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Library

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University of Toronto
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University of Ottawa

http://www.archive.org/details/lagricultureetmaOOesti
^

L'AGRICVLTVRE ET

MAISON RVSTI
QJ^E DE M. CHARLES
ESTIENNE DOCTIVR EN
MEDECINE.
•^*

En laquelle ejl contenu tout ce cjuipeut efhre requis


four baflir maifon champelîre, nourrir ^ me-
deciner hefiiad & volaille de toutes fortes^

drejfer iardins,tant fwtagers que part erre s,gou-


uernermoujches a miel, planter (^ enter toute
forte d\irbres jruifliers , entretenir les prez^:, 'vi-

uitrs c^ eflangsjabourerles terres a grains fa-


çonner les vignr. planter hois de haute fuflaye
,

^ taillis jbaflir la Garenne Ja H'aironniere &


le parc pour les heflesfauuages,

Vhs vn bref recueil de la Chaife & de


^fauconnerie.

^ PARIS, r^ s. (•

Par îaques du Puis, libraire iuré de rvniucrfîté, à


la Samaritaine, rue S. lean de Latran.

M. D. LXUir.
'

t^uec priuilege du Roy,


li A Monfeigneur Maiftre
THOMAS DE BRAGELOIGNE CON-
SEILLBR DV ROY NOSTRE SIRE, ET LIEV-
tenant criminel de h Preuofté & viconté de Paris,

ONSEIGNEVR, entre toutes

ff les fciences qu'tje peuuent eotepler


'é ^ exercer des hommes ^ nulle me
'yj femhle effre , qui plus efueïlle l'ef

fprit humain, qui rauife plus les

kJenSy qui engedre plus grande ad-


miration des effets de nature , qui apporte plus grand
plaifir py récréation à l'ejprit Lis ^ trauaiMMuijoit
plus 'Utile & necejjaire à la vie des hommes, que l'A-
griculture: en laquelle non feulement nous y oyons a
rœil , manions ^ traittons auec les mains les œuures
denatmrjna^f Mus "^.^ "")//f A-^C-^**-'^'- /»j^.,
^ crni -v

comprcfoenjwie puijjance zfT granaeur de Uieu , qui


d'vn petit pepin,grainj,nojaUj ^ menue plante fait
,

naiflre , herbes, arbres, ^p*jruits infinis : nous y reco-


gnoijjons reluire naïfuement les rayons (^ marques
de la bonté CjT* benejicence du grand Seigneur ç^
Créateur enuersjès créatures, qui des chojes venants
de la terre, nourrit, Jou filent cjT' entretient noflre vie
humaincnoHSj prenos vn plaifir merueilleux à veoir
â ij
E P I^ TR E.

les arhres & herbes par certain temps fortir dufeïn

Cjjr matrice de leur mère nourrice : bref nous y appre-


nons la manière de viure de noflre labeur, de noX^ ac-

quefls (^ reuenuSyde nefire ojfifs,d\iUgmenter le no-

fircy de mefhrifertoHS délices ^plaifirs & autres telles

vaniteZ , vrajes alumettes de tous vices. C'eftpour-

quoy Icpoè'te Latin a tant loue l'heur ^ félicité des

laboureurs : Cefi pourquoj plufieurs grandsfeigneurs


ont delaifféleurs theatreSjamphitheatreSjColi:^ees,co-
lonnes , cjt autres edifces magnifiques: cotemné^ leurs
pourpres j diadèmes ^ parfuns, ^fefontaddonnez^
a la culture des chofes rufiiques de : forte que fi nous
voulons curieufemét rechercher par ordre tous les di-

fcours des hifloires^tant anciennes que modernes^nous


trouuerons que la plus part des perfonnages qui par
leurs vertus ont efléefieuez^, comme en vn théâtre ^
fupreme degréd'honneur y n ont eu rien plus cher, plus
exquis y nj en plus grande recommendation que l'A-
griculture . Cyrus ce grand Roy des Perjes ( comme
tefmoigne Xenophon) en quiareluift vnefilendeur
de toutegloire (j> ,/iaitjTe^, nauoit plus grand conten-
tement , que quand ilpouuoit dreffer quelque beau
parterre , (^ ordonner certain nombre d'arbres en efi
chiquier . L'Empereur Diocletian ( ainfi que recite

Sextus dAurelius Vi^lor) defin bon gré fans au-


^
cune contrainte laiffa le fceptre de [on Empire pour
faire demeure perpétuelle, aux champ s: tant deplaiflr
prenoit il aux parterres ^ iardinages qu'il accou-
E P I s TR E.

Jhroit de fès propres mains. Les Sénateurs, Dictateurs


^ Confuls RomainSjCjui de tout temps ont comman-
de à l'vne des pins florijjantes Kepubliques du mon-
de, ^ defquels la gloire à e fié célébrée ^ ePpandue
parl'vniuers ^n'eftoyenttamaîS tant aijes que quand
ils rufliquoycnt yiamais tant contens d'eux mepnes
que quand deliure:^ des ajfaires publiques ils pou-
uojentàplein loifir vaquera la culture de la terre. Et
combien que fans aller plus outre , iljeroit facile reci-

ter vn nombre infiny de plufeeurs grands SeigneurssJe


noflre temps, qui en ce regard pourrojent feruir d'ex-
nom doit fuffre
emple aux autres : toute sfois con- ^
tenter la feule commémoration dufeu Hoy François,

père desfciecesjequelencof quil nefemploya qués


fl
chofès d'extrême magnanimité & grandeur, ce neat-
moins efloit tant fîudieux de l'Agriculture , que non
feulement il en à mis par efcrit quelques poëmes beau-
& eUq^amment que Hieron ^
coup plus doclement
PhilometorRois grand nom,
de par mais aujîi certains

^fommes
Jalatres ^ à
de deniers propofe^ donnez^
plufeurs peregrinateurs , a fait que noBre France a
e fie enrichie de plufieurs plates Jderbes,(^ arbres ex-

quis, defquels auparauant non feulement la figure 6*


culture nous efoyent du toutincogneues^mais aufi les
noms d'iceux. J^oila fur tout ce que nous doit donner
affeurééf certain iugcment.que t/lgriculture efl l'v-
ne des plus hautes cjt nobles chofes de ce monde. Or
ccflefcicnce ri à efie feulem:nt de tout temps mife en
â iij
E PISTRE.
vpige c^ pratique de labeur parles Rois & princesy
mais encorparles ejcrits de plufieursgrands perjonna-
ges dluflreZen langues dmerfes: comme en Grec par
^

Philometor.Hieron.ArchelaiiSyOrphi^tiSyMHpeuSi
Homère yHeftodcjConflantm Cejar: En Latin,par
Varron^ CatOyColumelle, Palladius, l^ergdle, yEmï-
lins Macer: En langue Puniaue,parle Rpy AttaltiSy

^ Mago ,duquel{come re citent les Hifloires)les ep


critsfuret apportez^a Rome, comme vn thre for exquis
& ^ngulier,aprcs les ruines deChartage:&r cobieque

tous ces auteurs ay cm parleurs doùles ejcrits tellemet

illuflrél'art d'Agriculture , qu'ilsfemblent auoiro fié

àleurpoHeritétout bhonneur^ moyen de pouuoir


adiouflerou inuenter quelque chofe de nouueaU:,toH^
tes fois l'ojeray bien dire qu'ils n'ont tant doclemet ny
tant exa^ement ejlrit , qu'ils n ajent obmis & laijje

quelque choje^que leursJuccejjeurs peuuentfacilemet


objeruer tjT* annoter: car chacu d'eux a parlé de la cul-

ture de la terre félonJonpah: les vnspourla Grèce Jes


autres pour le pais d'Italie , les autres pour la Barba-
rie : les vns ont attaintsfeulement vne partie de l'A-
griculture , les autres deux ou trois , les autres par trop
fuccinélement ont pourflduis leurs definas , les autres
en ont parléaffez^confufement , tellement que de tous
leurs efcrits ^eu de profit en pourrions tirer pour nofîre
Agriculture Françojfe : en quoj ne mepourrois affeZ
efmerueiUer de la ?iegligence , ie ne fcayfi ie dois dire
fetardife ^ pufdïanimité degens denoflrenationy
^

E P I s TR E.

qui nont eu aucun [oing d'tUuflrer noftre agriculture


Françoyfe , maii fcjont contente^ de traduire Colu-
weUe^ConjIantm Cep.r, ^ (quelques autres auteurs

sn m ftre langue j corne fi noflre agriculture Françoyfe


efloit pareille a celle que traitte Columelle ^ Con-
jîantitt Cefar.carl'vne ejl pour le pais d'Italie J' autre
pour la Grèce comme aufi fi noftre France ne ftoit
:

fertile & affluent e en toutes chojcs ru flicjues, autant,

"voirepluSyCjue ne fut onques la Grèce ^ l'Italie :


CT
quelle ne meritafi vne particulière defcnption defon
agriculture aujii bien que b Italie ou la Grèce comme :

pareillement fi noZefj^rits n'eflojent autant féconds

C3r dextres à parler ou ejcrire , que les Grecs ou La-


tins ,^ que noflre langue ne fufî pour le lourd'huy
autant copieufe & féconde que fut onques celle des
Grecs ou Latins.
C'efly MONSEiGNEVR, l'occofton cjT* raifon prin-

cipale qui m'a induit, outre la prière que m'en aue'^


fait quelquesfo'ts , quaj receu pour commandement
pour tobeïffance ^ferutce que vous dois.de difourir
la forme de noflre agriculture Françoyfe:^ d'autant
plus curieufement que noflre pais efi le plus copieux,
abondant, ^fertile en toute chofe venant de la ter-

re, O* neceffaire pour la vie humaine que nul autre,


ioinélquepeu de chofesfe trouuent es pais eflranges,

principalement quant aux plantes , qui ne foyent


maintenant appriuoifees , ^ faites domefliques en
nojlre region.parla diligence des noflres.Ori'ay nom-
EP IST RE.
mêle trahtéqnen aj/fait, l'agriculture Françoyfe,
^ maison miticjne, parce que le nepajje en forte que
ce Joit Jur les pais tranfmarinSy ny tranfmontains,^
partant ne mefers aucunement des ejcrits de ceux qui
-'
en ontfait mention au temps pafé^comme de Caton,
l^arron^ Columcllej Palladius ^ autres, defquels les

préceptes & dcfcriptionsferuojetplmpourU nation


^ Italique^quepourla noflre.en tefmoignage de la Ser-
pe GalliquCi que Columelle prife fi grandement. Et
qu'il nefoifvraj que nous ne nous aydions de ces au-
teurSy les termes , les façons de labeur en quelque terre
que ce fit vous en feront fuffifin t tefmoignage. Et
y

ce-neantmoins ie puis bien affermer,^ ftns tatîancej


que naj rien obmis de tout ce qui peut eftre requis
pour la perfeÛion de l'agriculture Françoyfeien quoy
nay efargné ny ma peine ^ny fais aucuns: car n oyat
auteur quelconque ^ fur lequel me pcufe rengcr^
prendre quelque exemplaire de mes defeings, ay efé
contraint de rufiquer fouuent esfis f:^familièrement

conuerfer aucc toute forte de gents rufliques, comme


auec laboureurs ^vigneros.chartiers, bouuiers^afnierSy
muletiers.bergiers.iaydtniersypefcheursychajfeursyoy-

felleurs ,fauconniers , a fin que ie cogneufe les chofs


ajjeurementyèr que ne fuife fcriptéur des chofs ouïes
ou leues, comme font plufieurs de nofi:re temps , mais
pluflofl auteur oculaire ^ quafi praticien denoflre
agriculture Francoyfc,^ maifon rufiique.
Or maintenant ("Monseignev R)puls que i'ay
combats
E P I s TR E.
comhatu due c fi grand labeur y & au à mon aduis ie
Jiiis demeuré 'vidorieux 3 il ne me refle autre chofe

pour le parfait accomplijjemcnt de mes defirs & in-

tentions y que devons offrir , conjacrer ^ dédier ce


jruitabortifde mes mujes,^ tu fie tribut de mespei
nés, y efiant nonfeulementaflraint parplufieurs par-
ticulières obligationsy plus grandes que ne pourroyent
eflre celles du fils enuers le père y mais mefme Par k
mérite d'vne infinitéde vertus yqui vous rendent tant
admirableyque la mémoire de vous nepourroit iamaié'
eflre efîeinte: car outre les dons excellents de hfbrit
(^ de nature, qui font en voyj, outre la fingu Itère co-
gnoiffance de plufiieursfciences ,& principalement de
luriffrudence y la grande promptitude de trait ter des

caufes en iugementyla fubtilité incredible de compofcr


les controuerjes, ^ expédieriez labyrinthes & diffi-
cultez^de procesiencor reluit-il en vous vne finguliere
authoritéygrauité fienile, vne intégrité, vne droiture
de iuflice , tant admirable, tant célébrée ^ cogne ue
d'vn chacun , quaue^ de tout temps rauj (^ enflam-
mé les affeéfions de toutesJortes de perfonnes a vous ,

ajmeryreuererycraindrcyhonnorery fir defirer pour leur

Jouuerain luge ^ Seigneur.

C'eftaufi pourquoj le roy de France Charles


neufiejnie régnant a prefient, nonparfiaueur, non par
hrigueSy non par recommandations d'autruj, non par
gradcsjommes de denierSyOU promejfies (qui font pour
ce iourdhuj les plus fiequentes manières d'impetrer
,

EPISTRE.
^ obtenir toutes dignïtez^^ magiflrats) vous a eflen

^ nommé fur tous les autres pour tenir fon pege de


iudicature criminelle. En quel eflat combien cft en-

tière c3r inuiolable voftre équité^ combien efl grande

py fainfle V3fîre diligence a exercer iuflice , t'en ap ^

pelle en tefmoing toute U France ^ laquelle fort efwuïe

de voflre nouueau magiflrat^ef^ere en brefpar voftre


moyen auoir en toutes fis contrées ç^pais.vne tran-
quiRité^f^feurtécotre toutes les volenes.embufches-,
larcins , brigandages , ^ autres dangers infinis def-

quels par le paj^é elle a efle miferablement affligée


0* vexée de toutes parts.
Or y MONSEiGN£VR, encor que ie Joye bien af
feuréde l'ardente amitié que portez^ a ceux qui font
profiefion desjciencesje vousjupplieray treshumble-
ment d'auoirpour aggreable l'œuure que ie vous offre:
en mefiurant le prefient, non pas fielon voftre grandeur
a laquelle fierott bien requis dédier œuure mieux ac-
comply 3 ains fielon l'intention ^ deuotion de celuy^
qui le vousprefiente , comme partie des arres de meil-
leure chofie 3 que i*ay propofié de vou4 dédier en brefi.

Et a tant ie prieray Dieu le Createur^vous donner


tres-heureufie ^ longue vie. Ce iourd'huy quin-

Tjefime de lanuier ^i j^ ^.

P^ofîre très-humble ^ tres-obeïfifiant^

Charles EfHenne.
baa ab bb
aa

TABLE DES CHAP ITRJES


du premier linre de la mat fort Kjifiime.

Velle forme 25 Le muletier tbid.


d'agriculture
fera traittec,
Table des chapitres du
cy après i.a
I Le proied: de ce qui fera Jecondlmre.
defcrit cy aprcs i.b
3 Quelles chofes font rc- I T 'Afsictte & pourpris
quifes, auat que baftir la ±_^ desijrdin5,iant po-
métairie z.a tager que parterre 55.

4 Afsictte de la maifon ru- z Quel doit eftre le terroir


ftiqueaucc fes apparte- & labourage desiardins
nances 2.b 35.b

f Le baftiment &pourpris 3 La forme des hayes des


de la maifon Ruftique, iardins 55.
5.b 4 Des treilles du iardin po-
5 L'office du père de famil- tager ^6. a
le^ 8.a 5 Le labour du iardin pota-
y L'office du fermier 8.b ger i6.h
8 L'cftat de la fermière p.b 6 La difpofition des plan-
^ Les vaches lo.b ches du iardin potager,
10 Les poulies ii.a 35.
II Lesoyes 143 7 couches du
L'afsiette des
11 Les cannes itfa iardinpotrgcr 57.
13 LesFaifans &gelinotes, 8 Le temps de femer le po-
14 Les paons 17.3 tager 37.b
15 Poullcj d'Inde 18 a 9 Planter, replanter,cueilîir
16 Les tourterelles, perdrix, & garderies herbes po-
cailles grues & i8.b tagères 38 a
17 Le coulombier 19. 10 Des herbes pour les po-
18 Lebouuier 21. tages en particulier, &
19 Le porcher 24. b premieremétdes choux,
20 Le berger 25. 39.
21 Lccheuricr 27. II La laiduë 39.
22, Le chcuil 28. 11 L'endiue 40.3
23 Lcchartier x^.h »$ Cichoree 40 b
24 1^'afnc 35. b 14 Ariichaud 4o»b
ê ij
a bbabb
aa bbab

T AB LE
rj Pourpier,o2eilIe,pimpre« pr^mieremêt des violet-
nelle,corncde cerf 41. tes de Mars 4é.a
iff Bettes &
poirce 41. 38 Oeillets 46. a
17 Arroches 4i.a 59 Lis 46'.b
l3 Efpinars 41. 40 Des herbes odorantes en
19 Bourroche,buglofc, & particulier: & première-
langue du chien 41. rement du bafilic 46".

20 Porreaux, ciboules, ci- 41 Rue 47.3


uots 4i.b 42 Menthe 47.
21 Pourcelineou pourpier, 45 Thym 47.3
41. 44 Origan ibidem
22 AilsjOignonSjCfchalottcs 45 Sarriette &hyfrope 47.
appétits 42. 46 Coriandre ibidem
23 PerGl,anct,fcnoil,anis,ro- 47 Sauge ibidem
quette 42. 48 Aluine ibidem
24 Afparge 42. 49 Rofmarin & îofmin ibi.
25 Targon 45.2 5:0 Serpolet ibidem
26" Creflon & birle 43.3 51 Anet ibidem
27 Saffran 45.3 5 2 Fenoil 48.3
iS Naueaux raues,rcfforts, 53
Bref difcours des arbres
carrottes, panets &pa- & arbriflcauxjtant eftrâ-
ftenades 45. gersqdomefl:iques, qui
29 Seneuc 43. font plâtez ou tranfpla-
50 Pauot 45.b tez au parterre 48.3
51 Concombres & citrouil- 54 Desarbrifleaux d'où font
les 43.b faits les berceaux du par-

52 Melons &pôpons 44.a terre en particulier : &


33 Singularitez pour les me- premièrement du cyprès
lons & fruits femblables 48. b
44.b 55 Rofier 48.b
Parterre ov iar- 55 Bouïs geneft, cèdre, faui-
din à fleurs. gnier 49»*
54 Q^el profit &plaifir ap-
57 Des arbres & arbrifleaux
porte le parterre 45. tant efl:râgers que dome-
35 Lafsiette,difpofition & fl:iques ,
qui font plantez
culture du parterre 45. ou femez par couches ou
56 La difpofition des herbes vaifleaux ou parterre en
& fleurs du parterre 45,b particuHer 49.3
37 Des herbes pour les bou- 58 Meurtre 49.
quets en particulier. Et ibidem
59 Palmier
ba ab bb
a

DES CHAPITRES.
6*0 Pin 5o.a Tahle des chapitres du
6i Figuier 5o.a
6z L'oliiiier 51. troïftefme hure.
65 Piftachcs 51. b
6j^ Citronniers, orengers,li- Le verger.
monicrs,poucilles ibid. 1 Des dilferêces de verger,
6*5 Grenadiers 51. b 61.
<î6" Des deux iardins parti eu 2 Le iardin fruitier 61.
au bout du iar-
licrs afsis 3 La pépinière, qui eft la

din potager & du parter - plate d'arbres par pépins


re 55.a oufemencc 6i.a
<>7 Carence 55<a 4 Labaftardiere 6z.b
tf8 Gaude &gucfdc 5:5. b 5
La plante à noyau 65.»
^i> Chardon à bôneticr ibi. 6 Plante par fcions & re-

70 LefafFran 54,a iettons 64.1


71 Bref renuoy touchât les 7 Piquer ou affierparbrâ-
légumes 54. b chcttes ou drageôs 64.b
72 Le remède contre les ac- 8 Manière de faire fcions à
cidêts qui furuiénent aux planter 65.

herbes 55.2 5 De
prouigner reiettons,
75 La moufcheàmiel 56'.a ou antenais 6^.h
74 L'afsiettc du
pour les
lieu 10 Enter fauuageaux au- &
moufchesà miel 56 b tres arbres, &c. 66.h
75 La forme Se afsiette des 11 Choifir cueillir & tailler

ruches pour les mouf- les greffes pour enter en


chesàmiel 57.1 fente en tron c,&c. 6'7.a

76 Quelles doiuenteftre les 12 Enter en fente & entre fef


moufchesà miel 57. corce &:lebois éy.b
77 Quel doit eftre le gouuer 13 Enter au bout des bran-
nemêtdesmoufchesdo- ches ^9«a
meftiques 58.a 14 Enter entre le bois &l'ef-
78 La manière de gouuerner corce 69.
les moufchesà miel 58.b 15 Enter en efcuflbn 69.

79 Les remèdes des maladies 16 Autres manières d'enter


aufquellcsfont fubiettes fur toutes fortes d'arbres
lesmoufches à miel 59. 70.
80 La manière de recueillir 17 Singularitezd'enter,plan-
le miel 6o.a ter,& femer arbres, pour
Si Pour faire le miel & la ci- auoir fruits exquis 71.
re 6o.b 18 Du temps de planter Ôc
c iij
bb
aaaa b bb
a

TABLE
replanter les arbres entez fruit des arbres poure-
gros & moindres 75. ftre oftez &
mangez era
jp Du lieu ôcfolagc en gêne- faifon,& horsicelle 85 b
rai yô'.a 44 Manière de faire le cidre

20 Du lieu &
temps auquel 87. a
fingularitez de
chacun arbre fruitier ay- 4 5 Quelques
me d'eltre femé phntc, ,
confire des fruits pour la
&enté en particulier,& referue de toute Tanncc
prcmierementde l'aman- 87.b
dier 76 b
2î Noilillier & couldrc 76'.b Table des chapitres du
21 Ceriiicr 77.1
Coignier 77.
quatnepne Imre.
25
24 Orégier, poucilIe,citron,
limon 77«b
La prairie.
25 Figuier 77. b ï QvTil y a deux fortes de
i6 Pommier yS.a pré 89.
27 Poirier 78. 2 Quelles terres font bon-
28 Lemeurier 78. nes pour les prez 90.
29 Noyer 78. 3 Quelle culture demandet
50 Oliuier 7p. les prez ibid.

51 Dattier &: palmier 5)9. 4 Ce qu'il faut femer aux


52 Chartaignier 79. prez po.b
33
Pin 7P.b 5 Qujil faut eflarterjcfpier-
34 Prunier 79. rcr & fumer les prez

55 Grenadier 80. 91 b
16 Cormier 80. 6 La cueillette de foin ibid.

37 Guindolicr autrement dit 7 L'ozeraye 5 2. s


iuiubier 8o.a 8 La huUaye 52.
38 Laurier 80. p L'ormaye Ôcaulnayc ibi.
3P L'efpace qu'il faut entre
les arbres fruitiers que 16 L*ESTANG, LA MARE,
replante 8o.b & la fofle à poifTon.
40 Autres prerc?:tes de plan-
ter arbres fruitiers 8f.a 10 Qn,^l eft le gibbier &
41 Efmonder,dcfchauflcr 2c l'cibing 930a
nettoyer les virLres 8i.a lî De quels poiflons on doit
42 Medeciner les arbres fiui peupler lescftangs, ma"»
tiers g4.a res & folfes à paillon

43 Garder & conferner le 53.


aab b b bbb

DES CH APITRES.
il Qu^il faut curer les cftags ure Sf?''^

% Quelles font les terres la-


13 QjJ^il faut auoir foing de bourables de noftre Fr5
laleueedeTcftang ibid. ce 5>7'b
14 Quel foin eft requis pour 5 Combiê de façon demâ-
la mare & la folle à poif- dent les terres laboura-
fons 9'^'h bles 58 a
îj De la nourriture des poif- 4 Efpierrer, première façô
fons d'ei1:ag,mare,& fof- des terres labourables,
feà poiflbns ibid. c)8.b
iS De la pefche des poiflons 5 Amender, féconde façon
55. 99.a
! 7 Pour faire affembler les 6 Fumer tierce façon 99.
poifTonsen vn lieu ibid« 7 Auant que femer faut la-
18 Pour prendre toutes for- bourer, de première &
de poilfons , tant pe-
tes féconde façon loo.a
titsquegrands ij^.a 8 Que félon les païs Ion fe
15 Pour prendre petits poif- •fert de diuerfes beftes,
fons i'S-b pour labourer les terres,
2,0 Pour amorcer les tortues 100.
95. 9 Efmotter, puis labourer,
21 Pour les feiches ^ç.b de féconde façon loi.b
2i Pour prendre le poiflon 10 Semer 101.
menu, qu'on appelle lo- îi Choix de grain, pour fe-
ches 95. mer 102.
13 Pour prendre perches, 12 Hercer 101.
5)5. 13 Sarcler 102.
2,4 Pour prendre faulmons, 14 Moilfonner 102.
tât de riuiere que de mer 15 Battre le bled lo^a
9S'b 16 Qj^cl doit eftre le grenier
à mettre le bled 103 b
Table des chapitres du 17 Panificc & bière proue-

cinnuiejme Hure. nantsdubled 103.


18 La culture des mars &: lé-
De la cvltvre des gumes en particulier, &
grains & légumes en terres premièrement de l'orge,
labourables.
104 a
r Quelle manière de cul- 19 Auoin? 104.
tiucr les terres laboura- 2oMil&panic 104.
bles fera traitée en ce li- 21 Sefamc ibid.
b biaa a bb
b
a

T AB LE
2X Lentille lof.a tonneaux, te goufler îc

zi Phafeols ibid. vin 113.

Z4 Lupins ibid. 45 QiJ5lques petites fingula-

25 Febues 105. ritez touchant le vin


16 Petits pois, pois ciches, ii5.a
ers ibid. 44 Difcours d'aucûs vins qui
27 Chanure ibid. feruent à l'vfage de mé-
i8 Lin 10 6. decine ii7.b
1^ Naucts & raues ibid. 45 Des vices & accidens qui
furuiennent au vin 118.

La vigne, j\6 Manière de faire vinaigre


119.
jo Quel terroir demande la
47 Quelques petites fingu-
vigne lotj.b laritez touchant le vinai-

31 Q^c nulle vigne fe fait gre 115).

par pépinière, fi ce n'cft 48 La manière de faire du


pour plailîr ibid. verius izo.b
31 La façon de planter la vi-
gne loy.a
Tahle des chapitres du
35 QH5' terroir & culture
première demande la vi- jlxiefme liure..

gne nouuellcment plan-


tée 108. La garenne.
34 En quel temps faut plan-
ter la vigne ibid. 1 Afsiettedelagaréneiii.a
35
Plate de vigne noire loS.b 2 Qu^il faut faire vn clap-
36" Plante de vigne blanche picr pour peupler la ga-
10^. renne 122. â

37 Le labour de la vigne par- 3


Q^el îraittement deman-
creuë 110. de le connin de la garen-
38 La manière d'enter la vi- ne 122.
gne m.b 4 Quelle différence il y a
39 Quelques petites fingula- entre le connin de garen-
ritez touchant la vigne ne & de clappier 123.
ibid.
40 Les maladies de la vigne, Le bois.
& rcmcdcs d'icellcs 112 a

41 La manière de faire ven- j Que le terroir eft à confi-


danges ii3.a derer auant que planter
4î Du temps de percer les le bois J23.b
Que
bb a

DES CHAPITRES.
6 Que le chcfne , chaftai- mes i^î.b
gnler & orme, font les 19 Deschaftaigniers 135.3
plus nobles arbres des 20 Deschcfnes&: deleurdif
bois i24,a ference, charmes, fou-
7 L'afsiette & difpofition fteauxj&femblable bois
du bois de haute fuftaye J55.b
124,
8 La manière de planter les Parc avx bestes
arbres du bois de haute fauuagc?.

fuftaye iij.a 21 du parc, & gou


L'afsiette
_9 Du temps de labourer les uerncmêt des belles fau-
bois lid'.a uages y contenues 135 a
10 Que le bois foigneufe-
ment labouré , profite Haïr onni ère.
dauantagc que celuy qui 22 L'afsiette de la haironnie-
n'cft; labouré I25.b re, &gouuerneracnt de
ji Tranfplanrcr les arbres hairon 155. b
117.3
11 De la forme d'efmonder, La vsnterie, ov
esbrancher & nettoyer la chaffe.

le bois ibid.
25 Qu^il y a trois fortes de
15 Dclaforredefcmergland
chaffe 136.6
pour faire venir chefnes
127. La chasse ov ve-
14 De la forme de ve- faire nerie du cerf.
nir les arbres fauuages de
feméces,pouraprcstr5f- 24 Quels chiens font bons
planter autre part i28.b pourla chafle 157.3

15 Le plaifirqui viét du bois 25 Comme il faut fdÇonncT

fauuagc planté, & profit les ieunes chiens pour la


d'iceluy J29-a chafle 159.3
i<î Q^'jI faut cognoiftrc le
i5 Traittédc la nature pro-
priété & dilfcrence des ctrf&: fçiuoirfon giftc,

arbres fauuages, & quel auant que le courir 1^9.


terroir ils demandent 27 Comme il faut courir le
i^o.b cerf i4i.a
17 De l'aulne, peuple, faulx,
La chasse ©V
& autres bois aquatiques fanghcr.
151.3
18 Des frefneî;,erablc5,& or- 28 En queltèpsilfautchaf-
bbb

TABLE DBS CHAPITRES.


fer le fanglier, & les mar chiens qui y font requis
ques du bon fanglicr, 145.1
14 5. 35 Les marques du bonlie-
ig Du fanglier,pourceau pri ure, dumafle &delafe-
ué maflc &
femelle fan- melle
, &
de fon gifte,
glier i44.a i45-b
50 La demeure du fanglier, 54 Laprinfedulieurc i4(S'.a
144. 55 Le profit de la chafle du
31 La prinfe du fanglier, rcgnard &dutefron,
144. 148.3
l^ Deuxfortes deregnards
La chasse dv ScdctcfTons 148.0
heure. 37 Deux fortes de baflets,
pour courir les regnards
51 Du plaifir &profitdela ô^teffons, & la manière
chafle du lieurc. Se des delesdreflcr i4^b

FIN.
^KVSTIQyE.
Premier liuredela maifon
QJ^ELLE FOR-
me d'agriculture fera traitée cy après.

CHAP. I.

ovT ainfi que la façon de ballir que


^^^^^T^T^^S^ nousauons auiourd'huy pour la cqu- ,

y^^i^ uerture& repos des homes, ne fe trou-


T%^3/P uc pareille à celle des an ciêsraufsi -.voyôs Diuerfîrééula-
^'^ *~ - -
" - - bourde la terre,
-

nous le labour des terres pour Taliment


& nourriture d'iceux grandement va- félon
la variété
àts pais.
rier félon lescontrees,IeSolaige,lefôds,
& afsictte des lieux,efquels elles font fi-
tuées:& n'eft pas le langage,le veftemêt,
nylesvtils & inftruments mechaniques,qui ne changent fé-

lon les régions, , que nous


qui toutesfois n'empefche en rien
n'en foy ons aufsi bien, ou mieux accommode2,que noz pre-
decelfeurs. Par cela nouspouuons veoir noftre agriculture
moderne raporter & reuenir au mefme point de celle
des an-
ciens quieftdeviuredu fruit de la terre par nouscultiuee.
,

Parquoy m'a femblé hors propos farreflerdu tout à la dif-


férence du labour des anciens, félon les régions habitées de
plufieurs peuples d'iceux, chacun defqucls auroit façon de
viure particulicrc,oultre ce,que pour aifement faccommo-
derauecles pcrfonnes,lon à toujours eu couftume ferenger
à la mode de païs, fans f affcdionner , ou par ledurc des
Trop grande ca
anciens liures, ou par trop grande curiofité ruine & dcftru-
rioilté ruine des
élion des bons efprits,a tant de nouucllcs manières de baftir, bons clprÙJ.
cultiuer,par!er oucfcrire:carpartelsmoyèns,en cuidant re-
former les chofcs fans les parfaitement congnoiftre, loneil
LIVRE I.

bien fouiiêtcaufedelcs perdre, &aneantîr.Parquoy ne vou*

Quelle forme
efmcrueilleZjfi le biftiment &
labour de noftre maifon fran •

d'agi icultuic fe- çoife ne rcfembîe du tout à ceiiiy des ancicns:Car noftre in-
ra trauec cy a- tention eftfuyuât le prouerbe qu'il fault apprcdreles meurs
ptcs. antiques,& faire comme de prefent, vousadrelTerlesmoyés
Proncrbe.
de tellement afleoir & entretenir vne ferme, métairie, ou he-
Le nom de la
maison ruftique ritaigc aux champs,(nommez le comme il vous plaira) qu'il
eftferincjinctai- puiiïe nourrir,auec quelque profit, &
fuccreft, vn bon mef-
riCj ou héritage nagc, &
toute fa famille,dont eft ce que les Champenois l'ap-
auxchamps.
pellêt au iourd'huy gaingnagc:Car il n'y à chofe qui appor-
Gaingnagemot
vfitépar lesChâ
de gaing à fon mai{lre,que
te plus la terre bic cultiuee, & rai-
penois qui (igni fonnablemcnt entretenue.
iïe métairie.

Le proieéî de ce qui fera défait cy


après. Chap, 2.

Our mémoire, & comme forme d'ordonna-


^ ce de noftre agriculture françoife,nous vous
propoferons vnlieuchampeftre afsis en tel
fe pourra trouuer, non pas choi-
endroit qui
fir, & le drefierons , fans defpens extraordi-

naires, vnemaifon auec fes appartenances,


Caton agricul-
telles,ou à peu près , pour noitre temps , que le bon Caton a
teur.
Sommaire di figuré pour le fien , en Ton agriculture Romaine, auquel en-
premier liurc. droit nous traiterons de l'cftat & office du Fermier, de fa
femme, de fes gens, du beftail , des volailles , & autres telles
chofes.
Sommaire du A l'vn des coftez de cefte maifon, iuftemét Se à l'endroit
fécond liure. ou donne le Soleil leuant,nous mettrons d'vne part le lardin
lardm du xnef-
nage.
du mefnage,qui audela de fa hayevifue,comprendra les treil-
Treilles à ver- les à veriuft,auec les herbages neceiTaires à la maifon , Et en-
iuft. cor pour le profit,le Saffran,le Chardon à bônetier, la Gaul-
de,la Garance, & les Fillafles, fi meilleur n^ femble referuer
cefte culture en plain champ, auec les mars. De l'autre part,
lîirdin à fleurs.
nous afferrons le lardin à fleurs de odeurs, auecq' fes aorne-
mens, & parterres. Audela de la baye nous mettrons les
,

poîageSjCommePoix & Febues, & autres fortes de légumes,


aufsiles MeIon3,Citroulles,CÔGombres, Artichaulx & fem-
DE LA MAISON RVSTIQ^E z

blables:auquel lieu nous traiderons des mouches a miel. Mouches à mie!


Sommaire du
Apres les iardins nous cultiuerôs le clos ou verger à fruits,
& la poicrons la pepmicre pour les Sauuageaux,Ja Baltardie- y ^ ,. ^ ç^^^^^
re pour enter Puis
. le quarré des arbres par creux , & tranf- Pcpimerç.
plantez. Baftardiere.
Sommaire Ju
Suiuant le vereer près du petit ruifTeau, nous fituerons le
/ f\ 1' «7 quatriefme hure
r«.,.,«,,a ce
pre pour le
1
palturage , auec
I'
1 ozeraye 1 ormaye 1 aunaye ,
l^^
la fauir^ye au circuit & au delà nous mettrons re{lang,ou le viuier.
:

viuier , puis les grands prez , pour la prouilîon & reuenu du


feigneur.
, Somrrymd^
Entre le Midy & leSeptentnon,nousairerrons les terres ^jn^ujecme li-

à grain, &: traiterons de leur façon & labourage: & au defluf, ure.
moitié en pente & moitié fur la butte ou colline, à l'endroit Terres a grain,
,

Vigne,
qui plus prendra du midy,nous planterons la vigne, & dirons
la culture d'icelle.
Entre le Septentrion &: l'Occident, nous mettrons la ga- Sommaire <Ju
rêne en autre colline, ou coftau. Et au defllis le tailliz & bois fixiefme
Imrc.

de fuftaye,auqucl lieu nous n'oublierôs rien de ce qui appar-


tient à la façon & gouucrnement des bois. Ferons aufsi mcn- Garenne,
tien du Parc pour les beftesfauuages,de leur chalTe mais en Tailliz &bois
peu de propos(Car n'cft befoing qu vn bon mefnagcr f amu- ^l'f^J^X^ç^ç^
fe à la chaffeode la hairôniere.Finablcmêt,defcrirons en brief f^u^^^s.
la les oyfeaux.
façon &: manière de prendre Hcronncrie.
Par ce moyen, refteront peu de chofes à defduire touchât Chaffe aux
châpeftre que doibt oyfeaui.
la beauté, &proffitd'vne métairie telle

defirer celuy qui veult curieuferaent &


auec raifon viure du
labeur de fa terre.

Quelles chofes (ont requifes auant que ha^iî


la métairie, Chap. 5.

Vanta h propriété de l'héritage dont plu-


Sl: fleurs autheurs Grecs &Latins ont fi curicu-
'

fcmcnt ne m'en empefche autrement


traité,ie

1
prefupofant ouquecefte maifon ruftique, &
: la terre à elle fubicâ:e,vous foitvcnuë de fuc-
^^^^^^ -'^'l que vous la vucillez accommoder
cefsion, &
ou que fi
û voltrc aifance, vous l'aucz achetec,vous l'ayez b:c
nettoyée premier que la baftir,&: aproprier, car ainfi que Ion
a ij
LIVRE î.

Cuifî ne, pre- dit, que le premier baftîmentd'vnebône maifon doibteftre


mier baftimcnt la cui{ine,c'eH:
d'vncbônc mai*
à dire le reuenu, &
le fonds , pour l'entretenir:

fan.
aufsi le premier point d'vn père de famille, auât que baftir &
dreffcr fa maifon , eft d'aduifer bien diligemment qu'elle foit

Maifon
du tout ficnne, & qu'il n'ait plus affaire à mineurs, créditeurs,
fiennc.
rêtiersjou fuperieurs,qu'ils le diftrayent de fes négoces. Qu^il
ait fourny à tous frais,& folennitez de iuftice,& nomméméc
Décrets, feures aux licitatiôs& décrets qui font les plus feures voyes d'ache-
voyes d'acheter.
ter pour le iourd'huy Car on trouue plus grand nombre de
:
Plusdefotsache
teurs^ue ven- fots acheteurs que de fots vêdeurs.Que fan & iour foit paf-
deurs. fé, qu'il ait efchangé, fufciié & efmcu nouuelîes debtes,pour
Seur acher. efclarcir fon héritage, & n'y employé la valeur d'vn denier,
qu'il n'ait entièrement cheuy borné , & arpenté auec fes voi-
Acheter paix. lins: &
acheté paix des plus hargneux. Somme qu'il foit hors
Terre ameinc de toute cour procès: & &
que fil luy demeure quelque cas à
guerre. [comme Ion
parfaire que terre ameine guerre] que ce foit
dit
Rien n'eft à né-
gliger au pcrc
pluftofl; àluy à demander qu'à défendre, l'entends touchant
de fes droits feigneuriaux &cen{iueSjdefquels il ne doibt nom-
famille.
plus laifler decheoir le moindre denier,ch3pon,ou quoy que
ce foit,qu'vne tuille de fa couuerturc qui a traiâ: de temps nô
réparée & remife en fait cheoir d'autres,& porte grâd dom-
mage au logis.

^Jîiette de la maifin ru^ique auecps


appartenances. Qhap, 4,

Voy qu'en toutes chofes


, chacun demande (es

cômoditcz , & f esforce approcher le plus près


Contentement.
delaperfedionquiîuyeft pofsible, toutesfois
le bien apris & modefte perc de famille fe con-

^^____^
tente de ce qui luy vient de la main de la grâce
de Dieu, & prend en gré de fa munificêce & largefle, tel gue-
ret tel fonds , & afsiete qui luy efchet , eftant certain que le
,

choifir,ny la perpétuelle iouiflan ce n'en eft à Iuy,nô plus que


les empires & royaumes aux Princes. Parquoy li le lieu de fa
nai{fance,de fuccefsion,ou acqueftn'efl naturellement fi pro-
pre &
commode qu'il le pourroit bien fouhaitter il le doibt ,

Labour &artne tellement accommoder par fon artifice,& tafcher par fon la-
au père
ccfTaire
^^^^^ ç^ fongneufemet l'amêdcr &
ameliorcr,qu'"il f en puif-
DE LA MAISON RVSTIQVE. 5
de luy & des fîens, & drefler
Ce contenter, pour la nourriture
vnemaifon.Car plusnefcauroit il defirer[rile prouerbeeft «rouerbc ancié
véritable ] qu'en cent ans ciuyere,en cent ans bannière.
Vouloiren celt endroit prefuppofer la fituation d'vne
maifon ruftique,telle & fi parfaite , que riê nV peuft maquer, Nulle fituation
P ,^ . ^ , 1 . r, T>- PL dcmailonrulti-
cc me ,
fembleroit chofe loing de toute railon Bien eit vray
.
parfaite.
que fi tel endroitpouuoit trouuer,que l'air l'eau , & la ter-
fc
re y donnaflent entière Faueur, cela feroit fort à propos: mais
ny les Empereurs,ny les Roisnefefcauroientcontcntcr,que
de l'afsiette de leurs regions,les vues plus chauldcSjplus froi-
des,plusfubic(5lesà putrefadion, les autres moins vtilesàla
produdion des fruits, & quelques vnes de moyenne façon,
& rencontre . Vray eft qu'outre ce que la necefsité engendre NcceAitcengé-
drc arrxfîce.
l'artifice, il ne fc trouue incômodité qu'il ny ayt quelque au-
^ - j- / r ^• \, j " ^ • Incomoditc re-
tre comoditc pour recompenleicomme en lieux chaulas vie-
comoenfee par
nent les bons vins , &: fruits de garde En lieux froids , force :
commodité,
eaux douces, & quelquefois marines, qui leur apporte grand
profit en d'autres le plus fouuêt,quât la terre n'eft frudueu-
:

{è au defluSjelle l'efl: au deflbubs, comme en pierriercs,minie-


rcs & autres telles chofes dont Ion fait efchange en meilleu-
res. Par ainfi,nousnous contenterons du lieu quenoftrenaif- Cotenter fe faut

fance ou demeure pourra porter: & fil n'eft tel que le fouhait ^^ " ^"* ,.'^"
.
r^\ .-.. -.1
dj vn curieux,ou fort a conteter, pourroit bien requérir, nous
• • «nature donc,

efforcerons l'amender par les moyens qui feront recitez cy


après.
Bien peu de maifons ruftiques fe treuiient afsilcs en lieu
qu'il ny ayt quelque cas à redire comme faute d'eau en
lieux plains, & cfieuez, tels, que font la Bcaulfe & la Cham- champaignc.
paignc, cncor que y font fortes, ou bien en lieux
les terres Satfoye,
eflcuez & montagneux Trop grande abondance d'eaux, en
:
Daulphiné.
Auue.gne.
longues vallées, & dcfccntes, telles que Ion treuue en quel-
ques endroits de laSauoye,Dauphiné,Auucrgne,& Gafcô- Eftam^fs.
gne, Aufquels lieux y à plus de pafturaiges, que de labour: Sainft Mathu-
Autres quartiers Q)nt naturellement fablonneux, comme rinde l'archant.
vers Eftampcs, & faindt Mathurin de l'archant. & cncor en Solongne.
_"'"*'
lafolongnc,& païs de landes, qui toutesfoisne laiiïcntcftre
aqueux & humides:autrescroyeux S:argilleux,comme vers chaalônj.
Reims, Tj oyc & Chaalôs en Champaigne atirrcs pierreux : S.LcudeScras.
Comme vcrsiainétleu dcSerans,Tonnoirrc, Vcftlccn Dau- Tonnoine.
phinc ou fe treuue le Marbre, & autres endroits de pierrie- "Vcfelé.

a iij
LIVRE I.

Lieux caillou- res : quelques vns font cailloiicux plus propres à vig^nobles.

eux propres à vi
Qjjpy qu'en foyt, lebaftimentne feroit eftreen fi tflrar.ge
gnodles.
lieu, que lon nc puifle choilîrlc meilleur regard du Soleil,
Siincedupais.
* r i
' o rt l j l •
•' j
i v •
i
pourlalante &Ialubrite des habitans, &: l'accommodera
fonaifancermais le principal eft du fonds delà terre, à la-
quelle Je baftiment de necefsité eft fubieâ: , pour laquelle &
il eft principallement drelTé.
Si donques le lieu hault & plat comme vne , Beaulfe ou
(Ulemcs
haute Francc,à faute d'eau,il y fault faire des Mares par en-
Terres fortes. en voz courts, & vne cifterne en voz lardins, & telle-
<^roits
ment reonner les terres^qu'il y ayt des feillons par voye, qui
retiennent long temps l'humidité , fi les terres fe trcuucnt &
fortes,il nc fouuent marner ny amender , & ne les
les fault li

laifleren lachere que de quatre ans l'vn.Sivous y faites le


puis,il fault qu'il foyt à Roue,&: fi large que à chacun traict
PuysàroUé.
vous puilfez amener d'eaue demy muy pour le moin?, que
V
vous ferez ietter en auges particuliersj&referuer pour la cô-
" ^^^ ^ modité de voz gens, 5c du beftial Surtout fault foigner de :
eardcr
'
bien recueillir & garder l'eau du Cicljfoit en cifterne ou au-
trement: Et pour fincommoditédu bois ferez amaigrir la
Terre aamai-
terre en quelques endroits proches de voftre logis auec du
Arbres faible, de la croye,& de la cendredufoyer,puisy femerez ou
à plater
planterez telles efpeces d'arbres que penferez vous pouuoir
feruir,combien que deuant que ce faire il feroit bon efprou-
uerquellesfortesy viennent le mieux:Si voftre lieu feftend
B.iuierc voifîn^ iufquesau fleuue,voz prez nen fcrot pas fi loing que voftre
maifon,qui par trop fauoifmerdesriuieres, feroit fubieâ:e à
catarres & defches du logisrVray qu'il eft bon de ne fen dif-
cofter,pour la commodité d'enuoycr le recueil des champs
à la ville,mais il fault choifir l'endroit le plus efleué pour fon
afsiette.
le laiffe le plaifir des Princes & grands Seigneurs qui pour
Piaihr d« Prm- j^^^. (jejçj^^atiQn habitent l'efté es lieux aquatiques excellen-
tement cultiucz , aornez d'eaux , & parez de toutes délices:
aufsi ne fault il que le couft de noftre père de famille luy fa-
Le couft ofte le
^ç çj^ j.j^j^ excéder le gouft:car les Princes ont dequoy chan-
»°" *
ger logis, félon les faifons de l'année, & faire fouuent à leur
appétit du quatre le rond, & au contraire.
Paisfcc. En lieu fec, comme Beaufferon, Champenois, &païsde
^^*^" niont3gnes,entendez à fi bien afleoir voftre baftiment, qu'il
paenc
DE LA MAISON RVSTIQVE. 4
prenne l'orient equino6tial, & retienne du Soleil leuant de
Mars & d'Odobre.
Sil y a colline baft iffez en croppe vers l'orient, & tou-
,
ColUae pour
tesfois n'oubliez la partie du midy, ny aufsi du feptentrion, baftir.

à l'endroit duquel ferez la touche de bois pour la merque &


dcfenfe de voftre lieu.
Choififlez bien les endroits devoz terres les plus pro-
pres pour les & pour la prairie, & adrelfez vo-
fruits, grains, Y'S*}^ °"
^^^^^'
^^*

ftrc vigne à l'afpeâ: de midy, & pour plailirfemez ou plan- ^ ^^


*

tez quelque féconde touche de bois du cofté de feptetrion,


pour la dcfenfe contre le froid. Vous ferez aufsi quelques
croiff^es garnies de leurs contrefencftres^à l'endroit du midy, Comoâitet de»
po jr les ouurir en temps de bife.Tels lieux fe treuuêt en païs fcntftrcs.
de montagnes , qui fort défirent l'orient : Mais auec ce tou-
tcsfois veullent moyenner du midy,pour la chaleur qui leur
cft neceflaire.
Les puis y font recommandez, &
pour trouuer l'endroit Pu« o" ^^ «^oi-
^^ûttaire.
oulcsconuiendra faire,fautchoifir le leuant en commence-
ment de defcente:ou après auoir de foir defcouuert la terre
en diuers lieux,& puis y eftre retourné du matin , à foleil le-
uant,fault efcoutcr cornent il fonne foubs le bafton de houx
garny par bas de quelque rouelle de fer,ou leton ainfi que le
bas d'vnc houlette fans crocq,& la foubs le iugement de 1*0- lugement debô
"*""•
reillc entendre comme le deffoubs refonnefoit ainfi qu'vn
mortier,outcrre glaize,argille,ou autre bien dure ainfi qu'vn
voirre a dcmy cairé,ou autrement en façon d'vn creux bien
profond,qui fent fa carrière : &
eft le plus feur iugemcnt. Et

ne fe faut arrefter aux herbes qui croiiTent par dcffus , deuant


que faille la première attainte,car foubs le Gobelet ou le pas
d'Afnejl'cau n'en eft pas loing, mais elle ne vaut rien, filon
ne crcufe bien plus au profond. Comme à Baignolet , Belle- Baîgnolet
uille fur fablon , ou es endroits de Liury Soubs la veruainc Belleuille {^»r
:

quelque fois fe trouue bônecau & profonde félon la nature


Liur°"'
de la terre, &lafourcceftprouenantedu fonds à bouillon, Veruainc.
foit de fable rouge ou de roche grifc, non pas des coftcz, qui
tantoftfetariflcnt.
Tels lieux produifcnt aufsi communément les pierres, ce ljcu, ^ «rodui-
qui fe congnoifl pat le maniment de la terre rude &
afpre, & re pierres,
du caillou au dcffus d'icellc qui autrefois y pourroit eftre
cheut,& iettc de façon qui quelquefois Ion trouue fur le fri-
LIVRE I.

che le pourtraiâ des fruits, & des grains alTemblez , & con-
Outre ce que le fouir en fait bien prompte
gelez en pierre:
& foudaineexpericnce,cela vous pourra feruir à voz clolîu-
res tant de parc, que de vignes, & autres commoditez, fans le
prolit qu'en pourrez faire à la vente du Moellon & pierre
d'appareil. Mais gardez vous des Carriers & de leur trompe-
Carriers trora-
j-jc^qui fouuent nous preftent leur peine à intereft.
^ * Surtoutefprouuezouparvoilre expérience, ou bien par
l'enqucftcqu'en pourrez faire à voz voilins, quel fruit, quel
-. 'erain.quelle forte d'arbres y vient le micux.Tel endroit en la
,
, .

Produire leio-le S « ir ll ^ ir-» n.


Fi*3nce,& en la tranche beauce, ne porte que le leigle qui clt

contre le nam-
rci de la frâche côtre le naturel de fon gueret.Toute terre à fon naturel pour
bcauce. produire fruits.
Autre n'ayme que le pur froment:Ia Soulongnc ayme les

Touraineiardin îTî^rs &


quelquefois le metaihia Touraine, merirement ap-
deFrance. pellee lardin de France, fe trouue féconde en iardinages Sc
autres fruitiersrcôme qui cft appellee Brie ou Braye,[pource
quelle eft lituee entre les fleuues de Marne & de Seine] pro-
duit fruits & grains à foifon : & celle qui eft entre la Marne
& le riuiere d'aube,rapporte vne infinité de Foins, touresfois
Induftrie dupe-
^^ diligece du père de famile,peut don^pter par fon induftrie
redcfamile. l'imbécillité d'vne terre, ainii que toutes beftes fe peuueat
Labeur de l'ho- appriuoifer par le labeur des hommes.
me apriuoife
& marefcageux, il eft necefTaire
^^y endroits aquatiques
'^^"^j
fayder

^
delà commodité des eaux, Icfquelles fouuent diuer-
Endroitî aqua- .
r r « r
& amendement de voz
i -. i ,

tiques &ma:ef- tirez par eicluies,& canaux au proht


cageux. pafturages,viuiers ou eftangs:Â l'entour defquels plus com-
modes rayonnerez tels arbres, & telles plantes profitables,
que fcaurez eftre aymez des eaux. Et fault bien fur tout ob-
Fondsde la ter- feruerla diueriïté du fonds de terre, qui en lieux aquatiques
£q trouue fouuêt différent & eftrange, félon la nature duquel
re aquatique.

bon approprier lefdites plantes.


fera
Voftre mail on en telle afbiette fera plus forte & plus plai-
, ^, faute en efté, mais de plus grand entretien en tous temps, fi
Iflettes de Flan- ,'
,
- jf •
r j'rn .» /• » •

, vous la voulez enuironer d'eau en façon d lilette, amli qu en


plufieurs lieux de Flandre5,aufquelseil: familière cefte com-
modité de pouuoir en temps propre recouurer le poiflbn, la
fouuagined'oifeauXjlcs arbres tant fruitiers que de chauflFa-
ge & baflimenîs, fans l'aifance de leurs excellens pafturages:
Mais la fanté de vous & des voûres y eft offenfee, en yuer
principaliemen$
&

^ DE LA MAISON RVSTIOYE. j

principalkmcnt.Parquoy le meilleur efl baftir en heurt, & Baflir en heurt,

caucs au bas pour la recreatiô de voftreveuë,fi vous


laifler les
n'auez le moyen d'éclorre le tout en parc pourvoflreharaz,
Se tutre beftial , qui en ce lieu profite aflez, hors mis la bcfte
à laine.
Les lieux fablonneux fe peuuent amender de fiens & de Lieux fabloa-
marne,qui toutesfo.is fans cela, au moy é de quelque eau fub- neux.

terranee en aucunes contrées ne laiflent à rendre profit à leur


maiftre,mais elles demandent repos & variété de femêcercô-
me de légume après le feiglc : la manière de les cognoiftre efl
cômune.Qu^ant le fable eit gras & iaune,alors il fe trouue bô ^^ i°^"^ure"da
pour le grain, & quant il eft blanc & fec,bon pour les bois, & j-^v^jç
^ nuoyfer:
fruits fauuages : Or fc faut il accommoder au naturel de fon
terroir, & félon iceluy femer Se planter par endroits chofes à
luy propres, & qui luy viennent à gré, comme legumes,mil^
let,paniz, riz, len tilles, ve{res,& chofes qui ne rcquierét gue-
res grand greffe.
Terre argillcuTe
La terre argilleufe & forte, come la Breile & en plulieurs Brefle.
lieux du Partois, vcult plus grands & profonds rayons au la- Partois.

bouragc,& par tout ailleurs, pour l'efgouft des eaux, qui na-
turellement y font entremeilees, par la vifcofite de la terre&
ne fe peuuent fi aifemêt efgouter.Ce lieu n'cft fi propre pour
les arbres, ne pour la vigne , finon pour quelques arbres frui-
tiers biê cultiuez,& entretenuz,b3ftiffcz y en heurt affez près Baflir en Kcarï.
du flicuue & prenez moy tié d'Orient moytié de Septen- &
trion, par ce que ce lieu eft fubie<5t à pu trefadion, & affez mal
fain.
Plus fain eft le terroir de Croye & d'ai doife,côbicn qu'il Terroir de
foit plus infertile,mais faut bien amêder,& obcir fur tout ^^SJ^ Yjde ^
v^,,. ', ..,, r
il le
nit--
a ce qu ilamiercar Jepnncipal dumelnagcreit de bic cognoi
Naturel •
i!
la
^^j-jg ^ coeùoi-
ftre le naturel de fa terre, &nele contraindre à porter ce qui ftrc.

luy eft contraîre,qucIque amendement qu'on luy face : aufsi Ndlecontrain-


n'a Ion non plus de profit de la que des
terre par contrainte ^^ bonne,
in, v^ 1

bcltcs par violence. Car


/'
ii
Il I- M
. j ^
elles vous lerucnt de torcc, il vous
r
,
,
Proucibeancic.

en coufte d'auatage par blc.ffeures,malladies, & autrement:


& li ne durent gucrcs en bon cftat. Aufsi dit l'ancieprouerbe,
que lebonpcrede famille doit plus eniédre au profit, & lô-
gue durée de ce qui luy eft fubieâ , qu'à fon plailir & fingu-
liere vtilité.
Tout païs de bô vignoble, eft pierreux &: grauctteux, ou Bon vignoble.
b
LIVRE I.

caUîoucux,& trouue meilleur en coftiu de micl;',ouvers la


fc
dcfccntc iiu fî bô pour 1
fl2uue:ccft endroit ntH. gi jin, fur le.•

plus platd'iccluyille faui chaflier & fumer. Faideslà voftrc


biftiment en pente au rcgird , moytié d'Orient & de Midy,
& ncvous retirczloiiig du fljuue pource que dcffas à cfté dit.
La meilleure terre,e(t h noire & friable ou meuble, c'eft
,
Benne terre.
à dire qui facilement fefmie entre les mains & que Ion fcnt
:

douce àgrafle aumanier, telle qu'on en trouue aupaïsde


Touraine,du Maine, & Anjou, qui font propres à toute ferti-
lité, & abondace de biens, riches en collines,vallees, paftura-

gcs,blaierics,vignobles,& toutes fortes de fruits, mais par rai


Païs fertiles tn fon ils cèdent à la Prouence,partic dc Languedoc, Guyenne,
France.
& meilleurs la chaleur du
endroits de l'Aquitaine, qui pour
fluitaine.
' foleil non feulement en plus grande a-
méridional, raportent
bondâce, mais les fruits de toutes fortes beaucoup meilleurs,
& de plus grand forcc.C'eft le païs de promifsion, en noftre
,. ,

^^"i2,&: n'a que celte mcommodite du vent méridional, qui


liuvêtdcniidv
*
fans la Bife luy engendre prefque annuellement malheureufc
calamité pour les perfones , &
pour le beflial Parquoy faut .

en ce païs efleuer le baftimet a mont, & du tout luy clorre &


boufcher l'air de Midy , finon quant en grand yuer il en fera
debefoing. .

Le hafiiment cjT pour^ris de la maijôn


ruftique. Cl^p. j,

Cheptc paix ,
&: maifon faite , dit le bon père
de famille,& l'auteur des Georgiques Latines,
tes graïKÎcs ca-
prife tresbien les grandes maifons, & de beau-
ges ne font pas
lesmeilleurs oy-
coup d'apartenances, mais il côfeille deculti-
feaux. uer & labourer ce peu que l'homme fçait fai-
Terre trop tra- re: car comme les grades cages ne font pas les
Ukillee fans arac meilleurs oyfeaux.
Aufsi n'eft- ce pas du tout le plus fcur d'a-
derdure peu en
uoir (i beau baftimet au.\ châps,ne de fi grade quatité de ter-
valeur.
L'ccil du raaiftre res,fi lô ne fe veut mettre à la mifericorde de mefsieurs les me
en ère (Te le che- ftAyers,qui pour faire leur profit , ainfi qucles mauuais char-
uaL tiers trauaillent tant les terres fans amcnderjqu'elles durct peu
Mefnager nul fi ou riê
en valeur.Lon dit aufsi qne l'œil du maiftre engreffe le
bôquc [oytaeC-
chcual : & qu'il n'eft fi bon mefnager que foy raefmcs . Car il
mes.
PE LA MAISON RVSTIQJ/E. 6
Çc trouue peu de laboureurs ou à tafche ou à ferme qui aimêt
autant le profit de leur maiftrc que le leur , & qui ne metten t
toufiours quelque cas en arrière.
Mieux vault donc le petit baftiment de bonnes eftoffes, Baftimcnt petit
Toumi vaut
peufomptueux, bien afsis,& bien accommodé [mais qu'il y ^*?"
aitde tout vn peu,J qu vn lieu li lomptueux &
Ipacieux, qui ptu^Qj^al
fcur-
face enuie aux plus grands,ou qui à la longue contraigne fon ni.
maiftre d'en reuendre:car le bo agriculteur Romain dit , que Fermiers infidè-

le maiftre de familc doit tat faire du petit par fon labeur qu'il
J5*-
aitplusàreuendre qu'à achepter: &doibte£lre le lieu aux njaiffre^gf^^"
champs fouucntvifité & reparé, par ce que la defcheute de jj_
quelque partie ou de quelque chofc qui férue en iceluy, de- il ne faultrien
& négligée vn an fculement,coufte trois fois plus à re- Ui(^<-r decheoir
laiflee
fairequ'vn mois ou quinze iours apres:& ne font rien en ceft P°."'' P^" 4"*^ ^®
endroit les propos de ceux qui difent que terre cheuauchee j-'^jj.^ cheuau-
eftàdemymengee, & que terre loingde foy,n'aporte que ehceàdemymé-
flafcons &:bouteilles.Car i'cntends que le maiftre y foit plus gee.

ordinairemêt qu'àla ville, & qu'il en face eftat pour fa nour- Flafcons & boa-

riturc& efpargne.Au demeurant qu'en ruftiquant prenne il ^ "*


fesesbats à philofopher & entendre au gouuerncment du
fien,fans f amufer à la chaflcjaux bancquets, grandes compa-
gnies à yurongncr & traiter les furuenants & f adonner oul-
tre mefure à fes esbats & récréations d'efprit.
L'afsiettedubaftimentfera en croppe d'vne petite col- Afsiettedu be-

line ou de quelque heurtjfi le païs eft boffu & montueux, &


'"pj^sboff &
prendra principales venes vers le Soleil leuantrles greniers momucuj.
fes
feront au couchant,les eftables au midy &
le refte au fepten-
:

trion.
Et cncor que chacun baftiffe à fon appétit, eft- ce que
fi

h raifon doit eftre toufiours préférée, & feroit eftimé l'hom-


^
^**
^e^par tout.
medem3uuaisiugement,s'il auoit place & commodité, qu'il LesTeuesdub».
ncfaccommodaften fortequede fvn des coftezde fachâ- ftimem.
bre, il euft vcuë fur fa court, & première entrée de fa ferme:
& de l'autre fur fes Jardins & terres principales. Pourquoy
afin de plus aifcmêt dreffcr vn baftimct côme de neuf,ou biê
le reparer à fa fantalie, faudra faire en la manière qui s'enfuit.

Figurez vne court grade & fpacieufe, qui foit bien quar- Laio^mcJoba-
rcc en tous fens. Au milieu de laquelle faites creufcr vnc mare
j^j^^^
pour la pourriture de voz ficns.Et plus au delà vn puy s,aucc piens.
^cux ou trois grandes auges de pierre de taille pour abrcu- Fuys.
bij
LIVRE I.

uerlebeftial & les volailles,!! vous n'auez la commodité de


Fontaine. la Fontaine.
Cefte court contenat vn arpent en quarré,rera fermée de
Muraiîlcidcla murailles de i8.pouircsderpefreur,&deio. pieds de hauteur,
court. depuis le rezde chauflee pour appuyer voz baftimens par
dedans, & pour obuier au dager des larrons, y aura des chcf-
nes par voycs &
bonnes encongneures félon la commodité
devoflrelieu &: des eftoffes,
Aumilieudelamuraillededeuant , qui aura fon regard
Porte du bafti- Vers le Soleil couchant, vous ferez voftre porte auec fon por-
ment. tail au deflus pour fe mettre à couuerc quant il pleut. Et fera

laporte autant haute & fi large qu'vne charrettce de foin ou


de gerbes y puifle entrer à laife.
A la rencontre du portail vers le chemin paflant,ferez vn
^, champartdecinqoufixarpensbienfofloyéal'entour pour
^ * la paiflbn de voz beftes lafles ou maladesjqui ne pourront al-
ler en compagnie des autres, Scaufsi pour leslaifler rcpofer
ôc ruminer au ferain au temps des grandes chaleurs.
Logis du fer- Le logis pour voftre fermier fera bienbaftyà cofté du
micr. portail à main feneftre:& prendra iour fur la rue vers falfera.
Four du fermier n on obftant que fes croifees feront fur la court au leuant, fon
hors lebaftiment, & refortira la gueule dans
four aura faillie

du foyer,& aura la blutterie au deflus.


lî falette près
A fencftre de l'entrée de ladite falette y aura vn bouge
.

fermière pour les laitages delà fermière, & pour la referue de fes vi-
ures,& au deffoubs la petite caue:la montée de laquelle fera
pour trappe à pied droit, à l'entrée de la falette, ôc le potager
dans le bouge deflus dit-
La cKambre du De l'autre cofté de la falette fera la chambre à coucher le
fermier. fermier, & vne autre ioignanticelle pour fes enfans & feruâ-
tes.Au tenantdefquellesdeux chambres en continurez vne
autre aflez grade l'entrée de laquelle fera fur la court par de-
:

hors, pour loger fon chaufi^jge , fesinftrumens de labour, &


^ . autres chofesneceffaires.Ei le deflus de ce corps d'hoftel fer-
uira de greniers pour les fruits,legumes,graines,herbes ra- &
que Ion voudra garder.
cines
Edablcs aux ^ ^^[^ droite du portail en entrant ferôt les eftabîes aux
*'clu!iibrc des
cheuaux auec la referue d'vne aflez grande chambre bafle te-
fsruitcurs. nantie grad portail pour coucher le chartier,& autres ferui-
teurs,& aufsi pour retirer les colliers feikttes, traits, mafclles
DE LA MAISON RVSTIdVE. 7
êc autres vtih pourles chenaux. Et en continuant les eftables Eftablei au»
aufditscheuaux ferez auf-i Icseftables aux beufs & aux va- °^"| •
,

ches & le chenil auprès. Et au defTus d'icelles cftables les gre j^^^ ^^^ àdzas
niers pour le foing & fourrage des beftes. Entrée de la mai
A l'endroit oppofite du portail de vo{lrcferme,refpôdra fon du pcre da
diredemêt l'entrée de voftrelogis,qui par vn perron dehuid f-iTaïUe.
degrez pour le plus,conduira au premier eftage d'iceluy:& t^^*".^"-
dr-'flerez à codé droit dudit perron voftre cuiline, ôc retraite
pour deux ou trois feruitcurs,pour voftre perfonne.Puis cô-
tinuerez voz prefTois & foulleries. Et de l'autre part ferôt les & 'ou'
J'''«.^°»"
celliers à vins & a cydres, auec voz caues au deiïbubs. Vous
Cçii-g^j ^ yi^g
entrerez en voftre chambre bouge & garde-robe par le cofté gc cydres.
droit.Et lairrez autant de logis à l'autre cofté pourles amis & Caucs.
furuenans. Et ferez vo? principales veuës& croifeesauleuât, Veuëîpnncipi-
& ne referuerez que demies croifces fur la court , pour auoir ^^ ^"
ieuant.

veuëfur voz gens,&fçauoirqui va & vient à voftre logis : &


au bout de chacun bouge, ferez vn priué pour la necefsité de Priuez.
chacun defdits deux corps d'hoftels, & les (ieges par bas def
dits priuez feruiront pour le fermier, & fes gens.Commcauf-
fi le combIe,& le defTus de voz chambres feront pour les gre

niers, d'vn cofté pour le feigle & forment, & de l'autre pour
les Mars:&; au bout des celliers afTerrez voftre poullaillier, & PouIIaiilier.
taidsà autre volaillc.Et femblablement au bout de la foulle- Volfere & coa-
rie vous alTcrrez la volière ou coulombier à pied,
gT"û"*
Le gelinier fera bafty de façon que le par bas d'iceluy fer-
uira pour les volailles d'eau, comme pour les oyes, & les can-
nes a part,& le dcffuspourla volaille de courril,auec leuriu-
cheoirs & paniers à pondre:& faudra faire au deiïbubs du ge-
linier quelque feparation pourles poulies, ou coqs d'Inde Poulies &.'co<js
foubs le plancher defquelles logerez les fiifans en vn enclos d'Inde,
f'^'^^'^*'
de lattes. Quant aux paons vous leur lairrez la liberté deiu-
cher partout.
Appuyez voz bergeries & porcheries contre le midy: de Bfrgerics& por
fortequ'ellesn'ayent veuc quefurlacourt, & à la principale *^'^^''i"'
^*"
bergerie ferez vne feparation d'affez hautes clayes,pour reti- "
„riMux^
reries aigneaux d'auec les mères, & lesbouczpareillemét,& Lo^edcsbouci
ioignant la porcherie leuercz deux cloifons de muraille bien Loge des tiuycs
cnduittc de toutes pars, l'vne pourles truyes, l'autre pour les
verrats. Au cas pareil ferez des chieurcs & cheureaux en au-
^oec des cMô-
tre cftablc apan; 6c le defTus feruira de greniers pour le four- ures.

b iij
LIVRE I.

rage & nourriture du bcftial.


"^ roppofite des bergeries vous rere2 la grage aucc (i gra-
Gfdnïe
de porte delargeiir delà irauee du milieu, pour donner iour
aux batteurs , & fur le portail par delTus pour mettre les vo-
lailles à couuert, quat il pleut,ou quât il fait trop grâd foleil.

L'vn des coftez de la grange foubs trois trauecs de long


fera pour lo^er voftre feigle & formêt:& l'autre cofté de mcf
me mefure pour les mars.Le milieu de la largeur du portail a-
uec fa couuerture par deflus.
Et entre les bergeries & porcheries iufteraent à l'oppofi-
du portail de la grange, ferez vn lieu de hauteur compctê-
te
Appentils pour teen formed'appentils pour mettre à couuert voz charrues,
les harnois de charriots charrettes, hacquets, tumberaux , & autres inftru-
labour.
ments,& harnois de labour, (i vous n'aymez mieux faire'ceft
appentils foubs voflre voliere,n'ayant autorité de faire com-
me à fief colombier à pied.
Pairie deflbubs ou à coftéde voftre perron félon lalar-
Entrées aux iar-
dins. gewr du corps d'hoftel, voftre fermier entrera aux iardinages,
lardinages, 8c mais VOUS y entrerez par vn autre perron, que ferez delcédrc
leurs diuifions. ^q voftre châbre,fur icGux,rvn defquels iardins à cofté droit
fera pour potages, & l'autre pour les parterres & légumes
les
auec pour les ruches des mouches à miel.
le lieu
Daboutd'vne grande allée que dreffcrez depuis voftre
perron iufques au mur du verger, entre les deux iardins fans
autre clofture ou feparation que de deux hayes viues,fera
le verger feparé des autres iardins par muraille trauerfant aux
deux coftez du clos de voftre lieu.£t au milieu de ladite grâ-
Tuys aux iir- deallee,y aura les puys pour arrouler par canaux & goutiere
iiios.
ce qu'il faudra aux iardins , fi mieux n'aymez y faire venir la
fontaine , & chercher les fources , ou bien faire vne cifterne
bien cimentée pour receuoir & referuer l'eau du ciel.
Verger, ^ Le verger fera la clofture de voftre logis par lequel VOUS
Paftiz.ou pre de
entrerez en voftre paftiz , ou pré de pafturage fur le petit rif^
^ '
verdoyant voftre verger, le long duquel ruiffcau,&aiifsi de
voftre viuicr ou eftang vous ferez voz plantats de laulfaye.
A l'entrée de voftre verger à l'endroit du iardin ferez d'vn
Pcpinicrc. cofté la pépinière, & de l'autre la baftardiere,& au milieu for
Baitardierc. dre des arbres parcreuz & entez. Et au bout d'embas plâtercz
Ozerayc. par rayons voftre ozeraye qui pourra receuoir pour fa eom-
modité la frefchçur & humidité du petit ruiffeau.
DE LA MAISON RVSTtOVE. 8
Le portail du coflc du prepour voftre entrée particu- Po taildc^cr-
licre fera girny de deux chsurons furvne architrnue fans ï^crc
plus, & quatre ou cinq créneaux au d elTu s, & fermée d'vn
huis forttcar par la vous entrerez en voftre mairon,& en for-
tircz à fecrct quant vous femblera fans le fceu de voz gens,
nyauoir la mauuaiie odeur des eftnbles & de voftre grande
court. Et à cefte fin aurez vne yflue particulière de voftre
cftable au Iardin,pour en tirer voz beftes.

Lofpce du Père de famille,


Chap. 6,

y^r^^^ Près le baftiment ainfi difpofé, i'entends que

'/^A^CI lePère de famille foit homme de grande co- , , .

gnoiffance es choies ruftiques : car qui les .^^^^^^.^


ignore ou qui prend autre plailir & vacaliô co<»noifrancc(3es
ailleurs,il faut dcnecefsité qu'il fe foubmet- chofcs ruilif^ucs
te à la confcience d'vn meftayer qui le trom-
pera à Ion veu,& luy empirera fes terres & fonlo^is fans \n _ „ , f.

monde de procès qui luy engendrcra:Ou bien qui l'en ne a ç^^ biilicr à
vn foliciteurjgouuerneur ou preftolant qui f'entendra auec ferme,
les fermiers , & luy en fera croire la moitié de ce qui en fera.
11 n'eft que l'œil & la prefencedu fcigneur bien entendu à
l'agriculture & qui en fait eftat pour ion profit , & retient à
foy la principale chargej& à toufiours le foing fur fes gens.
Et ne baille à ferme ou à rente que ce qu'il ne veut gouuer-
ner que de l'oeil, encor ne voudroy-ie qu'il paffaft aucun
marché deuantNotaires,ny par efcript:car parce moyen il
fe priuedeliberté.Qu^ilfcache & cognoifTetrcs-bienle na-
turel & le choix des hommes, du bcftial &: des terres , & n'y

aitouuragequeluy mefmesà vn befoingns fceuft faire, ou •

fort bien commander,pour le moins qu'il en entende les ter- Bien c6man>!cr.
ines,les faifons, & les façons accouftumees:Car comme celuy
qui ne voit l'endroit ou il veut donner lumière à autruy,n*en
cfclaire iamais fi bien,aufsi le Père de famille qui n'entend &
ne fçait les façons & moyens de fes affaires, ne fcaura iamais
fi bien cômandcr,&: ne fait louurier qu'à regret, &: àlonac-

couftumcdcfemocquer de ceux qui commandent & veu-


lent chofes impertinentes & qu'il faut refaire, ou qui ne font
de profit.
LIVRE î.

l'entends encor queh demeure du père de famiile foit en


Les clefs princi- fon héritage, & qu'il ait la fuperinfcndace & les clefs princi-
pales de tout, pales de tout, 6<: fe retire de fa maifon, & entre en fecrctquat
bonluy femblcra,pourtoufiourstcnir fesgensen ofhcerc'eft
Huys fccrct. pourquoy nous luy auons drefTe' en fon baftimcnt vn huys de
baut de fon clos. Ne voife àla villequepour fes
derrière au

Procès à gouuer principaux affaires, &


facegouuerncr fes procès [ dont a bien
ner. grand peine il fc peut pafler] par vn fidèle foliciteur , à qui ne
baillera que le double feulement de fes principales pièces &: :

TLn quel temps


"^ voife en per fonne à la ville,quevers l'y uer & au temps que
le père de famil ^on recueil tft fait, & lesfemailles & premiers labours defpcf
le Ce doit tenir chezrafin que par vn mefmc moyen il entende à fes caufes, &
en fa métairie, a^ recouurement de fes debtes le dcfire qu'il foit doux à fes
.

en que teps
qq^^ ^ qu'il ne leur commande rien en colère, carfhomme
allerala ville. ° ^
, ,
/i
, - ,
j / a r
^'^''^ plus que le cncual ne veut citretat rudoyé. AuJsi ne vou

Douceur.
L'hôme ne veut drois-ie qu'il Cy rendift trop familier pour le danger du con-
point eftre lu* temnement: & neleurdefcouurirfesentreprifes, lîrond'au-
z?^*^* , . tât quelquefois qu'il leur en demande aduis: &faigne le plus
miliarité!
fouuent en faire félon leur confeil combien qu'il l'euft ainfî ,

Faintife bonne, prémédité, car ils en ocuurentde meilleur courage, quant ils
penfentque lafaçon vient de leur fantaifie: Entretienne fes
T. n. ^
Prett comme ler voifins
,, .
v
&
les fecoure en leurs necefsitez
« •
Ne leur ^prtltetou-

.

doit faire. tesrois que bien a pomt,


i
& ce qu
>-i
il ay mera autant perdre que

demander deux fois,fî ce n'eft en leur extrême indigence.En-


dure de l'importunité &
fafcheufe nature de ceux qu'il co-
gnoiftra luy porter enuie, & ne querelle iamais auec eux, & ne
leur donne occafion de quelque mal conîcntementsmais dif-
fimulantdecequ'ilcognoift deleurnaturel, leur face plaifir
tant qu'il pourra,& verra eftre apoint,encor qu'il fçache n'en
auoir iamais autre recognoiflànce. Ainfi pourra acheter pais
& repos.

L'office dufawîer. Chap. /.


'?*7>;Slife2 vn fermier entre deux aages , 8c du pnïs &
de voftre ferme, fi pofsible eft , & tel que
Vj^^j*) terroir
^cognoiflezeftre de long temps, ou parraport de
gens fidèles, homme de bien, & de qui la femme
foit mefn3gere,& les enfans biê morigincz.

ne foit fouffreteux5villottier,p]aideur,ne tauernier , qu'il Cc^à-


che bien
DE LA MAISON RVSTIQVE. 9
che bien commander à fes appétits, &
Tes fubieds. Qui ne
ii

laifle rien trainerjny déchoir foit Je premier leué , de le der-


:

nier couclié , ne hante les marchez , foires , ne villages , il ce


n'eft pour fes necefsitez.Se garde des conuentions après boi-
re, & ne laiffe rien anticiper fur fon labour, car vn poulce de -. -
j 1. -jj
1 r^ a Ne faat point
>

terre perdu en 1 an , en vault vn pied deux ans après, lit n ett j^:^çj. perdre vn
ia befoing qu'il fçache lire ny efcrire, ou qu'il ait autre char- poul.-e de terre,
gcquela voftre, ouqu'il face par autruy faire rcgiftre de fa SçauoirUrc &
cft pas
defpence:car le panier endure tout.Aufsi ne luy faites rendre elcnre n
compte de li log temps, ny de plus de choies que la memoi- {-çj-^-^çj.
repuiffeporter.Somme vn bonmeftaycr doiteflre paifibîe, Lepapicrcndu-
endurant, &a(ftif, &faut qu'il fcachegouuerner, & refaire re tout.
tous les vtils,qu'il à en maniement,ou defquels vfent fes gens. Scauoir requis
Autrement s'il nefailloit qu'vn manche à vne houe, ou vn ^"^s^™^^^'
clou au cheualjou à la charette,faudroit qu'il euft vn charrô,
'
& vnmarefchal à gages.Qu'il ait toujours fœil fur fes gens,
& vifite fes beftes tous les foirs, & tous les matins les façons
de fes terres. Ne laifle refouler fes beftes au labour : & fâche
les médecines qu'il leur faut pour les cheuttes,deftorces, &
autres inconueniens, &encorpour les maladies de fes gens.

Soit véritable fur tout,tienne fa parole,ne iure point, & mô-


exemple à fes gens qui lesinduife à luy porter hon-
ftrc tel
neur.Car tout ainfi que la parole fimple & véritable, fait efti-
mcr f homme,aufsi le blafpheme, le langage mutile, lafcif ou
de moqueric,auec la vie de mauuais exempie,le redcnt à tous
contemptible.Qjfilmag^ ôc boyue demefmefesferuiteurs:
mais en table feparee,qu'il les paye bien,leur remonftre dou-
cement,&ncleurauancerieniîcen'eft en fortune de perte Auancerauxfcr
ou de maladie. uitcurs,inutile$.

Si vous luy cômettez quelques pièces à ferme [Car i'en - :

tends que la principale charge & fuperintendencc foit vo-


ftre] Neluylaiflez courir terme fur autre, que ne le rendez Courir terme
ncgligentcexcufant toutesfoisl'importunitcdu temps, & ne î^' .
'^^^"i^*
luy eipargnez les necefsitez dont il vous requerra, foit pour
foui-^ir"
l'entretien de voftre maifon , ou pour la réparation des cho-
fc3 qui vous appartiennent. Ne le prenez de fi près qu'il ait
caufe de fcpl3indre,car il vous pourroit faire tort en tel en-
droit que ne doutcricz:Et noitcz que le trop exiger d'vn fer Tropciigcr
micrje rend fouucnt ou ncgligent,ou larron. Dônez luy plus t^'v" ferukeur.
de louange que dercpiinfe,& confidcrez bien la nation dont
c
LIVRE L
Nature dia Nor- il eftrCar le normand mené tout en paix, & le pi-
veut eftre
mand. card tout chaudementdc vray François eft prompt & inuen-
Nature du Pi-
tif,mais il ne Te haftc qu'en necefsité.Vous auez à choifir en-
card.
Nature du Fra- tre le fin bryais,le fier brvais,
&: le fot bryais. Le limoiin eft
çois. foingneux & vous n'y prenez garde il
efpargnant, mais il

Fiabryai?, fi^r fera pluftolt Ton profit & prôpt


q le vollre.Legafcon chaut
à colère. Le prouençal haut, & qui ne veut eftre reprins. Le
bfyai"j5: foc
brvais.
cauteleux, & l'auuerfînac endurant du temps & de
N;.turedeLi- poîteuin
mo^n. la fortune,mais s'il fçait voflre gaing il en participera s'il peut
Nature de Gi L'angeuin,tourangeois, & manceau font fins>iubiils & ama-
fcon. teurs de leur profit. Le chartrain, beau ctronj & foloignois la-
bourieux,pailibles, propres, & refèrrans. Le champenois &
Prouençal.
Poirfuin.
Auucrgnac. bourguignon francs & de bon cueur,mais arreftcz en leur o-
Angeuin. pinion,& les faut fiDuuent laiiTer faire iufques à l'efpreuue du
Tourengeols. contraire. A toutes lefquclks complexions non feulement le
Manccau.
Chartrain.
père de familc mais encor le fermier fedoit accommoder &
Beauceron. des pires en choifir la meilleure, &
foy bien garder de ce qui
Soloignois. luy peutnuire,ou donner erapefchcment,Confiderant que
Cbampenois. tout ainfi que les terres iont diuerfes ayment particulière-' &
Bourguignon met ce qui leur agree,aufsi font aucunes perlonnes plus pro-
franc &de bon
pres à vne chofe que les autres.
cueur maistcftu

Uefiat de la fermière.

Chaf, S,

Enetrouuel'eftatde la fermière de moin-


dre foing & diligence que l'office de Ton
mary, attendu que par noftre couftume de
France, les femmes ruftiques entendent au
mefnage des vaches &des pourceaux, tant
pour la nourriture de l' vn & de rautre,com'
me pour la traite du laid, façon des beurres & fourmages,&
referuedulard pourle viurc des ouuries. Encoront elles le
crédit du four & de h caue, & leur laiflbns la façon des chan-
ures,&: la culture du lardin à potageSjmefmemêt de gouuer-
nerla volaille &
le coulobier: & la referuc des fruitages, her-
bages ^ racines &
greines, &encor d'entendre aux ruches à
micl,vray ql'achapt &vêtedubef^ialappartiétàl'hôme,cô-
me aufsile manicmét du denier auec lelouage &payemét des
DE LA MAISON RVSTIQVE. lo

feruiteurSjinais le furplus q, côcerne les menues affaires, corne


dulinge,vcttcmêtdefami)le,& tousvteriles demernage,cela
veritablcmêt appartict à la fctnnie.rentends aufsi qu'elle foit
obeiffantc à & à ion homme, mernagiere,rerranîe, dili-
Dieu .
^^ fermière
•ri t
V j T j ^, ^ ,^
gente,pailiblc, aymantanebougtrdc idmailon,aouccaux
1 5
doit tenu- pied
^
a
^^^j^^
liens quant il appartient,non quereileufe. Première 8c der-
f3ut,& feucre ou il

hargneufe, bauardc, langagere, ny fetarde. Qj^elle aittoui^ nicre en bcfon-


iours l'œil fur Tes rei-uantes,& foit la première en befon gne. &: g"f- .

^^ie^nc«oittra»-
la dernière qui en parte-.qu'clle nelaiflc perdre,ny trainer vne
buchetterne gronde iamais pour le feruice du père de famille,
car vne miette deniee^ou dônee à regret à fon maiftre, ou aux
fîenSjluy en peut coufter vn pain, puis apres,De f'amufe au ra-
port des perfonnes,fil ne luy porte confequence, dz en com-
munique bien à pointa fon homme. Face voluntieisplaihrà
fesvoifin<:,ne leur fubftrayc leurs feruiteurs, ny feiuantes , &
ne les hante finon quant elle leur pourra feruir ou ayder, ou
nopces &aiïemb]eescôpagnables.Nelai{fe trot-
qu'il fe face "

^t d
aux fefles, & danfes publiques, linon auccfeure
ter fes filles ^^^^^^^
compagnies, ou qu'elle m^efme y foit prcfcnte. Chaffe fes fils
les premiers en befongne:& leurremonftrerexempledupere
pour dôner crainteaux feruiteurs.N'endure dire ou pronon-
cer vne parole irnpudique,ou de iurement & blafphcPie en fa Paroles impudi
maifon.Etlace taire ksraporteurs,qui fcmpcfchcnt desaffai eues ne fout à di
res d'autruy.Qj/clle ccnduife bien les chaumes & les fermes ^^
pour le chauflr.gc du four, Et ne lalffc périr les colTats de feb- ^^j^j.^ ^^j,.^
ues,poix & vcffes, &
encordes chardons & herbes inutiles, Efpargnepour
pour en faire bien bonne cendrc.Rendrc bon compte à fada- le chaufTagc &
me, ou à fon feicneur des oeuf & des petits , tant de volaille cendres,
com.me d autres beltes.Sçache la medecme naturelle pour les tjen,c^j,cinena.
liens hc autres quant mal leur viendra, mefmespourlcs va-
, turelle.ncceirai-
ches, pourceaux, Se volailles, car d'auoir le médecin à toutes rc à la fermière,

heure.' fins vrgcnte necefsité, cen'el^ pa^le pjofit delamni-


fon.L ntrctiennetous fes fubieds en amitié,&: n'endure qu'ils
ayent rancune l'vn à l'autre. Gcuuerne fi bien le paiujquc Ion
rah\i.
n'en vfequederaGis,^ en temps de charte fiicedela Defpë- ^'^,
fepour le boire du cômun,& quele vinfcruepourfon hom- '^°^
jg^jj^re
nie,6L pour les furucnans.
c ij
LIVRE I.

Les vaches. Chap. 5.

Our le regard de la nourriture des vacheSjfa-


Eûableneuî. ce la fermière que fes fcruantes curent fou-
uentreftablc, & fementfurlairc quelque fa-
ble & grauier pour leur entretenir le paflu-
ron, &:neles laiffent coucheren leur fiente,
Vaches menées
au taureau.
qu'ô les maine au-taureau à la faifon des her-
Veaux feparex bes nouuelles,que leurs petits foyent feparcz,fi toft qu'ils au-
de leurs nicres. ront efté alaiâez, & foyent mis en autre taid.Q^ant il les fau
Laift. dra dcfiaider, qu'elles foyent tirées de foir & de matin à heu-
Beurre.
Fourmages.
re propre, & en leur repos. Quelelaiden foitfeparéincôti-
nent & le beurre longuement batu fans rien
qu'il fera prins ,

perdre. Les fourmages bien crefmez, preflez, & efgoutez & ,

fur tout que fes pots,huches, couloirs, efcliffes, chazicres, &c


autres vaifleaux foyent bien nets , & que nulle des feruates ne
touche aux beurres & fourmages eftant en fon moys.
La fermière bien cognoiffante,eftimera toufiours la va-
Signes de bon- che de moyêne taillc,de quatre à cinq ans,& de couleur noi-
ne vache. rcjmouchettee ou tachée de blanc, & de noir,qui ait le ven-
tre grand , large fronc , fœil n oir & ouuert , la corne polie &
noire, l'oreille bien velue, la machouere ferree,le mufle gros,
le poilpoly & efpesja corne petite ôc peu fendue, les iambes
courtes,les cuiffes groffesjlc col long & gros,la poiétrine lar-
Vache au tau- ge,& le piz grand & gros, & ne la lafchera au taureau que fur
reau. le troifieme an , & non pluiloft qu'au commencement de lu-

ing, iufques à quarante iours apres,à la force des herbes nou-


uelles,afin que fi elles font pleines de ce temps là, elles veellêt
à la prime-vere,& aux nouuellcs herbes,la gardera de danger
les dix mois qu'elle portera, & depuis le huiiiefmc la fera
nourrir en rcftable,de bons fourrages en yuer, & en Efté des
meilleurs bourgeôs qu'elle pourra recouurer; ne la fera traire
pour fon vfjgc que deux mois après qu'elle aura veellé, au-
quel temps elle la fera aller aux champs: & ne luy dônera fon
petit pour al laider, qu'au foir quat elle fera de retour, en ma-
geant fon fourrage fraizjpresdefeftable. Etaumatin, auant
Vtauûchaftrex.
qu'aller aux chaps , fera chaftrer le veau, dans le teps de deux
ans,non point plus tard, & fur les trois ans le baillera au bou-
Vdclies breliay-
uier pour le commencera dreffer au traict. Comme aufsi elle
ses.
luy baillera fes vaches brehaynes,d<: celles qui depuisneuf
DE LA MAISON RYSTIC^VE. n
ans ne portent plus , car elles peuuentencorferuir au collier.
Et du furplus pour les maladies , elle traiâera fes veaux fes &
vaches ainfi que fera dit cy après, au chapitre du bôuuicr. Et
quant à la façon des beurres &
froumages,qui font ofhces de
la fermière & de fes filles,fera referué pour l'autre voyage.

Les poulies. Chap. 20,

il Vantau gouuernement des poulies, qui eftlc


principal eftat de la fermiere,elle doit eftre foi-
gneufe que le gelinier foit tous les iours net-
Gelinicr tenu
toyé , il toft que la volaille en fera hors , & la net.
Ijfiente mife à part pour l'amendement des prez.
Les penniers à pondre fouuent rafrefchiz de paille nette, & de
nyeux , & les iuchoirs & montoirs defcrottez toutes les fep- Pconiers apon-
maines. Le taid fermé tous les foirs à foleil couchant, & ou- iuchoirs & m5-
uert tous les matms à foleil leuant. Les abbreuuoirs nettoyez ^oirs defcrottez
tous les iours deux fois en Hyuer, & trois fois en Efté. Que Abbreuuoirs
toujours leur eau foit claircjqu'eîle face femer fouuent pail- "^"j
e re c e.
lefrefche près le fumier, & au droit de la grandie, ou la vo-
laille gratte, & par endroits y mettre du fable, poufier, ou des

cendres,pour leur dôner le plailir de f efpoulfer au foleil & fe EfpouXemet âç

r 1 ,y ^
,
M
nettoyer les plumes qu'elle face ofter le marc du vin & au-- P°"'^^*j
i j Empefcneinent
t
très fruits de endroit ou elles hantent car cela les garde de ^^ pondre aur
1 :
1

pondre. Et faut encor qu'elle ait ce foingdcveoir partout le pouIles,à ofter.


1

gehnier, qu'il n'y ait ny latte rompue, ny endroit efcaillé de-


hors ou dedans , ou quelque lame de fer blanc enleuee pour ,

obuier au dager des chats,regnards,bellettcs,puttois,foyncs,


& autres beftes qui lanuity peuueutgrauir, mefmes à l'ef- Beftcs à craindre
gclmes.
couffle, au milan,au chat huant, qui quelquefois entrent iuf- ^°^^
qucs dans le poullailHer pour rauir les petits.
Et pour ne les perdre,lon doit, à celles qui fouuét voilent
fur les murailles , rogner les grades plumes de l'vne des aelles,
belles des coqs
& ne les laifler entrer vnc fois aux iardins,car elles en feroy et ou chappons ne
couftume: & fi cela les garde de pôdre,& pour plus feure de- font à rongner.
fcnfe, outre ce que dit efl, car aux coqs & chappons n'cft p.-s
bonderongncr l'acjlcjfaut attacher & arranger des fagots
& d'ailleurs.
d'efpines au deffus des murailles d'iceux iardins vn coq nour
A chacune douzaine dcpoulles, c'cftafTcz d'vn bon coq, douze poulies,
quoy que les anciens en baillent vn à cinq,6s: ne faut point
c iij
LIVRE I.

qu'il foit blanc ny gris, mais ou roux ou tanné, ou noir, le


Signesde bon corps bien entafféjla crefte biê droite, chicC|Ucttce& rouge,
•^"l* les ouyes grandes & fort bianches,.le bec court & crochu,
l'ccil noir en cercle roux ou iaulne, ou azuré, la barbe à cou-
leur de ro2e,tirant de blanc en rouge,le plumage du col bien
long doré & changeant, les ïambes bien efcailleesjgrofles &
courtes, l'ongle court & ferme, l'ergot roide & pointu, la
Signes ^c bône queue droite grofle & erpoifle,la poulie tannée ou roulTc eft
poulies. aufsi la meilleure, & qui àlepennage des aelles noir, elle fi

n'efl toute noire:car grife ou Islanche ne vaulc gueres.La tail-


le de la poulie doit ciïre moyenne,Ia poidnne large, le corps
entalTéjCar les plus grandes ne font pas fi naturelles à pôdre,
& fi elles ont cinq ongles comme les coqs, tUesenfisnt plus
agrcftes, & moins piiuees,
La poulie ergotiee cafle Tes œufs, &necouue fi ordi-
nairement, & quelques fois les mcnge.La trop grafie ou qui à
le fiux de ventrcjfait l'oeuf hardrc,îa trop ieune n'entend rie
àcouuer ny conduire poucins, Parquoy fault engrcfierrer-
Tc\)\h c'nantmt gottee, & celle qui chante &' gratte appelle comme le coq» &
corne le coq.
ç^ j^y arj-achant premièrement les greffes plumes des aelles,
& luy baillant à menger force millet,d'orge, paftetrcchee &
parmorceaux,oumiedepain defourmentdeftrempé en eau
de farine d'orge & la tenir en lieu clo2 & en repos , & luy
,

pîumerla tefte, Icscuiffcs, &lecropion &la menger en fe-


PouUeirop burier.La trop grafle fera amaigrie en luy mcttât de la croye
S parmy fon eau, àc de la pouldrc de brique deîlrempce parmy
'
fon menger, & fi luy vient par cours de venîre,luy fault pre-
fenter pour première megeaille vn blanc d'ceufrofiy, & pil-
lé auecle doublederaiiins bouillus. Et à l'enragée qui cafTe
Poulle enraoee.
^ fes œufs & les mcngc, ùvx du plnftre cler furie iaulne
verfcr
d'vn œuf tant qu'il durcifle, & que cela luy feruc corne def^
caiile,& luy mettre su lieu du nyeu,oubien formervn œuf
de plaftre ou de croye, Ôc le mettre au md & ne luy laiffer

roulle trop ieu- qu'vn œuf leul après qu'elle aura pondu. la trop ieune quât A
ne gloufrant. ^ elle g]ouirer3,luy fàult irauerfer les nazeaux d'vne de fes pe-
Poullc ieune bo
plumesxar il n'cfl que ieuncpoulleà pondre, & vieille
tites

le àcouuer. ^couuer.Noz fermières trop feueres les m.ouillent en l'eau


Pour- ofter l'en-
^^^^ ^^^ rafrefchir leur ardeur ou les font ieufner quatre
uie de couuer lo^rs prifonnieres foubs vnecageà poucins. Et fi on ne la
aux poulies. garde de couuer, faut tout aufsi toft ou deux iours après
DE LA MAISON RVSTIQVE. n
qu'elle aura efcîozja remettre en la côpagnie des coqs, pour
luy faire oublier Tes petits, & recommencer à pondre, & frot-
ter le ventre cfplumé dVn grand cz gros chappon &ieunG,a-
ucc des orties griefchcs, &: luy bailler puis après les petits à ^^V^^x^" P°'!-
^^^-haufter £ co-
efchaufFer &
conduire. La poulie eft fubiedeàla taye des
yeux , quant elle viei]lit,au catarrc & dcltillatioii par les na- M^bdic c;<.;
zeaiïx par eftre morfondue , & auoir beu eau gelée, ou trop poulies vishl :",.
froide, & faute de trouuer le gclinier ouuert de ibir,anoir cou
ché au ferain fur les arbres,ou pir n'auoir peu trouuer le cou-
uertjouletaicten temps de pluie. Au fla:< dcvirre quant leur
mengcaille eft trop dcftrempee, ou qu'elles ont mangé quel-
ques herbes laxatifues-ou que le gelinier à efté laiffé ouuert la
nuid. A la neoie delà iiîee pour n auoir beu, ou auoir beu eau .
,

trouble & orde. ,


* -

Aux poux & vermine quant elle couue, & n'I dcquoy f:-
pc'ur. & rçrii^Lia
veautrer &nettoyer,ou que l'ordure crouppift lôg temps au arx poulies,
gelinier: &
à la morfure des belles venimcufes,qui hantent le
fum.ier, & les vieilles murailles, comme l'Efcorpion,fcîpent,
araignc,& mefiraigne,cIofporte,& efcreuilks de fumier.
Ala rongne &: inflammation des yeux, il les faut bafsiner
Mcdernc; poar
'"po"'!"'
d'eau de pourpier, ou de laid de femme: & à la taye leur faut
frotter l'œil auec du fel arr.moniac,camin,& miel, broyez en-
femble,autant de l'vn que de l'autre, fmô que vous ayez fin-
duftric de leur leuer ou faii eleucr bien légèrement douce- &
ment,auecl'aguilie.
Aucatarreies
Au caîarr£,fauttrauerfervne plume aux nazeaux, &leur
^**
attiedirl'eau, & quelquefois luy chaufferies pieds, principa- P°"
lemêt aux petits poullets,que pour cela Ion enucloppe quel-
que temps dans la panne, ou dans de la plume , & les met on
dansvn pot au four tiède, ou près du feu en quelque endroit
propre. Et fi le catarre eft arrefté,c5me foubs les yeux & vers
le bec, il leur faut doucement incifcrfapoftume, & en faire
fortir ce qui y eft côtenu, & leur mettre vn peu de fel broy c.
Au flux de ventre, on leur fait appaft de pillulcs d'orge Au flux devcn-
deftrcm pec en vin, & liée auec la cire, & mcfle Ion parmy leur trc des poulies,
eau de la decodion de grenadc,ou de coings.
Et li le vétrc eft referré,principalemct aux petits, on leur ^ la durtc du
^'^"« ac' poul-
ouure auec vn fcftu, & leur plume Ion lecropion,8t le de-
dans des cuiiïes à ce que la fiente ne foit leans longuemct re-
,

tenue qui leur puiflc eilouppcr le conduit. Et aux poulies on


LIVRE T.

leur met du miel pur dans leur eau à part.


Pour oficr la pc A
la pepic on leur laue le bec d'huille ou ait trempé vne
pic aux poulies.
^^^^ ^'^^j ^ ^ i^^^. f^-^ ^^ manger de la ftraphifagre parmy
leur viande & pour en garcntir les petits on les met fur vn
: ,

crible qui a feruy à la VefTe ou à l'yuraye, &: les parfume Ion


depouliotorigane, del'hyfope, & du lin, &Ion tient fur la
fumee,la tefle de la poulle,le bec ouucrt:& à l'extrême, pour
leur oftcr du tout,on leur ouure le bec, & leur tire Ion la lan-
gue bien douccmentrpuis auec rongle,lon lieue tout douce-
ment par hautjen tirant a bas,ce blanc que Ion voit furmon-
ter prr deflus : & après qu'il eft leué &
defraciné fans efcor-
cher,lon leur frotte langue auec la faliue ou vn peu de vin-
la

aigre : ou Ion la touche d'ail broyé.


Contre les poux Aux poux &: vermine,il Icsfautlaucr de vin ou ait cuitk
vermine.
cumin & la ftaphifagre , ou bien d'eau ou aycnt cuit des lu-
pin.s fauuages.
Contre la mor- Contre morfure de la bcfle vcnimeufe,il leur faut
la
ure de befte vc-
oindre de fcorpion, & mettre fus de methri-
la partie, d'huile
dat : & encor letter vn peu de tnerjaque dans leur auget, &
leur faire boire.
Cotre les bcftes Pour le danger des bcftes qui la nuiâ: viennent au gcli-
,

qui mangent les nier manger les poullets & les œufs les anciens confeillent
, ,

pouliets.
mettre à l'entrée d'iccluy & y femer dedans, des bouquets de
rue, & melmes y en mettre quelques brins foubs les aellcs de

,
la volaille , ou bien enduire les parois du gelinicr & l'entour
de la feneflre auec du fiel de chat ou de regnard.
Ponte des poul- Les poulies commencent à pondre entre Fcburier &
^^' 'Mars, & des le premier an quelques vnes.La ponte d'vn an Se
demy, & dedeuxans, eft la meilleure. Et alors il leur faut
bailler nourriture abondante, &aucunesfoisde l'auoine &
du fenugrec pour les efchauffcr. Et fi vous voulez qu'elles
facent gros œufs[car cômuncment les trop grafîes n'en font
que de petits] méfiez & defîrempcz de la croyc parmy leur
mengeaille, ou mettez de la brique broyée dans du fon, & la
deflayez auec vn peu de vin & d'eau , & leur en faites ordi -
naire. Ou leur baillez tout leur faoul d'orge à demy cuitte
Fin de ponte ^ucc de la veffe & du millet,
e^fouiies.
Elles ceffent de pondre enuironletroifiemedeNouem-
Pourc-uoirdes , ^ j .
j ,r
*/i r
bre,qujeft;quand la froidure commence. Mais h parcurio-

œafs le Ion» de

rjiytter.
^ iité ion en veut referuer à part quelques vnes des plus belles

pour
DE LA MAISON RYSTIC^VE. 15

pour auoir des œufs le long de Ihyuer : il les faut nourrir de Pour auoir Je$
pain rofty & trempé du foir au lendemain, & leur prefenter à •'« 'o"o '^^
J^^^*
^^^^'
de{iurner:& aurepasfur iour, Se defoir leur ietter quelque
peu d'auoine ou d'orge.Ne les faut fi toft laifilr couuer après
la première ponte, te quant elles ont pafTé trois ans,il les faut
manger , aufsi faut il fe deifaire des brehaynes , & à celles qui
peuuentbeaucoup,fouuent châger denyeu,& bien marquer
leur œufs pour les leur bailler à pondre,fi pofsible efl. Q^ant
elles font en mue, il ne les faut laifler fortir hors du lieu ou
vous les auez enfermees,finon pour fe foulager quand il fera
bien beau, & fe garder que l'Aigle, le Milan, ou rEfcouflc ny
defcende.
Lon met la le deuxiefme an de fa ponte, &
poulie couuer _, - r

& quatrième, & en met on pluiiears poulies


lulques au trois fo^jer les poul
en vn mefme temps & foubs leur paille quelque morceau de
, les.

fer, de peur du tonnerre, ou bien des fueilles de Laurier, ou Morceau^defer


cotre le toncrrc.
des teftes d'aiLou de f herbe verte, car on dit que cela fert cô-
1 -oir-
tre la pepie & le fruit
n.
monltrueux. Lon les y
^
m-et
Ti
en -rr»
croiiiant
Secrets de aatu-
^^
de Lune,depuis le deuxiefme de la Nouuelle iufques au qua-
tor2iefmc,dit Florentin. Et Columelle dit depuis le dixiefme _,
.
r- •
r r
ii r i - HoTCntin.
^

lulques auquinzielmeahn que poulletseicioyet en autre columelle.


les

Lune nouuelle,car il ne leur faut que vingt &vn iour,&: doit Temps pour ef-
on façonner le nid defdites poulies à fonds de cuue,telleraent clorre les poul-
^"^*
qu'en fortâtelles ne facent rien cheoir ne rouller. Aucûs per-
fument la paille du couuoir deuut qu'y mettre les œufs , auec
dufoufrepour garder la poulie d'auortcr, & leur baillez les Choix d'ceufsà
œufs que vous aurez marquez, & les plus beaux, & les plus couuer.

e{lpofsible,desltursmefmes.Et notez qu'ils foycc


frais, &: fil

ponduz depuis le feptiefme Feburier iufques au vingt-deux-


iefmc Septembre car d'autre temps ne vallent rien non plus
:

que les premiers ponduz , &


faut toufiours qu'ils foyent en
nombre impar,3Jçauoir en Ianuieri5.En Mars 19. Et depuis Nombre impar
es œufs a couuer
Apurilii.Laplus grande du Laudunois n'en embraffe que i^.
Depuis le fccod dOdobrc elles ne couuent plus ne doiucnt :

couucr,(î cen'cfl esfoursà lamanicredeceuxdeMaIte,&: de Fours à couuer

aucuns Bcaucerons,mais les poulletsfont trop mal aifcz acf- desœuh.


Icucrfur Thyuer Encortiét la commune opinion, que depuis
la my [uinglcs poullctsne valent gueres, & nepeuucnt croi-

flrc ii à droir.Si vous voulez par curiolité bailler aux poulies


à couuer autres œufs que les leurs, côme d'oye, paon, poulie
d
LIVRE I.

Oeufs d'IndCjOU decanne,mctte2lesy fcpt OU neufioursdeuat:


tfiranges &
a couusr coaiec p^jj
y gf, adiouftez des leurs,en nobre impar,ainli que dit eft.
omet eic mis
jv^^is fi rerontocLjfsdcFaifanSjil nefaut doutera les mettre

quant & ceux de la poulie car ils ne demandent non plus de:

Oeufipoura- temps pour efclorre, &


fi VOUS voulez que ce foyent toutes
uoir .emcUcs
, fenielles,prenez des plus rôds & mou{res:car les lôgs &c poin-
Ceremonie à ^^^ ^*^"^ communemët tous mailes. Aucuns obferuent
cefte
même les œufs cérémonie de ne les mettre l'vn après l'autre dans le nid, mais
couuer. les arrengent dans vn plattcau de bois , &
les y laiflent couler
Le boire & man
gcrdelacouuoi
tout doucement, & faut garder que le coq, nv autres poulies
-/r . o - •
j
puiiient entrer au couuoir & mettre tous les lours deux tois
r i
''• •

,
jg
le boire & le mâger de la poulie près d'elle, qu'elle n'ait oc-
fi

cafiô de fe leucr pour fe rcpaiftres car fi elle fe desbauche vne


fois,à bien grade peine y veut elle retourner, fi elle n'efl fran-
che & naturelle.
Si la poulie efl: négligente à retourner à fes oeufs,pour les
couuer egalementrle bon fera,quelquesfois les renucrfer dou
quand elles en feront hors.
cernent,
Impatience des II y a des femmes , qui n'ont la patience d'attendre la fin
femmes quanti jg \^ couuee,& dcs le quatriefmc iour que la poulie a efté fur

pou?ictr
^ ^^^ œufs,elles les lieucnt tous l'vn après l'autre, & les regardêt
à la clarté du foleil : & fi elles n'y voyent des fiUets fanglans
au dedans, elles les iettent, & en remettent d'autres. Et mef-
mesfi après le zi.iour elles voyent qu'il en demeure à efclor-
re, elles en font leuer la poulie. Mais les bonnes couuereffes
ne veulent plus retournera leur couuoir après que Ion y a
touché. Aufsi dit la bonne fermière, que aux œufs qui font
fous la poulie , ne faut toucher iufques à ce qu'ils foyent ef-
clos. Aufsi les faut- il bien choifir & prefenter au foleil entre
deux mains dcuant que les y mettre. Celles qui ont doute
les
que tous les œufs ne foyent bons,& nç puiffent les petits for-
tir pour la dune de la cocque,ne faillentenuiron lezS.iour

Biû^nementdes dc les baigner en vn plat creux, & en eau tiède & ceux qui :

œufs couuez. nageront -m deffus , les oller, & remettre les autres foubs la
poulle:mai.s U ne faut contraindre la poulie à fc leuer pour ce
faire. Vous ferez grand bien au poullet quand il commence
Remsdeataco- ^ pioler, & ne peut fortir pourla durté de fa cocque, deluv
^ ^ aider a la rompre,combien que celtlothce de la poulie bien
naturelle: & vous iautera au vifage, fi vous en approchez
après qu'elle les a ouï pioller.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 14
Les petits poullets nouuellement efclos doiuent eftre Pour preferucr
mis fur vn crible & parfumez de rofmarin à légère & petite les poullets nou
°''
fumée pour les garder de h pépie & ne leur faut de deux ^^ iTpeoiV
:

iours donner à manger. mais les mettre foubs quelque pculle " *

qui n'en à gueres:& qu'elle ne foitgriefche nyreuefche,pour


les tenir chaudement pendant que les autres efclorrôt.Com-
bien que la mcre naturelle les retient afiez fagement foubs fes
aelcs fans les offenfcr. Et les deux iours pa{rcz,il leui^aut ef- ^%^^\f P^*^*"
.
j o j r j r les pouUets nou
1
• •

mier du pam tendre,&: dutourmagemol, ou bien delà tanne uçUenjgt elclcs.


, I 1

d'orge auec du crcfTon Alenois deftrempé en vin & eau,auec


vn peu de fueilles de porreaux hachées bié menu, ci quelque
peu bouillies. Cela leur fert contre les catarrcs & lapepie.Et
depuis ce temps iufques à quinze iours , il les faut tenir foubs
la cage auec la mere.Puis au bout das quinze iours, laiflez- les
trotter auec la mère, & leur donnez mcfme nourriture. Et li
vous auez plufieurs couuerefles, qui ayent efclos en mefme Poullets nouuel-
temps, baillez les petits desvnes aux autres plus vieilles & 'ement efclos i
^'^^ "^'^^'
vfitees à les mener, ou au chappon, comme did eft , & faites
retourner les plus ieunes au coq mais n'en baillez plus haut
:

de XXV. ou xxx.à conduire à la poulie car elle n'en pourroit


:

embraffer ny efchauffer dauantage.Encor faut bien regarder


que la poulie qui les conduir,ne foit faffre & bru tiue, qu'elle
ne lesblefleen grattant, & que fouuent elle les efchauffe. Et
ne vole ou grimpe fouuent,nevoifeenlieu ou fes petits ne la
puiflentfuyure. Parquoy fera bon ne les laifllr aller lî toft au
courtil , qu'ils ne partent de quarante iours du couuoir.
C'eft curiofité de vouloir efclorre des œufs, fans la cha- Efclorre des

leur de la poulie : & combien que cela fe puiffe faire , il n'eft


J^"^^
>
^^"*
"
^^^"
toutesfois fi feur ne fi commode. Lon les arrenge le bout *-

pointu pardclTus dans le four chaud moyennement, fur du


,

fiens de poulie. EtmetloDdes fachets de plume fus foubs, &


& les remcuft on par fois. Puis le 18. lon les baigne:& le zi.on

leur aide à rompre la cocque.


Lon peut faire encor autrement le leur mefme que Ion
met des poulies couuer,à fin qu'il en fouuicnne,fi lon ne veut
marquer les iours aufsi bien que les œufs. Lon prend autant
d'œufs que lon leur a baille, & les met on fur des fachets
plains de fiente de poulie bien palTee criblée, &
bien en- &
tourez de duuet en forme de nid. Et encor fait on vn lia: d'i-
celuy duuet furies fachets: fur lequel lon plante les œufs
d ij
LIVRE I.

comme did eft. Et couure Ion d'autre duuet,


les fachets &
par deflusjqu'il n'y endroit qui ne f en fente. Et après trois
ait
ou quatre iours Ion les retourne vne fois tous les iours , fî
doucement qu'ils ne heurtent l'vn l'autre. Et levingtiefme
que les poufsins commencent à picquer la cocque Ion leur
,

aide à fortir, puis les baille Ion aux poulies qui en ont peu.
ïl n'cflque le
Mais il n'eft que le naturel en toutes chofes.
naturel en tou-
tes chofes. La fermière qui fait eftat de vendre de oeufs les doit gar-
Oeufs commet der en hyuer chaudement fur la paille, & bien couuers,& en
fe gardét en hy-
Efté frefchement dans le fon^felon l'aduis des anciens,mais ie
uer^&en Efté. ,
croirois fous correélion tout le côtraire: car la paille eft fref-
che,& lefonchau!d,ioinâ:queles œufs gardez dcdas le fon
ilsn'enlalTent pas fi toft ceux qui lescouurcnt & poudrent
de fel ou les trempent en faumure, les duninuant, & ne faut
,

douter que l'œuf n'en prenne quelque mauuais gouft. La ca-


ueleur eft bonne Efté ôc hyuer.
Chapponner
hcftoudeaux.
Quant au chapponner des hcftoudeaux Ion le doit faire
bié toit après que la mère leur à baillé côgéj& qu'ils ne piol-
lent plus après elle,& commencent à chanter,& amouracher
Us poullettcs car fils ont vn an & demy pafle , il n'y à plus
:

d'ordre, Se faut prcdre les plus druz, & de la plus belle venue,
non toutesfois de plumage que le coq , car après a-
fi naturel
uoir referué pour la commodité & gouuerncment des poul-
ies ceux qui femblerôt les plus propres & hardiz,il faut chap-
E n greffer chap- ponner le rcfte pourengreflerjou en mue, ou au pailler. Au-
pons. cuns, comme au Mans &enBretaigne, leur creuent les yeux,
Chappons du
MaHS éc Bretai-
cômeaux oyrons:& leur baillent appaft de grain demy cuit,
anc. & de pafte bien raenuifee & par morceaux & font engrefsiz ,

en quarante iours pour le plus mais il les faut bien garder de


:

vermine.

Les oy
oves. Chap. II.

A maifon ruftique qui n'a grade aifance d'eau,


n'eftpropre à la nourriture de l'oycjfinon que
pour fa commodité ou luy face vne mare ou
viuierau propre, car ceft oyfeau, ainfi que le
Cannartaym: cânart ayme à nager, & à fe rafrefchir,plôger,
bourbcfcer.
&toufiours bourbetter & nechauche gue-
J

res ailleurs que dans l'eau , il eft de grand profit & de grand
DE LA MAISON RVSTIQ^E. 15

dommage, de profit, pource qu'ilneluy faut fi grand foing Oye.oifeau de

bonne guttce, rend des œufs & des pe g^"^"/


à le nourrir qu'il eil de V^°^^ &
tits, & de la plume deux fois 1 année pour les licts, & pour el-
» *
crire & empennerdesflefches, & feprentaurenouueau & à
l'arriére faifiDn. De dommage pource qu'il lu y faut conduit-
tejfans laquelle il broutte les fi:ions des arbres: les herbes des
iardinSjles lettons des vignes: & font tort aux bleds, quant ils
cômencent àentrerentuyau,tant du ronger que de fa fiente.
De forte qu'au païs ou lesoyes fauuages(qui fontoyfeaux Oycsfauuagcs.
de paflages aufsi bien que les grues)font leur principal repai-
re, comme vers Hollande, Henault, & Artois, & ailleurs, on
trouue quelquesfois vne grande pièce de bled toute dcftruite
à moins de demy iour: & moins ne font de danger les dome-
ftiques,qui leslairrafaire:carils dcfracinent le bled du tout,
fans ce que là ou elles ont fiente, il n y vient rien de long
temps après.
L'oye mafle & femelle,eft meilleure de couleur blanche,
grife, & entremefiee des deux couleurs,elle eft aufsi de moy-
enne bonté. La femelle fait trois pontes l'année, fi elle n'en Ponte des oyes.
couue vne: & àchafcune ponte aucunes rendent iufques à
douze oeufs & plus quelquesfois & les autres n'en rendent
, :

pour la première ponte,que cinq.puis quatrc,puis trois c'eft :

depuis le premier lourde Mars,iùfques à la fin du mois de


luing. Et n'oublient iamais l'endroit ou vous les aurez mené Mémoire d'oye.
pondre la première fois & là mefme couueront fi vous
:

voulez.
Elles n'ayment guercs à couuer que leurs œufs propres: Couucr d'oyc.
pour le moins faut qu il y en ait vne grande partie que vous
aurez marquez au propre. Et n'en couuent que fept ou neuf
pour le moins , & quinze pour le plus. Et qui met foubs la
paille du couuoir, quelque racine d'hortie,ceIa garde que les
pctlts,quand ils font cfclos,n'en font fi toft offcnfez.Les vnes
au bon temps & doux efclocnt en vingtcinq iours, qui eft le
plus.Et près de la couuercfTe mettez orge trêpé à telle quan-
tité qu'elle en pourra prendre, auec force eau, qu'elle ne fe
lieue guicres pour repaiftrc. Et du fiirplus obleruez ce qui à
eftéditde la poulie.
Les petits doiuent demeurer dix iours enfermez auec la Gouucrnemcr.t
merc ^ Icans cftre nourris de farine d'orge dcftrcmpce auec des petits oys.
:

du miel, du fon , & de l'eau & par fois de laiélues tendres &
:

d iij
LIVRE I.

puis du millet & du Tourment deftrempé. Et au


nouuelles : ,

bout de ce temps raccouftumerau pré auec la mère, mais,


Godrmandife qu'ils foyent rcpeus deuanr qu y aller. Car cefte bcfLC cft Ci
d'oye.
gourmande que d'afpreté en fa grand faîm,elle tire l'herbe &
les fcions des arbres de fi grand' roideur, qu'elle ferons pt le
col. Il les faut garder des orties &
des erpine3j& au taid des
^ loups &
des regnards.
on a en'
^ y A
quatre mois Ion choifit l'oyfon pourengrai{rer,& prêd
^ ' on les plus beaux & les plus grands,& les met-on en mue,ou
ilsdemeurent les plus ieunes, trente iours & les plus aagez,
: ,

deux mois. Lon leur baille trois fois le iour de la farine d'or-
ge, & dcfourmentdcflrempécneau & miel: car l'orge fait la
chair blanche, & le fourmcntengraifle, & fait grand foye.
Aucuns luy font apafl de figues nouuelles ou feicbesauec
du leuain, & leur donnent à boire & bourbetter du fon tout
leur faoul. Autres leur plument le ventre & la tefte, & leur
oftent lesgrofles plumes des aelcs; mefmes leur creucnt les
yeux pour les cngraiiTer.
Pafture des oycs La pafture des communes eft,toute forte de légume def-
ftrempee en fon & eau tiède. Beaucoup ne leur baillent que
du fon vn peu gras,& des laidueSjdc la chichoree & du cref-
fon allenois pour les mettre en appétit: & leur prefentêt cefte
nourriture au matin & au foir,& en cor furie midy:& le refte
du iour les enuoy ent aux prez & à l'eftang auec la conduitte
d'vn petit vallet qui les garde d'entrer & voiler es lieux de-
Hanncbannc,la fendus, & des orties & ronces,mefmes de manger delà Han-
suxoyes. nebanne,quelon
iTiort
nomme la mort aux ovfons &de la figue, :
''
SiPuCHîortcile • i i jm
„„J'
'
qui
m endort tant, qu lis en meurent,
les
auxoycs. .^ J , v •
i
Les ancies ne bailloy ent que trois oyes a chacun iars,mais
nous leur en baillerons bien fix & leur faifons ofter le duuet
,

Plume d'oye & les plumes à cfcrire en Mars & en Septembre, car
groffes
morte , n'cft fi la plume dc l'oye morte n'eft fi naturelle à tout vfàge,non
bonne que celle
pj^^ ^^^ j^ toifon des moutons îuez,ou morts d'eux mefmes.
Toifon des ^^"^^^^^^"g'^^^^^P^"^ de trente oyfons en chacun taid:
moutons tucï , combien que les anciés n'y en milTent que vingt, car les grads
ou morts, n'eft battent les plus ieunes, les dreffcnt, & à cefte caule les faut &
iG bone que cel-
mettre en parc dans l'eftable &
feparer de clayes,ainfi que les
t. "u -^j,
Combied'oyes
moutons, & leur faut fouuent paille frefche, nette
-ô j
déliée, &
, /- n.
, n o r •

faut mettre en- carle taict doit touliours eftie fcc,& louuent nettoie de peur
fembic. de vermine.Et au furplus font fubicds à mefmes maux, & dâ-
DE LA MAISON RVSTIQVE. i6

parquoy leur faut ainfifemblables Les maladies


gers que font les gelines :

& ne vous greuera rechercher cy deflus. ^" °>«'


commocUtez :

Les cannes, Chap. n.

=^ A foffe ou mare que nous auôs drcflee au mi-


'I lieu de noftre court & paillé,peut feruir pour
les canards, & autres oyfcaux d'eau: & auprès
mare lô leur drefle vn taiâ: bas, & peu
d'icelle ^^^^ ^^^ ^^_
couuert pour fe retirer la nait &leiourquât naj^s.
il leur plaift, car de fi grande diligence autour
ccfte volaille il n'en eft ia befoing, finô de la garder des chats
^^^^^ acfqucl-
&belettes,dumilan,deraigle,&du vautour. Au demeurant, j^ fg^ garder
faut leur iettcr quelque grain légume , & cribleure es ruiife- les cannes.
,

aux de la mare, & dans icelle pour bourbetter & leur laifler Paftures des ca- ,

""•
la liberté de l'eftang,du viuier & de la riuiere prochaine aufsi

bien qu'aux oyes. Mais il n'y faut point tant de garde car ils :

n'aymêt gueres les iardins, & eux mefmes font leur nid à pô-
dre &à couuer , & n'y à que ce foing d'en fçauoir le repaire,
prin cipalement des fauuages vers l'eftang & en prendre les
, ,

œufs, & les bailler couuer à la poulie pour les affranchir, car Oeufs Jes can-
la volaille qui en viendra fera meilleure que celle du pailler & "" ^o"^"
'
de
^
, , , 1 -rr j 1 V la poullcjvalent
qui ne bougera de la court ou desruilleaux de la rue a can- ^^^^^^ q^c jg
netter, leur mère.
Pour auoir des fauuages de voftre eftang à appriuoifer, il
ou du vin vermeil mefmes à l'en- ç^^^j fauuages
faut ietter de la lye de vin, ,

droit & ruifleau ou vous leur aurez fouuent ietté appaftde cnyurecs.bôncs
vin, grain auecleuain & farine, dcflrempez enfcmble, & les à pondre,
prendrez quant les verrez enyurez.
Cefte volaille f'engrefleainfi que les oyfons , c'eft àdire Engraiflcr les
de mefme nourriture , refte qu'on leur donne outre cela de la cannes.
menuyfe de poifTon , & lî on ne les met point en mue & aux Sarcelles.

communs,le plus que Ion les laifle courir,eft le meilleur.


î?^ ,J"^^?,^'
T r o j' n.-' Poulies Q eau.
11 1 1 i>1 1'
Les farcclles,halebrans,poulles d eau &
cannettes d eitag Cannettcs
d'eau.
ne Pappriuoifènt iamais, mais bien les pouuez prendre plus à Heccaflcs.
l'aife que les oyes fauuages. Autât en dirons nous des bcccaf- Courlix.
fcs &courli2& autres oyfeaux d'eau,&dcriuiere,qui viuent Oyfeaux de ri-

^ 111-
neantmoinsfur la terre, dont il s furent appeliez ^par les an- ^J^Jr'
'^
cicns.oy ieaux de double vie,ou nourriture.
.

tle vie.
j j
Oilcauidedou

Les cygnes ne hantent & ne f ayment qu'en d'aucuns en- Cygnes.


LIVRE «
î.

comme es lieux aquatiques,vers Tours &


droits pirticuliers,
Valencienne val Saumar en France, & aufsi en Flandres & vers Valenciennes,
des cygnes.
quelon dit auoireilé pour cela appelle val des cygnes, & fe
& mettre en eftang ou en mare, mais il le
pcuuent appriuoifer
bruine en poifTon , de quelquefois férue far le
deftruit bien
bled verd, ainfî que royfon & oye fauuage & y fait grid dc-
Combiêfautde gaft, c'cft affcz de deux pour plaiiiren voftreeflang, ou de
CInesenfemble.
^^^^^^ pjj ^^ |^j^^ g,^.^ ^^ g, ^.^^^ ç^^^y ^^ j^ ^^^^^ ^ ^^^ ç^^^ ^^
courtilfon tai\5là partjpeu couuert,&: en libertc,fouuét net-
toyé & rafrefchy.car il ordit fort. Au demeurât fil n'a nour-

riture fufhfante, icttez îuy du pain mouillé ou des brouailles,


& quelques menuifes de poifTons. Ceft oyfeau eft gourmand
& coufte beaucoup à nourrir,fait fonnid tout reui,& ne cou
uequ'vne fois l'an, & trois œufs pour le plus à la fois: mais ii

eft de grande beauté & philir.

L es Fatfàrjs (jr gclinotcs.

Poulies de Nu 'Efl grand' curiofité de nourrir des faifan?^


midie. que Columelle nomme poulies de Numidie:
mais qui le peut faire, il en a plaifir & profit.
Et vue perfonne qui ne face gueres au-
faut
tre chofe car ceft oyfeau cofte beaucoup à
:

entretenir. Veutauoir fontaidà part haut


cfleué & adoflfé contre la clofture de la court & en long,que
les augets foyent à l'air, & oii le foleil donne. Et faut à
chafcun oyfeau le fien, & qu'il n'y ait qu'vn huis à leur geli-
nier pour la commodité de les nettoyer, & leur donner à
rnanger.Le furplus fera tout à iour pardeuant, & fermé de lat-
tes bien drues & d'ais de fente,enuiron la hauteur d'vnc toifè
par bas, & bien couuert par deffus.
Faifans & geli- Lesfaifans &^gelinotes font malaifez à appriuoifer, fils
nores.raal-aifez font prins de plus d'vn an hors la foreft car les vieils fe def-
:

a appriuoifer.
plairent,& ne daignent pondre ne couuer. Et les ieunes ne fe
pcuuent fi toft ny facilement accommoder à l'air contraint
& moins à celuy qui n'eft pareil à la région ou ils furet prins.
Ponte de geli- Il faut à deux femelles vn mafle. La femelle ne faitqu'vne
notes.
ponte, & commence en Mars:& faitiufques à vingt œufs par
ordrer
DE LA MAISON RVSTIQVE. 17

ordre: & puis les couue tous crîTemblCjOU quinze des {lenSj&
quelques autres eftrâges Ci vous luy en donnez, & couue trc-
tre iours , &au cou uer faut telle diligence qu'il à eftc dit à la
poulle,mais ce ne fera hors de fon taid.Les petits efdos feîôt Gouuememeni
appaftelez de farine d'orge cuitte & refoidie:puis de farine de ^,^^ r«^^i" des gc
*''°"^*'
fourment:& quelquesfois y méfierez, ou leur baillerez à part
des fauterelles & des œufs de fourmiz , & leur faut fouuent
chager d'eau nette: car ils font fubieds aux mefmes maux que
Icspoullets.
Les anciens ergrailToyent ou nourrifloyent les Faifans & EnçraifTer les
gelinottes pour les fcllins feulenr;ét,& non tant pour en auoir Faifans & o-di-
de l'cngeance,& leur dônoy ent les premiers iours de l'eau m.i- nottcs.
ellee & du vin fort, pour leur faire oublier leur lieu naturel:
puis de la farine d'orge deftrepee en eau , des febues moulues,
&: de l'orge mondé,du millet entier,de la nauette & graine de
lin cuitte, & feichee^mcflee auec de la farine d'orge Et pour .

les efchaufFer & purger les coles,leur bailloy et du fenegré par


cinq iours, & les tenoyentainll en mue foixate iours. C'eft ce
que quelques rotiflcurs de Paris & riches viuandiers fçauent
tresbicn faire & leurfaut,ditColumclle,donnerà n^agerleur ColumeIle,Ii.S.
^'^ ruft.ca. ji.
faoul , a fin de les engraifler pour les banquets , car peu de ces ^^
gelinottes fauuagcs f'addonncnt à pondre en feruitudc

Les Paons. Chap. 14,

W^^ E Paon eft de grande nourriture, & mange


||f^i beaucoup, & de difficille entretien , mais il ne
v'^^Si! donne grand foing depuis qu'il a laiffc la me-
^^1 re,finon qu'il gafte les iardinSî^: endommage
^jr^ les bleds, il elt fort à efieuer en d'aucuns en-
— droits de noftre France, car il ayme l'air chaut
-i

& tempéré.
Les anciens faifoyent des yflettes au derrière de leurs iar-
dins propres pour les paons, &
dreffoyent vne petite cafctte,
pour leur repaire & vn autre pour celuy qui les nourrifioit.
,

Mais nous qui n'cnfaifons li gradeftat,il nous fuffitles loger Loge des pjoni.
au dcflus des poulies & au plus haut heu du poullailler, car ils
aymcnt l'air libère. Et le plus fouuent couchent fus les arbres
&lcurfaifons quelque lieu par bas, ou ils fepuiflent retirer
par iour.Ce Heu doit efirc bien nettoyé & curé diligemment
e
L I VRE I.

ainli queîegdinier, efl: fubiecfte à mcrmes


car cefte volaille
Mâladicsdes inconueniens Se maladie<î que la poulie, & luy faut pareils re-
paons.
^ msdcs. A.U demeurant faut que le lieu ou elle hante roitfemé
Nature despao-
^^ paiUe, ou herbe verde aflez haut, car la paonnefle ne pond
guercs accroupie,& le plus fouuent Ion treuue fes œufs tum-
bezpar bas,& foubsleiuchoir.
Ponte delà Paô'
Elle fait trois pontes l'année: mais qui la met coiiuer,elle
n'en fait qu'vne, & confomme le refte du temps à efclorre &
conduire Tes petits. Elle commence fa première ponte à la
my Feburicr, & en fait cinq œufs de rang, à l'autre quatre ou
trois, & à la tierce, trois ou deux & ne commence à pondre :

qu'à trois ans.


Quant la paonnefTe couue,eIle cache du mafle
fe retire &
en lieu le plus fecret qu'elle peut ; car ne cefTe de la cher- il

cher: &fil Jatrouue, il la bat cafTe &


fes œufs. Au bout de
trente iours que les petits font cfclos, & la mère nourrie dili-
gemment en Con couuoir, ainll qu'auons dit de la poulie. Ion
Le paon hait fcs \x met foubs la cage en Heu ou le paon ne puifTe vertir car il :

^ ^^^^ ^ ^"^^^ "^^^ ^ ^^^ P^'-''-^ iufques à ce qu'ils ayent fait la cre-
cr'^a'iT^'^^^^
leurcrelle. fte:& alors qu'ils la font,il les faut tenir bien chaudement:car
ils font fort malades, & en meurent le plus fouuent.
Nourriture des II faut nourrir les petits les premiers iours, auec de farine
petits paons,
d'orge deftrempc en vin, en forme de potage efpes : pour &
l'efpefsif Ion y adiouftc du fourmage mol bien peftry, preflc
Lai£l clairnuit 6«:elpuré: car le laid clair leur nuit grandement. Quelque^-
aux paons. fois Ion leur iette des fautereaux , à qui on a ofté les pieds, &
des charentons des araignes,& desmoufches pour leur cure:
Les paons chaf- car lis chaflent naturellemét à la vermine, & là oii ils hantent,

feiK à ia vermi- ne fen trouue gueres. Six mois après Ion leur baille l'orge
"l!" ., bouillie, comme à la mère, & les laiiïe Ion trotter: mais il les
broid contraire c j j r -j o o
"^^ garder du Iroid & de la pluye : car ils piolent & trament
i -ii i • i

lux paons.
l'aile incontinent, principalement en ce païs où ils font forts
à elleuer, s'ils ne font efclos à la my luing : car quand l'au-
tomne les accueille bien ieunes, iamais n'endurent l'hyuer.
Ponte de paon- Qm
veut que la paonnefle face fes trois pontes,il en faut
neflc. baillera couuer aux poullesles plus gr3ndes,& plus adroites,
& laîfler les paonneffes paracheuerleurs pontes. Et comme
nous auons défia dit en la nourriture des poulies , Ion leur en
baillera cinq de paonncffc le premier iour, & neuf des leurs.
Puis le dixiefme iour en ofler les neuf de poulie^ & y en re-
DE LA MAISON RVSTIQJE. 18

mettra Ion neuf autres. Et par ce moyen vous trouuerez au


terme de trente iourSjqu'ils efclorront tous £nremb]e:& ainfi
en ferez à plufieurs poulies en vn mefme temps. Et pource
que l'œuf de la paonneffcjpour fa groffeurjUC peut eftre aifé-
ment remué delà poulle,vousle remuerez doucement quand
la poulie fortira pour rcpaiflre, & marquez auec de l'encre
l'endroit de fon defTuSjà finque quand vous y voudrez con-
tinuer, vous voyez fi remué & retournérautrement
elle l'aura

vous y perdriez temps. Et quand touteftefclos,baillez tous


les poullets à vne feule poulie, & les paonneaux à vnautre:
& gardez que celle qui manie les poucins, ne voye ou hante
auec l'autre qui manie ks paonneaux; car elle lairroit incon-
tinent les ficns du defdaing & ialouzic de la grandeur & lalouiie d'oy-
feau.
beauté des autres.
Les paons font fortmaladesquat ils muent, alors illes &Maladies des
faut efchauffer auec du mieJ,fourmêt^auoine, & febues grof- paoas.
lees. lis font en grande chaleur aux iours caniculaires, &: lors
ne les faut laifler fans eaufrefche, & faut à chacun paon cinq Combien ilfaot
ou fix femelles pour rechâger,car il greue celles qui ont l'œuf de femelles au
paon.
preft à faire,quant elles le refafent & ne faut l'œuf à fe calfer.
Poulies d'Inde. Chap. U'

Eluy qui nous apporta cefl oyfeauen Fran-


que nous l'appelôs coq, ou paon d'In-
ce,foit
de, nous a pluftoft eniichry de gueule,que de
profit car c'eft vn droit coffre à auoine , vn
,
Poulies d'Inde
coft'cà auoinee
gouffre de mangeaille,ou Ion ne peut prendre
autre plaifîr que de bruit & fureur, quant aux
grands, ou d'vn continuel piol]ement,quant aux petits. Vray Chair de poul-
iesd'Inde taddc
que la chair en efl délicate, mais fadde&de dure digcflion.
& de duredigc-
C'eflpourquoy lonla faitfaupoudrer & fort larder & aro- ftion.
matizer, il y à trop plus de plaiiir & de bôté de chair au paô. Chair de paon
La nourriture de cefte volaille le fait en pareil faiiftque meilleure q de

les gelines & de mefme viandc,& auec autant de diligence,re-


la Dcullc d'Inde

Nourriture des
fte qu'il leur en faut d'auantagc . Et peut bien dire le fermier
poulies d'Inde.
qu'autat de paôs d'Inde qu'il à en fon courtil, autat luy fbnt-
cedc mullets,pour le regard delà nourrilure.Leur traittemct
eftplus aifé que des autres paons & ne demandent 11 haut air,
mais ils paifTent & font grand dcgafls aux iardins, & font ords
e ij
LIVRE I.

comme GyPons Parquoy fauc toujours cftre après pour les


.

Ponte des poul- _/ * , - n du


Quant au pondre & au couuer, celt j ^
tout le pareil que
i -i

îcs d Inde.
nous auons dit aux paons &pcutonaufsi bailler leurs CEufs
,

,. , aux poulies Scies conduire,pcndant que les mères para-


taire

pouÛes^d'indc!
cheueront leur ponte. Leurs maladies & les remèdes d'icelles
font aufsi pareils du tout, parquoy feroit fuperflu d'en dire
icy d'auantoge.

Les Tourterelles Perdrix, Cailles, ^


Grues. Chap. 16,

A volière, pluftoft pournourriture que pour


cnauoirengence, de ces oy féaux, fera dreffec
comme le taid aux Faifans & ainfi adoflee co-
tre la muraille du courtil,& vers le iour, tyfluë
de fil d'archet enchafsillé de menuferie auec (à
porte au propre , & au dedans principalement vers les coings
y aura quantité de iuchoirs & branches de rameaux de ge-
n£fure,laurier,& autres arbres.dans lefquels feront appliquez
contre ladite muraille des petits penniers pour les inuiter a
pondre & à couuer, fil leur en vient appétit.
La hauteur d'vn homme y mettrez à trauers &
en tous
ceux des perches arreftees par les deux bouts pour les iucher,
~
& au deflbubs d'iceux iuchoirs force paille frefche,que pour-
rez renouueller fouuent en nettoyât vers le cofté du iour,fe-
lonla longueur de leur taid entre deux aiz bien longs. Et vn
tiers au delFoubs ferez les places pour mettre leur mangeaille,
Scleursaugetsà boire, que raffrefchirez & nettoyerez bien
fouuent.
&ayment l'air chaud,
Ces oyfeaux font tous de pafljge,
Oiffauxdepaf- & en temps froid paiTent la mer
à'trouppes compagnies, &
&i^»'etn-entde pais en autre. Parquoy de lesappriuoilcr
l.\?p4rdtix ciiL
les'èc Grues. pour en faire comme des noftres domeftiqucs, il eft fort dif-
hcile & n'en faifonseftat que pour leur delicatefle,qui les fait
de grand requefte à noz feftins & banquets.
Tourtrc',p us
promptes a ap-
De toutes ces trois fortes d'oyfeaux
'
n'y en à defiprôpts
^ • p » r /i '
rr
pruoifer & eii
a appnuoilerqueles tourtres ne li toit engrcilees, après que
:

gceiîer. ieunts font prinics , par le moyen du vin elles ont oublié leur
DE LA MAISON RVSTIOVE. 19

libertcrcarc'eft vn oyfeau fort dcfpit & quife chefmebeau- Le vin fait ou-
coup quant il
„^J
& rr-
fe veoit prins. Aufsi ne pond
^» ^
ne Pengrefle gueres en hyuer,tout au contraire des tourds,
-j^j
il crueres enfermé, ^^^^y =^"*
J°"S'
très leur liberté.
^^ tourtre n'ay-
ou des griues,fa nourriture eft deve{res,orge,& quafi tout au- ^g eftre enfer-

tre grain, & veutauoir eau claire, & fouuêt raffrefchic & Tau- mee. t*

get aflez large pour fy baigner quelquefois. Sur tout il ay me Nou"""''^ <1=
^ ^°"r"^-
le millet, & le paniz aufsi fait il le fourment defquels grains
, ,

demy boiOTeau fufht à iîx vingts oyfeaux . Et ne faut oublier


le grauier que Ion mettra près des augets pour fa cure, & en-
cor en quelque coing de la volière pour la cômodité fil trai- Maladies ic h
ne l'aille , & ne bouge de fon pennier,il le faut prendre 8>c luy tcurtre.
regarder au bec fil à la pépie, & luy ofter. Et aux pieds fils
font empefchez de leur fienterou foubs les ailles fils ont de la
vermine, & par tout ailleurs pour les medeciner de la mefme
façon aux poulies.
qu'il a efté dit
Lon peut en cefte mefme façon nourrir &
engreflfer les ra- Ramiers,
miers, mais ils font plus gourmands,& mal- aifez à appriuoi-
fer,ils aimêtenhyuerlafbnppeau vin &: f en en greffent fort,

û font les tourterelles & ne leur fmt oublier le grauier. .


^^ .^P^
Les perdrix griefches,plus aifement fe domeftiquent que ^^^^^
les maillées & autres: aufsi n'en ont elles la chair fi délicate
cftans toutesfoisbien nourries ne font de guère inférieures
aux Faifans:& les faut tout ainli traiiter,& de mefme viande,
finonqu elles aymcntquelquesfoispaiftre le bled & l'herbe
verd. Les mafles des perdrix font fort chauds. Aufsi font les Cye^^g ent-re
femelles grande quantité d'œufs, de fe battent iceux mafles lesperdrizmaf-
pourlcs femelles, iufques à vaincre l'vn l'autre, &levictcur hs, pourlssfe-
cocquc le vaincu, &: le contraint fuiure & courre après luy, raellcs.

- que les femelles. Leur nourriture plus delicate,e{t le mil-


ainfi
let &le paniz.
Les font fort farouches, & pour ceftecaufe lon ne
cailles Cailles fârou-
leur donne tant d'efpace ny de iour qu'aux autres oyfeaux.
,
ches.

Aufsi voyons nous que lon couurelcurs cages de rezeaux,0!i


de cuir,de peur qu'en volant haut & montant de roidd>.ur el-
les ne fc rompent. On leur drcfle leurs augets à mengeaiilc de
à boire à part a chacune le ficn. Et ay ment le b!cd vcrd,& le
grain de fourmcr,aufsie{l-cc leur principal repaire, elles ma- .

gcntaux endroits ou elles vont, ailleurs qu'en ce païs, quan- ,

litéd'cllcbor, qu'aucuns nomment veratre. C'efi: pourquoy La chair delà


Didymus difoit que leur chair en clUaxatiuc, de fait eftour- caille eft lataci-

d iij
&
LIVRE I.

uc, adonne cf- dilîcmcnt & mal de tefte, & pourcefte caufe qu'il les faut
touidincmcnt & dc niillet,ou les y faire bouillir,ou bië,li ion s'en trou-
f^j-cir
ma de tel e.
ue mal, boire delà decodion de miIlet,ou de graine de myr-
tre. Sera bonaufbi en donner aux cailles à manger.

Tour4L,ou gri- Les lourds ou les griuesne font oyfeaux de ce païs, &
'ics. ' guieres n'endurent ceft air.Parquoy fcroit abus d'y en cuidcr
engrailTer. Ceftoyfeau eft montagnier, & l'engraiflc Ion es
païs de montagnes pliiftoft en hyuer qu'en efté. Les anciens
Les grijes pri- en faifoyent grand cas, & fe vendoyent du temps desRo-
f« desanciens, mains deux fols la pièce fi font encor les Italiens , &^ cncc
:

païs, les Lyonnois, Prouençaux, & Auuergnacs mais ils ne :

font fi gros dc(^a que delà les monts. Ctll oyfeaueft plus
defpit que nul des deflufdids , &: fe meurt toft après qu'il eft
prins,filonletranfportehors defon air,ou il on ne le met in-
Nourriturc des continent auec des vieux appriuoifez Ion leur iettelaman-
,

g'i^"' geaille fur l'aire bien nettoyée, &loing de leurs iuchoirs: &
leur iette Ion des figues feiches pillées auec fleur de farine,
tant qu'il leur en demeure de rcftc: & quelquesfois pour
changement de viande Ion leur iette des grains de lentifque
&
& de meurte, ou dc la graine de lierre, d'oîiuiers fauuages,
toutesfois que leurs augets doiuent touiiours eftre pleins de
millet car c'tfl leur principale viande. Et ne les faut laifler
:

fans eau claire, non plus que les oyfeaux deflfufdits.

Le Coulomhier. Chap. i6.

Profit du Cou E de la nourriture du pigeon,


profit qui vient
lombicr.
n'eft moindre que de la poulaille, principale-
ment quant à la vente des petits & autres qui ,

tous les ans peuplent en grand nombre. Et y a


telle fermière qui en vendra à chafcune volée
deux cens & trois cens
paires aux viuandiers.Et n'y a fi grâd
foing qu'aux autres volailles vray qu'il eft de grand frais,
:

Le pigeon eft de grand degaft pour les terres: &


pour cefte caufe n'eft ptr-
ic grand de^aft. ^is le coulombier à pied, finon es lieux oîi il y a beaucoup
^^""^^''^^ labourables.
ied°oùeft Ir-
mis. Dreflbnsdonques à noftre apoind pour faifance dc la
Forme du Cou- fermière vn coulombier à pied,&leplantoir en heu moyen-
lombier. ncment elleué ou baftiflbns-le à l'endroit de noftre maifon
:

ruftique c^ defilis propofee , aufsi quVne tour de màflbnne-


DE LA MAISON RVSTIQVE. 20
rie feruant à moulin à vent, ou à peu près loing d'vn vol ou
de deux de l'eau, à ce que le pigeon puifle efchaufFer ce qu'il
en a prins pour donner a Tes petitsxaril eft certain que com-
me les pies & les moyneaux le mafle & la femelle couuent Pies Se moy-
,

"*'"= ,^
aîternatiucinent, & pendant que l'vn d'eux eft au pourchas, """^,
1' r •
ri c
1 autre fc tient lur les œufs
r c ^ A \^
ainli tont-ils de la garde
:
\ A^y^,.,..- femelle coauet,
de \
leurs
petits,iurques à ce qu'ils foyent hors des tuyaux.Et n'entêds
que le coulombier foit ouuert du tout au Icuant de ce païs,
mais bien qu'il participe du midy: & qu'au midy raefme il y
ait vnc fencftre dormante, pour en hyuer donner quelque Fencftre dor-
chaleur aux pigeons. Et faut qu'il foit bien efpatté,bien fon mante. -

dé,bien couuert: lairc fort battue & cymentee,pour le dan-


ger de h fiente qui caue & corrompt les fondemens: bien
vniment enduiét par dedans , & les fentes ou creuafles qui fe
peuuent faire fouuent recherchées & eftoppees de peur des
,

rats & des fouris ce qui adulent es lieux oii n'y a commo-
: il

dité de plaftre & par dehors aufsi enduid de mefme façon:


:

car le crefpis de chaulx & fable, fert d'efchelles aux foinncs, Beftesà craindre

belettes,chats,&: autre beftial pour entrer.Et pour ce mefme pouj' 1" cou-
°°*-'^^"'
danger ferez à l'entour du coulombier, par dehors, deux
ceinétures de taille à triple & quadruple moflare. L'vne d'i-
celles ceindures vers le miHeu dudit coulombier , l'autre iu-
ftcment au deflbubs de la feneftre par on entre le pigeon fur :

laquelle le pigeon aufsi fe pourra esbatre & rouer, l'entends


encor que la feneftre foit par dehors entourée de lames de
fer blanc bien clouées cotre la muraille, & qu'elle ferme auec
vnecoulifle de lattes bien drues, qui fe puifle aualler & hauf- CouUfle de lat-

fer par engin les foirs & les matins, pour le danger des hi- ^cs.

bouts & chats huants. Et au pignon de la couuerture fûtes ,

y la pour attirer les fuyarsà y veninfaites


figure d'vn pigeon Fuyars à attirer.
drelTcr à l'endroit du coulombier, force pots à moyneaux
auec fagots d'cfpines & gardez que ce coquin beftial ne fe
:

habite en voftre coulombier, car il effarouche & eftrange


les petits.
Pour peupler voftre coulombier, c'eft affez de vingt pai- Coulombier à
^^'
res de ieuncspigeons,qui commencent à fortir du duuet car ^^"P :

il y auroit danger que les viels ou plus aagez ne rctournaflent

quelque loing qu'ils en fufll'nt & r^ce ^


r 11
à leurs premières repaires
Il 1

o T
j 1.
DiftcrencedcU
Jont bons les cendriers, ou les bruns, & les noirs. Les pattez narure des pi-
j
:

Cc huppez font les plus coquins & domcftiqucs aufsi font gcoiu.
, :
LIVRE I.

les griuellets chapperonncz & plarts ,dorez parle col,


les &
qui ont l'œil &:lepied rouge,font & qui peu-
les plus francs,
plant le plus. Les blâcs font forts à efleuer,& plus dangereux
du milâ & de l'oyfeau de proye,ks fauues &: les roux ne peu-'
Apprîuoifcrles plent gueres. Pour les accoquiner& appriuoifer baillez leur
pigeons.
tantolt du mil puis de la veflejpuis du cumin,car ce grain les
,

attrait fort, & quelquefois du fourmct parmy les crjbleurcs.


& ne les laiffer faillir de quinze iours après que les y aurez mis.
Esbatauxpi- Et (i vous leur donnez fesbat, que cefoit defoir & en temps
geons. trouble & pluuieux,afin qu'ils ncvollent gueres loing.Parfu-
ar un du cou-
^pez fouuétle coulombicr de gencfure,romarin, &: quelque-

peu d'encens fin, car cela les retient fort, & leur fait
fois d'vn
aymer leur coulombicr plus que nul autre Quant vous ap-
.

parceuerez qu'ils commenceront pondre,donnezleuradôc


à

liberté, & vous verrez qu''en leur icttai foir & matin quelque
peu de grain net contre la muraille de la grange, &loingdii
fiens, & en leur faifantfouuent nettoyer l'auge ou ils fe bai-
Pou r attirer pi- gnent & recréent. Ilsenamencront beaucoup d'ailleurs, fans
geo"s. çç que voz vingts paires , dans quarante iours en auront peu-
Lcs piecos font P^^ deux,voire trois fois autat,car ils font des petits trois fois,
des petits trois Sc les bôs quatre fois l'année, &
n'y faut autre foing,fmon de
fois l'an. tenir Je coulombicr net, fans effaroucher ny eftranger les pe-
tits, ny les mères en efmondat les boulins, pour les garder des

poux & du vermih,plus fouuent beaucoup en Eflé qu'en hy-


uer.Vray efl que le pigeon vous eft de couft en hy uer,quant
ou par le temps de glace ou déneiges, ou quant les bleds ont
germé , ils netrouuent rien furies champs, mais c'eftla peine
de deux mois ou enuiron à les nourrir, des graines fufdites,
Aufsi vous font il en ce temps la vollec , que Ion nomme de
Mars ,& qui font les plus gras, tendres ,& douillets de toute
Fiente des pi-
l'année. Gardez bien la fiente qu'ofterez du coulombicr, &
°^°" *
ne la meflez parmy celle des v3ches,ou des cheuaux, nô plus
que celle des brebis, car elle eft trop chaude, & fert à engref^
fer & amender les endroits chaunuz de voftre champart ou ,

de voz prez , & à recréer la moiteur & froideur des viels ar-
bres.
Le bouuier.
DE LA MAISON RVSTIQVE. u
Lehcukier. Chap. iS.

Ombien que nous ayons donné le gouuer-


nement des vachesà la fermière, & que les
beuTslbyet de pareille nourriture,toutesfois
es Fermes ou Ion en nourrit pour le labour &
pour la vente,il y efchet vn home qui n'ait
autre charge que de les penfer & conduire,
attendu qu'il y à autant ou plus de foing à celle beftc qu'au
cheua],vr3y quelle n'cft de fi grands frais en viures ny en har
nas. Aufsi en faut il nourrir deux pour vn:& ne font tât trois
bons beufs des meilleurs du Bourbônois,ou de Foreft, qu'vn Trois beufs ne
îal OUI et pas tSê
bon cheual delà Frâce,ou de la Beauce. Aufsi eft il fans dou- quNn bon che-
te: que le labour des beufs ne fe fait queparnecefsité, es en- ual.
droits ou Ion ne peut commodemét nourrir haraz ou Ion ne Labour dcbcuf» ,

peut recouurer des cheuauxque deloingtain païs , car encor ifeft ^uepar ne-
cefsité.
quelepafturage foit bon & fmgulier pourlebeuf,commeen
Flandres & ailleurs fi-efle que fils ont le cheual à comman-
,

dement, ils f en feruent beaucoup pluftoll que du beuf. Tout


ainfi qu'en Auuergne lô faide de mullets pour le labour pluf-
MvlIetjd'Au-
toft que de beufs ou de vaches, parce qu'ils ne font de li prô- uersne.
pte ny de fi bonne exécution. Charge du bou-
uier.
La charge du bouuier cfl de tenir fon eftable nette que :
Eftable à beufs^,
les poulies & les pourceaux ny entrent, car les plumes font
nette.
mourir les beufs: & la fiente du pourceau malade engendre la Fieiite de pour-
pcfte. Dedonner paille frefche àfes beftes, &* leur ictteren ceau maladc/n»
Efté de la verdure & des bourgeons ds treilles de vignes gendre h peilc»
&
,

autres, & en hyuer des cc ITns 2c des gerbes foir & matin, que
fachc quant les beufs delabour ont tropjOU trop peu trauail-
lc,pour félon cela leur bailler viures à proportiô, & tels qu'il
fera de befoing, qu'il ne les laijfe partir en tëps trop chaud,
ny
trop froid,ny trop humide. Q^il ne les abreuue fi roll: après
le grad trauail, qu'il leur nettoyé & raffrefchiflelouuttle pa-

fturon : & ne le lailTe gercer n'efclattcr:mais à ceft cfTtd qu'il


i'acetous les ans reparer le pauéde fon eftable, qui feruira
aufsi pour defcnce des belles & vermines quinuifcnt à ces
la

beufs. Q^'il girde bien au retour des champs fils ont quel-
rc

que efpine aux pieds, fils font dégonflez, (î le cellier ou le


iouglcurà fait mal au frôc, ou ailleurs, & fils fontefcorchcz
furie co!,rils ont elle trop picquez del'efguillon du charîicï
i
LIVRE I.

ou des hannetons &"freflons,& félon ce qu'il leur face méde-


cine conucnablc.
BeufcTiaftxplus Le bcuf chviftré efl nneilleur pour la nourriture & pour
commode au !a- \ç l3bour,que le taureau qui a la chair plus coriace, eft plus &
bouf que le uu-
f^fcheux à conduire. Parquoy,de cent veaux que le bouuier
aura, il n'en retiendra que deux pour faillir les vaches: les au-
Tcps de chaftrcr
i^ç,^^[\ \q^ chaftrera tous enuiron l'aage de deux ans car après ;

ce temps,il ne le pourroit faire commodément. Le faudra/ai-


re en Automne &
en decours:& mettez fur la playe de la cen
dre de farment mefleeauecde lalitarge: èc trois iours après
de la poix fondue &: mcflee aucc ladite cendre.
:

Achept de bcuf$ Si VOUS achetez vosbeufsde labour, prenez les du quar-


tier où efl: voftre ferme car ils ne s'accouftument pas fi aifé-
:

ment à l'air eftranger que les cheuaux. Au demeurant choi-


filft^^z-les de trois ans ou enuiron , car plu{1:oft ne les pouucz
Force de bcufs dompter au labour. Vous cognoiftrez leur force en leur vili-
a cogaoïftre.
tant la bouche:car dans dix mois du premier an, ils muent les

de i'aage de" dents de deuant & fix mois après les prochaines
: au bout : &
beufs. des trois ans,ils les muent toutes:& quand ilsfonteneflat,ils
les ont efgalles, blanches, & longues. Et quand elles vieillif-
fent,elles leur racourli(rent,& deuiennent inégales & noires.
Beaf de labour. Ne faut que les beufs de labour foyent trop gras ne trop
maigres : & ceux qui mangent doucement & à loi(lr,s'entrc-
Difcription de tiennent mieux en leur force. Le bon beuf doit'eTlre de
bon bcuf. moyenne taille, vifte au piquer, & qui remue promptement
pour le regard de fa nature. Bien membru & carré de corps:
ferme & roide. De mufcle efleué les ,grandes , leaurcilles
front large & crefpu, l'oeil gros & noir corne forte, vi-
: &: la

ue,& de moyenne grandeur. Lcmuflsgros & camus,la tefte


courte & entaflee, larges efpaules &
poidrine, grand fanon
& ventredongue queue & touffue par le bout. Le dos droi<5l
& plam,les collez eflendus, les reins larges,les cuifles fermes
& nerueufeSjl'ongle court & large,le poil efpez & dru.Doux
au manier: de couleur noir ou rouge c'cit le meilleur : &
après bay, piard,& mouchetté:le blanc eftle pire de tous:le
gris & le fauueau de moyenne valleur.
efl:

Aage de beuf. Le beuf de vous leruira au labour iufques à


ceftc façon,
dix ans: puisencor le pourrez- vousengraiffer,& le vendre:
car ilvit iulques à quatorze & fcize ans. Et vous pourrez
aufsi aider au harnas & au labour des vaches brehaignes &
DE LA MAISON RVSTIQVE. 22
chaftrees. M vous achetez beufs tous duits &dref-
ais fi les

fez au harnas de routture ou de charrue,ou que vous en vou-


liez faire de voftre troupeau, voftrebouuier en doit prendre
la peine, & doit pour le plus aifé cognoiftre la nature [Il : &
j'ofe dire] lacomplexion de celuy qu'il veut dompter, Pil eft Complexion de
fctard,& s'il fc couche fouuent s'il eft trop prompt,rurieux, ï*^"^ * cognoi-
:

& impétueux ,& léger à leuer & donner du pied, ou de la


corne : s'il eft dur à refguillon,paoureux,rctif,ou craingnant
entrer en l'eau. faut le chaftier premier Fautes du beuf
Defquelles fautes il

que l'accouflumcr à porter teftiere pluftoft ne s'y empef- * :


^"*

cher aucunement. Et notez que pour ce faire,il eft trop toft


dans trois ans,& trop tard après cinq ans. La diette & le flat-
ter, fait & accouftume mieux le beuf au ioug que la crainte.

Et n'y a moyen plus expédient que d'en accoupler vn ieune


&encornouueau,auec vnexercité & bien feuritoutcsfoisde
mefme taille & roidcur car c'eft le principal que de les bien
:

apparier en grandeur,force & nature. Et fi le beuf eft de dif- -Apparier les


'^^^"'
ficileconduitte,toutesfoisbeau, iugement pro- & à voftre
pre au harnas mettez-le en vn grand ioug au milieu de deux
,

autres de fa taille qui foyent doux & bien faits au labour, &
en trois iours il fe dreflera.

Et vous le voulez dompter feul, accouflumczluy peu Dompter lebcuf


fi

à peu à endurer le lien & la ferrure aux cornes: & après quel-
ques iours liez-le à vnpau bienferme,& lelaiflez là quelque
temps ieufner.S'il eft fafcheux,fa colère pa{ree,faitcs luy fîeu- leufnc aux
rer voftre main pluficurs fois pour vous accouftumer, & le beufs.
maniez entre les cuifTes & par tout en le flattant. Puis faites
luy tirer vne brife ou deux liées au ioug &: par fois attachez Prife eft vnc ter
:

le à la tharrctte vuide, & le faites tirer quelque peu loing: rc qui a efté iôg
puis m.ettez dans la charrette quelque charge pourefprou- ^eirps fans la-
°^^^''
ucr fa force , & aufsi l'accouftumcz au cry , à la parole , & à
la verge.
Sivousauez acheté lebcuf tout fait au harnas, & que
cognoiflez fa complexion, il le faut approuuer quand il eft

accouplé, voir s'il eft rétif, paoureux, furieux, ou s'il (e cou-


che au rayon de de fcs fautes ne l'en corriger ne par feu, n'a CorrciSion (îes
:

coups de l'efguillon car l'vn le rend fiirieux, l'autre i'endur- ^"^"^" '^" ^^"^*
:

cit,mais par luy lier les iambes, & le laiflcrieufncr quelque Icufncaux
temps car ce vice n'aduient gueres qu'à ceux qui font trop bcufs.
:

gras.Aufsiy a-il moyen de les nourrir; & n'eft moindre faute


LIVRE I.

Nourriture pour l'aifance du labour, que le beuf fcit trop gras, que trop
moyenne. maigre.
La nourriture du beuf ne doit eftre fi à grad foifon en hy-
ucr,quant il ne trauaille pointjil ayme les cofTats des légumes,
Mînçeailie aux comme veiïeSjpoix ôc febucs. Lon l'engrcfle d'orge boulluë,
bsufs. Si.de f'ebues brifecs & caflces , & luy baille lon volontiers du
f oing,non pas tant qu'à vn cheual,mais tout Ton faoul, quant
il trauaille. Les bourgeons tendres le recréent en Efté, & luy

en baille lon volontiers du foir vn FaiOTcau à broutter, il ayme


fur tout le bourgeon de la vigne & de l'orme, aufsi fait il le
marc du vin. Les gerbes de fourment 6c de feigle luy font bô-
nes,& quelquefois le fon entremcflé de criblurcs,mais il l'en-
fle plus qu'il ne le rend fort. Le glâd le fait rongneux fil n'eft

aoullé,&fiI n'en mange tout fon faoul. Les choux bouilluz,


auec le fon luy font bon ventre , & nourrirent quelque pc u
aufsi fait la paille d'orge,meflee auec le fon.
moins de maladies que le cheual. Et pour
Il eft fubiecl à
Pourprcfcrucr \q preferuer des plus commtines,les anciens le purecoycnt fur
le beat de mala- r j u j r-r o
^•gj h hn de chacune des quatre faiions de 1 année, & trois lours
i i' i • •

cnfuiuaris. Les vus auec des luppins,& de la graine de cyprez


brayez enfcmbleautant d Vn que d'autre, &: trêpez vnenuiâ:
en l'air en vne pinte ou trois chopines d'eau commune,les au-
tres auec d'autres drogues, félon la couftume & diuerfité des
païs.
Pour luy doner Pour luy donner appétit , quant il eft defgoutté par trop
appétit. grade lafsiucté ou efchauffaifon , lon luy frotte la lague & le
palais auec du fel,& du vinaigre.

Pour lafcheté & S'il eft vain &


lafche, lon luy donne tous les moys de la
vaineté. vefle pillce &deftrempeedans l'eau de fon boire.
Pour iafsitude. Pour le garder de toft fe lafler , frottez luy les cornes de
tcrebentine deftrempee en huille.Mais gardez bie que ne luy
L'hiiille fait pf r en frottez le mufle,ou les nazeaux:car l'huille leur fait perdre
dre la veue au la veuè".

j.^ ^ Contre le bondiflement de cueur, ou de vouloir vomir,


j
""
lon luy frotte le mufle auec des aux, ou des poreaux broyez,
"^

cueur
&
luy enfaiton aualler,ouainfi jOuauec vne pinte devin,
'""

Col'que des principalement à la colique, &


au bruit de ventre, ce que ion
beufs. cognoift quant il fe plaint, fc couche &leue fouuent, &ne
peut durer en place. Aucuns y adiouftent de l'huille de noix,
&
les autres luy baillent des oingnons cuits en vin vermeil:&

autres du royrrhe,auec de la graine de laurier , deftrempee en


BU LA MAISON îlVSTrQJ/E. 25

irin,&îuy font picquer la chair du l'entour des ongles, ou de


la queii-;' iufques au fanj:;.
An fl .IX de venrre, qui quelquefois vient iufques au fang, ^^"* ^^ ventre
*"°*"'*
&ralFoiaIift fort, Ion garde de boire quitre ou cinqiours,
le

& luy baille lou des pépins de railins, deftrempez en vin ver-
meil , ou des noix de galle Se du cyprez , auec du fourmige
vieil diOayez en vin gros &erpez. Et pour extrême remède
Ion le cautcrize au milieu du front. «^
^ ,
,
... .^ , ,
rour, -„.,-«„:.
entretenir
. ,
Soit que le vueillez engraiilcr ou nourrir au labour,huez fainlebeuf.
luy tous les huit iours la bouche auec fon vrine:& vous en ti-
rerez force phlegTJC qui le defgoufte & luy fait tort à man-
,

ger. Et fl le phlegme luy à fait venir le catarre ,


que vous co- Catarre du bcuf
gnoiftrez quat l'œil luy pleure,^ qu'il eft defgoufte, & qu'il
pêche luy lauer la bouche auec du thym pil-
l'aurcille faites

lé en vin blanc,ou la frottez auec de l'ail & du fel menu puis :

la lauez de vin. Aucuns nettoyent ce phlegme auec des fueil-


lesde laurier pillées auec de l'efcorce de grenade, autres luy
mettent dans les nazeaux du vin du myrrhe. &
Contre le catarre &
les yeux enflez, Ion le faigne foubs la ,
9^"^^^^= ^^^

langue.
A la maille en on luy fait vn collyre de fel ammo-
l'œil l ^ maille en
niac deftrempé en miel & aufsi oingt on l'œil tout autour a-
: l'œil,

uec de la poix bien deffaite en huille, pour le danger des mou


ches qui à caufe du miel luy feroyent touliours enuiron. r
^^ u-rbes aux
S'il à les barbes, vnc carnoiité qui luy vient foubs bcufs.
qui eft
la îangue,il la faut coupper puis frotter l'endroit auec du fel
:

de l'ail broyez enfemblerpuis Ion luy laue la bouche auec du


vin & faut doucementlauer auec les pincettes les vers qui
,

f engendrent foubs icelle langue.


A la fiebure qui luy vient du trop grand trauail en temps Ficbure aux
chaud auec pefanteur de tcfte , enflure d'yeux chaleur ex- beufs. &
traordinaire que Ion fent au toucher du cuir , Ion les feigne
,

de la veine du front,ou de celle de l'aureillc: 5c luy baille Ion


viandes frefclîes,laiduës &
autres, & leur bafsine Ion le corps
auec du vin blanc,?<:luy fai»-on boire eau froide.
A la toux Ion luy fait boire de la decodiô de l'hyfToppe, Toux au beufs
^ manger des racines de porreaux pillées auec du pur four-
mcnt,autres leur font boire par fepi iours de la decodiô d'ar-
moil'c.
fiij
LIVRE I.

Sangfuë auallec Si en beuuant ilauallevne fangfuc , & elle tient encore le


par le beuf. j^j-jg ^^^^ goiicr. Ion luy Fait tomber en luy verfant de l'huile

tiède dans la bouche, fi elle elt dedans l'eflonaach , Ion luy


entonne du vinaigre.
Confie h mor- S'il a efté mords d'vn ferpent > fcorpion , mifcraigne, ou
de ferpcnt. chien enragé: Ion luy frotte la playe de l'huile de fcorpion,
fure

ou du fauon trempé au vinaigre, & le lauc Ion de decodion


Morfurcdufrel de gloterons,ou de vieille faulmure Et contre la morfure du
Ion. frcllon, Ion le frotte de cerufe délire mpee en eau, arroulc &
Ion les endroits où beuf pafturera de décoction de graine
le

de laurier , pour en faire fuir de eftranger les tahous ou bien


,

Ion le frotte décoction & s'il eft picqué,lon mouille


di'celle :

l'endroit auec la faliue dudit beuf.


Pour la rongne. A la rogne,Ion le frotte auec d'ail broyé.,de fàrriette auec
le foulfre Si. le vinaigre, de noi?< de galle pilJee en ius d'herbe
Pour les vlcercj. à chat,ou marrubium auec de lafuye. Etaux vlcereslonles
Pour doux & frotte de mauues pillées en vin blac. Aux doux &
apoftumes
apoftumcs. il les faut faire meurir auec leuain, oignon de lis ou de fquille

&
vinaigre: puis les creuer, & les nettoyer en fon vrine
&
ehauderoent, &
y mettre des tentes trempées en poix liqui-
des, &
finalement du charpy trempé en fuif de cheureou
de beuf.
Pour la galle. A la galle,il le faut frotter de fon vrine auec du vieil beur-
Toindrede poix raifine fondue en vin blanc. Aux
re falé,ou
Pour les pouxfaut ladecodion d'oliuicr fauuage,auecdufel, &Iuy
peux,
AumaldcpouU faut rfterles vefsies qu'il a foubs la langue. Au mal de poul-
^°"'
mon, Ion luy fait aualler du lUS de porreaux auec du vin blac
doux & luy met Ion dans l'aureille de la racine de coudre.
:

Efpaulc retrait- S'il a vnc efpaule rctraitte, il le faut feigner du pied de


'*•
derrière du coflé oppofite. S i toutes les deux , aufsi le faut
feigner des deux iambes.
Le col froilTé. S'il a le col froi{réj& le chefnon pendant & enfié,il le faut

feigner de l'vne des aurelîles.Et fi c'cft au milieu,de toutes les


deux:&: mettre furie mal vneemplaftre faite auec la mouëllc
de beufj?^ fuif de bouc,fondus paregalle portion en huile &
Peautcnâtaux poix liquide ou fondue. Si la peau luy tient aux os,il la faut
®5- bafsiner auec du vin ou fcul, ou méfié auec d'huile. S'il clo-
Beuf clochant,
^he pour auoir enduré froid aupied, il lefautlauerauccfoii
vrille vieille & tiède: li c'eft par abondance de fang qui fe rc-
DE LA MAISON RVSTIQJE. 24
tire au pafturon, & fur le pied, le faut refoudre en frottant
il

bien fort & fcarifiant. S'ilne veut partir par ce moyen, & s'il

cft délia defcendu, faudra fendre l'ongle par le bout iufques


au vif, &
l'en faire fortir, &
enuelopper le pafturon d'vne
bourfe de cuir que l'eau ne luy face tort iufques à ce qu'il
foit guary.
S'il cloche à caufe du nerf refouIlé,il luy faut bafsiner les

iambes d'huile & de fel. Si c'eft pour enflure du genoil , il le


faut bafsiner de vinaigre chaut ou de decoâ:ion de millet &
graine de lin. En touseuenemens faut cauterifer l'endroit du
mal & y mettre de beurre frais laué en eau & vinaigre:
fus
puis à la vnguent de beurre falé , auec de la grailTe de
fin faire

cheure. Si c'ell d'vne efcharde ou d'vn heurt contre quelque


pierre ou eftot,il faut bafsiner l'endroit auec vrine chaude,&
mettre deflus du vieil oingt fondu en huile & poix liquide.Et
n'y a rien qui les garde plus de clocher, que de leur lauer les
pieds d'eau froide,ii toft qu'ils font defcouplez: puis les frot-

ter de vieil oingt.


Si la corne fe fend ou efclatte,il la faut premièrement eftu- Corne fendue,
uer de vinaigre, fel & huile méfié enfemble puis y mettre fus
:

du vieil oingt fondu en poix neufue.


Les buflesou beufsfauuages font meilleurs aux harnas Rufles,oubeurj
de voiture, qu'au labour: car ils ne font iamais (i francs ne fi fiuuages.
roides. Et n'eft bon le labour du taureau , par ce qu'il eft fa- Labour du tau-
rouche & ne l'accommode aux beufs chaftrez. Etencorne reau n'cft bon.
vaut gueres ccluy de la vache chaftree mais il faut garder
: &
engraiffcr le taureau à part, pour les vaches lefquelles on fera
couurirenuironlesmoisdeMay,Iuin & luillct. Et fuffitvn Temps de faire

taureau à foixante vaches. couurir les va-

Les beuB que Ion voudra nourrir pour cnsraiffer & pour ^ ^* *" taureau,

vendre , ne tireront que quelques fois la femaine, & en beau foixantcvaches


temps & bonne faifon , & terre douce & ne porteront que
: Beufs à cngraif-
petits faix pour les exerciter & ne mangeront que de l'orge,
: fer pour vendre,
du foing,& de? gerbees, & quelquesfois des bourgeons
de vignes & autres qu'ils ayraent. Etlebeuf qui aura tiré le
Enatin,fe repofera du foir.
LIVRE 1.

Le Porcher, Chdp. i^.

E toutes beftes denourriture,laplu«gour-


inande, ]a plusfalle, & la plus dorrmr'gcabie,
à fçauoir leporcjuous cft en lingulierc rccom
mandation, pour la fuauité de la chair,quand
Pourceau plus ileftdelai(5t,& cncoricune. Erpour lalalu-
gourmand que rcjle lardjle cuir & la foye. De fa glouronnic
toutes bcftcs de
nourriture. en tefmoigne la truyequetua le Roy Franco} s à JachafTe:
Six féaux de rai* dans le ventre de laquelle furent trouuez fix féaux de railins.
fins au ventre. De fon ordurcjil en appert. De fon veautrer & manger, & du
dommage qu'il fait,aiïez enrefpondroyentlefapperau pied
des murailles, & le fouillez qu'il fait autour des arbres & li-
eux enfen[)encez. A cefte caufe en vne ferme de grad rapport,
telle que nous figurons en ceft endroit,il faut vn homme ex-
près pour les gouuerncr,& mener aux champs qui fâche pê-:

fer & curer fes troupeaux d'heure, & nettement mettre les co
chôsdeflaittezàpartj&les truyes auec leurs petits marquez,
aufsi en taidfeparc.Les verrotsau taiétdes cochons deflait-
tez, 6^ encorles malades en lieu particulier. La paille frefche
VtIHtc de paille
frefchc. & fouuentrenouuelleelesengraiffeautantquefait le mager,
& faut foigner que leur auge foittoufiours nette, & que quaC
le temps fera diuers,le porcher aye toufiours en referue force
gland, fruitage pourry,ou quelques legumes,& a faute de ce,
MangeaiUedes
pourceaux. de l'orge deltrempec auec le fon & les choux ou naueaux,ou
groffes raues pour leur prefenter,& que leur mâgeaillc ne foit
froide,ne trop deftrempcedepeurduflux de v et re.Qu^e l'ai-
re oupauédeleur eftable foit tous les moys renouuelléde
Eftable des
pourceaui. grauierou de fable pour retenir leur vrine car cebtftial, cô-
:

bien qu'il foit folle & Bngeux, toutcsfois il profite mieux en


taid: bien net & bien entretenu.
Engraiflcmcnt Les pourceaux que voudrez engraiffer ne fortiront d'vn
de pourceaux. taiâ: à part , &
n'auront veuë que de la porte quant on y en-
trera pour les penfer.Ei n'y à fi grand foirg qu'aux autres fi*
non de les nettoyer &: entendre à leurfairebon appaftjuf-
quesàce qu'ils ayent prinsgraiflc:car depuis ce temps, il leur
demeure toufiours viande de rcfte, & ne bougeront d'vne
place, comme fans aucun feiitiment & puiffmce de ce mou-
Soi'ris niclier
fur le dos des
uoir,de forte que les fouris quelques fois leur nichent fur le
pourceaux. dos, que fouucnts'cft trouué vn pourceau ayant du lardvn
DE LA MAISON RVSTIQVE. 25

pied & demyd'efpes.


Ne quedix verrots pour centtiuyes & ainfi à
referucz Dix v.^<'-ots

pour cet truycs,


proportionne reftetâtmafles que femelles faites les chaftrer
après vn an ou lîx mois pour le moins , combien que le plus
certain eft quant ils commencent à entrer en challeur,nelaif-

fez nourrir aux truyes plus de dixhuit cochons d'ordinaire &


Dixhuit cochos-

vendez le refte de huit ou dix iours ; &


vn an après, feurez à noumr à vne
&
chaflrez les autres, Scies enuoyezpaflurer,g3rdez du tout les ^
plus courts,gros,carrez,bicentafrez,de couleur noire ou blâ-
che,&fort foyeux fur le doz,pour faire des verrots, & les plus
longs, à ventre pendant,largcsfefres,& cofteseftenduësjauf-
fi de couleur toute blanche,à tefte petite, &
iambes courtes,
pourvoz truyes, des autres faites-en nourriture. Ne faites Temps de fouer
^^"7^*
fouer la truye qu'elle n'ait vn an pa{ré:& que le verrot foit de ^

trois à quatre ans, car après cinq ansillefaut chaftrer, pour


cngraifTer. Le temps de la fouer,foit pour porter ou pour en^
graifrer,eft au premier quartier de la Lune &i iufques à la ple-
ne,car il pas bon, non plus qu'en decours, & fer?depuis
n'cft
la Chandeleur iufques à la my Mars ou peu après, afin qu'en
Iuing,Iuillet & Aouft,voz petits commencent à prendre for
ce,& foyent druz en Septébre,car les cochons d'hyuer font
forts à efleucr, & moins naturels que les autres parce que ce
:

bcftial cil des plus frilleux,qui eft caufe qu'en beaucoup d'é-
droits Ion leur dreflc eftable, auec la bauge encor qu'il y ait
,

commodité de pierre,chaux, fable & plaftrcgardez aufsi que


le verrot ne hante les truyes pleines:car il les mordcroit,& les
feroitauorter. Cebcftialcft gourmad & impatient delà fain, Le porc eft;m-
principalemêt qui en celle ntcefsité ont quelque- patient de fain^
les truyes,
fois mangé leurs petits, &
ceux des autres ,mefmes les en- j^^"J" ^.^^'^^^
fans au bers:qui n'cft petit inconueniêt,p3rquoy faut foigner Xîuve-. mït^cnt.
que leur auge ne foit iamais vuide. les paits enfans

Lô les cbaftrc endecours au renouueau, ou à l'arriére (ai- au«bers.


^

fon,& coçinoift Ion fi le pourceau eft malade quant il penche Temps .1 clia-

r n -1 n o n fticr pourceaux.
fortlaurcille,&qu'il eft plus lent & pelant que ce couirurae,
1' -11 1 , I '

Ma'^d c du
ou qu'il fetrouuedcfgouftc. Pourencftrc plus certain f'il , pcurcrau,à co-
n'apparoift aucun de ces lignes, arrachez luy à côrrepoil vne gno:ftre.

poingnee de foy e de fur le doz fi elle eft nette & blâche à la


,

racine,il fe porte bicn,{i elle eft fanglante,ou autrtmcr tachée


"" P°"^*
^^^^
ileftmalade. Orcftil fubieàprincipalcment a la Icprcpcur Lansâycric iti
fo gîoutonnic,& fille manger, c'cft pourquoy lonlelangaye, pourceaux.
LIVRE I.

êvT que Ion le vilîte derricrt le? aureillcs quand on les cxpofe

en vente aux marchez & aux foires des bonnes villes.Et croy
cncor que c'a elle la raifon pour laquelle noz percsn'en fai-
foyent ordinaire.
Pourceau fut et 1
Encor cft-il fubicd à la douleur enflure de rattc, & à &
à la pefte & en-
la pelle, qui par l'intelicité du temps s'attache pluftoftàvn
flure dcratte.
corps ord , infcét & de mefchante nourriture.
Djfgouttcment Au defgouftement Ion le fait ieufner vn iour & vne nuid
à ofttr. bien enfermé, &
en lieu obfcur pour confommer jes hu-
meurs fuperflues, & le remettre en appétit.
Médecines des A
la tiebure Ion le faigne de la queue. Et au catarre, 8c
pourceaux. enflure de glandes du col, ou encor à lafufpicion de lèpre,
Ficbure.
Ion le feigne foubs la langue.
Cararre.
Enûeure. A la douleur Se enficure qui luy vient au temps des fruits,
quand il y en a quantité, & qu'il en mange de pourris fon
faoul , Ion luy fait manger de vieilles câpres bien deflallees
parmy le fon & l'eau & encor force choux tant rouges que
:

d'autre^: &
luy fait-on vne mangeoire de thamaris.
Galle. A la galle & enflure des glandes du col, Ion le frotte de
fel '-qttu auec farine de pur fourmcnt.
Mî'ncrf'-" '
S'il a mangé de la hannebanne, que les anciens nomment

febuc de porc, ou de la fegue. Ion luy fait boire de la déco-


.eaux. ction du cocôbre fauuage bien fort tiède pour le faire vomir.
Soif. Surtout, il le faut bien abbruuer aux iours caniculaires
& autres bien chauds, & le laifTer touiller & veautrer à fon
plailir : car la foif le fait definer.

Li Bergier. Chap. 20.

I la meilleure part du profit de la métairie dé-


pend de la nourriture du bellial qui fe fait
partie des furcrefts, & le mefnager efpargne
en
Cqs fourrages, criblures, autres chofes &
qui ne couftcnt que la peine de les recueillir
& referrer :ie puis affermer la meilleure plus fruâueufe &
nourriture de la maifon ruftique, efl: des befl:es à laine : vray
Soing des bcftes qu'il y faut du foing pour les prcferuer du froid, du tac, de la
al aie & profit gajje, du fang , &
autres inconueniens qui tantoft prennent
£jui en viCL
.
(Wy\c befte à l'autre : &
auoir la peine de les garder aux chaps
& à la creiche: maisaufsi qu'eft-cede la tant (inguliere&
DE LA MAISON RVSTIQVE. 26

vtile drapperie qui fe faitpartoute rEurope,qu.'cfl:- ce du.

fourmage de Bctune & d'autres endroits, & de la tat délicate


chair des moutons françoys. Ne fe trouuera donc eflr3nge,{i
nous enfeigncns au père de f3mille,que fur tout il entende &
foit foigneux de fa bergerie plus que d'autre beftial,& face de
forte, que fon ted aux ouailles foit bien equippé, de couuert
Le
^^ berg^ct de
en hyuer, & fon berecr de bonne nature, bien comptable, d>c
^

j-Nir irL
adroit plulieurs choies honeites
a
n
r. . .
car peu len trouuent au-
:
bonne nature.
,

iourd'huyde ceft eftat [principalement près des villes] qui


par leur dt lidence & long repos , ne s'adonnent à quelque
malice pluftoft qu'au bien ou profit de leurs maifl:res,cn for-
te que d'iccux, mal moiiginez,iournellement voyons venir
plufieurs larcins,pillcries, voleries, & autres maux infiniz, au
contraire les premiers bergers d'Egypte & d'ailleurs furet in- Bergers inuen-
teurs d'aflrolo
uêtcurs de l'aftrologie,art de medecine,mufique,& plufieurs
^^^'
autres fciêces libérales, ie ne fçay fi i'y dois adioufler l'art mi- *

& gouuernement des Royaumes:par-


htaire,les principautez
ce que bien long temps ils parquoyent aux chaps & viuoy et Meus des ber-
foubsla cabanne plufieurs années, obferuants par loyfir le gers anciens,
cours des aftres,les difpofitions des faifons, &
par long vfige
& expérience marquansles félicitez &
infelicitcz du temps,
en forte que des anciens pafteurs font venuz les gensdefça-
uoirentefmoignage des Hiéroglyphiques. Ilfautdoncen
fomme vn grand foing & aduis à choifir vn bon berger.
Or i'enteds que la bergfrie,sinfi que la porcherie,foit pa- ^-^^^^ "2*
uce de pierre de grcz,ou de liaiz,en pendant fur la court, vers
la foflc au fumier , ou rofmarin de Beauce, pour l'efgoufi: des
vrines, & afsifi. (comme cy defius à efté dit) vers le Midy car :

le bcftial, quoy qu'il foit biê couuert, eft moult frilleuxrpar-


p°^"l« fnllc»

quoyluy faut faire longue eftablc, bien baffe, & affcz large.
L'afsiette des mangeoires , fera enuiron pied & demy au
deffiis de l'aire, & y aura des perches hautes, droites & afTez ,

drues, lices contre lefdites mâgeoires pour empefcher que le


beftial ne pafTe au delà de fes rafieliers.
Le berger tiendra fesraftelicrs,& clayesnettcs,lefquellcs L'office dubcj-
il afleurcra bien qu'elles ne puiffcnt chcoir, & que les belliers ê^'"'

ne puiiTent pafTèr aux mcres,ny les aigneaux trauerlbr aux be-


fles malades. Aurabcfoing de remettre les aignclcts en teâ fi
aurôt cité alai6tez,& de laifRr aux aigneaux du fon
tofi: qu'ils

pour les empefcher pendant que les mères fcrôt aux ch;)mps.
ij
g
L I VRE I.

SurThyucrilles affouragera des meilleures gerbes delà


grandie, &: en raftcler fouuent les e{raiz,qui puis après pour-
ront feruirdelidicreaux vaches,&aux cheuaux.
Pire da licrger En grand Efté il fe parquera au milieu des iachercs & fe-
eii Efte. j.^ fej réparations de clayes à la façon de Teftable , hors mis la

couuerture,& aux quatre coins de Ton parc,a{rerra fes chiens


pour guet, & fe logera au milieu d'iceîuy parc dans fa cabane
^ -f 1
[
de bois qu'il reliera ça & la à melme qu'il changera de chip.
ggj.J2,
"
Ne curera fa bergerie qu'vne fois l'annec,qui fera inconti-
nent après l'AouftjOU bien en Iuillet,qu3nd les tropeaux lont
parquez. Jamais en Autonne ne fur l'hy uer , car la fiente leur
lertde chaleur. Tout aufsitoft le fermier fera porter ce fiens
aux plus maigres endroits de fes terres,& le lairra efTuer le re-
fte de l'Efté iufques en Octobre,qu'il le fera efpadre en chap
ou le méfiera auec la marne. Etauracefte difcretiondcn'cn
mettre en vn mefme endroit que de quatre à cinq ans.
Saifon de tôdre. Le fermier fera tondre fes troupeaux à la première canicu
le du Printemps , fi c'eft en lieu chaleureux & auftral, en lieu
froid &moins efchauffé enuirô la Magdaleine,iamais en Efté
ny en hyuer, & n'y fera entendre que depuis les huit heures
du matin iufques au midy. Puisaux tondues leur fera pafler
fur la peau à main feiche de l'huile & du vin méfiez enfemble
pour les reconforter, & fil y a cfcorcheure , y faut adioufi:er
de la cire fondue auec du fein doux, cela les guarit & preferue
delarongne.
Malicîies des La brebis efl: fubicâe au mal de la rongne , de la toux, de
ç^^^^ q^j ^(^ y„ extrême mal de tefl:e & à la pefte. Ces trois
brebis.
,

dernières maladies font incurables & contagieufes,en forte


X que l'vne d'elles infedee de l'vn de ces maux, fait mourir les
autres. Et alors faudra leur faire changer d'air & d'efi:able,&
cependant curer la leur, & iaraffrefchir de paille bien haute
& neufue,& parfumer l'eftable par plufieursiours auec thym
pouliot,mariolaine,baume5Coq,bafilic, & autres herbes odo-
rantes.
Rongnedela Pour la roncne de la brebis faut faire vnguent de poudre
de fouffre,& de racine de fouchct autant dVn qued'autre,in-
corporcz auec le blanc rafis, camphre, & de la cire pour en fai
re vngucnt,puîs après en auoir frotté par trois foirs ladite brc

Brebis pouillcu- bis>la faut lauer auec de lefsiue, d'eau de mer, ou faumure , Si
Ce, pour k dernière fois auec eau commune. Le mefme remède
DE LA MAISON RVSTIQVE. 17
fert â la brebis pouilleufe.
A la toux, il elle dure, faut leur faire du matin auec Pour la toux des
boire
le cornet de l'huile d'araandc douce, & quelque peu devin brebis,
blanc, le tout tiède, & leur bailler paille frefche, & leur faire
manger du pas d'afne : car c'eft voulontiers en la faifon du
temps nouueau,q ce mal leur prendra i\ c'eft en autre temps,
on leur pourra offrir quelque peu de fenugreCjConcalfc auec
du cumin, & delà dragée aux cheuaux.
Pour courte alaine, faut leur fendre lesnazeauxainfi Courte
la alainc.

qu'aux cheuaux, ou bien leur coupper laureille l'vne après


l'autre.
La morue de la brebis,commc celle du cheual,tient telle- La morue,
ment dans les poulmons, que ny par faigneeny par potions
elle ne fe peut abattre. Le fingulier remède eft, d'cftouffer la contagion à
befte fi le mal continue deux iours feulement: car les autres cuiter.
tant malles que femelles font friandes de ce qu'elles laiflcnt
fur le bord du raftellier,& bien toft après en prennent le mal.
Quelques amuletiers,pluftoft que muletiers,difent qu'il leur
faut pendre au col vn crapaur de vigne cncor viuant,& en-
clos dans vn fachet de toilIcneufuc,&luy laifler l'efpacede
neuf lours: autres, qu'il le faut remettre aux herbes,fi c'eft vn
cheual,& vne brebis en pafturage particulier:rien n'y fait, fi-
non qu'elles meurent altérées des poulmons , & auec la toux
debrebis,phthifiques. Autres remèdes à cernai ne fetrou-
uent, que la voyrie.
Le fang eft vn eftourdiflemenî qui les prend vers la gran- Pour le fang dci
de canicule,de forte qu'elles tournent,bronchent, & faultent brebis,

fans nulle caufe, & fi vous leur touchez le fronc & les pieds,
vous les trouuerez en chaleur extrême, A cela faut prompte-
ment, aueclc cornet aguilé, leur incifer la veine qui eft furie
nez, & iuftement au milieu d'iccluy, le plus haut que faire fe
pourra. Soudain la befte s'efuan ouït, &:t3ntoft après reuient
ou à bien ou à mal plus toutesfois au dernier qu'au premier.
,

Aucuns bergers ont efprouuc la faigneede la temple à petite


quantitc,& l'en font quelquesfois bien trouuez,comme ceux
qui à la toux & morfondure leur ont fait aualîcr vnc cuillerée
d'eau de vie auec du methridat.
A la pcfte n'y a non plus de remède aux beftes qu'aux Pour lapcftc
perfonnes;&: croy que ce bcftial,ainli que le pourceau, pour de la brebis.
la grade fetcur de fon ordure,y eft plus fubieâ: que nul autre;

S iU
LIVRET.
mais pour précaution &
côtregarde a efté aduifc de fouuent
parfumer leur creiche auec les herbes odorantes fufdites,
commelepouliotjle baulmefàuuage, la rucauec des grains
de geneure: & fouuent leur faire manger parmy leur man-
geaillc du melilot commun , au lieu de franc mclilot & de
montaigne que Ion nomme cythifus, & du pouliot fauuage:
encor efl bon l'origail ou baulme fauuage tant à cela qu'à
la toux.
Maladies des ai- Aufsi cft bon fecourir les agneaux, foit qu'ils ayent la
gncaux. fiebure, ou quelque autre maladie ; f*ils font malades, les faut
feparer de leur mère, & leur donner à boire du laid de leur
mère auec autant d'eau du ciel fils ont la nebure.
Gratclle du mé- Souuentleuraduient vnerongne & gratelle au menton a-
ton.
pres auoir mangé des herbes couuertes de roufee. Le remède
eft prendre de l'hyfopc & autant de fel broyez enfemble, &
en frotter le palais, lalangue, & tout lemufeau, puis lauer les
vlceres de vinaigre, & après les oingdrc de poix liquide auec
graifle de pourceau.
le ne veux omettre auat que mettre fin à ce traitté du ber-
ger,t'enfeigner comme tu cognoiftras la bonté de la brebis &
Signes de bone du La brebis elt
bellier. prifee qui n'a paffé trois ans, qui ait
brebis &bellier.
force lame & molîe,non tachée de diuerics coukurs,& de la-
quelle la toyfon foit efpeffe par tout le corps , principalemet
à l'entour du col,de la tefte & au ventre qui ait grands yeux,
:

longues ïambes & longue queue . Lebellierefleftimé beau-


coup, qui a le corps haut &
long, le ventre grand & couuert
de laine , la queue longue & de toyfon efpefle, le front large,
les yeux noirs &
plaifans, le dos large, gros tcfticules, les au-
reillescouuertes de laine, bien cornuz & neantmois de peti-
tes cornes, d'vne couleur, non de diuerfe en aucune partie de
fon corps.

Lecheurier. Chap. zi.

Eaucoupyde païs en noftre Europe,


a &
particuîicremet en quelques endroits de no-
ftre France,qui n'ont commodité ny abon-
dance de befiial plus grade que de la cheure,
de laquelle ils recueillent Inidages ce que &
Camelot dcpoil f enfuit, fans la commodité de la peau , & du
de cheure. poil,mcfnies dôt Ion fait le camelot en Turquie, & encor fans
DE LA MAISON RVSTIOyE. 28

la vente des petits en leur faifon qu'ils cquipollent aux meil- Clieureauxbien
leures viandes, quelorsncfepourioyenttrouuer. Car c'eft cftimcz.

letemps que les oy Peaux s'apparient, & les grofles bcftes font
en ruift, ou de bien peu de temps en fortent petits, qui ne fc
doibuent comparer à l'aignelet de ccfte mefme laifonicn tef-
moignage des praéticiens rotifleurs qui iubtilemcnt entent la Tromperie des
qucuëd'vncheureau au quartier de l'aigneletjqui autrement ronfleurs à la
"^^^^ ^^^ ^°®*
fe trouuc auoir la chair coriace & fade fans aucune delica-
ureauT.
cr j 1 -ja.
tcfle que du laict.

La cheure fe nourrit quafi de rien elle broute & fe paift , Nourriture de


de plus folida viande que la brebis, & monte en païs plus ef- la cheure.

leué 5c où. le foleil a plus grande force elle cft de plus grand :

trauail & exercice , & de plus forte & robufte nature. C'eft
pourquoy les anciens en ont faiâ:cas,commeencor Ion fait
aux païs de montaignes nous,{i peu que nous en auons,leur
:

donnons eftablcs& gouuerneurs communs aux ouailles, &


mettons le bouc à part comme le bellier.
Et pource que nous fommesdiftans &feparez du Lan- Lacheureeftde
guedoc de l'Auuergne, & des montaignaux de Sauoye,auf-
,
grande recômâ-
^^^^°^
q^ uelscefte nourriture^-'pour la commodité du païs eft de plus *".* P*^*
1 j r j r • • 1 demontaiene.
°
grande recommandation, nous en terons delcription plus
courte,t3nt pour leur gouuernement,que nous faifons pareil
à celuy de la belle à l'ainejCÔme par ce que ces deux beftiaux
habitent fous vn mefme leél & creiche, ont nourriture &
femblable & quali font traitées de mefme façon, conduit- &
tes en mefme troupeau.
Le cheurier diligent nettoyera tous les iours leur eftable, Office du che-
& ne fouffrira qu'il y demeure du fiens ou de l'humidité , ou """^f'

qu'il s'y face de la fange, qui font toutes chofes contraires


aux cheures. Iceluy doit eftre rude,difticile,diligent,patient,
alaigre & hardy, &: qu'il aille parles rochers, par Icsdeferts,
par les buiffons : non pas qu'il fuiue fon troupeau comme les
padeurs d'autre beftial, mais qu'il foit toulîours deuant. Il
n'en doit auoir en fa garde plus de cinquante , par ce que ce
beftial eft fot & diflolu, facile à fcfpandreçà & là, contraire
à la brebis, qui fe contient, & ne donne peine aucune à fon

pafteur pour fa garde. 11 fe donnera garde de les laifier repai-


ftreen lieux froids car le froid leur cft fur tout dômageable.
La bonté de la cheure fe doit eftimcr, li elle a le corps ùr- Signes de bon-
mc, grand & léger, le poil elpais , les teiins grans & gros. Le "'^ ««fure.
LIVRE I.

L : bouc. boucaufsi de pris fil n'a pafl'é cinq ans, parce que faci-
fera
lement à raifon de fa chaleur excefsiue il enuieillift, qui a le
corps grand, iambes groires,ic col plein & courtjles aureilles
pendantes & grandes , la teftc petite, le poil noir , efpois, net
& long.
Cheurc.iamais Quant aux maladies de
cheure,iamais ellen'eft fans
la

n'eftsâs fieburc. fiebure,defaitq fi la quelquefois, elle meurt,


fiebure la laifle
Maladies dcj outrelesmaladiesdes brebis aufquelles la chcurecfl fubicde,
cheures.
elle eft affligée principalement de deux , à fçauoir hydropifie
& enflure après la portée; H
vdropiiîe luy furuient par trop
boire d'eau, & alors illa fautincifer foubs l'efpaule, & tirer
parla toute l'humidité fuperfluë, & puisguarirlaplayeauec
de la poix liquide. Apres qu'elle aura porté, fllamatiiceeft
enflée, ou li l'arriére fais ne f cil bien porté,]! leur faut faire a-
ualler vn grad voirre plein de fort bon vin:Et quant aux au-
tres maladies il la faudra fecourir deteîs remèdes qu'ont efté
dits pour les oua jlles & brebis.
Le chenil Cha^. 11,

V berger tenant aufsi l'efl:at du chcuriercn


cefte police rurale, appartient la charge du
pource que la nccefsité veut qu'il
chenil , tat
Limiers.
ait des limiers pour combatte & donner la
Bracques.
Larbccs. fuitteaux loups, &dcs bracques barbets &
pour la quelle de ce qu'il fe prefente qucl-
quesfois par les chaps,ou qui efchappe à l'improuiflie es flcu-
ue ou eftangs,comme pour les dogues defquels le fermier luy
donne la charge, pour la garde de fa maifon , defquels y en a
toufiours vn ou deux, le iour enfermez & lyez, que l'on laif-
feîanui(5i: voltiger & garder la court pour la defence des lar-
ronç,comme pour eitranger les beftes làuuages qui la nuid fc
prefentent à la quelle.
C'eft donc à luy la charge de les nourrir,nettoyer,efpou-
fcr,chafl:ier,dôpter,apprcndre & dreflerà ccqu'il cftbcfoing
qu'ils facent, & pour ceitefFed, le fermier ne luy efpargnc le
gros colin qui fc fait propre pour eux à chacune fournec,fans
ce qu'il leur viêt de furcreft à leur quefte tât domeftique cô-

Pour o^utcrà ^^ chapeftre.Il aura doncla charge des colicrs d'iceux chiés,
k rage des chies. de ks faire baigner à la canicule pour peur delà rage,deles
faire
DE LA MAISON RVSTIQJE. 19
ftirc coucher fraifchcment & mollement après le trauail:
aufsi les efîeimer pour les faire auides, & prôpts à la quefte
de
qu'il attendra d'aguet auec Ton arbalefte ou piftolct , ii le gi-
bier fe prefente la part où il fetrouucra.
Sera foigneux les guarir quand ils feront malades, fils font
rongneux,tigneux,ouaffligcz d'autres maladies: vfera de fem
blables remèdes que nous auons déclaré pour les brebis.

Le Chanier. Chap. 2-3-

E charticr modefte & patient, & qui bien ai-


me iamais ne les frappe, mais bien
Tes beftes ,

îesaccouftume au linglet fonde fa verge, &


à fa parole &
Ton cry : ne leur fait tirer ne
à
trauailler plus qu'elles ne peuuêt. Il les eftrille
ioycufement les matins, en efté quelquef^ &
fois après midy ne les abreuue qu'aux
: heures , après leur &
repos, leur lauefouuent les pieds en efté auec l'eau froide, &
quelquesfoisauec le vin, ou lie de vin pour les renforcir, &
auec mettant pour lanuiétde
l'vrine fils font refoulez, leur
la fiente au creux de l'ongle, & fils
font efchauffez,ou def-
gouftcz, il leur laue la bouche auec le vinaigre & le fel , ne
leur baille foing, ne fourrage, paille, auoyne, ne lidiere, que
bien nettement efpouffez, ne les laifle déferrer, ny dcfclouër.
Et prend foing que leurs traiâ:s,fellettes, colliers, brides ou
autres pièces de leurs hardes & harnas,ne foycnt defchirees,
ny corrompues. Aufsi doit-il fçauoir coudre de fil,fiflelle &
chef-gros,embourer & reftablir fes felles:brief,il doit enten- Eftat de fellicr
drel'cftatdu fcllier & mefmement
dumarefchal.Etpource &inarcrchaU
n'eftre iamais defgarny de fa bougctîc & gibbaflc pour les ^^g^^^^^^^
^"

felles & harnas,& de fa ferricre pour les pieds de fes beftes.


Doibt bien eftre fongncux de veoir à quoy il tient quand
IVndefcs cheuaux clochcjdequel pied,& oùlemal refpôd,
& luy mettre tcllesfois du furpoinét, & tellcsfois de la fiente
aux pafturons. Doit bien aufsi aducrtir quand labeftc fait Faire pieds
pieds neufs, & luy faire donner au rcnouueau la corne quand neufs,
il a la bouche efehauffce le fera couurir fil toufle
: & fil cft :

mortonduautrauail par pluycs & temps fafchcux,luy faire


manger du fcnegrec, ou anisparmy fa prouendc, le changer
quand il vient iur l'aage & bien entendre à l'amour que les
:

h
LIVRE t.

cheuaux portent les vns aux autres , & félon icelle les placer
Eftablcs à che- en l'eftable laquelle il doit tous les matins en efté vuider de
:

ukux. t tenir nets


fi^ns qu'il n'y en demeure rien, &
le foir donner liétiere f reP-
chc. Faut qu'il couche en Teftabls pour le danger des mala-
dies, encheucftremens, &querelles de fes beftes, & qu'il en-
tende à biendreflerôc poier fa lumière hors des dangers en
icelle eftable, & à bien referrer & tenir fes harnas cquippez
déslefoir,fi que lendemain retournant aux champs il neluy
manque rien quand il faudra aftcller. S'il y a quelques mules
cuiumens,il les doit mettre à partj&referuer en autre char-
roy & labtur. Et fi quelcun de fes cheuaux fc trouue mal, (i
ce n'cfl de lafsitudc, refoulurc,ou efcorchure,il la doit fepa-
rcr d'auec les autres.
C'eftanfsil'tftat du chartier de gouuerner fon haras &
iumens foigneufement, qu'aucun inconueniet n'en aduié-
fes
ne,il les mettra pafturer, & enuoyera aux herbes quad le têps
Sailluredcsiu- y fera propre, ne permettra que les iumens foyent fallies des
mens.-
cftalonsqu'enuiron la my Mars,à fin qu'en mefmefaifon que
les iumens aurôt efté couuertes & pleines, elles puiflent faci-
lement nourrir leurs poulains ayants les herbes tédrcs & bel-
les après les meOiues,car au bout de douze moys elles pouli-
Eftalon pour ncnt. L'efiialon
plus ieune de trois ans n'eft bon pour faillir,
maispeutferuira ceiufquesà vingtans. La iumêt porte bien
à deux ans , afin que quand elle aura trois ans, elle puiffe bien
nourrir fon poulain, après dixans elle n'y vaut plus rien, car
d'vne vieille iument les cheuaux font lafches &
pefants. L'e-
ftalon au têps qu'il doit faillir,doitefl:re bien nourry,&:quâd
le temps approche, le faut engraifler d'orge & d'orabe,à ce
qu'il puifle mieux fournir à leur defir,car plus il fera fortdeli*
îumct pour fail ^^^ré à faillir,d'autant fera il de plus forts poulains. La iument
lir. de laquelle Ion defire auoir de bonne race,doit eftrc bien fai-
te de corps, grande à raduenant,ayantbeau regard, les flancs
& la crouppelarge, bien nourrie, & qui n'aye de long temps
trauaillé, ncdoit porterquedcdeuxen deux ans, afin qu'elle
puiffe mieux nourrir fon poulain.Quand elle fera pleine,fau-
dra la bien nourrir,nelafairetrauailler necourir, nela laifflr

à la froidure. Apres que le poulain fera hors du ventre, on le


auecfamereen vnlieu chaud & fpacieux,afinque le
lairra
froid ne luy nuy fe , ou que la mère le bleffe en lieu eftroit : &
quand il fera plus fort, on le lairra aller paiftre auec fa merej
5E LA MAISON RVSTIQVE. S©
afin qu'elle ne fe fafche de ne veoir fon poulain, car commu-
nément les iumensdeuiennent malades d'amour de leurs pe- S'gnesd'ynboit
poulain, 5c aufw
titSjfi elles ne les voy ent. Lon dônera bon iugement du pou-
^^^ '
laincommeaufsidu chcualqui à petite tefte, les yeux noirs, *^

narines ouuertes,aureilles courtes,& eftroites,le chaignon du


colhrge &doux,& non long, les crins efpoix & pendar.s du
cofté droid, poidtrine large, ouuerte &
fort mufculeufe , les
cfpaules grandes &
droites, les coftez ronds, l'efcliine dou-
ble, ventre ferré, les couillons pareils &
petits,lcs reins larges

& aualleZjla queue longue,grofre &


crefpuc,les iambes efga-
Ics, & droides, le genouil rond & petit & non tourné
hautes
dedans , rondes, les cuiflTes groffes & fortes, la corne
les fefles

dure & haute, creufe & ronde,& la couronne bien petite par
defrus,qui cft ioyeux,foudain,& doux,car ceux de telle natu-
re obeïflent facilement & endurent patiemment le labeur.
Le chartier pareillement doit auoir cognoiffance de l'aa-
ge de chenaux à fin de les employer au labeur félon leur
fes
force. L'aage des chenaux fe cognoit,par les pieds,ongles,& Aagc des clie-
principalcment les dents. Quand le cheual a deux ans & de- "^ui à cognoi-
my,les dents du milieu de deffus & de deflbubs tombent.
^'^^'

Q\iand il a quatre ans les dents que nous difons


, canines ou
dents de chien , tombent & y en renient d'autres. Auant la Dents de cKe-
lixiefmc année les groffes dents mafchelieres du deffus tom- "^"'^ mdiccs de
bent, & la {ixicfme année les premières tombées retournent,
'
°
la fcptieme tout eft rempli, & font cauees toutes, & depuis ce
temps-là on ne peut bonnement cognoiftre combien ils ont
d'années :1a dixiefme année les temples fe commencent à
abaiffer & cauer, &
quelquesfois les fourcils grifonnent, &
les dents croifTent.
C'eft aufsi du chartier fur tout d'cflre fongueux de
l'eftat

la fanté de fes chenaux,parquoy quand il les voit fains,& ce Chcuauimala-


neantmoins maigres, il leur baillera dufroumentrofti, ou de a«jat"iter.
l'orge pilé double mefure, les frotrera tous lesiours partout
le corps, cftantafleuré que plus leur profite d'eftre fouucnt
maniez & frottez que leur bailler beaucoup à manger. S'ils Difficulté d'yri-
"^'
ne peuuent vriner,lcur fera boire vn breuuàge fait d'vnc
pinte de vin, d'ails pilez, & de dix blanc d'œufs ou bien du :

ius de choux rouges meflc auec du vin blanc. Cepcdant leur


faut ofter du tout rauoync& l'orge, &neL'S fuftcnterquc
de fourr.ige & verdure propre,f il f'enrccouure felô la faifon.

h ij
LIVRE I.

Maldetefte. Le cruel mal detcfle &rageducheual,rcguaritparvfàge


fréquent d'aclîe,& de force fon, dans lequel auras menufede
fueilles de laiétue, & des pailles d'orge frcfche cueillie fais le
faigncr du cerueau ou des temples, ou de tous deux, & Tefta-
bler en liieu bien obfcur bas & ténébreux.
Pour la tayecn Contre la fufifufion ou taye àc l'œil eft vn fi ngulier remè-
l'œil. de vn collyre fait du lus de l'herbe terrejftre, pillée dansvn
mortier de bois, ou bien du lus delà graine de lierre, ou des
fueilles, battues &
pillées dans vn mortier en eau froide, ou
pluftoft en vin:& côtinucz ce remède par plufieurs iours foir
& matin.
Oeil chafsieux, L'œil chafsieux fe guarit par vn collyre fait auec encen?,.
myrrhejamydon & miel fin.
Le cheual forbeu ou trop tofl après le grand trauail fans
,

Lcsauiues. eftre promené & de{laffc,engendre les auiues,qui ne différent


Efcrouclles. gueres des efcrouelles , par ce que tant au'x beRes qu'aux per-
Ibnncs l'efcrouelle procède de la trop grad froideur d^^ l'eau,
le gofiereftantefchauffc,faut premièrement faiiefomenta-
tions chaudes & de chofcs propres fur la pardc, pour efmoii-
uoir l'humeur, puis appliquer cataplafmc compofé de farine
d'orge, & trois onces de refiné,le tout cuit à perfcâio, en vin
vermeil bon & puiirant:& quand la matière fera afTemblce &
prôpte à fuppuration^il faut donner le coup de lancette pour
la faire fortir, puis en la cauité mettre tentes & plumaceaux,
trempez en eau,huile,&: fel.

Squinancie. La fquinancie,autrcment le mal de goficn& enflure de lâ-


gue, demande premièrement fomentation de toute la bouche
& la langue auec l'eau chaude , puis liniment du fiel, ou amer
de taureau. Et quant au breuuage, faut prendre huille vieille
deux liurcs, vin vieil vn poflon.dans le tout tu méfieras neuf
figues grafles,auec neuf teftes de porrcaux, defiirempe bien le
tout enfemble puis en fais decodion, à la fin de laquelle de-
:

uant la colature tu adiouftcras du nitre bié broyé,ce que ver-


ras efl:re neceflairejdu tout bien paflTé tu en feras vn breuuage,
duquel entôneras en la bouche du cheual auec la corne,deux
fois le lour foir & matin, vn demyfeptier pour fois. Pour fon
manger fais luy prendre de forge, ou vefieen vcrd: ou finon
de la farine d'orge,dans laquelle tu méfieras du nitrc.Si tu luy
tire du fang,fera du palais en necefsité.
Mal des gcnci-
ues & des dents. Le mal des genciues & des dents aduient fouuent au pou-
DE LA MAISON RVSTIQVE. $i

lain quad il dentit, & alors deftrcmperas de la croye la mcil-


Iture que pourras recounrenfijil elle de reims,cn bié fortvin-
aigre, &dece!uyen trotteras les malchoueres par dehoi s &
plus à l'endroit ou il le refcnt.
Cheuaîpoufsif.
Le cheual poufsifjc'cft à dire qui n'a point Ton vent à l'ai-

fe,& combien qu'il Ibit picqué, tiré, d<. foueué, toutesfois il


ne veut marcher, mais halctte bien fort, & iettcroufpirs en a-
bondancejmefmes en mangeant il ne ccficdetoufTer, à grand
peine peut iamais reccuoir guarifon, vrn y que le mal eftât ré-
cent, comme caufc de pou lier ou vent poudreux,ou bien d'a-
iioir inâgé quelque ordure dans fa prouende,le remcde pour-
roiteftreluy tirer fang des harts,& l'en chargera chauf psrle
poidral & fur ledos,ledit fang eflantmefléauecdu vin de de -

l'huile d'oiiue , après auoir continué cela cinq iours , les dits

cinqioirrsfuiuans luy faire tirer par les nazeaux de laîefsiue,


ou il y ait de Thuille mi{lionnee,puis luy bailler ce breuuage,
feneué bien frit, foufre vif, femencede paradis, autant d'vn
que d'autre, faits en poudre,de laqucila tu feras deccdion en
hydromel, ou bien en feras comporte bien efpeficjdc laquelle
tu luy feras prendre tous les matins la grofleur d'vnegrofle

noix de iauf!e,auec du gros vin vermeil, mais bôôc 2,enereux. _


La toux recognoiit de loy plulieurs cauies,toutestois cel ^^ j^

lequiprouient du coifre,comme des poumons & parties cir-


conuoifmes, ou bien des autres internes & inférieures nobles
toutes, & de grande oftice,n*à point de plus fouuerain remè-
de que de fendre les nazeaux à la bcfte & fi après cela le mal
,

n'en reçoit autre amendement faire aualler auec la corne vne


,

bonne chopine du breuuage fequent: prend fcnugrec &fe-


mence de lin de chacun vn polTon , gomme dragant , oliban,
myrrhe, de chacun vne once, fucrcgruyau d'ers, de chacun
vne once, le tout bien pilé &
palTé par !efichet,ferasinfufer
toute vne nuiét en eau chaude, & leiour fuiuant en bailleras a
la befle, comme dit cft Se ce continueras en y adiouft?nt vn
:

gobelet d'huille rofat , iufques à fin de guarifon Au furplus


:

iamais ne faut tirer fang à la beftc, de quelque endroit que ce


foit, mais il fera bon luy bailler & continuer de la gomme de
dragant,aucc de l'huille douce.
La fiebure du chcualrcçoit guarifon parla faigneedela Pourlaficbui*
veine quifc trouue au milieu delà cuiffe, quatre doigts, ou ûucheuaL
cnuiron,au deflbubs du fiege:fmon & au défaut d'icclle,dc la
h iij
LIVRE I.

veine du col vers le guarrot : & fi tu vois qu'il ait meftier de


breuuage, tu efpraindras vne poignée de pourpier, & méfie-
ras le iusaueclagomme de dragaut, de l'encens fin, & vn &
peu de rofes de prouins:le tout luy feras prendre auec de
l'hydromel en petite quantité.
Cotre les defail-
Contre les défaillances de mal de cueur efi: bon tenir le
lances de cueur.
çi-,eua| f^j.^ chaudement, Se luy bailler ce breuuage, myrrhe
deux onces, gomme dragaut quatre onceSjfafran quatre dra-
graes, melilot en pouldre vne once, mercuriale vne liure,en-
ccns fin ce qui conuiendraen proportion, le tout méfié en-
ferable & réduit en pouldre referueras à part pourrvfage,qui
fera de deux bonnes cueillerees pour prinfe auec vne chopi-
ne d'eau , deux cueillerees de miel, & deux goubelets d'huile
rofat. Cefi:e potion feruira par plulieursioursiufques à ce
que lecheual ie trouuc mieux. £t note que ce bruuagecfl:
Cheualarné.
encor propre aux arnez,& qui ont les membres trop roides.
Pour lecheual ^^ cheual trop efchauffé,tuluy feras aualler auec la cor-
trop e c autte.
hyuer trois onces d'huile auec vne chopine de vin ver-
^j^^gj^

meil, & en Efi:é deux onces d'huile feulement auec la quan-


tité de vin telle que deflus.
Pour les don- ^ux douleurs de ventre, que Ion nomme les ventrées, tu
icurs de ventre,
prendras femence de rue fauuage, oude iardms, & la pileras
bien fort ^ auec du vin chaut luy en feras breuuage. C'efl:
,

chofe approuuee de prendre cinq ou neuf canrharides entic-


res,& les enueloper dans vn linge,lequel tu appliqueras con-
tre la cuifle du cheual & comme que ce loir, luy feras tenir
:

quelque têps,cela prouoque l'vrine mais garde-toy bien de:

luy en faire prêdre en poudre,ny en cly fl:ere ny en breuuage.


Pour l'efcorcKa ^ l'efcorchure du dos récente , pren deu> gros oignons,
re du .os.
^ ^^ ^-^j^ decodion en eau bouillante , puis tout chaud tant
que le cheual le pourra endurer, tu les appliqueras fur le mal,
toute l'enflure fe partira en vnenuid. Autrement, prens du
• felen pouldre, & ledefl:rempeauecdufort vin3igrc,en yad-
ioufliant vn moyau d'œuf, & de ce tout enfemble tu en frot-
teras la partie, & tu en verras l'expérience,
laun.fle. Lq pour fingulier remède le bruuage que fen-
iauniffe a
fuit Pren femence de panais , & d'ache de chacun vne liure,
:

fais le tout bouillir auec des lupins & du bon miel, & du tout

bien parcoulé,fais-Iuy prendre chopine huid iours fuiuans.


Durté de ventre La durté du ventre fe guarit par bruuage & cly fl:ere. Le
DE LA MAISON RVSTICiyE. 3^

brcuuage fera tel, baillez-luy ordinairement de la poudre de


rue rauuage,auec la feméce dicelle deftrcpce en bon vin ver-
meihoubien prens racine de flambe iaulne.auec femcnced'a-
nis & opopauax:& de ce tout enfemble pilé fort menu,en fe-
onces de bon vin vermeil, & autant
ras trois prifes,aucc trois
d'huile d'olif, l'efpace de trois iours : En clyfiere tu luy met-
tras ius de flambes deflayé en trois Hures de deco6lion de
mauues , & poiree, &: dans le tout adiouflieras nitre & fiente
de pigeon, de chacun vne once, huile de laurier, & de rue,de
chacû trois onces. Apres qu'il aura receu le clyftere,il le faut
longuement & doucement pourmener. Quelques veteruiai-
res ont expérimenté à cernai la fiente de licure, auec neuf
cuillerées de miel,& quinze grains de poiure rond,de ce tout
en faire breuuage, qui fera pris aucc la decodion de poix ci-
ches ou choux rouges.
Pour la hargne & rupture Ion tient qu'il n'y a rien fi fou- Pour la hargne,

uerain que prendre fept onces cendre de farment , ou d'orme


auec trois onces d'huile doliue, efchalottes broyées , fept en
nombre,miel trois onces,beurrc frais , & fuif de cheureau de
chacun vne once,ius de plantain trois onces aucc du vin blac
vieil, ou de la decodtiô de poix ciches , cela feruira pour trois

prifcs à iours fuiuants.


Pour la du fang àcs parties côuenables fe- Pour îa galle.
galle faut tirer
Ion l'endroit ou mal efl,pour purge côuenable & fuffifante
le

fera bon d'vfer de la poudre de racine de concombre fauua-


ge,meflee auec du nitre & baillée à la corne,auec du vin blâc,
le médicament fouuent prefentc,purî^e les humeurs mauuai'
fes pour remède extericur,prend foufrc vif,poix grafle,bitui-
ne de ludec nommé afphaltum mefle le tout , & le diflbus en
beurre de ceftvngucnt tu feras frotter labcfliepar
frais- falé:

tout le corps, au plus chaud du foleil,& à pluficurs perfonnes


&• longucmct. Si mieux tu n'aimes fort vinaigre demy-fcptier

poix-rtlmc quatre onces,poix de cèdre ou de gomme, d'ice-


luy quatre onces, mefle le tout bien enfemble en vnguent, .1-
uec de l'vrine a'hommc & eau y adiouftant fein doux
tiède ,

& huile vieil de chacun trois onces,fais en liniment ou cerc-


me,f'il ne te femblc meilleur le lauer par tout,ou bien fomen-
ter auec l'vrine & l'eau ticde,puis pafler ton liniment par dcf
fus, l'herbe appellccchododaphnecuitte en hoilc,i'cntensle$
fucilles feulement , efl: vn remède bien exquis à ce mal , en
y
LIVRE r.

adiouftant delà poix grafle, du vinaigre, &: de la cîrc: & aye


fbuuenance en toute fridion ou bien ondion que tu feras, de
frotter touiiours la befte à contrepoil.
Quiand le cheual fe fent mal d'auoir mangé mauuais foin
ou auoine,tu luy feras ce breuuage, prendras la taye du dedas
deiufierdetrois poulets, & les feras bien feicher au four,puis
aucc demie once de poyure,& quatre cueille-
les pulueriferas
reesdemiel,& vnconce de poudre d'encens fin, fais luy prc-
dre ce remède auec chopine de vin tiède.
Colique du chc Contre la colique,cabaret fueille & racine, perfil, fenoil,
«ial- de chacun vneonce,poyure noir deux onces,mairubium vne
once,garderobe demie once, miel fin vn poflbn, cuys bien &:
efcume le tout enremble,& en fais trochifques en grofleur de
noix aueleines,& auec vn demy-fepticrdebonvin tu en feras
prcdreàlabefteenfaçon debrcuuage. Et leiourquela coli-
'
que le tient, tu pileras trois ou quatre cueillerees 8c demie fe-
mence de fenoil,& luy feras aualler promptemct auec le vin:
& le couuriras fort,pour le faire fuer.
Cheual clochât. Pour le cheual qui cloche à caufe des nerfs refoule2,pren
fuifde bouc vne liure,molibdene demie liure,renne vne liure
couperofe demie liure,fais en vnguent.
Et pourlegenoilcnflé,pren chopine de fort vinaigre,das
lequel tu deftréperas vn peu de fel, cuyure btuflé demie liure
fynople ce qui fera propre & ncceffaire.
TuraciTsînuc- Aux tumeurs dures & inuetcrees fais ce cerome,galbanc
terecs, deux onces.refine vne liure,ammoniac demie liure,poix noi-
re autant, cire vne liure , huile autant qu'il faudra pour incor-
porer le tout en bonne façon.
Contre les vers Cotre les vers & lumbricz fais cèdre de bois d'oliuier,ou
lumbncs. poudre d'aluine feiche aucc la graine & de lupins cruds Ô: de
cêtauree autant d'vn que d'autre, aucc deux onces de femen-

ce de r3phane,corne de cerf vne once : &
auec vin blanc, fer-
uira à prendre à trois fois, le iourfuiuant les trois que defius,
tu luy feras clifterede decodion d'aluyne & de ruë,y mettât
su paffer deux amers de beuf, Se vne once d'aloc.
Contre la cou- Contre le flux de ventre que Ion nomme la courance,fert
i^^^^- beaucoup le breuuage fait de poudre de galles, auec vin ver-
rr.sil & farine d'aniydon deftrempez enlemble: ou bien C\ le

flux aduient par morfbndure , baillez de foupes trempées en


vin vermeil doux & eau rofe:-& luy frottez les reins & le vo-
tre
DE LA MAISON RVSTIQVE. 5$

treauecduvin vermeil, de l'huile rofat, & quelque peu de


fel.
Pour le flux de fang par le fourreau, fais tirerdu fang à la Fluxdefang.
beflï, delà veine des harts, puis fais decodion de frounient
auecfain doux & poudre dcfcorce de grenade feichc, & le
tout paiïeras pour en faire breuuage & luy donneras tous les
matinSjfans le faire aucunement trauailler : pareillement feras
cataplafmefur ledos & furies reinsauecdela ccntinode,du
bol d'armenie,& du fang de la beftemeflez enfemble auec du
fort vinaigre, ou gros vin vermeil , qui peut cnccr feruir &
profiteraux errenez de eflancez.
Lecheual quelquesfoisen mangeant fon foin , à deuoré Contre le venin
quelque beftevenimeufe, comme fcorpion,araigne,efcargot 'Is^ore.

que Ion nomme buprefte,lorsillcfaut faire courir iufques à


fuer,puishaftiuement luy tirer du fang du palaiz,Iequel aufsi
îoft qu'il fera tiré, luy feras aualler tout chaut àmefurequ'il
fortira pour viande, tu luy feras prendre porreaux &frou-
:

ment cuits enfemble.


Pourlamorfure de vipère, vaut beaucoup vn coq tout Contre morfure
vif,ouuert par le milieu du corps, & chaudemêt appliqué fur de vipcre.
la playe,puis tout foubdain, vn breuuage de poudre de racine
de flambe iaune , auec du fort vin & du fel ou bien la recine,
:

fueille & fruit de la couleuree mifes en cendre beuë auec &


de bon vin.
La morfure du chien enragé à pour fngulier remède auat Cotre morfure
les neuf iours la fleur de fainét foin bruflce & meflcc,auec du fiu chié enragé,

vieil oingt, appliquée fur la playe, ou bien la piler auec le vin

blanc vieil, & la luy faire boire. Aufsi la racine d'efglaticrmi-


fe en poudre fur la playe, ou luy faire aualler, auec bon vin
vieil. Item graine de fufcau ou ius des fueilles d'iccluy.

La fiente de poulie, auallee par fortune apporte des tren-


chees au cheual,à quoy pren ache vieil, &
en feiche deux on-
ces , & les luy faits boire auec du vm & du miel ; puis le pro-
meine iufques à ce que le ventre luy brouiflc,^ qu'il face la
première cgeflion.
Plus ample traitté &
curation des maladies des cheuaux, vaerinaire êe
pourras trouuer à la Vétérinaire de P. Vegece, quei'ay tra- P. Vegccr, tra-
duit,ou pluiloft Paraphraflé, dcLatin en François, combien dw.v.c par l'au-

qu'vn Bernard duPoy-mcnclar l\nfoit attribue l'honneur, tin-urdcceliure

[ Sic vos non vobis vellcra fcrtis oues.]


i
LIVRE î.

L^fne. Chap. '


2^.
Ombien que l'aPne foir vn beflial vil Sz con-
temptible, toutesfois il cft tref-neccflaire

en toute maifon champaiftrcparce qu'il tra-


uaille & faitde la befongnc necciïaire plus
qu'il r/cft grand & corpulent:coinme a tour-
ner h meule & moudre lv;blcd,porter le bled
au moulin, & plufieurs vtenliles à la ville di rapporter fur fon
dos, labourer la terre légère & non gueres forte à labourer,
tirer des chariots qui ne font pas trop chargez : fans la com-
modité dulaicld'afnefle, qui cft vn fouuerain remède pour
tabides
les &
autres maladies femblables. Parquoy le bon
Laia d'afacfleperc de famille luy doit donner vn gouuerneur , lequeftou-
fingulier pour tesfois ne pouuoit auoir beaucoup de peine à le traiter, car il
les tabides.
^ç^ ^^ç^ ^ faclTe à entreteniril fe contente de peu de pafture,
:

& telle que Ion veut on le nourrit


: de fueilles, d'efpines de ,

chardons , on l'engraiffe de pailles & feutres que Ion trouue


communément prefqu'en tout païs il n'empire point pour :

eftre mal penfé & traitté de celuy qui l'aura en garde il en- :

dure aifement les coups & la faim, & n'eft facile à tomber
malade toutesfois l'afnier fera foigneux de faire faillir VâC"
:

neffe en temps opportun,à fçauoir,à la my Iuing,& non auat


trois ans iufques à dix, & alors doit foulager l'afnefle pour le
regard de fon fruit, au contraire ne laiflcr aucunement le
Repos rend maflc fans trauail, par ce q trop grand repos le rêd parefTeux.
l'af-

ne paicfleux. Fera nourrir le petit afnon du laid de fa mère iufques à deux


ans,ou bien du laid de iument à fin que ce foit quelque chofe
de meilleur: ne feratrauaillerl'afnon auant l'aagede trois ans.
Maladies de gj.g£- ç-^^^
curieux de les guarir quad ils ferôt malades(iaçoit q
rafne.
corne il a efté dit ce beftial n'eft pas beaucoup fubied à mala-
dies) Scvfera de femblables remèdes qu'aux chcuaux malades.

Le Muletier. Chap. ij,

E bon père de famille ne doit eftre defgarny


des chofes neceffaires à fa maifon tant pour
fa nourriture, que pour fon aife. Parquoy,
encor qu'à vn befoin il fe puiflc pafier de
mulets, ayant commodité de cheuaux pour
fe faire porter à la ville & autres lieux oii fes
DE LA' MAISON RVSTIQVE. 34
affaires rappelleront, toutesfois les mulets luy font aucune- Le proGt au ,

n^u-^t.
ment nectflaires pour fon jifejfoit qu'il ne vueille vfer de
cheuauxmaisde mulets pour aller plus doucement, Toit que
par fa vieilleflc ou maie jfànté de fon corps, il ne puilFe endu-
rer le trauail du cheual, mais foit contraint de le faire porter
enlicticre.radioufteray defurcroift qu'en d'aucuns pûïs,cô- Mulets d'Au-
&
me en Auuergne , pour la rarité de cheuaux beufs, les mu - uergne.
lets font en grand pris, & Ion vfed'iceux pour labourer la
tcrre,trauailîer âc faire autres chofes neceflaires à la commo-
dité & entrctenement de la maifon ruftique.
Le gouuernement & charge des mulets eft pareille à celle
des eheuaux, tant pour leur nourriture, pailure, harnas, que :

gucrifon des maladies auxquelles ils font fubied:«, ainfi en fe-


rons plus courre defcription , &
lailTerons l'entière cognoiG-
fance de la nourriture & traittem.cnt de ce beftial aux Auuer-
gnacs, aufquels pour la cômodité du païs il eft de plus gran-

de recômandation:toutesfoispourcn parler Ibmmairemenr,


le muletier ne doit point feulement eftre foigneux de la bon-
ne nourriture de fes mulets,mais aufsi de tirer du profit d'eux
tant pourle feruicede fon maiilre, que pour l'augmentation
de fon bien. Le profit que Ion peuttirer d'eux confifle prin-
cipalement en beaux haras parquoy le muletier doit cher-
,

cher & choifir vn bon & beau ma{le,& pareillement vne fe-
melle pour en porter: car fils ne font tous deux bien difpos,
ce qui en viendra ne fera rien qui vaille & combien que les Dîuerfîté de la
:

mules di mulets foyent entendrez d'afne en iument, ou de gcn^'^non des


"""'"^ "''''"*•
cheual en afneffe, toutesfors les meilleurs font ceux de l'afne
en la iument: car ceux qui fontd'vn cheual & d'vne afneffe,
iaçoit qu'ils portent le nom de leur pcre, c'eft à fçauoir, mu-
lets cheualins, toutesfois refemblentdu tout à leurs mères.
Parquoy le meilleur eft pour auoir des beaux mulets, faire Eftalon.
vneaflieeftalonjqui foit beau & de bonne race & bien expé-
rimente. 11 faut choifir grand de corpulêce,le col puiOant, Beauté
le d'eflalô.
les coftes fortes Se larges,la poidrine ouuertc mufculeufe, &
les cuiflescharnues, les iambes trouffees, noir de couleur ou
moufcheté: car communément les afnes font de poil de fou-
ris mais ce poil n'cft plailant en vne mulle
: la iument doit:

eftre au dcffous de dix ans, grande & belle, & bien membrue,
à fin qu'elle recoiue & porte facilement la fcmence difcor-
dantc à ion ventre, & d'autre efpcce qu'elle n'cft & qu'elle :

i ij
LIVRE I. DE LA MAIS. RVST.
donne à Ton fruit non feulement les dons du corps,mais aufsi
de refpritde petit demeure au ventre de fa mère djuze mois,
lequel fbrty doit cftre traitté à la façon des petits poulains.
Maladies dts Le mulct eft fubied à mefmes maladies que le cheual,
mules tk mulets comme did: eftitoutesfois ie ne vucil oublier quelques mala-
dies particulières à ce beftial,defquellcs fenfuiuentles reme-
Fieburc. des. Au mulet qui a la fîcbure, faut bailler des choux cruds.
Difticulcc d'à- Quand il foufpire fouuent & al'aleinecourtejefautfaigner,
leine. demy fextiers de vin auec demie
puis luy faire aualler trois
once d'huile & d'encens, &du iusde marrubeenuiron trois
Galles aux pa poflons.S'il a les mulles & galles aux pafturons,il faudra met
Aurons. tre deflus de la farine d'orge & ouurir l'apoftume
, aucune fi

Maigreur. y a. On luy ofte la maigreur & langueur par breuuages fré-


quents d'vne demie once de foulfre batu, vu œuf crud & le ,

poids d'vn drachme de myrrhe auec du vin, ce mef-


me remède efi: bon à la douleur du ven-
Toux. tre &à la toux. S'il eft laffé & ef-
^°''S"e. chauffé , on luy iette de la
gr.iireda„sl.gorg=,
ctuSr'"-
& du vin.

Fin du premier hure de la maijon


Ruflique,
55

^Second liuredelamaifbn
KVSTIQJ^E:
LES lARDINS.
Uafsiette & pourprU des iardim, tant
potager que parterre,

CHAP, l
AiNTENANT cft bcfoing qu'cntcn-
dionsàladefcription delà culture, &
labeur de la terre , après auoir difcouru
ce qu'appartient au baftimentj &pour-
/^\] f/*^
^ji^lJ^ ^ prisdelaferme,officcdupcredefamil-
'^iM^^i -fC lc,du fermier &
de Tes eês, &generale-
^^'^ ^^'^ concernclc proht du be-
^^^^^ C^M h
"^^^^^^^
^^
flial. Nous commencerons donc fuiuat
l'ordre cydeuantpropofé à dcTcrire les iardins, en premier
lieu le iardin potager, lequel à efté diuifé & drefle à cofté du
parterre, icparé d'auec iceluy, par le moyen d'vne grade allée
detrois toyfes de large, ayant le puys, ou les conduits delà
fontaine au milieu [ li vous n'auez la commodité de faire vn
puys particulier au milieu de chacun iardin] &cncor d'vne
haye vifuebien efpcfle, qui pourra auoir trois entrées, IVne Haycrifuc.
vers le ba{limér,rautreà l'endroit du puys, ou de la fontaine,
& l'autre contre la cloflure du verger.Et fera plantée de cou-
dres, grofchers blancs & rougcs,poifuries, framboyliers, cf-
glantiers,ronccs, cheurefenil,viorncs,hou{reaux,fuzeaux en-
tremêliez par voycdaubepins, pommiers fauu3gcs,& depa-
radis,cormicrs,neffliers & troclhes,car il faut qu'elle foit plus
i iij
L I VRE I î.

crpcfle & deplus grande defcncc que l'autre , pour le danger


du erchappc, qui peut plus taire de dommage au pro-
bcftiûl
fit^qu'au plaifir de fon rr aiflre.
Pents dcsiar- La fituation des iardins dcfTurdits, pour la commodité
dint.
deleurlabeur,doiteftre vu peu à pente pour la chcutc &dc-
fccnte des eaux du ciel, &
du ius du fumier qui touliours cou
Icra en bas le long des allées par les pluyes,& amêdera le gue-
rct: &à codé de chacun d'iccux iardins, dans le pourpris du
baftimet & cloflure,li faire fepeutjtiendront deux autres iar-
dins fepare?. par autres hayes, & grand chemin entre deux.
Chemin es iar.
Sçauoireft du cofté du iardin potager,vn iardin particulier
(iins. aux chanures, lin, faffran , paltel & autres chofes de mefnage
& profit que requiert fa particulière culture & du coffcé du :

parterre vn autre iardin aux legumes,comme poix,febucs,ver


Tes, riz, paniz , millet, qui feruent grandement à la nourriture

de la famille.

uel doit eflre le terroir ç^ labourage des


lardins. Chap. z.

A terre du iardin doit cftre amendée


vn an a-
uantqu'eltrebefchcc pour y femer, &: après
cftre befchee & fumée de rechef, ou marnée,
i

iilla fautlaiffer rafleoir prendre fon fien & &


fa marne, quant à la nature & bonté d'icel- &
le,elle ne vaut rien argillcufccroyeufe, ny fa-
blôneufe,mais doit cftre grafle au manier,noi-
re en couleur, & qui Pefmye aifémenten la frayant, re- &
muant aux doigts.

La forme des hayes des iardins,

Chap. j.

Ahayevifuefeparantlepotngerd'auec le par-
terre , veut cftre plantée, & dreflee des plantes
fufditesaumoysdeNouembrej &aucommê-
ceracntd'Od:obre,fort bcfchee & amandeeen
ii^ %T-"î- . -^ pied . couppee parla racine, 3c efmondcetous
les ans pour l'arrondir, & efpefsir, & faut lailTcr grofsir&:
DE LA MAISON RYSTICLyE. 5^
monter amont les arbres par voye pour feruir de pieux,& de
perches à treille,& le plus d'ormeaux que pourrez mettre en
voftrehaye, & aux autres qui feparerotit lemefnager, &les
legumesfcra le meilleur, pour fagottage tous les ans à fin de
les faire grofsir , & aufsi pour le marrain de vos charrues &
autres harnas.

Des treilles du iardin potager,

Chap. 4.

H] Out
ainfi que le parterre fera circuy de ber-
ceaux couuertsde iolTemin , feau noftreda-
W^\ mc^rofes mufqueeSj & autres fingularitez,
aufsi fera le iardin potager entouré de treil-
les, de ieune bourdelats,ou du meilleur com-

plant du païs , pour le verius de la prouifion


& profit du mefnage.
La façon des treilles, fera en forme d'auuent (car les ber- Façon de treille»

ceaux couftent trop à entretenir) à fin de drefler quelques


couches par defloubs , ou quelque planche d'herbes, qui ne
demande grand foIage,en y laiflanttoutesfois vne allée de
trois pieds de coufté & d'autre pour le labeur de la treille, &
faudra mettre les meilleurs &
plus gros complants à la veuë
du midy & ne les tailler li long que le bois ne puifle grofsir:
:

car il n'eftquelebonpied &


gros pour faire beau fruit, ne
doit eftre la treille fi drue ny efpefre:& la faut monter de neuf
tout les cinq annces,& rafraichir & relier tous les ans du bois
de voftre faulfayc & ozeraye, ou de gencure de voftre ga-
renne. Ne liez eftroit les perches de la treille ny les feps mef-
mes contre vos arbres de lahayequi feruirontde pieux, car
le lien entreroit dansl'efcorce quand grofsiroyent &: leur Licurc des pcr-
ils

feroittort. Et n'oubliez à fumer & defchauffer vos feps en chcsde la treille


hy uer &: marquetter le ieune bois, pour en faire du complant
à reuendre, & pour toufiours la mieux peupler,ne cueillez les
grappes trop meures,ne trop vertcs,ne quand il pleut. Au de- Labeur Je la

meurant treille pareil a


le labeur de latreillecft pareil à ccluy delà vigne,
& feroit chofe fuperflue d'en traitter plus longuemêt en cell ""^ ^
^^'
gnc.
endroit. Parquoy faudra auoir recours au gouuernement de
la vigne qui fera cy après declairé.
LIVRE II.

Le labour du iardin potager. Chap. j.

IVantau labour du iardin potager, ou demef-


nage, lonen doit faire première façon en No-
la

uembre,apres toutesfois qu'il aura ou an ou dc~


Toute terre par
my an deuant eftrefumé, & bicnengrailTé: car
longue iachcre il n'y à fi bonne terre quinefamaigrifre,& def-

T'amaigrift. chee en longue iacherc. Parquoy faut que le friche qu'aurez


dédié à voz iardins , foit premièrement efpierré Tpuis befché
en vif fon"?, &les mcfchates herbes extirpées iufques au bout

Cendres faites des racines, defquelles la bonne mefnagere pourra faire bon-
j^gg cendres. Puis amcdé de menu fiens de vache & de cheuaî
i-K»,u„-
d'iierbes.

bien meflé,bien pourry, & longuement repofc. Pour la fccô-


de façon fera labouré à la houe, de bout à autre &: en labou- :

rât méfierez tresbien le fiens ou la marne parmy la terre. Pour


la tierce façon fera £fmotté,fdit vny, &
raftelé en platte- for-
me,&dudos durattcau en pa fiant , ferez le deiTaing de voz
planches,& des ehcmins entre icelles fi longs & 11 larges que
faire pourrez, fclon le pourpris & capacité de voftre lieu. Et
faut obferuer que vous puifsiez aiamber &
eftendre voz bras
de coflé à autre de la largeur de voz planches & quant voz :

chemins d'entre icelles aurot deux pieds de largeur, fera bien


affezicar de plus n'eft que terre perdue.

La dijpojîtion des planches du iardin potager.


Qhap. e.

:r=^ Ous difpoferez voz planches au milieu de vo-


Naueaux.
ftre iardin , en forte que celle des naueaux aye
Choux.
Paaaiz. leplusd'efpace, &
après celle des choux, ioi-
gnantlefquellesen ferez deux,l'vne pour les
deux fortes de raues, après lefquellcs plâchcs,
Raucs.
vn chemin de trois pieds de largeur, a-
ferez
près lequel vous dreflerez autres planches particulières, pour
les efpin3rs,poiree,arrochcSjroquette,perli], ozeHle. &
Efpinirs.
Porrcaux & ci-
Puis ferez encor vn chemin large d'autres trois pieds : &
uots
au delà d'iceluy efquarrirez vne placbe pour porreaux , les &
Oignons & ci- ciuots : &
ioignant icelle,deux autres pour les oignons ci- &
boulles. boulIes,& pour les aiIs,cfchalottes,&panaiz. Au delà de ces
planches
DE LA MAISON RVSTICiyE. 57
planches dreficrezvn grinci chemin dctiois pieds & dtmy:&
après iceluy ferez plulîeurs plaches deboiitteures, tant peur
h referue duiardin d'odeurs, comme pour voz hayes :& en-
cor pour les potjges d'hyuer . Et fera bon drefier à cède fin
vne planche de làuge, &vne autre d'hyfiopc, aufii vncde Sauge &.h)ir.

thym, & vnedcmariolaiaejauiredclduandejôcautrede rof- ^^2'^'


inarin,auronce & menu ciprcs, encor vne de farriette 6c hyf-
fope,deco{1:,debaIîliq, alpic, baume, pouliot, & vne de ca-
momille pour faire les licges & labyrinthes que Ion nomme Labynniûcj.cu

dedaius.
Sera bon aufsi pourlcsnecefsite2[carîa fermière doiten-
tédre pluficurs remèdes pour les maladies, & ne faut doubter
que n'ayons apris beaucoup de remèdes par les femmes ] ef-
quarrirfurle bas du jardin potager , près la muraille du clos
Hfibcsmedeci-
fruitier, aucunes planches pour les herbes mcdecinales, com-
nales.
me valeriane,millefueil,efpargoutte, armoyfc, cabaret, iom-
barde,patience,mercuriale,paritoirc,& autres fcmblabks.

L'ajsiette des couches du iardinj^otager.


Chap. /.
L'endroit ou donne lefoleil de mîdy, voits
dreflerez voz couches moyennement hautes,
& de fiens de che-
bien cntremeflees de terre
ual,&;leslairrezrepoferqutlquetempsauant
qd'y rien fcmer.En fvne defquelles planches
vous fcmerez au Croifiant de la lune de Mars
voftre graine de laid:ue,& de pourpicr[ car elles vitntnt aul- Graine <?e lai-
fitoftdcMars quedeFeburier] pour les replanter en leurs <5ue.
planches, quat elle ferôt hautes de demy doigt.En cefte mef-
rae couche vous pourrez mettre graine de pipinellejCornc de
cerf,& trippe-madame,auecozeilled'agleterre,& autres for-
tes pour les falades,le tout efpcz & pcfle-mcfle pour les met-r
trc{eparecmcnt,& au large quand elles feront leuces.
Entédez tresbié a voz graines qu'elles ne foy tt trop vieil- ^^^"^° <^^* S""^'
les cfuâtee5,mouillce-,moy(ics ou entichfes, & aux borts de

ccde couche à la largeur de deux palmes,fcmerezraîtichaijd.


Vous ferez aufsi vne planche pour les herbes fines qui en Herbes fines,
hyuer ferutt fciches aux potages, &. de boutturcs pour le iar-
din à fl.uis, comme font le baume franCjlc b3(ilicq,k ccftjl'c
lhymjrhy(rope,lafariictte,lamariolainc & lafauge.
LIVRE I î.

Encor fera bon en faire vnc pour fcmer les graines de ci-
trons , orenges, limons, poufilies, grenades, buricrs^myrtes.
Graines diffiti •
dettes $c puis qu'ils fontdifncileb à faire venir en ccfte pnrt
:

le$ à faire Tcnir.


par ce que l'air n'y eft marin ne (i propre, & faut bien aduifcr
en les plantant , ou femant, que Ion mette le plus petit bout
à mont , & que de plat & quand les citrons
Ion ne les afTee :

& les femblables femenccs feront venus & Icuez , il les faut
tranfplanteren caffesqui fe puiflent rouler çi & là, pour les
défendre de trop grand chaud froid, & ks couurir &
mi- &
gnarder félon les faifons, comme fera dit cy après.
Concombres & En vne autre couche, qui fera bien longue, &: vers les
citrouilles. hayes vifucs & les treilles , vous y femerez de concombres,
citrouilles, & courges longues, & rondes.
En la quarte, lougue & eftroittc comme
la précédente

[parce qu'il fouuent 3rroufer& mettre de l'eau en


les faut

Melor pied] (emez-y des melons de plufieurs fortes.


Et pour le danger des volailles & oyfcaux, iettez des ef-
pines allez drues fur V02 couches, & fi elles font femees en
croifTant de la lune de Feburier, pour les hafter, voire encor
que ce foit en Mars,efpandc2 fur les cfpines, de la paille aflez
claire, & la faites plus drue pour le danger des gelecs,lefquel-
les fi vous (entez eftre fortes,comme il aduient quelques an-
nées, mettez au lieu de paille, des vieilles nattes ou des gluits
entiers , de forte qu'ils ne poifent fur la terre, ne puilTcnt &
greuer ce qui leuera. Et ce que voudrez qui demeure fur vos
couches, comme le concombre, melon, & autres fruits, le-
parez-le moyennement, & l'arroufez fouuent d'eau tiédie au
foleil, & tirée de long temps deuant,&repofee en l'auge ou
tonneau qui eft près du puys:toutesfois que toutes herbes &
fruits de potages que Ion met fur couches amendent fort au
replanter: ce que Ion faitaufsi pour les affranchir, & rendre
leur faueur meilleure.

Le temps defemer le potager, Chap. S.

Vertu du croif- Outcs graines defquelles le iardin potager eft


de la lune.
fant
fourny,fe doiuent femer en croiffant, depuis
le premier iour iufques au fixiefme, celles qui

font femees en decours ou elles font tardiucs,


ou elles ne valêc rien,fans ce qu'encor que vous
DE LA MAISON RVSTIQVÈ. 3»

fcmez en croiffant, il aduient quelquesfois que combien que


vos graines foyent gra{res5gro{TtSj& quifacent la farine blan
che,& ne foyent aucunement corrompues & endommagées,
toutesfois quelque mauuaireconftellation[que les iardiniers Cours du ciel.
nomment cours du cieljempel'che qu'elles ne profitent &
puiffent croillre.
Si Ion veut femergrainesen Efté, fautquccc foitfur le Semer grainci
croiflant deluillet» & d'Acuft, &: en Automne fur les mois en Efté,
de Septembre & d'Odobre, & comme auisi en renouueau
en Feburier & en Mars.
Les choux & efpinars de toutes fortes , la cichoree blan-
che, les aux, porreaux,& oignons fe fement en Automne, &
endurent l'hyuer.
Les naueaux , raues refforts, paftenades, carottes, perfil,
,

fenouil, & autres herbes dont la racine eft bonne aux pota-
ges , fe femcnt en luillet es païs chauds , & en Aoufl es païs
médiocres, ^ en Septembre es païs froids.
La laictue, ozeille, pourpier, corne de cerf, trippe ma da- Herbes tcadrc^
me, poirce ou bette, & autres herbes tendres ^ cncor les ar-
tichauds,fe femert en printenips,&: leplusfouuent aufsi toft
viennent celles de Mars,&: d'Apuril,quedeFeburicr,feIonla
diuerfité du temps.

PUnter^Te^lanteTy cueillir (^garder les herbes

potagères. Chap. 5.

On tranfplante les herbes pour lesaffrachir, TranrpUtatio».


&:fjire plus grandes:& ce fait-on, ou de plan-
che en planche, ou de couche en couche,
quand elles ont quatre ou cinq fueilles hors
de terre, & ce peut Ion faire en toutes fàifons,
mais que le temps foit humide, & pluuieux: ,
Humidité 4u
& les doit- on mettre en terre bien fournie, &: grafle, fans au- ^'^^^ * obferucr.

trc amendement de ficns.Si le temps n'eft plLiuicux,il faut les


arrouftr après qu'elles feront mifes en terre aflez auant,&à
d'aucunes faut trancher les bouts des racines &
les planter au
large, à fin que Ion les puifTc farder & fer fouïr quand bc-
foing fera.
Les boutteurcspour le iardin d'odeurs, fe font aufsi en Bouttetir*.
k ij
LIVRE IL
toute? faifons, & des reieflons de l'année en prenant partie
du vieil bois, de tordant ce que mettez en terre : ou bien en le
fendant par bas, ôc y mettant vn grain d'iuoineen la fente,
& à l'cntour quelques autres grains d'icelle auoine.
Les erpin3rs,arroches, periîl &
ferfueil, ne valent rien
tranfplintez.
Sarclcméc d'Iier Lon farclc les bônes herbes pour ofter les mauuaifes, qui
beî. confomment leur nourriture, & les ofFufquent,ccia doit eftrc
fiitauec cerPouettcSjquant elles font encor petites, auec la &
main quand les herbes à potages font defïa fortes &: grandes,

Serfouyraent. LoQ les ferfouift tant pour le poix de la terre, côme pour
l'efgouft des eaux, & pour le deffoulement des pieds des pcr^
founes dont la terre f endurcit.
Cueillettî. On cueille les racines, quand les fueilles de l'herbe font
cheutes: & parcillemct lon cueille les fleurs comme bourro- ,

chcjbuglofe, toutebonnc & fouci2,quand elles font entière-


ment ouuertes: côme aufsi lon prent les fueilles & herbes en-
tières quand elles font venues à perfedion. Les fruits comme
melons,concombres,cy troulles,& courges quand ils iaunif-
fent, & font venuz à leur accompliffemet.Si c'efl pour femer,
faut laiffer fur terre iufques à ce qu'ils foyêt outres, puis
il les
mettre en referue iufques au temps de les femer:& les faut
les

Saifoa decueil- cueillir en clair temps, &


en decours.
lir feraciKcs. Les femences fe prennent quant l'herbe efl toute cou-
chée & feiche.
Garde des fleurs Les herbes & fleurs doiuent efl:re gardées en lieux clos &
£v femences. obfcurs, & les femcnccs en des fachets, ou vaifleaux de terre,
qui ayent la bouche efl:roiâ:e, ou dedans des boettcs,ou bien
dedans des calebafles bien efliouppees. Les femences des oi-
gnons, ciboules, &
porreaux, comme aufsi du pauot,fe gar-
dent en leurs gaines,ou efcorces.
Garde des raci- Les racines fe gardent en la caue fur le fable ou grauoir
ncs. bien délié &
quelque peu couuertes , toutesfois auant que les
enfermcr,les faut diligemment préparer, à fçauoir, dés qu'el-
les feront hors de terre, faudra foingncufement les lauerauec
de l'eau dere, puis leur oflier toutes les petites fibres , après &
les feicher ou à Tymbre fi elles font rares & tenues , côme les
racines de fenoil,cichoree & autres femblables: ou au foleil Ci

elles font denfes, crafles & efpelfes.


Lon obferuera ce moyen aux fleurs , herbes, & femencc
DE LA MAISON RVSTIQVE. 59

auant que de les mettre en quelque lieu pour les garder,com-


bienqucleconfeildu prince des médecins Hippocrateseft,
&
que les herbes fleurs racines , tant récentes que feiches ne
foyentmifes aucunement au vent pour eftre gardées, niais
pluftoft enfermées en des vaiiTeaux ou autres réceptacles fem
blables, afin qu elles ne perdent leurs vertus , lefquellcs elles
perdroyent facilement eflans expofecs au vent.

Des herbes pour les potages en panicfilien

O" premièrement , des choux.

Chap, ÎO.

I
Es choux communs que Ion appelle longs Choux comuns.
;
ou verdsjdoiuent eftre femez à la myAouft,
ou en Septembre,qui en veut auoir les fueil^
I
en carefme, & l'hyuer. On les plante en
les
Odobre& replante en Décembre pour en
prendre les fueilles en hyuer & la graine en,

îuing & luillet,& pour les faire plus touffus, combiê qu'aux
autres faifons de rannee,ony peut aufsi entedre-.mais ce n'eft
fi commodément. Et prenez bien garde que voftre femence Scmfincc trop
ne foit trop produiroit des refforts,c'eft pour- Ticille.
vieille: car elle
quoy Ion dit,Semez-y des choux,il y viédra des raues ou des Proucrbe.
naueaux: toutesfois qu'elle dure fix ans en nature, li elle eft

bien gardée.
Les choux cabuz,que Ion nomme blancs, ou en pomme, choux cabu^
fe fcment fur couches, & fe replantent en terre franche &
bien amendée, quand ils commencent à monter en tronc : &
aiment l'air froid,car en air chaud, iU ne pourroyent viure,&
les faut couurir de paille pour les faire mieux pommer, &
blanchir.
Les chou xtortus,crcfpus,& Romains, qui font de natu- choux tortus.
re plus tendre & délicate, fe fcment en Marj,& fe plantent le
long de f année, & demandent fouuent eftre arroufés.
Quand vous voyez que la fueille du chou blefmit,ou
iaunit, c'eft figne qu'il luy faut de l'eau, & luy oftez fouuent ;

les fueilles iauncs & percées, ou pourries, ou fcichcs,car cela


Je fcroit mourrir.
Il iij
LIVRE II.
Choux rouges. Les choux rougcs viennent naturellement de l'abondan-
ce du fumier.
Ne prenez iamais la cime du chou R omain crefpu n'au- ,

pour voftre vfagCjmais touliours les f ueilles,depuis ladite


tre
cime en bas.
Plantation de Toutes manières de choux fe plantent en toutes faifon s,
•houx. pourucu qu'il ne face trop froid,ne trop chaut.Etquât vous
les plantez, rongnez leur la racine de peur qu'elle ne foit re-
,

pliée , ou rebourfee en terre Et ne les mettez fi auant que le


.

iommct ne furmonte.
Arroufcmct de Aucuns les arroufent d'eau fallee, pour les faire plus ten-
c ioax.
jj.gg^ ^ autres leur fement du falpellre par dcflus la fuperfici*
de la terre, ou bien des cendres menu pour les garen-
criblées
Inimitiecntrc
îir des pufTons, chenilles, & autre vermine. Sur tout, le chou
* ^^" "^ ^^^^ ^^^^ P ^^^^ P"- ^^ ^^ ^^ vigne, ny la vigne près du chou,
& lechoû
car il y a {i grade inimitié entre ces deux plantes: que les deux
plâtez en vn mefme terroir, ayants pris quelque croiiTance, Ce
retournentarrierervndel'autrej&n'en fonttant fruâueux,
qu'il foit vray,fi Ion mefle du vin tant foit peu au pot ou cui-
ra le chou, le chou ne cuira par après & fi il corrompra fà
couleur.

Lalaiflue, Chap. II.

A.laiâ:uefefemedru &efpcs, côme le chou,


mais en Mars principalement:car elle ne peut
tantendurerlefroid,ny le chaut. Toute^fois
Ique fcmee en Septembre elle fendurciroit,
pourl'hyuer, & peut durer quelque tcps re-
plantée: il la deux ou trois
faut arroufcr de
temps n'eftmoite & pluuicux.
ioursl'vn,!] le
Et en la fcmant la faut arroufcr pour doute que la chaleur du
fiens ne ictte la femence hors. Eftant venue fur la couche, de
la hauteur de quatre ou cinq fueilles,il la faut replanter en ter
re grafle & loingl'vne de l'autre, & les arroufer en pied , mais
qu'il ne gelé point, &: ne face trop grand chaleur.

Lai<îtue crePpc- Lon ne replante point la petite laid:ue,ny la commune,


lue& pommce. mais la grolfe que lô veut efire crefpeluë, & pommée, ou que
Laiduc Romai- j^j^ nommeRomaine,quia la femence blanche,& plus groA
ue.
fe:c2r par la replanter, elk en deuient plus belle & plus grolfe
DE LA MAISON RVSTIQVE. 49
& de faneur plus douce.
Si vous h voulez belle & blanche, liez-en la cyme deux
ioursauparauanr que la tirer de Iacouchc,ou la replanter de
de lieu à autre & la poudrez de Gblon par deflus.
:

La laidue pommée & fueillue,& crerpue,& qui ne vient Laiduc poaaee.

haute, fe fait en la defchauflant en pied aprcs qu'elle eft re-


plantée peut auoir la hauteur d'vn palme , & luy mettez du
:

fiens de vache bien frais à la racine , puis la réchauffez de ar-


roufez, &
fi tofl qu'elle fera en force, fendez-luy le germe &
la couurez d'vn pot de terre, qui foit neuf,en forte que la cy-
me foitrabatue, & par ce moyen elle viendra touffue, pom-
nice,& blacherou bien fi vous voulez auoir de belles laidues
deux iours au parauant que les arrachcr,il leur faut lier la cy-
me: car ainfi elles deuicndront blanches & belles. Pareille-
ment le fàblon ietté par deffuSjles fait deuenir blanches.
Pour la faire de bonne odeur, Semez-la auec la graine de Bonne odear
cytrons, où par trois iours faites tremper la graine en eau ou « iaiducj.
de damars, ou de parfum.
Pour la faire méfier auec autres herbes de falade, comme
ozeille, roquette, &femblables,toutesprouenansd'vnemef-
me racine , mettez toutes les graines diuerfes dans vnc crotte
de brebis bien creufee au propre,puis la platez bien profond,
ou enuiron dixhuit doigts en terre, & arroufez fouucnt& peu
à peu, & y prenez grand foing quand elle fortira de terre.
Les autres rompent & efmient trois ou quatre crottes de
cheures ou de brebis, & mettent les graines parmy, & les cou-
urent de linge bien dcflié en forme de nouuer, & les plantant
comme delïiis, auec la diligence quand elles fortcnt.

L'endiue, Chap, 11.

'Endiueautrcment nommée fcariolc ou laidue


aigre fert plus en médecine, qu'autrement, &
ne fe cultiue aux iardins, par ce qu'elle cft
toufiours amere, combien qu'elle foit des cf-
peccsdelaidues.Vray quà fouucntlarcplan-
ter & tranfporter de lieu à autre , elle peut chager de nature,
& fans grand peine du iardinicr elle vient.
LIVRE II.

Cichorce. Chap. ij,

A cichoree ef t de la nature de rcndîuc,& fans


la culture & bon ti-aittcmét retient toufiours
Ionamertume, mais l'vfagc en eft esfalades
d'hyuer,& lors 15 l'appelle cichoree blache,
& pourcefaitjon la replante à la fin d Aoufl,
puis au commêcement de Septembre, que fes
Fueilles font grades, Ion la defplante fans rien
froiflcr, & aucc vn petit brin de ferre lô lie fes fueilles cnfcm-
ble tout doucement fans côtrainte, puis Ion la couche en ter-
re bien fumée les fueilles plongées & couuertes & la racine
, :

côtremont, & au defius y fait Ion quelque couuerture en ma-


nière de loge , ou Ion y iette de la paille pour la garder de la
gelée & du mauuais vent autat en fait on de l'endiue que Ion
:

trouuc blanche quant on la retire , & eft au manger afiez dé-


licate.

^rtichaud. Chap. i^.

A plante de l'artichaud eft autre que de l'en-


diue ou cichoree , car aux artichauds, on ne
préd que les plus grandes fueilles aucc leurs
branches , &: autant des grofles tiges du mi-
lieu , qui ne feruent plus de rien après que les
œillets en font tirez & replantez aufsi bien ,

on à couftume ictter par voye lefdits tiges,& les plôgent Ion


en terre biê fumce,la fueilleamont,& la tige couchée & bien
couuerte, &: les garde Ion ainfi en les arroufant quelqucsfois,
fi le têps n'eft alTez iïioitc,pour en hyucr ou autre temps faire

Cardes. des cardes, & repicque Ion les œillets en terre fumee^biê pro-
uignez, & couuerts en hyuer, pour l'année d'après produire
fruit nouueau.
Au demeurant Ion fait ainfi de l'artichaud, quand au fe-
mer fur couche Ôc replanter fur planches fumées, comme fe-
ra dit cy après au x melons , courges , concombres , & autres
fruits.

Pourpier
DE LA MAISON RYSTIC^VE. 41

Fourriery ouille, pimprenelle, corne de cerf!


Chap. ij,

Ourpier, ozeille, pimprenclle, corne de cerf^


^~7^~^5-^S^ll
M^fm trippe-madame,percepierre, ou crefte ma-
S rine, & encor le foucyjfe fcment fur du
1 ^^ft ficnsau printemps, & demandent àeftredu
V ^W^^
W ^W^^ commencement fort arroufeZjÔi: qui en veut
auoir la graine, il les faut replanter, & les laif-
fer croiftrc à perfedion, & feicher.

Bettes & poireeo Chap. jé.

A poiree que Ion nomme autrement bette


iottc enRomans, fe feme en tout temps, fpe-
cialemêt depuis Décembre, iufqucs en Mars,
&
en Aouft, pour auoir femence, qui dure
jbonnetrois ans. Et pour cell effectua faut re-
planter de cinq fueill£s,& la ferfouër,& bien
ettoyer d'herbe , elle croift affez, reuient &
encor qu'elle couppee, fi elleeft mife en terre grafle
foit &
bien fumée. Si voulez auoir des bettes qui foyent fort gran-
des & blanches, il faut couurir leur racine de fien de beuf ré-
cent, & leur fendre le germe , comme Ion fait au porreau, ^
mettre par defflis vne pierre large ou vn carreau.

^rroch es. Chap. 17-

Es arroches viennent naturellement fur terre


fumée de fiens de cheual, & en lieu oii autrefois
y ait eu poiree & deuiennentrouges, ainfi que
:

la poiree, en lieu trop gras & fumé. Sinon, Ion


la feme en Feburier,Mars, & Apuril, & veut
eftre fouuent arroufee. Aucuns la fement en Décembre pour
en cueillirl'hyucr.La femence dure bonne quatre ans.
i
LIVRE IL
EJpinars, Cha^, iS,

s: Spinars ou efpinoches fe fement en Septem-


bre Se Od:obr:*,poiir le Q^rermc,& en De-
ccn-ibrc,lanu}er,& Fcburier pourrEftcteiîes
endurent n{n;2lr."nportunitc du têps. Et qui
IB^ I
les veut faire longuement durera profiter,il
leur faut tailler à vne fois la moitié de la tige,
te à l'autre fois l'autie moitié.

Bourrachejbuglofè & langue de chien,

Chajy. 7^.

Ourroche, buglofe, & langue de chîcn 5 fer-


uent en potage, quant leurs fucilks font ten-
dres: & leurs fleurs duifent en falade. Lon les
femeen Aoufl & Seprembre,pourrhyuer,8c
pourFEfté en Apuril, & les peut on trans-
planter en tout temps, Sren cueille Ion la fe-
mcncc demy meurc,à ce qu'elle ne faille hors de la cotte.

PorreauXiCihouleSyC'iUotz^ Chap, 10,

Es porreauîT, ciboules , & ciuots ne deman-


dent terre lî riche ny amendée que les her-
bes cy dcffus nommees,& les peut Ion fcmcr
>^ --^_,jjj-. tn tout temps, linon que pour en aucirla

^JiL^y graine , il les faut femer en Décembre , lan-


uier,&Feburicr,pourla cueillir après le mois
deMars,& myAouft.Et fi toft qu'ils auront efté fcme2,mar
chez fur les rayons,&: nelesarroufez que quatre iours après.
Lon les plante fi toft qu'ils font creuz de femence,ou par
rayons,& lors on ne leur olte rien que les cimes, ou dansvn
trou auec le bafton:& adonc on leur emonde, & efchargotte
îon les racines & les fueilles,en meflac du fable auec de la ter-
re où les planterez pour faire deuenir gros,mefmes en y met-
tant vn carreau fur la tefte après que les aurez plantez, Ce fer»
en Auril,Miy,8<: toutaulôgde luing. pouren auoirenEfté,
en Aouft,Septcrabre,& O6tobre,pourenauoircn hyuer:fur
DE LA MAISON RVSTIQVE. 4a
toutles faut farder &
fumer rouuent,principilement les por-
reaux,tcftus.Audcmourant pour les grofsir bien fort,meîtez
graine de concon\bre , ou de naueaux , dedans \nc canne ou
caflc pcrcee,&: inférez cefte canne dans la tcite du porreau en
le replantant, ou bien li voulez auoir des grands &: gros por-
reaux iaut nr.ettre de leur graine lât que tiois doigts en pour-
ront p»-endre, en vn vieil linge &iale,& l'infcrer dans terre,
puis le coaurir de fien l'arroufer incontinent : car tout le
mon ceau de la graine aflemblé & vny , fait vn grand groi &
poireau.

PoiîYcelineoufourfîer, Chap, 21.

"^ A pourccline ay me d'eftre femce entre choux,


&
porreaux: & depuis qu'elle aura
r^^i?^i"i oignons
t. ^^'c^:^iprins l'amour de la terre, ne faudra tous les ans
I

''^"^'^'''^^"^ labour, touresfois elle demande


f* ^ÊJfâ^
i i: Llj:
-..
^
^ deftre fouuent arroufce, &
afin qu'elle ne face
point de fouche , elle doit eflre mife es vinbres des arbres 3 &
en mottes pleines d'iierbes.

ç^ilils, oignons, efçhalotteSia^^etits,

Chjp. 22.

^^^' ^*g"<^"5' cfchalottes 8c appctits,veuîent


^^^"^^TT/^vJ
i^/AyTr^S dire ftmez en Nouembre,en terre amendée;
*^^L'''hS^i' & demandétcflre replantez en Apurilloin^
fer T.^V^! à loing,biê fjiclez & fouuét labourez, pour
'

>î'$~^ V.^''^ faire grofir, & dcfcnduz du vent de ga-


^^t;^^^^ e e on les cueille en de cours, en temps fe-
1 m : 1

rain & fcc,qnand les ùieillcs font feiches:& dit lon,qui les fc-

me & pbnte quant la lune tfl foubs terre, ils n'en f^ntenifi
fort:au furplus loii ks laboure oinfi que les porreaux. Mais il
flut noter que les ails ayment la ttrre blanche, & lesoifjnons
la terre rouge: & que pourks liiire venir gr.inds,il leur faut en
les plantant oftcr les cimc?r,6v defnuerlestellesrôc vingt iours
auanr quelcs rcpla:cr,fouirla reire. es: lalaifl^crlèicher, qu'el-
le n'ait aucrnc humidité. £t pour f.nrc que les oignons ne fc
pourriront point.il ics faut plonger en eau chaude, & les fai-
re fcichcr au folci',& après qu'ils feront fecs,les mettre defPus
de la paille d'orge, en forte qu'il ne loucLent point i'vn ï
l'autre.

1 ij
LIVRE I.

Perjîl, anetyfenoil, anis, roquette.

Chap. 2j.

^^^?X.-^î\Wi F perfil, l'anctjlc fenoil, l'anis, la roquette,

^^ (^W^M> requièrent pas grand labeur, & ûirnent

^ l^r/^^Pî terre pierreufe & fablonneufe. Ne demap-


Ç| iî'çé^l^^ ^^^^ ^^^si grand folage parquoy, fera bon
:

fjij t^Pfp^l femer foubs les treilles fur tout le pcrfil


les :

;^=:::^=rr~!=T=^ demande fort eftre arroufé, qu'ainfi pefoit

quand ileft ilmé ou planté près de quelque fontain:- o-j ruif-


feaUjil croift fort beau &
en grande quantité. Et fî quelqu'vn
en veutauoir qui aides feuilles larges, faut qu'il mette dans
vn linge cler tant de graine qu'il en pourra prendre auec trois
doigts:&: la mettre ainfi dedas les quarreaux: & qui le voudra
crefpujil faudra piler la graine d'vn pilon de (auljtant qu'elle
fedefcouure &defpouil]e,puis renueloppcrenlinges,& la
mettre en terre Autrement fans auoir celle peine on le peut
:

faire crefpu en quelque forte qu'il foitfemé, iîonroullcvn


cylindre ou pierre ronde par deflus aufsi toft qu'il commen-
ce a bon le femer depuis la my May iufqucs au
croiftredl fait
folftice, car il demande aucunement la chaleur, plus qucfa-
îîet, & fenoil.

-^Jparge. Chap. 14,

Sparge vient en terre plaine vnie, ne & &


demande cftre arroufé linon quelque peu en
automne.Lon le femeen fofTes profondes de
trois doigts, &
deux ou trois graine? en cha-
cune fofle diftante d^ lautre cnuiror de neuf
doigts, Ion le doit farder fouueijt ?: ne le
faut remuer la première année &
n'eft bon à manger que de
:

trois à fix ans tranfplanté, & fouuent farcie.


Moyen d'auoir Pour auoir belles alparges & en quantité, femez aux ra-
Quaiuité d'afpar yons OU VOUS les replanterez, poudre de cornes de moutons,

S"- ou de baliers fauuages,ou autres:& puis les arrouferez. C'eft


qu'aux prez ils viennent naturellement,
cro>nrY^de^ir P^*^^^^
corne de moutô Autres difent (chofe toutesfois admirable ) qu'il ne faut
ou de aciier. &
que percer kfdites cornes, les enfouir en terre bonne,elies
DE LA MAISON RVSTIQJE. 45
produiront afpargcs. Et pour faire que fouuent les afparges
produi(ent,iI faut ferfouër & farder les racines en cueillat le
fruit:c2r la plante eftanr ainfi traittec portera fruit autresfois.

Tar'Son. Chap. ^S

Argon,que les îardiniers nomment eflargon,


fe fait de graine de lin, picqueeen pluficurs
endroits de la tefte d'vn oignon roagcr, qui
foit le plus fort que Ion pourra troL'ucr, ^
mis en terre bien fumée: & après qu'il aura
germé la hauteur d'vn pied ou enuiron, il en
faut prendre la boutteurc, & la replanter en mefme terre, &
l'arroufer fouuent.

Crejjon, ^ Berle, Chajf, i€,

-|Reflbn de cailler & alenois, & aufsi la berlc,


ayment les lieux humides, & lesriuagesdes
fontaines, & petits ruiffeaux : parquoy ne de-
mandent autre labeur es iardins , finon d'eftre
toufiours arroufeZjSc qu'elles ayenttoufiours
l'eau au pied.

H rarj. Chap. 2/.

E faffran, comme fera dit cy apres,ayme ter-


re moyennc,& toutesfois bien aree : & vient
bien es lieux oii Ion aura planté l'oignon. Il
n'aime l'eau, craint laTouriSj^ lataulpe: &
vient mieux planté d'oignon que de Itmen-
cc. Lon le plante par feillons en Apuril ou
May: & laide lon premièrement meurir oignons amon-
les
celiez enuiron huit iours à l'ombre du fo!eil,& les plante lon
aucc la racine, en terre bien fouée, & loing l'vn de l'autre en-
uiron demy pnulme & trois doigts en profond. Aucuns les
plantent, pour le mieux, depuis la my Aouft, iufques à la my
Septembre, & les laiflent en terre deux ou trois -ins:& chacu-
ne année en Apuril & May,lon lie l'herbe qui fcrafeiche, &
la refoule-on aux pieds enuiron deux doigts en fons,fans of-
1 iij
LIVRE II.
fenfèr l'oignon: & après auoir bien nettoyé les herbes,quand
la fleur fera meure,commeen Aouft, & vers l'A uromnc, Ion
la cuelllira au matin à foleil leuant & lareferuera Ion en heu
,

clos, & feichement.

I\laMeaux,raues^eJforts,carrotteSjpanets^
pajîenades, Chap. zS,

Es naueauv, raucs,refforts» carrottcs,pancts & pa-


{lenadcSjfe fcment tous d\ne mefme façon, en ter-
re bien befchee & amcndce
ou que Ion veut AtÇ- :

fric her, & méfie lonla femenceparmy la tcreen

poudre mtnuë, pour la femer plus clair. Et fil viennent trop >

dru Ion en ofte vne partie pour trâfplanter ailleurs , il les f;ïut
bien rarclerj&berchcr,& garder les plus beaux& plus grads,
pour en auoir de la feméce; Ion les feme en Aouft & les cueil-
le Ion en Nouembre.

Seneue. Chap. z$,


E feneué aime terre sraîfe, & fe fcme auec la
poudre auant l'hyuer & après , & eft culriuc
comme deflusuie demande toutesfois d'eftre fe-
jmé tropefpezjcar il femuitiplie facilement. La
literrclàoiiil auraefté femé eft difficile à delen-
ger puis après, & la femence fe garde cinq ans.

Patiot. Chap. ^0.

E pauot doit cftre femé en Septébre en lieux chauds


5: fecs, & autres endroits, depuis lanuier iufques en
iMars, & le feme Ion auec les choux communément.
^
Concombres^ citroulles. Chap. »

Es concombres & citroulles fe femcnt fur la


vf^l^-îV^J couche au mois de Marsro.: pour le ciâgcr des
,)|%?^r^| qelces Ion les couure de pnille iufquts a la my
^ •i'MSil ^^^a\ ,qui cR lors qu il les fa'it rcplâtcr fur ter-
^f es bien fumées & clpeffcs, pour les lailfcr
1

=^-^ Tieurir par terre,ou bien lur fiegcs de treilles.

ptuouiiX berceaux, pour donner le plaifirdc veoirk fruis


DE LA MAISON RVSTIQVE. 44
penchant, principalement des courges, &ciîroullcs: car les
concombres aiiid que icsat'guries,dont ne voyons guicref
en ce païs, aiment mieux ramper par terre,

Melons, c3r pommons. Chap. 32.

Es melons 5: pompon s rie font fi aifczà faire


c=s!!,N-r>;t^
^f^\^/~;/* venir en cepaïsjmaison lesy contuint parla-
A<j ïicfj^j^ t)^ui- & artiHce,encores ne peut-on fi hii-n fai-
lli Iw^Qi re,qu'ils ne viennent en faifbn de grande cha-

'ém -ly<7\'eurcar telles fois l'Efté t'afi diuers,& entre-

mcflé de froidures, ou trop fecjou trop moit-


te, qui les retarde iufques en l'Automne &: vers les vendan-
gc«>. Parqiioy nouscfî de necersitc de Icsharter par fiens,ôc
ch:ïleur de couches,qui n'efl toutesfois la fanté de»- pcrfon-
nes: car en ce païs Ion voit beaucoup plus de craffonni^res
que de melonnieres, 11 faut donc prendre la graine de melon,
qu'aurez referuee en voftre melônicre, iufques à parfaite ma-
turité, & garder pouren faire d'autres: car elle vaut mieux
ainfi prinfe dans le melon, &
referuee en fa fubflance&en
fon corps &: Ci vous voulez qu'elle forte bien toft , faites- la
:

tremper fix ou dix heures en eau tiède, puis faites enuiron le


dixiefme iour de Mars,des foflettes fur voilre couche, à trois
ou quatre pieds loing l'vn de l'autre, de profondes & larges
de deux pieds, de les empliffez de vieil fiens, &: bien menu,&
de terre noire bien dcllieeenfemblc, qu'il ne fcn faille que
deux doigts qu'elles ne foyent plaines. Aucuns y mettent le
fiens de cheual tout chaut venant de l'cftable, pour les faire
pluftoft leucr:& là defTus picquez-y (ï\ ou dix grains de vo-
ilre pompon , la pointe contre bas côbien qu'aucuns n'y en
:

mettet que iufques à quatre ou cinq, &: les recouurez douce-


ment fans trop piler ny fouler.Puis pour le dagcr dts gelces,
couurez-les de pailîc,ou de nattes efleuccs & fouflcnuesauec
des baftons fichez en voftre couche, par voy e ou fi vous en:

aucz la cômodité, de grades planchcs,tables en ais foufleucz


& fouftenus fur des pierres ou plaftrats, par voye, qu'elles ne
touchent contre la couche, de forte que les puifsie? leuer

quand le foleil fera fort,de remettre quin d la galcrne donne-


ra, ou que les gelées viendront. Et li toft que le melon aura
fait fueilhs aflez grandes, il les faut arroufer auec la hiicre de
LIVRE II»
drap qui trempe inceflamment dans le godet plein d'eau : &
continuer ceft arroufemêt en lieu fort fec. Encor qu'ayez re-
planté voz melons iufques à ce que le fruit en foit gros com-
me orêges,& les replanterez après la my May en ce païs,hor$
le danger des gelees,enuiron cinq ou fix pieds l'vn de l'autre,
fur planche bien cultiuee &
fumée.

Singularité';^ four les melons , ryfruits


fembUhles. Chap, jj,

I la plache du melon n'eft fi grafle, & moins fumée


que celle du côcombre,ou de la courge, & li on ne
l'arroufe point fi toft qu'il eft néjil en viet plus fer-
mc,plus fauoureux & en eft pluftoft meur.
Pompons & co- Pour faire pompons & concombres fans graine, faites
combres fans
tremper voftre graine en huile de fafame trois iours deuant
graine.
quelafemer.
Auancemcnt de Pour les auancer de croiftre, il les faut femer en cafTes ou
croiftre. mannequinsjou autres grands vaifteaux qui fe puiflent porter
& rouller ou trainer de lieu à autre au foleil,& mettre à l'abry
& à couuert hors du danger du mauuais vent & des gelées. Et
quant ils commenceront à croiftrejrongnez leur les bouts.
Pourfesgarentir de la vermine & des puflbns , femez de
l'origan à i'entour,ou en picquez des brâches entre les plates.
Côcombrc fans Pour faire que le côcombre ou melon n'aura point d'eau,
eau. rempliffbz à moitié de paille ou de ferment bien menu la fof-
fctte qu'aurez faite pour femcr voz graines, & y mettez la ter
rc par deftus,puis voz gramcs:& ne les arroufez point, ou biê
fort peu.
Pompos ou me- Pour faire melons ou concombres laxatifs, arroufez les
lons laxatifs.
cinq iours durât, & cinq fois le iour d'eau ou ait trempé h ra-
cine du concombre fauuagCjl'efpace de trois iours. Autremét
defchauflcz les fi toft qu'ils auront fait germe, & les fumez en
pied d'enuiron deux onces d'cllebore,ou verate noir d:ftrem-
pé en eaurpuis les recouurez.Autremet faites tremper la grai-
ne auat que la femer, par trois iours en vne infufion de fcana-
monee.
Pompons odo- Pour faire pompons odorans & qui fleurent bon,mettcz
rans. leur graineparmy les rofes rèiches,& les femez cnfemblemêt
OU bien mettez tremper leur graine auant que la femer, en eau
ée
DE LA MAISON RVSTIQVE. 4J
die damars ou de parfum.
Pour faire pompons ou concombres fucrins, faites trem- PompoBj fuc-
per graine en eau bien fucrec ou en miel & pour les faire *""*•
la :

doux, en du laid, & ainfi les feniez.


Pour faire,qu'ils fe garderont long temps fins eftre gaftez Pompons ic
ou corrompus, il les faut arroufer de ius de iombarde que Ion gai'lc-
nomme autrement, ioubarbe.
La femme eftant en fes mois, fepourmenant par les plan- Femme en Tes
ches des pompons & concombres, les fait feicher 6c mourir: moi-. , fait fci-

le fruit qui en refchappe, fera amer. 1


" ^ «courir

Les concombres demeurent frais loig temps, fils font Concomb res
mis en lie douce de vin; ou bien en faulmure, ou f'ils pendent i^ng têps frais,
en vn vaifTeau où il y aura vn peu de vinaigre.
Les pompons auront l'odeur des rofes,li leur graine eft Pompons ayans
mcflceauccrofcs feiches, puis femee toutenfemble, & alors cdear desrafcs*
font fort vtiles pour eftancher la foif en fiebure ardente.

LE PARTERRE, OV
iardin à fkurs.

Q^el ^roft ^ pUijîr apporte le parterre.

Chap. 34.
E plus plaifant te récréatif de la métairie lariin a fieuiJt

françoife, c'eft le iardin à fleurs, tant pour la

récréation du feigneur à qui appartient l'hé-


ritage, côme auAi pour les ruches des mouf-
ches à miel.C'eft chofe louable & bien fèante
voir de fa feneftre beaucoup d'arpens de ter-
re bien cultiueZjtant en prairie qu'en faulfaye & terre labou-
rables , que nous auons cy deuant propofé mais encor
ainfi :

cft-ce bien autant, voirie bouquet près foy fi odorant, que


l'odeur mcfme n'y fait rien dauantage quand le feigneur du
,

logis , après que le fojcil leuant a donné fur ctfte rofec tant
claire, &: bien perlée, fur laquelle Ion oit la trop plaifantemu-
fiquc des rnoufchcs ^ miel, qui en la cueillant gracieufcment,
rcmplifient l'air de toute douceur &
fuauitc,fans les bordeu-
res &
piqucurts du gracieux thym,mellifle,rofm3rin,mario-
]cine,cypres, gardc-robbe, &: autres herbes odorantes, dont
pcct & la veuc, ne peuuent donner finon trop grand con-
l'a!

tentement aux perfonncs.


m
.

LIVRE IL
Vdjîiette, Jijpofttion, ^ culture au parterre.
Chap. 3/.

7IJ ^^ parterre côme à efté cy deuant déclare, doit eflre


iicfféà coftc du iardin potager, fepa ré d'auccluy
parle moyen d'vne grade allee,&encord'vnehaye
vifue ayant trois entrées, duquel le terroir fera de
femblable bôté & reccuera pareille culture, que le iardm po-
t.i.g^r, & comme le iardin potager a efté entouré de treilles &
jeunes bordtIa!s,aursi le parterre fera circuit de berceaux faits
& appropriez de )ofmin,rormarin,buys, geneurccypreSjfa-
uinier,ccdre, rofiers & autres (ingularitez, plantez première-
ment,& cfmondez félon le naturel d'vn chacun, puisarragez
auec perches de faux ou de geneure en forme de berccauv.
AUccsdu iardin Les allées & chemins feront couuertes &; femees de fable
délié bië batu,ou de poudre de liëure de marbre , ou du plus
délié poulfier de lyaiz,& autres pierres de taille le tout ferre-
ment &
vnimeni applany auec la batte faite au propre.

La difpojition des herbes c^ fleurs du parterre.

Chap, jé".

H parterre,par le moyen d'vn cheminlargedc


IX pieds fera diuifé en deux parties égales
Vnecontiêdra les herbes & fleurs dedié aux
bouquctSjchappeaux, & coronnes,cômevio-
ette de Mars, œillets de Prouencc , œillets de
rofette,œilletsd*Inde,menuè"s péfces, margue-
rites, giroflées iaune & blanche, foucy, muguet, flambes, an-
IiTdinauxbou
cholies,pafre velours,paire-fleur coquclourdes,armoiri£S,liz
qucts
& autres femblables, & pourra eftre dit iardin aux bouquecs:
l'autre aura toutes autres herbes odorantes,ou qui ne portent
fieurs,ou fi elles en portent,tclles fleurs ne font mifts en bou-
quets feules,mais auecf herbe entière, côme auroefne, aluine,
cfpirgourte,rofmarinviofmin,mariolaine,baume,méthe, pou
lîot,coq,hyfrope,lauande,bafilicq,(auge, farriette, ruë,tenai-
F '• ,^1.^ ric,thim,chamamille,ariTïoife,mariolainebaftarde, herbe au
laiOin aux iivr- _, , - „ r i 1 1 1

besdebineica- ûn3t-meiilkstoutebone, anet, marrubiu oc autres Icmblabks:


teur. èi pourra eftre nommé le iardin aux herbes de bône fenteur.
DE LA MAISON RVSTIQJ^E. 46
Les herbes odorantes &
bouquets feront difpo-
fleurs à
fees par planches femblable grandeur & lar-
& carreaux de
geur que celles du iardin potager , d'aucunes par lièges & la-
byrinthes, que Ion nomme vulgaircmét dcdalus faits pour le Labyrinthes,
contcntemêt & récréation de la veuë : la plus grand part âcC- Dedilus.
quelles combien que naturellement &c de leur bon gré croif-
fcnt fans aucun labeur & trauail du iardmier, principalement
les herbes à bouquets, toutesfois celles qui reçoiuentcultu-
re,feront femees,plantees,rcplantees,cueillieSj & gardées non
autremêt que les herbes potageres,où toutesfois faudra auoir
cfgard au naturel de chacune, comme fera cy après declairé
en la particulière defcription d'aucunes.

Des herlpes pour les bouquets en particulier : Et


premièrement^de s violettes de Mars.
Chap. ^7.
^ A violette de Mars,tat fimple que double,doit eftre
5^1 plantée de fa plante entière en terre bien fumée , &
c befchec auant les calendes de Mars fi tu la veux fe- :

mer,fairele pourras en automne & prime vere,prin-


cipalement ne iaut planter ou femer la violette tous les ans en
vn lieu mefme , autrement elle portera vne fleur menue de &
peu d'odeur.Tu feras qu'vne mefme violette retiendra toutes
les couleurs des autres, à fçauoir, blanche palle,iaune,& ver-
meillejli tu meflc enfemble les femences de toutcsjcnfermees
en vn linge, &: le mets ainfi en terre bien fumec.

Oeillets. chap. 3S.

,ç7^ Eillets fc fement rarement, mais plus fouuent


[i font plantez de leur racinc,ou des branches ti-

rées de leur plantcrla racine fera plantée au c6-


menccmenr d'automne en terre bien grafle, &
^t^ mife en potsdeterre, à fin qu'elle puifleeRre
au couucrt durant l'hyuer pour crainte des
geleesrl'eftc grade plante aye ictté fes bou-
venu auant que la

menues branchettes d'alcn -


tons, Ion en pourra tirer pluficurs
tour du pied, quafi pgur en peupler vn carreau , & en faire
m ij
LIVRE II.
Oeillets ayâs la nouudies plantes. Tu donneras aux œillets, fenteur de clou
fenteur de clou
(^e girofle, li à l'entour de leur racine tu applique vn clou de
egiro es.
gii-oflc battu. Pareillement tu rendras leurs fleurs belIeSjlar-
ges, plus plaifantes &
odorantes,fi tu efmonde fouuent leurs
fueillesjbefche &: arroufe foigncufcment leur terre : aufsi tels
œillets font appelez communément, œillets de Proucnce,du
Oeillets de Pro
uence. lieu où prouiennent comme les au-
les œillets ainfi cultiuez
tres, qui n'ont les fleurs tant larges ny tant odorantes &ne
Oeillets Je ro- font tant diligement cultiueZjfont nômez œillets de rofette.
^ettc. L'œillet d'Inde iaçoit qu'il ne refufe aucune terrejtoutef-
Oeiueis d'Inde. f^}s,{i tu le plante de fa plante ou de Tes branches,ou femeen
terre gra(re& bien furaee,princip3lement au commencement
de luilletjii croiflira en telle hauteur qu'il dégénérera quafi
en arbre, & iettera de fà tige plufieurs rameaux à la manière
d'vn arbre, ouarbriîTeau, & par mcfme moyen produira des
fleurs durables iufques en tiyuer.

Z/:^. Chap. 39-


Es doiuent eftre plantez au mois d'Octobre
liz &
de Nouembre en terre grafle &
bien houée:tu do-
ueras telle couleur à leurs fleurs que tu voudras (î
iSâl auant que les planter, tu macère leur racine en tel-

le fubfliace colorée qu'il te remblera,puis arrofe la racine pla-


tée dans la foflette de la mefmeliqueur , en celle forte Ion dit
Liz rouges. que les fleurs des liz prouiennent rouges & purpurees, fî leur
racine auant qu'efl:re plantée cft: trempée en lie de vin rouge,
,

oucncinuabredeftrempé,puis de la mefmeliearrofeeenla
fofle ou elle fera plantée.

Des herbes odorantes en particulier: Et


premièrement y du Bafilic.

Chap. ^0.
E feme en Mars, & en Apuril en ter-
bafilic fe
re grafle, & prouient fubitement incontinent
fi

après qu'il aura elle femé,eft arrofé d'eau quel-


que peu chaude, on le peut aufsi femer en Au-
tomne,&la femence fe veut abreuuer en vinai-
gre, duquel fil efl: anofé tant foit peu, il viendra en branche.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 47
Si tu le leme en terre fciche & expofe au foleil , incontinent
Ce changer i ou en ferpollet ou en crefTon.

K&ue. Chat?. 41.

A rue n'aime point lieu huniide,ny froid, ny


cngraifTé de beaucoup de fien, mais Çtc &
chaud vtntjàraifondequoy durant l'hy-
fans
ucrla faut couurir de cendre, car par la natu-
relle chaleur des cendres
elle refifte au froid.
On la
peut fcmcr en Mars, Aouft, &Septem-
bre,iaçoit qu'elle vienne mieux plantée de racine ou de bran-
che,que femee, Q^and elle enuicillifl:,elle dégénère en bois:
parquoy deux fois l'an luy faut coupper la tige iufques à la ra
cine.pourluy renouueller fa ieunefre,ne faut permettre fil eft
pofsible qu'elle fleuri{fe:car fi elle fleurit, elle en defeiche
pluftoft:lon dit chofe admirable de cefte herbe,que fi la fem- Not« ftanacs.
me qui aura mal veifé de fon corps ou qui aura fes mois, tou-
che ccfte pIante,ou en approche tant foit peu,incontinent cl-
ic meurt.

Menth e. €hJdp, 42.

Enthe ne veut point terre fumee,ny grafle, ny


expoiee au foleil, Qiais pluftoft humide ou près
des eaux au défaut dequoy la faut afsiduemêt
,

arrofer autrement tlk fe


: meurt : elle éft plan-
de racine, ou de iSanche en Automfucou
ai tcc
Printemps.

Thym. Chap. ^j.

Ethym vient mieux planté que femé,& demande vn lieu


^expofe au foleil,marin &. maigre.

Origan, Chap. 44'


L'Origan, autrement dit mariolaine baftarde, ay me la ter-
afprepierreufe,& cailloueufcdemandetoutesfoisd'cftre
fumé &arrofé, iufques à tant qu'il ait prins fa naiiïànceôc
grandeur.
m iij
LIVRE IL
Sarriette ^ f^jjfip^- Chap. ^y.

A farriette & l'hyflope doiuent eftre plantées ou femees


l'en lieu ny gras ny fumé,mais expofé au foleil.

Coriandre. Chap, 46,


Vand tu voudras fcmer de la coriandre, eflis la
graine plus vielle que tu pourras,car tant plus fera
elle vieille, tant meilleure fera, moyennant qu'elle
ne foit racide & moilie:feme-la aufsi en terre graf-
: e & humide, & ne néglige pas toutcsfois le maigre terroir.
Sauge, Chap. 4/.
A fauge Te plante de branche torfeau pied, &de
racine en prin-temps & automnc:eîle fe fcme aufsi
en mcfme temps : fa racine fereliouït d'eftre en-
tourée de cendre de lexiue.

^luine. Chap. ^S.

*Aluine, ou abfince, enfuit en ce la fauge & toutesfois

L
,

n'efl tant femec ou plantée, pour fon odeur, que pour-


ce qu'elle eft vtile pour la famé.

Rofnarin^ç^ lojinin. Chap. 4^,

& iofmm, viennent en tout air,mais ils aiment


LEmieux rofmarin
marine , font plantez en automne de racine, ou
la

de branches en primc-vere.

Scrpollet. Chap. jQ.

LEnes,ou ferpollet fe refiouït d'eftre planté


ruifîeaux, ou puys,
ou femé près fontai-
& iettepar ce moyen de plus
belles fueilies.

^net. Chap. //.

'Anet vient mieux femé que planté : & demande fbuuenî


/d'eftre arroufé.
DE L\ MAISON RVSTIQVE. 4S

FenoîL Cloab. jz,

E fenoil fe plante, &: fe femeaii prin -temps &


|i automne : toutesTois celuv qui cft doux,d': Ilia-

de pluftoil d'eftre femé que pl.3nié,merme pUif^


toll en Printéps qu'tn Automne: car i! en vient
?i plus doux, & en
gros grains. Situ
fait de plu»,
veux auoir dj fenoil fort doux, mj:tsla fcmencc dedans ync Fenoil doux.
fîg\iede Marfiille, &. la plante ainlî, ou bien méfie du miel
uec io terre ou ta vc ux icmer le fenoil.

Bref difcohrs des arbres ^ ^ arhrijjeotux ytant

ejîrangers que dome^iques quifont plantez^


ou tranJpUntez^ au parterre,

Chap. S3f

1E parterre [ comme à efté dit cy deuant] eft


oafly & acourtré pour la feule récréation du
I
père de (amille, laquelle ne pourroit cftre du
H ont (i grande à ftntirks fleurs & herbes o-
y^j(,vm'tàox2iV\iQ'i^c\\xï veoir les arbres & aibriflcaux
étrangers que tant domt.fl:iques,qui expirét
^ «2^^Jjj
—=^ij non feulement vne odeur
:
plus plaifanie ians
comparcifonque les herbes, maisencor la plus g" âd part d'i-
ceuxapp rtent fruits de grande admiration comme gtcna- ,

dierSjcitro miers,orengcrs, limoni.rs, pomalles, palmiers, fî-


guiers,oliuiers,& autres femblables: parquoy artn que ne de-
laifsions rien en noftre parterre, d^quoy le pcre de famille ne
puifle prendre fcscsbats, parkrons fommaircmenr df la cul-
ture des arbres, & arbriiïeaux qui doiuent tllrc plâtez en ice-
luy defquels les vns font dcdiez aux berceaux dôttft circuit
le parterre à f<jauoir cyprès, gcneurc, fauinier, cedrc, rolicrs,
lont fcmez ou plantez & tranl'plan-
buys& autres, les autres
tezcn couches propres ou vaifleaux ca(fcs,à Tçuinir lau- îS.'

rier, meut re, palmier, pin, citronnier, orengcr, limonier, figuier,


oiiuier & autres femblablcs,qui feront cy après dcclaiez.
LIVRE II.

Des arhrijjeaux d'où Jônt faits les berceaux


du Parterre en particulier: Et pre-
mièrement ^ du Cyprès.
Chap, j^.
E cyprès tant
mafleque femelle, combien
qu'en de Crète, fans culture & de fon
l'iile

bon gré prouienne,toutesibis en ces païsne


peut naiftre fans grand foing du iardinier,&
bonté du terroir il vient de plante & de fe-
:

mcnce en terre feiche, eflongnee de fleuucs,


riuiereSjmarefcageSjlieux fangeux &
humidesâl liait fur tout
la terre fumée tant foit peujmefmeque fi lonenuironnede
fiens la fofleoii il eft planté, bien peu de temps après il fc
meurt. C'eft quafi chofe admirable en nature de la femence
de cefte arbre, laquelle, iaçoit qu'elle foit tant menue, qu'à
grand' peine on la puifle voir,toutesfois elle engendre de foy
vn arbre tant haut efleué. Quand tu la femeras, feme-la par
rayons depuis le vingtiefme d'Octobre, iufques en hyuer, &
auprès d'elle,de l'orge:car il y a fi grande familiarité entre ces
deux fcm en ces, qu'elles croiflent quafi parcnuy l'vn del'au-
trerdont aduiendra que quad il fera grand année d'orge,aufsi
fera-il de cyprès. Si tu le tranfplante fais le pareil:donne-toy
bien garde ce pendant rarrofer,esbrancher,ou tondre fes
fommités,car il ne peut endurer aucune playc tant petite
foit-elle.

Kofer. Chap. SS-

E refier fc plante en Feurier,de plante & de


femence:ilelt planté devergettesdiuifeesen
pièces longues de quatre doigt, Simifesen
terre bien fumée vn pied en profond. Lero-
ficr femé vient tardiuement,toutesfois fi tu
le reme,feme-le quatre pieds dans terre, & ne

te trompe à la femence, car la fcmêcedelarofen'eft: pas cefte


iScmécedc rofc. P^^*t^ fleurette iaune qui eft au milieu de la rofe, mais ce qui
eft contenu &
nourryau menu fruit que produit la rofè
après vendanges, que Ion cognoit eftrc menu, quand il

noircit
DE LA MAISON RVSTIOi^E. 49
noircit Se deuient mol.
Pour auoir rofes fort odorantes, faut planter ou femer le
Rcfcs fort odo-
"nres.
rofier en lieu feCjOu l'eniiironnerde toute part d'ail. Les rofcs
feront auancces, Il tu fais vnc folTette large de deux palmes à ° ^^ auancccr»

l'entour du rofier , & y refpans de l'eau chaude foir & matin,


nontoutesfoisauant qu'j le bouton delà rofe commencera à
germer,iu feras le fcmblable, li tu plates le rofier en cophins,
ou pots de terre, &
le cukiue de mefme façon & diligêce que
les courges & concombres auancez, comme à efté cy deuant
en feigne.
Tu g.irderasles rofcs récentes en leur vigueur, fi tu les Rofes récentes,
mets dans la lie d'iiuile, en forte que la liqueur foit par delTus.
Tu auras des rofes de couleur verte, li tu ente le rofier fur Rof^j vejtei.
vn tronc de vieil chou, ou fur le tronc d'vn chefne, combien
que les rofes feront de nul odeur.
Tu rendras blache la rofe incarnate, fi tu la parfume aueç
du fouiFre,alors qu'elle commence de f efpandre.

Bouts,gènejl,cedre,fduignier. Chap. j6.

Ouis eft planté de'reiettons & de rameaux


après le douzième iour de Nouembre & ai- :

me lieux humides,
Le gcncft come aufsi le cedre[qui eft tou- GcdcII.
rcsfois fort rare en ces païs ] fe plante dere-
ictîons, & de rameaux, au CroiÛTant de la lu-
ne,enuiron les calendes de Mars.
Le fauignier fc plante comme le bouis.

Dr-; arbres (jr drhrijje aux, tant ejîrangers que


domcJJ:icjueSyquifontplante:^ouJème:^par
couches ou vaijjeauxyau parterre en
particulier, Chap. //.

L laurier vient en toute terre, toutesfois il fedele- Laurier.


«-^clc près lamarine, en terre maigre & délice, ou eft
.^(J^l'air chaud &: tempéré. Doit cftre plate en Autcm-
sc«^ne di prime-vcr€deraixdcplante,& debranche:&
fe prouigne en Marsbicn proprement, quand l'humeur vient
II
LIVRE II.
à refcorce. On le peut aufsiremerapresle qnatordermede
Mars en terre bien fumeejvn pied fous
terre quatre grains cn-
femble: &au boutd'vnan le dois planter ailleurs.

Meurte, Chap. S8,

E meurte fe doit planter au plus haut Heu du


parterre, car par Ton odeur j-end le lieu fort
deleâ:able. Il eft planté de reiettons prins de
la vifue racine,ou de rameaux prins de la plus
haute cime de l'arbre , en terre fablonneufe,
poudreufe &
maigre. Il fe peut aufsi femer à
la façon du laurier:mais il vient tardiuemenr.

Il croiilra fort beau &


haut efleué, fi tu le nettoyé &
efcure
rouuentàrenîour:&; produira des fruits amples &fertiles,li
tu plantes près de luy, des rofiers. Demande à cftre arroufé
d'vrine d'homme, & principalement de brebis, ou au défaut
d'icelles d'eauchaude, de laquelle il fe deleâte grandement,
comme quclquesfois il fut cognu par vn meurte planté près
d'vn baing, qui à veuë d'oeil croiffbit en toute beauté, encor
que Ion n'en tint compte. La graine de meurte mife dans vn
vaiffeau qui ne foit point poixé, & bien couuert,fe garde lon-
guement en fa verdeur. Aucuns difent,qu'il vaut mieux de la
mettre auec les petits rameaux.

Palmier. Chap. S9'

'Almier demande air chaut & tempéré, terre


fablonneufe,poudreufe.Il eft planté de peti-
tes plantes auec la racine en Apuril &May,
fa plante eftant bien enuirônee de terre graf-

fe. Lon feme aufsi les noyaux frais de datte,

qui fait la palme , en Odobre, deux coudées


en profondeur,de terre méfiée de cendre & bien amendée de
fien de cheure, & le cofté aigu au deffusiSc veut eftre arroufé
tous les iours:& que chacun an lon luy refpande du fel à l'en-
tcur, ou pour le mieux qu'on f arroufé fouuêt d'eau quelque
peu (alee. Noteaufsi,que parce qu'à grand peine d'vn noyau
feul peut venir vn palmier qui croiflTe &face vn tronc qui foit
aiTez fort pour fouftcnir l'arbre, fera bon de mettre & con^
DE LA MAISON RVSTIQVE. 50

ioindre deux ou trois noyaux enfemble coufuzen toille, en


forte que les coftez aigus f enîrercgardent, & les planter ainfi,
car par ce moyen la vertu de deux ou trois conioints, pourra
faire le trocde l'arbre plus parfaict. Note aufsi que fi tu veux
que la femelle du palmier Toit fertile en fruit, dois plater près MaHe Se femel-
elle le malle palmier,non feulement vn, mais plufieurs fil eft le palmiers.
pofsible, par ce que la vicinité fait que la vertu du mafle eft
portée à la femelle par lacomraixtion du vent, d'oii vient
l'abondance du fruit.

Pin. Chap. éo.

E pin vient principalement de fon noyau, qui


doit eftre planté en Oâ:obre ou Nouuembre
en lieux chauds ou en lieux froids en Feburicr
1 &
:

Mars, ou enuiron la cheute de la pomme, ou


i 3B peu après, en foffesbicn bcfchees, & de bon
gueret : & ne doit-on rompre la pomme à force ou auec au-
cun ferrement pour auoir les pignons, lefquels faudra faire
tremper trois iours au parauant , & en planter fept enfemble
à la profondeur de cinq doigts feulement. Qu^and ils feront
nais , ne les faut ii toft tranfportcr , par ce qu'ils ne prennent
racine qu'auec long efpacede temps, & grande difficulté:
ains ne pcuucnt endurer, fans leur grand dommage, qu'ils
foyent trâfplanteZjtoutcsfois quand le temps fera venu pour
les trqnfplanter,garde-toy fur tout que tu ne bleffes la racine

plus principale & plusefpeffe.


F'mner, C^jap. 61.

E figuier aime cftre es lieux expofcz au foleiî,


pierreux, croyeux, & quelquesfois cailloucux,
principalement celuy qui porte figues petites,
fort douces &: blanchaftres, quelles font celles
de Marfcillercomme aufsi ccluy qui les produit
plus groifcs moins douces & rougeaftres, demande le terroir
gra<i & bien fume. Il profite en air chaud & tcmperé,carc*eft

vn arbre fort délicat & facile à eftre endommage de la gclcc,


& rompu des vents, ains le faut planter au printemps après
les gelecs,au regard de Midy, ou d'Orient en foflcs grandes,
n ij
LIVRE II.
profondes Se bien befchccs, de rciettons &c rameaux rcmpliz
de neu2, car ce font les plus fertiles. Pourra eftre fcmé pareil-
lement de figues trempées, Silices à l'entourauec petite cor-
de,puisainfi plantées & après diligemment arrofees.Plus c6-
modeinent fera enté en prunier ou amandier: car il en dure
plus longuement. Soit planté ou enté,ne le faut beaucoup ar-
rofer,C3r l'abondance d'eau corrompt la beauté naturelle des
figuiers, de les pourrit facilemêt,beaucoup meilleur fera pour
le rendre beau & fertile, ficher fa plante dans vn ail fauuage,
nommé en Latin fcilla, ou la tremper en faumeure, ou î'cnui-
" tardif, ronner auec du fien de beuf,ou de chaux vifue.Si tu veux que
le figuier apporte qui eft chofe contre fon natu-
fruit tardif,
reljtu dois oilcr les premières petites figues qui commencent
àgrofsir, &le figuier iettera vn autre fruit qui fe gardera iuf-
quesen hyuer.
Figuier fertile. i\ fera aufjj fertile, & produira figue pleine, & de bon fuc,
fi dés qu'il iettcra Ion met à fcs racines de la terre
fes fueilles ,

rouge batuë & dcfi:rempee auec de la lie d'oliue , & du fiens


d'hômes;ou bien quand il cômencera à frondoyerjluy coup-
per la cime & le bout des branches.
Les figues feront auancees,fi on applique à leurracine du
fien des pigeons, & du poiure méfiez & broyez auec de l'hui-
le ou bien fi quand leurs pommes groiïès commenceront à
,

rougir, tu les oings auec le ius d'vn gros oignon méfié auec
huilée poiure.
_. ,
Figues de cou-
leurdmerfc
t-i jj i- r \ r
i «j'
1 u Jes rendras de couleur diuerle, a Içauoir d vn coite
/t'

blanche, & de l'autre rouge, fi tu lies enfenible dans vn linge


la graine de deux figuiers diuers,& ainfi les plantesjpuis tran-
fplantes.
Les figues ne tumberont du figuier, fi tu arrofes le tronc
fofloyé à i'entour, auec de la faumeure &
eau, également
méfiez.
Les garderas toufiours vertes fi tu les mets en vn pot plein
de miel bien couucrt, de forte qu'elles ne fe touchct,ny le pot
mefme:oubien fi tu les mets en vne courge chacune à part5&
pends la courge en vn lieu ombrageux, ou le feu ny la fumée
puiflc aller.
Défendras les feiches de corruption , fi tu les efpands fur
vnecîayeaufour,3pres que le pain encflhors, puislespofes
m vn vaifleau de terre ncuf,qui ne foit poilTé.
PE LA MAISON RVSTIQVE. 51

L'oliuier, Chap. é'z.

'Oliuier ne vient fans grand foing & labeur


en ces pais feptentriônaux,à raifon de la froi-

deur de l'air, parce qu'il demâdevn air chaud


&
tempéré, ains lî tu veux phntcroliuiercn
ton parterre , efliz vn lieu tourné au Midy &
-.vi^ <^:Xf a{fez haut efleué qui foitdebon gueret, au

defibus argilleux , & par deflus meflé de fablon de croye, &


cfpois, moitte & non maigre, auquel planteras enuiron la
my Mars des reiettons & branches nouuelles, belles & ferti-
les, arrachées des rameaux de l'arbre , greffes comme le poi-
gnet, &: longues d'vn pied de demy, 8c les poferas en terre,de
mefme façon qu'elles eftoycnt en l'arbre, le bout d'embas en
bas , & celuy d'enhaut tourné & regardant au ciel , comme
quand eftoyent en larbrercar fî tu les mets renuerfees en
elles
terre, elles prendront à grand peine & fi elles prennent, de-
:

meureront toufioursfteriles, les faudra enduire tant au pied


qu'à la tefte , de fien meflé auec cendre , & les pofer en terre
auec telle profondeur,que par deflus il y ait quatre doigts de

terre menue:ne les tranfplanteras auant cinq 3ns,mais cepen-


d:jnt les faudra fouïr tous les mois , fumer de fien de cheure
en automne arroufer d'eau de pluye pluftofl que de fontai-
:

ne, puysjou riuiere: quelqucsfois efmonder des branches


fuperflues,& principalement des iettons fecs &aridcs:tailler
non plufloft que huit ans, & après de huit ans en huitansrar-
roufer quelqucsfois le pied des puifTans oliuicrs de la lie d'o-
iiucs, pour les garder des vents ou autres vermines, qui font
fouuent moleftes à ccfte plante:les défendre du beflial, prin-
cipalement du broutement de la cheure, qui la rend du tout Broutcm€nt de
jflerile. Ne planter plantes aucunes près de l'€(liuier,que le fi- cheure.

guier oula vigne, la vicinitc defquelslerefiouït, & hayt fur


lout,le chefne.mefme que fil eft planté au lieu d'où Ion a ar-
raché le chefne,il meurt incontinent. Lon tient qui eft chofe
admirable, que l'oliuier dcuicn'c plus fertile, & copieux en Merucillc chofc
fruicjf'ilcfl plate & cultiué de pcrfonnes vierges ou qui n'au- cntourl'oliujer.
ront violé le \\6l d'autruy, mefme qu'en d'aucuns païs les en- y.*/°p""5*
fans chaftes plantent, traittcnt, & gouucrnent les oliuiers,
dont ils viennent beaux & fertiles,
n iij

Kl

&J^s^
LIVRE IL
Pijidches. Chaj). e^.

Iftachesrequierét non moindre


diligcce que
l'oliuier & demandent femcz enuiron
cftre
le premier iour d'Apuril tant le maflcquela
femelle, le mafle ayant le dos tourné à l'Oc-
cident en terre bien graife & aëree, & là les
pouuez enter rurcux-mefmes, ou fur le te-
rebinth , combien qu'aucuns les entent fur lauandier. CeO;
arbre eft rare en ces païs, toutesfois i'ay fouucnanccen auoir
veuà Paris auiardin del'£ucrche,& auiardm demôfeignçur
Louange de Re- j^^né du Bellay Euefque du Mans.l'vn des plusabfclut per-
ne II -c ayE-
fQj-,{-,aore en toute fciencc, que noftre aasic ayc cognu: auquel
ucique du Mas. » ,,
r jt
deuons celte grace,que par la diligence & ioing du bien pu-
, q i • \ \

blic, feu! & premier des François a apporté en ces païs la co-
gnoiflance, non feulement des noms qui nouseftoyent du
tout incognus,mais aufsi de la culture t?c figure des herbes &
arbres eftrangers , defquels nous admirons & exaltons les
fruits, mais ne cognoifsions leurs parents. En quoy toute
noflregent & nation fe doit refcr tir d'vne p:"rpetuc]le obli-
gation à luy redeuable: & apresluy àmonl"eigneurleReue'•
-
Loilange de rendifsime Cardinal du Bellay, homme digne de mémoire
monleigneur le étemelle, & auquel la pofterité Françoifenaura iamais Ion
femblable, pour fonincredible érudition, authorité,& efprit
^lifv"^^
B.llay.
incomparable qui l'a rendu non feulement aux fiês,mais aufsi
aux eftranges nations, du tout admirable.

CitronniersyOrengïers, Limoniers , P cueilles.


Chap. 6^.

Ttronnîers,orengers,limoniers, ppucillcs, de-


mandent pareille culture, pour lefenîblable
naturel qu'eft entre eux. Ils ayment à élire en
jir chaud & liumide,en terroir rare & tendre,
près la marine & ou
l'humeur abonde qui &:

eflvnechofe contre le naturel de tous autres


arbresjils fc nourrifcnt au vct de midy: &
reçoiuent domma-
ge de celuy de Septentrion, parquoy fi on veut nourrir &
appriuoifer ces plates en ces païs qni font aucunemet froids,
faut fur tout choifir vn lieu au parterre qui regarde au midy.
DE LA MAISON RVSTIQVE. $z

près des murailles , afin qu'ils aycnt vn rampart cotre les par-
tics Septentrionales,ou pour plus grande &
aflcuree commo-
dité les faut planter ou f emer dans demy tonneaux refenduz,
vaifleaux de terre appropriez , qui font dclices des princes &
gros feigncurs,ou bien des caffes larges par bas5& peu cftroi-
étes par le haut, bafties d'aiz de fente, fort bien colez aian- &
cezenfemblc, de forte que rien ne fe puiife reietter ou def-
monter par- ce que la terre, par le fouuent arrofer furmonte
touiîours le bois de quelque forte qu'il foit. Toutesfois que

Varrofer donne accroifemét à l'arbre, mais il faut faire par bas


conduid & y (fuë à l'eau extrauagante ou fuperabondâte ain-
fi comme aux cuuiers des lifsiues:parquoy femez les ou plan-

tez en tels ou fcmblables vaifleaux qui pourront eftrc con-


duits en tel lieu & part que Ion voudra,car parce que ces pla-
tes fe meurent quand elles font tant foit peu touchées de la
gelée, comme eflant délicates & tendres de leur naturel, fau-
dra en hyuer,apres les auoir fort bien couuer tes entourées &
de paille, ou de farment de courges ( car ils ont vne naturelle La courge^ amie
côtrarietépourempefcherquele froid ne lespuifleendom- dcscitrous.
mager) les conduire par petites brouettes en caueaux voûtez
& quand l'Efté fera venu les ramener & raconduire en plein
,

pour eftrenourriz & recréez de fa chaleur,


foleil
Qu^nt à leur culture, ils font femez de leur graine, 5c
plantez de reiettons, de rameaux & de greffes. La manière de
les femer fera premièrement de bien préparer &: fumer la ter-
re enuiron le mois de May , & y meilcr de la cendre ou de
bois,ou pour le meilleur5faiâ:e de concombres, puis en fofles
larges de demy pied mettre trois grains enfemble le bout ai-
gu au deflus, & le haut du grain contre terre ce fait, les faut
:

fouuent arroufer d'eaavn peu ticdc, ou de laiâ; de brebis:car


ils en viendront mieux &
pluftoft. N'oublie pas toutesfois
auantque les femer, de mettre tremper les grains en laid: de
vache , qui foit tiède & li tu les veux doux y adiouftcr au
:

tremper du fucre candy.


En terre cultiuec& befchcedemefme façon, planteras
leurs reicttons,rameaux, & grcffcs,cnuiron la my May,met-
tant les plus gros bouts deffus.En mefme temps aufsi le peu-
ucnt enter fur grcnadier,poiricr, pommier,meuricr, peu fou-
uent entre bois & l'cfcorce, mais au tronc tranche près des
racines : & ne permettras aucunes herbes croiftre à l'cntour
LIVRE II.
d'euXjfi ce n'cfl la courge, de laquelle clic fe recrée pour voi"
line, receuant d'elle grande aide cotre le froid, mefnie que fe^
cendres efpanduz à l'cntour des racines des citrons,Ies rende'"
plus beaux & plus fertiles.
CiirÔi de garde. Les citr ons,orenges,îimons, poucilIes,pour eftre de bon-
ne garde, feront cueilliz de nuidauec leurs fucillcs entre les
deux lunes. Les gorderas fraisa purstoutel'anneejfi tu les
caches en monceaux d'orge ou millet, ou bien fi tu les frottes
auec du plaftre bien deftrcmpc.
Ctron rouge. Le citron fera rouge & doux, fil eft ente fur vnmeurîer:
& retiendra telle forme en figure que Ion voudra, auât qu'il fi

ait pris fa gradeur & gro(feur,eft mis dans des pourtraits tail^
lez, & en iceluy prend fa croiffance.

Grenadiers. Chap. é'j-.

Grenadiers.
Vant aux grenadiers il ne les faut fi foigneufe-
,

mêt traitrer que les fruits deflufdits, parce qu'ils


viennent de picqueure,& bien endurent le pro-
Vray que fi tu veux
uigner, mais enter iamais.
prêdrelapeinedelesefmonderenicune{re& en
f ailbn, le fruit en fera beaucoup plus gros, & de meilleure fa-
çon , mais il faut qu'ils foyentplâtezdeuers le foleil de inidy,
iamais à l'Orient, nyaufsi à l'Occident, car cVftcequeluy
nuit le plus, aufsi bien qu'àla vigne. Note toutesfois que les
prouins que tu en feras doiuent ellrc pris quand la mère au-
,

ra bourionné, non pas pluftofi:[quieftau contraire des pro-


uins des autres arbres] mefmequeleietton foitauecefcorce:
Au demeurant il le faut fouuent arrofer,& l'eflagner quand le
foleil eft au ii gne de Libra,
Les grenadiers feront fertiles G vous pilez du pourpier &
del'efpurge enfemble:puis en frottes le tronc de l'arbre.
Les grenades ne fe romprôt,ny ouuriront en l'arbre i] Ion
met trois pierres à la racine quand on plante l'arbre: & fi l'ar-
bre eft défia planté auprès de la racine du grenadier faut pli-
ter la fquille,qui eft vn oignon marin.
Le grenadier ne perdra R s fleurs, fi trois fois l'année on ar-
rofefes racines auec vieille vrine,meflee auec autant d'eau.
Les grenades feront de girde,fi vous les plongez en l'eau
chaude qui foitnette&: les tiies incontinét,ou bien fi les met-
tez
DE LA MAISON RVSTIQVE. jj

t€2 feparément en du fablon fec, ou en monceau de bled , à


Tombre, iufques à tant qu'elles foyent ridées.

Des deux iardins particuliers ^ aj^is au bout


du iardin potager (y du part erre,
Chap. 66,
r-7Vi^ E iardin tant potager que par terre cflat de la

<^^SyP^ grandeur fi deflus déclarée ,


peut auoir de re-
lèrue deux ou trois arpents pout le profit du
père de famille oumeftayer comme pour les
carences, gaude, chardon à bonnetier, ligne-
'raye & channcuiere. Encor y pourrons-nous
adioufter le faffran, combien que toutes ces chofes, ainfi que
les légumes, li la terre eft franche & naturelle,meritent bien
auoir champ à part , & eftrc cultiuees de la façon des grains
& légumes.
Carence» Chap, 6/.
One pour la garence domeftique qui efl de
plus grande requefleque Tagreft-e & fauuage
que Ion nomme rubic maieurjou rubie des Rubie maicuj.
teinéturiersjuous referuerons lieu à part d'en-
uiron quatre ou cinq arpcnts,qui ne fera trop
loing de Teau , mais en terre franche cultiuee
en chcualiers plus druz , & plus petits que ceux que nous di-
rons de la vigne nouuclle,car cefle plante a fes faifons de cul-
ture particulière ainfî que la vigne, bien y a cefte différence,
que IVn eft herbe, l'autre eft arbufte l'vn meurt tous les ans
:

[aufsi n'en requiert-on que la racine pour les bonnes tcinélu-


res] l'autre dure pour le moins douze ans en bonne faifon,
dont les (ix premiers font de croiflance , & quelque peu de
rapport les autres font de profit plain & entier, hors-mis le
:

danger des grcncs,coulures,& gelées, aufquellesncantmoins


la garence eft fubiette, &: fouuent plus quela vigne, pour fa
tendreur. Ce point y a quela vigne gclee ne fe peut reparer,
la garence fe peut replanter & femer, comme aufsi la gaude

& L\ guefde particulière culture des Prouençaux richcfïè ,

& profit des tainduricrs de draps, & de laine en quelque


couleur que ce foit.
LIVRE II.
Le choix de la racine que tu voudras plantera: cultiue-
[cariln'y à ordre de la femerjdoit eftredercdroit de la hau-
te Pfouence plus oriente &
plus frais , ôc quant à l'œil au &
gouft icelle racine doit ellrc de la plus iaunejgroife cheue- &
luë, tirant fur le vray orengcr de Prouccc fort amerc au gouft
&àla cuifron[ pour l'expérimenter] pics rouge plusfuc- &
culentCjc'eft à dire moins feiche & aride.
Le temps de la planter, eft depuis Mars iufqucs à la my
May,& n'en attêds parfaite vtilité que deux ans après la pre-
mière plante fiite, mais il te faut bien
, munir ton clos de garé-
ce cotre tout beftial, car il n'y à rie qui plusluy facenuisace.
Or l'Automne venu, & quand tu verras que l'herbe iau-
nira, & perdra fanaïue couleur, tu la tireras, & en défroque-
lefquellestuietterasfurlecondolzou cheua-
ras les racines,
pourfeichcrl'efpaced'enuiron trois ou quatre ioursdc
liers,

temps propre, linon iixouhuiten faifon pluuicufe plus &


moitte & humide: puis tu les feras leuer, efpoudrer, racler &
fiqu'il nV demeure aucune cheuekure, & ainli nettoyé la fe-
meras pour l'vfage ou la vente.

Gaudec^" Guefde. Cha^^, ^S,

Vant a la gaude & la guefde, qui font différentes,


c'eft ce que les anciens ont nommé Glaftin & Ifa-
tiç, elles ie cultiuët en plain champ de labeur tout
ainli comme le nauet ou la rauc, combien que l'on
n'en demade que le dclfus & le plus loing en fleurs Se en tige,

l'vne & l'autre ne craignent rien du danger des gelées pluies ,

ou froidures extraordinaires. Vray que le trop gras gueret ne


leur fert pas beaucoup, qui eft le contraire de la garence, qui
requiert autant d'amtndemêt que le former &la vigne, meP-
nie veut le repos de fon gueret par interualles d'années a au-
tres: autrement les racines li fouuent plantées auortent & dé-
génèrent de leur vertu & bonté.
Chardon a Bonnetier. Chap. 6^.

LEgechardon ibônetier,que
du pafteur,&
modernes nommèrent ver-
les
plus anciens cuuette de Venus, pour-
les
te qu'il à touiiours entre deux fueillcs qui f efpandent de co-
DE LA MAISON RVSTIQVE. 54
fté & d'autre , comme vne petite cuuctte ou l'eau fe referue,
pour donner arrofemêt à la plante,quc de Ton naturel ( com-

me aufsi toutes efpcces de chardôs)eft fort chaude & feichc:


Or cefte plante fert grandement, quant à la tefte du chardon
qu'elle produit,aux drappiers-drappans , à chardonner leurs
draps neufs,pour en faire fortir la laine,& les parer: & autant
ou d'auantage aux bonnetiers après que le bonnet à efté fille,
piléjdefgrailTé & gouuerné auccle fauon, la croye & la terre
à lauer . Or
celuy qui veut auoir profit de cefle herbe , il la
faut femer ou planter par rayons, à ce que l'eau luy puifTe or-
dinairement couler au pied, &
donner perpétuelle frefcheur.
Aufsi n'eftilbefoinglefemer aillicurs qu'en lieu moyenne-
ment aquatique, car la trop grande moitteur fait le chardon,
ou la t'crte d'iceluy[dont on à le plus d'affaire] plus courte &

de moindre vtilité. 11 ne le faut cueillir ne bottcler qu'en teps


fcc, vers le mois d'Odobre pour le plus tard & pour le plus ,

to{l,fur la fin de SeptembrerAucuns le font & laiflcnt feicher


à la granche en vn lieu a partjà caufe qu'il eft fubied aux puf-
fons, & petite vermine, quifait cheoir le petit pied qui fou-
ftientceite tefte.

Lejajjran. Chap. /o.

a Saffran baftarJ,

e
ciens
^)|;^?^;^jV3ppcrllcrentcarthame, & le vulgaire le nom-
-^^T1^ me graine à Perroquet,aufsi ne iert la plante
L^—"^flJCl®! <iue pour fa graine,qui purge le phlegme,ou
la pituiteaux perfonncî, & fert comme decurenutritiueaux
perroquets qui en font fort friands. Cefle plante,quand elle Perroquet friâd

cfl pcTcrcuë & bien cultiuce,portc certaines tcfteleites grof- ^^ fafFun.


fes,commc gauffcs d'ail, &.' fur le milieu vne fleur que Ion di-
roit eftrc foftran. Ce bien fait-elle à la terrc,qu'ellc l'amende
& engraiOe, aufsi ne demande grandenourriture, & ne lailfc
racine après qu'elle cfl cueillie qui puifie pulluler, ou recroi-
flre ou endommager le gucret II y a bien autant de profit à la

culture de cefte herbe comme à fanis ou fenoil, quand tout


en elt dit,vn bon mefnager met tout à profit: & n'cil: pas[cô-
nie nous difons] qu'il ne face valoir l'ail Ôc l'oignon pour
o "ij
LIVRE IL
vendre es foires fàinft Laurcns&de la noflre dame de Se-
ptembre, qu'il ne faide pour faire argent.
Saffun ordinal Le faftran ordinairejeruât pour le condiment,les peintu-
res, & teinâ:ures,efl de peine & de profit i'en demanderoye
tt. :

auxTourcngeois,Prouéçaux & PortugacZjquicn font queft


qua(i incredible. Lon le plante ainfi que la camonnillc en têps
nouueau: mais il faut que la terre foit franche,& bien amen-
dée & le fouUe lon bien fort à petonner quand il veut ietter
:

fa fleur mais quand elle bourgeonne, il en faut laifler faire à


:

nature. Au cueillir il faut auoir linges pour le trayer & tirer


hors de C:x cloche puis bien le feicher à l'ombre du foleil,&
:

couurir de linges nets, le nettoyer & purger que toute ordu-


Saffran, vçnin r^ en foit hors, &lereferueren lieu fec îk couuert. Aucuns
articulîcrpour
fj^j^nent que le trop vfer de faffran, fait tort à la perfonne,&
f.
que c eit vn particulier venin pour le cueur comme que ce :

foit , le profit en eft fort grand, & pourtant commode & re-
quis du mefn3ger,qui ne veut fa terre eftrc inutile.

Bref renuoy touchant les légumes,


Chap. //.

Rauesdedcux
^^j E ne diray rien icy du nauet ny des deux fortes
f^«lderaues,d6t lagroife &: la ronde elt pour le Li-
fortes.
f^Omofin Auuergnac & Prouençal:& la longue
RefFort. .1
^>^q«J 'ils nomment reffort,pour la France & ail-
^^^-^ leurSjComme ne feray pareillement mention du
feneuc,millet, panis,&: cumin, ny aufsi des ers,lupins,lentille
& fenegré,qui font toutesfois femences & légumes de profit
& commodité demefnage, qu'auonsrcferué pour le iardin
des légumes pofé au bout du iardin potager ie me contente- :

ray en celt endroit d'aduertir le bon mefèayer, que pour dé-


fricher les terres pendant qu'elles font de repos, apresauoir
lemeilleur grain, cela ne fait point de mal y femer la raue, Sc
lenauet, pourueu que les graines après les plantes arrachées
en foyent fi bien leuees que la terre en foit du tout defangee,
autrement l'aduenirparmy le grain ceneferoyentquefan-
à
ues, hyebles, & autres herbes fafcheufes vray que les légu-
:

mes iont autant de mefnage, que les grains propres à faire le


le paint carie potage pour la famil le cfttoufiours de requefte
en quelque maifon que ce foit. Aucuns font panificc du mil-
DE LA MAISON K.VSTIQVE. 55

let, mais c'eft en trop grande necefsité. Qu^oy


que ce foit, h
fcbue,Icpoix, les cicius,!.! vciT.^ne font de moindre rcquefte
ou faucur que les er$,lupins,cumin, fenegré, & la lentille : de
cela l'en pioduiray pour tefmoings l'AuuergnaCjle Limofin,
le Sauoy lien & les Daulphinois duquel labeur, pour n'en
, :

parler ici dauantage , Se comme par fuperfluité , nous te ren-


uoyons pour en fauoir le tout à la culture des grains & lé-
,

gumes en terres labourables.

Les remèdes contre les accidents qu'ijurmennenc


AUX herbes. Chap. yz.
Es herbes tant femces que plantées auxiar-
dins cy defliis defcrits , ne reçoiuent feulemêt
dommage de la grefle,ercl3ir,tonnerre,gelee,
:)rouiIlars nielle,^ autres iniures du ciel,mais
lufsi font moleftees du degafh que leurs Font *
1== ^ plufieurs beilioles , comme fautereaux , che-
^f
"^ °'°]ble»°°'
nilles, belef-tes, rars tant domeftiques que des champs, chats,
taup£S,fourmis, mouches, moucherons, chauue-fouris, pu-
naifes, puces, cantharides, fenfuës, grenoilles, limaçons, fer-
pents,&: autres rembl3bles,aufquels accidets faut obuier foi-
gncufement, autrement le labeur du iardinierferoit inutile Si
de nu! plaifir au père de Entends donc en brefles re-
famille:
mèdes qui iont neceflaircs pour euiter tels accidents.
Contre lagreflelesanciensenuironnoyent le circuit de Côtrc lagrefle^
leur iardin de vigne blanch;:ou attachoy et contre vn poteau
aflez haut efleué vn chat huant ayant les ailes eftenduës.
L'efclair & tonnerre ne feront aucune nuifance fi Ion en- Contre l'cfclair.
terre au milieu du iardin vne forte de crapaut, qu'on appelle Crapaut ver-
"^'^'^•
verdier enfermé dans vn pot de terre.Les autres au milieu du
iardin, ou bien aux quatrcs coings d'iceluy, pendent des plu-
maceaux d'aiglc,ou la peau de veau marin. Les autres plantée
plulieurs lauriers à Icntour du iardin.
Si les brouillars menacent de quelque dommage, faut a- Cotre I« brouil
maflcrcn diuers lieux duiardin plufieurs monceaux defar- lits,
ments,& de paillc,ou d'herbes &3rbrifrcaux arrachez au lieu
mcfme, puis y mettre le feu: carlafumeccorrôpt & nettoyé
J'air nubileuy.
'
Contre h nielle, qui cft vnc corruption quiaduient aux Cotre lanlelJe.
o iij
LIVRE II.
herbes & arbres par vne mauuaife côftellatiô n'eft rien meil-
leur que de bruflerauec dufienla corne dcxtre du beuf, de
telle façon qu'il en forte de toute part grande fumée: car ccftc
fumec chafTera & refbudra l'air pernicieux, qui eft porteur de
cefte maligne influence.
Contre les bc- pour empefcher tout dommage que pourroit furucnir
*° "•
par beftioles, ferabon de feicher fur le cuir d'vne tortue tou-
tes lesfemenccs,que tu voudras femer en tes iardinsrou plan-
ter en plulîeurs lieuxde ton iardin de la menthe , principale-
ment entre les choux ou bien femer entre les herbes à pota-
ge?,des poix cichcs, ou de la roquette ou rêplir le terroir du
:

iardin potager de ficn d'oyfon deftrcmpé auec faumcure.

Cctrc les lima- Contre les limaçons & efcargors, fert beaucoup la lie re-
çons, cente d'huile , oulafuye de cheminée cfpanduë parmy les
iardins.

Contre Icsche. Pour empefcher les


chenilles, faut arrofer les plates auec
miles. ou auront trempé cendres de farment de vigne: ou perfu-
eaTJ

mer les herbes & arbres auec fouphre vif. Aucuns trempent
les fcmenccs en lifsiue de cèdre de figuier, & pour faire mou-
rir les chenillcs,iettent par defïïis elles la cèdre mefme: les au-

tres aiment mieux planter vn gros oignon, qu'eft appelle en


Latin fcilla, ou bien brufler champignons qnifortent des
noycrsjou grande quantiré d'ails fanstefte,afin que par la ni-
deur qui en lbrtira,elles puifTent toutes mourir.
" ^^^ pufTons meurent incontinent,f ils font arrofez de fort
fons^^
vinaigre mcflé auec du ius d'hanebane,ou de l'eau ou de la fi-
gue aura cuit.
Contrelesmou Les moucherons fe mourront fi vous mettez tremper de
cherons. laruë,& l'efpaciez parmy les iardins: ou fi vous faites parfun
de galbane ou de foulfr,e,ou de cumin, ou de fien de beuf.
Si vous voulez chalfer les moufches , faites parfum de
colocynthe.
Pour amafler toutes les cloportes ?c autres femblables
beflesenvn lieu, à findelestuer, fauteftcndre fur le lieu où
elles abondent principalement,les boyaux & entrailles d'vne
brebis ii'aguere tuée, qui nefoyent aucunement nettoyez,
maisencor pleins de leurs ordures, deux iours après, tu les
trouueras toute? amaflees en cefdits boyaux.
Cotre les four- Lon chaflera les fourmis,fi Ion brufie ceux qui font prins:
rau.
ou fi Ion frotte l'efcorce des plantes où ils abondcrit,aucc du
DE LA MAISON RVSTIQVE. 5^

fiel de taureau, ou auec de la decoflion de lupins ou bien : fi

on bruile au iardin concombre fauuage: ou fi Ion croye auec


croye blanche ou rouge, l'arbre où il y en aura.
Les fàutercauxne feront aucun mal aux herbes fi elles Contre les fau-
^ereaui.
fbntarroufeesd'abfince,oudeporreaux,ou centaurCjbroyez
auec eau.
Chafleras les rats champaifi:res,fi tu iettes durant les iours Contre les rats
caniculaires en leurs cauernes de la graine de figuc,3uee elle- charopeftres.
bore & farine d'orgerou bien fi tu ferme l'entrée de leurs ca-
Dernesauecfueillcs de laurier, à fin que quand ils voudront
fortir, ils viennent à prendre auec les dents lefdittcs fueilles,
car par le feul attouchement, ils en font tuez.
Les taupes iamais ne fouïront la terre du iardin, oîivien- ^°""^ les tau-

^
«Ira, foit de fon bon gré, foit femee Therbe que Ion nomme
,

Palma-Chrifti mefmes vous les chaflerez ou ferez mourir, fi


:

mettez à l'entrée du trou où elles habitent, vne noix enflam-


bee, remplie de pai{le,foulphre, &: poix-refine, car par la fa-
mée qui fortira de cefte noix, les taulpes fe mourront ou
fcnfuyront.
Toutes de ferpents font chafTez auec parfum fait Contre les fcr-
fortes
ou de galbane , ou de corne de cerf, ou de racine de iiz , ou P^""*
d'ongle de cheure.
Les chauuc-fouris ne voleront aux iardins fi faites vn Contre les chau-
u^fouris.
parfum de lierre.
T w le
Lcs grenoilles r a
' r •

tairont, & ne crieront plus fi vous met-


Contre les çrc-
1

noillcs.
tez vne lanterne allumée fur bort de l'eau eu ruilFeau qui en-
uironne le iardin.

La moufche à miel. Chap. /j.

I la meilleure partdu profit de la métairie de- Mouches à m;cl


pend de la nourriture du beftial,ie puis affer-
mer que la plus frudueufc nourriture de la
maifon ruftique eftdcs moufchcs à miel,vray
qu'il y faut du foing pour les choifir,ama{fer,
I

rctenir,nounir,garder, tenir nettes dans leurs


ruches mais aufsi qu'cfl- ce de la tant finguliere commodité
:

de la cire qui nous ell donnée par les moufches à miehqu'ell-


ce du miel, admirable ouurage-d'iccllcs, tant vtile &: profita-
ble aux vfages des hommes ? Ne fc tiouuera donc cilrange, ii
LIVRE IL
nous confeillons au perc de famille qu'il entende & foit foi-
gneux dé nourrir en fa métairie des mouches à miel & enfci-
gnons en peu de paroles quel doit eftre le gouuernement d'i-
celles & de leurs ruches.

Ua^iette du lieUypourles mouches à miel,

Chap. /^.

One le père de famille pour la nourriture de les


mouches àmiel, choifîra premièrement vn lieu
dans le parterre bien propre & fecretjexpoféau
Hl foIeildemidy,quinefoit toutesfoisny chaud ny
froid,mais tempéré, ou il y aura grande quantité de thym,o-
rigan, thymbre, farrictte, ferpolkt, rofmarin, fange, flambes,
giroflées , violettes de Mars , Uz blancs, rofes, paiTe-velours,
bafilicq,fafFran, & autres herbes & fleurs odorantes,ou il n'y
ait aucune amertume, pareillement aflez bon nôbrcjtant d'ar-
brifleaux de bonne fenteur, comme cyprès , cèdre , palmier,
pin, terebinthe,lentifque:que d'arbres fruitierSjComme aman-
diers,pefchers, poyries,poromiers,ccri{iers,& autres fembla-5'
blés outre tout cela d'herbes infinies , lefquclles ne font tant
:

notables ne tant cogneuës , &


naiflent en terres labourées &
en pafl:y,qui font augmenter la cire, comme reffortfauuage,
la fueille de cichoree fauu3ge,lcs fleurs du pauot noir:puis les
pafl:enades fauuages, & "celles des iardins, que Ion nomme ca-
rottes.
Le lieu doit efl:re loing de fumier,retraits,baings,maraits,
marcfcages,bouës,fanges qui puiffent dôner mauuaife odeur,
plufl:ofl: l'il efl: pofsible , proche d'vn ruiifeau d'eau courante

naturellement, ou par artifice , dans vn conduit ou canal qui


receura l'eau tirée de puys, ou de fontaine, lequel fera bordé
de pierres & de bruis d'arbres pour affeoir les mouches.
Or quelque lieu que ce foit, foit au parterre ou ailleurs
[combien qu'auons à ce dcdié le parterre ] il ne le faut clorre
de hautes murailles: & fi de peur des larrons on les veut hau-
faut percer les murailles à trois pieds deflus la terre,
fer,il
y &
fairepar ordre des petits trous pour paffer les mouches là : &
auprès y bafl:ir vne maifonnette,fi lô veult,ou demeurera ce-
luy qui en aura la charge^ &
pour y retirer les infliruments.
La
DE LA MAISON RVSTIQJE. 57

Lct forme ^ ariette des Ruches pour les

moufchesà mieL Chap. //.

'Afsiette du lieu où Ion pourra mettre les


moufches à miel amfi ordonnées, il faudra
lelon la commodité du païs faire des ruches:
les meilleures font de f efcorce deliege,apres
elles de férules & de faulx telles que voyons
en ces païs, les pires de terre cuitte, car elles
jniflent de chaleur en e{lé,& gèlent de froid
en hyuer. Elles doiuent eflre larges par bas, & eftroittes par
le haut , larges d'vne coudée , &
hautes de deux , enduites &
plaftrces par dehors de chaux & de fien de beuf meflez, à fin
qu'elles en foycntdeplus longues durées feront afsifes fur :

ais appropriez près la muraille,non pas côtrCjCar il faut qu'il

y ait efpace par derrière pour les pouuoir nettoyer ou bien :

fus des perrons de pierre , hauts de trois pieds & larges d'au-
tant, fi bien enduits & polis de toutes parts que les lézards &
fcrpents, ou autres befl:e5,n'y puilTent monter & grauir pour
nuire. Les ruches feront tellemét pofees,qu'il y aura quelque
diftance de l'vne à 1 que quand on en voudra vifi-
autre, à fin
tervne& la nettoyer, on n'esbranle la prochaine, & qu'on
n'eftonnc les moufches d'aupresjlefquellescraignent fur tout
que Ion ne touche,ou remue leur ouurage de cire,quicftfort
imbécile &; facile à gafler. Le deuant par où entrer les mouf-
ches,doit eftre plus en pendant que le derrière à fin que l'eau
ou la rofee du ciel n'entre dedans, & fi d'aucture elle y entre,
qu'elle n'y arrcfi:e point,ains forte par rentree:& pource faut
il couurir les ruches de petites couuertures & portiques fi- :

non ombrager de fueillages


les &
ramées y attachecsauec
mortier de terre pour liaifon & cela fcruira contre le froid,
:

la pîuye, & la chaleur toutcsfois que la chaleur ne nuit pas


:

tant aux moufches que froidurc:parquoy faut que derriè-


la

re le lieu oïl feront les moufches,ily ait vn baftimét, ou pour


le moins vne muraille qui leur férue d'abry contre le vent de
bife, de entretienne les ruches en tiédeur. Et d'auantnge les
ruches combien qu'elles foy ent à couucrt de ce bafi^imcnr,
,

toutcslois doiuét citre tournées à l'Orient d'hyucr, à fin que


le matin lors que les moufches fortiront, elles ayét la chaleur.

P.
LIVRE ir.
duroleil,&cnroyentpliisefueilîccs:carle froid les rend pe-
fantesôc parcneufcs:^ pourcc les trous par où elles fortiront
ou entreront, doiuent eftrc fort petits, à fin que par là il n'y
entre gucresde froidure: &
fufriraqu'vne moufche feule y
puifle pa{rer,par ce moyen ne le ftellion venimeux,ny le vil-

lain fouille-merde, ne les papillons viêdront piller les ruches


& rayons du miel. Et outre, félon qu'il y aura quantité de
moufches dans les ruches, il y faudra faire en vn mefme cou-
uercle deux ou trois trous pour entrer, quelque peu diftants
l'vn de l'autre, &
pour deceuofr les lézards, qui les guettent à
pour les prendre & les tuer:par-ainli il y en aura peu
la fortie

de prinfes,quand elles pourront efchapper par vn autre trou,


que par celuy oii cefte pefteou autres beftesvenimeufes les
guettent.

Qjielles doiuent eflre les moufches à miel.

Chap. 7^.
E
ne parleray icy comme font engendrées les
à miel, à fauoir de leurs femblables,
moufches
commenous voyons aux autres beftes, ou par la
corruptiô & pourriture dn corps d'vnieunebeu(^
dequoy parle Virgile,mais les defcriray ia engendrées quelles
doiuent eftre pour faire bon miel. Soit donc que tu vueilles
ach^pter ou amafler les iettons qui font es forefts pour en"
tirer du miel, regarde diligemment qu'elles ayet les marques
qui f enfuiuent, à fauoir, qu'elles foyent petites, longuettes,
non vclues,nettes,dorees,rcluifantes &eftincellantcs comme
l'or, moufchettees par deflus, douces & amiables, car plus la
moufche eft grande & longue, & plus elle eft mauuaife, & fi
elle eft cruelle,elle ne vaut rien : combien qu'on corrige faci-
lement leur cholere & malice, quand elles font autrement de
Clioîx de» mouf bonne marque & fertiles , en les vifitant fouuent. Or par ce
chesquelo veut que Ion ne fauroit cognoiftre fi elles ont toutes ces marques
âc etcr.
fufdites fi on ne les voit , fi tu les achetés, auant que les mar-
chander , fiut ouurir les ruches, &
regarder fi elles font bien
peuplées & fi Ion ne peut bonnement regarder dedans, fau-
:

dra vfer de conieâiurcs & aduifer fil y en aura quatité à l'en-


trée, fi Ion oit grand bruit là dedans, & plus,fi elles font tou-
tes retirées & le repofent,en mettant la bouche au trou de
DE LA MAISON RVSTIQJE. 58

l'entrée, & foufflant fort dedans, on pourra apparceuoir f'il

y en a beaucoup ou p£u,par le bruit qu'elles feront foudaine-


ment enfentant lèvent. Il faut principalement aduifer à les
achepter plus près de foy que Ion pourra, & nô es païs loing-
tains car la mutation de l'air
: &
du païs les cftonne:& fi cela
ne fe peut faire, &
eft neceffaire les aller chercher bien loin,
il fe faut donner garde de les porter par autre lieu que par

beau chemin, en printemps pluftoft qu'en hyuer, tout dou-


cement de peur de les efmouuoir, de nuit à fon col car de :

iour il lesfaut laiflerrepofer. Et eftant apportées ne faudra


ouurir leurs ruches ny les afieoir iufques au vefpre du lende-
main. Lon ne regarde pas tant foigneufement à celles qui ont
efté dônees,n'à celles qu'on a prinfes & amaflees aux champs
& forefl:2: combien que iene confeille qu'on en ait, fi elles ne
font tresbonnes car y a autant de defpence & de
: il peine à
entretenir les pires que les bonnes. Toutesfois quand on les choix de mouf-
amaflbjon ne peut pas choifir comme lon veut,ains fe faut ches que Ion a-
les
contenter dece qui feprefente,& ce neantmoins tenter tous maflcaui fo-
moyês d'enauoir les meilleures que lon pourra. Tu les amaf- '^^^Sv
feras donc en telle forte, après que tu auras trouué le lieu où
les moufches à miel auolent(qui eft communément aux bof-
cages & foreftz ou abondent herbes &
arbres de bonne fcn-
teur, près d'vn ruifleau ou fontaine ) &
cogncu leurrctraitte
& demeure, faudra au commencement du renouueau pren-
dre de la mcll{re,thym,broy ees auec d'autres femblables her
bes que les moufches à miel aiment , defquelles tu frotteras
les ruches fi fort que l'odeur d'icelle &
le ius y demeurc:puis
nettoy eras iceîlcs ruches après y afpargeras vn peu du miel,
:

& ce fait , tu les affcrras & arrangeras par les bois foreftz &
près des tontaines:8c quand elles feront pleines demoufches,
tu les rapporteras à la maifon. Voila la manière d'amaffcr les
lettons des moufches à miel.

Qji^el doit eflre le gouuernement des moufches

quifont domefliques. Chap. 7/.

|Crfl^^^E père de famille ou meftnyer ayant ordonne pa-


5)> F^j^^^-ihïrcs^ ruches &
lieux propres pourics mouches à
W t?V^' 5 -nicl , mcfmemct acheté ou amofiV- afic? bônc qu:,~
SyT*-*:i^iilédeiettôs pour peupler les ruchcs.feraibigncux
P JJ
LIVRE IL
de leur donner vn gouuerneur attentif & diligét,plus qiie nul
autre pafteur ou gouuerneur de beftial, car d'autât q la mou-
che à miel eft plus fage & plus induftricufe que nul autre ani-
mal,merme qu'elle à vue prudence qui approche près de l'in-
telligence de Thomme, d'autant plus foigneurement elle veut
eftretraittee & conduite de Ton gouuerneur: fur tout que le
gouuerneur ne foit ny trompeur,ny ord,ny negligent,car elle
n'aymc point ettre ny chichement ny Paiement traittee. Sera
donc l'eftat de ccluy qui en aura la charge, de côfidcrer leurs
Meurs des mou- meurs & façon de viure & fy accommoder le plus attentiue-
chesi raid. ment ont vn Roy, auquel elles obeifTent du
qu'il pourrarelles
tout , pour fortir hors des ruches, foit pour y retourner,
(bit
foit pour y demeurer, & luy tiennêt toufiours compagnie en
quelque lieu qu'il foit. Nulle d'elles eft parefleufe, mais cha~
cune vaque à quelque befongne, les vues apportent fleurs &
fueilles odorantes, les autres font le miel, les autres f adonnêt
à quelque autre vacationrelles hayent fur tout mauuaifes fen-
teurs, & ne volent iamais cotre la lumiere.ne a la chair, ny au
fangny à aucune autre grjifle,maisfe contentent feulement
de fueilles & fleurs qui ont le ius odorant Bref leur manière
.

& façon de viure eft quafi admirable en nature: mais delaif-


fant plus longue defcription d'icclles m'arrefteray feulement
à en feigner i'eftat &
office de leur gouuerneur.

La manière degomernerles mouches a miel


toute l'année, /8,

Eîuy donc qui en a la charge, fera fbigneux


premieremét deleurpafturequ'auonscy de-
uant mentionnée, viiitera dihgeniment leurs
ruches, car il n'y à temps en l'année auquel il
ne leur faille quelque chofe: Enuiron le mois
de Marsles ouurira & nettoyera afin que tou
tes les ordures qui Çy font amaflees l'hyuer, foyent mifes de-
hors, & les araignées qui gaftent tous les rayons , oftees: puis
les pcrfamera toutes de fien de beuf bruflc,car ce fien par vne
certaine cognation eft propre aux mouches. Mais ce pédant
auant que de manier les ruches,auiflra que le iour precedét il
Chaftctc. n'ait eu affaire à femme,qu'il ne foit y ure, & qu'il n'approche
DE LA MAISON RVSTIQ^E. 59

d'elles fans cftre hué& net pareillement qu'il Pabftiennc de


:

toutes viandes Tentant fort, côme font toutes falleures &


fau-
ineures,& toutes choies Tentants les ails ou oignons, ou Tem-
blables choTes. En ce mefme temps,parce qu'elles commen-
ccntà femultiplicrj&fairenouueauxiettons, leTquels iî toit
qu'ils peuuent voler, ne demandent qu'à TcnTuir, pour ne de-
meurer auec les vieilles, & encor moins Tafluiettir à elles, il y
faudra faire bon guet, afin qu'ils ne Ten volent ailleurs. Par-
quoy on tiendra toutes preftes des ruches nouuelles pour les
receuoir, quand Ion verra que les K.ois feront Tortis auec leur Rois des mouf-
icune compagnie , laquelle fera bien vn iour ou deux amaflee ches à miel,
entrouppeà l'entrée de la ruche. Lon cognoiftraquecefte
nouuelle com pagnie voudra fortir , par le bruit & bourdon-
nement qu'elle fera dans les ruches trois ioursauant qu'elle
vueille fortir, comme (i vn camp de gents de guerre vouloit
dcfloger, & pource cognoiftre lon mettra f oreille à chacune
ruche pour entendre ce bourdonnement. Lon difcernera les
Rois des autres, parce qu'ils font vn peu plus grâds,plus lôgs,
les iambes plus droit£S,les ailles moindreSjde belle couleur,&
nets, polis, fans poil & aguillon, li quelqu'vn ne vouloit dire
qu'vn poil gros qu'ils ont au ventrc,foit leur aguillon duquel
toutcsfois ils ne picquct point pour mal faire. Les ruches qui
feront préparées pour receuoir les nouueauxiettons,doiuent
eftre frottées des herbes cy douant defcrites, & arrofeesde
goutte de miel pour les y contenir plus facilemer.En ce rnef-
me temps furuientaufsi aucunefoisque pour l'incommodi-
té de Thyuer precedêt,ou par maladie le trouppeau des mou-
ches fappetifle & diminue en vne vieille ruche lequel faudra
reparer & remplir par vn nouueau letton, duquel faudra tuer
le ieune Koy, afin que les ieunes habitent en paix au?c leurs
mères Et fi lon n'a nouueau ietton pour y remettre,on peuft
amaflerla trouppede deux ou trois ruches cnfcmble, &au
parauant lesarrofcr de quelque doulce liqueur: puis les en-
clorre en vne ruche, & leur baillera mâger la dedans, iufques
à ce qu'elles fyaccouftument. Durant l'Eftc lon doitamaficr
le miel,dequoy parlerons cy après, &: en ce mefme temps de
dix en dix iours ouurir les ruches, & les perfumer auec fien de
bcuf, puis les refroidir, en arrofint les parties delà ruche qui

font vuides,en y icttant de l'eau bien fraifch:,^' pareillement


les nettoyer ôc ofter les teignes, f'ilyen a :pais leLiilTcr vol-
i'j
P
LIVRE IL
tiger fur les fleurs,& lors ne leur faut rien ofler,à finqu'on ne
les ennuyé & fafche trop fouuét, & Ten fuyét par deferpoir,
fur la fin de l'automne faudra nettoyer leurs ruches au plus
bcauiour & ferain, car durant l'hyuerilnelesfaut ouurirne
toucher,mais tenir clofes 8c bien couuertes,en bouchant par
dehors toutes les fentes & trous de lut & bouze de beuf mef^
lez enfemble,& ne leur laifTcr que leur entrée & iflue-.mefnnes
combien que les ruches foyêt à couucrt,toutesfois il les faut
cncores couurir de chaume & branches: & en tant qu'il fera
pofsible, engarder de froid &
vents. Et à fin qu'en hy uer el-
les n'endurent faim, ou qu'elles ne mangent le miel qu'elles
feront & qu'on leur aura laifle, fera bon leur bailler à l'entrée
des ruches dans des petits tuyaux & canaux des figues feiches
pilees ou trempées en eau ou du vin cuit. Il fera bon aufsî
<,

leur bailler des raifins de cabaz vn peu pilez &arroufez d'eau,


ou bien par l'entrée des ruches leur ietter quelques liqueurs
douces auec des fyringues,pour fouftenir la difette & poure-
té du temps iufques au printemps.

Les remèdes des maladies aufquelles font


fubieêles les moufches a mieL
Chap. /5.

Maladies des A moufche à miel eft fubieâ:e à pefle , à la-


moufchesàmiel quelle n'y a plus fouuerain remède, que de
tranfporter bien loin les ruches.
Elles font moleftees de flux de ventre
au commencement du nouueau temps,quâd
fleurit,&les ormeaux produifent
le titimalle

eur graine,dont elles mangent auidcmcnt & de grand appé-


tit après qu'elles ont enduré la faim tout rhyuer:& font ainfî

conuoiteufes de manger de ces nouuelles fleurs, comme les


autres des pommes nouuelles. Subitement il faut remédier à
ce flux de ventre auec efcorce ou grains de pommes de gre-
nade pilez & paflcz par l'cftamine , puis meflez auec du mkl
& arroufez de vin bien fort : le tout baillé dedans des augets
& canaux faits de bois.
Si les poux ou teignes qui font engendrez de leur ordure^
les affligent faudra faire parfum de rameaux de grenadier
DE LA MAISON RVSTIOyE. 60
& de figuier fauuage.
Elles deiiicnnéttabicîes,6i toutes defechees après auoir en-
duré trop grade chaleur ou froideur, & alors on leur fera pa-
fture de miel cuit & battu aucc noix de galle,ou rofes feches.
Vous appaifcrez le combat des iettons contre iettons j en Combat des ict-
leuriettai vnpeu de poudre menue, ou du vin cuit, ou du vin toni.

emmiellé , ou autre liqueur femblable , qui par leur douceur


commune & familière aux mouches,appaiferont leur fureur.
Les mouches cruelles & rigoureufcs feront appriuoifees
par fréquentes vifitations.
Les papillons quiaucunesfois fe cachent dedans les ru- Cotre I es papil-

ches,& tuent le!» mouches feront occis quand les mauues


iî Ions,

r^nt en fleur, & qu'on en a grande quantité,lon met le foir en-


vn pot d'eftain haut & cftroit,& au fond vne lu
tre les ruches
miere ardente car incontinent tous les papillons voleront
: &
accourront à l'entourr de la lumière &C en volant à l'entour
:

fe brufleront.

La manière de recueillir le miel.


ChaJ?. So.

A du miel pour laquelle on prent Miel à rccueil-


cueillette
de peine toute l'année, fe fait en trois têps lif-
tât
diuers,bien toft après le Printemps , au com-
mencement d'Automne, & enuiron le mois
d'Odobre.Il ne faut pas toutesfois auoir cer-
tain iour & prefix pour ce fairc,mais (elô que

les rayons ferôt parfaits,car ïi vous les tirez auant qu'ils foy et
parfaitement tiflus,les mouches fe fafchent, & ceflcnt de Se-
fongner,pour la foif qu'elles endurent.On cognoift le temps
de cueillir le miel quâd les mouches ne font plus grad bruit,
mais font vn murmure doux & dclic,{i les trous des vaifTeaux
font cftouppez de cire par deiïlis , (î les mouches chafifent les
freflons dehors qui font femblables aux mouches mais plus Frcflons.
,

grands,bcfl;ial inutilc,& fans induftric.L'heurc de prendre les


rayons e{l communément le matin : car il n'eft bon le fafcher
& tormenter fur le chaut du iour, & ce aucc deux ferrements
ou coufteaux,rvn defquels feruira à trencher les rayons, l'au-
tre pour ratifier & tirer dehors les ordures,qui y feront tom-
bées. Ilnefautdu tout vuidcr les vaiflcauxjny prendre tout
LIVRE II. DE LA MAIS. RVST.
le fruitjmaisen laifier la dixicTmc, oi![c6me les autres difcntj
lacinquiefme partic,tant au Printemps qu'en Elle, &
en hy-
uer les deux parties, &
en prendre la troiliefmefeulementxar
par ce moyen elles ne Te fafcheront , & auront de quoy man-
ger abondamment. D'auantage il faut les faire fortir auec fu-
mée dcfien debeufjouauecleperfumdc vcfledeloup, ou de
mauue fauuage,& du ius de celle mefme herbe fe doit frotter
& oingdrc celuy qui cueillera le raie), pour fe garder qu'il ne
foit picqué. Les rayons oftez ferôt tranfportez au lieu ou Ion
voudra faire le miel, &: de celieucftouppee les fencftres, afin
que les mouches n'y puiffent entrerrcar elles chercheront di-
ligemment les richelîes qu'elles auront perdues: &
fi elles les

trouuêt,les confummeront,pour à quoy obuier, à l'entrée de


ce lieu faudra fiire de la fumccjqui chalîera celles qui tafche-
ront d'y entrer.

Pourfaire le miel c!t la are * Chap. S/,

Faire aiicl& ci- l


^^' — -=^S Audra faire le miel,leiour mefme qu'on aura
rc. H ^^^^Ml rayons, pendant qu'ils font tiedes&
tiré les
vn peu chauds & pour ce faire on mettra les
:

rayons l'vn contre l'autre dans vn pennier de


faul ou d'ofier, tiflus affcz clair, refemblant à
vne chauffe d'hippocras,apres auoir premiè-
rement nettoyé les rayons des femences de petites moufches,
& de toute autre ordure, &quâd le miel fera coulé par ce pê-
nier en vn bafsin qu'on aura mis deffous, on le mettra en vaill
féaux déterre, qu'on laiflera quelque peu de têpsouuert,iuf-
ques à ce qu'il ait bouilly là dedans & efcumé puis on tirera
:

les pièces & lopins des rayons , qui feront demeurez dans le
pénier,&les preflurera Ion, dont fortira en cor du miel, qui ne
fera fi bon que l'autre. Apres qu'on aura bien preffuré le de-
meurât des rayons,& laué fort en eau doucCjOn les iettera en
vn vaifTeau d'erain auec de l'eau , puis on les mettra fur le feu
lent pour les faire fondre. Cefte cireainfi fondue on la coule-
ra en la refpandat fur de l'eau,apres on la refondra, & auec de
Teau on la mettra en telle forme que Ion voudra.

Fin du pcond liure de la maijon


Kufliaue.
Troifiéfoie
«I

^ Troifiefme liure de la mai-


SON RFSTIQJfE. i

LE VERGER.
Des différences de verger.

L y a trois fortes de vergers, l'vn que Veigcr,


Ion appelle autrement le preau, & ne preau,
contient autre cas qu'herbe verte, &
la fontaine au milieu auec quelques

planes & branches par eflages,&fou-


ftenues de ch3rpenterie,fous laquelle
grand nombre de perfonnes fè peu-
.uent mettre à couuert ainfi que i'ay
veu à Baile, & plulîeurs autres lieux d'Alemaigne & mtt-on
:

peine à bien efpierrer, & ofter toutes mauuaifes herbes,iuf-


qucs aux racines du lieu oii Ion veut faire ledit verger. Et
pour ofter le rcfte des racines defdites herbes entièrement,
Ion ictte de l'eau bouillante par deflus, puis ou bat l'aire bien
fort & par deflus on y iette grand'quantité de motteaux de
:

terre, d'herbe vert, la terre eftant au deflus, & l'herbe au def-


fous, & puis on les trepinc aux pieds, & pafle-on legierement
la batte par deflus,en forte que peu de temps après, l'herbe
commence à fortir comme petits chcucux: & finalement
fait le verger de plailîr pour les dames & pour la récréation,
de leurefpiit.
L'autre manière de verger a cfté prins par noz anciens
François, de ceux qui ont premièrement efcrit noz Romans,
& hiftoires, pour vn lieu de plaifir aux princes, qu'ancienne-
LIVRE I I L
Seîour. mentonappcloit feiour, & maintenant Ion nomme beau re-
Fcaurçgard. gard. Lequel outre le baftimentfeigneurial bien pcrfc &: dia-
pré,entouré d'eaux viues es rofTcZjComprenoit haute &: balTe
court aucc fes iardins à plaifir oc à fruits,tai!Iiz, garînnes,vi-
uiers , & tout ce qui fe voit de beau en vnc maifon fcigneu^
riale.
La tierce manière du que nous entendons
verger,efi; celle
drefler en ceft endroit, que peut fuppleerle lieuduiardin
fruitier , pour vne maifon de mefnage, telle qu'auons délibé-
ré de baitir & drcffer, & en laquelle y a moins de fuperfluité
que de profit.

Le iardin jruitier, Chap. 2.

Viuant donc noflrc deflaing & proicd cy


deflus propofé:ceft endroit requiert qu'après
les iardins à potages & à fleurs,auec leur cir-
conftancesjnous drefsions vn verger pour les
arbres fruitiers , contenant luy feul autant de
largeur & efpace , que les deux autres iardins
enfcmble, fans autres allée*: à fentour, que de Imteruallc des
arbres, qui fera dit cy après : &
fans autre culture d'herbe au
de{rous,dont vous puifsiez efpcrer quelque profit ou amen-
dement: car l'arbre fruitier ne veut auoir fa nourriture em-
pcfchee , & ne demande eftrc dcfchaulTé en hy uer>& cultiuc
par fes faifons: autrement ne rendroit aucun profit à fon
maiftre.
Sommaire de ce Nous femcrons premièrement la pépinière du cofté de
<|ii fera traître vcrger,& tout ioignant drefferons la baftar-
l'entrée d'iceluy
en ce troiiiemc
^-^^^^ ^^ feront plantez les fauuageaux , prins en icelle pépi-

Baftardicre. nière pour eftre puis après entez en leur têps.En l'autre code
nous planterons les fruits à noyaux, & de là nous les tranf-
porterons & enterons en diuerfcs minières. Au delà de ces
deux grandes aires feparecs d'vn grand chemin, nous aligne-
rons & cultiuerons nos gros arbres : & au bout d'iceux nous
piquerons noftre ozerayc.
DE LA MAISON RVSTIOVE. G^

L4 pépinière , qui ejl la plante d*arbres


par pépins oufemence»
Chap. j.

Our de poiriers, pô-


drcfler voftre pépinière
à pépin, vous
miers,coignitTS,& autres arbres
51 ferez befcher bien en fond vn grand carreau
en bonne terre,& bon rolage:& f'il cft pofsi-
ble, dés l'hyuer précédant que vousyvou-
â
drez femer, ô: prefque demy l'entremcllercz
de bon grersin,qui le puifle meurir & pourrir auec la terre, &
fe garder par gros feillons, iufquesau temps descydres, qui
cit en Septembre & Odobre.
Prenez du marc dcTdits fruits j l'y fTue du prefloir,ou peu
après, auant que les pépins en foyent corrompus, & les frot-
tez & efiliyez tresbié entre les mains,puis eflendez & efquar-
riifez voftregueret bié vny,& dreflez voftre carreau parpla-
ches largts de quatre pieds ou enuiron, que Ion les puifle far-
der dVn cofté &
d'autre fins pietonner par deflus.Ce fait fe-
mez y iccluy marCjde façon que la terre en foit légèrement
couuertc,puis recouurez tresbien de la terre qu'aurez leuee
le

en fufant planches & fardez vn peu par


les rafcs d'entre les :

deflu?,qu'iceluy marc ne foit emmoncellé.


Autrement faites n.ichcr les pépins dcflufdits, & les gar-
dez iufques à fhy ucr enfuiuant; &
puis enuiron la fainét An-
dré femcz les comme dit ert, fans leuer gucrcs de terre des ra-
fcs quat vous tailk-rcz voz pLinches, &
les fardez vn peu par
deflus, & y iettez force rameaux afiez clair après qu'aurez fe-
mcrafin que les pouIailleSjOii les pourceaux n'y facent dom-
mage.
QMjnt le<: pépins ferot creuz d'vn an, fardez leur tous les
bourricTS , & les arrofcz l'Ellé quant il ft ra fec , puis les arra-
chez vers rhyuer auant qu'ils ayent recômencéà bourgeon-
ner pour de là les pKintcrenla baftardicre.
Pour les fiire pluflcll boutter & faillir hors de terre, il
faut même tremper les pépins en eau, où en laidl'cfpaccdc
deux ou trois iours, & fauticy entendre que la graine ou pe- Graintdumeu-
pin du meuricr ne vient ou croift fi toft , & ne produit li bon ncr.
fruii que celle du figuier.

q ij
LIVRE III.
Lon feme le laurier vn pied au5t en terre, & quatre grains
enremble:& vn an après lon le replante ailleurs & autant en :

fait on de toutes graines femblables.

La haflardiere. Chap. ^.

Nuiron l'aducnt de Noël faut cftendre vn au-


tre gueret, & en faire vn carreau corne deflus,
& y reyonncrles petits fauuageaux que vous
aurez arrachez de la pépinière en leur coup-
pant à tous les racines, &
ne leur laifiez que
les fouchettcs.
Faites les rayons en bon gueret creux d'vn demy pied,ou
enuiron,au deflbubs defdites fouchettcs.
Arrengez voz petits fauuageaux en iceux rayons à vn de-
my pied l'vn de l'autre & les y couurezbien viuemét, & laif-
fezl'efpaccd'vn pied entrechacun de voz rayons, afin que
vous puifsiez faire des raifcs,puis après entre chacun rayon
pour y aller à l'aife farder & enter.
Quant voz fauuageaux feront afsis, il leur fautcoupper
le tronc rez terre , & emplir les raifes de fumier fans autremêt
enterrer ny couurir les plantes: & à mcfmes qu'ils viendront,
il les faut bien farder à l'entour, & nettoyer de beurriers, &
lesbefcher aucunesfois en Efté vn peu par deflus fans appro-
cher trop près des racines, & aufsi les arrofer de foir , quant le
iour il aura fait grand chaud, & quant ils aurÔt la première &
fecode année ietté fcions nouueaux,ne laiflez en chacun fau-
uageau que le plus beau ietton, & couppez les autres bien rez
du tronc.
Comme ils croiftront, efmondcz les bien à mont du me-
nu bois fuperflu,& iufques au rez du tronc,ce fera nu mois de
Mars ou d'Apuril , & picquez au pied de chacun fauuageau
vnc petite gaulctte, & laliezauec herbe forte pour le drc fier.
Et aufsi les cultiuerez iufques à ce qu'il les faudra tranfplan-
ter.Simieux vous n'en voulez enter quelques vns fur le lieu.
Quant par oubly vous aurez laifTé voz petits fauuageaux
en leur pépinière deux ou trois ans fans les arracher,il les fau-
dra rayonner en la façon que dit eft,mais leurs rayons feront
pluscreux,& ne leur rongner tant les racines, & les csbrache-
rez par haut félon que befoing en fera.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 6i
Il fetroirjedcs pcpinsde poires ou pommes franches,
ou qui au pjrauant ont efté plufieurs fois entées, qui amei-
nent arbres bien fort droits, ^d'auTsi beau bois comme s'ils
eftoyent entez & n'ont aucuns piquetons ou efpines qui les
:

remonftrent fauuages.Tcls arbriffeaux fi les voulez replanter


ainIî,ou faillir de leur baft irdierc fans autrement enter, ils ne
lairront à vous apporter bon fruit à manger, &à faire cy-
dres:maistou{iourslemeilleureft de les enter, car le fruit qui Fruit venant de

vient de l'ente, retient toufiours meilleure forme, &f en ap- ^'^^\^ '^"<^"^

priuoile & en grolsicd auantage,mais celuy qui vient du pe-


j^^^^ forme.
pin, change autant de fois comme on l'arbre qui le prui: venant du
change
produit. Et outre cela faut noter, que combien que tous ar- pep'.n.
bres dont le fruit eft pui{rint,viennent mieux de femence que Différence du
r^uit venant
de rameau ;toutesfois Ion fait mauuaife plante de femence
j. - .^ , ^ '^
femece Se de ra-
&
.
,
tardiue mile hors de ion terroir. mcau.

La plante a noyau. Chap. /,

Our voz plantes à noyau, faites feicher les pi^tc dcnoyan.


noyaux frais tirez des fruits, que voudrez
planter quand lefoieil nefera tropafpre, &
à l'ombre d'iceluy: & les faites auparauant
tremper trois ou quatre iourscn du laid ou
defcau. Ce fera au commencement de l'hy-
uer pour les veoirfourdreaurenouueau,& fi pour voftreai-
fance vous les voulez laifler &
enter en leur baftardierc,
mettez en chacun trou , trois ou quatre noyaux & fi tous :

tiennent, n'en laiflez que le plus beau, & arrachez les autres,
pour les replanter ailleurs.
En quelque temps que planterez voz noyaux,voyez que
ce foit en bon gueret,& bien profondement befchc, & met-
tez force menu fumier parmi: 8c les plantez trois doigts dans
tcrre,& à demy pied loing l'vn del'autrc,&: les arroufez trois
mois, principalement en
foi-s le efté quand il fera fcc:& les
Tardez vne fois le mois.
Quand les noyaux plantez auront prins quelque peu de
rourriture,arrachez enuiron l'aduct ceux que voudrez tranf-
planter, & leur roignez les racines, & lescsbranchcz auant
<]ue les pofcr ailleurs. Et notez que le replanter deux fois,fait
les fauuageaux meilleurs, & leur profite fort.
q 'U
LIVRE I î r.

Et quant au chacun noyau, & comment il


particulier de
de fçauoir que les greffes noiXjtoutes ma^
les faut planter,cll
nieres de perches,perfigues,amadcs, chaftaigneSjmenuz abri-
cots ,& iinguîiercment les bois viennent francs plantez de
noyau, pourucu qu ils trouucnt aufsi bonne terre, &: aufsi be-
au folage.
Plante de pcrfi- On plante le noyau du perfiguier en lieu froid, vn pied
guier. parfond en terre la pointe deffoubs , à vn pied loing fvn de
l'autre en Nouembic es lieux haut s, & en lanuier es lieux bas.
P'antc de pru- On plate aufsi les noyaux de prunes vn pied en terre gral-
"**• fecn Nojembre& Fcburier, & les replante Ion en mcfmc
mois en fofieSjny trop larges ny trop profondes.
Tuiubicr. Le noyau du guindoulier, aurrement dit tuiubiereft tar-
dif à croiilre,& fe plante tout ainfi que le perfiguier.
Plantcdepin. Les noyaux de pin fe plantent en lieux froids en Feburier
& Mars, ou enuiron la cheute de la pomme, ou peu après, en
fortes bien befchees & bon gueret & ne doit on rompre la
pomme à force, ou auec aucun ferrement & faut faire trem- :

per pigneons trois iours su parauant & en planter fept en-


les

femble. Aucuns les mettent en petits penniers,& les couppêC


quant ils font nez.
NoîjîUes. Les noifiUes & prunes de toutes fortes, pefches,auberges,
Auberees.
& gros abricots,en quelque bône terre & lolage que les met-
Gros abricots. ï^2 ne viennent du tout fcmblables à leur premier naturel,
,

parquoy veulent eflre entez en leur baftardiere.


Noyau de datte Le noyau de datte qui fait la palme,fe plante deux cou-
dées profond en terre,& en lieu amendé de fien de cheure,&
lecoftcaigu au deffus, &
veut eitre arroJe tous les iours, &
quechjcunan Ion luy refpande du fei à l'entour , ôc que Ion
Ictranfplante.
Graines de H- Les graines de limon«, citrons,orcnges,poucilles,& fem-
monîjcitrôs o- blables, comme à clic die cy dcuant, fe picqucnt en couches
rcge$,poucillcs. bj^n préparées & fumées enuiron le mois de Mars, & le bout
le plus aigu au delfus, le grainàdemy pied loing l'vn defau-
tre, & auant d'vn doigt & dtmy en terre te veulent eftre fou-
uentarrofez,puis quant ils font creuz d'vn pied, replantez les
contre les murailles vers de Midy, & biencouuerts
le folcil
de paille en hyuer & quant îe temps eft haireux.
Autant en peut on dire des grenadiers &laurierSjCommc
tu as peu entendre au fécond hure.
DE LA MAISON RV'STrCtyE. ^4
Les piftaches requièrent plus grande diligêce, & deman-
dent eftre femez enuiron 1^ premier iour d'Apuril,tât le maG-
Ic que la femelle,le dos tourné à rOriét,& en terre bien graf^
fe & aëree , &
là les pouuez enter fur eux-mefmes. Combien
qu'aucuns Tentent fur l'amandier.
La pefche veut eftre plantée incontinent après qu'on l'a plante de pcfchc
niagee,& que le noyau ait encor quelque peu de chair coup-
pec à Tentour , & pour eftre de plus longue durée , veut eftre
enté fur l'amandier.

PUnte par faons cjT mettons.

Chap. 6,

Es petits fcions bien chcueluz, qui fortêt des Plante de cen-


racines des grands cerilîers : plantez ailleurs, ficrparfcions.
viennent mieux & pluftoft que de noyaux,
mais que ce foit tandis qu'ils feront ieunes,
comme de deux ou trois ans,car quant ils font
==^ gros, ils n'en profiter pas lî bien,pour le moins
illesfaudroit bien esbrancherauant queles planter.
Les coudres franches au cas pareil viennent plantées des piantedescoui-
petits lettons qui fortent des racines des bonnes couldres dres franches,
bien cheuelues: & ne les faut ia esbrancher quant on les rc-
plante,fi elles ne font fort grandcs,mais trois ou quatre ans a-
prcs qu'on les à plantées , ii Ion void que les fcions ne foyent
beaux & bie e{leuez,on les peut coupper rez de terre, & laif-
fer croiftre les autres petits fcions qui fortent tout droit des
racines des fouches qu'on aura plantées.
Plante de pru-
Les fcions de la racine bien cheueluë , des bons pruniers
"^"''
non cntez,rendent le fruit de mefme celuy des arbres ou vous
lesauez prinç.
Mais fi les pruniers fontentcz,ilen faut prendre de? gref-
fes, & les enter en autres pruniers ou guiniers fauuages, ou en
cerificrs aigres.
Les heaumes & prunes franches ne viennent naturelles,
plantées de fcions, mais veulent eftre entées de greffe.
LIVRE III.
Picquer ou affer par branchcttes ou drageons.
Chap. /.

A plante de rameaux ou drageons vient plus


légèrement & mieux à perfedion que la fe-
mence, principalement mife hors de Ton ter-
roir & de cefte façon font les figuiers, coi-
gnicrs, & grenadiers.
Picqueuredc
Quand Ion veut affier ou picquer bran-
meuricrs , fî-
^^^'•^^^ desmeuri£rSj.figuierSjCoignicrs,cormiers,grenadierSî
Euierj COI-
gnicrs, 'grena- ^ pruniers de plufieurs fortcsjil les faut coupper être la touf-
5ieri,prunier$. faints,&: noel ou peu après & faut qu'ils (oyent beaux, & de
:

faine cfcorce, & pleins d'ceillcts & gros comme ballons ou


,

plus,qui les pourra trouuer droits & pleins d'humeur & d'v-
ne verge feule, & de ieune bois de trois ou quatre ans ou en-
uiron,& qu'elles ayenî du vieil bois quand & le icune & les :

faut aiguifer comme vn pieu demi pied de long, fans en ofter


l'efcorce d'vn des coftez, & les csbrancher, & les picquer vn
pied auant dans terre.
Il faut tordre l'endroit de voftre branche où voudrez
que vienne la racine, ou bien la fendre & mettre en la fente
vne petite pierre viue, ou mettre le bout de labranchettcen
vnvaifleaudc bois plein d'eau, &
l'enterrer auec ledit vaif-
feau:&qui la planteroit en plufieurs lieux oii Ion veut qu'élis
prenne racine, fcroit le mieux.
Il faut que les branchcttes foyent d'arbre gros plein
poing, & qui ait porté fruit aufsi qu'elles foyent bien faines:
:

& peuuent eftre arroafees auec vn canal qui aille iufques à la


racine.
Marquez bien l'endroit & folage de l'arbre dont vous
aurez drageon, pour le planter & picquer du cofté
tiré le
qu'il auoit accouftumé & luy mettez du fuzeau deflbus , Ci
:

vous defirez que l'arbre ne monte fi haut & foit toufiours


bafletjles branchcttes en prendront mieux,& ne fe rompront
point pour tirer.
Plante de figuier Pour planter le figuier à la mode Gcneuoife qui portera
a la mode Genc- fruit trois ans après, &
fepeut planter tout le long de l'Efté;
uoife.
on doit prendre vne branche de figuier portant fruit de deux
ou trois ans, foit qu'elle ait encores fon fruit & fes fueilles ou
noni
DE LA MAISON RVSTIQJE. 6$
non ôclafvmtaiguirer
: & tailler en biais, & picoîter ce qu'en
voulez mettre en terre & puis le plantez en vne fofle de de-
my pied, mais que la cime demeure deflus terre auec trois ou
quatre oeillets, & foit couuerte de paille par fix iours , & ar-
roufee chacun dcfdits iours: puis foit defcouuerte pource
qu'elle aura défia ietté : &
au bout de l'an vers le mois de
Feburier, faut tailler le letton bien bas ioignant la terre : & il

iettera de fi grande puifTance, qu'au deuxiefme an il fera


fruit.

Manière de faire Jetons à planter.


Chap. 8.

Our faire fcions de plufieurs fortes à planter


quâd befoin ferarcouppez en hyuer quelque
grâd arbre , f'il commêce à iaunir & blefmir,
& duquel vous defirez auoir l'engeâce , fciez
luy le tronc des plus grofTes branches, par
trôçons longs comme d'vn pied ou enuirons
& faites vn reau en terre bien graffcjfi profondque vous y
puifsiez loger voz tronçons fus bout arrengez à deray pied
l'vn de l'autre , tant que la terre foit trois ou quatre doigts au
deflus d'iceux. Couurez-lcs bien, & les arroufez l'Efté s'il en
eft befoing,& en fardez bien les boyries,vous trouuerez par
tfpace de temps qu'ils ietteront des fcions que pourrez traf-
planter quand ils feront cheueluz de deux ou trois ans, & ne
lairront lefdits fcions d'en reietter d'autres: & s'ils n'ont point
déracines, enfondez-les bien fort en bonne terre pour leur
en faire venir.
Notez que tous arbres qui ietteront drageonSjfi vous les
couppez en hyuer, ils en ietteront plus abondamment, ^ fe-
ront tous bons à planter.
Les groifilliers, framboifiers, vinettiers, que Ion appelle pjantcdc croî-
cfpine bcnoifte,fe plantent aufsi en hyuer par fcions qui for- liiliers,framboi-
lent de leurs racines,& faut qu'elles foyenteheuelues: & s'ils fiers, & vinet-
t. ers.
n'ont racines, il les faut prouigner,
r
LIVRE iir.
De prouigncrreiettons ou antenals.
Chaf. ^.
ProivîTf.cr âc On prouigncen trois fortes, ou en couchac
U'oisfoi\es. [icsrciettonsou branchettes, encor tendres
en fofle faite au propre,comme fera dit cya-
pres:ou en cfcheletterou en vn pcnnier plein
-déterre attaciiéau basdelabranciie ou en :

perçaut vn faulx , & y palTnnt la branche de


'arbre par dedans, comme fera plus à plein dcclarCjau chapi-
tre d'enter.
Lon prouigneaufsien plufieurs temps mais le meilleur
:

efl à la prirne- vere , & en Mars quant les arbres font en fleur,
§«: commencent entrer en amour.
Il faut prouigner les petites entes ou fcions plantez n'vn
an, au commencement de fhyucr vn pied bas en terre:& méf-
ierez du bon graifsin parmy la terre que tirerez delafofre,ou
les voudrez prouigner.
Il fautaufsi coupperrezdeterre:îes fcions fuperflux aux
enuirons des bons membres que voudrez coucher: car ils fe
conuertironten pourriture.
Item faut befcher tout alentour de l'arbre, que les raci-
nes en foyent comme à demy defchauffees,puis alongezla
fofledu coftéquc voudrez prouigner, & felô que verrez que
les racines pourrôt mieux obéir en icelle foife , traittez les bié
gracieufement, & bouchez voftrefcion de façon que la tor-
queurepar ouil aura eftc enté, foit vn peu plus bas que les
fcions du bois nouueau fortent hors de terre, de telle hauteur
que faire fe pourra.
Si l'arbre que voulez prouigner edoit vn peu groflet , &
qu'il fu{): trop rude ou rebelle à coucher en la fofle , vous en
pourrez incifer le tronc prefque demy, entre la racine & la
torqueure,&: bien courber en ladite foffe le bois que les gref-
fes auront ietté, &
le plus rondement que pourrez & gardez

le de rompre.
S'il y à plufieurs membres en la plâche que voudrez pro-
uigner, & que tous rompent de fortune le remède fera rele-
,

uer l'arbre tout droit, &en réchauffer les racines de la terre,


qui au parauant y eiloit , &
en tailler tous les fcions rompuz
peu plus bas que la rompurc:& les laifler ainli, iufques à l'au-
PE LA MAISON RVSTIQJVE. 66
tre année qu'ils auront reietté fcions nouue.iux , que pourrez
prouigner en hyuer, mais fil y demeure vn fcion, qui ne foit
point rompu, pafTez outre & Iç prouigne2,& couppez au rez
de la terre de la torqueure les efcots de ceux qui ne feront
rompuz.
En prouignant, eflargiflez bien les fcions de voftrc bran-
che en la foffe, & les y couchez bien rondemêt en les choyât
& les couurant de h terre que vous aurez tir»e & bien mcflec
auecbô grefsin5& fouliez peu à peudeffîis, & gardez que nul
des membres ne fe relcue depuis qu'aurez commencé à les
fouler.
Redreiïez bien droit à mont tous les bouts qui fortiront
de la terre,de telle hauteur que faire pourrez,^ les laiffez ain-
Il trois ou quatre ans fans les rayonner, iufques à ce que leurs

racines ayent prins tcrre,& foycnt deiia biê cheueluës,& pic-


quezdes baftons àl'enuiron pourlesdrefler &: garderqu'on
ne les rompe.
Trois ou quatre ans pafTez il les faut defterrcr au commc-
cementdcrhyuer,&: en coupper tous les membres cheueluz
des racines d'auech fouche au dcifoubsdela torqueure, &
planter chacun d'iccux ou vous voudrez qu'il demcure,vous
en pourrez bivr. laiiT.r vn en îafofTe, li fcJicucfl propre pour
y dcmeurer.mai? ne luy arrachez point fei racines cheueluës,
depuis qu'il aura efté prouigné.
Si les membres des entes prouignecs font ia s^ros & bran-
chuz quât lonles arrache, ii les faut esbranchtrauant que les
replanter, & lors qu'ils feront replantez, ils feront francs par
tout: &• toujours fuccefiiuement ceux qui en viendront fe-
ront auGi francs.
Encor fi voulez racoutrcr la fouche que vous aurez pro-
uignce, après qu'en aurez couppc tous les mébres& que luy
aurez laifîc des chiquots & des grefrcs, ellereiettera d'i\itres
fcions d iceux picquots dont vous pourrez encor fiire autres
arbres francs,en les prouignât,& les releuant en trois ou qua-
tre ans vne fois.
On ne prouignc'^uc les fcions qui n'ont racines car fils Scionj
: à proui^

en auoy ct,il les faudroii arracher & replanter auec la befche, §""•
r ij
LIVRE IIL
EnterfaHuageaux cîr autres arbres deplujteurs
fortes en du^erjesfaçons. Chap. lo.

CY^=is^ Remier qued enter Ion doit considérer diligem-

I
ment le terroir ou païs propre au pcpin, ou au
noyau,& quels arbres y chargent mieux.
À
û Le meilleur eft enter en remblablesePpeccs, co-
bien que les gre&s & boutons peuuent aufsi bien prcdre ail-
leurs, mais aucuns ny font pas (i bonne fin &e{l impossible :

que les deux feues fe facent & rencontrent fi bien , ioint que
Ente de quel ar- le fruit tient toufiours plus du naturel de l'arbre fur lequel il
bre tict le plus,
tinrer lur vn
gfl- e^té : & faut noter que

les entes qui fe font en tronc àc
r <- « r
&
• • •

choux.
Chou, ne durent rien,
i i

& ne valent choie


, i

qui Icit, Icntent


toulîours le chou. Encor que lô ente fur l'ormeau, n'a iamais
bonne faueur, & n'eft de durée, cequieftentéfurfaub'efpi-
nicr,groililier,vigneou rofier &
autres femblables, car il faut
toufiours enter fur arbres ou fauuageaux les plus durs de &
plus forte nature que ce que lô y met. Vray qu'en plus doux
il vient plu{loft:comme feroit en peuplier,fouteau, & pareils

arbres:maisiln'yaaucun profit:&: ce fait pluftoft par curio-


fité ou tromperie desiardiniers reuendeurs, pour auoir plus

fouuent des entes, qu'autrement.


Lon ente des greffes enuiron Noël, ou aux Aduents,felon
que la faifon eft froide,principalemêt les heaumiers, poiriers,
& haftiueaux. Qu^at aux pommiers & me{liers,il eft meilleur
attédre vers la fin de lanuier &: Feburier iufques en Mars , tat
que lon voye qu'ils commencent à bourgeonner car il ne fe :

Temps d enter
hafte pas tant que les autres. Et en ce mefme temps fait bon
^^^
enterles gros fauuageaux entre l'efcorce & le bois de greffes
'^^'

tardiues ou gardées en terre.


Tous mois font bons & commodes à enter, foit en greffe
ou en mois d'Odobre & Nouembre , mais
efcu{ron,refte les
la greffe fente communément en hyuer ainfi que dit eft,quât

ks arbres bourgeonnent, & entrent en feue:on peut aufsi en-


& en May ,fi les greffes font oeille-
ter des greffes en Apuril,
& qu'on les ait tenues fous terre aucc la cime dehors en
tees ,

lieux frais & vmbrageux.


CroilTantdcla La greffe & l'efcuffon prennent mieux en croiffant qu'en
^'^^^'
autre temps de la lune: & doit lon tailler les iettons à la fin de
la lune, fi lon les veut faire frudifier plus.
DE LA MAISON RVSTIQVE. ^7
Les meilleurs iours pour enter, font trois ou quatre iours lourspouren-
"*•
deuant le croilTant, & le lendemain iufques au tiers iour après
iceluy.
Il eftdéfendu d'enter quand le vent ell fur le midy.
Enter fur le fauuageau, elt plus durable: fur ledoucerct Enter fur le faq-
ou priué,eit plus fauoureux , côme aufsi en l'arbre qui germe uag^au.
& fleurit en mefmetemps, àl'efcorce vifue, & humide.
Lon ente en efculfon au temps d'Efté çkpuisenuiron la Enter en efcuf-
fin de Mayjiufqucs en Aoufî:,quand les arbres font ia fort en fon*
feue & fueilluz comme en luing &
luillct. Et fi l'Efté efl fi

exccf iuement Ccc^ qu'aucuns arbres retirent leur feue,il faut


attendre qu'elle y foit retournée.
Lon doit aufsi confiderer fi l'arbre cft haftifounon: &
luy bailler greffe de mefme. Aufsi faut regarder fi le temps
fauance ou retarde.
L'enteur doit eftre garny d'vn pennier à loger fes greffes, L^g y^^ij jç çç_
Ton argillette , ou fa terre forte, fa moufle, fes drappeaux,ou luy qui ente,
efcorces de faulc pour torquer, &
fes oziers pour lier. Aufsi

faut qu'il ait vn petit fciot,vn couftelet,ou caniuet bien tren-


ch3nt,pour fendre & pour tailler fes greffes, &vn petit coing
de bois ou de fer , vne ferpe & vn petit manche d'os d'yuoi-
re, ou de bouïs, vn cifeau de bois de brefil,ou autre qui foit
bien dur.
Ne vous abufez ceux qui entent en plantant les arbres,
à
ou bien toft les ont plantez car le fauuageau qui
après qu'ils :

n'a trop de fubflancepour foy, mefmesà peine en pourra-il


donner à la greffe:fans ce qu'il fouffrealfez d'eftretranfplan-
tc, fans luy donner nouuclle ou double peine: mais ce doit
eftre vn an après que l'arbre où le fauuageau aura efté planté.
Se l'autre année d'apres,il porte car l'entrée ne profite iamais
: Enteurc doit
bien, fi elle ne profite la première année, &là où elle auroit profiter la prc-
mal profité, mieux vaut la coupper, & la remettre plus bas. mierc année.

ChoiJirjŒeiilir}& tailler les grejfes pour enter en


fente.en tronc,^ en efeorce. Chap. 11.

L faut choifir des rciettons d'vn an qui fovent


-^
m bien frais &
pleins d'humcur,qui ayent les oeillets
près l'vn de l'autre, autremct elles ne fruftifieront
iji^^.^jjen fi grande abondance: faut aufsi qu'elles ayent
r iij
LIVRE m.
du vieil bois auec du nouucau, Pil cfl: pofsible : qu'ils foycn?
hauts, & delà feue de l'arbre fru<5tueux,& foyent prinfes vers
le midy :c3r l'orient ne nous eft Ci propre en ce païs:& foyent

afsifes en mefrue folage qu'elles auront cfté cueillies.


Pour les cueillir faites voftreincifion entre le vieil bois 5c
le nouueau,li du y
vieil bois a fous fvn des de la
vieils œillets
greflPerde façon que l'ceillet foit au derrière de la greffe quand
elle fera afsife hors la fente du fauuageau,& fj l'oeillet cft trop
menu, il le vaut mieux coupper.
Vous pourrez bien faire d'vne grcjffe longne,deux ou trois
tronçons,dont aufsi bien ferez touiiours bonnes enteures : Se
ofterez icelle greffe auec fon vieil bois, de tirerez iufques aux
gros œillets du meilleur d'icellc: & y ferez incifionfousfvn
d'iceux.
Entaillant voftre greffe faites que l'incifion d\n coflé &
d'autre,par haut,foit bien vuidce,&carrce,à fin qu'elle puifTc
mieux ioindre du fauuageau, & aufsi qu'elle foit
fur le tronc
applatie, de forte que parmefureen aual,elle fc trouue égale
en la fente du fauuageau, quâd elle feraafsile: toutcifoisqu'il
n'eft ia requis qu'elle ioigne par tous les endroits.
Qj^and vous t^îillez lc« greffes des haumiers & pruniers,
neleur plattiffc-z pas tant rincifion comme aux 3Litres:car el-
les ont plus grofic moelle, de laquelle il fe fliut garder d'ap-
procher ne d Vn coflc ne d'autre, fincn qu'ils doiuent eftrc
par bouts affcz plat tes.
Eucor il ladite incifîon n'efloit coucheenc vuidecque
par vn coflé, cei£ralemieu?r,& quedel^iutrcccfléfoitfeu-
lemét taillée en bihais,en manière d'vn coin à fendre du bcis:
& puis par le bout amoderez les deux en manière d'vn fer de
lance.
En taillant voftre greffe, prenez garde que l'efcorce ne fe
lieue du coflé de dehorsdequel vous laifTcrcz plus efpais que
ccluy de dedans.

Enter enfer, te ^ entre l'efcorce ^ le hols.

Qhaj). II.

A Infi que vous aucz choifi la greffe, ainfi faut-il que


vous choififTez le fauuageau qui foit beau & droit,
d'efcorce faine & nette & fans neud qui foit vifue,& :
&
DE LA MAISON RVSTIQVE. 68
humide, & d'arbre qui ait porté fruit, & foit en pareille afsiet-
te que le lieu oii vous auez cueilly voftre greffc,s'ii eft pofsi-
ble qu'il germe & fleuriffe tout en vn mefme temps.
:

Si le fauuageau eft tortu,adiouft£Z y bien la greffe, &: En-


tes en la taillant, que les deux ioignentbien eniemble, &au

plus gros fauuageau baillez les plus grofles greffes.


D'autant que le fauuageau e(l plus menu, d'autant le faut
îlcoupperplusbas.
S'il eft de la groffeur du doigt ou enuiron,il le faut coup-

per àvn ou demy pied près de terre en bihais à pied de cheurc


pour le fendre, & mettre feulement vne greffe.
S'il eft gros comme vn bafton, couppez le tronc en rond

parlehautà vn piedou enuironpres de terrepour y mettre


deux bonnes greffes en la fente, & dcfquelles eftorcirez la
moindre & plus foible quant elles commenceront à boutter.
Si le fauuageau eft gros côme le br3S,fiez-le aufsi en rond
à deux ou trois pieds enuiron haut de terre pour le fendre , &
y mettre trois greffes, deux en fente, & l'autre entre l'efcorce
& le bois du cofté le plus fpacieux.
S'il eft gros comme la iambe,{îez-le quatre ou cinq pieds

haut de terre, & le fendez en croix pour y mettre quatre gref-


fes:ou le fendez tout îîmplement,& y en mettez deux en fen-
te, & deux entre l'efcorce & le bois, ou pour le mieux atten-

dez à l'enter totalement entre l'efcorce & le bois quant il fera


en feue: carie bois de tels gros fauuageau x eftraint trop fur
la greffe, finon mettez vn petit coing de bois verd en la fente.
Les gros arbres ne fe peuuent enter qu'en branche car ils :

feroyent pourris auant que les greffes fe peuffent reclorre fur


la couppure.
Si les branches font arides & fans humcur,il les faut coup-
pcr,& eftronçonner, & après deux ou trois ans qu'elles aurôt
iettéfciosnouueaux,entcr les mcilleurs,& ofterles plusche-
P uis quât les greffes auront bien ietîé, il faut lier du bois
tifs.

parmy de peur du vent:ou bien fi l'arbre eft bon & franc,lain-


fez en croiftre fcions nouueaux.
On ente grands arbres partie en fentc,ou entre l'efcorce Se
lebois:& partie en efcuffon,fi l'efcorce eft limple &c délice.
Quant vous voudrez mettre plufieurs greffes en vnc mzC-
me fente,auifezqu'vneincinon (bit aufsi groffe quel'autre,!!
ce n'eftoit paraduenture que la fente f ouurift plus d'vn cofté
LIVRE I I r.

que d'autre, faites aufsi que les greffes foyent d'vnemefme


longueur, ou peu près, & fuffira qu'elles ayent chacune trois
ou quatre ceillets hors de la torqueure.
Quat le fauuageau fera fcié,auat que le fendre mettez par
dcflus du fciage & aucc voftre coufteau ou autre ferrement
,

bien tren chant fendez le tout doucement par le milieu & y ,

mettez voz coings entre deux iufques ^ ce qu'ayez adioufté


,

voz greffes & en le fendant tenez le coufteau d'vne main, &


:

de rautre,afin qu'il ne fc fende trop. Puis de la mefme


l'arbre
main qu'aurez tenu rarbre,mettez voftre coing de bois, d'os,
oubrefil, par la pointe, à fin de le retirer mieux quant aurez
enté voz greffes.
Si le trône fe fend ou fepare trop l'efcorce d'auec le bois,
fendez par plus bas , & y mettez voz greffes , & regardez fi
leurincifîon eft propre, &bieniufte félon la fente, & que les
^^^^ ^^^^^ d'entre la
Seues des arbres
greffe & le fauuageau foyét blé au droit
entez fc doiuét l'vnede l'autre:car fi eliesne l^.entrerencontrêt,iamais ne prê-
rencontrer. drôt enfemble , & ne faites voftre fente au trauers de la mou-
elle mais vn peu à cofté,
L'efcorce du fauuageau eftant plus groffe que celle de la
grefFe,il faut retirer plus auant la greffe en la fente,afin d'auoir
fa feue au droit de celle du fauuageau , & doit aufsi l'efcorce
du fauuageau furmonter celle de la greffe par dehors, du
cofté de la fente.
Quant le fauuageau fend bien droit,il n'y a point de da-
fe
geren de la greffe, de la laiffer vn peurabo-
taillant Tin cifion
teufe par endroits, afin que les feues dcl'vn de l'autre fè &
puiffentmieux conglutiner.
Apres que voz greffes feront bien adiouftees dans le fau-
uageaujiirez voftre coing tout doucementjque ne les defpla-
ccz, vous y pourrez laiffer en la fente vn petit bout de coing
de bois verdj^: le couperez biérezfurletronc,oubien fitoft
que voftre coing fera retiré,mettez quelque petite peleure de
bois verd fur la fente du fauuageau, & couurez les fentes de
Tenture tout à l'enuiron dp terre forte de deux doigts ouen-
uiron d'efpez que le vent ny la pluye n'y puiffent entrer , &
l'enueloppez demouffe:& latorquezde vieilsdrappeaux,ou
d'efcorce de faules, & les liez biê eftroit dé petits oziers:mais
gardez en la liant que la torqueure ne vire d'vn cofté ou d'au-
tre, & fi vous n'auez de l'argille, meOez du foin menu auec la
terre
DE LA MAISON RVSTICiyE. ^9
terre du lieu ou vous enterez en form-j de bouge.
Q^and voz ente? feront torquee&,lie2 quelques rameaux
à l'cntour pour les giider.

Enter au bout des branches, Chap. /j.

—z^^^^Our enter au haut des branches qui ayenî


/!l;?ii:^^rS^beau bois nouucau , 8:gros fcions par haut,
efte enté au précèdent,
Xr^ J J^ quoy que l'arbreencortspercreu,
ait

-^^^H ^ ^.^'^^ ^^ ^^^^ prenez des


&
:^tf^i^:^i greffes de telle forte d'arbres que voudrez,
___^i_^iLâ' couppcz aucuns des fciôs du haut de l'arbre
oîi vous les voulez mettre: &fi les greffes font plusgrofles
que les fcionsjcntez en pied de cheure, comme dit eft des pe-
tits fauuageaux.

Et fi les fcions que cou pperez, font de la gro fleur de vo-


flre greffe, couppcz-le être le vieil bois & le nouueau.ou pea
plus haut ou bas , & le & taillez la greffe de
fendez vn peu ,

groffeur pareille à ceque vous aurez couppé,& faites fincifiô


courte qui ait l'efcorce des deux coflez, fans que l'vn coflé
,

foit plus efpais que l'autre: & mettez voibe greffe en icelle
fente, tellement que les efcorcesd'vn coflé & d'autre de la
greffe foyent bien au droit d'icelle fente.
Il fufiira que chacune greffe aitvn bon œillet ou deux
hors de la torqueure car de : les laiffer trop longues, ne fcroii
pas bon, & les faut torquer &
enueîopper de terre de &
mouffc, de les recouurirde drappeaux, 5c lier fort, comme
dit eft.
Parce moyen pourrez faire qu'vn mefme arbre portera
pUifieurs fruits. voulez enter les petits fuiusgeaux en
Et fi

cefle façon , faites qu'ils foyent de la groffeur des greffes : &


les entez bien près de terre,côme de trois doigts ou enuiron.

Enter entre le bols & l'efcorce. Chap. 14.

On ente en ccfte manière au temps que les arbres


commencent d'entrer en leur feue, comme depuis
enuiron la fin de Fcburier iufques en Apuril , qui
'eft lors que l'efcorce fe départ mieux d'auec le

bois, & principalement en gros fauuagcaux, & au tronc Se


LIVRE III.
branches des arbres de grofle & grafie cfcorce comme , fi-
guiers, pruniers, poiriers, & chaftaigniers.
11 Faut fcicr le fauuageau par le plus haut , Se puis tailler

vos grelïcs,comme il eft ia dit cy defllis mais ne faut pas que


:

l'inciHon enfojt guercsiongue, ny efpaiiïe, & que l'eCcorce


en foit par le tout vn peu oltee, &
modérée en manière d'vn
fer de lance, & autant erpefTe d'vn codé que d'autre,puis net-
toyez bien voftre tronc pour en ofterlefciagc.auec vn ferre-
ment bien tren chant, a fin greffes qu'y métrez y puif-
qnc les
fent bien ioindre, & fichez vn
coufteau bien pointu ouvn
cifeaud'os, ou d'yuoire, aflezauant entre l'efcorce & le bois
du fuiuageau,tant qu'après qu'il fera retiré,I'inci(ion y puiffe
bien encrer, & que la greffe puiiTe ioindre fur le tronc quand
elle y fera afsife. Cela fait, il la faut bien couurir cnueîop- &
per de terre forte &
de mouffe en cefte façon pourrez pic-
:

quer pluiîeurs greffes à l'cntourde voftre tronc, félon que


peut fa groffeur.
Lon ente en cefte manière, en abricquots, pommiers, al-
bçrges,perchiers,amâdiers,figuiers,parfiguiers,chaftaignicrs,
poiriers, &
pruniers ieunes &
menuz, comme depuis la grof-
feur du petit doigt iufques à la groffeur du bras,& qui ait l'e-
fcorce tendre &limplc: car les gros arbres qui ont l'efcorce
dure de efpeffe, ne fe pourroit bien faire, ce n'eftoit qu'il
fi
y
euft aucunes branches qui euflent l'efcorce deHcate,& difpo-
fee à ce faire.

Enter en ejcujforj. Chap. rj.

N Efté donques qu^nd les arbres font ia bien


en feue, & qu'ils ont du bois nouueau vn peu
duret, vous prendrez vn letton au bout des
principales branches d'vn arbre priué dont
voulez auoir fruit, fans rien coupper du vieil
bois , à fin d'auoîr vn bon œillet d'iceluy let-
ton auec fa queue" pour faire voftre ente, mais choifiifez le
plus gros,tronçonnez-leur premièrement la queue par le mi-
lieu, &en iettez la fueille fans arracher le refidu de ladite
queue, puis auec la pointe d'un coufteau bien trenchant&:
aigu,incifez de l'efcorce dudit letton vn efcuffon de la lon-
gueur de l'ongle, auquel y a feulement vn œillet plus haut
DE LA MAISON RVSTIQVE. 70
que le milieu aiiec le refidu de fa queue que luy aurez hiflce,
& notez que refcuffbn du perfiguier veut auoir deux ou trois
fueilles. Et aufsi que l'efcu du fruit aigre fe taille en carré & :

pour Icuer ledit efcuflon, après qu'il fera incifé tout autour,
fans auoir couppé le bois au dedans,il leur faut prendre dou-
cement auec le poulcej& l'autre doigt prochain, & ainfi l'ar-
racher fans le corrompre & en l'arrachant prefTez contre îe
:

bois dont vous l'arracherez, que le germe dudit oeillet de-


meure en efcuflon car fil demeuroit auec le bois du ietton,
:

voftre efcuflon ne vaudroit rien.


Vous cognoiftrez fi l'efcuflbn cft bon en regardét au de- EfcuiTon à co«
dans d'iceluy, quat il fera arraché d'auec le bois du ietton, fil gnoiftre.

cft pcrtuifé au dedâs,car alors il ne vaut rie, cncores moins &


Il germe en eft demeuré auec le bois en ietton, qui dcuoit
le
demeurer en l'efcuflon.
Voftre efcuflon eftant bien leué, tenez-le vn peu par la
queiie entre voz leures,tandis que vous inciferez l'efcorce de
l'arbre, pour le mettre, fan s toutcsfois le mouiller & l'incifez :

en manière de potence vn peu plus longue que n'cft l'empla-


flrc qu'y voulez mcttre,fans trencher le bois au dedans.
Voftre incifion faite,il la faut ouurir des deux coftez bien
doucemét,auec vn petit cizeau d'os,& feparez vn peu au de-
dans l'efcorce d'auec le bois,autat comme l'efcuflon eft long
& large,& gardez bien d'en corrompre l'efcorce.
Prenez voftre cfcuifon par le bout Si la queiie queluya-
uezlaifll-e, & le mettez dedans fin cifion de l'arbre, en leuant
tout bellement les deux coftez de l'efcorce de ladite in cilion
fiucc le petit cizeau d'os, & faites bien ioindre parfaitcrnct le-
dit efcuflon auec le boisjdcdas l'incilion de l'arbre, en pelant
vn peu par dcfius le bout de la pelure , & que le haut d'iceluy
efcuflon touche bié du bout à l'efcorce du haut de l'incifion
de l'arbre.
Et pour lier voftre cfcuflon,aycz vne liafle de châure,en-
uiron aufsi grofic qu'vn tuyau de plume , félon que Tarbre eft
gros, ou menu, &: prenez iccluy chanurcparlc milieu, afin
qu'vn bout puific autant fournir que l'autre , pour entortiller
& lier ledit efcuflon dedans l'incifion de l'arbre, & ne le faut

pas lier trop eftroit car cela le garderoit de prendre


: ne fc , &
pourroitbicn conioindre la feue de l'vn & de cnfcm-
l'autre
ÎdIc j &i ne faut que l'efcuflon ne , le chanurc dont Ion le veut
f ij
LIVRE III.
lver,foycr,t mouillez.
Commencez voftre ligature par le derrière de l'arbre, iu~
ftement au milieu de voftre incifion, & venez ioindre au de-
uant foubs l'œillet & queiie de l'eicufTon fans touresfois :

couurir ledit œillet, puis retournez encore liant au derrière


de l'arbre, & reuenez icindre au deuant, par dcflus le haut de
l'efcunon en croilanttoufiours vollre chanurc & retournez :

cncores derrière pour achcuer de lier au defioubs de l'œillet,


tant que toute la fente de l'incifion foit couuerte haut & bas
auec ledit chanure , excepté voftre œillet & fa queiie , qui ne
faut point couurir, laquelle queiie cherra tout à part & bien
toft .îp.rcs i'enture faite,fi refcuffon doit prendre.
Vous pourrez mettre en chacun arbre deux ou trois ef-
cu(rons,mais que l'vn ne foit poin-t au droit de l'autre,ne d'vn
cofté mcfrne. Laifll^z voz arbres & efcuifons ainfi liez , enui-
ron vn mois, & les plus gros beaucoup plus long temps.
Six fepmaines apres,il les faut deilier,au moins en coupper
le chaure par derrierej& les laifierainfi iufques après l'hyucr,

enuirô le mois de Mars & Apuril.Si vous voyez que le germe


de voftre efcuflon bourgeonne , couppez l'arbre trois doigts
ou enuiron au defllis, & puis vn an pafle que le iettô fera bien
fortifié, & qu'il commencera à bourgeonner, il faudra ache-
uer de coupper en bihais fes trois doigts de l'arbre qu'y aurez
lailTé car qui le coupperoittrop près, lors qu'jl commence à
:

bourgeonner,iî n'en profiteroit pas fi bien.


Quat voz en:uflbns auront ietté beau hois,ily faudralier
parmy bien doucement des petites gaulles, que le vent ne les
puifferompre.
En ccfte manière vous pourrez faciîemct enter les rofiers
blancs en rouges, & rouges en blancs, pour auoir rofes de
plufieurs fortes en vnmefineroficr.

autres manières (ïemer fur toutes fortes

d'arbres, Chap. /^.

Enter en oermc. (E^^^nOn peut enter en germe ou en bouton, quant on lie-


ou en bouton, m ffio J^l^ germe desiettons,oudrageôsnouueaux,& que
P^^^^ 'on les met auec vn bien peu d'efcorce au lieu d'vn ,

autre que Ion aura arraché: pulsion le lie de (Tu s &


defloubs , ainfi que l'efcuflbn : & ce fait au mefmc temps , &
DE LA MAISON RVsTIQ^E. 71

«nmermes arbres.
En canon ou en fleufte,ou en cornuchet: Ion leue vn ci- Enter en canon,
non lôg de deux ou trois œillets d'vn nouueau drageon gros
comme le doigt ou enuiron en le fendant doucemet félon la
,

longueur,puis Ion plume vne brache de fauuageau de pareil-


le & longueur, & y fiche Ion ledit canon le plus auât
grofleur
qu'il peut entrer & luy laifierez l'cfcorcefuperfluë pour de-
,

fcnfe,puis on le lie defllis & dcflaus fans toucher aux oeillets,


& couppe Ion le bois qui auance outre la racine puis on l'e- ,

ftouppe de circgommee le long de la fente & au bout.


vne tarière iufques à ^^^" «"
"®"'^-
En tronc, il faut percer l'arbre auec
la moelle , & y mettre leans par force vn greffe, qui ait deux
ou trois œillets par dedans , & foit ce pertuis bien nettoy e
bouché de cire.
En fauie & en chou , faites en la perche de faule,ouau Enter en faule.
tronc de chou deux pertuis iufques à la moelle , à demy pied
l'vn de l'autrejchaufîlz y leans comme par force vn greffe de
tel fruit que voudrez,qui ait l'efcorce raclée, en forte que les
pertuis en foyent tous bouchez, puisl'cftouppeztresbien de
circ,& picqucz la perche près de l'eau, enuiron demy pied, en
forte que les greffes foyét trois doigts foubs terre, & au bout
de l'an qu'elle aura prins racines branche par pie-
, taillerez la
ces, & planterez chacune greffe ou vous voudrez.
la

En couronne,quât le tronc d'vn grand arbre couppé par ^^^^^^


haut n'eftencores vieil, & n'a l'efcorce dure,lon ouure ladite
efcorce auec le manche du caniuet, qui foit d'os bien aguifé,
en trois ou quatre endroits par le haut, an morceau couppé:
en chacune ouuerture Ion met vnentc,&: faut bien cllouppcr
& couurir d'argillela couppure de deffus, quclebois nefe
lèiche &: altère.
En Icion, quant on entame l'arbre iufques à la moelle a- Entcrcofc;on.

uecvne crefnette, & puis l'onymet vn drageon dedans &


l'eftouppelonde cire: Autrement & pluftoft Ion prentvn
fcion à vn neud, & puis Ion le tord , Se luy ofte Ion l'efcorce
& le neud & le met Ion
, en vn ietton aufsi gros que luy : & il

prend aufsitofl.
En morccl,aumoisdeMars quand Ion prend vnepiece Enter en norccl
du gros de poulce & lar2;c & longue aflez auec fon œillet &
ietton, tout aufsi toll Ion le met en vne branche d'vn autre ar-
bre en fendant l'efcorce en trois ou quatre, &: leicic^nant bien
,

LIVRE III.
eftroittemêt Se au tcIl de la rouche,(î que le morcci entre de >

dans l'efcorcc de Ton cfcorce, il prendra


l'autre, fans ofFcnfcr
fans autre liaifon ou preparatif: toutcsfoisn'y auroitrien mal
de mettre de la terre dellrempee bien efpais fur ladite ioin-
ture,& lier trcsbien d'vn drappelet à l'entour du morceljfans
toucher à rcrillet. En luing & luillet Ion peut enter en ceflc
façon au haut des branches, fans Heure, & quand le morcel a
reprins, Ion trenche la branche au deffus.

Enter en perche En perche, ou à la hancde, quand Ion pcrceauecvne ta-


rière François vne perche de faulx ou autre bois blanc,& que
dans les trous à demy pied IVn de l'autre Ion y met à force
des lettons de tels arbres que voulez planter, & les plante
Ion dans terre, (i que Ion ne voit que le bout du ittton , puis
après, s!ils font prins, ion roigne la perche, & les replante- on.
ailleurs.

SingulariteZ d'enter, fUnteri ^ femer arbres

^ourauoirjriiits exquis. Chap. //.

Ente de pcfche. Ntez la pefcheenfrancmeurierouen vigne,elle


Pcrdiesauiîcees. en viendra deux mois pkiftoft. Tant plus vous
entez fur rarbre,de Ton fruit merme,comme pri-
ué fur priué, &
fauuage fur fauuage, & plus
le fruit grofsit,& eft de meilleure faucur,comme.
a cfté dit.
Entedepomicr. Entez pommiers IVn en l'autre, &:aufsi en groifillicrs,
& en franc meurier , vous aurez fruit du long de i'Efté, iuf-
quesà laToufTaints.
Demy pefche & Pour faire venir demy pefche & demy noix, prenez vn
demy noix. œillet de fvn & de l'autre , de taillez-les le plus près de Tceil-
let que pourrez, tant fvn que l'autre, & raclez vnpeulesgots
qui y feront,& les ioignez & liez fort bien en femble,8<: après
fummitez,le fruit qui en prouiendra fera demy pef-
taillez les
che & demy noix.
Cerifes fans Qui caueroit vne branche de cerifier, &en ofberoit h
moelle, & puis la replanteroit. Ion en feroit fruit fans noyau,
ou bien pour le meilleur, feroit bon de coupper vn ieune ce-
rifier àvn pied près de terre, & le fendre iufques à la racine,
puis ofler la moelle dVne part & d'autre, ôc ioindreles deux
DE LA MAISON RVSTIOVE. 71

pars enfemble auec vn lien eftroit, & vn an après que le ceri-


sier fera reprins,raut y enrer vne greffe de cerilier qui onques
ne porta, & le fruir fera fan^' noyau.
Sien la vigne, figuier, ou cerifier, ou pommier, vous fen-
dez la branche qui ait fradifié, &: en oftez la moelle, & au Fruits laxatifs,
îieu d'icelle y mettez tel laxatifque vous voudrez,bien Iié,&
eftraint, vou,s ferez que le fruit tn fera laxatif félon ce qu'au-
rez mis: & fi vous y mettez quelques odeurs ou plaifante Fruits oJorans.
couleur, le fruit fcn fentira & fi vous le faites en rofier, le Fruits colorez,
:

fruit fentira la rofc &c qui mettra du metndat ou theriaque


:
Fruit^ayans la

en la vigne, le vin guérira de morfurc de ferpenr, & non feu- "^-^^ ^^ ^^ '^^^"
lement le vin, mais le railîn, vinaigre, farment &: cendre de tt*^^"^'. mor^
, r^ n 1
r 1
Vin contre
îarment, vaudra contre toute moriure de beites venimeules. fyrç ^jg ferpcnt.
Pour enter bien fubti!ement,prene2 vne greffe à vnneud,
&la tordez,5iofle2refcorcc,& aufsileneud,& puis le met-
tez en vn ictton aufsi groffet comme la greffe, & il reprendra.
Pour enter vigiie fur vigne, on la doit fendre comme vn Enter yisne far
autre arbre, à fauoir^iufques à la moelle, puis inférer la greffe vigne,
en la fentc,apres bien eftouppcr de cire, & lier eftroittemcnt,
mais faut obferuerque la vigne ne fe doit enter qu'au mois
de Fcburier,en lieux chauds, & en M3rs,en lieux froids,quad
la vigne iette des larmes èfpeffes non pas pure eau: on peut
faire lefemblableen May,&au commencement de luing,
quand les larmes de la vigne feront toutes cheutes, mais ce-
pendant faudra auoir gardé les greffes que Ion veut enter en
lieu froid & ombrageux, à fin qu'elles n^ pullulent.
Pour auoir des prunes tout au long de l'Eftc, & iufques à Prunes en tout
laTouffaintsdc pluueurs manières, entez plulîeurs efpcccs te™ps.
deprunesengroifillier,franc-meurierou en cerifier.
Pour faire que ncffies, cerifcs, &: ptfches foyent au man- Pefches, ccrifes»
gcr bonneSjCommeefpiccs, & qu'on les puiffc garder iufques nèfles, cfpices.
aux nouuelles,entez en franc mcurier,comme ie vous ay dit:
& en les entant, mouillez les greffes en miel, y mettez vn &
peu de pouldre de menue efpice, comme clou de girofle,mu-
guettes,& candie.
Pour faire que les nèfles perdent leurs pierres & qu'elles Ncfles fans pîer
djuiennent douces commemiel, entez les en eglatier, 8c ï les rcs, &. douces,
enter mouillez la greffe en miel.
Pour auoir neffles groiïes, deux mois plufiofl: que les au-
tres,^ qu'vnc vaille mieux que vingt des autreSjCntez en frac
LIVRE I I ï.

meuritr ou groifillier &: à l'enter mouillez la greffe,

po'rcs d'angoif- Pour auoir poires d'angoiffe ou de parmain, ou de fîincl;


ou de par- KÎeuIc vn mois OU deux pluiioft que les autres: & qui durent
ic;,
mainuuancees.
^ foycnt bônesiufques aux nouuellcs, entez les en coingnier
pour les auoir tard:&: en franc meurier pour les auoir toiL
Franches meu- Pour auoir franches meures bien toft, entez le meurier en
res, rardiues & poirier dc chaftignelouen grofillier & pour les auoir bien à :

auanceeî.
j^ ToufTaintSjentcz en nefflier ou en coingnier.

Temps d'entfif. F^^^^ toufiours enter au CroifTant de la Lune, & encor


pour le mieux trois ou quatre iours deuât le CroifTant: car au-
tant de iours qu'il y auroit autant dc temps l'arbre mettra à
5

porter fon fruit.

Noix fans
Pour auoir noix fans cocquc, prenez le noyau dc la noix
coccjue. qui ne foit aucunement intcrcfré,& l'enueloppez de Iaine,ou
de fueillesde vignes,ou dcplan à fin qu'il ne puiffcef^rernsn
gé des fourmis & ainlj le plantez le fcmblable fe fera aux a-
mandiers , (i on met fouucnt des cendres au tronc & aux ra-
cines & genaralemcnt en tous autres fruits qui ont cocque
par dehors, fils font plantez en cèfte manière.
Noix, prunes, & Pour auoir groffes noix, prunes & amandes, prenez qua-
amâdes grofTes. tre noyaux des fruits defTufdits, & lesmettez en vn pot ou
autre vaifTeau plein de terre, ioigna-ns IVn l'autre les plus près
que vous pourrez & mettez le
: fond du pot deffus auquel
,

fond, vn pertuis, par lequel pertuis les noyaux feront


faites
contraints de ictter leur germe & par teille contrainte f af-
:

femblcront l'vn à l'autre, tellement qu'ils ne feront qu'vn


feul arbre, qui en fon temps portera plus gros fruit que les
autres de fa nature ou pour fûre cela plus facillcment fau-
:

droit ofterde l'arbre lespefches, prunes, amandes, plus me-


nues &: chetifues, à fin que le fuc de l'arbre fe conuertifl à h
nourriture des autres fruits plus gros car la vertu de l'arbre
:

diflribueeà plufieurs,eftmoindre,& à peu,efl: plus copieufe.


Chefneou au- Pour faire qu'vn chefne ou autre arbre foit verd aufsi
tre arbre verd bien en hyuer comme en Efté, entez-le fur vn chou,
,

en tout temps.
Efcriuez ce que voudrez, à l'œil du figuier que voudrez
° & les figues qui en viendront, feront efcrites.
'
enter
Piguierncper- Le figuier ne perdra fon fruit (i le tronc eft frotte de
dancfon fruit. meures,ou fi durant que les Pléiades fe monflrent vous faites
fouïr à l'entour des fofTeSjôi arroufez le tronc de faulmurc ôc
d'eau efgalement meflee.
Le
,

DE LA MAISON RVSTIQVE. 75
Le & de bon odeur, mefmc
cerifier portera fruit pldifant C eri fier ente cq
qui ne fera aucunement fubiefî à la rongeure des chenilles & laurier,

verrriiïeaux Pil eft enté en lifurier.

Greffe flsury,ny en ne fe doit enter.


fruit,
peuple blanceft enté fur lemeurier, il portera mcu- ^^
Si le , ,,
, S , Meures Diaches.
res blanches.
Le cerifier portera fruit auant le temps,fi l'on met chaulx ccrifes auâccc».
viueà fes racines, ou fi onlesarroufe fouuent d'eau chaulde:
londitaufsiquefilon ente vigne noirefurvn cerifier, la vi-
gne apportera raifins au Prin-temps.
Entez cytronniers fur grenadiers & fur mcurier, le fruit Raifins auPrin'
*""?'•
en eft rouge.
L'ente qui fe fait fiir aulne ou chefne, produit vn arbre fort
grand,mais porte fruit,lc fruit eft de nulle faueur.
f'il

Mettez toutes fortes de pommes ou poires, citrons au- Pq^^^ç ^^ g^itcs &
très fruits quand ils commencent à grofbir, entre deux mofles tdie que 15 veut
de plaftre ou terre cuitte au four , oii y ait portrais taillez en
diuerfes fortes & les liez doucement:le fruit en prendra la for
me mais ce pendant faudra donner air aux mofles par petits
:

trous, autrement le fruit fe corromproit dedans.

Pour faire pefches ou amandes efcrites,apres que vous au Pefchcs ou amS- •

rez mange la pefche,ou amande, mettez en tremper le noyau des efcrites.


deux ou trois iours, puis l'ouurez doucement, en tirez i'a- &
mande , & aucc vne plume
de cuiure , ou autrement efcriuez
fur l'efcorce ce que voudrez,nô trop profond:puis la remet-
tez di enueloppez le noyau auec du papier ou parchemin , &
le plantez ainiijôc le fruit viendra efcrit.
Pour faire que vous aucz Seiches ronges,
pefche-, rouges, fept iours après
planté le noyau de terre ,
, dans l'ouuerture de la
retirez-le &
coquille mettez y du vermillon ou cumable: puis le replan-
tez, ou finon entez la grofle pefche,fur le rofier rouge, ou fur
f am3ndier,ou fur le prunier de damars rouge,vcus ferez auf-
fila pefched'auîie couleur fi à la façondelTusdite vous met-
tez telle couleur.
Pour cmpwfcher que les pefches ne viennent flétries & Pcfclics non
pourries faut ofterl'cfccrcc du tronc,afin qu'il en forte quel- pournçs.
que peu d'humeur, puis après enduire la place auec mortier
depaifle.
Prefrezletroncdupcfcherparbas:& couppez la moelle,
& leans fichez vn tampon de faulx ou de cormier: vous aurez
t
LIVPwE III.
rcfcîîoç fain pcfclics fans noyau.
noyau. L^g amandes aracres deuiencîrontcîoucc?,(î aunnt que i'.i-
Ainind.'s amc-
p^^^jj^^ on dcfcouiirc les racines aucuncmct t': qiicl-
j^nj-
florifle
res laires douces .
, c i. , i i
'

qucs leurs durant on lesanouled eau chaude.


Grenadiers fer- ^^^ grenadiers apporteront beaucoup de fruit (i frottez
tilles. le tronc de farbre auec pourpier & eipurge pillez enfemble.
DVn amâdicrdur & amer vous en ferez vn mol & doux,
fi vous defcouurcz le tronc, iufquesaux racines qui font à la
fuperficie delà terre & les arroufczfouucnt d'eau chaude, a-
uant qu'il iettc fa fleur.

Bonmufcadct. Pour faire bon mufcadct,prene?, vn fil de fer, & le mettez


en b plante d'vn fep qui f oit taille à trois yeux :& foit toute
h moelle tirée hors: &3pre<> ce, empli(f.z ledit fep denoi«
mufcades: &: puis l'eflouppcz, tellement que l'eau n'y puifie
cntrer.Et ce que ces trois yeux ietteront,fera mufcadet.
La noix aura la coque fort tendre & le noyau fort dcnfè,
fi l'onmeta fon tronc ou à fes racines des cendres.
Noyer 'ai fudl- Pour faire noyer qui ne porte fueillesiufquesà lafainâ:
,

Jes ne fruit iuf- îean,& ladite vigile il iettcra fueilîes & fruit en fcntble, &en
«juesàlaS.lcan. fera le fruit aufsitoft meur auancé & que les autres.
Empliffez vn pot, de noix vertes, cueillies ladite vigile S,
faites vn trou au fonds du pot, que l'eau fe puifTe vui-
Iean,&
der,8.: le mettez en terre en icelle vigile. Platcz les lettons qui
en fortironr,& voustrouuerez cequcdeffus.
Ente dcpcfche. La pefche fente mieux au prunier, & le parfiguier en l'a-
mandier, &
y durent plus longuement.
L'œillet du perfiguier & de l'amandier entez enfemble,Ie
Ente de perfi-
guier. noyau du fruit qui en viendra, fera amande.
Prunes fembla- Le prunier enté en l'amandier fait le fruit comme l'aman-
bles à 1 amande, de, & en noyer l'efcorce refemblcà la noix, & le dedans fera
prune. Enté en coingnier, il fait aufsi fruit de diuerfe façon,
leîon le naturel d'iceluy coingnier-

tru
- „
t fans ficu-
Entez
p.»^'..,^.
de ou
la greffe

aurez fruit qui viendra (ans


prunier
fleurir.
autre fruit,fur le fi£uier,vou5
o
yjr^

Pômcsdeblon- Entez en poirier d'angoiffe, & en pommiers deRichard,


dore!. des greffes de pommiers, vous aurez pommes deblondurel,Sc
dechaftignier & pourenauoir iufques à la Tou{raints,les
:

faut enter fur coingnier & autres arbres tardifs, & elles feront
de garde iufques à deux ans.
Prenez deux greffes de pommier,l*vne aigre & l'autre dou-
DE LA MAISON RVSTIQVE. 74
ce,& les faites bien ioindre quat vous entere2,h pomme par- Pcmmcs de
ticipera de l'vn & de l'autre faueur. *^^'^^ Taucurs.

Vous aurez cerifes en plulîcurs arbre? , qui feront bonnes Cerifcs en tout
àmanger iufques à la TouflaintSjfi vous entez fur franc meu- temps,
rier & llir vn faulger.
*

Entez néflier en groifillier & en franc meurier,& à f enter Ntfles douces,


mouillez la greffe en miel, vous aurez pluflofl & meilleur
fruit.
Entez poiriers, de chaftaignicr, & caliot fur groifillier, Pores auancccs,
pour venir toft, & cnaubepm pour venir tard, ou fur poirier Scpoircstardif-
*i> rr ue$.
dangonle.
Vous aurez figues blanches d'vne part & rouges de Tau- Figues blancbes
tre, fi liezeftroirtement rameaux de deux diuers figuiers, &rc*"g«.
les

& les plantez ainli puis après qu'ils auront bourgeonné, les
:

liez derechef, à fin qu'il f^ce vn feul troncdes autres plantent,


de la graine de deux diuers figuiers liée en vn linge , puis re-
plantent les pianres qui en forient.
Pour faire pommes ronges, faut arroufer l'arbre d'vrine, Pommes rouges
ou bien planter des rofiers pies les pommiers.
Les poires n'auront peint de pierres, vous efpicrrez di-
fi Poires fans

ligemment le li^u 011 fera planté le & afiembkz par


poirier, P^s"«*

dcHu^de j,i terre ciiblec,puisl'arroulez foigneufcm^nt & fi :

la piûntecft- défia arbre parfait, il lafaut dcfcouurir iufques


aux baOl^s racinc5,& tn ofti'r toutes les pierres, puis remettre
la terre que vou*; en aurez tirée qui foit criblée & y adioufttz
des fiens, d< ainfi couucrte, l'arrouferez.
grande qunr.ti[ c de beau fruitjs'il efl ar-
L'oliuier portera
roufé d'huile d'oliucl'ins fil mcileeauec autant d'eau douce,
ou bien fi on enuironne fes racines de terre argilleufe meflcc
auec poille de f;jbucs , ou bien de bcuf , puis Ion refpand par
dcflus,vrint d homme : &c cela fedoit fiireaux iours canicu-
laire;.
'

Si l'oliuijrcfl: flcrilc, faites vn trouprc5letronc,dela lar-


gcur du poulce, qui pofle d'outre en outre, &: remplirez ce
t;on de deux rameaux d'vn autre oliuier fcrtilc,puislc ferme-
rez de mortier empaille.
Si l'oliuier porte fort peu de fruit, faut ficher dans fv.sra-
cincs,vn petit pau qui fera fait d'oliuier fauu3ge,ou de pin,ou

de chefne.
Si l'oliuier laiffe chcoir fon fruit, faut planter près fes r»-
t ij
LIVRE I IL
vn coflot de febue.
cines,
Mouié poires, Pour auoir moitié poires, & moitié pommes,prencz deux
moitié pommes greffes, &: les fcndez:& puis les ioignez enlcmble,en mettant
h moitié de la grefte de la poirc,bien ferrée contre celle de la
pomme & Te faut bien garder que l'eau n'entre par la iointu-
:

re. Lonpeutaufsi bien enter que Ion voudra.


fur tel cftoc
Pour auoir gros fruit à noyau,comme a
efté dit cy dcuat
des noixj prunes & 3mand£S,prenez vn pot ou autre vaifieau,
êc l'empliflez de terre, êc y mettez trois noyaux de tel fruic
que vous voudrez, de forte que les noyaux fe puiflent iom-
dre & mettez le fons du pot delfus , & en iceluy faites vn
:

trou, par lequel tous noyaux feront contraints ietter leurs


graines &
ils l'afTembleront l'vn à l'autre, tellement qu'il n'y

aura qu'vn feul arbre, qui en fa faifon portera bien gros fruit.
Grenade rouge, La grenade viendra fort rouge,fi vousarroufez le grena-
dier d'eau & de lixiue méfiée enfemble.
Grenade douce. La grenade aigre deuiendra douce, fi enuironnez la raci-
ne du grenadier, de fiende pourceau, & l'arroufez d'vrine
d'homme.
Pefclics & coigs Entez la greffe du pefcher fur vn coingnier, vous aurez

pefches &
coings enfemble: pareillement il vous entez fur
le coingnier la greffe d'vn pcfcher.
La greffe d'vn amandier, entée fur vn pcfcher, & au con-
traire, fait auoir pefches & amandes, dont l'efcorcc & le
noyau feront bons à manger.
Pefches Se .iman Pour auoir beau fruit à pépin, & plufloft que nul autre,
des enfemble.
^^^^ fur vn mefme eftocrprenez branches de poirier ou pom-
mier, &
au bout d'embas faites des petits trous,qui ne paflcnt
point tout outre : &
les faites diftans de plaine paume, à &
l'oppofite l'vn de l'autrermettez en vn trou vn ou deux grains
de fehpuis cou chez la branche en terre auec vn peu d'auoine,
& en couppez du bout, amfi que Ion fait d'vne greffe,quand
elle eft entée. Si la branche reuerdift, elle en portera le fruit

plus beau, & plufloft que nul autre.


Pommesdouces. Pour rendre les pommes douces,fautarroufer les racines
du pommier,auec vrine d'homme,en laquelle foyent diffouls
fien de cheure, & lye de vin vieil.
GrofTes ccrifes. Pour auoir groffes cerifcs, il vous faut faire fouuent ron-
gner vos cerifiers.

Pommier fertile Pour âuoir grande quantité de pommes faut entourer le


DE LA MAISON RVSTIQVE. 75
tronc du pommier, delà hauteur d'vn pied par dcflus terre,
auec vne lame de plomb prife d'vn tuyau d'vn cfgouft, &c
quand le pomini-r commencera à fleurir,faudra ofter ce lien
de plomb:lon pourra renouueler tous les ans ce remede,pour
rendre le pommier fertile Ion : en peut faire le femblable au
poirier.
Pour qu'vn arbre porte des raifins auec Ton fruit,
faire Arbre portant
ion
Mettez-luy vn fepde vigneau pied , & percez l'arbre d'vne "^*'"* »
Se

tariercpour paffer ledit (ep, tellement qu'il y aitdeuxneuds


entre le tronc &
ce qu'il y aura dudit fcp dans voftre arbre:&
ainfi le pèlerez, &ofterez l'efcorce, à fin que la fubitance de
l'arbre & du fep fe puiflent plusaifément ioindrcenfemble;
& eftouppez tresbien le pertuis d'vn coflé & d'autre, pour le
danger de l'eau : & au bout de trois ans couppez le fep par
derrière ainlî voftre arbre portera railins auec fon fruit,& le
:

tout d'vnc mefrae tige.


Entez la greffe d'vn pommier fur vn pefcher,& pareille- Prcfles ou pef-
ment la greffe d'vn pefcherou prefsier fur vn poirier, & au chej-pommcs.

contraire,vous aurez vn fruit eftrange,que nommerez prelfcs


Gu pefches-pommes : & aufsi des poires.

Dfi temps de planter ^ replanter les arhres

enteX gros O* moindres,


Chap, iS,

Vcuns difent qu'il efl meilleur planter en


l'equinocce de la primc-vere, pource que
plus fubitcment farbre en prend terre &
germe, &: en iette pluftoft,principalcmct en
lieux froids. En Automne on doit planter
quinze iours auant l'cquinocce , en lieux &
'.

lauis ôc kcs. Lon plante en l'vne &


en l'autre faifon. Le pre-
mier lour du croifTant fait bon planter & fcmer, mais les 8, 9,
10, n, iiy 15, 17, & 18, non. En decours de lune le fruit vient
pluftoft.tn luncnouuelle les arbres en prennent mieux,& en
font plus durables.mais ils mettront plus à porter fruit. Si par
neccfsitcvous plantez en croifTant, faut rongncr les lettons
que feront les arbres quand ferez en fin de lune, & ils porte-
ront fruit comme les autres.
t iij
LIVRE III.
On plante en lanuicr, de plante qui altraixde ieâ: taillé
en biais, &: de noyau en lieu attrempé:& en lieu chaud Ion y
plante en Odohre, Nouuembre & Décembre.
Lon plante des brâches qui ont la racine grofle,en Oâo-
bre,Nouembre, & Décembre, mais les icttons ou branchet-
tcs fe plantent en Mars, quant elles font en feue.
Ce qui eft planté en decours
porte plus de profit ,
, de &
tant plus qu'on plante prcs de la fin de la lune,pluftoft l'arbre
profite & fructifie mais ce que lon plante en CroifTant prenî
:

mieuîc,& multiplie en racine,bois &


fueillcsj&eflplusdura-
blercombicn qu'ils tardent plus è rendre fruits.
Les arbres de graod moelle,comme figuiers francs, meu-
riers,coudres,8c remblables,fe plantent fans racine, depuis la
my Septembre iufques à la Touflaints.
Les autres arbres à racine,doiuer.t eftre plantez es auanîs
deNoeljOutantoft après.
Les grosarbresfeplâtcntdelieuenautre,au mois deNo-
ucmbre:& les doit on efcliargotter & efmonder par les bran-
ches: car ils en portent encoresmieuTc leur fruit, & quant ils
ontle bout des racines efcorchees,y mettre du fien à fentour
es lieux & endroits tempérez.
Lon replante depuis la Toufiaints iufques en Mars que les
arbres entrent en feue, & le pluftofijcU le mcilleur-.c'eft à fça-
uoiraufsitoft que les fueilles en fort tombées : mais en lieux
froids Se aquatiques, Icn attend en lâuicr «S: Fcburicr: & n'eu
faut rien faire quant il pIeur,ou que la terre eft fort mouillée.
Les ieunes entes qu'auez faites fur la baftardiere ou ailleurs,
fedoiuenî replanter, fi toft que les greffes auront reprins fur
la couppure du fauuageau.
Il faut tirer les arbres & aufsiles replanter en des fcions,&

fils font plufiofl tirez que nekspuifsiez replater, ou fi vous


les fiites apporter de loing,il leur faut couurir les racines d'a-
l€ntour,mei'mes pour les garder delà plnye & du hafle.
Les cerifiers aigres n'endurent leiranfplanter.caràgrand
peine peuuent prendre fcions, les tranrplantez,& principale-
ment il on leur blelfe la maiftrefle racine.
PE LA MAISON RVSTÏQVE. 7^

Dh lîCH ^jolage en gênerai


Chap. i9'

?T?^^' ^^ arbres qu'on plante es valces, y profitent Placer es ralec».


^'^^'^^^T^^* communémcnt:car quant il pleutjilsenfont
>cSd.//ûhu ir.ieux arroufcz clés efgouts d'amont.

^P'^^X^S ^^^ JieuxaquaîiqucSjil ne faut pas trop


J^-s^ ytiparfondcment planter arbres
Es lieux hauts & montueux faut planter
vn peu plus paiTondement qu'aux valees:&ne faut ia trop y
rccombler les roiïes,»! fin que la pluyc les puifle arroufer.
Combien q:i'en bonnes terres viennent les bons fruits:
toutcsfoisen quelques lieux qu'ils puiffcnt croirtrc,il les faut
bien laiffeiafiaifonner, ou autrement ils ne feront de bonne
gardè,ny de bon goufl.
Auifcz de replanter voz arbres, aufsi en bonne terre &
meilleure que celle dont vous les auez airachez, &
félon que
la nature d'vn chacun d'iceux le requiert.
Ec fi pofsibleeft, replantez les en pareil folage auquel ils
eftoyent de leur première nailTancer&pour ce faire,auant que
les arracher, marquez diligemment fur l'efcorce d'iceux l'en-
droit ou le folcil leur donnoit, & retenez bien le quartier.
Item placez les de lieu primerogejcn lieu tardif,& de lieu
tardifen lieu chaut.
La plufpart des arbres ayment lefoleildemidy, & eftre
du vent d'aual,qui leur eft fort contraire,princi-
afsiîà l'abry
palement aux amandiers,abriquots,meuriers,figuiers, & gre-
nadiers : mais les cha{lingniers,ceriliers aigres, coingniers, &
pruniers ayment le froid.
Aux lieux aquatiques communément les arbres viennent
& croiflcnt grands, & ont moult de fueilles de de fruits
, mais

ne font point de grand faueur, couleur, n'aufsi de garde.


ils

Vray eft qu'ils portent communément fruit , la mefmeannee


accoullumcz de porter.
qu'ils leront plantez, fils font
Les arbres fe doiuent planter plus efpez es lieux venteux.
Si vous voulez planter en lieu froid qui ne foit dange-
,

reux du froid vous les deuez planter en la veuë du vent de


,

bize, & du cofté de midy.


LIVRE II L
Du lieu ^ ternes auquel chacun arbre fruitier
ayme d'ejlrefemé, planté, enté en parti- ^
culier Et premièrement de l'amandier,
>

Chap. 10.

Es amandiers plantez en lieu chaud floriflent


toft,&: portent fruit en abondâce,& enairat-
trempcils viennent bien: mais en air froid &
terre humide ou aquatique, ils ne frudifient
point bien,& C'y meurent incontinent.La ter-
re dure,graueleufe,rablôneufe,feiche &: chau-
de leur plaift . Ils fe plantent plus conuenablement en Au-
tomne qu'en autre temps iufques au Solftice d'hyuer : car les
planter au Prin-temps n'efl pas bon, par-ce que c'eft vn arbre
qui bourgeône de bonne heure. Se doiuent pareillement en-
ter en Automne, par-ce qu'au Printemps ils ont prefque ietté
toutes leurs fleurs femer aufsi en lanuier
: & en Feburicren
temps & lieux tempérez : ou bien en Octobre &: Noucmbre
es lieux chauds pour : les planter de leur fruit, faut choifîr a-
mades grofles & nouuelles, & que n'ayent pas trop grofle cf^
caillej& auant que les planter,les mettre tremper vne nuit en-
tière en eau miellée, ou bochet, puis les planter en terre à la
profondeur de quatre doigts,lc bout aigu en bas& l'autre dcf
fus , puis les arroufer trois fois le mois , & aucuncsfoisfouïr,
principalemét deux fois le mois. Pour les planter ou enter de
reicttonsj faudra choifir des greffes du plus haut de l'arbre
nôpasdumilieuj & fepeuuent enter entre l'efcorce & le troc
en eux mefmes , ou en pefchers & prunier*: combien que les ,

enter n'cfl: tant profitable que le planter La cueillette des a- .

mandes fe fait quand leur efcorce fe rompt. Autant en peut


Abricotiers on dire des 3bricotiers,ces deux arbres font tendres à la gelec
principalement l'abricotier enté 5: ne dure que la deray vie
:

de l'amandier.
MoifiUier (^ couldre. Chap, zi.

noifilliers,oucouîdrcs viennent en tout air,& en tou


Noifiîliers,
LEs te terre ; mais fur toutilsayment lieu maigre & humide
& fablonneux. Q^nî on les feue, on les doit mettre
deux doigts foubs terre, mais ils viennent mieux , de planter
auec
DE LA MAISON RVSTIQJE. 77
aucc la raix, & de ictton taillé en biais,qui ait du bois vieil, &
dunouueau. On les plante en temps d'06tobre,& Nouem-
bre, & en lieu chaud & attrempc,ou en Feburier & Mars & :

cft le meilleur y laififcr aucuns rameaux quand on les plante,


que de les planter d'vnc verge limple , car ils en portent plus
de fruit.

Cerifier, Cha^. 12,

Es cerilîerSjCÔme aufsi guigniers & merifiers, CerlGcrs,


aiment lieu frcid & humide & viennent en
:

heu bienattrcmpé,&ne peuuent foufFrir l'air


trop chaudj ny terre fumeCjCar le fîen leur eft
du tout contraire. Pluftoft demandent que
leurs racines foyent enuironnees des petites
branchettes & fcions couppees d'eux, defquelles ils fe rei-
iouïlTent & profitent grandement au lieu de fien.On les peut
planter de femence en haut & en bas lieu près des môtaignes
en 0(5lobre,Nouembre, Decembre,Ianuier,& les plante Ion
de branche &
noyau:on les ente en Nouembre,ou félon Pal-
ladius depuis le douziefme lourde Décembre, iufques aux
Calendes de Feburier.Le meilleur eftjles enter en Feburier &
en Mars:combien que ce foit h meilleure incifion & trenche
de tous arbres qui font gomme, quand la gomme n'eft pas
encor venue ou qu'elle cefTe de fluer. Au demeurant les ceri -
fiers ne profilent iamais tant d'eftre plantez qu'entez, ne
fe dcledent de ficns, bien d'ellre efmondez fouuent de leurs
brâches feiches,& de celles qui croiftront àl'entour du pied:
& aymcnt fo (Tes hautes, & d'eftre fouuent befchez & fi Ion
veut auanccr leur fruit , faut leur mettre de la chau?i au pied:
peuuent eftre entez en pruniers, cormiers, & en eux-mefmes
plus commodémentjde façon que les cerifiers doux,entez en
cerillcrs aigrets, portent ccrifts plus molles, que celles qui
viennent de cerifiers doux^entez en cerifiers doux,

Coin^nier. Cha^. 1^.

^^E coingnicr defire lieu froid & humide, de fait


<^^^qu'en lêpsdc ftichcrtflejau défaut de pi uyc le faut
^^^A^lbuucnt arroufer: mcfmcs lî par défaut de terroir
s?^ humide, & aquatique, il eft planté en terre fciche,
V
LIVRE 1 1 r.

picrreiife, ouargilleufe, fiudra le fouuentflrrourcr pour en


auoir bon fruit ik. copieux. QMnnd on le plante auec la raci-
nc,ii vient il bien,que lefécond an il porte fruit: &: n'en porte
pas il loft quand on le plante de branche fon fruit doit cftrc
:

cueilly an mois d'Odobre, quand la bruine vient , &c que le


fruit tire far la couleur d'or.

O rentier, poucille, citron Jimon. Chap. 2^.


Reng;r,pouci!le,citron & limo, défirent eflre
'(^ marine & humide , Se tout
en heu près de la

ainfî que le citron & limon.


Le limon citron & poucine,fe doiuent fe-
mer en Mars: on les plante aufsi de branche
ou de greffe, &: fe peut faire en cfchcllettc, ou
en pennier:onlescnteen Apuril & en May, au tronc près la
r3cine,comme forcngier. On les peut aufsi enter en efcu,ou
ypolichinieraux autres mois chauds en mettant fa fcmence
en pot ou en pennicr près de l'arbre où le voulez ypolichi-
nier. Voyez plus ample traittc de ces arbres au fécond liure.

Figimer. Chap. 2J.

Es figuiers font de diuerfe nature, &: portêt IVn


pluftoft que l'autre, &rvn vient mieux en vn
terroir,que l'autre.Ceux qui portent fruit auant
que le froid foitvenu,fcpeuuent planter en paï$
froid. Communémentils aiment l'air chaud,8i:
veulent eftre contregardcz & couuerts en temps trop chaud
ou trop froid, &
délirent terre fumée combien qu'en terre :

feiche le fruit en efl: meilleur, & fils font arroufez, les figues
en font de garde. Celles qui viennent en lieu fec, froid, 8c
pierreux, font de meilleure garde & feue.
La plante des figuiers de branche ou de lettons nouueaux,
efb faite en Odobrc & Nouuébre, en air chaud & attrempé,
& enFeburicr,Mvjrs,Auril,en lieu froid. Les Geneuuis plan-
tent la branche du figuier,par tout le mois d'Aouft,auec fon
fruit ôc fesfueilles,^' ne porte dommage à la vigne, non plus
que le percher:& veut eitre enté en Apuril,en tronc &: en ef-
corce. Voyez au fécond liure.
DE, LA MAISON RVSTIQ^E. 78

Pommier. Chap. 16,

E pommier vient en tout air, &ayme la terre Pommierfe


graiïèjnoire & humide, porquoy fil eft plan-
té en terre fablonneufc & argilleufe, on luy
doit ayder par arroufer, & en montaigncs on
le doit mettre au regard du midy Ion Je feme
:

aucunesfoiSjmais auec peu de profit,il profite


quelque peu d'auantage, quad il cft planté de
branche ou de rcicitôs, mais le fruit en cft tardif & de peu de
valeur, lemeilleur cft de l'enter fur pommiers fauuages,pru-
niers, poiriers, pefchers, perfiguiers, cormiers, & principale-
ment fur coingniers,defquels prouienncnt pômes,dites pom-
mef-poircs,& demande eftre befché le premier an feulement
& ne luy chaut de ficns: toutesfois que le fiens & la cendre le
font mieux profiter.

Poirier. Chap. 2/.


\E poirier n'ay me pas lieu plein de fiens, toutesfois il

icceura grand profit ii de deux en deux ans, ou de


:rois en trois anSjOn luy donne du fien au pied,meflé
il vient affez bien enclos de mu-
''auecde la cendre,
raillesprincipalcmêt,& en terre gra fie, car ccîuy quieft plan-
te en terre maigre,ftichc,& croyeufc, porte poires menues &
dures mefme arbre petit chctif &
Celuy qui eft planté de
.

branche, vient tard, & vient mieux de fauuageau que dcfc-


mence. Lon le plante en lieu chaud, en Septembre & Odo-
bre,& en lieu froid en Feburier & Mars, ik cnlieuattrempé,
en l'vn & l'autre temps,combien que le poirier qui porte poi-
re long'j.e & ronde, demande d'cftre planté de meilleure heu-
re que tout autre il le doit planter de viue racine ou de gref-
:

fes. La viue racine ne doit eftre que de deux ou trois ans: les
greffes doiuent eftre tirées du la cime de l'arbre il eft ente en :

pefchicrs, coingnicrs, amandiers, meuries de fait qu'enté de ,

greffe en meurier,produira poires rouges.


Le ncfflier vient en gros troncs, ii fouftient l'air froid, &
toutesfois ayme l'air chaud & atirempé, la terre graffc £< ia-
blonnenfe. On le plante de racine & de branclie,en Noucm-
brc : lS: on le feme de noyau en terre meftcc de fien: il portera
v jj
LIVRE HT.
en grande quantité, fi on lu y met au pied terre mcflee a-
friiît

ucc cendre . Peut cftre enté en foy-mcfine, ou en poirier, ou


pomn->ier,de greffes prifesau milieu de l'arbrc,non de la fum-
mité, &
les doit on ficher au tronc fendu, pource que la mai-

greur de l'cfcorce ne les pourroit nourrir fuffifamment.

Le meurier. Cha^. zS.

E meurier ayme l'air chaud & atttempé, la


terre graffe & les fiens, non toutesfois l'hu-
midité & fe veut planter en Oi5lobre,&No-
uembre,ou d'arbre ou de branche,commc le
figuier, & quant on le plante,ou luy méfie la
terre auec la cendre, en foffes hautes& gran-
des: fa Icméce plantée ne fiiit arbre ny fruit qui foit de valeur:
il efi; enté en chaftaignier, pommier, poirier fauuage, orraier,

peuplier blanc , & quandil efi: enté en peuplier blanc il porte


des meures blanches.
L'auant-pefcher ayme telle terre côm« le prunier, & vient
de noyau ou de plantclon le plante en Odobre, Nouembre,
lanuicr, ou Feburicr. On l'ente tresbien en luy mefinc, ou en
prunier,perfiguier, & amadier, 6i en temps fcc on le doit bef-
cher,&: fouuent arroufer.Semblable culture demande le pef-
cher lequel n'efl: aucunement différent de l'auant-pefcher, Çi-
non que le fruit de l'auât-pefcher eft quelque peu plus menu
&: vient plus toft en maturité que la pefche fur tout, tant le
:

|)efcher que l'auant-pefcher ne doiuent cftre plantez en lieux


froids & expofez au vent,fi d'auanture ils ne font cnuironnez
de quelque muraille , ou d'autres arbres , pour cftre défendus
des vents. Tous deux défirent d'eftre fumez deleurs fueillcs,
& ne veulent cftre plantez plus profond dans terre que de
deux ou trois doigts.

Noy en Chap, 1$,


E noyer, ainfî dit de nuire, pource que fon
vmbre nuift aux autres arbres,vient en tout air
& en toute terre , combien qu'il croiffe mieux
en terre gra(re,deliee & fourmenteufè, & defi-
reaufsi lieux montaigneux. On les plante de
emcce & de reiettons en tel temps& lieu que les amandiers.
DE LA MAISON RVSTroyE, 79
1 (çauoir en lieu haut,& chaud en Nouembre, & en païs froid
en Feburier & Mars & en païs attrempé en vn temps & en
, ,

rautrejtoutesfois faites feicher les noix que planterez en No-


uembre vn peu au foleil, pour leur Icuer l'humeur, & celles
que planterez en lanuier & Feburier, mettez les tremper vn
jour deuant,en vrine d'vn enfant. On ente le noyer en Feb-
urier en lieu mefme, & en prunier,en vn tronc fendu, combic
que le noyer ne profite beaucoup d'cftre enté ailleurs qu'en
foy-mefmcpar-ce qu'il abhorre la compagnie de tous autres
arbres On le doit befchcr à l'entour afin que pour l'herbe il
.

ne viêne creux,on le doit tranfplanter en lieux fies & chauds


ûu moij d'Odobrc quand les fueilles font cheutes , & encor
mieux en Noucbre: & en lieux froids en Feburier & en Mars,
& en lieux tempérez en chacun de ces temps. Pareillemét on
le doit tranfplanter de l'aage de deux ans,cn lieux froids,& de
trois ans, en lieux chau dsile noyer fe delcde en foffes profon-
des félon la quantité de l'arbre , & demande grand efpace de
terre de f vn à rautre,côme de quarante pieds du moins,pour-
ce que l'vmbre de fes fueilles nuiroit aux autres noyers & aux
autres arbres croiffants auprès. lamais ne le plantez ou tranf-
plantez proche du chefiie, ou en la foffe ou aura efté autreP-
fois planté le chcfiie:car entre ces deux arbres y à haine mor-
telle.

Olîuier» Cha^. 50.

'OliuieT defire telle terre & foîage que la vi-


gne, & fe plante en terre pierreufe légère & , ,

quant vous le planterez de brâche, plantez le


en terre maigre: car fi vous le plantez en terre
graffc, l'huile qui en viendroit en feroit pire:
il aymceftrcbefchéfouuct:& que quant Ion
^ le plate en lieu plein d'eau & en terre profon-
cle,il en croift & fruCiifie mieux. Plâtez le en lieu qui eft haut
& ^tc auec fa raix ou de branche en Odobre, ou en Nouem-
bre,il vient affez bien, mais qu'on luy du fien de chcurc
baille

& que Ion eflargilTe fes racines en la foflc deux pieds l'vne
, à

de fautrc. Lon le peut aufsi piquer de branche on l'ente en


:

luy-mcrme& en oliuierfauuage, & fefiiîondclon fouuent


des branches fuperflues, voyez au fécond liurc.
V iij
LIVRE III.
Dattier,^ j)almier. Chap. jr.

^"^-rpS^pi E. grand peine porte fruit iufques


dattier à
Dattier. ^f^^^'^Pl à ce qu'il cent ans: & vcutauoir poïsou
ait
air chaud ou attrcmpé5& le fiuit qu'il faitjfe
^l/f*^ '

^j|^l?^^;^;ineuritauantque l'oliuierfoitbon. Ilayme


'^
^
terre légère &:rablonncurej& terre fyiueftre
'

.{fjouchampaiftre:&ia plante eftd'Apuril ou


de May, rie petite plante auec la racine. On feme le noyau
frais en Oâobre & doit- on mefler de cendre auec la terre
:

là où on l'a planté. Voyez au fécond liure.

Chaft'aiignier. Chap, 52.

E chaflaignier fe delede en lieux hauts&: froids,


en terre raoitte & defiiee,non pas toutesfois fa-
blôneufèjny argillcufc,mais plulloft noire doit :

eftre iemé de chaftaignes grandes & bien meu-


res, qui fe départent au tomber qu'elles font de
l'arbre, & font à planter iufques en Feburier, & en
bonnes
doit-on femer (ix enfemble,vn pied en profond, &: à vn pied
l'vn de l'autre,& deux ans après les planter ailleurs à quaran-
te pieds d'intcrualle.Peut eftre prouigné de iettôs nouucaux,
iamais planté de branche fans racines,car il n'en peut repren-
dre, vaut beaucoup mieux le planter de fcmence, ou l'enter
en Mars,Apuril &
May en foy-mefme,au tronc fendu, ou en
canon, aucunesfois en fou, ou en faulc mais il fe meurt bien :

toft, & porte fruit de plus afpre faueur.

Pirî, Chap. 33-

demande terre légère & pierreufe & vient volon-


Pin.
LE pin
tiers en lieu près de mer.
:

On le plante au mois d'Odobre


& Nouembre. Voyez au fécond liure.

Prunier. Chap. ^^.

LE prunier fouftient l'air froid, & la terre humide & pier-


reufe, &hait les liens, pource qu'ils luy fontdeuenir le
fruit vermilleux, & facile à cheoir. On plate les noyaux
de prunes, en Nouêbre,en terre grafle, vn pied de profondeurî
DE LA MAISON RVSTIQVE. 80
ou en Feburier, mais faut faire tremper les noyaux trois iours
auant, en lixiue. Sileprunier eft pJantcde racine, nelcfaut
fa

mettre en larges & profondes folTes,pourcc qu'il ne fiche fes


racines gueres en profond on le peur enter en foy-mefme,
:

pommiers, amandiers, pcfchers, ccrmicrs:toutesfois ii\ meil-


leur i'enter en foy-mefme,par-ce que f'il cil: cnié en arbre qui
nefoit de fon cfpece, portera fruit baftard de p£tit,ileft téps
de i'enter en Feburier, ou en Mars, non autre temps.

Grenadier, Chap. 5/.

E grenadier veut auoir terre argiilenfè ou Grenadier,


'graiferon le fcmc en Mars &: Apuril es lieux
hauts. On le plante de racine & de branche,lc
tronc gros de plein poing en Octobre & No-
|uembrc:&foitfait vn pal,lequel foit fiché par
force en terre :& l'ente Ion en toute manière,
maisen Apuril, entez-le de greffe. Lonledoit befcherdcux
fois f anrl'vne en Automne, &
l'autre à la Prime- vere. Voyez
au fécond liure.

Cormier. Chdjy. j^.

E cormier a^^me lieu froid,humide & montai-


gncux: & eh lieu haut. Il va aucunement hors
de fa génération. On l'ente à la fin de Mars &
d'Auril en luy-mefme,en efpine, ou coingnier,
& en pomme-poire à l'efcorce &: de grcfFe.On
le doit bcicher fouuent, Ârfarroufer qui peut^& luy mettre
au pied fien méfié aucc cendre, en foffes fort profondes.

Guindoîier^autrement dit hiuhier, Chap. j/.

Vindolier eft rare en noftre France , mais fre- Corroicr.


quentau païs de Prouence, principalement
aux enuirons du pont faint Erprir,il aime l'air
chaud , & graffe 3c crnind
terre légère : l'air

froid : plante de noyau, de greffe,


il efl: & de
vifue racine:on le doit planter de greffe & de
vifue racine en Mars en terre mollc:& femer en Apuril es re-
LIVRE III.
giôs chaudes ou au mois de May es païs froids,trois noyauï
finfemblc ayant pointe contre bas,& mis en fofTcs profon-
la

des dVn pied, remplies de fien mcflé auec cendre, puis vn an


après, le tranfplanter ailleurs il fe refiouït durant l'hyuer,
;

d'eftre entouré d'vn amas de pierres , & l'Eflé venu , qu'elles


f oyent oftees , demande aufsi qu'on luy mette fouucnt à Ces

racines, fien de bcuf.

Laurier. Chap. ^S,

E laurier vient en toute terre , mais il aime terre


près la marine , on le plante en Automne ou en
Prime-vcre, de racine, de plante, de branche,&:
;e prouigne de Mars, quand l'humeur vient à

Il l'efcorcc. On le feme aux faifons deflufditeSjVn


pied fous terre, & quatre grains enfemble: & quand vn an a
eflé paflcjvous le deuez planter oîi vous voulez qu'il demeu-
re. Voyez au fécond liure,

Vefpace qu'ilfaut entre les ayhres firuittiers que


Ion replante. Chap. 35.

Granrîeur d'ar- t\f^


f[\ <f^ ^ ^^"^ premièrement ccnfidercr la grandeur en îa-^
l

bi';:$ 3 côfiderer. ^^ ^f quelle chacun efpece d'arbre peut paruenir & , fi

arbres ontaccouftumcdccroiftrefort grands»


1& les

en quels lieux:& fuiuant ce,dreirer vos efpaces^


& grafifes, oii les arbres peuucnt fort
car aux bonnes terres
y faut plus d'efpace qu'ailleurs, & fur ce faut no-
croiftre , il

ter, qu'vn arbre planté bien au large, en quelque lieu que ce

foit, en frudifie beaucoup mieux.


Erpace 8f înter- Si vous voulez planter gros arbres de reng,& fur les chc-
ujlle ( ^" mins,& contre leshayes des champs, il leur faut laiflerenui-
^rkrtc*^''^*
ârbrcc.
ron trcntecinq pieds d'efpace de l'vn à l'autre imais li vous en
voulez planter plufieurs rengeesen vn mefme lieu, il y faut
bien l'cfpace de quarante & cinq pieds, ou enuiron, entre
deux, & autant d'vne range à l'autre, à ce que les branches fe
puiflent plusaifémentcftendre furies coftezvuides.
Entre les poiriei s ponimiers & autres arbres de telle gran-
deur, fi vous en plantez feulement vne régce contre les hayes
des chaps & aiilcurs,ce fera aflez de vingt pieds de l'vn à i'au-
trcj
à

DE LA MAISON RVSTIQVE. 8i

tre, mais fi vous en mettez deux rengees fur les allées des iar-
dins, il leur faut enuiron vingt cinq pieds d'efpace , entre l'vn
& l'autre: & autant entre chacune rengee5& ne les plantez pas
à l'endroit l'vn de rautre,mais foyent comme entrelaflcz & :

à mefure qu'ils croiftreront,vous y pourrez entreplanter au-


tres menus arbres non pas trop efpez.
vous voulez planter tout de grands arbres fruitiers tels
Si
quedeflus, illesfautdrefleren efchiquier& leurdônerefpa-
cede vingt à trente pieds entre deux, autant d'vnreng &
l'autre.
Les pruniers & autres arbres à noyau de pareille grandeur,
ne veulent que quatorze ou quinze pieds entre l'vn & l'autre
en chacune rengee mais fi vous voulez en planter feulement
:

deux régees fur les allées du iardin,il ne leur faut que lîx pieds
d'efpace en carré mais il faut auifer de les proportionner fé-
:

lon la longueur d'iceux.


Les guiniers Se merifier$,demandât l'efpace de dix à dou- Guinicrs.
ze pieds , & pour en mettre aux grandes allées en voz iardins,

ce leur fera aflez de neuf à dix pieds.


Les moindres arbresjcommc cerifiers,coingniers,fîguier5,
q^iç^^j^^
couldres, & autres femblables en ont affcz de huit à neuf
pieds en verger,& de cinq à fix,en allée rengee de iardins. &
Quant vous voudrez planter deux régees chacune de Con
efpece d'arbres, plantez les plus petits à l'endroit ou donne le
foleiljà ce que l'ombre des plus grands ne leur nuife.

autres ^re te fieS de planter arbres fruitiers,


40.

=1 I vous plantez les poiriers 8i pruniers, les vns


j auec les autrcsjmicux vaut mettre les pruniers
vers le foleil : car les poiriers endurent mieux
l'ombre.
Ilferoitbonfile temps eft Çqc^ & encor Arroufea
autrement arroufer pied auant que
l'arbre en
le replanter , afin que la terre tienne mieux au pied:car le plus
de fa terre que vous luypouucz laiffcr, celuy eft le meilleur.
Etvilczbien l'endroit du ciel ou vous le prendrez pour le
mettre en pareille fituation.
X
LIVRE III.
Lon ne doit planter les arbres qui ont lacimebrouttee,
rongée, ou rompue car ils ne croiflent point fi bien fi vous
: ,

n'aymcz mieux leur coupper du tout le fommct pour cfprou


uer,li par ce moyen ils pourront reprendre crciiîance.
Plant.-s fans ri- Lon peut aufsi planter fans racines les arbres qui ont grad
cines. moelle,comme fi^nt figuierSjfrancs meuriers, couidres & au-
remblablcs,& vozfofles pour planter vo2 arbres, doiuet
tres
cfire profondes de fix pieds en lieux argilkux, de non tant en
lieux humides. Faites les fofTesaflez larges & rp3cieures,fap-
Foiïej.
poféquc les arbres qu'y voudrez plantern'euilent les racines
moult grandesrcaril faut qu'il y ait bongueret à l'entour.
Terre trop mol Si la terre eft trop molle ou vous faites la fone,am3ndez la
^^'
de terre feichctou attendez qu'elle durcifTe.Si eliecft trop Cti-
chc & trop dure,fumez la & rainoitiflez d'eau, aufsi faut que
V02 arbres ayent trempé en pied f'ils font vieils cueillis enui-
ron deux ou trois iours. Si aucunes des racines de voz arbres
fe trouuent trop longues ou efcorchces,il les faut coupper en
biais, & que le cofi:é le plus dcfgarny foit deflbubsjquant l'ar -
brc fera planté car les petites racines produiront tout àl'en-
:

tour de la couppeurc.
C'cft vnc reigle générale qu'auant que replanter tous ar-
bres, & principalement ceux à pépin, fils font gros, il les faut
premièrement esbrancher , & ne leur laifier que des chiquots
longs comme les doigts,aucunesfois plus ou moins,felon que
l'arbre le requiert. C'eft donc ce que dit le proucrbc,que qui
Proucrbc
voudroit planter fon pere,on luy coupperoit la tefte.
Petits arbres. Les petits arbres qui n'ont encores qu'vne vergette,n'eft
ia befoing de les coupper par haut quant on les replante,mais

les fauuageaux que voulez enter,fe doiuent esbrancher auant


qu'eftre replantez en la baftardiere.
Et quât vous aiferrez voz arbres es fofles, il leur faut bien
eflargir les racines, & faire qu'elles tiret toutes contre bas,fans
que nul des bouts rebourfe en amont , & ne les faut plater tâc
parfondemtt en terre,il fuffit que les racines foyent enfouyes
tât que la terre foit dcmy pied ou enuiron au deflus d'icelîes,
fi le lieu n'edoit fort ardent & pierreux, & ne remplirez pas
tant voftre foffcjquc n'y laiflez ouuerture à Tcntour de l'arbre
ou conduit,afin que l'eau de la pluye f y puiffe arrefter.
Quant voz arbres feront eften dus en la fofre,& les racines

d'iceux bien couchées au large ,


poifcz à l'aife par deflus auec
DE LA MAISON RVSTIQVE. 8i

le pied, & puis mcflez de la terre bien fumceauecvne partie


de celle que vous aurez tirce de la fofTe : & la femez fur voz
racines,mais ne mettez pas le coût herbu deucrs elles,car ce-
la les pourroit trop efchauffer. Méfierez bien vnc terre auec

l'autre, & en remplirez toute la folTe : & en faites couler de la


plus menue entre les racines.
Et s'il y auoit des vers en la terre qu*y mettrez, mcflez-y
parmy vn peu de charree de buée pour les faire mourir , car
ilspourroyent faire dommage aux racines:puis quand vofi re
fofle fera comblée à demy pied près ou enuiron,faut bien
fouler la terre par defllis, & es endroits des racincs,plus beau-
coup il elle y eft feiche, que fi elle y eft mouillée.
Mais ii vous picquez ou plantez l'arbre , de pau ou de ,
J'ic'^ucurc û *'"!

pieu , ou porchet, fans racines, auec le marteau,ou maillet de


bois, ne luy faites point fa voye ne fon pertuis,aucc vn autre
pien,mais laiflez-luy faire à luymefme,& ne luy laiflez le ter-

roir profond , qu'il ne puifie entrer fans gafter fon cfcorce,


fi

& quand vous coignerez le pau , liez-le par le bout d'amontj


à ce qu'en coignant, il ne fe fende.

Ejmonder, ejlaigmr.dejchauffer, ^ nettoyer


Us arbres. Chap. ^i.
^^^^1 E fêtard & négligent laboureur, dit qu'il ne
^^W'^w faut iamais toucher à l'arbre depuis qu'il eft
planté: mais le bon mefnager dit, faites du
bien à la terre & à farbrc
vous en feront: , ils

& n'aura jamais bon , ne beaucoup de fruit,


ctkîy qui ne fera diligent à les nettoyer en
hyuer,&fur la fin de l'Automne: car quant à l'esbranchcr
& cfmonder,il eft certain qu'vn arbre qui f amufe à faire bois,
doit eftre csbranché aux Aduents de Noël, pour luy ofter le
bois fuperflu ,& les drageons fupcrflus, & qu'il'fait trop
grands & hauts, & luy empefchc de faire beaucoup de bou-
tons à fleurs en quoy faifant, ne faut toucher aux branches
:

principales aufsi le faut esbranchcr & cftronçonner quand


: ,

il eft derrière les autres, qui luy oflent fon iour, pour le faire

monter & gaigner le foleil amont.


Si le folcil ne donne par tout dans l'arbre, les branches
qui ne participent de fa force &
lumière , ne portent aucun
X ij
LIVRE III.
Donner foîeiï à fruittparquoy faut marquer à mefure qu'il croiftjcsbraches
l'arbre. qui obfufquent lesuutres,& lesleuerquâdilalaiflefa fueillf.
Mort bois à II eft aufsi tout certain que le mort bois en vn arbre, fait

l'arbre à oftcr. mourir la branche, & par confequcnt tout l'arbre entière-
ment, ou bien le garde démonter & croiflre, qui efl: ce que
Abbougrir. 1°" appelle abbougrir. Doncluy faut leuer le bois mort,roit
en hy uer ou en Erté ce mal dure principalement aux arbres
:

Grandir acîeur ancicns,ou aux ieunes à qui la grande ardeur du foleiladon-


da fo'cil nuifa- né trop afprementjfelon l'afsictte où ils font, OU par quelque
'**
inconuenient d'efclau-,tonnerre,ou tempefte, ou de quelque
befteen pied qui luy aura mords quelque aigneau de la raci-
ne, ou qu'en la defchauffjntou prouignant, labefctiCjOU la
houëauroitattaint quelques branches d'iccluy.
Etll Ion remédie à ce qui eft horsdeterre, en cor faut-il
plus grande diligence à ce qui eft dedans icelle:car la chaleur
de la terre &du fien engendre vermine au pied de l'arbre,
qui luy mange les racines: ou quelqucsfois iette à l'entour
fien de foy, par abondance de nourriture, tant de fcions &
chicots, qu'elle le fait auorter, fans ce qu'ils nuifent & oftcnt
îa nourriture aux autres arbres, par-ainfi le faut befcherà vif
fons en hyuer, & luy ofter ce qu'il aura de danger au pied, &
l'efchiquotter, & replanter fes fcions ailleurs, comme font
ceux des pommiers poiriers pruniers & tels autres arbres,
, , ,

pour trois ans après les enter. Et Ci faut noter que les fcions
des couldres replantez, font les meilleures noifilks.
Aufsi luy faut-il donner quelque récréation en hyuer,
après le trauail qu'il aura prinsà la production de fon fruit,

de façon, que pour


le defchauffer ou nettoyer fes racines: Se
quelapluye &lanei^erengraiirent,principalemêt
faut bien
es lieux chauds èc Cecs , & fort expofez à l'ardeur du foleil:
en cor 11 l'efcorcede l'arbre commence à fcicher,&monftrc
Chien mort ou peu de nourriture dedans, on luy met vn chien mort, ou au-
aucrecharongne
rre charongneau pied pour le refiouïr,& quelque hottee de

l'arbe^"
^'^ ^ ^*^'^ &mcnu fien pour le refchauffer :& au contraire, de h

cbarree ou de la cendre, fi la terre eft trop grafle & vermi-


MoufTe dd'ar. neufe.L'a^gc de l'arbre le fait deuenir mouflu,& fil eft ieunc,
la trop grande humidité & feicherefle, ce mal le mange &
*

amaigrir, comme la rongne fait au beftial. Et ne faut croire


queccleurpuiffeveniràraifon delamoufTeque Ion met au-
tour & au deflbus de la torqueure des entes. A cela faut re-
DE LA MAISON RVSTIQVE. 85

medierpar les dcfch3ufrer,ain fi quediteftcy defluSj&aufsi


lesnettoyer en hyuerauec vn coufteau de bois ou dos, de
peur que la moufle; ne gaigne païs,& à traiét de temps,mangc
tout l'arbre. Qui veutauoir beaux ieunes arbres, il les faut
befchcr & defchiquoter à l'entour chacû mois,dcpuis Mars
iufques en Octobre , & iufques à ce qu'ils foyent grands : &
quand ils feront grands,ne fc deuront befcher que deux fois:
& en hyuer, foyent grands ou petits, on doit ofter la terre
& la mefler de ficns puis la remettre en fa
d'entour du pied, :

fofle, pour toufiours auoir humidité & douceur du ciel.

Et en Eftéoii à l'extrême chaleur Ion doitgarder &af-


femblervn monceau deterrefrefcheau pied de l'arbre, pour
euiter le chaud & feichereffe du pied dudit arbre.
Lon esbranchc & efmondc Ion les arbres,<quant ils entrêt Temps d'efchi-
cn feue & commencent à bourgeonner rEftc,en Mars & cjuoter les ieu-
Apuril & faut bien couppcr rez du tronc , le bois qui eft fu- nés arbres.
,

perfîu,& la feue,recolcrincontinent lacouppurc:cequi ncfe


pourroit fi bien faire qui les couppcroit à rhyuer,& pour gar
derque la grofleur des poifantes & groffes braches en cheér,
ne feparez l'efcorce du tronc,couppez les premieremêt demy
pied déterre, 5c puis acheuezdefcierlcrefidu, bien près de
l'arbre: & mettez la fcieure fur la couppeurc.
Si vous esbranchez & efmondcz en temps d'byuer, laif- Arl>rc vieil He-
.fezleschiquotsaffezlôgs pour les recouppcTaprGS,au temps ucflantftcrilc.

de Mars &
Apuril, mais fi vous voulez bouter ou csbrancher
les gros & vieils arbres pour les renouueller,quat vous voyez
qu'ils iauni{rent,faire le faudra, tatofl après la ToufTaints, que
les fueillcs en font cheutes,& auant qu'elles ay et recommen-
cé à entrer en fcue:& couppantou fciantles branches, lai (fez
leur des chiquots auecle tronc,pour y enter fciôs nouueaux,
les vns bien longs,les autres moins,fclô que l'arbre le requiert
les plus mefchantes branches, afin que celles quidemeurenr,
en ayent plus d'humeur & de fubftance.
Si l'arbre par vieilleflc ou autrement lailTe à charger com-
me de couftumc, il ne le faut du tout csbrancher oueflager,

maisluy ofter feulement les branches m.ottes. Aufsi leur but


defchauffer les racines après la ToufTaints, & fendre les plus

groflcs, & mettre es fentes des efdats de pierre bien dure, &
bslaifler, afin que l'humeur de Ii||tcrre
y puiflc entrer, l'uisà
h fin de l'hy uer les rcchauflcrcz de fort bonne te rre.
X iij
LIVRE m.
Emes rompues. Quant les cntures de trois ou quatre ans Tant rompues,
brouttees, ou endommagées des bcfles, ou que Ion verra que
le bois r/cn peut rien proBter,il ks faut coupper,& r'enterrer
par plus bas ou plus haut qu'elles n'eftoyent.Vous y pourrez -

remettre du bois franc , que vous en couppercz mais que ce ,

foit plus bas dans le fauuageau , &c aufsi qu'il ay e efté bien re-
clos fur le fauuageau, de la première fois qu'il auoit efté enté,
mais n'arrachez pas les fcionsqui fortent du bois du fauua-
geau , iufques à ce que voyez que les greffes aycnt ietté bois
nouueau , car par auéture vous feriez mourir le fauuageau le-
quel pourrez bien encoresr'enter,li les greffes femouroyent.

Apres que les greffes de voz entures auront ietté de bois


nouueau, comme de deux ou trois pieds de long,fi ellesiettct
de petits fcions fuperflus, es cnuirons des bons membres que
vouiez nourrir,couppez iceux mefchants fciôs bien re2,mef-
mementen l'année que les aurez entez mais que ce foit en :

temps que le bois eft encorcs en feue.


Et fera bon coupper aucuns des principaux membres
des icttons & greffes de la trop y en a &
première année , fi ,

les enter & & puis trois ou quatre ans après


affier ailleurs,
qu'elles auront eflé entées, & que les greffes en auront bien
reclos furie fauuageau, acheuezencoresd'en ofteràîamef^
me raifon,fi tant y en eft demeuré car c'eft affez pour vn ar-
:

bre, de luy laiffer vn bon membre pour tronc, & principale-


ment à ceux qui ont eflé entez petits d'vn greffe :& en efl
l'arbre plus beau,& meilleur à ia fin. Mais fi l'arbre auoit efté
enté gros de plufieurs greffes,il luy en faudroit laifFer plus

largement , félon que verrez eitre befoing pour bien recou-


urir les fentes, & couppeures du fauuageau.
Quand vos arbres commenceront à croiftre,il les faut
bien conduire trois ou quatre ans ou plus, iufques à ce qu'el-
les foyent bien formées en leur couppant à mont le coupeau,
& les menues branchettes du bois fuperflus, iufques à ce que
elles foyent comme de la hauteur d'vn homme & plus, fi

bien ce peut faire, & leur dreffez bien &: compolez les mem-
bres principaux & branches, tellement que fvne branche
n'aproche trop de l'autre & auf>i ne les aitachez les vns aux
:

autres, quand elles grofsiront: & en faut aufsi coupper au-


cuns, ii l'arbre eft trop efpais dedans , à fin que le foleil y
entre.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 84
Lon pent tailler les arbres depuis le premier Noncmbre, TcmpsdetaU-
iufques à la fin de Mars: & dôncz ordre de n'y faire trancliee ^^^ les arbres,

en grand fbns,& fî vous taillez les fcions ou iettons de l'ar-


bre qui ne fîut fruit, «^ que ce Ibiten decours & dernier quar-
tier de la Lune , cela leur fera fructifier. Et quant l'arbre que
vous aurez enté fera gros , vous luy pourrez ofter les fcions,
5c laifTcr feulement voz greffes.

Medeciner les arbres jrmtiers,


Chap. ^z.

Omme toutes chofes qui prennent croiflTan-


ce & force de la terre,ont quelque fentiment
de ce qui leur eft profitable, au moy e duquel
elles viuent,aufsi elles ont quelques maladies
particulières, prouenantes de ce qui leur eft
contraire,ou mefmes de leur vicillefie ou de-
faut,ou trop grande abondance de ce qui les nourrift. Donc
^' ^^^^'
ne fe faut efmeruciller fi les arbres en particulier, quelquefois ^^^^^
feutfrcnt des incôueniens, aufquels qui ne donneroit fccours
& prompt remedcjils ne faudroyent à mourir.
Tous arbres qui par impctuofité des vents, ou autrement Arbres efclattw
auront efté coignez ou cfclattez , on les doit medeciner aucc
de la fange,fien de moutons,& de pourceaux.
Les herbes qui croiffent à l'entour des arbres, tirent à eux
le nourriffement & par rant les faut farder diligemment ,
, &
leucr la pelure de l'arbre auec la ferpe,non pas en trauers.
L'arbre chctif
Qu^at l'arbre ne grof it point, & demeure trop à faire bra-
&nienu.
cbes & monter auant: & après que l'aurez defchaufle au téps
que dit à efté cy defTuSjil luy faut fendre plufieursracines,nô
pas maiftreflcs & mettez leur du fumier de porc, meflcauec
:

d'autres terres & quelquesfois iettcz de la lie de vin bien fort


autour des racines,^ en abbatez la moufle auec vn grad cou-
fteau de bois,tellcment que n'en bleffez l'efcorce. Et au téps
d'Efté quant la terre eft trop mouillée, fcroit bon de bcfcher
au pied à l'ctour des racines de celles qui n'ont point efté de{^
chauffées à rhyuer,& y méfiez aufsi quelques bonnes terres.
Le fil eft vne maladie qui mage l'efcorce des arbres, il leur Pil aux arbres,
faut donc coupper ceftc infedion bien nettement à fyffue de
LIVRE III.
l'hyucr,auec vn ferrement bien trenchant, & mettre fur h-
playe vn peu de fiente de beuf ou de porc,& l'enuelopper de
vieux drappeaux, & lier bien cftroit d'ozier, & le laifler ainlï
lié longuement, tant que les emplaftres y pourront tenir.
Vers aux arbres Contre les vers qui fengendrent dans lefcorce de l'ar-
bre au lieu oii vous verrez lefcorce cnflec, il la faut incifer,
:

&
fendre iufques au bois, à fin que l'infedion humeur en &
puiffe diftiller:& auec quelque crochet tirez les vers & pour-
riture de dedans le pluftofi: que faire fe pourra: mettez de- &
dans ôc dcflus la playe vn empUftrc de fiente de beuf, ou de
porc, méfiée &: broyée auecfauge, &
vn peu de chaux vifue,
&
enueloppez &
liez eftroittement le tout enfemble, ic &
laifîez ainfi, tant & fi longuement qu'il pourra tenir,
laaniflc deJ ar- La lye de vin ou l'efFondrille d'huille,efpandue fur les ra-
^''"*
ou font aucunement mala-
cînes d'arbres qui ont la iaunilTe,
grand bien.
des, leur fait
Il fengendre des petites beftes prefques femblables à
coflbns , & font aucunement perfes ou noires , & les aucuns
ont le bec long & pointu, & font trefgrand dommage aux
entures, & autres ieunes arbres, car elles en couppent les
fcionsnouucauxqui font encor tendres & longs comme les
doigts il y faut au haut du iour , quand vous les y verrez,
:

mettre la main defliis tout doucement, fans remuer l'arbre:


car ils fe laiflent cheoir quand on les cuide prendre pource ,

que promptement ne f en peuucnt voler, & s'ils ne fe laiflent


cheoir en voftre main, allez les prendre deflus les fcions aucc
l'autre main.
Contre les ii- Pour les limats &
fourmis, mettez de la cendre & du
mats & formis. fcjagedeboisau pied des arbres: &
quand la pluye aura don-
né defluSjrechargeZ les de nouueau,fans remouuoir ce qu'au-
rez mis au prccedent:autremcnt,mettez quelques petits vaif-
feaux pleins d'eau au pied d'iceux arbres ou bien,efpandre2
:

de la lye de vin à l'enuiron.


Quand l'arbre perd fon fruit, faut entourer le troncde
l'arbre auec yuraye en forme de couronne ou bien auec vne :

lame de plomb ou pour le meilleur faut defchauflcr les raci-


•.

nes de l'arbre, &les percer, &


mettre au trou vn coing de
cormier.
Qu^and l'arbre perd fàfleur,ouquelesfueillesluy tom-
bent luy faut defchaufler les racines, & les entourer aucc
paille
DE LA MAISON RVSTIQ^E. 85

paille de febues trempée en eau.


Le meilleur eft entendre aux chenilles au temps d'hyucr,
auant que les arbres foyent fucilluz, & li vous y voyez des
poupes berceaux & bouchons de chenilles, oftez les auec ks
chenillieis auant qu'elles foyent efclofes. Ne couppez du
bois ou ne pourrez attaindre de la main, que le moins que
vous pourre2,nettoycz bien le bois par tout qu'il n'y demeu-
re des œufs, & puis regardez au pied du tronc qu'iln'y ait des
chenilleauxquine peuuentfîller & quircfoyêt la attraits, &;
attachez entre les fcions & les racines l'il y demeure quelque
bouchons aurenouueau, ou que quelque btuine ou gaude en
ait cngêdré de nouuelles,regardcz au haut du iour leur repai-

re, & l'endroit ou vous les verrez enfemble par môccaux foit
aux fourches, ou fur les branches, auec des vieux drappeaux,
ou des fueilles larges enucloppccs entre voz mains , abbatez
les & les tuez bien diligemment en pefànt bien promptement
auec les deux mains & recouurezy à plufîcurs fois en gardât
qu'elles ne fe laiflent cheoir à terre, mais gardez qu'elles ne
vous iettcnt la rofee au vifage.
Quant l'arbre iette trop il faut après qu'il efl: defchaufle Cotre trop
,
g-S-
luy fendre plufieurs racines , non pas des maiftrelTcs , & faire de fertilité de
fortir l'eau qui cft dedans,{i aucune y en à, qui vaut autant ou 1 arbre,
mieux quela fcigneeàrhôme carpar cefte médecine on re- ,9^l '^'S"^^*
:

r.ouuclle la vie à l'arbre.


MahlloâcV^Ç-
_ ^ ^ _^
La maladie de efcorce de arbre vient de humidité du
1 1 1 corcc de l'arbre.
lieu ou eft la branche plantée & aufsi au contraire les arbres
,

viennent après boytcuXjquat ils font plantez en lieu trop fec.


Pour garderies icuncs arbres francs en la pépinière, &: faire

qu'ils profitct mieux, il les faut couurir la hauteur d'vn hom-


me de chaume ou de paille & fera la couuerture fouftenuc
:

fur des perches en long & en trauers.


Pour hafbcr l'arbre qui attend trop long temps à porter Hafter l'arbre à
fruit, faites vn trou de tarière en la plus grolfc branche de fa produire fruit,
racine, fans la percer tout outrc:& au trou qu'aurez fait,met-
tez vn bnfton & l'cftouppcz de cire puis recouurtz voftre
, :

picd,&: l'arbre portera lannee enfuiuant.


Aux arbi es qui ont efté plantez nouucllement & qui c6- SeiciercfTe d'ar
mcnccnt à feicher, vous leur aidcrc? moult fi vous les fntcs '^*
bcfchcr & arroufer: & les doit on défendre cotre le chaud en
leur aidant de chofe qui leur face vmbre,& contre le froid on

y
LIVRE III.
les doit coiiurir de paille.
A Tiire mourir On fait mourir les vers aucc fiente de pourceau ouauec
vers «jui uiole - vrine d'home mife au pertuis ou font les versrou aucc cha-ix
fteiit Ic! arbres.
virue,mais (î refcorceeft blefleeen plufieurs parcs Ibit fen-
due Se aufsi au pied de l'arbre vn peu, en forte que i'iiumeur
,

f en parte.
Engcndrcment Les vers fe humide dedans les fruits à pé-
créent en temps
de vers.
temps on doitpercerl'arbreauecvne tariè-
pins: Se en iceluy
re tout outre pour le meilleur, le plus près delà racine que lô
peut,afin que l'humeur qui crée les vers,di{lille par là.
Chcute des pâ- Si les pommes cheent de l'arbrejfendez la racine & met-
mes del'-irbrc.
tez en icelle fente vnc pierre vifue.
Fruit ; nioatârs
Si les fruits montent contre mont,lauez le pied de l'arbre
contremont.
d'eau de pourpier aucc vinaigre ou y mettez de la lie de vin,
ou prenez deux parts d'huile d'oIif,& vne part de poix noire,
mêliez enfemble, Sr puis les oingnez, ou y mettez cendre au
pied de rarbre,ou quelque vaiflTeau plein d'eau à l'entour d'i-
celuy,ou vn cercle couppé & oingt d'huile de Petrol-, ou
vne corcklle enduite de fang de pourceau^ méfié auec argent
vif.

Foarmisà faire Pour faire mourir les fourmis d'alentour d'vn arbre,il faut
mourir. recouurir la terre enuiron ledit arbre, & deffus mettre quel-
que quantité de fuye de cheminée.
Prenez aufsi de la fcicure de chefne, & en mettez largemét
au pied de l'arbre & la pluyc qui cherra
: fera que les fourmis
l'en yront ou mourront.

Garder & conjemer le fruit des arhres, pour ejlrs

ofiez^& mangez^ en Jaijbn hors ^


icelle, Chap. 43.
E n'eftpas tout de cultiuer f arbre fruitier &
bien l'auoir entretenu qui n'en fçait garder &
conferuer le fruit,ou pour le vendre en temps
nouueau,ou pourrvfagedumefnager& de fa
famille,principalemêt es endroits,ou les fruits
croiflent plus délicats, côme aupaïs deTou-
Touraine,iar.
raine, & pour ceftecaufe le nomme le iardin de France, par-
dindcFraacc.
quoy nous traiterons vn petit mot de la manière de garder &
conferuer le fruit:& commencerons à l'amande.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 8^
L'amande eft meurc,quand elle commence ^ fe defpouil- Amande*,
krde Ton efcorce. Siellecft laueeen faulmurc, elle deuient
blanche, & dure longuement, & encordauantage, incon- fi

tinent elle eft defeichce: ne peut derpouiller fon cfcor-


fi elle

ce, la faut mettre quelque temps fur la paille, incontinent &


après elle la defpouillera.
Leschaftaignes fe garderont iufquesau commencement Chsflaigncs.
du Printemps, ii on les fèiche premièrement à l'ombre, puis
on les met en lieux fccs par monceaux, ou en vas fléau xcou-
uerts de fablon:aucuns les eftcndent fur des clâyes,ou les en-
terrent dans du fablon,de forte qu'elles ne Pentretouchcpt
point. Les autres les mettent dans des penniers ou corbeilles
pleines de paille : tu experinjenteras fi elles font entières, les
iettant en eau froide:car fi elles vont au fondjelles font faines
& entieresjfi elles nagent pardefllis TeaUjelles font gafi:ees,ou
corrompues.
Les cerifes feront de gardcjfi les cueillez de l'arbre auant Cerires.
foleil leuant,apres les arregez en vn vaiffeau qui aura au fond
vn li(ft de farrictte puis mettez les cerifes pardeflus^S: en cor
:

par delTus d'autre farrictte, & les arroufez auec force vinai-
gre doux. Pareillement elles feront gardées auec des fueillcs
de chaulme,difpofees de mefme façon elles font aufsi defei- :

chces au foleil, ou cuittes en leur ius, & confites auec du fu-


cre, pour eftre long temps gardées.
Si vous frottez les citrons, de plaftrc bien deftrcmpé, Citrôs à garder,
vous les garderez toute l'année fans eftre gaftez-.fi les cachez
de couurcz d'orge, ils ne pourriront poinr,ou fi les enfermez
tn quelque vaiiïeau que ce foit.
Le fruitqu'onappellecommunémcnt cornoille ou cor- Cornoille,
ncillc,pour eftre gardé eft mis dans vne bouteille de verre
ayant la gueule aflez large,& plongé en fucreoumiel: défait
que le ius où eft confit la corneille, fcrt beaucoup au flux de Contre le Bux
'^^ ^^"^^*^-
ventre.
Les coings fe gardent fort bien en lycde vin, &:encor Coings àgndcr
mieux s'ils font mis dans vn pot neuf bien couucrt & enfer-
mé en vn tonneau de vin, ou plongé au vin mefme. En ccftc
forte,les coings demeureront frais,&: le vin fera fort plaifant.
Aucuns les gardent en du foirrc, ou dcrorge,oudcs fcicures
de bois, ou fueilles de figuiers. Les autres lescouurcnt de
fueillcs & de mortierargilleux, ou terre de potier, puis le fci-

y U
LIVRE III.
chcntau roieil,&: quand ils en veulent vfei'jils caflcnt le mor-
tier, & trouuent les coings tels y ont mis. Note tou-
qu'ils les
Na'ura des tesFois,qu'il ne faut point garder les coings en vnemaifonoii
coingsm'iligne[\ y aJt d'autre fruit, car par leur aigreur & odeur, ils gaftcnt
& corrompent les autres fruits qui font auprès, & mcfmc-
ment le vaifTeau.

Figues k garder Les figues feront toufiours récentes , fi tu les mets en vn


vertes. pot plein de miel bien couuert, de forte qu'elles ne fe tou-
chent, ny le pot mefme , ou bien fi les mettez en vne courge
chacune à part, &
pendez la courge en vn lieu ombrageux,
où le feu ny la fumée puifle aller. Les fciches ne feront cor-
rompues, fi lesarrengez fur vnc claye au four, après que le
pain en eft hors, puis les mettez en vn vaiflfeau de terre,neuf,
qui ne foit poixé.
Noix à gifdcr Les noix demeureront long temps entières, fi on les cou-
cntiercs. urc de paille ou de leurs fueilles fciches ou enferme en vn
, :

coffre fait de bois de noyer ou fi on les méfie auec des oi-


:

gnons,aufquels ils oftent la plus grad part de leur acrimonie.


Grenade à gir- La grenade fe garde dans l'huille douce,dans le mollet, &
der, cnuelopee & pendue au plancher en lieu bien eftoupé oii la
gclec ne donne point, ou mife en la caue mais garde qu'elle ;

Pommes à gar- n'y chancilfe.


der. Les pommes fe gardent en vn lieu froid,ay at les feneftres
tournées deuers le Septentrion, qui foyent ouuertes en temps
ferain : ou fur de la paille, ou dans de l'orge , ou dans vn pot
ciré par dedans, & bien couuert, ou dans vn vaifleau de terre
non poixé, qui foit percé au fond,&bien couuert par deflus,
puis pendu à vn arbre tout l'hyuer & les pommes demeure-
:

ront telles comme elles y auront efté mifes. Aucuns les cnue-
lopent à part- foy de fueilles de figuier , puis les couurent de
mortier d'argille blanche & mortier Ccc, & les mettent au
foleil.

Ntfles à gatJcr. Les nefles font gardées en des petits vaifleaux poixez, ou
mis en des pots entre des grappes de raifins.
O'iuesà tarder. Les oliues font côfites auec faulmure ou auec vnc mixtion
de miel, vinaigre & fel. Aucuns adiouftentpouliot,menthe,
anet,lentifque : les autres,des fueilles de laurier:les autres,des
grains de laurier.'
Poires â gsrder. Les poires fe garderont longuement,fi Ion poixe la queue
des poircs,& les pend Ion ainfi. Les autres mettent les poires
DE LA MAISON RVSTIQVn. 87
dans vn vaifleau neuf, de terre & y veiTent du vin cuit,ou du
înouil:,oa du vin tant que le vaifTjau efl plein. Les autres gar-
dent les poires couuertes de limuresou de fcieuresde bois,
aucuns les mettent auec fueilles de noyer feiches ou bien en:

vn vaifleau de terre,qui ne foit gueres cuit,&:y verfent du vin


& dumouft,&eftoupcnt bien le vaifleau, & le gardent. Au-
cuns les mettent en des fofles , en vn lieu près duquel y a vne
eau courante. Aucuns mettent par quartiers les pommes de
certeau,dc rorette,& de bonchreftien, & les nettoyêt de leurs
grains, & les defeichent au foleil,! fin qu'elles foyent bonnes
au printemps.
Les meures qui font bien eftoupeesdans vn vaifleau de Meures à garder
verre,re gardent longuement: & faut les remplir par deflus de
leur ius.
Le & l'orenge fe gardent en la cauc fcparez , ou Citron & orege
citron
dans faulmurc de verius,ou fans feljOU pour forme de con- ^ g^i^^^r.
la
fiture auec le fel, ainli que l'oliue.
Les pefches,autrement dites prefles, font gardées en faul- Pefchcs, ou
inure,ou vinaigre doux, ou bien leur noyau ofté,font defei- prefic-s.
chees au foleil à la forte des figues. Aucuns les confifent auec
du miel.
Les cormes font confites en vin doux : ou bien quand el- Cormes à garder

les font cueiIlies,on prend les plus dures,& les met-on adou-
cir en vaifleaux de terre, pleins ou prefque pleins, enduits de
plaftre, & misen vnefofled'vn pieden profond,en lieu fec,
& au regard du foleil, puis couuerts de terre.On les peut aufsi
coupper par le milieu, puis les mettre ilncher au Ibleil.
Les prunes de damas feront mis dans des vaifleaux, & par Prunes de damas
deflusonierteradu vinnouueau,ou du vin doux, & remplira ^ garder.

Ion les vaifleaux, &: couurira diligemment.

L^ manière de faire le cidre,- Chap. ^^.

j^'Vx païs où la vigne ne peut frudifier, &


oîi les
fruits viennent fingulierement bien,cncor que Ion
ait le moyen de faire le vin de grain, que Ion nom-
me biercjtoutcsfoispour moins de frais, &plus
grande commodité. Ion fait le vin des fruits, tiré au prcfloir
ainfi que l'huilleaux païsd'oliuiers, comme en Languedoc,
Prouencc, & ailleurs.
y "j
LIVRE 11^
Cidre peré. Le vin des fruits Pappelle cidre & cft de deux forteSjà ùt-
Cidre pomme, ^qjj. \q & le pomme qui eft plus
^qyç^ qui cft plus de durée :

prefent à boire.
Le peré eft de plufieurs fortes, ou il fe fait de poires ten-
dres 8c délicates, ou il ffe de poires rudes fauuages, ou de
fait

Ccrele. poires cirettes iaunes & biê cultiuecs que Ion appelle ccrelc#

Quelques JingularitcZ de confire des fruits

pour la referue de toute l'année.

Chap. 4s.

^^ Our faire codignac, pren des coings, &: les


^1 nettoyé & après en auoir ofté les grains,fais
,

les bouillir en eau frefche, tant qu'ils fe vien-


nent à ouurir & creuer [ fi tu n'aymes mieus
lesauoir couppez par cartiers ] puis les paife
==*' parvn tamis bien nct,qu'il n'y demeure iinon
le plus gros : à huit liures de la moelle ainii paiTee, mets trois
liures de fucre fin, mefle le tout enfemble, puis fais bouillir à
petit feu,en mouuât trcsbien d'vne fpatulc de bois largc,tanî
que le tout foit bien cuit, ce que cognoiftras quand tu verras
que rien ne tiendra plus au vaiflfeaujcar alors il fera cuit à pcr-
feétion:fi tu y veusadioufterdesefpices, corne canellcjclous
de girofle,noix mufcade & zingembre, les faudra ietter fur la

fin de la decodion, & les remuer auec la fpatule. En mcfme


façon , tu pourras accouftrcr des pefches, poires, de autres
fruits.
Confiture d'cf- Pour faire bonnes confitures de chair de coing, faut prc-
corce;,d*orcnge,
citron,limon.
j^iierement nettoyer les coings de leurs pépins, & les mettre
peu à peu en eau cl3ire,pendantqu on l^s nettoye.annquils
ne deuiennent noirs, tandis faut mettre le pot au feu, à fin
qu'il bouille: puis ayant pefé les coings, les faut mettre au
pot, & les laiiTer tant bouillir, qu'ils f'ouurcntvn peu, après
les ofter & mettre dans vne terrine pour les rompre & piler
d'vne cuilliere de bois, puis les pafler par vn tcmy , 8c adiou-
ftcrà chacune liuredechair de coing, demie liure de fucre
bien pulucriré,& faire cuire le tout enfemble à petit feu clairj

dans vne poeîle d'airain largede méfiant toufiours,à fin qu'il


ne fe brufle: &
après que ladite pafte fera cuitte, la faudra

/1
DE LA !' ÎSOK RVSTIOyE. 88
raettre en boitte pour l'vfage.
PourconnrenoiXjpren premièrement des noix petites & Confiture de
verdes, auecrefcorcc &y faits des petits trous, puis mets les noixyertes.

tremper en eau par onze ou douze iours plus ou moins net- :

toyé les tresbicn & les mets bouillir en lucre clarifié fort lô-
guement,de lait que fouuéc y pourras adioufter du fucre cla-
rifié àcaufe qu'il feconfommeà lalonguecuifion ^ finalemêt
les mettras en vaifleaux auec efpices faites de clou de girofle,
gingembre, &canelle, mais n'y mets gucrcs de clous de giro-
fle, carilslesrendroyent trop ameres. Autre manière de les
côfire,pren noix verdes enuiron le mois de M
ay ou de luing,
auant qu'elles ayent l'efcorcc dure,pclle les,& les mets tiem-
per neuf iours durat[plus ou moins,felon que tu cognoiftras
qu'elles f attendriront] en eau pure que tu changeras tous les
iours trois ou quatre fois, faits les cuire par après pour les at-
tendrir d'auatage, cuittes feiche les à l'ombre du foleil, ou les
efluye aucc vn linge,puis pique les de canelle & de clou de gi
rofle,finablem€nt mets les cuire en fucre clarifié,iufques à tât

quetu cognoiftras que le fucre clarifiéaura acquis confiden-


ce de fyrop, puis le mettras en vaifleaux d'eftain ou déterre
faitsau propre,auec le fyrop ou elles auront cuit Aucuns en :

font autrement, ils cueillent noix encor vertes,& les piquent


auec la pointe d'm fufcau ou autre femblable inftrument de
bois non de fer (car le ferlesnoirciroit d'auantage) les font
tremper en eau fouuent changée , les cuifcnt iufques à les at-
tendrir:attendryes incontinent en eau froide pure:
les iettent

refroidycsles pcllent,&:auec vn linge les tfluyenf.finalemét


lespiquent auec clous de girofles &
canelle: les mettent ainli
en vaifleaux, & les couurcnt auec fyrop pour les contrcgar-
der, & f'il aduient que quelque peu de temps après le fyrop
foit trop liquide, le font cuire de rechef, puis le remettent au
vatfleau par ce moyen Ion peut faire que les noix demeure-
:

ront toufiours vertes félon leur naturel.


Pour confireefcorccs de citron &
d'orengc,prengrofles Confiture d'ef-
cPcorces d'orengcs ou de citron taillées en quatre ou (ix pic- corcc d'orcngc.
ces,nettoye les de leur chair & pépins, mets les tremper en li-
xiue claire par l'efpace de neuf iours, 5c en les changeant de
lixiueau cinquiefmeiour, Icsneufiours paflczmcts les encor
tremper en eau claire, iufques à tant qu'elles adoulcifluit &
3ycnt laifl"é leur amertumCjmcfme qu'elles fcmblent tranfpa-
LIVRE m.
rentes, car alors elles auront afllz trempé après
: fais les cnire
en vn vaifleau net d'erain ou plombé auec eau de rontaine,tât
qu'elles puiffent attédrir après qu'elles auront ietté toute leur
aquofité mets les tremper vingt-quatre heures enlulep, fait
d'vne partie de fucreô: de trois parties d'eau, puis fais-les y
cuire à petit feu aflez competemrnct:tire les de ce Iulep,& les
mets en vn vaiiïeau de voirre,iettant par dcfTus lulep rofat af-
fe2 efpez, pour leur donner quali vne cru fie tu les pourras fi
:

tu veux aromatizer auec vn peu d'ambre & de mufc.


Confiture de
Pour confire pcfches tnticres,faut foire cuire les pefchcs
pelches dabri-
, t i rr r i n •

^^ I^^'cp allez aqueux, non pas pour les iaire cuire exaaement
cofîd'albr 2c
'
mais pour les purifier feulement de leur aquofité qu'elles ont
en grande quantité : puis en vn antre lulep plus cuit les cuire
parfaitement iniques à tant qu'elles foyent amollies : finale-
ment les mettre en vaiffeau detïïrre & les couurir du fyrop
ou auront cuir,pour la referue: on les pourra arom.atizerauec
vn peu de canclleou de mufc. Ceflemanicre de confire pef-
ches entieres,eft générale pour côfire entiers tous autres gros
fruitSjComme coings,poires, pommes , abricots, alberges, a-
uant pcfches.
Confitures de Pour confire cerifcs,faut premièrement coupper la queue
ceriîes, cormes, des cerifes à moitié,puis les faire cuire dâsleurius auec du fu-
cipuic vioecte , çj-ç
çj^ j^jj^ proportion que pour chaclme liurc de cerifes Ion

mette demie liure de fucre,3pres qu'elles ferôt afTcz cuittes les


faut mettre en vaifleaux de voirres, & ietter deflus le fyrop
ou elles auront cuit, toutesfois file fyrop femble encora-
queux le faudra faire cuire exadement. Ainfi tu pourras con-
fire,prunes,cormes,cfpine,vinette,vcr-ius & autres tels petits
fruits.
c pru-
nes^
^
Pour faire paflcz de prunes,il les faut premièrement faire
bouillir en vn peu d'eau les remuant fouuent, afin qu'elles ne
bruflent, puis les faut pafler par le tamis & les poifer, & pour
chacune liurc faut mettre quatre onces de fucre, remettant
tout enfemble cuire de rechef & les remuer fouuent, les laif^
fant ainfi tat que l'efcurae de dtffus fera du tout confommee,
ce que fait, les faut drt fier ainfi chaudes oulon veut puis les,

mettre au foleil, les y laiffant l'cfpace de trois iours,puis les


faut ferrer mais quan d elles moifiroy ent ou qu'il y eufl de
:

l'eau defrus,il les fau droit derechefremettre au foleil. Cefte

Pafiez. formule de faire pourra cflre vniuerfclkjpour faire partez de


tous
DE LA MAISON RVSTIQVE. 2^
^ous autres rruits,cômepoires,pommcs,ce!ifes, pcTchcs, fauf
qu'il faudra auoirefgard à la quantité du fucre, laquelle fera
plus grande eu moindre, félon l'humidité des fruits que Ion
voudra confire en pafte.
Pour garder pefches ou autres fruits prcn les pefches eu Garde de ftf^
,

autres fruits que tu veux garder,quad il fait beau temps &feCj ^^" ^ autres
& les ouure parle milieu & en oftele noyau & les mets tout "°
vn iour fcicher au foleil puis prcn du fucre bien cuit & biçn
,

purgé & les en frotte , & les mets de rechef le iour fuiuant au
foleil, & les en frotte autant de fois qu'elles feicherôt, iufques
à tât qu'elles ayent fait leur crufte,puis les garde à ton plaifir.
Pour accouftrer des oliues en vn iourjpren des oliues ver-
oliu«s.
tes & les couppe vn peu d'vn cofté puis les mets en eau auec
,
^

chaux & cendres bien entendu toutesfois qu'il faut prendre


,

deux fois autant de cendres que de chaux, & les lailTe ainfi
tremper l'efpace de vingtquatre heures, après tu les ofteras &
les lauerasquatre ou cinq fois en eau ticde,puis les mettras en
vn vaifleau de pierre ou de verre , auec eau fallec les garde &
ainfi.
Pour confire des oliues, mettez tremper l'efpace de fix
Confiture d'oli-
iours en eau de mer oliues blanches, &
mettez les en vn vaif- ues,
feau & par deflus verfez du moufi tout frais, & n'empliifez
pas fort le vaifleau , afin que le mouft quand il bouillira ne fé
refpâde par deflus & après qu'il aura bouilly, faudra boucher "

le vaifleauraucunsy mettentauparauantvne poignée defel,


& puis verfent le mouft, & les oliues apres,& quand le mouft
à bouilly ils eftouppent le vaifleau.

Fin du troifejme Hure de la maijon


Kufîique.
Quatriefme Hure de la mai-
soN b^stiqv;e,
LAPRAYRIE.
Qjt'il y a deux fortes de ùre,

Chap. I.

Y deuant auons difcouru ce qu'appar-


tient au labeur & culture des iardins &
•vergiers; maintenateft befoingqu'en-
I :endions à la prayrie,d'où vient la plus
grand part de la nourriture dubeflial,
afin que fuiuions l'ordre cy deuat pVo-
(pofé.Donc cequelon appelle vulgai-
Pré. rement pré, rencontre au mot des an-
ciens prat, tous deux ainfi dits & dénommez corne pour ter-
reprefte& appareillée àfaireferuice à Ton maiftre,oume-
y peine aucunemêt pour le regard
ftayer,rans toutesfois qu'il
dulabeur,eneor en terres dites prayrie, comme font celles
Marne, qu'abreuuêt la Marne d'vne part,& la riuierc d'Aube de l'aa-
Aube. trc,qui ell d'enuiron cent cinquante lieues de païs en quarré,

Verdie. mefme la riuierc nommée Vefelle , qui eft la plus affluente &
abondante en prayries autant en eft il es terres franches de-
,

puis Bar- leduciufqucsà Vitry enPertois, &: depuis Louue-


Bar!edu<
Louucmônr. rnontiufquesà VafTy enTierache, le long de la petite Blon-
delle encor l'oree du grand & petit Morin , en voftre Beau-
,

uoifiz.
LIVRE IIII. DE LA MAIS, RVST. 90

Qj^elles terresJont bonnes ^ourles preX-'^

Chai?. z.

'Accordcray, & fautaufsi confefferjque quelques


terres ne fetrouuent {i promptes nyvtiles que les
autres à receuoir la femence du foin , comme font
-^^yT^I celles qui par trop grande voilînance de grands

lîeuues, &eftangs, ou lacs & trop larges eaux font fouuent


inundez & couuerts de l'afflucnce qui en hyuer noyé les ter-
res, dont adulent que le foin n'en eft fi deflié ny délicat pour
les beftes , ains plus gros & chargé d'herbes rudes , larges, &
moins agréables au gouft d'icelles. Qupy qu'en foît , le foin Bon foin,

des eftangs mal mefnagez , & altérez , ny mefme le foin qui


naturellement piouient à l'entour,& aux larges bordures des

lacsju'eft tel que la belle délicate requerroit,non plus que cc-


luy qui fe recueille en terres maritimes, duquel le gouft trop
nitreux & Talé, dcfappetiffc les beftes à ce paft moins accou-
ftumees:ioinâ: que les herbes, outre les communes, en font
plus fortes & de faueur trop diflemblable.

QueRe culture demandent les preZ,


Chap. j.

Eux qui trop obftinémcnt dicnt qu'il ne faut


main mettre à la prayrie, mefemblentcftre
dcfuoyez de bon iugement,fous correction:
car à la longue, toute terre fe lafie, & la faut
rjffiaifchiren quelques endroits, mcfmesre-
femer reformer
befoing eft,princip3le-
&: fi

mentaux paftis , & prez dedicz au pafturage


de bcftcs à cor- Prcz à femer.

nc:car celles à laine ne demandct lieux aquatiques,& fe con-


tentent des berges le long des chemins vers les terres labou-
rables Taccorderayque le haras des ieunes cheuaux & afnes,
painint proprement & commodément auecksbcftes. En- PontfurScfne,
cor ay-ie veu en Champaigne, comme feroit à Pont fur feigneunc de
Seine, païs de prayrie, Icsoyes poulies d'Inde eftrc en- Monlcigneurle
& les

uoyeziournellemcnt
11
ordmairemcnt &
o\ aux prcz de
j •j •
n
pallura-
Lieutenant de
jj^^çion^ne
gcpour moins de couft qu'au logis , ce qui ne feroit bon aux Ho^itrorf
endroits de Montfort Lamorry,ou Ion entretient partie du Lamony.
2 ij
LIVRE 1 1 î I.

haras des Roîs de Frace : & la plume de h volail-


car le diiuet
le , mefincs 1 1 fiente d'icellc malade les bcftes cauallincs,
, fait

comme outre les cheu3ux,lesmulets & les afncs.

Ce qu'ilfautJemera^xprcZ. Chap. ^.
Ourdonques reformer les endroits chanuz
& altérez de ton pré, fils font trop defnuez,
il les faut en temps de renouueau femerde

bonne fcmence, qui eft le fiind foin, que Ion


Sainél foin. nomme en quelques endroits fouppe en vin,
Soappe eu vin.
^ à caufe de fa fleur,qui eft l'herbe dont les an-
ciens faifoyent grand copte, & la cultiuoyent à parr,ainfi que
Caron. la veffe,&la l'emoyent en Ianuier,ainfi que veulent Caton &
Palla.lius.
F! arable.
Paliadius. Aufsi eft bonne la femence de florable,que les an-
Galiion. ciens nommèrent Gallion , &du vefTeron, &aucneray, qui
furent nommez Vitiago &
Aegilops, le poëte Latin l'appelle
proprement auoine fterile. Encorn'y eft mauuaife la petite
mauue fauuage, ny le gobelet ou remucule, pourucu qu'il
n'ait point la racine bulbeufe,c'eft à dire ronde comme vn pe
tit oignon , car elle eft cauftique &
venimeufc pour la beftc:
mais faut qu'elle foit capillaire. Le fatyriô des deux fortes eft
bon en d'aucuns endroits ou naturellement il croift. Aufsi eft
l'herbe nommée hyacinthe dont l'vn eft de fleur bleue , l'au-
tre purpurec,en ce différente du fatyrion , qu'elle eft plus di-
Ccoiïe èc feparee par les petits boutons & aufsi plus odoran-
Plantain. te.N'eft bon qu'il ait grade quantité de plantain,f il n'eft bien
Oa.ucus. petit, que Ion nomme arnogloife. Le Oaucus qui eft comme
efpece de carrotte fauuage, principalement celuy qui au mi-
lieu de la blanche fleur en vmlDelle porte & remôftre vn grain
odorant au frotter fur la main, ainli que l'efcarlatte, & de pa-
Panât. reille couleur,lc panax fauuage ( que Diofcoride nomme pa-
Heraclion.
naiz d Hercules ou panax Heraclion) eft fort bon,pourueu
Germanirec.
qu'il ne grandifte trop. Aufsi eft bonne la Germadree,que les
Grecs nommèrent petit chefneau , à cau(e de la forme de fa
RcÇonce. fueille. Bien bonne aufsi eft la refponcc que les anciens nom-
mèrent petite rauettCjà caufe de fa racine,qui honorent les fa-
lades de Q^arefme, aufsi bien quelecre{ron,rien n'y vaut le
Coîchicon. Coîchicon que Ion appelle chien raige, ou faffran baftard à
caufe de fa fleur,par-ce que tat la fleur que la racine font mou
rir les beftes , ainfi quelafeguë, que Ion nomme la mort aux
DE LA MAISON RVSTICiyE. 91

oyfons, ny L'cidragcquclon nomme hydropiper venimeux


auec chaleur, & proucnant autour des eaux croppies & puan-
tes, côme Tache de rifee, que Ion nomme herbe fardonique, Achedcrifee.
pourcc qu'elle fait mourir les belles & lespcrfonnes, comme
en riant La gucicie fauuage nommée Ifatis la baibe de bouc
: :

appellee Tragopogon: Aufsi la lague de bou(5,la Toutebon-


ne fauuage & bafle croiifant le violier de deux fortes:la cen-
:

taurée mineur,toutes les trois efpeces de marguerites que Ion


nomme confouldes,&: Singulièrement les gobelets, &: le tref-
ueil ou treffle de prayne , font bonnes herbes
dit prateufe &
lîngulieres aux prez de bon rapportjl'ail que Ion nomme fer-
pentin & que Ion iugeroit comme vn petit ionc aflez lôg,n'y
îert pas mal non plus que le vray & petit fcordiô qui fe trou-
ue fouuent es prayries de Cheles & ailleurs , mais la quantité
grande rend le foin mal odorant, comme bien odorant le ren-
dent le pouliot, l'origan de deux fortes, ou les trois fortes de
baulme,& le colLMais la methe ny le marrube qui eft camo-
mille fauuage,ny valent gueres. Laquatitédu vefTeron fait le
foin de grande nourriture pour la befte, la lancelee, l'argenti-
ne des deux fortes, la perlicaire à caufe qu'elle porte fleur de
pefcher , la pimprenelle , les trois fortes d'aguilles de pafteur
que les anciens nommèrent col de grue à caufe de la façon de
ce qu'elles portent au deffus de la tige,dont l'herbe robert en
eft vne, font grand bien aux beftes,&; les garentiflent de gra-
uelle,& leur prouoquent l'vrine en abondance. Le millefueil
herbe bonne à la couppeure, c'eft pourquoy Ion la nome her
be à charpentier, y ell bonne, &d'odeurafrezfuaue,maisle
chiendent que Ion nomme gramen,dcftruit le pré,d'auîat que
la melife l'amende,& augmente le laid aux vaches ainfi que le
Cythifus fait aux cheures, & aufsi la verueine & le fenneçon,
herbe de bonne nourriture pour les counins Garde que les
:

chardons ne f engédrent en ton pré,fî ce n'eft le chardon be-


noift,qui porte la fleur iaune;& Icchardonnet principalemet
aux bordeures fil à la fucille de branche vrfine,que Ion nom-
me Acathu$,mais plus petite, & tachée comme de gouttes de
lâiét, c'eft pourquoy on le nomme chardon de la vierge Ma-

rie, le mouron rouge & bleu, à caufe de leurs fleurs mefme le


blanc y fcruent autâtque la mercuire ou mercuriale, m.ifle &
femcllc,toutesfois qiie ce font plus herbes devigncs & de che
mins, ainfi que le lizct &: la raaurcilc, laliuaircquidilRrcde
2 iij
LIVRE un.
rcTdlcou reueille matin en ce qu'elle n'a point de ]à\ât, &
croift plus haute ainfi que le lin, finon qu'elle à la fleur iaune,

y cft bonne,n:iais le reueille matin n'y vaut rien, non plus que
la millepertuis. Ces deux font trop chaudes & malfaifantes:

le melilot petit & grâd , le myrrhis qui porte fueille de fenoil


& plulieurs fleurs blanches reparces,efl; de grande vertu & o-
deur de myrrhe, brefla carrotte &: le charnis feruent grande-
ment à la nourriture & bonté du foin. Somme le pré bien en-
tretenu 6c conferucraportetoufiours le double, cotre le mal
gouuerné & mcfnagc.

Qujlfaut ejjarter, effierrer, ^ fumer


les pre^i. Chap. /.

^""^ ^^ femcnce des bonnes herbes,quî efl: fort


'^fj\
'^'
Prei à labourer. requifeaux prez, encor y a-il d'autres f.içons
neceflaircs à la bonté du foin car il le<- faut cf-
,

farter,c'efl à dire,arracher les efpinesjbuiflons,

^^
ou grandes herbes qui y viennét-Les buiflbns,
ronces, & efpines,doiuent cflre arrachées en
Automne , ou deuant l'hyuer les herbes grandes au temps
: ,

nouueau pareillement les prcz maigres & pendants,tels que


:

font ceux qui ne font irroufez d'autre eau que du ciel,doiuêt


cftre labourez, remuez par plufieurs aratibns,& fumez en Fe-
urier quand la laine croift, & n'y faut laiffer aucune pierre ny

autre chofe qui puiffe nuire au faucheurrpuis les hercer après
qu'ils auront efté fcmtz.Ne faudra laifler entrer les porceaux
aux prez, parce qu'ils fouiller toufiours du groin & enleuent
des grofTes mottes de terre ny Icmbiablement gros bcftial,
:

{înon quand la terre cft fort ftiche, parce que lacornedes


pieds entre en terre & froifle les herbes, ou en couppe les ra-
cines.

Lacueillettedu foïn. Ch^p. ^.

^^ E foin doit eftre fauché auant qu'il foitfec,caroiî


en cu^.ilie daaantage', & en eft plus friand & piai-
llant à mâger au btftial: car fil eitoii ferré trop fec,
il auioit perdu tout fon fuc & la fubftance, & ne
feruiroit plus qu'à faire licticre:&: fil eftoit ferré trop verd,il
fc pourriroit au fenil ou grenier. Eftant fauché fera feiché en
DE LA MAISON RVSTIQVE. 92
temps beau & (erain deux ou trois iours auant que le ferrer, &
cependant fi quelques pluyes furuienncntjne fera ferré auant
qu'cftre encor vne fois feiché. Et quand il fera fec de toutes
parts, le mettras en meulons puis le bottelleras pour l'vfagc
:

de ton beftial.

Uo-ierayç. Chaj^. 7.
Rois chofes diligemment entretenues & aug-
mentées par l'afsiduité du laboureur l'enri-
chiflent fans grand trauaihles preZjl'ozerayc,
& lafàulfay£:lefquellesparlemoyéde l'eau,
qui félon les veines fubterranecs, difcourent
legierement es lieux gras & amendez de la
defcente des collines arroufees des fleuues cfparts à l'entour,
croiflent naturellement chacun an, &
rendent grand profit à
leur maillre, pour la nourriture de fon beftial, fa^ô de cercles
à tonneaux, & liaifon d'iceuy, & encor pour le chauffage &
aifance des perches §c marrain, pour les treilles & hayes d'ap-
puy,& efchalats au k vignes. Nous parlerons donc première-
ment de la façon & culture de rozeraye,puis de la faulfaye.
L'ozier,que les anciens nommoyent faulc amerine,ou Ozier.
viminale , propre à lier, ne demande approcher fi
c'elt à dire,

près de l'caujmais veut élire au déclin de la vallec,& veut l'o-


zeraye finir au bord de la faulfaye l'ozeraye doit eftre pi-
:

quée à la ligne, & petits folTv^z entre deux lignes, & faut fepa-
rervnbrinde l'autre enuironcinq pieds & demy pour luy
donner fon efpattcment,& eftendue. Elle ayme l'vmbre des
hauts arbres, & craint le foleil du Midy. Le franc ozier ver Franc oiier.
meil, elt de plus difficile culture , & craint les gelées & gril-
lées de Mars,& l'eau trop froide :1e blanc & le verd,quine fc
ployent ny le refendent fi bien, font de plus dure nature, &
montent plus haut. Sera bon piquer plus du franc que d'autre
&toufiourspourueoir à l'vmbre, & qu'il ait l'eau au pied, la
plus part dela faifon, parquoy luy faut faire rayons par voye

pourgarder& entretenir l'eau. On luy faitpîaifir de remuer


la terreaueclabefche,& luy rêuerferles mottes vers le pied,
quinze iours après la S. Michel qui eft le temps de la cueillir
,

& botteler. 11 faut tenir les bottes grolTes d'vne embraflce


frefchement ou en cclicr, oli en caue, & lî la faifon eft fciche,
par fois les arroufcr par tout. Aucuns les cffucillcnt en cueil-
L I VRE I I I r.

lant pour faire bonnes cendres, autres leur laifTent tomber les
fueilles d'ellesmefmcs, puis les recueillent pourlemefn^ge,
& en hyuer auprès du feu donner le paffetemps aux valets de
le refendre pour les vâniers: Q^elqu'vns ne couppent de l'o-
2cra"\e que les brins d'alentour, êchiflent le maiftrebrinen
fon entier iufquesà cinq ou fix ans, qu'il faut renouueller &
repiquer, car c'eft la durée de la plante , autrement le refle du
temps la plante fe feiche & le brin endurcit.

Lafaulfxye. CL^p

.^^^^,^-^0 A faulfaye demande pareille culture que l'o-


^^^Alv..'j'zerayc, parce que le faux diffère feulement
(H h' ^o^^^ d'vfage,ou de grandeur, &; de forme d'cfcor-
^^> d'auec l'ozier car : le faux eft pour les per-
^^J^''^^^\
r^l^ i"! cheS) l'ozier ("comme il aefté dit] pour liai-

^fon de visne &: des tonneaux. Le fauxeft



gros &plus haut efleué,l'02ier plus menu plus bas: le faux &
a Tefcorcede couleur de pourpre obfcur, l'ozier de couleur
blonde iaune quoy que ce fcir,le faux demande lieux aqua-
:

tiques , &
eft planté de cime taillée , ou bien de perches les :

perches font prinfes audcffus, de bonne gioffeur, mais tou-


tesfois non plus greffes que le bras : &: doiucnt eflre plantées
& lïchees en terre tant auantjqu'elles touchent la terre ferme:
la taille de la cime peuteflre longue de pied & deroyj&raife
en terre, en lacouurantvn petit. Ce que tu planteras, doit
eftre couppé tout Cec de l'arbre: car f^il efl couppé eftant
mouillé,ilneprofitera:parquoy àk couppé du faux faut eui-
ter iour pluuieux. Les plantes feront diftantes fvne de l'autre
de fix pieds en fix pieds en el'chiquier,&: fangneufement cul-
îiuees principalement les trois premières années, comme les
nouuelles vignes. Plus ample traitté trouueras delà faulfaye
au fixielme iiure.

L'ormaye c3r ^alnaye, Chap. 5.

p^^^ Es anciens faifoyent grand cas de l'oimeau , à rai-


Vigne raarîcc a
F: '^Mk''è,
^'on des vignes, parce qu'ils maryoyent les vignes à
l'orine.
b-^^^. 3 l'orme, com.mc mefme ce iourdhuv Ion f^it encor
en Italie maintenant
: forme tll appliquée à autre
via se
DE LA MAISON RVSTICtVE. ps
vfagc neceflairQ à la maifon ruftiqucraufsi auon$-nous com-
mandé au père de famille qu'il fift planter vne ormaye &
aulnayc au bout de fon iardin fruitier, l'vne pour le fagoiagc
& pour les roues & afsieux des charrettes & charrues: l'autre
pour le chauffage &
autre aifancc, outre le plailirquc tous
deux apportent le long de l'Efté. De l'ormaye & aulnayc
cous ne ferons plus longue dcfcription, mais te renuoyerons
aufixicfme liure, oùtutrouueras en particulier aflez ample-
ment déchiré comme il faut planter ces deux fortes d'arbrcSa
& en quel lieu & terroir principalement elles viennent.
L'ESTANG, LA MARE,
& la fofle à poiflbn.

Quel eji legihbier de l'eflang. Chap. lo.

E qui recommande beaucoup vn héritage,


c eft d'auoir aux champs le gibbicr, & le poif-
fon. Quand au gibbier il eit partie au bois &
à la garenne, de laquelle nous dirons en fon
^ lieu , partie aux terres labourables , & de iaf-
cheres,comme le lieure grand & petit, la per-
drix, la caille, &: l'alouette & partie dans les bois , comme le
:

c^rf, la bifche, le daim, & lefanglicr,& quant aux oifeaux, le


ramier, le bifet,la tourterelle, la gelinote,le pluuier & autres.
Or pour retourner à noftreeftang, fon gibbier [
principale-
ment d'oifcaux)ell le cy"gne,Ic & beccafsi-
hcron,Ia beccaffe
nc,lc canard, farcclle, & hilebran, l'oye fàuuage, & le butor.
Enccry a-il quant aux bcftcs,que les anciens nommèrent de
double vie, c'eft à dire, qui viucnt aufsibien dans les eaux, que BeftcsdecîouUe
dehors, la louttre, le caflor [qui véritablement a la queue ^^^'

chargée d'efcaille ainli quelepoiffon ] bicure,& leloir, auf-


queîsnousadioufterons la tortue délices des princes & gros Tortue,
combien que
fjigncurs: la.plus (mgulierc & de plus grande
faueur & rcqucitc li)it celle que Ion nomme nemoraIe,& qui
fiit fon terrier dans ks boisjricheflc des païs de Prouence &
Lançucdoc.
LIVRE 1 1 1 1.

De quels poijfons on doit peupler les eftarigs,


wares^'fojjesàpoijjon. Chap. ii.

m Ourle regard du poiflon de reftang,marejOU fof^


communes aux Beaucerons qui n'ont
es C chofcs
abondance d'eau que le Solongnois,Perche-
telle
ron,Toui'engeois, Angcuin,ou Manceau ) le plus
Carpe. commun & qui mieux le peuple font la carpe & le barbeau.
,

Barbeau, Vray cil que le brochet en elldebon manger, fi principale-


Brochet.
ment eft en eau vifue,& au traucrs de laquelle coure quelque
fleuue, commecnrcftangdcNau ou de Noue, & à celuy de
Eftangs renom- Gouuieux,deux des plus grands & naturels cftangs de noftrc

,
^j France &quiiamaisne tarifTentjmaisily àcedagcrquec'eft
..
Fa^
& de Gouaieux ^" tyran entre les poifTons d'eau doulce , & qui mange & de-
Brochet,tyran uore le menu , tellement qu'à la pefche on ne reiettedans l'e-
d'eau doulce. ftang pas vn de fcs petits, ainfi que Ion fait des autres. Le me-
PoifTon blanc, j^^ poiCTon que Ion appelle blanc , font la perche , vandoife,

mufiiier,cheucfiîe,goujon,loche,mcnuirc,& veron,combien
que les premiers fciyent de délices & rcqueftes pour les mala-
des & gens deîicats,mais le plus royal &
délicieux eft la truit-
Truittc.
te, qui iamais ne fe trouue qu'en eau courante, ou aux grades
Saulmonicrc.
fontaines. La faulmoniere eft de grande délice, aufsi à elle la
chair plus ferme & rouge ainfi que le faulmon,dont aufsi elle
Tanche.
porte le nom. La tanche,la bourbette, & le teftu font des plus
vils & limonneux , ainfi que l'anguille, qui toutesfois eft fin-
& recommandée en celuy de Noue
guliere es grands cftangs
ÂnguUlieres. & aux molins de Gouuieux,tefmoing les anguillicres que les
princes y ont fait faire,dont celle de Noue me femble de fort
grand eftime autant que la chaulfee, mais aucuns defdaignent
l'anguille pour la fadeur de fa chair,& aufsi que Ion dit qu'el-
le fraye auec le ferpent ou la couleuure; quoy qu'en foir,ie la
Limproycjpoif-
çj-q^u^ jyfsj bonne en eau fort courante que la lamproye Se
Ion venimeux .^p •
« n. i r
lamproy on , poillon vcnimenx en la mer , & quant il eit del-
, .
-i

en la mer.
gorgé,& entré dans les grands fleuues,cômele Loire,eft d'aP-
fez ferme nourriture, finon qu'il eft vifqueux, & de dure di-
geftion,quelque bien appareillé qu'il foit.
Escrtraentt de Les excréments de l'cftang , dont Ion mange en guife de
^**^R^-^^ o-
poiflon, font la reine ou grenouille, &
l'efcreui{re,defquelsle

nouille.
^ ' prei"">er prins en fa faifon , quand il n'cft plus en fray &
bien
appartiUc,donne gouft de quelque petit pouletjl'autrc char-
DE LA MAISON RVSTIdVE. 54
ge plus l'eftomach qu'il ne nourrit,toutesfois c au labou- eft

reur & fermier côme vne mené pour fa famille, qui aux iours
des petites fc()cs fe donne plailîr à les prendre à la longue ar-
balefte,& au mannequin,côme aufsi le petit poiflon i la faul- ^^^^^ ^^ p^
uc,à la treuble &
à la ligne, car le fcu^la tôncUe &
Tapait font ^^^^ dcfeaduei.
défendus de tout droit,il n'eflfurtouiqueUrcz ôtl'amcçon.

Quil faut curer les eflangs,

Chap. II.

p R fi tu vcuxauoir profit detoncftangou de ta Eftangi curer,


fofle, tu dois prèdre foing à la curer de trois en
trois ans, ofter les tofeaux,ioncs & larges fueil-
que Ion appellenymphce, & fleurs d'eau:
les

^f car cela empefchelt poiflon à fefgaycr, &le


rendlimonneux & demauuais gouft,faut aufsi
chafleraux rats d'eau:ou les prendre auec l'engin:& au loutre
& au bieurc, qui deftruifent fort vn ertang,ces deux tyrans fe
trouuct plus en Lorraine, qu'en la nolbe vraye & naturelle
Frâcc. Encor faut il que tu ayes foing que Ion ne tire pas fou-
uent au gibbier qui fe trouuera fur feau,auec l'arquebuze de L'arauebutc
chalfe, car cela tilonne le poiflon, & le fait mourir bien fou- mourir le
fait

uent. il y a aufsi d'autres moyens pour les prendre: & n'cft fi poiflon,

dangcreufc farbalcfte foir a traid ou à boulet. Vray que l'^irc


à Iilct cflleplusfingulicr, & fait bien autant di; meurtre que
le turcquoisjquand il cft tiré de bonne grâce & feure vifee.

P // 'il faut auoirpnrg de la leuee de l'efia ^g.


Chap. jj.

T^.^r~^ E plus grand frais de l'eflang efl Tentrcticn de Frais del'câaftf.


^ ieuce,dcsdeux collez
l'^V^vS-'O*'^ delà chauflccaucc ?i

bonde, efclufe fk foflc de contr'eftarig pour


la

rtreucirltau durant la pefche, &; aulsilccu-


ucr du limon & mauuailes herbes d'iceluy, qui
l'ont chofci quad l'eau n'en tû fi fort vifuc de

le faire atterrer, & ores que fort vifueferoit,d'cn faire tarir les
fources, & prendre ailleurs la conduite de leur eau parquoy ,

les meilleurs mefnagerslcrôttouliours garnis de fer pour re-


parc ries grilk s, ^ de cailloux & pierres fort dures pour l'en-
tretien delà Icuee.
A ij
LIVRE I I 1 1.

ueljoing eji requis pour la mare ^ la fojje

i poijjons. Chap. i^.

A mare &
la fofle à poiiTons doiucnt eflre
fouueni curez, repeuplez de nouueau, & raf-
^raifchis de menue denrée, car de toufiours
prendre, &
rien n'y mertre , cela fait le mon-
ceau defcroiftre. Aufsi elt le bon mtttayer
ioigneux & diligent en'la pefche,de toufiours
rcictter le menu dans &
ne le naurer aucunement f'il
l'eau,
peut: vray que pour meilleur m^fhage, il pique à l'entourde
la fofle ou de fa mare, force plantaux de faux, aucuns y met-
tent l'aulne & l'ormeau pour le chauffage de la maignee : au-
tres le tremble, & Je peuple félon, la difpofition de la terre.

De la nourriture des poijjons d'eflangymare,


(^ fojje à poijjons. Chap. //.

L efl tout certain que les poifTons qui habitent


à lamer ou aux fîeuucs & riuieres courantes ont
plus grande commodité de pafture, que ceux
qui font enfermez aux eflangs, mares, fofTes &
ont liberté en pleine mer,&
viuferSjCar ceux qui
fîeuucs, trouuent toufiours quelque apafl que leur apporte
l'eau courante, outre la diucsfité des petits pojfrons,qui font
nourriture des grands mais les autres détenus
: enferrez ci &
vn gardoir ne peuuent conquefler aucune pafture: fera donc
befôing quelqucsfois de leur ietter toute forte de menus
poifTons, des boyaux &
entrailles des grands, des figues ten-
dres decouppees,des noix quaffces,des cormes molles bouil-
]ies,fourmagcfrais,lopins de pain bis,quelques fruits hachez
m^nu, toute forte de poiffons falez, & autre femblable viade.
Car fi le poilTon n'cfl nourry & engraifTé de la pafture que
le père de famille ou le fermier luy fera donner, quand on le
portera à h halle ou marché à
poiflonfcar i'cntens que le boa
mefnager face profit de tout]fa maigreur dénotera afféz qu'il
n'aura pasefté prins en pleine mer, ou riuiere en fa liberté,
mais en vn gardoir, qui luy ofte & rabat beaucoup de fou
pris.
DE LA MAISON RVSTIQVE. 95

Delapcfchedespoijjons. Chap. 16.

A pefchedes poifTonseft diuerfc fclon les ri-

uicres & lieux aquatiques où ils habitent, pa-


reillement félon la dmcriité des poiflons: car
autrement la pefche fc hit à la mer, autrement
aux eaux douceSjautremefit les grands poiflons,
autrement l'anguillejautrcraent le brochet,3utrement la car-
pe eft pefchee. Or par ce que telle variété de pefche, feroit
fort difficile & longue à defcrire, nouslaifleronscefte co-
ffnoifl*ancc à ceux qui font eftat de vendre & achepter poif-
fons, nous dirons feulement pour la commodité du pcrede
famille, que les façons plus principales à prendre poiflons,
font, au manequin , à la treule, à la ligne, au rets à i'a- &
meçon.

Pour faire ajjemhler les poijjons en vn


lieu, Chap. //.

Rencz pouîiot, farriette, origan, marioleine,


drachmes de chacun efcorce d'encens,
trois :

nyrrhe & linople,huit drachmes de chacun:


^^%^ griottes Riches deftrempees en bon vin , de-

'j^^j^ nieliure, foyede pourceau rofty,graifl*e de


'-'^
Ovl''!^ii cheure , des aulx . de chacun vne Jiure, pilez

chacun à part,& puisy adiouftez du fablon deflié, & vnc


heure ou deux auant, empafterez le poiflbn de cefte mixtion,
& auec les rets enuironncrez le lieu où fera le poiflbn,
pour prendre toutes fortes de poiJJons,tant petits
que grands, Chap» jS.

I^enez graifle de brebis, de fcfame bruflee, des


julxjdu bon vin, origan, thym, marioleine fei-
che, de chacun afltz competemmcnr,& les pi-
auec du pain donnez les au poiflbn. Ou
lez
bien prenez griotte feichc, & la broyez , & en
faites pilules pour donner aux poiflons.
A iij
LIVRE un.
Pour prendre petits poijjom. ChaP. i^.

Rerez chair d'cfcargotfansla queue, de &


celafaitcsaniorceure,& n'en mettez pas plus
qued'vn efcaigot à la fois: ou bien prenez
chair & fang de veau bien broyée, mcttc2-la
en vn vaifleau , & la laiflcz ainfi par refpace
de dix iours, puisen vfez pour amorce. Au-
trement prenez griotte feiclie, & la broyez & en faites pilu-
les, lefqucllcs baillerez aux poifTons.

Pour amorcer les tortues. Chap. 20.

P Renez de ammoniacdrachmes
-• grailTe
Tel drachmes, oignô vnc drachme,
veau , fix
huit
forme de , faites pilules en
febues& les baillez aux tortues, & d'elles mefmes viendront
i l'odeur & Ce prendront.

Pour les feiches. Chap. zt,

Renez lye de fort vin,& la méfiez auec huil-


le,&en iettcz au lieu où vous cognoiflrez
que
la friche aura laifTé fon encre noir:& el-

viendront au lieu où l'huille ftm , & ainfi


les
vous le*; pourre? prendre ou bien prenez fel :

ammoniac fci?e drachmes, beurre de cheure


huit dr3chmcs,pilez tout &: en faites petits pains mois & de :

cela en frottez quelque graine ou petits linges, qui ne foyent


point frangez, car ainlî les fechcs p.nflrontàrcniour, &n'en
bougeront, & incontinent les prendrez.

Pour prendre le poijfon menu, au on appelle


loches. Chap. zz.

.Rènez fon de froument, deux Hures, lêtilîes en-


ieres,demie hure:meflcz le tout enfcmble & les
croyez auec fjumeurc en fufhfdntequâtité,pui$
idîoullez Jemieliuredcfefame, & de cela voui
en iaut de paiiir& ictter deçà &: delà , car aufii tofl que vou«
DE LA MAISON RVSTIQVE. 9^
l'aurez ictté,tout le petit poiflbn y accourra,& d'auantagc,ils
f aflcmbleront en vn lieu, cncores qu'ils foyent fix cent pas
loing.Ou bien prenez fang de beuf,de cheurc^de brebis & de
porceau,& la ficte qui eft aux petits boyaux d'iceluy, thym,
origin,pouliot,rarriette,marioleine,ail,& lye de bon vin,au-
tant de l'vn comme de l'autre de la graiffe ou de la moelle
,

dcfdits animaux, tant que vous verrez qu'il y en aura aflez,


pilez chacû à part, puis les meflez cnfemble & en formez des
pilules,que ietterez au lieu où voudrez aflembler les poiflbns
vnc heure au parauant, puis y iettez les fillets. Autrement
prenez fang de cheurc noircjlyc de bon vin, farine d'orge,au-
tantde l'vn comme de rautre,broyez letoutauccvn poul-
mon decheure, dccouppé[bien menu , faites-en des pilules
pour en vfcr à la façon deffufdite. Autrement prenez des aulx
demie liurc,du fefame brufléautar, du pouIiot,origan,thym»
marioleine, farrictte , ftaphifagrc fauuagc , de chacun trente
deux drachmes, farine d'orge, vneliurc, de la fermcntee au-
tant, efcorce d'encens feize drachmes, meflez le tout enfem-
ble auec du fon, & en donnez aux poiflbns.

Pour prendre perches, Chap. 2^.

A. fe prend facilement ny aux rets,


perche ne
ny naffe,mais pluftoft auec amorccure
à la
propre, encor en eau troublée parquoy fau-
:

dra faire amorceure auec foye de cheure &


en amorcer l'ameçon , ou bien prenez papil-
lons iaunes, qui voilent, formage de cheure,
de chacun quatre drachmes , opopauacis,
deux drachmes, fang de pourceau quatre drachmes gal- ,

bany quatre drachmes, pilez bien tout, & meflez enfem-


ble&verfez par defllis de gros vm pur, & en faites petits
pains, comme (i vouliez faire parfums & les faites feichcr ï
i'vmbrc.
LIVRE IIII. DE LA MAIS. RVST.
Pour prendre faulmons j tant
de riuiere que de mer,

Chap. z^,

Renez tefticulcs de coq huit drachmes,noy-


aux de pommes de Pin brufléjfeizc drach-
mes, pillez le toutenfembiciurquesà ce qu'il
foit rédigé, en forme de farine: Autrement
prenez graine de rue fauuage huit drach-
mes, graifle de veau huit drachmes, Tefame
feize drachmes > piltz tout & en faites petits pains , defquels
vftrez.

Tin du quàîrlefme hure de la

maijon Ruflique,
97

Cinquiefme liurede la mai-


SON RVSTIQVE,
DE LA C VLT VRE DES
grains & légumes, en terres
labourables.

Quelle manière de cultiuer les terres laboura-

bles Jcra traittee en ce Imre,

Chap. I.

Ommelon voît ordinairement les co-


plexiôs des habitas es prouincts à\'\\Q
bien grade région félon l'air ou afped
I du folcil que Ion dit climatjdifFercnttS
lesvnes d'auec les autre: Ion voit au Diucrfîc<îde
cas pareil, la nature &
fecundité des terre,

(terreslabourables , engendrer diuerfe


complexion & gouuernement en vn
lieu plus qu'en l'autre, félon que le terroir eft glaireux, (ol-
blonncux, croyeux, briqucux, caillouëux, ou franc: qui fait
que de necefsité noz premiers habitans de ce païs ont varié ,

de culture, & mefmesde façon de charrue en la France &


Vulclind'icellc,haute & baflcBeaucc, païs de Normandie &
Vulcfin d'iccllc, SangrerrCjSanxcrre, Berry, Picardie, auAi
haute &: baffe Bric, Champaigne, Bourgongne, Niuernois>
Bourbonnois, Rerclois,Forcfl:,Lyonnois, Brcflc, Sauoye.
Etencorau païs d'Auucrgne, Languedoc, de Sologne ( où
grain ny croifl que le fcglc) Bordelais, Rochclais, Vcndo-
mois, Bafadois ^' généralement par tout le païs de Languc-
,

dociufqucsà laGafcongnCjBifcaye, & Biart,fjns obmetire


B
LIVKI- V.
le pnYs deBretaîgne que Ion nomme Cillot Se Tonnant. Bref
outre !a Prouence,Mjine,Tourainc,Poi(5tOu,le Pcrche,cont6
, d'Anjou qui font comme terres de promirsion en nodrc païs
Tautlicur.
dcGaullc. De toutes les manières de cultiucr ces terres labou-
rable), nous auonspropolctraitrcrcy après tn bref & bien
facilement, pour regard feulement de l'agriculture de no-
le

ftrevraye France que nous cntêdons comprendre tout ce qui


e(l enclos entre les riuieres d Oy(e,Mjrne,& Svine,& voulÔs

ce ncantmoins faire fon agriculture, comme vn exemplaire


pour toutes les façons & -minières de cuhiuer des païs
, tant

voilinsque quelque peu eflongnezmon toutesfois d'autre


refTort & domaine que de la Gaulle [car des païs cftrangers
n'enay foucy] comme la Bc-auce, Soiogne,An;ou, le Maine,
Berry,Poidou,Auuergne,Brye,Châpaigne,Piraroic, Bour-
gongne,Normandie,Lyonnois,Fore(]:,Breffc, Dauphiné,Sa-
uoye,Proue.nce:& païs adhérents qui font des plus frudueux
de toutes les Ga ulles.

OueUes font les terres lahourahles de noflre


France^ Chap. 2.

j R quant au labeur de noftrevraye France, qui


/^comprcntle vuHin, furnommé le François, &
Pcftend iufqucs au païs deSangtys,brefqui
circuit tout ce que Baigne la Seine, iufquesà
l'Oyfc d'vnc part, & d'autre coftoye lé Maine
&riuiered'Aulbe II eft certain que le labeur y
cft fort,comme aufsi la terre fe trouue franche, meuble, noi-
re,profonde,haute en guerct, peu picrreufe,& par côfcquent
de bien grand rapport. Aufsi produit elle le pur fourmet no-
ble au panifîce & nourriture des hommt^Sjii nousvoulons re-
cognoiftre Goneire,Louures, Poifly, Damm3rtin,& iufques
à Sarcelles ôc au deflbubs, Efcouans & Lularches Aufquels ;

pâïsla couple de chenaux du prisdecfnt, & fix vingts efcus


pièce, & au deffus egenent le labeur fins eftre criez ny hariez
& ne font que certaine tafche par iour,n'cndurent les grades
chaleurs ou pluyes,les forts vents, les gelées, & font aufsi bra-
uement traiite? que les courfïcrs & cheuaux de lance aux ef~
cayries des princes.
DE LA MAISON RVSTIQVE. ^8

Combien de fifon demandent les terres


labourables. Chap. j.
^^^,Oi;rdonques vous dire ruccindtement le labeur
"des terres à grains & legumes,entendez en gêne-
rai que les façons des terres labourables font di-
uerfcSjfclon les lieux & fituations d'icelles, ainfi
que nous auons reciré mais quoy qu'en foit, &
:

en quelque terroir que fe puiiTe defcrire ou narrer, il faut que


les premières façons à la iafchere[lcs anciens leurs donnoyêt lafcKcfe.

le nom de champ reftibule & de relaiz]fo)'cnt d'efpierrer par Re^itiu'C'

tout bien vnimentauecleratteau.peinedeicunesgenSjOuau- ~,^^^**


. ,

tremcnt , car la terre en loy n citant cultiuee, n engendre que tiuee.


pierres &
herbes fortes & in'utiles, côme reliques du fien cô-
rummé,& altéré iufques au cinquiefme degré de chaleur. Et
ne faut douter que la terre franche quât elle ne deburoii pro-
duire que des fcnues, du chiendent , morron, mercure, ctiar-
dons de plulieurs fortes,hiebles, veflcron, pauoî rouge, aue-
ncron, verueine, aulbifoins, cornuette ou auti-es telles herbes
inutiles, fans omettre la nielle, liuroye, &: ce que Ion nomme
arreftebeuf,ou pour le moins la fumeterre &lahanebanc,en-
corfera elle quelques chofcsrttîlcscn y a qui produifcntd'tl
Icf-mefmes la maroiitte qui cft la f:iufe camomille, le myn his Faufe camorail-
herbe propres la hargne [ce font franches terres] & ce que le.
Ion nomme chamep) (liscômei'ay autrcsfois veu en la vraye
France. Pour diftir.ction de ces herbes les chardons monftret
la ch-jleur du terroir, en tcOnoignage delà racine aromatique

& od(~r.U)te,la !e-guë,l'achefiUL;age,la fumeterre viennent de


purrcfadion le lizet peiii & grand, procèdent partie de fei-
:

ch"rcfle,partie d'altération d'hum.eur. La maurellc, petite &


grande,que Ion nomme 1) mphile maicur,viennent de la par-
tie froide qu'elles tirent de l'humeur delà terre: la mercure de
deux fortes, Teuphragc aufsi de deux ou trois fleurs différen-
tes, la menue o/cille rouge par deffous, les trois fortes de plan
fiin, tiennent du froid ou tempéré: maislccreffonalcnois, &
rh:rbe croiflantau folTcZ que Ion nômecry limon, la roquet-
tc,le fenneué fauu3ge,& mefmes la faine des deux fortes ont ,

natures différentes &: plus chauldes, félon l'humeur qu'elles


côfuâTent de leur proprittc, bref ce font certains ieux ^ p!ai- isjjnirt n»eft ia-
lirs de nature, qui iamais cncor qu'elle ne foit cultiuee en fa maisoyfcufc.
Aij
LIVRE V,
tcrre,ne veut demeurer oyfeurcjou fans faire quelque acTtion,
Vray que le chiendent, & celle que Ion nomnie arrtllebciif,
femblent vouloir plus que la verueine & fanguinaire prendre
poflersion du lieu ou elles Pheritct faute de labeur , mais elles
craignent le couitrejCÔme leur tyraujpour concli:re,Ges her-
bes dernières couppees &derracinecs, parlôg & profond la-
beur doiuent puis après [principalemencles chardons] eftre
rabatues & côminuees deuani les premières pluyes,fi que rien
d'elles non plus que du ferpent venimeux , puifFe puis après
progcnicr &
recroiflre, car leur naturel eft lî tell qu'elles rc-
çoiuent quelque peu d'humeur c tic fte, fe ioindre & attacher
li fortaulimôdela terre,qii'ellesy entrent en telle poflefsicn

que leur fait bien fouuentfuffoquerlamere, concluons donc


que les façons de la terre labourable font efpierrer , amender,
Première façon efpadre le fien on la marne,labourer de première façon, rayô-
nerjcfmotterauec le rouleau, ou la plâche,couurir,puis quel-
que temps après que les pluyes ont donné fus,labourer de fe-
Secoiide façon, conde façon que les anciens difoyent itérer , ce qui ne fe fait
Tierce f :çoii. ç^^^ rayôner, & de tierce façon en plufieurs endroits que Ion
appelle tiercer:enfenienfer, itercer,tirer les herbes qui par l'a-
bondance des pluyes &
luxure de la terre , abondent fur- &
montent le grain nouuellemét leué.Et pour le dernier moy f-
fonner ôc defpouiller, fcier ou faulcher, engerber & chaul^
mer.

EJjfierrer première façon des terres labou-


rables, Chap, ^.

On efpierre en hyuer, ou en terre ncufue,


oueniafcherequifefait, pourefpargne, par
les petits valets & feruâtes,qui auec les mains

fe courbans,en remphfTent mannes & corbiU

Ions, &: les portent au milieu du chemin paf-


fant, & aux rayons &
ornières du charroy,
ou bien au bout de chacun arpent de terre, en quelque en-
droit inutile.
PE LA MAISON RVSTIoyE. 99
- amender, féconde façon, Chap. /.

Tis terres fe doiuent amender au commence-


|mcnt(k-rh} lier, fur les AducntsdeNod,ou
auec Je fie n de brebis de trois ans rvn,en terre
{maigre pouiluydonner chaleurjOU bien aucc
le tien de vache & de cheual méfiez enfem-
,

ble, pour luy donner chaleur tcmpcrce. Il les


faut mettre par tas, le long des rai2es,que Ion
entend faire au labeur pour les efpandrc en la faifon, foit fien Quel doit eftre

pourry ou marne. Et lerafait principalement en temps plu- le fîe"«,

uieux, à fin que par la diftillation des neiges & pluyes furue-
nantes,il fe matte & amolliiïe.Le mauuais mefnager le refpâd
tout chaud , mais il en voit l'expérience des herbes fuccroif-
fantes : femé & efpandu , combien
car le fien eftant premier
qu'il foit matté puis après, neantmois de ce qu'il contient de
grain refpâdu en reftable,il en rend premier la geniture beau-
coup moins naturelle &
fru<5lueufe, que le grain femé puis
après, fi eftce que cela empefche fort la terre & le laboureur
à leur feruice. C'cft pourquoylc Solognois & Beauceron
meilleurs mcftayers font leurs rofmarinsen têpsd'Efl:é,pour
eftre pourris & amendez en temps d'Automne, & quelque^-
fois plus longuement :mefme qu'ils retiennent cela de père
en fils , que rien n'cft plus cher que le fien en fa faifon , pour Rien plus cher
l'amendement de la terre. Aucuns prennent le fien quali tout ^^^ ^^ ^^^*
chaud, &d£my pourry , au bout de leur héritage, mais cela
fait grand tort, parce que le fien n'eftantencor matté des
pluyes,neiges,ou autres humiditez celeftes,commc crud de-
meure inutile, & fert plus la féconde que la première année,
roefmes garde le meilleur fruit de profiter & faillir à fon plai-
fir. Ceux-là me fcmblentmal faire,qui après auoircucilly, ou DiuerSté de fié.

en Aouft,ou en Septembre le grain, & auoir fcié bien haut en


donnant le feu, en font comme fumier par le bénéfice des
pluyes furuenantes. Cela leur fert comme premier amende-
ment àleursterres,principalementauxglaireufes &argiileu-
f£S,ou qui ont fort gueret:vray qu'ils n'en vient tous les ans,
pourne perdre la commodité delacouuerturcdeleursmai-
fons. Et moins me femblent faillir ceux qui après auoir laiffé
en fciant ou fauchant le chaulmc long & aflfcz haut, donnent
incontinent vne façon à leur terre, & par icelle renucrfcn-t Ic'
13 iij
LIVRE V.
dit chcHilme aucclcsmauuaifcs herbes , pour les raîrematte
Premier amen- &
pourrir aux pluycs de l'hyucr. Iln'tft fur tout que ]epre-
dcmcju le meil- micr amendement delà terre, lequel qui
ncgligcroit, en deux
^^'^'
ans,il ne recucilliroit que feigle pour fournicnt,& vefle pour
auoinc, Se vclTcron pour veilc.'

FHmier^ tierce façon. Chai), e,

L fautefpandrcle marne à la S. Martin


ficns ou la
l'hyuer, attendant queou terre de re-
la iafchere
.lis aye prins fa recreace^mais (î c'eft pour le grain

.^lus généreux, Ion doit fumer incontinent à ia lin

d'Automne pour donner îoifir aux terres de receuoir les eaux


du ciel, qui leur fcruira de meilleure putrefadion à leur fe-
mcnce conficlerant l'imbécillité de la terre, mais fi c'ell pour
le purfourmentnon mefléquclon dit melUil,on doit fumer
en cueurd'hyuerou peu au parauant,combien qu'aucuns at-
tendent le mois de Mars pour receuoir les pluyesd'Apuril,
qui pcuuent fort amender attendant la fin de Septembre au-
quel temps ils fement en poudrette6<r feicherefle venteufe,
attendant les premières pluyes,&la putrcfadion d'icclles»
Qrioy qu'en foit comme vaut mieux fumer que ne pomî
il ,

Trop fumer fumer, aufsi vaut mieux fumer fouuent, que trop fumer car :

mauuais, tout ainfi qu'vn champ fe refroidifl fil n'cft fume, aulsi il fe
brufle quand il elt trop fumé, à railbn de quoy faut diligem-
ment confiderer le terroir, caria bonne terre n'a fi grand be-
foing d'eftre fumée, que la maigre. Le champ humide veut
cftreplus fort fumé, dautanr que quand il eft gelé par moit-
teur continuelle, le fien par fa chaleur lerefoult i\' dcl'oele.

Le champ fecen veut moins, parce que de foy-melme il cft


afle? chaud caufedcfa feichefe{re:& en y mcttat beaucoup
à
delumier,il pourroir eftre brufié. Faut aufsi auoirefgard à
Fien à ferrer, la bonté du fien carie bon ficn doit clbe ferré de faiibn
, &
Ben ficn. repofé vn an,ril ell: plus vieil, tant moins en vautde fien meil-
leur de tous,e{l celuy de pigeon, puis celuy de l'homme prin-
cipalement fil eft meilé aucc d'autres ordures &: immondices
delà maifon car de fa nature il eft trop chaud après, le fiien
: :

d'afne, qui cft le meilleur de tous ficnsde beftiai parce que ,

cefte bcft malchc &: mange lentemét,dont elle digère mieux


& rend le fien plus confît & idoine à eftrc mis promptemcnî
DE LA MAISON RVSTIQJVE. loo
en terre après ceftuy , le fien de brebis puis celuy des che-
: :

ures finalement de tous autres,comme cheuaux, iamentSj&


:

beufs: le pire de tous eft celuy de pourceaux, à raiibnde fa


griiid chaleur,par laquelle il brulle incoiitinent la terre. Au
lurplus le bon laboureur ne fumera champs, au iamais fes Fumer au Je-

croiltint de la Lunc,car cela fut croiflre abondance d'herbes 5°,"" '" ^"^^^
I > t 1 ,' T- r- T
inutiles vray qu il doit tumcr fes prez en Feburier,au croil-
I
- labourables, &
;
|^ ^ ^^ ^^ ^j-^jf
iantdelaLunc,carlefbin {'en multiplie, faut,

^'jant que femerfaht labourer de première


C^fécondefaçon, Chap. /.

VelquVns plus curieux obferuent le prouer- prouerbe.


be commun, de planter en Croiflant, & femer Planter en croil'
en decourSjeitâs en celle opinion qae le grain fint .
f^^ner en
*'^^°""-
en profite mieux. Autres font d'aduis[que i'e-

ftime aOez ridicules, & fentir fon liuredes


quenoilles j
que la femaille doit ellre faite en
chantant & le feraeur ou laboureur eftant gay:autrement elle Semer en cKan-
ne profite point. tant.

Qnoy qu'en foitje grain de froument ou meftail deman-


de deux façons de labeur, premier qu'eflre ftméj Type qui eft
dite première façon , qui le doit faire fi toft que le fumier eft
efpandu[autrcment le fien pcrdroit d force par le haie du fo
leil fil n'eiloit couuert] & cefte première façon eft pour re-

muer la terre Si l'alTouplir au lebcur. Secôd qui fefait en hy-


iicr, puis en temps ihc auec le roulkau,que ks anciens appel-

loyét cylindrc[qui en terres fortes mérite bien cftre de mar- Cvlin ?re.
breou bas lyaisbicn polyjpour efmotter ce que furmonte. Efmotcer.
Mais tu as à cognoiftreque l'elon raTsiette des terres pro-
pres aux grains, ou aux légumes, de aufsi félon le pats, le gue-
rctlcfolage,lôàdccouftum::diuevfifierlelabeur pour la nc-
cefsité & commodité des habitants car à la Brye ou font les Bry««
:

terres glaizes & humides propres à faire le pot à vn belbing,


,

on labeurc en talut & comme en dos d'afne, & tient on entre


cinq rayôsvn feillon plus large dreffc, aufsicn talut pour rc-
ceuoirlescaux,tatdcla pluye que dudtfToubsdugueretqui
efl toufiours humide, à caufe de deux fîcuucs qui deçà Ik de-
iaarroufcnt abondamment les terres par dcflbubs. Et pour
LIVRE V.
ce mefme efleâ: ( ce qui fe pratique aufsi à la petite Beau ce,
comme au Long-boyau,Val de g3licc,Va] boyan,Niuernois
& Bourbonnois) font au bout des terres certaines leuces af-
fez hautes, oii y a entre ladite Icuee & pièce de terre,vnc fofle
faiteau propre , comme vne longue cuue, pour reccuoir les
eauK qui f efcoulent des grandes piuy es,autremcî elles pour-
riroyent &
fufFoqueroycnt le grainxela nuit aux paflans par
Sautercaux ^e ce païs : c'eft pourquoy Ion nomme les fautercaux de Brye.
Brye. Encorne fi bien faire, qu'en temps trop plu-
fauroyent-ils
uieuXjl'yurayc, hiebies & autres herbes fuccroiflantes, ne
leur donnent peine à ofter & arracher, qui eft encor vne au-
Exhcrber. ^^^ façon que les anciens nommoyent exhcrber fans ce que :

l'abondance de Teau du ciel fait ce tort à lafemcncede la


defcourrir par fois , encor qu'elle foit bien hercee,& la terre
forte &
puiflante. Il n'eft de meftier de telles fofles ou leuces
en la vrayc France , ny en 'l'ifle d'icelle, plat & franc païs de
blairie, comme le Long-boyau & la Beauce[vray grenier de
laFrance] fans oublier le païs dOye &defangters5mcfmcs
leBerry & fcancPoidou. Et faut bien de ce danger excufer
tous païs fablonneux,comme en plufieurs endroits de la Pi-
cardie, &: en Solongneiufques au Percheron,aufsi font-ils le5
rayons plus près & proches l'vn de l'autre, tout ainfi comme
aux defcentes & vallées.

uefélon lesjraïs Ion fefert de diuerjes heflçs


pour labourer les terres,
Chap. 8.


^^S^yp
-j^ .
N
ou
terres fortes
il faut trois
& franches,
chenaux
comme
fur charrue
dit eft,
de cin-
Labeur de che-^ {%^i quante picds,non ainfi ioinéts & attelez com
1^^, nie en païs, ou Ion laboure auec des iuments,
uaux.
des afnes &
des beufs, ou des buffles il faut :

premier labeur efmotteraucc le ro-


après le

leau,& applattir ou efquarrir & applanir auec h planche.


En terres maigres fablonncufes & moins fortes n'y faut
fi grands de cheuauxny de gcnts, car il n'eft mcftierii
frais
fort enfoncer en gueret aufbi ont kslaboureurs d.i tels païs
:

plufloft expédié que les autres, & labourent plus tard à caufe
ds
DE LA MAISON RVSTIQVE. loi

de l'air & du ciel de leur païs, aufsi labourent-ils aiiecl'arne


& lebeuf, comme en Auuergncauccle mulet, &àla Koma-
nie& campaigne d'Italie auec le buffle.
A la vérité le labeur des beufs n'eft exploitable ny
fi fi BeufsàUbourer
tofi: defpefirhé en necefsité, mais il le faut commêcer plufioft
au trauail,& en auoir plus grande quantité que de cheuaux,il
eftde plus d'efpargne quant à )a nourriture,achapt,&: reuen-
te,ioinâ: que vous pouuez manger le beuf, ou reuendre après
qu'il vous aura fcruy quelque temps,vray que celuy qui à ti-
ré du matinjfedoit refrcfirhirlareleuee, & vont les beufs à la
charrue de meilleure hcure,m3is ils retournent pluftofi du la-
beur que ne font les cheuaux la plus grande commodité en
:

eft, qu'ils endurent mieux Timportunité du temps, & en ter-


re forte ils enfoncent plusauant, & fen retirent mieux, aufsi
ne leur faut tant de ferrure, ny harnas aux païs ou le fer, & les
autres bardes font chères. Etne font fubieds à tant de mala-
dies, finon qu'il les faut garder de morfonture & delà pluye,
& auoir foing de les bien couurir.
le ne trouuc labeur de moins de frais que celuy desafncs, Afaeiàlabou-
"^*
tels que Ion recouure en Tabie, en Calabre, Sicile, & aux en-
droits de laffle, païs ou ils font beaux Se grands, car ils durét
plus à la peine,nefont fubiedsà tant de maux, & ne couftent
tant à nourrir.Vray aufsi qu'ils n'en font pas tant ne fi bien du
tout parquoy ferucnt mieux en terres maigres finon que le
: :

mulet en Auuergnc furmontc toutes autres beftes, mais il eft Mulets à laboa-
fdfcheux jdurau colier, ouau tirer, & fi ccruclin qu'il n'y à
^'^'''

'"^'*
mulet qui n'ait fa lune, & ne donne fafchcrie à fonmaiftre, uaife
b'eft"
mais on dit que de bon mulet mauuaife belle.
LelabeurdebulflcSjCommelon voit la Romaine &ail-îJ Buffles à labou-

Icurs, eft bon en terres grafics & argilleufcs & couftét moins '"^^•

en harnas, par ce qu'ayans le col fi court,il ne leur faut qu'vn


anneau pour les retenir, & lier au mufle: mais ils font dange-
reux en Efté & entrent fouuent en fureur, quand principale-
ment ils voyent quelques habis rouges. Toutesfois ils durent Habis rouges,
plus lôg temps à la peine, & font plus diligents que les beufs.
Somme ce beftialfcrt, & vaut outre le labeur, pour le laid:, &
pour le cuir, plus que la vache ou lebeuf,car cnd'aucunsen-
droits les laboureurs faydent aufsi bien de iuments , afncfles,
mules &: vaches, que des m.:iflcs de ccfte façon. DiucrfTtc de
le nem'cmpeicheenceft endroit delà forme de la char- durruc
C
LIVRE V.
riieny deladlucrfitéquife trouuefclon les régions, comme
tu poarrois (demander h différence des charrues àbeufs&à
cheuau\,attendu que comme félon le pain il faut le coufteau,
& puiflancedela terreil faut l'inltrument
aufsi félon la force
& vtil pour la coupper & labourer, & ne me donneray peine
en ceft endroit fi noftre charruë,efl femblable à cellcqucdef-
critlcbôHefiodeenfon œuure & iour, non plus de h façon
delà ferpcou coigneede columelle, qu'ilditdefon temps a-
uoircflé nommée Françoife.

EJmotter,puls labourer defécondefaçon,


Chap. 5.
[Tm^ R faut il après la première façon du labeur de
(^ h terre,ofter diligemment & rabattre les mot-
tes & rendre la terre bien vnie,pour mieux fe-
^ mer & diftribueren bône proportion le grain
fur la terre.Ce que fait noftre commun en têps
fec qu'il appelle de pouldrettercombien que le
Beauceron n'y prenne pas de fi près garde , car à caufe de la
graifle de fa terre il prend le temps comme il fe prefcnte, n'e-
ftant affeuré du beau temps ou pluuieux. Quoy qu'il en foit,
il faut tât de fois labourer & relabourer,que la terre foit tou-

te en pouldre,fileft pofsiblcjafin qu'il ne refte aucune motte


à quafier après que lô aura femé parquoy après que les mot-
:

tes ferôt abbatucs & applanies, pour la féconde façon on re-


trcnchera les terres enuiron la my Iuing,fi elles font grafles &
humides, ou enuiron lemois de Septembre, fi elles Ibnt mai-
gres & feiches, autrement la terre maigre feroit defeichee de
bruflee du foleil,& ne luy refteroit fuc ne vertu.

Semer. Chap. 10.

len toft après ccfte fecôde façon faudra tier-


cer, c'tft à dire bailler la tierce façon , & in-