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Principes

de la construction ancienne
Périmètre géographique : Entre Vercors et Bugey, Chartreuse et Vallée du Rhône

Nous parlerons en priorité de la maçonnerie parce que c’est en


l’observant (dévers, fentes, humidité…) que l’on peut se rendre
compte de défauts touchant à d’autres domaines de la
construction (drains, couverture, charpente, enduits …)
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- les matériaux les plus couramment utilisés dans la maçonnerie


de notre région seront les moellons, les galets, et le pisé.
- Les constructions que nous allons étudier pendant ces 9 mois
sont souvent appelées vernaculaires ou maisons paysannes.

Poliénas

Bevenais

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Bevenais Romeyère

Leurs maîtres d’œuvre comme leurs commanditaires sont souvent


restés inconnus, en revanche on les rattache souvent à un moyen de
subsistance qui leur était attaché (la noix, la vigne, un élevage animal,
le tabac …) c’est pourquoi on estime leurs formes diverses obsolètes
puisque leur fonction première a souvent disparu.
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Le passé ne prétend pas plus à la perfection que le présent. Comme aujourd’hui, certains maçons
avaient une audace imprudente, et certains commanditaires n’avaient pas les moyens de leurs
ambitions. Les paragraphes suivant peuvent se lire comme un code de la route : en suivre les
prescriptions ne garantit pas contre les accidents, et ne pas les suivre ne conduit pas forcément à la
catastrophe. Il faut savoir que le coût de la main d’œuvre qui était très réduit à l’époque, (puisque
toute la famille participait à la construction, et que les charges sociales n’existaient pas) est
aujourd’hui la plus grande part du coût d’un mur traditionnel.

Structure d’un mur


a. Fondation et soubassement (pour le galet et le pisé)
La fondation est la base du mur. Elle est plus ou moins
enterrée, et gagne à être plus large que le mur. Elle sert à
appuyer le mur sur une terre plus stable, loin des
mouvements liés à la sécheresse et au gel, et à répartir
plus largement la charge. Dans nos régions on place la
limite hors gel à - 80 cm, mais nous trouverons rarement
cette profondeur.
Ces fondations traditionnelles ne sont pas armées. S’il se
produit un tassement différentiel (affaissement ponctuel
du terrain), elles ne peuvent pas lutter contre.
Ces fondations n’étaient pas protégées contre les
remontées d’humidité, puisque les enduits très poreux et

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les sols laissés libres se chargeaient de laisser évaporer l’eau en surplus.


Pour les murs en galets ou en pisé, un soubassement en pierres est nécessaire pour protéger la terre
ou le mortier maigre des eaux de rejaillissement (pluie et eaux des toitures qui rebondit sur le sol)
On trouve déjà cette précaution dans les murs en briques de terre crue de Pompeï (cf A Choisy) Plus
le propriétaire est riche et plus le soubassement monte haut, parfois il comprend tout le Rez-de-
Chaussée.

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b. Corps

Le corps du mur est une structure (du latin struere empiler) constituée de mortier et de pierres en
proportions variables. Du plus poreux au plus étanche : le pisé (presque uniquement de la terre), les
murs en galets, les murs en moellons (pierres sauvages), en briques pleines (ex : région toulousaine),
en pierres de taille (régions granitiques, dans le Massif Central ou la Bretagne) Ces murs ne sont pas
armés, ils ne peuvent travailler qu’en compression. Ils supportent donc très bien une charge répartie
et verticale (à nuancer pour les voûtes, voir plus loin), ils ont une certaine souplesse et survivent aux
petits tremblements de terre.

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c. Ouvertures

Elles peuvent être réalisées grâce à des pierres de tailles, des briques pleines ou du bois. Elles
introduisent donc des éléments hétérogènes qui modifient l’équilibre du mur (un grand linteau peut
devenir un bélier en cas de mouvement du terrain). C’est pourquoi on prend certaines précautions
qui renforcent le mur au lieu de l‘affaiblir.
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-le linteau porte sur les jambages


-les crosses permettent de lier les jambages au corps du mur (lien dans le plan du mur)
-les quilles relient les deux faces du mur (lien dans l’épaisseur)
-l’arc de décharge permet de soulager le linteau, mais il faut savoir
que même s’il n’est
pas présent, la
charge qui doit être
transmise aux
jambages se sépare
en deux, en une
sorte d’arc naturel.
Si on fait un trou
dans un mur, le mur
ne s’effondre pas, le
haut du trou, forme Mur de soutènement à
La Sône
naturellement un
arc. Parfois la
charge se transmet différemment, selon un triangle de pierres en
encorbellement (en porte à faux) sur les jambages .

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L’autre logique de l’ouverture est d’apporter le plus de lumière possible, malgré l’épaisseur du mur.
C’est chose faite grâce au système tableau/feuillure/embrasure, qui permet aussi une mise en place
efficace de la menuiserie, dont le dormant adhère au mur sur deux côtés.
L’allège, comme son nom l’indique, allège la charge du linteau situé juste en dessous (les fenêtres
étant toujours superposées)

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d. Couronnement
Il est chargé d’abriter le mur de la pluie et de relier ses parements. Il peut être constitué de pierres de
taille, de lauzes, de briques ou de pierres sauvages en délit, d’une arasée de mortier hydraulique, ou
de tuiles scellées.

Couronnements en
pierres à Tullins

Couronnements en
pièces de béton de
ciment préfabriquées

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e. Différences avec le mur porteur contemporain

1. Les murs traditionnels sont construits sur des fondations incertaines (sauf s’ils portent sur la
roche) : incertaines au regard de leur résistance à la compression (elles sont souvent trop
superficielles) et de leur perméabilité à la vapeur d’eau. Chaque sècheresse, chaque travaux de
terrassement plus ou moins proche de la maison, viendra modifier les passages d’eau autour des
murs et pourra entrainer des dégâts inattendus.

2. Les scientifiques ont encore des difficultés à appréhender le fonctionnement mécanique (le mot
juste serait plutôt statique) des murs traditionnels, parce qu’il dépend des habitudes du maçon, des
matériaux à sa disposition (carrières de pierre, de chaux, de terre, de sables) et même des
circonstances du séchage. Pour résumer, le fonctionnement statique d’une construction traditionnelle
est souple, il bouge en permanence, les bois craquent, les maçonneries se gonflent et se dégonflent.

3. Les murs traditionnels sont des éponges, ils absorbent l’humidité lorsque elle est en trop, et la
restitue quand il fait trop sec, et cela encore plus clairement pour le pisé. La condensation et la
vaporisation de l’eau contribue à un confort thermique qui n’est pas pris en compte dans les calculs
actuels, alors que c’est le principe utilisé dans les chaudières à condensation.

4. Ils sont épais, ce qui leur donne une grande inertie thermique qui a ses défauts en fin d’hiver, mais
aussi ses qualités en été. La température ressentie dans la maison est une moyenne entre celle de l’air
(indiquée sur le thermomètre et prise en compte dans les calculs) et celle du mur.
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f. Utilisation architecturale. L’architecture dite classique, héritée des grecs et des romains, est
l’expression de cette compréhension du mur en trois parties : Elle est toujours composée de cette
façon : la base sur laquelle on s’appuie, les colonnes (ou le corps) qui s’élèvent et l’entablement qui
couvre le tout. Ces ordres classiques peuvent avoir différentes proportions, mais ils restent sur ce
principe; comme les histoires qui ont un commencement, un milieu et une fin, toute la société est
hiérarchisée et stable. Nos constructions vernaculaires ont souvent pris ces architectures savantes
pour modèle, reflétant ainsi une société ordonnée, et quand on intervient dessus, il faut toujours
garder cela à l’esprit. (Les modernistes, grâce au toit terrasse, ont inventé des architectures, où le
haut et le bas pourrait presque s’inverser, et c’était le souhait de la société entière qui transparaissait
ainsi.) Mettre une fenêtre dans un angle, par exemple, demande une technicité au coût élevé, mais
aussi remet en cause toute une pensée traditionnelle, dans laquelle les angles doivent paraître fort.

Maison carrée à Nimes


Premier siècle

Ferme au pied du
Vercors
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ancienne, siècle
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Différences pisé / pierre


a. Mur en pierre ou galets
Dans notre région, pour les constructions courantes,
les murs sont montés en moellons, c’est-à-dire des
pierres non taillées (seulement un peu arrangées sur
le chantier). On ne se sert des pierres de taille, que
pour les chaînages ou les ouvertures.
Les chaînages verticaux servent à nouer deux murs
qui se rencontrent, ou à nouer les deux parements
d’un mur qui court sur une grande longueur (quais de
l’Isère à Grenoble, murs d’enceinte). Les pierres
d’angle qui forment le chaînage sont harpées, de
manière à enchâsser les petits rangs de moellons
dans les dents formées par les grandes pierres de
taille Ces chaînages peuvent aussi être réalisés en
briques pleines, ou en tuf (plus léger que le calcaire
courant et que l’on peut scier comme du bois
lorsqu’il vient d’être extrait)

Clocher de l’Eglise de
l’Albenc

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Composition : Le mur de pierre est


constitué de deux parements réunis par
endroits par des pierres formant parpaing.
Entre ces deux parements, le garni est
constitué de petites pierres et de mortier. On
bâtit le mur en lits successifs, en prenant soin
de croiser les joints verticaux. Chaque
parement comporte en parts égales :
-des boutisses (qui laissent apparaître
leur plus petite face), elles solidifient le mur
dans son épaisseur, en formant des accroches
entre les deux parements
-des panneresses (qui montrent leur plus
large face), elles fortifient le mur dans sa
surface, en répartissant les éventuelles charges
ponctuelles sur le parement.
Évidemment on n’a pas toujours les pierres
adaptées, c’est le cas avec certains galets, ou
pour des pierres trop petites, le mortier prend
alors beaucoup d’importance. Les
commanditaires les plus riches faisaient alors
lier les parements par des rangs de briques ou
de pierres de taille.
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Mortier : c’est un mélange liant + sable + eau, qui sert à monter les murs de maçonnerie ou à
les enduire. La terre non végétale peut servir de mortier tel quel, si elle contient moins de 20%
d’argile (qui fait alors fonction de liant). Le mortier est dit maigre lorsqu’il est trop sableux, pas
assez riche en liant. En théorie, le mortier n’est pas là pour caler les pierres: il supprime les courants
d’air, augmente les forces de frottement entre les pierres, et empêche les forces imposées au mur de
« pousser au vide. » Certains murs en galets ont un comportement mécanique plus proche du pisé.

Cycle de la chaux
Roche Calcaire
CALCINATION Ou mortier pris
à 900°C CARBONATATION
CaCO3 + CO2
Echappement de CO2

Chaux vive
CaO
Hydrate de Chaux Mortier frais
Production de chaleur

+H2O Chaux aérienne


EXTINCTION Ca (OH)2 +H2O+sable
Ou chaux éteinte GACHAGE

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Liants traditionnels : il s’agit de roche (argilo-calcaire) cuite, réduite en poudre, qui une fois
mouillée et mélangée à du sable, reprend l’apparence de la pierre. Ce système est connu depuis les
romains au moins (cf Vitruve) On peut classer les liants obtenus, selon la quantité d’argile contenue
au départ. Le plus argileux (60% d‘argile), donc le plus rigide, étanche et rapide à sécher est le
ciment prompt, viennent ensuite, les ciments (On a longtemps réservé ce mot aux mélanges
artificiels de chaux, d’argile et d’autres minéraux, comme les oxydes de fer ou de manganèse ( cf J-P
Adam) que les romains ne pratiquaient pas) , les chaux hydrauliques, de 20 à 8% d’argile (qui
prennent encore dans l’eau, comme les
ciments) puis enfin la chaux aérienne ( de
o à 1% d’argile elle est dite grasse, parce
qu’elle est plus onctueuse à travailler, de 2
à 8 % , maigre) . Cette dernière est utilisée
pour l’enduit, elle est très poreuse, souple
et met longtemps à sécher, elle sert aussi
comme support de la peinture à fresque, et
pour les badigeons. Elle entre aussi dans la
composition du «chaux-plâtre» qui sert
pour la réalisation des embrasures. La
chaux aérienne a besoin du gaz carbonique
de l’air pour prendre. (Le plâtre a tendance
à gonfler en prenant alors que les chaux se
rétractent: en mélangeant les deux on
obtient un mortier assez stable, ce qui évite
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de déformer la menuiserie, ou de se retrouver avec une fente à son pourtour.) Le plâtre (à base de
gypse) s’utilise plutôt à l’intérieur dans notre région. Mais ce n’est qu’une particularité locale, la
région parisienne a longtemps utilisé le plâtre pour les enduits extérieurs, cette habitude est peut-être
due à un gisement de gypse aux qualités particulières.

Une nouvelle norme chaux NF EN 459-1 de mars 2012 définit une nomenclature qui peut dérouter :

Chaux naturelle Chaux mélangée


Chaux directement issue de la cuisson d’un Liant à base de chaux (soit une chaux naturelle+
calcaire ciment, clinker, pouzzolane, adjuvants, colorants,
filaires…etc)
Calcaire Calcaire siliceux Mélange
Chaux hydraulique Chaux formulée
Chaux aérienne Chaux Hydraulique (Le fabricant n’a pas (Le fabricant a
Naturelle obligation de déclarer l’obligation de déclarer
Chaux Calcique (CL) la composition du la composition du
Chaux Dolomitique NHL 2 produit) produit)
(DL) NHL 3,5 HL 2 FL 2 (A, B ou C)
NHL 5 HL 3,5 FL 3,5 (A, B ou C)
HL 5 FL 5 (A, B ou C)
Chaux aérienne Chaux ayant des propriétés hydrauliques

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La granulométrie du sable joue un rôle dans la résistance à la compression, plus il est fin moins le
mortier obtenu est résistant. Le sable fin est donc réservé aux enduits de finition. On peut par ailleurs
améliorer la résistance des enduits en leur ajoutant des fibres (végétales ou animale). J’ai déjà vu des
poils de vache dans des enduits lors de démolition.

Les enduits actuels prêts à l’emploi, mélangent les minerais originels à des adjuvants issus des
industries, qui ne sont plus forcément de simples oxydes de fer. Leurs relations avec les murs
anciens, poreux, n’est pas simple à élucider, étant donné que leur formule chimique n’est pas
indiquée sur le paquet (ce qui permet aux fabricants de la modifier selon leurs approvisionnements).

Les bétons. Le béton est un mortier auquel on ajoute du gravier (ganulométrie supérieure à
1cm). Il est connu au moins depuis les romains. Le pisé est une espèce de béton naturel, on peut
réaliser des bétons de chaux hydraulique, en fondation par exemple. Ce qu’on appelle communément
le béton est en fait du béton armé de ciment. Le ciment étant étanche on peut y noyer de l’acier sans
crainte de la corrosion… Jusqu’à ce que le ciment s’altère (au bout de 100 ans l’étanchéité du ciment
n’est plus assurée). La durabilité du béton armé est donc sujette à inquiétudes. A moins de trouver un
alliage qui ne se corrode pas dans le temps et qui soit suffisamment bon marché pour être utilisé
dans la construction.

Critères de qualité d‘un mur : 1. l’aplomb, 2. aucun vide dans le garni ni dans les joints, 3. les
parements sont reliés de temps en temps, et les joints verticaux coupés (pierres en quinconce), 4. un
mortier assez riche en liant, 5. Des joints ou un enduit adapté et entretenu.

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b. Le pisé
Chantier 2006 à Renage
La terre. Selon A. Choisy on trouve la terre à la base de la
construction «aussi loin qu’on puisse remonter dans
l’histoire». Les briques d’argile mélangée à de la paille
peuvent être façonnées à la main, et ne nécessitent pas la
maîtrise du métal ni la présence de bois. Pour le pisé c’est
autre chose : il faut du bois et des scies de long pour en
faire des planches.
La terre utilisée et souvent prise sur place, sous la terre
végétale (au moment où les feuilles des châtaigniers sont
grosses comme des oreilles d’écureuils, pour que la terre
ne soit ni trop sèche ni trop humide). Ce qui laisse un trou
pas très loin de la maison, généralement rempli par un
étang. On n’ajoute pas de paille. La terre peut contenir
des graviers de taille variable, des argiles différentes, c’est
donc un matériau lié à un terroir.
L’un des tests pour savoir si la terre est utilisable consiste à en faire une boule avec ses main dela
taille d’un poing et de la lâcher d’un m de haut, si elle se casse en 2 ou 3 morceau c’est bon signe.

L’épaisseur optimum d’un mur en pisé dans notre région est de 50 cm : plus: il sèche mal,
moins: sa hauteur sera limitée. D’autre part, c’est l’épaisseur idéale pour que la chaleur
emmagasinée, grâce au soleil, dans la journée soit rendue la nuit à l’intérieur.
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Mise en œuvre. Une fois la terre sortie et le soubassement réalisé, il faut caler les banches
(c’est à dire le coffrage), remplir la banche sur 10 cm maximum et damer (tasser à l’aide d’une
dame) jusqu’à ce que
l’épaisseur ait réduit à 8cm. On
recommence jusqu’à ce que la
banche soit remplie. On réalise
ainsi de gigantesques blocs
(environ 2m x 80cm x 50cm) à
même le mur, par lits
successifs. (les techniques
actuelles du pisé, sont
mécanisées et légèrement
différentes), en faisant coulisser
le coffrage horizontalement.
Une fois un lit réalisé on passe
au suivant .

Traitement des détails. Chaque vallée, et peut-être chaque maçon, a ses habitudes. Dans certaines
régions, on pose un joint de chaux en bordure de chaque rangée damée, ce qui permettra une bonne
accroche mécanique de l’enduit, parfois on n’en met seulement au bord du fond de la banche, ou
dans les angles de la maison (en petits triangles ou en petits lits horizontaux), parfois pas de chaux
du tout. Parfois la banche n’a que deux ou trois cotés, et l’on finit en biais, parfois non. Souvent on
prend soins de couper les joints et en particulier dans les angles. Les trous de boulin qui servent à
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fixer les banches peuvent être bouchés entièrement ou partiellement, (pour laisser la possibilité de
remonter un échafaudage).
Enduit ou pas ? Dans certains cas l’enduit n’est pas nécessaire : les dépassées de toiture son assez
fortes pour protéger le mur, ou le pisé est très résistant.
Sinon, l’enduit doit rester poreux, pour permettre à
l’humidité de s’évacuer si nécessaire. Le gobetis (couche
d’accroche assez mince) peut être hydraulique, Le corps
d’enduit (ou dressage) puis la couche de finition, doivent
être de plus en plus pauvre en liant à mesure que l‘on
s‘approche de la surface. On peut aussi réaliser des enduits
de terre, enrichis en cellulose (macération terre + brisures
de paille de blé) ils rendent le mur imperméable à la pluie
battante, mais poreux à la vapeur d’eau.
Les ouvertures, Elles peuvent être réalisées
exactement comme dans les murs en pierre. Le plus
souvent avec des briques pleines, qui sont de petits
éléments (5,5x11x22 cm) qui ne risque pas de se changer
en bélier, avec des linteaux bois, ou des arcs en briques.
Mais il existe une possibilité alternative, celle du pré-cadre
en bois. Il peut même être mis en place dans la banche, que
Enduit inadapté au Grand Lemps l’on rempli de terre, comme si de rien n’était, et une fois les
murs terminés, on débouche les ouvertures.
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Résistance à la compression Densité des matériaux:


Pisé , immédiatement: Sable : 1,5kg/l
2 MPa ou 2 N/mm²(unité utilisée dans la norme) CL en poudre : 0,5kg/l
Ou 2 bars ou 20kg/cm² NHL : 0,8kg/l
Chaux, à 28j C : 1 (comme l’eau)
NHL2 entre 2 et 7 MPa, au moins 20kg au cm²
NHL3,5 entre 3,5 et 10 MPa Dosages :
NHL5 entre 5 et 15 MPa Ils sont souvent exprimés en kg
HL5 entre 5 et 15 MPa par m3 (sur les descriptifs):
CPN (ciment prompt naturel) entre 12 et 25 MPa 300kg/m3 veut dire 300kg de
Ciment, à 28j, liant pour 1m3 de charge
masse volumique de 2,5kg/l (sable+gravier le cas échéant)
Essais réalisé avec un cube de 15x15cm soit 240l de NHL pour 1000
C8/10 : 10 MPa litres de sable.
C20/25 : 25 MPa On peut aussi les définir en
C35/45 : 45 MPa volume : 1 pour 4, désignant
C45/55 : 55 MPa 1volume de liant pour 4 de
Pierre de taille sable.
Entre 10 et 40 MPa
Briques cuites Rappel :
Alvéolaires : de 7,5 à 10 MPa Une brouette : 60l
Pleines : plus de 8,5 MPa Un seau : 10 à 12l
Béton cellulaire : 4 MPa
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Muret séparatif à Bévenais

Les logiques mécaniques


a. un mur de clôture
C’est apparemment le système le plus simple, mais il a ses dangers. Il n’a pas de murs de refend ou
de plancher pour le soutenir, il doit se suffire à lui-même. C’est pourquoi il a souvent des
proportions massives : de l’ordre de 1 de large pour 6 de haut. Sinon, il lui faut des éperons (piliers
ou courts murs perpendiculaires au mur principal), ou au moins des chaînages verticaux, tous les 3
ou 4 mètres, ou bien des angles (quand on observe les ruines, ce sont toujours les angles qui restent
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les derniers), ou bien une maçonnerie bien pourvue en parpaings. Les murs romains, atteignent
facilement 2 ou 3 m d‘épaisseur, c’est pour atteindre des hauteurs plus importantes.(notons que le
système pour lier les parements est légèrement différent …) Si on repère des trous à la base d’un
mur (dû au rejaillissement augmenté à cause d’une borne au pied du mur, par exemple), il faut savoir
que le mur travaille en arcs imbriqués, si bien qu’on peut presque dire que c’est par le haut qu’il
tient. Il peut accepter plusieurs trous en partie basse, s’ils sont suffisamment espacés pour laisser des
appuis aux arcs formés au dessus des trous.

b. un mur de soutènement (pierres uniquement)

Légèrement plus compliqué, le mur de


soutènement doit supporter une poussée
latérale due à l’eau contenue dans la terre.
Pour conduire la poussée vers le sol, le mur
doit «avoir du fruit», c’est à dire s’élargir à la
base, et même au besoin faire pencher la
fondation vers le talus. Il peut aussi s’élargir
sous le talus, pour réduire l‘encombrement du
mur. D’autre part il doit évacuer l’eau
contenue dans le talus, car c’est elle qui
augmente la poussée latérale, et peut amener
le talus à se désagréger. C’est pourquoi les
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murs en pierres sèches ont longtemps été utilisés pour le soutènement : sans mortier, l’eau n’a pas
d’obstacle à son évacuation. Ils nécessitent un savoir-faire précis, notamment dans l’art de caler les
pierres qui ne doivent pas glisser à la moindre pluie. Cagin et Nicolas conseillent une proportion de
1 de large pour 3 de haut, pour un mur de soutènement en pierres sèches, et cela en réalisant malgré
tout un drain contre le talus. Pour évacuer l’eau dans un mur en pierres montées à la chaux, il faut y
ménager des ouvertures (barbacanes), des couples de tuiles canal l’une sur l’autre, traversant le mur,
permettent d’évacuer l’eau vers l’extérieur (ainsi, elle ne viendra pas couler dans le garni).

Mur sans barbacane en mauvais état à Saint Hilaire du Rosier Barbacanes sur le mur de soutènement du château de Varacieux

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c. un bâtiment

Dans un bâtiment, le travail du mur est facilité par


les aides que constituent les planchers, les toitures,
les murs de refend. Tous ces éléments concourent
ensemble à la stabilité de l’ouvrage.
On appelle murs gouttereaux, ceux qui reçoivent les
gouttes, au contraire des murs pignons, façades qui
soutiennent la panne faîtière. Les murs de refend
« refendent » la portée des planchers, ils ne sont pas
visibles de l’extérieur, mais ils doivent être liés aux
murs de façade par une harpe de la maçonnerie.
La toiture doit transmettre sa charge verticalement,
de la manière la plus répartie possible (semelles de
répartition sous chaque ferme).
Les planchers sont cloués sur des pièces porteuses
appelées solives. Celles-ci peuvent être directement
encastrées dans les murs porteurs. Si les enduits
sont trop étanches et enferment l’eau dans les murs,
les extrémités des solives peuvent pourrir.

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Si le client est plus riche, les solives portent sur des


muraillères, poutres longeant les murs qui sont, soit posées
sur des corbeaux, soit fixées sur des tampons, et scellées à
chaque extrémité. Lorsque la portée des solives dépasse
3m50 on organise l’ossature de manière à ce que les solives
soient portées en leur milieu par une poutre maîtresse, qui
atteint au maximum 5m (on trouve bien-sûr des exceptions),
c’est pourquoi les pièces des maisons traditionnelles font
rarement plus de 5m de large. Le plancher ne doit pas
constituer un élément lourd et rigide qui pourrait devenir
néfaste pour l’équilibre de la maison (pas de dalles béton
armé, pas de
chapes
successives
coulées à même
le plancher).

Si on ne veut prendre aucun risque, une façade ne doit


pas être ouverte sur plus d’un tiers de sa largeur.
(contre-exemple, ci-contre où les trumeaux travaillent
comme des poteaux, et exigent une maçonnerie de
pièces régulières (ici blocs de béton).
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d. les arcs et les voûtes (pierres ou galets uniquement).


Ils ont été mis en forme sur un cintre ou sur un tas de terre (c‘est
souvent le cas pour les caves et les fours). Pour un arc de décharge
sur une fenêtre, deux planches appuyées l’une contre l’autre
peuvent suffire. Les arcs comme les voûtes travaillent uniquement
en compression, jamais en flexion comme une poutre. Ils doivent
donc transmettre leur charge à la terre par le biais de la
maçonnerie. L’ensemble forme une chaîne comprimée entre terre
et terre. Toute force ponctuelle, (qu’elle vienne du haut ou du bas)
exercée perpendiculairement à un arc risque de casser la chaîne de
compression. C’est pourquoi, les voûtes sont surmontées d’un tas
de charge souvent composé d’un tas de gravats surmonté d’une
chape. Cette charge répartie permet de construire éventuellement
des cloisons dessus sans rompre la chaîne de compression.
Le dimensionnement des culées d’un arc ou d’une voûte
doit être fait avec prudence. Pour se faire, j’ai appris un
schéma géométrique de mon professeur Nicola Ragno ,
(que Marie-Astrid Orth Creps, aussi professeur à l’école
d’architecture de Grenoble, m’a aidée à retrouver dans
plusieurs livres traitant du moyen-âge ou de la
construction romaine, il est parait-il mentionné par
Vauban (XVII° siècle), mais n‘apparaît pas dans Vitruve
au premier siècle av JC) mais il ne tient pas compte de la
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hauteur de la naissance de l’arc, ce qui paraît pourtant


important. On sait que le caractère oblique des poussées
est atténué par la charge verticale qui pèse sur les murs
qui portent la voûte, c’est ce qui se produit avec les
pinacles gothiques sur les arcs-boutants , si bien que notre
méthode graphique d’évaluation n’est qu’un minimum,
qui doit être renforcé dés que la hauteur de naissance de la
voûte dépasse la hauteur de la voûte elle-même, par une
charge verticale sur le mur.

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En conclusion, les maçons avaient peu de savoir scientifique, mais ils savaient qu’en faisant comme
leur maître, cela tenait. La construction traditionnelle n’est pas issue d’une théorie mais de la
pratique. Elle tient parce qu’elle ne cherche pas la prouesse technique, elle parait surdimensionnée
(au regard des calculs), en fait, elle prend ses précautions, elle sait que les insectes peuvent attaquer
le bois, que le bâtiment peut se retrouver sans toit pendant une période de son parcours, elle suit un
modèle qu‘elle ne remet pas en question:
Les habitations anciennes de notre région sont massives, et souples, elles ont une façade nord
aveugle, un étage, et des combles qui servent d’isolant au reste de la maison. Les enduits et les sols
extérieurs sont poreux pour laisser l’humidité venue de la terre s’évaporer.

Dans les années 50 on a voulu mettre ces constructions au goût du jour, «rénover», éloigner la
poussière, l’humidité, faire entrer la lumière, rendre les surfaces lessivables. En France, ses désirs
légitimes ont été pris en charge par les cimenteries, par le biais des dalles et linteaux en béton-armé,
des enduits ciments, des carrelages en grés cérame (argiles cuites à 1200°C)… Notre région, prise
en sandwich entre Vicat et Lafarges, a été le terrain de prédilection de ces expériences cimentières.
Une partie des pathologies que nous allons observer vient de cet amalgame entre ciment et progrès.

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Bibliographie
Jean-Pierre Adam
La construction romaine, Picard, Paris, 1984, 1° édition
Auguste Choisy
Histoire de l’architecture, première parution 1899 réédition 1991 Inter-Livres
Circulaire Confédération Artisanale des Petites Entreprises du Bâtiment
Datée du 21 janvier 2013, ref IV-348 pour la nouvelle nomenclature des chaux
Georges Doyon et Robert Hubrecht
L’architecture rurale et bourgeoise en France, Editions Massin première édition autour de 1942, dernière 1996, il contient une précieuse
bibliographie
Les éditions Eyrolles pour leur collection Au pied du mur, et en particulier
Construire en pierres sèches par Louis Cagin et Laetitia Nicolas 2008
Terre crue par Bruno Pignal 2005
La brique par Giovanni Peirs 2004
Hassan Fathy
Construire avec le peuple, Éditions Sindbad 1996, première édition en anglais au Caire en 1969
Un architecte égyptien qui essaye de retrouver les savoir-faire de sa propre culture, dans les années 40 (déjà !)
Le Gabion, centre de formation de la région PACA
Cours en ligne www.legabion.org
Jean Le Covec, ingénieur des arts et manufactures
Exécution des maçonneries, librairie Baillière 1959, un manuel parmi d’autres propageant certaines erreurs des années 50
Andrea Palladio
Les quatre livres de l’architecture première parution 1570, dernière réédition 1997 Flamarion traduction de Roland Fréart de Chambray parue la
première fois en 1650
J-R Trochet, géographe
Maisons paysannes en France éd Créaphis 2006, vision géographique ethnologique et historique de ses constructions
Eugène Viollet le Duc
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XI ème au XVI ème siècle 1853, je ne connais pas de réédition in extenso, je n’ai qu’un abrégé
Vitruve , premier siècle avant J.-C.
Les dix livres d’architecture traduction accompagnée d’interprétations qu’on n’est pas obligé de lire de Claude Perrault en 1673 dernière édition
1995 , Bibliothèque de l’image (il existe une traduction de Choisy sûrement plus juste, mais je ne l‘ai jamais eue entre les mains)

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