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Suite de la page 57.

et, aussi, des petits boulots provisoires qui beur-


"Valoi nous voulons tout, tout de suite », comme les rent les entrecötes « requisitionnås ».
un livre autonomes » disent maintenant : « Nous La violence, ils sont decides å « rassumer ».
ötonnant... voulons vivre le communisme. » V.L.R. s'etait Parce que « ce super-besoin de violetzce, il est
Je recom- dissous pour laisser vivre les communautes, les dans nös t&es et dans nos mains, un besoin
mande mouvements de fernmes, d'homosexuels, de de casser totu ce qui donne prise, toutes les
-

Pierre Dann squatters, de prisonniers, de psychiatrises, les tentacules, tous les symboles, tout le silence,
cette lecture
comites de quartier ou d'usine, tous les desespe- aussi, de cet Etat ». Mais ils refusent « d'e‘tre
insolite." res, les ecologistes et bien d'autres.
(LOUIS coinces dans la double spirale du "P. 38"
Le mythe de Pendant cinq ou six ans, tous ces decentra- et du "compromis historique" des organisa-
PAUWELS)
procre'ation lises de la revolution ont cultive leur jardin
ou developpe leurs experiences, et puis ii y a
eu Malville : rnanifestation ilon violente, insou-
tions ». Ils craignent que la violence ne finisse
par resumer r « autonomic », qui doit aussi
etre heureuse et faite d'escarmouches quoti-
bar' oilue lag
ciante. Pas pour la revolution, juste contre un
surregenerateur, contre le nucleaire, contre un
diennes. Le mystere de l'incendie des panneaux
d'affichage Decaux, par exemple, est une page
choix grave, impose sans debat. Resultat : un de 1' « autonomie »...
mort, des amputes. Le reforrnisme, decidement,
'aurert
n'est pas plus facile que la revolution. Une rage Un douz cobblaue
a surgi, inconnue en Maj, faite, dejå, de soli- A Jussien, donc, ce devait etre un debat ce
"La Strega est darite avec ces jeunes Allemands si peu å leur fut un happening. Deux heures quinze minutes
un livre de place dans leur pays et qu'un prefet trop zele de therapie par le eri autour d'un fond de
fåte, nocturne assimilait å des nazis avant de les expulser. bouteille soixante-huitard et d'un theme : « Des
et flamboyant: Baader et ses camarades trouves morts dans espaces infinis s'ouvrent å l'autonomie. » Pen-
leurs cellules, suicide ou assassinat, c'etait trop : dant que les acteurs-spectateurs prennent place,
(LIBERATION) ils etaient freres des jeunes rebelles frangais, un Malin souriant 6crit au tableau noir : « Pro-
enfants de la m8me revolle qui se cherche gramtne du cours : Qu'est-ce que r autonomie ?
depuis les annees 1960, fourvoyes sfirement Comment e‘tre un(e) bon(ne) autonome ? Un(e)
mais, certainement, tombes victimes du,meme m&hant(e) auton aine ? Les deux å la lois ? »
uide pratique ennemi — l'Etat, celui de Giscard ou de Un long jeune homme, sur ies murs, ecrit å la
Schmidt —, de la solidarite dans la repression craie : « A bas rautonomie phallocratique !
du et de rexclusion de ceux « qui pensent autre- Vive les p&Ms ! » Un tract, de bonne fac-
ment ». « Les dissidents, disent les " autono- ture situationniste, circule : « Casseurs, atten-
mes", existent aussi å l'Ouest » : maniere de tion ! Un nouveau danger nous guette. » Le
saluer ceux de l'Est tout en rappelant qu'on danger, c'est rapparition de « leaders auto-
existe. Devant ces morts, la gauche, pour la- nomes », leur « empressement å se constituer
quelle Baader etait tout sauf un camarade, se en positivit politique » et le « detritus neo-gau-
taisait. L'extreme-gauche, mal å l'aise, se (16- chiste trop heureux d'hbiter de troupes qui ne
marquait autant qu'elle protestait. Un commu- demanddnt qu'a en cMborder ». Pour « en de-
nique dans « Liberation», signe de l'Organi- coudre », mais en plus fin.
sadon communiste libertaire (0.C.L.) — le seul Un « leader » en herbe prend la parole
groupe politique accepte dans r « autonomie » « Tout le monde en" pane, l'idee d'autonomie a
appelle å une reu.nion tous ceux qui veulent pris. S'il ,y a tant de monde ici, aujourd'hui,
1 1" reagir. Desormais, les « autonomes » ont leur c'est y a une demande politique. L'auto-
dossier aux .Renseignements generaux. nomie, c'est un certain nombre de pratiques. Ii
faut que nous en discutions, au /and, maine
Nur beurrer l'erdreeöte si c'est difficile. » Silence, bruits divers. Un
Et c'est parti. Parti pour une manifestation doux, å rair de col-blanc fauche « Tout rai-
"Ses partisans comme ses adver- gare Saint-Lazare, pour roccupation de « Libe- sonnement politique cotzduit immMiatement
saires ont souvent recommandå aux ration » — meurtre symbolique de l'huma- au boulot, dond au Goulag : c'est la tne'rne
Francais la lecture du Programme nisme liberal porte par ce rameau-lå de Mai —, chose. Nous devons rompre avec tout le dis-
commun. Beaucoup l'ont trouvee fort pour une coordination reguliere tous les lundis. cours politique traditionnel. Nous ne devons pas
indigeste. Avec ce guide, le Pro- Arrive ensuite la manifestation Croissant, le parler politique. » Un grand, moustachu
chahut au meeting de la Ligue des Droits de C'est a, quctnd rEtat t'aura envoy une
gramme commun devient vivant, lu- rHomme, des assemble.es generales, et meme "offensive" dans la gueule, on en recausera. »
mineux. Le lexte sacre pane enfin un un journal : « l'Officiel de l'Autonomie » ! Du fond gauche : « Vive les pedes ! » Du
langage comprehensible, et pourtant Dans la revolle brute, confusement, une vo- fond droit, une jeune fille serieuse : « J'ai lu
c'est le sien. Le guide peut måme, å la lonte politique se dessine. Un militant de rappel dans "Libe , je suis int&esse par rau-
rigueur, dispenser du Programme. l'O.C.L. : « Jusqu'alors, rinitiative des appari- tonomie si ce n'est pas que la violence. Je vott-
Mais il ne dispensera personne de tions publiques appartenait å la Ligue et aux drais qu'on me renseigne. » Les' bruits sont
prendre ses responsabilites, en mars autres organisations. Maintenant, nous- pouvons devenus hurlements. Les squatters du
1978. Simplement, on le fera, apres prendre nos propres decisions. » Decisions am- arrondissement, qui se sont fait expulser le ma-
cette lecture, en meilleure connais- bitieuses ! Un membre du bureau politique de tin meme « datzs la plus conzpldte ilMgalit >>,
sance de cause." (ALAIN PEYREPITTE) la Ligue ironise : S'ils veulent fedgrer les demandent que l'A.G. sOit levee pour qu'on
mouvements des femmes, des squatters, des aine tous rejoindre une manife,station en cours.
psychiatrises, je leur souhaite du plaisir. » En Apres plusieurs appels sana succes, ils partiront
effet. seuls. Le doux col-blanc revient å la charge
Jeudi 24 novembre, six jours apres la mani- « Quand je suis dans le trztro, je ne me sens
"Un roman festation Croissant, amphitheåtre 34 de la facul- pas dan,s mon Mnzent, j' aimerais qu'on m'aide
troublant de te de Jussien, assemblee generale convoquee å me sentir dans mon eltnent. C'est a, pour
la ferninite, dans « Liberation » par « des copains et des moi, rautonomie. » Le moustachn : « Oh !
Yr/. dans une copines du cortege autonome ». Ces « autono- la ferme 1 » Un petit barraque « La manif
Sff Iangue tms »-lå, qui ont presque tous, au moins, un syndicale du 1" de cembre, on y va, oui on
.

colOree, morceau de licence en poche, forment une non ? » Tolle presque general : « Tu clzoisis
immobile et autre bande. Une autre histoire. Celle de gens encore les echeances fixees par les autres. Y'en
chaude." qui se sant connus, rannee derniere, en formant a marre ! »
(LES un comite de chömeurs dans un arrondissement Dans un coin, ies animateurs de la revue
jokil NOUVELLES
LITTERAIRES)
de Paris. Parce qu'ils pensent que nous sommes
entres, pour tres longtemps, dans l'ere du "« chö-
theorique « Camarades », proche des expe-
riences « autonornes » italiennes, deux ans
et laTare, mage endemique de masse », ils reclamaient d'åge et tie plaidoyers en faveur de runite des
ChaidalChatevf non plus le droit au travail mais « le dtioit au « autonomies » frangaises, prennent leur mal
salaire ». Leur unite a vecu. Ils opt entre vingt en patience : ca avance, dqucement. Un jeune
Ruutu et trente ans, souvent un passe de militant d'ex- homme tres deliberement froufroutant explique

auvert treme gauche, une solide merfiance enxers le


leninisme, une longue experience du desespoir
qu'il 'est « autonotne depuis dix ans parce que
p~raste » mais qu'il ne peut pas se reconnai-