience.
C’est une des compétences de base de l’ambulancier.

Evaluation de l’état de conscience

La première mission de l’ambulancier consiste en l’évaluation de l’état de


conscience. Même si le patient respire et présente un pouls, le système
nerveux (c’est à dire le cerveau et/ou la moelle épinière) peut être atteint
de manière telle que la vie est en danger. Les lésions peuvent être sur-
veillées par une estimation de l’état de conscience sur la base de quatre
observations élémentaires. Cette méthode est résumée sous le terme de
“EPADONO”.
E Eveil = le patient sait ce qui se passe autour de lui, connaît son nom,
le jour de la semaine et peut dire où il se trouve.
Pa Parole = le patient parle et répond lorsqu’on lui adresse la parole.
Do Douleur = le patient ne réagit pas à la parole, mais réagit à un stimulus
douloureux (pincer).
No Non-réactif = le patient ne réagit pas à la douleur.
Il est important d’évaluer l’état de conscience de cette manière et de
décrire l’évolution de l’état de conscience de la même façon. Cette infor-
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.30

mation est capitale pour le médecin. Vous êtes le seul à pouvoir collecter
cette information.
Les lésions cérébrales isolées ne sont pratiquement jamais la cause d’un
état de choc. Un choc peut apparaître lorsque d’autres blessures existent
en plus des lésions crâniennes ou cérébrales. La diminution de l’état de
conscience est le symptôme le plus important lors de lésions crâniennes
et cérébrales.
Les signes de lésions des vertèbres cervicales ou dorsales sont les
suivants: une douleur dans la nuque ou dans le dos, des paralysies des
membres, des paresthésies ou des dysesthésies (des picotements et des
endormissements) dans les doigts ou les orteils. Lorsque de telles plain-
tes sont présentes, il est très probable que des nerfs sont affectés suite à
une lésion de la moelle épinière.
L’examen des pupilles: les pupilles peuvent être rétrécies ou dilatées
symétriquement dans les deux yeux, ou présenter une dimension diffé-
rente à chaque œil. Ce signe est un signal d’alarme. Il peut indiquer une
hémorragie située entre le cerveau et la boîte crânienne, hémorragie qui
doit être soignée chirurgicalement, aussi rapidement que possible.
Le patient conscient, ou qui reprend conscience, peut se plaindre de
maux de tête violents. Cela signe un traumatisme grave.
Le patient peut – même en état de coma – se mettre à vomir. C’est une
complication grave. Gardez les voies respiratoires libres. Utilisez la tech-
nique de la subluxation de la mandibule. Soyez prudent lors de la mise en
place d’une canule oropharyngée. Celle-ci peut entraîner un réflexe de
vomissement brutal.
Observez attentivement les plaies de la tête: coupures, bosses, défor-
mations du crâne, hématome en lunettes autour des yeux, saignements
par le nez ou les oreilles, écoulement de liquide céphalo-rachidien par le
nez ou les oreilles.
Certains signes de traumatisme crânien évoquent une intoxication par
l’alcool ou des drogues. Ne présumez jamais que la drogue ou l’alcool soit
la seule cause de ce que vous observez. Pensez au traumatisme crânien
grave et agissez en conséquence.
Un patient qui, lors d’un accident, perd connaissance puis reprend cons-
cience et perd ensuite à nouveau connaissance, est une urgence majeure.

FIG. 4.18

ANISOCORIE DES PUPILLES

Le diamètre de la pupille gauche est


plus grand que celui de la droite:
l’anisocorie est un signal d’alarme.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.31

Il peut s’agir d’une hémorragie qui doit être opérée rapidement. Il est
d’une importance capitale d’obtenir des renseignements concernant
l’évolution de l’état de conscience, y compris par les témoins, pour la
période qui précède votre arrivée sur les lieux.

L’échelle de coma de Glasgow

Pour mesurer de manière précise l’état de conscience, on dispose de


l’échelle de coma de Glasgow. Cette échelle est utilisée par tous les ser-
vices médicaux dans le monde: elle permet une évaluation objective par
différents observateurs. Le degré de conscience est exprimé par un chif-
fre.
L’EPADONO est une forme simplifiée de l’échelle de coma de Glasgow.
L’échelle de coma de Glasgow évalue successivement les réponses
oculaire, verbale et motrice. On juge la qualité de la réponse et l’intensité
du stimulus nécessaire pour obtenir une réponse. L’évaluation de l’état
d’un patient au moyen de l’échelle de coma de Glasgow n’est pas intui-
tive et nécessite beaucoup de formation et d’entraînement.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.32

TABLEAU 4.1 L’ÉCHELLE DE COMA DE GLASGOW.

OUVERTURE DES YEUX

• spontanée 4
• à la demande 3
• provoquée par un stimulus douloureux 2
• jamais 1

RÉPONSE VERBALE

• correcte et adaptée 5
• confuse, erreur de réponse, désorientée 4
• conversation impossible, mots seuls 3
• mots incompréhensibles, sons 2
• aucune 1

RÉPONSE MOTRICE

• exécution des ordres 6


• action contre le stimulus douloureux 5
• retrait seul au stimulus douloureux 4
• mouvement de flexion des membres 3
• mouvement d’extension des membres 2
• pas de réaction 1

GLASGOW COMA SCALE SCORE TOTAL

L’ OUVERTURE DES YEUX

• Le patient ouvre les yeux, regarde spontanément sans être stimulé.


Si les yeux du patient sont fermés, demandez au patient de les ouvrir.
Si rien ne se passe, répétez votre demande plus fort et regardez si le
patient réagit.
• Si les yeux restent fermés, observez si le patient ouvre les yeux suite à
un stimulus douloureux léger. Pour cela, pincez le muscle trapèze au
niveau de la nuque, le tendon d’Achille au niveau de la cheville ou le
biceps.
• Sans réaction à ces stimuli, notez: “pas d’ouverture des yeux”.

LA PAROLE

• Une conversation correcte signifie que le patient est capable de dire qui
il est, où il se trouve, quel est le jour de la semaine, le mois de l’année.
• La conversation est confuse quand le patient est désorienté. Le patient
est encore capable de former des phrases mais est incapable de répon-
dre aux questions précédentes.
• A un stade plus avancé, la conversation est impossible. Le patient pro-
nonce ou crie des paroles incohérentes. Parfois la parole est seulement
provoquée par les stimuli douloureux (parfois le patient ne prononce que
des termes violents).
• Le patient est incompréhensible et on ne perçoit que des marmonne-
ments et des gémissements.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.33

• Nous n’avons aucune réaction verbale si le patient ne produit aucun son,


même après un stimulus douloureux.

REPONSE MOTRICE

• Le patient qui peut effectuer ce qu’on lui demande (par exemple éten-
dre le bras ou plier le coude) obtient le score le plus élevé. Il est évident
qu’une fracture ou une paralysie du bras ne doit pas influencer l’évalu-
ation de l’état de conscience.
• Si le patient ne réagit pas aux ordres, on utilisera un stimulus doulou-
reux. Appuyez fortement sur l’ongle d’un doigt. Si le patient essaie
d’écarter la main qui provoque la pression, cela signifie que le patient est
capable de localiser l’endroit de la douleur. Ne stimulez jamais de maniè-
re douloureuse un organe blessé.
• Au retrait du bras, observez si le patient plie le coude et retire la main
et l’avant-bras le long du corps.
• Après un stimulus douloureux, les bras et les jambes se tendent, dans
une attitude de marionnette en bois. Les épaules et les bras peuvent être
en rotation vers l’extérieur.

Que faire devant un patient présentant


un traumatisme crânien?

Agissez toujours comme si le patient était atteint d’une fracture


des vertèbres du cou ou du dos. Immobilisez la nuque avec une
minerve. Pour tout patient dont l’état de conscience est altéré,
dans tous les cas où une lésion de la nuque ou du dos paraît pro-
bable, immobilisez la colonne avec une civière à palettes (scoop).
Cette règle est également d’application dans les pertes de con-
naissance brèves.

Suivez la procedure ABC et soutenez les fonctions vitales.

La perte de conscience est une des causes principales d’asphyxie.


Le dégagement des voies respiratoires est une des missions primordiales
de l’ambulancier.
S’il existe une suspicion de lésion des vertèbres cervicales ou dorsales,
dégagez les voies respiratoires par la technique de la subluxation de la
mandibule. N’utilisez pas de canule oropharyngée chez des patients
inconscients qui présentent un réflexe de nausée.
Administrez de l’oxygène. Arrêtez les saignements importants.
Les patients avec lésion crânienne sans atteinte de la nuque ou de la
moelle épinière seront positionnés la tête légèrement surélevée par rapport
au corps. Cela peut être réalisé même en basculant légèrement le scoop.
Il est toujours possible que le patient se mette à vomir brutalement.
Préparez le bassin réniforme, l’aspirateur et les sondes d’aspiration.
Si le patient est conscient, parlez-lui car cela aura un effet apaisant.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.34

BLESSURES DE LA FACE ET DE LA NUQUE

Un choc sur la face (contre le pare-brise d’une voiture, suite à un coup par
un objet contondant) peut fracturer les os de la face. La peau, les yeux, le
nez et les oreilles peuvent être blessés. Ces différentes lésions ne consti-
tuent pas une menace vitale immédiate. Cependant, les voies respiratoi-
res peuvent parfois s’encombrer et les pertes de sang peuvent être impor-
tantes. Pensez toujours à la possibilité d’une lésion de la nuque. Relisez le
1.2
chapitre sur l’anatomie des yeux et des oreilles.

Quels sont les différents types de lésions de la face?

Les os de la face peuvent se fracturer à différents endroits. On reconnaît


une fracture au gonflement de la face, aux hématomes sous-cutanés.
Les fractures ne peuvent être précisées qu’à l’hôpital. Nous allons décri-
re quelques caractéristiques de certaines fractures de la face.
Les fractures du maxillaire supérieur et des orbites entraînent un gon-
flement et une coloration bleue autour des yeux. Généralement, le patient
est incapable de fermer la bouche.
Le déchaussement des dents n’est généralement pas vital, mais peut
entraîner des saignements; des morceaux de dents peuvent se fixer dans
la bouche ou la gorge. Chez les porteurs d’une prothèse dentaire, le den-
tier peut se détacher complètement et bloquer les voies respiratoires.
Dans les fractures du nez, on observe des plaies de l’arête du nez, un sai-
gnement du nez et une déformation de celui-ci.
Les fractures et les luxations de la mâchoire inférieure empêchent la fer-
meture de la bouche et peuvent entraîner des difficultés lorsque vous ten-
tez de dégager les voies respiratoires, chez un patient inconscient, en
employant la technique de subluxation de la mandibule.
Les tissus mous de la face peuvent être également lésés. Les éraflures
et les coupures de la face sont fréquentes. La perte de sang peut être
importante. Des objets coupants ou pointus (verre à bière, crayon, cou-
teau...) peuvent perforer la peau.
Les lésions ouvertes ou fermées du cou peuvent constituer une menace
vitale. Une plaie perforante par couteau, ou une lésion fermée suite à un
coup violent, peuvent toucher le larynx et obstruer les voies respiratoires.
Les plaies ouvertes peuvent atteindre des artères et provoquer une per-
te de sang externe très importante. Un saignement interne important peut
comprimer également les voies respiratoires. Les coupures peuvent
endommager les artères superficielles et de l’air peut être aspiré dans les
vaisseaux. Cet air pourra perturber le fonctionnement de la pompe car-
diaque.
Les lésions oculaires sont souvent le résultat d’un choc sur l’œil ou
d’une perforation par un objet coupant comme des éclats de verre. Des
brûlures thermiques ou chimiques peuvent également toucher les yeux.
Le pavillon de l’oreille peut être contusionné, déchiré ou même
arraché. Cela provoque des hémorragies internes ou des saignements
externes importants.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.35

Les lésions du nez surviennent à la suite de coups violents sur la face.


Le nez peut être déchiré, coupé ou (partiellement) arraché. Ces lésions
s’accompagnent d’une perte de sang importante. Chez un patient incons-
cient, le sang peut s’écouler dans la bouche et le pharynx et obstruer les
voies respiratoires.

Comment évaluer la gravité d’un traumatisme de la face?

Les lésions du cou et de la face peuvent menacer la vie. Observez en pre-


mier lieu s’il existe une lésion du cerveau ou du crâne. Evaluez l’état de
conscience (EPADONO ou CGS) et demandez s’il existe des maux de
tête. Méfiez-vous des vomissements, recherchez d’autres lésions du cou
ou du crâne. Observez le diamètre des pupilles.

Que faire en présence d’une lésion de la face ou du cou?

Exécutez la procédure ABC. Dégagez les voies respiratoires et admi-


nistrez de l’oxygène si nécessaire. S’il existe des difficultés respiratoires,
faites appel au SMUR. Couchez le patient en position latérale de sécurité.
Ne quittez pas le patient afin de pouvoir intervenir immédiatement s’il se
met à vomir.
Couvrez les plaies avec des compresses stériles.
Dans les cas de fracture du maxillaire supérieur, préparez l’aspirateur,
car une hémorragie peut survenir. Celle-ci risque d’obstruer les voies
respiratoires. Les dents avulsées, les couronnes, les dentiers seront enve-
loppés dans une compresse et emportés avec le patient à l’hôpital.
Pour traiter un saignement externe du nez, appliquez des compresses
stériles et un pansement. Si du sang sort des narines, ne posez jamais de
compresses. Ne bloquez pas les narines pour arrêter un saignement.
Si un corps étranger est encore fixé dans la plaie, laissez-le en place
et fixez-le avec des pansements pour le transport. Si vous observez une
perte de liquide céphalo-rachidien, appliquez des compresses et avertis-
sez le médecin; ce signe indique avec certitude une lésion cérébrale.
Transportez toujours les lambeaux de tissus arrachés vers l’hôpital
(amputation du nez ou de l’oreille). Emballez-les dans une compresse sté-
rile.
Protégez les lésions oculaires. Posez une compresse stérile de maniè-
re lâche sur l’œil. N’exercez pas de pression, car cela peut incruster plus
profondément des corps étrangers dans l’œil. Chaque lésion oculaire,
aussi légère soit-elle, doit être traitée par un médecin.
Dans les cas de lésions de l’oreille, posez des compresses stériles puis
placez ensuite un pansement compressif. Soyez attentif aux écoulements
de sang ou de liquide céphalo-rachidien. Dans ces cas précis, ne placez
pas de pansement compressif !
Lors de coupures ou d’hémorragies au niveau du cou, vous appuyez
directement une compresse sur la plaie. Lors d’une hémorragie artériel-
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.36

FIG. 4.19

LES PLAIES DU COU

le, le maintien manuel d’une pression permanente est la seule mesure effi-
cace. En présence d’un saignement important, même veineux, vous
devez poser un pansement compressif. Placez un grand pansement pour
maintenir la compresse en place. Continuez à appuyer ou placez le pan-
sement comme cela vous est démontré dans la figure 4.19.
Laissez le patient en position couchée, afin que les veines n’aspirent pas
l’air.

LÉSIONS DE LA COLONNE VERTÉBRALE

Les lésions de la colonne vertébrale sont très graves. Ce ne sont pas tel-
lement les luxations ou les fractures des vertèbres qui sont graves, mais
surtout les lésions de la moelle épinière qui court dans le canal rachi-
dien. Celle-ci peut être endommagée par ces fractures et ces luxations de
vertèbres. Cela provoque fréquemment des paralysies permanentes.
Quelles sont les causes de lésion vertébrale?
Tout traumatisme important peut endommager la colonne vertébrale: une
plaie par balle au cou ou au tronc, une lésion de décélération lors d’un
accident de roulage. Les vertèbres cervicales et lombaires sont particu-
lièrement vulnérables car elles ne sont pas soutenues par d’autres struc-
tures comme c’est le cas pour la cage thoracique ou le bassin. De plus, ces
vertèbres sont très mobiles.
Un traumatisme de la colonne cervicale ou dorsale peut survenir dans des
circonstances très différentes. Un ambulancier doit y penser dans toutes
les circonstances.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.37

TABLEAU 4.2 LES CAUSES DE LÉSIONS VERTÉBRALES

• accident de roulage, lorsque la tête est ballottée de part et d’autre par de


puissantes forces de décélération.

• chute (surtout sur le siège) qui peut entraîner une fracture par écrasement
(par exemple lors d’un saut par la fenêtre).

• coup par objet contondant, au-dessus des clavicules. Observez les plaies
évocatrices du cou, de la face ou du crâne.

• accident avec des cyclistes, des alpinistes ou des véliplanchistes.

• accident lors d’un plongeon en eau peu profonde. Pensez toujours à cette
possibilité chez un noyé.

• plaies par balle du tronc et du cou.

Comment évaluer la gravité d’un traumatisme


de colonne?

Supposez toujours qu’un patient inconscient est également atteint d’une


lésion de la colonne vertébrale. Essayez de comprendre les circonstances
de l’accident. Demandez au patient et aux témoins comment l’accident
s’est passé.
Soyez surtout attentif aux signes qui indiquent des lésions de la colonne
vertébrale:
• douleurs à la tête, au cou ou au dos
• respiration anormale: lors de certaines lésions de la moelle épinière,
les muscles de la cage thoracique ne peuvent plus fonctionner norma-
lement, la respiration est alors effectuée uniquement par le diaphragme.
On observe une respiration “paradoxale”; elle se manifeste par une
élévation de l’abdomen et une descente du thorax lors de l’inspiration,
et par le mouvement inverse lors de l’expiration. Parfois, on n’observe
que de faibles mouvements au niveau des muscles abdominaux.
• perte des urines, perte de selles
• incapacité du patient de bouger les membres ou faiblesse de ceux-ci,
douleurs ou picotements dans les membres, les doigts ou les orteils.
Ces signes évoquent une lésion de la colonne vertébrale.
• signes de choc grave.
L’absence de ces signes ne permet cependant pas d’exclure une lésion de
la colonne vertébrale.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.38

Que faire devant un traumatisme de la colonne vertébrale?

Débutez toujours par l’ABC de l’aide médicale urgente. Contrôlez et


soutenez les fonctions vitales. Une évaluation de l’état de conscience doit
toujours être réalisée en premier lieu.

Pensez toujours qu’une lésion de la colonne vertébrale est possible. Posez


une minerve et utilisez les techniques adéquates de dégagement des
voies respiratoires (subluxation de la mâchoire).
Si le mécanisme de l’accident permet d’exclure de manière formelle une
lésion vertébrale, vous pouvez ne pas prendre de telles mesures (p. ex. si
un objet lourd est tombé sur un pied et qu’il est clair que c’est la seule
chose qui soit arrivée).

Quelle que soit la localisation de la lésion de la colonne vertébrale, le trai-


tement du patient restera le même. Trois règles de base sont d’applica-
tion:

• déplacez le patient aussi peu que possible


• tournez le patient en le roulant “en bloc”
• ne déplacez le patient qu’en maintenant l’axe longitudinal.

Les techniques de retournement, de levage et de transport des patients


10
seront exposées plus loin de manière détaillée. Posez toujours une miner-
ve rigide chez les patients porteurs d’une lésion de la colonne cervicale
ou dorsale. Un ambulancier doit connaître les divers types de minerves
et savoir les utiliser.

FIG. 4.20

MINERVES

Minerves souples Minerves rigides


Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.39

FIG. 4.21

POSE D’UNE MINERVE

C OMMENT POSER UNE MINERVE ?

Un ambulancier stabilise la tête et la colonne vertébrale en empoignant


fermement la mâchoire et l’occiput du patient.
Après avoir choisi la taille correcte de la minerve, l’autre ambulancier
place la minerve sous la nuque. Fixez la minerve tandis que le cou est
gardé immobile. Le patient porteur d’une minerve doit être surveillé
attentivement et de manière continue, afin de contrôler les modifica-
10
tions de l’état de conscience et la liberté des voies respiratoires.

C OMMENT ENLEVER UN CASQUE DE MOTOCYCLISTE ?

L’enlèvement d’un casque de motocycliste est un cas particulier qui


nécessite une technique précise. Stabilisez la tête, toujours des deux
mains. Maintenez la tête dans l’axe du corps sans exercer de forte trac-
tion sur le cou. Vous devez pratiquement réaliser une minerve avec vos
mains.
FIG. 4.22

ENLÈVEMENT DU CASQUE

Lors de l’enlèvement du casque, il faut toujours, des deux mains,


stabiliser la tête.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.40

4.6 Contusions et plaies

Un ambulancier sera fréquemment confronté à des contusions et des


plaies. Les contusions sont des lésions fermées, dans lesquelles la peau
n’a pas été traversée, comme dans les plaies. Les plaies s’accompagnent
généralement de perte de sang. Les brûlures constituent un cas de plaies
8
particulier et sont traitées dans le chapitre 8.
Les contusions et les plaies sont les manifestations externes et visibles de
lésions qui ont été provoquées par un accident. Ces lésions sont généra-
lement bénignes. Mais vous ne devrez pas oublier qu’elles représentent
seulement la partie visible de l’iceberg. Ces lésions peuvent être les
témoins d’une lésion invisible. C’est pour cette raison qu’il faut toujours
prendre en compte le mécanisme de l’accident, la violence des forces et
la localisation de la contusion ou de la plaie. Plus loin, nous détaillerons
les lésions des organes internes. Dans ce chapitre nous traiterons des con-
tusions et des plaies de manière générale, indépendamment de la locali-
sation de celles-ci.

Nous envisagerons successivement les contusions, les plaies et les lésions


osseuses des membres.

LES CONTUSIONS

Les contusions surviennent suite à l’action d’une force contondante. La


4.1
gravité de l’atteinte des tissus ou des organes dépend de l’énergie ciné-
tique du coup.
La durée d’action de la force contondante est également importante.
Les victimes d’éboulements ne peuvent parfois être dégagées qu’après de
longues heures. Les contusions sont des blessures des muscles, des vais-
seaux ou de la graisse sous-cutanée elles s’accompagnent de suffusions
sanguines. Le sang peut s’accumuler entre la peau et les muscles. Parfois,
un tissu ou un organe interne est détruit, sans signes extérieurs visibles
de la lésion interne.

Un exemple typique de contusion grave est le décollement sous-cutané


de la peau par des rouleaux ou une roue en mouvement. Après un impact
sérieux, il est possible que la peau ou les muscles se nécrosent après quel-
ques heures ou quelques jours sans que l’on ait remarqué initialement la
lésion. Après un certain temps, parfois plusieurs jours, les hémorragies
internes des tissus seront résorbées et leur couleur passera du bleu vers
le jaune.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.41

FIG. 4.23

CONTUSION

Comment évaluer la gravité d’une contusion?

En abordant le patient, évaluez d’abord les fonctions vitales selon la


procédure ABC, et si nécessaire, intervenez pour les soutenir. Si le patient
n’est pas en danger, débutez l’évaluation secondaire. Vous recherchez,
entre autres, les contusions et estimez la probabilité de lésions d’organes
internes. De nombreuses victimes d’accident présentent des contusions.
Généralement, la douleur attirera l’attention sur les contusions. Immé-
diatement après l’accident, vous ne remarquerez pas grand-chose, sauf
une trace de coups ou une légère rougeur. Quelques minutes plus tard,
vous observerez un “bleu” (ecchymose ou hématome) qui s’étendra
progressivement. Après des jours ou des semaines, le gonflement dispa-
raît et la contusion se colore de jaune-vert.

Que faire devant une contusion?

Ce n’est qu’après avoir évalué les fonctions vitales, qu’il vous est permis
de traiter les contusions, au cours de l’évaluation secondaire.
Vous pouvez poser un pansement compressif, immobiliser les mem-
bres douloureux au mouvement, surélever les membres blessés et même
les refroidir si cela est réalisable.
Surélever veut dire: placer la main plus haut que le coude, le pied plus
haut que le genou, le coude plus haut que l’épaule et le genou plus élevé
que la hanche.
Si l’on dispose de glace emballée dans un plastique, on peut la disposer
sur le pansement de la contusion. Enveloppez éventuellement la glace
dans un essuie ou un gant de toilette. Il ne faut jamais appliquer la glace
directement sur la peau, car cela pourrait entraîner des gelures.
Informez le médecin qui prend en charge le patient de la présence de
contusions qui ont été cachées par un pansement.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.42

LES PLAIES

Une plaie ouverte est provoquée par l’action d’un objet tranchant ou
par un mécanisme accidentel de perforation. La connaissance du méca-
nisme lésionnel aide à évaluer la gravité d’une plaie. Les mécanismes
lésionnels perforants typiques sont les suivants: marche ou chute sur un
objet, projection à travers le pare-brise ou contre la carrosserie, accidents
de travail provoqués par des machines coupantes, lésions par armes à feu,
armes blanches...
Trois facteurs de gravité sont à prendre en considération:
(1) la perte de sang par le saignement externe
(2) la lésion interne d’un organe qui s’accompagne parfois de perte de
sang interne
(3) l’infection par souillure de la plaie.

Il existe différentes sortes de plaies:

Les éraflures Les éraflures ou excoriations ( plaies par abrasion), sont très souvent for-
tement souillées.

Les plaies par coupure. Une plaie par coupure résulte de l’action d’un objet coupant comme un
couteau, un éclat de verre ou un rebord métallique. Les lèvres de la

FIG. 4.24

PLAIE PAR ABRASION

FIG. 4.25

PLAIE PAR COUPURE


Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.43

FIG. 4.26

LACÉRATION

plaie sont généralement nettement délimitées. La plaie peut être pro-


fonde, et des muscles, vaisseaux et tendons sectionnés. Au niveau du cou
ou du tronc, des organes essentiels peuvent être lésés. Généralement, les
plaies par coupure sont moins souillées.

Lacérations Une lacération survient lorsque la peau éclate sous l’effet d’un écrase-
ment ou de l’impact d’un objet anguleux non coupant. Une lacération a
souvent un aspect irrégulier. Des lésions profondes peuvent exister et il
est fréquent que la plaie soit fortement souillée en profondeur.

Plaie par perforation (piqûre) Des objets longs pointus ou coupants (comme des barres métalliques, des
clous ou des couteaux) provoquent généralement des plaies avec un ori-
fice relativement réduit par rapport à leur profondeur. Il peut arriver que
tout le corps soit traversé. Des lésions profondes, souillées en profondeur
sont très fréquentes. Parfois l’objet reste planté dans la plaie.

Plaie par balle Les plaies par balle ressemblent à des plaies par perforation. La plaie est
généralement plus profonde. L’énergie de la force d’impact est habituel-
lement plus importante que pour les plaies par perforation. Le projectile
parcourt un itinéraire parfois long à travers le corps et peut toucher de
nombreux organes. Les plaies par balle sont toujours souillées. L’idée que
la chaleur de la balle désinfecte la plaie est erronée.

FIG. 4.26

PLAIE PAR BALLE

Orifice d’entrée Orifice de sortie


Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.44

FIG. 4.27

AMPUTATION

Les arrachements Une partie de la peau, et éventuellement des muscles, sont arrachés du
corps. On observe cela lors de morsures de chien ou d’autres animaux,
lorsqu’une machine agrippe les cheveux et arrache une partie de la peau
du crâne. Ce sont des blessures graves.

Les amputations Lors d’une amputation, une partie du corps est complètement séparée de
celui-ci. Il s’agit généralement d’une partie de membre comme les doigts
ou les orteils. L’amputation peut être provoquée par l’action d’un objet
coupant (effet de guillotine) ou d’un objet contondant (écrasement ou
arrachement). Plus l’objet est mou, plus grand sera l’effet d’écrasement
ou de déchirure. Le moignon saignera par conséquent moins dans ces
cas.

Les plaies par injection Accidentellement de l’huile, de la peinture ou un autre liquide peut être
injecté à l’aide d’un pistolet à haute pression. L’orifice d’entrée est habi-
tuellement à peine visible. Il est parfois tellement petit qu’il ne saigne pas.
La lésion ne ressemble donc pas à une plaie ouverte mais cela en est
néanmoins une. Cela explique pourquoi la victime, les témoins ou les
sauveteurs n’accordent parfois pas suffisamment d’attention à ces lésions.

FIG. 4.28

TRAUMATISME
PAR INJECTION
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.45

La substance injectée doit être enlevée chirurgicalement aussi rapidement


que possible. Sans cela, une amputation du membre devient parfois iné-
vitable.

Comment évaluer la gravité d’une plaie?

Comme d’habitude, nous portons d’abord notre attention aux fonctions


vitales en réalisant l’ABC et en appelant le SMUR si cela est nécessaire.
Evaluez les risques de lésion profonde d’un organe et essayez d’estimer
la perte de sang. Transmettez ces informations au médecin qui prend le
patient en charge.
Si le patient ne se trouve pas dans une situation critique, vous pouvez
rechercher les plaies au cours de l’évaluation secondaire. Enlevez les
habits tachés de sang ou d’où s’écoule du sang. Mettez toujours des
gants. Les taches de sang peuvent être peu visibles sur des vêtements
sales ou sombres.
Si vous êtes seul, donnez la priorité aux plaies du tronc. Ensuite, examinez
les plaies des membres. Donnez la priorité aux plaies qui saignent le plus.

Que faire en présence de plaies?

Débutez toujours par la procédure ABC. Certaines blessures sont graves


et nécessitent un traitement spécifique immédiat (tableau 4.3).

Lorsque vous traitez des plaies, les règles générales suivantes sont d’appli-
cation:
Utilisez toujours des gants: non seulement pour des raisons d’hygiè-
ne, pour ne pas souiller la plaie du patient, mais également pour vous
protéger personnellement de toute contamination.
Ne nettoyez pas en profondeur: n’enlevez que de petits cailloux ou des
débris végétaux situés superficiellement sur la plaie.

TABLEAU 4.3 PLAIES MENACANT LA SURVIE

• plaies du cou: couvrir immédiatement


• plaies avec hémorragie importante: comprimer, pansement compressif
• plaie thoracique soufflante: pansement avec valve unidirectionnelle
• extériorisation des intestins: ne pas les repousser, couvrir avec un
pansement plastique stérile
• fracture ouverte: aligner si possible, pansement stérile pour couvrir, attelle
• corps étranger: laisser en place, stabiliser et fixer
• plaie perforante ou par balle de la tête, du cou ou du thorax: transporter
aussi rapidement que possible à l’hôpital, en concertation avec le SMUR.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.46

Comment panser une plaie?

Les principes généraux des pansements de plaies sont les suivants:


(1) couvrez la plaie de compresses stériles
(2) fixez les compresses avec une bande et, si nécessaire, installez un pan-
sement compressif pour arrêter les hémorragies.

1. C OUVRIR LA PLAIE DE COMPRESSES

Utilisez les compresses stériles dont l’ambulance doit être fournie. Il


existe plusieurs sortes de compresses. Sortez-les de leur emballage en les
prenant par un coin, afin de ne pas souiller la partie qui rentrera en con-
tact avec la plaie.
Choisissez une compresse suffisamment grande. Sinon, utilisez un nom-
bre suffisant de compresses pour couvrir toute l’étendue de la plaie.
Arrêtez le saignement par une pression sur la plaie.
Vous pouvez arrêter un saignement important en appuyant la main
gantée sur la plaie.
N’enlevez pas la compresse qui vient d’être posée. Cela pourrait relancer
ou aggraver le saignement. Si la plaie continue de saigner, posez une nou-
velle compresse sur la première et appliquez un pansement compressif.
Ne mettez jamais de la ouate sur une plaie ouverte.

2. P OSER DES PANSEMENTS

Il existe plusieurs sortes de bandes pour pansements. Les moins chers ne


sont pas élastiques. Les pansements élastiques sont plus pratiques. Il
existe même des pansements adhésifs qui ne doivent donc plus être
fixés secondairement.
Les pansements ne doivent pas être stériles, car ils n’entrent pas en con-
tact direct avec la plaie mais avec les compresses stériles. La technique
de pose d’un pansement diffère selon les parties du corps.

FIG. 4.29
2
1
COMPRESSES ET PANSEMENTS

5
3

1. pansement élastique 4. ciseaux


2. bande 5. liquide de désinfection
3. bande adhésive 6. compresse stérile
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.47

Les principes généraux de la réalisation d’un pansement doivent être


respectés.
Placez le membre dans la position souhaitée.
Placez le pansement avec une tension suffisante pour maintenir la com-
presse, mais cette tension ne doit pas être trop forte pour ne pas
empêcher la circulation.
Veillez à couvrir tous les bords des compresses par le pansement.
Une exception existe: dans le cas du pansement d’une plaie thoracique
soufflante, un coin doit rester libre et faire soupape.
Dans les pansements de bras et de jambes, ne couvrez ni les doigts ni les
orteils. De cette façon, il reste possible de contrôler la couleur de la peau
et la sensibilité et ainsi de vérifier la qualité de la circulation.
Pour contrôler un saignement, il sera parfois nécessaire de mettre un
deuxième pansement (pansement compressif) sur le premier.

Comment poser Utilisez un pansement compressif lorsqu’il est possible de le poser sur une
un pansement compressif ? partie dure du corps (crâne ou membre) ou lorsqu’il est possible de le
mettre sous tension (autour d’un membre). Un pansement compressif sert
à arrêter le saignement des plaies et des contusions. Les fractures ouver-
tes posent un problème, car il est difficile de mettre alors le pansement
sous tension. Dans ces cas, une attelle gonflable peut constituer une
solution.
On réalise un pansement compressif en posant un rouleau de panse-
ment ou un paquet de compresses supplémentaires au-dessus de l’end-
roit sur lequel on veut exercer une compression.
Prenez ensuite une ou plusieurs bandes larges et placez-les en réalisant
plusieurs tours sur le rouleau de pansement ou le paquet de compresses.
Plus la bande est large, plus elle permet de répartir la pression. Serrez le
pansement solidement et de manière continue. Evitez de faire des plis et
évitez de réaliser un garrot autour du membre.
Veillez à ne pas emprisonner la peau.
Après la pose du pansement compressif, surélevez le membre.

Dans le cas d’une plaie de la tête, asseyez le patient tête en arrière. Cette
méthode ne peut être utilisée dans les situations de choc, en présence de
lésions des hanches, des épaules ou en présence de signes de lésions de
la nuque ou du dos.
Si le sang transperce le pansement, placez une bande plus large au-des-
sus. Couvrez complètement le pansement précédent. Ne détachez jamais
le premier pansement, car cela ne peut qu’aggraver l’hémorragie.
Pour terminer, contrôlez la circulation du membre. Si le sang ne passe pas
bien mais que l’hémorragie est grave, laissez le pansement en place et
transmettez ces informations à l’infirmier ou au médecin.

Deux cas particuliers Si un corps étranger est toujours planté dans la plaie, vous devez
toujours le laisser en place. L’enlever pourrait provoquer une grave
hémorragie et des dommages supplémentaires aux tissus et aux organes
lésés. Si l’objet perforant est un accessoire d’une machine (échafaudage,
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.48

FIG. 4.30

TRANSPORT D’UN
MEMBRE AMPUTE

Le sachet intérieur contient le


membre amputé. Le sac extérieur
contient de l’eau avec quelques
glaçons.
Les deux sachets sont fermés à
l’aide d’un lien.

machine-outil), il faudra d’abord l’en séparer (laissez agir les pompiers)


pour libérer la victime.
Transportez le blessé sans heurter ou détacher l’objet. Stabilisez l’objet à
l’aide de grosses compresses et de bandes adhésives. L’objet doit rester
visible. Une personne doit rester en permanence auprès du blessé pour
éviter que l’objet ne soit heurté ou ne s’accroche durant le trajet.

Lors d’une amputation, posez un pansement compressif sur le moi-


gnon, et si cela est possible, surélevez-le. Il faut toujours transporter les
membres amputés ou arrachés jusqu’à l’hôpital. Il est parfois possible de
les réimplanter. Emballez l’amputat dans des compresses stériles sèches.
Refroidissez-le, placez-le à l’abri du soleil. Si vous disposez de glace,
emballez l’amputat dans des compresses, placez-le dans un sachet en
plastique et placez le tout dans un autre sachet en plastique contenant
autant d’eau que de glace. La glace seule gèlerait les morceaux amputés.
L’orifice du sachet intérieur doit rester dans l’orifice du sachet extérieur.
De cette façon, l’eau (qui pourrait être contaminée) ne peut pénétrer
dans le sachet intérieur. Nouez-les ensemble.
Ne perdez jamais de temps à chercher ou à attendre de la glace.
Les grands morceaux de membres sont enveloppés dans un linge propre.
Si de la glace est disponible, posez des sachets de glace enveloppés dans
des linges sur les muscles du moignon amputé. Vous pouvez transporter
sans inquiétude des parties de membres amputés enveloppées dans des
compresses ou un linge. La vitesse est ici plus importante que la
température de refroidissement.
Réchauffez suffisamment l’ambulance pour que le blessé ne se refroidis-
se pas.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.49

4.7 Les lésions du squelette des membres

Les fractures, les luxations et les entorses sont fréquentes lors des chutes
ou des accidents de roulage. Lors des accidents de roulage, les muscles,
les articulations et le squelette sont soumis à des forces considérables.
Il est important de connaître les lésions qui en résultent. Relisez le cha-
1.2
pitre sur l’appareil locomoteur.
Les bras et les jambes fracturés impressionnent; ils peuvent provoquer
des douleurs importantes et de l’angoisse. Cependant, les fractures ne
sont généralement pas, en soi, une menace vitale. Elles indiquent toujours
que le patient a été soumis à des forces importantes.
Des lésions internes dangereuses peuvent exister. Vous devez donc tou-
2.2
jours contrôler d’abord les fonctions vitales.

Les mécanismes des fractures et des luxations

Toute force externe violente qui agit sur le corps peut provoquer des frac-
tures ou des luxations. Il s’agit habituellement de chocs contondants.
Cependant, un projectile ou un objet perforant peut également entraîner
une fracture au niveau d’un membre.
Si l’os est affaibli, une force peu importante est parfois suffisante pour
provoquer une fracture. Chez les personnes âgées qui souffrent d’ostéo-
porose, les fractures arriveront plus facilement. Chez les personnes qui
pratiquent intensivement un sport, des fractures d’effort ou de stress
peuvent survenir (les coureurs de marathon par exemple). L’os peut
souffrir alors d’un affaiblissement qui ressemble à la situation rencontrée
lors des fractures de fatigue des métaux.

Quels sont les différents types de lésions du squelette?

On distingue trois types différents de lésions de l’appareil locomoteur: les


fractures, les luxations et les entorses. Ces lésions peuvent survenir
isolément ou en association. Dans un certain nombre de cas, elles
s’accompagnent de blessures sévères des vaisseaux voisins. La perte de
sang subie ou l’arrêt de la circulation provoqué par la lésion nécessitent
un traitement immédiat.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.50

FIG. 4.31

FRACTURES FERMÉES

Double fracture fermée de Fracture fermée de la jambe


l’avant-bras

FRACTURES

Aucune brèche de la peau n’est observée dans une fracture fermée.


Dans une fracture ouverte, une plaie ouverte se trouve au-dessus du
foyer de fracture. La plaie est généralement provoquée par la violence du
choc direct ou par un morceau de l’os fracturé qui a traversé la peau. La
brèche cutanée peut être minime et prendre l’aspect d’une petite plaie
apparemment banale. Cette plaie peut entraîner des complications, un
choc par perte de sang et/ou de l’infection.

Dans les fractures avec déplacement, le membre fracturé présente une


angulation au niveau de la fracture; parfois le membre est en rotation par
rapport à la position normale. On peut parfois constater un net raccour-
cissement du membre. Ces fractures peuvent être ouvertes ou fermées.
Une “pointe” osseuse peut faire, de manière différée, une brèche dans la
peau et provoquer ainsi une plaie ouverte.

FIG. 4.32

FRACTURES OUVERTES

Double fracture ouverte Fracture ouverte de la jambe.


de l’avant-bras.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.51

FIG. 4.32

LUXATIONS

Luxation de l’épaule Luxation de la hanche


Notez la position basse de l’épaule La jambe tournée vers l’intérieur
gauche. Le patient soutient le bras indique une luxation postérieure de
en le tenant contre le corps. la hanche. La jambe tournée vers
l’extérieur indique une luxation
antérieure de la hanche.

LÉSIONS ARTICULAIRES

On parle de luxation lorsque la “tête” (terminaison cylindrique ou con-


vexe de l’articulation) sort de la “cupule” (extrémité creuse ou concave de
l’articulation). Ceci est toujours accompagné d’une rupture de la capsu-
le articulaire qui entoure l’articulation. Dans de nombreux cas, cela est
accompagné d’une fracture d’une extrémité osseuse. Lors d’une luxation,
les structures avoisinantes, comme les tendons, les muscles, les nerfs et
les vaisseaux sanguins, peuvent être blessés.
L’entorse est une distension ou une déchirure des ligaments articulaires
alors que l’articulation est restée assemblée normalement.

VAISSEAUX SANGUINS

Des vaisseaux sanguins importants sont souvent lésés au niveau des


fractures ouvertes ou des fractures avec déplacement. Ces lésions se
rencontrent également lors de luxations. La déchirure, la distension ou la
compression de vaisseaux sanguins interrompent la circulation sanguine
vers la partie distale du membre. Ce membre est alors menacé de man-
que d’oxygène.

FIG. 4.33

VAISSEAUX ET NERFS
DANS UNE FRACTURE

Les vaisseaux et les nerfs peuvent


être blessés directement par les
extrémités pointues d’os fracturés
ou comprimés par des
épanchements sanguins.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.52

COMMENT ÉVALUER LA GRAVITÉ DES


LÉSIONS DU SQUELETTE?

L’évaluation primaire est orientée, comme toujours, vers les paramè-


tres vitaux. Il faut toujours essayer de comprendre la cause d’un accident.
Une fracture du poignet peut être la conséquence d’une brusque perte de
connaissance (syncope). Une fracture sévère au cours d’un accident de
roulage indique que des forces importantes ont agi, et la probabilité de
lésions internes est donc plus grande. Les lésions internes sont généra-
lement plus graves que les fractures.
Au cours de l’évaluation secondaire il n’est pas possible à l’ambulan-
cier de poser un diagnostic précis. Il est souvent impossible de savoir avec
certitude s’il s’agit d’une fracture. Faire la différence entre une luxation et
une entorse est souvent impossible sur le terrain. En fait, cela n’est pas
nécessaire.
Vous devez surtout savoir comment préparer le patient pour le transport.
Mettez des gants et enlevez avec des ciseaux les vêtements qui recou-
vrent l’endroit d’une lésion probable. N’oubliez pas que des vêtements
sombres ou sales peuvent masquer une perte de sang. Une lésion évi-
dente peut cacher une lésion moins visible.

Fractures La victime ou les témoins vous diront souvent qu’ils ont entendu le cra-
quement de l’os pendant l’accident. Immédiatement, la victime a été
incapable de bouger ou d’utiliser le membre atteint, surtout en raison de
la douleur.
Le saignement est apparent dans le cas des fractures ouvertes et parfois
une extrémité d’os est visible. Dans les fractures fermées avec déplace-
ment, on remarque surtout la position anormale du membre. Il est fré-
quent de voir poindre l’os sous la peau. Les fractures fermées peu dé-
placées ne sont pas très apparentes. Dans ces cas, vous devez surtout
rechercher les signes de contusion, d’abrasions superficielles ou de gon-
flements. Dans certains cas, le patient est encore capable de bouger
légèrement la jambe ou le bras.

Luxation Une luxation est moins évidente qu’une fracture déplacée. A première
vue, le membre ne paraît pas très atteint. Le blocage de l’articulation dans
une position donnée caractérise la luxation. On parle de position forcée.
Parfois l’articulation est fortement déformée. Le patient conscient se
plaindra d’une douleur importante et ne tolérera pas le moindre mouve-
ment de l’articulation. Si l’état de conscience est altéré, le patient sera soit
agité, soit aréactif. Il ne restera plus que la “position forcée” comme
signe de luxation. Il est souvent alors impossible de faire la différence en-
tre une luxation et une fracture à proximité immédiate de l’articulation.

Entorse Lors d’une entorse le patient se plaint de douleurs. Vous verrez habi-
tuellement un gonflement de l’articulation.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.53

Lésion d’un vaisseau sanguin Le saignement peut être apparent, un gonflement apparaît si le saigne-
ment est interne. Si le saignement est important, on peut observer des
signes de choc.
Si la circulation est arrêtée au niveau artériel, on pourra observer la
pâleur du membre, des veines sous-cutanées aplaties, une peau froide et
une absence de pouls.
Appuyez sur la face inférieure des orteils ou du talon pour vérifier si
votre empreinte reste blanche ou déprimée. Dans ces cas, le pouls capil-
laire est arrêté.
Si la circulation veineuse est arrêtée, les mains et les pieds deviendront
plutôt bleu-rouge tandis que les veines sous-cutanées seront distendues.
Le pouls reste perceptible.
Dans ces deux cas, l’ambulancier pourra observer des troubles de la
sensibilité, des picotements, une sensation d’endormissement, de la dou-
leur ou une perte de force. Ces signes sont provoqués par le manque
d’oxygène au niveau des nerfs.

QUE FAIRE EN FACE DE LÉSIONS


DU SQUELETTE?

Terminez l’examen primaire avant de rechercher et soigner les lésions du


squelette.
1. arrêtez les saignements internes ou externes (en donnant la priorité
aux membres inférieurs, car la perte de sang y est la plus importante).
2. améliorez l’apport de sang vers le membre atteint (levez les compres-
sions).
3. diminuez la douleur en immobilisant et préparez le transport.

1. Devant une fracture nettement déplacée d’un os long du bras ou de la


jambe, alignez et stabilisez le membre manuellement.
Placez un pansement sur les plaies ouvertes éventuelles (cas de fracture
ouverte).
Immobilisez les lésions osseuses en posant une attelle.
Surélevez le membre, pour autant qu’il n’y ait pas de signes de lésions des
épaules, de la hanche ou de la colonne vertébrale. Positionnez la main
plus haut que le coude et le coude plus haut que l’épaule. Elevez le pied
plus haut que le genou et le genou plus haut que la hanche.
2. Si vous suspectez une fracture d’un membre qui est en position nor-
male, posez un pansement sur les plaies éventuelles et placez une attel-
le pendant que quelqu’un stabilise le membre. En cas de doute, traitez
comme une fracture.
3. Si vous observez des signes de luxation, ne tentez pas de réduire, mais
soutenez le membre ou placez une attelle dans la position que le membre a
prise et installez le blessé dans une position aussi confortable que possible.
Si vous hésitez entre une fracture et une luxation, traitez toujours
comme une luxation: maintenez la position spontanée. N’essayez
jamais d’aligner la position forcée, car vous pourriez provoquer des frac-
tures et des lésions nerveuses ou vasculaires.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.54

4. Lors d’une entorse, placez l’articulation dans la position la plus


confortable et immobilisez dans cette position.

Si vous remarquez des signes de lésions nerveuses ou vasculaires,


signalez-le au médecin qui prend le patient en charge.

TECHNIQUES À CONNAÎTRE
POUR LES LÉSIONS DU SQUELETTE

Aligner et immobiliser

Aligner signifie que l’on ramène le membre fortement dévié dans une
position normale. On aligne une fracture pour diminuer la pression sur les
tissus mous (par exemple lorsqu’une extrémité de l’os fracturé menace de
perforer la peau), pour améliorer la circulation (en diminuant la pression
sur les vaisseaux), pour permettre le transport du patient et pour
soulager la douleur. Il faut bien préparer la manœuvre. Vous devez pré-
parer tout le matériel de pansement et les attelles. Décidez, avant de com-
mencer, lequel des sauveteurs aligne et stabilise et lequel réalise le pan-
sement et pose l’attelle.
Saisissez le segment de membre déplacé de manière à ce que vous puis-
siez le tenir pendant tout le temps nécessaire sans devoir le lâcher. Le
patient ne doit pas souffrir à l’endroit où vous l’empoignez. Corrigez
lentement la position anormale. Parlez continuellement au patient.
Demandez-lui de prévenir immédiatement s’il souffre. Cela est nécessai-
re au dépistage d’une éventuelle luxation ajoutée.
Exercez une traction douce dans le sens de la longueur, augmentez la
traction au fur et à mesure que vous vous rapprochez de la position nor-
male et de la possibilité de réaliser cette traction dans l’axe du membre.
Lorsque vous avez rétabli la position du membre, maintenez la fracture
stabilisée jusqu’au moment où l’attelle est placée. Maintenez donc la
traction en permanence.

FIG. 4.34

ALIGNER

Tirez sur le membre avec


suffisamment de force pour aligner,
mais jamais avec brusquerie.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.55

Si vous devez soulever le membre pour placer les pansements et l’attel-


le, soutenez toute la région de la fracture. Encouragez le patient à se
relaxer. Expliquez-lui que la contraction des muscles entraîne de la dou-
leur.
La correction doit se réaliser sans difficulté et ne peut pas exiger une for-
ce anormale. L’emploi de la force est inutile et dangereux.
Observez continuellement l’état de la zone de fracture. Veillez à bien sou-
tenir la zone de fracture car cela réduira la force nécessaire.
Une stabilisation correcte par une traction constante réduit les contrac-
tures musculaires et la douleur. Si vous obtenez ce résultat, c’est que vous
agissez correctement.
Alors qu’un ambulancier soutient le membre fracturé et le maintient par
une traction légère, l’autre peut poser l’attelle.

Immobiliser et poser une attelle

Une attelle ou un système d’immobilisation permet de maintenir un


membre fracturé dans une position déterminée pendant le transport. Le
choix d’une attelle ou d’un système d’immobilisation particulier dépend
en premier lieu de la localisation de la fracture. Quelques règles fonda-
mentales sont d’application lors de la pose d’une attelle.
Une attelle est un pansement. Lors de la pose d’une attelle, les doigts et
les orteils doivent rester visibles. Vérifiez si les extrémités des membres
reçoivent suffisamment de sang après la pose de l’attelle. Un pansement
ou une attelle doivent toujours être confortables pour le patient. L’immo-
bilisation d’une fracture comprend toujours celle des articulations voisi-
nes.
Lors de lésions articulaires ou proches des articulations, vous devez
immobiliser complètement les segments qui constituent l’articulation.
Il existe plusieurs types d’attelles.

Les attelles rigides sont en plastique, en aluminium ou construites


dans un matériel rigide. Ces systèmes sont préformés en gouttière pour
pouvoir y poser un membre.

FIG. 4.35

ATTELLES
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.56

Recouvrez toujours l’attelle de ouate ou de linges de protection pour évi-


ter ses points de compression sur certaines parties de la peau (ce qui peut
blesser la peau).
Solidarisez ensuite l’attelle et le membre par un pansement, ou utilisez les
attaches dont certaines d’entre elles sont munies.
Couchez le patient sur une civière et donnez de l’oxygène si cela est
nécessaire.
Les inconvénients des attelles rigides sont leur encombrement et l’impos-
sibilité de les adapter à la taille du patient ou aux positions anormales des
luxations.

Parmi les attelles souples, il existe des attelles en aluminium, des attel-
les gonflables et des attelles à dépression.
Les attelles en aluminium sont recouvertes de mousse. Elles peuvent être
pliées pour les adapter à la forme du corps. Ces attelles existent en dif-
férentes grandeurs qui permettent de les utiliser pour diverses parties du
corps (doigt, jambe, main, ...)
Les attelles gonflables ont des formes adaptées soit aux bras soit aux jam-
bes. Placez l’attelle non gonflée autour du membre. Gonflez-la ensuite suf-
fisamment pour qu’elle soutienne le membre et soit confortable pour le
patient. Ne gonflez pas trop fort l’attelle pour ne pas empêcher la circu-
lation sanguine. Ce type d’attelle présente l’avantage de répartir la pres-
sion de manière égale sur tout le membre. De plus, cette attelle fonctionne
comme un pansement compressif dans le cas des fractures ouvertes.
Les attelles à dépression et le matelas à dépression sont aussi des
systèmes souples que l’on rigidifie. Ces attelles existent à la dimension des
membres et le matelas à dépression peut être considéré comme une
attelle pour tout le corps. Ces attelles peuvent être adaptées à chaque for-
me et à chaque position.

FIG. 4.36

POSE D’UNE ATTELLE


À DÉPRESSION

1. Alignez la fracture. 2. Ne relâchez pas la traction 3. Contrôlez le pouls après


pendant la mise sous vide. l’installation de la dépression.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.57

Le matelas à dépression est surtout employé pour la prise en charge des


patients suspects de lésions de la colonne dorsale, du bassin, ou porteurs
de fractures multiples des jambes. Il est très important de contrôler le
confort du patient lors de l’emploi de ce type de système.
Un durcissement trop prononcé du matelas peut entraîner des lésions
10
cutanées et des troubles circulatoires. Ce matelas est décrit au Chapitre 10.

LES LÉSIONS DU SQUELETTE DU BRAS.

Les lésions du squelette du bras sont provoquées fréquemment par des


chutes. Ces lésions entraînent rarement des pertes de sang importantes.
L’attitude typique que vous rencontrerez est celle d’un patient qui soutient
le bras fracturé du bras sain.
Conseillez au patient d’enlever immédiatement les bagues de la main du
membre fracturé. En effet, les doigts peuvent gonfler et empêcher d’enle-
ver ces bagues par la suite. Si les fonctions vitales ne sont pas atteintes et
qu’il n’existe pas de signes de lésion de la nuque ou du dos, le transport
pourra s’effectuer en position assise, avec l’accord du patient. Méfiez-vous
cependant d’une brutale perte de connaissance.

Fracture ou luxation de la ceinture scapulaire

Il n’est pas possible de distinguer, à première vue, la fracture de la


clavicule, la luxation ou la fracture de l’épaule.
Pensez qu’un choc violent au niveau des épaules (par chute ou par pro-
jectile) peut avoir pour conséquence un traumatisme thoracique ou une

FIG. 4.37

IMMOBILISATION DE L’ÉPAULE:
BRAS EN ÉCHARPE
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.58

lésion de la colonne cervicale. Souvenez-vous également que les organes


abdominaux ou les poumons peuvent provoquer une douleur localisée au
niveau de l’épaule. Demandez si le patient ressent des troubles de sensi-
bilité (picotements et fourmillements) ou s’il perçoit une perte de force.
Cela peut indiquer une lésion neurologique cervicale.
La luxation de l’épaule est reconnaissable à des signes caractéristiques.
Le patient est incapable de laisser pendre complètement contre le corps
le coude, l’avant-bras et le poignet. En position assise, il a tendance à se
pencher en avant pour laisser reposer le bras sur les cuisses. Si l’épaule
est déshabillée, vous observerez le “signe de l’épaulette”.
On immobilise une épaule grâce à une écharpe. S’il existe encore une
possibilité de mouvement non douloureux (comme la fracture de clavi-
cule), cela est suffisant. Si tout mouvement est douloureux ou rendu
impossible (comme c’est le cas dans la luxation de l’épaule ou la fractu-
re haute de l’humérus), immobilisez le bras grâce à une écharpe réalisant
une adduction. Cette technique rend tout mouvement latéral et de rota-
tion du bras impossible.
S’il est impossible de coller le bras complètement au corps, placez un
essuie roulé, une couverture ou un coussin sous le bras pour le soutenir.

Fracture de l’humérus

Après déshabillage du blessé, on observe habituellement une position et


une mobilité anormales du bras. Dans certains cas, suite à des lésions ner-
veuses, le patient est incapable de tendre le poignet (“drop hand”, main
tombante”).
En présence d’une mobilité nettement anormale, alignez le bras et immo-
bilisez-le par une traction longitudinale sur le coude plié. Immobilisez
avec une écharpe et une bande d’adduction. Vous pouvez également
utiliser une attelle, mais elle doit toujours être accompagnée d’une échar-
pe et d’une bande d’adduction pour immobiliser suffisamment l’épaule.
Lors du transport en position couchée, une couverture ou un coussin sont
souvent utiles pour soutenir le bras.

Fracture ou luxation du coude.

Sur le terrain, il est difficile de faire la distinction entre fracture et luxation


du coude. Dans les cas de luxations et de fractures avec déplacement, les
lésions vasculaires et nerveuses sont habituelles.
Si le patient est encore capable de plier le coude aisément, aidez-le grâ-
ce à une écharpe qui maintient le coude à 90°. En présence de déforma-
tions, de douleur importante ou de difficultés de mobilisation, immobili-
sez le coude dans la position dans laquelle il se trouve, immobilisez
l’épaule jusqu’à la main. Soutenez le bras dans une écharpe ou au moyen
d’une couverture roulée si le patient est couché.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.59

Fracture de l’avant-bras ou du poignet

Lors de fractures simultanées du radius et du cubitus chez un adulte, nous


nous trouvons devant une fracture instable de l’avant-bras. Chez les
enfants, il s’agit de fractures en “bois vert”: les deux os de l’avant-bras ne
sont pas fracturés, mais “pliés” de manière anormale.
Chez les enfants, on ne corrige jamais la déformation. Chez les adultes,
il faut tenter d’aligner une fracture nettement déformante. Prenez avec
précaution la main du bras cassé et tirez doucement et de manière con-
tinue; de votre autre main soutenez l’avant-bras et exercez une contre-
traction au niveau du coude. Si le patient est capable de plier le coude,
suivez le mouvement du patient et positionnez à 90°.
Immobilisez avec une attelle montant au-dessus du coude et soutenez à
l’aide d’une écharpe.
Dans toutes les autres lésions de l’avant-bras, immobilisez dans la posi-
tion trouvée. Vous devez toujours simultanément immobiliser le coude.
Une attelle de l’avant-bras suffit pour les lésions du poignet. Soutenez à
l’aide d’une écharpe.

LÉSIONS DU SQUELETTE DES HANCHES


ET DES JAMBES

Les lésions des os des jambes sont plus dangereuses que celles des bras.
La perte de sang interne ou externe est plus importante. Il existe égale-
ment des problèmes circulatoires qui peuvent entraîner, à terme, une
amputation. Ce n’est qu’en cas de perte de sang importante d’une plaie
du bras qu’il vous faut inverser les priorités de traitement.
Toutes les lésions osseuses des jambes peuvent être immobilisées de
manière parfaite grâce à un matelas à dépression. En présence de frac-
tures multiples, cette technique est toujours le maître choix.

Fracture ou luxation du bassin et de la hanche

La fracture du bassin est très particulière. Chez une personne âgée qui
vient de faire une chute, le problème sera essentiellement celui du trans-
port. Chez un individu jeune, victime d’une fracture de bassin ou d’une
luxation de la hanche dans un accident de la circulation, le risque de choc
sera à l’avant-plan.
Si la tête du fémur est déplacée, vous observez un raccourcissement et
une rotation de la jambe vers l’extérieur. Cela se voit surtout chez les
personnes âgées.
Vérifiez toujours – et demandez éventuellement aux témoins – si une syn-
cope n’a pas précédé la chute. Les médicaments habituels du patient peu-
vent donner une information.
Une fracture du bassin avec déplacement est redoutable du fait de l’énor-
me perte de sang qu’elle peut entraîner. Extérieurement, vous ne verrez
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.60

FIG. 4.38

LUXATION DE LA HANCHE

Luxation de la hanche: Exercez une traction longitudinale


lorsque la jambe est tournée vers sur la hanche luxée puis immobilisez
l’intérieur, cela indique une luxa- à l’aide du matelas à dépression.
tion postérieure. Lorsque la jambe
est tournée vers l’extérieur, cela in-
dique une luxation antérieure de la
hanche.

pas grand-chose et cela est très trompeur, surtout chez des patients
inconscients, incapables de signaler la localisation d’une douleur.
Il faut savoir reconnaître les signes d’une luxation de la hanche: si la
tête du fémur est sortie de la cavité cotyloïde vers l’arrière (comme lors
d’un choc contre le tableau de bord) la jambe sera tournée vers l’intérieur,
avec le genou plié. Si la tête est sortie de la cupule avec une rotation vers
l’avant (comme dans un traumatisme en hyperextension), la jambe sera
tournée vers l’extérieur, avec le genou plié.

Vérifiez si la circulation sanguine n’est pas bloquée. Des lésions graves


des artères sont fréquentes dans les cas de luxations de hanche et des
fractures de bassin.
Lors de fractures du bassin, il faut prioritairement soutenir les fonctions
vitales. Mobilisez le patient aussi peu que possible, dans le but de limiter
l’hémorragie interne. Soulevez le patient à l’aide de la civière à palettes
et déposez-le sur le matelas à dépression.
Chez une personne âgée qui vient d’être victime d’une fracture de han-
che, la prise en charge se limite à la préparation du transport et au trans-
port lui-même. Alignez la jambe par une traction longitudinale et tentez
lentement de corriger la rotation. Immobilisez la jambe dans cette posi-
tion lorsque le patient est couché sur le brancard. Placez un appui qui
empêche, pendant le transport, la jambe de basculer vers l’extérieur.
Si vous suspectez une luxation de la hanche, maintenez le genou dans la
position de départ; employez une couverture roulée placée en dessous du
genou.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.61

Fracture du fémur

Une fracture du fémur peut provoquer des hémorragies importantes.


Une fracture des deux fémurs entraîne fréquemment un état de choc. La
cuisse est raccourcie et est déformée vers le haut et vers l’extérieur. Le
genou, la jambe et le pied sont généralement tournés vers l’extérieur.
Une déformation prononcée sera alignée. Réalisez cela très progressive-
ment, car les muscles de la cuisse sont très puissants. Utilisez les deux
mains, en empoignant le genou et le mollet du patient.
On peut immobiliser le patient avec une attelle longue (du milieu du
tronc jusqu’au pied) ou avec le matelas à dépression. Il est également pos-
sible de solidariser les deux jambes, de manière à utiliser la jambe indem-
ne comme attelle pour la jambe blessée (cfr. fig. 4.39).

Lésions du genou

Les fractures et les luxations du genou sont très dangereuses parce


qu’elles interrompent fréquemment la circulation sanguine vers la jambe
et le pied. On observe un gonflement, une déformation et une impoten-
ce empêchant de bouger ou de soulever la jambe; vous pouvez rencon-
trer un blocage en flexion. Parfois, vous observerez une mobilité latéra-
le anormale de la jambe par rapport à l’articulation du genou.
Si le patient est capable d’étendre sans difficulté la jambe ou si le genou
est déjà étendu, utilisez une attelle qui va du milieu de la cuisse jusqu’au
pied. Si le genou est plié, et ne peut être étendu par le patient, soutenez
le genou avec une couverture roulée ou un coussin.
Prenez le pouls au pied et contrôlez la couleur du pied.
Placez l’attelle rigide de la hanche jusqu’en dessous de la cheville.
Fixez l’attelle.
Placez une couverture entre les jambes.
Couchez le patient sur le brancard.
Administrez de l’oxygène et contrôlez les fonctions vitales.

FIG. 4.39

IMMOBILISATION
D’UNE FRACTURE DE LA JAMBE

L’immobilisation doit
comprendre la cuisse.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.62

Fracture de la jambe

Généralement, le patient se plaint de douleurs et est incapable de soule-


ver la jambe. On observe fréquemment une déformation, accompagnée
d’une chute caractéristique du pied vers l’extérieur. Une fracture de jam-
be est souvent une fracture ouverte.
Alignez les déformations. Placez une attelle qui va de la mi-cuisse jus-
qu’au pied. Installez un appui pour le bord externe du pied pour
l’empêcher de retomber vers l’extérieur.

Fracture de la cheville ou du pied

Dans les fractures de la cheville avec déplacement, le pied est habituel-


lement tourné vers l’extérieur et plié par rapport à la cheville. La circu-
lation sanguine est fréquemment perturbée. La malléole interne peut
transpercer la peau ou se projeter hors d’une plaie ouverte. On observe
fréquemment un gonflement et des déformations dans les fractures et les
luxations du pied.
Alignez prudemment une fracture de la cheville. Installez ensuite une
attelle qui part d’au-dessus du genou jusqu’au pied. Installez un appui
pour empêcher le pied de basculer vers l’extérieur. Veillez à protéger la
région des malléoles d’un contact direct avec l’attelle rigide, car il pour-
rait s’ensuivre une escarre.
Les lésions limitées au pied seront immobilisées à partir du genou
jusqu’au pied. Contrôlez la circulation capillaire et la couleur des orteils.
Chapitre 4 L e p a t i e n t t r a u m a t i s é 4.63

RÉSUMÉ DU CHAPITRE 4

L'ambulancier a un rôle très important à jouer durant


"l'heure en or" qui suit un accident.

Comme toujours, vous devez suivre la procédure ABC et


rechercher les lésions à risque vital.

Il s'agit surtout des lésions thoraciques, abdominales, crâ-


niennes et vertébrales.

Ces lésions doivent être décelées et prises en charge durant


la première évaluation du patient.

Au cours de la deuxième évaluation du patient, vous devez


prendre en charge les contusions et les lésions osseuses des
membres.

Devant des lésions à risque vital, vous devez demander


immédiatement l'assistance du SMUR.
1 LE CORPS HUMAIN

2 LES PREMIÈRES MINUTES

3 LES A F F E C T I O N S À R I S Q U E V I TA L

4 LE PAT I E N T T R A U M AT I S É

5 MALADIES E T I N T O X I C AT I O N S

6 GROSSESSE ET ACCOUCHEMENT INOPINÉ

7 L’ E N FA N T EN DÉTRESSE

8 URGENCES P R O V O Q U É E S PA R AG E N T S P H Y S I Q U E S

9 URGENCES P S YC H I AT R I Q U E S

10 LE T R A N S P O R T D U PAT I E N T

11 LES C ATA S T R O P H E S

12 O R G A N I S AT I O N D E L’ A I D E M É D I C A L E U R G E N T E

13 TECHNIQUES

14 SUPPLÉMENTS

15 VOCABULAIRE
5
MALADIES ET
INTOXICATIONS

CONTENU

5.1 Les maladies

5.2 Les intoxications

5.3 Alcool et drogue


Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.2

5.1 Les maladies

Vous intervenez souvent pour une affection qui est apparue brutale-
ment. Il n’est pas toujours d’emblée évident qu’il s’agit d’une maladie. Les
apparences peuvent être celles d’un accident, alors qu’en réalité le patient
est atteint d’une maladie. Une personne inconsciente couchée sur la
route, à côté d’un véhicule, peut avoir été victime d’un accident avec un
traumatisme crânien et perte de conscience. Par contre, il peut s’agir d’un
diabétique qui a perdu connaissance à la suite d’une hypoglycémie. Il n’est
pas exclu qu’une personne impliquée dans un accident se mette à souffrir
subitement d’une maladie. Il est fréquent qu’une personne âgée sorte
indemne de sa voiture après un léger accident de roulage, et soit victime
de problèmes cardiaques à la suite des émotions qu’elle vient de vivre.
Les causes de maladie sont extrêmement diverses: affections congénita-
les, dégénérescence (p. ex. d’articulations ou de vaisseaux sanguins),
cancer, infection par des virus ou des bactéries, exposition à des sub-
stances toxiques, ...
Chez une personne apparemment en bonne santé, une maladie peut se
manifester brutalement (problème cardiaque p. ex.). Mais chez un malade
de longue date, une crise aiguë peut survenir (p. ex. une bronchite chro-
nique), “accident” dans le contexte d’une maladie de longue évolution.
Le nombre de maladies qui peuvent donner lieu à un appel urgent est
extrêmement grand. Il n’appartient pas aux ambulanciers de poser un dia-
gnostic ou de déterminer la nature exacte d’une maladie. Vous devez
cependant être capable d’évaluer la gravité de la situation et de prendre
les mesures appropriées qui peuvent parfois sauver une vie.

Ici aussi, les règles universelles des premiers soins, qui ont été décrites au
2
chapitre 2, restent d’application.
Lors de la première évaluation, suivez les procédures ABC, évaluez les
fonctions vitales, observez les difficultés respiratoires et prenez les me-
sures nécessaires en cas de choc ou de coma.
Au moment de l’évaluation secondaire, vous appréciez la condition génér-
ale du patient. Sur la base de l’information ainsi récoltée, vous devez être
capable de prendre les mesures adéquates pour préparer le patient au
transport.

Les actes que l’ambulancier pose sont en principe toujours les mêmes,
qu’il s’agisse d’un blessé ou d’un malade. Dans ce chapitre, vous décou-
vrirez cependant plus spécifiquement les différents tableaux de maladie,
cela pour vous permettre de reconnaître certaines situations dangereuses
et de les gérer.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.3

1. SENSATION DE PESANTEUR OU
DE DOULEUR DANS LA POITRINE

Une sensation douloureuse dans la poitrine peut avoir des causes diver-
ses. Cependant, en tant qu’ambulancier, vous n’êtes pas obligé de poser
un diagnostic. Vous devez seulement savoir qu’une sensation de cons-
triction douloureuse localisée à la poitrine est très souvent le signe qu’il
se passe quelque chose de grave. Ce signe doit donc toujours être con-
sidéré comme un signal d’alarme.

TABLEAU 5.1: VOICI QUELQUES AFFECTIONS QUI PEUVENT EN-


TRAÎNER UNE SENSATION DE POIDS OU DE DOULEUR THORACIQUE:

• angine de poitrine
• caillot qui bouche une artère pulmonaire (embolie pulmonaire)
• rupture d’un gros vaisseau sanguin
• inflammation du péricarde
• inflammation de la plèvre
• pneumothorax.

Le cœur et les poumons (et donc les fonctions vitales) sont probablement
touchés, peuvent être en danger et un risque vital immédiat peut exister.
Nous envisagerons ici les deux affections les plus fréquentes qui peuvent
entraîner ces plaintes: l’angine de poitrine et l’infarctus.

Angina pectoris (angine de poitrine) signifie littéralement “une sensa-


tion d’étranglement dans la poitrine”. C’est une maladie cardiaque. Le
cœur est un muscle et doit donc recevoir, lui aussi, du sang (et de l’oxy-
gène). Ce débit est amené par les artères coronaires. Si l’artère coronai-
re se rétrécit pour une cause quelconque, le cœur reçoit trop peu d’oxy-
gène. Au cours d’un effort ou lors d’un stress, c’est-à-dire au moment où
le cœur doit pomper plus fort, cette sensation apparaît.

FIG. 5.1.

MALADIES DES CORONAIRES

Cœur aux coronaires normales. Cœur avec coronaire rétrécie et Obstruction complète d’une
zone avec apport de sang réduit: coronaire avec zone infarcie:
angine de poitrine. infarctus du myocarde.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.4

Au cours d’une angine de poitrine, la douleur disparaît généralement


rapidement au repos, suite à la prise des médicaments appropriés. Par ail-
leurs, dans ce cas, aucune partie du cœur n’est nécrosée (morte).

On parle d’infarctus du myocarde lorsque l’apport de sang vers une


partie déterminée du cœur est totalement interrompue par une obstruc-
tion complète d’une artère coronaire. La partie du cœur qui est alimentée
par cette artère va se nécroser. On appelle cela communément “une cri-
se cardiaque”.

Le manque d’oxygène peut altérer gravement le fonctionnement normal


du cœur. Ainsi, une des premières complications peut être la perturbation
des contractions rythmiques des oreillettes et des ventricules. Ces trou-
bles du rythme peuvent être de natures très diverses: le cœur peut battre
trop rapidement ou trop lentement ou se mettre à suivre un rythme tota-
lement irrégulier. La gravité de ces troubles du rythme est également très
variable. L’ambulancier doit savoir qu’une fibrillation ventriculaire est une
complication redoutable et relativement fréquente de l’infarctus du myo-
3.2
carde.
A la suite du mauvais fonctionnement de la pompe cardiaque, l’apport de
sang à l’organisme est réduit, et un choc cardiogénique peut apparaître.
Lorsque la partie gauche du cœur ne pompe plus suffisamment, une
accumulation de sang dans les poumons peut survenir. Du liquide s’accu-
mule dans ceux-ci et un œdème pulmonaire peut apparaître.

Comment évaluer la gravité Ces complications sont à l’origine du décès de 40 à 50 % des personnes
d’une douleur thoracique ? qui souffrent d’une crise cardiaque. La majorité des décès surviennent
avant l’arrivée dans un hôpital. C’est pour cette raison que l’ambulancier
doit demander l’intervention du SMUR lors de toute suspicion d’infarctus
du myocarde. La “bonne mine” d’un patient qui se plaint de douleurs dans
la poitrine ne supprime en rien la nécessité de demander l’intervention du
SMUR. Une fibrillation ventriculaire peut apparaître inopinément, un
œdème aigu du poumon peut apparaître et avoir des conséquences cata-
strophiques endéans les 5 minutes.
Comme nous l’avons signalé plus haut, un grand nombre d’affections peu-
vent provoquer une sensation d’oppression ou de douleur dans la poitri-
ne. L’ambulancier n’a pas pour mission de trouver la cause de ces dou-
leurs thoraciques et il doit surtout penser à l’infarctus, compte tenu du ris-
que important de complications graves dans ce cas. Le texte qui suit doit
vous servir uniquement à reconnaître les patients cardiaques avec des
douleurs thoraciques.
Cette description ne vous apportera aucune certitude d’infarctus du myo-
carde. La règle est que tout patient qui présente des douleurs thoraciques
est suspect d’être atteint d’un infarctus du myocarde, jusqu’à la preuve du
contraire. En d’autres mots, en cas de doute, il faut demander l’interven-
tion du SMUR, comme si le patient était victime d’un infarctus.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.5

L’évaluation faite par l’ambulancier doit prendre en compte trois élé-


ments: le type de patient, son histoire et le type de plainte.
Typiquement, le sujet atteint d’un infarctus est un homme âgé. Ceci ne
signifie cependant pas que des femmes ou des hommes jeunes ne puis-
sent pas faire un infarctus. Mais on peut présumer que la probabilité
d’un infarctus chez un homme de moins de 35 ans et chez une femme de
moins de 40 ans est très faible. Souvent, les patients atteints d’infarctus
sont de grands fumeurs, sont diabétiques, ont une tension élevée ou une
augmentation sérieuse de leur cholestérol.

Le patient lui-même et/ou son entourage peuvent généralement nous


dire, qu’il ou elle “a quelque chose au cœur”. Souvent le patient porte sur
lui des médicaments cardiaques (comprimés à mettre sous la langue,
emplâtres à coller sur la peau...)

Le patient se plaint de douleurs derrière le sternum. Dans la terminolo-


gie médicale, on parle de douleur “rétrosternale”. La douleur irradie par-
fois vers l’épaule et le bras, fréquemment vers le côté gauche. Parfois, elle
irradie vers la mâchoire et le cou.

Dans l’angine de poitrine, la douleur cède, tandis que dans l’infarctus,


la douleur persiste. Sur place, il vous sera cependant impossible de faire
la différence entre les deux. Agissez par conséquent comme s’il s’agissait
toujours d’un infarctus. L’intensité de la douleur peut être fortement
variable. Certaines personnes ne ressentent qu’une pression sur la
poitrine. Chez d’autres, la douleur est intolérable. Le patient se tient
généralement immobile et a peur (sensation de mort imminente). Ce
tableau s’accompagne parfois de transpirations et de pâleur.

Certains ne ressentent pas ou presque pas de douleur, mais se sentent


nauséeux. Les vomissements sont fréquents. Les patients disent souvent
qu’ils souffrent d’un “embarras gastrique” ou d’une indigestion. Il faudra
vraiment les convaincre d’accepter de se rendre à l’hôpital. En tant
qu’ambulancier, vous devez vous attendre à cette opposition et ne pas
vous laisser déconcerter.

Tant l’infarctus décrit ci-dessus que l’angine de poitrine peuvent entraî-


ner des complications majeures. Les signes observés peuvent être ceux
d’un arrêt cardiaque (chapitre 3.2.), de l’œdème aigu du poumon
3.2
(dyspnée, difficultés respiratoires, parfois de la mousse rosée sur les
lèvres parce que du liquide reflue des poumons) et du choc (cfr chapitre
3.2
3.4.).

Que faire devant Prenez toute douleur ou sensation de compression dans la poitrine au
une douleur dans la poitrine? sérieux. Si le patient est conscient, parlez-lui, cela le calmera. Par un com-
portement agité, vous augmenterez le stress, ce qui aura un effet néfaste
sur le cœur. Ne permettez plus aucun effort au patient. Ne lui permettez
donc pas de marcher jusqu’au brancard.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.6

Appelez le SMUR. Si le patient est court d’haleine, administrez-lui de l’oxygène au masque


(10 à 15 l/min.). Dans le cas contraire, administrez l’oxygène avec des
lunettes à oxygène.
Placez le patient dans une position qu’il considère comme confortable.
Chaque patient qui présente des problèmes cardiaques doit être trans-
porté aussi rapidement et aussi sûrement que possible vers l’hôpital le
plus proche. Faites-le calmement. Un trajet rapide avec sirènes hurlantes
ne peut qu’angoisser le patient.
Expliquez au patient qui ne souhaite pas être hospitalisé, que le séjour à
l’hôpital est vraiment nécessaire pour limiter l’étendue des lésions car-
diaques. L’avis du médecin du SMUR aura peut-être plus de poids.

Surveillez le patient attentivement et prévenez l’hôpital. Lors d’un œdè-


me aigu, mettez le patient en position assise et administrez l’oxygène au
masque avec réservoir (10 à 15 l/min.).
Lors d’un arrêt cardiaque, vous débutez une réanimation.
En cas de choc, couchez le patient sur le dos avec les jambes surélevées
et administrez de l’oxygène au masque avec réservoir (10 à 15 l/min.).
Si le patient est transporté en position assise, cela doit être sur le brancard
et non sur la “chaise” d’ambulance. En effet, si la situation s’aggravait,
seule la civière présenterait une possibilité de coucher rapidement le
patient.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.7

2. UNE “ATTAQUE” OU
CONGESTION CÉRÉBRALE

Qu’est-ce qu’une “attaque”? Une attaque survient à la suite d’une affection des vaisseaux sanguins qui
alimentent le cerveau en sang et en oxygène. Dans le vocabulaire médi-
cal, on parle d’AVC, “Accident Vasculaire Cérébral”, autrement dit,
une situation urgente dans le domaine de la vascularisation cérébrale.

Si un vaisseau se bouche ou est obstrué, le tissu en aval ne recevra plus


d’oxygène et va mourir. Le vaisseau sanguin peut être bouché par un cail-
lot (on parle alors de “thrombose”, un “thrombus” est un caillot). Le
vaisseau peut également se déchirer, ce qui entraîne une hémorragie
cérébrale.

Vous êtes incapable de voir ce qui se passe à l’intérieur du cerveau.


Vous constatez cependant qu’une partie du cerveau ne fonctionne plus
normalement.

Comment évaluez-vous Les plaintes du patient et les signes d’un AVC peuvent être très diversi-
un AVC? fiés, ils dépendent de la localisation et de l’importance de l’AVC. Un
patient conscient se plaindra surtout de violents maux de tête. Il peut être
confus. D’autres fois, l’état de conscience est altéré. Evaluez le niveau de
conscience par la méthode EPADONO (cfr ch. 2).

Vous observerez fréquemment une perte de force ou de contrôle des


membres et, en règle générale, uniquement d’un seul côté. Un seul coin
de la bouche affaissé est un signe caractéristique.
Il existe parfois des troubles de la parole. Cependant, le fait que la paro-
le du patient n’est plus fluide ne signifie pas qu’il vous est devenu impos-
sible de le comprendre.
Une inégalité du diamètre des pupilles peut également signer une con-
gestion cérébrale. Il arrive que la respiration soit difficile. Des convulsions
peuvent survenir.

Que faire devant un AVC? Si le patient est conscient, tentez de le calmer. A la suite des troubles de
la parole et des phénomènes de paralysie, ces patients sont généralement
très anxieux.
Administrez de l’oxygène au masque à réservoir (10-15 l/min.). Trans-
portez le patient en position semi-assise.
Demandez l’intervention du SMUR si l’état de conscience du patient est
altéré. Veillez à la perméabilité des voies respiratoires. Contrôlez la respi-
3.1
ration. Administrez de l’oxygène au masque réservoir (10-15 l/min.), et
assistez, si nécessaire, la circulation.
Préparez le bassin réniforme et l’aspirateur au cas où le patient devrait
vomir.
Couchez le patient en position latérale de sécurité et transportez-le dans
cette position.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.8

3. DIFFICULTÉS RESPIRATOIRES

Les problèmes respiratoires peuvent constituer une menace vitale.


Plusieurs maladies peuvent entraîner des problèmes respiratoires: infec-
tions pulmonaires, œdème pulmonaire, intoxications, réactions allergi-
ques, ... En premier lieu, vous devez être capable de reconnaître le pro-
blème respiratoire et capable d’assister le patient.

Comment évaluer Un patient conscient se plaint d’être “à court de souffle”(“dyspnée” en


les difficultés respiratoires? langage médical).
Lorsque les problèmes respiratoires sont graves, le patient peut être
obnubilé, agité, ou même inconscient. La respiration est alors très rapi-
de et superficielle. Ensuite, par épuisement, la respiration se ralentira et
pourra même s’arrêter complètement.

Que faire devant Renseignez-vous auprès du patient ou de son entourage sur les causes
des difficultés respiratoires? possibles de ces difficultés:
• le patient souffre de dyspnée pour la première fois, ou bien cela est-il fré-
quent?
• avez-vous trouvé le patient près d’un incendie, ce qui peut vous faire sus-
pecter une intoxication oxycarbonée (CO)?
• le patient est-il atteint de bronchite chronique (BPCO, cfr infra)?
• quels sont les médicaments utilisés par le patient? Emportez ces médi-
caments à l’hôpital.

Demandez l’assistance du SMUR si les problèmes sont graves (altération


de l’état de conscience).
Tranquillisez le patient, parlez-lui. Veillez à la liberté de ses voies respi-
3.1
ratoires. Pensez à la possibilité d’une obstruction des voies respiratoires
par un corps étranger.

FIG. 5.2
• coloration bleuâtre de la peau
LES SIGNES DE • muscles du cou et du visage tendus
• sensation douloureuse, pesante,
PROBLÈMES RESPIRATOIRES
située dans le thorax
• contraction des muscles
abdominaux
• patient incapable de prononcer
des phrases complètes
• narines battantes (signes de
problèmes respiratoires sérieux)
• lèvres serrées lors de l’expiration
• toux et bruits “aboyants”
• sifflements
• altération de l’état de conscience.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.9

Lors de difficultés importantes, ventilez à l’oxygène au masque et au


ballon.

Administrez de l’oxygène au masque à réservoir (10-15 l/min.). Chez un


patient atteint de bronchite chronique, utilisez des lunettes à oxygène
(1,5 l/min.).
Transportez le patient vers l’hôpital en position assise ou semi-assise.

Quelques affections graves Un patient atteint de BPCO (Broncho-Pneumopathie Chronique


pouvant entraîner des Obstructive) souffre d’une affection respiratoire chronique aspécifique.
problèmes respiratoires. La lumière des petites bronches est rétrécie suite à la présence de pus ou
de mucus (bronchite chronique). Chez certains patients, les alvéoles pul-
monaires sont endommagées (emphysème).
Il s’agit souvent de personnes âgées qui sont ou ont été des fumeurs.
D’autres patients présentent des poumons “empoussiérés” (p. ex. après
des années de travail dans la mine). Ces patients souffrent habituellement
des poumons de manière chronique et prennent des médicaments pour
se soigner. Ils font appel à une aide médicale lors d’une aggravation su-
bite (crise) de leur affection.
Chez les patients atteints de BPCO, l’oxygène sera utilisé avec prudence.
En effet, chez ces malades, l’administration d’oxygène peut déprimer le
réflexe respiratoire, en donnant à l’organisme l’impression qu’il reçoit suf-
fisamment d’oxygène. C’est la raison pour laquelle vous devrez admi-
nistrer l’oxygène à bas débit, au moyen des lunettes à oxygène (1,5 l/min.).
Par contre, si la respiration s’affaiblit ou s’arrête, vous devez toujours ven-
tiler au ballon et masque avec 100 % d’oxygène. Demandez l’intervention
du SMUR, si cela n’est pas déjà fait.

Les patients atteints d’asthme souffrent de dyspnée parce que les mus-
cles des petites bronches se contractent, et qu’ainsi les voies respiratoi-
res sont rétrécies. L’air ne pénètre plus que difficilement dans les alvéo-
les pulmonaires et en est expulsé plus difficilement encore.
Il s’agit souvent de jeunes patients qui, en règle générale, ne souffrent pas
en permanence de dyspnée, mais qui présentent de temps en temps des
“crises d’asthme”. Ces patients savent souvent s’ils sont allergiques, par
exemple aux animaux ou à des plantes, et qu’une crise peut être provo-
quée par l’exposition à ces substances. La respiration est souvent sifflante,
et ces patients présentent des signes de dyspnée identiques à ceux décrits
précédemment. Ces patients veulent rester assis et s’appuient sur leurs
deux bras. Parfois, l’expiration se fait au travers des lèvres serrées.
En présence d’une crise grave, demandez le SMUR.
Administrez de l’oxygène au masque à réservoir (10-15 l/min.). Si vous
êtes dans l’incertitude (s’agit-il d’un patient souffrant de BPCO ou
d’asthme?), vous traiterez le sujet de plus de 50 ans, et (ancien) fumeur,
par administration d’oxygène à bas débit au moyen de lunettes à oxygène
(1,5 l/min.).

L’hyperventilation (“respirer plus que normalement”) se caractérise


par le fait que le patient respire trop vite et trop profondément. Ceci
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.10

entraîne l’expiration de dioxyde de carbone (CO2) en grande quantité et


en fait baisser le taux sanguin de CO2. Cela peut provoquer différents pro-
blèmes. D’ordinaire, le patient commence à hyperventiler à la suite d’une
grande émotion ou par angoisse.
Le patient ressent une sensation de vide dans la tête. Il est angoissé. En
effet, il imagine souvent être victime d’une crise cardiaque (à la suite
d’une sensation d’oppression thoracique). Angoissé, le patient va respirer
encore plus vite. Certains patients éprouvent des picotements au niveau
des doigts, des orteils et autour de la bouche (comme si ces parties du
corps “s’endormaient”.

Une hyperventilation peut également apparaître au cours d’affections


!
graves: problèmes respiratoires ou choc.

Tranquillisez le patient en lui parlant et en lui expliquant ce qui se passe.


Expliquez-lui que ses problèmes ont pour origine une respiration trop ra-
pide et trop profonde.
Il n’est pas très efficace d’obliger le patient à respirer dans un sachet. On
conseille souvent cette méthode dans le but de faire respirer l’air expiré
(donc le CO2 expiré), et d’ainsi augmenter le CO2 sanguin. Cette métho-
de est cependant source d’angoisse (les sachets en plastique sont associés
à l’étouffement).

Il est essentiel de faire la différence entre une hyperventilation d’ori-


gine émotionnelle et une hyperventilation provoquée par une
affection grave, souvent accompagnée d’un risque vital. Le traitement
de ces deux problèmes est toujours fondamentalement différent.
Lorsqu’une affection à risque vital provoque une hyperventilation, vous
devrez toujours administrer de l’oxygène, tandis que lors d’une hyper-
ventilation “émotionnelle”, il vaut mieux ne pas administrer d’oxygène.
Parfois, il est difficile de faire la différence. C’est la raison pour laquelle
nous vous donnons quelques conseils généraux. Les personnes âgées
présentent rarement une hyperventilation “émotionnelle”. La majorité
des patients atteints d’hyperventilation émotionnelle sont jeunes (< de 30
ans) et l’interrogatoire met souvent en évidence un événement chargé
émotionnellement. Si vous doutez de la nature de l’hyperventilation,
vous devrez toujours administrer de l’oxygène. Une hyperventilation
“émotionnelle” ne présente aucun risque vital et l’administration
d’oxygène ne fait courir aucun risque supplémentaire, alors que,
l’affection grave qui est à l’origine d’un crise d’hyperventilation,
nécessite toujours l’apport d’oxygène supplémentaire.

Un œdème aigu du poumon survient lorsque la partie gauche du cœur


ne travaille pas correctement, et que le sang n’est plus pompé de maniè-
re suffisante du poumon vers le corps. Le sang et les liquides s’accumu-
lent alors dans les poumons, ceux-ci “s’inondent” réellement.
L’œdème pulmonaire aigu survient d’habitude chez des personnes âgées
qui souffrent de problèmes cardiaques. Parfois, il survient à la suite d’un
infarctus. Le patient se plaint alors aussi de douleurs dans la poitrine. Le
patient se plaint toujours de dyspnée et en manifeste tous les signes.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.11

Quelquefois, il présente de la mousse rose sur les lèvres.


Faites toujours appel au SMUR. Laissez le patient en position assise,
sauf s’il présente des signes de choc. Administrez de l’oxygène au masque
à réservoir (10-15 l/min.).

Dans de rares cas, un pneumothorax spontané peut survenir. Il arrive


4.3
qu’une petite déchirure se forme, dans la plèvre, en l’absence de trau-
matisme. De cette manière, un pneumothorax suffocant peut s’installer.

De temps à autre, le patient ressent seulement une douleur importante


dans la poitrine au moment de l’installation du pneumothorax. Quel-
quefois, on observe que les deux hémithorax ne se soulèvent pas simul-
tanément. Le patient est court d’haleine. Un pneumothorax suffocant
s’accompagne de signes de choc et de congestion des veines du cou.
Laissez le patient en position assise pendant le transport et administrez
de l’oxygène au masque à réservoir (10-15 l/min.).
En présence d’une dyspnée sévère et de signes de choc, faites toujours
appel au SMUR.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.12

4. LE DIABÈTE

Le diabète est une maladie du système endocrinien. Le pancréas produit


une hormone (insuline) qui assure l’utilisation du sucre sanguin par les
cellules. Si le pancréas produit trop peu d’insuline, la captation du sucre
à partir du sang par les cellules de l’organisme est perturbée, la teneur en
sucre augmente dans le sang et le fonctionnement de l’organisme peut
être déréglé.
Les diabétiques soit prennent des médicaments par la bouche, soit s’injec-
tent de l’insuline pour maintenir le taux de glucose sanguin à un niveau
adéquat.
Si la concentration sanguine du sucre devient trop basse, on parle d’une
“hypoglycémie” (hypo = trop bas, glycémie = teneur sanguine en sucre).
Ceci peut arriver lorsqu’un patient a mangé trop peu de sucre, ou lorsqu’il
s’est injecté trop d’insuline. Il existe un risque pour le cerveau de recevoir
trop peu de sucre pour fonctionner correctement. Contrairement aux
autres organes du corps, les cellules cérébrales utilisent presque exclusi-
vement le sucre comme source d’énergie.
La concentration sanguine de sucre peut aussi être trop élevée (hyper-
glycémie). L’hyperglycémie provoque toute une série de plaintes, mais ne
nécessite que très rarement l’intervention urgente des ambulanciers.
Cependant, dans certains cas graves, un coma peut survenir.

Comment évaluer Au début, le patient se plaint de maux de tête ou de vertiges. Le patient


une hypoglycémie? devient ensuite pâle, transpire et ressent des palpitations. Il peut arriver
que le patient devienne agressif, comme s’il avait trop bu. Il peut
s’évanouir et/ou perdre connaissance. On constate, dans certains cas, une
perte d’urines ou des convulsions.

Devant un patient qui présente un comportement confus, une altéra-


!
tion de l’état de conscience ou des convulsions, vous devrez question-
ner ce patient ou son entourage et rechercher un diabète.

Que faire en cas Demandez toujours si le patient n’est pas atteint de diabète. Si oui,
d’hypoglycémie? demandez si le patient est traité par comprimés ou par injections.
Devant un patient qui présente une altération ou une perte de la cons-
cience, vous devez demander le SMUR. Celui-ci administrera une solution
de sucre par voie veineuse.
Vérifiez – comme pour tout patient inconscient – que les voies respira-
toires sont dégagées. Contrôlez la respiration. Si le patient vomit, utilisez
l’aspirateur.
Les patients diabétiques qui n’ont pas perdu connaissance reconnaissent
habituellement les symptômes d’une hypoglycémie et mangent un mor-
ceau de sucre, prennent une boisson sucrée, ...
Ne donnez jamais rien à boire à un patient dont l’état de conscience est
altéré. Le liquide peut pénétrer dans les poumons et y provoquer une
broncho-pneumonie.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.13

Il arrive que la famille ou l’entourage d’un diabétique administre une


injection intramusculaire. Cette injection contient du glucagon. C’est un
médicament qui augmente la glycémie. N’administrez pas cette injection
vous-même. Votre formation ne vous y a pas préparé. Laissez faire la
famille, sans aucune inquiétude. Elle a été entraînée et cela est très utile.
Votre comportement devant des convulsions va être étudié plus loin.

Que faire lors Si la conscience du patient est altérée, appelez le SMUR, vérifiez la
d’une hyperglycémie? liberté des voies respiratoires et administrez de l’oxygène.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.14

5. LES CONVULSIONS

Les convulsions sont des mouvements saccadés anormaux des bras et


des jambes qui atteignent généralement les deux côtés du corps. Elles
sont la conséquence d’un fonctionnement anormal de certaines parties du
cerveau.
Les convulsions peuvent survenir lors d’une crise d’épilepsie. L’épilepsie
survient chez des patients, qui par ailleurs, sont en parfaite santé. Elle peut
être congénitale ou apparaître après un accident grave avec traumatisme
cérébral. La plupart des épileptiques prennent des médicaments et
mènent, par ailleurs, une vie parfaitement normale.
Chez d’autres patients, les convulsions peuvent également survenir dans
le cadre:
• de fièvre, chez les enfants entre 6 mois et 3 ans (cfr urgences pédiatri-
ques);
• d’intoxications;
• d’hypoglycémie;
• d’accident vasculaire cérébral (AVC);
• de traumatisme cérébral;
• d’abus d’alcool (ou d’un sevrage alcoolique);
• de manque d’oxygène (lors d’une asphyxie par exemple);
• de tumeurs cérébrales;
• d’infections cérébrales.

Comment évaluer la gravité Il est important d’observer attentivement les convulsions. Par la suite, le
d’une crise convulsive? médecin pourra tirer, au départ de vos observations, des conclusions sur
la nature de ces convulsions. Transmettez donc vos observations de
manière précise au médecin.
La forme la plus connue de convulsions est celle d’une crise généralisée
d’épilepsie. Ces crises sont subites. (1) Le patient perd brutalement con-
naissance et tombe. Il pousse parfois un cri. (2) Les muscles se contrac-
tent. Lors de cette phase, le patient peut se mordre la langue ou perdre les
urines. La crise dure habituellement 30 secondes. (3) Ensuite, des mou-
vements très saccadés et non contrôlés se produisent. Cela dure environ
2 à 3 minutes, avec apparition de mousse (parfois sanglante) sur les
lèvres et une coloration bleuâtre de la face (cyanose). (4) Finalement, le
patient se détend et reste inconscient pendant une demi-heure ou plus.
Lors de vos interventions, vous trouverez généralement le patient épi-
leptique dans cette dernière phase, celle de la conscience altérée. Le
récit des témoins et des signes comme une langue qui saigne ou une per-
te d’urines vous feront penser à une crise d’épilepsie.
Une crise convulsive peut n’atteindre qu’une partie du corps (le bras, la
jambe ou la figure). Dans ces cas, il n’y a pas de perte de connaissance.
Cependant, la crise peut s’étendre progressivement à tout le corps.
Une crise d’épilepsie dure seulement quelques minutes. Si cette crise dure
exceptionnellement plus longtemps ou si plusieurs crises se suivent très
rapidement, on parlera de “mal épileptique” (ou “status epilepticus”).
C’est une situation de menace vitale, car la respiration du patient est ent-
ravée par des contractures musculaires continues.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.15

Que faire lors Couchez le patient au sol, si possible en position latérale de sécurité.
d’une crise convulsive? Eloignez du patient tous les objets qui pourraient le blesser.
N’essayez jamais de maintenir les bras et les jambes du patient ou
d’empêcher les mouvements convulsifs. Cela pourrait provoquer des
fractures osseuses et des lésions musculaires.
N’essayez jamais d’introduire quelque chose dans la bouche du patient
pour empêcher la morsure de la langue. Cela ne peut qu’entraîner des bris
de dents et des blessures de la langue.
Dès que la crise est passée, couchez le patient en position latérale de
sécurité pour éviter un encombrement pulmonaire par la salive. Aspirez
si nécessaire.
Contrôlez la respiration et le pouls.
Administrez de l’oxygène au masque à réservoir (10-15 l/min.).
Demandez à l’entourage si l’épilepsie de la victime est connue.
Interrogez l’entourage et recherchez des indices soit d’intoxication par le
CO, soit d’hypoglycémie, soit d’histoire de lésion cérébrale, ... Dans ces
cas, faites toujours appel au SMUR.
Si la crise est toujours continue à votre arrivée, si celle-ci dure plusieurs
minutes, ou lors de la survenue de nouvelles crises, appelez immédiate-
ment le SMUR.
Transportez toujours ces patients à l’hôpital pour examen complémen-
taire.
Soyez attentif aux plaies et lésions provoquées par la crise (ex. des plaies
du cuir chevelu, une luxation de l’épaule, ...).
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.16

6. LES DOULEURS ABDOMINALES AIGUËS

Une douleur abdominale aiguë peut avoir de nombreuses causes: des pier-
res aux reins, une appendicite, une crise vésiculaire, une pancréatite, ... En
tant qu’ambulancier vous ne devrez pas chercher à poser le diagnostic.
Vous devez, cependant, vous préparer à l’apparition d’un choc à l’occa-
sion des douleurs abdominales aiguës suivantes:
• une aorte abdominale qui se déchire;
• une grossesse extra-utérine;
• un traumatisme abdominal ancien avec contusion de la rate qui com-
mence à saigner dans un deuxième temps;
• un ulcère de l’estomac qui se perfore, accompagné de douleurs impor-
tantes.

Le plus important est de transporter rapidement et en sécurité le patient


vers un hôpital.

Que faire devant des douleurs Surveillez l’apparition d’éventuels signes de choc.
abdominales aiguës? S’il survient, traitez-le et prévenez le SMUR.
Prévoyez les vomissements. Lorsque le patient vomit, il faut aspirer les
vomissures. En cas d’altération de l’état de conscience, placez la victime
en position latérale de sécurité.
Ne tentez pas de poser un diagnostic.
Ne donnez rien à manger ou à boire.
Si le patient est conscient, laissez-lui adopter la position qu’il considère
comme la plus confortable. Certains patients diminueront leur douleur en
prenant une position repliée.

7. L’INCONSCIENCE

L’inconscience ou le coma est une situation qui ressemble au sommeil.


L’inconscience survient lorsque le cerveau ne fonctionne plus correcte-
ment. Les causes en sont diverses: lésions du crâne et du cerveau, AVC,
manque d’oxygène par noyade ou étouffement, intoxication par l’alcool,
le CO, des médicaments ou des drogues, hypoglycémie, ...

Comment évaluer Notez le degré d’inconscience à l’aide de l’échelle “EPADONO”, ainsi


l’état d’inconscience? qu’en recherchant les éléments qui vous permettront par la suite de com-
pléter l’échelle de coma de Glasgow.
4.5
Observez l’environnement dans lequel se trouve le patient: un poêle
peut faire penser à une intoxication par le CO, un accident suggérera un
traumatisme crânien. Posez des questions précises à l’entourage et à la
famille (Le patient est-il tombé? Le patient est-il diabétique?)
Contrôlez l’état des pupilles:
• des pupilles dilatées (mydriase) sont un signe de manque d’oxygène ou
d’intoxication par amphétamines ou cocaïne;
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.17

• des pupilles rétrécies (myosis) évoquent une intoxication par drogue


comme l’héroïne;
• des pupilles inégales (anisocorie) font penser à une blessure cérébrale
(hémorragie cérébrale après chute).

Que faire devant Veillez d’abord à votre propre sécurité: ouvrez les portes et les fenêtres si
un état d’inconscience? vous suspectez le CO.
S’il existe une suspicion d’intoxication oxycarbonée, il est primordial
d’évacuer immédiatement le patient hors de l’espace vicié.
En cas d’inconscience, il faut toujours faire appel immédiatement au
SMUR.
Lors d’une perte de conscience, les fonctions vitales sont en péril. Par
conséquent, la première tâche de l’ambulancier sera la mise en œuvre de
la procédure ABC.
Vous devez toujours dégager les voies respiratoires d’une personne
inconsciente.
Basculez la tête vers l’arrière et relevez le menton.
Si nécessaire, ventilez à l’oxygène au ballon avec réservoir (10-15 l/min.).
Ceci est capital lors d’une intoxication par le CO.
Si le patient respire et que le pouls est présent, le transport s’effectuera
idéalement en position latérale de sécurité et sous oxygène. Si les cir-
constances de l’accident suggèrent une lésion de la colonne cervicale ou
de la boîte crânienne, il vous faudra placer une minerve.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.18

8. LA SYNCOPE

Qu’est-ce qu’une syncope et Une syncope est un malaise au cours duquel le patient s’évanouit et
comment évaluer la situation? perd connaissance pendant un bref moment. C’est une forme légère de
coma qui cède spontanément. Il s’agit d’une des causes les plus
fréquentes d’appel d’une ambulance. Ces évanouissements surviennent
cependant dans des circonstances très diverses telles que:
• un apport insuffisant de sang vers le cerveau: à la suite d’un bref fonc-
tionnement inadéquat du cœur, d’un rythme cardiaque irrégulier, lors-
que le patient se lève brusquement, à la suite d’un effort musculaire
important, suite au stress (ou la vue du sang, p. ex.), cela peut ralentir le
cœur et dilater les vaisseaux et donc faire chuter brutalement la tension
artérielle;
• des intoxications, comme l’intoxication oxycarbonée (poêles ou chauffe-
5.2
eau mal réglés;
• à la suite d’un problème psychique, certains patients peuvent s’évanouir.
• suite à la prise d’un médicament: par exemple lors de la prise, en posi-
tion debout, d’un comprimé pour le traitement de l’angine de poitrine;
• un trouble du rythme cardiaque;
• des troubles transitoires de la perfusion cérébrale.

Rassemblez les médicaments qui se trouvent auprès du patient et empor-


tez-les à l’hôpital. Notez la présence d’un chauffe-eau, d’un poêle. Ouvrez
portes et fenêtres et évacuez le patient de la pièce.
Souvent, le patient ne saura absolument pas ce qui s’est passé pendant la
syncope. Il sera donc nécessaire d’interroger l’entourage.

Que faire lors d’une syncope? Contrôlez les fonctions vitales du patient. Vous devez observer si le
patient reprend spontanément connaissance (il s’agit d’une “syncope”),
ou s’il reste inconscient (il s’agit d’un “coma”). Si le patient est en coma,
prenez-le en charge comme précisé plus haut.

Lorsque le patient reprend connaissance, continuez à contrôler les fonc-


tions vitales: la respiration est-elle plus rapide ou plus lente qu’auparavant,
le pouls est-il plus lent ou plus rapide qu’avant, le patient est-il pâle, est-
il en transpiration? Couchez le patient sur le dos. En présence de diffi-
cultés respiratoires ou de douleurs dans la poitrine, placez-le en position
assise.
Relevez légèrement les jambes (posées sur une couverture roulée) afin de
permettre un retour sanguin plus aisé vers le cœur.
Administrez de l’oxygène au masque avec réservoir (10-15 l/min.).
Si le patient vomit ou est nauséeux, mettez-le en position latérale de
sécurité. Tenez prêts l’aspirateur et un bassin réniforme.
Si l’état de conscience est altéré, appelez le SMUR.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.19

Il arrive que les blessures survenues au cours de la chute soient plus gra-
ves que la syncope elle-même. Une chute peut provoquer des lésions de
la nuque ou du crâne. Interrogez le patient sur la présence de douleurs de
la nuque ou crâniennes et placez si nécessaire une minerve.

Tout patient qui a fait une syncope doit être examiné par un médecin.
Emmenez le patient à l’hôpital si aucun médecin n’est sur place.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.20

5.2 Les intoxications

INTRODUCTION

Parmi les patients admis dans les services d’urgence, 5 à 7% des cas sont
des intoxications. Une intoxication est la conséquence de l’action nuisi-
ble d’une substance sur l’organisme. Certaines substances sont dange-
reuses, même en très petite quantité. Le nombre de substances qui peu-
vent être toxiques est extrêmement grand. Il n’est pas nécessaire de les
connaître toutes. Cependant, il faut savoir reconnaître les signes d’un
empoisonnement, et il faut connaître la manière de prendre en charge ces
patients.

COMMENT SURVIENT UNE INTOXICATION?

Une intoxication peut être la conséquence d’une erreur ou d’un manque


d’information. C’est souvent le cas chez les jeunes enfants qui ne con-
naissent pas encore les produits dangereux et explorent avec curiosité
tout ce qui les entoure. De plus, ils prennent tout en bouche. Dans ces cas,
la prévention vaut mieux qu’un traitement: les produits dangereux doivent
être gardés hors de portée des enfants et il est important d’informer la
famille et l’entourage de ces enfants.
Les adultes peuvent également s’intoxiquer accidentellement. L’intoxi-
cation par le CO (monoxyde de carbone) est très fréquente. Le CO est
produit par des cheminées au tirage défectueux, des appareils de chauf-
fage ou des chauffe-eau mal entretenus ou utilisés incorrectement. Dans
ces cas, l’évacuation des gaz de combustion ne peut pas s’effectuer cor-
rectement.
Chez les adultes, une intoxication peut être une tentative de suicide.
Ceci est fréquemment rencontré dans le cadre de l’Aide Médicale Urgen-
te. Des patients qui vivent des difficultés psychologiques s’intoxiquent
parfois pour attirer l’attention sur leur situation, mais, dans certains cas,
le but manifeste est le suicide. Vous vous trouvez, alors, non seulement
devant une urgence médicale, mais également devant une urgence psy-
chiatrique. Exceptionnellement, il s’agit de meurtre ou de tentative de
meurtre.
La plupart des intoxications ne concernent qu’une seule victime. A l’occa-
sion d’une intoxication alimentaire, d’émanations de gaz, plusieurs victi-
mes peuvent être atteintes. Dans ces cas, vous agirez selon les règles de
11
la médecine de catastrophe.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.21

Une substance toxique peut se présenter tant sous forme liquide, que soli-
de ou gazeuse. Certains champignons sont particulièrement vénéneux.
Les serpents venimeux provoquent des intoxications par morsure. De la
nourriture contaminée peut provoquer des intoxications par ingestion.
Des gaz tels que le CO sont toxiques par inhalation.
Le toxique peut pénétrer dans l’organisme par quatre voies: par la bou-
che, par les poumons, par la peau et par injection. Le traitement que vous
allez débuter sera fonction de la voie de pénétration du toxique.

La voie orale

L’intoxication par voie orale survient généralement lors de l’utilisation de


médicaments, de produits ménagers, de produits industriels, ou d’in-
gestion d’alimentation avariée, de plantes et de champignons, de produits
agricoles ou de produits pétroliers.
Rassemblez rapidement le plus d’informations possible. Si les fonctions
vitales sont menacées, cette recherche doit se faire pendant la première
évaluation. Interrogez les témoins.

Comment évaluer la situation Rassemblez les emballages de médicaments, les bouteilles et les bidons
lors d’une intoxication qui peuvent avoir contenu des substances. Quels sont les indices sur les
par voie orale? lieux qui évoquent une intoxication (le patient était-il en train de vapori-
ser une substance chimique?, le patient a-t-il vomi?...)?

Les signes d’intoxication sont extrêmement divers:


• diminution de la conscience;
• troubles respiratoires (respiration trop lente, superficielle, paralysie);
• pouls anormal (trop rapide, trop lent, trop faible, ...);
• signes de choc;
• pupilles rétrécies en tête d’épingle, ou pupilles dilatées;
• transpiration importante;
• douleurs abdominales;
• vomissements, diarrhée;
• convulsions;
• brûlures au niveau de la bouche;
• irritations au niveau de la bouche, douleurs à la déglutitions, (provoquées
par ces irritations), écoulement de salive par la bouche;
• odeur d’alcool ou de produits pétroliers dans l’haleine du patient.

Que faire devant une En présence d’une inconscience, d’une détresse vitale ou d’un état de
intoxication par voie orale? choc, demandez immédiatement le SMUR. Dégagez les voies respiratoires.
Ne ventilez jamais, dans ces cas, par la méthode du bouche-à-bouche,
vous pourriez vous intoxiquer. Administrez de l’oxygène au moyen d’un
masque de protection avec valve ou d’un ballon avec masque.
Commencez la RCP si un arrêt cardiaque survient. Traitez le choc.
Si le patient est inconscient et respire correctement, placez-le en position
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.22

latérale de sécurité. Vous éviterez ainsi l’envahissement des poumons par


des vomissements.
Un patient conscient se transporte en position semi-assise. Prévoyez les
vomissements du patient.
Ne donnez rien à boire; pas de lait, comme des personnes peu compé-
tentes pourraient le conseiller. Celui-ci peut provoquer des vomisse-
ments!
Dans certains cas, la famille ou l’entourage a déjà contacté le Centre Anti-
poison, et applique les directives qui lui ont été transmises (p. ex. faire boi-
re de l’alcool lors d’une intoxication par le méthanol qui est l’alcool à brû-
ler...). Laissez faire et suivez les conseils du Centre Antipoison.
Préparez un bassin réniforme et un aspirateur.
Recueillez les éventuels vomissements dans un bassin réniforme et don-
nez-en un échantillon au service des urgences. Ces prélèvements sont
irremplaçables et permettent un examen de laboratoire.
Calmez le patient et transportez-le tranquillement. Cela permet de pré-
venir des vomissements. Les vomissements s’accompagnent toujours
de risques, surtout dans le cas d’intoxication par des produits volatils ou
corrosifs. Lors du vomissement, les produits caustiques passent une nou-
velle fois par l’œsophage et la bouche et provoquent de nouvelles lésions.
A l’occasion des vomissements, les substances volatiles peuvent pénétrer
facilement dans les poumons et provoquer, de cette manière, des bron-
cho-pneumonies.
Emportez avec vous à l’hôpital tous les récipients et emballages ainsi que
les restes de plantes, de nourriture et de champignons suspects. La cau-
se de l’intoxication pourra ainsi être plus aisément déterminée.

La voie respiratoire: l’inhalation

L’intoxication par inhalation est provoquée par des gaz, des vapeurs ou la
vaporisation de substances utilisées dans le ménage ou dans l’industrie.
L’intoxication par gaz la plus fréquente est l’intoxication par monoxyde de
carbone (CO). Les autres toxiques fréquents sont l’ammoniaque (dans les
systèmes réfrigérants), le chlore (dans les piscines et l’industrie), l’hydro-
gène sulfuré (dans les fosses à purin et l’industrie), le dioxyde de carbo-
ne (CO2, dans l’industrie), les insecticides (par vaporisation), et les sol-
vants volatils.
Les gaz qui ont intoxiqué la victime peuvent intoxiquer également l’ambu-
lancier. Il sera donc parfois nécessaire de faire évacuer le patient hors de
la zone de danger par un sauveteur équipé d’un masque à gaz ou d’un
appareil respiratoire isolant.
Le monoxyde de carbone (CO) est un gaz extrêmement toxique. De
plus, il est très dangereux parce qu’il est inodore et incolore. Il est plus
léger que l’air.
Le CO se forme au cours d’une combustion incomplète, en d’autres termes,
il se forme dans une flamme alimentée par trop peu d’oxygène. Les sour-
ces de CO sont les poêles à charbon et à gaz, les boilers, les incendies, les
fours à coke, et l’échappement des moteurs à combustion.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.23

Le CO est toxique parce qu’il empêche les globules rouges de fixer l’oxy-
gène. De cette façon, la quantité d’oxygène transportée à travers l’orga-
nisme devient insuffisante. Le CO provoque de cette manière, indirecte-
ment, un manque d’oxygène.

Comment rechercher Recherchez les sources de CO: un moteur qui tourne dans un garage
une intoxication par le CO? fermé ou un chauffe-eau au gaz dans une salle de bains.
Recherchez les plaintes et les signes d’une intoxication par le CO: vomis-
sements, céphalées, vertiges, troubles de la respiration (respiration rapi-
de), palpitations (pouls rapide), altération de l’état de conscience ou per-
te de connaissance, teint gris. La couleur rouge cerise parfois décrite
dans les manuels est rare et est un signe très tardif de l’intoxication par
le CO; cette couleur apparaît fréquemment lorsque le patient est déjà
décédé.

Que faire devant


une intoxication au CO?
CO = danger pour la propre sécurité de l’ambulancier
!
= administrez un maximum d’oxygène au patient

Ouvrez immédiatement les portes et les fenêtres de la pièce où se trou-


ve le patient. Amenez le patient à l’extérieur. Si le patient est inconscient,
demandez immédiatement l’intervention du SMUR.
Couchez le patient en décubitus dorsal, dégagez les voies respiratoires et
assistez la respiration si nécessaire. Si le patient respire spontanément,
placez-le en position latérale de sécurité. Préparez un aspirateur avec une
sonde pour le cas où le patient commencerait à vomir.
Administrez de l’oxygène au masque avec réservoir (10-15 l/min).
D’autres gaz toxiques ont des actions différentes. Certains agissent sur les
poumons et les voies respiratoires, d’autres perturbent le système ner-
veux. Lors de votre arrivée dans des industries, le service de sécurité vous
informera probablement sur la nature des gaz impliqués et les mesures à
prendre. Il existe des codes internationaux pour l’utilisation et le transport
des matières dangereuses. Vous les trouverez dans un chapitre ultérieur
13.4
(ch. 13).

Comment reconnaître une On peut remarquer facilement la présence de certains gaz. Le chlore en-
intoxication par des gaz? traîne des picotements caractéristiques des voies respiratoires, des yeux ...,
l’hydrogène sulfuré a une odeur d’œuf pourri, l’ammoniac a une forte
odeur caractéristique. Recherchez les symptômes suivants: dyspnée, par-
fois arrêt respiratoire, toux (parfois crachats avec du sang et une grande
quantité de sécrétions), vertiges, altération de l’état de la conscience
voire perte de connaissance, pouls ralenti ou accéléré, irritation des yeux
(sensation de sable dans les yeux), sensation de brûlure dans la bouche,
le nez et la poitrine, brûlure ou chatouillement au niveau de la peau,
céphalées et vomissements, couleur grise de la peau.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.24

Que faire lors d’une Dans de nombreux cas, un pompier avec vêtements de protection et un
intoxication par des gaz? appareillage spécial évacuera le patient de la zone de danger. Portez
également, si cela est possible, des vêtements de protection. N’essayez
jamais de dégager vous-même des victimes, si vous n’avez pas suivi une
formation spéciale à cet effet.
Prévenez le SMUR si des patients sont inconscients ou atteints de diffi-
cultés respiratoires.
Dégagez les voies respiratoires, contrôlez et soutenez si nécessaire la
respiration et la circulation.

Administrez un maximum d’oxygène au masque avec réservoir


(10-15 l/min.). Couchez le patient inconscient qui respire spontanément
en position latérale de sécurité. Laissez le patient conscient et dyspnéique
en position assise ou semi-assise.
Enlevez les vêtements imprégnés de matières volatiles toxiques. Portez
vous-même des vêtements de protection et des gants si cela est néces-
saire.
Récoltez toute l’information possible sur la nature du gaz toxique pour la
transmettre au centre 100 et au SMUR. Ventilez la cellule sanitaire de
l’ambulance.
Demandez si d’autres personnes présentent les mêmes symptômes. Pre-
nez ces personnes en charge ou conseillez-leur de se faire examiner et
traiter.
Demandez si cela est nécessaire le nettoyage et la décontamination de
l’ambulance après le transport.

La voie cutanée

Dans certains cas, la peau est lésée par des acides ou des bases fortes car
leur action caustique détruit la peau. Certaines substances toxiques peu-
vent pénétrer dans l’organisme au travers d’une peau saine, sans bles-
sures. Certains insecticides (parathion ou E 605) peuvent être absorbés à
travers la peau et provoquer des signes généraux d’intoxication. Dans de
rares cas, ces intoxications peuvent survenir sans lésions cutanées appa-
rentes. Le traitement des lésions cutanées par produits chimiques sera
8
traité dans le chapitre sur les brûlures.

Les injections

Les conséquences d’une injection de drogue seront envisagées dans la


partie suivante de ce chapitre. Les intoxications par injection les plus fré-
quentes sont les morsures et les piqûres d’insectes et de reptiles. Les ser-
pents venimeux et les scorpions sont peu fréquents dans nos régions et
vous rencontrerez rarement des victimes de ces piqûres ou morsures. Les
réactions anaphylactiques sur piqûres d’insectes ont été discutées lors du
3.3
traitement du choc.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.25

5.3 Alcool et drogues

Les ambulanciers sont souvent confrontés à des patients qui présentent


des problèmes aigus d’intoxication suite à l’abus d’alcool ou de drogues.
Vous devez être capable de reconnaître ces patients et d’agir dans ces
situations.

ALCOOL

L’alcool est une drogue qui influence le fonctionnement du cerveau. Bien


que l’alcool soit socialement accepté, cela ne change rien au fait qu’il
s’agit d’une drogue.
L’urgence pour laquelle vous avez été appelé peut être la conséquence de
l’action directe de l’alcool sur l’organisme du buveur, ou un effet indirect
de l’abus de boisson (bagarres et accidents de la route).
Les effets de l’alcool sur l’organisme peuvent être aigus (ivresse) ou
chroniques (atteinte du foie suite à un alcoolisme chronique qui peut
occasionner des vomissements de sang).
Il arrive que les intoxications alcooliques ne soient pas prises au sérieux,
car une personne ivre peut être risible. Cependant, ce sont souvent des
cas difficiles pour l’ambulancier, car le patient est insoumis, querelleur et
met la patience des ambulanciers à rude épreuve. Les mêmes patients
peuvent être pris en charge à plusieurs reprises par les ambulanciers. Sou-
vent, ces patients sont dans un état d’hygiène déplorable. En tant
qu’ambulancier, on vous objectera souvent que les moyens de l’Aide
Médicale Urgente pourraient être utilisés plus utilement pour d’autres
patients.
Il est impérieux de traiter une personne intoxiquée à l’alcool avec le
même professionnalisme que tout autre patient. Une intoxication alcoolique
aiguë ou chronique est un problème médical qui mérite autant d’atten-
tion qu’une jambe cassée.
N’oubliez cependant pas que votre propre sécurité passe avant tout.
Si vous vous sentez menacé par l’agressivité du patient, n’hésitez pas à
9
appeler la police en renfort.

Comment évaluer La première question, et la plus importante, est toujours: l’intoxication par
l’intoxication alcoolique? l’alcool est-elle le seul problème? Ne vous laissez pas obnubiler par l’idée
que toutes les plaintes et tous les symptômes proviennent de la boisson.
Regardez bien autour de vous et interrogez les témoins. D’autres affec-
tions ont parfois l’aspect d’intoxications alcooliques:
• Le patient est-il diabétique? Une hypoglycémie peut donner un tableau
5.1
de patient ivre.
• Des signes de traumatisme crânien sont-ils présents? Une hémorragie
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.26

cérébrale peut provoquer une confusion et une diminution de l’état de


conscience.
• Le patient est-il atteint d’épilepsie?
5.1

Comment reconnaître une L’haleine du patient présente une odeur d’alcool. En soi, ce signe n’est pas
intoxication alcoolique aiguë? suffisant. Après un seul verre, l’haleine d’une personne peut sentir l’alcool.
Par contre, certaines boissons fortes ne donnent pas une haleine forte-
ment alcoolisée.

Le patient parle avec difficulté, pense de manière embrouillée, s’exprime


au moyen de phrases et de mots décousus.
La face est souvent rouge et en transpiration.
Des vomissements peuvent être présents.
La marche est ébrieuse et les réactions sont ralenties.
La confusion peut aller jusqu’à une diminution de la conscience ou
l’inconscience profonde; à ce stade la respiration peut être déprimée. Par-
fois, le patient est victime d’hallucinations (entendre et voir des choses
qui, en réalité, ne sont pas présentes).

Comment reconnaître L’organisme de la personne dépendante de l’alcool s’adapte à la prise


un sevrage alcoolique? constante de cette substance étrangère. Au moment de l’arrêt d’apport
d’alcool, l’organisme n’est plus en équilibre. Cela explique l’apparition de
plusieurs phénomènes aigus lors de l’arrêt ou de la diminution de la pri-
se d’alcool. Ceci survient par exemple à l’occasion d’une maladie. Nous
observons alors des signes typiques de “sevrage alcoolique”:
• confusion et agitation;
• comportement bizarre;
• hallucinations (voir, entendre et sentir des choses qui, en réalité, sont
absentes);
• tremblement marqué surtout des doigts et des mains;
• transpiration et peau chaude.
Des convulsions surviennent chez de nombreux patients et évoquent
une épilepsie.
Lors d’un épuisement profond, des signes de choc peuvent apparaître.
En présence d’une diminution de l’état de conscience et de l’apparition
d’hallucinations, on parle de “delirium tremens”.

Que faire devant un problème Contrôlez l’état de conscience (EPADONO).


d’intoxication éthylique? Contrôlez les fonctions vitales.
Lors d’une intoxication très importante, le patient peut perdre connais-
sance et même présenter des problèmes respiratoires. Dégagez les voies
respiratoires (élévation du menton). Si la respiration reste insuffisante,
ventilez et administrez de l’oxygène. Faites toujours appel au SMUR s’il
y a une perte de connaissance ou des problèmes respiratoires.

En présence de problèmes respiratoires:


Parlez avec le patient pour le tenir éveillé, cela va parfois l’empêcher de
s’arrêter de respirer.
Chapitre 5 M a l a d i e s e t i n t o x i c a t i o n s 5.27

Placez une minerve s’il existe des signes de lésions de la nuque ou du


crâne (après une chute ou en présence d’une plaie de la tête).
Si le patient vomit, placez-le en position latérale de sécurité. Aspirez-le
avec l’aspirateur avec une sonde.
Le patient peut présenter des convulsions. Protégez le patient des chocs
avec les objets environnants. N’essayez pas d’empêcher les convulsions,
cela peut entraîner des fractures, des lésions articulaires ou musculaires.
Administrez de l’oxygène pendant la crise convulsive.
Amenez toujours le patient à l’hôpital.

LES DROGUES

Se droguer consiste à prendre des substances pour atteindre un certain


état mental. Dans un certain nombre de cas, ces substances sont des
médicaments. Les personnes qui doivent faire appel à l’Aide Médicale
Urgente après l’usage de ces substances doivent être considérées comme
des patients et doivent recevoir des soins et une aide adéquate.

Quels sont les différents Les stimulants excitent et stimulent le système nerveux. On les utilise
types de drogues? pour se sentir “bien” ou pour lutter contre la fatigue. Les amphétamines
en sont un exemple (pep-pills et produits assimilés, porteurs de noms
communs “ecstasy” ou “speed”); la cocaïne (“crack” ou “snow”) en est un
autre exemple. Ces substances s’avalent généralement sous forme de
comprimés. La cocaïne est souvent prisée par le nez, parfois fumée ou
injectée.

Les calmants ont un effet déprimant, ils calment le système nerveux. On


les utilise pour dormir ou pour se détendre. Les benzodiazépines comme
le Valium® et le Rohypnol® sont des somnifères et sont donc des médi-
caments mais on peut en abuser pour d’autres utilisations. Les barbituri-
ques sont des somnifères que la médecine n’utilise plus, mais on continue
à les trouver sur le marché de la drogue.

Les stupéfiants provoquent une ivresse et de la somnolence. Ils appar-


tiennent à la famille des opiacés et sont utilisés en médecin