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Chronologie israélite synchronisée (partie 1)

La chronologie israélite, qui est l'une des plus anciennes connues, est encore
régulièrement étudiée dans des thèses1. La difficulté majeure, comme dans toutes les
chronologies, est d'établir des dates absolues obtenues grâce à des synchronismes datés par
l'astronomie. Or les règnes de David et de Salomon se situent dans une période (1100-750)
la plus obscure de l'histoire2. La chronologie égyptienne fait exception, mais reste très
lacunaire3. Il y a cependant un obstacle encore plus redoutable à franchir: les préjugés
religieux. En effet, la chronologie israélite repose essentiellement sur les textes bibliques qui
sont aussi des textes religieux, ce qui entraîne fréquemment des réactions irrationnelles.
Lorsque je lui ai soumis mon mémoire de thèse, la première réaction de mon ancien
directeur de thèse a été de me demander de retirer tout ce qui concernait les datations
directement liées à la Bible (datation de la mort d'Hérode, datation de la mort de Jésus et
datation de la domestication du chameau à l'époque d'Abraham), ce que j'ai fait. Puis,
lorsque mon directeur a appris mon appartenance religieuse, la soutenance de ma thèse a
été suspendue, puis annulée. J'ai donc recherché un nouveau directeur de thèse en lui
expliquant la situation. Surprise, Daniel Bodi était particulièrement intéressé par la
chronologie israélite, il écrivait d'ailleurs dans sa lettre du 5 juin 2009: Par la présente, j'accepte
de diriger la recherche de M. Gérard GERTOUX en vue d'une thèse de doctorat de l'INALCO. Le
candidat prépare une thèse de doctorat relevant du domaine de l'histoire ancienne. Sa recherche porte sur la
chronologie d'Israël ancien selon la Bible hébraïque à la lumière des données comparatives proche-orientales.
Nouvelle déconvenue au moment de fixer la soutenance, la directrice de l'INALCO a
refusé mon transfert, ne voulant pas que son école soit classée comme fondamentaliste. Pour
justifier scientifiquement ce refus, Daniel Bodi m'écrivait dans son courriel du 14
septembre 2009: Le problème principal avec votre travail c'est de trouver un jury qui accepte de siéger à
votre soutenance. Le jury que vous m'avez proposé n'est pas prêt à siéger pour cette thèse. Il faut trouver des
professeurs qui acceptent les positions fondamantalistes que vous défendez. Il ne suffit pas de dire que
l'astronomie fournit la preuve scientifique que Jacob a vécu en 1878 av. J.-C. ; de placer les patriarches
dans un ordre "scientifique" grâce au présupposé de l'astronomie ; d'affirmer que la rédaction de la Genèse
s'est faite par Moïse en 1493! En quelle langue Moïse écrivit-il la Genèse? en égyptien hyéroglyphique, en
1 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided Kingdom
Winona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.
F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament
Texas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.
2 Plusieurs empires "s'évanouissent" durant cette période, comme l'élamite et le mycénien (grec), le babylonien devenant lacunaire.
3 R.K. RITNER – The Libyan Anarchy: Inscriptions from Egypt's Third Intermediate Period

Atlanta 2009 Ed. Society of Biblical Literature pp. 1-8.


2 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

cunéiforme akkadien comme les lettres d'El-Amarna. L'alphabet démarre seulement avec Ugarit au XIIIe
siècle avant J.-C. et le linéaire phénicien deux siècles plus tard. Ces considérations de l'écriture utilisée ne
semblent pas vous poser de problème. En dépit de ma bonne volonté je ne peux pas vous défendre, car je ne
partage pas ce point de vue. Je vous propose donc de vous adresser aux facultés de théologie fondamantalistes
baptistes comme Vaux-sur-Seine ou chez les ultra-calvinistes d'Aix-en-Provence. Je suis vraiment désolé
mais je comprends maintenant la réaction de la commission doctorale de l'INALCO. Mes collègues ne
voulaient pas que l'INALCO soit taxé d'école fondamentaliste. Il faudrait mettre pratiquement chaque
page en perspective et en contexte historique. L'astronomie est votre seule référence extérieure et cela ne suffit
pas. Bien cordialement et bonne chance dans votre recherche d'un jury approprié.
P.S. Donner une appréciation "scientifique" à votre ms est très difficile: - d'un côté, vous faites preuve de
beaucoup de connaissances et d'une érudition certaine dans les problèmes chronologiques, toujours difficiles,
du Proche-Orient ancien, à tel point qu'une telle thèse ne peut être appréciée que par des spécialistes dans
différents domaines: en particulier assyriologie et historiographie grecque pour la période achéménide,
égyptologie et Bible/ancien Israël... - de l'autre, il est clair que votre travail souffre de deux maux: il est
apparemment en grande partie autodidacte (d'où de graves lacunes dans la littérature secondaire et, d'une
façon générale, très peu de discussions sérieuses des opinons différentes de la votre, vous avez tendance à
répéter pour convaincre) et, surtout, vous avez nettement une approche "fondamentaliste" par rapport au
texte biblique en ce qui concerne les problèmes de chronologie: vous savez vous montrer critique par rapport
aux chronologies akkadiennes ou égyptiennes, et à leur interprétation actuelle, mais jamais vis-à-vis du
texte biblique à quelque époque que cela ait pu être écrit: l'archéologie ou les autres textes du Proche-Orient
ancien "confirment" toujours finalement le texte biblique ou "concordent" avec lui. Juste deux exemple
flagrants de votre manque de sens critique vis-à-vis du texte biblique: p. 489: "Jacob (1878-1731), mort à
l'âge de 147 ans, a passé 20 ans en Mésopotamie (à Harrân). Joseph étant né dans la 91e année de Jacob
(en -1788)"... Cela ne pose aucun problème !... p. 484: "le texte de la Genèse a été rédigé par Moïse,
autour de -1493".
Conclusion de ce courrier expéditif: l'astronomie n'est pas suffisante pour dater le
texte (sans préciser par quel autre moyen), et le fait d'accepter que Jacob ait vécu 147 ans,
était scandaleusement fondamentaliste. À cause de ces deux remarques, j'ai trouvé judicieux
d'ajouter un long préambule à cette chronologie israélite synchronisée, pour examiner en
détail quelques points contestés comme: peut-on considérer la Bible comme un document
historique et est-il scientifiquement impossible de vivre 147 ans et d'être père à 91 ans?
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 3

LA BIBLE EST-ELLE UN DOCUMENT HISTORIQUE?

La chronologie des peuples de l'Antiquité (Égyptiens, Babyloniens, Assyriens,


Élamites, etc.) n'a été reconstituée qu'à partir de documents, dont la plupart sont des écrits
fortement influencés par la religion. La question de savoir s'il s'agit d'une chronologie
"religieuse" ne se pose même pas, vraisemblablement parce que tous ces cultes antiques
sont tombés en désuétude. Il n'en va pas de même avec la chronologie israélite, car le texte
biblique, qui sert principalement à l'élaboration de cette chronologie, contient un
enseignement religieux qui est encore pratiqué. Cette ambiguïté est source d'un paradoxe
incroyable. En effet, depuis Hérodote les historiens savent que "la chronologie est l'œil de
l'histoire", or la plupart des universitaires actuels refusent d'examiner la chronologie israélite
parce qu'ils craignent (de manière irrationnelle) qu'en validant scientifiquement cette
chronologie, ils cautionneraient en retour l'enseignement religieux des textes bibliques, ce
qui les amène à dénier à la Bible tout caractère historique. Cette attitude est déraisonnable
pour deux raisons: 1) il ne peut exister une chronologie "laïque" d'un côté et une
chronologie "religieuse" de l'autre, scientifiquement cela est absurde, et 2) la chronologie
israélite constitue un pilier de la chronologie du monde oriental. Les deux seules thèses
consacrées à la chronologie lui ont d'ailleurs accordé un volumineux chapitre4.
Quelles sont les raisons qui poussent la plupart des universitaires à refuser de
reconstituer une chronologie israélite à partir du texte biblique? Voici les principales:
 Il est absurde, d'une part, de prendre le texte biblique pour un document historique, d'autre part
d'inverser l'importance des protagonistes: Israël n'est mentionné qu'une seule fois sur une stèle de
Mérenptah, alors que le mot Égypte est utilisé 680 fois dans la Bible (...) Les allusions à l'Égypte
dans la Bible servent essentiellement à nourrir l'histoire interne des Hébreux, en donnant un vague
décor à certains épisodes, et sont sans rapport avec ce que l'histoire actuelle enseigne5. Christiane
Desroches Noblecourt, égyptologue, conservateur en chef honoraire des Antiquités
égyptiennes du Louvre et ancien professeur d'archéologie à l'École du Louvre.
 D'une façon générale, aucun archéologue sérieux ne croit plus aujourd'hui que les événements rapportés
dans le livre de Josué ont un fondement historique précis. Des prospections archéologiques, au début des
années 1990, en particulier, ont révélé que la culture israélite a émergé dans les collines du centre du

4 Mais aucune de ces thèses n'utilise une datation des synchronismes par l'astronomie:
O.A. TOFFTEEN – Ancient Chronology
Chicago 1907 The University of Chicago Press
P.J. FURLONG - Aspects of ancient Near Eastern Chronology (c. 1600-700 BC)
2008 The University of Melbourne.
5 C. DESROCHES NOBLECOURT - Symboles de l'Égypte

Paris 2004 Éd. Desclée de Brouwer pp. 125-126.


4 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

pays, en continuité avec la culture cananéenne de l'époque précédente6. Pierre de Miroschedji,


archéologue, directeur de recherche au CNRS, centre de Jérusalem.
 Puisque l'histoire des impurs est dépourvue de toute base historique, il est difficile d'admettre avec
Manéthon et Flavius Josèphe que l'expulsion manu militari du pharaon d'Avaris et de ses congénères
soit le même événement que la libération des Hébreux arrachée par Moïse avec l'aide de Dieu... La
grossière invention des scribes égyptiens, digne de la poubelle, ne saurait demeurer dans le dossier des
historiens des temps de la Bible (...) Le travestissement apologétique imaginé par Flavius Josèphe ne
vaut pas mieux que le travestissement diffamatoire de l'Égyptien7. Jean Yoyotte, égyptologue,
titulaire de la chaire d’égyptologie du Collège de France de 1992 à 2000, directeur
d'études à l'École pratique des hautes études.
 Cette sortie d'Egypte, connue depuis sous le nom d'Exode, constitue une péripétie essentielle du récit
[Exode 13:14] (...) On en vient presque à oublier un fait fondamental: rien dans l'état actuel de la
documentation égyptienne plus ou moins contemporaine de ces événements, ne vient confirmer ce récit, ni
même faire allusion, ne serait-ce que fugitivement, à l'un des épisodes ou des personnages mentionnés.
Rien!8 Alain Zivie, égyptologue, directeur de recherche au CNRS.
 La plupart des historiens prennent le texte biblique de la conquête de Canaan pour une pieuse légende,
une relecture idéologique et théologique des origines d'Israël (...) Ces cités sont, d'après la Bible,
puissamment fortifiées. Or les fouilles archéologiques révèlent le contraire. Donc, aujourd'hui, les fouilles
des cités cananéennes et la lecture des tablettes de Tell el-Amarna révèlent que les victoires de Josué
n'ont eu lieu que sur le papier9; Pour conclure laissons la parole à ces archéologues: “Il n'y a pas eu
d'exode de masse en provenance de l'Egypte. Le pays de Canaan n'a pas été conquis par la violence.
La plupart de ceux qui ont constitué le premier noyau d'Israël étaient des gens du cru. Les premiers
Israélites étaient d'origine cananéenne!”10 Richard Lebeau, égyptologue et historien des
religions au Proche-Orient ancien.
 L'archéologie moderne a donc prouvé que le concept d'archives à Jérusalem ayant conservé des écrits du
Xe siècle, est une absurdité fondée sur un témoignage biblique et non sur une évidence factuelle11. Les
récits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et n'auraient pas plus de
fondement historique que la saga homérique d'Ulysse, ou celle d'Énée, le fondateur de Rome, chantée
6 P. DE MIROSCHEDJI – Les archéologues réécrivent la Bible
in: La Recherche n°391 (novembre 2005) p. 32.
7 J. YOYOTTE – En Égypte, le faux mystère des dynasties hyksos

in: Le monde de la Bible n°146 (novembre 2002) pp. 44-45.


8 A. ZIVIE – Les Hébreux en Egypte: réalités et fantasmes

in: Historia n°698 (février 2005) p. 59.


9 R. LEBEAU – La Terre promise était acquise

in: Historia n°698 (février 2005) pp. 64, 65.


10 R. LEBEAU – L'Exode une fiction théologique

in: Histoire Antique n°41 (février 2009) p. 79.


11 I. FINKELSTEIN – Le grand roi? Rien qu'un potentat local

in: Historia n°698 (février 2005) p. 73.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 5

par Virgile12. Israel Finkelstein, archéologue israélien, directeur de l'Institut


d'Archéologie de l'Université de Tel-Aviv, auteur du célèbre ouvrage La Bible dévoilée.
 L'histoire ne corrobore pas le fabuleux et miraculeux récit de l'Exode tel que nous le conte la Bible.
Maintenant que nous sommes en possession de la récente documentation archéologique sur l'émergence
de l'Israël primitif en Canaan, cette série d'événements survenus dans une terre lointaine et étrangère ne
nous est d'aucune utilité. L'explication historique des origines d'Israël n'a plus besoin de l'Exode.
Aussi dramatique soit-elle, et quel que soit le rôle central que cette histoire ait pu jouer dans l'auto-
identification ultérieure de l'Israël biblique —voire dans la construction de notre identité occidentale—,
elle doit être considérée comme un mythe. Elle représente le type même du mythe fondateur,
caractéristique de nombre de peuples passés ou présents (...) Plutôt que de tenter vainement de défendre
l'historicité de l'Exode, je suggère qu'il vaut mieux interpréter le récit comme un mythe, ou plutôt
comme une “métaphore pour une libération”. William G. Dever, archéologue américain
(université d'Arizona), spécialiste et défenseur (sic) de l'histoire de l'Israël biblique13.

Les raisons invoquées sont les suivantes: absurde; aucun archéologue sérieux ne croit plus
les événements rapportés dans le livre de Josué; digne de la poubelle; fait fondamental: rien; pieuse légende; il
n'y a pas eu d'exode de masse en provenance de l'Egypte; absurdité fondée sur un témoignage biblique; type
même du mythe fondateur. Par ces remarques cinglantes, qui apparaissent à partir de 198014, le
texte de l'Ancien Testament est considéré comme étant sans valeur historique. Cela
implique une conséquence importante: le Nouveau Testament est lui même sans valeur
puisqu'il cautionne intégralement le texte de l'Ancien Testament, on lit en effet: Car si vous
croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce que c'est de moi qu'il a écrit. Mais si vous ne croyiez pas à ce
qu'il a écrit, comment croirez-vous à mes paroles?15. Mais les pharisiens objectèrent: Pourquoi alors Moïse
a-t-il commandé à l'homme de remettre à sa femme un certificat de divorce quand il la répudie? Il [Jésus]
leur répondit: Moïse vous a permis de renvoyer vos épouses parce que vous avez des cœurs de pierre16. Vous
mettez de côté ce que Dieu a prescrit, pour vous attacher à la tradition des hommes! Puis il ajouta: Ah!
vous vous entendez à merveille pour contourner et annuler la Loi de Dieu au profit de votre tradition!
Ainsi, par exemple, Moïse a dit: “Honore ton père et ta mère” (...) n'avez-vous jamais lu dans le livre de
Moïse, lorsqu'il est question du buisson ardent, en quels termes Dieu lui a parlé: Je suis le Dieu
d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob17. Le texte biblique n'est-il qu'une pieuse légende?
12 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée
Paris 2002 Éd. Bayard pp. 51-53.
13 W.G. DEVER – Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai

Paris 2005 Éd. Bayard pp. 255-256.


14 J.K. H OFFMEIER – Israel in Egypt. The Evidence for the Authenticity of the Exodus Tradition

New York 1996 Ed. Oxford University Press pp. 3-5.


15 Jean 5:46-47 Pirot et Clamer.
16 Matthieu 19:7-8 Kuen.
17 Marc 7:8-10; 12:26.
6 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

En rangeant le récit de Moïse parmi les fables pieuses, comme l'enseignent les
égyptologues, on aboutit à un paradoxe étonnant, car les rédacteurs des textes évangéliques,
qui condamnent invariablement les mythes, présentent aussi le récit de Moïse comme
authentique: C'est à ce moment-là que naquit Moïse. C'était un enfant d'une beauté exceptionnelle. Dieu
y prenait plaisir. Pendant trois mois, il fut élevé en cachette dans la maison de son père. Lorsque,
finalement, les parents l'exposèrent (sur le Nil), il fut recueilli par la fille de Pharaon qui l'adopta et le fit
élever comme son propre fils. C'est ainsi que Moïse fut initié à toute la science des Egyptiens et qu'il devint
un habile orateur, aussi bien qu'un homme d'action remarquable. Lorsqu'il eut atteint la quarantaine,
l'idée lui vint de voir dans quelles conditions vivaient ses frères de race, les Israélites. Il désirait leur venir en
aide. Un jour il vit de ses yeux comment on maltraitait l'un d'eux. Il prit sa défense et, pour venger ce frère,
tua l'Egyptien qui l'opprimait. Il pensait que ses frères comprendraient que Dieu voulait se servir de lui
pour les libérer. Mais ils ne comprirent pas. Le lendemain, il survint au moment où deux d'entre eux se
querellaient. Il s'interposa et essaya de réconcilier les adversaires. Mes amis, leur dit-il, n'êtes-vous pas frères
de même race? Pourquoi, alors, vous faites-vous réciproquement du mal? Celui qui était en train de frapper
l'autre et qui était dans son tort le repoussa en disant: De quoi te mêles-tu? Qui t'a demandé d'être notre
chef ou de jouer au juge? Voudrais-tu par hasard aussi me tuer, comme hier tu as tué l'Egyptien? Quand
Moïse entendit cela, il prit la fuite et alla vivre en exilé dans le pays de Madian où il eut deux fils.
Quarante années passèrent. Alors un ange lui apparut dans le désert du Mont Sinaï, au milieu d'une
flamme, dans un buisson de feu. Saisi d'étonnement à ce spectacle, Moïse s'approchait pour le considérer de
plus près, lorsque la voix du Seigneur se fit entendre: “Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d'Abraham,
d'Isaac et de Jacob”. Moïse, tout bouleversé et tremblant, n'osait plus lever les yeux. Alors le Seigneur lui
dit: Ote tes sandales, car l'endroit où tu te tiens est une terre sainte. J'ai regardé et j'ai vu la misère de mon
peuple en Egypte. Je sais qu'il est opprimé et qu'il souffre. J'ai entendu ses gémissements et je suis descendu
pour le délivrer. Et maintenant, je viens: C'est toi que je veux envoyer en Egypte”. Ainsi donc, c'est bien ce
même Moïse —celui que ses frères avaient repoussé en lui disant: De quoi te mêles-tu? Qui t'a demandé
d'être notre chef ou de jouer au juge?— c'est lui que Dieu a envoyé comme chef et libérateur du peuple avec
l'assistance de l'ange qui lui était apparu dans le buisson. Ce fut effectivement lui qui les a fait sortir du
pays de l'esclavage en accomplissant des prodiges et des miracles en Egypte, au passage de la Mer Rouge et,
pendant quarante ans, durant la traversée du désert (Actes 7:20-36). Le Nouveau Testament
retransmet donc fidèlement le Moïse de l'Ancien Testament.
Si Moïse n'était qu'une pieuse légende, il devient difficile d'expliquer pourquoi tous
les rédacteurs chrétiens, tout en retranscrivant sa vie, ont tant insisté pour dénoncer la
futilité des mythes: Je t'ai encouragé à demeurer encore quelques temps à Éphèse pour avertir certains de
ne pas introduire dans leur enseignement des nouveautés qui devient de la vraie doctrine. Qu'ils ne se
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 7

mettent pas à étudier des récits forgés de toutes pièces, à s'occuper de mythes (...) Mais ferme ton esprit aux
mythes impies et sans valeur, ne t'occupe pas de ces contes de bonnes femmes qui n'ont rien à voir avec la
vraie religion (...) Ayant la démangeaison d'entendre des paroles qui chatouillent agréablement leurs oreilles,
ils se détourneront de plus en plus de la vérité et se rabattront vers des mythes (...) C'est pourquoi n'hésite
pas à les reprendre ouvertement pour qu'ils aient une foi saine et cessent de s'intéresser à des légendes juives,
des commandements d'origine purement humaine ou des préceptes formulés par des gens qui tournent le dos à
la vérité (...) En effet, lorsque que nous vous avons fait connaître la puissance de notre Seigneur Jésus-Christ
et que nous vous avons annoncé son Retour, nous ne nous sommes pas laissé berner par des histoires
inventées ou des mythes ingénieusement arrangés18. Condamner les mythes pour mieux propager
celui de Moïse et de l'Exode serait d'une extrême perversité et cette tromperie serait
d'autant plus répréhensible que, selon les ultimes chapitres de la Bible19, les menteurs sont
condamnés à la disparition éternelle. Quel serait le but d'un rédacteur qui condamnerait la
fausseté pour mieux la répandre? Les rédacteurs bibliques seraient-ils tous schizophrènes?
Un croyant rationnel, pour éviter l'incohérence d'avoir une vérité s'appuyant sur des
mythes, pourrait supposer que l'épisode de l'Exode fut en fait un événement mineur dont le
récit fut exagéré par la tradition. Cette dernière explication ne tient pas, car la Cène,
instituée par Jésus lors de la Pâque, constitue la célébration fondamentale du christianisme,
le Christ étant même "l'agneau pascal" de cette Pâque. La foi chrétienne dépend ainsi de cet
événement central: Or il est écrit: “Celui qui est juste à mes yeux et qui me restera fidèle accèdera à la
Vie par la foi (...) Au moment de la naissance de Moïse, ce fut la foi qui donna à ses parents le courage de
le cacher durant trois mois. Frappés par la beauté de l'enfant, ils ne se laissèrent pas intimider par le décret
du roi (ordonnant la mise à mort de tous les enfants mâles). Poussé par cette même foi, Moïse lui-même, une
fois devenu grand, renonça au titre de “fils de la fille de pharaon”. Il choisit de partager les souffrances du
peuple de Dieu plutôt que de jouir —pour bien peu de temps— des joies et des avantages d'une vie dans le
péché. Subir le mépris et les outrages comme le Messie (à venir) lui paraissait un bien plus précieux que tous
les trésors de l'Egypte. Pourquoi? Parce qu'il avait les yeux fixés au loin sur la rétribution finale. Fortifié
par la foi, il brava la fureur du roi et quitta l'Egypte, aussi intrépide et ferme que s'il avait vu de ses yeux
le Dieu invisible. Dans cette même foi, il institua la Pâque et fit répandre (sur les portes) le sang (des
agneaux immolés), pour que l'ange exterminateur épargnât les fils aînés des Hébreux. C'est la foi qui fit
traverser les Israélites la Mer rouge comme on marche sur la terre ferme; les Egyptiens ont bien essayé de les
imiter, mais ils périrent engloutis par les flots20. L'épisode de l'Exode, commémoré par la
célébration de la Pâque, est bien un enseignement fondamental du Nouveau Testament.

18 1Timothée 1:3-4; 4:7; 2Timothée 4:3-4; Tite 1:13-14; 2Pierre 1:16 .


19 Révélation 21:8; 22:18,19.
20 1Corinthiens 5:7; Hébreux 10:38; 11:23-29.
8 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

L'enseignement de la Bible sur l'Exode et celui des égyptologues sont inconciliables:


mythe d'un côté, vérité historique de l'autre. Si c'est un mythe, l'enseignement de la Bible
n'est plus qu'une gigantesque imposture que l'historien doit dénoncer, si par contre l'Exode
est un fait historique, au même titre que la destruction du temple de Jérusalem en 70 par les
armées romaines, pourquoi le refuser? En effet, même si le récit de l'Exode des Israélites
avait été transmis de façon très déformée à cause d'un antisémitisme latent, il était connu
des historiens de l'Antiquité21. Ce refus n'est pas nouveau puisque après avoir cité les récits
sur l'Exode de Manéthon (-280), de Chaerémon (-100) et de Lysimaque (50), Flavius
Josèphe, historien juif du 1er siècle, précise les raisons de ce refus: Les calomnies à notre adresse
vinrent d'abord des Égyptiens, puis, dans l'intention de leur être agréables, certains auteurs entreprirent
d'altérer la vérité; ils n'avouèrent pas l'arrivée de nos ancêtres en Égypte telle qu'elle eut lieu, ni ne
racontèrent sincèrement la façon dont ils en sortirent. Les Égyptiens eurent bien des motifs de haine et
d'envie: à l'origine la domination de nos ancêtres sur leur pays, et leur prospérité quand ils l'eurent quitté
pour retourner chez eux. Puis l'opposition de leurs croyances et des nôtres leur inspira une haine profonde,
car notre piété diffère de celle qui est en usage chez eux autant que l'être divin est éloigné des animaux privés
de raison. Toute leur nation, en effet, d'après une coutume héréditaire, prend les animaux pour des dieux,
qu'ils honorent d'ailleurs chacun à sa façon, et ces hommes tout à fait légers et insensés, qui dès l'origine
s'étaient accoutumés à des idées fausses sur les dieux, n'ont pas été capables de prendre modèle sur la dignité
de notre religion, et nous ont jalousés en voyant combien elle trouvait de zélateurs. Quelques-uns d'entre eux
ont poussé la sottise et la petitesse au point de ne pas hésiter à se mettre en contradiction même avec leurs
antiques annales, et, bien mieux, de ne pas s'apercevoir, dans l'aveuglement de leur passion, que leurs
propres écrits les contredisaient (Contre Apion I:223-226).
Ce qui est paradoxal c'est que, bien qu'il soit l'inventeur de la chronologie
synchronisée (méthode élaborée en réaction des critiques portées à l'encontre de ses
Antiquités juives), Flavius Josèphe est toujours classé, par certains universitaires, parmi les
apologistes dont l'édifice chronologique manque de base solide22(!), plutôt qu'un historien.
Bien qu'Hérodote soit, lui, le "père de l'histoire", car il est le premier à avoir compris
l'importance de la chronologie dans l'établissement de la vérité historique, ce sont
cependant les copistes Juifs qui furent les premiers à reconstituer une chronologie fondée
21 P. SCHÄFER – Judeophobia. Attitudes toward the Jews in the Ancient World
Massachusetts 1997 Ed. Harvard University Press pp. 15-33
J.G. GAGER – Moses in Greco-Roman Paganism
New York 1972 Ed. Abingdon Press pp. 113-133.
22 T. REINACH, L. B LUM – Contre Apion

Paris 2003 Éd. Les Belles Lettres pp. v, xxix, xxxv.


L'auteur reconnaît cependant (ce qui le contredit et en dit long sur les préjugés) que la fidélité des citations de Josèphe est attestée par la
comparaison avec des citations indépendantes dues à d'autres compilateurs. De plus, il était dans l'intérêt de Josèphe d'être exact dans sa
polémique, car les antisémites alexandrins étaient aux aguets et, comme ils disposaient de bibliothèques bien fournies, la moindre
altération volontaire aurait vite été décelée, dénoncée, et aurait porté une atteinte grave à la crédibilité de l'auteur et au succès de sa thèse.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 9

sur une "ère du monde (débutant avec Adam)" au lieu de chronographies nationales. En
effet, les chronologies de Démétrius (220-200), Eupolème (-160) et du Livre des Jubilés (160-
140) indiquent que, dès la fin du 4e siècle avant notre ère, ce type de calculs chronologiques
existait23 (mais n'était pas encore standardisé)24:

Démétrius Eupolème Josèphe


année d'Adam ère chrétienne année d'Adam ère chrétienne ère chrétienne
Adam 1 -5307 1 -5307 -5101
Déluge 2264 -3043 994 -4037 -2545
Naissance d'Abraham 3334 -1973 2064 -3243
Entrée de Jacob en Égypte 3624 -1683 2354 -2953
Exode sous Moïse 3839 -1468 2569 -2738 -1650
Destruction du Temple -587

Ces calculs, même s'ils comportent d'importants écarts dus au choix du texte
biblique de référence (Septante au texte massorétique), prouvent que le texte biblique
permet la reconstitution d'une chronologie. Fort de cette évidence, Flavius Josèphe25 avait
lui-même effectué ses propres calculs: Telle fut la fin des rois issus de la famille de David; ils
avaient été au nombre de vingt et un jusqu’au dernier roi et avaient régné en tout 514 ans, 6 mois et 10
jours. Pendant 20 de ces années, le pouvoir avait appartenu au premier de leurs rois, Saül, qui était d’une
tribu différente. Le Babylonien envoie à Jérusalem son général Nabouzardan pour piller le Temple; il avait
ordre aussi de l’incendier ainsi que le palais royal, de raser la ville jusqu’au sol et de transporter le peuple en
Babylonie Nabouzardan, arrivé à Jérusalem la 11e année du règne de Sédécias, pille le Temple, emporte les
vases d’or et d’argent consacrés à Dieu, ainsi que le grand bassin dédié par Salomon; il prit même les
colonnes d’airain avec leurs chapiteaux, les tables d’or et les candélabres. Après avoir enlevé ces ornements,
il mit le feu au Temple le 1er jour du 5e mois, la 11e année du règne de Sédécias, 18e de Nabuchodonosor. Il
incendia également le palais et rasa la ville. Le Temple fut incendié 470 ans, 6 mois et 10 jours après son
édification: il y avait alors 1062 ans, 6 mois, 10 jours que le peuple était sorti d’Égypte. Depuis le déluge
jusqu’à la destruction du Temple, il s’était écoulé en tout 1957 ans, 6 mois, 10 jours. Et depuis la
naissance d’Adam jusqu’aux événements relatifs au Temple, 4513 ans, 6 mois, 10 jours. Voilà pour le
compte des années: quant à ce qui s’est accompli dans cet intervalle, nous l’avons indiqué événement par
événement. Flavius Josèphe va se servir de cette chronologie pour prouver l'historicité de ses
Antiquités juives. Il s'agissait bien d'une démarche scientifique et non religieuse (même si
l'origine de l'ère fait référence à un personnage biblique). Il expose la raison et la manière
de ses démarches: J'ai déjà suffisamment montré, je pense, très puissant Épaphrodite, par mon histoire

23 É. PUECH – Qumrân grotte a XXVII


in: Discoveries in the Judaean Desert XXXVII 2009 Ed. Clarendon Press pp. 263-267.
24 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology

Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 145.


25 Antiquités juives X:127-130.
10 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

ancienne, à ceux qui la liront, et la très haute antiquité de notre race juive, et l'originalité de son noyau
primitif, et la manière dont elle s'est établie dans le pays que nous occupons aujourd'hui; en effet 5000 ans
sont compris dans l'histoire que j'ai racontée en grec d'après nos Livres sacrés. Mais puisque je vois bon
nombre d'esprits, s'attachant aux calomnies haineuses répandues par certaines gens, ne point ajouter foi aux
récits de mon Histoire ancienne et alléguer pour preuve de l'origine assez récente de notre race que les
historiens grecs célèbres ne l'ont jugée digne d'aucune mention, j'ai cru devoir traiter brièvement tous ces
points afin de confondre la malveillance et les mensonges volontaires de nos détracteurs, redresser l'ignorance
des autres, et instruire tous ceux qui veulent savoir la vérité sur l'ancienneté de notre race. J'appellerai, en
témoignage de mes assertions, les écrivains les plus dignes de foi, au jugement des Grecs, sur toute l'histoire
ancienne; quant aux auteurs d'écrits diffamatoires et mensongers à notre sujet, ils comparaîtront pour se
confondre eux-mêmes. J'essaierai aussi d'expliquer pour quelles raisons peu d'historiens grecs ont mentionné
notre peuple ; mais, d'autre part, je ferai connaître les auteurs qui n'ont pas négligé notre histoire à ceux qui
les ignorent ou feignent de les ignorer (...) Ainsi, c'est l'absence, à la base de l'histoire, de toutes annales
antérieures, propres à éclairer les hommes désireux de s'instruire et à confondre l'erreur, qui explique les
nombreuses divergences des historiens. En second lieu, il faut ajouter à celle-là une cause importante. Ceux
qui ont entrepris d'écrire ne se sont point attachés à chercher la vérité, malgré la profession qui revient
toujours sous leur plume, mais ils ont fait montre de leur talent d'écrivain; et si par un moyen quelconque ils
pensaient pouvoir en cela surpasser la réputation des autres, ils s'y pliaient, les uns se livrant aux récits
mythiques, les autres, par flatterie, à l'éloge des cités et des rois. D'autres encore s'adonnèrent à la critique
des événements et des historiens, dans la pensée d'établir ainsi leur réputation. Bref, rien n'est plus opposé à
l'histoire que la méthode dont ils usent continuellement. Car la preuve de la vérité historique serait la
concordance sur les mêmes points des dires et des écrits de tous; et, au contraire, chacun d'eux, en donnant
des mêmes faits une version différente, espérait paraître par là le plus véridique de tous. Ainsi pour
l'éloquence et le talent littéraire nous devons céder le pas aux historiens grecs, mais non point aussi pour la
vérité historique en ce qui concerne l'antiquité, et principalement quand il s'agit de l'histoire nationale de
chaque pays26. La méthode est excellente, et c'est d'ailleurs grâce à Flavius Josèphe que nous
est parvenue la chronologie des dynasties égyptiennes établies par le prêtre Manéthon.
Sans les travaux chronologiques de Flavius Josèphe sur la Bible, et malgré ses
défauts, nous ne pourrions établir la chronologie égyptienne actuelle. En effet, par une
ironie de l'histoire, les égyptologues qui refusent la chronologie israélite ne sont pas
conscients d'une double inconséquence: 1) si la chronologie israélite devait être rejetée à
cause d'un manque de fiabilité il faudrait aussi rejeter, pour les mêmes raisons, la
chronologie égyptienne fondée sur les chiffres de Manéthon et 2) il faudrait retirer le seul
26 Contre Apion I:1-5,23-27.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 11

point d'ancrage de la 3e période intermédiaire puisque celui-ci dépend du règne de Chéchanq Ier
(945-924) qui est lui-même calé sur la 5e année de Roboam calculée par Thiele!
De façon surprenante une des rares dates pivots en égyptologie (-945) provient d'un
synchronisme avec la chronologie biblique calculée par Thiele27! En effet, selon Kitchen28
l'attaque de Jérusalem par Chéchanq Ier qui coïncide avec sa campagne en Palestine
(mentionnée sur une stèle datée de sa 21e et dernière année de règne) doit être datée de la 5e
année de Roboam29. En s'appuyant ensuite sur la chronologie de Thiele, datant le règne de
Roboam (930-913), il date sa 5e année en 925 (= 930 - 5), en supposant que la campagne
dut se dérouler juste avant l'an 21 de Chéchanq Ier (accession en 945 = 925 + 20). Si la
coïncidence avec l'an 21 est supposée30, celle avec l'an 5 est attestée31. La chronologie
biblique de Thiele est erronée (!), car il l'a ancrée sur un synchronisme supposé et non réel
ce qui l'a décalée d'environ 45 ans. En effet, il a supposé que le tribut payé au roi assyrien
Pul par Ménahem était le même que celui mentionné dans les annales du roi babylonien
Pulu (surnom de Tiglath-phalazar III). Or, cette équivalence est impossible, Ménahem
ayant régné (771-760), 40 ans avant Pulu (728-727). Selon le texte biblique, le roi assyrien
Pul a précédé le roi assyrien Tiglath-phalazar III, car on lit32: Le dieu d'Israël excita l'esprit de
Phul, roi d'Assyrie, et l'esprit de Thelgathphalnasar, roi d'Assyrie, il n'y a donc pas d'équivalence.
Pulu est présenté comme un roi babylonien et non comme un roi assyrien et ce nom ne fut
jamais employé dans les textes babyloniens et assyriens33. Autre paradoxe, le tribut de
Ménahem (Me-ni-hi-im-me alSa-me-ri-na-a-a) apparaît dans les annales de Tiglath-phalazar III
avant sa 9e campagne34, soit en -737, presque 10 ans avant qu'il ne devienne roi de Babylone
sous le nom de Pulu. Ce synchronisme est donc anachronique et ne peut être utilisé pour
ancrer la chronologie israélite. Les thèses universitaires actuelles sur la chronologie israélite
montrent donc que le règne de Roboam doit débuter vers 980, avec un règne de 981-964 35

27 E.R. THIELE – The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings


Grand Rapids 1983 Ed. The Zondervan Corporation p. 10.
28 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament

Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 30-34,108-110.


29 1Rois 14:25,26; 2Chroniques 12:2-9. Le nom Chéchanq est écrit Šyšq et vocalisé Shishaq dans le texte massorétique, mais Šš(n)q dans

les cartouches égyptiens. Le n devait vraisemblablement être nasalisé car il manque dans certains cartouches, ce qui induirait une
prononciation Chéchanq. Ce nom a été vocalisé Su-si-in-qu dans les annales d'Assurbanipal (en -668), laissant supposer une
prononciation Shoshenq, mais les transcriptions akkadiennes des noms égyptiens sont souvent peu fidèles à l'original.
30 Le pylône où apparaît la scène de triomphe a été achevé par Ioupout un fils du roi, le II Shemou [?] de l'an 21, soit peu avant la mort

de Chéchanq Ier (R.A. CAMINOS – Gebel Es-Silsillah n°100 in: Journal of Egyptian Archaeology 38 (1952) pp. 46-61), ce qui n'implique pas
de lien immédiat avec la campagne en Palestine, mais plutôt un délai de plusieurs années avant cet an 21, durée nécessaire à la
construction à la construction du bâtiment commémorant le triomphe.
31 K.A. WILSON – The Campaign of Pharaoh Shoshenq I into Palestine

2005 Tübingen Ed. Mohr Siebeck pp. 97-99.


32 1Chroniques 5:26 (Bible de Pirot-Clamer).
33 G. FRAME – Babylonia 689-627 B.C.

Istanbul 1992 Ed. Nederlands Historish-Archaeologish Instituut pp. 303-305.


34 D.D. LUCKENBILL – Ancient Records of Assyria and Babylonia

Chicago 1926 Ed. The University of Chicago Press pp. 276,277.


35 M.C. TETLEY – The Reconstructed Chronology of the Divided Kingdom

Winona 2005 Ed. Eisenbrauns pp. 179-180.


12 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

ou de 975-95936 et non de 930-913, soit un décalage de 45/50 ans. Malgré les progrès dans
la précision de la chronologie israélite, les égyptologues actuels (dans leur immense
majorité), ainsi que les archéologues, refusent toujours d'en tenir compte. Quelles sont les
raisons de ce refus? La réponse de Christiane Desroches Noblecourt dans son courrier,
daté du 9 août 2002, est révélatrice, elle écrit: Votre documentation sur ce que l'on peut s'imaginer
de l'Exode est impressionnante et m'a beaucoup intéressée. En ce qui me concerne, comme vous devez le
savoir, je ne suis absolument pas spécialiste de la question, mais j'ai dû m'y intéresser "de loin" lorsque j'ai
organisé l'exposition Ramsès II puis, par la suite au moment où j'ai écrit mon livre sur Ramsès. A cette
époque, il me fallait faire au moins allusion à l'Exode puisque certains auteurs en avaient parlé. Vous
avez dû constater que j'avais été prudente et qu'il s'agissait surtout de situer le contexte correspondant à
certains détails du récit biblique. Mais rien ne pouvait me permettre d'être réellement affirmative. Et, depuis
cette époque, je me range de plus en plus aux côtés de mon excellent collègue et ami, le Prof. Claude
Vandersleyen qui place le contexte éventuel de la légende, j'écris bien la légende de l'Exode autour du départ
d'Égypte des Hyksos (...) Enfin pour répondre à certains intégristes qui veulent absolument que David et
Salomon aient existé, faut-il se référer au travail de deux archéologues israéliens Israël Finkelstein et Asher
Silberman. Les nouvelles révélations de l'archéologie (Bayard Éditions). Les précisions de cette
éminente égyptologue sont sidérantes, bien qu'elle ne soit "absolument pas spécialiste de la
question" et qu'elle prétende ne pas être affirmative, elle se contredit immédiatement en
affirmant de façon dogmatique "l'Exode est une légende" et elle accuse même ceux qui
croient à l'existence de David et de Salomon d'être des intégristes (le monde est donc plein
d'intégristes, à l'exception bien sûr des égyptologues et des archéologues). Quels sont les
arguments permettant des conclusions aussi provocantes? Aucun, sinon la référence à deux
universitaires. Quels sont les arguments invoqués par les spécialistes pour refuser à la Bible
sa prétention à être un document historique ?

LA "VERITE" EST-ELLE HISTORIQUE OU ARCHEOLOGIQUE?

Dans son livre La Bible dévoilée, l'archéologue israélien Finkelstein expose les raisons
de douter de l'authenticité de la Bible. Le titre même du livre "dévoile" son caractère
subversif, et le sous-titre "Les nouvelles révélations de l'archéologie" est une prétention
quasi religieuse. Il écrit: Les savants qui prêtaient foi au compte rendu biblique commettaient l'erreur de
croire que l'ère des patriarches devait à tout prix être considérée comme la phase première d'une histoire
séquentielle d'Israël. Les spécialistes de la critique textuelle, qui avaient identifié les sources distinctives sous-

36F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament


Texas 2005 Ed. Master Books pp. 170-173,326.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 13

jacentes du texte de la Genèse, répétaient avec insistance que le récit des patriarches avait été couché par écrit
à une date relativement récente, qu'ils situaient à la période monarchique (Xe-VIIIe siècles av. J.C.) ... Les
récits bibliques se rangeraient donc parmi les mythologies nationales, et n'auraient pas plus de fondement
historique que la saga homérique d'Ulysse, ou celle d'Énée, le fondateur de Rome (...) L'histoire des
patriarches est pleine de chameaux (...) Or, l'archéologie révèle que le dromadaire ne fut pas domestiqué
avant la fin du IIe millénaire37. Finkelstein fait référence à la critique biblique de Wellhausen,
pour dater les récits du Pentateuque, or cette "critique" est sérieusement critiquée38 (ce qui
est un comble). De plus, bien qu'il connaisse l'excellent travail de Bulliet sur la
domestication du chameau à la fin du 3e millénaire avant notre ère, il ne le cite jamais (on
comprend pourquoi). Concernant l'existence de David et Salomon39, après avoir précisé
Posée de façon aussi abrupte, cette question risque de paraître intentionnellement provocatrice, il écrit:
David et Salomon ont été élevés, au cours des siècles, au rang d'icônes religieuses auréolées d'un tel prestige
—tant par le judaïsme que par le christianisme— que les déclarations récentes de certains biblistes
radicaux, qui affirment que le roi David n'a pas davantage « de validité historique que le roi Arthur », ont
été accueillies dans les cercles religieux et scientifiques avec un mépris hautain et scandalisé. Des historiens
de la Bible comme Thomas Thompson et Niels Peter Lemche, de l'université de Copenhague, et Philip
Davies, de l'université de Sheffield, que leurs détracteurs surnomment les « minimalistes bibliques », n'ont
en effet pas hésité à déclarer que David et Salomon, la monarchie unifiée, en réalité l'entière description
biblique de l'histoire d'Israël, n'étaient rien de plus que des montages idéologiques, habilement élaborés,
effectués par les différents cercles sacerdotaux de Jérusalem, durant la période postexilique, voire
hellénistique. D'un point de vue purement littéraire et archéologique, certains arguments plaident en faveur
des minimalistes. La lecture attentive de la description biblique du règne de Salomon démontre clairement
qu'il s'agit de la peinture d'un passé idéalisé, d'une sorte d'âge d'or, nimbé de gloire. Le compte rendu de ses
fabuleuses richesses (...) abonde en détails trop excessifs pour être crédibles. En outre, en dépit de leurs
prétendues richesses et pouvoirs, ni David ni Salomon ne figurent dans aucun texte égyptien ou
mésopotamien. Enfin, Jérusalem ne contient pas le moindre vestige archéologique des célèbres constructions de
Salomon. Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur la colline du Temple, au cours du XIXe siècle
et au début du XXe siècle, n'ont pas permis d'identifier ne serait-ce qu'une trace du Temple de Salomon et
de son palais (...) Quant aux édifices monumentaux attribués jadis à Salomon, les rapporter à d'autres rois
paraît aujourd'hui beaucoup plus raisonnable. Les implications d'un tel réexamen sont énormes. En effet,
s'il n'y a pas eu de patriarches, ni d'Exode, ni de conquête de Canaan —ni de monarchie unifiée et

37 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée


Paris 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51.
38 P. GUILLEMETTE, M. BRISEBOIS – introduction aux méthodes historico-critiques

Québec 1987 Éd. Fides pp. 232-238.


39 La Bible dévoilée pp. 150, 154-156.
14 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

prospère sous David et Salomon—, devons-nous en conclure que l'Israël biblique tel que nous le décrivent
les cinq livres de Moïse, et les livres de Josué, des Juges et de Samuel, n'a jamais existé. Pour résumer
cette argumentation nihiliste: en dehors des vérités archéologiques point de salut, car toute
histoire ne peut être que mythique. Cette conception du passé est extrêmement subversive.
En effet, du point de vue archéologique, l'existence des chambres à gaz, par exemple (que
j'ai choisi à dessein pour illustrer les conséquences dramatiques de cette idéologie), ne
peuvent être prouvées, ce qui conduirait à la conclusion choquante d'un "mythe des
chambres à gaz". Finkelstein40 explique le but de son travail: Tout ceci démontre le pouvoir
extraordinaire de l'archéologie, témoin en temps réel des événements. L'archéologie doit prendre l'initiative
dans l'écriture de l'histoire de l'ancien Israël; non pas l'archéologie biblique traditionnelle, qui a assujetti
l'archéologie au texte et l'a surtout utilisée de manière « décorative » pour illustrer les histoires bibliques,
mais l'archéologie moderne, débarrassée de toute influence, indépendante (...) l'archéologie est le seul témoin
de l'histoire du Xe siècle avant notre ère. En réalité, l'archéologie va bien plus loin que cela. Elle peut aussi
largement nous renseigner sur les textes eux-mêmes (...) Me considérant comme un « historien qui pratique
l'archéologie », je traiterai avant tout d'histoire politique (...) Il faut reconnaître que nous manquons
cruellement de documents historiques pour le fer I, période allant de la fin du XIIe à la fin du Xe siècle av.
J.C. Bien que le texte biblique ait pu préserver des parcelles de souvenirs anciens, le matériau utilisé dans
les livres de Josué et des Juges n'a que peu de rapport avec cette histoire formative de l'histoire de l'ancien
Israël (...) Il va sans dire que je vais utiliser le système de la chronologie basse pour la datation des strates de
l'âge de fer (...) Je pense que la notion de grand État pan-israélite au Xe siècle av. J.C. est une invention des
historiens deutéronomistes et a été dictée par l'idéologie de Juda pendant la monarchie tardive.
Il faudrait, selon Finkelstein, remplacer les historiens par les archéologues pour
écrire l'histoire d'Israël. Formidable retour en arrière41. En effet, depuis Hérodote, les
historiens se sont efforcés d'améliorer la chronologie afin de trier entre les fables et
l'histoire, les archéologues, qui ne peuvent dater leurs objets bien souvent qu'à un siècle
près, voire pas du tout dans le cas des édifices en pierres, prétendent refaire l'histoire. Sans
chronologie, l'histoire ne serait qu'une branche de la philosophie, sans les historiens,
l'archéologie ne peut être qu'une nouvelle branche de la mythologie. Dever42 résume le
processus actuellement en cours: À la relecture de tout ce que Finkelstein a écrit sur le sujet, trois
choses en particulier me surprennent. Premièrement, contrairement aux autres savants que j'ai mentionnés,

40 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible


Paris 2008 Éd. Bayard pp. 32, 33, 52, 53.
41 Les historiens savent depuis longtemps que les faits n'existent pas en eux-mêmes, il faut se servir des témoignages historiques, puis les

replacer dans le temps grâce à une chronologie précise, afin de dissocier les causes des conséquences. Les archéologues qui prétendent
faire parler les pierres ‘oublient’ qu'ils en deviennent les ventriloques, comme le prouvent les querelles entre leurs différentes chapelles.
42 W.G. DEVER – Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai

Paris 2005 Éd. Bayard pp. 171-173, 245, 263.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 15

il ne donne aucune description claire et digne d'être citée de l'entité qu'il a jadis appelée l'« Israël primitif »
(...) Deuxièmement, dans les débats d'après 1995 (ceux de 1996, 1997, 1998, en particulier), il ne cesse
de se répéter, parfois mot pour mot. Troisièmement, Finkelstein rejette systématiquement toutes mes critiques
dans ses publications, mais il ne trouve à leur opposer que des attaques personnelles au lieu de données
concrètes, qu'elles soient anciennes ou nouvelles. Non content de déformer mes propos (je n'ai jamais été un«
gottwaldien »), il me prend pour un « archéologue biblique », alors que je critiquais déjà cette approche
quand Finkelstein allait encore à l'école. Ces remarques illustrent les motivations derrière le débat
dit "scientifique", dans lequel le fait d'être qualifié "d'archéologue biblique" constitue une
insulte insupportable. En fait, contrairement à leur prétendue neutralité, les archéologues
sont les parties prenantes d'un débat idéologique. Dever conclut ainsi son analyse: Ce qui
précède se voulait une analyse critique des données archéologiques et bibliques en notre possession sur les
origines d'Israël. Tout au long de cet exposé, j'ai tenté de démontrer que les témoignages archéologiques les
plus récents, dont certains représentent une révolution dans ce domaine, doivent être dorénavant considérés
comme notre source primordiale pour l'écriture (ou la réécriture) de l'histoire des débuts d'Israël. Cette
affirmation catégorique de la primauté de l'archéologie en matière de recherche historique n'en pose pas
moins un problème: elle relègue le texte biblique, avec ses hautes traditions, à un rang subalterne en tant que
source. On pourrait même l'interpréter comme un rejet global de la Bible. Il devient en effet tentant d'ignorer
les récits bibliques sur les origines d'Israël et son émergence historique en les prenant pour des textes de
propagande théocratique trop tardifs, parfois divertissants, quelquefois édifiants, mais entièrement fictifs.
Une porte est ouverte à travers laquelle ne manqueront pas de s'engouffrer les révisionnistes, déjà trop enclins
à se servir du scepticisme des archéologues pour justifier leur programme nihiliste. Qu'est-ce qui motive
cette démolition programmée de l'histoire biblique (et aussi par extension de l'histoire en
général)? Dever en dévoile les raisons: Balter introduit avec soin la façon dont les diverses idéologies,
religieuses ou politiques, se servent de l'archéologie à des fins douteuses. Comme je lui ai dit: « Nous nous
sommes tellement battus pour faire de l'archéologie une discipline respectable, pour la libérer de ce genre de
problème émotionnels... Nous y voilà de nouveau plongés jusqu'au cou ! » Balter fait correctement le lien
entre le révisionnisme biblique originel et le nouveau révisionnisme archéologique. Il explique comment
Hamid Sali, un jeune archéologue palestinien de l'université de Birzeit, se disait ravi de pouvoir enfin
fouiller le sol de sa propre patrie (...) Khaled Nashef est un partisan fervent et redoutablement efficace de
l'engagement de l'archéologie locale dans la cause palestinienne. Il déclare que l'histoire de la Palestine a été
trop longtemps écrite et définie par les « archéologues bibliques », chrétiens ou israéliens. À présent, dit-il, il
appartient aux Palestiniens de réécrire cette histoire, en commençant par la redécouverte archéologique de
l'ancienne Palestine. Effectivement, selon le texte biblique, c'est Dieu qui autorise les Israélites
à expulser des Cananéens de leur terre. S'agit-il d'une interprétation religieuse?
16 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

On le voit, l'interprétation archéologique n'est jamais neutre, ni religieusement, ni


politiquement. De plus, sans chronologie précise, les objets archéologiques sont souvent
ininterprétables, ce qui laisse donc place à toutes les spéculations43. Dans ces conditions,
comment reconstituer l'histoire d'Israël ? Il faut laisser l'affaire aux mains des historiens, et
la meilleure méthode, instaurée par Hérodote, est celle qui s'appuie sur des synchronismes
historiques qui peuvent être datés par l'astronomie.

COMMENT RECONSTITUER L'HISTOIRE D'ISRAËL?

Roland de Vaux44 expose en préface la méthode utilisée pour reconstituer l'histoire


d'Israël, il écrit: J'ai longtemps hésité sur le titre qu'aurait cet ouvrage. Le nom d'« Histoire d'Israël »,
donné souvent à des travaux analogues, a semblé inadéquat. En effet, « Israël » n'émerge dans l'histoire que
comme le nom collectif donné à un groupe de tribus après leur installation en Canaan. Devenu une entité
politique par l'institution de la monarchie sous Saül, réduit au royaume du Nord après la mort de
Salomon, cet « Israël » a cessé d'exister politiquement lorsque la chute de Samarie a consommé la réduction
du royaume du Nord en provinces assyriennes (...) D'un autre côté, le nom d'« Israël », avec sa connotation
religieuse, est à partir du retour de l'Exil en compétition avec celui de « Judaïsme », désignant un
mouvement qui, malgré toutes ses attaches avec le passé, est assez original pour justifier un nom nouveau
(...) Puisque l'Ancien Testament est la source principale de cette histoire, la recherche doit partir de l'étude
de son texte (...) La critique historique, enfin, travaille sur les éléments ainsi rassemblés. Elle recourt à
l'Ancien Testament lui-même mais elle fait appel à des témoignages externes : la géographie humaine et
historiques des territoires externes ; les textes anciens du Proche-Orient qui, par milliers, nous renseignent
sur les peuples voisins d'Israël et permettent de reconstruire leur histoire, ou qui, rarement, contiennent une
référence directe à un personnage ou à un événement de la Bible, ou qui, trouvés en Palestine ; l'archéologie
qui illustre ces textes orientaux et ceux de l'Ancien Testament qui les complète lorsqu'ils sont défaillants.
Aucun historien ne conteste la nécessité de tenir compte à la fois du texte biblique et de tout l'apport des
découvertes récentes. Il paraît effectivement raisonnable de restreindre l'histoire de l'ancien
Israël à une période commençant au plus tôt avec Abraham, puisque avant lui il n'y a pas de
peuple israélite (et donc pas de trace), et finissant au plus tard avec Bar-Kokhba, puisque
après ce personnage il n'y a plus de peuple localisé mais seulement une diaspora juive. La
méthode consistant à comparer les textes anciens avec les inscriptions et les données
archéologiques est excellente, même si les résultats sont généralement limités.

43 A. MAZAR – Archeology of the Land of the Bible


New York 1990 Ed. Doubleday pp. 28-34, 232-530.
44 R. DE VAUX – Histoire ancienne d'Israël

Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 7-10.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 17

Selon le texte biblique, Abraham était originaire d'Ur, personnage puissant45, il


aurait vécu de -2038 à -1863. Le livre de la Genèse46 donne les noms de ses ancêtres
immédiats: Térah, Nahôr et Seroug. Selon l'archéologie la ville d'Ur a bel et bien existé.
C'était une ville prestigieuse de Sumer qui eut son apogée vers la fin du 3e millénaire avant
notre ère. Les noms très rares des ancêtres d'Abraham ont été retrouvés dans le nord de la
Mésopotamie, sous la forme Ša-ru-gi (Seroug) dans un document de Tello daté de la IIIe
dynastie d'Ur III (2020-1912), et sous la forme Na-ḫa-rum (Nahôr) dans un document de la
même époque à Nippur47. Un document de Mari48 précisant même que la ville de Nahour
était proche de Harrân49. L'archéologie a montré que Harrân fut une ville prospère à la fin
du 3e millénaire avant notre ère, période durant laquelle la Genèse place la vie d'Abraham,
puis cette ville végéta entre -1800 et -700.
Même s'il est le plus souvent difficile de dater avec précision les événements
bibliques par l'archéologie, car ils sont nécessairement lacunaires sur ces époques reculées,
certains détails donnent des renseignements que l'on peut comparer à des empreintes
digitales. C'est d'ailleurs grâce à ces détails insoupçonnés que l'on peut déterminer si un
récit peut être classé comme historique ou mythologique du type "il était une fois". Trois
éléments apparemment anodins (à l'époque de la rédaction), permettent ainsi de dater un
événement de manière assez précise, soit:
1) Le taux d'inflation du prix d'un esclave.
2) La proportion de certains noms dans les documents.
3) La structure des traités connus.
4) La présence de mots rares liés à une époque précise.

1) Le premier élément de vérification de la chronologie israélite est fourni par


l'évolution du prix d'un esclave. Celui-ci a augmenté avec le temps50, phénomène qu'on
appelle inflation. Il est de 10 à 15 shekels à Akkad (-2200), de 10 shekels à Ur III (-2000),
de 20 shekels dans le code d'Hammurabi et à Mari (-1700), de 30 shekels à Nuzi (-1400),
entre 20 et 40 shekels à Ugarit (-1300), de 50 à 60 shekels en Assyrie (900-800), et entre 90
et 120 shekels au début de l'époque perse (600-500).
45 Genèse 11:31; 14:14.
46 Genèse 11:22-26.
47 R. DE VAUX - Histoire ancienne d'Israël des origines à l'installation en Canaan

Paris 1986 Éd. Gabalda p. 185.


48 G. ROUX - La Mésopotamie

Paris 1995 Éd. Seuil p. 256.


The Biblical Archaeologist
1948 p. 16.
49 Genèse 29:4,5.
50 E.M. B LAIKLOCK - The New International Dictionary of Biblical Archaeology

Michigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House p. 417.


P. GARELLI, J.M. DURAND, H. GONNET, C. BRENIQUET - Le Proche-Orient Asiatique
Paris 1997 Éd. P.U.F. pp. 278-288.
18 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

La corrélation entre la datation biblique et la période où les événements sont censés


se produire est excellente. Le prix de 20 shekels fixé pour acheter Joseph (à l'âge de 17 ans)
comme esclave51 est en accord avec la période où il fut vendu (-1770), comme celui de 30
shekels en Exode52 avec la période où Moïse est censé avoir vécu (-1500). De même, le prix
de 50 shekels53 correspond à la période où régna Ménahem (-770). Enfin, le prix de 90
shekels (3x30) se déduit à partir du texte de Zacharie54 qui écrivit vers -520. La somme de
30 shekels représentait un mois de salaire soit le tiers du prix d'un esclave. En effet, un
shekel valait 3 deniers, et un denier correspondait à une journée de travail au 1er siècle55.

2) Le deuxième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la


proportion des noms amorites comportant une forme conjuguée à l'imparfait (commençant
souvent par un i ou un y) par rapport à l'ensemble des noms à une période donnée. Il est
évident que certains noms (ou prénoms) sont caractéristiques d'une époque, ce qui permet
de les dater. Une étude56 portant sur 360 noms akkadiens du 3e millénaire avant notre ère, a
montré une proportion de 20% de noms à l'imparfait, dont 80% commençant par y/i. Une
autre étude57 portant sur 6000 noms a révélé que vers -1800 il y en avait 16% à l'imparfait,
dont 55% commençant par y/i. Autour de -1300 sur 4050 noms il n'y en a plus que 2% à
l'imparfait, dont 30% commençant par y/i. Au début du 1er millénaire avant notre ère, sur
5000 noms, il n'en reste que 0,25% à l'imparfait, dont 1,6% commençant par y/i:
51 Genèse 37:28.
52 Exode 21:32.
53 2Rois 15:20.
54 Zacharie 11:8,12.
55 Matthieu 20:2.
56 R.A. DI VITO - Studies in Third Millenium Sumerian and Akkadian Personal Names

Roma 1993 Ed. Pontificio Istituto Biblico pp. 306-317.


J. BRIGHT - A History of Israel
London 1980 ED. SCM pp. 77, 78.
K.A. KITCHEN - Ancient Orient and the Old Testament
Chicago 1966 Ed. IVP pp. 48, 49.
D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament
in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, Grand Rapids 1983 Ed. Zondervan p. 316.
57 K.A. KITCHEN - Ancient Israel. A Short History from Abraham to the Destruction of the Tem.

1989 in: Themelios 15:1 Ed. H. Shanks pp. 25-28.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 19

Dans les chapitres 16 à 50 du livre de la Genèse apparaissent vingt-quatre


descendants d'Abraham, dont quatre ont un nom commençant par y/i (Ismaël, Isaac,
Jacob, Joseph), soit une proportion de 16%. La période où ces personnages ont vécu
s'étend de -2000 à -1750 selon la Bible, ce qui est effectivement en très bon accord avec ces
données archéologiques. Détail digne d'intérêt, toutes les divinités dont le nom commence
par y/i sont très anciennes, en fait avant le 2e millénaire avant notre ère; par exemple:
Ishtar, Il, Igigi, Inanna, Ishkur, Ishara, Inshushinak, etc.

3) Le troisième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la


structure des traités, également caractéristique de chaque époque. Une étude58 portant sur
cinquante-sept traités a montré que ceux-ci comportaient des parties spécifiques (témoins,
titres, serments, engagements, malédictions, bénédictions, rappels historiques) présentés
dans un ordre caractéristique propre à chaque époque.
La Bible rapporte trois traités conclus à l'époque patriarcale: celui d'Abraham avec
Abimélek en Genèse 21, celui d'Isaac avec Abimélek en Genèse 26, et celui de Jacob avec
Laban en Genèse 31. Ces trois traités ont la même structure:

1) des témoins59;
2) un serment60;
3) des engagements61;
4) des malédictions et des bénédictions62.

58 K.A. KITCHEN - The Patriarchal Age: Myth or History


1995 in: Biblical Archaeology Review 21:2 pp. 48-57, 88-95.
K.A. KITCHEN, R.S. HESS - Genesis 12-50 in the Near Eastern World
Cambridge 1993 in: He Swore an Oath Ed. Tyndale House pp. 67-92.
59 Genèse 21:22; 26:28; 31:44-52.
60 Genèse 21:23; 26:28; 31:44.
61 Genèse 21:24,30; 26:29; 31:52.
62 Genèse 21:33; 26:29; 31:53.
20 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Les trois traités bibliques de l'époque patriarcale cadrent exactement avec ceux qui
existaient au début du 2e millénaire avant notre ère, d'après les données archéologiques et
linguistiques. Cette confrontation est pertinente puisqu'elle compare des données
sensiblement du même lieu et de la même époque.

4) Le quatrième élément de vérification de la chronologie israélite provient de la


présence de mots rares liés à une époque déterminée dans le temps. Cette méthode de
datation par l'analyse linguistique n'est possible que si le corpus est bien documenté, ce qui
est rarement le cas. Le mot manne, par exemple, est traduit par "qu'est-ce [que c'est]?63". Or
ce mot "manne" est légèrement différent de sa définition hébraïque mâ-hou. Certains
linguistes expliquent cet écart en invoquant une étymologie populaire basée sur le syriaque
ou l'araméen tardif. Cette explication érudite n'est pas satisfaisante puisque le mot manne
signifie "qui" et non "qu'est-ce" dans ces deux langues. La forme des pronoms interrogatifs
dans les langues sémitiques anciennes64, est la suivante:

Langue attestée
Qui Quoi de à:
Égyptien ancien/moyen m m -2500 -1500
Akkadien ancien man min -2500 -2000
Assyro-Babylonien mannu(m) mînu(m) -1900 -600
Amorite manna ma -2500 -1500
Ugaritique my mh, mn -1500 -1100
Cananéen ancien miya manna -1800 -1100
Phénicien my m -1000 300
Hébreu mî mâ -1000 500
Araméen ancien/moyen man mâ -900 200
Syriaque ancien man mâ 0 200
63Exode 16:15.
64E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar
in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 336,337.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 21

Le mot manne existait en cananéen ancien et avait le sens de "qu'est-ce", il se trouve


écrit sous la forme ma-an-na dans une lettre à El-Amarna (EA 286), datée autour de -1350.
Cette vocalisation est conservée par la Septante et par le Nouveau Testament. Le cananéen
ancien est un hébreu teinté d'akkadien 65, utilisé par des scribes dans leur correspondance
avec Canaan. Or, cet ancien dialecte a disparu après -1100. Un autre exemple d'étymologie,
attestant de la très haute antiquité du texte biblique, est fourni par le mot hanikayw "ses
hommes d'élite" en Genèse 14:14. Cet hapax, dont on ignorait encore le sens exact il y a
peu, fut découvert dans des textes égyptiens d'exécration datés en 1900-1800 pour qualifier
"les hommes d'élite" des princes cananéens. Ce mot rare66 apparaît ensuite, pour la dernière
fois, dans un texte trouvé à Taanach daté en 1500-1400. Comment un rédacteur tardif du
texte biblique aurait-il pu connaître un mot disparu depuis -1400? L'explication la plus
simple de cette étonnante précision n'est-elle pas d'admettre que l'auteur du texte ait vécu à
l'époque des faits? La datation obtenue grâce à la linguistique est cependant balbutiante à
cause du corpus très restreint sur lequel elle opère. Les mots rares de la Bible ont souvent
été supposés tardifs, et donc anachroniques. Ces conclusions, qui reposaient en fait sur
notre ignorance des langues anciennes, ont régulièrement été démenties. Par exemple, selon
un dictionnaire de référence67, les mots ketem "or" (Job 28:16,19), pardes "parc" (Cantique
des cantiques 4:13; Ecclésiaste 2:5; Néhémie 2:8) et karoz "héraut" (Daniel 3:4) sont tardifs
puisque pardes et karoz auraient été empruntés au grec (paradeisos "paradis" et kerux
"héraut"), soit autour de -400. Selon un dictionnaire plus récent68, ces mots rares existaient
en akkadien: kutîmu viendrait du sumérien KU-DIM "orfèvrerie" (avant -2000), pardêsu
"enclos" du vieux perse "muret autour" (vers -600) et kirenzi "proclamation" serait
emprunté à la langue hourrite (vers -1500). Selon une étude plus approfondie, le mot vieux
perse pari-dîdâ "muraille autour", viendrait du mède pari-daiza. Or, la langue mède était
parlée à Ecbatane et remonte au début du 1er millénaire avant notre ère69. Les affirmations
d'anachronismes sont donc maintenant devenues anachroniques, elles reposaient en fait sur
une illusion, les mots disparus étant en fait des mots hibernants70.

65 S. IZRE'EL - Canaano-Akkadian
Munich 2005 Ed. Licom Europa pp. 1-4.
66 R. DE VAUX - Histoire ancienne d'Israël des origines à l'installation en Canaan

Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 208-209.


67 F. BROWN, S.R. DRIVER, C.A. BRIGGS – A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament

Oxford 1951 Ed. Oxford University pp. 508, 825, 1097.


68 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of Akkadian

Wiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 159, 171, 266.


69 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robet Laffont p. 517.


70 A.R. MILLARD - The Tell Fekheriyeh Inscriptions

in: Biblical Archaeology Today 1990. Jerusalem 1993, Ed. Israel Exploration Society p. 523
A.R. MILLARD - A Lexical Illusion
in: Journal of Semitic Studies 31 (1986) pp. 1-3.
22 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Les fouilles de ras Shamra (en 1929), qui ont exhumé l'antique ville d'Ugarit détruite
en -1185, ont permis de démentir plusieurs préjugés de l'archéologie. En effet, cette ville de
Syrie connaissait déjà l'alphabet (en cunéiforme) au 14e siècle avant notre ère71, sa langue
étant très proche de l'hébreu. Cela a d'ailleurs permis d'éclairer des expressions bibliques
obscures72: šebîsîm "petits soleils" en Isaïe 3:18, šeta‘ "craindre/ terrifier" en Isaïe 41:10, bêt-
hahopšît "maison de réclusion" en 2Rois 15:8, rokeb ba‘arabôt "chevaucheurs de nuées" en
Psaumes 68:5, etc. Les connaissances archéologiques n'en sont donc qu'à leur début.
Les conclusions linguistiques sont encore faussées par d'autres difficultés:
 Selon le Talmud73, le texte biblique en paléo-hébreu a été réécrit en caractère araméen
(appelé "hébreu carré") par Esdras (vers -400). Certains termes techniques archaïques
ont été réactualisés, ce qui a généré des anachronismes artificiels. Le mot "darique"
(1Chroniques 29:7), par exemple, est anachronique, puisque cette unité monétaire,
apparue seulement au 6e siècle avant notre ère, était inconnue à l'époque de David,
quatre siècles plus tôt. Esdras, l'auteur présumé du livre des Chroniques, a donc
effectué la conversion d'une ancienne unité, inusitée à son époque, en une autre plus
courante et familière: "la darique", comme il le fait en Esdras 8:27. Par contre, la qesitah
(Genèse 33:19; Josué 24:32; Job 42:11) n'a pas été convertie par Esdras (les traducteurs
de la Septante, eux, l'ont traduite par "agneau", créant ainsi un nouvel anachronisme).
 Les aires géographiques de l'Antiquité, dont le nom a été conservé, ont changé avec le
temps. Selon le Nouveau Testament, le Sinaï (au nord de l'Égypte) était une montagne
située en Arabie (Galates 4:25; Ac 7:29,30). De même, les traducteurs de la Septante
situaient aussi (en -280) le pays de Goshèn en Arabie74. Il semble donc y avoir un
anachronisme, cependant cette définition de l'Arabie recoupe celle des historiens de
l'époque. Strabon75 (-64 21), historien grec du Pont, décrivait les frontières de l'Arabie
comme allant du Golf persique à l'Est jusqu'au Nil à l'Ouest, ce qui signifie que pour
lui la péninsule arabique et la péninsule du Sinaï étaient incluses dans l'Arabie. De
même, l'historien grec Hérodote76 (484-425) appelait Arabie toute cette région allant de
l'Est du Nil à la Mer Rouge. L'Arabie de la Septante et du Nouveau Testament est
donc différente de celle de l'Ancien Testament (qui correspond à la définition actuelle),
mais était en accord avec celle des géographes grecs de leur époque.
71 Les archives d'Ugarit avant -1350 ont malheureusement disparu, peut-être parce que le support utilisé pour l'écriture était la tablette de
bois recouverte de cire (S. LACKENBACHER – Textes akkadiens d'Ugarit, in: LAPO 22, Éd. Cerf 2002, pp. 22-23). Les archives d'Ébla
(vers -2300), éclairent aussi l'hébreu (M. DAHOOD – Eblaite and Biblical Hebrew in: Catholic Biblical Quaterly 44:1, 1982, pp. 1-24).
72 A. SCHOORS - Ugarit, in: Dictionnaire encyclopédique de la Bible, Éd. Brepols 1987 pp. 1287-1290.
73 Talmud de Babylone: Baba Batra 14b; Sanhédrin 4:7 21b.
74 Genèse 45:10, 46:34.
75 Géographie 16:4:2; 17:1:21-31.
76 Enquête 2:8, 15, 19, 30, 75, 124, 158.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 23

 Les liens entre l'ethnicité et l'aire géographique ont évolué avec le temps. La précision
"Ur des Chaldéens (Genèse 11:28,31; 15:7)" de l'époque d'Abraham (né en -2038), par
exemple, est jugée anachronique puisque les Chaldéens n'apparaissent que 1000 ans
plus tard. La Chaldée désigne une région au sud de la Babylonie. La Septante à traduit
l'expression "Ur des Chaldéens" par "territoire des Chaldéens", ce qui est une précision
géographique et non ethnique. Le mot grec kaldaiôn "Chaldéens" vient de l'assyrien
kaldu et provient du babylonien kašdu77 (avant -900). Or, le mot hébreu n'est pas kaldu
mais kašdim, l'équivalent de kašdu. Ce mot pourrait provenir de kiššatu, qui désignait à
la fois "la totalité" et "[l'empire de] Kiš". Selon Joannès78: Les Chaldéens restent une
population relativement mal connue. Il s'agit vraisemblablement de sémites occidentaux, originellement
nomades, dont on constate l'apparition et l'installation dans l'extrême sud de la basse Mésopotamie au
début du Ier millénaire av. J.-C., au même moment que les Araméens auxquels ils sont peut-être
apparentés. C'est dans une inscription d'Aššurbanipal II qu'ils apparaissent pour la première fois en
872 av. J.-C. Si l'on trouve des Chaldéens dans certaines grandes villes babyloniennes (Sippar, Kuta,
Kiš, Nippur, Uruk), leur habitat privilégié semble avoir été le sud de la Babylonie et le pays des
marais, où ils fondèrent des établissements permanents, que les rois assyriens eurent à conquérir (...)
De la même manière que le terme Akkad renvoie à la capitale et au pays qu'elle dominait, le nom
Kiš a désigné plusieurs siècles auparavant et dans la même région, à la fois la ville éponyme et
l'ensemble géographique constitué entre les cours parallèle de l'Euphrate et du Tigre à leur entrée en
basse Mésopotamie. "Ur des Chaldéens" pourrait donc se référer à "Ur [de l'empire] de
Kiš". Bien que, selon la Liste royale sumérienne, Kiš fut la première ville à recevoir la
royauté après le Déluge, le corpus provenant de cette antique civilisation79 reste encore
très faible par rapport à celui de Sumer, le Shinéar de la Bible80.
Les archéologues supposent "par principe" que le texte biblique est tardif. Ainsi
lorsque la tablette XI de L'épopée de Gilgamesh, donnant la version en sumérien du récit
biblique du Déluge (chapitres 7 et 8 de la Genèse), fut découverte en 1872, l'explication qui
s'est vite imposée fut de considérer la version biblique comme un plagiat, Ziusudra, "vie de
longs jours" en sumérien, devenant le modèle du Noé biblique. Une analyse critique81 de ce
célèbre récit aboutit à une conclusion inverse. En effet, le récit sumérien comporte
77 J. BLACK, A. GEORGE, N. POSTGATE – A Concise Dictionary of Akkadian
Wiesbaden 2000 Ed.Harrassowitz Verlag pp. 152, 162.
78 F. JOANNES – Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robet Laffont pp. 175-176, 448-449.


79 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 51-52.
80 Selon le texte de Genèse 10:6-12, Nimrod fonda les villes de Babylone, d'Uruk, d'Akkad et de Ninive. Or, Nimrod, est le fils de Koush

(Kish), fils de Cham, fils de Noé. Le royaume de Kish (Koush) constitue donc les prémices des royaumes sumériens et akkadiens.
81 R.J. TOURNAY, A. SHAFFER – L'épopée de Gilgamesh

Paris 1994 Éd. Cerf pp. 222-247.


24 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

plusieurs invraisemblances, absentes du texte biblique82. Le récit biblique du Déluge est


donc plus conforme à la logique et contient une version plus proche de l'original. Enfin, la
différence majeure concerne le monothéisme strict du texte biblique par opposition au
polythéisme grossier du récit sumérien. Or, les seuls monothéistes connus, à cette époque,
sont les Hyksos. Selon les informations du prêtre égyptien Manéthon, rapportées par
Flavius Josèphe83, les Hyksos vivaient à Avaris, une ville consacrée à Typhon/Seth (Seth est
le nom égyptien de Baal, le "Seigneur" de Canaan)84. Apopi, le dernier Hyksos, est d'ailleurs
le premier monothéiste connu85, un adorateur du seul "Seigneur". En fonction de ces
quelques critères, la version monothéiste du Déluge n'a chronologiquement pu naître, ou
être rapportée, qu'en milieu hyksos de l'époque d'Apopi.
Ainsi, les conclusions linguistiques sont souvent utilisées à charge contre le texte
biblique. Lorsqu'elles confirment la chronologie israélite, elles ne sont généralement pas
retenues, les archéologues assimilant alors ces synchronismes à des "coïncidences" en se
focalisant sur de prétendus anachronismes rédhibitoires. L'anachronisme le plus grave,
selon Finkelstein étant celui-ci: L'histoire des patriarches est pleine de chameaux (...) Or, l'archéologie
révèle que le dromadaire ne fut pas domestiqué avant la fin du IIe millénaire86. Alors que dit réellement
l'archéologie et quelles sont les preuves disponibles?

Les chameaux dans le récit d'Abraham sont-ils anachroniques? Plusieurs études


mentionnent des vestiges, des textes et des restes animaux, qui appuient une domestication
du chameau commençant en Arabie87 avant -2000. De nombreux pétroglyphes88
apparaissant sur des roches en Arabie appuient ce fait89. S'y ajoute la présence d'ossements
de chameaux90 datés aux mêmes époques (fin du 3e millénaire).

82 1) Ziusudra construit un coffre cubique de 120 coudées de côté. Les grands pétroliers actuels, conçus pour transporter de gros volumes
en toute sécurité et de manière stable, ont exactement les proportions que l'arche biblique (300, 50 et 30 coudées), soit un rapport
longueur sur largeur de 6 à 1, ce qui constitue un rapport idéal pour la flottabilité d'après les spécialistes de la construction navale, alors
qu'un cube est très instable; 2) Ziusudra lance une colombe qui revint vers l'arche, puis une hirondelle qui fit de même, et enfin un
corbeau qui ne revint pas. Noé, lui, lâche un corbeau qui va et vient, puis une colombe qui revient, puis de nouveau la colombe qui
revient avec une feuille d'olivier, et enfin la colombe qui ne revient pas. Selon les naturalistes, l'astucieux corbeau est un des oiseaux les
plus capable de s'adapter et un des plus ingénieux. Il était donc avisé de commencer par le corbeau pour tester l'état du pays et de
terminer par la colombe, un oiseau peu astucieux; 3) Ziusudra était un homme immortel et vivait dans une contrée appelée Dilmun
(l'actuelle île de Bahreïn). Même si les jours de Noé furent prolongés à 950 ans, il finit, lui, par mourir.
83 Contre Apion I:237-238. Typhon est le nom grec de Seth, selon Diodore (Bibliothèque historique I:21, I:88).
84 N. A LLON - Seth is Baal — Evidence from the Egyptian Script

in: Ägypten und Levante XVII Wien 1997 pp. 15-22.


85 O. GOLDWASSER – King Apophis and the Emergence of Monotheism

in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. I (2006) pp. 129-133, 331-354.
86 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée

Paris 2002 Éd. Bayard pp. 50, 51.


87 S. AD SAUD ABDULLAH - The Domestication of Camels and Inland Trading Routes in Arabia

in: Atlas. The Journal of Saudi Arabian Archaeology Vol. 14, Riyadh 1996 pp. 129-131.
88 E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 1

1968 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 109-111.


89
E. ANATI - Rock-Art in Central Arabia Vol. 4
1974 Louvain Ed. Institut Orientaliste pp. 128, 234.
90
J. ZARINS - Camel
in: The Anchor Bible Dictionary. New York 1992 Ed. Doubleday pp. 824-826.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 25

En dehors de ces gravures sur pierre, les bédouins (transitant principalement sur la
route de l'encens) n'ont apparemment laissé aucun texte. L'opinion courante veut que cet
animal ait été introduit en Syrie par les Araméens vers la fin du 2e millénaire pour prendre
de l'importance à l'époque néo-assyrienne à la fois comme animal de bât et animal de
monte utilisé pour la guerre, en particulier par les Bédouins. Le roi arabe Gindibu aurait
envoyé 10 000 hommes à dos de chameau à la bataille de Karkar remportée en -853 par
Salmanazar III. En -652, Šamaš-šum-ukîn, roi de Babylone, reçoit le renfort de troupes
arabes montées à dos de chameau pour affronter Aššurbanipal. De telles troupes sont aussi
représentées sur les bas-reliefs du palais d'Aššurbanipal.
En fait, les pétroglyphes de chameaux sont assez fréquents, mais la principale
difficulté est leur datation car la pierre ne peut être datée par le C14. Il n'y a en fait que
deux autres moyens qui permettent de les dater:
 L'étude de l'environnement immédiat (poterie typée ou objet en bois datable par le
C14) donne une datation approximative. Des études sur l'art rupestre du Hemma
(Djezireh syrienne), par exemple, ont révélé au moins une quinzaine de pétroglyphes de
chameaux dont certains remonteraient au 12e siècle avant notre ère91.
 Il arrive de façon exceptionnelle que certains pétroglyphes soient accompagnés d'un
texte contenant les noms de personnages qui peuvent être situés dans le temps. C'est le
cas de cette représentation (ci-dessous) découverte en Nubie92 dont l'inscription se lit:
Le guide des bons chemins, pilote Imai. Le nom Imai (’Im3i) est peu courant et n'apparaît que
sous le règne de Pépi II (2186-2121), ce qui situe l'inscription vers 2200-2100.

91
http://www.espasoc.org/2004/he4_18drom.html
92ZBYNEK ZABA - The Rock Inscriptions of Lower Nubia
Prague 1974 Ed. Tzechoslovak Institute of Egyptology pp. 237, 238, Fig. 409 CCXXIX.
26 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

En dehors des bédouins, les autres civilisations du passé ont peu apprécié ce type
d'animal. Les Sumériens et les Égyptiens, par exemple, ont toujours considéré le chameau
(ou le dromadaire) comme un animal exotique. Ils ne s'y sont guère intéressés, de plus,
certains animaux connus des Égyptiens, comme les chats et les poules, n'ont pas non plus
été représentés sur leurs monuments. Il subsiste cependant quelques vestiges93. Les fouilles
effectuées en Égypte ont livré d'autres confirmations. Ainsi une corde tressée en poil de
chameau, datée autour de -2500, a été exhumée à Pi-Ramsès dans le Fayoum. Un récipient
en forme de chameau portant quatre amphores a été exhumé à Abusir el-Meleq94 (dans le
Fayoum 10 kilomètres au sud du Caire). Au Wadi Nasib dans le Sinaï, une caravane de
chameaux dont l'un est tiré par un homme, apparaît sur des rochers95. Une statuette en
forme de chameau portant des amphores a été trouvée à Rifeh.

Abusir el-Meleq (Égypte, vers -2000) Assouan (Égypte, 2200-2100)

Rifeh (Égypte, 13e siècle avant notre ère) Wadi Nasib (Sinaï, vers -1500)

Ces découvertes archéologiques fortuites montrent que si l'Égypte pharaonique ne


mentionne pas le chameau elle ne l'ignorait pas. Les chameaux apparaissent à cette époque
dans plusieurs cités96 qui se situent tout au long de la "route de l'encens" qui reliait le Golf
persique à l'Égypte en longeant la mer Méditerranée.
93
K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament
Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 338, 339, 640.
94
L. PIROT, A. C LAMERT - La Sainte Bible Tome I
Paris 1953 Éd. Letouzey et Ané pp. 242, 243.
F. VIGOUROUX - Dictionnaire de la Bible Tome 2
Paris 1899 Éd. Letouzey et Ané p. 525.
95 RANDALL W. YOUNKER - Late Bronze Age Camel Petroglyphs in the Wadi Nasib, Sinai

in: Near East Archaeological Society Bulletin 42 (1997) pp. 47-54.


96 R.W. BULLIET - The Camel and the Wheel

Cambridge Massachusetts 1975 Ed. Harvard University Press pp. 57-71.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 27

Byblos (autour de -2000)

Suse (autour de -2300)97 Ur (1900-1700)

Sceau syrien (1800-1400) [dessin de la partie droite]

Sceau d'Asie centrale (autour de -2000)98

On a aussi retrouvé à Ur99, ville d'où Abraham est parti, un petit chameau en or en
train de s'agenouiller. Ce bijou faisait partie d'un collier daté dans la IIIe dynastie soit autour
de -2000. Toutes ces découvertes prouvent donc que la domestication des chameaux
remonte sans conteste au début du 3e millénaire100, du moins en Arabie. Même si les textes
mentionnant cette domestication sont rares, ils ne sont pas inexistants. Un texte en vieux
babylonien trouvé à Nippur, daté entre -2000 et -1700, fait explicitement allusion au lait de
97 E. VILLENEUVE - Archéologie: Bitume au natuel
2002, in: Le monde de la Bible n°145 pp. 57-59.
98 J. ARUZ Art of the First Cities. The Third Millenium B.C. from the Mediterranean to the Indus

New York 2003 Ed. The Metropolitan Museum of Art pp. 374, 375.
99 E.M. B LAIKLOCK R.K. H ARRISON - The New International Dictionary of Biblical Archaeology

Michigan 1983 Ed. Zondervan Publishing House pp. 115,116.


100 H. EPSTEIN –Le dromadaire dans l'Ancien Orient

in: Revue d'histoire des sciences et de leurs applications 7 (1954) Presses Universitaires de France pp. 247-268.
28 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

chamelle101 (comment obtenir du lait d'un animal sauvage102?) Le chameau est en fait appelé
le "pachyderme d'Harrân". Toujours à Nippur, une liste sumérienne d'animaux exotiques,
remontant au babylonien ancien (daté entre -1900 et -1500), classe le chameau103 avec le
tigre et l'éléphant d'Asie. Un texte trouvé à Alalakh, daté entre 1800 et 1700, évoque le
fourrage des chameaux104 (la lecture du mot [ANŠE]-GAM-MAL "chameau" est discutée). À
partir du 11e siècle avant notre ère, les textes assyriens citant des chameaux domestiqués,
comme celui du roi Assur-bêl-kala (1073-1056), sont de plus en plus nombreux105.
Notre mot "camélidés" dérive de l'akkadien gammalu, correspondant au sumérien
[ANŠE]-GAM-MAL. La signification d'un autre mot sumérien pour désigner le chameau, soit
[ANŠE]-A-AB-BA "âne de la mer", est éclairante sur le rôle de cet animal à cette époque
reculée. Ce classement sommaire du chameau par les Sumériens dans la catégorie de l'âne
montre que cet animal était peu commun. De plus, la précision surprenante "de la mer" est
une confirmation indirecte de son origine arabe. En effet, les chameaux étaient surtout
utilisés par les caravaniers arabes106 pour vendre de l'encens (Isaïe 60:6). Or ces marchands
empruntaient une "route de l'encens" qui reliait le Golfe persique à l'Égypte en passant le
long de la mer Méditerranée (2Chroniques 20:2), d'où son nom ultérieur de Via Maris107
"route de la mer", citée sous cette forme par le texte d'Isaïe 8:23. Une lettre du roi assyrien
Shamshi-Adad Ier atteste de l'utilisation de cette voie par son armée108 vers -1700 et la vente
de Joseph à des marchands ismaélites illustre le rôle de cette antique route commerciale
(Genèse 37:25). Les découvertes109 archéologiques ont ainsi confirmé une domestication
précoce du chameau en Arabie110 même si son développement fut très lent.
101 The Assyrian Dictionary Vol. 7
Chicago 1960 Ed. The Oriental Institute p. 2.
102 De plus, l'analyse grammaticale classerait les chameaux dans les animaux domestiques, car la dernière radicale –b serait un déterminant

originel des animaux sauvages (ex. kaleb "chien") alors que le déterminant –l/r (ex. gamal) serait celui des animaux domestiques (J.-C.
HAELEWYCK –Grammaire comparée des langues sémitiques in: Langues et cultures anciennes 7, 2007 Bruxelles, Éd. Safran p. 146).
103 M. CIVIL - "Adamdun", the Hippopotamus, and the Crocodile

in: Journal of Cuneiform Studies 50 (1998) p. 11.


104 A. GOETZE - Remarks on the Ration Lists from Alalakh VII

in: Journal of Cuneiform Studies 13. New Haven 1959 pp. 29, 37.
W.G. L AMBERT - The Domesticated Camel in the Second Millenium
in: BASOR 160 (dec. 1960) pp. 42, 43.
105 A. KUHRT - The Exploitation of the Camel in the Neo-Assyrian Empire

in: Studies on Ancient Egypt London 1999 Ed. The Egypt Exploration Society pp. 179-184.
106 Sans les chameaux, les déserts de l'Afrique du nord auraient été inhabitables.
107 É. STERN - La Via Maris in: Les routes du Proche-Orient. Des séjours d'Abraham

aux caravanes de l'encens Paris 2000 Éd. Desclée de Brouwer pp. 58-65.
108 J.C. MARGUERON, L. PFIRSCH - Le Proche-Orient et l'Égypte antique

Paris 2005 Éd. Hachette Supérieur p. 199.


109 JOHN J. DAVIS -The Camel In Biblical Narratives,

in: A Tribute To Gleason Archer. Chicago 1986, Ed. Moody Press


A.E. DAY R.K HARRISON G.W. BROMILEY - International Standard Bible Encyclopedia, Vol. 1
1979 Grand Rapids: Eerdmans: pp. 583-584.
D.J. WISEMAN F.E. GAEBELEIN - Archaeology & The Old Testament
in: Expositor’s Bible Commentary, Vol. 1, 1979 Grand Rapids: Zondervan p. 316.
J.P. FREE - Abraham's Camels
in: Journal of Near Eastern Studies 3, 1944, pp. 187-93.
110 I. KÖHLER-ROLLEFSON - Camels and Camel Pastoralism in Arabia

in: Biblical Archaeologist 56 (1993) pp. 180-188.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 29

La lecture du récit biblique donne parfois l'impression que les chameaux étaient
abondamment utilisés en Mésopotamie dès l'époque patriarcale. Ce n'est pas le cas.
Quelques points permettent de le vérifier. Abraham eut des chameaux seulement après être
parti d'Harrân et être passé par le Négueb111. Les propriétaires de ces animaux étaient des
bédouins arabes112 pour la plupart. La possession de chameaux était un signe de richesse
surtout pour les peuples arabes113 comme les Madianites et les Edomites. En fait, les
données bibliques concernant les chameaux concordent avec les découvertes
archéologiques. Les propriétaires de chameaux sont essentiellement en Arabie. Job, qui
mentionne les caravanes de Téma114, est un Oriental. La reine de Saba, arrivant avec ses
chameaux, séjournait dans le sud de l'Arabie115. Abraham, bien que propriétaire de
chameaux ne le devint en fait qu'après le départ d'Harrân116 sa ville d'accueil. Ce riche
propriétaire, originaire de la prospère ville d'Ur, opéra un choix judicieux en acquérant une
caravane de chameaux, probablement auprès de marchands arabes, car ces animaux sont
très bien adaptés pour la vie nomade. Abraham, bien que résidant sous les tentes, n'est pas
présenté comme un bédouin, mais comme un chef prestigieux, éleveur de bétail
sédentarisé, se déplaçant parfois à cause d'événements extérieurs.
Aussi incroyable que cela puisse paraître, ces éléments provenant de l'archéologie
sont ignorés par la plupart des égyptologues. Lorsque j'ai envoyé mon dossier à Claude
Obsomer, il m'a renvoyé aux livres de Finkelstein. J'ai donc insisté en lui livrant mon
dossier sur la domestication des chameaux. Il m'a répondu dans son courriel daté du 2
septembre 2004: Cher Monsieur Gertoux, je vous remercie d'avoir persévéré. Effectivement, vous avez
111 Genèse 12:9,16.
112 Genèse 32:3,15; Juges 6:3,5.
113 Job 1:3.
114 Job 6.19.
115 2Chroniques 9:1.
116 Genèse 12:5.
30 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

une série de documents intéressants en ce qui concerne les chameaux pour réfuter une idée largement diffusée.
S'il s'avère que les datations indiquées sont correctes, ce que vous avez eu à cœur de vérifier en consultant les
publications originelles et études sur la question, il va de soi que la question des chameaux ne pourra plus
être proposée comme objection à une datation haute du récit biblique. Ceci n'exclut pas non plus une
datation basse, bien entendu, et il revient dès lors de réexaminer les autres objections archéologiques avancées
par Finkelstein.
En fait, de nombreux spécialistes ne veulent pas changer d'avis même quand ils
connaissent les preuves archéologiques. Cécile Michel, par exemple, dans sa lettre datée du
25 mars 2004 m'a répondu: En ce qui concerne le chameau, gammalu en akkadien (Dictionnaire
entrée animaux domestiques), son terme sumérien [ANŠE]-GAM-MAL est un emprunt tardif à
l'akkadien. En effet, les Akkadiens utilisent encore le sumérien dans certains contextes aux IIe et Ier
millénaires et il leur arrive de créer des mots sumériens parfois décalqués sur leur propre langue. Rien ne
prouve donc que les Sumériens connaissent les chameaux qui n'apparaissent d'ailleurs dans les textes qu'à
la fin du IIe millénaire. Je ne crois donc pas en l'existence du lait de chamelle ou du fourrage des chameaux
dans les textes du début du IIe millénaire. Ce que vous identifiez comme un chameau sur une plaque
rituelle retrouvée à Suse n'y ressemble guère. Surpris par tant de mauvaise foi, j'ai de nouveau
consulté le dictionnaire akkadien117. Ce dictionnaire cite bien un texte en vieux babylonien
trouvé à Nippur, daté entre -2000 et -1700, faisant explicitement allusion au lait de
chamelle. Il s'agit bien du début et non de la fin du IIe millénaire. De plus, les chameaux
qui sont équipés avec des jarres ne peuvent être classés parmi les animaux sauvages, mais
bien parmi les animaux domestiques.
Pour bien comprendre la question du chameau et de sa domestication, j'ai consulté
un spécialiste réputé des langues sémitiques. Dans sa lettre datée du 2 août 2004, Edward
Lipinski m'a répondu: Vous avez certainement raison de rappeler que le chameau semble avoir été
domestiqué en Arabie dès le IIIe millénaire av.n.è. En sud-arabique, il porte le nom de gml, certainement
le même que ǧamal en arabe classique, gəmoul en copte, et que le pluriel GIMLN, ou GMIL des
inscriptions numides du 2e siècle av.n.è. ("dromadaires", peut-être "chameliers"). Le pseudo-idéogrammes
sumérien et mot akkadien sont manifestement des emprunts à l'arabe ancien des régions du Golfe Persique.
Le déterminatif ANŠE indique qu'il s'agit d'un animal de bât, tout comme l'âne. Le redoublement du m
dans un mot d'emprunt ne me paraît pas significatif ; l'hébreu redouble ainsi le l au pluriel sans raison
apparente. La forme ANŠE-GAM, sans le signe MAL, n'est toutefois pas attestée, à ma connaissance. La
structure primitive du mot, antérieure à la domestication du dromadaire, dont on a retrouvé des traces en
Tunisie dès le IVe millénaire av.n.è., avait cependant une base monosyllabique : gam ou kam. On la
117 The Assyrian Dictionary Vol. 7 Chicago 1960 Ed. The Oriental Institute p. 2.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 31

trouve en égyptien (qm3), paléo nubien, bedja et même sous la forme -l+ġem dans les dialectes berbères
modernes. Vous trouverez plus d'informations à ce sujet dans mon livre Itineraria Phoenica (Leuven
2004), p. 205-212. Il est impossible de préciser la période à laquelle le suffixe –al a été ajouté à la base du
mot, mais son emploi avec les noms d'animaux domestiqués suggère de dater la forme gml au plus tôt du
IIIe millénaire, peut-être seulement du IIe.
Affirmer que les chameaux dans le récit d'Abraham sont anachroniques, comme le
font la plupart des égyptologues, reflète leur méconnaissance des données archéologiques
et linguistiques. En fait, cette critique récurrente d'anachronisme est souvent reprise par pur
conformisme en milieu académique. Les autres anachronismes mentionnés par Finkelstein
sont du même acabit. Il est instructif de vérifier sur quels arguments il s'appuie pour réfuter
l'existence de personnage comme David ou Salomon. Finkelstein écrit: David et Salomon ont
été élevés, au cours des siècles, au rang d'icônes religieuses auréolées d'un tel prestige —tant par le judaïsme
que par le christianisme— que les déclarations récentes de certains biblistes radicaux, qui affirment que le
roi David n'as pas davantage « de validité historique que le roi Arthur », ont été accueillies dans les cercles
religieux et scientifiques avec un mépris hautain et scandalisé (...) D'un point de vue purement littéraire et
archéologique, certains arguments plaident en faveur des minimalistes. La lecture attentive de la description
biblique du règne de Salomon démontre clairement qu'il s'agit de la peinture d'un passé idéalisé, d'une sorte
d'âge d'or, nimbé de gloire. Le compte rendu de ses fabuleuses richesses (...) abonde en détails trop excessifs
pour être crédibles. En outre, en dépit de leurs prétendues richesses et pouvoirs, ni David ni Salomon ne
figurent dans aucun texte égyptien ou mésopotamien. Enfin, Jérusalem ne contient pas le moindre vestige
archéologique des célèbres constructions de Salomon. Les fouilles entreprises à Jérusalem, autour et sur la
colline du Temple, au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle, n'ont pas permis d'identifier ne
serait-ce qu'une trace du Temple de Salomon et de son palais (...) Quant aux édifices monumentaux
attribués jadis à Salomon, les rapporter à d'autres rois paraît aujourd'hui beaucoup plus raisonnable. Les
implications d'un tel réexamen sont énormes. En effet, s'il n'y a pas eu de patriarches, ni d'Exode, ni de
conquête de Canaan —ni de monarchie unifiée et prospère sous David et Salomon—, devons-nous en
conclure que l'Israël biblique tel que nous le décrivent les cinq livres de Moïse, et les livres de Josué, des Juges
et de Samuel, n'a jamais existé118. Sur quoi reposent ces déclarations fracassantes: sur des
spéculations, car la plupart de ses accusations, ou insinuations, peuvent être démenties.

 Concernant les fabuleuses richesses de Salomon, le texte de 1Rois 10:14 précise qu'il
recevait exactement 666 talents d'or chaque année, soit 21,5 tonnes (= 666 x 32,4 kg).
Le chiffre paraît époustouflant, mais il faut se rappeler qu'à la même époque (début du

I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée


118

Paris 2002 Éd. Bayard pp. 150, 154-156.


32 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

1er millénaire), les temples du pharaon Osorkon Ier recevaient, eux, à peu près 51 tonnes
d'or chaque année119. Si on rapporte les tonnages d'or aux tailles de l'empire égyptien et
du royaume israélite les chiffres sont comparables. Ainsi, à cette époque (le fait est
présenté comme unique), un roi israélite a pu rivaliser avec un pharaon.
 Concernant le silence des textes120 non israélites sur David et Salomon, l'explication est
élémentaire: le règne de ces deux rois s'est déroulé pendant une période de déclin des
deux grands empires égyptien ou mésopotamien. Malgré l'étendue de leur empire, on
ne connaît que très peu d'actions de la plupart des rois babyloniens et égyptiens durant
cette période (excepté leur nom et la durée de leur règne):

Égypte Dates Israël Assyrie Dates Babylonie Dates


du règne du règne du règne
Psousennes Ier 1064 - David Aššur-bêl-kala 1074-1056 Adad-apla-iddina 1070-1048
1057 - Erîba-Adad II 1056-1054 Marduk-ahhê-erîba 1048-1047
Šamšî-Adad IV 1054-1050 Marduk-zêr-[…] 1047-1035
-1018 -1017 Aššurna ṣirpal Ier 1050-1031 Nabû-šum-libur 1035-1027
Aménémopé 1018 - Salomon Salmanazar II 1031-1019 Simbar-šipak 1027-1009
-1009 1017 - Aššur-nêrârî IV 1019-1013 Ea-mukîn-zêri 1009-1008
Osorkon l'Ancien 1009-1003 Aššur-rabi II 1013 - Kaššu-nâdin-ahi 1008-1006
Siamon 1003 - 994 Eulmaš-šakin-šumi 1006 -989
Psousennes II 994 - Ninurta-kudurri-u ṣur Ier 989-986
Širiki-šuqamuna 986-985
-980 -977 -972 Mâr-bîti-apla-uṣur 985-980

Le seul fait marquant durant cette période est la prise de Gézèr, brûlée par le pharaon
Siamon, peu après l'an 20 de Salomon121 (en -997). Le pharaon n'est pas nommé dans la
Bible, mais comme le remarque Kitchen, la seule campagne égyptienne en Palestine
attestée à cette époque est celle de Siamon. De plus, la XXIe dynastie se distingue par le
fait que certains de ses pharaons ont donné leur fille en mariage à des étrangers (ce qui
fut le cas de Salomon cf 1Rois 3:1, 9:10). L'exactitude des données chronologiques du
texte biblique garantit donc indirectement son authenticité.
Si les grands empires, Égypte, Assyrie et Babylonie, n'eurent pas de conflit avec Israël
durant les règnes de David et Salomon (et donc pas de document), ce ne fut pas le cas
des nombreux royaumes aux alentours: Phénicie et Syrie au nord, Ammon, Moab et
Édom à l'est, Philistie au sud, pour ne citer que les plus importants. Ces royaumes ayant
tous disparu après le règne de Nabuchodonosor II (605-562), leurs archives n'existent

119 A. MILLARD – King Solomon in his Ancient Context


in: The Age of Solomon (Brill 1997) Ed by L.K. Handy pp. 38-41.
120 Sur les 113 rois du Levant répertoriés durant la période 1000-600 (y compris ceux de la Bible), seulement 16 sont mentionnés dans des

inscriptions (A. MILLARD – King Solomon in his Ancient Context in: The Age of Solomon (Brill 1997) Ed by L.K. Handy p. 46).
121 1Rois 9:10,16,17.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 33

plus depuis bien longtemps, cependant, deux rois (ceux de Syrie et de Moab) ont érigé
des stèles attestant qu'à cette époque (9e siècle avant notre ère) la présence d'un
royaume d'Israël était largement connu sous le nom de Maison-de-David. La première
stèle est celle de Mésha, roi de Moab, qui donne sa version des événements relatés en
2Rois 2:4-27. On note la présence des expressions "roi d'Israël" à la ligne 5, "Yehowah"
le dieu d'Israël, à la ligne 18 et "Maison de [D]avid" à la fin de la ligne 31122:

La lecture "Maison-de-[D]avid123" est contestée mais, comme le remarque Lemaire,


la seule lettre qui fasse sens, dans la phrase de la ligne 31, est un D124. L'autre stèle est celle
122 E. LIPINSKI – On the Skirts of Canaan in the Iron Age
in: Orientalia Lovaniensia Analecta 153 pp. 336-337.
123 Orthographié BT[D]WD (BYTDWD dans la stèle de Dan) sans le point de séparation, ce qui suppose une expression connue.
124 A. LEMAIRE - House of David" Restored in Moabite Inscription. A new restoration of a famous inscription reveals another mention

of the "House of David" in the ninth century B.C.E. in: Biblical Archaeology Review 20:03 (Mai/Juin 1994) pp. 30-37.
K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament
Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans p. 615.
34 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

d'Hazaël, roi de Syrie, qui donne sa version des événements relatés en 2Rois 8:28-9:16. On
note la présence des expressions "roi d'Israël et "Maison de David" aux lignes 8 et 9:

1. [.....................].......[...................................] et coupa/coupé [.............]


2. [.........] mon père partit vers [....................c]ombattant à/contre Ab[....]
3. Et mon père succomba; il alla vers ses [pères]. Et le Roi d'I[s-]
4. raël pénétra dans la terre de mon père[. Et] Hadad me fit moi-même roi.
5. Et Hadad alla devant moi[, et] je partis de ...................[.................]
6. de mes rois. Et je tuai sept ro[is] [puis]sants, qui avaient sous leurs ordres deux mil[le cha-]
7. riots et deux milles cavaliers. [Je tuai Yeho]ram fils d'A[hab]
8. roi d'Israel, et je tuai [A'haz]yahou fils de [Yehoram r]oi
9. de la Maison de David. Et je plaçai [................................................]
10. leur pays ...[........................................................................................]
11. autre ...[........................................................................... et Jéhu ré-]
12. gnait sur Is[raël..................................................................................]
13. siège sur [Samarie?............................................................................]

Ces deux stèles, celle du roi de Moab et celle du roi de Syrie, montrent qu'il existait
déjà, au 9e siècle avant notre ère, un puissant royaume d'Israël dont les rois étaient
considérés comme appartenant à une Maison-de-David, selon le nom de son fondateur.
 Concernant l'absence de vestige archéologique du célèbre temple de Salomon, là encore
l'explication est simple: ce temple a été entièrement détruit par les Babyloniens lors de
la chute de Jérusalem. De plus, lorsque le roi Hérode le Grand restaura le deuxième
temple construit sur les restes du précédent, il recommença par les fondations, ce qui a
dû éliminer les vestiges salomoniens125 car, selon Flavius Josèphe, Hérode effectua une
reconstruction complète de ce temple (Antiquités juives XV:354,380,421). Il faut aussi
savoir qu'il est impossible de dater ces vestiges (en pierre) par le 14C.

E.-M. L APERROUSAZ – Les temples de Jérusalem


125

Paris 2007 Éd. Non Lieu pp. 51-74, 104-120.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 35

En fait, l'archéologie n'est pas complètement muette


sur l'existence du temple de Salomon126. L'ostracon
d'Arad127 18 (ci-contre) contient le texte suivant128:
1. À mon maître Elya-
2. –shib. Que Yehowah veille
3. sur ta prospérité. Et maintenant:
4. donne à Shemaryahu
5. un éphah; et au Qérosite
6. tu donneras un éphah. Et quant à
7. l'ordre que tu m'as
8. prescrit, il a été accompli:
9. le temple de Yehowah,
10. lui, il habite. [verso]

Cette inscription étant datée vers -600129 (strate VI), si le temple de Salomon n'avait pas
existé, comme le sous-entend l'archéologue Finkelstein, comment expliquer cette
mention du temple de Yehowah à cette époque. Il s'agit bien du temple de Jérusalem130
et non du temple d'Arad, car ce dernier, construit au 10e siècle, a été détruit vers -609
(strate VII) vraisemblablement par les Égyptiens. De plus, le nom "Qérosite" désigne
un clan des Nétinim, "les donnés" qui travaillaient au temple de Jérusalem131. Le
personnage inconnu ("lui") auquel il est fait allusion aux lignes 9 et 10 pourrait être un
Lévite d'Arad qui avait choisi de s'installer à Jérusalem132, suite à la réforme entreprise
par Josias dans la 18e année de son règne133 (en -622).
Grâce à l'évolution des systèmes de calendriers utilisés en Palestine, il est aussi possible
de dater la construction du Temple de Salomon du 10e siècle avant notre ère. En effet,
ces calendriers antiques servaient à fixer les échéances des contrats mais surtout à
organiser les célébrations religieuses. Ces calendriers étaient donc sous la responsabilité
d'une classe de prêtres astronomes. Au 2e millénaire avant notre ère, il n'y avait que
deux grands systèmes de datation: 1) le calendrier mésopotamien d'inspiration
babylonienne avec des noms de mois et un cycle lunaire débutant au 1er croissant
126 L'archéologue israélienne Eilat Mazar de l'Université hébraïque de Jérusalem a découvert dans le secteur de l'Ophel un pan de mur
haut de 6 mètres s'étirant sur 70 mètres. Grâce aux poteries (dont le reste de deux jarres), ce mur a été daté du 10e siècle avant notre ère,
soit l'époque de Salomon. Un des tessons porte l'inscription hébraïque "pour le roi" (LMLK).
127 Y. AHARONI – Arad Inscriptions

Jerusalem 1981 Ed. The Israel Exploratio Society pp. 1-35.


128 A. LEMAIRE – Inscriptions hébraïques Tome I Les ostraca

in: Littératures Anciennes du Proche-Orient n°9 pp. 179-184.


129 G.I. DAVIES – Ancient Hebrew inscriptions, corpus and concordance

Cambridge 1991 Ed. Cambridge University Press p. 17.


130 A. LEMAIRE – Inscriptions hébraïques Tome I Les ostraca

in: Littératures Anciennes du Proche-Orient n°9 pp. 149-151, 227-232.


131 Esdras 2:43-44, Néhémie 7:46-47.
132 Psaumes 23:6.
133 2Rois 22:3; 23:9-10.
36 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

lunaire et 2) le calendrier civil égyptien avec des mois anonymes de 30 jours numérotés
côtoyant un calendrier lunaire débutant à la pleine lune. L'absence de temple avec sa
prêtrise obligeait les Israélites à utiliser les calendriers de l'endroit où ils séjournaient. Il
est ainsi possible de dater leurs pérégrinations grâce aux divers calendriers utilisés.
Selon le texte biblique, les Israélites ont séjourné en Égypte de -1750 à -1500, puis en
Canaan après cette date. Le 1er temple, achevé en -997, sera détruit en -587. Les
Israélites, déportés à Babylone pendant 50 ans (587-537), reviendront construire le
temple qui sera fonctionnel vers -517, les mois du calendrier seront alors traduits par
leur équivalent babylonien. Le calendrier babylonien s'était progressivement imposé
dans tout l'ouest de l'orient, la ville d'Alalakh134, par exemple, l'avait adopté vers -1500.
Ce calendrier était donc utilisé en Palestine, mais le nom des mois était cananéen135.

Calendrier
n° mésopotamien standard n° cananéen équivalent
1 Nisannu 7 1 Abib Mars/avril
2 Ayaru 8 2 Ziv Avril/mai
3 Simanu 9 3 ? Mai/juin
4 Tamuzu 10 4 ? Juin/juillet
5 Abu 11 5 Tsakh? Juillet/août
6 Ululu 12 6 ? Août/septembre
7 Tashritu 1 7 Ethanim Septembre/octobre
8 Arahsamnu 2 8 Bul Octobre/novembre
9 Kissilimu 3 9 ? Novembre/décembre
10 Tebetu 4 10 ? Décembre/janvier
11 Shabatu 5 11 Pe‘ulot? Janvier/février
12 Addaru 6 12 ? Février/mars

Le texte biblique utilise les mots yèraḥ et hodèš pour désigner les mois lunaires. Le mot
hodèš, utilisé pour désigner la nouvelle lune, provient d'une racine hadaš ("nouvelle",
comme dans le mot Carthage, Kart-hadèsht "ville nouvelle" en phénicien), et signifie
"renouvellement", d'où le sens dérivé de "nouvelle [lune]". Le mot yèraḥ "mois", venant
du mot yaréaḥ "lune" peut se traduire par "lunaison". Le mot "pleine lune (Proverbes
7:20)" en hébreu est kèsè ou lebanah "la blanche (Isaïe 30:26)". Les deux mots hodèš et
yèraḥ, employés dans le sens de "mois", ne sont pas synonymes puisqu'on trouve des
inscriptions cananéennes136 avec les mots hodèš yèraḥ Ethanim, que l'on peut traduire par
nouvelle lunaison d'Ethanim (1Rois 8:2). Si les deux mots étaient synonymes, la traduction
134 M.E. COHEN – The Cultic Calendars of the Ancient Near East
maryland 1993 Ed. CDL Press pp. 1-309.
135 J.A. W AGENAAR - Post-Exilic Calendar Innovations

in: Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft 115 (2003) pp. 1-24.
136 H. DONNER, W. RÖLLING - Kanaanäische und Aramäische Inschriften

Wiesbaden 2002 Ed. Harrassowitzp. 9 N°3.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 37

serait mois du mois d'Ethanim, ce qui n'a pas de sens. Cette nuance sémantique est
importante. En effet, dans un calendrier lunaire débutant à la nouvelle lune, les deux
mots "nouvelle [lune]" et "lunaison" pour désigner un mois peuvent convenir, mais
dans un calendrier débutant à la pleine lune, seul le mot "lunaison" est approprié.
L'archéologie montre que les Juifs de Judée n'ont employé, pour désigner les mois, que
le mot hodèš "nouvelle [lune]" et les Juifs d'Égypte que le mot yèraḥ "lunaison137. On lit
par exemple sur l'ostracon n°7 d'Arad, daté autour de -600 pour le 10e [mois], le 1 du mois
jusqu'au 6 du mois138. Lorsqu'ils sont entrés en Canaan, les Israélites ont utilisé le
calendrier cananéen, le 1er mois devenant Abib (le 2e mois Ziv, le 7e mois Ethanim, le 8e
mois Bul, etc). Les Cananéens utilisaient le mot yèraḥ pour désigner le "mois" ce qui
pouvait être ambigu pour les Israélites, car ce terme désignait aussi le "mois" débutant à
la pleine lune (en Égypte). Le terme hodèš, "mois" débutant au 1er croissant lunaire, fut
donc privilégié en Palestine à partir de -1000. En plaçant les mois en fonction de la
chronologie déduite du texte biblique, on obtient l'évolution suivante:

période événement yèraḥ hodèš nom du mois référence


X numéro Genèse 7:11; 8:4,13,14
1800-1700 séjour en Égypte X X ? Job 3:6; 7:3; 14:5; 21:21; 29:2; 39:2
1700-1600
1600-1500
1500-1400 séjour en Canaan X X cananéen Deutéronome 21:13, Exode 23:15
1400-1300 X numéro Josué 4:19
1300-1200
1200-1100 X Juges 11:37-39
1100-1000 X X cananéen 1Rois 6:37,38; 2Rois 8:2
1000 - 900 1er Temple X numéro 1Rois 12:32
900-800 royaume israélite
800-700 X numéro 2Chroniques 30:15
700-609 domination égyptienne
609-587 destruction du 1er Temple *X* X numéro 2Rois 25:27 *Éléphantine*
587-537 séjour à Babylone *X* X babylonien Zacharie 7:1 *Éléphantine*
537- 2e Temple *X* X babylonien Esther 2:16 *Éléphantine*
X babylonien
70 destruction du 2e Temple X babylonien

L'archéologie a confirmé ce schéma chronologique139 puisque le terme yèraḥ apparaît


pour la dernière fois dans le calendrier de Gézèr, daté du 10e siècle avant notre ère, et que le

137 B. PORTEN A. YARDENI - Textbook of Aramaic Documents from Ancient Egypt, 3


1993 Ed. Israel Academy of Sciences and Humanities pp. XXXVI.
138 A. LEMAIRE -Inscriptions hébraïques Tome I, Les Ostraca

In: Littératures anciennes du proche orient n°9 Paris 1977 Ed. Cerf pp. 168,231.
139 A. LEMAIRE – Les formules de datations en Palestine au premier millénaire avant J.-C.

in: Proche-Orient ancien, temps vécu, temps pensé (Paris 1998) Éd. J. Maisonneuve pp. 53-82.
38 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

nom des mois cananéens disparaît en Palestine à cette époque. La datation "cananéenne"
en 1Rois 6:1 implique de dater la construction du temple au 10e siècle avant notre ère. S'il
ne reste rien du temple construit par Salomon, par contre, le texte biblique140 donne une
information qui en confirme la date: Voici ce qui concerne la corvée que le roi Salomon leva pour
construire le Temple de Yahvé, son propre palais, le remblai et le mur de Jérusalem, Haçor, Megiddo,
Gézèr. Or, les fouilles archéologiques ont révélé que ces trois cités avaient effectivement été
fortifiées et, de plus, en même temps. En effet, l'existence sans parallèle connu d'une porte
en "triple tenaille" à l'entrée de chacune des cités suppose une construction simultanée.

Yadin avait fort logiquement attribué toutes ces constructions à Salomon, mais
Finkelstein141 a montré que la datation de ces bâtiments n'était pas certaine et pouvait
aussi être plus tardive, sous le règne d'Omri (la datation de ces édifices est difficile à
établir, car ces cités ont été réaménagées à plusieurs reprises par les rois successifs. De
plus, la datation des pierres par le Carbone 14 étant impossible, toutes les spéculations
archéologiques sont possibles). Cependant, les fouilles de Tell Qeiyafa142, situé à 20
kilomètres au sud de Gézèr, ont permis d'identifier la ville de Shaarayim "les deux
portes". Selon le texte biblique, cette ville fut habitée jusqu'au règne de David143. Grâce
à des noyaux d'olive retrouvés sur le site et datés par le carbone 14, on peut dater la fin
de cette ville en -1010 +/- 40 ans. Non seulement la construction date de l'époque de
David, mais ces fouilles ont aussi exhumé une inscription hébraïque de 5 lignes. Bien
que cette inscription à l'encre soit en partie effacée, on peut encore y lire certains mots
comme: " ‫ " א ל ת ע ש‬ne fait pas, "‫ "שפט‬juge "‫ "עבד‬esclave et "‫ "מלך‬roi.
. . . . . . . . .

140 1Rois 9:15.


141 I. FINKELSTEIN, N.A. SILBERMAN - La Bible dévoilée
Paris 2002 Éd. Bayard pp. 164-170.
142 Y. GARFINKEL, S. GANOR -Khirbet Qeiyafa: Sha’arim

in: The Journal of Hebrew Scriptures 8 (2008) article 22.


143 1Samuel 17:52; 1Chroniques 4:31.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 39

Les plus anciennes inscriptions hébraïques sont toutes datées du 10e siècle avant
notre ère (l'ostracon de Qeiyafa, le calendrier de Gézèr, l'abécédaire de Zayit144 et quelques
ostraca d'Arad145), soit l'époque où est apparu le royaume de Salomon. Cette coïncidence
n'est pas fortuite car, selon le texte biblique, le royaume d'Israël n'a possédé une réelle
administration qu'à partir de ce roi146 et l'activité littéraire « faire des livres »147 n'est
mentionnée qu'à l'époque de Salomon148. Les inscriptions hébraïques datées de cette
époque sont peu nombreuses, mais il faut se rappeler que les prestigieux et antiques
royaumes de Tyr et de Byblos n'en ont guère laissé plus. Les rois de Tyr de cette période ne
sont connus que par Flavius Josèphe149, ce qui permet de vérifier certains synchronismes150
(Hiram151/Salomon, Ithobaal152/Achab, etc.). Enfin, il semble que les Israélites aient
privilégié le rouleau (en peau ou en papyrus) pour rédiger les instructions officielles ou les
contrats153 (comme en Égypte). Or, la conservation des rouleaux n'est possible qu'en deux
endroits au monde: en Égypte et autour de la Mer morte (qui est désertique).
Les assertions de Finkelstein sont donc erronées. Elles reposent sur une méthode
qui consiste à remplacer les témoignages historiques par des interprétations archéologiques
sans fondement chronologique sérieux, il s'agit d'une réécriture de l'histoire. En remplaçant
abusivement les quelques témoignages historiques par des spéculations archéologiques,
fondées sur des datations elles-mêmes hypothétiques, Finkelstein utilise la même méthode
“d'analyse historique” que celle prônée par le célèbre professeur Faurisson154. Selon le texte
biblique, par exemple, le roi Salomon renforça les trois villes d'Haṣor, de Megiddo et de
Gézèr mais, selon Finkelstein, en se fondant sur des datations incertaines, ce fut l'œuvre du
roi Omri. Cela contredit le texte biblique de 1Rois 16:23-28 qui n'attribue à ce roi que la
construction de Samarie.

144 R.E. TAPPY; P. KYLE MCCARTER; M.J. LUNDBERG; B. ZUCKERMAN -An Abecedary of the Mid-tenth Century B.C.E. from the
Judaean Shephelah in: Bulletin of the American Schools of Oriental Research no344 (2006) pp. 5-46.
145 J. NAVEH – Early Naveh History of the Alphabet

Jerusalem 1982 Ed. The Hebrew University pp. 63-67.


146 1Rois 4:1-7.
147 Ecclésiaste 12:12.
148 Avant Salomon, seulement deux livres sont mentionnés (Nombres 21:14, Josué 10:13), ou évoqués (Job 19:23; 31:35).
149 Contre Apion I:117-127.
150 La chronologie des rois de Tyr donnée par Josèphe semble assez fiable En tenant compte des synchronismes, le règne du premier

Hiram (1025-991), riche roi de Tyr, est en accord avec les règnes de David (1057-1017) et de Salomon (1017-977).
151 1Rois 5:1-18.
152 1Rois 16:31.
153 Deutéronome 17:18; Jérémie 32:11-14; 36:17-32. Le texte (non israélite) évoqué en Job 19:24 est gravé sur pierre et noirci au plomb.
154 Faurisson résume ainsi sa méthode: En temps de guerre, la prolifération des « bobards » atteint des proportions gigantesques. Ces « bobards » persistent

souvent la paix revenue. [...] La Seconde Guerre mondiale a suscité des mythes encore plus extravagants mais il ne fait pas bon s'y attaquer. Une entreprise
comme celle de Norton Cru, si on l'appliquait à la dernière guerre, serait encore prématurée, semble-t-il. Certains mythes sont sacrés. Même en littérature, on
court quelque risque à vouloir démystifier (...) Je les entraîne [les étudiants] à la critique de textes et de documents (littérature, histoire, médias, etc.). Si, dans un
texte réputé historique (mais ces réputations ne sont-elles pas de l'ordre du préjugé?), ils relèvent les mots de « Napoléon » ou de « Pologne », j'interdis que leur
analyse fasse état de ce qu'ils croient savoir de Napoléon ou de la Pologne; ils doivent se contenter de ce qui est écrit dans le texte. Un texte ainsi examiné, à cru et
à nu, avec les yeux du profane et sans chiqué, prend un relief intéressant. Excellent moyen, d'ailleurs, de détecter les falsifications et fabrications en tous genres.
Mes étudiants appellent cela la méthode « Ajax » parce que ça récure, ça décape et ça lustre (on devrait plutôt l'appeler la méthode « Alzheimer »).
V. IGOUNET – Histoire du négationnisme en France
Paris 2000 Éd. Seuil pp. 202,203.
40 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

L'existence d'un roi judéen nommé David découle aussi de l'existence de sa lignée
royale. Les sceaux au nom de ces rois, ainsi que leur mention dans les annales (assyriennes
ou babyloniennes) attestent leur existence (noms surlignés):

Roi de Juda Dates du règne # Roi d'Israël Dates du règne # Référence


Saül 1097-1057 40 Actes 13:21
David 1057-1017 40 2Samuel 5:4
Salomon 1017 - 977 40 1Rois 11:42
Roboam 977-960 17 Jéroboam 10/977 - 22 1Rois 14:20,21
Abiyam 960-957 3 -05/955
Asa 957 - 41 Nadab 06/955-05/954 2 1Rois 11:25
Baasha 06/954-04/931 24 1Rois 15:28,33
Elah 05/931-04/930 2 1Rois 16:8
Zimri 05/930 1 m. 1Rois 16:10-16
Omri/ 06/930-05/919/ 12 1Rois 16:21-23
-916 [Tibni] [06/930-01/925] 6
Josaphat 916 - 25 Achab 06/919-01/898 22 1Rois 16:29
-891 Achaziah 02/898-01/897 2 1Rois 22:51
Josaphat/Joram [893-891] [2] Joram fils d'Achab 02/897-09/886 12 2Rois 3:1
Joram 893 - 8 [Achaziah]/ Joram [07/887-09/886] 1 2Rois 9:29
-885 Achaziah 10/886-09/885 1 2Rois 9:24,27
[Athalie] Yehoyada 885-879 6 Jéhu 10/885-03/856 28 2Rois 10:36
Joas 879 - 40 Joachaz 04/856-09/839 17 2Rois 10:35; 13:1
-839 [Joachaz/ Joas] [01/841-09/839] 2 2Rois 13:10
Amasiah 839 - 29 Joas 01/841-09/825 16 2Rois 13:10
-810 Jéroboam II 01/823-05/782 41 2Rois 14:23
Ozias 810 - 52 [Zacharie] 06/782-02/771 [11] 2Rois 14:29
Zacharie 03/771-08/771 6 m. 2Rois 15:8
Shallum 09/771 1 m. 2Rois 15:13
-758 Ménahem 10/771-03/760 10 2Rois 15:17
[Azariah] [797-745] [52] Peqayah 04/760-03/758 2 2Rois 15:23
Yotham 758-742 16 Péqah 04/758-05/738 20 2Rois 15:27
Achaz 742-726 16 [Osée] 06/738-01/729 9 2Rois 15:27-30
Ézéchias 726-697 29 Osée 02/729-09/720 9 2Rois 17:1,3
Manassé 697-642 55 2Rois 21:1
Amon 642-640 2 2Rois 21:19
Josias 640-609 31 2Rois 22:1
Joachaz 609 3 m. 2Chroniques 36:2
Joiaqim 609-598 11 2Chroniques 36:5
Joiakîn 598 3 m. 2Chroniques 36:9
Sédécias 598-587 11 2Chroniques 36:11

Ainsi parmi un total de 44 rois, 17 ont été "confirmés" par l'archéologie, ce qui
constitue un bon résultat vu la petitesse de ces deux royaumes par rapport aux empires
voisins. Il serait déraisonnable de conclure que les rois non attestés n'ont jamais existé.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 41

Bien que l'archéologie ne puisse dater correctement le règne de ces rois judéens ou
israélites (la paléographie situe ces sceaux entre le 8e et le 6e siècle avant notre ère)155, leur
mention par un souverain étranger156, dont le règne est connu, permet cependant de
conclure que ces rois (ont existé et) les ont précédés dans le temps:

Nom du roi règne Document attestant l'existence de ce roi


David 1057-1017 Stèle de Mésha (900-870), Stèle de Dan, Hazaël (880-840)
Omri 930-919 Annales de Salmanazar III (859-824)
Jéhu 885-856 Annales de Salmanazar III (859-824)
Joas 841-825 Stèle d'Adad-nêrârî III (811-783)
Jéroboam II 823-782 Sceau n° 1 (8e-6e siècle)
Ozias 810-758 Sceaux n° 2 et 3 (8e-6e siècle)
Ménahem 771-760 Liste de tributaires de Tiglath-phalazar III (745-727)
Yotham 758-742 Sceau n° 4 (8e-6e siècle)
Péqah 758-738 Annales de Tiglath-phalazar III (745-727)
Achaz 742-726 Liste de tributaires de Tiglath-phalazar III (745-727), sceau n° 4
Osée 738-720 Annales de Tiglath-phalazar III (745-727), sceau n° 6
Ézéchias 726-697 Annales de Sennachérib (705-681), sceau n° 6
Manassé 697-642 Inscription d'Esarhaddon (680-669), sceau n° 8
Josias 640-609 Sceau n° 9 (8e-6e siècle)
Joachaz 609 Sceau n° 9 (8e-6e siècle)
Joiaqim 609-598 Sceau n° 10 (8e-6e siècle)
Joiakîn 598 Liste de Nabuchodonosor II (605-562), sceau n° 11

La chronologie des rois de Juda et d'Israël est ainsi confirmée par les chronologies
synchronisées assyrienne et babylonienne.
155 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament
Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans p. 604.
156 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël

Paris 1977 Éd. Cerf pp. 88-146.


42 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

On pourrait se demander pourquoi les arguments de Finkelstein impressionnent


autant. Les principales raisons sont les suivantes:
 “Chacun sait qu'un témoignage contient toujours une part d'oubli ou d'erreur”. Les
historiens en sont parfaitement conscients, mais ils peuvent les déceler en recoupant les
sources. De plus, paradoxalement, même un affabulateur doit produire un mensonge
proche de la vérité, car il court toujours le risque d'être démasqué par un de ses
interlocuteurs (qui peuvent vérifier ses affirmations).
 “La Bible est complètement dépassée”. Les historiens ne sont que des hommes, ils sont
donc aussi victimes de préjugés, d'autant plus s'ils sont allergiques à la religion (surtout
depuis que la science a remplacé la religion pour expliquer l'origine de l'homme).
 “L'absence de preuve est une preuve de l'absence”. Certes, il n'y a pas de texte issu de la
période des Juges (1500-1000), mais il faut noter, à titre de comparaison, que la célèbre
dynastie cassite, qui a aussi duré 5 siècles (1650-1150), n'a laissé aucun texte, elle fut
pourtant largement plus puissante que la juridiction israélite. De même, les rois d'Élam
"disparaissent" complètement sur la période 1100-770. Si des empires aussi puissants
n'ont laissé aucune trace pendant plusieurs siècles, il est illogique d'espérer d'un petit
royaume, comme l'était celui d'Israël, d'en avoir plus.
 “La datation au carbone 14 utilisée par les archéologues est plus fiable que celle des
historiens”. La datation des pierres est impossible par cette méthode, elles ne peuvent
l'être que par leur position dans les strates, à condition que les remblaiements ne les
aient pas déplacées et que la datation de ces strates (par les poteries) soit correcte.
Sans datation précise (à l'année près) et sans texte
historique les inscriptions découvertes par les archéologues
restent généralement aphones (même sous la torture).
Deux exemples illustreront ce constat déplaisant.
L'ostracon de Beth-Shemesh (ci-contre), par exemple,
contient seulement 4 noms propres qui sont inexploitables. Naveh situe cette inscription au
début du 12e siècle avant notre ère157 en s'appuyant sur des critères épigraphiques et conclut
qu'il s'agit de proto-cananéen. En fait, même cette conclusion, peu éclairante, est discutable
car, étant donné le très faible nombre d'inscriptions anciennes, les critères épigraphiques
sont incertains ce qui engendre des datations variables (à +/- 1 siècle) d'un épigraphiste à
l'autre. De plus, selon le texte biblique158, cette ville resta en territoire israélite depuis la
157 J. NAVEH – Early Naveh History of the Alphabet
Jerusalem 1982 Ed. The Hebrew University p. 35.
158 Josué 21:16; 1Samuel 6:15; 1Rois 4:9.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 43

conquête de Josué jusqu'à sa reprise par les Philistins durant le règne d'Achaz159, ce qui
classerait l'inscription dans le paléo-hébreu plutôt que dans le proto-cananéen. Le deuxième
document présente un roi cananéen passant en revue deux prisonniers160:

Cette plaque d'ivoire a été trouvée


à Megiddo dans le niveau VIIA daté entre
-1200 et -1125. Même en supposant que
cette représentation date effectivement du
12e siècle, elle ne fournit que peu
d'éléments historiques. Le roi n'est pas
identifié, toutefois comme son trône est identique à celui d'Ahiram (ci-dessus), roi de
Byblos vers -1000161, et qu'il tient lui aussi une fleur de lotus dans la main gauche et une
coupe dans la main droite, on peut l'identifier à un roi de Byblos162. Les deux captifs sont
vraisemblablement des Israélites car à cette époque, et dans cette région, ils sont les seuls à
être circoncis. Les lettres d'El-Amarna appuient cette conclusion. En effet, Rib-Addi, roi de
Byblos et vassal du roi d'Égypte (durant la période 1350-1300), se plaint régulièrement dans
ses lettres163 d'être en difficulté dans la guerre de conquête des Apiru [Hébreux]. Selon ce
roi cananéen, tout le pays risquait de basculer aux mains des Apiru. Il semble que Rib-Addi
dramatisait à l'excès la situation pour recevoir une aide militaire du pharaon, mais sa
description recoupe assez bien celle du texte biblique. En effet, les villes conquises par
Josué, au nord de la Palestine, avaient rapidement été perdues par les Israélites. La ville de
Megiddo, par exemple, bien que conquise (vers -1490) fut ensuite laissée aux mains des
Cananéens164. Cette ville, dirigée par un maire vassal de l'Égypte, ne sera reconquise qu'à
l'époque de David, puis rebâtie par Salomon165. De même, la célèbre ville de Jérusalem, qui
159 2Chroniques 28:16-18 (Megiddo fut finalement détruite en -732 par Tiglath-Phalazar III).
160 J. B. PRITCHARD - The Ancient Near East in Pictures
Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 111, 157, 288, 302.
161 La datation du règne d'Ahiram est controversée puisque le sarcophage semble être du 13e siècle avant notre ère alors que l'inscription

l'accompagnant est datée, elle, autour de -1000.


162 Byblos est le nom grec de l'ancienne Gubla, ou Gebal (Josué 13:5).
163 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna

in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 248, 257, 264.
164 Josué 12:1, 21; Juges 1:27-28.
165 1Rois 4:1-12; 9:15-19.
44 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

était une place forte selon la lettre de Abdi-Ḫeba166, le maire (Jébusite), n'appartiendra en
fait aux Israélites qu'à partir de David167 (vers -1050). Selon le texte biblique, les Israélites
furent effectivement vaincus par des royaumes voisins durant le 12e siècle avant notre ère,
au moins à deux reprises (de -1211 à -1193 puis de -1162 à -1122)168, toutefois, le texte ne
mentionne pas la Phénicie. Un roi de Byblos, ou peut-être de Tyr, a pu être associé à ces
conflits avec les Israélites en tant que vassal de l'Égypte.
Selon le texte biblique, les rois de Tyr et de Byblos étaient des associés: Les ouvriers
de Salomon et ceux d'Hiram et les Giblites [venant de Byblos] taillèrent et mirent en place le bois et la
pierre pour la construction du Temple (1Rois 5:32). Cette association particulière est confirmée
par la forme des trônes royaux. En effet, les rois de Byblos ont utilisé des trônes
d'inspiration égyptienne (sphinx à pattes de lion, par exemple, comme celui de
Toutankhamon), or ce type d'objet raffiné a visiblement influencé les ouvriers de Salomon
puisqu'on lit: Le roi fit aussi un grand trône d'ivoire et le plaqua d'or raffiné. Ce trône avait six degrés,
un dossier à sommet arrondi, et des bras de part et d'autres du siège; deux lions étaient debout près des bras
et douze lions se tenaient de part et d'autre des six degrés. On n'a rien fait de semblable dans aucun
royaume (1Rois 10:18-20). On le voit les textes historiques éclairent les découvertes
archéologiques, mais vouloir réécrire l'histoire à l'aide de l'archéologie est aussi
déraisonnable que chercher à reconstituer le curriculum vitae d'une célébrité en se
contentant de fouiller sa poubelle. Le résultat est prévisible: il sera très lacunaire. Par
exemple, lorsque le souvenir de la reine du Sud [Saba] et de Salomon (Matthieu 12:42) est
évoqué au 1er siècle, cette reine avait disparu depuis dix siècles à cette époque (selon la
chronologie biblique)169. Les archéologues estimaient qu'il s'agissait d'un mythe puisque les
premières attestations de reines et du royaume de Saba n'apparaissent seulement qu'à partir
de -750. Tiglath-Phalazar III, par exemple, mentionne: Samsi, la reine d'Arabie (...) Arabie au
pays de Sa[ba’]170, Sargon: It’amar le Sabéen et Sennachérib: Karibilu roi de Saba. Cependant, des
fouilles plus récentes ont montré que l'écriture sudarabique (principal témoin de la culture),
dont les plus anciens témoins archéologiques connus avant 1970 remontaient seulement au
5e siècle avant notre ère, devait en fait remonter au 12e siècle avant notre ère171 (soit 7
siècles plus tôt!). De plus, certains temples de cette région, comme celui d'“Almaqah,

166 Il précise dans sa lettre (EA 287) au pharaon que, malgré les attaques des Apirou [Hébreux] contre les villes voisines, sa maison n'avait
rien à craindre car elle était bien fortifiée.
167 Josué 12:1, 10; 15:63; 1Chroniques 11:4-8.
168 Juges 10:3-13; 12:15-13:1.
169 La reine de Saba est située entre l'an 25 et 30 de Salomon (1Rois 9:10-10:1), soit entre -990 et -985.
170 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 283.


171 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 81-83.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 45

Seigneur de Bar’ân (près de Mârib, à l'ouest de l'Hadramaout)”, ou celui de Raybun 172 (à


l'est de l'Hadramaout), ont été fondés dès le 10e siècle avant notre ère. Les premières
affirmations des archéologues n'étaient donc que le fruit de leur ignorance. Comme le
reconnaît Dever lui-même, l'archéologie est souvent dépendante des idéologies religieuses
et politiques, elle résulte plus des émotions (secrètes) que de la raison173.
L'absence de chronologie précise concernant les documents archéologiques interdit
donc aux archéologues une interprétation vérifiable. Finkelstein174 reconnaît lui-même
qu'on ne peut rien dater, en Israël, entre le 12e et le 8e siècle avant notre ère. De plus, la
démarche des archéologues est à l'opposé de celle des historiens. Les historiens supposent,
par principe, qu'il y avait au commencement "une vérité", plus ou moins altérée par l'erreur,
voire le mensonge, alors que les archéologues croient plutôt qu'au commencement il y avait
déjà l'erreur, voire le mensonge, dont on ne peut s'affranchir qu'avec l'aide de l'archéologie.
Les archéologues prétendent ainsi “faire parler les pierres”, mais ils ne sont en fait que
d'habiles ventriloques. En somme, les historiens croient aux témoignages175— jusqu'à
preuve du contraire — alors que les archéologues, eux, n'y croient pas — jusqu'à preuve du
contraire. Les philosophes grecs avaient déjà compris, il y a déjà 25 siècles, l'aspect
paradoxal d'une telle position, car si l'on croit, par principe, que "les hommes mentent",
alors on ne peut croire une telle affirmation, puisqu'elle provient des hommes.
J'ai proposé mon dossier à Claude Vandersleyen, un égyptologue réputé, et je lui ai
demandé de me donner son avis concernant les données bibliques sur l'Égypte, notamment
le récit de l'Exode. Il m'a répondu, dans sa lettre datée du 20 mai 2004: Votre exposé révèle une
grande érudition et beaucoup de lectures, mais une absence totale de méthode. Vous pourrez intéresser le
lecteur, s'il est, comme la grande majorité, prêt à tout croire. Vous traitez la Bible comme un « document »,
ce qu'elle n'est pas. Il y a dans le récit biblique des éléments concrets, comme vous en trouveriez dans la
Chanson de Roland sur Charlemagne. Les auteurs, Manéthon, Josèphe et d'autres, mais repose aussi
sur des traditions que le temps peut avoir déformées. Mais le plus dangereux, c'est que vous joignez à la
Bible des écrits d'époques très diverses et aussi des écrits qui, comme la Bible, ne sont pas des documents.
Qu'il y ait eu des Asiatiques en relation constante avec l'Égypte, c'est bien connu et nul ne le contestera,
mais les relier historiquement au récit biblique est une autre histoire. A ce point de vue, votre texte mélange

172 J.F. BRETON – Le Yemen du royaume de Saba à l'islam. Les sanctuaires de la capitale de Saba, Mârib
in: Dossiers d'Archéologie n°263 mai 2001 pp. 2, 15, 48.
A.V. SEDOV – Temples of Ancient Hadramawt
Pisa 2005 Ed. Edizioni Plus pp. 1, 187-191.
173 W.G. DEVER – Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai

Paris 2005 Éd. Bayard pp. 261-265.


174 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible

Paris 2008 Éd. Bayard pp. 103-104.


175 Les historiens du passé ne devaient pas être plus naïfs que nous, ils ne croyaient vraisemblablement pas aveuglément à tout.
46 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

tout, quelles que soient la date et la nature des textes, et cela peut faire rêver, mais ne peut rien produire
d'utile. Qu'il y ait des erreurs de détail dans votre exposé est tout à fait secondaire ici ; c'est votre façon de
travailler qui nuira au sérieux de vos recherches. Si on ignore les attaques personnelles, la seule
critique sérieuse concerne la transmission des sources. En effet, il est évident que les
multiples copistes, qui ont recopié les textes anciens, les ont vraisemblablement modifié
(souvent involontairement). Il est cependant possible de réfuter cette objection grâce aux
éditions critiques. Fait intéressant, la critique textuelle, telle que nous la connaissons, est née
au moment de la Réforme à cause des polémiques entre chrétiens et protestants. En effet,
les divergences dogmatiques de l'époque, et source de querelles, ne pouvaient s'imposer que
si le texte, sur lequel on s'appuyait pour les prouver, était irréprochable.

LA BIBLE EST-ELLE HISTORIQUEMENT FIABLE?

Pour ce qui est de la fiabilité, la Bible est-elle à mettre au même rang que la Chanson
de Roland ou L'Illiade et l'Odyssée ? Deux questions se posent: 1) les renseignements recueillis
par les écrivains bibliques sont-ils exacts, et 2) ces renseignements ont-ils été transmis
correctement? Première difficulté, la Bible étant réservé au culte du Temple, elle n'était
donc pas consultable en dehors de Jérusalem. Les auteurs grecs ignoraient donc son
existence. Le premier qui ait mentionné une Loi de Moïse dans ses écrits est l'auteur grec
Hécatée d'Abdère (vers 315-305), cité par Diodore176. Par contre, grâce aux fragments de
texte biblique exhumés par les archéologues, il est possible de remonter plus haut:

Document Date Texte biblique


Ostraca (Kuntillet Ajrud et Nahal Yishai)177 750-700 [Psaumes 28:6-7?]
Lamelles d'argent (Ketef Hinnom)178 650-600 Nombres 6:24-25
Octracon n° 1793 (Éléphantine)179 440-430 [Exode 12:27]
Papyrus AP 21 (Éléphantine)180 419/418 Exode 12:18-19
Fragment de vélin 4QSamb (Qumrân)181 250-200 1Samuel 16:1-11; 19:10-17; 21:3-10; 23:9-17
Rouleau en vélin 1Qa (Qumrân)182 150-100 Isaïe

176 Bibliothèque historique I:28,94 XL:3.


177 G. GERTOUX – The Name of Y.eH.oW.aH Which is Pronounced as it Written I_Eh_oU_Ah. Its Story.
Lanham 2002 Ed. University Press of America pp. 82-84.
178 G. BARKAY – The Priestly Benediction on Silver Plaques From Ketef Hinnom in Jerusalem

in: Tel Aviv Vol. 19 n°2 (1992).


R. MARTIN-ACHARD – Remarques sur la bénédiction sacerdotale
in: Études Théologiques & Religieuses tome 70 (1995/1) pp. 75-84.
179 A. VINCENT – La religion des Judéo-araméens d'Éléphantine

Paris 1937 Éd. Librairie orientaliste Paul Geuthner pp. 265-270.


180 P. GRELOT – Documents araméens d'Égypte

in: Littératures Anciennes du Proche-Orient 5 (1972) Éd. Cerf pp. 95-96.


181 D.N. FREEDMAN – Studies in Hebrew and Aramaic Orthography

in: Biblical and Judaic Studies Vol 2 (1992) Ed. Eisenbrauns pp. 189-210.
E. TOV – The Texts From Judaean Desert
in: Discoveries in the Judaean Desert XXXIX Ed. Clarendon Press (2002) p. 361.
182 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible

Paris 2008 Éd. Bayard pp. 103-104.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 47

La deuxième difficulté concerne la datation des inscriptions anciennes, celle-ci ne


repose en effet que sur la paléographie et sur le Carbone 14, or ces deux méthodes donnent
souvent des résultats différents, le Carbone 14 vieillissant les dates de un à deux siècles (par
exemple, le Pentateuque réécrit est daté entre -339 et -324 par la datation calibrée du
Carbone 14, mais entre -125 et -100 par la paléographie)183. Malgré ces difficultés, il est
possible de conclure que la composition de certains textes doit remonter autour de -1000.
Les égyptologues estiment qu'il y a un anachronisme entre la tradition biblique qui
fixe la composition du Pentateuque autour de -1500 et l'archéologie qui ne peut remonter
au delà de -1000. En fait, cette critique devrait s'adresser à tous les auteurs anciens, car on
ne connaît aucun des leurs originaux. Pour illustrer l'aspect insensé de cette critique, il est
utile de confronter la Bible au plus vieux livre de la culture occidentale:

Texte d'Homère (en grec) Pentateuque (en hébreu)


Plus ancienne trace de la langue écrite 1250-1150 (linéaire B)184 1700-1500 (proto-cananéen)185
Date de rédaction supposée du texte -850 -1500
Plus ancienne trace de la langue orale -850 (syllabaire chypriote)186 -1350 (cananéen ancien)187
Plus ancienne inscription -725188 -1200189
Plus ancien fragment du texte -300 -600
Plus ancien livre complet du texte 900 -100

Selon la tradition, le texte homérique fut rédigé vers -850. Hérodote, par exemple,
écrit (entre -455 et -430)190: J'estime en effet qu'Hésiode et Homère ont vécu quatre cents ans avant moi
(Histoire II:53), ce qui place Homère autour de -850. La chronique du Marbre de Paros
(rédigée en -263)191 place la naissance d'Homère vers -905, accréditant de nouveau une
rédaction des œuvres de cet auteur vers -850. Or, selon l'archéologie, l'écriture grecque n'est
apparue que vers -750, soit un siècle après la rédaction supposée du texte d'Homère. Pour
éviter cette difficulté, la date traditionnelle de la composition est abaissée à -750. Certains
archéologues abaissant même cette date jusqu'en -550, considérant que l'œuvre originale
devait être transmise oralement et ne fut mise par écrit définitivement que vers cette date,
183 L.H. SCHIFFMAN – Les manuscrits de la mer morte et le judaïsme
Québec 2003 Éd. Fides pp.35-37.
184 M. LEJEUNE – Phonétique historique du mycénien et du grec ancien

Paris 1987 Éd. Klincksieck pp. 5-16.


185 J. NAVEH – Early Naveh History of the Alphabet

Jerusalem 1982 Ed. The Hebrew University pp. 23-42.


186 R. ÉTIENNE, C. MÜLLER, F. PROST – Archéologie historique de la Grèce

Paris 2006 Éd. ellipses p. 53.


187 E. LIPINSKI - Semitic Languages Outline of a Comparative Grammar

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 80. Leuven 2001 Ed. Peeters pp. 59-60.
188 C. ORRIEUX, P. S CHMITT PANTEL – Histoire grecque

Paris 1995 Éd. PUF p. 81.


189 H. L A MARLE – L'aventure de l'alphabet

Paris 2000 Ed. Librairie P. Geuthner pp.53-94.


190 P.E. LEGRAND - L'Égypte. Histoires, livre II

Paris 1997, ÉD. Les Belles Lettres, Classique en poche, p. XV.


191 V. BERARD, P. DEMONT, M.P. NOËL - L'Odyssée

1996 Librairie Générale Française , Le Livre de Poche p. 12.


48 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

car les auteurs grecs anciens citant des vers d'Homère n'apparaissent qu'à partir du 6e siècle
avant notre ère192. Cette façon de procéder illustre la différence de conception entre les
archéologues et les historiens, les premiers s'appuient d'abord sur les témoignages
archéologiques et les seconds d'abord sur les témoignages historiques. Comme les
archéologues considèrent qu'une absence de preuve est une preuve de l'absence, les
datations sont donc différentes. Cette conception des preuves est erronée, car les origines
des œuvres du passé sont toutes dans l'obscurité (et le resteront peut-être à tout jamais) à
cause de l'usure du temps. Entre l'original et les premières copies attestées, il y a toujours
plusieurs siècles. Les œuvres actuelles de la littérature grecque classique (Euripide,
Sophocle, Eschyle, Aristophane, Thucydide, Platon, Démosthène), proviennent toutes de
copies qui sont séparées de plus de 1000 ans avec les originaux. L'auteur latin le plus
avantagé est Virgile, mais l'écart dépasse encore largement 3 siècles avec l'original193. Dans
ces conditions la seule façon de dater ces œuvres est de recourir: aux témoignages
historiques des auteurs anciens eux-mêmes et aux témoignages internes de l'œuvre, grâce à
la mention de certains événements historiques qui peuvent être datés précisément.
Si on applique la méthode des historiens pour dater le paléo-hébreu, plutôt que
celle des archéologues qui donnent une date autour de -1200, on obtient une date beaucoup
plus haute. Selon les premiers historiens, le paléo-hébreu, appelé par eux écriture
phénicienne ou cadméenne, devait remonter autour de -1500.

 Selon Hérodote194 (vers -450): En s'installant dans le pays, les Phéniciens venus avec Cadmos,
— et parmi eux les Géphyréens —, apportèrent aux Grecs bien des connaissances nouvelles, entre
autre l'alphabet, inconnu jusqu'alors en Grèce à mon avis: ce fut d'abord l'alphabet dont usent encore
les Phéniciens, puis avec le temps les sons évoluèrent ainsi que les formes des lettres. Leurs voisins
étaient pour la plupart des Grecs Ioniens; ils apprirent des Phéniciens les lettres de l'alphabet et les
employèrent, avec quelques changements; en les adoptant ils leur donnèrent,— et c'était justice puisque
la Grèce les tenait des Phéniciens —, le nom de caractères phéniciens.
 Selon Artapan195 (vers -200): Ce fut Moïse le maître d'Orphée. Une fois adulte, il transmit aux
gens beaucoup de connaissances utiles (...) il confia aux prêtres les lettres sacrées, et il y avait aussi des
chats, des chiens, des ibis (...) C'est donc pourquoi Moïse fut aimé des foules et, par les prêtres, qui le
jugeaient digne des honneurs divins, appelé Hermès, vu qu'il interprétait les lettres sacrées.

192 E. LASSERRE - Iliade


Paris 2000 Éd. GF Flammarion pp. 1,22.
193 L. VAGANAY, C.B. AMPHOUX - Initiation à la critique textuelle du Nouveau Testament

Paris 1986 Éd. Cerf pp. 18,19.


194 Enquête V:58.
195 Préparation évangélique IX:27.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 49

 Selon Eupolème196 (vers -160): Moïse a été le premier à acquérir la sagesse et à transmettre
l'écriture aux Juifs; les Phéniciens la reçurent, puis des Phéniciens les Hellènes, et Moïse a le premier
rédigé des lois pour les Juifs.
 Selon Diodore197 (vers -50): Les Muses ont reçu de leur père le don de l'invention des lettres et des
compositions poétiques. Quant à ceux qui soutiennent que les Syriens sont les inventeurs des lettres
qu'ils ont transmises des Phéniciens aux Grecs, par l'intermédiaire de Cadmos, qui arriva en Europe,
et que c'est pourquoi les Grecs nomment Phéniciens les caractères de l'écriture : on leur répond que les
Phéniciens n'ont point primitivement inventé les lettes, et que la dénomination que les Grecs leur ont
donnée vient de ce que les Phéniciens ont seulement changé le type de ces caractères dont la plupart des
hommes se sont servis.
 Selon l'historien Tacite198 (vers 100): après avoir découvert que l'alphabet grec non plus n'avait
pas été entrepris et achevé en même temps. Les premiers, les Égyptiens représentaient les conceptions de
leur esprit à l'aide de silhouettes d'animaux; ces témoignages les plus anciens de l'histoire des hommes
se voient, gravés dans la pierre; et ils se prétendent les inventeurs de l'écriture; ensuite les Phéniciens,
parce qu'ils avaient la maîtrise de la mer, l'introduisirent en Grèce et en recueillirent la gloire, comme
s'ils avaient eux-mêmes découvert ce qu'ils avaient reçu d'autrui. Le fait est que l'on raconte que
Cadmos, arrivé avec une flotte phénicienne, enseigna cet art aux peuples grecs encore incultes. (...) la
forme des lettres latines est la même que celle des plus anciennes chez les Grecs.
Malgré leur aspect tardif, les témoignages d'Hérodote et d'Eupolème se recoupent:
un nommé Cadmos/Moïse a transmis l'alphabet [d'origine égyptienne selon Tacite] aux
Phéniciens, puis aux Grecs. La mythologie199 grecque présente Cadmos comme un
descendant d'Épaphos (fils de Zeus) et de Memphis (fille de Nilos, le Nil). Or, la vie
d'Épaphos ressemble beaucoup à celle de Moïse (sous le nom Apopi) puisqu'il naquit près
du Nil et fut caché à sa propre mère quelques temps en Syrie, puis fut élevé en Égypte où il
devint roi200. Cadmos et Moïse sont d'ailleurs souvent mis en parallèle. L'auteur grec,
Hécatée d'Abdère201 décrit (vers -300), comme le fait aussi Diodore202, l'Exode biblique
avec son chef Moïse et le départ d'Égypte des Hyksos sous la conduite de Cadmos et de
Danaos. Tacite (Histoire V:2-5) rapporte, lui aussi, cette version déformée de l'Exode.

196 Préparation évangélique IX:26.


197 Bibliothèque historique V:74.
198 Annales XI:13-14.
199 P. GRIMAL - Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine

Paris 1999 Éd. Presses Universitaires de France pp. 71-73,141.


200 J. BERARD – Les Hyksos et la légende d'Io

in: Comptes-rendus des scéances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres n°95:4 (1951) pp. 445-447.
J. BERARD – Les Hyksos et la légende d'Io. Recherches sur la période mycénienne
in: Syria n°29:1 (1952) pp. 1-43.
201 M. STERN - Greek and Latin Authors on Jews and Judaism

Jerusalem 1976 Ed. Israel Academy of Sciences and Humanities pp. 26-34.
202 Bibliothèque historique I:28,94 XL:3.
50 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Selon Hécatée d'Abdère, lorsque les Hébreux furent expulsés la plus grande partie fut
conduite en Judée par Moïse et une petite partie alla vers la Grèce avec Cadmos et Danaos
à leur tête. Homère203 affirmait (vers -850) que les ancêtres des Grecs furent les Danaens,
les fils de Danaos. Le Marbre de Paros (daté de -264) fixe l'arrivée de Cadmos à Thèbes en
-1519 et le départ de Danaos en Égypte pour la Grèce en -1511. L'historien Paul Orose204
(en 417) datait cet épisode en 775 avant la fondation de Rome, soit en -1528. Diodore de
Sicile, tout en reprenant le récit d'Hécatée, écrivait que Cadmos vécut à Thèbes205, en
Égypte, et que son histoire fut adaptée et modifiée par les Grecs206. Le nom Cadmos ne
signifie rien en grec, mais ‘Est’ ou ‘Oriental’ en hébreu207. Les anciens historiens donnent
donc des précisions concordantes: un Oriental en contact avec les Phéniciens vécut en
Égypte peu avant -1500 et légua l'alphabet aux Grecs. Moïse et Cadmos sont des Sémites
ayant vécu aux mêmes endroits, à la même époque, et ayant accompli des actions
identiques. Il semble donc légitime d'identifier les deux personnages.
La paléographie208 a confirmé indirectement cette trame chronologique. Il est en
effet admis que le premier alphabet appelé proto-sinaïtique (qui devint le proto-cananéen),
apparut entre 1700 et 1500 dans la région du Sinaï (Serabit el Khadim) où se trouvaient des
princes hyksos venus de Syrie-Palestine. Cet alphabet d'origine sémitique, peut-être sous
l'influence des hiéroglyphes égyptiens, évolua vers l'alphabet phénicien209 que les Grecs ont
ensuite adopté en le modifiant avec le temps. Selon Homère, les Grecs d'avant la guerre de
Troie connaissaient l'écriture210. Le paléo-hébreu est une écriture que l'on rencontre déjà sur
des jarres et des pots datés du 13e siècle avant notre ère. En fait, selon le texte d'Isaïe 19:18,
l'hébreu et l'araméen, formaient la "langue de Canaan", et étaient assez proches (classée
aujourd'hui dans le groupe sémitique du nord-ouest). Les tablettes de Tell el-Amarna
parlent de "langue de Canaan" (Kinaḫna), un terme déjà utilisé à Mari211 vers -1800 (Ki-na-
aḫ-nu). Selon un texte biblique212, au temps de Josias (vers -630), une antique copie du
Pentateuque fut retrouvée, suggérant qu'elle avait été écrite dans le paléo-hébreu de
l'époque. Selon ce récit, Moïse serait ainsi celui qui officialisa l'utilisation du paléo-hébreu,

203 L'Odyssée V:306 (le nom Danaens semble provenir de l'akkadien dananu(m) "puissant").
204 Histoire contre les païens I:11:1-I:12:7.
205 Selon Hésiode (vers -700), Thèbes fut construite par Cadmos (Thèbes devint capitale égyptienne au début de la XVIIIe dynastie).
206 Bibliothèque historique XL:3; I:23.
207 Les habitants du Sinaï sont appelés "fils de l'Est/ Orientaux" (Job 1:3; Genèse 29:1) ou "Qadmonites" (Genèse 15:19). Ce terme

Qedem (qdmw) est ancien, car il apparaît déjà dans une stèle du pharaon Mentouhotep II (2045-1994).
208 J. F. HEALEY - Les débuts de l'alphabet

in: La naissance des écritures. Paris 1994 Éd. Seuil pp.257-279.


209 H. L A MARLE – L'aventure de l'alphabet

Paris 2000 Ed. Librairie P. Geuthner pp. 57-76.


210 Iliade VI:169.
211 G. DOSSIN – Une mention des Cananéens dans une lettre de Mari

in: Syria n°50 1973, pp. 277-282.


212 2Chroniques 34:14,15.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 51

le premier alphabet connu. L'histoire du Cadmos phénicien ou d'Apopi, un prince de


Palestine et tout premier monothéiste (le pharaon Séqenenrê lui en fait le reproche, ce qui
confirme l'aspect original de cette croyance), ressemble à celle du Moïse israélite auteur du
‘Livre’, selon le texte d'Exode 17:14. Il est donc raisonnable de conclure213, selon les
témoignages des anciens historiens, qu'un "oriental" appelé Cadmos (Moïse ou Apopi) soit
l'auteur d'un récit en paléo-hébreu écrit vers -1500. Cette entreprise ayant sans aucun doute
ouvert la voie dans la transmission de l'alphabet tel que nous le connaissons aujourd'hui214.
En fait, la polémique lancée par les archéologues sur l'origine de la Bible, -250 au
lieu de -1500 (pour le Pentateuque), est trompeuse. En effet, ce qui compte pour un
historien ce n'est pas de connaître la date d'une source, mais la fiabilité et l'exactitude de
cette source. Par exemple, le Canon royal de Turin, rédigé sous Ramsès II (1283-1216),
donne une liste (très lacunaire) des rois d'Égypte de la Ière à la XVIIe dynastie. Comme la Ière
dynastie est datée par les archéologues215 approximativement entre -2950 et -2780, cela
signifie que cet ancien document, qui est considéré comme fiable, est séparé d'environ 1500
ans des premières informations qu'il a transmises. Malgré cet écart important dans le temps,
les données chronologiques de ce document sont acceptées, en dépit aussi de certaines
erreurs manifestes (noms copiés deux fois, règnes intervertis, etc.) et du fait que la XVIIe
dynastie soit constituée d'environ 60 rois ayant régné en moyenne 3,5 ans, ce qui est
manifestement invraisemblable.
Concernant la transmission des informations, la Bible constitue un cas unique dans
toute la littérature. En effet, les éditions critiques révèlent que les textes antiques ont tous
été altérés plus ou moins gravement par les multiples copistes qui se sont succédés, or, la
Bible constitue une exception impressionnante216. On lit en effet: Nous présentons quelques uns
de nos derniers travaux en date. Les résultats obtenus viennent un peu bousculer certaines idées a priori que
l'autorité excessive du manuscrit B19a a contribué à développer. Ainsi, la parfaite isomorphie
consonantique (c'est-à-dire du texte littéral dont on exclut les matres lectionis) des manuscrits orientaux
vient ébranler le dogme des divergences entre les manuscrits bibliques (...) Il nous semble beaucoup plus
pertinent de considérer ce manuscrit comme reflétant une méthode de vocalisation à l'aide des matres
lectionis, plutôt que de considérer l'écriture de ces lettres comme révélant des différences sémantiques.
L'abus de cette méthode a empoisonné la critique biblique pour encore un certain temps (correspondance
213 J. COHEN - L'écriture hébraïque
Lyon 1997 Éd. du Cosmogone pp. 39-61.
214 M. BERNAL - On the Transmission of the Alphabet to the Aegen before 1400 B.C.

in: Bulletin of the American Schools of Oriental Research 267 (1987) pp. 1-19.
215 J. YOYOTTE – Dictionnaire des pharaons

Paris 1998 Éd. Noésis pp. 177-178.


216 P. CASSUTO – Isomorphie consonantique et hétéromorphie vocalique

in: Actes du second Colloque international Bible et informatique. Paris 1989 Éd. Champion, Slatkine pp. 179-207.
52 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

entre les versions, à la mode BHS, absolument injustifiée, sinon par un fervent désir de trouver à tout prix
des divergences) (...) Cette catégorisation permet aussi de faire le point sur plusieurs débats de la critique
biblique. En effet, contrairement à l'idée reçue, les trois codices orientaux sont absolument identiques au
niveau consonantique ainsi défini, ce qui relève d'une transmission absolument hors du commun et dont on
ne connaît par ailleurs aucun exemple en dehors du champ biblique. Le texte du rouleau d'Isaïe
trouvé à Qumrân (1Qa et 1Qb, daté paléographiquement entre -150 et -50), par exemple,
est absolument identique (à la lettre près!) au texte actuel des Bibles hébraïques.
La Bible, à la différence de la Chanson de Roland ou de L'Illiade et l'Odyssée, a transmis
des centaines de données qui sont historiquement identifiables et parfaitement datables.
Comme on l'a vu, 10 rois judéens et 7 rois israélites ont été attestés par l'archéologie, de
plus, la chronologie de tous ces règnes a été confirmée par les chronologies synchronisées.
Selon les critères des historiens, cela aurait dû être une garantie d'historicité du texte
biblique, mais la plupart des spécialistes continuent à prétendre, sans en apporter la
moindre preuve, que le texte biblique n'est pas un document, phrase répétée ad nauseam y
compris par les biblistes (ce qui conforte les préjugés des archéologues!). Dans sa lettre
datée du 12 juillet 2004, Lucien-Jean Bord me précise: Ce n'est point uniquement le sumérologue
qui vous écrit cela mais aussi le bibliste. N'oubliez pas que la Bible ne prétend aucunement à l'historicité
(sinon dans la pensée de certains fondamentalistes), mais se place sur le plan d'une historiographie
théologique particulièrement formulée lors de la période exilique et post-exilique : c'est la majorité du texte
vétérotestamentaire dont nous disposons. Ce bibliste sait-il que la Bible somme en permanence ses
lecteurs de refuser les fables et les tromperies (1Timothée 4:1-7)
La Bible a la prétention d'être la "vérité", y compris sur le plan historique. La
"vraie" question pour l'historien n'est pas de nature théologique ou religieuse, mais de
savoir si le texte biblique peut-être utilisé comme un document historique. J'ai posé cette
question de l'historicité de la Bible à l'égyptologue Jean-Claude Goyon qui m'a répondu
dans sa lettre datée du 18 avril 2001: Dans votre courrier du 4 de ce mois, vous soulevez à nouveau la
question de l'Exode, de la crédibilité des récits bibliques et des problèmes que ceux-ci créent sur le plan
historique dans le monde des égyptologues (...) Mais, comme je le disais, il me faut faire part de mon
scepticisme total envers les récits qui n'ont rien d'historique de la Bible (en gras dans le texte)
yahviste ou massorétique! Ce que je souhaite montrer, pour être clair, c'est qu'aucune source égyptienne ne
mentionne les Hébreux (...) En allant au bout de ma pensée, je dirais simplement que pour un Égyptien
antique, à la question "Israël ?", la réponse est "Connais pas !" (...) Tout sonne faux dans le conte des
relations entretenues par Moïse avec la cour du "Pharaon". Pour résumer ces quelques arguments:
"l'absence de preuve dans les archives égyptiennes est une preuve de l'absence de l'Exode,
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 53

de plus, la Bible n'est pas un document historique, car tout sonne faux". Quand on sait que
les annales égyptiennes ont presque entièrement disparu (en fait, à la question: "Annales
égyptiennes ?", la réponse de l'historien est "Connais pas"), l'argumentation de cet
égyptologue repose donc essentiellement sur ses préjugés. Les actes de Moïse se produisent
durant la brève période des 10 plaies, or la Stèle de la tempête d'Ahmosis et les Admonitions
d'Ipuwer décrivent sensiblement de la même façon cette période catastrophique de l'Égypte.
Après avoir vérifié que la Bible était un document historique fiable pour la période
des royaumes judéens et israélites, et avant d'examiner si l'historicité de la Bible reste
valable pour l'ancienne Égypte, il est utile de vérifier si les données historiques de la Bible à
propos des souverains étrangers sont confirmées et exactes chronologiquement. Le texte
biblique cite les rois suivants (les dates de règnes proviennent des chronologies
synchronisées, celles qui sont en désaccord avec les chronologies moyennes "classiques"
ont été surlignées. Les rois non encore identifiés portent une étoile et ceux qui sont
orthographiés différemment, suivant les sources, ont été placés entre parenthèses):

Roi règne référence Éléments d'identification


Babylonie
1-[non nommé] 2038-1912 Genèse 11:31 Ur III finit en -1912
2-Merodachbaladan II 722-710 Isaïe 39:1
3-Nabuchodonosor II 605-562 Esdras 5:14
4-Amêl-Marduk 562-560 2Rois 25:27
5-Nériglissar 560-556 Jérémie 39:13
6-Bêl-šar-uṣur 551-539 Daniel 5:30 Corégence de 14 ans avec Nabonide
7-Ugbaru (Darius le Mède) 539-538 Daniel 5:31 Corégent de 1 an avec Cyrus II
Élam
8-Kutir-Lagamar* 1980-1955 Genèse 14: Fin de la dynastie d'Awan II en -1955
9-[non nommé] 605-585 Jérémie 49:37-38 Atta-hamiti-Inšušinak
Égypte
10-[non nommé] 1975-1946 Genèse 12:14-15 Amenemhat Ier
11-[non nommé] 1762-1747 Genèse 41:41-46 Amenemhat VI ?
12-[non nommé] 1685-1676 Genèse 46:6-7 Sébekhotep IV
13-[non nommé] 1544-1533 Psaumes 136:15 Mort violente de Taa Séqenenrê
14-[non nommé] 1003 - 984 1Rois 9:16 Siamon prend Gézèr en -993
15-Chéchanq Ier (Shishaq) 980-959 1Rois 11:40; 14:25 Campagne en Palestine en -972
16-Osorkon IV (Sô) 730-712 2Rois 17:4
17-Taharqa 712-663 2Rois 19:9 Corégence de 23 ans avec Chabataka
18-Nékao II 609-594 2Rois 23:29
19-Apriès (Hophra) 588-567 Jérémie 44:30
Assyrie
20-[non nommé] 1833-1820 Genèse 25:18 Ikunum
21-[non nommé] 1515-1490 Nombres 24:22-24 Aššur-nêrârî Ier
22-Pulu 782-746 1Chroniques 5:26 Bar Gaiah roi assyrien du Bît Adini
54 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

23-Tiglath-Phalazar III 745-727 2Rois 15:29


24-Salmanazar V 727-722 2Rois 17:3
25-Sargon II 722-705 Isaïe 20:1
26-Sennachérib 715-681 2Rois 18:13 Corégence de 10 ans avec Sargon
27-Esarhaddon 681-669 2Rois 19:37
28-Aššurbanipal 669-627 Esdras 4:10
Moab
29-Balaq* 1510-1490 Genèse 23:7 Sutéen (Nombres 24:17)
30-Églon* 1404-1386 Juges 3:12 Sutéen
31-Mésha 900-870 2Rois 3:4 fils du roi Kémoshyat
32-Shalman 740-720 Osée 10:14 Salamanu
Mitanni
33-Kushân-Rishataïm* 1452-1444 Juges 3:8 Vraisemblablement Šauštatar Ier
Haṣ or
34-Yabîn* 1366-1346 Juges 4:2 [Ibni?] (lettre EA 148)
Philistie
35-[non nommé] 1162-1122 Juges 13:1 Arrivé en l'an 8 de Ramsès III
36-Akish 1060-1020 1Samuel 21:11 [Anchise?] roi de Gat
Tyr
37-[non nommé] 1045-1025 1Rois 5:5 Abibaal
38-Hiram Ier 1025 - 991 1Rois 5:1-18
39-Ithobaal Ier 944-912 1Rois 16:31
Byblos
40-[non nommé] 1020-1000 1Rois 5:32 Ahiram
Syrie
41-Hadadézer 1050-1010 1Chronique 18:3-5 (Adad-idri)
42-Rezôn 1010 - 980 1Rois 11:23-25 (Rahianu)
43-[Héziôn]/ Tabrimmôn 980-950 1Rois 15:18 [Hadianu?]/ Ta[brimmôn]
44-Ben-Hadad Ier 950-920 2Chroniques 16:2,3 Bar-Hadad
45-Ben-Hadad II 920-880 2Rois 20:1,2; 6:24 Adad-idri
46-Hazaël 880-840 2Rois 10:31,32; 13:22 Haza’ilu
47-Ben-Hadad III 840-800 2Rois 13:24,25 Bar-Hadad, Mari’
48-Rezin 760-732 2Rois 16:5-9 Rahianu
Urartu
49-[non nommé] 625-606 Jérémie 51:27 Erimena
Ammon
50-Baalis 594-582 Jérémie 27:3, 40:14 Baalyasha
Médie
51-[non nommé] 585-550 Daniel 8:1-3,20 Astyage
52-[non nommé] 530-539 Isaïe 13:17-19 Harpage (Oibaras)
53-Darius le Mède 539-538 Daniel 5:31 Ugbaru (Oibaras)
Perse
54-Cyrus II 539-530 Esdras 6:3
55-Darius Ier 522-486 Esdras 4:24
56-Xerxès Ier (Assuérus) 496-475 Esther 1:3 Corégence de 10 ans avec Darius Ier
57-Artaxerxès Ier 475-424 Esdras 7:1 Corégence de 8 ans avec Darius B
58-Darius II 424-405 Néhémie 12:22 (Darius le Perse)
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 55

Parmi les 43 rois nommés, 38 ont depuis été confirmés par l'archéologie. De plus, si
on compare la chronologie israélite synchronisée avec les autres chronologies synchronisées
tous les synchronismes entre ces chronologies concordent eux aussi, sans exception. Ce qui
est encore plus impressionnant c'est que, dans onze cas (règnes surlignés), la chronologie
israélite est en accord avec les autres chronologies synchronisées, alors que les chronologies
moyennes, habituellement utilisées, sont mises en défaut. Ces onze cas constituent un
excellent critère de fiabilité du texte biblique (ils seront examinés en détail lors de
l'établissement de la chronologie israélite synchronisée). La chronologie historique prime
sur la chronologie archéologique. Les études archéologiques récentes217 ont débouché sur
une mise au point des problèmes de datation: L'essentiel de la chronologie absolue pour l'archaïsme
grec repose sur un texte de Thucydide (...) pour déterminer une date, ce sont les textes qui éclairent les
données de fouilles, plus que les données de fouilles n'éclairent les textes. Le matériel archéologique n'a que
très rarement une autonomie de datation (...) La chronologie du matériel archéologique relève d'un perpétuel
« bricolage », dont les fondements sont souvent remis en cause (...) Récemment, E.D. Francis et M.
Vickers s'en sont pris à la validité même de ce système, et ont voulu abaisser l'ensemble des dates jusque-là
admises de 30 à 50 ans. Leurs critiques ont pris des voies multiples, dont l'une concerne la céramique
attique, clef de voûte de la chronologie des années 550-490 av. J.-C. (...) leur révision a eu un mérite,
obliger les archéologues à revoir au plus le grand château de cartes sur lequel se fonde la chronologie de cette
période. L'archéologie ne peut donc être utilisée pour dater précisément l'Exode.

COMMENT DATER L'EXODE?

La datation de récits très anciens pose un problème redoutable à l'historien. En


1863, par exemple, Oppert faisait commencer le règne d'Hammurabi en -2394, Thureau-
Dangin (en 1927) abaissait cette date à -2003 et Gasche proposait (en 1998) de l'abaisser
jusqu'à -1696. Hammurabi a donc rajeuni d'environ 700 ans durant le 20e siècle! La
chronologie grecque n'est pas mieux lotie puisque l'écart est cette fois de presque 1000 ans:
la bataille fait rage entre les tenants de la chronologie haute (2100), moyenne (1900 ou 1600) ou basse
(jusqu'à 1100 pour les extrémistes)218. La chronologie égyptienne n'est pas épargnée non plus,
comme le reconnaît Grimal219 au début de son Histoire de l'Égypte ancienne: la tradition
classique rejetait la civilisation égyptienne dans un flou dont les grandes querelles chronologiques, passées du

217 R. ÉTIENNE, C. MÜLLER, F. PROST – Archéologie historique de la Grèce


Paris 2006 Éd. ellipses pp. 26-29.
218 C. MOSSE, A. SCHNAPP-GOURBEILLON - Précis d'histoire grecque

Paris 1999 Éd. Armand Colin p. 33.


219 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne

Paris 1988 Éd. Fayard p. 7.


56 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

XIXe siècle au nôtre, portent encore témoignage. Ces querelles opposent les partisans d'une chronologie dite «
longue », généralement les plus éloignés d'un usage scientifique des sources documentaires, aux tenants d'une
histoire moins poétique et plus tributaire des données de l'archéologie. Elles ont fini par s'apaiser, et l'on
s'en tient généralement aujourd'hui à une chronologie « courte » sur laquelle tout un chacun, ou presque,
s'accorde, à quelques générations près. Cette remarque montre que l'utilisation scientifique des
sources documentaires a produit un rajeunissement des chronologies classiques que Grimal
qualifie fort justement de "poétiques". En introduction de sa chronologie égyptienne,
Clayton220 précise encore: Avec toutes les informations chronologiques disponibles, on s'étonnera peut-
être qu'il soit extrêmement difficile d'établir des dates absolues dans la chronologie égyptienne (…) Cela
montre le flottement de la chronologie égyptienne qui est calculée essentiellement à partir des années de règne
de chaque roi, lorsqu'elles sont connues. Ces périodes sont ancrées, en amont et en aval, aux trois levers
héliaques de Sirius mentionnés ci-dessus. On reconnaît en général que la chronologie égyptienne est sur un
terrain sûr à partir de 664 av. J.-C., c'est-à-dire au début de la XXVIe dynastie. Le constat est clair:
les chronologies actuelles (non synchronisées) ne sont pas satisfaisantes, de plus, se
contenter de lire les textes anciens uniquement muni d'une critique des sources n'est pas
acceptable. Sans chronologie rigoureuse, l'histoire n'est qu'une branche de la philosophie.
C'est pourtant cette chronologie incertaine qui est utilisée par les archéologues pour
attaquer l'authenticité de la Bible.
Certains égyptologues datent pourtant certaines batailles au jour près , comme celle
de Qadesh sous Ramsès II ou celle de Megiddo sous Thoutmosis III, donnant ainsi
l'illusion d'une très grande exactitude, alors que chaque égyptologue possède en fait sa
propre chronologie, qui peut s'écarter de celle de son collègue jusqu'à 40 ans.

Dates de la Durée selon: Dates de la Durée selon:


XVIIIe dynastie XVIIIe dynastie
1579-1321 258 ans O.A. Toffteen 1552-1295 257 ans N. Grimal
1575-1308? 267 ans A. Gardiner 1550-1295 255 ans K.A. Kichen
1570-1292 278 ans E.F. Wente 1540-1295 245 ans J. Màlek
1569-1315 254 ans D.B. Redford 1540-1299 241 ans C. Aldred
1554-1304 250 ans R.A. Parker 1539-1292 247 ans R. Krauss
1552-1306 246 ans E. Hornung 1530-1292 238 ans H.W. Helck

La chronologie égyptienne est non seulement imprécise mais, de façon surprenante,


de nombreux égyptologues préfèrent évaluer l'historicité des textes bibliques à la lumière
des étymologies populaires, combinées à la psychanalyse freudienne (!), au lieu d'utiliser les
synchronismes historiques et chronologiques. Ce n'est pas une démarche scientifique
P.A. CLAYTON - Chronique des Pharaons
220

Paris 2000 Éd. Casterman pp. 12,13.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 57

objective. Assman221 écrit, par exemple: J'ai toujours eu conscience du défi que représentait le livre de
Freud pour l'égyptologie (…) L'objectif d'une étude d'histoire de la mémoire ne réside pas dans
l'établissement d'une vérité potentielle des transmissions —en l'occurrence les différentes traditions qui
appréhendent la figure de Moïse—; il s'agit bien plutôt d'étudier ces formes de transmission elles-mêmes en
les considérant comme des manifestations de la mémoire collective, ou plutôt de la mémoire culturelle. Les
souvenirs peuvent être faux, déformés, inventés ou implantés artificiellement comme l'ont montré de récents
débats dans le domaine de la psychanalyse (...) J'ai baptisé “Moïse l'Égyptien” cette trace verticale de la
mémoire que j'ai suivie depuis Akhenaton jusqu'au XXe siècle. Je ne cherche pas pour autant à poser la
question de l'origine égyptienne, hébraïque ou madianite de Moïse, a fortiori pas à y répondre. Cette
question concerne le Moïse historique, et c'est donc à l'histoire de la poser (…) Moïse l'Égyptien est un cas
typique de contre histoire (…) il existe de bonnes raisons (et je crois en effet que ces raisons existent, mais
c'est une autre histoire) à ce que Moïse, si jamais il a vraiment existé, ait réellement été égyptien. Assman
est considéré comme une référence, mais un critique a remarqué que: L'auteur s'oppose en
leitmotiv à la prétention du monothéisme à s'ériger en vérité unique (...) l'égyptologue estime probable
l'appartenance de Moïse à l'Egypte, sans pouvoir l'établir. Tout au plus note-t-il dans le dernier chapitre du
livre —le seul qui mobilise ses compétences d'égyptologue au sens usuel du terme— de frappantes similitudes
entre quelques hymnes datant du pharaon Akhenaton-Aménophis IV, qui tenta de substituer à la religion
de l'Egypte un culte solaire et certains psaumes. A l'en croire, une telle analogie s'explique222. Krauss223,
un autre égyptologue faisant autorité, écrit: Deux articles parurent en 1937, l'un sous le titre de
“Moïse, un Égyptien”, l'autre sous celui de “Si Moïse était un Égyptien”. En 1939, quelques mois avant
sa mort à l'âge de 83 ans, Freud réunit, dans un livre intitulé L'Homme Moïse et la religion
monothéiste, les deux essais de 1937, augmentés d'un troisième, “Moïse, son peuple et la religion
monothéiste”, dans lequel il exposait une théorie psycho-religieuse touchant à la genèse du monothéisme (…)
De mon côté je ne puis, en tant que chercheur, qu'acquiescer à la conclusion de Freud. Mais du point de vue
historique, a-t-il touché juste en faisant de Moïse un Égyptien. Krauss répond ensuite à sa propre
question quand il identifie, grâce à la similitude des noms, Moïse au pharaon Amon-masesa
ainsi qu'à Masesaya le vice-roi de Nubie. Le fait que des égyptologues réputés utilisent la
psychanalyse freudienne pour appuyer leurs conclusions est très étonnant quand on
connaît les propos du célèbre psychanalyste Lacan224.
221 J. ASSMAN – Moïse l'Égyptien
Paris 2001 Éd. Flammarion pp.24,29-33.
222 N. Weill in: journal Le Monde du 27/09/2001
223 R. KRAUSS – Moïse le pharaon

Monaco 2005 Éd. Rocher pp.14-19,113-158.


224 Lors d'une conférence prononcée à Bruxelles, le 26 février 1977, Lacan a précisé: Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens,

les éblouir avec des mots, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué (…) Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois
qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse.
C. MEYER, M. BORCH-JACOBSEN, J. COTTRAUX, D. PLEUX – Le livre noir de la psychanalyse
Saint-Amand-Montrond 2005 Éd. Les arènes p. 89.
58 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Le critère le plus élémentaire pour dater l'Exode serait d'utiliser les données
chronologiques contenues dans le texte biblique, mais les égyptologues préfèrent utiliser
l'onomastique et les étymologies pour obtenir cette datation, même si cette méthode est
très hasardeuse. L'Exode est ainsi placé durant le règne du prestigieux Ramsès II,
uniquement en s'appuyant sur l'homonymie de ce pharaon avec la ville du même nom.
Cette assertion ne tient pas car l'homonymie n'est pas bonne. En effet, la ville s'appelle
Ra‘amsés225 et non Pi-Ra‘msés et ensuite rien ne prouve qu'il y ait eu un lien entre cette
ville, qualifiée de ville-entrepôt selon le texte biblique et non de capitale, et le pharaon très
connu Ramsès II. Redford écrit: La Raamsès de la Bible et la capitale Pr R‘mśśw [Per-Ramsès],
excepté le nom propre, semblent ne rien avoir en commun. En l'absence complète d'indications corroborantes,
il est absolument essentiel d'être circonspect quant à assimiler les deux226. En fait, le nom de Ra‘amsés
ne désigne pas un pharaon mais une ville entrepôt: C'est ainsi qu'il bâtit pour Pharaon les villes
entrepôts de Pithom et de Ra‘amsés. Si le pharaon avait été Ramsès la lecture la plus logique
aurait été: C'est ainsi qu'il bâtit pour Ramsès les villes entrepôts de Pithom et celle de son nom. De plus,
la mention du nom d'un pharaon aurait constitué l'unique exception dans tout le
Pentateuque, car le premier pharaon nommé dans le texte biblique n'apparaît qu'à partir du
roi Salomon (Chéchanq Ier). Le seul renseignement historique sur la localisation de la ville
de Ramsès227 est donné par Flavius Josèphe228, qui fait commencer l'Exode par la ville de
Létopolis (proche de Memphis) qui est sans lien notable avec Ramsès II. De même, le nom
qui apparaît dans l'expression: pays de Ramsès désignait une région particulière à l'époque de
Joseph, le fils de Jacob (soit deux siècles avant Moïse), aussi appelée pays de Goshèn229, et non
un pharaon précis. En fait, les termes égyptiens Ra "soleil" et mes "engendré de" sont tous
les deux très anciens, puisque le nom de naissance des pharaons était toujours précédé de
l'expression sa Ra‘ "fils du Soleil" dans leur titulature. Lorsque ce titre était utilisé en nom
propre, le nom du dieu était placé en antéposition honorifique: Ra‘-mes "Ramsès" au lieu
de mes-Ra‘ "Mesore" désignant le dernier mois de l'année égyptienne. L'expression "pays
de Ramsès" pouvait être comprise comme "pays de fils du Soleil [pharaon]".
Vraisemblablement ce pays de Goshèn devait correspondre au 14e nome de Basse Égypte,
appelé "nome de l'Orient", car la ville de Tanis (et aussi celle d'Avaris) en faisait partie selon
le texte biblique230.
225 Exode 1:11.
226 D. REDFORD - Vestus Testamentum
Leyde 1963 p. 410.
227 E.P. U PHILL - Pithom and Raamses: Their Location and Significance

in: Journal of Near Eastern Studies 27 (1968) pp. 292-316.


228 Antiquités juives II:315.
229 Genèse 45:10; 47:11.
230 Psaumes 78:12,43.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 59

Vandersleyen objecte à juste titre qu'il n'y a aucune trace archéologique de l'Exode
sous Ramsès II231, ce qui entraîne une conclusion logique: l'Exode biblique serait une
histoire pieuse, écrite après coup, enjolivée pour la postérité232! En fait, cette conclusion
était prévisible en fonction des hypothèses présupposées. Krauss233 écrit, par exemple: Si
l'on veut retrouver le Moïse biblique dans l'histoire de l'Égypte ancienne, il convient dans tous les cas de
chercher un Égyptien ayant porté le même nom ou du moins un nom très proche, et précise concernant
la chronologie: On sait que les écrits bibliques ne fournissent aucune réponse directe à la question de la
position chronologique de Moïse. Il est certes dit, dans le premier livre des Rois, que Salomon a édifié le
Temple de Jérusalem 480 ans après la sortie d'Égypte, soit en l'an 4 de son règne (…) D'après les Rois, le
règne de Salomon a commencé vers ≈ 970; la sortie d'Égypte du peuple d'Israël ayant eu lieu 480 ans, la
4e année de son règne, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450. Toutefois, d'après les listes généalogiques des prêtres,
incluses dans la Bible, cette date approximative devrait être avancée d'environ 200 ans, ce qui nous amène
aux alentours de ≈ 1250. Il va de soi que ces généalogies sacerdotales n'ont aucune authenticité historique,
mais ce point est sans conséquence dans le cadre de notre enquête. Il nous importe peu que ces documents
soient des inventions pieuses; l'essentiel est que Moïse y ait été situé à une époque déterminée. Le premier
livre des Chroniques, qui a probablement été rédigé vers ≈ 200 et ne donne nulle part l'impression de
toucher à la vérité historique, contient les généalogies. Pour résumer l'argumentation de Krauss
"d'après les écrits bibliques, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450, mais selon des généalogies, sans
authenticité historique, la date qu'il conviendrait de retenir est située vers ≈ 1250, période
pendant laquelle il faut rechercher un nom égyptien proche de Moïse". Ce raisonnement,
bien qu'illogique, est adopté par beaucoup d'égyptologues et les avis de la célèbre
égyptologue Desroches Noblecourt sont représentatifs de l'ignorance de cette profession
en ce qui concerne la chronologie israélite. Elle écrit: Le nom biblique de la ville Ramsès peut
naturellement être rapproché de celui de Pi-Ramsès, pour la construction de laquelle on sait que furent
enrôlés les Apirous, avec les soldats du roi, à tirer les pierres vers le pylône du palais de Ramsès
II, et bien d'autres monuments. Le nom de Moïse, issu de Mosé (mès = enfant, mésy = mettre au
monde, etc.), constitue également la déviation du nom très égyptien dont la première partie est constituée d'un
nom divin Thotmès, Ramès, etc. Beaucoup d'Égyptiens, à la XIXe dynastie, portaient le nom de Mès (…)
Une impression se dégage maintenant d'elle même : il apparaît, après cette brève analyse, que le récit en
question est le résultat d'un brassage de faits indépendants les uns des autres, remontant à diverses époques
231 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2
Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 232-237.
232 E. B LOCH-SMITH - Israelite Ethnicity in Iron I: Archaeology preserves what is remembered and what is forgotten in Israel's history

in: Journal of Biblical Literature 122/3 (2003) pp. 401-425


R. HENDEL - The Exodus in Biblical Memory
in: Journal of Biblical Literature 120/4 (2001) pp. 601-622.
233 R. KRAUSS – Moïse le pharaon

Monaco 2005 Éd. Rocher p. 113.


60 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

recueillis très tardivement et recouvrant probablement un événement très mineur, en tout cas aux yeux des
Égyptiens (…) Quant à D. Redford, il en est même arrivé à penser que les «historiographes bibliques» ne
connaissaient pas très bien l'histoire en général, et particulièrement la façon dont les Égyptiens gouvernaient
la Palestine. Il estime que la légende de l'Exode ne reflète pas la situation de l'Égypte des XVIIIe et XIXe
dynasties, mais plutôt la période de la XXVIe dynastie (…) Dans l'état actuel de nos connaissances, où
l'on ne peut mettre en regard la chronologie, pratiquement fiable, établie pour le règne de Ramsès, et celle du
récit biblique à ce jour inexistante, il paraît donc bien hasardeux de fixer l'Exode à une date précise. Les
quelques indices relevés permettraient de placer l'événement au début du règne de Ramsès II. Pour
résumer l'argumentation de Desroches Noblecourt: "la chronologie biblique est inexistante
(sic), mais le nom de Moïse qui est d'origine égyptienne sous la forme Mès apparaît surtout
durant la XIXe dynastie, ce qui permet de situer l'Exode probablement au début du règne
de Ramsès II234". Cependant, comme le remarque Vandersleyen: Tous ces calculs nous amènent
bien avant Ramsès II, et précisément au XVIe siècle. Sans doute la fiabilité de ces chronologies n'est pas
prouvée, mais elles sont écartées –alors qu'elles existent- parce qu'elles contredisent la datation basse de
l'Exode qui ne repose sur aucun document (…) Ne faudrait-il pas plutôt remonter l'Exode au XVIe
siècle? (…) On a noté que toutes les solutions proposées aux problèmes de l'Exode sont spéculatives et font
abstraction des rares données chiffrées conservées dans la Bible et dans Manéthon. Or la date donnée par
Manéthon –que l'Exode aurait eu lieu sous Amosis- est la seule qui soit vraiment précise (…) En somme,
quelles que soient les objections des exégètes d'aujourd'hui, il ne faut pas refuser a priori d'étudier le
problème de l'Exode en liaison avec l'expulsion des hyksos235.
L'hypothèse classique de l'homonymie est-elle fondée? La réponse est non, car le
rapprochement entre le nom de Moïse et la forme mosis signifiant "fils" en égyptien, que
l'on trouve fréquemment à cette époque dans les noms égyptiens Thoutmosis, Ahmosis,
etc., est tentant, mais non fondé. En effet, les adeptes de ces étymologies exotiques
"oublient" de signaler que la vocalisation des noms égyptiens est très hypothétique, certains
préférant plutôt utiliser les formes Thoutmès, Ahmès, etc. Cet éclairage égyptien contredit
l'étymologie biblique236 qui relie ce nom au verbe hébreu [rare] mashah "tirer [de]". De plus,
Moïse ne reçu ce nom que 3 mois après sa naissance, soit un nom de baptême, ce qui sous-
entend un nom de naissance différent (généralement donné au 8e jour). Le nom de
naissance de Moïse, qu'il n'a porté qu'après ses 40 ans, devait être Apopi237.
234 C. DESROCHES NOBLECOURT – Ramsès II La véritable histoire
Paris 1996 Éd. Pygmalion pp. 248-256.
235 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2 (1995 PUF) pp. 232-237.
236 Exode 2:2-10.
237 Moïse devait vraisemblablement s'appeler "très beau, magnifique" à sa naissance, selon Exode 2:2, soit Apopi en hébreu (ce terme

apparaît, par exemple, en Jérémie 46:20). Selon le prêtre égyptien Manéthon, le dirigeant juif changea son nom égyptien, qui était
Osarseph (Aaousseré-Apopi) en Égypte, en celui de Moïse lorsqu'il arriva en Palestine (Contre Apion I:250, 265, 286). Ce point est
examiné en détail dans la partie 2.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 61

Bien qu'il y ait un lien évident entre la définition biblique et l'étymologie (au sens
grammatical), il n'y a pas d'équivalence absolue238, car l'étymologie biblique est souvent
fondée sur un jeu de mots. Le nom Moïse, par exemple, peut s'expliquer comme "tirant de
[l'eau]", en supposant un rapprochement avec la forme mashouy "étant tiré [de]". Ce nom est
mis en parallèle avec le peuple qui allait être "tiré de [l'eau]" par celui qui deviendrait
l'homme moshèh "tirant [son peuple de l'eau]239". La première voyelle du nom Moïse est "o"
dans le texte hébreu et "ou" dans le texte grec, mais jamais "a" ou "e", ce qui empêche un
rapprochement avec le mot égyptien mes signifiant "fils", que l'on trouve dans le nom Ra-
mes-ès. Le texte biblique a préservé la vocalisation égyptienne du mot mes "fils" dans le
nom de Ra-mes-ès240, qui est donc différent du nom Moshèh. Si le nom Moïse provenait de
l'égyptien, le texte biblique l'aurait préservé sous la forme exacte Mes (ou Mesh, car les sons
s et sh sont fréquemment intervertis).

Nom Transcription Prononciation LXX MT


égyptienne conventionnelle
Ramsès r‘-ms-s-sw Ra‘mesesou Raméssè Ra‘mesés
[?]Moïse [?]ms-s-sw [?]mesesou [?]môusè [?]moshèh

En fait, l'hypothèse égyptienne du nom de Moïse est très ancienne puisque Flavius
Josèphe écrivait déjà au 1er siècle: C'est d'après cet incident qu'il reçut ce nom, rappelant son
immersion dans le fleuve: les Égyptiens appellent l'eau môu et ceux qui sont sauvés ysès. Ils lui donnèrent
donc ce nom, composé de deux mots241. Cette explication est cependant inexacte car, en égyptien,
ces mots auraient dû être mw-ḥsy "eau – favorisé (?)". Si son explication provenait du copte:
môu-ouṣai "eau - sauver", elle contredit toutefois l'étymologie biblique qui relie ce nom à
"tirer hors de" et non à "sauver". Philon242 d'Alexandrie rattachait aussi l'étymologie du
nom de Moïse au mot égyptien môu "eau", sans expliquer le sens de la partie finale du nom.
De toute façon, ces auteurs anciens sont d'accord pour vocaliser le début du nom de Moïse
en môu-se et non mes, et ils n'évoquent jamais un lien avec le mot égyptien mes "fils" alors
que Philon vivait en Égypte. La fille de pharaon a vraisemblablement appelé le bébé Mousa
(mw s3) signifiant "fils d'Eau", nom qui fut ensuite adapté à l'hébreu en moshèh "tirant [de]"
(d'un verbe hébreu très peu usité). L'utilisation de l'onomastique et de l'étymologie ne
permettent donc pas d'établir une datation fiable. Les égyptologues n'utilisent pas la
chronologie biblique, parce qu'ils la connaissent mal, voire pas du tout.
238 A. STRUS - Nomen Omen
in: Analecta Biblica 80. Rome 1978 Éd. Biblical Institute Press pp. 82-89
239 'Isaïe 63:11,12
240 Genèse 47:11.
241 Les Antiquités juives II:228.
242 De vita Mosis I:17.
62 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Une autre raison qui peut expliquer l'ignorance de certains égyptologues concernant
le texte biblique est une sorte de dévotion religieuse à l'Égypte. Dans sa lettre du 30 mai
2005, Goyon m'a répondu: Je vous dénie le droit d'écrire que les "récits égyptiens sont bourrés d'une
mythologie grossière avec ses dieux, mi-humains, mi-animaux", si je vous fais grâce de la "vantardise" et
des "perpétuelles victoires". La théologie antique de l'Égypte n'est pas une "mythologie" encore moins
"grossière" et son système d'image/écrit est le plus élaboré de l'histoire humaine pour traduire l'omniprésence
et puissance du divin. La vision étriquée du judéo-christianisme conduit à des expressions ineptes et
insultantes. Visiblement la défaite d'un antique pharaon devant Moïse a laissé des traces.
Quelques rares égyptologues connaissent cependant les rudiments de la chronologie
biblique. Paul Barguet243, me précisait dans sa lettre datée du 1er avril 2001: Merci pour votre
lettre; les renseignements qu'elle m'apporte sur l'Exode et les discussions que provoque son temps, m'ont
intéressé. Je suis seulement égyptologue, mais les problèmes que pose son histoire m'ont depuis longtemps
intéressé, et j'avais essayé, il y a de cela quelques années, d'y voir plus clair car le sujet est très intéressant et
même passionnant, et je m'étais rédigé, pour y voir plus clair moi-même, une sorte d'état des choses; je me
permets de vous le communiquer; naturellement je peux me tromper totalement, mais je crois, comme vous,
que situer l'Exode sous Ramsès II est une erreur (...) Le point de départ important qu'il convient de situer
est la date de naissance de Moïse. En suivant de près le texte de la Bible, j'arrive aux conclusions suivantes:
Moïse aurait été recueilli par la fille de Thoutmosis Ier, Hatchepsout, vers -1500. Les calculs de cet
égyptologue sont assez bons, mais dépendaient de la chronologie biblique de l'époque, or
les biblistes, qui ont établi cette chronologie, ont procédé comme les égyptologues, non à
partir du texte, mais à partir de l'onomastique et des étymologies! De Vaux244 écrit: C'est
aussi le dernier et le principal des rédacteurs deutéronomistes qui a donné au livre son cadre chronologique.
Les indications temporelles sont fréquentes (...) Cette chronologie fait partie d'un système plus vaste qui
s'étend à d'autres livres historiques. D'après la rédaction deutéronomiste de I Rois 6:1, il s'est écoulé 480
ans entre la sortie d'Égypte et le début de la construction du temple en la 4e année de Salomon, mais à
cause de nombreuses erreurs dans ses propres calculs, il conclut: Certains chiffres peuvent
provenir d'une bonne tradition, mais le système dans lequel ils sont intégrés est certainement une construction
du rédacteur et il nous faudra chercher à établir par d'autres moyens la chronologie de la période des Juges.
Valeur historique [du livre des Juges]: Nous venons de dire que le cadre historique que le Deutéronomiste a
donné au livre ne peut servir l'historien. Cette conclusion de non historicité de la Bible, repose en
fait sur de grossières erreurs dans la durée de plusieurs règnes245.

243 Le seul égyptologue, que j'ai connu, à ne pas mépriser les données bibliques. Beaucoup d'égyptologues m'ont tenu des propos
virulents contre la Bible et ceux qui ont appris par la suite mon appartenance religieuse ne m'ont plus adressé la parole.
244 R. DE VAUX – Histoire ancienne d'Israël 2

Paris 1973 Éd. Gabalda pp. 14-15, 100-104.


245 2 ans de règne à Saül (1Sam 13:1) au lieu de 40 (Actes 13:21), 80 ans à Ehoud (Juges 3:20-30) au lieu de 20 (Juges 4:3; 5:30), etc.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 63

Les biblistes actuels ne sont pas meilleurs en calcul, Soggin 246 écrit, par exemple:
Nous voici arrivés à la question des données chronologiques contenues dans le récit, qui constitue un autre
problème complexe. Dans Genèse 15,16 et suiv. (un passage dtn ou dtr) et dans Ex 12,40 et suiv. (P),
sont respectivement mentionnés 400 et 430 ans écoulés entre l'époque d'Abraham et celle de l'exode.
Cependant, dans Genèse, il n'est question que de quatre générations, donc d'une période de maximum 60-
120 ans. La chronologie de 1 R 6,1 essaie de rattacher aux deux premières chiffrées (400 et 430 ans, cf.
infra, chap. 8, 1e): la chronologie de la construction du temple est fixée par l'historien dtr à 480 ans après
l'exode Sur le plan historiographique, ces derniers chiffres sont tous problématiques et ne peuvent en aucune
façon de base à une reconstruction de la chronologie de la préhistoire d'Israël. On peut les expliquer dans
une perspective non pas historiographique, mais théologique et idéologique, tandis que les deux premières
données chiffrées ne semblent avoir, pour l'heure, aucun sens précis pour nous. La conclusion est qu'il serait
sage de renoncer à l'élaboration d'une chronologie, étant donné l'insuffisance des éléments dont nous
disposons. Soggin laisse croire que les chiffres du texte biblique sont contradictoires, alors
qu'il n'effectue aucun calcul. En fait, s'il avait effectué une addition des durées pour calculer
le séjour en Égypte il aurait trouvé 215 ans, résultat déjà connu de Flavius Josèphe247, au 1er
siècle. De plus, s'il avait bien lu la Bible, il aurait vu que les quatre générations sont
mentionnées en Exode 6:16-20, par exemple, puisqu'on lit: Voici les noms des fils de 1) Lévi (à
l'entrée en Égypte) avec leurs descendances: Gershôn, 2) Qehat (...) fils de Qehat: Amram (...) 3) Amram
épousa Yokébed, sa tante, qui lui donna Aaron et 4) Moïse (à la sortie d'Égypte). Amram vécut 137 ans.
Il y a bien quatre générations, d'une durée moyenne de 54 ans, il n'y a donc aucune
contradiction, mais plutôt un excellent accord des données chronologiques entre elles. La
dernière question qui gêne les spécialistes actuels: les âges aberrants de la Bible, comme les
137 ans d'Amram, les 147 ans de Jacob, etc., sont-ils acceptables?

LES AGES DES PATRIARCHES SONT-ILS ERRONES?

Lorsque l'historien rencontre une durée aberrante, avant de la rejeter comme


invraisemblable, il doit vérifier que 1) cette donnée a été correctement transmise, 2) qu'elle
n'est pas contredite par d'autres, et 3) qu'elle est scientifiquement possible. Cette démarche
n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît. Pour illustrer cette difficulté, le cas d'Habib Miyan248,
mort le 19 août 2008, est un bon exemple, car cet indien du Rajasthan prétendait avoir 138
ans au moment de sa mort. Cet âge aberrant doit-il être rejeté? On sait, que cet homme
246 J.A. SOGGIN – Histoire d'Israël et de Juda
Paris 2004 Éd. Cerf p. 104.
247 Antiquités juives II:318.
248 http://en.wikipedia.org/wiki/Habib_Miyan
64 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

avait pris sa retraite à 68 ans, selon ses dires (ce qui paraît plausible, mais en Inde, à cette
époque, il n'y avait pas d'âge de la retraite imposé), et touchait sa pension depuis 1938. Le
document officiel enregistré par la caisse de retraite, date sa naissance du 20 mai 1878, au
lieu de 1870. Cet homme aurait donc prit sa retraite à 58 ans, au lieu de 68 ans, ce qui lui
donnerait un âge "plus réaliste" de 130 ans. Cette valeur de 130 ans, plus du double de
l'espérance de vie à la naissance (62,5 ans en 2000 en Inde), est aberrante, cependant elle
n'est pas invraisemblable. De même, le Canon royal de Turin donne une valeur de [1]53 ans
pour la durée totale de la XIIIe dynastie, et cette durée est acceptée249, car les 50 rois
supposés de cette dynastie ont effectivement eu un règne d'une duré moyenne d'environ 3
ans250. Cette valeur est pourtant aberrante. En effet, si on suppose qu'un homme devient
père au bout de x années, puis devient roi au bout de y années, puis meurt au bout de z
années, on peut facilement montrer que si son fils monte sur le trône à la mort de son père
et que ce processus se reproduit à l'identique, on obtient mathématiquement l'équation: x =
y = z. Cela signifie qu'un roi règne en moyenne le tiers de sa vie. En utilisant la valeur de 3
ans, cela impliquerait qu'il serait devenu père à 6 ans et serait mort à 9 ans, ce qui "paraît"
impossible. Malgré cette impossibilité apparente, les chiffres du Canon sont acceptés, car
on suppose l'existence d'une explication que l'on ne connaît pas encore.
La durée de vie de quelques personnages bibliques sur la période des deux premiers
millénaires avant notre ère est la suivante:

durée de vie personnage devient meurt à: écart: règne référence


père à: (80 ans)
2038-1863 Abraham 86 ans 175 ans +95 - Genèse 16:16; 25:7
1938-1758 Isaac 60 ans 180 ans +100 - Genèse 25:6; 35:28
1878-1731 Jacob 91 ans 147 ans +67 - Genèse 47:28
1788-1678 Joseph 30 ans 110 ans +30 - Genèse 41:46-50; 50:22
[1643-1506] Amram [30 ans?] 137 ans +57 - Genèse 6:20
1613-1493 Moïse 40 ans 120 ans +40 - Deutéronome 34:7
1573-1463 Josué ? 110 ans +30 - Juges 2:8
[1280-1211] Yaïr [30 ans?] [70 ans?] -10 22 ans Juges 10:3-5
1087-1017 David 30 ans 70 ans -10 40 ans 2Samuel 5:4
1035 - 977 Salomon 17 ans 58 ans -22 40 ans 1Rois 11:42; 14:21
1018 - 960 Roboam [20 ans?] 58 ans -22 17 ans 1Rois 14:21
751-697 Ezéchias 39 ans 54 ans -26 29 ans 2Chroniques 29:1
[617-537] Daniel ? 80 ans 0 - Daniel 1:1; 11:1-12:13
[485-405] Néhémie ? [80 ans?] 0 Néhémie 1:1-2:1; 12:22
[ 84 - 1] Veuve ? 84 ans +4 - Luc 2:36,37

249 N. GRIMAL -Histoire ancienne de l'Égypte


Paris 1988 Éd. Fayard p. 596.
250 C. VANDERSLEYEN – L'Égypte et la vallée du Nil

Paris 1995 Éd. PUF p. 660.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 65

Les chiffres des durées de vie ne paraissent aberrants que sur la période 2000-1500.
Première question: ces chiffres ont-ils été correctement retransmis? Le fait qu'il n'y ait
aucun écart entre le texte massorétique, la Septante et le Pentateuque samaritain est un fort
indice d'authenticité. Une deuxième façon d'en tester l'exactitude est de vérifier s'ils
induisent des contradictions chronologiques (du type de celles que l'on trouve dans la
Septante pour la période des Rois)251. Reconstitution de la période (examinée en détail dans
la partie 2) allant de 2000 à 1500, selon les chiffres du texte biblique:

2038 1963 1938 1933 1878 1788 1748 1678 1573 1533 1493 1488
a b c d e f g h i j
5 400
75 25 (3x50) 40 215 40 5
100 60 90 110 105 40
430
(2x50) 450 (9x50)

a) Arrivée d'Abraham en Canaan à l'âge de 75 ans252 et début des 430 ans de résidence en
terre étrangère253 (la naissance d'Abraham remonte en -2038).
b) Abraham à 100 ans254, naissance d'Isaac l'ancêtre du peuple d'Israël et début d'une
période de 450 ans255 (le fils d'Agar est âgé de 14 ans)256.
c) Isaac sevré à 5 ans257, période de 400 ans d'afflictions258 débutant avec les persécutions
sur Isaac259 par le fils d'Agar et se terminant à la sortie d'Égypte, la fin de la servitude260.
d) Naissance de Jacob quand Isaac à 60 ans261.
e) Naissance de Joseph dans la 91e année de Jacob puisque ce dernier a 130 ans quand
Joseph a 39 ans (= 30 ans + 7 ans d'abondance + 2 ans de famine)262.
f) Arrivée des Israélites (Jacob et sa famille) en Égypte dans la 40e année de Joseph263,
début du séjour de 215 ans (période de la présence des Hyksos, de 1748 à 1533).
g) Mort de Joseph à l'age de 110 ans. Des chefs israélites sont établis par Joseph, puis par
les pharaons, et administrent alors le pays de Goshèn264 pendant 105 ans (règne des
princes Hyksos). Les 40 dernières années de cette période sont attribuées à Moïse.

251 Il ne s'agit pas, en fait, d'erreurs, mais de valeurs recalculées pour se conformer à un modèle chronologique différent.
F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament
Texas 2005 Ed. Master Books p. 12.
252 Genèse 12:4,5.
253 Exode 12:40,41.
254 Genèse 21:5.
255 Actes 13:17-20.
256 Genèse 16:16.
257 Selon 2Maccabées 7:27, l'allaitement durait habituellement au moins 3 ans (voir 2Chroniques 31:16).
258 Genèse 15:13. La période de 400 ans débute avec l'oppression d'Isaac et non à sa naissance (voir notes suivantes).
259 Genèse 21:8,9. Le sens du verbe hébreu est "se moquer " et non "jouer". Le Talmud (Sota 6:6) évoque même des sévices.
260 Galates 4:25-29. Selon Maimonide (Epître au Yémen III) et Rashi, les 400 ans vont de la naissance d'Isaac à la sortie d'Égypte.
261 Genèse 25:26.
262 Genèse 41:46,47,53,54; 45:11; 47:9.
263 Genèse 45:11; 46:5-7.
264 Genèse 47:6; Exode 5:14.
66 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

h) Moïse fut le dernier Grand personnage en Egypte, car bien que "fils de pharaon" 40 ans
durant, il fut ensuite banni pendant 40 ans avant de revenir en Égypte265.
i) Sortie d'Égypte juste après la mort du pharaon (Séqenenrê Taa) et début des 40 ans
d'errance dans le désert du Sinaï avant d'entrer en Canaan266.
j) Sortie du Sinaï, entrée en Canaan et mort de Moïse à 120 ans, période de pacification de
5 ans267 qui se termine en -1488 et qui fixe le début des jubilés (tous les 50 ans).
La période de 430 ans est controversée, car on lit: Et la résidence des fils d'Israël, qui
avaient habité en Egypte, fut de quatre cent trente ans268, ce qui pourrait impliquer un séjour de 430
ans en Egypte. Or cette lecture possible serait contradictoire. Les traducteurs juifs de la
Septante, conscients de cette ambiguïté, ont préféré ajouter une incise pour prévenir tout
quiproquo: Le séjour que les fils d'Israël firent en séjournant dans le pays d'Egypte [et dans le pays de
Canaan] fut de quatre cent trente ans. Cette incise, que l'on trouve aussi dans le Pentateuque
samaritain, est conforme au contexte indiquant que cette période de 430 ans représente la
durée totale du séjour des fils d'Israël en dehors de l'alliance mosaïque269. Cette période
comporte deux parties: la première qui commence en Canaan par l'alliance abrahamique
suivie rapidement par les brimades d'Esaü sur Isaac270 et qui s'achève par la sortie de Jacob
en Egypte, et une deuxième période débutant par cette servitude en Egypte et se terminant
par l'Exode. Le verset incriminé devrait donc se lire: Et la résidence des fils d'Israël, qui avaient
habité en Egypte [215 ans], fut de 430 ans. Cette considération chronologique était connue dans
l'Antiquité, puisque Flavius Josèphe lui-même la mentionne dans ses écrits271.
Une confirmation indirecte de cette période de 215 ans provient de la généalogie de
Josué272. En effet, la durée de vie moyenne était de 60 ans à cette époque273. Josué ayant 40
ans à la sortie d'Égypte274 (en -1533), sa naissance devait remonter en -1573. En supposant
un écart moyen de 20 ans entre chaque génération275 (ce qui correspond bien au 1/3 de la
durée moyenne de vie), on obtient la succession suivante des dates de naissance:

Josué 1573 Ladân 1653 Beriah 1733


Noun 1593 Tahân 1673 Ephraïm 1753
Elishama 1613 Résheph-Télah 1693 Joseph 1773
Ammihoud 1633 Réphah 1713 Jacob

265 Exode 2:15; 11:3; Hébreux 11:24; Actes 7:21-23, 29-36; Deutéronome 34:7.
266 Exode 16:35.
267 Deutéronome 34:1-7; Josué 14:7,10.
268 Exode 12:40.
269 Galates 3:17.
270 Genèse 21:9.
271 Antiquités juives II:318.
272 1Chroniques 7:23-28.
273 Nombres 32:11-13; Deutéronome 2:14.
274 Josué 14:7.
275 Lévitique 27:3.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 67

Joseph étant arrivé en Égypte à l'âge de 17 ans276, la période qui court de son
arrivée, soit vers 1756 (= 1773 - 17), jusqu'à l'Exode (en -1533) couvre 223 ans, en très bon
accord avec les 215 ans calculés.
Tous les chiffres des durées, pour la période 2000-1500, sont donc cohérents, ils
n'induisent aucune contradiction. Comment la Bible explique-t-elle la présence de ces
chiffres aberrants? Ils sont présentés comme anormaux. Les Lévites, par exemple, devaient
commencer à travailler à l'âge de 20 ans et devaient prendre leur retraite à 50 ans277. Moïse
qui a vécu 120 ans écrit pourtant en Psaumes 90:10: Le temps de nos années est de 70 ans, de 80
pour les plus vigoureux, et leur plus grande part n'est que peine et malheur, car bien vite elles passent et
nous nous envolons (Osty). Les 120 ans de Moïse sont donc anormaux. David qui est
seulement âgé de 70 ans, ou Barzillaï de 80 ans, sont tous deux présentés comme étant des
vieillards278. Les durées exceptionnelles du texte biblique ne sont donc pas représentatives
du reste de la population, elles sont en fait limitées à la parenté immédiate d'Abraham. Ces
durées sont présentées comme étant miraculeuses. Lorsque Sara, la femme d'Abraham,
apprend qu'elle va avoir un enfant à l'âge de 90 ans, son mari étant lui âgé de 100 ans, elle
part dans un fou rire nerveux279. De même, Job qui aurait vécu 210 ans, selon la Septante, a
en fait reçu un supplément miraculeux de 140 ans280. Le fait de dépasser l'âge de 100 ans est
ainsi présenté comme n'étant fréquent que dans le monde messianique à venir281. Dernière
question, la plus difficile, ces durées aberrantes sont-elles scientifiquement impossibles?

LES AGES DES PATRIARCHES SONT-ILS SCIENTIFIQUEMENT IMPOSSIBLES?

Contrairement à ce que le bon sens populaire laisse croire, les limites humaines sont
difficiles à fixer par la science. Il semble, par exemple, impossible qu'un homme puisse être
père à 91 ans (cas de Jacob), pourtant ce cas a été observé, puisqu’en 1992, Les Colley un
mineur australien âgé de 92 ans (et mort a 100 ans) a eu avec sa seconde épouse un petit
Oswald282. A l'exception des miracles, présentés comme tels, la Bible ne contient aucune
information contraire à la science actuelle: l'univers est né d'un Big Bang (Genèse 1:1), puis
sont apparus dans l'ordre: les végétaux, les poissons, les mammifères, et enfin les hommes,
il n'y a pas de générations spontanées (Genèse 1:25), il n'y a pas de croisement possible
entre espèces (Genèse 1:21), il y a autant d'étoiles que de grains de sable sur la terre
276 Genèse 37:2.
277 Nombres 8:25.
278 1Rois 1:1; 2Samuel 19:32.
279 Genèse 18:12-14.
280 Job 42:16. Par contre, Salomon n'a vécu que 58 ans, malgré la promesse de longue vie (1Roi 3:14), car elle fut annulée (1Rois 11:9).
281 Isaïe 65:20.
282 http://www.mothers35plus.co.uk/older-fathers.htm
68 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

(Genèse 22:17), les animaux sont régis par les lois de Mendel (Genèse 31:8-12), la terre ne
repose sur rien (Job 26:7), il faut enterrer les excréments [pour éviter le choléra]
(Deutéronome 23:13), il faut appliquer la quarantaine aux malades (Lévitique 13:46-59), les
maladies psychosomatiques existent (Proverbe 14:30), les mariages co-sanguins sont
déconseillés (Lévitique 18:6) ainsi que l'astrologie et le spiritisme (Deutéronome 18:10-11),
il y a un cycle de l'eau (Ecclésiaste 1:7). La plupart de ces données étaient encore inconnues
au Moyen Age, et pourtant l'Ancien Testament a été écrit bien avant cette époque.
Les études283 sur la longévité
humaine sont rares, mais elles
fournissent des données étonnantes,
contraires au bon sens et en accord avec
la Bible. Cette étude, sur l'âge maximal
au décès, a porté seulement sur deux
pays (France et Suède), et à partir de
1860, pour des raisons de fiabilité284
(vérifications des certificats de
naissance). Deux conclusions sont
apparues, pour des raisons inexpliquées
1) l'âge maximal au décès n'est pas
constant mais augmente régulièrement
et 2) depuis 1960, il y a une accélération
de cette augmentation. Par exemple en
1960, l'âge maximal au décès était de
104 ans en Suède et de 108 ans en 2000,
soit une augmentation de 1 an tous les
10 ans. Pour la France en 1960, l'âge
maximal au décès était de 104 et de 112
ans en 2000, soit une augmentation de 2
ans tous les 10 ans. En extrapolant ces
résultats, il devrait y avoir en France un
âge maximal au décès de 132 ans en 2100 et de 152 ans en 2200. L'âge de Jacob (147 ans)
qui est invraisemblable en 2000 deviendra vraisemblable en 2200.

283 J. VALLIN, F. MESLE – Vivre au-delà de 100 ans


in: Population et Sociétés n°365, février 2001 pp. 1-4.
284 Les résultats du recensement de 74, avec un record de 150 ans, selon Pline l'Ancien (Histoire naturelle VII:49), est déjà questionnable.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 69

Une autre étude285 sur la longévité a non seulement confirmé l'étude précédente,
mais a montré que cette augmentation de la longévité est un phénomène ancien qui existe
au moins depuis 750 de notre ère, soit depuis 1250 ans.

L'augmentation continuelle de la durée de vie est un phénomène constaté et mesuré


mais dont l'explication reste une énigme pour les scientifiques. Contrairement à ce qu'on
croyait dans le passé, la longévité humaine ne semble ne pas avoir de limite. Une étude286 a
même établi une projection pour le siècle à venir. L'espérance de vie à la naissance était en
France de 23,8 ans287 pour les hommes en 1750 et de 75,2 ans en 2000, soit une valeur
extrapolée de 91,3 ans en 2100. Cet accroissement de 0,16 an par an permet d'extrapoler
une espérance de vie à la naissance de 155 ans en 2500. Selon les scientifiques, la durée de
vie de Jacob, soit 147 ans, sera devenu une banalité en 2500! Pour affirmer qu'un âge
maximal de 150 ans était impossible en -1900 il faudrait connaître les facteurs qui
influencent la longévité, or nous les ignorons. Nous savons seulement qu'ils existent.
Certains chercheurs estiment que l'enzyme de la télomérase, présente uniquement
dans les cellules germinales et cancéreuses, pourrait réparer les télomères, ce qui conférerait
aux cellules une capacité de division infinie. Michael Fossel, professeur de médecine de
l'université de l'État du Michigan, en conclut que l'homme pourrait vivre plusieurs siècles si
cette télomérase était débloquée288. Le récit biblique, avec ses longévités antédiluviennes dix
fois plus grandes que les longévités actuelles, ne sera alors plus considéré comme
extraordinaire. En fait, les plus anciennes chroniques royales mésopotamiennes avaient déjà
mentionné ces longévités hors du commun289.
285 J.M. LEGAY, A. HEIZMANN, N. GAUTIER, J.L. CHASSE – La longévité des hommes célèbres. Évolution séculaire des hommes
célèbres. in: Natures Sciences Sociétés vol. 9 (2001) Éditions scientifiques et médicales pp. 19-28.
286 F. MESLE, J. V ALLIN – Montée de l'espérance de vie et concentration des âges au décès

Paris 2002 Institut National d'Études Démographiques n°108 pp. 1-6.


287 Cette valeur semble être un minimum. À l'époque d'Hérodote (Enquête I:32), vers -450, une vie de 70 ans était déjà un maximum.
288 Le vieillissement est un processus d'une grande complexité qui fait intervenir de multiples facteurs génétiques et environnementaux. Il

existe,par exemple, des liens complexes entre apport calorifique, répartition des sucres et des graisses dans l'alimentation et longévité.
289 J.J. GLASSNER – Chroniques mésopotamiennes

Paris 2004, Éd. Les Belles Lettres pp. 137-153.


70 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

CONCLUSION

En dépit de ce que qu'affirment de façon dogmatique les archéologues, la Bible est


un document historique, puisqu'il en remplit tous les critères. La transmission du texte est
même d'une qualité exceptionnelle, et unique parmi tous les textes de l'Antiquité, puisque
l'on possède des rouleaux complets dès la fin du 2e siècle avant notre ère, identiques aux
éditions critiques (à la lettre près), alors qu'il faut attendre l'an 900 pour les œuvres
d'Homère, le premier livre de la culture occidentale. Dès le 1er siècle de notre ère, le texte
biblique a été attaqué ce qui a conduit Flavius Josèphe à le défendre par la mise en parallèle
des différentes chronologies, ce qui est la base de la chronologie synchronisée. Bien qu'elle
contienne un enseignement religieux, les données historiques de la Bible peuvent être
traitées par l'historien comme n'importe quel autre document du passé, puisqu'il contient
des noms de personnes et de lieux, des durées et de événements mémorables, autant
d'éléments qui sont aisément vérifiables. Les fouilles archéologiques ont d'ailleurs permis
d'en confirmer une bonne partie. Malgré une idée répandue, la Bible ne contient aucun
anachronisme, la domestication des chameaux, par exemple, est bien datée de la fin du 3e
millénaire avant notre ère (époque d'Abraham). Contrairement à ce que prétendent certains
archéologues, l'existence archéologique du roi David est attestée (stèles de Moab et de
Dan). La datation de l'origine de l'écriture est impossible par l'archéologie à cause du
manque de preuve. Par contre, selon les historiens du passé, le paléo-hébreu (appelé par
eux phénicien/cadméen) est apparu vers -1500, de plus, l'inventeur de cette écriture est soit
Cadmos "oriental", soit Moïse. Le texte biblique contient de nombreuses indications de
durée qui permettent la reconstitution d'une chronologie complète et précise (voir la partie
2). Le seul critère de vérité à la disposition de l'historien est la chronologie "l'œil de
l'histoire". Cette méthode doit rester la règle pour le texte biblique. Sans chronologie,
l'histoire serait restée une branche de la philosophie avec ses écoles et ses interprétations.
En dénigrant les témoignages historiques, l'archéologie redeviendra une branche de la
mythologie. Enfin, la présence dans le texte biblique de longévités anormales, uniquement
durant les périodes reculées (avant -1500), ne peuvent être rejetées comme impossibles,
tant que les scientifiques ne connaîtront pas les facteurs qui entrent en jeu290 (climat,
nourriture, génétique, âge de la paternité, etc.). Dans l'état actuel de nos connaissances, ces
variations restent une énigme, on ne peut donc s'en servir pour disqualifier le texte biblique
d'autant que toutes ses données chronologiques ont une grande cohérence entre elles.
290Flavius Josèphe notait déjà à son époque, au 1er siècle, que la plupart des Ésséniens vivaient au-delà de 100 ans. Il supposait que cette
longévité inhabituelle était due à un régime simple et à une vie rangée (Guerre des Juifs II:151).
Chronologie israélite synchronisée (partie 2)

La chronologie israélite, comme les autres chronologies moyen-orientales, ne peut


être reconstituée qu'à partir des textes et des inscriptions. Dans la partie 1 plusieurs points
controversés ont examinés, notamment deux questions: le texte biblique est-il un document
historique et est-il fiable scientifiquement? La réponse par l'affirmative s'appuie sur les
éléments suivants: 1) le texte biblique, recopié par les Massorètes, a été transmis avec une
fiabilité exceptionnelle, 2) la confrontation des données historiques du texte biblique avec
les témoignages archéologiques n'a révélé aucune contradiction, mais au contraire de
nombreuses confirmations et 3) la confrontation des données scientifiques du texte
biblique avec les sciences "dures" n'a révélé aucune contradiction (certaines théories
scientifiques contredisent le récit biblique, mais ces théories se fondent en fait sur des
interprétations cosmologiques, similaires aux cosmogonies des théologiens).
La chronologie israélite bien qu'elle utilise de nombreuses données bibliques n'est
pas une chronologie biblique. Il s'agit d'une chronologie scientifique qui s'appuie sur des
synchronismes datés par l'astronomie et non d'une chronologie biblique qui, elle, est le fruit
d'interprétations religieuses utilisant des synchronismes symboliques ou prophétiques. La
démarche de l'historien est d'établir une chronologie ancrée sur des dates absolues, alors
que la démarche du théologien est de valider des calculs eschatologiques déterminant les
temps messianiques. Les deux démarches sont différentes car elles ne se réfèrent pas à la
même autorité: la foi pour les religieux, la raison pour les scientifiques. Hippolyte de Rome
(170-235), par exemple, calculait à son époque dans son traité Du Christ et de l'Antéchrist et
son Commentaire de Daniel que le retour du Christ aurait lieu au bout de 6000 ans, soit en 500
de notre ère puisque, selon sa Bible (la Septante), Adam avait été créé en -5500. Ces calculs
eschatologiques1 ont régulièrement été repris et améliorés par des conducteurs religieux
célèbres: le rabbin Nahmanide (1194-1270) calculait, lui, une venue du Messie pour 13582;
le cardinal Nicolas de Cues (1401-1464) fixait le retour du Christ pour 1702 et la fin des
temps pour 1750; le pasteur Russell (1852-1916) pronostiquait un retour du Christ en 1874
et la fin des temps pour 1914. Tous ces calculs étant fondés sur des interprétations
religieuses, ils n'ont donc pas de valeurs scientifiques mais permettent aux croyants de
fortifier leur foi dans la "fin des temps" (Matthieu 24:3).

1 J. DELUMEAU – Mille ans de bonheur. Une histoire du paradis


Paris 1995 Éd. Fayard pp. 26-32, 172-199, 401.
2 NAHMANIDE – La dispute de Barcelone

Paris 1984 Éd. Verdier p.46.


2 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

La démarche historique est bien résumée par Eusèbe de Césarée3 (265-340). Il


rappelle le principe fondamental des historiens, inauguré par Hérodote: Ainsi, sur la
chronologie du poète en question, je veux dire Homère, sur la dissension et le désaccord de ceux qui en ont
parlé, que les spécialistes des recherches précises se contentent des opinions sur ces sujets; là en effet où boite
la chronologie, impossible d'atteindre la vérité historique, et explique en détail sa méthode
chronologique: De l'antiquité de Moïse et des prophètes ses successeurs, d'autres, en grand nombre, ont
mis leur zèle à fournir la démonstration dans leurs écrits; je vais tout de suite en présenter les détails. Mais
je prendrai une voie un peu différente de celles de mes devanciers et userai de la méthode que voici. On
s'accorde à reconnaître un synchronisme entre l'époque de l'empereur romain Auguste et la naissance de
notre Sauveur. Comme le Christ a inauguré la prédication de l'Évangile lors de la 15e année de Tibère
César, si l'on voulait à partir de là additionner le nombre des années en remontant les temps jusqu'au roi
des Perses Darius et à la restauration, vers son époque, du temple de Jérusalem, qui s'est faite après que le
peuple juif fut revenu de Babylone, on trouverait, de Tibère à la 2e année de Darius, 548 ans. En effet, la
2e année de Darius rencontre la 1ère de la 65e olympiade [en -520], et la 15e année de Tibère César coïncide
avec la 4e de la 201e olympiade [en 29]. Or, les olympiades qui séparent le Perse Darius de l'empereur
romain Tibère, au nombre de 137 totalisent 548 ans, en comptant 4 années par olympiades. Et comme la
2e année de Darius était la 70e de la désolation du temple de Jérusalem, ainsi qu'il appert de l'histoire
hébraïque, et en remontant encore, à partir de là, de cette 2e année de Darius à la 1ère olympiade [en -776],
on compte 256 ans ou 64 olympiades (...) Maintenant, en remontant de la 1ère olympiade aux époques
antérieures jusqu'à la prise d'Ilion [en -1184], tu trouveras en tout 408 ans, suivant le calcul des annales
grecques. En remontant, chez les Hébreux, de la 50e année du roi des Juifs Ozias [en -760] à la 3e année
du juge des Hébreux [L]Abdon [en -1168], tu compteras le nombre égal de 408 ans (...) En remontant
de là pour obtenir le chiffre de 400 ans, tu trouverais chez les Hébreux Moïse [en -1584?]4, chez les grecs
Cécrops (...) et en remontant encore de Moïse jusqu'à la 1ère année de la vie d'Abraham [en -2089?] tu
trouveras 505 ans (...) Pour les Égyptiens, on a des chroniques exactes. Leurs caractères eurent pour
interprète Ptolémée (non pas le roi, mais le prêtre de Mendès), qui, exposant l'histoire des rois, met sous le
roi d'Égypte Amôsis [1530-1505] le voyage des Juifs depuis l'Égypte jusqu'aux terres qu'ils voulaient,
sous la conduite de Moïse. Il s'exprime ainsi: ‘Amôsis était contemporain du roi Inachos’. Après lui, au
IVe livre de ses Enquêtes égyptiennes (il y en a cinq), le célèbre grammairien dit entre autres,
qu'‘Amôsis creusa les fondations d'Avaris au temps d'Inachos d'Argos, comme Ptolémée de Mendès le
consigne dans sa Chronique. L'intervalle d'Inachos à la prise de Troie comprend 20 générations (...)
Ainsi donc, si Moïse s'est avéré contemporain d'Inachos, il est antérieur de 400 ans à la geste d'Ilion.

3 EUSEBE DE CESAREE – La préparation évangélique X:9:1-10; X:11:5, 13-18


in: Sources chrétiennes n°369 (Cerf 1991) p. 439.
4 Le calcul semble partir de la prise de Troie, mais la valeur de 400 ans est obtenue d'une façon approchée (400 = 20x20).
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 3

La méthode préconisée par Eusèbe donne donc d'excellents résultats, les dates
obtenues étant cohérentes entre elles, car elles proviennent de synchronismes datés par les
olympiades. De plus, le fait de partir du plus récent pour remonter au plus ancien est une
démarche scientifique. Par contre, le système des olympiades, le seul système fiable
disponible à cette époque, n'atteint pas la précision de l'astronomie et, de plus, il ne permet
pas de remonter de façon rigoureuse au delà de -776. La méthode utilisée pour déterminer
la chronologie israélite sera donc la suivante:
 Partir du plus récent pour remonter au plus ancien et ancrer chaque date sur des
synchronismes.
 Choisir des synchronismes qui peuvent être datés dans plusieurs chronologies (au
moins deux) et qui peuvent être validés par l'astronomie. La date de la mort de Jésus,
par exemple, lors de l'éclipse de lune du vendredi 3 avril 33 (un vendredi 14 Nisan
d'une année jubilaire), servira de point de départ de la chronologie israélite.

Habituellement la chronologie est considérée comme l'œil de l'histoire mais, de


façon surprenante, de nombreux égyptologues préfèrent évaluer l'historicité des textes
bibliques à la lumière des étymologies populaires combinées à la psychanalyse freudienne.
Ce n'est pas une démarche scientifique objective. Assman5 écrit, par exemple: J'ai toujours eu
conscience du défi que représentait le livre de Freud pour l'égyptologie (…) L'objectif d'une étude d'histoire
de la mémoire ne réside pas dans l'établissement d'une vérité potentielle des transmissions — en l'occurrence
les différentes traditions qui appréhendent la figure de Moïse —; il s'agit bien plutôt d'étudier ces formes de
transmission elles-mêmes en les considérant comme des manifestations de la mémoire collective, ou plutôt de
la mémoire culturelle. Les souvenirs peuvent être faux, déformés, inventés ou implantés artificiellement
comme l'ont montré de récents débats dans le domaine de la psychanalyse (...) J'ai baptisé “Moïse
l'Égyptien” cette trace verticale de la mémoire que j'ai suivie depuis Akhenaton jusqu'au XXe siècle. Je ne
cherche pas pour autant à poser la question de l'origine égyptienne, hébraïque ou madianite de Moïse, a
fortiori pas à y répondre. Cette question concerne le Moïse historique, et c'est donc à l'histoire de la poser
(…) Moïse l'Égyptien est un cas typique de contre histoire (…) il existe de bonnes raisons (et je crois en
effet que ces raisons existent, mais c'est une autre histoire) à ce que Moïse, si jamais il a vraiment existé, ait
réellement été égyptien. Assman fait référence, mais un critique a remarqué que: L'auteur s'oppose
en leitmotiv à la prétention du monothéisme à s'ériger en vérité unique (...) l'égyptologue estime probable
l'appartenance de Moïse à l'Egypte, sans pouvoir l'établir. Tout au plus note-t-il dans le dernier chapitre du
livre —le seul qui mobilise ses compétences d'égyptologue au sens usuel du terme — de frappantes
5J. ASSMAN – Moïse l'Égyptien
Paris 2001 Éd. Flammarion pp.24,29-33.
4 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

similitudes entre quelques hymnes datant du pharaon Akhenaton-Aménophis IV, qui tenta de substituer à
la religion de l'Egypte un culte solaire et certains psaumes. A l'en croire, une telle analogie s'explique6.
Krauss7, un autre égyptologue faisant autorité, écrit: Deux articles parurent en 1937, l'un sous le
titre de “Moïse, un Égyptien”, l'autre sous celui de “Si Moïse était un Égyptien”. En 1939, quelques
mois avant sa mort à l'âge de 83 ans, Freud réunit, dans un livre intitulé L'Homme Moïse et la
religion monothéiste, les deux essais de 1937, augmentés d'un troisième, “Moïse, son peuple et la
religion monothéiste”, dans lequel il exposait une théorie psycho-religieuse touchant à la genèse du
monothéisme (…) De mon côté je ne puis, en tant que chercheur, qu'acquiescer à la conclusion de Freud.
Mais du point de vue historique, a-t-il touché juste en faisant de Moïse un Égyptien. Il répond ensuite à
sa propre question quand il identifie, grâce à la similitude des noms, Moïse au pharaon
Amon-masesa ainsi qu'à Masesaya le vice-roi de Nubie. Le fait que des égyptologues
réputés utilisent la psychanalyse freudienne pour appuyer leurs conclusions est très
étonnant quand on connaît les propos du célèbre psychanalyste Lacan8. Le second critère
de datation utilisé par les égyptologues provient de l'onomastique et des étymologies, mais
il n'est pas plus fiable.
L'Exode est généralement placé durant le règne du prestigieux Ramsès II. Ce choix
repose uniquement sur l'homonymie de ce pharaon avec la ville du même nom. Cette
assertion ne tient pas car l'homonymie n'est pas bonne. En effet, la ville s'appelle Ra‘amsés
(Exode 1:11) et non Pi-Ra‘msés et ensuite rien ne prouve qu'il y ait eu un lien entre cette
ville, qualifiée de ville-entrepôt selon le texte biblique et non de capitale, et le pharaon très
connu Ramsès II. Redford écrit: La Raamsès de la Bible et la capitale Pr R‘mśśw [Per-Ramsès],
excepté le nom propre, semblent ne rien avoir en commun. En l'absence complète d'indications corroborantes,
il est absolument essentiel d'être circonspect quant à assimiler les deux9. En fait, le nom de Ra‘amsés
ne désigne pas un pharaon mais une ville entrepôt: C'est ainsi qu'il bâtit pour Pharaon les villes
entrepôts de Pithom et de Ra‘amsés. Si le pharaon avait été Ramsès la lecture la plus logique
aurait été: C'est ainsi qu'il bâtit pour Ramsès les villes entrepôts de Pithom et celle de son nom. De plus,
la mention du nom d'un pharaon aurait constitué l'unique exception dans tout le
Pentateuque, car le premier pharaon nommé dans le texte biblique n'apparaît qu'à partir du
roi Salomon [Chéchanq Ier]. Le seul renseignement historique sur la localisation de la ville
6 N. WEILL in: journal Le Monde du 27/09/2001
7 R. KRAUSS – Moïse le pharaon
Monaco 2005 Éd. Rocher pp.14-19,113-158.
8 Lors d'une conférence prononcée à Bruxelles, le 26 février 1977, Lacan a précisé: Notre pratique est une escroquerie, bluffer, faire ciller les gens,

les éblouir avec des mots, c'est quand même ce qu'on appelle d'habitude du chiqué (…) Il s'agit de savoir si Freud est oui ou non un événement historique. Je crois
qu'il a raté son coup. C'est comme moi, dans très peu de temps, tout le monde s'en foutra de la psychanalyse.
C. MEYER, M. BORCH-JACOBSEN, J. COTTRAUX, D. PLEUX – Le livre noir de la psychanalyse
Saint-Amand-Montrond 2005 Éd. Les arènes p. 89.
9 D. REDFORD - Vestus Testamentum

Leyde 1963 p. 410.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 5

de Ramsès10 est donné par Flavius Josèphe11, qui fait commencer l'Exode par la ville de
Létopolis (proche de Memphis) qui est sans lien notable avec Ramsès II. De même, le nom
qui apparaît dans l'expression “pays de Ramsès” désignait une région particulière à l'époque
de Joseph, le fils de Jacob (soit deux siècles avant Moïse), aussi appelée “pays de Goshèn”
(Genèse 45:10; 47:11), et non un pharaon précis. En fait, les termes égyptiens Ra "soleil" et
mes "engendré de" sont tous les deux très anciens, puisque le nom de naissance des
pharaons était toujours précédé de l'expression sa Ra‘ "fils du Soleil" dans leur titulature.
Lorsque ce titre était utilisé en nom propre, le nom du dieu était placé en antéposition
honorifique: Ra‘-mes "Ramsès" au lieu de mes-Ra‘ "Mésoré" désignant le dernier mois de
l'année égyptienne. L'expression "pays de Ramsès" pouvait être comprise comme "pays de
fils du Soleil [pharaon]". Vraisemblablement ce pays de Goshèn devait correspondre au 14e
nome de Basse Égypte, appelé "nome de l'Orient", car la ville de Tanis (et aussi celle
d'Avaris) en faisait partie selon le texte biblique12.
Vandersleyen objecte à juste titre qu'il n'y a aucune trace archéologique de l'Exode
sous Ramsès II13, ce qui entraîne une conclusion logique: l'Exode biblique serait une
histoire pieuse, écrite après coup, enjolivée pour la postérité14! En fait, cette conclusion était
prévisible en fonction des hypothèses présupposées. Krauss15 écrit, par exemple: Si l'on veut
retrouver le Moïse biblique dans l'histoire de l'Égypte ancienne, il convient dans tous les cas de chercher un
Égyptien ayant porté le même nom ou du moins un nom très proche et précise concernant la
chronologie: On sait que les écrits bibliques ne fournissent aucune réponse directe à la question de la
position chronologique de Moïse (sic). Il est certes dit, dans le premier livre des Rois, que Salomon a édifié le
Temple de Jérusalem 480 ans après la sortie d'Égypte, soit en l'an 4 de son règne (…) D'après les Rois, le
règne de Salomon a commencé vers ≈ 970; la sortie d'Égypte du peuple d'Israël ayant eu lieu 480 ans, la
4e année de son règne, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450. Toutefois, d'après les listes généalogiques des prêtres,
incluses dans la Bible, cette date approximative devrait être avancée d'environ 200 ans, ce qui nous amène
aux alentours de ≈ 1250. Il va de soi que ces généalogies sacerdotales n'ont aucune authenticité historique,
mais ce point est sans conséquence dans le cadre de notre enquête. Il nous importe peu que ces documents
soient des inventions pieuses; l'essentiel est que Moïse y ait été situé à une époque déterminée. Le premier

10 E.P. UPHILL - Pithom and Raamses: Their Location and Significance


in: Journal of Near Eastern Studies 27 (1968) pp. 292-316.
11 Antiquités juives II:315.
12 Psaumes 78:12,43.
13 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2

Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 232-237.


14 E. B LOCH-SMITH - Israelite Ethnicity in Iron I: Archaeology preserves what is remembered and what is forgotten in Israel's history

in: Journal of Biblical Literature 122/3 (2003) pp. 401-425


R. HENDEL - The Exodus in Biblical Memory
in: Journal of Biblical Literature 120/4 (2001) pp. 601-622.
15 R. KRAUSS – Moïse le pharaon

Monaco 2005 Éd. Rocher p. 113.


6 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

livre des Chroniques, qui a probablement été rédigé vers ≈ 200 et ne donne nulle part l'impression de
toucher à la vérité historique, contient les généalogies. Pour résumer l'argumentation de Krauss
"d'après les écrits bibliques, Moïse aurait vécu vers ≈ 1450, mais selon des généalogies, sans
authenticité historique, la date qu'il conviendrait de retenir est située vers ≈ 1250, période
pendant laquelle il faut rechercher un nom égyptien proche de Moïse". Ce raisonnement,
bien qu'illogique, est adopté par beaucoup d'égyptologues et les avis de la célèbre
égyptologue Desroches Noblecourt16 sont représentatifs de l'ignorance de cette profession
en ce qui concerne la chronologie israélite. Elle écrit: Le nom biblique de la ville Ramsès peut
naturellement être rapproché de celui de Pi-Ramsès, pour la construction de laquelle on sait que furent
enrôlés les Apirous, avec les soldats du roi, à tirer les pierres vers le pylône du palais de Ramsès
II, et bien d'autres monuments. Le nom de Moïse, issu de Mosé (mès = enfant, mésy = mettre au
monde, etc.), constitue également la déviation du nom très égyptien dont la première partie est constituée d'un
nom divin Thotmès, Ramès, etc. Beaucoup d'Égyptiens, à la XIXe dynastie, portaient le nom de Mès (…)
Une impression se dégage maintenant d'elle même : il apparaît, après cette brève analyse, que le récit en
question est le résultat d'un brassage de faits indépendants les uns des autres, remontant à diverses époques
recueillis très tardivement et recouvrant probablement un événement très mineur, en tout cas aux yeux des
Égyptiens (…) Quant à D. Redford, il en est même arrivé à penser que les «historiographes bibliques» ne
connaissaient pas très bien l'histoire en général, et particulièrement la façon dont les Égyptiens gouvernaient
la Palestine. Il estime que la légende de l'Exode ne reflète pas la situation de l'Égypte des XVIIIe et XIXe
dynasties, mais plutôt la période de la XXVIe dynastie (…) Dans l'état actuel de nos connaissances, où
l'on ne peut mettre en regard la chronologie, pratiquement fiable, établie pour le règne de Ramsès, et celle du
récit biblique à ce jour inexistante, il paraît donc bien hasardeux de fixer l'Exode à une date précise. Les
quelques indices relevés permettraient de placer l'événement au début du règne de Ramsès II. Pour
résumer l'argumentation de Desroches Noblecourt: "la chronologie biblique est inexistante
(sic), mais le nom de Moïse qui est d'origine égyptienne sous la forme Mès apparaît surtout
durant la XIXe dynastie, ce qui permet de situer l'Exode probablement au début du règne
de Ramsès II". Cependant, comme le remarque Vandersleyen17: Tous ces calculs nous amènent
bien avant Ramsès II, et précisément au XVIe siècle. Sans doute la fiabilité de ces chronologies n'est pas
prouvée, mais elles sont écartées –alors qu'elles existent- parce qu'elles contredisent la datation basse de
l'Exode qui ne repose sur aucun document (…) Ne faudrait-il pas plutôt remonter l'Exode au XVIe
siècle? (…) On a noté que toutes les solutions proposées aux problèmes de l'Exode sont spéculatives et font
abstraction des rares données chiffrées conservées dans la Bible et dans Manéthon. Or la date donnée par

16 C. DESROCHES NOBLECOURT – Ramsès II La véritable histoire


Paris 1996 Éd. Pygmalion pp. 248-256.
17 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2 (1995 PUF) pp. 232-237.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 7

Manéthon –que l'Exode aurait eu lieu sous Amosis- est la seule qui soit vraiment précise (…) En somme,
quelles que soient les objections des exégètes d'aujourd'hui, il ne faut pas refuser a priori d'étudier le
problème de l'Exode en liaison avec l'expulsion des hyksos. Ces critiques sur la chronologie israélite
sont d'autant moins recevables quand on connaît les incertitudes de la chronologie
égyptienne. Certains égyptologues datent des batailles au jour près, comme celle de Qadesh
sous Ramsès II ou celle de Megiddo sous Thoutmosis III, donnant ainsi l'illusion d'une très
grande exactitude alors que chaque égyptologue possède en fait sa propre chronologie:

Dynastie XVIII durée selon: Dynastie XVIII durée selon:


1580-1350 230 ans J.H. Breasted 1552-1295 257 ans N. Grimal
1579-1321 258 ans O.A. Toffteen 1550-1295 255 ans K.A. Kichen
1570-1292 278 ans E.F. Wente 1540-1295 245 ans J. Màlek
1569-1315 254 ans D.B. Redford 1540-1299 241 ans C. Aldred
1554-1304 250 ans R.A. Parker 1539-1292 247 ans R. Krauss
1552-1306 246 ans E. Hornung 1530-1292 238 ans H.W. Helck

L'hypothèse classique de l'homonymie est-elle fondée? La réponse est non, car le


rapprochement entre le nom de Moïse et la forme mosis signifiant "né de" en égyptien, que
l'on trouve fréquemment à cette époque dans les noms égyptiens Thoutmosis, Ahmosis,
etc., est tentant, mais non fondé. En effet, les adeptes de ces étymologies exotiques
"oublient" de signaler que la vocalisation des noms égyptiens est très hypothétique, certains
préférant plutôt utiliser les formes Thoutmès, Ahmès, etc. Cet éclairage égyptien contredit
l'étymologie biblique18 qui relie ce nom au verbe hébreu [rare] mašah "tirer hors de". De
plus, Moïse ne reçu ce nom que 3 mois après sa naissance, soit un nom de baptême, ce qui
sous-entend un nom de naissance différent19 (généralement donné au 8e jour).
Bien qu'il y ait un lien évident entre la définition biblique et l'étymologie (au sens
grammatical), il n'y a pas d'équivalence absolue20, car l'étymologie biblique est souvent
fondée sur un jeu de mots. Le nom Moïse, par exemple, peut s'expliquer comme "tirant de
[l'eau]", en supposant un rapprochement avec la forme mašouy [minamayim] "étant tiré [de
l'eau]". Ce nom est mis en parallèle avec le peuple qui allait être "tiré de [l'eau]" par celui qui
deviendrait l'homme mošèh "tirant [son peuple de l'eau]21". La première voyelle du nom
Moïse est "o" dans le texte hébreu et "ou" dans le texte grec, mais jamais "a" ou "e", ce qui
empêche un rapprochement avec le mot égyptien mes signifiant "né de", que l'on trouve

18 Exode 2:2-10.
19 Moïse devait vraisemblablement s'appeler "très beau, magnifique" à sa naissance, selon Exode 2:2, soit Apopi en hébreu (ce terme
apparaît, par exemple, en Jérémie 46:20). Selon le prêtre égyptien Manéthon, le dirigeant juif changea son nom égyptien, qui était
Osarseph (Aaousseré-Apopi) en Égypte, en celui de Moïse lorsqu'il arriva en Palestine (Contre Apion I:250).
20 A. STRUS - Nomen Omen

in: Analecta Biblica 80. Rome 1978 Éd. Biblical Institute Press pp. 82-89
21 Isaïe 63:11,12.
8 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

dans le nom Ra-mes-ès. Le texte biblique préservé la vocalisation égyptienne du mot mes
"né de [Ra]" dans le nom de Ra-mes-ès22, qui est donc différent du nom Mošèh. Si le nom
Moïse provenait de l'égyptien, le texte biblique l'aurait préservé sous sa forme exacte Mes,
ou l'aurait vraisemblablement hébraisé en Meš23.

Nom Transcription égyptienne Prononciation conventionnelle LXX MT


Ramsès r‘-ms-s-sw Ra‘mesesou Raméssè Ra‘mesés
Moïse ms Mes Môusè Mošèh

En fait, l'hypothèse égyptienne du nom de Moïse est très ancienne puisque Flavius
écrivait déjà au 1er siècle: C'est d'après cet incident qu'il reçut ce nom, rappelant son immersion dans le
fleuve: les Égyptiens appellent l'eau môu et ceux qui sont sauvés ysès. Ils lui donnèrent donc ce nom,
composé de deux mots24. L'explication de Flavius Josèphe est cependant inexacte car, en
égyptien, ces mots auraient dû être mw-ḥsy "eau – favorisé (?)". Il est possible que
l'explication de Flavius Josèphe provienne du copte: môu-ouṣai "eau – sauver", mais cette
explication reste problématique car l'étymologie biblique relie ce nom au mot "tirer hors
de" et non à "sauver". Philon25 d'Alexandrie reliait aussi l'étymologie du nom de Moïse au
mot égyptien môu signifiant "eau", sans expliquer le sens de la partie finale du nom. De
toute façon, ces auteurs anciens sont d'accord pour vocaliser le début du nom de Moïse en
môu-se et non mes, et ils n'évoquent jamais un lien avec le mot égyptien mes "né de" alors que
Philon vivait en Égypte. La fille de pharaon a sans doute appelé le bébé Mousa (mw-s3) "fils
d'Eau26", nom qui fut ensuite (après le départ d'Égypte) hébraïsé en moshèh "tirant de", d'un
verbe hébreu très peu usité ("l'eau" est omise). Le seul critère scientifique pour authentifier
un fait historique reste l'établissement d'une chronologie ancrée sur des synchronismes
précis datés par des phénomènes astronomiques déterminés, car la datation par
l'onomastique et l'étymologie n'est possible que si elle est appuyée par ces synchronismes.
Les Israélites ayant été sous la domination successive des Égyptiens, des Assyriens,
des Babyloniens et des Perses, la chronologie israélite doit être évaluée par rapport aux
chronologies synchronisées de ces différents empires. N'étant pas fondées sur l'astronomie,
les chronologies non synchronisées ne peuvent être utilisées. Seule la chronologie
synchronisée permet une évaluation fiable. Les dates fixées par l'astronomie sont en
caractère gras et celles en italiques sont des estimations calculées à partir des

22 Genèse 47:11.
23 L'échange entre le s et le š est très fréquent (sans être élucidé). Par exemple, le nom égyptien Amen-mes est rendu par Aman-maša en
akkadien (lettre EA 113), et le célèbre Ra‘-messu (Ramsès) est rendu par Ria-mašeša (traité d'Hattušili avec Ramsès II).
24 Les Antiquités juives II:228.
25 De vita Mosis I:17.
26 Les noms liés au pharaon sont régis par l'antéposition honorifique. Par exemple, l'expression "comme Râ" est écrite Râ-mi "Râ

comme", le mot "roi" prononcé n(y)-sout s'écrit sout-n(y), l'expression sa-mou "fils d'eau" doit s'écrire mou-sa.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 9

synchronismes. Les parties surlignées correspondent à un événement biblique, bataille ou


règne d'un roi, qui sert de synchronisme entre deux chronologies):

Roi babylonien Roi assyrien


Ur-Nammu 2020-2002
Šulgi 2002-1954 Amînum 1970-1956
Amar-Sîn 1954-1945 Sulili 1956-1942
Roi isinien Šu-Sîn 1945-1936 Kikkia 1942-1928
Išbi-Erra 1923 - Ibbi-Sîn 1936-1912 Akia 1928-1914
-1890 Puzur-Aššur Ier 1914-1900
Šû-ilîšu 1890-1880 Šalim-ahum 1900-1886
Iddin-Dagân 1880 - Ilu-šumma 1886-1872
-1859 Êrišu Ier 1873 -
Išme-Dagân 1859-1839 -1834
Lipit-Eštar 1839-1828 Ikunum 1834-1821
Ur-Ninurta 1828-1800 Sargon Ier 1821 -
Bûr-Sîn 1800-1779 Sûmû-abum 1799-1785 -1782
Lipit-Enlil 1779-1774 Sûmû-la-Il 1785 - Puzur-Aššur II 1782-1774
Erra-imittî 1774-1767 Naram-Sîn 1774 -
Enlil-Bâni 1767-1743 -1749
Zambîya 1743-1740 Sâbium 1749 -
Iter-piša 1740-1736 -1735
Ur-dukuga 1736-1732 Apil-Sîn 1735 - -1722
Sîn-mâgir 1732-1721 -1717 Êrišu II 1722-1712
Damiq-ilîšu 1721-1698 Sîn-muballiṭ 1717-1697 Šamšî-Adad Ier 1712 -
Hammurabi 1697 - -1680
Išme-Dagan Ier 1680-1670
Aššur-dugul 1670-1664
Aššur-apla-idi 1664
Nâṣir-Sîn 1664
Sîn-namir 1664
Ipqi-Ištar 1664
Adad-ṣalûlu 1664
Adasi 1664
Roi cassite -1654 Bêlu-bâni 1664-1654
Gandaš 1651-1635 Samsuiluna 1654 - Libbaya 1654-1638
Agum Ier 1635 - Šarma-Adad Ier 1638-1626
-1613 -1616 Puzur-Sîn 1626-1615
Kaštiliaš Ier 1613-1591 Abi-ešuḫ 1616-1588 Bazaya 1615-1588
Ušši 1591-1583 Ammiditana 1588 - Lullaya 1588-1582
Abirattaš 1583-1567 Šû-Ninûa 1582-1568
Kaštiliaš II 1567 - Šarma-Adad II 1568-1565
-1551 -1551 Êrišu III 1565-1553
Urzigurumaš 1551 - Ammiṣaduqa 1551 - Šamšî-Adad II 1553-1547
-1535 -1530 Išme-Dagan II 1547-1531
Harbašihu 1535-1519 Samsuditana 1530 - Šamšî-Adad III 1531-1516
Tiptakzi 1519-1503 -1499 Aššur-nêrârî Ier 1516 -
Agum II 1503 -
-1487 -1491
Burna-Buriaš Ier 1487-1471 Puzur-Aššur III 1491-1467
10 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Kaštiliaš III 1471-1455 Enlil-nâ ṣir Ier 1467-1455


Ulam-Buriaš 1455 - Nûr-ili 1455-1443
-1439 Aššur-šadûni 1443-1443
Agum III 1439 - Aššur-rabi Ier 1443-1433
-1423 Aššur-nâdin-aḫḫe Ier 1433-1424
Kadašman-Harbe Ier 1423 - Enlil-na ṣir II 1424-1418
-1407 Aššur-nêrârî II 1418-1411
Kara-indaš 1407 - Aššur-bêl-nišešu 1411-1403
-1391 Aššur-rê’im-nišešu 1403-1395
Kurigalzu Ier 1391-1375 Aššur-nâdin-aḫḫe II 1395-1385
Kadašman-Enlil Ier 1375-1360 Erîba-Adad Ier 1385-1358
Burna-Buriaš II 1360-1333 Aššur-uballiṭ Ier 1358 -
Kara-ḫardaš 1333
Nazi-Bugaš 1333
Kurigalzu II 1333 - -1323
Enlil-nêrârî 1323 -
-1308 -1313
Nazi-Maruttaš 1308-1282 Arik-dên-ili 1313-1302
Kadašman-Turgu 1282-1264 Adad-nêrârî Ier 1302-1271
Kadašman-Enlil II 1264-1255 Salmanazar Ier 1271 -
Kudur-Enlil 1255-1246 -1242
Šagarakti-šuriaš 1246-1233 Tukultî-Ninurta Ier 1242 -
Kaštiliašu IV 1233-1225
Enlil-nâdin-šumi 1225-1224
Kadašman-Harbe II 1224-1223
Adad-šuma-iddina 1223-1217 -1206
Adad-šum-uṣur 1217 - Aššur-nâdin-apli 1206-1203
Aššur-nêrârî III 1203-1197
-1187 Enlil-kudurri-uṣur 1197-1192
Meli-Šipak 1187-1172 Ninurta-apil-Ekur 1192-1179
Marduk-apla-iddina 1172-1159 Aššur-dân Ier 1179 -
Zababa-šuma-iddina 1159-1158
Enlil-nâdin-ahi 1158-1155
Marduk-kabit-aḫḫešu 1155-1141
Itti-Marduk-balaṭu 1141 -
-1133
Ninurta-tukultî-Aššur 1133
-1133 Mutakkil-Nusku 1133
Ninurta-nâdin-šumi 1133-1127 Aššur-rêš-iši Ier 1133-1115
Nabuchodonosor Ier 1127-1105 Tiglath-phalazar Ier 1115 -
Enlil-nâdin-apli 1105-1101
Marduk-nâdin-ahhê 1101-1083 -1076
Marduk-šapik-zêri 1083-1070 Ašared-apil-Ekur 1076-1074
Adad-apla-iddina 1070-1048 Aššur-bêl-kala 1074-1056
Marduk-ahhê-erîba 1048-1047 Erîba-Adad II 1056-1054
Marduk-zêr-[…] 1047-1035 Šamšî-Adad IV 1054-1050
Nabû-šum-libur 1035-1027 Aššurnaṣirpal Ier 1050-1031
Simbar-šipak 1027-1009 Salmanazar II 1031-1019
Ea-mukîn-zêri 1009-1008 Aššur-nêrârî IV 1019-1013
Kaššu-nâdin-ahi 1008-1006 Aššur-rabi II 1013 -
Eulmaš-šakin-šumi 1006 -989
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 11

Ninurta-kudurri-uṣur I 989-986
Širiki-šuqamuna 986-985
Mâr-bîti-apla-uṣur 985-980 -972
Nabû-mukîn-apli 980-944 Aššur-rêš-iši II 972-967
Ninurta-kudurri-uṣurII 944-943 Tiglath-phalazar II 967-935
Mâr-bîti-ahhê-iddin 943- ? Aššur-dân II 935-912
Šamaš-mudammiq ? -900 Adad-nêrârî II 912-891
Nabû-šum-ukîn Ier 900-888 Tukultî-Ninurta II 891-884
Nabû-apla-iddina 888-855 Aššurnaṣirpal II 884-859
Marduk-zâkir-šumi Ier 855-819 Salmanazar III 859-824
Marduk-balâssu-iqbi 819-813 Šamšî-Adad V 824-811
Vice Roi assyrien Bâba-ah-iddina 813- ? Adad-nêrârî III 811-783
Tiglath-phalazar III 782 - 5 rois inconnus Salmanazar IV 783 -
Bar Ga’ah / Pul Ninurta-apla-[…]
Marduk-apla-uṣur ? -770 -773
Erîba-Marduk 770-761 Aššur-dân III 773-755
-746 Nabû-šum-iškun 761-748 Aššur-nêrârî V 755-745
Salmanazar V 740 - Nabû-naṣir 748-734 Tiglath-phalazar III 745 -
Nabû-nâdin-zêri 734-732
Nabû-šum-ukîn II 732-731
Nabû-mukîn-zêri 731-729
-727 Pûlu Tiglath-phalazar III 729-727 -727
Ulûlaiu Salmanazar V 727-722 Salmanazar V 727-722
Sennachérib 715 - Mérodachbaladan II 722-710 Sargon II 722 -
-705 Sargon II 710-705 -705
Sennachérib 705-703 Sennachérib 705 -
Marduk-zakir-šumi II 703
Bêl-ibni 703-700
Ardu-Mulissu 699 - Aššur-nâdin-šumi 700-694
Nergal-ušezib 694-693
-683 Mušezib-Marduk 693-689
Esarhaddon 683-680 Sennachérib 689-681 -681
Esarhaddon 681-669 Esarhaddon 680-669
Roi perse Šamaš-šum-ukîn 668-648 Aššurbanipal 669-627
Teispès 635 - Kandalânu 648-627 Aššur-etel-ilâni 630 -
Sin-šar-iškun 627 -626
Sin-šum-lišir 627 Sin-šum-lišir 626
-610 Nabopolassar 627 - Sin-šar-iškun 626-612
Cyrus Ier 610 - -605 Aššur-uballiṭ II 612-609
-585 Nabuchodonosor II 605 - fin de l'empire assyrien
Cambyse Ier 585 - -562
-559 Amêl-Marduk 562-560
Cyrus II 559 - Nériglissar 560-556
Lâbâši-Marduk 556
-539 Nabonide 556-539 Bel-šar-uṣur 553-539
Cyrus II 539-530 fin de l'empire babylonien
Cambyse II 530-522

Les synchronismes permettant d'obtenir des dates absolues (parties surlignées)


seront examinés au fur et à mesure de la reconstitution de la chronologie israélite.
12 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Roi égyptien Nom de couronnement Durée du règne Dates du règne


XIe dynastie/ (IX e-Xe dynastie)
1 Mentouhotep Ier - 16 ans 2118 -
2 Antef Ier Séhertaouy -2102
3 Antef II Ouahankh 49 ans 2102-2053
4 Antef III Nekhtnetepnéfer 8 ans 2053-2045
5 Mentouhotep II Nebhépetré 51 ans 2045-1994
6 Mentouhotep III Séankhkaré 12 ans 1994-1982
7 Mentouhotep IV Nebtaouyré 7 ans 1982-1975
XIIe dynastie
1 Amenemhat Ier Séhétepibré 29 ans 1975-1946
2 Sésostris Ier Khéparkaré 45 ans 1946-1901
3 Amenemhat II Nebkaouré 38 ans 1901-1863
4 Sésostris II Khakhéperré 8 ans 1863-1855
5 Sésostris III Khakaouré 19 ans 1855-1836
6 Amenemhat III Nimaatré 45 ans 1836-1791
7 Amenemhat IV 9 ans 4 m. 27 j. 1791-1782
8 Néférousébek 3 ans 10 m. 24 j. 1782-1778
XIIIe dynastie
1 Ougaf Khoutaouyré 3+ ans 1778-1772
2 (Sénébef)-Amenemhat V Sékhemkaré 3+ ans 1772-1767
3 - Séhétepibré 1 an 1767-1766
4 Ioufni (Antef?) - [4 ans] 1766-1762
5 (Amény-Antef)-Amenemhat VI Séankhibré [14 ans?] 1762-1748
6 Nebnénou Sémenkaré [4 ans] 1748-1744
7 Hornedjhéritef Hétepibré [5 ans] 1744-1739
8 - Séouadjkaré [1- ans] 1739-1739
9 - Nédjemibré [1- ans] 1739-1739
10 Sébekhotep Ier Khaankhré [4 ans] 1739-1735
11 Renséneb - 4 mois 1735-1735
12 Hor I Aouibré [4 ans] 1735-1731
13 (Kaÿ)-Amenemhat VII Sédjéfakaré 7 ans 1731-1724
14 (Amenemhat)-Sébekhotep II Sékhemré-Khoutaouy 6+ ans 1724-1717
15 Khendjer Ouserkaré 4+ ans 1717-1712
16 Mermesha Sémenkhkaré [4 ans] 1712-1708
17 Antef IV Séhétepkaré [4 ans] 1708-1704
18 Seth [-]ibré [5 ans] 1704-1699
19 Sébekhotep III Sékhemré-Séouadjtaouy 3 ans 2 mois 1699-1696
20 Néferhotep Ier Khasékhemré 11 ans 1696-1685
21 Sahathor - 1- an 1685-1685
22 Sébekhotep IV Khanéferré 8+ ans 1685-1676
23 Sébekhotep V Khahétepré 4 ans 8 mois 1676-1671
24 Ibia Ouahibré 10 ans 8 mois 1671-1661
25 Aÿ Mernéferré 13 [23?] ans 8 m 1661-1648
26 Sébekhotep VI Merhétepré 2 ans 2 mois 1648-1646
27 Séouadjtou Séankhenré 3 ans 2 mois 1646-1643
28 Néferhotep II Ined Mersékhemré 3 ans 1 mois 1643-1640
29 Hori Séouadjkaré 1 an 1640-1639
30 Sébekhotep VII Merka(ou)ré 2 ans 1639-1637
55 ? -1580?
XVIIe dynastie
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 13

1 ? 1580? -
14 Taa Séqenenrê 11 ans 1544?-05/1533
15 Kamosis Ouadjkhéperré 2 ans 11 mois 05/1533-03/1530
XVIIIe dynastie
1 Ahmosis 25 ans 4 mois 04/1530-07/1505
2 Amenhotep Ier 20 ans 7 mois 08/1505-02/1484
3 Thoutmosis Ier 12 ans 9 mois 02/1484-11/1472
4 Thoutmosis II 3 ans 08/1472-07/1469
[-Hatshepsout] [21 ans 9 mois] [08/1472-04/1450]
5 Thoutmosis III 53 ans 11 mois [08/1472-07/1469]
/[Amenhotep II] [2 ans 4 mois] [11/1420-03/1418]
6 Amenhotep II 25 ans 10 mois 04/1418-02/1392
7 Thoutmosis IV 9 ans 8 mois 02/1392-10/1383
8 Amenhotep III 37 ans 10 mois 10/1383-07/1345
/[Amenhotep IV] [11 ans 5 mois] [03/1356-07/1345]
Akhenaton 5 ans 2 mois 08/1345-10/1340
9 Semenkhkaré 1 an 4 mois 10/1340-02/1338
10 -Ankhkhépérouré 2 ans 1 mois 02/1338-03/1336
11 Toutankhamon 9 ans 8 mois 03/1336-10/1327
12 Aÿ 4 ans 1 mois 10/1327-11/1323
13 Horemheb I [ancien régent] 15 ans 11/1323-11/1308
Horemheb II [pharaon] 12 ans 2 mois 12/1308-01/1295
XIXe dynastie
1 Ramsès I er 1 an 4 mois 01/1295-05/1294
2 Séthy I er 11 ans 06/1294-06/1283
3 Ramsès II 67 ans 2 mois 06/1283-07/1216
4 Merenptah 9 ans 3 mois 08/1216-10/1207
5 Séthy II 5 ans 11/1207-10/1202
6 [Amenmès] [4 ans] [04/1206-03/1202]
7 Siptah 6 ans 11/1202-10/1196
Siptah-Taousert / [Setnakht] 1 an 4 mois 11/1196-02/1194
XXe dynastie
1 Sethnakht 3 ans 5 mois 11/1196-03/1192
2 Ramsès III 31 ans 1 mois 04/1192-04/1161
3 Ramsès IV 6 ans 8 mois 05/1161-12/1155
4 Ramsès V 3 ans 2 mois 01/1154-02/1151
5 Ramsès VI 7 ans 03/1151-02/1144
6 Ramsès VII 7 ans 1 mois 03/1144-03/1137
7 Ramsès VIII 3 mois ? 04/1137-06/1137
8 Ramsès IX 18 ans 4 mois 07/1137-10/1119
9 Ramsès X 2 ans 5 mois 11/1119-03/1116
10 Ramsès XI 26 ans 1 mois ? 04/1116-04/1090
XXIe dynastie
1 Smendès 26 ans 1090-1064
2 Amenemnésout 4 ans [1064-1060]
3 Psousennes Ier 46 ans 1064-1018
4 Aménémopé 9 ans 1018-1009
5 Osorkon l'Ancien 6 ans 1009-1003
6 Siamon 19 ans 1003 - 984
7 Psousennes II/III 14 ans 994-980
XXIIe dynastie
14 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

1 Chéchanq Ier 21 ans 980-959


2 Osorkon Ier 35 ans 959-924
3 Chéchanq II puis Chéchanq IIb 2 ans 924-922
4 Takélot Ier 13 ans 922-909
5 Osorkon II 44 ans 909-865
6 Takélot II 25 ans 865-840
7 Chéchanq III 40 ans 840-800
? Chéchanq IV 12 ans 800-788
8 Pamy 6 ans 788-782
9 Chéchanq V 37 ans 782-745
10 Osorkon IV 33 ans 745-712
11 Gemenefkhonsoubak (roi de Tanis) [30 ans] [710-680]
12 Pétoubastis II [15 ans?] [680-665]
XXIIIe dynastie
1 Pétoubastis Ier 25 ans 833-811
2 Ioupout Ier 11 ans 819-808
? Chéchanq VI 6 ans 808-802
3 Osorkon III 28 ans 802-774
4 Takélot III 14 ans 779-765
5 Roudamon 3 ans 765-762
? Chéchanq VIa 13 ans 762-749
6 Ioupout II 20 ans 749-729
XXIVe dynastie
1 Tefnakht 7 ans 742-735
2 Bocchoris 6 ans 735-729
XXVe dynastie
1 Alara [20 ans?] [801-781?]
2 Kachta [20 ans?] [781-761?]
3 Pi(ankh)y 31 ans 761-730
4 Chabaka 18 ans 730-712
5 Chabataka/Taharqa 23 ans 712-689
6 Taharqa 26 ans 689-663
7 Tantamani 8 ans 663-655
XXVIe dynastie
Stéphinatès (Tefnakht II) 7 ans 685-678
Néchepso (Nékaouba) 6 ans 678-672
1 Nékao Ier 8 ans 672-12/664
2 Psammétique Ier 54 ans 02/663-01/609
3 Nékao II 15 ans 10 mois 02/609-10/594
4 Psammétique II 6 ans 1 mois 11/594-01/588
5 Apriès 19 ans 02/588-12/570
[Apriès/ Amasis] [3 ans corégence] [01/569-12/567]
6 Amasis 43 ans 10 mois 01/569-10/526
7 Psammétique III 6 mois 11/526-04/525
XXVIIe dynastie
1 Cambyse II 7 ans 6 mois 09/530-02/522
Bardiya 7 mois 03/522-09/522
2 Darius I er/ Nabuchodonosor III 4 mois 10/522-01/521
Darius I er/ Nabuchodonosor IV 10 mois 02/521-11/521
Darius I er 35 ans 12/521-12/486
Darius I er/ Xerxès Ier 10 ans 8 mois 05/496-12/486
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 15

3 Xerxès Ier 7 mois 01/485-07/485


Xerxès Ier/ Belshimanni 1 mois 08/485
Xerxès Ier/ Shamash-eriba 2 mois 09/485-10/485
Xerxès Ier 9 ans 9 mois 11/485-08/475
[Xerxès Ier#]/ Artaban 4 mois 09/475-12/475
4 Artaxerxès Ier/ Artaban 3 mois 01/474-03/474
Artaxerxès Ier 40 ans 3 mois 04/474-06/434
(Artaxerxès Ier)/ Darius B 8 ans 8 mois 07/434-03/425?
Artaxerxès Ier 1 an 04/425-03/424
Xerxès II 2 mois 04/424-05/424
Sogdianos* 7 mois 06/424-12/424
5 Darius II 18 ans 10 mois 01/423-11/405
6 Artaxerxès II [1 ans 6 mois] [12/405-06/403]
XXVIIIe dynastie
1 Amyrtée 6 ans 405-399
XXIXe dynastie
1 Néphérites Ier 6 ans 399-393
2 Psammouthis 1 an 393-392
3 Achoris 13 ans 392-379
4 Néphérites II 4 mois 379
XXXe dynastie
1 Nectanébo Ier 18 ans 379-361
2 Tachos 2 ans 361-359
3 Nectanébo II 18 ans 359-341
XXXIe dynastie
1 Artaxerxès III Ochos 3 ans 341-338
2 Artaxerxès IV Arsès 2 ans 2 mois 338-336
3 Darius III 4 ans 8 mois 336-331

Roi élamite Ukku-tahiš 2340-2315


AWAN II Hišur 2315-2290
Šušun-tarana 2290-2265
Napil-huš 2265-2240
Kikku-sime-temti 2240-2215
Luhhi-iššan 2215-2190
Hišep-ratep 2190-2175
Ešpum 2175-2165 gouverneur
Ili-išmani 2165-2140 gouverneur
Epir-mupi 2140-2115 gouverneur
? 2115-2090 gouverneur
Hielu ? 2090-2065 gouverneur
Hita 2065-2040 gouverneur
Puzur-Inšušinak 2040-2015 Roi de Larsa
?? 2015-1980 SIMAŠKI ??
[Kutir-Lagamar ?] 1980-1955 Girname 1965-1955 [Ari-Aku ?] 1970-1955
Tazitta Ier 1955-1945 ?? 1955 -
Ebarat Ier 1945-1935 -1931
Tazitta II 1935-1925 Naplânum 1931 -
Lurrak-luhhan 1925-1915 -1910
(chute d'Ur) Kindattu 1915-1905 Iemsium 1910 -
Idadu Ier 1905-1895
16 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

EPARTIDES Tan-Ruhuratir Ier 1895-1875 -1882


Ebarat II 1875-1850 Ebarat II 1875-1850 Sâmium 1882-1847
Silhaha 1850-1830 Idadu II 1850-1830 Zabâia 1847-1838
Pala-iššan 1830-1810 Idadu-napir 1830-1810 Gungunum 1838-1811
Kuk-Kirmaš 1810-1790 Idadu-temti 1810-1790 Abî-sarê 1811-1800
Kuk-Našur Ier 1790-1770 Sâmû-El 1800-1771
Atta-hušu 1770-1750 Nûr-Adad 1771-1755
Siruk-tuh 1750-1695 1755-1727
Siwe-palar-huppak 1695-1665 Rîm-Sîn Ier 1727-1667
Kudu-zuluš Ier 1665-1645
Kutir-Nahhunte Ier 1645-1625
Temti-Agun 1625-1595
Kutir-Silhaha 1595-1565 Roi hittite
Kuk-Našur II 1565-1545 Ḫuzziya Ier 1565-1550
Kudu-zuluš II 1545-1525 Labarna 1550-1530
Tan-Uli 1525-1505 Ḫattušili Ier 1530-1510
Temti-halki 1505 - Roi mitannien Muršili Ier 1510-1500
Kirta 1500 - Ḫantili Ier 1500-1495
Zidanta Ier 1495
-1485 -1485 Ammuna 1495-1485
Kuk-Našur III 1485 - Šutarna Ier 1485 - Ḫuzziya II 1485
-1480 Télipinu 1485-1480
Barattarna Ier 1480 - Alluwamna 1480-1475
Ḫantili II 1475-1470
Taḫurwaili Ier 1470
-1465 Zidanza (II) 1470-1465
Kidinu 1465 - Ḫuzziya II 1465-1460
-1455 Muwatalli Ier 1460-1455
-1445 Šauštatar Ier 1455-1435 Tutḫaliya Ier 1455-1435
Tan-Ruhurater II 1445-1425 Paršatatar 1435-1425 Ḫattušili II 1435-1425
Tepti-ahar 1425-1405 Šauštatar II 1425-1395 Tutḫaliya II 1425-1395
Igi-halki 1405-1385 Barattarna II 1395-1390 Arnuwanda Ier 1395 -
Pahir-iššan 1385-1375 Artatama Ier 1390-1373 -1370
Attar-Kittah 1375-1365 Šutarna II 1373-1355 Tutḫaliya III 1370-1355
Unpahaš-Napiriša 1365-1360 Artašumara 1355-1353 Šuppiluliuma Ier 1353 -
Kidin-Hutran Ier 1360-1355 Tušratta 1353-1339
Humban-numena 1355-1345 Artatama II 1339-1325
Untaš-Napiriša 1345 - Šutarna III 1339-1325 -1322
Šattiwaza 1325 - Arnuwanda II 1322
-1305 -1300 Muršili II 1322-1295
Kidin-Hutran II 1305 - Šattuara Ier 1300-1285 Muwatali II 1295 -
-1275 Wašašatta 1285-1275 -1275
Napiriša-untaš 1275 - Šattuara II 1275-1265 Urhi-Teshub 1275-1268
-1245 Ḫattušili III 1268-1241
Kidin-Hutran III 1245-1215 Tutḫaliya IV 1241-1209
Hallutaš-Inšušinak 1215-1190 Arnuwanda III 1209-1207
Šutruk-Nahhunte 1190-1160 Šuppiluliyama II 1207-1185
Kutir-Nahhunte II 1160-1155 Roi néo-hittite
Šilhak-Inšušinak 1155-1125 (Roi de Karkemish) 1185 -
Hutelutuš-Inšušinak 1125-1105 Kuzi-Tešub 1150
?? [environ 17 rois] 1105 - Ini-Tešub B 1100
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 17

? Rois urartéen Sangara 900


? Arame 860-850 Astiruwas 850
? Sarduri Ier 832-825
? Išpu’ini 825-806 Yariris/Araras 800
? Menua 806-788
-770 Argišti Ier 788-766 Kamanis
Humban-tahra Ier 770-756 Sarduri II 766 - Sasturas
Humban-imena II 756-743 -733 fils de Sasturas 750
Humban-nikaš Ier 743-717 Rusa Ier 733-714 Pisiris -717
Šutruk-Nahhunte II 717 - Argišti II 714-679 province assyrienne
Humban-haltaš III -646 Rusa II 679-656
Šutur-Nahhunte 646-625 Sarduri III 656-625
Hallutaš-Inšušinak 625-605 Erimena 625-606
Atta-hamiti-Inšušinak 605-585 Rusa III 606-585

Les chronologies élamite, hittite et mitannienne étant reconstituées à partir des


chronologies synchronisées sont donc moins précises. Leur précision est cependant
améliorée grâce à l'épigraphie, la prosopographie des textes provenant des contrats, ou des
inscriptions monumentales, ou des sceaux, ou des pièces de monnaie (numismatique), etc.
Certaines chronologies moyen-orientales, comme celle des rois phéniciens27 et urartéens28
(sans année de règne), ne peuvent être reconstituées que par des synchronismes.

RECONSTITUTION DE LA CHRONOLOGIE ISRAELITE

Chaque peuple du passé a utilisé son propre calendrier pour compter les années, les
mois et les jours. Les Israélites n'ont pas fait exception et ils ont même été particulièrement
soucieux de situer les événements précisément dans le temps comme le prouvent leurs
longues listes généalogiques et les mentions fréquentes des années de règne de leurs
dirigeants. Ils ont même considéré que la Torah fixait l'histoire et qu'il était par conséquent
inutile d'en écrire une autre, la seule exception étant le Seder Olam (écrit vers 160). Ce
dernier livre est un essai de reconstitution générale de la chronologie israélite. Mais celle-ci
est erronée, car elle déplace les règnes des rois perses d'environ 170 ans29, le début du règne
de Cyrus étant fixé en -369 et sa mort en -367. De même, la Septante (Bible des premiers
chrétiens) n'est vraiment utilisable qu'avec précautions, à cause de plusieurs incohérences
chronologiques, Mathusalem, par exemple, aurait survécu au Déluge de 14 ans (à la nage?).
27 J. ELAYI – An Updated Chronology of the Reigns of Phoenician Kings during the Persian Period (539-333 BCE)
in: Transeuphratène 32 (2006) pp. 11-43.
28 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robert Laffont pp. 882-885.


29 H. GOLDWURM, N. SCHERMAN - Daniel: la Bible commentée

Paris 2001 Éd. du Sceptre p. 334.


Le Seder Olam a modifié la chronologie perse vraisemblablement parce qu'elle servait à calculer la prophétie messianique des 70 semaines
(F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament. Master Books Edition 1993 pp. 295-299). Il ne s'agit pas d'une "erreur"
puisque le Talmud de Jérusalem (Megilla 72cd) précise que le 1er temple n'a duré que 410 ans (en fait 420 ans, de -1006 à -587) un peu
moins que le dernier temple qui aurait duré 420 ans (de -349 à 70) au lieu de 574 ans (de -515 à 70), soit un écart de 154 ans!
18 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Une chronologie scientifique doit répondre à deux critères élémentaires: 1) elle doit
être non contradictoire et 2) être en accord avec toutes les dates pivots fondées sur des
synchronismes historiques datés par l'astronomie. En utilisant ces critères, à l'exception de
l'astronomie, Thiele30 a reconstitué une chronologie israélite, il a montré les points suivants:
 Les données bibliques permettent d'établir une chronologie complète jusqu'au règne de
Salomon (en fait, il est même possible de remonter jusqu'à Abraham).
 Les règnes en Judée débutaient en Nisan avec une accession, mais les règnes en Israël
débutaient en Tishri sans accession, puis avec une accession à partir de Joram le fils
d'Achab. Flavius Josèphe31 le confirme, les Juifs utilisaient le comput à partir de Nisan
pour les activités religieuses et solennelles (royales) mais gardaient l'ancien comput à
partir de Tishri pour les activités commerciales.
 Plusieurs synchronismes avec la chronologie assyrienne permettent de valider la
chronologie israélite.
 Les chiffres massorétiques sont très fiables, les écarts avec le texte de la Septante ne
proviennent pas d'erreurs de copistes, mais de mauvais rétrocalculs effectués dans le
but de "corriger" la chronologie du texte hébreu, ainsi: Achab devint roi dans la "2e année de
Josaphat" [au lieu de la] 38e année d'Asa (...) Josaphat fils d'Asa devint roi sur Juda en la "11e
année d'Omri" [au lieu de la] 4e année d'Achab32, etc.
Bien que de nombreux synchronismes avec la chronologie assyrienne soient
satifaisants, Thiele les a malheureusement utilisés pour ancrer la chronologie israélite, sans
tenir compte de certaines corégences, ce qui a faussé ses calculs d'environ 45 ans. En fait, la
chronologie israélite imposait des corégences (Darius/Xerxès, Sargon/Sennachérib)33. De
plus, le texte biblique possède une triple chronologie (uniquement à partir d'Abraham)34: la
première est obtenue en additionnant les années de règne (ou de vie), la seconde est
obtenue en reliant certaines "périodes d'ancrage" qui récapitulent une durée globale entre
deux événements marquants35 et la troisième est obtenue en utilisant les quelques dates
jubilaires séparées par un intervalle multiple de 50 ans. La cohérence de dates obtenues par
ces trois systèmes indépendants en garantit indirectement la fiabilité.
30 E.R. THIELE – The Mysterious Numbers of the Hebrew Kings
Grand Rapids 1983 Ed. The Zondervan Corporation pp. 10,44-46,70,71,90,91.
31 Antiquités juives I:81.
32 1Rois 16:29; 22:41.
33 F. NOLEN JONES – The Chronology of the Old Testament

Texas 2005 Ed. Master Books pp. 160-198.


34 Avant Abraham, il n'y a pas de recoupement possible (et donc pas de chronologie assurée). De plus, l'âge des personnages ayant vécu

avant lui est différent selon le texte massorétique (M.T.), le Pentateuque samaritain, le texte de Flavius Josèphe et la Septante. Par
exemple, Arpakshad, Shélah, Héber, Péleg, Réu et Sérug (Genèse 11:10-26) ont tous vécu 100 ans de plus que dans le M.T. Le Qaïnân en
Luc 3:36, qui aurait vécu 130 ans selon la Septante manque dans le M.T., ce qui décale la chronologie de 130 ans!
35 Par exemple, peu avant la destruction de Jérusalem, soit en -593 (Ézéchiel 1:2), est indiquée une durée de 390 ans débouchant sur le

siège de Jérusalem (Ézéchiel 4:2-17) qui marquerait la fin d'une période schismatique (1Rois 12:19) ayant débuté à la mort de Salomon.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 19

Les anciens calendriers mésopotamiens semblent initialement avoir été calés sur
l'équinoxe d'automne, ce premier mois marquant le renouvellement étant appelé Tishri
"commencement". Le texte biblique indique qu'à partir de l'Exode les années ne devaient
plus être comptées à partir de Tishri, mais à partir Nisan36 à l'équinoxe de printemps. Par
commodité, la chronologie israélite a été découpée en cinq périodes: 1) période patriarcale
(2038-1493), 2) période des juges (1493-1097), 3) période des rois (1097-609), 4) période du
second temple (609+133) et 5) période postdiluvienne (3170-2038). La reconstitution de la
chronologie israélite s'effectuera sur le modèle de la reconstitution des autres chronologies
synchronisées en s'appuyant sur des synchronismes datés par l'astronomie et en remontant
vers le passé, la mise en parallèle des règnes permettant de vérifier 1) le mode de comptage
de l'accession et 2) la validité des synchronismes entre les différents souverains:

[1] [2] [3] [4] [5] [6]


-977 1 X 39 2 35 [1] Chéchanq Ier 1Rois 11:40
2 XI 4
3 XII
4 I 40 3 36 [2] Salomon 1Rois 11:42
5 II [3] Nabû-mukîn-apli
6 III
7 IV [4] Aššur-reš-iši II
8 V
9 VI
10 VII 0 1 1 [2] Roboam 1Rois 14:21
11 VIII [5] Jéroboam 1Rois 14:20
12 IX
1 X [6] Durée de 390 ans Ézéchiel 4:5,6
-976
2 XI 5
3 XII
4 I 1 4 37 [1] roi d'Égypte
5 II [2] roi de Juda
6 III
7 IV [3] roi de Babylone
8 V [4] roi d'Assyrie
9 VI [5] roi d'Israël
10 VII 2 2 [6] 390 = 10/977 – 10/587
11 VIII
12 IX

Ce tableau se lit ainsi: mort de Salomon en septembre -977; son fils Roboam lui
succède sur le trône de Judée avec une accession (année 0), par contre, Jéroboam devient
roi d'Israël sans accession (année 1); début de la période de 390 ans en octobre -977 (qui se
termine en octobre -587). Selon les autres chronologies synchronisées, Salomon serait mort
dans la 4e année de Chéchanq Ier, un roi égyptien, dans la 3e année de Nabû-mukîn-apli, un
roi babylonien, et dans 36e année d'Aššur-reš-iši II, un roi assyrien.
La mise en parallèle des règnes de Juda et d'Israël permet aussi de détecter la
présence de corégences et de constater l'importance de la "légitimité" dans le décompte des
années de règne. La brève disparition des deux royaumes, en septembre -885, illustre la
36 Exode 12:2.
20 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

grande cohérence des données massorétiques. Ochoziah, le fils d'Athalie, accède à la


royauté en Judée dans la 7e année de Joram (le fils de Josaphat) qui meurt au début de sa 8e
année de règne. Jéhu abat Joram (le fils d'Achab) vers la fin de sa 12e année de règne, puis
Ochoziah un peu plus tard. Jéhu accède ensuite au royaume d'Israël et Athalie prend le
pouvoir en Judée à la place de son fils:

[1] [2] [3] [4]


-886 1 X 6 11 [1] Joram (J) 2Rois 8:16,17
2 XI [3] Joram (A) 2Rois 3:1
3 XII
4 I 7
5 II
6 III
7 IV
8 V 0 [2] Ochoziah 2Rois 9:29
9 VI
10 VII 12
11 VIII
12 IX
-885 1 X
2 XI
3 XII
4 I 8 1 [1], [2] 2Rois 8:28-9:3
5 II
6 III [0] 0 [2] Ochoziah 2Rois 8:25,26
7 IV
8 V
9 VI [2], [3] 2Rois 9:24,27
10 VII 0 0 1 [1] Yehoyada 2Rois 11:3-17
11 VIII [2] Athalie 2Rois 11:3,4
12 IX
1 X [3] Jéhu 2Rois 10:36
-884
2 XI [4] Durée de 6 ans 2Rois 11:3
3 XII
4 I [1] 1
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 1 2
11 VIII
12 IX
-883 1 X
2 XI
3 XII

Ochoziah a débuté une corégence dans la 7e année de Joram, le fils de Josaphat,


puis a recommencé un bref règne à la mort de ce dernier. Ochoziah est mort peu de temps
après Joram, le fils d'Achab. Athalie n'étant pas une reine légitime, elle n'a pas été enterrée
dans la cité de David, mais c'est le grand-prêtre Yehoyada37 qui fut enterré à sa place,
impliquant de lui attribuer légalement les 6 ans de son règne effectif. Un grand prêtre
illégitime pouvait être destitué par le roi38, mais la couronne d'un roi illégitime, ou absent,
pouvait être attribuée au grand prêtre39. Cette situation exceptionnelle a pu être source de
37 2Chroniques 24:15,16.
38 1Rois 2:27.
39 Zacharie 3:5; 6:11-14; 9:9,16.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 21

confusion. Le roi Ozias, par exemple, ayant été démis de ses charges à cause de l'usurpation
d'une fonction sacerdotale, le grand-prêtre Azariah40 le remplaça comme roi à partir de la
27e année de Jéroboam II41 (soit en -796, dans la 14e année du règne d'Ozias qui devenait
ainsi la 14e année d'Azariah)42. Le décompte des années de règne dépend aussi du point de
départ, par exemple, au début de l'an 6 de Jéhu, le jeune roi Joas avait été caché pendant 6
ans ce qui correspondait à la 7e année effective de Jéhu:

[1] [2] [3] [4]


-879 1 X [5] 5 5 6 [1] Yehoyada
2 XI [2] Athalie
3 XII
4 I [6] 6
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 0 6 7 [1] Joas 2Rois 11:4, 12:1
11 VIII [3] Jéhu 2Rois 11:3
12 IX
-878 1 X
2 XI
3 XII
4 I 1
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 7
11 VIII

PERIODE DU SECOND TEMPLE (DE -609 A 133).

Les lettres alphabétiques du tableau ci-après renvoient à des dates charnières


marquant le début ou la fin d'un événement. Les zones en gris clair marquent des durées de
règnes ou d'événements dans la vie d'un personnage, les zones en gris foncé indiquent les
périodes d'ancrage et les zones hachurées renvoient aux périodes de 50 ans du cycle
jubilaire. Selon le texte biblique, un jubilé devait durer 50 ans et se terminer par une
libération "jubilatoire". Ce système ne fût codifié qu'après l'Exode, mais comme le précise
Maimonide, même si ces cycles sabbatiques (tous les 7 ans) et jubilaires (surlignés en bleu)
ne furent pas observés ils furent cependant comptés.

609 598 588 587 539 538 518 517 468 455 -18 29 33 133
a b c d e f g h i j k
31 11 10 1 70 49 13 483 4 100
70 46
18x50 50 50 9x50 50 2x50

40 2Chroniques 26:19-23.
41 2Rois 15:1,2.
42 Amasiah est roi en -839 et règne 29 ans, Ozias est donc roi en -810 et Jéroboam est roi en l'an 15 d'Amasiah, en -824 (2Rois 14:2,23).
22 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

a) La mort du roi Josias43 (4 ans avant la bataille de Karkemiš44 en -605) marque la fin du
royaume judéen autonome et légitime. Joachaz est ensuite intronisé par le peuple et ne
règne que 3 mois45. Le pharaon Nékao II intronise Joiaqim qui règne 11 ans46 et
Nabuchodonosor II intronise Sédécias qui règne 11 ans47 (jusqu'à la destruction du
Temple). La mort de Josias marque le début d'une période de 70 ans de domination
babylonienne48 sur toutes les nations qui commence avec le règne de Joiaqim49 (après la
bataille d'Harrân en -609) et qui se termine avec la destruction de Babylone en -539.
b) Lors de la 10e année de Sédécias50 un jubilé "pour proclamer la liberté" est délibérément
violé51 ce qui entraîne la destruction du Temple et une déportation à Babylone. La
libération associée à ce jubilé est reportée au jubilé suivant52 (50 ans après).
c) Destruction du Temple le 10e jour 5e mois de la 18e année de Nabuchodonosor53
(comput babylonien), soit en -587. Cette "dévastation du temple" devait durer 70 ans54.
d) Destruction de Babylone (en -539) et libération des exilés babyloniens la 1ère année de
Cyrus55 (en -538).
e) Fin des 70 ans de désolation (en -517) et fin de l'exil, début d'un nouveau cycle de
jubilés de 50 ans, à partir de la 4e année de Darius56 (en -518).
f) Premier jubilé célébré et daté de la 7e année d'Artaxerxès, car le texte d'Esdras
mentionne une exemption d'impôt et une libération de captifs57 pour cette année. Les
autorités juives reconnaissent d'ailleurs que le décompte des jubilés doit recommencer à
partir de cette date.
g) Début des 483 ans avant l'apparition du Messie, car selon Daniel58: Depuis la sortie de la
parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu'à Messie principal il y aura 7 semaines [d'années]
puis 62 semaines [d'années ], soit un total de 483 ans [= 7x(62+7)]. Néhémie59 précise que
cet ordre de rétablir et rebâtir Jérusalem lui fut donné par Artaxerxès Ier dans la 20e
année de son règne. Selon ce calendrier, le Messie devait apparaître 483 ans après la 20e
année d'Artaxerxès, soit la 13e année (= 20 - 7) après le premier jubilé d'Esdras, daté de
43 2Rois 23:29.
44 Jérémie 46:2.
45 2Rois 23:31.
46 2Rois 23:34,36.
47 2Rois 24:17,18.
48 Jérémie 25:11,12. Le texte de Matthieu 1:11,17 situe le début de la captivité "de" Babylone (et non "à") après le règne de Josias.
49 Jérémie 27:1-7.
50 Jérémie 32:1.
51 Jérémie 34:8-11.
52 Jérémie 34:13-22.
53 Jérémie 52:12,13.
54 Daniel 9:2.
55 Esdras 1:1-4.
56 Zacharie 7:1-5.
57 Esdras 7:1,8,24; 8:35.
58 Daniel 9:25.
59 Néhémie 2:1,5,8.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 23

la 7e année d'Artaxerxès. L'apparition du messie annoncé par Daniel se situe donc 4 ans
avant la fin du 11e jubilé. Eusèbe avait noté ce point dans sa Chronique et indiquait que
Jésus avait commencé à prêcher à partir de l'olympiade 202:1 (en 29), année
correspondant au 81e jubilé selon la tradition des Hébreux. Eusèbe datait le 71e jubilé
en 472/471 et notait qu'une durée de 500 ans, soit 10 jubilés, séparait ces deux dates60.
h) Un texte de Jean61 relate: Or la Pâque des Juifs étant proche, Jésus monta à Jérusalem (...) Les
Juifs dirent donc: "ce temple a été bâti en 46 ans, or Josèphe précise: Quand Hérode acheva la 17e
année de son règne, César vint en Syrie (...) Ce fut à cette époque, dans la 18e année de son règne, après
les événements mentionnés précédemment, qu'Hérode entreprit un travail extraordinaire: la
reconstruction du temple de Dieu à ses propres frais (...), mais le temple lui-même fut construit par les
prêtres en 1 an et 6 mois62. Dion Cassius63 situe le voyage d'Auguste en Syrie dans le
printemps de l'année, quand Marcus Apuleius et Publius Silius étaient consuls (en -20).
Josèphe compte les années de règne d'Hérode à partir de la prise de Jérusalem en -37,
et la 18e année (soit en -19) courait donc de Nisan -19 à Nisan -18. Selon ce comput, le
temple fut terminé au début de l'an -17, ce qui permet de placer le début du ministère
de Jésus 46 ans après, soit vers la fin de l'an 29 (pas d'année 0), et la première Pâque
vers le début de l'an 30.
i) Selon le texte de Luc64, Jésus apparaît comme Messie vers la fin de la 15e année de
Tibère (qui va du 19 août 28 au 18 août 29).
j) Selon Flavius Josèphe65, l'exécution de Jean le Baptiste est située l'année avant la mort
d'Hérode Philippe, la 20e année de Tibère (33/34). Retranchement du Messie "avec rien
pour lui" lors de la moitié de la dernière semaine66 [d'années], soit 3,5 ans (= 7/2) après
son apparition en 29. Selon le texte de Jean, il y eut 4 célébrations de la Pâque (de 30 à
33). La fête mentionnée en Jean 5:1 (ayant lieu vers le printemps selon sa place dans la
reconstitution chronologique67) peut désigner la fête de Nikanor68 qui avait lieu autour
de mars, un peu avant la Pâque (toujours nommée dans les Évangiles).
k) Des pièces69 émises lors de la révolte de Bar Korkhba marquent un jubilé en 133.

60 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology


Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 340
EUSEBE - S. Hieronymi interpretatio chronicæ Eusebii pamphili
Paris 1846 Éd. Migne Patrologiæ Latina XXVII pp. 438-442, 570-574
61 Jean 2:20.
62 Antiquités juives XV:354, 380, 421.
63 Histoire romaine LIV:7:4-6.
64 Luc 3:1,15,23.
65 Antiquités juives XVIII:106-119. L'exécution de Jean le Baptiste précède de 1 an celle de Jésus (Marc 6:25-32, Jean 6:1-4).
66 Daniel 9:26,27.
67 Fête de Pâque en 30 selon Jean 2:23, en 31 selon Jean 4:35;5:1, en 32 selon Jean 6:4 et en 33 selon Jean 12:1.
68 La fête de Nikanor avait lieu le 13 Adar à cette époque (Antiquités juives XII:412; 2Maccabées XV:36).
69 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology

Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers pp. 125,126.


24 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

DATE DE L'ANNEE DE LIBERATION DE BAR KOKHBA (EN 133)

Selon les historiens70, la révolte de Bar Kokhba s'est déroulée sur une période, de
décembre 131 à septembre 135, durant laquelle les Juifs émirent deux pièces datées71, une
de l'an 1 pour la rédemption d'Israël (en 132) et une de l'an 2 pour la liberté d'Israël (en 133).

an mois [1] [2] [3]


131 8 V 15 [48] [1] règne d'Hadrien
9 VI [3] n° de l'année dans le cycle sabbatique
10 VII
11 VIII
12 IX 0 [2] révolte de Bar-Kokhba
132 1 X
2 XI
3 XII
4 I 1 [49] an 1 pour la rédemption d'Israël
5 II [3] année sabbatique
6 III
7 IV
8 V 16
9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX
133 1 X
2 XI
3 XII
4 I 2 [50] an 2 pour la liberté d'Israël
5 II [3] année jubilaire
6 III
7 IV
8 V 17
9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX
134 1 X
2 XI
3 XII
4 I 3 [1] pour la liberté d'Israël
5 II
6 III
7 IV
8 V 18
9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX
135 1 X
2 XI
3 XII
4 I 4 [2] pour la liberté d'Israël
5 II
6 III
7 IV
8 V 19
9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX

70 M. SARTRE – D'Alexandre à Zénobie


Paris 2001 Éd. Fayard pp. 601-607.
G. GOYAU – Chronologie de l'Empire romain
Paris 2007 Éd. Errances pp. 114-116.
71 D. HENDIN – Guide to Biblical Coins

New York 2001 Ed. Amphora pp. 273-302.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 25

Selon Dion Cassius72, les Juifs se révoltèrent peu après le passage d'Hadrien, quand
celui-ci décida de transformer la ville de Jérusalem en colonia Aelia Capitolina, lors de sa
seconde visite (en août 131). Eusèbe, dans sa Chronique, date la répression de cette révolte
dans la 16e année d'Hadrien (année qui débute au 8 août), ce qui paraît correct puisque les
archives de la maison Babatha s'arrêtent au 19 août 132 (dernier document daté 14 jours
avant les calendes de Septembre, des consuls Gaius Serrius Augurinus et Publius Trebius
Sergianus)73. Selon Eusèbe74, la guerre atteignit son apogée la 18e année d'Hadrien (en 134).
Le dernier document daté de la révolte75, l'est du 21 Tishri de la 4e année de la libération
d'Israël, soit d'octobre 135. La 1ère année de la rédemption ( ) débute donc vers avril
132 et la 2e année de la liberté ( ) vers avril 133.

Jérusalem An un de la rédemption d'Israël Jérusalem An 2 de la liberté d'Israël

La guerre de Bar Kokhba fut conduite principalement pour réaliser une libération
religieuse plutôt qu'une révolte politique, pour au moins trois raisons: 1) les pièces émises
durant la révolte n'ont pas été datées de son règne, il n'y a pas de pièces de l'an 3 et 4 de
Simon76, 2) le Talmud de Jérusalem77 rapporte que le célèbre rabbin Aqiba appliquait à Bar
Kokhba la prophétie messianique de l'astre de Jacob (Nombres 24:17), le nom de Bar Kosiba
a d'ailleurs été changé en Bar Kokhba "fils de l'étoile" pour correspondre à la prophétie, et
3) la 1ère pièce émise commémore la "rédemption d'Israël", caractérisant le rachat de l'année
sabbatique. Un reçu évoque d'ailleurs cette année religieuse78: Le 20e de Shevat de l'an 2 de la
rédemption d'Israël par Shiméon ben Kosiba, le prince d'Israël (...) Cette terre je te l'ai loué à partir
d'aujourd'hui jusqu'à la fin de la veille de remise, qui sont des années pleines, années fiscales, 5, d'échéance,
que je te délivrerai à Hérodium. Le 20e de Shebat de l'an 2 (février 134) correspond à la fin de
l'année jubilaire. Le cycle sabbatique normal de 7 années comporte 6 années fiscales, mais
le 7e cycle sabbatique (du jubilé), par contre, ne comporte que 5 années fiscales.
72 Histoire romaine LXIX:11-15.
73 Y. YADIN – Guide to Biblical Coins
Jerusalem 1989 Ed. The Hebrew University of Jerusalem pp. 28-29,116-117.
74 Taanit 68d.
75 E. SCHÜRER – The History of the Jewish people in the age of Jesus Christ (175 B.C.-A.D. 135)

Edinburgh 1987 Ed. T. & T. Clark LTD pp. 535-557.


76 J. MALTIEL-GERSTENFELD – 260 Years of Ancient Jewish Coins

Tel Aviv 1982 Ed. Kol Printing Service Ltd pp. 200-227.
77 Histoire romaine LXIX:11-15.
78 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology

Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers pp. 125,126.


26 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Quelques témoignages prouvent que le système des années sabbatiques et jubilaires


fut partiellement observé, comme l’exonération de certains paiements. Quelques études ont
essayé de reconstituer ce calendrier79. Selon le texte biblique, la 7e année est l'année
sabbatique80 et la 50e année81 est l'année jubilaire. Certaines autorités juives récentes incluent
le jubilé dans la 49e année, mais le Talmud82 et le texte biblique montrent que l'année
jubilaire était la 50e. Bien que non observés, les jubilés étaient comptés. Cependant, dès le 2e
siècle avant notre ère, des Juifs mystiques proposèrent de remplacer le calendrier liturgique
fondé sur l’observation par un calendrier théologique fondé sur des calculs. On lit par
exemple dans le Livre des jubilés (daté entre -150 et -100) que les jubilés devaient être de 49
ans et que l’année devait durer 364 jours83. Le Livre d’Hénoch (daté entre -100 et -50) divise
cette année en 4 saisons régulières de 3 mois ayant respectivement 30, 30 et 31 jours, en
précisant que cette année était plus longue de 10 jours que l’année lunaire de 354 jours84.
Ces calendriers mystiques, sans lien avec l’observation, ont influencé les Esséniens de
Qumrân85. Toutefois, au 1er siècle, l’opinion majoritaire voyait dans le jubilé une période de
50 ans. Philon d’Alexandrie86 explique (vers 30) les raisons du jubilé de 50 ans et Flavius
Josèphe écrit vers la fin du 1er siècle: On doit observer la même règle après 7 fois 7 ans, soit tous les
50 ans. A l’occasion de cette 50e année, que les Hébreux appellent Jubilé, les débiteurs sont relevés de leurs
dettes, et ceux du peuple qui ont été condamné à l’esclavage, mais non à la peine capitale, pour avoir
transgressé une loi, sont renvoyés en liberté. Il faut d’autre part rendre les champs à leurs anciens
propriétaires selon la procédure suivante : au moment du Jubilé — ce mot signifie “liberté”87. Cependant
le comptage des jubilés devint controversé à partir de 135 de notre ère. Un commentaire du
Talmud (Nedarim 61a) de cette époque relate deux façons de compter les jubilés, 49 ou 50
ans. Il est possible que la chronologie babylonienne ait influencé les Juifs, puisque selon la
tradition, le décompte des Jubilés débutait avec Esdras, à la 7e année d’Artaxerxès (datée en
458/457 selon les listes royales babyloniennes). L’année de la “liberté” célébrée par Bar
Kokhba tombait donc en 131/132, selon ce comput, avec des jubilés de 49 ans, mais en
143/144 avec des jubilés bibliques de 50 ans. En fait, si la 7e année d’Artaxerxès est
correctement datée en 468/467, le jubilé de Bar Kokhba tombe effectivement en 133/134.

79 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology


Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers pp. 126-130
80 Exode 23:10,11
81 Lévitique 25:8-11
82 R. SAMUEL – le livre des 613 commandements

Paris 1974 Éd. C.L.K.H 253-256.


83 Livres des Jubilés VI:30-38.
84 Livre d’Hénoch LXXIV:10-LXXII:6.
85 U. GLESSMER – Calendars in the Qumran Scrolls

in: The Dead Sea Scrolls after Fifty years Vol. II. 1999 Leiden pp. 213-237.
86 De specialibus legibus II:110-117.
87 Antiquités juives III:281-283.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 27

L'année de la "remise" (shemitah en hébreu) de dettes peut désigner l'année


sabbatique, mais, par son aspect exceptionnel de "remise en liberté", ce dernier terme
s'applique uniquement à l'année jubilaire qui est aussi qualifiée "d'année de libération" des
captifs88. Dans la pratique, par la mise en jachère des terres et la remise des dettes (la
restitution des propriétés ne semble pas avoir jamais été appliquée), l'année jubilaire
ressemblait à une année sabbatique redoublée.
À partir des témoignages historiques et archéologiques, il est possible de
reconstituer ce calendrier. En tant que calendrier religieux il débute au 1er Nisan. C'est
seulement après l'Exil qu'il y eut une année civile commençant au 1er Tishri, à l'instar des
autres nations de la région (récolte à la sortie de l’année)89. Mais le calendrier biblique
commençait en Nisan90. Même si les passages de Néhémie 1:1 et 2:1 ont fait couler
beaucoup d'encre, le commencement de l'année reste Nisan91 car Néhémie parle d'abord de
Kislev 20e année (20e année depuis son arrivée à Suse), puis de Nisan 20e année
d'Artaxerxés. D'ailleurs il parle ensuite du 7e mois correspondant bien à une année
commençant en Nisan92. Les années sabbatiques et les jubilés commençaient aussi en
Nisan. Sur cette question le Talmud est moins clair, car il s'agissait de questions plus
théoriques que pratiques. Celui de Jérusalem93 remarque que l'on parle du 7e mois du Jubilé
à Tishri94, donc le 1er mois du Jubilé était Nisan. De plus, si l'année jubilaire avait
commencé en Tishri d'après Lévitique cela aurait dû être le 10. Or, dans ce cas, les 9
premiers jours appartiendraient à une année qui n'existe pas. Le jour choisi pour sanctifier
l'année jubilaire correspondait au jour de libération des esclaves, le Yom kippour95. Le
problème de savoir si une dette est annulée dans le cas d'une vache achetée à la fin de
l'année sabbatique, lors d'un mois redoublé (donc forcément Adar), et dépecée au début de
l'année suivante montre que l'année Sabbatique se terminait à Adar et commençait bien à
Nisan96. En fait, l'année jubilaire commençait aussi au 1er Nisan, mais n'était célébrée que le
10 Tishri de cette année. Années sabbatiques et jubilaires attestées historiquement:

 Après la révolte de Bar Kokhba les années sabbatiques restent comptées mais non les
années de libération (jubilaires), comme on peut le déduire des dates sur les pierres
88 Deutéronome 15:1,12; Lévitique 25:10.
89 Exode 23:16.
90 Exode 12:2.
91 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology

Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 167.


92 Néhémie 7:73; 8:17,18.
93 Rosh Hashana III:4
94 Lévitique 25:9.
95 Lévitique 23:27.
96 Shebiith X:2.
28 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

tombales97: le 10 du mois de Shebat, la 3e année du cycle sabbatique, an 346 de la destruction du


Temple (415/416); le 1er du mois de Marheshwan, 1ère année de la remise; an 364 de la destruction
du Temple (433/434); le 3 du mois d'Adar, 7e année de la remise; an 385 de la destruction du
Temple (454/455); le 3 du mois de Kislev, 5e année du cycle sabbatique; an 390 de la destruction du
Temple (459/460). La destruction du Temple étant datée en 70 du 9 Ab (5e mois), l'an 1
de la destruction du Temple va du 1er Tishri (7e mois) 69 au 1er Tishri 70, et l'an 346 va du 1er
Tishri 415 au 1er Tishri 416. L'année 433 n'étant pas mentionnée comme jubilaire, le
décompte des jubilés (de 50 ans) semble donc avoir cessé après 134.
 68/69 Selon le Talmud98 le Temple de Jérusalem fut détruit l'année suivant une année
sabbatique. La destruction du Temple étant datée du 30 août 7099, l'année de la
destruction est 69/70, si on compte de Tishri à Tishri, l'année précédente fut en
conséquence celle de 68/69.
 54/55 Un papyrus de Murabbaat, daté de la 2e année de Néron mentionne une année
sabbatique en cours, soit entre le 13 octobre 55 et le 12 octobre 56, l'année sabbatique
est donc celle de 54/55 (si on compte de Tishri à Tishri).
 40/41 La Mishna100 relate que le roi Agrippa Ier, le 1er jour de la fête de Sukkot, la 8e
année, à l'issue de l'année sabbatique, lut dans la synagogue des passages du
Deutéronome. Cet événement n'a pu se produire que lorsque Agrippa commença à
régner sur la Judée après avoir été nommé par l'empereur Claude, soit en 41. Si l'année
41/42 était la 8e année, l'année sabbatique précédente était celle de 40/41.
 33/34 Au début de son ministère Jésus annonça une année de libération à venir101,
précisant que cette libération (année jubilaire), serait plus grande que celle provenant
d'un jubilé habituel. Cette année de libération est associée à sa mort le 14 Nisan 33. Les
Juifs n'observant plus les années sabbatiques ou jubilaires, le Nouveau Testament n'en
fait pas mention. On remarque cependant que Jésus ne commence sa prédication
auprès de grandes foules qu'à partir du 1er Nisan 32 qui marquait le début d'une année
sabbatique102 et que l'ânon emprunté en Nisan 33103 n'a pas été payé conformément aux
pratiques de l'année jubilaire sur les achats104.

97 Y. WILFAND – Aramaic Tomstones from Zoar and Jewish Conceptions of the Afterlife
in: Journal for the Study of Judaism 40 (2009) pp. 510-539.
B.Z. WATCHOLDER - The Calendar of Sabbatical Cycles During the Second Temple and the Early Rabbinic Period
in: Hebrew Union College Annual 44 (1973) pp. 169-171, 182-183.
98 Taanith 29a.
99 Guerre des Juifs VI:4:5.
100 Sotah 7:8.
101 Luc 4:18.
102 Jean 6:1-10.
103 Marc 11:3.
104 Lévitique 25:13-16.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 29

 40/39 Selon Josèphe105, Hérode fut nommé roi par Rome (vers l'hiver 40/39)106 et
commença à assiéger Jérusalem au printemps d'une année sabbatique. Hérode conquit
cette ville en juillet -37, mais le printemps de l'année renvoie au début de cette
conquête, soit l'année 40/39, et non à sa victoire en -37.
 133/132 Selon le livre des Maccabées, Simon descendit à Jéricho l'année 177, au 11e
mois qui est le mois de Shebat (février -134), puis fut tué avec ses deux fils par
Ptolémée107. Josèphe place cet événement au début du siège de Jéruslem par Antiochus
qui se déroula lors d'une année sabbatique108, événement qu'il date de la 162e olympiade
(à partir de juillet -132). Il semble que le siège de la ville s'étala de 133 à 132, l'année
sabbatique serait donc celle de 133/132.
 161/160 Selon le livre des Maccabées109, le siège de Bethsour en l'an 150 de l'ère
séleucide, soit entre avril -162 et avril -161, tomba sur une année sabbatique. L'année
séleucide débutant en avril -311, l'année sabbatique est celle de 161/160, si on compte
de Tishri à Tishri.
 333/332 Flavius Josèphe110 précise que lorsque Alexandre a assiégé Tyr il invita le grand
prêtre Yaddous à lui verser le tribut payé auparavant à Darius III. Yaddous lui
expliquant que c'était la 7e année (année sabbatique) les Juifs en furent exemptés. Le
siège de Tyr s'étant terminé autour de juin/ juillet -332111, commencé sept mois plus tôt
selon Josèphe, soit novembre/décembre -333, la 7e année devait commencer vers
mars/avril -333.
 454/453 Le texte de Néhémie 10:31 mentionne une 7e année sabbatique qui semble
avoir eu lieu après la 20e année d'Artaxerxès (Néhémie 2:1) lorsque la reconstruction
des murailles de Jérusalem fut achevée et que la fête des Huttes du 7e mois fut observée
(Néhémie 8:14). Cette année sabbatique serait datée de la 21e année d'Artaxerxès.
 468/467 Le texte d'Esdras112 mentionne une exemption d'impôt, datée de la 7e année
d'Artaxerxès, année associée à la libération des captifs. Les autorités juives 113
reconnaissent que le décompte des jubilés doit recommencer à partir de cette date.
Maimonide écrit dans son traité sur cette question: Avec Esdras la remise (shemitah)
105 Antiquités juives XIV:16:2-4.
106 C. SAULNIER - Histoire d'Israël
Paris 1985 Éd. Cerf p. 195.
107 1Maccabées 16:14-16.
108 Antiquités juives XIII:8:1,2.
109 1Maccabées 6:20,49.
110 Antiquités juives XI:8:4-5
111 M. SARTRE - D'Alexandrie à Zénobie. Histoire du Levant antique

Paris 2001 Éd. Fayard pp. 74-79;


112 Esdras 7:1-8,24; 8:35.
113 A. STROBEL - Ursprung und Geschichte des frühchristlichen Osterkalenders

in: Texte und Untersuchungen zur Geschichte der altchristlichen Literatur 121 (1977) pp. 92-95.
30 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

commença à être comptée et après 7 d'entre elles la 50e année était sanctifiée, même si le jubilé n'était
pas observé [dans l'économie mais pas dans la liturgie], ces années étaient néanmoins comptées afin de
pouvoir sanctifier la remise114.
 518/517 Le cycle jubilaire étant lié à la joyeuse libération des captifs, il paraît logique de
faire coïncider le début de ce calendrier particulier avec cette libération, annoncée
comme imminente dans le texte de Zacharie, et accomplie sous la direction du grand
prêtre Yéshoua dans la 4e année de Darius115, soit en 518/517, après 70 ans de cessation
du culte116. Yéshoua semble réaliser la promesse d'Isaïe de "proclamer la liberté117".
Cette libération instituait un nouveau cycle de jubilés.
 588/587 Jubilé non célébré, daté de la 10e année de Sédécias118. Il s'agit d'un jubilé selon
la prescription de "proclamer la liberté" (qui avait été violée) et il avait été précédé par
une année sabbatique "la 7e année119" lors de la 9e année de Sédécias120.
Bien que les autres jubilés n'aient pas été observés, ils sont attestés de deux façons:
soit par la phrase spécifique "proclamer la liberté" qui n'existait pas dans l'année sabbatique,
soit par la présence de deux années sabbatiques consécutives (pièces de Bar Kochba).
L'année sabbatique de 133 et celle de 161 sont séparées par 28 ans, soit 4 années
sabbatiques de 7 ans. L'année sabbatique de 333 et celle de 133 sont séparées par 200 ans
soit 4 années jubilaires de 50 ans. Un cycle jubilaire de 49 ans (même avec une erreur
maximale de 2 ans) ne peut s'appliquer, puisque l'écart de 200 ans = 28x7 + 4 ans. De
même l'année sabbatique de 40 et celle de 133 sont séparées par 172 ans (= 4x50 - 4x7), par
contre: 172 ans = 24x7 + 4 ans. L'écart de 4 ans est supérieur aux 2 ans d'erreurs possibles.
Les dates des jubilés se répartissent ainsi:

X = (N° Jubilé) 0 1 11 13 19
Y = (date) -517* (-467*) 33 133 433

Ces dates satisfont à l'équation: Y = aX +b, avec a = 50 et b = -517* (= 518 avant


notre ère). La durée d'un jubilé est donc de 50 ans et la date du premier jubilé dans la 7e
année d'Artaxerxès, est -468 et non -458. Selon ce calendrier, puisque le 1er jubilé
commençait avec la 7e année d'Artaxerxès, et que le Messie devait apparaître 483 ans après
la 20e année d'Artaxerxès, année correspondant à la 13e année de son règne (13 = 20 - 7),
l'apparition du messie annoncé par Daniel se situait donc 4 ans avant la fin du 11e jubilé.
114 MAIMONIDE - Hilchot Shemita VeYovel 10:47 (en hébreu)
115 Zacharie 7:1,5,14, 8:9-19.
116 Zacharie 7:4; 8:9,15.
117 Isaïe 61:2.
118 Jérémie 32:1.
119 Jérémie 34:8,14-17.
120 Jérémie 39;1; 34:7.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 31

Eusèbe avait déjà noté cette coïncidence dans sa Chronique. Selon cet ouvrage, Jésus
commença son ministère à partir de l'olympiade 202:1 (en 29), année qui correspondait au
81e jubilé selon la tradition des Hébreux. De plus, Eusèbe datait le 71e jubilé en 472/471, et
notait qu'une durée de 500 ans, soit 10 jubilés, séparait ces deux dates121. Même si les
attestations historiques des jubilés sont peu nombreuses, elles confirment que ce cycle
jubilaire était bien de 50 ans. Les attestations bibliques des jubilés sont elles aussi peu
nombreuses (car seulement comptés)122, mais donnent quelques repères chronologiques
importants. Le terme "la 7e année" caractérise l'année sabbatique et l'expression "année
pour proclamer la liberté" caractérise l'année jubilaire. Les changements de calendriers ont
encore compliqué ce comput jubilaire. En effet, entre 135 et 358 les Juifs adopteront
progressivement un calendrier lunaire fondé sur le calcul et non plus sur l'observation (et
les Chrétiens adopteront le calendrier julien qui est un calendrier solaire fondé sur le calcul).
L'année 133 sert donc à ancrer les années jubilaires. Ainsi, la mort de Jésus en 33
coïncide avec un jubilé. Selon le texte de Luc, Jésus a annoncé une libération des captifs123, or
cette libération (marquant l'année jubilaire) devait être plus grande que celle d'un jubilé
habituel124 et cette année de libération (la mission de Zorobabel préfigurait celle de Jésus)
est associée à la mort de Jésus125. En fait, la chronologie israélite repose sur ce calendrier
jubilaire de type "messianique126" supposant une succession régulière des années
sabbatiques et jubilaires. Ce calendrier, bien que très ancien, selon le texte biblique127, ne fut
que rarement appliqué. Ainsi, les 70 ans de déportation sont liés à l'inobservance de ces
années sabbatiques128. De même, la libération qui eut lieu après la destruction de Babylone
en -539, après les 70 ans de domination babylonienne (609-539), est associée à la prophétie
messianique des 70 semaines (ou années sabbatiques) du livre de Daniel.
Le cycle jubilaire est un système calendérique qui permet de dater la période
biblique allant de -538 à 133 sans recourir à une chronologie extérieure.

121 J. FINEGAN - Handbook of Biblical Chronology


Massachusetts 1999 Ed. Hendrickson Publishers p. 340.
EUSEBE - S. Hieronymi interpretatio chronicæ Eusebii pamphili
Paris 1846 Éd. Migne Patrologiæ Latina XXVII pp. 438-442, 570-574.
122 Les attentes messianiques dépendaient du calcul de ces jubilés. Vraisemblablement à cause de ces dates jubilaires, les Juifs attendaient

un Messie vers 33, selon Luc 3:1-15, puis de nouveau vers 133 avec Bar Kokhba, le "fils de l'Étoile". Il est aussi possible qu'Hérode le
Grand ait fait rebâtir le Temple, de -18 à -17, pour faire coïncider la restauration du Temple avec un jubilé.
123 Luc 4:18.
124 Jean 8:36
125 Romains 8:2
126 J.-F. LEFEBVRE - Le jubilé biblique

Göttingen 2003 Éd. Universitaires Fribourg pp. 77,85.


127 Lévitique 26:33-35.
128 2Chroniques 36:21.
32 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

DATE DE LA MORT DE JESUS (EN 33)

Bien que la datation de la mort de Jésus soit controversée, la chronologie


synchronisée fixe cette date au vendredi 3 avril 33 (voir la Chronologie de la vie de Jésus). La
reconstitution chronologique des dernières années de la vie de Jésus est la suivante:

an Événement servant de repère chronologique Matthieu Marc Luc Jean


29 15 1 X
2 XI
3 XII
4 I Ministère de Jean le Baptiseur en l'an 15 de Tibère. 3:1-12 1:1-18 3:1-18 1:6-28
5 II
6 III
7 IV
8 V Baptême de Jésus en l'an 15 de Tibère. 3:13-17 1:9-11 3:21-38 1:32-34
16 9 VI Jésus (né en -2) est âgé d'environ 30 ans.
10 VII Ministère de Jésus (6 mois après celui de Jean)
11 VIII
12 IX
30 1 X
2 XI
3 XII
4 I Temple construit depuis 46 ans. Fête de Pâque. 2:13-25
5 II Jean le Baptiseur emprisonné. 4:12 1:14 3:19,20 4:1-3
6 III Jésus en route vers la Galilée 4 mois avant la moisson. 4:35
7 IV (au mois VII) "Le royaume des cieux s'est approché". 4:17 1:15 4:14,15 4:44,45
8 V
17 9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX
31 1 X
2 XI
3 XII Festin avec les collecteurs d'impôts. 9:9-17 2:13-22 5:27-39
4 I Célébration d'une fête des Juifs (Nikanor ou Purim?). 5:1
5 II Les disciples arrachent des épis (moisson du blé). 12:1-8 2:23-28 6:1-5
6 III
7 IV
8 V
18 9 VI
10 VII Mort de Séjan. La politique impériale devient pro-juive.
11 VIII Jésus calme une tempête (entre août et décembre). 8:18-27 4:35-41 8:22-25
12 IX
32 1 X
2 XI Hérode Antipas fait décapiter Jean le Baptiseur. 14:1-12 6:14-29 9:7-9
3 XII 5000 hommes nourris juste avant la Pâque. 14:13-21 6:30-44 9:10-17 6:1-13
4 I
5 II
6 III
7 IV Olympiade 202:4
8 V
19 9 VI
10 VII Enseignement lors de la fête des Huttes (10 Tishri). 7:11-52
11 VIII La moisson est grande et en culture depuis 3 ans. 10:2 13:7
12 IX Fête de la Dédicace (25 Kislev). 10:1-39
33 1 X
2 XI
3 XII Entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. 21:1-17 11:1-11 19:29-44 12:12-19
4 I Repas de la Pâque (le vendredi 14 Nisan). 26:20,21 14:17,18 22:14-18
5 II Judas est congédié puis instauration de la Cène. 26:21-25 14:18-21 22:21-23 13:21-30
6 III
7 IV

La mort de Jésus en 33 est confirmée par l'astronomie. En effet, le texte d'Actes


2:20 évoque des phénomènes célestes qui se produisirent lors de la mort de Jésus: Le soleil se
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 33

changera en ténèbres et la lune en sang, mais comme ces ténèbres durèrent 3 heures129 il ne s'agit
pas d'une éclipse de soleil, car celle-ci ne peut excéder une durée maximale de 7 minutes 30.
Plusieurs auteurs rapportent cet événement surprenant. Thallus, historien samaritain du 1er
siècle, déclare dans le troisième livre de ses Histoires (rapporté par Jules l'Africain130 vers 220
de notre ère): Dans le monde entier, une obscurité effrayante, par l'obscurcissement d'une éclipse de soleil,
se répandit et, par l'effet d'un tremblement de terre, des rochers se fendirent et de nombreux bouleversements
se produisirent en Judée et dans le reste de la terre. Phlégon de Tralles, un historien grec du 2e
siècle, donne une précision, rapportée par Eusèbe131: En la quatrième année de la CCIIe
olympiade, il y eut une éclipse de soleil, la plus grande que l'on eut jamais vue, et la nuit se fit à la sixième
heure du jour [midi], au point que les étoiles furent visibles dans le ciel. Et un grand tremblement de terre,
ressenti en Bithynie, causa de nombreux bouleversements à Nicée. La 4e année de la 202e olympiade
va de juillet 32 à juillet 33. Par contre, "le sang dans la lune" évoque une éclipse de lune qui
apparaît effectivement rouge-sang, ce qui est l'explication la plus naturelle du texte des
Actes132. L'historien romain Quinte-Curce133 commentant une éclipse de lune (vers 50 de
notre ère) écrit, par exemple: Vers la première veille, la lune, s'éclipsant, commença par dérober l'éclat
de son disque; puis, une sorte de voile de sang vint souiller sa lumière. Or il y eut effectivement une
éclipse partielle de lune le vendredi 3 avril 33 qui commença à 15h40, et fut visible à
Jérusalem de 17h50 à 18h30. La datation de Phlégon était considérée comme fiable à
l'époque, car Origène134 (en 248) l'a citée pour réfuter Celse, un philosophe grec très
critique à l'égard du christianisme et bien au fait de l'histoire. Eusèbe135 précise aussi dans sa
citation de Phlégon que Jésus avait commencé son ministère en l'an 15 de Tibère et qu'il
était mort en l'an 18 (soit au début de la 4e année de l'olympiade) après une période de: Pas
tout à fait 4 ans136. Jérôme, qui a édité la chronique d'Eusèbe, la considérait comme fiable.
Selon Irénée de Lyon137 ce sont les hérétiques qui propageaient (en 177) une durée de
seulement 1 an pour le ministère de Jésus. La mort de Jean le Baptiste tombant au début de
l'an 32 est confirmée par Flavius Josèphe138, qui précise que le meurtre de Jean le Baptiste
par Hérode Antipas avait entraîné une "vengeance divine": destruction de son armée par

129 Luc 23:44.


130 JULIUS AFRICANUS - Chronographiæ
Turnhout 1966 Ed. Brepols (Migne) Patrologiæ Graecae t. X p. 91.
131 EUSEBE - Chronicorum

Paris 1857 Patrologiae Graecae XIX Ed. Migne p. 535.


132 J.P. PARISOT, F. S UAGHER - Calendriers et chronologie

Paris 1996 Éd. Masson pp. 165,166.


133 Histoires IV:10.
134 Contre Celse II:14,33,59.
135 R. HELM – Eusebius Werke

Berlin 1956 Ed. Akademie-Verlag Berlin pp. 174,175.


136 Histoire ecclésiastique I:10:2.
137 Contre les hérésies II:22:5.
138 Antiquités juives XVIII:106-119.
34 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Arétas, roi de Pétra, et mort de son frère Hérode Philippe qu'il date dans la 20e année de
Tibère (33/34). Deux éléments indirects fournis par les Évangiles permettent de confirmer
cette datation par l'astronomie. Le jour de la Pâque pouvait tomber sur n'importe quel jour
de la semaine, qui devenait un sabbat139. Si le sabbat du 15 Nisan coïncidait avec le sabbat
habituel du samedi, on parlait alors d'un "grand sabbat". Selon le texte de Jean140, Jésus fut
ressuscité le 1er jour de la semaine du système juif (dimanche). Jésus est donc mort le
vendredi 14 Nisan. Il est possible de calculer quel était le jour de la semaine correspondant
au 14 Nisan de notre calendrier. Or la seule année pour laquelle ce jour tombe un
vendredi141, sur la période allant de 29 à 35, est l'an 33 (le calendrier julien compte les jours
de minuit à minuit, alors que les Juifs les comptent à partir de la tombée de la nuit. La
Pâque du vendredi 14 Nisan débute donc après le coucher du soleil, vers 18 heures, la
période allant de 18 à 24 heures appartient au jeudi 2 avril):

An de Tibère An 14 Nisan (calendrier julien) Éclipse de lune Événement


15/16 29 Samedi 16 avril - baptême de Jésus (Luc 3:1-23)
16/17 30 Mercredi 5 avril -
17/18 31 Lundi 26 mars -
18/19 32 Lundi 14 avril (non visible à Jérusalem) mort de Jean le Baptiste
19/20 33 Vendredi 3 avril Oui mort de Jésus
20/21 34 Lundi 22 mars - mort d'Hérode Philippe
21/22 35 Lundi 11 avril -

DATE DU DERNIER JUBILE AVANT LA FIN DU 1ER TEMPLE (EN -588)

Le seul calendrier permettant d'établir la chronologie israélite, après la destruction


du 1er temple, est le calendrier jubilaire. Comme on l'a vu, le 1er jubilé célébré par les
Israélites après la reconstruction du 2e temple fut celui de -468, daté de la 7e année
d'Artaxerxès. Ce règne d'Artaxerxès (475-424) est d'ailleurs conforme à la chronologie
synchronisée achéménide. De plus, le texte de Daniel142 est clairement messianique; il
évoque un messie individuel dont la trame chronologique est parfaitement définie. La
période couverte est de 490 ans. Le point de départ pour calculer l'apparition de ce messie
particulier est précisé par l'expression: depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir
Jérusalem. Ce messie en chef est finalement retranché dans un dénuement complet, au milieu
de la dernière semaine (3,5 ans), puis la ville et le sanctuaire sont détruits. La prophétie
précise aussi qu'après l'apparition de ce messie, le péché est supprimé et la justice est
139 Lévitique 23:6,7.
140 Jean 19:31; 20:1.
141 http://pagesperso-orange.fr/pgj/julien.htm
142 Daniel 9:24-27.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 35

rétablie, entraînant de facto la suppression de l'offrande et du sacrifice. La chronologie


élimine les prétendants messianiques autres que Jésus. Le point de départ des 490 ans est
fixé: Depuis la sortie de la parole pour rétablir et pour rebâtir Jérusalem jusqu'à Messie principal il y aura
sept semaines [d'années] puis soixante-deux semaines [d'années]. Or, cet ordre143 de rétablir et de
rebâtir Jérusalem fut donné par Artaxerxès Ier dans la 20e année de son règne (en -455) et
fut lu au peuple le 1er Tishri144, point de départ de la prophétie des 70 semaines. En ajoutant
les 69 semaines d'années, soit 483 ans, la dernière semaine d'années (la 70e) couvre une
période allant du 1er Tishri 29 (= -455 + 483 + 1) au 1e Tishri 36 (= -455 + 490 +1). La
moitié de cette dernière semaine tombe exactement le 3 avril 33.
Le 1er jubilé célébré étant daté en -468, le jubilé initial remontait donc en -518, à la
4e année de Darius, lorsque les Juifs ont "proclamé leur libération". La destruction du
temple a perturbé le cycle des jubilés, puisque le dernier jubilé, qui avait été violé, remontait
70 ans plus tôt, et était daté de la 10e année de Sédécias. Le jubilé suivant aurait dû avoir
lieu 50 ans plus tard, soit en -538, lors de la libération de Babylone, date de la 1ère année de
Cyrus. Cette période de 70 ans de désolation est controversée145. En fait, le texte biblique
distingue deux périodes de 70 ans: une période de servitude, les "70 ans pour Babylone" et
une autre période, les "70 ans de désolation et d'exil":
 Le texte d'Isaïe146 décrit comment cette période de servitude devait s'achever en
indiquant cinq points: le futur vainqueur de Babylone devait 1) s'appeler Cyrus, 2)
soumettre les nations, 3) rebâtir Jérusalem, 4) poser les fondements du temple et 5)
libérer les juifs babyloniens de leur exil: Celui qui de Cyrus: ‘Il est mon berger, et il exécutera
intégralement tout ce à quoi je prends plaisir’; oui, quand je dis de Jérusalem: ‘Elle sera rebâtie’, et du
temple: ‘Tes fondements seront posés’ (...) Voici ce qu'a dit Jéhovah à son oint, à Cyrus, dont j'ai saisi
la droite, pour soumettre devant les nations (...) A cause de mon serviteur Jacob d'Israël, mon élu, je
me suis mis à t'appeler par ton nom; je me suis mis à te donner un nom d'honneur, bien que tu n'ai
pas connu (...) Moi, j'ai suscité quelqu'un dans la justice, et je redresserai toutes ces voies. C'est lui qui
bâtira ma ville et il laissera partir ceux des miens qui sont en exil. La domination babylonienne
qui commença en octobre -609 se termina en octobre -539. Cette période de "70 ans
pour Babylone" se poursuit par une autre période de 70 ans qui se terminerait par la fin
de l'exil et la reconstruction du Temple.

143 Néhémie 2:1,5,8.


144 Néhémie 8:1-2.
145 P.R. A CKROYD - Problem in the Handling of Biblical and Related Sources in the Achemenid Period

in: Achaemenid History III Method and Theory (Leiden 1988) pp.33-54.
146 Isaïe 44:28-45:13.
36 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

 Et dans la 1ère année de Cyrus [en -538], roi de Perse, pour que soit accomplie la parole de Jéhovah
par la bouche de Jérémie, Jéhovah éveilla l'esprit de Cyrus, roi de Perse, de sorte qu'il fit passer une
proclamation dans tout son royaume — et aussi par écrit — pour dire: “Voici ce qu'a dit Cyrus, roi
de Perse: ‘Jéhovah, le Dieu des cieux, m'a donné tous les royaumes de la terre et il m'a chargé lui-même
de lui bâtir une maison à Jérusalem qui est en Juda. Quiconque, parmi vous, est de tout son peuple,
que son Dieu soit avec lui! Qu'il monte donc à Jérusalem qui est en Juda, et qu'il rebâtisse la maison
de Jéhovah, le Dieu d'Israël147. Un texte des Chroniques explique que, si les 70 ans de
servitude babylonienne avaient cessé avec Cyrus, la cause principale de la période de
désolation (qui durait encore à l'époque de Cyrus) venait de l'inobservance des sabbats:
Il fit donc monter contre eux le roi des Chaldéens, qui (...) entreprit de brûler la maison du vrai Dieu
et d'abattre la muraille de Jérusalem (...) en outre, il emmena captifs à Babylone ceux qui étaient restés
de l'épée (...) jusqu'à ce que le pouvoir royal de Perse ait commencé à régner [en -539] pour accomplir
la parole de Jéhovah par la bouche de Jérémie, jusqu'à ce que le pays se soit acquitté de ses sabbats.
Tous les jours qu'il resta désolé, il fit sabbat, pour accomplir 70 ans. Et dans la 1ère année de Cyrus le
roi de Perse, pour que s'accomplisse la parole de Jéhovah par la bouche de Jérémie (...) Voici ce qu'a dit
Cyrus le roi de Perse : “Tous les royaumes de la terre, Jéhovah le Dieu des cieux me les a donnés, et
lui-même m'a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem148. La cause de la désolation apparaît:
Je livrerai vos villes à l'épée, et je mettrai vos sanctuaires en désolation (...) Et moi je mettrai le pays en
désolation (...) Et je vous disperserai parmi les nations (...) alors la terre acquittera ses sabbats,
[pendant] tous les jours qu'elle restera désolée, alors que vous serez dans le pays de vos ennemis, alors la
terre fera sabbat, car elle devra s'acquitter de ses sabbats. [Durant] tous les jours qu'elle restera désolée,
elle fera sabbat, parce qu'elle n'avait pas fait sabbat pendant vos sabbats, quand vous habitiez sur elle
(...) j'ai alors marché en opposition avec eux et j'ai dû les amener dans le pays de leurs ennemis. “Peut-
être qu'alors leur cœur incirconcis sera humilié et qu'alors ils s'acquitteront de leur faute. Et je me
souviendrai assurément de mon alliance (...) et je me souviendrai du pays, le pays restera abandonné
par eux et acquittera ses sabbats, tandis qu'il demeurait désolé, sans eux, et qu'eux-mêmes payaient
pour leur faute (...) Et malgré tout cela, alors qu'ils seront au pays de leurs ennemis, je ne les rejetterai
certes pas149. Selon ce texte, la période de désolation débute avec la destruction de la ville
et du sanctuaire. La terre sans son temple doit rester désolée [70 ans]. Cette période de
désolation comporte une période d'humiliation ou de déportation en pays ennemis. Cet
exil est inclus dans les 70 ans, toutefois sa durée n'est pas précisée. Cet exil est lié à la
désolation, mais ne lui est pas identique. Le début de l'exil babylonien est daté de la 1ère

147 Esdras 1:1-3.


148 2Chroniques 36:17-23.
149 Lévitique 26:31-44.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 37

année de Joiakîn150, soit 11 ans avant la destruction de Jérusalem et le dernier exil est
daté de la 23e année de Nabuchodonosor, soit 4 ans après la destruction du Jérusalem.
Cet exil passe cependant par un maximum en -587, lors de la destruction du Temple151.
D'après la chronologie adoptée, la période d'exil babylonien se termine la 50e année
d'un jubilé [de -588 à -538]. Ce chiffre est donné par Flavius Josèphe152: [Bérose] arrive à
Nabopalassar, roi de Babylone et de Chaldée. Dans le récit détaillé de ses actions, il décrit de quelle
façon ce roi envoya contre l'Égypte et notre pays son fils Nabocodrosor avec une immense armée, quand
il apprit la révolte de ces peuples, les vainquit tous, brûla le temple de Jérusalem, emmena toute notre
nation et la transporta à Babylone. Il arriva que la ville resta dépeuplée durant 70 ans jusqu'au temps
de Cyrus, premier roi de Perse (...) Ce récit [de Bérose] s'accorde avec nos livres et contient la vérité. En
effet, il y est écrit que Nabuchodonosor, dans la 18e année de son règne dévasta notre temple et le fit
disparaître 50 ans. Josèphe distingue deux périodes: une [période de servitude] de 70 ans
qui commence à la fin du règne de Nabopolassar et qui s'achève au début du règne de
Cyrus et une autre période de 50 ans qui commence par la destruction du temple et qui
s'achève par la libération de Cyrus et par son ordre153 de reconstruction du Temple.
Eusèbe154 distingue, lui aussi, deux périodes de 70 ans ainsi qu'une période de 50 ans:
les "70 ans pour Babylone" de -609 à -539 et les "70 ans de désolation" marquant
l'absence de culte au Temple de Jérusalem de -587 à -517, dont "50 ans de
désertification du Temple" de -587 à -537. Bien que Mardochée155 soit encore présenté
comme un fils de l'exil sous le règne de Xerxès156 (vers -470), le gros des exilés était
rentré à Jérusalem durant la période de 20 ans allant de -537 à -517.
 Le 24 Shebat dans la 2e année de Darius (...) l'ange de Jéhovah répondit et dit: “Ô Jéhovah des
armées, jusqu'à quand ne feras-tu pas miséricorde à Jérusalem et aux villes de Juda, contre lesquelles tu
as invectivé ces 70 ans (...) Oui, je reviendrai à Jérusalem avec des miséricordes. En elle sera bâtie ma
propre maison, c'est là ce que déclare Jéhovah, et le cordeau sera tendu sur Jérusalem157. Ce message
(daté en janvier/ février -520) annonce la fin toute proche des 70 ans de désolation et
l'achèvement prochaine du Temple, ainsi que la reconstruction de Jérusalem.
 Il arriva dans la 4e année de Darius le roi, que la parole de Jéhovah vint à Zacharie le 4 Kislew (...)
“Dois-je pleurer au 5e mois en pratiquant l'abstinence, comme je l'ai fait depuis tant d'années ? (...)
Dis à tout le peuple du pays et aux prêtres: “Quand vous avez jeûné et qu'il y a eu une lamentation au
150 Ezéchiel 40:1.
151 Jérémie 52:28-30.
152 Contre Apion I:131,132,154.
153 Esdras 1:1,2.
154 Préparation évangélique IX:40:11; X:9:3-5; X:10:3-6.
155 Mardochée apparaît dans un contrat en tant que débiteur d'Uštanu (A. UNGNAD Archiv für Orientforschung XIX (1959-1960) pp. 80,81).
156 Esther 2:6.
157 Zacharie 1:7,12,16.
38 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

5e mois et au 7e mois, et ces 70 ans, est-ce vraiment pour moi, oui pour moi que vous avez jeûné?158.
L'expression "ces 70 ans" en Zacharie 7:5 est la même qu'en Zacharie 1:12, la phrase
peut être comprise de deux façons: "et [pour] ces 70 ans", ou "et [pendant] ces 70 ans".
La première expression s'accorde mieux avec le contexte, de plus, la déclaration est
datée de la 4e année de Darius [-518], soit à la fin des 70 ans de désolation. Or, le jeûne
du 5e mois qui marquait la destruction du temple en -587 (début de la désolation) était
toujours en vigueur en -518, car on lit: Dois-je pleurer au 5e mois et non Devais-je pleurer au
5e mois. Cette période de 70 ans devait se terminer par la libération des captifs (fin du
jubilé) et par la reconstruction du temple. Le Temple fut ainsi inauguré peu après à fin
de la 6e année de Darius159 (en -515). Cette période de 70 ans était dédoublée:
 Dans la 1ère année de Darius le Mède (...) moi, Daniel, je discernai par les livres le nombre des années
au sujet desquelles la parole de Jéhovah était venue à Jérémie le prophète, à accomplir pour les
dévastations de Jérusalem, 70 ans (...) écoute, ô notre Dieu, la prière de ton serviteur et ses
supplications, et fais briller ta face sur ton sanctuaire qui est désolé (...) Ouvre tes yeux et vois nos
désolations et la ville qui a été appelée de ton nom160. Donc 1 an après la destruction de
Babylone (Darius le Mède apparaît sous le nom de Ugbaru161, il régna sur Babylone et
nomma des gouverneurs162 durant les cinq derniers mois de son accession et mourut à
la fin de sa 1ère année de règne, le 11 Arahsamnu, soir en novembre -538), Daniel
explique que la période de 70 ans serait aussi la durée de la désolation (le Temple ayant
été détruit en -587, cette désolation devait donc se terminer en -517).
L'expression "terre désolée et dévastée" est controversée, car elle peut être
comprise soit comme une "terre déserte et sans habitants", soit comme une "terre sans
pratiquants". Le texte biblique privilégie le deuxième sens. En effet, le début (comme la fin)
de l'exil est impossible à dater précisément, puisqu'il débute entre la 7e et la 23e année de
Nabuchodonosor163 et qu'il n'est pas terminé à l'époque d'Esther164 (vers -470). Par contre,
la période où la terre est sans adorateurs, car sans prêtrise, est plus facile à fixer puisqu'elle
va de la destruction du Temple à la "libération des captifs" durant la 50e année d'un jubilé.
L'expression "ce qui cause la désolation" apparaissant en Daniel 9:27 était comprise par les
Juifs comme la disparition des sacrifices au Temple (et donc de la prêtrise) et non comme
la disparition des habitants. De même lorsqu'on lit: A cause de ma maison qui est déserte, alors
158 Zacharie 7:1-5.
159 Esdras 6:15,16.
160 Daniel 9:1,2,17-24.
161 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 306.


162 Daniel 6:1.
163 Jérémie 52:28-30.
164 Esther 2:6.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 39

que vous êtes à courir chacun pour sa propre maison165, puisque ce texte est écrit durant la 2e année
de Darius (en -520), on peut comprendre que le Temple devait être désert en adorateurs,
mais non en habitants. Cette explication se retrouve dans d'autres textes166 selon lesquels
l'Égypte devait être désolée et sans habitants pendant 40 ans, ce qui ne pouvait être littéral (la
déportation de l'Égypte entière en terre étrangère aurait laissé des traces!). Par contre, le
sens "sans adorateur167" convient au texte de Jérémie qui indique comme signe du départ
(début des 40 ans) la mort du pharaon Apriès168. De la même façon, la mort de Sédécias
avait marqué la fin du culte au Temple. Le pharaon Apriès, dieu vivant pour les Égyptiens,
fut remplacé en -570 par Amasis, un simple général, qui régna de -569 à -526. Le pharaon
Apriès (Hophra) mourut peu après la 3e année d'Amasis169, probablement en -566. Les
dieux d'Égypte auraient donc été négligés de -566 à -526. Hérodote170 précise: Amasis, dit-on,
simple particulier, aimait déjà boire et plaisanter et n'avait aucun goût pour la vie sérieuse (…) Devenu roi,
voici ce qu'il fit: de tous les dieux qui l'avaient dit innocent, il négligea les sanctuaires, ne donna rien pour
les entretenir et n'alla jamais y offrir des sacrifices. C'étaient, disait-il, des dieux sans importance et dont les
oracles mentaient. Diodore171 ajoute: Amasis devint roi et gouverna les masses assez durement: il punit
beaucoup de gens en bafouant la justice, en priva beaucoup de leurs biens et se conduisait envers tous avec
mépris et orgueil. Un papyrus en hiératique172 (rédigé vers -8) décrit une situation
catastrophique assez similaire.
Le rôle du jubilé marquant la fin d'une captivité est un thème biblique récurrent.
Lorsque Zorobabel est nommé, le texte d'Esdras173 précise: Et dans la 1ère année de Cyrus [soit
en -538] (...) Quiconque, parmi vous, est de tout son peuple, que son Dieu soit avec lui! Qu'il monte donc à
Jérusalem qui est en Juda, et qu'il rebâtisse la maison de Jéhovah, le Dieu d'Israël. La mission de
Zorobabel est double: rassembler les Juifs et rebâtir le Temple174: Et il adviendra sans faute, en
ce jour-là, qu'il y aura la racine de Jessé [Zorobabel], qui se dressera comme un signal pour les peuples.
Vers lui se tourneront interrogativement les nations, et son lieu devra devenir glorieux [le Temple sera
rebâti] (...) pour acquérir le reste de son peuple qui restera encore, de l'Assyrie et de l'Égypte, et de Pathros,
et de Koush, et d'Elam, et de Schinéar, et de Hamath, et des îles et de la mer. Et assurément il dressera un
signal pour les nations et rassemblera les dispersés d'Israël; et il réunira les disséminés de Juda des quatre

165 Haggaï 1:1,9.


166 Ézéchiel 29:10-12; Jérémie 43:11-13; Isaïe 19:1.
167 Ézéchiel 30:7,13.
168 Jérémie 44:29,30; Ézéchiel 30:20-22.
169 G. DARESSY - Stèle de l'an III d'Amasis

in: Recueil de travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie Paris 1900 pp. 1-9.
170 Enquête II:174.
171 Bibliothèque historique I:60.
172 W.K. SIMPSON – The Prophecy of the Lamb (P. Vienna D. 10,000)

in: The Literature of Ancient Egypt (2005) Ed. The American University in Cairo Press pp. 445-449.
173 Esdras 1:1-3; Néhémie 1:8,9; 7:5; Esdras 3:1,2.
174 Isaïe 11:10-12.
40 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

extrémités de la terre. Ce rassemblement des dispersés s'achèverait sur un jubilé (en -518):
L'esprit du Souverain Seigneur Jéhovah est sur moi [Zorobabel]175, parce que Jéhovah m'a oint pour
annoncer aux humbles une bonne nouvelle. Il m'a envoyé pour panser ceux qui ont le cœur brisé, pour
proclamer la liberté à ceux qui ont été emmenés captifs, et aux prisonniers l'ouverture toute grande [des
yeux] (...) Et ils devront rebâtir les antiques lieux dévastés; ils relèveront les lieux dévastés d'autrefois176.

TABLEAU DES SYNCHRONISMES SUR LA PERIODE 609-455

612 Nabopolassar 14 Josias 28 52 Pasammétique Ier


611 15 29 53
610 16 30 54 Nékao II
609 BM 21901 17 [0] Joiaqim 31 0 1 Bataille d'Harrân 2Rois 22:1;23:36
608 fin de l'empire assyrien 18 [1] 1 1 2
607 19 [2] 2 2 3
606 20 [3] 3 3 4
605 Nabuchodonosor 21 1 4 4 5 Bataille de Karkemish Jérémie 25:1;46:2
604 1 2 5 5 6
603 2 3 6 6 7
602 3 4 7 7 8
601 4 5 8 8 9
600 5 6 9 9 10 1 Joiaqim vassal de 2Rois 24:1
599 6 7 10 10 11 2 Nabuchodonosor
598 BM 21946 7 8 Sédécias 11 11 12 3 Exil de Joiaqim Jérémie 52:28
597 8 9 1 12 13 1 2Chroniques 36:9,10 2Rois 24:12
596 9 10 2 13 14 2
595 10 11 3 14 15 3
594 11 12 4 15 16 4
593 12 13 5 16 1 5 Psammétique II
592 13 14 6 17 26
591 14 15 7 18 37
590 15 16 8 19 48
589 16 17 Jérémie 52:4 9 20 5 9 Siège de Jérusalem Ézéchiel 24:1
588 Jubilé violé 17 18 0 [50] 10 21 6/1 10 Apriès Jérémie 32:1
587 18 19 1 Temple détruit 11 22 2 11 Exil du peuple Jérémie 52:1,12,29
586 Ézéchiel 26:1-12 19 20 2 1 23 3 12 1ère année d'exil
585 20 21 3 Daniel 2:1 2 24 4 13
584 21 22 4 3 25 5 14
583 Daniel 4:29 22 23 5 4 26 6 15 Exil du reste Jérémie 52:30
582 23 24 6 5 27 7 16
581 24 25 7 6 28 8 17
580 25 26 8 7 29 9 18
579 26 27 9 8 30 10 19
578 27 28 10 9 31 11 20
577 (7 ans de folie) 28 29 11 10 32 12 21
576 29 30 12 11 33 13 22
575 30 31 13 12 34 14 23
574 (Tyr, siège de 13 ans) 31 32 14 13 35 15 24
573 Contre Apion 1:156 32 33 15 14 36 16 25 Ézéchiel 40:1
572 33 34 16 15 37 17 26
571 34 35 17 16 38 18 27 Ézéchiel 29:12-20
570 35 36 18 17 39 19 28
569 36 37 19 18 40 20 29 1 Amasis
568 VT 4956 37 38 20 19 41 21 30 2

175 Zacharie 4:6-14.


176 Isaïe 61:1-4.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 41

567 (Égypte attaquée) 38 39 21 20 42 22 31 3


566 39 40 22 21 43 4 32 1 Égypte désolée 40 ans Jérémie 44:30
565 40 41 23 22 44 5 33 2
564 41 42 24 23 45 6 34 3
563 42 43 25 24 46 7 35 4
562 Amêl Marduk 43 26 25 47 8 36 5
561 1 27 26 48 9 37 6 Jérémie 52:31
560 Nériglissar 2 28 27 49 10 7
559 1 29 28 50 11 8
558 2 30 29 51 12 9
557 3 31 30 52 13 10
556 La ba shi- Mar duk 4 32 31 53 14 11
555 Nabonide 1 33 32 54 15 12
554 2 34 33 55 16 13
553 Belšaruṣur 3 0 35 34 56 17 14
552 4 1 36 35 57 18 15
551 5 2 37 36 58 19 16
550 6 3 38 37 59 20 17
549 7 4 39 38 60 21 18
548 8 5 40 39 61 22 19
547 9 6 41 40 62 23 20
546 10 7 42 41 63 24 21
545 11 8 43 42 64 25 22
544 12 9 44 43 65 26 23
543 13 10 45 44 66 27 24
542 14 11 46 45 67 28 25
541 15 12 47 46 68 29 26
540 16 13 48 47 69 30 27
539 Chute de Babylone 17 14 Cyrus II 48 70 31 28 Jérémie 25:11,12
538 Libération an 1 1 50 49 32 29 Isaïe 43:1,3; 45:1
537 2 50 33 30
536 3 51 34 31
535 4 52 35 32
534 5 53 36 33
533 6 54 37 34
532 7 55 38 35
531 8 56 39 36
530 9 Cambyse II 57 40 37
529 1 58 41 38
528 2 59 42 39
527 3 60 43 40
526 4 61 44 1 Psammétique III
525 Chute de l'Égypte 5 62 2
524 6 63
523 7 64
522 8 Darius Ier 65
521 1 66
520 2 67
519 3 68
518 4 69 [50 ] Fin de la désolation Zacharie 7:1-5
517 5 70 1 Nouveau cycle jubilaire Daniel 9:2
516 6 2
515 7 3
514 8 4
513 9 5
512 10 6
511 11 7
510 12 8
509 13 9
42 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

508 14 10
507 15 11
506 16 12
505 17 13
504 18 14
503 19 15
502 20 16
501 21 17
500 22 18
499 23 19
498 24 20
497 25 21
496 26 0 Xerxès Ier 22
495 27 1 23
494 28 2 24
493 29 3 25
492 30 4 26
491 31 5 27
490 32 6 28
489 33 7 29 mariage de Xerxès Esther 2:16-17
488 34 8 30
487 35 9 31
486 36 10 32
485 révolte babylonienne 11 33 tentative de génocide Esdras 4:6
484 Esther 2:21-3:7 12 34 Esther 3:7-10
483 13 35
482 14 36
481 15 37
480 16 38
479 17 39
478 18 40
477 19 41
476 20 42
475 21 Artaxerxès Ier 43
474 1 44
473 2 45
472 3 46
471 4 47
470 5 48
469 6 49
468 7 50 1er jubilé célébré Esdras 7:1-8,24
467 8 1
466 6 2
465 10 3
464 11 4
463 12 5
462 13 6
461 14 7
460 15 8
459 16 9
458 17 10
457 18 11
456 19 12
455 20 13 1 Début des 483 ans Daniel 9:24-27
454 21 14 2 (483 = 69x7)
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 43

PERIODE DES ROIS (DE -1097 A -609)

1057 977 960 957 916 893 885 879 839 810 758 742 726 697 642 640 627 609 598 588 587 539 538
a b c d e
40 40 17 3 41 23 8 6 40 29 52 16 16 29 55 2 13 18 11 10 1
40
390 70
70
18x50 50

a) Les 40 années de règne de Salomon177 se terminent par le schisme de son royaume:


Israël et Judée (rebellion considérée comme une faute). Cette date marque le début
d'une période de 390 ans qui finit avec la destruction de Jérusalem178 (voir §d). Début
des 17 ans de règne de Roboam, puis des 3 ans d'Abiyam et des 41 ans d'Asa179.
b) Josaphat règne 25 ans180. Cependant il faut enlever les 2 ans de corégence avec son fils
Joram qui devint roi dans sa 23e année et non après la 25e. Joram roi de Judée, qui règne
8 ans, devint roi dans la 5e année de Joram roi d'Israël181 qui était devenu roi dans la 18e
de Josaphat182, ainsi 18 + 5 = 23. Après la mort de Joram roi de Judée, Athalie règne 6
ans (illégalement, car le grand prêtre Yehoyada est enterré à sa place dans la cité de
David), puis Joas 40 ans, Amasiah 29 ans183, Ozias 52 ans184, Yotham 16 ans, Achaz 16
ans, Ézéchias 29 ans, Manassé 55 ans, Amon 2 ans, Josias 31 ans185 (31 = 13 +18).
c) La chute de Samarie commence en l'an 4 d'Ézéchias186 et se termine en l'an 6 (en -720).
d) Dans la 13e année de Josias187, Jérémie commence à proclamer la destruction de
Jérusalem qui se produit 40 ans plus tard. Cette période de 40 ans, annoncée dans
Ézéchiel188, s'achève par la disparition complète du royaume judéen légitime qui avait
commencé 390 ans plus tôt.
e) La mort du roi Josias189 marque la fin du royaume judéen légitime. Début d'une période
de 70 ans de domination babylonienne sur toutes les nations qui commence au début
du règne de Joiaqim190 (après les batailles de Megiddo et d'Harrân en -609) et qui se
termine avec la destruction de Babylone en -539.

177 1Rois 11:42.


178 Ézéchiel 4:5,6.
179 1Rois 14:21; 15:1,2,9,10.
180 1Rois 22:41,42.
181 2Rois 8:16,17.
182 2Rois 3:1.
183 2Rois 11:3; 12:1; 14:1,2.
184 2Chroniques 26:3.
185 2Rois 15:32,33; 16:2; 18:1,2; 21:1,19; 22:1.
186 2Rois 18:9,10.
187 Jérémie 25:3,11.
188 Ézéchiel 4:5,6.
189 2Rois 23:29.
190 Jérémie 25:11,12; 27:1-7.
44 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

À partir de Salomon, la chronologie israélite se dédouble avec les rois d'Israël au


nord et les rois de Judée au sud. La chronologie des rois d'Israël se déduit de la chronologie
des rois de Judée, avec des règnes qui débutent en Tishri au lieu de Nisan (les durées de
règne sont données sans corégence)191:

Roi de Judée Dates du règne # Roi d'Israël Dates du règne # Référence


Saül 1097-1057 40
David 1057-1017 40
Salomon 1017 - 977 40 1Rois 11:42
Roboam 977-960 17 Jéroboam 10/977 - 22 1Rois 14:20,21
Abiyam 960-957 3 -05/955
Asa 957 - 41 Nadab 06/955-05/954 2 1Rois 11:25
Baasha 06/954-04/931 24 1Rois 15:28,33
Elah 05/931-04/930 2 1Rois 16:8
Zimri 05/930 1 m. 1Rois 16:10-16
Omri/ 06/930-05/919/ 12 1Rois 16:21-23
-916 [Tibni] [06/930-01/925] 6
Josaphat 916 - 25 Achab 06/919-01/898 22 1Rois 16:29
-891 Achaziah 02/898-01/897 2 1Rois 22:51
Josaphat/Joram [893-891] [2] Joram fils d'Achab 02/897-09/886 12 2Rois 3:1
Joram 893 - 8 [Achaziah]/ Joram [07/887-09/886] 1 2Rois 9:29
-885 Achaziah 10/886-09/885 1 2Rois 9:24,27
[Athalie] Yehoyada 885-879 6 Jéhu 10/885-03/856 28 2Rois 10:36
Joas 879 - 40 Joachaz 04/856-09/839 17 2Rois 10:35; 13:1
-839 [Joachaz/ Joas] [01/841-09/839] 2 2Rois 13:10
Amasiah 839 - 29 Joas 01/841-09/825 16 2Rois 13:10
-810 Jéroboam II 01/823 - 41 2Rois 14:23
Ozias 810 - 52 -05/782
[Azariah] [796] - [Zacharie] 06/782-02/771 [11] 2Rois 14:29
Zacharie 03/771-08/771 6 m. 2Rois 15:8
Shallum 09/771 1 m. 2Rois 15:13
Ménahem 10/771-03/760 10 2Rois 15:17
-758 Peqayah 04/760-03/758 2 2Rois 15:23
Yotham 758-742 16 Péqah 04/758-05/738 20 2Rois 15:27
Achaz 742-726 16 [Osée] 06/738-01/729 9 2Rois 15:27-30
Ézéchias 726-697 29 Osée 02/729-09/720 9 2Rois 17:1,3
Manassé 697-642 55
Amon 642-640 2
Josias 640-609 31

(Un tableau des synchronismes, mois par mois, est aussi consultable)192.

191 Malgré la corégence de 2 ans entre Joachaz et Joas de Samarie, la durée complète du règne de Joas de Samarie est toutefois comptée
après le règne précédent, car il débute en l'an 37 du règne de Joas de Judée, mais la durée complète de 16 ans a été comptée après les 17
ans de Joachaz, et non à partir de l'an 15 de Joachaz, selon 2Rois 14:17,23.
192 http://chronosynchro.net/synchronismes.html
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 45

DATE DE LA BATAILLE D'HARRAN (EN -609)

L'année de règne de Nabuchodonosor datant la fin du Temple et le début de la


période de 70 ans sont controversés. Concernant la datation du règne de Nabuchodonosor,
il semble que l'auteur du livre de Jérémie, qui a vécu sous l'autorité égyptienne, puis
babylonienne, ait utilisé à la fois un comput sans année d'accession (système égyptien) et un
comput avec année d'accession (système babylonien), ce qui pourrait expliquer les
décalages de 1 an. La datation déroutante de Jérémie qui fixe la destruction du Temple dans
la 11e année de Sédécias, soit dans la 19e année de Nabuchodonosor (comput égyptien), soit
dans la 18e année193 (comput babylonien), est donc sans conséquence, car cette 18e année de
Nabuchodonosor est liée à la 10e année de Sédécias194. Le règne parallèle d'Azariah est
également sans conséquence sur la chronologie. Le roi Ozias ayant été démis de ses charges
à cause de l'usurpation d'une fonction sacerdotale, son fils Yotham administra le peuple
jusqu'à sa mort et le grand-prêtre Azariah195 le remplaça comme roi à partir de la 27e année
de Jéroboam II196 (soit en -797, dans la 13e année du règne d'Ozias)197.
La période de 70 ans (de -609 à -539) est abondamment décrite, elle concerne en
premier lieu la domination babylonienne sur toutes les nations de l'époque:
 La parole qui vint à Jérémie au sujet de Juda en la 4e année de Joiaqim le fils de Josias, le roi de Juda,
c'est-à-dire la 1ère année de Nabuchodonosor le roi de Babylone (...) Oui, tout ce pays deviendra un lieu
dévasté, un objet de stupéfaction, et ces nations devront servir le roi de Babylone 70 ans. Et il arrivera
à coup sûr, lorsque les 70 ans seront accomplis, que je m'en prendrai — contre le roi de Babylone et
contre cette nation (...) oui contre le pays des Chaldéens dont je ferai bel et bien des solitudes désolées
pour des temps indéfinis198. Selon ce texte, la Judée allait être dévastée, toutes les nations de
l'époque allaient servir le roi de Babylone pendant 70 ans et à la fin de cette période
Babylone tomberait. On note que cette annonce date de la 1ère année de
Nabuchodonosor et qu'à cette époque la domination de Babylone avait commencé,
mais la dévastation de la Judée était encore à venir, donc la période de servitude
commençait avant la période de désolation. La période de servitude de 70 ans visait
toutes les nations, y compris l'Égypte, et pas seulement la Judée. Cette période débute
après la victoire des forces babyloniennes sur les forces assyro-égyptiennes à Harrân.

193 Jérémie 52:12,29.


194 Jérémie 32:1.
195 2Chroniques 26:19-23.
196 2Rois 15:1,2.
197 Amasiah est roi en -839 et règne 29 ans, Ozias est donc roi en -810 (= -839 + 29). De même, Jéroboam II est roi en l'an 15

d'Amasiah, soit en -824 (= -839 + 15), selon le texte de 2Rois 14:2,23.


198 Jérémie 25:1,9-12,17-26.
46 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

 Au commencement du règne de Joiaqim le fils de Josias, le roi de Juda (..) Et maintenant, moi j'ai
donné tous ces pays en la main de Nabuchodonosor le roi de Babylone (...) et toutes ces nations devront
le servir, lui, son fils et son petit-fils, jusqu'à ce que vienne le temps de son pays (...) Quant à vous,
n'écoutez pas vos prophètes (...) eux qui vous disent: “Vous ne servirez pas le roi de Babylone”199. Le
commencement du règne de Joiaqim peut être daté en Tishri -609, donc la période de
servitude de 70 ans est la même pour la Judée que pour les autres nations.
 Et il arrivera sans faute en ce jour-là que Tyr sera bel et bien oubliée pendant 70 ans, comme les jours
d'un roi. A la fin des 70 ans, il sera pour Tyr comme la chanson d'une prostituée (...) Oui, il arrivera
à la fin des 70 ans que Jéhovah s'occupera de Tyr, et elle devra retourner à son salaire et se livrer à la
prostitution avec tous les royaumes de la terre200. Les 70 ans de domination babylonienne (609-
539) éclipsèrent la position de Tyr. Or, cette ville s'étant réjouie de la chute de
Jérusalem, des textes prédisaient sa destruction dans la mer201 et l'attaque de
Nabuchodonosor202. Selon Josèphe203, ce roi assiégea la ville pendant 13 ans (587-574),
mais n'ayant reçut aucun "salaire", il recevrait en compensation la fortune de l'Egypte
pendant 40 ans, selon un texte204 daté de la 27e année d'exil (en -571). Cet héritage de
l'Egypte semble débuter avec le règne du pharaon Amasis (en -569) et durer jusqu'à la
fin du règne de Cyrus205 en -530. Après la chute de Babylone, la ville de Tyr
recommença son commerce immoral206, mais fut finalement détruite par Alexandre le
Grand en -332. La traduction d'un mot du texte de Jérémie est cependant controversée:
Conformément à l'accomplissement des 70 ans de Babylone, je m'occuperai de vous, et vraiment je
réaliserai à votre égard ma bonne parole, en vous ramenant en ce lieu207. Certaines traductions
utilisent "70 ans à Babylone" au lieu de "70 ans de Babylone", ce qui induirait un séjour
de 70 ans à [dans] Babylone. Le mot "de" dans "70 ans de Babylone" traduit la particule
hébraïque le "pour, de (appartenance), à, vers (direction)". La traduction "70 ans à
Babylone" est ambiguë (en français), car elle peut être comprise comme "70 ans pour
Babylone", conformément à l'hébreu, mais aussi comme "70 ans dans Babylone", ce qui
est un contresens. En effet, la particule le possède le sens habituel de direction "à
[vers]" et non celui de localisation "à [dans]", dans ce dernier cas, l'hébreu utilise la
particule be, comme on peut le vérifier dans l'ensemble du livre de Jérémie:

199 Jérémie 27:1,6-9.


200 Isaïe 23:15-17.
201 Zacharie 9:4.
202 Ezéchiel 26:1-12.
203 Contre Apion I:156; Antiquités juives X:228.
204 Ezéchiel 29:17-20.
205 Isaïe 43:1,3.
206 Néhémie 13:6,15-17.
207 Jérémie 29:10.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 47

"à" traduisant le [vers]/ [pour] "à" traduisant be [dans]


208 209
70 ans seront passés pour Babylone exilés de Juda qui sont à [dans] Babylone
210 211
j'enverrai à [vers] Babylone des vanneurs je châtierai Bel à [dans] Babylone
212 213
je rends à [pour] Babylone étaient avec lui à [dans] Babylone
214 215
comme pour Babylone Publiez-le dans Juda
216 217
dira à [pour] ce peuple et à [pour] Jérusalem Publiez-le en Juda
218 219
avait laissé un reste de [pour] Juda pour régner sur [dans] Juda
(Bible Pirot-Clamer)

 Daniel prédit la chute de Babylone peu de temps avant sa réalisation: MENÉ: Dieu a
compté [les jours de] ton royaume et l'a mené à sa fin (...) PÉRÈS: ton royaume a été divisé et donné
aux Mèdes et aux Perses220. Si les "70 ans de Babylone" se terminent le 16 Tishri, soit le 12
octobre -539, leur début remonte donc en octobre -609221.
Traduire "70 ans à Babylone" au lieu de "70 ans de Babylone" à des conséquences
chronologiques importantes et certains traducteurs l'ont bien compris. Sébastien Castellion,
par exemple, qui maîtrisait l'hébreu, le grec et le latin avec aisance, s'est aussi intéressé à la
chronologie biblique puisqu'il lui a consacré un chapitre entier: Le vrai nombre des ans depuis
Adam jusques à Christ, à la fin de sa traduction en français de la Bible222. Il se contente de
donner les références bibliques nécessaires aux calculs, sans se livrer à aucune spéculation
eschatologique, mais il précise cependant, concernant la captivité de 70 ans: Et commence
droitement ladite captivité à la servitude de Babylone et non à la destruction de Jérusalem et du Temple (...)
Cela pourrez connaître par le premier chapitre de Matthieu, et par le 24 et 25 chapitres de Jérémie (...)
Car la captivité dura 70 ans. Jeremie 25. Cette remarque capitale découle de sa traduction du
premier chapitre de Matthieu (et des chapitres de Jérémie), les versets 11, 12 et 17: Ioachim
engendra Ieconie et ses frères en la captivité de Babylone. Et après la captivité de Babylone Ieconie engendra
Salathiel (...) depuis David jusqu'à la captivité de Babylone, quatorze générations. Et depuis la captivité de
Babylone jusqu'à Christ quatorze générations. Castellion a correctement traduit le génitif utilisé
par Matthieu, Βαβυλῶνος, par "de Babylone", car il est bien établi que le génitif ne peut pas

208 Jérémie 29:10.


209 Jérémie 29:22.
210 Jérémie 51:2.
211 Jérémie 51:44.
212 Jérémie 51:24.
213 Jérémie 52:32.
214 Jérémie 51:49.
215 Jérémie 4:5.
216 Jérémie 4:11.
217 Jérémie 5:20.
218 Jérémie 40:11.
219 Jérémie 22:30.
220 Daniel 5:26-28.
221 R.E. WINCKLE – Jeremiah's Seventy Years for Babylon: A Re-assessment

in: Andrews University Seminaries Studies 25:2 (1987) pp. 289-299.


222 S. CASTELLION – Bible (1555)

Paris 2005 Éd. Bayard pp. 2929-2933.


48 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

désigner une direction. De plus, le terme pour déportation223, µετοικεσία, ne désigne une
direction que lorsqu’il est suivi de είς + accusatif (comme en 2Rois 24:16, LXX)224, et cela
sans exception dans les corpus biblique, épigraphique, ecclésiastique et séculier. En
revanche, une expression au génitif annexée à µετοικεσία n’a que pour rôle de compléter le
nom (c’est le rôle du "de" en français: il introduit généralement le "complément du nom"),
c’est-à-dire préciser ce qui a été concerné, d’une manière ou d’une autre, par le nom225.
Ce point de traduction ne peut être considéré comme un "détail", car Matthieu
commence son livre par cette chronologie, découpée en trois parties de 14 générations,
dont la deuxième partie ne se termine non par une personne mais par cette "captivité de
Babylone226", terme qu'il utilise, de plus, à 4 reprises. Si Matthieu avait voulu écrire "à
Babylone" (locatif) il aurait utilisé une formule classique, telle "έν + datif" (έν Βαβυλῶνι)
comme en 1Pierre 5:13 (soit beVavèl en hébreu)227. Les traductions hébraïques du Nouveau
Testament (F. Delitzsch, UBS) porte Bavèl en Matthieu 1:11 ("Babylone" à un état
indéterminé, absolu ou construit). Le nom Bavèl est l’équivalent du génitif (‫ גָּלוּת בָּבֶל‬galout
Bavèl "la captivité de Babylone")228. Certaines versions du NT en hébreu ont interprété
abusivement l’expression dans le sens d’une direction et ont mis ‫גָּלוּת בָּבֶלָה‬229. De fait, le
texte biblique est précis en toutes circonstances et invite à considérer Βαβυλῶνος comme
un génitif relatif, à traduire par "captivité de Babylone" ou "captivité babylonienne"230.
On peut noter que le dernier personnage mentionné en Matthieu 1:11, avant "la
captivité de Babylone" au verset suivant, est le roi Josias. Esdras231 confirme le rôle
particulier de ce roi: On l'enterra dans les sépultures de ses pères. Tout Juda et Jérusalem firent un deuil
pour Josias; Jérémie composa une lamentation sur Josias; on en a fait une règle en Israël, et on trouve ces
chants consignés dans les Lamentations232. Ainsi, le seul roi qui fut pleuré par Jérémie jusqu'à

223 Le sens "déportation" est conforme à l'étymologie, mais il implique une direction (en français). Pour éviter ce paradoxe linguistique, le
terme "captivité", autre sens du mot grec, est donc préférable.
224 Il faut alors remarquer que le texte hébreu emploie très majoritairement des expressions comme, ‫ָה‬ ‫( בָּבֶל‬baVélah, « vers Babylone »,
avec hé directionnel ; comme ici ou en 2R 20:17, 24 :15, 16, 25:13, 2Ch 33:11, 36 :6, 10, Jr 27:18, 20, 22, 28 :4 ; etc.) ou ‫( אֶ ־לבָּבֶל‬èl-Bavèl,
« vers Babylone », 2Ch 36:20) .
225 Souvent par synecdoque, comme en Juges 18:30 et Abdias 1:20b.
226 Partie I: 1-Abraham; 2-Isaac; 3-Jacob; 4-Juda; 5-Pharès; 6-Esron; 7-Aram; 8-Aminadab; 9-Naasson; 10-Salmon; 11-Booz; 12-Obed;

13-Jessé; 14-David;
Partie II: 1-Salomon; 2-Roboam; 3-Abias; 4-Asa; 5-Josaphat; 6-Joram; 7-Ozias; 8-Joatham; 9-Achaz; 10-Ézéchias; 11-Manassé; 12-Amon;
13-Josias; 14-Captivité de Babylone;
Partie III: 1-Jéchonias; 2-Salathiel; 3-Zorobabel; 4-Abiud; 5-Éliacim; 6-Azor; 7-Sadoc; 8-Achim; 9-Éliud; 10-Éléazar; 11-Mathan; 12-
Jacob; 13-Joseph; 14-Jésus.
227 Sur les nuances des prépositions, voir par exemple Jérémie, qui distingue baVèlah "vers Babylone" (29:20), de beVavèl "à Babylone"

(29:22) et de leVavèl "de Babylone" (29:10).


228 Bien que Bavèl soit à un état indéterminé, son apposition après un substantif lui confère valeur de complément du nom.
229 gelotam Bavèlah (leur déportation vers Babylone) par exemple Salkinson-Ginsburg.
230 Cf. William Arndt et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, Chicago: University of Chicago

Press, 2000, 642 ; Horst Robert Balz and Gerhard Schneider, Exegetical Dictionary of the New Testament, Grand Rapids, Mich.: Eerdmans,
1990-c1993, II : 420 ; Zerwick et Grosvenor, A Grammatical Analysis of the Greek New Testament, Editrice Pontificio Istituto Biblico, Rome,
1996 :1 (pour le type de génitif).
231 2Chroniques 35:24,25.
232 Lamentations 4:20.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 49

l'époque d'Esdras, fut Josias233 et non Sédécias, le roi vassal en fonction au moment de la
chute de Jérusalem. La "captivité de Babylone" mentionnée par Matthieu, se produisant
après Josias, renvoie donc bien aux 70 ans de domination de Babylone apparaissant dans le
texte de Jérémie 25:11,12: ces nations seront asservies roi de Babylone soixante-dix ans. Lorsque ces
soixante-dix ans seront accomplis, je ferai rendre compte de leur péché au roi de Babylone et à cette nation,
dit Jéhovah, et au pays des Chaldéens, et j'en ferai des solitudes éternelles (Bible Crampon).
Une chronique babylonienne date la bataille d'Harrân dans la 17e année de
Nabopolassar au mois de Duzu234 (juillet -609), durant laquelle le dernier roi assyrien
Ashur-uballit II fut tué (et aussi Josias). Or comme Joachaz régna 3 mois, cela implique de
placer le début du règne de Joiaqim en Tishri (octobre -609). Comme la chute de Babylone
eut lieu en octobre -539, Babylone domina le monde de l'époque exactement 70 ans. On
note qu'après la mort du roi Josias, le pharaon Nékao II assujettit le royaume judéen et
changea le nom de son roi en Joiaqim235. La période de 70 ans est délimitée par deux
événements présentés comme providentiels: la mort de Josias236 et l'avènement de Cyrus237.
L'assujettissement à l'Egypte dura 8 ans puis fut remplacé par celui de Nabuchodonosor,
après la bataille de Karkemiš (en -605). La domination babylonienne commença à partir de
-609 et s'exerça sur la Judée par l'intermédiaire de l'Égypte, puis directement à partir de la 8e
année de Joiaqim (en -601), 3 ans avant la fin de son règne238. Selon le texte biblique, la
durant la période qui court de -609 à -561 les rois judéens ne sont plus légitimes239.
Selon le texte biblique, la royauté judéenne était légitime ou légale240 jusqu'au
moment de sa destitution: Ote le turban [symbole de la prêtrise], et enlève la couronne [symbole de la
royauté]. Cela ne sera pas la même chose. Mets en haut ce qui est bas, et abaisse ce qui est élevé. J'en ferai
une ruine, une ruine, une ruine. Quant à cela aussi, assurément ce ne sera [à personne] jusqu'à ce que
vienne celui qui a le droit légal, et je devrai [le] lui donner241. La Septante traduit d'ailleurs le nom
messianique Shilo242 “c'est à lui” par “pour qui cela est réservé”. Cet aspect juridique permet de
distinguer la fin légale de la royauté en -609 de sa fin effective en -561. Ainsi, le texte: Cela
ne sera pas la même chose. Mets en haut ce qui est bas [les royaumes païens], et abaisse ce qui est élevé [le
royaume légal judéen]. J'en ferai une ruine, une ruine, une ruine [destruction du Temple par

233 Favius Josèphe connaissait cette identification, car il écrit: Mais tout le peuple pleura beaucoup sur lui [Josias] (Antiquités juives X:74). De
même, dans son Commentaire sur Zacharie [XII:11], Jérôme écrit: [Josias] sur qui Jérémie écrivit ses lamentations.
234 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 305.


235 2Chroniques 36:3,4.
236 1Rois 13:2; 2Chroniques 35:20-22.
237 Isaïe 43:1, 45:1.
238 2Rois 24.1.
239 Un roi légitime pouvait être désapprouvé et qualifié de "mauvais roi" sans pourtant être illégitime.
240 1Chroniques 29:23.
241 Ezéchiel 21:26,27.
242 Genèse 49:10.
50 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Nabuchodonosor] — se réfère à l'assujettissement du royaume judéen par le pharaon Nékao II


(un roi vassal est un roi factice)243. Josias fut donc le dernier roi légitime ou légal dans la
chronologie israélite (les grands prêtres, eux, restent légitimes):

Roi Règne Durée Référence Roi légitime Grand-prêtre Référence


Josias 640-609 31 ans 2Ch. 34:1 oui Hilqiya 2R. 22:3,4
Joachaz 609 3 mois 2Ch. 36:2 non "
Joiaqim 609-598 11 ans 2Ch. 36:5 non Azarya 1Ch. 5:39
Joiakîn 598 3 mois 2Ch. 36:9 non "
Sédécias 598-587 11 ans 2Ch. 36:11 non Seraya 2R. 25:18-21
[Godolias] [587] 2 mois ? 2R. 25:22,25 [gouverneur] Yehoçadaq 1Ch. 5:40
Joiakîn [en exil] 587-561 26 ans ? 2R. 25:27 non Josué Ezr. 3:2
Hérode le Grand 39-2 37 ans Mt. 2:3 non Joazar

Un roi judéen était considéré comme légitime lorsqu'il était oint d'huile par un
représentant légitime: prophète244 ou grand-prêtre245. Sans ces conditions, ils étaient
illégitimes et n'étaient pas enterrés dans la cité de David (les annales babyloniennes
précisent aussi le lieu de sépulture de leurs rois pour semble-t-il en indiquer la légitimité)246.
Tous les rois judéens, de David à Josias compris, furent enterrés dans la cité davidique, sauf
Athalie qui fut remplacée par Yehoyada247 le grand prêtre de l'époque, car cette reine s'étant
octroyée (illégalement) la royauté pendant 6 ans fut exécutée248 et non enterrée. Les rois
venant après Josias sont illégitimes. En effet, Joachaz est oint par le peuple, Joiaqim est oint
par le pharaon Nékao II et Joiakîn est oint par le roi babylonien Nabuchodonosor249. Ces
rois moururent en exil à l'exception de Joiaqim qui eut cependant un enterrement d'âne250.
Le texte biblique précise qu'à partir de Joiaqim compris: Il n'y aura personne qui siège
[légalement] sur le trône de David251. Donc après la mort de Josias, en -609, le royaume judéen
passa légalement sous la coupe des Babyloniens et c'est pour cette raison que cette mort fut
mémorable pour les Israélites car, à leurs yeux, Josias représentait le dernier roi oint par
Dieu252. La période de servitude de 70 ans cesse donc quand la puissance babylonienne
tombe en -539. Cyrus, lors de sa 1ère année253 [en -538], désigne Zorobabel (Sheshbatsar)
comme gouverneur et non comme roi. Bien que la royauté judéenne ne soit pas rétablie en
243 Après la chute de Babylone en -539, plusieurs rois achéménides, y compris Cyrus, se sont attribués le titre de "roi de Babylone" alors
que ce royaume était devenu une satrapie de l'empire perse. Après -539, le titre de "roi de Babylone" était donc factice.
244 1Samuel 16:13; 1Rois 19:15-16; 2Rois 9:1-6.
245 1Rois 1:39; 2Rois 11:9-12.
246 K. GRAYSON – Assyrian and Babylonian Chronicles

Winona Lake 2000 Ed. Eisenbrauns p. 41.


247 2Chroniques 24:15,16.
248 2Rois 11:1-20.
249 2Chroniques 36:1-8.
250 Jérémie 22:18,19.
251 Jérémie 36:30.
252 2Chroniques 35:23-25; Lamentations 4:20.
253 Esdras 1:7,8.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 51

-538, elle est cependant réhabilitée. En effet, le turban, la représentation légale de la


prêtrise, est remis en -518 au grand prêtre Yéshoua et la couronne, représentation légale de
la royauté, lui est également confiée et mise en réserve254. Les Évangiles appliquent ce texte
à Jésus. De même, l'arche de l'alliance, symbole divin de légitimité, selon Exode 25:22, qui
avait disparu mystérieusement après le règne de Josias255, ne réapparaît que lorsque Jésus est
investi de la royauté au ciel256. Le texte d'Isaïe parle aussi d'un turban royal257, confirmant un
cumul paradoxal de la royauté et de la prêtrise (impossible avec la loi mosaïque, car la
royauté était liée à la tribu de Juda et la prêtrise à la tribu de Lévi).
Eusèbe attachait beaucoup d'importance à la chronologie, puisqu'il écrit258: Là en
effet où boite la chronologie, impossible d'atteindre la vérité historique. Il a comparé la chronologie
babylonienne avec sa version biblique et notamment les périodes de 70 ans en précisant
que: La 2e année de Darius rencontre la 1ère de la 65e olympiade, et la 15e du règne de Tibère à Rome
coïncide avec la 4e de la 201e olympiade (...) Et comme la 2e année de Darius était la 70e de la désolation
du temple à Jérusalem. Ainsi, selon Eusèbe, les "70 ans de désolation du temple" couraient de
590/589 à 520/519 et se différentiaient des 70 ans de domination babylonienne, puisque:
La 1ère de son règne (...) Cyrus fit faire par Zorobabel, qui eut pour contemporain Jésus fils de Josédek, un
premier renvoi partiel du peuple juif; les 70 ans étaient accomplis. Selon Eusèbe, les "70 ans de
captivité babylonienne" couraient donc de -609 à -539 et par conséquent: Nabuchodonosor, la
18e année de son règne, fit de notre Temple un désert, et il n'en resta rien pendant 50 ans, ainsi les "50
ans de désertification du Temple" courent de -588 à -538 selon Eusèbe.
Il y a donc deux périodes de 70 ans: les "70 ans pour Babylone" marquant l'absence
de souveraineté légitime en Judée de -609 à -539 et les "70 ans de désolation" marquant
l'absence de culte au Temple de Jérusalem de -587 à -517. L'exil passe par un maximum en
-587, diminue fortement en -537 (fin de l'exil babylonien) et se termine en -517 avec le
retour des Juifs d'Égypte et d'Assyrie. La période 609-539 joue donc un rôle très important
dans la chronologie israélite puisqu'elle a un lien avec la domination du monde. En effet, en
octobre -609 l'empire assyrien prenait fin avec la mort de son dernier roi Aššur-uballiṭ II et
en octobre -539 l'empire babylonien prenait fin à son tour avec la mort de son dernier roi
effectif Bel-šar-uṣur, le représentant officiel et légal de Nabonide259. Il est possible d'établir
une chronologie mois par mois de cette période charnière en recoupant les documents.
254 Zacharie 1:7; 3:5; 6:11-14; 9:9,16.
255 2Chroniques 35:1-3; Jérémie 3:6,16.
256 Apocalypse 11:15,19. La disparition de l'arche n'est pas mentionnée, mais quand Nabuchodonosor prend Jérusalem, elle n'y était plus

selon le texte de 2Rois 25:13-17.


257 Isaïe 62:3.
258 Préparation évangélique X:11:5; X:9:3-5; X:10:5; IX:40:11.
259 Selon Flavius Josèphe (Antiquités juives X:247-249), Nabonide fut épargné, mais n'a plus été considéré comme roi de Babylone. Par

contre, Aššur-uballiṭ II fut considéré comme roi d'Assyrie par les Babyloniens en dépit de l'étendue réelle limitée de son territoire.
52 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Une chronique babylonienne260 énumère les actions du roi Nabopolassar année


après année. On y lit qu'au mois d'Ab [= V] dans la 14e année de Nabopolassar (août -612),
Aššur-uballiṭ II s'assit sur le trône, à Harrân, pour régner sur l'Assyrie, puis:
La 16e année, au mois d'Ayyar [= II], le roi d'Akkad [= Babylone] rassembla ses troupes et
marcha sur l'Assyrie. Du [III?] au mois d'Arahsamnu [VIII], il parcourut victorieusement l'Assyrie. Au
mois d'Arahsamnu, les Ummân-manda [= Mèdes] vinrent [à l'aide] du roi d'Akkad et marchèrent sur
Harrân, [contre Aššur-uballiṭ] qui s'était assis sur le trône d'Assyrie. (Quant à) Aššur-uballiṭ et à
l'armée d'Égy[pte qui était] venue [à son aide], la frayeur de l'ennemi s'empara d'eux; ils abandonnèrent la
ville et traversèrent [l'Euphrate?]. Le roi d'Akkad gagna Harrân, [livra bataille] et prit la ville. Il prit un
imposant butin dans la ville et dans le temple [de Sîn]. Au mois d'Addar [= XII], le roi d'Akkad laissa
[ses troupes et leur camp]; lui-même retourna dans son pays et les Ummân-manda qui [étaient venus] à son
aide se retirèrent.
<La 17e année>, au mois de Dumuzi [= IV], Aššur-uballiṭ, le roi d'Assyrie, et une
nombreuse armée égyptienne […] traversèrent le fleuve [= Euphrate] et marchèrent sur Harrân pour s'en
emparer […] Ils massacrèrent la garnison que le roi d'Akkad y avait installée. Une fois vainqueurs, ils
dressèrent le camp en face de Harrân. Jusqu'au mois d'Elul [= VI], ils livrèrent bataille à la ville sans
rel[âche], mais n'abou[tirent] à rien. Le roi d'Akkad vint à l'aide de ses troupes (…) elles pillèrent leurs
[… Elles cha]ssèrent la garnison que le roi [de … y avait installée], et montèrent à […]. Le roi d'Akkad
retourna dans son pays.
Selon cette chronique, le gros de l'armée égyptienne monta sur Harrân le mois IV
de l'an 17 de Nabopolassar qui écrasa les rebelles après le mois VI, dont le roi d'Assyrie
Aššur-uballiṭ II qui était dans sa 3e année de règne. Aššur-uballiṭ serait donc mort durant le
mois VII. La chronique babylonienne fixe la bataille de Karkemiš, remportée par
Nabuchodonosor II, au début de l'an 21 de Nabopolassar qui mourut le 8/V/21. On lit
dans le texte biblique261: Nékao le roi d'Égypte monta pour combattre à Karkemiš sur l'Euphrate.
Alors Josias sortit à sa rencontre. Mais [Nékao] lui envoya des messagers pour dire: “Qu'ai-je à faire avec
toi, ô roi de Juda? Ce n'est pas contre toi que je viens aujourd'hui, mais c'est contre une autre maison qu'est
mon combat, et Dieu lui-même a dit que je dois causer du trouble. Abstiens-toi, dans ton intérêt, à cause de
Dieu qui est avec moi, et ne fait pas en sorte qu'il te supprime”. Josias ne détourna pas sa face de lui, mais,
pour combattre contre lui, il se déguisa et n'écouta pas les paroles de Nékao [qui venaient] de la bouche de
Dieu. Il vint donc combattre dans la vallée plaine de Megiddo. Et les tireurs finirent pas tirer sur le roi
Josias; le roi dit alors à ses serviteurs: “Descendez-moi [du char], car je suis grièvement blessé”. Ses

260 J.J. GLASSNER – Chroniques mésopotamiennes n°22


Paris 1993 Éd. Belles Lettres pp. 193-197.
261 2Chroniques 34:1, 35:20-24, 36:1-4.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 53

serviteurs le descendirent donc du char, le firent monter sur le deuxième char qui était à lui, puis l'amenèrent
à Jérusalem. Ainsi il mourut et fut enterré dans le cimetière de ses ancêtres. Flavius Josèphe précise
que Nékao s'alliait à l'Assyrie pour s'opposer à l'expansion des Babyloniens et des Mèdes
(Antiquités juives X:74). Ainsi, Josias mourut dans sa 31e année au mois IV quand Nékao
monta vers Harrân en passant par Megiddo selon Hérodote (Enquête II:159). Les Israélites
le remplacèrent par Joachaz, un de ses fils, qui ne régna que 3 mois car celui-ci fut destitué
par Nékao lorsqu'il revint de sa bataille contre les Babyloniens (au mois VII).
Le texte biblique laisse entendre que Nékao ait voulu empêcher (en pure perte) la
chute de l'Assyrie et que Josias n'ait pas compris que, selon les "plans divins", les Israélites
allaient passer sous le contrôle (légal) des Babyloniens. La suite des événements a confirmé
ce schéma puisque les Babyloniens ont effectivement vaincu les Assyriens et leurs alliés
égyptiens. En passant sous la coupe de Nékao, les Israélites étaient de facto sous l'autorité
du vainqueur babylonien. On obtient la reconstitution chronologique suivante:

an mois [1] [2] [3] [4] [5]


-610 1 X 367 [1] Psammétique Ier
2 XI 54
3 XII
4 I 2 16 30 [2] Aššur-uballiṭ II
5 II [3] Nabopolassar
6 III
7 IV [4] Josias
8 V
9 VI
10 VII 368 [5] = 390 ans – 22 ans
11 VIII
12 IX
-609 1 X
2 XI 1 [1] Nékao II
3 XII
4 I 3 17 31
5 II
6 III bataille d'Harrân
7 IV 0 [4] Joachaz
8 V
9 VI fin de l'empire assyrien
10 VII [0] 0 1 [2] Nabuchodonosor II
11 VIII [4] Joiaqim
12 IX
1 X [5] 70 ans de domination
-608
2 XI 2
3 XII
4 I [1] 18 1 (32)
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 2
11 VIII
12 IX
-607 1 X
2 XI 3
3 XII
4 I [2] 19 2 (33)
5 II
6 III
54 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

7 IV
8 V
9 VI
10 VII 3
11 VIII
12 IX
-606 1 X
2 XI 4
3 XII
4 I [3] 20 3 (34)
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 4
11 VIII
12 IX
-605 1 X
2 XI 5
3 XII
4 I [4] 21 4 (35)
5 II
6 III
7 IV
8 V bataille de Karkemiš
9 VI [1] 0 [3] Nabuchodonosor II
10 VII 5
11 VIII
12 IX
-604 1 X
2 XI 6
3 XII
4 I [2] 1 5
5 II
6 III

Le texte de Jérémie262 donne plusieurs synchronismes pour dater cette bataille qui
tombe dans la 4e de Joiaqim et correspondant à la "1ère" de Nabuchodonosor II et à la "35e
année (= 12 + 23)" de Josias. Étant sous autorité égyptienne, les Israélites ont dû compter
l'accession de Nabuchodonosor comme 1ère année, selon le comput égyptien. En effet, le
début de l'exil, avec Joiaqim, est daté à la fois de la 7e année de Nabuchodonosor263 au
"tournant de l'année" soit Adar/Nisan, conformément à la chronique babylonienne qui le
date du 2 Adar de la 7e année, mais aussi de la 8e année264, selon le comput égyptien.
Les synchronismes de la chronologie israélite avec les textes historiques, les
chroniques babyloniennes (BM 21901, BM 21946) et les tablettes astronomiques (an 37 de
Nabuchodonosor daté en -568 par la tablette VAT 4956) sont nombreux sur la période 1000-
500. De plus, la reconstitution chronologique obtenue grâce aux informations des autres
rédacteurs bibliques combinées avec les indications des tablettes babyloniennes permet de
fixer toutes ces dates (l'exil judéen est étalé de la 7e à la 23e année de Nabuchodonosor).
Octobre -609 constitue une date charnière importante puisqu'elle marque la fin de
l'empire assyrien, la fin du royaume judéen indépendant né d'une scission à la mort de
262 Jérémie 25:1-4, 46:2.
263 Jérémie 52:28; 2Chroniques 36:10.
264 2Rois 24:12 (il ne s'agit pas du début de la 8e année, car Sédécias commença son règne immédiatement selon 2Rois 24:18).
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 55

Salomon, en octobre -977, et qui se terminera définitivement 390 ans265 plus tard à la
destruction de Jérusalem (d'août à octobre -587), et le début des 70 ans de domination
babylonienne266 qui s'achèveront en octobre -539, à la prise de Babylone par Cyrus.

TABLEAU DES SYNCHRONISMES SUR LA PERIODE 673-609

An Roi babylonien Roi judéen Roi égyptien Référence


675 Esarhaddon 6 Manassé 22 63
674 7 23 64
673 8 24 65 2Chroniques 33:11
672 9 25
671 10 26 1 Nékao Ier
670 11 27 2
669 12 28 3
668 Aššurbanipal 1 1 29 4
667 Šamašumaukin 1 2 30 5
666 2 3 31 6
665 3 4 32 7
664 4 5 33 8 Thèbes saccagée (Aššurbanipal)
663 5 6 34 1 Psammétique Ier
662 6 35 2
661 7 36 3
660 8 37 4
659 9 38 5
658 10 39 6
657 11 40 7
656 12 41 8
655 13 42 9
654 14 43 10
653 15 44 11
652 16 45 12
651 17 46 13
650 18 47 14
649 19 48 15
648 Kandalanu 20 49 16
647 1 50 17
646 2 51 18
645 3 52 19
644 4 53 20
643 5 54 21
642 6 Amon 55 22 2Rois 21:1
641 7 1 23 2Rois 21:19
640 8 Josias 2 24 2 Rois 22:1
639 9 1 25
638 10 2 26
637 11 3 27
636 12 4 28
635 13 5 29
634 14 6 30
633 15 7 31
632 16 8 32
631 17 9 33
630 18 10 34
629 19 11 35
265 Ézéchiel 4:5,6.
266 Jérémie 25:11,12.
56 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

628 20 12 36
627 21 13 37
626 Sinšariškun 1 14 38
625 Nabopolassar 1 15 39
624 2 16 40
623 3 17 41
622 4 18 42
621 5 19 43
620 6 20 44
619 7 21 45
618 8 22 46
617 9 23 47
616 10 24 48
615 11 25 49
614 12 26 50
613 13 27 51
612 14 28 52
611 15 29 53
610 16 30 54 Nékao II
609 BM 21901 17 [0] Joiaqim 31 0 1 Bataille d'Harrân 2Rois 22:1;23:36
608 fin de l'empire assyrien 18 [1] 1 1 2
607 19 [2] 2 2 3
606 20 [3] 3 3 4
605 Nabuchodonosor 21 1 4 4 5 Bataille de Karkemish Jérémie 25:1;46:2

Les synchronismes sur la période 673-609 sont nombreux et cohérents. Trois


d'entre eux sont doublement datés:
 Entre la chute de l'empire assyrien (octobre -609), datée en l'an 17 de Nabopolassar,
jusqu'à la chute de Babylone (octobre -539), datée en l'an 17 de Nabonide, il y eut une
période de domination babylonienne qui dura 70 ans selon Jérémie 25:11,12.
 Entre la destruction du 1er Temple, datée du 5e mois de l'an 18 de Nabuchodonosor (en
juillet -587)267, jusqu'au 9e mois de l'an 4 de Darius Ier (en décembre -518)268, il y eut
période de désolation qui couvrait 70 ans, selon Daniel 9:2. Le 1er jeûne (forcé) étant
daté en juillet -587 et le 70e étant daté en juillet -518 (la 70e année de désolation s'achève
en octobre -517). La destruction du 1er Temple a être précédée par une éclipse de lune,
selon le texte de Joël: "la lune se changera en sang avant le jour terrible269". Le texte
biblique précise que la ville fut attaquée le 9 Tammuz et que le Temple fut brûlé le 7 Ab
(26 juillet). Le Talmud270 rapporte que les sacrifices au Temple cessèrent le 17 Tammuz
à cause d'une pénurie totale de brebis. Il y eut effectivement une éclipse totale de lune
le 4 juillet -587, ce qui correspond effectivement au 13 Tammuz [= (9+17)/2].
 Entre l'annexion de la Samarie et l'intronisation du roi Osée par Tiglath-phalazar III
vraisemblablement durant sa 8e campagne (en -738), jusqu'à la déportation du roi
267 2Rois 25:1-9. (an 19 selon le comput égyptien, soit l'an 18 selon le comput babylonien, voir Jérémie 52:29)
268 Zacharie 7:1-5.
269 Joël 2:30-32.
270 Mishna Taanit 4:6 28b.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 57

Manassé de Judée271 (Me-na-si-i Ia-u-di) par Esarhaddon, durant l'éponymie d'Atarilu272


(en -673), il y a 65 ans. Le texte d'Isaïe 7:8,9 place cette déportation 65 ans après la mort
du roi Péqah (en -738), le fils de Remalia, soit effectivement en -673 (= -738 + 65).

TABLEAU DES SYNCHRONISMES SUR LA PERIODE 745-673

Plusieurs synchronismes sur la période 745-673 sont contestés. La prise d'Ashdod,


par exemple, est située en l'an 10 de Sargon II, en -712, et en l'an 14 d'Ézéchias, soit aussi
en -712. L'accord, dans ce cas, est excellent, cependant, la prise de Lakish et la tentative de
prise de Jérusalem sont datées de la 3e campagne de Sénnacherib, soit en -701 alors que la
chronologie israélite fixe ces événements en parallèle avec la prise d'Ashdod, en -712. En
l'an 14 d'Ézéchias, Sennacharib attaqua Lakish273 et Sargon, lui, attaqua Ashdod274. Suite à
l'apparente victoire d'Ézéchias, Mérodachbaladan le rencontra, vraisemblablement pour
nouer une alliance contre l'Assyrie275, 15 ans avant la fin du règne d'Ézéchias276 qui fut de
29 ans277, soit en l’an 14 d'Ézéchias (= 29 – 15), en -712. Les prises d'Ashdod et de Lakish
peuvent être datées grâce à la chronologie des différents règnes mis en parallèle (les
synchronismes sont surlignés):

Assyrie Babylonie Judée Israël Égypte Référence


745 Tiglath-phalazar III 6 Nabû-nâsir 13 Yotham 13 Péqah 37 Chéchanq V
744 1 Campagne [2] 7 14 14 1 Osorkon IV
743 2 Campagne [3] 8 15 15 2
742 3 Campagne [4] 9 16 16 3
741 4 Campagne [5] 10 17 1 Achaz 17 4 2Rois 16:1
740 5 Campagne [6] 11 18 2 18 5
739 6 Campagne [7] 12 19 3 19 6
738 7 Campagne [8] 13 20 4 1 20 [Osée] 7 2Rois 15:27
737 8 Campagne [9] 1 5 2 [1] 8 2Rois 15:30
736 9 2 6 3 [2] 9
735 10 3 7 4 [3] 10
734 11 4 Nabû-nâdîn-zêri 8 5 [4] 11 2Rois 16:5,7
733 12 1 9 6 [5] 12
732 13 2 Nabû-mukîn-zêri 10 7 [6] 13
731 14 1 11 8 [7] 14
730 15 2 12 9 [8] 15
729 16 3 Pulu 13 10 [9] Osée 16 2Rois 17:1
728 17 1 14 11 1 17
727 18 Salmanazar V 2 Ulûlaiu 15 12 2 18 2Rois 17:1,2
726 1 1 (Salmanazar V) 16 Ezéchias 3 19 2Rois 18:1
725 2 2 1 14 4 20

271 2Chroniques 33:11; 2Rois 17:24.


272 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël
Paris 1977 Éd. Cerf pp. 99-102,128,129.
273 2Rois 18:13, 14 Isaïe 36:1.
274 Isaïe 20:1-6.
275 Isaïe 39:1.
276 Isaïe 38:1,5.
277 2Rois 18:2.
58 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

724 3 3 2 14 5 21
723 4 4 3# 15 6 22 #(alliance) 2Rois 17:2-5
722 5 Sargon II 5 Merodachbaladan II 4 16 7 23 2Rois 18:9
721 1 Campagne [1] 1 5 17 8 24
720 2 Chute de Samarie 2 6 18 9 25 2Rois 18:10
719 3 3 7 19 26
718 4 4 8 20 27
717 5 5 9 21 28
716 6 6 10 22 29
715 7# 7 11 23 30 #(alliance)
714 8 -[1]/Sennachérib 8 12 24 31
713 9 -[2] 9 13 25 32
712 10-[3] Prise d'Ashdod 10 (alliance manquée) 14 26 33
711 11-[4] et de Lakish 11 15 27 1
710 12-[5] 12 Sargon II 16 28 2
709 13-[6] 1 17 29 3
708 14-[7] 2 18 30 4
707 15-[8] 3 19 31 5
706 16-[9] 4 20 32 6
705 17 Sennachérib 5 Sennachérib 21 33 7
704 1 1 22 34 8
703 2 Campagne [1] 2 Bêl-ibni 23 35 9
702 3 Campagne [2] 1 24 36 10
701 4 Campagne [3] 2 25 37 11
700 5 Campagne [4] 3 Aššur-nâdin-šumi II 26 38 12
699 6 Campagne [5] 1 27 39 13
698 7 Campagne [6] 2 28 40 14
697 8 Campagne [7] 3 29 Manassé 15
696 9 4 1 42 2Rois 21:1
695 10 5 2 43
694 11 6 3 44
693 12 1 Nergal-ušezib 4 45
692 13 1 Mušezib-Marduk 5 46
691 14 2 6 47
690 15 3 7 48
689 16 4 8 49
688 17 1 Sennachérib 9 50
687 18 2 10 51
686 19 3 11 52
685 20 4 12 53
684 21 5 13 54
683 22 6 14 55
682 23 7 15 56
681 24 8 16 57
680 1 Esarhaddon 1 Esarhaddon 17 58
679 2 2 18 59
678 3 3 19 60
677 4 4 20 61
676 5 5 21 62
675 6 6 22 63
674 7 7 23 64
673 8 (Manassé est déporté) 8 24 65 Isaïe 7:8,9
672 9 9 25

Plusieurs synchronismes sur cette période permettent de fixer la chronologie: 1)


mort de Péqah en -738 (début des 65 ans); 2) règne autonome d'Osée en -730, 3) chute de
Samarie en -720 et 4) déportation de Manassé à Babylone, en -673 (fin des 65 ans):
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 59

[1] [2] [3] [4] [5] [0]


-738 1 X 6 9 3 20 20 [1] Tiglath-phalazar III
2 XI [2] Nabû-nasir
3 XII
4 I [3] Achaz 2Rois 16:1,2
7 10 4
5 II [4] Péqah 2 Rois 15:27
6 III [0] [4] [Osée] vassal 2Rois 15:30
7 IV [5] Y otham 2Rois 15:32,33
8 V
9 VI
10 VII [1] 1 [0] Durée de 65 ans Isaïe 7:8,9
11 VIII (après la mort de Péqah)
12 IX
-737 1 X
2 XI
3 XII
4 I 8 11 5
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII [2] 2
11 VIII
12 IX

-730 1 X 14 1 11 [9] 8 [2] Nabû-mukîn-zêri


2 XI (troubles en Babylonie)
3 XII
4 I [4] [Osée] vassal de Tiglath-phalazar III
15 2 12
5 II
6 III 0 [4] Osée roi indépendant 2Rois 17:1
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 1 9
11 VIII
12 IX
-729 1 X
2 XI
3 XII
4 I 16 3 13
5 II
6 III 0 [2] Pulu (Tiglath-phalazar III)
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 2 10
11 VIII
12 IX

[1] [2] [3] [4] [5] [0]


-673 1 X 7 7 23 65 [1], [2] Esarhaddon
2 XI [3] Manassé 2Rois 21:1
3 XII
4 I [0] Fin des 65 ans 2Chroniques 33:10,11
8 8 24
5 II
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII
11 VIII
12 IX
-672 1 X
2 XI
3 XII
4 I 9 9 25
5 II
60 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

DATE DE LA PRISE DE LAKISH (EN -712)

La prise d'Ashdod, durant la 14e année d'Ézéchias (en -712), est attribuée à Sargon,
datée de la 10e année dans ses annales, et le siège de Lakish est attribué à Sennachérib278
non mentionné dans ses annales est cependant représenté dans son palais. La prise de
Lakish coïncide avec la prise manquée de Jérusalem. Lorsque Sennachérib arrive devant
Jérusalem, le texte biblique279 mentionne: les rois d'Assyrie ont exterminé les nations, sous-
entendant Sargon et Sennachérib. De plus, les campagnes militaires de Sennachérib et de
Sargon sont mentionnées en parallèle280. En effet, après qu'Ézéchias ait payé un tribut de
300 talents d'argent et 30 talents d'or, Sennachérib lui envoya son commandant (tartânu),
fonctionnaire en chef (rab-sha-rêsh) et grand échanson (rab-shaqû), pour qu'il accepte sa
reddition. Pendant le même temps Sargon envoya son commandant (tartânu) vers Ashdod
avant de s'en emparer. Les annales281 de Sargon donnent les précisions suivantes: Je conquis
et saccageai les villes de Shinuhtu, Samarie et tout Israël (bît Humria) (…) dans la 2e année de mon règne
(…) [dans la 10e année] Je conquis et assiégeai les villes de d'Ashdod (Asdudu), Gath (…) les chefs de
Palestine, Juda (Iaûdi), Edom, Moab et ceux qui vivent dans les îles m'apportent le tribut (…) propriété
de Sargon (…) conquérant du pays de Juda (Iaûdu), et les annales de Sennachérib: En ma 3e
campagne j'allai en Hatti (…) quant à Ménahem de Samarie (Minhimu Samsimuruna) (…) quant à
Ézéchias de Juda (Hazaqiya’u Ya’udu) qui ne s'était pas soumis à mon joug, j'assiégeai et conquis 46 de
ces villes à remparts lui appartenant (…) je l'enfermai dans Jérusalem (Ursalimmu) sa ville royale comme
un oiseau en cage; j'érigeai contre lui des fortification et je lui interdis de sortir par la grande porte de sa ville
(…) mon éclat terrible de souverain le renversa et il envoya derrière moi à Ninive (Nina), ma ville
seigneuriale, les irréguliers et les soldats d'élite (…) avec 30 talents d'or, 800 talents d'argent.
Deux autres éléments appuient la date de la prise de Lakish en -712. En effet, la
tentative d'alliance entre Merodachbaladan282 et Ézéchias n'est plausible qu'en -712. En
effet, en 703 et en 700, le roi babylonien était en position de faiblesse (le seul soutien,
mentionné dans les chroniques néo-babyloniennes est celui du roi d'Elam), si toutefois il
régnait, et Ézéchias n'aurait eu aucun intérêt à s'allier avec lui alors qu'en -712
Merodachbaladan était en position de force et le but de son alliance avec Ézéchias, qui avait
apparemment repoussé Sennachérib, était de faire contrepoids à l'emprise assyrienne. Un

278 2Chroniques 32:9.


279 2Rois 19:10-17.
280 2Rois 18:13-17; 2Chroniques 32:9; Isaïe 20:1.
281 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 284-288.


J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël
Paris 1977 Éd. Cerf pp. 116-122.
282 Isaïe 39:1.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 61

détail de la chronique renforce cette reconstitution chronologique. En effet, Sargon fut


perpétuellement en guerre contre Merodach-baladan sauf en -712 (à cause de sa campagne
en Judée), et aussi en -711, mais sans raison apparente. Si les troupes de Sennachérib ont
été décimées en -712, comme l'indique Hérodote, on peut vraisemblablement admettre que
l'année suivante fut nécessaire à Sargon pour réorganiser son armée.
Hérodote283 complète ces informations, car après avoir mentionné les démêlés entre
le roi éthiopien d'Anysis (Éhnasiya [Héracléopolis]) et le roi égyptien Sabacôs (Chabaka), il
écrit: Après lui régna, dit-on, le prêtre d'Héphaistos, qui s'appelait Séthon (…) Par la suite, quand
Sennachérib, roi d'Arabie et d'Assyrie, marcha sur l'Égypte avec une armée nombreuse, les guerriers
égyptiens refusèrent tout secours à leur roi. Le prêtre, en cette extrémité, pénétra dans le temple et vint aux
pieds de la statue de son dieu gémir sur les malheurs qui le menaçaient (…) Confiant en ce songe et
accompagné des Égyptiens qui voulurent bien le suivre, Séthon établit son camp à Péluse, qui est la porte de
l'Égypte; aucun des guerriers ne se joignit à lui, mais seulement des commerçants, des artisans et des
boutiquiers. Quand les ennemis arrivèrent devant Péluse, des rats des champs envahirent leur camp pendant
la nuit et rongèrent leurs carquois, leurs arcs, et même les courroies de leurs boucliers, si bien que le
lendemain, dépouillés de leurs armes, ils durent prendre la fuite et périrent en grand nombre. Le
successeur de Chabaka fut Chabataka et Bocchoris n'eut pas de successeur. Ce nom Séthon
est sans lien avec ces pharaons mais provient peut-être de la transcription d'un titre
égyptien "noble (stny)" ou "séthien", de plus, Séthon est présenté comme un roi prêtre. Cet
épisode ne peut se situer qu'avant -712, période pendant laquelle plusieurs pharaons ont
effectivement régné en parallèle avec des pontifes thébains. Le contexte donné par
Hérodote situe donc cette campagne de Sennachérib en Égypte un peu avant -712, soit
durant la 10e année de Sargon. Selon Flavius Josèphe, citant Bérose284: Sennachérib, revenu à
Jérusalem de son expédition contre l'Égypte, y trouva les troupes commandées par le général Rapsakès (en
grand péril du fait de la peste). En effet, Dieu envoya à son armée, une maladie pestilentielle qui fit périr
185000 hommes avec leurs commandants et leurs taxiarques. Les rats étant le vecteur de la peste, ce
récit est plausible. La version de Sennachérib est différente, mais un point confirme la
version d'Hérodote. En effet, le récit de sa 3e campagne décrit une victoire éclatante sur les
Égyptiens dans la plaine d'Elteqé285, en précisant que le "déloyal roi Ézéchias" avait
vainement cherché de l'aide auprès des rois d'Égypte et du roi d'Éthiopie. Sennachérib
précise: Au cours de ma [troisième] campagne j'assiégeai et je conquis les villes de Bit-Daganna, de Jaffa
(Yappû), de Banayabarqa et d'Azuru, villes de Tsidqâ qui ne s'étaient pas promptement soumises à mes

283 Enquête II:137,141.


284 Antiquités juives X:21.
285 Josué 21:23.
62 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

pieds, et j'y fis des prisonniers. Les gouverneurs, les nobles et les gens d'Éqrôn (Amqarruna) qui avaient
mis aux fers leur roi Padî qui était lié à l'Assyrie par agrément et par serment et l'avaient livré par inimitié
à Ézéchias (Hazaqiya’u) du pays de Juda (Ya’udu), leur cœur prit peur à cause de la vilenie qu'ils avaient
commise; ils firent appel aux rois du pays d'Égypte (Muçur) et aux archers, aux chars et aux chevaux du
roi d'Éthiopie (Meluhha), forces sans nombre, et ceux-ci vinrent à leur secours. Ayant établi leur ordre de
bataille devant moi dans le plat pays d'Éltéqué (Altaqû), ils fourbirent leurs armes. En me confiant en
Assur mon Seigneur je combattis contre eux et je leur infligeai une défaite286. Cette mention "des rois
d'Égypte et du roi d'Éthiopie", en accord avec Hérodote, n'a de sens qu'avant -712, car
après cette date il n'y a plus qu'un seul roi d'Égypte, celui de la XXVe dynastie.
En -723 Salmanazar V fit payer un tribut à Osée qui chercha à nouer une alliance
illusoire287 avec Osorkon IV pour se dégager de l'emprise assyrienne. En effet, ce pharaon
disparut peu après en -712 (fin de la XXIIe dynastie égyptienne). Après l'échec assyrien
devant Jérusalem, le roi babylonien Merodachbaladan II chercha (en -712) l'appui du roi
judéen, Ézéchias, vraisemblablement pour se libérer de l'emprise assyrienne, mais sans
succès. Le pharaon appelé Sô (écrit Sègôr dans la Septante) semble devoir être identifié à
Osorkon IV (W3-s3-r-q-n). Grimal remarque: Il y a peu de chance que le pharaon auquel Osée
demande son appui soit Tefnakht : rien n'indique qu'il puisse représenter l'Égypte pour la Cour d'Israël,
pour qui l'interlocuteur traditionnel, mentionné couramment dans les autres Livres, est Tanis, que sa
position géographique met d'ailleurs naturellement en relation avec la Syro-Palestine. De plus, cette
interprétation repose sur une correction inutile du texte, «Sô» pouvant être comprise comme une abréviation
d'Osorkon288. Les annales assyriennes ne donnent que le nom du commandant (turtan)289 de
l'armée égyptienne (Reye?)290, mais pas celui du pharaon (Osorkon IV). Les chronologies
judéenne et égyptienne appuient cette identification car, selon le texte d'Isaïe291, l'alliance
d'Ézéchias avec ce pharaon devait se révéler vaine puisque après la prise d'Ashdod, Sargon
a emporté les captifs d'Égypte et les exilés d'Éthiopie.

DATE DE LA PRISE D'ELTEQE (EN -712)

La bataille d'Elteqé sert à ancrer la chronologie égyptienne puisqu'elle est datée de la


3 campagne du roi assyrien Sennachérib (lors de la prise de Lakish), de la 14e année du roi
e

286 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël


Paris 1977 Éd. Cerf pp. 119,120.
287 Isaïe 19:2-4; 20:1-6.
288 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne

Paris 1988 Éd. Fayard pp. 443-447.


289 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 285.


290 F. BRIQUEL-CHATONNET – Les relations entre les cités de la côte phénicienne et les royaumes d'Israël et de Juda

in: Orientalia Lovaniensa Analecta 45 (1992) pp. 168-170.


291 Isaïe 20:1-6.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 63

judéen Ezéchias (lors de la prise manquée de Jérusalem) et de la 1ère année du roi égyptien
Chabataka (après la mort de Chabaka). Or, la 3e année de Sennachérib est généralement
datée en -702, la 1ère année de Chabataka qui est ancrée sur cette date, sans tenir compte de
la datation biblique qui fixe la 14e année du roi Ezéchias en -712 (lors de la prise d'Ashdod
par Sargon), entraîne plusieurs contradictions292 (le texte biblique ne mentionne qu'une
campagne, alors que les annales assyriennes en décrivent apparemment deux, ce qui
engendre des anomalies difficiles à expliquer). En effet, selon deux stèles de Kawa293, on
apprend qu'après la mort de Chabaka, son successeur Chabataka convoqua immédiatement
une armée qu'il plaça sous les ordres de son frère Taharqa, un jeune fils de Pi(ankh)y alors
âgé de 20 ans, pour repousser l'attaque assyrienne qui menaçait. De plus, Taharqa précise
expressément sur ces stèles qu'il fut désigné comme prince héritier par Chabataka en dépit
de ses autres frères et de tous les enfants. La 1ère année de Chabataka coïncide donc bien
avec la 3e campagne de Sennachérib, et la publication de l'inscription de Sargon II, trouvée
à Tang-i Var, a permis de dater la campagne contre Chabataka en -712:

16) J'ai dispersé l'armée de l'Élamite Ḫumbanigaš (Ḫumba-nikaš). J'ai détruit le pays de K[aral]la (en -
713), le pays de Šurda, la cité de Ki[šes]im, la cité de Ḫarḫar, le [pays mè]des, le pays d'Elli[pi (...)].
17) J'ai dévasté le pays d'Urarṭu, j'ai pillé la cité de [Muṣaṣi]r et le pays Manéen, écrasé les pay[s ...].
18) J'ai conquis les chefs du pays d'Amattu (Hamath), la cité de Karke[mish la cité de Kummu]ḫi, le pays
de Kammanu; sur tous les pays [...] j'ai placé des officiels.
19) J'ai pillé la cité d'Ashdod (en -712). Iamani son roi, a craint [mes armes] et ... s'est enfui vers la
région du pays de Meluḫḫa (Nubie) et a vécu comme un voleur.
20) Šapataku’ (Chabataka), roi du pays de Meluḫḫa , a entendu la puiss[ance] des dieux d'Aššur,
Nabû et Marduk qui se sont montrés à tous les pays, ...
21) Il lui (Iamani) mit les chaînes et les menottes ... Il l'amena captif en ma présence.
22) [J'ai dépeuplé] tous les pays de Tabâlu, Kasku, (et) Ḫilakku; J'ai enlevé les campements appartenant à
Metâ (Midas), roi du pays de [Mu]sku, et réduit (la taille de) son pays.
23) À la cité de Rapiḫu j'ai défait l'avant-garde de l'armée d'Égypte et compté comme butin le roi de la cité
d'Hâzutu (Gaza) qui ne s'était pas soumis à mon joug.
24) J'ai réduit au silence 7 rois du pays de Iâ’, une région du [pays de] Iadnâna (Chypre) — qui est située
à une distance de ... [au mi]lieu de la mer de l'Ouest.

292 W.R. GALLAGHER – Sennacherib's Campaign to Judah


Leiden 1999 Ed. Brill pp. 2-14.
293 M.F. LAMING MACADAM – The Temples of Kawa I. The Inscriptions

London 1949 Ed. Oxford University Press pp. 14-32.


L. TÖRÖK – The Kingdom of Kush
Leiden 1997 Ed. Brill pp. 169-171.
64 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

25) De plus, (en -710) j'ai personnellement vaincu Marduk-apla-iddina (Merodachbaladan II), roi du
pays de Chaldée, qui demeurait sur les rivages de la mer (et) qui ex[er]çait la royauté sur Babylone
contre la vol[onté des dieux].
26) De plus, tous les pays de Bît-Iakîn ...
27) Aḫundari, roi de Dilmun, dont la tanière [est situé] à une distance de ... [au milieu] de la mer comme
un poisson, a entendu ma puis[sance royale] et m'a apporté (en -709) [son] cade[au de bienvenu].

Cette inscription294, rédigée par ordre chronologique, situe la bataille contre l'Égypte
lors de la prise d'Ashdod en -712, ce qui confirme la coïncidence entre la 3e campagne de
Sennachérib (durant sa corégence à partir de -714) et la 10e campagne de Sargon. Comme
on l'a vu, les deux rois assyriens ont mené une campagne commune, Sargon relatant les
prises de villes lors de sa 10e campagne et Sennachérib rapportant les siennes à sa 3e
campagne, exploits qu'il ne fera graver qu'après la mort de son père (et non durant sa
corégence). Les auteurs ont d'ailleurs noté une anomalie à la ligne 44 de l'inscription qui
précise: Ils les ont compté comme butin, alors qu'on s'attendait plus logiquement de la part de
Sargon à lire la phrase: Je les ai compté comme butin (avec la corégence l'anomalie disparaît).
La corégence entre Sargon et Sennachérib n'étant pas prise en compte, certains
égyptologues295 proposent l'explication suivante: l'inscription se terminant par l'installation
des dieux dans la nouvelle cité, datée en -707 grâce à l'éponyme de la Chronique de Sargon,
l'attaque contre l'Égypte aurait eu lieu juste à la fin des événements mentionnés dans cette
inscription, soit en 707/706, et aurait été déplacée de manière anachronique par le scribe.
Cette hypothèse permet de remonter le règne de Chabataka de -701 en -706, en supposant
aussi une corégence (non attestée) avec Chabaka, son prédécesseur. On le voit, tout ça n'est
guère vraisemblable, car l'ordre chronologique de l'inscription est évident, de plus, cette
datation est en parfait accord avec les 10 ans de corégence de Sennachérib. Il y a donc un
quadruple synchronisme en -712: 10e année de Sargon II; 3e campagne de Sennachérib; 14e
année du règne d'Ezéchias et 1ère année de règne de Chabataka.

DATE DE LA COREGENCE DE TAHARQA (712-690)

Le texte biblique et Josèphe ne mentionnent que le roi à Taharqa296. En fait, il était


corégent de Chabataka (dont seul l'an 3 est attesté), mais était aussi son chef des armées.
294 G. FRAME – The Inscription of Sargon II at Tang-i Var
in: Orientalia 68:1 (1999) pp. 31-60.
295 D. KAHN – The Inscription of Sargon II at Tang-i Var and the Chronology of Dynasty 25

in: Orientalia 70:1 (2001) pp. 1-18.


296 2Rois 19:9; Isaïe 37:9. Flavius Josèphe mentionne le roi éthiopien nommé Tharsikè (Taharqa) et le roi assyrien nommé Sénacheirim

(Sennachérib). Il cite aussi l'Histoire de la Chaldée de Bérose, mais la citation est perdue (Antiquités juives X:17-20).
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 65

an Assyrie Judée Égypte


roi corégent roi dynastie XXII dynastie XXV
734 11 Tiglath-phalazar III Salmanazar V 8 Achaz 11 Osorkon IV 28 Pi(ânkh)y
733 12 " 9 12 29
732 13 " 10 13 30
731 14 " 11 14 31
730 15 " 12 15 32/1 Chabaka
729 16 " 13 16 2
728 17 " 14 17 3
727 18 " 15 18 4
726 1 Salmanazar V 16 19 5
725 2 1 Ezéchias 20 6
724 3 2 21 7
723 4 3 °°(Osée) 22 °°(alliance) 8
722 5 4 23 9
721 1 Sargon II 5 24 10
720 2 (Chute de Samarie) 6 25 11
719 3 7 26 12
718 4 8 27 13
717 5 9 28 14 (taureau Apis) 1
716 6 10 29 15 2
715 7°° 11 30 °°(alliance) 16 3
714 8 1 Sennachérib 12 31 17 4
713 9 2 " 13 32 18 5
712 10 (Prise d'Ashdod) 3 (Prise de Lakish) 14 (Jérusalem!) 33 (bataille d'Elteqé) 1 Chabataka/ 6
711 11 4 " 15 2 Taharqa (20ans) 7
710 12 5 " 16 3 8
709 13 6 " 17 4 9
708 14 7 " 18 5 10
707 15 8 " 19 6 11
706 16 9 " 20 7 12
705 17 10 " 21 8 13
704 1 Sennachérib 22 9 14
703 2 23 10 15
702 3* 24 11 16
701 4 25 12 1
700 5 26 13 2
699 6 27 14 3
698 7 1 Arda-Mulissu 28 15 4
697 8 2 " 29 16 5
696 9 3 " 1 Manassé 17 6
695 10 4 " 2 18 7
694 11 5 " 3 19 8
693 12 6 " 4 20 9
692 13 7 " 5 21 10
691 14 8 " 6 22 11
690 15 9 " 7 23 12
689 16 10 " 8 1 Taharqa 13
688 17 11 " 9 2 14
687 18 12 " 10 3 15
686 19 13 " 11 4 (taureau Apis) 16
685 20 14 " 12 5
684 21 15 " 13 6
683 22 1 Esarhaddon 14 7
682 23 2 " 15 8
681 24 3 " 16 9
680 1 Esarhaddon 17 10
679 2 18 11
678 3 19 12
66 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

677 4 20 13
676 5 21 14
675 6 22 15
674 7 23 16
673 8 24 (déportation) 17
672 9 1 Aššurbanipal 25 18
671 10 2 " 26 19
670 11 3 " 27 20
669 12 4 " 28 21
668 1 Aššurbanipal 29 22
667 2* 30 23
666 3 31 24
665 5 32 25
664 6 (saccage de Thèbes) 33 26
663 7 34 1 Psammétique 1er
662 8 35 2

L'importance du rôle de Taharqa lors de la bataille d'Elteqé montre qu'il n'était pas
seulement un général prince héritier, rôle mentionné dans les stèles de Kawa, mais qu'il
était en fait assimilé à un véritable corégent, comme le confirment le récit provenant
d'Hérodote297 et celui du texte biblique298. Succession et nom des pharaons:

Nom égyptien grec grec grec hébreu assyrien


(hiéroglyphe) Hérodote Manéthon Septante Bible Annales
Pharaon Per-aâ Phéron Pharaon Pharaon Per‘ô Pir’u
1 Chabaka Shabaka Sabacôs Sabakôn Shabaku
2 Sargon/ / Arna/ Sargôn/ Sharru-kênu/
3 Sennachérib Sennachérib Sénnachèrim Sanchérib Sin-ahhê-erîba
2 Chabataka/ Shabataka/ / Sabichôs/ / / Shapataku/
3 Tarhaqa Taheruqe Séthon Tharaka Tirhaqah
4 Tarhaqa Taheruqe Tarakos Tarqû
5 Osorkon IV Wasarken Osorcho Sègor Sô’ Shilkanni

Griffith299 a remarqué que le roi prêtre Séthon qui succéda à Chabaka et qui s'est
opposé à Sennachérib ne pouvait être que Taharqa. Séthon ne désignant pas un nom
propre mais le titre du grand prêtre d'Amon à Memphis, ce titre ayant évolué avec le temps
de sm (prêtre sem), en stm(t), puis stne. La succession nubienne s'effectuant par le lien
fraternel, et non par le lien filial (comme en Egypte), Taharqa en tant que frère de
Chabataka était naturellement désigné à sa succession et avait en pratique un rôle de
corégent. En toute rigueur il n'avait pas le titre de roi, mais le texte biblique l'assimile de fait
à un roi effectif, comme il le fait d'ailleurs pour les autres corégents: Sargon/Sennachérib
ou Nabonide/Bêlsharuçur.

297 Enquête II:137-141.


298 2Rois 18:13-20:21; Isaïe 36:1-39:8.
299 F.L. GRIFFITH – Stories of the High Priests of Memphis. The Sethon of Herodotus

Oxford 1900 Ed. Clarendon Press pp. 5-12.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 67

Selon le texte biblique300, Salmanazar V (727-722) réclama un tribut à Osée (729-


720) puis découvrit une conspiration de son vassal avec Sô’, le roi d'Égypte. Comme à cette
époque, il n'y a plus que deux rois en Égypte: l'égyptien Osorkon IV et le nubien Chabaka,
Sô’ désigne donc bien le roi égyptien. De plus, pour des raisons géographiques (Tanis la
capitale d'Osorkon IV est celle qui est la plus proche de la Palestine) et philologiques (Sô’
est, semble-t-il, un hypocoristique d'Osorkon comme Sésé l'est de Ramsès) l'identification
habituelle est donc correcte. De même, le don fait par Shilkanni, le roi d'Égypte, lors de la
7e année de Sargon (en -715), désigne encore ce pharaon. Il semble cependant qu'il ait
disparu autour de la bataille d'Elteqé (en -712), car le texte biblique301 met en parallèle la
disparition de la menace assyrienne (de Sennachérib) et l'aide égyptienne (d'Osorkon IV).
L'année -712 constitue donc un cas exceptionnel puisque l'agression assyrienne a
impliqué la présence simultanée d'au moins 6 rois (ou assimilés):
 Prise d'Ashdod par le roi assyrien Sargon lors de sa 10e campagne.
 Prise de Lakish par le corégent Sennachérib lors de sa 3e campagne.
 Prise manquée de Jérusalem, datée de la 14e année du roi judéen Ezéchias.
 Bataille d'Elteqé conduite par le corégent nubien Taharqa sous la direction du roi
Chabataka lors de sa 1ère année de règne.
 Disparition probable du roi égyptien Osorkon IV dans sa 33e année de règne.

La complexité de cette situation explique aussi pourquoi les récits (partiels) de cette
campagne qui nous sont parvenus semblent contradictoires en apparence. La présence
d'une corégence entre Taharqa et Chabataka pourrait expliquer les chiffres erronés de
l'Africanus, car dans cette situation le scribe donne généralement la durée corrigée du règne
(sans la corégence) et non la durée totale (Apriès, par exemple, a régné 22 ans mais
seulement 19 ans sans la corégence avec Amasis, chiffre donné par l'Africanus). De plus, si
le règne de Taharqa a été daté (en tant que corégent de Chabataka), cela pourrait expliquer
la quasi absence d'année de règne pour Chabataka (à l'exception de l'an 3).

DATE DE LA FIN DE SAMARIE (EN -720)

Selon une chronique babylonienne, Salmanazar V détruisit la Samarie (Ša-ma-ra-’-in),


mais selon les annales de Sargon, c'est ce roi qui la conquit (Samerina) dans la 2e année de
son règne302. Selon la chronologie israélite, la conquête de Samarie débuta dans la 4e année
300 2Rois 17:1-3.
301 Isaïe 31:1-3.
302 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël

Paris 1977 Éd. Cerf pp. 105-108.


68 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

d'Ézéchias (en -722), soit dans la 5e année du règne de Salmanazar V, et se termina 3 ans
plus tard dans la 6e année d'Ézéchias (en -720). Selon la chronologie israélite, les ans 4 et 6
d'Ézéchias sont mis en parallèle avec les ans 7 et 9 d'Osée. Chronologie des règnes
assyriens, israélites et israélites mis en parallèle (les synchronismes sont surlignés):

an Judée Israël Assyrie Référence


[8]
730 Achaz 12 [Osée] vassal Tiglath-phalazar III 15
[9] 2Rois 17:1
0
729 13 Osée 16
1
728 14 17
2
727 15 18
3
0
726 16 Salmanazar V 1 2Rois 18:1
0 4
Ézéchias
725 1 2
5
724 2 3
6
723 3 4
7
722 4 5 2Rois 18:9
8
0
721 Sargon II
5 1
9
720 6 2 2Rois 18:10
Fin de la Samarie
719 7 3

DATE DE LA MORT DE PEQAH (EN -738)

Les conquêtes de Pi(ankh)y pour unifier l'Égypte, en l'an 21 de son règne (en -742),
semble avoir été la conséquence de l'avancée assyrienne, car le roi Tiglath-Phalazar III
(745-727) relate dans ses annales, quelques temps avant d'avoir remplacé Péqah par Osée303
(en -738), que Hanno le roi de Gaza s'était réfugié en Egypte pour ne pas l'affronter (ce qui
constituait une menace pour l'Egypte). La corégence entre Tiglath-phalazar III et son fils,
Salmanazar V, déduite du texte biblique304: le roi Ahaz envoie demander de l'aide aux rois
d'Ashour (Bible de Chouraqui), est appuyée par un relief sculpté305. Le règne d'Osée, mis sur
le trône par Tiglath –phalazar III, n'a pas été enregistré dans les annales israélites.

303 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts


Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 283-284.
304 2Chroniques 28:16.
305 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robert Laffont pp. 312,849-851.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 69

an Judée Israël Assyrie Référence


2 5
Achaz Péqah 19 Tiglath-phalazar III
739 3 6 2Rois 15:7
20 2Rois 16:1
738 4 [0] 7 2Rois 15:30
[Osée] vassal 2Rois 16:7-9
[1]
737 5 8
[2]

Les synchronismes datés entre les trois chronologies sont excellents:


 En -738, meurtre de Péqah d'Israël (Pa-qa-ha bît Humria), en l'an 20 de Péqah, remplacé
par Osée (A-u-si-’) lors de la 8e? campagne de Tiglath-phalazar III (= an 7).
 Entre -743 et -738, Tiglath-phalazar III fait payer un tribut à Azariah de Juda (Azriau
Iaudaya) puis (?) à Achaz de Juda306 (Ia-u-ha-zi Ia-u-da-a-a).
 En -738?, Tiglath-phalazar III fait payer un tribut à Ménahem de Samarie (Me-ni-hi-im-
me Sa-me-ri-na-a-a) lors de sa 8e? campagne.
 En -722, début de la conquête de Samarie, en l'an 4 d'Ézéchias, en l'an 7 d'Osée et en
l'an 5 de Salmanazar V.
 En -720, fin de la conquête de Samarie en l'an 6 d'Ézéchias, 9 d'Osée et 2 de Sargon II.
Les synchronismes non datés sont problématiques. Le tribut d'Azariah de Juda
pourrait correspondre soit à un roi de Yau’di nommé Azariah, soit au grand-prêtre
Azariah307 qui se substitua au roi Ozias à partir de la 27e année de Jéroboam II308 (étant
toujours en vie à l'époque d'Ézéchias309, sa présence à l'époque de Tiglath-phalazar III est
possible, mais il ne portait plus le titre de roi et le texte biblique ne mentionne aucun tribut
payé par ce "roi") ou soit encore (le plus vraisemblable) à un roi araméen de Hamath
nommé Azariau310. Le tribut (non daté) payé par Ménahem (771-760) est encore plus
étrange, car il est attesté aussi bien par le texte biblique que par les annales de Tiglath-
phalazar III (745-727), mais l'accord chronologique semble impossible.

DATE DU TRIBUT DE MENAHEM A TIGLATH-PHALAZAR III (EN -765)

En fait l'accord n'est qu'apparent car, selon le texte biblique311, Ménahem a payé un
tribut à Pul (en -765)312, un roi assyrien et non à Pulu (728-727), un roi babylonien. Ce roi
306 2Rois 16:7,8.
307 2Chroniques 26:19-23.
308 2Rois 15:1,2.
309 2Chroniques 31:9-13.
310 F. BRIQUEL-CHATONNET – Les relations entre les cités de la côte phénicienne et les royaumes d'Israël et de Juda

Leuven 1992 Ed. Departement Oriëntalistiek Uitgeverij Peeters pp. 144-150.


311 2Rois 15:19,20.
312 La liste des éponymes assyriens mentionne, en -765, une campagne contre Hatarikka (Hadrak en Zacharie 9:1) au Nord d'Israël.
70 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Pul a précédé Tiglath-phalazar III, assyrien comme lui313. Selon les annales de ce roi, le
tribut de Ménahem aurait été payé avant la 9e campagne (en -737), soit 10 ans avant qu'il ne
soit roi de Babylone sous le nom de Pulu. Or, pulu n'est pas un nom propre, mais un titre
(comme turtânu "général en chef" en Isaïe 20:1), vraisemblablement un hypocoristique314 de
aplu "fils héritier" apparaissant dans le nom des rois assyriens (Tiglath-phalazar vient de
Tukultî-apil-Ešarra "L'héritier de l'Ešarra [=Ninurta] est mon secours"). Chronologie:

Assyrie [Bît Adini] Judée Israël Référence


798 13 Adad-nêrari III 12 Ozias 26 Jéroboam 2Rois 14:23
797 14 0 13 Azariah 27 2Rois 15:1,2
796 15 1 14 /[Ozias] 28 2Chroniques 26:3
795 16 2 15 29
794 17 3 16 30
793 18 4 17 31
792 19 5 18 32
791 20 6 19 33
790 21 7 20 34
789 22 8 21 35
788 23 9 22 36
787 24 10 23 37
786 25 11 24 38
785 26 12 25 39
784 27 13 26 40
783 28 Salmanazar IV 14 27 41
782 1 traité de Mati‘el avec: Bar Ga’ah 15 28 1 Zacharie 2Rois 14:29
781 2 16 29 [2]
780 3 17 30 [3]
779 4 18 31 [4]
778 5 19 32 [5]
777 6 20 33 [6]
776 7 21 34 [7]
775 8 22 35 [8]
774 9 23 36 [9]
773 10 Aššur-dan III 24 37 [10]
772 1 traité de Mati‘el avec: Bar Ga’ah 25 38 [11] Zacharie 2Rois 15:8
771 2 (Pulu) 26 39 1 Shallum 2Rois 15:13
770 3 27 40 1 Ménahem 2Rois 15:17
769 4 28 41 2
768 5 29 42 3
767 6 30 43 4
766 7 31 44 5
765 8 (campagne contre Hadrak) Pulu 32 45 6 2Rois 15:19-20
764 9 33 46 7 (Isaïe 10:5-8)
763 10 34 47 8
762 11 35 48 9
761 12 36 49 10
760 13 37 50 1 Peqayah 2Rois 15:22-23
759 14 38 51 2
758 15 39 52 Yotham 1 Péqah 2Rois 15:27-33
757 16 40 1 2
756 17 41 2 3
755 18 Aššur-nêrari V 42 3 4
1Chroniques 5:26 (Bible de Chouraqui).
313

F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne


314

Paris 2001 Éd. Robert Laffont p. 850.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 71

754 1 traité avec Mati’-ilu 43 4 5


753 2 44 5 6
752 3 45 6 7
751 4 46 7 8
750 5 47 8 9
749 6 48 9 10
748 7 49 10 11
747 8 50 11 12
746 9 51 12 13
745 10 Tiglath-phalazar III 52 13 14
744 1 53 14 15
743 2 attaque Mati’-ilu 54 15 16
742 3 16 Achaz 17 2Rois 16:1
741 4 1 [17] 18 2Rois 16:7
740 5 (Mati’-ilu disparaît) Salmanazar V 2 [18] 19 2Chronique 28:16
739 6 3 [19] 20 2Rois 15:29
738 7 4 [20] [1] [Osée] 2Rois 15:30
737 8 5 [2]

La mise en parallèle des règnes israélites et assyriens désigne Aššur-dan III, et non
Tiglath-phalazar III, comme étant le roi assyrien à l'époque de Ménahem, ce qui implique
deux questions: 1) pourquoi le texte biblique ne donne-t-il pas le nom du souverain
assyrien, mais seulement son titre de pulu "fils héritier [au trône]", alors qu'il nomme
Tiglath-phalazar et 2) quel était le statut exact de ce régent assyrien à l'époque de Ménahem.
Les règnes assyriens sont très mal documentés sur cette période (850-745), car leurs
annales n'ont pas été retrouvées. Ils connurent des crises et de nombreuses révoltes ce qui
entraîna un affaiblissement du pouvoir royal315. De plus, Adad-nêrârî III (811-783) était
monté très jeune sur le trône et sa mère Sammuramat (Sémiramis) exerça une sorte de
régence pendant 4 ans, avec le soutien des hauts dignitaires. Devenu adulte, il sut se
montrer énergique, mais ses trois fils (vraisemblablement quatre avec Tiglath-phalazar III),
Salmanazar IV, Aššur-dan III et Aššur-nêrari V, semblent avoir été dominés par la
personnalité du turtânu Šamši-ilu (800-750). Après la mort d'Adad-nêrârî III, il y avait donc
quatre fils héritiers (pulu). Salmanazar IV fut intronisé et Tiglath-phalazar III commença sa
carrière comme gouverneur de Kalhu316, la nouvelle capitale de l'Assyrie. Bien que n'étant
pas roi, ce gouverneur semble s'être arrogé assez vite des prérogatives royales. On dispose
en effet de quatre traités, par lesquels le roi d'Arpad, Mati‘el, se reconnaissait vassal de
l'Assyrie. Les trois premiers, en araméen, étaient gravés sur des stèles qui furent retrouvées
à Séfiré. Le quatrième, défini comme "traité d'Aššur-nêrari V", était inscrit en assyrien sur
une tablette retrouvée à Ninive. Le premier traité a été conclu lorsque Mati‘el est monté sur
le trône d'Arpad et les deux suivants lors des avènements de Salmanazar IV (en -782) et
315 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne
Paris 2001 Éd. Robert Laffont p. 564-566,818,864-865.
316 F. JOANNES - La Mésopotamie au 1er millénaire avant J.C.

2000 Paris Ed. Armand Colin pp. 27,28.


72 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

d'Aššur-dan III (en -772), mais la personne à laquelle Mati‘el jure fidélité dans ces versions
araméennes est un certain Bar Ga’ah "fils de majesté", roi de KTK (Kittika: ancien nom de
Til-Barsip la capitale du Bît-Adini). On ne peut pas identifier ce "fils de majesté" au turtânu
Šamši-ilu317, car seul le roi d'Assyrie pouvait exiger la fidélité d'un roi vassal et lui faire payer
tribut318. De plus, le texte biblique319 fait la distinction entre le roi d'Assyrie et le tartân
d'Assyrie, or, à cette époque, certains princes assyriens, auteurs de pillages contre Israël,
s'étaient vu discerner le titre de roi320. Le roi d'Assyrie anonyme qui se cache derrière le "fils
de majesté" ne peut être que pulu, le "fils héritier [au trône]" Tiglath-phalazar III (qui régna
36 ans selon Flavius Josèphe321). Aspirant à être le seul roi d'Assyrie, il semble qu'il ait
profité de révoltes pour renverser son frère Aššur-nêrari V322. La régence de Tiglath-
phalazar III dans la région du Bît Adini pourrait aussi expliquer pourquoi Zacharie, un roi
d'Israël, n'ait pas pu régner durant la période du premier traité avec Mati‘el.
Tiglath-phalazar III a mené plusieurs campagnes qui sont difficiles à reconstituer
chronologiquement à cause de nombreuses lacunes, et même erreurs323. De plus, les listes
de tributaires pour les 1ère, 2e, 3e, [8e] et 9e campagnes sont presque similaires:
 Kustashpi de Commagène, Urik de Qu’é, Sibitti-be’l de Byblos, Enil de Hamath, Panammu de Sam’al,
Tarhulara de Gumgum, Sulumal de Militène, ..., Uassurme de Tabal, Ushhitti de Tuna, Urbala de
Tuhana, Tuhamme d'Ishtunda, ... [Ma]tan-be’l d'Arvad, Sanipu de Bit-Ammon, Salamnu de Moab, ...,
Mitinti d'Askélon, Jehoachaz de Juda, Kaushmalaku d'Édom, Muzr[i...], Hanno de Gaza.
 Kustashpi de Commagène, Rezon de Damas, Ménahem de Samarie, Hiram de Tyr, Sibitti-be’l de
Byblos, Urik de Qu’é, Pisiris de Karkémish, I’nil de Hamath, Panammu de Sam’al, Tarhulara de Gumgum,
Sulumal de Militène, Dadilu de Kaska, Uassurme de Tabal, Ushhitti de Tuna, Urbala de Tuhana,
Tuhamme d'Ishtunda, Urimme d'Hubishna et Zabibe, la reine d'Arabie.
La deuxième liste de tributaires324 est une copie de la première avec quelques
variantes (en caractères gras), car les noms sont identiques et parmi ceux qui apparaissent
en plus, certains semblent provenir d'anciennes listes. Ces approximations se retrouvent
dans les tributs payés aux rois assyriens précédents. Le tribut de Ménahem daté de l'an 8 de
Aššur-dan III (en -765) a été attribué à l'an 8 de Tiglath-phalazar III (en -737).

317 A. LEMAIRE, J-.M. DURAND – Les inscriptions araméennes de Sfiré et l'Assyrie de Shamshi-ilu
in: Hautes études orientales 20 (Paris 1984) Éd. Librairie Droz pp. 37-51.
318 Si Šamši-ilu avait été le roi derrière le "fils de majesté", Mati’-ilu aurait dû continuer à traiter avec lui à l'accession d'Aššur-nêrari V, et

non avec ce dernier. En fait, vu l'expansionnisme de Tiglath-phalazar III, Mati’el a préféré changer de protecteur (mais à tort).
319 2Rois 18:17; Isaïe 20:1.
320 Isaïe 10:5-8.
321 Antiquités juives IX:283-287: Elulaios (?) reçut le nom de Pulas (Pulu?) et régna 36 ans (soit de -782 à -746), dans ces circonstances, Selampsas

(Salmanazar IV?), le roi d'Assyrie envahit la Phénicie (...) selon les Annales tyriennes du temps de Salmanasses (Salmanazar V/ Elûlaiu).
322 Sur la stèle de Bêl-harrân-bêl-usur, le majordome de Tiglath-phalazar III a écrit le nom du roi assyrien par-dessus le nom du roi

précédent Salmanazar IV, ce personnage a donc servi un (même?) souverain à deux époques différentes (D.D. LUCKENBILL – Ancient
Records of Assyria and Babylonia. 1926 Illinois Ed. Th University of Chicago p. 295)..
323 H. TADMOR – The Inscriptions of Tiglath-Pileser III King of Assyria

Jerusalem 1994 Ed. The Israel Academy of Sciences and Humanities pp. 232-237, 273-282.
324 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 280.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 73

SYNCHRONISMES AVEC LES REGNES DE SALMANAZAR III ET D'HAZAËL

Selon les annales de Salmanazar III (859-824), durant la campagne datée de l'an 18
de son règne, il vainquit le roi Hazaël de Damas et le roi Jéhu fils d'Omri lui paya un
tribut325. Selon la chronologie israélite, Jéhu régna de -885 à -856, soit un désaccord
apparent d'au moins 15 ans. En fait le nom et la date posent problème, car Jéhu n'était pas
le fils d'Omri mais de Yehoshaphat326 et l'an 18 de Salmanazar III (en -841) tombe dans le
règne de Joachaz (856-839). La reconstitution historique à partir de la chronologie israélite
permet d'expliquer ce désaccord apparent. Chronologie des rois de Syrie (ou de Damas):

Roi d'Assyrie Roi de Syrie Roi d'Israël Dates du règne Référence


Hadadézer David 1057-1017 1Chronique 18:3-5
Aššur-rabi II Rezôn [Héziôn] Salomon 1017 - 977 1Rois 11:23-25
Aššur-rêš-iši II Tabrimmôn 1Rois 15:18
Tiglath-phalazar II Ben-Hadad Ier Baasha 954-931 2Chroniques 16:2,3
Aššur-dân II Ben-Hadad II Achab 919-899 2Rois 20:1,2
Adad-nêrârî II " Joram fils d'Achab 897-886 2Rois 6:24
Tukultî-Ninurta II Hazaël Jéhu 885-856 2Rois 10:31,32
Aššurnaṣirpal II " Joachaz 856-839 2Rois 13:22
Salmanazar III Ben-Hadad III Joas fils de Joachaz 841-825 2Rois 13:24,25
Adad-nêrârî III " 811-783
Salmanazar IV (Hadianu) 783-773
Tiglath-phalazar III Rezin [Rahianu] Achaz 742-726 2Rois 16:5-9

Le règne d'Hazaël peut être délimité dans le temps grâce aux synchronismes. Il était
vraisemblablement le chef de l'armée de Ben-Hadad II lorsqu'il accéda au pouvoir après
avoir étouffé son roi. Il continua d'opprimer Israël dès le début de son règne effectif, soit à
la fin du règne de Jéhu et durant tout le règne de Joachaz. Il régna en co-régence avec son
fils, Ben-Hadad III327 et mourut peu de temps après la mort de Joachaz328 (Ben-Hadad Ier
de l'époque de Baasha semble être le père de Ben-Hadad II vivant du temps d'Achab)329. Le
règne effectif d'Hazaël débute à la fin du règne de Jéhu, plusieurs années après sa
désignation légale330, car lorsqu'il combat Joram le fils d'Achab dans la 12e année de son
règne (en -886), il est déjà qualifié de roi de Syrie331. Il est possible que, comme pour les rois
assyriens, les rois de Syrie aient exercé une corégence avec leur fils et successeur.

325 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël


Paris 1977 Éd. Cerf pp. 97-105.
326 2Rois 9:14.
327 La stèle de Zakir mentionne que le roi de Hamath et de La’ash fut attaqué par le roi de Syrie Bar-Hadad fils d'Hazaël.
328 2Rois 8:7-9,15,16; 10:31,32; 13:3,4,24,25.
329 1Rois 20:2,33,34.
330 1Rois 19:15.
331 2Rois 8:25,28.
74 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Synchronismes (surlignés) entre les chronologies:

an Judée Israël Assyrie Syrie (Aram)


Joas Jéhu Aššurnaṣ irpal II Hazaël
20 26 25
859

0
21 27 Salmanazar III 1
858

857 22 2Rois 10:31-36 28 2

856 23 2Rois 13:1,3 0 3


Joachaz 1

855 24 4

25 5
854
3

26 6 Hazaël /
853
Ben-Hadad III
4

14
37 17
842
15
2Rois 13:10 0
38 Joas/ Joachaz 18 Hazaël /
841
Ben-Hadad III
2Rois 12:18-13:1 2Rois 13:7 1 16

840 39 19

2 17

839 40 20
0 2Rois 14:1,2 2Rois 13:22,25
Amasias Joas 1

838 1 21
Ben-Hadad III
2

Une inscription332 (non datée) de Salmanazar III précise: J'ai vaincu Hadadézer de
Damas avec 12 princes assemblés, ses alliés (...) Je les ai poussé dans la rivière Oronte [Arantu] et ils se
sont dispersés pour sauver leurs vies, mais Hadadézer périt. Hazaël, un fils de personne [sans ascendance
332Cette inscription de Salmanazar III pourrait coïncider avec sa 1ère compagne datée de l'an 1 (en -858), mais la description des villes
vaincues correspond mieux à la grande expédition d'Aššurnaṣirpal II dans cette région en -876. Salmanazar III aurait donc été corégent
avec son père (selon une pratique assyrienne courante) et le règne d'Hazaël couvrirait approximativement une période de -876 à -838.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 75

royale], se saisit du trône, mobilisa une armée nombreuse et monta contre moi333. La précision sur
l'ascendance d'Hazaël recoupe celle du texte biblique, par contre, si le nom d'Hazaël (Ha-
za-’-il) est correctement transcrit, celui de Ben-Hadad a été remplacé par Hadadézer (Adad-
id-ri) le fondateur de la dynastie. Ces approximations se retrouvent dans la description de
sa 6e campagne (avec la bataille de Qarqar): Dans l'année de Dayan Assur [en -853], au mois
d'Ayar, le 14e jour, je partis de Ninive (...) Je partis d'Alep [Hal-man] et j'arrivai aux deux villes
d'Irhuleni [du pays] d'Hamat [Amat] (...) Je partis d'Arganâ et j'arrivai à Qarqar; je détruisis, je
démolis et je livrai aux flammes Qarqar sa ville royale. 1200 chars, 1200 cavaliers et 20000 soldats
d'Hadad-idri de Damas [Imerishu], 700 chars, 700 cavaliers et 10000 soldats d'Irhuleni [du pays]
mat
d'Hamat, 2000 chars et 10000 soldats d'Achab du pays de Sirilaya [A-ha-ab-bu Sir-’i-la-a-a], 500
soldats de Cilicie [Qu’é], 1000 soldats de Muçri [?], 10 chars et 10000 soldats [du pays] d'Irqanata,
200 soldats de Matinu-ba’lu [du pays] d'Arwad [Armada], 200 soldats [du pays] d'Usanata, 30 chars
et 10000 soldats d'Adunu-ba’lu [du pays] de Shian, 1000 chameaux de Gindibu’ d'Arabie [Arba],
[x]000 soldats de Ba’sa, fils de Ruhubi, du pays d'Amana [Ammon?]: il reçut l'aide de ces 12 (sic) rois.
Hadadézer a fourni le plus gros contingent conformément à son statut de puissance
régionale. Le pays de Sirilaya est souvent confondu avec Israël, ce qui est improbable car les
rois assyriens désignaient Israël par l'expression "maison d'Omri [Bît Humri]", y compris
Salmanazar III qui parle de "Jéhu fils d'Omri" (par contre, la Judée était désignée sous le
nom de "Juda". Le roi Achaz de Judée, par exemple, est appelé Ia-u-ha-zi Ia-u-da-a-a
"Joachaz le judéen" dans les annales de Tiglath-phalazar III). De plus, Israël était en dehors
de ce conflit334 et, selon le texte biblique, Ben-Hadad II puis Hazaël ayant constamment
opprimé Israël, il est illogique de supposer une alliance pour lutter contre Salmanazar III. Il
est difficile d'identifier Sirilaya, citée après Hamat et avant Qu’é, mais la ville d'Asriël de
Samarie335 (mentionnée en Nombres 26:31), contrôlée par Hazaël, est une possibilité336.
Enfin, selon la chronologie israélite, en -853, le roi d'Israël était Joachaz (et non Achab).
Les villes et les pays mentionnés, qui peuvent être identifiés, se situent autour de
Qarqar dans un rayon d'environ 300 km, et sont énumérés selon trois grandes régions: le
nord de la Syrie, le sud du Hatti et le nord de l'Arabie:

333 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts


Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 280.
334 Israël restait en dehors du conflit, mais l'expansionnisme assyrien commençait à se faire sentir, ainsi le texte de Jonas 1:2 mentionnant

la "méchanceté de Ninive" vise la conquête de la côte méditerranéenne par Salmanazar III. Selon le texte de 2Rois 14:23-25, le prophète
Jonas a prêché peu avant l'accession de Jéroboam II, en -824, lors de la mort de Salmanazar III. Il est vraisemblable que la prédication de
Jonas coïncidant avec la mort du roi assyrien a impressionné, ce qui a provoqué un "repentir" de Šamši-Adad V, son successeur, et des
Ninivites. Ce roi abandonnera les grandes expéditions méditerranéennes des règnes précédents et la menace assyrienne contre Israël ne
réapparaîtra qu'avec Tigtlat-phalazar III [la taille étonnante de Ninive "3 jours de marche" en Jonas 3:3 est confimée par Diodore avec
une circonférence de 85 km (Bibliothèque historique II:3) et le "deuil des animaux" (Jonas 3:8) est confirmé par Hérodote (Enquête IX:24)].
335 Les rois néo-hittites, en 1Rois 10:29 et 2Rois 7:6, résident à Karkemish (de -1185 à -717) après la chute de l'empire hittite.
336 A. LEMAIRE – Asriel, ŠR’L, Israël et l'origine de la confédération israélite

in: Vestus Testamentum 23 (1973) pp. 239-243.


76 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Fig. 1 : Géographie de la région autour de Qarqar

La mention de Jéhu lors de la campagne de l'an 18 (en -841) est anachronique337.


Selon le texte biblique338, Joas de Judée paya un tribut à Hazaël et le roi de Syrie ne laissa à
Joas de Samarie que 50 cavaliers, 10 000 soldats et 10 chars. Selon les annales de
Salmanazar III: En ma 18e année de règne je franchis l'Euphrate pour la 16e fois. Hazaël du pays de
Damas se fia en la masse de son armée et mobilisa ses troupes en grand nombre. Du mont Senir, un pic de
montagne qui est en face du mont Liban, il fit sa forteresse. Je combattis contre lui et lui infligeai une
défaite. J'abattis par les armes 1 000 de ses combattants; je lui pris 1121 chars, 470 cavaliers ainsi que
son camp. Pour sauver sa vie il s'esquiva (...) Je reçus en ce temps-là le tribut des gens de Tyr, Sidon et de
Jéhu fils d'Omri [Ia-u-a mâr Hu-um-ri]. Joachaz étant un fils de Jéhu, le nom "Jéhu fils d'Omri"
renvoie donc à la dynastie fondée par Jéhu, plutôt qu'à l'individu (comme le nom
Hadadézer, le fondateur de la dynastie, à la place de Ben-Hadad, et Omri au lieu de
Yehoshaphat). Le texte biblique note qu'Israël était opprimé par Hazaël, le roi de Syrie, il
est donc vraisemblable que Salmanazar III, un puissant roi assyrien, ait exigé un tribut des
petits royaumes de cette région. Par contre, comme Joas, le nouveau roi d'Israël, avait le
même nom que le roi de Judée et que Joachaz continuait d'exercer la royauté avec son fils
Joas, ce qui pouvait être une source de confusion, les annales de Salmanazar III se sont
vraisemblablement référées au roi Jéhu, le fondateur de la dynastie, en le rattachant à Omri,
le fondateur de la dynastie précédente (la 3e après celles de Jéroboam et de Baasha).
337 J. ELAYI – Byblos cité sacrée (8e-4e s. av. J.-C.)
in: Supplément n° 15 à Transeuphratène (2009) pp. 60-61.
338 2Rois 12:18-13:7.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 77

TABLEAU DES SYNCHRONISMES SUR LA PERIODE 1097-880

Il y a plusieurs synchronismes sur cette période 1097-880, mais exclusivement avec


la chronologie égyptienne (à l'exception d'un synchronisme avec la chronologie tyrienne):
 La ville de Gézer est brûlée par le pharaon Siamon339 en l'an 24 de Salomon340 (-993).
 Fuite de Jéroboam chez le pharaon Chéchanq Ier, située dans les dernières années du
règne de Salomon341 soit durant les ans 39 et 40 (en 978-977).
 Jérusalem est attaquée342 par Chéchanq Ier dans la 5e année de Roboam343 en -972.
 Expédition catastrophique de Zérah344, le général nubien d'Osorkon Ier, datée après l'an
10 d'Asa345, soit en -947.
Selon la Chronologie égyptienne synchronisée, l'année -993 correspond à l'an 11 de
Siamon, les années 978-977 aux ans 3 et 4 de Chéchanq Ier, l'année -972 à l'an 9/10 de
Chéchanq Ier et l'année -947 correspond à l'an 13 d'Osorkon Ier. Chronologie des règnes sur
la période allant de 1097 à 880 avec les synchronismes datés (surlignés):

Pharaon Dates Roi de Judée Dates Roi d'Israël Dates Référence


du règne du règne du règne
Ramsès XI 1116-1090
Smendès 1090-1064 Saül 1097 -
Amenemnésout [1064-1060] -1057
Psousennes Ier 1064-1018 David 1057-1017
Aménémopé 1018-1009 Salomon 1017 -
Osorkon l'Ancien 1009-1003
Siamon 1003 - 984
Psousennes II/III 994-980 -977 1Rois 11:42
Chéchanq Ier 980-959 Roboam 977-960 Jéroboam 977 - 1Rois 14:20,21
Osorkon Ier 959 - Abiyam 960-957 -955
Asa 957 - Nadab 955-954 1Rois 11:25
Baasha 954-931 1Rois 15:28,33
Elah 931-930 1Rois 16:8
Zimri 05/930 1Rois 16:10-16
-924 Omri/ 930-919/ 1Rois 16:21-23
Chéchanq II 924-922 -916 [Tibni] [930-925]
Takélot Ier 922-909 Josaphat 916 - Achab 919-899 1Rois 16:29
Osorkon II 909 - -891 Achaziah 898-898 1Rois 22:51
-865 Joram (J) 893-885 Joram (A) 897-886 2Rois 3:1

339 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament


Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 108-110.
340 Gézer est brûlée au bout des 20 ans de construction (1Rois 9:10,16,17) commençant au début de l'an 4 (1Rois 6:37-7:1).
341 1Rois 11:40-42.
342 K.A. KITCHEN - On the Reliability of the Old Testament

Cambridge 2003 Ed. W.B. Eerdmans pp. 30-34.


343 1Rois 14:25,26; 2Chroniques 12:2-9. Les soldats égyptiens étaient en fait Libyens, Sukkiens et Éthiopiens, selon 2Chroniques 12:3.
344 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne

Paris 1988 Éd. Fayard p. 417.


345 2Chroniques 14:1,8-13. Les soldats égyptiens étaient en fait Éthiopiens et Libyens, selon 2Chroniques 16:8.
78 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Chronologie des règnes mis en parallèle (les synchronismes sont surlignés):

An Pharaon Roi de Judée Roi d'Israël Référence


1092 Ramsès XI 25 Saül 5
1091 26 6
1090 Smendès 1 7 début XXIe dynastie
1089 2 8

1068 23 29
1067 24 30
1066 25 31
1065 26 32 du 16/07/1065
1064 Psousennes Ier 1 1 33 double lever héliaque
1063 /Am enemn ésout 2 2 34

1057 8 40 Actes 13:21


1056 9 David 1 A.J. VI:378
1055 10 2

1020 47 37
1019 46 38
1018 Aménémopé 47 1 39
1017 48 2 40 2Samuel 5:4
1016 49 3 Salomon 1
1015 4 2
1014 5 3
1013 6 4 1 1Rois 6:37-7:1
1012 7 5 2
1011 8 6 3
1010 9 7 4
1009 Osorkon l'Ancien 1 8 5 1er croissant lunaire ?
1008 date lunaire 20/IX/2 2 9 6 du 16/01/1007
1007 3 10 7
1006 4 11 8
1005 5 12 9
1004 6 13 10
1003 Siamon 1 14 11
1002 2 15 12
1001 3 16 13
1000 4 17 14
999 5 18 15
998 6 19 16
997 7 20 17
996 8 21 18
995 9 22 19
994 Psousennes II 1 10 23 20
993 (Pso usenn es III) 2 11 Gézer brulée 24 1Rois 9:10,16,17
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 79

988 7 16 29
987 8 17 30

981 14 36
980 Chéchanq Ier 1 37 début XXIIe dynastie
979 2 38
978 fuite de Jéroboam 3 39 1Rois 11:40-42
977 4 40
976 1 5 Roboam 1 Jéroboam 1 1Rois 14:20,21
975 2 6 2 2
974 3 7 3 3
973 4 8 4 4
972 Jérusalem attaquée 5 9 5 5 2Chroniques 12:2-13
971 6 10 6 6

960 17 21 17 17
959 Osorkon Ier 18 1 Abiya 1 18 1Rois 15:1,2
958 19 2 2 19
957 20 3 3 20 1Rois 15:9,10
956 21 4 Asa 1 21
955 22 5 2 Nadab 22 1Rois 15:25
954 23 6 3 Baasha 1 1Rois 15:28,33
953 24 7 4 2
952 25 8 5 3
951 26 9 6 4
950 27 10 7 5
949 28 11 8 6
948 29 12 9 7
947 (Zérah) 30 13 10 8 2Chroniques 14:1-13
946 31 14 11 9
945 32 15 12 10
944 33 16 13 11
943 34 17 15 12
942 35 18 15 13 2Chroniques 15:10
941 36 19 (Ben-Hadad I) 16 14 2Chroniques 16:1-3
940 20 17 15
939 21 18 16
938 22 19 17
937 23 20 18
936 24 21 19
935 25 22 20
934 26 23 21
933 27 24 22
932 28 25 23
931 29 26 Élah 24 1Rois 16:8
930 30 27 Omri/ Tibni 1 1Rois 16:10-23
929 31 28 2
80 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

928 32 29 3
927 33 30 4
926 34 31 5
925 35 32 Omri 6
924 Chéchanq II 1 33 7
923 2 34 8

DATATION SELON L'ARCHEOLOGIE ET PAR LE 14C


14
La datation par le C est privilégiée par les archéologues pour obtenir une
chronologie dite "scientifique". Cependant, comme le reconnaît Finkelstein346 lui-même, on
ne peut rien dater de sûr, en Israël, entre le 12e et le 8e siècle avant notre ère à cause du
manque de documents archéologiques. Cette situation est assez courante347, mais il s'en sert
pour nier la véracité du récit biblique. Les débris calcinés des villes incendiées permettent
cependant d'établir une datation par le 14C. Durant la période de 1100 à 700, les fouilles ont
révélé que les villes de Dor, Megiddo, Rehob (appartenant toutes au nord du royaume
d'Israël) et Gézer (au sud), avaient été incendiées. Durant cette période, il n'y eut que quatre
campagnes militaires dans cette région348, celle de Tiglat-phalazar III (déduite de ses
annales)349, de Chéchanq Ier (décrite sur un mur de Karnak)350, de Siamon (inscription de
Tanis) et de David (1Chroniques 14:8-17). Les dates en italiques proviennent de la
chronologie israélite synchronisée, celles entre parenthèses proviennent de la chronologie
non synchronisée, et celles en caractères gras proviennent des mesures par le 14C:

Campagne de: David Siamon Chéchanq Ier Tiglath-phalazar III


date synchronisée: 1050-1040 -997 -972 -738/-732
(non synchronisée)* (1003-993)* (-950)* (-925)* (-732)*
Beth-Shéân [X] 1100-1000 X 1000-900 . [X] 750-700
Dor [X] [?] [X] -975 +/- 5 X
Megiddo [X] 1150-1050 [?] X -965 +/- 40 X 750-700
Rehob [X] X -965 +/- 5
Taanak [X] X 1000-900 .
Gézer X 1000-900 [X] 750-700
(X: ville attestée par un document; [X]: ville attestée indirectement; X: incendie attesté;
1000-900: datation archéologique de la strate par les céramiques; -975: datation par le 14C).

346 I. FINKELSTEIN – Un archéologue au pays de la Bible


Paris 2008 Éd. Bayard pp. 103-104.
347 Il n'y a pas de document datable issu de la période des Juges (1500-1000), mais il faut noter, à titre de comparaison, que la célèbre

dynastie cassite, qui a aussi duré 5 siècles (1650-1150), n'a laissé aucun texte, elle fut pourtant largement plus puissante que la juridiction
israélite. De même, les rois d'Élam "disparaissent" complètement de l'histoire pendant plus de 3 siècles (de -1100 à -770) et bien que la
civilisation étrusque soit plus récente et ait prospéré de -750 à -300, nous ne possédons aucun de ses écrits.
348 Le texte de 2Chroniques 14:8-14 mentionne une campagne égyptienne de Zérah, un général éthiopien au service d'Osorkon Ier, mais

seule la ville de Gérar (près de Gaza) fut pillée. Cette campagne est datée en l'an 10 d'Asa (2Chroniques 14:1), soit en -947.
349 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robert Laffont pp. 849-851.


350 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 242-243.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 81

La ville de Rehob a été incendiée en 970-960351, selon la datation au 14C. Comme la


seule campagne (à cette époque) est celle de Chéchanq Ier (aussi attestée par le texte
biblique), cette datation contredit celle de Thiele (-925). Finkelstein et Piasetzky352 ont donc
réinterprété les données pour abaisser la date (970-960) de la strate VI (celle de la
destruction) en 925-915 pour la rendre conforme à la chronologie "classique":

Fig. 2 : Taux de carbone 14 sur la période de -1000 et -850

Cette solution est toutefois peu vraisemblable, car les écarts de durée entre les
strates VI-V et V-IV passeraient sans raison de 45 et 50 ans (rapport de 1) à 12 et 43 ans
(rapport de 3,5). Une telle dissymétrie de durée entre les strates n'est pas réaliste353.
La ville de Dor était aux mains des Philistins (vers -1085), selon le Récit d'Ounamon,
puis a été dirigée par un gendre de Salomon (1Rois 4:11), ce qui implique sa conquête par
David. Des scarabées au nom de Siamon ont été trouvés dans cette ville354 (et aussi dans
Megiddo), ce qui pourrait les relier à la campagne de ce pharaon lorsqu'il a brûlé Gézer355,
mais cela est démenti par le texte biblique. Siamon ayant pris Gézer au sud pour l'offrir à
Salomon, David ayant déjà conquis Dor. Il semble donc que la destruction par le feu de la
ville de Dor, datée en -975 +/- 5 ans356 par le 14C, ne puisse être attribuée qu'à Chéchanq
Ier, même si cette ville n'apparaît pas dans sa liste, car de nombreux noms ont disparu.
Toutefois les villes Shunem, Megiddo, Hapharayim, Taanak et Soko, citées dans sa liste,
supposent un trajet incluant Dor. Les villes de Dor et de Megiddo ont aussi été conquises
par Tiglath-phalazar III357. La ville de Megiddo a subi plusieurs destructions, mais celle par
le feu, située dans la strate VIA, est datée en 965 +/- 40 ans358 par le 14C.
351 H.J. BRUINS, J. VAN DER PLICHT, A. MAZAR – 14C Dates from Tel Rehov: Iron-Age Chronology, Pharaohs, and Hebrew Kings
in: Science Vol 300 (11 April 2003) pp. 315-318.
352 I. FINKELSTEIN, E. PIASETZKY – Wrong and Right; High and Low 14C Dates from Tel Rehov: Iron-Age Chronology

in: Tel Aviv 30:2 (2003) Ed. Tel Aviv University pp. 283-294.
353 H.J. BRUINS, J. VAN DER PLICHT – Reponse to Comment on “ 14C Dates from Tel Rehov: Iron-Age Chronology, Pharaohs, and

Hebrew Kings” in: Science Vol 302 (24 October 2003) p. 568c.
354 S. MÜNGER – Egyptian Stamp-Seal Amulets and their Implications for the Chronology of the Early Iron Age

in: Tel Aviv 30:1 (2003) Ed. Tel Aviv University pp. 66-77.
355 E. LIPINSKI – On the Skirts of Canaan in the Iron Age

in: Orientalia Lovaniensia Alalecta 153 (2006) Leuven Ed. Peeters pp. 95-99.
356 A. GILBOA , I. SHARON, J. ZORN – Dor and Iron Age Chronology: Scarabs, Ceramic Sequence and 14C

in: Tel Aviv 31:1 (2004) Ed. Tel Aviv University pp. 32-56.
357 N. NA‘AMAN – Ancient Israel and Its Neighbours: Interaction and Counteraction

Winona Lake 2005 Ed. Eisenbrauns p. 223.


358 I. FINKELSTEIN, E. PIASETZKY – 14C and the Iron-Age Chronology Debate: Rehov, Khirbet en-Nahas, Dan, and Megiddo

in: Radiocarbon 48:3 (2006) Ed. Arizona Board of Regents p. 377.


82 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

SYNCHRONISMES AVEC LES ROIS DE TYR

Flavius Josèphe359 est l'unique source pour l'établissement d'une chronologie des
rois de Tyr. Il donne l'âge et la durée du règne pour tous les rois, d'Hiram à Pygmalion, en
précisant qu'une durée de 143 ans séparait la fondation du Temple, depuis la 12e année
d'Hiram, jusqu'à la fondation de Carthage, dans la 7e année de Pygmalion. Bien que la
fondation de Carthage soit légendaire la date de -814 est retenue et en s'appuyant sur la
chronologie biblique calculée par Thiele, la chronologie suivante est obtenue360:

Roi de Tyr âge règne dates du règne Synchronisme (avec la chronologie de Thiele)
Abibaal - - 989?-969 David (1010-970)
Hiram Ier 53 34 969-935 Salomon (970-930); 969 – 12 = 957 = 814 + 143
Baal-Ezer Ier 43 17 935-918 957 (fondation du Temple) # 970 – 4 = 966
Abdrastratos 39 9 918-909
Methusastartos 54 12 909-897
Astharymos 58 9 897-888
Phelles 50 8 m. 888
Ithobaal Ier 48 32 888-856 Achab (874-853)
Baal-Ezer II 45 6 856-850 Salmanazar III (859-824) [Baal-manzer?]
Mattan Ier 32 29 850-821
Pygmalion 58 47 821-774 821 – 7 = 814 (fondation de Carthage)

Bien qu'approximative (quelques chiffres sont différents selon les manuscrits et


même à l'intérieur des livres de Flavius Josèphe361) cette chronologie paraît satisfaisante. En
fait il n'en est rien puisque aucun des synchronismes proposés ne fonctionne:
 Hiram a été un contemporain de Salomon, mais aussi de David362, ce qui impossible ici.
 Le Temple a été édifié à partir de la 4e année de Salomon363, en -966, et non en -957.
 Achab364 s'est marié avec Jézabel, fille d'Ithobaal, au début de son règne soit en -874.
Comme celle-ci devait vraisemblablement avoir autour de 20 ans à cette époque365, sa
naissance devait remonter en -894 lorsque Ithobaal (son père) avait autour de 10 ans!
 Baal-manzer est identifié au roi Baal-Ezer II, mais la signification de Baalmanzer (nom
unique) échappe à la logique, de plus, le tribut daté dans la 18e année de Salmanazar III,
soit en -841366, est payé 9 ans après (et non pendant) le règne de Baal-Ezer II.
 Une inscription phénicienne, datée de 830-800 par l'épigraphie, mentionne le roi de
359 Contre Apion I:106-127; Antiquités juives VIII:141-149, 316-324.
360 J. LIVER – The Chronology of Tyre at the Beginning of the First Millenium B.C.
in: Israel Exploration Journal 3 (1953) pp. 113-121.
361 De façon inexplicable, la construction du temple commence à la 11e année d'Hiram et aussi dans la 12e année.
362 1Rois 5:1-18.
363 1Rois 6:1.
364 1Rois 16:29-31.
365 Elle devait être jeune puisque, plus de 20 ans après la mort de son mari, elle cherchait encore à plaire aux hommes (2Rois 9:30).
366 F. BRIQUEL-CHATONNET – Les relations entre les cités de la côte phénicienne et les royaumes d'Israël et de Juda

Leuven 1983 Ed. Peeters Publishers pp.102-113.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 83

Sidon à cette époque: Hiram367 (II), au lieu de Pygmalion.


En utilisant la chronologie israélite synchronisée, plus proche de celle utilisée par
Flavius Josèphe pour dater la fondation du Temple, toutes ces incohérences disparaissent:

Roi de Tyr âge règne dates du règne Chronologie israélite synchronisée


Abibaal - - 1045?-1025 David (1057-1017)
Hiram Ier 53 34 1025-991 Salomon (1017-977); 1025 – 12 = 1013 = 870 + 143
Baal-Ezer Ier 43 17 991-974 1013 (fondation du Temple) = 1017 – 4
Abdrastratos 39 9 974-965
Methusastartos 54 12 965-953
Astharymos 58 9 953-944
Phelles 50 8 m. 944
Ithobaal Ier 48 32 944-912 Achab (919-899), Jézabel née vers 939
Baal-Ezer II 45 6 912-906 [Baalmanzer?]
Mattan Ier 32 29 906-877
Pygmalion 58 47 877-830 877 – 7 = 870 (fondation de Carthage)
Hiram (II) - - 830-800? Roi de Sidon
Elulaios Ier - - 782-746? Durant le règne de Pulu, un roi assyrien

Les synchronismes entre les deux chronologies, israélite et tyrienne, sont excellents.
Le règne d'Hiram chevauche effectivement celui de David de 8 ans (et couvre aussi les 20
ans de construction du Temple jusqu'en -993), le roi Ithobaal avait environ 20 ans à la
naissance de Jézabel et la 4e année de Salomon, marquant le début du Temple, précède bien
de 143 ans la fondation de Carthage. Par contre, les deux autres synchronismes, le tribut
payé par Baalmanzer et la fondation de Carthage, posent problème.
Le but de Flavius Josèphe était de donner une chronologie liant deux événements
importants et connus de ses lecteurs. Sa liste, provenant de Ménandre d'Éphèse (vers -200),
est vraisemblablement authentique, car le nom des rois de Tyr et la durée de leurs règnes
peut difficilement avoir été inventés. Josèphe situait la première fondation du Temple entre
1100 et 1060, selon ses calculs approximatifs368. De même, la plupart des historiens de son
époque situaient la fondation de Carthage au 9e siècle avant notre ère (mais quelques-uns
autour de -1200)369. Par exemple: -814 pour Denys d'Halicarnasse370, -818 pour Velleius
Paterculus371, -825 pour Trogue Pompée cité par Justin372, -828/-737 pour Cicéron373, -846
pour Tite-Live374, etc. La date est donc incertaine et n'est fondée que sur une estimation

367 E. LIPINSKI – Itineraria Phoenicia


in: Orientalia Lovaniensia Analecta 127 (2004) Éd. Peeters pp. 46-48.
368 Guerre des Juifs VI:269-270, 437-442.
369 Par exemple: Philistos de Syracuse (430-356), Eudoxe de Cnide (409-355) et Appien (90-160).
370 Antiquités romaines I:74:1.
371 Histoire romaine I:6.
372 Histoire XVIII:6:9.
373 La République II:23.
374 Periochæ LI:3.
84 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

(non justifiée). Par contre, ceux qui utilisent un synchronisme pointent autour de -880.
Velleius Paterculus précise ainsi que la fondation de Carthage a coïncidé avec Lycurgue, le
célèbre roi de Sparte. Or ce personnage fut, selon Plutarque375 et Strabon376, un
contemporain d'Iphitos, roi d'Élis, qui instaura les jeux olympiques en -884. De même,
Thucydide377 mentionne Carthage lors de l'arrivée des Grecs en Sicile, trois siècles après la
guerre de Troie, soit vers -884 (= -1184 + 300). La date est donc incertaine (de 884 à 814).
L'archéologie, après d'âpres controverses, a fini par confirmer une fondation de
Carthage au 9e siècle avant notre ère. La date de -814 est toutefois privilégiée car les rares
14
objets datés par le C remontent seulement au début du 8e siècle avant notre ère378.
L'épigraphie est un autre moyen de datation, or celui-ci appuie plutôt une date entre -900 et
-850. En effet, bien que le rôle du roi Pygmalion ait été déformé par la légende qui affirme,
selon Justin379, qu'Élissa (appelée Didon en grec), la sœur de Pygmalion se serait enfuie de
Tyr après le meurtre de son mari par son frère et aurait fondé Carthage, l'existence du roi
Pygmalion n'est pas contestée. La stèle de Nora accrédite cet épisode, puisqu'on lit:

Translittération Traduction380
1. btršš Dans Tarsis,
2. wgrš h’ et il fut conduit
3. bšrdn š en Sardaigne.
4. lm h’ šl Il est sauf. Sauf
5. m ṣb’ m est l'équipage [troupe] de
6. lkt nbn la Reine. Structure
7. š bn ngr que le héraut a construit
8. lpmy pour Pumay
Fig. 3 : Stèle de Nora

La traduction de ce texte est controversée, mais Tarsis et la Sardaigne sont bien des
régions atteintes par les Phéniciens. De plus, le nom Pumay semble être un hypocoristique
du théonyme Pumay-yaton381 "Pumay a donné", plus connu sous sa forme grecque:
Pygmalion382. Cette variante du nom est étonnante, mais un roi de Chypre (vers -300) aussi
nommé Pumay-yaton est transcrit Pygmalion en grec (cf. Histoire XIX:79:4 de Diodore).
L'étude épigraphique383 permet une datation de cette stèle.
375 Vie de Lycurgue I:1.
376 Géographie VIII:3:30-31.
377 La guerre du Péloponnèse VI:2.
378 M.G. AMADASI GUZZO - Carthage

in: Que sais-je ? 340 (2007) Éd. Presses Universitaires de France pp. 11-20.
379 Histoire XVIII:4-6. Strabon (Géographie XVII:3:15) et Virgile (Enéide I) avaient déjà mentionné cet événement.
380 E. LIPINSKI – Itineraria Phoenicia

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 127 (2004) Éd. Peeters pp. 234-260.
381 De la même façon, le nom Baal de certains rois de Tyr (dans les annales assyriennes) semble être un hypocoristique de Baal-yaton.
382 E. LIPINSKI – Dieux et déesses de l'univers phénicien et punique

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 64 (1995) Éd. Peeters pp. 297-306.


383 B. S ASS – The Alphabet at the turn of the Millenium. The West Semitic Alphabet ca. 1150-850 BCE

Tel Aviv 2005 Ed. Emery and Claire Yass Publications in Archaeology pp. 22-40.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 85

-1150 -1000 [-900] -850

Fig. 4 : Alphabet phénicien de -1150 à -850

Ces inscriptions ont été classées par Sass en fonction de leur évolution dans le
temps et en utilisant les repères habituellement admis de -850 pour la stèle de Mésha, de -
1000 pour l'inscription d'Ahiram et de -1150 pour les inscriptions les plus anciennes. Ce
système de datation rudimentaire peut être amélioré par les synchronismes suivants:
 Selon la stèle de Mésha, Moab aurait été opprimé par Israël pendant 40 ans depuis le
règne d'Omri, Kemoshyat aurait régné 30 ans, puis Mésha (son fils) aurait libéré le pays.
Cette chronologie est plausible384 puisqu'elle situe les 40 ans à partir du règne d'Omri en
-930 jusqu'à la mort de Josaphat en -890. Le texte de 2Rois 3:4-7 situe la révolte de
Mésha peu après la mort d'Achab (en -898). Si Mésha a régné 30 ans comme son père,
sa stèle a dû être érigée après -898 et avant -870385 (fin de son règne).
 Hazaël a été un contemporain de Jéhu (885-856) et de Joachaz (856-839).
 La stèle de Dan386 mentionne la mort de Joram fils d'Achab et d'Ochozias fils de Joram,
en accord avec le texte biblique387. Hazaël est vraisemblablement l'auteur de cette stèle.
384 J.M. SPRINKLE – 2 Kings 3: History or Historical Fiction?
in: Bulletin for Biblical Research 9 (1999) pp. 247-270.
385 La lettre W (waw) dans la stèle de Mésha a encore la forme archaïque comme celle du sarcophage d'Ahiram.
386 A. BIRAN, J. NAVEH – An Aramaic Stele Fragment from Tel Dan

in: Israel Exploration Journal 43 (1993) pp. 81-98.


387 2Rois 8:28-9:16.
86 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

 L'inscription du roi Kilamuwa388 date de la fin du règne de Salmanazar III (859-824),


soit vers -830. Celle de Fekherye mentionne Hadad-yis’i, fils de Shamash-nûrî et
gouverneur de Guzan qui fut éponyme en -866 sous Aššurnaṣirpal II. Il est aussi
vraisemblable que le roi Hadad-yis’i [Adad-rêmanni] fut lui aussi éponyme en -841 sous
Salmanazar III, ce qui daterait la stèle de Fekherye autour de cette date389.
 La succession des rois de Byblos390 semble être: Ahiram, Ithobaal, Abibaal, Yehimilk,
Elibaal et Shipitbaal. Or Abibaal fut contemporain de Chéchanq Ier (980-959) et Elibaal
fut contemporain d'Osorkon Ier (959-924). En supposant une durée moyenne de règne
d'environ 20 ans, comme pour les rois de Tyr à cette époque, on obtient les
synchronismes suivants (surlignés):

Roi d'Israël Roi de Judée Roi d'Égypte Roi de Byblos


Salomon 1017 - Siamon 1003-984 Ahiram [1020-1000]
-977 Psousennes II 994-980 Ithobaal [1000 - 980]
Jéroboam 977-955 Roboam 977-960 Chéchanq Ier 980-959 Abibaal [980-960]
Nadab 955-954 Osorkon Ier 959 - Yehimilk [960-940]
Baasha 954-931 Elibaal [940 -
Elah 931-930 -924
Zimri 930 Roi de Moab Chéchanq II 924-922 -920]
Omri 930-919 Kemoshyat [930 - Takélot Ier 922-909 Shipitbaal [920-900]
Achab 919-898 -900] Osorkon II 909 -
Achaziah 898-897 Mesha [900-870?]
Joram (A) 897-886
Achaziah 886-885 Roi de Syrie
Jéhu 885-856 Hazaël (Dan) [880 - -865
Joachaz 856-839 -840] Takélot II 865-840

En utilisant ces synchronismes avec les inscriptions, l'épigraphie permet de dater la


stèle de Nora de façon plus précise. La forme de la lettre K (kap la ligne 6) de la stèle
n'apparaît qu'à partir de -890 (Mésha), la lettre M391 (mem lignes 4, 5 et 8) n'est verticale
qu'avant -840 (Fekherye), puis horizontale après cette date. La lettre L (lamed aux lignes 4, 6
et 8) n'est arrondie qu'après -890 (Mésha) et anguleuse avant cette date. Selon ces critères
épigraphiques, la stèle de Nora devrait être datée de 890-840, et non vers -800392, en accord
avec les données de Flavius Josèphe, soit -870 pour la 7e année (ou -830 pour la [4]7e?)393.
388 P. GARELLI, A. LEMAIRE - Le Proche-Orient Asiatique Tome 2
Paris 1997 Éd. P.U.F. pp. 92-96.
389 E. LIPINSKI – Their Arameans: their ancient history, culture, religion

in: Orientalia Lovaniensia Analecta 100 (2000) Éd. Peeters pp. 128-130, 239-242.
390 S. MOSCATI – The World of Phoenicians

London 1968 Ed. Weidenfeld and Nicolson pp. 10-11.


391 La lettre M dans la stèle de Dan est horizontale, mais aussi parfois verticale (ligne 8 fragment 1; lignes 2 et 4 fragment 2).
392 P.A.R. VAN DOMMELEN – On colonial grounds: A comparative study (...) in first millenium BC west central Sardinia

in: Archaeological Studies Leiden University 2 Ed. Leiden University 1998 p. 72.
393 Le départ d'Elissa de Tyr pourrait dater de la 7e année de Pygmalion et la fondation de Carthage de la 47e et dernière année.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 87

Le deuxième synchronisme, celui du tyrien Baalmanzer (assimilé au roi Baal-Ezer II


dans la liste de Flavius Josèphe), comporte les anomalies suivantes:
 Quelle que soit la chronologie adoptée pour le règne de Baal-Ezer II (856-850 ou 912-
906), elle précède de plusieurs années le tribut à Salmanazar III, daté de -841.
 Jusqu'à Tiglath-phalazar III, les rois assyriens ne mentionnent jamais (sauf cette unique
394
exception) le nom des rois de Tyr (ou de Sidon) dans leurs annales :

Roi d'Assyrie dates du règne Tribut payé par (selon les annales assyriennes):
Tiglath-phalazar Ier 1115-1076 Sidon
Aššurna ṣirpal II 884-859 Tyr, Sidon
Salmanazar III 859-824 Tyr, Sidon, Omri [en fait Israël]
Adad-nêrârî III 811-783 Tyr, Sidon
Tiglath-phalazar III 745-727 Hiram II [Ḫirumu] de Tyr
Sennachérib 705-681 Luli de Sidon, puis Ithobaal II [Tuba’lu] de Sidon
Esarhaddon 681-669 Abdimilkutte de Sidon / Baal [Ba’lu] de Tyr

 La transcription assyrienne de Baal-Ezer en Ba’li-ma-AN-zêri est aberrante, de plus, il


est difficile d'expliquer la signification de ce nom395 (mais le terme AN-zêri peut être
compris en assyrien comme "descendance du dieu"):

Nom phénicien grec (Josèphe) grec (Septante) assyrien hébreu signification


Tyr (Tsour) Tür Tür Ṣur Ṣûr Rocher
Sidon Sidon Sidon Ṣidon Ṣîdon Pêcherie ?
Hiram Éirom Airam Ḫirumu Ḥîram Vie élevée ?
Ithobaal Ithobal Iéthébaal [’]Tu-ba-il Èthbaal Avec lui est Baal
Baal-Ezer Balezor Baalézèr Ba’limaANzêri Baalézèr Baal est une aide
Mattan Méttèn Maththan Mitina Mattan [Baal] a offert

L'apparition anormale de Baal-manzer [Baal-Mattan-Ezer?] pourrait s'expliquer par


une précision erronée sur les tributaires, car certains rois s'attribuaient des actions de leurs
prédécesseurs, ce qui fut probablement le cas ici, puisque Omri (930-919) est aussi dans la
liste396, ce qui est anachronique. Le scribe en mettant le nom d'un fondateur à la place de la
ville (ou du pays) tributaire a vraisemblablement produit un anachronisme artificiel.
Les deux synchronismes des rois de Tyr provenant de Flavius Josèphe, début du
Temple peu avant le règne de Siamon (1003-984) et la fondation de Carthage au début du
règne de Pygmalion (fixé approximativement à 890-840 selon la stèle de Nora), sont donc
en très bon accord avec la chronologie israélite synchronisée.
394 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts
Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 274-301.
395 E. LIPINSKI – Ba‘li-Ma‘zer II and the Chronology of Tyre

in: Rivista degli studi orientali 45 (1970) pp. 59-65.


396 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 280.


88 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

PERIODE DES JUGES (DE -1493 A -1097)

1533 1493 1488 1452 1366 1299 1211 1193 1162 1097 1013
a b c d e f g h i j k l
40 5 25 x 8 40 18 20 20 40 7 40 3 23 22 18 6 7 10 8 40 20 y 40 40 4
[41] 80 [180]
300
480
450 18x50

a) Sortie d'Égypte (en -1533) après la mort du pharaon dans la mer Rouge et début des 40
ans d'errance dans le désert du Sinaï avant d'entrer en Canaan397.
b) Sortie du Sinaï (en -1493) et entrée en Canaan, début d'une période de 300 ans qui se
termine (en -1193) avec le vœu de Jephté398. Caleb entre en Canaan à l'âge de 80 ans et
le pays est pacifié quand il a 85 ans399, soit 5 ans (= 85 – 80) après son arrivée.
c) Josué meurt à l'âge de 110 ans400. La période qui suit n'est pas précisée [x], mais peut
être estimée. En effet, la génération qui est entrée en Canaan avec Josué devait prendre
possession du pays401. Or comme la génération précédente avait duré 40 ans402, cela
permet de supposer que: [40] = 5 + 25 (= 110 – 85) + x, soit x = 10. En fait le calcul
exact donne x = 11 ans, car 300 = 5 + 25 + x + 8 + 40 +18 + 80 + 7 + 40 +3 + 23 +
22 + 18. Cette date (de -1488) inaugure le début du cycle jubilaire selon le texte de
Lévitique403 qui précise: Lorsque vous entrerez au pays que je vous donne, la terre chômera un
sabbat pour Yahvé. Pendant 6 ans tu ensemenceras ton champ. Or, le pays est donné aux
Israélites par Josué après 5 ans de conquête404. Les biblistes ont remarqué que le jubilé
biblique traduit le processus "Dieu fait sortir pour donner405", par exemple, Dieu fait
sortir les Israélites pour leur donner un pays ou Dieu fait sortir Abraham d'Ur pour lui
donner un héritage (Isaac) qui devrait prendre possession de la porte de ses ennemis406.
Le premier jubilé mentionné après celui de -1488, est celui de -588.
d) Kushân-Rishataïm407, un roi expansionniste du Mitanni, opprime le pays d'Israël 8 ans,
puis Othniel est juge 40 ans, ensuite Églon, un roi moabite, opprime le pays d'Israël 18
ans, puis Éhoud est juge408.

397 Exode 16:35; Psaumes 136:15.


398 Juges 11:26,30.
399 Josué 14:7,10.
400 Josué 24:29.
401 Juges 2:6-10.
402 Nombres 32:13.
403 Lévitique 25:2.
404 Josué 11:23; 14:7,10.
405 J.-F. LEFEBVRE - Le jubilé biblique

Göttingen 2003 Éd. Universitaires Fribourg pp. 369,370.


406 Genèse 22:17.
407 En hébreu ce nom signifie "Kushân de la double méchanceté", et a été transcrit Khousarsatos dans la Septante.
408 Juges 3:8-15.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 89

e) Éhoud inaugure une période de paix de 80 ans au Sud (en Judée), qui se termine par 40
ans de paix totale précédée des 20 ans d'oppression au Nord (en Samarie) par Yabîn409
(1366-1346), roi cananéen d'Haṣor. Éhoud puis Shamgar jugent Israël les 20 premières
années de paix totale et Barak les 40 dernières410.
f) Le pays de Madian opprime Israël 7 ans, puis Gédéon juge Israël 40 ans, puis Abimélek
règne 3 ans, puis Tola juge Israël 23 ans et enfin Yaïr juge Israël 22 ans411.
g) Après la mort de Yaïr, sa fonction de juge d'Israël n'est pas renouvelée et le pays est
livré à l'oppression des Philistins, des Ammonites, des Égyptiens, etc. Cette période de
graves troubles débute après sa mort et cause une grande détresse en Israël. Cette
période d'anarchie grave dure 18 ans412.
h) Jephté juge d'Israël pendant 6 ans, Ibtsân pendant 7 ans, Élôn pendant 10 ans, Abdôn
pendant 8 ans, puis période d'oppression des Philistins pendant 40 ans413.
i) Fin de l'oppression grâce à Samson, juge pendant 20 ans414. L'arche d'alliance est
capturée par les Philistins, puis rendue au bout de 7 mois aux Israélites qui la déplacent
à Qiriath Yéarim où elle séjourne 20 ans415.
j) Période indéterminée [y] débutant avec la fin momentanée de l'usage des idoles, une
déroute des Philistins grâce à Samuel, et qui précède le règne de Saül416. Cette période
peut être calculée: y = 180 – (6 + 7 +10 + 8 + 40 + 20 + 40 + 40 + 3*) = 6 ans,
sachant que: 180 = 480 – 300 et 3* au lieu de 4, car la 4e année ne contient que 1 mois.
k) Saül règne 40 ans417, puis David règne 40 ans418.
l) Salomon règne 40 ans. Au début de sa 4e année de règne (soit à la fin de sa 3e année) se
termine une période de 480 ans débutant à la sortie d'Égypte419.
Trois durées de cette période sont controversées: celle de 5 ans après la sortie
d'Égypte, celle de 480 ans et celle qui est indéterminée (y). La période de 5 ans peut être
déterminée à partir de l'âge de Caleb. En effet, selon le texte de Josué, Caleb avait 85 ans
lorsque les Israélites reçurent le pays de Canaan en héritage. Or, ce dernier renvoyait à la
promesse faite à Moïse 45 ans plus tôt, promesse dans laquelle on apprend que Caleb avait
40 ans lorsqu'il avait exploré le pays à partir de Qadèsh Barnéa420, mais comme il était né en

409 Juges 3:30, 4:3, 5:31.


410 Juges 3:26-31, 4:22-24.
411 Juges 6:1, 8:28, 9:22, 10:1,2.
412 Juges 10:3-13.
413 Juges 12:7-13:1.
414 Juges 13:5; 16:31.
415 1Samuel 6:1; 7:2.
416 1Samuel 7:4,13; 9:15,16.
417 Actes 13:21; Flavius Josèphe donne aussi 40 ans (Antiquités juives VI:378).
418 2Samuel 5:4.
419 1Rois 6:1; 11:42.
420 Josué 14:1,7,10.
90 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Égypte il comptait ses années selon l'ancien calendrier débutant en Tishri (septembre/
octobre). Cette exploration est datée du 1er mois de la 2e année après la sortie d'Égypte421.
Or, après la sortie d'Égypte les années seront comptées à partir de Nisan422 (mars/ avril) et
non à partir de Tishri, soit un décalage de 6 mois avec l'ancien système.
1533 1493 1488
39 40 41 78 79 80 81 82 83 84 85
1 2 39 40 41 42 43 44 45
1 2 3 4 5 1 2 49 50

Le système des jubilés de 50 ans ne débute pas à la 1ère année en Canaan (en -1493),
mais seulement à partir de la 85e année de Caleb (en -1488), car ce pays n'est donné aux
Israélites qu'après la période de pacification423. Il était en effet impossible de cultiver le pays
durant la guerre de conquête en Canaan et donc de pratiquer les ordonnances jubilaires.
Cette conquête fut brève (5 ans). La 1ère année de la période jubilaire de 50 ans débute en
Nisan (en -1488) mais n'est effective que le 10 Tishri424.
La période de 480 ans est controversée. On lit, en effet: Ce fut en l'an 480 après que les
enfants d'Israël furent sortis d'Egypte, la 4e année du règne de Salomon sur tout Israël, au mois de Ziv, qui
est le 2e mois425. Cela pourrait impliquer un début après la sortie du pays de Goshen en
Égypte. Or cette lecture possible contredit les autres données bibliques. En effet, en se
plaçant avant les 40 ans dans le désert (et non après), on obtient: 40 + 300 + 6 + 7 + 10 +
8 + 40 + 20 + x + 40 + 40 + 3 = 514 + y, or si 514 + y = 480 on aurait y = -34 ans! En
fait, le désert du Sinaï appartenait à l'Égypte, puisqu'il était situé avant le ouadi d'Égypte qui
marquait sa frontière426. Les Israélites sont donc définitivement sortis d'Égypte quand ils
ont passé ce ouadi (et donc après les 40 ans dans le désert). Selon ce schéma, on obtient:
474 + y = 480, ce qui donne y = 6 ans. Les traducteurs de la Septante qui connaissaient
cette période de 480 ans, débutant à la sortie d'Égypte après les 40 ans dans le désert, les
ont soustraits (ou lieu de les additionner)427 pour obtenir 440 ans (= 480 - 40)!
L'existence d'une période différente séparant deux événements apparemment
identiques se retrouve avec le départ de l'arche de Qiriat Yéarim qui arrive dans cette ville
où elle reste 20 ans. Après les 40 ans de règne de Saül, David décide de la ramener de Qiriat
Yéarim à Jérusalem428, ce qui semble paradoxal, car on aurait, soit 40 ans, soit 0 an. Il est
possible qu'entre temps, l'arche ait été déplacée soit à Baalé de Juda, une localité proche de
421 Nombres 9:1, 13:25.
422 Exode 12:2, 23:15.
423 Josué 1:15.
424 Lévitique 25:9,10.
425 1Rois 6:1 (puisque la période est datée du 2e mois de la 4e année, cela correspond à la fin complète de sa 3e année).
426 2Rois 24:7.
427 De la sortie d'Égypte, marquant le début de l'Exode, jusqu'à la 4e année il y a 520 ans (= 480 + 40).
428 1Chroniques 13:5.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 91

Qiriat Yéarim, soit à Gibéa429 comme le traduit la Vulgate. En effet, la précision "dans la
colline" est étrange, car ba-gibéah est généralement traduit par "dans Gibéa" (la ville de
Gibéa était proche géographiquement de Qiriat Yéarim). De plus, Saül demanda à faire
venir l'arche à lui lorsque qu'il s'est trouvé à Gibéa430.
Il y a six synchronismes dans la période des Juges (1493-1097): 1) l'arrivée des
Philistins en Palestine (vers -1162), 2) la prise d'Ashqelôn et l'anéantissement Israël, selon la
stèle de Merenptah (en -1211), 3) la guerre de Séthy Ier dans l'Amurru (en -1294), 4) la
guerre des Apirou mentionnée dans les lettres d'El Amarna (en -1347), 5) l'expansionnisme
du Mitanni (vers -1452) et la prise de Jéricho par les Hyksos (en -1493).

DATE DE L'ARRIVEE DES PHILISTINS (VERS -1162)

Les Philistins (pelišti) sont mentionnés pour la première fois, parmi les Peuples de la
mer, dans la Grande inscription de l'an 8 de Ramsès III (en -1185). L'Onomasticon
d'Amenemope (daté vers -1100) localise les Philistins (p-w-l-ÿ-s3-ti) à Ahsdod, Ashqelôn,
Gaza, et [Eqrôn?]. Cette arrivée massive de Philistins dans la plaine côtière méridionale du
Levant431 est datée 23 ans avant qu'ils annexent le pays d'Israël (de -1162 à -1122). Sur les
murs de Medinet Habu les combattants apparaissent avec des casques à
plumes alors qu'un chef philistin (p-w-l-s3-ti) est coiffé d'un bonnet432 (ci-
contre). Ces Philistins, associés aux Peuples de la mer, se sont donc
installés dans leurs antiques colonies avant de régner sur les Israélites.
L'apparition des Philistins en Palestine "pays des Philistins" est donc
concomitante dans les chronologies égyptienne et israélite.
Ce synchronisme pose problème car, selon le texte biblique, les Philistins, venus de
l'île de Crète433 (Kaphtor), étaient déjà installés dans cette région à l'époque d'Abraham434
(vers -1900). Si les spécialistes des recherches bibliques reconnaissent que les Philistins sont
originaires de la Crète, le Kaptaru akkadien ou le Keftiu égyptien, ils estiment toutefois que
leur mention dans les textes bibliques, avant Ramsès III, constitue un anachronisme435. En
fait, la traduction du mot égyptien Keftiu436 "Crétois" ou lieu de "Crète", résout non
seulement les nombreux paradoxes des données égyptiennes, mais confirme aussi la haute
429 2Samuel 6:2, 1Samuel 7:1.
430 Josué 24:33, 1Samuel 22:6, 1Samuel 14:16-18.
431 Selon Justin (Histoires Philippiques XVIII:3:5), les Sidoniens avaient repoussé les navires philistins 1 an avant la guerre de Troie (-1184).
432 A.E. KILLEBREW – Biblical Peoples and Etnicity

Atlanta 2005 Ed. Society of Biblical Literature pp. 197-245.


433 Deutéronome 2:23, Jérémie 47:4; Amos 9:7.
434 Genèse 21:32-34. La ville de Gérar est proche de Gaza (Genèse 10:19), mais n'est pas dirigée par un prince Philistin (Josué 13:3).
435 R. DE VAUX - Histoire ancienne d'Israël des origines à l'installation en Canaan

Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 468-480.


436 Le terme Philistie apparaît à la XXIIe dynastie (JEA 25 [1939] pp. 30-39), après que le terme Keftiu ait disparu (XX e dynastie).
92 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

antiquité des Philistins, que les Égyptiens appelaient, conformément à leur origine: Crétois
des îles au milieu de la mer [méditerranée]. Vercoutter437, malgré le grand nombre de documents
analysés, concluait que l'identification Keftiu à la Crète ne reposait finalement que sur une
forte présomption à cause des éléments suivants:
 Les textes égyptiens qui décrivent géographiquement Keftiu l'associent souvent à la
ville de Byblos et situent régulièrement cette contrée vers la Syrie.
 Une gravure égyptienne438 du vizir Rekhmiré (vers -1450) représente un prince de
Keftiu, vassal de l'Égypte de type syrien (1er personnage avec la petite barbe) alors que
ses offrandes sont de type égéen (comme le 4e personnage aux cheveux ondulés):

 Dans le Décret de Canope (en -238), le mot égyptien Keftiu est rendu en grec par
"Phénicie" (normalement ce mot est écrit Ḫaru en égyptien).
 Dans l'inscription citant tous les "Peuples de la mer", les Tjekker (installés à Dor selon
le récit d'Ounamon) et les Philistins ne sont pas décrits comme venant de la mer.

Ces éléments sont convergents439, ils appuient l'identification de la contrée appelée


Keftiu "Crétois", un nom géographique, à la "Philistie", un nom ethnique. De plus, la Crète
n'a jamais été vassale de l'Égypte alors que ce fut le cas du sud de la Palestine (entre -1530
et -1350). Comme l'avait noté Vercoutter le w final du mot Keftiu (k-f-ti-w) est anormal
(marque du pluriel), mais s'explique linguistiquement, car le terme kaptaru akkadien
(désignant la Crète) correspond exactement à l'égyptien k-f-ti-[r] avec un amuïssement du r
final. Le mot égyptien keftiu peut donc être traduit en égyptien par: ceux de Kaphto[r].
437 J. VERCOUTTER – L'Egypte et le monde égéen préhellénique: étude critique des sources égyptiennes
Le Caire 1956 Éd. Institut Français d'Archéologie Orientale XXXV pp. 38-157.
438 N. DE GARIES DAVIES – The Tombs of Menkheperrasonb, Amenmose, and Another

in: The Theban Tombs Series V (London 1933) The Egypt Exploration Society Plate IV.
439 C. VANDERSLEYEN – Le dossier égyptien des Philistins

in: The Land of Israel: Cross-roads of Civilizations Ed Peeters 1985 pp. 41-53.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 93

La liste "égéenne" du monument funéraire d'Amenhotep III (1383-1345), à Kom


el-Hetan, comporte une série de toponymes égéens (Cythère, Mycènes, Nauplie), et en
particulier crétois (Amnisos, Phaistos, Cnossos, Kydônia), dont Keftiu. Toutefois, comme
l'a remarqué Strange440, les noms Keftiu et Tanayu (?) sont isolés et à droite (nord-est de
l'Égypte) alors que tous les autres toponymes sont à gauche (nord-ouest de l'Égypte):

(gauche): 1) Amnisos 2) Phaistos 3) Kydônia 4) Mycènes 5) Dikté (Béotie) 6) Messénie 7) Nauplie 8) Cythère 9) Ilios (Troie) 10) Cnossos
11) Amnisos 12) Lyktos (droite): 1) Keftiu 2) Tanayu (?)

Cette disposition des toponymes illustre un fait: pour les Égyptiens l'ensemble de
ces villes ou contrées formait une entité géographique dont Keftiu "Crétois" et Tanayu (?)
"Danéens?" étaient des extensions.
L'archéologie crétoise441 a éclairé le rôle et les échanges entre les grands empires
égéen, égyptien et babylonien du 2e millénaire avant notre ère442. Les premiers cachets
babyloniens, au nom de Sargon443 (2243-2187), apparaissent en Crète autour de -2200 et
une stèle rédigée sous le pharaon Sésostris Ier (1946-1901) contient l'expression Horus Kefti
qui peut être traduite par Horus Crétois par analogie avec Horus Tehenou (Horus Libyen). De
même, le Trésor de Tôd (découvert en Haute-Égypte) enfermé dans quatre coffres portant le
cartouche du pharaon Amenemhat II (1901-1863) renferme 153 coupes en argent de
fabrication minoenne. Ces découvertes prouvent que les échanges commerciaux avec la
Crète avaient commencé avant -2000 et concernaient surtout l'échange de métaux (et aussi
de matières précieuses). La Mésopotamie importait principalement l'étain crétois et le
cuivre chypriote pour fabriquer le bronze alors que l'Égypte privilégiait les vases d'argent
crétois notamment des rhytons. Quelques tablettes d'inventaire, archivées dans les temples,
permettent de reconstituer le trajet de ces matériaux444. Celle trouvée dans le palais de Mari,
et datée de la 9e année de Zimrî-Lîm (1679-1665), indique que 500 kg d'étain venaient de

440 J. STRANGE – Caphtor-Keftiu: a new investigation


in: Acta Theologica Danica 14, Leiden 1980, Ed. E.J. Brill pp. 21-27.
441 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robert Laffont pp. 208-210.


442 R. TREIL, P. DARCQUE, J.-C. POURSAT, G. TOUCHAIS – Les civilisations égéennes du néolithique et de l'âge de bronze

Paris 2008 Éd. Presses Universitaires de France pp. 138-140, 153-154, 161, 419, 456.
443 E.F. WEIDNER – Notes on the Sargon inscription

in: The Journal of Hellenic Studies Vol. 59 (1939) pp. 138-139.


444 M.H. WIENER – The Nature and Control of Minoan Foreign Trade

in: Studies in Mediterranean Archaeology Vol. XC (1991) pp. 325-350.


94 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Kaptaru (kap-ta-ri-tum) et avaient transité par plusieurs villes: Alep, Haṣor et Ugarit et que le
cuivre venait d'Alashiya (Chypre, lettre EA 40) et de Dilmun (Bahreïn) via Magan (Oman).
Une lettre (EA 114) envoyée par le maire de Byblos à son suzerain, le pharaon Amenhotep
III (1383-1345), confirme le rôle crucial du port de cette ville, ainsi que ceux de Tyr,
Beyrouth et Sidon, pour acheminer les navires venant d'Alashiya vers l'Égypte445. A cause
du cabotage, les bateaux crétois faisaient escale à Chypre pour embarquer le cuivre, puis ils
déchargeaient une partie de leur cargaison à Byblos (étain et cuivre), qui était ensuite
acheminer par voie terrestre, avant de terminer leur voyage vers l'Égypte (déchargement
des vases en argent). Cette route commerciale fut parfois interrompue comme le déplorait
un scribe égyptien de l'époque du pharaon Ahmosis (1530-1505): Vraiment aujourd'hui,
personne ne peut plus voguer au nord, vers Byblos; Comment nous procurerons-nous du bois de cèdre pour
nos sarcophages qui abritent nos momies, les produits avec lesquels doivent être inhumés les prêtres purs,
l'huile, qui vient d'aussi loin que les Crétois (Keftiu), avec laquelle doivent être embaumés les nobles ? Ces
merveilles ne reviendront plus (Admonitions d'Ipouer 3:6-8)446. En fait, les Égyptiens de cette
époque considéraient que les Crétois (Keftiu) qu'ils côtoyaient en "Philistie" venaient de ces
"îles au milieu de la mer" avec lesquelles ils commerçaient et dont Cnossos devait être le
pôle exportateur447 (au moins jusqu'en -1370, date de la destruction du palais de Cnossos).
Les historiens grecs donnent des renseignements qui éclairent l'origine ethnique des
Philistins. Selon Homère: Au milieu de la vaste mer est la belle et féconde île de Crète des milliers
d'hommes l'habitent, et quatre-vingt-dix villes sont renfermés dans ce pays, où l'on parle divers langages. Là
sont les Achéens [Mycéniens], les magnanimes Crétois autochtones, les Kydoniens, les Doriens, divisés en
trois tribus, et les divins Pélasges. Au milieu de cette contrée s'élève la grande ville de Cnossos où Minos
régna pendant neuf ans448. Une scholie sur ce passage dit que l'épithète de Zeus Pelasgikos était
lue aussi Pelastikos. Les Pélasges se seraient appelés primitivement les Pélastes449 d'où
dérive le nom Philistins450. Selon Thucydide (La guerre du Péloponnèse I:3-4), c'est Minos, à
l'époque des Pélasges, qui établit les premières colonies organisées. Diodore écrit: les
Pélasges, réduits à une vie errante par leurs expéditions et émigrations continuelles, abordèrent en Crète et
vinrent occuper une partie de cette île (Bibliothèque historique IV:60:2, V:78:2, V:80:2). Hérodote

445 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna


in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 315-318.
S. WACHSMANN – Keftiu, the “Isles in the Midst of the Sea” and Alashia
in: Aegeans in the Theban Tombs (Peeters, 1987) pp. 93-101.
446 A. FERMAT, M. LAPIDUS – Les prophéties de l'Égypte ancienne

Paris 1999 Éd. La Maison de Vie p. 20.


447 N. FERNANDEZ – La Crète du roi Minos. Une brillante civilisation de la protohistoire égéenne

Paris 2008 Éd. L'Harmattan pp. 22, 103-108, 156-159.


448 Odyssée XIX:173-177. Platon (427-347) confirme cette tradition sur la primauté des Crétois (Les Lois I:1).
449 B. SERGENT – Les indo-européens

Paris 1995 Éd. Payot & Rivages pp. 107-108.


450 Les mots pélagos (πελαγοϛ) "haute mer", pélasgoi* (πελαγσ-kοι*) "les marins" et pélastoi (πελαστοι) "les philistins" sont proches.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 95

(Enquête I:171) précise les sujets de Minos étaient les inventeurs du casque à crinière, or des
casques à crête sont représentés sur le disque de Phaistos (daté vers -1700). L'archéologie,
grâce à la similitude des céramiques minoennes et philistines451, a confirmé les affirmations
de ces historiens452. Les textes d'exécration égyptiens (1900-1800) visaient des hommes
comme Haluyakim, Hikisanu et Muri, des princes d'Ashqelôn et Yarpilu, un prince
d'Eqrôn453. Il est ainsi possible d'établir la reconstitution chronologique suivante:
 Vers -2000, départ massif de Pélastes (Philistins), une ethnie migratrice de la Crète, vers
la Palestine (qui lui doit son nom)454. Fondation d'Ashqelôn et d'Eqrôn. La "Philistie"
est perçue par les Égyptiens comme une province du royaume minoen.
 Vers -1900, Abraham rencontre Abimélek, un roi cananéen en territoire philistin, ainsi
que Pikol (nom indo-européen), son chef d'armée. Abimélek remet à Sara 11 kilos
d'argent (Genèse 20:16), un métal rare en Palestine, mais abondant en Crète.
 Vers -1530, expulsion des Hyksos. La "Philistie" est alors perçue comme une
principauté crétoise devenue vassale de l'Égypte. Les Philistins sont des experts dans
l'art de la forge (Juges 1:18-19; 1Samuel 13:19).
 Vers -1370, destruction du palais de Cnossos, le terme Keftiu disparaît des documents
égyptiens. La "Philistie" (l'ancienne Keftiu) devient une province égyptienne. Widya
(nom indo-européen), le maire d'Ashqelôn et Ya[h]tiru (?), le maire de Gaza, sont aux
ordres des commissaires égyptiens (lettres d'El-Amarna EA 296 et EA 320 à 327).
 Vers -1190, les Philistins s'associent aux Peuples de la mer et se révoltent, sans succès,
contre l'Égypte. La Philistie, appelée par les Égyptiens du nom de son ethnie d'origine
au lieu de sa provenance géographique, devient une province subordonnée à Israël.
 Vers -800, Adad-nêrârî III attaque la Philistie (Palaštu) qui devient, malgré plusieurs
révoltes durement réprimées, vassale de l'empire assyrien455.
 En -604, Nabuchodonosor II détruit Ashqelôn (rattachée ensuite à Tyr). La Philistie est
intégrée à l'empire babylonien et perd toute autonomie. Hérodote456, vers -450, nomme
Syrie-Palestine la région qui recouvrait l'ancienne Philistie, la Judée et la Samarie.

451 M. DELCOR – Philistins, données archéologiques


in: Dictionnaire de la Bible supplément (Letouzey & Ané 1966) pp. 1233-1288.
A.E. KILLEBREW – Biblical Peoples and Etnicity
Atlanta 2005 Ed. Society of Biblical Literature pp. 197-245.
452 Les Pélasges sont situés avant -1800 (N. P APAHATZIS – Mycènes –Épidaure –Tirythe –Nauplie, 1978, Éd. Clio pp. 12-18).
453 J. BRIEND, M.-J. SEUX – Israël et les nations

in: Supplément au Cahier Evangile 69 (Cerf 1989) pp. 13-15.


454 La langue crétoise reste inconnue (linéaire A ?) tout comme la langue philistine, à l'exception de quelques noms propres. Une liste

égyptienne (datée vers -1500) répertorie quelques noms crétois (keftiu) comme (voir Vercoutter p.45): Akashu (’Ik3š3w), proche de Akish,
le roi de Gath (1Samuel 17:1), mais aussi comme Ben-Neṣabal (Bn-nd3b3r) un nom sémitique (!). Le nom Goliath a été rapproché du
lydien Alyatte et du nom écrit ’LWT sur une inscription trouvée à Tel es-Safi (Gath?) et datée vers -900.
455 P. GARELLI, A. LEMAIRE - Le Proche-Orient Asiatique Tome 2

Paris 1997 Éd. P.U.F. pp. 93-96.


456 Enquête I:105; II:106; III:5,91; VII:89.
96 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

DATE DE LA STELE D'ISRAËL (EN -1211)

La stèle d'Israël457 est la plus ancienne inscription connue mentionnant le peuple


"Israël", elle est datée du III Shemou 3 de l'an 5 de Merenptah, soit le 20 avril -1211, et
relate les événements suivants458: Téhénou (la Libye) est dévasté; le Hatti est en paix. Canaan459 est
dépouillé de toute sa malfaisance; Ashqelôn est déporté; on s'est emparé de Guèzèr; Yanoam est comme si
elle n'est plus; Israël est anéanti et n'a plus de semence. Le Harou est en veuvage devant l'Egypte. Tous les
pays sont pacifiés. Le pharaon Merenptah après avoir dévasté la Libye (but premier de son
expédition) se réjouissait qu'Israël, mentionné en tant que
peuple et non comme pays, soit anéanti et n'ait plus de
semence, c'est-à-dire de dirigeant460. Traduction: Yisrial dévasté n'a plus descendances-ses

La "prise" d'Ashqelôn
est représentée sur un mur de
Karnak461. Il s'agit en fait d'une
opération de police (et non
d'une bataille) pour effectuer
une expulsion, car les hommes
(et quelques femmes) sont non
armés et implorent les soldats
Égyptiens. Vu le contexte, les
habitants de cette ville auraient
dû être des Philistins, mais
leurs vêtements, de type
cananéen, supposent plutôt
des Israélites. En effet, selon le
texte biblique (Juges 1:1-19),
les Israélites avaient envahi les
villes de Gaza, d'Ashqelôn et d'Éqrôn (en -1463), sans toutefois pouvoir les conquérir à
cause des chars de fer philistins, ces villes restaient donc sous commandement philistin. Les
457 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts
Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 376-378.
458 J. BRIEND, M.-J. SEUX – Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël

Paris 1977 Éd. Cerf p. 67.


459 Le terme Canaan pourrait en fait se restreindre à Gaza (in: Journal of the American Oriental Society 102 (1982) pp. 111-113).
460 Le pictogramme du mot "semences" a trois grains alors que celui de l'inscription "descendances" en a un seul (R.O. FAULKNER – A

Concise Dictionary of Middle Egyptian, Oxford 2002, Ed. Griffith Institute p. 91). De plus, seul ce dernier sens convient au contexte.
461 A. MAZAR – Archaeology of the Land of the Bible

New York 1990 Ed. Doubleday p. 235.


C. VANDERSLEYEN – L'Egypte et la vallée du Nil
Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 559-574.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 97

lettres d'El-Amarna montrent que leurs maires étaient des vassaux de l'Égypte. Widya (nom
indo-aryen), par exemple, le maire d'Ashqelôn, rappelle constamment dans ses courriers462
son allégeance au roi Amenhotep IV. Merenptah, pour soutenir son vassal, a donc expulsé
les résidents israélites d'Ashqelôn, qui est ainsi redevenue une ville entièrement philistine463.
Selon le texte biblique (Juges 10:3-13), de graves désordres apparurent en Israël
après la mort du juge Yaïr, qui fut sans successeur pendant 18 ans. Yaïr étant mort après 22
ans de règne, sa 23e année aurait dû commencer au 1er Nisan, soit le 21 avril -1211464. La
correspondance est excellente entre la stèle d'Israël (ayant la même date), dans laquelle le
pharaon Merenptah se réjouit que le peuple Israël soit anéanti (par les Philistins) et le
témoignage biblique qui déplore la grande détresse d'Israël provoquée par l'oppression des
Philistins et des Ammonites, et qui a coïncidé avec la mort du juge Yaïr.

DATE DE LA VICTOIRE DE BETH-SHEAN (EN -1294)


Fig. 6 : Raid de Séthy Ier en Syrie
e
La XIX dynastie, issue des
rangs de l'armée, réaffirme les
aspects guerriers d'une royauté
conquérante. Séthy Ier lance, en
1294, l'offensive contre les Shasou,
une source perpétuelle d'instabilité.
Il ramène pour peu de temps
l'Amurru sous contrôle égyptien,
avant d'engager le combat avec les
Hittites non loin de Qadesh. Ces
succès militaires, dépeints avec
emphase sur le mur de Karnak,
n'ont été en fait que de simples
escarmouches comme le montre une reconstitution minutieuse de son itinéraire465. Les
Shasou combattus sont près de Gaza, il ne s'agit donc pas de la Judée. Les combats contre
les Téhénou (Libyens) et les Hittites dans le Retenou sont donc dans le nord de la
462 W.L. MORAN – Les lettres d'El-Amarna
in: Littératures Anciennes du Proche-Orient 13 (Cerf 1987) pp. 543-547.
E. LIPINSKI – Ashqelôn
in: Dictionnaire encyclopédique de la Bible ((Brepols 1987) p. 153.
463 Juges 14:19; 1Samuel 6:17; 2Samuel 1:20.

Dans beaucoup d'autres villes, et malgré l'interdiction, les Israélites habitaient en compagnie de Cananéens (Juges 1:27-33).
464 L'équinoxe de printemps est daté du 1er avril en -1211, le 21 avril correspond à l'apparition du 1er croissant de lune après cette date.
465 A. DEGREVE – La campagne asiatique de l'an 1 de Séthy Ier

in: Revue d'égyptologie 57 (2006) pp. 47-64.


98 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Palestine, telles les opérations militaires contre Qadesh et l'Amurru. Lors de son retour, les
troubles entre chefs locaux que le roi réprime sont dans la région de Beth-Shéan.
Cette reconstitution est conforme au récit biblique. Selon la chronologie israélite,
cette période se situe au début de la judicature de Gédéon, soit en -1299. La situation en
Palestine est présentée comme anarchique, les troubles venant des Madianites, des
Amalequites (Libyens) près de Gaza et des Orientaux près de Beth-Shéan466 (dans la plaine
de Yizréel). Les Orientaux pour les Israélites étaient surtout des Syriens467. Ceux de cette
époque sont qualifiés de Sidoniens468 (l'Amurru des Égyptiens). Selon le texte biblique,
Gédéon aurait abattu 120000 orientaux469 près de Beth-Shéan. Cette défaite pourrait
expliquer les changements d'alliance de l'Amurru et aussi que Séthy Ier se soit attribué la
pacification de cette région. Il est intéressant de noter qu'un des protagoniste, Duppi-
Teshub (1312-1290), traite les Apirou de brigands (SA-GAZ) dans un traité d'alliance. Par
cette victoire, Gédéon dut acquérir une réputation mémorable, puisque Eusèbe470 rapporte
les écrits de Porphyre, un opposant qui contestait le texte biblique à cette époque: Les
indications les plus exactes sur les Juifs, puisqu'elles concordent tout à fait avec les noms de lieux et de
personnes, sont dues à Sanchuniaton de Beyrouth, qui avait reçu en main les livres de Yerubbaal, prêtre du
dieu Iéuô (…) L'époque de ces personnages tombe avant même la guerre de Troie. Cette Histoire
phénicienne a été traduite du phénicien en grec par un certain Philon de Byblos. Selon le texte
de Juges 7:1, Gédéon, un juge de Yehowah, est appelé Yerubbaal. La stèle de Merenptah
mentionne un peuple (Israël) dans cette région, et non un royaume, or, le royaume d'Israël
n'apparut qu'à la fin de la période des Juges, avec Saül (1097-1057), le premier roi
israélite471. Les habitant de la Palestine sont appelés Shasou472, ou Apirou, à cette époque.
Les descriptions de Shasou sous Ramsès II reflètent la conception égyptienne sur ce groupe
etnique: Il prend ce qui reste et rejoint les [rangs des] misérables. Il se mêle aux tribus des Shasou et se
déguise en Asiatique (...) L'étroit défilé est infesté de Shasou qui se cachent dans la broussaille; certains
d'entre eux ont 4 coudées ou 5 coudées de la tête au pied, féroces du visage, leur cœur n'est pas doux et ils ne
prêtent pas l'oreille aux cajoleries473. Ces Shasou géants (plus de 2,50 m!) ressemblent aux
Anaqim qui résidaient dans le sud-ouest de la Palestine que le texte biblique décrit lui aussi
à plusieurs reprises474.
466 Juges 6:1-6,33; Josué 17:16.
467 Genèse 25:6,20.
468 Juges 10:12.
469 Juges 8:10.
470 Préparation évangélique I:10:12-14.
471 1Samuel 8:5-9:16.
472 T.E. LEVY, R.B. ADAMS & A. MUNIZ - Archaeology and the Shasu Nomads

in: Le-David Maskil: Ed. Eisenbrauns 2004 pp. 63-89.


473 Pap. Anastasi I:20,3-4; I:23,7-8.
474 Nombres 13:22-33.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 99

Les relations des Égyptiens avec les Shasou étaient en effet perçues comme
conflictuelles. Sur des stèles, attribuées à Ramsès II, on lit par exemple: Celui qui a dépouillé
les rois asiatiques dans leur pays: il a ruiné l'héritage du pays des Shasou» (stèle des Shardanes); Qui a
réduit à néant les nations rebelles (..) qui a fait [apporter leur tribut au] pays des Shasou (Stèle V); [Qui
a repoussé] les Asiatiques, qui a capturé [les gens du] pays des Shasou (Stèle IX). Toutefois, comme
les Shasou de ces stèles sont les associés des Hittites, autres ennemis de l'Égypte, ils
devaient être des Syriens et non des Hébreux, d'autant plus qu'un linteau de Tell er-Ratabi
représente Ramsès II en train d'abattre un Syrien (facilement identifiable grâce à sa coiffure
et à son costume).

DATE DE LA GUERRE DES APIROU (EN -1347)

Les lettres d'El-Amarna475 éclairent la situation des Apirou dans le sud du Retenou
durant une période allant de la fin du règne d'Amenhotep III au début du règne d'Aÿ.
Canaan apparaît comme une sorte de protectorat ou de colonie féodale sous le pouvoir des
pharaons. Chaque roi, ou roitelet, ou maire de ville, doit faire allégeance au pharaon et tenir
compte des exigences de ce dernier qui assure son pouvoir en envoyant un certain nombre
de représentants sur place. Ces lettres révèlent un contexte international généralement
pacifique avec, par exemple, des relations diplomatiques entre le roi de Babylone
Kadashman-Enlil et Amenhotep III, à l'exception des Apirou, qui ayant conquis une partie
du pays, représentent une menace. Les rois cananéens du nord de la Palestine se plaignent
fréquemment d'être attaqués par ces Apirou en demandant l'intervention des autorités
égyptiennes, qui la plupart du temps ne font rien. Rib-Adda, le roi de Byblos, écrit: La guerre
des Apirou contre moi est rude (…) Les Apirou ont tué Aduna, le roi d'Irqata (…) Pendant des années
les archers se sont avancés pour inspecter le pays, et pourtant maintenant que le pays du roi et Sumur, votre
ville de garnison, se sont joint aux Apirou, tu n'as rien fait (…) Si cette année des archers ne s'avancent
pas, alors tous les pays se joindront aux Apirou (…) Il a dit aux hommes de Gubla [Byblos]: Tuez votre
seigneur et joignez-vous aux Apirou comme Ammiya (…) Pourquoi es-tu négligent de sorte qu'on prend
ton pays? Qu'on ne dise pas, au temps des Commissaires: Les Apirou ont pris le pays tout entier (…) si le
roi, monseigneur, ne prête pas attention aux paroles de son serviteur, alors Gubla [Byblos] se joindra à lui
et tous les pays du roi, jusqu'à l'Égypte, seront joints aux Apirou. Il semble toutefois que ces
messages du roi cananéen témoignent plus une gesticulation qu'une guerre réelle, puisqu'il
écrit aussi: Puisque c'est moi qui ai arrêté les Apirou, il y a des hostilités contre moi (…) que dois-je

475 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna


in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 13-56.
100 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

faire, moi qui vis parmi les Apirou476. Certains rois cananéens477 reprochent même à des
commissaires égyptiens de sembler préférer les Apirou aux maires de villes cananéennes, et
Abi-Milkou, le maire de Tyr, reproche à Abdi-Tirši, le représentant de Haṣor, d'avoir
abandonné sa maison et de s'être livré aux Apirou, ce qui n'empêche pas ce dernier de
protester de sa fidélité au pharaon. Labayou, le maire de Sichem, est souvent dénoncé par
les autres rois cananéens comme étant un allié des Apirou, mais celui-ci proteste de son
innocence478: Je suis un serviteur loyal du roi! Je ne suis pas un rebelle et je ne manque pas à mon devoir;
je n'ai pas refusé de payer mon tribut, je n'ai rien refusé de ce que mon Commissaire avait demandé (…) Je
ne savais pas que mon fils était le compagnon des Apirou. Dès maintenant je le livre à Addaya [le
commissaire] (cette déclaration de Labayou prouve aussi qu'il ne peut pas être identifié à un
chef israélite).
En fait, les Apirou ne contrôlaient que la Cisjordanie et le sud de la Palestine, mais
les rois cananéens craignaient qu'ils étendent leur conquête. Les missives d'Abdiheba479, le
maire de Jérusalem, précisent indirectement la région conquise par les Apirou, il écrit: Vois,
je ne suis pas un maire; je suis un soldat du roi, mon seigneur. Vois, je suis un ami du roi, qui apporte son
tribut au roi (…) Que le roi s'occupe de son pays; le pays du roi est perdu. Tout m'en a été pris (…) Je
suis traité comme un Apirou [terme injurieux signifiant "un chien qui s'enfuit480"], et je ne rends pas visite
au roi, mon seigneur, puisque je suis en guerre. Je me trouve comme un navire au milieu de la mer (…) Les
Apirou ont pris les villes mêmes du roi. Pas un seul maire ne reste au roi, mon seigneur, tous sont perdus
(…) Milkilu [le maire de Gézer] et Tagi ont amené des troupes dans Qiltu contre moi (…) Que le roi
sache que tous les pays sont en paix les uns avec les autres, mais je suis en guerre. Que le roi pourvoie au
besoin de son pays. Vois le pays de Gazru, Ashqaluna et Lakisti. Ils leur ont donné de la nourriture (…)
C'est l'action de Milkilu et l'action des fils de Labayu, qui ont donné le pays aux Apirou (…) Que le roi,
mon seigneur, sache que je ne puis envoyer une caravane au roi, mon seigneur. Pour ton information!
Puisque le roi a placé son nom dans Jérusalem pour toujours, il ne peut l'abandonner. Selon le texte
biblique481 Jérusalem resta sous contrôle des Yebousites. Ce qui complique l'identification
précise des groupes par les Égyptiens est la multiplicité des ethnies en un même lieu. Selon
le texte biblique: Les fils d'Israël habitèrent au milieu des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des
Perrizites, des Hivites et des Yebousites482. De plus, la ville de Jérusalem resta aux mains des
Yebousites483 ("piétineurs"). Les campagnes des pharaons ont toujours évité l'aire des
476 EA 75; EA76; EA 77; EA 81; EA 83; EA 88; EA 94; EA 130.
477 EA 286; EA 148; EA 228.
478 EA 254.
479 EA 287, EA 288.
480 EA 67.
481 Josué 15:63.
482 Juges 3:5.
483 Josué 15:63.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 101

Shasou qui s'étendait dans les plaines occidentales de Jéricho, ce qui correspondait à la zone
indiquée par le texte de Josué484. L'aire des Apirou est plus petite que l'ensemble du
Retenou, cependant la domination égyptienne dans le Nord de la Palestine était épisodique
et peut-être plus théorique que réelle485. Les lettres d'El-Amarna relatent les raids, durant le
règne d'Akhenaton (1356-1340), de Labayou, le maire de Sakmu (Sichem) et de ‘Abdi-
Aširta, un puissant général amorrite et allié opportuniste et peu fiable des Égyptiens. Elles
permettent la reconstitution suivante des principales aires d'influence:

Fig. 7 : Aire des Apirou durant la période amarnienne

Josué 4:13.
484

J.C. GOYON - De l'Afrique à l'Orient (1800-330 avant notre ère)


485

Paris 2005 Éd. Ellipses pp. 73-75,101-105.


102 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Durant cette période, la situation politique de Byblos est alors dominée par
l'émergence d'une puissance majeure en Amurru dirigée par ‘Abdi-Aširta et par l'agression
de Šuppiluliuma Ier (1353-1322), roi du Hatti. Une fois Ṣumur prise et Byblos virtuellement
assiégée, Amenhotep IV se voit obligé de convoquer le roi de l'Amurru, Aziru (le fils
d'‘Abdi-Aširta), à la cour où il est détenu pendant plusieurs mois. Mais, cela ne l'empêche
pas d'intensifier ensuite la pression sur Byblos et de prêter allégeance au roi du Hatti. En
Palestine, la politique est dominée par des jeux de pouvoir locaux dans lesquels l'Égypte
cherche à interférer le moins possible. Les raids menés par Labayou et ses fils aux alentours
de Megiddo, d'abord perçus comme une suite de désordres mineurs, en viennent
rapidement à menacer les échanges commerciaux. Évitant toute ingérence directe,
Amenhotep IV demande à un groupe de cités palestiniennes de mettre de côté leurs
différents pour coopérer activement à l'élimination effective de Labayou. Les années qui
suivent la période amarnienne voient l'éclipse totale du Mitanni sous les coups de boutoirs
du Hatti et de l'Assyrie. La situation de Qadesh, grand centre commercial de la vallée de
l'Oronte, intéresse plus directement l'Égypte. Ses princes se rapprochent insensiblement du
Hatti. En dépit de traités de paix bilatéraux, les armées hittites et égyptiennes s'y sont déjà
affrontées, sous Toutankhamon (1336-1327).
La lettre EA 75486 permet de dater la guerre des ‘Apirou: Que le roi, mon seigneur, sache
que Gubla [Byblos], la servante du roi depuis les temps anciens, est indemne. Toutefois, la guerre des
‘Apirou contre moi est rude (...) Les ‘Apirou ont tué Aduna le roi d'Irqata, mais il n'y a eu personne qui
ait dit quoi que ce soit à ‘Abdi-Aširta. Aussi continuent-ils leurs prises (...) Que le roi, mon seigneur,
apprenne que le roi de Ḫatti s'est emparé de tous les pays qui étaient [vassaux] du roi de Mitanni. Vois, il
est roi, de Naḫrima [et] du pays des grands rois, [et] ‘Abdi-Aširta, [le serviteur] et chien, est en train de
pren[dre le pays du roi]. Cette guerre en Canaan487 correspond à la guerre de 1 an conduite en
Syrie par Šuppiluliuma Ier, 7 ans avant la mort d'Akhenaton, et qui est datée en -1347488.
Cette guerre coïncide avec l'accession de Barak, un juge israélite, qui avait déclaré la guerre
à Yabîn (II), le roi de Haṣor489, qui fut tué au début de ce conflit. Bien que Yabîn (II) soit
présenté comme roi de Canaan c'est Siséra, son puissant général, qui contrôlait en fait la
région du nord de la Palestine de 1366 à 1346. Le titre "roi de Canaan", attribué à Yabîn,
était honorifique et non réel, car il y avait plusieurs rois en Cannan à cette époque. Ce titre

486 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna


in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 255,256.
487 B. M ANLEY - Atlas historique de l'Égypte ancienne

Edimbourg 1998 Éd. Autrement pp. 80,81.


488 T.R. BRYCE – Some observations on the Chronology of Šuppiluliuma's Reign

in: Anatolian Studies XXXIX (1989) pp. 19-30.


489 Juges 4:1-23.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 103

était déjà honorifique à l'époque de la conquête de Josué (en -1493) puisqu'il est précisé
concernant Yabîn (I): En ce temps-là, Josué revint et s'empara de Haçor dont il tua le roi par l'épée.
Haçor était jadis la capitale de tous ces royaumes490. Cette affirmation a été confirmée par
l'archéologie, car avant -1800, Haṣor et Laish sont les deux seules cités de Canaan citées
dans les archives de Mari, qui accordent une grande importance à Haṣor. Dans les lettres de
Šamsi-Adad Ier (1711-1679), roi d'Assyrie, à son fils Yasmah-Adad, roi de Mari, il
mentionne le roi de Haṣor, Yabîn-Hadad (écrit Ibni-Addu), avec 4 rois d'Amurru491. Lors
de leur conquête de Canaan, les Israélites ne brûlèrent que trois villes: Jéricho, Aï et
Haṣor492, ce qui est en excellent accord avec l'archéologie qui date ces trois destructions par
le feu493 autour de -1500494. L'utilisation du titre de "roi" de manière honorifique est une
pratique orientale. Aššur-uballit II, par exemple, est encore qualifié de roi d'Assyrie dans les
annales babyloniennes, alors qu'il ne contrôlait en pratique qu'un minuscule bout d'empire.
La disparition précoce de Yabîn (II) au début des conflits (en -1347) pourrait expliquer son
absence des lettres d'El-Amarna. La seule lettre à mentionner un roi de Haṣor est celle
d'Abi-Milku, le maire de Tyr, qui écrit: Celui qui fait des razzias dans le pays du roi, c'est le roi de
Sidon. Le roi de Ḫaṣura a abandonné sa maison et s'est aligné avec les ‘Apiru (...) Ce sont de traîtres
individus. Il a reprit le pays du roi pour les ‘Apiru. Que le roi demande à son Commissaire qui connaît
bien Canaan495. Les lettres suivantes mentionnent seulement "l'homme de Haṣor" et non
plus le roi: Message de ‘Abdi-Tirši, l'homme de Ḫaṣura, ton serviteur (...) certes je garde Ḫaṣura, ainsi
que ses villages, pour le roi, mon seigneur. Que le roi, mon seigneur, se souvienne: iakurmi de tout ce qui a
été fait contre Ḫaṣura ta ville, et contre ton serviteur496. L'ancienne zone du roi d'Haṣor était donc
passée sous le contrôle des ‘Apirou. Malgré le rôle important des ‘Apirou dans la région, les
lettres d'El-Amarna ne mentionnent jamais leur roi. Cette anomalie apparente pourrait
s'expliquer par le fait que Barak n'était qu'un juge, ou un conseiller, et non un roi.
La zone contrôlée par les ‘Apirou, selon les lettres des rois cananéens, est donc
sensiblement la même que celle du pays des Shasou décrite par les Égyptiens. Cette région
de la Palestine paraît échapper à la domination égyptienne, puisque le commissaire de
Ṣumur n'était responsable que de la province d'Amurru qui allait de Byblos (Gubla)
jusqu'au sud d'Ugarit et vers l'intérieur jusqu'à l'Oronte. Le commissaire de Kumidu
490 Josué 11:1,10.
491 B.G. WOOD - Let the Evidence Speak
in: Biblical Archaeology Review March/ April 2007 pp. 26,78.
492 Josué 6:1,24, 8:19, 11:11-13.
493 La datation par le Carbone 14 donne une date de -1580 +/- 60 ans à partir d'un échantillon de 6 graines (Radiocarbon 37 [1995] p. 217)

ou de -1597 +/- 91 ans à partie de 2 échantillons d'une structure de base (Quaderni di Gerico 2 [2000] pp. 206-207,330,332).
494 Y. YADIN – Hazor, the Rediscovery of a Great Citadel of the Bible

1975 London, Ed. Littlehampton Book Services.


495 Lettre EA 148.
496 Lettre EA 228.
104 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

administrait la province de Apu, territoire qui allait de Qadesh, dans le sud de la Syrie, à
Haṣor dans le nord de la Palestine, et de la région de Damas jusqu'à la Transjordanie
septentrionale. Enfin, le commissaire de Gaza qui contrôlait la Palestine, à l'exception du
pays des Shasou, et une partie de la côte phénicienne, sans doute jusqu'à Beyrouth497.
La mise en parallèle des synchronismes permet de dater la guerre des ‘Apirou
durant la guerre en Syrie conduite par Šuppiluliuma Ier, soit de mai -1347 à mai -1346:

[1] [2] [3] [4] [5] [6]


-1347 1 X 36 19 [1] Amenhotep III roi égyptien
2 XI Lettre EA 23 (an 36 d'Amenhotep III)
3 XII 10
4 I 13 20 [6] Yabîn roi cananéen d'Israël
5 II 11 6
6 III 0 [6] Baraq juge israélite
7 IV [3] Aššur-uballit Ier roi assyrien
8 V
9 VI
[4] Šuppiluliuma Ier roi hittite
10 VII 37 Lettre EA 75 (guerre en Syrie du roi hittite, la
11 VIII guerre des ‘Apirou étant en cours)
12 IX [5] Tušratta roi mitannien
-1346 1 X
2 XI
3 XII 11
4 I 14 1
5 II 12 7
6 III
7 IV
8 V
9 VI
10 VII 38
11 VIII
12 IX
-1345 1 X
2 XI
3 XII 12
4 I 15 2
5 II 13 8
6 III
7 IV
8 V 1 [1] Akhenaton nouveau nom de
9 VI [2] Amenhotep IV roi égyptien
10 VII
11 VIII
12 IX Lettre EA 27 (an 12 d'Amenhotep IV)
-1344 1 X
2 XI
3 XII 2 13
4 I 16 3
5 II 14 9
6 III

Les raids de Labayou, le maire de Sechem, ne sont pas mentionnés dans le texte
biblique, peut-être parce qu'ils n'eurent qu'un rôle secondaire par rapport à la domination
de Yabîn, un roi puissant qui possédait 900 chars de fer498. En fait, seule la victoire sur
Siséra et Yabîn a été conservée dans la mémoire israélite499.
497 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna
in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 34,35.
498 Juges 4:3.
499 Psaumes 83:9.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 105

DATE DE L'EXPANSIONNISME DU MITANNI (VERS -1452)

On sait500 que le pharaon Thoutmosis Ier (1484-1472) a lancé au début de son règne
un raid en profondeur qui l'a mené jusqu'à l'Euphrate. Cette action visait à contenir la
puissance mitanienne (le pays du Mitanni est écrit ḫ3st Mtn dans les textes égyptiens) en
direction de la Syrie et du pays de Canaan où, au témoignage de la documentation
postérieure, de nombreux princes aryas, certains peut-être apparentés à la dynastie hourrite
de même origine, s'étaient installés dans plusieurs cités de la région. Selon la chronologie
synchronisée, les rois de cette époque, ayant des visées expansionnistes, sont Barattarna Ier
(1480-1455) et Šauštatar Ier (1455-1435). La mise en parallèle des synchronismes égyptiens
et israélites donne le tableau suivant:

nom du dirigeant date de la judicature zone de contrôle pharaon impliqué


Moïse 04/1533 - 04/1493 [Sinaï] (Stèle de la tempête) Ahmosis (05/1530 - 07/1505)
Josué 04/1493 - 04/1463 Thoutmosis Ier (02/1484 - 11/1472)
[période sans juge] 04/1463 - 04/1452 (Spéos Artémidos) Hatshepsout (08/1472 - 04/1450)
[Kushân-Rishataïm] 04/1452 - 04/1444 Mitanni (bataille de Megiddo) Thoutmosis III (08/1472 - 03/1418)
Othniel 04/1444 - 04/1404
[Églon] 04/1404 - 04/1386 Moab Amenhotep II (11/1420 - 02/1392)
Ehoud/ Shamgar 04/1386 - 04/1366
[Yabîn d'Haṣor] 04/1366 - 04/1346 Canaan (période amarnienne avec Amenhotep III (10/1383 - 07/1345)
Labayou et ‘Abdi-Aširta) Akhenaton (03/1356 - 10/1340)
Barak 04/1346 - 04/1306
[Madian] 04/1306 - 04/1299 Madian [Edom] Horemheb II (12/1308 - 01/1295)
Gédéon 04/1299 - 04/1259 (Amurru neutralisé) Séthy Ier (06/1294 - 06/1283)
Abimélek 04/1259 - 04/1256
Tola 04/1256 - 04/1233
Yaïr 04/1233 - 04/1211
[période d'anarchie] 04/1211 - 04/1193 Vassaux d'Égypte (Stèle d'Israël) Merenptah (08/1216 - 10/1207)
Jephté 04/1193 - 04/1187 Ammôn
Ibtsân 04/1187 - 04/1180
Élôn 04/1180 - 04/1170
Abdôn 04/1170 - 04/1162
[Philistins] 04/1162 - 04/1122 (Peuples de la mer) Ramsès III (04/1192 - 04/1161)
Samson 04/1122 - 04/1102

Grandet501 remarque: L'archéologie semble révéler une vague de destruction et d'abandon de la


plupart des centres urbains de Cana‘an lors de la transition de la phase finale de l'âge du Bronze moyen à
celui du Bronze tardif, soit, pour compter large, entre le début du Nouvel Empire et la fin de la XVIIIe

500 J. FREU – Histoire du Mitanni


Paris 2003 Éd. L'Harmattan pp. 38-43.
501 P. GRANDET – Les pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique

Paris 2008 Éd. du Rocher pp. 112-114.


106 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

dynastie (1550-1292). Malheureusement, et en l'absence de documentation écrite, les raisons d'un tel
phénomène, sa nature exacte, son extension géographique et jusqu'à sa date précise, restent matière à débat.
Certains archéologues datent ces destructions de la période suivant immédiatement l'expulsion des Hyksôs,
mais le silence des textes et l'indifférence relative de l'Égypte à l'égard de l'Asie à cette période ne militent
pas en faveur de cette théorie. En se fondant uniquement sur la chronologie, l'accord avec les
documents bibliques est pourtant remarquable: la deuxième période intermédiaire avec les
Hyksos recoupe exactement l'ère des patriarches bibliques en Égypte et l'épisode des
Shasou correspond à la période ultérieure des Juges. Cette identification est confirmée par
le prêtre égyptien Manéthon lui-même. L'étymologie qu'il donne du mot Hyksos confirme
le lien avec les Shasou. Il explique le mot Hyksos comme venant de hyk-sos "roi-berger", ce
qui est relativement exact, car le mot égyptien ḥeq signifie "prince/ souverain" et le mot šos
signifie effectivement "berger". La traduction sahidique (égyptien tardif) du texte de
Genèse: Et si tu sais qu'il existe parmi eux des hommes de valeur, mets-les pour chefs des cheptels qui
sont à moi502 emploie par exemple le mot šos pour désigner ces "chefs des cheptels".
Le mot Hyksos vient en fait de l'égyptien ḥeqaw ḫa’sw.t "princes des pays étrangers",
mais Manéthon l'a relié aux Shasou apparus ultérieurement et l'a ainsi traduit par "chefs des
bergers" ḥeqaw šosw. Des études récentes503 sur les Shasou tendent à réhabiliter cette
étymologie dite populaire. En effet, les Égyptiens comprenaient le mot shasou comme un
nom commun désignant les bergers semi-sédentaires qui séjournaient majoritairement dans
le sud de la Palestine. Ils utilisaient l'expression "pays des Shasou", cela montre qu'ils
comprenaient primitivement cette expression comme une désignation géographique. Le fait
qu'ils écrivaient parfois le mot shas (š3s) "errant" au lieu de l'habituel shasou (š3sw) montre
aussi qu'ils comprenaient primitivement ce mot comme un synonyme de "transhumant".
Les Égyptiens avaient très peu de sympathie pour ces bergers israélites. Le texte biblique
relate d'ailleurs concernant les frères de Joseph: Ces hommes sont des bergers, parce qu'ils sont
devenus éleveurs (...) afin que vous habitiez au pays de Goshèn, car tout gardien de moutons est chose
détestable pour l'Égypte504. Cette antipathie s'étant visiblement muée en véritable haine après le
départ d'Égypte, puisque les textes égyptiens utilisent fréquemment l'expression "ces
vaincus de Shasou" pour désigner les bergers qui résidaient en Palestine. Les shasou d'Edom
ou de Séir, par contre, n'étaient pas perçus comme hostiles par les Égyptiens puisqu'un
papyrus du temps de Merenptah505 évoque des relations pacifiques et prospères entre les

502 Genèse 47:6.


503 M.G. HASEL - Domination and Resistance. Egyptian Military Activity in the Southern Levant
Leiden 1998 Ed. Brill pp. 217-239.
504 Genèse 46:32-34.
505 Papyrus Anastasi VI,54-56.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 107

Égyptiens et ces bergers d'Édom. Au vu de ce contexte, les Égyptiens percevaient ces


bergers comme des transhumants et plus particulièrement ceux qui vivaient en Palestine.
L'expression surprenante "deux Shasou des tribus de Shasou" devait être comprise comme
"deux transhumants des tribus de transhumants [habitants de la Judée désignés
péjorativement]". Quelques inscriptions de cette période illustrent la perception qu'avaient
les Égyptiens de ces habitants de Palestine. Plusieurs représentations égyptiennes
permettent d'établir une filiation entre les Hyksos et les Shasou, notamment celles de la
coiffure et de l'utilisation d'une arme particulière: un tranchoir courbé ou cimeterre506.

Ces guerriers shasou sont représentés sur les fresques égyptiennes avec cette arme,
déjà utilisée par les Hyksos (puis par les Égyptiens qui leur avaient sans doute empruntée)
et avant par les Sumériens507 (roi Eannatum). Cette hache de type cananéen, appelée garzèn,
était très fréquente en Orient et fut aussi utilisée par les Israélites (Deutéronome 20:19).
Ces Shasou apparaissent avec des barbes, des coiffures et des habits sensiblement
identiques à ceux portés par les Hyksos représentés sur un mur à Beni-Hassan. Cette
coiffure avec un bandeau encerclant la tête était un attribut caractéristique, de plus, cette
forme semble avoir été typique aux époques reculées. L'art égyptien a représenté
minutieusement les variantes dans les coiffures des Shasou, ce qu'il n'a pas fait pour les
représentants d'autres peuples. Certaines caractéristiques sont identiques aux descriptions
bibliques. En plus de leur coiffure caractéristique, un détail mérite particulièrement d'être
noté: ces prisonniers et ces soldats shasou sont très souvent revêtus de vêtements à franges
ornés de glands. Or selon le texte biblique, Moïse ordonna aux Israélites, après qu'ils soient
arrivés en Palestine, de faire des bordures frangées aux pans de leurs vêtements ainsi que
des glands aux quatre extrémités de ces vêtements508. Cette coïncidence supplémentaire
renforce l'identification des Shasou (les anciens Hyksos) avec les Israélites de la Bible509.
506 R. GIVEON - Les bédouins Shosou des documents égyptiens
Leiden 1971 Ed. E.J. Brill pp. 248-254.
507 J. B. PRITCHARD - The Ancient Near East in Pictures

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p.95.


508 Nombres 15:38-40; Deutéronome 22:12.
509 W.G. DEVER - Aux origines d'Israël. Quand la Bible dit vrai

Paris 2003 Éd. Bayard p. 167


A. F. RAINEY - Israel in Merneptah’s Inscription and Reliefs
in: Israel Exploration Journal 51 (2001) pp. 57–75
D.B. REDFORD - The Hyksos Invasion in History and Tradition
in: Orientalia 39 (1970) pp. 1-51.
108 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Fig. 8 : Représentations de Shasou

Le texte biblique situe la conquête de Canaan par les Hébreux vers -1493. Or
l'archéologie confirme qu'il y eut de nombreuses destructions de villes, durant le 16e/ 15e
siècle avant notre ère, en Palestine510. La présence des Hapirou est mentionnée par le roi
Idrimi qui avait séjourné sept ans chez eux (vers -1480) au pays de Canaan511. Les Égyptiens
effectuèrent, peu après -1500, plusieurs campagnes en Syrie-Palestine, en fait de simples
opérations de police contre des cités cananéennes pour rappeler à toute cette région son
état de vassalité (principalement dans le Mitanni et non dans le Retenou inférieur, la Judée
des Hébreux)512. Si les fresques égyptiennes, au 15e siècle avant notre ère, représentent les
Syriens sous les traits d'un peuple vassal513, elles se contentent de dénigrer les "vils" Shasou
sans expliciter leur statut exact dans la région. Les lettres d'El-Amarna montrent qu'au 14e
siècle il y avait de nombreux troubles en Palestine. Cette situation confuse explique aussi
pourquoi les raids égyptiens en Palestine ne sont pas mentionnés dans le texte biblique, qui
relate cependant que de nombreuses villes étaient redevenues cananéennes ou amorrites
après la mort de Josué514. Par contre, la description des Apirou par les rois cananéens, dans
les lettres d'El-Amarna515, est similaire à celle des Shasou par les rois égyptiens.
510 A. MAZAR - Archaeology of the Land of the Bible, 10000-586 BCE
New York 1990 Ed. Doubleday pp. 224-242.
511 J. BRIEND M.J SEUX - Textes du Proche-Orient ancien et histoire d'Israël

Paris 1977 Éd. Cerf pp.42,43.


512 B. M ANLEY - Atlas historique de l'Égypte ancienne

Edimbourg 1998 Éd. Autrement pp. 70-73.


513 J. B. PRITCHARD - The Ancient Near East in Pictures

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 15-17.


514 Juges 1:10-36.
515 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna

in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp. 604,605.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 109

Selon le texte biblique, la zone occupée par les Israélites en Palestine ne concernait
presque pas la côte méditerranéenne, car le sud était occupé par les Philistins et le nord par
les Phéniciens.

Fig. 9 : Campagnes des rois Thoutmosis en Syrie


110 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Les pharaons ont mené peu de campagnes en Asie, les principales concernaient
surtout le Mitanni ou le nord de Canaan, mais jamais le sud de la Palestine. De plus,
lorsqu'ils ont pénétré (au nord de la Palestine) dans la zone des Israélites, ce fut uniquement
dans les périodes où ce territoire était sous domination étrangère. Le général égyptien
Ahmosis-Pennekhbet, par exemple, relate dans sa biographie qu'à l'époque de Thoutmosis
Ier (vers -1480) il fit des prisonniers en Nubie et en Naharin [Mitanni] et qu'au cours d'une
expédition punitive dans le Nord, les Shasou se trouvaient sur son passage et qu'il fut
nécessaire de les écraser. Le pharaon Thoutmosis III indique de même dans ses annales que
durant sa 14e campagne, en l'an 39 de son règne, il séjourna dans le Retenou après avoir
défait des Shasou516. Cette campagne est survenue cependant assez tard dans son règne,
longtemps après la conquête des villes portuaires syriennes qui lui permirent d'emprunter la
voie maritime pour s'approcher de ses ennemis du Nord517. Cette campagne contre les
Shasou518 était de caractère secondaire, et son but principal était d'apaiser une rébellion et,
par la même occasion, d'ouvrir les routes à l'armée égyptienne. Concernant cette campagne,
dans les grandes listes géographiques de Thoutmosis III, aucun endroit n'est cité au Sud de
la Palestine, habituellement associé au nom des Shasou, à l'exception du Néguev. Il
semblerait que ce pharaon ait repris à son compte la rhétorique guerrière d'Hatshepsout qui
fut sa régente durant les 22 premières années de son règne. Cette dernière se vantait d'avoir
restauré tout le pays après que les Asiatiques, dirigés par les Hyksos, aient quitté leur
capitale Avaris pour le Retenou (Palestine). Thoutmosis présenta implicitement cet épisode
comme une victoire égyptienne. Sur la stèle de Bouto, par exemple, datée de l'année de son
couronnement en l'an 23 de son règne, apparaît cette inscription519: Toutes terres et tous pays
étrangers, maîtrisés, sont sous ses sandales; on s'est rendu à lui tête basse, et s'inclinant devant sa foudre.
Les souverains étrangers [Hyksos] sur toute l'étendu de la Terre reconnaissent: "Il [Thoutmosis III] est
notre maître". C'est lui qui les a fait revenir vers lui par la crainte qu'il inspire. Il n'est pas de pays qu'il
n'ait foulé pour élargir les frontières de l'Égypte par des victoires, grâce à sa puissance. Ni millions ni
centaines de milliers d'hommes ne rebutent son courage. C'est un Roi vaillant qui, dans la mêlée, fait de
grands massacres parmi les Asiatiques coalisés. Il est celui qui fait que les chefs du pays de Retenou, dans
leur totalité, soient tenus de fournir leur tribut et soient assujettis à l'impôt annuel comme les gens qui
dépendent de son palais. Il est plus efficace, à lui seul, qu'une armée de nombreux milliers d'hommes. C'est

516 H. GRAPOW - Studien zu den Annalen Thutmosis des dritten


Berlin 1949 Ed. Akadamie Verl. pp. 27,70,71.
517 T. S ÄVE-SÖDERBERGH - The Navy of the Eighteenth Egyptian Dynasty

Uppsala 1946 Ed. Uppsala Universitets Arsskrift p. 39.


518 Selon le texte biblique (Juges 1:28-33; 3:1-5) les Israélites n'ont occupé qu'une petite partie de Canaan, et il y eu des guerres.
519 A.S. VON B OMHARD - Le calendrier Égyptien. Une œuvre d'éternité

London 1999 Ed. Periplus pp. 42,43.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 111

un combattant si vaillant que nul ne peut l'égaler dans le pays entier, ni dans son armée, ni parmi les
souverains étrangers [Hyksos], ni au Sud ni au Nord. C'est un Roi qui mérite que l'on exalte sa puissance
autant que sa vaillance. L'Égypte s'est renforcée depuis son avènement: elle ne craint aucun autre pays; elle
n'a pas à se préoccuper du Sud, ni à s'inquiéter du Nord (...) Les pays de Min et de Koush sont ses sujets,
lui offrent leurs productions d'or, en abondance, d'ivoire et d'ébène, sans limite. Il n'y eut pas de Roi qui ait
fait ce qu'il a fait parmi tous les Rois qui ont existé jusqu'ici. Les récits fanfarons de ce pharaon
associent toutefois dans l'inimitié les souverains des pays étrangers (Hyksos), les chefs du
pays de Retenou, les Asiatiques et les vaincus de Shasou. La principale victoire de
Thoutmosis III fut celle Megiddo. Elle est datée précisément du I Shemou 21 de l'an 23 (7
mai -1450), car ce jour coïncidait avec une pleine lune, ce qui était considéré par les
Égyptiens comme de très bonne augure520 (ils ont d'ailleurs remporté la victoire).
La stèle d'Aménophis II, datée autour de -1400, donne plusieurs informations
déterminantes. Elle contient la liste suivante de prisonniers: Grands de Retenou 127; Frères
des Grands 179; Apirou 3600; Shasou vivants 15200; Kharous (Cananéens) 36300;
Nouhasseh vivants (Syriens) 15070; leurs familles 30652. Le nombre énorme des Shasou
faits prisonniers (dont certains serviront ultérieurement dans l'armée égyptienne), soit la
moitié des Kharou (les Cananéens), montre que les Shasou constituaient une population de
première grandeur à cette époque. Il ne s'agissait pas, comme l'affirment certains, d'un tout
petit ensemble de familles ayant émigré en Palestine, mais bien, comme le prétend le texte
biblique, d'un groupe très important de personnes. Le texte égyptien distingue les Shasou
des Apirou et certains s'en servent pour affirmer qu'il n'y avait aucun lien entre ces deux
groupes. Cette affirmation est trompeuse. Il faut se rappeler que pour les Égyptiens les
mots Shasou et Apirou n'étaient pas des noms propres mais des noms communs. Les
Égyptiens qualifiaient les colons conquérant la Palestine par le terme péjoratif de Hapirou/
‘Apirou521 "réfugiés/ émigrés522" dans les lettres d'El-Amarna avec le sens de "rebelles/
hors-la-loi523". Le mot Habirou signifie "migrants" dans les langues sémitiques524 d'où sa
signification ultérieure de "vagabonds". La liste d'Aménophis II était donc comprise: Hors-
la-loi (Apirou) 3600; Transhumants (Shasou) vivants 15200.

520 P. GRANDET – Les pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique


Paris 2008 Éd. du Rocher pp. 89,298.
521 W.L. MORAN - Les lettres d'El Amarna

in: LIPO n°13 Paris 1987 Éd. Cerf pp.604,605


522 M. GUICHARD - Les émigrés politiques au Proche-Orient ancien

in: Dossiers d'Archéologie n°300 février 2005 pp. 40-49.


523 N. NA’AMAN - Habiru and Hebrew: The transfer of a social Term to the Literary Sphere

in: Journal of Near Eastern Studies 45 (1986) pp. 271-288.


524 J.M. DURAND - Documents épistolaires du palais de Mari

in: LIPO n°18 Paris 2000 Éd. Cerf p. 205.


R. DE VAUX - Histoire ancienne d'Israel
Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 106-112,202-208.
112 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Fig. 10 : Campagnes d'Aménophis II en Syrie

Si pour les Égyptiens les Shasou, notamment ceux de Palestine, étaient aussi perçus
comme des "vagabonds", voire des "hors-la-loi", cependant tous les hors-la-loi ou
vagabonds n'étaient pas des transhumants (Shasou). Le texte biblique lui-même fait une
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 113

différence parmi les Israélites entre deux groupes: Les Israélites partirent de Ramsès en direction
de Soukkot au nombre de près de six cent mille hommes de pieds — rien que les hommes, sans compter
leur famille. Une foule mêlée nombreuse monta avec eux, ainsi que du petit et du gros bétail, formant
d'immenses troupeaux525. Selon les chiffres de la liste d'Aménophis, les Shasou (les bergers de
Palestine) étaient quatre fois plus nombreux que les Apirou (les hors-la-loi).
Selon la chronologie synchronisée, le roi du Mitanni, Šaušatatar (1455-1435), nom
déformé en Kušan Rišathayim "Kushien de la double méchanceté", exploita le pays d'Israël
pendant 8 ans, de -1452 à -1444, avant d'être repoussé par le juge Othniel: Alors les fils
d'Israël crièrent vers Yahweh et Yahweh leur suscita un libérateur pour les délivrer: Othoniel, fils de
Qenaz, parent de Caleb, plus jeune que lui. L'esprit de Yahweh fut sur lui et il fut juge d'Israël; il marcha
au combat (...) et sa force l'emporta sur Kušan Rišathaïm526.

DATE DE LA PRISE DE JERICHO (EN -1493)

La destruction de Jéricho est très documentée dans le récit biblique, car il s'agit de
la première ville cananéenne conquise par Josué après l'entrée dans le pays: Le lendemain de la
Pâque, ils mangèrent du produit du pays: pains sans levain et épis grillés, en ce même jour [15 Nisan]. Il
n'y eut plus de manne le lendemain, où ils mangeaient du produit du pays. Les Israélites n'ayant plus de
manne se nourrirent dès cette année [-1493] des produits de la terre de Canaan (...) Or Jéricho s'était
enfermée et barricadée (contre les Israélites): personne n'en sortait et personne n'y entrait. Yahvé dit alors à
Josué: « Vois! Je livre entre tes mains Jéricho et son roi, gens d'élite (...) Quand il entendit le son de la
trompe, le peuple poussa un grand cri de guerre, et le rempart s'écroula sur place. Aussitôt le peuple monta
vers la ville, chacun devant soi, ils s'emparèrent de la ville. Ils dévouèrent à l'anathème tout ce qui se
trouvait dans la ville, hommes et femmes, jeunes et vieux, jusqu'aux taureaux, aux moutons, et aux ânes,
les passant au fil de l'épée (...) On brûla la ville et tout ce qu'elle contenait, sauf l'argent, l'or et les objets de
bronze et de fer qu'on livra au trésor de la maison de Yahvé527. Le récit biblique précise que Jéricho,
aussi appelée "ville des palmiers", fut réoccupée 18 ans par Églôn528 (1404-1386), un roi de
Moab. Cette ville, devenue un petit village, mentionné au temps de David529, ne fut
reconstruite qu'à l'époque d'Achab530 (919-898), 500 ans après la conquête de Josué.
La ville de Jéricho, située face au mont Nebo du pays de Moab531, a été identifiée au
Tell es-Sultan. Plusieurs points du récit biblique ont été confirmés par l'archéologie: 1) la
525 Exode 12:37,38.
526 Juges 3:9-10.
527 Josué 5:11-6:24.
528 Juges 3:12-14.
529 2Samuel 10:5.
530 1Rois 16:33-34.
531 Deutéronome 32:49.
114 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

ville se trouvait sur une butte (le peuple monta vers la ville), 2) elle était fortifiée, 3) cette
ville a été brûlée et 4) n'a plus été habitée pendant plusieurs siècles. Le principal désaccord
provient de la datation: selon John Garstang, la destruction de Jéricho aurait eu lieu autour
de -1400, mais selon Kathleen Kenyon, la ville aurait été détruite vers -1550 et fut ensuite
abandonnée. Cet écart de 150 ans illustre les grandes difficultés à dater un événement
uniquement à partir des strates et des poteries, toutefois, ces deux dates532 excluent un
Exode au 13e siècle avant notre ère.
La datation de la destruction de
Jéricho est incertaine pour deux raisons:
1) il ne reste presque rien de la ville (ci-
contre) et 2) celle-ci a été reconstruite au
moins 7 fois. Toutefois, la découverte de
sceaux scarabées533 au nom de
Thoutmosis III, d'Hatshepsout et
d'Amenhotep III, prouve que cette ville
était encore habitée bien après -1550. De
plus, des poteries de type "bichrome
chypriote", n'apparaissant que durant la
période hyksos534 (1600-1450), ont aussi
été exhumées dans cette ville.

Fig. 11 : Sceaux scarabées au nom de Thoutmosis III et d'Amehotep III Poteries bichromes chypriotes (période hyksos)

532 E.M. BLAIKLOCK, R.K. HARRISON – Dictionary of Biblical Archaeology


Michigan 1983 Ed. Regency pp. 258-261.
R. DE VAUX – Histoire ancienne d'Israël
Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 560-563.
533 J. GARSTANG – The Story of Jericho: Further Light on the Biblical Narrative

in: American Journal of Semitic Languages and Literature 58 (1941), pp. 126,368-372.
534 Y. YADIN – Hazor: The Head of All Those Kingdoms

London 1972 Ed. Oxford University Press p. 32.


A. MAZAR – Archaeology of the Land of the Bible
New York 1990 Ed. Doubleday pp. 216-218, 257-261.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 115

La datation archéologique de la destruction de Jéricho, selon les poteries bichromes


et les sceaux scarabées, est donc à situer au 15e siècle avant notre ère. Deux éléments,
inexplicables par l'archéologie, plaident pour le récit biblique: 1) qui furent les auteurs de la
destruction et 2) pourquoi de nombreuses jarres trouvées
sur le site étaient-elles pleines de grains (ci-contre)? Selon le
récit biblique, le siège ayant été court (7 jours) les réserves
de grains ne durent pas être entamées. Kenyon pensait que
la ville avait été détruite par les Égyptiens, au moment de
l'expulsion des Hyksos535, mais cela contredit le récit de
Kamosis qui affirme clairement ne pas être allé au delà de Sharouhen (près de Gaza), de
plus, les Égyptiens ne sont jamais venus dans cette région. La seule explication plausible est
donc d'identifier les Hyksos aux Israélites.

PERIODE PATRIARCALE (DE -2038 A -1493)

2038 1963 1938 1933 1878 1788 1748 1678 1573 1533 1493 1488
a b c d e f g h i j
5 400
75 25 (3x50) 40 215 40 5
100 60 90 110 105 40
430
(2x50) 450 (9x50)

a) Arrivée d'Abraham en Canaan à l'âge de 75 ans536 et début des 430 ans de résidence en
terre étrangère537 (la naissance d'Abraham remonte en -2038).
b) Abraham à 100 ans538, naissance d'Isaac l'ancêtre du peuple d'Israël et début d'une
période de 450 ans539 (le fils d'Agar est âgé de 14 ans)540.
c) Isaac sevré à 5 ans541, période de 400 ans d'afflictions542 débutant avec les persécutions
sur Isaac543 par le fils d'Agar et se terminant à la sortie d'Égypte, la fin de la servitude544.
d) Naissance de Jacob quand Isaac à 60 ans545.
e) Naissance de Joseph dans la 91e année de Jacob puisque ce dernier a 130 ans quand
Joseph a 39 ans (= 30 ans + 7 ans d'abondance + 2 ans de famine)546.
535 K.M. KENYON – Palestine in the Middle Bronze Age
in: Cambridge Ancient History Vol. 2 Part 1 (1973), pp. 92-93.
536 Genèse 12:4,5.
537 Exode 12:40,41.
538 Genèse 21:5.
539 Actes 13:17-20.
540 Genèse 16:16.
541 Selon 2Maccabées 7:27, l'allaitement durait habituellement au moins 3 ans (voir 2Chroniques 31:16).
542 Genèse 15:13. La période de 400 ans débute avec l'oppression d'Isaac et non à sa naissance (voir notes suivantes).
543 Genèse 21:8,9. Le sens du verbe hébreu est "se moquer " et non "jouer". Le Talmud (Sota 6:6) évoque même des sévices.
544 Galates 4:25-29. Selon Maimonide (Epître au Yémen III) et Rashi, les 400 ans vont de la naissance d'Isaac à la sortie d'Égypte.
545 Genèse 25:26.
546 Genèse 41:46,47,53,54; 45:11; 47:9.
116 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

f) Arrivée des Israélites (Jacob et sa famille) en Égypte dans la 40e année de Joseph547,
début du séjour de 215 ans (période de la présence des Hyksos, de -1748 à -1533).
g) Mort de Joseph à l'age de 110 ans. Des chefs israélites sont établis par Joseph, puis par
les pharaons, et administrent alors le pays de Goshèn548 pendant 105 ans (règne des
princes Hyksos). Les 40 dernières années de cette période sont attribuées à Moïse.
h) Moïse fut le dernier Grand personnage en Egypte, car bien que "fils de pharaon" 40 ans
durant, il fut ensuite banni pendant 40 ans avant de revenir en Égypte549.
i) Sortie d'Égypte juste après la mort du pharaon (Séqenenrê Taa) et début des 40 ans
d'errance dans le désert du Sinaï avant d'entrer en Canaan550.
j) Sortie du Sinaï, entrée en Canaan et mort de Moïse à 120 ans, période de pacification de
5 ans551 qui se termine en -1488 et qui fixe le début des jubilés (tous les 50 ans).
La période de 430 ans est controversée, car on lit: Et la résidence des fils d'Israël, qui
avaient habité en Egypte, fut de quatre cent trente ans552, ce qui pourrait impliquer un séjour de 430
ans en Egypte. Or cette lecture possible est contredite par le contexte. Les traducteurs juifs
de la Septante, conscients de cette ambiguïté, ont préféré ajouter une incise pour prévenir
tout quiproquo: Le séjour que les fils d'Israël firent en séjournant dans le pays d'Egypte [et dans le pays
de Canaan] fut de quatre cent trente ans. Cette incise, que l'on trouve aussi dans le Pentateuque
samaritain, est conforme au contexte indiquant que cette période de 430 ans représente la
durée totale du séjour des fils d'Israël en dehors de l'alliance mosaïque553. Cette période
comporte deux parties: la première qui commence en Canaan par l'alliance abrahamique
suivie rapidement par les brimades d'Esaü sur Isaac554 et qui s'achève par la sortie de Jacob
en Egypte, et une deuxième période débutant par cette servitude en Egypte et se terminant
par l'Exode sous la direction de Moïse. Le verset incriminé devrait donc se lire: Et la
résidence des fils d'Israël, qui avaient habité en Egypte [215 ans], fut de 430 ans. Une confirmation
indirecte de cette période de 215 ans (en Égypte)555 provient de la généalogie de Josué556. Ce
dernier ayant 40 ans à la sortie d'Égypte557 (en -1533), sa naissance devait donc remonter
vers -1573. En supposant un écart moyen de 20 ans entre chaque génération, on obtient la
succession suivante des dates de naissance:

547 Genèse 45:11; 46:5-7.


548 Genèse 47:6; Exode 5:14.
549 Exode 2:15; 11:3; Hébreux 11:24; Actes 7:21-23, 29-36; Deutéronome 34:7. Il est possible que Moïse connaissant la prophétie de Néferty énoncée

sous Amenemhat Ier (1975-1946) et analogue à celle des 400 ans de Genèse 15:13, ait voulu la réaliser dès 1575 (= 1975 - 400), soit 40 ans trop tôt.
550 Exode 16:35.
551 Deutéronome 34:1-7; Josué 14:7,10.
552 Exode 12:40.
553 Galates 3:17.
554 Genèse 21:9.
555 Eusèbe de Césarée connaissait cette période de 215 ans en Égypte, identique à celle en Canaan (La préparation évangélique IX:21:16).
556 1Chroniques 7:23-28.
557 Josué 14:7.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 117

Josué 1573 Ladân 1653 Beriah 1733


Noun 1593 Tahân 1673 Ephraïm 1753
Elishama 1613 Résheph-Télah 1693 Joseph 1773
Ammihoud 1633 Réphah 1713 Jacob

Joseph étant arrivé en Égypte à l'âge de 17 ans558, la période qui court de son
arrivée, soit vers -1756 (= -1773 + 17), jusqu'à l'Exode (en -1533) couvre 223 ans, en bon
accord avec les 215 ans calculés. Cette considération chronologique était connue, puisque
Flavius Josèphe559 la mentionne dans ses ouvrages. La chronologie israélite fixe donc
précisément la date de la sortie d'Égypte en -1533 (cette date est celle qui était initialement
prévue, car la sortie définitive eut lieu en -1493 après les 40 ans d'errance dans le Sinaï).
Les synchronismes dans la période patriarcale sont les suivants: 1) mort en -1533 du
pharaon luttant contre les Hyksos, 2) début en -1748 de la dynastie hyksos d'une durée de
105 ans (108 ans selon le canon de Turin), et 3) guerre avec Kutir-lagamar, un roi d'Élam,
datée en -1955. Tableau des synchronismes, selon les chronologies synchronisées:

DATE DE LA MORT DU PHARAON DE L'EXODE (EN MAI -1533)

BABYLONIE ÉGYPTE ISRAËL ASSYRIE


1552 36 Moïse 22 Šamšî-Adad II 1
1551 37 (Exil en Madian) 23 2
1550 Ammiṣaduqa 1 24 3
1549 2 25 4
1548 3 26 5
1547 4 27 6
1546 5 28 Išme-Dagan II 1
1545 6 29 2
1544 7 Séqenenrê Taa 1 30 3
1543 8 2 31 4
1542 9 3 32 5
1541 10 4 33 6
1540 11 5 34 7
1539 12 6 35 8
1538 13 7 36 9
1537 14 8 37 10
1536 15 9 38 11
1535 16 10 39 12
1534 17 11 40 13
1533 18 Kamosis 1 Moïse 1 14
1532 19 2 (Exode au Sinaï) 2 15
1531 20 3 3 16
1530 21 Ahmosis 1 4 Šamšî-Adad III 1
1529 Samsuditana 1 2 5 2
1528 2 3 6 3
1527 3 4 7 4
1526 4 5 8 5
1525 5 6 9 6
558 Genèse 37:2.
559 Antiquités juives II:318.
118 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

1524 6 7 10 7
1523 7 8 11 8
1522 8 9 12 9
1521 9 10 13 10
1520 10 11 14 11
1519 11 12 15 12
1518 12 13 16 13
1517 13 14 17 14
1516 14 15 18 15
1515 15 16 19 Aššur-nêrârî Ier 1
1514 16 17 20 2
1513 17 18 21 3
1512 18 19 22 4
1511 19 20 23 5
1510 20 21 24 6
1509 21 22 25 7
1508 22 23 26 8
1507 23 24 27 9
1506 24 25 28 10
1505 25 Amenhotep Ier 1 29 11
1504 26 2 30 12
1503 27 3 31 13
1502 28 4 32 14
1501 29 5 33 15
1500 chute d'Ḫalab 30 6 34 16
1499 chute de Babylone 31 7 35 17
1498 8 36 18
1497 9 37 19
1496 rétablissement de 1 10 38 20
1495 Babylone 2 11 39 21
1494 3 12 40 22
1493 4 13 Josué 1 23
1492 5 14 (entrée en Canaan) 2 24
1491 6 15 3 25
1490 7 16 4 Puzur-Aššur III 1
1489 8 17 5 2
1488 9 18 Début des jubilés 6 3
1487 10 19 7 4
1486 11 20 8 5
1485 12 21 9 6
1484 13 Thoutmosis Ier 1 10 7
1483 14 2 11 8
1482 15 3 12 9
1481 16 4 13 10
1480 17 5 14 11
1479 18 6 15 12
1478 19 7 16 13
1477 20 8 17 14
1476 21 9 18 15
1475 22 10 19 16
1474 23 11 20 17
1473 24 12 21 18
1472 25 Thoutmosis II 1 22 19
1471 26 2 23 20
1470 27 Hatshepsout 3 24 21
1469 28 [Thoutmosis III] [4] 25 22
1468 29 [5] 26 23
1467 30 [6] 27 24
1466 31 [7] 28 Enlil-nâ ṣir Ier 1
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 119

1465 32 [8] 29 2
1464 33 [9] 30 3
1463 34 [10] Période sans juge 1 4
1462 35 [11] 2 5
1461 36 [12] 3 6
1460 37 [13] 4 7
1459 38 [14] 5 8
1458 39 [15] 6 9
1457 40 [16] 7 10
1456 41 [17] 8 11
1455 Ulam-Buriaš 1 [18] 9 12
1454 2 [19] 10 Nûr-ili 1
1453 3 [20] 11 2
1452 4 [21] Kušanrišatayim 1 3
1451 5 [22] (Mitanni) 2 4
1450 6 Thoutmosis III 23 3 5
1449 7 24 4 6

Selon la chronologie israélite synchronisée, le pharaon (anonyme) qui affronta


Moïse, et qui est mort en -1533, ne peut être que Séqenenrê Taa. Le départ d'Egypte qui
débute par la ville de Ramsès est daté du 15 Nisan560. Comme l'arrivée au désert de Sin est
datée du 15 du mois suivant561 et que l'affrontement final est situé près de Pi-Hahiroth562,
lieu à mi-chemin entre Ramsès et le désert de Sin, la date marquant la mort du pharaon
peut être fixée au 1er jour du 2e mois, soit le 9/10 mai -1533. Or, un texte biblique563
mentionne la fin tragique d'un pharaon et l'associe à une éclipse de soleil: Fils d'homme,
profère un chant funèbre sur Pharaon le roi d'Égypte, et tu devras lui dire: Comme jeune lion à crinière des
nations, tu as été réduit au silence. “Et tu as été comme le monstre marin dans les mers (...) Et lorsque tu
t'éteindras, je couvrirai vraiment les cieux (...) Tous les luminaires de lumière dans les cieux — je les
assombrirai à cause de toi, je mettrai réellement des ténèbres sur ton pays. Ce texte vise le pharaon de
l'Exode, car l'expression "monstre marin/ dragon", désigne toujours ce dirigeant564 en tant
qu'avatar du serpent glissant Léviathan565 et non Apriès, le pharaon de l'époque. En effet,
dans ce cas, ce pharaon est nommément désigné566 (ce procédé d'assimilation de deux
dirigeants d'époques différentes se retrouve avec la condamnation du roi de Tyr qui visait
en fait le serpent originel en Éden)567. L'expression Tous les luminaires de lumière dans les cieux
[le soleil et la lune] a vraisemblablement un sens symbolique, mais ne pouvait être comprise
qui si elle possédait aussi un sens littéral. Le pharaon étant considéré comme un dieu par les
Égyptiens, fils de Ra le dieu soleil, cette éclipse dut les marquer (ainsi que la nuit sans lune).

560 Nombres 33:3.


561 Exode 16:1.
562 Exode 14:9.
563 Ézéchiel 32:2,7,8; Psaumes 136:15.
564 Isaïe 51:9,10.
565 Isaïe 27:1; Ézéchiel 29:2-5; Job 27:13; Psaumes 74:13,14.
566 Jérémie 44:30.
567 Ézéchiel 28:12-14.
120 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Flavius Josèphe568 donne des précisions astronomiques sur cet événement: Dieu, ayant
indiqué à Moïse que par une seule nouvelle plaie il obligerait les Égyptiens à relâcher les Hébreux, lui
prescrivit d'annoncer au peuple de tenir prêt un sacrifice, en faisant des préparatifs le dix du mois de
Xanthique pour le quatorze (ce mois est appelé Pharmuthi par les Égyptiens, Nisan par les Hébreux, et ce
sont les Macédoniens qui le nomment Xanthique) (...) quand toute l'armée des Égyptiens fut engagée, la
mer reflua sur eux; elle assaillit de tous côtés les Égyptiens de flots violents, attisés par les vents; des pluies
tombèrent du ciel à torrents; le tonnerre éclata en coups secs, accompagnant de gros éclairs, la foudre
s'abattit. En bref, aucune des forces destructrices par lesquelles la colère de Dieu frappe les hommes ne
manqua de se déchaîner alors; en outre une nuit épaisse les saisit. Tous périrent ainsi. L'équivalence: 1er
Pharmouthi = 1er Nisan, n'est possible qu'autour de -1530 (vers le 8 avril) et l'éclipse totale
de soleil semble avoir été masquée par le violent orage qui s'est produit au même moment
près de la mer Rouge569. Selon l'astronomie, la seule éclipse totale de soleil dans cette région
et durant cette période570 est celle du 10 mai -1533571. Cette éclipse fut de magnitude 1.08,
couvrit une bande de 250 km et fut visible au Nord de l'Égypte dans les villes d'Héliopolis
(ville dédiée au culte solaire), de Memphis et d'Héracléopolis, vers 16h40 et dura plus de 6
minutes (le lieu nommé Pi-Hahiroth devait être situé près de l'actuelle ville d'As Suways).

Fig. 12 : Trajet de l'éclipse totale de soleil du 10 mai -1533

Une éclipse totale de soleil dans une région précise est un événement très rare.
Entre -1500 et -100, par exemple, il y eut seulement 11 éclipses totales sur le territoire

568 Antiquités juives II:311,343,344.


569 Psaumes 77:17-20.
570 http://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEcat5/SE-1599--1500.html
571 http://eclipse.gsfc.nasa.gov/SEsearch/SEsearchmap.php?Ecl=-15320510
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 121

d'Israël durant cette période572, soit en moyenne une tous les 120 ans. La date du 1/II est
en parfait accord avec la date de l'éclipse, puisque l'équinoxe de printemps tombait le 3 avril
en -1533 et le 1er croissant de lune573 après cette date est daté du 11 avril, le 1er croissant du
mois suivant étant daté du 10 mai. La chronologie égyptienne date aussi en -1533 la mort
de Séqenenrê Taa, le pharaon qui périt violemment suite à son affrontement avec Apopi.
Selon Manéthon l'expulsion des Hyksos se situait au temps du pharaon Ahmosis574.
Diodore de Sicile575 précise que sous le règne de Ptolémée Ier beaucoup de Grecs, dont
Hécatée d'Abdère, avaient séjourné à Thèbes pour composer des histoires relatives à
l'Égypte à partir des registres des prêtres égyptiens. Or, Hécatée d'Abdère fait coïncider le
départ de Moïse (de l'Égypte pour la Palestine) avec celui de Cadmos (qui signifie
"Oriental" en hébreu). Le Marbre de Paros576 (de -264) fixe l'arrivée de Cadmos à Thèbes
en -1519 et le départ de Danaos pour la Grèce en -1511. L'historien Paul Orose577 (en 417)
datait cet épisode en 775 avant la fondation de Rome, soit en -1528.
En utilisant la durée du règne d'Ahmosis provenant de Manéthon, l'accession de ce
pharaon remonterait vers avril -1530, ce qui fixe la fin du règne de Kamosis. Le règne de
Kamosis, vraisemblablement un frère de Séqenenrê Taa, est mal connu, mais il est
généralement estimé autour de 3 ans578. On ne possède de ce pharaon qu'un récit très
prolixe sur ses guerres apparaissant sur une stèle datée de l'an 3, puis plus rien. Comme
l'historiographie égyptienne fait commencer le Nouvel Empire avec Ahmosis579 et non avec
Kamosis, on peut supposer que ce dernier dut avoir un règne assez bref. De plus, le
comptage des années de règne a changé à partir d'Ahmosis. En effet, jusqu'à Kamosis, la
première année de règne allait de l'accession jusqu'au 1er Thot, les années suivantes étant
comptées à partir cette date, alors que le système postérieur utilisera la date d'accession.
Selon ce système de comptage, la première année de Kamosis a duré entre 1 et 364 jours.
Par contre, sa 3e année a duré au moins 10 mois puisque le 1er Thot tombait vers le 10
septembre à cette époque et que la stèle de Kamosis mentionne la venue de l'inondation à
Thèbes (arrivant vers la mi-juillet).

572 F.R. STEPHENSON – Astronomical Verification and Dating of Old Testament


in: Palestine Exploration Quaterly 107 (1975) pp. 107-117.
573 http://www.imcce.fr/fr/grandpublic/phenomenes/phases_lune/index.php
574 Ahmosis est orthographié Tethmosis par Manéthon ou Flavius Josèphe (Contre Apion I:94).
575 Bibliothèque historique I:46:8.
576 F. JACOBY - Die Fragmente der Griechischen Historiker

Leiden 1962 Ed. E.J. Brill pp. 993,994.


577 Histoire contre les païens I:11:1-I:12:7.
578 P. VERNUS, J. YOYOTTE - Dictionnaire des pharaons

Paris 1998 Éd. Noésis p. 86.


C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2
Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 192-196.
579 Le fils aîné de Séqenenrê, mort prématurément vers l'âge de 10 ans, s'appelait également Ahmosis [Sapaïr].
122 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Pharaon Durée du règne Dates du règne


Séqenenrê Taa (11 ans) --/1544-05/1533
Kamosis 2 ans 11 mois 05/1533-03/1530
Ahmosis 25 ans 4 mois 04/1530-07/1505
Amenhotep Ier 20 ans 7 mois 08/1505-02/1484
Thoutmosis Ier 12 ans 9 mois 02/1484-11/1472

L'accession de Kamosis coïncide donc avec la mort de Séqenenrê Taa. Or, selon les
synchronismes historiques, ce dernier correspond au pharaon anonyme de l'Exode, dont la
mort est fixée au 10 mai -1533 par la chronologie israélite.

[1] [2]
-1534 1 X V 10 79 [1] Taa Séqenenrê
2 XI VI
3 XII VII
4 I VIII 80 [2] Moïse âgé de 80 ans
5 II IX
6 III X
7 IV XI
8 V XII
9 VI I 11
10 VII II 0 Moïse (Apopi) revient en Égypte
11 VIII III
12 IX IV
-1533 1 X V
2 XI VI Début des 10 plaies
3 XII VII
4 I VIII 1
5 II IX 1 [1] Kamosis
6 III X [2] Moïse conduit l'Exode
7 IV XI
8 V XII
9 VI I 2
10 VII II
11 VIII III
12 IX IV
-1532 1 X V
2 XI VI
3 XII VII
4 I VIII 2
5 II IX
6 III X
7 IV XI
8 V XII
9 VI I 3
10 VII II
11 VIII III
12 IX IV

Selon le texte biblique, l'affrontement entre le pharaon (anonyme) et Moïse


déboucha sur l'Exode des Israélites. La coïncidence chronologique des événements est
remarquable, mais le nom des protagonistes semble différer. Or il n'en est rien. En effet,
même si le récit de l'Exode des Israélites fut transmis de façon très déformée par les
historiens alexandrins580, à cause d'une partialité évidente, il a globalement été conservé.
580P. SCHÄFER – Judeophobia. Attitudes toward the Jews in the Ancient World
Massachusetts 1997 Ed. Harvard University Press pp. 15-33
J.G. GAGER – Moses in Greco-Roman Paganism
New York 1972 Ed. Abingdon Press pp. 113-133.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 123

Manéthon581, un prêtre égyptien, écrit (vers -280), par exemple: Les hommes enfermés dans les
carrières souffraient depuis assez longtemps, lorsque le roi, supplié par eux de leur accorder un séjour et un
abri, consentit à leur céder l'ancienne ville des Pasteurs [Hyksos], Avaris, alors abandonnée. Cette ville,
d'après la tradition théologique, est consacrée depuis l'origine à Typhon [Seth]. Ils y allèrent et, faisant de ce
lieu la base d'opération d'une révolte, ils prirent pour chef un des prêtres d'Héliopolis nommé Osarseph et
lui jurèrent d'obéir à tous ses ordres. Il leur prescrivit pour première loi de ne point adorer de dieux, de ne
s'abstenir de la chair d'aucun des animaux que la loi divine rend le plus sacrés en Égypte, de les immoler
tous, de les consommer et de ne s'unir qu'à des hommes liés par le même serment. Après avoir édicté ces lois
et un très grand nombre d'autres, en contradiction absolue avec les coutumes égyptiennes, il fit réparer par
une multitude d'ouvriers les murailles de la ville et ordonna de se préparer à la guerre contre le roi
Aménophis [?]. Lui-même s'associa quelques-uns des autres prêtres contaminés comme lui, envoya une
ambassade vers les Pasteurs chassés par Tethmôsis [Ahmosis], dans la ville nommée Jérusalem, et, leur
exposant sa situation et celle de ses compagnons outragés comme lui, il les invita à se joindre à eux pour
marcher tous ensemble sur l'Égypte. Il leur promit de les conduire d'abord à Avaris, patrie de leurs
ancêtres, et de fournir sans compter le nécessaire à leur multitude, puis de combattre pour eux, le moment
venu, et de leur soumettre facilement le pays. Les Pasteurs, au comble de la joie, s'empressèrent de se mettre
en marche tous ensemble au nombre de 200 000 hommes environ et peu après arrivèrent à Avaris. Le roi
d'Égypte Aménophis, à la nouvelle de leur invasion, ne fut pas médiocrement troublé, car il se rappelait la
prédiction d'Aménophis, fils de Paapis. Il réunit d'abord une multitude d'Égyptiens, et après avoir délibéré
avec leurs chefs, il se fit amener les animaux sacrés les plus vénérés dans les temples et recommanda aux
prêtres de chaque district de cacher le plus sûrement possible les statues des dieux. Quant à son fils Séthôs,
nommé aussi Ramessès du nom de son grand-père Rampsès, et âgé de cinq ans, il le fit emmener chez son
ami. Lui-même passa (le Nil) avec les autres Égyptiens, au nombre de 300 000 guerriers bien exercés, et
rencontra l'ennemi sans livrer pourtant bataille; mais pensant qu'il ne fallait pas combattre les dieux, il
rebroussa chemin vers Memphis, où il prit l'Apis et les autres animaux sacrés qu'il y avait fait venir, puis
aussitôt, avec toute son armée et le peuple d'Égypte, il monta en Éthiopie; car le roi d'Éthiopie lui était
soumis par la reconnaissance. Celui-ci l'accueillit et entretint toute cette multitude à l'aide des produits du
pays convenables à la nourriture des hommes, leur assigna des villes et des villages suffisants pour les treize
ans d'exil imposés par le destin à Aménophis loin de son royaume, et n'en fit pas moins camper une armée
éthiopienne aux frontières de l'Égypte pour protéger le roi Aménophis et les siens. Les choses se passaient
ainsi en Éthiopie. Cependant les Solymites [ceux de Salem] firent une descente avec les Égyptiens impurs et
traitèrent les habitants d'une façon si sacrilège et si cruelle que la domination des Pasteurs paraissait un âge
d'or à ceux qui assistèrent alors à leurs impiétés. Car non seulement ils incendièrent villes et villages, et ne
581 Cité par Flavius Josèphe (Contre Apion I: 237-266).
124 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

se contentèrent pas de piller les temples et de mutiler les statues des dieux, mais encore ils ne cessaient d'user
des sanctuaires comme de cuisines pour rôtir les animaux sacrés qu'on adorait, et ils obligeaient les prêtres et
les prophètes à les immoler et à les égorger, puis les dépouillaient et les jetaient dehors. On dit que le prêtre
d'origine héliopolitainne qui leur donna une constitution et des lois, appelé Osarseph, du nom du dieu Osiris
adoré à Héliopolis, en passant chez ce peuple changea de nom et prit celui de Moïse. Flavius Josèphe582,
après avoir montré que ce récit égyptien comportait quelques invraisemblances grossières,
le rapporte toutefois comme étant relativement exact: Est-il probable ou qu'il [Moïse] ait établi
sans bon sens, ou que des hommes rassemblés à la suite de semblables calamités aient accepté des lois faites
contre eux-mêmes à leur honte et à leurs dépens? Mais, de plus, Manéthôs a transformé son nom de la
manière la plus invraisemblable. On l'appelait, dit-il, Osarseph. Ce mot n'a point de rapport avec celui
qu'il remplace. Le vrai nom signifie: « celui qui fut sauvé de l'eau », car l'eau chez les Égyptiens se dit «
Môü ». La preuve est assez claire, je pense: tant que Manéthôs suivait les antiques annales, il ne s'écartait
guère de la vérité; mais lorsqu'il s'est tourné vers les légendes sans autorité, il les a combinées sans
vraisemblance ou il a cru des propos dictés par la haine. Contrairement à ce que Flavius Josèphe
croyait, la remarque de Manéthon sur le nom de Moïse est correcte, car sa signification
n'est pas: celui qui fut sauvé de l'eau en hébreu, mais: tirant [de]. De plus, Moïse n'a pas reçu ce
nom à sa naissance, mais par la fille de pharaon au moment de son baptême dans le Nil.
Le chef hyksos, parti d'Égypte pour retourner en Palestine, s'appelait initialement
Osarseph (en Égypte) avant de s'appeler Moïse en Palestine (ou Tisithen, selon Lysimaque,
un historien alexandrin qui a écrit autour de -100). La forme grecque Osarseph, donnée par
Manéthon, semble être une déformation du nom égyptien Aaouserré-Apopi, Aaouserré
étant le nom de couronnement et Apopi le nom de naissance. Le nom Apopi apparaît sur
un fragment d'un relief du temple attenant à la pyramide d'Ahmosis érigée à Abydos. Ce
nom peu courant n'est pas égyptien, par contre, il signifie "très beau/ magnifique" en
hébreu583, or Moïse était très beau à sa naissance selon les textes bibliques (Actes 7:20;
Exode 2:2,10) et selon Flavius Josèphe584. Comme Moïse n'a reçu ce nom de la fille de
pharaon qu'à l'âge de 3 mois il s'agissait donc d'un nom de baptême et pas d'un nom de
naissance. La forme primitive du nom devait être égyptienne, puisque la fille de pharaon ne
parlait pas hébreu, et signifiait vraisemblablement "fils d'Eau" Mousa (mw-s3), forme qui fut
ensuite hébraïsée en Moshé (les noms égyptiens n'étant pas traduits, mais transcrits, comme
le nom égyptien de Joseph: Tsaphnat-Panéah en Genèse 41:45). La signification hébraïque
du nom Moshé "tirant de [?]" est surprenante, car "l'eau" est absente. Le nom de naissance

582 Contre Apion I: 285-287,290).


583 Le mot yepépia "magnifique" apparaît en Jérémie 46:20. La ville de Joppé signifie aussi "beauté".
584 Antiquités juives II:231.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 125

des Israélites étant souvent lié au contexte lors de l'accouchement, ainsi il est vraisemblable
que le nom initial de Moïse a dû être Apopi "magnifique". Ce nom apparaît d'ailleurs dans
le Talmud de Jérusalem (Nedarim 42c)585 qui précise qu'un vœu fait au nom d'Apopi (‫)יפופי‬
d'Israël est valable. Quelques amulettes juives586 écrites en grec sont dédiées à IAO YPEPI

"Iaô d'Apopi" ou à IAO CABAO MOUCE "Iaô Sabaoth de Moïse". Le nom de baptême étant
considéré comme le plus important, avec le temps, il remplace généralement le nom de
naissance (Abraham au lieu d'Abram, Israël au lieu de Jacob, etc.) ce qui pourrait expliquer
que Moïse (nom de baptême) le libérateur ait complètement estompé Apopi (nom de
naissance) l'ancien roi vassal d'un pharaon (lui aussi anonyme).

DATE DU DEPART DES HYKSOS HORS D'ÉGYPTE (EN AVRIL -1533)

La fin de règne d'Apopi, le dernier roi hyksos, constitue une véritable énigme pour
les égyptologues. En effet, le départ des Hyksos de l'Égypte vers la Palestine a constitué un
événement majeur dans l'histoire égyptienne, or comme le remarque Vandersleyen587: Le
Nouvel Empire commence dans un étrange silence des sources. Que se passa-t-il après l'an 3 de Kamosis?
(...) Il est curieux de constater que l'événement le plus important de l'histoire d'Égypte durant tout un
millénaire, l'anéantissement de la population des Hyksôs, ait été passé sous silence dans les inscriptions du
roi Amosis Ier qui traitent de tout autre chose: d'un orage qui a détruit le cimetière de Thèbes, de ses
préoccupations quant à la perpétuation de sa grand-mère, la reine Téti-Shéri, de présents offerts au temple
d'Amon à Karnak, du sage gouvernement de sa mère, la reine Ahhotep, etc., mais pas de la principale
conquête se son règne. De plus, les récits égyptiens écrits avant et après Apopi sont
contradictoires588 puisque avant ce roi aucune tension n'est à signaler mais, après leur départ
d'Égypte, les Hyksos deviennent brutalement une calamité pour les Égyptiens589. Plusieurs
pharaons affirment avoir repoussé les Hyksos, mais aucun d'entre eux n'a fait graver sur la
pierre cette bataille exceptionnelle (comme ce fut le cas, par exemple, pour la bataille de
Qadesh) qui fut cruciale dans l'histoire égyptienne. Cette expulsion n'est jamais détaillée ni
sur la pierre, ni sur les papyrus. La stèle de Kamosis évoquant cette bataille, décrit au futur
cet écrasement à venir, il ne s'agit donc que d'un roulement d'épaules.

585 J. BONSIRVEN – Textes rabbiniques des deux premiers siècles chrétiens


Rome 1955 Éd. Pontificio Istituto Biblico p. 1376.
586 E.R. GOODENOUGH – Jewish Symbols in the Greco-Roman Period

New York 1953 Ed. Pantheon Books vol. 2 p. 220, vol. 3 n°1027, n°1135.
587 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2

Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 193,213.


588 J. TYLDESLEY - Hatshepsout la femme pharaon

Monaco 1997 Éd. Rocher pp. 34-42,184.


589 P.A. CLAYTON - Chronique des Pharaons

Paris 2000 Éd. Casterman pp. 90-97.


126 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Les anciens historiens acceptaient le récit de Manéthon, un prêtre égyptien, comme


faisant autorité. Comme on l'a vu, Manéthon mettait en relation le départ des Hyksos avec
Moïse conduisant l'Exode. Selon lui, les Juifs de Palestine étaient les descendants des
anciens Hyksos chassés d'Égypte à cause de leur lèpre et le roi hyksos nommé Osarseph en
Égypte était appelé Moïse en Palestine. D'autres historiens confirment cette version.
L'auteur grec Hécatée d'Abdère590 écrit (vers -300): Quand dans le passé une peste a surgi en
Egypte, le peuple a attribué ses ennuis à une action d'origine divine. En effet, à cause de beaucoup
d'étrangers de toutes sortes demeurant dans leur milieu et la réalisation des rites différents de religion et de
sacrifice, leurs propres observances traditionnelles en l'honneur des dieux étaient tombées en désuétude. De là
les habitants du pays de la terre ont conjecturé qu'à moins qu'ils n'aient enlevé ces étrangers, leurs ennuis ne
seraient jamais résolus. Immédiatement, donc, on a conduit ces étrangers du pays et les plus remarquables et
actifs parmi eux furent réunis ensemble et, comme certains disent, furent expulsés en Grèce et en d'autres
régions; leurs dirigeants étaient des hommes éminents, les chefs parmi eux étant Danaos et Cadmos. Mais
on a éconduit le plus grand nombre dans ce qui est maintenant appelé Judée, qui n'est pas très éloignée de
l'Egypte et était en ce temps-là tout à fait inhabitée. La colonie a été dirigée par un homme appelé Moïse,
remarquable, et pour sa sagesse et pour son courage. En prenant la possession du pays, il a fondé, en plus
d'autres villes, celle qui est maintenant la plus renommée de toutes, celle qu'on appelle Jérusalem. Cette
dernière phrase est évidemment un embellissement, mais l'ensemble paraît recevable.
Diodore591 rapporte (vers -50): Dans le dessein que nous avons de rapporter les différentes
guerres qui ont été faites aux Juifs, nous croyons qu’il est à propos de dire un mot de l’origine et des moeurs
de cette nation. Une grande partie s’étant répandue sur l’Egypte, la plupart de ses habitants attribuèrent ce
fléau à quelque offense faite aux dieux: car comme il abordait là des étrangers de toute nation, qui dans
leurs sacrifices et les autres cérémonies religieuses apportaient les pratiques de leurs différents pays, il arriva
de-là que le culte des dieux, tel qu’il était établi dans l’Egypte même, souffrit de grandes altérations, et qu’il
s’en était déjà aboli une partie considérable. Là-dessus, les naturels du pays craignirent que s’ils ne
chassaient incessamment ces étrangers, l’Egypte ne tombât dans des maux qui n’auraient plus de remèdes
(…) Les Égyptiens disent par ailleurs qu'après cela, de très nombreuses colonies ont été disséminées depuis
l'Égypte dans le monde entier. De fait, à Babylone, Bélos [Baal], qui est tenu pour fils de Poséidon et de
Libye, mena des colons, installé au bord de l'Euphrate (…) Ils affirment aussi que Danaos et ses
compagnons eurent pareillement la même base pour fonder ensemble chez les Grecs la cité qui est presque la
plus antique, Argos; le peuple des Colchidiens du Pont et le peuple juif, entre l'Arabie et la Syrie, doivent
aussi leur fondation à des hommes partis de chez eux (…) Ainsi ayant mis hors de leurs confins tous ceux

590 M. STERN - Greek and Latin Authors on Jews and Judaism


Jerusalem 1976 Ed. Israel Academy of Sciences and Humanities pp. 26-34.
591 Bibliothèque historique I:28,94 XL:3.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 127

qui n’étaient pas nés dans leur enceinte ; une partie de ces derniers, hommes courageux et distingués,
servirent de chefs aux autres, pour les conduire dans la Grèce et en d’autres pays où ils arrivèrent après
avoir essuyé différentes traverses dans cette transmigration. Entre ces chefs les plus considérables furent
Danaos et Cadmos. Mais le plus grand nombre de ces bannis se jeta dans cette région qu’on appelle
maintenant Judée, qui n’est pas à la vérité bien éloignée de l’Egypte, mais qui dans ce temps-là était
absolument déserte. Le chef de ceux-ci se nommait Moïse, homme supérieur par sa prudence et par son
courage. Ce fut lui qui se saisissant le premier de cette contrée, y bâtit plusieurs villes, et la plus célèbre de
toutes, nommée Jérusalem: mais surtout il y construisit un temple singulièrement respecté de tous les Juifs. Il
enseigna à son peuple le culte de dieu, et il institua les cérémonies de la religion (…) Moïse les attribuait au
dieu qu'ils invoquent sous le nom d'Iaô (…) Enfin il donna des lois à sa nation, dont il fit une république.
Il la partagea en douze tribus, jugeant ce nombre le plus parfait de tous, comme répondant à celui des douze
mois de l’année. Mais il ne voulut placer dans ce temple aucune image des dieux; jugeant que la forme
humaine ne convient point à la divinité, et que le ciel qui environne la terre est le seul dieu et le seul maître
de toutes choses. Il établit des cérémonies sacrées et des lois morales, très différentes de celle de toutes les
autres nations: car mécontent de ce que la sienne était bannie de l’Egypte, il lui inspira des moeurs qui
tenaient quelque chose de l’inhumanité et de l’inhospitalité : et choisissant entre eux ceux qui étaient les plus
agréables à la multitude, et en même temps les plus capables de la gouverner, il en fit les prêtres de la nation.
Il leur confia tout ce qui concernait le culte divin et les sacrifices: et les établit en même temps gardiens des
lois, et juges dans toutes les causes importantes. C’est ce qui a fait dire que les Juifs n’ont jamais eu de
véritable roi, et que le soin et le pouvoir de gouverner la multitude a toujours été entre les mains des prêtres
qui paraissaient surpasser les autres en vertu et en sagesse. Ils donnent à celui-ci le nom de Grand-Prêtre, et
ils le regardent comme l’interprète et le ministre des ordres de dieu. C’est lui qui dans les assemblées
publiques leur expose ses commandements, et le peuple est si soumis dans ces occasions, que dès que le
Grand-Prêtre se montre, ils se prosternent à terre, et l’adorent comme l’interprète des volontés de dieu même.
Ces anciens historiens mettent donc en parallèle l'Exode biblique avec son chef Moïse et le
départ d'Égypte des Hyksos sous la conduite de Cadmos et de Danaos. Tacite592 (vers 100)
rapporte, lui aussi, cette version déformée de l'Exode.
Selon Hécatée d'Abdère, lorsque les Hébreux furent expulsés, la plus grande partie
fut conduite en Judée par Moïse et une petite partie alla vers la Grèce avec Cadmos et
Danaos à leur tête. Hérodote593 précisait (vers -450) que les Grecs reçurent leur alphabet de
Cadmos, un Phénicien, l'inventeur de l'alphabet grec dit cadméen. Homère594 affirmait (vers
-850) que les ancêtres des Grecs furent les Danaens, les fils de Danaos. Diodore de Sicile,

592 Histoire V:2-5.


593 Enquête V:58; II:145. Voir aussi DIODORE - Bibliothèque historique V:74.
594 L'Odyssée V:306 (le nom Danaens semble provenir de l'akkadien dananu(m) "puissant").
128 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

tout en reprenant le récit d'Hécatée, écrivait que Cadmos vécut à Thèbes595, en Égypte, et
que son histoire fut adaptée et modifiée par les Grecs596. Les anciens historiens donnent
donc des précisions concordantes: un Phénicien du nom de Cadmos vécut en Égypte peu
avant -1500 et légua l'alphabet aux Grecs. Le nom Cadmos ne signifie rien en grec, mais
‘Est’ ou ‘Oriental’ en hébreu597. Moïse et Cadmos sont des Sémites ayant vécu aux mêmes
endroits, à la même époque, ayant accompli des actions identiques. Selon l'historien
Eupolème598 (vers -160), Moïse serait l'inventeur de l'alphabet (le Cadmos d'Hérodote) qui
passa ensuite aux Phéniciens puis aux Grecs. Artapan dans son livre Des Juifs écrit (vers -
200): Il [Moïse] confia aux prêtres les lettres sacrées, et il y avait aussi des [hiéroglyphes] chats, des chiens,
des ibis599. Malgré leur aspect tardif les témoignages d'Hérodote et d'Eupolème se recoupent:
un oriental [Moïse] a transmis, vers -1500, l'alphabet [d'origine égyptienne] aux Phéniciens,
puis aux Grecs. De plus, la mythologie600 grecque présente Cadmos comme un descendant
d'Épaphos (fils de Zeus) et de Memphis (fille de Nilos, le Nil). Or, la vie d'Épaphos
ressemble beaucoup à celle de Moïse (sous le nom Apopi) puisqu'il naquit près du Nil et fut
caché à sa propre mère quelques temps en Syrie, puis fut élevé en Égypte où il devint roi601.
L'histoire du Cadmos phénicien ou d'Apopi, un prince de Palestine et tout premier
monothéiste (le pharaon Séqenenrê lui en fait le reproche, ce qui confirme l'aspect original
de cette croyance), ressemble étrangement à celle du Moïse israélite auteur du ‘Livre’, selon
le texte d'Exode 17:14. Il est donc raisonnable de conclure602 qu'un "oriental" appelé
Cadmos (Moïse ou Apopi) soit l'auteur d'un récit en paléo-hébreu écrit vers -1500. Cette
entreprise ayant sans aucun doute ouvert la voie dans la transmission de l'alphabet tel que
nous le connaissons aujourd'hui603. Si on considère que la chronologie est l'œil de l'histoire,
on doit conclure que Moïse et Apopi ne forme qu'un seul personnage puisqu'ils vécurent
au même moment et aux mêmes endroits (cette conclusion découle d'une chronologie
rigoureuse qui n'a, hélas, jamais été établie, même chez les égyptologues sérieux604).
595 Selon Hésiode (vers -700), Thèbes fut construite par Cadmos (Thèbes devint capitale égyptienne au début de la XVIIIe dynastie).
596 Bibliothèque historique XL:3; I:23.
597 Les habitants du Sinaï sont appelés "fils de l'Est/ Orientaux" (Job 1:3; Genèse 29:1) ou "Qadmonites" (Genèse 15:19). Ce terme

Qedem (qdmw) est ancien, car il apparaît déjà dans une stèle du pharaon Mentouhotep II (2045-1994).
598 B.Z. WACHOLDER - Eupolemus. A Study of Judeo-Greek Literature

Cincinnati 1974 Ed. Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion pp. 71-96.
599 EUSEBE DE CESAREE -Préparation évangélique IX:26-27.
600 P. GRIMAL - Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine

Paris 1999 Éd. Presses Universitaires de France pp. 71-73,141.


601 J. BERARD – Les Hyksos et la légende d'Io

in: Comptes-rendus des scéances de l'Académie des inscriptions et belles-lettres n°95:4 (1951) pp. 445-447.
J. BERARD – Les Hyksos et la légende d'Io. Recherches sur la période mycénienne
in: Syria n°29:1 (1952) pp. 1-43.
602 J. COHEN - L'écriture hébraïque

Lyon 1997 Éd. du Cosmogone pp. 39-61.


603 M. BERNAL - On the Transmission of the Alphabet to the Aegen before 1400 B.C.

in: Bulletin of the American Schools of Oriental Research 267 (1987) pp. 1-19.
604 P. MONTET – Le drame d'Avaris. Essai sur la pénétration des Sémites en Égypte.

Paris 1941 Éd. Librairie Orientalistes Paul Geuthner pp. 99-104,211-213.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 129

Selon le texte biblique, l'Exode fut la conséquence d'une confrontation religieuse


entre le pharaon et le Dieu des Israélites. Le début de cet événement célèbre coïncide avec
les trois dernières des dix plaies, celles qui n'ont pas touché les Israélites, et qui se
produisent dans la campagne de Tanis605 (autour d'Avaris). L'Exode commence le 15 Nisan
-1533 à partir de Ramsès une ville entrepôt (non identifiée) située près de Lisht ou de
Memphis. Cette ville devait être proche de la capitale égyptienne puisque le pharaon peut
contacter Moïse en quelques heures606, ce qui est conforme à l'indication de Josèphe607
situant cette ville à Fostat (ancienne Babylone égyptienne, près du Vieux Caire). Les
Israélites suivent le chemin du désert (qui va de la capitale aux mines de Sérabit el-Khadim)
et non le chemin des Philistins608, appelé chemin d'Horus par les Égyptiens, qui longe la
côte méditerranéenne, pour camper à Soukkhot, puis à Etham avant de finalement revenir
à Pi-Hahiroth609. Cette ville devait se situer au nord de la mer Rouge et selon la description
de Josèphe pourrait être l'actuel djebel ‘Ataqa (cet emplacement ressemble effectivement à
un cul-de-sac)610. Le pharaon meurt lors de la traversée de la mer Rouge611 (il s'agit en fait
de la l'ancienne mer des Roseaux au nord de la mer Rouge, car le texte grec612 traduit
toujours l'expression hébraïque yam-souph par érythra thalassa), puis les Israélites atteignent
Elim (actuel ouadi Gharandel) le 15 du mois suivant (Exode 16:1). Le trajet entre Memphis
et Elim est de 600 kilomètres environ, cette distance peut être parcourue en 24 jours613, ce
qui correspond aux 30 jours indiqués dans le texte, en tenant compte de la durée des
campements614. La traversée actuelle entre le promontoire appelé Ras ‘Ataqa jusqu'à l'oasis
d'Ayoun Mousa, sur la rive opposée, est d'environ 10 kilomètres ce qui impose une durée
d'au moins 2 heures pour passer à pied d'une rive à l'autre. La profondeur maximale est de
15 mètres au milieu du trajet, ce qui est en accord avec la description biblique: Les Israélites
pénétrèrent à pied sec au milieu de la mer, et les eaux leur formaient une muraille à droite et à gauche615.
Pour éviter l'explication miraculeuse, certains biblistes proposent une simple traversée de
marécages, mais, dans ce cas, le chemin emprunté aurait été soit impraticable pour une
vaste foule, soit sans danger pour les armées égyptiennes.

605 Psaumes 78:12,43.


606 Exode 12:30,31.
607 Antiquités juives II:315.
608 Si les Israélites avaient emprunté le chemin d'Horus en terrain dégagé, ils auraient pu retourner en Égypte en voyant l'armée de

pharaon les poursuivre.


609 Exode 13:17-14:2. Le nom Pihahiroth pourrait venir du cananéen ancien pi ḥirîtu "embouchure du canal".
610 Antiquités juives II:324-326; Exode 14:3.
611 Psaumes 136:15.
612 Actes 7:36; Hébrux 11:39.
613 Les armées du passé se déplaçaient à la vitesse moyenne de 25 kilomètres par jour. Même les armées romaines, très organisées, ne

dépassaient pas cette vitesse (E. LUTTWAK – La grande stratégie de l'Empire romain. Paris 2009 Éd. Economica pp. 137).
614 Départ de Ramsès (près de Memphis) le 15 Nisan, arrivée à Soukkoth le 21 et départ le 23, arrivée à Étham le 27 et départ le 29,

arrivée à Pihahiroth le 31 et départ le 1 du mois suivant, arrivée à Mara le 8 et départ le 13, arrivée à Elim le 15.
615 Exode 14:22.
130 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Fig. 13 : Trajet possible de l'Exode

Les Israélites devaient résider à Ramsès près de Lisht/ Memphis, l'ancienne capitale
égyptienne, et à Avaris près de Tanis, la capitale des Hyksos. Les deux groupes (Moïse
dirigeant celui venant de Ramsès) ont dû partir le 15 Nisan pour se rejoindre et camper à
Soukkoth et poursuivre ensemble vers Étham à l'extrême nord de la mer Rouge.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 131

La version égyptienne de ces événements, en dépit d'une interprétation différente


(ce qui se comprend), confirme les dates et les lieux. Cautionnant la version d'une terrible
guerre avec les Hyksos, certains égyptologues ont imaginé le scénario suivant: Apopi, rongé
par l'ambition, aurait voulu dominer toute l'Egypte et serait à l'origine de ce conflit que les
pharaons Kamosis et Ahmosis auraient fini par emporter après une longue guerre.
L'analyse des documents égyptiens infirme cette interprétation.
Les documents égyptiens antérieurs montrent que, contrairement aux descriptions
des sources égyptiennes postérieures, les Hyksos avaient été de grands constructeurs,
encourageant même la diffusion de la littérature égyptienne et la vie intellectuelle de
l'Égypte616. La prospérité régnait, jusqu'au jour où le roi hyksos Apopi fit au pharaon
Séqenenrê Taa-ken (Séqenenrê le Brave) la demande invraisemblable suivante: Il faudra
retirer du canal les hippopotames à l'est de la ville, car ils m'empêchent de trouver le sommeil, que ce soit le
jour ou la nuit, ce qui aurait déclenché une terrible guerre. Kamosis se vante ensuite d'avoir
chassé ces "vils" Asiatiques qui avaient apporté le chaos dans le pays, à cause de ce roi
Apopi, le prince du Retenou. On ne possède que deux brefs récits de cette prétendue
victoire, mais ni le total de chars au combat (l'officier Ahmès mentionne seulement la prise
de 1 char avec son attelage de chevaux à la fin de sa campagne), ni le nombre de
prisonniers et de tués ne sont fournis, ce qui ne correspond pas au style égyptien habituel.
En quelque sorte, les silences en disent plus sur la vérité. Sur la stèle de Kamosis, par
exemple, ce pharaon se contente d'injurier et de défier Apopi sans jamais évoquer une
quelconque victoire sur lui, confirmant indirectement l'absence de guerre.
Les récits les plus détaillés, servant à prouver la guerre contre les Hyksos,
n'apparaissent qu'à l'époque du pharaon Ahmosis617, le successeur de Kamosis. Le premier
rapport est celui d'un officier d'El-kab, Ahmès fils d'Abana, dont l'autobiographie figure
dans sa tombe: Ensuite, lorsque j'eus fondé un foyer, on m'enrôla à bord du Septentrion pour ma
vaillance. Je suivais alors le Souverain -qu'il soit en vie, santé et force!- à pied quand il se déplaçait sur son
char. On mit le siège devant la ville d'Avaris: je fis montre de ma vaillance de fantassin en présence de Sa
Majesté. Je fus alors affecté au vaisseau Gloire-dans-Memphis. L'on se battit sur l'eau dans le canal de
Padjedkou près d'Avaris: je fis une prise et rapportai une main. Cela fut rapporté au héraut du roi, et je
reçus l'or de la vaillance. On engagea à nouveau le combat en ce lieu: j'y refis une prise et rapportai une
main. Je reçus à nouveau l'or de la vaillance. On engagea le combat en Égypte, au sud de cette ville: je

616 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne


Paris 1988 Éd. Fayard p. 246
J. VERCOUTTER - Les Hyksos
in: Encyclopédia Universalis (1994) pp. 820,821.
617 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne Paris 1988 Éd. Fayard pp. 253-257.
132 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

ramenai un prisonnier. Je dus entrer dans l'eau pour le ramener du côté de la ville où je l'avais capturé en
nageant pour le porter. Cela fut rapporté au héraut du roi, et je fus récompensé encore une fois avec de l'or.
Puis on mit Avaris au pillage et j'en emportai du butin: un homme et trois femmes, soit en tout quatre
personnes. Sa Majesté me les donna en esclaves. Puis on mit le siège devant Sharouhen pour trois ans. Puis
Sa Majesté la pilla, et j'en emportai du butin: deux femmes et une main. Je reçus l'or de la vaillance, et mes
prisonniers me furent donnés comme esclaves. La présentation618 des événements semble
chronologique, allant du règne de Séqenenrê à celui de Touthmosis Ier ainsi, au début de sa
carrière (sous Kamosis), Ahmès mit le siège devant la ville d'Avaris et montra sa vaillance (il
ne s'est donc rien passé), puis il se battit sur l'eau à Padjedkou près d'Avaris et engagea le
combat en Égypte, au sud de cette ville. Avaris fut ensuite mis au pillage (si la ville avait été
abandonnée par la majorité de ses habitants, il n'y eut probablement aucun combat ce qui
explique mieux le maigre bilan de cette capture: quelques retardataires et ceux qui étaient
restés sur place, notamment les Asiatiques non Israélites). L'unique "bataille" s'est déroulée
au canal de Padjedkou (?)619 et non à Avaris qui est seulement pillée (sans bataille).
Le récit d'Ahmès est nettement plus précis lorsqu'il évoque ensuite ses campagnes
en Nubie (sous Ahmosis) et mentionne cette fois: des conquêtes, des victoires, des troupes,
des archers et des guerriers: Ensuite, après que Sa Majesté eut massacré les Mentjiou d'Asie, Elle
remonta vers Khenet-nefer [en Nubie] pour anéantir les archers Nubiens. Sa Majesté en fit un grand
carnage, et j'en ramenai comme butin deux hommes et trois mains. Je fus récompensé une nouvelle fois avec
de l'or, et l'on me donna deux femmes comme esclaves. Alors Sa Majesté redescendit vers le nord, contente
de ses victoires: Elle avait conquis les peuples du Sud et du Nord (...) Alors Aata vint du Sud. Son destin
était d'être détruit: les dieux de Haute Égypte l'empoignèrent. Sa Majesté le rencontra à Tenttaâ. Sa
Majesté l'emmena prisonnier et toutes ses troupes comme butin, et moi j'emmenai deux jeunes guerriers
comme prise de guerre du navire d'Aata. Alors, on me donna cinq personnes et cinq aroures de terre dans
ma ville. La même chose fut faite pour tout l'équipage. C'est alors que vint ce vil individu nommé Tétiân. Il
avait regroupé autour de lui des rebelles. Sa Majesté le massacra et anéantit ses troupes.
L'autobiographie de cet officier est révélatrice, seules les expéditions militaires contre le
pays de Koush sont détaillées. Bien qu'il n'ait jamais écrit précisément comment il avait
vaincu les Hyksos, Ahmosis est à l'origine d'un style de fresques montrant un pharaon
victorieux écrasant des Sémites tout apeurés. Cette présentation d'un pharaon écrasant des
Sémites en déroute, apparaît sur un char de Thoutmosis IV. On la retrouve presque à
l'identique sur les représentations d'Ahmosis, de Thoutmosis II et Thoutmosis III.

618 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2


Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 213-216.
619 Peut-être l'actuel Wadi Tumilat.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 133

La relief de la "bataille d'Avaris" a pu être reconstitué620 (ci-dessous) grâce aux


nombreux fragments retrouvés à Abydos dans le temple jouxtant la pyramide d'Ahmosis:
Fig. 14 : Bataille d'Avaris (Temple d'Ahmosis)

Bien qu'aucun texte accompagnant directement cette


scène n'ait été retrouvé, de nombreux détails internes permettent
cependant son identification. Le nom d'Apopi (écrit ipp) apparaît,
par exemple, sur un fragment (ci-contre) ainsi qu'un asiatique
reconnaissable à son vêtement à frange et à son épée dague. Sur
le relief d'Ahmosis, plusieurs guerriers asiatiques (dans les
représentations ultérieures ils portent deux bandeaux croisés sur
la poitrine avec un collier, ce qui les identifie à des Hyksos) sont
représentés en train de tomber transpercés par des flèches. Un
petit fragment de relief immergé, découvert dans le même
contexte, porte le nom ḥwt w‘r(t), Avaris, la capitale des Hyksos
(avec la même orthographe que dans la Stèle de Kamosis). Les
flèches utilisées par les archers sont nubiennes, or on sait que Kamosis a utilisé des archers
nubiens loyaux, les Madjaÿ, durant le siège d'Avaris. Les bateaux représentés sur le relief
sont des bateaux de guerre de type "vautour", ce qui laisse supposer qu'une partie de la
guerre s'est déroulée sur l'eau. La description d'une récolte de grain dans un contexte de
guerre est très surprenante et pourrait laisser supposer qu'une famine provoquée par
stratégie a été associée à cette guerre. Le relief d'Ahmosis est donc en plein accord avec les
indications données par la Stèle de Kamosis, mais constitue un type de représentations
absolument nouveau dans l'art égyptien.

S.P. HARVEY - The Cults of King Ahmose at Abydos


620

Michigan 1998 Ed. UMI Dissertation Services pp. 316-353, 529-550.


134 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Bien que la représentation d'Ahmosis laisse croire à une victoire éclatante, quelques
détails la trahissent et appuient plutôt la version biblique. Ce pharaon sut habilement
mélanger, dans sa propagande laissée à la postérité, une version des faits qui alliait de
véritables faits d'armes contre la Nubie621, des opérations de police dans le nord de l'Égypte
et des représailles toutes rhétoriques envers les Hyksos. Les représentations d'un char, avec
son cheval, apparaissent également dans la tombe de Paheri, petits fils d'Ahmès. Ainsi,
comme le texte biblique l'indique, les chars ont joué un grand rôle dans cette bataille.
Ahmès fils d'Abana indique aussi que Kamosis "se déplaçait sur
son char pour mettre le siège devant Avaris". Les représentations
ultérieures de cette "bataille" sont plus prolixes en détails.

Fig. 15 : Scène de la bataille contre des Sémites (char de Thoutmosis IV)

L'examen attentif des protagonistes révèle que seuls les Nubiens sont représentés
avec des armes (les archers qui s'opposent au pharaon), ce qui n'est pas le cas des
Asiatiques reconnaissables à leurs barbes. De plus, certains Asiatiques (indiqués par une
flèche) portent deux bandeaux croisés sur la poitrine avec un collier, ce qui est une
caractéristique des soldats Hyksos. Autre élément étrange, bien que le nom de la ville
d'Avaris soit mentionné dans le temple d'Ahmosis, l'attaque de cette ville n'est jamais
figurée explicitement, ce qui n'est pas habituel dans la propagande égyptienne. Par exemple,
dans la tombe d'Anta à Deshasheh, datée autour de -2300, la ville asiatique attaquée par les
Égyptiens est dessinée sous la forme d'un grand cartouche, les villes de Qadesh et de
Yenoam prises par Séthi Ier (vers -1290) sont représentées sous forme de forteresses. Il est
donc curieux que la ville d'Avaris n'apparaisse pas sur le relief d'Ahmosis et qu'on ait oublié
de commenter cette prise remarquable. Dans la stèle de Karnak, Ahmosis rend hommage à
621 Il est possible que le rebelle nommé Tétian (ou Téti) ait été un gouverneur de Nubie, ce qui confirmerait l'ampleur de la révolte.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 135

sa mère: Celle qui a accompli les rites et pris soin de l'Égypte. Elle a veillé sur ses troupes et les a
protégées. Elle a ramené ses fugitifs et rassemblé ses déserteurs. Elle a pacifié la Haute Egypte et a chassé
les rebelles. Les rebelles (terme qui visait sans doute les Hyksos) étaient donc partis lorsque
cette reine mère exerçait la régence auprès d'un Ahmosis trop jeune pour régner (environ 5
ans, car l'âge de sa momie a été estimé à 33 ans). La mention de certains Égyptiens fugitifs
et déserteurs qui seraient revenus au pays, renvoie manifestement à ceux mentionnés par
Kamosis lors du départ d'Apopi. La version de Kamosis est en tous points conforme à la
propagande du pharaon de l'époque, selon le texte biblique: Pharaon dira des Israélites: “Les
voilà qui errent en pleine confusion dans le pays. Le désert s'est refermé sur eux” (...) Pharaon fit atteler
son char et emmena son armée. Il prit six cents des meilleurs chars et tous les chars d'Égypte, chacun d'eux
montés par des officiers (..) Les Égyptiens — tous les chevaux de Pharaon, ses cavaliers, et son armée— se
lancèrent à leur poursuite et les rejoignirent alors qu'ils campaient au bord de la mer près de Pi-Hahiroth,
devant Baal-Tséphon. Comme Pharaon approchait, les Israélites levèrent les yeux, et voici que les Égyptiens
les poursuivaient. Les Israélites eurent grand-peur622. Les auteurs chrétiens des premiers siècles
(comme Clément d'Alexandrie623) plaçaient l'Exode sous le règne d'Ahmosis. Tatien
précisait (vers 160-170): Les Egyptiens ont aussi des chroniques exactes, et le narrateur de leur histoire
est Ptolémée, non le roi, mais un prêtre de Mendès. C’est lui qui a exposé les actions des Rois; il dit que
c’est sous Amôsis, roi d’Egypte, que les Juifs sont sortis d’Egypte pour aller dans les contrées où ils allèrent,
sous la conduite de Moïse (...) Après lui, Apion, le grammairien, homme très renommé, dans le 4e livre de
ses Egyptiaques (il y en a 5 en tout), dit, entre autres choses, qu’«Amôsis détruisit Avaris à l’époque de
l’Argien machos, comme l’a écrit dans sa Chronique Ptolémée de Mendès (...) C’est pourquoi, si Moïse a
vécu, comme nous l’avons montré, du temps d’Inachos, il est antérieur de 400 ans à la guerre de Troie624.
Tatien situait donc Moïse et Amôsis vers 1584 (= 400 + 1184) avant notre ère.
Une lecture attentive de ces documents montre donc que les Égyptiens ont
entrepris plusieurs campagnes agressives contre la Nubie (pays de Koush) et n'ont procédé
qu'à quelques raids d'intimidation au nord du Sinaï, en Syrie et dans le Mitanni625, mais rien
de précis, à part des menaces de principe, contre le Retenou où se sont réfugiés les anciens
Hyksos626. Le texte de deux stèles et d'une tablette de Kamosis relate ainsi la reprise des
hostilités contre les Hyksos627: Alors Sa Majesté s'adressa dans son palais aux courtisans de Sa suite:
622 Exode 14:3-10.
623 Stromate I:21.
624 A. PUECH – Recherches sur le discours aux grecs de Tatien

Paris 1903 Éd. Félix Alcan, chapitres XXXI; XXXVIII-XXXIX.


625 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2

Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 225,256,257.


626 G.N. KNOPPERS, A. HIRSCH - Egypt, Israel, and the Ancient Mediterranean World

Leiden 2004 Ed. Brill pp. 121-141.


627 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp.230-232,554,555.


136 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

“À quoi donc puis-je reconnaître mon pouvoir ? Il y a un chef dans Avaris et un autre à Koush et moi, je
resterais sans rien faire, associé à un Asiatique et un Nègre!”. Après cette question posée, le roi
passe outre l'avis de ses courtisans qui préféreraient rester au calme entre Cusae et
Éléphantine (ce qui confirme les relations pacifiques des deux royaumes) et pousse jusqu'à
Néfrousi, à proximité de Béni Hassan avec ses troupes de Medjaÿ où il y défait l'armée d'un
certain Téti fils de Pépi: Il a fait de Néfrousi le nid des Asiatiques. Je passai la nuit dans mon bateau,
le cœur content, et quand la terre s'éclaira, je fus sur lui comme un faucon. À l'heure du déjeuner, je le
repoussai; après avoir renversé ses murailles, j'ai massacré ses hommes. Une fois cette expédition
punitive terminée (les "vraies" batailles de Kamosis n'eurent donc lieu que dans le sud de
l'Égypte)628, Kamosis s'en prend ensuite à Apopi, le prince du Retenou (Moïse est présenté
comme prince hébreu en Exode 2:14), pour le traiter à plusieurs reprises de vil Asiatique et
le menacer de terribles représailles (ce qui prouve que cette guerre n'était que virtuelle).
Kamosis reproche aussi à certains Égyptiens d'avoir abandonné l'Égypte, leur maîtresse,
pour aller avec ce misérable Apopi (que des Égyptiens suivent un vil conquérant, de leur
propre gré, est inexplicable dans la version égyptienne, alors que texte biblique en donne la
raison). Après s'être plaint d'être "assis en sandwich" entre les deux royaumes vassaux, les
Hyksos au nord et les Koushites au sud, Kamosis justifie sa guerre par l'accusation
suivante: J'interceptai son message [celui d'Apopi] au sud des oasis, alors qu'il remontait vers le pays de
Koush. C'était une lettre, dans laquelle je trouvai, écrit de la main du souverain d'Avaris: “Aaouserré, le
Fils de Ra Apopi, salue son fils, le souverain de Koush. Pourquoi t'es-tu proclamé roi sans me le faire
savoir? As-tu su ce que l'Égypte m'a fait? Le souverain qui y réside, Kamosis (...) est en train de
m'attaquer dans mes domaines, moi qui ne lui ai rien fait, exactement comme il a fait contre toi! Il a choisi
deux pays pour y semer la détresse, le mien et le tien, et il les a ravagés! Allez, viens! N'aie pas peur! Il est
en ce moment ici, après moi: il n'y a donc personne qui t'attende en Égypte, et je ne le laisserai pas partir
avant ton arrivée”. Le hyksos Apopi était donc un lettré (comme Moïse selon Actes 7:22) et
seul le royaume de Koush avait réellement été attaqué puisque, selon Kamosis, Apopi
aurait proposé une alliance avec Koush, après son agression, pour se révolter contre
l'Égypte. Le texte de Nombres 12:1 confirme les liens privilégiés des Hébreux avec le pays
de Koush, puisque la femme même de Moïse était koushite. En fait, le royaume koushite de
Kerma, avec ses riches mines d'or, fut annexé par l'Egypte principalement pour compenser
les graves pertes dues au départ des Hyksos629 au début de la XVIIIe dynastie630.

628 D. O'CONNOR - The Hyksos Period in Egypt


in: The Hyksos: New Historical and Archaeological Perspectives. Philadelphia 1997 p. 45-63
629 P. GRANDET – Les pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique

Paris 2008 Éd. du Rocher p. 66.


630 D. V ALBELLE – Hatchepsout en Nubie in: Bulletin de la société française d'égyptologie n°167 (2006) pp. 33-50.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 137

En analysant les récits égyptiens concernant les Hyksos, il se dégage ceci: la raison
officielle du conflit — le bruit insupportable fait par les hippopotames — n'est pas
crédible. Il est aussi difficile
de croire que les Égyptiens
qui se vantent d'avoir
expulsé ces Hyksos n'aient
laissé aucune trace de cette
victoire. Le seul détail
connu concernant cette
"bataille", fourni par un
officier égyptien, est qu'elle
eut lieu sur l'eau à
Padjedkou. La première
campagne de Kamosis fut
motivée par le départ non
voulu des Hyksos et par la
mort de Séqenenrê (son
frère). Kamosis mit fin au
royaume d'Avaris, du moins
ce qui en restait, par une
opération de police et
reconquit le royaume de
Koush qui était devenu
indépendant. Bien que les
Hyksos se soient réfugiés
en Palestine, Kamosis ne
les attaqua pas et se
contenta d'assiéger pendant
3 ans la ville de Sharouhen
en bordure de l'Égypte.

Fig. 16 : Royaumes de Thèbes, de Koush et d'Avaris à l'époque de Kamosis

Enfin, dernière invraisemblance, bien que plusieurs pharaons se soient proclamés


victorieux contre les "vils" Hyksos, l'état de la momie de Séqenenrê Taa, notamment sa tête
138 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

qui témoigne de graves blessures (photo ci-contre) , montre que ce pharaon est mort de
manière violente (âgé entre 30 et 40 ans) et qu'il s'est écoulé un temps
assez long avant sa momification. Or, les Égyptiens restent muets sur
cette mort. Le texte biblique, par contre, indique que le pharaon qui
s'est opposé à Moïse est mort brutalement dans la mer Rouge: Les eaux,
en revenant, couvrirent les chars, les cavaliers et toute l'armée de Pharaon qui étaient
entrés dans la mer à la suite des enfants d'Israël (...) [Dieu] précipita Pharaon et
son armée dans la mer Rouge631, ce qui aurait obligé les Égyptiens à
récupérer le corps de ce pharaon dans un piteux état.

Fig. 17 : Statue de Iahmès Sapaïr


Selon le texte biblique632, tous les premiers-nés d'Égypte
moururent lors de la 10e et dernière plaie, ce qui dut constituer un
drame pour le pharaon s'il avait un fils aîné. Vandersleyen précise:
Séqénenré eut un héritier, le prince Iahmès. Las! Il est mort à six ans et son
père a suivi de près (...) Très rapidement son culte s'est formé [et durera
jusqu'au début de la 21e dynastie] et il est le premier de la «grande famille»
royale de la fin du 17e et du début de la 18e dynastie à avoir été l'objet d'un
culte, avant Amenhotep Ier et Iahmès Néfertari (...) Les inscriptions de la
statue révèlent que ce prince est le fils aîné de Séqénenré Djéhouty-Aa (...) La
statue est exceptionnelle à plusieurs points de vue. C'est une grande statue de
1,035 m de haut, ce qui est remarquable à un moment où il n'y a quasi
aucune statue! Elle témoigne d'un chagrin familial; le prince est évidemment
mort prématurément puisqu'il est regretté par sa mère et ses deux sœurs, et
par le roi son père. C'est un cas unique dans toute l'histoire de l'Égypte
pharaonique qu'un roi déclare sa paternité et s'adresse directement à son fils, en utilisant la deuxième
personne633. Les raisons de ce culte restent incompréhensibles si on ignore le contexte donné
par la Bible: mort du pharaon (lors de l'éclipse totale de soleil du 10 mai -1533), et celle de
son fils 15 jours avant (au début de l'Exode). L'examen de la momie de Séqénenré indique
que ce pharaon mesurait 1,65 m ce qui permet de d'évaluer à 10 ans l'âge de son fils, selon
la courbe de croissance d'un garçon634. Cet enfant serait donc né en -1543, ce qui constituait
une coïncidence exceptionnelle pour les Égyptiens. En effet, tous les 243 ans, les levers

631 Exode 14:28; Psaumes 136:15.


632 Exode 12:29.
633 C. VANDERSLEYEN - Iahmès Sapaïr

Paris 2006 Éd. Safran pp.14-18,27.


634 LAROUSSE MEDICAL (1995) p. 258.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 139

héliaques de Sirius et de Vénus coïncidaient635, ce qui marquait une nouvelle ère, la célèbre
grande année des auteurs grecs (appelée aussi renaissance du phénix), or cette coïncidence
s'est produite exactement à la mi-juillet 1543 (puis approximativement à la mi-juillet -1535).
Ce prince Iahmès Sapaïr symbolisait donc l'apparition d'une nouvelle ère grandiose pour les
Égyptiens: l'ère du phénix636.
La mort quasi simultanée du pharaon et de son héritier a posé un problème de
succession (il paraît probable que Kamosis, le bref successeur de Séqénenré, fut son frère).
Le papyrus Mathématique Rhind637 contenant la date du IV Akhet de l'an 33 du roi
Apopi638 (en -1580), décrit brièvement la chute d'Avaris et les évènements qui s'ensuivirent.
Fig. 18 : Papyrus Mathématique Rhind, an 33 du pharaon Apopi et an 11 de [Séqenenrê]

Ce vaste traité mathématique est une copie


d'un document rédigé sous Amenemhat III. De
façon très surprenante, le scribe a ajouté au centre
d'un blanc la note suivante (qui n'a aucun rapport
avec les mathématiques): An 11, II Shemou; on est
entré dans Héliopolis. I Akhet 23; le [commandant de
l'armée?] a attaqué Tjarou. Le 25 on a entendu dire qu'on
était entré dans Tjarou. An 11, I Akhet 3; naissance de
Seth ; il a été donné de la voix par la majesté de ce dieu [il
a tonné]; Naissance d'Isis; le ciel a plu.
Ce scribe a sans doute voulu garder une trace de ces événements mémorables et n'a
pas hésité à les inclure dans un traité mathématique de grande valeur. Puisque Apopi a
régné 40 ans, selon le Canon de Turin, la date de 33 renvoie donc à une date bien
antérieure à la chute d'Avaris. La date de l'an 11 comporte deux anomalies: 1) le nom du
pharaon est absent et 2), les années de règne étant comptées à partir du I Akhet 1 (avant la
XVIIIe dynastie), on aurait dû avoir la date "An 12, I Akhet 3" après celle de "An 11, II
Shemou". Cet oubli et cette erreur paraissent inexplicables puisque l'an 33 est bien spécifié.
Comme ce pharaon anonyme appartient manifestement à la fin de l'ère Hyksos, les
spéculations sur son identification ont été nombreuses: an 11 de Khamoudy, ou de
635 G.W. VAN OOSTERHOUT – Sirius, Venus and the Egyptian Calendar
in: Discussions in Egyptology 27 (1993) pp. 83-96.
636 Le nom d'Horus de Séqenenrê "Celui qui est apparu dans Thèbes" semble faire référence à cet événement.
637 T.E. PEET – The Rhind Mathematical Papyrus

London 1923 Ed. The University Press of Liverpool pp.3,9,128,129.


638 J. VON BECKERATH – Untersuchungen zur politischen Geschichte der Zweiten Zwischenzeit in Ägypten

Glückstadt 1964 Ed. Verlag J.J. Augustin pp.270-279.


140 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Yeneses, ou d'Ahmosis639. En fait, la solution est triviale: le pharaon et son héritier étant
morts à 15 jours d'intervalle, lors de l'évacuation d'Avaris, il n'y avait plus personne sur le
trône d'Égypte à ce moment précis, le scribe a donc daté sa note d'un an 11 posthume.
Deux éléments appuient cette conclusion: Séqenenrê étant mort le 10 mai, les opérations de
police dans le Delta n'ont pu commencer qu'après cette date, or le II Shemou correspond à
juin en -1533. De plus, la note est précédée d'un contrat d'approvisionnement où apparaît:
[Son] frère, le régisseur Kamosis. Le clergé égyptien a vraisemblablement confié la mission du
rétablissement de l'ordre à Kamosis, le frère cadet de Séqenenrê encore en vie, plutôt qu'au
dernier fils de ce pharaon, le jeune Ahmosis640 (âgé d'environ 1 an à cette époque).
La carrière de Kamosis est très étrange. Le fait qu'il ait porté trois noms d'Horus est
exceptionnel641 (cas unique pour la XVIIe dynastie), il semble que ces noms soient peut-être
à mettre en relation avec les trois campagnes qu'il a menées. Kamosis a probablement
régné 3 ans, car le siège de Sharouhen est de cette durée, de plus, le jeune pharaon Ahmosis
reprend les actions de pillage de Sharouhen à son compte et mène sensiblement les mêmes
actions contre les anciens bastions Hyksos. Comme dans la stèle de l'an 3, Kamosis menace
d'envoyer sa cavalerie contre Apopi, le prince du Retenou, et qu'il n'a pu exécuter ses
menaces, il a dû mourir vers la fin de sa 3e année de règne. De plus, la pauvreté de son
cercueil paraît être le signe d'une mort accidentelle ou du moins impromptue. Ainsi, au
bout de 3 ans Ahmosis, le dernier fils de Séqenenrê Taa, fut désigné pharaon alors qu'il
n'était encore qu'un très jeune enfant (probablement vers l'âge de 4 ans).
L'analyse des stèles de Kamosis642 confirme plusieurs points du récit biblique643: 1)
Apopi est appelé "prince de Palestine" et non plus "prince des pays étrangers", il avait donc
quitté le Delta; 2) la cavalerie (T3 nt-ḥtry) est utilisée comme fer de lance de l'armée
égyptienne; 3) Apopi a causé un grand dommage à l'Égypte (Ahmosis, dans la Stèle de la
tempête, puis Hatshepsout dans le Spéos Artémidos donneront une description très proche
des "10 plaies d'Égypte"); 4) des Égyptiens ont soutenu Apopi (certains, comme le
gouverneur nomarque Teti fils de Piopi, sont restés en Égypte et se sont rebellés contre la
reprise en main de Kamosis, d'autres ont suivis Apopi dans sa fuite); 5) Apopi n'a jamais
été inquiété par les armées égyptiennes.
639 A. SPALINGER – The Rhind Mathematical Papyrus
in: Studien zur Altägyptischenkultur 17 (1990) 334-337.
640 (tous les enfants de Séqénenré s'appelaient Ahmosis).

K.S.B. RYHOLT – The Political Situation in Egypt during the Second Intermediate Period c. 1800-1500 B.C.
Copenhagen 1997, Ed. Carsten Niebuhr Institute Publications Vol. 20 p. 309.
641 N. GRIMAL - Histoire de l'Égypte ancienne

Paris 1988 Éd. Fayard p. 254.


642 L. H ABACHI – The Second Stela of Kamose and his Struggle against the Hyksos Ruler and his Capital

Glückstadt 1972 Ed. Verlag J.J. Augustin pp.31-67.


643 1) Exode 11:3; Hébreux 11:24; Actes 7:21-23 2) Exode 14:7 3) Exode 12:30 4) Exode 9:20; 12:38.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 141

Fig. 19 : Hache avec Ahmosis luttant contre un Hyksos


Selon le texte biblique644, quelques Égyptiens ont
accompagné Moïse dans son départ hors d'Égypte, cela
s'accorde avec la version égyptienne qui accuse certains
coreligionnaires de traîtrise et de rébellion envers leur
maîtresse l'Égypte. De plus, il n'y a jamais eu de guerre entre
Apopi et les armées égyptiennes, en dépit de la
représentation sur une hache votive d'un Ahmosis (âgé de 4
ou 5 ans à l'époque de cette "guerre") en train de vaincre un
Hyksos (reconnaissable à ses deux bandeaux croisés sur la poitrine). Le roi Apopi disposait
pourtant de nombreux partisans Hyksos à son service, comme le montre un poignard
trouvé dans la tombe d'un asiatique nommé Abdou645, avec l'inscription suivante sur le
manche646: Serviteur de son seigneur [le roi Apopi], Naḥam du "Delta"647.

Fig. 20 : Manche du poignard de Naham au nom du pharaon Apopi

Ce dignitaire était un Hyksos, car il a deux bandeaux croisés (en piquetés) ainsi
qu'un collier sur sa poitrine, de plus, il tient un cimeterre dans la main gauche (une arme
typiquement asiatique). Coïncidence intéressante, il porte le nom biblique de Naham648.
644 Exode 12:38; Deutéronome 23:7,8.
645 P. LACAU – Catalogue général des antiquités égyptiennes du musée du Caire n° 28087-28126
Le Caire Ed. Institut Français d'Archéologie Orientale pp.86,86.
646 G. DARESSY – Un poignard du temps des rois pasteurs

in: Annales du service des antiquités de l'Égypte tome VII (1906) pp. 115-120.
647 Le bouquet de papyrus à la fin du nom étant un idéogramme pour « La terre du Nord », terme désignant le Delta.
648 1Chroniques 4:18,19. Le texte précise aussi qu'un nommé Mérèd avait épousé Bityah, une fille de pharaon!
142 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Les propos d'Hatshepsout (vers -1460) dévoilent les raisons de cette guerre: J'ai
restauré ce qui était en ruine; j'ai relevé ce qui était écroulé depuis l'époque où les Asiatiques étaient à
Avaris, dans le Delta, et eu milieu d'eux, des bandes errantes de voyous renversant tout ce qui avait été
fait. Ils gouvernaient sans Rê (…) J'ai chassé ce que les dieux ont en abomination. L'origine religieuse
du conflit transparaît dans ces propos paradoxaux, car la titulature des Hyksos, y compris
celle d'Apopi, comportait l'expression classique "fils de Râ", ce qui dément apparemment
l'accusation d'Hatshepsout. En fait, ce qui aurait causé la guerre "les hippopotames de la
ville de [Thèbes] font du bruit" (et qui est absurde, Avaris étant à 800 kilomètres de
Thèbes) était plutôt un présage de mort contre le pharaon car, selon la mythologie
égyptienne, Ménès, le premier roi d'Égypte aurait été tué par un hippopotame. De plus,
chaque année et de façon rituelle le pharaon mettait à mort l'hippopotame (une incarnation
de Seth) en souvenir de la lutte triomphante d'Horus contre Seth. Les reproches du
pharaon Séqenenrê Taa permettent de retrouver le récit biblique en filigrane: Le roi Apopi
(...) fit de Soutekh [Seth] son maître, et il ne servait aucun des dieux qui étaient dans le pays tout entier
excepté Soutekh. Il lui construisit un temple en travail bon et éternel, à côté de la demeure du roi Apopi
(...) et il apparaissait à la pointe du jour pour offrir quotidiennement des sacrifices à Soutekh (...) Apopi, le
prince du Retenou (...) ton projet a échoué, misérable Asiatique (...) Je brûlerai entièrement leurs places (...)
à cause du dommage qu'ils firent en Égypte, ceux qui acceptèrent de servir les Asiatiques, après qu'ils aient
abandonné l'Égypte leur maîtresse649. L'accusation portée contre Apopi d'être un strict adorateur
de Seth (Apopi est par conséquent le père du monothéisme!) et d'avoir entraîné des
Égyptiens avec lui dans sa fuite en Palestine est
incompréhensible puisque Seth était un antique dieu
égyptien650 . En effet, les premiers pharaons (à partir de
Khasekhemouy le dernier roi de la IIe dynastie)651 plaçaient
Horus et Seth au-dessus de leurs serekh.
Fig. 21 : Serekh avec Seth et Horus
L'origine du conflit avec les Hyksos fut donc religieuse, car selon les explications
égyptiennes officielles: Apopi adorait un seul Dieu et celui-ci était une abomination pour
les dieux de l'Égypte652. Cette explication est en accord avec le texte biblique à l'exception
du nom désignant le Dieu des Israélites, car celui-ci ne s'est jamais appelé Seth. Ce
paradoxe "Seth = Dieu des Israélites" n'est en fait qu'apparent, car les textes égyptiens ne
649 J.B. PRITCHARD - Ancient Near Eastern Texts
Princeton 1969 Ed. Princeton University Press pp. 230-232,554,555.
650 Les pharaons Sethy et Sethnakht l'ont dans leur nom de naissance.
651 J. VERCOUTER – L'Egypte et la vallée du Nil Tome 1

Paris 1992 Éd. Presses universitaires de France pp. 205-233.


652 O. GOLDWASSER – King Apophis and the Emergence of Monotheism

in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. I (2006) pp. 129-133, 331-354.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 143

visaient pas Seth, mais seulement le "Seth" d'Apopi (le "Baal" de Moïse). Horus était
représenté par un faucon et Seth ressemble à un animal composite de chien et d'âne.
Le faucon était associé au pouvoir royal égyptien et l'animal séthien symbolisait les
contrées étrangères imprévisibles. On ignore la raison de ces choix, mais comme le faucon
domine le ciel et fonce sur ses proies, il était un symbole approprié de l'Égypte (?). L'âne,
lui, était le moyen de transport par excellence (notamment des bédouins) pour relier les
pays étrangers, il était naturellement associé au reste du monde inconnu653 (à cette époque,
vers -1700, l'âne avait un rôle symbolique important et entretenait un rapport particulier
avec la royauté bédouine d'origine amorrite)654. Ces étrangers étant surtout des bergers655
avec leurs chiens, ces animaux ont été fusionnés (cf. Anubis) avec l'âne. Sinouhé dit, par
exemple, au pharaon: Ce sont des princes aux noms renommés qui ont grandi dans l'amour de toi, sans
mentionner le Retenou qui t'appartient, comme tes chiens656. Les plus
anciennes représentations de Seth657 sont celles d'un chien,
avec parfois une tête d'âne (ci-contre)658. Seth étant la version
égyptienne du Baal659 cananéen cela lui donnait un caractère
ambivalent, car Baal était le "Seigneur de la tempête/orage".
Seth pouvait devenir, sous certains aspects, un dieu du mal,
des ténèbres, de la violence et de la désunion, surtout à partir
de la XVIIIe dynastie. On lit par exemple dans le Livre des
morts: Je suis Seth, agent de perturbation et d'ouragan dans l'horizon
du ciel, comme Nebedj [démon des ténèbres]660, et sur un papyrus
égyptien daté autour de -1200: Il est comme Seth, le furieux, le
reptile, le serpent mauvais dont le venin, dans sa gueule, est de flamme
(...) comme ce qu'il avait perpétré contre Osiris lorsqu'il (Seth) fit qu'il
soit immergé dans les eaux du malheur661.
Fig. 22 : Statue de Seth à tête d'âne

653 W.A. WARD – The Hiw-Ass, the Hiw-Serpent, and the God Seth
in: Journal of Near Eastern Studies vol. 37 (Chicago 1978) pp. 23-34.
654 F. JOANNES - Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne

Paris 2001 Éd. Robert Laffont pp. 300-301.


655 Genèse 12:16; 42:3,26.
656 P. LUINO – La véritable histoire de Sinouhé

Paris 1998 Éd. La Laison de Vie p. 76.


657 H. TE VELDE – Seth, God of Confusion

1967 Leiden Ed. Brill pp. 7-12.


658 S. DONADONI – Per la morfologia dio Seth

in: Mitteilungen des Deutschen Archäologischen Instituts Abteilung Kairo 57, 1981 pp. 115,122.
659 Le terme égyptien netjer (ntr) "dieu" ne désigne pas le "Dieu", comme celui de la Bible, mais seulement la "qualité divine" propre à tous

les dieux égyptiens. Ce mot servait surtout de titre et ne désignait pas un dieu spécifique, car aucun temple n'a été dédié à netjer "dieu".
660 P. B ARGUET - Le livre des morts des anciens Égyptiens XXXIX

Paris 1967 Éd. du Cerf pp. 7,82.


661 B. ANDRE-LEICKMAN - Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes

Paris 1995 Éd. Réunion des musées nationaux p. 302.


144 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Plusieurs papyrus médicaux662 suggèrent même, dès le début de la XVIIIe dynastie,


d'invoquer le dieu "Seth qui arrêta la mer Méditerranée devant Avaris663" pour soigner
certaines maladies: Conjuration de la maladie cananéenne: qui est savant comme Rê? qui en connaît
autant que ce dieu — alors que le corps est charbonné (comme) avec du charbon de bois — pour se saisir
du Dieu d'en haut. Alors comme Seth conjura la mer, Seth te conjurera de même, ô maladie cananéenne
(...) tout mal en toi sera expulsé (...) comme l'écoute par la mer de la voix de Seth (...) Autre conjuration.
La rage de Seth est dirigée contre la maladie 'akhu! La furie de Seth est dirigée contre toi! La rage de la
tempête, alors qu'elle est avide d'eau du ciel, est dirigée contre toi! Alors il mettra fin à la violence, ayant
[posé] ses bras sur toi. Alors tu endureras ce que la mer a enduré par sa main664. Ces textes sont
surprenants, car ils reflètent une conception théologique nouvelle du dieu Seth, puisque la
"rage destructrice de la mer665" est expliquée par "la rage de Seth".
Lorsque les Hyksos sont arrivés en Égypte, Seth, le dieu égyptien de la tempête, a
naturellement été assimilé à Baal son équivalent sémitique. Le terme baal n'est pas un nom
propre, mais un mot sémitique signifiant "Maître, Seigneur, Patron, Propriétaire, Chef [de
famille]". Baal se nommait en fait: Ada à Èbla, Addu à Mari, Hd à Ugarit, etc. Ce dieu de
Canaan n'avait en pratique qu'un culte local, comme le montrent les expressions666: Baal [ou
Horus] de Saphon "Seigneur du Nord", Baal de Péor "Seigneur de Péor", etc667, et
l'exemple du célèbre Balaam qui invoque le dieu des Israélites sur les "hauts lieux de Baal668.
Dans le texte biblique, le culte à Baal est condamné, mais l'utilisation du terme baal pour
désigner Dieu en tant que chef de famille restait légitime. Ainsi des Israélites continuent à
s'appeler669: Béalyah "le chef [c'est] Yah", Baalyada "le chef connaît", Baalhanân "le chef a
favorisé", etc. Toutefois, après la chute du royaume de Samarie (en -720), l'utilisation du
terme baal "chef" pour désigner Dieu fut proscrite: Tu m'appelleras Mon mari, et tu ne
m'appelleras plus Mon baal (Osée 2:16-18). Certains copistes du texte biblique, animés d'un
zèle excessif, changèrent même certains noms d'Israélites connus670 comme Yerubbaal et
Ishbaal en Yerubbeshèt et Ishboshèt (baal "le chef" étant remplacé par boshèt "la honte").
Seth était le dieu des Hyksos, cependant ce dieu égyptien était assimilé au dieu
cananéen Baal. En effet, selon le point de vue égyptien de cette époque, Seth "Seigneur de

662 pméd. Hearst 11:12-15; pBerlin 3038, XXI, 3.


663 H. GOEDICKE - The Chronology of the Thera/ Santorin Explosion
in: Ägypten und Levante III Wien 1992 pp. 57-62.
664 P. COLLOMBERT, L. COULON - Les dieux contre la mer

in: Bulletin de l'Institut Français d'Archéologie Orientale 100 (2000) p.207.


665 Exode 14:27; 15:10.
666 Exode 14:2; Nombres 25:5.
667 E. LIPINSKI - Baal

in: Dictionnaire encyclopédique de la Bible Éd. Brepols 1987 p. 172.


668 Nombres 22:41-23:12.
669 1Chroniques 12:5; 14:7; 27:28.
670 1Samuel 12:11; 2Samuel 2:8; 11:21.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 145

la tempête" était la version égyptienne du Baal de Canaan, il y avait donc une quasi
équivalence entre les deux expressions671. Ce syncrétisme influença les représentations du
Seth pour le rendre plus conforme à son homologue de Canaan. En effet, plusieurs sceaux
provenant d'Avaris montrent Baal, un dieu syrien de la foudre, muni d'un sceptre et portant
un casque à cornes avec une tresse672. Les deux cornes apparaissent, par exemple, sur le
casque du "Baal au foudre" exhumé à Ugarit et daté autour de -1500 (Baal est présenté
comme vainqueur de Yam le dieu de la mer).
Fig. 23 : Représentations de Baal et de Seth. Stèle de l'an 400

Baal/ Seth (Avaris)

Baal (Ugarit) Seth

La stèle de l'an 400 confirme plusieurs


points des assimilations effectuées par les
Égyptiens. Le dieu Seth est représenté avec
des traits du dieu Baal673. Le torse de ce dieu
est orné par deux bandeaux croisés identiques
à ceux du guerrier hyksos apparaissant sur la
hache d'Ahmosis674. Il est aussi habillé avec
des vêtements habituellement portés par les Shasou675, vêtements caractérisés par des
franges ornées de quatre glands ainsi qu'un petit bandeau sur les cheveux (apparaissant ici
au bas de la tiare). Le pagne à glands des Shardanes et celui des Philistins est moins
fréquent et plus tardif que celui des Shasou (La représentation des Shasou sur les
671 N. ALLON - Seth is Baal — Evidence from the Egyptian Script
in: Ägypten und Levante XVII Wien 1997 pp. 15-22.
672 D. COLLON – New Seal Impressions from Tell El-Dab'a

in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. II (2006) pp. 97-101.
673 Merenptah, par exemple, parle de Seth comme du dieu des Lybiens (ligne 11 de la Stèle d'Israël), de même, l'Évangile des Égyptiens, un

apocryphe du 2e siècle, met en parallèle le salut Seth et celui de Jésus.


674 P. MONTET - La stèle de l'an 400 retrouvée

in: Kêmi III (1935) Éd. Paul Geutner p. 206.


675 C.J. CHIMKO – Foreign Pharaohs: Self-legitimization and Indigenous Reaction in Art and Literature

in: Journal of the Society for the Study of Egyptian Antiquities 30 (2003) pp. 16-21,43,44,59.
146 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

documents iconographiques676 égyptiens commence avec Thoutmosis Ier et se termine avec


Ramsès III, période qui recoupe exactement celle durant laquelle le pagne à glands est
représenté). Selon le texte biblique, Moïse avait ordonné aux Israélites de faire des bordures
frangées aux pans de leurs vêtements ainsi que des glands aux quatre extrémités de leurs
vêtements677. Le dieu Seth de cette stèle est donc le Baal
israélite. Cette stèle de l'an 400 a été produite sous Ramsès
II (1283-1217), mais renvoyait au moins 400 ans plus tôt,
soit vers 1680. Les Égyptiens assimilaient donc le dieu des
Hyksos (Baal) avec celui des Shasou. De plus, l'année 1680
coïncide avec le début de la dynastie hyksos (après mort de
Joseph en -1678, selon le texte biblique)678. Resheph, le dieu
sémitique de la guerre, est aussi représenté par les
Égyptiens sous les traits du Baal israélite679 (collier et deux
bandeaux croisés sur la poitrine des Hyksos; glands aux
quatre extrémités du pagne des Shasou).
Fig. 24 : Resheph sous forme du Baal des Hyksos/Shasou

L'équivalence "Seth = Baal" était une équivalence technique, mais les Hyksos n'ont
jamais voué un culte à Seth, contrairement aux Égyptiens, comme le prouve l'analyse des
noms hyksos680. En effet, aucun nom théophore ne se réfère à Seth, par contre, plusieurs
comportent le terme baal comme Baaltûya et [-]baal. Cela est particulièrement évident
parmi le nom des chefs hyksos681: 1) 2) 3) 4) 5)
1) Hyksos Sakar-El ou Sokar-her (s-k-r-h-r)
2) Aper-Baal (‘pr-b-‘-3-r)
3) Hyksos Aper-Anati (‘pr-‘-n-ti)
4) Yaqub-El ou Yaqub-her (y-‘-q-b-h-r)
5) Yaqub-Baal (y-‘-q-b-‘-r)

La transcription de ces noms hyksos est malaisée mais ils sont vraisemblablement
sémites. Cela peut se déduire du fait que les dirigeants de l'Antiquité portaient des noms se
référant (explicitement ou implicitement) presque toujours à une divinité, or le culte de
676 R. GIVEON - Les bédouins Shosou des documents égyptiens
Leiden 1971 Ed. E.J. Brill pp. 248-250.
677 Nombres 15:38-40; Deutéronome 22:12.
678 Genèse 41:40-46. Joseph est établi vizir, puis après sa mort commence une période de 105 ans correspond à la dynastie hyksos.
679 J. B. PRITCHARD - The Ancient Near East in Pictures

Princeton 1969 Ed. Princeton University Press p. 164.


680 W.C. H AYES – A Papyrus of the Late Middle Kingdom in the Brooklyn Museum

Brooklyn 1955 Ed. The Brooklyn Museum pp. 87-99.


681 M. DESSOUDEIX – Chronique de l'Égypte ancienne

Paris 2008 Éd. Actes Sud pp. 221-223.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 147

Baal, El et Anat/Astarté était très répandu dans le monde sémitique de cette époque. Il
semble donc préférable de vocaliser le nom y-‘-q-b-h-r en Jacob-El "supplantera, Dieu" en
hébreu plutôt que Jacob-her "Jacob [est] content" en égyptien, d'autant plus que ce nom
avait son pendant exact en Mésopotamie sous la forme Yaqub-El (Ya-ah-qu-ub-El)682. De
même, la vocalisation Sakar-El "salaire [de] Dieu" en hébreu convient mieux que Sokar-her
"Sokar [est] content" en égyptien. Sakar apparaît dans le nom Is-sakar "Il y a un salaire [de
Dieu]", un fils de Jacob selon le texte biblique683. Le nom Aper-Anati peut se comprendre
comme "équipement d'offrandes d'Anati" en égyptien ou "veau (?) d'Anat" en hébreu (les
noms Aper et Anat apparaissent dans le texte biblique)684. Le nom du grand chancelier
Aper-Baal (daté de la deuxième période intermédiaire) apparaît sur le montant d'une porte
de chapelle trouvée à Tell Heboua685 et signifie "veau (?) de Seigneur" en hébreu. Ainsi,
bien qu'il y ait eu une équivalence technique entre le Seth égyptien et le Baal cananéen,
l'analyse des noms hyksos montre que seul le culte de Baal était pratiqué par les Sémites.
Un commerçant sidonien (durant le XXe-XVe siècle) adorateur de Baal s'est fait
appelé "Sadoq-Re l'aimé de Seth" sur son sceau égyptien686 pour ce faire comprendre des
Égyptiens, assimilant Seth à Baal. Ramsès II employait indifféremment les deux termes
comme le montre687 son poème écrit après la bataille de Qadesh: Et le vil prince vaincu de
Hatti envoya un message pour rendre hommage au nom de ma majesté à l'égal de Rê en ces termes : "Tu es
Soutekh, Baal en personne. La peur que tu inspires est une flamme dans le pays de Hatti". Dans le
traité entre Ramsès II et Hattousil III on lit: Seth dont la force est grande (...) voyez, Hattousil
grand prince du Hatti, est partie prenante d'un traité destiné à rétablir les relations qu'avait établies Rê,
qu'avait établies Soutekh pour le pays d'Égypte et le pays de Hatti (...) Le dieu Rê seigneur du ciel, le dieu
Rê de la ville d'Arinna, Soutekh seigneur du ciel, Soutekh du Hatti, Soutekh de la ville d'Arinna, le
traité étant scellé au nom de "Seth, souverain du ciel". L'idéogramme utilisé pour Seth étant
parfois lu Baal (b-‘-r) dans les inscriptions égyptiennes688:

b ‘ r Seth b ‘ r Seth
682 R. DE VAUX - Histoire ancienne d'Israël des origines à l'installation en Canaan
Paris 1986 Éd. Gabalda pp. 80, 192.
683 Genèse 30:18. E.
684 Genèse 25:4; Juges 3:31.
685 M. ABD EL-M AKSOUD – Tell Heboua (1981-1991)

Paris 1998 Éd. Recherche sur les Civilisations pp. 271-272.


J. YOYOTTE – En Égypte, le faux mystère des dynasties hyksos
in: Le monde de la Bible n°146 (novembre 2002) pp. 42-43.
686 in: Les Dossiers d'archéologie HS n°13 novembre 2007 pp. 38-41.
687 P. GRANDET – Les pharaons du Nouvel Empire : une pensée stratégique

Paris 2008 Éd. du Rocher pp. 322,343,344.


688 R. GIVEON - Les bédouins Shosou des documents égyptiens

Leiden 1971 Ed. E.J. Brill pp. 51,118.


148 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Ramsès III possédait 4 divisions de 5000 hommes dont l'une s'appelait Seth et 6
charreries dont l'une s'appelait Baâlherkhopshef "Baal est sur mon glaive"689, ce qui confirme
le rôle similaire de ces divinités. Ainsi, lorsque Séqenenrê reprochait à Apopi son culte
exclusif à Seth il visait en fait le dieu sémite690 puisque, selon l'onomastique, ce roi hyksos
ne vénérait que cet unique "Seigneur" (Baal signifie "maître/seigneur" en akkadien).

TEMOIGNAGES EGYPTIENS DES "10 PLAIES"

Les pharaons reprochaient au dieu d'Apopi d'être à l'origine de grands malheurs.


Séqenenrê haïssait les Asiatiques: À cause du dommage qu'ils firent en Égypte et Hatshepsout les
avait en horreur: J'ai restauré ce qui était en ruine; j'ai relevé ce qui était écroulé depuis l'époque où les
Asiatiques étaient à Avaris, dans le Delta, et eu milieu d'eux, des bandes errantes de voyous renversant
tout ce qui avait été fait. Ils gouvernaient sans Rê (…) J'ai chassé ce que les dieux ont en abomination.
Quelle était cette catastrophe ayant mis les dieux de l'Égypte en fureur? Le texte biblique
cite les dix plaies infligées à l'Égypte par le Dieu des Israélites. La "Stèle de la tempête"
érigée par le pharaon Ahmosis, renvoie aussi à cette période catastrophique de l'histoire
égyptienne: [Quand] les dieux firent venir du ciel une tempête de pluie, avec obscurité dans la région
occidentale et le ciel se couvrit sans arrêt [9 jours selon une version plus tardive]691, plus bruyant que le son
des sujets, plus fort que (...) Ensuite chaque maison et chaque habitation qu'ils atteignirent périrent et ceux
en elles moururent, leurs corps flottant sur l'eau comme des esquifs de papyrus, même dans les portes et les
appartements privés (...) pendant qu'aucune torche ne pouvait illuminer les Deux Terres (...) Combien ceci
était plus grand que la manifestation du grand dieu, que les plans des grands dieux (...) commander
d'affermir les temples qui étaient tombés en ruine dans tout le pays, pour faire fonctionner les monuments
des dieux, pour ériger leurs murs d'enceinte (...) pour doubler le revenu des fonctionnaires, pour remettre le
pays comme dans sa situation d'origine. Cette description recoupe l'épisode dramatique des dix
plaies d'Égypte, cependant les égyptologues la rattachent à l'éruption du volcan Santorin
(d'autres éruptions volcaniques ont été envisagées692). Cet écart d'interprétation illustre la
difficulté de choisir objectivement la bonne grille de lecture. Une analyse détaillée693 met
cependant en défaut l'explication "naturelle", au moins sur deux points: 1) la description
fournie ne correspond pas aux conséquences d'une éruption volcanique et 2) sa datation
689 P. GRANDET – Ramsès III histoire d'un règne
Paris 2009 Éd. Pygmalion pp. 166, 170.
690 Z. MAYANI – Les Hyksos et le monde de la Bible

Paris 1956 Éd. Payot pp. 122-128.


691 H. GOEDICKE - The Chronology of the Thera/ Santorin Explosion

in: Ägypten und Levante III Wien 1992 p. 61.


692 M.H. WIENER – Chronology Going Forward (with a Query about 1525/4 B.C.)

in: Timelines Studies in Honour of Manfred Bietak Vol. III (2006) pp. 317-325.
693 M. WIENER, J.P. A LLEN Separate Lives: The Ahmose Tempest Stela and the Theran Eruption

in: Near Eastern Studies 57 (1998) 1 pp. 1-28.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 149

estimée694 entre -1645 et -1627 par la dendrochronologie, est incompatible avec le règne
d'Ahmosis. Sans l'explication biblique, la tempête d'Ahmosis reste une énigme. En fait,
lorsqu'un document égyptien décrit un événement ayant une ressemblance avec le récit
biblique il est systématiquement réinterprétés et les quelques historiens se risquant à une
lecture littérale sont qualifiés de fondamentalistes. Le papyrus Leiden I 344 (recto) en est un
bon exemple puisqu'il relate une catastrophe nationale évoquant les dix plaies d'Égypte.
L'interprétation de ce papyrus intitulé les Admonitions d'Ipouer est très controversée
et ceux qui proposent un lien avec les dix plaies d'Égypte sont traités d'excentriques695. Ce
papyrus a été publié pour la première fois par Alan Gardiner696, éminent égyptologue et
historien réputé faisant toujours autorité. L'écriture peu soignée de ce très long texte le date
de la XIXe dynastie (vers -1300), mais il semble être une copie ramesside du Moyen
Empire. Gardiner explique d'abord pourquoi ce texte est une description d'événements
dramatiques et non une prophétie. Il donne les raisons suivantes:
 Le début du texte précise: Ce qu'avaient prédit les Ancêtres est arrivé jusqu'à son aboutissement
ultime (1:10-11), ce qui se comprend comme l'accomplissement d'une prophétie passée
comme celle de Néferty (parue vers -1950) plutôt qu'une prophétie à venir.
 De nombreux détails rapportés, comme celui-ci: Vraiment, Éléphantine et Thinis qui est la
tête de l'Égypte du Sud, ne payent plus d'impôts, à cause de la révolte (3:10), n'auraient aucun
intérêt dans une prophétie et correspondent plutôt à une constatation.
 À de nombreuses reprises (10:6-11:12), l'auteur du texte (Ipouer ?) invite le pharaon à
réagir en détruisant ses ennemis et à se souvenir du bienheureux passé. Ces injonctions
n'ont de sens que si la catastrophe décrite venait de se produire.
Malgré ces remarques de bon sens, certains égyptologues préfèrent classer ce texte
dans les prophéties697. Concernant la datation de la catastrophe décrite dans le papyrus,
Gardiner envisageait deux possibilités, soit à la fin de la Première Période Intermédiaire de
694 S.W. MANNING - A Test of Time
Oxford 1999 Ed. Oxbow Books pp. 335,336.
M. BIETAK - Science Versus Archaeology pp. 23-31.
C.U. HAMMER - Thera Eruption Date 1645 BC confirmed by New Ice Core Data? pp. 87-94
in: The Synchronisation of Civilisations in the Eastern Mediterranean. Wien 2003.
695 La controverse n'est pas innocente, car les promoteurs d'une "histoire biblique" sont pour la plupart des fondamentalistes juifs ou

chrétiens et les promoteurs des "mythes de la Bible" sont pour la plupart égyptologues ou archéologues. Or, selon la revue Archéologia
(n°442 mars 2007 pp. 42-57), les archéologues actuels entretiennent l'omerta sur le passé nazi de leur discipline. En effet, les archéologues
allemands ont été les plus engagés au service du nazisme : 86% d'entre eux appartenaient au parti nazi, ce qui en fait l'une des professions les plus nazifiées de
l'Allemagne hitlérienne. Dans son ouvrage intitulé Qu'est-ce que le nazisme? l'historien britannique Ian Kershaw a comparé la catastrophe du nazisme à un
Tchernobyl de la civilisation européenne. En effet, l'essor du nazisme a provoqué un phénomène de contamination durable des domaines du savoir qu'il a touchés :
comme l'explosion de Tchernobyl, qui a eu lieu depuis maintenant de nombreuses années, l'empreinte du nazisme a continué à marquer, durant toute l'après-
guerre, l'évolution de champs intellectuels qui ont été affectés par l'idéologie nationale-socialiste. Elle a produit non seulement une pollution morale indélébile —
dans laquelle la sincérité et la bonne foi sont devenues impossible à démêler du mensonge et de la duplicité— mais elle a entraîné également des mutations en
chaînes imprévisibles et incontrôlables, dont les conséquences n'en ont pas encore fini de se dérouler.
696 A.H. GARDINER - The Admonitions of an Egyptian Sage

Leipzig 1909 Ed. J.C. Hinrich'sche Buchhandlung pp. 2-18,110-112.


697 A. FERMAT, M. LAPIDUS – Les prophéties de l'Égypte ancienne

Paris 1999 Éd. La Maison de Vie pp. 5-55,85-195.


150 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

la VIe à la XIe dynastie, soit à la fin de la Deuxième Période Intermédiaire au début de la


XVIIIe dynastie. Il privilégiait le premier choix en s'appuyant sur des considérations
philologiques, mais il reconnaissait qu'en se fondant sur des critères historiques, comme le
proposait l'égyptologue et philologue Sethe, le meilleur candidat était la fin de la période
Hyksos marquée par des troubles graves lorsque les Asiatiques étaient dans le Delta.
Comme le précise Van Seters698, la seule façon scientifique de dater un événement
est d'utiliser les données internes du document (sociales, culturelles et politiques), car la
datation par la philologie est très imprécise (les scribes étant conservateurs appréciaient le
style archaïsant). La fin de la période Hyksos s'impose pour les raisons suivantes:
 Une distinction entre deux peuples nubiens n'est vraie qu'à la fin de la période hyksos.
On lit: Chaque homme combat pour sa sœur et se protège lui-même. S'agit-il des Nubiens (nḥsyw)?
Alors, nous vous protégerons nous-mêmes. Il y a quantité de combattants pour repousser les archers
(pdtyw). S'agit-il des Libyens (tmḥw)? Alors, nous leur ferons rebrousser chemin. Les Medjaÿ
(md3yw) heureusement sont avec l'Égypte (Admonitions 14:11-14). Dans ce passage, l'Égypte
est en conflit avec ses voisins du sud, les Nubiens. Ici, cependant, ils sont vus comme
distincts d'un autre peuple nubien, les Medjaÿ, au côté de l'Égypte en tant que "policiers
de la steppe". Posener699 a montré que cette distinction était inconnue durant l'Ancien
Empire. Dans la biographie de Weni, à la fin de l'Ancien Empire, le terme "Nubiens"
s'applique aussi bien pour désigner ceux de la vallée (w3w3t) que ceux de la steppe
(md3). Au cours de la XIIe dynastie, cependant, le terme "Nubiens" en vint à désigner
uniquement ceux qui étaient installés près du fleuve alors que les bédouins de la steppe
au sud étaient appelés Medjaÿ. C'est durant cette période que les Medjaÿ furent
incorporés en tant que mercenaires et policiers de la steppe. L'importance de cette
distinction apparaît à la fin de la période hyksos, sous Kamosis, quand les soldats de
libération qui incluaient les nombreux Medjaÿ restés loyaux alors que les Nubiens se
rebellent contre l'Égypte sous la direction d'un prince (nḥsy) prônant l'indépendance700.
Ce passage des Admonitions correspond aux inscriptions de Kamosis.
 Le terme ‘archers’ (pdtyw) est fréquemment associé aux Asiatiques durant le Moyen
Empire ce qui peut expliquer le développement ultérieur du terme sttyw dans les sens
d'archers et d'Asiatiques. Le terme pdtyw, utilisé dans les Instructions de Mérykaré pour
décrire des Asiatiques (‘3mw), est étroitement associé aux sttyw dans le Récit de Sinouhé.

698 J. VAN SETERS – A Date for the 'Admonitions' in the Second Intermediate Period
in: The Journal of Egyptian Archaeology 50 (1964) Ed. The Egypt Exploration Society pp. 13-23.
699 Zeitschrift für ägyptische Sprache und Altertumskunde 83, pp. 38-43.
700 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2

Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France p. 204.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 151

Dans l'Hymne de Sésostris III, cependant, ce terme pdtyw semble englober aussi bien les
‘archers’ de Nubie que ceux d'Asie. Bien que les occurrences du terme pdtyw se réfèrent
au nord dans les Admonitions, elles renvoient aussi aux Nubiens hostiles dans le passage
cité précédemment. La période durant laquelle les pdtyw menaçaient à la fois les
frontières au nord et au sud fut la Seconde Période Intermédiaire.
 Un troisième terme pour désigner les Asiatiques dans les Admonitions est ḫ3styw. Ce
terme dérive de ḫ3st ‘pays étranger’ et désigne simplement les ‘étrangers’ sans référence
à un pays en particulier. Cependant, à partir du Moyen Empire les principaux étrangers
et leurs chefs, les Hyksos (ḥq3 ḫ3stwt), étaient Asiatiques, et ce terme en vint à qualifier
principalement les Asiatiques. Il est clair que dans les Admonitions ce terme ḫ3styw
désigne les Asiatiques et reflète donc un développement qui coïncide avec la Seconde
Période Intermédiaire. De plus, ces étrangers sont des sédentaires puisqu'on lit: Les
étrangers travaillent en artisans aux travaux du Delta (Admonitions 4:8). Cet aspect
sédentaire est caractéristique de la Deuxième Période Intermédiaire, car dans Première
Période Intermédiaire il s'agissait surtout de nomades et de pasteurs. Il est intéressant
de noter que la terminologie utilisée pour désigner les Asiatiques, caractéristique de la
fin de l'Ancien Empire au début du Moyen Empire, soit mntyw, ḥryw-š‘, nmyw-š‘ et ‘3mw,
est entièrement absente dans les Admonitions d'Ipouer. Si ce document avait été écrit à la
fin de l'Ancien Empire, il est difficile de comprendre pourquoi cet usage aurait été
complètement évité alors qu'il y a de fréquentes références aux Asiatiques.
 Un second point apparaissant dans les Admonitions, concernant les Asiatiques, montre
que beaucoup d'entre eux avaient assimilé la culture égyptienne et avaient même
remplacé des Égyptiens à des postes d'autorité. Cela est suggéré par deux affirmations
paradoxales: Vraiment, en tout lieu, les étrangers (ḫ3styw) sont devenus des Égyptiens (rmt)»
(Admonitions 1:9) et: Une tribu étrangère (pdt) du dehors est venue en Égypte. Vraiment, [ils?]
sont arrivés. Vraiment, il n'existe plus d'Égyptiens (rmt) en tout lieu (Admonitions 3:1-2). Il est
clair que les auteurs des Instructions de Mérykaré et du Récit de Sinouhé considéraient
l'apparence et la conduite des Asiatiques (‘3mw) comme étant entièrement distinctes de
celles des Égyptiens civilisés. L'affirmation selon laquelle des étrangers étaient devenus
des Egyptiens peut seulement se référer au processus qui s'est déroulé durant le Moyen
Empire lorsqu'un grand nombre d'Asiatiques en Égypte ont été assimilés et ont porté
des noms égyptiens. La plupart de ces Asiatiques étant des esclaves identifiés dans les
listes comme ‘3m ou ‘3mt (le papyrus de Brooklyn, daté vers -1700, en est un bon
exemple). Toutefois, certains d'entre eux ont eu accès à des postes d'autorité à
152 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

l'intérieur du gouvernement et dans les institutions religieuses. Ces Asiatiques ne


pouvaient plus se distinguer des Égyptiens, à moins d'être identifiés par l'épithète ‘3m.
L'expression: il n'existe plus d'Égyptiens en tout lieu ne peut être littérale et doit se
comprendre, au vu du contexte, comme: il n'existe plus d'Égyptiens [assimilés comme tels] en
tout lieu [important]. Cette explication n'est possible que durant la période hyksos.
 Le commerce de l'Égypte avec Byblos, un port syrien, remontait aux premiers temps
dynastiques notamment pour son approvisionnement en bois. Cependant, à partir du
début de la Deuxième Période Intermédiaire il y eut une pénurie de bois destiné à la
fabrication des sarcophages rectangulaires en Haute Égypte et provenant de la Syrie701.
Cette carence entraîna un changement dans les coutumes funéraires avec l'introduction
de sarcophages anthropoïdes fabriqués à partir du bois local des sycomores. Or le texte
d'Ipouer précise: Vraiment aujourd'hui, personne ne peut plus voguer au nord, vers Byblos.
Comment nous procurerons-nous du bois de cèdre pour nos sarcophages qui abritent nos momies
(Admonitions 3:6-7).
 L'institution de l'esclavage n'est pas attestée dans l'Ancien Empire, à l'exception d'un
type précis de servage lié essentiellement aux domaines royaux702. C'est, au plus tôt, un
produit du Moyen Empire qui considérait un esclave, homme ou femme, comme un
bien mobilier. Un terme particulièrement courant au Moyen Empire pour désigner les
esclaves est ḥm (ou ḥmt), alors que ce terme est très rare dans les périodes précédentes.
Ce terme, utilisé 7 fois dans les Admonitions703, apparaît également avec ce sens pour
désigner des esclaves asiatiques dans un papyrus704 daté vers -1700. Durant l'Ancien
Empire, le terme b3k désigne le serviteur, quoique souvent il fasse référence à un
officiel de haut rang. Au Moyen Empire, cependant il évolue dans le sens d'esclave et
est utilisé comme un synonyme de ḥm. C'est ainsi que ces deux mots (b3k et ḥm) sont
utilisés pour désigner un esclave dans les Admonitions (2:3-5, 4:12-14). Durant l'Ancien
Empire, les mots pour ‘serf’ sont mryt et isww, mais c'est le premier qui sera utilisé dans
les périodes tardives et non isww, or c'est le terme mrwt qui apparaît en Admonitions 9:5.
 Le roi d'Égypte perçu comme un berger de son peuple était un dogme du Moyen
Empire, mais ce concept était absent de l'Ancien Empire, or Ipouer dit du pharaon: Il
est le berger pour tout un chacun (Admonitions 12:1).

701 H.E. WINLOCK – The Rise and Fall of the Middle Kingdom in Thebes
New York 1947 Ed. The MacMimllan Company p. 101.
702 A. EL MOHSEN BAKIR – Slavery in Pharaonic Egypt

in: Supplément aux Annales du Service des antiquités de l'Égypte 18 (1952).


703 Admonitions d'Ipouer 2:5, 2:14, 3:2, 4:13, 4:14, 5:9, 8:12.
704 W.C. H AYES – A Papyrus of the Late Middle Kingdom in the Brooklyn Museum

Brooklyn 1955 Ed. The Brooklyn Museum pp. 87-99.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 153

 Les habitants nommés Oasiens, écrit Wḥ3tyw (Admonitions 3:9), ne sont mentionnés
qu'à partir de la Deuxième Période Intermédiaire705.
 Les pharaons ont tous été inhumés dans des pyramides, puis dans des tombes royales à
partir de la XVIIIe dynastie. Or, Ipouer est nostalgique de cette période glorieuse:
Comme c'est heureux, pourtant, quand les mains des hommes construisent des pyramides
(Admonitions 13:13). La dernière pyramide construite par les Égyptiens fut celle
d'Ahmosis à Abydos, mais elle ne fut qu'un pâle reflet du passé, car elle n'est constituée
que d'un remblai sablonneux sommairement accumulé au sein d'un coffrage formé d'un
revêtement calcaire. Elle fut érigée durant les dernières années d'Ahmosis (de l'an 22 à
l'an 25) et ne servit que pour son culte funéraire mais non à son inhumation706. Vu ce
contexte, les recommandations d'Ipouer pourraient s'adresser soit à Kamosis, soit plus
vraisemblablement au jeune Ahmosis désigné par le titre Seigneur de Tout (Admonitions
15:13) durant les premières années de son règne, sous la régence de sa mère Ahhotep.

Tous ces synchronismes pointent de façon concordante vers la fin de la Deuxième


Période Intermédiaire. De plus, le texte au verso du papyrus Leiden I 344 confirme cette
datation (en supposant que le scribe ait copié des textes de la même époque). En effet,
l'Hymne à Amon de ce papyrus dit à propos du dieu Amon: Ton être est ce qui est dans le cœur du
roi de Haute-Égypte: sa colère se tourne vers ses ennemis. Tu es présent sur la bouche du roi de Basse-
Égypte: ses paroles correspondent à ta volonté. Les lèvres du maître sont ton sanctuaire, ta Majesté : il
annonce sur terre ce que tu as décrété707. Koenig, à propos d'Amon, note que: D'origine obscure —
hermopolitaine ou thébaine —, le dieu égyptien Amon n'est d'abord qu'une divinité tout à fait secondaire, à
la fonction mal définie. Son extraordinaire faveur fut liée à l'ascension des princes thébains. Dieu
dynastique sous la XIIe dynastie, il connut la gloire lorsque les princes thébains eurent chassé les Hyksos au
début du Nouvel Empire. Il devint dieu suprême de l'Égypte libérée. Désormais le nom d'Amon, qui
signifie «le caché» et que l'on retrouve dans de nombreux noms royaux comme Aménophis ou
Toutankhamon, est indissolublement attaché au Nouvel Empire égyptien708. Ces indices convergent
pour donner une datation vers la fin de la période hyksos709, époque qui est précisément
celle de l'Exode, selon la chronologie.

705 L.L. GIDDY – Egyptian Oases: Bahariya, Dakkla, Farafra and Kharga during Pharaonic times
Warminster 1987 Ed. Aris and Phillips pp. 53, 106 note 117.
706 C. BARBOTIN – Âhmosis et le début de la XVIIIe dynastie

Paris 2008 Éd. Pygmalion pp. 115-130.


707 T. S CHNEIDER – La royauté sacrée

in: L'Égypte sur les traces de la civilisation pharaonique (2003) Éd. Könemann p. 324.
708 Y. KOENIG – Amon

in: Dictionnaire de l'Égypte ancienne Éd. Encyclopædia Universalis (1998) p. 41.


709 J. VAN SETERS – The Hyksos a New Investigation

New Haven London 1966 Ed. Yale University Press.


154 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Malgré leur pertinence, ces arguments sont rarement pris en compte. Dans un livre
universitaire sur l'histoire d'Égypte710 on lit : On a vu dans la disparition de la VIe dynastie et le
début de la Ire Période Intermédiaire le résultat d'une révolution sociale qui apparaît dans un document
unique et d'interprétation difficile. Ce très long texte, appelé Admonitions depuis sa première édition et
traduction ne laisse guère de doute sur la nature des événements qui survinrent alors (...) Le problème de la
véracité des événements évoqués et celui de la date à leur attribuer ont été mis en cause. Il est certain (sic),
toutefois, que c'est bien la situation sous la «Ire», et non pas la «IIe» période qui est décrite. Le fond du récit
rappelle le «chaos» originel que Pharaon est censé maîtriser en faisant respecter et en observant lui-même
Maat, l'Ordre universel et la Justice. Il n'en est pas moins évident que Ipouer rapporte ce qui s'est produit,
mais aussi: D'un passage des Lamentations d'Ipouer (3:6 et 3:8), on a déduit que, pendant la
Première Période Intermédiaire les Égyptiens ne naviguaient plus vers Byblos pour en ramener le bois de
confère et la résine nécessaire au traitement des momies (...) Il est intéressant de suivre le cheminement dans
les interprétations modernes de la jarre remplie de scarabées et autres menus objets trouvée par Pierre
Montet à Byblos et appelée pour cela «Jarre Montet»; les premières estimations en situaient le contenu sous
la XIe dynastie; actuellement on le situe, avec hésitation, vers la fin de la XIIIe (...) On a de bonnes raisons
de penser que les Lamentations d'Ipouer décrivent plutôt la fin de la XIIIe dynastie que la Première
Période Intermédiaire. Ces indications contradictoires donnent l'impression que ces
égyptologues réputés évitent d'identifier les Admonitions d'Ipouer avec la fin de la période
hyksos pour éluder un rapprochement gênant avec l'Exode biblique. Pourtant, force est de
constater que le rapprochement entre les Admonitions d'Ipouer, la Stèle de la tempête d'Ahmosis
et l'Exode est inévitable, puisque ces trois documents décrivent la même catastrophe
nationale égyptienne datée en -1533. Il est vrai que rien ne ressemble plus à une catastrophe
qu'une autre catastrophe, toutefois certains éléments inhabituels se retrouvent à l'identique:

Version égyptienne (Ipouer) Version biblique


Plaie du sang
La pestilence est à travers le pays, le sang est en Toutes les eaux qui sont dans le Fleuve se
tout lieu (...) Vraiment le Fleuve est du sang! changèrent en sang. Les poissons du Fleuve
Pourtant, on en boit, quand on en est écarté en tant crevèrent et le Fleuve s'empuantit et les Égyptiens ne
qu'homme, on a soif d'eau (Admonitions purent plus boire d'eau du Fleuve; il y eut du sang
2:5,6,10). dans tout le pays d'Égypte (Exode 7:20-21).
Plaie des ténèbres
La terre ne s'illumine pas à cause de cela (...) Le Étends ta main vers le ciel et que des ténèbres
prêtre pur est assis derrière les murs des ateliers palpables recouvrent le pays d'Égypte. Moïse étendit
contenant les statues des Faucons et des Vautours la main vers le ciel et il y eut d'épaisses ténèbres sur
et passe le temps sans lumière (Admonitions tout le pays d'Égypte pendant 3 jours. Les gens ne
710J. VERCOUTTER - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 1
Paris 1992 Éd. Presses Universitaires de France pp. 355-359.
C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2
Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 28,158,159.
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 155

9:11,14). [Quand] les dieux firent venir du ciel se voyaient plus l'un l'autre et personne ne se leva de
une tempête de pluie, avec obscurité dans la région sa place pendant 3 jours, mais tous les Israélites
occidentale et le ciel se couvrit sans arrêt [9 jours] avaient de la lumière là où ils habitaient (Exode
(...) pendant qu'aucune torche ne pouvait illuminer 10:21-23).
les Deux Terres (Stèle de la tempête).
Plaie du feu
Vraiment, les portes, les colonnes, les cloisons La foudre frappa le sol, et Yhwh fit tomber la grêle
brûlent , mais l'enceinte du palais du Pharaon qu'il sur le pays d'Égypte. Il y eut de la grêle et le feu
soit en vie, épanoui et en santé, est stable et durable jaillissait au milieu de la grêle (Exode 9:22,23).
(Admonitions 2:10,11).
Plaie du bétail
Vraiment, les animaux, leurs cœurs pleurent, le Yhwh frappera tes troupeaux qui sont dans les
bétail déplore l'état du pays (Admonitions champs, les chevaux, les ânes, les chameaux, les
5:5,6). bœufs et le petit bétail d'une peste très grave
(Exode 9:3).
Plaie de la végétation
Vraiment, les arbres sont abattus, leurs branches La grêle frappa toutes les herbes des champs et
sont dénudées (...) Vraiment, on mange de l'herbe, brisa tous les arbres des champs (...) [les sauterelles]
que l'on ingère avec de l'eau, car on ne trouve plus couvrirent toute la surface du pays et le pays fut
de graines, de plantes, de volailles, et on vole les dévasté. Elles dévorèrent toute l'herbe du pays et
fruits de la bouche des porcs. On ne dira plus: “c'est tous les fruits des arbres qu'avait laissés la grêle;
agréable pour toi cela plus que pour moi” à cause de rien de vert ne resta sur les arbres ou sur l'herbe des
la famine. Vraiment le blé périt sur chaque chemin champs, dans tout le pays d'Égypte (Exode 9:25;
(Admonitions 4:14; 6:1-3). 10:15).
Plaie des premiers-nés
La mort ne manque pas, le linceul gémit, car Au milieu de la nuit, Yhwh frappa tous les
personne ne s'approche de lui. Vraiment, des premiers-nés dans le pays d'Égypte, aussi bien le
milliers de morts sont enterrés dans le Fleuve, le flot premier-né de Pharaon qui devait s'asseoir sur son
est leur sépulcre. Ce qui advient en fait: la place de trône, que le premier-né du captif dans la prison et
purification est le flot du Fleuve** (...) Vraiment, tous les premiers-nés du bétail. Pharaon se leva
les hommes et les femmes conscients sont rares. On pendant la nuit, ainsi que tous ses serviteurs et tous
ne cesse de jeter à terre son frère en tout lieu (...) les Égyptiens, et ce fut en Égypte une grande
Que faire, face à la situation présente? Tout n'est clameur car il n'y avait pas de maison où il n'y eut
que ruine! Vraiment, le rire s'est éteint, il n'existe un mort (Exode 12:29,30).
plus. Les gémissements se répandent dans tout le **La Stèle de la tempête note aussi que: chaque
pays, mêlés aux lamentations (...) Vraiment, les maison et chaque habitation qu'ils atteignirent
enfants des nobles sont jetés contre les murs, les périrent et ceux en elles moururent, leurs corps
enfants sont arrachés au cou de leur mère pour être flottant sur l'eau comme des esquifs de papyrus,
déposés sur une hauteur où ils mourront. Khnoum même dans les portes et les appartements privés. Le
se lamente de sa faiblesse. Vraiment, les cadavres grand nombre de morts dans un court laps
qui se trouvaient dans la place pure sont de temps a dû obliger les Égyptiens à les
abandonnés sur une butte (Admonitions "inhumer" dans le Nil à cause du manque
2:6,7,13; 3:13,14; 4:3,4). de sépulcres.
Égyptiens dépouillés de leur richesse
Vraiment, les pauvres sont devenus les riches, celui Parle donc au peuple pour que chaque homme
qui ne pouvait même pas fabriquer ses propres demande à son voisin, chaque femme à sa voisine,
sandales possède à présent une grande quantité de des objets d'argent et des objets d'or (...) Les
biens (...) Les étrangers du dehors sont venus en Israélites firent ce qu'avait dit Moïse et
Égypte (...) Vraiment, l'or, le lapis-lazuli, l'argent, demandèrent aux Égyptiens des objets d'argent, des
la turquoise, la cornaline, l'améthyste, le porphyre objets d'or et des vêtements. Yhwh fit que le peuple
156 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

vert, toutes pierres et minéraux précieux ornent le trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui leur
cou des servantes alors que les nobles dames prêtèrent [contre de la nourriture?]. Ils dépouillèrent
vénérables errent à travers le pays. Les maîtresses de les Égyptiens (Exode 11:2; 12:35,36).
maison clament: “Nous voulons manger!”
(Admonitions 2:4,5; 3:1-3).
La magie se révèle inopérante
La place des secrets a été trahie. Vraiment, les Les magiciens d'Égypte avec leurs sortilèges firent la
formules magiques ont été révélées et circulent, leur même chose mais ils ne le purent (...) Les magiciens
force invocatrice brisée à cause des gens qui ont dirent à Pharaon: “C'est le doigt de Dieu”
mémorisé cette pratique (Admonitions 6:5-7). (Exode 8:14,15).

Les points marquants de la catastrophe se retrouvent à l'identique dans les deux


versions. Vu son ampleur un tel désastre n'a pu passer inaperçu, cependant les traces en
sont faibles pour les raisons suivantes: les Égyptiens ne désiraient pas commémorer un
souvenir aussi cuisant et préféraient l'occulter comme le rappelle Hérodote711 ou, lorsqu'ils
l'évoquaient, ils le relataient en présentant les Hyksos sous un jour très négatif comme le fit
la reine Hatshepsout, 70 ans après les événements. Toutefois, Enmarch, comme la plupart
des égyptologues, refuse ces rapprochements pour les raisons suivantes:
 Bien qu'il reconnaisse une certaine pertinence aux arguments topographiques et
lexicaux pour fixer une datation, il préfère adopter une attitude hypercritique, héritée de
la haute critique biblique, et laisser la datation dans une fourchette allant de Sésostris III
à la fin de la Deuxième Période Intermédiaire712. Il compare ainsi les Admonitions d'Ipouer
aux "poèmes" de l'Ancien Testament qui contiennent un fond de vérité historique mais
dont on ne peut fixer l'époque avec précision. Cette méthode hypercritique est très
critiquable puisque, selon cette approche, il faudrait rejeter tous les récits égyptiens. De
plus, sans chronologie précise il est impossible de reconstituer l'histoire. Il y a donc un
grave problème de méthode qui débouche, comme Gabolde le reconnaît: Cette attitude
oblige à recourir parfois à des explications plus imaginatives des documents (...) La spéculation en la
matière fait nécessairement partie de la méthode (...) Les efforts pour faire coïncider les éléments d'une
chronologie relative et les dates qui apparaissent ça et là sont souvent désespérés713. Cette conclusion
est inacceptable, car une chronologie peut être reconstituée à partir d'un faisceau
concordant d'arguments onomastiques, topographiques, lexicaux, etc.
 Bien qu'il connaisse les rapprochements effectués entre les Admonitions d'Ipouer et
l'Exode, il se contente de les mentionner tout en précisant la religion de leurs auteurs
711 Enquête II:128: C'est donc, à leur compte, un total de 106 ans pendant lesquels l'Égypte fut plongée dans la misère la plus complète, et pendant ce temps-là
les temples furent fermés. Dans leur haine pour ces rois, les Égyptiens se refusèrent absolument à prononcer leurs noms.
712 R. ENMARCH – A World Upturned. Commentary on and Analysis of The Dialogue of Ipuwer and the Lord of All

Oxford 2009 Ed. Oxford University Press pp. 1-22.


713 M. GABOLDE - D'Akhenaton à Toutânkhamon

Lyon 1998 Éd. Institut d'Archéologie et d'Histoire de l'Antiquité pp. 5,6,278,280.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 157

(juive, chrétienne et islamique)714. Cette référence explicite à la religion (pour discréditer


implicitement un travail) est anormale dans un article universitaire et reflète une
antipathie latente envers ceux (généralement les religieux) qui utilisent le récit biblique
comme support historique. Pour illustrer cette "allergie" irrationnelle, il suffit de se
rappeler le fait suivant: lorsque l'opinion publique apprit que des thèses négationnistes
avaient été validées à Lyon, l'un des rares à dénoncer ce scandale, parmi les centaines de
professeurs de l'Université de cette ville, fut Bernard Barc, un professeur d'hébreu
biblique715. Un silence révélateur d'un malaise.
 Le récit des Admonitions est assimilé par Enmarch à un poème (sans valeur historique) à
cause de l'expression: le Nil est en sang. Cela n'est pas sérieux, car: (1) même si cette
expression était poétique, en quoi le fait de mentionner qu'Éléphantine et Thinis ne
payent plus leurs impôts à cause du conflit (Admonitions 3:10), par exemple, est
poétique? (2) Que l'expression surprenante: le Nil est en sang soit confirmée par un
témoin indépendant devrait plutôt renforcer l'authenticité de ce témoignage.
 Selon Enmarch, les Admonitions parlent de l'arrivée des Asiatiques en Égypte et non de
leur départ. Cette objection est tendancieuse pour les raisons suivantes: (1) le texte des
Admonitions est très lacunaire vers la fin, endroit où pourrait être mentionné le départ
des Asiatiques; (2) comme il le sait, les Égyptiens réécrivent l'histoire en les présentant
comme des envahisseurs, car avant leur départ aucun texte ne mentionne une
quelconque exaction de leur part; (3) ce n'est pas le départ des Asiatiques qui a
traumatisé les Égyptiens, mais toutes les catastrophes (les "10 plaies") qui l'ont précédé.
 Le roi d'Égypte n'est pas nommé dans les Admonitions, ce qui serait une preuve de son
inauthenticité. Ce reproche est peu sérieux: (1) de nombreux documents anonymes ne
peuvent être identifiés que par leurs éléments internes; (2) en fait, le nom du pharaon
est: Neb-er-djer "Seigneur de Tout" (Admonitions 15:13), comme le reconnaît Enmarch lui-
même716. Il semble qu'aucun pharaon n'ait porté ce nom, mais il faut se rappeler
qu'Ipouer, même s'il avait été un haut dignitaire, n'aurait jamais osé dicter sa conduite à
un pharaon. Pour éviter ce "crime de lèse majesté", les récits étaient généralement
présentés sous forme intemporelle à un pharaon idéalisé. Ahmosis est un bon candidat
pour les raisons suivantes: (1) son nom de couronnement est: Neb-pehty-râ "Seigneur de la
puissance de Rê", est proche de "Seigneur de Tout"; (2) à cause de son jeune âge, le règne

714 R. ENMARCH – The reception of a Middle Egyptian poem: The Dialogue of Ipuwer and the Lord of All in the Rammesside period and
beyond. Oxford 2009. http://www.rutherfordpress.co.uk/Enmarch%20-%20The%20Reception%20of%20Ipuwer.pdf
715 H. RUSSO – Le dossier Lyon III

Paris 2004 Éd. Fayard pp. 186-187.


716 R. ENMARCH – A World Upturned. Commentary on and Analysis of The Dialogue of Ipuwer and the Lord of All. pp. 30-31.
158 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

d'Ahmosis s'est effectué principalement sous la régence de sa mère Ahhotep


(vraisemblablement jusqu'en l'an 20), ce qui pourrait expliquer les conseils donnés au
futur roi qui arrivait en fin de régence.
Ces considérations chronologiques717 sont très importantes pour valider, ou
infirmer, un "scénario" vraisemblable. Les Admonitions décrivent une catastrophe d'ampleur
nationale dont la seule trace archéologique correspond à la fin de la période hyksos. De
même, la transition entre la XVIIe et la XVIIIe dynastie fut une période extrêmement
troublée: (1) le prince héritier Iahmès Sapaïr, fils aîné de Séqenenrê T[hot]aa, meurt sans
raison apparente à l'âge de 10 ans et bénéficiera d'un culte qui durera environ 500 ans; (2) le
pharaon Séqenenrê Taa meurt peu après dans des conditions catastrophiques non révélées;
(3) Kamosis, le frère de Séqenenrê Taa, assure un interrègne d'environ 3 ans, car Ahmosis
le fils cadet de Séqenenrê Taa est âgé de 1 ou 2 ans, puis disparaît apparemment de façon
accidentelle; (4) Ahmosis, âgé de 4 ou 5 ans, est intronisé, mais sa mère Ahhotep, la femme
de Séqenenrê Taa, assure la régence; (5) puis, vers l'an 18 de son règne, Satkamose sa 1ère
femme meurt, il se remarie avec Iahmès Néfertari718; (6) sa mère meurt, peut-être vers l'an
20, et naissance d'Amenhotep Ier. Cette année (an 20 d'Ahmosis) marque une nouvelle ère
pour les Égyptiens, car le signe de la lune, constitué d'un croissant bombé vers le bas
durant la XVIIe dynastie, changera de forme et deviendra définitivement bombé vers le
haut à partir de l'an 20 d'Ahmosis (entre 18 et 22, selon Vandersleyen).
Durant la période allant de l'an 1 à 20 d'Ahmosis, la reine Ahhotep a exercé la
régence: Louez la dame du pays [Égypte], la souveraine des rives de Haou-Nebout [Phénicie], dont le
nom est élevé sur tous les pays étrangers, qui prend les décisions à l'égard du peuple, épouse de roi, sœur d'un
souverain [Séqenenrê Taa], vie, santé, force! fille de roi, vénérable mère du roi [Ahmosis], qui est au
courant des affaires, qui unit l'Égypte; elle a ramené ses fugitifs, elle a regroupé ses dissidents; elle a pacifié
la Haute Égypte, elle a repoussé ses rebelles; l'épouse de roi, Ahhotep, en vie (Urk. IV 21). Cette
période de 20 ans a effectivement été une brillante restauration de l'autorité égyptienne.
C'est durant cette période de rétablissement que les conseillers du roi furent les plus actifs.
Par respect de l'étiquette, les conseils au pharaon sont généralement donnés sous la forme
d'une sagesse intemporelle (et archaïsante) et sous la caution d'un illustre prédécesseur719
ayant parfois connu une situation similaire. C'est le cas de l'Enseignement pour Mérykarê720.
717 C. VANDERSLEYEN – Les guerres d'Ahmosis
Bruxelles 1971 Éd. Fondation égyptologique reine Élisabet pp. 135-137,191-196,205-228.
718 T. STASSER – La famille d'Amosis

in: Chronique d'Égypte LXXVII (2002) Fasc. 153-154 pp. 23-46.


719 W.K. SIMPSON – The Literature of Ancient Egypt

Cairo 2005 Ed. Yale University Press pp. 125-243.


720 P. VERNUS – Sagesses de l'Égypte pharaonique

Paris 2010 Éd. Thesaurus Actes Sud pp. 179-213.


CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 159

Bien que beaucoup d'égyptologues attribuent naïvement l'Enseignement pour Mérykarê


à ce pharaon (soit autour de -2050), ce texte doit être daté du début de la XVIIIe dynastie
pour les raisons suivantes721: (1) cet enseignement est inconnu avant la XVIIIe dynastie et
n'est cité par aucun document antérieur; (2) le conflit avec les Asiatiques, décrit de façon
catastrophique, est identique à celui mentionné dans la Stèle de la tempète sous Ahmosis; (3)
Antef II, en l'an 50 et ultime de son règne, dit s'être emparé du nome thinite tout entier. Il
parle comme si pour la première fois Thèbes s'en emparait. De plus, rien dans les
inscriptions des nomarques de cette époque ne fait penser à un état de guerre ou de
troubles quelconques722; (4) il y a plusieurs parallèles historiques entre les Admonitions
d'Ipouer et l'Enseignement pour Mérykarê, puisque les deux textes:
 décrivent une catastrophe ayant touché toute l'Égypte et prodiguent ensuite des
conseils au pharaon en place pour rétablir le pays.
 font référence à la célèbre prophétie de Néferty (Admonitions 1:10-11; Enseignement pour
Mérykarê 68-74), parue723 sous Amenemhat Ier (1975-1946).
 mentionnent la révolte du district de Thinis (8e nome de la Haute Égypte) se soldant
par une sévère reprise en main (Admonitions 3:10; Enseignement pour Mérykarê 120).

De nouveau, pour des raisons chronologiques, l'Enseignement pour Mérykarê doit être
rapproché du récit de l'Exode. Ce texte décrit la situation suivante:
« Début de l'enseignement qu'a fait le roi [Khét]y pour son fils Mérykarê (...) Chasse-le massacre ses
enfants, efface son nom; ses proches, chasse son souvenir et ses partisans qui l'aiment (...) Dénonce-le
devant la cour, chasse-le, car c'est aussi un rebelle [Apopi, ancien roi de Basse Égypte, est qualifié de
rebelle par Kamosis]. C'est un mal pour la ville que le rhéteur. Fais plier la multitude, chasse l'agité
loin d'elle (...) Sois expert en paroles afin que tu sois victorieux... Sa langue est le bras du roi. Une
parole a plus de force que toute arme (...) Accrois l'éminence de tes hauts dirigeants afin qu'ils exécutent
tes lois (...) Ce pays sera remis en ordre grâce à cela, à l'exception du rebelle dont on reconnaît les
desseins. Dieu connaît le factieux et dieu lui inflige une punition au prix du sang (...) Augmente le
nombre de tes sujets susceptibles de constituer une conscription. Vois, ta ville est pleine de nouvelles
recrues. Cela fait 20 années que la troupe est à son aise, à prendre du bon temps (...) Ce sont les anciens
qui ont combattu pour nous, après que j'avais fait des levées parmi eux à mon couronnement (...) Prends
des précautions pour ta frontière, prends soin de tes forteresses. Une armée est utile à son maître (...)
C'est préjudiciable de minimiser la situation de l'ennemi. L'ennemi ne saurait être à son aise à
721 A.M. GNIRS – Das Motiv des Bürgerkriegs in Merikare und Neferti
in: jn.t dr.w Festschrift für Friedrich Junge (Göttingen 2006) pp. 207-265.
722 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2

Paris 1995 Éd. Presses Universitaires de France pp. 6-11.


723 Selon cette prophétie, les Asiatiques qui venaient d'entrer en Égypte causeraient son malheur et seraient donc un jour expulser.
160 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

l'intérieur de l'Égypte. « La troupe matera la troupe », selon la prophétie des prédécesseurs à ce sujet.
On a combattu contre l'Égypte dans la nécropole en détruisant les monuments anciens au gré des
circonstances (...) Ne soit pas en mauvais termes avec le Sud, car tu connais la prophétie de la résidence
à ce sujet (...) N'endommage pas les monuments d'un autre. C'est de Ro-aou [Toura, au sud du Caire]
que tu dois extraire la pierre. Ne construis pas ta tombe avec des matériaux récupérés (...) Il n'y a pas
d'ennemi à l'intérieur de tes frontières. Toute personne qui s'était installée dans la ville ne s'était
installée que l'esprit affecté à cause de la Basse Égypte (...) J'ai pacifié l'Ouest tout entier jusqu'aux
plaines côtières (...) L'Orient [la Palestine] est dans la prospérité de l'Asiatique. Leurs productions...
Les Îles-du-Milieu [en mer Égée] te font retour, chacune fournissant double quantité (...) Vois, [le
territoire] qu'on avait ravagé se trouve organisé en nomes, et en toutes sortes de grandes villes (...) De
sorte qu'on travaille pour toi comme une seule troupe. Ce qui signifie qu'il n'y aura pas de rébellion là-
dedans (...) La production de Basse Égypte est en ta possession! Vois, on s'amarre dans le district que
j'ai fait à l'orient, des confins de Hebenou jusqu'au Chemin d'Horus [rive pélusiaque], pourvu de villes,
rempli de gens, l'élite du pays tout entier pour y repousser l'agression (...) Mais que ce qui suit soit dit
aussi pour les barbares. Assurément le vil Asiatique, c'est quelqu'un d'incommode à cause de l'endroit
où il se trouve [Sinaï], rare en eau, inaccessible par son abondante broussaille (...) Il combat depuis le
temps d'Horus. Il ne peut vaincre, pas plus qu'il n'est vaincu. Pas question qu'il annonce le jour du
combat. Comme un voleur que la collectivité a repoussé. Mais aussi vrai que je vis et que je suis bel et
bien existant, ces barbares [les Asiatiques] en question étaient contre elle [la Basse Égypte] comme une
hache, avec pour résultats que ses forteresses se trouvaient ouvertes, mais closes de son côté [les forteresses
étaient prévues pour empêcher les incursions en Basse Égypte, pas les excursions]. J'ai fait que la Basse
Égypte les frappât; j'ai capturé leurs dépendants, j'ai enlevé leurs troupeaux, au point que les
Asiatiques prirent en horreur l'Égypte [qu'ils ont quittée]. Ne te fais pas de souci à son sujet [la Basse
Égypte]. Le crocodile sur sa berge est (du genre des) Asiatiques. S'il fait sa capture, c'est près d'un
chemin isolé; il ne saurait faire rapine près de l'embarcadère d'une ville peuplée. Médenit [22e nome près
de Memphis] a été creusée tout au long de son territoire agricole, et son côté a été rendu accessible par eau
jusqu'à Kémour [Lacs amers]. Vois, elle est le cordon ombilical des étrangers [ancienne zone
d'habitation des Hyksos allant de Memphis à Péluse]. Ses fortifications sont en service; ses soldats sont
nombreux; les dépendants y savent manier l'armement, sans compter les hommes libres de l'intérieur du
district. Djed-sout totalise 10000 hommes (...) Les frontières du Nord sont établies; ses garnisons sont
vaillantes. Les gens du Nord, qui assurent pour moi son irrigation jusqu'en Basse Égypte et qui sont
taxés en orge, se trouvent aussi nombreux que les hommes libres (...) Active la défense de ta frontière le
long du secteur sud. (Car) il y a le problème des barbares qui ont pris l'habit de guerre. Édifie des
bastides en Basse Égypte (...) En tant que maître à penser, Khéty, juste de voix, a édicté: « Le
CHRONOLOGIE ISRAELITE SYNCHRONISEE 161

silencieux est appelé à devenir quelqu'un qui s'exprime violemment quand les autels sont endommagés ».
C'est à celui qui se rebelle contre les temples que s'en prend la divinité (...) C'est une belle fonction que
la monarchie, (mais) elle n'a pas de fils, elle n'a pas de frère qui perpétue ses monuments [le fils prince
héritier et le frère de Séqenenrê Taa, bien que pharaon, n'ont pas eu de monument] (...) Vois, un acte
vil s'est produit de mon temps: le district de Thinis fut ravagé. Mais, quoique cela se soit produit à cause
de ce que j'avais fait [le pharaon reconnaît sa part de culpabilité !] (...) Les hommes, le troupeau du
dieu sont (fondamentalement) bien pourvus. C'est à leur intention qu'il a créé ciel et terre après avoir
repoussé l'invasion de l'eau (...) De même qu'il a tué ses ennemis, de même il a anéanti ses enfants à
cause de leur projet de faire rébellion (...) Les suivants du roi sont les suivants du dieu. Donne ton
amour à l'humanité. Une bonne nature est quelqu'un qu'on évoque après que des années seront passées
là-dessus. Tu seras qualifié de « celui qui a mis fin à un temps de malheurs » par les lointains
successeurs dans la maison de Khéty ».
La description de la catastrophe hyksos dans l'Enseignement pour Mérykarê est
conforme à celle déjà donnés dans les Admonitions d'Ipouer, mais puisque le pays est pacifié
et que cela fait 20 années que la troupe est à son aise, à prendre du bon temps, sa rédaction doit être
postérieure. Si les Admonitions ont été écrites au début du règne d'Ahmosis, l'Enseignement
semble avoir été écrit vers l'an 20 d'Ahmosis, ce qui coïnciderait avec la fin de la régence
d'Ahhotep. De plus, la remarque: C'est de Ro-aou que tu dois extraire la pierre. Ne construis pas ta
tombe avec des matériaux récupérés est cohérente avec le fait que ce pharaon n'a commencé à
construire sa pyramide (en fait un cénotaphe à Abydos) qu'à partir de l'an 22. Toutefois la
remarque sur "la troupe qui prend du bon temps depuis 20 ans" contredit le récit
d'Ahmosis qui affirme avoir maté au moins deux rébellions, celles de Aata et de Téti-an, le
gouverneur de Nubie. Il se pourrait cependant qu'Ahmosis ait simplement repris à son
compte la destitution [par Kamosis] de Téti fils de Pépy, le vice-roi de Koush.
Tous ces éléments, bien que non mentionnés dans la Bible, s'accordent cependant
avec l'Exode724. En effet, après la mort de Iahmès Sapaïr, le fils premier du pharaon
[dernière des 10 plaies], Apopi [Moïse], un ancien roi de Basse Égypte, quitte l'Égypte pour
la Palestine dans un contexte catastrophique [10 plaies]. Le pharaon [Séqenenrê Taa] veut
empêcher le départ de ces milliers de Hyksos, mais meurt dans des conditions dramatiques
[noyé dans la mer Rouge]. Kamosis, un frère de Séqenenrê Taa, prend le pouvoir et
entreprend des actions de représailles, car Ahmosis le fils cadet de Séqenenrê n'a que 1 ou 2
ans et ne peut diriger l'Égypte. La ville d'Avaris [abandonnée] est immédiatement capturée,
puis une expédition est lancée vers Sarouhen pour bloquer, pendant 3 ans, l'entrée de la
724 C. VANDERSLEYEN - L'Egypte et la vallée du Nil Tome 2 pp. 214--237.
162 APPROCHE SCIENTIFIQUE D'UNE CHRONOLOGIE ABSOLUE

Palestine aux Hyksos [en fait ceux-ci resteront dans le Sinaï pendant 40 ans]. Téti fils de
Pépy, le vice-roi de Koush, s'oppose à Kamosis, peut-être par solidarité avec Apopi, mais
ses archers nubiens sont vaincus. Le nome de Thinis, près de Memphis où vivent encore de
nombreux Hyksos, se révolte et refuse de payer ses impôts, mais cette rébellion est
également écrasée. Kamosis meurt prématurément, au bout de 3 ans de règne, ce qui
permet à Ahmosis, alors âgé de 4 ou 5 ans, de monter sur le trône. Ahhotep, la femme de
Séqenenrê Taa, assure pendant environ 20 ans une régence, discrète mais efficace, qui
permet à l'Égypte de retrouver une nouvelle unité et sa grandeur passée. Le