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_____,

J
ARCHITEC r fURE JVlODERNR.
ARCHITECTURE
MODERNE,
ou
L�AR T DE BIEN B·ATIR
POUR,. TOUTES SORTES DE PERSONNES.
D I V I S É E E N S I X L I V R E S.

I . DE LA CONSTRUCTION. IV. Dû TOISÉ DES BATIMENS.


II.. DE -s E s c AL I E R s4 , V. DEs Us ET CouTUMES•
. III. D .Es DEVI s. VI. DE L.A. DISTIU.BUTION,

Par CHARLÉS-ÀNTOINE JO M BERT.

T O ME P R E MIE R.

A PARIS,
..
Chez t'A u T .Eu R , Libraire du Génie & de !'Artillerie; rue Dauphine,
à l'Image Notre-Dame.

M. D C C. L X l V.
A P'E C A PP R OB AT ION ET PR I VILE GE D V R O I•

• ..
I ' �

- ,�olf,-4 .,
.... .. , •

A MONSIEUR

.r
BIGNON,
,.

CONSEILLER D'ETAT,
Co MM ANDE u R, Prevôt & Ma1tre des Cérémon.ies
des Ordres du Roi, de l'Académie Francoife., Ho­
noraire de celle des Infcriptions & Belles- LèI ttres,
Bibliothécaire du Roi.

.� O
. NSIEU·R;

En formant le projet de l'Ouvrage que j'ai ['honneur


de vous prlfènter ., je mefais flatté que vous voudriez bien

--
-S!Ffrd - L •MA
..
aq


l'V E P I T R E�

le prendre fous votre protec1i.on. Encouragé par cette


'
eJpérance, le dejir de vous l'offrir , MONS 1 E UR,· '

m'a fouunu dans ce travail, & la fatisfac1ion que je


goâte, en vous le confacrant aujourd'hui, ejl la récom­
j
penfe la plus agréahle que je pui.ffe obtenir. Les bontés
'r dont vous m'honore'{, M OïVS 1 E UR, me font efperer

t
que vous ne me refuferez. pas la permiffion de décorer ce
Traité d'ARcH ITECTURE Mo D E RNE d'un nom cé­
lebre depuis long-tems, & dans la Magijlrature, & dans
la république des Lettres. Puiffi cet lwmmage de mes faibles ',
talens vous �tre un sâr garant des Jentimens de reconnoif-
,
.
fonce & de r efpec1 avec le/quels je Jùis,

MONSIEUR .,

'Votre très-hun1ble & très­


obéiffant Serviteur,
CaARLEs-ANTOINi JoMBERT.
V
'

AVERTISSEMENT •
Sur cette nouvelle Edition:
1' CE Traité d'Architec7:ure Moderne n'était dans fon ori­
gine qu'un recueil de planches repréfentant foixante
différentes difiriburions, la plûpart affez ingénieufes &
extr�mement variées, depuis le plus petit terrein où l'on
puilfe bâtir, jufqu'à un emplacement de foixante toifes
de face : elles font du delfein & de la compofition de
M. Tiercelet, Architeél:e. Mon pere ayant acheté ces
planches d'Architeéture, en 172.6, forma le projet d'en
faire un Livre : 111ais s'étant adrelfé pour cet effet à des
praticiens plus au fait de l'Arc de defliner que de
celui d'écrire, les divers Traités qu'ils y joignirent ne
répondirent pas à fon attente ni au n1érite des deffeins
dont il s'agiffoit de faire la defcription. Ce Livre parut
en 172.8, en deux volumes in-quarto , avec environ r 50
4

planches. La premiere édition s'étant trouvé épuifée au


bout de trente ans, l' emprelfement avec lequel on con­
tinua de rechercher cet Ouvrage pour le joindre à celui
de M. Blondel, fur la dlcoration des Edifices, qui avait
écé annoncé comme une fuite de l' Architecture Moderne,
me fic penfer à une nouvelle édition. Le peu de ref­
fources que je trouvai dans la premiere, me mit alors
,

dans la néceffiré de compofer un nouveau manufcrit


fur le plan de l'ancien: en conféquence ,. je pris le parti
Î\

·v-j AVERTISSE1WENT.

de puifer dans les meilleures fources, fans rien conferver


de cette édition que les planches de diftributions, & la
élivifion générale -de tout !'Ouvrage en cinq Trai.tés, en­
core y e� ai-je ajouté un fixien1e fur la conflruc?ion des
� Efcaliers lequel avoic été promis en 172.8, dans un
:1

Averciffe111ent placé à-la the du prem.ier volu1ne. Cet


Averciffement. ann. on-<ioit un troifieme Tome qui devoit i,
" traiter des cinq Ordres
d'Architeéture_.. de la Menuiferie,
de la Serrur.erie, . de la Coupe des pierres, & des Efcaliers.
C'eft ce troifieme t0111e projetté qui a donné lieu au
Livre de M. Blondel, lequel parut dix années �près fous
� le �icre de la Décoration des édifices, &c: enforre que
ces deux 0uvrages font, pour ainG dire, le co1nplément
::
l'un de l'autre, & qu'ils forment enfemhle un Cou-rs ·
-

'_ d'Archiceéèure pratique des plus étendus. Le Traité de


la Coupe des pier,:es, que M. De La Rue mit au jot;1:t·
vers le ·.tn�111e .,tems, d_ifpenfa de rien écrire él avantage fur
cette partie : le Cours, d'Architec?:ure de D'Aviler parut
fuffifant pour ee qui conce;-ne les cinq Ordres: .à l'égard
des efcali�rs, on ne jugea pas à propos ..de· rien donner
fur.. -ae {ujec: C'efi: ainfi que l'on ren1plit alors les enga­
gemerîs qu'on avait contta.ltés avec Le Public dans cèt
Avertiffei:nent. .
·Co1nn1e je ne 1n'
..
. • _e n fuis pas rapporté à n1es feules
p

{
1.
lùniÎeres pour ce qui regarde les détails de la confl:ruc­
:
ti-on & les tr�vau'K de la maçonnerie,
• j'ai tâçhé d'y fup­
- pléer ,& de les étendre en confultant les Maîtres -de l' Art,

.,
ri
--
ewe em:z-:;œmw,,,
A P E R T 1 S S E M E N T. .
Mi
__ _vij
_-;__
A A$?J§l.W-.;;ït&v

& les Ecrivains les plus célebres qui ont joint la théorie
à la pratique. C'eft pourquoi, en travaillant à cet Ou­
vrage, j'ai toujours eu fous les yeux Vitruve ., Palladio,
l'ancien Blondel, D'Aviler, Bullet, Belidor, Fre{ier,
Brifeux, De/godets, Jouffi, Blanchard ., ainfi que plu­
fieurs autres Arciftes qui one traité de quelques parties
relatives à l'Architeéture. Je ne rougis point d'en con-­
venir, voilà les Auteurs de n1on Livre, voilà les fources
d'où j'ai ciré toutes les augn1entations & les changen1ens
que fai faits à cette nouvelle édition : enforce qu'il n'y
a prefque rien de moi que l'ordre & l'enchaînen1ent des
f ujets, co1nme il n'y a rien de co1nmun avec l'ancienne
édition que le titre & les planches qui ont été confer­
vées. J'y en ai n1�me ajouté plufieurs autres, quand
,
cela s' efr trouvé néceffaire pour l'intelligence des• 1na­
tieres qu'il fallait expliquer, & j'ai aug1nenté le fixie1ne
Livre de quelques difl:ribucions nouvelles, pour rem­
placer- d'anciennes qui ont été f upprimées. Au refre le
Public ne perdra rien à ce retranche111ent, puifqu'il fe
trouve dans cette édition près de 5 o planches de plus
que dans la premiere, dans laquelle il n'y en avoit réel­
lement que 1 oo, quoiqu'on en eût annoncé I 5 o fur
le titre.
Après avoir rendu compte de mon travail dans cette
u.ouvelle édition , il eft à prop,os de rapporter une partie
de la Préface qu.i écoit à la tÊte de l'ancienne; j'expoferai
l.

enfuite, en peu de 1nocs, le contenu de cet Ouvrage.


viij

P R É F A C E.
Q u o I Qu' I L aie paru depuis environ foixancc ans plufieurs
cxcellens Traités d'Archiceéèure, & qu'il fcmble fupcrflu d'en
augmenter le nombre , cependant !i l'on y fait attention, on
verra qu'il refre encore fur cc fojet de quoi exercer les efprits
laborieux.
Le principal objet de ceux qui ont écrit fur cet Art a écé de
rapporter les cinq Ordres dans les jnfrcs proportions auxquelles
les Anciens les ont alfujecris. Auffi leurs Livres ne regardent-ils
guere que h décoration extérieure des édifices , de forte qu'ils ne
font prefque aucune mention de cette partie de l'Architcéèure
qui cnfeignc à bien difrribuer les pieces d'un appartement pour
le rendre agréable & commode , relativement à l'étendue dn
cerrein dont on peut difpofor & à la qualité des perfonncs qui
doivent l'habiter. I!
Cette négligence des Auteurs , par rapport à la partie la plus
elfcntielle de cet Arc, vient fans doute de ce qu'on n'a cherché
d'abord qu'à contenter le goût des Grands, auxquels il ne falloic
que des édifices magnifiques & des parlais fompcucux, & qu'on
n'a pas daigné s'occuper des maifons de.ll:inées pour les particu­
liers. Ceux-ci , de leur côté, fatisfaits du feul néce!faire , aban­
donnoient alors la conduite de leurs b�cimens à de !impies ou­
vriers , auxquels ils s'en rapporcoient cncierement , malgré le peu
de connoiifance que ces praticiens avoient de la théorie de
l'Architeéèure.
Aujourd'hui l'on efr devenu beaucoup plus difficile ; chacun
veut fe connohre dans les Arts , chacun fe pique d'avoir du goût ,
& l'on dl: bien-aife de fe proç:urer, avec les mêmes dépenfes ,
cous les avantages poilibles. En faifanc bâtir une maifon, on cxigo
qnc les appartcmens y foient di.ll:ribués convenablement , & que

le
.,

p·· R: E F A " C E.

le ·commode s'y trouve joint au nééeffafre. C'efi alors qu'on re­


grette de n'avoir pa� plus de lumieres fur l'Architeélm-e , pour
pou.voir ordonner fon édifice conformément aux idées que l'on
a. conçues. On parcourt dans cette intention les différens Livres
,qui ont paru fur cet Art : on y cherche quelque ddfein de di{h-i-
bution qui foit anâlogue à celle qu'on fe propofe de faire exécuter,
mais c'efi inutile�ent ,- & !'on eft furpris avec jufl:e raifon que
dans un .fiecle auffi éclairé qu_e celui-ci , où l'on b�tit avec plus
d'élégance qu'on n'a jamais fait', 011 't_rouvc dans lés Bibliothe­
qu·es les mieux a!forties fi peu de bons livres capables de fatis­
faire fur un fujet auffi abondant & auffi utile que celui de la dif-­
tribution des édifices. ,.
Il efi vrai que dans les grandes villes, telles que cette Capi­
tale , il fe trouve beaucoup d'Architeéles du premier mérite aux
lu11:_1iercs defquels on peut àvoir recours en parehie occafion : on
a la facilité de les _ _ confulcer, & il efr tout naturel de s'en rap­
porter à eux for ce fujet. Mais combien de villes de Provinces ,
& d'endroits écartés dans les campagnes où l'on -fe trouve abfo­
lument ?,efrirué de pareils fecours ! On en revient donc toujours
· à ddircr un Livre tel que celui dont nous parlons , dans lequel _
on pui!fe trouver des détails raifonnts fur la 1nain d'œuvre &
fur l'emploi des· _ materiàux , ain.fi qu'un grand nombre de difiri-
_ butions différentes & variées, parmi lefquelles on foie à portée
de faire un choix fuivant le plan qu'on a imaginé. Auffi cfi-ce
l'objet qu'on a eti. principalement en vue dans la compofiti�n de
cet ouvrage. Nous n'ofons nous .flatter · de l'avoir parfaitement
rempli • ; mais du moins y trouvera-t-on tout ce qu'il y a d'effentiel
& d?intéreffant non-feulement for la difrribution' mais encore for
_ _la confiruélion des édifices. On en pourra juger par l'expofé
1 foivant.
/ .
•Tout cet: Ol'tvrage, qui forme . deux volumes in-quarto · grand
"papier , avec plus .de 1 50 Planches, éfi divifé en fix Livre�. La 1
I

Tome 1. h


P R E F A C E.
Conflru8ion dl: la partie qui fe préfente le plus naturellement à
1:efprit : auffi fait-elle le fujet du premier Livre. Après y avoir
donné quelques connoiff ,. ances prélimiuaires fur le choix du lieu ,
& fur la manîere d'orienter & de planter un bâtiment , ainfi que
� fur la recherche des eaux & fur les moyens de les raffembler , de
les conduire , & de les jauger pour favoir • la quantité qu'on en
· peut dépenfer , on paffe à la connoiifance des matériaux, comme
pierre, pUcre , chaux _, fable, brique , tuile, ardoife
,, , bois, &c ,
par rapport au ehoix qu'on en doit faire & à la façon de les
employer. On entre enfuite dans les détails néceffaires fur la
maniere d'affeoir les fondations d'un édifice dans toutes fortes
de terreins , & for la confrrultion des murs & des- voûtes de ,
toute efpece. On y donne la pratique de la Charpenterie pour les
différens combles , les planchers, & les pans de bois : on y fait
l'analyfe & la defcription des machines le plus en ufage dans
les bâtimens : on y traite de la co_uverture des édifices : de la ,.
menuiferie , de la forrurerie , de la vitrerie , de la peinture d'im- ..�
preffion, de la dorure , &c. On dl entré affez particulierement �
,.
dans le détail · de ces di.tféren tes parties , pour quyon puiffe aifé­
ment fe mettre au fait de tout ce qui regarde la con1huél:ion des
édifices , enforte qu'un particulier fe trouvera en état de conduire
hù-même fon bâtiment & d"en diriger les travaux.
Le fecond Livre dl: une fuite du premier : on y traite de la
'
conjlruc1ion des efcaliers. Après y avoir examiné cr,i général la 1,

fituation, Ia grandeur , la forme & l a décoration des différens


efcaliers de pierre , on donne le développement de leur appareil.
& de leur conflruél::ion , fuivant leurs diverfcs efpeces , foit .\
rampe droite ou circulaire , fait en vis à noyau & fang n<:>yau, 0u
à centre évuidé , fur un plan quarré, rond, elliptique ou ovale ,
f
&ç_. On y traite enfoite. des efcaliers de charpente de diférente
forme, & de la maniere de tracer les courbes . , de. leurs lin-100s
� ,
rampes , noyaux & appuis� On a ajouté à la fin de ce fecond
P R. E F A C E.
..
lf
Livre la defcription & les deifeins des plus beaux efcaliers ra.p­
portés par Palfadio, ainfi que ceux de plufieurs autres efcaliers
de forme extraordinaire ; avec le dénombrement de toutes les
efpeces d'efcaliers imaginables.
Avant que de commencer un b�timent il eft d'ufaga d'en
dre.ifer un projet & d' en faire ce qu'on appelle le devis : c'efl: le
fujet da troifieme Livre. On y enfeigne à former des devis de
toutes les parties qui entrent dans la confl:rul\:ion d'un édifice�
depuis les fouilles des te�res & les fondations de maçonnerie , juf­
qu'aux couvertures des combles & à la vitrerie. Dans les modeles
qu'on en préfente, on verra la maniere dont les ouvrages de ma­
çonnerie , charpenterie, menuiferie , &c, doivent être conftruits,
par rapport à la qualité des matériaux & à la façon de les mettre
en œuvre. On entre enfuite dans - les pins grands détails fur les
devis des différens travaux qui fe font dans les bâtimens du Roi,
tant pour la maçonnerie, charpenterie, couverture, plomberie,

menuiferie & ferrurerie, que pour la peinture d'impreffion , do­


rure, vitrerie, pavé , carrelage , marbrerie, &c. On y trouvera les
prix fuivant lefquels MM. les Archireéèes , Contrôleurs & Inf­
peéèeurs des B:1timens du Roi reglent les mémoires des différe11s
ouvriers qui en ont fait l'entreprife. Ces détails , dreifés
.. par le
premier Architeéèe du Roi, doivent être -d'un grand poids , &
feront en effet fort utiles aux particuliers qui font b�cir , pour
l'e!l:imation des ouvrages qu>ils feront exécuter, en y obfervant
les modifications néce.ifaires : ces prix étant fujets à varier fuivant
les tems &· les lieux où l'on fe trouve.
Pour bien régler les mémoires des ouvriers employés à la
confi:ruéèion
.. d'un édifice, il cil: néce!faire de favoir bien.. toifer
& efi:imer leurs ouvrages : on trouve dans le quatricme Livre lt1,
pratique de ce Toifé des Bâtimens relativement aux us & coutumes.
Pour cet effet, on commence par des définitions de Géométrie,
& l'on établit quelques principes pour • fervir
I d'introduéèion au

b ij
�ij P R E F A C E.

toifé des foperficics & des folides. On donne enfoite un détail


très-circonfl:ancié du toifé de toutes les parties d'un b�timent, en
fuivanc un ordre contraire à celui qui a été obforvé dans fa conf­
truéèion , c'cfè-à-dirc en commençant par les parties les plus éle­
vées , .comme les fauches & tuyaux de cheminées : on donne
après cela le toifé des �ires & des planchers : celui des cloifons,
pans de bois, & lambris : celui des cfcalicrs & perrons : le coifé
des murs & des voûtes de toute cfpece : cel,ui des moulures ·&
des faillies : le toifé de la charpenterie , de la menuiferic, des
couvcrmres , &c. Les méthodes qu'on enfeigne dans cc Livre
pour procéder au toifé de rous ces différens ouvrages , font ex­
pliquées d'une maniere claire & intelligible, même pom les pcr­
fonnes qui n'ont aucune connoiŒ1nce de la Géom:écri-e , & ks
pratlques qu'on y trouvera ne differcnt prefque point de b. pré-
ci!ion que la théorie la plus cxaéèe pourroit fournir.
;

Souvent il s'élcve des différends & des contefl:ations entre


, pluG.eurs propriétaires qui ont leurs biens, maifons & héritages
contigus , au fojet des droits & des prétentions de chacun , c'efl:
pourquoi l'on n'a pu fe difpenfer de rapporter dans le cinquiemc
Livre les Articles de la Couiume de Paris , qui reglenc les limites
de ces prétentions fur le fait des bâti.mens , afin que les u!'ls & les ,
autres puiffent tirer toue le parti poŒblc de leur propriété & de
leurs poffeaîons , fans cependant faire aucun tort à leurs voi!ins.
Ces Articles de la Coutume fe trouvent ici expliqués j ufques
dans les moindres circonfranccs, pour éviter les divcrfos inter­
1
prétations qu'on pourroit leur donner. Ainü il fera très-utile �l
m&n1e nécdfaire d'y avoir recours dans les occafions où il for- 1,
viendroit quelques difficultés entre voifins , couchant les préten- 1'
rions jufi:cs ou injufl:es que l'un formcroic au préjudice de l'autre�
r On pourra par cc moyen prévenir & éviter les procès fréqucns
qui naiffent de ces différends , puifqu'il fera facile à ch.acun de 1,
difcerner les limites que la loi lui prefcrir , & de connoîcre
P R E F A C E'.
..
x11,:

jufqu'oh · il peut étendre les droits q1:li : lui- · appartiennertt;.· ,


Nous l'avons déja dit, la partie la plus in'téreffante de · c�t
ouvrage dl: la dijlribution : · elle efr d'une néceilité indifpenfable
&. � d'un ufage univerfel. pour tous les édifices , ·de qqelque efpece
- - '
qu'ils foient. Aufli l'avons-nous r.éfervée pour le fix-ieme a: d,er-
0.1.er Livre , afin de lui donner toute l'étendue & tout l'intérêt
dont eUe étoit fufceptible , & pour que ce Traité fe trouv1t joint
immédiatement aux Planches donJ . il fait la . defcription. On l
trouvera donc ici une grande quantité de diO:ributions ._de to�res
fortes d'em-placemens , depuis la maifon la plus fimple & la p�us
petite qu'on puiffe b�tir, jufqu'aux h6tels les plus confidérables :
de forte qu'il feroit difficile d'imaginer un terrein ·ou une difrri�
bûtion qui n'eût quelque rapport avec l'une de celles qu'on pré­
fente ici pour modeles. Pour donner une plus parfaite intellige11cc
de la difi:ribution des différens étages de ces édi� ces, ainfi que l
de la décoration extérieure de le-urs façades , on en a développé
les ddfeins à l'aide de I 3 1 Planches- qtti ep. oifreqt les plaps,
élévations , coupes & profils, rendus avec beaucoup d'exaél:icude.
On a ajouté à chacune de ces di{hibutions des dcfcriptions rai­
fonnées qui.en font appercevoir le bon & le mauvais : on y r e ­
leve les fautes qui ont pu échapper à leur Auteur , on en fait
fentir les beaotès , & l'on critique les liceqces -qtii s'y trouvent ,
occafionnées par l'irrégularité du. terrein ou par quelque autre
fujétion : on: a foin d''y expliquer en même tems la ,defi:ination
& l'ufage de routes les parties du bâtiment dont il dl: quefiion.
On ne trouvera rien ici for 1a décoration intérieure des bâti­
mens, ni for la diftribution des jardins & des parcs des maifons ,
de plaifance, M. Blondel ayant traité à fond ce fujcc dans fon
livre De la décoration des édifices ., qui fert de fopplémcnt à cclui­
ci. Cet Auteur y donne auffi des· préceptes & des exemples. de
tout8 •les parties du jardinage , ain-fi. que de la menuiferie & de
la ferrurerie , par rapport à la décoration extérieur€ & intérieure

XlV P R E F A C E.
.
des édifices , & il' les •expofe avec un goût particulier & avec
un ordre méthodique qui ne laiifent rien à defirer fur cette partie
de l'Architeéture : ainfi nous ne pouvons mieux faire que d'inviter
le Leéteur à y avoir recoµrs.
Telt dl: le plan général de cette nouvelle édition de l"Archi­
·ceélure Moderne : nous ne nous arrêterons point à faire fentir
l'importance du fujet, elle fe préfente aifez d'elle-même: il ne
s'agit que de favoir fi nous avons été aifez heureux pour le rem­
plir_ avec quelque fuccès. Le Public , pour qui nous avons tra­
vaillé, fera notre Juge. Jamais ouvrage ne fut plus de fon reifort,
auffi eiè-ce à lui que nous nous en rapportons totalement. Nous
le prierons feulement de confidérer• que nous n'avons eu en vue
dans notre travail que fon utilité particuliere ; tout notre defir
fe bornant à contribuer autant qu'il feroit en nous � la perfeéèion
d'un Art univerfellement nécefi:1.ire, & qui cependant, on ne fait
par quelle fatalité, femble jufqu'à préfent avoir été négligé dans
fa partie l a plus importante & la plus effentielle.


'\

• T A B L. E
D E S CHAP I T R E S E T AR T I C L E S
Contenus dans ce Polume.
t I V � E P R E M I E R..

D E L A C O NS T R U C T I O N.

C HAPITRE P R E M I.E R. De la maniere d'orienter un bâtiment & de


connofue les principaux vents. · Page I
CHAP. II. Du
111
' choix du lieu & de la nature du terrein où l'on veut bâtir. 6
CHAP. III. De la nature des eaux & de la maniere de connoftre le1trS honnes
& mauvaifes qualités. 7
C BAP. IV. De la recherche des eaux & de l'origine des fontai1Zes.
CHAP. V. De la maniere de ra.ffembler les eaux & de les jauger.
Il

CHAP. VI. De la conduite des eaux.


14
1.8
A R T I C L E P 1l E M I E .R. . Des aqueducs. Ibid.
A-rn. II. Des tuyaux de plomb. 20
ART. Ill. Des tuyaux defar. 23
ART. IV. Des tuyaux de poterie ou de grès. 24
ART. V. Des tuyaux de bois: :t. 7
ART- VI. Des tuyaux de cuivre. 28
CHAP. VH. Des dijft!rentes efpeees de pierres. 30
ART. I. De la pierre en général. lbid.
An. T. II. Des carrieres des environs de Paris. 31
A:iti. III. De la pierre de Saint-Leu ., de Tonnerre·., &c-., 34
AR:r. IV. Du moilon, du libage, & du grès. 55 •
CHAP. VIII. De la chaux. � 37
De la maniere da détremper & d'éteindre la chaux. H
CHAP. IX. Da .fable, du ciment, & des différentes efpeces àe. mortier. +1
ART. I. Du fable en général. loid.
ARr. li. Du fahle de cave. Ibid.
ART. III. Du fable de riviere-� 42
Atn. IV. Du ciment. 4;
ART, V. De la compq/ition du m0rtier. -f4
CHAP. X. Du plâtre. 46
CHAP. XI. De la brique- & rie la maniere de la fabriquer-. 49
· Maniere de faire la brique, tirée de /'Encyclopédie. p
�vj T A B L E
CHAP. Xll. De La tuile ., de l'ardolft ., du carreau ., & du pavé. 54
A P..T. I. De La tuile. Ibid.
A R r. II. De L'ardoifa. 55
An.T. III. Du carreau de terre cuite. 56
AP..T. lV. Dupavé. 58

CHAP. XIV. Du plomb ., du for., &· du cuivre.


CHAP. XIII. De la latte , de la contre-latte, & du clou. 59
60
CHAP. XV. Des bois <JUe l'on employe aux bâti.mens. 64
AR·T . I. Du tems propre à abattre les arbres , & de leur exploitation. 6 5
ART. II. Des défauts & des maladies du bois. 66
ART . Ill. De la maniere dont on pourrait: déterminer les dimenfions des pi.eces
. de bois de charpente, d proportion de leur longueur. 67
Table de la gro.Jleur des poutres & [olives faivant Leur longueur. 69
Nouvelle table de la gro.Jleur des poutres & des [olives relativement à leur
longueur. 70
ART. IV. .Maniere d'a.rm" 6· de forci.fier lespoutres quandelles nefontpas
d'une longueur ou d'une gro.Jleur faffifante. 7r
CHAP. XVI De la maniere de planter un édifice. 72
CHAP. XVII. De la fondation des édifices. 74 ,
AR T. I. De la maniere de connaître les divers terreins far lefquels on doit
bâtir. 75
Arn. II. De la maniere defonder dans un mauvais terrein, 78
ArtT. Ill. De la maniere de fonder far le roc. . 79
A RT, IV. De la ma,ûere defoncierfar la glaifl. 8I
ART. V. De la maniere de percer les bancs de glaifa pour fe procurer de
l'eau. 84
ART. VI. De la maniere de fonderfar pilotis dans des endroits marécageux.
87
ART· Vll. lrlaniere de fonder fur lefable bouillant ., dans un endroit aqua-
tique. 90
ART. VIII. De la maniere de fonder dans un bon terrein. 93
CHAP. XVIII. De la conflruaion des murs & des vo,1tes. 95
ART. I. Obfervations génér.ales far la conflruélion des murs. Ibid.
ART, li. De la profondeur des fondemens. 98
• ART. m. De L'épai.fleur des murs. �9
ART, IV. De l'appareil des murs de pierres de taille. 100
A RT. V. De la conflruélion des murs de terrajfe. 102
ART, VI. De L'épaijfeur q1/j//mu donner aux murs qui ont 'Une voi2te àfou-
tenir. 10 4
ART. VU. Des réparations de maçonnerie, & des replijès par fous-ceuvre.
106
CHAP. XIX. Des ,aves & de leur conflruêlion. J 08
CHAP. XX. De la conflruaion des puits & des citernes. l lo
CHAP. XXI. Des cuifines & offices. l I3
'
CHAP. XXII. Des écuries & des remifes. ;1 1 6

.....
CHAP. XXIII. De la dijlribution des appartemens. P9

CHAP.
D E .S ·C HAP IT R E S E T A R T I C L E S. xv1f
CHAP. XXIV. Des fe_nêtres ou croifées ., & des pot:tes, 114
CHAP. XXV. De la confiruetion des cheminées. 1 2. 9
Divers expédiens pour empêcher les cheminées de fa.mer. 1 3 2.
CHAP. XXVI.., Des lieux de commodité & cabinets fi.'aifance.· 1 36
CHAP. XXVII. De la charpenterie. 1 38
Av..T. I. Des combles. Ibid.
Des combles à la Manfard-e. I39
De l'aj{emblage des combles à deux égouts. 140
De l'aj[emhlage des combles à la Man.farde. 142
Des pieces de charpente communes aux deux fortes de comhles. 1 43
Explication des pieces de bois qui entrent dans L'affemblage d'un , comble. ·
Planche VIII. · - 1 45
ART. II. Des planchers. I 48
Maniere de lierner les planchers ., &c. :r 5 1
Des différentes fortes de planchers. Ibid.
Des planchers tf encrevoux , &c. I 52
Des planchers recouverts de Jimpù:s planches, " lbid.
Des aires de planchers en plâtre. 153
Maniere de voûter les planchers fur p�u�relles. I54
J. •
Des planchers plafonnés. 15 5
Des enchevêtrures que l'on met aux atres des cheminées. I 56
ART. III. Des pans de ho'is & des cloifons de charpente. I 58
Des cloifons de charpente. .._ 1 6o
Explication des principales pieces ., &c. '1 6 2
CHAP. XXVIII. Des machines le plus en ufage dans les Mtimens. 1 1 6 3
AR.T, I. De la grue. Ibid.
Explication des principales pieces de la grue. 165
ART. II. Du gruau. 166
ART, III. De l'engin. Ibid.
Explication des principales p«rtit.s de, l'engin. i 67
ART, IV. De la louve. 1 68
ART. V. De lafonnette ., ort mouton. 1 69
Explic4tion des principales parties de la fonnett�. I7 1
An. T. VI. Du cabefian. Ibid.
Explication des pieces qui compofent le cabefian. 1 72
Azu. VII. Du vùzdas. Ibid.
CHAP. XXIX. De la couverture des Mtimens. 1 74
ART. I. Des couvertures de plomb & de cuivre. 1 75
ART. II. Des couvertures de pierre , & des terra}Jes; 1 76
ART, III. Des couvertures d'ardoife & de tuile. 1 79
CHAP. XXX. De la menuiferie. 1 80
ART. I. De la menuiferie des portes. 18r
Art.T, II. De la menuiferie des fenêtres ou croifées, & de leurs volets. 1 8 2
ART. III. Des lambris de menuiferie. · I 85
AJJ:.T. IV. Du parquet ., & des cloifans de menuiferie. x 86
CHAP. XXXI. De laferrurerie. �
188
f

ome 1 . C
xviij T A B L E
A RT, I. Des balcons & des rampes d'efcalier.
ART. II. Des grilles & des porus de fer.
1 ,o

ART. III. De la ferrure des croiftes,


l9 1
J 91
ART, IV. De lafirrure des portes, " 1 94
ART. V. De la ferrure des portes cocluru. 196
ART. VI Des menus ouvrages deferrureri&. 1 97
ART. VII Du ·gros fer qu'on employe pour [(l mafonnerie. I 98
ART. Vlll. Du gros fer qui fart pour la charpente. 2.00
AR T. lX. Des ouvrages de groffefonte ou de fer fondu. 2.01
CHAP. XXXII. De la vitrerie. 2. 0 3
Tarif des verres en tables de la t P:errerie Royale de Saint- Qtürin en
Vofges. 2. 05

"1-RT, I. De la peinture & impreffion en détrempe.


CHAP. XXXIII. De la peinture d'impre.ffion. 106
Ibid.
Maniere de faire la colle pour la. peinture en détrempe. 2 07
De la priparation des bois de menuiferie avant que d'y coucher la dé-
trempe. 108
. .
De l'impreffion du blanc en détrempe. Ibid.
Pour peindre la menuiferie d'un fond jonquille. 209
Pour faire des impreffions de diverfe coulaur. .2 1 1
ART, Il. De la peinture d'impreffion en huile. 2 11
Pour peindre à huile far une murai.Ile. Ibid.
Pour peindre à hui.le fi,r le hois. 11 �
ART. Ill. De la peinture en cire appellée encauftique. 2 1+
Ibid.

..
Eau de cire pour apprêter les couleurs.
Afaniere de purifier les couleurs avant que de les délayer ... dans l'eau de
cire. z15
Paflels 8• crayons de couleurs de'trempées avec de l'eau de cire. 21o
Ufage de l'eau de cire pour vernir les apparteme12s. Ibid.
..
ART, lV. D-es vernis. 2. 1 7
Maniere de faire le vernis. Ibid.
/Ternis gros & commun pour les planchers > les murailles, &c.
Compofition du vernis paur la menuiferie. .z 1 8

Yernis blancfort beau. 220


Ytrnis clair pour appliquer far des ouvrages d!licats. Ibid.
Yernis doré pour appliquer far les métaux. .2 2 I
Autre vernis de couleur d'or. Ibid.
ART. V. Des différentes manieres de dorer, d'argenter , & de hronr_er.
2. 2 .2
Maniere de dorer en détrempe à l'or bruni. lbid.
Maniere de dorer à huile, ou d'or couleur. 2. 2. 4
Maniere d'argenter. 225
Maniere de bronr_er. Ibid.
Fin du Traité
•' d� la Confrruél:ion:
DES C HA PI T R ES ET ART I C L E S.

L I V R E S E C O N D.

� DES E S C A L I E R S.
C HA P I T R É P R E M I E R. Des efcaliers en général. Page 2. 2. 7
A RT, I. De lajituation des efcaliers. · 2. 2 8
ART, II. De la grandeur des efcaliers. 2 2.9
ART, III. De la forme des•efcaliers. 2..30
ART, IV. De la maniere d'éclairer les efcaliers. 2.3 1
ART. V. De la décoration des efcalù;rs. 2. 3 2.
ART. VI. De la con.Jlruélion· des efcaliers. 2. 3 ,
De la hauteur & de la largeur des marches. 2. , 4
ART. VII. Des diverfes efpeces d'efaaliers. 2. 3 6
CHAP. II. De l'appareil des efcaliers de pi!!rre , d rampe droite. 2. 3 7
Mtiniere de raccorder les appuis & les limons des rampes droites aux angles
de leur rencontre. 2. 3 8
CHAP. UI. Des efcaliers en ,1is à noyau plein & d'J-plomb. i41
CHAP. IV. Des efcaliers en-vis à noyau rampant.
· CHAP. V. Des ejcali.ers en vis à jour, dom le vuide efl d'un _petit diamecre.
2.44

2.47
Des efcaliers en vis à jour garnis d'une rampe de fer. 2. 5 o
CHAP. VI. Des efcaliers en vis à jour avec un grand yuide dans le milieu..
2. 5 1
Application du trait de cette vi.sfar la pierre. 253
CHAP. VII. Des efcaliers dont le limon efl d'unefeule ptece ,formant une courbe
rampante. . 2. 5 5
Application du trait précedentfar la pierre ou far le bois._, 257
CHAP. VIII. Des .ourhes rampantes dont la haje ejl far un plan elliptique.
2.60
Application du trait précédemfur la pierre oufr1.r le bois. . 2.6 4
CHAP. IX. Des plafonds ou coquilles d!s rampes d'efcaliers, pour le re:vêtijfè-
ment des marches par le dejfous. 265
CHAP. X. .J.ltéthode pour le revêtiffement des rampes d'efaaliers far un plan
elliptique. 1.67
CHAP. XI. - De la conflruélion des eflalzers de charpente. 2.69
ART, I. De la clzarpente d'un efcalier avec noyau. 271
Maniere de faire les limons �'un efcalier & de les ûablir� 2.72.
Maniere de tracer les mortaifes dans le noyau, Ibid.
ART. II.. Maniere de faire un e:fcalier à deux noyaux. 2. 74
AR.T. HI. Maniere defaire un efcalier à pans coupés. 2. 7 5
ART. IV. Maniere defaire un efcalier à quatre noyaux, éwûdé dans le mi-
lieu. 2. 7 6
ART, V. Maniere de tracer la courbe rampante d'un efcalier de charpente. lb .
..
' lJ;
T A. B L E
Maniere de lever le rnlibre de la courbe. 177
11
Maniere de trouver le delardement des courbes. 2. 78
Maniere de tracer les marches dans les courbes. Ibid.
Maniere de meure un lien rampant
... dans les poteaux fous la courbe, & de
ü couperfur le trait. 2. 7 9
ARr. VI. Maniere âe faire un e.fcalier tournant far un pi.vot , par le moyen
Maniere de cou.mer les halujlres ram.pans. Ibid.

duquel on puijfe fermer toutes les entrées d'un ou de plufieurs corps de


logis. 2. 8 1
CHAP. XII. Contenant diverfls obfervations fur les efcaliers, tirées de Palla-
dio , & autres A_uteurs. • 2 8 2.
Des ouvertures néceffaires au.'C efcaliers. 2. 8 ;
l
î
Des qualités effentielles à un prin_cipal efcalier. Ibid.
De la dijlrihution des marches. 2 84
Des efcaliers quarrés. Ibid. ,.
Des e.fcaliers ronds ou en fpira!e. 2. 8 5
Des ifcaliers ovales. 2. 8 6
Des e.fcaliers deforme extraordinaire. Ibid.
Des grands efcaliers en pierre. 288
Dénombrement des différentes fortes,. d'efcaliers. 2 89

Fin du Traité des Efcaliers.

I!
L � V R E T R . 0 I S I E M E. I'

D E S D E VIS P O UR L E S B A TIMENS.

· 'À v A N T _- P R O P o s. Page 291


De la forme des devis. • 2. 9 4
DEVIS GÉNÉRAL des ouvrages ae maçonnerie , cliarpenterie ,. couverture .,. &c.
,, 29 5

Tranchées & rigoles des fondations , & fouilles des cav,s- & des foffes
MAÇONNERIE. Qualités & façons des matériaux. 2 -97

d'aifance. 3- 0 2
Fondations des murs & des voûtes. , 03
Conflruélion dès voûtes des caves 6• des foffes d'aifance. 3o5
Ouverture &. chaffis de pierre auxdites foffes d'aifance. 3,06
Defcentes des caves. Ibid.
Conjlruc1ion des puits: 3· 0 7
Murs de fa.ce f.,, dè refend� ;08
Planclzers•. 3·09
'í' t ' ti r r....,..w;.,¡·· 1
--··
D E S C HAP!T R E S E T ARTIC L E S. xxJ
Cloifons. 311

Cheminées. Ibid.
Efcaliers. 313
Principal efca!ier m pierres de taille. 3 14
Chauffes d'aifances. 315
Lucarnes. Ibid.
Lambris en plafond & rampans; & exhauffemens. 316
Murs de clôture. Ibid.
- Conclu/ion du devis de la maçonnerie.
3 17
Récapitulation des prix pour chaque efpm: d'ouvrage. Ibid.
CHARl' ENT iRll!, 319
Combles. 3 20
Planchers. 3 22
Cloifons & pans de bois. 3 23
Ejèalfrrs de chartente. 325
Couv1mTURE, 3 2-7
PLOMBERI!à. 32-9
lvfENTJISERil!, • Ibid.
Détail des ouvrages de menuiflrk. 331
FERRURE. B3
VITRERIE. 335
PEINTURE. 3l6
• ,n
PAVÉ,
. /

..
DEVIS PARTICULIER d'un. bâtiment ordinaire. ;38
Deblais des terres. Ibid.
Maçonnerie. Ibid.
1; Pierres de raille. 3 39
Charpenterie. 3 4o
Couverture. 34 1
Menuiferie. Ibid.

1
DEVlS , conditions, prix & adjudication des ouvrages de Maçonnerie-, pour
1• les maiforzs Royales, à Paris, à Yincennes ,, &c. 343
• Qualilés des matériaux. lbid.
Confiruétion des ouvrages. 344
Légers ouvrages. 3 49
p R I X D li S O U V RA G E S. ,5 0
Fondations. Ibid.
Chaînes de pierre dure'. �51
Chaînes en Vergelay. ;52
Arcs en pierre dure & en Pergelay.. ; 5 ,·
Têtes de murs en pierre dure. Ibid.
xxij T· A B L E
Têtes de murs en Vergelay. 3 54
....,_ Portes de caves en pierre dure. Ibid.
Portes de caves ·en Vergelay. ;55
Murs en moilons, au. d�{[us des fondations. . ; 5 (,
Murs de refend en moitons vieux. 3 57
Murs de pierre de taille , en Arcueil. Ibid.
Murs de pierre de taille , en Saint-Le.u, 358
Ouvrages divers en mafon.nerie, ; 60
Saillies & moulures. Ibid.
]amhes fous poutre. Ibid.
Percemens en murs. 361
Seuils & appuis de pierre dure. Ibid.
Parpaùzs de pierre duré. ; 6 2.
Marches de pierre dure. Ibid.
Pavés de pierre dure. Ibid.
Murs de clôture, Ibid.
Aqueducs & pierrées, 36;
Ouvrages- en hriqu.es. Ibid.
Cheminées. 3 64
Grands & petits carreaux. Ibid.
Divers ouvrages. Ibid.
DEVIS, conditions , &c. des ouvrages de Charpenterie pour les maifons Roya-
les , &c. 3 65
Qualités des bois, & confiruêlion des ouvrages, Ibid.
Poutres. ; 67
Solives de fliage. Ibid.
Solives de brin. Ibid.
Pans de hois & cloifons. 3 68
CoMBUS. Ibid.
Entraits. - Ibid.
Jamhes de force. 3 69
Arhalétriers. ,0·:..,-. ; · r· Ibid.
Poinfons. Ibid.
Pannes & chevrons. 3 70
Noues. Ibid.
Arrêtiers. Ibid.
Fatus & fousjaftes. Ibid.
Auges & mangeoires. Ibid.
Prix des ouvrages. ;7 1
foutres mifès par fouHxu1,·re. · ; 7 2.
DEVlS , conditions, &c. des ouvrages de Couverture de hâûmens, pour les mai-
fons Royales , &c. 373
Qualités des matériaux, façons & conjlruëlions des ouvrages. ; 73
Prix des ouvrages. . 375
DEVIS , conditions ., &c. des ouvrages �e Plomherie ., pour les mai.fans Royales,
&c. 3 76
( ·-

D E S C HAPIT RE S E T · A -RT I C L ES. �xiij


1
PafOns & poids des oui rages. . 37 6
DEVIS , conditions ., &c. des ouvrages de 1l1enuiferie ., pour les m_aifons Roya-:
les ., &c. ,37 8
Prix· des ouvrages. 3 79
. • lb1d.
Lambourdes ., tringles ., & 4utres piéces fans affemhlages;
Parquets poul' les planchers. 3 80
Parquets de derrieres de glaces ., & de derrieres d'armoires. 3 8 2.
Planchers de planches unies_ ., & a,uvents. Ibid.
Bâti.f., poteaux d'huijferie , couliffes , &c. ; 84
Cloifons ., doublures , fonds ., plafonds , & tablettes: 385
Portes pleines, contrevents ., deffes de tables ., &c. ; 86
Chaffi.s ., croifées ., � portes croifles. '-
3 88
I' Croifées en jaloufies, dites à la Sultane ., ou à la Perfane. 3 90
Lambris ., en général., y compris les portes & volets de cr�ifé.es_ d'affem-
blages. ; 9 2.
Yieux lambris de'pofés & repoffs. , 394
Portes charretieres ., cocheres , ou Mtardes , d'ajfamhlage. 39 5
Cha.ffis ou bandeaux ., chambranles de portes & de croifles ., cadres pour ta-
bleaux ., corniches , & autres. 397
Treteaux d'ef{emblage ., porte-manteaux ., & rateliers. - , 99
Cremailleres de bihliot!zeque. Ibid.
Gou_ffets ., taffeaux ., tringles & battemens. 400


Caijfes d'qrangers. . . I bid.
Bancs de jardins, 40 2.
.
DEVIS, conditions, &c. des ouvrages de gros Fers & Serrurerie ., pour les mai-
fans Royales , &c. 404
Grojfeurs & qualités des fers. Ibid.
Prix des gros ouvrages de farrurerie. 406
Prix de divers ouvrages de farrurerie. 407
Grilles de fer ., travées , & portes ouvrantes; 41 o
AuTRJlS ouVRA'GES DE SER.R.URER.IE, Fiches de diverfes façons. 4r 1
/Terroux, targettes ., & loquetaux. 4I 3
Prix des différentes efpeces deferrures & cadenacs. 4I 4
Autres ferrures particulieres, 41 5
Loquets avec leurs hattans ., crampons ., & mentonnets, Ibid.
Pentures avec leurs clous rivés & leurs gonds. 41 6
Boutons de portes & boucles avec rofattes évuidées. Ibid.
Equerres & pivots pour les portes & les croifées. Ibid.
Autres menus ouvrages de flrrurerie. 41 7 ll

Yis à éèrou , & en bois. 418


Targettes ou loqueteaux, Ibid.
Efpagnolettes. Ibid.
Yerroux de portes & d'armoire.!. 41 9
Tringles & poulies. Ibid.
Rampes & balcons. -i-2 o

..
XXlV T A B L E
Anneaux ., crochets, garde-faux , & ouvrages de tôle. 4 2. 1
DEVIS, conditions , &c. des ouvrages de Fonte de Fer, pour les maifons Roya-
les , &c. 422.
Epaijfèur & qualités des ouvrages. Ibid.
Prix des ouvrages de fonte d�fir. 42 4
DEVIS, conditions, &c. des ouvrages de Cuivre Potin , pour les maifons Roya-
les ., &c. 42. 5
Qualités ., poids & /afons des ouvrages. Ibid.
Prix des ouvrages de cuivre potin. 4 2.6
DEVIS, conditions, &c. des ouvrages de Peinture d'lmprejfi.on ., tant e,z huile
qu'en détrempe ., pour les maifons Royales, &c. 42.7
lmpreffions à huiü. Ibid.
Inzpreffi.ons en détrempe. 4 2. 8
Vemis & chipolains. Ibid.
Prix des ouvrages. lmprefions à huilt. Ibid.
· lmpreffions en détrempe. ·
42. 9
Autres peintures d'impreffion à huile & en détrempe, Ibid.
Blanc pottr fa dorure ., & chipolains. 43 o
DEVIS , conditions, &c. des ouvrages de Dorure ., tant en huile qu'en détrempe,
pour les maifons Royales, &c. 43 I
Qualités & /afons des ouvrages. Ibid.
Prix des ouvrages de dorure. 43 2.
DEVIS , copd.ifipns , &r;. des puvrages cf.e P-içrerie � ·pour les maifons Royales,
&c. �
433
Qualités des·ouvrages de vitrerie. Ibid.
Prix dts mêmes ouvrages. 4H
DEVIS, conditions ., &c. des ouvrages de Pavé,pour. les maifons R9ya/es ., &c.
43"
Conditions d.es ovvrages, Ibid.
Prix des ouvrages. 43 8
DEVIS , conçl,ùions, G'c. des ouvrages de Marbrerie & Pierre de Liais, pour
les maifons Royales. 439
Qualités & /afMS des ouvrages. Ibid.
Prix_ des ouvrages de marlm; q de pierre de liais. 441.

L I V R E Q U A T � I E M E.
D U T O I S É JJ E S B A T I M E N S.

C H A P IT R E P R E M I E R. Définitions des terme$ de G_éométrie-pratique


nécejfair�s pour l'intelligpnce du Toifé. Pa:ge
· 445
CHAP. II Du toifé des Jùperficies. 449
-
CHAP�
D E S C H AP .I T R E S E T A R T I C LE S, n.v
CHAP. III. Du toifé desfo!ides. 4P.
ART. I. Méthode pour m'efùrer lafaperficie des corpsfolides. Ibid.
ART. II. Méthode pour trouver lafolidité des corps. 45 5
CHAP. IV. Des différentes manieres dè toi.fer les bâtimens. 45 6
CHAP. V. Du toifé des cheminées , fours &founieaux. 460
ART. I. De. la maniere de toifer les cheminées. Ibid.
ART. II. Nouvelles obfervationsjùr le toifé des tuyau..:
. de chemin/es. 462
ART. Ill. Du toifé des manteaux & des jambages de cheminées. 4 64
Obfe,v.ations far cet article. 466
ART, IV. Du toifé desfourneaux & potagers.
ART, V. Du toifé desfours à l'ufage des cuijines & office}.
46 7
468
CHAP. VI. Du toifé des planchers & des aires. 46 9
ART. 1. Du coifé des différentes efpeces de planchers. 47 °
ART. II. Du toifé des .aires. 47 4 •
CHAP. VII. Du toifé des c!oifons &· pans de bois ., des lambris , G' des lu-
carnes. 47 5
., & pans de bois.
ART, I. Du toifé des cloifons Ibid.
ART, II. Du toifé des lambris. 477
ARr: Ill. Du toifé des lucarnes & œifs de lH:euf. 47 8
CHAP. VIII. Du toifé des efcaliers & perrons , & des chauffes d'aifances.
479

ART, I. Du toifé des différentes efpeces d'efcaliers. Ibid.
ART. II. Du toifé des perrons & des maffrfs. . 484
ART. III. Des lieux de commodité & des chauffes d'aifances. Ibid.
CHAP. IX. Du toifé des murs & desjèellemens. 48 6
An.T. I. Du toifé des murs deface. Ibid.
ART, II. Du toifé des bayes & des · Ouvertures dans les murs. Ibid.
ART, III. Du toifé des faillies & avant-c0rps. 48a.
An.T, IV. Du toifé des murs de parpain & de refend. Ibid.
ART, V. Du toifé des pignons des CO!Jlhles. 48 9
ART. VI. Du toifé âes murs mitoyens, des contre-murs, des ouvenures ., &c.
49°
ART. VII. Détails far le prix des ouvrages de maçonnerie. 49 1
' Mars en pierre dure à deux paremens ., &c. 49 2
ART, VIII. Du toifé des fcel!emens. . 493
CHAP. X. Du toifé des renformis ., crépis G' enduits , & des ravalèmens. 49 '7
_ Du toifé de la maçonneri.e des mangeoires des écuries. 5 oo
CHAP. XI. Du toifé des murs de clôture & des puits. Ibid.
ART. 1. Du toifé des murs de clôture. Ibid.
ART, JI. Du toifé des puits. 5 0 2.
CHAP. XII. Du toifé des voûtes & des terres maffives. 5 04
ART. · I. Du toifé des voûtes en berceau.
... 4

Ibid.
ART. ll. Du toifé,des voûtes d'arrête. 5 07
ART. lll. Du toifé des voûtes en arc de cloftre.

-
511
ART. IV. Du toifé.des arcs doubleaux. 5I3
ART. V. Du toifé.. des voûtes en cul de four. 5 I4

Tome 1. ----
i C 111
•cc d
\

xxvj -T A B L E ,· &c.-

ARr. VI. Du t�ifl des terres maJ!i.ycs enlevées pour le vuide des caves.

CHAP. XIII. Du toifé des moulures & des faillies d'Architeêlure.


515
517
ARr. I. Du toifé des moulures. Ibid.

ART. II. Du toijé des ôrdres d'Architeé!ure. 5 I8
ART. III. Du toifé des faillies d'Architec?ure. 5 19
CHAP. XIV. Du toifé de la charpenterie. 5 2. 1
Des longueurs ordinaires des bois de charpente. 5 2. 3
Du toifé des bois mis en œuvre. , 5 2.4
Table pour la réduélion des bois de charp_ente J calculéefar une toife de long.
5 2. 5
..
Ufage de cette tah!e. Ibid.
CHAP. XV. Du toifé de la couverture des comhles. 5 2- 7
• .ART. I. Du toifé de la faperfiâe des couvertures• Ibid.
ART. II. Du toifé des faillies des couvertures. 530
ART, Ill. Du t-oifé des réparations des couvertures. n2
CHAP. XVI Du toifé de la menuiferie. 5H
CHAP.
• XVII. Du toifé des ouvrages de ferrure & de plomberie. 537
ART. I. Du toifé des ouvrages de.ferrure. Ibid.
A,RT li. De la plomberie. .
5 3•9
CHAP. XVIII. Du .. ioifé de la vitrerie ., de la peinture ., dorure J & fculpture.
5 40
ART. I. Du toifé de la vitrerie. lbid.

ART. lII. Du wifé de la dorure & de la bronr_e,


ART. II. Du toifé de la peinture d'impreJ!i.on, 541
54;
CHAP. XIX. Du toifé de la marbrerie ., du pavé., & du carrelage.
ART, IV. . Du toifé de lafculpture. 545
.. 5 46
ART, I. Da toifé de la marbrerie. Ibid.
ART. Il. Du toifé du. pavé. 5 48
A�r. 111. Du coifé du carrelage. 5 5°
CHAP. XX. Du toifé appel!é du bou.t-avant, 5 5 2.
Du toifé du bout-avant en charpenterie. 553
Fin de la Table du premier Volume.

------------------------------. .
A V I S A U R E L I E U R.
Les 2. 1 planches du premier Volume fe placeront à la fin des Traités
auxquels elles apparrienrient : celles qui font tirées fur le bout de 1 a feuille
fe plieront en trois pour forcir ; les autre s , dont la marge efl: égale des
deux côtés, fe plieront feulement en deux par le.milieu> avec un onglet t:ollé
' dans le fond. ..
• l'ordre où ·
Les 1 3 I planches des Dtllrilmtions fe mettront de fuite, dans
elles font conées > à. la fin du fecond Volume. Les planches doubles fe plieront
en deux par le milien , avec un onglet collé dans le fond.
1
jJ

-- a ,
ARCHITECTUR,E


A R C. H I T E.C T U R E­
M O D E R� N E.
L I V R E P R E M I E R.
D E LA C O NS TR UCTION.
· C H· A P I T R E, P R E M I E R, .:

De· la ma_niere d'orienter un hJ.timent & de connottri


les principaux vents, .
L'ARCHITECTURE , <;Üt .François Blondel, efl: l'art de bien
bâtir ,i & l'on appelle un bon b�timent celui qui dl:_ folide ,.
commode , fuin & agréable. Ainfi. la prèmiere
• chofe que doit
Tome /. A
I
z A R C H I T E C'T-U R E M O D E R N Er
faire un Architeél:e ; c'efr de chercher un lieu propre pour
affeoir fon bâtiment, & de le choifir de telle forte que les
eaux Y. foient . bo�1:es , �air pur & net, �· affiete bien . expofée � ,
11' & qu'il
i1 ne fo1t pomt fuJet aux vapeurs 111 aux exhala1fons qu1
;: rendent les habitations mal faines.
- C'dl: à l'Architeél:e, continue le même Auteur , à difpofer
' & à partager fes efpaces particuliers de telle forte que les
membres fe répondant entr'eux avec une agréable proportion
& jufre!fe , chacun puiife y avoir fes commodités & fes déga­
gemens , fans embarras. Il d,oit connoître la nature de fon ·
terrein , celle des pierres , des bois, de la chaux & · des autres _
. ' matériaux, & les · employer avec t�nt de prudence & de foin
. que les fondemens de fon édifice foient folides , les murs bien
, '. affis , les bois bien liés, & le tout fi bien pofé , que rien ne
s'en puiffe aucunement démentir ni déran�er. Enfuite il doit
s'appliquer à embellir les façades de fon batiment par des or­
nemens qui leur foient Etopres, difpofaNt à propos fes por�� ,
• & toutes -fes autres parties , de forte que par le
fes �fenêtres,
'
feul arrangement il puiffe plaire & donner de la fatisfaél:ion
aux yeux de ceux qui le regarde"ront.
Le peu d'attention . que font quelques Architeél:es dans l'ex-
, pofition qu'ils donnent à leurs bâtimens caufe fouvent de telles '
itu:ommodités aux perfonnes qui les habitent , qu,.on a cru
devoir, avant toutes chofes, parler des noms & des propriétés
des principaux vents auxquels un édifice peut être cxpofé.
Il y a ,.quatre vents principaux , qui .reçoivent leur nom des
, quatre parties du monde d'oi.t ils fouffient. Ces quatre
l parties
font. le fod ou midi , le nord .ou feptentrion, l'd: ou orient ,
& l'orreft ou occident. Par -conféquent le vent qui vient du fud
fe nomme vent du fud, celui qui vient du nord prend le nom �
de vent du 11ord , celui qui vierit du côté de l'efr s'appelle vent
d'efl:, & celui qui vient du côté de l'ouefi: retient le nom de
vent d'- ?uefr. Çe_s _ quatre _ v �nts principau� _en produifent quatre
autre� mtermed:1a1rês qm tiennent le m1heu entre ces quatre
premrers : tels font le vent de nord-dl: , & celui de nord­
ouefl: ; le vent de [ud-d1, & celui de fod-ouefl: , comme on
peut le reconnoît;re facilement for la bouffole· repréfentÙ
Planche premiere:,jigure p-remiere.
Sans nous arrêter à certaines proprietés que Vitmve attribue
, à quelques vents , on expofera feulement ici en peu de mots
·LIVRE I. DE L A C O N ST �UC T I 0 N. ;
leurs qualités froides ou chaudes, feches ou humides. En • général ,
le vent du fud eil: chaud & humide , & celui du nord efi: froid
& fec : le vent d'cil: dl: chaud & fec, & celui d'ouefr dl: froid
& humide. Ainfi les parties du b�timent expofées au nord-efi:
feront
.. toujours fraiches & feches _en eté; c'efi: pourquoi il efi à
propos d'y placer les pieces que l'on deil:ine à confervcr des
bleds, des. fruits , de la viande, ·& autres provifions de bouche ,
à caufe de la fraicheur de ce vent qui dl: très-propre à les pré­
ferver de la pourriture & de la corruption. ., . Celles qui feront
ouvertes au fud-eil: feront chaudes l'hiver , & feront propres à
faire des chambres à coucher d'hiver , des appartemens pour les
bains , des cuifines & écuries , &c. Les endroits cxpofés au nord
pourront être occupés avantageufemcnt par des bibliothcques
& des galeries, ce vent étant très-propre pour empêcher les vers
de fe mettre dans les livres. On y placera au.Œ les cabinets d'eté ,
les fallons, & les falles de tableau.X, parce que " le ciel efi: plus
'
ferain de ce côté que d'aucun autre : les rcmifes de carro!fes , pour
en mieux conferver la peinture : les garde-mangers , greniers ,
ferres à fruit , caves & celliers , par la propriété que l'on attribue
:t ce vent de conferver les chofes plus long-tems. Les chauffes
d'aifances , égoûts , & cloaques doivent enfin être auffi expofés
au vent du nord, à caufe de fa nature froide qui enlcve &
diffipe les mauvaifes odeurs. Les chambres qu'on veut tenir
· dans une chaleur modérée feront bien étant expofées au fud­
ouefi:. A l'égard de l'entrée principale d'un logis, autant 9.ue
l'Architeél:e en fera le maître , c'efr-à-dire, autant qu'il ne fera
point gêné par quelque beau jardin , ou quelque point de vue
agréable, ou par quelque . autre fojétion , elle fera bien étant
expofée au vent de nord-dl:, lequel participant des deux qualités.,
froides & chaudes, tient le milieu entre deux , & procure un air
tem peré. Err ce pays, c'efr-à-dire, aux environs de Paris , les
endroits ou�erts à l'ouefi: font abfolument mal fains.
La fauté des hommes efi: fi intérdfée par ces différentes ex­
po!icions, que les Architeél:es devroient abfolumcnt fe faire une
étude particuliere de la c_onnoiffance des vents qui fouffient
dans les lieux oh ils bâtiffent. Car fouvent il arrive que tel
vent, qui de fa nature dl: humide, devient fcc pour ce rtaines
contrées , en paffa nt for une grand� étendue d� terre : c'cfi: pour
cette raifon que le vent d'ouefi: eil: moins humide en Allemagne.
qu'en France , parce que c_e Royaume a touc -l'Océan ., de ce c8té.
....,. ..,. .. . .. . � -,, � . . ... . . .
.,,

A ij
I
2 ARC H I T E C T URE M O D ERN E�
faire un Architell:e ; c'dl: de chercher un lieu propre pour '
affeoir fon bitiment, & de le· choifir. de telle forte que les .
eaux y foient bo1;1nes , l'air pur & net , l'a.ffiece bien expofée ,
1: & qu'il ne foit _poi?t fujet au� vapeurs ni aux exhalaifons qui
1 . rendent les hab1tat1ons mal fauies.
C'efr à l'Architell:e , continue le même Auteur , à difpofer
& à partager fes efpaces particuliers de telle forte que les
membres fe répondant entr'emç avec une agréable proportion
1· & jufreffe , chacun puiife y avoir fes commodités & fes déga-
gemens , fans embarras. Il doit conno1tre la nature de fon
1 . terrein , celle des pierres , des bois , de la chaux & · des autres .
, matériaux, & les · employer avec t�nt de prudence & de foin ·
·
,1 que les fondemens de fon édifice foient folides, les murs bien
affis , les bois bien liés , & le tout fi bien pofé , que rien ne
s'en puiffe atICunement démentir ni déran�er. Enfaite il doit
s'appliquer à embellir les façades de fon batiment par des or­
nemens qui leur foient J>ropres , difpofalilt à propos fes por�� ,
fes fenêtres , & toutes fes autres parties , de forte que par le
feul arrangement il puiffe plaire & donner de la facisfall:ion
aux yeux de ceux qui ·1e regarderont.
Le peu d'açtention . que font �uelques Architell:es dans l'ex-
. pofition qa'ils donnent à leurs batimens caufe fouvent de telles 1
' inE:ommodités aux perfonnes qui les habitent , qu'on a cru
devoir ., a:7ant toutes chofes., parler d�s noms � des prop�iétés
des prmc1paux vents auxquels un édifice peut etre expoîe.
Il y a .,.quaµe :vents principaux , qui reçoivent leur nom des
quatre parties du monde d'où ils fouffienc. Ces quatre parties
• font le fud ou midi , le nord . ou feptentrion , l'efr ou orient ,
· & l'ouefl: ou occident. Par conféquent le vent qui vient du fnd
fe nomme vent du fud , celui qui vient du nord prend le nom
de vent du nord , celui qui vit:rit du côté de l'efr s'appelle vent
.

· d�eft , &; celui qui vient. du côté de l'ouefi: retient le nom de


vent d'·?uefr. Ce� .quatre _ v �nts principau� _en produifent quatre
autres 111termédia1rês qm tiennent le milieu entre ces · quatre
premiers : tels font le vent de nord-dl: , & celui de nord­
ouefr ; le vent de fud-eft, & celui de fud-ouefr, comme on
peut le reconnoît;re facilement fur la bouffole repréfencie
Planche premiere , figure premiere.
Sans nous arrêter à certaines propriétés que Vitruve attribue
à quelques vents , on expofera feulement ici en peu de mots
,,
-LIVRE I. DE L A C ON·STDU
• CTI0
t N.
1
leurs qualités froides
, ou chaudes, feches ou humides. En général,
le vent du fud. efi: chaud & humide , & c.:elui du nord eft froid
& fec : le vent d'efi: efi: chaud & fec , & celui d'oueil: dl: froid
& humide. Ainfi les parties du bitiment expofées au nord-dl
feront toujours fraiches & feches _en eté; c'eit pourquoi il dl: à
propos d'y placer les pieces que l'on defl:ine à conferver des
bleds, des . fruits , de la viande, ·& autres provifions de bouche,
à caufe de la fraicheur de ce vent qui efi: très-propre à les pré­
fcrver de la pourrjture & de la corruption, • Celles qui feront
ouvertes au füd-eft feront chaudes l'hiver , & feront propres à
faire des chambres à coucher d'hiver, des appartemens pour les
bains , des cuifines & écuries, &c. • Les endroits expofés au nord
pourront être occupés avantageufement par des bibliotheques
& des galeries , ce vent étant très-propre pour empêcher les vers
de fe mettre dans les livres. On y placera auffi les cabinets d'eté ,
les fallons, & les falles de tableau.x , parce que le ciel eft plus
forain de ce côté que d'aucun autre: les remifes de carroffes , pour
en mieux conferver la peinture : les garde-mangers , greniers ,
ferres à fruit , caves & celliers , par la propriété que l'on attribue
.,
:;t ce vent de confcrver les chofes plus long-tems. Les chauffes
d'aifances , egoûts , & cloaques doivent enfin être auffi expofés
au vent du nord , à caufe de fa nature froide qui enleve &
diffipe les mauvaifes odeurs. Les chambres qu'on veut tenir
· dans une chaleur modérée feront bien étant expofées au fud-­
oueil:. A l'égard de l'entrée principale d'un logis , autant 9.ue
l'Architeéle en fera le maître , c'efi: - à-dire, autant qu'il ne fera
point gêné par quelque beau jardin , ou quelque point de vue
agréable , ou par quelque autre fojétion , elle fera bien étant
expofée au vent de nord-dl: , lequel participant des deux qualités
froides & chaudes , tient le milieu• entre deux• , & procure un air
tem peré. En ce pays, c'eil:-à-dire, aux environs de Paris\ , les
endroits ou�erts à l'oueil: font abfolument mal fains.
La fancé des hommes eft fi intérdfée par ces différentes ex­
pofitions , que les Architeéles devroient abfolument fe faire une
étude particuliere de la c.onnoiifance des vents qui fouffient
dans les lieux où ils bâtiifenc. Car fouvent il arrive que tel
vent, qui de fa namre eft humide , devient fec pour certaines
contrées, en paffant fur une grande étendue de terre : c'eil: pour
cette raifon que le vent d' oueil: dl: moins...humide en Allemagne.
qu'tn France , parce que �e Royaume a tout l'Océan de ce côté.
1

A ij
..
4 �RCHITECTURE MODERNK
Par la même raifon il peut fe trouver que le vent du nord de­
viendra humide pour quelques pays , par le voi!inage de la
mer , ou de . quelques lacs confidérables· qui feront fitués du
coteI d'ou\ vient
f\ • ce vent.
Pour bien planter un édifice, il faut favoir s'orienter , c'dt­
à-dire, pouvoir conno1tre & déterminer le point du vrai orient ,
ou le point du ciel où le foleil fe leve dans le tems des équinoxes ,
Iefquels arrivent deux fois l'année , favoir vers le 2 1 Mars & le
2 1 Septembre. Pour parvenir à cette connoiŒmce , la bouffole
dl: de tous les infrrumens celui dont on peut fe fervir avec le
plus de certitude & de commodité. Chacun fait que fon aiguille ,
qui dl: aimantée , a la propriété de tourner toujours une de fcs
pointes vers le nord ; avec cette différence cependant qu'elle
décline quelquefois vers l'efr , & d'autres fois vers l'ouefr. Cette
variation de l'aiguille aimantée fe trouve indiquée tous les ans
dans l'Almanach de l'Académie des Sciences , connu fous le
titre de Connoijfance des Tems. Ainfi. il fera facile de s'orienter
exaél:ement,
¡¡ en ayant égard à cette déclinaifon de la bouffole.
Par exemple , ·on a trouvé à l'Obfervatoire Royal de Paris, que
l'aiguille déclinoit , le 3 o Juillet 176 1 , de 1 8 degrés 40 minutes
du nord vers l'oucfr. Fondé fur cette connoiifance , & fuppofant
que ]a déclinaifon aél:uelle de l'ai guille efr de 1 8 degrés 40
minutes vers l'oucfr , on pofe fa bou{fole fur quelque endroit
ftable , obfervant qu'il n'y ait point de fer ni autre métal aux
environs ; on laiffe repofcr- l'aigcille , puis on tourne doacemcnt
la bouifole jufqu'à cc que la fleur de lys de l'aiguille , qui
marque toujours le nord , fe foie arrêtée fur le 1 8'me degré 40
minutes en tirant vers le nord-oncfr , cc qui donne la différence
d'avec le vrai nordr Après cela il faut examiner fur la bouifole
le point où eft êcrit nord, ce point donnera tous les autres
pour s'orienter
,. exall:emcnt , puifque la bonifole , ainfi difpofée ,
répond précifément à toutes les parties du ciel. Pour profiter
de cette opération , on mar�uc les poipts du nord & du fud
fur le papier qui doit fervir a tracer le plan de !"édifice ; on
�ene une ligne, qui joint �es deux poi �ts , & l'on coupe cette
ligne en �eux egalement a angles droits , pour avoir les deux
autres pomts de l'efl: & de l'ouefr. Par ce moyen , le papier
étant orienté , on dirige le b�timent du côté que l'on veut.
Nous avons déja fait obferver • qu'on doit prendre o-arde qu'il
n'y ait point de fer proche de la bou1fole, parce .qt� ce métal
1
L I VRE L D E L A C O N S TRU C T I O N. 5
par fa vertu éleéhique dérangeroit la direél:ion de l'aiguille ,
aimantée, & l'attireroit vers fon c&té.
Si l'on fe trouvoit abfolument fans bouffole , voici une ma­
niere plus fimple d'avoir la ligne méridienne, & par conféquent
les points du fud & du nord, Soit décrit ( Planche 1. fig. 2 ) , fur
w1 plan horifontal AA, une circonférence quelconque HFIG;
enfoncez· au centre C de· ce plan, & du cercle qui y efi: infcrit,,
�ne aiguille ou m<;>rceau de fe1� bien droit & perpendiculaire fur
ce plan, & expofez le au foleil. Il faut marquer a vaut midi , fur
la circonférence HFIG , un point d'ombre donné par cette ai­
gtùlle à telle heure qu'on voudra, obfervant toutefois de prendre
un même intervalle de tems après midi pour marquer un autre
point d'ombre fur la même circonférence. Par exemple , fi c'efi:
à neuf heures du matin , il . faut répéter la même opération à
trois heures après midi : fi c'efi: à dix heures , il faut la répéter
à deux heures ; & ain.G.: des autres. Suppofons préfentement que
ces deux points d'ombre pris avant & après midi !oient D & E ,
i l faudra divifer en deux également au point F la portion de cir­
conférence comprife entre ces deux points , & de ce même
point F tirer la ligne FG qui paffe p ar le centre de l a circon­
férence. Alors le point F marquera le midi , & le point G in­
diquera le nord ou feptentrion. Si l'on divife cette ligne en
deux également à angles droits, le point H fera le côté du foleil
levant ou de l'efi:, & le point I fera celui du couchant ou de
l'ouefi:� 11 feroit bon de répéter plulieurs fois cette même opé­
ration , afin de voir .fi l'on ne fe feroit pas trompé. On pourroit
rendre l'opération
• plus jufi:e en montant une bonne montre fur
un mùidien , ou fur l'heure de midi à un bon cadran folaire ;
mais pour cet effet il faudroit _ conno1tre le tems vrai à l'égard
du foleil, ce qu'il ne feroit guere poffible de favoir précifémenc
que par les calculs de l'équation des horloges , dont on trouve
des tables toutes dreifées avec la maniere de s'en fervir , dans .
la Conno�/fance des Tems ., ci-devant citée , ainfi que dans l' Al­
manach Royal, � même dans le Calendrier de la Cour ., connu
fous le titre de Collomhat : c'efi: ce qui fait que nous n'entrerons
dans aucun détail à ce fujet.


'
-6 A R C H I T E C. T U R E M O D E R N E.

• C H A P I T R E I 1.
Du choix du lieu, & de la natUre du terrezn
où l'on doit,. hâ.tir.
L A fituation du lieu efr une des•.. confidéracions les plus im­
portantes qui doivent déterminer un Architeél:c for le choix de
l'emplacement de l'édifice qu'il projette. Ayant donc trouvé un
..
endroit fitué en bon air, dans une belle cxpoficion , fain &
commode pour les eaux , ainfi que pouc tout cc qui efr néceffaire
à la vie , il doit faire attention aux environs de ce lieu. Si c'efr
une maifon de campagne , il faut la placer fur une éminence
d'où l'on puiffe découvrir le _plus d'objets qu'il efr poffible. C'efr
fur les lieux elevés qu'on refpire l'air le plus pur, & gu'on peut
efperer de jouir d'une fanté parfaite , pourvu néanmoins qu'on
n'y foit point expofé au trop grand chaud ni au trop grand
froid. Il ne faudroit pas cependant b�cir fur la croupe d'une
montagne efcarpée dont l'abord feroit difficile , & où l'on
auroit l'incommodité de manquer d'eau pour les befoins de la
vie. Ces forces de terreins font ordinairement trop frériles pour
y planter des jardins, qui font les dépendances les phis agréables
d'une maifon de • campagne , & par conféquent la terre n'y pou­
..
roit rien rapporter de ce qui efr néccffaire p our la fubfifl:ance
des performcs qui y feroient leur féjour. Quelquefois on choific
le fommet des côteaux : cette cxpo:fition efr des plus avantageufes
par la diverfité des objets qu'elle préfcnte à la vue , mais il faut
prendre garde que la dépenfe dans laquelle elle jette , par les
ouvrages de terraffe qu'on efl: obligé de faire , ne foie au-dcffi.1s
de la portée de ceux pour lefquels on bitit.
On doit éviter de bitir dans le voiGnage des eaux & des lieux
marécageux , à caufe des maladies que caufent les brouillards
qui s'y élevcnt continuellement. La proximité des Correns & des
gran des rivieres efl: p areillement à craindre , malgré l'agrément
qu'elles procurent , for-tout aux maifons de plaifance , à caufc
des inondations auxquelles elles font expofécs, qui font toujours
de grands ravages , & qui endommagent ks fondations des 11
édifices. U faut auŒ fe donner de garde de planter un édifice
dans certains vallons où regnent continuellement des vents im.­
.
'1 ..
pécue1.J$ qui ne çha,ngent prcfque jamais de direétion , dans tout
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C'T i O N.. 7 /

le èours de l'<l.nnée. Ces fortes de vents paifent entre deux


montagnes comme dans un canal • , & de quelque côté · �u'ils
fortent ., à .moins qu'ils ne foient diamétralement oppofés· à la
direél:ion du vallon, ils, font toujours les mêmes, & ils s'aug- ' ·
mentent confiderablement en · paifant par des lieux reiferrés.
l
Ces fortes de vents font fojets à caufer des maladies.
Pour donc n'avoir aucun fojet de fe repentir , il faut choifir
un lieu où il y ait de bonnes eaux , ou du moins qui en foit , ·
affe•z proche pour en avoir facilement en abondance • , parce
que c'efr une marque certaine que l'air de cet endroit .. efr fain , ·
fur-tout fi , outre les bonnes eaux , on y trouve les fruits bons 1
manger ainfi que les _légumes , & s'il s'y trouve d'excellens pâ.- ·
curages pour les befr1aux. ...
Nos Anciens avoient une fi finguliere attention fur le choix
-
du lieu qu'ils vouloient habiter ., qu'ils n'élevoient jamais un
édifice qu'ils ne fe foifent informés auparavant fi les hommes
qui habitoient· ces contrées jouiifoient d'une fanté parfaite , s'ils

avoient une bonne couleur, s'ils n'éto_ient point fujets à la goutte ,
à la gravelle, ou à. d'autres infirmités, & s'il fe trouvoit beaucoup
de vieillards parmi eux. Ils pouffoient même la délicate!fe de ·
leurs recherches, au rapport de Vitruve , jufqu'à faire ouvrir des
bœufs & des moutons pour examiner leurs entrailles & juger
par-là des bonnes ou mauvaifes qualités des eaux & des piturages
dont ces animaux fe nourri!foient.

C H A P I T R E tI L
De la nature des eaux , & de la maniere de connaître
' leurs bonnes & mauvaifes qualités.,
LEs eaux tiennent ordinairement de la nature des terres· par
lefquelles elles paffent. Celles qui coulent à travers des- mines de
fel en font chargées ; celles qui paifent par des · mines de bitume ,
de foufre, on de nitre, s'en empreignent tellement qu'elles ac­
·quierent fos propriétés qu'on attribue dans là Médecine à ces
minéraux , &_ qu'élles peuvent guérir de diverfes maladies·: Il fe
l. tro�1Ve des fources d'eau toujours chau_de, d'autres extr�m�n�ent
.
froides. Celles qm paifent par des mmes de fer ou de v1tnol �
' .
i A R C H I T E C T U R. E M O D E R N E.
. ennent ferrugineufes & vitrioliques , comme celles - de Paffy
devi.
proche Paris , & font propres a guérir les maladies qtù viennent
du foie , comme les ob.fi:ruéèions de ce vifcere, ain.G: que celles
qui font caufées par un défaut de digefi:ion Oll par un dérangement
de l'efèom?-� · Les eaux qtù paifent par des mines d'or, d'argent,
dè cuivre ou de plomb , font mauvaifes & pernicieufes à boire.
· Yitruve. rapporte que les Trefeniens, qui ne buv-oient que de
l'eau de Cybdele, avoient prefque tous la goutte aux pieds , &
qu'au contraire l'eau du fleuve Cydnus, qui couloit dans la ville
dè Tarfe en Cilièie , avoit la propriété..de guérir de cette incom­
mo�ité ceux qui �·y lavoie�t les jam�es. , Il � j�ute que dan� la
partie de l'Arcadie appellee Nonaërts, 11 d1fblle de certaines
montagnes une eau très-froide qu'on appelloit eau de tri.fieffe ,
. qui 'rompoit tous les vaiifeaux daris lefquels on la vouloir. mettre,
& qui ne pouvoit fe tranfporter que dans la corne du pied d'un
m�let ; cette eau étoit un poifon très-fobtil. Il y a dans les Alpes
une eau qui fait tomber fubitement ceux qui en boivent. Il fe
. trouve auffi des fontaines dont l'eau, qui dl: aigre, dl: fi acide
qu�elle a la propriété de di{foudre la pierre dans l a veille ; lorf­
qu'·on- en fait ufage : telle efl: l'eau de·Lyncefl:e , celle de Velino
en Italie , celle de Theano en la terre de Labour , & dans
plu.ùeut$ . autres endroits. Il feroit ttop long de faire ici le dénom:..
brement de toutes les fontaines rapportées par ce célebre Auteur
( r), qui ont quelque pr�priété ex traordinaire ; entr' autr�s t�ne q�
fe trouve -en Paphlagonie , dans l,eau de laquelle on cro1ro1t qu'il
y a du. vin, enforte qu'elle enivre tous ceux qui en boivent : celle
de la ville d'Eqµic9li e}1 Italie, & du pays à.es Medulliens dans
les Alpes, dont les eaux donnent des gouêtres & font enfler la
gorge à ceux qµi en boivent. Le m&me Auteur fait encor� men­
tion d\tl').e ,caverne fituée en Arcadie , d'o1.1 fort une fource dont
l'eautait hajr le vin à ceux qtù en ont goûté ; d'une autre en l'ifie
de Chio , dont l'eau fait perdre l'efprit à ceux qui en font ufage ,
& d!uµe petite fontaine qui fe voyoit de fon tems à ·Suze en Perfe ,
dont l'eau fai[oit tomber les dents, Il ajoute qu'en avoir eu foiri
de mettre des épigraphes au-deffi.1s de chacu-ne de ces foataines ,
p9µr: avertir les érrangers de leurs dangereufes qualités,
Il'. y a de-s .eaµ� très-çlaires qui font mal-faines & méchantes
au goût: il s'en trouve a.11 contraire qui font prefque to�j.0urs
t:rDnbles � qµ'çnJ. eftim.� .t.r.ès-f:ûµtaires ; tçiie �if l'eau de J-a }·ivi�rç:
"
{J: ) Vîtruv.e, Lwre rJil.

de
L I VRE 1. D E L A C O NS TRU C T I O N. 9

de Seine à Paris , & celle du Tibre à Rome. Les eaux qui tiren t
leur origine des carrieres de prntre font fades au goût , & rendent
le porage & les légumes qu'on y cuit ft ameres, qu'il ell: prefque
iœpoffible d'en manger. On peut conno1tre la nature de reau en
la mêlant avec de la teinture de rofe ou de tournefol. Car pour
peu que l'eau ait d'acidité , cette teinture , de violette qtt'elie
étoit , deviendra rougeâtre.
Les fources qui forcent du fond des vallées , fuivant Yi�ru11e .,
font ordinairement pefantes , falées , ciedes, & peu agréables, à
..
moins qu'elles ne proviennent de quelque montagne voifine.
Celles que l'on trouve p armi la craye ne font ni . abondantes ni
de meilleur gotlt. Les fources qui fortent du fable mouvant font
pour la plûpart bourbeufes, défagréables , & en petite quantité.
Mais les eaux qui proviennent du fable mâle , du gravier, ou de
la pierre rouge, font pour l'ordinaire abondantes & de bonne
qualité. Celles qui naiîfent dans une terre fablonneufe, pareille ,
.\ celle qui forme le bord des rivieres , efè. auffi fort bonne , mais
la quantité en efè fouvent médiocre , & les veines en font incer­
taines. Au pied des montagnes, parrrii les rochers & les cailloux ,
les eaux font toujours plus abondantes , plus fraiches, & plus .
'
falùtaires.
Tous les Médecins & les Phy.Gciens conviennent que l'eau la plus
. légere dl: la meilleure & la plus faine à.. boire : la difficulté confifl:e
dans la maniere de s'affurer de cette légéreté. Les Anciens a voient
encore un moyen de juger de la bonté de l'eau , c'étoit par la
facilité qu'elle avoit à s'échauffer & à.. bouillir. MM. de l'Aca­
démie des Sciences , toujours occupés du foin de perfeéèionner
les Arcs & de ce qui peut contri�uer à l'utilité publique , ayant
..
été chargés par ordre de la Cour , en 1 68 3 , d'examiner la qualité
r
des ea-tix que on conduifoit à VerfaiUes de différens endroits ,
..
fc fcrvirent pour le premier examen de l'aréometre, qui eft une
petite bouteille à long col ( PLanche 1. fig. 3 ) , au fond de laquelle
on met un peu de vif-argent. Son col , qui dl: fort long & délié ,
efr divifé en plufieurs parties égales , qui fervent à faire conno1tre
de combien la fiole s'enfonce dans l'eau où elle eft plongée.
Plus l'eau efr légere , & plus la fiole s'y enfonce ; au contraire,
plus l'eau efr pefante, plus la fiole fumage. Pour l'autre expé­
rience, ils ajufl:erent deux thermoL11etres de maniere qu'ils pou­
voient être plongés en même tems dans deux eaux différentes
& échauffées d\m feu égal ; celui qui montoit plus ou moins

' Tome I. B
10 A. R C H I T E C T U R E M O D E R N E,

pro?1ptement faifoic voir le degré de facilité que l'eau , dans


laquelle il étoit plongé , a voit à s'échauffer. Ces deux examens
faits avec foin & par d(s Obfervateurs intelliicns , firent apper­
ccvoir des différences fcnfibles encre ces d1verfes eaux qu'ils
comparerenc enfaite avec l'eau de puits, l'eau falée, l'eau bour­
bcufe , &c. qui font connues pour être les plus pcfantes ; c'dl:
1 :iinfi qu'ils fc mirent en état de juger de leurs bonnes & mauvaifes
1 quaLtés. Par ces expériences on a trouvé que l'eau de pluie cfr la
j plus faine & 1a plus légcrc de toutes : aufli y a-c-il des pays ot1
: on la raffemble foigne�1fement pour • la conferver dans des ci­
f ternes confhuites à cette fin. On peut voir une defcriprion fort
déraillée de ces forces de b�timens, accompagnée des plans &
des profils néceffaires , dans la Science des Ingénieurs , par M.
Bt:Lidor , Livre IV. Nous aurons occafion d'en dire auffi quel que
l chofe dans le XX Chapitre de cc Livre , en parlant de la
1 con:frruéèion des puits & des citernes.
On peut encore s'afforer de la bonté de l'eau , lorfqu'après
avoir bouilli quelque tems , elle ne laiffe aucun fable ou limon
au fond du vaiffeau , ou lorfqu'on remarque que les- légumes y
font d'un bon goût & y cuifent facilement. Une autre preuve
de la bonté de l'eau , c'efl: lorfqu'étant belle & claire dans fa
fourcc , elle ne g�te point les lieux par oi.1 elle paffc , en y en­
gendrant des joncs , des rofcaux , de la mouffe , ou d'autres
1

falerés. En.fin l'on conno:Îtra qu'elle efr bonne & legere , fi elle
diffout aifément le favon , enforte qu'elle devienne blanche
comme du laie, ce qui n'arrive point aux mauvaifos eaux dans
lefquelles le favon fe diifout très-difficilement , & paroîc plutôt
divifé en petites parcelles blanches qui nagent fur leur fuper.ficie.
1,

les eaux de la pl(iparc des puits de Paris , & de fes environs , au


moins de ceux qui fe trouvent dans la partie baffe de cette ville ,
ne font point du tout propres au favonnage ; auffi font-elles
fades , méchantes au goût , & nuifibles à la fanté fi l'on en
faifoit ufage.
Une des meilleures maniercs de juger de la bonne qualité des
�aux d'un pays , fuivant Vitruve & fon favant Commentateur , efr
d'examiner fi les perfonnes qui en boivent ordinairement font
forts & robuil:cs, de bonne couleur, exempts de fluxions fur les
yeux, & fur-tout de maux de jambes : car, ajoute M. Perrault ,
l'c�p�rience fait voir gue l'ufage des mauvaifes eaüx affoiblit
1 prmc1palement les jambes. On obfcrve en effet que dans les
- l..... lZEW rd
L I VRE I D E L A C O N S T R U C T I O N. rr
, . endroits 01.1 les eaux ne font pas bonnes à boire , les plaies &
, . bldfores aux jambes font tr�s - ?ifficiles à guérir, & gue le
A
fcorbut , dont un des plus ordinaires fymptomes efr la · fo1b��ffe
des jambes , dl: eaufé le plus fouvcnt par_ l'ufage des 11:auva1fes
ea:ux. On voit, dit M4 · Jlelidor ( 1 ) , · en plu!ieurs provmces 1e
France & de Savoie , principalement dans la vallée de Mo-
: riènne , des villages entü;rs dont les habitans Jont incommodés
de gouêtres , qui efl: une groffeur qui leur vient au col. Quel­
qa�s-uns en .ont qui leur prennent depuis le menton jufqu'à la
poitrine , ce qui les rend extrêmem�nt difformes ; d'autres ont
la .voix fi. enrouée qu'on a de là peine à les entendœ: L'opinion
commune , qui efr auili .celle de Vitruve , efr que ces incom­
modités ne proviennent que de la mauvaife qualité des eaux.
· ( r ) Arc!�iteéture Hydrauliq. I. Part_. Liv, IV. Chap. IV.
,t

,.
C H A P I T R E I V.
,
:Jj_e la recherché des · eaux� & de l'origine des fontaines.
· S � N s nous arrêter aux divers fentimens des Plùlofophes tant
anciens que modernes , for l'origine des fontaines , nous expo­
f er.ons , avec M. Belidor , l'0pinion qui paroît la plus plaulible
fur ·cette partie de la Phyfiq_ue. C'efi: qu'une partie de l'eau des
,.

pluies & des neiges fondues fort à. former les torre.ns & à groilir '
1-es rivieres , tandis que l'autre partie abreuve la terre fur laquelle
elle tombe , & pénetre fa fobil:ance jufqu'à ce qu'elle rencontre
des lits continus de glaife , ou des bancs de pierre qui l'arrêtent.
Enfuite elle force vers l'endroit le plus bas où elle fe fait paf­
fage pour former une fontaine qtù fe trouve plus ou moins
abohclante felon l'étendue du tetrein qui lui fournit cette eau.
C'èfi: pour cette raifon qu'il fe rencontre prcfque toujours des
fources au pied des hautes montagnes.
P,our proùver qtie l'eau ,des pluies, j-ointe à celte des neiges
fondues , eil: capable de fournir les fontaines & les rivieres , on
s'âppuye for l'expérience qui fait voir qu'elles groiliffent • conii­
dérablement_ après des pluies abondantes , & qu'elles dimimient
feniiblement .. , au point de éarir quelquefois, quand il efi: un tems
B ij
,_

12 ARC H I T E C T URE M O D ERN E..


confidérable fans pleuvoir. On fait d'ailleurs que dans les pays
chauds il y a peu de fontaines, au lieu que dans les Alpes & les
. Pyrenées , où il pleut & neige très-fouvent., on en rencol'ltre à
chaque pas.
(

C'efl: donc principalement �e long du pied des montagnes qu'il


faut chercher des fources � fur-tout du c&té du feptentrion. On
peut efperer
... d'en trouver encore le lon_g de celles qui font ex­
pofées à des vents humides , tels que !ont en France les vents
qui viennent du couchant. Sur quoi il efr bon de remarquer que
les montagnes les plus efcarpées f�urniffent moins d'eaux que les
autres. -4\.u contraire, celles qui ont une pente douce & qui font
couvertes de verdure renferment ordinairement quantité de
veines & de rameaux dont les eaux fo.nt abondantes , froides
& faines, parce que les pluies & les fontes des neiges y forment
• ..
un grand amas d'eaux qui fe confervent & fe filtrent petit à petit
à travers les terres..
Ce n�efl: pas affez de favoir diftinguer I�s- bo.nnes & les mau�
vaifes qualités des eaux , il faut auffi connoître la maniere d'en
faire la recherche & de les découvrir , parce qu'il y a quel­
L,

quefois des fituations avancageufes dont il efr à propos de pro­


fiter , & <:]_UÎ feroient inhabitables , faute d'eaux courantes né­
cdfaires pour les befoins de la vie, fi l'on n'avoit l'ïndufhie
d'en découvrir de fouterreines dans les lieux voiûns & de les
amener. Tels font ·plufieurs ports dé mer oh l'on a été contraint
de recueillir toutes les eaux dn ciel qui tombent fur les toits
des maifons , & de les conferver enfuiœ dans des citernes , par
l'ignorance 011 l'on étoit de5 moyens d'en trouver aux environs ,
_ou d'en faire venir de bien loin par des canaux & des aqueducs.
Yùruye n�ms apprend que pour découvrir les endroits oî1 il y
a de l'eau , il fant fur-tout dans les grandes chaleurs de tété ,
un peu avant le lever du foleil , fe coucher for le ventre dans
la q.mpagne , ay ant le menton appuyé fur la terre, enforte que
la vue s'étende fur l'horifon; fi l'on apperçoit en quelque endroit
une colonne de vapeurs- s'élever en ondoyant, il faut y fouiller,
on y trouvera de l'eau infailliblement , car cela n'arrive point
aux lieux qui font fans eau.• Il y a une, autre marque que les
Fontainiers tiennent pour infaillible qu îl y a des eaux fouter­
l

reines quelque part, c'efr lorfque le matin on y voit comme des


nufes de pe�ts moucherons voltiger contre terre toujours à. ce
meme endroit.


LIVRE L DE L A C O N S T R U C T I ON. 1j

Outre ce que nous venons de ;apporter ? Yùrz�ve enfeigne


,
encore d'autres fignes pour con1101tre les lieux ou l on peut
trouver des eaux, favoir , lorfqu'on y voit croître naturellement
quantité d'her�es belle� & bien verres, ainfi._ que des _ plantes &
des arbres qui fe pla1fent dans les endroits aquatiques , tels
que les petits • joncs , les faules qui viennent d'eux-mêmes , les
aulnes, les ofiers & autres herbes ployantcs, les rofeaux , le lierre
aquatique, & routes les autres plantes qui ne croiffent & ne fe
nourriffent que dans les terreins oh i� y a de l'eau. Il ne faudroit
pas cependant fe fier à ces plantes fi on en trouvoit dans des
marais , qui étant des endroits plus bas que le rcfre de la cam­
pagne , reçoivent & retiennent les eaux des pluies ; mais lorfque
ces arbriffeaux viennent naturellement & fans y avoir été plantés
dans des lieux qui ne font point des marais , c'efl: une marque
qu'il s'y trouve des eaux fouterreines.
Si ces diverfes épreuves ne fuffifoient pas, on pourroit encore
faire celle- ci. Ayant €reufé la terre de la largeur de trois pieds
& de la profondeur de cinq, au moins, on pofera au fon d ,
lorfque l e foleil fe couche , un vafe d'airain, ou de plomb, ou
un baffin renvcrfe , que l'on aura eu foin de frotter d'huile cm
dedans
.. auparavant ; il faut recouvrir cette fo{[e avec des cannes
de rofeaux, des feuilles & des branches d'arbres , & enf uite avec
de la terre. Le lendemain, fi après avofr découvert cette foffe on
trouve des gouttes d'eau attachées au-dedans du vaiffeatr , c'efr
une marque certaine �u'il y a de l'eau à cet endroit. Ou bien l'on
mettra dans cette memc foffe un vafe de terre non ctùte , que
l'on couvrira pareillement : s'il .y a de l'eau fouterreine, ce vafe ,
fe trouvera moite & à demi détrempe par l'humidité. On peut
auffi mettre fous ce vaiffeau un paquet de laine , que l'on preffera
le lendemain , s'il en coule de l'eau , c'eft un figne non équivoque
qu'il y en a beaucoup au même endroit, & l'on peut y fouiller
avec alfurancc. S'il fe trouvoit quelque habitation dans les en­
virons du lieu 011 l'on cherche de l'eau , on pourroit examiner
par les puits à quelle profondeur elle peut être du nivcan du
terrcin , & l'on jugeroit par-là s'il dl: poffible .. de la conduire
enfoice aux endroits où l'on en a befoin , ce qui fe peut conno1tEc
facilement par le moyen du nivellement.
La fituation la plus heureufe pour les fources eit celle à mi�côte·,
commandée par beaucoup de hauteursvoiGnes, parce qu,elles de­
viennent alors l'égout naturel de toutes les eaux de pluies & des

.- >
14 A R C H I T E C T U R E - M O D E R. N E.
neiges fondues difperfécs dans ces terrcins élevés ; mais , comme
nous l'avons déja remarqué au commencement de cc chapitre ,
c'dè principalement à la pence des montagnes , du côté du fcp­
tentrion , qu'il faut les chercher. �'elt à cette cxpofition que les
eaux fe trouvent meilleures , plus faines , & plus abondantes , ces
fortes d'endroits n'étant pas échauffés par les rayons du folci l ,
qui y pénetrent foiblcment , & étant couverts ordinairement de
grands arbres fore épais qui les en garantiffcnt. D'ailleurs la dcf­
G:ente de la montagne fo faifant un ombrage à elle-même , ces
mêmes rayons, qu'elle ne reçoit qu'obliquemcnt , ne font pas c�-
, pables de ddféchcr la terre comme du côté du midi. C'efi auffi
dans les lieux creux qui fe trouvent vers le haut des montagnes,
que l'eau des pluies s'ama.ffc & que les arbres qui y croiifent en
quantité confervcnt la neige fort long-rems par leur ombre.
Cette neige fondant enfuite peu à peu s'écoule infcn.fiblemcnt
par les porcs & les veines de la terre , & c'cfi cette eau ainfi
filti·ée qui étant parvenue au pied des montagnes, y produit les
fources & les fQ11taine�. On fait que les eaux.. coulent ordinai­
rement fur de la glaife , c'efi pourquoi l'on cfi toujours sûr d'avoir
;

une fource abondante lorfqu'on a reconnu qu'il y a un lit de


glaife étendu fur toute la côte, parce que l'eau y coqle alors
fans pouvoir percer le terrein 1ù fc perdre plus bas,

C H A P I T R E V.
1,

1, De la maniere de rajfembl�r les eaux & de les jauger.


L o R s Q u o N a trouvé des eaux dans plufi.curs endroits d'une
>

rnoùtagne , on creufe dans ce terrcin des puifards éloignés les


uns des alltres de 2 5 ou 30 pas , on les j oint enfoitc par des
tranchées qui reçoivent les tranfpirations de l'eau à travers les
terres & qui la conduifent vers le lieu ddl:iné pour les raifernblcr.
'

Mais avant que de commenter ce travail, M. Belidor recom­


mande dans fon 4rclzitec1ure Hydraulique ( 1 ) , d'oh nous avons
tire le détail fuivanc , que l'on faife un nivellement afin de profiter
de la pente que le terrcin pourra pré[entcr naturellement ou pour

(t) I. rarrie. Liv. IV, chap, IV,

...
.
L I VRE I. D E L A C O N S TRU C T I O N; r5
e n donner une au fond de la tranchée , obfervant, autant que
cela fe peut, de côtoyer les montagnes, parce què, comme nous
l'avons déja remarqué , les eaux qui en proviennent font plus
· abondantes & plus faines que celles qu'on pomJ'oit trouver dans
les plaines. Sur toutes chofes , il faut bien prendre garde , �n ap­
profondiffa nt, de percer les lits de tuf ou de glaife qui retiennent
J'eau , autrement on rifqueroit de tout perdre en éventant la
fource. .
• .
Après donc avoir creufé la tranchée à une profondeur conve­
nable , donné aux terres un talud proportionné à leur tenacité &
à leur folidité, reglé la pente du fond, & pouffé de diftance en
- difrance, à droite & à gauche , des rameaux en forme de patt�
d'oie pour raiTembler le plus d'eaux qu'il fera poffib le , il faut
faire une tranchée pour perdre l'eau de chacu:n de ces puifards
afin d'y pouvoir travailler plus commodément, On .creufera en..:
fuite tout au tour de ces mêmes puifards une feêonde tranchée
que l'on remplira d'un conroi de glaife d'environ . deux pieds
d'épaiffeur, & l'on pratiquera au�dcdans un mur dè maçonnerië.
qu'on élevera à une hauteur fuffifante pour que l'eau qui s'y
amaiTera enfüîte pui:Œe monter airez haut pour pouvoir couler_
dans la pierrée, ainfi que celle dcts autres puifards qui doivent
pareillement s'y rendre. On remarquera qu'il dl: nécdE1.ire ,
comme on vient de le dire, de pratiquer une tranchée qui ferve
· de déch�üge à chaque puifard pour en perdre l'eau , E]_Uand il en
eft befoin , fans quoi il feroit impoiiible de travailler aux pierrées
ot1 cette eau vient fe rendre naturellement. On doit curer ces
puifards det�x fois par an , de crainte que les pierrées ou les tuyaux
de conduite qui en reçoivent l'eau ne viennent à s'engorger par
le limon que cette eau pourroit y dépofer. :-
. Pour conftruire cette pitnée , on étend for le fond un lit de
,
terre glaife bien battue , enfaite on y éleve deux petit� murs b�cis
en pierres feches , c'efr-à-dire ,. pofées fans mortier , d'un pied ·
d'épaiffeur for 1 8 pouces de hauteur "' , ce qui forme un petit c anal
que l'on fait de 8 à 9 pouces de largeur vers la naiiTance de _
la tranéhée , & qu'on élargit enfuite à ,mefure que la conduite
s'éloigne de la fource & que les · eaux deviennent plus ab ondantes.
Outre le peu de néceffité de donner à ce canal dans fon origine'
une plus grande largeur , on n� feroit pas. le maître de. lui en
donner davantage, p_arce qu'étant d'ufage de le recouvrir avec
des dalles ou pierre_s plates , q.ui doiven� avoir au moins 3 à 4
t6 A R C H I T E C T URE M O D E R N E.
pouces de portée fur chaque mur, il ne feroit pas facile d'en
trouver d'aîfez larges & en affcz grande quantité pour couvrir
toute la pierrée, De cette maniere , les eaux qui filtrent des
berges de cette tranchée ne trouvant aucun obfi:acle', pa!f .. ent à
travers les joints des murs qui en bordent les deux côtés & fe
réuni!fent dans la même conduite. A l'égard des joints que
,. de pierre qui recouvrent le · canal , on y pofe
laiffent ces dalles
des gazons renverfés pour empêcher qu'en recomblant la fouille
de cette tranchée , il ne tombe rien dans le fond du canal.
Un bon ouvrier , aidé de fon ·manœuvre , peut faire en un jour,
7 à 8 toifes d'un ouvrage de cette efpece , s'il efr fourni à tems
des materiaux qui lui font néce.Œ'lires.
On obfervera que de 50 en 5 0 toifcs il dt eécdfaire de pra­
tiquer à cette pierr�e des puifards , c�efr-à-dire , de petits puits
de trois pied� de diametre , for 5 ou 6 de profondeur , meforés
du fond de la ·conduite. Ces puifards font defünés à recevoir
le..fable & le limon que les eaux entra1nent avec elles en pa!fant
par les terres. C'efr pourquoi il faut revêtir ces puifards , de même
que ceux dont on a parlé ci-devant , de bonne maçonnerie à
chau'K & ciment , enveloppée d'un conroi de terre giaife , pour
que l'eau ne s'y perde p oint , & pour que ces puifards étant
toujours pleins , l'eau puiffe reprendre fon cours ordinaire le long
du refte de la pierrée. Ces puifards font .recouverts de plate-for­
mes chargées de terre ; & comme on doit les nettoyer & curer
..
deux fois par an afin de retirer le limon qui s'y ama:lfe , pour en
pouvoir reconnoîtic l'emplacement , il convient de les marquer
par une borne aux armes du propriétaire , & d'avoir un plan exaéè
de la route que fuit cette conduite, for lequel ces puifards feront
indiqués & numérotés.
Il dl: effentiel d'emp�cher qu'il ne foit creufe aucun puits le
long du chemin que fuivent les pierrées , ce qui pourroit en dé-
. tourner les eaux & rendre inutile coute la dépenfe qu'on auroit
faite à cette occafi.6n. On ne doit pas non plus foutfrir qu'il fe
fa�e aucune plan�ation d'arbres le �on.g de 1� pierrée ni dans fon
votfmage , de crainte que p;ir la fmtc les racmes ne gagnent juf­
qu·à la conduite , ou n'en percent le fond , ce qui détruiroit la
pieïtée & en feroit refluer l'eau dans les terres ou dans des canaux
ecrangcrs,
Pour eft1mer la quantité d\�:n1 que fournit une fontaine qui
c0t.de contimiellement_, 01-1 fè fett d'une mcfure en ufage parmi j

les
L I V- R E I. D.E L A C O N S T R U C T I 0 N. ?.�

iles ·Fontainiers· , & qu'ils appellent pouce d'eau. Cette mefore eft
d'environ 1 4 pintes, ou 2 8 livres d'eau de 1 6 onces chacune ,
écoulées pendant une minute. Cependant les mêmes Fontainiers
font conve11us d'appeller pouce d'eau � la quantité qui s'en dé­
penferoit par un trou d'un pouce de diametre , pratiqué dans
une forface• verticale , fans avoir égard au tems de l'écoulement
& (ans s'embarrafTer' de la quantité d'eau qui peut s'écouler par .
ce trou pendant un tems déterminé. Sur ce principe , lorfqu'ils
veulent j auger l'eau 4'une fource , ils pe�cent un ais de plufieurs
trous d'un pouce de diametre , dopt les centres fe trouvent for
une même ligne horifontale, & ils bouchent tous ces trous avec
des chevilles. Enfaite fe fervant de cet ais comme d'un petit
bata.rdeau , ils empêchent l'eau èle couler autrement que par ces
trous qu'ils débouchent l'un après l'autre jufqu'à ce qu'ils voyent
Je .niveau de la fource s'entretenir toujours à peu près à la hau­
.teur du bord fopérieur de ces,-jauges. Alors ils jugent de la dé­
,penfe de la fource , ou de l'eau qu'elle peut fournir , par la
quantité de trous qu'ils font obligés de laiffer ouverts pour en-
tretemr . l'eau a\ 1a meme
" l1auteur.
M. Mariotte � qui a fait beaucoup de recherches fur cette
partie de l'Hydraulique , a trouvé par plufieurs expériences très­
e)i;aétes que le niveau de l'eau étant entretenu à une ligne au­
defTus du bord fupérieur d'un orifice d'un pouce de diametre ,
pratiqué dans une forface verticale , il en fortoit 1 3 pintes ¾
pendam: ub.e mi,nute , d'oh il a déterminé la valeur du p(?uce
.des F0ntainiers à I 3 pintes ¼. Cependant, pour plus de com­
modît� , on l'a évalué à 14 pintes par minute , parce que fur ce
_pied le pouce d'eau dom).e trois muids d'eau dans l'efpace d':une
heure , & par conféquent 72 muids en vingt-quatre heures. Le
muid dont nous entendons p_arler ici efi: celui de Paris , qui con­
tient huit pi,eds ç:ub�s, chacun de 3 5 pintes , mefure de Paris. On
peut p�r çe moyen mefurer la dépenfe d'une fource bien plus
facilement qu'en fe fcrvant de la jauge des Fontainiers , puifqu'il
ne s'agit �ue de recevoir dans un grand baquet l'eau qu'elle
fournira étant toujours entretent1e à fon niveau naturel. On jugera
enfuite de fç>n produit par la quantité de pintes � ui fe feroi1t
-écoulées p<=:ndant-une minqte, qt;i'on n'aura plus gu'a divifer par
11 pow· av9ir ,des ppuces d'eau , que l'on fubdivifera en lignes ,
s'il en e;fr befoip. Suppofon�, par exemple , que l'oi1 ait reçq
9-an.$ l_e baquet 3 � pintes d'eau en une minute , la fol,lrce a.uroit

Tome [. C
.. U R E M O D E R N &
ARCHITEC T
fourni 2 pouces ½ d'eau. Pour avoir la valeur de cette fraé\:ion
en lignes d'eau , on fera cette regle de trois : fi 14 pinces, valeur
d'un pouce d'eau, donnent ·144 lignes , combien donneront
I o pintes, refrant de la divifion ? .On trouvera à peu près 1 0 3
lignes d'eau , pour ce rdl:ant ; ainfi l'on faura que la fource
peut fomnfr 2 pouces I o 3 lignes d'eau.

C H A_ P I T R E V I.
De la conduite def eaux.
Ü N peut conduire les eaux de plu!ieurs - manieres à l'endroit
de leur defri11ation, foit par des canaux de maçonnerie , appellés
aqueducs, foit p?r des tuyaux de plomb, de fer , de poterie, ou
de b_ois : entrons dans un plus grand détail for chacune de ces­
marueres.
- ---'-----

A R T I C L E. P R E M I E R�
Des aqueducs.
If y a deux efpeces différentes d'aqueducs , favoir des. fou­
terreins, & d'autres qui font élevés fur des arcades de maçon­
nerie. Lorfqu'on dè oblio-é de faire paffer l'eau qne l'on veut
conduire par des térreins geaucoup plus élevés que la foutce , &
qu'il efr néceffaire, pour fuivre
, la pente qu'elle doit avoir natu­
rellement_, de creufer une tranchée fort profonde , on ile peut
guere fe difpenfer de confl:ruire un canal de maçonnerie , en
· façon d'égout, ou aqueduc fouterrein , foit que les eaux y coulent
en plein , comme dans !"aqueduc d'Arcueil , foie qu'on les y
renferme dans des tuyaux de conduite logés dans c@t aqueduc·.
Pour cet effet , il faut que la voûte de l1aqueduc foie percée de
difrance en diftance par des regards ou cheminées, afin d'être .
à portée d'appercevoir les fautes & d'y pouvoir remédier plus
facilement , fans être obligé de faire des fouilles de · terre confi- ,
dérables. Quand ce font des tuyaux qui paf.fent · dans ces a.que­
.ducs, il faut avoir foin de pofer ces tuyaux fur des taf.feaux de ·
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. ' r.9
pj.erre, · bitis de difrance en difra.nce & élevés de deux pieds au­
ckffus du fond de la cuvette de maçonnerie , pour • la commo­
dité des. ouvriers, lorfqu'il y a quelque réparation à y fair� .
Ces aqueducs fouterrcins conGll:ent en de longues rigoles
-4

bâties de pierres de taille , de moilons, ou de pierres de meu­


li�re , & couvertes par-deifos par des v?t1tes., ou de grand�s
pierres plates , appellées dalles , pour mamtemr les eaux frai­
chement & à l'abri de l'ardeur ' du foleil. Tel efr l'aqueduc •
d'Arcueil , proche Pa.ris, bâti fous• le regne de Made de Médicis,
mere de Louis XIV, lequel dt w1 des plus beaux monumens de
cette efpece que nous ayons en France.. Sa longueur efr de 700
coifes, depuis Rungis, oit efl: la fource des eaux, jufqu'au château
d'eau, qui e{l: iicué proche l'Obfervatoire, .à Pa:ris. Il efi: coiiliruit
tout en pierres de taille, ayant une rigole profonde au milieu ,
avec une banquette de I 8 pouces de largeur de chaque côté,
for laquelle on peut marcher. La hauteur intérieure de la voûte
efr de 6 pieds , depuis le fond de la rigole jufqu'au-deffous de la
clef. La pente du canal où coule l'eau efr de 6 pouces for 200
toifes.
On fait couler l'eau différemment dans les aqueducs, foit
dans une rigole taillée dans la pierre même, comme à celui
d'Arcuei l , foit dans des auges de plomb dont on rev�t cette
rigole ; quelquefois on confi:ruit le canal avec du moilon ou des
pierres de meuliere liées avec de bon mortier fait de chaux
& ciment, ou bien on fe contente d'en paver feulement le fond.
D'autres fois il fe rencontre des veines de gravier , ou de tuf
for lefque1les l'eau coule namrellement fans fe perdre , ou bien
il s'y trouve un lit de terre glaife , ce qui efi: encore meilleur
pour faciliter l'écoulement des eaux. Si dans la .route de l'eau
il fe rencontroit du roc , on y tailleroit la voûte de l'aqueduc ,
• & s'il fe rencontroit quelque montagne qui s'opposât à fon
paffage , il faudroit la percer , ou faire paffer l'aqueduc autour
d'un de fes c&tés, ayant foin d'y pratiquer, felon l'ufage ordi­
naire , des foupiraux de 5 o en 5 o toifes.
Lorfqu'en conduifant l'eau dans un canal de pierre on fe
�rouve obligé _ de lui faire traverfer des vallées fort profondes ,
, il faut néceifairemcnt, pour ne point interrompre le niveau de
la pente , foutenir cette eau par un aqueduc de maçonnerie
élevé fur des arcades. C'cfr ainfi. qu'en ont ufé les Romains
.en diverfes occa{ions , poui-: amener dans les ,villes des eaux
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�o A R C H I T E C T U R E M O D E Il N t.
bonnes à boire par des aqueducs élevés dont on voit encore
des vefl:iges aux environs de Nimes, d'Arles , de Frejus, & dans
plufieurs endroits de l'Italie. L<?uis XIV en a fait cônfl:tuire
avec autant de m agnificence pour condtùre des eaux à Verfailles
& à Marly , tels que l'aqueduc de Maintenon , celui de Marly ,
cehù de Bucq , au bout de la plaine de Saclé , proche Verfailles ,
& · plufieurs autres. L'aqueduc d'Arcueil , dont nous venons de
parler , a dans fa partie élevée , qui forme une étendue de 200
toifes , vingt arcades , dont celle qui fe trouve dans le plus bas
du cerrein a 7 2 pieds d'élevation; fous clef, avec des trumeaux
de ro pieds d'épaiffeur. Neuf de ces arcades font percées à
jour, & la riviere de Bievre coule fous deux de ces mêmes
arcades. Vingt gros arcboutans ou éperons très-folides , de cinq
pieds d'empattement , foutiennent tout ce grand édifice qui cŒ
couronné d'w1e corniche ornée de _ modillons avec un attique
,
au-deffos , forme par le canal de pierre dans lequel coulclit les
eaux amenées de Rungis , & · par la voûte de pierre qui recouvre
le tout. Cette auge ou rigole dans laquelle coulent ces eaux a
20 pouces de largeur for I 6 de profondeur ; elle dl accom­
pagnée , ainfi que nous l'avons dit, d'une banquette de r 8 pouces
.. de largeur de chaque c6té. La voûte , gui a 6 pieds d'élevation
fous clef, eft recouverte de grandes dalles de pierre , & l'on a
pratiqué de diftanc:e en di:lèance à cette efpece de galerie des
petites ouvertures ou foupiraux for les côtés, pour donner emrée
à l'air & le faire circuler dans fon intérieur.

A R T I C L E I I.
Des tuyaux de plomh.
Les tuyaux de plomb font les plus commodes & les plus
ufités pour la condtùte des eaux. On peut les faire defcendre
ou monter , & les couder fans les endommager. Il y en a de
deux efpeces , les moulés & les foudés. Les tuyaux moules font
.coulés dans un moule de la longueur de deux ou trois pieds ,
& l'�m pourroit, s'il étoit néceŒ'lire , en former des m.oulés qui
auro1ent jufqu'à 1 2 pieds de 1ongucur. Ces tuyaux moulés doivent
être plus épais que les foudés , de crainte des foufHures·, anffi
font-ils meilleurs & de plus �ongue durée , mais ils coûtent da-

. - HiMdSW Mlt;N
/
t l V R E 1. · n· t LA C O N S T R U C T I O N. 1-I

vantage. A l'égard 4es tuyaux foudés , ce n'efr autre chofe que "'
des_ tables de plomb que l'on plie en ron� �ur un mandrin ou
cylmdre, & que l'on foude le long de la JOmture fur ( les deux
bords rëunis de , cette table ainfi pliée en rond. On peut leur
donner telle longueur & tel diametre que l'on veut. Les tuyaux
moulés he paffent guere 6 pouces de groifeur : on pourroit ce­
pendant en faiœ qui auroient jufgu'à I 8 pouces de dia,metre,
comme il s'en voi_t encore à Verfailles, & au regard de prife
des eau:${ d'Arcüeil, lequel ell• frtué proche de l'Obfervacoire.
L'epaiffeur du métal doit être proportionnée à leur diametre.
Les plus petits tuyaux vont à. trois quarts de pouce ou 9 lignes
d'ouverture : on les j oint. & on les emboîte les uns dans les
autres , par des nœuds de foudure , obfervant de les ouvrir &
de' les battre un peu pour tenir l'ouverture plus large dans
l'endroit du nœud, afin que l'eau ne s'y arrêté point.
Le plomb laminé efr auffi très-propre à la fabrique des tuyaux,
ainfi qu'à la confrrnélion des tables des terraffes & des refervoirs,
parce qu'ils font d'une épaiŒeur beaucoup plus- égale, & qu'ils
font moins fujets aux foufHures & autres défe�uofités qu'on
remarque fouvent dans les tuyaux jettés en moule ,
Les tuyaux de plomb font fojets à fe crever & à fe· nî.Îner
dans les terres pleines de chaux : pour les rendre meilleurs &
,\

en adoucir la maticre, on mêle ordinairement un tiers de plomb


de Suede · avec deux tiers de celui de France , d'Angleterre, ou
d'Allemagne.
Nous donnerôns ici les diametres , les é_paiifeurs, & le poids
des différens myanx de plomb dont on fe fert communément
à Paris poür la condtùte & la di{hibution des eaux.
Les plus groifes conduites qu'on emploie à Paris on� 6 pouces
de diametre , fur 7 lignes d'épaiffeur : la toife courante de ces
tuyaux, qui font tous jettés en moule ainfi que les- fuivans, dl:
du pojds d'environ 400 livres.
Les tuyaux de conduite de 5 pouces d'ouverture , ont 6 lignes
d'épaiffcur, & la toife courante pefe · 2 8 6 livres.
Les tuyaux de quatre pouces de diamctre ont pareillement 6 li­
gnes d'épaiifeur de métal : la toife courante pefe environ 2. 30 liv.
Ceux de trois pouces ont 5 lignes d'épaiifeur , & pefent autour
de I 44 liv. la toife.
Ceux de êleux pouces ont 4 lignes d'épaiffeur : la: toifc courante
pefe 76 livres.
1!0 A R C H I T E C T U R E M O D E It N E.
bonnes à boire pai· des aqueducs élevés dont Ôn voit encore
des vefl:iges aux environs de Nîmes , d'Arles, de Frejus , & dans
plufieurs endroits de l'Italie. L<;>uis XIV en a fait confl:ruire
avec autant de magnificence pour conduire des eaux à Vetfaille�
& à Marly , tels que l'aqueduc de Maintenon , celui de Marly,
celui de Bucq , au bout de la plaine de Sa clé , proche Verfailles ,
& · plufieurs autres. L'aqueduc d'Arcueil , dont nous venons de
parler , a dans fa partie élevée, qiü forme une étendue de 200
toifes , vingt arcades , dont celle qui fe trouve dans le plus bas
du terre.in a 7 2 pieds d'élcvation; fous clef, avec des trumeaux
de 1 0 pieds d'épaiifeur. Neuf de ces arcades font percées à
jour, & la riviere de Bievre coule _fous deux de .ces mêmes
arcades. Vingt gros arcboutans ou éperons très-fol.ides , de cinq
pieds d'empattement , foutiennent tout ce grand édifice qui efr
couronné d'une corniche ornée de modillons avec un attique
au-deifus , formé par le canal de pierre dans lequel coulent les
eaux amenées de Rungis , &- par la voûte de pierre qui recouvre
le tout. Cette auge ou rigole dans laquelle coulent ces eaux a
20 pouces de largeur fur 1 6 de profondeur ; elle efl: accom­
pagnée , ain:fi que nous l'avons dit, d'une banquette de I 8 pouces
de largeur de chaque côté. La voûte , qtù a 6 pieds d'élevation
fous- clef, dl:- recouverte de grandes dalles de pierre , & l'on a
:pratiqué de diièanee en difl:ance à cette efpece de galerie des
- 'petites ouvertures ou foupiraux fur les côtés , pour donner entrée
, à l'air & le faire circuler dans fon intérieur. •

A R T I C L E I I.
Des tuyaux de plomb.

Les tuyaux de plomb font les plus commodes & les plus
ufi.tés pour la conduite des eaux. On peut les faire defcendrc
?U monter , & les couder fans les endommager. Il y en a de
deux efpeces , les moulés & les foudés. Les tuyaux moulé� font
. coulés dans un moule de la longueur de deux ou trois pieds ,
& l' ?n pourroit, s'il étoit néceifaire , en former des mpulés qui
auro1ent jufqu'à I 2 pieds de · longueur. Ces myaux moulés doivent
être plus épais que les fondés , de crainte des fouffiures , auffi
font-ils meilleurs & de plus longue durée , mais ils coûtent da-

,
" /
t 1 V R E 1.- I) f: L A C o· N S T R U. C T I O iN� . 1, r
vantage. A l'égard 4es tuyaux foudés , ce n'e:ft autre c46fe . que
J

des tables de plomb que l'on plie en rond fur un mandrin ou


cylindre, & que l'on foude le long de la jointure fi.1r· les deux
bords rëunis de , cette table ainfi pliée en rond. On, peut leur
donner telle longm::ur & tel diametre que l'on veùt. -Les tuyaux
thoulés ne paffent guere 6 pouces d� groifeur : on p,ourroit ce­
pendant eù faire qui auroient jufg_u'à 1 8 poucès d� dia,metre,
comme il s'en voi_t encore à Verfailles , & au regard de prife
des eat1'5C d'AliCueil , lequel efr- fitué proche de l'Obfervatoire.
L'épaiffeur du métal - doit • être proporüonnée à leur diametre.
Les plus petits· tuyaux vont à trois quarts de pouce ou 9 lignes
d'ouverture : on les joint_ & on les emboîte les uns dans les
autres , par des nœuds de foudure , obfervant de les ·ouvrir &
de les battre un peu pour tenir l'ouverture plus large dans
l'endroit du nœud , afin que l'eau ne s'y arrêté point.
Le plomb laminé dl: auffi très-propre à la fabrique des tuyaux,
ainû qu'à la conftruélion des tables des terraffes & des refervoirs,
parce qu'ils font d'une épaiffeur .beaucoup plus égale, & qu'ils
font moins fufets aux fouffiures & autres défeétuofi.tés qu'on
remarque fouvent dans les tuyaux jettés en moule,
Les tuyaux de plomb font fojets à fe crever & à fe· miner
dans les terres pleines de chaux : pour- les rendre meilleurs &
..
en adoucir la maciere , on mêle erdinairemenc un tiers de plomb
de Sue de · avec deux tiers de celui de France , d'Angleterre, ou
d'Al lemagne.
Nous donnerons ici les diametres , les épaiffeurs, & le poids
des différens tuyaux de plomb dont on fe fert communément .
à Paris poür la conduite & la diftribution des eaux.
Les plus greffes conduites qu'on emploie à Paris ont 6 pouces
de diametre , fur 7 lignes d'épaiffeur : la ,toife courante de ces
myaux, qui font tous jettés en moule ainfi que les fiüvans, efl:
du poids d'environ 400 livres.:
Les tuyaux de conduite de 5 pouces d'ouverture, ont 6 lignes
d'épaiffeur, &. la toife courante pefe · 2. 8 6 livres.
Les tuyaux de quatre pouces de diametre ont parei!lement 6 l i ­
gnes d'epaiffeur de métal : l a toife �ourante_p efe environ 2. 30 _liv
,. ..
· Ceux de trois pouces ont 5 lignes d'epaiffe ur, & pefent autour
de 144 liv. la coife.
Ceux de êleux pouces ont 4 lignesd'épaiffeur : la toife courante
pefe 76- livres.
-

11 A R C H I T E C T U RE M O D E R N E.

1 .Ceu,c d'un pouce & demi ont 3 lignes d'épaiffcur , & pefcnt
environ· 5 2 livres.
Enfin ceux d'un pouce ont deux lignes & demie d'épaiffcur ,
& ne pefcnt guere qu'environ 30 livres.
Les cnyaux de petit diametre peuvent avoir jufqu'à. 1 8 pieds
de longueur ; mais les gros ne peuvent porter au-delà. de 1 2 pieds,
parce que s'ils avoient plus de lon�ieur, leur poids les rendmit
. d'une trop difficile execution , & 1'on auroit beaucoup de peine
à les a!Ièoir dans les tranchées . .fous ces tuyaux s'embo1tent les
uns dans les autres & fc lient , comme nous venons de le remar:­
quer , par des nœuds de foudure. A Paris le prix de ces tuyaux
de p!omb çoulés dl:: de 6 fols la livre; indifféremment pour tous
les calibres précédens.
· Quant
.. à la quantité de foudurc qu'on dl:: obligé d'emp loyer
pour joindre ces tuyaux, il faut , pour ceux de 6 pouces de dia­
metrç , 1 5 livres de foudurc par
, nœud : pour ceux de 5 pouces ,
1 2 liv. pour ceux de 4 pouces , 10 liv. pour ceux de 3 pouces ,
8 livres : pour ce�x de deux pouces , 6 livres : pour les tuyaux
d'un pouce & demi de diametre, 4 livres de foudure ; & pour
ceux �'un �ouce, il en faut 3 livres. La foudurc vaut à Paris
1 8 fols la Iivre.
On obfervera en �énéral qu'avant que d'affeoir les tuyaux , de
quelque nature qu'ifs foicnt, il cfr nécc!fairc,.. de bien applanir
le terrcin , afin d'adoucir autant qu'il efl: poilible tout ce qui
pourroit faire obfraclc au libre pa{fage de l'eau , ayant foin de
l�s enterr�r dans une tranchée aife� profonde pour qu'ils n'aient
rien à cramdre des plus fortes gclees , & pour que le choc &
l'ébranlement caufês par les voitures , fi. c'eH un grand chemin,
ne puiifent leur caufcr aucun dommage. Au refl:e , de quelque
maniere que l'on faffc cette conduite, on ne peut en remplir la
tranchée qu'on n'ait auparavant bien éprouvé les tuyaux , pour
voir s'il ne s'y rencontre point des endroits défcfruetix par oh
l'eau pourroit fo faire un paifage & fc perdre. Pour cet effet ,
on bouche la conduite par l'endroit le plus bas , & on lui fait
· foutenir quelque tems tout l'effort d'une . . colopne d'eau plus
hat}te que celle CJ_UÎ doit y couler�
,
I
l i VR:E I.. D E L A C O N' S T ll ù C T. I O N. . 1j

AR T I C L E I I I.
Des tuyaux de far.
Les tuyaux de fer n� font en ufage , felon M. Belidor, que
depuis 1 67 2 ; c'efi à M. Francini , ajoute le même Auteu r ,
qu'on efr redevable de cette invention , & c'efi lui qui a eu le
P:�m�er l'idée _ d'e�1 faire _ couler de ce métal. Leur longueur efi
d environ trois pieds : ils font accompagnés d'un nombre de
brides proportionné à leur diametre. Avant que de les joindre
l'un à faucre , on examine fi les brides n'ont point quelque
grain de fer qu'il faudra détacher , ou quelques irrégularités qui
ernpêcheroient leurs bords de fe joindre exa&ement. C'efi pour­
quoi il efi à propos que ces brides fe jettent tellement en dehors
qu'il s'en faille d'environ deux lign�s qu'elles ·ne fe touchent
quand les tuyaux font j oints , afin de fuppléer aux inégalité6 qtù
s'oppoferoient à leur jonéhon, laquelle ne fe fait qu'après que
l'on a étendu fur les brides une couche de mortier à froid, que
l'on accompagne toujours · d'une rondelle de cuir. Enfuite il n'efr
plus quefrion qee d'avoir des vis & des écrous fabriqués de bon
fer , pour les j oindre & les tenir fermes l'un contre l'autre..
Quand le fer coulé cfr de bonne qualité , comme celui que
l'on t�re des forges de Normandie,. on donne aux tuyaux de
quatre pouces de diametre , 4 lignes d'6paiffeur : 5 lignes à ceux
de 6 pouces : 6 lignes à cemc de 8 , ainû de fuite ; augmenta.nt
l'épaiffeur d'une ligne à mefure que l e . diametre augmente de
deux pouces. Au refre on ne · doit point recevoir ces tuyaux aux
forges qu'on ne les ait bien vificés auparavant, pour voir s'ils font_
par-tout d'une égale épaiffeur , & s'il n'y a· point de fouffiures.
Voici le poids & le prix de la coife courante . des tuyaux de
fer de différens calibres , de la fabtique de Normandie , tels
qu'ils · fe payoient à la machine de Marly, en 1 740: Tous ces
tuyaux fe payaient indifféremment 1 1 5 livres le millier pefant.
Les tuyaux de quatre pouces de diametre pefent 1 60 livres ,
& à raifon de 1 2 5 liv. le millier, reviennent à 20 liv. la toife
eourante.
Ceux de quatre pouces & demi pefent 1 80 livres , ce qui fait,
au même prix , 2 2 liv. 10 fols la coife.
Ceux de cinq pouces pefent 2 3 0 livres, & reviennent à 2 8 liv.

..
I 5 fols la toife .

-- - ··-- .......
24 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
,, Ceux de cinq pouces & demi pefent 2 5 0 livres , & reviennent
à 3 1 liv. 5 fols.
Ceux de fix pouces pcfent 2 70 livres, ce qui fait 3 3 liv. 1 5 fols
la toiiè.
Les mya�1x de huit · pouces , à quatre vis , pcfent 3 zo livres , &
rcvier1ncnt à 40 liv. la toifc.
Ceux: de huit pouces , à .Gx vis, pcfent 4 30 livres , cc qui
revient à 5 3 liv. 1 5 fols h toife.
Ceux de douze pouces , à fix vis, pcfent 700 livres , & coûtent
1,

87 li-v, 1 0 fols la coife.


Ceux de dix-htùt pouces , à huit vis , pefcnt 1 1 00 livres , &
coûtent 1 37 liv. 1 0 fols la toife courante.
Il y a auili des forges en Champagne _où l'on _fabrique pa­
reillement des.. tuyaux de fer. On y en fa.1t de trois p ouces de
diametre , à trois vis, qui pefent 1 8 0 livres la toifc , & qui
cofüent également 1 2 5 !i:vres le millier pef.1.nt : c� qui revient
à 2 2 liv. 10 fols la roife courante. 1

A R T I C L E I V.
Des tuyaux de poterie Oll de gres,
La méthode· de conduire les eaux par des tuyaux de grès
ou de poterie dl: celle qui colite le moins , auili efl:-clle d'un
plus grand entretien , ces forces de con.duites étant fort fujettes
à fe caffer & à fe rompre par feffort de� vents qui s'y ren­
ferment avec l'eau. Ces tuyaux fe font d'une c0mpolîtion de
terre cuite pareille . .à. celle dont on fab,:ique les pots � les
terrines,
Lorfqu'on fc propofe d'affcofr ces fortes de tuyau'X dans des
terres mouvantes ou q_ui n'ont pas affez de confifl:ancc, on leur
fait d'abord une petit� fondation, ou un mailif pour les foutenir ;
cnfuite ay..,'lnt préparé 8ç vifüé tous les tuyaux dont op veut fo
fcrvir, on en échauffe ·peu à peu les deux extrêmites que l'on
trempe dans du mafl:ic fondu, après quoi l'on encafrrc les tron­
çons , qui ont dei;ix pieds de long , les uns dc}.nS les autres , le viret
dans l'emboîture , & l'on applique de cc mafl:ic bien chaud garni
de filaire à lc!!r jointure (ttr l'purlct,. Cette opératio.q fc fait fur
]:i place même oh • l'qn pofc les tuyaux , ayant foin de k.� �enir
i:MiP(ft»t•1e:ret w,'è#F2Ifrn:œa·a ?MttD
wil e:wsen,yrzpz
.. . .. "'
un
-···
. L 1 V -R E I. D E L A · C�O N S T R _tJ' C T 'I O N. '
un .peu élevés au-deffus du maffif qu'on leui· a préparé , en les.
foutena:1�t avec quelques pierres. de dii.l:ance • en dii.l:ance. On doit
placer ces tuyaux avec beaucoup de diligence, de crainte q�1e le
mafric ne , vienne à fe refroidfr, & quand les tuyaux font entie­
rement refroidis , il faut prendre garde de ne plus les remuer ,
car ils fe romproient. Si l'on fe trouve contraint de fai"?e quel­
ques . cou 1es ou retours, il faut fe fervir de tuyaux de gr.ès coudés ,
ou bien 1 on en fera couler en pl.omb , fclon l'angle donné. On
obfer:v'era .que l'angle droit, même en tuyaux de plomb , rend
l'ouvrage de très-peu de duré�, par.ce que l'eau trouve tant de
.. I'

ré.frfl:ance à y couler, qu'elle les rompt & les · creve ,. en peu de


tems. Ces tuyaux de grès étant pofés & bien arrêtés , lorfqu'ils
doivent fervir à conduire des eaux forcées, on les - garnira tout
autour d'un maffif ou d'une chemife de 6 à 7 pouces d'épaiifeur,
faite avec de bon mortier de chaux & ciment, & des cailloux bien
ferrés l'un · contre-l'autre , ce qui fortifiera ces conduites contre ·
l'effort redoublé de l'eau & des · vents qui s'y trouvc;nt ren,..
fermés. On a foin auffi dans ce cas de commander des t�1ya.ux
renforcés , c'ei.l:- à -d ire, de . les faire fabriquer une fois plus épais
que ceux d'ordinaire , leur donnant juf�u'à 7 l!gnes d'épai!feqr , _
& les faifant cuire plus long-rems & à petit feu. On form� enc;ore
un nœud de mai.l:ic dans !� milieu de l a longu�ur de chaque
. morceau de tuyau , pour lm donner plus de force , ce qui le
. conferve long-rems & · le _rend capable de foutenir le · poids.
d\10.e colonne d'eau de 20 à 2 5 pieds d'élevation. Il y a deux
chofes effentielles à obferver dans ce travail : 1 °. de laiifer fécher
une conduite de poterie !ix mois avant qué d'y faire couler l'eau;
afin de donner le tems au cîment de bien fécher & de fe durcir :
2 ° . d'a-!furer ces fortes_ de tuyaux ; qui font e�trêmement fragiles ,,
for des maffifs & des fondemens de maçonnerie, comme on vient;
de le recommander, de peur qu'ils ne viennent à s'affaiffer & à fe, Il

· rompre par l'effott de l'eau· & le poids des ' terres qu'on rejette·
par deffi1s ces conduites�
Les meilkurs tuyaux de gi-ès fe font à Savigny , près Beauvais :
ils ont ordinairement deux pieds de •longueur, & vont un peu en
diminuant, afin de pouvoir s'emboîter l'un dans l'autre for ta
•profe>ndeur de trois pouces. Leu� diametre dl: depuis de�1x ju(- ,
-

qu'a fr� pouces, mais ceux de 3 a 4 pouces Font plus foh1es � .


,
de meilfeure refi.i.l:ance que les gros de 5 a 6 pouces , qu on � ,
beaucol,lp de peiné à échauffer. 1·

:�
Tome l, D •. '
: .. ·
f
'
·26 A R C H I T E C T Û R E M O .D. E R N 1t
Pour afrembler ces tuyaux de poterie on prend du ciment
battu & pafré au tamis , ou bien du fable très-fin, ou du mi­
chefer purifié de charbon , ou enfin du pl�tre battu & tamifé ,
que 1'011 met en égale quantité avec de la poix ré.Gne, & autant
de poix grafre fondue , c'eft-à-dire , un tiers de chacun de ces
trois ingrédiens. Lorfque la poix commence à bouillir on la
remue fortement & l'on repand deifus de la poudre de ciment,
petit- à- petit,,_ en remuant toujours à mefore pour bien mêler le
tout & empêcher qu'il ne brûle. Quand on voit cette compo­
iition filer comme fi c'étoit de la térébentine , on la verfe dans
un baquet, pour la laiifer refroidir , après quoi on la caffe par
morceaux qu'il faut faire refondre lorfqu'on veut s'en fervir. Si
l'on s'appercevoit que le mafiic fût trop maigre pour fe bien
joindre & s'attacher aux tuyaux , il faudroit en le faifant refondre
y mêler -de la. graiife de mouton , ou de l'huile de noix , autant
qu'il en feroit befoin pour lui donner cette propriété. Cent livres
de ce mafiic reviennent à peu près à douze francs, & il en faut
environ trois livres pour chaque nœud , quand les tuyaux ont
'•

quatre pouces de diametre ; & ainfi des autres, à. proportion de


leur groffeur. Les nœuds fe forment avec de la fila.Ife ; on en ,


confomme environ trois liv-res pour cent toifes des· mêmes
tuyaux. On s'aifure de. la .bonté des nœuds & de la tena.cité �
du mafiic en diàyant de détacher à petits coups de marteau le
maftic qu'on y_ a. employé, après l'avoir laiffé fuffifamment re­
froidir : il efi facile de voir alors s'il ef.t bien inc0rporé ou non
avec le grès ou la poterie.
Lorfque les tuyaux ont 5 à 6 pouces de diametre ,. & qu'ils fe
trouvent trop gros pour être joints & aifcmblés· avec du rnafrîc
à feu, par la difficulté de les échauffer & de faire de bons nœuds ,
on fe fert d'Un autre mafiic q1 on emploie à froid , q,mpofé de
l

chaux. & de farine de ciment , d0nt on garmë le dedans de la


boîte & le deffi1s de la vis , que l'on pouffe en tournant de ct>cé
& d'autre , jufqu'à ce que leurs bords fe touchent & que le ciment
regorge. Alors on fe .. fert de- ce qui en déborde pour en former un
nœud tout au tour. Il dt très-e.fièntiel que cette couronne de
maftic , dont on environne chaque jointure. , foit maniée promp­
tement , & 9.u'elle foie appliquée également de.ffous comme_ par

deifus. On fe fert enfoite• â'un fer chaud pour applatir les extrê­
mités du nœud & le réduire à rien fur le tuyau de grès.
Les tuyaux de cette efpece font plus propres à. conduire des dé-

.'
l. I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. ..
17
' charges de baffins, ou des eaux plates, que des eaux jailli!fantes, à
l'dfort defquelles ils ont bien de la peine à réfifl:er quelque tems. ,,_
Lor[qu'ils ne fervent qu'à des déchargès , il fuffit de les revêtir
d'une chemife de chaux & de fable. Il s'y forme fréquemment
des queues de renard , occaiionnées par de petites racines ,. d'arbres
fort déliées , lefquelles pénétrant
• à travers les pores des tuyaux ,
ou fe faifant un pa{fage dans le nœud du mafl:ic même, lorfqu'il
vient à fe pourrir en terre , fe nourrifrent dans l'eau, & deviennent
petit-à-petit 1i longues & fî groifes qu'elles rempliifent tout le •
canal du tuyau. Au refie ces conduites de grès ou de poterie ont
un mérite particulier pour les fontaines d'eau bonne à boire, c'efl:
que , comme elles font verniifées en dedans, le limon ne s'y
attache point comme aux autres tuyaux , & l'eau s'y conferve
beaucoup mieux. Elle s'y maintient même plus fraiche que dans
aucune autre conduite , & ne concrall:e point de mauvais goût
ni de mauvaife qualité, comme cela arrive dans les tuyaux
de plomb , de fer , ou de bois.

A R T I C L E V.
Des tuyaux de bois.
Pour faire des tuyaux de bois, on fe fert de troncs d'arbres
de belle venue , comme le chêne , l'orme , l'aulne , le tilleul ,
&c. les plus longs & les plus droits que l'on peut trouver font
les meilleurs ; on doit les choifir d'une groifeur raifonnablc ,
enforte qu'étant percés d'un trou de grandeur convenable ,
comme cfc 3 à 4 pouces , il refie encore au moins un bon pouce
pour l'épaiifeur du tuyau , fans y comprendre l'écorce 1ù l'aubier.
On perce ces troncs d'arbres de la meme manierc que les Char­
rons percent les moyeux des roues , en commençant d'abord par
un trou d'un petit diametre que l'on aggrandit cnfuite en re­
prenant une tariere plus forte. Un bon ouvrier peut percer en
un jour fix toifcs de bois d'orme, ou d'aulne ,.d'un trnu de deux
pouces de diametre , & feulement une toife de ce même tuyau
.fi c'efi du bois de chêne. On a auffi imaginé des moulins pour
percer des tuyaux de bois , dont le méchanifme efi des plus
fimples, étant mis en mouvement par l'aétion d'un •t
courant ou·
. d'une chace d'eau , & qui font capables néanmoins de pr9duire

D ij
<:i- 8 .A R C H I T E C T U R E M . 0 D E R N E'.
.
un gr.and. effet. On peut voir l'explication & les développemens ­
d'un moulin de cette efpece dans la premiere Partie de l'Archi­
uc1ure Hydraulique. de M. Be!idor , Livre II , Chapitre II.
Pour joindre. enfemble les tuyaux de �ois, on affile l'extrê­
mité de. l'un, & l'on aggrandit un peu le diametre de l'autre ,
afin de pouvoir les faire entrer l'un dans l'autre d'une profondeur
convenable. Pour plus . de. .. folidité , il dl: à propos de fretter
d'un cercle de fer le bout de chaque tuyau qui doit recevoir ·
l'extrêmité de l'autre ; & afin. que l'eau ne fe perde point · par
ces jointures ; on les . endrut d'un mafric à froid , qui dl: tme
·compofition faite avec de la graiffe de mouton fondue &
ba.ctue dans un mortier • avec de ,1� farine de brique , tant g u'on
en puiffe faire des pelotes molles comme de la cire à modeler.
S'il fe trouve dans le bois des fentes ou des trous par où l'eâu
pourroit s'echappcr , on y chaffe à force des . coins de bois en-
. tourés de filaffe , & end�its de ce même mail:ic.
Les tuyaux de cette efpece , ainfi que ceux de poterie, font
fojets aux queues de renard , & ne font bons que dans les pays
marécageux , car ils ne demeurent pas long-tems fans fe pourrir
dans les terreins . un peu fecs. On les pofe le viret en avant,
felon le cours de l'eau, vers le jet , & non pas à. rebours , pour
oppofer moins de réfrftance à fon paflàge. Les ea�1x des fon­
taines de Liancourt , Dampierre , & une partie de celles de Chan­
tilly ·, ne font conduites que par des tuyaux de bois , lefquels ,
quoique dans l'eau, ne durent au plus qu'une vingtaine d'années.

A R T I C L E V I�
- Des tuyaux de cuivre
• ..
Il y a �ncore une autre efpece de tuyaux dont on fart ufage
quelquefois , ce font ceux de chauderonnerie , c'efl:-à-dire, de ·
cuivre rouge. On les. fait avec des tables de cuivre étamé bien
battues , que l'on plie en rond for un moule ou mandrin fait au
tour , & dont , on foude les bords pour en former un cylindre ,
¡-

creux, avec une foudure plus forte q1:1e. celle qui fert à joindre
les tuyaux de plomb. On y foude pareillement les morceau-x 9.ue
l'on emboîte l'un dans l'autre , par des nreuds: de la même fou­
dure dom on environne chaque jointure. . Ces fortes de tuyaux,
t rV R E r D E- L A C O N S T R U C T ! O N.' 19
-
'
font très-propres pour des defcentes de- réfervoirs ; aînfi que pour l
les machines hydrauli�ues : ils font d'une longue durée , mais ils:.
cotirent beaucoup. Le feul inconvénient auquel ils foient fojets ,
efi une craffe verte femblable au verd de gris , qui s'engendre
extérie_urement for leur fuperficie , & qui les ronge entierement
fi l'on n'a foin de les nettoyer de tems en tems. •Le téfervoir
du chitsau d'eau de Verfailles dl: confrruit de pareilles lames de
cuivre rouge étamé. Au refte , on doit employer k:s différentes
efpeces de tuyaux dont nous venoJ1s de parler dan� ce chapitre,
felon la nature du terrein & les lieux qui fe trouveront'. fur le
pa.ffage des eaux que l'on veut conduire. Il ne feroit pas à propos,
par exe_mple , de fe fer�ir ,d� tuyaux de plomb d�ns la campagne ,
ils fero1ent trop expofes a etre�.!.volés. On conviendra c·ependant
que ceux de plomb font fans contredit les plus commodes &
les plus néceifaires , puifqu'ils fervent à raccorder tous les autres,
',

& qu'on ne peu� .s'en paffe r dans, les conduite�. , foit pour les
coudes , foit pour les raccordemens , les robmets , les fou­
papes , &c. 1
Nous ne nous étendrons pas davantage fur la conduite & la
difiribucion des eaux , ce fujet ayant été favamment approfondi ·
par M. Belidor , dans · la premiere Partie de -fon Architeélure \
Hydraulique. C'efi pourquoi nous y renvoyons le Leél:eur comme
à. l'ouvrage le plus complet qui ait encore paru for cette matiere.
Nous ne pouvons nous difpenfer de citer en même tems le Traité
d'Hydraulique inferé à la fin du Livre qiü a pour titre la Théori�
du Jardinage , dans la quatrieme Edition qui en a été donnée
en 1747. L\auteur y efi entré dans un fi grand détail fur tout ce
qui regarde l'art d'embellir les jardins de propreti., par le moyeri
des eaux courantes & jailliifantes, que cet Ouvra?'e dt d'u:ne
néceffité indifpenfable pour tous ceux qui veulent fe rnetére au
fait de l'Architeéèure Hydr,ulique , ainfi que. de la décoration
des jardins.
'

\
'

.; .. ..
'

b
,;o A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.

C H A P I T R E• V I I.
Des dijferentes efpeces de pierres.
Av A N T que de commencer un b�timent , il faut faire une
telle provifion de tous les matériaux qui doivent fervir à fa
confèruélion, que l'ouvrage puiffe fe continuer fans interruption ,
• celui qui fait b�tir a lieu d'être mécontent de l'En­
p.Utrement
.
trepreneur , & l'ouvrage n'en efè j amais fi folide : au lieu que
lorfque toutes les provifions font faites d'avance , les pierres ont
' de jetter une partie de leur humidité fuperflue avant que
le rems
d'être employées, les bois ont le tems de fécher, & tout l'édifice
par conféquent
J en efè meilleur & moins fujet à des accidens.
- --- ~~--~
..
,_ A R T IC L E P R E M I E R.
De la pierre en général.
La pierre dl: la maciere la plus utile dans les b�cimens : il y en
a de deux efpeces ; l'une dure , & l'autre tendre. La pierre dure
dl: fans contredit la meilleure & celle qui 1·éfül:e le plus aux far-
, deaux & aux injures du tems. Il s'en rencontre quelquefois de
la tendre qui réiifèe mieux à la gelée , mais cela dl: rare , & l'on
...
ne doit pas y compter. Il fe trouve auffi des pierres dures qui
font fujettes à la gelec : q_uand on leur connoît ce défaut , on
n'employe celles de cette efpece que pour les fondations & les en­
droits couverts. Il y a au contraire, comme on vient de le dire ,
de la pierre tendre qlll: , après avoir été expofée pendant l'été au
grand air & au foleil, perd une partie de fon humidité & foutient
fort bien la gelée. Il s'agit donc avant tout de connoître la na­
ture des matériaux qu'on doit employer ; & pour bien juger de
la qualité de la pierre d'une nouvelle carriere dont on n'aura
pas encore fait ufage , il dl: à propos d'en expofer quelques
quartiers à la gelée pendant tout l'lµver fur un terrein humide;
fi elle réfifèe à cette épreuve fans fe fendre ni tomber par éclats ,
on peut être affuré que cette pierre efè de bonne qualité.
Lorfgue la pierre dl: formée d'aifez gros quartiers pour pouvoir
être taillée de telle forme & figure que l'on veut , on la nomme
pierre de taille. Elle fe vend communément à. Paris , -� à 10 liv.
ltVllE I. DE LA C O N S'l" RùGTION..
la voie , rendue fur I'attelier : chaque voie contient cinq car:..
reaux , ou environ quinze pieds cubes. On l'achete auΠau pied
cube , environ 1 2 iols le pied, plus ou moins, felon qu'elle eil:
dure ou tendre , ou fuivant que les quartiers font de grand ou de
petit appa'reil. On appelle quartiers de pierre :, ceux dont il ne
faut qu'un ou deux morceaux
• pour faire une voie , & on les
no �i:ne pierres de libage :, lorfqu'il y a fix ou fept quartiers à la
voie.
Dans les carrieres , la pierre fe trouve difpofée ordinairement
par bancs , dont l'épaiffeur varie fuivant les lieux & la nature
de la pierre. Chaque pay:s a fon efpece de pierre particuliere ,
c'eil: pourquoi lorfqu'on fe trouve dans le cas de batir dans un
endroit o ù l'on ne connoit point les qualités des matériaux ,- il
faut s'informer des habitans du lieu , en quel endroit �n pourroit -
ouvrir les meilleures carrieres , puis en éprouver la pierre c0mme
on vient de le dire , pour s'affurer de fes bonnes ou mauvaifes
qualités , ce que l'on peut connoitre auffi par l'infpeétion &
l'examen des anciens bitimens qui fe trouvent déja élevés dans
le même lieu.
Quoiqu'il fe trouve des pierres de telle nature qu'elles pour­
roient porter des fardeaux confidérables fans êtr� pofées fur leur
lit , c'eil:-à-dire, de la même maniere qu'elles fe trouvent dif­
pofées natù.rellement dans les carrieres ; cep-endant pour plus de
sûreté il eil: bon d'obferver pour regle générale de les· pofer.
toujours fur leur lie, parce que dans cette_ fituatiôJ!.. elles, font
capables de réfül:er bien davantage au poids. dont elles peuvent
être chargées , au lieu qu'étant pofées d'un autre fens , elles font
fujettes à s'éclater & n'ont pas à beaucoup près tant de folidité..
La plûpart des 0:uvriers connoiffent bien aU' premier coup d' œil
le lit de la pierre ;, mais, ajoute M.. Belidor, à. moins que d'y
prendre garde , ils ne s'affujettiifent
• pas ·toujours à la pofer

dans fon fens naturel.
1,

A R T I C L E I l
Des carrieres des environs de Paris-.
A11x environs ... de Paris on tire de la pierre dure de piuîieurs: �
efpeces· ,, çlont la, meilleure , pour réfiil:er a-µx injures du tems, efl:
la pierre d'Arc.ueil. Son banc Je plus, ferme ne po-r,œ que 1 1.. à
3 i A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
1 5 pouces d'appareil , cecce pierre efr prefqu'égalcmcnt folidc
par-cout. Il y a auffi celle que l'on appelle le faux Arcueil,
que l'on tire vers le fauxbourg S. Jacques, à Mont-Rouge , à
Bagneux, & aux environs. Cette pierre porte de banc depuis
1 5 jufqu'à I 8 & 1 0 pouces , mais elle efr très-inférieure à la
premiere, étant fojette aux moyes, aux fils, & à avoir beaucoup
de boufin ( 1) dans fcs lies ; d'ailleurs elle efr moins capable de
réfifrer à la gelée & aux fardeaux. A Paris, la belle pierre dure
revient à 1 5 fols le pied cube.
Il [c trouve encore , vers le fauxbourg S. Jacques , de la pierre
� rife appelléc Souchet , qui efr trouée & porcufe , & qui reffcmble
a celle d'Arcueil; mais elle n'efr bonne ni à l'humidité ni fous
le fardeau , auffi ne s'en fert-on guere que pour des bicimens de
peu de conféqucnce. Elle porte 1 2. , 1 4 à 1 6 pouces de hauteur
de banc. ÜR tire encore, du côté du même faaxbourg, de la
pierre dure de bas apRarcil , qui n'efr pas fi belle que l'Arcueil ,
& qui porte 6 , 7 , 8 a 9 pouces de banc. On s'en fore pour faire
des feuils de porte , de petites marches, des appuis de fenêtres,
& des tablettes pour des murs à hauteur d'appui.
La plus belle de toutes les pierres dures qui fe cirent des en­
virons de Paris efr fans contredit la pierre de liais , dont les
carrieres fe trouvent vers la porte S. Michel , dcrriere les Char­
treux. Elle eft pleine , dure & blanche , & reçoit bien le poli.
On s'en fert pour les ouvrages les plus apparens , & qui de­
mandent en même tcms de la folidité & de la beauté d'appareil ,
tels que les bafes & les chapiteaux des colonnes, les corniches
& l�s entablemens des ordres d'Architell:urc, comme auffi pour
des ouvrages de fculpture, & pour des balufl:rcs, entrelas, cham­
branles & tablettes de cheminées , carreaux pour les vefübules
& fallons , &c. Cette pierre porte depuis 6 jufqu'à 10 pouces de
hauteur : on la diili�gue en deu.x cfpeces , le liais doux & le
liais feraut. Celui-ci e.fl: pris du premier banc des mêmes car­
rieres ; il dt fi dur & fi difficile à tailler q_�1e la pointe de�
meilleurs outils .rebrouiTe en le rravaillant : ij p.orte 6 , 7 à 8
pouces de banc. Le liais doux efr beaucoup plus tendre & ne
s'emploie qu'aux grands ouvrages d'architeél:urc.
(r} Le boulin n'efl: autre chofe que la partie la plus tendre de la pierre qu'il faut
avoir foin de bien enlever jufqu'aa vif avant que de J'employer : aurrement une pierre
qui n'auroit pas éré bien ébou!inée périroit par la foire des rems & fe réduiroit en
poudre , ce qui pourroit devenir très-préjudiciable à un bâtiment. En un mot le boufin
efl: � la pierre ce que faubier efl; 4U bois; il �!è également dangere1.1x d'en lailfer à
l'un comme à l'aurre.
L I V R E 1. D E L A C O' N S T R U C T I O N. 33
a:ti8u .... NU+caí • e w [WWW!,.:.=
La pierre qu'on appelle di.quart dl: auffi de deux cfpeces, dont
l'une cil: beaucoup plus dure que l'autre. Toutes les deux cfpeces
de cliquart fo rirent des carricrcs du fauxbourg S. Jacques , du
côté de 11ont-Rouge , Bagneux , &c. 1
Au fauxbourg S. Germain , en cirant vers Vaugirard , il y a
quelques carricres où fc trouvent la pierre de fouchet & celle
de bon banc. Le (oucliei efl: une pierre dure, grife , poreufe &
pleine de fils : elfe fe Erend au-cfeffos du bon banc , d.ans les
mêmes carriercs. Elle fcrt pour les fondations des grands édi­
fices � pour les ?âtimens mé�iocres, comme aulii pour les
vouffoirs des voùtes , les foup1raux des caves , & pour les
jambages des portes & des croifées. Cette piecc porte 1 8 à 20
pouces de hauteur de banc. ie hon hanc cil: une pierre tendre
fort blanche , qui fe mouline aifémenc & qui n'eil: guere
capable de réfiil:cr à de grands fardeaux : elle fe foutient cepen­
...
dant lorfqu'cllc n'eI'c cxpofée ni à la gelée ni à l'humidité : la
meilleure dl: celle' qtù a un lit coquilfeux & peu de molieres.
Quand le bon banc cil: pleiri & d'une belle bfanchcur, il peut
s'employer à des ouvrages de conféquence , mais toujours dans
. l'intérieur des bâtimens , pour les raifons qu'on vient d'expofer.
Cette piece porte depuis 1 5 , r 8 , jufqu'à 24 pouces de hauteur.
Il y a encore d'autres carrieres aux portes de Paris , dont on
ne fait_pas un fi fréquent �1fage , parce qu'elles ne font pas d'un
fi bon fervice.
Saint-Cloud & Meudon fourniffent encore de très-belles
pierres pour les grands édifices. Celle de Saint-Cloud d\: blanche,
& un peu coqLUlleufe. On en tire de grands quartiers capables
de faire des colonnes de deux pieds de diametre ; mais elle cil: ,
dit-on, fojette à fe gâter & mouliner par l'influence de la lune
& par l'humidité de l'air. D'ailleurs elfe réfifie également dans
l'eau & fous de gr,lnds fardeaux. On en fait auffi des auges &
des ba ffins. Felibien rapporte que de fon tems ( 1 ) cette carricre
fourn.iffoit la pieue dont on a bâti le Louvre, & qu'on en tiroir
des quartiers qui pefoient plus de vingt milliers.
La pierre de Meudon cil: de même qualité que celle d'Arcueil,
mais elle n'efi pas fi propre à réfiil:er aux injures du rems. On
en a tire quelquefois des morceaux d'une grandeur extraordi­ li

naire. Les deu� cimaifcs des corniches rampantes qui couronnent


le grand fronton de la principale entrée du Louvre , vis-à-vis
(1) En 1674,

Tome I. E
·34 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
Saint Germain !'Auxerrois , ont été tirées de cette carriere. Le
même Felibiell affore que dans la carriere ces deux pierres n'en
faifoient qu'une feule , que l'on a coupée en deux fur le lieu
pour pouvoir la tranfporcer plus facilement. On fait que ces
deux corniches , qui font l'une & l'autre d'une feule pierre, ont
chacune 5 1 pieds de long fur 8 pieds de large , & 1 8 pouces
d'épaiffeur , mifes en œuvre. Ces pierres font d'une grande ,,

dureté & approchent de la nature du liais feraut. Elles pcfoient


chacune plus de quatre-vingt milliers. On peut voir dans le
Vitruve commenté par M. Perrault ., la defcription des machines
que ce célcbre Architeél:e fut obligé d'imaginer pour avoir la
facilité de tranfporter ces fardeaux énormes , & pour les élever
'.

jufqu'au haut du fuperbe édifice ptt elles font p lacées , c'dl:-à­


dire , à environ vingt toifes du rez - de - chauffé e, fans qu'elles
fe foient rompues dans le tranfport ni en ,.,les. enlevant à une
hauteur auffi confidérable.

A R T I C L E I I 1.
De la pierre de Saint-Leu ., de Tonnerre , &c.
Les carrieres de Saint-Leu fur Oifc fourniffent la meilleure
pierre tendre que l'on employe à Paris. Il en vient de trois
efpcces, la premiere fe nomme fimplement pierre de Saim-Leu:
(

la fcconde cfl: a.ppellée pierre de Troffy ., parce qu'on la cire du


village de Troffy près Saint-Leu. Ces deux forces de pierre font
d'une nature belle & fine, & s'employcnt ordinairement aux \;
façades des bâcimens & aux plus beaux ouvrao-es d'architcél:.ure
& de fculpcurc en pierre. Il s'en trouve depuis deux pieds jufqu'à
quatre de hauteur de banc. La troifieme efpecc cfl: connue fous
'

le nom de pierre de Vergeté. Celle-ci efr bea1,1coup plus dure que


le Saint-Leu & le 1'rolfy , auffi efi:-elle plus rnftique & percée
de trous ; elle ne s'emplo-ye guere qu'aux quais, aux ponts , &
autres ouvrages- que l'on b�tit dans l'eau, ainfi q.ue pour des
voûtes de caves , des écuries , &c. Le meilleur vergelé cfl: celui
..
que l'on tire des carrieres de Villiers, près Saint-Leu, & non
• pas celui qui fe tire d'un banc de celles de:Sainc-Leu même..
1:

Au défaut du Saint-Leu , on employe à Paris une cfpcce de


p_ierre tendre qu'on appelle lambourde. Cette forte de pierre fe
tue d'un banc de quelques carrieres des environs de �aris ; mais
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 31'
l a meilleure lambourde eft celle qui f e trouve dans les carrieres
d'Arcueil.
.. Elle a de hauteur de banc depuis 1 8 pouces jufqu'à
4 & 5 pieds : ce qui fait qu'on efr obligé de la moyer ou deliter,
parce qu'il ne feroit guere poffi�le de l'�mploye� dé cette�hauteur.
Quand la lambourde d'Arcueil eft b1�n cho1Ge , elle dl: plus
blanche & réfi.fre autant au fardeau que le Saint-Leu. On ob­
fervera que comme cette pierre dl: fojette à la gelée , il efr né..:
ceffa.ire de la bien laiife r fécher fur la carriere avant que de
l'employer. La pierre de Saint-Leu vaut à Paris rendue fur 1'atte­
lier environ 1 3 fols le pied cube , ou 9 francs le tonneau , ou
la voie, compofé de 14 pieds cubes.
On tire de Tonnerre , à trente lieues de Paris , une fort belle
pierre qui porte le nom _de cette ville , & qui efl: plus blanche ,
auffi pleine , & moins dure que le liais. Cette pierre porte 1 6 à
I 8 pouces de hauteur : elle dl: fort chere , & vaut .\. Paris depuis
3 jufqu'à 4 & . 5 , & même 6 liv. le pied cube ; auffi ne s'en fert-011
guere que pour des morceaux de fculpture & pour les plus beaux
ornemens d'architeélure.
Comme la pierre de Tonnerre dl: très-chere à Paris , à caufe ·
de fon eloignement, on y fait ufage à fon défaut de celle des car­
rieres de Conflans Sainte-Honorine , à environ fix lieues de Paris,
qui eft d'une grande blancheur , & que l'on n'employe qu'aux
ouvrages de conféquencc. La magnifique fontaine de 1a rue de
Grenelle , fauxbourg S. Germain à Paris , exécutée en 17 3 9 for
les deffeins du celebre Bouchardo.n , efl: entiereme11t b1tie de cette
belle pierre, à la réferve des figures & des ornemens qui font en
pierre de Tonùerre. Elle eft appareillée avec une· jufi:eff
• e & une
exaélitude qui répondent parfaitement à l'elegance & à la beauté
des fculptures qui accompagnent ce précieux monument , dont
on peut voir les deffeins ainfi que la defcription dans le premier
volume ·de l'Archùeaure Françoife, par M. Blondel ., imprimée à ·
Paris chez Jomben, qui vend auffi ces mêmes gravûres féparément.

A R T I C L E I V. .
::t,,.�<�

Du. moilon , du libage, & du. g és. r

Outre la pierre franc};ie qu'on tire des carrieres , il y a encore


le moilon ., qui én dl: la pottion la plus, tendre , & le libage , qtù
en dl: le plus dur. Le moilon , quoique plus tendre, fuit en

E ij
A R C H I T E C 't U R,E M O D E R N t.
général la même qualité dé • la pierre de taille· qui fe cire des
'mê�es · carrieres. Par conféquent le moilon d'A.rcueil efi: le
p::ieilleur de toùs. D'ailleurs le mieux équarri & le mieux gifant
efi: le plus recherché, y ayant moins de déchet pour le tailler.
Il fe · fait avee des morceaux ou éclats de pierre de taille, dont on
é)te feulement le l?oufin & que l'on équarrit groffierement pour
être employés dans les fondemens, ou au rempliffage des gros
murs ; ou bien oh le tire des bancs de carriere qui n'ont pas
a.ffez de hauteur pour en former des pierres de quartier. Le
moilon [e mefore à. la toife cube qui contient , comme on fait ,
2 1 6 pieds cubes. La toife cube de moilon blanc peut coûter
énviron 3 6 liv. toute rendue au biciment & même entoifée ,
.& il faut ordinairement ci11q v_oitures à· trois chevaux pour la
'tranfporter de la carriere à l'attelier.
� Il y a une autre efpece de moilon appellé pierre de meuliere , qtù fe
trouve aux environs de Verfailles & ailleurs , qui tient de la nature
. du caillou . Il efi: excellent pour les fondations , n'étant pas fujet à
fe pourrir à l'humidité. Comme cette pierre efi: d'une nature très­
dure & · très�poreufe , le mortier s'y attache beaucoup mieux qu'à
aucune autre forte d_e pierre ; cependant on n'en fait pas un ufage
auffi fréquent que des autres , par rapport à la grande quantité
de mortier qu'elle confonune, ce qui rend la maçonnerie extrê­
/

mement difficile à fécher , quoiqu'elle foie d'ailleurs meilleure


-· .. avec cette forte de pierre qù'avec toute aüére efpece de moi!..
Jon. Comme on efi: obligé de tirer la pierre de meuliere de
plus loin, elle dt toujours un peu plus chere que le moilon
ordinaire , & peut aller à 40 francs la toife cube.
' Le moilon dela plus mauva.ife • efpece efi: celui de pierre de prntre,
ainfi il faut bien fe garder d'en employer., m�me dans les fon­
dations , quoi qu'en difent quelques pcrfonnes ,, l'expérience ayant
fait voir qu'il 11'e_fi: pas de longue durée, ni à l'air 1..1i dans la terre :
ainfi il p'efi: bon qu'à faire du plitre..
A l'égard du libage , c'efi: une ·pierre imparfaite qu'on dl: oblio-é
d'employer brute, parce qu'elle ne p�ut fe tailler propreme1it.
C' efl: la plus dure de toutes les pierres, étant ordinairement tirée
de vieilles formes & de ciels de carrieres. Le libage fe paie à la
�oie, qui · en porte cinq ou fix quartiers. Il eft très-bon employé
daps les fondations.
· L.e gres dt une efpece de roche qui fe trouve en différens
eqdroirs_ ? il y en 'a de deux efpeces , le dur 8ç. le tendre. Le grès
e: Wblt trí e • na iH flr••Piili)JDlit&
- •~ iI4.;

..
L I VRE J. ' D E" L A C O N S TRU C T I O N., ,, f1
·; li ii!IW.id 1#• MW '"©QUI! HP il
fa
dur n'eft bon que pour paver : le tendre Ie débite &: fe . taille·
co·•mtne les pierres des autres carrieres. On en voit de fort beaux
ouvrages aux grottes & fontaines de Vaux-le�Vicomte. Cette
pierre a - ropriété de réfül:er au feu , ainû que le liais feraut.
r
En généra , les pierres qui f e trouvent à découvert ou �ui
- croilTent peu avant dans la terre , comme les rochers , · font tres­
dures & capables de réfül:er aux plus grandes. injures de l'air.-

C H A P I T R E V I' I L
De la chaux. ,.
,

L Achaux dt tine pierre caldnee au feu qui fe détrempe eil­


fuite avec de l'eau & du fable , pour en compofer le mortier.
Elle eft regardée comme l'ame de la maçonnerie , puifqu'elle fait
Ia· liaifon de5 pierres & des matériaux dont on confi:�uit les édi­
fices , c'efi: pourqüoi i l efi: elTen.tiel d'être bien inftruit de tout
ce qui la regarde, afin, de pouvoir connohre fes bonnes & fes
mauvaifes qualités, ainfi.. que le.s divetfes manieres de l'éteindre
pour en c_irer le parti le plus ,avant�geux 9.u'il foit pofli9le.
La meilleure chaux efi: celle qw eft faite avec des pierres ex­
�rêmement dures & compaétes : · ainû celle qui feroit faite avec
du marbre ou des cailloux feroit fans contredit. préférable à la
chaux faite avec des pierres ordinaires. Vittuve dt..du même
fentim.ent : la chaux , dit-il , doit hre faite avec des, pierres
blanches ou des cailloux ; & il ajoute , relativement à l'emploi
. de la chaux, que celle qui fera faite avec des p ierres ou· des
cailloux les ph:1s plei;1s & les plus durs. f�ra meilleure pour lier
la maçonnerie , & que· celle qui proviendra: de pierres fp·on­
gieufcs & raboteufes fera plus· propre pour les • en.duits- des
murailles.
On trouv.e aux environs de Boufogn� , près Paris' , une - pierre·
jaunâtre qui fait une· cha�x excellent� : cerendant: ce� le qu'on
employe le plus communement & qu on efhime fa meilleure fe
tire des environs de Corbeil & de Melun. Quelqttes
p�rf<:nnes efi:iment que_ �elle gui fe fait avec de� coquillef
d hmrr�s & autres coqmllages de cette efpece , efr tres-propre a
bâtir dans les endroits qui fe trouvent proc�e de la mer.. ·
38 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
L'expérience a fait conno1tre que le charbon de terre vaut
beaucoup mieux 9,ue le bois pow· cuire la pierre à chaux, car
outre que la cuiflon en dl: plus prompte, c'efi: qu'il rend la
chaux plus gra.lTe & plus onéèueufo. Quand la chau• efi: bien
cu.ice, elle ne doit pas pefcr plus que le tiers de ce qu'elle
pefoic avant que d'être mife au four. A l'égard de l a couleur ,
elle ne fait rien· à la bonté de la chaux ; mais la plus légcre
étant cuite efi: la meilleure & la plus recherchée.
Selon Plzilibert de Lorme , on juge que la chaux efi: bonne
lorfqu'elle dl: bien cuite , blanche & graife : lorfqu'elle n'ef1:
point éventée , & qu'elle fo1111e comme un pot de terre quand
on frappe fur un morceau. On peut encore juger de fa bonté en
la mouillant : fi elle jette une fumée épaiife, & qu'en la dé­
trempant elle s'attache & fc lie au rabot, c'ef1: une marque
,. ..
qu'elle ef1: très-bonne. M. Blondel enfeigne un autre moyen ( 1 )
de conno1tre la qualité de la chaux , après la cui.lTo n , c'efi: de
mettre un peu de cette chaux pulvérifée dans de l'eau, & de la
battre un peu de tems. Si après avoir été ainfi. battue quelque
tems on s'appcrçoit 9.u'elle faife comme une colle paceufc, c'ef1:
une_ preuve de fa perfeéèion : fi au çontraire elle ne fe l.ioit point,
ce feroit une marque qu!elle a été dépourvue · d'une trop grande
quantité de fcs fels par la cui.lTon.
Quelques perfonnes affurent que la pierre à chaux même
concaiféc , fans être cuite , étant mêlée avec de la chaux cuite
& détrempee , fait un meilleur mortier que ne feroit le iàble
ou le ciment : c'ef1: ce qu'il ef1: facile d'éprouver.
La chaux fe vend à Paris 48 livres le muid qui contient
48 minots , dont chacun va.ut un pied cube. Le muid fe divifc
auffi en r 2 fepciers , le fepcier en deux mines , & la mine en deux
minots , ce• qui revi�nt au même. On mefurc encore la chaux
par futailles, dont chacune contient 4 pieds cubes : ainfi. pour
faire.. un muid il faut r 2 futailles, dont fix font mefurécs combles ,
& les :Gx autres rafes. Un minot de bonne chaux en pierre doit
rendre deux minots de chaux éteinte. Au ref1:e la chaux réduite
en poudre ne vaut plus rien , & ne feroit que de mauvais ou­
vrage, c'ef1: pourquoi il en faut toujours choifir les morceaux
les plus gros & les plus folides.
(l) Architefüre Françoife. Tome J. Liv. 1, Chap. Ill.
L I V R E ' !. D E L A C O N S T R U C T I O N., )9

D e la maniere de détremper &, d'éteindre la chaux�


Excepté les eaux bourbeufes & croupies , toutes les ea.ux ,
· même celle des étangs & des marais ,_ font bonnes pour éteindre
la chaux. Les Anciens ne vouloient pas qu'on fe fervît d'eau de
mer pour cet tifage ; cependant on a reconnu qu'elle étoit auili
bonne que l'eau douce , & même que le mortier en [échoit
plus vîte. · •
Il y a plufi.eurs ma:nieres de détremper la chaux , c'eit à. quoi
il faut faire beaucoup d'attention , - & prendre garde fur-tout g_Ü•e
les ouvriers n'y mettent que la quantité d'eaù néceffaire , car fou"­
vent il- arrive qu'on ne peut la conferver faute d'une bonne prépa­
ration : trop peu d1eau la brûle, une trop grande quantité la n-o e.
La mèilleure maniere & la plus ordinaire , c'dl: de mettre. iès
pienes de chaux forries du fourneau dans un baŒn plat, conf­
truit fur le tertein où l'on fe trouve , & bordé de pierres & de
fable i:out autour. On verfe enfuire un p�u d'eau par-deffus pour
commencer à .éteindre la chaux ; à mefure que cette eau fe b-oit
on y en verfe d1autre , continuant ainfi. de fuite , jufqu'à ce qu'elle
foit entierement diffoute , après quoi l'on y en verfe affez pour
achever de détremper la chaux , ayant foin de la: remuer for­
..
r

tement avec un rabot de bois. Lorfqu'elle efl: fuffifamment dé­


trempée , on la fuit écouler dans w1e foffe crei.ifée exprès• plus
bas que le premier baffin , pour l'y conferver tant qu'il eft né­
..
ceffaire. On peut en détremper à plu:Geurs reprifes dans le baŒn
fopérieur , jufqu'à ce que la. foffe foit remplie ; puis qu.a.1-a.d cette
chaux ainfi détrempée a pris un peu de con:fiftance, on la re­
couvre de beaucoup de fable, pour pouvoir . la: garder quelque
tems , & s'en fervir quand 01� en aura� befoin. La cha.ux préparée
de cette façon peut fe conferver pendant plufieurs · années· fans
perdre de fa force ni de fa quafité.�
Il y a des perfonnes qui détrempent fa: chaux comm· e elle
vient du four , avec de 1'eau & un peu de fàble , & qui en font
une maffe pour garder ; puis lorfqu'ils. vetdent en faire ufage ,
ils y .remettent une plus grancfe quantité de fable ,. & la . re­
broye.nt fortement. Cette maniere· paffè pour être meilleure • que
la premiere ; mais pour conferver à la chaux toute fa foret: · &
fo�1 onél:uoûté aufü long-tems qu'on voudra ,. il dl: • à propos de
fmvre la méthode enfeignée par Phili6eri de Lorme , dont �oid J
le détail, �

a"
-
A! tJ( �t Mil

' .. · · l ·, .,. , . .. , , ..
,
ji

t40 A R C H 1 T E C T U R E M o·n E R-N E.


Prenez une foffifantc quantité de pierres de chat1x au fortir
du fourneau: crcufez cnf uite une fo!fc de quatre à cinq pieds de
profondeur dans un _ tcrrcin ferme & bien uni : rempliJfez cette
foffe de pierres de chaux, à la hauteur de �eux ou trois pfcds,
arrafées éialement par-de!fus : couvrez enfwte toutes ces pierres ,
d'un bon lit de fable de riviere d'environ deux �cds d'épaiffe ur:
jettez par-ddfus le tout une quantité d'eau affez confidérablc
pour que le fabk en foie bien abreuvé par-tout, & que la chaux
qui dt au-de!fous pui{lè fe fufer & fc d.i!foudre fans fe brtiler,
ce qui arriveroit i1ifailliblemcnt fi on ne lui donnoit pas a!fez
d'eau. Si l'on s'appcrçoit que le fable fe fende en quclqu'endroit ,
enforte 1u'il fc faffe un paiI'lgc à la vapeur & à la fumée de la
.chaux , i.J. faut auffi-t6t en recouvrir les crevaffes ·avec d'autre
fable. Au moyen de cette préparation la chaux fe convertira
en une ma!fc de graiCT'e 9-ui fera fi bonne & fi forte qu'au bout
de cinq ou fix ans, & memc de dix & vingt ans , & davantage
( .on a vu de la chaux éteinte de cette façon fe confcrver bonne
plus cl.e cinquante ans ), lorfqu'on viendra à entamer cette maire
pour en faire du mortier , on aura de la peine à en tirer le rabot,
• & elle fe trouvera comme une p�te qui reffcmblera à du fro­
mage de crêmc , ce qui lui fera confommer une grande quantité
de fable. La chaux détrempée de cette maniere peut fervir à
tous les ouvrages où l'on en employe ordinairement, mais elle
eft bonne particulieremen-t pour les .en.duits des murailles &
les incruftacions ou ouvrages de fruc. Elle a encore la propriété ,
étant ainû préparée , de ne point manger les couleurs de la pein­
m�e à frefque, & l�� e enduits qui en font f?rmé� ne [ont poin�
fo.Jets à fe fendre ru a fc crevaffer , comme il arnvc a ceux qm
font faits ayec de la chaux nouvellement éteinte. Au refrc, on
fait par expérience• que plus la chaux efr vive , plus elle foi­
fo;1ne quand _ on l'éteint, plus èlle porte de fable , & plus elle
fa1t un mort1ct gras . & , o�ll:u�ux. On fait auffi qu'étant gardée
long-tems apres avoir ete étemte , pourvu q_11'on ne l'ait point
laiŒ'é éventer , &. qu'on ait eu foin de la confc\:vcr dans des
foifes bien couvertes de fable, comme nous venons de l'en­
feigner , elle _en deviept pea\.lCOUp meilleure r our les •OU.Vrage�
de maçonnerie,

CHAPITRE
-L I V R E I. D E - L A C O N S T R U C T I O N. -
<)
4t

C H A P I T R E I X.
Du fahle, du ciment, & des différentes ejpeces de mortier.

A R T I 'C L E P R E M I E R.
Du fable � en général.

J L fe trouve tant d'efpeces différentes de fable, qu'un volume


entier foffiroit à peine pour en décrire toutes les d.iverfes qua­
lités.. Ncms .obferverons donc feulement , en général, qu'il y en
a de différente nature & bonté ., · & que les uns font plus de
profit & fe lient mieux avec la chaux que les autres. Il y a du
fable û gras & fi excellent pour la maçonnerie , qu'on en peut
mettre ( fi l'on en croit Felihien) cinq parties & même jufqu'à
fept , contre une partie de chaux : il s'en trouve d'autre qui dl:
fi fec & fi mauvais qu'il faut mettre prefque autant de chaux
que de fable dans le mortier qu"on en fait. Il y a des fables
qui font propre.s pour les murs élevés hors de terre ; d'autres
qui ne conviennent.qu'à la maçonnerie des fondemens ; d'autres ••
qui font bons pour les enduits ; d'autres enfin gui s'employent
en place de ciment de nùleaux. Quoi qu'il en foit, le meilleur
fable dl: fans contredit celui 1 ui dl: le plus denué de parties
terreufes , qui l'empêchent de fe lier avec la chaux & de prendre
9.

confifl:ance. On en difl:ingue principalement deux efpeces qui


eeuvent entrer également dans la compofition du mortier ,
favoir le fable de cave ; & celui de riviere : nous allons ,. en
parler féparément dans les deux articles foivans.

A R T I C L E I I.
Du fable de ca11e.
Le fable de cave , appellé auffi. terrein , parce qu'il fe trouve
en fouillant dans 1� terre , efl: de différentes qualités , fuivant
les fols dont il dl: formé & les veines - de terre oh il fe trouve :
le meilleur efl: celui qui a des
• grains çomme de petits cailloux
& qui fait du bruît quand on le manie. Il s'en trouve de diffé-

Tome I. F



'4 1. A R C H 1 T E C T U R E M O D tR N E.
rente couleur ; il y en a de blanc , d'autre ja�t!e ,,..Çl'autre rouge,
d'autre noir: l a couleur · n e décide rien pour fa bonté ; mais pour

qu'il foit de bon ufage pour l a compofition du mortier , il faut
qu'il ne foit ni gras ni terreux , c'efl:-à-dire, qu'il ne foit point
mêlé avec de la terre, qu'il foit affez fec pour qu'après l'avoir
manié il ne refle aucune partie terreufe dans les mains, & qu'en
le frottant fur de l'étoffe , il ne la faliffe point & n'y demeure
point attaché , comme le pourroit faire la terre & le mauvais
fable. Con1me le fable blanc paroît le plus pur & qu'il efi ordi­
nairement moins chargé de parties terrefires , il peut convenir
mieux que tout autre p01ir faire du mortier, pourvu néanmoins
crue le grain n'en foit point fin nj tranfparent' comme celui du
fablon d'Etampes, ou comme du grès pilé, qui ne valent rien & ne
· peuvent faire une bonne liaifon avec la chaux ; il faut au con­
trtaire que le fable foit rempli de �etits cailloux brutes &
opaques , femblables à du gravier ou a de petits morceaux de
pierre. C'c.fi: ce q_ui a fait dire à Leon-Bap_tijle Albert � que le
meilleur fable, pour mêler avec la chaux , dt celui qui feroit fait
avec des recoupes de pierre dure, rom rues • & caifées en très­
p etites parties. On peut confulter à ce fojet Vitruve , & Phili­
bett de Lorme, ainfi que !'Auteur Italien que nous venons de citer.
' -
• A R T I C L E I I I.
Du fable de riviere.
· Ç hacun f�it que le fable de riviere efi appellé a_in_fi. , parce gu'il
fe tire effeéhvernent du fond des fleuves & des nv1eres. Ce fable
efr préférable à celui de cave, parce qu'il cfi [llOins terreux ,
. ayant été battll continuellement- par l'eau , c'efi pour cette rai�
r fon que celui de � torrens & _des rivieres très-rapides efr le plus
· excellent pour faire du mortier, & for-toue pour les enduits
des murailles. Comme Je. fable qui fe trouve fur le bord des
rivieres efr ordinairement mêlé de terre ou de vafe, que l'c2.u
rejette fur fes rives , on le puife pJZefque toujours au milieu de
leur lit , avce des- dragues & des pelles percées , faites exprès
pour cet ufage.
,
Il fe trouve auili' une efpece de foble appellé gravier, qui
étant purgé de ce qu'il peut avoir de défectueux , efr d'un àffez
bon ufage. Cependant il efi moins efiimé quee le fable �rdiifa�re,

. ffffi 1 SOIP- W-íiliiií•+ MMdít1tW W
-
g.11f·-· t\
-t tVRE I. DE' L A C ON S T R U C TIO�. 4l
n'étant pas fi fin & fe trouvant le plus fouvent mêlé avec des 1 .
cai:lloux de moyenne groffeur qui ne s'incorporent pas fi bien
avec la chaux, ce qui ne peut faire qu'un mortier peu propre.
à la liaifon des pierres, à caufe de l'épaiffeur & de l'inégalité des
joints. Cette efpece de fable dt cependant ... très-bonne pour la 1
confl:ruéèi?n des fondemens & -des .autres gros ouvrages de
maçonnerie.
Le fable de mer ne vaut rien..pour mêler avec la chaux : il fe
trouve cependant quelquefois fur le bord de la mer un fable '
fort menu qu'on appelle fablon ., dont on fe "t fort au défaut du

fable ordinaire• , mais il n'efl: pas fi propre à faire de bon mortier.


• juger de 1a bonté du fable ., outre les épreuves .
En généra l , pour
que nous avons déja indiquées à l'article du fable de cave , il faut
en j etter �me bonne poignée dans un vafe plein d'eau bien claire ,
& brouiller le tout avec" la m_ain. Si l'on voit que l'eau é.levienne
noire & bourbeufe, c'efi: une marque qu'il efl: gras & terreux : fi
au contraire l'eau devient peu de tems après prefqu'auffi claire
qu'elle l'étoit auparavant , ou n'efr que peu troublée , c'efl: un
..
fignc évident- de la bonté & de l a pureté du fable.

A R T I C L E I V.
Du ciment.
On ne fe fert guere de ciment que pour les ouvrages ... de
conféquence , ou pour ceux que l'on confrruit dans l'eau. Ce
ciment n'efr autre c'hofe que des morceaux de tuile concaffée ,
& réduite en farties auŒ déliées que du fable de moyenne gref­
feur. On y rnele auffi quelquefois de.s briques & des carreaux de
terre cuite , mais le ciment n'efi: pas :G. bon alors que quand il
efl: fait avec de la tuile pure , comme le remarque fort judi­
cieufement M. Blondel , dans . fon Arclzùec1ure Franço�(e ( I ) ;
d'ailleurs les vieilles briques, ain:G. gue les vieux carreaux , font
fujets à fe pourrir, ce qui peut rendre le ciment très-défeétuetlx.
Le fac de ciment contient trois boiffeaux, & vaut à Paris 9 à I o
....
fols le fac , y compris la voiture. · •
On peut encore former un ciment excellent pour la maçon­
nerie en faifant piler enfemble & concaffer des fragmens de
pots de grès avec des morceaux de _ mkhefer , provenant du
(1 ) -Tome I. Liv. I. Chap. Ill.

F ij
44 A R C H I T E C T U R E M O D. E R N E.
1

charbon de terre qui fe brûle dans les forges : lorfque le tout


L

dè réduit en poudre, on y mêle une pareille quantité de ciment


fait avec des recoupes de pierres de moulin, & des pierres à
chaux pilées & pulverifécs. Le cit�ent a_infi con�pofé , étant
mêlé & incorpore avec de la chaux vive étcmte & bien corroyée
1

au rabot à force de bras , réfiftc parfaitement à l'eau & s'employe


utilement aux ouvrages de ma�onnerie qui en font baignés con­
tinuellement , comme les ponts , les quais, les a9.ueducs , ci­
ternes , réfervoirs , &c. C'ef\: de cc ciment dont fe fervent les
Fontainiers : ils l'appellent ciment p erpétuel.
-
1
AR T I C L E V.
De la comp ojùion du mortier.
Il fe trouve du fable & de la chaux de tant de qualités diffé­
rentes, qu'il ne feroit guere poffible de déterminer précifémcnt la
dofc qu'il faut mettre de l'un & de l'autre pour en compofor de
bon mortier. Nous obferverons cependant que l'ufage ordinaire
efr de mettre deux tiers de fable fur un tiers de chaux. Quand
le fable ou la chaux ne valent rien , on met moitié de l'un & de
l'autre : au contraire quand le fable fe trouve exccllenc_ & que la
chaux efr graffe & faite de bons cailloux , on �ut mettre jufqu'à
trois parties de fable for une de chaux, cc qui n'cfr pourtant pas
ordinaire, car il arrive ra1:ement, quoiqu'en difc Fetibien , qu'on
trouve de la chaux aifez graffe pour lier une fi grande quantité de
fable.
On ne doit cirer le fable >- pour faire le mortier , qu'à mefore
qu'on en a befoin pour l'employer , l'expérience ayant fait voir
que le foleil l'altere , le deffeche , & lui occ une certaine graiffe
qui en fait la bonté. D'un autre côté , la pltùe en diffout les fels
volatils , & il fe chan�e au bout d'nn certain tems en une cfpece
de terre qui , étant melée avec la chaux, ne fait plus corps avec
elle, ni de bonne liaifon dans la maçonnerie. Il eft à remarquer
néanmoins que lorfqu'il efi: quefrion de faire des enduits, il ne
faut pas que le fable foie fi gras, parce qu'alors il fc feche trop
promptement étant mis en œuvre & fait gerfcr le mortier, ce
qui empêche l'enduit de prendre le poli.
Il y a , comme on a vu ci-devant, trois manicres différentes
de préparer le · mortier. La premiere cil: de le faire avec de la
chaux éteinte fur le champ , dans laquelle on corroye le fable
1
_..,
�L I VRE I. D E LA C O N S TRU C T I O N. 45
, ou le ciment, & on l'employe auffitôt. La feconde efè de mHer
ia chaux avec le fable quelqtre tems après qu'dle eft éteinte.. La
troifieme eft de faire le mortier avec de la chaux éteinte depuis
p,lu.Geurs années.· Dans ces deux dei-r1ieres manieres il faut avoir
foin de n'ajouter que très-peu d'eau , ou même point du tout ,
pour cômpofcr le mortier, car à force de _le corroyer avec le
..
rabot, il ie �-amolEt & d�vient affèz liquide pour pouvoir l'em­
ployer ; au heu qu'en y melant l?eaucoup d'eau , comme font les
manœuvres quand on n_e les obferve pts de pres ' on rifque de le
noyer, & cela l'empêche de fécher & de fe durcir par la fuite.
Pour faire prendre le mortiel' prompte�ent , il faut y mêJer
un peu d'urine, ou bien de eau dans laquelle on aura mis infufer .
r
de 1a. fuie de cheminée. On prétend que fi l'on détrempe le
mortier avec de l'eau où l'on am-a fait diŒ'oudre du fel a.rmo­
niac, il prendra prefqu'aufli promptement qp.e du plâtre ; ce
qui pourroit être d'une grande utilité pour les ouvrages bâtis
dans l'eau , qui demandent de la diligence , ou pour les pays
oh l'on manque de cette efpece de pierre. Il eft inutile de - faire
obferver que le mortier doit être employé plus liqt'lide avec les
pierres fpongieufes & qui boivent l'eau , qu'avec �elles qp.i font
dures & qui tiennent de la nature du caillou,
Le ciment fe mêle aufü avec la chaux en plus grande ou. en
plus petite 9.uantité , felon que celle-ci foifonne plus ou moins.
On fait aifez fouvent du mortier dans lequel on mêle moitié
ciment & moitié fable. L'ufage en efr très-bon pour les ou­
vrages qui ne font pas de grande conféquence, mais qui mé- ,
ritent cependant quelque attention. A l'é�ard des enduits que
l'on fait avec le mortier de ciment pur, il taut avoir foin _de le
· battre à petits coups , jufqu'à ce qu'il ait acquis une conûftance
un peu folide : enfuite on en frotte la fuperficie avec la truelle ,
& on l'y repaflè pluûeurs fois jufqu'à ce que l'oU-vrag� devienne
un peu fec & uni. On doit auili avoir foin de recouvrir l'ouvrage
d'un peu de fable ou de quelques paillaifons, fur-tout lorfqu'il fe h
trouve expofé au grand hâle, parce qu'il eŒ néceifaire que le
mortier feche doucement. On frotte quelquefois ces enduits
avec de l'huile .de noix ou de lin , fur-tout quand on travaille
à des baffins ,ou à des réfervoirs , qui doivent toujours être remplis
d'eau. Leon-Baptijle Albert , dont nous avons déja parlé, affure
que fi l'on détrempe la chaux avec de _ l'huile au lieu d'eau ,
étant mêlée enfaite avec le fable ou le ciment, elle formera un
mortier impénétrable à l'eau.

/'
46 A.. R C H I T E C T U R E M O
• D E R, N "E.

Le meilleur mortier pour remplir les joints des pierres , ou


pour boucher l�s petites fentes ou crevafiès que l'eau fait aux
1
murailles, dt compofé de coudre fine & bien camifée que l'on
détrempe avec de l'huile de noix ou de lin, dans laquelle on
mêle un peu de verdet ou verd-de-gris. Ce m.ortier , par la fuite
des rems, acquiert une fi grande dureté & fe lie fi bien . avec la ,
maçonnerie , qu'il ne. fait plus qu'un même corps avec la pierre ,
1a brique ou le marbre , & que le tout ne paroh plus qu'une
feule pierre.
On ne dira rien îci des autres ef'peces de mortier en ufage dans
les pays étrangers , tels que la pozzolane , la cerraffe de Hol­
Iaude , le béton , la cendrée de Tournai, &c.. notre but étant
d'expofer feulement ici les différentes manieres de b�tir & le
détail des materiaux . dont on fe fert communément aux en­
virons de cette· capitale. Ceux qui voudront s'infrnùre plus par­
ticulierement fur les efpeces de mortier propres pour les ouvrages
gui fe confrruifent dans l'eau, doivent confolter la Science des
ingénieurs ., par M. Be!idor ., & la feconde Partie de l'Archi­
uau.re Hyclrauliqu,e du même Auteur , qui s'ef\: fort ..étendu fur
cette partie eûentielle de l'archiceél:ure; ayant rendu intéreifans
: . j ufqu'aux fujets qui en · paro.i.ffoient le moins fufceptibles , par les
coi1noiffances phyfiques &· par les réflexions jndicieufes dont il a
fo. les accompagner.

C H A P I T R.. E X.
Du plâtre.
L B pHhre cil: d�une fi grande utilité dans la maçonnerie ,
folt pom la liai{on des · pierres & moilons, foie pour les enduits
des nrnrai1les & pour les plafonds, qu'il efr d'une néceffité in-
1 difpenfable d'en parler dans ce traité. Chacun fait qu'il provient
i d'une pîetre grisitre qui ne fe trouve que dans certains pays ,
!

& qu'il efl: très-commm1. aux environs de Paris. On fait cuire:


cette pierre comme celle à chaux , mais elles different entre
· elles pour remploi , en ce que la chaux n'efi: de quelque utilité
qtî'a� moyen du mêlan�e que l'on _ en fait avec q_uelque autre
I mat1ere , comm·e le fable ou le ciment , pour lu.1, . donner .. du
,.M-iîin� a
-- - - -• i;i F r
.L I VRE I. D E LA C O ' N S TRU C T I O N. 47
· corps & d e· la confül::ance , au 1ieu que le plâtre· _s'empl�ye
tout feul , & fe fuffit à lui-même pour faire un co1:ps folide ;
· il ne s'agit que de l'abreuver avec de l'eau , & auili-tôt on le
met en œuvre.
. Le. plâtre a cela de particulier que s'il n'efl: p�s employé fur
le champ _après avoir .été détrempé avec de l'eau , ce que les
Maçons appellent gâcher ., il fe frche & fe dmcit , & ne peut
plus s'appliquer alors contre d'autres corps , ni recevoir les diffé­
rç:ntes formes dont il efl: fufceptible pour former des moulures
& autres ornemens d'architecture. Sa principale oualité efl: de
faire corps. dans le moment' qu'on le met en œuvr: : auHi n'y a­
t-il point de matiere dont on puiffe fe fervir plus utilement dans
la confl:ruétion d'un bâtiment, mais il efr facile de fe lajifer

tromper par ceux qui le préparent & le débitent. Tantôt le
plâtre fera mauvais & éventé _ pour avoir été gardé trop long­ 1
tèms après fa cuiifon : tantôt il fera verd parce que la cuiffon ,
en aura été mal faite , ce qui arrive fouvent par le mélange
que l'on fait de celui qui étoit dans le milieu du four, lequel
eût été excellent employé tout feul , avec celui qui s'étant
trouvé aux extrémités n'a pas pu recevoir un degré de chaleur
fuffiiànt pour être calciné jufqu'à · un certain point. Car la
bonne ctùifon du plâtre dépend non-feulement de bien c1.rranger
lès pierres dans le four , enforte que les unes ne reçoivent pas
trop l'impreffion du feu , comme il arrive à celles qui font
placées dans le foyer , tandis que les autres qui font à l'entrée
en font à peine échauffées , mais encore de ménager un_ degré
de chaleur égal & continuel qui deiféchant peu à peu l'humi­
dité de la pierre, faire évaporer les parties fulphureufes qu'elle
renferme, & la rurge en même tems des parties terre!hes dont
elle peut être melée, prenant garde cependant que la violence
de la flamme ne lui caufe un deiféchement abfolu. En effet ,
comme il y a apparence que la vertu du plâtre confifl:e dans
un fel qui fait que fes parties s'accrochent les unes aux autres ,
dès que ce [el efl: trop deiféché, il n'y a plus de liaifon.
· On doit avoir attention de ne point faire cuire de trop groffes
pi�rr�s de pl�tre• , parce qu'alors la fup: rficie pou�-r��t en ê t�e
_ , ,
brulee, tand1s ·que le cœur auro1t a peme reifenn 1 rmprefüon
de l a chaleur , mais il n'en·faut mettre au four que de moyenne
. groifeur , & prendre toutes les précautions nécdfaires pour
qu'elles foient fuffifamment cuites , mais qu'elles ne; le foient


4-8 A R. C H I T E C T U R E M O D E R N E.
pas trop. Car le plâtre qui n'eft pas aifez cuit ne vaut rien,
& celui qui l'efLtrop• devient fec & aride, & efr incapable de
fai�e aucune bonne liaîf011. Il faut donc que le feu qui fert à
cuire le plâtre foit aél:if & pénétrant , & c'eft pour cette raifon
qùe l'on en conO:ruit les fours en voûtes & par arcades ,. afin
que les flammes fe réfléchiffimt for les pierres , le feu en ait
plus de violence, & les pénetre plus intérieurement.
Il fe voit de la pierre de prntre de différente qualité : il y en a
qui a befoin d'une plus longue cuiifon, d'autre qui eft cuite en
très-peu de tems. Ordinairem.ent elle devient blanche lorfqu'elle
dl: calcinée ; il y en a d'autre que le feu rend quelqµefois rou­
gdtre. Il eft facile au re!èe de connoître fi la cuiffon en a éte
bien faite� car alors étant gâchée avec de l'eau , elle a une
certaine onéluofité & une graiffe qui collent .aux doigts, c'eft
ce que les ouvriers appellent amour du p lâtre. Si , au contraire ,
le prntre a été mal cuit , il a de la rudeffe quand on le manie
& ne s'attache point aux doigts. D'ailleurs quelque bonnes que
foient les qualités & la cuiifon • du plitre, elles deviennent de
11ulle valeur lorfqu'on en met en œuvre qui a été gardé trop
long-tems, Aufli l'état le plus convenable pour citer parti du
plâtre , c'e{è de s'en fervir au fortir du four, lorfqu'on en a la
facilité & qu'on a des carriere,s à plitre dans fon voiftnage.
Quand on n'efl: point à portée d'employer le prncre auffi-tôt
après la cui{fon , pour s'affi1rer de fa bonté , il ne faut qu'en
détremper un peu dans le creux de la main : celui qui fe prendra
le plus faôlement fera préférable à celui qui ne formeroit
qùune efpece de mortier fans confi!èance.
Le défaut du plâtre dl: de fe tourmenter beaucoup, car
comme îl fe charge d'une grande quantité d'eau lorfqu'on le
met en œuvre , il fe retire à proportion à mefure qu'il feche. C'eft
ce q�:il eft c;lifé d0 apEe�· cevoir quand_ on fait quelques
·
réparations
en platre dans de vieille maçonnerre. ·
Le plâtre cuit & battu fe vend au muid : le muid contient
3 6 facs ou 7 2 bo1ifeaux , mefür� de P.aris, qui valent 48 pieds
çubes. Le muid de plâtre [e vend à Paris 9 liv. ce qui revient
à 5 fols le fac , rendu fur l'attelier. On le tire de Montmartre ,
& de Belleville. Une toife de languette , Couche, tnyau, & man­
teau de cheminée , pigeonnée, enduite des deux côtés employe
douze facs de plâtre, Une toife de languette hourdée en employe
b1.ût facs. . Une toife de ra.1v,dement en employe fix. Une roife
"


t I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. �
de lambris , quatre facs; & une toife de plafond en confomme
·fix facs..

C H A P I T R E X I.
De la brique & de la maniere de la fabriquer.
.
L A brique efr un� forte de pierre faéèice de ,coulertr rou..:
gd.tre, com�ofée d'une terr_e gra'!re pêtrie , dans un m':mle . de
forme quarre- long , & cmte àu four ou elle acqmert la
coniifrance & la dureté qui lui efr néceifaire pour être employée·
aux bitimens. Elle dl: d'un grand ufage pour l�s fottifications ,
ainfi que pour les édifices particuliers dans les pays oh la pierre
n'efi: pas com�nune. Sa légéreté & la bonne liaifo_n qu'elle fait.
,
avec le mort.l't::r la rendent tres-propre pour faire de bonne
maçonnerie ; c'efr pourquoi on devroit , en France , fuivre l'ufage
des Italiens, qui fe fervent toujours de briques pour confrruire
leurs voi1tes , & for-tout les employer aux cheminées , parce
qu"'elles ont la propriété de ré!ifi:er au feu fans fe fendre. .
La brique dl: d'un ufage très-ancien. Babylone & les monu­
mens antiques qui furent confl:nùts en Afie , dès le premier �e
du monde, étoient de cette .matiere. Comme le foleil efl: des
plus ardens dans ces contrées , on n'avoir point a.lçrs l'habitgde
de mettre cuire les briques au four, mais on fe contentoit de les
e:xpofer pendant quelque tems aux rayons de cet afi:re avant
que de les employer , & l'on y mêloit de la paille hachée pour
leur donner plus de confifrance. Les Grecs & les Romains fui­
virent long-tems cette maniere de bitir , comme on en peut
juger encore aujourd'hui par le Pantheon qui efl: entierement
biti de briques , ai1�fi. que plu!ieurs autres grands édifices an­
tiques dont on voit les vefriges à Rome, & dans divers endroits
de l'Italie. Les Romains conferverent auffi quelque tems l'ufagè,
de bâtir. avec des briques crues, qu'ils faifoient feulement fécher"
a_µ. foleil pendant quatre ou cinq ans. Les Vénitiens one pareille­
ment confrruit des fortereifes confidérables avec des briques
non cuites , & même en France il y a encore des provinces, où_·
l'on 1 e b_âtit <J.U'avec un torchis co!n_pofé de tei-re & �e paille
hachee 7 ? ce .qui reifemble aifez à la brique crue des Anciens.

Tom� l. G
r� '.A . R C H I T E C T - u R t M () D E R N -1.t
La. brique , pour être bonne , doit être faite de terre graffe &
fine ,- fans pierres ni petits cailloux : il faut y mêler une partie
de fablon :fin , & bien pêtrir & corroyer la terre avant ciue d'en
former .,les briques. Pour donner plus de liaifon à cette terre , 'il
·dl: à propos d'y mêler de la bourre ou du poil de bœuf. Ce qui �
fait rebuter la terre gra:lfe oi1 il fe trouve du gravier ou des cail­
loux , c'.dl: que la violence du feu convertit ces petites pierres en
1

chaux , & que dans la fuite , après que ces briques ont été mifes
en œuvre , l'humidité pénetre ces parties ,. calcinées , les diffout
& fait rompre 1es briques oh elles "fe trouvent renfermées. On
y ajout� du - fable jaune & très-fin , parce qu'il fe met en fofion
à un · feu médiocre & fe vitrifie, ce qui rend la brique plus ferme
& Elus folide. Enfin la bourre qu'on y ajoure empêche la brique
de fe fendre , & de fe gerfer en féchant à l'air , après qu'elle a
été formée dans le moule.
En général , on connoit qu'une terre dt propre à faire de la
brique , lorfqu'après une petite pluie on s'apperçdit qu'elle s'at­
tache aux pieds , ou bieù. lorfqu'en la pêtriffant avec les mains
on a de la peine à l divifer. La bonté de la terre eca.nt
éprouvée , il ne s'agit plus
a,
que de l'amaffer par monceaux pour
l'expofor à la gelée, & d� la remuer avec le rabot à diverfes
re_prifes & de teins en rems jufqu'à. ce qu'elle foit bien corroyée.
On choifit les mois de Janvier & de iFévrier pour cette premiere
préparation , afin qu'en la fabriquant enfuite, elle ait encore le
tems de fécher avant que d'�tre mife au four. Le vr.ai tems pour
bien fécher les briques formées dans le moule efl: le printems
& -1'automne , parce que le froid exceffif de l'hiver & le trop
grand hâle de l'été n'en féchant ·que la fuperficie , il re.ll:e
fouvént dans le centre une humidité qui les fait rompre quand
on les met au feu. C'e:fl: pour cette ra.ifon qu'on les laiffe tou­
jours fécher <]Uelque tems à l'ombre après qu'elles font moulées,
jufqu'à ce qu'il n'y refte plus aucune humidité.
Pour que la brique foie bonne & ponr qu'dle cuife facilement ,
il - ne fam pas la faire plus épaiffe qu'un pouce & dem.i , ou deux
pouces tout au plus. Au refi:e celles qui ne font pas totale­
ment ctùtes dans le centre ne biffent pas d'être bonnes pour
les revêtemens des ouvrages de fortifications , parce gue le canon
s�y amortit & ne fait que fon trou. Si Pon vouloir fabriquer des
briques d.'-une plus grande épaiffeur, il faudroit les percer de
plu(teurs trous, afin qu'elles puiïfent fécher plus promptemeut

\
L I V R E: I. D E L A C O N S T R 'U C T I O N. , j"t

fans fe .fendre , & que le· feu s'i11:fi.nue plus aifément dans leur
intérieur.
On employe à Paris deux fortes de briques : l'une qui a 8
pouces de long & 4 de large fur deux d'épaiffeur. On la nomme
brique mûere ; celle-ci- vaut à Paris environ 30 liv. le millier.
L'autre a fo:s., mêmes dimeNifions en longueur & largeur , mais elle
n'a qu'un pouce d' épaiiI'eur, & fe nomme demi-brique ou hrique
d'échantillon. On: s'en fort entre des bordures de pierre , aux atres
& aux contre-cœurs des cheminées. I l y a des pays ou l'on recuit
la brique une feconde fois, alors on J'appelle brique firrée : cette ,
derniere m.? a qu'un pouce & demi d'épaiifeur, on la pofe fur le
cha:mp, pour fervir aux mêmes • ufages que le p-àvé. Plufieurs
villes de Roll ande , ainfi que les chemins qui y conduitènt , font
pavés de cette fa�on.
A l'égard de la maniere de fabriquer
(
la:, brique , voici ëe qu'en­
feigne M. Belidor à ce fojet. Après a'\l'oir dioifi, un efpace de
�tre convenable, oh la fait fouiller avec la houe , & ayant re­
connu qu'elle efr également bonne par-tout, on attend un terns
de pluie , & lorfqu'elle en efr bien imbibée on la corroye avec
la. houe & le rabot , après quoi on la laiffe repofer quelque
tems , au bout duquel on recommence la même opération , ce
que l'on réïtere quatre ou cinq fois à diverfes reprifos. On c'om­
mence ordinairement la préparation des terres vers le mois . de
Mars ; mais il vaudroit mieux s'y prendre dès ,l'hiver, parce que
t

les petites gelées font excellentes pour faciliter cette prem:iere


préparation. Le véritable tems pour faire la brique efl: pendant
les mois de Ma:i & de Juin, parce que dans cette faifo.1:1 eHe a
tout le tems de fécher, & qu'elle fe trouve plus promptement
en _ état d'être mife au four. Il faut, autant qu'on le peut � éviter'.
la faifon ,trop avancée , les briques faites alors n'éca11t pas à
beaucoup près de fi bonne qualité que celles qui font fabriquées
·
en été;
· Nous terminerons ce chapitre par un. détail plus circonfl:ancié .
fur la maniere de faire la brique, tiré de !'Encyclop édie. L'at­
tention particuliere que l'on a e�e de puifer ,4ans les meilleures ·
fources , & de confolter 1es maitres de l'Arc dans chaque pro­
feffion, pour compofer les principaux articles de ce vafre Dic­
· tionnaire , forment un préjugé fi avantageux en: faveur de l'ou­
vrage, que nous avons cru ne pouvofr mieux- faire que d'y avoir
recours dans l' occafion.

G ij
J2 ARC H I T E C T URE M O D E R N E.

Maniere de faire la bri1ue , tirée de l'Encyclopédie.


Ne prenez ni terl'e areneufc ou graveleufe , ni bourbier fa­
blonneux : ces macieres pefent trop & ne réfifècnt point à la
pluie. Si vqus trouvez de la terre blanche qui tienne de la craie,
de la terre rouge , ou même du fablon mâle rouge , fervez-vous
en ; vos briques feront fermes & légeres , deux conditions eiièn­
tielles. Choifüfez pour ce travail h faifon qui convient le mieux
pour faire fécher. En un mot, ayez de bom1e argile , qui ne foit
point fablonneufe , ou de la terre courte , moins forte que la
terre graffc : ou fi vous avez de la terre courte & de I>argile ,
faites-en• un mêlange en parties égales. Trempez votre mêlange
fans le noyer : remuez bien , délayez avec une pelle , & battez
avec la tête d'un piquoir ou d'u�e houe. Plus vous battrez, meil­
leure fera votre brique. Ayez des moules ou cadres de bois de
la dimenfion intérieure que vous voulez donner à votre brique :
mouillez- les , faupoudrez-les d'un peu de fable bien fec , afin q�
la matiere de vos briques ne s'y attache pas : rempliffez-les de
terre , foulez la terre avec les mains. Ayez enfiùte un gros bâton
rond, achevez de preffer la terre dans les moules , en faifant
paifer ce bâton fortement for cette terre. Que ce bâton foit poli
& mouillé , afin que la terre ne s'y attache point. Cela fait,
prenez votre moule, & déchargez-le de p lat, dans un lieu bien
uni. Recommencez la même manœuvre , faupoudrant le moule,
& foulant la. terre avec les mains & le bâton. Laiffcz fécher
vos briques au foleil ; quand elles feront à demi-fechcs , tail­
lez-les , c'efr-à -dire , enlevez av.ec un couteau tout ce qui nuiroit
à la régularité de fa figurer
Lorfqu'il efi: important que les briques foient !vien régulicres,
?Il a pour cette opération un neuveau moule de. 1a: forme
même çte la brique , feulement un peu plus peci t , m�is n'ayant
que deux côtés difpofés en équerre. On applique la · brique
contre ces deux côtés , les deux autres dirigent le couteau.
Quand on a taillé deux cÔtés, on taille ks deux autres de la
même maniere , & l'on a par ce moyen des briques bien équar-
r:ies & bien égales- enteellesr •
Quand vos briques feront caiUées , pofez-lcs fur l'e c�té deux
à deux, à la hauteur d'un pied & demi , formez-en des rangées,
mettez de l'efpace entre chaque rangée , & laiffez-les féchcr.
Ayez un four & difpofez vos briques de maniere qu'elles puiffent
L I V R.E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 55
�tre bien pénétrées par le fou , ou faites-l�s cuire en plein air :
çar il y a deux manieres de cuire la briqu_e ? mais la premiere ·
efl: la meilleure. Le fout n'a rien de particulier ; il efr à grande
volée , ou à l'ordinaire , feulement de moitié plus gra·nd que
celui du potier. On met les briques dans le four, on le ferme ,
I•·on y met du bois , on fait un feu médiocre jufqu'à ce que la
fumée du fourneau, d'un blanc obfcur qu'elle paroîtra , devienne
noire. Alors on cdfe de mettre du bois, on continue feulement
.d' eptretenir la chaleur avec des fagots, de la paille ; des �enets ,
&c. jufqu'à ce que le four paroiffe blapé , & que la ttamme
s'éleve jufqu'au haut de la cheminée. Quand on a fait durer
cette ch�leur pendant quelque tems , 011 la ralentit , & on
.laiife ,refroidir le four par degrés. On réïtere la même · opé­
ration , échauffant le . four & le refroidiifant , alterriativemènt ,
jufqu'à ce que la brique_ paroiffe avoir é_té bien pénétrée par le
feu : ce qui n'efl: guere poffible qu'au bout de 48 · heures.
Les bons fours font en voi1te , & les bons ouvriers difpofent
les briques de maniere qu'elles - laiifent entr'elles des vuides
entre lefquels la flamme puiife s'infinuer.. Voici comment_ on ·
s'y prend. On place les Brigues les unes fur les autres , enforte ·
qu'elles empierent pour fe foutenir , mais on laiife entre cha­
cune le plt1s d'efpace qu'on peut, enforte q_ue la �aife totale
efl: proprement confl:ruite tant vuide que pleine. Elle ne doit
pas remplir entierement le four , mais laiifer aux deux côtés
& fur le devant un efpace néceffaire pour les matieres com­
bufl:iblcs, On couvre cet efpace d'un l.i.t de bois , on place for.
ce lit une couche de , charbons. On ne manque pas non phis
d'inférer dans to,us les vuides des briques , du charbon & du
petit bois. Il arrive de-là qu'en un moment toute la maffe efl:
pénétrée de flamme. On renouvelle ce · feu autant qu'il dt né­
_ceifaire , & on ne le laiffe entierement éteindre que- quand on
juge la brique cuite . En�yclopédie , Tome Il. Article Brique • .._
Il nous vient de la brique de Bourgogne,, de . Mel�m., & de
Corbeil. Elle s'achete au millier : on ne peut nen .ffatuer for
fon prix. Elle,. a valu d'abord dix livres· le millier ., puis quinze :
elle en vaut aéèuellement davantage , & il y a: apparence qu'elle
"
augmentera encore de prix , à prnportion que le bois & les
ID<!-tiere� combufti_bles - devi�ndr�nt El?s rares. La brique, de
.Bourgogne ,. paife pour la meilleure : il faut la choifir bien cuite,.
,
colorée , & rendant un fon aigu. �
..
1'4 A R C R I T E C T U R E M O D E R N E.
M- Belidor a remarqué que. · pour faire une toife cube de
maçonnerie de briques , il en faut 4600 de 8 pouces de long
fur 4 de largeur & 2. d'épaiffeur, & qu'il en entre 5 2.0 dans
'
une toife quarrée d'un mur qui auroit une brique de 8 pouces
d'épaiffeur. On peut juger par-là. , continue le même Auteur,
I

qùe le mortier occupe à peu près un cinquieme de l'ouvrage.


Il ajoute qu'une voiture attelée de trojs chevaux porte 400
briques , qui pefent un peu plus de 1 5 oo livres, & que quand
une,. brique dl: faite de bomw terre & qu'elle efl: bien cuite,
elle pefe environ 4 livres en lui foppofant les dimenfions que
nous venons de rapporter. M.. Ginet efl:ime qi;i•'un millier de
J

pareilles briques fait quatre toifes & près de .fix pieds d'ou­
ti

..
vrage, & qu'elle ·employe environ douze facs de plâtre par toife.
..

C H A P I T R E X I I.
De la· tuile ., de l'ardoife, du carreau, & du pavé.

A R� T I C L E - P R E M I E R.
.
\

De la tuile.

· laCfabrique
E que l'on vient de dire dans le chapitre · précédent , fur
& la réparation de la brique , doit s'étendre éga­
p
lement pour tous 1es ouvrages de terre cuite que l'on employe
dans les bâtimens , comme tuile , carreau ,. &c. Nous ajouterons
feulement que comme la tuile dl: defrinée à fe trouver expofée
aux ii1jures de l'air & à la gelée , il faut y prendre encore
.. plus
de précautions , & qu'il feroit à fouhaiter qu'elle fût formée de
la m&me matiere & qualité' que les pots de grès dont on fe
fert à Paris, Po1Jr cet effet il faut faire un choix de bon fablon
& d'argile bien graffe -, les corroyer long-tems enfemble , & les
fair� bien cuire. La . tuile , pour être bonne• , ,ne doit être ni _
tmp rouge ni trop pâle, & il faut qu'elle foit cuite au point
qu'étant fufpendue en l'air, elle rende en la frappant un fon
4 clair &. net , ce qui n'arrive pas quand elle dl: mal cuite , ca:r
alors elle s'écaille & tombe par morceaux. On 'P'
rema�·quera que
,
L I V R E I. D E L A C O N S T Il U C T 1 0 N. 55
plus l a tuile efr vieille cuite , meilleure elle eft. Celle qui vient 1
de Bourgogne e!è la plus efrimée. On en fabrique auffi dans les
environs de Paris , & même dans quelques fauxbourgs de cette
ville, mais il s'en faut de beaucoup qu'elle foie auΠbonne &
d'un auffi long fervice.
On employe à Paris de deux fortes de tuiles , celle du grand
moule & celle du peti�. La premiere a 1 3 pouces de long fur
8 de large : on lui donne 4 pouces d'échantillon ou de pureau
( 1 ). L'autre , qui dt appcllee du petit moule , a environ 1 o pouces
de long for 6 de large , & on ne lui donne que 3 pouces de
pureau. Il faut environ 1 5 0 tuiles du grand moule pour faire
une toifc quarrée de couverture , & près du double, c'efl:-à-dire,
environ 300 tuiles du petit. Il fe faifoit autrefois des tuiles
appcllées du moule bâtard ; d'autres en S , &c. Mais comme
elles ne font plus d'uf..'tge aujourd'hui , nous n'en parlerons point
ici. La tuile du grand moule vaut à Paris environ 4 5 livres
le millier.

A R T I C L E I I.
De l'ardoife.
• On fe fert à Paris de deux fortes d'ardoifes ; l'une •vient de
Mczieres & de Charleville , l'autre vient d'An�crs : cette der­
niere cfl: la �lus efl:imée & la meilleure , celle de Mezieres
étant fujette a s'écailler par feuilles & à tomber en pourriture.
En général , la meilleure ard�ifc efr celle qci eft la plus no.ire ,
la plus luifante, la phis dure , la plus égale, & l a mieux équarrie.
Il s'en fabrique de plufi.eurs grandeurs ; mais celles dont on
fait ufage plus commtmément , font 1 °. la grande forte , qui
a 1 1 à 1 2 pouces de longueur fur 7 à 8 pouces , ou 8 pouces
& demi de largeur � & qci s'employe à. 4 pouces ou 4 pouces î
de pureau ou d'échantillon. Il faut environ deux cent de celle­
ci pour faire une toife quarrée de couverture : foivant l'Auteur
de la nouvelle édition de l' Archùe8ure prati9ue par Bullet .,
il n'entre que 1 7 5 ardoifes de cette efpece dans la toife quar­
rée de couverture , & il efl:ime cette grande ardoife 40 liv.
le millier. 2 °. La gr.ande quarrée fine , qui porte à peu près
(1) C'efl: ainû qu'on appelle la partie de la tuile ou de l'ardoife qui refle à dé­
couvert étant mife en œuvre , c'cfl - à -dire , qui n"e/l- point recouverte par le rang fupédeur.

,.
5 6 . A R C H I T E C T U. R. E M O n E R .N E.-
les mêmes dimenfions , mais qui efl: de moitié moins épaiife
..
que la forte. 3 °. Celle qu'on appelle la petite fine, dont il
entre 340 dans une toife quarrée · d'ouvrag�. En géné!al on
donne pour pureau à l'ardoife , ainli qu'à la tuile , le tiers de
fa hauteur. On employe encore des ardoifes de diverfes autres
grandeùrs dont on peut voir le dénombrement dans le Cours
d'Archùe8ure , par D'Aviler. On trouve auffi dans !'Encyclo­
pédie un détail très-exaél: & bien circonfl:ancié de la maniere
'
dont l'ardoife fe tire dès mines , & des différentes façons qu'mi
lui donne pour la rendre propre à la converture d.es b�timens ;
mais comme cet article efl: extrêmement long & qu'il ne nous
a paru fufceptible d'aucun extrait , joint à ce · que de · pareils
détails nous écart�roient trop de notre fujet principal qui a
pour objet l a con:flruélion des édifices , nous nous contenterons
d'indiquer ici cette favante diifertation fur l'ardoife, & de ren­
voyer à ce grand Dillionnaire les perfonnç:s qui·feront curieufes
d'apprendre & fon origine & fa préparation.
Toute l'ardoife doit hre clouée de trois clous fur un lattis
de bois de <i:hêne· en volige , prefque jointif, attàché fur les che­
vrons , avec une contre-latte de (ciage , .auffi de chêne , dans
chaque efpace des chevrons, s'ils fon _ t de quatre à. la latte ; ou
avec deux contre-lattes ;, fi les çhevrons font efpacés de trois à
l a latte,

A R T I C L E
Du carreau de terre cuite r
Il y a du carreau de terre cüite de diverfe forme & gran­
deur. Celui dont on fo fort plus ordinairement & qui fait le
ruemeur effet étant mis en œuvre, efl: le (::arre-a!l hexagone
· ou à {ix pans. On en fabrique de trois grandeurs , fa.voir de 8 ,
de 6 , & de 4 pouces de diametre. Les plus grands s'employent ·
plus communément au rez-de- chauifée, & les plus petit5 dans
les 1 tages fup�rieu�s , rar�e qu'ayant_ moi?s d'épaiifeur, à pro­
portion de ieur . petiteile , ils chargent moms les planchers. Le
millier de moyen carre.au de 6 pouces a -.fix pans, fait fix toifes
d'ouvrage , & cQÛte 3p à 3 2. liv. rendu a�1 bâtiment. Pofé eÎl
_ place, il reviené � 7 liv. 7 liv. I O r?ls l a toife quarrée. Le petit
1, carreau de 4 pouçe� , à fix pans, va�t 10 � l 2 liv. ,,& fait un pe�1

-
L I V R E I. D E t A C O N S T R U·C T 'I O N. ri
plus de trois toifes d'ouvrage ; ce carreau employé revient à
environ 4 .liv. ro fols la toife quarrée.
_ Tout le carreau fè dre!fe & fe pofe à plat fur une aire de
pHtre mêlé d'ùne partie de poufiiere faite de vieux plieras
battus, pour diminuer la. force & la pouffée du pHtre qui
pourroit fo gonfler & caufer des crevaffes en tre les joint:s du
carreau , s'il étoit employé pur. D'autres prétendent qu'il vau�
• beaucoup mieux l e pofor à prn.cre pur. On pave auffi quel­
droit
quefois les chambres des hôpitaux ou des édifices mili taires ,
comme corps de cazernes & autres, avec des briques pofées
ou de champ ou à plat. Lorfqu'on fe fert de briques de r o
pouces de longueur fur 5 de large , & deux & demi d'épai!feur ,
pofées à plat , il en faut 9 0 pour faire une toife quarrée d'ou­
vrage , environ deux tiers d'un fac de chaux, & du fable à
. proportion. Si on les pofe de champ , ou fur le côté , ce que
l'on fait pour ren,dre fe pavé plus folide, il en faut le double
de ce qui en entreroit étant pofées à plat , c'efr- à- dire 1 80
briques & un fac entier de chaux.
A l'occafi-011 du carreau & des autres ouvrages de t:erre cuite
qae l'on employe dans les bâtimens , nous ferons obferver que
la négligence des ouvriers qui les fabriquent , ou leur empreife­
ment à fournir promptem ent l'ouvrage qui leur dl: commandé
par les Entrepreneurs, efr caufe que le Particulier dl: fouvent
mal fervi , for- tout pour les carreaux , parce que- l'avidité du
gain, ou la crainte de manquer une fourniture confidérable ,
crüpêche les proprié taires de ces manufaé\:ures de faire corroyer
& manier la terre autant qu'ell�• devroit l'être, C9mme ils s'iµ­
quieten t fort peu fi leur marcha,ndife fera de réfifrance & de . ·
bon fervice, ils fon t mettre les carreaux dans le four qua nd ils
fon t à peine à demi-fecs, ce qui fait qu'on les en retire très­
mauvais & de p eu de durée. De-là les reproches fâcheux que
l'on fait tous les jours aux Maîtres Maçons & Entr.epreneurs
de bâtimens, lorfque les perfonnes qui ont eu confiance en eux
s\tpp erçoivel).t que ces carreaux ne ".' alent_ abfolument rien , &
qu'ils fe brifent ou s'en vont par feuillets a\1 bout de qy.elques
mois qu'ils font mis en œuvre,. . . · , .
En général, on peut s'a!fu.rer de la honte des bnques , car­
reaux , & milès, lorfqu'étant fufpendus _en l'air & - frapE és av�c
-un mor .ccatJ de fer m� autre ·corps dur , ils r.endent u�1 fon clair
& fec,
"' ..

T.oTJze I. H
l ,._ ,
JS A Ïl C H l T : C T O R E M O D E R N E: .,

A R T I C L E I V. ·
Du pavé.
Tout le pavé 9-ont on fe fert à Paris, ainfi que fur les grands
chemins qui conduifent à cette capitale , e.11: fait de grès dur.
C'efi: la meilleure matiere qu'on puiffe employer pour paver
les rues & les chemins publics , tant pour la commodité des
voitures & charrois , que pour cdle des gens à cheval , &
même de ceux gui vont à pied. Il y a du pavé de trois fortes
de grandeurs , favoir le grand , le moyen , & le petit. Le plus
gros pavé e.11: de forme cubique : il a 7 à 8 pouces en quarré ,
& pefe environ 5 o livres chacun : on l' aŒed for un fond de
.. fable & on ne l'employe guere que J>Our paver les \ues & les
grands chemins : on a foin en le pofant d'obferver les pentes
& contre-pentes néceifaires pour l'écoulement des eaux ; où .
re bat & on le dreffe à la demoifelle.
Le moyen & le petit pavé s'appellent pavé d'échantillon :
le plus grand des deux n'efi: autre chofe que du pavé ordi­
naire de 7 à 8 pouces de groifeur , refendu en deux. Il s'em­
ploye avec du mortier compofé de chaux & de fable , ou
encore mieux de chaux & de ciment. On s'en fort pour paver
les cours , cui.lines , lavoirs , & autres endroits oh l'on jette
fouvent de l'eau, ainfi que les banquettes des quais, ponts , &c.
Ce pavé fourni neuf, voituré & mis en œuvre , y compris la
façon & l a fourniture de la chaux & dn ciment , revient à
u.. liv. 10 à 1 2 fols la toife quarrée. Le pavé neuf qu'on fournit
dans les remaniés à bout fe compte au cent. Si c'e.11: du grand
pavé refendu en deux , on le paie 9 & 10 liv. le cent, y com­
pris la voiture & façon : fi ç'efr du petit , c'e.fr-à-dire , de celui
· qui e.11: refendu e11 quatre , il fe paie 7 & 8 liv. Le plus petit
pavé , qui e.11: fendu en quatre , fe maçonne pareillement à bain
de mortier de chaux & ciment ;· il fert pour les lieux humides ,
comme écuries, laiteries, lieux communs, cui!ines , &c. & pour
les terraife s des b�timens ; mais il faut alors le mettre en œuvre
avec bien des précautions , & faire deffous une couche de bon
mafric , pour emp�cher que les eaux qui peuv_ent s'introduire
dans leurs intervalles ne pénetrent jufqu'à la voûte, ce qui y
caufero.it de grands dommages & la · détruiroit en peu de rems.
On mêle au.ffi ce petit pavé , bien équ�rri, avec de _ la pierre
\

LIVRE I. DE LA C O N STRUC TION.


= ..
noire de Caen, & l'on en forme des rofes & des compartimens
pour paver les fontaines , grottes , cafcades & autres édifices

hydrauliques.

.,
C H A P I T R E X I I I.
De - la latte , de la contre-latte, & du clou. , .

L A -latte dont on fe fe;t pour foutenir la tuile fur les com­:


..:

bles eft faite de cœur de chene refendu , fans nœuds ni aubier


elle a _ deux pouces de large fur 4 pieds de long, & il doit y
èn avoir 50 à la botte. Lorfque les chevrons font' efpacés à · un
pied de diftance , de milieu en milieu , chaque latte fe trouve
clouée for 4 chevrons , avec 5 ou 6 clous , & l'on mec une latte
plus large dans l'entre-deux de chaque efpace. Mais s'il ne fe
trou voit que crois chevrons à la latte , alors . il feroit néceffaire
' de garnir lenr intervalle d'une contre-latte . de fciage qui d1:
J 11

beaucoup plus large & plus forte gue la latte commune. On


appçlle pureau la diftance qu'on laifie d'une latte à l'autre ; cette
'

difiance dl: ordinairement d'un tiers de la hauteur de la tuile ,


prife au-deffous du crochet. Lorfqu'on doit employer de la tuile
1'-

du grand moule, il faut environ 30 lattes par toife quarrée de


couverttu-e , & 3 6 lattes· quand ce n'efi: que de la tuile du petit
moule , ce qui demande environ 1 8 o clous , étant néceffaire d'�n.
mettre au moins 5 à chaque latte. Si les chevrons ne font efpaèés
que de trois à la latte , il fuffit en ce cas de 140 clous par toife
quarrée. Pour employer un millier de tuiles du petit moule , il
faut un cent & demi de lattes à. 1.0 fols la botte ; on en con­
fomme moins quand elles fe trouvent du grand moule , parce
' qu'il n'ell: pas néteffaire alors que les lattes foient Ji près�à�près.
L'ardoife efl: attachée fur des lattes appellées lattes voliffes ,
lefquelles fe touchent prefque, étant beaucoup plus larges que
les lattes ordinàires , auili n'y a-t-il que 2 5 à fa .botte de celles­
ci , dont le- prix efl: le même que celui des lattes à tuile. On
. donne pour pureau à. l'ardoife , ainfi qu'à la tuile, le tiers de fa
halilteur, & une botte de contre-lattes fait environ une toife &
demie de couverture ; ainii pour employer un millier d,ardoife
d'un pied de long, fur 5 à 6 pouces . de large , il faut un cent &.
-
H ij
rto A R C � I T E C T U R E � 0 D E. R N E;
demi de latt�s de cette efpece ; on compte environ 1 2 deus à:
10 fols la livre pour attacher chaque contre-latte fur les che­
vrons , & au moins trois clous à 8 fols. 6 deniers , pour arrêter
chaque ardoife for les lattes qui _la portent. Au re.Œe , dans ce
travail, il ne faut pas épargner les clous, autrement les vents un
peu violens dégraderoiènt fcs couvertures en peu de tems. C'efl:
ce qtù fait qu'on les donne ordinairement à l'entretien par année
à des Maîtres. Couvreurs qui en font l'entreprife � leurs rifques,
Le clou à latte dè de différente efpece & fe vend au cent
pefant. On employ� communément une livre & demie de clou
pour attacher une botte de lattes : fouv�nt même cela pa1fe cette
. quantité , � caufe du déchet confidérable qui s'y trouve. Il y a
une forte p,articuliere de clou pJu� �n & plus délié que le com­
clou de Liege :

mun, on fe nom. m e 11 dl: plus cher que les autres..
efpeces de clou -à latt�, mais au.ffi il fait . beaucoup plus de profit.

C H A P I T R E X I V.
. Du plomb, du fer, & du cuzvre.
f
L E plomb s'employe ordinairement pour les enfaîtemens des
couvertures d'ardoife , ainfi que pour les chencaux des gouttieres ,
les hottes & cuvettes , & les tuyaux de defcente qui conduifent
les eaux du ciel jufqu'au pied . de l'édifice. On lui donne diffé­
rente épaiffeur fuivant l'ufage auquel il dl: deiliné. Le plomb
des enfaîtemens des combles doit avoir une ligne , ou une ligne
& demie, tout au plus, d'épai!feur, & I 8 à 2 o pouces de large.
On le maintient avec des crochets pofés le long de l'enfaî­
tement, & attachés fur chaque chevron. A l'égard du plomb
pour les enfaîtemens des lucarnes , ainû que celui pour les 110-
quets des noues de ces mêmes lucarnes , il foffit de lui donner
une ligne d'épai!feur for r 5 pouces de large. Le plomb qui fert à
revêtir les luc�,n�es d_am ?,..ifelles d�it avoir ,au phis cette épai!fetir,
afin de pouvoir s aifüJett1r plus facilement a la forme des contours
des moulures & autres ornemens dont elles font fofceptibles.
Celui que l'on employe pour revêtir les œ.ils de bœuf & les

I?,oues , doit avoir une ligne & demie d'épai!féur fur r 5 pouces
de large.
.;. ,, . WFC
l I VRE I. D E L A C O N S TRU C T I O N. 6t
Quand . 011 conduit les eaux le long des combles .Par des che­
neaux de plomb pofés fur l'entablement de la corniche , 011 • lui
donne une ligne & detnie d'épaiffeur fur 1 8 pouces de large , &
moitié de cette épaiffeur à celui des bavettes placées au-deffus
des cheneaux & des entablemens, Il faut donner à ces mêmes
cheneaux au moins un pouce de pente par toife courante , pour
faciliter l'écoulement des eaux, Les tuyaux de defcente doivent
avoir trois pouces de diametre & deux lignes d'épaiffeur, & leurs
hottes ou entonnoirs doivent pefer 5 o à 5 5 livres. Pour plus de
propreté , on blanchit ordinairement avec l'étain le plomb de
ces tuyaux de defcente , ainfi que celui des ch<meaux, gouttieres ,
entonnoirs , &c.
Lorfqu'on veut épargner la dépenfe des tuyaux de defcente
le long des bâtimcns, on fe contente de faire jetter les eaux du
ciel , qui fe raffemblcnt fur les toits, par des canons ou gouttieres
auxquelles on donne différences formes. Ces gouctieres ont en­
viron 4 à 5 pieds de faillie au-delà du nud du mur, & doivent
toujours être f oucenues en deifous par une bande de fer plat.
A l'égard des ornemens de plomb dont on enrichit quelquefois
les couvertures d'ardoife, il fuffit qu'ils aient trois quarts de
ligne d'épaiffeur. Ces orncmens , ain.fi que les vafes & amor­
tiifemens que l'on meç fur les épics des combles , doivent être
faits avec goût, & fuivant les deflèins que l'on en donne à
part, quoiqu'ils foienc compris d'ailleurs dans le prix ordinaire
de la livre de plomb.
Le plomb dont on couvre les terraifes doit avoir au moins
une ligne & demie d'épaiffe ur, & fe pofer fur un plancher très­
folide dont la pente foie uniforme ; on n'y employe guere pré­
fentement que du plomb laminé, lequel ayant paîfé & repaffé
plufieurs fois fous des cylindres qui le preffent, dl: rendu égal
& de même épaiffeur dans toute fo11 étèndue. Pour connoître
le poids des tables de plomb qui doivent fervir à cette efpece de
couverture , & pour pouvoir calculer facilement l'excédent de
charge qu'elles peuvent caufer à un édifice , il fuffic de favoir
qu'une table de plomb d'un pied en quarré, fur une ligne d'é­
paiffeur, pcfe environ 5 livres &. demie ; fur une ligne & demie
d'épaiîfeur, 8 livres & un quart ; fur deux lignes d'épaiffeur,
r I livres ; for deux lignes & demie , r 3 livres crois quarts ; &
fur trois lignes ) 1 6 livres & demie. D'après ces connoiffances
îl fera facile de calculer le poids des tables de plomb qui en-
j J-?HW i.. <WH _i tWR«.* ..- •
111 M .di Si
t1 A . R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
treront dans la couverture d'une tenaffe , après en avoir meforé
cxaétement la foperfi cie�
Un très-grand .avantage de ces tables de plomb laminé , c'dl:
qu'on en fabrique de 4 pieds & demi de largeur for 30 pieds de
longueur , ce qui fait une épargne confi.dérable de foudure pour
les grands .ouvrages , comme revêtiffemens de baffins, cafcades ,
nappes d'eau , &.c. ,ain{i -que pour les couvertures des terraffes
& _ des d.&.rùes. . Ce plomb {e vend 6 fols 6 deniers la livre , pris
au m�gafin , fans y comprendre ee qu'il en doit coûter pour le
cranfport & la pofe , qui . eft de 6 deniers par livre · pefant. Le

plomb ordinaire, coulé en tables fans avoir paffé par le laminoir ,
ne r.evient qu'à .6 fols la livre, compris l a rnatiere, l a voiture &
la pofe ; mais il pefe davantage; & le-s tables de ce plomb
coulé n'ont que 3 pieds de large , a�i plus, for 1 5 à 1 8 pieds de
long, ce qui occafi-011J1e un furcreît de dépenfé pour les foudures,
Ainfi le plomb laminé pefe un doy.zieme de moins que le plomb
coulé fimplement, mais aufli il coûte un fol ... par liyre de plus ,
étant employé � ce qui revient à peµ près au même.
011 fait auffi des tuyaux de plomb laminé , foudés for leur
longueur , qui (ont beauc<:mp meilleurs pour la conduite des eaux
' que les tuyaH� motJlé$ , par la raîfon de leur - parfaite égalité
d'épaiîfeur qui les rei1d crès-folîdcs & de loJ1gue durée , au lieu
que ceux qui font jettés en meule font fOL1vent pleins de fouf­
füu-es � de défeél:u0lités dans leur épaiŒeur, & que c'efl: toujours
par�là qu'ils crevent. On les faît de tel diame-tre, fo.ngueur , &
épaiffeur qu'on 'les demande ; ce�x de � pouces de diametre , qui
ont z. lignes d'épaiffeur, fe vendent 4 francs 1e pied courant, y
comprîs la foudure; & ceux de 4 pouces , .5 liv,. 6 fol-s 8"I deniers.
.
-Lorfqu"on fe f.ert clé tables de pl0mb pour la couverture des
édifices , il fat,tt t:lcher d'y mettre le moins de foudures qu'îl dl:
poilible , parce qu'elles occaGopnent de fréquentes réparations ;
car comme le fiomb dl: un métal qui s'étend beaucoup à la
¡,

chaleur & qui fe retire de m�me à la gelée , la foudure , qui {e


tr.ouve ci'u11c matîere plus aigre & plus qd:fante , ne manque ja­
mais de fe fencl.-re & cl.e fe gerfcr quand" le plGimb vient :\. îc re­
..
tirer. D'ailleurs on a re1narqué dans les anciens b�cimens couverts
de plomb où les bois font vieux & très-fecs , comme à Notre­
Dame & iL la Sainte-Chapelle, � Paris , que le feu y pre.nâ com­
munément prefque toutes les foicS .9.1i.011 y travaille à la T -
répa".'
ration de quelques foudures,
• 7 ,. ," �,r.._
,...__,,, , , • ,• •
-
•, , , , , •
·.
L I VRE I. D E L A C O N S T lt U C T I O N. 63

Le Plombier ne rend ordinairement que deux livres de plomb


mis en œuvre pour trois livres de vieux qu'on lui donne, ce
qui fait un tiers de déchet qu'on lui accorde pour fa pofe &
façon. Le plomb fe paie au millier pefant , y compris pofe &
façon. La foudure , qui eft de deux livres de plomb fm:. une
d'étain, fe pefe à part & fe paie féparément à raifon de 1 8 fols
la livre.
, te fer dl: d'un très-grand ufage dans les bitimens : on le con­
fidere fous deux points de vue différens ; felon qu'il contribue
à la folidité de l'édifice, ou à la sûre.té de ceux qui y demeurent. .
Celui qui fert pour la fo1idicé eft réRuté gros fer� & fe paie au
;. j . quintal ou au cent pefant ; tels font les ancres , rirans , équerres ,
harpons , boulons , barres de tremie & manteaux de cheminées,
écrîers pour la charpente , barreaux , grilles , &c. Celui gui fert
à la sûreté efr appellé fer de menus ouvrages , comme les ferrures ,
verroux ., targettes , pentures , fiches , loquets , & autres ferrures
fervant à la fermeture des ·portes & des fenêtres , ce qtù regarde
parciculierement l'art de ferrurerie , dont nous donnerons un
chapitre à la fin de ce Livre ; ainfi nous y renvoyons le Leéteur
, pour toue ce qui regarde l'ufage qu�on fait du fer dans la _conf­
truétion des bâcimens. ,.
On faifoit autrefois paroître en dehors les ancres & cirans
de fer qui fervent à lier les murs de face avec les planchers;
mais l'ufage à préfent e.lt de les mettre dans œuvre & de les
entailler dans les chaînes de pierre ., ce qui eft à. la vérité moins
. difforme que de les laiifer apparens , mais en même tems cela ·
dl: moins folide. En effet ., comme le fer renfermé dans €ette
pierr�e dl: fojet à_ . fe rouiller, cette_ rot�ille peut en . ang!11enrer
I'epa1Œeur au pomt de caifer la pierre & de la faire edacer.
1

C'efi: - pour cette raifon qae dans les bitimens un pet{ c-011fidé­
rables on a la précaution d'envelopper d'une feuille �e plomb
fort mince ces barres de fer ainfi renfermées , ce qui peut ... bien
les _garantir de l'humidité de la fierre jufg_u'à �n eertain poi ? t ., ·
: mais non pas -a.Œez pour les empecher de fe roU:1l;ler a:u bout d un
tems , & de j etter leur rouille . au-dehors. C'dl: pour . la même
raifon fans doute que les Anciens- n'employoient· que du bronze
dans leurs édifices:.
Comme le plomb a le défaut cle 1e gerfér & d'��re c�Œ·mt .,
ce qui le rend fujet à des réparations prefque continuelles, &
, _ que d'ailleurs il charge beaucot1p un bâtiment , on pourroit fe .. -.

..
G"4' A R C H IT E C TUR R M O D E 1l N E.
fervir de cuivre réduit en tables fort minces, d,envîron deux
pieds de largeur, dont on couvriroit les édifices de conféquence ,
comme les Eglifes, Palais, &c. quelque inclinaifon qu'aie leur
comble. Cela ·pourroit revenir à moins de dépenfe que les cou­
vertures de plomb , par le peu d'entretien qu'exige cc métal qu'on
peut réduire à des feuilles auffi minces que l'on veut, en le battant.
D'ailleurs il entreroit très-peu de foudures dans la jonéèion de ces
tables de cuivre, parce qu'elles pou:rroient s'aifembler par des
replis formant _des arrêtes en leurs j oints montans, cc qui faci-.
-11

literoit l'écoulement des eaux de pluie. Cependant, comme nous


n'avons point en France des mines de cc métal , & qu'on efr
obligé de le tirer de Suede , & des pays étrangers, il y a app�r-
rencc que l'µfage n'en deviendra jamais commun, "

C H A P I T R E X V.
Des bois qrlon .employe aux hâtimens.
LE bqis le meilleur & le plus propre pour bâtir; efr fans con­
tredit le chêne, foie qdon l'employe dans l'intérieur de l'édifice ,
foie qu'il fc trouve expofé aux injures çle l'air, ou qu'on le fa{[e
fervir dans l'eau, pÙ , loin de fe pounir , il acquiert fouvent une
duret/ qui le rend incorruptible. Il y a des pays o ù l'on ne fe
fert que de fapin pour • les ouvrages de charpente: on en fait des
folivcs & des chevrons 1ui font plus légers & ql;Ü ch�rgcnt moins
les planchers que le chene , mais ce Gois a lç défaut de fe cor­
rompre & d'être fujet .aux vers. On en difringpe de deux fortes,
le fapin . ordinafrc & le fapin rouge : celui-ci efl: le meilleur; parce
qu'il ne fe caffe pas .G facilement que le commun , & qu'il fe
confe,:ye a!fez long- tems dans l'eau,. Le ch�taigpic,r , je frêne , &
le noyer font: encore propres -pour la charpente , mais il ne faut
pas qu'ils foient expofés aux inj ures de l'air ou à ,la pluie, ni qu'ils
foienc engagés dans des murs de mac;onnerie oh ils (e pourriroient
en peu de tems. On voit à Paris des Egli(es fort anciennes dont
la charpen�c des combles , f;üte cntiereme�t de ch�taig.nier , efr
encore auffi faine & auffi folide que .G elle venoit d'être mife en
. œi1vrc. L'orme feroit égale..rnent propre pour l� b�,t:iment , ,mais
on le réfcrve ordinairement pour les ouvrages de c�arronnagç ,
... -= rit\11WD- . . , L-..-. .
. F • il j
·-
foi�
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T J O . N. :6f

foie pour les voitures , foie pour les roues & les affûts des pieces
d'artillerie , parce qu'il fe travaille facilement, .qu'il dl: doux &
liant , & qu'il dl: moins fojet à fe fendre & à s'éclater. Le cyprès
efr, dit-on, fort efümé pour la menuiferie, parce qu'il n'efr pas
füjet à la vermoulur e , mais fa rareté le rend de très-peu d'ufage
dans ce pays-ci.

ART I C L E P R E M I E R.
Du tems proprt à abattre le.s arbres , & de leur exploîtatio11.
Le tems le plus convenable pour abattre les arbres defrînes
à bâtir, efr depuis la fin de l'automne juiqu'au printems , c'efr-à­
dire , en Novembre , Décembre , Janvier & Février , parce qu'a­
lors le cours de la feve étant comme fufpendu , les pores en font
plus reiferrés. Il y en a qui obfervent de plus de les couper dans
le décours de la lune , parce qu'ils prétendent qu'il s'y trouve
alors moins d'humidité. Lorfqu'on a le tems de prendre toutes
les précautions néceffaires pour avoir de bons matériaux , il efr
néceifaire, - .fuivant le fentiment de 'f7.itruve & de Philibert de
Lorme , de -cerner les arbres par le pied jufqu'à la moitié du
cœur , avant que de les abattre , & de les laiifer ainfi quelque
tems encore fur pied, pour donner la facilité à la fcve & à toute
l'humidité de l'arbre de s'écouler ; car la circulation de la feve
fe trouvant totalement interrompue par cette coupure circulaire,
il ne refre plus dans l'aubier, ni dans la fobfrance du bois , de cette
humidité intérieure qui efr le principe de la pourriture & des
accidens f�cheux qui arrivent aux bois que l'on employe dans
les bâtimens fans prendre aucune de ces précautions.
Caron veut que l'on abatte le chêne en été; les arbres à fruit
auffi-tôt que ceux qu'ils portent ont acquis leur degré de ma­
turité ; & les ormes quelque tems après la chûte des feuilles. Jl
ajoute qu'à l'égard des autres arbres qui ne portent aucun fruit,
on peut les couper en toue cems. Théoph .ajle penfe qu'on .1,1e
doit couper le fa.pin , le pin , le picea , & les autres arbres réG­
neux qu'au printems , après qu'ils ont pouffé leurs nouveaux jets :
au contraire ., il croit qu'on peut abattre le tilleul ; l'ér�ble ,
l'orme , & le frêne , auffi-côt après les vendanges.
· De quelque maniere qu'on s'y prenne pour couper les arbres , .
il eft toujours également néceifaire de dégager entierement le

Tom� /, Í

't:6 A R C H I T E, C T tJ R E" M O b E R N l:'.

bois de fon aubier en l'équarri{fant : autrement, pour peu qu''il.


y en rdèe dans les :flaches , après quril eft équarri , il efl: cer­
tain que tôt ou tard il occafionnera une pourriture qui fe com­
muniquera à tout le refie de la piece , & qu'il ne tardera pas à
s'y engendrer des vers. Il efl: dangereux d'employer des bois auffi­
tôt qu'ils font abattus ; il efi à propos au contraire de les garder
au moins un an ou deux fous un hangard ou quelqu'autre endroit "'
couvert ,. pour qu'ils aient le tems de fe raffermir & de fe défaire
d'une partie de leur humidité. Les bois que l'on defiine pour la
menuiferie, ainfi que pour des ouvrages au . tour , doivent être
gardés bien davantage , & fi l'on pouvoit ne les travailler qu'au
bout de cinq ou fix ans, l'ouvrage n'en feroit que meilleur &
plus folide.

A R T I C L E I I.
_ Des défauts & des. maladies dtt pois.
Le bois efr fujet à plufieurs défauts & maladies : pour peu qu'on
y laiffe d'aubier, comme on vient de le dire, il fe corrompt &
communiqué fa pourriture aux autres pieces qui le touchent. Il
fe gerfe auffi quelquefois, & il arrive fouvent que le h�le exceffif
en écarte les fibres & le fait fendre dans toute fa longueur.
D'autres fois, quand il fe trouve renfermé dans de hi maçon-
' nerie , comme il arrive aux planchers plafonnés , il s échau.ffe
1

. tellement, qu'il devient tout couvert d'l1ne infinité de petites


taches blanches & noires qui tendent à la pourriture , c'efl: ce
que les ouvriers appellént bois pouilleux. Le meilleur remede
t

contre tous ces inconvéniens ., dit Felibien , feroit de bien choiîir


le bois, & de ne l'employer que bien conditionné ; mais comme
il dt bien difficile de ne pas s'y laiifer tromper , la précaution
dont on doit ufer dl: de faire enforte , dans l'ufage qu'on en
fera , qu'il ne touche à rien qui puiffe l'endommager, & que les
pieces conüdérables, comme les poutres & poitrails oü fabiicres ,
ne touchent point immédiatement contre le mortier n i le rrnrre ,
qui échauffent le bois & lui occafionncnt la p,ourriture. I feroit
même à propos , ajoute le même Auteur , de laiffer quelque efpace
vuide dans les murs , vis-à - vis les extr�mités de chaque p outre, pour ,
qu� - l'��r extérieur pût y circuler plus facilement & les ra­
frah,h11. . . · , , . , ,

\
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T L O N. 67
·---~- s:ae11i·W1HCM'Xll'ftF't1t. ,~

Çeu?( gui feront . curienx de voir un plus grand détail fur la


·maniere d'abattre les arbres , ainfi que fur celle d'exploiter &, de
débiter les bois relativement aux différens -ufages auxquels ils
font propres , peuvent c-onfolter le Traùé de la culture & de la
plcpuation des arbres à ozwrer ., par M. Roux ., in-_ I 2 . ou bien le
Traité de la charpënterie & des bois de toute efpece :, par Me-
fange , en deux volumes ùz-8 ° . ou enfin la nouvelle édition de
l'Art de la charpemerie ., par Mathurin Jouffe , i n -folio. Ces trois
ouvrages , ainfi. que� tous ceux qui regardent l'Archirelèure , fe
trouvent chez le même Libraire qui a imprimé celui-ci.

A R T I C L E I I t
De la maniere dont on pourroit déterminer les tlimaifi.ons des pieces
de bois de charpente, à proportion de le�r longueur. .
Avant que de rien déterminer fur les dimenfions les plus
avantageufes qu'on pourroit donner à une piece de bois dont la
longueur feroit déterminée, pour la rendre capable de la plus grande
réfül:ance poffible , il feroit nécdElire d'établir des principes &
des regles fondées for plufieurs expériences réiterées , faites fur
des bois de différentes groifeurs. C'e[è auili ce que MM. Parem
& Bemoulli ont dfayé de faire, comme on peut le voir dans
les Mémoires de l'Académie des - Sciences , année 1 707 , où ils
traitent de la réfi.ftance des bois , mais d'une maniere un peu
trop favante & trop abftraite pour trouver place dans cet ou­
vrage. M. Belidor., dont on ne fàuroit affez Jouer le zele infa­
tigable pour faire l'application de la théorie à tout ce qui pe4t
tendre au bien Public , a fuivi les mêmes vues de ces Acadé­
miciens , & a fait , étant encore Profeffeur de Mathématiques à
l'Ecole d'arcillerie de la Fere , un grand nombre d'èxpériences
for la. force de-s bois en ufàge dans les b�timens , don_t on peut
voir le détail dans le quatrieme Livre de la Science des ingé­
nieurs ., de cet Auteur. Nous en expoferons feulement ici le ré-
fultat le plus fuccinéèement qu'il nous fera poilible.
Pour mieux juger de la force d'une piece de bois, M . .Belidor
confidere d:abord ce qui lui arrive quand elle commence à fe
rompre par l'effort d'un poids confidérable p �acé . dan� le milieu
de fa longueur, & comment elle ploye & s abaiffe mfenfible­
ment à cet endroit chargé du poids jufqu'-à ce que fes dwx

I ij
A R C H' 'I T E C T U R E M O O E R N E.
parties viennent à fe rompre &. à fe féparer. 11 examine enfliite
..
pour quelle raifon une piece de bois a d'autant plus de facilité
;L fe rompre qu'elle a. plus de longueur, fans rie11 changer aux
· dimenfions de fa bafe, & il fait voir gue la réfühnce
• d'une piece
de bois quelconque dépend de l'épai!feur verticale de cette même
bafe : d'oi1 il conclud que de deux pieces de bois d'égale lon­
gueur & de même large�r de bafe , mais dont l'épaiffeur ver­ •
ticale de i'une fera double de celle de l'autre , la premiere aura:
quarre fois plus de force que fa feconde...
Puis -donc que l' épai!feur verticale d'une poutre exprime le
bras de lev}er qui répond à la pui!fance réfrfl:ante , on voit que
plus cette hauteur fera grande , plus la poutre aura de force. Par
Ç..Onféquent une même poutre ,. dont la bafe a des dimenfi.ons
inégales :, ré!ifrera beaucoup davantage étant pofée de champ
7

que fur le plat. Par exemple , une poutre qui auroit 8 pouces
fm 1 6 , auroit deux fois plus de force étant pofée de champ
que fi. on la mettoit fur le pla!=r
Il obferve enfuite ; d'après M. Parent , que les Marchands de
bois tirent des arbres qu'ils font exploiter , des poutres les plus
quarrées qu'ils peuvent, parce qu'étant payés au cent de pieces,
i.Is cherchent à en augmenter la fopedicie autant qu'il efr- po.Œble ,
& q'ue le quarre parfait efr le plus grand de tous les reél:angles
qu'on peut infcrire dans un cercle donné. Cependant une poutre
qui aurolt 1 0 pouces fur 14 feroit de beaucoup préférable à une
autre de même longueur qui en auroit 1 2 fur 1 2 : elle auroit
moins de pefa.ntcur & de folidité que la feconde, & feroit par
conféquent moins chere , & en même tems elle feroit beaucoup
plus forte. Ce double avantage deviendroit encore plus confidé-,
rable fi , au lieu de 1 o for I 4 , on a.voit une poutre de 9 pouces
de bafe fur 1 5 de hauteur. Mais ces mêmes prop>ortions ont au.Œ
leurs termes par rapport à l'ufage qui demande que les poutres
aient une �ertaine a.Œete , c'efi pourquoi on s'en efi tenu à l'ex­
périence qui a fait vqir que les dimenfions qu'il convenoit le
mieux de donner à la bafe d'une poutre devoient être dans le
rapport de 5 à 7. Auffi M. Parent a-t-il démontré, dans le mé­
moire ci-deffos . ciré, que la bafe de l a plus forte poutre qu'on
pouvoir · tirer du cercle d'un arbre , pour la rendre capable de la
· plus grande réfifiance poflible� & pour qu'etle pût en même tems ,
convenir aux ufa�es auxquels elles font defl:inées dans les b!tti­
mcns, .étoit effeé\:ivement celle dont le quarré du plus grand côté
l
L I V R E I. D E L A C O N S
.,
T R U C T I O N. 69
feroit double du quarré du plus petit. D'après ce principe , pour
réfoudre la premiere partie du probrnme qui fait le fojet. de ce cha­-
pitre, voici la maniere de tracer dans le cercle d'u11 arbre quel­
conque la bafe & . la hauteu·r qu'il faut donner à la plus forte
poutre qu'on puiffe en cirer.
Ayant divifé le diamctre AB de l'arbre , ( Planche I. fig.,4
)
en trois parties égales, aux points AC , CD, DB , il faut abaiifer
la perpendiculaire DE au-deffous du diamctre AB , élever la per­-
pendiculaire CF a'll:-- deifus de ce même diametre , & tracer le
reéèangle AEBF qui fera celui qu'ôn demande , puifqü'il efl: facile
1:�de démontrer que le quarré du côté FB dt double du quarré de
~

l'autre côté FA de ce reéèanglc.


Ce n'eft pas affez d'avoir déterminé les quatre côtés de la
bafe d'une poutre pour la rendre capable de la plus, grande ré­
fillance poffible, relativement à fes ufagcs ; il faudroit aufii ap­
pliquer ces dimenfions aux différentes longueurs qu'on donne
aux pieces de bois, & c'eft ce qu'on ne voit cb.ircment établi
dans aucun Auteur. M. Beli.dor rapporte bien une Table tirée de
Bullet, qui indique la groifeur qu'on doit donner aux poutres
& aux folives , fuivant leur longueur ; mais comme les propo1·­
tions qu'on y cnfeignc ne font fondées fur aucun principe, cette
Table ne paro1t pas d'une grande utilité. Cependant comme elle
fe trouvoit dans la premiere édition de cet Ouvrage � pour ne
rien omettre qui puilfe faire regretter ce.tee ancienne édition ,
nous donnerons ici cette Table, toute défeél:ucufe qu'elle eft ,
ainfi qu'elle fe trouve dans prefque tous les livres qui traitent de
l'Architeéèure.
TABLE de la groffeur cles poutres & des {olives faivam leur longueur.
'
1,

Gr,)11 eur de� poucres, de crois en crois pieds. 1 Grolfeur des folives , de crois en crois pieds.
L<JnJI!,<� Larg,ur. r Hauttur. Longueur.
. Largtur, 1 Hauttur.

l 2. pieds. 1 0 pouces.
--.
·1 •
- �
l 2. pouces.
-9 rerrE/'111· ·'"''""-

pieds, . 4 pouces, 6 pouces,

I 5 It 12
... 5 7
s
13
18 ' 1 l. l 5 15 6
2. I lJ 16 18 7 9
2+ 14 18 l. I 8 10
1 24
27 I 5 1 19 • 9 l1
;o 17 l l.
,,3 6
16 .Z I 10
'� t7 l2 ;o Il I 3
18
1

23
39 19 1
14
42 20 25 1 1
. .
70 AR C H l T- E C T U R E M O .D E R N E.
�:gz;��.fr�8,!l,WN4™�J!l!INQilN!'l,ffl.<t:ÇWQJ

11. Blondel , qui donne auffi cet:t� Table dans le premier vo-
-
lume de fo'n Arcltite8ure Françoife , ajoute que les folives de
remplifi:1.ge peuvent bien a voir ces dimenfions; mais que , lorf-
qu'elles ferviront de linçoirs ou d'enchevê trures, il faut qu'elles
foient proportionnées au poids des travées qti'elles aqront à
porter. ·
Comme 1a r-r. ' 1a1rc1t
l able c1-· deffius n'ec · · guerc mieux 1 a quefi:'1011
qui fait l'objet de ce chapitre , on en revient toujoms à en defirer
: une . nouvelle qui foit calculée d'ap rès le principe expofé ci-
. de!fos , & d'après les expériences faites en différens tcms par
MM. Parent , Benzoulü , Belidor, Couplet, de Buffon , & autres
Académiciens , dont les écrits fe trouvent répandus dans divers
v.olurnes des Mémoires de l°Acadérnie des Sciences; c'efl: ce ue
l
nous avons dché de faire , & l'on en verra un effa i dans la Ta le .
foivante , calculée d'après les brincipes & les expériences de ces
mêmes Auteurs , donc on. a c erché ;à. concilier les opinions du
mieµx qu'il a éte poilîble.
-
N OU V E L L E T A B L E -- N O UV E L L E T A B LE
Des groffeurs des poutreJ relativement Des groffeurs des folives relativement
d hur longueur. ,
à leur longu�µr.
---- ·· ··---- Addètion Addition
Longueur. Largeur-. Bautcur. da deu,: di- Longueur. Largeur. Hauteur. des deux di-
men.flans de menjionsde
la bafe.
f
la bafa.

I2
9 pieds.
l __
- ___
î
,5 pouc.

7
7 pouc.
1 0 ;:-
l l pouc.
18
9 pieds,
1 2.
4 pou. f
5
l 5 pou.
7
10
12

I 5 IO 14 24 15 6 ·8 1- 4
\
2 I -a '24 '11 5
1 2. .:.
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1

¼
1.
---
18
20

22

24
60 2 5 - 1
35
-
60

· Nous remarquerons , d'après M, Blondel, que les folives d'en-


chevêtrure doivent toujours être d'une dimenfion plus forte que
celle qui efl: prefcrite dans la Table ci-deifos, à ca1,1fe des rnor-
toifes qu'on efr obligé d'y fai re , q1,1i les affoibli!fent beaucoup à
1
L I V R E I. D E LA C O N S T R U C T I O N. 11
cet endroit, ce que l'on doit obferver for-tot,lt quand elles ont
une portée confidérable , comme aux travées de 1 5 pieds de
longueur , où elles doivent avoir _6 � pouces fur 8 � de .liaureur.
Lorfque les tr:avées paffent r 5 pieds , toutes les folives , foie de
rempliffage , ou autres , doivent être de bois de brin, & il faut
autant qu'il efr poffible qu'elles foient d'ég�le groffeur dans coure
leur longueur.

A R T I C L E I V.
Maniere d'armer & de fortifier les poutres quand elles ne font pas
d'une longueur ou d'une grojfeur fitjfifame.
On ne trouve pas toujours facilement des pieces de bois auffi •
fortes qu'on en auroit befoin : il efr vrai qu'on en peut avoir de
très-longues qui font fort faines ; mais comme elles n'ont pas
fouvent l'épaiffeur néceffaire pour foutenir un fardeau extrême­
ment pefant , on a cherché divers moyens pour fortifier les
poutres , en ajuftant cnfemble plufieurs pieces de bois de façon
qu'elles réfiftent autant que fi elles n'étoient formées que d'un
feul arbre. Mathurin Jo11:_!fo propofe à cette fin divers expédiens
dont on peut voir le détail dans fon Art de la charpenterie ; nous en
rapporterons feulement un qui nous a paru le plus propre à rem­
plir cet objet, renvoyant à l'ouvrage de cet habile Artifte ceux
qui d�fircront approfôndir cette matiere. On peut confulter anffi
à cet égard le Traité de cha,penterie de M. Mefange _, ci-devant
cité , ou mieux encore un petit ouvrage de PhiLibert de Lorme _,
imprimé à Paris en I 5 7 6 , fous le titre de Nouvelles inventions
pour bien hâtir & a petits frais : on y trouvera des pratiques ex­
trêmement ingénieufes & utiles pour mettre les bois à profit, &
pour les éconofnifer autant qu'il e!l: pofüble.
Pour donc armer une poutre de telle longueur & groffeur
qu'on voudra , il faut l a refaire & la dreffer fur toutes fes faces ,
en lui donnant une petite courbure par le haut dans le milieu.
Pour lui fervir de décharges , on prendra deux pieces �e bois
de 8 ou 9 pouces d'épaiffeur, refaites pareillement & dreffécs
fur les faces, & auΠlarges que la poutre. On fera cnfoite fur la
poutre & fous Jes décharges plufi.eurs entailles ou crans de 4 à 5
pouces de profondeur , & on les ailèmJ:,lera l'une for l'autre le
" _qu'il fe pçmrra. Ces décharges prendront proche du
plus j ufl:e
l!.
-
71 A R C H I T E C T U R E M O D E R N

.
du milieu
,
N4HEFS

mur j u(qu'au milieu d� la poutre. Ot; les retiendra par le joint


&-46

avec un etr:ier de fer de cmq ou fix pouces de large ,


• 1

lequel prendra par-deffi1s les décharges & entrera dans deux


m0rtoifes faites de fa largeur 4ans les déchar�es & dans la
poutre. On paffera une cheville de fer au travers, a 4 ou 5 pouces
près du deffous de la poutre , qu'il faudra faire bomber dans le
milieu pour lui donner plus d'élevation, afin qu'elle fe roid.iffe
davantage. On mettra encore des chevilles de fer aux deux bouts ,
fi on le juge à propos, po1,1r les �err�r & les affe.mbl�r plus égale­
ment fur les poutres. Cette operanon etant faite , il faut mettre
1

la poutre en chantier & la. refaire avec fes décharges , çc- qui Ja
rendra beaucot1p plus forte qu'elle n'étoit auparavapt & auffi belle
que fi eHe étoit d'une feule piece.
- La commodité de cette maniere de fr�.rtifier les poutres efl: fort
grande, ajoute .ft1athurin Joujfe :, & l'on s'en fert avec fuccès
pour ies ponts de bois & les autres édifices oh l'on a befoin de
longues pieces de bois ,: l'ufage en fera reet;>nnQÎ�re l'utilité mieux
que tout ·ce que nous pourrions dire.
Nous terminerons ce chapitre par la définition du mot piece ou
[olive , dont 011 fe fert pour meforer les bois de charpente ; c'eft,
foivant la coutume <le Paris , un folide de bois équarri conte­
nant trois pieds cubes , :e'eft-à-dire, une mefure dé 6 pieds de
1ong for 72 pouces d'équ.ârriffage. Ainfi une piee::e de bois méplat
de 6 pouces de largeur fur 1 2 de hauteur , qui auroit 6.,pieds de
longueur , ou bien une piece éqnan:ie de 6 pouces de gros fur 1 2
pieds de longue1,1r, fait ce qu'on appelle une pieeë ou }olive. On
réduit à cette mefore toutes les pieces de bois, de telle longueur
& groffeur qu'elles fo.ient , qui entrent dans la con{hµéti<;>n d'un
bâtiment ,_ pm+r les efHmer par ce1_:t de pieces.
• I

C H A P I T R E X V I.
De la maniere de plqnter un édifice.
A que de commencer un b�ciment il efi effentid de
Je favoir bien planter & aligner dans la fituation qui lui con­
VANT

. yient , que l'on doit avoir déterminé. Tout le monde peut


tracer fur le terrein une ligne droite par le moyen · de trois pi-

quets
. L I·V R E I. D E L A C ON S T R
. U C T I O N. 7'.r
quets plantés fur le même · alignement , ou d'un cordeau bien
tendu ; mais il dt nécdfaire pour cet effet que le terrein foit
drdfe de niveau, ou foivant une pente donnée, dont OJ1 doit
a.voir pris connoiffance par le moyen du nivellement, & que l'on
doit avoir marqué par des repatres ou avec des piquets coupés
& arrafés à la même hauteur. Il dt donc abfolument néceffaire
dans un b�timent un peu confidérable que toutes les lignes
droites fe trouvent de niveau, & qu'elles fe rapportent toutes
entr'elles , c'dl: pourquoi fi le terrein alloit en pente, il faudroit
avant toutes chofes marquer exaéèement cette pente, comme on
vient de le dire, par des repaires trouvés dans un même niveau ;
enfuite la premiçre opération que l'on doit faire, efr de tracer une
ligne p,erpendiculaire fur la bafe de l'édifice , ce que les ouvriers
appellent faire le trait quarré , ce qui peut fe tracer fur le terrein
de deux manieres , que nous allons expliquer. · ,
Ayant déterminé fur le terrein une ligne droite quelconque
AB ( Planclze I. fig. 5 ) , & l'ayant divifé eù quatre parties égales,
on plante à- fes deux extrêmités A & B deux piquets auxquels on
attache deux cordeaux , dont l'un, qui tient a.u piquet A , doit
avoir 5 de ces parties de longueur , & l'autre qui efi en B , en
doit avoir 3. Deux ouvriers qui tiennent • chacun l'autre bouc de
ces deux cordeaux, s'étant rapprochés & s'étant joints en C , il
faut que la difiance AC foit exaéèement .. de 5 de ces parties ,
& la dîfiance BC de trois : ce qu'on vérifie en mefurant encore
ces deux difiancés, de peur que les cordeaux ne fe foien� ralon­
gés, après quoi l'on dl: certain que l a li�1e CB efr perpendicu­
laire fur AB, & que les deux lignes AB , tlC font un angle droit
en B. En confervant trois pareils cordeaux, ou des eha1nes di­
vifées en trois, quaJre , & cinq parties égales , on dl: toujours en
état de tracer promptement tant de perpendiculaires qu'on en
a�ua befoin, ce qui eft très-effentiel dans la plantation d'un bâ­
timent.
Voici l'autre pratique. Ayant traçé une ligne droite AB fur le
terrein (fig. 6 ) , il faut la divifer en deux parcies égales au point
C. Ayant attaché au point A un cordeau de telle longueur qu'on
voudra , pourvu qu�elle excede la moitié AC , on en porte l'ex­
trêmité en M, & l'on trace l'arc FG -: puis avec le même cor­
deau , & fans le détacher du . piquet A, on revient en N où l'on
trace l'arc LK. On détache enfaite le cordeau, & l'ayant reporté
au piquet B , on fait la même opération
• en M , pour avoir l'arc 1

Tome I. K
74· � A R C H I T E C T U R E, M O D E R N '.t. '
DE qui coupe le premier • FG au point M , & l'on revient en N ,
·
pour tracpr l'arc HI qui coupe l'arc LK au point N. Par ces deux
points M, N on tend un cordeau- qui , paJfant par le centre {;
· de la lign,e AB, donne ce qu'on appelle un trait quarré formé par
· quatre angles droits ACN , NCB , BCM, MCA .. r On peut partir
de-là pour tirer. autant de paralleles & de perpendiculaires qu'il
en fera befoin . pour t�acer les principaux alignemens de llédifü.e
proj.etté.
On doît marquer avec toute l'exaéèitucfe poilibfe les angles
principaux de l'édifice avant que d'ouvrir les, · tranchées pour
. les fondations. Il faut enfoi:te examiner foigneufement tous les
alignemens après qu'ils ont éJé tracés fur le terr¼in , & en faire à
plufieurs fois la vérification avec le deffcin, qui doit &tre cotté,
· a:nn de voiF fi l'on ne fe feroit point trompé ,. car dé cette pre:..
miere· opération dépend la jnfteffé de Fexpofition de tout l'édi­
hce. Au rdl:e il ne fatit point épargner les cotteS> & mefures fur
le plan , tant celles des longueurs· principales , comme des murs
de face & de retour, que les diftances & les ouvertures des portes
& des, fenêtres, . &, les épaiffeui::s des tfemeaux & ma:ffifs , �ar plus
il y'à de 1nefu.res cottëes for un plan-, tracé affez en grarrd p-our
qu'elles. foient i.rn.telligibles , & moi1'1s 011 efl: expofé à ie tromper.
Ir

Chacun fait que pom ces opérations' fur le ten:ein , outre les
piquets·, les cordeaux & les· jalons , . i1 faut être encore muni d'une
toife, d'une double toife , d'un grande équerre , d�un niveatt d'eau,
& d'un graphometrè pour prendre les arlgles. A l'égard du nivel­
lemen t , il faut toujours en répéter les opéra:t.ïons· eti· fens con­
traire, ce que les Arpen.teurs-appelle,nt retourner le nivellement ,
pa:rce que ces deux opérations fè fervent de preuve réciproque- /

r . cette precaut1on
men� ; 1ans
, .
... on ne p.eut etre
"
anure d' aucun coup
� ,
de 111veau,..

C H ·A P rT R E X V lL
De la fondation det ldifices�
..
N ou s voici parvenus � la'-partie Ia plus· eJrentielle du: b1ti- ·
_
-ment , quoiq�'elle . foit _af1:ez. con1���éme?t négligé� pa� la, plû­
part de nos Jeunes Architeétes qtU , fe hvra·nc entrnrement _ au
L IV R :E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 75
.deffein & a.u génie de la compo.fi.tion , abandonnent fouvent aux
Maçons & aux ouvriers fubalternes des détails • qu'ils regardent
comme groffi�rs, fans fa.ire attention. que pour deveùir' bon Ar .:_ ·
chiteéle ; il faut av'Oir été Maçon , & que l'on a vu p1us d'une fois

des bâtimens oonfidérables écr.afer fous leurs ·propres ruines ceux
même q1ai les élevoient� & tomber , avant que d'·être totalement
¡¡ li

achevés , faute d'avoir fu p.rend.re les. précautions néceffaires pour


les établir folidement , ou flutôt faute de s'être fuffifamment inf­
truirs de la divedité des terreins , & de la .maniere de bien aŒeoir
les fondemens d'un ,édifice.

A R T I .C L E P R E M I E R.
De la manïere de connoître les div.ers terreins for lefquels on
doit bâtir.
H y a des fonds d:e terr.e d.e · tant d'efpeces différentes que peu
d'Archicelèes · pc;urroient fe flatter de les connoître tous ; cepen­
dant quoiqùe la diverfité d_es terreins Joit prefque infinie, on
peut les réduire à trois claffes principales. La premiere .. dt celle
du tuf, dont le fond efr de pierre ou de roc : les ouvriers le re­
'

conn?iffent facil_ement à la difficulté qu'ils éprouvent lorfqu'il dl:


quefhon d,y fomller. La feconde claffe efr celle du fable, dont
on diilino-ue deux efpeces ., fa.voir le fable dur & ferme., fur lequel
on peut gardiment établir fes fondemens ; & le fable mouvant , ·
1

. dont le peu de confifrance ne permet pas que l'on bâtiffe deffus


fans prendre les précautions coRvenables. La troifieme claffe efl:
la terre · proprement dite, dont il y a quatre forces différentes ,
favoir la terre franche, la terre graffe , 1a terre glaife, & celle de
toJiu-be. La terre _ franche ou la terre ordinaire fe trouve dans les
I ,

· plaines élevées & dans les endroits fecs� La terre graffe efi prefque
toujours formée de vafe fans confifiance, & ne fe trouve guere que
dans des lieux bas & humi�es. La glaife fe rencontre indjfférem­
ment dan.s les endroits 011 coulent des eaux de fource, foit fur le
pencha.nt d'un côteau, foie au pied des montagnes. Quand elle
1,
e:fl: ferme & d'une égale épaiŒ'eur par toute fon étendue , on ne
doit poi,nt héfiter d'y fonder. A l'égard de la tourbe , c•efi une
efpeçe .de tœrre graffe , noire & bitumineufo qui brfile & fe çon­
fome au fou après l'avoir fait fécher, &, dont �n fait un gran4
ufage cl.ans les Pays-Bas -& dans quelques provmces de Fra�we.�

K ij
.J :, ; .•
76 A R C H I T E C TU R E M O D E R N E.
Pour parvenir plus facilement à connoître la nature du terrein
for lequel on veut b�tir, après que les fondations font tracées ,
il faut fonder ce terrein en plufieurs endroits , ce qui fe fait en
creufant quelques puits de difrance en difrance ( fi le b�timent
projeté efr confidérable ) , au moyen defquels on pourra examiner
les différens fonds de terre , afin de choifir le plus commode &
d'y ailèoir fes fondations. On peut encore s'a{forer de la qualité
du terrein par le moyen de la fonde , qui efr une longue branche
de fer dont le bout efr fait en tariere, enforte qu'elle rapporte ,
en la retirant, un échantillon du fond que l'on a percé. Lorfqu'on
efr obligé de fonder bien avant pour trouver fe bon fond , on
alonge fa fonde par le moyen d'une ou plu.lieurs branches de fer
qui s'aj ufrent au bout .de la premiere, avec des vis en écrou� On
conno1t auΠla nature du terrein en le frappant fortement avec
une piece de bois debout. Si la terre rend un fon fourd, & fi l'on
s'apperçoit d'ailleurs qu'elle foie couverte de petit�s mottes diffi­
ciles à détremper dans l'eau, on peut s'afforer que cet endroit ef1:
propre pour ·y fonder. Comme les bonnes terres font plus reffer­
rées & plus maffives que les autres ,. 011 les reconnoît également
au poids , celles-ci étant deux ou trois fois plus pefantes. qu'un
pareil volume d'autre terre de moindre qualité.
La couleur de la terre efr différente fuivant les pays : ordi­
nairement la noire efl: 1a meilleure pour fonder. La blanche, qui
efl: humide & qui falit les mains , ne vaut rien : en général coute
terre qui gâte les mains, ou qui étant mmùllée falit un linge qui
lui a touché , n'efr pas bonne pour • y aifeoir un édifice. Si en
fouillant on _trouve un fable mêlé de cailloux, il faut s'y arrêter
comme à un bon fond. Si l'on renco11troit un lit de gros fable ,
blanc ou rouge , bien ferré & bien mêlé de camoux, 011 peut
encore s'y arrêter pour fonder, qu.oique fon lie ne foie pas bien
... fi. tédifice qu'on veut élever n'efr pas d'un poids
épais, for-tout
confidérabl
• � , car il arrive fouvent qu'en fouillant plus avant on
rencontre p1s.
Lorfqu'on efr contraint par quelque fojétion particuliere de
fouiller plus avant que les fondations ordinaires,foit pour cher­
cher un meilleur fond , foie pour fe procurer des caves , ou pour
avoir des cuifines & offices éclairés , comme dans les ch1teaux
environnés de foffé s, il faut faire une efpece de puits de 5 ?t 6
pieds de profondeur, tout au plus , ptùs prendre· deux cruches
ou pots de terre tenant environ un feau d'eau. Après les avoir
L I V R.E I. D E L A C O N S T R U C T. ( 0 N'. 77

rempli de laine , bourre , ou coton, on les couvrira d'une tuile ou


d'un bouchon de bois, & on les pefcra féparément. Il faut mettre
enfuice un de ces pots à une des cxtrêmités de la fondation , &
l'autre au fond de l'efpece de puits que l'on a creufé d'un autre
côté , & les recouvrir tous les deux avec de la terre. Laiifez-les
deux ou trois jours ainfi enterrés, après quoi les ayant retiré,
vous examinerez lequel dl: le plus pcfant des deux. S1 c'dl: celui
du puits , cela prouve que plus on creufera plus le terrein fe trou­
vera mauvais , boueux & humide .. Si l'on voit qu'il ne pefe guere
davantage & qu'il y aie cependant autour de petites gouttes d'eau ,
c'dl: une marque qu'il pa!fe quelque fource ou petit ruiifeau
proche de cet endroit, ou que les terres en font très-humides &
abreuvées d'eau, ce qui doit détourner d'y creufer davantage.
Si au contraire le pot retiré du puits fe trouvoit de même poids
ou même plus léger que l'autre , on doit être affuré que plus on
y fouillera plus on trouvera un bon fond , & que la terre y fera
par-cout également folide. Il y en a qui, pour éprouver le terrein,
mettent un baffin plein d'eau dans la tranchée de la fondation &
qui laiifenc tomber une gro!fe pierre très-lourde , à quelques pas
de-là� Si la fuperficie de l'eau n'en dt point agiEée , c'efl: une
marque de la bonté du terrein.
Indépendamment des recherches gu'on peut faire par foi-même
p our s"a!furer de la qua.lité du fond for lequel on veut bicir, il ell:
à propos de qucfiionner les ouvriers du pays , & de confulter les
anciens Maçons de cet endroit , parce qu'ils connoiifent toujours
par pratique 1a nature du terrein , & qu'il peut s'en rencontrer
quelqu'un à qui le bon fens , naturel , joint à l'ufage continuel 011
ils font de travailler dans 16 même fond de terre , aura fait faire
des réflexions dont on pourra tirer quel9ue utilité,
· Nous venons de dire qu'il étofr nécdlàire de faire des puits de
di{hnce en difiance pour mieux conno1tre les divers terrcins,
nous ajouterons qu'il cfl: également e!fenticl de percer en quelque
endroit Ie lit de tuf ou de roc, s'il s'en trouvoit dans l'étendue ctes
fondations que l'on veut faire , for-cout s'il s'agiffoit d'un bitimcnt
de conféqucncc afin de voir s'il n'y auroit pas eu autrefois· des
carricres fous.l'endroit où l'on fe propofe de b�tir. C'cft ce qui
dl: arrivé en b�tiff.'lnt l'Eglife & le monafrcre du Val-de-Grace à
Paris ; l'A1·chiteél:e ayant rencontré le roc • dans fes fondations ,
crut pouvoir y affeoir fon édifice avec toute la sûreté pofüble. Il
fc trouva cependant parde!fous une carriere qui avoit été fouillée


78 A R C H I T E C T U R E M O t, E R N E.
autrefois , & donc le ciel , n'étant pas affez fort pour foutenir
un fardeau fi pefant, fe crevoit de toutes p arts & alloit entraîner
par fa chtite tout ce qµ'iil y avoit déja d'élevé au-deffus, fi l'o)1
n'avoit pris le parti de percer promptement ce ciel , & de conf­
truire pardeffous de larges piliers pot:lr i'écayer & le foutenir.
Leon-Baptifle Albert raconte un fait encore plus eKtraordinaire.
I l a vu , dit-il , '-à Meflri , .dan� le terdtoire de Venife , une tour
qui après avoir fubfill:é peadant plufieurs années , rompit tout-à­
coup le terrein mince & p.eu folide for lequel elle avpit été élevée ,
& s'enfonça par-tout également jufqu'aux çreneaux. Un feul
puits aurojt pµ faire évit:er ç�s d�-1,1x aççidens.

A R T I C L E: I I.
De la maniere de fonder dans un mau11ais terrein.
Il arrive quelquefois que la place la plus convenable pour
planter un édifice fe rencontre dans un terrein .fi mauvais & .fi
' pr �J19- qt �
�� � - les plus habiles A �chiteéèes s'_y tr�uvent très-embat
r� rf
"e-s. Pluù�ert d§ Lorm_e [e ;vit dans un pareil embarras e1; ba­
tdTant le chateau de Samt-Maur-des-F0ffe 6, proche le bois de
1

Vincennes , l�quel e.fl: fitué fur une colline qui fe trouva formée
de terres rapportées jufqu'à 1a profondeur de plus de 40 pieds.
Cet ingénieux Artifre confidérant que la dépenfe que �.devoienc
occafionner de pareilles fondations auroit de beaucoup excedé le5
fonds defünés à tope l'ç�i.fice, tic faire des trous quarrés ou des
efpece6 de puits de 4 â 5 pieds de d..î.ametre, autant que l'exigeoit
l'épaiffeur des fond.emens , & les fit creufer jufqu'au fond. Il les
efpaça de � 2 en 1 ?- pi�ds , touj.0urs de la lafgeûr des fondemens,
& ,@s fit
• t·emplir d_e b.onne maçonnerie jufqu'à la hauteur de fes
fondations : puis d\ua trou � l'autre ayant fait bander .cI" l.es arcades
dans les terres, c,o�me , on le voit ( PLanche I. .fig. 7 ) , il établit
fes fondations for ce� arcades, & y bâtit enfoite le château qui
exifre encore aujourd'l?,ui. C?efr ainû 9.ue cet habile Architeéèe efr
vemt à b�ut, par fon jn�uftrje , d€ formonter les difficultés d'un
m�uvais terrein : eei exern_ple p�u.c {�r:vir de rp.pdeJe � s:;e�1x qui
fe tr�uveront dans de pareilles ci.rconfrances,
· Leon,- IJJaptij}e Albert cmfeigne un mnyen à pee près fomblable. ,
& il Je propofe fur-tout p our porter les colonnes d'un édifice ,
afin d'épargner la dépenfe d'une fondatioµ continµe trop pro-
.

- LIVRE I. DE LA C O N STRU C T I O N. 19
fonde. Il veut donc que l'on fonde des piliers de maçonnerie
fous chaque colonne , qu'il faut lier enfuite par des arcades , mais
il exige que ces arcs foient renverfés en fens contraire 1 comme
on le voit ( P!anche I. fig. 8 ) , & il prétend par ce moyen affer­
mir confidérablement fa fondation , étant impdffible , ajoute-t-il
• ,
que l'un de ces piliers s'écarte fans faire écarter· en même rems
les autres. On pourroit fe fervir de cet expédient dans le cas de ""
Philibert de Lorme , faifant attentiôn ct_u'il efr nécdfairc alors que
l'extrados de ces arcs rcnvcrfés foit appuyé fur la terre ferme , ou ,
pour plus de folidité , fur des arcs bandés en fens contraire ,
comme il efr marqué for cette même Planche , fig. 9.

AR T I C L E 1 I L
De la mctniere de fonder fur le ro�.
De tous les fonds qne l'on peut trouver pour a!fcoir un bâ­
timent , le roc & le tuf font fins contredit les meilleurs & les
plus sars. Néanmoins il en réfolte quelquefois des inconvénicns,
comme lorfqu'il fe trouve partie roc & partie terre ordinaire.
Dans cc cas, après que l'on a trouvé le bon fond, il faut bien
battre le tcrrcin pour le rcz;idrc plus ferme , pt1is y pofer de
grandes pierres à fcc , fans mortier, les frottant rune for l'autre
avec du gI"ès & de !'eau , jufqu'à ce qu'elles fe joignent parfaj_
cernent , comme on l'a pratiqué dans la conftrultion des fonda­
tions de l'arc de tFΩmphc qu'on avoit c_ommencé à élever à l'ex­
trêrnité du fauxbourg Saint-Antoine , ainfi qu7à l'a faç::tde du pé­
rifrile du Louvre. Ces premieres affifcs érant conduites jufqu'au
niveau du roc, on bande un arc , dont une retombée pofe for ce
maffif, & l'autre fur le roc même, comme on le voit for la
Pfanche 1. fig. 10. Cette maniere de b�cir cfr d'autant pius fo­
lide, qu'il n'y a aucune caufe qui pniffe faire· pencher 1'édifice
d'un côté plutôt que de l'autre.
Il arrive d'antres fois qu'on efr obligé de b�tir fur le penchant
d'une montagne, dont le fond cfr un roc. Alors il faut couper le
roc par retraites ( fig. 1 1 ) , & élever fon mur fur cha que retra-ite:t ,
"
obfervant de pratiquer à chacune une pente du coté du roc,
afin que le pied du mur, qui fe trouyera en talud , fait pofe fur un- ·
• ée. A près- avoir élevé ce mur jufqu''à
plan qui s'oppofe à fa pouff
la dernicre retraite , on laitfera. bien féchcr la maç0nnerie ,. & �
.
io , A R C H I T E C T U R E M ô D E R N .E. .,
,
l'on continuera le refte de l'édifice comme à l'ordinaire. Si cc
mur faifoit partie d'une Maifon Royale , ou de quelque. inonu­
ment public , il faudrait le b�tir à pierres feches ,.. , & fans mor­
tier, comme -011 vient de le dire. Lor(que le bâtin1ent fe trouve
..
fitué en plein for le roc , il fam dreifer ce roc de niveau , au­
tant qu'il dl: poffible , & avoir une grande attention de ne point
commenéer la feconde aŒfe que · la premiere rie foit totalement
achevée dans le pourtour de l'édifice, & ainfi de fuite ; autre­
ment la maçonnerie ne s"affàiffant pas également par-tout, pour­
roit fe fendre & fe tourmenter par endroits, d'où il réfulteroit de
grands inconvéniens.
Il efl: inutile de faire obferver que lpr[que le roc efl: trop uni ,
& qu'-011 appréhende que la maçonnerie qu'on y affeoit ne faffe
pas une bonne liaifon avec le fond , il faut piquer ce roc à coups
de marteau, & après en avoir bien nettoyé les . décombres, y pofer
les premieres pierres en bain de mortier , & les encafl:rer de quel­
ques pouces dans le roc, enforte qne le tout paroiffe ne plus faire
qu'un feul corps. Si au contrnii·e le roc fe trouvoit trop inégal ,
· · on feroit alors obligé de commencer les fondemens par pierrées ,
en y employant des moilons , cailloux, éclats de roc & · autres
menues pierres., qui étant liées avec le mortier d.e chaux & ci­
ment, rempliffent parfaitement toutes les finuofités du roc :
M. Belidor prétend même qu'étant une fois durcie, cette ma­
çonnerie compofe un tout fi ferme & fi folide qu'on ne doit
craindre aucun affaiffement , quand même une partie du terrein
for lequel elle eft affife viendroit à baiffer ou à fe détacher du refl:e.
Il y p; d'autres terreins pierreux for lefquels on efr obligé de com­
mencer les fondations par encaiffement , ce qui · demande une
intelligence particuliere ; mais comme cette maniere de fonder
nou$ eng�geroit dans de trop grands détails , nous nous conten­
terons de renvoyer ceux qui fe trouveront dans le cas d'en faire
ufage , au troifi.eme Livre de la Science des Ingénieurs , par M.
Belid�r ., ou bien à la fecon�e .� artie de l'Arch�t�llur� Hydraulique
_
du meme Auteur , ou les d1fferentes façons d etabhr des fonde.,.
mens dans ... toutes fortes de terreins font expliquées & détaillées
avec unç netteté & une précifi.on qui n� lai.[ent ûen à defirer•
.

ARTICLE
t I V R E I. D E t A C O N S T R U C T I O N. 8t

A R T I C L E I V. -
De la maniere de fonder fur la glaife.
Après avoir expliqué la maniere de bitir fur le roc, nous allons
examiner celle de fonder for la g�aife , laquelle n'exige pas moins
de foins & de précautions. Chacun fait que la glaife eft ce qu'on
appelle communément terre à pot : comme elle dl: d'une nature
grailè , elle conferve facilement les eaux qui coulent .for fa fo­
perficie , fouvent même elle en retient d'autres pardefi"'ous , ce qui
fait que phis. on approfondit 1d ans l'efpérance de rencontrer un
meilleur fond, plus il devient mauvais. Lorfque le lit de glaife
que l'on trouve en fouillant les terres pour établir fos fondations
n'dl: pas bien confi.d érable , . & que l'on dl: à portée d'en avoir du
débit ou de l'employer à quelque ufage , le plus court expédient
e!è de l'enlever entierement, � moins qu'il ne fe trouv!tt d'une
telle épaiffeur que fon remuement & fon tranfport occafi.onne­
roient une trop gr.ande dépenfe , & èxcederoient le pro.fit qu'on
en pourroic retirer , auquel cas il faut avoir recours à d'autres
expédiens.
Les terreins glaifeux font fojets à. de fi grands inconvéniens ,
que le mieux feroit de n'y point bitir du tout; cependant comme
o n peut fe trouver forcé par quelque raifon eŒentielle d'y affeoir
fon édifice, on faura qu'il efl: fouvent dangereux de tourmenter la
glaife , & qu'alors il ne faut pas fonger à faire ufage du pilotis. Il
arrive même quelquefois que les pilots font ua G. mauvais effet
dans ces fortes de terreins , qu'après en avoir enfoncé à une ex­
trêmité de la fondation, on ef.1: fort étonné de voir qu'en battant
un autre pilot à l'autre bout, le premier· fort avec violence
par le gonflement de la · glaife qui fe trouvant trop reŒerrée ,
' repouffe chaque pilot à _ mefure qu'on en enfonce un nouveau
dans fon voifinage�
Lorfque l'on bitit fur le pench�nt d'une colline & que le lit
de glaife qui fuit cette pente eft fi épais qu'il n'e!l: pas poilible de
l'en"lever, le moyen lep lus sfü pour s'établir for ce plan incliné _
dl: de commencer à aifeoir de bons fondemens fur le terrein ferme
au pied de la montagne, puis d'en établir d'àutres 1;1 11 peu plus
haut, for le même côteau, que l'on joindra aux premiers par un
mnr de maçonnerie , & de continuer ain fi par retraites jufqu'à
l'e? droit oh doit être fitué le principal édifie�, pour que le t�rrein

...
fo1t également retenu par-tout. Cette man1ere de raffermir un
, vs
Tome l.
..
¡ 1( 6 $ íl r,w •
L
• L
8'1 .A R C JI I T E C T U R E M O D E R N E.
terrein défeélueux a été fouvent mife en pratique par les
Anciens , car ils avoient pour maxime de ne rien négliger de
ce qui pouvoic contribuer à la folidité ou à la confervation de
I

., leurs édifices.
Il arrive a!fez fréquemment que le terrein qui fe trouve au­
deffous de la glaife n'a point de confifrance , & même ce mauvais
terrein efr quelquefois {i profond qu'il n'eft pas poffible d'y pi­
loter , ni d'en enlever la glaife : dans ce cas on dl: obligé de
fonder avec des grillages. Nous rapporterons à cette occaGon la
méthode que M. Blondel a foivi dans les fondations de la cor­
derie de Rochefort, qu'il a b�tie fur un pareil fond. Cette cor­
derie eft un édifice à deux étages , de quatre toifes de largeur ,
dans œuvre , fur 2 r 6 toifes de longueur , non compris les pavil­
lons des deux excrêmités. L'emplacement qu'avoit choifi cet
Architeél:e, pour élever fon bitiment, étoic fitué dans une fort"
belle prairie longue d'environ 2 50 toifes , & large au moins de
5 o , dans le plus étroit. ·Cette prairie efr bornée d'un côté par
la riviere de Charance , & de l'autre par un canal. La premiere
opération que fit M. Blondel fut de fonder ce terrein en plufieurs
endroits. Il reconnut qu'au deffous de la prcmiere crofüe, formée
par environ deux pieds de bonne terre noire couverte de gafon ,
il y avoit par-cout une couche de glaife très- ferme & très-folide
par le haut, de l'épaiifeur de 1 0 à I 2 pieds : mais que s'amol­
liffant en.foite petit-à-petit, le fond de cette glaife étoit terminé
par une boue ou vafe molle & à demi-liquide ., de même nature
que celle que l'on trouve 'fur les bords & dans le fond de cette
riviere. Ce mauvais terrcûn continuoit fous la glaife à une celle
profondeur qu'il lui fut impoffible d'en trouver le fond, ni d'autre
�errein au deffous. Cependant fon édifice devoir être trop confi­
dérable pour ofer foivre la pratique des Maçons du pays, lefquels
fe contentent de pofer fur l'herbe les premiercs affifes de leurs '
bitimens, fans creufer en aucune maniere pour affi1rer leurs fon­
dations , l'expérience leur ayant _fait connoître que ces deux pieds
de bonne terre , liée & affermie par les racines des herbages qui
y croiffent , foffifcnt pour foutenir la maffe mediocre de leurs ·
maifons ordinaires , & pour les garantir des mouvemens de la
glaife qui efl: au deffous.
Cet habile Architeél:e étoit trop prudent pour fe fier à cette
g laife , dont il connoiffoit le peu de confü.1:ance , auŒ fe garda-t-il
bien d'y faire enfoncer des pilots. I l étoit infl:ruit d'ai1leui·s de

.. ;
l I V R E I. - D E L A C ô N S T R U C T I O N. ·1f J· -
l'accident gui venoit d'arriver au pont de Xaintes , lequel avoit
1

été renverfé par les efforts de la glaife gui en fe tourmentant


I' avoit repouué & chaué les pilots ' ce qui avoit caufé la ruine

du pont, parce que , comme nous l'avons dit plus haut , la glaifc
éventée & tourmentée par le battement des pilots , rejette en fo
renflant tout ce qu'on y a enfoncé. Il prit donc le parti de fon­
_der fon édifice fur un grillage de charpente en maniere de plate­
forme, comme il l'avoir vu pratiquer dans de femblables occa­
Gons en Hollande & ailleurs , mais particulierement à. la citadelle
du Havre , dont NI. Dargencourt avoit affis les fondemens préci­
_ fément fuivant la même méthode , for un fond :'.t. peu -près de
pareille nature. Au.Œ arriva-t-il quelque tems après qlie lé fond
du terrein s'étant afE1ifé fous le poids des bitimens qu'on y avoit
élevés , toute la matte de la citadelle le fuivit uniformément &
d'une feule' piece, faps aucune fraél:ion & fans s'être dérangé de
l a moindre chofe , de forte qu'aél:uellement, des rues de l a ville,
on voit une partie du toit des logemens praticiués dans l'intérieur
de la citadelle , au lieu qu'avant cet affaiuement , à. peine
en pouvoit-011 découvrir le fommet. Le même Ingénieur avoit
déja fait confl:ruire à. Brouage un ouvrage à corne qu'il avoit
fondé de la. même maniere & avec un pareil fuccès.
M. Blondel , autorifé par ces exemples , fit tracer fur le terrein
les largeurs qu'il vouloir donner aux fondemens des murs , tant
ceux du contour de la corderie & des bicimens qui en dépen­
doient, que ceux des murs de traverfe q�il fe propofoit d'élever
intérieurement de quatre en quatre toifes fur toute la longueur de
l a corderie, jufqu'au rez-de-chauffée feulement , pour lier en­
femble les deux murs de face. Enfuite il fit creufer environ cinq
pieds fur le 11.iveau de 1<1, prairie , c'dl:-à-dire , qu'il fit fouillet trois
pieds dans le mailif de la glaife , puis ayant fait mettre de niveau
très-exaél:ement tout le fond de ces fouilles d'un bout à l'autre ,
il .fit .a.ffeoir un grillage de longues pieccs de bois de chêne , de
1 0 à 1 I pouces de gros , affemblées l'une à. l'autre taht plein que ·
vuide , à queue d'aronde , dans toute 1:écepdue des fondations ,
c'dl:-à.-dire, fous les murs de traverfe , auili- bien que fous les prin­
cipaux murs. Sur ce grillage, il fit étendre en maniere de plate�
forme un lit de madriers plats 1 auili de · chêne , de 3 à. 4 ppuces
d'épaiffeur., bien affis for un même niveau, & chevillés à demeure
,I fur tous _les bois de. la grille. Sur cette plate-forme, M. Blondel
fit p9fer les premieres ailifes des fondemens de fes murs , faites
..
L ij
t
, '4 A R C H '1 t· - E C
' T O R '/E: M b D E R N E.
de bons quartiers de libage, avec de longues boulines , & il fit
conftruire ces murs en bonne maçonnerie à plomb par le dedans
& diminuant par retraites par le dehors, jufqu'à la hauteur d'en­
viron 5 pieds au deffus du niveau de la prairie. Cet habile Ar­
chiteéèe jugea à propos de donner cette grande élévation à fon
rez-de-chauffée , pour le garantir de l'incommodité des eaux de la
riviere de Charance, laquelle étant fujette à fe déborder, princi­
palement dans le tems des équinoxes & des grandes marées ,
èouvroit & inondait la plus grnnde partie des prairies de fon voi­
finage. M. Blondel fit enfin affeoir for ce fondement les murs de
fon édifice, mais avec tant de régularité dans toute fon étendue ,
qu'il n'a jamais fouffert que Pon pofât une pierre pour recom­
mencer une affife dans aucun endroit du pourtour de la corderie
que l'affife du ddfous ne fut entierement achevée de pofer , afin
que toute la maffe prenant également par-tout fon affaiffement ,
le terrein fous le grillagç ne fe trouv�t jamais plus chargé d'un
côté que de l'autre. Auffi ce fuperbe édifice a-t-il fobfifté jufqu'à
préfent fans fe déranger en àucune façon. \
. Nous nous fommes un peu étendus for cet article· pour l'inf­
truéèion des jeunes Architeéèes qui pourroie11t être embarr�ffés
eµ fe trouvant dans de pareilles circonfrances : nous fommes per­
foadés d'ailleurs qu)un exemple tel que celui que nous venons de
.rapporter, autorifé par l'expérience de pluGeurs habiles gens ,
feroit plus d'impreffion & inB:ruitoit davantage que de fimples
préceptes arr_angés _plus méthodiquement.
,,..

AR T I C L E V.
D·e la maniere de percer les bancs de · glaife pour Je procurer
de reau.
La glaife retient quelquefois tellement les fources qui coulent
au ddfos & au deffous de fon lit, gu'il arrive que les eaux d'une
montagne ne trouvant pas d'i!fue pour defcendre plus bas , foie
par un fond de roc ou de tuf qui les arrête, elle les force de
refluer vers le haut de la même montagne & d'y former un amas
d'eau confidérable , pendant que l'on . en manque dans les pays bas
qui l'environnent. Nous rapporterons à cette occafion un expé­
dient dont
• fe fervent les habitans de la bailè Autrich e , pour fe
• que. fo!,weut .elle
procurer de l'eau , qui y cft fort rare, tandis
abonde for les montagnes qui font dans_: leut vo-ifinage•. . Après
avoir fouillé inutilement jufqu'à la glaife fans y renc0ntrer d'eau;
& fachant que la proximité des montagnes- devoit leur en _fournir, \
&: qu'il devoit fe trouver des fources au; deifous de lai gla:ife ,. ils fe
font -avifés d'en percer le lit , & cette invention leur a .fi parfai­
tement réuffi , qu'ils la pratiquent encore aujoutd'hui quand ils­
veulent avoir de l'eau. Void comment ils s'y prennent.-
Ils creufent premierement un puits à la maniere ·ordinaîre j'uf­
qu'à .la glaife ferme A , A , qui fe trouve le plus fouvent à � )' ou
30 pieds de profondeur , au · deffous du rez-de-chauffé e. Apres en
avoir bien arrafe & - mis de: niveau le fond, ils y pofent une pierre
plate B, B de· 7 à 8 poüces . d'épaiifeur, percé� dans le milieu d'un ..,
trou O de � à 9 pouces -de dia-
metre� Sur c_ette premiere pierre
ils aifeôient les fondemens du _ L r L
mur . du puits G ,. G , qu'.on éle­
-,' •
..
ve en bonne maçonnerie faire l'iK.'•
avec chaux & ciment, jufqu'à
trois pieds au deffos du -rez-de­
chauffée E, E , obfervant de fai­
re un conroi de gbifo -F, F de
deux pieds d'épaiffeur entre• le
mur G , G & la terre E,E. Après
cela ils ont une groffe tariere
pointue en forme de virebre­
quin , dont la mêche H· a 7· à 8
pouces de large, qu'ils· enfon­
cent dans la glaife par le trou
0 de la pierre. Cette tariere a
un long manche l, I , formé "
par plu.lieurs barres de fer de
trois à quarre pieds de longueur
chacune , emboîtées l'une au
bout de raurte & retenues en­
femble par de fortes clavettes,
jufqu'à ce qu'elles atteignent le
haut du puits. Alors on fait
paffe� ce manche ou aillieu par
une ?t!verture · pratiquée dans .
..
le milieu cfun affemblage de


Bo A R C Ir I T E C T U R E M O D E R N E.
AELnz:::œWWWZiit.sz:rnqg ... i #-AU'

deux picces de bois pofées en


croix fur le bo. rd du puits ,
pour maintenir la tariere tou- .-. L f L
jours à plomb for - le trou de la
-=-e' t. =.~
~ lf.__
.pierre qui dl: au bas. La 1011- 1·-�-- ,__ 1 ---=,K·:,
- ,=;Q

gueur de cet aiffieu dl: entre- 11~~ :r:r ' :;;�


' lo I

tenue d'ailleurs par des chaffis J.:: '!;;:· · ., :::1111 1.11¡11J' :;!��itY;�
de charpente de 10 à 1 2 pieds ·.n·:���t··F,: ÇI;-"I'�.., :.-;.;, � :.;•,:
d 'i ntervalle , felon que la p ro- �.,:-··::;te,,�:- /, ô--i :-�:·itt· ·. :,:
fcondeurU dµ pt1·'1ts l'ex1·ge. I l 1·1'e :���:.:.11;� ·::~ Il 1/1,¡.I��'t..
1=-:~1 ::::-�r� :-�-::
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..;..- . '�!�,

s'agit lus apr·e' s cela que d'a- : . . 1 �


o(l •#•• c.t, .... ,-.. • •
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LLer es b ras d'une grande ma-


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nivelle ou d'un moulinet L, L , :.=>·--��.;;·- i:ç:::;<,t?/.-- .·:


au 1ommec
r de l'aiffieu ou poin- \.· ••,.,.--,"
; . �j_ �. .. � • --f!r·
..� I1 I t ••••:J�·t·,;
. ·... �,:
çon , . � ctc faire entrer la mê- 1
, . . . �-·- : · ··

/�ltk; :
,
;�-J��N�':'- i
che de la ta.riere J\1fcqu'au fond ��=- .':";; ·· , � �-·· .. :- ::---;-:
.
to

de la glaife en tournant le mou-


linet - L , L , .&. faifant enlever \·�, : :- .<
j ,_.,
. \·.\-�·:
:··; � ;-� ��: ·: : G111- , �
r. q_ue 1<1: tane-re ·... 4, ..,; ...."':...·.. .,.���--- �/- , ,: .::_<·.�
1a g1a11e
·r -a, me1ure . . · · • • • . .
· J 1 .
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- : ••, • • •
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�:Li��2:
13;
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1: :-? · . · � ,-

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difcontinuer à. la profondeur de ��:if�;;��}�-��� �· :�:;7.��;;"'f,);�.r :;·:�


3';/;�r�� �';,r, :���:'e}�i: '{�:; -i�;\'g_~ .!.
30 ou 40 pieds, ajoutant dans :�/�-::!:/':-: �:_·. r· ,·?·.: ·�_/:·:,: ·:-:�� Ç:
le befoin de nouvelles barres :·� ·.·· :�
: -:. .·. .· .· :. :· · ,,... · ', a,··.:· -'..· .· :·.·· .· ·. ·..·-�.-
de fer pour alonger le poinçon , ;: �. ':;::X:·. ·:: '. � : . : : :'. :: . - : � ,· � :
· . . .. . rl'i. · .
j�[qu'à c. e que l'on foit ._' parvenu ; ·_. ; < � .�: ,. •· . 1 -� '. · - : .' . • • • > �
·

a la nappe d'eau M , qüi eft au � � :: ,; ·.,-.;: :�·: ; :.: 1 1··:·.-.::�·-::�:��:.-�:--:


deffous,; D'abord que l'eau ·a.
p'ris l'air par le trou N fait ;i. la
<

.
g!_aife , � par celui O de la pierre ,, elle remonte avec impécuo­
� J ~
fi�é �fans 'le_ puits & le remplit à la hauteur de 1 2 ou q pieds ,
après quoi -elle s'y entretient toujours dans le même ,é ta t , - fans
changement .1iÎ diminution , quelque quantité que l'on _en . _puifo.
Les même$ .Autrichiens ont encore trouvé _ le m-0yen .de bou­
cher le trou , O de .la. pierre , &_ de vtùder tO\;lte l'eau qiü efl: dans
le puits, lorfqlùls, veulent le nçttoyer ou y fa.it:e quelque repara­
tipn _dan$ le fond. Pour ce� effe t , ils oJJ.t ma tampo.n de bois ame­
nufé par un. �out & enviî-onné de :vieux l inge ; ils l'emmanchent
au b,<;>ut d'une longùe perche & . l'enfoncent q.ans le trou dç ,�
pierre ,pour empêcher l'eau de r,em�nter dans l'e , ptùts ,. jqfq1:1J çe
.

,
L I V R. . 'E I. D E ' LA C.. O- N S T R U C T I O N.
'qu,ils rayent nettoyé , ou q1ùls ayent rétabli ce qu'il _ pouvoit ·y
avoir de défeétueux� ·
-- .. " , •

A R T I C L E V I.
De la maniere de fonderfor p ilotis dans des endroits marécageux.
On rencontre de grandes difficultés lo'rfqu'on dt obligé de 51tir
dans des lieux aquatiques & marécageux : on efi fouvent obligé
de donner aux tranchées des fond�tions plus de largeur qu,il n ,efi:
néce!faire, & d'en retenir les côt�s avec des planches & des claies
que l'on foutient par quelques pieux, & que l'on enduit de �imon ,
de terre graffe , de mouffe , ou autre chofe femblable. Après cela
il faut épuifer diligemment toutes les eaux de ces tranchées par le .
moyen des pompes & des machines hydrauliques. Pour mieux
étancher ces endroits aquatiques, on recouvre de f�ble le fond
bourbeux des tranchées , & l'on continue d'y en faire apporter
jufqu'à ce qu'on puiffe y avoir le pied -fe rme; alors l'eau qui four­
cille fous le fable doit être enlevée à mefure & vuidée à force de
bras & de moulins, & l'on ne doit poi�t d.ifcontinuer de pomper .
jufqu'à ce qu'on l'ait encierement épuifée. Quand on en efi venu à
bout, il faut dreffer des machines pour y enfoncer trois ou quatr�
ran$s de pieux for lefquels on puiffe établir folidemenc un bon
grillage de charpente.
Si ces endroits marecageux étoient remplis de fources {i abon­
dantes qu'il ne fut pas poffible de les épuifer , il faudroit effayer
de les détourner , ou de les faire écouler plus loin par le moyen
de quelques rigoles ou faignées que l'on ameneroit � des puifards
creufés plus bas que le fond de la tranchée ; ou bien l'on conf­
· truiroit, s'il en étoit befoin, des batardeaux pour les retenir, juf-
qu'à ce qu'on puiffe parvenir fur le terrein à la profondeur nécef­
faire pour y a!feoir le pied des murs. Venons préfentement à . la
maniere de piloter.
Pour favoir plus précifément quelle longueur on doit donner
aux pilots , il faut en mefurer exaéteinent un & l'enfoncer enfaite
jufqu'au refus du mouton , afin q pe l'on puiffe �onno1tre à quelle
JJrofondeur le terrein fait une ailèz grande réfifi:ance pour arrêter
fortement le bout des pieux. Connoiffat\t la longueur totale de
ce pilot , & voyant de combien il s'eft enfoncé, il fera facile d'en
déduire la longueur q_u'on doit donner aux autres, obfervant cou-

-
)
- ·�
A R C H I T E C T 'U ll E M O D E R . N E.
jours de les teoîr t.tn peµ pl.us loBgs · qi1'il ne faut , parce · qu'il peut
fe rcnc-0ntrer .des endroits oh le terrein ayant moins de confif­
tance ., · ils s'enfonceroien:c davantage.. A. l'égard de la groffeur des
· pilots, leur long1:1ear étant déterminée, on la pourra régler .. en leur
donnant pour djamctre la d-0uûeme partie de leur longueur , c'efr­
f

à -dire. , ,pouce po1,1r - pied, ainfi o n doiu1era 1 2 pouces ou un pied


. de gr,o!feur à un pilot de ·I 1. : pieds de l0ngueur. Cette regle néan­
moins .ne s'é. tend q1.1e jufqü'a,ux pilots de r 2. pieds , car pour ceux
de r 5 , · 1 8 .& a.u de-là , il fuffit de leur donner :I 3 à 14 pouces
de greffeur,, au -plus : .ai.uJre:ment les pieces de b>ois deviendroient
trop cheres ·, & ît faudroit un· mouto-11 d':un p0ids énorme pour les
enfoncer , ce q1.1i augmeoteroit c0nfidérnblemcnt le travail &. la
��k
Perfo.nne n''ignere q,tae peur mieux e).1foncer des pilots 'i l faut
les tailler en · pointe, mais cette pointe doit être taillée dans- une
certaine proportion q\1e t:0uc le rn0nde ne connoît pas. Si · Oll la
tient trnp longue , fe trouvant ,twp affoiblie , elle pliera ou s"é-
_,/ rnoufera ai{ément.: fi on la fait trop courte , elle fera plus de ré­
f
fifiance; , mais elle ne s'enfoncera que difficilement.. La regle la
plus ordinaire efr de lui donner pour • longueur une fois & demi ,
• O\l deux fois au plus, le diametre du pil,oc. Dans les ,ouvrages de
peu de con(équence, ou lorfque 1e terrein ne réfû\:e pas beaucoup,
, on fe contente de brûler le b0ut • des -pieux pour en durcir la pointe
& l'emp�cher de pourrir Ü-t&t, on e;n fait de même à la tête
- po!;l.r que le d10c du mout-011 les éclate mojns ; d'autres les en-
. duifenc de g-<mdron d'un bout à l'autre pour les confer-ver plus
lon�-t.ems en terre, & cet,te inventjo n eft ég.al�ment b.on!'le po�r
les bois apparens & expofes au foleil & aux 1111ures de l'ai�. Mais
q1;1and le terr,eîn ,,
oppofe une réfifrance aŒez for-te pour émouifer
la. pointe des pieux , on efr .obligé de les armer par le bas d�un
fabot de fer à cr.ois ou guatre branches , lefquelles font retenues &
çl0uées fur le pilot, & t"on en garni.c la tête d'une bande ou cein­
ture de fer quî les fait réGfi:er a\!l. choc re1céré du mouton : alors
011 dit que les pilots font armés & frett,és. - On proporcîonne la
difrançe des pîlots à. l'effort 0U à la charge qe'ils doîvent foutenir,
obfervant qu'ils doivent être au moîns élo'i:'gnés l'un de l'autre de _
l'intervalle de leur dia.mette, afin· qu'ils puiifent avoîr aJfez de
terre pour les entretenir.
,On ne répétera point îci que le chêne étant regardé comme ·1
le meilleur de tous les bois pour réfuter , foit à l'aîr ., foie dans la
¡
w.ne ,
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 89

. terre , ou au milieu des eaux, il faut toujours s'en fcrvir de préfé­


rence pour les pilots ; & pour n'être pas dans le cas de s'enfoncer
inutilement dans le bon rerrcîn à. force de coups de mouton , il
faut creufer un puits d.ans les environs de la fondation pour- en
reconnoître la qualité du fond, & en mefurer la hauteur, afin de
s'y régler & d'y arrêter le pilot quand il commence à réfifrer aux
coups du mouton.
Après que les pilots ont été enfoncés par toute la fondation
j �fqu'au refus du mouton? il fa�t les receper également , c'cfi:-à­
d1re , les couper tous de mveau a la hauteur que l'on aura déter­
minée pour fo bas de la fondation, après quoi on les dégagera un
peu de la terre q1.ti les environne pour remplir ce même inter­
valle de charbon, de moilon, ou de recoupes de pierres dures
que l'on battra à la demoifelle jufqu'au niveau de ces pieux. On
couche enfaite par deffos des pieces de bois appellées racinaux �
qui font des efpeces de liernes ou de forts madriers, lefquels peu..
vent avoir 5 a 6 pouces d'épaiffeur, for une largeur de 10 a 1 2
e

pouces , fuivant le diametre des pilots. On arrête ces racinaux fur


la tête de tous les pieux avec de bonnes chevilles de fer à. tête
perdue , & l'on pratique à chaque extrêmité de ces mêmes ra­
cinaux des mentonnets de deux pouces pour retenir les plate­
formes que l'on couche par ddfos , lefquelles ont au moins deux
pouces d'épai{feur , & qui font pareillement arrêtées for les raci­
naux .avec de forces chevilles de for, auffi à tête perdue. On
aŒeoit enfuite fur ces plate-formes de grands quartiers de pierres
de libage , pofés à fec & fans mortier, �arnis feulement de mouffe
entre les joints, parce que la chaux brule le bois & en occafionne
la pourriture. Sur ces quartiers de pierre on éleve la maçonnerie
pa1· affifes réglées , comme à. l'ordinaire , afin qu'elle pefc égale-
ment par-tout. Vo_yez les figures r 2 & 1 3 , Planclze 1.
Quand on établit de ces grillage-s de charpente dans des en­
droits marécageux, ou expofés aux inondations d'une rivie!·e , il
faut qu'ils foient affcmblés tant plein que vuidc , à tenons &
mortoifcs dans le. pqurto\lr des fondations , comme on le peut
voir for les figures I 3 & 14; & fi l'on a lieu d'appréhender que
le courant des eaux puiffe !1}Îner & détruire le pied des murs ,
il faut pour rendr,e l'ouvrage plus folide, planter au devant une
rangée de pilots de garde, que l'on tiendra un peu plus élevés que
le dcffus des plate- formes, & que l'on couvrira de cha_peaux pour 1
les lie� & les entretenir enfemble. Il efr inutile d'avernr que �ans j

rome J., M
..
• c ·H I T E G T U R E M O D E Il N E. .
90 A .R
i'emploi des pilots il faut avoir l'attention de mettre toujours les
plus longs & les plus forts fur les bordages des fondations , parce
que fi l'ouvrage a quelque effort à foutenir , c'efi: plutôt· par-là
qu'il manquern que par le milieu qui efi: à l'abri du' dégravoie­
ment & du choc des eaux.
Explication de la figure I 2� P!anche premiere.
A, A. Pilots ·armés d'un fabot de fer D , & couronnés d'une
frette ou chapeau pour les entretenir.
B. Chapeau ou lierne encafl:ré dans le haut des p a l -planches ,
& cloué for la tête des pilots.
1· · C , C. Pal-planches armées d'un fabot de fer D , & qui rem­
pliffent l'intervalle• des pilots.
Explication de la figure I 3.
• A, A. Tête des pilots plantés en échiquier tant plein qu,e
vuide , & recepés à égale hauteur.
B , B. Racinaux pofés & retenus fur la têtt; des pilots avec des
èhevilles de fer.
C , C. Plate-formes couchées fur les racinaux fur lefquels elles
font pareillement arrêtées avec des chevilles de fer: '
. .
Explication de la figure 14.
· A. Partie d'un pilotis couverte d'un grillage compofé de tra-
vedines & de longrines.
B. Partie du même pilotis recouverte d'une plate-forme de
p al-planches de quatre pouces d'épaiffeur, arrêtées fur_ le gril-_
lage.
C. Autre partie du pilotis fur laqu9le on a commencé à pofer à
fec de gros quartiers de pierres pour y affeoir les fondations.
. D. Maçonnerie à chaux & cîment, élevée fur ces _premieres
pierres.
E , E. Cours de pilots de garde plantés en avant des murs de
· face pour en garantir le pied contre l'effort des eaux. ..
A R T I C L E V l l
Maniere de fonder far le fable houilla/:z.t , dans un endroit aquatique. ·
Quoique de tout tems on fe foie fet'v.i des. pilots pour affermir
un terrein de mauvaife confifrance, -:il- y a néanmoins. -des occa.-
t .I V Il E I. D .E L A C ,. 0 N S 'T Il u ·c T r () N�
1

-.tioms , co1trm:e •nous !"avons rcnµrqué éi--devânt_, oh il feroit dan-.


� -gereux .d'en fa.ire ufage. S'il étoit quefHon ., par exemple, de fonder
..
dans un endroit aquatique oh il fe trouveroit une grande quantité
de fources , il e!l: certain que les pilots ne contribueroient guere
à affermir la fondation. On. a remarqué au contraire qu'en les en­
fonçant on , éventoit les. fources, & qu'elles fourniffoient en fuite
de l'eau fi abondamment que le terrein en devenoit impraticable,
8ç- beauco�1p plus mauvais qd'il ne l'étoit d'abord. C'efi: ce qui
arrive affez fréquemment dans -les endroits où l'on rencontre cc
qu'on ap}?ell � . du fa_bl� bouillant. Dans c �s circonftances, le m�il­
Ieur parti qu 11 y ait a prendre efi: de ne s y, enfoncer que le moms
qt�'on pourra , & d'y fonder enfuite hardiment de la ,maniere !
fmvance.
Ayant tracé les alignemens & fait les amas de matériaux ne- '.
ceffaires pour ·pouvoir travailler fans difcontinuer , on ne décou- ·
vrira le ter.rein qu'à proportion de la maçonnerie qu'on pourra ,
éleve.r p ar jour; c'efi:- à-dire, que fi l'on ne peut faire en un jour que ·
fix toifes courantes de fondement, on n'en fouillera pas davan­
tage. On a foin de tenir tout proche de foi de la chaux vive &
fortant du four avec du moilon , & lorfqu'on app-erçoit une fource
qui veut s'élever , ou qu'elle commence à bouillonner , on jètte
deffus �ette chaux vive qui , en fe détvempant , bouche la fo.urce
· & la detourne pour quelque tems. Sur• cette chaux on a1feo1t le
plus diligemment qu'il efi: poffible une p�emiere �ilife� d� gros li­
bages plats, & for celle-ci une autre b1e1T ar-rafee, J0111ts re-
a
. couverts en bain de mortier , lequel fera compofé, s'il fe peut , de
- terraffe de Hollande, ou de cendrée de Tournai. Sur cette fe­
conde affife on en élevera une troifi.eme , ainfi de fuite, avec toute
1a promptitude poffible, pour ne pas donner le tems aux fources
d'inonder le travail , comme cela: efi: afrèz ordinaire. Il arrive
même quelquefois que l'on voit flotter les premieres ailifes , & que
la maçonnerie femble ne pouvoir pas p1.#endre confi.fi:ance, mais il
ne faut point s'en allarmer, & continuer toujours la befogne fans
interruption, autant que l'on pourra : quelque tems après la ma­
çonnerie s'y raffermira comme fi elle étoic établie fur le roc . ·C'efi
pourquoi on doit achever d'élever le refi:e du mur, fans appréhen­ .
der que l'ouvrage manque par le pied, ni que les fondemens s'af­
faiffent · davantage après avoir reçu toute la charge qu'ils doivent
porter, qu'ils ne l'étoient au commencement. Il fa.ut feulement
pr�dre garde, for-tout, de ne point creufer autour de ces fonda-

M ij-
l9!- . A R C H I T E C T U R 'E M O D E R N E.
rions, de crainte d'y attirer quelque fource qui pourroit dégra­
voyer la maçonnerie & lui caufer par l a fuite de grands· d0-m-
mages. . •
r.. dat1on 1 re
·1
Si dans. une ron r.. rencontrort queI·que 1ou-rcc
r qn'"l
1 .
ne fût pas poilîble d'épuifer , ni de détourner , il faudroit élever ·
une arcade qui pafsât par de:!fu s .cette fource, & en remplir le
vuide de moilons ou de maçonnerie bâtie à pierres · feches; &
fans mortier , pour que les eaux pui:!fent filtrer au travers, ce qui
cmpêcheroic que par la fuite cette fource ne fît du tort au. mur.
La :figure 1 5 , Plan. I. �ffre un exemple de cette maniere de bâtir. .
Lorfque les fables font trop mouvans & que leur profondeur
ne permet pas de parvenir jufqu'au bon fond fans s'expofer à des
eboulemens continuels , on enfonce aux deux côtés de la trat'lchée
des pal-planches pointues par un de leur bout, que l'on bat & que
l'on fait entrer de quelques pieds dans le terrein folide qui efr au
dc:!fous .. Pour mieux foutenir la pouffée de ces fables , leurs extrê­
mités foperieures font a:!femblees à tenon & morcoife dans des
chapeaux entretenus par des liernes. de la largeur que doit avoir
la tranchée� Alors on vuide l'entre-deux de ces pal-planches, juf­
qu'à ce qu'on foie parvenu au bon fond, fur lequel on a.ffeoit la �
maçonnerie comme à l'ordinaire. Si l'on trouvoit en fouillant
profondément une eau trop abondante , il faudreit confrruire un
gril l.age de charpente dans le fond de la trax1chée, & après t:n
avoir rempli les incervaHes avec du moilon, da ca-ill01:1 , ou de la
pierre de meuliere , on poferoic fur ces grillés· d·es· plate-formes fur
lefq�elles on éleveroit la fon�ation. 11 faut obfer_ver, lorfg.ue le
terrem efl: reconnu de mauva1fe confrftance, de faire €es grillages
d'un pied au moins plus larges de chaque côté que ne le demande
. l'épaiflèur des murs de la: fondation.
Il y a du fable ferme for lequel , ainfi �ue nous I'"avons infinué
au commencement de ce chapitre, 0111 ne rifque rien d'établir les '
fondernens d'un édifice : on le recon1:10Ît en ce qu'il- eft entre-·
mêlé de pi.erres & de cailloux ) & en ce que fu ma:!fc ferrée &
compaB:e forme un corps !table & folide. Comme b. manierc de
fonder fm un pareil terrein da rien de particulier, nous ne nous
y arrêterons pa-s davantage , & nous renverrons p0ur cet objet à
l'article fuivant , dans lequel nous allons reprendre cette matiere
. en parlant de la maniere de. fonder fur un bon cerrein..
L I VRE l. DE L A C ON S TRUCTI ON.
--
+•
93
MS riiS-&?WMWii Mi4> 81-!WT\fït& &, i:i1t2'iW:;,m;rfiJJ':'r!lt/4f$A4 H?JtiaÏ.i

AR T I C L E V I I I.
'
Maniere de fonder dans un hon terrein.
tes fondations dans une terre de bonne conu!l:ance ne pré­
fentent aucune difficulté , il ne s'agit que de préparer & de dif­
pofer le tcrrein comme on l'a die dans le chapitre précédent ;
cnfuite après avoir creufé la tranchée de h larn-eur & de la pro­
fondeur qui aura été déterminée , on mettra au"fond , dans tout
le pourtour des fondations , une affife de grands quartiers de li­
bage, que l'on y arrangera. à fec. Sur cette premierc affife on éle­
vera les fondcmens jufqu'à ·fleur de terre avec des pierres dif­
pofées alternativement en carreaux & boutif.fes, donc les interf­
tices feront remplis de rnoilon pofé à bain de mortier ; obfervant
lorfque les murs n'ont pas une trop grande épai!fcur que les bou­
rj!fes faifent parpain des deux c&tés du mur pour plus de folidité.
Lorfqu'on efr parvenu au niveau du rez-de-chauffée , il faut mettre
dans tout le pourtour du bâtiment une affife de pierre dure qui
foie partie enfoncée dans la terre, & qui s'éleve d'environ .Gx
pouces au deffus du rez-de-chauffée. On doit auffi avoir foin de
mettre des chaînes de pierres de tailie fous 1 a naiffance des arcs
que l'on fait pour les voûtes des c:ives. Les j:imbages & les pié­
droits des portes, au rez-de- chauffée, ainfi que les foupiraux des
caves , doivent être parememcnt confl:ruits en pierre de taille.
Il y a des Architcétes qui font remplir les fondations avec de
groifrs pjcrres de libabe de même hauteur , liées & arrangées en­
fomblc foivant leurs diverfcs figures; cette maniere a été pratiquée
avec fuccès à l'hôtel des Invalides. Les pierres de mculiere mê­
lées avec d_e bon mortier , font encore très-propres à rem.elir fo­
lidement une fondation. D'autres , comme Plzilihert de Lorme .,
prétendent aue fi l'en prépare le mortier avec de 1a chaux nou­
vc1lemcnt fortie du four & du fable de rivierc mêlé de plu.lieurs
fortes de cailloux de di.f ërentcs grandeurs, poun1u qu'ils n'ex­
f

cedent pas la groifcur du poing, ce mortier tin1dra lieu de groifes


pierres. Pour cet effet, il ne s'agit que de Je jetter dans 1a fonda­
tion & le drc.ffer feulement de niveau avec la pelle. Après qu1on
en aura répandu nwiron l'épaiffcur d'un demi-pied , on pourra y
jettet quèlq ues gro0ès pierres fans qu'elles fc touchent. Les plus
dures & les ph1� brutes , comme roches & cailloux , feront les
meilleures pour cet ufage ; après cela on rejettera une m�me
quantité de mortier , qu'on entremêlera pareillement de g_uelqrr€s
· 94 A R C H I T E C T U R E M O D E 1t N E.
1�ZS&L6!itrm:&&a,W-ew,MQPl2$Rlt $w #!fl#D¼7 - 1

groffes pierres, & Ï'on continuera a-infi de fuite jufqu'à ce que la


tranchée fe trouve remplie , obfervant d'y jetter auffi à mefure
beaucoup de pecits· cailloux. Ce� fortes de fondemens deviennent
fi folides que par la fuite des rems ils ne forment plus qu'une
feule ma!fe fort dure qu'on a de 1� peine à divifer. Il dl: feule­
ment néceffaire de bien laiffer fécher ce mortier & ces fonda­
tions avant que d'élever les murs par dei.fus.
Les fondations dans les lieux aquatiques & marecageux pour­
-roienc fe faire de la même façon , en fe fervant des coffres & des
encaiffemens dont i10us avons déja parlé à. l'occafion de la ma­
niere de fonder fur le roc, & quoique le mortier ne feche que
difficilement dans ces fortes de terreins, à caufe de l'humidité ,
quand il efl: une fois parvenu à fécher , il y vaut mieux que par­
tout ailleurs, Mais il dl: inutile de nous étendre davantage fur la
confuuél:ion de ces fortes d'ouvrages, M. Belidor ayant épuifé
tout ce qui regarde l'art de bicir dans l'eau dans la feconde Partie
de fon Architec1ure Hydraulique ; nous ne faurions trop recom­
mander à tous ceu."{ qui vel}.lept: exercer l'Architeél:ure , de_..
_rncourir
fouvent à. cet excellent Livre, qui efl: unique dans fon efpece, &
qui répond parfaitement à l'idée avantageufe qu'on avoit eonçue
de ce grand ouvrage qui étoit defiré depuis très-long-tems.
A"ant que de terminer ce chapitre, qui n'e:11: déja que trop long
par l'importance des fojets que nous y avons traité & par l'abon­
. dance de la matiere, nous dirons quelque chofe for l'empattement .
.qu'on doit donner aux fondemens d'mi édifi.c_e pour le rendre
.. '.ftable & folide. Les uns veulent que cet excédent foit de la
moitié de la largeur du mur; les autres des dei1x tiers , 9-uelques­
. uns du double : d'autres prétendent qu'il fuffit de donner a un mur
qvelconque trois pouces d'empattement ou de retraite, de chaque
c6té , quelque hauteur & quelque épaiffeur qu'il ait d'ailleurs. La
plCipart ne font attention qu1à l'épaiffeur des murs fans s'em­
barraifer de leur hauteur, ni de la charge qu'ils doivent porter ,
·ce qui mérite pourtant q�1elque confidération, C'dl: pourquoi ,
fans nous arrêter à. ces différentes opinions , nous nous en tien­
drons au fentiment de lVI. Belidor ., lequel fuJ:J pofe qu'un mur de
2.0 pieds de hauteur fera parfaitement affuré f�u- fa · bafe fi on lui
donne 4 poucl'.'s d'empattement de chaque c6té de plus que fa
largeur, D'après ce principe, il efl: facile de trouver l'excédent
j d épaiifeur qu'on doit dopner à un mur_ qui auroit 5 0 pieds de
1

1 haµteur , il doit: &rre, d(? r o pouçe� de çhaqq.e çôté. Si le mi1r avoir

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80 pieds , 01; fuivroit toui ours la n:- ême prop�rtion , en faifant une'
regle de tro1s, dont 20 - p1eds fero1t le prem1�r terme, & quatre
po_uces le fecond. Voye1 la Science des lng__énieurs de l}f. Belidor,
Livre III. Clzap. IX. ·

C H A P I T R E X V I I L
De la conftruc1ion des murs & · des voàus..
J_, E s murs fe font ou de pierres de taille , ou de moilons , ou
de briques , ou de grès, ou enfin de cailloux. De toutes ces rila­
nieres de · bâtir , la meilleure efr fans contredit celle qui fe fait
avec des pierres de taille ; mais comme cette matiere efl: fort
chere , même à Paris où elle efr très-commune, il n'efl: pas ordi­
naire de faire des b[itirnens qui en foient totalement confrruits ,
& l'on fe contente d'en former des cha1nes aux encoignures &
aux j ambages qui portent les poutres. Pour mettre en œuvre la
"
pierre de taille , on la prépare de deux formes différentes. La pre­
miere, que l'on nomme carreau , ou pannereffe, efl: celle dont la
largeur excede 1-a longueur ; l'autre , que l'on appelle houtijfe , fe
préfente par le petit côté, tandis que .là longueur traverfe ordi-
1iairement l'épaiffeur du mur , & fait parement des deux côtés,
ce qu'on appelle pierre de parpain. On obferve de les pofer alter- .
nativement par affifes réglées , plein fur joint. Lorfque ces murs
ont une grande épai!feur , on en remplit l'intérieur avec du moilon
ou avec de la brique, fuivant les pays. Al'égard -des édifices que
l'on fait entierement de moilons, de briqu�s , ou de cailloux , il
feroit toujours ;\. propos d'y mettre , comme , nous venons de le
dire-,. des jambages de .. pierres de taille fous les poutres & aux
encoignures.

A R T I C L E P R E M I E R.
06.ferYations générales fur la conjlruc1ion des murs�
Leon-Baptile Alhert fait mention d'un réglement que les- An-·
f

ciens obfervo�ent exaéèement dans la con!tru&ion de kt1rs b�ci­


mens, & qu'il feroit à fouhaiter que fon· fui�it �uffi fcrupuleu-
..
. .
1G A R C H I T E C T U R E M O D E R N l!.
fement auiourd'hui ; nous le rapporterons ici pour l'infl:ruéhon
des jeunes gens qui fe <leil:inent à l'.A:rchiteéèure: en voici les prin-
cipaux• articles.# . ·
1 °. Que le fond fur lequel on établit les premieres a.Œfes des
murs foie très-ferme & crès-folide.
1�. Que les parties du d�ffi1s foient toujours bien à plomb fur
celles du deffous.
3 °. Que les encoignures & les chaînes des murailles, depu_is le
rez-de-chauffëe jufqu';m haut de l'édifice , foiçnt bities de pierres
très-dures.
.,
4° . Que le mortiet foit bien corroye.
5 °. Que les pierres & moilons ne foient point mifcs en œuvrc
fans être bien éboufinées & taillees jufqu'au vif.
6° . Que les pierres les plus dm-es foient toujours placées aux
endroits les plus expofés aux injures de l'air , ou à l'eau. . --
7 . Que toute la maçonnerie s'élevant également foit toujours
0
conduite avec la regle , l'équerre &. l1à�plomb.
8 ° . Que toutes les pierres foient pofées en liaifon.
9° . Que toutes les aŒfes foient toujours d'égale hauteur.
1 0° . Que le dedans des murailles, entre les pareniens , foie bien
garni de moilerns & de blocage, · .:
· r 1 . Que les murs foienc liés de tems en tems avec de longues
°

pierres en boutifiè qui faiîent parpain , s'il efl: poffible.


Vitruv� enfeigne différentes maniercs de confl:ruire les murs &
de liaifonner les pierres , lefquelles étoient en ufage de fon tems;
mais comme elles ne fonn plus foi vies aujourd'hui , nous les pa.ffe­
rons fous !ilence. Nous aj@uterons feulement, d'après cet Auteur ,
que les al'lciens, pour entretenir plus folidement les murailles
qu'ils biciifoicnt, les tr�verfoient par de · longues pieces de bois
d'olivier qui en occupoient toute la larg€ur. Il feroit dangereux
de les · imiter en ce point , parce que nos bois de charpente ne
fympa.thifent point avec le prntre ni le mortier, comme faifoit
..
iegr _ b<;>is d'olivier qµi écoit incorruptible dans leurs b1timens.
M. .Blondel rem argue , dans fon ArchiteBure Françoife ( 1 ) ,
qu'il y � �inq cho�es eîfentielles à pbferyer popr dopner aux murs
\me fqhd1té parfaite: 1 ° . Que le�_ preµueres
,_ affifes hpr� de terre
foient de pierre dure ( comme nous l'�vons déja recommandé
\,

dans le · chapitre précédenJ J , afin de mieux réfül:er à !>humidité


. . '
de la terre &. de 1a pluie, 2 °, Que toµces les pierre� d\!n .q1çme
-
( 1) Liv. 1. Chap. Ill.
!

-«li+- *
· ••* .:(1M 111. J rpr±:;::rrrr�
LJ VRE- 1. D E L A C O N S T R U C T .1 0. N . · · 97
. ,. � - .•. \

rang d'affifes foient de m. ê. me qualité' , afin que fa. partie fupérieure


'i

· portant également for la partie inférieure , y trouve par-tout une


'
réfifrance égale. D'ailleurs {i les pierres de dehors fe trouvoient ,
par �xemple" d'une i1ature plus âur-e que celles du dedans ,' .par
fa . ra1fon qu'ellb font plus expofées aux· injures de rair, il pour�
- r<?1t arriver que le bâtiment • s'affaifferoit inégalement lorfque le� ·
p�erres de l'intérieur viendraient à fécher , ce qui feroit beaucoup
de tort à l a folidité de l'édifice. 3° . Que tÔutes les. pierres & moi­
Ions foient bien liaifonnés & difpofés · parfaitement de niveau.
4° . Que lorfqu'on employera du plâtre pour les fcellemens du
moilon , il faut laiffer un intervalle entre leur · arrachement &
_ celui des chaines de pierres , afin de donner· la facilité . à la ma­
çonnerie de faire fon effet, le plâtre étant fujet à pouifer & à fe
tourmenter quel-que tems après qu'ïl dl: employé : lors du rava:...
lement général , on .i;emplira ces interfrices, 5 ° . Lôrfque les murs
..
ont une grande élévation & que l'on craint que le- poids des plan.:
chers qui portent deŒ.1s ne les affoibliffe; ou ne les affaiffe , il
faut y partiquer des arcades qui fervent de décharges. On peut
Jé feryfr d�s chaînes de pierre qu� �te�t les ?out�e� po�r. forrne1�
les p1edro1ts de ces arcades , a.uili qu on I a pratique dans la,
confrruél:ion du Louvre. .
Conformément à cette cinquieme maxime , il efi: donc à pro':.
pos, for-tout dans les murs· mitoyens, parce que cela paroît beau­
coup moins, de con'fl:ruire des arcades pour fortifier la maçon­
nerie & lui donner plus de folidité. Faute de cette précaution ,
i l arrive fo_uvent de grands dommages aux murs des édifices confi.�,
dérables, fur-tout lorfqu'il fe rencontre quelques vuides dans leur
intérieur & qu'ils ne font pas aifez exaél:ement garni$ dans leurs
joints & leurs paremens. En effet les rats & - Ies·fouris & autres
animaux s'introduifant dans ces vuides , y appottent des graines .,
fofquelles venant à germer , y- produifent des ·plantes & · des ar-_
briilèaux dent les racines groffiffent peu à peu, écartent infenfi.;
blcment les pierres & les moilons , & caufent par conféquent la .
. ruine rot.ale du bâtiment. La confrruél:ion par .arcades met à
l'abri de ces inconveniens.
Da11s ks pays fujecs aux eaùx ou· aux trernblemens. de terre , 01t
' des gros murs des
pratiqtJe dans l'épaiifeur • efpeces de ventoufes ou.
.
de foupir.aux, depuis les p r.emieres affifes des . fo? dà �ions jufqu'au,
-
rez-de-chauifée ,. afin que les eaux ou les venti foutersems· y trouvan!: .
des iŒ.1es libre_s, ne caufept pas tant. d'ébranlement à .l'édifice. . , ,
' .,
' .. N
Tônîe_ I• .
, """'.:
,

,.
9.8 A. R C-H. I T .E C. T. U R E. M .0 .D. E .R N E.
A R TIC LE II.
De la profondeur .des fondemens.
r
Avant que de déterminer épaiffeur 9.u'on doit donner aux
murs des édifices, il dl: à propos d'examiner quelle doit être la
profondeur de leurs fondemens, dont nous n'avons pas fait men­
tion dans le chapitre ·précédent. Cette profondeur efr affez diffi­
cile à fixer, parce qu'elle dépend non-feulement de la grandéur
& de la nature de l'édifice, mais encore de la bonne ou mauvaife
qualité du terrein for lequel on fe propofe de bitir. Nous remar­
querons feulement à cette occafion que la dépenfe confidérable
que certains Entrêpreneurs font faire pour les fondemeris des murs
dt-bien fouvent en pure perte, d'autant plus que cette grande
profondeur qu'ils leur donnent, ne contrjbue nullemep.t à leur
folidité. Car ( comme le remarque judicieufement M. Belidor),
de, deux chofes l'une; ou le terrein efr ferme & de bo11ne confif­
tance, ou il efr mauvais. S'il efr bon & folide, à quoi fert de l'ap­
profondir, puifqu'on peut y bîtir en toute affurance? S'il ne vaut
ri�, on ne géPsnera rien _ à � fouiller : croit-�n 9.n'il deviendra
meilleur en l'approfondiffant"beaucoup ? Il arnve fouvent le con­
traire. D'ailleurs, ajoute M. Brifeux ( 1), quelque folidité qu'ayent
les terres dans lcfquelles le mur efr enfoncé, il ne faut pas s'at­
tendre qu'elles- le foutiènnent par les côtés ; & ·pour peu que le
terrein fe rnche, il donne aux fondemens du mur beaucçmp plus
de liberté qu'il ne leur en faut pour s'entr'ouvrir, quand ils font
chargés du poids d'un bâtiment confidérable: ce qui leur arrive
d'autant plus facilement que le rn_ortier efr long-rems à fécher
dans les fondations. C'eft donc de la bonté & de la folidité de
leur confrruébo,n que provient toute leur force, & 110n pas de la
profondeur de leurs fondemens. .
Si le terrein dè mouvant ou marécageux, il y a encore moins
de raifons de le creufer pour trouver un bon fond qui n'y dl: poi11t,
& l'on fera toujours contraint de piloter. Or dans tous ces cas la
profondeur des tranchées ne fervira de rien pour la folidité des
murs, il ne· s'agit qu� dé les établir fur une bafe ferme & bien
affinée : fi)e terrein ne donn� pas naturellement cet avantage,
il faut fe le procurer pa.r des pilotis , des grillages, ou des plan­
chers faits avec de bons madriers. On Ifen a pas ufé autrement,
au.rapport de M. Belidor ., pour tous les grands édifices des fiecles
(r) L'An de Qatir les maifons de campagnè. 'Tt>me 11. JJJme Part, Chttp. !•

.. .
,
/

L I V.R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 99
paffés , qui fubfül:ent encore aujourd'hui. L'églife de Notre-Dame
de Paris, qui efr un vaifi"eau confidérable , tant pour fa grandeur
que pour l'élevation de fa ma1treffe
.. VQÛte , efr fi.tuét dans 1,,111 fort .
mauvais terrein , cependant fes fondemens n'ont que très-peu de
profondeur. Ceux des ponts de cette même ville n'en ont pas
davantage, & n'en font pas moins folides ni moins durables. Au
contraire , on voit donner à de funples maifons de particuliers '
des fondemens de 8 à 10 pieds de profondeur , & fouvent davan­
tage , (ans faire attention que leurs quatre faces formant un qua­
dnlatere , & que leurs murs mitoyens fe trouvant d'ailleurs reteaus
& appuyés par les maifons voifines, elles doivent naturellemen t
fe maintenir en équilibre par leur propre poids.
; . r:OOTFd:

A R T I C L E I I I.
De l'épaijfeur des murs.
Quoique l'éraiffeur des murs dépende en quelque maniere de
la nature du batiment, ainii que de la charge qu'ils doivent f o u ­
tenir, cependant pour établir quelque chofe de fixe à ce fujet , les
Architeéèes ont réglé cette épaiffeur for la hauteur que les murs
doivent avoir , lai!fant à la prudence de celui qui bicit de l'aug­
menter dans le cas où ces mêmes murs feroient deilinés à fervir
de piédroits à quelque vofüc élevée , ou à porter des planchers
& des fardeaux confidérables. On a reconnu, par exemple , qu'il
fuffifoit de donner deux pieds d'épaiifeur, au rez-de-�hauifée , à w1
mur qui doit avoir dix toifes d'élevacion : obfervant, à mcfure
qu'on l'éleve , de le diminuer de fix lignes par coife , feulement
par le dehors, & de le confl:ruire à plomb par le dedans, afin d'en
contrebalancer la pouffée , laquelle (e fait toujours du dedans au
dehors. Si l'on vouloir élever ce mur par retraites en dedans
comme en dehors, il faudroit que l'axe du mur , ou fa ligne du
milieu, tombât à plomb for cehû des fondemens. Au refl:e ,
comme cette épaiffeur dé_pend de la charge & de la pouffée que
les murs ont à foutenir, elle doic varier dans le meme édifice
foivant les diverfcs parties du bitiment qu'on éleve. Par exemple ,
les encoignures des murs de face , des avant-corps, des pavillons ,
& des extrêmicés d'un bâtiment, doivent non-feulement être
confi:ruitcs en pierres de taille, ainfi que nous l'avons déja ob_fervé,
mais ell�s doivent avoir auffi plus d'épaiffeur
, , par rapport à la

N ij
'100 A R C ·H I ,T E C T U R E · M O D E R .N É..
..
p ôuffl� occafio � n�� -�a; 1�� · c :oupes de� comblés qt��elles ont i
... _
füui:emr. Cette mega'Iite d epa1ffe.ur fe repare dans 1 1ncéneur de
l'édifice , par - les revêtiffemens des · Iambris , & au dehors par les
faillies- de ces mêmes corps, le[quelles font partie de la décora­
tion extérieure. ,
· On donne ·différente épaiffeur aux murs de refend , felon le
diame_tre des pieces qu'ils forment , & foivant la longueur &
greffeur des pieces de bois des planchers qu'ils foutiennent. Lorf­
que ces murs font - dellinés à recevoir da.ns leur intérieur pl,µGeurs
...f'.ùy-aux de cheminées qui· montent de fond, & qui ne font féparés
que par des languettes ,- ils doivent alors avoir au moins deux
pîeds d'ép aiffeur.
. _ Dans les • maifons ordinaires les· murs mitoyens fè font ordinai­
rement de moilons , & n'ont , au rez-de-chauffée , que 1 8 à 2 0
p"ouces d' épaiffeur : ce qui fuffit pour le fcellement des poutres,
folives , &c. Mais dans les grands édifices oh il fe trouve des
votlces conGdérables , ou des façades d'une grande hauteur , les
-murs doivent être b1tis tout en pierres de taille , & avoir 5 à 6
pieds d'épaiffeur fur 10 à 1 2 toifes d'élevation.

A R T I C ·L E I V.
De !-'appareil des murs de pierre . de taille.
-· - L'appareil dl: une des parties les plus effenticlles de la èonf­
trué\:ion ; & l'on· fait que les Anciens écojent extrêmement
a�tentifs à bien travailler les paremens de lçurs édifices. Il s'en
voit encore en Grece & .en Italie , dont les pierres font
arpareill�ès avec . tant de pr1cifion que . les j oints . en . fo� t
prefque 1mpercept1bles , , ce qm_ a · donné heu de croire qu, ils
bâti!foient quelquefois fans mortier , fe contentant de tailler
lii

léurs pierres fi exaé\:ement & de les poferf avec tant de juf­


te_ffe , que. leur propre. poids leur procnroit une folidité foffi­
fante. n�autres fois ils pofoient leurs.. pierres· l'une for l'autre à
· crCtd, & les frottant l'une contre l'autre avec dt:1 grès- très-fin &
d� l'eau ,.il� les ufoient jufqul à ce que.leurs furfaces devinffent par­
, fa!te�ent egales, & qu elles fe couchaffent en toutes leurs parties;
. c'�� ainfi ( comme nous l'avons · dit dans le chapitre précédent ,
Article III. · h qu'on en a ufé 'à l a con!hué\:ion de l'Arc de
trjomphe du fauxbourg Saint Antoine , à. Paris. Cette façon de
',. ' ,

' ...
: L I V R E I. 'D F: L A C O N S T R U C .T I O N; r.o r.
bitir cft le plus sCir moyen d'empêcher les pierres de s'éclater dans
leurs paremcns , & elle donne une belle apparence à tout l'érufice.
On pourroit s'en fervir avec fuccès pour les colonnes formées de
plu!icurs affifcs de pierres , fur -tout fi l'on obfervoit de laiffer un
pouce d�épa�ffcnr_ de plus au parement de ·ces pierres potir ponvoir
les retailler enfmte étant pofées en place , & pour en raccorder
les joints avec plus de propreté. Cette pratique a été obferree
fans doute lorfqu'on a élevé les colonnes Trajane & Antonine,
puifque les joints des pierres, qui fe trouvent fouvent for des
têtes des figures qui y font repréfentées en bas-relief, y font
difpofés avec tant d'art qu'il dl: impoffible d'en appercevoir la
réunion. '
: La mani�re ordinaire de po[er les pierres efr d'y mettre des
calles de trois ou quatre lignes d'épaiffeur, plus ou moins, fuivant
que le cas l'exige : on garnit l'entre-deux avec de bon mortier fin
• que l'on y fait entrer avec u_ne latte, jufqu'à ce que le joint en
paroiffe remplj. Mais fouvent il arrive que le poids des pierres
venant à écrafer les callcs, il fait fouffier le mortier qui n'a pas
encore acquis toute fa confül:ancc, & le réduit à une épai!feur
moindre que celle qu'il avoir d'abord , ce qui fait que les joints'
des pierres fe trouvent enfuire fi proches que leur parement s'é­
clate. Dans cc cas , il faut , pour prévenir cet accident, donner
un trait de fcie da�s la jointure , &environ deux pouces de pro­
fondeur, afin d'empêcher les pierres de s'éclater en fe touchant
de trop près. •
Il fe voit plufieurs édifices anciens , dont les joints des .pierres
font garnis de tables de plomb : toute la grande façade du périf­
cile du Louvre a été confi:ruitc de cette maniere. On a foin de
battre ces tables de plomb avant que de les pofcr, afin qu'il ne
diminue point d'épaiffc:ur fous la charge de la pierre : après quoi
l'on fiche & jointoye entre ces calles , comme à l'ordinaire. Au ·
refl:e de quelque maniere qu'on s'y prenne pour remplir les joints,
..
il faut toujours que les pierres de taille foient pofées les unes for
les autres avec route l'cxaé\:icudc poffible ; obfervant non-feule­
ment de donner la même hauteur à toutes les pierres d'une même
affife , mais encore de les choiur de telle forme que la largeur des
.panncre!fes foit double de celle de la tête des bouciffes , afin de
former une bonne liaifon , & de donner � cout l'ouvrage un air de
fymmétrie & de foliditt qui en rendent le coup d'œil agréable.
rot A R C H I T E C .T U R E M O D E R N E.._ ·

A R T I C L E V.
De la conjlruélion des murs Je terraffe.
Les- murs de terraife exigent Ùne attention particuliere dans ·
leurs fondemens , ainfi que dans leùr élevation, par rapport à la
pouffée des terres qu'ils ont à foutenir, qui eft confidérable quand
les murs ont une certaine hauteur , com1l'!e ceux de la grande
avant-cour du ch�teau de Meudon. C'eft pourquoi il faut être
plus foigneux de donner à leur fondation des empattemens larges
& bien affis, qu'à la faire profonde ; il faut en outre que ceçte
largeur des fondemeIJs, qui doit exceder de beaucoup celle du
refi:e du mur, regne particulierement du c&té oppofé à celui qui
doit foutenir la p ou!fée des terres. Il ne faut donc pas aifeoir ces
.fortes de murs fur le milieu de leur épaiifeur , comme on le fait
(?rdinairement pour les autres ; mais il vaut beaucoup mieux ,
aprè_s avoir réglé la largeur de leur fouba!fement, donner le dou­
ble de cette largeur à la retraite qui répond au point d'appui de
ce mur. Outre l'épaiifeur confidérable qu'on donne à ces murs ,
on les fortifie encore par des éperons , ou contre-forts, qui font
� des e��eces de piliers de maçonnerie que l'on joint aux murs de
terrailes , du côté des terres , & dont la propriété eil: de foutenir
une partie de leur poaifée.- Ce que l'on comprendra facilement à
· la feule infpeéèion de la fig. r 6 , Planche 1.
Nous n'encrerons point ici dans l'examen de cette pouffée '1es
terres & de la réfül:ance que doivent leur oppofer les murs de
terraife , foit qu'ils foient garnis de contre-forts ou non, ainfi
que de l a forme qu'il faudroit donner à ces contre-forts pour les
rendre capables de· la plus grande réfühnce poffible , M. Belidor',
ayant appro ondi particulierement cette mariere dans le premier
f

Livre de la Science des Ingénieurs , dans l:e9.uel il enfeigne une


nouvelle théorie pour régler l'épaiffeur qu'il faut donner aux murs
de terraffe ( tels que les revêtemens de maçonnerie ) , & pour dé­
terminer la forme & la grandeur que doivent avoir les contre­
forts qui ies aident à foutenir la pouffé e des terres qui fon� der­
. .. riere. Ainft nous y renvoyons le Leél:eur, comme à l'ouvrage le
plus utile & le plus inil:ruéèif que nous connoiffions, tant pour la
théorie de la ma �onnerie que pour la pratique de la confi:ruél:ion.
Comme la fohdité des terraffes dépend principalement de la
maniere d'en arranger les terres & de les affermir, il eft bon de .
ne point commencer à en élever les.revêtemens , qu'�n n'ait au-
L I V R E I. D :E: L A , C O N,S T R U C T I O N. _ 1q3

paravant _ fait apporter toutes les terres qu'ils. doivent foutenir. \


Pour cet effet, on met d'abord un lit de terre d'environ un pied
d'épaiffeur fur toute la longueur du mur, que l'on étend par-tout
bien également , puis on le pêtrit & on le bat avec la batte dont
on fe ferc communément pour les all�es de jardins. On ne doit
pas négliger d'arrofer les terres à. cha,que volée, pour les affermir
davantage. On remettra enfuite un fecond lit de terre de même
épaiffe ur, qu'on foulera , battra , & arrofera comme le premier:
ce qaé l'on continuera de fuite jufqu'à la hauteur que doivent
avoir les terres. Il faut obferver de faire toujours les lits un peu ·
en penchant du côté des terres, afin qu'ils foient moins fujets à
,. cas que les terres n'ayent pas été battues bien égaie:­
s'ébouler , en
ment. Quand les terres , que l'on dl: obligé de rapporter pour
former la terraffe , fe trouvent de di:fl-êrentes qualités, il faut
choifir la meilleure pour la mettre proche du revêtement. La ter­
raffe ayant été formée de cette mat1iere , & lui ayant donné plus
de. larg�ur qu'il ne lui en faut, il fera facile d'en retrancher ce qui
fera de trop , afin de fe procurer une place fuffifante tour b�tir le
mm·. Ce terrein fe trouvera. auili ferme que du tuf, enforte que
les eaux ne pourront plus le pénétrer ni le faire affaiifer. Lorf­
qu'on b�tit des murs d·c terraife fans prendre ces précautions, il
en arrive fouv,mt de grands inconvéniens, parce que ces terres
nouvellement remuées ne peuvent s'aff.1.iffe r ni s'affermir qu'en -
faifant des efforts violens contre les revêteme.ns qui les foutien­
nent, ce qui leur caufe , t�t ou tard , un ébranlement confidérable.
On peut auffi élever des murs de terraife à mefure ûe l'on rap­
!
porte les terres qu'ils doivent foutenir , pourvu que es remblais
des terres fuivent exaél:ement le progrès de la maçonnerie. Pour
cet effet , après avoir élevé un.e partie de ce mur à une certaine
hauteur , par exemple, de deux pieds , les Maçons lu quitteront
pour en aller faire autant à l'autre èxtrêmité dè ce même mur ,
& les Terrailiers viendront s'emparer de celle �i dl: vacante ,
pour faire les r�mblais des terres à. la hauteur où fe trouye !a n� u­
velle maçotmene ; obfervant de bien battre les terres l1t par lit,
de 8 pouces en 8 pouces, toujours réduits à 6 po'uces. Enfuite les
Maçons reviendront à la partie qu:Jl$ avoîent abandonné pour y
· faire une nouvelle levée de deux pieds, tandis que les Terrafiiers
occup�ront �elle _que les Maçons vi':nnent de quitter ; cnforte que ,
pôur'' b1en faire , il faut que les uns & les autres fe fuccedent al­
tér�ativement. De cett� manœuvre .il réfoltera - deux avantages
1
r

1· 04 A R C H 1 T E C T U R E M O D E R N E., .
confidérables ; l'un que les Maçons auront toujours un emplà­
cement commode pour leur attelier : l'autre, qu'en jettant _ & cul­
butant fur ces terres nouvellement remuées .les matériaux q1:1i
doivent être employés pour la nouvelle levée, les allées &_ les
venues , &. les piétinemens continuels de"' tous ceux qui trava11le­
i·ont à la maconnerie. , battront les terres beaucoup mieux que les
TerraŒers n� l'auroient pu faire , ce qui leur occafionnera un af­
faiffement & une folidité qu'elles n'aurniept acquifes , fans celâ,
que long-tems après. · · .

A R T I C L E V I.
. De l'épaiffeur qu'il foui d.011ner aux murs qui foutiennent
une youte.
A

Pour déterminer l'épai�eur qu'il convient de donner aux murs


qLù foutiennent un� voûte, il faut fe régler non-feulement fur la
nature de l'arc qui en forme le ceintre, mais encore;: fur la charge
& l'épaiili!tr de cette même voûte� ain!i que fur la hauteur d_e
fes piédroits. Quant à la figure de la voltte, voici une méthode
générale , tirée du Cours d'Archùeélure de François Blondel,:, pour
régler l'épaiffeur de fes pié�roits , quelle que foie la figure de
l'arc dont elfe efr formée, foit en plein ceîntre , foie fur-baiffée· ;
o!-1 en a-? fe de pa11nier , foit fur-hat:iffé e, que l'on appelle auffi en
uets pomt. - ·
L'arc du ceintre ABCD étant donné ( P!anche 1. fig. 1 7 ) , de

quelque nature qu'il foit , on- le partage en trois parties écrales',
comme on le voit rnàrqué ici aux points AB , BC , CD. On°mene
enfuite la corde AB paifant par le poin.t de l'impofre en A : _ on
continuera cette ligne ru(qu' en E ,, faifant la partie AE égale à
AB. Tirant enfaite la ligne EF, parallele à AD & perpendicu­
laire fur AF; cetcè · ligne détermipera !> épaiffeur q1,1'il faut donner
au jambage p our qu'il puiffe foqtenir la voûte propofée, Remar­
quez ·qu'en fuivant la inéthode de ce célebre Architeéle , fi bxc
ABCD dt ep plein ceincre G l'épaiffeur du piédroit fo n;ouvera
précifément du quart du diametrc de l'ouverture de l'arc AO.
S'il efr for-hauffé , ou en tiers point, cette épaiffeur fera moindre
que du q.uart , & fi au contraire la voûte ef\; fu�:-bûŒée , l'é.paif-:
fenr du pmbag� fera çle plus du qucl-rt ; çe qui eft conform� à·
..
1'expériei1ce , étant dé[llontré qu'pn arc en plein, ceintre .a plus

i
,e
L IV RE I. DE LA CON S T R U C T t O N. ro 5

de po�1ffée qu'Ùn fur-hauffé , & que l'arc fur-baiffé en a davantag;·


que le plein ceintre. _ -:
Préfentement nous obferverons, d'après M. Belidor, r � que 0

dans une vofü:e 0�1 l'on foppofero.it que les vouffoirs ne font en­
fretenus par aucun ciment ni mortier qui les emp&che de gliffer,
plus la tête de chaque vouffoir fera _retite ,. plus la pouffée en fera�
forte. 2 ° . Que plus cette même voute aura d'épaiffeur, plus elle"
aura de pouffée, puîfque les vouffoirs devenant plus longs & par­
conféquent plùs pefans, ils agiront avec plus de force contre les
murs �fui �es foutiennent. 3° . Que plus les · pié�roits qui portent
I \

une voûte feront élevés, plus il faudra augmenter leur épaiff • eur·
pour les rendre capables eie réfi!l:cr à fa pouif�e. _ C' �fi: pourquoi fa:
reglc que nous venons de rapporter pour decermmer l'épaiffem­
des murs qui portent ùne voüte, ne doit avoir lieu que dans le cas­
où cette voûte n'auroit de hauteur, fous clef, qu'une fois & q.emie�
la largeur de fon ouverture. Car fi cette élevation devenoit con­
fidérable , il n'eff pas douteux qu'il faudroit' fortifier ces murs à­
prop<?rtion du grand exhauffement de la voûte ; fur-tout lorfque-:
ees murs ne font point accompagnés d'éperons ou d'arc-boutans--
, -
quî leur fervent de décharge.
Nous remarquerons encore gu'il n'dt pointnéceffaire de faire des­
murs ni des piliers fi épais qu'on les fait à la plûpart. de nos églifes'
ri10dernes , puifque les bas-c�tès , ainfi que les arc-boucans qu'on
éleve au-deill.1s d�s 111:tfrs qui forment la féparatio11 · des chapelles ,:
foutiennent une bonne · p�Ù:tie de la pouffée de la voûte & de· -lâ
pefanteur des toits quî la couvrent. Cef\:· poarquoi il fuffira -de
donn�r, dans ce cas , àux piliers qui foutiennent la grande voût('.:.
de la nef, environ 1� fixieme partie de l'ouverture de l'axe, c'efi:­
à-dire, le fixieme de l a largeur de l'églife, fans y comprendre les
bas-c&.tés. Si la hauteur de la vofüe �fr de deux fois fa largeur ;
· fous clef, on ne donnera .. d'épaiffèur à fes piliers · que · la douzieme
partie de toute )a' hauteur de la voûte , ou la. neuvieme partie dé·
fa hauteur jufqu'à la retombée de cette même voûte.
On doit s'attacher priq.cipalement à rendre les voûtes les plus
légeres qu'il efi: poffible, & faire beaucoup d'attention au. choix &
à la qualité des matériaux qu'on y employe : c'efi: à quoi les Ar­
chiteéèes Gothiques s'appliquoien.t le plus ; auffi lear efl:,,.il arrivé
fouvent 1e faire por�er �es voûtes très-confidérables p�es co�
lo�nes d un fort petit diametre , com�e on ·peut le rerA'ri·quer a
l'églife fouterreine qui efi: . au deffous de la Sainte-Chapelle de

Tome 1. 0
106 A R C H I T E C T U R E M O·D E ll N E.
Paris , eu égard au poids énorme qu'elles avoient à. foucenir , &
c'efr ce qu'aucun de nos Archiceél:es n'oferoit entreprendre au­
jourd'hui.
Il feroit à propos de faire tenir par des crochets & des reffauts
les vou{foirs d'une voûte dont la buttée ne paroît pas affez forte ,
en faifant enforte cependant, pour la propreté de l'appareil , que
ces reŒ·mts ne paroiffent point au dehors ; ce qui fc pratique à peu
près de la même maniere qui efl: en ufage pour les plate-bandes
droites , dont on affeéèe de rendre les joints perpendiculaires du
côté de leur parement , comme on le voit à la .fig. 1 8 , ce qtù ne
diminuant rien de la folidité, donne à cette pa rcie de l'édifice un
air de hardieffe qui furprend ceux qui n'en connoiffe nt_ point l'ar­
tifice. C'efl: ainfî gu'on a bandé les vouffoirs des croifées di1 Lou­
vre, qui font en plate-bande, & dont les joints paroiffcnt per­
pendiculaires.
Ce feroit ici le lieu d'examiner le mécanifme des vofües en gé­
néral , & de faire voir
., la maniere dont on doit calculer la pouffée de
chacun de leurs vou!foirs, pour trouver l'épai!feur qu'il faut don�
ner à leurs piédrnits , afin de les mettre en état de réfifl:er à cette
pouffée ; mais ces recherches nous meneroient trop loin, & nous
femmes encore forcés de renvoyer, pour cette théorie des voûtes,
au fecond Livre de la Science des Ingénieurs , de M. Belidor, dans
lequel ce laborieux Auteur enfcigne des méthodes faciles , & des
_ regles générales pour déterminer cette épai!feur en ayant égard
aux différentes figures dont les voates font fufcepcibles , relative­
ment à la nature des édifices & aux ufages auxquels on les ddl:ine.

A R T I C L E V I I.
Des réparations de maçonnerie ., & des reprifes par fous-œzwrt.
S'il étoit poffible de prévoir tous les accidens qui peuvent en­
dommager un édifice , on ne fe trouveroit jamais dans le cas d'y
faire des reprifcs par fons-œuvrc ; cependant comme i1 dè d'une
néccfficé indifpcnfab!c d'en faire dans de certaines occafions, un
des meilleurs avis qu'on pui!fe donner dans de pareilles circonf­
tances , c'efr de prendre toutes les sûretés. poŒbles pour foutenir
le haut � b1timenc , par le moyen de bons étais arc-boutés foli­
dc_ment� de les laiffcr encore quelque tems après la rcprife
fa 1re , jufqu'à cc que le mortier de la maçonnerie neuve qu.'on a faite:
~.,
- v. m B 1•naa,
L I V R E I. D E. L A C O N S T R U C T I O·,N . 167 ·
�P9N3·!1,tiNatMJi!lSM�il9H5i#fhei.tJd80 4AE;·M P--Î W-itQ&-,,,tk'ttft·

pat deffous ait pu prendré ùne bonne ëonfifta11ee, En effet , s'il


arrive quelquefois dans les ouvrages neufs que le inortie1: s'affaiffe ,
.,
-ou 9.ue les pierres fe rompent par leur propre poids , à plus forte
raifon manqueront-elles encore plus facilement lorfqu'elles fe
trouveront for-cha�ées tout-à-coup du poids de l'ancien edifice,
d'ot1 il afrive qu'il ,e fait des fraél:ions & des lézardes en plufieurs
endroits de la maçonnerie , & que les plafonds & les planchers fur.
baiffenc & ne fe trouvent plus de niveau, ni les portes & les croi­
fées d'à-plomb & à l'équerre.
Pour donc obvier à ces inèonvénie�s , comme on fc trouve
fouv·:nt dans la néceffité de con[erver _d'anciens ml:lrs & d'y faire
des réparations qui oblige1�t de lier l'ancienne ni�ço11-rièriè a\;ec
la nouvelle , nous enfeignerons ici en peu de mots, d'après J\1.
./ ' :Be!idor,

, une méthode pour le faire le plus folidement qu'il éfr
ponîble.
Après avoir démdi quelque partie de l_ a vieille maçonnerie
pour fe donner des amorces foffifantés, il _ faut gratter foigrieufe­
ment l'ancien mortier'lni fe trouve for la pierre , jufqu'à ce qu'il n'en
pàroiîfe plus que dàn-s le fond des joints , en nettoyer enfoice propre­
ment tous les débris. avec •un balai neuf ou avec de groffes broffes,
de façon qu'il n'y rdl:e plus d'ordures ni de pouffiere qui pourroic
empêcher la liaifon de l'ancien mortier avec le nouveau. Cette
. premiere préparation étant faite , il faui: faire jetter à diverfes re­
prifes une grande quantité d'eaù fur la vieille ma�onnerie , àfin
qu'dle s'en imhipe fuffif3:mment & qu'elle aéquiere, pour ainfi
dire , une vertu attraél:ive. Ayez enfaite dans un baquet de la
bo1111e chaux détrempée, qui foie bien graffé & glutineufe : plu­
fieurs manœuvres prendront des broffes ; & les uempant dans la
chaux , ils imprimeront cette chaux fur la maçonnerie, en frap­
pant à petits coups , afin qu�elle pénetre mieux dans les joints
ainfi que dans les pores de la _pierre , jufqu'à ce· qu'elle en foie
: bien imbibée , & jufqu'à ce qu'on ait employé une affez grande
quantité de cette colle de chaux pour qu'il y en. ai� l'.fpaiffeur de
· trois ou quatre doigts fur tôutç la forface de l'ancienne maçon­
nerie. Après cela il ne fera plus befoin que d'appliquer par deffus
de bon: mortier pour maçonner comme à l'ordinaire ; obfervant
. que -la. pierre ou le moilon foient bien entrelacés aveç les amorces,
; �- qu'ils forment enfemble une bonne liaifon. · ne . cette 1:naniere,
la chaux qui fe trouve entre la vieille & la nouvelle maçon-
. '11erie les unit fi bien l'une avec l'autre , _en_ s'y in_ �orporant, qu'il_
FFW:a· a·
0 ij
.q Pfi r n iM .IK3Ht!i MC
' . A R C H- I T E C T U R E · M O D , E . R N E.
.'l ç8
,,
fe fait quelque tems après une liaifon qui rend l'ouvrage plus fo ,-
lide & plus indiffoluble à l'endroit de la jonélion que par-tout
àilleurs: c'eft ce q(!.e l'expérience confirmera toutes les fois qu'on
s'y_ prendra de la même fa�on�

C H A p ·1 T R E X I X�
Des caves & de leur conflruc1ion.
Ç 6 M'M ; · il ne · fe fait �ere de bâtimens ·qu'on n'y pq1tique
des caves. pour pouvoir co_nferver le vim & les autres provi:fious
Ô.aî1s lès chaleurs de l'été , nous dirons en général que • leur hau­
teur fous clef, dl: depuis 6 ou 7 pieds, jnfqu'à 9 & I o. Une_ plus
grande élevation de voûte deviendroit inmile , & mê_me_ incon:i.:
mode,. parce qu'elle obligeroit _de defcendre tlll plus grand nom­
bre de marches. Leurs voûtes doivent être fur-baiffées ou en ·anie
�e pa�ier , pour procurer une furface plus plate au plafond ,. &
pour qu'on puilTe p?,ffer plus aifément d�rriere les · tonneaux. Ces
vo�tes fe confrnùfent avec du carreau, auquel on dom}e un peu .
de ·c oupe, & �llesAoivent avoir r 5 _. à 1 6 pouces d'épaiifeur à la
f •

clef. Il e!l néceifaire que leur exrrados , ou leur furface extérieure


fait à. 9 pouces au de{fous du ni i·.r e�u des appartemens du rez-de­
chauffée, cette !1auceur étant nécettaïre p©ur former une aire au
deifus· fur laquelle · on puiffe établir le pavé , carreau , ou parquet ,'
fuivant la nature des pieçes. Enfin on remplit les reins de ces
mêmes voûtes d'une maç_o1,merit? de mo.i1ons· avec du mortier de ·
chaux & de fable.
Q�1a�d �n b1tit for dés- hauteurs ou dans des terres rappoT­
tées où l'o.n eŒ obligé de faire les fondations pius baffes qu'à. l'or­
dinaire, on y pratique deux étages de caves , l'une fur l' amre· � afin
d'avoir des caves encore plus fraiches paur conferver le vin : alors
·
celles du premjer. éta-ge fervent à mettre le bois.& fes au.tres provi-
fions que Yon veut avoir fous. fa main.. ·
La largeur des câves doit être aµ moins de ·s pieds,. lor{qu'on .
fe_ trouve gêné par les murs des fondatÎ0ns : on peut les · faire ·
beaucoup plus larges , lorfque l'emplac€ment ie permet , mais­
ja'mais moins, afin que l'on ait_ la. place né"cdfa.ire pour . tourner
a1.1to,ur des tor�eaint ,. &: p- our les vificer de tems en. tems.,

...
L J V R E L DE L A . C O N S T R U·C T { ON. ;
, Plus les voûtes des caves font petites, plus elles font folides ;
c'efi: pourquoi lorfque les caves font. fort larges , il efr à propos
�élever un ou deux piliers de pierre dat1s le milieu de leur lar­

1 0'.9

·g�ur fur le(quels les yoûtes-, qui p1·endront leur naiffance dans les
niurs 1 viendront s'appuyer. Ces voûtes fe_ font ordinaire�ent en
voût� d'arrête vers les ,Piliers, & fe terminent vers les murs en
forme de voûte de cloitre fur un dofferet qui fait faillie. Mais
pom- éviter 1a dépenfe d'une ,voûte <l'arrête , qui n'efè folide gu'aü..'..
tant qu'elle efè confl:ruite en pierre de taille dure , on fait for les
piliers des lunettes qui raclietent deux berceat1x_ , dont on voûte
le furplus de la cave. .
On _obfervera que , lorfqu'on eit obligé d'appuyer la_ voûté d'une
cave fur les murs de refen.d, il faut que celles des caves qui .fe­
ront aux deux côtés foient auffi bandées fur ces mêmes murs : &.
lorfque par quelque fujétion particuliere on efl: fo;cé de le� r,our­
per autre�ent, on fera à chacune de ces caves voifines, & con�re
les murs de refend, une . demi-voûte en arc de cloître , qui riche­
!era le berc_eau , & qui fervira de culée à la voûte q.e 1� cave du
milieu. .
'. il faut' alitant qu'il dl: poffible, que les deicentes de cave Îoient
, droites & que. les marches en foient de pierre dure. On pràtique
le plus fouvent un petit efcalier particulier pour aller chercher le ·
vin. Dans les grandes maifons, cc petit , efcalier, fait e.,n vis po­
royere , doit être plac� au de:ffous de l'ôffice· , �infi que les caves
�uxquelles il communique ,. pour la commodité du fervic�. Par
la même raifon les cav:es oh fon ferre le bois , ainfi que les bû­
chers , doivent être fituées dans le voifinage de la cuifine.
Comme . le principal ufage des ca:ves efl: pour - y conferver du
vin , on doit en éloigner le plus que l'o.n pourra les cloaques. , &
les foires des lieux, parce qu'ils n jy apportent que du défagrément
& de l'incommodité. En effet, lei? urines & lœ vapèurs qui en
exhalent , font fi pénétrantes & fi fubtiles qu'elles pa1fent à trn--:
vers les murs, tels folides & bien bâtis qu>ils puiffent être. Il ar­
ri.ve mh3:1e fouvcnt que ;111algr� la préca1;1tion que 1'01� prend d'en­
vironner les foffes de lieux d un conro1 de terre gla1fe ,. les eaux
g_ui y font renfe�mées trouvent encore le moyen cfe tra�'tlpirer par
des parties de cette glaife qui fe trouvent plus foibles , ou moins
conroyées que le refüt.
Les fotipiraux que l'on fait aux caves pourJe vin ç¼oivent �tre
\ tics & tournés vers le nord; & quand il n�efr pas, poffible d�. , ;
. �
d
.... .. .
;

-rro A R C H I T E C - T U R È M O D E R N E.
leur donner .cette expofition , il vaut mieux n'y en point faire du
...,.
tout. A l'égard des caves à ferrer le bois , l 1huile, & les autres
,provifions , il y faut néceffairement des foupiraux , fàhs -quoi le ,
. bois y po.urriroit en peu de tems , & tout ce qu'on y mcttroit fe
moiliroit & fe g�teroit. La m�illeure expofi.tion pour celle5-cÎ eft
· du côté du foleil levant.

C H A P I T R E X X.
De la co-nflruc?:ion des puits & des citernes.

L E s puits ordinaires n'ont rien de particulier dans leur conf­


truél:ion : on en fait la fo.tùlle jufqu'à ce qu'on puiffe avoir cinq
ou fix pieds d'eau vive , & cette f.oiülle eft plus ou moins pro­
fonde felon la profondeur des eaux fouterreines , & l'élevation
· du lieu .où i>-011 bâtit, Quand on a reconnu que l'on aura aûez
d'eau. , on affied · da.ns le fond du puits un rouet de charpente , fait
en bois de !:he_ne ., de quatre pieds de diametre dans œuvre' & de
4 for l 2 pouces de groîfeur, for lequel on pofe cinq ou fix affifes
de pierres d.µres , maçonnéc-s avec mortier de chaux & ciment,
·& bien cramponnées avec des crochets de fe1: fcellés en plomb
fur tous les joints, Le furplus de la profondeur du puits, jufqu'à
5 o� 6 pouces �µ de1fous di1 rez-de-chauffé e, s'élcve en ma�on­
nerîe de b.pns moilons piqués , & liés avec de bon mortier. Enfaite
. op s· éleve �u defi'us du rez..de-chauffée par trois der,nieres affifes
de pierres de taille -, faifant enfemble la hauteur de deux pieds &
de,mi, hors de terre, maçonnées pareillement en mortier de ci­
mei:it & cramponnée-s danB· les joînts , ainfi que les pierres du
fona,. Après quoi l'on équipe le puits de cout ce qµi .. lui dl: néçef­
f.a._ire poür pouvoir .en tirer de l'eau.
Il !e fait enc;ore en Flandre & en Icalîe , & dans les endroits
environnés de hat:1res _montagnes, \.Î ne efpece particuliere de puits
que l'on uomme puits forés , nous en rapporterons la confhuélion
d'après M, Belidor. On creufe d'abord un baffin de grandeur ar­
bitraire dont le fond doit être plus bas que le niveau auquel l'eau
p�1t s' �lever d·eU�même. On prend enfaite un pilot ou p�ece de
,
bois d upe longi.1eur & d une groffeur convenable , perce dans
route fa longue\.tr ., avec les t�rieres ordinaires , d'µ_n trou de trois

.,. I
t-l V R E I. D E L A C O NS 'T R UC T' l-O N..· 1 11

pouces de diametre, On ganiit ce pil ôt par les deux bouts, d'une


armure de fer, obfervant que le bout qui doit entrer en terre foit
taillé en pointe autant que Je permet le trou de tr{iis pôttces de
c;liametre qu'on y a pratiqué , pour l'ufage que l'on va dire,. On
enfonce ce pilot comme à l'ordinaire jufqu'au refus du mouton,
& lorfqu'il ne peut plus s'enfoncer , on fait ufage de la tariere avec
laquelle on acheve de percer le puits. Ces tarieres ont trois pouces
de qiametre , comme les autres , & environ un pied de gouge :. le
refi:e de la branche a r 2 pieds de longueur & un pouce de groffe ur.­
On enfonce cette tariere dans 1� canal vuide ' du pilot, & l'on
perce à traver� de ce pilot creux tous les bancs qui fe rencontrent,
ayant foin de · retirer de tems en tems la tariere pour VllÎder la
gouge de la ·terre dont elle fe remplit. Quand la longueur de
cette premiere branche ne fuffit pas pour arriver jufqu'à l'eau· ;
on y en adapte une foconde , puis une troifi.eme , &c. tant, que la
p rofo�deur du tcrrein l'exige , continu_ant de per �er· , & . de re�irer
la tanere fucceffivement pour eh vwder la meche, Jufqu'a ce
qu'enfin on ait trouvé de l'(au affez abondamment; ce qui fe re­
connoît facilement, en ce qu'elle ·mohte alors d'elle-même tout
1� long du p ilot jufque pa: deffus. �lors il n'efl: plu� befoin <que

d un tuyau de plomb ou d autre maner<e pour • condn1re cetce eau ·

dans le baffin prép-aré -p0tlr -cet ufage.- · ·
Lorfqu'on a. une fois trouvé l'eau viv-e & qu'on voit qa'effe ,
vient en abondance , il faut bien fe garder de continuer de percer
plus avant dans l'efpérance d'en a:vojr davantage , de crainte d'ol1-·
vrir les banc-s de pierre ou de glane qtµ retiennent cette eau, c€ �
. qui éventeroit la foùrce & l""empêcheroit_de monter.- Cette ma­
nierè de forer des puits a beaucoup de reifemblance à ce que Yon
pratique dans la baffe Autriche pour fe procurer de l'"eaù. Comme
nous en avons rapporté le détail à l'Artide V.: <ïlu XVIIe Ch�-
, pitre ,. nous y renvoyons le J:,.céèeur.
Des Citernes.
'
Les citernes font des cfpeces de caves ott cfe fieux fouter!ètns
1

oh l'on ra!fcmble les eaux du ciel pour les purifier & lcs- conforver
fraîthe..menr. On, a Join de tenir propres les toits & le$ _ terra:ffes
_ -for lefqucHes elles tombent, afin qu'il ne s'y amaffe po111� d'or:..
!
. dure; qni pourroit gfl.ter l'eam . On b�tit cés fortes de réfer"voirs
fous, tçne, pour. y maint;ècir l'eau .•. plus fraîche , & pour·empecI1:e r _
q._u'il: q.c s'y engc:P-d_rt; <ilei5 �ers ou: d'anrres petits- animaux capables·
J
~ ,.....f
111 A R C H 1 T E C 't U R ! M O D E R N E.
.
de la corrompre. Pour la même raifon on fait paifer Î'eau d'abord
par un citerneau rempli de fable où elle -fe purifie, & où elle dé­
pofe les ordures & lès corps étrangers qu'elle entraîne avec elle ,
en coulant fur les toits qui la recoivent. Ces citerneaux font · des
efpeces de puifards carrés , dont' le fond doit être élevé de fo<: ou
fept pieds au de1fus de celui de la citerne. On les remplit avec du
gravier ou du gros fable de riviere , dont on met le plus gros au
fond , & le plus fin1 par ddfos ; l'eau en paflànt à travers ce fable
& ce gravier encre pure dans la citerne , par uh trou de commu­
nication que l'or,i pratique de l'un à l'autre. On a foin de mettre-­
au - ddfus de l'entrée de l'eau dans le citerneau, une plaque de
cuivre ou de plomb percée, afin que l'eau en y entrant ne trouble
point celle qui y efr déja; & ne puiffe pas brouiller le fable dont
il efr rempli. Il efr néceifaire de nettoyer & de changer de tems
. en tems le fable des citerneaux , du moins celui qui fe trouve
ddfus, auquel le limon & les ordures s'attachent davantage. Il y
a même des perfonnes qui pouffent la délicateffe jufqu'à ne point
y 1aiifer entrer ni les eaux des neiges .. fondues, ni celles des orages:·
Au moyen de..ces précautions l'eau des citernes fe trouve aufü.
bonne à boire , & .rnç11,1e ·plus légere
· c"iue cellç des riyieres & des
fontaines.
Çpmme le prindpal objet d'une citerne dl: de conferver & de
.,
retenir les eaux, il faut apporter la plus grande attention dans (a.
c;:onftrutl:ion pour la rendre étanche & bien folide. Pour cet effet,
dans les pays où la pierre efl: cqmmune, il faut s'en fervir préfé­
rablement à tout� autre maciere , &, les faire joindre parfa�te�e� t­
e11 les ufant l1une · contre l'autre avec de l'eau & du gres pile ,
comme on l'� déja dit dans les chapitres précédens. En fuivant
cet�e ;Praciqqe_ 3 o� ��ùt être a f1:'q�é que l'eau ne r.affera jamais par
les J0mts de lit : a l'egarcJ. des J 0mts montans , 11 -faudra· les rem­
..
plir · bien exaél:ement avec de bon mortier dç chaux & ciment ,
dans lequel on aura mêlé qe la. lirnaille de fer , ou du m�chefer
battu, Dans les endroits ott l'on manqµe de pierres, il faut faire
fur tou"te la fuperficie de la citerne un maffif avec cailloux &
mortier de çhaux & ciment, élever les murs de la même maniere ,
& recouvrir k tout d'un enduit q�ü réfifre à l1eau • � comme afphaltc,
ou chaux détrempée avec de I·huile de noix , & m�lée de ciment ·
battu très-fin, ainfi qu'on l'a vu au Chapitre IX, Article V , en
parlant des différcnt�s manieres de 1 préparer le morti�r. Au refre
nous rçnvoyons encore pour· - Ia co.n.fi:ruélion de · c::e$ fortes d'ou-

vrages

t I V R E t. D E L�A ,· C- 0,N S T R-U·C T I O-N� I I-J.

vrages au Livre IV de la Science des lnffinieurs , dans lequel ..


M. Belidor entre dans un gt·and détail a ce- fujet , & donne
deux de!feins di.fférens de citernes , que l'on peut prendre d'au­
tant mieux pour modeles, qu>il rapporte à la fin du Livre VI du
même ouvrage un devis très-bien expliqué d'une de ces mêmes
citernes exécutées à Calais. On peut voir auŒ à Parjs un de ces
édifices hydràuliques , qui fe trouve au couvent des Capucins de
la rue S. Honoré.

C ·H A P I T R E X X I.
Des cuifines & offices.
C·E s T principalement dans cette partie que l'on connoît fi
un Architeél:e entend bien la difhibution , y ayant autant d'incon­
vénient à tenir les cuiûnes trop proches , qu'à les trop éloigner du
principal corps de lo_gis où réGdent les maîtres. Si elles font trop
proches , la mauvaiie odeur qui s'en exhale continuellement ,
jointe à la vapeur nuiùble du cliarbon & aux fumées des r�goûts ,
pénetre jufque dans les appa.rtemens , dont elle gite & noircit les
peintures & les dorures. De plus, on cil: fans ce.ffe incommodé du
bruit qu'y font les domefüques &. les perfonnes qui y travaillent
à préparer les viandes. D'un autre côté , lorfque les cui.Gnes fe
trouvent trop éloignées de l'appartement des maîtres ., & qu'on
efr obligé de ,monter des efcaliexs pu de traverfer des cours, le
fervice de la table fe fait plus difficilement � il y faut employer un
plus grand nombre de domefl:iques, & l'on ne peut rien manger
dan,s io_1J. point de délica..teffe , parce que les mets fe refroidi!fent en
chemin , ce.qui oblige .d'avoir une piece proche de la falle à man­
ger pour les réchauffer & ·-~ pour retp.blir l'arrangemept des viandes ,
qui peuvent fc déranger dat1s le tranfport, for-tout pendant l'hiver
ou dans des tems de pluie. Pour remédier à ces incoJwéniens , on
avpit imao-iné de placer les cuifines dans des fouterrei.ns au deffous
du principal corps de logis , mais il en réfoltoit encore de plus ,
grandes incommodités, tant par le p eu d'air qui circuloit dans
ces fortes
... d'endroits qui n'étoient éclairés d'ailleurs que par des
abat-jours , que par la puanteur des cloaques & des puifards que
,

l'-011 étoit obligé de pratiquer dans le voifinage de ces fouterreins

Tome I. P.

,,.
· 1 14 A ':fi: ë HITÉèT Ü R E , M O D E R N E.

pour l'écoulement des eaux des cuifines, ce qui g�toit les viandes
& infeéèoit tout ce qu'on vouloit y conferver. Il vaut beaucoup
mieux , lorfqu'on a affez de terrein pour s'étendre , pratiquer deux
efpeces de baffe-cours aux deux d:ités du principal b�timent , dans
J!une defquelles on difiribuera les cuifines & offices & les àutres
pieccs qui en dépendent , & au deffus on fera des chambres pou�
Ies officiers dè la maifon. L'autre fera occupée par les remifes &
les écuries , au deffus de[quelles on pratiquera des logemens pour
les domefl:iques fobalternes, & du refte on fera des greniers pour
la paille , le foin , l'avoine, &c. Dans ce cas il e{f à propos de
i11énager des dégagemens pour arriver à couvert de la cuifine à
la falle à manger.
· Lorfqu'on dt abfolument obligé par le peu d'efpace du terrein
oh l'on b�tit, ou par d'autres motifs, de placer les cuifines dans
des fouterreins fous le bitiment , il faut faire enforte d'avoir une
pente foffifante pour diriger l'écoulement de leurs eaux vers quel­
que égout public : linon, on eft obligé de faire_ un copduit qui les
porte le plus loin qu'il dt poffibly dans un puîfard ou cloaque fait
exprès , & b�ti à pierres feches dans le milieu des terres.
Pour monter de ' cet étage fouterrein à celui du rez<-de-chauffé e,
il faut conftruire un efcaliet à double rampe, s'il eft poffible, ou
du moins qui foit affez large pour que deux perfonnes chargées
puiffent y monter & defcendre dans le même rems, fans fe nuire
& fans fe heurter. Ces fortes de fouterreins font toujours voûtés ,
& il feroit à fouhaite'r ' que tontes les cui.lines le fuffent pour pré­
venir les accidens du feu.
Quand on n'a point de pi:�ce particuliere pour l'office & pour
faire la p�tifferie , on confrruit dans la cuiiine un four dont la
gueule a fon iffue dans la cheminée pour l'échappée de la fumée.
Cette cheminée doit être large à proportion de la piece : fa hotte
doit être élevé�·d.'environ fix pieds au ddfos de l'aire du pavé de
la cuifine , afin qne ceux qui y ont affaire ne s'y heurtent . point
1a tete.
,/\
La confirnt\:ion de ces fortes de fours. n,.a rien de particulier
q1;1'tr1: Maç6J'.l un peu intel!igent. ne puiife exécuter. Il � fe f? nt or­
dma1rement for lin plan circulaire : on leur donne 8 a 9 pieds de
d1ametre , fur 1 5 à 1 8 pouces de hauteur, à l'en4roit le plus
él�vé de la voûte. On les bâtit avec de la brique ou du tuileau,
pofé de champ comme les vouffoirs d'üne voûte, & maçonné
avéc.. du· lnortièr-·cle terre franche. La gueule du four doit avoir
. _
' ,.

)
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N, 1 t: f

deux pieds d'ouverture fur 19 à 1 z. twpces de �auteur. Pour P9.t:t­
voir y manœuvrer plus commodément , op. �Jeve l'aire du foi;ir
l .,

de trois pieds au deffus du ré�-de-chauff.... é e, comme on le pe�t


... deffus dtJ plan ( PLane. /71i.
voir par le profil ou coupe, qui efl: :;iu
fig . 7 & 8 ). A l'égard du carrelage de$ four�, il fe fait avec de
la brique pofée de. champ , & l'onfo fert p9ur l'affcoir de mç,rtjer
..
de terre glaife & non de celui de chaux & dç fable , parce que 1a.
chaleur feroit dejetter celui-ci en peu de tems, .
.. & dét�cheroit Jes
~

carreaux. Suivant la coutume de Paris, quand les fo 1,1rs & les


fourneaux des cuifines font adoffés à quelque mur mi�oyen , ils
doivent en être ifolés du moins d'un pied : c'eft ce vl,lide que l'on
appelle le tour du. chat. "
Les fourneaux fe confl:ruifent en briques avec mortier de ch�µ,c
..
& fable , pour le mieux, ou du moins en moilons avec prntre, �
carrelés par dcffus. Leur pourtour efl: arrêté dans fa p,arcie füpé­
ricure avec une forte barre de fer plat, ... pour les empêcher de fç
dégrader fitôt. On les place ordinairement dans l'embrafure des
fenêtres, & on né leur donne que deux pieds & demi , ou tout
au plus deux pieds 9 pouces d'élevation. On les fait par arc:;ides
pofées fur de petits murs de 8 à 9 pouces d'épaiffeur, qui portent
.
..
fur les vofücs des caves lorfqu'il s'en trouve au deJTous, fans quoi
il faut les fonder jufque fur la terre ferme. On ne donne guere
que deux pieds de largeur à ces arcades, & l'on en fait autant
qu'on en a befoin, fuivant la quantité de fourneaux qu'on veut
confl:ruire. Les rechauds que l'on pofe fur ces fourneaux , pour
être commodes & de longue durée, doivent être de fonte, & de
forme quarrée. On en fait auffi de quarré-long pour les poiffon­
nieres. La feule infpcéèion de la figu re 9 ( PLanche Vil) , fuffit
pour donner une idée de leur forme & de leur confl:ruéèion.
Lorfqu'on efl: le maitre de difpefer à fon gré de l'emplaceme1u
des cuifines , il efl: à propos de les fi.tuer à l'extrêmité des a1les ,
proche la rue, pour la facilité d'y faire écouler les eaux, & pour
la commodité du fervice, à moins qu'on n'ait un .terrein affez
fpacieux pour faire une COtlf particuliere des cuifine� où l'on puiffe
leur procurer tous les avantages dont elles ont befoin.
Les pieces néce!faires pour le fervice journalier de la cuifme
font un garde-manger , pour ferrer les viindes , & un lavoir oh
l'on porte la vaiffelle , au forcir de la table, pour y être nettoyée.
Cette derniere piece doit être placée dans le voifinage d'un puits
ou d'une fontaine, pour avoir toujours de l'eau en abondance. Il

p ij
. .
�1 1 6 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.

- .
faut ·e�{ outre uni falle du commun, grande à proportion des do­
.(

me.fl:iques qui doivent y manger. L'office doit auffi fe trouver


proche de la cuifine : on y pratique tout autour des armoires à
hauteur d'appui, pour renfermer le linge de table, & b. vaiifelle
d'argent. Au deifus font pofées dés tablettes for lefquelles on ar­
range la fayence, la porcelaine , les cry.fl:aux , & les, autres u.fl:en­
files néceffaires pour lè fervice & la décoration de la table. Dans
les grandes maifons , on ménage derriere l'office un petit endroit
oi1 il 4oit y avoir un four, d'1s fourneaux & une étuve pour le. tra­
vail de l'Officier & de fes aides. Au refte nous renvoyons pour
le détail des différente's pieces , qui ont rapport aux cu.ifines &
offices , au focond volume de cet Ouvrage, qui offre un grand
nombre de dill:ributions de maifons de particuliers fur toutes
fortes d'emplacemens. A l'égard des dépendances de la cuiG.ne &
des offices pour les · palais & les édifices de conféquence, on
pourra avoir recours au premier volume du Traité de la Déco­
ration & · de la difl.ribution dés édifices , par M. Blondel, qui fert
de fuite & de fopplément à celui�ci. On y trouvera des exemples
de ces fortes de pieces fituées de toutes les manieres que nous
venons d'expofer , foie dans des corps de logis féparés , foie . dans
le voifinage de l'appartement des maîtres, foit dans des fouter­
reins pratiqués au deffous du . principal bîtiment " avec des regles
gén�rales pour fe conduire dans tous ces cas , & l'expofüion des
raifot1s ou des circonfl:ances qui ont déterminé l'Auteur à fe con­
former à l'une ou à l'autre de ces façons de bâtir.

C H A P I T R E X X I I.
Des écuries & des remijès.
Û N ' a déja remarque dans le chapitre précédent, que quand
on a de g_uoi s'étendre, il dl: à propos de di.fl:ribuer les écuries &
les remifes dans une cour parciculiere , féparée de la principale,
pour bter aux· maîtres le coup d'œil déplaifant & !''odeur défa­
iréable - des fumiers, & pour pouvoir les amaifcr & les faire en­
lever plus facilement fans qu'ils· en foient incommodés;
Les écuries doivent être expofées entre l'orient & le midi : les
remifes au_ contraire font mieux au nord, pour garantir les car-
L I VR, E I. D È L A C O N S TR U C T I O N. . t 1 �
' - ,
roifes de l'ardeur du foleil qtti en mange les couleurs , & pour
èonferver plus long-rems la fra1cheur des peintures précieufes
dont on les orne aujourd'hui. Lorfqu' on ne peut pas ménagei·
une cour particuliere poHr les écüties , . il faut les a�o!fer à la rue ,
pour procurér un écoulement facile at1x urines des duvaux , ·&
pour eri. enlever plus commodément les fomiers, ·
On difl'ingue ordinairen\ertt trois fortes d'écuries , ou bien on
ménage trois endroits différens dans la même piece , l'un pour
-
les chevaux de carroffe., l'autre pour ceux de folle , & le troifieme
pour les chcvàux entiers ôu pour ceux qui font malades, Les écu­
ries fe pave.fit à qmttre pieds près de la mangeoifr : le rdle fe bat
en falpêtre pottr confer-ver ,. les pieds des chevaux. A l'é ard de la
.g
grandeur de ces fortes de pieces, elle dépend de la quantité de
chevaux qu'on veut y placer, obfervant qu'un cheval de carroiTe
qccupe un efpace de quatre pieds de largeur for huit à neuf pieds
de longueur , & qu'il n'en faut que · trois & demi pour un cheval ·
de felle for huit de longueur , y compris l'épaHfeur de la man­
geoire. Or comme il faut au moins 4 ou 5 pieds de pa{fage par
derriere le cheval , une écurie fimple -ne peut pas avoir moins de
1 3 à I 4 pieds q,e
,. largeur : lorfqu'elle efr double , c'efr-à-dire qu'il y
a double rang de chevaux , il faut lui dpnner au moins 24 pieds
de largeur , pour a.voir un paaàge de 6 à 8 pieds encre les deux
rangs. On obfervera , autant qu'il efr poilible , que Je jour ne doit
jamais frapper fur la mangeoire ni fur les yeux des chevaux , mais
qu'il doit venir d'en-haut , & tomber fur leur croupe , à moins
que l'écurie rie fût double , auquel cas il vaudroit beaucoup mieux
faire venir le jour par les deux extrêmités. La porte doit être large
de 5 à 6 pieds , & il convient d'en faire plufteurs lorfque _ l'écurie
efr longue.
· La" mangeoire doit &cr� placée à trois pieds de hauteur , y com­
pris fon épaiffeur , f::r, on. l'éloigne du mur d'environ 1 6 pouces Le
ratelier fe place à I 8 pouces au defi'us de la mangeoire & à pareille ·
difrance du mur. Les poteaux qui foutiennent les barres pour fé­
parer les chevaux , doivent avoir 4 pouces de gros for environ
4 pieds & demi de hauteur , depuis le p�vé. On plante ces po­
teaux à neuf pieds fix pouces de la mangeoire, non compris leur
. épaifi'eur : les barres font de huit pieds quatre pouces de longueur.
Il faut élever l'aire de la place des chevaux de quel ques pouces
au defi'u s du rdl:e de l'écurie, de façon qu'elle aille en pente du
côté des poteaux , pour l'écoulement de l'urine des chevaux.
118 A R C H I T E C T U R E · M ô D E R N E:
Lorfque les écuries ne font point voûtées , on doit les plafonner.
A côté des écuries on réferve un petit endroit que l'on appelle
la Jellerie , où l'on conferve les harnois & les felles des chevaux :
la meilleure expoûtion de cette piece dl: entre le levant & le
noi:d. Les lieux communs pour 1es domefi:iques fe placent auffi
dans la cour des écuries, ou mieux encore dans la petite cour où
• l'on ama!fe le fumier quand il y en a une exprès. Cette petite
cour du fumier doit avoir fon dégagement dans la rue, pour que
la cour principale ni les autres cours ne foient point incommo-
dées de fon paifage.
A l'égard des remifes, elles doivent être expofées au nord pour
les raifons expofées ci-de!fus. On leur donne ordinairement 2 0
pieds de profondeur: à. moins qu'on ne releve en l'air le timon
des carroifes, auquel cas il fuffit qu'elles en ayent quatorze. Quant
à leur largeur , lorfque chaque rcmife dl: renfermée par une ar­
cade, on ne peut pas lui donner moins de 8 pieds; mais quand il
y
� en a deux placées fous un m&me poitrail, fans aucune fépa-
ration , il fuffic de 1 4 pieds de largeur pour les deux remifes. Pour
que les carroifes puiifent y entrer aifément, il faut qu'elles ayent
9 pieds de hauteur.
Préfentement il efl: d'ufage- de confl:ruire dans les remifes• des
barrieres ou courfiers triangulaires , au moyen defquels les car­
roilès y étant pouffés fe rangent d'eux-mêmes dans la place qui
leur efr defrinée. On pratique fouvent des entrefoles au deffus
des remifes pour fervir de logemens aux domefl:iques, & l'on y
monte par de petits efcaliers qui aboutiffent .à un corridor com­
mun pour le dégagement de chaque chambre. Le deffus des écu­
ries fert de greniers pour la provifion des chevaux.
On ménage dans le corps du bitiment des remifes , un petit
endroit particulier où l'on ferré les harnois & autres dépen­
dances des carroifes : cette piece efr à-peu-près defrinée aux
mêmes ufages que la follerie dont nous venons de parler , &
fouvent ces deux pieces ii'en font qu'une feule. ·

'
t I V R E I. D E L A C O N S 'T R U C T ..I O N. n9

C H A P f T R E x ·x 1 1 -r.. .
De la cAjlrihution des .appartemens.
L A diihibution des appartemens a été pouffée i un fi haut
point de perfeél:ion par nos Architeétes François � depuis une
cinquantaine d'années, qu'on peut dire qu'ils en ont formé un art
nouveau & abfolument inconnu aux Anciens , dont les édifices
étoient plus recomma1:idables par la magnificence des dehors ,
gue par la commodité d�s dedans. P réfentement , au con.traire .,
on néglige fouvent la beauté & la fyI?métrie de la décoration
extérieure pour fe procurer une difhibution intérieure plus agréa­
ble & plus a vantageufe ; mais en revanche on fait confifl:er la
.;

perfeétion de la difrribution dans l'arrangement naturel des pieces'


de tout un édifice , & l'on y recherche avec plus de foin la no- .
bleffe & la proportion , relativement à l'e[prit de convenance :
'

de forte que nos appartemens, quoique moins _vafres que ceux


des Anciens , font mieux entendus , percés- avec plus d'intelli­
gence , & beaucoup mieux difl:ribués , & que la comJ:?odité s'y .
trouve alliée avec Ja riche!fe & la régularité.
En effet la difrribution doit être le premier objet de l'attention
I;

d'un Architell:e : fa décoration même lui efr entierement fubor­


donnée , puifqu'elle dépend d'un plan déterminé , & que c'eft la ·
diil:ribution qui établit les longueurs , les largeurs , & les hauteurs
des différentes pieces d'un édifice.· Mais pour que ce même édi- ·
fi.ce plaife par l'harmonie de fes proportions, il efr néceffaire que
la convenance y foie exaétement obfervée , tant dans la difrribu-
tion intérieure des appartemens que dans fa décoration exté­
rieure. - Or , pour que cet cfprit de convenance regne dans un plan ,
il faut que chaque piece,. foit fi.tuée conformément à fon ttfage &
fuivant la nature del' édifice, & qu'elle ait une forme & une propor­
tion relative à. fa defünation. C'efr potfrquoi , felon la diver!ité des
b�tirnens ,. on pratique des appartemens .Gmples, doub�es, femi­
doubles , &c. Mais ces confidéracions nous écarter01ent trop
de notre fujet principal , revenons à la difi:ribution des appar­
temens
. On .difringue · en genéral trois fort�s d'apparteme1:s, dans un b1-
t1ment de quelque .unportance ; favoir, ceux de· foc1eté , �eux de
'parade, : & ceux de commodité. Un appartement de foc1été eft
11c A R C H I T E C T.U R E M . ô D E R N E.
defèiné à recevoir journellement la famille & les connoiŒances
du maître de la maifon. Pour cet effet il doit être fitué dans un
bel étage , de rnaniere que dans un befoin jl puiŒe fe j oindre aux
autres apparcemens , pour ne former qu'un tout qui , en cas de
fête ou de réjouiff.1nces
' , .annonce la magnificence du proprié­
taire. . Dans la difrributjon de ces fortes d'appartemens , on doit
en ménager les enfilades de façon qu'il ne fe trouve dans leur
alignement aucune des pieces occupées par les domefriques.
Un appartement de parade efr fajt pour. la repréfentation , ou
. pour la demeure perfonnelle du maître. C'efr-là qu'il traite d'af­
faires importantes & qu'il reçoit les perfonnes de confidération.
Il y renferme fes effets précieux , tableaux , curio.fités , & meu­
bles de prix. Cet appartement doit être difpofé de façon que fe
·joignant à celui de fociété , les différentes pieces qui le com­
poient , offrent d'un feul coup d'œil la grândeur & l'étendue du
principal corps de logis. Au refre ces pieces doivent fe rufünguer
autant par la beauté des formes & le choix des ornemens que par
la riche!f..e de la matiere & la forpptuofité des ameublemens , en­
... qu'elles excitent l'admiration & qu'elles entraînent le fuf­
force
frnge des étrangers qui ont la curibfité de les vifiter.
Un appartement de commodité , au contraire , dans un b�ti­
ment d'importance 1 efr rarement ouvert aux étrangers , étant
confacré à la 1·ecraite du maître & de la rnaîtreffe du logis. C'eft
dans cet appartement qu'ils fe retirent pendant l'hiver, ou en cas
d'indifpo.fition , qu'ils traitent d'affaires domeftiques � de co m ­
merce , ou antres , & qu'ils reçoivent fans façon leur famille &
leurs amis particuliers. Ces endroits retirés procurent aux per­
fonnes de dehors la liberté de voir l�s grands appartemens fans
être obligés. de paro1tre devant les maîtres , & d'obferver un
' ' " r " "
ceremoma1 gcnant entre penonnes de meme '
etat ou de meme
rang. Lodque le peu d'étendue du terrein ne permet pas de pra­
tiquer les appartemens de commoruté dans 1� même étage que
les autres , on les place dans les entre-fols.
Il feroit difficile d'établir des regles générales pour la difrri­
bution de ces trois fortes d'appartemens , foit pou.r la quantité
de p ieces dont ils doivent être compofés , foie pour leur grandeur
&_ leur fituation , puifque cela dépend autant de la qualité . çm des
emplois du m<1Jtre que de la nature de l'édifice que l'on bâtit , &
des ufages du lieu où l'on fe trouve. Nous obferverons feulement
qu'un appartement de parade doit être annoncé par un grand

,
:cszrnn:r:r-nalil œraMll1i?ll7E15f«te:we:
-
- .. 1a: ?idI• J_1:.­
cfaclier ,
r u:
,
L I V R E l. D E L A C O N S T R U C T I O N.
efcalier , s'il fe trouve au premier étao-e , & qu'il doit être com­
pofé d'un vdl:ibule, d'un premier & d'un fecor i antichambre ,
d'un fallon ou chambre principale , d'une chamore à coucher qui
peut fervir en même tems de chambre de parade, de piuG.eurs
garde-robes , & de différens cabinets , felon les emplois ou la
condition du propriétaire : 011 y ajoute quelquefois des biblio­
theques & des galeries qui doivent être de plain-pied avec le
refre de l'appartement. On verra plufieurs exemples de la ma­
niere dont 011 doit difrribqer un pareil appartement dans les
palais & les édifices de con.féquence que nous avons donné à la
fi n du fecond volume de cet ouvrage : 011 peut auffi avoir recours
au Traité de la Décoration des édifices , par M. Blondel, qui fert,
comme nous l'avons déja dit, de fuite & de fupplément à celui­
ci, ou encore mieux au recueil des plus beaux hôtels de Paris ,
co1111n fous le titre de l'ArchiteélureFrançoife. · .
Pour faire l'application de ce que nous venons de dire fur les
appartemens _de parade à quelques exemples , nous donnerons ici
le deffein du veftibule d'un grand appartement ( P!anche 1I ) , pour
.faire voir la grandeur & la fimplicité qui doivent y rég11er. Cet
exemple efr fuivi d'un fallon à !'Italienne, c'efr-à-dire , à plufieurs
étages , qui efl: décoré avec toute la magnificence & la richeife
do1u ces fortes de pieces font fofceptibles. On en peut voir les
plans fur la P!anche 111. & les élevations intérieures, fur les Plan­
.clzes 1 V. & V.. On a fur-tout d.ché de bien exprimer les pieces
de charpet').te qtû fervent à former la voûte fur-baiffée du plafond
de c.ette piece, pour faire voir la maniere dont on a raccordé la
grande élevation de ce fallon, avec les différen_s étages des au­
tres pieces qui lui font concigues. La charpente des .toits y efr
afTc z bien développée pour donner une idée de fa confrruélio1� ,
qui efr des plus folides & des mieux entendues. La P!anche. P 1
offre encore la repréfentation d'un fallon à !'Italienne, mais d'une
autre efpece. Il dl:.,cfécoré intérieu_rement d'ordres d'Architec­
ture, & formonté d'un étage en Attique, d'où il rire tout fon
jour. Les deux pieces qui l'acc.ompagneot , font également dé­
corées d'un .ordre d'Architeéèure , d'une plus petite proportion ,
& terminées par une voûte for-baiffée dans le goi1t de celle du
grand fallon. Nous propofon� ces exemples avec d:autant plus de
confiance qu'ils font du de�em & de la corr:pqfitton du célebre
Alexandre le Blond, Arch1teel:e du Czar Pzerre le Grand, dont
le m,éri�e & les grands talcns , pour la _ décoration , font connus
. ..... -
Tome I. Q
,- .
'111 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
& eftimés de toutes les perfonnes initiées dans les Arts qui ont
le de!fein pour bafe. Ces morceaux devoient faire partie du grand
Traité de La Décoration , que ce célebre Artifre fe propofoit de
donner au Publi c , & pour lequel il y a voit déja plus de 200 Plan­
ches de gravées , lorfque la mort l'a enlevé aµ milieu de fes tra­
vaux, & l'a empêché de mettre cet Ouvrage en état de paro�tre.
Lorfqu'on fe propofe de faire fa réfi.dence dans des appartemens
fitués au rez-de-chauffée , il faut toujours les élever de plufieurs
marches au deifos du niveau de la cour ou du jardin , ce qui fort
à leur donner plus d'élégance , & à rendre en même tems les ap­
parremens moms humides. On obferve, autant que cela fe peut ,
de faire les marches en nombre impair, afin que l'on acheve de
monter par le même pied qui a commencé. Cette élevation donne
encore la facilité de pratiquer des abat-jours dans le foubaf.fement ,
qui fervent à éclairer les caves , ou l'étage fouterrein. S'il ne fe
trouvoit point de caves au de!fous du bâtiment, il faudroit y pra­
tiquer de petites votites, afin que l'air circulant fous les apparèe­
mens en rende l'habitation plus faine. Voici la maniere de conf..
truire ces fortes de voates.
Ayant fait faire fur toute la forface du corps de logis une ex­
cavation de 4 ou 5 p,ieds de profondeur, après e11 avoir bien battu
le fond, pour le raffermir , on élevera fur la largeur de ce corps-
, de logis plufieurs murs de 1 8 pouces d'épai!feur , élojgnés l'un de
l'autre d'environ 4 à 5 pieds fur toute la longueur de l'édifice.
Entre ces murs, on établira , avec des petits cailloux & du mor­
tier de chaux & fable, une aire de 8 à 9 pouces d'épai!feur : on
crépira cette aire avec du mortier qu'il faudra repouifer à mefore
qu'il féchera. Enfin l'on confrmira cl.es voûtes d'un mur à l'autre ,
qui formeront comme ,., autant de canaux gui aboutiront aux deux
pignons du bitimen t , auxquels on aura , foin de laiffer des ouver­
tures pour donner un libre pa!fage à l'entree & à la forcie de l'air.
Sur ces petites vofües on formera une nouveJle aire, for laquelle on
affeoira le carreau ou parquet. Il efr évident qu'en prenant ces pré­
cautions , les appartemcns doivent être à l'abri de toute humidité.
Quand Oll veut épargner la dépenfe de ces petites voûtes fous le

bâtiment, on peut fe contenter d'y faire une aire ou un maffif de
ma�onnerie , que l'on recouvre de mfu:hefer ou de charbon pilé,
for lequel on pofe les lambourdes pour a!feoir le parquet , ce qui
re?d ces appartemens auffi fains, auffi logeables que ceux du pre­
mier étage. Si, ·malgré toutes ces precautîons, on appréhendoit
..

L I V R E I. D E LA C O N S T R U C T I O N. 1 �1
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e_ncore de loger d�ns les pieces du rez-de-chaulfé e , on en pol;lrroit


faire des appartemens d'été, ou de parade, & fe retirer, fur-.tout
pendant l'hiver, dans des entre-fols ménagés au deffus des plus
petites pieces qui compofent le grnnd appartement du rez-de­
chauffée , comme plufieurs grands Seigneurs le ·pratiquent au­
jourd'hui.
Dans les hôtels & les maifons confidérables , il doit y avoir
deux grands appartcmen� , & un pçtit. L'un de ces grands efl: oc­
cupé par le maitre du logis : l'autre, pa.r la maître(fe. C'efl: à côté
de celui-ci que l'on place .le. petit appartement où le maître fe
retire quand il efl: obligé de ceder le fieµ à quelque étranger d'im­
portance. Ces apparremens doivent avoir des communications qui
s'ouvrent ou fe ferment fuivant que les circonfrances l'exigent. .
A côté de la chambre à coucher du maître , on ménage ungrand
cabinet dans lequel il puiffe travailler, & recevoir les perfonnes
qµi ont affaire à lui , fans les faire paffer par les at;1tres apparte­
mens : on y joint ordinairement un ferre-papier.
Les principales chambres à coucher doivent être plus larges que
profondes , fur-tout lorfque leur longueur dl: au deffous de 20
pieds , afin que le lit foie placé avec plus de grace & qu'il ne fe
trouve pas trop proche de la cheminée. Elles doivent être accom­
pagnées. de deux garde-robes , ou cabinets ; l'une pour coucher un
domefl:ique, & l'autre pour y placer une chaife de commodité.
Elles doivent avoir chacune leur dégagement particulier fans
paffer par la chambre du ma1rre. . Loriqu'on veut pratiquer une
alcove pour y mettre un lit, il faut que la partie de la chambre
qui refl:e depuis l'alcove jufqu'aux croifées , forme un quarré par­
fait , & que la cheminée fe trouve fituée au milieu de cette partie.
Au ddfus des petites pieces de l'appartement du rez-de-chauffée,
on pratique des entre-fols �ui fervent non-feulement à coucher des
domefl:iques, mais encore a diminuer la trop grande hauteur des
planchers qui
.. . paroîtroit ridicule , eu égard au peu· d'étendue de
ces memes p1eces.
(\

..
.

On ne peut guere dqnner de mefures fixes pour la hauteur ni
..
pour la largeur de ces différentes pieces , leurs dimenfions dé­
pendant abfolument de la grandeur & de la n;iture du bitiment,
on obfervera feulement que leur hauteur fe regle plut&t fur leur
h1.rgeur que fur la longueur qu'elles peuvent avoir. Les fentimens
font partagés fur_ cette hauteur des planchers : quelques-uns lui .
donnent les trois quarts de la largeur des • pieces , d'aQtres les

Q if
..

'114
- .
A- R C 1-( 1 T E ·c t tJ R E'. • M O n E ll N r.
deux tiers ; cette derniere proportion paroit la plus convenable ,
mais la moindre élevation qu'on puiffe donner , aux diffërentes
pieces d'un grand appartement, efr des trois cinquiemes de la lar­
gem� de la principale piece.
, Nous· terminerons ce chapitre en faifant obferver en général
que dans la difiribution des appartemens, la difpofition des pieces.
doit être faite de mâniere que chacune fe trouve placée fuivant ·
l'ufage auquel elle efr propre , qu'elles ayent une forme & une •
grandeur convenable à. leur defünation , & qu'il n'en manque
point de · cell�s qui font utiles . ou néceffaires. Il fant en m1tre
qu'elles foient .toutes bien éclairées, & les croifées placées avec
(ymmétrie dans chaque piece :. qu'en paffant d'une piece dans une
autre , on apperçoive toujours un objet de remarque qui fe pré­
fente bien en face , -tel qu'une porte, une fenêtre , une cheminée ,
ou un trumeau. Enfin il eft néceffaire que coutes les portes des
&

principaux appartemens ' '"f01ent en enfilade , & qu'il fe préfente


une croifée à chaque extrêmitê.

:C H A P I T R E X X I V�
Des fenhres ou croifles , & des portes:
DE toutes les parties de l'ordonnance d'an èdifice, les croifées
f<;>nt celles _qui ont le pl�1s d; relatio ?- avec la difiribution inté­
rieure , & i1 eft du dev01r d un Arch1teél::e , non-feu1ement d'ob- ·
ferver exaé\::ement les loix de la fymmétric , dans les façades ex­
térieures, enforte que toutes les croifées tombent à plomb les unes
..
fur les autres , & qu'elles- ayent entr'elles u.n rapport de proportion
fuivant l'endroit oi1 elles fe trouvent ficuées ; mais auffi de faire
enforce que les trumeaux fe trouvent d'une égale largeur dans
l'intérieur d'un fallon , d'une chambre à coucher, &c. que leurs
écoinfons foient égaux, & que leur forme foie femblable, enforce ·
- que dans la mêmc-piece il ne fe rencontre pas une croifée 't}Uarrée
avec une ceintrée ou bombée par le haut.
· La difiriburion des croifées efi encore un objet important dans
· la décoration d'une façade, & elle doit toujours être en nombre
· impair, principalement à l'égard qe celles qui font perçées dans
un avant-corps qui fait le milieu d'un édifice, afin qu'îl s'y trouv.e
L. I V R E I. D. É .L A C O N S T R U C T I O N, 1 2 5
31Meer&liDr+Wiii@iKbM\iWiil&Bii3BCif&nPflri,!!'!!!! Gd

toujours un vuide dans le 'milieu & noù pas tm · plein ou un tru- 1


__

meau, rrialgré les exemples du contraire qui fo voient dans quel-:


q'ues grands édifices de Paris. Cette févérité devroit même avoir
lieu jufque dans les arriere-corps & les pavillons des extrêm.ités :
d'un édifice, fur-tout aux pavillons , oh il dl: à propos de n'affeél::er
qu'uilf feule ouverture , plutôt que de mettre un trumc?,U daµs·
leur milieu.
A· l'égard de la proportion des croifées, fans nous arrêter à la·
difi:inél::ion que d'AviLer en fait en grandes , moyennes, & petites ,
..
nous ne parferons que de celles qui font ,. d'ufage pour - les hôtels
& les maifons de particuliers. Nous obferverons feulement, avec
le même Auteur, que la grandeur de leur ouverture dépend de _
celle des pieces. qu'elles éclairent. En effet fi elles font �petites ,
ou trop éloignées , le lieu paroîrra fombre & obfct1r : fi au con­
traire on les fait trop grandes ou trop proche l'une de l'autre ,
outre l'incommodité du chaud & du froid qu'elles occaûonne:..
ront à ces mêmes pieces , elles affoibliront tellement le mur de.
face dans lequel elles feront percées, qu'elles cauferont tôt ou·
tard la mine de tout l'édifice. La meilleure maniere , .pour les
maifons des particuliers, efi de les efpacer tant plein que vuide ,
c'efi:-à-dire, de leur donner pour largeur celle du trumeau qui les
fépare, obfervant0 qu'aux encoignures du bâtiment le plein doit
avoir une fois & demie & même jufqu'à deux fois la fargeur de
ces mêmes croifées , pour augmenter la folidité de cette partie
de l'édifice. · . .· .
La proportion des croifées dépend encore non-feulement de
leur fituation. , c'efi-à-dire , de l'étage oh elles font placée$ , mais
encore de la grandeur & de l'efpece particuli:ere de bâtiment au­
quel elles appartiennent. Par exemple , toutes les fenêtres d'uriè
maifon ordinaire peuvent avoir depuis quatre jnfqu'à cinq pieds
de largeur , for une hauteur aîfujettic à celle des planchers de
l'étage oh elles font percées. Au deffous de la croifée, · on laiife
communément un appui de 2 pieds- 9 pouces, ou 3 pieds au plus
de hauteur, dont le ddfus dl: recouvert d'une tablette de pierre
pofée un peu en pente for le devant , pour rejetter au dehors les
eaux des pluies. Quand la fenêtre fe trouve percée dans un mur �
d'une trop grande épaiffeur, on en abat une partie dans l'embra-
fore pour pouvoir regarder plus facilement ce qui fe · paJfe au
dehors , c'efi ce qu'on appelle alléger le mur q'appui. �
A l'égard des croifees des hôtels & des maifons de confé-
'

. .� ..
'1 1 6 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
quence , comme on les fait toutes à balcons • , & ouvertes jufqu'au
bas, celles du rez- de-chauffée , ainfi que celles du premier étage ,
feront toujours bien proportionnées en leur donnant pour hauteur
deux fois leur largèur : quelquefois cela va jufqu'à deux fois & uri
tiers, ou même jufqu'à deuxfois & demie. Les fenêtres du fecond
étage doivent avoir de hauteur une fois & deux tiers de leur lar­
geur : s'il fe trouvoit un troifieme étage , ce qui dl: fort rare ,

dans de pareils édifices , il füffiroit de leur donner une fois & de­
mie leur largeur. Il dl: inutile de faire obferver que cette largeur
4oit être égale pour tous les étages, & qûe les fenêtres doivent
le trouver toutes d'à-plomb les unes fur les a,utres, dans l'ordon-
nance de la même façade.
. Nous ne pouvons nous difpenfer de faire remarquer à cette oc­
cafion que fouvent le particulier qtli fait bâtir veut avoir beau­
_çoup de croifées à fon édifice. Il exige même qu'elles foicnt toutes
à balcons & ouvertes jufque for le plancher, parce que c'eil: la
mode. L'Architeéèe forcé par complaifance ou par intérêt d'ac­
quiefcer aux volontés du propriétaire , s'attire dans ces occafions
le blâme du Public qui efr choqué de voir une multitude de fe­
nêtres fort hautes & fort étroites féparées par de petits trumeaux
qui n'annoncent rien moins que la folidité du bâtiment. Ce même
Architeél:e� trop complaifant , aura encore la foibleife de boucher
par un trumeau le miiieu de fa façade, quoiqu'il fache parfaite­
ment que le bon golÎ.t demande , ainfi que nous l'avons- infinué ci­
devant,.que les ·croifées foient toujours en nombre impair dans la
façade d'un édifice. Mais le même propriétaire l'exige pour la
commodité d'une piece qu'il fe propofe d'habiter. Ces confidé­
· rations, & plufieurs autres de cette nature, devraient du moins
fo(pendre le jugement des critiques qui condamnent ces fautes ,
� qui en chargent l'Architeéèe � fans s'informer auparavant des
m.otifs qui ont pu le déterminer a fe conduire de cette maniere,
D'ailleurs il · fe trouve quelquefois deS' occafions où l'on eil: forcé
de prendre ces licences par des fujétions qu'on ne fauroit éviter ,
ou qui entraîneraient de plus grands inconvéniens. On trouvera
dans le fecond ,volume de cèt Ouvrage des exemples des diverfes
manieres d'efpacer & de dHhibuer les croifées dans une façade
extérieure, relativement l la diftribution &. � la décoradon. çle l'in­
térieur de� appartemens .
. Prefque toutes les fenêtres des maifons de particuliers font
ordinairen;ient terminées quarrément par le haut ,. C{)-tnme par le
L I V R E I. D E L A C O N S •T R U C T I O N. n. 7
bas. Dans les palais & les hôtels on en employe de diverfc for­
me , lcfquelles fc reduifent à trois efpeces; favoir , celles en plein
ceintrc , celles en plate-bande, & celles qu'on nomme bombées.
On doit abfolument rejetter celles qui font fur-bai{lêes , ainfi que
celles qu'on fait à pans & à oreilles , comme étant licencieufcs &
de mauvais goût. Les fenêtres ceintrées ne conviennent guere qu'au
rez-de-chauffée d'un paiais , pour répondre à la forme 111 des bayes

des arcades en plein ceincre qui en décorent les principaux avant.:.


corps. On les nomme auffi portcs-croifées, parce qu'elles peuvent
en effet fervir à l'un & l'autre ufage , étant fouvent deil:inées à
éclairer & à donner entrée aux vefi:ibules , aux fallons & aux a u ­ ...
tres grandès pieces d'un appartement. Les croifées bombées &
celles à plate-bande font celles dont o n fait le plus d'ufage. Les
premieres peuvent être plus élegances que les croifées à plate­
bande , mais il efi bon d'avertir que, dans quelque ordonnance
que cc foie, elles ne doivent jamais avoir en hauteur plus que
deux fois & demie leur largeur. Pour que la forme des fenêtres
bombées foit agréable, il faut que la portion d'arc qui en déter­
mi�e la courbure ait pour centre �e fommet d'un trian&le équi-_
lateral , dont la largeur de la fcnecre donne un des cotés. Au
refie , foie que la partie fupérieure des croifées foie ceintrée ou
qu'elle foie terminée_par une plate-bande, il dl nécdfaire que le
nombre de leurs vouffoirs foie en nombre impair, & que tous leurs
joints paroiffent tendre au centre : à moins qu'on n'aime mieux en
faire la coupe de façon que. les. joints en paroiffent perpendicu­
laires , comme on le voit fur la PLanche 1 , fig. 1 S . On a fuivi
cette confiruéèion dans les croifécs du Louvre.
Ce frroit ici le lieu de parler des fenêtres en lucarnes qui fe
font aux étages en galetas, dont nous avons donné le deifein fur
la Planche VII]� (fig. I 1 ). Mais nous nous réfervons d'en traiter
particulierement au Liwe IV, ainfi que des œils de bœuf, & des
vues de faîtieres que l'on pratique dans les combles pour éclairer
les greniers, en expliquant la maniere dont on en doit faire le
roifé & l'eil:imation. Ainfi,nous y renvoyons le L�éèeur.
Des Portes.
Il fc fait de trois e[peces de portes , ainfi que de croifées; fa voir,
celles en plein ceintre , les quarrées & les bombées. La forme for­
baifféc ne convient pasf plus aux portes qu'aux fenêtres : il en efi
1 de même des fur-haufëes ou en tiers-point, que l'on voit encore
r18 A R C H I T E C T U R E M c· D E R N E. .,
aujourd'hui aux b�-cjmens Gothiques, majs que la févérité de la
bonne archiccéènre doit bannir de toute décoration grave & ré­
guliere. Les portes en plein ceintre font les plus uficées, & celles
qui con-viennent le mieux dans un édifice de conféquence : leur
lar�cur doit être proportionnée à la grandeur du b�timent , ainfi
qu'a l'ufage auquel elles font def1:inées, foie qu'il s'agj!fe d'une
porte cochete ., d'une porte principale d'une façade , ou de celles
qui donne11t encrée dans l'intérieur des appartemens. En général
on cloic avoir pour regle de donner de hauteur à une porte, quelle
qu'elle foi e , le double de fa largeur. Cette haureu�· peut s'aug­
menter dans les Ordres délicats , comme au Corinthien , majs
d'un fixieme au plus de leur ouverture, &· il faut que les arcs en
'
'
foient bien grands pour leur donner deux fois & de.iue leur largeur.
Les portes cocheres ne doivent pas avoir moins de huit pieds
d'ouverture , afin que les voitures pui!fent y pa!fer lfürement.
Celles des grands appartemens, que l'on fait à deux venteaux ,
peuvent avoir depuis quatre pieds jufqu'à fix de largeur , fclon la
grandeur & la hauteur des pieces auxquelles elles donnent entrée.
Les petites portes , foie de cabinets , ou autres petits endroits , ne
peuvent point avoir moins de deux pieds & demi à. trois pieds de
largeur fur fix de hauteur. Il faut auffi , autant qu'il e� pofiible ,
.. aux portes d'un appartement une enfilade qui fe termine
ménager
à une croifée, ou du moins à un trumeau fur lequel on met une
glace qui en prolonge le point de vue. Dans les différens étages ,
les portes, ainfi que les fenêtres , dqivent toujours r.épondre à­
plomb les unes fur les autres , afin que le vuide porte fur le vuide ,
comme le plein for le plein. Nous ne not1s étendrons point ici
fur la décoration des portes & des fenêtres , & fur les ornem�ns
donc elles font fufceptibles, M. Blondel ayant traité à fond cette
matiere dans le fecond voh1me de la Décoration des édifices , qui
fert , c.omme on l'a déja dit , de fuite à. cet Ouvrage. 011 en peut
voir auffi de très-beaux exemples dans la nouvelle édition du Cours
d'Architec1ure de D 'A11iler, dont le même Architeél:ç ·a fait tous
· · ·
le$ _deffc;jns , ainfi que les gra vurcs.

-·- . . . .. . . . . . .
CHAPITRE
L I V R E 1. D E L A C O N S T R U C T I O N.
_12.?,
C H A P I T R E X X V. •
De la conjlruc
• tion des cheminées.

L A grandel:lr des cheminées doit être pmportionnée à l'ufage


auquel on les defi:ine, & à la piece où elles fe trouvent fi tuées, c' dl:
pourquoi nous les diviferons en trois cla!fes ; fa voir, les grandes ,
les . moyennes , & ��s petites. Les pren:iieres fervent pour les g�­
;encs & fallons, am� que vour les cu1fines : elles peuvent avo1r
,
Jufqu,a ix_ ou (ept p.LCd� d ouverture entre leurs jambages , fur
J
qu; tre a cmq pieds depms le pavé de marbr: , ou le parquet, juf:
,gu au ddfous de leur place-bande, & deux p1eds ou deux & denü
d'enfoncement.
Le manteau des C;heminées de cuifine fe fait en hotte , & doit
être élevé de fix pieds au de!fus de l'aire du pavé : fous cette hotte
on conll:ruit un four, & même fouvent elle dl: continuée de façon
qu'elle couvre tous les fourneaux qui · font élevés à côté de la
cheminée. L'atrc de ces fortes de cheminées efl: • élevé de fix
pouces; leur contre- cœur doit être b�ti de briques bien cuites ,
ou encore mieux de tuileaux qtù réfifrent davantage au feu ; leur
plaque doit être très-forte & épaiffe , & garnie de crois ou quatre
:.,

barres de fer d'un pouce & demi d'épaiffeur. Le contre-cœur de


-ces fortes de cheminées cil: ordinairement · renfermé dans une
. arcade de pierres dures, p our pouvoir y faire plus a.ifément les
réparations fans ébranler fe rèfte du mur.
Les cheminées de moyenne grandeur , foie pour les anti<:ham­
bres, les chambres à. coucher, & les grands cabinets, doiveùt
avoir quatre pieds de largeur fur trois de hauteur: on leur donne
1 8 à 2.0 pouces de profondeur. Dans les appartemens de confé­
qucnce , on les garnit dans tout l'intérieur de leur pourtour de
plaques de fer fondu, lcfquelles ôrnent beaucoup les cheminées ,
& qui en renvoycnt la €haleur de maniere à échauffer promp­
tement la piece oh elles font fituées. Les petites cheminées fer­
vent pour les cabinets , garde-robes , & les étages en encre­
fo l. CeHcs-ci ont depuis deux pieds jufqu'à trois ou trois & demi
de largeur, fur deux pieds � demi ou deux pieds neuf pouces de
hauteur.
A l'égard de la confl:rnétion des cheminées , elle fc divife auffi
en trois cfpeces , relativement à. la matiere qu'on y employe : ,la
·- .
Tome I. R
- 1 ;0 A R C H I T E C .T U R E M O D E R N E.
premiere dl: celles que l'on fait de briques ; la feconde , celles de
pierre de taille ; & la troifi.eme maniere dt dé les faire en pl�tre.
La meilleure co_nfi:ruél:ion e!è fans contredit celle qui fe fait en
briques bien cuites , pofées avec mortier de chaux & fable paifé
. au panier, le mortier étant meilleur que le plâtr_e pour faire une
bonne liaifon avec la brique. On enduït le dedans de ces chcmi­
nees le plus uniment · & avec le• moins d'épaiifeur de mortier qti'il
�fi:
.. poŒble, afin que la fuie s'y attache moins & qu'elle faiŒè u1;1
. libre paffage à la fumée, comme auffi pour pouvoir la nettoyer &
l a ramonner plus facîle.rp.ent.
Dans les b�timens de conféquence on fait les cheminées entie­
rement en pierre de taille, .depuis le rez-de-chauffé e jufqu'à leur
fermeture.: ces pierres doivent être bien jointes avec des cram-
. pons de fer & maçonnées avec mortier fin ; on donne à ces
cheminées quatre pouces d'épaiffeur, ainü qu'à celles qui fe font
en briques.
La troifieme confl:ruétion de cheminées , qui efi: la plus ordi­
naire à Paris & daBs les environs de cette ville ,- efi: faite de plft.tre
p� r p� ge�.. ;mné à la main, enduit de prnne au panier des det!x côté � ,
..
c efi:-a-d1re , en dehors & en dedans. On donne au mo�ns tro1s
' pouces à leurs tuyaux ou Hnguettes. Cette confl:ruélion efr aifez
bonne lorfqu'elle efi: faite avec foin, & que le plâtre fe trouve
bon , & nouvellement cuit. Lor.fque les tuyaux des cheminées font
-joints contre le� murs, il y Jaut faire des tranchées, � les garnir
de .fantons de pied en pied. On y met au.Œ des équerres de fer de
, difrance en difl:ance , pour lier enfernblc leurs tuyaux.
l1 Les tuyaux des cheminées , foivant les ordonnances de Police ,,
doivent avoir 3 �ieds de longueur f1;1 r 1 0 f ouc� s _de � arge , d� ns
œuvre , & 'les bo1s des planchers doivent etre elo1gnes du moms
de fix pouces des languettes & des atres des .cheminées qui y
1
· paffent. Leur fermeture fe fait intérieurement en portion de
, cerc!e ,. enforte qu'il ne doit reftcr que quatre pouces d'ouverture,
pour le paffage de la fumée. Il y a cependant quelques Auteurs
qui voudroiént que le tuyau des cheminées fût plus large par en
_ haut que par le bas , & leur ouverture plus grande, afin que l'air
fe trouvant reffené par en bas, la fumée füt pouffée avec plus de
violence vers le ha,ut , ce qui fe remarque dans les tuyaux des
poëles.
,L'acre dés grandes cheminées Je fait de briques pofées de cliamp,
..
pour qu'ell€s puifiènt réfü.l:or plus long-tems à la violence du feu.
...
.
� ... . ...
,,
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. -13.11
-
--
Pour les cheminées ordinaires , on fe contente de les paver de car-
\

reaux de terre cuite, pofés à plat, ce qui e.(l: bien moins folide , &
peut donner lieu à bien des accidens. Cepe11dant. , puifqu'oh eft
aujourd'hui dans l'ufage de rev�tir intérieurement
.. tout le pourtour
des cheminées avec des plaques de fer foùdu, pourquoi ne gar­
niroit-on pas pareillement leur atre d'une plaque de for qui le 1
' couvriroit totalement? On pomroit faire entrer cette plaque dans
une efpece de rainure pratiquée dans les pla-ques du pourtour. Il
en réfulteroit deux avantages , l'acre fe trouveroit déchargé du
poids de cette plaque qui porteroit for le fond, ainfi que fur les
jambages de la cheminée , & ce feroit un sûr moyen di. empêcher,
le feu de fe comm�rniquet dans Vintérieur des planchers., · coinme
cela arrive quelquefois par la dégradation·des atres , quand on:fait
& �& � '.
Autrefois les tuyaux des cheminées des différens étages étoicnt
adoffés les uns devant les autres , mais outre .que cetté confl:ruc­
cion chargeok trop les planch�rs , cela fortnoit une faillie fi efu­
ba_rra��mte_ & fi défa�réable ? aans les � tage_s fupérieurs , qu'on' _à
P.ns le parti de les devoyer a chaque etage, comme on le voit
for la Ptanche VII. _ftg. 8. Il efr vrai que ces dévoyemens n'étoient
pas moins difformes & choquoient lë coup d'œit , mais 011 a trouvé
le moyen de fauver cette irrégularité en p ratiquant des armoires
dans le vuide qu'ils forment, ce qtù i·end les pieces plus régulierns.
En dévoyant ces tuyaux de cheminées , il faut avoir attention de ·
les conduire de façon qu'étant _élevés à la hauteur de l'étage f.u­
périeur, ils ne puiffent pas mùre à l' ordrç _ des difl:ributions qu�on .fe
propofe d'y faire.
Quoi qu'il foit d,ufage de ne point con.fl:rnire de cheminée fans
jambages , cependant comme l'expérience fait voir le peu d_e durée.
de cette maniere de bitir , & la facilité avec laquelle ces jambages
fe dé� rndent, for-tout dans les pieces expofées à un concours· con- ·'·
tinuel de dome.fl:iques , comme les cuiûnes & offices� _&c. il vau- .
droit mieux les fupprimer totalement & .foutenir ' leur manteau
par de doubles confoles de pierre de taille, portées par encorbel­
lcmerit : on pourroit pratiquer la même chofe pour les chauffoirs
communs dans les maifons religieufes. -
Avant que de quitter cet article de la can.fl:ruél:ion des che­
minées, nous ferons ici quelques obfervations fur leurs fouches &
leurs tuyaux relativement aux figures de la Ptanche VII, dont
nous allons donner rexplication. Le plan qui· dl: au bas de 1a
,.
R ij
" .

Yfz. A R C H I T E C TU R E M O D E R N E.
figure premiere, èfi: celui d'un tuyau de cheminée ifolée. A rep1ïé'­
fènt.e fa languette de face ; B , B celles appellées côtieres ., ou de
· c&té; & C l a languette du do.ffier; Au defii.1s de ce plan e{l: l'éle­
vation de la même cheminée vue par fon côté le plus large ,. &
terminée par les plinthesE , E. La figure 2 en efr le profil, ou la
coupe, & l'on voit en G fa 'fermeture faite en portion de cercle ,
ainfi que nous venons de le dire , & réduite à quan-e pouces d'ou­
verture , que l'on retrécit · encore quelquefojs par le moy�ii d'une
n.1itre 1{ , que l'on ajoute à fon couronnem�ent, & do11t les- deux
faces fe rapprochent par le haut, enforte . qu'il ne refte plias que
deux pouces de pa{fage à. la fumée qui , Ce trouvant par ce moyen ,
extrêmement rdferrée à. fa forcie , s'échappe avec plus d'im'Pétuo­
fité , & donne moins de prife au vent pour la repouifer aü dedans.
La figure 3 repréfente l'élevation d'une fouche de cheminé'e
formée de trois tuyaux , comme on le peut voir fur le plan qui
eft au deiious� A e:fl: le mur du doilier "Contre lequel cette fouche
efl: appuyée. ; B , B , B font les trois tuyaux adoffé s contre ce mur;
C , C les deux languettes de refenêl. qui féparent ces trois ruyau-x ;
D , D l_e s deux lano-uettes côcieres ; & E , celle de face� On en
voit la_ coppe à la "ffgure 4 ,. avec la mitre H qui
• en tern1ine 1\m­
verture.
Quelquefois les fouches- des cheminées· contiennent dix à douze
tuyaux âifférens , c'eil: ce qui arrive fur-tout à Paris, où les mai­
f?ns font confidérabiement élevées : on en voit un exemple fur
la figure 5 , qui repréfente le plan & l'élevation d'une fouche de
cheminée , formée de fept tuyaux , y compris le rnyat1 L ,, 9.ûi fe
trouve ifolé , le tout adoŒé contre un gros mur marqué O fur le
plan qui efl: au ddfous� Au fu rplus, eomme ces figures fe déve­
loppent airez. d'elles-mêmes , & que nous y avons ajouté les cotes
des hauteurs & des largeurs, nous ne nous a.rr�terons pas davan­
tage à en faire l'explication,
,. d'aùtant plus que nous repiremdrons
encore cette matiere dams le Livre IV., en parla:füt du • toifé des

cheminées, ainfi que de celui des fours & fourneaux des cuifü1es.- :
Divers . expêdiens portr mzpùher les cheminées de fùmer. t
Le principal objet qu'on fe propofe dans la confl:ruél:ion d\i'ne ·
cheminée , dt de pouvoir y faire du feu, & l'on dt fort à plaindre
lorfque la fumée ,. à: laquelle la plûpart font fojettes, empêche tel­
le�ent d'en faire ufage, qu'on fe trouve obligé d'abamdonner les
appartemens. Cette incommodité provient quelquefois de la mal- ,
. '
i_ I V R E I. D E L A- C � N S T R U C-T I O..N. 13 3

façon du tuyau, ou de la mauvaife difpofition de la cheminée ;


mais le plus fouvent elle dl: caufée par Yexpofition défavanta­
gcufe du tuyau qui dl: all deffu s du toit. Il arrive èilcore qu,.une
cheminée fume , fur-tout dans les petites pieces, lorfque la cham­
bre & les fenêtres font extrêmement clofcs , parce que le peu d'air
qui y circule étant raréfié par 1a chaleur, n1a plus affez de reifort
pour chaffer la fumée en haut, ce qui fait �u'au lieu de monter
par le tuyau , elle rentre dans la chambre , ou elle trouve moins
de réfifl:ance de la part de l1 air .intérieur que dans celui qui circule
dans le rnyau de la cheminée. Cela dt û vrai , qu1au.ffi-tôt que l'on
ouvre une porte ou une fenêtre pour fe procurer de nouvel air &
pour augmenter le reffort de celui qui dl: renfermé dans la cham­
bre, on la voit reprendre fon cours par le tuyau de la cheminée.
Au refl:e , de quelque caufe ti_ue provienne l'incommodité de la
fumée, voici les meilleurs expédiens que nous puiffions cnfcigner
pour y remédier.
La manierc la plus fimplc d'empêcher les cheminées de fomer,
dl de les exhauffer , enforte qu'elles ne foient plus dominées par
quelque mur voifin qui arrête le vent & l'oblige de s'y rabattre.
Ou bien , 11on peut fermer tout-à-fait le deffu s de la cheminée,
& pratiquer dans les quatre faces pluficurs p>etites ouvertures gui
donnent paŒ1.ge à la fumée. Le vent ne pouvant fouffier à 1a fois
des deux côtés oppofés > ne peut par conféquent rabattre la fumée,:
& l'oblige de paffer au travers de ces ouvertures. D'un autre c8té ,
le foleil qui fouvent ca.ufe cette fomée, ne peuc échauffer à la fois
les quatre faces de la cherni'née , ainfi le vent pa!fant d'un côré
à l'autre, par le moyen de ces trous , rafraîchit le tuyau , & em­
pêche que l'air qui y eŒ renfermé ne fc raréfie au point de ra­
battre la fumée dans les appartemens. On peut :rnffi terminer fa
partie fupérieure de la cheminée par nne d�mi-calotte de tôie ,
avec une girouette q_ui y cfl: attachée de façon que fa calotte
tourne toujours fon coté .convexe contre le vent. Cette invention
dl: pra:tiquée avec foccès dans les bateaux que l'on habite , ainfi �
que dans Ies maifonnettes baffes ot1 l'on conîl:ruit des cheminées,
..On a auJii imaginé de percer· les c:ieminées an �elfus du contre­
cœur, de façon que le trou dt cxtrernement pet1t en dedans , &
très-grand au dehors : ce qui forme une efpcce d'entonnoir qui
reçoit l'air extérieur & le communique au dedans de la cheminée,.
pour obliger la fomée de s'élever dans le tuyau. Il eft rré-
cdià.ire , pour que cette invention réuffiffe , que les murs dans-

..
1
134 A R C H ITE C T U R E M O D B R N E.
lefquels ces trous font percés, foient ifolés, c'dl:-à-dirc, qu'il ne
fc trouve point d'autre mur vis-à-vis jufqn'à une certaine difrance )
afin qu'ils puiffent recevoir plus librement l'air CJUÎ vient de
dehors.
Il arrive encore , ainfi que nous venons
... de le remarqt1er , qu'il
fume dans les chambres de petit diametrc & dont le plancher dl:
bas , lorfqu'elles font trop échauffé es, for- tout quand la cheminée
dl: trop grande ou trop élevée. Le meilleur moyen d'y remédier,
feroit, ainfi que nous l'avons obfervé , d'en renouvellcr l'air en
entr'ouvrant la porte ou la fen&tre ; mais comme le remedc feroit
alors pire que le mal , on peut dfayer de mettre au devant de la
cheminée un tapis que l'on defcendra jufqu'� cc qu'.il ne fume plus.
Après quoi il ne s'agira plus que deJaire ajufrer à la place du tapis
une bande de fer blanc de même grandeur , qui fera le même effet.
On peut encore diminuer la grandeur de la cheminée, & alors
l'air paŒ1nt par une ouverture plus étroite , cha!fera la fumée dans
le tuyau où elle montera plus facilement. En effet il dl: évident •
qu'elle ne rencroit dans la chambre que parce que l'air y étoit
plus raréfié, que celui du tuyau de la cheminée ; une expérience
des plus triviales convaincra de la folidite de cc raifonncmcnt ,
car en fouffiant dans fes doigts , on éprouvera que plus les levres
fe reilèrreront, plus 1c vent qui en forcira fera. froid & violent.
Nous ne pouvons quitter ce chapitre des cheminées , fans faire
mention d'un petit Livre très-connu & encore plus efüm é , qui a
pour titre, la Nllclu:.nique du feu � dans lequel !'Auteur cnfeignc
la maniere de confhuire de nouvelles cheminées qui échauffent
ph�s que celle� qui font aéèuellem�nt en ufagc , & (}Ui ne font
pomt fujctres a fumer. La con!l:rué\:1011 en e!l: des plus fimples &
des plus faciles, & les avantages que !'Auteur en fait efpérer font
très-confidérables. " Une _plaque de tôle ( die-il ) , ou de cuivre ,
,, courbée & difpoféc d'une maniere qui n'a rien que d'agréable
)) à la vue ; un vuidc par derricrc cette plaque , di vifé par quelques
)) languettes , formant pluueurs efpaces qui fe communiquent l'un
,, à l'autre : une petite trappe au milieu du foyer, une autre dans
,, le haut du tuyau , & quelquefois 90 chapiteau au deffits de la
,, cheminée, voilà coute la conftruéèion & tout l'artifice de ces
,, nouvelles cheminées : y a-t-il rien de plus fimple ou de plus aifé
,, à exécuter ?
)) Allumer promptement du feu , le voir, fi. l'on veut, toujours
,, flamber, quelque bois que l'on brûle , fans être obligé de le


.. L I V R E I. DE L A C O N S TRUC T I ON, ,
,,, fouffier : échauffe r une grande chambre, & même une feconde, 1
,, avec un feu très-médiocre : fe chauffer en même tems de tous
" les côtés, quelque froid qu'il falfe , fans fe brûler : · refpirer un
" �ir toujours nouveau & à. tel degré de chaleur que l'on veut :
,, ne reifentir jamais de fumée dans fa chambre : n'y avoir point
,, d'humidité : éteindre feul & dans le !J10ment le feu qui auroit
.,, pris dans le tuyau de la cheminée: tout cela n'e{è encore qu'une
,, partie des effets & des propriétés de ces machines, toutes fim­
,, ples qu'elles paroilfent. Y a-t-il rien de plus corn.mode, de plus
,, utile, & même de plus néceifaire ? ,,.
Ce petit Livre, qui annonee de fi grandes chofes , étoit devenu
effeéèivement fort rare, lorfque le Libraire qui vient de réimpri- .
mer celui-ci ., toujours zelé pour tout ce qui peut contribuer à per­
feéèionner les Arts & les Sciences , s' dl déterminé à en faire une
nouvelle édition , pour contenter le goût du Public qui le re- ·
cherchoit toujours avec le même t;mpreifement. Il a paru auffi
. il y a quelques années un petit ouvrage à-peu-près dans le même
genre, qui a été imprimé à Dijon, fous le titre de Caminologie .,
ou Traité des cheminées. Le Leéèeur curieux y trouvera beaucoup
de recherches phy.liques , extrêmement intéreifantes & pleines
d'érudition, fur les différentes caufes qui font fumer les chemi­
nées , ainfi que fur les moyens qu'on peut employer pour y re­
médier.
Nous ferons encore mention ici d'un nouvel ouvrage de M.
Genneté, premier Phyficien & Méchanicien de S. M. Impériale�·
imprimé à Paris en I 7 5 9 , fous le fitre de nouvelle Conjlruc'lion de
cheminée qui garantit du jèu & de la fumée ., à l 'épreu11e des vents .,
du foleil ., & de la pluie. Cette conit:ruéèion de cheminée, qui efè
nouvelle & très-bien imaginée , eit: d'une exécution des plus fa­
ciles , & a merité les éloges de-l'Académie Royale des Sciences,
qui lui a donné fon approbation frli' le rapport de MM. Camus .,
& Deparcieux, qu'elle avoit nomm�s pour r en faire l'examen.
136 AR C H IT E C T UR E M O D E R N r.
C H A P I T R E X X V I.
Des lieux de commodité & cabinets d'aifance.
L E s chauffes d'aifance fc font de deux manieres ( 1 ) , ou en
pierre de . taille , ou en poterie de terre cuite. Dans les h&tcls &
les o-randes maifons , on les fait en pierres de taille avcc
feuilÎures jointoyées en ciment, de peur que l'urine ne paffe à
travers les joints , & l'on fait paffer des tuyaux de plomb dans
l'intérietJr du canal de pierre , afin que fi l'urine vient à percer le
plomb, la pie;.-re la retienne & l'empêche de fc répandre dans
l'épaiffeur des murs. C'efl: ainfi qu'on l'a pratiqué dans la conl­
truétion de l'Hôtel Royal des Invalides.
A l'égard des chauffes qui font faites de poterie , les boiffeaux
doivent être bien verniffés intérieurement, fans aucune fente ni
crevaffe , parce qu'il n 'y a rien de fi fubtil que la vapeur qui
s'exhale de la maticre & des urines qui y paJfent. Ces boi!feaux
doivent être bien rapportés, & liés enfemble avec de bon mafüc
dans tous les joints. Lorfque les tuyaux ne font pas ifolés , il faut
les maçonner avec du mortier de chaux & fable, pluc&t ci_u'cn
plâtre ; on peut enfuice enduire avec du prn.tre fin ce qui paro1c au
dehors de cette maconnerie de mortier,
On doit avoir f.din de placer les chauffes d'aifance de maniere
qu'elles ne paifent point par les chambres. Il efi: également effen­
tiel de pe point placer leur fiege dans des cabinets obfcurs où
l'on ne pui1fc pas pratiqtiér des fenêtres. pour en rcnouvellcr l'air,
autrement, non-feulement ces endroits en fcroicnt infeél::és, mais
encore les eîcaHers auxquels ces forces de cabinets répondent or­
dinairement : & c'cfl: ce qui fe remarque en effet dans la ph1part
des maifons de Paris , habitées par des gens du commun. Il faut ,
autant qu'il dè poffible, ménager aux cabinets d'aifance des jours
ou fenêtres du c&té du nord , parce que le vent qui vient de ce
côté a la propriété de diffiper les mauvaifes odeurs. On a coutume
de faire aux lieux de commodité �me efpecc de cheminée appellée
ventrz�fe � qui efl: une continuation du tuyau montant , oh font
adaptés les lieux d'aifancc, & qui s'éleve jufqu'au deffi1s de la
couverture de la maifon , pour donner de l'air à cette ,,.
fo!fe , &
..
{ r) Il y a une troilieme maniere de faire la conduite des chaulfes d'aiîance. Elle îe fair avec
des tuyaux de fer fondu de 7 à 8 pouces de diametre. Voyez ce que nous avons rapporté au
ÎUjec de ce� ruyaui à la Jin du Chapitre XXXI. Article IX.

cmpêèhcr
L I V R E 1. D E L A C O N S T R U C T I O N. 13r
emp.êcher le� vap�urs qui s'e11 �levent continuellement de fe faire
fennr dans l'mterieur àe la maifon.
On fe fervoit autrefois de chaifes percées que l'on plaçoit dans
des garde-robes fecretes : préfentement on y pratique â.es lieux de
commodité, & l'on prend les précautions foivantes pour les ga­
rantir, autant qu'il dl: poffible, de· l'incommodité qui en efr infé­
parable. Pour cet effet on creufe des fofiès fort profondes , qui
vont, fi cela fe peut , jufqu'à. l'eau, & on les fait fort petites. On
les confrruir de moilons pofés à pierres feches , & l'on y pratique
des ventoufes ou harhacannes ., afin que les matieres fe mêlant avec
l'eau qui y entre , puiffent plus - facilement s'échapper par ces ou­
vertures . , & fe perdre dans les terres des environs. Les chauffes
ou tuyaux , gui communiqlient à cette fo!fe , montent jufque fous
le iiege d'aifance , & fe font de moilons piqués pofés avec ciment:
on les fait très-larges pour que les matieres s'y attachent moins
en tombant. Enfin on y pratique de larges ventoufes de poterie ,
qui montent au de!fus du toit, pour en ôter la mauvaife odeur.
Le fiege de ces forces de garde-robes dè femblable à une ban­
qaette ou un canapé , dont le lambris de deifus , qui fe leve & fe •
'

rejoint à ce fiege avec ju!l:e!fe , renferme par de!fous le couvercle


de 1a lunette, pofé for un bourrelet de maroquin. On pofe fou$ la
lunette du .liege un boiifeau de fayence en forme d'entonnoir ren­
verfé , encafrré dans un cercle de cuivre attaché au fiege par des
tringles montantes qui fe viffent par de!fous. Une foupape ou
rondelle de cuivre entre · précifément dans la feuillure de· ce
cercle � où elle efr attachée par le moyen d'une · ch.irniere do1:1t
la queue tient à la bafcule du fiege_ , enforte ciue toutes les fois
qu'on leve le lambris du fiege , on fait ouvrir la foupap.e , laquelle
fe referme naturellement en abaiifant .ce même lambris. On fait
-
dégorger un tuyau dans lé boiffeau de fayence , par le moyen d'un
robinet , & l'eau qui en fort avec impétuofité , par l'élevation du
..
réfervoir qui efr placé dans l'étage fupérieur ,- lave & nettoye en­
tierement le boiifeau l;,{, la foupape, enforte qu'il n'y refre ni ma­
tieres ni urine. Sur la même conduite , on branche un autre tuyau
au bout duquel efr ajufré un· robinet coudé, que l'on tire par le
moyen d'un regifrre : ce robinet venant fe placer pofitivement
fous le milieu du boi!feau , jette en l'air un petit filet d'eau
cha1;1<ie eu froide , ou de fenteur , for laquelle on .fe pofe pour fe
laver, On donne le nom de flageolets .\. ces fortes d'ajutoiis. On
·peut voir dans la derniere édition du Cours d'Architec1ute tfe

s
\

'
'

'1 3'8 A R C H l T E' C T U R E M O D F.. lt N E.


D 'Aviler, p age 3 8 9 , la defcri1;tion & les développemens des ca­
binets d'aifance de nouvelle invention , appellés lieux à l'An­
gloifa , qui font plus commodes & plus fufceptibles• de décora�ion
., (;J_Ue ceux que nous venons de rappo'rter. On trouvera pareille­
ment des plans, profils , & éleva�ions de ces fortes de pieces dans
le fecond volume du Traité de la Décoration des édifices, par M.
Blondel, qui dl: la foire de cet Ouvrage , & qui lui fert de Sup­
plément pour ce qui regarde la décoration des apparcemens &
la difrribution �es maifons de plaifance.
'[ ,

C H A P I T R E X X V I I.
De la charpenterie.
LA charpenterie étant une des principales parties & une des
plus néceffaires dans un édifice , nous nous p ropofons dans ce
Chapitre d'en. faire connoître les différens ufages & la maniere
de faire les affemblages des diverfes pieces qui la compofent. Les
ouvrages les plus confidérables de cette efpece font· les combles,
les planchers , les pa11s de bois, les cloifons , & les efcaliers de
. charpente. Nous allons traiter de chacune de ces chofes féparé­
ment, à l'exception des efcaliers de charpente , dont nous nous
réfervons de parler dans le fecond Livre , qui traite des efcaliers.

A R T I C L E P R E M I E R. ,
'

Des comhles.
· On comprend fous le nom de combles tout ce qui couvre les
édifices, ea général , & même les dômes des églifes : on les fait
pl�s ou moi1;s élev � s ', & l'o,? .tient leur pente plus ou moins roide ,
H.uvant le climat ou 1 on haut. Dans les pays chauds , comme
f>Efpagne, & l'Italie , où il pleut rarement , on le� tient fort bas;
dans les régions feptentrionales , au contraire, où il combe beau­
coup de neiges, on dt obligé de les faire extrêmement élevés :
comme la France a l'avantage de fe trouver placée dans un climat
tempéré , on peut y tenir le milieu entre ces deux excrêmités, & 1,

donner aux toits une plus belle proportion. Le comble · à deux


égouts dt le plus fimple & le plus ufité : les Architelèe$ font affez !¡
[I
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I ON. . 1 l S>.,,
:
- :; .,..,.. 1T

partagés fur la hauteur qu'il doit avoir. Les Anciens lui donnoicnt
pour hauteur toute la largeur du bâtiment; on s'efr corrigé peu à
peu de cette élevacion ridicule des combles : on a formé enfuitc
fur cette largeur un triangle équilatéral , dont les deux égoms
fajfoient les deux côtés. On en a encore diminué , en ne leur don­
nant de hauteur que les trois quarts de la largeur de
,,. l'édifice : puis
on en dl: venu aux deux tiers. Les Architeéèes modernes , choqués
avec raifon de cette grande élcvation , en ont encore retranché ,
& ne la font plus que de la moitié de la largeur de l'édifice, ho.rs
œnvre. Cette proportion efr très-bonne en ce qu'elle ne rend les
toits ni trop bas ni trop élevés, c'eft pourquoi nous l'adopterons
préférablement à celle que propofe M. Brifeux, qui voudroit que
dans les climats tempérés , comme celui oÎl nous vivons , on ne
donnât aux toits couverts d'ardoife pour hauteur perpendiculaire
du comble que le tiers de la largeur , hors œuvre , du bâtiment :
& que pour les couvertures en tuile, on leur donnât pour hauteur
les trois fcptiemes de cette même largeur. Pour donc trouver notre
proportion des combles : foie AB ( Planche f?lll ,fig. premiere ) ,
la largeur totale du bâtiment , il en faut prendre la moitié AC ,
& la porter perpendiculairement de C en D : la ligne CD don­
nera la hauteur du comble à deux égouts , dont les lignes AD &
BD reprefenceront les deux côtés.
Des combles à la manfarde.
Depuis quelque rems on fait beaucoup ufage des combles
à la manfarde , que l'on nomme auffi combles brifés : ils ont
en effet beaucoup de grace lorfqu'ils foqt d'une belle propor­
tion , tels que ceux des écuries du Roi , à Ve,failles, & ils
ont l'avantage de rendre très-habitable l'étage en galetas , qui
devient alors prefque quarré , & dont les jouées des lucarnes font
fort petites. Il dl: vrai que l'inégalité de leurs deux égouts cft -un
défaut que nous ne pouvons diffimuler , le vrai comble étant ex­
ccflivcment roide, & le faux comble, ou comble fupérieur fe trou­
vant plat & doux comme un ,glacis. D'ailleurs, c�mme le rcm � r­
quc M. Brifeux , fi dans un cllmat abondant en neiges & en pl mes
on fe trouve obligé d'élever le comble fupérieur plus que ne le
demande une proportion élégante, il devient alors d'une propor­
tion ridicule , ce qui efr beaucoup plus fcniible à la campagne où
les maifons font ifolées , que dans la ville , ot1 l a vue efr bornée par
le peu de largeur des rues.
'l!'. _I !,
•• ...
- ---
,..a 1kil aCl 4l
s ij
MiKJlim"E- C#t

_f.c� � R C H I T .E C T U R E M O D E lt N E.
Voici la méthode que .Bullet cnfeigne, dans fon Arclziteélure
pratique , pour tracer un comble à la manfarde. Pour cet effet,
il faut ( Planche VIII, fig. 1. ) , divifer en deux également au
point D 1a ligne AB, qui repréfente la largeur extérieure du b�­
timent. De ce point D , comme C€ntre , on décrira le demi�cercle
AECFB, puis ayant élevé au point D une perpendiculaire DC,
qui coupe le demi--cerde en deux parcies égales au point C, on
divifera chaque partie AC , CB en deux également, aux points
E , F , & l'on menera les lignes AE , EC , CF , FB, ce qui don­
nera un beau profil d'un comble à la manfarde , �lont la ligne EF
marquera la hauteur de la partie brifée AEFB , & la partie ECF"
qui eft au deffus , fera pour le faux comble.
D'Aviler n'approuve point cette méthode , parce qu'e.ffeél:ive­
ment elle rend le faux comble trop plat & la partie brifée trop
roide , il -p ropofe une autre proportion , mais il ne · s'explique pas
aifez..clairement & n'enfeigne point la maniere de la tracer , c'efr
pourquoi nous nous en tiendrons à celle que rapporte M. Belidor .,
dans le quatrieme Livre de la Science des Ingénieurs. " Il faut, dit­
" il , décrire un demi-cercle ADB ( Planche VIII ., Jig. 3 ) , dont
,, le diametre A� foit égal à la largeur du biciment , hors œuvre ;
,, & . divifer ce demi-cercle en cinq arcies égales, en y infcrivant
x
,, 1a moitié d'un décagone régulier CFGEB. Enfuite aya11t tiré
,, deux lignes CA, EB, qui marqueront les côtés du vrai comble,
''-- fi l'on divife l'arc refrant CFGE en deux parties égales , au point
·,, D , & que l'on tire les lignes CD, ED , elles donneront la hau­
,, teur du faux comble , & elles acheveront le profil de la manfarde
,, qui aura fort bonne grace, n'étant ni trop élevée ni trop écra-
" ��
De l'affemblage des combles à deux égouts.
Les afièmblages des combles fe font différemment felon leur
diverfe grandeur : on peut voir for la P!anche VIII, plufieurs dé­
veloppemens des principales pieces d'un comble , foit à. deux
égouts, foit en manfurde. Pour établir quelque chofe de fixe fur
la groŒeur & la proportion des bois, nous donnerons ici- celle
des pieces de charp�nte pour le cornble d'une maif011 que nous
fuppoferons de 3 o pieds de largeur, dans œuvre� On faura d'abord
que tous les combles fe font par travées: cm entend par travée d'un
comble la difl:ance qu'il y a d'une ferme à une autre, laquelle efr
ordinairement de 9 en 9 pieds , ou tout au plus de 1 2. en t 2-
/"

t I V R E I. D E L A C O N S T R· U C T I O N.: 141\

pieds. On appelle maltrejfes fermes celles dont les arbalêtriers font


1

afièmblés fur les poutres ou tirans : lorfque c'es maîtreffes fermes


font trop éloignées l'une de l'autre, on met entre deux des fermes
de remplage. On efpace de 9 pieds en 9 pieds, au plus, les pannes qui
font pofées fur les arbarntriers des fermes ; les chevrons qui font
chevillés fur ces pannes doivent être _ placés de pied en pied, de
façon qu'il s'en trouve quatre fur la longuem; d'une latte. Il faut
auffi que les croupes foient moins inclinées que les facç:s des com­
bles, afin de procurer plus de roideur à leurs arrêtiers ou angles.
Chaque ferme (fig. 4 & 5 ) , eil: pofée fur '1t1e piece de bois- ap­
pellée tiran ., laquelle a I 8 à 20 pouces de· gros : cette ferme dl:
compofée de deux jambes de force de 8 à 9 pouces de gros,
d'un entrait de même groffcur, qui fer.t à foutenir les arbalêtriers
& à a!fembler les jambes de force : de deux liens o't1 dfeliers de
7 à 8 pouces qui fervent à lier l'entrait avec les jambes de force :
d'un poinçon de 8 à 9 pouces de gros , & de deux contrefiches de
6 à 7 pouces fervant à arrêter les arbalêtriers avec le poinçon�
Les arbalêtriers doivent avoir 8 à. 9 pouces de gros. Les autres
pieces d'un comble , (fig. 6 ) , font le faîte , le fous-faîte, les pan­
nes & les chevrons. Le faîte A efr lié avec le fous-faîte B , par des
liens en contrefiche DD , attachés fur le poinçon C , & par des
entretoifes EE. Il fert à porter les chevrons, lefquels ont ordinai­
remenr 4 pouces de gros , & fe pofent, comme nous avons dit , de
quatre à. la latte , c'efr-à-dire, à. un pied de di!lance l'un de l'autre ,.
mefurés de milieu en milieu. Quand on met des plate-formes fur
Pen�ablem€nt pour recevoi� le pied des chevrons , elles ?�ivent
avoir 4 pouces fur S ; & :fi 1 entablement a. beaucoup de fa�lh e , on
y ajoute des coyaux pour rejetter au dehors les eaux du comble.
Ces coyaux ne font autre chofe que des chevrons fort courts , dont
·l'extrêmité fupérieure eil: taillée en bifeau pour mieux s'appliquer
fur les chevron_s mêmes , & dont le bout d'en bas eit pofé for la
plate-forme extérieure, ou fur le bord de l'entablement�
M. Brifeux obferve très-judicieufement que les Maîtres Char­
pentie_rs de Pa'.is ., .toujours avi?es de fournir u�e grande qua11tité
de bois, parce qu,ils font payes au cent de p1eces ,. font entrer
dans la plûpart des bitimens un tiers de bois de charpente de••plus
qu'il n'en eil: befoin , & que de cette mauvaife mal}.œuvre il réfulte
plufieurs incQnvéniens confidérables. En effet , non-feulement on
paie une matiere foperllue & la façoh de cette fuper.fluité ,. mais
on accable les murs d'une charge inutile , & l"on caufe la (;On-
- 1
141 A R C H I T E C T U R E M O b E R N E.
fommadon & même la defrruétion d'u11e maciere qui devroit être
précieufement ménagée , fur-tout aux environs de Paris , où les
bois de charpente diminuent de plus en plus dans les forêts &
dépériffent de jour en jour. Il ajoute que plufieurs Auteurs fe font ·
déja recriés beaucoup _ çontre cette confommation fupedlue , &
contre la groffem exceffive qu'on donne inutilement aux bois de
charpente , fur-tout à ceux des combles ; mais que faute . d'avoir
affez approfondi l a matiere , ils 11'ont pas ofé trop s'écarter de
l'ufage ordinaire , & que cependant les Charpentiers excedent
encore tous les jours les groffeurs qu'ils ont prefcrites. En confé­
quence il donne la regle fuivante qu'il faudi-oit obfcrver pour 1a
groflèur· modérée des pieces de bois qui entrent dans la confrruc­
tion d'un comble, en foppofant toujours une maifon de 2 7 à 30
pieds de largeur. " Il fuffit , dit-il , de donner 6 à 7 pouces de
,, groffcur aux arbalêtriers , ainfi qu'à l'entrait & au poinçon ;
" quatre & cinq pouces aux liens , contrefiches , & autres menus
" affemblages : !ix pouces en quarré aux pannes, & cinq fur . fix
,, pouces au faîte. On donnera trois pouces fur quatre aux che­
" vrons des couvertures d'ardoife ; quatre pouces en quarré à ceux
,, des couvertures de tuiles ; quatre pouces for fix aux plate-for­
,, mes, lorfqu'on en met deux ; & quatre fur huit lorfqu'on n'en
,, met qu'une, M. Brifeux remarque encore qu'on doit donner plus
, , de gr9ifeur aux chevrons des arrêtiers des e::ombles qu'aux autres ,
,, parce qu'ils doivent être delardés, afin qu'on puiffe douer les
,, lattes deifus "•
De l'af!emblage des combles à la manfarde.
Les combles à la manforde font compofés à peu près des m�mes
pieces que les combles à deux égouts, il y a feulement de plus
'dans les premiers deux jambettes : mais ils varient dans leurs pro­
p·ortions , & leurs pieces font différemment arrangées : ils different
encore des combles à deux égouts , en ce qu'à 1a place des arba­
lêcriers on fait ufage des jambes de force, le[quelles font affe m­
blées par un de leurs bouts dans le tirant portant plancher ; de
l'autre bout elles fouciennent h panne de bri.Gs fur laquelle porte
le faux comble entretenu par un entrait portant le poinçon. Nous
donnerons ici les dimen.Gons les plus ufitécs d�s principales pieces
t
d'un .comble à la rnanfarde ,. · pour une maifort totJjours fuppofée
�e trente -pieds de largeur , hors œuvre, Voye{ la Planche VIII .,
pg. 9 & IO.•
L I VRE I. D E L A C O N S TRU C T I O N. I �, ,

L'entrait doit avoir 2. 4 pieds de long fur I 2 pouces de gros ·= le


poinçon 7 pieds fur 6 pouces : les deux contrefiches , chacune 5
pieds , fur 5 & 7 pouce$ : les deux jambes de force, lefquelles doi­
vent être un peu courbes par le bas, chacune 9 pieds for 9 & 1 o
pouces : les deux eifeliers , chacun 6 pieds for 5 & 7 pouces : les
aeux pannes de brifis , chacune 1 8 pieds for I o pouces : les deux
pannes de devers , l a même lo1wueur fur 8 pouces de gros : les
taffeau::c & chantignoles , à l'orâinaire : les ) am bettes , chacuùe
deux pieds for 5 & 7 pouces : une femelle! tram. ante, en deux mor­
ceaux joints enfemble, 2 7 pieds , y cçmpris les tenons, for 5 & 1 2
pouces : les deux plate-formes , 4 & 1 2. pouces de gros: les coyaux ,
chacun 4 pieds de long fur 3 & 4 pouces de gros : les chevrons de
brifis , 9 pieds fur 5 pouces de gros ; CeUX du faux comble , I 3
pieds fur 4 pouces : enfin le faitage doit avoir 1 8 pieds de longueur
fur 6 & 8 pouces de gros , & être ' delardé en tête.
On ne donne les proportions précédentes aux combles ?t la
manfarde que lorfqu'ils doivent être habités, c'efr pourquoi l'on
éleve alors ordinairement,. les murs_ des cloifons jufqu'au de!fous de
l'entrait.
Des pieces de charpente cômmunes aux deux fortes de combles.
Outre les différentes pieces dont nous venons de donner les pro­
portions , foie pour run ou pour l'autre comble , s'ils forment
croupe à leurs extrêmités, ils ont encore des. arr&:iers , des no_ues
& noulets , des blochers , des gonnets , &c. Ordinairement le
poinç-on forme épi par le haut , que l'on arme de plomb ou d'ar­
doife : quelquefois on place une .girouette au ddfos. Les arrêtiers
{ont des picces de_ bois affemblées dans le poinçon , lefquelles for­
ment angle faillant & rampant, foivant la forme du comble, &
-� font delardées par deffi1s. Ces arrêtiers font de même groffeur
·que les jai:nbes de force & les arbalêtriers : les nou_es & noulets,
· au contraire , forment un angle rentrant dans le comble.
Les b.lochets font de petites pieces de bois méplat qui entre­
tiennent & lient enfemble deux plate-formes, ou autres pieces de ·

a::::=
charpente : ils ont environ deux pieds fur 4 & 8 pouces . On en
met auili au ddfos des deux fablieres ou plate-formes pQur arrêter
&

le pied des chevrons , lefquels , s'ils écoient derangés , tomberoient


dans l'entre-deux, au lieu qu'il e.fr fouvent effentiel que leur poids
porte fur ces deux fablieres. ·
- L: chevr:ns p=:t u: changean:_::::J1
J --

1
144 A R C H. I T E C T Ù R E M O D E R N E.
cion ; lorfqu'ils font pofés fur les croupes & les retours d'un com­
ble, on les appelle empamms. Les uns & les autres doivent être
tous brandis , c'efl:-i-dire, chevillés & attachés furies pannes, êç
joints en fourchette fur le fa1te avec une cheville au milieu.
Çomme fort fouvent les chevrons ne fe trouvent pas aifez longs
p9ur la hauteur du comble, on les y met bout-à-bout en recou­
vrement de 4 pouces l'un à côté de l'autre.. Il efl: eifentiel que le
pied de ces chevrons porte dans des entailles appellées pas Je
chevrons ., qui font faites exprès dans la plate-forme pour les re­
cevoir, & qu'ils foient attachés chacun dans leurs pas ou entailles
avec <les chevillettes · de fer.
L-c,rfque l'on met au deifus de l'entablement un chaineau de
plomb, marqué 14 ( Planche VIII .,fig. 4 & 5 ) , les coyaux de­
viennent inutiles ; alors 011 a. foin de Faire latter le bas des che­
vrons pour y attacher le plomb folidement, & le Couvreur doit
faire monter fa pente en auget � jufqu'à. la hauteur de deux pouces
près
> du .. plomb� · ·
Les ,,Charpep_tlers ont imité en oois les lucarnes appellées man­
fardes , lefquelles originairement étoient conftruites en pierre.
Elks font compofées (.fig. 1 1 } , de deux poteaux C , C , & d'un
chapeau ceintré D , orné de quelques moulures. Ces lucarnes ,
avec leurs fablieres , foliveaux, a·ppuis & potelets , contiennent
5 à 6 pieces de bois.
Le faux comble , ou com�le plat , qui efl: au 1effus des m_an­
fardes, fert encore qu,elquefo1s de gremer, & meme quand il a
�nviren dix pieds de hauteur, on .peut fort a_ifé1:1ent y pratiquer
des logemens pour de bas domeft1ques. On ecla1re alors ces lo­
gemens par • des œils de bœuf, ou par des lucarn� d� plomb, ou
bien par de petites ouvertures reèouvert�s d'une tuile faîtiere ,
kfq�elles f�rvent alJffi à donner de • l'air d�x greniers quand on n'y
pratique pomt de logem·ens. Enfin on fa1t â.ans les croupes des .
combles & dans quelques autres endroits hors de la vue, depe­
tites focarnes capucines, � chevalet ou autrement, pour le patfage
q.es Couvreurs , � des Ramonne.ur� � en ca_s de péçeffité. ·'

¡,

EXP.f,ICJ.TION,
L I V R E _I. D E L A C O N S T R U C T I O N. r-4,,

ExPLJ:CATJON des pieces de hois qui entrent dans _l'ef-


fitnbl°:ge d'un comble. Planche VIII. ·
Figures 4 & 5"
A Tirant , 01.1 poutre, qui pofe .for les plate-formes, & qui fert
à ,p.orter la ferme d'aifemblage. Il dl: ainfi nommê , dit M. Bri- ·
feux , parce qu'au moyen des tir.ans· de for garnis de leur. aacr.e
que l'.on at.tache à chacun de fes bouts , il empêche l'écar-tement
. de la ferme ., ainfi .que celui des murs dans lefquels il dl: engagé.
Ici la confl:rué\:ion de la charpente efr un peu. différente, en ce
que ce tirant, au lieu d'être engagé dans les deux murs d� face ,
ne porte que fur les plate-formes qui font pofées fur , ces murs.
B Arbalêtriers ou grandes jambes de force , que dans quelques
pays on appelle fous-che11rons ; elles pofent par en bas fur fe tirant
A , & leur partie fupérieure porte l'entrait C , ou bien elles vont
jufqu'au haut du comble fe joindre au poinçon D , avec lequel
elles font aifemblée,s quand il n'y a point de petites jambes de for-ce.
C Entrait dont l'ufage efl: d'�ugmenter la force . des arbalê­
triers ; il fert auffi à fou.tenir les folives des planchers de l'étage en
galetas , lorfqu'on y pratique des logemens..
D Eguille -0u pPinçon
,, ; ,c'dl: une piece de bois pofée debout qui
porte fur le milieu de. l'entrait, & qui foutient le faîtage,E , dont
on ne voit:
... ici que l'extrêmité.
F Eifeliers ou liens fervant de décharge aux arbalêtriers , &
qui foulagent l'entrait.
H , H Extr&mité de la _ premiere & de la feconde fabliere ou
plate-forme , qui pofent toutes les deux for l'e.f!_tablement ; elles·
ne fervent ici qu'à porter le tirant A ; mais ordinaire.inent , pour
plus de folidité , on pofe ce tirant plus bas , & on l'engage dans
les murn de face : afors on affemble à queuè d'arpnde (ur ces plate­
formes , des blochets qui fer,.,.ent l arr.her le pied des chevrons.
l Petites jambes de force qui s'affemblent dans le .haui du
p0in90n , & qui forment kt petite ferme, quand les arbarncriers
ne montent pas jufqu'au haut du comble. ·
M Chevr011s dont le pied porte ici fur le cirant A ; mais plus
Couvent leur pied. dl: arrêté dans des pas entaillés exprès dans Pé­
paiŒeur.. d'une des deux plate-formes où il dl: arrêté par de-� blo­
chets. Ces chevrons font chevillés dans leur longueur fur les pan­
nes, & par leur extrêmité fopérieure for le fahage· E. .• dµ comble.
#'

Tomt /.:
C>efr fur ces mê.rµes chevrons que Pon cloue la latte qui doit
porter la tuile ou Pardo.ife dont on couvre le comble.
. 0 , 0 Solives du plancher de l'étage inférieur:
. 1 r Extr�mité des pannes for lefquelles les chevrons font ap­
puyés-, & qui traverfent les fermes. Ces pannes fervent à porter
la êoüverture , &_ pofent fur les arbalêtriers for lefquels elles font
arrêtées avec des tafTeaux foutenus par des chantignoles , ce qui
eft repréfenté plus en grand fur la fig. 7.
i4 Profil du che'neau de plo�b qui porte fur l'entablement,
& qui tient lieu de coyaux , pour l'écoulement des eaux du toit.
. r 5 Profil de l'�nt�blement qui porte les plate-formes & les
chéneaux de plomb.
' 2.0 Co.nèrdiches qui fervent à fouteoir la partie fnpérieure des
arbalêtriers B (_fig. 5 ) ; ou les petites jambes de force I (fig. 4 ) ,
quand les arbalêtriers ne vont pas j ufqu'au ,. haut du comble.
Figure 6�
Cette figure fert à faire voir la · maniere dont le faîte E , qui ,
, J)Or'te for le poinçon D (fig. 4 & 5 ) , eft affermi par le moyen du
fous-faîte avec lequel il dl: lié de di1l:ance en difl:ance par des liens
en contrefiche & des entre-toifes..
A Entre-coifes plaèées de diftanc� en difi:ance pour lier le faîte
avec le fous-faîte.
. B Liens , contrefiches , ou moifes fcrvant au m�me ufage.
C Sous-faîte affemblé dans le poinçon , fervant a affermir &
fortifier le faîte..
D Poinçon qui porte tout le fahagc.
E'. Faite for lequel le haut des chevrons dl: appuyé..
Figure 7�
Cette figure repréfente plus en grand la maniere dendes· pannes
, r 1 ,1 qui foutiennent les chevrons, font arrêtées-for les arbal&triers ,
& for les petites jambes de force , par le moyen des taf.feaux & des
chant�gnoles qu� l'on met a11 ddfous. Il eft nécefiàire gne ces
chant1gnoles f01ent embrevees avec un talon ou un renfort fur
1

I> arbalêcrier , & bien arrêtées avec chevilles de bojs.. L)cembreve­


me�t fc fait ,. comme on fait, en Ôtant du bois de l'arbalétrier
environ un ponce , quarrén1ent par en. bas-, p0tu· y faire entrer 1â
chantignole. .
J

-
'

B Arbalêtriers ?U jambes. de forçe.


,f
'
• Î

t I V R -E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. · 11-1·
K Tatfea.u qui foucien-t la panne. , ·· ·
M Partie du che�ron qui porte fur la panne r r .
I 1 Coupe de la panne dont on ne voit ici que l'épaiifeur.
1 2 Chantignole qui foutient le tatfe au, & qui eft embrevée de
l'epaiifeur d'nn pouc.e dans l'arbalêtrier. .
'· Figure 8.
1

· . On a donné ici le . P:an de l' �îfem�lao-e d'un comble qui fa}�


, "
croupe a fon extrem1te , p�mr faire voir fa maniere dont les che­
vrons qui ne vont pas jufqu'au faîte , & que l'on appelle empf!,­
nons ., font atfemblés à tenons & mortoifes dans les arrêciers du
comb_le. On y a auili repréfenté la difpofition des coyat:tx }llarq!-1�?
r 4 , amfi que fur les _fig. 9 & r o , lefquels portent par _le :It�ut (ur
l'extrêmité inférieure des chevrons, & dont le pied efl: pofe'for le
bord de la corniche, pqur rejetter les eaux au delà du toit: lorf­
qu'on n'y pratique point de cheneaux comme auxfig. 4 & 5. ··
Figure 9.
Cette fig�ire montre le plan de l'enrayure d'un comble brifé ou
à la manfarde : on-y voit la difpofition de toutes les pieces qui
forment l'affemblage d'une ferme que l'on n'a recouverte de che­
vrons qu'en partie , pour mieux diŒinguer les pieces qui font a1:1
de(fous. On peut y remarquer entr'aucres les �rrêciers �arqués 16,
qui forment les quatre encoignures du, b&timent dans lefquelles -,
comme nous venons de le dire , les chevrons ou empanons font
affemblés. Ces arrêtiers fol)t atfemblés par le haut dans le poin­
çon , & par le bas dans les �lochets.
14 Plan des coyaux qui font arrêtés par le haut fur les che­
vrons.
/
1 5 Chevrons ou empanons atfemblés dans les arrêciers.
1 6 Arrêtiers qui_ forment les encoignures du comble.
Figure 10.
Nous ne confi.dererons préfentement de cette figure que la par­
tie d'en haut qui repréfence· l'extrêm,ité d'un comble à. la man­
farde, nous réfervant à expliquer le rdl:e de la figure lorfque nou�
en for-ons à l'article des pans de bois ., à la fin de ce Chapitre.
4 Plate-formepofée fur la fabliere 3 ,. ainfi que fur les entable­
mens des murs de face, poµr porter une ferme d'affemhlage du
comble. .

_T ij
'x 48 A R C R I T E C T U R E M O D E R N E..
5 Entrait, piece de bois qui forme le brifis de la manfard-e ,
dans laquelle font emmortaif ées les grandes & les pecites jambes
de force.
6 Faîte ou fa�tage , piece qui termine le comble, fut laquelle
porte le haut des chevrons : on n'en voit ici que la coupe.
7 Poinçon 5ui foucient le fous-_fa1te & le fahe. Voye1 lafig. 6.
8 Grandes probes de force qm portent fur Ia plate-forme , ou
· for le tirant, alfemb]ées par le haut dans l'entrait 5 .
9 liens o u contrefiches emmortaifées dans l a jambe de force 8 ,
& dans l'entrait 5 .
1 0 Jambetc� , piece de bois de bout ·qui diminue la portee des
arbarnrriers , &. qui- eft nécdfaire dans le comble en manfarde ,
pour fouœnir le fardeau de la panne , dont on voit le bout mar-
qué 1 I , qui pofe for la jambe de force 8.'
. · 1 1 Excrêmicé de cette même panne qui porte les chevrons.
1 1 Pannes de brifis qui font la féparation des deux toits .du
comble brifé.
1 3 ..
Chevrons for lèfquels on attache la latte qui doit porter la
couverture de tuile ou d'ardoife.
14 Coya:ux qui pofent fur fa • corniche de l'entablement, &
appuyés par le haut·for le bas des chevrons , pour rejetter l"eau du
toit loin du pîeâ du mur.
· r 5 Empanons , efpeces de chevrons plus courts que les autres ,
qui portent fur les· arrêriers.
1 6 Arrêtiers qui forment l'encoignure du bâtiment.
1 9 Petites ja.mbes de force de la petite ferme, arrêtées par le
bas · for l'entrait 5 , qui portent fur la jambette 1·0 , & qui tien11ent
le poinçon en refpeél:. - .
· 20 Coutrefiches qui p ar le ba·s p'Ortent for rentrait '.'.i & font ·
affemblêes par fo haut dans le poÎ11'Ç011 , pour forvïr, ainfi que la
jambette :ro , à· contretenir les· jambes de force de h. petite
ferme du comble.

· .A R T I C f. E L I.,,
Des planchers.,
· Les plane fiers étoi'enr- a-utrefois formés par des fo1ives ioutennes
.. & des lambourdes, & comme ces poutres etoient
pa,r des- p<!>tltres-
! efpacées de 1 2. en 1 2 pieds -; dans œu:vre , & que leur interv�dle
,
,!

I
w'
LIVRE I. ùE LA C O N S T R tJ C T l ON. 149

écoit peuplé de folives de 6 pouces de gros fur 1 2 pieds de long ,


•• PHN«+w•..u aau:rce M

parce qu'elles portoiept de chaqae côté fur des 1am bourdes appli­
quées contre les poutres, c'efl: de cette dimenfion des folives qu'cfl:
venu le nom de piece , qui efl: une mefore ufitée à Paris , pour l'ef­
timation des bois de charpente, laquelle mefur� cd11tient trois
pieds cubes de bois. On efpaçoit les folives tant plein que vuide ,
ou, cc qui revient au même, à un pied de difrance l'une de l'au­
tre, meforé de milieu en milieu. Les lambourdes, qui étoicnt alors
d'une neceffité indifpenfable le long des, poutres, ainfi que le long
des murs , avoient 4 p011cfs d'épaiîfcur fur 10 pouces de hauteur;
elles étoient attachées for les ,· ouées des poutres avec chevilles à
tête perdue & entaillées, de la argeur desfolives , que l'on faifoit
entrer dans ces entailles, Le long des murs il y avoit de pareilles
lambourdes p ortées par des corbeaux de fer entaillés dans la lam­
bourde , & fèellés dans les murs. La poutre , les lambourdes & les
folives éroient de beau bois, rabotté proprement & orné de mou­
lures for toutes les arrêtes.

4 Comme on apportoic autrefois une attention pa:rdculiere à
lai!fer mû r_ir les bois deil:inés à la charpenterie , avant que de les
abattre , toutes les différentes fortes- de bois employés dans les
bitimens éroient fciées & débitées dans de forces pieces. On ne
connoiffoit point encore les folives de brin , & toutes les folives
écoient affi1jetties à la longueur de 1 2 pieds , comme nous l'avons
obfervé au commencement de cet article. Elles fe faifoient pa­
reillement de gros bois ml1rs , débités quarrément & à vive ar­
rête : on les- refouilloic- par deffus d'un pouce ou d'un pouce &
?cmi pour recevoir les planches d'entrcvoux, qu._i écoient dre!fées
a la varlope par" ddfous, & dont le deffos arrafo1t la poutre & les
folives, ce qui épargneit les charges exhorbitantes donc on ac­
cable al:1jourd'hui les planchers, Le plus fouvenc , au lieu d"une
r

charge de pl�tre , on fe contentoit d'une: foible cha)rg�• de terre


gra!Iè fur laquelle on pofoic de petites pl:anchcs fort minces qui
recevoicnt des parquets de comparrimcn s , le t©ut attache avec
des dous à tête perdue , & non • fcellés en auo-crs, ainfi qu'on le
fait aujourd'hui. La poutre , les folives , les Îambourdes , & lrs
..
:i.is d'entrevoux ( comme nom; ve:flons- ... de le dire ), éroienc égale- '
ment bien travaillés &: ajufrés a.uili proprement que de la menui- )
ferie : les Q"rands Seigneurs faifoicrrt peindre & dorer le deifous de
ces planchers, ce q�i foymoit des appartemens aufli magmfi q,_ues
qùe les. planchers étoient durables. & folides.
150 A R C H I T E C T U R E .M O D E 1l N E.
l$4GWCS5i!fitiJZ&WW:

.N ?tre faç�:>n de b�tir a. tot� lem� nt chan�é : <:oit difctte de bois ,


fo1t econoirne, les Charpentiers d1fpofent a prefent nos planchërs
très-différemment de ceux des anciennes maifons. Celles-ci n'a­
voient d'autre aifemblage que le chevêtre , au lieu que dans les
nôtres, tout dt affemblé. On ne fait prefquc plus d'ufagc des
lambourdes que dans des endroits de peu de conféquence : ou
bien quand on en employe, on les remonte dans l'épaiifeur des
planchers , & l'on y affemble les folives. Elles ont même perdu
le nom de lambourdes, car étant placées de cette _nouvelle ma­
niere , on leur a donné celui de l�/foirs ou linçoirs. Nos Archi­
teél:es facrifiant une folidité réelle à une beauté imaginaire , ont
fupprimé les poutres dans cc qu'ils appellent les appartemens , par
la facilité que l'on trouve à avoir des folives de brin de telle lon­
gueur qL\'il en efl: befoin, & l'on ne connoît plus l'ufage des pou­
tres & des folives à bois apparent , même dans les maifons des
particuliers. Il efl: vrai gue ces folives de brin que l'on employe
aujourd'hui , étant prefque toujours gauches, mal équarries , &
mal avivées, ayant même fouvent encore de l'aubier & des fla­
ches , on dl: contraint de les couvrir de prn.tre pour en cacher la
difformité , & c'dl: ce qui engage le plus fouvent à faire ces pla­
fonds en prn.trc, & ces doubles planchers qui chargent fi mal à
propos les bicimens & qui en caufent tôt ou tard la ruine. Doit-on
s'étonner après cela , quand on a renfermé dans de la maçonnerie
ces bois vicieux , mal conditionnés , & qui n'ont pas encore at­
teint le degré de maturité qu'il leur faut , doit-on, dis-je , s'éton­
ner qu'ils s'échauffent & fe pourriifent en fi peu de tems , & que
l'on foit fi fouvent obligé de faire des réparations & des reprifcs
par fous œuvre à tant de maifons de particuliers bâties à la mo­
derne, & qui a voient extérieurement l'apparence de la plus grande
folidité ? D'ailleurs fi ces plafonds ne font pas bien lattés à lattes
j ointives, avec deux ou trois clous à chaque folive : {i le plâtre en
dl: vieux , ,mal cuit ) ou éventé , s'il n'dl: pas employé tout de
fuite, ces plafo11ds font fojets à fe fendre , à fe détacher par par­
ties , & à tomber fur ceux qui habitent les appartemens oh ils
font con!huirs.
Pour remédier à ces inconvéniens & prévenir les accidens qu'ils
entra1nent , il faut que les bois que l'on employe pour les plan­
chers, & fur-tout·ceux qu'on fe prop ofe de plafonner , foient de la
meilleure qualité , & bien fecs , fans aucune flache ni aubier ,
coupés dans la bonne faifon, & gardés pendant quelques années ,
...
L I V 1l E 1. 0 E L A C O N S T R-U C T I O N., r5î
pour leur donner le tems de fe rdfuyer & de fe défaire de leur
humidité , comme on l'a expliqué dans le Chapitre XV. Anicle 1.
Maniere d.e lierner les planchers dont les [olives ont une trop
grande portée.
Lorfque les folives ont une grande portée, comme de 2 5 ou 30
p ieds , elles font fujettes ,à plier & à fe rom. pre dans le milieu de
leur longueur, les unes plus que les autres , foivant la réfül:ance
dont elles fe trouvent capables. Pour empêcher qu'elles ne fa!fent
cet effet, on les lie toutes enfemble de manicre qu'elles ne font
plus qu'un feul corps , ce qui peut fe faire de deux façons diffé­
rentes. La premiere dl: de les lier enfemblc avec des pieces de
bois appellées liernes , de 5 & 7 pouces de gros, pofées en travers
par deili.1s , & entaillees de la moitié de leur épai!feur au droit de •
chaguc folive. On cha!fc enf uite de forces chevilles de bois qui
paffen t au travers de la lierne , & qui entrent dans les deux tiers
de l a folive. Il y en a qui font paffer des boulons de fer d'outre
en outre à travers de la lierne & de chaque folive , avec un bou­
ton en dc!fous & une clavette par· de!fus : cette manieœ e1l: plus
sûre , mais elle affoiblit davantage la folive. L'autre façon de lier
cnfemble toutes les folives d'un plancher, e1l: de mettre dans leurs
entrevonx des morceaux de bois appellés écréjillons le[quels fe
!J

pofent dans une petite entaille faite dans chaque folive : on les
enfonce à grands coups de maillet de fer, afin que le bois venant
à dimiimer en féchant , ils ne puiffent point fe lâcher & tomber.
Cette feconde méthode , bien exécutée , dt préférable à la pre­
miere , en 'ce que les folives ne font point affoiblies ni endom­
magées , & que d'ailleurs cela n'excede point le deffi1s des fo­
Jives, comme le font les liernes. On pourroic encore remplir tota­
lement de maçonnerie l'entre-deux des folives pour les lier en­
fcmblc & n'en faire plus qu'un corps�
D.:s différentes fa:tes de planchers.
Il fc fait des planchers de différente forte : les uns fe conffrni­
fcnt for des voûtes de maçonnerie , les autres s'établiffent fur des
poutres & des folives. L'avantage des planchers fur vofüe c1l: 1
<1u'on peut les charger autant qu'on veut , & les carreler de mar-
1.x e, de pierre de }jais, ou autre matierc, comme on le pratique
ordinairement dans l'étage au rez-dc-cfürnffé e, pour les· vdl:ibulcs·,
lavoirs ; falles à manger , fa.llcs des bains ,. &cr ainfi que pour les.
.
•1 5 1. A R C H I T E C T U R E M O !) E R N· E.
palliers des grands efcaliers : au lieu que les planchers for folives
ne peuvent guere porter que du carreau de terre et.r ite. Ceux-ci fe
font de diverfe maniere. Les plus fimples, comme font les plan­
chers des étages en galetas , font ceux dont les folives font nù­
nées & tamponnées , maçonnées de plâtre & plârras entre ces
mêmes folives , &. de leur épaiffeur. Souvent 011 les enduit de
plâtre par deifus & par deJ.foµs , à bpis �pparent ;, c'efl:-à-dir.e , à
Heµr des folives, "

Des plan�hers â entrevoux , ou à bois apparent.


Les planchers que l'pn appelle enfoncés , ou à entrevoux , dont
les folives font v1,.1es fur crois faces ,' en deffous .& par les côtés , fe
font de deux manieres fort fimples. La pre,miere efl: de les ceintrer
• par deif9us avec des étréfi.llons pla�és entre les folives , & de
mettre des lattes par deffus qui affieurent à \Hl pouce près le deifus
defdiçes folives ; après quoi l'on fait par ddfµs une aire continue
de plâtre & plâtras de 2 à 3 pouces 'd'épaiffeur. On enduit cette
aire par deffus avec dµ prn.tre au panier , p1,1is on ôte les étréG.llons
& les lattes q\Ü font p�r deifou�, pour tirer les entrevoux qpe l'on
fait le pfos fotJvent de prntre filL L'autre maniere efl: en clouant
par deŒis les folives des lattes jointives fur lefquelles on fait une
aire de plâtr<; & plâtras enduite par deffus & par deffous, entre
les [olives. On peut ne point enduire ces planchers par ddfus, en
le$ recouvrant de carreau de terre cuite, ou de l ambourdes ,. avec
parquet , foivant la dépenfe qu'on veut faire.
Q�and on ne plafonne p9int les appartemens , les folives doi�
vent être drèffées à vive arrête, 8ç,. l'on. pouffe quel9.tiefois des
rn. 0t1lures ou qµar�s p.e ronp. par le bas, O n le� place [gr les
poutres fans les entailler, ou bkn on les p.ofe für des 1.ai:nbçmrdç:s,
ainG. qu'9n l';i. çlit �p C.QJJl.Jnenc�ment de cet article , afin de rendre
moins apparentes ces poutres, dont on couvre encore pour cet
effet la partie [upérieure d'une corniche de menuiferie que l'on
fait régner au pou'rtour des murs de la chambre,
Des planchers recouverts de jlmpfes planches.
��ns le:5 pays où 1'�m mahque de p litre & oh le bois efl: com,..
rn.un , çomme en Angleterre , en Hollande, & dans l'Allemagne,
tous les planchers fopt recouverts de planches de fapinf Pour .cet
• g.e poutres proprem�pt équarries � vi_ve · arrêre , de . ·
effet on fe fert
même que les folive� , qµi d.oivent être de bois de .brin de 5 fqr 7

f
/ pouces,
L I V R E T. D E L A C O N S T R U C T I O,N. l'fl

pouces , pofées de .chanip, c'dt-à.-dire, fur leur foït , & efpacées


tant plein que vuide , ou de pied en pied , mefuré de milieu en
milieu ; on fe czontente de recouvrir le deili.:is des folives avec des
planche� �ien feches , d',n�1 �ouce & demi d'.ép:aiffe�r , �ien_ drdfées
1

& blanchies des deux cotes , collees & ailemblees à ramure &
languette , & clouées de trois clous for chaque, l'un au milieu de
la planche, .& les deux autr_es· à 2 pouces .près des joints : obfer­
vant que:ces ,planches foient poféès de maniere que leur extrêmité
ne fe rencontre point de fuite fur la mêi-pe folive , & que le tout
foie bien arrafé & mis de niveau avec le feuil des portes , & de
· tous 'les fens. Lorfqu'on veut faire un double plancher, on raille
des feuillures dans l'arrête du bas de ch�que folive , pour y couler
enfuite de petits ais bien: drdfés que l'on ferre à mefure les· uns
contre les autres , & que l'on cloue fur ces mêmes folives. On les
recouvre enfoire de ietre; ou. d'argile pêtrie avec de la paille. ha­
chée, ce qui forme un plafond plus fourd . & moins expofé; aux
accidens du. feu. 'On crépit enfuite & l'on blanchit le ddfous de
ce plancher avec lm lait de chaux, & le de.ffus fe recouvre de
planches , comme on a dit ci-deili.1s.
Comme les folives fe p ofent fur leur <:hamp, c'dl:-à-dire , for leur
face la plus étroite , on les efpacc d'un quart de plus que leur lar­
"
o-eur , .& même, .fi les travées ont peu d� portée, 0�1 peut donner à
leurs intervalles un tiers de plus que leur- largeur. On doit pofer,
auta11t -qu'il dl: poilible, les poutres fur les murs de face..., pom� que
les folives portent fur les murs de refend : lorfqu'.on efl: obligé de
faire porter les folives fur les, murs de face, il faudra placer deux
· folives portant linçoir fur chaque trumeau, en cas qu'il foie èl.'une
certaine largeur , & une fomblable folive fur chaque demi:...cru­
meau. En ce e:as il faut foutenîr les linçoirs ·par de petits corheaux

de fer fcellés â.aa.s le mur.
'
Des aires de planchers en plâtre.
Dans les greniers & les étages en galetas qui font peu ha�ités,
ainG. que dans les campagnes, on fe contente quelquefois , a\1 lieu
de carreaux , de fail:e .fimplement une aire ou enduit de plâtre,
qui [e couche ordinairement for un lattis à lattes Jointives. "Mais
comme ces fortes d'_aires font de peu de durée , on a. imagin� un�
nouvelle maniere -de plancher fait ·en pl�tre, que l'on rend: auffi
dur que fi c'était de la pierre,. & que l'on figure enfuite en façon
de carreau de marbre blanc & noir , pour les fallons & les vdl:i-

Tome I. V
,/

1 54 A R C H I T E C T U R E M O D E R N'E.,
bules , ou en parquet de menniferie à compartimens � tel s qtt'"on ,
l es defi.re : en voici la compofition .,
On fait d'abord l'aire du plancher en prntre, à l'ordinaire, que
l'on dre.lfe bien de niveau. Enfuite, ayant fait fondre fur le feu
cinq où Jix livres de colle forte , il faut y jetter deux pierres de
chaux vive , avec environ une demi - livre de gomme arabique.
Lorfque ce mélange dl: entierement fondu & diffous , on jette le
tout dans un tonneau plein d'eau commune ; on remue bien , &
l'on prend de cette eau pour gâcher le plitre qui doit être très- fin
& paffé au fus. C et enduit doit être épais. d'un bon pouce. Pour
qu'il s'attache & s'incorpore mieux avec l'aire déja faite , il faut
hacher & rufriquer auparavant
,. cette aire ancienne & la mouiller
enfuite avec de l'eau du tonneau. . ·
Pour faire des carreaux noirs, il faut mettre de l'e au on du mê- ,
lange ci-deffi1s, dans un vaiifeau à part , & y délayer du noir de
. fumée jufqu'à ce qu'on foit content de la couleur, & gicher le
plâtre dans une auge particuliere pour l es carreaux de cette cou­
leur. Lorfque l'enduit eft bien fec , on y paffe une ou J>Îufieurs
couches d'huil e de noix ou de lin tonte bouillante , jufqu'à cc
qu'elle foie égalem ent imbue par-tout : cette couche d'huile durcie
merveilleufem<.tnt l'enduit & l'empêche de fécailler., Si l"on veut
figurer du parquet ou d'autres compartimens fur l e plancher , on I'
1_es. y trace légérement lorfque l'enduit dt..à demi-fec. Enfuite pour
,r
lui donner 1a couleur de bois., il faut mettre· tremper pendant quel­
ques jours de la fuie de cheminée dans de l'urine : on en applique
une couche ou deux qu'o? lai/fe féc?er:, après quoi.il ne s'agit plus �
,
que de le frotter & le cirer a 1 ordinaire.
Maniere de voûter les planchers fur poutrelles..
· Lorfqu'on bitit daris un pays oh le prntre & la pier.re font éga­
l ement rares , & oh la brique eft commune ,' & qu'il eft néceifaire
de donner aux planchers une certaine folidité , on l es fait vofüés
for poutrelles avec de la maçonneri e de brique�. Voyer la fig. 1 2
( Planche VIII). Pour cette fin , on taille des poutrelles à ci nq
pans, de 1 2 pouces de face chacun , & on les efpace de 1 8 •.\ 2 0
pouces Pune de l'autre. Elles doivent être ,pofées fur des fablieres ·
de 4 fur 8 pouces d'epaiifeur & encafhées dans les gros mm·s , où
elles doivent �tre engafées d,. environ 1 2 à I 5 poucesr Ventrevoux
�e _ces poutrelles fe voute de briques pofées de champ, en bonne
ha1fon & en mortier de chaux & fabl e , obfe�va11t de· pofer feu-
1. I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 1Jf
lement en mortier de terre gra!fe le premier rang de briques qui
..
touche le Ranc de ces poutrelles, & de revêtir ces mêmes flancs ·
avec ui�e planche un peu épai!fe , dans toute la longueur des pou­
trelles , de peur que la chaux ne les échauffe & ne les pourri!fe.
On arrafe bien le de!fus de la voûte , & l'on recire feulement 'les
join�s des briques en de!fous , fans y faire aucun enduit. Après
quoi , for toute l'étendue du plancher , on fait ùn pavé de car­
reaux de terre cuite, ou de briques pofées à plat, avec du morcièr
de chaux & du fable fin. Cette maniere de voûter fur poutrelles
n'e{l: guere en ufage que pour des corps de cazernes , des maga­
fins , arccnaux , & _autres édifices militaires , ou pour des hôpi­
taux , dont les planchers fatiguent beaucoup , parce que cela
charge trop les bitimens , & que les plafonds de ces fortes de
planchers forment un coup d'œil défagréable.
Des planchers plafonnés.
On faifoit autrefois des planchers dont les folives étoient rui-
. nées & tamponnées , lattés par deffous de deux en deux pouces,
ou tant plein que vuide , maçonnés de prntre & prntras entre les
folives, enduits par deffus à bois apparent & plafonnés par def­
fous ; mais au lieu de les ruiner & tamponner , comme on le pra­
ciquoit alors , on fe contente à préfe:11: de ficher du clou de char­
rette appellé du rapointis , fur le côté des folives , ce qui fait le
même effet que les tampons, & n'altere en aucµne façon la foli­
dité de la folive.
Aujourd'hui l'ufage efl: de laiffer les planchers creux : on les
latte par deifus & par de!fous , à. lattes j ointives, bien clouées :
on les plafonne enfuite par de!fous fur le lattis , avec du prncre
fin, & l'on pofe les carreaux en de!fus fur une fauffe aire de plitre
de deux pouces d'épaiifeur, faite fur ce même lattis. Lorfqu'on y
veut mettre du parquet , on pofe les lambourdes fur les folives ou Î

elles font maçonnées à augets pour recevoir ce parquet.


M. Brifeux obferve que la maniere de latter les plafonds à
lattes jointives, comme on le fait ordinairement, eft très-déf� c­
tueufe : il veut au contraire qu'on laiffe entre chaque latte un 111-
tervalle égal à fa largeur. Pour conftruire · les plafonds fuivant
la méthode de cet Architeél::e , il faut larder de clous le deffous
. de tous les bois , & faire entre les [olives des augets de plitre qui
feront appuyés for les lattes ; après cela on . c·onftruira tout d:
fuite le plafond dont le prncre alors pourra faire corps ayec celm

V ij
1 56 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.�,, �- ·'·
des augets , ce qui formera une épaiîfeur aîfez con!idérable pour
que ce plafond ne fe fende point, ain.G. qu'il ,arrive fouvent lorf�
que fans faire d'augets, on le confrruit _fur des lattes jointives.
..
Car · dans ce dernier cas les foliveaux ne fe trouva.nt point liés
enfemb�e ,· ni réunis ; fléchiifen:t'aifément, & le pl�.tre du p lafond '

ne paîfan' t · poînt par les lattes qtù font trop ferrées , & fe trou­
vant alors fort mince, ne manque point de. fe crevaîfer & de
tomber par éclats.
Lorfqu'il fera quefèion de plafonner des planchers con{huits fur
des poutres , on attachera aux ·deux côtés de d1acune, & au ni-
. veau de leur face inferieure , des lambourdes ép aiîfes pour le
moins. de c�nq pouces, & d'une hauteur convenable à. la groîfeur
des foliveaux. On foutiendra ces lambourdes avec des étriers de
fer, qui feront pliés de façon qu'ils puiifent embraff
,, er la. face fu­
périeure & celles des côtés de fa poutre, & qu'on repliera encore
de maniere qu'ils embraîfenc les lambourdes , lefquel1es ferorit
r.ètenues d'aiileu.rs par des chevilles· de fer de la. greffeur dfun
demi-pouce, qui feront enfoi1cées entre ces étriers pour empêcher
l_es lambourdes de - verfer; en les traverfant de pa1:t e.1-1 part , & en
entrant foffifamment dans l'épaiffeur de la poutre.
Avant que de placer ces lambourdes il faut y faire des entailles
ot1 les bouts des [�lives fet111it reçus... & a.ffemblés à queue d'a­
ronde, pour plus grande folidité. Ces entailles auront la moitié
\ <le l.'épaiîfeur des lambomd�s & t<i>üte leur 11auteur, à l'exception
de trois pouces qu'on laiffera par le bas, & l'on entaillera Tes fo­
lives de façon qu'elles foient en d.'eifous de niveau avec le deffous
des lambourdes. _ ·
Si l'épaiffeur des p'outres obligeoit de faire un faux plancher ,
on n'entailleroit point les lambourdes comme on vient de le dire,
mais on fe contenteroit d'y faire des mortaifes pour y affembler
à t�nons les chevrons qui ferviront à faire le faux plancher qui
arrafera la face inférieure des poutres. En ce cas il faudra pofrr
les folives fur la partie· fo-péricure des lambourdes..
.[!es encheyêtrures que l'on met au devant des atres des cheminées.
A l'égard des enchevêtrures que l'on met devant les atres des
cheminées, les chevêtres doivent être éloignés d'environ un pied:
& demi de l'�-plomb extérieur des jambages des cheminées , &
n1.ême çle deux, 1uand on doit y faire un grand feu. On place
g.àns ces enchevetrures des barres de tremie , c'efè- à-dire , des

\ (
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T 1 0 :N.. r57

barres de fer plat de deux pouces de largeur for un demi-pouce


d'épaiifeur, Chacun de leurs bouts fera recmtrhé én deux parties ,
dont l'une portera fur la fo1ive d'enchevêtrure , & l'autre fera ap­
pliquée fur une de fes faces ; de maniere que le refl:e de la barre
fe trouvera renfoncée &. de niveaù ·aa ddfous de ces. mêmes
folivcs
. Quoiqu'une cheminée n1ait qt1e deux pieds & demi otr troi3
pieds, dans œuvre , il efl: néceifaire que l'acre foit de quatre
pieds & un quart , entre les folives d'enchevêtrure , afin que fi
dans la fuite on . vouloit y établir une cheminée plus grande ,
l'acre ne fe trouve point appuyé fur la charpente.
Lorfque la trcmie a trop de portée , €>Il place encore da1;is le
milieu de fa longueur• une barre de fer d'un pou�e en <:]_ll'arré : c'efl:
ce qu'on appelle un chevêtre de far. Un de fes bouts, qui pofe fur 1•
le chevêtre de bois , efl: replié comme ceux des barres de tremie ,
& l'autre bout efl: pofé fur le mur. En ce derniet cas, les bai;res
de trcmie doivent être encore repliées par leur milieu p<ïmr quelles
affieurcnt }e ddfous du chevêtre de fel:".
Nous terminerons
• cet article par l'explication de la figure 1 0 ,
Planche VII, qui repréfente la maniere dont o n difpofe les fo­
lives d'un plancher , pour y laiffi:r paffer les tuyaux m_onrans des
cheminées des, étages inférieurs , & pour porcct les atres des
cheminées de l'étage oh le plancher fe trouve con.fl:ruit , ainfi
que ceux de l'étage fopérieur.
A Chevêtre qui (ert à terminer la largeur des chem.i.n.ées
.. & qui
porte leur acre , ain!i que les folives qtù y font aifemblées.
B , B Solives d'enchevêtrure qui .terminent les deux ¡¡ côtés de la ,
cheminée, & qui forment fa longueur. Ces folives doivent être
plus fortes que les autres , p�rcc qu'elles fervent à rorter le che­
vêtre qui y dl: cmmortaifé par les tenons q�ii font a fes deux ex- ,
trem1tes.
" • 1

C , C Soliveaux , ou folives de rempl·age, qui font fceflécs par


un bout dans le mur, & dC:t - l'autrc font aifemblécs dans le che­
lo

vêtre.
D , D Solives ordfoaires qui font fcellées des deux b0urs-da}1s 1

les murs, ou parties fur des lambourdes.
E , E Plan de l'acre & des jambages des cheminées- de l'étage
0Ù le plancher efl: confl:ruit.
F Tuyaux montans des cheminees de l'étage inférieur-
1: 5 8 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.

A R T I C L E I I I.
Des pa1ts de hois & des cloifons de charpente.
Les pans de bois font plus en ufage dans les provinces & dans
les pays étran�ers qu'à Paris, il efl: même défendu par plufieurs
ordonnances d'en con!l:ruire aux façades qui donnent fur la rue,
parce qu'ils font trop fujets aux incendies , & que d'ailleurs la
pierre, ain!i que le moilon & le pl�tre , font fort communs aux
environs de cette capitale. Il fe trouve pourtant encore des par­
\
ticuliers qui, loin de vouloir profiter de la commodité qu'offrent
les carrieres des environs de Paris , follicicent des permi.ffions
d'élever des pans de bois , foie pour épargner la dépenfe , foit
pour ménager le terrein , fait enfin pour la diligence de l'éxe-
cution. \
·
Cependant G. l'on faifoit une férieufe attention au ménage­
ment de la dépen[e & du terrein que procure cette con!l:rull:ion,
on fcroit bientôt convaincu que celui du terrein efl: peu de chofe,
puifqu'un pan de bois recouvert des • deux côtés ne peut pas avoir
moins de 8 à 9 pouces d'épaiifeur, & qu'un mur de pierres de
taille ou de moilons de 1 8 pouces d'épaiifeur peut fuffire. Les
dix pouces de furplus qu'un mur de pierre occupe fur un terrein,
peuvent-ils entrer en comparaifon avec le peu de folidité du pan
de bois & les accidens qu'il occafionne ? Pour ce qui efl: de la
dépenfe , fon excédent n'efl: pas fi confidérable qu'on fe l'ima­
gine , & quand il y auroit une grande différence , il fuffit de /· ctter
les yeux fur un pan de bois & fur un mur de pierres de cai le ou
de moilons bien appareillés , pour fe déterminer en faveur de ce
dernier. Concluons donc de tout ceci qu'on ne doit jamais em­
ployer de pans de bois pour les façades des maifons , & qu'il faut
les- réferver pour les bitimens des baffe-cours , logemens de do­
me!l:iques , petits corps de logis en aîle , & autres endroits où l'on
peut économifcr fur le terrein & fur la dépenfe , fans que cela
nwfe à la décoration extérieure ni à la sûreté publique. Une autre
raifon qui peut faire tolérer cette forte de con!l:ruéèion dans les
l1 cours de dégagement, comme celles oh l'on place les cuiftnes ,
1

les remifes & les écuries, c'efl: qu'elles font moins expofées au
coup d'œil des maîtres, & que l'ébranlement des voitures & des
carroifes y efl: moins confidérable que fur la rue.
-
Les pans de bois , ainfi que les cloifons de charpente
... qui portent
;
L I V R E I. D E L A C O N S T R U .,C T I O Nr 1 "5 9

des planchers , fe pofent au rez-de-chau!fée for une ou deux affifes


de pierres dures , & au premier étage for m1 poitrail ou fabliere,
marqué 1 ( P!anche VI11 ., fig. 14 ). Les poteaux d'encoignure, ou
p_oteaux corniers ., doivent .être plus forts que les autres , parce qu'ils
fervent à recevoir les fablieres �ui y font a!femblées à chaque
étage : on leur donne au moins 8 a 9 p ouces de gros. Ces poteaux
portent ordinairement depuis le ddfus du premier plancher juf­
qu'à l'entablement, 9.uand cela fe peut. On nomme poteaux
d'huifferie , ou de croifée , ceux qui terminent la largeur des portes
& des fenêtres ; on leur donne 6 à. 8 pouces de gros. Les autres
font appellés poteaux de remplage. Les guettes ont la même grof­
feur, <:�- font des poteaux inclinés qui forment une demi-croix de
Saint André , & qui lient enfemble les poteaux de remplage , foie
d'une encoignure , foit d'un entre-deux de croifées.
Tous les poteaux d'un pan de bois , foie d'hui!ferie, de rem­
plage, ou autres , doivent être afi'emblés à tenons & mortaifes '"
par le haut & par le bas dans des fablieres qui marq"!__ent la hau­
teur de chaque étage, comme on le voit, Planche VIII ,fig. 14,
où l'on a marqué toutes les chevilles qui fervent à l'a!femblage
des tenons & mortaifes de chaque piece ; ces fablieres fe JJOfent
toujours fur le plat, & doivent avoir 7 pouces for 9. Lorfqu'un
pan de bois ne commence qu'au premier étage , ainfi que cela fe
pratique ordinairement pour les maifons à boutiques , toute la
hauteur du rez-de-chauffée fe confhuit en maçonnerie furmoncée
d'un fort poitrail qui porte fur des piédroits , dont l'extrêm�té fu­
périeure dl: terminée par des encorbellemcns. Il faut faire atten- .
tion fur-tout que ces piédroits , appellés auflîjambes ét.rieres ., foient
en pierres de taille & bâties folidement , car prefque toutes les
faces des maifons à pans de bois manquent prefque toujours pa.r-
là. On choifit ces poitrails de bois bien fcc , de bonne qualité , &
de gro!feur convenable , prenant garde de ne point leur donner
trop de portée , de les bien a!feoir fur l a tablette de pierre dure
·qui doit les recevoir, & de ne pas mettre de calles de!fous.. Avant
que de pofer le poitrail fur ces tablettes, il faut en tailler &
dre!fer les parties quand elles font gauches , & les difpofer de
façon qu'elles y 'j o.ignent cxaéèement pat-tout. Il faut auffi pofer .�
ce poitrail parfaitement de niveau ; il y ei1 a même qui lui don- ,
nent un peu de calud du dehors au dedans, pour empêcher le pan de
bois de fe deverfcr par la fuite en dehors ; car fi le poitrail dever­
foit feulement d'un quart de pouce en ce. fens , cela poun:oit faire
.
1'60 A- R C H I ·T E C T U R E M O D E R - N E.
fur-plomber tout le pan .de bois de ph� de fix pouces. Sur ce P?i­
trail r.egne une fabliere fur la-quelle ., c-0mme nous avons dit ,
vienne11t s'aifembler les poteaux d'huiiferie, les potelets, &c.
dont la groifeur doit être proportionnée 1 leur ufage,
Les pans <l'e bois doiven. t êcre rete1ws à .chaque erage par des
ancres & des tirans , de la face du devaot à celle de derriere �
pour qu'ils ne pouffent p�int au vuide :Jes ancres & tirans font
· arrêtés par le dehors a veç de forte.s çlr-''vettes de fer. Cette pré- ·
caution efr nécdf.1.ire fur-tout pour les· maifons ordinaires dont
les murs n'ont pas une grande épaiifeiir. On doit faire attention ,
en pofa1�t ces tirans, qu'ils foient préci(ément d'équerre fur la
face des .. murs -ou pans de bois - qu'ils doivent retenir , .autrement
ils ne feroient pa.s d'une grande j1tiliré. Enfin .l'on ne fauroit
prendre trop de précautions , quand -011 éleve un pah de bois d'une
hauteur un peu confidérable, pÇ>ur en bien lier les principales
pieces , foit avec de fortes bandes, foit avec des équerres de fer ,
afin que toutes fes partie.s 11e compofent qu'un a!femblage - ferme
& folide>
Des c!oifons de charpente.
Les cloifons de charpe�te font defl:inées ou à porter des plan­
chers, ou à fervir fimplement de feparation. Dans le premier cas,
elles doive.nt monter de fond , & pofer au rez-de-chauffée fur des
parp;;i.ins de pierres de taille , établis for des fondatipns de moi­
lons , lefqµelles doivent être ailifes for un terrein folide. On donne
prdinaire_ment 14 oi1 1 5 pouces à ces IDllrS de fond�tion , & neuf
à dix pouces d'épaiffei1r aux parp,ains , . obferv;i.nt de d.0J1ner à la
cloifon qu'on y éleve un empattement égal de chaque côté, Ce.s
c\oifons font compofées , ainfi-qtJ.e les pans de bois ordinaires -, ,de
fablieres haut &.. . bas, de potea11�, guettes , décharges , &c. Oi,_
employe à ces cloifons, des poteaux de 4 & 6 pouces de gros ,
quand l'étage n'a que 1 0 ou 1 ,_ pieds de hauteur ; de 5 & 7 pou­
ces , quand l'étage a 14 ou 1 ; pieds; & de 6 à 8 pouces, lodg,u'il
/

en a 1 8 ou 2.0, fur-tout quand on prévoit que les planchers qu'elles


doivent porter feront fort lourds ou plafo_nnés. .On donne aux fa­
blieres d'en bas deux pouces d'épaiifeur de . plus .qu'aux potea_ux ,
quand la doifon doit être recouverte des deu;x côtés , & un pouce
. feulement fi elle ne le doit pas être. Les fablieres d'e�1 haut auront
environ dix pouces de gros, ' & feront délardées par le bas des
_del.lx côtés & daps route leur longueµr , pour former copfole .o.u
l encorbellement

l I V R E 1. D E L A C O N S T R U C 'n I O N. r ·6i

encorbellement qui pui!fe recev.oir les folives . . On obfervera de


ne point mettre ces folives bout à bout, mais de les enchevêtrer
une entre deux autres , enforte que le bout de chaque folive des
deux pieces contigues porte égaleme1:i.t for toute l'épaiffeur de la
cl.oifon. A l'égard des. éloifons qui ne fervent que de féparation ,
leurs !àblieres feront par-tout _de même épa.iifeur, ayant feulen'lent
attention qu'elles foient de longueur fuffifante pour pouvoir être
bien fc�llées & arrêtées dans les murs de face par les deux
bout� .
Si ces doifons ont des huiiferies , les poteaux qui les formen t ,
ainfi que les linteaux a u deifus de l a porte, auront deùx pouces de
plus que les autres poteaux , fi la cloifon efr recouverte de maçon­
nerie. On leur donnera ·une largeur fuffifante pour pouvoir y· for­
mer de chaque côté une rainure ou feuillure au moins d'un pouce,
où l'on puiffe attacher le lattis , afi.n que l'enduit de la cloifon
affleure le devant de ces poteaux. Au furplus ces poteaux d'huif­
ferie doivent être proprement rabottes avec moulure d'un côté ,
& une feuillure de l'autre , de l'épaiifeur de la p�rte. Le deffu s du
linteau fe remplie par deux ou trois potelets de même groifeur que
les autres.
Aux cloifons qui ne doivent fervir que de féparation, ou qui
doivent êti-e pofées fur des planchers , c'efr- à - dire, porter à faux,
on n'employe que du rjers poteau , de 3 pouces for 5 , aifemblé
haut & bas à te,nons & mortajfes. Si les planchers font fort hauts,
on fortifie ces cloifons en m�ttant à la moitié de leur hauteur des
entretoifes auxquelles on a!femble tous les poteairx à tenons , ainfi
qu'aux fablieres , lefquellcs doivent avoir 4 pouces for 5 . On fait
ces fortes de doifons creufes pour les rendre plus légeres , ou bien
l'on en remplit les vuides avec des ais de batteau i;etcndus en deux
& efpacés tant plein que vuide, que l'on recouvre enfuite de
prntre des deux côtés pour les rendre plus clofes & plus fourdes.
Lorfqu'une cloifon ne doit pas porter fur une poutre ? & qu'oü
efl: oblif;é de la pofrr fur des folives, elle ne peuç avoir trop de
léo-érete , fur-tout fi elle doit porter fur une feule folive. Il efl: né­
ceif.1.ire alors, 1� 011- feulemen; que c_ette/olive _foit pl_us forte q ue
les autres , mats encore qu elle f oie d un bo1s cho1fi , & pornt
douteux. Il feroit même à propos de la foulager, en plaçan� fous
la cloifon quelques barres de fer qui port�roient for les deux fo­
lives voifines. S'il écoit poffib!.e de .i::.onfrrmre des décharges à ces
cloifons , e�les en feroient encore plus folides.

Tome l.
• X
it-&1. A -R -. C H ·- I -T.- - E- C T U -R E M O D É R N E.
· On · f�it encore des cloifons plus légeres pour foulager fes plan­
chers, fur�tout dans les étages en galetas , pour les féparations des
ehambres de domefriques. On attache haut & bas des fablieres
de 3 pouces d'épaiffeur , dans lefquelles . on a pratiqué une cou­
liife. On y fait paifer des ais de• batteau ou d'autres planches de
fapin , auxquelles on a fait une languette pour les faire gliifer
dans la couliife ; & on les cloue contre les fablie·res. Quand il y a
trop de hauteur & qu'on appréhende que les ais ne plient ou .. ne
fe courbent, on met des liernes dans le mil.ieu , & l'on entretient
le tout dans les murs. Si l'on dt obligé de faire des portes à ces
fo_rtes de cloifons , on les fait de tiers poteau pofé fur le plat ,
àinii que leur linteau , ce qui fert encore à lier & à affermi� la
cloîfon. Enfin on la recouvre , Ji l'on veut, de pBtre, d'un ou des
deux côtés, après y àvoir cloué des lattes , auquel cas .on laiife
quelque intervalle entre les planches , afin que le plâtre s'y
attache mieux. ·

•-
Explication des principales pieces qui elitrent dans la conjlruélion
d'un pan de hois. Planche VIII, fig. 14-
1 Poitrail , gro{fe poutre couchée à plat fur laquelle on éleve
le pan de bois. . . ·
2 , 3 Sablieres fervant à tous les étages pour aifembler les pie-
ces du pan r de b0is. -
4 Plate-forme" dans laquelle les pieces dt-Î comble font af-
fembl.ées.
"
. 2 1 Poteaux corniers placés aux encoignures, que l'on tient plus
forts que les autres.
- 2 2 Guettes, pieces de bois inclinées , pofées en contrefiche &
affemb'lees dans les poteaux d'huifferie. .· .
2 3 - Poteaux d'huiITèrie , ou cl:e croifées , qui déterminent la lar-
geur des portes & des croifées.
24 Entre-toifes fervant d'appui au-x ... fenêtres , aifemblées dans
les poteaux d'huiiferie. ·
2 5 Potelet-s , ou petits poteaux placés au deifous de l'appui des

croifées pour les foutenir. -


2 6 , 2 7 Jambes étrieres, ou jambages de pierre avec encor-
bellement fervant à porter le poitrail. • •
1


.. E L A c ·o N S T R U C T· I O N. r6J
L I V R E I. D
NE 4iEriiMi4 il Mi&!e
- s

C H A P I T R E X X V I I I.
Des machine!J le plus en efage- dans les hâ.timens.
..
Planche IX. .·
L A néceffité de traiter de tout ce qui . a rapport • à la cont­
truél:ion des édifices nous engage à donner ... une
• courte defcrip­ ..
tion des principales machines qui font le plus en ufage dans ks '
b�timens. De ce nombre font , la grue , le gruau , l'engin, la fon­
nette , la louve , le cabefran , & le vindas. Ces machines , il e�
vrai , font a!fez connues de la plt'lpart des ..Artifl:es initiés da•l'.ls· la
théorie de l'Architeéèure , ainfi que de ceux qui en ont tme
grande pratique • ; mais comme nous écrivons principalement
pour les perfonnes qui ch�rchent à s'infrruire, ou·,. qu� dont encore
qu'une connoiffance imparfaite des travaux de l'art de b�ür. ,
nous tâcherons de les fa�is�aire 1an� ce chapitre , en ent_rant en ·
leur faveur dans des deta1ls qm n auront fans doute nen que
d'infipide . pour les Maîtres de l'A n , aùxquels un ouvrage tel
que celui-ci ne peut rien offi.-ir de nouveau ni d'intére.!fant.
Vùru"J/e nous donne la définition du mot machine � en difai1t
• que c'efr un _affemblage de bois bien joint , par le moyen duquel
on peut remuer de très-lourds fardeaux. Quoiq ue cette définition
ne foit pas a!fez générale pour défigner toutes fortes de machines ,
foie fimples foie compofées , nous l'adopterons cependant id;
parce qu'elle convient à l'efpece particuliere de celles que nous

devons · expliquer dans ce chapitre. Nous cd!-nmencerons par la I

grue , parce que c'dl: une des plus néceifaires pour la confrruc­
tion des bâcimens.

ART I C L E PR E M I E R.
De la grue. Figure premiere.
La grue efr un a.!femblage de charpente, monté fur un pied ,
par le moyen duquel on éleve les pierres & autres matériaux né­
ceffaires pour la·confrruél:ion d'un édifice. Un de fes principaux
avantages efr que par fon feul fecours on peut porter un fardeau
très-lourd jufqu'au haut d'un bâtiment, & le pofer tout de fuite
dans la place qui lui convient. En effet , après avoir élevé ce

X ij
/

·164 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E..

fardeau autant qu'il dl: néceŒ'lire, au moyen du treuil E , autou�


duquel le cable s'entortille par l'aéèion des hommes qui mar­
chënt dans la roue F , ou autour de fa circonférence, il dl: facile
de le pofer oi1 l'on véut , en faifant tourner , ou en dirigeant vers
l'endroit oi.1 il en dl: befoin, la partie mobile de la machine,
marquée CBDKI , que l'on appelle le gruau , & qui dl: foutenue
for un feul pi'llot HO au haut . de la colonne ou_ arbre AH. Cette
partie mobile dl: compofée d'un long arbre CBD , nommé échelier
ou rancher , po[é obliquement fur la colonne AA , & affermi par
le-5 écharpes I , K , que différentes moifes 2 ,' 3 , 4 & 5 , retiennent
& lient enfemble. Ces moifes font formées dè deux pieces qui fe
rapprochent & qui font r�unies par plu.Geu_\ rs boulons & clavettes
de fer : elles font · entaillées en plu!ieurs endroits , tantôt en rond
1

p0t1r former le trou G , qùi reçoit le poinçon H , tantôt en quarré


& obliquement , pour e.mbraffer le grand arbre BB, & les deux
écharpes I , K. Tout ceci devient fort intelligible au moyen des
développemens que nous avons donnés de ces mêmes pieces ,
marqués 2 , 3 , 4 & 5 , for lefquels i� faut jetter les yeux en même
tems que ... for la machine affemblée & mife en perfpeél:ive. •
La grue e.fl: donc compofée , comme nous l'avons dit, de plu­
fieurs pieces de bois affemblées , 5!-!)nt la principale dl: un gros
arbre, ou colonne, fervant de po!nc;on par le haut. Cet arbre, •
qui e.fl: debout, efl: pofé for le milieu de huit pieces de bois qui fe
croifent, lefqudles font liées & a�èmblées av:ec quatre entre- ·
toifes M , M. Ces huit pieces , marquées LL, fur le plan ainfi. que
fur J'élevation, f<:; nomment emhra]Jùres � empauemens , ou raci­
naux : elles ferven� de bafe à toute la m·achine. Huit bras N , N,
appellés liens en comrifiche, affemblés par le b�s dans ces huit ra­
cinaux, s'appuyent par le haµt contre l'arbre A , & fervent à k
contretenir. L'échelier 1 , l , a ppellé au.Œ rancher, qui efr la prin­
cipale piece du gruau , porte les fardeaux & fort à les éle-ver. Il
dl: pofé fur tsm pivot de fer O, dom: le bout du poinÇ:On e:ft armé ,
& efr aifemblé , comme · on l'a déja dit , par plufieurs moifes à des
liens montans I , K. Il y a deux pieces P :, P , gue Yon nomme
{oupentes ., qui font attachées à 1a grande 111.oife d'en bas 2 , 2 ,
• à porter en l'a�r & à fofpendre
& à l'ëchelier I' , 1 . Elles fervent
l a r_oue F , ainfi que fon treuil E , autour duquel fe dévide le cable
· Eordag� qui paffe dai:i� les poulies enc!avées au bout des fnoi­
ou
frs , & à l'e1s.trêmité de l'échelier, leqt1_el , ainû que la roue F ,
doit être garni de r�nches ou. cheYille-s , pour pouvoir monter. juf-
l
· LIV R E I. D E L A C O N S TRU C T I. O-N� T6,

qu'au haut. Enfin on conçoit aifément , à la feule infpeélion de


• , que l'échelier , les moifes, , les liens, les foupentes ,
cette figure
la roue & fon treuil tournent for un pivot autour de l'arbre ,&
de fon pied.
Exp lication des p�indp ales pieces de la g;ue,' Fig. premiere.
Pout comprendre plus facilement cette explicatiori , il faut
regarder les développemens qui font repréfentés au deifous & à-
côté de cette figure.
r , I Echelier , ou t4l1Chèr garni de fes chevilles , vu par fes
deux faces. · · ·
2 , 2 La grande moife à laquelle font attachées les foupentes
·
"
P , P.
3 , 4 , 5 Autves moifes fervant à aiTembler l'echelier avec les
liens montans. - · · ·
A, A, H Colonne, ou arbre qui p orte toute fa machine,
C , B, D , K , I Le gruau , ou l'aifemblage des pieces qui tour-
nent for le pivot O. · -
/
· E Treuil fur lequel la corde s'entortille & fe 4évide.
F La roue vue en perfpeélive. Le chiffre 9 indique fon épaif­
feur, & celui marqué I 2 en repréfentc le plan, pour faire voir
l'aifemblage des pieces qui la compofent.
· G Trou rond pratiqué aux deux grandes moifes inférieures pour
y faire paifer le poinçon H , qui e!l: au haut de l'arbre.
I , K Liens montans fervant à fortifier & à affermir l'échelier.
L , L Huit empattemens, ou racinaux, appellés auffi les patins ,
dont on voit 1� plan en q.: ils (ont aifemblés & entretenus par
"
quatre entre-to1fes marquees M , M, fur le meme pfan.
N , N Huit bras ou liens en contrefiches, appellés auŒ les
contrevens , lefqucls arcboutent l'arbre- & le fouciennent de tous
les fens.
0 Pivot de fer dont on garnit le haut du poinçon pour porter
& foutenir l'échelier.
� p , P Soupentes ,. ou liens pendàns,, qui portent la roue & le
tr�uil.
166
\

A R C R I T E C T U R E M O D E R N l.

A. R T. I C L E I L ' j

Du gruau� ou de l'eféoperche. Fig. 2..

Le gruau � que l'on nomme auili efcoperche , n'efl: autre chofe


qu'une longue piece de bois ajoutée au rancher de la grne, au
boat de laquelle il y a une poulie pour paifer le cable : ou bien
c'efl: un fecond faucon.i;ieau avec fa fellette & un bout de poin­
çon élevé for un engin , comme on le voit fur cette même Planche
VIH. Ses pie<;:es font à peu près. ,, les même$ G_ltte celles de -l'engin,
dont nous allons faire la ddcription , c'efl: pourquoi nous 111e l'lous
~

• . . Nous, obferveraJJ1s feulement que la


y arrêter@ns pas davantage ..
feule différence qu'il y ait entre l'engin & le gruau , c'e.f1: que d.a.ns
, (ette' d€tniere machine
.. _ .. , au liet.L de fauconneau ., il y a une volée
· accompagnée de moifes_, de liens , & de bras , avec un poü1çon
fur lequ_el rnurne le gruau. • Vo.ici
.. l'explication des pieces qui .for-
1 m@Bt cette différence.
f " -
A , A Volée du gruau portée par le poinçon fur lequel elle.,
tourne.
. , .B-, B: .Ml0ife q{ii _ e�1
'

• -"'tretie11t la. volée , & qui to1.1rne fur 1�


..
pivot.
C , C Liens en contrefiche.
D . Poinçon fernblable à celui de la grue, & qui a la même def- · _
tmat1on. �
,1

E Petit lien qui fourient la volée. ,


G , F Efcoperche , ou longue • piece de bois qui s'ajufl:e• for la·
volée du· gruau. . -. · ·
H Pivot armé de fer f,ur lequel tourne la machine.

A R T I C L E I I I.
De l'engin. Planche IX. --figure 3.
, L'èngin dt une machine qui - fert dai.:is les· b�cimens , ainli
... que .
'la grue, à élever de grands fardeaux , mais qui n'a pas , comme
celle-ci , la propriété de les pofer où l'on veut. Il dt compofé d'un
fauconneau , nommé auffi etourneau , AB , avec fa fellette CD , &
fes liens E, F , pofês àu haut d'l!ne longue piece de bois IGH , que
l'on appelle Le poinçon. Cette piece , gui f il: :fituée debout, efl: af-; '
femblée par le bas I , à. tenons & rnortaifes , dans une efpece de :
l'
L I V ll ? . J... D E. L A C O � S,T.� U C . T ) O_ N. . · 1 6_7
\

p·ied qu'on nomme la folle , marqué KL , affemblé avec la four­


chette NM. Ce m�me poinçon efl: appayé & contretenu par le
rancher ou effelier NOG, & par deux bras, ou liens en contrefiche,
GK , GL. Ces bras font appuyés par le bas for l'extrémité de la
folle , & arrêtés par en haut dans un boifage G , qui dl:. un peu
au deffous de la fellette. L'échelier ou rancher dl: affemblé par
en bas dans une mortaife , à l' extrê_ mité N de la fourchette , &
par le haut dans le même boffage G où font arrêtés les bras. Il a
fon tenon qui paffe à travers une mortaife au delà du boffage du
poinçon, da1,1s lequel il efi: arrêté par le devant au moyen d'une
�ri� . . .
Les bras, ainfi que le rancher, font encore liés & arrhés au
poinçon par le moyen de plufieurs moifes affemblées avec des 1
1
tenons, mortaifes , & chevilles à couliffe , ·qui fe mettent & s'& -
tent quand il en efi: befoin , pour pouvoir monter & démont<2r
plus facilement la machine. On met plus ou moii�s de moi(es les
unes . au deffus des autres , foi vant la hauteur de cette machine.
Ici l'on n'en voit g_ue deux , dont la fupérieure OP efr la ·plus
petite : la plus baife , marquée TV, s'appelle la grande moife.
Le rancher dpit être garni de chevilles de bois, que l'on nom­
- me ranches , lefquclles paffent au travers & fervent d'échelons
pour monter au haut de l'engin , & pour y placer la fellecce , J e;
fauconneau avec fes poulies, & le cab le. Une ja mbette XT efl:
emmortaifée par le bas dans la fourchette du pied , 8c pàr le haut .
dans l'échelier. Un des -bouts Q du treuil QP entre dan� cette
j ambette, & l'autre P efè appuyé , par un tenon tournant , dans
le poin·çon. Enfin les levi·iers RS , appellés les bras du. treuil , for�
vent à le faire tourner. C'efi: en tournant ce treuil , for lequel le
cable fe dévide à mefure , que l'on parvient à élever des fardeaux
jufqu'au haut de l'édifice où la machine efi: placée.
Explication des principales parties de l'enginr
AB Le fauconneau garni de fes deux poulies A, B.
CD La fellette qui porte fur le boffage G.
E , F Liens qui foutienn�nt le fauconneau.
: HGI Le poin�on. �1 dl: affemblé par le bas I dans la foIIe ,
& contretenu par l'échelier NOG.

KL Semelle ,de bois appellée la folle. . .


GK , GL Liens ,en contrefiche qui foutiennent Je poinçonr
NOG �chdfor , ou rancher > garni de chevilles , qui arcboute
168 -A il c H r T E C T U R E M O D E R N E (
toute la machine , & qui l'empêche de fe deverfer.
NM Fourchette dans laquelle la folle cfr a!femblée.
OP Petite moife placée vers le haut de l'engin au ddfous du
bo!fage G.
TV La grande moife qui dl: placée au ddfous de la petite , vers
le bas de la machine.
TX Jambette ; c'cfr une piece de bols debout qui porte une des
extrêmicés du treuil.
Q Treuil fur lequel le cable fe dévide.
RS Bras du treuil fervant à le faire tourner.

AR T I C L E I V.
De la Louye. Fig. 4.
La Louye e{\: une efpeçe de main de fer qui fert à. retenir les
pierres qu'on enleve avec une machine , ou autrement , par le
inoycn d'un cordage paifé dans fon œil ,, ou dans l'S qui y efr
eniagé. �n en a imaginé d� différentes façons. !1�trefo16 c étoit
>

une tenaille de fer compofee de deux branches JOmtes enfemble


par une goupille qui pa{foit par le milieµ de ces branches , fcm-
• blables à peu près à nos cifeaux, ou à nos tenailles. Ces branches
fe terminoient. vers le bas par une pointe un peu recourbée pour
entrer dans la pierre & la tenir ferrée : elles a voient chacune par
le J1aut un anneau dans lequel on paffoit un fort c.ordagc qui, en
rapprochant ces deux branches par lèhaut, fcrroit en même tems
celles d'en bas1 On faifoit deux trous à la pierre, dans lcfquels on
faifoit entrer les deux crochets qui terminoient ces branches par
en bas ; mais comme ces fortes de tenailles étoicnt fujetces à fe
relicher , lorfque les branches , qui devoient être fort longues,
venoient � plier ou à fc catfer ? ce qui caufoit de fréquens accidcns,
on a imaginé un inil:rumcnt i?eaucoup plus fimplc , plus com­
m?d� , & moins fujec à manquer 1 dont 11ous allons donner la def­
cnpt1on.
La lou1 e dqnt on fe fert aujourd'hui dans les b�dmcns, repré­
1

fentée fur cette planche


, ,fig 4 , eil: cornpoféc d'une piece de fer
quarre A, à queue d'hironde, garnie d'un œil ou d'un anneau B,
daps lequel pn pa(lè µne S de fer marquée C , qui fcrt à y attacher
la ·corde
• ou cable. Cette piece efr accompagnée 4e deux autres
morceaux de fer quarré , égau� dans leur longueur , appcllés Lou_

yezeaux.
L I V'R · E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 169 ,

veteaux. Pour s'eil fervir, on fait dan's la pierre un trou qq_arré &
profond , lequel a vers fon ouverture feulement· la largeur d.e la'
queue d',hironde de la piece principale A , & qui a par le bas ,
outre cette• largeur ,_une place fuffifante polir 1 lo'ger les deux lou­
..
veteaux qu''011 ry- ajoute. La queue d.'hironde étant entrée, on y � n ­
fonce d.es deux côtés ces deux pieces de fer. qui tiennent le tout fi
ferme . qu'il dl: impoffible que la .pierre puiffe s'en détacher , à
moin� qu'elle- '-.ne cafiè. Voici l'explication de ce�te efpece de
machme. - •
A Le corps -de la louve qui va en s'élargiifant par le bas. , .
B L'œil ou l'anneau de la.louve. · ,· . , · •
. C S de fer paifé dans l'œil de la louve, pour y attacher le
cordage. _ · . . . ..,._ '
· D , D Les deux louveteaux qu'on erfonce de chaque côté, pour
reteni-r la pierre. · · . ·_
.
Dans 1es gl"ands atteliers , il y a des hommes qu�on appelle Lou­
..
veurs , qui ne font occupés qu'à faire des trous dans les pierres, à
mef';lre qu'elles font tai_llées, pour y placer la louve. - . .-
A l'égard des pieces de bois de charpente, pour �es enlever .on.
eft obligé de les lier avec un cable & d'y faire un nœud que les.
Charpentiers nomment lzâlement. Lorfque la · pie<::e' de bois dl fort
longue & qu'on veut en empêcher le hiément ., ou l'ébranlemeilt,
on fait i.m fecond nœud à la piece, à deux ou trois toifes du hl�
lement, & l'-on y attache un petit cordage · appellé parmi les, ou­
vriers , verboquet ., avec lequel on la contretient d'en bas. ' .

A R T I C L E V.
De la famiette ., �ppèllée aziffi �ot1ton·. Planc�e !X, fig. 5 . _
La {onneue dl: une machine dont on fait ufage pour enfoncer
des pikts , par le moyen d'un fort gros billot de bois appellé mou­
ton , qu�on enleve à. force de bras, & qu'on lai.fie retomber (ur le
pilot. Quelql-tes Au�eurs anciens, entr'autres ,.. Vitruve donnefl:t le
nom de mouwn à_ toLJte la machine néce.fiaire pour manœuvrer ce
.,

billo t ; m-ai� -comme plufieurs Auteurs modernes .. , &· principale­


ment M. Belidor ., que nous avons toujours confulté en compo­
fant cet Ouvrage, lui donnent le nom de fan nette, nous nous en
ID

tiendrons au fentiment de ce dernier , fur-tout à l'égard de ce.çte


, machine , qui eft du re.fio rt de l'Architeéture hydraulique, for
... . Tonîe I.
.-.• y
,,
t70 A R C H I T E C T U R E M O D E R N E.
laquelle ce favant Auteur a écrit avec plus de connoiiTances · & de
lumieres qu'aucun de ceux qui l'ont précédé. Nous dirons donc,
d'après ce célepre Ingénieur , que la fonnette , doqt on voit ici la
repréfentatioh , eft compofée ordinairement de deux montans à
coufüfe BP., BP , appuyés par deux bras ou liens en contrefiche
G, G , pofés for une folle FF , & attachés au rancher DE , le­
quel efr affemblé par le haut D entre les deux montans de la ma­
chine , & par le bas à une fourchette GH liée avec la follé FF.
Le rancher éfè encore afferm·i par le bas aq moyen d'une jam-
. bette I , qui eft . une piece de bois debout affemblée pa[ le bas dans
1-!, fourchette , & appux ée tar le. haut contre ce meme rancher
dàns lequel elle efl: arretée a tenons & mortaifes. Le rancher , qui
efl: incliné , ainfî que ceux des machines précédentes , efè garni
dans toute fa longueur de chevilles de bois fervant d'échelons
pour monter jufqu'au haut de la fonnette , lorfqu'il en efè befoin.
Le mouton A , deiliné à enfoncer le pilot C , efè pour l'ordi­
naire un morceau de bois très-gros & . très-lourd , freué � c'e'fè-à­
dire , garni par le haut & par le .bas d'une bande de fer pour
l 1empêcher de fe fendre par le choc continuel des coups q1lil
d onne au pilot. Il efè armé de deux tenons ou oreilles , arrêtées
avec
• des clefs paffées derriere, fervant à l'entretenir dans les cou­
liffes des deux montans BP. Il a de plus deux anneaux ou cram­
pons de fer , pour recevoir deux crochets K faits en forme d'S ,
qui répondent aux deux cordes L , M , lefquelles paffent chàcune
.. dans une poulie placée au haut de chaque montant.
Le ·poids d'un mouton efè. d'environ 800 liv. vingt hommes
l'élevent , en tirant de haut en bas aut-ant de brins de corde O , 0 ,
attachés aux deux principales L, M , pour le laiiTer enfuite rn­
tomber , par l'atl:ion de fon propre poids, for la tête du pilot C :
ce qui fe reïtere coup fur coup jufqu'à vingt- cinq ou trente fois.
Alors celui ·qui conduit cette brigade d'ouvriers , après avoir
cpmpté le nombre de coups convenu , crie au
.. • renard: c'efè le fignal
pour les faire ceffer & reprendre• haleine. On recommence une
autre volée , c'efl: le nom que l'on donne à ces 2 5 ou 30 percuf­
fions rèitérées & faites ·de fuite ; & l'on continue de la même
maniere jufqu'à ce gue le pilot ne puiffe plus s'enfoncer , ou en
termes 'd'attelier , jufqu'au refus du mouton : après quoi l'on tranf-.
-
porte plus loin la fonnette , pour aller enfoncer d'autres pilots.
Nous ne ferons point obferver que pour que le mouton ait fon
effet plein & entier, il faut que les vingt hommes, qui le relevent .
L I V R E I. D E L A C O N S T R U C T I O N. 171 _

& qui le font' agir , s'èntendent bien , & qu'ils foient attentifs à
-
lâ.cher leur corde chacun dans le même infrant ; autrement.,
retarderoit fa vîteffe &. diminueroit la force du coup, C'efr à
celà

l'Infpeél:eur qui conduit la troupe à -prendre garde à cela , pour ·


• faire aller bien enfemble.
les
Expli�atù;n des frincipales parties Je la fonnett!.
A Mouton qui s' éleve & qui s'abaiffe par le moyen des cordes
o , o.
BP, BP Montans à couli!fe , fervant à guider le mouton et;1
montant & en defcendant.
C Pilot enfoncé j ufqu'au refus du mouton. :
DE Echelier ou rancher , lequel doit être garni à.e chevill�s
de bois.
FF Semelle , ou folle dans laquelle font affemblés les derix

montans , ainfi. que l�s deux bras. ou liens de la fonnette.
GH Fourchette qui donne de l'empattement & qui fert de bafe
à la machine.
BG , BG Liens en contrefiche , ou bras de la fonnette.
I Jambette qui foutient le bas du rancher.
K Crochets faits en S , auxquels on attache les deux cordes
principales L , M.
L, M Cordes principales quî paffent fur les pou-lies B, B, pla­
cées au haut de la machine fur les deux montans à couliffe.
0 , 0 Petits brins de cordages attachés aux deux principaux
cables L , M , au nombre de vingt , pour l'ordinaire , pour les
vingt hommes qui doivent faire manœuvrer le mouton.

A R T I C L E V I.
Du caheflan. · Planche IX. · Figure 6.
Le cabejlan que plufieurs Auteurs ont appellé mal-à-propos
vindas , & que l'on voit repréfenté au bas de cette planche, efi:
une machine fort fimple. Elle confifl:e en un cylindre ou rouleau
pofé verticalement , que l'on fait tourner par le moyen de quatre
leviers difpofés en croix qui paffent au travers de fa tête. Le ca-
. be!l:an fert à tirer horifontalement de très-gros fardeaux fur terre;
fa force ·augmente dans la proportion de la longueur de fes bras
ou leviers. Les principales pieces de cette machine font deux

Y ij