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SOMMAIRE

AVANT -PROPOS 1 PAGE 5 ·L'inégal accès au bac des catégories ·La surface des logements selon la
sociales catégorie sociale
·L'origine sociale des étudiants
INTRODUCTIONS SANTÉ 1 PAGE 100
DIFFICULTÉS SCOLAIRES 1 PAGE 60 ·L'inégal accès à la complémentaire santé
·Par Patrick Savidan, Président de l'Ob-
·Retard scolaire : le grand écart entre HANDICAP/ PAGE 102
servatoire des inégalités. 1 PAGE 9
milieux sociaux ·Les personnes handicapées face à
• Par Louis Maurin, directeur de l'Ob- EDUCATION ET EMPLOI / PAGE 61 l'emploi
servatoire des inégalités. 1 PAGE 12 ·Le taux de chômage selon le diplôme ·Des catégories sociales inégales face
·L'insertion professionnelle des jeunes: au handicap
de fortes inégalités selon le diplôme
1 REVENUS
PRATIQUES CULTURELLES 1 PAGE 105
1 PAGE 17 ·Les inégalités d'accès à la formation ·Qui va au musée ou au théâtre?
LA FRANCE POPULAIRE DECROCHE profe ssionnelle ·Un accès au livre profondément inégal
cr: FILLES ET GARÇONS À L'ÉCOLE 1 PAGE 67 selon les milieux sociaux
l- NIVEAU DEVIE / PAGE 18
·Qui est riche et qui est pauvre ? ·Les filles, pas vraiment meilleures CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 107
• 15 années de progression des iné- élèves que les garçons ·Les inégalités face aux vacances
galités ·De s parcours différenciés dans ·Des services à domicile réservés aux
• Pendant la crise, les plus riches s'en- l'enseignement supérieur plus fortunés
richissent • L'homophobie reste présente dans la
PAUVRETÉ 1 PAGE 26 société française
· + 800 000 pauvres depuis 2008 NOUVELLES TECHNOLOGIES 1 PAGE 113
·Les seuils de pauvreté ·La fracture numérique diminue
·Les minima sociaux en France
EMPLOI / PAGE 71
LA MARQUE DE LA CRISE
·En pleine crise, la pauvreté en condi -
tions de vie diminue selon les statis- CHÔMAGE 1 A t
7
2
tiques officielles - ·Les jeunes aux premières loges
·La grande pauvreté persiste
·La pauvreté selon l'activité
::: · Les plus âgés ont plus de mal
à retrouver un emploi 5 CATEGORIES SOCIALES
oJ.J
LE RETOUR DES CLASSES SOCIALES ?
1 PAGE 11 1

LES REVENUS DU TRAVAIL 1 PAGE 35 STATUT, CONTRAT DE TRAVAIL 1 PAGE 74 x REVENUS 1 PAGE 118
·Les inégalités de salaire • 12 o/o de salariés précaires ii: ·Les cadres supérieurs s'enrichissent
·Professions : qui gagne combien? ·Le temps partiel subi frappe d'abord :§ ·Le niveau de vie des CSP
LES HAUTS REVENUS 1 PAGE 39 les femmes ~· ·Inégaux face à la pauvreté
·Une envolée au sommet de la pyra - ·Deu x millions de travailleurs pauvres ·Le patrimoine selon la catégorie
mide CONDITIONS DE TRAVAIL 1 PAGE 18 sociale
·Les revenus démesurés des grands ·Les salariés les moins qualifiés inégaux EDUCATION 1 PAGE 122
patrons et des cadres dirigeants face aux horaires de travail ·La fracture du diplôme
PATRIMOINE 1 PAGE 43 ·Travail pénible : les ouvriers à la peine ·De la sixième aux études supérieures:
·Qui possède combien ? · 2.2 millions de salariés exposés à un les ouvriers éliminés
·Les 10 plus grandes fortunes produit cancérigène EMPLOI / PAGE 124
·Davantage de congés pour les cadres ·Ch ômage: changement de régime
que pour les ouvriers pour les non qualifiés
·L'ascenseur social n'est pas bloqué
SANTÉ / PAGE 128
EDUCATION 1 PAGE 47
2::::
RETOUR A LA LUTTE DES CLASSES

DONNÉES GÉNÉRALES 1 PAGE 48


MODES DE VIE 1 PAGE 89
POUR QUI SONNE LE PROGRES?
·Le s cadres supérieurs vivent bien plus
longtemps
·L'o bésité touche d'abord les moins
favoris és
c; ·Le niveau de diplôme des França is
• L'a llongement inégal des scolarités LOGEMENT 1 PAGE 91 CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 131
~ • L'effort de la collectivité nationale par • 3,5 millions de mal logés ·Couples: on se marie toujours entre
niveau d'enseignement et par élève • 140 000 sans domicile semblables
• L'orientation à la fin du collège accen- ·Le poids des dépenses de logement LIEN SOCIAL 1 PAGE 133
tue les inégalités sociales selon les revenus ·Peu d'ouvriers à la télévision
·Le po ids des dépenses de logement
ECOLE ET ORIGINE SOCIALE 1 PAGE 53 POLITIQUE 1 PAGE 134
selon l'âge
·France, le pays où le milieu social ·De quel milieu social viennent les
·Revenus: les avantages des propriétaires
influe le plus sur le niveau scolaire députés ?
·Qui vit dans un logement inconfor-
·Les inégalités sociales au collège ·Les élus locaux, des notables ?
table ou surpeuplé?

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT 2015 1 1


CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 162

6 HOMMES-FEMMES/ PAGE 737


UNE MARCHE TROP LENTE VERS L' EGA- ·Le s jeunes de milieu populaire ac- 9 TERRITOIRES 1 PAGE 783
LA FRANCE EN CRISE EST D'ABORD

1
cèdent difficilement à l'autonomie
.._, LITE a:' CELLE DES GRANDES VILLES
a: ·Les jeunes dépensent beaucoup plus t::
pour se loger :<
~:J
REVENUS 1 PAGE 139 REVENUS 1 PAGE 185
·Les in égalités de salaires I ·Premier bilan de l'impact de la crise
u
·Le rattrapage salarial au ralenti pour les communes
·Davantage de femmes pauvres ·Où vivent les pauvres ?
·Les hommes touchent des retraites ·Le s taux de pauvreté des 100 plus
beaucoup plus élevées grandes communes
EMPLOI / PAGE 145
·Une répartition déséquilibrée
des professions
8 ETFRANÇAIS
~
ETRANGERS! PAGE 765
ENTRE DISCRIMINATIONS ET
CHÔMAGE 1 PAGE 192
·Les régions et les départements
in également touchés
·Premier emploi : les femmes plus 6: FRACTURE SOCIALE CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 194
souvent en temps partiel <(
·Des professions médicales mal ré-
·Egau x devant le tau x de chômage 0 EDUCATION 1 PAGE 166
parties
·Les enfants d'immigrés réussissent
CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 148 LES QUARTIERS EN DIFFICULTÉ 1 PAGE 196
mi eux à l'école que les autres
·Espérance de vie : avantage au x ·Des revenus inférieurs de 40 %
femmes ·Les écarts de réussite
·Des niveau x de dipl ôme mo ins élevés
·Qu i fait le ménage? REVENUS 1 PAGE 169
·Un chômage deu x foi s plu s important
POLITIQUE 1 PAGE 151
• 38 % de pauvres
·Qualité de vie et logement
·La représentation des femmes à EMPLOI / PAGE 169
l'Assemblée et au Sénat • Deux fois plus de chômeurs
·Les femmes en pol itique au •Quelle est la part des discriminations?
niveau local ·Que disent les testings ?
·Des jeunes qui peinent à s'ins érer RÉALISATION DU RAPPORT
dans l'emploi Direction d'ouvrage: Louis Maurin et
·Un quart des jeunes de parents nés à Valérie Schneider
l'étranger se sent discriminé Rédaction: Louis Maurin, Patrick
·S,3 millions d'emplois interdits Savidan, Nina Schmidt, Valérie Schneider
7 AGE ETGENERATIONS / PAGE755
Li.!
LES JEUNES SONT-ILS SACRIFIES ?
·Beaucoup plus souvent de milieux
populaires
·Mobilité sociale : les enfants d'immigrés
Relecture: Didier Aviat, Maxime
Ladaique, Pascale Maurel,
a: REVENUS 1 PAGE 156 Annick Météfia, Sarah Psimaras
t ·Les inégalités de niveau de vi e font aussi bien que les autres Conception graphique
$ ·La pauvreté CONDITIONS DE VIE 1 PAGE 182 et mise en page: Marc Degois
G ·1 ,2 million d'enfants « de » pauvres ·Des logements surpeuplés http:// thedegois.busi nesscata lyst.com
·Le patrimoine ·Me sure des discriminations à l'accès Imprimerie: Printteam 435, rue Etienne
EMPLOI / PAGE 161 au logemen t par t esting Lenoir - Zac km delta- 30900 Nïmes.
·Un t iers des 1S-29 ans actifs en Prix : 7,5 €
contrat précaire ISBN 978-2-9553 059

Observatoire des inégalités


Observatoire 4 allée du Plessis 37000 Tours
des inégalités 02 47 44 63 08
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2 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INËGA LI TËS EN FRANC E 2015


AVANT-PROPOS

La montée des inégalités fait peser une me- donné suite. (( Le groupe de travail demande
nace croissante sur la cohésion du pays. la mise en place d'une publication centrale
Non seulement ce phénomène heurte les annuelle sur les inégalités (..). Il souhaite
valeurs de la République, ma is il nuit à la qu'une version soit établie dès 2007 JJ, écri-
performance économique. Le débat sur le vaient alors les auteurs. Notre document
sujet est omniprésent désorma is dans les répond à cette préconisation sans bénéfi-
médias, mais l'information demeure sou- cier des importants moyens de la statistique
vent parcellaire et désordonnée. L'absence publique et ne constitue sans doute qu'une
de données factuelles précises laisse la approche partielle du phénomène. L'Obser-
place à l'exagération et aux discours simpli- vatoire des in égal ités, qu i n'est pas un
ficateurs. Les inéga lités sont à la « mode n, centre de recherche, n'est à même ni de
sans que l'on sache bien de quoi on parle. travailler directement sur les données
L'objectif de la publication de ce premier brutes, ni de mener ses propres études.
« Rapport sur les inégalités en France,, est L' objectif de ce rapport est de centraliser
de fournir un ensemble de données faciles et de diffuse r les données existantes
d'accès et actualisées, de dresser un état concernant les inégalités pour les mettre
des lieux complet et de faire le point sur les à la portée du plus grand nombre. Il s'ins-
principales évolutions dans un grand crit dans la filiation des travaux sur les
nombre de domaines, des revenus à l'école, in dicateurs sociaux l2l en France et du
en passant par la santé ou les inégalités Centre d'études des revenus et des coûts,
entre les femmes et les hommes. Après les fondé en 1967 par le général de Gaulle,
synthèses de Patrick Savidan et de Louis supprimé en 2010 par Nicolas Sarkozy.
Maurin, respectivement président et direc-
teu r de l'Observatoire des inégalités, le lec- Notre rapport, document non officiel, n'a
teur trouvera chapitre par chapitre un en- été commandité par personne. Il est l'œuvre
[l) « Niveau de vie et
inégalités sociales >>, semble de tableaux chiffrés commentés. d'une association indépendante qui réalise
Rapport d u groupe de
Ce rap port va dans le sens d'une des propo- depuis plus de dix ans un état des lieux des
travail dirigé par jacques
Freyssinet, Conseil national sitions principales formulées par le groupe inégalités en France. Au même titre que le
de l'i nformation statistique,
de travail « Niveau de vie et inégalités so- rapport annuel sur le mal-logement publié
mars 2007. Proposition
n°60. ciales,, dirigé par Jacques Freyssinet au sein par la Fondation Abbé Pierre l3l, ce rapport
[2) « Les indicateurs
du Conseil national de l'inform ation constitue un document d'expertise indé-
sociaux >>, jacques Delors,
Sedeis, 197 1. statistique P1, à laquelle il n'a jamais été pendante hors de l'institution publique. Il

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT 2015 1 5


11~ 1 AVANT PROPOS

est le fruit du travail rigoureux d'une petite seraient glissées dans ce travail.
équipe de salariés et d'un ensemble de On ne trouvera pas de « recommandations
bénévoles qui l'appuie. Sa publication n'a ,, au fil du texte. Nous souhaitons très clai-
été possible que grâce aux soutiens de rement séparer le constat, les analyses et
centaines de donateurs privés qui ont par- les préconisations. Notre site Internet www.
ticipé à l'opération de financement parti- inegalites.fr n'est pas avare de propositions
cipatif lancée pour l'occasion, et dont vous (on y trouve une rubrique dédiée). Mais
trouverez les noms ci-dessous. Par ailleurs, nous pensons que l'information est une
il a été soutenu par le magazine Alterna- arme, et qu'elle doit nourrir ceux qui ont à
tives Economiques et la Fondation Abbé proposer un programme, des syndicats aux
Pierre, partena ires de longue date de l'Ob- partis politiques notamment.
[3] « Lëtat du mal logement
en France », 20e rapport
servatoire des inégalités, ainsi que par la Ce premier rapport fait suite à la publ ica-
annuel, Fondation Abbé Macif. tion de deux ouvrages sur l'état des inéga-
Pierre, février 2015.
[4].« Lëtat des inégalités en
Enfin, un grand nombre de chercheurs lités en France aux éditions Belin en
France 2007 >>, Ed Belin, ont apporté leur caution à notre dé- 2006141, puis en 2008 151, ainsi que de deux
octobre 2006.
[5] « Lëtat des inégalités en
marche, ce qui ne signifie pas qu' ils par- hors-séries du magazine Alternatives écono-
France 2009 >>, éd. Belin, tagent l'ensemble des analyses conte- miques sur le même thème, en 2010161et
novembre 2008.
[6] « Les inégalités en
nues dans ce rapport. 2012 171. Notre objectif est de produire ce
France >> , hors-série poche Nous remercions chaleureusement l'en- document tous les deux ans, constituant un
Alternatives Economiques
n°043, mars 2010.
semble de ces citoyens qui se sont mobi- rendez-vous de référence en fournissant un
[7] « Les inégalités en lisés. Il va de so i que seule l'équipe de outil concret, préalable à une salutaire
France >> , hors-série poche
Alternatives Economiques
l'Observatoire assume d'éventuelles er- confrontation de points de vue .
n° 056, septembre 2012. reurs ou mauvaises interprétations qui se En produisant un tel document, l'Observa-

L'Observatoire des inégalités tient à remercier particulièrement tous ceux qui par leur soutien financier et leur!

Daniel Adam, Anne Adam Pluen, Manuel Aguilar Hendrickson, Pierre Ai mard, Charles-Antoine Arnaud, Pascale Arraou, Saint-Avertin Avenir. Bertrand
Avril, Fanny Baldellou, Stéphane Balme, Benjamin Baratta, Armelle Barré, Rémi Barrère, Martine Barthelemy, Anne Basque, Jérôme Beaufrère, Fawzi
Benarbia, Mayouf Bendjebel, Olivier Berard, Claude Beraud, Chantal Berby, Didier Besombes, Martine Billanou, Hélène Blanchard, Francis Bordet,
Sandrine Bohan-Jacquot, Marie-Claude Boninsegna, Antoine et Antoinette Bonini, Jean Bonnet, Murielle Bonnet-Langagne, Jean-Clément Bonthoux,
Roger Bordier, Michel Boulenger, Frédéric Brance, Jean-Matthieu Braux, Maryse Bresson, Alain Breut, Didier Brisebourg, Marie-Thérèse Bruas, André
Bruston, Nicolas Buns, Andrea Caizzi, Elisabeth et Gérard Ca lié, Jack Carasco, Jean Cartellier, Etienne Carton De Grammont, Emmanuelle Cathelineau,
Nathalie Chantagrel, Violaine Chantre!, Fabien Chauveau, Marius Chevallier, Marie-Laure Chicoisne, Gilles Cholet, Eric Chometon, Laurent Claud,
Jacques Clavier, Amélie Clément, Laurent Cochard, Françoise Cocuelle, Françoise Comby, Marie-Pierre Coronel, Philippe Coulangeon, Patrick Courtet,
Denis Courtois, Arthur Coussy, Jean- Baptiste Coutelis, Yves Cravic, Elise Cruzel, Jean Dangoumau, Danièle D'Antoni, Michel Davila, Anne-Claire Davy,
Colette Deleplace, Marc-Philippe Denis, François De Pablo, Grégoire Desbrosses, Jean luc Descot, Gilles Deverines, Jérôme Deyris, Bernard D'heilly,
Marie Donius, Ali Doua ri, Didier Doublet, Thomas Doussau, Marie-Thérèse Drelon, Aurélie Druet, Jean-Marc Dubois, Hélène Duffau, Jacques Dughera,
Bernard Du lieu, Cathy Dumont, Martine Du puis, Pierre Du roselle, Philippe Du ru, Eliane Dutarte, Tommy Eleouet, Florent Exbrayat, Julie Falcon, Frédéric
Fernandes, Denise Ferrisse, Cristina Filgueiras, Jean-Pierre Filiatre, Pascale Filloux, Charles Fornier, Michael Forster, Josette François, Nicole
Françon-longa, Christian Fray, Alexandra Frenod-Dunand, Dominique Freslon, Dominique Frugier, Delphine Gagnon, Alain Gay, leo Garros, Jérôme
Gautié, Christian Gautier-Valentin, Pascal Geiger, Madeleine Gérald, Francois Gilardin, Daniel Goldberg, Denis Gouzerh, Bernard Graciannette, William
Gras, Marie-Claude Grenaille, Michel Grun berger, Henri Gua ri nos, louise Guyot, Elisabeth Guéret, Michel Guglielmi, Florent Gu ille, loïc Guillem, Janique
Guiramand, Jacques Guyard, louise Guyot, Claudette et Jean-Pierre Harbers, Bernard Haumont, Maxime Hauray, Marc Hérouard, Jean-Paul Hue, Marc
Humbert, Dan Israel, Andre Jacob, Marielle Jappiot, Claudine Joly, Emmanuel Jouvin, Jean Kaspar, Marc Kieny, Elsa Kieken, Michel Koebel,

6 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


taire des inég alités espère peser dans le l'écho que rencontreront nos travaux pe r-
débat public. Les convaincus d'une explo- mettra, à long terme, de revenir vers des
sion de notre système sous le poids des objectifs qui servent davantage l'intérêt
écarts, com me ceux qui pensent qu'il ne se général et amènent à plus de justice dans
passe ri en d'injuste, resteront peut-être sur notre société. •
leurs positions. Les amateurs de petites
phrases, de raccourcis, de rhétorique et de
boucs émi ssaires des malheurs de notre Remerciements
société (les im migrés, les riches, les assis- L'Observatoire des inégalités remercie
tés ...) en seront contrits : ce rappo rt est particulièrement le magazine Alternatives
d'abord un assemblage d'éléments fac- Economiques pou r son appu i depuis sa
tu els qui ne cherche jamais l'exagération, création et pour son soutien pou r l'édition de
la dram atisati on. Mais nombre de citoyens ce rapport. Il remercie aussi le bu reau
y trouveront matière à alim enter une ré- d'études Compas et son Cent re d'observation
de la société dont il a repris certa ins textes.
flexion critique sur la situation sociale
Merci à Marc Degois, qui a réalisé un
contemporaine. Le décalage est énorme
remarquable travail de mise en page de
actuel lement entre les discours sur les iné-
tableaux et de typograph ie.
galités et les politiques publiqu es, et ceci Ce rapport n'aura it pas pu voi r le jour sans
nourrit le ressentiment social. A force de une opération de financement participatif
cibler les politiques sur des publics de plus mené par le bia is du site Ulule.fr. Nous
en plus restreints (les plus pauvres, les per- re merci ons chaleu reusement tous les
sonnes de tel ou tel âge, etc.), celles-ci ont contributeurs pour leur soutien financier mais
perdu leurs véritables obj ets. Espérons que aussi moral.

encouragements ont rendu possible la réalisation de ce rapport. Nous leur en sommes vivement reconnaissants.

Maxime Ladaique, Patrick Lafievre, Hervé Lambert, Henriette langagne, Rémi Lantreibecq, Noam leandri, Laurent le Biniguer, Nicolas lechopier,
Mathieu Le Corre, Jeannine le Courtois, Damien Lecomte, Danielle Coz, Philippe legrain, Eric lemoine, Yves le Rolland, Jérôme lesavre, Maxime
Lescurieux, Ayate leshaf, Arnaud Levy, Michalis Lia nos, Yves Lichtenberger, Alain Lienard, Jean-Jacques Longuenesse, Nadine lorin, Jacques Mac
Faria ne, Daniel Maffiolo, Marc Maine, Glenn Mainguy, Eveline Manna, Bruno Margain, Patrick Marti nez, Aurélien Mascolo, Mn Masson, Jean-Baptiste
Mathieu, Guy Mau rau, Pascale Mau rel-Bigarré, Claire Maurin, Nicolas Meisel, Joanna Melodista, Denis Metivier, Philippe Meurquin, Fabien Meynier,
Claire Marie Mille, Serge Millien, Jocelyne Misat, Gérard Moine, Xavier Molénat, Chantal Et Pierre Mon nin, Véronique Moreau, Annie Moriat, Thomas
Mosser, Thierry Mougin, Hélène Moyer, Jennifer Navarro, Laëtitia Ngatcha-Ribert, Jean-Jacques Nicolas, Yolande Nochumson, Adrien Nones, luc
Orts, Gérard Ozan, Anne-Marie Ozzola, Bruno Palier, Vanessa Pasquet, Jean-Jacques Paul, Laurence Pecaut-Rivolier, Eric Peigné, Catherine Perruchon,
Bernadette Picard-Robin, Valery Picavet, Marie-Noëlle Pinson, Ol ivier Pipard, Guillaume Poignon, Françoise Poitet, Raphael Porcherot, Joel Pothier,
Prabodh Pourouchottamin, Thierry et Anne-Claude Pradeilles, Nicolas Prigent, Marie-Françoise Proust-Baudry, Sarah Psimaras, Nicolas Rabaud,
Christophe Ramaux, Frédéric Ransan, Philippe Rassemusse, Véronique Rat-Morris, Gérard Reibel, Mina Reig, Philippe Remy, Frédéric Rey, Eveline
Richet, Fabienne Rigal , Hélène Rival, André Robette, Agnès Roche, Denis Rochette, Antoine Rode, Isabelle Roudil, Catherine Rousseau, Cécile
Rouyer, Xavier Rzepka, Ricardo Saez, Franck Savage, luc Schoepfer, Olivier Schulz, léon-Paul Schwab, Alain Seugé, Dominique Seydoux, Laurent
Sousa, Catherine Souterbicq, Robert Spizzichino, Christine Tabouret, lucie Tanguy, Marie-Thérèse Taupin, Alexis Tchernoïvanoff, Bruno Theret,
Isabelle Therond, Olivier Thevenon, Jean-Baptiste Triquet, Jerome Trossat, Frédéric Trouillot, Guy Vaganay, Guy Valette, Jacques-Henri Vandaele,
Francoise Vauquois, Emmanuel Veneau, Christine Vercoutre, François Vergnes, Laurent Vernet, Roger Vial, Sylvain Vidal, Jean-Jacques Vi nu rel,
Raphael Viollet, Thomas Viutti, Nicolas Wallet, Jean-Pierre Zirotti, Jean-Yves Zordan, Cgt Culture, Forces de Progrès en Côte-D'Or, Ville Simplement.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRA NC E 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 7


li ~ 1 AVANT PROPOS

Le soutien d'un grand nombre de chercheurs

Le rapport sur les inégalités en France a été contre les inégalités qui menacent notre
soutenu par un grand nombre d'experts, de modèle social. Il va de soi que ces soutiens
l'économie à la sociologie en passant par la ne témoignent pas nécessairement une ad-
philosophie. Beaucoup d'entre eux nous ont hésion de leur part à tout ce qui est publié
d'ailleurs fait confiance dès 2003, alors que sur notre site Internet et dans ce rapport.
l'Observatoire des inégalités n'en était qu'à La variété des soutiens qui nous ont été
ses débuts et nous les remercions très cha- témoignés et le pluralisme de l'Observa-
leureusement. Si l'Observatoire des inégali- toire des inégalités impliquent d'ailleurs
tés cherche à toucher le plus grand nombre, des analyses divergentes qui font d'ailleurs
il nourrit ses données et analyses des tra- la richesse du débat. De la même façon
vaux de nombreux scientifiques. qu'il est indépendant de tout parti politique
Par ce geste, ils témoignent de l'importance ou entreprise, l'Observatoire des inégalités
de la question des inégalités pour l'en- ne s'inscrit dans aucune école de pensée
semble des sciences humaines et appuient particulière. •
le travail de l'Observatoire pour lutter

Guillaume Allègre, économiste, département versité Paris 1 Panthéon-Sorbonne, chercheur Laurence Proteau, sociologue, maître de confé-
des études de I'OFCE au Centre d'Economie de la Sorbonne rences à l'université de Picardie Jules Verne,
Christian Baudelot, sociologue, professeur Bernard La hire, sociologue, professeur à l'ENS CESSP-CSE
émérite à l'Ecole normale supérieure de Paris de Lyon Stéphanie Pryen, sociologue, maître de confé-
Christophe Benavent, sociologue, professeur à Hervé Le Bras, démographe, directeur d'études rences à l'université de Lille Ill, membre du
l'université Paris Ouest - Nanterre La Défense à l'Institut national d'études démographiques Clersé (Cnrs/ Li lle 1)
Nathalie Bonini, anthropologue, maître de (lned) et enseignant à l'Ecole des hautes Christophe Rameaux, économiste, maître de
conférences à l'université de Tours études en sciences sociales (EHESS) conférences à l'université Paris 1
Françoise Clavairolle, anthropologue, maître Arnaud Lecheva lier, économiste, maître de Frédéric Rey, sociologue, maître de conférences
de conférences à l'université de Tours conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sor- au Cnam
Denis Clerc, économiste, fondateur d'Alterna- bonne Cédric Rio, philosophe, Centre Maurice Hal-
tives économiques Danièle Lochak, professeure de droit émérite bwachs, coordinateur du réseau européen sur
Ph ilippe Coulangeon, sociologue, directeur de de l'université Paris Ouest- Nanterre La Dé- les inégalités lnequality Watch
recherche au CNRS fense Christophe Robert, sociologue, délégué géné-
Geneviève Cresson, sociologue, professeur Eric Maurin, économiste, directeur d'études à ral de la Fondation Abbé Pierre
émérite à l'université Lille 1 l'Ecole des hautes études en sciences sociales Bernard Schlemmer, sociologue, ancien cher-
(EHESS) cheur à I'IRD (Institut de recherche pour le
Johanna Dagorn, sociologue, Observatoire
Pierre Mercklé, sociologue, maître de confé- développement)
européen de la violence scolaire
rences en sociologie à l'Ecole normale supé- Catherine Sélimanovski, géographe, maître de
Julien Daman, sociologue, professeur associé
rieure de Lyon conférences à l'université de Montpellier 2
à Sciences Po Paris
Pierre Merle, sociologue, professeur à l'Ecole François de Singly, sociologue, professeur à
François Dubet, sociologue, directeur d'études supérieure du professorat et de l'éducation l'université Paris Descartes
à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (ESPE) de Bretagne
(EHESS) Georges Solaux, économiste et sociologue,
Laurent Mucchielli, sociologue, directeur de professeur émérite à l'université de Bourgogne,
Marie Du ru-Bellat, sociologue à l'Observatoire
recherches au CNRS, Laboratoire Méditerra- IREDU
sociologique du changement (OSC-Sciences néen de Sociologie (LAMES, Aix-en-Provence)
Po) et à l'Institut de recherche en Education Vanessa Stettinger, sociologue, maître de
Marco Oberti, sociologue, professeur des uni- conférences à l'université de Lille 3 (CeRI ES)
(IREDU)
versités, directeur de l'Observatoire sociolo- Vincent Troger, sociologue, maître de confé-
Jeanne Fagnani, directrice de recherche hono- gique du changement
raire au CNRS, chercheure associée à l'Institut rences en sciences de l'éducation, Centre de
Bruno Palier, économiste, directeur de re- recherches en éducation de Nantes.
de recherches économiques et sociales (IRES)
cherche du CNRS (Sciences Po) Louis-André Vallet, sociologue, directeur de
Michael Forster, économiste à l'OCDE, division
Camille Peugny, sociologue, maître de confé- recherche au CNRS
des politiques sociales.
rences à l'université Paris 8 Pierre Volovitch, économiste, ancien chercheur
Jean Gad rey, économiste, professeur honoraire
Thomas Piketty, économiste, directeur d'études à l'IRES (Institut de Recherches Economiques
à l'université Lille 1
à l'École des hautes études en sciences sociales et Sociales).
Jérôme Gautié, économiste, professeur à l'uni- (EHESS)

8 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


VOULONS-NOUS VRAIMENT
PLUS D'ÉGALITÉ ?
PAR PATRICK SAVIDAN, PRÉSIDENT DE L'OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS,
PROFESSEUR DE PHI LOSOPHIE POLITIQUE À L'UNIVERSITÉ DE POITIERS

Après une période de relative occultation nus dans leur pays sont trop importantes,
ou d'indifférence non délibérée, la ques- 90% en Chine, 91 %en France et en Es-
tion des inégalités a commencé à revenir pagne, 73% en Suède, 74% en Australie,
dans le débat public au milieu des années et même 65% aux États-Unis ...
1990, pou r y prendre une place prépondé-
rante au début des années 2000. Dès lors, Que faire alors ? Quel type de so-
de nouvelles données ont été prises en ciété viser ?
compte, de nouvelles recherches ont été A ces questions, on obtient également des
engagées et un savoir nouveau s'est dif- réponses concordantes. Dans tous les pays
fusé dans la société. L'heure était aux fortement industrialisés ou en voie de dé-
constats mieux informés, et plus justement veloppement, on déclare souhaiter une
critiques. La crise de 2008 n'a fait qu'am- société moins inégalitaire : très peu de
plifier le mouvement et nourrir l'inquié- gens pauvres, très peu de riches et une
tude, parfois la colère, devenant une situa- classe moyenne peu différenciée qui
tion qui apparaissait au plus grand constitue l'essentiel de la population, voilà
nombre de plus en plus injuste parce que, l'horizon social jugé désirable[ll. Indépen-
dans certains domaines importants, de damment des inflexions nationales, sans
plus en plus inégalitaire. A tel point qu'au- qu'influent véritablement les critères socio-
jourd'hui, près de huit Français sur dix professionnels, on observe ainsi, depuis
déclarent souhaiter voir advenir une so- plusieurs années, dans tous ces pays, la
ciété plus égalitaire. formation de majorités d'opinion progres-
sistes fortes, parfois écrasantes, qui se re-
Cette aspiration n'a rien d'une curiosité joignent dans les aspirations sociales et
locale. Elle s'exprime dans la plupart des morales qu'elles expriment.
pays comparables. Presque partout dans
le monde, le nombre est nettement du Et dans le même temps, pourtant, les iné-
côté de ceux qui déplorent les inégalités galités de revenus ne cessent de se creuser.
[ 1] International Social
Survey Programme, Social
excessives: 92 %des Argentins sont d'ac- Elles ont même, dans les 34 pays de l'Or-
Inequality IV, 2009. cord pour dire que les différences de reve- ganisation de coopération et de dévelop-

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INËGALITÉS 1 9


1i~ 1

VOU LONS-NOUS des hommes, du cœur même de la démo-


cratie, un nouveau despotisme, celui d'un
VRAIMENT État devenu tout puissant, « un pouvoir
PLUS D'ÉGALITÉ 7 immense et tutélaire n au-dessus des ci-
toyens qui se chargerait« seul d'assurer
leur jouissance et de veiller sur leur sort n.
« Absolu, détaillé, régulier, prévoyant et
pement économique (OCDE}, atteint un doux n, il fixerait irrémédiablement les
niveau record depuis 30 ans : dans les hommes dans l'enfance. Selon toute évi-
années 1980, le revenu moyen des 10 % dence, les sociétés démocratiques contem-
les plus riches était sept fois plus élevé que poraines n'empruntent pas ce chemin-là.
celui des 10 % les moins riches. Au- Pour de nombreux analystes et observa-
jourd'hui, il est près de dix fois plus élevé. teurs, elles prendraient plutôt celui de
Si l'on jette un coup d'œil du côté du coef- l'oligarchie- soit une forme corrompue de
ficient de « Gini ,, - un indicateur dont l'aristocratie- dont le propre serait d'insti-
l'échelle va de 0 (égalité parfaite) à 1 tuer le règne des puissants, au service des
(inégalité totale : un individu concentre puissants.
tous les revenus)- on a la confirmation de
cette dégradation au long cours. Au mi- De fait, en France comme dans la plupart
lieu des années 1980, le coefficient se des pays occidentaux, une très nette corré-
situait à 0,29. En 2011-2012, il a atteint lation est observée entre le niveau des
0,32, se nourrissant notamment du fort inégalités et l'orientation des politiques
creusement des inégalités dans 16 pays publiques. De là, cette conclusion : les plus
de l'OCDE sur 21, et notamment aux riches gouvernent13l! Ou, pour le dire plus
Etats-Unis, en Nouvelle-Zélande, en Israël, exactement, les politiques publiques dans
au Royaume-Uni, en Allemagne, et de ces pays prennent principalement en
façon plus inattendue, en Suède et en compte les préférences des plus privilégiés.
Finlande [2J . Le pouvoir économique se mue en effet
immédiatement en pouvoir politique. On
Comment expliquer cette tension? comprend alors que ces politiques puissent
Comment comprendre que nous puissions renforcer ces inégalités et que le mouve-
sinon soutenir, du moins tolérer ou ne pas ment tende à s'alimenter lui-même. Et les
contester des politiques qui manifeste- inégalités du jour préparent le renforce-
[2) C'est ce que nous
apprend Federico Cingano, ment favorisent les rémunérations exorbi- ment de celles de demain.
un économiste italien de
tantes de certains, l'injustice sociale et le
la Banque d'Italie dans
une étude réalisée pour le creusement des inégalités que nous dé- Le fait que nos« démocraties,, soient, à ce
compte de l'OCDE. Voir
nonçons avec tant de vigueur par ailleurs? point, indifférentes aux préférences, aux
<< Trends in income

inequality and its impact attentes et aux besoins du plus grand


on economie growth >>,
Pour certains, il faut prendre en compte la nombre, révèle un sérieux problème poli-
document de travail n°!63,
OCDE, décembre 2014. nature politique du problème. Nous se- tique. Ce pourquoi la« rich-get-richer dyna-
[3) Martin Gilens, rions tout simplement sortis de l'orbite de mic n (la dynamique de l'enrichissement
Affluence and Influence:
Economie Inequality and la démocratie, si tant est que nous y des riches) pour reprendre la formule du
Political Power in America, soyons entrés un jour. En 1840, Tocque- prix Nobel d'économ ie Robert Solow, à
Princeton, Princeton
University Press, 2013. ville s'inquiétait de voir surgir au-dessus laquelle nous devons désormais associer

1Q 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


la « poor-get-poorer ,, (de l'appauvrisse- tenir durablement par le seul effet des
ment des pauvres), do it être enrayée de stratégies et dispositifs mis au point par
toute urgence. Encore faut-il cependant en une unique classe sociale . Pour com-
comprendre les ressorts. Ce sont eux qui prendre ce que peut recouvrir la conver-
peuvent expliquer les évolutions actuelles gence durable, dans un contexte social
des inégalités. pourtant dégradé, entre les politiques
pub liqu es, les tendances sociales et les
Nous pourrions être tentés de penser que intérêts des plus privilégiés, il faut s'i nté-
les riches gouvernent et que, dans notre resser à ce qui peut expliquer que, collec-
immense majorité, nous nous ferions plus tivement, massivement, nous n'agissions
ou moins manipuler, que nous n'aurions pas en accord avec nos aspirations à plus
pas une vision adéquate de nos intérêts; d'égalité, à plus de justice sociale. Vou-
qu'une infime minorité nous contraindrait lons-nous vraiment plus d'égalité?
à adhérer à des tendances sociales et à
des politiques qu i desse rvent nos intérêts Pour réfléchir à une telle question, il nous
propres, que nous n'aurions pas - pour faut reprendre à nouveaux frais la ques-
telles ou telles ra isons : absence de sens tion des inégalités et de ses représenta-
critique, ignorance, abrutissement idéolo- tions et mettre celle-ci directement en
gique, aveuglement- la capacité à voir la rapport avec les transformations que
nature véritable du problème, ni a fortiori, conna issent aujourd'hui le sentiment et les
celle de nous en extraire. A mon sens, c'est formes électives de la solidarité. Il semble
aller trop vite en besogne . Constater bien en effet que ce soit dans les reconfi-
qu 'une classe cherche à promouvoir les gurations que connaît la solidarité, dans
intérêts de ses membres et du groupe lui- ses dimensions privées et publiques, que
même, c'est une chose. Constater qu'i l se joue aujourd'hui le devenir des sociétés
existe une convergence entre les préfé- démocratiques et le type de justice sociale
rences des plus riches et les intérêts que auquel elles doivent pouvoir prétendre si
servent les politiques publiques en est une elles veulent pouvoir s'y soustraire. Avec
autre. Mais cela ne suffit pas néanmoins à les moyens qui sont les siens, l'Observa-
établir que nous aurions seulement un toire des inégalités n'a d'autre ambition
problème d'élites. Que nous ayons seule- que d'y contribuer. •
ment un problème de riches.

Cette perspective et la logique du complot


à laquelle elle peut aisément donner prise
ne paraît pas de nature à rendre compte
du problème actuel. Qu'il y ait des intérêts
sociaux concurrents et que l'un d'entre
eux, disposant de plus de moyens, puisse
tenir la corde, ne signifie pas que ce mo-
dèle soit intégralement valide. Il y a, c'est
évident, des privilégiés, mais il est incon-
cevable que le modèle social et les sché-
mas éthiques qui l'alimentent puissent

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSER VATOI RE DES INËGALITËS j 11
7.
PAR LOUIS MAURIN, DIRECTEUR DE L'OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS

En ce printemps 2015, la situation sociale gagné (au minimum) 243 000 euros (avant
est sombre pour les milieux populaires. Le impôts) de plus en 2011 , qu'en 2004.
pouvoir d'achat augmente pour les plus Les trois dixièmes de la population situés
riches et diminue pour les plus pauvres. La entre les 40 % les plus pauvres et les
crise ne frappe qu'une partie de la popu- 30% les plus riches ont vu leur situation
lation : les plus modestes, déjà fragilisés stagner. Ces classes moyennes ne sont pas
par des décennies de chômage. Les jeunes, « étranglées )) selon l'adage médiatique,
les ouvriers et les employés, les femmes, la leur situation n'est pas la plus difficile,
main d'œuvre peu qualifiée travaillant mais cette stagnation constitue une rup-
dans les petites entreprises du secteur ture pour des catégories au cœur d'une
privé et les immigrés sont en première société où l'on consomme toujours plus.
ligne. De l'école à l'entreprise, de la Enfin, parmi les 40 % du bas de la hié-
consommation à la santé, les exclus et les rarchie sociale, les revenus ont diminué
privilégiés de la France d'aujourd'hui ne se entre 2008 et 2012 de 300 à 500 euros.
limitent pas aux franges extrêmes de la
population. Un changement social inédit
Du point de vue des revenus, trois France Ce décrochage de la France d'en bas, que
se distinguent. Parmi les 30 % les plus l'Observatoire des inégalités a été le pre-
riches, les revenus ont continué à progres- mier à mettre en lumière, est inéd it.
ser entre 2008 et 2012 : + 500 euros[ll pour Jusqu'au milieu des années 2000, les iné-
les 10 % les plus aisés. La crise, les 30 % galités s'accroissaient par le haut. Les très
du haut de la pyramide, ne la connaissent riches comme l'ensemble des catégories
pas vraiment. A ce niveau de vie (au moins aisées (déguisées en « classes moyennes
2 200 euros par mois pour une personne supérieures ))) voyaient leurs niveaux de
seule), on vit bien et surtout on continue vie progresser bien plus que les autres. Et
à gagner plus, même si on est loin des encore, la situation de 2015 est sans au-
[1] Les montants sont
touj ours donnés pour une sommets. Les gains demeurent toutefois cun doute plus dégradée que ce que nous
personne seule dans un beaucoup plus faibles que ceux qu'on ob- présentons dans ce rapport, mais elle n'est
ménage, après impôts et
prestations sociales. serve chez les 0,1 % les plus riches qui ont pas visible dans les statistiques de l'Insee,

12 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRA NCE 2015
connues avec deux années de retard . De- Une pa rtie importa nte des salariés est à
puis 2012, date des dernières données l'abri de la précarité et du chômage, soit
disponibles, tout porte à croire que les plus du fa it de son statut de fonctionnaire (en-
pauvres se sont encore appauvris et les viron 4,5 mill ions de personnes), soit du
plus riches enrichis. fa it de son niveau de diplôme qui lui as-
A l'origine de ce basculement, la hausse sure de retrouver du travail dans de brefs
du chômage. A la mi-2008, on comptait déla is dans l'immense majorité des cas.
trois millions de chômeurs inscrits à Pôle A niveau de vie équivalent, savoir que
emploi (catégories A, B etC). Début 2015 , l'on disposera d'un salaire jusqu'à sa re-
ils sont 5,3 millions, + 70 %. Parmi eux, tra ite, pa r la stabilité qu 'il procure et pour
on trouve 8 % de cadres et 70 % d'ou- les droits qu'il ouvre, notamment dans
vriers ou d'employés. En matière d'emploi , l'accès au logement, est devenu, au bout
il existe une fracture dans la fracture, mas- de 40 ans de chômage de masse, un dé-
quée par les moyennes, et qui ne date pas term inant central des conditions de vie .
de 2008. A l'intérieur de l'ensemble du Une partie des fonctionnaires - c'est le
monde ouvrier, les mo ins qual ifiés sont cas, par exemple, des enseignants du pri-
beaucoup plus frag ilisés que le reste des ma ire - acceptent en contrepartie des
actifs. Dès le mil ieu des années 1990, leur revenus limités, rapportés à leurs qualifi-
taux de chômage a atteint 17 % . Redes- cations. Il n'en demeure pas moins que
cendu à 13% en 2001, il a ensuite grimpé l'avantage est là .
et dépasse désormais les 20 % . Le statut La taille de l'entreprise- publique ou pri-
de l'emplo i et le type d'employeur vée- joue, elle aussi, un rôle essentiel. Le
comptent de plus en plus. Et ces données statut des salariés des grandes structures
ne prennent pas en compte les décro- du secteur privé est sans commune me-
cheurs de l'emp loi, notamment des sure avec celui des petites et moyennes [2] Il suffit de se souvenir
femmes peu qua lifiées, qui, devant la dégra- entrep ri ses. La condition salariale, du ni- des réactions à l'o uvrage
de Pierre Bourdieu, << La
dation des conditions d'emploi (précarité et veau de salaire à la couverture santé en dom ination masculine >>,
bas salaires), ne postulent même plus. passant par les multiples avantages du par u au Seuil en 1998.

La domination masculine persiste


De la sphère privée à l'emploi, la domination masculine Premièrement, la domination masculine n'empêche pas,
reste massive. Une grande partie des femmes acceptent au contraire, de faire un bilan complet et de souligner
des emplois à temps partiel faute de mieux, doivent se aussi les domaines où l'avantage est fém inin, de la santé
retirer du marché du travail faute d'emploi ou de mode à la pén ibilité physique au travail par exemple. Deuxiè-
de garde pour leurs enfants. Les postes à responsabi- mement, un féminisme élitiste se concentre sur l'accès
lité demeurent réservés aux hommes. A la maison, les des femmes aux postes à haute responsabilité et oublie
femmes continuent à réal iser l'essentiel des tâches do- le fonctionnement inégalitaire du système lui-même
mestiques. A l'école, la meilleure réussite des filles cache : peu importe la précarité, pourvu qu'on ait la parité.
la surreprésentation des garçons dans les filières les plus Peu importe qu'une caissière touche trois ou quatre fois
prestigieuses. moins que son responsable cadre. La marche vers l'égali-
En dix ans, le débat sur les inégalités hommes-femmes té ne peut se faire qu'en transformant un système global
a bien changé Ill . Encore faud rait-il éviter deux écueils. dont sont aussi victimes les hommes.

RAPPO RT SU R LE S IN ËGALITËS EN FRANCE 20 15 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 13


ti l

LES PLUS PAUVRES culturel, selon l'expression du sociologue


DÉCROCHENT, Pierre Bourd ieu . Dans une société où la
croyance dans la valeur des diplômes est
QUI S'EN SOUCIE?
démesurée 14 1, ceux qui détiennent un titre
disposent d'une carapace protectrice. Le
taux de chômage des sans diplôme s'élève
à 16,8 % (données 2013) contre 5,7 %
comité d'entreprise, n'a rien à voir avec pour ceux qui se situent au-dessus de
celle du commun des salariés qui n'a rien bac +2. Les cas de sur-diplômés sous em-
de tout cela 131. La formation continue et bauchés ou au chômage existent aussi et
[3] Il y aurait beaucoup les programmes de reconversion dispo- se développent. Pour eux, le déclassement
à dire sur les << avantages
>> des salariés tant sont nibles ou offerts dans les grands groupes est particulièrement violent puisqu'ils sont
mis en avant ceux qui ne font que la menace du chômage n'est pas censés sortir du lot.
sont pas touj ours les plus
importants. Voir la même. Tous ces avantages repré- A l'école, les privilèges dépassent, de loin,
<< Les << avantages >> des sentent parfois de petites sommes, mais les filières d'excellence. Apprendre à lire
salariés : privilèges ou
acquis sociaux ? >>, Valérie celui qui paie plein tarif sa mutuelle, ses aux enfants le plus tôt possible, en fln de
Schneider, Observatoire sorties, les loisirs des enfants et ses billets section de maternelle (contrairement à
d es inégalités, 23 mai 2013.
[4 ] Voir << Les sociétés de train ou son électricité, est parfois un d'autres pays comme la Finlande où cet
et leur école, emprise peu amer quand il observe l'addition de apprentissage a lieu deux ans plus tard),
du diplôm e et coh ésion
sociale >>, François Dubet,
son vo isin . A salaire égal, le coût de la vie creuse des écarts précoces du fait de la
Marie Duru-Bellat et est variable. maîtrise du langage propre aux enfants
Antoine Vérétout, Le Seuil,
20 10. des milieux diplômés. Dans la suite du
[5] Ce qui n e veut d'ailleurs Les initiés de l'école cursus scolaire, du prima ire au lycée,
pas dire qu'ils réussiront
tous, p our peu qu'ils
Au-delà du statut, le privilège qui structure l'« élitisme républicain,, de notre système
n'entrent pas dans le << le plus notre société est le titre scolaire qui éducatif est, au fond , un élitisme social.
mou le >>, leur <<échec >> est
encore plus violent.
fonctionne comme un véritable capital Les programmes, la place des savoirs
théoriques, l'évaluation-sanction répétée,
sont taillés sur mesure pou r les enfants
de diplômés, en particulier 151 d'ensei-
Jeunes et vieux face au chômage gnants, qui maîtrisent les codes de
Même si quelques diplômés ont du mal à s'i nsérer rapidement, l'école. 90 % de leurs enfants obtiennent
les jeunes en difficulté sont massivement ceux qu i n'ont pas eu le bac, deux fois plus que les enfants
la chance de fa ire des études. La France qui trinque est d'abord d'ouvrie rs non quai ifiés : ces derniers
celle qui n'a pas eu la chance d'être estampillée bonne élève. Le sont-ils moins« méritants)), moins« intel-
taux de chômage des moins de 25 ans a atteint 22,8 % fin 2013. ligents,, ?
Il était de 17 % en 2008. Le nombre de chômeurs de plus de 50
ans reste fa ible, ma is il a doublé entre 2008 et 2013 et leur taux Qui s'inquiète de cette fracture?
de chômage est passé de 4 à 6,4 %. Si l'on observe le taux, le Durant les années 1980 et 1990, on a ra-
manque d'emploi pénalise bien plus les jeunes que les plus âgés.
conté aux Français que le pays n'était plus
Ma is cet indicateu r peut être trompeur : il faut aussi tenir compte
composé que d'une vaste classe moyenne.
de la durée de chômage. Pour les plus âgés, retrouver un emploi
La plupart des sociologues nous expli-
est souvent plus difficile. Le licenciement peut déboucher su r une
très forte ba isse de niveau de vie, et parfois une fin de carrière quaient que les catégories sociales ne ser-
prématurée. vaient à rien pour comprendre la société,
que nous n'avions plus que des individus

14 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITËS EN FRANCE 2015


agglomérés !61. Les inégalités n'étaient plus Le visage de la France qui décroche à
entre catégories, mais entre ind ividus, au
l'école
sein de chaque groupe [71 . Les « nouvelles
inégalités)), de genre, de couleur de peau , A l'école, la moitié des décrocheurs ont un père ouvrier, 5 %
entre territoires ou générations, dont hier un père cadre. 54% des enfants en retard en troisième ont des
on minimisait, il est vrai, l'existence, ont parents non diplômés, 14 % ont des parents diplômés du supé-
ri eur. La France qu i ne su it pas le rythme du système sco laire
aussi servi à occulter la force des inéga li-
est da ns son immense majorité issue des catégories modestes.
tés entre milieux sociaux. L'ampleur des
L' intérêt porté au x filières prestigieuses par les catégories favo-
moyens mis en œuvre pour défendre « la
risées fa it oublier son image inverse : les moins renommées, qui
parité )) ou la « diversité )) est sans com- rassemblent les enfants issus pour l'essentiel des catégories po-
mune mesure avec le combat contre les pulaires. Dans les fil ières pour les élèves les plus en difficulté
inégalités sociales. au collège, les Sections d'enseignement général et professionnel
L'amplification de la crise de l'emploi ne adapté (Segpa), on trouve 84 % d'enfants issus des mi lieux po-
fait que dévoiler la fonction de ce dis- pulaires (ouvriers, employés, sans profession) et moins de 2 %
cours: effacer du débat le poids du social, d'enfants de cadres. Le constat d'un système scolaire reprodui-
des hiérarchies et des rappo rts de domina- sant les inéga lités socia les est désormais partagé. Les données
tion. Si tout le monde est frappé, personne de l'enqu ête intern ationale Pisa de l'OCDE - auprès des élèves
âgés de 15 ans - ont été largement diffusées, parfois jusqu'à l'ex-
ne l'est en particulie r. En même t emps,
cès. Mais l'hypocrisie règne : derrière les discours de justice sociale,
faire comme si la crise toucha it tous les
aucune mesure sérieuse n'est mise en œuvre pour refonder l'école
milieux - l'extension du doma ine de la
sur le fond, dans sa structu re, ses programmes et sa pédagog ie.
crise, dirait-on - est une façon d'exonérer
les couches aisées de la solidarité en la
repo rtant su r une minorité d'ultra-riches.
Ils se sont enrich is de façon indécente ces la cl asse politique . La démagogie des
dernières années, ce phénomène a été ba isses d'i mpôts n'a pas attendu long-
bien décrit. Mais penser qu'il suffi rait de temps avant de faire son retour, faisant
corriger les dérives d'une poignée de per- passe r au second plan les réponses aux
sonnes situées tout en haut de la hi é- besoins sociaux.
rarchie sociale arrange bien ceux qu i se Des entreprises aux collectivités locales
situent juste en-dessous. Cette vision él i- en passant par les associations, une bour-
tiste des inégal ités conduit à fa ire l'écono- geo isie économique et culturelle dispose
mie d'une réflexion de fond du pouvo ir, vit dans un entre-so i, et n'a
Qu i s'inqu iète aujourd'hu i de cette frac- aucu n intérêt au « changement )) qu 'elle
ture sociale? La France qui va ma l est met en avant comme un slogan. Elle [6] Certains, encore très
écoutés, persistent : voir
popula ire et ce ll e dont on ente nd la po inte du do igt les ultra-riches mais elle « La fin des sociétés >>, Alain
plainte est aisée. Cette dern ière croul e oubli e bien vite les quartiers populaires, Touraine, Le Seu il, 20 13.
sous l'« assommo ir fiscal )), paraît-i l. Entre [7] Voir encore en 20 Il ,
et méprise les couches moyennes pavil-
« La société des égaux »,
2011 et 2013 , les impôts ont pourt ant lonnaires dont l'idéal est écologiquement Pierre Rosanvallon, Le Seuil
augmenté dans une proportion très infé- incorrect . Des think-tanks aux lobbies en [8] Entre 2000 et 2009,
le rapporteur du budget
rieu re à la baisse enregistrée entre 2000 passant par les mouvements moins orga- UMP Gilles Carrez a
et 2010 [sJ . L'opérati on de construction du nisés, les groupes qui défendent les inté- chiffré l'impact des baisses
d'impôts entre 100 et 120
« ras-l e-bo l fisca l )) a réussi au-delà des es- rêts des couches favorisées disposent de mi lliards. Les impôts et
péra nces de ses promoteurs, avec le sou- moyens de communication considérables. prélèvements ont augmenté
de 65 milliards entre 20 Il
tien d'une grande partie de la presse et de La maîtrise de la parole publique a pris et 2013.

RAPPORT SUR LE S INÉ GALITÉS EN FRA NC E 201 5 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 115
LES PLUS PAUVRES La France appauvrie n'est pas
DÉCROCHENT, périurbaine
QUI S'EN SOUCIE? La France qui subit le plus lourdement les effets de la crise est
bien loin d'être la France pavillonnaire du périu rba in. La pau-
vreté et les inégalités se concentrent dans les grandes vil les :
les deux tiers des pauvres vivent au cœur des grandes aires ur-
baines. Le taux de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian
atteint son maximum- 18% - dans les villes de 100 000 à 200
un poids démesuré dans les décisions des 000 habitants. Dans les communes des banlieues défavorisées
politiques publiques. ou les qua rtiers popula ires des grandes villes, le taux de pauvre-
té dépasse souvent les 40 %. Les quartiers les plus en difficul-
En face, la France peu qualifiée salariée du té - parfois présentés comme bénéficia ires du dynamisme des
privé ou au chômage est peu audible. Les métropoles - ne sont pas des ghettos à l'abandon, mais pa ient
quelques mouvements de soutien aux plus un tribut beaucoup plus lourd à la crise que la campagne ou la
France pavillonnai re. Le taux de pauvreté y atteint 36 %, trois
précaires (pauvreté, sans-papiers, mal-loge-
fois pl us que le reste du territoire urbain. Entre 2006 et 2011 , ce
ment, etc.) se concentrent sur les situa-
taux a augmenté de 6 points, contre 0,8 hors des zones urbaines
tions les plus difficiles avec de maigres
sensibles.
moyens. Les synd icats ne représentent plus
qu'une fraction ultra-minoritaire des sala-
riés- moins de 5 % dans le secteur privé - ou aux sympathiques chartes de la diver-
concentrés dans les grandes entrep1ises. sité. Cela ne mange pas de pain .
Les nouveaux mouvements militants, issus
de milieux cultivés et urbains, se pas- Reste à attendre le moment où la contes-
sionnent pour les causes modernes d'une tation sera telle que ces milieux favorisés
société post-68 comme la préservation de se sentiront vraiment contraints de redis-
l'environnement, les inégalités dont sont tribuer, un peu, les cartes. Beaucoup de
victimes les femmes ou les homosexuels, citoyens partagent la volonté de réformes
voire la diversité ethnoculturelle. Des en profondeur, savent bien que chacun
causes justes, à condition qu'elles doit balayer devant sa porte et sont prêts
n'amènent pas à oublier les hiérarchies à faire un effort. Mais s'indigner est une
sociales. chose, agir en est une autre. Reste à savoir
quand ces couches favorisées prendront
La montée des extrêmes est-elle finale- conscience qu'à trop profiter et si peu par-
ment si importante que cela pour le haut tager, elles risquent de perdre bien plus
de la hiérarchie sociale qui pleure pour ses qu'elles ne gagnent aujourd'hui . A trop
impôts? Elle se préoccupe de l'orientation tirer sur la corde des privilèges tout en fai-
de ses enfants, de ses futurs congés ou de sant miroiter l'égalité pour tous, le risque
son alimentation bio, plus que de la situa- est grand d'entraîner des mouvements de
tion des immigrés, des ouvriers qui tra- contestation de grande ampleur et que
va illent à la chaîne, des caissières, ou du d'autres forces, beaucoup plus conserva-
fonctionnement de l'entreprise ou de trices, prennent les choses en main. Cela
l'école. Toute une partie des catégories ne paraît pas trop inquiéter les privilégiés
favorisées s'intéresse aux« questions socié- d'aujourd'hui, mais il n'est pas certain
tales)) comme on dit, au« social business)) qu'ils soient éternellement à l'abri. •

16 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAP PORT SUR LES INËGALITËS EN FRAN CE 2015
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LA FRANCE POPULAIRE
S'APPAUVRIT

En pleine crise, les plus aisés continuent de si l'on utilise le seuil de pauvreté à 50% du
s'enrichir et les plus pauvres s'appauvrissent, niveau de vie médian et 8,6 millions si l'on
du jamais vu depuis les années 1970. Il utilise le seuil à 60 % du niveau de vie
s'agit d'un tournant historique. L'enrichisse- médian. Ce mouvement de hausse consti-
ment d'une partie des« super-riches>> a été tue un tournant dans l'histoire sociale de
considérable, mais le problème de la France notre pays depuis les années 1960.
aujourd 'hui n'est plus vraim ent là : c'est La dégradation économique enregistrée
un fossé croissant qui se creuse entre les depuis 2008 pèse tout particulièrement sur
catégories populaires et les couches favori- les moins favorisés. Pour la seule période de
sées au sens large. La « crise du pouvoir 2008 à 2012, le nombre de pauvres au
d'achat», si souvent mise en avant, n'est seuil à 50 %, comme à celui à 60 %, a
valable que pour la partie inférieure de la augmenté de 800 000. Depuis, le phéno-
hiérarchie des revenus. mène n'a fait que se prolonger.
Les inégalités de patrimo in e restent tou- Si l'on prend en compte la pauvreté en
jours aussi fortes : les 10 % des ménages termes de conditions de vie (contraintes
les plus fortunés disposent de près de la budgétaires, restrictions de consommation,
moitié de l'ensemble de la richesse du pays, difficultés liées au logement), les choses
les 50 % les moins fortunés en possèdent s'amélioreraient selon l'Insee. Toutes les
7 %. L'inégalité des patrimoi nes est encore grandes dimensions du taux de pauvreté en
plus accentuée que cel le des revenus. Ces conditions de vie ont connu un recul entre
énorm es écarts de richesse sont à la source 2004 et 2012. De 3,2 points pour les diffi-
de la reproduction sociale de génération en cultés de logement, à 0,3 point pour l'insuf-
génération par le biais de l'héritage. Les fisance des ressources. Seule cette dernière
patrimoines matérialisent en quelque sorte dimension a légèrement augmenté depuis
la transmission des inégalités dans le la crise, passant de 12,7 %en 2008 à
temps. 13,7 %en 2012. Ces données indiquent
La pauvreté, quant à elle, a baissé des an- que le modèle social français, dont on dit
nées 1970 au milieu des années 1990. qu'il coûte cher, est aussi, en contrepartie,
Depuis le début des années 2000, elle re- performant : il évite que des millions de
part à la hausse. La France compta it cinq personnes ne se retrouvent à la rue. •
millions de pauvres en 2012, selon l'Insee

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 117
tt 1 REVENUS

NIVEAU DE VIE

Qui est riche et qui est pauvre?

Qui est pauvre, moyen ou riche selon le publions des données détaillées de l'an-
type de ménage? Délimiter des frontières née 2011 par type de ménage. Elles sont
de niveaux de vie est une construction sta- obtenues à partir des déclarations d'im-
tistique. L'exercice est pourtant essentiel si pôts, auxquelles l'Insee a retiré les impôts
l'on veut comprendre la société. Encore directs payés et les prestations reçues (voir
faut-il prendre quelques précautions. Nous encadré méthodologique).

Les niveaux de vie selon le type de famille

9000
Richesse:
8000 double du
rev_ méd ian
7000

6000

5000

4000

3000

2000

1000

0
Personnes Familles Couples Couples Couples Couples
seules monop. sans enft avec un avec deux avec trois
en ft enfts enfts et+
Unité : euros par moi s

18 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5


Les niveaux de vie selon le type de famille

30% 80%

Personnes seules 729 1 183 1 458 2 177 2 91 7

Familles monop. 990 1 589 1 980 2 987 3 960

Couples sans enft 1 423 2 251 2 847 4 280 5 693

Couples avec un enft 1 710 2 773 3 421 4 890 6 842

Couples avec deux enfts 1 921 3 122 3 842 5 567 7 683

Couples avec trois enfts et+ 1 884 3 001 3 768 5 621 7 535

Ensemble 1 209 1 698 2418 4 057 48 35


Unité : euros par mois

Qui est pauvre ? d'éventuelles allocations. Ce niveau est


Une personne seu le est considérée comme sans doute restrictif. S'il semble bas à cer-
pauvre si elle vit avec moins de 729 euros tains, c'est qu'il intègre les personnes qui
par mois. Un couple sans enfant avec touchent des minima sociaux, qui sont en
1 423 euros et 1 921 euros avec deux en- temps partiel, au chômage, qui n'ont tra-
fants. Nous avons utilisé le seuil de pau- vaillé que quelques mois dans l'année ou
vreté situé à la moitié du niveau de vie qu i touch ent des petites retraites. Il ne
médian. Il ne s'ag it pas du seuil de pau- s'agit pas des revenus des actifs en temps
vreté officiel de l'Insee à 60 % de ce même plein .
revenu , qui se situe à 814 euros. Le seuil
de l'Insee est une valeur théorique pour Qui fait partie des classes moyennes ?
une« unité de consommation)) fictive, qui Selon la définition que nous utilisons, les
permet de comparer l'ensemble des formes classes moyennes s'étendent des 30% les
de ménages entre elles. Nous présentons plus pauvres aux 20 % les plus riches. Soit
un découpage interne à chaque type de de 1 183 à 2 177 euros mensuels pour un
ménage, en fonction des revenus qu 'il per- célibataire, de 2 251 à 4 280 euros pour
çoit réellement et non des échelles d'équi- un couple sans enfant et de 3 122 à 5 567
valence utilisées par l'Insee. euros pour un couple avec deux enfants.
On est loin des chiffres des « classes
Qui appartient aux catégories po- moyennes)) dont on parle souvent dans le
pulaires? débat public, et dont les revenus sont très
Si l'on définit les catégories popula ires supérieurs.
comme les 30 % du bas de l'échelle des
revenus, elles perçoivent par mois au plus Qui est aisé?
1 183 euros pour une personne seule, On qualifie d'u aisés )) ceux qui se situent
2 251 euros pour un couple sans enfant et parmi les 20 % les plus riches. Ils dis-
3 122 euros pour un couple avec deux en- posent d'un niveau de vie supérieur à
fants. Pour un cél ibataire, il s'agit environ 2 177 euros mensuels pour un célibataire,
du niveau du Smic pour un temps plein, 4 280 euros pour un couple sans enfant
auquel il faudrait ajouter les impôts et et 5 567 euros pour un couple avec deux

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 119
tf 1REVENUS

enfants. Aisés ou pas? Tout dépend de la Et les riches ?


perspective que l'on choisit. Avec 3 000 Nous considérons comme riche une per-
euros de niveau de vie par mois après im- sonne seule qui touche plus de 2 917 eu-
pôts, un célibataire vit bien mieux que le ros par mois, un couple sans enfant qui vit
reste de la population, il est objectivement avec plus de 5 693 euros, et un couple
à l'aise. Mais il ne gagne tout aussi objec- avec deux enfants au-delà de 7 683 euros.
tivement pas grand chose s'il se compare C'est le double du niveau de vie médian.
aux 1 %les plus riches: les inégalités sont Cette norme n'est ni plus ni moins subjec-
grandes au sein des tranches supérieures. tive que celle qui fixe le seuil de pauvreté.
Fixer un seuil de richesse déclenche immé-
diatement un tollé. Qu'est-on quand on
dispose de deux fois plus que celui qui se
La méthode: trouve au milieu du gué des revenus? En-
comment avons-nous fixé les limites ? core une fois, on n'est pas« riche,, si l'on
Nous utilisons le seuil de pauvreté à 50 % du niveau de vie se mesure à une poignée de dirigeants du
médian : plus restrictif que celui de 60% davantage utilisé, il CAC 40. Mais on l'est très nettement, rap-
a le mérite de rassembler des populations dont les niveaux de porté au plus grand nombre. Reste à savoir
vie sont moins différents. Notre définition minimise donc le quelle perspective on adopte.
seuil.
En utilisant la typologie réalisée par le Crédoc, nous considérons En conclusion
comme « populaires ,, les 30 % les plus pauvres et« aisés ,, les Toutes ces frontières sont critiquables. En
20% les plus riches. Les classes« moyennes,, forment un noyau
tous cas, on ne peut que regretter la pau-
intermédiaire de 50% de la population, situées entre les caté-
vreté du débat dans ce domaine. Un assez
gories populaires et aisées.
Les« riches,, sont définis comme ceux qui touchent deux fois grand consensus existe pour maximiser le
plus que le niveau de vie médian. Cette définition a été présen- niveau de la pauvreté et minimiser celui
tée en 1997 par Alternatives Economiques. Elle n'est ni meil- de la richesse en élevant les seuils de ces
leure ni moins bonne que celle du taux de pauvreté pour en deux catégories. Les classes moyennes de-
être simplement l'inverse, mais elle reste rarement utilisée. En viennent un fourre-tout pratique permet-
France, on refuse souvent d'être intégré parmi les couches tant de rassembler des catégories hétéro-
« aisées,, et encore moins « riches,,, Mais il est vrai que les li- clites. Comme le Crédocl 1l , nous adoptons
mites que nous proposons sont plutôt basses : au sein des po- une position plus mesurée, qui n'est pas
pulations aisées et très riches, les écarts sont énormes. On plus ou moins objective qu'une autre, mais
pourrait opter pour des classes moyennes allant des 40% du qui a le mérite de mettre des données sur
bas des revenus aux 10 % supérieurs. En revanche, il semble
la table plutôt que de rester dans un épais
difficile de classer comme« moyenne,, une personne qui figure
brouillard. •
parmi les 10% les plus aisés.
Enfin, ces données portent sur des moyennes pour la France
métropolitaine, tous âges confondus. Pour s'approcher encore
plus près de la réalité du reste à vivre, il faudrait prendre en
compte notamment le coût du logement. Vivre avec 3 000 [ 1] « Les classes moyennes
sous pression >> , Centre
euros pour un couple sans enfant n'est pas équivalent à Paris
de recherche pour l'étude
ou à Aurillac. Par ailleurs, à revenu identique, les écarts sont et J'observation des
importants entre les propriétaires qui ont achevé de rembourser conditions de vie (Crédoc)-
Consommation et modes de
leurs emprunts et les locataires. vie, n° 219, mars 2009.

20 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FR ANCE 20 15


15 années de progression des inégalités

Les écarts de niveau de vie ont baissé si Rapport entre le niveau de vie min. des 10% les plus
riches et max. des 10 % les plus pauvres
l'on se place sur une longue période. Ce-
pendant, elles repartent à la hausse de-
5,0
puis une quinzaine d'années. Principale-
ment parce que les niveaux de vie des très
riches se sont envolés mais aussi parce que
ceux des plus pauvres ont diminué dans
les années récentes. Le jugement que l'on
peut porter sur les inégalités de revenus
dépend de l'échelle de temps et de l'instru-
ment de mesure que l'on utilise.

L'évo lution depui s 40 ans


L'outille plus souvent utilisé pour mesurer
les inégalités de revenus est appelé (( rap- 3,0 LL..L..I.....L.---'--l.....J.....L..<-'--'-L..L..!...L.l....JL...L..L.L..L..l...L..LL..I....L...L..L.J---'--l.....L..L...J....L.LLL.L..I...J

port interdécile )), Il s'agit du rapport entre ,o,'l\) ,o,"-"' ,o,'<>\)

le niveau de vie min imum des 10 % les


plus riches (ce qu i s'appelle un décile, le
neuvième) et le niveau de vie maximum Evolution de l'indice de Gini
des 10% les plus pauvres (un autre décile,
le premier). Tout cela , après impôts directs 0,34
et prestations sociales, pour une personne
0,33
seule.
0,32
Avec cet outil, et si l'on observe les choses
depuis les années 1970, la dim inution est
nette : le rapport interdécile est passé de 0,30
4,6 à 3,6 en 2012 . La baisse des inégalités
0,29
de revenus a été continue des années
1970 au milieu des années 1980. Ensu ite 0,28
ce rapport a stagné aux alentours de 3,4
0,27
ju sq u'en 2009. Depu is, il repart légère-
ment à la hausse pour atteindre 3,6 en 0,26 L..LJ....L..L..l..J....LJLL.,_L.L..L..L...J....L.I...J--LL.L..L.___LL...LL....LLL.L__.Ll..l...L.Ll...l...J

2012 . ,o,'l<:; ,o,"-"' ,o,'<><:; ,o,'<>"' ,o,"'<:; ,o,"'"' -fe:;<:; -.,<:;<:;'-> -.,c:;'<:;-.,c:;'"'

Une autre façon de mesurer les inégalités


de revenus est l'indice de Gini . Plus il est
proche de zé ro, plus on s'approch e de

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES IN ÉGALITÉS 1 21


11~ 1 REVENUS

Evolution des niveaux de vie moyens annuels


Selon les seuils de niveau de vie, après impôts et prestations sociales, pour une personne seule, en euros

2012* Evolution
(en%)

Niveau de vie moyen des 10 o/o les plus pauvres 8 530 7 999 - 53 1 -6,2

Entre les 10 et 20 o/o 11 820 12 130 310 2,6

Entre les 20 et les 30 o/o 13 980 14 539 559 4,0


.
. . . ... . . . .. ... . .. .... . .. ... . .. . ..

Entre les 30 et les 40 o/o 15 930 16 719 789 5,0

Entre les 40 et 50 o/o 17 880 18 799 919 5,1

Entre les 50 et 60 o/o 19 990 21 059 1 069 5,3

Entre les 60 et 70 o/o 22 520 23 769 1 249 5,5

Entre les 70 et 80 o/o 25 780 27 309 1 529 5,9

Entre les 80 et 90 o/o 31 330 33 160 1 830 5,8

Des 10 o/o les plus riches 5 1 310 57 370 6 060 11,8

Ensemble 21 910 23 290 1380 6,3

Rapport entre les 10 o/o les plus riches 6,0 7,2


et les 10 o/o les plus pauvres

Ecart entre les 10 o/o les plus riches 42 780 49 37 1 6 591 18,0
et les 10 o/o les plus pauvres (en euros)

*Les valeurs 2012 ont été recalculées pour éviter une rupture de série en 201 O. Elles diffèrent des données que publie
l'Insee sur l'année 2012, non comparables avec les données antérieures.

l'égalité (tous les individus ont le même inégalités que le rapport interdécile car il
revenu). Plus il est proche de un, plus on synthétise en quelque sorte l'information
est proche de l'inégalité totale (un seul sur l'ensemble des revenus. La France est
individu reçoit tous les revenus). un pays de plus en plus inégal du po int de
vue des revenus, et le phénomène ne date
Là aussi, la situation s'est nettement amé- pas d'hier, mais de la fin des années 1990.
liorée entre les années 1970 et le début
des années 1990: cet indice est passé de
0,331 à 0,277 en 1990. Depuis l'indice de Les 10 dernières années
Gini a nettement augmenté : il atteint dé- Entre 2002 et 2012, le niveau de vie
[1] Attention, il ne faut
sormais 0,299, le niveau de la fln des an- moyen annuel des 10 % les plus pauvres [11
pas confondre le niveau de
vie moyen d'une tranche nées 1970. a baissé de 6,2 %, soit une perte de 541
de 10 % de population avec euros, une fois l'inflation déduite. A l'op-
un décile, qui est la limite
de la tranche. Cet indicateur décrit mieux la réalité des posé, celui des 10 % les plus riches a

22 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RA PP ORT SUR LES INÉG ALI TÉS EN FRANCE 2015
connu une nette augmentation , de catégories aisées progressent, mais ceux
+ 11,8 % soit un gain de 6 000 eu ros. des plus modestes dim inuent. Entre 2008
et 2012, le nivea u de vie moyen annuel
En 2002, les 10 % les plus riches ava ient des 10 % les plus riches a augmenté de
un revenu six fois supérieur aux 10 % les 450 euros, alors que celui des 10 % les
plus pauvres. C'est ce que l'on appel le plus pauvres a ba issé de 540 euros. Et la
l'écart relatif. En 2012 , cet écart s'est situation s'est probablement dégradée de-
creusé puisque les plus aisés touchent pu is 2012 du fa it de la progression du
maintenant 7,2 fois plus que les plus mo- chômage. On passe d'un régime de pro-
destes. En valeur absolue, c'est-à-di re en grès mal partagé à un régime au sein du-
euros, cet écart est passé de 42 780 euros quel les diffé rentes catégories sociales
en 200 2 à 49 371 euros en 2012 . s'éloignent les unes des autres. Ceci est
très différent et constitue un moteur ma-
Depuis 2000, on assiste à un changement jeu r des tensions sociales. •
de taille. Non seulement les revenus des

Evolution 2008-2012 des revenus


Niveaux de vie moyen s annuels en euros et%

,.,. .
~t ~ ~~. .
201 2 Variation
2008-2012
,:· (en %)
' . .. .

Niveau de vie moyen 8 540 7 999 -541 - 6,3


des 10 % les plus pauvres

Entre les 10 et les 20 % 12 550 12 130 -420 - 3,3

Entre les 20 et les 30 % 15 020 14 539 - 481 - 3,2

Entre les 30 et les 40 % 17 090 16 719 -371 - 2,2

Entre les 40 et les 50 % 19 060 18 799 -261 - 1,4

Entre les 50 et les 60 % 21 200 21 059 - 141 - 0,7

Entre les 60 et les 70 % 23 690 23 769 79 0,3

Entre les 70 et les 80 % 27 060 27 309 249 0,9

Entre les 80 et les 90 % 32 790 33 160 370 1, 1

Des 10 % les pl us riches 56 920 57 370 450 0,8

Ensemble 23 390 23 290 -100 -0,4

Données après impôts et prestations sociales, pour une perso nne seule.

RAPPO RT SUR LES INtGALIT tS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 23


Ü 1 REVENUS

Pendant la crise, les plus riches s'enrichissent

Entre 2008 et 2012, la masse globale [l l d'euros, la masse de leurs revenus est pas-
de l'ensemble des revenus des ménages sée de 342 milliards d'euros en 2008 à
(après impôts et prestations sociales) s'est 353 milliards en 2012 . A lui seul, ce
accrue de 21,2 mill iards d'euros, inflation dixième le plus riche a reçu la moitié de
déduite, selon les données de l'Insee. La l'ensemble de la croissance de l'ensemble
crise est loin de frapper toutes les couches des revenus entre 2008 et 2012. Globale-
sociales. Les 10 % les plus pauvres ont ment, entre 2008 et 2012, les 40% les
perdu deux milliards d'euros, la masse glo- plus pauvres ont perdu 6,6 milliards d'eu-
[1] Tous les revenus bale de leurs revenus passant de 50,7 à ros. Les 40 % les plus riches ont engrangé
distribués (salaires, revenus
48,6 milliards d'euros au cours de ces 19,8 milliards.
du patrimoine, prestations
sociales, etc.) moins les quatre années. Les 10% les plus riches ont L'Insee ne diffuse pas de données plus ré-
impôts directs.
gagné sur la même période 10,8 milliards centes. Depuis 2012, les hausses d'impôts

2008-2012 :qui s'est enrichi ?


Evolution de la masse des revenus détenue par chaque tranche. En millions d'euros 2012 et en%

Revenu global Evolution


en 2012 2008-2012
en %

Les 10 o/o les plus pauvres 50687,0 48591,6 -2095,4 -4,1

10 o/o - 20 o/o 76030,5 743 16,6 - 17 14,0 -2,3

20 o/o- 30 o/o 90 110,3 88608,2 -1 502, 1 -1 ,7

30 o/o- 40 o/o 102782,0 101470,7 -13 11,4 - 1,3

40 o/o - 50 o/o 11 4045,8 114333,2 287,3 0,3

50 o/o- 60 o/o 128 125,6 128624,8 499,3 0,4

60 o/o - 70 o/o 142205,3 144345,6 2140,3 1,5

70 o/o - 80 o/o 163324,9 165 783,1 2458, 2 1,5


···· ·· ··· ········ ·· · ····· ········ ··················· ·· ··· ····· ········· ······· ····· ······· ·· ··········· ······ ··· ···· ··· ··· ····· ········ ······· ·· ······ ··· ····· ·
80 % -90 % 1971 16,2 20 151 2,2 4396,0 2,2
············· ····· ·· ···· ··· ··· ······· ·· ···· ······· ····· ····· ··· ·········· ······· ······ ··· ······ ····· ······ ······· ·· ·· ··· ··········· ···· ···· ··· ············· ····
Les 10 o/o les plus riches 342 137,5 353003,6 10866, 2 3,2
··· ··· ··· ······· ···· ···· ···· ·· ············· ·· ···· ·· ······ ·········· ·· ·· ·· ···· ···· ···· ····· ·· ·················· ··· ····· ··· ······· ···· ··· ········ ········· ··· ··· ··· ··
Richesse totale 1 407 973 1429 164 21 191 1,5

La t rois ième colonne indiqu e l'évolutio n en milli on s d'e uros du revenu gl ob al de l'en sembl e d'une tranche de 10% de la pop ul ation . La derni ère indique l'évo-
luti on en %. Donn ées après impôt s et prestations socia les.

24 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INËGALITËS EN FRAN CE 20 15


ont pu atténuer l'augmentation des gains qu 'ils reçoivent a baissé d'un milliard. En
des plus favorisés, mais, en même temps, 2002 , les 10 % les plus riches obtenaient
la très forte progression du chômage a 23,4% de la masse globale des revenus.
pesé très lourdement sur les revenus des En 2012, ils en sont à 24,7 %. Ils ont vu
plus pauvres. Il y a fort à parier que, glo- leurs revenus augmenter de 55,8 mil-
balement, l'écart est encore plus grand liards. •
que ce que nous indiquent ces données.
Ce phénomène n'a pas commencé en
2008. En 2002, les 10 % les plus démunis
recevaient 3,9% de la masse globale des
revenus. En 2012 , ils n'en perçoivent plus
que 3,4 %. La masse globale des revenus

Répartition du revenu global en France par niveau de vie

• Part du revenu global en 2002 • Part du revenu global en 2012

RAPPORT SUR LES INÉG ALITÉS EN FRANCE 20 15 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 25


1i~ 1 REVENUS

PAUVRETÉ

+ 800 000 pauvres depuis 2008

La France comptait cinq millions de vie méd ian. Dans le premier cas, le taux
pauvres en 2012 selon l'Insee [l l si l'on de pauvreté est de 8,2 %, dans le second
utilise le seuil de pauvreté à 50 % du de 14,0 %. En 2012, le seuil de pauvreté
niveau de vie médian et 8,6 millions si situé à 60 %, pour une personne seule,
l'on utilise le seuil à 60 %du niveau de est de 993 euros mensuels, celui à 50%
de 828 euros.

Evolution du nombre de personnes pauvres


La pauvreté a baissé des années 1970 au
milieu des années 1990. Elle est ensuite
1-1 ··· ·············· ···· ········ ······························ ········ ····· ····· ·· ···· ······· ················ restée plutôt stable jusqu'au début des
années 2000. Depuis 2004, le nombre
9000 de personnes pauvres au seuil de 50% a
augmenté de 1,2 million (+ 30 %) et le
8000 nombre au seuil de 60 % a progressé de
1,3 million (+ 17 %). Au cours de cette
7000 ... .. ................. ....... .. ............... .. .............................. ... .. .. ... .. ... . ~.," période, les taux sont passés respective-
ment de 6,6% à 8,2 % et de 12,6% à
0
~ 14°/o.
l
-~ Ce mouvement de hausse constitue un
<:
> tournant dans l'histoire sociale de notre
·:;
<li
<: pays depuis les années 1960. La dégra-
<:
0

<li
dation économique enregistrée depuis
1a.
2008 pèse tout particulièrement sur les

V\
~ moins favorisés . Pour la seule période de
2008 à 2012, le nombre de pauvres au
• Seuil à 50 "/o Seuil à 60 "'o seuil de 50% comme à celui de 60 % a
Unité : milliers.
augmenté de 800 000. On notera que
pour l'an née 2012, le nombre de pauvres
[1] I.:institut a changé de au seuil de 60 % a baissé de 200 000,
méthode en 20 12. Nous
avons recalculé les données du fait de la diminution du niveau de vie
2011 et 20 12 pour qu'elles médian, qui a eu pour conséquence de
soient compatibles avec les
années antérieures. réduire le seuil. •

26 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


Evolution du taux de pauvreté

19

17 ...

15 ...

13

11

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"0
V"\

• Seuil à 50'Yo Seuil à 60 'Yo

Unité :%

Les seuils de pauvreté

En France, un individu est considéré


comme pauvre quand ses revenus men- Comment définir le seuil
suels sont inférieurs à 828 ou 993 euros de pauvreté
(données 2012), selon la définition de la
En France et en Europe le seuil de pauvreté est fixé de
pauvreté utilisée (seuil à 50 % ou à 60%
façon relative. On considère comme pauvre une per-
du niveau de vie médian). En dépit du ra-
sonne dont les revenu s so nt inféri eurs à un certa in
lentissement de la croissance depuis les
pourcentage du revenu dit« méd ian )). Ce revenu mé-
années 1970, la France continue à s'enri-
di an est celui qui pa rtage la popu lation en deux :
chir. Le niveau de vie médian a augmenté,
autant gagne mo ins, autant gagne davantage. Quand
et donc avec lui le seuil de pauvreté,
le revenu méd ian augmente, le seu il de pa uvreté s'ac-
jusqu'en 2011 .
croît donc. Ce pourcentage est de plus en plus souvent
fixé à 60 % du revenu méd ian , alo rs que j usqu 'en
Entre 1970 et 2012, le seuil de pauvreté à
2008, le seu il à 50 % était le plus couramment utilisé
50 % a doublé de 400 à 800 euros (en
en France. Aucun seu il n'est plus objectif qu'un autre
euros constants, c'est-à-dire une fois que
il s'agit d'une conventi on stati stique. On peut tou~
l'on a retiré l'inflation). Cette situati on est
aussi bien opter pour un seu il à 40 % ou à 70 %.
due à la définition relative de la pauvreté :
le seuil de pauvreté dépend de la richesse

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INËGAL/TËS 1 27


li~ 1 REVENUS

de notre société. En 2012, le seuil de pau- (adultes et enfants et l'âge de ces derniers).
vreté a baissé par rapport à 2011, selon On passe alors du revenu disponible au ni-
l'Insee: de moins huit euros pour une per- veau de vie dans le langage de l'Insee. Par
sonne seule pour celui à 50% et de onze exemple, un couple avec deux enfants en
euros pour celui à 60 %, ceci du fait de la bas âge est pauvre si ses ressources ne dé-
baisse du niveau de vie médian. passent pas 1 727 euros ou 2 073 euros
Pour tenir compte de la composition des par mois selon que l'on considère respecti-
ménages, on élève le seuil de pauvreté en vement le seuil à 50% ou à 60% du ni-
fonction du nombre de personnes du foyer veau de vie médian (données 2012). •

Seuils de pauvreté mensuels selon le type de ménage

Seuil à SO%

Personnes seules 987 823

Familles monop. avec un enfant de- de 14 ans 1 283 1 069

Familles monop avec un enfant de 14 ans ou + 1 48 1 1 234

Couples sans enfant 1 481 1 234

Couples avec un enfant de- de 14 ans 1 777 1 481

Couples avec un enfant de 14 ans ou+ 1 974 1 645

Couples avec deux enfants de- de 14 ans 2 073 1 727

Couples avec deux enfants, dont un de- de 14 ans 2 270 1 892

Couples avec deux enfants de + de 14 ans 2 468 2 056

Unité : eu ros

Les minima sociaux en France

Entre fin 2008 et fin 2014, le nombre de et d'avoir assez cotisé, un nombre croissant
titulaires du RSA socle [lJ a augmenté de de personnes doit avoir recours aux minima
[1] Depuis le 1er juin 550 000, soit +42 %(données France en- sociaux. l'évolution du nombre de Rmistes,
2009, le Revenu minimum
tière). En décembre 2014, près de 1,9 mil- et aujourd'hui d'allocataires du RSA, est en
d'insertion (RMI) et
l'Allocation de parent isolé lion de personnes percevaient ce minimum effet très fortement liée à la croissance de
(API) ont été remplacés social. La progression est due à l'accentua- l'activité et à la conjoncture de l'emploi, très
par le Revenu de solidarité
active (RSA). tion de la crise depuis 2008. Faute d'emploi dégradée dès 2009.

28 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


Evolution du nombre de titulaires du RMI et APl
puis RSA socle. En décembre de chaque année
Entre 2012 et 2014, le nombre de titu-
laires du RSA a augmenté de 12 %. Si on 2000000

applique ce chiffre au nombre de pauvres


1800000
au seuil de 50 % (en admettant qu'il
suive la même tendance, ce qui n'est
1600000
qu'une hypothèse), on comptera it 5,6
millions de pauvres fln 2014 et non cinq 1400000
millions (données 2012). Au seuil de
60 %, on passerait de 8,6 à 9,6 millions 1200000

de pauvres. La barre des dix millions ne


1000000
serait pas loin d'être atteinte. •

En pleine crise, la pauvreté en conditions de vie


diminue selon les statistiques officielles

5% des Français indiquent être dans une Taux de privation matérielle


situation de privation matérielle sévère en sévère
2013, selon les données d'Eurostat, contre
6,1 % en 2004. La pauvreté dite en
«conditions de vie))- à la différence de la
pauvreté monétaire- est mesurée par un
2004 6,1
ensemble d'indicateurs concrets de priva-
tions dues à l'incapacité de couvrir les 2005 5,3
dépenses telles qu'un loyer, un emprunt
2006 5,0
hypothécaire, des factures d'eau/ gaz 1
électricité, de chauffage du logement, etc. 2007 4,7
(voir encadré page suivante). Le taux de
2008 5,4
privation matérielle « sévère )) correspond
à l'i ncapacité à couvrir les dépenses liées 2009 5,6
à au moins quatre de ces éléments.
2010 5,8

Un cran au-dessus, car il englobe davan- 2011 5,2


tage de dimensions que l'indicateur d'Eu-
2012 5,3
rostat, le taux de pauvreté dit en << condi-
tions de vie)) tel que dé1ini par l'Insee, est 2013 5,0
resté stable depuis 2006, au niveau de Unité :%

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 29


tt 1 REVENUS

liées au logement. Cet indicateur a dimi-


nué de près de trois points entre 2004 et
La privation matérielle 2012 (de 14,6 % à 11,9 %). Depu is 2008,
début de la dégradation de la conjoncture
La privation matérielle selon Eurostat désigne une économique, ce taux a également diminué
situation de difficulté économique durable définie d'un point (de 12,9 % en 2008 à 11,9 %
comme l'i mpossibilité de faire face aux dépenses sui- en 2012}.
vantes : des dépenses imprévues, une semaine de va-
cances hors du domicile par an, un repas avec viande Toutes les grandes dimensions du taux de
un jour su r deux, le chauffage adapté du logement, pauvreté en conditions de vie ont égale-
l'achat de biens de consommation durables tel qu'un ment connu un recul entre 2004 et 2012 .
lave-linge, un téléviseur, un téléphone, une voiture ou De 3,2 points pour les difficultés de loge-
encore des impayés (hypothèque ou loyer, factures ment à 0,3 point pou r l'insuffisance des
d'électricité/ d'eau/ de gaz, achats à crédit ou autres ressources. Seule cette dernière dimension
emprunts). a légèrement augmenté depuis la crise,
passant de 12,7 en 2008 à 13,7 % en
Le taux de privation matérielle mesure la part de la
2012.
population incapable de couvrir les dépenses liées à
au moins trois des neuf éléments mesurés. Il est dit
Finalement, qu'il s'agisse de privation ma-
« sévère )) quand le ménage ne peut pas faire face à
térielle sévère (en baisse) ou de taux de
quatre types de ces dépenses.
pauvreté en cond itions de vie (stable),
l'accentuation de la crise ne semble pas
avoir davantage pénalisé matériellement
les plus pauvres. Le discours sur la situa-
tion des plus démunis doit donc être
12 %. Un ménage est dit« pauvre en nuancé.
conditions de vie n lorsqu'il cumule au
moins hu it difficultés parmi vingt-sept ré- Mais pour partie le problème vient de l'i n-
pertoriées par l'Institut, regroupées en dicateur lui-même, qui rassemble sous une
quatre domaines : l'insuffisance de res- même bannière des éléments très diffé-
sources, les restrictions de consommation, rents et dont le nombre est totalement
les retards de paiement et les difficultés arbitraire. Ces taux très généraux n'ont

Taux de pauvreté en conditions de vie

Taux de pauvreté en conditions de vie 14,6 13,3 12,7 12,5 12,9 12,6 13,3 12,5 11,9

Insuffisance de ressources 14,0 13,4 13,6 13,6 12,7 14,1 15,1 14,6 13,7
········· ····· ······· ··· ···· ··· ······ ····· ················ ······· ·········· ··················· ···· ······ ······ ····················· ······· ···· ····· ····· ······ ···· ···· ····· ··· ··
Restrictions de consommation 14,2 12,4 12,0 12,2 13,6 12,7 12,7 12,4 11,8
······ ······· ··· ··· ·············· ········· ········· ····· ····· ····· ···················· ··············· ············· ······· ··· ··· ·· ····· ····· ····· ·· ········· · ······· ·········· ··
Retards de paiement 11,5 9,8 9,0 9,2 8,0 9,6 9,2 8,6 8,5
············ ··· ········ ······· ····· ····· ···· ······ ···· ····· ········· ······ ············ ·· ······ ·· ························· ············· ····· ···· ·· ········· ····· ········ ······ ··
Difficultés de logement 10,1 8,9 8,2 8,8 8,2 7,3 7,4 6,8 6,9
···· ··· ········· ·· ······ ···· ··· ···· ····· ·· ··· ····· ···· ·· ····· ····· ······· ··· ······ ····· ········ ·· ·· ········ ·········· ········· ······ ··· ···· ······ ·· ··· ··
Unité :%

30 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RA PPO RT SUR LES IN ÉG ALITÉ S EN FRA NC E 2015


qu'une signification limitée. Le plus inté- Ménages rencontrant des contraintes
budgétaires
ressant est d'observer le détail de chacune
des privati ons, qui malheureusement n'est
pas publié par l'Insee, mais un iquement
par Eurostat.
2004 6,1
Les différentes dimensions de la
pauvreté en conditions de v ie 2013 4,4
• Les contraintes budgétai res Unité :%
En 2013, 4,4 % des ménages estim ent
qu'i ls ont beaucoup de difficultés à
«joindre les deux bouts)), selon Eurostat, Ménages connaissant des restrictions de consommation
contre 6,1 % en 2004. Depuis 2008, ce
taux connaît une progression, passant de Incapacité à se payer
2,9 % à 4,4% en 2013. Ceci dit, il reste une semaine de vacances
par an loin du domicile
encore un mystère à éclaircir, qui pose une
nouvelle fois la question de la valeur des 2004 6,7 33,4
données européennes : comment l'indica-
2013 7,4 27,9
teur a-t-il pu être divisé par deux en une
année- il est passé de 6,1 % en 2004 à Unité :%

3,1 % en 2005- 2005, n'ayant pourtant


pas été pa rticulièrement faste du point de
vue des revenus?
le taux de pauvreté en conditions de vie
• Les restrictions de consommation
On ne meurt plus de faim (ou presque) en L'indicateur de pauvreté en cond it ions de vie, publ ié par l'In-
France aujourd 'hui même si , en 2013 , see, mesure la pa rt de ménages qu i conna issent au moins
7,4% des Français indiquent ne pas pou- huit restricti ons sur vin gt-sept répertoriées. On compte par
voir manger de viande tous les deux jours exemple les ménages qui ne peuvent pas acheter régulière-
pour des raisons financières, contre 6,7 % ment de la vi ande, ni pa rtir en vacances une sema ine pa r an,
en 2004. Ceci dit, pas moins de 27,9 % ce ux qui ont des revenus insuffisants pour équilibrer leur
des ménages sondés par Eurostat dé- budget ou enco re ce ux qui ne peuvent pas payer leur loyer.
clarent être dans l'incapacité de partir une
semaine en vacances loin de leur dom icile
une fois par an . C'est un peu moins qu'en
2004 (33,4 %), mais partir est loin d'être même niveau qu 'en 2004 (5,9 %). Des
un modèle généralisé. difficultés demeurent néanmoins pour les
catégories très modestes : 12,8 %jugent
• Les difficultés liées au logement leur logement humide en 201 2 et 11,3%
La situation du logement en France n'a disent connaître des problèmes de pollu-
rien à voir avec cel le des pays pauvres : tion, de saleté. Dans ce dernier domaine,
seulement 6 % des ménages vivent dans les progrès sont notables depuis 2004 où
un logement qu'i ls ont du mal à cha uffer le taux éta it presque deux fois su péri eur
faute de moyens financiers, à peu près le (20,1 %). Là encore, ces données vont à

RAPPORT SUR LES INËGALITtS EN FRANCE 2015- OBSERVATO IRE DES INÉ GALITÉ S 1 31
Ü 1 REVENUS

Part de la population ayant des difficultés de logement en matière de pauvreté, l'exagération


existe aussi pour frapper l'opinion. Ces
Ayant des
difficultés à se données indiquent aussi que le modèle
chauffer social français, dont on dit qu'il coûte cher,
est aussi, en contrepartie, performant: il
évite que des millions de personnes ne se
retrouvent à la rue.
2004 15,0 5,9 20,1
Mais il y a de moins bonnes raisons. Les
2012 12,8 6,0 11,3 questions posées- comme dans tous les
sondages- sont sujettes à interprétation :
Unité :%
«joindre les deux bouts avec difficultés))
l'encontre du discours le plus commun sur ne signifie pas la même chose pour tout le
la dégradation de l'environnement. monde, et en période de crise, une partie
des sondés peuvent réduire leurs exi-
gences. Enfin et surtout, il s'agit de
Quels enseignements ? moyennes. Or la crise frappe d'abord cer-
Comment se fait-il que l'enquête sur les taines populations, notamment les jeunes
conditions de vie aboutisse à des résultats et les plus âgés, et surtout les moins qua-
aussi décalés avec le discours ambiant? lifiés, ce que ne montrent pas ces données,
Plusieurs explications peuvent être avan- qu'il faudrait détailler par catégorie. L'In-
cées. Pour partie, c'est le discours média- see ne diffusant quasiment rien sur le su-
tique qui est en décalage avec la réalité : jet, cela reste impossible. •

La grande pauvreté persiste


Deux millions de personnes vivent au- se contenter de minima sociaux (plus de 6
jourd'hui en France avec au maximum 651 millions si l'on comprend les conjoints et
euros par mois (22 euros par jour) pour les enfants), selon le ministère des Affa ires
une personne seule au seuil à 40 % du sociales (données 2012) r11 . Le RSA socle
niveau de vie médian, soit en situation de vaut 509 euros pour une personne, 1 069
grande pauvreté, selon l'Insee (données euros pour un couple avec deux enfants au
2011 ). Pour ces personnes, il est quasi- 1er septembre 2014.
[l] <<Minima sociaux
: la hausse du nombre ment impossible notamment de se loger
d'allocataires s'accélère en
sans compter sur l'aide d'autrui, de pa- Près de 700 000 personnes n'ont pas de
201 2>> , Orees, Etudes et
résultats- n° 883 - juin 201 4. rents ou d'amis. domicile personnel, dont plus de 400 000
[2] Rapport 2014 sur le mal- hébergées de façon contrainte chez des
logement de la Fondation
Abbé Pierre. 3,8 millions de personnes ne peuvent que tiers, selon la Fondation Abbé Pierre r21•

32 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


la grande pauvreté en France

:;Personnes viv~nt sous le seuil à 40% du revenu médian (Insee- 2011) 2 160 000

Personnes sans domicile personnel (Fondation Abbé Pierre - 2012) 694 000

t • 141 500

Personnes hébergées chez des tiers dans des conditions de logement très difficiles (Fondation Abbé Pierre- 2012) 411 000

185 000

Personnes vivant dans un logement inconfortable, de mauvaise qual ité (I nsee- 2006) 1 325 000

Personnes ayant recours à l'aide alimentaire (CNA - 201 0) 3 500 000


c '

-~ ~
1
-Banques alim entaires · . . ·, . : : ,· 740 000
" - ' ..,t "'" ~,... -:~ ;t;Jrl>"~ ......."...._.. ~ ._Y.• .---~--·.oc .... :-~~,.._~ ~

- Restos du cœur 819 000


!"" • 5 ;,- ~ ~ :}

- Croi.x-Rouge ; 46 000
. .. ~ .

- Secours populaire 1 300 000

•ÀII~c~taires ·d~· minima sociaux (Orees - 2012) 3 800 000


~ " ~ " ~

- dont RSA socle 1 690 000

unité: nombre
* Personnes qu i o nt passé la nuit précédant l'enquête dans un lieu non prévu pour l' habitation, halte de nuit, o u dan s un se rvi ce d 'hébergement (hôtel, dor -
toir ou chambre d'hébergeme nt coll ectif, etc). **Vivant à l'an née dans un mobile-home ou un ha bitat de fortu ne. Selon les est imat ions de l'Insee, plu s de 10
000 person nes vivraient da ns la rue (données 2012).
Source: Insee, Fondation Abbé Pierre, Cnaf, CN A, CNRS

Selo n l'Insee, on co mpte 140 000 sa ns Au total, même s'i l est difficile de donner
dom icil e fixe, dont un peu pl us de 10 000 un chiffre précis, on peut es ti mer à un peu
dorme nt dans la rue. mo ins de 4 mill ions les pe rsonnes qui
vivent de très faibl es revenus (a llocataires
En 2006, pas moins de 1,8 million de per- de minima sociaux) qu i ne leur permettent
sannes dé ela raient à 1' 1nsee ne pas avair pas d'acheter de la nourriture et des vête-
pri s un repas complet au moins une journée ments de façon convenable et qu i vivent
au cours des deux dernières semaines. 3,5 sous la dépendance d'une institution,
mill ions de personnes auraient eu recours d'ami s ou de la famille . Plus ieurs ce n- [3] << Aide alimentaire et
accès à l'alim entation des
à l'aide alimentaire en 2010 (Banques al i- ta ines de mill iers vivent dans des cond i- populations démunies en
mentaires, Restas du cœur, etc), selon le tions de logement très difficiles, 140 000 Fran ce >> , avis du Conseil
National de l'Alimentation,
Conseil Nationa l de l'Alimentati on [31. n'ont pas de domicil e. Dans l'un des pays publié en 20 12.

RA PPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRA NCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 33
'Ji~ 1 REVENUS

les plus riches au monde, des dizaines de une population très modeste mais dont
milliers de personnes vivent dans des une partie vit dans des conditions très éloi-
conditions peu éloignées de celles de pays gnées des plus pauvres. On touche là un
en développement. Et encore, ces données niveau de pauvreté bien loin des normes
ne prennent pas en compte la période de la société française, et qui n'est pas
2013-2014 où les conditions de vie se sont marginal. Cette situation est d'autant plus
encore dégradées pour les plus démunis. violente que cette misère s'intègre dans
une société où les niveaux de vie sont éle-
Certes, on est loin des neuf millions de vés en moyenne, que les conditions de lo-
pauvres au seuil de 60% du niveau de vie gement se sont améliorées au cours des
médian, chiffre le plus souvent avancé dernières décennies et que l'accès à la
dans le débat public, qui concerne plutôt consommation s'est largement diffusé. •

La pauvreté selon l'activité


Plus du tiers des adultes pauvres sont inac- compte tenu des conditions actuelles de
tifs, près de 12 % sont retraitées. La pau- l'emploi.
vreté est majoritairement composée de
personnes qui ne sont pas ou plus dans L'autre moitié de la population pauvre est
l'univers professionnel. Certaines, parce active. 20,7% sont des chômeurs, qui sou-
qu'elles n'ont jamais réussi à y entrer vent n'ont plus aucune ou une très faible
indemnité. Mais près de 30 % sont en
emploi : 20,8 % sont salariés et 8,3 %
La pauvreté selon l'activité
sont des indépendants. Pour les salariés,
Seuil à 50% du niveau de vie médian
le taux de pauvreté est beaucoup plus
Taux en% faible (3,4 %) que pour les inactifs
(17,6 %) et les chômeurs (25 ,9 %).

Salariés 764 3,4 20,8 Les petites retraites et le manque d'emploi


font basculer des millions de personnes
Indépendants 303 10,4 8,3 dans la pauvreté. Mais l'activité salariée
Chômeurs 760 25,9 20,7 ou indépendante ne protège plus totale-
ment : temps partiels contraints, contrats
Retraités 435 3,2 11,9
courts, intérim et bas salaires ou faible
Inactifs 1 408 17,9 38,4 chiffre d'affaires pour les travai lleurs indé-
pendants, ont donné naissance à une po-
Ensemble -31:
~*~"'··~?\ 7,4
pulation de travailleurs pauvres. •
Lect ure : parmi la popul ation pauvre, 20,7% sont des chômeurs. 25,9 % des chômeurs sont
pauvres.
Source : Insee - Données 2012, France métropolitaine - individus de 15 ans et plus, hors étudiants.

34 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SU R LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5


LES REVENUS DU TRAVAIL
Les inégalités de salaires

Le salaire net mensuel médian s'élève à Niveaux de salaires par sexe et par tranche de 10%
1 675 euros en équivalent temps plein Salaires mensuels nets équivalent temps complet

(données 2010). Les 10% des salariés les


moins bien rémunérés touchent moins de Hommes
1 142 euros, contre 3 317 euros pour les
10 o/o des salariés gagnent moins 1 142 1 197 1 096
10% des plus hauts sala ires. Un écart de
de ........ euros
salaire de 2 175 euros, soit au minimum
2,9 fois plus. Tout en haut de l'échelle, les 20 o/o ... 1 275 1 348 1 202
1 % les mieux rémunérés pe rçoivent au
30 o/o ... 1 396 1 482 1 300
minimum un salaire de 7 654 euros, soit
6,7 fois plus élevé que le salaire maximum 40 % ... 1 525 1 622 1 403
des 10 % les moins bien payés, pour un 50 o/o ... 1 675 1 782 1 527
écart de 6 512 euros.
60 % ... 1 862 1 984 1 686

Les inégalités de salaires sont plus élevées 70 % ... 2 111 2 266 1 903
chez les hommes que chez les femmes, ces
80 % ... 2 510 2 734 2 212
dernières étant beaucoup moins nom-
breuses à toucher de hautes rémunéra- 90% ... 3 317 3 663 2 812
tions. Le salaire minimum des 10 % des
95 o/o ... 4 286 4 797 3 489
femmes les mieux rémunérées est de 2 812
euros, contre 3 663 euros pour les 99 % ... 7 654 8 798 5 635
hommes. Si l'on prend en compte les 1 %
Rapport entre les 90 o/o et les 10 o/o 2,9 3,1 2,6
les mieux rémunérés, c'est encore pire : les
femmes gagnent 5 635 eu ros et les Ecart entre les 90 o/o et les 10 o/o (en 2 175 2 466 1 716
hommes 8 798 euros. euros)

Rapport entre les 99 o/o et les 10 o/o 6,7 7,3 5,1


Si l'on considère les 50 % des sa lariés du
Eca rtentreles99 o/o etles10 o/o(en 6512 7601 4 539
milieu de la répartition (au-dessus des
euros)
30% les moins bien payés et au-d essous
des 20% les mieux payés}, on obtient des Salariés équivalent temps complet du secteur privé et semi-public

Qu'est-ce qu'un salaire en «équivalent temps plein » ?


Les salaires en équivalent temps plein permettent de prendre en compte les emplois à temps com-
plet et à temps partiel. On transforme un salaire obtenu à temps partiel en déterminant à quel
niveau il aurait été si l'em ploi avait été à temps plein .

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INËGALITËS 1 35


li ~ 1 REVENUS

salaires mensuels nets compris entre Distribution des revenus salariaux et


des allocations chômage
1 396 et 2 510 euros. C'est à ce niveau que
se situent les« classes moyennes,, du point
de vue des salaires pour des temps pleins.

Etat des lieux, tous temps de travail


confondus
10 % des salariés 403
Si l'on prend en compte l'ensemble des gagnent moins de
temps de travail, complets et partiels (ce
que l'Insee appelle le« revenu salarial))), la 20 % ... 794
moitié des salariés touchent moins de 30 %... 1 09 1
1 498 euros par mois (données 2010). Les
40 % ... 1 310
10 % des salariés les moins bien rémunérés
touchent au mieux 403 euros, et les 10% 50 % ... 1 498
les mieux rémunérés touchent au minimum
60 % ... 1 693
2 967 euros.
70 % ... 1 934
Ces données ont l'avantage de mesurer
80 % ... 2 290
ce que touchent réellement à la fin du
mois les personnes qui travaillent. Mais 90% ... 2 967
elles comprennent une part de temps par-
Rapport entre les 90 % 7,3 7
tiel « choisi )) : on ne peut donc les inter- et les 10 %
préter comme des « inégalités ,, et les
Ecart entre les 90 % 2 564
comparer aux écarts de salaires pour des
et les 10 %
temps complets. •

Et les travailleurs indépendants ?


Les travailleurs indépendants ont un revenu an- Des écarts importants existent. Le quart des plus
nuel moyen de 31 800 euros (données 2010). Mais hauts revenus des indépendants, y compris les
celui-ci varie de 15 000 à 105 000 euros entre un auto-entrepreneurs, sont huit fois plus élevés que
coiffeu r et un notaire. Le coiffeur de quartier ou les 25 % les plus faibles. Ce rapport est de 6,8
l'aide à domicile indépendant touchent 14 980 dans le commerce, de 5,4 dans l'industrie, de 5,8
euros en moyenne par an, le chauffeur de taxi dans les activités de services ou de 2,9 dans la
17 130 euros. Leur revenu maximum est bien loin construction. Il faut noter aussi que les indépen-
des sommes du « haut du pavé)), Il n'y a pas de dants peuvent déduire une partie de leurs cha rges
compara ison possible non plus entre la rémuné- -en théorie uniquement liée à leur activité profes-
ration du médecin de campagne et celle du mé- sionnelle - de leurs revenus, ce que ne peuvent
decin chef d'une grande clin ique parisienne, par faire les salariés.
exemple.

36 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGA LI TÉS EN FRANCE 2015
Professions :qui gagne combien ?
Les cadres supérieurs et chefs d'entreprise que les cadres sont en moyenn e plus
salariés, avec un salaire mensuel net jeunes que les ouvriers. Cela signifie qu'à
moyen de 4 032 euros en équivalent âge équivalent, l'écart est plus important.
temps plein, touchent deux fois plus que Enfin, il n' intègre pas le temps partiel, ce
la moyenne des salariés, 2,6 fois plus que qu i condu it à surestimer le revenu salarial
les employés et 2,4 fois plus que les ou- réel des femmes, beaucoup plus nom-
vriers, selon les données 2012 de l'Insee. breuses parmi les bas niveaux de rémuné-
Chaque mois, un cadre supérieur dispose rations.
de 2 500 euros de plus à dépenser qu'un
salarié des catégories populaires. Les Ceux qui touchent le plus et ceux
écarts sont encore plus importants chez les qui touchent le moins
hommes parce que les cadres supérieurs Si l'on observe l'ensemble de la hiérarchie
mascul ins touchent des salaires beaucoup des salaires, l'écart va quasiment de un à
plus élevés en moyenne : 4 354 euros dix et équ ivaut à 12 000 euros mensu els.
contre 3 408 euros pour les femmes. Les cadres dirigeants, ceux des marchés
financiers, affichent des salaires mensuels
Ces données concernant les fiches de paie bruts supérieurs à 11 000 euros et re-
ne représentent pas avec précision les ni- ço ivent en outre de nombreux bonus.
veaux de vie. D'un côté, les cadres paient Parm i les professions les mieux payées, on
davantage d'impôts directs que les ou- compte notamment les avocats (7 963
vriers. Mais bien d'autres éléments jouent euros), les médecins hospitaliers (entre
en sens inverse : ces salaires ne com- 7 000 et 8 000 euros bruts en moyenne),
prennent pas l'ensemble des avantages les directeurs techniques des grandes en-
financiers des salariés. Ensuite, ils ne treprises (9 000 euros).
tiennent pas compte de l'ancienneté alors

Salaires nets mensuels moyens selon la catégorie sociale, en équivalents temps plein.

Femmes Les femmes


gagnent ... % de
moins que les
hommes

Cadres supérieurs et chefs d'entreprise salariés 4 354 3 408 4 032 27,8

Professions intermédia ires 2 327 2 026 2 198 14,8

Employés 1 673 1 529 1 571 9,4

Ouvriers 1 697 1 412 1 650 20,2

Ensemble 2 339 1 890 2 154 23,7

Unité : euros constants


Source: Insee- Données 2012, salariés du secteur privé et des entreprises publiques y compris bénéficiaires de contrats aidés. Hors apprentis, stagiaires, salariés agricoles et sa lariés des par-
ticuliers-employeurs.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 20 15 - OBS ERVATO IRE DES INÉ GA LI TÉS 1 37
li ~ 1 REVENUS

les 10 professions les mieux payées


En bas de l'échelle, on trouve les agents de
Salaire mensuel
brut moyen P.OUr
service des écoles (1 570 euros), les em-
unéq y_!~lent ployés de maison (1 600 euros), les profes-
~ temP.S P.lein seurs des écoles (1 700 euros). Et encore,
si ces moyennes dépassent le Smic, c'est
Cadres des marchés fin. 13 584
que l'on mélange des salariés âgés et des
Cadres ad m., fin., comm. des grandes entrep. 11 904 jeunes débutants.
Off. et cadres navig. techn. et commerc. de l'aviation civ. 11 644
Des écarts« justes»?
Direct. techn. des grandes entrep. 9 207 Ces écarts sont-ils« justes>>? Tout est une
Médecins hosp. sans activité libérale 8 010
question de jugement de valeur. Il faut
pour cela savoir quel type de mérite ils
Avocats 7 963 récompensent. En admettant une hié-
Médecins salariés non hosp. 7 223 rarchie des salaires, il est difficile en effet
de déterminer ce qui justifie que
Chirurgiens dentistes 6 916 certaines professions touchent dix fois
Chefs d'établ. et resp. de l'exploit. bancaire 6 64 1 plus que d'autres. Il ne s'agit pas de
«travail>>, car personne ne peut prétendre
lngé. et cadres de la produc. et de la distri. d'énergie, eau 6 516
qu'un maçon du bâtiment qui s'use sur
Unité : euros. Données pour des équivalents temps plein. Salariés de l'ensemble des activités les chantiers « travaille >> moins qu'un
hors agriculture, administration publique, services domestiques et activités extraterritoriales.
Ne comprennent pas : les chefs d'entreprise, les apprentis, les stagiaires et bénéficiaires de cadre d'une grande entreprise. Le travail
contrats aidés.
physique est mal récompensé en France,
les 10 professions les moins bien payées et les promotions internes sont rares. La
réussite scolaire est tellement liée en
Salaire mensuel
France au milieu social d'origine qu'elle
ne peut pas non plus totalement expli-
quer la récompense. Il ne peut s'agir de
compenser les pertes dues aux années
Prof. des écoles 1 700
d'études, puisque les mieux rémunérés
Agents de services des autres établissements d'enseignement 1 700 vont rattraper cette perte en une année
environ. Enfin, il ne s'agit pas de concur-
Ouvriers agric. sans spécia. 1 695
rence internationale, puisqu'un grand
Coiffeurs salariés 1 673 nombre de professions en sont totale-
ment protégées (médecins, avocats,
Vendeurs de tabac, presse et art. divers 1 649
chirurgiens). Ce qui est certain en re-
Ouvriers non qualif. divers de type artis. 1 640 vanche, c'est que les professions les
Ouvriers du maraîchage ou de l'horti. 1 611
mieux payées sont beaucoup mieux orga-
nisées collectivement pour défendre leurs
Manucures, esthéticiennes 1 605 niveaux de vie. •
Aides à dom., aides ménagères, trav. familiales 1 601

Agents de serv. des établ. primaires 1 574

Unité : euros. Données pour des équivalents temps plein des entreprises privées et secteur
para-public. Ne comprennent pas: les stagiaires, les apprentis, les chefs d'entreprise, les ac-
tivités domestiques et les fonctionnaires.

38 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


LES HAUTS REVENUS
Une envolée au sommet de la pyramide

L'évolution des hauts revenus à Quel impact de la crise à partir de


court terme 2008?
Entre 2004 et 2011 111, le seuil d'entrée Les revenus des plus aisés dépendent pour
parmi les 0,01 %aux revenus les plus éle- beaucoup des rendements de capitaux
vés 121 s'est accru de 42,8 %, soit 243 000 placés sur des marchés financiers, forte-
euros (do nnées avant impôts), passant de ment volatils à court terme. Mais le krach
567 700 à 810 700 euros (inflation dé- de 2008 (les cours de la bourse ont en
duite, en eu ros de 2011 ). Cette augmenta- moyenne été divisés par deux) a vite été
tion est équ ivalente à dix huit années de oublié. Entre 2008 et 2011, le seu il des
Smic. Le niveau minimum des 1 %les plus 0,01 % les plus riches a au gmenté de
riches a progressé de 9 800 euros, soit une 50 500 euros, soit+ 6 %. De son côté, le
augmentation de 11,8% alors que le revenu revenu médian par personne s'est élevé de
médian a gagné 1 400 euros supplémen- 2,6 %, soit 500 euros.
taires au cours de ces sept années(+ 7,7 %}.
L'évolution des hauts revenus à long
La part des revenus détenue par les plus terme
aisés est passée, entre 2004 et 2011, de Après une forte bai sse entre les années
[1] Malheureusement,
1,7 % à 2,1 % pour les 0,1 % les plus 1960 et 1980, la part du reven u nationa l
dernière année disponible
riches, de 4,6 % à 4,8 % pour les 0,9 % détenue par les 1 %l es plus ri ches a forte- en avril 2015.
[2] 99,99% de la
les plus riches et a diminué de 73% à ment augmenté. Elle est passée de 7% en population gagne moins.
72,6% pour le reste de la population. 1981 à 9 % en 2006. Mais le krach baur- Données avant impôts.

Evolution des hauts revenus entre 2004 et 2011


Revenu s annuels déclarés pa r pe rsonne

2011 (en euros) Variation


en euros

Les 50 o/o des personnes les plus riches gagnent au moins 18 100 19 500 + 7,7 + 1 400

Hausse des plus hauts revenus

Les 10 o/o les plus riches gagnent au moins 36 600 39 200 + 7,1 + 2 600
....... ............... . ... . .................................

Les 1 o/o les plus riches ........ 83 200 93 000 + 11,8 + 9 800
................. .............. .. . .. . ... .. .... .. ... ... . .. ... . .. . .... .. -.

Les 0,1 o/o les plus riches ........ 207 600 256 000 + 23,3 + 48 400

Les 0,01 o/o les plus riches ........ 567 700 810 700 + 42,8 + 243 000

Unité : en euros de 2011. Ces revenus ne prennent pas en com pte les impôts et le s prestations soc iales.
Source: Insee, France métropolitaine· Personnes appa rtenant à des ménages fi scaux dont les revenus déclarés sont strict ement positi fs

RAPPORT SUR LES IN ÉGALITÉS EN FRANCE 2015 · OBS ERVATOIRE DES INÉGALIT ÉS 1 39
li ~ 1 REVENUS

Part des revenus déclarés détenue par les plus riches menté beaucoup plus rapidement que
Evolution entre 2004 et 2011 ceux des autres salariés.

Selon l'Insee, les 1 %des salariés à temps


Part détenue par les 0,1 % les plus aisés 1,7 2, 1 complet les mieux rémunérés ont touché
,6 4,9 un salaire net de 93 800 euros minimum
en 2011. Les 10 % des salariés les mieux
Part détenue par les 9 % suivants 20,7 20,4
rémunérés percevaient un salaire mini-
73,0 72,6 mum de 40 802 euros, tandis que le sa-
la ire net moyen de l'ensemble des salariés
Unité: %. Source : Insee, France métropolitaine· Personnes appartenant à des ménages fi sca ux dont les re-
venus déclarés sont strictement positifs du privé et des entreprises publiques s'éle-
vait à 25 560 euros (quatre fois moins).

si er de 2008-20091'a fait diminuer à 8 %. Des très riches de plus en plus nom-


Il s'agit des dernières données dispon ibles. breux
Depuis cette date, les éléments dont on Un peu plus de six millions de personnes
dispose sur les hauts revenus (salaires et (10% de la population) vivent dans un
revenus financiers) laissent penser que ménage où le revenu par personne est au
cette part est très probablement revenue minimum de 39 200 euros déclarés par an,
à son niveau d'avant le krach. ce qui correspond à 3 200 euros par mois
pour un célibataire et 4 800 euros pour un
l'évolution des très hauts salaires couple. 610 000 individus (1 % de la popu-
Entre 1996 et 2008, la part dans la masse lation) disposent de plus de
salariale des 1 % des salariés à temps 93 000 euros (7 750 euros mensuels pour
complet touchant la rémunération la plus un célibataire, 11 600 euros pour un
élevée au sein du secteur privé et des en- couple). 15 900 personnes (environ 0,0 3%
treprises publiques est passée de 5,5% à de la population) peuvent compter sur plus
6,9 %. Elle est de 6,6 % en 2011 . Les sa- de 500 000 euros. Le nombre de ces der-
laires perçus en moyenne par les 1 %des nières a été multiplié par deux depuis
salariés les mieux rémunérés ont aug- 2004.

Evolution des hauts revenus entre 2008 et 2011

Gain en euros

Les 50 % des personnes les plus riches gagnent au moins 19 000 19 500 2,6 500

Les 10 % les plus riches gagnent au moins 38 500 39 200 1,8 700

Les 1 % les plus riches ........ 91 600 93 000 1,5 1 400

Les 0,1 % les plus riches ........ 248 400 256 000 3, 1 7 600

Les 0,01 % les plus riches ........ 760 200 810 700 6,6 50 500

Unité : en euros de 201 1*. Ces reven u s ne prenn ent pas en co mpte les impôts et les p resta t ions sociales. *(i nfl ati on d éd uite) .
Source: Insee, France métropolitaine - Personnes appartenant à des ménages fiscau x dont les revenu s déclarés sont strictement positifs

40 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S IN ÉGALITÉS EN FRA NCE 2015


Part du revenu national reçue Evolution de la part des 1 %des salariés les mieux
par les 1 % les plus riches en France rémunérés, dans la masse salariale totale

10,5 ....... .. ............ .. . 7,0 .................................. .... .... .. .... ...... .

10,0 .................. .. ... .. .

5,4 .

6,5 5,2

Unité :o/o Unité :o/o


Source : The World To p lncomes Dat abase - Alvaredo, Atkinson, Piketty and Saez
Source : Insee, France métropol itaine, salariés à temps complet d u sect eur privé et des
entreprises publiques

Combien sont les très riches ?


Comment évolue leur nombre?
Nombre de personnes
Le ralentissement de l'activité économ ique par niveau de
depuis 2002, accentué à partir de 2008, revenus déclarés,
n'a pas empêché l'envol du nombre de enfants compris
personnes très aisées. La crise financière 39 200 6 100 000 10,0
de 2008-2009 a interrompu brièvement la
progression , mais elle n'y a pas changé 93 000 610 000 1,0

grand chose. 256 000 61 000 0,1

500 000 15 900 0,03*


Le nombre de ceux qui déclarent au moins
500 000 euros par an et par unité de 810 700 6100 0,01
consommation a été mu lt ipl ié par 2,1
* Est imation
entre 2004 et 2011 , passant de 7 500 à
près de 16 000 personnes. Le nombre de
ce ux qu i se situe nt au-delà de 100 000
euros a lui augmenté de 45 %, de 353 à
51 4 00 personnes. Pendant la crise, plus
de 160 000 perso nnes ont intégré ce der-
nier ensemble. •

RAPPO RT SUR LES INËGALITËS EN FRA NCE 201 5 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 41
'R if\ 1 REVENUS

Les revenus démesurés des grands patrons et des


cadres dirigeants

Le revenu annuel d'un grand patron repré- ce que le talent, l'investissement person-
sente de 400 à 1 110 années de Smic, nel, la compétence, le niveau élevé de res-
selon les données 2012 publiées par ponsabilités ou la compétition internatio-
Proxinvest dans son 15e rapport« La Ré- nale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà
munération des Dirigeants des sociétés du de ce qu'un individu peut dépenser au
SBF 120 n (novembre 2013). De 4,8 mil- cours d'une vie pour sa satisfaction per-
lions d'euros (équivalents à 358 années de sonnelle. Ils garantissent un niveau de vie
Smic) pour Maurice Lévy (Publicis) à 14,9 hors du commun, transmissible de généra-
millions d'euros (1 112 années de Smic) tion en génération, et permettent de se
pour Bernard Charlès, patron de Dassault lancer dans des stratégies d'investisse-
Systèmes. ment personnel (entreprises, collections
artistiques, fondations, etc.). Il faut ajouter
Les revenus pris en compte dans cette que ces dirigeants disposent aussi de mé-
étude totalisent les salaires fixes, variables canismes de protection considérables en
etjou exceptionnels, les stock options 111 et cas de départ forcé de l'entreprise.
les actions gratuites. Ils ne comprennent
pas en revanche certains autres avantages Les PDG ne sont pas les seuls à être les
comme ceux en na tu re (voitures, loge- mieux rémunérés. Certains très hauts
ments de fonction par exemple), le complé- cadres ou des sportifs peuvent avoir un
ment de retraite sur-complémentaire al- revenu annuel moyen astronomique : 35
loué à certains dirigeants de grandes années de Smic pour un sportif de haut
entreprises notamment. niveau, 23 années pour un cadre du sec-
teur de la finance, 18 années pour un diri-
Ces revenus demeurent bien supérieurs à geant d'entreprise salarié. •

Les patrons français les mieux rémunérés


Parmi les 120 entreprises françaises cotées

Revenus annuels *
(en milliers d'euros) 1 ~.:.a:u.w.~o::s.:a:.LZ,w.u.:~

Bernard Charlès Dassault Systèmes 14 900 1 11 2

Carlos Ghosn Renault-Nissan 13 400 1 000

Bernard Arnault LVMH 9 500 709

[1] Droits attribués aux Patrick Thomas Hermès 9 100 679


salariés d'acquérir des
actions de leur société Jean-Bernard Lévy Vi vendi 8 800 657
sous certaines conditions,
notamment avec un rabais,
Maurice Lévy Publicis 4 800 358
ce qui leur procure une
plus-value quasi certaine
* Salai res fi xes, variables et/ou exceptionnels, stock o ption s, actions gratu ites, dividendes et avant ages an nexes, en milliers
lors de la revente. d'euros. ** Smic net annuel au 31 déce mbre 201 2 (13 404 euro s).

42 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉ S EN FRAN CE 2015


PATRIMOINE
Qui possède combien ?
La répartition du patrimoine en France
Les 10% des ménages les plus fortu nés
en 2010
disposent de près de la moitié de l' en-
semble de la richesse du pays, les 50 %
les moins fortunés en possèdent 7 % .
L'inégalité des patrimo ines est encore
Les 10% les moins riches 0
plus accentuée que celle des revenus :
les 10% aux niveaux de vie les plus éle- 20 % les moins riches 0
vés touchent« seulement ,, un qua rt des
30 % les moins riches
revenus. Cette situation est log ique : les
patrimoines sont constitués de revenus 40 % les moi ns riches

accumulés au fil du temps. Ces énormes 50 % les moins riches 5


inégalités de richesse sont à la source de
60 % les moins riches 7
la reproduction sociale de génération en
génération par le biais de l'héritage. Les 70 % les moins riches 9
patrimoines ma térial isent en quelque
80 % les moins riches 12
so rte la t ransm iss ion des inéga lités da ns
le temps. 90 % les moins riches 17

Les 10 % les pl us ric hes 48


Le pa t rimo in e immob il ier représente
50 % du patrimo ine détenu par les Unité: %
Lecture : les ménages dont le patrimoine se
10 % les plus riches . Le patrimoine fi-
situe entre les 50 % les moins fortunés et les
nan ci er en constit ue 23 % et le patri- 40 % les plus fortunés (tranche 50 à 60 %) dis-
mo ine profess ionne l (les biens li és à une posent de 7 % du patrimoine total. Au total, les
60 % les moins riches détiennent 14 % de la
act ivi té profess ionne ll e industri ell e,
fortune.
commerc iale, ag ri co le, etc. , act ions),
24 %. La pa rt des patri mo ines fi nancie r
et professionne l croît à mesu re que l'on
monte dans la fortune . •

Comment évoluent les inégalités de patrimoine?


En 2004, la fortune des 10 % les plus riches était 680 fois plus élevée que celle des 10% les plus pauvres,
l'écart éta it alors de 840 000 euros. En 2010, c'est 920 fois plus et la différence est de 1,2 million d'euros.
Au cou rs des six dern ières an nées, les éca rts entre les fortunes se sont creusés alors qu'entre 2008 et 2010
la va leur des actions ava it chuté, entra i nant une ba isse des hauts patrimoines notamment. Deux raisons
pri ncipales expliquent ce phénomène : la hausse des écarts de revenus (qui permettent d'épargner) et
cel le des prix de l'im mob ilier.

RAPPOR T SUR LES IN ËGA LI TËS EN FR ANC E 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 43
li~ 1 REVENUS

Composition du patrimoine des 10% les plus riches, par tranche de 1 %

Part des biens


durables et
objets de valeur

Tranche des ménages entre les 552 300 569 600 15 74 7 4


10 et les 9 % les plus riches

Entre les 9 et les 8 % 590 800 616 500 15 70 11 4

Entre les 8 et les 7 % 642 600 665 600 18 68 11 3

Entre les 7 et les 6 % 693 700 726 800 18 68 11 4

Entre les 6 et les 5 % 763 700 800 800 20 64 13 3

Entre les 5 et les 4 % 841 200 880 500 17 63 17 3

Entre les 4 et les 3 % 939 100 989 000 19 56 22 3

Entre les 3 et les 2 % 1 044 500 1 161 600 25 56 15 4

Entre les 2 et les 1 % 1 318 800 1 564 100 23 50 22 5

Les 1 % les plus riches 1 885 200 4 448 600 28 29 39 4

Ensemble , 50
.. -~v •. œw~A:'-i~

Unité:%

* Cela signifie par exemple que les ménages compris entre les 9 et les 8% les plus riches disposent d'un patrimoine d'au
moins 590 800 euros. ** Cela signifie par exemple que les ménages situés dans la tranche de 1 %comprise entre les 9 %
les plus fortunés et les 8 % les plus fortunés ont un patrimoine moyen de 616 500 euros.
Lecture : Début 2010, les ménages les 10 % les plus riches détenaient en moyenne 569 600 euros de patrimoine. Le patri-
moine financier représenterait 15 % de la masse détenue par ces ménages.

Les 10 plus grandes fortunes


Le patrimoine professionnel de Bernard En un an, sa fortune a augmenté de 2,7
Arnault, l'homme le plus fortuné de France milliards d'euros, soit+ 11 %.
selon le classement 2014 du magazine
Challenges [11, représente 27 milliards d'eu- Le montant total de la fortune profession-
ros. Il faudrait à un smicard 1,9 million nelle des 500 plus riches Français s'élève
d'années pour gagner cette somme. à 390 milliards d'euros, une hausse de
15 % par rapport à 2013. Ils sont douze
Et encore, il ne s'agit que de son patri- milliardaires de plus qu'en 2013, soit un
moine professionnel, fondé sur la propriété total de 67 super riches. Visiblement, ni la
partielle ou totale de l'entreprise. Tout ce crise, ni la politique fiscale n'entament la
[ 1] « La France n'a jamais
eu autant de milliardaires >> ,
qui relève du domaine privé ou qui ne re- progression des grandes fortunes. •
Challenges, 9 juillet 2014. pose pas sur un outil de travail est exclu .

44 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5


Les 10 plus grandes fortunes professionnelles en France

Patrimoine
professionnel en 2014
en milliards d'euros

Bernard Arnault LVMH 27,0 1 991 150

Liliane Bettencourt L'Oréa l 26,0 1 91 7 404

Gérard Mulliez Groupe Auchan 20,0 1 474 926

Axel Dumas Hermès 1nternational 17,0 1 253 687 ...


0
N
c:
Gérard et Alain Wertheimer Chanel
14,~............. ..... ... .. .1.. ?.~?~~~ ..... i
ü
Serge Dassault Groupe industriel Marcel Dassault 13,5 995 575 ...
. . . . . . . . • . . . . . . . . . . . . • •. . . . . • .. . . . . . .• . . . . . . · ·· · ·· · · ·· · · ·· · • · · ·· · · · · · · · · · · · · · · · · · ·••· · · · · · 0
N

François Pinault Kering 13,5 995 575 <11

·· · ···· · ·· · · · ························· · ~
Vincent Bolloré Bolloré Transport, média s 10,0 737 463 "
"0
<11
· · ··· · · · · ·· · ······ · ·· · · · · ··· · · · · ······ · ·Cl
c:
<11
Xavier Niel lliad Free 8,5 626 844 ]
··· · · · ·· · · ···· · ···· ···· · · · ··· · · · · · ·· · · u
<11

Pierre Castel Castel Boisson 7,5 553 097


• • ••• •• • ••• • •• • •• • •••• • •••• • ••• • • ••• •• • • ••••• •• ••
"
0
V"'

(*)Smic net annuel en 20 14 : 13 560 euros.


Avertissement: le classement de Challenges ne prend pas en compte les dettes dans le calc ul de ces g ra ndes fortunes. A
remplacer par «Ce classement ne prend pas en compte les d ettes.» .

RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 45


46 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
2
w
a:
f:::
CL
<1.::
I
u

RETOUR À LA LUTTE
DES CLASSES

L'école n'a plus ri en à voir avec ce qu 'elle laires, selon les enquêtes de l'OCDE. Ce
était dans les années 1950. Elle n'est plus phénomène est désormais connu, large-
réservée à une élite et toutes les catégo- ment médiatisé. En cause : un système
ries sociales ont bénéficié de l'élévation du hyper concurrentiel , qui fonctionne par
niveau d'éducation, grâce à un effort na- l'échec sur une base très scolaire. Sur le
tional sans précédent en faveur de l'acqui- fond et les méthodes, il a peu évolué de-
siti on du savo ir pour tous, des ann ées pu is les années 1960, contrairement aux
1950 à la fin des an nées 1980. De même, autres pays. Un système aussi qui coûte
la situation des filles a complètement peu cher quel que soit l'échelon, par rap-
changé: à un nivea u général, elles font jeu port à ceux des pays comparables de
égal, voire mieux que les garçons. l'OCDE. Il ne faudrait pourtant pas idéali-
ser ce qui se passe ailleurs. En termes
Pourtant, il suffit d'aller un peu plus loin d'échec scolaire, de reproduction dans le
dans les détails pou r comprendre que le temps des écarts, la France n'est pas en si
paysage n'est pas aussi rose que cela . Les mauvaise position . •
chances de réussite ne sont pas les mêmes
selon les milieux sociaux. Les scolarités se
sont al longées certes, ma is les barrières se
sont déplacées au niveau supérieur. Ce
n'est plus au collège, mais au lycée que les
écarts se creusent entre les catégories so-
ciales. De la même façon , la progression
des filles est souvent exagérée : les garçons
continuent à être bien plus représentés
dans les filières qui conduis ent à
l'« excellence n scolaire.

La France est l'un des pays où le milieu


social influence le plus les résultats seo-

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT 2015 1 47


'Jin 1 EDUCATION

DONNÉES GÉNÉRALES

Le niveau de diplôme des Français

Le niveau réel de diplôme des Français est certificat d'études primaires? On confond
au moins au ssi éloigné des discours les souvent le niveau scolaire des jeunes gé-
plus courus que le niveau de richesse. Qui nérations qui sortent du système éducatif
sait qu'en France, seuls 14,3 % de la po- et celui de l'ensemble des générations.
pulation disposent d'un diplôme supérieur Certes, entre 25 et 49 ans une personne
à bac +2 et c.ue 28,7 % ont, au plus, le sur cinq a un diplôme supérieur à bac +2.
Mais les générations les plus âgées ont
étudié à un moment où le système éduca-
Niveau de diplôme des Français tif était beaucoup moins développé :
56,4 % des plus de 65 ans n'ont aucun
titre scolaire.
Aucun dipl. ou CEP 15,0 30,0 56,4
Bien sûr, le diplôme ne dit pas tout : une
Brevet 6,1 8,6 7,2 partie de la population, sortie du système
de formation initiale peu diplômée, s'est
CAP, BEP ou équiv. 22,6 27,7 16,4
formée par la suite, via la formation pro-
Bac, Brevet prof. ou équiv. 19,6 13,4 9,3 fessionnelle ou à travers des expériences
Bac+ 2 15,9 8,9 3,7
personnelles. Il n'en demeure pas moins
que le décalage reste grand entre l'image
Dipl. sup. 20,8 11,4 7,0 que se donne la société et la réalité du
Unit é : o/o niveau d'éducation. •

L'allongement inégal des scolarités

Les inégalités de durée de scolarité aug- Depuis le milieu des années 1990, la situa-
mentent. Entre le milieu des années 1980 tion s'est dégradée: l'âge moyen de sortie
et 2010, la durée de scolarité s'est accrue a baissé pour ceux qui quittent l'école le
de quatre années pour le dixième qui a été plus tôt de 0,2 année et a continué à aug-
le plus longtemps à l'école, contre 1,3 an- menter pour ceux qui quittent l'école le
née pour le dixième qu i a connu le par- plus tard (+ 1,5 année). Seule une partie
cours le plus court. de cet écart s'explique par la diminution

48 1 - OBSERVATOIRE DES IN ÉGALITÉS-RA PPOR T SUR LES INÉGALITÉ S EN FRANCE 2015


des redoublements, qui touchent surtout pare nt donc ces deux groupes, contre 6,5
ceux qui ont des scolarités courtes. années au milieu des années 1980. Cela
signifie qu'une part encore plus grande
Ceux qui quittent l'école le plus tôt l'ont de l'argent public profite à la scolarisa-
fait vers 17 ans en 2010, alors que ceux tion des plus favorisés, alors que celle
qui sortent le plus tard l'ont fait vers 26 des moins formés connaît assez peu
ans. Neuf années d'enseignement sé- d'évo lutions. •

Evolution de l'âge de sortie du système scolaire

Variation <li

1996-2010
1
c
0
·;:;
Age maximal de sortie des 10 % 15,7 17, 2 17,2 17,0 1,3 -0, 2
:J
"0
sortis le plus tôt
....... ..... ..... .. .. ..... ... ........... ... <li
"0
i':'
20 % sortis le plus tôt 16,8 18,3 17,9 17,9 1,1 -0,4
~~

30 % sortis le plus tôt 17,3 19,1 18,7 18,6 1,3 -0,5 :J


"0
•• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • ••••••• • • • • •• ••••• • • • • • • • • • •••• • •• • • • • • • • • • •••• • • •• • •• • ••••• • •• • • •• ••• • ••• •• •••• • •••• • •• • • •••• • • • ••• • •••••• • ••• • • • • •• ••• • • • • • • • ••• •• • •• • • • ••• •• • • • • •• • • QJ
•Q)
c
c
40 % sortis le plus tôt 17,8 19,7 19,4 19,4 1,6 - 0,3 0
"0
•• • • • • • • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • • • •• • • • • •• • • • • • • • •• •• •• • • • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • • •• • • •• • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • • •• • • • • • •• 11'1
<li

50 % sortis le plus tôt 18,2 20,5 20,3 20,2 2,0 -0,3 !


····················· ··· · ······· ···· ·· · ···· =b
60% sortis le plus tôt 18,8 21,3 21 ,2 21,2 24 -0, 1 ~
' ~
<li

<li
70 % sortis le plus tôt 19,5 22,3 22,4 22,4 2,9 0,1 ë:
.... . <li
"0

80 % sortis le plus tôt 20,3 23,3 24,5 23,6 3,3 0,3 a


~
<li

90 % sortis le plus tôt 22,2 24,8 25,4 26,3 4,1 1,5 j


Unité: années

Lecture: ce tableau représente la répartition des perso nnes qui quittent l'éco le par tranche de 10 %. Les 10% so rt is le plus
tôt ont quitté l'éco le à 15,7 ans au maximum en 1985-1986 et 17 ans en 2009-201 O.

L'effort de la collectivité nationale par niveau


d'enseignement et par élève
Tous niveaux et tous types d'établisse- taire aux grandes écoles, soit près de 1,4
ments confondus, la dépense moyenne par fois plus. Un étudiant de classe prépara-
élève ou étudiant s'élève à 8 330 euros en toire coûte 4 000 euros de plus qu'un étu-
2012 selon le ministère de l'Education na- diant à l'un iversité (quel que soit le cycl e
tionale. Alors qu'un étudi ant à l'université poursu ivi), soit 37 %. Et encore, la prise en
(IUT compris) 11 l co ûte 10 940 euros par compte des Instituts universitaires de tech- [ 1] Depuis 2006, les
dépenses des IUT sont
an, la co llectivité pub li que dépense no logie (IUT) gonfle les chiffres des dé-
intégrées dans celles des
15 020 euros par élève de classe prépara- penses par étudiant à l'université. Elles universités.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DE S INÉGALITÉS- 1 49


.,. ~ 1 EDUCATION

Le coût d'un élève ou étudiant pour la collectivité niveaux traduisent, en grande partie, les
différences liées à l'encadrement en per-
sonnels enseignants et à leurs profils :
taille des classes, nombre d'heures d'ensei-
Pré-élémentaire 5 790 gnement par élève et statut des ensei-
Elémentaire 6 060 gnants.

Premier degré 6 010 L'évolution


Collégien 8 410 L'évolution de la dépense moyenne par
élève depuis trente ans, de 1982 à 2012,
Lycéen (général et technologique) 11 310
montre des progressions différentes selon
Lycéen professionnel 11 960 les cycles d'études: une augmentation de
43 % pour le premier degré, de 32% pour
Ensemble second degré 9 620
le second degré et autant pour le supé-
Université 10 940 rieur. Ces variations tiennent compte de la
revalorisation des carrières des ensei-
Sections de techniciens supérieurs 13 510
gnants, des effectifs des élèves mais aussi
Classes préparatoires aux grandes écoles 15 020 des lois de décentralisation qui ont trans-
Ensemble enseignement supérieur 11 740
féré pendant cette période les dépenses de
fonctionnement et d'équipement des col-
Coût moyen d'un élève ou d'un étudiant 8 330 lèges, des lycées, des crédits d'apprentis-
Unité: euros sage et des dépenses de personnels admi-
nistratifs, aux départements et aux
sont plus proches de 8 000 euros par an régions.
dans les fil ières générales que de 10 000
euros. Les sections de techniciens supé- Et les autres pays ?
rieurs (BTS) sont mieux dotées, avec Les comparaisons internationales de dé-
l3 700 euros par élève. penses moyennes par élève montrent que
la France présente, en 2010, une dépense
Les dépenses de personnel représentent (en équivalent dollars) nettement plus
les trois quarts de la dépense d'éducation. faible que la moyenne des pays de l'OCDE
Les disparités constatées entre les dé- pour l'enseignement prima ire (6 620 dol-
penses moyennes par élève des différents lars contre 7 970 dollars), mais relative-

Evolution moyenne de la dépense moyenne par élève

2012

Pour un élève du 1er degré 3 397 4 08 1 5 312 6 010

Pour un élève du second degré 6 543 7 972 9 565 9 620

Pour un étud iant du supérieur 7 986 8 705 10 102 11 740

Unité : euros 20 12
Source: mi nistère de l'Education nationale

50 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPP ORT SU R LE S INÉG ALI TÉS EN FR ANCE 2015


ment plus élevée pour l'enseignement se- Comparaison OCDE/France du coût moyen
condaire et l'enseignement supérieur d'un élève ou étudiant
(y compris les activités de recherche et de
OCDE
développement), 15 070 dollars contre
13 530 dollars. Mais si l'on raisonne à Enseignement élémentaire 6 620 7 970
pays comparables, la France est da ns la
Enseignement secondaire 10 880 9 010
moyenne. •
Enseignement supérieur 15 070 13 530
Unité: équ ivalents dollars
Source : OCDE • Regards sur l'école 2013• - Données 2010

L'orientation à la fin du collège accentue


les inégalités sociales
((A résultats scolaires et autres caractéris- nomène persiste à niveau scolaire équiva-
tiques sociales donnés, les enfants d'agri- lent : avec une note comprise entre 10 et
culteurs, d'employés et d'ouvriers choi- 12 au contrôle continu du brevet, 91 %
sissent moins souvent d'être orientés en des enfants de cadres demandent la voie
seconde générale et technologique, sans générale ou technologique, contre 59 %
que cette moindre ambition ne soit corrigée des enfants d'ouvriers non qualifiés et
par les décisions du conseil de classe 11 . 64 % des enfants d'ouvriers. Avec une
Alors que l'étude Pisa menée par l'OCDE note entre 8 et 10, les deux tiers des en-
a fait grand bruit, la note d'i nformation Ill fants de cadres supérieurs sont dans ce
du ministère de l'Education est passée cas, contre 30 % des enfants d'ouvriers
presque inaperçue. Elle n'est pas de même non qualifiés.
ampleur, mais elle en dit long sur le sys-
tème éducatif français, pour peu qu'on en Or 95 % des vœux des familles sont au-
décrypte les résultats. jourd'hui satisfaits. Et plus on laisse les
familles choisir, plus on reproduit les iné-
Les auteurs étudient le passage en se- galités sociales. Or, comme le remarque
conde, un moment crucial pour les élèves, l'étude du ministère : a le conseil de classe
puisque aujourd'hui presque tous conti- n'intervient pas pour corriger à la hausse
nuent jusqu'à ce niveau. Ils notent que les les vœux d'orientation des élèves d'origine
vœux des familles en fin de tro isième dé- populaire dont le niveau permettrait d'ac-
[1] << Le déroulement de
pendent fortement de leur milieu social. céder à un cursus plus ouvert. Le conseil de la procédure dorien ta ti on
90 % des enfants de cadres supérieurs classe tranche davantage sur l'adéquation en fin de troisième reste
marqué par de fo rtes
demandent une seconde générale ou tech- entre le choix de la famille et les capacités disparités scolai res et
nolog ique, contre moins de la moitié des de l'élève qu'il ne recherche l'orientation la sociales >>, ministère
de l'éducation, note
enfants d'ouvriers non qualifiés et d'em- plus adaptée aux performances scolaires 11. d'information n°l3.24,
ployés de services aux particul iers. Ce phé- Autrement dit, alors que les familles popu- novembre 2013.

RAPPORT SU R LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 51


tf 1EDUCATION

Orientation en seconde générale et technologique dans les résultats des élèves. Une partie
Selon la note du brevet (contrôle continu} des inégalités est en effet liée à des élé-
ments objectifs, parfois matériels: le loge-
Note de 10 a 12
ment, le diplôme des parents, les pratiques
Ouvriers non qualifiés 30 59 de loisir et de sociabilité, etc. Une autre
partie résulte d'éléments subjectifs : un
Ouvriers 37 64 ensemble de mécanismes sociaux font
Employés 43 73 qu'on se sent plus ou moins légitime à
s'orienter dans telle ou telle filière, à ni-
Professions intermédiaires 50 81
veau équivalent.
Cadres supérieurs 66 91

Unité : %
Pour partie, les familles anticipent des
Source : m inistère de l'Education nat iona le, élèves entrés en 6e en 2007 difficultés qui sont effectivement plus
grandes pour les mil ieux sociaux mo-
la ires intériorisent leur position sociale, le destes au lycée, même à niveau équiva-
système éducatif ne contrebalance pas cet lent au collège, compte tenu de l'acadé-
effet. Le min istère note au passage l'effet misme des programmes. Mais pour partie
négatif du redoublement : les élèves ayant aussi, elles se forgent des barrières sym-
redoublé expriment d'eux-mêmes des boliques qui n'ont pas lieu d'être, et
vœux moins ambitieux et ils sont orientés contribuent d'elles-mêmes à la reproduc-
11 de façon plus sélective par les conseils de tion sociale. Le système d'orientation ne
classes qui donnent moins souvent satis- corrige pas le tir. Autant il est intéressant
faction à leur demande 11. Les redoublants de constater que de nombreux discours
portent le stigmate de leur échec passé. publics conduisent les filles à sortir des
filières qui leur sont prédestinées, autant
On tient là l'une des explications essen- le système éducatif est muet pour ce qui
tielles de l'impact des inégalités sociales est des milieux sociaux. •

52 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALI TÉS -RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
ECOLE ET ORIGINE SOCIALE

France, le pays où le milieu social influe le plus sur


le niveau scolaire

La France est l'un des pays où le milieu Impact du milieu social sur le niveau en mathématiques
social exerce la plus grande influence sur
le niveau scolaire des élèves. Il joue pour
57 points (sur un indicateur d'intensité de France 57
100) en mathématiques, selon l'enquête République tchèque 51
Pisa menée par l'OCDE en 2012. Cette in-
Belgique 49
fluence du milieu social est encore plus
importante qu'en Allemagne (43 points), Hongrie 47
dont le système scolaire est pourtant jugé Autriche 43
très inégalitaire. Des pays très différents
Allemagne 43
ont les meilleurs résultats: de l'Italie (30)
au Portugal (35), en passant par le Ca- Corée 42

nada (31) ou l'Espagne (34). Royaume-Uni

Pologne 41
La mauvaise position de la France peut
Japon 41
s'expliquer par plusieurs facteurs. Les pro-
grammes valorisent plus qu 'ailleurs la Pays-Bas 40
culture des catégories socialement favori- Danemark 39
sées comme par exemple la maîtrise d'un
Moyenne OCDE 39
savoir mathématique théorique. A partir
du collège, le système très académique Irlande 38
défavorise ceux qui peinent à entrer dans Suède 36
le moule. Les évaluations à répétition dé-
.... 00 .......... · ·"
~ ......... ~ .............. , . .......................... .

Etats-Uni s 35
valorisent et contribuent à l'échec des plus ............. .. ............. ~ ............. ...... ...... .

faibles. Le travail demandé hors temps Portugal 35

scolaire est important et profite à ceux qui Grèce 34


disposent d'un soutien à domicile (des pa-
Espagne 34
rents ou par le biais de cours privés). •
Finlande 33

Norvège 32
Canada 31

Italie 30

RAPPORT SUR LES INËGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 53


11 ~ 1 EDUCATION

Les inégalités sociales au collège


Les résultats aux examens demeurent très nale. Le taux de réussite passe de 80,2 %
liés à l'origine sociale des élèves, comme le à 96,2 %selon que l'élève a un parent ou-
confirme la publication des résultats au vrier ou cadre supérieur. Celui des enfants
diplôme national du brevet pour la session de professeurs frôle les lOO% et celui des
2012 par le ministère de l'Education natio- enfants d'instituteurs est plus élevé
(95,8 %) que ceux issus de parents de pro-
fessions intermédiaires (91,1 %), catégorie
Taux de réussite au brevet des collèges selon la catégorie à laquelle appartiennent les instituteurs.
sociale

Quelles filières?
Selon le milieu social, les élèves ne suivent
Agriculteurs exploitants 94,2 pas non plus les mêmes filières. Ainsi, les
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 89,0
enfants d'ouvriers représentent 30,7 %
des admis au brevet pour la série techno-
Cadres, professions intellectuelles supérieures 96,2 logique[11 et 29,8 % pour la série profes-
- Dont professeurs et assimilés 97,4 sionnelle, contre 19,7% pour la série géné-
rale. A l'inverse, les enfants de cadres
Professions intermédiaires 91,1
supérieurs représentent 23,3% des admis
-Dont instituteurs et assimilés 95,8 dans la série générale, contre seulement
5,6% en série technologique et 5,1 %en
Employés 85,7
série professionnelle. Les enfants d'ou-
Ouvriers 80,2 vriers et d'employés représentent la moitié
des élèves admis au brevet série technolo-
gique et professionnelle, contre 5 % des
Unité :% enfants de cadres.

Répartition des admis au brevet des collèges selon


Les écarts sont encore plus grands dans les
la catégorie sociale et la filière
filières qui accueillent les collégiens pré-
Série sentant des difficultés scolaires« graves et
technologique durables )), les sections d'enseignement
général et professionnel adapté (Segpa),
Agriculteurs 2,2 4,6 1,7
soit 96 000 élèves sur 3,3 millions. Les
Artisans, commerçants 9,5 9, 1 8,2 enfants d'ouvriers, d'employés repré-
et chefs d'entreprise sentent 58 % des élèves de ces filières,
Cadres supérieurs 23,3 5,6 5, 1
contre 44 % des jeunes qui suivent un
enseignement général. Les enfants d'ensei-
Professions intermé- 15,5 9,8 9,4 gnants et de cadres supérieurs réunis re-
dia ires
présentent 2 % des élèves de Segpa, soit
Employés 19,4 20,7 21,4 neuf fois moins que leur part dans l'ensei-
gnement général. Les enfants de cadres
Ouvriers 19,7 30,7 29,8
moyens (les professions intermédiaires) ou
Unité : o/o

54 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPP ORT SUR LE S IN ÉGALITÉ S EN FRAN CE 201 5


d'artisans et commerçants sont eux aussi Répartition des collégiens en fonction de la filière et de la
nettement sous-représentés dans les fi- catégorie sociale
lières pour élèves en difficulté, aux alen-
Enseignement
tours de 5 %. pour élèves en
difficulté
Ces inégalités sociales mesurent des écarts
Agriculteurs 2,0 1,2
qui ne sont pas liés uniquement à la sco-
larité au collège: ils s'accumulent dès les Artisans, commerçants et chefs 10,9 5,7
petites classes. Mais la coupure entre pri- d'entreprise
maire et collège, l'académisme des ensei- Cadres supérieurs, professions libé- 18,1 2,0
gnements au secondaire et l'évaluation à raies (1)
répétition accroissent encore les écarts
Professions intermédiaires (2) 12,9 5,4
entre milieux sociaux. Les modules de sou-
tien évitent pour certains le pire sans per- Enseignants (3) 3,2 0,3
mettre de réelle remise à niveau des élèves
Employés 17,1 13,8
les plus en difficulté. •
Ouvriers 26,6 43,8
[ 1] Depuis la session 2013,
le brevet ne compte plus Unité :%
que deux séries : générale et (1) Non compris professeurs. (2) Non com pris inst ituteurs. (3) Enseignants : professeurs, institu-
professionnelle. teurs et professeurs des écoles.

L'inégal accès au bac des catégories sociales


90% des enfants d'enseignants entrés en bac obtenu par catégorie sociale (pour
sixième en 1995 ont obtenu le bac environ ceux qui l'ont obtenu), les écarts sont tout
sept années plus tard, contre 40,7 % des aussi grands. Parmi les enfants d'ouvriers
enfants d'ouvriers non qualifiés, selon le qui ont eu leur bac en 2012 , 31 %l'ont eu
ministère de l'Education nationale. Une dans une filière générale, 23% dans une
partie des enfants issus des milieux popu- filière technologique et 46 % dans une
laires accèdent au bac, mais les écarts sont filière professionnelle. Chez les enfants de
considérables selon les milieux sociaux, cadres supéri eurs, les trois quarts ont eu
notamment du fait de l'influence du ni- un bac général, 14 %technologique et
veau de diplôme des parents, dans un 10 % professionnel.
système scolaire très académique.
L'évolution de long terme
D es fili ères très différenciées selon De plus en plus de jeunes issus des
les catégories sociales couches les moins favorisées obtiennent le
Si l'on observe la répartition du type de bac : c'est le cas de près de la moitié des

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OB SE RVATOIRE DE S INÉGALITÉS- 1 55


Ü 1 EDUCATION

Taux de bacheliers selon la catégorie sociale des parents

BacS (2002)

Enseignants 86,7 90,6 84,2 86,6 44,8 40,2

Cadres supérieurs 87,7 87,6 83,9 84,2 42,4 41,0

Professions intermédiaires 74,0 76,7 65,5 66,6 21,7 22,9

Employés de bureau 59,1 62,1 49,7 50,5 13,8 11,0

Employés de commerce 55,7 58,8 39,4 44,5 9,7 10,4

Employés de service 43,4 38,0 29,4 26,6 7,0 2,7

Ouvriers qualifiés 50,8 52,9 37,9 39, 1 8,7 8,7

Ouvriers non qualifiés 42,4 40,7 30,4 27,7 6,4 4,6

62,9 52,2 16,6

Unité : o/o
Lecture: 90,6 % des enfants d'enseignants contre 40,7% des enfants d'ouvriers non qualifiés étaient bacheliers (général
et technologique) en 2002.

jeunes issus d'une famille ouvrière nés au


tout début des années 1980, contre 10%
Type de baccalauréat obtenu parmi les bacheliers d'une de ceux nés dans les années 1950, Auto-
catégorie sociale donnée tal , près des deux tiers des générations
nées entre 1979 et 1982 ont obtenu le
Bacgé~éral
'' "
bac, contre un peu plus de 20% de celles
nées vingt années plus tôt. Avoir son di-
Artisans , commerçants, 48 20 31
plôme, c'est possible pour tous, même si
chefs d'entreprise
certains partent avec un handicap.
Agriculteurs exploitants 54 19 27

Cadres supérieurs, 76 14 10
Les bacs généraux, technologiques et pro-
professions intellectuelles fessionnels, qui n'ont pas la même valeur
sur le marché des diplômes, ne permettent
Professions intermédiaires 58 23 20
pas d'accéder aux mêmes formations de
Employés 49 26 24 l'enseignement supérieur. L'élévation de la
part de bacheliers dans les catégories les
Ouvriers 31 23 46
moins favorisées résulte pour une partie
Retraités 38 21 41 de l'essor du bac professionnel à partir de
la fln des années 1980. Dans les années
Ensemble
récentes, la part de bacheliers a baissé
Unité :% chez les enfants d'ouvriers non quali1iés et
Lecture: parmi les enfants d'ouvriers bacheliers, 31 % ont obtenu un bac
général en 2012, contre 76 % pour les enfants de cadres supérieurs d'inactifs.
bacheliers.

56 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INÉGALITÉ S EN FRANCE 201 5


Rapport des chances relatives d'avoir le bac entre les enfants d'enseignants et ceux des autres
catégories sociales
"'
Taux de
bacheliers
(en %)
Chances relatives
d'avoir le bac par
rapport aux enfants
i c
0
·;:;

2002 d'enseignants en 2002 "0

"'
"0

Enseignants
--------------------~----------------------------
86,7 90,6
~ë='
Ë
:J
"0
Cadres supérieurs 87,7 87,6 0,9 1,4 ...~"'
···· ········ ··· ······· ····· ······· ···· ·· ····· ··· ···· ····· ··· ········· ·· ····· ········· ······ ·· ··· ·· ······ ·· ····· ·········· ········· ······· ······· ······ ··· ····· ····· · ....
Professi ons intermédiaires 74,0 76,7 2,3 2,9 .,
........................ . . . . · · ···· ···· · · · ·· · ··· · ······· · · · ······ · ···· · c
0
Employés de bureau 59,1 62,1 4,5 5,9 ~
.... ........ ....... ... .. .... .. ................ ........ ...... .... ............... ... ..... ... ..... ....... ............. .......... ······ ······· ······ ····· ··· ···· ··· ········ ~

Empl oyés de commerce 55,7 58,8 5,2 6,8


.......... ... ..... ..... .. ... ····· ······· ·· ··· ·· ·· ··· ··················
i ~

Employés de service 43,4 38,0 8,5 15,7 ~


.. .. ... .. .......... ....... .. ..... ...... ..... .... ... ... ......... ... .0!
Ouvriers qualifiés 50,8 52,9 6,3 8,6
e
Ouvriers non qualifiés 42,4 40,7 8,9 14,0 "'
"0

3
Ensemble . . . . . ___. . ······· :::.~2:,:~: .:: .t :::: . · : ::.::::.:. ·.: :~~~·.::·. : . . . . .....__......,;,;,. . . . .~~. ]
Unité :%
Lecture: un enfa nt d'enseignants a, en 2002, 15,7 fo is plus de chances relatives d'avoir le bac qu'un enfa nt d'employés
de service.

Le rapport de chances
Le rapport de chances (« odds ratio )) en ang lais) Les enfants d'ouvriers non-qualifiés sont 40 % à
calculé dans notre tablea u mesu re le rappo rt entre obten ir leur bac. La probabil ité qu'un enfant de
d'un côté la probabilité d'avoir le bac pou r les en- cette catégori e soit bachel ier rapportée à celle qu'il
fants d'ense ignants comparée à cel le de ne pas ne soit pas bachelier est donc de 40 % (avoir son
l'avoir, et de l'autre le même rapport pour les autres bac) / 60 % (ne pas l'avoir), soit 0,66. La probabi-
catégories sociales. On compare entre elles deux lité inverse (ne pas avoir son bac rapporté à avoir
probabilités. son bac) est de 60/ 40 = 1,5.
Prenons un exemple. Si l'on veut calculer le rappo rt Dit autrement, les enfants d'ouvriers non qualifiés
de chances entre les enfants d'enseignants et d'ou- ont 1,5 fo is« plus n de chances (si on peut dire ... ) de
vriers non qualifiés, on procède de la façon su i- ne pas avoir leur bac que de l'avoir.
vante : les enfants d'enseignants sont 90 % à être Le rapport de chances est alors la division entre les
bacheliers. La probabi lité qu'un enfant de cette probab ilités des deux catégories d'avoir leur bac
catégorie soit bachelier est donc de 90 % (avoir son contre celle de ne pas l'avoir, soit 9 pour les cadres
bac) divisé pa r 10 % (ne pas l'avoir)= 9. Dit autre- et 0,66 pour les ouvriers non qualifiés : 9/ 0,666 =
ment, les enfa nts d'enseignants ont neuf fois plus 13,63 (14 dans le tableau du fait des arrondis).
de chances d'avoir leur bac que de ne pas l'avoir.

RAPPORT SUR LESI NËGALITËS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S- 1 57


li~ 1 EDUCATION

Comment évoluent les chances d'ac- 8,9 fois plus de chances relatives d'être
cès au bac selon les catégories ? bacheliers que les enfants d'ouvriers
Pour mesurer l'évolution des inégalités, non-qualifiés. En 2002, c'est 14 fois plus.
nous avons calculé la variation du « rap- Vis-à-vis des enfants d'inactifs, le rapport
port de chances)) (voir encadré) : cet ind i- est passé de 15 à 25 fois plus.
cateur mesure le rapport entre la probabi-
lité pour un enfant d'enseignant d'être Le mouvement est donc double. D'un côté,
bachelier, plutôt que ne pas l'être, et celle la proportion de bacheliers tend plutôt à
des autres catégories sociales. Entre 1996 augmenter dans tous les milieux sociaux
et 2002, ce rapport s'est accru vis-à-vis de sur une longue période. Mais dans les an-
toutes les catégories sociales. En 1996 - nées récentes les inégalités dans la proba-
génération d'enfants entrés en sixième en bilité d'accès au bac se sont accrues entre
1989 - les enfants d'enseignants avaient catégories sociales. •

L'origine sociale des étudiants


Les enfants de cadres et professions libé- des emplois. L'écart est fortement marqué
rales constituent près d'un tiers des étu- en école d'ingénieurs (hors université) ;
diants à l'université et la moitié des élèves 47,8% des élèves ont des parents cadres
dans les filières les plus sélectives comme ou professions intellectuelles supérieures,
les classes préparatoires aux grandes 5,1 % sont enfants d'ouvriers et 6,4 %
écoles ou les écoles d'ingénieurs, alors que d'employés. Les enfants d'ouvriers et d'em-
leurs pa rents ne représentent que 15 % ployés sont mieux représentés dans les fi-

Les étudiants selon leur origine sociale

Ecoles
paramé-
dicales et
sociales

Cadres et professions 30,4 28,4 13,9 49,8 48,2 47,8 38,7 18,9
intellectuelles supé -
rieures

Professions intermé - 12,8 16,8 12,7 12, 1 13,1 11 ,1 6,2 12, 1


diaires

Employés 12,3 15,3 15,5 9,4 7,4 6,4 5,3 19,0

Ouvriers 10,7 14,9 20,0 6,3 6,8 5, 1 2,8 17,6

Unité :%

58 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


L'origine sociale des étudiants dans les universités par cursus

Master

Agriculteurs 1,8 1,8 1,4

Artisans, comm erçants et chefs d'entreprise 8 6,6 4,8

Employés 14 9,7 7,1

Ouvriers 12,6 7,7 5

Professions intermédiaires 13,5 11,6 10,2

Professions libérales, cadres supérieurs 28,2 34,2 35,5

Retraités, inactifs 12,5 13,5 19,7

Indéterminé 9,4 14,9 16,2


::;:
Effectif 783293 426 749 36619 0
0

Unité : o/o "'

lières courtes, des IUT aux BTS, en passant


par les écoles paramédicales et sociales.

A l'université, en licence, la part des en-


fants d'ouvriers et d'empl oyés est de
26,6 % (leurs parents représentent 52 %
des actifs occupés), de 28,2 % pour les
enfants de cadres su péri eu rs. En master et
doctorat leur part baisse res pectivement à
17,4 % et 12,1 %, contre 34,2 % et
35,5 % pour les enfants de cadres supé-
rieurs. Le troisième cycl e est tout autant
sélectif socialement que les grandes
écoles. •

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES IN ÉGALITÉS- 1 59


li"' 1 EDUCATION

DIFFICULTÉS SCOLAIRES
Retard scolaire · le grand écart entre milieux sociaux
Retard scolaire à l'entrée en 6e
20,5 %des élèves issus de milieux défa-
vorisés (voir définitions) ont redoublé au
moins une fois à l'arrivée en sixième (don-
nées 2011 ), soit six fois plus que les
élèves dont les parents sont très favorisés
(3,6 %), indique une étude de l'lnseelll.
Garçons 13,6
Un tiers des élèves de nationalité étran-
Selon l'origine gère (32,4 %), eux-mêmes plus souvent
de milieux populaires, sont concernés
Nationalité française 11,8
contre 11,8 % des élèves de nationalité
Nationalité étrangère 32,4 françaisel21.

Selon la catégorie sociale du responsable de l'enfant


De la même façon , 21,7 %des élèves vi-
Très favorisée 3,6 vant dans une Zone urbaine sensible
Favorisée 7,6
(Zus) ont un risque d'avoir pris du retard
à l'école, contre 11,6% hors Zus. Un phé-
Moyenne 11 ,2 nomène lié pour l'essentiel à leurs ori-
Défavorisée 20,5 gines sociales, mais l'Insee note que la
concentration de personnes défavorisées
Selon le territoire de résidence
sur un territoire joue un rôle en soi : à
En Zus* 21,7 milieu social équivalent, le fait d'être en-
touré d'une population de même milieu
Hors Zus 11,6
influence les résultats scolaires. •
Ensemble 1U
Unité :% *Zone urbaine sensible.

Les définitions des catégories selon le ministère de l'Education : Défa-


vorisés : ouvriers, chômeurs et inactifs n'ayant jamais travaillé. Moyens
:agriculteurs exploitants, artisans commerçants et employés. Très favo-
risés : cadres, professions libérales, chefs d'entreprise et enseignants.

[1] Voir: « Le retard scolaire [2] Mais« ces chiffres


à !entrée en 6e : plus doivent toutefois être
fréquent dans les territoires considérés avec prudence :
les plus défavorisés >>, Insee le nombre dëlèves étrangers
Première n°1512, Insee se mble assez sous-estimé
d'après les données du dans le fi chier des élèves du
ministère de l'Education, secondaire >> , précisent les
septembre 20 14. auteurs de la note.

60 1 - OBSERVATO IRE DES IN~GALIT~S-RAPPORT SUR LES INËG ALI TË S EN FRA NC E 20 15


EDUCATION ET EMPLOI
Le taux de chômage selon le diplôme

Le taux de chômage des non diplômés est Évolution du taux de chômage selon
presque trois fois plus élevé que celui des le niveau de diplôme
personnes qu i disposent d'un diplôme ni-
veau bac+ 2 en 2013. On compte 6 % de 18%
chômeurs chez les dét en t eurs d'un di-
16%
plôme supérieur à bac + 2, contre 16,8 %
chez les non diplômés. Le diplôme de- 14%

meure une arme essentielle dans l'un ivers 12%


professionnel, que ce soit pour entrer sur
10%
le marché du travail ou pour progresser
ensuite. La situation est très diffici le pour S'lb

ceux qui sortent du systè me scola ire sans 6%


qual ification dans un système qu i su r-va lo-
rise le titre scola ire par rappo rt à l'expé-
4% l'' .
rience persan nelle.
:: · ·~· .. 1···1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 ! 1 1

Evolution ,o,co"' ,o,co"> ,o,o,r:; ,o,o,'-> ,.,r:;r:;r:; ,.,r:;r:;'-> ,.,r:;' r:; ,.,r:;' "'

Depuis le milieu des années 2000, le taux Unité :%


de chômage des diplômés du supéri eur a Données d e 1982 à 2012, corrigées pour les ruptures de série

diminué alors que ce lui des peu qualifiés,


horm is un léger recul en 2008, a forte- Oiplôme supérieur à bac+ 2 • Ensemble Aucun di plôme

Taux de chômage selon le diplôme et l'âge

30-49 ans

Aucun diplôme ou CEP 37,8 17,2 9,9 16,8

Brevet des collèges 28,6 12,3 6,6 14,5

CAP, BEP ou aut re diplôme de ce niveau 21,9 8,6 6,2 10,0

Baccalauréat ou brevet professionnel 17,3 7,6 6,0 10,1

Bac + 2 ans 10,5 4,6 3,6 5,7

Dipl ôme supérieu r 10,2 5,0 5,0 6,1

Un ité :%
Source : Insee - Don nées 2013, chô meurs au sens du Bureau International du Trava il (BIT)

RAPPOR T SU R LE S IN ÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DE S INÉGA LITÉ S- 1 61


1i~n 1 EDUCATION

ment augmenté, creusant encore les iné- Cela ne signifie pas que les diplômés
galités. La forte progression du chômage n'aient aucun problème d'emploi. D'abord
amorcée depuis 2009 a particulièrement parce que tous les diplômes ne se valent
frappé les non diplômés : leur taux de pas. Ensuite parce que même si leur taux
chômage est passé de 12,7% en 2008 à est faible, leur part dans l'ensemble de la
17,1 % en 2012 . Au total, le taux de chô- population active augmente : le nombre
mage des non diplômés était 2,2 fois su- de chômeurs diplômés progresse aussi . •
périeur à celui des diplômés du supérieur,
le rapport va aujourd 'hui de 1 à 3.

L'insertion professionnelle des jeunes: de fortes


inégalités selon le diplôme

Les deux tiers des jeunes sortis du sys- des titulaires d'une licence et 46 % des
tème éducatif en 2007 ont signé un détenteurs d'un bac +5 . Le diplôme pro-
contrat à durée déterminée pour leur pre- tège de la précarité dans l'emploi, mais
mier emploi . Mais c'est le cas des trois pas totalement.
quarts des non diplômés, contre 61 % Il y a précarité et précarité. Certains

Le statut du premier emploi

Contrat à durée •• Dont contrats


déterminée aidés

Non diplômés 20 74 23 19 6

CAP-BEP 29 67 20 16 4

Baccalauréat 24 73 18 16 3

Bac+2 30 66 18 8 4

Licence 37 61 13 7 2

Bac+4- Master 1 41 55 8 6 4

Bac+S - Master 2 51 46 7 2 3

Doctorat 33 58 2 9
........... ............................. ...... ... ...... ..........
""""""~ ~~~~~ ............. .. . .......... .. . .. . .. . . ..........
~~~-

Ensemble !1 65 16 12 4
Un it é:%

62 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAP PORT SUR LE S INÉGALIT ÉS EN FRAN CE 2015


contrats temporai res fonct ionnent Conditions d'emploi des jeunes trois ans après la fin
de leurs études
comme des périodes d'essa i qu i servent
de trem plin vers un emp loi du rable . Contrat à durée
déterminée
D'autres en revanche, souvent occupés
par les moins dip lômés, installent dura- Non diplômés 39 55 6
blement les jeunes dans l'i nsécurité de
l'emploi, nota mment par le bia is de CDD CAP-BEP 55 40 5
renou ve lés de façon contrai re au droit du Baccalauréat 52 42 6
travail. Dans l'industrie et le bâtiment,
une partie des jeunes non qualifiés, sou- Bac+2 68 26 6
vent des hommes, va de mission d'i ntérim Licence 72 25 3
en mission d'intérim. 23 % des jeun es
Bac+4 - Master 1 68 27 5
non diplômés ont obtenu leur premier
contrat en intérim. Bac+S- Master 2 79 17 4

Doctorat 60 27 13
Trois ans après la fin des études: les
écarts se creusent Ensemble 61 34
Trois ans après la fin des études, les Unité : %
écarts se sont enco re creusés en foncti on
des titres scolaires. Les jeun es ayant ob-
tenu un di plôme niveau bac +5 sont Catégorie socioprofessionnelle des jeunes trois ans après
leur sortie du système scolaire selon le diplôme
17 % à occuper un emploi à durée déter-
minée, contre 55% des non diplômés et Ouvriers Professions
40% pour les titulaires d'un CAP-BEP. Un intermé-
marché du trava il à dou ble vitesse co m- diaires

mence alors à se constituer entre ceux qu i


demeurent dans l'emploi précai re et les Non diplômés 2 55 25 16 2
autres {CDI et fonction publique), vis-à-vis
CAP ou BEP ne 50 36 12 ne
duquel le niveau de qualification joue un
rô le essentiel. Baccalauréat 3 31 35 27 4

Bac+2 ne 11 20 61 7
Le milieu social trois ans après la fin .. .. .. .. .... .. .. .. .... .... .. ..
des études Licence ne 6 17 60 17
Plus d'un ti ers des jeunes ayant fin i leurs Bac+4 - Master 1 ne 5 11 45 39
études en 2007 appartiennent à la caté-
gorie des professions intermédiaires en Bac+S - Master 2 ne ne 5 31 62
.. ............. .
2010 , 23 % sont ouvriers, autant em- Doctorat ne ne ne 11 88
ployés et 17 % cadres supérieurs. Neuf
titula ires d'un doctorat sur dix sont ftC n 23 36 17

cadres, contre 4 % de ceux qu i n'ont que Uni té : %


ne : non commu niq ué
le bac en poche. 55 % des non diplômés
sont ouvriers, c'est le cas de 11 % des
bac+ 2. C'est à pa rtir de ce niveau de
diplôme que l'on trouve des jeunes maja-

RAPPORT SUR LES INÉGALI TÉS EN FRANCE 2015- OBS ERVATOIRE DES INÉGALITÉS - 1 63
'ti "' 1 EDUCATION

ritairement professions intermédiaires et quises à l'entrée dans le marché du tra-


cadres supérieurs. Dans un pays où la vail sont décisives pour la suite de la
formation continue est relativement peu carrière professionnelle.
développée, les positions sociales ac-
Le diplôme: un atout contre le chô-
Taux de chômage des jeunes en 2010 mage
Trois ans après la sortie de formation initiale en 2007 Face au chômage, les inégalités sont en-
core plus fortes. 40% des jeunes sans di-
plôme sortis de l'école en 2007 sont
Non diplômés 40
concernés, contre 9 % de l'ensemble des
diplômés du supérieur et 5% des titulaires
CAP ou BEP 24 d'un doctorat. Bien sûr, aucune catégorie
Bac professionnel ou technologique 15
n'échappe à la case Pôle emploi, mais le
marché du travail est beaucoup plus ou-
Bac général 19 vert pour les titulaires de diplômes. Ces
Bac+ 2 9 jeunes au chômage perçoivent le plus sou-
vent des niveaux d'indemnités très ré-
Licence, L3 11
duites, quand ils sont indemnisés.
DE, DESS, M2- Ecole d'ingénieurs ou de commerce 9
Les niveaux de salaire des jeunes
Doctorat 5
Les non diplômés, les titulaires d'un CAP
Ensemble du supérieur 9 ou BEP ou d'un baccalauréat touchent un
salaire net mensuel médian d'environ
Ensemble -
1 000 euros lors de leur première em-
Unité :%
bauche contre 1 775 euros pour les diplô-
més bac+ 5.
Salaire mensuel net médian des jeunes
Trois ans après la sortie du système scolaire,
1'll.
l'échelle des salaires reste la même : les
~~ ~ ~ <;- 1 )
jeunes qui n'ont pas de diplôme ont un sa-
v .,


,.
l'
laire équivalent à 1 140 euros, les docto-
rants à 2 220 euros. 700 euros mensuels
Non diplômés 1 140 séparent ces jeunes, avec des conséquences
très concrètes en termes de conditions de
CAP ou BEP 1 200
vie : surface et localisation des logements,
Baccalauréat 1 200 consommation, vacances, loisirs, etc.
Bac+ 2 ans 1 460
Quels enseignements?
Licence 1480 Face à la précarité, au chômage et aux bas
Bac+ 4 ans 1 730 salaires, le diplôme demeure un atout es-
sentiel pour les jeunes. Certes, pour une
Ecoles de commerce, Bac+ 5 ans 2 000 partie des plus diplômés- notamment des
Doctorat 2 220 filières généralistes de l'enseignement su-
périeur - la situation n'est pas toujours
facile et l'insertion souvent plus lente.
Unité : euros

64 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INÉGALITE S EN FRANCE 2015


Mais globalement, dans un pays où le titre Rédu ire les inégalités entre les jeunes face
scolaire est sacralisé, ceux qui n'en sont à l'insertion professionnelle impliquerait
pas dotés connaissent une insertion dans d'abord de réduire les inégalités à l'école
l'univers du travail beaucoup plus difficile. entre les milieux sociaux. Et ceci dès les
Une fois dans l'emploi, la dégradation du petites classes. Par la suite, le développe-
marché du travail, le faible développement ment de la formation professionnelle
de la formation professionnelle et du ni- continue (et les « écoles de la deuxième
veau des promotions internes font que, chance )) par exemple), la validation des
malheureusement, le « ticket d'entrée n acquis de l'expérience et la reconnaissance
décide encore dans de trop nombreux cas de ces acquis dans l'entreprise sont essen-
de la suite du parcours professionnel. La tiels. Un constat souvent réalisé, mais ra-
réussite reste possible, mais au prix d'ef- rement suivi de mesures concrètes. •
forts beaucoup plus importants que pour
les salariés diplômés.

Les inégalités d'accès à la formation professionnelle


68 % des cadres supérieurs et 61 %des Accès à la formation selon le statut d'activité
professions intermédiaires ont eu accès à
la formation professionnelle continue en
2012, contre 37 % des ouvriers et 43 % Ensemble 39
des employés, selon l'Insee. Le taux d'ac-
Personnes en emploi 49
cès à la formation continue augmente
avec le niveau de diplôme initial : seuls Chômeurs 27
25 % de ceux qui n'avaient aucun di-
Inactifs 11
plôme ont eu accès à la formation en
2012, contre 66% des bac+ 3 et plus. Ce Unité : %
Sou rce: Insee - Données 2012, population des 18-64 ans
à quoi il faudrait ajouter les écarts de du-
rées et de types de formations suivies : le
seul accès à la formation ne renseigne pas Accès à la formation par catégorie sociale
sur le contenu des enseignements.

Les salariés aux statuts les plus favorables Ouvrier 37


sont aussi les plus favorisés dans ce do-
Employé 43
maine. Un quart des chômeurs sont
concernés, contre la moitié des personnes Profession intermédiaires 61
qui occupent un emploi. 63% des salariés
Cadre, profession intellectuelle 68
de la sphère publique ont été formés,
contre 46 % dans le privé, et 53 % des Indépendant 25
salariés en CDI, contre 40% en CDD. Les Unité: %
employés des plus petites entreprises (de Source : Insee - Données 2012, population des 18-64 ans

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 65


"Ji~ 1 EDUCATION

1 à 10 salariés) ne sont que 34% à avoir possibilités de progression de carrière et


été formés, contre les deux tiers dans les une barrière très forte à l'entrée du monde
entreprises de plus de 250 salariés. de l'encadrement. Pour ceux qui n'ont pas
décroché de diplôme, la situation est sou-
La formation professionnelle, qui devrait vent figée dès leur entrée dans le monde
constituer une « deuxième chance )) pour du trava il. Si les employeurs n'ont pas pour
les salariés les moins qualifiés, est davan- vocation d'organiser la promotion sociale,
tage utilisée pour adapter au changement on ne peut que souligner la faiblesse de
les salariés qui sont le mieux préparés de l'investissement public en France dans la
par leur diplôme. L'univers professionnel formation de ceux qui sont déjà les moins
français est déjà marqué par de faibles qualifiés. •

Taux d'accès à la formation par statut


Taux d'accès à la formation par diplôme d'emploi

Aucun diplôme 25 Non salarié 33

Brevet, CEP 39 CDI 53


CAP, BEP 43 CDD 40

Bac 51 Public 63

Supérieur court 61 Privé 46

Supérieur long 66 Unité:%


................................................................................................................................................................ . . ... . . . , . ... .. . ..... . . . ...... Source: Insee - Données 2012, population des 18-64 ans

Unité :%
Source: Insee- Données 2012, population des 18-64 ans

Taux d'accès à la formation par taille d'entreprise

1 à 10 salariés 34

11 à 19 salariés 42

20 à 49 salariés 50

50 à 249 salariés 56

250 personnes ou plus 65

Unité: o/o
Sou rce : Insee - Données 2012, popu lat ion des 18-64 ans

66 1 - OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S-RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 201S


FILLES ET GARÇONS À L'ÉCOLE
Les filles, pas vraiment meilleures
élèves que les garçons

Les filles ont de meilleurs résultats seo- Maîtrise du français et des mathématiques selon le sexe
laires en français que les garçons dans les
petites classes. L'écart s'est même accru
ces dernières années: en 2007, 89 % des
fil les maîtrisa ient les compétences de base
en français au prima ire, contre 83,7 % des
- Mathématiques 88,1 91, 1 90,3 91,4
garçons, soit 5,3 points d'écart. En 2012 ,
elles sont 91,8 % à maîtriser ces bases, -Français 89,0 83,7 9 1,8 85,1
contre 85,1 % des garçons, soit 6,7 points
d'écart. Ma is les garçons ont de meilleurs Elèves de troisième

résultats en mathématiques, même si -Mathématiques 89,4 89,4 86,8 87,6


l'écart se réduit notamment au primaire :
de 3 points en 2007 à 1 point en 2012 . -França is 85,5 74,5 82,3 68,0

Unité: %

Au lycée, les cand idates au bac l'ob- Lecture: 87,6 % des garço ns et 86,8 o/o des filles maîtrisent les mathé-
matiques de base à la fin du co llège en 20 12.
tiennent plus souvent que les ga rçons Source: ministère de l'Education nationale, élèves de CM2 et de troisième scolarisés en France en mars 2012.

(86,7 contre 82,3 %en 2012). Mais ces


derniers représentent 54,5 % des effec- Taux de réussite au baccalauréat par sexe
tifs de la fil ière S (scientifique), qui
2012
conduit aux voies les plus sé lectives de
l'enseignement supérieur, où les garçons Filles 64,9 68,2 73,9 76,8 8 1,6 81,9 86,9 86,7
.. .... .. ..... ....... .. ..... .. .... .... ........ .. ... ... ..
sont plus nombreux que les filles. Ces der-
Garçons 62,5 65 ,6 72,1 72,7 77,2 77,7 84,2 82,3
nières obtiennent plus souvent une
licence, voire un master, alors que les 74,9 79,9 84,5
garçons obtiennent plus souvent un doc-
Ecart 2,4 2,6 1,8 4,1 4,4 4,2 2,7 4,4
torat. Les garçons sont bien davantage
Unité :%
présents dans les filières qui mènent aux
Lecture: l'écart du taux de réussi t e entre les garçons et les fi lles au bac-
postes les mieux rémunérés : ils repré- calauréat est de 4,4 points en 2012, contre 2,4 en 1980.
sentent 70 % des élèves des écoles d'in- Source : ministère de l'Education nationale- Repères et références statistiques, édition 2013.

génieurs.

Contrairement à une idée répandue, les


fi lles ne sont pas vraiment me il leures
élèves que les garçons que les garçons à

RA PPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OB SER VATOIRE DE S INÉGA LI TÉS- 1 67
1i ~ 1 EDUCATION

l'école. Au bout du compte, ces derniers différenciés selon le sexe. Ces réalités ex-
continuent à être davantage présents au pliquent la plus ou moins grande réussite
niveau le plus sélectif. Ni les filles, ni les scolaire dans certains domaines, et sur-
garçons, ne sont meilleurs élèves par na- tout, les choix d'orientation vers telle ou
ture mais leurs modes de vie, leur éduca- telle filière. •
tion, les choix de leurs parents ou le fonc-
tionnement du système éducatif restent

Des parcours différenciés dans l'enseignement


supérieur

Evolution de la part des filles à l'université Les filles ont investi les bancs des universi-
tés ces cinquante dernières années, pas-
sa nt de 42,8 % des effectifs en 1960-
60 ···· ·· ··· ··· ·········· ·· ········ ··· ·· ··· ····· ············· ·· ······· ···· ······ ··· ··· ········· ·····
1961 à 58,4% en 2012-2013. Mais les
parcours universitaires demeurent nette-
55 ment différenciés selon le sexe. Alors que
les filles constituent 77 % des étudiants
en lettres et sciences humaines, elles sont
50
moins de 30 % dans le domaine des
sciences fondamentales. Dans les classes
45 préparatoires, elles sont majoritaires dans
les prépas littéraires (73 %) mais ne repré-
sentent que 30% des pré pas scientifiques.
40 ··· ·· ··· ··· ············· ······· ······· ····· ····· ············ ········ ·········· ······· ········· ····

Aux filles les lettres, aux garçons les


sciences? Ce principe reste vrai . Et la sé-
lection ne se fait pas seulement au mo-
ment de l'entrée dans l'enseignement su-
périeur : les filles sont déjà minoritaires en
Unité :%
filière scientifique au lycée. Les choses
changent tout de même. Ainsi, les filles
sont de plus en plus présentes dans les
Part de femmes parmi les diplômés des écoles d'in- prépas scientifiques. Et elles progressent
génieurs de 1985 à 2007
dans les écoles d'ingénieurs : de 15,7 %
2013 des élèves en 1985 à 25,9 % en 2007.
Reste qu'au rythme de 10 points en 20
15,7 18,7 22,8 24) 25,9 28,2 ans, il faudrait aux femmes encore un de-
Source: ministère de !"Educa tion nationale - Repères et références statistiques 2009 mi-siècle pour atteindre la parité. •

68 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAP PO RT SUR LES IN ÉGA LITÉ S EN FRANCE 2015


Proportion de filles par discipline universitaire

l -
PlurHettres, langues, sciences humaines
-
~

227 589
Part de filles
en %

77,4

Pharmacie 23 024 65,4

Droit, sciences politiques 204171 64,2

Médecine, odontologie 131 857 62,2

AES 37 940 60,1

Sciences de la nature et de la vie 74 520 59,9

Sciences économiques, gestion 151 276 52,2

IUT 115 305 39,7

STAPS (sport) 42 999 29,5

Sciences fondamentales et applications 161 173 27,9

TOTAL 1462 716 57,0

Proportion de filles dans les classes préparatoires et dans les


grandes écoles

- --1·. . . . Part de filles


en %
- ..
Classes préparatoires aux grandes écoles 82 22 1 42,1
(CPGE)

-Scientifiques 150 479 29,7

- Economiques 19 316 54

-Littéraires 12 426 73,7

Ecoles d'ingénieurs 124 448 28,1

Ecoles de commerce 119 632 49,3

Normale sup (ENS)* 3 680 39

ENA* 81 40

Polytechnique* 399 14

* Données pour les promotions 2008


Source: Ministère de l'Education nationale, Ena, Ecole polytechnique, année scolaire 2012-2013

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DE S INÉ GALITÉ S· 1 69


3
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I
u

LA MARQUE
DE LA CRISE

La montée du chômage et de la précarité une famille, de programmer des congés ou


à partir de la fin des années 1970 est l'un même des activités régulières.
des éléments moteurs dans la progression Contrairement à une thèse très répandue,
des inégalités sociales en France comme cette situation est loin d'être généralisée.
dans bien d'autres pays. Sur le marché du Comme pour le pouvoir d'achat, la crise ne
travail, le rapport de force s'est renversé touche pas tous les milieux de la même
dans un pays où le titre sco laire occupe façon et, si beaucoup se disent victimes,
une place démesurée. Au sein d'un pays c'est bien souvent pour échapper au devoir
riche comme la France, où la «valeur tra- de solidarité. Pour partie, le discours qui
vail)) est mise en avant, le fait d'exercer un tend à noircir le phénomène a une fonc-
emploi ne garantit plus toujours de sortir tion sociale : faire intérioriser aux salariés,
de la pauvreté et de pouvoir disposer de et notamment aux plus jeunes, qu'ils n'ont
ressources qui permettent de s' insérer cor- aucune revendication à porter compte
rectement dans la société. tenu de l'état du marché du travail. Ils
Ce déséquilibre entraîne une onde de choc doivent se satisfaire de leur emploi quel
en termes de revenus pour tous ceux qui qu'il soit.
passent par la case chômage ou n'arrivent Le chômage et la précarité de l'emploi
pas à s'insérer dans la vie professionnelle. frappent d'abord les milieux peu qualifiés
Avec une conséquence directe, compte et particulièrement les jeunes. Le marché
tenu de la faiblesse de l'indemnisation du du travail est de plus en plus coupé en
chômage, sur le niveau de vie et la consom- deux, avec des précaires qui tournent sur
mation : une partie de la population est des emplois sans statut et des salariés in-
rejetée de la société du progrès avec ses tégrés qui s'accrochent aux leurs. Le fait
vitrines alléchantes, faite de nouvelles d'avoir un diplôme qui assure une recon-
technologies, de vacances, d'accès aux version ou un statut protecteur comme
services. Mais aussi sur l'avenir: avoir un celui de la fonction publique, est devenu
revenu est une chose, ne pas savoir de un atout considérable. Nul doute qu'une
quoi sera fait demain, en est une autre. partie des tensions sociales d'aujourd'hui
Toute une partie des salariés précaires et trouve sa source dans cette division de la
des indépendants jonglent avec le futur. société française. •
Difficile dans ce cas de se loger, de fonder

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT 20 15 1 71


li ~ 1 EMPLOI

CHÔMAGE
Les jeunes aux premières loges

L'évolution du taux de chômage pour tous Le taux de chômage des 50-54 ans reste
les actifs entre 20 et 54 ans est significa- le plus faible même s'il est passé de 1,8%
tive de la dégradation de l'emploi depuis en 197 5 à 6,9 % en 2012, soit près de
les années 1970. En 2012, plus d'un jeune quatre fois plus de chômeurs de cet âge
actif sur cinq (22 %) de 20 à 24 ans est sur la période. Pour cette tranche d'âge, le
sans emploi . C'est cinq fois plus qu'en chômage a des conséquences désastreuses
1975 (4,4 %). Une part importante de la en termes de niveaux de vie, car passé un
hausse du taux de chômage des jeunes a certain âge, il devient plus complexe de
eu lieu entre 1975 et 1985, passant de retrouver un emploi . Il s'agit souvent d'un
4,4% à 15,5 %. Les actifs de 25 à 49 ans processus dont il est plus difficile de se
sont beaucoup moins touchés que les 20- défaire : la durée du chômage des plus de
24 ans : en 2012, leur taux de chômage 50 ans est très supérieure à celle des plus
est 2,5 fois moins élevé (8,6 %) que les jeunes.
jeunes, même s'il a aussi progressé (il était
de 1,8% en 1975). Des records
Depuis 2008, année de début de la crise
L'évolution du taux de chômage selon l'âge depuis 1975 financière, les données moyennes trimes-
trielles publiées par l'Insee montrent une
25 .. ·~· .. ., . ., -·-· ....... --·-··-·· ... -~· ... ..... -~---~- --~· ... .......·- - ... ... ... ·--- ·· .. .... ·---~·-·. -· ·~·. nette augmentation du taux de chômage
pour les trois tranches d'âge, mais tout
particulièrement pour les plus jeunes. Ce-
lui-ci a augmenté de quatre points en
quatre ans pour les 20-24 ans, contre trois
points pour les 25-49 ans et deux points
~ pour les 50-54 ans. Mais d'une certaine
•~ façon, pour les jeunes, c'est comme si le
g_
g mal était déjà fait : le chômage est massif,
'E
~ mais ce n'est pas nouveau . La majorité des
.t jeunes peu qualifiés savent qu'ils passe-
·o
1 ront par le chômage et la précarité avant
.~ de pouvoir s'intégrer dans la vie profes-
g- sionnelle. Pour eux, le niveau actuel du
~ chômage a des répercussions qui vont au-
'" delà des niveaux de vie : difficultés à se
::l
0
stabiliser, à trouver un logement, à partir
20 à 24 ans • 25 à 49 ans • 50 à 54 ans en vacances, à s'établir en couple, etc. •

72 1 OBSERVATOIRE OES IN!GALITtS ~ RAPPORT SUR LES IN!GALIT!S EN fRANCE 2015


Les plus âgés ont plus de mal à retrouver un emploi

Les 2,8 millions de chômeurs recensés en fort pour les plus âgés qui ont plus de dif-
2012 étaient sans emploi depuis 14 mois ficu ltés à reprendre un emploi : moins mo-
en moyenne. 19,7 %d'entre eux éta ient biles, avec des sa laires en moyenne plus
sans activité professionnelle depuis pl us élevés, etc. Une grande partie d'entre eux
de deux années. L'ancienneté au chômage doit alors réduire ses exigences salariales
des femmes est légèrement inférieure à et donc son niveau de vie. Mais alors qu'à
celle des hommes : 13,4 mois contre 14,5 20 ans on peut toujours imaginer de pro-
mois. gresser ultérieurement, à 50 ans, il est
beaucoup plus difficile d'amorcer une se-
La durée du chômage s'accroît nettement conde carrière. •
avec l'âge. Les chômeurs de plus de 50 ans
étaient au chômage en moyenne depuis Ancienneté au chômage selon l'âge et le sexe
22 mois. 34,8 % d'entre eux depuis plus
de deux ans. Pour le mill ion de jeunes sans Ancienneté
moyenne au
emploi, la moyenne d'ancienneté au chô- chômage en mois
mage s'élevait à 9,3 mois et 11,3 %
étaient dans cette situation depuis plus de
De 15 à 29 ans 1 074,2 9,3
deux ans. Les jeunes hommes sont davan-
tag~ conc~rnéç par l~ç longu~ç périodes De 30 à39 ans 637,2 12,9
d'inactivité professionnelle: 9,9 mois contre De 40 à 49 an s 573,9 16,6
8,5 mois pour les jeunes filles. 12,6 % des
jeunes hommes au chômage étaient sans 50 ans et plus 525,3 21,8
......,...........
~~- · · · · · ······ · ·· · · · · · ······

emploi depuis plus de deux ans contre Ensemble 2811,2 14,0


9,8% des femmes de 15 à 29 ans.

En proportion, le chômage frappe davan-


tage les jeunes. Mais son impact est plus
Ü i EMPLOI

STATUT, CONTRAT DE TRAVAIL

12 o/o de salariés précaires


En France, 25,8 millions de personnes souvent- les inégalités sont extrêmes,
ont un emploi (données 2011 ). Parmi aussi bien en matière de précarité, que
elles, 11,2% sont des indépendants: ils de niveau de vie. Quoi de commun entre
ne perçoivent pas de salaire, mais l'artisan maçon soumis aux aléas du bâ-
vendent leur production, des biens ou timent et le chirurgien de renom dont la
des services. A l'intérieur de cet en- clientèle est assurée ? A l'évidence, il
semble- dont on parle relativement peu faudrait intégrer une partie des indépen-

Répartition de l'emploi selon Part dans


le statut l'emploi total

Ensemble 25 762,1

Non salariés 2 894,2 11,2%

Salariés 22 867,9 88,8%

Dont contrats à durée indéterminée 19 701,7 76,5%

COl du privé 15 216,8 59, 1%

Fonctionnaires 4 484,9 17,4%

Dont contrats précaires 3 166,2 12,3%

Intérimaires 508,3 2,0%

Apprentis 406,3 1,6%


......................................... .

COD du privé 1 297,7 5,0%

COD du public 621,6 2,4%

Stagiaires et contrats aidés du privé 206,5 0,8%

Stagiaires et contrats aidés du public 125,8 0,5%

Lecture: parmi l'ensemble des actifs occupés, 12,3,% ont un statut précaire.

74 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INÉGALITËS EN FRANCE 2015


dants les moins qualifiés au sein des l'ensemble des emplois, les stagiaires et
emplois précaires. les contrats aidés 1,3 %. Les apprentis
( 1,6 % de l'ensemble) ont une situation
Les écarts sont importants parmi les particulière : leur contrat est précaire
22,8 millions de salariés. 76 % d'entre mais ils reçoivent une formation.
eux sont employés à durée indéterminée
dans le secteur privé ou public, soit les Ces données sous estiment l'ampleur de
trois quarts de l'ensemble des actifs oc- la précarité. Elles n'intègrent pas les em-
cupés. Un peu moins d'un salarié sur plois préca ires des non salariés et
cinq est employé de la fonction publique masquent le fait que le CDI ne protège
et dispose d'un statut particulièrement plu s du licenciement, notamment pour
protecteur. Parm i les salariés du privé en les salar iés les moins qualifiés. Les
CDI, les inégalités face à la sécurité de moyennes tous âges confondus
l'emploi sont importantes suivant le ni- masquent l'impact de la précarité pour
veau hiérarchique dans l'entreprise, le les jeunes.
niveau de qual ification, mais aussi la
taille de la société et le secteur d'activité. Les deux seules catégories épargnées
sont ce ll e qu i dispose d'un statut protec-
Les salariés les plus soumis aux aléas éco- teur et cel le qui détient un diplôme per-
nomiques sont les près de 3,2 millions mettant de retrouver plus facilement un
d'employés en statut précaire emploi en cas de licenciement. Le mar-
(12,3% de l'en semble des actifs occupés ché du travail se fissure en deux univers
et 14% des salariés) . Il s'agit pour une opposés : des instabl es qui passent de
très grande part de contrats à durée dé- CCD en intérim, et des salariés qui oc-
terminée, qu i représentent 7,4 % de l'en- cupent des emplo is stables (fonction-
semble des emplois, dont 5 % dans le naires, salariés qualifiés) . •
secteur privé, contre 2,4 % dans le public.
Les intérimaires représentent 2 % de

Le temps partiel subi frappe d'abord les femmes

27 % des salariés à temps partiel dé- 15-29 ans en temps partiel souhaiteraient
clarent vouloir travailler davantage (la trava iller. Tous âges confondus, la propor-
définition officielle du temps partiel subi). tion est encore plus élevée chez les
Mais cette moyenne masque des écarts : hommes, mais ces derniers ne représentent
le taux atteint 13,7 % chez les femmes que 20% des salariés à temps partiel. Un
cadres supérieurs contre 35 ,1 % chez les million de femmes travaillent à temps par-
ouvrières. Pou r les jeunes, l'intégration tiel et déclarent souhaiter travailler plus,
dans l'emploi, via le temps partiel est très contre 300 000 hommes.
souvent un pis-al ler : plus de 40 % des Ces données minimisent la situation. Une

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 75


li"" 1 EMPLOI

Part de temps partiel subi partie des salariés ne déclarent pas souhai-
ter travailler plus car ils intègrent le fait
que cette probabilité est très faible ou par
exemple qu'ils (et surtout« elles))) ne dis-
15 à 29 ans 42,8 41,7 43,3
posent pas de solution pour faire garder
30 à 39 ans 26, 1 45,5 22,4 leurs jeunes enfants à un prix abordable.
Dans un contexte plus favorable, rien ne
40 à 49 ans 25, 1 31,5 24,2
dit qu'ils ne souhaiteraient pas accroître
50 à 59 ans 23, 1 28,0 22,0 leur temps de travail. •
60 ans et plus 9,9 8,3 11 ,1

Selon le diplôme

Aucun diplôme ou CEP 32,2 38,7 30,5


...................................................... . .
. . . . . . .. ... . . ... .... . . .. . . ... .. . . . . . . . . .. . . .. .. .. .. .. .. . .. .. .. .. . .. . . .. .

Brevet des collèges 31,6 34,0 30,9

CAP, BEP 30,6 34,5 29,6

Bac. ou brevet professionnel 27,8 31,0 26,9

Bac+2 16,8 27,0 15,1

Diplôme supérieur 21,8 28,2 19,9

Selon la catégorie socioprofessionnelle

Agriculteurs exploitants 7,9 7,5 8,1

Artisans, commerçants 28,9 32,8 25,1

Cadres et professions intellectuelles 15,3 18,8 13,7


supérieures

Professions intermédiaires 20,2 29,5 17,9


.
. . ... . .. . . .. ... .. . .. ... . .. ... .. . .. . . . .. .. . .. . .. ... . .

Employés 30,3 38,4 29,5


. ..... . .. . . . . .... . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . •...

Ouvriers 37,5 40,8 35 ,1

Selon l'origine

Population non immigrée 26,3 31,7 24,9

Immigrés nés dans un pays de I'UE 25,0 29,6 24,1


à 27

Immigrés nés hors de I'UE à 27 39,7 44,0 38,3

Ensemble

Unité: %

76 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPP ORT SUR LE S IN ÉGALITÉS EN FRANCE 20 1S


Deux millions de travailleurs pauvres

Un million de personnes exercent un em- Evolution du nombre de travailleurs pauvres


Au seuil de 50% du revenu médian.
ploi mais disposent, après avoir comptabi-
lisé les prestations sociales (primes pour
1100 .... _........_,_............... .... .... .. ..... ... ....... ..
l'emploi, allocations logement, etc.) ou
intégré les revenus de leurs conjoints, d'u n
niveau de vie inférieur au seui l de pau-
vreté, fixé à la moitié du revenu médian[l] .
Elles sont 1,9 milli on si l'on prend en
compte le seuil à 60 %. Le nombre de tra-
vailleurs pauvres a grossi de 34 000 per-
sonnes entre 2002 et 2012 au seuil à
60 %, de 154 000 au seuil à 50 % du
900 ····-···········-··· ······-··--····· ····· ······· ········· ··· .. ····· ········· ··· ···-·-· ·· ····· ·--
revenu médian. Il est d'ailleurs possible
que ces chiffres aient progressé avec l'ac-
centuation de la crise.

Si l'on compte l'ensemble des personnes,


conjoints et enfants compris, c'est entre 2
et 3,9 millions de personnes qui vivent dans
Unité : milliers
un ménage pauvre dont le chef de famille * Rupture de série. Le niveau de vie t ient compte des prestations sociales, des impôt s et des
reve nus des conjoints.
dispose d'un emploi -toujours en tenant
[1] Le revenu médian
compte de l'ensemble des ressources. de plusieurs facteurs. D'abord, de la fai- est celui qui sépare
Même en utilisant la définition la plus res- blesse des sa laires dans de très nombreux l'effectif des ménages
en deux - autant gagne
trictive, on compte presque un mill ion de secteurs et notamment du niveau du sa- moins, autant gagne plus.
personnes qui vivent avec environ 800 laire minimum. Ensu ite du temps partiel, [2] Pour une famille on
ajoute 400 euros pour un
euros par mois pour un adulte seu Wl, alors qui rédu it en proportion les niveaux de vie. autre adulte ou un enfant
que ces personnes ou leurs parents Enfin, du fractionnement des emplois : pe- de plus de 14 ans, 240
euros pour un enfant de
exercent un emploi . tits boulots, alternances de phases d'em- moins de 14 ans.
L'existence de travailleurs pauvres résulte ploi et de chômage ou d'inactivité.

Comment mesurer le nombre de travailleurs pauvres ?


Il existe deux façons de mesurer le nombre de travailleurs pauvres. Soit on prend en compte l'ensemble des
revenus du ménage et des prestations sociales. Il s'agit de travailleurs dont le niveau de vie est inférieur au
seuil de pauvreté. C'est le cas, par exemple, d'une famille de cinq personnes où une seule dispose d'un emploi
payé au Smic à temps plein. Soit on prend en compte uniquement les revenus individuels d'activité (salaires
ou revenus des travailleurs indépendants). C'est le cas par exemple d'une personne employée au Smic à mi-
temps, qu i n'est pas prise en compte dans la prem ière définition si elle vit avec une personne dont les revenus
permettent de dépasser le seuil de pauvreté pour l'ensemble du ménage.

RAPPORT SURLES INÉGALITÉSEN FRAN CE 2015 ·OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 77


1i ~ 1 EMPLOI

CONDITIONS DE TRAVAIL

Les salariés les moins qualifiés inégaux face aux


horaires de travail

47 % des employés du secteur du com- les plus concernés avec une hausse de 5,2
merce et des services travaillent le di- points sur la période (de 42 à 47 %),
manche, au moins occasionnellement. Les contre+ 2,1 points pour la moyenne des
employés administratifs (11 %) et les ou- salariés résidant en France métropolitaine
vriers non qualifiés ( 17 %) sont les moins (26 à 28 %).
concernés. La pression est forte pour élar-
gir le temps consacré à la consommation 15,5 %des salariés sont au moins occa-
dans notre société et la part de ceux qui sionnellement à leur poste la nuit, entre
travaillent le dimanche a augmenté entre minuit et cinq heures du matin, proportion
2005 et 2013, selon les données du minis- stable depuis 2005 (15,2 %). C'est le cas
tère du Travail, mais différemment selon de 23,4% des ouvriers qualifiés, de 17,5%
les catégories socioprofessionnelles. Les des ouvriers non qualifiés, contre 11,8 %
employés de commerce et de services sont des cadres supérieurs et 4% des employés

Salariés aux horaires atypiques


Travaillent au moins occasionnellement le samedi, le dimanche, la nuit

Cadres 28,2 28,3 0,1 12,3 11,8 -0,5


.
.. . . .. ... .. .. .. .. . . . . . . . ... ...................................

Professions intermédiaires 28,8 25,2 - 3,5 15,3 15,9 0,6

Employés administratifs 9,6 11,0 1,4 4,3 4,0 -0,3

Employés de commerce et services 41,7 46,9 5,2 17,3 16,8 - 0,5

Ouvriers qualifiés 20,2 23,5 3,3 23,0 23,4 0,4

Ouvriers non qualifiés 13,7 17,5 3,8 14,8 17,5 2,7

Ensemble 28,3 0,3

Unité :%.* Entre minuit et cinq heures du matin.


Sou rce : ministère d u Travail- Enquêtes Co nd itions de travail, salariés de France métropolitaine

78 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INtGALITt S EN FRANCE 2015


Les différents types d'horaires

Même horaire tous les jours 51,2 50,7 -0,5

Horaires alternants sur deux équipes ou plus 8,9 7,8 -1,1

Horaires variables selon les jours, fixés par l'entreprise 16,9 18,8 1,8

Horaires à la carte * 10,7 9,6 - 1,0

Horaires déterminés par le salarié 12,3 13,1 0,8

Unité :%
• Hora ires à la carte: sa lariés q ui choisissent la modalité ainsi formulée • vos horaires sont modifiables par vous-même d'un jour à l'autre, da ns un sys-
tème du type • ho rai res à la carte • ».
Source : minist ère du Travail - Enq uêtes Condit ions de travail, salariés de France métropolitaine

administratifs. Les ouvriers non qual ifiés • Qui est soumis à un contrôle de ses ho-
sont davantage concernés en 2013 par le raires?
travail de nuit qu'en 2005 : leur propor- 45 ,3 % des salariés sont soumis à un
tion est passée de 14,8 % à 17,5 %. Les contrô le de leurs horairesl11 en 2013,
professions où le travail de nuit est le plus contre 48,5% en 2005, soit 3,2 points de
répandu appartiennent principalement au moins. Les écarts sont considérables entre
secteur tertiaire: chauffeurs routiers, poli- catégories sociales : 60 % des ouvriers [1] Horloge pointeuse,
badge, signature, fiche
ciers, pompiers, infirmiers, sages-femmes, sont concernés, contre 25 % des cadres horaire et assimilé, contrôle
mais aussi les ouvriers dans l'industrie. supérieurs. par !e ncadrement ou autre.

Les horaires de travail


• Les horaires irréguliers
La moitié des salariés n'ont pas les Cadres supérieurs, quand le travail
mêmes horaires de travail tous les jours déborde
en 2013 . 18,8% voient leurs horaires
varier selon les jours, sur décision de leur Pour les cad res supérieurs, le travail occupe parfois une
employeur (contre 17 % en 2005) et place bien plus importante que les horaires officiels pré-
7,8 % des salariés ont des horaires qui sentés dans ces données. Avec les nouvelles technolog ies,
alternent avec deux équipes ou plus (les une grande partie d'entre eux devient dispon ible 24
deux ou trois « huit ))). Les données par heures sur 24. C'est une forme de contrepartie de leurs
profession ne sont pas disponibles, mais rémuné rations, de leurs responsab ilités et de leu r autono-
cette variabilité regroupe deux types d'or- mie dans le trava il. Ma is le trava il des cadres est moins
ganisation du travail : d'un côté des pén ible physiquement et une partie de leurs fonctions
cadres supérieurs dont une partie module s'apparente à du loisir pour un ouvrier à la chaîne. Il n'em-
eux-mêmes leur emploi du temps, et de pêche que, dans certaines entreprises, la pression de la
l'autre des exécutants à qui l'on demande concurrence et de la hiérarch ie peut avoir un impact sé-
de venir de façon irrégul ière en fonction rieux sur la vie persan nel le.
des besoins de l'entreprise.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITËS 1 79


'Ji~ 1 EMPLOI

• Qui connaît ses horaires à l'avance? commerce et services (23,3 %) sont les
20 % des salariés n'ont pas connaissance plus concernés. 22,8 % des cadres
de leurs horaires de travail un mo is à connaissent aussi cette situation , mais
l'avance, situation particulièrement diffi- pour des motifs différents : en contrepar-
cile en matière de rythmes de vie. Cette tie de leurs responsabilités et de leurs
contrainte a connu une légère progression niveaux de rémunération , on exige un
(1 ,3 point) entre 2005 et 2013 . Les ou - investissement plus grand et des horaires
vriers qualifiés (25,8 %) et les employés de plus extensibles. •

Les contraintes horaires

Cadres 9,1 11 ,0 1,9 24,3 22,8 - 1,5

Professions intermédiaires 14,6 13,5 - 1'1 15,9 15,2 - 0,7

Employés administratifs 13,0 10,8 - 2,2 10,0 8,4 - 1,6

Employés de commerce et services 28,4 28,0 - 0,4 21 ,2 23,3 2,1


.. .................. ••... ·························· ·

Ouvriers qualifiés 12,9 14,2 1,3 20,2 25,8 5,6

Ouvriers non qualifiés 11,2 16,0 4,8 21,0 22,8 1,8

Ensemble 15,8 16,3 18,7 1,3

Unité : o/o.
Source: ministère d u Travai l - Enquêt es Conditions de travail, salariés de France mét ropolitaine

Travail pénible: les ouvriers à la peine


Les salariés sont dans l'ensemble mieux travail imposé par une machine ou par la
protégés face aux risques qu'hier, mais su rvei lia nee de la h iéra rch ie. Ces
leur travail n'a pas été allégé. La part de contraintes sont beaucoup moins répan-
salariés concernés par des contraintes dues chez les professions intermédiaires et
liées au rythme de travail [ll ne diminue les employés administratifs, dont beaucoup
pas. Elle est passée de 31,6% à 35,2 % travaillent dans le secteur tertiaire, ma is
entre 2005 et 2013, selon le ministère du elles concernent tout de même 34,8 % des
Travail. Pour l'essentiel, il s'agit d'ouvriers premières et 31 ,6% des seconds. Les em-
qualifiés (54%) qui voient leurs gestes au ployés de commerce et de services ont
quotidien commandés par un rythme de ressenti la plus forte hausse de ces

80 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPP ORT SUR LE S IN ÉG ALITÉS EN FRAN CE 20 15


contraintes,+ 8 points entre 2005 et 2013 Contraintes de rythme de travail selon la catégorie
(de 19,9% à 28 %), contre + 3,6 po ints socioprofessionnelle
pour l'ensemble des personnes interrogées.

La pénibilité physique concerne essentiel- Cad res 22,8 25,6

lement les moins qualifiés. 64,6 % des 32,4 34,8


Professions intermédiaires
ouvriers non qualifiés, contre 7,9 % des
cadres et 34,3 %de l'ensemble des sala- Employés adm inistratifs 27,1 31,6

riés, déclarent subir au moins trois Employés de commerce et services 19,9 28,0
contraintes physiques [21 . La part des sala-
Ouvriers qual ifiés 47,3 54,0
riés qui subissent ces pénibil ités a aug-
menté de six points entre 2005 et 2013 Ouvriers non qualifiés
chez les ouvriers qua li fiés , passant de
Ensemble
57,2 % à 63,2 %.
Unité: %
Source: ministère du Travail- Ensemble des salariés, France métropolitaine.
Qu i est sou mis au rythme d'une ma-
chi ne?
Entre 1978 et 2013, la part de salariés Contraintes physiques liées au travail selon la catégorie
socioprofessionnelle
soumis au déplacement automatique
d'une machine est passée de 3 % à 8 %.
La proportion de ceux qu i sont soumis à la
Cadres 6,5 7,9
cadence d'une machine a augmenté d'un
point sur la période (de 6 à 7 %). Le minis- Professions intermédiaires 22,7 25,0
tère du Travail ne livre pas de données sur
Employé s ad mi nistratifs 9,3 10,8
le travail à la chaîne par catégorie sociale
en 2013, ma is les derniers chiffres dispo- Employés de commerce et services 45,0 46,1
nibles (2005) n'ont sans doute pas beau-
Ouvriers qualifiés 57,2 63,2
coup évolué. Pour l'essentiel, il s'ag it d'ou- ······ ···-······--··· ···

vriers dont 38,8 % vo ient leurs gestes au Ouvriers non qualifiés


quotidien commandés par une mach ine.
Ensemble
Le travail automatisé est beaucoup moins
répandu chez les employés et les profes- Unité :%
Source : ministère du Travail- Ensemble des salariés, France métropolitaine.
sions intermédiaires, dont beaucoup se
situent dans le secteur tertiaire, même s'il
concerne respectivement 5,6 % et 6,5 % [ 1] Connaître trois permanentes exercées par la
d'entre eux. contraintes parmi les hiérarchie et un contrôle ou
suivantes : le déplacement un suivi informatisé.
automatique d'un [2] Subir au moins trois
Qui porte des charges lourdes? produit ou d'une pièce, contraintes physiques
la cadence automatique parmi les suivantes : rester
En 2013 , 41 % des salariés déclara ient d'une machine, d'autres longtemps debout, rester
po rter ou dép lacer des charges lourdes, contraintes techniques, la longtemps dans une posture
dépendance immédiate pénible, effectuer des
deux points de plus qu 'en 2005 . 67,5 % vis-à-vis des collègues, des déplacements à pied longs
des ouvriers sont dans ce cas, contre normes de production à ou fréquents , devoir porter
satisfaire en une journée, ou déplacer des charges
12,8 % de cadres supérieurs. La difficulté une demande extérieure, les lourdes, subir des secousses
de l'effort a des répercussions sur l'orga- contraintes ou surveillances ou des vibrations.

RA PPORT SUR LES INÉG ALI TÉS EN FRANCE 201 5- OB SE RVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 81
1i ~ 1 EMPLOI

Part des salariés dont le travail est soumis au rythme d'une machine

- 1984 Iii 1998 2013

Soumis au déplacement automatisé d'un produit ou d'une pièce 3 3 4 6 7 8

Soumis à la cadence automatique d'une machine 6 4 6 7 7 7

Unité :%
Source: ministère du Travail - Ensemble des salariés, France métropo lit aine.

nisme et participe à la réduction de l'espé-


Le travail à la chaîne ou sous contrainte automatique selon
la catégorie socioprofessionnelle
rance de vie. A 35 ans, un homme cadre
supérieur a en moyenne une espérance de
vie de 47 ans, un ouvrier de 41 ans.

Cadres et professions intellec- 0,3 1,0 1,1 1,7


Qui travaille dans le bruit?
tuelles supérieurs
Près d'un tiers des ouvriers déclarent subir
Professions intermédiaires 2,0 3,3 5,2 6,5 des nuisances sonores au travail, c'est-à-
··········· ··········· ······· ·····················

Employés 1,8 3,6 3,8 5,6 dire entendre une personne placée à 2 ou
3 mètres à condition qu'elle élève la voix,
Ouvriers 24,4 29,7 35,2 38,8 contre 6,4 % des cadres supérieurs, soit
Ensemble 9,6 12,0 13,1 14,0 cinq fois plus.

Unité :%. Travail à la chaine ou rythme de trava il soumis à la cadence d'une machin e ou
rythme de travai l dépendant d'un dépl acement automatique d'un produit ou d'une pi èce. Qui travaille dans un environne-
Source: min istère du Travai l - Ensemble des salariés, France métropolitaine
ment hostile?
En 2013, près d'un salarié sur trois subit
des nuisances liées à son environnement
de travail telles que la poussière, la fumée,
ou encore le contact avec des produits
dangereux. Parmi eux, deux tiers des ou-
vriers exercent leur métier dans la saleté,
Sources:
contre 10,9 % des cadres supérieurs. La
Deux types d'études sont disponibles pour appréhender moitié des ouvriers sont au contact de pro-
les conditions de travail des salariés. Une<< enquête sur duits dangereux, contre 13,4% des cadres.
les conditions de travail n, plus globale, réalisée tous les
sept ans auprès de personnes en emploi (27 000 en Qui subit des pressions au travail?
2013), qui recueille les conditions de travail telles A la pénibilité physique s'ajoutent de plus
qu'elles sont perçues par les enquêtés, et une<< enquête en plus des contraintes de stress liées à la
de surveillance médicale des expositions aux risques rationalisation des tâches, notamment
professionnels >> (dite Sumer [31 ) , qui porte davantage dans le secteur des services. Les cadences
sur les liens entre santé et conditions de travail. Toutes ne sont plus l'apanage de la chaîne ou-
deux apportent des éclairages intéressants. vrière, les caissiers ou les télé-opérateurs
en savent quelque chose, même si physi-
[3] " Les expositions aux risques professionnels - Les contraintes organisationnelles et
quement leur travail est malgré tout moins
relationnelles » - Enquête Sumer 2010, Dares, Synthèse. Stat', no 07, aout 2014. usant Les situations de tensions, que ce

82 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS · RAPPORT SUR LES INÉGALIT ÉS EN FRANCE 201S


Nuisances liées à l'environnement Efforts physiques selon la catégorie socioprofessionnelle
du travail
Proportion de salariés qui déclarent porter 2013
Respirer des fumées ou des poussières ou déplacer des charges lourdes

Cadres supérieurs 10,9 Cadres et professions intellectuelles supérieures 10,9 12,8

Professions intermédiaires 23,1 Professions interméd iaires 27,6 31,9

Employés 21,7 Employés 40,5 45,6

Ouvriers 66,3 Ouvriers 64,2 67,5

Ensemble 30,7 Ensemble 39,0 41,0

Unité :% Unité : o/o


Source: mi nist ère du Trava il - Données 2013- Ensemble des salariés, Source: ministère du Travail- Ensemble des salariés, France métro politaine.
France métro politaine.

Etre en contact avec des produits dangereux


Subir des nuisances sonores* au travail
Cadres supérieurs 13,4 Selon la catégorie socioprofessionnelle

Professions intermédiaires 27,9

Cad res et professions intellectuelles supérieures 5,6 6,4


Ouvriers 51,6
Professions intermédiaires 11,9 13,6
Ensemble 29,3
Employés 8,3 11,3
Unité : o/o
Source: ministère d u Travail- Données 2013 - Ensemble des salariés,
France métropol ita ine. Ou vriers 30,5 31,7

Ensemble
soit avec le public ou avec les supérieurs
Unité: %*. Salarié déclarant entend re une perso nne placée à 2 ou 3 mètres à condition qu'elle
hiérarchiques, sont présentes à peu près élève la voix.
Source: ministère du Travail - Ensemble des sala riés, France métropolita ine.
dans les mêmes proportions pour tou tes
les catégories sociales.

Comment cela évolue-t-il?


Dep ui s le mili eu des années 1980, les
cond itions de travail se sont plutôt dégra-
dées. Co mment expliquer ces évolutions ?
Il faut d'abord prendre ces ch iffres avec
précaution : il s'agit de déclarations. Pour
partie, ell es reflètent une exigence plus
grande pa r rapport aux cond itions de tra-
vai l. La montée de comportements mépri-
sants pe ut aussi êt re due à une plus
grande sensibilité au phénomène, variable
se lon les ca tégories sociales. Ces phéno-
mè nes ne peuvent pas tout expliquer, no-
ta mment l'ampleur de la dégradation de

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 20 15- OBSERVATOIRE DES INÉGALI TÉS 1 83
li ~ 1 EMPLOI

Evolution des conditions de travail entre 2003 et 2010

Cadres supérieurs 11,5 14,2 2,7


. . . . .. .. . . ... .....

Professions intermédiaires 21,6 23,2 1,6


.
. . .. . . . . .. ... . .

Employés administratifs 21,9 25,6 3,7

Employés de commerce et de service 27,3 33,1 5,8

Ouvriers qualifiés 32,1 30,7 -1,4

Ouvriers non qualifiés 36,2 33,5 -2,7

Ensemble 25,2 26,8 1,6

Comportements méprisants au travail

Cadres supérieurs 9,7 13,5 3,8

Professions intermédiaires 10,4 15,9 5,5

Employés administratifs 11 ,6 15,5 3,9

Employés de commerce et de service 11,8 16,5 4,7

Ouvriers qualifiés 9,6 14,9 5,3

Ouvriers non qualifiés 11,7 16,2 4,5

Ensemble 10,6 15,4 4,8

Unité :%
Sou rce: ministère d u Trava il - Enq uêt e Sumer - Ensemble des salariés, France métropolitai ne.

la situation pour les catégories les moins de plus en plus de salariés qui occupent
qualifiées. Ces déclarations résultent aussi des emplois qui ne figurent pas parmi les
d'une pression accrue sur les salariés dans plus prestigieux et qui ont moins d'auto-
un contexte de chômage de masse. Pour nomie. La rationalisation de l'organ isation
ce qui est des cadres, le groupe se« massi- de la production dans les services se réper-
fie)) en augmentant de taille : on y trouve cute aussi sur eux. •

84 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INÉGA LI TÉ S EN FRANCE 201 5


2,2 millions de salariés exposés à un produit
cancérigène
Qui est exposé à au moins un produit
cancérigène ?
2,2 millions de salariés- soit 10% du total
-sont exposés à au moins un produit cancé-
rigène, selon le ministère du Travail. Parmi
eux, 800 000 sont exposés aux gaz
d'échappement des moteurs diesel ,
540 000 aux huiles minérales entières l 11,
370 000 aux poussières de bois et Femmes 2,8
300 000 à la silice cristalline [2]. La moitié des
salariés exposés le sont plus de deux heures
par semaine et 15% plus de 20 heures. Moins de 25 ans 15,7

25-29 ans 11,7


La population exposée est beaucoup plus
souvent masculine : 16 % des hommes 30-39 ans 9,6
sont concernés au travail, contre 2,8 %
40-49 ans 10,0
des femmes. Les ouvriers représentent les
deux tiers des personnes exposées, so it 50 ans et plus 7,4
deux fois plus que leur part dans l'en-
Catégorie sociale
semble des salariés. 28 % des ouvriers
qualifiés et 19 % des ouvriers non quali- Cadres supérieurs 2,3
fiés sont exposés à au moins un produit Professions intermédiaires 7,0
chimique, contre 2,3 % des cadres supé-
rieurs. Les secteurs de la maintenance in- Employés administratifs 1,6

dustrielle, du bâtiment et de la mécanique Employés de commerce 4,4


sont les plus touchés.
Ouvriers qua lifiés 28,1

Les mesures de protection collective et in- Ouvriers non qualifiés 18,9


dividuelle demeurent insuffisantes, selon Unité: %
le ministère. Dans un tiers des cas, les mé-
decins du travail notent une absence de
protection collective (57 % dans le bâti- production ou par la substitution des pro-
ment). Dans 46% des cas, aucune protec- duits cancérogènes par des produits moins
tion individuelle n'est signalée. dangereux }}, remarquent les auteurs de
l'étude. Entre 2003 et 2010, le nombre de
La bonne nouvelle est la tendance à la salariés exposés au trichloréthylène, par [l ] otamment les huiles
pour moteur qu'utilisent les
baisse : entre 2003 et 2010, la part de sa- exemple, a été quasiment divisé par trois.
mécaniciens.
lariés exposés a diminué de 13 à 10 % : Ma is cette diminution globale résulte aussi [2] Q ui donne notamment
la sil icose. La silice est
rr Cette baisse peut être notamment expli- du déclin de l'emploi industriel {-15 %au
utilisée pour fai re du béton
quée par les changements de procédés de cours de cette période). • par exemple.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 85


li ~ 1 EMPLOI

Davantage de congés pour les cadres que pour les


ouvriers
Congés annuels selon la catégorie sociale Les cadres supérieurs et les professions
intermédia ires totalisent 41 jours ou-
vrables de congé [11 en 2010, soit près de
sept semaines, contre 32 jours pour les
Cadres 41 6,8 ouvriers et 35 jours pour les employés, se-
..................................................................... lon la une étude de l'Insee réalisée auprès
Cadres de la fonction publique 44 7,4 des salariés en CDI ayant au moins un an
Ingénieurs et cadres techniques d'entreprises 41 6,8 d'ancienneté dans leur emploi . Les cadres,
qui déclarent des durées annuelles de tra-
Cadres administratifs et commerciaux d'entreprises 40 6,6 vailles plus longues , prennent davantage
Professions intermédiaires 41 6,8 de congés payés ou de RTI que les ou-
.. ....... ............ .... ········· ············ ······ . . . . ................ •.. '
vriers.
Professions intermédiaires de la fonction publique 45 7,5

Professions intermédiaires de la santé et du travail 44 7,3 L'écart entre ces deux catégories sociales
social s'explique aussi par les dispositifs d'amé-
nagement du temps de travail mis en
Techniciens, contremaîtres, agents de maîtrise 40 6,7
place depu is la lo i sur les 35 heures. Pour
Professions intermédiaires administratives et com- 37 6,2 les cadres, le dépassement des 35 heures
merciales des entreprises
hebdomadaires leur permet de bénéficier
Employés 35 5,8 de dem i-journées ou de journées com-
plètes de repos ou de jours de congés com-
Employés civils et agents de service de la fonction 43 7, 1
plémentaires. Pour les employés et les
publique
ouvriers, en particulier les moins qualifiés,
Employés administratifs d'entreprise 36 6,0 le temps de trava il s'est adapté à l'activité
Employés de commerce 30 4,9 et ne dépasse pas les 35 heures hebdoma-
daires.
Personnels des services directs aux particuliers 27 4,5

Ouvriers 32 5,3 Un des critères déterminant pour la durée


des congés est aus si la tai lie et le secteur
Ouvriers qualifiés de type industriel 34 5,7
de l'entreprise. La fonction publique arrive
Chauffeurs, ouvriers qualifiés de la manutention, du 33 5,5 en tête avec 45 jours de congés annuels
magasinage et du transport en moyenne dont 48 dans la fonction pu-
Ouvriers non qualifiés de type industriel 32 5,3
blique d'État[21 , durée la plus longue
d'après les données de cette étude. Dans
Ouvriers qualifiés de type artisanal 32 5,3 le secteur privé, la durée des congés an-
Ouvriers non qualifiés de type artisanal ou agricole 28 4,6 nuels varient de 29 jours dans les entre-
prises de moins de neuf salariés à 40 jours
Lecture: en 2010, les employés administratifs d'entreprise ont pris en
moyenne 36 jours ouvrables de congés, correspondant à 6 semaines de
dans les établissements de plus de 1 000
congé. salariés, soit 11 jours de différence. Dans

86 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RA PPORT SUR LE S INËGA LITËS EN FRAN CE 20 15


Congés annuels selon le type d'employeur

c:
-Etat 48 8,0
. ....................... "..,
- Co llectivités locales 45 7,4
"'c:c:
"'
-~
'o
-Hôpitaux publics 44 7,3

26 4,3 c:
-~

36 5,9 c:
>-
..,
- De 1 à 9 salariés 29 4,9
~
è
- De 10 à 49 salariés 32 5,3
~
..,"'
-De 50 à 199 salariés 37 6,1 c:
c:
0
0

- De 200 à 999 sa lariés 38 6,4 "'"'c:


"'
- Plus de 1 000 s~l~~i~~ .. ... . . u u. • ~.?. ...... . ..... .. ..... ~~~ .... j
Lecture. en 2010, les salariés d 'une entreprise ou d 'un e assoc iation ont
pris en moyenne 36 jours ouvrables de congé, correspondant à 5,9 se-
maines de co ngé

les très petites entreprises, les salariés ne [1] Les règles en matière de [2] Hors personnels
congés payés font référence enseignants du secteur
disposent que de cinq semaines de congés à la notion de jours de l'éducation non pris en
payés, soit en moyenne le minimum léga l. ouvrables. Sont considérés compte dans les chiffres
comme tels tous les jours de l'Insee.
Le secteur des particuliers-employeurs est de la semaine à l'exclusion
celui où le nombre de jours de congés est du dimanche (ou du jour
de repos hebdomadaire s'il
le plus fai bl e : 26 jours annuels, so it est différent) et des jours
quatre semaines, deux fois moins que dans fériés chômés. Un salarié
qui prend une semaine de
la fonction publ ique d'État. • congé consomme 6 jours
ouvrables.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 87


88 1 OBSERVATOIRE DES IN~GALIHS- RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
4
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Q._
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I
u

POUR QUI SONNE


LE PROGRÈS?

Les conditions de vie se sont considérable- énormes entre handicapés eux-mêmes.


ment améliorées en France dans de nom- De la même façon, les pratiques cultu-
breux domaines depu is une cinquantaine relles se sont diffusées au cours des trente
d'années. Les inégalités en matière de lo- dernières années, notamment parce que
gement, de santé, de pratiques culturelles l'élévation du niveau de diplôme et des
se sont réduites. Des écarts persistent niveaux de vie s'est conjuguée avec la
pourtant. 3,5 millions de personnes sont croissance de l'offre, et notamment des
encore considérées comme mal logées en équipements publics. Malgré tout, les
France selon le rapport 2015 sur le écarts restent nets. En 2012, 69 % des
mal-logement en France de la Fondation cadres supérieurs ont visité un musée au
Abbé Pierre. Les jeunes générations su- moins une fois dans l'année, contre 20%
bissent de plein fouet les hausses de des ouvriers. La catégorie sociale et le ni-
loyers, la forte montée des prix à l'achat et veau de vie conditionnent toujours les
peinent à se loger. pratiques culturelles et les loisirs.
Les progrès sont nets en matière de santé. Plus on monte dans l'échelle sociale, plus
Il n'en demeure pas moins que les écarts on a de chances de partir en vacances.
sont énormes entre ceux qui accèdent ra- 80 % des cadres supérieurs partent en
pidement à des soins de haute qualité et congés chaque année, contre 50 % des
ceux qui n'ont pas les moyens d'être so i- ouvriers. Le niveau des revenus détermine
gnés correctement. Sans oublier la situa- en grande partie le fait de partir ou non :
tion des personnes hand icapées. En la seuls 40% des personnes aux revenus in-
matière, l'hypocrisie est souvent impor- férieurs à 1 200 euros mensuels sont par-
tante entre la médiatisation du phéno- tis en 2014, contre 86 % de celles qui
mène et les efforts réalisés pour permettre disposent de plus de 3 000 euros. De fait,
l'inclusion dans une société « normale n, un « budget vacances ,, pour une famille
des loisirs à l'emplo i, en passant par peut représenter plusieurs milliers d'euros :
l'école. La prise en compte des inégalités impossible pour la majorité des bas salaires.
sociales dont souffrent les personnes han- Les écarts se sont aussi réduits dans le do-
dicapées est rare. Du coup, les écarts sont maine des nouvelles technologies. L'accès

RAPPORT SUR LES INtGALITtS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S- 1 89


Ü 1 MODES DE VIE

à un ordinateur et à Internet se généralise. Enfin, une partie des écarts se logent dans
En la matière, comme pour la lecture, les l'immatériel et deviennent moins simples
inégalités se logent de plus en plus dans à mesurer : comme, par exemple, le type
l'usage. Il ne faut pas pour autant oublier de livre lu, d'émission télé suivie, d'usage
qu'une grande partie des plus âgés et des d'Internet, le type de vacances. L'achat du
milieux populaires n'y ont toujours pas temps des autres aussi, des femmes de
accès. ménages aux cours privés pour améliorer
Le paysage relativement optimiste que la scolarité des enfants. Dans ces do-
nous présentons doit être nuancé à plu- maines, le processus de distinction sociale
sieurs titres. Pour partie, les écarts sont est permanent et les inégalités demeurent
masqués par les moyennes. Ainsi par sans cesse à défricher.
exemple, en matière de logement, la situa- Il en est de même pour certaines popula-
tion des jeunes est bien plus dégradée que tions. Ainsi, les données dont on dispose
ce que montrent les moyennes. En matière sur l'homophobie demeurent malheureu-
de nouvelles technologies, c'est le cas des sement parcellaires. La mesure des appels
plus âgés. Les populations laissées pour à l'association SOS Homo phobie peut tra-
compte du progrès ressentent d'autant duire une progression des actes, comme de
plus violemment ces fossés que le reste de la capacité à déclarer un acte. Une grande
la population vit de mieux en mieux. Etre partie des faits dénoncés, de l'insinuation
mal-logé dans la France de 2015 n'a pas sournoise à la violence physique en pas-
le même sens qu'en 1950 quand des cen- sant par la discrimination dans l'emploi,
taines de milliers de personnes habitaient ne sont tout simplement pas mesurés. Du
des bidonvilles. Certaines données sont coup, les inégalités restent invisibles alors
encore anciennes et ne prennent pas en qu'elles n'en sont pas moins réelles. Cet
compte la baisse des niveaux de vie des écart entre les faits d'un côté et leur invi-
plus défavorisés depuis 2008, notamment sibilité est particulièrement violent pour
dans le domaine du logement. La crise ceux qui en sont les victimes. •
agit sur la société avec un effet retard du
fait de notre modèle de protection sociale
et de l'endettement des ménages.

90 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGAliTÉS-RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


LOGEMENT
3,5 millions de mal logés
3,5 millions de personnes sont considérées
comme mal logées en France en 2015 se-
lon le rapport 2015 sur le mal-logement en Qu'est-ce qu'un logement« surpeuplé» ?
France de la Fondation Abbé Pierre [ll. La définiti on la plus utilisée par l'Insee du peuplement«
700 000 sont privées de logement person- normal )) d'un logement est la suivante: une pièce de séjour
nel et 2,8 millions vivent dans des cond i- pour le ménage, une pièce pour chaque couple, une pièce
tions de logement très difficiles (privation pour les célibatai res de 19 ans et plus et, pour les célibataires
de confort et surpeuplement accentué). La de moins de 19 ans, une pièce pour deux enfants s'ils sont
misère d'aujourd'hu i n'a plus rien à vo ir de même sexe ou s'ils ont moins de sept ans, sinon une pièce
avec celle des années 1950. Notre pays par enfa nt. Un logement auquel il manque une pièce est en
s'est enrichi et les cond itions de logement situ ation de surpeuplement modéré. S'il manque deux pièces
se sont améliorées. Ma is les associations ou plus, il est en surpeuplement accentué.
d'a ide aux plus démun is mettent en évi-
dence les situation s dramatiques dans

Personnes en situation de mal-logement


·':{ -~ "~~~""'t$*"')},.); ,. r=w
Personnes privées de domicile personnel ,. ~, '694 985':;:
"'7~:Y: /., • 7 h • ~ ~ "'o/;<{' 1%1

- Dont sans domicile fixe 141500 ~


···························································································································································· ........................................... ............................. ···· · ·· · ····· · · ·· ·· · ···········~
'0
- Dont résidence principale en chambre d'hôtel 38 000 ~
···························································································································································· ··········································· ............................................................. ~
-Dont habitat de fortune : cabane, construction provisoire, personnes vivant à l'année en camping ou mobil-home 85 000 ..,
....................................................................................................................................................................................................................................... ................................ g.
'o
- Dont personnes hébergées chez des tiers dans des cond itions de logement très difficiles 411 000 g
......................................................................................................................................................................................................................................................................... E
- Dont personnes en structures d'hébergement et d'insertion : CHRS, CADA, places en hôtel pour deman- 19 485 _l~
deurs d'asile, accueil d'urgence, résidences sociales
.... . ..... . .. . ~
Personnes vivant dans des conditions de logement très difficiles*

- Dont pas de confort 2 123 000

- Dont surpeuplement accentué 800 000 ~


a:
ooMoo oo OOO ooooooooooooooooo ooooooo oo ooo oo"(l)

.0

- Moins les personnes cumulant inconfort et surpeuplement (comptées deux fois) -145 000 . 1

Gens du voyage qui ne peuvent accéder à une place dans les aires d'accueil aménagées 51 632 ]

TOTAL **

* Logements inconfortables, de mauvaise qualité et logements en su rpeu ple ment accentué (hors double compte).** Hors do ubl e compt e.
Les données extraites du rapport de la Fo ndation Abbé Pierre émanent de différentes sources dont les modes de co ll ecte so nt différents et peuvent porter
sur des années différentes. Pour partie, elles datent de 2006.

RA PPORT SUR LES INËGA LIT ËS EN FRANC E 20 15- OBSERVATOIRE DES INËGALITÉS- 1 91
,._, 1 MODES DE VIE

lesquelles vivent toujours des milliers de modestes et moyennes (notamment chez


personnes. Parmi les 3,5 millions de les jeunes) loge dans des conditions qu i ne
mal-logés, 141 000 n'ont pas de domicile répondent pas à leurs aspirations: détério-
et parmi eux 12 000 seraient des sans- rations, mauvaise insonorisation, surface
abri [21. trop faible, quartier dégradé, etc. L'idéal
[1] Données de différentes Comme le souligne la Fondation Abbé pavillonnaire, rêve de nombreuses fa-
sources qui peuvent porter
sur des années différentes.
Pierre, le mal-logement ne se réduit pas milles, est loin d'être la norme en France :
[2] « L'hébergement des pour autant aux situations extrêmes les au total , 2,1 millions de personnes vivent
sans domicile en 20 12 >> ,
Insee première n°1455,
plus médiatisées. Une fraction considé- dans des conditions de confort précaire. •
juillet 20 13. rable de la population au sein des couches

140 000 sans domicile

La France compte 140 000 sans domicile, recense pas, par définition, les SDF qui ne
selon une évaluation réalisée par l'Insee s'y rendent pas ou ceux qui vivent dans
dans les centres d'hébergement en des communes qui ne disposent pas de
2012 [11. Parmi eux, 22 500 sont des de- tels lieux. Elle tend donc à minimiser leur
mandeurs d'asile qui vivent dans des nombre. Malheureusement, on ne dispose
centres d'accueil. d'aucune estimation par grande ville de
Les personnes « sans domicile)) sont défi- France.
nies comme celles qui ont passé la nuit
précédent l'enquête dans un lieu non Qui sont les sans domicile?
prévu pour l'habitation, halte de nuit, ou Les plus défavorisés sont en majorité des
dans un service d'hébergement (hôtel, étrangers (notamment des demandeurs
dortoir ou chambre d'hébergement col- d'asile qui ne disposent pas d'autorisation
lectif, etc.) . Selon l'Insee, 9 % des sans de travail), plus souvent des hommes (on
domicile sont des sans-abri , c'est-à-dire compte 20 % de femmes), des personnes
vivent à la rue, soit environ 12 000 per- seules, et des jeunes (un quart a entre 18
sonnes. et 29 ans). Il s'agit pour une part impor-
Ces données restent très approximatives. tante de personnes qui vivent à la rue
D'un côté, les personnes sont recensées à faute d'autorisation légale de travail (les
un moment donné, cela ne signifie pas étrangers) ou de Français marginalisés du
que 12 000 sans domicile vivent à la rue fait de leur faibles qualifications, de diffi-
en permanence. Les sans domicile dé- cultés personnelles ou de santé notam-
clarent avoir été huit mois et demi en ment. Il faut noter qu'un quart des sans
[1] « L' hébergement des moyenne dans cette situation en 2011 . domicile (35 000 personnes) occupe un
sans domicile en 2012 >>,
Insee prem ière n° 1455,
D'un autre côté, l'enquête est réalisée emploi dont les revenus sont insuffisants
juillet 2013. dans les centres d'hébergement : elle ne pour obten ir un logement.

92 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-R APPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANC E 2015


Où vivent les sans-abri ?
Une forte hausse
Selon l'Insee, le nombre de sans domicile
a très fortement augmenté entre 2001 et
A l'extérieur (rue, pont, jardin, etc.) 21
2012: + 44%. Là aussi, il faut utiliser ces
données avec précaution compte tenu du Dans une cave, un parking, un hall, etc. 36
public recensé et de la méthode utilisée.
Sous une tente, cabane, grotte, etc. 14
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette
progression. Le durcissement des pol i- Dans un lieu public (gare, métro ...) 17

tiques de lutte contre les sans-papiers ont Dans une halte de nuit 8
rendu encore plus difficile le logement
des demandeurs d'asile. L'élévation du Dans une voiture 4
prix des logements (et l'ampleur des ga- Total
ranties locatives demandées) empêche Unité: %
une partie des jeunes en difficulté d'accé- Ces d onnée s ne portent que sur les personnes francophones .

der à un toit, ceci dans un contexte de Où sont hébergés les sans domicile ?
forte progression du chômage qui pèse
sur leurs revenus. •

Dans la rue 9

En hébergement collectif qu'on doit quitter le matin 11

A l'hôtel 12

En logement d'urgence 33

En hébergement collectif où l'on peut rester la journée 35

;rotai 100
Unit é:%

Le poids des dépenses de logement selon les revenus


Le poids des dépenses de logement rappor- cinq points dans le secteur social, et de
tées au revenu (taux d'effort net moyen) est onze points dans le secteur privé pour les
d'autant plus important que le revenu des ménages les plus modestes. L'évolution
ménages est bas, même une fois les alloca- des prix de l' immobilier a eu un impact
tions prises en compte. En 2006, les dé- moins important pour les catégories les
penses de logement pesaient 20 % du plus aisées : leur taux d'effort en matière
budget des 20% des ménages les moins de dépenses de logement a augmenté seu-
aisés qui résident dans le parc immobilier lement de un point dans le secteur privé.
social et 30% dans le parc privé.
Faute de places dans le parc social, un
En 18 ans, le taux d'effort a progressé de grand nombre de ménages n'ont d'autres
li ~ 1 MODES DE VIE

moyens que de chercher à se loger dans le contre 15,3 % pour les 10 % les plus
privé où les loyers sont supérieurs. Pour les riches, soit 2,6 fois plus, selon les données
locataires du parc privé, le taux d'effort 2006. Entre 2002 et 2006, le poids des
net moyen est de 39,1 % pour les 10 % dépenses de logement a progressé de 3,2
des ménages aux revenus les plus faibles, points pour les plus modestes, de 1,2 point

Evolution du taux d'effort net des ménages locataires selon le revenu


et le secteur du logement

~ Secteurprivé

1988 . .

Les 20 % des ménages les moins aisés 15 20 19 30

Les 30 à 40 % 16 20 20 28

Les 50 à 60 % des ménages les plus riches 15 19 19 24

Les 70 à 80 % 14 16 18 21

Les 20 % les plus riches 12 14 16 17

Unité :%
Ménages locataires du secteur social ou privé dont la personne de réfé rence n'est pas étudiant e -1988-2006

Taux d'effort net selon le revenu pour les locataires du parc privé

~ 2006

Les 10 % des ménages les moins aisés 35,9 39,1

Les 10 à 20 % 25,9 26,8

Les 20 à 30 % 24,2 27,6

Les 30 à 40% 23.7 26,6

Les 40 à 50 % des ménages les moins aisés 23,0 24,6

Les 50 à 60% des ménages les plus aisés 22,9 23,8

Les 60 à 70 % 21,5 22,3

Les 70 à 80 % 20,1 19,4

Les 80 à 90 % 19,4 19,5

Les 10% les plus riches 14, 1 15,3

Ensemble

Unité :%
Lecture: en 2006, dans le parc privé, pour les 10 % des ménages aux revenus les plus faibles, le
taux d'effort net moyen est de 39,1 %.

94 - OBSERVATOIRE DES INËGALITËS-RAPPORT SUR LE S INËGALITËS EN FRANCE 20 15


pour les plus aisés. Pour l'ensemble des davantage accru pour les mo ins aisés.
ménages, le taux est passé de 20,6 % en Entre 1988 et 2006, le poids des dépenses
2002 à 22,4 % en 2006, soit 1,8 point de logement dans le budget des accédants
d'augmentation. à la propriété (ceux qui ont acheté et qui
remboursent un emprunt) a progressé de
Un certain nombre de ménages cherchent hu it po ints pour les 20 % des ménages
à devenir propriétaires de leur logement, aux revenus les plus modestes et de trois
ce qui leur permet de se constru ire un ca- points pour les 20 % des ménages les plus
pital. Là aussi, l'effort à fournir s'est bien aisés. •

Le poids des dépenses de logement selon l'âge

Les données sur les niveaux de vie qu i doit lu i-même subvenir à tous ses be-
masquent une inégalité rarement prise en soins, entre le retraité qui vient de termi-
compte, qui se décline souvent en fonction ner de rembourser ses emprunts et celui
de l'âge : le coût du logement. Les moins qui doit piocher dans sa retraite pour
de 25 ans consacrent 22 % de leurs reve- payer son loyer.
nus aux dépenses de logement (18,5 % Si le taux d'effort net est resté stable
pour les 25-29 ans) contre 8,6% pour les pou r les 45-59 ans et les plus de 60 ans
45-59 ans. ces vingt dernières années, le coût du lo-
Pour les plus de 60 ans, ce taux d'effort gement pour les plus jeunes s'est nette-
représente seulement 4,6 %. A l'intérieur me nt élevé de 12,6 % en 1984 à 18,5%
même des classes d'âges, les inégalités en 2006 pour les 25-29 ans, de 12,3 %
sont majeures entre l'étudiant dont le à 22 % pour les mo ins de 25 ans. •
loyer est payé par les parents et le jeune

Dépenses annuelles de logement selon l'âge

25-29 ans

Dépense brute moyenne en euros 41 71 5023 5812 3524 1329 U15


...... ...... ...... .. ......... .... . ....... .. ..... .... .. ....... ....... ~:a::z:c~
Dépense nette moyenne en euros 2853 4376 5254 3209 1156 3122

Taux d'effort brut moyen en o/o 32,1 21,3 17,2 9,4 5,3 11,6

Taux d'effort net moyen en o/o


...
22,0 18,5 15,5 8,6 4,6
_
.. ..... ......... .... .... ...... ......... ... .. ... ......... ... ....... .................. .... .. ..... .... .... .... ... ........... .. .... . ....
Source: Insee, enquêtes logement - Données 2006

Attention, ces données globales incluent à la fois locataires et propriétaires. Le taux d'effort rapporte les charges
1G,3
......._....

de loyer ou d 'emprunt aux revenus du ménage. Le taux d'effort 'net' tient compte des aides au logement.

RAPPORT SUR LES INÉGA LI TÉ S EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 95


"Ji~ 1 MODES DE VIE

Revenus · les avantages des propriétaires

Si l'on ajoutait aux revenus des proprié- ché locatif[1J. Logiquement, l'impact de la
taires (qu'ils aient des remboursements prise en compte des loyers imputés dé-
d'emprunts ou non) les loyers qu'ils n'ont pend de la proportion de propriétaires
pas à verser, le niveau de vie moyen an- dans chaque tranche de niveau de vie.
nuel global de la population (après im- Comme le note l'Insee, ce n'est pas tant
pôts et prestations sociales, pour une la hiérarchie globale des revenus qui est
personne) augmenterait de 8 %, soit de bousculée (on compte aussi une part de
1 840 euros (données 201 0). Le niveau propriétaires dans les faibles tranches de
de vie des 10% les plus pauvres s'accroî- niveaux de vie) que celle des revenus se-
trait de 6 % (soit de 660 euros) et celui lon l'âge, puisque la part de propriétaires
des 10% les plus riches de 10% (soit de s'accroît nettement avec celui-ci. En in-
3 450 euros). L'écart du niveau de vie cluant les loyers imputés, les revenus des
moyen annuel entre les plus riches et les 25-29 ans augmenteraient de 4 %,
plus pauvres ne serait plus de 25 840 contre 14% pour les plus de 65 ans. Au
euros mais de 28 630 euros. passage, le taux de pauvreté au seuil à
60% du niveau de vie médian passerait
Dans son rapport sur les revenus et le de 14,1 à 15,1 %du fait de l'élévation du
patrimoine des ménages 2013, l'Insee niveau de vie médian, et la composition
publie une évaluation inédite de ce que de la population pauvre serait modifiée,
[1] Nous avons repris les
données sur les loyers
les statisticiens appellent les « loyers im- plus jeune encore et avec plus de familles
imputés nets : ceux dont putés n : ces loyers que devraient verser monoparentales.
on a déduit les intérêts des
emprunts versés par les les propriétaires s'ils avaient à se loger
propriétaires. dans un logement comparable sur le mar- Les données publiées par l'Insee restent
malheureusement très générales. On ne
dispose pas d'éléments détaillés par
tranche de revenu, par diplôme, par mi-
Niveau de vie moyen annuel avec et sans loyers imputés
lieu social ou territoire notamment. L'In-
Niveau de Ecart see ne publie que le gain moyen de l'en-
vie avec en% semble de la population et non celui
loyers impu- réalisé par les seuls propriétaires: on sait
tés*
que la dépense de loyer atteint souvent
Moyenne globale 22590 24430 1840 8% un tiers du revenu des locataires. Il serait
.... ....... ...... .. ......... .... . . .. ....... .... . .. ... ..... ....
tout aussi intéressant de mesurer l'impact
Seuil des 10 o/o 10430 11 090 660 6%
les plus pauvres
du coût des loyers en fonction des terri-
toires. L'opération pose une question très
Seuil des 50 o/o 19270 20950 1680 9% délicate : ces coûts sont-ils choisis ou su-
Seuil des 10 o/o 36270 39720 3450 10 o/o bis? •
les plus riches
Unité : euros. * Net s des intérêt s d'emprunts.

96 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5


Part des ménages vivant dans un logement inconfor-
Qui vit dans un table (de qualité médiocre ou surpeuplé)

logement
inconfortable ou Ensemble des ménages 14

;~selon l'âge
surpeuplé?
Moins de 30 ans 28
30-39 ans 22

40-49 ans 17
Les jeunes générations qui ont emm é- 50-59 ans 10
nagé dans la période de flambée des prix
60 ans et plus 7
ont dû revoir leurs aspirations à la ba isse
Selon la catégorie socioprofessionnelle
vis-à-vis de leu rs aînés : 28 % des moins
de 30 ans vivent dans un logement inco n- Agriculteurs 14

fortable(1l, le double de la moyenne natio- Artisans, commerçants et chefs d'entreprises 8


nale (14 %). Ils sont victimes d'u n effet Cadres et professions intellectuelles supérieures 8
de ciseau , avec une press ion sur les reve-
Professions intermédiaires 11
nus d'un côté et la hausse du co ût du
Employés 16
logement de l'autre, ce qui se répercute
sur leurs conditions de vie. Les imm igrés Ouvri ers 20

combinent de bas revenus et des famill es Sans activité professionnelle 29


plus nombreuses en moyenne : ceux qui Selon les revenus
sont originai res d'Afrique sub-saharienne 1er quintile (20 o/o des ménages les plus pauvres) 28
sont plus de 50 % à vivre dans un log e-
2ème quintile (de 20 à 40 o/o) 18
ment inconfortable. Une partie subit le
3ème quintile (de 40 à 60 o/o) 13
sort des « marchands de sommeil >> et doit
payer des loyers élevés pour des loge- 4ème quintile (de 60 à 80 o/o) 9
ments insalubres. Sème quintile (20 o/o des ménages les plus riches) 5
D'une façon générale, le logement inco n- Selon le statut d'occupation du logement
fortable est le lot d'une partie beaucoup 7 ~
Propriéta ire, accédant à la propriété
plus importante des catégo ri es modestes ... :ê
.. !'E
Locataire dans le secteur social 21
{28 % sont dans ce cas) et des ouvriers ................. :25
{20 %), dont les revenus sont insuffisants Locataire dans le secteu r privé
~
pour accéder au confort« normal ». Enfin , Selon le type de logement s:
l'écart est considérable entre les proprié- Individuel 10
~
.. ........... c
..,
Cil

taires (7 %) et les locata ires du secteur Collectif 20 8


privé {25 %) ainsi qu 'entre ceu x qu i oc- c
Selon l'origine
cupent une maison individuelle (10 %) et
Non immigrés 13
j
ceux qui vivent en appartement {20 %). .......... ......................... ..........
Cil
~
::>
Immigrés- Europe 17 0'
c
Cil
. ····················································································································································································································· -

~

Les logements surpeuplés Immigrés - Maghreb 42


9 % des ménages viva ient dans un loge- Immigrés- Autres pays d'Afrique
Cil

me nt su rpe uplé (vo ir encadré page 91) en


51 ...... j
Uni té : %

RAPPO RT SUR LE S INËGALI TËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 97


11 ~ 1 MODES DE VIE

Part des ménages vivant dans un logement surpeuplé selon le revenu

2006

Revenu inférieur au seuil des 10 % les plus pauvres 2~9 22~

Entre les 1 0 et les 20 % 1 7 ,9 16,7

20 et 30 % 15,3 1 1, 1

30 et 40 % 11 ,2 9,4

40 et 50 % 8 ,7 7,8

50 et 60 % 7,6 7,0 Q)

:ê"
60 et 70 % 5 ,6 5,6 g_
... g
'E
70 et 80 % 4 ,7 4 ,5

80 et 90 % 3, 1 3,0

10 % les plus riches 3,0

Ensemble 10,6

Rapport entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus 9 ,5


Q)

pauvres

Unité :%
.... l
Lecture: en 2006, près de 23 % des ménages dont le revenu est inférieur au seuil des 10 % les
plus pauvres, vivent dans un logement surpeuplé.

Critères de privation de confort selon le nombre total de logements


) :;;,-~;;,-$~'"A?~ '~~1~~~1t' ~~~11 Q)

!Nombre total de,logements '"


Q)

~;trzk;r~;;;t:?~Ei?!r« ;.~: ~ ~

Immeuble insalubre ou menaçant de tomber en ruines 272 000 l


~ §

.....l__n____fi____l_t___ r___a___t___i__o____n____s____d_____'_e____a___ u____ uu••······· uu••················ uuuu••··············································••uu••···································· uu•·•··············· uu••····-··················1·····3····3····7·······0····0·····0··············· J~_;_


Froid (chauffage insuffisant ou mauvaise isolation) 2 239 0 0 0 ..
•••••••••••••••••••••••••••uu••••••••••••••••••••••••••••••••••••uuuuuu•••••••••••••••••••••••••••uu•••••••••uu•uu uuuu••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••uu•••• •••••••••••••••••••uu•••••••••••t -~ "~ -~
" "'
''''p'' a''''s''''''d''''e''''''c'''o''''''i'n''''''c'' u'''''i's'' i''n''''e'''''''''''''''''''''uu•••••••••• u•uu•uu•uuuu uu•••••••••uu•uu••••••••••••••••••••••••••••uuuu • uu••••••••••••••••••••••••••••••••••••uuuu 9''''','''''o''''o''''o''H'''''' . : ~
Pas de salle de bains (logements de plus d'une pièce uniquement) 18 0 0 0 0 E :2
•••••••••••••••••••••••••••••uuuuuu•••••••••uu••••••••••••u•••••u•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••uu•uu••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••uu• •••••••••uu•uu uu •••••••••••uu•••••••••••••HH•••••u••• .. • fj
· · p··a· ·S· ·d·· e·· ·W· · ·(· · ·{-·S· e·· I-·O· ·n· · t··a· ·i-·l· e·· · I·O· ·g· ·e· ·m· · ·e··n· ·t· )···········uu··········uuuuuuuu····················uuuu.uuuuuu····················uuu•1· 7·· 0·· · 0·· 0·· 0··'······ ~ ~
Pas d 'eau chaude 18 2 000 ~ g
••••••••• uuuu•••••••••••••••••••••••••••••••••••uu•••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••uuuu•••••••••••••••••••uu••••••••••••••••••••••••••• uu••••••••••••••••••u • •• ••• • • " ' ''''' " U • •• ••••••• • •'" ' '""' ~"" ' E. E
Privation de confort * 947 000 ~ ~
•••••••••••••••••••••••••••uuu••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••uu••••••••••••••••••uu•uuuu• •••••••••••••••••••• uu••••••••••uuu •••••••••••••••••••••• uu•••••••••••••••••••••••••••••uu••u m•u•••u•••u••uu •uuuu•••••HH• à~
Un ité : En milliers
* Les logements privés de confort sont ceux qui, soit se trouvent dans un immeuble insalubre ou
menaçant de tomber en ruine, soit présentent au moins deux défauts dans la liste ci-dessus.

98 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5


[1] Sont dit « inconfortables>>
2006 contre 10,6% en 2002 . La moitié Le nombre de logements de mau-
par J'Insee les logements
d'entre eux font partie des 30 % des mé- vaise qua lité de mauvaise qualité ou de
surface trop petite. La qualité
nages les plus modestes. Parmi eux, près Sur les 26 millions de l'ensembl e des lo- du logement répond à un
de 23 % ont des revenus inférieurs au gements 121, plus de cinq millions sont ensemble de critères, comme
l'eau courante, J'hum idité, Je
seuil des 10 % des ménages les plus encore sans confort minimum . 2,23 mil- chauffage.
pauvres. A l'opposé , 1,9 % des lions ne disposent pas de chauffage suf- [2] Résidences principales
de France métropolitaine,
10 % des ménages les plus riches fisant, 1,3 million sont soumis à l'humi- hors hôtels et habitations de
connaissent ces conditions d'h abitat, près dité, 947 000 se situent dans un fortune.

de 12 fois moins que les plus pauvres. Ce imm euble insalubre. 182 000 n'ont pas
rapport était de 9,5 en 2002. d'accès à l'eau chaude. •

La surface des logements selon la catégorie sociale

Les ouvriers disposent en moyenne d'un périeurs à un cadre vivant dans une vil le
logement de 30 m2 par personne, contre moyen ne de province pour obt enir la
43 m2 pour les artisans, commerçants et même surface . Et les salaires ne com-
chefs d'entreprise. Les inégalités face au pensent qu 'une partie des écarts de prix
logement sont fortement liées au revenu des loyers ou des m2 à la vente. •
et donc à la catégorie sociale : plus le re-
venu s'élève, plus on peut se loger confor-
tablement. Les agriculteurs explo itants
disposent de la plus grande surface
(46 m2 ) et ont connu l'évolution la plus
marquée entre 1984 et 2006: +15m 2 par Surface moyenne par personne selon la catégorie sociopro-
personne, contre + 5 m2 pour les profes- fessionnelle
sions intermédiaires et employés. La situa-
tion des agriculteurs face au logement ne
traduit pas toujours un plus grand confort. Agricu lteurs exploitants 31 46
Elle est liée en partie au vieillissement de
cette catégorie sociale, où l'on trouve da- Arti sans, commerçants, chefs d'entre- 30 43
pri se, professions libérales
vantage de personnes âgées sans enfants.
A catégorie sociale équivalente, plusieu rs Cad res supérieurs 33 38
facteurs peuvent modifier sensiblement les
Professions intermédiaires et employés 29 34
conditions de logement : l'âge et la com-
position familiale, ma is aussi bien entendu Ouvriers 23 30
......................... ...............................
la localisation géographique. Un cadre
Unité: m2
parisien doit disposer de revenus bien su- Source: Insee, enquêtes logement, France métropolitaine, résidences principales

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALIT ÉS- 1 99
'Ji ~ 1 MODES DE VIE

SANTÉ
L'inégal accès à la complémentaire santé

Motifs d'absence de couverture complémentaire 94,4% des Français disposent d'une assu-
rance maladie complémentaire (commu-
nément appelée« mutuelle))) selon l'Insti-
N'en n'a pas les moyens ou c'est trop cher* 52,8 tut de recherche et documentation en
économie de la santé (lrdes)[11. Mais si
12,4
2 %des plus aisés (plus de 2 120 euros
En cours d'adhésion 9,3 par mois pour une personne seule) ne sont
pas couverts, c'est le cas de 11 %des mé-
8,6
nages les plus modestes (moins de 926
Autres 13,2 euros). Le système de soins français est
parmi les meilleurs au monde et la mise
Unité :o/o
* L'info rmation « C'est t rop cher >> n'a pas été pro posée en tant que telle. Elle est issue de la en place de la couverture maladie univer-
remontée des moda lités « autres ».
Source : lrdes, enquête su r la sa nté et la protect ion socia le · Données 2012, personnes n'aya nt pas de complé - selle complémentaire (CMU-C) en 2000 a
mentaire santé, 515 personnes interrogées.
constitué une étape importante dans l'ac-
cès pour tous à une mutuelle. Pourtant,
Couverture santé complémentaire selon la tranche de
5 % de la population n'est toujours pas
revenu mensuel par personne
protégée. Pour certaines prestations (no-
Sans cou- Avec une Couver- tamment en optique ou en soins den-
couver- ture
taires), les sommes qui demeurent à la
ture collective
charge des malades restent très impor-
Les 20 % les plus bas 11,1 87,9 27,3 45,0 15,0 tantes. L'accès à une couverture maladie
(0-926 €)
...
complémentaire constitue un élément es-
········ · ································ ~

Entre les 20 et 40 % 5,2 94,5 3,3 59,0 31,9 -~ sentiel pour pouvoi r bénéficier de soins de
(926-1 264 €) qualité en temps et en heure. Plusieurs
''''fl,l
c
c facteurs expliquent les inégalités d'accès
Entre les 40 et 60 % 3,3 96,5 1,2 58,7 36,0 0

(1 264-1 600 €) "'a. à la complémentaire.


""
· ··· 0

N
Entre les 60 et 80 % 2,4 97,3 0,7 54,8 41,5 r<
~
• Le niveau de vie
(1 600-2 120 €)
.................. . "'c
· ·· · ·~ 11,1 % des personnes les plus pauvres
c
Les 20 % les plus 2,3 97,4 0,3 46,9 49,7 c3 n'ont pas de couverture complémentaire
hauts (2 120 € et plus) santé contre 2,3 % des plus aisées. Et
chaque mutuelle ne propose pas la même
couverture. 46,9 % de la population aux
Unité: %
revenus les plus élevés est couverte par
[1) <<Enquête sur la santé et la protection sociale 2012 »,Les Rapports de l'Irdes, n°556, juin 2014. une complémentaire maladie qu'ils f i-
[2) La << CMU complémentai re » (CMU-C) est une couverture complémentaire dont le contenu est
nancent eux-mêmes (d ite individuelle) et
défini par l'Etat. Les ménages dont les ressources sont inférieures à un certain plafond (720 € par
mois pour une personne seule, 1 080 € pour deux personnes, etc.) y ont accès gratuitement. 49,7 % par une assurance complémen-

100 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPP OR T SUR LE S INÉGALIT ÉS EN FRAN CE 201 5


taire dite collective. Les couvertures collec- Couverture santé complémentaire selon la catégorie socio-
profession ne lie
tives sont prises en charge partiellement
par l'employeur et sont le plus souvent à Couverture
la fois de meilleure qualité et moins collective
chères. Pour les plus pauvres, la situation
Agriculteur 90,2 3,3
est très différente. 27,3% d'entre eux sont
couverts par la « CMU complémentaire >> Artisan, commerçant 6,6 74,6 13,7
(CMU-C) r21, 45% par une complémentaire
Cadre et profession 3,1 50,5 44,9
individuelle et seulement 15 % par une intellectuelle
complémentaire collective.
Profession intermédiaire 3,5 55,0 39,0
Un peu plus de la moitié des personnes
n'ayant pas de mutuelle, interrogées par Employé administratif 3,3 62,9 28,4
l'lrdes (qui ne bénéficient d'aucune couver-
Employé de commerce 5,9 57,5 26,3
ture complémentaire santé, ni privée, ni
CMU-C.) déclarent ne pas avoir les moyens Ouvrier qualifié 6,1 53,3 34,8
financiers pour acquérir une complémen-
taire santé. 17,2 %sont pris en charge à
100% par la Sécurité sociale pour raison
de santé et 12,4% ne souhaitent pas ou
Unité:%
n'ont pas besoin de mutuelle, selon leu rs
déclarations. Couverture santé complémentaire selon la taille
de l'entreprise
• La catégorie professionnelle et la
Couverture
taille de l'entreprise collective
L'accès à une complémentaire santé varie
selon la catégorie professionnelle, ma is 41,8 45,8
aussi selon la taille de l'entreprise. 9 %
De10à19 5,2 39,8 51,0
des ouvriers non qualifiés ne sont pas cou- ..........
..,"'
!V

verts par une complémentaire santé en De 20 à 49 3,9 29,6 61,2 .. i01

2012, contre 3 % des cadres supérieurs. De 50 à 99 1,2 28,4 66,5 "'cc


........
Près de 11 % des ouvriers non qualifiés 0

De 100 à 249 3,8 25,8 67, 1 ~


bénéficient de la CMU-C, contre 1 %des ...... 0
.,.
cadres. 5,5% des salariés des entreprises De 250 à 499 1,7 16,6 79,8
N
r<
0
de moins de 10 personnes n'ont pas de
500 salariés et plus 2,1 82,3 ..,"'c
couverture santé complémentaire, contre ...
c
0
0
2 % de ceux qui travaillent dans des éta- Ne sait pas 6,6 3,9 35,5 47,3
blissements de plus de 500 salariés. ~ ·················
Ensemble 5,6 7,6 63,2 22,5

Parmi ceux qui disposent d'une complé- Unité:%

mentaire, les inégalités sont fortes entre


les contrats des plus grandes entreprises qui n'offrent qu'un complément réduit au
privées ou publiques, qui prennent en remboursement de la Sécurité sociale pour
charge une partie importante du coût, et les soins les plus coûteux (optique, pro-
les contrats pris à titre individuel, onéreux, thèses denta ires, etc.). •

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 101
11 n 1 MODES DE VIE

HANDICAP

Les personnes handicapées face à l'emploi

Le taux de chômage des travailleurs han- est en activité, seulement 53 % des per-
dicapésl1Js'élève à 21 % contre 9 % en sonnes handicapées le sont.
moyenne pour l'ensemble de la population
en âge de travailler {15-64 ans) en 2011. Ceux qui occupent un travail sont le plus
Le taux de chômage augmente avec l'am- souvent employés dans les secteurs les
pleur du handicap. 44% des plus handi- moins qualifiés. 74% des travailleurs han-
capés exercent une activité professionnelle dicapés reconnus par la Commission des
contre 71 % de l'ensemble de la popula- droits et de l'autonomie des personnes
[1] Qui entrent dans le
champ de l'obligation tion, tous âges confondus. Cet écart est à handicapées {CDAPH) sont soit ouvriers,
d'e mploi applicable aux son maximum pour les 40-49 ans: alors soit employés, contre 50% de l'ensemble
entreprises et à la fonction
publique. que 90% de cette partie de la population des actifs, 6 % seulement sont cadres
contre 18 % des actifs.

Taux de chômage des handicapés selon l'âge Les difficultés d'intégration des personnes
Population
handicapées dans le monde du travail sont
handicapée doubles. D'une part, leur parcours scolaire
définie au sens étant plus difficile, elles souffrent souvent
large (2)
d'un niveau de qualification inférieur à la
Tous âges 21 13 9 moyenne. D'autre part, sans négliger les
difficultés qui existent pour les entreprises,
15 - 24 ans ns* 31 22 celles-ci font peu d'efforts pour leur facili-
.. ... .... .. .... .. .. ....... . ...... . •• ••.

25 -39 ans 20 18 10 ter l'accès à l'emploi : l'obligation légale


.. . .. . . . .. .. . . . ··· ···· ···· ······ ···· ······
est de 6% de personnes handicapées pour
40-49 ans 23 11 7
.. .. ........ .... ............ .... .. ...... les employeurs publics comme privés de
50-64 ans 20 10 7 plus de 20 salariés. En moyenne elle at-
..... .. .... ... . .... ......................
Unité : % teint 3,1 %dans le secteur privé (données
Source: ministère du Tra vail- Données 2011 , population âgée de 15 à 64 ans - France métropolitaine 2011, ministère de l'Emploi). 22 % des
(1) Cette définition s'appuie sur le critère de la reconna issance administrative du handicap
ouvrant potentiellement droit au bénéfice de l'obligation d'emploi de travailleurs handica- entreprises concernées par l'obligation
pés.
(2) Définition plus large qui recouvre l'ensemb le des personnes déclarant avoir un problème n'emploient aucun salarié en situation de
de santé durable et qui en éprouve une gêne dans leurs activités.* non significatif.
handicap. Avec une moyenne de 4 %, le
secteur public fait mieux, mais ne remplit
pas non plus l'obligation légale (données
2010) . •

102 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015


Taux d'activité et d'emploi des handicapés selon l'âge

Population handicapée
définie au sens large

Tous âges 44 64 71

15 - 24 ans ns*** 48 35

25 - 39 ans 59 82 88

40-49 ans 53 82 90
..,"'"'
"0

0\

c
50 - 64 ans 37 51 61 ,,,
0

~
Taux d'emploi ** g_

~
Tous âges 35 56 64 "'c
'Oi
c
0
0
15 - 24 ans ns*** 33 28

25-39 ans 47 67 79

40-49 ans 41 73 84

50-64 ans 30 47 57
Unité: %

* Rapport entre le nombre d'actifs (actifs occu pés et chô meurs) et la population de 15 à 64 ans correspondante.** Rapport
entre le nombre de personnes ayant un emploi (actifs occupés) et la population de 15 à 64 ans correspondante. *** non
significatif

Des catégories sociales inégales face au handicap


Les catégories sociales sont loin d'être supérieurs 47 % de risques en moins.
égales devant le handicapl11. Les ouvriers [ 1] Pour cette étude, une
personne est considérée
ont 2,6 fois plus de risques que les cad res Les co ndit ions de travai l expliquent en comme étant en situation
supérieurs d'être hand icapés, selon l'en- partie les écarts : les métiers les plus pé- de handicap ou d'incapacité
quand elle déclare avoir
quête « hand icap-santé >> condu ite pa r nibles usent l'organisme et les risques d'ac- une reconnaissance
l'Insee en 2008 . Les ouvriers ont en ci de nts sont plus élevés. Ainsi , les ouvriers administrative, ou quand
elle est identifiée comme tel.
moyenne 38 % plus de risques d'avoir un sont 15 fo is plus souvent victimes d'acci- Les personnes en situation
hand icap que la moyen ne de la popu la- dents du trava il que les cadres, les em- de handicap ou d'incapacité
représentent Il % de la
tio n de même sexe et de même groupe ployés 6 fo is plus. De même l'exposition population des 20-59 ans en
d'âge. Les emp loyés 14 % et les cadres aux ma ladies professionnelles est sans France métropolitaine.

RAPPORT SU R LES INÉGALITÉS EN FRANCE 20 15- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - 1 103


li~ 1 MODES DE VIE

Emplois occupés par les travailleurs handicapés

Population reconnue
handicapée

35 25

Employés 29 39 34

Professions intermédiaires 25 17 23

Cadres 18 6 11

Autres 8 4 8
Unité :%
Source : ministère du Tra vail - Données 2011 , population de 15 à 64 ans- France métropolitaine

commune mesure selon les catégories so- Risques de handicap selon la catégorie socioprofessionnelle
ciales. On sait par ailleurs que les plus di-
plômés sont en moyenne plus attentifs à ~~griculteurs ~ 67

leur santé, à l'exposition aux risques et à 1ndépenda nts 86


la prévention en général. Enfin, le niveau
Cadres supérieurs 53
de vie permet de compenser une partie
des handicaps avec des équipements Professions intermédiaires 86
adaptés et surtout d'avoir des aides dans
Employés 11 4
la vie quotidienne. •
Ouvriers 138
Selon un indice 100
Source: Insee- Données 2008, France métropolitaine- Personnes de 15 à 64 ans.

Lecture: En 2008, les ouvriers ont en moyenne 38% de risques en plus


d'avoir au moins un handicap que la moyenne de la population de
même sexe et de même groupe d'âge.

Fréquence des accidents du travail selon la catégorie socio-


professionnelle et le sexe

Femmes

Cadres supérieurs et 2,7 4,3 3,2


chefs d'entreprise

Profess i ons intermé- 6,8 6,1 6,5


diaires

Employés 30,0 17,0 20,6

Ouvriers 49,6 41,6 48,2


Unité : nombre d'accidents par million d'heures travaill ées.

104 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


PRATIQUES CULTURELLES
Qui va au musée ou au théâtre ?

Les pratiques culturelles (lecture, ci- mo ins une fois dans l'année une exposi-
néma, musées, théâtre, etc.) se sont dif- tion, un musée ou un site du patrimoine
fusées au cours des trente dernières an- contre 44 % des bas revenus. •
nées, notamment parce que l'élévation
du niveau de diplôme et des niveaux de
Pratiques culturelles selon les revenus
vie s'est conjuguée avec la croissance de
Personnes ayant visité au moins une exposition, un musée, un monu-
l'offre culturelle et sa meilleure mise en ment, un site historique au moins une fois dans l'année
valeur (bibliothèques, patrimoine cul tu-
rel, expositions ... ). Malgré tout, les éca rts <à 1 200 euros 44
restent nets: en 2012 , 63 % des cadres Entre 1 200 et 1 900 euros 53
supérieurs sont allés au théâtre ou au
Entre 1 900 et 3 000 euros 71
concert au moins une fo is dans l'année
contre 23% des ouvriers selon l'Insee. > à 3 000 euros 78
80% des premiers ont lu au moins un
Ensemble 61
livre contre 31 % des seconds, soit 2,5
Unité : %. Source: Crédoc - Données 2012, personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées
fois plus. Les niveaux de revenus ne sont entre décembre 2011 et janvier 2012. Revenus mensuels pour une personne.
pas à négliger. 78 % des personnes Lecture: 78 % des personnes ayant des revenus supérieurs à 3 000 euros
ayant des revenus mensuels supérieurs mensuels ont visité au moins un musée, contre 44 o/o de ceux dont les re-
à 3 000 euros par mois ont visité au venus sont inférieurs à 1 200 euros.

Pratiques culturelles selon la catégorie sociale


Au moins une fois au cours des douze derniers mois

Sont allés
au cinéma

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 49 37 37 61

Cadres supérieurs 80 63 69 82

Professions intermédiaires 69 47 52 78

Employés 60 32 32 67

Ouvriers 31 23 20 55

Ensemble 57 34 37 59

Unité :%
Source: Insee- Données 2012, France métropolitaine- Personnes de 16 ans et plus.

Lecture: en 2012, 31 o/o des ouvriers ont lu au moins un livre dans les douze derniers mois.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 201 5- OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S- 1 105
'Ji ~ 1 MODES DE VIE

Un accès au livre profondément inégal selon les


milieux sociaux

43% de la population de plus de 15 ans En matière d'évolution, les différentes en-


n'a lu aucun livre en 2012. C'est le cas de quêtes donnent des résultats contradic-
70% des ouvriers et des agriculteurs, de toires. Selon le ministère de la Culture, les
40 % des employés, contre 20 % des inégalités en matière de lecture de livres
cadres, selon l'Insee. Dans une grande par- se sont accrues entre les milieux sociaux
tie des milieux populaires, le livre n'est pas dans les années 2000. La part des gros
présent, alors qu'ill' est souvent naturelle- lecteurs chez les cadres (plus de 10 livres
ment dans les milieux favorisés. Mais il y lus par an) a baissé entre 1997 et 2008
[1] Il est pour le moins a« livre)) et« livre)) : selon le ministère de (de 68 % à 57 %), mais celle des non
surprenant que deux
organismes publics la Culture [ll, qui a une conception plus lecteurs n'a quasiment pas évolué : de 7 à
travai llent sur le même
large en incluant notamment les bandes 8% sur la période. Dans les ménages dont
champ sans utiliser les
mêmes définitions, ni même dessinées et les livres pratiques, 42% des le chef de famille est ouvrier, la proportion
les mêmes intervalles de
ouvriers n'ont pas lu de livres en 2008, de personnes n'ayant pas lu de livres est
temps pour le nombre de
livres lus. contre 8% des cadres. passée de 34 à 42 %.

En revanche, selon l'Insee, la part d'ou-


vriers non lecteurs est restée stable à
Population n'ayant lu aucun livre dans l'année selon la
catégorie socioprofessionnelle 69 % entre 1999 et 2012 et celle des
cadres a progressé de 15 à 20 % . La lec-
. . 2012 ture de livres« traditionnels)) (hors BD et
livres pratiques) diminue donc aussi chez
Ouvriers 69 69
les cadres et stagne à un niveau élevé chez
Employés 38 40 les ouvriers : les écarts se réduisent.
Les différences de résultats entre les deux
Professions intermédiaires 26 31
enquêtes s'expliquent en partie par les
Cadres supérieurs 15 20 dates auxquelles elles ont été menées et
surtout par la définition adoptée de ce que
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 41 51
l'on considère être un livre, qui n'est pas
Agriculteurs 65 72 semblable pour les deux sources. L'exemple
Ensemble 42 43 de la lecture de livre illustre l'importance
de la maîtrise des définitions utilisées.
Unité :%
Quoi qu'il en soit, les écarts sont énormes
Nombre de livres lus dans l'année selon le milieu social entre milieux sociaux. En 2012, la part de
non lecteurs de livres est près de 3,5 fois
plus élevée chez les ouvriers que chez les
Ouvriers 42 18 39 100 cadres selon l'Insee.

Cadres supérieurs 8 35 57 100


L'inégal accès au livre ne doit pas être
Source: ministère de la Cu lture- Données 2008
Unité: % confondu avec la lecture dans son en-

1 06 1 -OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S-RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


semble : d'Internet à la messagerie électro- cès au savoir. Outre qu'elle permet d'enri-
nique, en passant par la presse ou les ch ir son vocabulaire et de renforcer sa
bandes dessinées, la lectu re prend des maîtri se de l'écrit, la lecture de livres
formes très diverses. Le livre reste l' une des donne accès à la culture des milieux favo-
formes de la transm ission des inégal ités risés. Elle reste un puissant facteur de dis-
dans une société où l'écrit n'a pas cédé la tincti on sociale. •
place à l'image et à la télévision dans l'ac-

CONDITIONS DE VIE
Les inégalités face aux vacances

Près des deux tiers des Français décla-


raient partir en vacances au milieu des Qu'est-ce que partir en vacances ?
années 1990. Le taux de départ en va-
cances a ensu ite dim inué petit à petit Les données présentées ici considèrent que l'on part en
jusqu'à tomber à 52 % en 2008, en pleine vacances quand on quitte son domicile au moins quatre
crise économ ique. Depu is 2011 , il repart à nuits consécutives pour des raisons non professionn elles.
la hausse et atteint 60 % selon les do n- Du coup on englobe dans le même mot des congés très
nées du Crédoc Uuin 2014)[11. différents : une sema ine à la campagne vaut autant que
quatre semaines aux Seychelles. Une grande partie des
Taux de départ en vacances selon inégalités face aux congés est invisible des statistiques. Le
les revenus taux de départ rapporte le nombre de personnes parties, à
Le niveau des revenus détermine en la popu lation totale de la catégorie observée.
grande partie le fait de partir en vacances
ou non : seuls 40 % des personnes au x
revenus inférieurs à 1 200 eu ros men- davantage dans le temps, on observe que
suels[21 sont parties en 2014, contre 86 % les pl us modestes (mo ins de 1 200 euros
de celles qui disposent de plus de 3 000 par mois pou r une personne seule) n'ont
eu ros. De fa it, un u budget va ca nees ,, pour pas encore rattrapé leur niveau de départ
une fam ill e peut représenter plusieu rs mil- en vacances de la fin des années 1990
li ers d'euros : impossib le pour la majorité (44% en 1998, contre 40 % aujourd 'hui).
des bas sala ires. Tandis que le taux de départ des plus aisés (1] « Vacances 20 14:
(plu s de 3 000 euros pa r mois pou r une l'éclaircie », enquête «
Conditions de vie et
Des inégalités qui se creusent personne seule) a augmenté su r la période aspirations des Français »,
Certes, en 2014, le taux de départ en va- de 3 points, passant de 83 % en 1998 à Crédoc, janvier 2015.
[2] Ensemble des revenus,
cances est plus élevé qu 'en 2013 pour 86 % en 2014. De plus, le taux de départ pour une personne, impôts
toutes les catégo ri es. Ma is si l'on remonte des plus aisés se situe au niveau de 80 % non déduits.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRAN CE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - 1 107
tt 1 MODES DE VIE

Taux de départ en vacances selon le niveau de vie depuis quinze ans, alors que celui des plus
modestes ne dépasse pas 40 %.
En 2014, près de la moitié des personnes
déclaraient ne pas envisager de partir en
:: ! ....•••••••••••••••••••••••.••••••.•••••••••••••••••••••••.... .......... vacances dans les prochains mois pour
des raisons financières. Il faut dire qu'une
75 semaine de location équivaut souvent au
minimum à un demi-Smic. D'autres ne
prévoyaient pas de partir pour des rai-
sons de santé (16 %), professionnelles
55 (9 %) ou familiales (8 %). Un peu plus
d'une personne sur dix n'est pas partie
par choix (13 %).

35 Taux de départ en vacances selon la


catégorie sociale
82 % des cadres supérieurs partent en
congés contre 47 % des ouvriers. Ce phé-
Unité :o/o
* rupture de série : à partir de 2008, les données sont mesurées
nomène résulte d'abord des écarts de ni-
en j uin et non plus en janvier de chaque année. veau de vie entre milieux sociaux: compte
tenu du prix des hébergements, partir de-
Supérieurs à 3 000 € • De 1 900 à 3 000 € • De 1 200 à 1 900 € • Moins de 1 200 € mande d'avoir des ressources importantes.
Il faut aussi disposer de jours de congés,
ce qui n'est pas le cas d'une partie des
nouveaux embauchés, de ceux qui na-
viguent entre des emplois précaires ou des
stages. Enfin, prendre des congés est aussi
le produit d'un processus de socialisation
Les départs en vacances selon la catégorie sociale
des individus socialement marqué : partir,
et loin et souvent, fait partie des habitudes
de vie des cadres supérieurs, pratiques so-
Indépendants 57 cialement valorisées dans ces milieux.
Cadres, professions intellectuelles supérieures 82
Qui part en vacances l'hiver?
Professions intermédiaires 75 Les deux tiers des Français ne partent ja-
Employés 58 mais en vacances l'hiver (de début dé-
cembre à fin mars) selon le Crédocr31.
Ouvriers 47
Moins d'un Français sur cinq (17 %) part
Restent au foyer 49 au moins une fois tous les deux ans, un sur
dix tous les ans. Partir skier est encore plus
Retraités 54
rare. 8 % des Français partent au ski au
Etudiants 67 moins une fois tous les deux ans. Seuls
certains groupes- les cadres (40 %), les
Ensemble 60
hauts revenus (31 %, plus de 3 100 euros
Unité :o/o

108 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015


par ménage) ou les diplômés du supérieur les départs en vacances selon les reve-
nus mensuels pour une personne
(33 %) - plient bagages au moins un an
sur deux à cette période de l'année. Et
parmi ceux qui partent, moins de la mo itié
vont à la montagne. Moins de 1 200 € 40

De 1 200 à 1 900 € 50
Pour partir l'hiver, il faut tout d'abord dis-
poser de congés. La majorité des sala riés De 1 900 à 3 000 € 68
qui en ont utilisent leurs cinq semaines Supérieurs à 3 000 € 86
l'été et à Noël. Il faut aussi en avoir les
Ensemble de la population 60
moyens : les prix des stations de ski sont
prohibitifs pour la plupart des ménages. Un ité: %

Certains salariés des grandes entrep ri ses


disposent toutefois du soutien d'un comité pl ace médiatique aussi importante? Il suffit
d'entreprise et d'autres utilisent leu rs ré- qu 'une fraction très rédu ite de la popula-
seaux familiaux ou d'amis. tion se déplace pour créer des embouteil-
Enfin, voyager en hiver s'i nscrit aussi dans lages et alimenter télévisions et radios en
[3] << Un désir de renouveau
le cadre d'une pratique de loisirs propre à reportages, en complet décalage avec les des vacances d'hiver »,
certaines catégories socia les. On part d'au- pratiques de l' immense majorité de la po- enquête <<Conditions de vie
et aspirations des Français,
tant plus en hiver qu'on a l'habitude d'al- pulation . La fréquentation des stations se Crédoc, juillet 20 1O.
ler au cinéma, de rencontrer fréquemmen t maintient pour une raison simple : les caté- [4] Hors personnels
des amis ou que l'on pratique régu liè re- gori es qui profitent de la neige ne sont pas enseign ants du secteur
de lë ducation non pris en
ment un sport. con cernées pa r la montée du chômage et compte dans les chiffres de
Pourquoi les sports d'hiver occupent-ils une la ba isse des niveaux de vie. • l'Insee.

RA PPORT SUR LES INËGALI TËS EN FR ANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITËS- 1 109
tt 1 MODES DE VIE

Des services à domicile réservés aux plus fortunés

Taux de recours aux services à domicile selon le niveau de vie En 2011, 13% des ménages ont employé
du personnel à domicile au cours des
10 o/o les+ pauvres 6,9
deux derniers mois, selon une étude du
20 o/o 10,2 ministère du Travail 111 . Jusqu'aux 70 %
les moins fortunés, moins de 10% des
30 % 12,1
ménages sont concernés. Pour les 10%
40 % 10,9 les plus pauvres, la proportion n'est que
de 6,9 %. Si 17,7% des cadres supérieurs
SO o/o 10,1
emploient du personnel à domicile, ce
60 % 10,0 n'est le cas que de 2 % des employés ou
des ouvriers, qui représentent près de la
70 o/o 9,0
moitié des actifs. Et encore, ces données
80 % 11 ,1 mélangent des familles qui font appel à
90 % 18,0 une heure de ménage occasionnelle, et
d'autres qui en utilisent plusieurs par jour
10 o/o les + riches 33,5 et régulièrement.
Unité : % De plus, les formes d'aide à domicile sont
Sou rce: ministère du Trava il, d'après Insee - Données 2011
hétérogènes : du ménage ou du soutien
Taux de recours aux services à domicile selon la catégorie scolaire pour les cadres supérieurs finan-
sociale cés par des réductions d'impôts, à l'aide
Agricu lteurs aux personnes âgées dépendantes dému-
nies, qui peut être prise en charge par les
Artisans, commerçants 5,5
conseils généraux.
Cadres 17,7 Si l'on restreint le champ aux ménages
avec enfants, les écarts sont encore plus
Professions intermédiaires 8,4
grands. La moitié de ceux dont les reve-
Employés 1,9 nus s'élevaient à 5 000 euros ou plus
( 10% des ménages) étaient employeurs
Ouvriers 2,0
réguliers de personnel à domicile en
Unité:%
Source : ministère du Travail, d'après Insee- Données 2011 2005121. Jusqu'à 3 000 euros mensuels
(62 % des ménages concernés), le taux
était inférieur ou égal à 3 % . Au total, les
[1] << Les services à la
personne : qui y recourt 10% les plus aisés bénéficient de 60%
? Et à quel coût ? >>, Dares des avantages fiscaux alors que les 20 %
Analyses n°63, août 2014.
[2] Les données du les plus pauvres n'en profitent pas et seu-
ministère du Travail sont
lement 4 % vont aux moins favorisés
anciennes, mais ont sans
doute peu varié depuis. (entre les 20 et 50 %). •

110 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 201 S


L'homophobie reste présente dans la société française

L'association SOS homophobie a reçu Evolution des appels reçus par SOS homophobie
2197 témoignages de personnes victimes
de discriminations du fait de leur orienta- 4000
tion sexuelle en 2014. En 2013, les per-
sonnes qui ont contacté SOS homophobie ~
..,"'c
sont majoritairement des hommes c
0
0
(51 %). 27% des appelants sont âgés de
35 à 50 ans.

Les manifestations d'homophobie sont de


diverses natures : il peut s'agir d'insultes
(39 %), de rejet et d'ignorance (37 %), de
menaces et de chantage (22 %), d'homo-
phobie sociale (18 %), de diffamation
(17 %), de discrimination (11 %), de har-
cèlement (7 %), jusqu'aux agressions phy-
siques (6 %). En 2013, SOS homophobie a Unité :Nombre de témoi gnages

enregistré 188 cas d'agressions physiques,


un chiffre en hausse par rapport à 2012 Contexte des discriminations homophobes des témoignages
(122 témoignages).

51 %des témoignages sont relatifs à l'ho- Internet


'f.!IWdhl 1t 51
............. .....
mophobie sur Internet, que ce soit à tra-
Lieux publics 9
vers des articles ou commentaires insul- ........
..;
~
tants, ou par le rejet des internautes Politique 7 ..,"'c
homosexuels. 7 % des témoignages c
0
0
Famille, entourage proche 6 .,.
concernent des problèmes rencontrés au HH HOHHOOHOHOOHHOHHH oooooo••o••••••••000000000000000•00•0000000000000000000HHHHHHHH H HO OHO H0000H o

travail, contexte où l'homophobie peut


HOO O~O O OOOO OOO ~
Commerces et services
0 OHO 0 00
empêcher la progression de carrière, voire
déboucher sur un licenciement.
Mal de vivre
s.. H. J
Travail 5
0
................. a.
c.
L'homophobie s'exprime dans les lieux Voisinage 4 a:

publics (9% des cas), mais aussi au sein ooooM


ooooooi•• loooe
i oooouoooooosooocoooooooolooaoooooio roooeooooo-ooooE
oooonoooosoooeooo.ioogoooonooooe••••m
o•oo •oe•oooon•O•o•toooosoooouooopoooooéoooooro•ioeooooouooorooo HooHooooHHHOH oHoooH o ooooooooooooo Hoo o o oo oOOOOOH ~ "'
de la famille ou du voisinage (respective- HOHOHOH OOOOOOOOOOOOOOOHOHHHOHOOHOOOOooOOOHOOHOOOOOOOOO
OOOHHOOOOoooOoooOOOOOOOOOOOOOOOHOOoOooooHOooHoH oOH OHO O
HO OO ]
3
ment 6 et 4 %). Les homosexuels su- Médias 2 ~
bissent une discrimination spécifique
Autres *
dans les commerces et les services (5 %
des témoignag es) : refus de consomma- Unité : %
* Autres contextes ne dépassant pa s 2 % : International, Santé, Religion s, Police -Gendarme -
tion dans un café, de location d'un appar- rie, Sport, Justice.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBS ERVATOIRE DES INÉGALITÉS - 1 111
'M ~ 1 MODES DE VIE

[!]Données 2013 Typologie des témoignages reçus par tement, de prise en charge par un taxi,
SOS homophobie
par exemple.

Attention, il s'agit de témoignages reçus


par téléphone ou par mail. Ceux-ci
donnent une indication, mais ne consti-
Femme 24 tuent pas un recensement exhaustif des
cas de discriminations homophobes. La
Homme 51 hausse considérable des appels en un an
Transsexuel(le) 2 (+ 78 %) ainsi que l'augmentation de
l'homophobie sur Internet (passant de 35
Non spécifié 23
à 51 % entre 2012 et 2013), en même
Origine géographique g:, temps que baissent les cas d'agressions
~ physiques, traduisent le climat d'homo-
ile-de-France
.. ?~. . ~ phobie sociale alors que le débat sur le
Province 44 S mariage pour tous battait son plein en
~ 2013, mais aussi une meilleure sensibili-
Etranger 2

Inconnue
1 sation du public. •
30 0
...
0
N

< 18 ans
:J
18-24 ans 14
0
c.
c.
25-34 ans 19 cr::

t]
.....•....••........ Q)

35 - 50 ans 27

> 50 ans 6 Vl

........ ......... ... ~

Inconnu
Unité :%

112 1 -OBSERVATOIRE DES INEGALITES-RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015


NOUVELLES TECHNOLOGIES

La fracture numérique diminue


Un cinquième de la popu lation n'a pas réduit de 37 % en 1996 à 5 %en 2014.
accès à Internet selon les données 2013 Enfin, il a plongé de 40% en 1999 à 8%
du Crédoc. Le taux atteint 40% chez les pour la connexion Internet.
plus démunis (moins de 900 euros men-
suels) ou les personnes âgées. Bien sûr, De plus en plus de peu diplômés ont accès
chez les jeunes ou les cadres supérieurs, aux nouvelles technologies: entre 2003 et
l'accès est généralisé, avec des taux qui 2013, le taux d'accès à Internet à domicile
dépassent les 90 %. Les milieux sociaux a été multiplié par 6, de 9 à 52 % chez
les moins favorisés s'équ ipent. Il n'em- ceux qu i n'ont aucun diplôme. La progres-
pêche, faire comme si Internet allait de soi sion du taux d'accès des plus diplômés est
pour tout le monde pose problème. La ré- arrivée à son maximum, presque tous
férence permanente au réseau met de côté étant connectés.
pas moins de 11 mill ions de personnes qui
[ 1] Le Crédoc a calculé un
indice d'inégalité : plus le n'y ont pas accès. Il en est de même pour les milieux sociaux.
coefficient est élevé, plus
Entre 2003 et 2013, le taux d'accès à In-
les inégalités sont fortes.
Un coefficient de Gini égal Mais les écarts se réduisent ternet des employés est passé de 32 à
à zéro signifie qu'il n'y a Entre 1996 et 2014, l'indi ce d'i négal ité 92 %, celui des ouvriers de 21 à 81 %. Les
pas d'inégalités, tandis
qu'un coefficient de Gini d'équipement en ord inateur à domicil e, cadres sont presque tous connectés
égal à 100 signifie qu'un
calculé par le Crédoc r11 est passé de 29% (97 %). La catégorie sociale n'est plus un
eu! groupe détient tout
lëquipement. à 10 %. Pour le téléphone mobile, il s'est facteur déterminant dans l'accès à l'Inter-
net. En revanche, l'âge demeure un mar-
queur : quatre personnes âgées de plus de
Taux d'accès aux technologies de l'information selon le
revenu mensuel 70 ans sur dix seulement sont équ ipées. Il
est vrai qu'à cet âge, l'intérêt de l'accès
Micro-ordina- devient progressivement moins évident.
Cela dit, le taux d'accès chez les 60-69 ans
a fortement progressé sur la période, pas-
Inférieur à 900 € 74 65 58
sant de l3 à 75 % entre 2003 et 2013.
Entre 900 € et 1 500€ 79 63 59 Quant aux plus de 70 ans, le taux a été
multiplié par deux, de 18 à 39 % entre
Entre 1 500 € et 2 300 € 90 80 79
2009 et 2013 .
Entre 2 300 € et 3 100 € 91 88 89
Des usages différenciés de l'Internet
Supérieur à 3 100 € 96 97 96
Les inégalités se logent de plus en plus
Ensemble 89 83 81 dans l'usage. La plupart de ceux qui y ont
Unité: %
accès utilisent Internet presque tous les

RAPPORT SUR LE S INËGA LI TËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INËGALITËS - 1 113
li~ 1 MODES DE VIE

Evolution des inégalités d'équipement- Indicateur jours, même si le taux est moindre chez les
synthétique d'inégalités ouvriers, les indépendants et les retraités.
Les démarches administratives par Inter-
45 net concernent 51 % de la population,
40
mais seulement 52 % des ouvriers contre
90% des cadres. Les trois quarts des mé-
35 nages dont les revenus mensuels sont su-
périeurs à 3 100 euros font des achats sur
Internet, contre 32 % de ceux dont les
25 .
revenus sont compris entre 900 et 1 500
20 euros.

15
• • • • •' C Les réseaux sociaux, qui servent à regrouper
10 des amis, mais aussi à étoffer son réseau
professionnel, partager des informations ou
des images, commencent à s'implanter.
Ceci dit, tout le monde est loin d'utiliser
Facebook, Twitter et autres : moins de la
Unité : coefficient de Gini des inégalités en matière d'équipement.
moitié des plus de 12 ans s'y sont connectés
en 2013. Seuls 20 % des 60-69 ans sont
• Ordinateur à domicile Connexion Internet à domicile • Téléphone mobile • Smartphone dans ce cas. La référence permanente à ces
réseaux traduit leur utilisation par une mi-
norité culturellement favorisée, notamment
Personnes connectées à Internet à domicile
dans les médias, mais reste en décalage
selon le diplôme
avec la grande majorité.

100
Les inégalités diminuent dans le domaine
de l'accès aux nouvelles technologies,
notamment du fait de la baisse des prix
des produits. La fracture qui persiste est
essentiellement générationnelle: les plus
anciens restent souvent à l'écart d'un uni-
vers dont ils ne voient pas vraiment l'uti-
lité et qu'ils ne comprennent pas tou-
jours. Demain, on peut imaginer que, peu
ou prou, tout le monde sera connecté et
équipé. Reste qu'aujourd'hui, faire
comme si tout le monde l'était demeure
une vue de l'esprit. •

Unité :%

• Aucun diplôme BEPC • BAC • Diplôme du supérieur

114 1 -OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS-RA PPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
Les usages d'Internet

Participation à Démarches ad-


des réseaux so- ministratives ou
ciaux fiscales sur In-
ternet

Employés 77 57 36 66

Professions intermédiaires 83 51 38 81

Indépendants 75 34 26 62

Cadres supérieurs 92 48 37 90

Ouvriers 75 52 32 52

Retraités 61 11 5 26

Ensemble de la populat ion 77 45 32 51


Unité: en%
* Pour les personnes connectées.

Smartphones et tablettes pour tous ?


Pas encore.

6 % de la population est équipée po pul ation posséda it un smart-


de smartphones et 29 % dispose phone co nt re 46 % aujourd'hui, et
d'une tab lette, selon les données 4 % avait une tab lette contre
2014. Les jeunes sont à la pointe- 29 % actuell ement. Il est possible
81 %des 18-24 ans ont un smart- que ces objets su ivent le chemin du
phone- ainsi que les diplômés du micro-ordinateur et de l'accès à In-
supérieur (62 %}. Ma is seuls 37 % ternet en se démocratisa nt, du fait
des titulaires du BEPC et 16 % des de la ba isse de leur prix. Encore
non diplômés sont dans ce cas. La fa ud ra it-il pouvo ir distinguer les
progression de l'équ ipement est types d'équ ipement, qu i n'ont par-
spectacu laire : en 2011 , 17 % de la fois que le nom en commun .

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRAN CE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- 1 115
116 1 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS -RAPPORT SUR LES INÉGALITÉ S EN FR ANCE 201 5
5
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LE RETOUR DES CLASSES


SOCIALES 7

L'une des explications des tensions so- chômage des ouvriers non qualifiés dé-
ciales actuelles est à chercher dans la vio- passe les 20 %, quatre fois plus que celui
lence de la crise subie par les plus défavo- des professions intermédia ires, cœur des
risés. Les catégories aisées continuent à classes moyennes.
s'enrichir quand les couches populaires Pour ces catégories sociales méprisées
voient leur niveau de vie baisser. Entre les pour leur mode de vie pavillonnaire, ce qui
deux, les classes moyenn es constatent compte, c'est l'écart entre leur vécu et ce
avec amertume le décalage entre leu rs à quoi elles aspirent. Souvent issues d'un
aspirations et la réalité sociale. Une frac- processus de mobilité ascendant (ruraux,
ture sociale s'ouvre. ouvriers, immi grés notamment), elles
Les classes populaires- en particulier les voient leurs enfants peiner à accéder à
jeunes qui en son t issus - sont aux pre- une situation équivalente à la leur. Ces
mières loges du mal emploi. Les trois ménages se situent dans le creux des poli-
quarts des chômeu rs supplémentaires de- tiques socia les : ils ne profitent ni des pres-
puis 2008 sont ouvriers ou employés. tations sociales pour pauvres (en particu-
Entre 2008 et 2012 , les cadres supérieurs lier des allocations logement), ni des
ont gagné 300 euros de revenus annuels niches fiscales pour riches.
supplémentaires, ouvriers et employés en Les plus aisés, travestis en « classes
ont perdu 500. Depuis 2012, la situation moyennes supérieures u, repoussent hors
a empiré. Cela sign ifie que la France popu- du progrès une part croissante des mé-
laire s'enfonce depu is maintenant sept nages popula ires et moyens. Les élections
ans. Du jamais vu depuis les années 1930. départementales de mars 2015 l'ont bien
La situation des couches moyennes est montré, les classes sociales se rappellent
meilleure. Au fil des effets de mode idéo- au bon souvenir de la classe politique. Non
logiques, on est passé de la « moyenn isa- pas qu 'elles aient disparu :bon nombre de
tion u à l'annonce de la « fin des classes commentateurs ont confondu la transfor-
moyennes u. Une dramatisation qui fait mation des milieux sociaux et la perte de
vendre sans co rrespondance avec la réa- consistance du social. On a mis en avant
lité . Certes, les revenus des couches de « nouvelles inégalités u (le sexe, l'âge,
moyennes stagnent, ma is leurs difficultés le territoire, la couleu r de la peau , etc.)
restent sans rapport avec celles que ren- pour ne pas voir que la partie se jouait
contrent les milieux populaires. Le taux de aussi entre milieux sociaux.

OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS -RAPPO RT 2015 1 117


li ~n 1 CATÉGORIES SOCIALES

REVENUS

Les cadres supérieurs s'enrichissent

Toutes les catégories sociales gagnent da- pour les employés, 1 448 euros pour les
vantage en 2012 qu'en 2000, selon les professions intermédiaires, 1 829 euros
données de l'Insee (après impôts et pres- pour les ouvriers et 2 682 euros pour les
tations sociales). La hausse du niveau de cadres su péri eu rs.
vie moyen par personne est de 1 146 euros
Le niveau de vie moyen annuel des ou-
vriers est passé de 16 820 euros en 2000
Niveau de vie annuel moyen des individus selon à 18 649 euros en 2012, soit une hausse
la catégorie sociale de 10,9 %. Leur niveau de vie reste le
moins élevé de l'ensemble des catégories
2012 Gain entre
2000 et 2012 sociales. Les professions intermédiaires ont
(en euros) connu une augmentation de+ 6 %, soit
Cadres supérieurs 35 310 37 992 7,6 2 682
+ 1 448 euros. Les employés, dont les re-
venus sont aussi parmi les plus bas, ont
Professions 24 230 25 678 6,0 1 448 connu le gain le plus fa ible entre 2000 et
intermédiaires 2012 : + 1 146 euros, leur revenu passant
Employés 19 270 20 41 6 5,9 1 146 de 19 270 à 20 416 euros. Les cadres su-
périeurs, qui ont gagné 2 682 euros
Ouvriers 16 820 18 649 10,9 1 829
(+ 7,6 %) entre 2000 et 2012, ont le ni-
Ensemble 20890 2400 veau de vie le plus élevé avec 37 992 eu-
ros annuels en 2012, contre 35 310 euros
en 2000.

Niveau de vie annuel moyen des individus


selon la catégorie sociale Depuis 2008: les effets de la crise
La crise économique pèse davantage sur
les revenus modestes. Depuis 2008, les
employés et les ouvriers ont connu une
Cadres supérieurs 37700 37992 292 forte baisse de leur niveau de vie, res-
pectivement moins 504 euros et moins
Professions intermé- 26 11 0 25678 -432
diaires 471 euros. En revanche, les cadres supé-
rieurs ont gagné 292 euros en dépit de
Employés 20920 20416 - 504
... .......... ... .......... ....... .. .............. .. ... la mauvaise situation économique. La
Ouvriers 19120 18649 -471 très forte dégradation de l'emploi peu
qualifié a creusé les écarts des revenus
Ensemble 23390
entre catégories sociales. •
Unité : euros 201 2

118 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAP PO RT SUR LE S INÉGALIT ÉS EN FRANC E 2015


ls

Le niveau de vie des CSP

Le niveau de vie mensuel moyen des indi- professions de l'information, des arts et
vidus des catégories sociales les plus ai- des spectacles à 4 300 euros pour les pro-
sées (ca dres supérieurs et professions libé- fessions libérales. Les professions intermé-
ral es) varie de 2 400 euros pour les dia ires vivent avec 2 000 euros en

Les revenus selon les catégories sociales détaillées

Agriculteurs exploitants, artisans, commerçants, chefs d'entreprise 227 3


Cadres supérieurs et professions libérales 3175
Professions libérales 4327
Cadres administratifs et commerciaux d'entreprise 3343
Cadres de la fonction publique 3033
Professeurs, professions scientifiques 2975
~
Ingénieurs et cad res techniques d'entreprise 2932 'ë
.......................................................................................................................................................................................................................... :g_
Professions de l'information, des arts et des spectacles 2457 g
Professions intermédiaires 2131
'E
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'''''''''' uu••••••••• u u • • • • • • • • • • • • • • • • • u u • • • • • • o • o u o u u o u u • • •••••••••HHH•••u•••• ••••••••••••• • • u u u u o o u o ouooOUHH•OO•••••••• ouoH•••••••uu o u • • •••••••••••••••••o•ouoooOouou o u u o uuuu••••u••••• u••••••••••• uo u uo u ••• • •••uoouu•••••••••• uouuouoOoO C

Professions intermédiaires administratives de la fonction publique 2249


.......................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................................... .,; ~

Professions intermédiaires de la santé et du trava il social 2206 'g


............ ~

Professions intermédiaires administratives et commerciales des entreprises 2142


'''•''''''''''''''''''''''''' uu uu u o u ' ' ' ''''''''''''''''' uuuouu••••••••••uu•••••••••••uuuouuuouooou•o••ouH•••H•••uuoHu•••••••• uoouuo u • u • • • • • •• • • • • u o u u u u • • • • • u • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • u u u u o u o u u u u • • • • • • • • • • • • ' ' • ' ' ' ' ' ' ' ' ~
Professeurs des écoles, instituteurs et professions assimilées 2113 -~
Cil

Contremaîtres, agents de maîtrise


'''''''''' uu''''''''''''''''''' uoo•u•••••uuuou•••••••••• u u u u u o u • • • • • • • • u o u u • u • • • • • • • • • • • u o u o o u o u • • • • • • • • • • • • O H O u • • • • • • • • • • • • • • • • • u o o u o u • • • • • • • • • u u u , u u o o u , , , , , , , , , , , , , , , , , , , u , u u u u u , , , , , , ,,,,,,,,,,,,, uuuuou
2044
uu'''''''''''''~
!
Techniciens 2033 ~

Employés 1686 OHH ~


Employés administratifs d'entreprise 1995
.. c
0
Agents de surveillance 1757 H HU ~
Em ployés ci vils et agents de service de la fonction publique 1726
OHOH ~
Employés de commerce 16?~ u u :

Personnels des services directs aux particuliers 1415 ~

Ouvriers 1548 §:
o u u u u u ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' '' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ' ouuu'''''''''''''''''''''''•••u•uuu••••uouuououooououuoou••••u• uouououou ououuuuou uuu ouuo o uu••••••••••uoouuuoououu•••'•'''''''''''''''' uuuu••••••'''''''' ~

Ouvrie rs qua lifiés de type industriel .................... uu···uu . . . . . . . . . . . u u · u · u · · u · · · · · · 1691 H. ~


Ouvriers qualifiés de la manutention, du magasinage et du transport 1654 c

Chauffeurs 1623
................. N
g
Ouvriers qualifiés de type artisanal 1553 ~
' ''''''''''''''''''''''''''•'''''''''u•••u•••••••••••••••oo•ouuuuuuuu•••••••••••••••••••••u••••••••••• uuuo•OHHHHOHHHHOOHHHH''""""'''''''''''''''''''''u ''''''''' uu'''''''''''''''''' • u•u•u•••••••••• uuouu••••••••••'OH••••••••••••''''''''''''''''' ou g

Ouvriers agricoles et assimilés 1486


......... °j
Ouvriers non qualifiés de type industriel 14 76
"''''uuuu•••••••''' ou:'''''''''' ''''''''''u'''''''''''''' uoou•u•••••••••••u•u•u•••••••••••uouoouooou•••uooouuu••••"'''HO•u ouuoou•••••uu ououuo u ' '''''''''''''''''' ' '''''''''''''''''''' ' '''''''''''''''''''''''''''''''' uu•••••• ••• • • • • • • • • u u • • • • • ' ' ' ' ' ' ' ' QI

Ouvriers non qualifiés de type artisanal 1340 5


uu••••••••••u•••••••••• • u•u:''''''' uuuuu o u •• • • • • • • • • u u u • • • • • • • • • • • u u u uu'''''''''''''''''' ' o u • • • • • • • • • • u u u u u o o u • u • • • • • • • • • • • u • • • • • • • • • • • • u o o u u o u • • • • • • • •••••••••••••uu•••• •• •••• uu uu uu•••••••••u•uuu u••••••••••• uuuu ~
Unité: eu ro s

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015 · OBSERVATOIRE DES INÉGALIT ÉS 1 119
Ü 1 CATÉGORIES SOCIALES

moyenne par mois pour les contremaîtres que ceux dont disposent les catégories les
et les agents de maîtrise, au maximum plus favorisées.
avec 2 250 euros pour les admin istratifs A l'heure de la retraite, la hiérarchie des
de la fonction publique. Chez les catégo- revenus évolue de la même manière : les
ries populaires, le niveau de vie mensuel anciens ouvriers disposent en moyenne d'à
moyen oscille entre 2 000 euros pour les peine 1 500 euros contre un peu plus de
employés administratifs d'entreprise et 3 000 euros pour les anciens cadres supé-
1 340 euros pour les ouvriers non qualifiés rieurs, soit un revenu mensuel moyen deux
de type artisanal. Des montants qui fois moins élevé pour les premiers. •
peuvent être jusqu'à trois fois moins élevés

Inégaux face à la pauvreté

La pauvreté des actifs selon la catégorie sociale Le taux de pauvreté, au seuil à 50 % du


niveau de vie médian, est de 8,3 %chez
Taux en%
les ouvriers, 6,7 % chez les employés,
contre 2,2 % chez les cadres supérieurs.
Contrairement à une thèse répandue, la
Agriculteurs exploitants, artisans, 301 13,6 14
pauvreté ne frappe pas au hasard . Les per-
commerçants, chefs d'entreprise sonnes les plus démunies sont d'abord les
moins qualifiées, qui ont le plus de difficul-
Cadres supérieurs 106 2,2 5
tés à s'intégrer dans l'emploi. Il peut aussi
Professions intermédiaires 208 3,1 10 s'agir de contraintes familiales: l'absence
de modes de garde, de faibles salaires et
Employés 540 6,7 26
le temps partiel contraint font basculer
Ouvriers 510 8,3 24 dans la pauvreté une part importante de
Retraités 436 3,3
familles et en particulier des familles mo-
21
noparentales (composées le plus souvent
Ensemble -v~~ 7,4 d'une femme et de ses enfants) . •
Seuil à 50 % du niveau de vie médian

120 1 OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
ls

Le patrimoine selon la catégorie sociale

Le patrimoine net (dettes déduites) mé- à la fois des jeunes peu fortunés et des
dian des ouvriers non qualifiés est de générations plus âgées qui ont accumulé
5 500 euros (données Insee 2010). Em- un patrimo in e (notamment leur loge-
ployés et ouvriers (la moitié des actifs) ment). •
possèdent des patrimoines médians infé-
rieurs à 30 000 euros. Les cadres supé-
rieurs disposent d'un patrimoine net mé-
Montants des patrimoines* nets médians selon la catégorie
dian sept fois plus élevé (214 500 euros)
sociale
que ces derniers.
Patrimoine
'!et médian
Chez les non salariés, les patrimoines sont
beaucoup plus élevés, autour de 500 000 Agriculteurs 539000
euros pour les professions libérales et les
Artisans, commerçants, industriels 266800
agriculteurs, 266 000 pour les arti sans,
commerçants et industriels. Mais ils com- Professions libérales 482600
prennent la valeur de l'outil professionnel.
Cadres 214500
Dans ces catégories, les écarts de patri-
moine sont beaucoup plus importants que Professions intermédiaires 111000
pour les salariés. Entre l'artisan maçon ou
Employés 21700
l'agriculteur de montagne et l'avocat d'af-
faires ou le chef d'entreprise de grande Ouvriers qualifiés 28800
taille, les fortunes n'ont rien à voir. Ouvriers non qua lifiés 5500

Les écarts de patrimoine sont beaucoup Agriculteurs retraités 152900


plus élevés que les écarts de niveaux de Indépendants retraités 282300
vie. Le patrimoine reflète l'histoire de l'ac-
Salariés retraités 166500
cumulation de richesse au fil du temps,
parfois de génération en génération. Reve- Inactifs n'ayant jamais travaillé 6000
nus et patrimoine vont ensemble : le
nombre de personnes qui disposent d'une
Ensemble ~
Unité: euros
fortune personnelle importante et d'un
* Une fois les dettes déduites.
faible revenu est très faible 111·
[1] Voir « Patrimoine et
A noter toutefois: si le patrimoine dépend niveau de vie sont liés, plus
dans le haut que dans le bas
de la catégorie sociale, il est aussi très lié de la distribution >>, France
à l'âge. Les niveaux médians rassemblent Portrait social, Insee, 2012.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS !121
'Ji ,._ 1 CATÉGORIES SOCIALES

EDUCATION

La fracture du diplôme

Ouvriers, employés et agriculteurs se dis- rement dans notre pays d'accéder à des
tinguent du reste de la population par leur postes d'encadrement.
faible niveau scolaire. 1,7 % des ouvriers, La transmission du diplôme n'est pas mé-
6,4 % des agriculteurs et 7,1 % des em- canique, mais ceux qui viennent de mi-
ployés disposent d'un diplôme supérieur à lieux peu qualifiés doivent faire des efforts
bac+ 2, contre 66,1 % des cadres supé- plus importants pour réussir. Les deux tiers
rieurs. Près d'un tiers des ouvriers a au des enfants d'enseignants et de cadres
maximum le certificat d'études primaires. sont titulaires d'un diplôme supérieur ou
Très peu de cadres, en revanche, ne sont égal à bac +3, contre 12 % des enfants
pas diplômés (1,6 % seulement). Ces don- d'ouvriers non qualifiés. 60% de ces der-
nées traduisent l'importance en France niers disposent d'un diplôme inférieur au
des diplômes, mais aussi les faibles possi- bac ou n'ont pas de diplôme •
bilités de promotion interne et de valorisa-
tion de l'expérience. Avoir un niveau de
diplôme peu élevé ne permet que très ra-

Répartition des actifs selon le diplôme par catégorie sociale

Agriculteurs exploitants 6,4 13,5 23,7 36,5 4,9 15,0 100

Artisans, commerçants, 12,1 11 ,9 22,3 31,9 6,3 15,4 100


chefs d'entreprise

Cadres, professions 66, 1 15, 1 10,3 4,9 2,0 1,6 100


intellectuelles supérieures

Professions intermédiaires 23, 1 32,0 21,9 14,8 4,0 4,4 100

Employés 7,1 11,4 25,1 30,3 8,5 17,5 100

Ouvriers 1,7 3,9 16,6 40,5 8,0 29,2 100

Un ité :%
Lecture: 66,1 % des cadres supérieurs ont un niveau de diplôme supérieur à bac +2.

122 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPO RT SUR LE S IN ÉGALITÉS EN FRAN CE 2015


ls

Niveau atteint par les élèves selon leur origine sociale

Bac Diplôme Total


seulement bac+3/4

Enseignants 9 15 9 29 38 100

Cadres supérieurs, chefs d'entre- 13 11 12 23 41 100


prise, professions libérales

Professions intermédiaires 24 19 14 23 20 100


V"' ••• • ••••• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • ••••••• • • • • • •••••• ••• •••••••• • • •••••••••••• ••• •••• • • • • • • •••• • ••• • • • •• • •• • ••• • ••••••••••

~ Agriculteurs 32 17 17 17 17 100
re . . ......... . ............................•... . .. . • . . ......................• .. .. . ... . ·· · ··· · · · ······················ · ·· · ··· · · ·· · · • . . .. .......• . ....
Cl..
Artisans, commerçants 37 20 13 15 15 100

Employés 43 22 11 15 9 100

Ouvriers qualifiés 48 21 12 12 7 100

Ouvriers non qualifiés 60 20 8 8 4 100

Unité: %

De la sixième aux études supérieures · les ouvriers


éliminés

A mesure que l'on s'élève dans les études, tandis qu 'ils sont 42 % à être diplômés
la proportion d'élèves des couches sociales d'un bac +5 et représentent plus de la
les moins favorisées diminue. Pour le co m- moitié (55 %) des élèves de classes pré pa-
prendre, le ministère de l'Education natio- rato ires.
nale a suivi la scolarité d'une génération Si les inégal ités sont présentes dès l'école
d'élèves entrés en sixième en 1995. Alors maternelle, elles s'accentuent au fur et à
qu e les enfants d'ouvriers, d'inactifs et mesure que le niveau d'études aug mente.
d'employés re présentent la majorité des Le <<handicap )) du milieu social n'est pas
élèves au début du collège (56 % pour les insurmontable : même s' ils sont peu nom-
deux catégories cumulées), ils ne sont plus breux, et même s'ils do ivent redoubler
que 24 % à avo ir un diplôme de niveau d'efforts, des enfants d'ouvri ers et d'em-
bac +5 et ils ne constituent qu'une faible ployés sont présents dans les fil ières les
part ( 16 %) des élèves de cla sses pré pa ra- plus difficiles à atteindre. •
toi res aux grandes écoles. A l' inverse, les
enfants dont les parents sont cadres ou
exercent une profession li bérale, ne rep ré-
sentent que 16 % des élèves de sixième,

RAP PORT SUR LES IN ËGA LI TËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALIT ÉS 1123
11~ 1 CATÉGORIES SOCIALES

De la sixième aux études supérieures: la composition sociale des filières.

Inscrits en classe
préparatoire aux
grandes écoles en
2002

Ouvriers, inactifs* 38 29 19 9 14

Employés 18 16 14 7 10

Agriculteurs, artisans, commerçants 11 11 10 9 10

Professions intermédiaires 17 21 24 20 24

Cadres supérieurs, professions libérales 16 23 33 55 42

Ensemble 100 100 100 100 100

Unité :%
Source : ministère de l'Education nationale, Les inactifs sont des personnes de milieu social très proche de celui des ouvriers.

Lecture: les enfants d'ouvriers et d'inactifs représentaient 38 % des élèves de sixième en 1995.
* Les inactifs sont des personnes de milieu social très proche de celui des ouvriers.

EMPLOI
Chômage: changement de régime pour les non qualifiés

Les cadres et professions intermédiaires lifiés, la dégradation a été beaucoup plus


sont toujours quasiment au plein emploi forte. Leur taux de chômage, déjà de
avec un taux de chômage respectif de 3,9 l'ordre de 10 % en 1983, n'a quasiment
et 5,2 % (données 2013). Le taux de chô- pas cessé d'augmenter pour atteindre
mage des ouvriers non qualifiés (20,6 %) 16,8% en 1999. Ce chiffre a diminué les
est cinq fois plus important que celui des deux années suivantes, ma is il est reparti
cadres {3,9 %) et celui des employés très vite à la hausse ensuite. Pour les ou-
[ 1] On ne dispose pas des (10 % ), près de trois fois plus. Surtout, un vriers dans leur ensemble, comme pour les
données pour les employés
non qualifiés mais il est
ouvrier non qualifié sur cinq est sans emploi. employés111, le taux oscille depuis les an-
très probable qu'elles soient Le taux de chômage des professions inter- nées 1980 entre 8 et 10 % .
semblables à celles des
ouvriers non qualifiés.
médiaires et cadres supérieu rs a certes Des générations entières de populations
[2] Il suffit d'un petit augmenté au milieu des années 1990, peu diplômées- nées à partir de la fin des
nombre de chômeurs de
plus pour atteindre un
mais sur l'ensemble de la période, l'évolu- années 1960 - n'ont connu que le chô-
pourcentage important. tion reste faible. Pour les ouvriers non qua- mage de masse. Il ne s'agit plus pour ces

124 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RA PPORT SUR LES INÉG ALITÉS EN FR ANC E 20 15
ls

milieux populaires de « crise )) ma is d'un Evolution du taux de chômage selon la catégorie


déséquilibre structure l, un nouveau ré- socioprofessionnelle
gime, qui s'est installé sur le marché du
travail. 20

18 ....
Que se passe-t-il depuis 2008?
16

Entre 2008 et 2013, le nombre de ch ô- 14

meurs a augmenté de 743 000. Parm i eux, 12 .


507 000- soit 70 % - étaient ouvriers ou
employés, contre 110 000 professions in-
termédiaires et 60 000 cadres supérieurs.
Durant cette période, le taux de chômage 6 .... ................ ....... ...... ........ .. .. ..... .. ... .... ..... ..... .. .

:t:: , , , ~
des ouvriers qualifiés est passé de 7 à
11 %, celui des ouvriers non qua lifiés de
15 % à 21 %. De son côté, le taux de
chômage des cadres a augmenté de 3 à
~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ 0
3,9 %, niveau qui est proche du plein em- ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~ ~

ploi . Il n'en demeure pas moins que la Unité :%

hausse du nombre de chômeurs cadres


n'est pas négligeable, elle atteint+ 50 % • Cadres Professions intermédiaires • Employés • Ouvriers qualifiés • Ouvriers non qualifiés
sur la période. Ce phénomène est dû au
faible niveau de départ 121 mais il montre
que les plus favorisés ne sont pas tout à
fait épargnés. •

L'ascenseur social n'est pas bloqué


La mobilité sociale n'est pas stoppée, lentes. 52 % des hommes âgés de 40 à 59
même si elle est moins forte que durant ans fils de cadres supérieurs étaient eux-
les Trente Glorieuses, période de cro is- mêmes cadres supérieurs alors que seuls
sance économique qui a suivi la Seconde 10 % des fi ls d'ouvriers du même âge oc-
Guerre mondiale. En 2003, 65 % des cu paient le statut de cadre en 2003 selon
hommes de 40 à 59 ans n'éta ient pas em- les dernières données disponibles de l'ln-
ployés dans une profession appartenant à see 111. En revanche, 46% des fils d'ouvriers
la même catégorie sociale que celle de ét aient eux-mêmes ouvriers, contre 9 %
leur père, selon l'Insee. En 1977, ce même des fils de cadres supérieurs. La mobilité
[1] Voir « En un quart de
indicateur éta it de 57 %. se fa it plus facilement entre catégories siècle, la mobil ité sociale
a peu évolué » - Données
Mais les chances d'accès aux différentes proches : un tiers des hommes dont le père
sociales : la société
positions sociales sont loin d'être équiva- ava it une profession intermédiaire sont fran çaise, Insee, 2006.

RAPPORT SUR LES INÉGA LI TÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 125
li ~ 1 CATËGORIES SOCIALES

Destinées sociales
Répartition de la catégorie socioprofessionnelle du fils en fonction de celle du père

Père: Père: Père:


artisan, corn- profession ouvrier
merçant, chef intermédiaire
d'entreprise

Agriculteur 22 2 0 0

Artisan, commerçant, chef d'en - 6 21 6 8 7 8


trep ri se

Cadre et profe ssion intellec- 9 22 52 33 22 10


tuelle supérieu re

Profession intermédiaire 17 23 25 33 28 23

Employé 9 9 6 9 17 12

Ouvrier 37 24 9 17 26 46

Total 100 100 100 100


~-~~~~.-.1 . ...... . ... . .... . ... ................~--
Source : Insee, enquê te sur la formation et la q ualificat ion professionnelle - Données 2003, hommes ac t ifs aya nt un emploi ou anciens act ifs, âgés de 40 à 59 ans en 2003.

Lecture: parm i 100 fils de pères appartenant à une CSP donnée, tant sont devenus ...

Mobilité sociale structurelle et nette


Quand le nombre de cadres augmente,
l'accès à cette catégorie est mécanique-
ment plus ouvert. Même si tous les fils de
Mobilité totale 57 65 65
cadres le devenaient, il reste des places
Dont mobilité structurelle 20 22 25 pour les autres. A l'inverse, la diminution
du nombre d'agriculteurs explique que
Dont mobil ité nette 37 43 40
seulement 22 % des fils le soient devenus
Unité :o/o
Source : Insee, enq uête sur la fo rmati on et la qua lification, dans « Don nées sociales 2006 », hommes act ifs eux aussi. La mobilité structurelle pro-
ayant un emploi ou anciens actifs aya nt eu un emploi, âgés de 40 à 59 ans en 1977, 1983, 2003 .
gresse : sur lOO fils âgés de 40 à 59 ans
en 2003, 25 ont connu une mobilité struc-
turelle, 5 de plus qu'en 1977.
devenus cadres, alors qu 'avec un père em- Mais la mobilité dépend aussi de phéno-
ployé, il est moins fréquent de devenir mènes qui ne sont pas liés aux transforma-
cad re (22 %) ma is davantage de devenir tions de l'emploi . On parle de mobilité
profession intermédiaire (28 %). « nette)) ou de« fluidité sociale 11. Pour la
calculer, on déduit de la mobilité totale la
Pour comprendre la mobilité so- mobilité structurelle. Cette mobilité nette
ciale, il faut bien distinguer deux est en quelque sorte un indicateur de
phénomènes. l'égalité des chances d'accéder aux di-
Tout d'abord, la mobilité sociale est liée à verses posit ions sociales, lié par exemple à
une mobil ité dite« structurelle)): les chan- une meilleure scolarisation des milieux les
gements de la structure des emplois. moins favorisés. En 2003, la mobilité nette

126 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RA PPORT SU R LE S INËG ALI TËS EN FRANC E 20 15


ls

concernait 40 % des hommes et représen- 1970 à 2000 environ . On parle d'un ascen-
tait donc près des deux tiers de la mobilité seur ancien. La prochaine enquête de l'In-
sociale totale, preuve que l'ascenseur so- see ne devrait pas apporter de résultats
cial n'était pas bloqué. Mais après avo ir avant 2016 .
progressé entre 1977 et 1993, elle a ré- Depuis 2003 , la situation de l'emploi s'est
gressé entre 1993 et 2003 . Au total, on encore dégradée. Le sociol ogue Camille
est pourtant loin de l'égalité des chances. Peugny s'est intéressé à la situation des
L'Insee note que si l'on prend deux hommes personnes ayant quitté la formation ini-
au hasard, l'un fils de cadre, l'autre fils d'ou- tiale depuis 5 à 8 ans en 2009. Il prend
vrier, le premier a huit chances sur dix d'oc- donc en compte des personnes nées
cuper une position sociale supérieure ou jusqu'à la fin des années 1980. Il montre
égale à celle du second . que depuis 2003 l'imm ob il ité sociale
stagne, voire tend à augmenter légère-
Et depuis 2003? ment : un tiers des personnes appar-
Les données les plus récentes de l'Insee sur ti ennent toujours à la même catégorie
la mobilité ont été mesurées il y a dix ans. sociale que leur père.
Elles portent sur des hommes âgés de 40 Plusieurs raisons expliquent le sentiment
à 59 ans : cela veut dire qu'ils sont nés que l'ascenseur social est bloqué. Tout
entre 1940 et 1960. Certains sont entrés d'abord, on monte toujours, mais on des-
sur le marché du travail dès la fin des an- cend aussi plus souvent. Entre 1983 et
[2] Les données de l'Insee
nées 1950, d'autres jusqu'aux années 2003, si l'on prend les hommes et les ne concernent que les
1980. Les données sur la mobilité socia le femmes 121 âgés de 30 à 59 ans, la propor- hommes. Lëlévation du
taux d'activité féminin rend
décrivent un ascenseur qui a vieilli pa r tion de personnes en ascension sociale est plus difficile à interpréter la
rapport à son fonctionnement des années passée de 37,7 à 38,7 %. Mais la part de mobilité sociale des filles.

Tel père, tel fils ?


Position sociale des jeunes en 2010, trois ans après leur sortie de formation initiale, selon la catégorie
socioprofessionnelle du père

Artisan, Profession
commerçant, intermédiaire
chef d'entre-

Ouvrier 0,3 1,2 8,7 29,2 26,0 34,7 100

~ Employé 0,0 1,5 12,0 33,6 28,4 24,5 100


•QJ
~ ·············· ·· · · · ·· · · · · · ·· ·· · · · ····· · ·· · · ·· · ··

~ Profession intermédiaire 0,0 0,9 22,1 4 1,7 19, 1 16,3 100


Q) . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . .. . .

·~ Cadre supérieur 0,0 1,2 36,8 36,8 15,2 10,1 100


~ ···· ······· ····· ·· ·· ···· ··· ··· ······· ·· ···· ···· ···· ··· ·· ······ ····· ··········· ·
Q) Artisan, commerçant, 0,7 3,2 18,4 32,7 26,4 18,6 100
~ chef d'entreprise
~ ···· ···· ······· ··· ······· ·· ······ ······ ···· ··· ······ ···
u Agriculteur 5,2 0,5 12,3 33,3 23,1 25,6 100

Ensemble 1,5

Unité : %

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 127
'Ji ~ 1 CATÉGORIES SOCIALES

ceux qui sont descendus dans la hiérarchie Au fond, ce qui marque les esprits, c'est le
sociale par rapport à leurs parents est pas- changement par rapport à la période pré-
sée de 18,6 à 21,9 %. Le rapport entre cédente. Les Trente Glorieuses ont assuré
ceux qui montent et ceux qui descendent une promotion sociale massive. Cette pro-
a diminué de 2,2 à 1,77 [31. motion existe toujours, mais à un niveau
La mobilité sociale est exagérée car elle qui n'est plus du tout équivalent en partie
enregistre des passages entre milieux très du fait de la dégradation de l'emploi, alors
proches. Un fils d'ouvrier devenu livreur sera que les jeunes sont de plus en plus quali-
[3] Voir « Éducation
comptabilisé comme mobile mais sa posi- fiés. Aujourd'hui le taux de précarité at-
et mobilité sociale : la tion dans la hiérarchie sociale change peu. teint 50 % chez les jeunes. Il faut un
situation paradoxale des
générations nées dans les
Ce chiffre minore l'immobilité, du fait de la temps encore plus long pour s'insérer du-
années 1960 »,Camille ressemblance entre les ouvriers et employés rablement dans l'emploi. Une partie des
Peugny, Economie et
Statistique n°4l0, Insee,
en matière de statut social. En 2010, parmi couches moyennes issues de milieux mo-
août 2008. les jeunes sortis depuis trois ans de forma- destes (ouvriers et agriculteurs notam-
[4] « Quand l'école est
finie ...Premiers pas dans la
tion initiale, 61 %dont le père était ouvrier ment) voient leurs descendants peiner à
vie active d'une génération, et 54% de ceux dont le père était employé rééditer les mêmes parcours alors qu'ils
enquête 20 10 >> ,enquête
Génération 2010, Céreq, 1er
étaient eux-mêmes soit ouvriers, soit em- sont plus diplômés qu'eux. •
trimestre 20 12. ployés, selon les données du Céreq [41 .

SANTÉ
Les cadres supérieurs vivent bien plus longtemps
L'espérance de vie à 35 ans a augmenté et un cadre, tandis qu'il est de trois années
en moyenne de 4,4 ans pour les femmes chez les femmes. En revanche, les évolu-
et de cinq ans pour les hommes depuis la tions se croisent : chez les hommes, l'écart
fin des années 1980. Mais cette avancée entre les cadres et les ouvriers s'est réduit
a davantage profité aux catégories so- depuis la fin des années 1990 (de 7 à 6,3
ciales favorisées . A 35 ans, un homme années en 2000-2008), et le phénomène
cadre pouvait espérer vivre 47,2 ans et un est inverse chez les femmes (de 2,6 à 3
ouvrier 40,9 ans selon les conditions de années sur la même période).
mortalité du début des années 2000; l'es-
pérance de vie à 35 ans d'une femme L'écart entre les hommes et les femmes
cadre était de 51 ,7 ans contre 48,7 pour s'est de même stabilisé à sept années en-
une ouvrière. viron. Les femmes vivent plus longtemps,
Les différences d'espérance de vie à 35 ans quelle que soit la catégorie sociale. Les
entre catégories sociales sont plus élevées ouvrières ont même une espérance de vie
chez les hommes que chez les femmes : à 35 ans supérieure de 1,5 année à celle
l'écart est de 6,3 années entre un ouvrier des hommes cadres.

128 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAP PORT SUR LES INÉGA LI TÉ S EN FRAN CE 201 5
ls

Espérance de vie à l'âge de 35 ans selon la catégorie sociale


~ .~ ..
• :: Femmes

2000- 1983- 2000-


2008 ·: J 1991 2008

Cadres supérieurs 41,7 43,7 45,8 47,2 47,5 49,7 49,8 51,7

Professions intermédiaires 40,5 41,6 43 45 ,1 46,4 48,1 49,5 51,2

Agriculteurs 40,3 41,7 43,6 44,6 45,7 46,8 48,8 49,6

Artisans, commerçants et chefs d'entreprise 39,6 41 43,1 44,8 46 47,4 48,8 50,3

Employés 37,2 38,6 40,1 42,3 45,6 47,4 48,7 49,9

Ouvriers 35,7 37,3 38,8 40,9 44,4 46,3 47,2 48,7


..... ... ...... ....... .... .....
Inactifs non retraités 27,7 27,5 28,4 30,4 44,3 45,4 47, 1 47

Ensemble 39,2 42,8 46,4 49,4

Ecart entre cadres supérieurs et ouvriers 6 6,4 7 6,3 3, 1 3,4 2,6 3


Unité : années
Lecture: compte tenu des niveaux de morta lité mesurés entre 2000 et 2008, un homme cadre de 35 ans pouvait espérer
vivre en moyenne encore 47,2 années, soit jusqu'à 82 ans au tota l.

L'espérance de vie en bonne santé


Es pérance de vie totale et sans incapacité à 35 ans chez les hommes

Totale 47 41 6

Sans incapacité en matière de soins personnels 45 38 7

Sans incapacité dans les activités en général 40 32 8

Sans problèmes sensoriels et physiques 34 24 10

Unité : années

Avertissement: les données des deux tableaux ne sont pas établies pou r les mêmes années et
donc non directement comparables.

Chez les hommes, l'écart d'espéra nce de vie problèmes sensoriels et physiques est de 34
à 35 ans sans incapacité entre cadres supé- ans, contre 24 ans chez les ouvriers, soit un
rieurs et ouvriers est encore plus grand que éca rt de 10 ans. En cla ir : non seulement les
l'écart d'espérance de vie totale. Ainsi, l'es- cadres vivent plus longtemps, mais au ssi en
péra nce de vie à 35 ans des cadres sans meilleure santé •

RAPPORT SU R LES IN ÉGALI TÉS EN FRANCE 201S - OBSE RVATOIRE DES INÉGA LI TÉS 1 129
11 ~ 1 CATÉGORIES SOCIALES

L'obésité touche d'abord les moins favorisés


Part de la population adulte obèse selon la catégorie sociale L'obésité [ll est près de deux fois plus répan-
due dans les catégories les moins favori-
2012
sées ( 16,7 % chez les ouvriers, 16,2 %
Artisans, 13,3 17,2 3,9 chez les employés) que dans les catégories
commerçants plus aisées (8,7 % chez les cadres supé-
rieurs), selon l'étude ObEpi [21 . Entre 2000
Agriculteurs 10,3 16,7 6,4
et 2012, la part des adultes de plus de 18
Ouvriers 10,1 16,7 6,6 ans obèses a progressé de 4,9 points, pas-
8,8 16,2
sant de 10,1 à 15 %. Près de sept millions
Employés 7,4 ~
. ·~·r~~~~~·i~~~· ;~·~~~·~~~i·~;~~·~ ....... ...... .. ........ ·~:~· ......... .; ·~ :~ ...... ... .. ·~:~ .... ·1
de personnes sont touchées en 2012 .
L'augmentation de la prévalence [31 a tou-
······ ·· ··· ····· · ····· ·· ·· ······· · ········· ·· ····· ··· ··· ··· ············ ·· ····· ··· · · ····· ···· ·· · ······ · o
Cadres supérieurs 7,4 8,7 1,3 ~
ché toutes les catégories de revenus ou
·········· · ······· · ····· · · · · ·· ······ ····· · ······ · ·· · · ·· · ··········· · ···· ·············· · ··· · ········· ·· ·~ d'éducation même si elle a été moins forte
Retraités 13,8 18,9 5,1 ~ dans les catégories su péri eu res.
0
· ;~~~~·i~; · ·· · · ·· · · ···· ·· ······ · ······ · · · ··· · · · ·· ······ · ····~:~··· ····· · ·· ; ·~:~·· · ·· · · ·· · ··~:~ ···· · i
.. Plusieurs facteurs expliquent les inégalités
15,0
j sociales face à l'obésité. Près d'un adulte
Unité : o/o
Les résultats présentés concernent 25 714 individus de plus de 18 ans. sur deux (48,4 %) touché par l'obésité, vit
au sein d'un foyer aux revenus mensuels
Part de la population adulte obèse selon le revenu mensuel inférieurs à 1 200 euros contre 7 % de
net du foyer ceux qui ont un revenu mensuel supérieur
à 5 300 euros. Le niveau de diplôme par-
2012
ticipe fortement dans la détermination
Moins de 900 euros 13,5 25,6 12,1 des pratiques alimentaires. Le taux d'obé-
·· ··· ····· ·· ··········· ························ ······· ·· ······· ·· ··· ·· ······· ··· ····· ··· ······ ·· ···· ····
De 900 à 1 200 euros 14,5 22,8 8,3
sité est trois fois plus élevé chez les per-
········· ························ ·········· ·········· ··········· ············· ····· ····· ·· ···· sonnes de niveau primaire (24,5 %) que
De 1 201 à 1 500 euros 12,5 19,4 6,9
·· ·············· ········· ···· ········ ·· ···· ··· ······· ·· ···· ·· ····· ····· ·· ······ ······· ········ ··· ····· ·· chez les diplômés d'un 3ème cycle
De 1 501 à 1 900 euros 11,1 18,8 7,7 d'études supérieures (7,3 %). L'attention
····························· ····················· ··· ······· ·· ·· ··· ····· ·········· ···· ··················
De 1..901
....... à 2 300
.. ......... euros
........ ........ ........ ................... ...9,4
..... .... ... 16,2 6,8
... ... .. .................. portée au corps, les pratiques alimen-
de 2 301 à 2 700 euros .......... ..... ... .. ....... ... ...8,2 16,1 7,9 taires, le lien porté à la relation entre ali-
................................. ...... ..... .... ... ....... .............
mentation et santé ne sont pas semblables
De 2 701 à 3 000 euros
............................. 8,1 ..... ... ....
.... ....... ......... .. .. ................ 15,3.......... .....7,2
... ... ..
selon les catégories sociales, qui chacune
De 3 001 à 3 800 euros 7,2 11,9 4,7
·· ····· ··· ········· ···· ·········· ········· ········· ··· ·· ·· ···· ········ ···· ·· ··· ·· ··· ··· ····· ·· se conforme (plus ou moins) aux normes
.P~. ~ .~~~ ..~ .?. ~~~. ~~.r?.~ .. .. ..... ............. ..... ... ?:?.. ....... ...~:~......... .. .~:?... .. . de leur milieu. •
5 301 euros et plus 6,9 7,0 0,1
Total aB 15,0
Un ité :o/o
Les résultats présentés concernent 25 714 in dividu s de plus de 18 ans.

[1) llibésité est déterminée taille élevée au carré. On compris entre 25 et 30. Roche en collaboration [3] Part de la population
en fonction de l'<<indice de parle d'obésité quand !'!MC [2) ObEpi : enquête avec l'Inserm et l'hôpital de touchée par la maladie.
masse corporelle » (!MC}, dépasse 30 et de surpoids menée tous les trois ans à la Pitié-Salpêtrière.
rapport entre Je poids et la quand cet indicateur est l'initiative du Laboratoire

130 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
ls

Prévalence de l'obésité selon le


niveau d'instruction
Obésité : maladie ou norme sociale ?
Au même titre que les vêtements que l'on porte ou son lieu
Primaire 24,5 de résidence, l'obésité est associée aux personnes modestes.
On montre facilement du doigt des catégories populaires
Niveau 3ème 21,5
aux pratiques à risques par rapport à la norme des catégo-
Technique court 18,5 ries aisées. Les préjugés vont bon train : incapables de se
discipliner vis-à-vis de leur alimentation ou de leur activité
Niveau bac 14,3
physique, les personnes obèses sont considérées comme
Technique supérieur 11,8 moins instruites, indifférentes à leur physique et surtout
Su périeur 1er cycle 12,2 responsables de leur état. Sans nier les conséquences du
surpoids, il faut aussi s'interroger sur les normes véhiculées
Supérieur 2nd cycle 8,9 par notre société. A quel moment s'agit-il effectivement
Supérieur 3ème cycle 7,3 d'un problème de santé, et quand mesure-t-on l'écart à un
idéal de minceur véhiculé par les catégories les plus favori-
Total 15,0
sées? Selon les époques, les pays et les milieux sociaux, la
Unité :%
Source: Enquêt e Obépi-Roche- Données 2012
notion de surpoids n'est pas toujours identique. Enfin, il ne
Les résultats présentés concernent 25 714 individus de plus faut pas oublier les facteurs génétiques de l'obésité.
de 18 ans.

CONDITIONS DE VIE
Couples :on se marie toujours entre semblables
Qui se ressemble s'assemble : le milieu so- conjointes), alors que ce n'est le cas que
cial détermine pour beaucoup la compos i- d'un tiers des cadres [21. Seuls 2,2 % des
tion des couples. Les sociologues français ouvriers vivent avec une femme cadre su- [1] << Ülpport des modèles
d'association à l'analyse
n'étudient plus guère ce phénomène pour- périeure (dont la catégorie constitue pour- multidimens ionnelle
tant essentiel, appelé l'« homogamie )), Les tant un dixième des conjo intes). 29 % des de transformations
temporelles. lllustration
dernières données sur le sujet datent de cadres supérieurs forment un couple avec à travers J'homogamie en
1999. Un travail peu connu du sociolog ue une femme de même catégorie sociale. France », Milan Bouchet-
Valat, Congrès de I'AFS,
Milan Bouchet-Valat, présenté à l'automne Une autre étude récente [31 apporte des Nantes, 2 septembre 2013.
2013 [11 , vient à po int pou r actual iser ces éléments sur l'homogamie en fonction du [2] Données pour les
couples dont au moins
données. Il fait apparaître une diminution diplôme des conjoints. Là aussi , les résul- une personne a entre 30
de l'h omogam ie dans le temps long , tats sont édifiants : les deux tiers des et 59 ans.
(3] « Avoir un diplôme pour
même si cel le-ci persiste. hommes sans diplôme nés en 1970 vivent faire une bonne carrière
En 2011, 83,4 % des ouvriers vivent avec en couple avec une femme ayant au mieux ou un bon mariage ? »,
Pierre Courtioux et Vincent
une ouvrière ou une employée (dont la le BEP. 82 % des bac+ 5 sont homogames Lignon, Edhec Business
catégorie représente seulement 60% des avec une femme disposant au moins d'un School, mai 2014.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 131
-..~ 1 CATÉGORIES SOCIALES

Répartition des hommes en couple selon leur groupe social et celui de leur conjointe

Conjointe

Indépendante Profession Ouvrière


non agricole intermé-
diaire ë5
a.
------------------~~------~------~~------~------~~------~------~~--~ ~
Agriculteur 56,4 2,6 2,6
.~ ?:~. "" . .".....~?:~."."" ..... ....~::... "...1.~~ .... 'i
Indépendant 1,0 22,5 8,8 19,6 40,2 7,8 100
non agriculteur
··· ···· ····· ······· ·········· ···· ··· ········ ···· ···· ······ ····· ···· ················ ····························· ········· ·················· ···· ··· ···· ·· ·········· ····· ·· ·•'[
Cadre supérieur 0,5 3,4 29,1 32,5 31,0 3,4 100 ~

. P;of~s;i~~ int~r~~~i;ire . ....•.• .•••.•••• ~,4 ••• •• ••••. ••••• ~. 1•••••••.· •••• ;,~ •••• •••.•• •• 31.~ ••••• ••••••• 4;,~ •••••••..••• 1~.~ •• ••. 1~< ~
Employé 0,0 1,9 5,8 21,2 60,6 10,6 100 c:
.... .... ...... ... ........ ........... . ....... ...... ...... ..... ... ...... ... ......... ...... ...... .. ......................... ............ .. ......... ..... ............... ~

Ouvrier 0,6 2,2 2,2 11 ,7 59,6 23 ,8 100

Ensemble 4,7 22,2 12,9

Unité : o/o. Couples où l'un des conjoints a entre 30 et 59 ans.


Lecture: ce tableau se lit en ligne. li mesure, pour chaque catégorie sociale, la répartition des hommes en fonction du milieu
social de leur femme. Ainsi, 56,4 % des agriculteurs sont mariés avec une agricultrice, 2,6 % avec une femme cadre supérieure,
etc.

bac+ 2. Seuls 4% des bac+ 5 cohabitent més se marient toujours autant entre eux,
avec une femme sans diplôme. mais globalement, la massification de l'en-
L'amour entre deux personnes n'est pas seignement a transformé la formation des
que le fruit du hasard et des goûts person- couples. « Au total, la société française
nels. Plus exactement, ces goûts sont so- paraÎt ainsi plus ouverte aujourd'hui que
cialement orientés en fonction du milieu dans les années 7960 )), explique le socio-
social : on aime vivre avec une personne logue.
qui partage un mode de vie similaire, de Reste qu'un facteur rend très difficile la
mêmes habitudes de loisirs, des centres comparaison dans le temps : l'élévation
d'intérêt communs, une même façon de très marquée du taux d'activité féminin,
parler, etc. Autant d'éléments qui dé- passé de 47 à 85 % pour les femmes
pendent en grande partie de l'origine so- âgées de 30 à 59 ans. Entre 1969 et 2011,
ciale. les catégories sociales des femmes ont été
Les premiers résultats des travaux de Mi- totalement bouleversées[51 . Enfin, on
lan Bouchet-Valat, sur la période 1969- l'évoque rarement, mais la hausse de l'ac-
2011, font apparaître une tendance à la tivité féminine associée à l'homogamie a
[4] In « Les évolutions de diminution de l'homogamie entre catégo- accru les inégalités de revenus entre les
l'homogamie en France »,
Milan Bouchet· Valat, Revue
ries sociales ou entre diplômés et non di- couples. Ceux-ci se composent en effet de
française de sociologie plômés. « L'homogamie en termes de di- plus en plus souvent de deux actifs de ni-
n°55-3, 2014.
[5] C'est pour cette raison
plôme, de classe sociale et de classe veau de vie semblable. •
que l'on mesure touj ours la sociale d'origine a clairement décliné en
mobilité sociale entre les
pères et les fils , sans tenir
France au cours des quarante dernières
compte des filles. années)), indique-t-il [41 . Seuls les plus diplô-

132 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRANCE 2015


ls

Répartition des hommes en couple selon leur diplôme et celui de leur conjointe

Conjointe

CAP/BEP Bac+ 2 à Total


+4

Sans diplôme 41 26 16 15 2 100

CAP/ BEP 26 37 18 17 100

- Bac 16 19 28 33 4 100

Bac + 2 à+ 4 8 11 18 53 10 100

Bac + 5 et plus 4 4 10 47 35 100

Unité: %

LIEN SOCIAL
Peu d'ouvriers à la télévision

Autant il existe un débat sur la présence


des femmes et des minorités vi sibles sur le Des données à utiliser avec précaution
petit écran, autant celui sur la présence Les résu ltats de ce baromètre sont obtenus à partir de l'ob-
des différents milieux sociaux est quasi- servation des programmes, et non de l'interrogation des
ment absente. Les cadres supéri eurs re pré- personnes présentes à la télévision. Il s'ag it d'évaluations
sentent 57 % des personnes qui prennent approximatives. Ces données ne prennent pas non plus en
la parole dans les progra mmes de la télé- compte la position plus ou moins valorisée dans laquelle
vision fran çaise, alo rs qu'ils co nstitu ent est présenté l'intervenant.
7 % de la pop ulation total e, selon le
Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) 11l.
Les ouvriers, 9 % de la population totale celles et de ceux que l'on voit à la télévision.
(selon les données du CSA), ne repré- Cette représentation des catégori es socio-
sentent que 2 % des personnes entendues professionnelles via la fi cti on, les divertis-
à la télévision. Quant aux personn es sans sements et les programm es d'info rm ation [ l ] << Baromètre de la
diversité à la télévision pour
activité professionnelle (enfa nts, étudia nts, est en décal age avec la structure sociale l'année 2013 >>, CSA, janvier
femmes ou hommes au foyer, chômeurs) réelle. Elle construit l'im age d'u ne société 2014. Œtude a été réalisée
en observant les personnes
qui représentent 38 % de la popul ation , largement plus favori sée qu'el le ne l'est. intervenant oralemen t - sauf
elles ne sont que 10% à intervenir à la té- La télévision constitu e d'abo rd un divertis- pour la publicité - su r les
principales chaînes entre
lévision. Enfin, les retraités fo rm ent 20 % sement et, en la matière, on préfère tou- 17 h et 23 h entre juin et
de la population, mais 3 % seu lement de jours observer la situati on sous un jour septembre 20 13.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 20 15 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 133


,.,_ 1 CATÉGORIES SOCIALES

Représentation à la télévision selon la catégorie sociale plus favorable. Ensuite, ceux qui prennent
la parole à la télévision doivent maîtriser
le discours en public. La parole est donnée,
dans l'immense majorité des cas, à ceux
qui manient le mieux la langue, c'est-à-dire
Artisans, commerçants, chefs d'entreprise 3 4
les plus diplômés.
Agriculteurs exploitants Il n'en demeure pas moins que l'écart est
énorme. Au total, les cadres sont huit fois
Cadres et professions intellectuelles supé- 7 57
rieures plus présents qu'ils le devraient si le temps
d'antenne était réparti en fonction de leur
Professions intermédiaires 10 9 part dans la population et 28 fois plus
Employés 12 14 présents que les ouvriers. L'égalité de pré-
sence des catégories sociales à la télévi-
Ouvriers 9 2
sion n'aurait pas grand sens, mais l'am-
Retraités 20 3 pleur seule du déséquilibre est marquante.
Ce phénomène a des conséquences auprès
Sans activité professionnelle ** 38 10
de la population et des commentateurs, sur
Unité : % Source: CSA- Baromètre de la diversité, données 2013, semaines du 17 au 23 jUi n et du 16 au 22
la construction de l'image des catégories
septembre 2013.
* Dan s la fiction française, les divertissements et les maga zines produits en France et les sociales et sur la représentation des intérêts
programm es d 'information sur les sujet s français.** Enfants, adolescents, étud ia nts, femmes
au foyer, ch ômeurs. des catégories les moins favorisées. •

POLITIQUE
De quel milieu social viennent les députés?
Si la parité entre les sexes à l'Assemblée tant à candidat, il faut appartenir aux ré-
nationale occupe le débat public, sa com- seaux du pouvoir et tisser des liens qui
position sociale intéresse peu les commen- dépassent la sphère politique (amis, rela-
tateurs. Alors que les employés et les ou- tions de travail, etc.). Il est nécessaire de
vriers représentent la moitié de la savoir et d'oser s'exprimer en public, de
population active, seuls 3 %des députés maîtriser les « bons )) codes du langage.
proviennent de leurs rangs, selon les don- Toutes ces compétences vont de pair avec
nées du Cevipof [11. A l'inverse, les cadres et un bon niveau de diplôme. Il faut par ail-
professions intellectuelles su péri eu res re- leurs pouvoir consacrer de longues heures
présentent 82 %de l'ensemble. à la politique au-delà de son temps de
Comment expliquer cet écart? Les partis travail :s'investir dans les réunions où les
politiques ne sont plus des partis de masse enjeux de pouvoir se décident. Les salariés
rassemblant une part importante d'adhé- du privé sont très défavorisés. En cas
[1] << Les députés de rents issus des catégories populaires, mais d'échec après un mandat, rien ne garantit
2012 : quelle diversité ? >>,
Les otes de recherche,
des groupes constitués pour l'essentiel de leur avenir dans l'entreprise. Les fonction-
Cevipof, juillet 20 12. diplômés. Pour passer du statut de mili- naires peuvent se mettre en disponibilité

134 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAP PO RT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
ls
Députés selon l'origine sociale

Part dans la population active occupée 2010

Agriculteurs exploitants 2,9 2,0

Artisans, commerçants et chefs d'entrep ri se 6,6 6,7

Cadres et professions intellectuel les supérieures 81 ,5 16,7

Professions intermédiaires 6,2 24,4

Employés 2,6 28,9

Ouvriers 0,2 21,3

Total 100,0 100,0

Unité: %
Lecture : 2,6 % des députés sont des emp loyés, cette catégo ri e soc iop rofessionnelle représente 28,9 % de la
population active occupée en 201 O.

Représentation des classes populaires à l'Assemblée nationale en France

Ouvriers Employés Pourcentage de


(taux en%) (taux en %) députés ouvriers
et employés
1871 4 0,5 0 0,0 4 0,5 727
... ... ... ... ...... ... .... .. ..
1893 16 2,7 8
...... ...... ........ ...... .
1,4 24
........ ...... ... ........ ...... .. ....
4,1 588 &
· · ····· ··· · ··· · ·· · · · · · · · · · ·~
1919 24 3,8 13 2,1 37 5,9 624 <11
••• • • • •• · •• • •• • • •• • • • • •• •• • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • ••• • • ••• •••• • • • • • • • • • ••• • • • • • • • • • • ••••• • • • • • • • • • • • • • • •• ••• • • • • • • •• •• • • • • • • • • •• • • • • •• •• • • • • •••• • ••• • • ••• • • •• • • • • • • ••• • •••• • •• • • •• •VI

1936 56 8,9 33 5,3 89 14,2 626 ·~


···· ····· ··· ··· ···· ···· ······· ··· ·· ········ ··· · ..... ..... .......... ... ... .. ..... .... .. ........ .. ....... ....... ... ... .... ... .... ... . .......... ..... ... ... ·· · · · ·· · ·· · · · ·· ···· · · · ···~
1945 65 12,4 33 6,2 98 18,8 522 ~
• •• • • •• •• • • • • • • • • ••• • ••• • • • • • • • • • • • • • • • • • ••• • • • • •• • • • • • • • • •• • • • • • • • •• •• • • • • ••• •• • • • • • • • • • • • ••• • • • •• • ••• • •• • • • • • • • • • • • • •• • • • • • • • • • • • •• • • • • • • •• •• •• • •• • • • • •• •• • • • • • • ••• • VI

1958 7 1,7 12 2,6 19 4,1 465 ~


.... ... ... .. ............ ... ..... ...... .. ...... .. ... .. .. .. ... .... ... ... ........... ... .. .. ........ ......... ........ ..... .... .............. ... .. .. ... .. .. ........... ~

1978 32 6,5 12 2,4 44


9,0 .... .. .... .. ..... :?. ~ ~ ......
1981 22 4,5 9 1,8 31 6,4 49 1 ~
1988 11 1,9 15 2,6 26 4,5 575
....... . . ...... . . . .. . . . . . . ......... . . . .. . . . .... . .. . .. .... . .... . .... .. ........... . ..... . . . ... . ...... . .. . .... .. . . . .. . . . ..... . .. . . .. . .. . .. . ... .. .... . . . . .. . · ·· · ·· · · · ······· · · · ····· . . a.;

.??~.~ ...........................................?~.~ .................... ~ .?.. ....... ........ ..1.,?_ .. .. .. .. .. .... .. ..... ~.1 ..... ..... .. .... ......1.'9 ...... ....... .. ~:.7.. .... j

et les indépendants peuvent fa ire gé rer La poussée de la gauche aux élections de


leurs affaires par un t iers : ils sont do nc 1967 (Ve répub lique) a condu it à une re-
largement privilégiés et composent la ma- montée à 9 % de l'ensemble « ouvriers et
jorité des élus à l'Assemblée. emp loyés H. Une législature qu i a peu
Les catégories popula ires (ouvriers et em- duré : l'Assemblée fut dissoute en mai
ployés) représenta ient 18,8 % des députés 1968 . Par la su ite, la représentation des
lors de la première législature ( 1946-1951 ) catégories popula ires n'a cessé de se ré- [2] « Le vote. Approches
de la IVe Répub li que, qui comptait 150 du ire, alors que cet ensemble constituait sociologiques de
l'institution et
députés commun istes sur 522121. Ça a été toujours environ la moitié de la population des comportements
la représentation la plus fo rte depuis la active. Aux législatives de 2012, les onze électoraux >> , Patr ick
Lehingue, La Découverte,
création de l'Assemblée nati ona le. Ma is en députés ouvriers et employés représen- 2011. Données 2012:
1958, cette part éta it déjà revenue à 4 %. taient à peine 2 % de l'ensemble. • Cevipof.

RAP PORT SUR LE S INÉ GALITÉS EN FRAN CE 2015- OB SERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 135
'Ji ~ 1 CATËGORIES SOCIALES .

Les élus locaux, des notables ?


Les cadres supérieurs représentent 32,2 % retraités représentent 42,6 % des maires et
des conse illers régionaux, 32 ,3 % des 29,9 % des conseillers généraux, ce qui ne
conseillers généraux et 10,2 % des maires, nous dit malheureusement rien de leur mi-
alors qu'ils représentent 8,7 % de la popu- lieu social : un retraité peut être un ex-ou-
lation . Les agriculteurs exploitants ras- vrier comme un ancien cadre.
semblent à peine 1 % de la population Comme pour les députés, un niveau de di-
mais 13,7 % des maires, en raison du plôme élevé et la connaissance des réseaux
nombre très important de communes ru- du pouvoir sont des atouts importants,
rales. A l'opposé, les employés et les ou- voire indispensables, pour occuper des fonc-
vriers, dont la part dans la population est tions au sein d'exécutifs locaux, surtout
respectivement de 16,6 et 13,4 %, sont très pour les plus importants. Il faut savoir s'ex-
peu présents dans les instances locales. La primer en public, face aux médias, faire
part des ouvriers est de 4,1 % dans les jouer un ensemble de relations pour mobi-
conseils municipaux et de 0,4% dans les liser des bénévoles, collecter des fonds, etc.
conseils généraux. Les employés sont mieux Pour les salariés du privé, l'engagement en
représentés dans les conseils municipaux politique comporte un risque professionnel
(21,2 %) mais ils ne constituent que 4,7% très élevé en cas d'échec après un mandat.
des conseillers généraux. Les professions Ce n'est pas le cas pour les fonctionnaires
intermédiaires sont représentées à hauteur qui peuvent se placer en disponibilité, ni
de leur proportion dans la population (13,9 pour certaines professions libérales, qui ont
%), et même davantage parmi les maires la possibilité de sous-traiter une partie de
(18,6 %), les conseillers municipaux (20 %) leurs activités durant leu r mandat. •
et les conseillers régionaux (25,6 %). Les

Les élus locaux selon l'origine sociale

Conseillers Part dans la popu-


régionaux lation de 15 ans et
(2010) plus * 2010

Agriculteurs exploitants 10,2 13,7 5,4 2,9 0,9

Artisans, commerçants 7,3 3, 1 6,1 6,4 3,4

Cadres et professions intellectuelles supérieures 8,0 10,2 32,3 32,2 8,7

Professions intermédiaires 20,0 18,6 14,4 25,6 13,9

Employés 21,2 7,7 4,7 8,9 16,6

Ouvriers 4, 1 1,1 0,4 1,1 13,4

Autres professions 2,1 0,9 3,6 7,6

Retraités 24, 1 42,6 29,9 9,9


Unité: %.* Insee- Enquête emploi - moyenne annuell e en France métropolitaine.** L'en se mbl e « autres professi ons, retraités et aut res sans act ivité profes -
sion nelle >> représente 43,1 % de la popul ation de plus de 15 ans en 201O.

136 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015
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Hommes-Femmes

UNE MARCHE TROP LENTE


VERS L'ÉGALITÉ

Les inégalités entre hommes et femmes écoles les plus sélectives. Dans l'emploi, de
dans notre société se réduisent. Par le nouveaux secteurs d'activité du tertiaire
haut: les scolarités des filles ont rattrapé, s'ouvrent aux femmes, mais celles-ci n'en
voire dépassé celles des garçons. Elles re- représentent encore qu'une infime mino-
présentent 57 %des étudiants à l'univer- rité des dirigeants. Tous temps de travail
sité en 2013-2014, contre 43 %en 1960- confondus, les femmes touchent encore au
1961. Les taux d'activité féminins ont total un salaire 19% moins élevé que ce-
considérablement progressé. Les femmes lui des hommes ou, dit autrement, les
investissent un nombre plus important de hommes gagnent 24 % de plus que les
secteurs et occupent une part croissante femmes. A poste et expérience équivalents
des postes de cadres. Le salaire des toutes choses égales par ailleurs, les
femmes se rapproche de celui des hommes. femmes perçoivent 9 % de moins. Les
Ce rapprochement entraîne aussi une éga- temps partiels subis et les contrats à durée
lisation par le bas. L'homogénéisation des déterm inée restent dans leur très grande
modes de vie fait que si les femmes vivent majorité occupés par des femmes.
toujours plus longtemps en France, l'écart Que les femmes aient ou non un emploi,
d'espérance de vie à la naissance entre les elles sont toujours les« championnes)) du
sexes s'est réduit entre 2000 et 2014, pas- travail domestique, comparées aux
sant de 7,6 à 6,2 années en faveur des hommes. En moyenne, les femmes y
femmes. Le taux de chômage des hommes, consacrent 3h26 par jour en 2010, contre
principalement frappés par la crise de l'in- 2h pour les hommes. Avec l'arrivée d'un
dustrie, est désormais supérieur à celui des enfant, ce partage inégal perdure, voire se
femmes. creuse. Et cette situation n'évolue que très
Encore ne faut-il pas verser trop vite dans lentement dans le temps.
l'optimisme: les inéga lités entre les sexes En politique, la loi de 2000 sur la parité a
se cachent parfois derrière des déta ils. A contribué à une meilleure représentation
l'école, les garçons continuent à être très féminine dans les exécutifs nationaux et
majoritaires dans la filière S, la plus pres- locaux. Mais seulement 26,9% de femmes
tigieuse du lycée, et dans les grandes siègent à l'Assemblée nationale. Au

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INËGALITËS 1137
1i~ 1 HOMMES -FEMMES

rythme actuel de progression, la parité entre les hommes et les femmes tout en
devrait être atteinte dans 15 ans. Au ni- défendant un modèle concurrentiel de so-
veau local, seule une femme est à la tête ciété. Qu'importe la forme de la compéti-
d'une région, alors qu'elles représentent tion, pourvu qu'elle soit« équitable >l .
près de la moitié des conseillers de ces On ne peut pas espérer améliorer la situa-
instances. 16 % des maires sont des tion des femmes dans le monde du travail
femmes, et 14,6 % sont à la tête de com- sans lutter pour l'égalité des chances en
munes de plus de 100 000 habitants. même temps que l'on remet en cause les
Beaucoup de progrès restent donc à faire. hiérarchies sociales. Pour cela, il faudrait
Malheureusement, une partie de ceux et concevoir l'égalité hommes-femmes non
de celles au sein des élites qui se battent comme un alignement de la situation des
pour la progression des femmes, s'accom- femmes sur le modèle masculin, mais
mode fort bien de la précarité de l'emploi comme une transformation de ce modèle
féminin . Les femmes cadres touchent trois dominant. Les hommes y gagneraient lar-
fois plus que les ouvrières : cela ne frappe gement. •
pas grand monde. Cette insensibilité aux
inégalités sociales, dont les femmes sont
les premières victimes, constitue une vision
élitiste du problème. Quand elle ne sert
pas à faire diversion. Réduire le problème
de l'accès des femmes aux postes de direc-
tion permet de combattre les inégalités

138 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 201 5
REVENUS

Les inégalités de salaires

Le salaire mensuel net moyen des hommes Salaire mensuel net moyen selon le sexe
est de 2 339 euros pour un équivalent
~ Ensemble
temps complet en 2012, celui des femmes
de 1 890 euros, soit un écart de 449 eu- Hommes 2339
ros, presque un demi-Smic. Les hommes
Femmes 1890
perçoivent donc, en moyenne, un salaire
supérieur de 24 % (en équivalent temps Ecart en euros -449
plein) à celui des femmes. Ou, ce qu i re- Unité: euros. En équivalent temps plein
Source: Insee, OAOS - Données 2012
vient au même, les femmes touchent en
moyenne 80,8 %du salaire des hommes
soit 19,2% de moins (page suivante notre
encadré méthodologique sur la façon de
mesurer l'écart).
Plus on progresse dans l'échelle des sa- Ecarts de salaires par sexe en fonction du salaire
laires, plus l'écart entre les femmes et les Ecart
hommes est important, les premières étant femmes/
hommes
beaucoup moins no mbreuses dans le en euros
haut de l'échelle. Toujours en équivalent
temps complet, le salaire maximal des 10 % 1 238 1 136 1 184 - 102 - 8%
des sala-
10% des femmes les moins bien rémuné- riés gagnent
moins de
rées est inférieur de 8 % à celui des
hommes ( 1 136 euros pour les femmes 20% ... 1 393 1 248 1 321 - 145 - 10%
contre 1 238 euros pour les hommes). Le
30% ... 1 530 1 349 1 444 - 181 - 12%
salaire minimum des 10% des femmes les
mieux rémunérées est inférieur de 22 % à 40 % ... 1 673 1 456 1 576 - 217 - 13%
celui des hommes (soit 2 965 euros pour 50 % ... 1 838 1 582 1 730 - 256 - 14%
les femmes contre 3 788 euros pour les
hommes). Au niveau médian des salaires, 60 % ... 2 046 1 747 1 924 - 299 - 15%

les femmes gagnent un salaire inférieur de 70% ... 2 340 1 976 2 185 - 364 - 16%
14 %, ce qu i représente un écart de 256
euros par mois. 80 % ... 2 840 2 305 2 608 - 535 -19%

90 % ... 3 788 2 965 3 455 - 823 -22%


Les écarts dépendent aussi de la ca-
Unité: euros
tégorie sociale
Lecture: le salaire minimum des 10 o/o des femmes les mieux rémunérées,
est inférieur de 22 o/o au salaire minimum des 10 o/o des hommes les mieux
L'i négal ité des salaires entre hommes et rémunérés.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 139
tt 1 HOMMES -FEMMES

femmes est la plus forte chez les cadres


(-21,7 %) et donc parmi les salaires les plus
élevés. A l'inverse, l'écart le plus faible se
Cadres supérieurs et chefs 4354 3408 4032 - 21,7 trouve parmi les employés (-8,7 %}, une
d'entreprise salariés
catégorie majoritairement féminisée.
Professions intermédiaires 2327 2026 2198 - 12,9

Employés 1673 1529 15 71 -8,6


De l'écart total à l'écart« toutes
Ouvriers 1697 1412 1650 - 16,8 choses égales par ailleurs»
(données 2009}
Ensemble . . 1890 - 19,2

Unité: euros et %
Sou rce: Insee - Données 2012 -
1- L'écart total : les femmes touchent
Sa lariés en éq uivalent temps com plet d u secteur privé et des en treprises publiques y compris bénéfi ciai res de 24%de moins
contrats aidés. Hors apprentis, st agiai res, sa lariés ag ricoles et sa lariés des part iculiers-employeurs.
Tous temps de travail confondus (temps
partiels et complets confondus), les sa-
laires féminins valent en moyenne 76 %
des salaires masculins, selon les données
2009 publiées par le ministère du Travail.
Les femmes touchent donc 24 % de moins
Dans quel sens mesurer les inégalités (100% -76% = 24 %} que les hommes.
hommes-femmes? Vu autrement, les hommes touchent 31 %
Un peu de mathématiques appliquées aux inégalités. de plus (1 00 divisé par 76, voir notre en-
L'écart de salaires hommes-femmes est, dans l'immense cadré méthodologique).
majorité des cas présenté du point de vue masculin. On
2- L'écart pour des temps complets : les
mesure combien les femmes touchent de moins que les femmes touchent 14% de moins
hommes. Dans notre calcul, les hommes touchent 100,
les femmes 76, ce sont les chiffres de la Dares. Elles Le premier facteur explicatif des inégalités
perçoivent donc 100-76 = 24. 24 en moins rapporté aux de salaires provient des différences de
100 des hommes, cela fait 24% en moins. Rien n'em- temps de travail. Les femmes sont cinq fois
pêche de voir les choses autrement, du point de vue des plus souvent à temps partiel que les
femmes. Si l'on rapporte les 24 aux 76 des femmes, cela hommes: leur revenu tous temps de trava il
fait 24/ 76 = 31 %. Les hommes touchent 31 %de plus confondus est logiquement inférieur à ce-
que les femmes. La différence entre 31 et 24% est liée lui des hommes. De plus, le temps de tra-
au fait que les pourcentages ne sont pas réversibles, car vail des hommes est aussi accru par les
ils ne s'appliquent pas à la même base de départ. Baissez heures supplémentaires qu'ils effectuent
un prix de 50% pour un bien de 100 euros, vous l'avez plus souvent que les femmes. Pourtant, en
à 50 euros. Augmentez-le de 50%, et le voilà à 75 euros comparant des salaires à temps complet,
(car 50 % de 50 euros= 25 eu ros). Entre hommes et les femmes perçoivent encore 14 % de
femmes, aucune des deux méthodes n'est plus« juste n moins (ce qui revient à dire que les
ou meil leure. Mais il est frappant de constater que celle hommes touchent 16% de plus).
qui aboutit au chiffre le plus faible s'est imposée dans
le débat publ ic. 3- L'écart à poste et expérience équiva-
lents: les femmes touchent 9% de moins
Si l'on tient compte des différences de sta-

140 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALIT ÉS EN FRA NCE 2015
tut d'emploi (cadre, employé, ouvrier), Décomposition des écarts de salaires entre hommes et
femmes
d'expérience, de qualification (niveau de
diplôme) et de secteur d'activité (éduca-
24 'lo
tion ou finance, par exemple) envi ron
9% de l'écart demeure inexpliqué se lon
les données de l'Insee. Cette différence
de traitement se rapproche d'une me-
14 'lo
sure de la discrimination pure pratiquée
12 'lo
par les employeurs à l'encontre des
femmes. Cependant, d'autres facteurs
non mesurés ici peuvent entrer en jeu et
justifier partiellement ce phénomène, à
l'instar de la situation familiale, du do-
maine du diplôme possédé ou des inter-
ruptions de carrière. La discrimin ation
pure serait de l'ordre de 6 ou 7 %. •

Source : Insee, ministère du Travail - Données 2009, salariés des entreprises de 10 salariés ou plus du secteur
concurrentiel
Les facteurs explicatifs des écarts de salaires utilisés sont le niveau de diplôme, l'expérience
professionnelle, la catégorie socioprofessionnelle, le type de co ntrat de travail, le temps
partiel, le secteur d 'activité et la taille de l'entreprise.

Lecture: les salaires des femmes sont en moyenne inférieurs de 24%


à ceux des hommes. Si l'on ne tient compte que des temps complets,
en retirant l'effet du temps partiel, l'écart est de 14 %

Le rattrapage salarial au ralenti


Dans les années 1950, les femmes em- diminué : la généralisation du travail
ployées à temps complet[11 perceva ient en salarié des femmes a banalisé leur em-
moyenne les deux tiers des salaires mascu- ploi, au moins dans certains secteurs
lins. A partir de 1998, elles ont dépassé les (droit, médecine et communication par
80 %. Le processus s'est effectué essentiel- exemple). Surtout, la scolarisation des
lement en vingt-cinq ans (de 197 3 à filles a nettement élevé le niveau de qua-
1998). Après avoir stagné à 80 % entre lificati on des femmes sur le marché du
1998 et 2004, le rattrapage progresse à travail. Les places des hommes et des
nouveau, mais très lentement pour at- femmes dans la société se sont rééquili-
teindre 82,4% en 2010. brées.

Deux grandes raisons expliquent le rat- Que s'est-il passé entre 1998 et 2004 [1) On ne dispose pas
d'éléments historiques pour
trapage. Les discriminations purement pour que le rattrapage soit stoppé, alors
les salai res tous temps de
liées au sexe (difficiles à mesurer) ont que le niveau scolaire des femmes n'a travail confondus.

RAPPORT SUR LES IN ÉGA LITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 141
1l n 1 HOMMES-FEMMES

Salaire moyen des femmes à temps complet rapporté à plois qu'elles occupent se trouvent dans le
celui des hommes
secteur des services peu qualifiés où les
salaires sont faibles: grande distribution,
services domestiques, etc. En même temps,
85, .. ... . ... ...... ........ ... ... .... ...................................... : ...... ....... : ............... ..
de nombreux postes à responsabilités les
mieux rémunérés leur restent fermés. En-
fin, une proportion plus importante de
femmes que d'hommes semble refuser la
compétition qui résulte d'un marché du
travail très hiérarchisé et de plus en plus
tendu . Pour de nombreuses raisons : par
choix personnel (orienté notamment par
l'éducation des jeunes filles) du fait de
601 ........................................ .. ... .. . ...... .. .. .. . ,.... ... .... .. , ......... .. .... . contraintes (comme le fait de garder leurs
enfants) ou parce qu'elles savent qu'elles
551 ...... .. ....... ........ ...... ........................ ............ .. .... ;.. ...... .. , ............. .. . partent dans la compétition avec un han-
dicap.

Depuis 2004, il semble que le rattrapage


Unit é : % reprenne, à un rythme plus lent. Il est trop
* rupture de série
tôt pour dire s'il s'agit d'un mouvement de
fond et en analyser les raisons. Mais les
difficultés économiques de l'industrie- où
cessé de s'accroître? Tout se passe comme les hommes sont beaucoup plus présents
si les femmes étaient confrontées à un -ou les campagnes en faveur de l'égalité
« plafond de verre ,, qui les empêche d'at- salariale ont aussi pu avoir un impact dans
teindre l'égalité. Un grand nombre d'em- l'entreprise. •

Davantage de femmes pauvres

La pauvreté selon le sexe au seuil à 50 % du niveau de vie Au total, 8,2 % de femmes sont pauvres
médian au seuil à 50% du niveau de vie médian!,)
(15 %au seuil à 60 %), contre 7,7 %
d'hommes {13,6% au seuil à 60 %). On
compte près de 2,6 millions de femmes et
Hommes 2275 7,7 46,9 2,3 millions d'hommes pauvres, au seuil à
50% du revenu médian. Si l'on considère
Femmes 2580 8,2 53, 1
le seuil à 60 %, on compte 4,7 millions de
4855 7,9 100 femmes et 4 millions d'hommes. Cepen-
Lecture : Les femmes représentent 53,1 % de la population pauvre.
dant, la pauvreté ne touche pas les
8,2 % des femmes sont pauvres. hommes et les femmes de la même façon .

142 1 OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S - RAPP ORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRAN CE 20 15


L'écart est particulièrement marqué chez Taux de pauvreté selon le sexe et l'âge
les plus âgés: après 75 ans, il y a 2,4 fo is
plus de femmes pauvres que d'hommes,
pour deux raisons principales. Les hommes,
et encore davantage les plus démunis, ont
Moins de 18 ans 19,8 19,2 11,1 11 ,1
une espérance de vie inférieure à celle des
femmes. Surtout, de nombreuses femmes 18à24ans 25,4 21,4 16,6 13,8
de cet âge n'ont pas occupé d'emploi et
25 à 34 ans 15,2 12,3 8,4 6,8
perçoivent des pensions très faibles, une
mince pension de réversion 121 ou le mini- 35 à 44 ans 13,8 11,5 8,0 6,4
mum vieillesse. L'écart est aussi important
45 à 54 ans 13,3 12,0 7,7 7,2
pour la tranche d'âge 25-34 ans (8,4 % de
femmes, contre 6,8% d'hommes au seu il 55 à 64 ans 10,2 10,2 5,6 6,0
à 50%) : il s'agit souvent de mères céliba-
65 à 74ans 7,8 7,0 2,5 3,2
taires qui perçoivent une allocation ou un
salaire à temps partiel. Avant 18 ans, les 75 ans et plus 12,5 8,5 4,6 3, 1
femmes sont un peu moins nombreuses à
Ensemble 14,9 13,6 7,7
être pauvres que les hommes (respective-
Unité :%
ment 748 000 et 779 000 au seuil à 50
%). Les filles poursuivent plus longtemps
leurs études que les garçons qui entrent
Nombre de pauvres selon le sexe et l'âge
donc plus jeunes et moins qual ifiés dans
la vie active. Le taux de pauvreté est
proche à cet âge pour les deux sexes. •
[ 1] Revenu qui sépare la
population en deux parties
moins de 18 ans 1329 1350 748 779
égales.
[2 ] Montant versé au titre
de l'activité de leur mari. 18 à 24 ans 594 507 387 326

25 à 34 ans 589 457 324 253

35 à 44 ans 586 480 341 268

45 à 54 ans 578 498 336 299

55 à 64 ans 423 393 231 230

65ansà74ans 212 165 67 58


........... .. ...... ........ .
75 ans et plus 397 171 147 61
··· ····· ·· ·· ····
Ensemble 4708 4022 2275
Unité : mill iers

RAPPORT SUR LES INËGALI TËS EN FRANCE 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 143
'Ji~ 1 HOMMES -FEMMES

Les hommes touchent des retraites beaucoup plus


élevées

Les femmes perçoivent une pension de à avoir exercé un emploi à temps partiel,
retraite du régime général de la Sécurité même si l'essor du phénomène est plus
sociale inférieure de 21 % à celle des récent. L'écart de niveau de retraite moyen
hommes, selon les données de la Caisse résulte donc pour partie d'inégalités entre
nationale d'assurance vieillesse (Cnav) au hommes et femmes et pour partie de choix
31 décembre 2012. Au total , les femmes de vie. Au jour le jour, les femmes retrai-
touchent 57 3 euros par mois en moyenne, tées disposent de niveaux de pension très
contre 725 e:Jros pour les hommes, soit inférieurs à ceux des hommes. Un grand
152 euros de moins. Les écarts reflètent nombre de femmes seules vivent avec des
d'abord les inégalités de salaires entre retraites très modestes, même en incluant
hommes et femmes sur le marché du tra- les pensions de réversion [11.
vail, d'autant plus importants que l'on
s'élève dans la hiérarchie. Ils proviennent L'évolution des pensions
ensuite des écarts de taux d'activité : Si l'on considère les bénéficiaires d'une
même si les jeunes femmes sont au- retraite tous régimes confondus, le mon-
jourd'hui presque aussi souvent actives tant mensuel moyen des pensions s'élevait
que les hommes, ce n'était pas le cas pour à 1 256 euros en 2011 . 1 603 euros pour
les générations qui prennent leur retraite les hommes, contre 932 euros pour les
[1] Partie de la retraite dont aujourd'hui , nées dans les années 1940. femmes, soit 671 euros de moins pour ces
bénéficiait ou aurait pu
bénéficier l'assuré décédé Les femmes interrompent aussi beaucoup dernières. Autrement dit, les femmes per-
(salarié ou fonctionnaire) plus fréquemment leur activité profession- çoivent une retraite inférieure de 42 %à
reversée au conjoint
survivan t ou à le ou les nelle pour s'occuper des enfants. Enfin, les celle des hommes, contre 45 % en 2004.
ex-conjoint(s). femmes sont beaucoup plus nombreuses L'écart a eu tendance à diminuer notam-

Pension de retraite moyenne mensuelle selon le sexe

Droits directs avec carrière complète au régime général (l l 1 040 1 106 957 - 149 - 13

Droits directs toutes carrières 665 727 609 - 118 - 16

Droits dérivés (2l 289 196 293 + 97 + 49

Ensemble 641 725 -152

Unité: eu ros
(1) Pensio ns de d ro its direct s calculées à t aux plein et sa ns prorat a de d urée d 'ass urance au rég ime général de la Sécurité socia le.
(2) Sans d roits d irect s au régime général (ava ntage att ribu é au co njoint survivant co mpte tenu des droits acqu is par l'as suré décédé).

144 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉS EN FRAN CE 2015


Evolution du montant mensuel brut moyen des retraites de
droit direct tous régimes selon le sexe
ment avec l'arrivée à la retraite de généra-
tions de femmes qui ont eu des carrières
moins morcelées, mais aussi parce que la
retraite des hommes est moins élevée du
2004 1 029 1 338 730 -608 45
fait de périodes de chômage plus fré-
quentes et des nouveaux modes de calcul 2005 1 062 1 378 756 -622 45
des pensions. •
2006 1 100 1 420 789 - 63 1 44

2007 1 135 1 459 820 - 639 44

2008 1174 1 500 857 -643 43

2009 1 194 1 524 877 - 647 42

2010 1 216 1 552 899 - 653 42

2011 1 256 1 603 93 2 - 67 1 42

Un ité : euros cou ran t s

EMPLOI
Une répartition déséquilibrée des professions

La participation des femmes au marché du rémunérés. On retrouve donc les femmes


travail ne cesse d'augmenter depuis les an- plus souvent au bas de la hiérarchie des
nées 1960. Elle approche désormais celle catégories socioprofessionnelles : elles re-
des hommes: en 2012, 47,7% des trava il- présentent 77 % des employés, 51 %des
leurs sont des travailleuses. Toutefois, elles professions intermédiaires (dans les sec-
n'occupent pas les mêmes emplois que les teurs de la santé, du travail social ou de
hommes et elles ne travaillent pas dans les l'éducation), contre 16% des chefs d'entre-
mêmes secteurs. Les femmes sont surrepré- prise et 40 % des cadres supérieurs.
sentées dans les professions incarnant les
«vertus dites fémin ines)) (administration, La présence des femmes varie également
santé, socia l, services à la personne): 97 % selon les secteurs d'activité : largement ma-
des aides à domicile et des secréta ires, joritaires, à 67,4 %, dans les secteurs de
90 % des aides-saignants, 73 %des em- l'administration publique et de l'enseigne-
ployés administratifs de la fonction pu- ment-santé-action sociale, elles sont plus
bl ique ou encore 66 % des enseignants rares dans ceux de la fabrication de maté-
sont des femmes. Des métiers souvent peu riels de transport (20,1 %), de l'énergie

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 145
li ~ 1 HOMMES-FEMMES

Les métiers les plus féminisés

Nombre de Partd~mmes
femmes en : · en %"
milliers

Aides à domicile et aides ménagers et assistants maternels 992 969 97,7


-
Agents d'entretien 1 234 870 70,5

Enseignants 1 042 685 65,7


.... ...... .. ... ....... ... .. .... ..... ....... .. .... .... ...... ...... .... ....... ..... ..... ....... .... ................. ... ...... .... .. ..... ............ .. .. ..... .. .... .......... ... ..... ~

Vendeurs 829 610 73,5 ~


.. .......................... .. ............... ...... .. ................. ...................... ... ....................... ......... ............................................. ...... g
Employés administratifs de la fonction publique 806 592 73,4
............. ...... .......... ... ... .... ..... ... ... ........ ........... .......... ................ ..... .. ... ...... ... ...... ................ ... ..... ............ ... .... . ... ... .... ... .. ... ..
!~

Aides-soignants 575 521 90,4 .t


··· ··········· ···· ··· ·· ··· ···· ····· ·· ·· ····· ··· ··· ··········· ·············· ··· ·· ··· ········· ···· ····· ·· ········· ········ ····· ·· ····· ··· ·· ····· ····· ···· ···· ····· ··· ··· ··· ·· ··· ·· ·· ~
Infirmiers, sages-femmes 543 476 87,7 ~
.. ........ ...... ....... .. .......... .. .... ...... ........... ...... .. .. ..... .... .... .... . ····· ·········· · ....... ..... ..... .. ...... .... ..... ..... ... .... ..... ... ..... .. .... ...... . g
Secrétaires 434 424 97,6 ~
.. .. .... ..... .... ... ..... .... ..... .. .. ........... .. ..... .... .... ... ..... ..... ... ... ...... ... ... .. ... .... .... .... ....... ...... .. ... .. ..... ..... ........ .... ... ....... ......... ..... E
Employés administratifs d'entreprise 394 30 3 76,9 ·~
. . . .. .......... .. .... . ... . . ... . . . .. ... . . . . . . . . ..... . . ........ . ........... .. .. . .... . . ... . . . . . . .. ... . . . .. . . . ... . . . . ..... . . . . ... . .. .... . . . · · ·· · ·· · · · ·· · · · · ·· ··· · · · · · ······· · ·· · · ··· ···=b

Employés de comptabilité 334 283 84,6 ~


··· ···· ······ ···· · O.

..~~~~.~:.~.~ .~.~ .~.~~~.0~ ... ..... . ... . . .. . . .... . . . . . . . . .. . . . . .. . .. .... . ..... . ... . . . .... . . . . . . . ... . . . ...... ~~·~· ... ... .... .. .. . ... . .. ~3? ...... ... . .... . ... .?~,3···· ..j
Lecture: 97,7 % des aides à domicile, aides ménagers et assistants maternels sont des femmes.

Part des femmes par catégorie sociale

ma 2012 ;va~!!_on
plus diplômées, sont davantage présentes
aux postes d'ingénieurs et de cadres d'en-
- · en% treprise ou dans les professions libérales,
Agriculteurs 29,8 28,3 - 1,5 où leur progression est la plus forte (res-
pectivement+ 4,2 points et+ 3,5 points).
Artisans 21,7 22, 1 0,4
Ce qui explique sans doute une hausse
Commerçants et assimilés 39,8 35,8 -4,0 importante de leur représentation dans la
Chefs d'entreprise de 10 salariés ou plus 19,2 16,4 -2,8
fabrication d'équipements électroniques
et informatiques (+ 4,1) et de l'énergie
Cadres et professions intellectuelles 37,3 40,2 2,9 (+ 2,4}, même si ces secteurs sont parmi
Professions intermédiaires 50,3 51,2 0,9 les moins féminisés. A l'inverse, leur pro-
portion augmente dans le domaine des
Employés 77,3 76,6 -0,7
services où elles étaient déjà largement
Ouvriers 20,1 19,6 -0,5 représentées, passant de 67,2 %en 2008
à 70,5% en 2012 (+ 3,3}.
(23,1 %) ou des transports (26,3 %}, et ne
sont plus que 10,4 % dans celui de la Les femmes sont toujours peu nombreuses
construction. dans les professions incarnant les« vertus
dites viriles >> (force et technicité) : elles
L'évolution de la situation entre 2008 et représentent 2 % des ouvriers du bâti-
2012 permet de constater deux mouve- ment, 10% des chauffeurs, 15 %des po-
ments différents : les femmes, de plus en liciers, pompiers et militaires. •

146 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 201 S
Premier emploi : les femmes p'us souvent en temps
partiel

Parmi les jeunes âgés de 35 ans ou mo ins Temps partiel et premier emploi selon le sexe et le niveau
de diplôme
sortis du système éducatif en 2010, 30 %
des femmes ont été embauchées en temps
partiel pour leur premier emplo i, contre
17% des hommes, quel que soit le niveau Non qualifiés 25 48
de diplôme. Pour les jeunes non qualifiés, CAP ou BEP 16 39
la proportion de temps partiel est même
deux fois plus grande chez les femmes Bac 21 39

(48 %) que chez les hommes (25 %). Une Bac + 2* 13 24


grande partie des secteurs qu i emploient
les jeunes femmes, notamment ceux du 27
commerce et des services à la personne, Bac + 5 6 15
recourent au maximum à la flexibilité per-
Doctorat 12 20
mise par des horaires courts et morcelés.
On ne sait pas dire, parmi ces temps par- Ensemble 17. 30
tiels, quelle est la part de cho ix et de
Unité :% * hors santé social
contra inte, mais pour une première inser- Source: Céreq- Données 2013- Jeunes ayant moins de 35 ans, so rti s du système scolaire en 2010 et ayant oc-
cupé au moins un emploi au cours de leu rs trois premières années de vie active.
tion dans le monde du travail, on peu t
penser que la plupa rt des jeunes re-
cherchent un temps plein qui seul, leu r et d'un bac sont dans ce cas, contre 15%
permet d'accéder à l'autonomie. des diplô mées d'un bac+ 5. Du côté des
hommes, la proportion de temps partiel
Chez les femmes, la proportion de temps est éga lement la plus faible chez les titu-
partiel pour le premier emploi décroit for- laires d'un bac+ 5 (6 %). Elle est aussi
tement avec le niveau de diplôme. La moi- relativement faible (16 %) pour ceux qui
tié des jeunes femmes non qua lifi ées, disposent d'un diplôme à vocation profes-
39 % de celles titulaires d'un CAP ou BEP sionnelle, tel qu 'un CAP. •

Egaux devant le taux de chômage

Du mili eu des années 1970 à la Jin des Fin 2014, le taux de chômage des hommes
années 1980, l'écart de taux de chômage est supérieur à celu i des femmes ( 10,4
entre les femmes et les hommes s'est ac- contre 9,7 %}. Sur le long terme, les
cru . Il a atteint quatre points en 1989. Pa r femmes ont tiré davantage profit des créa-
la suite, les in dicateurs ont progressive- tions d'emplois dans le secteur des ser-
ment convergé jusqu'à l'égalité en 2010. vices, de la grande distribution aux em-

RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉ S EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES IN~GALIT~S 1 147


li ~ 1 HOMMES-FEMMES

Evolution du taux de chômage selon le sexe


plois domestiques, en passant par
12 l'enseignement ou la santé. Elles subissent
relativement moins les conséquences de
la crise que les hommes, davantage pré-
sents dans l'industrie. Par ailleurs, leur
niveau de diplôme se rapproche de celui
des hommes, même si elles s'orientent
vers des filières moins valorisées. Ceci dit,
ces chiffres doivent être nuancés car ils ne
présentent qu'une partie de la réalité de
l'emploi des femmes et des hommes. Les
premières sont en moyenne moins rému-
nérées et une partie des postes qu'elles
occupent ne sont que des bouts d'emplois
à temps partiel, faute de mieux. Il est
aussi possible qu'une partie plus impor-
tante de femmes que d'hommes se soient
Unité : en %
retirées du marché du travail compte tenu
Femmes • Hommes de la conjoncture. •

CONDITIONS DE VIE
Espérance de vie : avantage aux femmes
En moyenne, les garçons nés en 2014 en 2014 peuvent compter sur 23,2 ans
peuvent compter vivre 79,3 ans et les filles d'espérance de vie et les femmes du même
85,5 ans, soit 6,2 années d'écart en faveur âge 27,7 ans, soit 4,5 années d'écart. En
des femmes. Les hommes âgés de 60 ans raison de leur espérance de vie plus

Espérance de vie selon le sexe

Espérance de vie Espérance de vie Ecart femmes-


des femmes à la des hommes à hommes à 60 ans
naissance 60ans

2000 75,3 82,8 7,6 20,5 25,6 5, 1

2014 79,3 85,5 6,2 23,2 27,7 4,5

Unité : années

148 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LES INÉGALITËS EN FRA NC E 2015
longue, les femmes qui ont travaillé profi- Ecart d'espérance de vie entre hommes et femmes à la
naissance
teront donc davantage de la retraite que
les hommes. Très peu d'indicateurs sont
favorables aux femmes, mais celui-ci est 8,5

sans doute l'un des plus importants. De


nombreux facteurs expliquent cet avan-
tage féminin, au-delà de la génétique. La
socialisation des filles leur apprend à être
plus attentives à leur corps et à leur santé.
Hommes et femmes se distinguent encore
par leur consommation de produits nocifs
à la santé (tabac et alcool), ainsi que les
conduites à risques, notamment sur la
route. Surtout, les femmes occupent des
emplois moins pénibles et jusqu'aux géné- 5,5

rations récentes, ont eu des carrières pro-


fessionnelles plus courtes.

L'évolution Un ité: années

L'avantage féminin doit être relat ivisé


quand on considère l'espérance de vie en
bonne santé à la naissance, c'est-à-dire Ecart d'espérance de vie en bonne santé à la naissance
sans limitation d'activités ou sans incapa- selon le sexe
cités majeures. L'écart entre les hommes
et les femmes est beaucoup plus faible et 4,0

se réduit même fortement depuis le mi-


lieu des années 2000. En 2011, les
femmes pouvaient espérer vivre en bonne 3,0
santé 0,9 année de plus que les hommes,
2,5
contre 2,4 années en 1995, 1,6 année en
2006 . Entre 1995 et 2011, les femmes
2,0
ont gagné 1,2 année d'espérance de vie
en bonne santé, soit un gain deux fo is 1,5

moins élevé, sur la même période, que les


hommes qui bénéficient en 2011 de 2,7
années d'espérance de vie supplémen- 0,5 .
ta ires qu'en 1995. •

Unité : années. * Ruptu re de série

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 201 5 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 149
li ~ 1 HOMMES-FEMMES

Qui fait le ménage?


En moyenne, les femmes consacrent 3h26 diennes contre 5 pour les femmes) . Mais
par jour aux tâches domestiques, contre les femmes passent près de deux fois plus
2h pour les hommes, indique l'« enquête de temps que les hommes à faire le mé-
Emploi du temps 2009-2010 >>de l'Insee. nage et à s'occuper des enfants à la mai-
A la maison, les hommes s'adonnent vo- son .
lontiers au bricolage (20 minutes quoti- En schématisant, les femmes s'occupent,
au quotidien, des tâches les moins valori-
sées et les hommes de ce qui se voit et
Répartition des temps sociaux selon le sexe dure. !.:égalité dans la sphère domestique
est beaucoup plus lointaine que dans l'uni-
Femmes
vers professionnel. Les inégalités au sein
du foyer ont des répercussions dans bien
d'autres domaines pour les femmes, où
11 :24 -00: 17
elles sont freinées, de la vie profession-
nelle à l'engagement politique ou associa-
4:48 0 1:1 7
tif notamment. C'est l'une des raisons qui
explique l'essor du temps partiel féminin,
3:26 -01 :26 mais aussi leur faible représentation en
politique ou dans les instances dirigeantes
Ménage, cuisine, linge, courses, etc. 1:08 2:35 - 01:27
· ······· · · ·· · ·· ··· · · · ··· · · ·· · ··· · ··· · ··· · · ·· ····· · ·· · ·········· · · · · ·· · ··· · ············ · ····· · ···· · · · ·· · · ·ë d'associations. On retrouve ces écarts éga-
Soins aux enfants et adultes 0:18 0:36 - 00 :18 ~ lement pour les temps libres: les femmes
. . . . .. .... .. .... . . . .... ... .. . . .. . . . . . . .. .. . .. . .. . . .. .... ..... .. ... ..... .. .. . ... ... .. . ...... . .. . .... ... . §

Bricolage 0:20 0:05 00:15 ~


y consacrent en moyenne 2h45 par jour
······· ···· ···· ···· ······ ··· ···· ··········· ···· ··· ·· ··· ·· ··· ········ ···· ······ ·· ·· ····· ·· ···· ····· ··· ·· V'l contre 3h20 pour les hommes. •
Jardinage, soins aux animaux 0:14 0:10 00:04 ~
.. ... ... .... ... .......... ..... .... ......... ...-::
<li

Temps de loisirs 3:20 2:45 00:35 E


§
Télévision 1:48 1:25 00:22 .-~ Que se passe-t-il chez
:~
Lecture 0:09 0:14 - 00:05 g_ les jeunes?
.. .. .... ... .. ...... ... ....... ... g
Promenade 0:10 0:1 2 - 00:02 ~
.... .. . ... . .. . . . . . .. . . . . .. .. . .. . . . .... . . .... . .... . . .. .. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . c Pour l'instant, on ne dispose pas des
Jeux, Internet 0:30 0: 17 00:13 : données selon l'âge des couples. Les
· · ·· ···· · ·· · · · · · · · · ·· · · ·· · · · · ········ · · · · · ·· · · ·· · · ·· · ··· · ··· · · · ·· ······ · · · · ··· ··· · · ··· ·· ··· ········· · · · ·0
N
moyennes toutes générations confon-
Sport 0: 13 0:07 00:06
• •••••••••• • •• • •• • • • • ••••••••••
"'~
11'1
dues incluent des couples âgés et
....
0:43î - ·
0:45
.
- 00:02
. .. .
masquent sans doute une situation
" ~

plus favorable chez les plus jeunes. Il


... .... -~-0-~~~-r-~~:.i~~~: _t~-~~~~-~ -~~·. ~~-~~-r_i~~- ..... ?~-~- .........~: ~.?_ .. .. .~-?~_: ?~......j s'agit en fait de savoir si les inégalités
Visites, réceptions 0:23 0:23 00:00 ·f ne vont pas finir par se creuser avec le
· · ·· · · · · · ···· · ·· · · ··· ·· · ·· · · · · · · · · ···· · · · · · · · ········ · · · · ··· · ··· · ···· ·· · ··· ·· ·· · ······ · ···· · ·~

Transport (hors trajet domicile-travail) 0:43 0:50 - 00:07 <li


<li
vieillissement de ces générations, no-
.... ........ .. .... ..... ...... ... ... ..... .... . c
tamment au moment de la naissance
Total
des enfants.
Unité : heures et minutes. Durée moyenne au cours d'une journée (du lundi au dimanche).

150 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉ S EN FRAN CE 2015


Evolution du partage des tâches domestiques

Temps domestique 01:59 02:00 00:01 03:48 3: 26 -00:22

Ménage, cuisine, linge, courses, etc. 01:04 01 :08 00:04 03:06 2:35 - 00:3 1

Soins aux enfants et adu ltes 00:11 00:18 00:07 00:27 0:36 00:09

Bricolage 00:30 00:20 -00:10 00:04 0:05 00:01

Jardinage, soins aux animaux 00:14 00:14 00:00 00:11 0:10 00:01

Unité : heures et minutes. Durée moyen ne au co urs d'une journée (du lundi au dimanche).
Source: Insee- Enquête emploi du temp s 2009-20 10 - France métro politaine- Hommes et fem m es ayant un emploi

POLITIQUE
La représentation des femmes à l'Assemblée
et au Sénat
La représentation des femmes en
Depu is 2012 , la proportion de femmes dé- politique
putées atteint 26,9 %, en net progrès par [-
rapport à 2007 où elle s'élevait à Part de
femmes
18,5 % . A ce rythme de progression en ~
ê en%
nombre de sièges obtenus par les femmes
(+ 48 par rapport à la dernière législature), Députées 2012 26,9
la pa rité serait atteinte à l'Assemblée natio-
Sénatrices 2014 25,0
nale dans une qu inzaine d'années. En
2014, 87 femmes ont été élues au Sénat. Ma ires 2014 16
Elles représentent 25% de la Haute Assem- Conseillères 2015 50
blée, contre 17 % il y a dix ans. départementales
La pa rité se rapproche pour certaines fonc-
Conseil lères régi ona les 2010 48
tions : les femmes représentent 48 % des
conseillers régionaux, 40% des conseillers Conseillères mu nicipales 2014 40,3
mun icipaux, 43 % des députés européens
Députées françaises au 2014 43,2
et la moitié des conseil lers départemen- Parlement européen
ta ux. Par contre, seuls 16 % des maires
Source : Haut Conseil à I'Ega lit é entre les femmes et les hommes, minis-
sont des femmes, et elles ne dirigent que t ère de l'Intérieur, Sénat.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015 - OBSERVATO IRE DES IN ÉGALITÉS 1 151
li~ 1 HOMMES-FEMMES

Part des femmes parmi les députés

six des 41 communes françaises de plus de


30 .. ........... ..... .... ··· ····· ······· ············ ······ ···· · ·············· ············· ······ ····· 100 000 habitants. Seule une femme est
à la tête d'une des 22 régions métropoli-
25 ····· ··········· ············· ····· ···· ·· ························ ···· ········· ····· ··· ······· ·······. taines et dix dirigent un département. Les
femmes ne constituent qu'un gros quart
20 ···· ······· ··· ·· ·················· ·····
des élus au Parlement, ceux qui votent les
lois. Pour l'instant, la parité en politique a
15 ........... .............. ..... ........ .. ... ..... ..... ....... ... .... .. ........ ... .. .. .. . .
surtout consisté pour les hommes à céder
la place pour les postes les moins impor-
tants et au total les femmes siègent da-
10
vantage dans les assemblées, qu'elles ne
les dirigent. Plus on s'élève dans la hié-
rarchie du pouvoir, moins elles sont pré-
sentes. L'hypocrisie est grande dans ce
domaine. •

Unité :%

Les femmes en politique au niveau local


Part de femmes maires et conseillères municipales Depuis les élections municipales de 2014,
les conseillères municipales représentent
45 ...... .. ... ......... .
40,3 % des conseillers municipaux des
villes de plus de 1 000 habitants, sou-
40 .............. ..
mises aux contraintes de la loi sur la pa-
35 rité de 2000, selon les données du Haut
Q)
Conseil à I'Egalité entre les femmes et les
E
E
.2!
hommes, contre 35% en 2008. Parmi les
Q)
conseillers départementaux élus en mars
2015, la moitié sont des femmes du fait
de la loi électorale, contre 9,8% en 2001.
Dans les conseils régionaux, on compte
·~
u 48 % de femmes en 2010 alors qu'elles
"'"
::t: n'étaient que 27,1 %en 1998.

Malgré ces chiffres encourageants, seuls


16 % des maires sont des femmes. Les
Unité :%. Villes de plus de 1 000 habitants. femmes représentent 11 %des maires des
communes ayant entre 30 000 et 100
000 habitants et 14,6 % de celles de
Part de fe mmes conseillères municipales • Part de femmes maires

152 1 OBSERVATOIRE DES IN~GALIHS- RAPPO RT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 201 5
Part de femmes conseillères générales

60

50

40 ..... . .. . ... . .. . .

30 .. ... ........ ...... ... ... .. .. .. .. ... .... ..... ... ... ....... ..... ... .... ........ .... .... ..

20 ...... .. .. .. .... ..... ... .... .... ...... .

Unité: %.

100 000 habitants et plus. Paris et Lille, Les femmes dans les conseils régionaux
dont les maires sont des femmes (lJ , sont
des exceptions qui masquent l'absence de 60
femmes à la tête des métropoles : elles ne
dirigent que six des 41 communes de plus 50
de 100 000 habitants.

Il en est de même pour les régions et les


conseils départementaux. La progression
du nombre de consei llères ne s'est pas tra-
du ite par une grande féminisation des exé-
cutifs : seule une femme est à la tête d'une
rég ion sur 22 , contre trois avant les élec-
tions de 2010, et dix femmes seulement
sont présidentes de conseil départementa l.
Les hommes ont cédé une partie des sièges,
mais pas les postes de direction. •
Unité: %.

[1) Respectivement
Anne Hidalgo et
Martine Aubry.

RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015- OBS ERVATOI RE DE S INÉGALITÉ S 1 153
154 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS- RAPPORT SUR LES INËGALITËS EN FRANCE 2015
7
w
a:
t:
a_
<(
I
u

Ages et générations

LES JEUN ES SONT-1 LS


SACRIFIÉS?

Les jeunes adultes sont incontestablement a augmenté de 158 000, dont 110 000
les plus touchés par les difficultés écono- sont des très jeunes enfants (moins de 6
miques. La moitié des 15-24 ans actifs ans), selon Eurostat. Le taux de pauvreté de
occupent un poste d'intérimaire, de sta- l'ensemble des moins de 18 ans est passé
giaire, un contrat aidé ou à durée détermi- de 8 à 9 %. Ce n'est pas une« explosion n,
née. Un quart des 20-24 ans actifs est à la mais la dégradation est réelle pour cette
recherche d'un emploi. catégorie d'âge. Encore faut-il noter qu'il
Les inégalités de revenus, d'accès au loge- n'existe pas d' « enfants pauvres ,, en soi,
ment, ou à l'emploi, entre les générations mais qu'il s sont dans cette situation du
ne dépendent pas seulement du fait d'être fait de cel le de leurs parents, eux-mêmes
jeune ou âgé. Le mil ieu social d'origine joue victimes des bas salaires, de la précarité
un rôle primordial dans les écarts. Log ique- ou du chômage.
ment, le niveau de vie progresse avec l'âge Pour les jeunes adultes, devenir autonome
: on gagne en ancienneté et en expérience, est difficile, d'autant plus s'ils sont issus
on progresse plus ou moins vite et plus ou des classes modestes. 71 %des enfants de
moins mécaniquement dans la grille des cadres supérieurs ne vivent plus chez leurs
salaires. Mais les faibles revenus concernent parents trois ans après avoir quitté l'école,
davantage ceux, jeunes ou âgés, qui n'ont contre 45 % des enfants d'ouvriers et
pas pu obtenir un diplôme à l'école, qui 47 % des enfants d'employés, selon le
occupent des emplo is non qualifiés sous Centre d'études et de recherches sur les
payés, quand ils ne sont pas au chômage. qualifications (Céreq). Inégaux dans leurs
Ce sont eux que l'on retrouve en situation parcours scolaires et professionnels, les
de pauvreté, de ma l logement. La fracture jeunes le sont en fln de compte aussi dans
entre âges ou générations complète la frac- leur capacité à vivre leur propre vie. En
ture sociale. conséquence, les moins favorisés doivent
Les enfants, dont les parents subissent la «s'arranger n, en restant ou en retournant
détérioration de la situation économique, chez leurs parents, chez d'autres membres
ne sont pas épargnés. Entre 2003 et 2012, de leurs familles ou chez des am is, ou en
le nombre d'enfants vivant sous le seu il de vivant en colocation au sein de logements
pauvreté à 50% du niveau de vie médian surpeuplés jusqu'à des âges élevés. •

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 155
tt 1 AGES ET GÉNÉRATIONS

REVENUS

Les inégalités de niveau de vie

le niveau de vie selon l'âge La tranche d'âge la plus aisée est celle des
50-59 ans: son revenu mensuel moyen par
2243 2258 personne de 2 258 euros est près de
r-- r--
2031 20 % supérieur à celui de la génération
1966 r--
1881 1872
1743 r--
~
r-- des 20-29 ans (1 881 euros). L'écart est
1729 1703 1729
r-- ,...---,
r-- r-- également significatif(+ 15 %) avec la
tranche d'âge des 30-39 ans (1 966 euros
mensuels). Après 60 ans, l'âge de la re-
traite est marqué par une diminution des
ressources, mais c'est aussi une période de
la vie où les besoins ne sont plus les
mêmes en général. Les plus pénalisés alors
sont ceux qui n'ont pas eu les moyens de
devenir propriéta ires et qui doivent sup-
porter un loyer tout au long de leur vie, ce
que nos données ne mesurent pas.
Unité: euros

Les inégalités selon les générations


Il ne faut pas confondre les écarts de ni-
Le niveau de vie progresse avec l'âge veaux de vie par âge à un moment donné
puis décroît après 60 ans. Cet effet est et ceux qui existent entre générations. La
logique : en vieillissant, on gagne en an- génération représente le film de la vie
cienneté et en expérience, on progresse d'un groupe de population née une an-
plus ou moins vite et plus ou moins mé- née donnée. Sur le graphique ci-contre,
can iquement dans la grille des salaires. chaque courbe donne les revenus avant
Les bas niveaux de vie des moins de 29 impôts d'une génération, pour chaque
ans sont liés à deux phénomènes dis- âge, exprimés en euros de 2008, inflation
tincts. Pour les 0-19 ans, il s'agit d'en- déduite. Le déplacement vers le haut des
fants et leur niveau de vie dépend de courbes illustre le processus d'élévation
celui de leurs parents. Pour les 20-29 ans, globale des niveaux de vie. La hausse est
on a le double effet des difficultés d'in- très rapide pour les générations nées
sertion professionnelle et des salaires entre la fin des années 1940 et la fin des
d'embauche plus faibles liés notamment années 1950, arrivées sur le marché du
à l'absence d'expérience. travail avant la crise des années 1980.

· 156 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉ S EN FRANCE 2015


Les revenus des générations

27000

25000 ..... ... .... ..... . ~~ . .... .....~..1 ~~4.-.1~~8. ... ...... ... ..... ... .. ..
/
",,.. ---- 1939- 1 94~ .
···· -;""'·~ -~ ----,;
23000
/ ........ 1!i34:1ii3~/ ··· ··· ···· ·· ··· ········· ····· ··· ····· ···· ···

1r~,1~5819"-' "' ;/~~-:~:- ~;;~~~


21000

19000

17000

15000
21 25 29 33 37 41 45 49 53 57 61 65 69 73 77 81 85

Chaqu e courbe donne les revenus avant impôt s d'une géné rat ion, po ur chaque âg e, exprimés en euros de 2008.

Elle est beaucoup plus lente ensu ite. Ma l- Mais la progress ion est moins forte et
heureusement, on ne dispose de l'évo lu- moins linéaire, marquée par des paliers
tion que sur une petite partie de la vie qui corres pondent aux crises écono-
active et ces données ne permettent pas miq ues, aux ruptu res dans l'activité pro-
vraiment de décrire la carrière sa laria le fessionne ll e. Cette situation serait encore
des générations 111. On notera tout de plus ma rquée si l'on tenait compte du
même que la génération 1979-1983 a boo m des prix de l'i mmob ilier jusqu 'en
mieux commencé que la génération 2008, qu i a davantage pesé sur les ni-
1974-1978, ma is qu 'à 26 ans elle a un veaux de vi e rée ls des jeunes générations
niveau de vie équ ivale nt. Le processus qu e des plus anciennes, déjà établi es.
d'enrichissement successif se ma intient et Enfin, on raiso nn e ici sans tenir compte [1] Ce manque de données
en dit long sur le réel intérêt
c'est heureux : en moyenne nos sociétés de l'élévat ion co nsidérable des niveaux porté à cette question en
continu ent à élever leur niveau de vie. de diplôme entre ces générations. • France.

La pauvreté
La pauvreté touche en prem ier lieu les en- ti ers du total) sont des enfants et des ado-
fan ts de mo in s de 10 ans (10 ,9 %), lescents. La notion « d'enfants pauvres ))
12, 3 % des adolescents (10-19 ans) et les ca che la pa uvreté des parents. Les enfants
jeun es adultes (20-29 ans) dont plus d'un pauvres le sont parce que leurs pa rents
sur dix est pauvre. Parm i les 4,8 millions disposent de revenus insuffisants.
de pauvres au seu il à 50 % du niveau de Les plus de 60 ans sont moins souvent
vie médian, 1,7 milli on (un peu plus du concernés par la pauvreté que les autres

RAPPORT SUR LES INtG ALI TtS EN FRANC E 2015 - OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1 1 57
tt 1 AGES ET GÉNÉRATIONS

La pauvreté selon l'âge


Au seuil à 50% du niveau de vie médian
catégories d'âge. 3,6 % d'entre eux sont
Taux en% pauvres et ils représentent 10,7 % des
personnes pauvres. Cela ne signifie pas
pour autant que leur situation soit moins
Les enfants (moins de 10 ans)
grave : une partie de ces personnes, no-
838 10,9 17,3
tamment en milieu rural , survivent avec de
Les adolescents (1 0-19 ans) 908 12,3 18,7 très bas revenus. Les plus âgés sont dans
Les jeunes adultes (20-29 ans) 782 11,1 16,1 une situation particulière qu'il faut
prendre en compte : il est très peu pro-
Les adultes (30-59 ans) 1 809 7,3 37,3 bable que leur situation évolue, alors que
Les seniors (plus de 60 ans) 51 8 3,6 10,7 les plus jeunes peuvent toujours espérer
un avenir meilleur. •
EH
Ensemble
· · · ··· · · ···-
7,9 tt

1,2 million d'enfants« de» pauvres

1,2 million d'enfants, soit un peu moins L'expression est trompeuse : ces enfants
d'un sur dix, sont pauvres en France si l'on sont des enfants « de ,. pauvresl11, de tra-
utilise le seuil fixé à la moitié du niveau de vailleurs pauvres ou sans emploi. Parmi ce
vie médian, le plus restrictif, selon les don- 1,2 million, un tiers, soit un peu plus de
nées 2012 d'Eurostat. Enfants pauvres? 400 000, sont de très jeunes enfants de
moins de 6 ans, 27% (340 000) sont des
enfants de 6 à 11 ans et 39% (480 000)
des adolescents. Ces derniers sont les plus
La pauvreté des enfants au seuil à 50% du revenu médian touchés parmi les moins de 18 ans : un
adolescent sur dix vit dans une famille
dont les revenus sont inférieurs au seuil de
Moins de 6 ans 6,8 7,9 8,9 pauvreté, c'est le cas de 9 % des plus pe-
tJ!. ......... ............ . ...... ..• .. . ... .. . ...... .... .. . .... ... .... .. . ......... . .. . .......... . .............
tits et de 8% des 6-11 ans. La détériora-
~ De6à 11 ans 9,0 9,1 7,9
x
::;J . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
tion de la situation économique pèse sur
~ De 12 à 17 ans 9,3 9,8 10,5 les familles et par conséquent sur les en-
fants. Entre 2003 et 2012, le nombre d'en-
Ensemble des moins de 18 ans ,.,~ *~,}~, 8,9
~ .lt,_,. fants vivant sous le seuil de pauvreté à
Moins de 6 ans 312 000 384 000 422 000 50 % du niveau de vie médian a aug-
~ ·········· · · · ···· · ········· · · ·· ·········· ··· ··· ······· ········· ······· ···· ··· ··· ······ ············· ···· menté de 158 000, dont 110 000 très
E De 6 à 11 ans 362 000 362 000
0 .................. .......... . ..... . ..... . .... . ........................ . .... .. ........ . .. . . . .......... .
340 000
jeunes enfants. Le taux de pauvreté de
z
De 12 à 17 ans 41 3 000 421 000 483 000 l'ensemble des moins de 18 ans est passé
de 8 à 9 %. La dégradation de la situation
Ensemble des moins de 18 ans g 1 08Z 000 1 167 000
des enfants dans notre société est réelle.

158 1 OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS - RAPPORT SUR LE S INÉGALITÉ S EN FRANCE 2015


En outre, ce phénomène s'est très proba- La pauvreté des enfants selon la structure familiale et
l'activité des parents au seuil à 60% du revenu médian
blement amplifié depuis 2012 compte
tenu de l'évolution de la situation écono- Autres enfants
mique.
-Couple 60,5 85,9
Qui sont les enfants de pauvres?
Ces 1,2 million d'enfants de pauvres vivent Deux actifs occupés 12,0 63,5
dans un environnement modeste où les
Un actif occupé, un chômeur 6,2 6,1
revenus sont insuffisants pour vivre décem-
ment dans une société riche comme celle Un actif occupé, un inactif 22,5 14,7
de la France. Pour partie, il s'agit d'enfants
Deux chômeurs 2,3 0,3
de chômeurs. 11 %des enfants de pauvres
vivent au sein d'un couple avec un parent Un chômeur, un inactif 10,8 0,8
chômeur et l'autre inactif, 2,3 % avec les Deux inactifs 6,7 0,5
deux parents chômeurs, contre à pe ine
1 % des enfants de familles qui ne sont - Personne seule 34,3 11,7

pas pauvres. Mais 12 % des enfants de Un actif occupé 12,4 10,2


pauvres vivent avec deux parents en em-
Un chômeur 8,0 0,8
ploi, contre 63% des autres enfants. Il ne
faut pas oublier que la moitié des deman- Un inactif 13,8 0,8
deurs d'emploi reçoivent moins de 500
- Autres* 5,2 2,4
euros par mois, la moitié du seuil de pau-
Unité :%. * Enfants ne vivant pas dans un ménage de type parent(s) et enfant(s).
vreté à 60% du revenu médian (993 eu-
ros pour une personne en 2012). Ce sont
aussi les enfants des travailleurs mal rému-
nérés, souvent des femmes. Un Smic à mi- démunie. Beaucoup de jeunes de notre
temps (565 euros nets par mois) est loin pays vivent loin de la profusion de la so-
du seuil de pauvreté à 50 % du revenu ciété de consommation, qui s'étale devant
médian (828 euros en 2012}. La structure leurs yeux. Ils mesurent bien l'i mportance
familiale joue aussi. 34,3 % des enfants qui demeure dans notre société - d'un
de pauvres vivent dans une famille mono- po int de vue matériel -d'être né au bon
parentale. endroit, dans la« bonne)) famille. Dans ce
La pauvreté des familles heurte nos va- contexte, il n'est pas anodin que les jeunes
leurs. L'article 11 du préambu le de la les moins favorisés expriment leur ressen-
Constitution de 1946 indique que la Na- timent parfois par la violence.
tion « garantit à tous, notamment à l'en- De façon étonnante, l'émotion suscitée
fant, à la mère et aux vieux trava illeurs, la par la pauvreté persistante des enfants ne
protection de la santé, la sécurité maté- va pas jusqu 'à ce ll e de leurs parents, qui
rielle, le repos et les loisirs». 70 ans plus en est pourtant à l'orig ine. Autant les en- [1] Le seuil varie selon
tard , ce n'est toujours pas le cas. Sans fants pauvres sont médiatiques, autant la taille de la famille : on
considère par exemple qu'un
l'importance du système de redistribution, leurs parents ne le sont pas toujours. Ré- couple avec deux enfants de
des allocations familiales ou logement duits à se contenter de la solidarité natio- moins de 14 ans est pauvre
au seuil à 50 % quand son
notamment, un nombre bien plus impor- nale pour vivre, ils sont même régulière- revenu mensuel est inférieur
tant d'enfants vivraient dans une famille ment présentés comme des « assistés ». à 1 739 euros.

RAPPORT SUR LES INÉGALITÉS EN FRANCE 2015- OBSERVATOIRE DES INÉGALITÉS 1159
li~ 1 AGES ET GÉNÉRATIONS

L'ampleur du chômage dans les catégories modeste pèsent sur les enfants. Rien n'est
populaires, le temps partiel contraint (no- joué à la naissance, mais vivre dans une
tamment des femmes) et plus générale- famille pauvre constitue un handicap et
ment les bas salaires, sont les éléments l'une des composantes de la reproduction
qui, concrètement, débouchent sur la pau- des inégalités: le manque de moyens,