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L’INTERROGATION

La phrase ou plutôt la modalité interrogative est une unité interactionnelle construite sous
la forme d’une question qui appelle normalement une réponse. Modalité fondamentale,
allocutive, l’interrogation vise par conséquent l’aspect interactif, intersubjectif du langage.
Dans cette perspective, le locuteur (en position forte) est autorisé à poser une question à
son interlocuteur à propos d’un fait qu’il ignore ou fait semblant d’ignorer, en demandant à ce
dernier de dire (répondre) ce qu’il sait.
L’interlocuteur se voit obligé de réagir à cette demande, en répondant d’une façon ou
d’une autre (au cas où il a la capacité de répondre) ou d’avouer qu’il en ignore la réponse.

locuteur demande de dire ou de faire interlocuteur réaction obligatoire

Comme toutes les modalités, l’interrogation manifeste une quadruple vocation : logique,
syntaxique, sémantique, pragmatique. C’est que l’interrogation jouit dans les préoccupations
Théoriques qui jalonnent le monde moderne de la science dune place centrale.
L’interrogation suscite l’intérêt des philosophes, des logiciens, des psychologues, des linguistes
appartenant aux différentes écoles et orientations. Le couple QUESTION – REPONSE est même
considéré comme l’expression conceptuelle fondamentale d’une nouvelle théorie de la rationalité.
La question, aspect fondamental de la didactique, marque le premier moment de tout
processus cognitif qui aboutit à la formulation de propositions assertoriques, qui ne sont en fait
que des réponses fournies à cette question.
Par rapport à l’assertion, l’interrogation apparaît comme une opération de suspension de la
valeur de vérité. Néanmoins, l’interrogation est rattachée à l’univers de croyance de/des
locuteur(s).
Le sens d’une question sera donné par l’ensemble des conditions qui doivent être vérifiées
pour que « ? P » ait une réponse vraie. Ainsi, par exemple, la question Quel jour de la semaine
tombe le Noël cette année ? reçoit la réponse Un dimanche si et seulement s’il est vrai que le 25
décembre est un dimanche.
La phrase interrogative présuppose la vérité de P dans quelque monde possible. En même
temps, elle pose la fausseté de P dans au moins un monde possible, fait qu’explicite son cinétisme
orienté vers la négation.

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« L’hypothèse que la proposition interrogative est fausse dans au moins un monde possible
le fait en tout cas échapper à l’indécidable, défini comme la non-appartenance à l’univers de
croyance » (R. Martin , 1987 : 25).

Perspective logico-argumantative
Dans cette perspective, l’interrogation se définit comme une opération discursive
suspensive de vérité : elle n’est ni Vraie, ni Fausse, exprimant une incertitude du locuteur à
propos du contenu propositionnel de son discours ou de l’action sur laquelle il fait porter son
discours. Dans un énoncé comme :
Quel jour sommes-nous aujourd’hui ?
le locuteur affirme son ignorance, son incertitude à propos d’un événement de la réalité. En
posant la question, celui-ci suppose qu’il ait un monde possible où quelqu’un en connaît la
réponse. Pourtant son discours se tient pour le moment dans le domaine de l’indécidable, de
l’incertain.
La perspective logico-philosophique soutient que pour parler de l’interrogation il faut avoir
toujours en vue que derrière toute question il y a une assertion sous-jacente. Ainsi, un énoncé
interrogatif comme : Qui a oublié la porte ouverte ? présuppose que Quelqu’un a laissé la porte
ouverte.
L’interrogation, précise R. Martin « apparaît comme un au-delà par rapport au vrai ou au
faux, comme une fonction suspensive de la valeur de vérité, comme la mise en débat d’une
proposition préalablement envisagée dans quelques images d’univers comme vraie ou comme
fausse » (1987 : 21).
Ce phénomène trouve un solide fondement dans l’anaphore. Celle-ci peut s’établir à la
question elle-même :
Viendra-t-il demain ?
Je me LE demande aussi (= Je me demande aussi : viendra-t-il demain)
Mais on peut aussi renvoyer anaphoriquement à l’assertion sous-jacente :
Ira-t-il à ce Congrès ?
Je LE souhaite vivement (= qu’il aille)
Pour que le renvoie anaphorique opère, il y faut « quelque élément virtualisant » (R.
Martin, 1987 : 21). Ira-t-il à ce congrès ? et Viendra-t-il demain ? n’ont ni la valeur VRAI ni la
valeur FAUX ; une forme comme le conditionnel devra situer ces énoncés dans le POSSIBLE.
Enchaînés à des énoncés interrogatifs, les anaphoriques alors et sinon deviennent des
antonymes discursifs :

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Est-ce qu’il viendra demain ? Parce qu’alors je dois le chercher à l’aéroport (Est-ce que
P ? Parce qu’alors, s’il en est ainsi…)
- l’élément virtualisant dans l’enchaînement est positif du type OUI
Est-ce qu’il viendra demain ? Parce que sinon je me reposerai tout l’après-midi (Est-ce
que P ? Parce que s’il n’en est pas ainsi…)
-- l’élément virtualisant dans l’enchaînement est négatif, du type NON
Par rapport à l’assertion, la question apparaît comme une opération seconde, suspensive de
vérité. « Si le sens d’une phrase assertive est l’ensemble des conditions qui doivent être vérifiées
pour que P puisse être dit vrai, alors le sens d’une question sera donné par l’ensemble des
conditions qui doivent être vérifiées pour que « ? P » ait une réponse vraie. (R. Martin ; 1987 :
2 ».
L’indétermination de la question quant à sa valeur de vérité tient aussi au fait que la
différence entre question positive et question négative semble être effacée.
L’interrogation positive oriente vers une réponse négative, l’interrogation négative vers une
réponse positive.
R. Martin interprète la question directe totale de la manière suivante :
a. Le locuteur ignore si P si et seulement si, à ses yeux, P est faux dans au moins un monde
possible.
b. Le locuteur tend vers un état de son univers où P aurait dans le monde m0 (monde de ce
qui est), ou la valeur vrai ou la valeur faux. Cette hypothèse explicative permet de prendre en
compte l’orientation rhétorique des questions : la condition « faux dans un monde » est remplie si
P est faux dans tous les mondes. La question positive se trouve ainsi cinétiquement orientée vers
le négatif. L’inverse est vrai de la question négative : « P est alors vrai dans au moins un monde
possible, condition satisfaisante si P est vrai dans tous les mondes possibles relatifs à l’intervalle
de temps considéré – ce qui revient à dire que, relativement à cet intervalle, P est vrai dans m0 »
(R. Martin ; 1987 : 25).
L’interrogation est également une stratégie argumentative, caractérisée par une dimension
par excellence rhétorique. Dans un contexte comme :
Tu ne devrais pas quitter ton appart. Est-ce que tu en trouveras mieux ailleurs ?
L’interrogation oriente clairement vers une conclusion négative, suggérée d’ailleurs dans la
première partie de la séquence /tu ne trouveras mieux ailleurs/. On a la même orientation que la
séquence négative.

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Perspective syntaxique
Dans la structure superficielle, la phrase interrogative est la phrase qui se termine dans le
code oral par une intonation d’inachèvement et dans le code écrit par un signe de ponctuation
spécial, le point d’interrogation ou quelquefois par un point d’exclamation.
- Dites-moi, Docteur, si je tombais malade, est-ce que vous me prendriez dans votre service
à l’hôpital ?
- Pourquoi pas ? (Camus)
Au point de vue de la structuration syntagmatique, de la présence des deux parties thème et
rhème, la phrase interrogative peut être :
- explicite (organisée) : - Qu’est-ce qu’il a comme métier ? / - Journaliste
- implicite (inorganisée) : - Il passe avec les autres, cette crapule, répétait-il. / - Quels
autre ? / - Tous les autres.

La réalisation syntaxique de l’interrogation connaît un forme simple (l’interrogation


directe) et une forme complexe, soumise à la subordination (l’interrogation indirecte), enchâssée
dans une structure contenant un élément postiche (verbe de parole : dire, vouloir savoir, ignorer,
etc.).
L’interrogation directe
Du point de vue de la portée, l’interrogation directe distingue deux formes d’actualisation :
- totale, portant sur l’ensemble de la phrase et appelant une réponse globale (affirmative,
négative ou modalisée – les adverbes modaux)
- partielle (portant sur un constituent de la phrase) et appelant une réponse dépendante de
l’élément introducteur de la question.
Moyens d’expression de l’interrogation en français :
Les critères qui organisent les différents moyens d’expression de l’interrogation en français
sont :
a. l’incidence interrogative ou portée interrogative (nature, niveau et position du constituant
sur lequel porte l’interrogation) : Interrogation totale /vs/ partielle ;
Interrogation totale
Elle porte sur l’énoncé tout entier : → réponse du type OUI/NON
Il mange une pomme ? Est-ce qu’il mange une pomme ?
C’est lui qui mange une pomme ?
C’est une pomme qu’il mange ?
b. Le niveau stylistique de la langue (fr. litt. Fam. Pop. Standard)

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c. Les conditions et la nature du message (oral/dialogué/non-dialogué)
d. la signification ou l’intention du locuteur
A. - les éléments suprasegmentaux : intonation – ascendante (interrogation totale) : Tu viens ?
- descendante vers la fin de la phrase (interrogation
partielle) : Qui frappe à la porte ?
Le rôle de la prosodie - comme actualisateur de la hiérarchie informationnelle des constituants
de la chaîne parlée ; La structure prosodique peut changer la signification d’un message à même
structure syntagmatique : C’est bien ce que tu dis ? a. (jugement) : ce que tu dis est bien ?; b.
c’est ça ce que tu dis ?
- procédé fréquent dans le code oral du français, ainsi que dans les textes qui reproduisent la
langue parlée ;
- procédé exploitée de préférence dans les messages dialoguées qui expriment un appel de
confirmation plutôt qu’un appel d’information.
L’intonation apparaît comme unique marque de l’interrogation dans les cas suivants ;
- appel d’information : Vous avez faim ?
- appel de confirmation : Savez-vous, lui dit-il, que le département n’a pas de sérum ? / - Je sais,
j’ai téléphoné au dépôt. (Camus)
- reprise d’une proposition interrogative ou non : Tu pense qu’il guérira ? / - Si je pense ?
- interrogation oratoire (rhétorique)
- interrogation hypothétique : Si on allait au théâtre ce soir ?

B. - l’ordre séquentiel inversé du sujet (dans l’interrogation totale et partielle portant sur autre
constituant que le sujet) :
a. inversion simple – réalisée à l’aide des pronoms :
- personnels : Reviendras-tu un jour ?; Que sais-tu de la souffrance ?
- indéfini on : Peut-on oublier les jours heureux ?; Quand apportera-t-on les
revues ?
- démonstratif ce : Est-ce vrai ce que tu dis ?; Qu’est-ce à faire ?
b. inversion complexe – appelée par Damourette et Pichon « interrogation
versationnelle rétrograde » ) – marque la reprise du sujet groupe nominal ou un
pronom par un pronom de conjugaison autre que le pronom indéfini on, le
démonstratif ce ; le nom ou le pronom garde sa place, mais il est repris par un

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pronom de troisième personne : Basile et Valérie sont-ils mari et femme encore ?;
Les tiens viendront-ils ce soir ?
Particularités
Certaines restrictions peuvent apparaître dans ce cas :
- en général, les modaux se prêtent facilement à l’inversion ; pourtant le verbe pouvoir à le
I-ère personne du singulier doit se servir de la forme vieillie puis-je pour faire cette
opération ;
- pour nombreux verbes à la I-ère personne du présent (finis en consonne à l’oral), on évite
de faire l’inversion et on se sert du tour inversif est-ce que pour formuler la question :
Difficile d’entendre des formes comme : *resemble-je ?; *viens-je ?, mais est-ce que je
ressemble ?; est-ce que je viens ? (même s’il y a eu la tentative d’instaurer de formes
modifiées, pour des raisons phonétiques, par un accent aigu placé sur la terminaison e du
présent : rentré-je ?)
- interdiction de l’inversion à cause de la collision homonymique entre un verbe inversé et
un substantif identiquement prononcé : *cours-je / (la) courge
- pour éviter le hiatus – un t euphonique à la III-ème personne des verbes finis en voyelle à
l’oral / écrit : Parle-t-il correctement ? Y a-t-il des questions à propos ?
- pour les formes composées des verbes, le sujet inversé se trouve après l’auxiliaire et non
pas après le participe : Sommes-nous arrivés à temps ?
- le pronom réfléchi des verbes pronominaux reste devant le verbe, tandis que le sujet est
inversé : Vous abstenez-vous souvent ?
- les pronoms compléments restent devant le verbe : Le lui as-tu montré ?
- inversion interdite avec le démonstratif ça ainsi que lorsque la question reprend une
phrase qu’on vient d’entendre et qu’on veut voir confirmer : Je ne peux pas. / Tu ne peux
pas ?
C. - interrogation périphrastique dans la négation totale : est-ce que – très fréquent en français
moderne à l’oral et à l’écrit : Est-ce que tu reviens vite ? – sans inversion du sujet ;
- interrogation par exposants – formules bloquées qui confèrent à la phrase qui la précède une
valeur interrogative. Ce sont des « soutiens lexicaux » : tu sais ?...vous croyez ?...n’est-ce
pas ?...vous savez ?...Mais : sais-tu ?...ne croyez-vous pas ?...savez-vous ?...ne pensez-vous
pas ?...non ?...vrai ?...dis ? Ils jouent le rôle de déisinverseurs de la phrase interrogative, pouvant
se placer après la phrase sur laquelle porte la question dans son ensemble, ou bien après un
constituant seulement de cette phrase : Elle a pris froid, vous savez ?; On va faire une promenade,
dis ?

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D. - interrogation renforcée dans les interrogations partielles : relateur simple + est-ce que +
sujet+verbe : A qui est-ce que tu penses encore ?; Qui est-ce que tu as vu ? ( le premier pronom
interro-relatif marque le contenu sémantique du constituant – personne (qui), chose, situation
(que, quoi, quand, comment, pourquoi ?, etc.), le deuxième marque/introduit la fonction
syntaxique : Qui est-ce qui vient ? (sujet), Qui est-ce que tu vois ? (COD) - personne ; Qu’est-ce
qui se passe ? (situation), Qu’est-ce que tu vois ? (chose)).
E. - formes interro-négatives – une façon d’appeler une réponse affirmative ou de demander une
confirmation : N’as-tu pas réussi à faxer le document ? – Si (dans l’interrogation totale) ; appelle
le même type de constituant ou une interrogation rhétorique (dans l’interrogation partielle) : Que
ne ferait-il pour réussir ?
F. - insistance de l’interrogation est marquée par des formules du type : n’est-ce pas ?, Hein ?;
J’espère, non ?pas vrai ? d’accord, non ?
Lexème automatisé négatif, n’est-ce pas ?, s’emploie en rapport avec une assertion affirmative ou
négative. Ce formant s’emploie aussi comme approbation d’un message antérieur émis par un
participant direct à l’échange verbal : - Cette robe est jolie./ - N’est-ce pas ?,C’est la maison
Dior ;
G. - l’interrogation alternative – marquée par le connecteur d’alternative ou : Est-ce qu’on en
trouve ou pas ?
- interrogation à particule –ti dégagé des tours inversés qui présentent un – t – euphonique.
Formant réservé à la seule langue popul aire, il apparaît pour toutes les personnes verbales : ça
va-ti, mon gars ? En français populaire : c’est-ti que…(c’est-ti bien vrai que M ? Frédie a eu le
fout hier soir ?)

Particularités

- Pourquoi ? n’accepte pas l’inversion du sujet – groupe nominal : *Pourquoi est venu
Marie ? (mais d’autres relateurs peuvent le faire : Comment se porte Marie ?, Quand
vient le train suivant ?, Où va Marie cet été ?)
- Devant un adjectif (en général autre), les pronoms interro-relatifs sont suivis par la
préposition de : Qui d’autre pouvait appeler ?; Que s’est-il passé d’autre ?; A qui
d’autre as-tu pensé ?; Qu’est-ce que tu as appris de neuf ?)

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L’interrogation indirecte
C’est une forme dépendante syntaxiquement et sémantiquement du verbe enchâsseur (un
verbe de parole). Structure subordonnée, elle est introduite
- par les connecteurs si correspondant à est-ce que de l’interrogation totale, prédicative :
Je voulais savoir s’il viendrait ce soir ;
- par les adverbes relatifs-interrogatifs caractéristiques au style direct (quand ?, où ?,
comment ?; etc.) dans l’interrogation partielle. L’ordre du sujet revient à la normale :
Dis-moi quand tu me rendras le livre.
- Par des pronoms relatifs-interrogatifs : ce que, ce qui, ce dont, ce à quoi : Il voulait
savoir ce dont il avait besoin
Particularités
- dans le passage de l’interrogation directe à l’interrogation indirecte, on opère quelques
transformations des relateurs : qu’est-ce que → ce que ; qu’est-ce qui → ce qui
(marquent le COD et respectivement le SUJET) ;
- les adverbiaux se transforment à leur tour : ex. hier → la veille ; la semaine dernière →
la semaine précédente ; après-demain → le surlendemain ; aujourd’hui → ce jour-là,
etc.
- le sujet revient à sa place.
- la conjonction si n’a pas de fonction syntaxique, mais seulement de connecteur pour la
phrase complétive interrogative indirecte. Par contre, les adverbes et les pronoms
cumulent deux rôles : connecteurs et unités syntaxiques à l’intérieur de la phrase
subordonnée (circonstantiels et respectivement sujet (ce qui), COD (ce que), complément
prépositionnel (ce dont), objet indirect (ce à quoi), etc.).

Perspective sémantique
Les valeurs sémantiques de l’interrogation connaissent un éventail très large, à partir de la
valeur issue de la logique de l’interrogation, à savoir la demande d’information jusqu’aux valeurs
qui se rapprochent de celles de l’injonction. On aura affaire à :
- 1. l’appel ou la demande d’information : Comment allez-vous ? qui attend une réponse
correcte, cohérente, qui respecte au moins la règle de la continuité thématique. Entre la
question et la réponse attendue il y a une unité thématique ; la réponse attendue doit être
du type : -Ca va. Je me porte bien et non pas l’une comme Il est cinq heures.
Cette valeur générale peut porter sur différentes sortes d’identification et qui correspond au
niveau syntaxique à l’interrogation portant sur un constituant :

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a. de l’agent : QUI ? Qui frappe à la porte ? Qui est-ce qui frappe à la porte ?
b. du patient : QUOI ? QUEL, LLE ? LAQUEL, LLE ? Et tu fais quoi ici ?;
Laquelle de ces peintures préfères-tu ?
c. du destinataire/bénéficier : A QUI ?, POUR QUI ? A qui avez-vous donné le
livre ? Pour qui est cette robe ?
d. de l’auxiliaire, de l’allié : GRACE A QUI ?, GRACE A QUOI ? Grâce à qui a-t-
il gagné ce prix ?
e. de la demande de l’identification d’une action : QUOI ? QU’EST-CE QUE ?
Qu’est-ce que vous projetez faire ce soir ?
f. de la demande d’identification d’une cause : POURQUOI ?, POUR QUELLE
RAISON ?: Pourquoi n’es-tu pas venu hier soir ?
g. de la demande d’identification d’un but : DANS QUEL BUT ? POUR QUOI
FAIRE ?: Il fait un compte rendu, mais pourquoi faire ?
h. demande d’identification d’un espace : OÙ ? PAR / VERS / D’OÙ ?: D’où
viens-tu si pressé ?
i. demande d’identification d’un temps : QUAND ?; DEPUIS QUAND ?: Quand
viendras-tu ?
j. de la demande d’identification d’une qualité : COMMENT ?, DE QUELLE
FACON ?: Comment va-t-elle ?
k. de la demande d’identification d’une quantité : COMBIEN ?, QUEL+YTERME
DE MESURE, POIDS, etc. : Quel poids fais-tu ?
- 2. demande d’assentiment ou de confirmation : le locuteur se limite de
demander de l’interlocuteur une confirmation ou une infirmation. Les moyens de
réalisation sont du type est-ce que c’est bien la... ?. La réponse attendue est du type
oui, non, si, autre adverbe modal.
Plusieurs sous-classes sont à distinguer dans ce cas :
a. demande de compréhension : Vous voyez ?, Hein ?, N’est-ce pas ?: Tu vois ce
que je veux dire, n’est-ce pas ?
b. demande de point de vue : porte sur un verbe d’appréciation ou d’opinion
représentant la croyance de celui-ci à propos d’un contenu donné : Croyez-vous
avoir toujours raison ?

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c. question rhétorique : se caractérise par la polyphonie dans laquelle le locuteur
éclate : Où aller ? Que faire ?
d. le démenti : L’ordinateur une drogue ? Non, une nécessité. On réfute la
première présupposition /l’ordinateur est une drogue/ pour apporter un
argument contraire, d’orientation argumentative opposée et force illocutoire
plus forte que le premier argument présupposé.
e. le doute, l’éventualité, la supposition : Le robinet susurre. Fuite d’eau ?
f. la délibération qui marque une décision à prendre : Il se dirige vers la sortie :
quelle porte emprunter ?
g. l’ordre : Pourriez-vous vous taire ?
h. l’atténuation d’un ordre, d’une critique, d’une opinion trop catégorique :
Monsieur Martin, s’il vous plaît ?, Est-ce que je suis bien chez M. Martin ?,
L’homme n’est-il pas en train de détruire la nature ?
i. l’indignation, la révolte, la protestation : Comment peuvent-il être si
paresseux ?
j. la quasi-certitude : Quel ouvrage n’avez-vous pas lu de la bibliographie
indiquée ?
k. la suggestion : masquée sous l’interrogation : Tu veux que je t’aide ?

Perspective pragmatique
Dans une théorie des actes de langage, l’interrogation est un acte de type directif qui
impose à l’interlocuteur tel ou tel comportement. D’après Searles, il y a deux types de questions :
- la question proprement dite ou question-question qui suppose nécessairement une
réponse et porte sur l’acte de dire : Comment s’appelle votre chat ? (Dites-moi comment
s’appelle votre chat). La question-question est actualisée dans plusieurs stratégies parmi
lesquelles :
- la question didactique (ou d’examen) qui suppose que le locuteur connaît la réponse, mais
vérifie l’interlocuteur si, à son tour, il l’a connaît : Quelle est la formule de l’énergie ?
- la question-requête qui suppose une réaction factuelle et porte sur l’acte de faire :
Pourriez-vous me passer le sel ? (Je vous prie de faire le geste de me passer le sel).
L’interrogation (directe ou indirecte) est atteinte de l’anaphore. Elle représente une forme de
reprise thématique par l’intermédiaire de divers moyens :

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- un pronom quelconque : - Est-ce que tu m’aimeras toujours ? – Je me le demande aussi
/ Je le souhaite vivement ;
- par une autre question (question reprise ou question écho) qui représente en même
temps un acte d’évitement de la réponse directe : - Tu m’aimes encore ? – Si je t’aime
encore ? De cette façon le questionneur pourra comprendre ce qu’il en voudra, sans que
le questionné en soit tenu responsable de l’interprétation donnée.
Toute cette complexité de manifestation de l’interrogation en fait plus qu’une phrase ; en font une
modalité d’énonciation.

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