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SOURCES CHRÉTIENNES

GRÉGOIRE DE NYSSE

HOMÉLIES
SUR
L'ECCLÉSIASTE

TEXTE GREC DE L'ÉDITION P. ALEXANDER.


INTRODUCTION, TRADUCTION, NOTES ET INDEX

par

Françoise VIN EL

Ol/vrage pllblié avec le concol/rs dl/


Cefltre Natioflal dll Livre
et de ,'Œllvre d'Orieflt

LES ÉDITIONS DU CERF, 29 Bd de LATOUR-MAUBOURG, PARIS


1996
INTRODUCTION

La pnblicafio!1 de cef ol/vrage a été préparée avec le COIlCOl/rs L'Ecclésiaste, ou Qohélet, selon son titre hébraïque, est
de l'Jlls/if/lt des « SOl/rces Chrétielllles)) un texte biblique difficile, Écrit en hébreu à une date
(u'P.R.E.S.A. JO)! dl/ Celltre Natiollal de la RecherdJe Scielltifiqlle) tardive, dans une langue que les exégètes s'accordent à
reconnaître comme très marquée par l'araméen 1, ce livre,
qui se présente actuellement sous la forme de douze
chapitres, pose de nombreux problèmes d'interprétation.

1. - LE LIVRE DE L'ECCLÉSIASTE
ET SES COMMENTAIRES

En présentant la traduction du Targum de Qohélet, Ch.


Mopsik 2 rend compte des débats suscités dans la tradition
juive par les propos d'allure hétérodoxe prêtés à Salomon;
son pessimisme radical, ses questions sur l'homme et le
monde ne sont-ils pas provocants? Qu'il s'agisse de sa
portée philosophique ou de son utilisation dans le cadre
liturgique, partisans et adversaires de l'œuvre s'affrontent,
durcissent ou au contraire rectifient les positions de
Qohélet. Ch. Mopsik conclut ainsi ses réflexions : « Il est
difficile de nier que l'interprétation rabbinique a assuré la
transmission de ce livre malgré les réticences qu'il n'a pas
© Les Éditiolls d/l Cerf, 199 6
ISBN : 2-204-05355-4
1. Voir BARTON, Commentary on Ecclesiastes, p. 7·8.
ISSN : °75°-1978 2. L'Ecclésiaste et son double araméen.
8 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE ET SES COMMENTAIRES 9

manqué de susciter. Est-elle alors occultation ou sauveta- son Commentaire, doivent beaucoup aux schémas exégé-
ge ? Les deux à la fois sans doute 1 ». tiques des commentaires néoplatoniciens 1.
Le texte grec de l'Ecclésiaste ne présente pas moins de Dans la trilogie salomonienne, l'Ecclésiaste est désor-
difficulté que l'original hébreu. Les critiques contempo- mais défini comme le livre de la physique 2 : proclamer la
rains en attribuent la traduction à Aquila, au le siècle de « vanité» du monde sensible constitue une propédeutique
notre ère 2. Le caractère tardif du passage dans la langue à la lecture mystique du Cantique. Cette interprétation est
grecque et les discussions sur la canonicité qui ont pu lui largement reprise après Origène 3. Jérôme lui fait bonne
être liées expliquent sans doute l'absence presque totale de place dans son Commentaire 4, et S. Holm-Nielsen a
références à l'Ecclésiaste dans les deux premiers siècles montré combien l'œuvre de Jérôme, riche en remarques
chrétiens 3. Les Homélies sur l'Ecclésiaste de Grégoire de sur le texte biblique et ses variantes hexaplaires, nourrit
Nysse, telles qu'elles nous sont parvenues, en acquièrent largement les commentaires latins jusqu'au Moyen Âge.
d'autant plus d'importance. .
Avant de présenter les fragments de commentall'es
antérieurs à celui de Grégoire de Nysse, on peut encore Les commentaires grecs de l'Ecclésiaste
noter ce qui, de fait, assure une place à l'Ecclésiaste dans
la tradition à partir d'Origène. Clément d'Alexandrie avait Des éditions nouvelles, et en particulier les travaux de S.
cherché à adapter à la foi chrétienne les degrés du savoir Leanza et de son équipe sur les chaînes de l'Ecclésiaste,
définis par la philosophie grecque et à fixer ainsi les parties ont amélioré notre connaissance des interprétations patris-
de la philosophie chrétienne 4. Au début de son Commen- tiques de ce texte, alors même que bien des œuvres nous
sont parvenues dans un état très fragmentaire.
taire sur le Cantique des Cantiques, Origène établit une
correspondance entre les parties traditionnelles de la
philosophie, qu'il nomme éthique, physique et époptiqu~, - Avant Grégoire de Nysse
et les trois livres attribués à Salomon, Proverbes, Eccle-
. , La lettre 33 de Jérôme mentionne dans la
siaste, Cantique des Cantiques 5. Il faut peut-~tre voi: là: O
ngene l'lste d es œuvres d'O" ngene h'Ult h orne'1'les sur
comme le souligne M. Har1 6 , la marque du role attnb~e
l'Ecclésiaste, auxquelles il faut ajouter les scholies des
par l'interprétation juive au personnage de Salomon. MalS
chaînes. S. Leanza a regroupé ces différents fragments ainsi
1. Hadot a aussi montré que les questions abordées par
que les références à l'Ecclésiaste présentes dans le l'este de
Origène, lorsqu'il présente le Cantique dans le prologue de
l'œuvre d'Origène 5. A défaut de donner véritablement une
1. Ibid., p. 22.
idée d'ensemble de son Commentaire, ces fragments
2. Voir BARTHÉLEMY, Les devanciers d'Aqui/a, p. 21-30 (( La Septante laissent penser qu'Origène l'estait fidèle à sa méthode
de l'Ecclésiaste ,»).
3. Voir Biblia Patristica. Index des citations et allusions bibliques 1. Voir 1. HADOT, « Les introductions aux commentaires exégétiques ,).
dans la littérature patristique, vol. 1 et 2, Paris 1975 et 1977. 2. Voir ci-dessous, chap. V.
4. Voir A. MÉHAT, Étude sur les «Stromates» de Clément d'Alexan- 3. Voir S. HOLM-NIELSEN, « On the interpretation of Qohelet in early
drie, Paris 1966, p. 77-89. Christianity ,).
5. Prol. 3, 5-16 (SC 375, éd. Borret-Brésard-Crouzel). 4. Voir le Prologue.
6. Voir M. HARL, « Les trois livres de Salomon ,), p. 249-250. 5. S. LEANZA, L'esegesi di Origene allibro dell'Ecclesiaste.
10 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE ET SES COMMENTAIRES 11

exégétique. En outre, lorsque la confrontation avec les Thaumaturge (PG 46, 893-957), il n'y mentionne pas ses
homélies de Grégoire de Nysse est possible, elle permet de œuvres et rien ne permet d'affirmer qu'il ait eu connais-
préciser les liens entre les deux auteurs, et peut-être aussi sance de cet écrit.
leur manière différente de définir le rapport entre l'Ancien Les fragments d'un commentaire de
et le Nouveau Testament. La comparaison des commen- Denys
d'Alexandrie Denys d'Alexandrie édités par Migne (PG
taires sur le Cantique dus à ces deux écrivains autorise les 10, 1577-1588) sont des scholies de la
mêmes remarques et éclaire la définition du rôle donné à chaîne éditée par Galland en 1796 1. Les attributions n'en
l'Ecclésiaste 1. Enfin, on ne peut pas négliger complète- sont pas toujours sûres. Jérôme et Eusèbe attestent
ment la place faite à l'Ecclésiaste dans les Hexaples 2 : cependant l'existence d'un commentaire de Denys sur
l'étude comparée des différentes versions, en faisant l'Ecclésiaste. La découverte de plusieurs fragments, ainsi
apparaître les difficultés syntaxiques et sémantiques du que la présence de scholies dionysiennes dans plusieurs
texte, permet de mieux comprendre certains commentaires chaînes, comme on va le voir; en font espérer une édition 2.
de Grégoire de Nysse 3. L'interprétation de Denys, peut-être à considérer comme
De Grégoire le Thaumaturge, disci- un disciple d'Origène, est surtout allégorique, et conforme
Grégoire pIe enth OUSlaste
. d'Ongene,
. , comme en aux règles de l'exégèse alexandrine.
1e Thaumaturge . , O" 4
témoigne le Remercwment a ngene,
nous est parvenue la Metaphrasis in Ecclesiasten (PG 10, - Après Grégoire de Nysse
987-1018) 5. Comme on a pu le montrer 6, la metaphrasis D'd Le commentaire de Didyme l'Aveugle sur
n'est ni une traduction ni un commentaire suivi du texte l'~v!::~e l'Ecclésiaste est difficile à dater de façon
biblique, mais elle relève probablement de la tradition des précise, mais il appartient probablement au
exercices d'école transmis par les rhéteurs grecs. Le texte dernier quart du IVe siècle et serait donc à peu près
biblique n'y est jamais cité, mais cette glose suivie, à peine contemporain des Homélies de Grégoire de Nysse 3.
plus longue que le texte biblique lui-même, révèle une L'édition qu'en ont faite G. Binder, 1. Liesenborghs et
compréhension surtout moralisante du texte. Bien que d'autres dans la collection Papyrologische Texte und
Grégoire de Nysse ait écrit une Vie de Grégoire le Abhandlungen à partir des papyrus de Toura présente un
1. Voir en particulier les prologues du Commentaire sur le Cantique texte assez bien conservé pour le commentaire des huit
d'ORIGÈNE (SC 375) et de GRÉGOIRE DE NYSSE (GNO VI). . premiers versets; la suite reste très fragmentaire 4. On
2. F. FIELD, Origenis Hexaplorum quae supersunt fragmenta; swe
veterum interpretum graecorum in totum vetus testamentumfragmenta, 2 1. Voir S. LEANZA, « Il commentario sull'Ecclesiaste di Dionigi
vol., réimpr. Hildesheim 1964. Alessandrino l), dans Scritti in onore de Salvatore Pugliatti l), vol. V,
3. Par exemple son interprétation de l'expression répétée 7tpOOdpEO'~Ç Milan 1978, p. 397-429.
7tvdJ(J.oc't'oç. 2. S. LEANZA, « Pour une réédition des Scolies à l'Ecclésiaste de Denys
4. SC 148 (1969), éd. H. Crouzel. d'Alexandrie l), dans Alexandrina. Mélanges offerts à C. Mondésert,
5. Voir J. JARICK, Gregory Thaumaturgos' Paraphrase in Ecclesiastes, Paris 1987, p. 239-246.
Septuagint and Cognate Studies 29, Atlanta Georgia 1990. . 3. Voir ci-dessous, chap. II.
6. Voir F. VINEL, (, La Metaphrasis in Ecclesiasten de GrégoIre le 4. Didymos der Blind. Kommentar zum Ecclesiastes (Tura Papyrus),
Thaumaturge l). 6 vol. (PTA 25, 22, 13, 16,24, 9), Bonn 1969-1979.
12 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE ET SES COMMENTAIRES 13

peut penser que Didyme est tributaire d'Origène pour sa grecque (PG 93, 477-628), n'est, selon S. Leanza l, qu'une
lecture de l'Ecclésiaste comme il l'est pour son commen- compilation assimilable à une chaîne sur l'Ecclésiaste.
taire sur la Genèse 1. Mentionnons enfin le Commentaire de Grégoire d'Agri-
gente, vers la fin du vue siècle (PG 98, 741-ll32) : exégèse
, Les Scholies à l'Ecclésiaste d'Évagre le Pon- suivie des douze chapitres du texte biblique, l'interpréta-
Evagre tique, publiées par P. Géhin (SC 397) à la suite tion moralisante y est dominante.
des Scholies aux Proverbes, nous fournissent un exemple
de ce genre littéraire. Commentaire bref et discontinu du Les Chaînes sur l'Ecclésiaste
livre biblique (la dernière scholie porte sur Eccl. Il, 10),
ces scholies portent la marque d'Origène, mais elles ~ont Comme le suggère G. Dorival, l'histoire de ce genre
aussi en parfaite cohérence avec les autres œuvres d'Eva- littéraire est complexe et encore mal connue 2. Procope de
gre, et P. Géhin souligne notamment les nombreux Gaza, au VIe siècle, paraît bien en être l'inventeur. Parmi
parallèles avec les Scholies aux Proverbes. les chaînes sur l'Ecclésiaste 3, quatre (dont le « commen-
taire» d'Olympiodore présenté plus haut) utilisent nos
Un commentaire pseudo-chrysostomien Homélies en précisant le nom de l'auteur. La possibilité
Pseudo- sur l'Ecclésiaste a été édité par S. Leanza d'erreur d'attribution ou, dans d'autres cas, l'absence de
Chrysostome à la suite de la Chaîne de Procope (voir mention d'auteur pour les fragments composant la chaîne
r r
ci-dessous), d'après le codex Patmiacus 161 (f. 63 _76 ) exigent cependant de la prudence 4.
dont l'étude avait été commencée par M. Richard 2. Il " Éditée par S. Leanza d'après le codex
paraît établi que ce texte ne peut pas être de Chrysostome É pItome
de Procope
7\,,- •
lY.LarCWnus graecus 22 et comp l'etee
, par
lui-même, mais la méthode exégétique mise en œuvre dans l"d' d d
e !tion u codex Vin obonensis graecus
le commentaire atteste qu'il a été produit dans les milieux 147 5 , cette compilation est faite d'emprunts à Denys
antiochiens contemporains de ce dernier.
1. Voir S. LEANZA, «La catene esegetiche sull'Ecclesiaste ,), Augusti-
Nil d'Ancyre a-t-il commenté l'Ecclé- nianum 1977, p. 542-552. Selon P. GÉHlN cependant, l'œuvre d'Olym-
Autres. siaste? La chaîne de Procope en témoi- piodore pourrait constituer un authentique commentaire à exégèses
commentaIres ., . . multiples (, Un nouvel inédit d'Évagre le Pontique : son commentaire de
gne, malS apres un premIer examen cn-
tique de ces fragments par S. Lucà, P. Géhin a restitué ces l'Ecclésiaste ,), Byzantion 49, 1979, p. 188-198, en particulier, p. 194-195).
2. G. DORIVAL, (, La postérité littéraire des chaînes exégétiques
différents textes à Évagre 3. grecques ,), REB 43 (1985), p. 209-226.
D'une époque bien postérieure (VIe S.), le Commentaire 3. Voir CPG IV, c. 101-105, et R. DEVREESSE, art. (,Chaînes
de l'Ecclésiaste d'Olympiodore, publié dans la Patrologie exégétiques grecques ') (Chaînes sur l'Ecclésiaste), Dict. de la Bible,
Suppl., t. l, col. 1163-1164.
1. SC 233 et 244 (1976 et 1978), éd. P. Nautin et L. Doutreleau. 4. C'est une des difficultés présentées par la Catena Hauniensis in
2. Pseudochrysostomi Commentarius in Ecclesiasten, CCSG 4 (1978), Ecclesiasten, éditée par A. Labate (CCSG 24) et dont les mss ne portent
éd. S. Leanza. pas de noms d'auteurs. Les emprunts à Grégoire de Nysse qu'y décèle
3. S. LucÀ, (, L'esegesi di Nilo di Ancira sull'Ecclesiaste », Biblica 60, Labate ne correspondent jamais à une citation explicite du texte de
2 (1979), p. 237-246; P. GÉHlN, Introd. à Évagre. Scholies à l'Ecclé- Grégoire édité par Alexander.
siaste, SC 397 (1993); voir M.-G. GUÉRARD, Introd. à Nil d'Ancyre. 5. Procopii Gazaei Catena in Ecclesiasten, CCSG 4 et 4 Suppl., 1978,
Comm. sur le Cantique, SC 403 (1994), p. 27 et n. 1-2. éd. S. Leanza.
14 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE ET SES COMMENTAIRES 15
d'Alexandrie, Origène, Grégoire de Nysse, Évagre, pour confirmer, ou infirmer, certains choix d'Alexander et
Didyme et Nil. G. Dorival distingue entre l'Épitomé fait preuve de la diffusion de cette œuvre dans la sphère
d'extraits distincts et la chaîne organisée comme un texte arménienne. Mais les chaînes nous découvrent aussi une
suivi, et il montre que ces regroupements d'extraits des manières dont a été assurée la postérité de l'œuvre de
n'excluent pas un travail de réécriture et d'abrègement des Grégoire; et sur ce point, il faut bien constater le caractère
originaux 1. souvent réducteur des découpages opérés dans l'œuvre. Il
est clair en effet que les développements philosophiques
A. Labate a consacré plusieurs arti- qui enrichissent l'exégèse du Cappadocien n'ont pas été
La ChaÎne
cles 2 à l'analyse de cette chaîne trans-
de Polychronius retenus, pas plus que l'interprétation des chapitres 1 et 2
mise par de nombreux manuscrits, et de l'Ecclésiaste comme « confession» de Salomon (voir
montré, en proposant une série de rapprochements avec ci-dessous, chap. VII).
l'édition d'Alexander, qu'elle utilisait abondamment le
texte nysséen. Le débat reste ouvert entre A. Labate et P.
Géhin quant à l'origine évagrienne de plusieurs passages 3.
A d' Les auteurs utilisés ne sont pas nom-
La ChaIDe I t e , . , d' S L \
des Trois Pères mes, malS son e lteur, " ~ca, a
identifié des extraits de GregOIre de
Nysse, de Grégoire le Thaumaturge et de Maxime le
Confesseur 4.

Dans la perspective de ce volume consacré à Grégoire de


Nysse, l'intérêt de ces chaînes est double. Elles constituent
d'abord des témoins supplémentaires pour notre connais-
sance du texte; nous y ajouterons, en présentant la
tradition manuscrite des Homélies (voir ci-dessous, chap.
VIII), l'existence d'une version arménienne, précieuse

1. G. DORIVAL, Les chaînes exégétiques grecques sur les Psaumes.


Contribution à l'étude d'une forme littéraire, t. l, Louvain 1986, p. 99-
ll2 (La naissance des chaînes en Palestine).
2. A. LABATE, « Nuovi codici della catena sull'Ecclesiaste di Policro-
nio », Augustinianum 18 (1978), p. 551-553; « Nuove catene esegetiche
sull'Ecclesiaste », dans ANTIDORON. Hommage à M. Geerard, WeUe-
ren 1984, p. 241-263 ; « Sulla catena all'Ecclesiaste di Policronio », Studia
Patristica XVIII, 2, Louvain 1989, p. 21-35.
3. Sur les points discutés, voir A. LABATE, art. cit., p. 27-29, et P.
GÉHIN, Introd. à Évagre. Scholies à l'Ecclésiaste, SC 397 (1993), p. 33-34.
4. Anonymus in Ecclesiasten. Commentarius qui dicitur Catena trium
Patrum, CCSG ll, 1983.
DATE ET PLACE DES HOMÉLIES 17

W. Jaeger tire parti d'une notation de l'homélie VI, « le


manque de foi qui s'empare aujourd'hui de certains» pour
dire que l'œuvre ne peut qu'être antérieure à l'apaisement
apporté par le concile 1.
Le second argument relève de la critique interne. En
essayant de fixer les étapes de la théologie nysséenne de la
connaissance de Dieu, M. Canévet voit dans le Contre
n. - LES HOMÉLIES SUR L'ECCLÉSIASTE :
Eunome le moment-clef de son évolution 2. Or, on sait par
DATE ET PLACE DANS L'ŒUVRE
Jérôme que les deux premières parties du Contre Eunome
DE GRÉGOIRE DE NYSSE
ont été lues au concile de 381 3 • Si, à partir du Contre
Eunome, Grégoire semble nier la possibilité d'une connais-
sance analogique de Dieu, un passage de la première
Grégoire évoque à deux reprises la « lecture » Ides
homélie sur l'Ecclésiaste et un texte parallèle de la
versets de l'Ecclésiaste qu'il commente. Dans l'homélie septième oratio De beatitudinibus notent seulement la
III, nous trouvons en effet: « C'est là ce que l'Église nous difficulté à parler de Dieu en langage humain 4; cela
enseigne par la lecture, aujourd'hui, du texte de l'Ecclé- « paraît confirmer, écrit M. Canévet, que la date de
siaste » ; et il rappelle de même dans l'homélie V « tout ce composition de ces deux traités est antérieure à la
que nous avons appris par la lecture d'aujourd'hui ». Il est polémique contre Eunome ».
difficile de savoir à quel contexte, liturgique, monastique Les différentes phases du débat contre Eunome et les
ou autre, fait écho cette mention de la lecture du texte. La enjeux du concile de 381 permettent de préciser les dates
date même de l'œuvre n'est pas sûre. respectives des traités trinitaires de Grégoire de Nysse, de
379 à 383. En ce qui concerne les Homélies sur l'Ecclé-
siaste, c'est la situation concrète des Églises, plus que le
Date des Homélies débat doctrinal lui-même, qui peut nous apporter un
éclairage important. En s'appuyant sur le lien étymologi-
J. Daniélou comme G. May ont proposé l'année 381 que entre « ecclésiaste» et « église» (è:XXÀ"Y)(j(<X), Grégoire
comme date possible, selon la cohérence de la chronologie définit en effet ce texte de l'Ancien Testament comme un
qu'ils établissent pour l'ensemble de l'œuvre 2. Le concile livre pour « la seule vie de l'Église 5 » ; de même, plusieurs
de Constantinople de 381 sert ici de terminus ad quem, ce passages des homélies paraissent être des allusions aux
que pourraient confirmer deux arguments. troubles que connaît alors l'Église - et l'on sait la part

1. Hom. VI, 6, 19-20. P. Alexander indique dans une note ad lac.


(GNO V, p. 382) : « Arianos respicere et haec ergo ante concilium
Constantinopolitanum (a. 381) scripsisse Gregorium animadvertit Jae-
1. ' Av&.yv!ùCnç : homo III, 3, 1 et homo V, 8, 55.
ger. »
2. Voir 1. DANIÉLOU, « La chronologie des œuvres de Grégoire de
Nysse », Studia Patristica VII, TU92 (1966), p. 159-169; G. MAY, « Die 2. Voir Herméneutique, p. 50·51.
3. Vir. ill. 128.
Chronologie des Lebens und der Werke dem Gregor von Nyssa », dans
4. In Eccl. l, 12 et De beat. VII (GNO VII, 2, p. 150.151).
Écriture et culture philosophique, p. 56·57.
5. Hom. l, 2, 19-20.
INTRODUCTION DATE ET PLACE DES HOMÉLIES 19
18
que prit Grégoire aux querelles épiscopales qui divisaient Dès 375, Grégoire, lui, a été exilé par l'empereur Valens
alors toute la région du Pont et de la Cappadoce. C'est cet « à cause de la foi », et, selon ses propres paroles dans la
arrière-plan historique qui nous paraît fournir le meilleur Vie de MacTine, « la confusion qui régnait dans les Églises
cadre aux Homélies SUT l'Ecclésiaste. Deux dates peuvent (l)'entraîna dans des controverses et des luttes l ». Une
alors délimiter une période pour leur rédaction ou leur lettre de Basile à Amphiloque, évêque d'Iconium, atteste
prédication, celle de la mort de son frère Basile que nous d'ailleurs la part que prenait Grégoire, de son exil même,
préciserons un peu plus loin et celle, quelques années plus aux malheurs de l'Église 2. Après son retour d'exil, lors de
tard, de la mort de Mélèce d'Antioche, au début du concile la mort de Valens en 378, c'est aussi la mort de Basile qui
de Constantinople de 381. Ces deux personnages symbo- donne à Grégoire le rôle prépondérant dans ces affaires
lisent, et particulièrement aux yeux de Grégoire qui épiscopales. Dans un article paru en 1988, P. Mal'aval a
prononce leur éloge l, le rôle des évêques pris dans la remis en question la date admise jusqu'alors pour la mort
tourmente de l'Église. Plusieurs lettres adressées par de Basile 3, le rr janvier 379; revenant en effet sur la
Basile à Athanase, donc antérieures à 373, marquent chronologie qu'il avait proposée dans son édition de la Vie
l'ampleur de la crise. Ainsi, l'interrogation inquiète de la de MacTine 4, il propose de faire remonter à septembre 377
lettre 66, que R. Pouchet propose de ~ater du printemps la mort de Basile, et ce décalage se reporte sur les
371; Basile y appelle à l'union les Eglises d'Orient et événements habituellement datés en fonction de la mort de
d'Occident et confie à son destinataire : « Je crois que l'évêque de Césarée, en particulier le concile d'Antioche,
personne ne s'afflige autant que ton Mérite de l'état actuel désormais situé en mai 378 (au lieu de l'automne 379), et
des Églises, ou plutôt de la confusion qui y règne 2. » Il la mort de Macrine qui aurait eu lieu en juillet 378 (au lieu
s'arrête en particulier à la situation d'Antioche 3, où le de décembre 379). Cette modification de date a l'avantage,
parti arien triomphe depuis 361 ; Mélèce a été déposé puis comme le souligne P. Maraval, de laisser plus de temps à
exilé dès son élection, et deux évêques ariens se succèdent Grégoire pour les nombreux déplacements qu'il effectue
à sa place. « Que pourrait-il y avoir pour les Églises de pendant cette période, en particulier dans le Pont, dans les
toute la terre, continue Basile, de plus vital qu'Antioche? villes épiscopales d'Ibora et de Sébastée, à la fin de 379 5 •
S'il lui arrivait de revenir à la concorde, rien ne l'empê- A Nysse même où il est rentré après la mort de Macrine
cherait, comme une tête qui a repris sa force, de commu- pendant l'été 378, Grégoire doit aussi régler des troubles,
niquer sa santé à tout le corps 4. » dus en particulier à la présence de communautés galates 6.

1. Oratio funebris in Basilium fratrem et in Meletium episcopum. 1. V. Macr. 21.


2. Ep. 66, 1 (trad. Courtonne, CUF). - Sur la chronologie des lettres 2. BASILE, Ep. 232 ; la lettre est datée de 376 par Y. Courtonne (CUF,
à Athanase et sur la prise de position en faveur de Mélèce, voir J.-R. 1. III). - Sur la chronologie des lettres de Basile à Amphiloque, voir R.
POUCHET, Basile le Grand et son univers d'amis d'après sa correspon- POUCHET, op. cit., chap. XVIII, tableau p. 410.
dance: une stratégie de communion, Rome 1992, chap. XII. 3. P. MARAVAL, (, La date de la mort de Basile de Césarée », REAug.
3. Sur Antioche et les difficultés ecclésiastiques pendant cette période, 34 (1988), p. 25-38.
voir R. DEvREEssE, Le patriarcat d'Antioche depuis la paix de l'Église 4. Voir Introd. à V. Macr. p. 57-66.
jusqu'à la conqui!te arabe, Paris 1945 ; J.H. NEWMAN, Les Ariens du IV" 5. P. MARAVAL, art. cit., p. 37.
siècle, trad. fI'. Paris 1988, p. 272. 6. La lettre 19 mentionne les difficultés de Grégoire à son retour
4. BASILE, Ep. 66, 2; voir B. GAIN, L'Église de Cappadoce au IV" d'Antioche, au moment où il apprend la maladie de Macrine : (, ... En-
siècle, chap. X, p. 359-384 (, Hérésies et dissensions »). suite, avant que j'aie digéré ce malheur, les Galates qui habitent auprès
20 INTRODUCTION DATE ET PLACE DES HOMÉLIES 21

Ces dix-huit mois de séjour à Nysse, en 378-379, pendant utilisent l'analogie (voir homo I, 8, 1-7), mais Grégoire se
la première année du règne de Théodose, pourraient être le confronte à la position des stoïciens sur la question de la
moment de la rédaction des Homélies sur l'Ecclésiaste, et définition de la nature humaine et l'affirmation de la liberté
faire de ce livre « un enseignement pour l'Église » relèverait propre à l'homme. Liant comme eux étroitement la phy-
en quelque sorte d'une lecture actualisante de l'Écriture. sique et l'éthique, il restreint l'analogie microcosme/ma-
crocosme, et la liberté inscrite dans la nature humaine a sa
justification ultime dans l'affirmation de Gen. l, 26, verset
Place des Homélies dans l'œuvre de Grégoire plusieurs fois rappelé dans les Homélies 1.
- la réflexion sur la phusis se caractérise enfin par une
. C'est moins ici la chronologie des œuvres
conception du temps. Sur ce point aussi, le passage est net,
La phYSIque que 1eur matIere
., "
meme qm. peut nous
dans les homélies, du temps physique, à l'image du cycle
amener à définir la place des Homélies sur l'Ecclésiaste
périodique des éléments (voir homo I, 7), au temps éthique,
dans l'ensemble de l'œuvre. Elles sont évidemment liées
temps du discernement du bien et du mal. Ce temps est
aux deux textes qui associent étroitement Grégoire à
Basile, l'In Hexaemeron et le De hominis opijicio. La signifié par la récurrence du mot xaLp6c; en Eccl. 3, 1-8,
nature (cpUcrLC;) est alors au cœur de la réflexion, et cela versets commentés dans les homélies VI à VIII. Le
vocabulaire stoïcien est réutilisé, réorienté, si l'on peut
engage différents ordres de questions :
dire, au service de l'anthropologie.
_ ce que P. Duhem a appelé un « système du monde »,
c'est-à-dire l'élaboration d'une représentation du cosmos L'ecclésiologie Ainsi, les Homélies sur l'Ecclésiaste
créé; la base scripturaire en est bien sûr le récit de la créa- assignent surtout ses limites à la phy-
tion, mais philosophiquement, Grégoire s'inscrit à la su~te sique et marquent sans doute aussi de ce fait une étape
de la pensée stoïcienne des éléments. Le commentaIre dans la manière dont Grégoire prend ses distances à l'égard
d'Eccl. l, 4-7, centré sur la notion de mesure, est sur ce de la pensée de Basile. Plusieurs passages des homélies, en
point très proche de plusieurs passages de l'In Hexaeme- particulier la dernière partie de l'homélie VII, laissent
TOn 1.
percevoir un au-delà de la physique et de l'anthropologie.
_ quant à la nature humaine, le De ho minis opijicio fait L'interprétation de l'Ecclésiaste comme livre pour l'Égli-
fond sur la notion stoïcienne de l'homme microcosme, se 2 prend ici tout son sens, et si l'argument de critique
image du macrocosme 2. Les Homélies sur l'Ecclésiaste interne, évoqué précédemment 3, vaut pour tenter de dater
l'œuvre, les Homélies sur l'Ecclésiaste ouvrent la voie au
de mon Église, ayant répandu secrètement en plusieurs lieux de mon débat de Grégoire avec les hérétiques. En faisant état des
Église la maladie qui leur est habituelle, celle des hérésies, provoquèrent
un conflit qui n'était pas mince, au point que c'est seulement avec peine, présente la même conception (voir en particulier l, 3, GNO V, p. 29 s.)
Dieu aidant, que j'eus la force de me sortir de cette situation.) (Ep. 19, et se rattacherait par là au groupe des œuvres écrites par Grégoire dans
11, trad. Maraval). la première partie de sa vie.
1. Voir homo l, 9. 1. Voir ci-dessous, chap. III, sur la permanence de la référence à Gen.
2. Sur la place faite au concept de microcosme dans leDe homo op., 1, 26 dans l'œuvre de Grégoire.
voir E. CORSINI : « L'harmonie du monde et l'homme microcosme dans 2. Voir ci-dessous, chap. VI.
le De hominis opificio .), dans Épektasis, p. 455-462. Le traité In inscr. Ps. 3. Voir ci-dessus, p. 17 et n. 2.
22 INTRODUCTION DATE ET PLACE DES HOMÉLIES 23

divisions de l'Église (hom. VII, 7, 52 s.) et en affirmant la biblique (Eccl. l, 8 et Eccl. 3, 5) amène Grégoire à prendre
fonction de rassemblement et d'unité du Christ « ecclésias- position contre l'interprétation littérale et à recourir au
te » (début des homo II et III), Grégoire n'entre pas dans le sens spirituel de l'Écriture. Le verset paulinien, « La lettre
détail de questions proprement théologiques, mais il en tue, mais l'esprit vivifie» (II Cor. 3, 6), notons-le, n'appa-
démontre l'urgence et la nécessité. Les élaborations raît pas dans nos Homélies alors qu'ils constitue une des
conceptuelles des petits traités trinitaires et des livres affirmations centrales du Prologue des Homélies sur le
Contre Eunome prendront là le relais de l'œuvre exégéti- Cantique 1. Mais la réflexion de Grégoire sur les sens de
que. « Grégoire, à la disparition de Basile, écrit Th. Ziegler, l'Écriture y est bien à l'œuvre, comme l'atteste particuliè-
se sent investi d'une responsabilité : défendre la doctrine rement un passage de l'homélie VII 2.
orthodoxe de la Trinité contre ses détracteurs de tous
Si les Homélies sur l'Ecclésiaste datent de la première
bords. Aussi dans nos traités, la réflexion théologique
partie de l'œuvre de Grégoire, elles font place, par leur
a-t-elle toujours son point de départ concret dans l'Écriture
ampleur, à toute la diversité des thèmes philosophiques,
et dans la foi confessée par l'Église 1. » On peut considérer
théologiques et exégétiques qui trouvent leur pleine ex-
que les Homélies sur l'Ecclésiaste constituent le point de
pression dans les Homélies sur le Cantique, datées géné-
départ de l'ecclésiologie nysséenne.
ralement de la fin de la vie de Grégoire.
Commentaire d'un texte biblique,
L'herméneutique
ces Homélies sont enfin un jalon
important dans la constitution de l'herméneutique de
notre auteur. L'existence d'un skopos, d'un but global du
livre biblique, est affirmée dès le début de la première
homélie et constitue une des constantes de l'œuvre de
Grégoire 2. Si l'on considère d'autre part le Prologue des
Homélies sur le Cantique 3 comme la formulation achevée
de sa théorie exégétique, les Homélies sur le Cantique
elles-mêmes et la Vie de Moïse en constituant la mise en
œuvre, nos homélies se situent encore nettement en deçà.
Elles font encore largement place à l'exégèse moralisante;
ainsi l'évocation des richesses accumulées pal' Salomon
(hom. III et IV) donne lieu à une prédication souvent
proche des sermons sur l'amour des p~uvres et contre les
usuriers 4. À deux reprises cependant, la difficulté du texte 1. II Cor. 3, 6 est cité à deux reprises dans le Prologue (GNO VI,
p. 7, 1·2 et 12.14). Si ce verset, central pour la théorie exégétique, est
1. Les petits traités trinitaires, p. 353. absent du Prologue du Commentaire sur le Cantique d'ORIGÈNE, ce
2. Sur la notion de skopos, voir ci· dessous, le début du chap. III. dernier le commente en bonne place dans le Traité des principes (l, l, 2)
3. GNO VI, p. 3·13. en l'associant à l'image du voile de Moïse (II Cor. 3, 15) pour souligner
4. De pauperibus amandis 1 et II, GNO IX ; Contra usurarios oratio, le rôle de l'Esprit Saint dans la compréhension de l'Écriture.
GNO IX. 2. Voir homo VII, l, 13 S. (et la note) ; voir aussi homo l, 12.
UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 25

de notre ère, pour Sukkot, la fête des Tabernacles 1.


Cependant, si ces divisions du texte se sont transmises
dans le milieu juif jusqu'à une époque si avancée, est-il
impossible qu'elles aient été aussi connues et utilisées dans
l'Église ancienne?
Mais il semble que des éléments de critique interne
puissent aussi appuyer l'idée que nous aurions affaire à un
III. - LA COMPOSITION DES HOMÉLIES
ouvrage achevé. L'utilisation du texte biblique et en
ET L'UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE particulier des récurrences de celui-ci donnent en effet aux
homélies une composition fermement structurée.
Les Homélies sur l'Ecclésiaste,
une œuvre achevée
Les récurrences du texte biblique
Grégoire de Nysse arrête son commentaire de l'Ecclé-
Une lecture continue des trois premiers chapitres de
siaste au verset 13 du chapitre 3. Des huit homélies
l'Ecclésiaste met bien en évidence la manière dont le texte
d'Origène, il ne nous est parvenu que des fragments
biblique est structuré :
s'arrêtant aussi au chapitre 3. Et l'éditeur de notre texte,
P. Alexander, suggère que Grégoire a pu suivre sur ce - par la répétition, dans les chapitres 1 et 2, de la
point l'exemple de Denys d'Alexandrie 1. Cette conver- formule fJ.1X1"(x~6't"'Y)C; fJ.1X't"IXLO't"~'t"(ùV, « vanité des vanités »,
gence dans le découpage du texte enlève bien du poids à la plus ou moins développée. Cette expression rythme le
question de savoir si les huit homélies constituent ou non texte et impose un sens à l'ensemble, comme si elle
une œuvre achevée; car elle pourrait bien être le signe suffisait à résumer l'expérience de celui qui parle. Grégoire
d'une des divisions anciennes du livre biblique, antérieure consacre une partie de sa première homélie à l'expliquer (I,
à la division en chapitres. Le Midrash Rabbah sur Qoléhet 3 et 4) ;
utilise cette même division; on a peu d'éléments pour fixer - par le parallélisme syntaxique des versets 2 à 8 du
la date et le lieu de composition de cet écrit, mais, dans son chapitre 3 : XIX~pOC; 't"oG suivi de l'infinitif, répété deux fois
introduction à l'édition anglaise, H. Freedman le situe aux dans chaque stique. Le commentaire d'Eccl. 3, 1, verset
alentours du VIle siècle. Il rappelle que Qohélet était qui utilise une formule plus générale, « Il y a un temps
anciennement divisé en quatre sections, dont la première pour tout », constitue l'introduction de la sixième homélie.
comprenait ce qui équivaut dans la présentation moderne
à 1, 1 - 3, 13 2 • 1. Sur les Cinq Rouleaux, c'est-à-dire le Cantique des Cantiques,
Ruth, Les Lamentations, Qohélet et Esther, utilisés pour différentes fêtes,
On sait peu de choses sur l'utilisation liturgique voir la traduction française et l'introduction de H. MESCHONNIC. Lys,
ancienne, en milieu juif et chrétien, du livre de Qohélet ; L'Ecclésiaste, p. 72, mentionne l'emploi tardif de Qohélet pour la fête des
faisant partie des Cinq Rouleaux, il était lu, vers le début Tabernacles. Selon l'étude de Ch. PERROT (La lecture de la Bible. Les
anciennes lectures palestiniennes du Shabbat et des fêtes, Hildesheim
1. Préface aux Homélies sur l'Ecclésiaste, GNO V, p. 197. 1973, chap. XIV, p. 271-277), QoMlet n'entre effectivement pas dans le
2. Voir Kohelet Rabbah, Introduction, p. VII-VIII. cycle synagogal des lectures de la fête des Tabernacles.
26 INTRODUCTION UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 27

Les trois dernières homélies se trouvent ainsi scandées par nouveau commencement: « C'est le commencement des
ces versets de structure identique. Enfin, on retrouve dans paroles proposées à notre étude » (VI, 1,2-3). Sans que soit
les dernières versets commentés, Eccl. 3, 11-13, des reprise la métaphore des gymnastes qui peinent à la
affirmations semblables à celles de la fin du chapitre 2 ; le palestre, longuement développée au début de l'homélie l
verset d'Eccl. 3, 10, quant à lui, est la reprise d'Eccl. 1, 3. (1, 13 s.), l'opposition 7t6voç 1xép30ç rappelle la difficulté
Ainsi la clôture du discours de Salomon à la fin du et la valeur de l'exégèse. Bien plus, Grégoire prend soin de
chapi~re 2 trouve un écho à la fin de l'homélie VIII. De rappeler le but (crxo7t6ç) des cinq homélies précédentes :
telles récurrences permettent de comprendre le découpage reconnaître la vanité de toutes choses (VI, 1, 8-10) ; et il
du texte antérieur à la présentation en chapitres. définit « ce qu'il reste à savoir: comment mener une vie
Elles donnent aussi à Grégoire la possibilité de retrouver vertueuse» (VI, 1, 13). Ce nouveau prologue n'aura pas
les mêmes affirmations à différents moments d'un com- d'équivalent dans les deux dernières homélies qui com-
mentaire suivi du texte, même s'iL en tire des dévelop- mentent verset par verset le chapitre 3.
pements de nature très différente. De la même façon que
M. HarI l'a montré pour le De infantibus 1, il paraît H T 1V Le thème de la vanité du monde fait
adopter « un mode de composition concentrique », qui orne les· l' unite' d '
es cmq .,
premIeres f
h ome'1'les. L' a-
n'exclut pas, cependant, la progression d'une homélie à firmation de l'Ecclésiaste « tout est vanité» est l'objet
l'autre. Les marques de cette progression nous font entrer d'une véritable démonstration. Grégoire s'appuie d'abord
dans le système rhétorique du texte 2; elles consistent le sur la définition du terme, et lorsque Salomon achève
plus souvent dans le recours au comparatif. Mais cette l'f'xamen de sa vie en reprenant cette expression, Grégoire
conviction affirmée par Grégoire d'une progression dans peut conclure : « Il ajoute à ce qui vient d'être dit : 'Et
les affirmations du texte dépasse largement le seul livre de vraiment cela est vanité' 1. » Les versets commentés dans
l'Ecclésiaste. Comme cela nous est signalé au début de l'homélie V (Eccl. 2, 12-26) apportent des objections à
l'homélie I, l'Ecclésiaste propose déjà un enseignement cette affirmation en mettant en cause la vie du sage :
supérieur à celui des Proverbes, avant l'initiation au N'est-elle pas elle-même vanité, puisque le sage meurt
Cantique des Cantiques 3. comme les plus insensés? Ainsi Grégoire doit-il préciser la
portée du « tout est vanité» en distinguant le bien et le
mal. La fin de l'homélie V exhorte à la fois à « échapper à
Deux groupes d'homélies ce qui a été condamné» et à « se diriger vers le bien» (V,
8, 56-57). Au caractère négatif du jugement de Salomon
Il est assez net que les trois dernières homélies forment correspond alors la définition d'un mode de vie.
une unité séparée, une nouvelle phase du commentaire. Le Grégoire est sensible au passage du récit au discours
début de l'homélie VI se présente en effet comme un lorsque commence, après le prologue expliqué dans l'ho-
mélie l (Eccl. 1, 1-11), un discours à la première personne:
1. M. HARL, «La croissance de l'âme selon le De infantibus de
Grégoire de Nysse .), VC 34 (1980), p. 237-259. « Moi, l'ecclésiaste» (Eccl. l, 12) ; après une brève lecture
2. Voir ci-dessous, chap. IV. christologique de ce verset, il commente le texte comme le
3. Hom. l, 1 : l'image développée de la palestre et des concours sportifs
illustre la difficulté croissante des livres, des Proverbes à l'Ecclésiaste. 1. Hom. V, 7, 69-70.
28 INTRODUCTION UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 29

récit de la VIe de Salomon par lui-même (II, 5, 5 s.). femmes : « qu'elles se taisent dans les assemblées l ! » ;
L'homélie III introduit le thème de la confession mais son interprétation du verset est ensuite d'un tout
(è~o[LoÀ6Y'Y)O"Lç) de Salomon; chacune de ses actions (Eccl: autre ordre: il oppose en effet la connaissance de l'univers
2, 4-10) est alors reconnue comme une faute, ce qUI créé, qui légitime le discours humain, au silence qui
confirme définitivement la constatation initiale (hom. III et s'impose à celui qui est pris de vertige lorsqu'il s'approche
IV). Pour interpréter les interrogations sur le sens de la vie des réalités divines (VII, 8, 37 s.). Dans la liberté de son
qui marquent la fin du chapitre 2, Grégoire transforme le commentaire, Grégoire de Nysse n'oublie pas le skopos, la
monologue de Salomon en un dialogue fictif dans lequel le visée du livre biblique définie dans l'homélie 1. En effet,
roi répond à des objections. Ainsi, il joue différemment de Eccl. 3, 12 (( J'ai appris qu'il n'y a pas de bien en eux,
la succession des versets bibliques, même si les homélies sinon de se réjouir et de faire le bien dans sa vie »)
respectent le cadre des deux grands ensembles composant « récapitule» (&VIXXe:<pIXÀIXLOÜ't"IXL), nous dit Grégoire (hom.
Eccl. 1-2, prologue et discours de Salomon. VIII, 9, 3), tout ce qui précède. À la découverte de la
vanité du monde répondent le souci de conversion et le
L'essentiel des trois dernières ho- désir de faire le bien.
Homélies VI-VIII mehes ,. est consacre, a, l" mterpreta
't'
IOn
d'Eccl. 3, 1-8, et la longueur du développement consacré à
ces huit versets crée un effet de disproportion. En outre, le Les citations du texte de l'Ecclésiaste
caractère abstrait de ces versets et la diversité des
affirmations qui y sont faites permettent à Grégoire les On ne retrouve pas au fil des Homélies la totalité du
réflexions les plus variées : par exemple, le verset 1 le texte biblique commenté, en particulier pour certains
conduit à une définition du temps, le v. 5 introduit une versets du premier chapitre (Eccl. l, 3-7; voir homo l,
réflexion sur le sabbat (VII, 1-2) et le v. 8 des considéra- 7-10); en revanche chaque stique d'Eccl. 3, 1-8 est
tions sur le combat spirituel (VIII, 5). Eccl. 2 fournissait à longuement commenté, généralement après avoir été cité.
l'exégète le fil conducteur du discours, de la confession de L'intérêt porté à la lettre du texte est donc variable. Les
Salomon. Dans la première partie d'Eccl. 3, l'unité vient versets tels que les cite Grégoire diffèrent très rarement des
de l'antithèse répétée qui oppose les actions deux à deux. leçons hexaplaires ou de certaines variantes des grands
De même que Salomon a exercé sa liberté pour chaque acte manuscrits signalés dans l'apparat critique de l'édition de
de sa vie , de même Eccl. 3, sous forme de maximes géné- . Rahlfs 2. Mais cela ne suffit pas à nous indiquer de façon
raIes, propose un choix à tout homme - et c'est touJours sûre le texte biblique dont Grégoire disposait.
le même choix - , entre le bien et le mal, ou l'amour du Si la partie du texte commenté était lue avant l'homélie,
bien et la haine des passions.
Mais de son côté, la diversité des niveaux d'interpréta- 1. l Cor. 14, 34; voir homo VII, 8, 14-15.
2. Septuaginta, Stuttgart 19658 ; l'Ecclésiaste occupe, dans le vol. II,
tion de chaque affirmation évite à l'exégèse d'être trop
les p. 238 à 260. - Le texte de l'Ecclésiaste n'est pas encore publié dans
uniformément moralisante. Lorsqu'il s'agit de « parler» et l'édition de Gottingen (Septuaginta. Vetus Testamentum Graecum). -
« se taire » (Eccl. 3, 7), Grégoire se fait bien sûr le complice Exemple de différence textuelle en Eccl. 3, 3 : LXX Toti ÉÀXOcr<XL elt; o!vov
de saint Pàul pour y voir une exhortation adressée aux TI)v cr6:px<x f1.0U ; homo II, 8, 1-2 <»t; o!vov (voir note ad lac.).
30 INTRODUCTION UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 31

comme le suggèrent les allusions à la ({ lecture » du texte l, l'enchaînement des versets, à l'unité du texte, sur l'expli-
le prédicateur savait aussi signaler ensuite à ses auditeurs cation de telle ou telle phrase prise isolément.
qu'il citait l'Écriture. La proposition précédente peut
l'annoncer au moyen du verbe ({ dire », mais le plus
souvent, c'est q>1)crL qui est placé en incise dans le verset. Le principe d'àKoXou9La. dans les Homélies
Lorsque le sujet de ce verbe n'est pas précisé, le verbe
souligne seulement la référence à l'Écriture, comme J. Daniélou a souligné depuis longtemps l'importance de
c'est l'habitude chez les Pères et déjà chez Philon, et ce concept d'akolouthia et montré l'extension qu'avait
nous avons pris le parti de traduire ({ dit le texte» prise cette notion d'origine philosophique dans une ({ théo-
chaque fois qu'il s'agissait d'un verset de l'Ecclésiaste. logie préoccupée surtout de marquer les liaisons dans tous
Il arrive cependant que, dans le cours de son interpré- les domaines de la réalité 1 ». Au plan de l'exégèse, des
tation, Grégoire cite de façon très diffuse ou très termes plus discrets suffisent souvent à marquer la conti-
nuité ou la progression du discours: des adverbes comme
partielle le texte de l'Écriture, et qu'il l'intègre totale-
Èq>e1;-7)ç ou x<xOe1;-7)ç, des verbes comme È7tocyeLV, 7tpoocyeLv,
ment à son propre discours. Cela concerne un petit
aLe1;é:pxecrO<XL. Il ne s'agit pas là d'une simple coordination
nombre de passages seulement, mais pose la question de
et, pour notre auteur, ({ enchaînement» ne va jamais sans
l'attitude de notre auteur à l'égard de la lettre du texte
progression. Au moment d'aborder une nouvelle phase du
(~ Àé:1;LÇ). Elle est subordonnée à la signification d'ensem-
commentaire, l'emploi fréquent du comparatif UtV'Y)-
ble d'un passage, et il n'y fait référence que pour donner
M"epov vient infléchir dans ce sens l'idée d'enchaînement.
une explication plus détaillée. Ainsi dans l'homélie V, Au début de l'homélie VI par exemple, c'est cette notion
après avoir rapidement analysé Eccl. 2, 14-20 (V, 5-6), il en d'akolouthia qui fait l'unité avec les homélies précédentes
annonce une reprise plus littérale: ({ Tel est donc le sens de (VI, 4, 1). La dernière étape de la progression est marquée
ces paroles qui se suivent et nous venons de présenter dans l'homélie VII au moment d'introduire le commen-
brièvement une première étude de leur enchaînement. taire d'Eccl. 3, 7 (VII, 7). Et les comparatifs prennent par
Mais ce serait le moment de reprendre la lettre du texte et eux-mêmes une réelle importance lorsqu'ils servent à
d'ajuster avec précision les pensées et les mots 2.» Et indiquer la gravité grandissante des aveux de Salomon (IV,
même la parfaite symétrie d'Eccl. 3, 2-8 n'empêche pas 1, 4-5; 2, 1-2; emploi de 7tpOcr"W'Y)!J.L en IV, 4, 9). Une
Grégoire de varier sa manière de faire place au texte lecture des Homélies sur le Cantique permettrait de
biblique. Il commence le plus souvent par citer la retrouver la mise en œuvre du même principe. L'analyse
proposition à commenter, mais par exemple l'affirmation qu'a faite de cette œuvre M. Canévet montre comment
({ moment pour déchirer et moment pour coudre » (Eccl. 3, l'akolouthia assure en quelque sorte l'économie de l'inter-
7), qui donne lieu à d'importantes réflexions sur l'unité de prétation; en s'y tenant, Grégoire ({ choisit les traditions ou
l'Église, n'apparaît qu'après une longue introduction (VII, invente simplement sa propre explication 2 ». On voit bien
7, 1 s.). C'est encore une manière de donner priorité à
1. J. DANIÉLOU, {, Akolouthia chez Grégoire de Nysse », RevSR 27
1. Voir ci· dessus, chap. II, p. 16. (1953), p. 249 (art. repris dans L'être et le temps, chap. II, p. 18-50).
2. Hom. V, 6, 1-5. 2. M. CANÉVET, {' Exégèse et théologie », p. 165.
32 INTRODUCTION UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 33

alors l'ambiguïté que peut représenter ce souci de marquer Le verset. de la Genèse est utilisé
les articulations du texte: n'est-ce pas forcer le sens de Deux
quatre fois dans les Homélies. Après
références-clefs :
l'Écriture, la soumettre à sa propre pensée? Lorsqu'elle a) Gen. l, 26 les études de R. Leys et de H. Merki
étudie la théorie de l'exégèse dans le De ho minis opificio et en particulier 1, on sait la place que
l'In Hexaemeron, M. Alexandre répond à cette question en tient ce verset dans toute l'œuvre de Grégoire. Et si le De
ces termes: « Principe de l'exégèse, l'ocxoÀou8(oc n'est pas hominis opificio, qui lui donne une place centrale, est de la
extérieure au texte biblique lui-même en sa finalité. Le but même période que les Homélies sur l'Ecclésiaste, sa
de Grégoire correspond au but de l'auteur sacré 1. » présence dans ce dernier texte n'en prend que plus de
L'akolouthia est ainsi intimement liée au skopos du texte; relief. Le verset est d'ailleurs cité à quatre moments im-
le travail exégétique compris de cette manière est tout le portants du commentaire. A la fin de l'homélie 1 (13, 22)
contraire d'une démarche inductive et les liaisons établies la référence au verset se présente comme l'ultime réponse
à l'intérieur du texte commenté renvoient en fait à des à la question : qu'est-ce que l'homme?, seule réponse
liaisons qui structurent l'ensemble de l'Écriture. capable d'exprimer ce qui échappe à la vanité. Argument
théologique donc. Puis dans l'homélie IV, Grégoire exami-
ne l'un des aveux de Salomon: « J'ai acquis des esclaves et
Les autres références à l'Écriture des servantes» (Eccl. 2, 7). Cette faute est d'autant plus
grave qu'elle offense l'œuvre même de Dieu, l'homme créé
L'Écriture est le seul « critère de vérité 2 ». Il faut « à l'image de Dieu» (IV, l, 47). Réduit à une brève
« scruter les Écritures », affirme Grégoire à l'aide de allusion, le verset sert dans l'homélie V à opposer l'homme
l'expression johannique lorsqu'il présente son projet de spirituel à l'homme qui vit selon la chair (V, 8, 21) ; voici
commentaire de l'Ecclésiaste (1, l, 28). Cette formule est donc le verset biblique érigé en principe de vie spirituelle.
souvent reprise par Grégoire et elle nous renvoie aux Le dernier exemple rappelle dans l'homélie VI la perfec-
principes herméneutiques définis par Origène au livre IV tion de l'homme avant la chute (VI, 9, 25). Ces deux der-
du Traité des principes. L'Écriture s'explique par l'Écri- nières allusions à Gen. l, 26 montrent peut-être que
ture. Ainsi, le thème de « l'habitude scripturaire » Grégoire a conscience de l'avoir cité; mais plus sûrement
((JUV~8e:LOC ypOCcpLX~) fournit l'occasion de plusieurs rap- encore, cette manière d'intégrer complètement le texte
prochements utilisés pour expliquer le texte. L'expression scripturaire à son propre discours laisse supposer que ces
« vanité des vanités » appelle en parallèle « saint des saints » mots sont continûment présents à son esprit. Cela rend
et « œuvre des œuvres » (1, 4, 9 et 16) ; et lorsque Grégoire encore plus évident le lien avec le De hominis opificio.
est amené à réaffirmer, à propos d'Eccl. l, 13, que Dieu Mais de même qu'à propos d'Athanase, Ch. Kannengiesser
n'est pas la cause du mal, il juxtapose en quelques lignes pense pouvoir affirmer que « l'analyse des seules références
six citations bibliques (II, 3, 33 s.). jérémiennes permet de retracer les principales étapes de la
1. Voir M. ALEXANDRE, « La théorie de l'exégèse ), p. 97.
2. Telle est bien la justification fondamentale du recours constant aux l. R. LEYS, L'image de Dieu chez saint Grégoire de Nysse, Paris
citations scripturaires. Voir M. CANÉVET, Herméneutique, p. 65-81 1951 ; H. MERKI, 'Ofw(wmç !lséji, Fribourg 1952. Soulignons cependant
«, L'usage de l'Écriture Il). que l'intention de ces deux ouvrages est plus théologique qu'exégétique.
34 INTRODUCTION UTILISATION DU TEXTE BIBLIQUE 35
carrière théologique du défenseur de Nicée l », de même le place des Homélies sur l'Ecclésiaste dans l'ensemble de
verset de la Genèse pourrait rendre compte des éléments l'œuvre de Grégoire. Avant les livres contre Eunome qui
les plus fondamentaux de la pensée de Grégoire et en faire marquent, on l'a vu 1, la défiance de Grégoire quant à la
l'unité. possibilité de connaître Dieu par un savoir humain elles
La référence à Sag. 13, 5 paraît elle appartiendraient donc au premier versant de l' ~uvre,
h) Sag. 13, 5 encore largement occupé par une réflexion sur la phusis.
aussi avoir une réelle importance dans
nos homélies 2. Par sa place d'abord, au début de l'homélie
1 puis dans les toutes dernières pages de l'homélie VIII,
dans un effet remarquable d'inclusion. Et plus encore par
son contenu, puisque l'enseignement de ce verset va, à
première vue, à l'encontre du pessimisme de l'Ecclésias-
te 3. Alors que le leitmotiv « vanité des vanités» apparaît
d'abord comme une condamnation de la création, voire du
Créateur, Grégoire répond à l'objection à l'aide de Sag. 13,
91(l, 6, 15-16), qui rectifie en quelque sorte les excès d'une
telle affirmation. Mais dans la dernière homélie, le verset
sert au contraire de confirmation à Eccl. 3, 11-13 (hom.
VIII, 8,53-54). Sag. 13,5 donne donc, pourrait-on dire, le
mode d'emploi du livre de l'Ecclésiaste. Traditionnelle-
ment présenté comme le livre du mépris du monde, il
devient aussi une exhortation à lire dans le monde un
chemin vers Dieu. Mais cet éloge de la connaissance
analogique, facilité par le recours à ce verset, fixe aussi la
1. « Le recours au livre de Jérémie chez Athanase d'Alexandrie l), dans
Épektasis, p. 317-325. La manière dont Ch. KANNENGIESSER tente
d'interpréter les références à Jérémie dans l'œuvre d'Athanase nous
parait constituer un modèle pertinent pour l'analyse des citations
scripturaires chez un auteur; sur Grégoire de Nysse, voir du même :
« Logique et idées motrices dans le recours biblique selon Grégoire de
Nysse l), dans Gregor von Nyssa und die Philosophie, p. 85-103.
2. « D'après la grandeur et la beauté des choses créées, on voit
analogiquement l'auteur de toutes choses. l)
3. Le recours au livre de la Sagesse pour commenter l'Ecclésiaste est
d'autant plus intéressant que les affirmations de la Sagesse sont
interprétées par les exégètes comme des rectifications apportées aux
apories et aux interrogations de l'Ecclésiaste; sur ce point voir BARToN,
Commentary on Ecclesiastes, p. 57-58 «( The attitude of the book of
Wisdom to Ecclesiastes l»). 1. Voir ci-dessus, chap. II, p. 17.
INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 37

questions définies par les commentateurs de l' Isagogè de


Porphyre ou des Catégories d'Aristote: l'examen du but
de l'ouvrage y a bonne place 1.
Le skopos de l'Ecclésiaste, tel que Grégoire le définit au
début de sa première homélie, répond à ce souci de privi-
légier l'interprétation de l'ensemble du texte: « Le but de
IV. - INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ce qui y est dit est d'établir l'esprit au-dessus de la
ET RHÉTORIQUE sensation et de le convaincre d'abandonner tout ce qui
dans les êtres paraît grand et brillant, pour se hausser avec
l'âme vers ce que la perception sensible ne peut atteindre,
Le skopos du texte et désirer ces réalités que n'atteint pas la sensation 2. »
Le but assigné au texte biblique est unique, mais on voit
M. Harl a étudié les significations du terme skopos dans bien dans ces lignes qu'il revêt deux formes distinctes: il
l'usage chrétien des premiers siècles 1 et montré comment, s'agit d'abord de formuler à partir du texte commenté, une
à côté d'un sens éthique et spirituel, le terme désignait théorie de la connaissance qui repose essentiellement sur la
chez Origène un concept-clef de l'exégèse. De même chez distinction du sensible et de l'intelligible. Mais le verbe
notre auteur la définition du but d'ensemble du texte à « établir (au-dessus de)) (um:p6e:'LvaL), employé dans le
commenter fixe les impératifs de sa méthode exégétique : passage, présuppose et affirme un jugement de valeur qui
rester fidèle au texte biblique en s'attachant par priorité au met l'esprit au-dessus de la sensation; alors intervient la
sens global du texte. À propos du traité Sur les titres des persuasion (7te:LcraL) et nous sommes passés d'une théorie
Psaumes, M.-J. Rondeau a marqué comment cette volonté de la connaissance à un projet d'ordre éthique: apprendre
de déterminer un skopos unique, fût-ce pour un. ensemble à l'âme à désirer l'invisible. Une telle analyse du skopos
de 150 psaumes distincts les uns des autres, caractérisait montre que la nécessité d'une argumentation est double :
déjà certaines pratiques scolaires néoplatoniciennes 2. Et 1) elle permet en un premier temps de « lire » dans le texte
c'est ce que confirme 1. Hadot en dressant la liste des biblique cette théorie de la connaissance, c'est-à-dire de
transposer au plan philosophique les paroles de Salomon;
2) mais dans un deuxième temps, le prédicateur se doit
d'opérer le passage de l'affirmation doctrinale à l'exhorta-
1. M. HARL, « Le guetteur et la cible: les deux sens de skopos dans la
langue religieuse des chrétiens }), REG 74 (1961), p. 450-468 (art. repris tion morale et spirituelle, puisqu'il s'agit d'inviter l'audi-
dans La langue de Japhet. Quinze études sur la Septante et le grec des toire à la conversion.
chrétiens, Paris 1992, p. 215-233). Cette double démarche pourrait justifier la manière dont
2. M.-J. RONDEAU, « D'où vient la technique exégétique utilisée par
Grégoire de Nysse dans son traité Sur les titres des Psaumes? }), dans
T. Todorov qualifie l'exégèse patristique d'« interprétation
Mélanges H.-Ch. Puech, Paris 1974, p. 263-287. Voir aussi A. LE
BOULLUEC, « L'unité du texte : la visée du psautier selon Grégoire de 1. 1. HADOT, « Les introductions aux commentaires exégétiques }),
Nysse }), dans Le texte et ses représentations. Études de littérature p.101-105.
ancienne, t. 3, Paris 1987, p. 159-166. 2. Hom. 1, 2, 21-27.
38 INTRODUCTION INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 39
finaliste l »; prenant pour exemple le De doctrina chris- De même, un verbe comme Myû) au sens de « vouloir
tiana de saint Augustin, il analyse ce qu'il nomme les dire» est souvent employé en incise pour rappeler à
« stratégies de l'interprétation », c'est-à-dire l'ensemble des l'auditeur, au milieu d'un développement, le niveau réel
moyens rhétoriques mis en œuvre pour rendre compte de
d'interp,rétation de ce qui est dit. Un seul exemple peut
manière convaincante du mystère chrétien. Les « équiva-
suffire a montrer comment Grégoire parvient par ce
lences sémantiques» jouent dans ce système un rôle
biais à une réelle économie du discours. Dans l'homélie
déterminant - et nous retrouvons là les deux temps de
l'exégèse définis précédemment pour l'Ecclésiaste. Leur III, il commente Eccl. 2, 6 : « J'ai fait pour moi des
mécanisme est simple: « Il n'y a pas, écrit Todorov, des bassins d'eau et j'arrose grâce à eux les arbres qui font
moyens innombrables pour établir une équivalence séman- germer une forêt », avec ces mots: « Mais si j'avais en
tique: on le fait en suivant les voies du symbolisme lexical moi la source du Jardin, c'est-à-dire l'enseignement des
(abolissant donc le sens de l'assertion initiale dans laquelle vertus ... 1 » La précision introduite par 't"ou't"É:a't"LV décide
se trouve intégré le segment à interpréter) ou du symbo- du niveau de lecture du texte, sans qu'il soit besoin
lisme propositionnel (en ajoutant à la première assertion d'aucune démonstration.
une seconde). Le choix est si limité que chaque pratique Nous avons là un véritable processus de substitution' il
interprétative aura nécessairement recours aux deux pos- apparaît le plus souvent au moment même où Grégoire cite
sibilités 2.» En ce sens, tout devient rhétorique dans le un des v~rsets d~ l'Ecclésiaste. Ainsi le verset: « J'ai planté
commentaire d'un texte biblique. pour mOl des vIgneS» (Eccl. 2, 4) donne lieu à deux lec-
tures successives: « • J'ai planté pour moi des vignes " ce
qui équivaut à dire: J'ai préparé pour le feu des matériaux
De l'exégèse à la doctrine: avec lesquels j'ai augmenté la flamme des plaisirs, ou : J'ai
l'économie du discours enseveli mon esprit profondément, en déposant l'ivresse
sur la pensée comme de la terre pour une sépulture 2. » En
S'intéresser à la rhétorique de notre texte permet de jouant du champ sémantique propre au terme &:fL7tEÀWV,
mettre en évidence une économie du discours caractéris- Grégoire obtient d'abord la liaison: vigne ---+ bois ---+ feu.
tique du genre homilétique. Une expression, 't"ou't"l~a-nv Mais il ajoute ensuite un glissement de terme décisif pour
(( c'est-à-dire »), revient fréquemment et participe très son propos : au « feu» est immédiatement associée la
exactement de ce que Todorov appelle la « recherche « flamme des plaisirs », ce qui effectue le passage du sens
d'équivalences sémantiques ». Il faut d'ailleurs y ajouter matériel au sens moral. Dans la seconde lecture du texte
des expressions similaires, plus développées ISm:p 'laov Èa't"t il s'appuie sur le lien vigne/ivresse, mais continue aussi à
't"cp MYE LV IS't"L (( ce qui équivaut à dire que »), w<; &v ~ÀEYEV tirer p.arti de l'association avec la « flamme des plaisirs » ;
IS't"L (( comme s'il disait que »), oùaÈ:v &ÀÀo Èa't"L ou aY)fJ.aLvEL celle-Cl en effet rappelait implicitement au lecteur la
IS't"L (( ce qui n'est» ou « ne signifie rien d'autre que »). distinction entre l'âme et le corps, et Grégoire peut donc
aussitôt mentionner l'envers de ce plaisir, l'obscurcisse-
1. T. TODoRov, Symbolisme et interprétation, Paris 1978, deuxième ment de l'esprit. Il n'est pas étonnant que nous retrouvions
partie, p. 91-124 (, Les stratégies de l'interprétation finaliste: l'exégèse
patristique »). 1. Hom. III, 9, 16-19.
2. Ibid., p. 99. 2. Hom. III, 6,11 s.
40 INTRODUCTION INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 41
ici les différents sens de l'Écriture, tels que les conçoit la puisqu'elle ne propose pas un mode de raisonnement, mais
tradition issue d'Origène. Mais l'important dans l'homélie seulement un mode d'affirmation. Ce qui tient lieu de
est que seule la formule d'équivalence utilisée à la suite du raisonnement, c'est l'affirmation de ressemblances et
verset biblique marque le changement de niveau d'inter- d'identités. L'utilisation de la comparaison s'inscrit dans la
prétation. C'est tout un arrière-plan ph~losophique .et ligne de la recherche des « équivalences sémantiques ».
moral qui est ainsi réintroduit au gré de sImples aSSOCIa-
tions de termes.
Cela se double parfois dans le texte du rappel rapide de Les comparaisons : de la dualité au symbolisme
définitions et de concepts. La distinction de l'âme et du
corps est centrale dans les Homélies sur l'Ecclésiaste, et la Aristote recommande dans la Rhétorique 1 l'utilisation
formule TOUTécrTW est le plus souvent le moyen de la d'exemples pour faciliter la compréhension de l'auditeur et
réintroduire. Un autre exemple nous est fourni par la le convaincre. Il arrive aussi à Grégoire d'introduire ses
première homélie, où Grégoire commente le verset d'Eccl. comparaisons en soulignant ce souci de clarté de l'exposé.
l, 3 : « 'Quel avantage pour l'homme à la peine qu'il prend Ainsi dans le Traité de la virginité : « Cet exposé
sous le soleil?', dit le texte... 'Quel avantage pour deviendrait pour nous plus facile à comprendre par un
l'homme ?', dit-il. C'est-à-dire de quoi bénéficie l'âme de exemple. De même qu'un fleuve ... 2 ». Mais à côté de cette
ceux qui ... 1 ». Au terme &v8pûmoç employé dans le verset valeur d'illustration, les comparaisons ont une fonction
beaucoup plus centrale; elles font partie intégrante des
biblique Grégoire substitue la distinction entre ~UX~ et
schémas conceptuels utilisés par Grégoire - schémas à
~H.ùTLXàç tL6X8oç, cette dernière expression se référant au
deux termes - , et elles ouvrent en même temps la voie à
corps. Sans aucun détour par le raisonnement, la formule
un univers symbolique où toute réalité corporelle et
TouTécrTLV donne à la proposition la valeur d'une
psychique devient le signe d'une réalité spirituelle. C'est
affirmation forte; elle relève déjà du domaine de la
dans le commentaire du Cantique des Cantiques que cette
persuasion et assure en même temps le passage de
lecture symbolique trouve son plein développement. Dans
l'exégèse à l'enseignement théologique, au dog~a. Pour
la tradition de l'interprétation spirituelle des trois livres de
comprendre l'importance d'un tel mode de pensee, rappe-
Salomon 3, l'Ecclésiaste précède le Cantique; les Homé-
lons ce que M. Canévet disait lors du Colloque de
lies sur l'Ecclésiaste constituent sans doute une étape-clef
Chevetogne en 1969, à propos des Homélies sur le
dans l'œuvre exégétique de Grégoire, entre les commen-
Cantique: « Il y a chez Grégoire le besoin, d'affirmer sous
taires des premiers chapitres de la Genèse dans le De
une forme rationnelle l'enseignement de l'Ecriture. Le but
hominis opificio et l'In Hexaemeron, et, à la fin de son
de l'exégèse est seulement de dégager et d'affirmer en
œuvre, la Vie de Moïse et les Homélies sur le Cantique.
termes logiques ce MytLoc. A la différence des traités
Le plus grand nombre des comparaisons sert à cerner la
théologiques, il n'est cependant jamais discuté, ni prou-
distinction de l'âme et du corps, des activités tournées vers
vé 2. » Les formules d'équivalence constituent cette arma-
le monde matériel et des réalités intérieures. Ainsi l'acti-
ture logique. Il s'agit d'une logique bien particulière,
1. ARISTOTE, Rhétorique II, 20.
1. Hom. I, 7, 1 s. 2. De virg. IV, 6.
2. M. CANÉVET, « Exégèse et théologie l), p. 165. 3. Voir ci-dessous, chap. V.
42 INTRODUCTION INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 43
vité de l'ecclésiaste invitant chacun à vérifier la rectitude le recours aux comparaisons. Il convient en outre de
de sa vie est comparée à celle de l'artisan qui aligne une considérer comme leur fondement scripturaire le verset de
construction à l'aide d'un cordeau et d'une règle 1. Sans Sag. 13, 5 : « D'après la grandeur et la beauté des réalités
doute la comparaison reprend-elle toujours la forme créées, on voit analogiquement l'auteur de toutes choses .»
traditionnelle de la comparaison homérique, une des L'utilisation de cette référence scripturaire dans les homé-
marques, comme le souligne 1. Méridier 2, de l'influence lies l et VIn 1 montre surtout que le nœud de la question
de la seconde sophistique sur Grégoire; mais surtout cette est de savoir s'il y a rupture entre le sensible et l'intelli-
structure syntaxique réduit le premier terme au statut gible ou s'il y a passage de l'un à l'autre. La forme
d'image et privilégie le second. Selon la même ruse, syntaxique de la comparaison acquiert ici la force de ce que
pourrait-on dire, que les formules d'équivalence ~tudiées Todorov nomme le symbolisme propositionnel : il y a
dans les pages précédentes, la comparaison nous fait passer rupture entre les deux univers et la conversion, le passage
systématiquement et sans démonstration du, sens~b~e à du visible à l'invisible, ne peut être qu'œuvre de salut,
l'intelligible, ce qui est conforme au skopos determme au c'est-à-dire passage du mal au bien. Telle est l'économie du
début du commentaire. Elle prend donc l'importance discours réalisée par la structure comparative : ce qui est
d'une affirmation philosophique, affirmation d'une certaine comparé, mis face à face en quelque sorte, c'est indisso-
ressemblance entre réalités sensibles et réalités spirituel- ciablement le sensible ou le mal et l'intelligible ou le bien.
les; elle est analogie. Le passage de l'un à l'autre exige une guérison, et c'est la
raison pour laquelle les comparaisons médicales acquièrent
Le terme &.VIXÀoyLIX est plusieurs fois dans notre texte une pertinence particulière.
Comparaison
. employe, et a un d ouble sens .. celUl' d e
et ana1ogle '1 ' À travers ces comparaisons s'élabore
ressemblance, et dans ce cas 1 est a Comparaisons une description parallèle du corps et de
rapprocher du terme oV.oLb't"'Y)ç; et celui de proportion, médicales
l'âme, lieu commun de la rhétorique clas-
c'est-à-dire un sens mathématique, largement utilisé dans sique; mais la référence médicale fait intervenir un
les textes platoniciens (1, 4, 12 : emploi de Myoç dans le troisième terme : le médecin, ce qui n'est, pour Grégoire
même sens). Dans une étude sur la notion d'analogie chez comme pour la tradition patristique, qu'un des noms du
Clément d'Alexandrie, R. Mortley conclut en notant « la Christ.
signification verticale de l'analogie ». « Une certaine simili- La fréquence des exemples empruntés par Grégoire à la
tude écrit-il tient entre le plan visible et le plan céleste et médecine suscite toujours une interrogation sur la nature
" ."
c'est cela qui permet une ascenSIOn ratIOnnelle de 1 un a
\

de sa formation médicale. M. Aubineau émet en réponse


l'autre 3. » Cette formulation explicite l'effet recherché par l'hypothèse d'une initiation pratique à la médecine 2. Pour
1. L'image est introduite par Grégoire lorsqu'il commente Eccl. 1, 15, 1. Voir ci-dessus, chap. III, p. 34.
où l'opposition entre Ihecr't"pocflflévov et bmwcrfl"l)(l~vocL appelle l'image du 2. Les connaissances médicales de Grégoire ont souvent été soulignées
travail de l'architecte; voir homo Il, 4, 1 s. (voir J. JANINI CUESTA, La antropologia y la medicina pastoral de San
2. L. MÉRIDIER, L'influence de la seconde sophistique, chap. VIII (( La Gregorio de Nisa, Madrid 1946). M. AUBINEAU s'avance davantage en
comparaison Il). évoquant une « initiation pratique à la médecine» (Introd. à De virg., SC
3. R. MORTLEY, «' AvocÀoy(oc chez Clément d'Alexandrie », REG 84 119, p. 47). Les Homélies sur l'Ecclésiaste, elles aussi, portent la marque
(1971), p. 80-93. de ce savoir médical (par ex. homo VI, 7 : « les médecins disent que ... Il).
44 INTRODUCTmN INTERPRÉTATmN DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 45

intéressante qu'elle soit, une justification biographique de tradition médico-philosophique Issue de Démocrite
cet aspect de l'œuvre reste difficile et peut-être secondaire. marque l'élaboration de ce que nous appellerions une
Au contraire, des études récentes sur la médecine antique médecine psychosomatique, mais aussi d'une philosophie
permettent d'aborder sous un autre angle cette question de du corps.
l'intérêt manifeste de Grégoire pour la médecine. D. Dualité et passions : la réflexion de Grégoire est
Gourévitch, en étudiant le cas d'Aelius Aristide \ et constamment marquée par ces deux notions, qui appar-
davantage encore J. Pigeaud, dans sa thèse sur la maladie tiennent d'ailleurs, remarquons-le, à toutes les écoles
de l'âme, ont mis en lumière comment, dans la conscience philosophiques souvent largement entremêlées au début de
même des malades, des médecins et des philosophes, le l'ère chrétienne. Dans les Homélies sur l'Ecclésiaste, elles
savoir médical et le savoir philosophique et religieux ont apparaissent comme l'enjeu de l'anthropologie de Grégoire
partie liée. « Ce qui nous intéresse, écrit J. Pigeaud en et ne peuvent être réduites à un thème obligé d'une
présentant son travail, c'est l'utilisation de l'analogie prédication moralisante. Les comparaisons médicales leur
médicale par les philosophes pour approfondir le rapport donnent une forme concrète et réaffirment constamment le
de l'âme et du corps et pour définir, de manière diverse, la but du texte biblique. Les homélies font ainsi place à la
maladie ou les maladies de l'âme 2. » En utilisant certaines description de maladies et de troubles physiques l, mais
des connaissances médicales de son temps, Grégoire prend cela s'accompagne d'une connotation morale: il s'agit de
position sur deux questions centrales autour desquelles se troubles liés à la gloutonnerie, au rire sans raison, ou
rencontrent philosophes et médecins d'alors: la relation de encore de manifestations physiologiques dues à un senti-
l'âme et du corps, c'est-à-dire un des modes d'expression ment de honte ou de pudeur, sans oublier la mention des
de la dualité humaine, et les « passions» (7t6:8'f)) marquées effets de l'ivresse! Le terme pathos appliqué indif-
par les humeurs fondamentales et qui ont donc des féremment à l'âme et au corps signale l'analogie des
répercussions et des manifestations physiques. L'étude que maladies du corps et de celles de l'âme. Les comparaisons
propose J. Pigeaud de la notion d'euthymie 3 dans la retrouvent ici leur fonction, et Grégoire dit explicitement
dans la sixième homélie : « Pareilles souffrances du corps
1. D. GOURÉVITCH, Le triangle hippocratique dans le monde gréco- sont analogues aux faiblesses de l'âme 2 ». Les descriptions
romain. Le malade, sa maladie et son médecin, Rome 1984 : le premier
chapitre, p. 17-71 «, La maladie comme preuve d'existence: l'aventure
de l'activité médicale signifient donc toujours de façon
d'Aelius Aristide et ses interprétations »), est consacré à l'examen du cas figurée les soins à apporter à l'âme.
d'Aelius Aristide, sophiste du ne s. ap. J. C. Ses Discours sacrés Mais cette réflexion trouve dans notre texte un éclairage
témoignent de la complexité de sa maladie, une forme de mélancolie théologique avec la mention du Christ médecin au début
mystique, et des différentes thérapeutiques auxquelles il se soumet sur les
de la deuxième homélie, dans une liste des noms du Christ.
conseils du dieu Asclépios. Voir AELIUs ARISTIDE, Discours sacrés.
Rêve, religion, médecine au Ir s. ap. J.C., introd. et trad. par A.J. Un passage des homélies Sur la prière du Seigneur éclaire
Festugière, notes par H.D. Saffrey, Paris 1986.
2. Voir J. PIGEAUD, La maladie de l'I1me, p. 15. <,vulgarisation pseudo-scientifique» du 1er S. av. au 1er s. ap. J.C.; les
3. Sur la notion d'euthymie, voir J. PIGEAUD, op. cit., chap. V, Lettres d'Hippocrate, sorte de roman philosophique datant peut-être du
1 S. av. J.C., constituent un témoignage essentiel de la diffusion de cette
er
p. 441-521 «, L'euthymie : connaissance et guérison de la maladie de
l'âme »). <, La réflexion sur l'euthymie, écrit l'auteur (p. 443), est la pointe notion-clef pour la conception de la relation de l'âme et du corps.
la plus avancée de la philosophie vers la médecine. » Concept stoïcien à 1. Par ex., homo V, 6, 49-58; homo VI, 7, 15-28.
l'origine, l'euthymie devient une notion commune dans cette période de 2. Hom. VI, 7, 19-20.
46 INTRODUCTION INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 47

le lien entre cette dénomination et la réflexion sur les théorie de la connaissance, elles affirment la nécessité du
passions en parlant du Christ comme du « véritable passage d'un savoir humain, le savoir médical, à l'image du
médecin des maladies de l'âme l ». A deux reprises dans le Christ médecin.
commentaire de l'Ecclésiaste, la guérison des passions est
Quelques-unes des comparaisons
présentée comme l'œuvre du Christ. Dans l'homélie VI, De la comparaison
au symbole présentes dans les Homélies sur
l'énumération des maux dont souffre l'homme s'achève sur
l'Ecclésiaste excèdent la fonction
la mention des « égarements dus aux démons », sans
démonstrative qui vient d'être définie. Elles renvoient,
transition avec la série des maux physiques 2; et dans
nous semble-t-il, à une dimension plus symbolique de la
l'homélie VII, une allusion à la guérison de l'aveugle et du
pensée de Grégoire. Le statut particulier de ces comparai-
lépreux dans les récits évangéliques fait dépendre la santé
sons est souligné par la manière dont elles sont longuement
- et le processus de conversion - des miracles du
développées; la comparaison se double d'un autre procédé
Christ 3. La présence de cette troisième instance, le Christ,
rhétorique, l'ekphrasis 1, longue description elle aussi
traduit deux niveaux de réflexion chez Grégoire: il pose un
orientée vers la persuasion de l'auditeur ou du lecteur. De
regard critique sur le savoir scientifique de son temps; cela
ce fait, ces images prennent une certaine autonomie et ne
apparaissait déjà clairement dans certaines discussions du
sont plus toujours enfermées dans la contrainte d'un
De hominis opificio 4, mais l'enjeu de cet examen critique
système syntaxique. Cinq grandes images jalonnent ainsi
est beaucoup plus visible dans une des premières questions
les homélies, et l'on perçoit vite leur lien avec des images
abordées dans le traité Sur l'âme et la résurrection, où le
bibliques fondamentales: la demeure, le jardin et la vigne
développement de la médecine est pour ainsi dire subor-
dans l'homélie III, puis l'image de l'ascension vertigineuse
donné par Grégoire à la lutte de l'homme contre la peur de
d'une montagne dans l'homélie VI et enfin, dans la
la mort : « Le souci pour la vie provient tout simplement
dernière homélie, l'image du banquet de la vie.
de la peur de la mort. Et qu'en est-il de la médecine? Les trois premières images, par lesquelles Grégoire
Pourquoi les hommes l'estiment-ils? N'est-ce pas parce exploite largement l'opposition des réalités matérielles et
qu'elle semble utiliser son art pour combattre en quelque des réalités spirituelles, n'ont rien d'original et on pourrait
sorte contre la mort 5 ? » Ce regard critique amène en outre les compter au nombre de ces topoi (lieux communs)
Grégoire à établir la hiérarchie des différents domaines : utilisés par les Pères dans leurs sermons. Mais notons
médecine, philosophie, foi évangélique. Ainsi les compa- qu'elles ont aussi leur place dans les Homélies sur le
raisons médicales offrent une double réponse : concernant Cantique, pour préciser les étapes de la vie mystique 2. En
la nature humaine, elles démontrent sans peine le rôle ce sens, ce qu'affirme avec force Grégoire de la demeure et
néfaste des passions de l'âme et du corps; concernant la de la vigne spirituelles dans l'homélie III est une antici-
pation des réalités manifestées dans le Cantique.
1. De or. dom. IV (CND VII, 2, p. 45, 24-25). 1. Sur l'ekphrasis voir L. MÉRIDIER, L'influence de la seconde
2. Hom. VI, 9, 40·43. sophistique, chap. IX.
3. Hom. VII, 5, 61 s. 2. Sur cette place du symbolisme dans les Homélies sur le Cantique,
4. De homo op. 8 et 12. voir M. CANÉVET, Herméneutique, quatrième partie, p. 291·361 (, Sym-
5. De an. et res., PC 46, 13 B (trad. Terrieux, § 2). bolisme et exégèse ,»).
48 INTRODUCTION INTERPRÉTATION DE L'ÉCRITURE ET RHÉTORIQUE 4.9

Les deux images de l'ascension et du banquet relèvent L'accès à l'expression symbolique oblige en quelque
aussi du symbolisme spirituel, mais leur originalité est sorte la rhétorique à ruser avec elle-même: qu'il garde ou
qu'elles assignent ses limites à la rhétorique, à l'art du non la rigueur des structures syntaxiques, le discours
discours. L'image de l'ascension d'un sommet, que l'on change insensiblement de nature en faisant une plus large
retrouve ailleurs chez Grégoire, donne le dernier niveau part aux images et fixe ainsi lui-même ses propres limites.
d'interprétation du verset : « Moment pour parler et
moment pour se taire» (Eccl. 3, 7). Le signifié, c'est ici
l'indicible: « Lorsque le discours va vers ce qui est au-delà
du discours, conclut Grégoire, c'est 'le moment de se taire'
et de garder dans le secret de la conscience, sans pouvoir
l'interpréter, l'émerveillement devant cette puissance indi-
cible 1. » Dans l'homélie I, le verset énigmatique: « Tous
les discours sont fatigants, et aucun homme ne pourra
parler » (Eccl. 1, 8), avait déjà conduit Grégoire à montrer
la faiblesse du discours humain 2. Au contraire, l'image de
l'ascension d'Abraham, développée plus tard dans le
Contre Eunome 3, exprime un nouveau mode d'appréhen-
sion de l'indicible, et M. Canévet a pu montrer combien un
tel texte marquait l'accès du théologien à une intelligence
symbolique du mystère.
L'image finale du banquet de la vie pourrait être
assimilée à une parabole, à la suite des paraboles évangé-
liques utilisant aussi l'image du festin. L'image devient
alors récit et par ce caractère dynamique, elle réussit à
signifier le sens de l'existence humaine entière et fait
accéder le discours rationnel au stade de la confession de
foi. Le décalage est sensible lorsque, après le développe-
ment de l'image, le second terme de la comparaison fait
place à la citation d'Eccl. 3, 11 : « De même, dit le texte,
je sais, moi aussi, que chaque chose vient de Dieu toujours
pour le mieux ... 4 ».

1. Hom. VII, 8, 106-110.


2. Hom. l, 11.
3. C. Eun. II, 89 - texte traduit et commenté par M. CANÉVET,
Herméneutique, p. 51.
4. Hom. VIII, 8, 34-36.
L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 51

Défini comme le livre de la physique, l'Ecclésiaste se


trouve donc d'emblée situé dans une tradition philosophi-
que et chrétienne, qui rend moins étonnante, par exemple,
la proximité avec certains passages des Pensées de Marc-
Aurèle 1. Que conclut-il en effet de son observation des
hommes? « De cette façon, tu verras constamment que les
V. - L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE choses humaines, ce n'est que fumée et néant, surtout si tu
te rappelles en même temps que ce qui s'cst une fois
transformé ne reparaîtra jamais plus dans l'infini du
Les trois livres de Salomon temps. Pourquoi donc te tracasser? ... Qu'est-ce en effet
que tout cela, sinon des sujets d'exercices pour une raison
Grégoire n'ignore pas la place faite avant lui à l'Ecclé- qui voit d'une vue exacte, conforme à la science de la
siaste dans la trilogie attribuée à Salomon 1. Les premières nature, ce qui se passe dans la vie 2 ?)} En montrant
lignes de notre texte lient explicitement les Proverbes et comment la physique devient exercice spirituel dans la
l'Ecclésiaste, et dans les Homélies sur le Cantique, le rôle pensée stoïcienne, P. Hadot ne peut que souligner la
proximité de telles réflexions avec l'affirmation de l'Ecclé-
respectif des trois livres est rappelé dès le début de la
siaste : « Vanité des vanités, tout est vanité. )}
première oratio 2. Mais c'est Origène qui développe le plus
Mais notre auteur donne-t-il du sens de l'Ecclésiaste la
longuement dans le Prologue de son Commentaire sur le
même interprétation qu'Origène? Rappelons en quels
Cantique 3 le parallèle entre les trois livres de Salomon et
termes ce dernier précise le rôle de l'Ecclésiaste: « (Salo-
les trois parties de la philosophie, « éthique, physique et
mon), traitant de nombreux sujets concernant les choses de
époptique )}. Philon et Clément d'Alexandrie avaient déjà
la natqre, distinguant ce qui est inutile et vain de ce qui est
fait place dans leur œuvre à une réflexion sur les parties de
utile ~t: nécessaire, exhorte à laisser la vanité et à
la philosophie 4.
rechercher ce qui e11t 'ül:ile et honnête 3. )} A première vue,
1. Voir P. HADOT, « La division des parties de la philosophie dans la manière JC:llt Grégo.re fixe le rôle de l'Ecclésiaste au
l'Antiquité .), Museum Helveticum 36 (1979), p. 218 s. ; et M. HARL, « Les début de la première oratio sur le Cantique est très proche
trois livres de Salomon l). du passage que nous venons de citer : « Dans ce livre de
2. GNO VI, p. 17-18. l'Ecclésiaste, (la Sagesse) dénonce l'attachement des hom-
3. ORIGÈNE, Commentaire sur le Cantique, Prol., 3, 5 (SC 375) :
« Donc, Salomon, voulant séparer les unes des autres ces trois disciplines
mes aux choses visibles et proclame vain tout ce qui s'agite
que nous venons de dire générales : morale, naturelle, inspective, en fit et passe, lorsqu'elle dit: 'tout ce qui arrive est vanité.' Elle
le sujet de trois petits livres disposés successivement chacun dans son met alors au-dessus de tout ce qui est saisi par la sensation,
ordre .•) le mouvement qui porte notre âme à désirer la beauté
4. Voir V. NIKIPROWETZKY, Le commentaire de l'Écriture chez Philon
d'Alexandrie, Leyde 1977, chap. IV, en particulier p. 98 et 109. L'auteur 1. Voir P. HADOT, « La physique comme exercice spirituel ou
étudie les emplois du mot lpucrwÀoY(Q( chez Philon pour désigner la pessimisme et optimisme chez Marc-Aurèle l), Rev. de Théol. et de Philos.
physique. - Sur les parties de la philosophie chez Clément, voir A. 1972, p. 225-239, art. repris dans Exercices spirituels, p. 119-133.
MÉHAT, Étude sur les « Stromates » de Clément d'Alexandrie, Paris 1966, 2. MARC-AURÈLE, Pensées, X, 31 (trad. Trannoy, CUF).
p.77-89. 3. ORIGÈNE, Commentaire sur le Cantique, Prol., 3, 6 (SC 375).
52 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 53
invisible 1. » Mais il est notable que Grégoire ne mentionne
pas les trois parties de la philosophie correspondant aux La réflexion sur l'être et ses limites
livres salomoniens. Est-ce seulement dû à son « goût
esthétique, au refus de tout pédantisme 2 »? Il semble Dans une étude intitulée Ontology and Terminology in
qu'on peut y voir aussi la volonté de ne pas relier aussi Gregory of Nyssa 1, Ch. Stead souligne combien certaines
étroitement et de manière si rationnelle les livres bibliques. expressions utilisées par Grégoire font, en fait, référence à
A l'écart qui sépare dans le temps la composition des ce qu'une désignation plus tardive nomme ontologie; il en
Homélies sur l'Ecclésiaste et celle des Homélies sur le donne pour exemple deux expressions synonymes : ~
Cantique s'ajouterait une nette différence d'accent. Gré- 8ECùptCX TWV I5vTCùv dans le Contre Eunome, ~ 7tEpt TWV
goire est immédiatement sensible à la signification mys- I5vTCùv qnÀocrocptcx au début de la septième homélie sur
tique du Cantique 3, qui va se développer dans le dialogue l'Ecclésiaste 2. Pour préciser ce qu'il entend par « êtres »,
de l'Époux et de l'Épouse; de leur côté au contraire, les Grégoire procède à une série de distinctions fondamentales
Proverbes et l'Ecclésiaste fixent l'étape de ce qu'on pour sa physique, sous la forme de ce que M. Canévet
nommerait volontiers dans le langage contemporain le nomme des « rappels théologiques »; le début de l' oratio
rapport au monde. Sur le plan de l'ecclésiologie, le souci VI sur le Cantique fait ainsi place à un développement sur
d'une situation concrète, historique, y trouve légitimement l'échelle des êtres 3. « Ces intermèdes théologiques, écrit
sa place, comme nous l'avons vu 4, de même qu'une M. Canévet, servent à situer l'explication d'une série de
réflexion sur les éléments et la place de l'homme dans le versets dans l'enchaînement de l'économie du salut. » Il est
monde - et en cela notre texte rejoint bien ce que la notable que dans notre texte, ces rappels jouent le même
philosophie grecque entend par « physique ». rôle, brièvement formulés dans une phrase dont l'idée
principale suit le fil du commentaire biblique. Dans
1. GNO VI, p. 22, 9-15. - L'expression 71"iXv 'l"b ÈpX6fLEVOV fLc('l"C(~6TI)ç l'homélie VIII, le lien entre le verset biblique et le concept
est une citation d'Eccl. 11, 8, chapitre non commenté dans les Homélies
sur l'Ecclésiaste, mais qui témoigne à l'évidence de la structure répétitive
philosophique est particulièrement étroit : « Puisque dans
du texte biblique. les êtres une partie est vraie, une autre est vaine, il convient de
2. C'est ce que suggère M. HARL (( Les trois livres de Salomon », connaître ce qui est vain afin que, par confrontation, nous
p. 257). Mais il s'agit ici encore de déterminer dans quelle mesure connaissions la nature des êtres véritables 4. »
Grégoire prend ses distances à l'égard d'Origène et de Basile. Ce dernier, Si l'opposition vrai/vanité nous renvoie aux catégories
dans son Homélie sur le début des Proverbes rappelle en commençant les
trois étapes de la connaissance et définit ainsi le rôle propre de du texte biblique, Grégoire fait aussi appel pour parler de
l'Ecclésiaste: « L'Ecclésiaste s'attache à l'étude de la nature (cpuO'toÀoy(c()
et il nous dévoile la vanité des réalités de ce monde, de sorte que nous ne
1. G. Ch. STEAD, « Ontology and Terminology in Gregory of Nyssa »,
pensions pas que les réalités passagères méritent que l'on s'en préoccupe, dans Gregor von Nyssa und die Philosophie, p. 107-127, art. repris dans
STEAD, Substance and illusion. - A propos des mêmes expressions, J.
et que les pensées de l'âme ne recherchent pas ce qui est vain» (PG 31,
DANIÉLOU souligne que Grégoire est bien proche du concept d'II ontolo-
388 A). Si le terme cpUO'LOÀOy(c( rappelle Philon (voir supra, p. 50, n. 4),
gie» (L'Être et le temps, p. 7).
Grégoire ne l'emploie pas et souligne donc moins fortement que ses
2. C. Eun. II, 572 ; In Eccl., homo VII, 7, 1-2.
prédécesseurs le parallèle entre la physique comme savoir et le sens
3. M. CANÉVET, Herméneutique, p. 285-287. L'oratio VI sur le
« physique» de l'Ecriture.
Cantique (GNO VI, p. 173-174) fournit l'exemple le plus développé de
3. Voir GNO VI, p. 15, 12.
rappels concernant les différents degrés d'être.
4. Voir ci-dessus, chap. II.
4. Hom. VIII, 2, 151-153.
54 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 55

l'être aux distinctions héritées de la pensée grecque; ainsi, de préciser la problématique centrale de cette ontologie :
par exemple, ce rappel de l'homélie VI : « Parmi les êtres, comment penser et nommer le rapport entre les différents
il y a ce qui est matériel et sensible, et ce qui est intelligible degrés d'être et, dans une perspective plus théologique,
et immatériel 1. » Une ontologie est en jeu, dont les entre Dieu inaccessible et la pensée humaine?
concepts sont tous marqués d'une longue histoire philoso- Dans un article l, P. Aubenque a souligné le boulever-
phique. sement qu'introduit Plotin dans la pensée grecque lors-
Il ne s'agit pas ici d'ouvrir une fois de plus le dossier des qu'il affirme dans la sixième Ennéade: « D'une manière
sources philosophiques de Grégoire 2. Il est cependant générale donc, l'Un est le terme premier; l'Intelligence, les
illégitime d'accuser Grégoire, comme le fait Ch. Stead, idées et l'être ne sont pas des termes premiers 2.» Au
d'incohérence dans sa terminologie 3; les notions qu'il terme d'un raisonnement sur la notion d'être appliquée à
utilise, même lorsqu'on peut en quelque sorte les étique- l'ensemble des êtres et à chaque être en particulier, Plotin
ter, sont en effet à replacer dans le contexte d'une période place donc l'Un au-dessus de l'être, car c'est pour lui la
d'éclectisme, sinon de vulgarisation de la pensée philoso- seule manière de préserver l'identité insaisissable de l'Un.
phique. Par exemple, les coïncidences lexicales ne suffisent Par là, il met une limite à la notion d'être: elle ne permet
pas toujours à fonder un rapprochement; l'image de pas de rendre compte d'une réalité unique et incréée. Son
l'observatoire élevé (crxo7t(œ), qu'utilise souvent Grégoire 4, disciple Porphyre se heurtera à la même insuffisance de la
lieu d'accès à Dieu et à une connaissance globale du monde notion d'être et choisira de distinguer entre « l'être» et
créé, relève sans doute de ce que M. Aubineau appelle « l'étant » 3.
« une sorte de XOLV~ platonicienne 5 ». Pourtant, une Grégoire de Nysse nous semble appréhender la même
comparaison plus précise entre la signification de cette difficulté dans les Homélies sur l'Ecclésiaste, et sa manière
image dans l'homélie VIII et un passage de la quatrième d'employer distinctement le singulier (-t'à lSv) et le pluriel
Ennéade de Plotin, où apparaît la même image 6, permet ('t'à lSv't'œ) en est le signe. Mais cela ne suffit pas à marquer
le caractère radical de la transcendance, et Grégoire a
recours alors, par l'emploi d'adverbes, à une surdétermi-
1. Hom. VI, l, 23-25. Voir CANÉVET, Herméneutique, p. 249-251.
2. Depuis la thèse de M. SPANNEUT sur Le stoïcisme des Pères de
nation de l'être; ainsi trouve-t-on des expressions comme
l'Église de Clément de Rome à Clément d'Alexandrie, Paris 1957, de 't'à lSv't'(ùç lSnœ, 't'à ocÀ'Y)Owç ov't'œ. Mais l'insuffisance d'un tel
nombreux articles ont été consacrés à la diversité des sources philoso- vocabulaire devient manifeste lorsqu'il s'agit de situer
phiques des Pères. Pour Grégoire, signalons: P. COURCELLE, « Grégoire
de Nysse lecteur de Porphyre », REG 80 (1967), p. 402-412; J. CUF). L'image est appliquée à l'âme qui contemple les réalités intelligi-
DANIÉLOU, « Grégoire de Nysse et le néoplatonisme de l'École d'Athè- bles, mais qui va aussi dépasser cette sphère pour accéder à l'Un, dont
nes ~, REG 80 (1967), p. 395-401 ; ainsi que les différentes contributions elle garde le souvenir.
réunies par H. Dorrie dans Gregor von Nyssa und die Philosophie. 1. P. AUBENQuE, « Plotin et le dépassement de l'ontologie grecque
3. G. Ch. STEAD, art. cit., p. 108. classique », dans Le néo-platonisme. Actes du Coll. de Royaumont ((9-13
4. Voir homo VIII, 2, 121, et la note ad loc. juin 1969J, Paris 1971, p. 101-108.
5. M. AUBINEAU, Introd. à De virg., SC 119, p. 99. 2. PLOTIN, Ennéades VI, 9, 2 (trad. Bréhier, CUF).
6. PLOTIN, Ennéades IV, 4, 5 : « Nous sommes comme des gens 3. A propos de ces distinctions chez Porphyre, voir P. HADOT,
montés sur un observatoire élevé dont le regard peut embrasser des Porphyre et Victorinus, Paris 1968, t. l, chap. II (sur Porphyre source des
choses invisibles à ceux qui ne sont pas montés avec eux » (trad. Bréhier, morceaux néoplatoniciens dans l'œuvre de Victorinus).
56 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 57

parmi les êtres ce qui n'est qu'apparence et « non-être » : le contemplateur et leur maître; ainsi, jouissant de ces
mal. Les concepts de la pensée grecque ne trouvent-ils pas merveilles, il aura l'intelligence de son bienfaiteur ... 1».
ici leur limite l? L'affirmation à laquelle arrive Grégoire Dans les Homélies SUT l'Ecclésiaste, sans doute la réfé-
dans la deuxième homélie reste bien paradoxale : « Le mal rence au verset de la Sagesse: « D'après la grandeur et la
est ce qui est sans fondement, parce qu'il tient sa beauté des réalités créées on voit analogiquement l'auteur
subsistence de ce qui n'est pas; mais ce qui tient son être de toutes choses 2 », va-t-elle aussi dans le sens de cette
de ce qui n'est pas n'existe pas du tout non plus selon sa célébration de la création de Dieu; mais toute la réflexion
propre nature 2. » Telle est l'impasse de l'ontologie pour la sur les éléments de la nature, au fil du commentaire d'Eccl.
physique de Grégoire, et l'étude des différentes clas- l, 3-12, est orientée et transformée par l'affirmation ini-
sifications des êtres présentées au fil de son œuvre, tiale : « Vanité des vanités ». L'évocation du cosmos et de
rigoureusement faite par D. Balàs 3, confirme cette impres- ses rythmes est rapportée à l'homme et sert à éclairer la
sion. C'est en substituant une réflexion sur l'homme, et
question de sa responsabilité dans la loi du péché et du
plus précisément sur la liberté humaine, à ces interroga-
mal; physique pour l'homme, donc, comme l'affirme cette
tions sur la nature de l'être que Grégoire se dégage de ces
exhortation : « Hommes, vous qui regardez l'univers,
apories philosophiques.
concevez votre propre nature 3. » La structure même du
texte biblique met sur la voie de cet anthropocentrisme :
Une physique anthropocentrique les versets consacrés aux éléments, la terre, le soleil, le vent
et les eaux, sont en effet inclus dans des versets qui se
Quoi qu'il en soit de la chronologie relative de l'In soucient principalement de l'homme (Eccl. l, 3 et 8). Sans
Hexaemeron, du De hominis opificio et de notre texte, la réellement tenir compte de l'ordre des versets 4 à 7, sans
comparaison des deux premières œuvres et de la première même tous les citer avec exactitude, Grégoire s'attache à
homélie sur l'Ecclésiaste permet de préciser la perspective trois motifs fondamentaux pour son anthropologie : le
propre de la réflexion sur la phusis dans notre texte. mouvement, la répétition et la stabilité.
L'In Hexaemeron de Grégoire, comme celui de Basile, L'ensemble du commentaire s'appuie sur cette analogie
examine les différents actes de la création selon l'ordre des de l'homme et du monde, ce qui ne nous éloigne pas de la
versets du premier chapitre de la Genèse; il s'agit d'un physique stoïcienne 4. Il faut noter d'ailleurs que dans sa
éloge de la création, tout est placé sous le signe de la Metaphrasis in Ecclesiasten, Grégoire le Thaumaturge
beauté de l'acte créateur. De la même façon, les chapitres interprétait déjà le texte biblique dans le sens de cette
1 à 5 du De hominis opificio affirment avec insistance la analogie; ainsi à propos d'Eccl. l, 7 : « Et (la vie des
place de choix faite à l'homme dans la création : « Les hommes) ressemble à l'avancée des flots qui tombent dans
merveilles de l'univers trouveront dans l'homme leur

1. Voir DANIÉLOU, L'être et le temps, p. 135·137. 1. De homo op. 2 (133 a).


2. Hom. II, 2, 29·31. 2. Hom. l, 6, 15·16; voir ci-dessus, chap. III, p. 34·35.
3. D. BALÀS, Metousia Theou. Man's participation in God's perfec- 3. Hom. l, 8, 1·3.
tions according ta S. Gregory of Nyssa, Rome 1966, chap. l, p. 23-53, 4. On a vu (ci-dessus, chap. II) l'évolution de la pensée de Grégoire par
(, The hierarchy of beings lI). rapport à la thèse stoïcienne de l'homme microcosme.
58 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 59

l'abîme sans mesure de la mer avec grand tumulte 1. » Qu'est-ce que cela veut dire? Que plus quelqu'un demeure
Tenu peut-être par la brièveté du genre littéraire qu'il a fixé et inébranlable dans le bien, plus il avance dans la voie
choisi, Grégoire le Thaumaturge en reste à cette expression de la vertu 1. »
imagée, là où Grégoire de Nysse associe étroitement Les Homélies sur l'Ecclésiaste semblent bien le lieu où
images et catégories philosophiques. se noue pour Grégoire ce passage d'une physique d'inspi-
Mouvement, stabilité et répétition sont indissociables et ration encore stoïcienne dans laquelle le mouvement, le
comme indéfiniment combinés dans le monde créé : « Ce changement ne sont que le signe de la dégradation et de la
qui est stable ne se meut pas, et ce qui est en mouvement mort, à une théologie spirituelle du mouvement toujours
n'a pas de stabilité, mais toutes choses se montrent, dans possible vers le bien. La réflexion sur le temps est au cœur
de cette relation entre physique, éthique et mystique
tout l'intervalle du temps, sous la même apparence, et ne
(époptique).
sont nullement transformées par une mutation en quelque
chose de plus nouveau 2. » L'image de la mer, réceptacle
toujours identique d'un mouvement toujours répété, don-
L'élaboration d'une conception du temps
ne la juste combinaison de ces qualités, et sans l'échange
paradoxal qui s'établit entre l'incessant mouvement vers la Les trois premiers chapitres de l'Ecclésiaste, et parti-
mort, la succession des générations et la fermeté de culièrement le début du troisième, offrent à Grégoire de
l'enracinement dans le bien, le lecteur perçoit ce qui Nysse la possibilité de cette réflexion sur le temps. Les
deviendra une affirmation fondamentale de Grégoire : le études de J. Daniélou rassemblées dans L'être et le temps 2
changement comme possibilité de la perfection. Telle est ou les remarques de Urs von Balthasar sur le devenir réel
en effet la conviction énoncée à la fin du De perfectione : et le devenir idéal dans l'œuvre de notre auteur 3 signalent
« Le plus beau fruit du changement est la croissance vers bien des textes où Grégoire aborde la question du temps.
le bien ... Que celui qui voit dans la nature un penchant au L'intérêt et la spécificité des Homélies sur l'Ecclésiaste sur
changement ne s'attriste donc pas 3. » Cette pensée trouve ce point tiennent sans doute à la façon dont sont envisagés
son aboutissement dans la Vie de Moïse, avec la définition successivement et progressivement - il faudrait dire selon
de l'épectase : « C'est là la plus paradoxale de toutes les l'akolouthia propre du texte - les différents aspects du
choses que stabilité et mobilité soient la même chose... temps. D'abord notion proprement « physique », cosmi-
que, le temps est ensuite perçu surtout comme une notion
éthique et eschatologique. Nous retrouvons ici le rôle-
charnière de l'Ecclésiaste, livre de la séparation du monde
matériel et de la conversion au bien.
1. PC 10, 989 A (trad. VINEL, dans Metaphrasis in Ecclesiasten,
p.204). L'homélie l présente comme en raccourci les différentes
2. Hom. l, 7, 12-15. dimensions du temps. Le mouvement du soleil, mais aussi
3. De perf., CND VIII, l, p. 213, 17 s. A. SPIRA souligne les
antécédents de cette conception chez Aristote et aux origines m~me de la 1. V. Moys. II, 243 (SC 1 ter).
pensée et de la poésie grecques «c Le temps d'un homme selon Aristote 2. Voir en particulier les chapitres sur le problème du changement
et Grégoire de Nysse : stabilité et instabilité dans la pensée grecque », (p. 95-115), l'apocatastase (p. 205-226) et la mortalité (p. 154-185).
dans Le temps chrétien, p. 283-294). 3. BALTHASAR, Présense et pensée, p. 29-41.
60 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 61

la succession des générations l nous renvoient l'image d'un auteur 1, a montré comment il prenait position contre les
temps cyclique; s'inscrivant dans une perspective stoï- définitions du temps de la philosophie grecque; c'est que
cienne, Grégoire suggère que le temps cosmique, le temps le at~a't""t)fLO'. est pour lui inhérent à la création. Un tel
du macrocosme, a son image dans les rythmes de l'exis- concept suppose donc l'abandon de la thèse de l'éternité
tence humaine 2. Mais la distinction des âges de la vie, du monde. Il revient alors aux Cappadociens, comme le
l'analyse de la succession des moments du temps - passé, suggère B. Otis, d'avoir fait du temps une catégorie
présent et futur - font de la linéarité et de l'irréversibilité positive 2. Le ~t~a't""t)fLO'. devient chez Grégoire une qualité
les caractéristiques du temps humain. Le texte nous fait essentielle des créatures, puisqu'il permet le changement,
alors entrer dans la perception d'un temps vécu, d'un la conversion.
temps existentiel. Les homélies II à V, centrées sur le bilan
de vie attribué à Salomon, précisent ensuite la nature et les La vie de Moïse, celle de Macrine, mais
critères de jugement de ce temps vécu : la perspective Temps idéal aussi celles de Basile et Grégoire le Thau-
et temps réel
éthique s'intègre alors à la perspective physique. Mais la maturge dont il fait l'éloge se déroulent
fin de l'homélie l, en faisant référence au thème de selon un schéma idéal et ces personnages constituent les
l'apocatastase 3, avait comme par avance fait place à la « modèles d'un temps idéal 3 ». Qu'en est-il de la vie de
dimension eschatologique du temps. M. Alexandre a bien Salomon?
montré comment, chez Grégoire, l'eschatologie inclut le On définira plus loin le statut exégétique de ce person-
temps cyclique, dont la perception amène l'ecclésiaste à nage, figure historique, mais aussi figure du Christ dans
affirmer: « Rien de nouveau sous le soleil ». L'objet des son humanité 4. Il importe seulement ici de noter que la
trois dernières homélies, au fil du commentaire d'Eccl. 3, première personne employée dans le texte biblique (Eccl.
1-13, est d'articuler temps éthique (selon lequel c'est l, 12-18 et 2) est interprétée par Grégoire comme la
toujours le moment de choisir le bien) et temps eschato- marque du discours du roi Salomon. Celui-ci confesse ses
logique. fautes, le mauvais usage qu'il a fait du temps de sa vie.
Le vocabulaire du temps est celui de l'étendue comme Cette lecture du texte suffit à distinguer les Homélies sur
l'atteste l'emploi des verbes 7tO'.pO'.'t"dVUl, aUfL7tO'.pO'.'t"dvUl (par l'Ecclésiaste des récits de vies exemplaires où se dessine
d'emblée le modèle d'un temps idéal, et dont l'archétype,
ex. homo II, 8, 25 et V, 6, 35) et surtout celui du substantif
en quelque sorte, est la vie de Moïse : elle se déroule en
~t~a't""t)fLO'. (voir homo l, 7, 14; II, 8, 50; V, 8, 44; VI, 3,
trois périodes de quarante ans, chacune correspondant à la
16 ; VII, 2, 20, avec la note ad lac. ; 8, 72-76, avec la note perfection d'un état de vie et peut ainsi constituer un
ad lac. ; 8, 81-98 ; VIII, 8, 49). T. Verghese, en étudiant les
différents emplois de at~a't""t)fLO'. dans l'œuvre de notre 1. T.P. VERGHESE, (, Ô~&cr""1)!L(X and IlL&cr.. (Xcr~ç in Gregory of Nyssa.
Introduction to a Concept and the Posing of a Problem ,), dans Gregor
von Nyssa und die Philosophie, p. 243-260.
1. Hom. l, 7. 2. B. OTIS, (, Gregory of Nyssa and the Cappadocian Conception of
2. Hom. 1, 8. Time ,), Studia Patristica, TU 117 (1976), p. 327-357.
3. Hom. l, 13, 45. - Voir M. ALEXANDRE, (, Protologie et eschatolo- 3. M. HARL, (' Les modèles d'un temps idéal dans quelques récits de
gie '). L'auteur parle à propos de la compréhension nysséenne de ce verset vie des Pères Cappadociens ,), dans Le temps chrétien, p. 220-241.
d'(, une sorte de principe de logique et de physique chrétienne ,) (p. 125). 4. Voir ci-dessous, chap. VII.
62 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 63

programme de vie proposé aux chrétiens. C'est pourquoi, La vie de Salomon, marquée par le péché, nous éloigne elle
lorsqu'il s'agit de ses contemporains et parents, de Macrine aussi de l'hagiographie.
ou Basile, Grégoire montre comment leur vie s'est dérou-
Le discours de Salomon amène Gré-
lée « de gloire en gloire », de perfection en perfection à L'expérience
du temps goire à situer sa réflexion sur le temps
l'imitation de celle du patriarche. L'idéalisation hagiogra-
humain à un niveau moins idéalisé, et
phique mise en œuvre dans la structure de ces récits de vie
Salomon pourrait être défini comme le modèle d'une
affirme comme un postulat l'existence d'un temps spirituel
humanité qui choisit la conversion au bien. La confession
qui échappe très tôt 1 au poids d'un temps mesuré par les
du personnage, dans les homélies II à V, propose donc le
rythmes naturels et les étapes de la vie : Macrine ne nous
récit d'un temps vécu, marqué par une succession d'actes
est-elle pas immédiatement présentée comme « au-dessus
volontaires. Seule la distinction du bien et du mal permet
de la nature 2 »? Sans doute pourrait-on lire comme les
de qualifier ces actes : la réflexion sur le temps doit donc
pôles opposés de cette perfection les poèmes autobiogra-
entrer dans la sphère de l'éthique. Et il est notable
phiques de Grégoire de Nazianze 3. En effet, si ceux-ci ou
d'ailleurs que le même vocabulaire, les mêmes images,
les Confessions de saint Augustin sont sous-tendus par un
spatiales en particulier, sont utilisées pour parler du temps
schéma spirituel, ce schéma se fonde sur la conviction de
et pour parler de la vertu, de la vie vertueuse 1.
la chute et donc d'une incapacité radicale de l'homme;
Mais il faut ajouter que la nature de la vertu, elle, ne
l'existence est alors vécue comme soumise au gré des événe-
dépend pas du temps, comme l'indique Grégoire dans
ments, ballottée et parcourue d'interrogations inquiètes 4.
l'Oraison funèbre de Basile, où il remarque: « La nature
1. En étudiant quelques biographies spirituelles des IVe et ve siècles, A. du temps est la même dans le passé et dans le présent par
LE BOULLUEC a montré comment (, ces récits édifiants informent et rapport à la question de la vertu et du vice - car le temps
déforment le temps vécu» «, Les schémas biographiques dans quelques n'est ni l'une ni l'autre; le bien est dans la liberté et non
vies spirituelles des IVe et ve siècles: les itinéraires de l'ascèse », dans Le dans le temps 2.» Le temps vécu s'expérimente dans la
temps chrétien, p. 243-262).
2. V. Macr. l, 16-17 (SC 178) ; le rêve fait par la mère de Macrine au
succession des actes avoués par Salomon; ordonnés à la
moment de l'accouchement annonce déjà le caractère exceptionnel de recherche du plaisir - comme l'atteste la récurrence du
celle qui va naître (ibid. 2, 22-30). mot ,x7t6Ào:ucrtç -, ces actes ne procurent que l'expérience
3. GRÉGOIRE DE NAZIANZE, Poem. de seipso I et XI (PG 37, 969 s. et d'un temps limité, coextensif à la durée du sentiment de
1029 s.). La marque de la chute informe tout le récit autobiographique et
l'expérience du temps vécu fait dès lors une très large part à l'angoisse.
plaisir. Le temps n'y a aucune continuité, ainsi que le
Voir les analyses d'I. RABUT, Perception et expression du temps dans les conclut Grégoire à la fin de l'homélie IV : « Dès que
poèmes autobiographiques de Grégoire de Nazianze, Thèse dactylogra- l'activité a cessé, la jouissance elle aussi s'évanouit, et rien
phiée, Université de Paris-Sorbonne 1980. n'a été mis en réserve pour la suite 3. » Le bilan de vie de
4. I. RABUT, ibid., chap. II (, La vie de Grégoire: une réitération du Salomon fait donc surgir la double question du bon usage
drame de la chute »). Cette inquiétude caractéristique de l'âme de Gré-
goire de Nazianze inspire bien des images poétiques au fil de l'œuvre. du temps et de ce qui va donner accès à l'eXpérience de la
Ainsi par ex. : (, Tels des oiseaux ou des vaisseaux de mer, le temps et moi durée sans fin (o:iwv).
venons à la rencontre l'un de l'autre, sans jamais nous fixer; mais les
péchés que j'ai commis, eux, ne passeront pas: ils demeurent. Voilà le 1. Voir en particulier les emplois de Te;(Vül et de ses composés.
plus grand malheur de la vie» (Poem. moralia XIII, 1-4, PG 37, 753, 2. In Basil., GNO X, l, p. nI, 1-4.
trad. I. Rabut). 3. Hom. IV, 5, 94-95.
64 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, LIVRE DE LA PHYSIQUE 65

« Il Y a un temps pour tout et un terme: le seul acte coextensif à un temps continu, à l'iX.Lwv,
Temps éthique
moment pour toute chose sous le ciel c'est de « fixer les yeux sur Dieu 1 ».
et temps de Dieu
(hom. VI à VIII) (Eccl. 3, 1)) : ce verset met en Cependant, il faut encore souligner que le commentaire
évidence l'opposition entre xp6voc, et que Grégoire fait dans l'homélie VII du verset « moment
XiX.Lp6c, 1. Le bon usage du temps, ce qui est e;{)XiX.LpoC" c'est pour parler et moment pour se taire» (Eccl. 3,7) suggère
le choix du bien, affirme Grégoire. Les versets à termes de façon imagée qu'une autre étape reste à franchir, qui
antithétiques du début du chapitre 3 (Eccl. 3, 1-9) sont les modifiera encore radicalement la perception du temps et
de l'espace. La métaphore, chère à notre auteur, de
uns après les autres compris comme les deux phases d'un
l'ascension d'un sommet et du vertige qui saisit celui qui
même acte : choisir le bien et refuser le mal. Mais,
s'aventure ainsi anticipe la sortie de l'espace et du temps
envisagée pour des actions particulières, cette action est
qui caractérise l'expérience mystique - mais Grégoire
étendue à la vie humaine tout entière : « Veux-tu appren- s'en tient dans notre texte à des termes négatifs 2. L'image
dre aussi le moment opportun pour chercher le Seigneur? de cette rupture de l'ordre spatio-temporel n'est plus
Je le dis en peu de mots: la vie entière 2. » présente dans les Homélies SUT le Cantique où se lisent au
La réflexion sur le sabbat, au début de l'homélie VII 3, contraire, selon un schéma qui n'est plus biographique, les
conduit Grégoire à fonder le bon usage du temps sur le étapes d'un progrès indéfini dans la connaissance de Dieu.
respect de la loi de Dieu. L'éthique est subordonnée à « la La réflexion sur le temps, dans nos homélies, montre que
loi qui vient de Dieu 4 ». Le respect du sabbat n'est pas le la physique nysséenne a des degrés, qui sont des degrés de
respect d'une mesure particulière du temps que serait le conversion : de l'observation du cosmos et de ses cycles
jour du sabbat; ce jour, pourrait-on dire, ne fait pas répétitifs on passe à l'appréciation, à la mesure du temps
nombre avec les autres jours de la semaine, mais il figure vécu par chacun, et la recherche des critères conduit à
le temps de faire le bien. Il concerne donc l'existence prendre en compte la totalité du temps vécu. Les derniers
entière et il n'est pas étonnant que l'homélie VIII s'achève versets commentés par Grégoire 3 définissent l'existence
par l'introduction du concept d'iX.Lwv, défini comme « un humaine comme un don de Dieu, dont il s'agit de faire bon
concept d'étendue» (~LiX.Q''t"'Y)fLiX.'t"LX6v 't"L v6'Y)fLiX.) 5. Le temps usage. Avec cette notion de don, la mystique peut succéder
vécu, les âges successifs de la vie sont récapitulés dans ce à la physique, et Salomon, après l'aveu de ses fautes,
seul terme iX.LWV auquel Grégoire oppose l'oubli (À~e'Y)) 6, entonner le Cantique des Cantiques.
c'est-à-dire la perte des réalités matérielles au moment de
la mort. La démonstration de Grégoire touche ici à son

1. Hom. VI, 1-3.


2. Hom. VII, 5, 15-17. 1. 'EVot'l'€v(~ELV !lEi;> (hom. VIII, 9, 16) ; voir note ad loc. - Sur la
3. Hom. VII, 2. question du sens de ottwv, voir l'étude de A.-J. FESTUGIÈRE, « Le sens
4. 0E6!lEV fi v6!,-oç (hom. VII, 2, 74). philosophique du mot ottwv ,), article de 1949 repris dans Études de
5. Hom. VIII, 8, 49. philosophie grecque, Paris 1971, p. 254-272.
6. Voir homo VIII, 7, 17-18. L'opposition oubli/souvenir est inscrite 2. Dans cette ascension, l'âme perd tous ses repères et n'a « rien à
dans le texte biblique (Eccl. 2, 16) et situe la réflexion au plan empoigner, ni lieu, ni temps, ni mesure ... ,) (hom. VII, 8, 100-101).
eschatologique du jugement dernier, bien plus qu'au plan psychologique. 3. Eccl., 3, 12-13 : voir homo VIII, 8-9.
L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGLISE 67

ment avec des versets évangéliques et la mention des titres


« roi d'Israël }) et « fils de David l » enracinent le personnage
dans l'histoire, puis l'œuvre du Christ peut se résumer en
une affirmation : il a « fondé l'Église» ('t'~v èxXÀ'Y)O"LCXV
7t'Y)~OCfLEVOÇ). Véritable ecclésiaste, le Christ est défini
comme « guide de l'Église» (XCX8'Y)YEfL6}\1 ÈXXÀ'Y)O"LCXÇ). L'ex-
VI. - L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGUSE pression apparaît trois fois (l, 2, 27 ; II, 1,23 et V, l, 1-2) ;
une autre désignation, empruntée au vocabulaire des
fonctions militaires, est utilisée dans l'homélie VII : le
Si Grégoire fait place à la tradition interprétative de
Christ, « commandant ('t'CX~LOCPX'Y)Ç) de la puissance ecclé-
l'Ecclésiaste comme livre de la physique, le titre même du
siastique » (VII, l, 3-4). Le rôle qui lui est attribué apparaît
livre l'amène à définir un autre skopos. L'étymologie du
nom choisi par la Septante pour traduire « Qohélet 1» en clairement, et de façon répétée, au début des trois
fait un livre pour l'Église; aussi Grégoire, après avoir premières homélies: il est la source et le garant de l'unité.
distingué ce texte de « tous les autres écrits, historiques et Au nom d'agent èxxÀ'Y)mcxO""t"~ç, « celui qui rassemble »,
prophétiques », affirme-t-il : « L'enseignement de ce livre-ci Grégoire accole alors le verbe correspondant et des
concerne la seule vie de l'Église 2. » Une telle définition fait synonymes (O"UVCX8pOL~W, O"UVOCyEL\I). L'affirmation de l'unité
davantage regretter encore notre ignorance concernant accomplie par le Christ tire sa force de l'antithèse établie
l'utilisation liturgique ou du moins communautaire 3 de entre cette unité et la foule de ceux qui se sont égarés et
l'Ecclésiaste. Elle légitime en tout cas la réflexion sur perdus. Aux termes exprimant cette perdition ('t'&
l'Église qui s'organise progressivement dans les Homélies, à7toÀwÀ6't'C/.., 't'IX 7tE7tÀC/..V'Y)fLÉ:VC/..) s'oppose tout le lexique du
et dont les aspects doctrinaux ne font pas oublier à rassemblement et de l'unité : « plénitude unique» et
Grégoire la crise affectant alors l'Église. Aussi est-ce avant « Église unique » (hom. l, 2, 29-30) ; « une église unique et
tout l'unité de l'Église qui préoccupe notre auteur, (dans la un troupeau unique» (hom. II, l, 3-5); « celui qui
lignée même de sa lecture christologique de l'Ecclésiaste. assemble toute la création» (hom. III, l, 3-4).
Le rapprochement des trois termes 7tÀ~pwfLC/.., èxXÀ'Y)O"LCX
Le Christ ecclésiaste et l'unité de l'Église et x't'Lmç indique les dimensions indissociablement proto-
logiques et eschatologiques 2 de l'ecclésiologie nysséenne.
Le début de l'homélie l met d'abord en évidence la Le terme 7tÀ~PWfLC/.., dont on a souligné l'importance dans
signification typologique de l'Ecclésiaste. Le rapproche- toute l'œuvre de Grégoire 3, se rapporte toujours à l'Église
1. L'étymologie du terme hébreu est diversement interprétée, que l'on
voie dans (, Qohélet}) un (, rassembleur}) ou un (, prédicateur}) (Jérôme
1. Hom. l, 2, 32.42.
2. Voir les analyses de M. ALEXANDRE sur ce thème central de
utilise le terme concionator). - Voir BARTON, Commentary on Eccle-
l'apocatastase comme restauration de l'unité, de la plénitude, dans
siastes, p. 67-68; Lys, L'Ecclésiaste, p. 53-56. Sur l'interprétation du
(, Protologie et eschatologie }), p. 128-139 et 152-159.
titre par Grégoire, voir homo l, 2.
3. Sur les différents sens du mot plérôme, voir E. CORSINI, (, Plérôme
2. Hom. I, 2, 18-20.
humain et plérôme cosmique chez Grégoire de Nysse }), dans Écriture et
3. Voir ci-dessus, chap. III, p. 24 s.
culture philosophique, p. 111-126. Sur l'acception ecclésiologique de la
68 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGLISE 69

dans nos homélies, à l'exception d'un emploi pour désigner verset de l'Ecclésiaste autorise le rapprochement 1, il est
la mer dans sa plénitude 1; et il associe en lui l'unité remarquable que Grégoire fasse en priorité référence à la
originelle de la création et l'unité qui est l'œuvre de salut vie de l'Église pour commenter un verset qui se présente
accomplie par le Christ. comme une affirmation impersonnelle et de portée très
générale : « Tous les discours sont fatigants, et aucun
homme ne pourra parler)} (Eccl. l, 8). Quant au terme
Modèles de l'unité rcpe:cr66't"e:poç et à son utilisation dans la hiérarchie ecclé-
siastique, on peut rappeler comment Origène l'inclut dans
A l'image du Christ ecclésiaste, les disciples, les a?ciens une liste des fonctions ecclésiastiques entre l'évêque et le
et les saints ont une fonction de rassemblement de l'Eglise. diacre 2. La lecture des Constitutions apostoliques 3 et les
La présence de ces éléments dans notre texte tend à con- travaux de B. Gain sur l'Église de Cappadoce au IVe siècle 4
firmer l'appréciation que portait J. Daniélou sur la doc- confirment aussi cette compréhension du terme « presby-
trine apostolique du Cappadocien: « Elle est hiérarchique, tre)} comme équivalent de prêtre. Les Constitutions
à la différence d'Origène, opposant le spirituel à la apostoliques insistent en particulier sur la mission d'en-
hiérarchie )}; et il précisait ensuite : « Conception à en- seignement 5 des « presbytres )}; de la même façon Gré-
tendre d'ailleurs largement, car la hiérarchie ecclésiasti- goire commentant Eccl. l, 8 utilise de façon récurrente les
que, telle qu'il nous la décrit, comprend, à côté des mots de la famille de ~LM:crX(ù.
évêques et des docteurs, les moines, les vierges consacrées,
bref tous ceux qui sont dans l'Église objet de vocation
spéciale et réservés au service de Dieu 2. )}
1. Sur le rapprochement ~yX07tOç 1xomwvTEç, voir homo l, 11, note ad
Dans la première homélie, Grégoire rap- loc.
Les anciens 2. ORIGÈNE, Hom. sur Jérémie XIV, 4, 4-12 (SC 238) : « Celui qui 'rend
pelle le rôle d'enseignement des anciens à chacun ce qu'il lui doit' ... , qui a honoré, par exemple, les évêques
(rcpe:cr66't"e:POL), et le commentaire qu'il fait du verset de comme des évêques, les prêtres comme des prêtres (7tpEO"OUTtpOU<; &<;
l'Épître à Timothée les concernant (1 Tim. 5, 17) souligne 7tpEO"OUTtpOUÇ), les diacres commes des diacres ... , celui-là ... 'n'a pas été en
les exigences morales, pratiques, de leur fonction (hom. I, dette' 1) (trad. Nautin-Husson). - Sur l'institution des presbytres, voir A.
FAIVRE, Naissance d'une hiérarchie, Paris 1979.
11, 17 s.) 3. Même si une coïncidence lexicale avec un 3. M. METZGER (Introd. aux Constitutions apostoliques, SC 320, 1985,
p. 60) propose 360 comme date de rédaction des Constitutions, ce qui en
ferait une œuvre presque contemporaine des Homélies sur l'Ecclésiaste.
notion en lien avec l'interprétation de la parabole de la brebis perdue, 4. La thèse de B. Gain reprend et complète l'enquête menée antérieu-
voir M. ALEXANDRE, « L'interprétation de Luc 16, 19-31 chez Grégoire de rement par Y. COURTONNE (Un témoin du IV" siècle oriental: saint
Nysse 1), Épektasis, p. 425-441. Basile et son temps d'après sa correspondance, Paris 1973). Voir B. GAIN,
1. Hom. l, 9, 29. L'Église de Cappadoce au IV" siècle d'après la correspondance de Basile
2. DANIÉLOU, Platonisme, p. 312. de Césarée (330-379J, Rome 1985, chap. III, p. 100-108 (( L'organisation
3. La référence à ce verset de l Tim. invite à nuancer le jugement que du peuple de Dieu: le clergé 1»). « Dans les lettres de Basile, écrit l'auteur,
M. CANÉVET porte sur la manière dont Grégoire puise essentiellement les prêtres sont désignés le plus souvent par le terme 7tpe:O"ounpoç ... ,
dans cette épître des « conseils de morale 1) en laissant de côté ce qui relève moins fréquemment par celui de !e:pe:uç. 1)
des problèmes de gouvernement ecclésiastique (Herméneutique, p. 219). 5. Constitutions apostoliques II, 26, 3 et 7.
70 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGLISE 71

Le rôle des saints est évoqué dans la brebis spirituelles, à la joie du chœur des anges 1.» La
Les saints
dernière homélie (VIII, 2, 154 s.). Ils sont à restauration finale (emploi du verbe &7tox<X't'<XO"'t''1)O"<XL, II, 4,
l'image du « grand ecclésiaste », « criant de loin à ceux qui 43) du « nombre de la création de Dieu» (0 't''1)ç X't'LO"€WÇ
ont quitté le droit chemin ... : Fuis le chemin sur lequel tu 't'oG BeoG &pLB[l.6ç, II, 4, 45) définit la promesse de salut.
marches! » - le verbe €[l.oo& appliqué ici aux saints se
rapporte au Christ quelques lignes plus loin. Ils collabo-
rent ainsi à l'unité de l'Église. La tunique de l'Église
Grégoire s'en tient dans ce passage à l'expression
générale « les saints », mais il est notable que le même Cependant, s'il ne cesse d'affirmer l'unité de l'Église du
vocabulaire, les mêmes images se retrouvent, comme le Christ, Grégoire n'oublie pas la réalité des divisions et des
signale M. Alexandre l, dans le portrait de Basile, et donc déchirements : les thèmes eschatologiques qui viennent
pour définir le rôle de l'évêque. d'être évoqués ne se séparent pas de plusieurs allusions à
l'histoire de l'Église contemporaine de Grégoire. L'image
' . 1 Dans cette réflexion sur l'unité de scripturaire de la tunique sans couture du Christ ou celle
Les dISClp es l'É l'
g Ise, 1'1 laut
r rlalre
. une p 1ace au groupe du manteau de l'Église, allusion à Jude 23, lui permettent
des disciples. Il a en effet une fonction paradigmatique de réunir ces deux aspects: « la tunique de l'Église est sans
dans l'édification du plérôme de l'Église. À propos de déchirure» (VII, 7, 60-61), affirme-t-il. Ce passage de
l'énigmatique verset d'Eccl. l, 15 : « Un manque ne pourra l'homélie VII pourrait être ajouté au dossier des textes
être compté », Grégoire s'intéresse au nombre des disci- patristiques rassemblés par M. Aubineau pour illustrer ce
ples. Après la défection de Judas, leur groupe a perdu sa « symbole de l'unité de l'Église» 2; dans son article
plénitude propre ('t'à 'Œwv 7tÀ~pw[l.<X, II, 4, 26), et les Onze l'auteur souligne combien l'image a été particulièrement
figurent l'imperfection du troupeau de ceux qui attendent utilisée dans tout le contexte des luttes contre les hérésies.
le bon berger. Deux images viennent donc se substituer à Une des formules d'Eccl. 3, « Moment pour coudre et
moment pour déchirer» (v. 7), facilite l'introduction de
l'abstraction du verset sapientiel et, dans une attention aux
l'image en même temps qu'elle fournit l'occasion de
nombres dégagée de tout gnosticisme, Grégoire associe les
rappeler les troubles agitant alors l'Église. En quelques
onze disciples et les quatre-vingt-dix-neuf brebis. Après G.
lignes (VII, 7, 55-57) nous est proposée pour ainsi dire une
Hübner, M. Alexandre a souligné l'importance de la relecture de l'histoire des premiers siècles de l'Église;
parabole évangélique dans l'eschatologie de Grégoire; on l'actualité immédiate n'en est sans doute pas absente,
peut rappeler les lignes directrices de l'interprétation d'autant que, dans l'homélie VI, Grégoire a rappelé le
traditionnelle reprise par notre auteur : « Le Christ berger triomphe de l'hérésie (VI, 6, 19-20). Parti de l'affirmation
descend par l'Incarnation et remonte sur ses épaules la
nature humaine, la restaurant dans la centaine sacrée des 1. R. M. HÜBNER, Die Einheit des Leibes Christi bei Gregor von
Nyssa, Leyde 1974; M. ALEXANDRE résume ainsi la ligne majoritaire de
l'interprétation de Luc 16, 19-31 dans son article « Protologie et
eschatologie "~, p. 155.
2. M. AUBINEAU, « Dossier patristique sur Jean XIX, 23·24 : la tunique
1. Voir M. ALEXANDRE, « Les nouveaux martyrs ,). sans couture du Christ ,).
72 INTRODUCTION
L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGLISE 73
doctrinale de l'unité accomplie par le Christ, Grégoire
l'objectif, défini dès la première phrase, est de « connaître
procède clairement ici à ce que nous avons défini comme
la disposition légale et canonique concernant les
une lecture actualisante de l'Ecclésiaste.
pécheurs l ». Mais le caractère public (souligné par l'emploi
du verbe O''t"'I)ÀL't'EOc.ù) des aveux de Salomon a valeur
d'enseignement pour l'Église, valeur thérapeutique même,
Vie spirituelle et sacrements
et on retrouve ici la notion de modèle : « Voyons donc ce
Une comparaison avec le Discours catéchétique permet que dit avoir éprouvé celui qui guérit notre vie par la
d'apprécier la particularité de la réflexion sur les sacre- sienne » (III, 4, 1-2), fait dire Grégoire au personnage avant
ments dans les Homélies sur l'Ecclésiaste. L'intention d'aborder la liste de ses fautes. L'attitude de Salomon n'est
propre du Discours catéchétique, en effet, rend légitime un donc pour ainsi dire qu'une préparation et la mise en
enseignement dogmatique concernant le baptême et l'eu- œuvre d'un discernement; il recherche ce que le texte
charistie (chap. 33-35 et 37). Au contraire, au fil du nomme à plusieurs reprises des « critères » du bien et du
commentaire d'un texte vétéro-testamentaire, c'est le jeu mal. C'est une manière de définir l'attitude du pénitent.
des citations bibliques qui autorise des allusions aux Les dernières homélies introduisent alors des allusions au
sacrements. C'est dans la logique du rôle assigné au livre baptême et à l'eucharistie.
de l'Ecclésiaste, mais cela traduit peut-être aussi l'interro- C'est une des formules d'Eccl. 3, « Moment pour garder
gation insistante de notre auteur sur la manière de lire et moment pour rejeter» (v. 4), qui amène Grégoire à
l'Ancien Testament dans l'Église; la recherche de rap- parler du baptême : « Il y a une chose plus grande que
prochements entre versets de l'Ancien Testament et trouver : c'est garder la grâce qui a été trouvée. Par
versets du Nouveau ne se présente pas ici de façon exemple, celui qui est venu à la foi a trouvé la pureté grâce
systématique, à l'inverse, par exemple, de la structure au bain du baptême, mais il aura plus de peine à garder ce
typologique de la Vie de Moïse. qu'il a reçu qu'il n'en a eu à trouver ce qu'il n'avait pas »
Le récit que Salomon fait de sa vie est un enseignement (VII, 6, 25-28). C'est exprimer en termes abstraits, confor-
pour l'Église. Le vocabulaire utilisé pour introduire le mément à l'antithèse proposée par le verset biblique, ce
discours de Salomon relève de l'examen de conscience, de que dit l'Épouse du Cantique : « J'ai ôté ma tunique,
l'aveu des fautes, et il est clair que l'auteur ne se place pas comment la remettrai-je? j'ai lavé mes pieds, comment les
ici dans la perspective d'une quelconque discipline ecclé- salirai-je?» (Cant. 5, 2-3); en commentant ces versets,
siastique, même si le choix du mot exomologèsis nous met Grégoire développe l'image des tuniques de peau et des
en quelque sorte au croisement du point de vue psycho- sandales que l'on ôte au moment de recevoir l'eau du
logique et spirituel et du point de vue sacramentel l • Par baptême 2. La difficulté à « garder ce que l'on a reçu»
contraste, il faut lire la lettre canonique Ad Letoium, dont correspopd tout à fait à la question maintes fois abordée
dans l'Eglise, jusqu'à l'établissement de la pénitence
1. Voir les textes rassemblés par H. KARP : La pénitence. Textes et comme sacrement distinct, du baptême reçu une seule fois.
commentaires des origines de l'ordre pénitentiel de l'Église ancienne,
coll. Traditio Christiana, Neuchâtel 1970. Le mot 1:~0iJ.0MY"I)O"tç, qui
Ainsi, Grégoire envisage dans la lettre canonique le cas de
apparaît trois fois dans notre texte, deviendra, selon H. Karp, « le terme
1. Ad Letoium, PC 45, 221 B.
spécifique pour désigner la pénitence ,) (Introd., p. XVIII).
2. In Canto XI (CND VI, p. 327-332).
74 INTRODUCTION L'ECCLÉSIASTE, UN LIVRE POUR L'ÉGLISE 75
ceux qui ont renié la foi au Christ, et, comme la tradition goût, c'est donc la vision qui, au terme du commentaire,
le voulait, il leur assigne le statut de pénitent jusqu'au exprime à la fois le but et les fruits de la conversion. Le
moment de la mort 1. On peut alors considérer que la façon chapitre 37 du Discours catéchétique, consacré à l'eucha-
dont Grégoire introduit Nne allusion au baptême dans le ristie, reprend longuement l'image de la nourriture et de sa
contexte de la confession de Salomon reflète la situation digestion. Ici, la nouvelle mention de la nourriture et de la
réelle de l'Église de Cappadoce à la fin du IVe siècle. boisson en Eccl. 3, 13 nous renvoie au commentaire d'Eccl.
Ce serait forcer le sens de notre texte que de vouloir y 2, 24-25, et donc à l'interprétation sacramentelle. Mais la
déceler une théologie de l'eucharistie. Pourtant, les versets place faite aux sens spirituels, et en particulier à la vue,
faisant allusion à la nourriture et à la boisson nécessaires à montre que, dans le contexte du discours salomonien,
l'homme (Eccl. 2, 24-25 et 3, 13) invitent Grégoire Grégoire privilégie la référence à l'expérience spirituelle
plutôt que la définition du sacrement lui-même. A leur
lui-même à faire un rapprochement avec l'eucharistie. A
tour, certains versets du Cantique appellent cette double
l'issue de sa confession, et encore tout occupé par la
exégèse Spirituelle et sacramentelle 1.
distinction du charnel et du spirituel, Salomon rappelle :
Le genre littéraire du commentaire exige donc une autre
« 'L'homme ne vivra pas seulement de pain', telle est la
lecture qu'un traité catéchétique; cependant Grégoire,
parole du Verbe véritable » (hom. V, 8, 26-27). Placée à la
partant de l'exégèse du titre biblique, élabore les traits
fin de l'homélie V, cette allusion ne donne encore lieu qu'à
essentiels d'une ecclésiologie. Par là il s'éloigne sans doute
un développement moral sur les vertus comme seule
de l'interprétation traditionnelle qui faisait avant tout de
nourriture bonne. Mais deux passages de la dernière
l'Ecclésiaste « le livre de la physique» et il préfère y
homélie amènent la réflexion du plan psychologique et
distinguer les étapes de l'examen de conscience et de la
moral au plan spirituel, par le biais, encore une fois, de
conversion spirituelle.
citations néo-testamentaires. A la fin du commentaire de la
parole « Moment pour aimer et moment pour haïr» (Eccl.
3, 8), l'image des bonnes et des mauvaises odeurs qui se
transmettent à celui qui les respire et le transforment
suscite une référence à l'expression paulinienne « bonne
odeur du Christ» (II Cor. 2, 15, en homo VIII, 2, 132).
L'image de la nourriture eucharistique s'impose alors: « Si
celui qui est toujours s'offre à nous en nourriture, c'est
pour que, l'ayant reçu en nous-mêmes, nous devenions ce
qu'il est» (ibid., 1. 138 s.) ; et la citation de ln 6, 55 sert
de garant à l'affirmation. Enfin, le dernier verset de
l'Ecclésiaste commenté (Eccl. 3, 13) suggère à Grégoire 1. Voir en particulier l'exégèse de Canto 5, 1 en ln Canto X (CNO VI,
p. 305-308). - La dette de Grégoire à l'égard d'Origène pour sa doctrine
une analogie entre les nourritures qui fortifient le corps et des sens spirituels a été soulignée par H. RAHNER «c Le début d'une
le bien propre de l'âme: « regarder vers le bien », « fixer les doctrine des cinq sens spirituels chez Origène », RAM13 [1932],
yeux sur Dieu» (hom. VIII, 9, 15-16). Après l'odorat et le p. 113-145), et par J. DANIÉLOU (Platonisme, p. 225-252) ; il ne semble
pas y avoir chez Grégoire de hiérarchie dans le rôle attribué aux différents
1. Ad Letoium, PC 45, 225 C. sens (voir M. CANÉVET, (C Sens spirituel », col. 602-603).
LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 77

Qui est Salomon?

L'exégèse proposée par Grégoire est avant tout anthro-


pologique et spirituelle; même la place faite à l'interpré-
tation christologique, qui retient assez peu Grégoire dans
les deux premières homélies, insiste autant sur le rôle de
VII. - LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON discernement conféré au Christ que sur l'œuvre de salut
achevée avec l'Incarnation. Quant à Salomon « selon la
chair », il est un modèle d'humanité, par sa connaissance,
L'expérience du temps vécu et la définition du kairos, sa sagesse et sa liberté. L'accent mis par Grégoire sur ces
on l'a vu l, prennent d'autant plus de relief qu'elles sont le thèmes anthropologiques marque nettement la rupture
fait d'un personnage qui s'exprime à la première personne, qu'opère un tel commentaire par rapport à la théologie
Salomon. Grégoire tire parti du jeu linguistique des pro- antérieure, et particulièrement celle d'Origène. M. Canévet
noms et de la place tenue par le discours, de même qu'il a montré comment l'exégèse nysséenne traduisait un
examine avec précision la répartition des rôles dans le « effacement de l'opposition Ancien - Nouveau Testa-
Cantique des Cantiques 2. « Moi, l'ecclésiaste », dit Salo- ment 1» au profit d'une anthropologie et d'une théologie
mon (Eccl. l, 12) ; et ces premiers mots du verset servent spirituelles. Ainsi, par exemple, Origène voit dans le verset
d'introduction à la deuxième homélie. A travers ce « un âge va, un âge vient» (Eccl. l, 4) une justification de
personnage, la méditation sur la nature humaine prend un l'histoire de l'Église : à une Église née dans le judaïsme a
tour plus personnel: histoire d'un homme. « La vie des succédé l'Église des Gentils 2; on a vu que Grégoire,
grands hommes est proposée à leurs descendants comme poursuivant sa réflexion sur l'être, y voit l'affirmation de la
un modèle de vertu », affirme Grégoire dans la Vie de répétition cyclique des mouvements propres aux réalités
Moïse 3; Salomon, cependant, n'est pas un modèle au physiques. La place faite au récit de la vie de Salomon
même titre que Moïse, et d'abord son histoire (lO"'t"op(ot), confirme cette différence.
qui nous donnerait la dimension historique de son exis-
tence, est quasiment absente. S'il nous est donné comme
exemple, c'est précisément en tant qu'il fait lui-même le L'interprétation christologique
récit, le bilan de sa vie.
Fils de David, Salomon avait déjà été présenté comme la
figure du Christ dans la première homélie (1, 2, 28 s.). Il
1. Voir ci-dessus, chap. V, p. 63-65.
2. ORIGÈNE soulevait déjà (Philae. 7) la difficulté de la distinction des est aussi le Christ comme roi d'Israël; c'est le sens des
personnages: voir l'introd. de M. HARL au chap. 7 de la Philocalie et son deux versets du Psaume 2 cités au début de l'homélie II (l,
analyse, SC 302 (1983), p. 323-334 : « La confusion des personnages qui 27-30) : « Dieu a établi un roi sur la montagne sainte de
parlent dans les Écritures '). Sur la définition de la méthode prosopolo-
gique, voir M.-J. RONDEAU, Les commentaires patristiques du Psautier, 1. CANÉVET, Herméneutique, p. 235-239.
Rome 1985, vol. l, chap. II, p. 35 s. 2. ORIGÈNE, Comm. sur Matthieu, Ser. in Matth. 54, (CCS, Orig.
3. V. Moys. II, 48 (SC 1 ter). Werke XI, p. 122, 4-7).
78 INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 79

Sion» (v. 6), et : « Tu es mon Fils, aujourd'hui je t'ai rôle d'« observation» du Christ consiste donc essentielle-
engendré» (v. 7). Les versets de l'Ecclésiaste auxquels ment à chercher la source du mal.
Grégoire donne ensuite une portée christologique lui
' Le deuxième aspect de l'interprétation christo-
permettent un bref rappel dogmatique de l'économie du L œuvre l ' . d'
de salut oglque est mtro mt par une image: l'artisan met
salut. Eccl. l, 13 énonce « le grand mystère du salut» (II,
tout en œuvre pour rectifier les défauts de sa
2, 1 s.) : « J'ai adonné mon cœur à chercher et à observer
dans la sagesse tout ce qui existe sous le ciel. » Sous le nom construction et rétablir une parfaite harmonie (II, 4, 1 s.).
d'ecclésiaste, un des noms de la « philanthropie» divine, le Le vocabulaire appliqué ensuite à l'ecclésiaste s'organise
Christ accomplit son œuvre de salut en deux étapes : il autour de trois notions : la déviation (~LOC(J'!pO<p~), la
définit et montre aux hommes la véritable cause du mal, la rectification (&:v6p8ûlcrLC;) et l'ordre (X6cr[J.'Y)crLC;, ~LlXx6cr­
liberté déchue; il achève ensuite l'œuvre du salut en [J.'l)crLC;). Ces images sont rapportées à la création entière et
rassemblant les brebis perdues, en restaurant l'humanité expriment la dimension cosmique de la Rédemption. La
dans sa plénitude (voir ci-dessus, p. 66 s.). La christologie parabole de la brebis perdue, dont on a rappelé la portée
rejoint ici l'ecclésiologie. ecclésiologique 1, complète cet enseignement sur l'œuvre
de salut et clôt l'interpr~tation christologique. Par le
« L'observation de tout ce qui rappel d'un verset de l'Epître aux Hébreux, Grégoire
L'œuvre de discernement revient alors au personnage historique de Salomon, « qui a
accomplie par le Christ existe sous le ciel », tel est le
motif de l'Incarnation; c'est ce fait l'expérience de tout d'une manière semblable (à nous),
que confirme l'expression traditionnelle btL~'Y)[J.1jcrIXL ~L& à l'exception du péché » (hom. II, 5, 3-4) 2. De ce verset qui
crlXpx6c;, qui suit la citation d'Eccl. l, 13. La substitution du affirme la réalité de l'Incarnation, Grégoire de Nysse
verbe èmcrxélj;IXcr8IXL (II, 2, 8) au verbe xœt"lXcrxélj;M8lXL retient essentiellement l'idée d'épreuve-expérience Geu sur
m:î:poc, m:Lp(Xcr8ocL). Salomon est le modèle de cette expé-
employé dans le texte biblique rappelle également le
cantique de Zacharie célébrant la naissance du Christ 1. rience universelle, mais son expérience ne s'est pas faite en
L'interprétation d'Eccl. l, 13 permet à notre auteur de dehors du péché; le récit de sa vie prend donc la forme
passer de la signification ontologique à la signification d'une confession.
théologique de la « vanité ». Ce n'est plus seulement
l'apparence, c'est le mal, la faute de la liberté humaine.
L'image du serpent qui rampe sur la terre, empruntée au Salomon, personnage historique ou fiction littéraire?
récit de la Genèse, rend elle aussi raison de la descente du
Christ « sous le ciel» (II, 2, 8-9). Dans une série d'oppo- Il serait illusoire de chercher dans l'homélie II un
sitions entre les régions supra-célestes et « ce qui est sous portrait de Salomon. Une phrase suffit à le situer dans le
le ciel », deux versets de psaumes se répondent: « Ta
majesté s'est élevée au-dessus des cieux» (Ps. 8, 2) et : « Ils 1. Voir ci,dessus, chap. VI, p. 70 s.
ont été abaissés à cause de leurs péchés » (Ps. 106, 17). Cet 2. La référence à Héb,. 4, 15 est l'occasion d'un jeu sur deux sens de
abaissement est aussi le mouvement de l'Incarnation. Et le 1tE~p(x, « expérience 1) et « épreuve 1). Sur la manière dont les Pères font
place à l'expérience, voir HARL, « Le langage de l'expérience religieuse
1. Voir Le l, 68 et 78. chez les Pères grecs 1).
80 INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 81

temps: « Salomon était le troisième des rois d'Israël après actions de sa vie n'est pas chronologique, mais correspond
l'illustre Saül et après David, qui fut choisi par le à la gravité croissante de ses fautes.
Seigneur» (II, 5, 24-26). La première oratio sur le
Cantique, à la suite du Commentaire d'Origène, est plus
précise dans ses rappels de détails empruntés à III Rois 1. Un modèle d'humanité: connaissance, sagesse et liberté
Ici, Grégoire se contente de rappeler les conditions
paisibles du règne de Salomon, et introduit surtout l'idée En insistant sur les termes « sagesse et connaissance »,
qu'il a joui d'une liberté totale, sans entrave: « Comme il plusieurs fois liés dans l'Ecclésiaste 1, Grégoire de Nysse
n'avait plus à dissiper à la guerre et au combat les biens respecte la ligne de la littérature de sagesse à laquelle
dont il disposait, mais qu'il pouvait vivre dans la paix en appartient ce livre. G. von Rad présente en effet l'essentiel
toute liberté (xcx:'t"à n&acxv è~oua(cxv), il s'occupait (... ) à de ce « testament royal» comme « l'eXpérience personnelle
jouir de ce qu'il avait en abondance» (II, 5, 28-32). Cette de la vie que fit un sage », et il ajoute plus loin : « Ce qui
retient son intérêt, c'est moins la fixation et la discussion
liberté fait de lui une sorte de cas idéal. De même, par sa
d'expériences isolées que l'ensemble de la vie et un
position, Salomon a la pleine jouissance de toutes choses.
jugement concluant à ce sujet 2 ». La récurrence du voca-
Le mot om6ÀcxuaLç revient très fréquemment dans les
bulaire de la sagesse suffit à justifier le portrait philoso-
Homélies sur l'Ecclésiaste et il ne faudrait pas en restrein-
phique que Grégoire trace de Salomon. Par là il aborde
dre le sens. Dans son étude sur la société byzantine du IVe
une nouvelle fois les interrogations qu'il formulait à la fin
au VIle S., É. Patlagean a souligné l'extension de ce terme
de la préface du De hominis opificio : « A première vue, il
utilisé pour désigner un des aspects de l'évergétisme : « Le
y a en l'homme des contradictions : les caractères présents
cercle habituel des générosités évergétiques est défini par
de sa nature et ceux qu'il eut à l'origine n'ont apparem-
l'apolausis, la jouissance en réalité culturelle plus que
ment entre eux aucun lien nécessaire. Les oppositions, il
sensuelle par laquelle les membres de la cité peuvent
faudra les résoudre, grâce au récit de l'Écriture et par ce
éprouver pleinement leur condition 2. » De façon analogue,
que nos raisonnements nous feront découvrir. »
Salomon a eu accès à toutes les richesses de l'existence, et
c'est ce qui l'érige en exemple pour une réflexion sur la • Le terme yVWaLÇ est directement lié
nature humaine. Peu importe alors à Grégoire que ce récit Connalssance d l ' dG' . '1
ans a pensee e regOlre a a tempora-
relève de la réalité ou de la fiction. Deux points seulement lité propre à l'homme. Dans le De hominis opificio la « con-
comptent : Salomon peut se définir comme le modèle de naissance» est distinguée du « discernement» (3L<XXPLaLÇ)
toute humanité par sa connaissance, sa sagesse et sa
liberté; l'ordre dans lequel il énumère les principales 1. LO<p(C( et yvw(nç : aux occurrences des deux termes en Eccl. l, 16.
17.18 et 2,21.26 on peut ajouter Eccl. 7,13 et 9,10. Dans le texte hébreu,
1. Voir In Canto 1 (GNO VI, p. 16, 15-17, 1). Grégoire y mentionne D. Lys (L'Ecclésiaste, p. 153-154) note le grand nombre de mots se
la sagesse de Salomon xC('t"&' T1jv 6docv fLocP't"uP(c(v, référence implicite à III rattachant à la racine signifiant « sagesse ,) (dans le texte grec, emplois de
Rois 4, 29-32. Ces versets sont cités par ORIGÈNE dans son Comm. sur le O'o<p(C(, O'o<p6ç, O'o<p(~w) et rappelle que Qohélet est le lieu d'un débat sur
Cantique, Prol., 4, 32 (SC 375), qui est sans doute ici encore la source de cette notion, réaction peut-être à la « nouvelle sagesse qui vient de
Grégoire; ce prologue d'Origène fait d'ailleurs abondamment appel aux Grèce '). Voir de même: G. VON RAD, Israël et la sagesse, p. 117-132,
livres de Samuel et des Rois, en contraste avec le silence de Grégoire. « Les limites de la sagesse ').
2. É. PATLAGEAN, Pauvreté économique et pauvreté sociale, p. 428. 2. G. VON RAD, ibid., p. 264-265.
INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 83
82
définit l'aporie qu'elles font surgir: « Il s'agit de s'avoir si,
pour expliquer l'expression « connaissanc: du bier: ~t du
mal» : « Le mot 'connaissance' ne paraIt pas desIgner par le devenir réel, la priorité temporelle de la vie sensible
ne crée pas pour l'homme concret un obstacle si grand
partout la science et le pur savoir, ~ais plutôt u~e
qu'il équivaut à une contrainte au péché 1. » La comparai-
disposition intérieure à l'égard de ce qUI nous est agrea-
son de Salomon à un pêcheur en eau profonde symbolise
ble 1.» À cause du péché, le désir de connaître qui
ce risque de la connaissance : « ••• si Salomon a vécu dans
caractérise l'homme le met donc nécessairement au contact ces plaisirs absolument comme un pêcheur de murex au
du mal: « La connaissance (yvw(j~ç), c'est-à-dire la prise de fond de la mer, il s'est immergé lui-même dans la volupté,
contact avec lui (le mal) dans une expérience (~ ad, -6jç non pour être englouti dans l'onde amère - et par cette
7tdpaç &V<XÀ1)ljnç), est le commencement et le fondement de amertume, je veux dire le plaisir - , mais pour chercher
la mort et de la corruption 2. » Ces deux passages du De quelque chose qui soit utile à la pensée dans un tel abîme »
hominis opificio sont essentiels pour n~tre texte :. la (III, 3, 26 s.). Salomon descend dans le monde sensible
connaissance de Salomon se fait par une 7tE:~pa et celle-cl ne comme le Christ est descendu dans la chair; dans les
peut éviter le passage par les pas.sions. Cette expé;ie~ce est Homélies sur l'Ecclésiaste, c'est bien en effet l'image de la
une épreuve; aussi la vie du rOI est-elle c~mparee a « une descente dans le sensible qui est dominante, descente qui
épreuve très difficile à remporter 3 ». Et d'aIlleurs un v~rset prélude à la montée du Cantique des Cantiques. Le risque
du texte biblique établit, sous forme de senten~e umver- couru est la confusion toujours possible des biens appa-
selle une relation de cause à effet entre connaIssance et rents et des biens réels. Aussi Salomon cherche-t-il le
souffrance : « Qui accroît la connaissance accroîtra la « critère du bien », et sa découverte de la vanité de toutes
souffrance » (Eccl. l, 18). Cette connaissance-souffrance est choses l'amène-t-elle à conclure que « la sensation n'est pas
indissociable de la nature humaine. Ce paradoxe d'une le critère sûr du bien» (V, l, 26-27). L'affirmation est plus
connaissance qui passe obligatoirement par le mal marque catégorique encore dans la dernière homélie : « La connais-
les limites de la yvwmç et la nécessité de la relier à une sance du bien véritable devient pour nous pénible et
sagesse. Plusieurs passages des homélies ~ettent l'acc~nt difficile à obtenir, parce que, ayant été d'abord déterminés
sur le caractère contraignant de cette connaIssance soumIse par les critères sensibles, nous définissons le bien par ce
au sensible et donc aux passions : « Il est tout à fait qui nous réjouit et nous est agréable» (VIII, 2, 64-68).
nécessaire que celui qui est venu une seule f~is à l'intéri~ur Seule la sagesse peut remédier à ces insuffisances de la
de 'l'abîme de la matière' promène son œIl en tout heu connaissance humaine.
d'où pourrait naître le plaisir 4 » ; ces affirmations ont leur De même qu'on ne peut pas limiter la
parallèle dans d'autres textes de notre auteur 5. Balthasar
d~as:7~:~: yvw(j~ç au domaine intellectuel, la sagesse
1. De homo op. 20 (197 d).
nous fait accéder au plan où le but de la
2. De homo op. 20 (200 c). recherche se nomme aussi bien « beau» que « bien» et
3. Hom. V, 7, 24; voir aussi homo l, 1, 13 S. « être », selon les termes de la tradition philosophique
4. Hom. III, 4, 9-11; de même, homo V, 7, 23-24 : « (Salomon) a grecque auxquels Grégoire reste fidèle. Source de la
accepté par force ((3dlLaO"f.ltvwç) de prendre part au plaisir ... })
connaissance et des vertus, la sagesse est elle-même issue
5. Par exemple: De beat. II (GND VII, 2, p. 95-96) ; D~ mort. (GND
IX, p. 53-54). - Sur l'ambiguïté du mot mieoç, VOlr DANIÉLOU,
1. BALTHASAR, Présence et pensée, p. 46.
Platonisme, p. 71-73.
84 INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 85

de la sagesse divine, c'est-à-dire l'expression de cette « as- devient la caractéristique la plus personnelle de Salomon :
similation» à Dieu que la première homélie mentionnait confronté à cette double logique des passions et de la
déjà comme la caractéristique fondamentale de la nature sagesse, il va exercer sa liberté.
humaine 1. La sagesse est en quelque sorte innée, donnée rh' « La richesse, c'est le choix libre» (hom.
à Salomon (O"o(j)oc; &v, homo II, 5, 36); c'est un des LaS Il erte III, 5, 60). La formule est utilisée par
de a ornon G' . 1orsque Sa1omon d'ecouvre 1e
premiers traits du personnage. Une fois donnée, la sagesse regOlre
ne comporte pas de degrés et devient le guide sûr de la caractère illusoire des richesses matérielles. Puisque nous
connaissance. Cette infaillibilité est la marque de son venons de souligner le lien entre vertu et liberté, rappelons
origine divine. Dans l'homélie V, le développement sur la l'expression que Grégoire utilise dans le Contre Apollinai-
sagesse s'accompagne de deux références scripturaires re 1 pour définir la vertu : « Qui ne sait que la vertu est la
rapportant cette sagesse au Créateur: « Tu as tout fait dans rectitude d'un choix libre?» Dans les Homélies sur
la sagesse» (Ps. 103, 24), puis au Christ, « puissance de l'Ecclésiaste, le terme 7tpOCl(pEO"LC; a une place privilégiée
Dieu et sagesse de Dieu» (1 Cor. l, 24). La traduction parce qu'il est employé à plusieurs reprises dans le texte
éthique de cette sagesse est l'acquisition des vertus qui même de l'Ecclésiaste, en particulier dans l'expression
font avancer dans la connaissance du bien et du mal. À ce récurrente des deux premiers chapitres : 't"<X 7tOCV't"Cl f1.Cl't"ClL6.
't"'t)C; XCll. 7tpOCl(pEO"LC; 7tVEUf1.Cl't"OC; ; notre auteur explicite ainsi
qui est appelé dans la Vie de Moïse l'enchaînement des
péchés 2 s'oppose la progression dans le bien. cette affirmation : « Après avoir dit : 'Et voici, tout est
vanité', il en a ajouté la cause: ce n'est pas Dieu qui en est
S'agissant de la vertu, Grégoire utilise tantôt le terme
cause, mais le 'choix' de l'élan humain qu'il a nommé
générique àpE't"~, tantôt la liste plus ou moins complète des
'esprit' » (II, 3, 50-53). Il opte donc pour une interprétation
vertus. On trouverait dans le De virtutibus de Philon 3 la psychologique de l'expression 2, bénéficiant de la rencontre
même affirmation de l'origine divine de la sagesse et des du vocabulaire biblique et d'un concept-clef de son
vertus. Mais il faut bien voir aussi que cette généalogie de anthropologie. IIpoCl(pEO"LC; désigne donc le libre arbitre qui
la morale, ces listes de vertus nous renvoient à une double a choisi le mal. lM. Rist 3 a étudié l'histoire du mot
tradition : celle des épîtres pauliniennes 4 et celle de la 7tpOCl(pEO"LC; depuis les premiers emplois dans l'Éthique à
pensée grecque, où cependant la vertu est étroitement liée Nicomaque jusqu'à notre auteur et montré que ce dernier
à la connaissance. Mais quelle que soit la variation du en précise le sens. S'appuyant sur un passage du De
nombre et du nom des vertus, leur énumération traduit virginitate (XII, 2), il conclut : « Grégoire est tout à fait
toujours la même certitude: l'akolouthia des vertus et leur prêt à admettre que la 7tpOCl(pEO"LC; peut pécher et a péché. )}
origine commune, le Christ étant lui-même nommé « plé-
Les Homélies sur l'Ecclésiaste confirment ce point de vue.
nitude de la vertu » (hom. V, 3, 38.39). Les dernières lignes
de l'homélie II semblent assimiler sagesse et foi (hom. II, 1. Adv. Apol., GNO III, 1, p. 198, 1.
8, 62 s.). On voit bien alors comment l'usage de la liberté 2. Contrairement à GRÉGOIRE LE THAUMATURGE qui évoque de façon
beaucoup plus générale (, un souffie étrange et corrupteur ,) (Metaphrasis
1. Hom. l, 6, 10; voir note ad loc. in Eccl. l, PG 10, 989 C).
2. V. Moys. II, 278. 3. Voir J.M. RIST, (, Prohairesis : Proclus, Plotinus et alii », dans
3. PHILON, De virtutibus 8.51.181 (OPA 26). Entretiens sur l'Antiquité classique, XXI (De Jamblique à Proclus),
4. Voir Gal. 5, 22·23 ; II Tim. 2, 22; Tite l, 8·9. Vandœuvres-Genève 1975, p. 103·117.
86 INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 87

Le texte du De virginitate met en lumière le champ lexical agitation de l'âme» (hom. II, 3, 20-27). Ces lignes
du concept de liberté: « (L'homme) était, comme on vient consonnent tout à fait avec la formule sans équivoque
de dire, image et similitude de la puissance qui règne sur donnée comme un rappel dans le De mortuis : Lcr68EOV y~p
tous les êtres et pour cette raison possédait aussi, dans sa Ècr1'LV 1'6 lXùn;oucrLov (GNO IX, p. 54, 10).
souveraine liberté de choix (Èv 1'<]) lX\m:;oucrLcp 1'1jç À travers la confession de Salomon, Grégoire présente
7tpOIXLpÉcrEWÇ), la ressemblance avec le maître univ~rsel, surtout une analyse de l'acte libre, affirmant la pleine
n'étant assujetti à aucune nécessité du dehors, malS se responsabilité de Salomon, donc son entière liberté. Son
gouvernant à son gré selon ce qui lui semblait bon, avec expérience, ou son épreuve (7tELplX, II, 5, 3 s.) consiste
pouvoir de choisir (XIXe' È;oUcrLIXV IXLPOUfLEVOÇ) ce qui lui précisément dans la succession de ses choix jusqu'à ce qu'il
plaisait» (De virg. XII, 2, 10-17~. ,. .. en reconnaisse la présomption et revienne au bien. Par là
Dans une' étude sur la liberte chez GregOIre, J. Gaüh Salomon est bien modèle d'humanité, il exerce pleinement
analyse et classe les différents termes désignant la liberté sa liberté, signe de la nature royale de l'homme créé à
humaine 1 : &aouÀW1'Oç, &aÉcr7t01'Oç, IXÙ1'OXplX1'~Ç, IXÙ1'E;OU- l'image de Dieu (voir De homo op. 4 [136 b-d]). Mais son
Cl'LOç et ÈÀEu8Époç. S'il voit, principalement à cause d'un discours rend compte de manière plus concrète que le De
passage du De anima et resurrectione 2, dans l'ÈÀEu8EpLIX le hominis opificio de la complexité de ces choix 1. L'image
sommet de la liberté, l'IXÙ1'E;OUCl'LOV n'est selon lui qu'une du cheval qu'on maîtrise, marquée au coin du platonis-
« liberté de nécessité ». Le vocabulaire de la liberté dans me 2, insiste cependant sur le fait que Salomon maîtrise et
nos Homélies et la répartition des différents termes en quelque sorte choisit ses passions. De ce point de vue,
contredisent plutôt cette affirmation. Aùn;ouCl'Loç 3 y appa- l'histoire de Salomon est très éloignée de l'analyse de la
raît en effet comme un synonyme de ÈÀEu8EPOÇ, « la nature liberté faite par Némésius d'Émèse, contemporain de
libre et autonome» de l'homme, dit le début de l'homélie Grégoire, dans son traité Sur la nature de l'homme.
IV (È:ÀEu8ÉplX ~ cpUcrLÇ XlXt IXÙn;OUCl'Loç, IV, l, 23-24). Cette Némésius aborde la question de la liberté en distinguant
autonomie se trouvait déjà définie dans l'homélie II dans actes volontaires et actes involontaires, fortuits ou dus à
des termes qui en font la marque de la ressemblance· de l'ignorance; la liberté est une liberté de choix faisant place
l'homme avec Dieu : « Le bon présent fait par Dieu, à la délibération, au jugement et au désir 3. Dans la lignée
c'est-à-dire le mouvement du libre arbitre, est devenu stoïcienne, Némésius établit ainsi une sorte de dialectique
instrument pour le péché à cause de l'utilisation pécheresse entre liberté et Providence. Grégoire au contraire, tout en
que les hommes en ont fait ... ; ce libre élan de la pensée, reprenant le même vocabulaire, se démarque radicalement
qui s'est détaché sans guide pour choisir le mal, est devenu de tout fatalisme 4. Sagesse, connaissance et liberté, p~us-
1. J. GAÏTH, La conception de la liberté chez Grégoire de Nysse, Paris 1. Voir De homo op. 18 (rôle des passions).
1953, p. 72-81. 2. Voir homo V, 7, 4-5 et homo VIII, 4, 68 s.; J. DANIÉLOU,
2. De an. et res., PG 46, 101 C (cf. trad. Terrieux, § 85) : « La liberté Platonisme, p. 61-71.
(èÀEUeEp!o<:) est l'assimilation à ce qui est sans ma1tre et souverain, elle 3. NÉMÉSIUS D'ÉMÈSE, De natura hominis 29-31 et 32.
nous a été donnée en présent par Dieu au commencement. }) 4. Grégoire aborde directement la question dans son traité Contra
3. La manière dont le terme O<:Ù't'E~OUO'WV, emprunté au vocabulaire fatum (GNO III, 2) et, par le biais d'une critique de la divination, dans
stoïcien, a été adopté par la langue de la catéchèse ecclésiastique dès la lettre De Pythonissa (éd. E. KLOSTERMANN, Origenes, Eustathius von
120-130 a été soulignée par M. HARL (( Aù't'€~ouO'(OV }»). Antiochen, und Gregor von Nyssa über die Hexe von Endor, Bonn 1913,
88 INTRODUCTION LE RÉCIT DE LA VIE DE SALOMON 89

sées ainsi à leur plénitude, donnent également toute sa l'homélie V nous présente « la mystagogie qui initie aux
portée à la confession du roi. connaissances les plus élevées» (hom. V, l, 2-3), à la
recherche d'une règle de vie. Salomon a acquis une
conviction: « Le commencement de la vie vertueuse, c'est
Confession et bilan de vie de se tenir en dehors du mal» (hom. V, l, 9-10). Le
rapprochement établi aussitôt avec le Ps. 1 (hom. V, l, 15)
En préférant au terme (J.E't'6:VOL<X les mots è:~o(J.oMY'Y)O"Lç, met en avant l'idée de « béatitude» et souligne encore une
è:~<xy6pEUO"LÇet O"'t''Y)ÀL't'EUW, Grégoire insiste avant tout sur fois le lien entre éthique et mystique. Aux sources de cette
l'aspect public de cette confession, c'est-à-dire sur son sagesse, le Christ, introduit par le commentaire d'Eccl. 2,
caractère exemplaire. Il interprète, on l'a vu l, la succes- 14 : « Les yeux du sage sont dans sa tête », qui impose la
sion des paroles du roi comme l'aveu de fautes de gravité référence à la symbolique paulinienne du Christ-Tête.
croissante. Chaque accusation donne lieu à un discours Mais, malgré ces professions de foi, les questions demeu-
antithétique : à la critique morale répond l'exhortation rent, formulées en Eccl. 2, 14-26 : le sage et l'insensé
spirituelle. Au luxe des maisons il faut substituer deviennent les personnages principaux de ce que Grégoire
l'édification de la demeure spirituelle, à la plantation des interprète comme un dialogue 1.
vignes il faut préférer la plantation de la vigne véritable Ultime affirmation de ce bilan de vie, la distinction entre
(hom. III et IV). Si chacun de ces développements la nourriture pour le corps et la seule nourriture véritable,
retrouve volontiers des lieux communs de la prédication « sagesse et connaissance» (hom. V, 8), annonce déjà la
chrétienne, l'originalité des Homélies sur l'Ecclésiaste conclusion de la dernière homélie (hom. VIII, 9).
réside dans cette remontée jusqu'à la source de toutes les Qui est donc Salomon? Un homme qui prend con-
fautes 2, la structure rhétorique du texte soulignant l'en- science de la durée de sa vie et de la nécessité de choisir
chaînement des passions. La fin de l'homélie IV est le bien. En voyant dans le discours de Salomon le récit de
occupée par une comparaison avec le serpent, par réfé- cette expérience et du jugement porté sur elle, Grégoire de
rence au récit de la Genèse 3, qui confère à cette généalogie Nysse donne une portée exemplaire à ce bilan de vie.
des passions une forme allégorique. Portrait philosophique, pourrait-on dire, mais portrait
Une fois décelée la racine des maux, la confession peut inscrit dans la succession des actes d'une existence. En
se muer en bilan de vie. Lorsqu'il se heurte à la question cela, on est tenté d'opposer les Homélies à la Vie de
de la mort (voir Eccl. 2, 15-16), Salomon doit remettre en Macrine. Macrine, comme le souligne P. Maraval, incarne
cause le bien-fondé de ses choix initiaux. Bilan de vie, l'idéal de la philosophie: elle qui s'est élevée « jusqu'au
plus haut sommet de la vertu humaine 2» a choisi pour
p. 63-69; trad. française de P. MARAvAL, (, Le De Pythonissa de Grégoire
de Nysse. Traduction commentée ,), dans Lectures anciennes de la Bible, ainsi dire immédiatement « la vie immatérielle et dépouil-
Cahiers de Biblia Patristica l, Strasbourg 1987, p. 283-294). lée 3 ». Avec Salomon, Grégoire affirme la validité du
1. Voir ci-dessus, chap. III.
2. C'est l'affirmation de Paul en l Tim. 6, 10 (, La racine de tous les 1. Hom. V, 5, 14 s.
maux, en effet, c'est l'amour de l'argent ,») qui constitue le terme des 2. V. Macr. 1,28; voir MARAvAL, Introd. (SC), chap. IV «, L'idéal de
aveux de Salomon (hom. IV, 2, 2-3). la philosophie ,»).
3. Gen. 3, 15; voir homo IV, 5, 21 s. 3. V. Macr. 5, 49.
90 INTRODUCTION

détour par le monde, c'est-à-dire la valeur positive du


temps de l'existence. Le verset énigmatique d'Eccl. 3, 11
«( Vraiment, il a donné du même coup dans leur cœur la
durée, de façon que l'homme ne puisse pas connaître
l'ouvrage que Dieu a fait »), commenté à la fin de la
dernière homélie (hom. VIII, 8, 47 s.) rappelle que ce don
de Dieu reste incompréhensible à l'homme. Ainsi la vie de
Salomon, c'est le temps vécu, la forme humaine du VIII. - MANUSCRITS, ÉDITIONS, TRADUCTIONS
SL<XO''t"1)fLC<, du temps propre de la réalité créée. L'objet de
cette épreuve est le discernement du bien et du mal.
Comme le Christ, Salomon « descend» dans le monde et Le texte
s'y convainc progressivement de la vanité des apparences.
Le chemin ainsi parcouru donne de façon privilégiée aux Publié dans ce volume sans apparat critique, le texte
Homélies les caractéristiques que Balthasar reconnaît à grec des Homélies sur l'Ecclésiaste se conforme, à quel-
l'ensemble de l'œuvre de Grégoire : œuvre conceptuelle et ques différences près 1, à l'édition critique proposée en
dramatique, essentielle et existentielle 1. 1962 par P. Alexander, In Ecclesiasten Homiliae, dans la
série des Cregorii Nysseni Opera, vol. V, p. 277-442. Dans
une longue préface (ibid., p. 197-276), P. Alexander
présente les vingt-huit manuscrits collationnés pour son
édition, et les comptes rendus faits de ce travail ont salué
la grande amélioration apportée à l'édition de la Patrologie
grecque (PC 44, 615-754), qui reproduisait l'édition de
1638, due à E. Morel, et était accompagnée d'une traduc-
tion latine de G. Hervet 2.

A. Manuscrits du texte grec

Alexander, qui a mené à bien le travail d'abord entrepris


par W. Jaeger, a retenu huit manuscrits principaux pour
1. Voir la liste des corrections ci-dessous, p. 97. On se reportera aux
notes de la traduction pour la discussion de quelques variantes. Dans le
texte grec, nous avons conservé les crochets brisés introduits par P.
Alexander pour signaler ses additions.
2. Voir A. GUILLAUMONT, Compte rendu du volume V des Œuvres de
Grégoire de Nysse, Revue d'Histoire des Religions 166 (1964), p. 231-
232; J. DANIÉLOU, Compte rendu du même ouvrage, Gnomon 36 (1964),
1. BALTHASAR, Présence et pensée, p. XVI. p.40-43.
92 INTRODUCTION MANUSCRITS, ÉDITIONS, TRADUCTIONS 93

son apparat critique; ils se répartissent en deux classes G : codex Venetus Marcianus App. 73, daté du XIIe S. par
principales, les trois derniers manuscrits utilisés paraissant Alexander. Il offre parfois un texte plus complet que W et
être déjà le résultat de la recension de manuscrits appar- S, ce qui suggère à Alexander de le lier étroitement à la
tenant à ces deux classes 1. source commune qu'il suppose à ces deux manuscrits.
o : codex Atheniensis Bibl. Nat. 448, dépendant étroite-
Première classe de manuscrits ment de G.
W: codex Vaticanus 448, f" 1-83, daté du IXe_Xe siècle. On P : codex Parisinus graecus 1002, qui dépend à son tour de
y trouve la marque de corrections plus récentes (signalées 0, mais s'en distingue cependant par quelques leçons du
par Wl, W2, W3 et W4 dans l'apparat critique d'Alexan- texte biblique.
der).
S : codex Vaticanus graecus 1907, du XIIe_XIIIe s. Un B. Les chaînes sur l'Ecclésiaste
manuscrit de la même famille, le codex Vaticanus 1433
(noté Z) permet de remédier à certaines lacunes de S. L'édition critique de P. Alexander retient dans son
apparat critique 1 trois manuscrits de chaînes sur l'Ecclé-
Deuxième classe de manuscrits siaste :
E : Coislin 58, du xe s. Ce manuscrit ne contient que des Catena Procopii, codex Marcianus graecus 22
œuvres de Grégoire de Nysse et les Homélies sur l'Ecclé- Catena Polychronii, codex Marcianus graecus 21
siaste y occupent les folios l29v-194. Les corrections Catena Trinm Patrum, codex Parisinus graecus 152
lisibles dans le manuscrit sont notées El et E2.
A : codex Londinensis Old Royal 16D.I., du XIIe s. Il ne Si le texte des chaînes confirme parfois la leçon de tel ou
tel manuscrit, Alexander souligne cependant la difficulté
donne qu'une version incomplète des Homélies (voir GNO
qu'il y a à utiliser ces témoins pour une édition de l'œuvre
V, homo II, p. 314, 3 : début de la recension du ms. A). Le
de Grégoire de Nysse, les auteurs de chaînes ne citant que
codex Vaticanus 1802, Y, dérive très certainement de A.
rarement leurs sources de façon littérale.
Comme on l'a vu au début de cette introduction (voir
Les autres manuscrits chap. 1), la publication de plusieurs de ces chaînes,
Les trois derniers manuscrits appartiennent à la même postérieure à l'édition de P. Alexander, nous a surtout été
famille et empruntent aux deux classes de manuscrits précieuse pour l'étude et la compréhension des versets
examinées précédemment. La caractéristique commune de bibliques.
ces manuscrits à double recension est de présenter le texte
biblique commenté en tête de chaque homélie.
1. P. ALEXANDER propose un stemma des manuscrits principaux
(GNO V, p. 223). 1. P. ALEXANDER, Introduction, GNO V, p. 262-267 et p. 276.
94 INTRODUCTION MANUSCRITS, ÉDITIONS, TRADUCTIONS 95

ms. 1500 d'Erevan l : florilège du XIIIe S. Le texte des


C. La version arménienne des Homélies Homélies est donné dans les f" 635v-655r. Cinq autres
manuscrits du Maténadaran (mss d'Erevan nOS 311 ; 621 ;
Une version arménienne est déjà connue pour plusieurs 1013; 1480 et 2851), signalés par J.-P. Mahé, comportent
œuvres de Grégoire 1, et l'on sait l'intérêt de ces versions aussi les Homélies, mais il faudra attendre la publication
dans la mesure où elles remontent souvent à une traduc- du nouveau catalogue du Matenadaran pour en avoir une
tion très ancienne. R.W. Thomson a établi la liste des description plus complète.
textes patristiques les plus souvent traduits dès les débuts - ms. Galata 54 2 : important florilège de textes patris-
de la littérature arménienne, c'est-à-dire aux ve et VIe tiques, daté du XIVeS. mais sans doute composé, selon Ch.
siècles 2 ; Grégoire de Nysse y a une large place, principa- Renoux, à partir de florilèges déjà existants. On y trouve
lement par des traductions du De hominis opificio. M. des extraits de la deuxième et de la quatrième homélies
Aubineau mentionne également quelques fragments d'une (f" 236 et 237). Le Galata 87, non daté, donne des extraits
version arménienne du De virginitate 3, d'après le réper- des huit homélies (f" 578-581) et le Galata 92, postérieur,
toire établi par 1. Muyldermans à partir du catalogue en donne le texte complet (f" 139-206) 3.
arménien de Venise.
Trois manuscrits attestent l'existence d'une verSIOn
arménienne des Homélies sur l'Ecclésiaste: La présente édition

- ms. 217 de Vienne 4: copie tardive (le colophon date la Le texte grec publié dans cette édition indique dans la
copie de 1849). Le texte des Homélies y est complet (f" marge de gauche la pagination de la Patrologie grecque et
283a-313a ; une pagination propre aux Homélies est aussi celle de l'édition d'Alexander. Il garde la division en
indiquée : f" 3-63) et une étude du texte et des caractéris- paragraphes de l'édition d'Alexander, qui reproduit ceux
tiques de la traduction montre cependant que celle-ci se de la Patrologie. Mais la longueur de certains passages
conforme aux principes des plus anciennes traductions, nous a fait opter pour l'introduction de nouveaux paragra-
respectant scrupuleusement l'ordre des mots, le lexique et phes afin de faciliter la lecture. Ces paragraphes ne
la syntaxe de l'original grec 5. coïncident pas nécessairement avec la succession des
versets bibliques commentés, Grégoire ne se livrant pas à
1. Voir CPG II, nO 3135, 3154, 3165 et 3180.
2. R. W. THOMSON, (, The Fathers in Early Armenian Literature », 1. Répertorié dans H. KARENEANC', Catalogue des manuscrits du
Studia Patristica XII, TU 115 (1975), p. 457-470. Saint Siège d'Efmiacin, Tiflis 1913. Quelques indications sur ce manus-
3. Introd. à De virg., SC 119, p. 225, n. 1. - J. MUYLDERMANS, crit sont données par J.-P. MAHÉ dans Hermès en Haute-Égypte, 2 vol.,
(, Répertoire de pièces patristiques d'après le catalogue arménien de 1978-1982 (t. II, p. 320).
Venise », Le Muséon XLVII (1934), p. 279. 2. Ce ms. est conservé à la bibliothèque du Patriarcat arménien
4. Ms. 217, f' 283-313, répertorié dans J. DAsHIAN, Catalog der d'Istanbul et répertorié dans le Catalogue des manuscrits de la Biblio-
Armenischen Handschriften, Vienne 1895, 2 vol. thèque Nationale Arménienne de Galata. Voir description par Ch.
5. Voir F. VINEL, (, La version arménienne des Homélies sur l'Ecclé- RENOUX, Nouveaux fragments arméniens de l'Adversus Haereses et de
siaste de Grégoire de Nysse », Revue des Études Arméniennes 21 l'Epideixis, PO 39 (1978), Introd., p. 13-18.
(1988-1989), p. 127-143. La traduction du colophon du ms. est donnée à 3. Ces manuscrits m'ont été signalés par Ch. RENOUX. Qu'il en soit
la p. 128. remercié.
% INTRODUCTION MANUSCRITS, ÉDITIONS, TRADUCTIONS 97
une exégèse systématique de tous les versets 1. En tête de facilité la mise au point définitive. L'Institut des Sources
chaque homélie, un sommaire présente les grandes divi- Chrétiennes a assuré le dernier relais avant l'impression, et
sions de son texte. je lui dis aussi ma reconnaissance.
Les références au texte biblique de l'Ecclésiaste donnent
le chapitre, le verset et, si nécessaire, l'indication du
stique, la manière dont Grégoire cite le texte ne corres- ***
pondant d'ailleurs pas à la présentation versifiée de
l'Ecclésiaste éditée par Rahlfs. Pour finir nous indiquons ici les quelques modifications
apportés par la présente édition au texte de P. Alexander:

Les traductions en langues modernes


s.e. e.N.o.
Homélie 1
Cette première traduction française des Homélies sur 9,31 l8(otç; fLhpotç; < 't"o'iç; > l8(otç; fLhpotç;
l'Ecclésiaste fait suite à une traduction italienne et à une 9,31 7tpo0"6v't"wv 7tpoO"t6v't"wv
traduction anglaise, toutes deux faites d'après l'édition de 10,18 MywfLev Àéywv
P. Alexander : 13, Il fLévet fLeve'i
- Gregorio di Nissa : Omelie suU' Ecclesiaste. Tradu- Homélie IV
zione, introduzione e note a cura di S. Leanza, Testi
1,72 x't"(O"tç; x't"~O"tç;
patristici 86, Rome 1990 ;
3,47 tv' [tv']
- Gregory of Nyssa. Homilies on Ecclesiastes. An
English Version with Supporting Studies. Proceedings of Homélie V
the Seventh International Colloquium on Gregory of 2,3 7teptq)QplXv 7tOCpOCcpOpIXV
Nyssa, ed. S.G.R. Hall, Berlin - New York 1993. Homélie VI
3, 14 fLhpou fLe't"pou < fLévou >
*** Homélie VIII
L'achèvement de ce travail doit beaucoup aux encoura- 4,76 Ô~tx&p"t)vot 't"o'iç; Ô~tx&p"t)VOt < *** > 't"o'iç;
gements et aux conseils de tous ceux que je voudrais
remercier: Madame M. Harl, qui m'a d'abord proposé avec
confiance la traduction de ces Homélies, ainsi que ses
collaborateurs; Madame M. Alexandre, qui m'a suggéré
beaucoup d'améliorations après avoir lu le manuscrit; le
Centre d'Analyse et de Documentation Patristiques de
Strasbourg enfin, où un accueil chaleureux a beaucoup
1. Voir ci-dessus, chap. III.
BIBLIOGRAPHIE

1. - SIGLES ET ABRÉVIATIONS

Les sigles et abréviations utilisés dans cet ouvrage sont ceux de


la collection Sources Chrétiennes. Il faut y ajouter:
CPG Clavis Patrum Graecorum, I-V, M. Geerard, CC,
Turnhout
CUF Collection des Universités de France, Paris
GNO Gregorii Nysseni Opera, Leyde
LSJ A Greek English Lexicon, Liddell, Scott, Jones,
Oxford 19689
OPA Œuvres de Philon d'Alexandrie, Paris
PGL A Patristic Greek Lexicon, G.W.H. Lampe, Oxford
19764
Rhalfs Septuaginta, éd. A. Rahlfs, Stuttgart 1935 (1965 8 )
RAM Revue d'Ascétique et de Mystique, Toulouse
REAug. Revue des Études Augustiniennes, Paris
SVF Stoicorum Veterum Fragmenta, 1-111, éd. H. von
Arnim, Leipzig 1903-1905
TLG Thesaurus Linguae Graecae, CD ROM # D (Univ. de
Californie), Irvine 1992
TOB Traduction œcuménique de la Bible, Paris
VC Vigiliae Christianae, Amsterdam
VT Vetus Testamentum, Leyde
100 BIBLIOGRAPHIE BIBLIOGRAPHIE 101
In Hexaem : In Hexaemeron, PG 44
II. - ŒUVRES DE GRÉGOIRE DE NYSSE In inscr. Ps. : In inscriptiones Psalmorum, GNO V, J.A. MacDo-
(abréviations et éditions de référence) nough
In Melet. : Oratio funebris in Meletium episcopum, GNO IX, A.
Spira
Ad Ablabium, quod non sint tres dei, GNO III, 1 F. Müller In sext. Ps. : In sextum Psalmum, GNO V, J.A. MacDonough
Ad Graecos, ex communibus notionibus, GNO III, 1, F. Müller In suam ordo : In suam ordinationem oratio (= De deitate
Ad Letoium : Epistula canonica ad Letoium Melitinensem, PG adversus Evagrium), GNO IX, E. Gebhardt
45 Or. cat. (Oratio catechetica magna) : Discours catéchétique, éd.
Ad Simpl. : Ad Simplicium de fide, GNO III, 1, F. Müller et trad. L. Méridier, Paris 1908
Adv. Apol. : Adversus Apolinarium, GNO III, 1, F. Müller V. Macr. (Vita Macrinae) : Vie de sainte Macrine, SC 178
C. Eun. : Contra Eunomium, GNO I et II, W. Jaeger (1971), éd., trad. et notes P. Maraval
Contra fatum, GNO III, 2, J.A. MacDonough V. Moys. (Vita Moysis) : Vie de Moïse, SC 1 ter (1968), éd. et
C. usur. : Contra usurarios oratio, GNO IX, E. Gebhardt
trad. J. Daniélou
De an. et res. (De anima et resurrectione, PG 46) : Sur l'âme et
la résurrection, Paris 1995, trad. J. Terrieux
De beat. : De beatitudinibus, GNO VII, 2, J.F. Callahan
III. - LIVRES ET ARTICLES
De bene! : De beneficentia (= De pauperibus amandis I), GNO
IX, A. van Heck
De homo op. (De ho minis opificio, PG 44) : La création de Cette liste comprend essentiellement les titres de livres et
l'homme, SC 6 (1944), trad. J. Laplace articles qui sont cités plusieurs fois et d'une manière abrégée.
De in! : De infantibus praemature abreptis, GNO III, 2, H. Il faut signaler dans l'énumération qui suit trois instruments
Homer de travail particulièrement utiles: ALTENBURGER et MANN, pour
De inst. christ. : De instituto christiano, GNO VIII, 1, W. Jaeger une bibliographie d'ensemble jusqu'en 1988; FABRICIUS et
RIDINGS (sur micro-fiches) ; Biblia Patristica 5.
De mort. : De mortuis non esse dolendum, GNO IX, G. Heil
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De or. dom. : De oratione dominica, GNO VII, 2, J.F. Callahan
et le De hominis opijicio », dans Écriture et culture philosophi-
De peri : De perfectione, GNO VIII, 1, W. Jaeger que, p. 87-110.
De virg. (De virginitate) : Traité de la virginité, SC 119 (1966), - « Protologie et eschatologie chez Grégoire de Nysse », dans
éd., trad. et notes M. Aubineau Arché e Telos. L'antropologia di Origene e di Gregorio di
Ep. (Epistulae) : Lettres, SC 363 (1990), éd., trad. et notes P. Nissa. Analisi storico-religiosa. Atti dei Colloquio Milano,
Maraval maggio 1979, éd. U. Bianchi, Milan 1981, p. 122-159.
In Basil. : Oratio funebris in Basilium fratrem, GNO X, 1, - « Les nouveaux martyrs. Motifs martyrologiques dans la vie
O. Lendle des saints et thèmes hagiographiques dans l'éloge des martyrs
In Cant. : In Canticum Canticorum, GNO VI, H. Langerbeck ; chez Grégoire de Nysse », dans The biographical works of
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(1-2) Venant après le livre des Proverbes, l'Ecclésiaste est
son Targum, Lagrasse 1990. d'une plus grande difficulté que ce dernier, mais le nom
PATLAGEAN (É.), Pauvreté économique et pauvreté sociale à « ecclésiaste» nous fait comprendre que c'est un livre pour
Byzance, IV"-VII" siècles, Paris - La Haye 1977. l'Église. (3-6) Le mot « vanité» a plusieurs sens, mais l'affirmation
PIGEAUD (J.), La maladie de l'âme. Étude sur la relation de par l'ecclésiaste que « tout est vanité» n'est pas une condamna-
l'âme et du corps dans la tradition médico-philosophique tion de la création ni de son créateur. (7-10) Mouvement et
antique, Paris 1981. stabilité caractérisent la nature et ses éléments, mais aussi
l'homme, invité à se connaître lui-même. (11-12) Les limites de la
RAD (G. von), Israël et la sagesse, Genève 1971.
connaissance et de la parole humaines sont vite atteintes. (13-14)
STEAD (G. Ch.), Substance and illusion in the Christian A la vanité et à la répétition de toutes choses s'opposent l'état
Fathers, Variorum Reprints, Londres 1985. primitif de la création de Dieu, qui sera restauré à la fin des
Le temps chrétien de la fin de l'Antiquité au Moyen Âge temps.
(III"-XIII" siècles). Actes du colloque intern. du C.N.R.S.,
Paris mars 1981, Paris 1984.
VINEL (F.), « La Metaphrasis in Ecclesiasten de Grégoire. le
Thaumaturge : entre traduction et interprétation, une exphca-
tion de texte », dans Cahiers de Biblia Patristica 1, Strasbourg
1987, p. 191-216.
_ « La version arménienne des Homélies sur l'Ecclésiaste de
Grégoire de Nysse », Revue des Études Arméniennes 21
(1988-1989), p. 127-143.
ZIEGLER (Th.), Les petits traités trinitaires de Grégoire de
Nysse (379-383), témoins d'un itinéraire théologique, Stras-
bourg 1987 (thèse dactylographiée).
Alexander
CND V, p. 277 rPHrOPIOY EnlIKOnOY NYIIHI DE GRÉGOIRE, ÉVÊQUE DE NYSSE,
EII TON EKKAHIIAITHN SUR L'ECCLÉSIASTE

OMIAIA A' HOMÉLIE 1


Migne
PC 44, c. 617 1. rrp6xe:~"t'<X~ ~fLLV 6 'ExxÀ"f)O'~M"t'~ç dç ÈE;f)"'("f)O'w tO'OV 1. Voici l'Ecclésiaste l pro-
Difficulté de commenter
~X WV "t'<{> fLe:y€8e:~ "t'-Y)ç Ù>Cjle:Àe:l<xç "t'bV 1'C6vov "t'-Y)ç 8e:wp(<xç. l'Ecclésiaste posé à notre explication;
T WV yocp 1'C<XPO~fL~<XXWV VO"f)fL'X"t'wV ~~"f) 1'CpoyufLV<XO'&:V"t'wv l'effort que demande notre
"t'bV vouv, c1v OL O'XO"t'e:~vot Myo~ x<xt <XL O'oCjl<xt p~O'e:~ç X<xt étude n'a d'égale que la grandeur de son utilité. Une fois
5 "t'OC <XLV(YfL<X"t'<X a x<xt <XL 1'CO~x(À<x~ "t'WV Mywv O'''t'poCjl<X( b, que les pensées des Proverbes ont exercé notre esprit, avec
x<x8wç 1'Ce:P~~Xe:~ "t'b "t'ou ~~oÀ(ou èxe:lvou 1'Cpoo(fL~ov, *** leurs paroles obscures, leurs dires sages, leurs énigmes a2 et
"t'6"t'e: "t'OLÇ 1'CpbÇ "t'OC "t'e:Àe:~6"t'E:p<x "t'WV fL<x8"f)fL&:"t'WV <xù;"f)8e:LO'W leurs t(.mrs variés de langageb , selon les termes du prologue
278 A. e:m
'"
"t'<XU"t'"f)V "t'"f)V
1
yp<XCjl"f)V
1
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l ',1. À '
U'f"f)"f)V l OV"t'wç
,/ '8 e:01'CVe:U-
x<X~
/ de ce livre, + ..... + 3, alors, pour ceux qui ont progressé
O'''t'ov ~ &vo~oç y(ve:"t'<X~. EL oGv ~ 1'C<xpo~fL~<Xx~ fLe:Àé"t'"f) ~ 1'CpbÇ vers' ~es connaissances plus parfaites commence la montée
jusqu'au présent écrit, véritablement élevé 4 et inspiré par
Dieu. Si donc la pratique des Proverbes qui nous prépare
1. a. cf. Provo 1, 6 b. cf. Provo 1, 3

1. Nous gardons en français la simple transcnptlOn du mot, la 3. P. ALEXANDER suppose une lacune, par comparaison avec In Canto
majuscule restant réservée au titre du livre biblique. Alors que les (GNO VI, p. 22, 8 s.), et s'abstient d'utiliser le texte donné par la
exégètes hésitent sur l'interprétation à donner au nom Qohélet (voir Lys, Chaîne des Trois Pères (CCSG H, ad lac.), faute de parallèle dans les
L'Ecclésiaste, p. 53.56), le terme grec est bien attesté dans le lexique mss.
politique de la langue classique. 4. Les deux termes IXvoSoç et {,,,jrl)À6ç expriment l'image de la montée;
2. Ce verset de Provo 1, 6 est important pour l'herméneutique elle définit un mode de lecture du texte conçu comme une progression par
origénienne (voir Traité des principes IV, 2, 3, et Philocalie 2; et étapes (voir ci-dessus, Introd., chap. II). Le vocabulaire de l'exégèse qui
commentaire de M. HARL, (, Origène et les interprétations patristiques souligne le caractère (, élevé », (' sublime », du texte (voir les emplois de
grecques de 'l'obscurité' biblique », VC 36 [1982], p. 334.371). Grégoire u.y'1)À6ç relevés dans l'In Hexaem. et le De homo op. par M. ALEXANDRE
reprend le verset dans le Prologue de l'In Canto (GNO VI, p. 5, 5.6) dans (' La théorie de l'exégèse », p. 92) est ici le même que celui de la vie
consacré à sa théorie de l'exégèse; les différentes occurrences du terme spirituelle; l'image des montées est alors liée au texte des Psaumes (voir
IXrV\Yf1.1X dans les Hom. sur l'Ecclésiaste servent à souligner la difficulté de In insCT. Ps. l, 7 ; 9 ; etc., GNO V, p. 43, 14; p. 102, 25) et à la figure
l'enseignement de Salomon (II, 6, 39; III, 6, 47; VI, 6, 24). de Moïse, modèle de ceux qui entreprennent de (' monter ').
108 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 1 109

10 '"t'OCÜ"t'OC ~f.La.C; É'"t'OLfl<X~OU(jOC 'T~ ~ae~f.LCX'Tc(' Ot)'!'Wç È7tL1to\J6c; à ces connaissances est déjà si pénible et d'une compré-
'dç Ètr't"L XOtL ~u0'6e:6>p'Y)'TOç, Tt60'ov Xp~ Tt6VOV IXÙ'TOLÇ ÈVopiX,v hension si malaisée, quelle peine nous faut-il pour voir ces
'TOLÇ Ù~'Y)ÀOLÇ 'TOU'TOLÇ VO~fLlXO'L 'TOLÇ vüv TtPOXe:LfL~VOLÇ dç pensées élevées qui se présentent maintenant à notre
6e:ÜlpLIXV ~fLLV; "QO'Tte:p yœp OL ÈV TtIXL~O'Tp(OOU 'T~V étude? De même que ceux qui se sont fatigués à la
,).", "Y ''1> ~ ,
TtIX ÀIXLO''TPLX'IV e:XTtov'Y)O'lXvnç TtpOç fLe:L'-,OVIXÇ LOpÜl'TIXÇ XIXL palestre 1 se dévêtent pour suer et peiner encore davantage
15 Tt6VOUç ÈV 'TOLÇ ~y&O'L 'TOLÇ yUfLVLXOLÇ ~TtOMOV'TIXL, O{hÜl dans les joutes gymniques, de même l'enseignement des
fLOL ~OXe:L fLe:M'T'Y) 'TLÇ dVIXL ~ TtlXpOLfLL6>~'Y)Ç ~L~IXO'XIXÀtlX,
Proverbes, me semble-t-il, est une pratique qui exerce nos
âmes et les assouplit pour les préparer aux joutes de
TtpOç 'TOÙç ÈxXÀ 'Y)O'LIXO''TLXOÙÇ ~y&VlXç TtIXL~O'TpLOOÜO'IX 'Tœç
l'Ecclésiaste. Si donc la pratique ne réussit qu'au prix de
~uxœç ~fL&V XlXt TtPOfLlXÀ6:O'O'oUO'IX. Et o\)v ~ fLe:Àé-r'Y) fLe:'Tœ
, ''1>' 6 ~ " ,,)., , tant de sueurs. et d'efforts, à quoi faut-il s'attendre lorsqu'il
'TOO'OU'TÜlV LOpÜl'TÜlV XIX'TOp OU'TIXL XIXL TtOVÜlV, 'TL XP'I Tte:pL
s'agit des joutes elles-mêmes? Et assurément, même si l'on
20 IXÙ'T&V 'T&V ~y6>VÜlV ÀOyLO'IX0'6IXL; "'H TtOU TtiX,mXv 'TLÇ imaginait toute sorte d'hyperboles, on ne pourrait pas
, e À,).," ", , "1;':1 ~
UTte:puO 'IV e:VVO'Y)O'IXÇ OUX IXV TtlXpIXO''T'Y)O'e:Le: XIX'T IXSLIXV 'T<p dignement présenter par la parole le nombre des peines
My<p, Tt60'ouç ÙTto~dxvuO'L Tt6vouç 'TO 'T1jç YPlXtp1jÇ 'TIXU'T'Y)Ç auxquelles le parcours de cet écrit soumet ceux qui luttent
(J"TtX~LOV 'TOLÇ ~yÜlVL~ofL~VOLÇ TtpOç 'T~V 'T&V VO'Y)fLhÜlV avec leur compétence d'athlète pour atteindre des pensées
~O'tptXÀe:LIXV ~Lœ 'T1jç ~6À'Y)'TLX1jÇ ÈfLTte:LPLIXÇ, Û)ç fL'l) Èv sûres et ne pas montrer le discours en échec, mais au
'
25 Tt'TÜlfLlX'TL '1> ~I;':
oe:LSIXL ' Àoyov,
'TOV ' IX, ÀÀ" e:v ,
TtIXO'Yl ,
VO'Y)fLlX'TOÇ milieu de toute la complexité de la pensée, sauvegarder la
O'ufLTtÀoX'fi 6p6LOV ~LIXO'&O'IXL ~Lœ 'T1jç ~À'Y)6dlXç 'TOV VOÜv. rectitude du sens grâce à la vérité. Toutefois, puisque le
rrÀ~V ~ÀÀ' ÈTte:L~~ XlXt 'TOÜ'TO 'T&V ~e:O'TtO'TLX&V TtlXplXyye:À-
devoir de « scruter les Écritures » 2 est aussi l'un des
C

préceptes du Seigneur, il faut absolument, même si notre


fLtX'TÜlV ÈO''Tt 'TO ~e:LV « Èpe:uviX,v 'Tœç YPlXtptXç C », ~vtXyX'Y)
intelligence se trouve en-deçà de la vérité et n'atteint pas
TtiX,O'IX, x&v xlX'T6mv 'T1jç ~À'Y)6dlXç 0 ~fL~'Te:POÇ e:ùpe:6ij VOüç
à la grandeur de ces pensées, réussir au moins à ne pas
30 'TOÜ fLe:y~6ouç 'T&V VO'Y)fLtX'TÜlV OÙX ÈtpLXVOUfLe:VOÇ, ISfLÜlÇ 'TO
paraître négliger le commandement du Seigneur en met-
fL~ ~OXe:LV TtIXPOPiX,V 'T~V ÈV'TOÀ~V 'TOU xuptou ~Lœ 'T1jç XIX'Tœ
tant autant d'ardeur que possible à étudier le texte. Aussi,
MVlXfLLV Tte:pt 'TOV Myov O'Ttou~1jç XIX'Top6&0'IXL. OÙXOÜV
scrutons l'écrit qui nous est proposé autant que nous en
" ,).,
279 A. e:pe:uV'Y)O'ÜlfLe:v 'T'IV TtPoxe:LfLe:v'Y)V' l yplXtp'Y)V
" '1> ,
ÜlÇ OUVlXfLe: 6IX.
sommes capables. Car il est certain que celui qui nous a

c. Jn 5,39 ,2. Le verset johannique est central pour l'herméneutique biblique des
Peres. Pour ORIGÈNE (Traité des principes IV, 3, 5) il confirme la
pluralité des sens de l'Écriture et autorise l'élimination du sens littéral
1. L'image de la palestre, déjà topos rhétorique dans l'Antiquité lorsque celui-ci est jugé inacceptable. En citant ce verset dans le Prologue
classique, est des plus fréquentes, encouragée en quelque sorte par d'In Canto (GND VI, p. 9-10), Grégoire en tire les mêmes conclusions:
l'utilisation paulinienne; voir par ex. BASILE, Hom. in principium Provo «(cela) nous incite ... à rechercher de toute manière s'il ne se trouverait
2 (PG 31, 388 D) ; Grégoire, In inscr. Ps. I, 2 (GND V, p. 72-73) ; In pas une façon de comprendre les paroles de l'Écriture plus élevée que
suam ordo (GND IX, p. 331-332). celle qui se présente d'elle-même ».
110 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE 1, 1-2 111

IHV'rwc; yàp 6 't"OU Èpe:uvêiv 't"~v ÈV't"oÀ~v ~e:~wx~c; xcd ~'~V donné l'ordre de « scruter» donnera aussi la capacité de le
35 7tpOC; who 't"OU't"o MvcxfJ.~v ~6.>0'e:~, xcx6~c; yéypcx7t't"cx~ (h~ faire, ainsi qu'il est écrit: « Le Seigneur donnera la parole
« Kûpwc; ~6.>0'e:~ p'Ï)fJ.CX 't"o'i.'c; e:ùcxyye:À~~ofJ.évo~c; ~uvafJ.e:~ à ceux qui annoncent la bonne nouvelle avec grande
7toÀÀ1) d ». force d. »
2. Et d'abord, proposons à notre étude
2. KCXL 7tpw't"6v ye: ~fJ.'i.'v ~ Èmypcxtp~ 't"OU ~~OÀLOU Explication le titre du livre 1. Dans toute assemblée, on
dn titre
7tpon6~'t"w dc; 6e:WpLCXV. Kcx't"à 7têiO'cxv ÈxXÀ'Y)O'LCXV MwüO''Ï)c; lit Moïse et la Loi, les prophètes, le
XCXL 6 v6fJ.oC; <XVCXyLV6.>O'Xe:'t"CX~, oL 7tpotp'Ï)'t"cx~, ~ IjJCXÀfJ.~~LCX, ~ Psautier, l'histoire tout entière, et tout ce qui appartient à
LO''t"opLcx 7têiO'cx XCXL e:'{ 't"~ 't"'Ï)c; <XPX CXLCXC; n XCXL 't"'Ï)c; xcx~ V'Ï)C; l'Ancien et au Nouveau Testament, tout cela est annoncé
5 ~~cx6~x'Y)c; ÈO''t"L, 7taV'rcx È7tL 't"WV ÈXXÀ'Y)O'LWV xcx't"cxyyéÀÀe:'t"cx~. dans les assemblées. Comment donc ce livre est-il le seul à
IIwc; oi5v 't"OU't"O fJ.6vov XCX't"' ÈçcxLpe:'t"oV 't"1) Èmypcxtp1) 't"OU avoir le privilège d'être orné du titre d'Ecclésiaste? Que
620 M. 'ExxÀ'Y)O'~CXO''t"OU xcxÀÀW7t[~e:'t"cx~; TL oi5v ÈO''t"LV (l 7te:pL
pensons-nous donc au sujet de ces écrits? que le but de
tous les autres écrits, historiques et prophétiques, concerne
't"oû't"wv ~fJ.e:î.'c; Û7te:~À1jtpcxfJ.e:v; Ih~ 't"cx'i.'c; fJ.tv &ÀÀcx~c; 7taO'cx~c;
pour chacun d'eux des faits qui ne sont pas absolument'
ypcxtpcx'i.'c;, LO''t"opLcx~c; 't"e: XCXL 7tpotp'Y)'t"e;(cx~c;, XCXL 7tpOC; &ÀÀCX
utiles à l'Église. Qu'importe en effet à l'Église de connaître
10 't"~và 't"WV fJ.~ 7taVU 't"1) ÈxxÀ'Y)O'Lq; XP'Y)O'[fJ.wv 6 O'X07tOC; précisément les malheurs de la guerre, les chefs des
~'Aé7te:~. TL yàp fJ.éÀe:~ 't"1) ÈxxÀ'Y)O'Lq; 't"àc; 't"WV 7to'AéfJ.wv nations, les fondateurs de cités, que lui importe de savoir
O'ufJ.tpopàc; ~~' <Xxp~oe;(cxc; fJ.cx6e:'i.'v ~ 't"[ve:c; Wvwv &pxovnc; XCXL qui est le colon de qui, quels royaumes seront illustres
7t6Àe:wv ye:y6vcxO'LV OLX~O''t"CXL XCXL 't"Lve:c; 't"[vwv &7tO~XO~ ~ dans l'avenir, combien de mariages et de naissances ont été
7to'i.'cx~ ~cxO'~Àe:'i.'cx~ xcx't"à 't"ov Ètpe:ç'Ï)c; Xp6vov ~~CXtpCXV~O'OV't"CX~ soigneusement gardés en mémoire, et tous les événements
15 XCXL 80'o~ yafJ.OL XCXL 7tCX~~07tOdCX~ ~~' ÈmfJ.e:Àe:LCXC; ÈfJ.V'Y)fJ.O- de ce genre que l'on peut apprendre dans chacun de ces
ve:û6'Y)O'cxV XCXL 7taV'rcx 't"à 't"O~CXU't"CX 80'cx ~~' ÉxaO''t"'Y)C; ~O''t"~ écrits 2 ! Qu'y gagnerait-on pour l'Église dans la joute qui
~~~cxX6'Ï)vcx~ ypCXtp'Ï)C;' 't"i &V 't"OO'OU't"OV 7tpOC; 't"OV O'X07tOV 't"'Ï)C; a pour but la piété? Mais l'enseignement de ce livre-ci
e:ÙO'e:Oe;(CXC; 't"1) ÈxxÀ'Y)O'iq; O'uvcxywvLO'cx~'t"o; 'H ~t 't"OU concerne la seule vie de l'Église 3, en montrant comment
~~oÀLou 't"OÛ't"OU ~~~(X(j'xcxÀLcx 7tpOC; fJ.6v'Y)v ~'Aé7te:~ 't"~V ÈxXÀ'Y)- mener une existence vertueuse. Car le but 4 de ce qui y est
280 A. 20 O'~CXO''t"~X~V 7toÀ~nLcxv, 1 ~~' &V &V 't"~C; 't"OV ÈV <xpe:'t"1)
XCX't"Op 6WO'e:~e:
1 (JJ
!-"WV, 't"CXU'N
t"CX 'Utp'Y)yOUfJ.e:V'Y).
l ' 0ycxp
' O'X07tOC;
,

d. Ps. 67, 12
2. Exemple d'adaptation au skopos propre à chaque livre. S'il ne
s'arrête pas ici aux livres historiques, Grégoire en explique ailleurs la
portée spirituelle (V. Moys., Préf., 11-15). Sur le rôle des différents
1. L'interrogation sur le sens du titre d'un ouvrage fait partie de la groupes de livres de l'A.T., voir De homo op. 25, 213d-216c ; In inscr. Ps.
série des questions définies par les commentateurs néoplatoniciens des II, 2 (GND V, p. 72, 6-11) j In Cant., Prol., (GND VI, p. 7, 4 s.).
œuvres philosophiques; voir 1. HADoT, (, Les introductions aux commen- 3. Voir ci-dessus, Introd., chap. VI.
taires exégétiques 1). Dans l'œuvre de Grégoire de Nysse, voir In inscr. Ps. 4. Grégoire définit un double skopos : l'Ecclésiaste est livre de la
(GND V), In Canto 1 (GND VI, p. 27). physique, mais aussi livre pour l'Église (voir ci-dessus, Introd., chap. III).
112 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 2-3 113

'r&v èV'rcxu6cx Àe:Y0(.Lévwv ècr'rL 'rO ll7te:p6e:LVCXL 'rOV VOUV '~1jç dit est d'établir l'esprit au· dessus de la sensation et de le
cxLcr6~cre:wç xcxt 1te:LcrcxL xcx'rcxÀm6v'rcx 1tiiv Ihmép ècr'rL (.Léycx convaincre d'abandonner tout ce qui dans les êtres paraît
're: xcxt Àcx(.L1tpOV èv 'roLç O\)crL cpcxLv6(.Le:vov 1tPOç 'rà ,xVécpLX'rCX grand et brillant, pour se hausser avec l'âme vers ce que la
25 'rii cxLcr6"f)'rLXii XCX'rCXÀ~~e:L SLà 'r~ç ~Ux1jç ll7te:pXU~CXL perception sensible ne peut atteindre et désirer ces réalités
x,xxdvwv 'r~V èm6u(.LCcxv ÀCXOe:LV (;)V OÔX ècpLxve:L'rCXL ~ que n'atteint pas la sensation. Mais peut-être le titre
CXtcr6"f)crLÇ. Taxcx Sè xcxt 1tpOç 'rOV xcx6"f)ye:(.L6vcx 'r1jç èxxÀ"f)- vise-t-il aussi le guide de l'Église. En effet le véritable
l
cr~cxç 1-' e:1te:L. '0"
"f)" e:mypcxcp"f)'AÀ' ycxp CX À"f)VLVOÇ
Cl , e:xx °
' À"f)O"Lcxcr'r.)"'/Ç « ecclésiaste », celui qui ramène ce qui est dispersé en une
plénitude unique et qui rassemble en une Église unique les
'rà ècrxopmcr(.Lévcx cruvaywv dç ~V 1tÀ~pW(.LCX xcxt 'rOÙç
hommes souvent égarés au gré des tromperies variées, qui
30 1tOÀÀcxxii xcx't'à 'ràç 1tOLX(ÀCXÇ ,x1ta'rcxç 1te:1tÀcxv"f)(.Lévouç dç
pourrait-il être sinon le roi véritable d'Israël, le Fils de
~VCX crUÀÀOYOV èxXÀ"f)crLa~wv 'r(ç &V &ÀÀOç Et"f) d (.L~ /)
Dieu, à qui Nathanaël dit: « Est-ce toi, le Fils de Dieu,
CX'À"f)VLVOÇ
Cl ,
I-'ACXO"L À' °
e:Uç 'rou~ ' lcrpCX"f)
' À, ' "
ULOÇ 'rOU~ Cl ~
ve:OU, ,.,
1tPOç ov
est-ce toi, le roi d'Israël ? » Si donc ces paroles sont celles
fi
e:l1te:v /) Ncx6cxvcx~À (hL « ~ù e:l /) utoç 'rou 6e:ou, crù e:I /)
du roi d'Israël, et si ce même homme est aussi Fils de
~CXO"LÀe:ÙÇ 'rou 'lcrpcx~À a ; » EL o\)V 'rà p~(.Lcx'rcx 'rcxu'rCX 't'ou
Dieu, comme dit l'Évangile, alors c'est le même qui se
35 I-'ACXO"L À'e:Wç e:cr'rL
" °
'rOU~'I crpCX"f)'À'~'
, " . ,OU'rOç
oe: CXU'rOç . ~
XCXL' Cve:OU
l
nomme aussi « ecclésiaste» 1. Et peut-être n'y-a-t-il pas
ut6ç tcr'rL, xcx6wç Mye:L 'ro e:ÙCXyyéÀLOV, &pcx /) CXÔ'roç xcxt d'invraisemblance à rapporter la signification du titre à
' À"f)O"Lcxcr'r.)"
e:xx L"I'
'/Ç ovo(.La;~e:'rCXL. T'CXXCX oe:
~, , e:<,w
aux "1: 'rou~"
e:LXO'rOÇ cette idée, afin que nous apprenions par là que le sens de
dç 't'cxu'r"f)v 'r~v SLavoLcxv 'r~v 'r1jç tmypcxcp1jç ,xvcxcpép0(.Le:v ces paroles se rapporte à celui-là même qui a fondé l'Église
cr"f)(.Lcxcr(cxv, tvcx SLà 't'ou'rou (.La6w(.Le:v IhL dç CXù'rov 'rov SLà par l'Évangile. « Paroles de l'ecclésiaste, fils de David b »,
40 'rou e:ùcxyye:À(ou 'r~v èxxÀ"f)cr(cxv 1t"f)ça(.Le:vov ~ 'r&v p"f)(.La't'wv dit le texte. C'est bien ainsi que Matthieu aussi le nomme
'rou'rwv ,xvcxcpépe:'t'CXL MVCX(.LLÇ. « ·P~(.Lcx't'cx yap, cp"f)cr(v, au début de l'Évangile, lorsqu'il appelle le Seigneur, « fils
txxÀ"f)O"LCXO"'t'ou utou ~cxoŒ b.» Oihw Sè CXô'rov xcxt 1 de David ». C

281 A. Mcx'r6cxLoç tv ,xPXCXLç 't'OU e:ôcxyye:À(OU xcx'rovo(.La~e:L, « utov


3. « Vanité des vanités, dit l'ecclé-
~cxoŒ c» Mywv 't'ov XUpLOV. Qu'entendre
par « vanité» ?
siaste, tout est vanité » « Vain» 'sigm
fi.
f ie
ce qui est sans fondement, ce qui n'a
3. « MCX'rCXL6'r"f)ç (.LCX'rCXLO'r~'rWV, e:I1te:v /) èxXÀ"f)crLCXcr'r~Ç, d'être que dans la seule énonciation du mot. La réalité
'rà 1tav'rcx (.Lcx'rcxL6'r"f)ç a. » Ma'rCXLov voe:L'rCXL 'ro ,xvu1t6cr'rcx- concrète n'apparaît pas avec la signification du nom, mais
'rov, () èv (.L6vn 't'Yi 't'ou p~(.Lcx'roç 1tpocpop~ 'ro e:lvCXL ~Xe:L'
1tpiiy(.Lcx Sè ucpe:cr'roç 'rii 'rou ov6(.Lcx'roç cr"f)(.LcxcrCCf oô

1. Interprétation christologique de l'ecclésiaste : voir ci· dessus,


Introd., chap. VII. La Chaine de Procope (CCSG 4, p. 6) garde les
références évangéliques du commentaire nysséen. L'expression de Mat-
thieu, « fils de David '), se trouve également dans la phrase attribuée à
Denys d'Alexandrie (p. 7, 1. 18); Didyme au contraire présente
2. a. Jn l, 49 b. Ecc1. l, la c. Matth. l, 1 Salomon·Ecclésiaste comme le « serviteur de Dieu ,) et cite à l'appui ln 3,
3. a. Ecc1. l, 2 34 (p. 6, 1. 3).
114 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE I, 3 115

5 cruVEfLCP<X.(VE't"<X.L, àÀÀ' ~cr't"L 't"LÇ ~6cpoç àpyoç X<X.~ aLeXXEVOÇ, il Y a un bruit stérile et creux, proféré en forme de mot à
, , ... 't: ' '1- , ...... e~ , l'aide de syllabes; ce bruit tombe au hasard dans l'ouïe des
EV crX:f)fL<X.'t"L I\ESEWÇ 't"LVOÇ oL<X. crUI\I\<X.oWV 7tPOCPEPOfLEVOÇ,
dx1î 7tpocr7tL7t't"WV 't"1î àxo1î XWp~ç cr1)fL<X.cr(<X.Ç, ot<X. a~ gens sans se rattacher à un sens, tels les noms sans
ly' , ~.,.,
7t<X.LSOV't"EÇ 't"LVEÇ OVOfL<X.'t"07tOLOUcrLV, WV 't"o cr1)fL<X.LV fLEVOV
6' signification que certains forgent 1 pour s'amuser. Voilà
donc une forme de « vanité ». Mais il y a une autre vanité:
Ècr't"LV oùaév. "Ev fLèv oi)v 't"oiho e:raoç 't"'Îjç fL<X.'t"<X.L6't"1)'t"oç.
c'est l'inutilité d'actes accomplis avec empressement sans
10 "AÀÀ1) aè fL<X.'t"<X.L6't"1)ç ÀéyE't"<X.L 't"(;W X<X.'t"eX 't"LV<X. cr7tOUa~V 7tpOç
, '1-' , " , , , ' , .l'!- aucun but, comme les constructions des enfants dans le
OUOEV<X. crX07tOV YLVOfLEVWV 1) <X.XP1)cr't"L<X., wç 't"<X. EV 'j'<XfLfL<P
sable, l'envoi de flèches vers les astres, la poursuite des
't"WV 7t<X.Œwv oLxoaOfL~fL<X.'t"<X. X<X~ ~ X<X.'t"à 't"WV &cr't"pwv 't"o~d<X.
" ~ " ()' ",.,), ''1-' , ~
vents, la compétition de celui qui fait la course avec sa
X<XL 1) 't"wv <X.VEfLWV V1)p<X. X<X.L 1) 7tpOç 't" 'IV LoL<X.V crXL<X.V 't"ou
propre ombre lorsqu'il lutte pour dépasser l'extrémité de
apofLéwç &fLLÀÀ<X., éh<X.v cpLÀOVELX1î 't"'Îjç 't"oll crxLeXO'fL<X.'t"OÇ l'ombre, et tout autre fait semblable que nous pouvons
15 Xopucp'Îjç È7tLb'ÎjV<X.L, X<X.~ Et 't"L 't"oLOll't"ov hEpOV Èv 't"o'i.'ç ELX1î observer dans ce qui peut arriver. Voilà tout ce qui est
YLVOfLévOLÇ Eùp(crXOfLEV, &7tEp 7teXv't"<X. 't"<J> 't"'Îjç fL<X.'t"<X.L6't"1)'t"oç compris dans le mot « vanité ». Mais souvent, on a
Ù7teXyE't"<X.L P~fL<X.'t"L. "Ecr't"L aè 7tOÀÀeXXLÇ XàXE'i.'VO fLeX't"<X.LOV Èv l'habitude d'employer aussi ce mot « vain » pour celui qui
't"1î cruv1)Od~ ÀEy6fLEVOV, Ih<X.v 7tp6ç 't"LV<X. crxo7t6v 't"LÇ opWV agit en vue d'un but qu'il poursuit avec empressement
621 M. X<X.~ &ç 't"L ÀUcrL't"EÀèç 't"<J> 7tPOXELfLév<p X<X.'t"à cr7tOUa~V fLE't"L~V comme quelque chose d'utile et qui, ensuite, parce qu'un
20 ~x<X.cr't"<X. 7tpeX't"'t"'{), EheX 't"LVOÇ ev<X.v't"[OU YEYEV1)fLévou dç obstacle est survenu, voit son effort n'aboutir à aucun
àv6V1)'t"ov 7tEpLéÀO'{) 0 7t6voç, x<X.~ 't"6't"E 't"o e7t~ fL 1)aEV~ succès : on emploie alors le mot « vain» pour dire que
282 A. X<X.'t"opOWfL<X.'t"L 't"~V cr7tOUa~V 1 7tpOXWp'Îjcr<X.L 't"<J> P~fL<X.'t"L 't"oll
l'empressement n'a conduit à aucune réussite. En effet,
l'habitude est de dire dans ce cas : « En vain je me suis
fL<X.'t"<X.(OU aL<X.cr1)fL<X.(VE't"<X.L. AéyEL yàp e7t~ 't"WV 't"OLOÛ't"WV ~
fatigué », « En vain j'ai espéré », « En vain j'ai supporté de
crUV~OEL<X. 't"6' MeX't"1)V eX07t[<X.cr<X., X<X.(· MeX't"1)V e7t~À7tLcr<X.,
nombreuses épreuves ». Et, afin de ne pas énumérer une à
25 x<X.(· 'E7tl. fL<X.'t"<X.(<P 't"oùç 7tOÀÀoùç Ù7técr't"1)v X<XfLeX't"OUÇ. K<X.~
une les circonstances dans lesquelles le mot « vanité» est
tv<X. fL~ 't"à x<X.O' h<X.cr't"ov aLE~(WfLEV ecp' otç 't"o ISvOfL<X. 't"'Îjç
employé au sens propre, nous résumerons la notion
fL<X.'t"<X.L6't"1)'t"oç Xup(wç MYE't"<X.L, ev ôÀ(y<p 't"~V ~VVOL<X.V 't"'Îjç
comprise dans ce terme: la « vanité », c'est un mot qui n'a
cpWV'Îjç 't"<X.Û't"1)ç 7tEpLÀ1)~6fLEO<X.. M<X.'t"<X.L6't"1)ç ecr't"~v ~ P'ÎjfL<X.
pas de sens, ou une action sans succès, ou un vouloir sans
àaL<X.v61)'t"ov ~ 7tpaYfL<X àv6V1)'t"ov ~ ~OUÀ~ àVU7t6cr't"<X.'t"oç ~ fondement, ou un empressement sans limite, ou en général
30 cr7tOUa~ 7tép<X.ç OÙX ~xoucr<X. ~ x<X.06Àou 't"o e7t~ 7t<X.V't"l. ce qui est sans existence pour une quelconque utilité.
ÀUcrL 't"EÀollv't"L àVÛ7t<X.px't"OV.

mot, le sens et la chose j voir les textes de l'Antiquité classique présentés


1. Le verbe bvo!l.Q('t'o7to~dv (absent de PGL) a ici un sens péjoratif et analysés par BARATIN-DESBORDES, L'analyse linguistique. Dans ce
contrairement à son acception classique (voir LS], s.v.) j avec le substantif débat, Grégoire prend position pour l'arbitraire du signe (cf. ici l'emploi
de la même famille (PGL, s.v.) il est employé pour critiquer la manière de dx~ et de l'image qui conclut la phrase), et M. CANÉVET (Herméneu-
dont les gnostiques désignent les éons successifs. Le choix du mot tique, chap. l, p. 31-64) a montré l'importance de cette position dans la
s'inscrit dans le débat sur l'origine du langage et sur le rapport entre le lutte contre Eunome.
116 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 4 117

4. Et 0i'i'J ~S'f) 'Je'J6'f)TOCL ~[LL'J TOG [LOCTOCtOU ~ ~W9~OC, 4. Maintenant donc que nous avons
« Vanité
È;eToccrTéo'J &'J e'l'f) Tt ~OUÀeTOCL ~ « [LOCTOCL6T'f)Ç ~W'J des vanités» compris la notion de vain, il faudrait
[LOCTOCLOT'f)T<Ù'J
/ T'OCxOC 0~",OC'J 'f)[LL'J
a
». (~
l''J<ùpL[L<ùnpO'J TO
1 \ examiner ce que veut dire « vanité des va-
yc, 'f)TOU[Le'JO'J
/ 6 ' " '/
'J 'f)[LOC l'e'JOLTO, eL T'f)'J l'pocqm<'f)'J a
crU'J'f) eLOC'J'em, nités a » 1. Et peut-être pourrions-nous avoir une idée plus
5 TW'J npàç Tà XpclTTO'J 'Joou[Lé'J<Ù'J crU'Je;eT&crocL[Le'J. 'H TW'J
claire de ce que nous cherchons, si nous examinions
ensemble l'habitude de l'Écriture concernant les notions
&.'Jocl'xoct<ù'J n xoc/. cru[LC{)ep6'JT<Ù'J npii;Lç ~pl'O'J nocpà T"ÏjÇ
exprimées au comparatif. Faire ce qui est nécessaire et
l'pocC{)~ç o'JO[L&~eTOCL, &'ÀM Tà ùnepooct'JO'JTOC TW'J crnouSoc-
utile, l'Écriture le nomme « œuvre », mais tout ce qui,
~o[Lé'J<Ù'J, I:\croc dç OCÔT~'J op~ T~'J ToG aeo\) ÀOCTpetoc'J, au-delà de ces occupations, touche au culte même de Dieu,
« ~pl'O'J ~pl'<Ù'J b» Ml'eTocL, XocawÇ ~ LcrToptOC S'f)ÀOL, elle l'appelle « œuvre des œuvres b» comme le montre le
10 SeLX'JU'JTOÇ, Oï[LOCL, TO\) Ml'ou SL& TL'JOÇ &.'JOCÀol'tocç ~[L'L'J Èx récit historique, le texte nous montrant, je crois, par une
TOG ~pl'ou TW'J ~pl'<Ù'J Tt Tà È'J TOLç crnouSOC~O[Lé'JOLÇ ÈcrT/. analogie tirée de l'expression « œuvre des œuvres », l'oc-
/
npOTL[Lonpo'J. /"0 "~6
'J l'ocp
enexeL "
1\ l'O'J npoç T'f)'J XOC
a6~I\OU cupation qui mérite le plus d'estime. En effet, ce que
, l , " '1>/" ,/ ,,/ ~6
OCpl'LOC'J 'f) nepL TOC epl'oc crnouo'f), TO'J OCUTO'J ex eL 1\ l'O'J npoç
' s'occuper des « œuvres » est à l'oisiveté prise dans son sens
TOC,~I\omoc,,/epl'oc 'f), npoç
, TOC
".1. ~6
U'j''f)1\ Tepoc XOCL' npOTL[L 6Tepoc T<ù
N"v général, l'activité concernant des œuvres plus élevées et
'1> y /
15 crnouoOCc,o[Le'J<Ù'J "
e'Jepl'eLOC. 0"UT<ÙÇ XOCL\ a.l'L
1( 6'J TL nocpoc\ T'f)ÇN plus dignes d'estime l'est, dans une même proportion, aux
283 A. l'pOCC{)'f)ç Àel'eTocL • XOCL na.l\L'J
N / \ L~ l « OCl'L<Ù'J a.l'LO'J
'1 !'. C '"
», <ùç Laep Tep N a~tres œuvres. Il en est de même pour le mot « saint » dans
l'Ecriture; et aussi pour « saint des saints » ; ce qui est
C
[LéTpep TO\) n È;ocl'taTou Tà &l'LO'J ùnepéxeL'J È'J ocl'L6T'f)TL
XOCL\ TOUTOU
/ L
na.ÀL'J ,'!'.
TO\ T<ù'J OCl'L<Ù'J a.l'LO'J, TO\ XOCN a" /a
unep eaL'J
saint l'emporte autant en sainteté sur ce qui est impur que
l'emporte d'un autre côté sur ce qui est saint ce qui est
È'J ocl'Loca[L<» ae<ùpou[Le'Jo'J. f/Anep 0i'i'J È7t/. TO\) xpdno'Joç
« saint des saints », ce qui est contemplé par excellence
20 ÈSLMXa'Y)[Le'J Ml'ou T~Ç l'pOCC{)LX"ÏjÇ aU'J'f)aetocç T<» TOLOUTep dans l'acclamation « saint» 2. Nous ne manquerons pas
e'ŒeL T~'J ÈntTocaL'J TO\) ùnoxeL[Lé'Jou 'JO~[LOCTOÇ a'f)[LOCL- d'appliquer à « vanité des vanités» ce qui nous a été
'Joucr'Y)ç, TO\)TO XOC/. Èn/. T~Ç TW'J [LOCTOCLOT~T<Ù'J [LOCTOCL6T'f)TOÇ enseigné au sujet de l'expression du comparatif 3, puisque
l'Écriture a l'habitude de signifier de cette façon l'intensité
de la notion à exprimer. En effet, le texte ne dit pas que les
4. a. Eccl. 1,2 b. Nombr. 4, 47 c. Ex. 26, 33

1. Sur l'explication de ces expressions redoublées à valeur intensive, 2. Sens bien attesté du mot .xYL()(0"!J.6ç (voir PGL, s.v.). La référence
voir ORIGÈNE, Hom. sur les Nombres V, 2 ; Hom. sur le Cantique l, 1 (SC liturgique à la triple acclamation marque la dernière étape de la gradation,
37, p. 64-67) ; Comm. sur le Cantique, Prol. 4, 1-4. Chez Grégoire, voir après les expressions (, saint ,) et (, saint des saints ').
In Canto l (GNO VI, p. 26, 11-16) ; à propos de (, saint des saints 'l, De 3. Emploi de termes grammaticaux : TO xpihTOV (comparatif);
beat. VII (GNO VII, 2, p. 149) ; In Basil., GNO X, l, p. 109. Dans ce È1tLTO(Q"LÇ (intensité) ; O"uyxpmx~ È1tLTMLÇ (intensité du comparatif). Voir
dernier texte, Grégoire use par imitation de l' expression 1to(V~yupLÇ la définition de ces termes donnée par DENYS DE THRACE, Ars
1to(V'1)YUpE<ÙV pour solenniser la fête de l'Épiphanie et la placer au-dessus grammatica, dans Grammatici Graeci, l, l, III, p. 27-28, éd. A. Hilgard,
des autres fêtes. Leipzig 1867-1910, repr. Hildesheim 1965.
118 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 4-5 119
voouvnç où crC[)IXÀ'Y)cr6fLdk Aeye:L y~p oùx a7tÀwç ~!Vq;L apparences des réalités sont simplement vaines, mais que
fLa't"owx 't"~ Èv 't"oî.'ç 015crL C[) cm 6 fLe:vIX , àÀÀà xIX6' ù7tep6ecrtv celles-ci ont par excellence le signe de ce qui est vain,
25 't"L\l1X 't"'ljç XIX't"~ 't"a fLa't"IXLOV cr'Y)fLIXcrtIXÇ e:!VIXL 't"OLIXihIX, wç e:'{ comme si l'on disait plus mort que ce qui est mort ou plus
't"LÇ MyOL 't"ou ve:xpou ve:xp6't"e:pov XIXL 't"ou àtjJuxou àtjJuX6't"e:- inanimé que ce qui est inanimé. Assurément l'intensité du
"
pov. KIXL't"OL .}, e:m't"IXcrLç
'Y) crUyXpL't"LX'1 , l ' "
XWpIXV e:m 't"wv~ comparatif ne s'applique pas à pareilles réalités, mais on se
't"OLOU't"WV oùx ~Xe:L, àÀÀ' ()fLWÇ Mye:'t"IXL 't"ou't"cp 't"4> P~fLIX't"L sert de ce tour pour exprimer clairement l'excès dans ce
7tpaç 't"~v 't"'ljç Ù7te:pooÀ'ljç 't"ou ~'Y)ÀoufLevou crIXC[)~Ve:LIXV. que l'on montre. De même donc qu'il y a des notions
30 "Qcr7te:p 015',1 Ècr't"L 't"~ ~pyIX 't"wv ~pywv XIXL 't"~ &yLIX 't"WV d'« œuvre des œuvres» et de « saint des saints» pour
aytwv vOOUfLe:VIX, ~L' <1',1 ~ Ù7te:p6e:'t"LX~ 7tpaç 't"a xpe:î.'nov indiquer le superlatif par rapport au comparatif, de même
" '\:.\ t:' ( , fi '('"
e:Voe:LSLÇ e:PfL 'Y)Ve:Ue:'t"IXL, OU't"W XIXL 'Y) 't"WV fLIX't"IXLO't"'Y)'t"WV
, aussi l'expression « vanité des vanités» montre le degré
insurpassable de l'excès dans la vanité.
fLIX't"tXL6't"'Y)ç 't"a àvu7tep6e:'t"ov ~e;(XVUcrL 't"'ljç Èv 't"4> fLtX't"tXtcp
Ù7te:pOOÀ'ljç. 5. Et qu'on n'aille pas
Ces paroles ne condamnent
ni Dien ni la création prendre ces paroles pour
5.KtXL fL~ 't"LÇ Ù7toÀ6:0Yl XtX't"'Y)yopttXv e:!VtXL 't"'ljç x't"tcre:wç une accusation de la créa-
't"~ Àe:y6fLe:VtX. "H y~p &',1 dç 't"ov 7te:7toL'Y)x6't"tX 't"~ 7tantX tion 1. Assurément le reproche atteindrait celui qui a fait
~LtXOtXtVOL 't"o ~yxÀ'Y)fLtX, d 't"OLOU't"WV ~fLî.'v ~'Y)fLLOUpyOÇ l'univers si, à supposer que tout soit vanité, celui qui a
, l'
tXVtXC[)tXVe:L'Y) ,
0 crucr't"'Y)crtXfLe:VOÇ ' 1oux
e:s : ' "oV't"wv 't"tX
'L
7tIXV't"tX, e:L" 7te:p établi l'univers à partir du non-être nous apparaissait
284 A. 5 fLtX't"tXL6't"'Y)ç e:'{'Y) 't"~ 7tantX. l 'AÀÀ'È7te:L~~ ~L7tÀ'lj fL€V Ècr't"LV ~ comme le créateur de telles réalités. Mais la structure de
l'homme est double 2, l'âme s'étant unie 3 au corps, et la
't"ou àv6p6.>7tOU xtX't"tXcrxe:u~, tjJux'ljç cr~fLtX't"L cruv~PtXfLoucr'Y)Ç,
forme que prend la vie a été divisée d'une manière
624 M. fLe:fL€PLcr't"tXL ~è XtX't"tXÀÀ~Àwç éxtX't"€pcp 't"WV Èv ~fLî.'v 6e:wpou-
appropriée à chacune des deux parties que nous observons
fL€VWV 't"0 't"'ljç ~w'ljç e:!~oç' &ÀÀ'Y) y~p tjJux'ljç XtXL h€ptX
, 6' Y" , , Cl , "1 ' ~, en nous : autre la vie de l'âme, autre celle du corps;
crwfLtX't" ç e:cr't"L sW'Y)' 'Y) fLe:v ytXp vV'Y)'t"'Y) XtXL e:mx'Y)poç, 'Y) oe:
, Cl' '" ,,' l" 'A~ ,
celle-ci est mortelle et périssable, celle-là impassible et sans
10 tX7ttXv'Y)ç XtXL tXX'Y)ptX't"oç, XtXL tXu't"'Y) fL~V e:LÇ 't"0 7ttXpOV t'1\e:7te:L
mélange, celle-ci ne regarde qu'au présent, alors que le but
fL6vov, 't"'ljç ~è 0 crX07tOç e:lç 't"0 ~L'Y)ve:xèç 7ttXptX't"e;(Ve:'t"tXL'
de l'autre s'étend dans la durée. Et puisque la différence
È7te:L 015',1 7toÀÀ~ ~LtXC[)Op~ 't"ou 6v'Y)'t"ou 7tpOç 't"0 à6avtX't"ov XtXL
est grande entre ce qui est mortel et ce qui est immortel,
't"ou 7tpocrXtXLpOU 7tpOç 't"0 àt~LOV, 7tpOç 't"ou't"O C[)€pe:L 't"ou entre ce qui est passager et ce qui est éternel, voici ce sur

1. Hom. l, 5 et 6 : Grégoire répond aux objections liées à la question


du mal. Voir de même BASILE, Hom. : Quod Deus non est auctor malorum
(PG 31, 329-354). corps (voir J. P. CAVARNOS, (c The relation of body and soul in the
2. 6.mÀoüç: mot-clef de la définition de la nature humaine, utilisé par thought of Gregory of Nyssa », dans Gregor von Nyssa und die Philoso-
Grégoire chaque fois qu'il rappelle la distinction de l'âme et du corps phie, p. 61-78). Le composé en (J"IN- utilisé ici souligne que la venue à
(hom. l, 5, 5; VI, 10, 19; VIII, l, 49-50). l'existence se fait en même temps pour l'âme et le corps (voir De homo op.
3. Grégoire utilise plus couramment le vocabulaire du mélange 29). Il est notable que le même verbe O"\lVTflé;(w exprime l'union des deux
(X&flOCVwfLL) et de l'union (!fvwcnç) pour signifier l'union de l'âme et du natures du Christ (voir PGL, s.v.).
120 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE I, 5-6 121

èxxÀ1)(nlxcr't'oG ~ cpwv~ 't'a fL~ SELV 7tpae; 't'~V aLcr61)'t''hv quoi porte la parole de l'ecclésiaste : il ne faut pas regarder
15 't'wh1)V ~M7tELV ~W~V, ~'t'Le; cruyxPLVOfLéV1) 't''fi I5v't'we; ~w'fi vers cette vie sensible qui, comparée à la vie réelle, est sans
&:vu7tapx't'6e; 't'Le; xat &:vu7t6cr't'a't'6e; Ècr't'LV. existence et sans fondement.

6. 'AÀÀ' oùSÈ:v ~'t"t'ov Et7tOL 't'Le; &'.1 fL~ ~1;w 't''fje; 't'oG
6. Mais on n'en pourrait pas moins dire que même ce
discours est une condamnation du Créateur, puisque l'âme
S1)fLLOUpyoG xa't'1)yopLae; xat 't'oG't'OV dvaL 't'av À6yov, SL6't'L
, ) tu \ ( ,II ~ \ \ tu tI ) ( ,,\ et le corps sont également son œuvre et qu'en consé-
7tap au't'ou xaL 1) 'fuX'1 xaL 't'a crwfLa, Wcr't'E EL 1) oLa
quence, si on condamne la vie dans la chair, alors que Dieu
crapxae; xa't'1)yopEL't'aL ~W~, crapxae; SÈ: 7tOL1)'t'~e; à 6E6e;, de; a créé la chair, un blâme de cette sorte se reporterait
'tu ,\ , [( ,11 \ ,
EXELVOV < av > avayxaLwe; 1) 't'OLau't'1) fLEfL'fLe; 't'1)V avacpo-
1 1
5 nécessairement sur lui. C'est bien ce que dira un homme
P<XV ~XOL. 'AÀÀ<x 't'aG't'a fLÈ:V ÈpEL 7to:v't'we; à fL~7tW 't''fje; qui ne s'est pas encore dégagé de la chair et ne s'est pas
crapxae; ~1;w YEv6fLEVOe; fL1)SÈ: &:xpLOWe; 7tpae; 't'~v uY;1)Ào't'é- vraiment tourné vers une vie plus élevée. Car celui qui a
pav SLaxuy;ae; ~w~v. 'E7td () yE 7tE7taLSEUfLévoe; 't'<X 6E'La été instruit des mystères divins, lui, n'ignore aucunement
fLucr't'~pLa oùx &:yVOEL 7to:v't'we; ()'t'L oLxda fLÈ:v xat xa't'<X que ce qui est propre aux hommes et conforme à leur
10 cpUcrLV 't'OLe; &:v6pbmoLe; Ècr't'tv ~ ~w~ ~ 7tpae; 't'~v 6dav cpUcrLV nature, c'est une vie qui s'assimile à la nature divine 1; et
WfLOLWfLév1), ~ SÈ: aLcr61)'t'LX~ ~w~ ~ SL<X 't''fje; 't'wv aLcr61)'t'1)- que la vie sensible, qui est menée par l'activité des sens, a
pLWV1 EVEpyELae;
, 1" 1:'
oLEsayofLEv1)"" E7tL 't'oU't'cp 't'Y)~, "'"
cpUcrEL oEoO't'aL, été donnée à notre nature pour que la connaissance des
285 A. Ècp' Cf)'t'E 't'~V l 't'WV cpaLvofLévwv yvwcrLV àS1)yav YEvécr6aL
apparences guide l'âme vers l'intelligence des réalités
invisibles, ainsi que le dit la Sagesse: « D'après la grandeur
't''fje; y;ux'fje; 7tpae; 't'~V 't'WV &:0PO:'t'WV È7tLyVWO"LV, xa6b>e;
et la beauté des réalités créées, on voit analogiquement
15 CP1)crLV ~ I:ocpLa' « 'Ex fLE'(é60ue; xat xaÀÀov'fje; x't'LcrfLO:..wV
l'auteur de toutes choses a » 2. Mais l'irréflexion humaine
&:vaÀ6ywe; 't'av 7tO:\I't'WV yEVEO"LOupyav xa60pacr6aL a. » 'H SÈ: n'a pas vu ce qui est admirable à travers les apparences,
, 6pW7tLV1)
av ' aoou , f? À'La OU, 't'a, ,ma
,, ~
't'WV cpaLvofLEVWV' 6aUfLa-"o-
)',
elle a admiré ce qu'elle a vu. Puisque donc l'activité des
fLEVOV dSEv, &:ÀÀ' & dSEV È6aufLacrEV. 'E7td OÛV 7tp6crxaLp6e; sens est momentanée et éphémère, nous apprenons par
't'E xat WXUfLopoe; ~ 't'WV aLcr61)'t'1)pLWV ÈvépYELa, 't'oG't'O cette parole élevée que celui qui porte sa vue sur ces
20 fLav60:vofLEV SL<X 't''fje; UY;1)À'fje; 't'au't'1)e; cpwv'fje; ()'t'L à 7tpae; choses-là ne voit rien. Mais celui qui est guidé par elles
't'aG't'a ~M7twV ~M7tEL oùSév. '0 SÈ: SL<X 't'ou't'wv 7tpae; 't'~v vers la compréhension de l'être, qui comprend par ce qui
't'oG I5v't'oe; xa't'av61)O"Lv M1)youfLEVOe; xat SL<X 't'WV 7tapa't'pE- est fugitif la nature stable et entre dans l'intelligence de ce
.)" , "~ , , qui demeure toujours de façon identique, celui-là a vu ce
X6v't'wv 't' 'IV cr't'acrLfLov cpUO"LV xa't'avo1)crae; xaL 't'ou aEL
wcrau't'we; ~xov't'oe; Èv 7tEpLVOL~ YEv6fLEVOe; ElSé 't'E 't'a l5\1't'we;

2. Sag. 13, 5 semble ici un rectificatif apporté à la négativité de


6. a. Sag. 13, 5 l'Ecclésiaste (voir ci-dessus, Introd., p. 35). Après l'allusion au Théétète,
la proximité de ce verset avec un fragment d'ANAXAGORE (fr. 21a
Diels-Kranz) est aussi remarquable: (, En effet les phénomènes sont la vue
1. On reconnatt l'expression du Théétète 176 a-b; voir commentaire des choses non sensibles» (trad. Dumont, Les Présocratiques, Paris
de DANIÉLOU, Platonisme, p. 98-102. 1988).
122 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 6-7 123

25 8v <iycd}av xcà (j e:îl~e:v È:X',~cra"o' x"'Îjcr~ç yap È:cr,,~ "oG qui est réellement bon et possède ce qu'il a vu. Car la
<iya60G "o\),.ou ~ e:'Œ'Y)mç. vision de ce bien, c'est sa possession 1.
7. « Quel avantage pour l'hom-
7. « Teç y<xp 7te:p~crcreLa, cp'Y)cre, "<1> <iv6p6>7t<p, 4> fLoX6e:î.' Mouvement et
stabilité des éléments me à la peine qu'il prend sous le
, \
U7tO "OV 'Y)I\LOV a ;» T 'Y\)V e:v
\ .,~ , "<pN' y.}. 6
cr<ÙfLa,,~ 'o<Ù 'IV 7tpocr'f)y pe:ucre: soleil a ? », dit le texte. Il
fL6X60v È:7tL fL'Y)ae:VL xa"op66>fLa,,~ &xe:pa&ç cr7toua<x~6fLe:vov. proclame que la vie dans le corps est une peine et une
« Teç yap, CP'Y)crL, 7te:p~crcreLa "<1> <iv6p6>7tCJl; )Y ToG,,' ~crn, ,,( occupation qui n'obtiennent aucun succès ni gain. « Quel
5 7te:p~y(ve:"a~ ,,~ ~UX~ a~<x "oG ~~<ù,,~xoG fL6X60u "oî.'ç 7tpaç avantage pour l'homme? », dit-il. C'est-à-dire, de quoi
"a cpa~v6fLe:vov ~&mv; 'Ev ,,(v~ aè xaL ~cr,,~v ~ ~<ù~ ~ ,,( bénéficie l'âme de ceux qui, dans la peine propre à cette
vie, vivent pour l'apparence? En quoi la vie consiste-t-elle
286 A. fLÉVe:~ ,,&v CP<x~vofLÉv<ùV 1 xaÀ&v È:v ,,(J.\h6,,'f)"~; "RÀLOÇ
, \ ,'~ ~ 6 b ~ L ,\ 1 \ donc? ou qu'est-ce qui subsiste des belles réalités visibles
7te:p~e:pxe:"a~ "ov LoLOV op fLOV l\afL7t<ÙV av<x fLe:pOÇ xa~
en gardant son identité 2? Le soleil parcourt sa propre
crxo,,~~6fLe:voÇ, cp<ù,,(~<ùvn "av U7te:PXeLfLe:vov ~fLî.'v <iÉpa, course h, il brille et s'assombrit tour à tour, illuminant
10 ihav U7tèp y'Îjç €au"av ad~yJ, xaL crx6"oç a~<x ,,&v aucrfL&v
, ~ 1 "R cr"'Y)xe: oe:
~ \, 1
l'atmosphère qui est au-dessus de nous chaque fois qu'il se
e:CPe:l\xofLe:voÇ. 'Y) y'Y) C xa~\ fLe:ve:~
N l ,
e:v "<p 7tayL<p
N

montre au-dessus de la terre, et amenant l'ombre par son


) 1 \ \ ( , , ... \, fi \
<XXLV'Y)"OÇ, xa~ ''0 e:cr"<ùç ou x~ve:~"a~, x<X~ auX ~cr,,<x,,<x~ ''0 coucher 3. La terre, elle, se tient stable C et reste immobile
XLVOUfLe:voV, 7tav"a aè a~<x ,,&v aù,,&v È:v 7tav"t "<1> Xpov~X<1> en un point fixe; ce qui est stable ne se meut pas, et ce qui
~ , ~l , ,~\ ~ \ N \ \

o~acr"'Y)fLa,,~ Oe:Lxvu"a~, xa" OUoe:v o~a "'Y)ç 7tPOç ''0 est en mouvement n'a pas de stabilité, mais toutes choses
15 xa~v6npov fLe:"aooÀ'Îjç <iÀÀ<xcrcr6fLe:va. b..oXiL6v È:cr,,~ ,,&v se montrent, dans tout l'intervalle du temps 4, sous la
même apparence, et ne sont nullement transformées par
une mutation en quelque chose de plus nouveau. La mer
est un réceptacle 5 des eaux qui s'écoulent venant de

7. a. Eccl. l, 3 b. cf. Eccl. l, 5-6 c. Eccl. l, 4b

4. Le vocabulaire de l'étendue sert à exprimer le temps, ici et ailleurs.


Voir ci-dessus, Introd., p. 59-61.
1. Soucieux de ses effets rhétoriques, Grégoire joue sur les homopho- 5. L'image du « réceptacle» est héritée de la physique antique
nies et donne à la phrase l'allure d'une sentence (voir de même homo III, (PLATON, Timée 71 c); elle se trouve déjà chez BASILE, Hom. sur
5, 60; VII, 8, 76-77). Voir MÉRIDIER, L'influence de la seconde sophis- l'He:méméron IV, 7, SC 26 bis, p. 272-273. Dans la même homélie (IV,
tique, en particulier p. 178-181. 3, p. 252 s.), Basile associe Eccl. l, 7 au verset de Gen. l, 9 : « Voilà
2. L'identité fait partie chez PLOTIN des notions premières; cf. pourquoi, selon la parole de l'Ecclésiaste : 'Tous les torrents vont à la
Ennéades V, l, 4; VI, 2, 8, sur l'identité de l'1ttre. mer, et la mer n'en est pas remplie.' Car les eaux coulent en vertu du
3. Après avoir cité Eccl. l, 3, Grégoire tire des versets suivants une commandement divin; et la mer reste circonscrite à l'intérieur de ses
réflexion sur les éléments; mais tout son commentaire étant ordonné à propres limites par l'effet de Cette première loi : 'Que les eaux se
l'analogie avec la nature humaine qui est affirmée ensuite (l, 8, 2-3), il ne rassemblent en un seul lieu' .» Grégoire commente à son tour le verset de
suit pas l'ordre du texte biblique (à la différence, par ex., de l'In Hexaem., Gen. l, 9 avec la même image du « réceptacle» (In Hexaem., PG 44, 89
où chaque verset de Gen. 1 est commenté séparément). A).
124 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 7 125

7t<X.v't"<X.X68EV O"uppE6V't"wV ùM't"wv ~ 8aÀ<X.0"0"<X., X<X.L othE ~ partout, l'afflux ne cesse pas, et la mer ne s'accroît pas non
,
625 M. O"UppOL<X. l\'f)yEL
~ , ",
~U'TE 'f)
Cl' ~ "l: d
V<X.I\<X.O"O"<X. <X.Uc,E'T<X.L. T"LÇ ,
0 O"X07tOç plus d. Quel est le but de cette course des eaux qui
'TOU 8p6fLOU 'To'Lç ()8<X.O"LV àd 7tÀ'f)pOUO"L 'Tb fL~ 7tÀ'f)POl)fLEVOV ; emplissent toujours ce qui ne s'emplit pas? Et pourquoi la
'E7tL 't"(VL 8è 'Tàç èmppoàç 8éXE'T<X.L 'TWV ùM'TWV ~ 8aÀ<X.0"0"<X., mer accueille-t-elle l'afflux des eaux, en restant pour
, !:"
20 <X.V<X.Uc, ""
'f)ç oL<X. ~
't"'f)ç Cl'
7tpOO"v'f)X'f)ç "
ELÇ <X.EL, " ',
OL<X.fLEVOUO"<X.; T <X.U'~ t"<X. toujours sans s'accroître de ce qui s'ajoute à elle? Le texte
dit cela pour qu'à partir des éléments mêmes dans lesquels
MYEL, tV<X. è1; <x'Ù'TWV 'TWV O"'TOLXeLWV èv OrÇ èmLV ~ ~W~ 'TWV
se passe le vie des hommes, on interprète d'avance le
àV8pW7tWV 7tPOEPfL'f)VEUO"'() 'TWV èv ~fL'Lv 0"'t"ou8<X.~ofLévwv 'Tb caractère inconsistant de nos occupations. En effet l, si
àvu7t60"'t"<X.'Tov. EL yàp 0 O"uV'TE'T<X.fLévoç o;5..oç 'TOU ~À(ou
cette course bien réglée du soleil n'a pas de limite, si la
8p6fLoÇ 8pov OÙX ~XEL OU'TE ~ àvà fLépoç cpw't"6ç 't"E X<X.L
succession, tour à tour, de la lumière et des ténèbres
25 O"x6'TOUç 8L<X.80X~ O"'t"aO"LV h3éXE'T<X.L ~ 'TE yYj X<x''T<X.3E8LX<X.0"- n'admet pas la stabilité, si la terre qui a été condamnée à
fLév'f) 'T~V O"'TaO"LV fLévEL èv 'T<il 7t<x'Y((}l àx( V'f)'TOç, àV~VU'T<X. 3è la stabilité demeure immobile en un point fixe 2, si d'autre
fLOX80UO"LV OL 7tO't"<X.fLOL 'Tn à7tÀ~O"'T(}l cpUO"EL 'TYjç 8<X.)...6:0"0"'f)ç part les fleuves peinent sans résultat pour être dilapidés
èv3<X.7t<X.VWfLEVOL, fLa'T'f)V 3è 'Tàç èmppoàç 8éXE'T<X.L 'TWV par la nature insatiable de la mer, si c'est en vain que la
ÙM'TWV ~ 8aÀ<X.0"0"<X., dç où3èv 7tMOV tl7tOÀ<X.fLoavOUO"<X. 'To'Lç mer accueille l'afflux des eaux puisqu'elle ne gagne rien de
30 X6À7tOLÇ 'Tb 8Là 7t<X.V'Tbç dO"XE6fLEVOV, d 'T<X.U'T<X. èv 'TOU'TOLÇ plus à prendre dans son sein ce qui se déverse continuel-
èO"'T(v, èv 'T[O"LV ELxbç 'Tb àv8pwmvov Eïv<X.L, 8 èv 'TOU't"OLÇ 'T~V lement, s'il en est ainsi pour ces éléments, qu'en est-il
y .}. " ,,!:' Y' Cl' , , ,
C,W'/V EXEL, X<X.L 'TL c,EVL"OfLEV<X., EL « yEVE<X. 7tOpEUE'T<X.L X<X.L vraisemblablement de l'humanité, elle qui vit au milieu
'"
287 A . yEVE<X. EPXE'T<X.L e », X<X.L\OUX
), i 1
E7tLI\EmEL 1 \
'T'f)V 1
cpUO"LV ?'
OU'TOç 0( d'eux, et pourquoi nous étonner si « un âge va et un âge
3p6fLOÇ, 'TYjç àd è7tELO"LOUO"'f)Ç yEvEaç 'TWV àv8pW7tWV 't"6 'TE vient e », et si cette course n'épargne pas notre nature,
~Cl' ,!:' Cl , , " ~, , ,!:' Cl
puisque la génération des hommes se reproduit sans cesse,
35 7tpOELO"EI\VOV Ec,WVOUO"'f)ç X<X.L U7tO 'TOU E7tELO"LOV'TOÇ Ec,WVOU-
fLéV'f)ç;
chacune chassant la précédente avant d'être chassée par la
suivante?

lui-même. Grégoire arrive donc au terme de sa démonstration (voir


d. cf. Eccl. l, 7 e. Eccl. l, 4a ci-dessus, Introd., chap. V, sur la physique anthropocentrique).
2. Sur la nouveauté de l'interprétation d' Eccl. l, 4 par rapport à
l'exégèse origénienne, voir ci-dessus, Introd., chap. 1. En opposant
stabilité et instabilité, Grégoire utilise les catégories fondamentales de la
1. Ici commence une longue phrase articulée par une double série de pensée grecque (voir A. SPIRA, « Le temps d'un homme selon Aristote et
propositions hypothétiques. La première donne les caractéristiques Grégoire de Nysse: stabilité et instabilité dans la pensée grecque ,), dans
propres de chaque élément d'après Eccl. 1,4-7; la seconde ajoute l'autre Le temps chrétien, p. 283-294). Quant à la question de la stabilité des eaux
principe fondamental de cette physique, le mouvement, mais le génitif de la mer, elle est l'occasion pour BASILE (Hom. sur l'Hexaéméron III, 7)
absolu qui clôt la phrase souligne que le concept de cp60'LÇ inclut l'homme de réfuter la conception aristotélicienne.
126 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 8 127

8. TL oi)v ~o~ ~Là TOUT<.ùV TYi €xxÀ'l)aL~ 0 Myoe;, ; <hL, (;) 8. Que proclame donc par là le texte
« Connais-toi
pour l'Église? ceci : hommes, vous qui
&VElp<.ù7tOL, de;, TO 7tav &.7to6M7tovn:e;, T~V ÉOWThlV cpuaLv toi-même»
1 "A 7t€PL\TOV
, oupavov
, \ xaL\ T'l)V
\ y'l)V
~ AÀ' t\ , regardez l'univers, concevez votre pro-
VO'l)aaT€. !-' €7t€Le;" a ev
pre nature 1. Ce que tu observes du ciel et de la terre, ce
Téf> ~ÀL<{l xaElop~e;" à Èv TYi ElaMaa1l xaTavoeLe;" Taiha aOL
que tu vois du soleil, ce que tu conçois de la mer,
5 xaL T~V a~v cpUO"LV Épf.L'l)veuéT<.ù. "EaTL yap TLe;, xaO'
interprète-le par rapport à toi et à ta nature. Car il existe
of.LoL6T'l)Ta ToG ~ÀLOU xaL T'fîe;, cpuae<.ùe;, ~f.LhlV &.vaTOÀ~ n aussi, à la ressemblance du soleil, un lever et un coucher
xaL MaLe;,. MLa oMe;, TOLe;, 7taaLV, eIe;, 0 xuxÀoe;, T'fîe;, ToG ~LOU de notre nature. Il y a un unique chemin pour tous, unique
7topdae;,. "OTav ~Là yevéae<.ùe;, &.vanLÀ<.ùf.Lev, 7taÀLv de;, TO est le cercle du trajet de la vie. Lorsque par la naissance
auyyevèe;, X<.ùpLOV ~f.LhlV xaOeÀx6f.LeOa. T'fîe;, yàp ~<.ù'fîe;, ~f.LLV nous nous levons, nous sommes entraînés à l'inverse vers
10 È7tL~UeLa'l)e;" tJ7t6yeLov xaL TO ~f.LéTepov yLveTaL cpéyyoe;" le bas vers notre emplacement naturel. Car au coucher de
<hav ~ &.VTLÀ'l)7tTLX~ TOG cp<.ùTOe;, a'CaO'l)aLe;, y'fî yéV'l)TaL' notre vie, notre éclat aussi devient souterrain, lorsque la
7taVT<.ùe;, ~è ~ y'fî 7tpOe;, TO auyyevèe;, &.vaMeTaL, xaL OiSTOe;, sensation qui nous fait percevoir la lumière devient terre;
xuxÀoe;, TLe;, ÈaTL ~L'l)V€Xhle;, Èv TOLe;, aÙTOLe;, ÉÀLaa6f.Levoe;,. et, de toute façon, la terre se dissout en ce qui lui est
a
KaOa7tep È7tL ToG ~ÀLOU cp'l)aLV 0 Myoe;, <STL &'vaTéÀÀ<.ùv f.LèV semblable et c'est comme un cercle qui se déroule
15 xaTà TO &V<.ù T'fîe;, y'fîe;, f.Lépoe;, TOLe;, VOTLOLe;, ÈV~LO~€UeL, continûment dans les mêmes éléments. De même pour le
U7toyeLOç
" oe
"" XaTa '" TO aVTLXeLf.LeVOV
l'A TO !-,OpeLOV
' U7tepxeTaL
" soleil, le texte dit qu'à son lever a il s'avance 2 avec les
f.Lépoe;, XaL TOGTOV TOV Tp67tov de;, &.d 7t€pLO~eu<.ùV XUXÀOL vents du sud dans la partie du ciel située au-dessus de la
TOV ÉaUToG ~p6f.L0v xaL 7taÀLV &.vaxuxÀhlv 7tepLépxeTaL' terre; puis sous terre, il va à l'opposé vers la partie nord,
« KUXÀOL yap, cp'l)aL, XUXÀhlV b »' m'h<.ù TOLVUV xaL TO aov et, parcourant ainsi son chemin éternellement, il accomplit
le cercle de sa course, et, dans un nouveau cercle, il la
parcourt encore. « Il circule et circule b », dit le texte.

8. a. cf. Eccl. l, 5-6 b. Eccl. l, 6c

philosophique, p. 111-126 (voir en particulier p. 111-119). - Le précepte


socratique s'inscrit bien sûr à l'horizon de cette double approche. Textes
1. Le premier mode de la connaissance de soi repose donc sur parallèles chez Grégoire: In Canto II (GNO VI, p. 63-69) ; De beat. V
l'analogie entre microcosme et macrocosme, empruntée à la trac:lition (GNO VII, 2, p. 133) ; De an. et res. (PG 46,29 A). Un passage du De
stoïcienne; voir E. CORSINI, ({ L'harmonie du monde et l'homme mortuis (GNO IX, p. 40, 1-20) met en parallèle l'expression de Deut. 15,
microcosme dans le De hominis opificio 1), dans Épektasis, p. 455-462. Au 9 (7tp6crEXE O"EO(UT(ji), le précepte socratique et une formule empruntée à
début du De an. et res. (PG 46, 20 B), c'est aussi à partir de la théorie Provo 13, 10 (~o(UTWV kmyvWfJ.OVEÇ). Voir le chapitre consacré par P.
des éléments et de l'affirmation du retour de chaque être à ses éléments COURCELLE au précepte delphique d'Origène aux Cappadociens dans
constitutifs que s'engage la discussion sur la nature de l'âme. - La suite Connais-toi toi-même, p. 97-111.
de l'homélie oriente ce thème de la connaissance de soi vers l'affirmation
2. Le verbe ~V8L08&uw est donné par L. MÉRIDIER comme un des
de la ressemblance avec Dieu (voir ci-dessous, en 13, 22, la référence à
néologismes forgés par Grégoire ( L'influence de la seconde sophistique,
Gen. 1,26); E. CORSINI a souligné cette dualité de la réflexion de
p. 91). Le composé 7t&pLo8EUW, employé peu après, est d'un emploi
Grégoire sur la nature humaine dans un autre article, ({ Plérilme humain
et plérilme cosmique chez Grégoire de Nysse .), dans Écriture et culture classique.
128 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 8-9 129
, ~ " , {'. , 1.,!, '
20 7tOpEUE'raL 7tVEUfLa - a7to fLEpOUÇ a.7tav OVOfLcx",WV 'r0 Ainsi, de la même manière va aussi ton propre souffie -
, 6pW7tLVOV
288 A. av ' ~
7tVEUfLa -, I.}," ~
'r 'IV EyXUX/\LOV ,
'rau'r~v "" ~
oLa 'rWV et par la partie le texte nomme le tout, en parlant du
, , , 1. II' , l'
OfLOLWV 7tEpL'rpEXOV <pOpCXV. « opEUE'raL yap, <p~(n, 'r0 souffie humain - , lorsqu'il accomplit de la même façon ce
.... \ ,\ 1 î , ..... , 1 \ .... c
7tVEUfLa xaL E7tL XUX/\Ouç au'rou E7tL(j'rpE<pEL 'r0 7tVEUfLa . » mouvement circulaire. « Il va, le souffie, dit le texte, et il
'0 ~è 'raiha xa'ravo~(jaç OÙX &v fLLXp~ 7tpaç 'rav Éau'rou retourne sur ses circuits, le souffie C .» Un homme qui
25 ~(OV w<pEÀ~6d~. T( ÀafL7tp6'rEPOV 'rOU <pw'r6ç; T( 'rWV concevrait cela n'en tirerait pas un mince avantage pour sa
,
aX'rLVWV
1 6
<pav 'rEpOV;
'A~ ~, .,
/\/\ ofLWÇ EL U7tO
", ~ ,.,~
y~v 0 ~/\LOÇ
"~6
E/\ OL,
propre vie. Qu'y a-t-il de plus brillant que la lumière?
,
XpU7t't'E'raL 'r0 <pEyyOÇ xaL
'L , ,
~
, , ,
aX'rLç a<paVL",E'raL.
I,!, Qu'y a-t-il de plus manifeste que les rayons? Et pourtant,
si le soleil va sous terre, caché est son éclat et son rayon
voilé 1.
9. IIpaç 'rau'rcX nç ~M7twV (jw<ppOV€(j'rEpOV 'rav Éau'rou
7tapEpX€(j6w ~lov, xa'ra<ppovwv 'r1jç l)~E 7tEpL<pavdaç,
9. Que celui qui considère cela parcoure sa vie plus
fLa6wv €x 'rWV OPWfL€VWV 5'rL où ~LapxEî.' 7tpaç 'ra ~L~VEXèç
sagement, en méprisant cette splendeur-là, sachant d'après
'ra t7tl(j~fLoV, rf.ÀÀ' &:yX((j'rpo<pol d(jLV at 'rWV tvav'r(wv
ce qu'il voit que ce qui se remarque ne subsiste pas pour
5 SLaSoxa(' fL€VEL ~è oùSèv ELÇ &:d 'rOLOU'rOV oLov tv 'r<l> toujours, mais que les successions de contraires vont par
628 M. 7tap6V'rL tcr-r(v, où VE6'r~ç, où XcXÀÀoç, OÙX ~ €x 'rWV des retournements rapides et que rien ne reste pour
~uva(j'rELWV 7tEpL<pcXvELa. Kat 'rau'ra fLèv 'roî.'ç tv EÙXÀ~p(~ toujours semblable à ce qui est dans le moment présent, ni
'!'~ ~ pJ
'rLVL, ",W(jLV' "
O(jOLÇ .... ' ,E:7tL7tOVOÇ
oE: l
0" "
7tpOç '"
apE:'r~v oOXEL t'LOÇ, la jeunesse, ni la beauté, ni la splendeur donnée par les
'r<l> 'r1jç y1jç ù7to~dYfLa'rL 7tpaç 'ra tyxapnpEî.'v 'roî.'ç ~ELVOî.'Ç pouvoirs. Et cela vaut pour ceux qui ont une vie heureuse.
, .1.' .... B 1 6 'H ~ , , , ~ .,
10 ~ 't'UX~ 7taLoO'rpWEL(j w. « y~ ELÇ 'rov aLwva E:(j'r~- Mais ceux dont la vie paraît pénible par comparaison avec
a
XEV . » T( fLox6~p6npov 'r1jç &:xLV~'rOU 'rao'r~ç 7tayL6'r~­ leur vertu, que l'exemple de la terre les' forme à endurer le
'roç; Kat 5fLwÇ 7tapa'rdVE:'raL fL€XPLÇ aLwvoç ~ (j'rcX(jLÇ. LÙ malheur. « La terre est stable pour toujours a» 2. Quoi de
~€, <T> oÀlyoç 0 'r1jç &:6À~(jE:wç Xp6voç, fL~ y(vou 'r1jç y1jç plus pénible à supporter que cette fixité immobile? Et
&:ljJux6npoç, fL~ ylvou 'rWV &:vaL(j6~'rwv &:VO~'r6'rEpOÇ 0 pourtant cette stabilité dure pour toujours. Mais toi, dont
~ "~, , ~ ,
15 /\OYL(jfLoV EL/\~XWÇ xaL /\oy~ 7tpOç 'r~V ",w'IV OLOLXOUfLE:VOÇ,
,''!' .}, '" , le temps d'épreuve est court 3, ne deviens pas plus inanimé
que la terre, ne deviens pas plus insensé que les êtres
insensibles, toi qui as reçu la capacité de raisonner et qui
dans ta vie es gouverné par la raison; au contraire, comme
c. Eccl. l, 6c-d
9. a. Eccl. l, 4b

1. Le mouvement du soleil et l'alternance d'ombre et de lumière qu'il 2. Dans l'In Hexaem. (PC 44, 92 D) Grégoire utilise Eccl. l, 4 pour
produit, image ici de la vie humaine, donnent aussi son sens au son commentaire de Cen. l, 9 et définit la terre comme oox èÀGtTIouf1.év"I),
symbolisme liturgique de Noël dans le sermon In diem nat. (PC 46, 00 7tÀEOV&'OUO'Gt. La notion de mesure est au centre de la définition de
1128-1149) ; analyse du symbolisme par J.-R. BOUCHET, « La vision de chaque élément et de l'ensemble du monde créé.
l'éconornie du salut selon Grégoire de Nysse », RSPT 52 (1968), 3. Peut-être faut-il voir dans cette expression une allusion à Hébr. 10,
p. 613-644. 32.
130 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE I, 9 131

&:ÀÀ&: « fLéve, xa6wç q>Y)O"W 0 &:7t6moÀoç, tv otç ~fLa6eç XaL dit l'Apôtre, « tiens-toi à ce que tu as appris et dont tu as
tmO""t"w6Y)ç b », tv ÉapaLq: XaL &:fLe"t"aXLV~'np "t"1j O""t"~O"eL. acquis la certitude b », dans une stabilité ferme et immua-
ble 1. Puisque cette parole: « Soyez fermes et immuables C »
'E7td XaL "OÜ"O ..&V 6eL(ùv 7tapa"("(eÀfL~"(ùv tO".. L, ..6
fait aussi partie des commandements divins, qu'en toi la
289 A. « 'EapaLoL XaL &:fLe..axLvY)"OL l "(Lve0"6e C », &O"eLO""t"Oç ~V O"OL
tempérance demeure inébranlable, la foi ferme, la charité
20 fLevé.. (ù ~ O"(ùq>pOO"llVY) , 7ta"(La ~ 7tLO""LÇ, &:fLe.. ~6e.. oç ~
immuable, immobile la stabilité en toutfl sorte de biens,
&:"(~7tY), &:xL VY)"Oç ~ tv 7taV'TL xaÀ<i'> O""~O"LÇ, Wç &V XaL ~ ~V
N , , ".... c: 1
comme si la terre qui est en toi demeurait aussi pour
O"OL "(Y) eLç .. ov aL(ùva eO""t"Y)XOL.
toujours.
Et aé .. LÇ xeXY)VWç 7tpOç "t"~V 7tÀeove;Lav xa6~7tep .. LV&: Au contraire, si quelqu'un restait bouche bée devant la
6~À<XO"O"av "~V &:fLe.. pLav ..'Îjç tm6ufLLaç <X7tÀwO"aç 7tpOç ..&: richesse comme devant une mer, si, déployant l'excès de
25 7tav ..ax66ev elO"péov..a xépaY) &:7tÀ~O"..(ùç ~XOL, oihoç 7tpOç son désir, il restait insatiable à la vue des gains qui affluent
"~V ~V .. (ùç 6~ÀaO"O"av ~M7t(ÙV 6epa7teué0"6(ù "~V v60"0v. 'Qç de partout, qu'il soigne sa maladie en regardant la mer
"(&:p heLvY) .. 0 Éau"'Îjç où 7tapépxe..aL fLé.. pov tv ..aLç véritable. Car de même que celle-ci ne dépasse pas sa
fLupLaLç ..&V ùM.. (ùv tmppotXLç, &:",,' tv "<i'> '{O"ep aLafLéveL propre mesure dans les innombrables écoulements des
7tÀY)pWfLa"L, xa6~7tep OÙaefLLaç aù..1j "(LVOfLévY)ç t; ùM.. (ùv eaux, mais demeure également pleine comme si les eaux ne
30 7tpo0"6~xY)ç, xa..&: .. OV aù..ov ..p67tOV XaL ~ &:v6p(ù7tLvY) lui ajoutaient rien, de la même façon la nature humaine
q>UO"LÇ laLoLÇ fLé"t"pOLÇ tv ..1j &:7tOÀaUO"eL ..&V 7tpo0"6V'T(ÙV
elle aussi, définie par des mesures propres dans sa
jouissance de ce qui est, ne peut pas étendre sa glouton-
aLeLÀY)fLfLévY) O"ufL7tÀa"ÜVaL .. <i'> 7tÀ~6eL ..&V 7tpo0"6a(ùv "~V
nerie avide de jouissance à la mesure de l'ampleur des
&:7tOÀaUO""LX~V ÀaLfLap"(Lav où MVa..aL, &:ÀÀ&: .. 0 fL€V ressources; au contraire j alors que l'afflux des biens ne
dO"péov où 7taUe..aL, ~ a€ "'Îjç &:7toÀauO"e(ùç MvafLLç tv "<i'> cesse pas, sa capacité d'en jouir se maintient dans la limite
35 laLep <5pep q>uMcrO"e..aL. EL oÛv ~ &:7t6ÀauO"Lç 7tÀeov~O"aL où qui lui est propre 2. Si donc la jouissance ne peut pas
Mva..aL 7tap&: .. 0 fLé .. pov "'Îjç q>uO"e(ùç, dç .. L ..&:ç .. &v s'accroître au-delà de la mesure de notre nature, pourquoi
7tpo0"6a(ùv tmppo&:ç tq>eÀx6fLe6a, oùaé7ton 7tpOç eù7todav attirons-nous l'afflux des ressources sans jamais laisser
&ÀÀ(ùv h .. &v t7teLO"L6v .. (ùv ù7tepxe6fLevoL; 'E7td a€ xa..&: déborder de ce qui nous en échoit pour en faire bénéficier
"t"ov &:7toa06év..a ~fLLV ..'Îjç fLa..aL6 ..Y)..oç À6"(ov ~ ..0 &:v6Y) ..ov d'autres? Et puisque, selon l'explication que nous avons
40 p'ÎjfLa ~ ..0 &:v6vY)..ov 7tpéi"(fLa fLa ..aL6"Y)Ç tO".. Lv, xaÀ&ç donnée de la vanité 3, elle est ou bien une parole qui n'a
heL6ev "OÜ À6"(ou &pxe..aL, wç &v fL~n "L .. &v "(LVofLév(ùv pas de sens ou bien une action sans succès, il est bon que
le texte commence par cela, afin que nous ne considérions

b. II Tim. 3, 14 c. I Cor. 15, 58


2. M&me affirmation dans l'In Hexaem. (PG 44, 93 A). De m&me que
1. De façon paradoxale par rapport à l'exhortation des lignes précé- chaque élément a ses mesures et ses limites propres, c'est la tpu<nç tout
dentes, l'interprétation de 1 Cor. 15, 58 fait de la terre le modèle de la entière qui est, elle aussi, délimitée; la limite, c'est le propre du créé.
stabilité dans le bien. Dans la Vie de Moïse (II, 244), Grégoire, élaborant Voir R. LEYs, L'image de Dieu chez saint Grégoire de Nysse, Paris 1951,
la doctrine de l'épectase, souligne avec ce m&me verset le paradoxe de p. 78 s., sur la notion de plérôme.
l'alliance de la stabilité et du mouvement dans le bien. 3. Voir homo l, 3.
132 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE I, 9-10 133

comme subsistant rien de ce qui se produit, rien de ce qui


est dit, du moment que cela vise un but vain. Car tout
l'empressement que mettent les hommes à ce qui concerne
cette vie, c'est comme les jeux des petits enfants dans le
sable l : la jouissance qui en naît cesse lorsqu'ils ne s'en
occupent plus 2. Aussitôt qu'ils arrêtent leurs efforts, le
sable en s'écoulant sur lui-même ne laisse aucune trace des
efforts faits par les enfants.

10. Voilà ce qu'est la vie humaine: sable l'ambition,


10. Toi:h6 Ècr't"LV 6 &'vepwmvoc; ~(oc;, IjicXfLfLoc; ~ qnÀo't"L- sable la puissance, sable la richesse, sable tout ce dont nous
fL(iX, IjicXfLfLoc; ~ ~UViXcr't"E(iX, IjicXfLfLoc; 6
1tÀoihoc;, IjicXfLfLoc; nous empressons de tirer une jouissance charnelle 3. Les
tI ..... \ ~\ ~, À \) ' ,
EXiXcr't"OV 't"wv XiX't"iX cr1tOUO'l)V OLiX criXpXOC; iX1tO iXUOfLEVWV' EV âmes infantiles qui maintenant s'attachent vainement à ces
oic; VÜV iXl V'I)mw~ELC; IjiUXiXt 't"OLC; &'VU1tOcr't"cX't"OLC; ÈfLfLiX't"iXLcX- choses sans fondement et qui endurent de nombreuses
5 ,",0
)" UcriX L XiXL\ 1t0 ÀÀ OUC;
\ 1tEPL\ EXiXcr't"OV
" '"
't"OU't"WV U1tOfLEVOUcriXL peines pour chacune d'elles reconnaîtront la vanité de cette
, ' 6 ' À 1 \ ~ .1,'
1tOVOUC;, EL fL VOV iX1tO EmOLEV 't"0 't"'I)C; 'l'iXfLfLOU Xwp~OV, 1 \
't"'I)V
manière de passer sa vie si seulement elles abandonnent
l'emplacement du sable, je veux dire la vie dans la chair.
Èv criXpXt Àéyw ~W~V, 't"6't"E 't"à fLcX't"iXLOV 't"'ÎÎC; éJ)~E ~LiX't"pL0'ÎÎC;
Car la jouissance n'a que la durée de la vie dans la matière
"
629 M. Emyvwcrov't"iXL' ~
't"<p \
yiXp U'ÀLX<p
~
t-'~<p XiXL\ "'1) iX1t 6ÀiXUcrLC;
(JJ
, , 'À ~:c
crUViX1tEfLELVEV, ECPE XOV't"iXL 00; fLE ~
EiXU't"WV e" ,~\"
OUoEV O't"L fL'l .), et les âmes. n'en retirent pour elles-mêmes rien d'autre que
la seule conscience. Le grand ecclésiaste lui aussi, me
10 't"~V cruvEŒ'I)crw fL6v'I)v. ''OC; fLOL ~OXEL XiXt 6 fLéyiXC;
semble-t-il, prononça ces paroles comme quelqu'un qui
ÈxXÀ'I)crLiXcr't"~C; (f)cr1tEp ~~'I) ~~w 't"ou't"wv YEv6fLEVOC; XiXt
était déjà loin de ces choses et qui, l'âme nue, était
YUfLv'{j 't"'{j ljiux'{j 't"'ÎÎc; &'oÀou ~w'ÎÎc; ÈmOiX't"EUWV ÈxELViX d1tEV, embarqué sur le navire de la vie immatérielle 4; et
& eLx6c; 1tO't"E XiXt ~fLaC; eL1tELV, IhiXV ~~w 't"OÜ 1tiXPiXÀ(OU vraisemblablement nous prononcerons un jour nous aussi
ces paroles, lorsque nous serons loin du rivage le long

2. L'expression cr7tOUa~ ... &crxoÀoufJ.év'fj est pléonastique. La compa-


1. Faisant allusion à ce passage, E.R. DODDS (Païens et chrétiens,
raison qui suit donne aux deux termes, par eux-mêmes de signification
chap. I) montre combien une telle image de la vie humaine, qualifiée par
ailleurs de (, magie ,) et d'(, illusion ,) (V. Moys. II, 316, SC 1 ter) s'inscrit neutre, une connotation péjorative, qui reste attachée au mot cr7tOUa~, très
dans la tradition néoplatonicienne; il suggère, des rapprochements avec fréquent dans les Homélies. L'opposition crxoÀ~/&crxoM(ij recouvre celle
PORPHYRE (De abstinentia I, 28) et PLOTIN (Ennéades IV, 3, 17-27). du latin otiumlnegotium. Voir M. HARL, (, Les modèles d'un temps idéal
Avec des images d'une plus grande violence, certaines Pensées de dans quelques récits de vie ,), dans Le temps chrétien, p. 220-241 (note
MARC-AuRÈLE sont aussi très proches, par l!x. V, 33, 1-2 : (, Dans un complémentaire, p. 239-241, sur quelques emplois de crxOÀ,x~EW et de
instant, tu ne seras plus que cendre ou squelette, et un nom, ou plus crxoÀ~ chez les chrétiens).
même un nom. Le nom : un vain bruit, un écho! Ce dont on fait tant de 3. L'image du sable n'est pas sans rappeler les déclarations de Salomon
cas dans la vie, c'est du vide, pourriture, mesquinerie, chiens qui en Sag. 7,8-10.
s'entre-mordent, gamins querelleurs, qui rient et pleurent sans transi- 4. Sur l'origine de l'image, voir P. COURCELLE, (, Grégoire de Nysse
tion ... ,) (trad. Trannoy, Paris 1975). lecteur de Porphyre ,), REG 80 (1967), p. 402-406.
134 SUR L'ECCLÉSIASTE
HOMÉLIE l, 10-11 135
, 6 'a \ ,\ '.I. L , \ , , \
't"OU't"OU 't" 1t'OU ye:V<.ùfLe:vo: 1t'e:pL OV 'Y) 'f'<XfLfLOÇ e:cr't"LV 'Y) U1t'O duquel le sable est ce que rejett~ la mer de la vie, et
15 't"!fjç 't"OU ~(OU 6O:Àacrcr'Y)ç Èx1t''t"UOfLév'Y), Xo:l. 1t'av't"<.ùv X<.ùpLcr- lorsque nous serons éloignes de tous les flots qui résonnent
6&fLe:v 't"&V 1t'e:pLX't"U1t'OUv't"<.ùV ~fLiiç xo:l. XO:'t"o:OOfLOOUv't"<.ùV et mugissent autour de nous : loin de cette mer que nous
291 A.XUfLa't"<.ùv, Èx 't"!fjç vO'Y)6etcr'Y)ç 6o:Mcrcr:t)ç fL6vov l 't"~V fLV~fL'Y)V avons connue, nous garderons seulement le souvenir de ce
't"&V (J)ae: cr1t'ouao:cr6év't"<.ùv è1t'o:y6fLe:VOL My<.ùfLe:v 't"6 « Mo:- qui nous y a préoccupés et nous dirons ces mots : « Vanité
, , \ L 6 a \
't"O:LO't"'Y)Ç fLO:'t"o:LO't"'Y)'t"<.ùV, 't"O: 1t'<xv't"O: fLO:'t"O:L 't"'Y)ç », XO:L 't"
6 des vanités, tout est vanité 8 », et : « Quel avantage pour
I 1 -, a' .,. a - , \ \ "... b •
20 « T LÇ n:e:pLcrcre:LO: 't"<p O:VVp<.ù1t'<p, <p fLOXVe:L U1t'O 't"OV 'Y)J\LOV ,» l'homme à la peine qu'il prend sous le soleil? b» Car
"OV't"<.ùç yap, xo:'t"a ye: 't"bV èfLbV Myov, 1t'acr'Y)ç ècr't"l. ljJux!fjç vraiment, à mon avis du moins, ce discours est celui de
oihoç (; Myoç, lS't"O:v YUfLV<.ù6e:'i:cro: 't"&V 't"1iae: 1t'pbç 't"bV toute âme lorsque, après avoir été dépouillée des réalités
èÀ1t'L~6fLe:vov fLe:'t"OLXLcr61i ~(OV. Ehe: yap 't"L 't"&V uljJ'Y)ÀO- d'ici-bas, elle a émigré vers la vie qu'elle espérait. Qu'elle
't"ép<.ùv èv 't"1i ~<.ù1i 't"O:U't"1l XO:'t"w p6 <.ù cre: , XO:'t"'Y)yope:'i: 't"OU't"OU èv ait atteint une réalité plus élevée dans cette vie et accuse sa
25 0 -Jîv, 't"1i 1t'pbç 't"b e:upe:6èv cruYXp(cre:L 't"b 1t'o:pe:À6bv vie antérieure, méprisant le passé lorsqu'elle le compare à
, L't' ,'\ 0- a - ce qu'elle a trouvé, ou que, restée dans des dispositions
O:'t"LfL<x"oucro: • e:L't"e: XO:L 1t'pocr1t'o:v<.ùç 1t'e:pL\ 't"'Y)v
\ ".,
UJ\'Y)V '10
OLO:'t"e:ve:L-
passionnées pour la matière, elle ait vu ce à quoi elle ne
cro: 'ŒOL 't"à <X1t'pocra6x'Y)'t"O: xo:l. 't"1i 1t'etpq. fLa60L 't"&v
a' , 6V'Y)'t"ov, 't"6't"e:
s'attendait pas et ait appris par expérience l'inutilité de ce
'10
cr1t'Ouoo:crve:v't"<.ùv 1t'o:po:\ 't"ov
\ t-'LOV
PJ ' - 't"0\ O:V
O:U't"1l qui l'occupait dans sa vie, elle prononcera alors en se
6p'Y)voucro: 't"~v' cp<.ùv~v 't"o:u't"'Y)V1t'pO~cre:'t"O:L, oIo: a~ 1t'OLOUfLe:v lamentant cette parole - comme bien sûr nous le faisons,
,
30 e:x l ' " a
fLe:'t"O:fLe:Àe:LO:Ç \'B.,"
OL O:Vvp<.ù1t'OL 't"o:ç - ,e:v 't"OLÇ
O:OOUJ\LO:Ç e:o:u't"<.ùv -
nous les hommes, par repentir quand nous rapportons avec
OÀOCPUPfLo'i:Ç aL'Y)YOUfLe:VOL, 't"6 « MO:'t"O:L6't"'Y)ç fLO:'t"O:LO't"~'t"<.ùV » des gémissemerits nQs actes irréfléchis - : « Vanité des
xo:l. 't"à Àe:m6fLe:vo:. vanités », et la suite.

Il. « Tous les discours, dit le texte,


Il. « IIavnç oL MyOL, cP'Y)cr(v, ~yX01t'OL, xo:l. où auv~cre:­ Les vrais discours
sont fatigants, et aucun homine' ne
't"O:L <xv~p 't"o.u Ào:Àe:'{;v a. » Ko:l. fL~v oùaèv èx 't"OU 1t'poXetpou pourra parler 8» 1. Et pourtant rien de ce qui est à notre
vOfL(~e:'t"O:L 't"OU Ào:Àe:'i:v e:ùxoÀwnpov. T(ç yap ècr'n x61t'oç portée ne semble plus facile que parler. En effet, quelle
't"<'J} ÀO:ÀOUV't"L lS 't"( 't"LÇ ~OUÀe:'t"O:L; l'ypà ~ yÀ&crcro: Xo:l. fatigue y a-t-il pour celui qui dit ce qu'il veut? La langue
5 e:tJcr't"pocpoç Xo:l. 1t'pbç lS't"me:p &V è6éÀ1l p'Y)fLa't"<.ùv daoç est humide, souple, et elle prend sans difficulté la forme
" ,\ ''t'., '...
o:1t'OV<.ùç e:o:U't"'Y)V crX'Y)fLo:'t"L"OUcro:' O:X<.ùJ\U't"Oç 'Y,
) 'OJ\X'j
... . ) , -
't"OU des mots qu'elle veut prononcer; rien n'empêche l'aspira-

10. a. Eccl. l, 2 b. Eccl. l, 3


11. a. Eccl. l, 8a-b .
IV: L'enfant-vieillard). PHILON, De vita contemplaûva 167, précise: « Ils
1. Le rapprochement. entre Eccl. l, 8 et 1 Tim. 5, 17 est justifié par
considèrent comme anciens, non pas les gens âgés et grisonnants s'ils ont
embrassé tardivement la doctrine, mais ceux qui dès leur jeunesse ont
l'étymologie commune d'~yxo7tOç et du verbe xom<Xw. Le rapport entre
grandi et mûri dans la philosophie contemplative, la plus belle et la plus
sagesse et vieillesse est un des lieux communs de l'imagerie antique. Voir
divine .') - Sur le rapport entre « presbytre ,) et prêtre, voir ci-dessus,
M. AUBINEAU, Note à De virg. XXIII, 6, SC 119, p. 555-557 (appendice
Introd., chap. VI.
HOMÉLIE I, 11 137
136 SUR L'ECCLÉSIASTE
tion du souffle d'air dont elle se sert pour produire les
&e:pLOU 7tve:u(.Lœroç <il O"uyxe:XP'Y)(.Lév'Y) 't"OllÇ q>e6yyouç ÈpyeX-
sons. L'aide apportée par les joues ne demande pas plus
~e:'t"IXL • &ÀU7tOç 't"1X'i:Ç 7tlXpe:LIX'i:Ç Yj tl7tOUpyLIX XlXt 't"o'i:ç XeLÀe:O"LV d'efforts que l'énergie nécessaire aux lèvres pour articuler
292 A. &(.LIX Yj 7tpOç 't"~V ÈXq>~V'Y)O"LV 't"oG Àe:yo(.LévoU 1 O"UVe:pyLIX. distinctement ce qu'on veut dire. Quelle fatigue le texte
10 TLVIX oÙV ÈVOp~ X67tOV 't"é{) My~, 't"oG O"W(.LIX't"LXOG 7t6VOU (.L~ voit-il donc dans le discours si la fatigue ne provient pas de
'6
7tOLOGV't"OÇ 't"é{) À6y~ 't"ov X 7tOV; 0"U ylXp L
Y'Y)V O"X<x7t't"ov-re:ç
N
'Y" ) l'effort physique, car il n'y a pas besoin de creuser la terre,
d't"plXç &VIXXUÀLOV't"e:Ç ~ È7tt 't"WV t>(.Lwv &Xeoq>opoGvnç ~ de rouler des pierres, de transporter des fardeaux sur ses
&ÀÀo 't"L 't"WV È7tL7t6VWV xlXnpylX~6(.Le:VOL 't"OV Myov aLe:ÇOae:U- épaules, de faire quoi que ce soit de pénible pour
, 1
o (.Le:V , IXÀÀIX 't"01 O"UO"'t"IXV
'"
e:v 'Y)(.LLV v 6'Y)(.LIX oLIX
N 't' ,
q>WV'Y)ç e:XXIX Àu- N'
développer un discours : l'idée qui se constitue en nous,
15 q>eèv À6yoç "
e:ye:ve:'t"o. 'A~~" 't'l'
/\/\ e:7te:LO'Y) 0 't"OLOU't"OÇ /\oyoç X07tOV
N ~, , dévoilée par l'intermédiaire de la voix, devient discours.
l '1\" l ' "
oùx ÈXe:L, VO'Y)'t"e:OV fJ.V e:L'Y) 't"~ve:ç OL X07tLWVnç /\ YOL, Ouç N ~6 Mais puisqu'un tel discours ne s'accompagne pas de
« OÙ aUV~O"e:'t"IXL &v~p 't"oG ÀIXÀe:'i:V ». « OL 7tpe:O"OU't"e:pOL, q>'Y)O"L,
fatigue, il faudrait considérer quels sont les discours
fatigants, ceux qu'« on ne pourra pas prononcer ». « Les
aL7tÀ'l)ç 't"L(.L'l)Ç &çLQUO"eWO"IXV, (.LeXÀLO"'t"IX OL X07tLWvnç Èv
anciens, dit l'Écriture, méritent un double honneur,
My~ b. » llpe:O"ounpoç aè XIX't"à 't"~V XOLV~V O"UV~ee:LIXV 0
surtout ceux qui peinent à parler b .» On a communément
20 &xoàç 't"~V hlXx't"ov YjÀLXLIXV XlXt Èv Y'Y)pIXL~ XIX't"IXO"'t"eXO"e:L l'habitude d'appeler ancien celui qui est sorti de la
1 t II l , 1 ..... î ..... \
ye:v6(.Le:voç Àe:ye:'t"IXL, wç e:L ye: 't"LÇ 1X00't"IX't"m'Y) 't"~ /\OyLO"(.L~ XIXL jeunesse désordonnée et qui est dans la stabilité de la
Èv hlXÇLCf 't"OV ~LOV ~XOL, O\}7tW 7tpe:O"ounpoç 0 't"OLoG't"OÇ, vieillesse; ainsi tout homme au raisonnement instable et
X&.V Èv 7tOÀL~ 't"UX'fl q>IXLV6(.Le:voç, &ÀÀ' hL &v~p. OùxoGv oL qui mènerait une vie désordonnée n'est pas encore un
MYOL, oi., ye: IXÀ'Y)
'eN' wç ÀOyOL, OL,7tpOç
" 't"0 .1.'fUXWq>e:/\e:ç
~,
n XIXL, ancien, même si l'on voit ses cheveux blancs: c'est encore
25 XP~O"L(.LOV 't"WV &vep~7tWV yLV6(.Le:VOL, oihoL 7tÀ~pe:LÇ un homme jeune. Quant aux discours donc, ceux du moins
Œp~'t"wv
" XIXL' 6
e:LO"L ~,
7t VWV XIXL1 7to/\uv , ,
e:7tlXyOV't"IXL x6 "LVIX
7tOV, qui sont véritablement des discours, ceux qui cherchent à
yéVWV't"IXL MyoL. « Tov yàp X07tLWV't"1X ye:wpyov ae:!: 7tpw't"ov être bienfaisants et utiles aux hommes, ils sont pleins de
't"WV XlXp7tWV (.Le:'t"IXÀIX(.LOeXVe:LV C », q>'Y)O"tv 0 't"WV 't"OLOU't"WV
sueurs et de peines, ils occasionnent beaucoup de fatigue
pour devenir des discours. « C'est au cultivateur, qui se
Mywv nxvL't"'Y)ç, 6>ç aéov (.L~ P'l)(.L1X VOe:!:O"eIXL 't"ov Myov,
fatigue, que doivent revenir en premier lieu, les fruits de
632 M. 30 &ÀÀà 't"~V Èv 't"o'i:ç ~pyOLÇ &pe:'t"~V e:tç aLalXO"XIXÀLIXV ~LOU 't"orç
la récolte C », dit l'artisan de ces discours-là, car il ne faut
OpWO"LV 7tpo't"Lee:(.Lév'Y)v &V't"t Myou yLVe:O"eIXL 't"o'i:ç aLaIXO"Xo(.Lé- pas que le discours soit conçu comme simple parole, mais
VOLÇ. lleXv't"e:ç oÙV OL 't"OLQG't"OL MyoL ~yX07tOL, 't"WV 't"~v que la vertu dans les actes soit proposée comme enseigne-
&pe:'t"~v ùq>'Y)you(.Lévwv 7tpw't"ov Èv É:IXU't"o'i:Ç xlX't"opeouv't"wv ment de la vie à ceux qui nous voient agir et tienne lieu de
&7te:p aLMO"xoUO"L. ToG't"o l'eXp ÈO"'t"L 't"0 ae:'i:v 7tpw't"ov 't"WV discours pour ceux qui reçoivent l'enseignement. Tous ces
293 A. 35 XlXp7tWV (.Le:'t"IXÀIX(.LOcXVe:LV &v 1 7tpO 't"WV &ÀÀWV É:IXU't"O'i:Ç aLà discours-là sont donc fatigants, puisque ceux qui montrent
't"'l)ç &pe:'t"'l)ç ye:wpyoG(.Le:v. le chemin de la vertu pratiquent d'abord eux-mêmes ce
qu'ils enseignent. C'est pourquoi il faut que nous « revien-
nent d'abord les fruits» que nous cultivons par la vertu
pour nous-mêmes, avant qu'ils ne reviennent aux autres.
b. 1 Tim. 5, 17 c. II Tim. 2, 6
138 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE 1, 12 139
12. "H 'T:&.XIX xIXt 'T:O ~O'ee:vèç 'T:~ç ÀOyLX~Ç cpUO'e:UlÇ 12. Ou peut-être le texte
~Le:PfL1jve:Ue:L 0 Myoç. 'E7te:L~~v y~p ~ÇUl ye:vofLÉV1j 'T:hlV Les limites de
la connaissance humaine
explique-t-il aussi la faiblesese
IXLO'e1j'T:1jplUlv, &. ~~ fLIX'T:IXL6'T:1jç wv6fLIXO''T:IXL', XIXt e:Lç'T:~V 'T:hlV de la nature du discours. En
~Op&.'T:UlV ee:UlpllXv ~LIX~Ue:LO'&. 7tUlÇ ~ ~L&.VOLIX 'T:<» Mycp effet, une fois que la pensée est sortie des réalités sensibles
5 7tIXpIXO''T:~O'IXL 'T:O V01jeèV èYXe:LP~0'1l,'T:6'T:e: 7tOÀÙç ylve:'T:IXL après les avoir nommées « vanité» et que, s'étant comme
X6TcOÇ 'T:<» Mycp, 'T:~ç épfi1jve:U'T:LX~Ç 'T:IXU'T:1jÇ cpUlV~Ç fL1j~e:­ plongée dans la contemplation des réalités invisibles, elle
fLllXV fL1jXIXV~V' èçeUpLO'XOUO'1jç 7te:pt 'T:~V 'T:hlV ~Ve:XcpUlV~'T:UlV entreprend de montrer par le discours ce qu'elle a conçu,
O'IXcp~Ve:LIXV. OÙpIXVOV oPhlfLe:V , 'T:~ç 'T:hlV cpUlO''T:~pUlV IXùy~ç
survient alors une grande fatigue à parler, car cette parole
chargée d'interpréter ne découvre aucun moyen pour
'T:'(î IXLO'e~O'e:L ~e:X6fLe:eIX, y~ç è7tLOe:O~XIXfLe:V, 'rOV OCÉplX 'r<»
montrer clairement les réalités indicibles. Nous voyons le
10 0''r6fLIX'rL ~ÀXOfLe:V, 'rû,) {)~i'T:L 7tpOç 'T:O ~oxoGv 'r'(î cpUO'e:L
ciel, nous percevons par la sensatlon l'éclat des luminaires,
Xe:XP~fLe:eIX, 'T:O 7tGp e:Lç XOLVUlViIXV ~lou 7tIXpIX~e:X6fLe:eIX' nous marchons sur la terre ferme, nous aspirons l'air avec
X&V 'rL 7te:pt 'T:OU'rUlV èVVO~O'IXL ee:À~O'UlfLe:v ,-ri 'rhlV cpIXLVO- notre bouche, nous utilisons l'eau pour ce qui convient à
fLÉVUlV ~XIXO''T:OV 7tÉcpuxe: 'r<» 'r~ç oùO'lIXç Mycp ~ 87tUlÇ 'r~v notre nature, nous recevons le feu pour notre vie com-
tl7t60''rIXO'LV ~O'Xe:v, « où ~UV~O'e:'rIXL OCv~p 'roG ÀIXÀ~O'IXL a», mune. Mais voulons-nous concevoir pour toutes ces réalités
15 X&V tl7tèp 'T:OÙç &ÀÀOUç &V 'rUX1l, 7t&.~1jç XIX'rIXÀ1j7t'rLX~Ç ce qu'est chacun de ces phénomènes quant à son essence,
"1 ,t"
'" \ , ro.i l
e:7tLO''r1jfL1jÇ 7tpOç 'r1jV 'rUlV IXVe:cpLX'rUlV e:<,IXyope:UQ'LV IX'T:O-
,
ou concevoir comment chacun tient sa subsistence, « aucun
,
VOUO'1jç. E'L 0'1
"'J.'0 7te:pL\ 'T:OU'T:UlV
, "l'
I\oyoç ,
X07tOç , \,
e:O''T:L U7te:p- homme ne pourra parler a » 1, fût-il supérieur aux autres,
oIXlvUlv 'r~V ~vepUl7tlV1jv 'T:oG ÀIXÀe:LV OUVIXfLlv n XIXt cp UQ'LV , car toute science compréhensive est sans force lorsqu'il
'T:i &V 'T:LÇ e:'L7tOL 7t&.O'Xe:LV 'rOÙç 7te:pt IXÙ'T:OG 'roG Myou Myouç
s'agit d'exprimer les réalités inaccessibles. Si vraiment le
discours sur ces réalités est source d'une fatigue qui
20 ~ 'T:oG 7tIX'T:pOÇ 'T:oG Myou; "H 7t.ou 7tCXO'IX utj;1jyopilX 're: XIXt
dépElsse la capacité de parole de l'homme et sa nature,
fLe:yIXI\OcpUlVLIX
'\ '"
IXcpIXO'LIX
1
'rLÇ
"
e:O''rL XIXL.\ Q'LUl7t1j,
"
e:L 7tpOç
\
'r1jV
\
comment quelqu'un pourrait-il dire qu'il supporte de
~À1je~ 'T:oG ~1j'roufLÉvou O'1jfLIXO'iIXVXpivOL'rO, wç 'T:oG'T:O parler du Verbe lui-même ou du Père du Verbe? Sans
294 A. fL6vov è7t' 1 IXÙ'T:oG 'T:O P~fLlX XUpiUlÇ e:L7te:LV 8'rL x&v 7t&.V'T:IXÇ doute, toute proclamation, toute déclamation sont-elles
XLV~0'1l 'rLÇ ÀOYLO'fLoùÇ XIXt fL1j~èv èni7t1l 'rhlV ee:07tpe:7thlV impuissance de parole et silence si l'on en juge par rapport
25 V01jfL&.'T:UlV, e:L' 7tpOç IXÙ'T:~\I 'r~V ~Ç(IXV 'roG 7tPoxe:LfLÉvou à la vraie signification de ce qui est cherché, de sorte qu'on
l
XpLVOL'rO 'li
1j, cpUlV1j, 1\"
u7te:p rJ.,V "l'
e:L7t1l, I\oyoç ",
OUX e:O''rLV' « 0'u ne peut dire au sens propre à ce sujet que cette parole :
y~p ~UV~O'e:'T:IXL &VepUl7tOÇ 'roG ÀIXÀe:LV b. » mettrait-on en marche tous les raisonnements, sans laisser
de côté un seul des concepts qui conviennent à Dieu, il n'y
a pas de discours possible, quoi qu'on dise, si l'on compare
12. a. Eccl. l, 8b b. Eccl. l,. 8b le mot prononcé à la dignité de l'objet; car « aucun homme
ne pourra parler b ».
1. Grégoire isole ce stique d'Eccl. l, 8 du reste du verset, car l'affir-
mation bibliqu'e rejoint sa préoccupation de la nature du discours humain
sur Dieu. Il rècourt au verset parallèle d'Eccl. 5, 1 «< Sur Dieu que tes 105. Voir ci-dessous, homo VII, 8, 78 s. : l'image de l'ascension
discours soient peu nombreux ») pour traiter la question en C. Eun. II, vertigineuse vient relayer les affrrmations abstraites sur ce même sujet.
140 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 12-13 141

Oô y~p 't"~v 8L' ocpeaÀfL{;}v ÈyyLVOfL€v'Y)V 't"~ ljJux~ m:pL 't"b La vue ne fixe pas la connaissance du visible qui arrive
,
cpaLvofLe:vov e l ''Y) O'fLÇ
e:CùpLav ",1. "
e:cr't"'Y)cre:v, ,~~,
al\l\
, 1 p.~'
ae:L !-,1\e:TCOV't"e:Ç
à l'âme par l'intermédiaire des yeux 1, mais nous ne
cessons pas de regarder comme si nous n'avions jamais vu
30 wç fL 'Y)8€TCCù ÉCùpax6't"e:ç ~'t"L Èv &.yvoCq. 't"b 8L~ 't""/jç
et c ,est encore d l " Ignorance que nous tenons ce que
ans
atcre~cre:Cùç ÀafLoav6fLe:vov ~xofLe:v. ÔLao"/jvaL y~p 't"b XP{;}fLa
nous saisissons par la sensation. Car la vue ne peut pas
~ ()IjJLÇ OÔ Mva't"aL, &'ÀÀ' ~Xe:L fLhpov 't""/jç t8Caç Ève:pydaç 't"b
aller au-delà de la surface, elle a pour mesure de sa propre
xa't"~ 't"~v Èmcpave:Lav 't"WV ()V't"CÙV aô't"~ TCpocpaLv6fLe:vov. ÔL6 activité ce qui se manifeste à elle de l'apparence de ce qui
CP'Y)crLV' « Oôx ÈfLTCÀ'Y)cre~cre:'t"aL OcpeaÀfLbç 't"oG opiiv, xaL OÔ est. C'est pourquoi le texte dit: « L'œil ne sera pas comblé
35 TCÀ'Y)pCùe~cre:'t"aL o?iç &.TCb &.xpoacre:Cùç C »' (;)v ~ &.XOUcr't"LX~ de voir, l'oreille ne sera pas comblée d'entendre C .» Car la
MvafLLç 8e:XOfL€v'Y) 't"bV TCe:pL Éxacr't"ou Myov TCÀ'Y)poGcreaL capacité de l'ouïe qui reçoit le discours portant sur chaque
cpUCl"LV oôx ~Xe:L. Oô8dç y~p e:upe:e~cre:'t"aL Myoç 8LaÀafL- chose n'est pas de nature à être comblée. On ne trouvera
oavCùv 8L' &.xpLodaç Èv Éau't"<!> 't"b ~'Y)'t"oUfLe:vov. I1{;}ç o?iv aucun discours qui saisisse précisément en lui-même ce qui
e' ,
TCI\~ 'Y) cr 'Y)cre:'t"aL axo'Y)1 't"'Y)ç
~ 1 ~ Y , , ,
TCe:pL 't"CÙV 1.,'Y)'t"oufLe:vCùv axpoacre:Cùç, est cherché. Comment donc l'ouïe sera-t-elle comblée de ce
4û 't"oG TCÀ'Y)pOÜV't"oç oôx ()v't"oç;
qu'elle entend sur les objets de sa recherche, lorsque ce qui
la remplirait n'existe pas?
13. Eï't'Cl {-tE't'è< 't'oùç À6youç 't'ou't'ouç C>:ÙTOC; Éocu't'ov L'apocatastase 13. Puis, après ces paroles, l'ecclé-
ÈpCù't"~ xaL Éau't"<!> &.TCOxpCve:'t"aL. 'EpCù't"~craç yap' « TC 't"b siaste s'interroge lui-même et se répond.
633 M. ye:yov6ç; aÔ't"6, CP'Y)crC, 't"b ye:v'Y)cr6fLe:vov' xaL 't"C 't"b TCe:TCOL'Y)- Il interroge: « Qu'est-ce qui a existé? cela même qui sera,
fL€VOV; aÔ't"6, CP'Y)crC, 't"b TCOL'Y)e'Y)cr6fLe:vov a. » TC o?iv ~OUÀe:- dit-il; et : Qu'est-ce qui a été fait? cela même qui sera
5 't"aL 't"o1 e:pCù't"'Y)fLa;
, , . ,e:st" axol\ou
Cùç ~ elLaç 'Y)fLCùV
• ~ TCpOÇ , 6v, acp
1 au't" ' , fait a », dit-il. Que veut donc dire l'interrogation? C'est
295 A. cùv
'l' e' e'
fLe:fLa 'Y)xafLe:v, l'av't"L't"L e:V't"CÙV xaL,~I\e:y 6V't"CÙV' e:L' « 't"a1 d'après l'enchaînement du texte, à partir de ce que nous
TCav't"lX fLlX't"IXL6't"'Y)ç b », 8"/jÀov (hL oô8è y€yove:v ~v 't"L 't"OU't"Cùv avons appris, que nous lui répliquons en disant: Si « tout
& oôX uCP€Cl"'t"'Y)xe:' 't"b y~p fLhlXLOV TCav't"Cùç &.vuTCapx't"ov, 't"b est vanité b », à l'évidence rien de ce qui est sans subsis-
8è &.VUTClXpX't"OV Oôx &v 't"LÇ Èv 't"OLÇ ye:yoV6crL ÀoyCcrIXL't"O. Et tence n'a existé. Car ce qui est vain est vraiment sans
existence, et personne n'irait compter ce qui est sans
10 8~ 't"IXG't"a Oôx ~cr't"LV, e:tTCè 't"C Ècr't"L 't"b ye:v6fLe:voV, 8 Èv 't"<!>
existence au nombre de ce qui a été. Et si vraiment cela
dVIXL fL€Ve:L; ~uv't"6fLCùÇ o?iv IXÔ't"<!> y€yove: TCpbÇ 't"b ÈpCù't"'Y)-
e' · ,
e:v 'Y) aTC 6XpLcrLÇ' !-,OUI\e:L
p. ,~ ~
yVCùvaL 't"L1 e:cr't"L
,
't"o1 ye:v 6fLe:vov;
n'est pas, qu'est-ce qui est, dis-le moi, et demeure dans
l'être? Il donne donc brièvement une réponse à ce qui a
v6'Y)crov 't"C Ècr't"L 't"b Ècr6fLe:vov, XIXL ÈmyvwcrY) 8 y€yove:.
été demandé: tu veux apprendre ce qu'est ce qui est?
Conçois ce qu'est ce qui sera, et reconnais-y « ce qui a

c. Eccl. 1, 8c-d
13. a. Eccl. 1, 9a-b b. Eccl. 1, 2
Eccl. 2, 14 «,
les yeux du sage sont dans sa tête ») : voir homo V, 5.
ORIGÈNE donne déjà d'Eccl. 1, 8 une exégèse spirituelle: (, Nous ne
1. La limite de la connaissance sensible acquise par chacun des sens pourrons nous rassasier de regarder et de contempler toutes les
appelle la découverte et l'usage des sens spirituels. Ainsi est interprété Écritures» (Hom. sur l'Exode XI, 5).
142 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE I, 13 143

Tou"t'o ~é È:cr"t'L "t'6' N6'Y)cr6v fLOL, cp'Y)crlv, cI> &v6pwm:, OLOÇ été 1 » •. Voilà ce qu'est pour moi le « Conçois-toi, ô homme,
,
15 yev'Y)crYl '1"
oLCX ~,
"t''Y)ç ~
cxpe"t''Y)ç crecxu"t'ov U'j'wcrcxç. E'L XCX"t'C'X17tcxV"t'CX
".1.' _ tel que tu es », en t'élevant toi-même par la vertu. Si tu
~L~ "t'WV <xycx6wv X.CXpCXX"t'~pWV "t'~V \jIUx.~V fLOPcpw6el'Y)ç, d donnes en toutes choses forme à ton âme avec de bons
~~W yéVOLO "t'WV TYjÇ xcxxlcxç x'Y)ÀŒwv, d 7teXncx ptmov "t'WV traits, si tu te tiens à l'écart des taches de la méchanceté,
ÙÀLXWV fLOÀucrfLeX"t'WV TYjÇ É:CXU"t'OU cpucrewç <X7tOXÀÙcreLcxç, "t'l si tu effaces la saleté des souillures matérielles, que
,
yev'YjcrYl '1"
oLCX ~
"t'wv ,
"t'OLOU"t'WV XCX ÀÀ)"6
W7tL~ fLevoç; 0 LCXV
' crecxu"t'4l
deviendras-tu, ainsi embelli? de quelle forme te revêtiras-
tu? Cherches-tu à le concevoir en raisonnant? on t'a
20 7tepL6~creLç fLOPCP~V ; 'E~v "t'OU"t'O "t'4l ÀOyLcrfL4l XCX"t'cxvo~crYlç,
appris ce qui était au commencement, et c'est vraiment ce
È:~LMx.6'Y)ç "t'o È:v "t'oL'ç 7tpW"t'OLÇ yev6fLevov, 8 ye <XÀ'Y)6wç
, , qui sera, le « à l'image de Dieu et à sa ressemblance C» 2. Et
ecr"t'L yev'Y)crofLevov, "t' 6 « XCX"t' ' " D.....
eLXOVCX veou XCXL, (0fLOLWcrLV
1
c ».
où est maintenant, je le demande à celui qui l'enseigne, ce
KcxL 7tOU VUV È:xeL'v6 È:cr"t'LV, È:pw 7tpOç "t'ov "t'CXU"t'CX ~LMcrxov­
qui a été et est espéré à nouveau pour l'avenir, mais
"t'CX, 8 7ton yéyove XCXL dç {)crnpov CXi.'i6LÇ È:À7tl~e"t'CXL, vuv ~è
n'existe pas maintenant? Mais celui qui enseigne les
, , ,ecr"t'LV; 'AÀÀ" CX7tOXpLve"t'CXL
296 A. 25 oux , 7tcxV"t'wç
1. l'"
"t'ov CXU"t'OV À6yov réalités élevées nous répond tout à fait le même discours :
, ~ , , '.1. À' '1" "'1' , ~ , ,
'Y)fLLV 0 "t'CX U'j''Y) cx 7tCXLoeUWV, O"t'L OLCX "t'OU"t'O "t'CX 7tCXpOV"t'CX la raison pour laquelle les réalités présentes sont appelées
fL CX"t'CXL6"t''Y)ç wv6fLcxcr"t'CXL, ~L6"t'L È:xeL'vo EV "t'oL'ç 7tCXpOUcrLV oOx « vanité» est que cette chose-là n'est pas dans les réalités
"
ecr"t'L. « K' 1
CXL "t'L, l'
CP'Y)crL, ,
"t'O 7te7toL'Y)fLevov; ",
CXU"t'O Il
"t'O 7tOL'Y)V'Y)- présentes. « Et, dit-il, qu'est-ce qui a été fait? cela même
cr6fLevov d. » qui sera fait d .»
30 M'Y)~eLç "t'WV <xxou6nwv 7toÀuÀoylcxv otécr6w XCXL fLCX- Qu'aucun des auditeurs n'aille penser que c'est excès de
"t'cxlcxv "t'LV~ P'Y)fLeX"t'WV È:7tCXVeXÀ'Y)\jILV È:v "t''il ~LCXcpOp~ « "t'OU paroles et vaine répétition de mots que la différence établie
yeyov6"t'oç» XCXL « "t'OU 7te7tOL'Y)fLévou ». ~elXVUcrL y~p ~L' entre « ce qui a été» et « ce qui a été fait ». Car, par chacun
É:xcx"t'épou "t'WV P'Y)fLeX"t'WV 0 Myoç "t'~V "t''Yjç \jIux.'Yjç 7tpOç "t'~V de ces mots, le texte montre la différence qui sépare l'âme
creXpxcx ~LCXcpOpeXV. féyovev ~ \jIux.~ XCXL "t'o crwfLcx 7te7tOl'Y)"t'CXL. de la chair. L'âme a été et le corps a été fait. Ce n'est pas
35 OOx È:7teL~~ &ÀÀo "t'L XCXL &ÀÀo cr'Y)fLcxlveL "t'WV P'Y)fLeX"t'WV ~ parce que l'emphase des mots signifie une chose puis
~fLcp(X(jLÇ, "t''il ~LCXcpOp~ "t'cxu"t'Yl xéX.P'Y)"t'CXL "t'WV P'Y)fLeX"t'WV Ecp' l'autre que le texte a utilisé cette différence de mots pour
, ,~
excx"t'epou "
"t'WV cr'Y)fLCXLvofLevwv 0 À6 yoç, CX' ÀÀ' "LVCX crOL ocr '1' ~
"t'C,X
chacune des deux réalités signifiées, mais pour que les
mots adaptés te permettent de réfléchir sur chacune

logie », p. 125). La distinction entre « être» et « faire» recouvre pour


c. Gen. 1, 26 d. Eccl. 1, 9b Grégoire celle entre âme et corps, sans que cela remette en cause sa
critique de la thèse origénienne de la préexistence des âmes (De homo op.
27 et 28). BASILE (Sur l'origine de l'homme II, 3·4, SC 160) opère la
1. Grégoire oriente tout son commentaire d'Eccl. 1,9 vers l'affIrmation même distinction en commentant Gen. 1, 27 et Gen. 2, 7 : « Ainsi donc
de l'apocatastase à la fin du §. Ce retour à l'origine et l'identité du ia chair a été modelée (È:7tÀ<xcr61j), mais l'ilme a été faite (È:7tOL~61j).»
protologique et de l'eschatologique est, dit M. ALEXANDRE, « une sorte de 2. Sur la référence à Gen. 1, 26 dans les Homélies, voir ci-dessus,
principe de logique et de physique chrétienne» (( Protologie et eschato- Introd., p. 33-34.
144 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE l, 13-14 145
7tp60"cpopa 7te:pl. éxœ,Épou ÀoyC~e:0"6aL. 'Exe:LVO xa't"' <iPXàç d'elles. Ce que l'âme a été dès l'origine, elle le manifestera
,
ye:yOVe:V 1)<.1. '" 0
'j'UX'I ~ , UO"'t"e:pOV
e:LÇ " CI CI -
xaVapve:LO"a L.,
7t()(.I\LV ,
avacpa- à nouveau dans l'avenir une fois purifiée; ce que le corps
40 V~O"e:'t"aL' èxe:1'VO 7te:7tO(1)'t"aL 't"a1'ç Xe:PO"l. 't"oG 6e:oG 't"a O"WfLa façonné par les mains de Dieu a été fait, la résurrection le
.,'
7tl\aO"O"ofLe:voV 0,\ Oe:Lc,e:L
110 Il;: -
't"OLÇ CI ,
xav1)XOUO"L XP 6VOLÇ au't"o
' \ 1)< montrera au temps fixé. En effet, tel tu pourras le voir
àVcXO"'t"aO"Lç' 07t01'OV yàp &v fLe:'t"à 't"~v àVcXO"'t"aO"Lv 'ŒOLÇ, après la résurrection, tel, c'est certain, il a été fait au
't"OLOG't"OV 7tcXv't"wç 7tapà 't"~v 7tp6:J't"1)v 7te:7tO(1)'t"aL. Oùaè yàp premier lour. Car la résurrection n'est rien d'autre, c'est
&ÀÀo 't"C ÈO"'t"LV ~ àVcXO"'t"aO"Lç, d fL~ 7tcXV't"wç ~ dç 't"a àpxa1'ov certain, que la restauration de l'état primitif 1.
45 OC1tox<x"'C'&a"t'C«(jLç.
14. Aussi ajoute-t-il à cela la suite du texte, en disant
14. 6.Lo 't'OU'TOLC; è7t<XyEL xoct 't'O ocx6Àou6ov "AÉyCJ)V 8'TL
que rien n'existe en dehors de ce qui est retourné à son état
primitif. « Il n'y a en effet, rien d'inédit sous le soleil a », dit
"l: -,
e:c,W 't"OU ,
apxaLOU , \
e:O"'t"LV '110'
OUoe:v. « 0'" L
ux e:O"'t"L y()(.p, 1-
CP1)O"L, 7tav
le texte, comme s'il disait que, à part ce qui est conforme
7tp60"cpa't"ov ù7ta 't"av ~ÀLOV a», wç &v d ~Àe:ye:v ()'t"L e:'l 't"L fL~
1
à ce qu'il était au commencement, rien n'est tout à fait,
xa't"a\ 't"0\ ,apxaLOV
-" '110\ "
e:O"'t"LV, OUoe: ".,
e:O"'t"LV OI\Wç, al\l\a
'.,., \ ')'
VOfLL..,e:'t"aL.
mais semble exister. « Il n'y a rien d'inédit sous le soleil »,
297 A.5 « Où yàp ~O"'t"L, CP1)O"C, 7tp60"cpa't"6v 't"L ù7ta 't"av ~ÀLOV », &O"n dit le texte, aucune réalité dont on puisse parler et qu'on
ÀaÀ~O"aC 't"LVa xal. ae:1'çaC 't"L 't"WV Èmye:vop.ÉVWV ()'t"L xaLv6v puisse montrer en disant qu'elle est nouvelle et subsiste
ÈO"'t"L 't"oG't"O xal. 't"<Ï> ()V't"L ùcpÉ(1)xe:v. Aikf) 't"WV e:lp1)fLÉvwV réellement. Tel est le sens de ces paroles et voici le tour
, \
e:O"'t"LV 1)< oLaVOLa,
"" 110\ "'l:
1)< oe: -
1\e:c,LÇ 't"OU't"OV "
e:Xe:L \,
't"OV 't"p07tOV • « K aL\ que prend la lettre : « Il n'y a rien d'inédit sous le soleil,
oùx ~mL 7tœv 7tp60"cpa't"ov ù7ta 't"av ~ÀLOV, 8ç ÀaÀ~O"e:L xal. personne qui parlera et dira : Vois, cela est nouveau b .» Et
10 Èpe:1" "Iae: 't"oG't"o xaLV6v ÈO"'t"L b. » Kat È7taywvC~e:'t"aL 't"o1'ç le texte renchérit sur ce qui a été dit par les paroles qui
dp1)fLÉVOLÇ aLà 't"WV Ècpe:ç~ç À6ywv' Et 't"L àÀ1)6wç, CP1)O"C, suivent : si quelque chose existe véritablement, est-il dit,
l " .... " t\' ..... ,...... " ..... \
ye:yOve:v, e:Xe:LVO e:O"'t"LV 0 e:v 't"OLÇ aLWO"LV e:ye:ve:'t"O 't"OLÇ 7tpO c'est ce qui fut dans les siècles antérieurs à nous. C'est en
636 M. ~fLWV. Tau't"1)v yàp ÈvadXVU't"aL 't"~V aLcXVOLav aÙ't"à 't"à
effet le sens que manifestent ces paroles mêmes de
l'Écriture, qui se présentent ainsi: « Cela a déjà existé dans
p~fLa't"a 't"~ç ypacp~ç oihwç ~xoV't"a' « "Ha1) yÉyove:v Èv
les siècles qui nous ont précédés .» Et si l'oubli s'est
C
15 't"01'ç alwO"L 't"01'ç ye:yOV60"LV à7ta ~fL7tpo0"6e:v ~fLWV c. » El aè
emparé de ce qui a été,. ne t'en étonne pas: car les réalités
È7te:xpcX't"1)O"e: À~61) 't"WV ye:vofLÉvwv, 6aufLcXO"1)ç fL1)aÉv' xal. présentes aussi seront recouvertes par l'oubli. En effet,
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L Seul emploi du terme &7tOXO(T&O'TO()'LÇ dans les Homélies sur


l'Ecclésiaste. Voir J. DANIÉLOU, L'être et le temps, chap. X (Apocatas-
tase), p. 205-226. La question est reprise par M. ALEXANDRE, (' Protologie
14. a. Eccl. 1, 9c b. Eccl. 1, 9c-l0a c. Eccl. 1, lOb-c et eschatologie », particulièrement p. 130 et 157.
144 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE 1, 13-14 145

7tp6(j(pop<x m:pL éX<X'rÉpou ÀoyC~e:<J6<XL. 'Exe:Lvo x<X't"' &.pXeXç d'elles. Ce que l'âme a été dès l'origine, elle le manifestera
, < ,1. ,~ , " a a - LÀ'
ye:yOve:V Yj 't'UXYj 0 e:LÇ U<J't"e:pOV X<xv<xpve:L<J<X 7t(l,. LV <XV<XCP<X- à nouveau dans l'avenir une fois purifiée; ce que le corps
40 V~<Je:'t"<XL' he:LVO 7te:7tOCYj't"<XL 't"<XLç Xe:p<JL 't"OU 6e:ou 't"0 <JWf-t<X façonné par les mains de 'Dieu a été fait, la résurrection le
,
7t À<X<J<JOf-te:VOV "n: 't"OLÇ
0" oe:LSe:L - X<xvYjXOU<JL
a' XP 6VOLÇ <XU't"O
' , Yj< montrera au temps fixé. En effet, tel tu pourras le voir
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07tOLOV 'l\
y<xp (l,.V f-te:'t"<X, . ,'t"
)" 1.
'IV <XV(l,.<J't"<X<JLV ""
LoOLÇ, après la résurrection, tel, c'est certain, il a été fait au
't"OLOU't"OV 7taV't"<.ùç 7t<XpeX 't"~V 7tpN't"YjV 7te:7tOCYj't"<XL. OÙSè: YeXp premier ~our. Car la résurrection n'est rien d'autre, c'est
aÀÀo 't"C È<J't"LV ~ cXva<J't"<X<JLç, e:l f-t~ 7tav't"<.ùç ~ dç 't"0 cXPXOCLOV certain, que la restauration de l'état primitif 1.
45 OC7toxa"'C'&:CJ'T(X(J'LC;.
14. Aussi ajoute-t-il à cela la suite du texte, en disant
14. ~LO 't"01hoLÇ È7taye:L X<XL 't"o &:x6Àou60v My<.ùv ()'t"L
que rien n'existe en dehors de ce qui est retourné à son état
primitif. « Il n'y a en effet, rien d'inédit sous le soleil a », dit
Éç<.ù 't"OU cXpX<xCou È<J't"LV oùSÉv. « Oùx É<J't"L yap, CPYj<JC, 7tfiv
1 ( , \ flÀ a ( ,\ " "À fI" \
le texte, comme s'il disait que, à part ce qui est conforme
7tpO<Jcp<X't"OV U7tO 't"OV Yj LOV », <.ùç <XV e:L e: e:ye:V O't"L e:L 't"L f-t Yj
à ce qu'il était au commencement, rien n'est tout à fait,
X<X't"<X, 't"0" <XPX<XLOV
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,,,, e:<J't"LV
" 0"À<.ùç, <X'ÀÀ'<X VOf-tLSe:'t"<XL.
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mais semble exister. « Il n'y a rien d'inédit sous le soleil »,
297 A.5 « OU y<xp e:<J't"L, CPYj<JL, 7tpO<Jcp<X't"OV 't"L U7tO 't"OV Yj LOV », <.ù<J't"e: dit le texte, aucune réalité dont on puisse parler et qu'on
À<xÀ-Yî<J<XC 't"LV<X X<xL Se:ï:ç<xC 't"L 't"WV Èm ye:VOf-tÉV<.ùV ()'t"L x<XLv6v puisse montrer en disant qu'elle est nouvelle et subsiste
È<J't"L 't"OU't"O X<xL 't"0 ()V't"L ucpÉ<J't"Yjxe:v. Aih-f) 't"WV e:lpYjf-tÉv<.ùV réellement. Tel est le sens de ces paroles et voici le tour
, , Yj<",
e:<J't"LV OL<XVOL<X, Yj< oe:
", À'I: -
e:SLÇ 't"OU't"OV "
e:Xe:L " 't"p07tOV' « K<XL'
't"OV que prend la lettre: « Il n'y a rien d'inédit sous le soleil,
OÙX É<J't"L 7tfiV 7tp6<Jcp<x't"ov U7tO 't"OV ~ÀLOV, Bç À<XÀ~<Je:L X<XL personne qui parlera et dira: Vois, cela est nouveau b .» Et
, -
10 e:pe:L' "1"oe: - X<XLV 6
't"ou't"o V 'e:<J't"L b .» K"
<XL e:7t<xy<.ùVLSe:'t"<XL
1)<' 't"OLÇ
- le texte renchérit sur ce qui a été dit par les paroles qui
dpYjf-tÉvOLç SLeX 't"WV Ècpe:ç-Yîç My<.ùv· Et 't"L cXÀYj6wç, CPYj<JC, suivent : si quelque chose existe véritablement, est-il dit,
l , .... " f.\' ..... )..... "
ye:yove:v, e:Xe:LVO e:<J't"LV 0 e:V 't"OLÇ <XL<.ù<JLV e:ye:Ve:'t"O 't"OLÇ 7tpO
.... \ c'est ce qui fut dans les siècles antérieurs à nous. C'est en
effet le sens que manifestent ces paroles mêmes de
636 M. ~f-tWv. TwhYjv YeXp ÈVSe:CXVU't"<XL 't"~V SLaVOL<XV <XÙ't"eX 't"eX
l'Écriture, qui se présentent ainsi: « Cela a déjà existé dans
p~f-t<X't"<X 't"-Yîç yp<xcp-Yîç oih<.ùç ÉXOV't"<X' « "HSYj yÉyOve:v ÈV
les siècles qui nous ont précédés C .» Et si l'oubli s'est
15 't"OLç <xlw<JL 't"OLç ye:yOV6<JLV CX7tO Éf-t7tp0<J6e:v ~f-tWV c. » Et Sè:
emparé de ce qui a été,. ne t'en étonne pas: car les réalités
È7te:xpa't"Yj<Je: À~6Yj 't"WV ye:vof-tÉv<.ùv, 6<xuf-ta<JYlç f-tYjSÉv' X<XL présentes aussi seront recouvertes par l'oubli. En effet,
YeXp 't"eX VUV ()V't"<X À~6Yl <JuyX<XÀucp6~<Je:'t"<XL. "O't"e: YeXp 7tpOç lorsque la nature s'est inclinée vers le mal, nous avons
x<xxC<xV ~ cpU<JLç Éppe:y;e:, Èv À~6Yl 't"WV cXy<x6wv, Èye:v6f-te:6<x • oublié les biens. Chaque fois que nous reviendrons à
8'T<XV )'~V'l)"t"c(L 7tpàç 't'à ocy<x6ov cxùfhc; ~(1.r:v ~ &.V&ÀUO"LÇ, nouveau vers le bien, le mal à l'inverse sera recouvert par
20 7taÀLV 't"0 x<xxov À~6Yl <JuyX<XÀucp6~<Je:'t"<XL. T<xu't"Yjv YeXp

1. Seul emploi du terme &7toxoc't'occr't'occr~ç dans les Homélies sur


l'Ecclésiaste. Voir J. DANIÉLOU, L'être et le temps, chap. X (Apocatas-
tase), p. 205-226. La question est reprise par M. ALEXANDRE, (, Protologie
14. a. Eccl. 1,9c h. Eccl. l, 9c-lOa c. Eccl. l, 10h-c et eschatologie », particulièrement p. 130 et 157.
146 SUR L'ECCLÉSIASTE
HOMÉLIE l, 14 147
l'oubli. Je crois que c'est le sens de ces paroles où le texte
dit : « Il ne reste pas de souvenir des premiers événements,
pas plus qu'il n'y aura de souvenir des derniers événe-
ments d », comme s'il voulait dire que, après le bonheur
donné au commencement, les réalités qui existeront à
nouveau aux derniers temps effaceront le souvenir des
réalités à cause desquelles l'humanité est dans le malheur.
« Il n'y aura pas de souvenir après les événements de la
fin e », c'est-à-dire, l'état final produira dans la nature
humaine une destruction totale du souvenir des maux,
dans le Christ Jésus notre Seigneur, à qui est la gloire pour
les siècles des siècles. Amen.

d. Eeel. 1, II a-e. e. Eecl. 1, lle-d


)

HOMÉLIE II

(Eccl. l, 12 - 2, 3)

(1) Le véritable « ecclésiaste }), c'est le Christ. (2-4) En venant


séjourner chez les hommes, il a.vu le mauvais usage que l'homme
a fait de sa liberté, et il a sauvé la nature humaine, brebis perdue.
(5-6) Mais Salomon selon la chair nous offre déjà un modèle de
sagesse, il a expérimenté la vanité du monde. (7-8) Le rire, le vin
et leurs effets figurent parfaitement les limites du plaisir sensible,
à l'opposé du bien véritable.
HOMÉLIE II
OMIAIA B'
Le Christ ecclésiaste 1. « Moi, l'ecclésiaste a », dit le
l• « 'E' yw, <p'Y)(nv, "0,e:xx À'Y)O'~otO''t"'Y)ç ' a .» 'E' fLot 0ofLe:v oe:
"" texte. Nous avons appris qui est
l " À ~"
't"LÇ 0 e:XX 'Y)O'~otO''t" 'IÇ 0 't"ot 7te:7t otv'Y)fLe:Vot 't"e: Xot~ O~e:O'XOp7t~O'-
À ' ,'"
t' À 1
l' ~cclés~aste : ~elu~ q~i ramène à l'unité ce qui est égaré et
fLe:vot O'UVotywv e:~ç e:V xot~ 7tO~WV 't"ot 7totV't"ot fLLotV e:XX 'Y)O'LotV
1 l "l\ , .... \ 1
dIsperse, celUI qUI. faIt de toutes choses une église unique
Xotl fLLotV 7tOLfLV'Y)V, ~Vot fL'Y)3èv &V~XOOV ~ 't"'Îjç XotÀ'Îjç 't"OU et un troupeau umque, afin que rien ne soit sans entendre
5 7tO~fLéVOç <pWV'Îjç 't"'Îjç 't"lX 7t<XV't"ot ~W07tmouO''Y)ç. « TlX ylXp la be!le voix du be~g~r qui donne vie à tout. « Les paroles
P~fLot't"ot, <P'Y)O'LV, & ty6l ÀotÀ&, 7tVe:GfL<X tO''t"~ Xotl ~W~ que Je prononce, dIt-Il; sont esprit et vie b .» Il se nomme
,
e:0''t"L\I b .» 0- ,
lJ't"OÇ OVOfL(XI.,e:~
L Y 'e:otu't"OV" e:xxÀ'Y)O'~otO''t"~'"
'IV Wç ~ot't"pOV lui-même ecclésiaste, comme il se nomme aussi médecin 1
Xot~ I.,W'Y)V xot~ otV(XO''t"otO'~V XotL <pWç Xot~ 000',1 0'upotV 't"e: Xot~,
' Y ' " L \ N """
vie, résurrection, lumière, chemin, porte et vérité, et d;
&À~Oe:~otV Xotl 7t<XV't"ot 't"lX 't"'Îjç <p~ÀotVOpW7tLotÇ ov6fLot't"ot. tous les noms de son amour pour les hommes 2. Ainsi donc
la voix du médecin est faite pour ceux qui sont faibles et
10 f'OO'7te:p 01)',1 't"oG fLèv Lot't"pOU ~ <pWV~ 7tpOç 't"OÙç &O'Oe:voGv-
la pa~?le de "la vie devient efficace pour les mo:ts:
't"otç OLXe:LWÇ ~Xe:~, 0 3è 't"'Îjç ~W'Îjç Myoç t7tl 't"&V Ve:Xp&V
lorsqu Ils entendent la voix du Fils de l'homme, ils ne
tVe:pyoç yLVe:'t"ot~ 't"&V 8't"otV &XOUO'WO'~ 't"'Îjç <pWV'Îjç 't"oG ULOG restent plus dans la mort ancienne; mais ceux qui sont
't"oG &VOp6mOU fL'Y)xé't"~ tVot7tOfLe:v6v't"wV 't"~ &PXotLCf ve:xp6- dans les tombeaux recherchent la voix de la résurrection'
299 A. 't""t)'t"~' O~, Oe:
" 'e:V"XWfLotO'~V
, "
OV't"E:ç 't"~'IV <PWV'I NI'otVotO''t"ot-
~ V 't""t)ç , le mot de « lumière» convient à ceux qui sont dans le~
15 O'e:Wç t7tL~'Y)'t"oGO'L . Xotl 0 't"oG <pW't"Oç Myoç 't"OLÇ tO'XO't"~O'fLé­ ténèbres, "le chemin à ceux qui sont égarés et la porte à
VO~ç &pfL63LOÇ ~ 't"E: o30ç 't"OLÇ 7te:7tÀotV"t)fLévo~ç, &ÀÀlX Xotl ~
(1~), p. 613-644 .(sur ~e titre de médecin, p. 642-644). Développement
de lImage du Chnst medecin en Oe an. et Tes. 136 C - 137 A.
2. Ces listes de noms du Christ sont habituelles à Grégoire (voir V.
Moys. II, 177; I!eperj., GND VIII, 1, p. 175, 14 s. ; Ad Simpl., GND III,
1. a. Eccl. 1, 12 b. Jn 6, 63 ;, p. ~2-6~) .. Mais ces noms. ne sont que des signes des manifestations des
energIeS dIvI~es,.?e « la pUIssance f~ilant.hropique ,) de Dieu (C. Eun. II,
417-418); A 1 arrIere-plan de ces designatlOns métaphoriques, il y a donc
1. Comme dans la liste des noms du Christ donnée en V. Moys. II, tout le debat avec Eunome"sur la nature du Christ :"voir présentation des
177, le titre de « médecin') est en tête. Peut-être faut-il y voir, comme le textes de C. Eun. II par B. KRIVOCHÉINE, « Simplicité de la nature divine
suggère P. Alexander (GND V, p. 298, ad loc.), une allusion à Matth. 9, et les distinctions eh Dieu selon Grégoire de Nysse ,), Studia Patristica
12. Cette dénomination prend tout son sens dans le contexte des XYI, 2, TU 129 (1985), p. 389-411. - Ad Simpl., p. 63, 1-2 : « il s'est
comparaisons médicales fréquentes dans le texte. « Pour Grégoire faIt cela pour nous selon l'économie, sans être par nature aucune de ces
l'économie est essentiellement thérapeutique ,), note J.-R. BOUCHET, dans choses .') "
« La vision de l'économie du salut selon Grégoire de Nysse ,), RSPT 52
152 SUR L'ECCLÉSIASTE
HOMÉLIE II, 1-2 153
8ûpa 't'OLÇ 't'oG ELO'Û-8ELV aEOfLévOLÇ' oi)-rwç XaL 0 ÈxXÀ'f)-
ceux qui ont besoin d'entrer. De la même manière
O'LaO''t'~ç 't'OLÇ ÈxxÀ'f)O'LIi~oUO'L aLaMyE't'aL 7t1i'J't'wç. OùxoGv l'ecclésiaste s'adresse bien à ceux qui sont assemblés dans
7tpàç ~fL&Ç ÀaÀEL 0 ÈxXÀ'f)O'LaO''t'~ç. KaL a~ àxoUO'i:ùfLEV l'Église. C'est donc à nous que parle l'ecclésiaste ; eh bien,
20 't'WV Mywv aù't'oG ~fLer:Ç ~ ÈxXÀ'f)O'La. 'nÇ yàp 0 fLèv écoutons ses paroles, nous qui sommes l'Église 1. En effet,
xopàç 7tpàç 't'àv xopucpaLov op~, 7tpàç aè 't'àv XUOEpV~'t''f)V de même que le chœur regarde vers le coryphée, les
1 t:' II
(N \ \ \ , (
OL vaU't'aL xaL 7tpOç 't'OV O''t'pa't''f)yov 'f) 7tapa't'a<-,Lç, OU't'W matelots vers le pilote, l'armée vers le général, de même
xaL 7tpàç 't'àv Xa8'f)YEfL6va 't''liç ÈxxÀ'f)O'Laç ot È:v 't'<f> 7tÀ'f)- c'est vers le guide de l'Église 2 que regardent ceux qui sont
pWfLa't'L <S'J't'EÇ 't''liç ÈxxÀ'f)O'Laç. dans le plérôme de l'Église.
25 TL
OÛV CP'f)O'LV 0( EXX
I.... ' À'f)O'LaO''t''f)ç;
' « 'E
yw' "EYEVOfL'f)V Que dit donc l'ecclésiaste ? « Moi, j'étais roi sur Israël, à
Jérusalem Quand cela? Sans aucun doute est-ce lors-
~aO'LÀEùç È:7tL 'IO'pa~À È:v 'IEpouO'aÀ~fL c. )} II6n 't'oG't'o ; 'rH
C .)}

, , 'O't'E « xa't'EO''t'a'8'f) t-'aO'L


A À' " , ~"E7tL '" , qu'« il l'a établi roi sur la montagne sainte de Sion en pro-
7tav't'wç EUÇ U7t au't'ou ~LWV
clamant le décret du Seigneur d » ? Le Seigneur lui a dit :
<Spoç 't'à &yLoV aù't'oG aLayyéÀÀwv 't'à 7tp6O"t'ay fLa « Tu es mon Fils », et : « Aujourd'hui, je t'ai engendré e » 3 ;
XUpLOU d )}; IIpàç 8v d7tEV 0 XÛpLOÇ ()'t'L « 1't6ç fLOU El O'Û )}, le créateur de l'univers, le père des siècles l'a, dit-il,
30 xaL ()'t'L « ~~fLEpOV yEyéW'f)xli O'E e )} • 't'àv yàp 7tOL'f)'t'~V 't'oG « engendré aujourd'hui )}, afin que par l'attribution d'un
7tav't'6ç, 't'àv 't'WV atwvwv 7ta't'épa, O'~fLEpOV d7tE yEyEW'f)- nom temporel au moment de sa génération le discours
xévaL, tva aLà 't'oG 7tapa8ELvaL 't'à XpovLxàv <SvofLa 't'<f> fasse comprendre non pas son existence d'avant les siècles 4,
XaLp<f> 't''liç yEW~O'EWÇ fL~ 't'~v 7tpOaLWVLOv i57tapçLV, àÀ"A<X mais sa génération temporelle, dans la chair, pour le salut
.,)" , " ,~, 8' ~ , ,
't' 'IV EV XpOV<p E7tL O'W't''f)pLq: 't'wv av pW7tWV oLa O'apxoç des hommes .
35 yéw'f)O'LV 7tapaO''t'~O'Yl 0 Myoç. Motifs de 2. Le véritable ecclésiaste poursuit donc
l'Incarnationen enseignant, je crois, le grand mystère
637 M. 2. TaG't'a o\)v 0 àÀ'f)8LVàç ÈxxÀ'f)O'LaO''t'~ç aLEÇépXE't'aL du salut, en vue duquel Dieu s'est mani-
aLMO'xwv, olfLaL, 't'à fLéya 't''liç O'w't''f)plaç fLUO''t'~pLOV, ()'t'ou festé dans la chair. « J'ai adonné, dit-il, mon cœur à
,
xapLV 0'8"
EOÇ EV O'apxL, EcpaVEpw
, '8 'f). « "E~owxa ya.p,1. 1
CP'f)O'~, chercher et à observer, dans la sagesse, tout ce qui existe
't'~V_ ~~aiav ~ou_ 't'oG È:x~'f)'t''liO'aL xaL 't'oG xa't'aO'xé~a0'8aL

ALEXANDRE, (, Les nouveaux martyrs », p. 44 s. : l'auteur montre comment


les noms donnés aux martyrs passent aux évêques, nouveaux défenseurs
c. Eccl. 1, 12 d. Ps. 2, 6-7 e. Ps. 2, 7 de la foi.
3. Le Ps. 2 est utilisé dès les premiers siècles comme l'annonce de
l'Incarnation dans l'A.T. (JUSTIN, Apologie l, 40, 13-14). Grégoire le
1. Dans la logique de la définition de l'Ecclésiaste comme livre pour commente dans l'In inscr. Ps. II, 8, (GNO V, p. 92, 15 - 93, 10).
l'Église, l'affirmation procède d'une lecture actualisante de l'Écriture et 4. L' opp'osition XpovLx6v/7tpOIXLé.mov rappelle le contexte théologique
nous renvoie au public de Grégoire. Cela n'exclut peut-être pas une de la lutte anti-arienne (cf. PGL, S.V. 7tpOIXLWVLOÇ). Voir de même la
allusion à la structure hiérarchique de l'Église: l'évêque et son auditoire
distinction entre x't'LO''t'6v et &X't'LO"t'OV appliquée au Christ en In Canto
(voir ci-dessus, Introd., chap. VI). XIII (GNO VI, p. 380, 15 - 381, 16). Sur les débats liés pendant cette
2. Images du Christ, le pilote ou le chef sont aussi des images de
période au terme yéWI)O'LÇ, voir M. SIMONETTI, La crisi ariana nel IV
l'évêque, par ex. dans l'In Melet. (GNO IX, p. 444). - Voir M.
secolo, Rome 1975, chap. XV, p. 461-480.
HOMÉLIE II, 2 155
154 SUR L'ECCLÉSIASTE
sous le ciel a ,» Telle est la raison pour laquelle le Seigneur
5 èv 't'~ O"Ocp(q. 7te:pt 7tav-rwv 't'WV ye:VOfLévwv Ù7tO 't'OV est venu séjourner 1 dans la chair parmi les hommes :
300 A. oùpcxv6v a. » Aih'f) ~ cxhCcx 't'OÜ 1 èma'f)fL ~O"CXL aLOC O"CXpXOç adonner son cœur, dans sa sagesse, à l'observation de ce
't'OLç &Vep6l7tQLe;; 't'OV XOpLOV, 't'o aOÜVCXL 't'~v xcxpaccxv cxù't'oG qui existe sous le ciel. En effet, 'ce qui est au-dessus du
, \, '.1. e " ~ l' ~ \ ~ , l \
e:Le;; 't'O .e:7tLO"Xe:'j'CXO" CXL e:v T(J O"OcpLq. e:cxu't'ou 7te:pL 't'wv U7to 't'ov ciel 2 n'avait pas besoin d'être observé, de même que ce
oùpcxvov ye:vofLévwv. Toc yocp ù7tèp 't'ov oùpcxvov oùx èae:L't'o qui n'est pas sous l'emprise de la maladie n'a pas besoin
, 1 ~ ,~\ N' 1 \
10 't'ou e:7tLO"xe:7t't'0fLe:vou, we;; OUoe: 't'ou LCX't'pe:UOV't'oç 't'O fL'l 't'YJ
N ~ toi
non plus du médecin b, Car sur la terre il y a donc les
VOO"<p XPCX't'OOfLe:vov b. 'E7td oi5v 7te:pt y~v 't'oc xcxxa' 't'o yocp maux : la bête rampante, le serpent qui se traîne « sur la
ép7tUO"'t'LXOV e'f)p(ov 0 ~cpLÇ 0 « è7tt 't'<il O"'t'~ee:L xcxt 't'~ poitrine et sur le ventre C », fait de la terre son aliment 3 et
XOLÀCq. C » O"up6fLe:Voe;; ~pwfLcx 7tOLe:L't'CXL 't'~v y~v oùaèv 't'wv
ne se nourrit de rien de ce qui est dans le ciel, mais en
oùpcxv(wv O"L't'oofLe:voe;;, &ÀÀ' èv 't'<il 7tCX't'oufLév<p O"up6fLe:voe;;
rampant sur ce qu'il foule il cherche sans cesse à le fouler,
il épie le talon d des hommes à leur passage et injecte son
15 7tpOe;; 't'o 7tCX't'Oüv &d ~M7te:L\ 't''f)pwv 't'~v 7t't'épvcxv d 't'~ç
'e 1
CXV pW7tLv'f)e;; 1
7tOpe:LCXÇ XCXL\ 't'ov
\ "
LOV , \
e:VLe:LÇ '1
e:Xe:WOLe;; ~
't'OLe;; « 't'.,),'lV
venin à ceux qui ont perdu « le pouvoir de fouler les
'1: 1 ~ ~'L " e ' " ) . ' ~ \
serpents à leurs pieds e» 4; c'est pour cette raison qu'il a
e:SOUO"LCXV 't'OU 7tCX't'e:LV e:7t<xVW ocpe:WV » CX7tOI\e:O"CXO"L' oLCX
~ ,'~ \ ~I ,~, y ~ \ adonné son cœur « à chercher et à observer tout ce qui
. 't'OU't'O e:oWxe: 't''f)V XCXpOLCXV CXU't'OU « e:X-,;'f)'t''f)O"CXL XCXL XCX't'CX-
L.1. e \ L ~ , .
O"X/i;'j'CXO" CXL 7te:pL 7ta.V't'WV 't'WV ye:VOfLe:vwv U7tO 't'OV OUPCX-
\ \ ,
existe sous le ciel f », En effet, dans ce qui est au-dessus des
cieux, le prophète regarde ce qui ne peut pas être abaissé,
20 v6v f ». 'Ev yocp 't'OLe;; ù7te:pavw 't'wv oùpcxvwv hcx7tdvw't'ov la majesté de Dieu, et dit : « Ta majesté s'est élevée
~Àé7te:L 't'~v ee:(cxv fLe:yCXÀo7tpé7te:LCXV 0 7tpocp~'t''f)e;; Mywv ()'t'L au-dessus des cieux g5 ,» Mais puisqlj.e la partie qui est
« 'E7t~pe'f) ~ fLe:ycxÀo7tpé7te:LaO"ou ù7te:pavw 't'wv oùpcxvwv g. » au-dessous du ciel a été abaissée par le mal, ainsi que le dit
'E7te:La~ aè 't'o ù7tOUpaVLOv fLépoç aLOC 't'~e;; xcxx(cxe;; è't'CX7te:L- le psalmiste : « Il ont été abaissés à cause de leurs
VW'e'f)' oU't'W "L
ya.p CP'f)O"L V 0• .1."). ~\
'j'cxl\fL<pooe;; Il
o't'L A \
« uLCX \
't'cxe;; péchés h », l'ecclésiaste est venu observer ce qui existe sous
25 ocfLcxp't'Ccxe;; cxù't'wv è't'CX7te:WWe'f)O"cxv h » • 't'oü't'o ~Àee:v 0 èxxÀ'f)-

l'économie du salut (descente du Christ (, sous le ciel,» et au commentaire


spirituel et moral: (, pensez aux choses d'en haut ,) (hom. V, 4, 50.s. ;
allusion à Col. 3, 2).
3. Double .allusion à Gen. 3, ·14 et 15. M. ALEXANDRE remarque que
2. a. Eccl. l, 13a-c b. cf. Lc 5, 31 c. Gen. 3,14 d. cf. Gen. 3, 15 les Pères ont fait leur l'idée que le serpent (, mangeait de la terre '>,
e. Lc 10, 19 f. Eccl. l, 13a-c g. Ps. 8, 2 h. Ps. 106, 17 signe de ses tendances diaboliques (Le commencement du Livre,
Genèse J- V. La version grecque de la Septante et sa réception, Paris 1988,
p. 313).
1. Le verbe &mll'l)fI.~crO(t, usuel pour désigner l'Incarnation, es!' .. 4. Grégoire supprime la mention des (, scorpions ,) dans sa citation de
complété ici par &mcrKéo/O(crOO(t, substitué à KO('t'O(crKéo/O(crOO(t employé en Le 10, 19, ce qui adapte le verset au rappel qu'il vient de faire de Gen.
Eccl. l, 13. 3,14.. 15.
2. Présente dans le texte biblique, l'opposition (' sous le ciel »/(, au- 5. Ps. 8, 2 à rapprocher de la référence au Ps. 144, 3-5 en homo VII,
dessus du ciel» est constamment reprise dans les Homélies. Ce symbo- 8, 119-120, lorsque Grégoire évoque l'inaccessibilité de Dieu.
lisme cosmologique donne lieu à la fois à l'interprétation théologique de
156 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 2-3 157
,,. ',1. Cl. " C \ , , , l\ \
le ciel et qui n'était pas auparavant, comment est venue la
l:nQ(.cr't"'Y)Ç €7tLcrX€'fQ(.crVQ(.L 't'L y€yOV€V U7tO 't'OV OUpQ(.VOV 0 (L'Y)
7tp6't'€pov ~V, 7tWç dcr'1îÀ6€v ~ (LQ(.'t'Q(.L6't''Y)ç, 7tWç €7t€Xp~'t''Y)cr€ vanité, comment le néant l'a emporté, quelle est la
't'O œV{J7tQ(.px't'OV, 't'LÇ ~ SUVQ(.cr't'dQ(. 't'oG (L~ tJ7t~PXOV't'oç. To puissance de ce qui n'a pas d'existence. Car le mal est ce
\
yQ(.p XQ(.XOV
\ , 1
Q(.VU7tocr't'Q(.'t'OV,
(/,....",
O't'L €X 't'OU (L'Y) OV't'oç
\
't''Y)v qui est sans fondement, parce qu'il tient sa subsistence de
30 tJ7t6cr't'Q(.crLV ~X€L, 't'o Sè €x 't'oG (L~ ~V't'oç ()V oùSè ~cr't'L ce qui n'est pas 1 ; mais ce qui tient son être de ce qui n'est
, 1't'<ùç
301 A. 7tQ(.V XQ(.'t'Q(.\ . ) '</0'
't' ,'IV LoLQ(.V ,
cpUl:nV, ' ...... ' "O(L<ùç 't'<ÙV
Q(./\/\ ~ ~
T{)
pas n'existe pas du tout non plus selon sa propre nature;
(LQ(.'t'Q(.L6't''Y)'t'L o(LoL<ù6év't'<ÙV €7tLXpQ(.'t'€L ~ (LQ(.'t'Q(.L6't''Y)ç.
mais cependant la vanité domine sur les réalités qui ont été
assimilées à la vanité.
3. "HÀ6€v oi)v €X~'Y)'t''1îcrQ(.L 't'~ ÉQ(.u't'oG crOcpL~ 't'L yéyov€v
3. C'est ce qu'il est donc venu chercher dans sa sagesse:
t'J7tO 't'ov ~ÀLOV, 't'LÇ ~ crUyxucrLÇ 't'WV 't'~S€ 7tpQ(.y(L~'t'<Ùv, 7tWç
qu'est-il arrivé sous le soleil, quelle confusion des choses
€SouÀw6'Y) 't'o ()V 't'<1> (L ~ ~V't'L, 7tWç SuvQ(.cr't'€U€L xQ(.'t'<X 't'oG
d'ici-bas s'y est-elle produite, comment ce qui est a-t-il été
~v't'oç 't'o œvu7t6cr't'Q(.'t'ov. KQ(.~ eïS€V « 8't'L 7t€PLcr7tQ(.cr(LOv
asservi à ce qui n'est pas, comment ce qui n'a pas de
5 7tOV'Y)pOV ~S<ùX€V 0 6€oç 't'OLÇ U~OLÇ 't'WV œv6pw7t<Ùv 't'oG subsistence l'emporte-t-il sur ce qui est? Et il a vu que
7t€pLcr7tœcr6Q(.L €V Q(.ù't'<1> a». ToG't'o Sè oùx, Wç C1.V 't'LÇ €X 't'oG « c'est une mauvaise agitation 2 que Dieu a donnée aux fils
7tpoXdpOU vo~cr€L€V, €ùcr€Oéç €cr't'LV Ot€cr6Q(.L (hL Q(.\hOç des hommes pour qu'ils s'y agitent a ». Mais il n'est pas
~S<ùX€V 0 6€oç 't'OV 7tov'Y)pov 't'OLÇ œV6pW7tOLÇ 7t€PL()7tQ(.cr(L6v . pieux de croire, comme on pourrait le penser d'après le
~ Y<XP &v dç €x€LVOV ~ 't'WV XQ(.XWv Q(.t't'LQ(. €7tQ(.VQ(.cpépOL't'O. '0 sens littéral, que Dieu lui-même a donné cette « mauvaise
10 y&:p 't'~ cpUcr€L œYQ(.60ç XQ(.~ œyQ(.6wv 7t~V't'<ùç 7tQ(.P€X't'LXOÇ agitation» aux hommes 3 : assurément, ce serait lui rap-
yLV€'t'Q(.L, SL6't'L « 7tœv SévSpov XQ(."AOV xQ(.p7tOÙç xQ(.ÀOÙç porter la cause des maux. En effet, celui qui est bon par
~ b \}( , \' li ~ ... \ " , t:' ' ...
7tOL€L » XQ(.L Ou't'€ Q(.7tO Q(.XQ(.VV<ùV cr't'Q(.cpU/\'Y) OU't'€ €s Q(.(L7t€/\OU nature est aussi en tout cause de ce qui est bon; c'est
C1.xQ(.v6Q(. CPU€'t'Q(.L c. '0 oi)v 't''ÎÎ cpUcr€L œYQ(.60ç oùx C1.V 't'L pourquoi « tout arbre bon donne de bons fruits b» et la
grappe ne naît pas des épines ni les épines de la vigne c.
Celui donc qui est bon par nature ne saurait tirer de ses

3. ;o. &,..1. 1, 13d-f b. Matth. 7, 17 c. cf. Matth. 7, 16

1. Ce passage réintroduit la notion de (, vanité ,), les adjectifs


&.~67tO,pK't'o~ et &.vu7t60"'t'oc't'o~ reprenant les termes mêmes de la définition 3. Le refus du sens littéral du verbe « donner» amène la reprise de
qui en est donnée au début de l'homélie l (1, 3, 29-31) ; voir aussi homo l'objection déjà soulevée en homo 1, 5-6. La réponse est l'affirmation de la
1, 13, 8 et homo V, 2, 31. liberté humaine, définie quelques lignes plus haut. Un passage de l'Or.
2. Grégoire ne s'arrête pas ici au sens du mot 7tEptO"7tocO"[J.6ç, hapax de cat. (5, 12) reprend de façon synthétique la réponse de Grégoire : (, Le
la LXX que GRÉGOIRE LE THAUMATURGE traduit à l'aide de la métaphore caractère propre de la liberté ('Ôjç ocôn~ouO"t6't"1l't'OÇ ... 't'o tll(w[J.oc) étant de
de l'homme ballotté par les événements dans la Metaphrasis in Eccl. (PC choisir librement l'objet désiré, la responsabilité des maux dont vous
10, 990 D). Le mot est utilisé en De virg., Prol., 4, par allusion à souffrez aujourd'hui ne retombe pas sur Dieu, qui a créé notre nature
&.7tEptO"7t&.O"'t'wç en l Cor. 7, 35, pour définir la « vie commune ,) par indépendante et libre (&.aéO"7to't'6~ n xocl &~E't'O~), mais sur votre ir-
opposition à la virginité. réflexion (&.(3ouÀ!oc), qui a choisi le pis au lieu du mieux ,) (trad. Méridier).
158 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 3 159

1tOV"f)pav èx TWV 6"f)acwpwv É<XUTOU 1tpoX€LpLa<XLTO' oû3è: trésors quelque chose de mauvais, pas plus que l'homme
15 yocp 6 ocy<x6aç &v6pw1toç Èx TOU 1t€pLaa€Û(.L<XTOÇ T~Ç bon ne dit de mauvaises paroles de l'abondance de son
OCÀÀOC X<XT<XÀÀ"f)À<X T~ É<XUTOÜ <p6éy-
d cœur d, mais parle en accord avec sa nature. Combien plus
x<xp3(<xç X<XxcX À<XÀ€L ,

y€T<XL <pûcm' 1t6a<j>01)v (.LaÀÀov ~ TWV ocy<x6wv 1t"l)y~ OÛX alors la s~urce des biens ne saurait-elle de sa propre nature
&V TL TWV 1tOV"I)pWV Èx T~Ç l3L<xç <pûa€Wç 1tpOXéOL; répandre rien de mal!
'AÀÀoc TOUTO voi/.v Ù1tOT(6€T<XL ~ eÛa€o€aTép<x 3L<XVOL<X Mais le sens le plus pieux suggère de penser que le bon
20 <hL Ta ocy<x6av TOÜ 6€oü M(.L<X, TOÜTO 3é èaTLV ~
présent fait par Dieu, c'est-à-dire le mouvement du libre
arbitre, est devenu instrument pour le péché à cause de
64{) M. <XÛT€ÇOÛaLOÇ X(V"f)aLç T~ 3L"f)(.L<XpT"I)(.Lév'(l TWV OCV6p6)1tWV
l'utilisation pécheresse que les hommes en ont fait. Car ce
xp~a€L iSpy<xvov €lç à(.L<XpT(<XV èyévETO. 'Ay<x6av yocp T~
1 \' t: 1 \ , ~ 'À \ ~\, Y 1
qui est libre et non asservi est bon par nature, tandis que
<pua€L TO <XUT€SOUaLOV X<XL <XoOU WTOV, TO o€ U1t€,,€uy(.L€VOV
personne ne compterait au nombre des biens ce qui a été
, 1.
302 A. <XVCXyX<XLÇ ,
OUX 1'.
fJ.V TLÇ 1" Cl ~
. €V <Xy<XvOLÇ , Cl 1
<xpLV(.L"f)a€L€V. 'AÀÀ' "1),
soumis au joug des contraintes. Mais ce libre élan de la
25 <xÛT€çOÛaLQç <xi.îT"f) T~Ç 3L<xvoL<xç 6p(.L~ OC1t<XL3<xywy~TWÇ pensée, qui s'est détaché 1 sans guide pour choisir le mal,
1tpaç T~V <xtp€aLV T~Ç x<xx(<xç &.1tOppU€La<x 1t€pLa1t<xa(.Laç est devenu agitation de l'âme, et celle-ci, s'écartant des
T~Ç ~UX~ç èyéV€TO OC1tb TWV Ù~"f)ÀWV Te X<X~ TL(.L(WV 1tpaç réalités élevées et précieuses, a été attirée vers les mouve-
TOCÇ T~Ç <pûa€wç XLV~a€Lç x<XT<xa1t<xa6dèr"f)ç.
è(.L1t<x6€LÇ ments passionnels de la nature. Voilà ce que signifie « il a
TOÜT6 èaTLV (l a"f)(.L<X(V€L T6 « ~3wx€v e », OÛX <STL <XÛTbç Tb donné e» : ce n'~st pas Dieu qui a lui-même produit le mal
30 x<xxav T~ TWV OCV6p6)1tWV ~W~ èV€1tO("f)a€v, ocÀÀ' <STL TOLÇ dans la vie des hommes, mais c'est l'homme qui, dans son
1t<XpOC TOÜ 6€oü 306€LaLV OCy<x60LÇ 6 &v6pw1toç ù1tb ocoouÀ(<xç irréflexion, a ùtilisé au service du malles biens donnés par
dç X<XXWV ù1t"f)p€a(<xv èxp~a<XTo. Dieu.
~ûv"I)6€ç 3é èaTL T~ yp<x<p~ TOC TOL<XÜT<X TWV
àyLq. C'est une habitude de la Sainte Écriture d'exprimer de
VO"l)(.L<XTWV TruÇ TOL<XÛ't'<XLÇ èç<xyyéÀÀ€LV <pWV<XLÇ, wç T6
telles pensées avec de tels mots, ainsi : « Dieu les a livrés
35 « II<xpé3wx€v <xÛTOÙÇ 6 6€bç €lç 1t<x6"f) OCTL(.L(<XÇ f » x<X~
à des passions avilissantes f », « Il les a livrés à leur
intelligence sans jugement g », « Il a endurci le cœur de
« "E3wx€v <XÛTOÙÇ dç OCMXL(.LQV voüv g » x<X~ « 'EaxÀ~puv€
Pharaon h» 2, et: « Pourquoi, Seigneur, nous as-tu fait
T~V x<xp3(<xv (f}<XP<X6:J h» x<X~ T6 « T( è1tÀ<iv"I)a<xç ~(.Laç,
errer loin de ton chemin et as-tu endurci nos cœurs pour
XÛPL€, OC1tb T'ÎjÇ 630u aou, èaxÀ~puv<xç ~(.Lwv TOCÇ x<xp3(<xç

27. Origène consacre également toute une homélie à Jér. 20, 7, et il


d. cf. Lc 6, 45 e. cf. Eccl. l, 13e f. Rom. l, 26 g. Rom. l, 28 h. Ex. commence par cette affirmation : (, Tout ce que l'Écriture dit de Dieu,
9,12 même quand c'est invraisemblable en soi, il.faut penser que c'est digne
d'un Dieu bon» (Hom. sur Jérémie XX, l, SC 238) ; il distingue ensuite
entre la (, bonne tromperie» de Dieu et la (, mauvaise tromperie» du
1. L'emploi du verbe oc7toppéw rappelle peut-être l'image platonicienne serpent (ibid. XX, 4). Voir H. DE LUBAC, Recherches dans la foi. Trois
des ailes de l'âme qui se détachent (Phèdre 246d). études sur Origène, saint Anselme et la philosophie chrétienne, Paris
2. Sur l'endurcissement de Pharaon, lieu scripturaire par excellence de 1979, p. 9-78 (, 'Tu m'as trompé, Seigneur'. Le commentaire d'Origène
la réflexion des Pères sur la liberté humaine, voir ORIGÈNE, Philocalie sur Jérémie 20, 7 »).
160 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 3-4 161
't"oü [J.~ cp 00 e:LO"elX( O"e: i» XIX~ « 'E7tMv'Y)O"e:v lX\hoùc; È:v que nous ne te craignions pas i ? », « nIes a égarés dans un
40 eXM't"<p XIX~ oùx 030 j» XIX~ «'H 7th'Y)O"ac; [J.e: XlXt lieu impraticable et ce qui n'était pas un chemin j », « Tu
, 'e
'Y)7tIX't"'Yj 'YjV k », \ uO"IX
XIX~
!! , "
't"OU't"O~C; e:O"'t"~V O[J.OL ' '7'wv 'Y(j
( 6't"p07tIX, e:cp m'as trompé et j'ai été trompé k », et toutes les paroles de
eXxp~o~c; 3~avo~1X où 't"o 7tlXp6: 't"oG ee:oG 't"~ 't"(;)V h67twv ce genre. Le sens exact qu'on tire de ces paroles, loin de
È:"("(e:v~O"elX~ 't"~ eXvepW7t(v'{) cpùO"e:~ o"uv(o"'t"'yjo"Lv, eXÀM XIX't"'Yj- prouver que Dieu met quelque chose d'inconvenant dans
303 A. "(Ope:L 't"~C; È:~OUO"(IXC;, ~ eX"(lXeov 1 [J.~v È:0"'t"~ XIX~ ee:oü 3(;)pov la nature humaine, accuse la liberté d'action, qui est un
4S 3e:30[J.~vov 't"~ cpùO"e:~, "(~"(ove: 3è 3~6: 't"~C; eXOOUÀ(IXC; ~[J.LV bien et un présent donné par Dieu à la nature humaine,
MvlX[J.~c; 't"~C; 7tpOC; 't"o È:vlXv'dov p07t~C;. Et3e:v oÙv 0 mais qui est devenu par notre irréflexion capacité d'incli-
e:XXÀ'Y)O"LIXO"'t"'YjC; « O"U[J.7tIXV't"1X 't"1X 7te:7tO~'Y)[J.e:VIX e:v 't"<p U7tO 't"ov
, " \ " #-' (: , \
ner vers son contraire. L'ecclésiaste a donc vu « tout ce qui
1
'ljÀWV !! L ';' 1
I-"~<p, u't"~ 7tu..V't"1X 'Y)V [J.1X't"IXW't"'YjC; ».
(,(1 1 0'UX 'YjV
';' \ 1,( .0'
"(lXp a été fait dans ce qui vit sous le soleil, et que tout était
O"UV~(;)V, OÙX ~V 0 È:X~'Yj't"(;)V 't"OV ee:6v, È:7te:~3~ 7tav't"e:c;
vanité 1 ». Car « il n'yen avait pas un pour comprendre, pas
50 '1:
e:c..,e:XÀ~VIXV
'
\ 1'. " e 'YjO"IXV m
XIX~ C7.[J.1X 'Y)Xpe:~W ». A
Ll~1X
\ ~
't"OU't"O , \
e:L7tWV !!
u't"~
un pour chercher Dieu, puisque tous se sont détournés et
ont été corrompus m» 1. Aussi, après avoir dit: « Et voici,
« KlXt t30ù 't"6: 7tav't"lX [J.1X't"1X~6't"'Yjc; n » 't"~V IXt't"(IXV È:7t~"(IX"(e:V
tout est vanité n », il en a ajouté la cause: ce n'est pas Dieu
Ih~ OÙX 0 ee:OC; 't"OÙ't"WV IX'L't"WC; eXÀÀ' ~ 7tpOIX(pe:O"~C; 't"~C;
qui en est cause, mais le « choix» de l'élan humain qu'il a
eXvepW7t(V'YjC; op[J.~C;, ~V 7tVe:G[J.1X n wv6[J.1X0"e:v. KIX't"'Yj"(Ope:L 3è
nommé « esprit n » 2 ; et il accuse cet esprit, non d'être tel
't"OÙ't"OU 't"oG 7tVe:Ù[J.IX't"OC; oùx Ih~ 't"owG't"OV È:~ eXPX~C; ~V - ~ depuis le commencement - car assurément il serait à
55 "(6:p &V ~~W XIX't"'Yj"(Op(lXC; -ijv eL 't"o~OÜ't"OV È:"(~ve:'t"o - , eXÀÀ' l'abri de toute accusation s'il avait été tel-, mais d'avoir
!!
u't"~
'"
O~IXO"'t"plXcpe:V
\'1: 1
e:c..,'YjP[J.oO"e ~
'Yj 't"OU 1
xOO"[J.OU. « été perverti» et d'avoir perdu l'harmonie avec le monde.

4. « b.~e:O"'t"plX[J.[J.~VOV "(ap, cp'YjO"(v, où 3uv~0"e:'t"IX~ È:m- 4. « Ce qui a été perverti ne pourra être ordonné a»,
xOO"[J.'Y)e~vlX~ a », 't"ou't"~O"'t"~v oùx &v "(~vo~'t"o 't"~ 7tlXp6: 't"oG dit-il, c'est-à-dire que ce qui a été détourné ne saurait être
ee:oG 3~lXxoO"[J.'Yjee:(0"'{) X't"(O"e:~ OLXe:LOV 't"o È:v3~aO"'t"pocpov. apparenté à la création bien ordonnée 3 par Dieu. En effet

7tpOOC(p&O'IÇ 7t\l&ûfJ-oc'l'Oç dans un sens anthropologique; mais plus loin


i. Is. 63, 17 j. Ps. 106, 40 k. Jér. 20, 7 1. Eccl. 1, 14 m. Ps. 13,
(hom. V, 5, 6 et 8), il souligne la signification péjorative de l'expression:
2-3 n. Ecc1. 1, 14c de la part du pécheur, il n'y a que « choix du vent ». C'est dans la logique
4. a.Ecc1. 1, 15a
de la traduction grecque du texte biblique; pour l'hébreu, D. Lys
(L'Ecclésiaste, p. 160-162) souligne l'allure proverbiale de l'expression.
GRÉGOIRE LE THAUMATURGE garde un sens physique à l'expression en
1. Ps. 13, 2-3 (LXX) : (v. 2) IMxulji&\I ... -rou [,M\I d ~(m\l O'U\l(W\I ~ parlant du « souffie corrupteur» qui emplit le monde (Metaphrasis in
1:x~'fj't'W\l
't'O\l 6&6\1. (3)IIa\l't'&ç &~txÀWOC\l, IXfJ-oc -ilxp&lw6'fjO'oc\l. La Eccl., PC 10, 990).
modification que Grégoire apporte à la syntaxe de ces versets en fait une 3. Le même composé atOCxoO'!l-€W, substitué par Grégoire au verbe
parole attribuée à Salomon et explicite le lien logique entre le v. 2b et le &mxoO'fJ-€w employé en Eccl. 1, 15, lui sert dans le De homo op. 1, 132a
verset suivant. pour souligner l'achèvement et la beauté de la création. Voir de même
2. Sans la citer entièrement, Grégoire interprète l'expression BASILE, Hom. sur l'Hexaéméron VII, 3, 66 A.
162 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 4 163

l'artisan qui construit quelque chose pour lui, selon un


plan, aligne à l'aide d'une règle et d'un cordeau Iles
parties qui contribuent à la réalisation de l'objet grâce à la
disposition habile des unes par rapport aux autres; et si
l'une des parties n'a pas été alignée au cordeau, la droite
harmonie n'admet pas du tout la distorsion et il faut
soumettre cette partie aussi au cordeau et l'aligner, si l'on
veut qu'elle soit adaptée à la partie qui est droite. De la
même manière l'ecclésiaste dit que la nature déviée par le
mal ne peut pas rester dans la création telle qu'elle a été
ordonnée par la droite raison.
« Et, dit-il, un manque ne pourra être compté b. »
L'habitude de l'Écriture nous apprend à comprendre
« manquer » comme « faire défaut », et de nombreux exem-
ples permettent d'en avoir l'assurance 2. Paul, en effet,
« initié en toute circonstance et de toutes les manières, sait
vivre dans le manque aussi bien que dans l'abondance C» ;
celui qui a dilapidé le bien paternel dans une vie de
prodigue a commencé à connaître le manque, et la famine
le tenait d. Et au sujet des saints, Paul expose comment ils
souffraient dans leur corps, et il ajoute en particulier qu'ils
connaissaient « le manque et l'oppression e ». Donc ici aussi
le texte, en disant « manque », a montré par ce mot ce qui
fait défaut; et ce qui fait défaut ne peut pas être compté
au nombre des êtres. Les disciples eux aussi, en effet,
étaient douze, tant qu'ils étaient dans la plénitude de leur
nombre. Mais lorsque s'est perdu « le fils de perdition f »,

des mots de ce vocabulaire est évidemment exploité par Grégoire (voir


homo VI, 1, 34-38). BASILE utilise ce même verset d'Eccl. 1, 15 pour
b. Eccl. 1, 15b c. Phil. 4, 12 d. cf. Lc 15, 14 e. Hébr. n, 37 f. l'appliquer à Eunome : « car 'tout ce qui est tordu ne sera pas redressé',
cf. Jn 17, 12 selon la parole de l'Ecclésiaste, et les critères de la vérité ne pourront pas
non plus s'appliquer à ceux qui ont choisi le mensonge pendant leur vie,
comme il le croit 1) (Contre Eunome I, 4, 85 s., SC 299).
1. Sur les instruments utilisés pour la construction, voir R. MARTIN, 2. Après avoir proposé Àebtea60u comme équivalent sémantique au
Manuel d'architecture,!. Matériaux et technique, Paris 1965 (p. 38 et nom de « l'habitude scripturaire 1), Grégoire procède de fait au relevé de
190-191 sur la taille des pierres dans les chantiers). - Mais le sens figuré quelques occurrences du verbe uaTEpELa60(~ dans le N.T.
164 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 4-5 165

(.LELa6ocL '!OLÇ 00aL '!àv ÀEL1tonoc' « ~V8EXOC g » "(<xp (.LE'!<X leur nombre fut amoindri puisqu'on ne pouvait pas
30 '!àv 'Iou8ocv xoct ~aocv xoct WVO(.LcX~OV'!O. Tà o\'lv « 'Ya'!é- compter au nombre des êtres celui qui faisait défaut. Ils
P'f)(.LOC, tp'f)aLV, où 8UV~aE'!OCL '!OU œpL6(.L'f)6~VOCL h ». TL '!oi:ho étaient donc onze après le départ de Judas l et se
305 A. a'f)(.LOCLVEL 8L<X '!OU ),,6"(OU; 5'!L ~V 1tO'!E xoct '!à xoc6' 1 ~(.Laç
nommaient les « Onze g ». La parole, « le manque ne pourra
pas être compté h », que signifie-t-elle donc dans le texte?
'!<I> 7tOCV'!t tVOCpW(.LLOV . aUVE'!EÀOU(.LEV "(<xp xoct ~(.LELÇ dç '!~V
que notre nombre aussi était complet un jour. Car nous
LEP<XV '!WV ÀO"(LXWV 1tP0ùcX'!{ùV éxoc'!ov'!cX8oc. 'E1tE~ 8è
aussi nous appartenions à la centaine sacrée des brebis
35 œ1tEOouxoÀ~6'f) '!~ç; OÙPOCVLOU 8LOC"({ù"(~Ç; '!à ~V 1tp6ooc'!ov ~
rationnelles 2. Mais après qu'une unique brebis - notre
~(.LE'!époc tpUaLç 8L<X XOCXLOCÇ 1tpàç; '!àv &À(.Lupàv '!ou'!ov xoct nature 3 - se fut détournée du pâturage de la vie céleste,
) IV 1
ocuX(.L{ùV'!OC '!01tOV XOC'!OCa7tOCaVELaOC, OUXE'!L
D. ..... "
° OCU'!oç OCpLe(.L0ç
( , '
\ ,
et fut tirée à cause du péché vers ce lieu amer et sale, on
t1tt '!ou 1tOL(.LVtOU '!WV œ7tÀocvwv (.LV'f)(.LOVEUE'!OCL, œÀÀ' ne mentionne plus le même nombre pour le troupeau de
, 1 \' 1 1.'1' i. \ \ 1.
EVEV'f)XOV'!OC XOCL EWEOC XOC'!OVO(.Lot'-:.OV'!OCL '!O "(OCp (.Lot'!otLOV celles qui ne se sont pas égarées, mais elles sont nommées
40 ~~{ù '!ou œpL6(.Lou '!WV ÙtpEa'!6>'!{ÙV "(LVE'!OCL, 8L6'!L « ùa'!é- les quatre-vingt dix-neue. Car la vanité est en dehors du
P'f)(.LOC où 8UV~aE'!OCL '!ou œpL6(.L'f)6~vOCL j ». 'l'HÀ6EV o\'lv nombre des réalités stables. C'est pourquoi « le manque ne
y ~ ~\ k \ , \ JI,
« '-:. 'f)'!'f)aotL XOCL a{ùaOCL '!o ot1tOI\{ÙI\Oç » XOCL E1tL '!{ÙV w(.L{ùv
N \ N \ ' N

pourra être compté j ». Il est donc venu « chercher et sau-


ÀOCOWV œ1tOxoc'!OCa'!~aOCL '!OLÇ 00aL '!à '!'ÎÎ (.Loc'!ocL6'!'f)'!L '!wv ver ce qui était perdu k », prendre sur ses épaules et res-
, 1 , ~~ l "
OCV\)7tOCPX'!{ùV EVOC1tOI\I\U(.LEVOV, LVOC 1totl\LV OCp'!LOÇ "(EV'f)'!OCL
1.~ " l
°
,
taurer au nombre des êtres ce qui se perdait dans la vanité
45 ,!~ç X'!LaE{ùç '!ou 6EOU œpL6(.L6ç, œ1toa{ù6év'!oç '!ou œ1toÀ{ù- des choses sans consistance, afin que le nombre de la
),,6'!0ç; '!OLÇ; (.L~ œ1toÀÀU(.LéVOLÇ. création de Dieu soit à nouveau complet, ce qui était perdu
ayant été sauvé et réintégré à ce qui n'était pas perdu.
5. Ttç 00v ~ '!OU 1tÀocv'f)6év't'oç t1tcXv080ç xoct '!tç 6 5. Quel est le chemin de retour pour
'!p61toç; '!~ç œ1tà '!wv xocxwv 1tpàç; '!à œ"(oc6àv œvocMaE{ùç, Sagesse l" . , d e l' affr anc h'Ir
, queIle est 1a malllere
de Salomon egare,
tv '!OLÇ ttpE~~Ç; 8L8ocax6(.LE6oc. '0 "(<xp « 1tE1tELpOC(.Lévoç XM<X du mal et de le tourner vers le bien? Nous
l'apprenons dans ce qui suit. « Celui qui a fait l'expérience
g. Matth. 28, 16 h. Eccl. l, 15b i. cf. Matth. 18, 13 j. Ecc1. l, de tout d'une manière semblable (à nous), à l'exception du
15b k. Lc. 19, 10

1. La trahison de Judas et le passage de 12 à 11 apôtres, de même que particulier p. 128-130. L'enjeu de l'interprétation est à nouveau
la parabole de la brebis perdue, ont donné lieu aux spéculations des l'affirmation de l'apocatastase, comme l'indique l'emploi du verbe
gnostiques sur le nombre des éons chassés ou sortis du plérôme (sur le &7tox<x'l'<Xcr-r'ijcrcu à la 1. 43 (voir M. ALEXANDRE, « Protologie et eschato-
nombre des apôtres, voir IRÉNÉE, Adv. Haer. II, 20, 2-5 ; sur la brebis logie ,), p. 155-156).
perdue, Adv. Haer. l, 8, 4 et III, 23, 8). ÉVAGRE interprète le verset en 3. La même expression se retrouve en In Canto II (GND VI, p. 61, 8),
distinguant ce qui peut être dénombré et ce qui est « indénombrable ,) où elle définit le plérôme de la création. Le Christ, s'il est ici le berger,
(Scholies à l'Ecclésiaste 6, SC 397). peut être assimilé à la brebis dans d'autres contextes. Une phrase d'Adv.
2. Grégoire lie étroitement son interprétation de la parabole de la Apol. (GND III, l, p. 151-152) souligne la réversibilité de l'image: le
brebis perdue et sa conception du « plérôme ,), voir R.M. HÜBNER, Die Christ est « brebis dans la nature qui est assumée, berger dans celle qui
Einheit des Leibes Christi bei Gregor von Nyssa, Leyde 1974, en assume ').
HOMÉLIE II, 5 167
166 SUR L'ECCLÉSIASTE
péché fi» nous le fait connaître à partir de ce que nous
sommes 1. Lui qui a pris nos faiblesses, il nous montre, à
travers les faiblesses mêmes de notre nature, le chemin qui
nous fait sortir du mal. Maintenant, considère en effet que
c'est la sagesse qui vient de Salomon lui-même selon la
chair qui s'adresse à nous et nous adresse les paroles qui
pourraient par-dessus tout nous conduire au mépris des
occupations humaines. Car Salomon n'est pas à la ressem-
blance de la plupart des hommes qui désirent ce qui n'est
pas en leur pouvoir, et en cela il n'est pas indigne de foi,
comme s'il dénonçait des réalités dont il n'a pas fait
l'expérience. Car, pour nous, nous n'apprenons pas tout
par expérience personnelle, mais seuls nos raisonnements
nous font connaître les réalités dont le dénuement nous
empêche de faire l'expérience et de goûter l'agrément. Et
à supposer que nous donnions à quelqu'un le conseil de
n'accorder aucune valeur à ce qu'honorent les hommes, la
réplique de celui qui nous écoute vient d'elle-même: si
nous méprisons ces réalités, c'est que nous n'avons pas
connu par expérience le plaisir qu'elles procurent. Mais
avec l'interlocuteur que nous avons ici, toute réfutation de
ce genre est sans effet: car c'est Salomon qui parle.
Or Salomon était le troisième des rois d'Israël après
l'illustre Saül et après David, qui fut choisi par le
Seigneur 2. Lui-même a reçu de son père le commande-
ment et il est proclamé roi à l'époque où la puissance des
Israëlites s'était grandement accrue b. Comme il n'avait

7tE'ipex, neutre par lui-même, à la différence de 7tE~pexcr!-l6ç, est d'abord


5. a. Hébr. 4, 15 b. cf. III Rois 1, 11-40 connoté positivement dans le cas de Salomon : ses expériences sont à la
mesure de son entière liberté.
2. Allusions à l'histoire de Salomon, mais en homo l, 2, Grégoire a
1. Citant Hébr. 4, 15, Grégoire ne fait qu'une allusion à l'Inca~nation, souligné la différence entre le texte sapientiel et les « livres historiques et
et la notion de « faiblesse» suffit à évoquer la nature humame. En prophétiques ». Sur l'utilisation de l'tcr't"op(ex voir ci-dessus, Introd., chap.
préférant le parfait de 7tE:~poc(Ù à celui de 7tE~pOC~(Ù utilisé dans le texte VII.
biblique, il introduit sa réflexion sur l'expérience de Salomon. Le terme
SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 5 169
168
plus à dissiper à la guerre et au combat les biens dont il
disposait, mais qu'il pouvait vivre dans la paix en toute
liberté, il s'occupait non pas à acquérir ce qu'il ne
possédait pas, mais à jouir de ce qu'il avait en abondance.
De la sorte donc, rien ne l'empêchait de se porter vers ce
qu'il désirait, quoi que ce fût. L'abondance était coexten-
sive à son désir, et le loisir pour en jouir 1 était sans
relâche. Rien de contraire à sa volonté ne l'empêchait de
mener une vie selon ses désirs; mais lui qui était sage et
surtout capable par son intelligence de découvrir quelque
chose des plaisirs, dit qu'il a réfléchi à toutes les occupa-
tions procurant jouissance; et après avoir fait tout ce qu'il
a énuméré successivement dans son discours, il dit qu'il a
appris de l'expérience même qu'il n'y a qu'un terme à ces
sortes d'occupations: la vanité 2. Et voici l'ordre qu'il a
donné à son récit : dans les premiers temps de sa vie, il a
consacré du temps à son éducation, sans fléchir dans son
empressement pour ce qui exige tant d'efforts; puis il a fait
usage du libre « choix de l'esprit cg », c'est-à-dire de l'élan
de sa nature, pour accroître son savoir, même si c'était au
prix d'efforts qu'il réussissait dans l'objet de son empres-
sement. Ayant ainsi gandi en sagesse, ce n'est pas en
paroles qu'il a examiné l'erreur passionnelle et irration-
nelle des hommes au sujet des jouissances matérielles, mais
c'est par l'expérience même qu'il a reconnu la vanité de
chacune de ces occupations.

m~nde) : « Si, considérant les apparences, nous trouvions quelque


c. Eccl. l, 14c
pUIssance en elles, l'Ecclésiaste contredit une telle interprétation puis-
q~'il ~ppelle vain t~ut ce que l'on y voit s'accomplir. En effet ce ~ui est
1. Sur le sens exact d',x1tbÀocuc)"Lç, voir ci-dessus, Introd., p. 80. vaIn n a pas de consistance et ce dont la substance est sans consistance n'a
2. Telle est la conclusion de l'expérience de Salomon, menée dans les pas ?e puissance» (In Canto IV, GNO VI, p. 132, 19 - 133, 3 ; trad. M.
Canevet, La colombe et la ténèbre, p. 63). Constatation parallèle dans le
meilleures conditions possibles. Les termes (Loc'l"ocLbTIjç et (L&.'l"OCLO'l sont mis
en valeur en fin de phrase, ici et à la 1. 52. On retrouve ce même jugement De mortuis (GNO IX), avec le même vocabulaire de la 1tEtpex. : voir la
lorsque Grégoire, en In Canto IV (GNO VI, p. 132, 19 - 133, 3), rappelle reprise de l'expression 'l"'ij m:(pq. (Lex.6w'I (p. 54, 14) quelques lignes plus
l'enseignement de l'Ecclésiaste pour expliquer une expression de Canto 2, bas, aL~ 'l"~ç 'l"W'I ,xÀymw'I 1tElpocç ... (Loc6b'l'l"EÇ (p. 55, 1-3).
7, « par les puissances et les vertus du champ ,) (le « champ ,) étant le 3. Voir ci-dessus, p. 161, n. 2.
170 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 6 171

6. '0 (.Lèv ot'lv O"X07tbÇ 'rWV (.Le:'r<X 'r<X 7tpoe:~'Y)'rC<O"(.Lévc< 6. Tel est donc le but de ce qui est
« Sagesse
, 7'"
ye:ypC<(.L(.Le:vwv OU'roç e:O"'rL.
K C<LpOÇ
\ 0"" C<V
,\ "
e:L'Y)
\,.).
XC<L C<U'r 'IV et connaissance» écrit après ce qui vient d'être exa-
7tc<pc<6é0"6C<L xc<6e:~~ç xC<'r<X 'rb &x6Àou60v 'rWV ye:ypc<(.L-
miné. Mais ce serait le moment 1 de
,
(.Le:VWV \ ,e:7tL\ À'1;
'r'Y)V e:c,e:wç Cl ,
Ve:WpLC<V. « 'EÀ'À , \ ,e:V 'r1)
C< 'Y)O"C< e:yw ~ proposer à la suite, d'après l'enchaînement de ce qui est
écrit, l'étude de la lettre du texte. « Et moi, j'ai dit en
5 Xc<pSCq, (.LOU 'r<]) Àéye:LV, tSoù È(.Le:yc<Mv6'Y)v Èy6> a. » 'E7te:LS~
parlant dans mon cœur : voici que je suis devenu
y<xp e:rSOV, CP'Y)O"Cv, 7te:pL È(.LC<U'rbV 'rb Èx 'r-Yîç SuvC<O"'rdc<ç
, Cl \ \" ~ (). À l 'Cl' , , puissant fi2 .» En effet, lorsque j'ai vu autour de moi, dit-il,
(.Le:ye:Voç XC<L 'rov oyxov 'r'Y)ç [-'C<O'L e:LC<Ç c<vpowç e:mye:vo(.Le:-
la grandeur donnée par le pouvoir 3, le prestige qui
vov, OÙX ~O"'r'Y)v È7tL 'rWV 7tc<p6v'rwv oùSè c<ù'rc<pxèç cj>~6'Y)v
, e:UX
'À'Y)pLC<V
accompagne d'emblée la royauté, je ne me suis pas attaché
e:LÇ 1 ().,
[-'LOU 'r0\ C<7tOVWç
', ,
(.LOL 7tpoO"ye:VO(.Le:VOV, C<'ÀÀ\C<
" \..... 1 .... \ ,)
aux réalités présentes, je n'ai pas non plus considéré que ce
10 7tpO 'rOU'rWV 'r0 'r'Y)ç O"OcpLC<Ç X'r'Y)(.LC< 7te:pL 7tC<V'roç e:7tOL-
qui m'arrivait sans souffrance était suffisant pour réussir
~ "ÀÀ " \, 1
308 A. "/)O"C<(.L'Y)V, 0 OUX e:O"'rL oUVC<'rOV C< wç e:L (.L'Y) (.Le:'rC< 7tOVWV 're:
, l\) " \

ma vie; mais au lieu de ces réalités-là, j'ai estimé


XC<L LSp6>'rwv X'r~0"c<0"6C<L. ~L<X 'roiho e:t7tcilv iS'rL « 'E"A6:À'Y)O"C< par-dessus tout la possession de la sagesse, ce qui ne peut
Èycil Èv 'r1) xc<pSCq, (.LOU 'r<]) Àéye:LV, tSoù È(.Le:yc<Mv6'Y)v ÈY6> » s'acquérir qu'au prix d'efforts 4 et de sueurs. Aussi, après
È7t~yc<ye: 'r6' « KC<L 7tpod6'Y)xc< O"ocpCc<V b. » TbV y<xp XC<'r<X avoir dit: « Et moi, j'ai dit en parlant dans mon cœur :
15 'rb c<ù'r6(.LC<'r6v (.LOL 7tpoO"ye:yov6'rC< 'r~ç SuvC<O"'rdc<ç i5yxov voici que je suis devenu puissant », a-t-il ajouté: « Et j'ai
-1Ji5~'Y)0"C< 'r1) 'r~ç O"ocpCc<ç 7tpo0"6~x1), 't'c<u't'C< xC<'t" È(.LC<U't'bV acquis plus de sagesse b .» En effet, le prestige de la
e:t7tcilv iS't'L xP~ (.LaÀLO"'t'C< SL<X 'r01hou 'rWV 7tpoye:yov6't'wv puissance qui m'était venu de lui-même, je l'ai accru en lui
().
[-'C<O'L Cl~
À'e:wv oe:LXV'Y)VC<L
'" "
U7te:p're:pOV XC<L\ e:v
, ,
O"OcpLq, 't'O\ 7tÀ'e:OV ajoutant la sagesse, me disant en moi-même que je devais
~Xe:LV. « IIpoO"W'Y)XC< y<xp O"ocpLc<v Èv 7t(XO"L 'roî.'ç ye:VO(.LéVOLÇ me montrer supérieur aux rois précédents surtout sur ce
20 ~(.L7tpo0"6év (.LOU Èv 'Ie:poUO"C<À~(.L C », XC<L iS7twç &v 't'c<u'rC< point et avoir la supériorité de la sagesse. Car « j'ai acquis
plus de sagesse que tous ceux qui m'ont précédé à
Jérusalem C », et j'ai compris comment cela se produirait.
6. a. Eccl. l, 16a-b b. Eccl. l, 16a-b c. Eccl. l, 16c-d
langage de Grégoire est encore une fois ici celui de la philosophie
1. Formule de transition habituelle à Grégoire; voir In Canto III (GNO grecque. Les Cyniques en particulier ont mené toute une réflexion sur le
VI, p. 82, 17-18 ; 183, 16; etc.). Après l'interprétation globale du passage, bon usage des panai: voir M.-O. GOULET-CAZÉ, L'ascèse cynique. Un
retour à la « lettre» des versets, comme en homo l, 14, 7; V, 6, 3. commentaire de Diogène Laërce VI, 70-71, Paris 1986 (sur les panai,
2. Grégoire isole le second stique d'Eccl. l, 16 et souligne l'autonomie p. 53-71). Les panai utiles définissent une ascèse cynique que M.-O.
de la proposition en déplaçant èy6J après le verbe. Dans le texte biblique Goule,t distin~ue de l'ascèse stoïcienne; ils incitent à une vie xoc't'tX cpOCl'LV
au contraire, èiJ.eyocMv61jv peut apparattre comme un doublet de - theme qm peut se retrouver au fil des diatribes des Pères contre les
7tpOCl'é61jXOC et avoir lui aussi Cl'ocp(ocv pour complément. excès de l'homme (voir homo III, 4, sur l'embellissement excessif des
3. A rapprocher de III Rois 3, 12, verset que Grégoire rappelle au mai,s~ns). Deux mises au point récentes sur les liens entre Cyniques et
début !le son commentaire du Cantique ( In Canto l, GNO VI, p. 16, chreh~ns : M.-O. GOULET-CAZÉ, « Le cynisme à l'époque impériale », dans
15-18). Voir de même III Rois 4, 25-26 cité par ORIGÈNE, Comm. sur le Aufsueg und Niedergang der ro'mischen Welt, II, 36, 4, Berlin 1990,
Cantique, Prol., 3-4. p. 2788-2800; G. DORIVAL, « Cyniques et chrétiens au temps des Pères
4. L'introduction de la notion de 7t6voç donne une autre signification grecs l), dans Valeurs dans le stoïcisme. Du Portique à nos jours
à l'expérience de Salomon et prépare l'affirmation d'Eccl. l, 18. Le (Mélanges Spanneut), Lille 1993, p. 57-88.
172 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 6 173
yf\lOL'W xœ'C"E\l6'Y)acx. TLÇ y&p OÙX oiSE\I l5'n t\l "t"1) y\l6>aE~ Qui ne sait, en effet, que la sagesse réside, pour ceux qui
"t"6W hfpo~ç 7tp07tE7to\l'Y)(Lf\lW\I "t"o'i.'ç cP~Ào7to\louaL\l ~ aOcpLCX sont prêts à l'effort, dans la connaissance des efforts faits
aU\lLa"t"CX"t"CX~; ~~O cp'Y)aL\I' « 'H XCXpSLCX (Lou erSE 7tOÀÀII., auparavant par d'autres? C'est pourquoi il dit : « Mon
aOcpLCX\l xcxl. y\l&aL\l d », OÙ XCX"t"& "t"0 cxù"t"6(Lcx"t"o\l 6:X(L'Y)"t"l. cœur sait beaucoup de choses, sagesse et connaissan-
25 "t"'liç "t"&\1 "t"o~01hw\I y\l6>aEWç tyyE\lo(Lf\l'Y)ç, 6:ÀÀ' t7tE~S~, ce dl»; la connaissance de ces choses n'est pas venue
cp'Y)aL\I, « ~SWXCX "t"~\1 XCXpSLCX\l (LOU "t"OU y\l&\lCX~ aOcpLCX\l d'elle-même, sans fatigue, mais parce que, dit-il, « j'ai
xcxl. y\l&a~\I e », <1>ç OÙX &\1 (Lcx6w\I hE'i.'\lCX d (L~ 7t6\10ç "t"E adonné mon cœur à connaître sagesse et connaissance e »,
xcxl. (LEÀf"t"'Y) "t"'liç y\l6>aEWç CXÙ"t"&\I xcx6'Y)y~acx"t"0. dans la pensée qu'il ne les aurait pas apprises si la peine et
645 M, 'AÀÀ&. XCXL' « IIcxpcxoo'AO:ç, cp'Y)aL, xcxl. tma"t"~(L'Y)\I le souci de les connaître ne l'avaient pas guidé.
,f f I ' "t''' î 1 1 .....
30 Ey\lW\I », "t"OU"t"Ea"t"~ "t"'Y)\I ES cx\lcxl\oy~cxç yL\lO(LE\I'Y)\I "t"OU
Mais il dit aussi : « Je connais les paraboles et la
sCIence
. 'd'1re l a compre' h
f 2 », c ' est-a- ' d u transcen d ant
enSlOn
Ù7tEpXE~(Lf\lOU xcx"t"aÀ'Y)\j;~\I S~&. "t"'liç 7tcxpcx6faEWç "t"&\1 y~\lw-
qui s'obtient par analogie, par la comparaison avec les
309 A. axo(Lf\lw\I. Kcxl. "t"CXU"t"CX (LE(Lcx6'Y)xf\lCX~ 1 ÀfyE~' « IIcxpcxooMç
réalités connues. Il dit avoir appris cela aussi. Car « je
yap, cp'Y)aL, xcxl. bt'~a"t"~(L'Y)v ~y\lwv », XCX6a7tEp xcxl. t\l "t"<J)
connais, dit-il, les paraboles et la science » ; de même dans
EÙCXyyEÀLcp S~Maxw\I "t"OÙç 6:xpow(Lf\louç (; XUpLOÇ "t"O\l 7tEpl.
l'Évangile aussi, le Seigneur, lorsqu'il enseigne ses audi-
35 "t"'liç ~CXO"LÀELCXÇ À6yo\l Ù7t' ()\j;L\I &yE~, ~ (LCXpyCXpL"t"'Y)\I ~ teurs, met sous leurs yeux la parole concernant le
6'Y)acxupo\l ~ ya(LOV ~ x6xxo\l ~ ~U(L'Y)V g ~ "t"~ "t"O~OU"t"O\l Royaume en parlant d'une perle, d'un trésor, d'une noce,
S~'Y)y'Y)aa(LE\lOç, OÙ "t"CXU"t"CX Myw\I e:r\lCX~ "t"~\1 ~CXO"LÀdCX\l, '&ÀÀà d'une graine de sénevé, de levain g et d'autres choses
S~& "t"'liç (;(LO~6>aEWç "t"&\1 t\l "t"otho~ç a'Y)(Lcx~\lo(Lf\lw\I t\lcxua- semblables. Il ne dit pas que c'est cela le Royaume, mais
(Lcx"t"a "t"~\lCX xcxl. CX~\lLy(LCX"t"CX "t"&\1 Ù7tÈ:p xcx"t"aÀ'Y)\j;L\I 7tpcxy(La"t"wv par la ressemblance avec ce qui est signifié dans ces
40 7tCXpCXOOÀ~X&ç "t"o'i.'ç 6:xoUouaL\l Ù7tOSdX\lUO"L\I. Kcxl. dç "t"ou"t"6 réalités, il fait entrevoir en parabole à ses auditeurs
(LO~ yfYO\lE, cp'Y)aL\I, ~ « 7tpOCXLpEO"LÇ "t"OU 7t\lEU(LCX"t"OÇ h », "t"0 quelques lueurs énigmatiques des réalités qui sont hors de
yE\lfa6cx~ (Lo~ « 7tÀ'li60ç aOcpLCXç i », <1>ç &\1 S~&. "t"OU yE\lfa6cx~ notre compréhension. Et voici, dit-il, où est allé pour moi
aocpoç (L~ S~cx(Lap"t"m(L~ "t"'liç "t"&\1 ()\l''t"W\I y\l6>aEWç (L'Y)SÈ: le « choix de l'esprit h» : avoir « abondance de sagesse i »,
tX"t"Oç yEVOL(L'Y)\I "t"'liç "t"OU ÀUO"L"t"EÀOU\I"t"Oç EùpfaEwç. 'Ex y&.p dans la pensée qu'en devenant sage, je ne ferais pas
45 aocpLcxç ~ y\l&O"Lç aU\lLO""t"cx"t"CX~, ~ SÈ: y\l&a~ç EùxoÀw"t"fpcx\l d'erreur sur la connaissance des êtres, je ne serais pas privé
de la découverte de ce qui est utile. Car dans la sagesse
réside la connaissance, et la connaissance nous rend plus
d. Eccl. l, 16e e. Eccl. l, 17a f. Eccl. l, 17b g. cf. Matth. 13,45;
22, 2; 13, 31.33 h. Eccl. l, 17c i. cf. Eccl. l, 18a

1. Grégoire ne s'arrête pas ici au sens de yVWcrLÇ, à la différence de 2. La présence du mot « parabole ,) en Eccl. 1, 17 amène les allusions
CLÉMENT, Stromate l, 58. Associant dans le même paragraphe Eccl. l, 17 attendues aux textes évangéliques, mais le substantif od'l(y(J.O('1'o( renvoie
et Eccl. 7, 12 (( L'excellence de la science de la sagesse sera pour son surtout à Provo l, 6, cité au début de l'homélie I. L'obscurité des
possesseur une source de vie ,»), Clément fait l'éloge du vrai « gnostique ,) Écritures devient ainsi le modèle de la connaissance de Dieu : une
(Y'lwcr'nx6ç), modèle de sagesse. connaissance analogique.
174 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 6-7 175

~[.LLV 1tOLEL 't'~'J 'ToG Ù7te:péxov't'oç Xp~(jLV. Toü'TO 3è: oùx. facile le discernement de ce qui nous dépasse. Cela n'est
&xfL"f)1"( 1"o!:ç O"7t'ouM~ou<n 7t'apœ'(i\le:0"6aL 7t'~cpuxe:\I, &ÀÀ' 0 pas donné sans fatigue à ceux qui s'en préoccupent: au
7t'poO"1"L6dç Éau1"<{> y\lwO"L',I O"u\le:mni\le:L 7t'6:\l1"Wç 1"'ÎÎ fLa6~0"e:L contraire, celui qui cherche à accroître sa connaissance
1"0\1 7t'6\1o\l. ~LO CP"f)O"(\I (hL « '0 7t'poO"1"L6dç y\lwO"L',I 7t'po0"6~- étend de façon certaine sa souffrance en même temps que
'lÀ
50 O"e:L a Y"f)fLa
j
». K'..... \, ...
aL 1"OLOU1"OÇ ye:yo\lwç 1"01"e: 1"W\I
(~I (
"f)oe:W\I wç son savoir. Aussi dit-il : « Qui accroît la connaissance
fLa1"aiw\I xa1"aY;"f)cpi~e:1"aL. accroîtra la souffrance il .» Et, une fois dans une telle
situation, il condamne les plaisirs comme vains.
7. A~ye:L y~p lb « Et7t'a Èy<il È\I 1"'ÎÎ xap~iCf fLOU, ~e:üpo 7. Il dit: « J'ai dit dans mon cœur:
Le plaisir
~~, 7t'e:Lp6:O"W O"e: È\I e:ùcppoO"O\lYl, xa( t~È: È\I &ya60!:ç, xai ye: et ses limites voici, je t'éprouverai dans la joie; vois les
1"OÜ1"O fLa1"aL61""f)ç a ». Où y~p e:ù6ùç ~~wxe:\I ÉaU1"O\l 1"'ÎÎ biens 2, cela vraiment est vanité a .» Il ne
1"OLa01"Yl 7t'dpCf où~È: &ye:uO""t"oç 1"OÜ xanO"xÀ"f)x61"oç 1"e: xaL s'est pas soumis aussitôt à une telle épreuve, il ne s'est pas
1
5 O"e:fL\101"e:pOU (JJ \ \ ~ '~I 1 1 À
t'~OU 7t'pOç 1""f)\I 1"W\I "f)oe:W\I fLe:1"OuO"~a\l xa1"W LO"- non plus laissé aller à prendre part aux plaisirs sans avoir
310 A. 6e:\I, a'ÀÀ" 6 \ l' 6
e:\laO"x"f) e:LÇ e:Xe:L\lOLÇ xaL xa1"Op wO"aç 1"~ "f)
1 \ 1 ~ '/6 e:L goûté à une vie austère et plus grave : il s'est d'abord
1"0 &'fLe:L~È:Ç xaL &'\I~\I~01"O\l, ~L' c1\1 fL6:ÀLO"1"a 1"~ 1"~ç O"ocpiaç exercé 3 à cette vie-là et il a acquis le sérieux et la fermeté
fLa6~fLa1"a 1"o!:ç O"7t'OUM~OUO"L yi\le:1"aL, 1"61"e: xa6i"f)O"L 7t'pOç de son comportement, qualités qui assurent par excellence
1"~ 1"'ÎÎ at0"6~0"e:L np7t'\I~ \lOfLL~6fLe:\la, où 7t'6:6e:L 7t'pOç 1"aÜ1"a à ceux qui les cultivent la connaissance de la sagesse; puis
10 xa6e:Àxu0"6dç, &'ÀÀ~ 1"OÜ ÈmO"x~y;a0"6aL X6:PL\I e:'l 1"L O"U\I"t"e:- il descend vers les réalités réputées agréables pour les
Àe:!: 7t'pOç 1"~\I 1"OÜ &'À"f)6L\lWÇ &'ya60ü y\lWO"L',I È\I 1"OO1"OLÇ
sens: ce n'est pas la passion qui l'y attire, mais c'est pour
examiner si la sensation née de ces réalités contribue à la
ye:\lOfL~\I"f) ~ at0"6"f)O"LÇ.
l 'E7t'e:L" 1"0 ye: xa1"" \ ,e:x6pO\l
\ e:aU1"OU
( . . . 7t'OLe:L1"aL
... \ connaissance de ce qui est véritablement bon.
apxaç 1"0\1
lÀ \ \, 1.,/ \ 1.6 li ,1 ,\ Car depuis le commencement, il considère le rire comme
ye: W1"a xaL 7t'e:pLcpopa\l O\lOfL~"e:L 1"0 7t'~ oç, u7t'e:p LO"O\l e:O"1"L
son ennemi et il appelle 111 passion une « turbulence 4 », ce

j. Eccl. l, 18b
de l'Ecclésiaste. Voir H. THACKERAY, A Grammar of the Old Testament
7. a. Eccl. 2, 1 in Greek, réimpr. Hildesheim 1978, p. 47; et D. BARTHÉLEMY, Les
devanciers d'Aquila, Leyde 1963, p. 21-31.
1. Que ce verset soit ou non un proverbe à l'origine (voir Lys, 3. Avant de faire référence à 1'« ascèse» chrétienne, les mots de la
L'Ecclésiaste, p. 176), il est aussi dans la lignée du lien traditionnellement famille de occrxéw définissent une des composantes de l'idéal de vie
établi par la pensée grecque elltre 1tOCeirv et (lOCe€LV (voir ESCHYLE, philosophique. Voir V. Macr. 12,11; à comparer avec PHILON, De vita
Agamemnon 247-250 ; SOPHOCLJt, Œdipe-roi 403). Ces deux termes sont contemplativa 28. P. HADOT «, Exercices spirituels », dans Exercices
aussi au départ de l'expérience religieuse telle qu'elle est décrite dans les spirituels et philosophie antique, p. 13-58) a montré le rille de l'exercice
premiers siècles (voir M. HARL, <, Le langage de l'expérience religieuse et de la méditation dans la pensée stoïcienne. L' ,xcrX'I)crLÇ est liée à la
chez les Pères grecs », Riv. di Storia e Letterat. religiosa 13 [1977], notion de 1t6voç dans la philosophie cynique; voir ci-dessus, p. 170, n. 4.
p. 5-34, notamment p. 6-7). 4. Les manuscrits hésitent entre 1t€PLCPOpOC (WSEG0) et 1tOCpoccpopoc
2. L'emploi de Èv et le datif pour traduire la préposition utilisée après (IP), comme le texte biblique lui-même (Eccl. 2, 1 et de même Eccl. 2,
des verbes intransitifs est caractéristique d'Aquila, le traducteur présumé 12).
176 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 7 177
15 xa't'O: ~LaVOLaV 't'n 7taparpopq. 't'e: XaL 7tapaVOL~ . ~ 't'L YO:P OCV qui équivaut pour le sens à égarement et folie. En effet,
IY.ÀÀO 't'Le; oVOfLaO'e:Le: XUpL(ùe; 't'OV yéÀ(ù't'a 8e; fL~'t'E Myoe; comment pourrait-on proprement nommer autrement le
ÈO''t'L fL~'t'e: ~pyov È7tL 't'LVL O'X07tc]} xa't'op60ofLe:VOV, ~LaXUO'Le; rire, qui n'est ni une parole, ni un acte ordonné à quelque
'>'" O'(ùfLa't'Oe; a7tpe:7t'l)e;
De: , , ~6 VOe; XaL' t-'paO'fLOe;
XaL" 7tve:ufLa't'Oe; X/\ A ' but? Il est au contraire un écoulement inconvenant du
iSÀou 't'OU O'WfLa't'Oe; XaL ~LaO''t'OÀ~ 7tape:LWV XaL YOfLV(ÙO'Le; corps, un tumulte de l'esprit, un bouillonnement de tout le
20 à.Mv't'(ùv 't'E XaL O()À(ùV XaL Ù7te:p<f>ae; aÛxévoe; 't'E ÀUYLO'fLOe; corps : les joues se gonflent, les dents, les gencives et le
XaL rp(ùV~e; 7tapaÀoyoe; 6po\jne; O'uve:mX07t't'OfLéV'l)e; 't'n xM- palais sont découverts, la nuque s'infléchit, la voix, brisée
O'e:L 't'OU 7tve:OfLa't'Oe;' 't'L OCV IY.ÀÀO e:'L'l) 't'OU't'O, rp'l)O'L, XaL où parce que le souffle est coupé, s'interrompt sans raison 1.
7tapaVOLa; ~L6 rp'l)O'L' « Tc]) yéÀ(Ù't'L e:I7tOV 7te:pLrpopav b », Que pourrait-ce bien être, dit-il, sinon folie? C'est pour-
,
(ùe; 1\
[7..V e:L,,'~ ~,~
e:/\e:ye: 't'cp .,
ye:/\(ù't'L O't'L' M aWn I ' 7tape:Se:O''t''l)xae;
XaL 1:' quoi il dit: « J'ai dit au rire: turbulence b » 2, comme s'il
25 XaL oùx ÈV't'Oe; 't'OU xa6e:0''t'w't'0e; fLéve:Le;, éxouO'L(ùe; eXO'X'l)- disait au rire: Tu es fou, tu es hors de sens, tu n'es pas
311 A. fLOVWV XaL ~LaO"t'pérp(ùv 1 ÈV 't'c]} 7ta6e:L 't'o e:!~oe;, È7t' oùae:VL
dans ton état normal, toi qui es volontairement inconve-
nant, en déformant ton apparence par la passion et en
XP'l)O'LfLCP 't'~v ~LaO"t'porp~v Èpya~6fLe:voe;. E!7tOV ~è « xaL 't'n
produisant une déformation sans aucune utilité. Et j'ai dit
e:ùrppoO'ovn' TL 't'OU't'o 7tOLe:'i:e;; c» "07te:p 'LO'ov ÈO''t'L 't'W
~, " II' , 'l)oOV'IV
''>' .,), , ~,"
« à la joie: Pourquoi fais-tu cela ? » Ce qui revient à dire:
C
/\e:ye:LV O't'L' poe; 't''l)V aV't'LO''t'a't'LX(ùe; e:O'XOV U7tO-
Je me suis opposé au plaisir, je me suis méfié de son
648 M.30 7t't'EO(ÙV aÙ't'~e; 't'OV 7tPOO'e:YYLO'fL6v, OLOVe:L xÀé7t't'OU 't'LVOe;
approche comme de celle d'un voleur qui s'introduit en
Àa6paL(ùe; ÈV't'Oe; 7tapa~UOfLévou 't'WV 't'~e; Ij;Ux~e; 't'afLLe:L(ÙV cachette à l'intérieur des celliers de l'âme; alors je ne l'ai
oÛX eXrp~xa 7t0't'e: xa't'axpa't'~O'aL 't'~e; ~Lavolae; alh~v. Et pas laissé se rendre maître de ma pensée. Car si j'avais su
YO:P ~yV(ùV fL6vov 't'~V ~~OV~V ot6v 't'L 6'l)ploV 't'o:e; aL0'6~0'e:Le; seulement que le plaisir est semblable à une bête sauvage
,
fLOU 7te:pLe:p7tOuO'av, e:U'6 Ue;
\ <!J.V l~
> a7te:fLaxofL'l)V
" ,
't'E 7tpOe; qui s'insinue dans les sensations, je l'aurais aussitôt
35 aù't'~v XaL eXv't'é6aLVov, TL 't'au't'a 7tOLe:'i:e; c; Àéy(ùv 7tpOe; 't'~v combattu 3 et j'aurais marché contre lui, en disant à cette
eXv~pa7to~w~'l) 't'ao't''l)v xaL IY.Àoyov e:ùrppoO'ov'l)v • Ti &x6'l)M- joie servile et irrationnelle : « Pourquoi fais-tu cela ? » C

Pourquoi effémines-tu la virilité de la nature? Pourquoi

par exe~ple J. LE GOFF, (, Le rire dans les règles monastiques du Haut


b. Eccl. 2, 2a c. Eccl. 2, 2b Moyen Age .), dans Haut Moyen Âge, Culture, éducation et société
(Mélanges Riché), Paris 1990, p. 93-103.
2. L'hésitation du verset biblique entre 7t€ptcpop.x. et 7t<Xp<Xcpop.x., ainsi
L Autre description physiologique du rire en De homo op. 12, 160 b-d. que le recours au vocabulaire médical, inscrit aussi cette page dans la
Mais le caractère hyperbolique de la description relève ici de nxcppw:nç tradition médico-philosophique. Les Lettres d'Hippocrate, sorte de roman
et impose la condamnation du rire. Celui-ci, on le sait, n'a pas bonne philosophique daté approximativement du 1er siècle av. J.C., donnent le
réputation chez les Pères! Cela va des conseils de modération (CLÉMENT rire comme un des symptômes de la maladie de Démocrite; l'ambiva-
D'ALEXANDRIE, Pédagogue II, 5; BASILE, Grande Règle 17 [Sur la lence du rire, signe de folie ou de sagesse, est alors source d'interrogation
tempérance dans le rire]) à la condamnation absolue (BASILE, Petite (voir J. PIGEAUD, La maladie de l'ilme, p. 452-464).
Règle 31); voir D. AMAND, L'ascèse monastique de saint Basile, 3. Nous gardons la correction de W. Jaeger qui ajoute IX.v (GNO V, p.
Maredsous 1949. - Sur la postérité de cette condamnation du rire, voir 311, 8) pour donner leur valeur d'irréel aux deux indicatifs.
178 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 7-8 179

VE~Ç -rO O:VÙfl&ÙEÇ -r'liç cpOO"EWÇ; TC xcx-rcxfLcxMO"O"E~Ç -r'liç amollis-tu l'intensité de la pensée? Pourquoi détends-tu la
o~CXVo~cxç
'" l
-ro" O"Uv-rOVOV; TI' ''1'
~ EXVEUfl~~E~Ç ~.L
-r1)ç ~
'fuX1)ç ,
-rov co;,-,de de l'âme l? Pourquoi la corromps-tu par des
-r6vov; T( ù~cxÀufLcx(v1l -roLç ÀO,,(~O"fLoLÇ; TL fLO~ -ro xcx6cxfloV ~'aIs,o~nements? Pou;quoi rends-tu ténébreuse la pureté
etheree de mes pensees par le brouillard 2 que tu provo-
40 -r'liç ,,&v v01)fL<hwv CXWflLCXÇ -rYi 7tCXfl' Écxu-r'liç OfLLX À1l ~6cpov
ques?
1to~ELç ;
8. Après avoir fait cela et autres choses semblables,
8 • T CXu-rcx, CP1)O"L,' "
~
xcx~ -rcx
~
-ro~cxu-rcx 7tO~1)O"cxç «
1 '.1. 1
EO"XE'fcxfL1)v dit-il, « j'ai examiné si mon cœur attirerait ma chair comme
E~"1) XCXflO~CX
"" fLOU EI\XUO"E~
'.. l wç
, r
o.vov " O"CXflXCX fLOU a )",
-r1)V le vin a », c'est-à-dire j'ai examiné comment le souci des
-rou-r~O"-r~v 87twç &v Èmxflcx-rEO"-r~flcx "(~vo~-ro ~ -r&v v01)-r&v réalités intelligibles deviendrait plus puissant que les
ÈmfL~ÀE~cx -r&v -r'liç O"cxflxoÇ XLV1)fL<hwv, &a-rE fL~ O"-rcxO"~a- mouvements de la chair, de sorte que la nature ne se
5 ~ELV 7tflOÇ ÉCXU-r~V -r~V cpOO"LV, &ÀÀCX fLèv -r'liç Ù~CXVOLCXÇ révoltât plus contre elle-même - la pensée préférant une
7tflOCX~flOUfL~V1)Ç, 7tpOç ~npcx ùè -r'liç O"CXpXOç O:cpEÀXOOO"1)ç, chose et la chair entraînant violemment dans le sens
o:ÀÀ' Wç xcx-rCX7tE~6èç XCXL tl7tOXdp~ov 7tO~'liO"CX~ -r<il V01)-r<il -r'liç contraire - , mais qu'elle rende comme docile et soumise
à l~ ~arti~. in;e.lligib!e de l'~~e « le sent~ment de notre
312 A. y;ux'liç fL~pE~ « -rO -r'liç O"CXpXOç ~fL&V 1 CPfl6V1)fLCX b »,
chaIr », l mfeneur etant attIre et absorbe par ce qui le
ÉÀxu0"6~v-roç -rE XCXL xcx-rCX7t06~v-roç -rOU ÈÀCX-r-rOUfL~VOU ÈV
dépasse, à la manière de ce qui se passe pour ceux qui ont
10 -r<il 7tÀEOVa~OV'n, 8v -rp67tOV È7tL -r&V Ù~y;0V't'WV "((VE-rCX~' Où soif: le vin ne reste pas dans la coupe du moment qu'elle
"(àp ÈVCX7tOfL~VE~ 0 oIvoç -rYi XOÀ~X~, Et "(E -r<il ù~Y;&V-r~ est portée à la bouche de celui qui a soif, mais il passe dans
O"-r0fLcx-r~
1
7tpOO"CXX6E~1),
1 ' .... '
CXI\I\CX fLE 6'~O"-rcx-rcx~ 7tpOç
\ -rov\ 7tLVOV-rCX
1
le buveur et devient invisible rapidement puisqu'il est
" .}, l ,"'~ , , " , , .. 1
xcx~ cxcpCXVljç "(~VE-rCX~ fLE-rCX O"7tOUo1)ç E7t~ -ro EV't'OÇ E~O"EI\XOfLE- absorbé à l'intérieur.
Voç. Cela étant, le chemin qui mène à la science des êtres
.. 1 ) 1
fLO~ xcx~
\ , I~ '1
CXVEfL 7too~O"-roç E"(EVE-rO 1)
«:
devint pour moi sans égarement et sans encombre. « Car
15 0 U "(EvofLEVOU CX7tÀcxv1)ç
OÙ1)"((cx 7tpOç -r~v Èma-r~fL1)v -r&v ()V't'wv. « 'H XCXpÙLCX "(ap mon cœur, dit-il, m'a mené sur le chemin de la sagesse C» ;
l
fLOU, CP1)O"~v, , '" 1 1 , 1 C '" , .,.
(01)"(1)O"E fLE EV O"Ocp~q. », O~ 1)ç xcxnxpcx-r1)O"CX
\1 grâce à elle, je me suis rendu maître du soulèvement des
plaisirs. Et l'équcation m'a permis d'« être maître de la
-r'liç È7tCXVCXO"-raO"EWç -r&V ~ÙOV&V, XCXL "(~"(OV~ fLO~ ~
joie d» 3. C'est ainsi en effet que se comprend l'enchaÎne-
7tCX~oEUO"LÇ
1'"
cx~-r~cx
' 1
« -rOU~ XpCX-r1)O"CX~
~ " " d ». 0"U-rW
Em EUcppOO"UV1l

Hexaem. (PG 44,93 B - 97 B) et le De in! (GNO III, 2, p. 80). Selon


J. DANIÉLOU, L'iJtre et le temps, chap. VII (Aveuglement) p 144
8. a. Ecc!' 2, 3a-b b. cf. Rom. 8, 6 Ecc!' 2, 3c d. Ecc!' 2, 3d
l'originalité de l'image ici serait d'évoquer la transformation du bro~illard
è.

en nuage.
1. Image platonicienne: voir Banquet 187a, que l'on retrouve en De 3. Les chaînes sur l'Ecclésiaste (ad 2, 3) donnent le même terme
homo op. 13, 169 c. eo<ppocrov1l (Chaîne de Procope: bd eo<ppocroV1l ; Chaîne des trois Pères et
2. ARISTOTE, Météor. 346 b, distingue à(L\x.À~, vÉ<poç et ve<pkÀ'fj. de même Catena Hauniensis : Èv eo<ppocrov1l). Mais Rahlfs édite' "OÜ
Grégoire utilise métaphoriquement ve<pkÀl) et yv6<poç par opposition à Xpot't"ijcrot\ klt' &<ppocrov1l, d'après le latin; JÉRÔME commente ai~si la
ott!lp!ot pour renforcer l'antithèse entre les malheurs présents de l'Église proposition ut obtinerem in stultitiam (Comm. sur l'Ecclésiaste, CCSL
et la paix attendue (In Melet., GNO IX, p. 442). Même image dans l'In 72, p. 263).
180 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 8 181
, "
~ ",'l:
20 yocp m:pLEXEL "f) <XXOI\OU L<X '!"f)ç . . a'
I\Ec,EWÇ. T'" ''''
OoE (J.OL (J.<XI\LO"'!<X ment du texte. Ce dont je me préoccupais surtout, en
'!~V yvwO"L'J 0"7tOU1i)<x~6(J.EVOV '~V '!à
X<X'!O: ht (J."f)1i)EVt (J.<x'!<xLep fonction de ce que je savais, c'était de ne passer ma vie à
'!~V ~W~V OCO"XOÀ'ÎjO"<XL, ocÀÀ' EÙpELV èxe:ï:vo '!à ocy<x06v oÙ '!LÇ rien de vain et de trouver au contraire ce bien dont le
èm'!uxci)'J OOX O:(J.<xp'!aVEL '!'Îjç '!oG O"U(J.q>~pOV't"oç XpLO"EWÇ, () possesseur sait reconnaître l'utilité sans se tromper; c'est
~ 1 " \ ' 1 \ 1 ~ Y .... un bien durable et non passager, qui s'étend à la vie tout
OL<XpXEÇ '!E EO"'!L X<XL ou 7tpOO"X<XLpOV X<XL 7t<X0""() '!"() c,w"()
'a' , '... entière : il est également bon pour tout âge, pour le début,
25 7t<Xp<X'!ELVE'!<XL,
l E7t
' LO""f)Ç <xy<x OV 7t<X0""() "f)I\LXLq:
", 1 yL'J 6(J.EVOV X<XL'
le milieu et la fin de la vie, et pour le nombre entier des
7tp6l'!"() X<xt (J.~O""() X<xt '!EÀEU'!<xLq: X<xt 7t<xv'!t '!0'!wv ~(J.EpWV
jours. « Jusqu'à ce que je voie, dit-il, ce qu'est le bien pour
ocpLO(J.0. « "Ewç oÙ YO:P 'L;;)w, q>"f)O"L, 7tOLOV '!à ocy<xOàv '!OLÇ
les fils des hommes, ce qu'ils feront sous le soleil pendant
(.... . . , a 1 t\ 1
ULOLÇ '!WV <XV pW7tWV, 0 7tOL"f)O"OUO"LV U7tO '!OV "f)I\LOV <XPL (J.ov
( \ \ tl"), ) a' le nombre des jours de leur vie e» : les préoccupations
~(J.EpWV ~w'Îjç <Xlhwv e . » To: yo:p 1i)LO: O"<xpxàç 0"7tOU1i)<x~6(J.E- charnelles, même si elles appâtent l les sens surtout pour
'li
30 VIX, xœv 1.
u'!L (J.<xÀLO"'!<X '"
7tpOç '!o 7t<Xpov "...''1'
OEI\E<Xc,"() '!.l,
'IV <xLO" "f)0"L'J, "a le moment présent, ne tiennent le bonheur que dans
" .... " ....'1 ,\ ~
EV <XX<XpEL '!O EUq>p<XLVOV EXEL • ou y<xp EO"'!LV E7t OUoEVL\ '!WV
..... JI '"
l'instant. Car rien de ce qui se produit dans le corps ne
èv '!0 O"6l(J.<X'!L yLVO(J.~vwv 1i)L<XPXWÇ ~O"O'ÎjV<XL, ocÀÀ' ~ '!oG peut réjouir de façon continue: le plaisir de boire s'arrête
313 A. 7tLVEL'J ~1i)ov~ O"UV<X7tOÀ~yEL '!0 x6pep, X<xt è7tt l '!oG è0"6(ELV avec la satiété 2 et pour la nourriture de même, le
(1 ( , \ ,1 t:' ,1 e \,1 ',"\.'\.
wO"<xu'!wç "f) 7tÀ"f)O"(J.OV"f) '!"f)V OPEc,LV EO"UEO"E, X<XL EL '!LÇ <X1\1\"f) rassasiement éteint l'appétit, et tout désir, de la même
'al
35 Em U(J.L<X X<X'!<X '!OV ""<xU'!OV , ~ '!OU
'!p07tOV '!"() ~'O ~
E7tL U(J."f)'!OU façon, se flétrit lorsqu'on obtient l'objet du désir. Naît-il
(J.E'!OUO"Lq: x<X't"E(J.<xpavO"f), x&v 7taÀL'J y~V"f)'!<XL, 7taÀLV (J.<xp<xL- de nouveau, de nouveau il se flétrit. Aucun des plaisirs
VE'!<XL' 1i)L<XPXEL 1i)è oo1i)èv Elç ocd '!WV '!'Îi <xlO"O~O"EL '!Ep7tVWV sensibles ne satisfait définitivement ni ne demeure identi-
,,,,
OUoE "
WO"<XU'!Wç " I ' "E'!L
EXEL.'I..<XL
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7tpOç ,
'!OU'!OLÇ ,'......
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'!"() que. Et de plus, autre est ce qui est bon pour la petite
v"f)m6'!"f)'!L ocy<xOàv X<xt ~'!EpOV '!'Îi '!'Îjç ~ÀLXL<XÇ OCX(J.'Îi, lY..ÀÀo enfance, autre ce qui l'est pour la fleur de la jeunesse, autre
4û '!0 7t<xp<xx(J.aO"<XV'!L X<xt ~'t"EpOV '!0 7t<XP' ~ÀLXL<XV, X<xt '!0 ce qui l'est pour l'âge adulte, autre pour celui qui est
avancé en âge, et autre encore pour le vieillard qui
y~pOV't"L 7taÀLV lY..ÀÀo '!0 Elç y'Îjv ~1i)"f) p~7tOV'!L.
'E yw,,,, "a'" a s'affaisse déjà vers la terre.
OE, q>"f)O"L,V, Ec, ,~
'Y'"f)'!OUV EXEL'JO '!O <xy<x OV 0 7t O""()
Mais moi, dit-il, j'ai cherché ce bien qui est également
~ÀLXLq: X<xt 7t<xv'!t '!0 xp6vep '!'Îjç ~w'Îjç è7t' 'LO""f)Ç ocy<x06v
bon pour tout âge et tout temps de l'existence, dont on
èO"'t"LV, oÙ x6poç oOx èÀ7tL~E'!<XL x<xt 7tÀ"f)O"(J.ov~ OOX EÙPLO"XE-
n'attend pas de satiété et dont on ne trouve pas de

e. Eccl. 2, 3e.g
2. Le terme xop6ç est associé plus loin à 7tÀ'I)CifJ.OV~ pour exprimer la
nature finie de tout désir sensible. Réflexions comparables en De beat. IV
1. Grégoire utilise volontiers l'image de l'appât, qui exprime tradition- (GNO VII, 2, p. 119) et en In Cant. XIV (GNO VI, p. 425). Sur la notion
nellement la tromperie du sensible; mais il n'hésite pas à changer le sens de x6poç, voir M. HARL, (, Recherches sur l'origénisme d'Origène : la
de l'image dans un passage de l'Or. cat. (24,4), l'Incarnation elle-même 'satiété' (x6poç) de la contemplation comme motif de la chute des âmes »,
étant alors assimilée à une ruse: (, La Divinité ... se cacha sous l'enveloppe Studia Patristica VIII, 2, TU 93 (1966), p. 373·405. - Sur l'infinité
de notre nature afin que l'appât de la chair fit passer avec lui l'hameçon du vrai bien affirmée ensuite, voir J. DANIÉLOU, Platonisme, p. 291 s.
de la Divinité» (trad. Méridier). (, L'épectase »).
182 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE II, 8 183
649 M. 45 Ta~,
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al\l\a
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aU(.L7tapaTeLVe'Ta~
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(.Le'TOUaL~
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ope<-,,~ç xa~
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rassasiement; l'appétit en augmente avec la possession, le
auvlXx(.LeX~e~ 'T'fi <X7toÀlXuae~ 0 7t660ç XIX~ 'T'fi 'TOU è7tL6u(.L'Y)'TOU désir s'en accroît lorsqu'on en jouit et ne se limite pas à
è7tL'TUXLc~ où 7tep~"(peXcpe'TIX~, <xÀÀ' lSa<p (.LiXÀÀoV èV'Tpucp~ 'Tc]) l'obtention de ce que l'on souhaitait, mais plus on se
<X"(1X6c]} , 'TOaOUT<p (.LiXÀÀoV 1) è7tL6u(.L(a 'T'fi 'TPUcp'fi auvexxlX(- complaît dans le bien, plus le plaisir qu'on en a enflamme
e'Ta~, XIX~ 1) 'TpUcp~ :'t''fi è7tL6U(.L(~ aUVe7tL't'e(ve'TlX~ XIXL XIX'Tà le désir. Le plaisir est coextensif au désir et, pendant toute
50 7tiXV (»~eX(j't''Y)(.L1X 'T1îç ~(ù1îç <xd XlXf..OV 'ToL'ç (.Le'TWUa~ "((Ve'TIX~, la durée de l'existence, il est toujours beau pour ceux qui
où(»èv 'Tc]) <xa'TeX'T<p 'TÛ)v 1)À~X~Û)v 'Te XIX~ 'TÛ)v Xp6v(ùv y ont part, n'étant en rien altéré par ce qu'ont d'instable
aUVIXÀÀOWU(.Levov, & XIX~ (.LUOV'T~ XIX~ <xva6"Aé7tOVT~, eÙ'Y)(.Le-
les âges et les temps; il est également bon pour l'aveugle
~ \ ~, '1 \ '" , et pour celui qui voit, pour l'homme heureux et pour
pOUV'T~ xa~ I\U7tou(.Lev<p, VUX'TepeUOV'TL 'Te XIX~ o~'Y)(.LepeuoVT~,
)' , \ 6 ~ , , ~ \, , l'homme accablé, pour l'homme de la nuit et pour
7te"eUOV'T~ XIX~ al\lX'T'TeUOVT~, evep"(oUV'T~ xa~ ave~(.Lev<p,
l'homme du jour, pour l'homme de la terre et pour
55 &PXOV't'L xaL (»ouÀeuoV't'~ XIX~ 7tiXaLV &:7tIXÇIX7tÀû)Ç 'ToL'ç XIX'Tà
l'homme de la mer, pour l'homme d'action et pour celui
\
'TOV AI
t-'LOV '66
" "~a'Y)ç IX"(IX
e7t v 'ea'T~V, U7tO ~
< \ 'T(ùV ~
7tep~a'TIX'T~x(ùç
qui se détend, pour celui qui commande et pour l'esclave,
314 A. 'TLV~ aU(.L7tL7t'T6v'T(Ùv 1 Ot)'t'e 'T~ xeL'pov Ot)'t'e xpeL''T'TOV "(LV6- en un mot pour tous les vivants, car il ne devient ni
(.Levov, "
~U'Te
,~,
el\lX'T'Tou(.Levov ,"
~U'Te
1:'6 (.Levov.
IXU<-" T OU'T
~ 6 '
ea'T~, inférieur ni supérieur, il ne diminue ni ne s'accroît sous
L \, \ l' 6' f/
XIX'T<x "(e 'TOV e(.Lov I\O"(OV, 'TO OV'T(ùç OV IX"(IX OV, 07tep
, " '1\" ,~
~oe~v
....
l'effet des événements fortuits. Tel est, du moins à mon
1: "'"
60 0 "::"'OI\O(.L(ùV i "'1"
e,,'Y)'Te~ « 0 t\ 1
7tO~'Y)aoua~v O~
1:
IXV6p(Ù7tO~
" < \
U7tO 'TOV \ avis, le bien véritable 1, ce pour quoi précisément Salomon
~Àwv XIX'Tà 7teXV't'1X 'TbV <Xp~6(.Lbv 'Tû)V 1)(.Lepû)v 'T'ÎÎç ~(ù'ÎÎç cherchait à voir « ce que les hommes feraient sous le soleil
IXfnû)v f ». "07tep où(»èv ~'Tepov dvlX( (.LO~ cplX(ve't'lX~ ~ 'Tb 'T1îç pendant tout le nombre des jours de leur vie f ». Et cela ne
7t(a't'e(ùç ~P"(ov, ~ç 1) èvép"(e~1X xo~v~ 'Te 7tiXa(v è(j't'~v, èx. 'TOU me semble être rien d'autre que l'œuvre de la foi 2 : son
< 1
O(.LO'TL(.LOU ~
'TO~ç e'6'~
el\OUaL L '''' ,
XIX~ 7tav'ToouvlX(.L(ùç
7tpOxe~(.LEv'Y)
activité est commune à tous, elle est donnée de manière
égale à qui veut, et elle demeure pour la vie de façon
65 XIX~ (»~lXpXû)Ç 'T'fi ~(ù'fi 7tlXplX(.LévoualX. TOU'T6 èa'T~ 'Tb <X"(1X6bv
toute-puissante et continue. C'est là l'œuvre bonne, puisse-
~P"(ov, & XIX~ èv 1)(.LL'v "(évo~'TO èv Xp~(j't'c]}'I'Y)aou 'Tc]) xup(<p
t-elle être aussi en nous, dans le Christ Jésus notre
1) (.LÛ)v , <1> 1) (»6ÇIX dç 'TOÛç IXLÛ)VIXÇ. 'A(.L~v. Seigneur, à qui est la gloire pour les siècles. Amen.

f. Eccl. 2, 3f-g

1. Surdétermination de l'expression; voir ci-dessus, Introd., chap. V. s'appuie aussi sur la distinction entre les biens sensibles et le vrai bien,
2. Le mot « foi » prononcé à la fin de l'homélie paraît faire la synthèse objet du discernement de Salomon; voir encore De inst. christ., GNO
de l'expérience de Salomon. En 0,. cat. 38 et 39, la réflexion sur la foi VIII, l, p. 43-44.
HOMÉLIE III

(Eccl. 2, 4-6)

(1-3) Les premiers enseignements de l'ecclésiaste, dans les


homélies précédentes, font place à la confession de Salomon : la
liste de ses fautes est un enseignement pour les membres de
l'Église. (4-5) Première faute, le luxe des maisons; il faut leur
préférer la demeure véritable des vertus. (6-7) Le vin et son
chœur de plaisirs sont la deuxième faute avouée par Salomon, et
il n'a pas planté la vigne véritable. (8-9) Le raffinement extrême
des jardins cultivés par les hommes n'est rien à côté de la vie
donnée par le créateur de l'unique Jardin.
OMIAIA r' HOMÉLIE III

1. T( f.LE't"1Î 't"0\)"0 ~f.LiXC; ~ ÈxXÀ't)crLoccr't"LX~ aLMcrxEL 1. Que nous enseigne ensuite la


cpwv~, xaLpoc; &v E'{'t) aLEpEuv~croccreaL. MEf.Lae~xaf.LEv Èv Résumé des homélies
précédentes voix de l'ecclésiaste? ce serait le
1 ~ 01 (/ «:.... , À 'Y \
7tpW't"OLC; & f.LEf.Lav't)xaf.LEv, on 0 7tacrav EXX 't)crLaSWV 't"'t)V moment de l'examiner avec soin.
X't"(crLV xat 't"1Î œ7toÀwM't"a ~'t)'t"wv xat 't"& 7tE7tÀav't)f.L~va Nous avons appris dans la première instruction que celui
Q 1'1' ,., .,. " \ " PJ qui assemble toute la création, qui cherche ce qui était
5 cruvavpoLSWV ELC; EV, oU't"OC; E7tLcrxE7t't"E't"aL 't"OV E7tLYELOV t-'LOV.
'E' L'
7tLyELOV yocp Ecr't"L 't"0\ ,U7tOUpocVLOV,
L .,
07tEp 0'À6 yoc; 't"o" \
« U7tO perdu, qui regroupe et réunit ce qui était égaré, c'est lui
a
315 A. 't"OV oùpavov » ÔVOf.L&~EL, ÈV <{) 1 xa't"axpa't"Eî.' ~ œ1t'&'t"'t) xat
qui observe la vie terrestre. Car ce qui est sous le ciel est
, 6 \ \ , ,
't) f.La't"aL 't"'t)C; xaL 't"o aVU7tapx't"ov.
'EV ~\ ~
OE 't"Tl
~ ,
OEU't"Ep~
terrestre, et le texte le nomme « ce qui est sous le ciel a»,
là où dominent la trQIllperie, la vanité et le néant. Dans le
f.LEf.Lae~xafLEV È~'t)y~crEL 't"O ÈX 7tpocr6mou 't"OU LOÀ0f.LWV't"OC;
deuxième commentaire, nous avons appris que la personne
10 y(VEcreaL 't"~V œ7tOÀaucr't"Lx1jC; n
xa't"'t)yop(av 't"1jc; xat de Salomon l condamnait la disposition à la jouissance et
Ef.L7tavOUC; oLavEcrEwc;, wc; o..V 't)f.LLV a,.) 7tLcr't"OC; yEVOL't"O 't),
, Q ~ ~ Q' 't:
'1\' 6 ~ '
aux passions pour que nous croyions possible le rejet de
't"WV 't"OLOl),.WV œe~'t"'t)crLC;, 't"OU xa't"lÎ 7tiXcrav È~oucr(av 't"o telles dispositions, puisque lui qui possédait en toute
\ ,~~ , "À" \ 1 \
7tpOC; 't)00V'jV ELC; a7to aucrLv EXOV't"OC; xaL 7tav't"a 't"a liberté la possibilité d'accéder au plaisir et d'en jouir
aoxouv't"a 7taplÎ 't"oî.'c; œVep6moLC; cr7tOUM~EcreaL œv't"' OÙaE- dénigrait et tenait pour rien tout ce dont les hommes
15 voc; aLa7t't"UOV't"OC;. trouvent bon de se préoccuper.

Salomon (III, 3, 7 s.). Qu'il s'agisse du monologue de Salomon ou du


dialogue du Cantique, la question est d'ordre exégétique; voir ORIGÈNE,
Philocalie 7, 1 (, Sur l'identité des personnages de la divine Écriture ,»).
M.-J. RONDEAU, Les commentaires patristiques du Psautier (IIf'-V"
1. a. Eccl. l, 13c siècles), Rome 1985, vol. II, p. 40-51, a rappelé que l'exégèse prosopo-
logique était en usage dans les écoles païennes pour expliquer les textes
d'Homère et les pièces de théâtre et elle a montré comment Origène
1. L'expression, employée à nouveau en homo V, 5, 15, donne à
l'utilisait largement dans son commentaire de l'Écriture. (, Salomon selon
Salomon le statut de personnage, sujet du discours commencé en Eccl.
la chair ,), dit Grégoire à la fin de l'homo II (II, 5, 8) ; de la même manière
1,12. Cela est important au moment où Grégou'e abandonne l'interpré-
Origène distingue dans l'Épître aux Romains Paul (, spirituel ,) et Paul
tation christologique et va mettre en doute la réalité historique de
(, charnel,).
188 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 2 189

2. T[ 'To(vuv Xa'TlX 'TO &x6ÀouSov hl. 'TOI) 7tap6noç È:x 2. Qu'apprenons-nous donc à présent
'Tp('TOU (.LavS&:vo(.Le:v; 8 7t&:V'TNV (.L&:ÀLa'Ta oI(.LaL xa'T&:ÀÀ"f)Àov La confession en troisième lieu, dans la suite du texte?
dvaL 'TOLÇ È:xxÀ"f)aL&:~OUaL (.L&:S"f) (.La , MyN aè 'T~V 7te:pl. 'TWV de Salomon Il s'agit d'un savoir qui concerne surtout,
(.L~ Xa'TlX Myov ye:ye:V"f)(.LéVNV È:ço(.LoMy"f)aw, ~ 'TO 'T~ç je crois, les membres de l'Église, je veux parler de la
5 aLaXUV"f)ç È:(.L7tOLe:L 'T'{j ~UX'{j 7t&:Soç aLlX 'T~ç 'TWV h67tNV confession 1 des actes non conformes à la raison, qui fait
)~ l
e:<.,ayope:uae:Nç.
''E OLXe: yap
\ (.Le:ya
l , , , \ \
'TL xaL Laxupov 7tpOç 'T"f)V naître pour l'âme de la honte, par l'aveu des erreurs. La
'T~ç a(.Lap'T(aç &7tOcpuy~v ()7tÀOV e:IvaL ~ È:va7toxe:L(.Lév"f) 'TOLÇ pudeur qui réside dans les hommes paraît en effet être une
&VSp6>7tOLÇ aLa<ilÇ, dç aù'TO 'T01)'T0, oI(.LaL, 7taplX 'TOI) Se:OI)
bien grande et puissante arme pour échapper au péché;
c'est pour cela même, je pense, que Dieu l'a placée dans
È:v't'e:Se:'Laa 'T'{j cpuae:L wç &v ~(.LLV &7tO'Tp07t~ 'TWV Xe:Lp6vNV ~
notre nature, afin, je crois, qu'une telle disposition de
10 'TOLaU'T"f) 'T~ç ~uX~ç aL&:Se:aLç yéVOL'TO. ~uyye:vwç aè ~Xe:L
l'âme nous détourne du pire. Car éprouver de la pudeur et
7tpOç &ÀÀ"f)Àa xal. OLXe:LNÇ 'T6 'Te: Xa'TlX 'T~V aLaW xal. 'TO xa'T'
éprouver de la honte sont des attitudes apparentées l'une
aLaXUV"f)V 7t&:Soç, aL' c1v &(.LcpO'TépNV ~ a(.Lap'T(a xNÀÙe:'TaL,
à l'autre et de la même famille 2 ; toutes deux font obstacle
e:t7te:p È:SéÀOL 'TLÇ 7tpOç 'T01)'T0 xp~aaaSaL 'T'{j 'TOLau't'Yl 'T~ç
au péché, à condition toutefois qu'on veuille bien utiliser
~uX~ç aLaSéae:L. MocÀÀov ylXp 'TOI) cp660u 7tOÀMXLÇ ~ aLa<ilÇ
\ .,)" \ ~ , / , ~ /
15 7tpOç 'T'IV a7tocpuy"f)V 'TNV a'T07tNV e:7taLoayNy"f)ae:v, al\l\a
' .. \
à cette fin cette disposition de l'âme. Car la pudeur nous
enseigne souvent mieux que la crainte à fuir les erreurs,
xal. ~ aLaXUV"f) ~ È:7taxoÀouSol)aa 'TOLÇ È:MyxoLç 'TOI) mais la honte elle aussi, qui suit les preuves de la faute,
316 A. 7tÀ"f)(.L(.Le:À~(.La'Toç
Lxav~ aL' Éau'T~ç aNcppov(aaL 'TOV l suffit par elle-même à corriger le pécheur, afin qu'il ne
a(.Lap'T&:VOV'Ta 7tpOç 'TO (.L~ 7t&:ÀLV èv 'TOLÇ O(.LO(OLÇ ye:véaSaL. retourne plus dans les mêmes fautes. Et, pour esquisser
Kal. ~a'TLV, wç &v 'TLÇ ()P~ 'T~V aLacpoplXV aù'TWV U7tOyp&:- d'un trait la différence entre ces deux sentiments, la honte,
.r.
652 M. 20 'fe:Le:V,
,', \' /,~"~ \ ~\
aLaXUV"f) (.Le:v e:m'Te:'Ta(.Le:v"f) aLQNç, aLQNç oe: 'TO
\ c'est de la pudeur à son comble, et la pudeur, à l'inverse,
~(.L7taÀw ucpe:L(.LéV"f) aLaxUv"f). Ôe:LXVU'TaL aè xal. 'T<]) Xa'TlX est de la honte atténuée. La couleur du visage montre ce
7tp6aN7tOV XP<il (.La'TL ~ 'TWV 7taSwv aLacpop&: 'Te: xal. que ces passions ont de distinct et de commun. La pudeur
xowNv(a. 'H (.Lèv ylXp aLa<ilÇ èpuS~(.La'TL (.L6v~ èma"f)(.La(ve:- se signale seulement par une rougeur, car le corps compatit
'TaL, aU(.L7taS6v'Toç 7tNÇ 'T'{j ~uX'{j 'TOI) a<il(.La'Toç xa'T&: 'Twa en quelque manière avec l'âme par quelque corrélation

1. Sur le sens de ~~o{lOMY'l)O'L<;, voir In inscr. Ps. II, 6 (GNO V, p. 88, 2. ARISTOTE identifie presque atO'x,ov'l) et at8wç. L'une et l'autre
20 - 89, 13), à propos du Ps. 99, 1 ; après avoir distingué deux sens du relèvent de la crainte; entre la honte et la crainte la différence se traduit
mot, celui d'(, aveu» (l;~ay6pe:umç) et celui d'(, action de grâces» au plan des réactions physiques : (, On rougit lorsqu'on a honte, tout
(e:ùx,apLO''t'(a), Grégoire écrit: (, Le psaume Pour la confession t'est donc comme lorsqu'on craint la mort, on piHit » (Éthique à Nicomaque, IV, 15,
proposé si le souvenir du péché te consume et te conseille de te purifier trad. Gautier et Jolii). Après avoir commencé par assimiler les deux
en te repentant (8L<X Tijç (le:'t'avo(a<;). En In sexto Ps. (GNO V, p. 191, sentiments, Grégoire les différencie en soulignant qu'ils ne se manifestent
25-26), Grégoire insiste sur la nécessité de cette confession avant la mort pas au même moment: l'at8wç précède la faute et la prévient, l'atO'x,ov'l)
- voir ci-dessus, Introd., chap. VII, p. 88, sur la confession de Salomon. la suit et tend à empêcher qu'elle ne se reproduise.
190 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 2 191

25 cpU(J~X~V (JuvS~a6e:<JLv xod 't'OU 7te:p~X~pSLOU 6e:PfLOU 7tpOç naturelle, et la chaleur qui enveloppe le cœur l bouillonne
\' 1 ~ ",1. ' yi ,~\, a \ jusqu'à devenir visible, tandis que celui qui a honte,
't''f)V e:7t~cp~Ve:~~V 't''f)ç 0'l'e:Wç ~V~Se:O"~V't'oç, 0 oe: ~~O"XUVve:~C;

È7tL 't''fi cp~ve:p~O"e:~ 't'OU 7tÀ'f)fLfLe:À~fL~'t'OC; 7te:À~SVOC; y(ve:'t'~~ lorsque sa faute est révélée, devient livide et légèrement
X~L u7tépu6poç, 't'OU cp600u 't'~v XOÀ~v 't'<Ï> Èpu6~fL~'t'~ rouge, la crainte mêlant la bile à la rougeur. Être ainsi
fL(~~v't'OC;. To o1)v 't'OWU't'OV 7ta6oç tx~vov &V yévo~'t'o TOLÇ affecté suffirait donc à ceux qui ont commis auparavant
quelque acte déplacé, pour qu'ils ne se trouvent plus dans
30 7tPoe:~À'f)fLfLévo~c; 't'WL 't'WV h67tWV dc; 't'O fL'f)xé't'~ ÈV 't'O\ho~ç
des situations où la honte les confondra. S'il en est
ye:vé(J6~~, (;)V &v 't'ov 'éÀe:yxov ÈV ~LO"XuvY) 7tOL~(JWV't'~~. EL
vraiment ainsi et si la définition de la passion a été
S~ 't'~U't'~ o(hwç 'éXe:~ x~t Se:6v't'wç 0 Myoç 't'ou 7ta6ouç
convenablement cernée, à savoir que cette disposition est
x~'t'e:O"'t'oxaO"~'t'o, wç È7tL cpuÀ~x'ÎÎ 't'wv 7tÀ'f)fLfLû'f)fLa't'wv 't'~c;
1 ~ al , 1 ~ 1 ... ~ , inscrite dans notre nature pour prévenir les fautes, il est
317 A. 1 't'O~~UT'f)Ç o~~ve:O"e:Wç e:yy~vOfLe:V'f)C; 't'Y) cpUO"e:~, X~I\WC; e:O"'t'~V
bien de considérer comme un savoir propre de l'Église la
35 'Œwv fLa6'f)fL~ 't'~C; hXÀ'f)(J(~C; ~y~0"~0"6~~ 't'O S~à 't'~ç correction, par le moyen de l'aveu, de ceux qui ont commis
'1:' 1 ~ ... ... l i a ,1
e:c,cx.yope:UO"e:Wç TWV 7te:7tI\'f)fLfLe:l\'f)fLe:vWV X~'t'opvWfL~' e:(J't'~
des fautes. Car, par ce moyen, on peut fortifier son âme par
yàp S~à 't'ou't'OU 't'~v É:~u't'OU ~UX~v 't'<Ï> 't'~C; ~LO"Xuv'f)C; ()7tÀcp l'arme de la honte. Supposons un homme qui absorberait
X~'t'~(Jcp~À(0"~0"6~~. "QO"7te:p yàp e:'{ 't'~ç h À~~fL~pyL~C; des mets difficiles à digérer, à cause d'une gloutonnerie
) 1 ~, , ,) (..... 1
~fLe:'t'POU OUO"7te:7t't'OUC; 't'Wcx.ç XUfLOUC; e:V e:~U't'cp (JUVcx.ycx.yo~, immodérée 2 : lorsque, malade, il serait soigné par incision
40 e:hlX Èv CPÀe:YfLOV'ÎÎ ye:VOfLévou 't'OU O"~fL~'t'OÇ, 't'0fL'ÎÎ XIXL et cautérisation, son corps s'étant couvert d'abcès, il
XIXU't'~p~ 6e:plX7te:u6dç 't'~V v60"ov xIX6a7te:p 't'~và 7tcx.~S~ywyov regarderait la cicatrice de la brûlure sur son corps 3 et
7tpOç T~V e:Ù't'IX~(IXV 'éxo~ 't'OU Ècpe:~~ç ~LOU 't'~V OÙÀ~V 't'OU considérerait la maladie comme un pédagogue l'invitant à
~ , \ ~ 1 fJ. ... l " , ... 1
XIXU't''f)pOÇ e:7t~ 't'ou O"WfL~'t'OÇ 1-'1\e:7tWV, OU't'WC; 0 (J't''f)I\~Te:U(J~Ç bien ordonner la suite de sa vie; de la même façon, celui
É:IXU't'OV S~à 't'~ç 't'WV XpUcpLWV È~~yope:uO"e:wç 't''ÎÎ fLV~fLy) 't'OU qui s'est dénoncé 4 publiquement par l'aveu de ses actes
45 X~'t'
, cx.~(JXUV'f)V
"'a \ \ ,
7tIXVOUÇ 7tpOç 't'OV e:cpe:c,'f)ç
1:'~ ~
7tlXw~yWy'f)v'f)O"e:-
al cachés sera instruit pour la suite de sa vie par le souvenir
't'IX~ ~LOV. de ce que la honte lui a fait éprouver.

1. Employé ici comme adjectif, le terme 7tEpLX<xpaWÇ appartient au définie dans la première homélie comme ce qui a ses mesures propres.
vocabulaire médical, voir GALIEN, De usu partium VI, 16 et 18. Galien en Contraire aux principes de la « physique », la gloutonnerie appelle aussi
donne une description imagée (( Comme une maison », « un abri, fait de les condamnations morales (voir BASILE, Grandes Règles 18-20, sur la
nerfs légers ») plutôt qu'une définition. Grégoire décrit en De homo op. 12, tempérance dans la nourriture, trad. D. AMAND, L'ascèse monastique de
157 c - 160 a le rôle du cœur comme source des émotions, à la suite de Saint Basile, Maredsous 1949).
BASILE qui rappelait une des découvertes de la médecine, « l'installation 3. En De an. et res., PG 46, 91 A-C (Terrieux, § 74), l'image de l'âme
d'un foyer de chaleur près du cœur, le mouvement continu du souffie mordue comme par un fouet illustre le lien entre la honte et le souvenir.
dans le péricarde» (Sur l'origine de l'homme I, 2, SC 160). 4. Le verbe cr'l"1)Àt't"EÛW, repris un peu plus bas par l'image de la stèle
2. Grégoire revient à plusieurs reprises sur l'exemple de la glouton. gravée, appartient d'abord au vocabulaire politique et juridique (voir
nerie (hom. V, 6, 49-58; VIII, 3, 47-48), qui a le double avantage LSJ, S.v. cr'l"1)À~). Quelques emplois tardifs cependant font de ce verbe un
d'illustrer l'analogie de l'âme et du corps et de renvoyer à la pratique synonyme de cr'l"1)ÀOK07t€W ; les noms inscrits sur une stèle sont l'objet de
médicale. Le qualificatif &{J.E't"poç ramène la réflexion au plan de la <pûcrtç, la réprobation publique.
192 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 3 193

3. Tcxu"t"cx "t"OLVUV Èml.v & 8Là "t"-Yjc; vuv àvcxyv6>oc;WC; "t"WV 3. Or c'est là ce que l'Église nous enseigne par la
Èv "t"<f> 'ExXÀ'f)O"LCX(H'il ye:ypcxfLfLévwv ~ ÈxXÀ'f)O"LCX 7tcxL8EUE"t"CXL.
lecture, aujourd'hui, de ce qui est écrit dans l'Ecclésiaste.
Il s'exprime d'une voix libre, publiquement, et présente à
AéyEL yàp ÈÀEuOép~ cpwv'il 8'f)fLoO"LEUWV ÈxELVO xcxl. È7tl.
tous les hommes, comme une stèle gravée, l'aveu de ses
7trXv"t"wv àvOp6>7twV XCXOrX7tEp "t"Lvà O""t"~À'f)V ~yypcxcpov àVCX"t"L-
actions, et elles sont telles qu'il y a plus de gloire à les taire
5 Odc; "t"~V "t"WV YEYEV'f)fLévwv 7tCXP' CXÙ"t"OU ÈÇCXy6pEUO"LV, & et à les ignorer qu'à les dire. Mais il les dit : qu'il ait
"t"OLCXU"t"rX ÈO""t"LV WC; "t"~V IXyVOLCXV CXÙ"t"WV xcxl. "t"~V O"LW7t~V clVCXL vraiment fait ces actes ou qu'il les ait imaginés pour nous
,
"t"OU ÀOyou , <:- l : " '
EVOOSO"t"EpCXV. A'EyEL <:-'
oE' EL, fLEV
, ' . O~
CXI\'f) ~
WC; "t"CXU"t"CX être utile, afin que son discours, par son enchaînement,
, ,\ oLCX
<:-' "t"1)V
, , , , '. . '
7tE7tOL'f)XWC; 'f) 'f)fLE"t"EpCXV WcpEI\ELCXV 7tI\CXO"O"OfLEVOC;, atteigne son but, je ne peux pas le dire exactement. Mais
, ,
e:cp -
<r"t"E ~'"CXXOI\OU'0 OU
oL ' .I\oyov
"t"OV ' "
7tpOC; "t"OV \
O"X07tOV il dit, en tout cas, des choses dont un homme tourné vers
10 O"UfL7tEpaVCXL, OÙX ~XW "t"OU"t"O 8L' àXPLOe:LCXC; d7te:LV • MYEL 8' la vertu ne s'accommoderait pas volontiers. Mais qu'il
318 A. oÙV ()fLWC; "t"CXU"t"CX orc; oùx &v (; 1 7tpOC; àpE"t"~V ~Àé7twv raconte, en vue de l'économie, ce qui n'est pas arrivé comme
. éxouO"~wc;
1
O"UVEVe:X0'
EL1). 'A"" , ,
I\À ELU OLXOVOfLLCXC; 1.
Xrx.pLV \,
"t"CX fL'f) si c'était arrivé, et qu'il s'accuse d'en avoir fait l'expé-
, , ' < : - 'l:"
ye:VOfLEVCX WC; yEyOVO"t"CX OLESe:LO"L XCXL XCX"t"1)yOpEL WC; EV 7tE p~
\ ~" ( rience afin que nous-mêmes nous nous détournions, avant
d'en faire l'expérience, du désir de ce qu'il dénonce, ou
ye:v6fLEVOC;, ZVCX ~fLELC; 7tpO "t"-Yjc; 7te:LPCXC; "t"~V "t"WV XCX"t"1)yO-
, , 0 1 ' ... ' ,,' O~ , , bien qu'il se soit laissé aller de son plein gré à la jouissance
15 P'f)fLEVWV e:m ufL~cxv e:xXI\LVWfLEV, EL"t"E XCXL xcx 1)xe:v ECXU"t"OV
, l ,\ ~ , , '. ,'~ ,
de telles réalités de façon à pleinement exercer tous ses
EXOUO"~WC; 7tpOC; "t"1)v "t"wv "t"OLOU"t"WV CX7t0 I\CXUcrLV, WO""t"E oL sens, même au contact de réalités contraires, libre à chacun
) e' " 0 1
CXXpLUELCXC; "t"CX CXLO" 1)"t"1)pLCX e:cxu"t"ou XCXL oLCX "t"wv e:VCXV"t"LWV
( ..... \" \ .....) 1
d'en juger en toute liberté 1, dans le sens qu'il désire.
YUfLVrXO"CXL, 7tpOXe:LO"Ow xcx"t"' ÈçouO"(cxv "t"<f> ~ouÀofLévcp, Ècp' Et si quelqu'un dit que Salomon a réellement fait
tf
07te:p 1'.
o-V '0''"'1,
E \ O""t"0XCXO"fLoV
El\lI "t"ov \ CXye:LV.
" l'expérience des plaisirs, voici comment nous le compre-
20 EL 8é "t"LC; MyoL "t"<f> I5v"t"L yEyEV-YjO"OCXL cxù"t"ov Èv "t"'il "t"WV nons : ceux qui plongent dans l'abîme marin et explorent
'<:-'
'f)OEWV l
7te:Lp~,
"
OU"t"WC; " B'
U7tOI\CXfLucxvofLEV' XCX 01. \'
rx.7tEp ycxp , \
OL Em le fond de l'eau pour trouver une perle ou quelque autre
"t"ov ~uOov "t"-Yjc; OcxÀ6:O"O(1)C; 8u6fLEVOL xcxl. 8LEpEUVWVUC; Èv "t"<f> merveille née de l'abîme, n'éprouvent aucun plaisir à la
1 ...... fi" ,,,
7tU OfLEVL "t"ou uoCX"t"oc;, e:L 7tOU "t"LVCX fLcxPYcxP~"t"'f)V EUpOLEV 1) "t"L
1 fi "
fatigue qu'ils ressentent sous l'eau - mais c'est l'espoir du
&ÀÀo "t"OLOU"t"OV "t"WV ÈV ~uO<f> "t"LX"t"OfLévwv, orc; ~80v~v fLèv gain qui les fait aller dans l'abîme; de même si Salomon
, ~, ,,' \ "<:- • l , '<:-' ~ a vécu dans ces plaisirs absolument comme un pêcheur de
25 OUOEfLLCXV 'f) U7tO "t"0 uowp "t"CXI\CXL7tWp~CX cpEpEL, 'f) OE "t"OU
,~
xe:poOUC; "
e:À7tLC; A
j-'U 01LOUC; '
E7tO~'f)O"EV,
l "
OU"t"WC; e:L" yEyOVe:V 0, murex au fond de la mer, il s'est immergé lui-même dans
"" ' , l ,a .....,
653 M. ':"OÀOfLWV e:V "t"OU"t"OLC; 7tCXV"t"WC; WO"7te:p "t"LC; "t"WV XCX"t"CX

C'est remettre en cause l'importance du sens littéral, dans la ligne de


l'affIrmation paulinienne « la lettre tue et l'esprit vivifie ,) (II Cor. 3, 6),
1. De même qu'il laisse plus loin à ses auditeurs toute liberté que Grégoire rappelle au début du Prologue de l'ln Canto (GND VI, 7,
d'interprétation (III, 3, 18 s.), Grégoire introduit l'idée que le discours de 12·14). ORIGÈNE propose une série d'exemples de l'Ancien et du Nouveau
Salomon pourrait relever de la fiction (emploi de 7tJ.,X0"0"<ù et, plus loin, de Testament « racontés comme s'ils avaient eu lieu, mais dont il faut croire
l'expression « qu'il raconte ce qui n'est pas arrivé comme si c'était qu'ils n'ont pas pu avoir lieu selon la lettre du récit d'une façon
arrivé ,». Même appel au libre jugement du lecteur en V. Moys. II, 173. convenable et rationnelle ,) (Traité des principes IV, 3,1, trad. HarI).
SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 3-4 195
194
la volupté, non pour être englouti par l'onde amère - et
par cette amertume, je veux dire le plaisir - , mais pour
chercher quelque chose qui soit utile à la pensée dans un
tel abîme 1. Et on trouverait ainsi quelque chose d'utile,
selon ma conjecture du moins, que ce soit le fait d'émous-
ser les élans du corps en choisissant librement ce qu'on
veut - car, pour se portel' vers ce qui est interdit, la
nature a toujours des mouvements plus combatifs - , ou
bien alors, c'est pour être crédible que le maître se tient là,
afin que les hommes ne considèrent plus comme délectable
ce qui a été objet de mépris de la part de celui qui a appris
par l'expérience la vanité. C'est ainsi que les méd~cins
aussi, dit-on, réussissent dans leur art surtout chaque fois
qu'ils découvrent en examinant leur propre corps la forme
que prend une maladie. Et ils deviennent des conseillers et
des thérapeutes d'autant plus sûrs pour des maladies dont
ils ont eu connaissance pour en avoir été guéris antérieu-
rement, qu'ils ont été instruits préalablement par leur
propre souffrance 2.

Première faute : 4. Voyons donc ce que dit avoir


le luxe des maisons éprouvé celui qui guérit notre vie
par la sienne 3. « J'ai agrandi mon
ouvrage, dit-il, j'ai construit pour moi des demeures a.»
D'emblée, le discours commence pal' une accusation. Cal'
il ne dit pas l'ouvrage de Dieu, celui que je suis, mais ce

4. a. Eccl. 2, 4a-b 2. Grégoire développe assez longuement au début de la lettre canoni-


que sur la pénitence (Ad Letoium, PC 45, 224 A-C) les conditions du
1. L'image semble propre à Grégoire, même si le symbole de la savoir.mé~ical et la m~ière d'arriver à des soins appropriés pour chaque
plongée en eau profonde peut rappeler l'interprétation o~igénien~e maladIe; Il peut enSUite proposer, par analogie, l'examen de chaque
d'Isaac qui (' creuse des puits» (Cen. 26, 18). ORIGÈNE aSSOCle les trOIs partie de l'âme. Sur ce travail de l'observation médicale, voir aussi le récit
patriarches aux trois parties de la philosophie : (' Isaac occupe le rang de de la visite du médecin auprès de Macrine en De an. et Tes., PC 46, 29
la philosophie, quand il creuse des puits et sonde les profondeurs des CoD (Terrieux, § 15).
choses» (Comm. SUT le Canto Prol., 3, 19, SC 375). 3. Sur le Christ médecin, voir ci-dessus, p. 150-151, n .. 1.
HOMÉLIE III, 4 197
196 SUR L'ECCLÉSIASTE

7tOL't)lW. OÙaÉV È:a'"t'LV &ÀÀO ~ 8m:p 'T~ \l.La6~(jI::L 'T~V ~aOV'ljv qui est mien, « je l'ai agrandi ». Et « mon ouvrage 1 », ce
n'est rien d'autre que ce qui apporte le plaisir à la
cpÉpEL. "Ea'TL aÈ: 'ToG'TO 'TO 7tOL't)[J-\I. 'T<;) [J-È:V yEVLX<;) f...6yc.p ~V,
sensation. Cet ouvrage est un au sens générique, mais il se
'T~ aÈ: X\I.'TeX ÀE7t'TOV aL\l.LpÉaEL de; 7toÀÀeX 'T\l.Le; 'TYje; 'TpucpYje;
fractionne en se divisant et en s'émiettant dans les besoins
xpd\l.Le; X\I.'T\I.[J-EpL~E'T\l.L. Tov yeXp &7t\l.; È:V'TOe; 'ToG ~u60G de la volupté. Car il est tout à fait nécessaire que celui qui
, , , 1 ~ l ' , 6 À
10 'TYje; uÀ't)e; yEVO[J-EVOV \l.v\l.yX't) 7t\l.a\l. 7t\l.V't"\l.X OaE 'TOV ocp \1. - est venu une seule fois 2 à l'intérieur de 1'« abîme de la
[J-ov 7tEpLayELv 86EV &v ~ aUV\I.'TOV ·~aov~v È:xcpUYjV\l.L. ·, 3
ma t lere ) promene
), son cel'1 en tout l'leu d" ou pourrait
K\l.6a7tEp YeXp È:x [J-L,xe; 7t't)yYje; 7toÀÀ\l.X~ aLeX a<ÙÀ~v<ùv naître le plaisir. De même en effet que d'une seule source,
IV \ t/~ \ )~\ '7
320 A. OXE'T't)yEL'T\l.L 'TO Uo<Ùp X\l.L OUoEV 't)'T'TOV EV 'TO U <ùp Ea'TL
l\ \ fIS ) \ l 'TO' on fait dériver l'eau à plusieurs endroits par des canaux-
È:X 'TYje; \l.Ù'TYje; 7t't)yYje; [J-EpL~6[J-EVOV, X&V È:V [J-UpLOLe; XpouvoLe; et l'eau qui part fractionnée de la même source n'en est pas
15 'TÙX1l pÉOV, o{h<ù [J-L\I. 'T~ cpÙaEL o1)a\l. ~ ~aOV~ &ÀÀ<ùe; X\l.L moins unique, même si elle coule en maintes fontaines -
&ÀÀ<ùe; È:V 'TaLe; 'T&V È:7tL'T't)aEU[J-h<ùv aL\l.cpop\l.Le; U7tOVomoG- de même le plaisir qui est un par nature s'infiltre de çà d;
a\l. pÉEL 7t\l.V'T\l.xoG 'T\l.Le; 'ToG ~LOU xpd\l.Le; É\l.U'T~V aUVELaa- là dans les différentes occupations et coule partout en
s'introduisant dans les besoins de la vie.
youa\l..
Olov 0 ~LOe; àV\l.yX\l.L\l.V È:7tOL't)aE 'T~ cpùaEL 'T~V o'Lx't)aLv' Par exemple, la vie a fait une nécessité 4, pour notre
,1 , , 6 1 ,\ If ,)
nature, d'une habitation. Car l'homme est naturellement
20 àa6EvÉa'TEpOV y\l.p 7tEcpUXE 'TO \l.V p<ù7tLVOV 't) <ùa'TE 'T\l.e; EX
'ToG 6aÀ7toue; 'TE X\l.L xpÙOue; àV<Ù[J-\l.ÀL\l.e; cpÉpELV' [J-ÉXPL
trop faible pour supporter les irrégularités de la chaleur et
1 (-" "y'" ,; 'A;À' du froid: jusque-là, la maison ne comporte que ce qui est
'TOU'TOU 0 OLXOe; EXEL 7tpOe; 'T't)v s<Ù'l)v 'TO <ÙcpEI\L[J-OV. 1\ \1.

hésitent entre ()À'I), la matière, et tÀuç, la boue (voir C. Eun. III, 1). Par
1. (, Mon ouvrage» : l'expression biblique est interprétée à l'aide de
catégories empruntées à la pensée stoïcienne, Comparer avec BASILE, la symétrie avec l'expression È7tt 't"av (3uOov 't"~ç OIXÀ&cr<n)Ç employée plus
Hom. in Ulud : Attende tibi ipsi (PG 31,197-217) : l'homme lui-même, haut (3, 21-22), l'image prend toute sa force.
c'est l'union de l'âme et du corps; le corps, c'est (, ce qui est nôtre» et 4. L'adjectif .xVIXyXIXLoÇ annonce l'opposition entre besoin et plaisir
nos biens (, ce qui est autour de nous ». Grégoire reprend cette distinction développée par la suite pour stigmatiser le luxe excessif des demeures ou
pour commenter Canto 4, 12 (In Canto IX, GNO VI, p. 276, 16 - 277, du vêtement. On trouve le thème chez les Cyniques: voir TÉLÈS, fr. IV
1). Sur ces points de rencontre entre le texte biblique et les concepts de B, éd. O. Hense (Teletis Reliquiae, Tübingen 1909), trad. fr. A.-J.
la philosophie grecque, et leur utilisation par Grégoire, voir M. HARL, Festugière (Deux prédicateurs dans l'Antiquité, Télès et Musonius, Paris
(, Références philosophiques et références bibliques du langage de 1978) et L. Paquet (Les Cyniques grecs, Paris 1992). É. PATLAGEAN
Grégoire de Nysse dans ses Orationes in Canticum canticorum », dans (Pauvreté économique et pauvreté sociale, p. 53 s.) rappelle que ce que
ERMHNEYMATA. Festschriftfür Hadwiga Hilmer, Heidelberg 1990, nous appelons le seuil de pauvreté était défini par l'absence d'habitat;
pour LIBANIOS (Or. XI, 195), tout homme est pauvre tant qu'il ne s'est
p. 117-131. pas rendu propriétaire. - Le développement qui suit sur le luxe des
2. Transposition de l'image de la plongée en mer utilisée précédem-
maisons trouve un écho dans les sermons sur l'amour des pauvres et
ment. mais le mot important est &7tIX~, employé dans le N.T. pour
contre les usuriers, chez Grégoire (GNO IX, p. 93.207), Basile ou
marq~er le caractère unique de l'Incarnation. Le mot s'applique ici à
toute vie humaine et rappelle la réfutation par Grégoire de la théorie de Grégoire de Nazianze et, plus tard, Jean Chrysostome (voir les textes
ra~semblés par A.-G. HAMMAN sous le titre Riches et pauvres dans
la préexistence des âmes et de la métempsychose (De homo op. 28).
~'Eglise ancienne, Par!s 1962). Thème obligé de la prédication, mais des
3. L'expression est empruntée au Ps. 68, 3. Elle a~paraît sous la. m~me
etudes comme celle d'E. Patlagean en montrent aussi les bases concrètes.
forme en De virg., VIII, 39, alors que les manuscnts du texte biblique
198 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 4. 199

utile à la vie. Mais le plaisir a forcé l'homme à dépasser les


limites du besoin. En effet, comme il ne cherche pas à
procurer à son corps ce dont il a besoin, mais qu'il
s'occupe des joies et des délices de ses yeux, il est presque
chagriné à la pensée qu'il n'a pas pu faire du ciel même son
toit et qu'il ne peut pas fixer les rayons du soleil eux aussi
à sa toiture. C'est pourquoi l'homme étend largement en
tous sens les dimensions de ,ses constructions, faisant de
l'ensemble de sa résidence comme une autre terre pour
lui-même; il élève le plus haut possible les murs, il décore
avec les matériaux qui sont à l'intérieur des maisons
+ ...... + 1 obtenant, par leur agencement mutuel, de la
variété pour l'arrangement intérieur des maisons. Alors, la
pierre de Laconie, celle de Thessalie et celle de Carystos 2
sont débitées en plaques par le fer, on fait appel aussi aux
carrières du Nil et à celles de Numidie, et parfois, on
prend aussi pour ces effets recherchés la pierre phrygien-
ne 3 qui, par le mélange fortuit de la teinte pourpre à la
blancheur du marbre, devient source de volupté pour les
yeux pleins de convoitise, car elle peint et étale sur le blanc
une couleur aux formes variées et multiples. Oh ! que de
recherches pour cela, que d'artifices mis en œuvre! Les
uns scient les matériaux avec de l'eau et une lame,
d'autres, à mains nues, peinant jour et nuit, achèvent la
taille des blocs obtenus 4. Et cela ne suffit même pas à ceux

Laconie ou de Thessalie l). Sur les carrières de marbre et leur exploitation,


1. Lacune décelée par W. JAEGER (GNO V, p. 3~O), qui voit dan~ ~e voir L. ROBERT, « Philologie et réalités (Sur des lettres d'un métropolite
membre de phrase le début d'une conclusion du developpement prece- de Phrygie au xe siècle) l), Journal des savants, 1961, p. 97-166, et 1962,
dent. , p. 18 s.; sur l'utilisation de la polychromie, R. MARTIN, Manuel
2. Aujourd'hui Caristo, sur la côte sud de l'Eubee.. , . d'architecture grecque, l, Paris 1965, p. 135-144.
3. Liste des marbres les plus réputés. La (, p,ierre phrygienne l) d~sig~e 4. L. ROBERT, art. cit., p. 105, cite ce passage et pense que Grégoire
le marbre de Synnada, elle est donc exploitee en Capp~do.ce, d apres fait ici allusion au travail de la carrière : « Les premiers scient les blocs
l'explication de Dioscoride; STRABON (XIII, 57) note 1 eXist~n~e ,d~s dans le rocher; les seconds, sans la scie, avec leurs mains (aidés de coins
carrières de marbre de Synnada en Phrygie. Le marbre de Numidie etait et de leviers) détachent de la paroi de la carrière le bloc préparé, isolé par
recherché pour ses veinures vertes. BASIL~, dans l'hom~lie Contre les les premiers .l) Dans l'application à la vie spirituelle qui suit, il s'agirait
riches 2 (PG 31, 285 B) nomme aussi la « pierre de Phrygie, les dalles de plutôt de la technique des incrustations.
HOMÉLIE III, 4 201
200 SUR L'ECCLÉSIASTE
qui peinent pour de vains ornements; même la pureté du
verre est altérée avec des produits pour obtenir des teintes
variées, afin qu'avec lui on puisse encore ajouter au luxe
d~nné aux yeux. Et que dire des raffinements apportés aux
tOltures! Les pièces de bois taillées dans des arbres
transformées grâce aux artifices de la technique paraissen~
et~e a ~ouveau des arbres dont naissent, dans des encoches
A , '

preparees, des rameaux, des feuilles et des fruits 1.


Je passe sous silence l'or répandu sur les voiles fins et
va~oreux, q~i les reh.a~sse partout de sa couleur pour
attIrer sur lm la convoItIse des yeux; et le rôle des ivoires
pour l'ornement raffiné des entrées, l'or qui recouvre leurs
parties creuses ou l'argent fixé avec des clous, et tous les
ornements de cette sorte. Que dire aussi des sols des
maisons, que les teintes variées des pierres font briller, de
sorte ~ue même les pieds 2 jouissent de l'éclat des pierres!
Que due de toute la prétention de telles maisons! Ce ne
s~nt pa~ les be~oins de,l~ vie, qui en rendent l'arrangement
~~ces~alre: malS le deslr, a force de se déployer dans
1 m.utIle, mv~nte de la futilité. Il faut en effet que les
maIsons possedent des allées, des promenades des entrées
des vestibules et autres moyens d'accès 3; et, p' ense-t-on c;
, '
n est pas assez fastueux, ces portes, ces perrons et ce vaste
espace après le seuil, si ceux qui arrivent ne se trouvent pas
de:ant un spectacle dont la grandeur frappe aussitôt celui
qU,I ent~'e. Il y a encore les bains qui dépassent, par leur
pretentIOn,. la simple utilité et débordent, remplis de
fleuves entIers, dans une profusion de fontaines; à côté ont

des murs, les représentations végétales figurées sur les murs, ainsi que les
terrasses et les bosquets (Antiquités juives VIII, 5, 1-2).
2. Le pronom IXÙTOOV souligne l'ironie.
1. Cette description complaisante relève du goût rhétorique pour
~. Accumulation de termes désignant les entrées de la demeure. L.
l'ekphrasis (voir MÉRIDIER, L'influence de la seconde sophistique, c,hap.
ME~IDIER (op. cit., p. 93) donne 7tpoe:La6Ihoç et km7tuÀwç comme néo-
IX, p. 139-152). Mais on peut aussi s~ souvenir que !LAVIUS JO~~PHE logIsmes.
décrit le (' palais royal de Salomon » en evoquant les revetements precieux
202 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 4.-5 203

75 xpouvffiv aocljJ~ÀdCf XOC"t"OCXÀU~6[LEVOC, XOCL "t"01:nWV 7tp06E- été placés des gymnases, et tout cela est bellement exécuté
6À't)[L~vOC yU[LV<XO"LOC, XOCL "t"ocihoc 7tEp~"t""t"ffiç a~~ 7tO~XLÀWV à grand renfort de marbres variés, et de tous côtés autour
L
[Locp[Locpwv " ,~ , / '8
E~Ç XOO"[Lov ES't)O"X't)[LEVOC, O""t"OOCL "t"E 7tOCV"t" OCXO EV de la demeure, des portiques soutenus par des colonnes en
7tEPL "t"~V O'LX't)O"LV Nou[L~a~XOr:ç ~ E)e:O"O"ocÀor:ç ~ ~O't)VL"t"OC~Ç marbre de Numidie, de Thessalie ou de Syene 1, et le
O""t"UÀO~ç Ù7tEpE~M[LEVOC~ 0 "t"E È:V "t"Or:ç àvap~aO"~ xocÀxaç dç bronze auquel on a donné mille formes dans les statues,
80 [LUpLOC e:ta't) O"X't)[LOC"t"~~6[LEVOÇ 7tpaç O"t"mEp &V ~ È:m8U[LLOC
pour obtenir tous ces objets dans lesquels le désir de
raffinement peut couler la matière. Et les statues de
"t"1)ç 7tEp~EpyLOCÇ X~"(l "t"~V t)À't)V, "t"<X "t"E è:x "t"ffiv [LOCp[L<XpWV
marbre, et les dessins sur les tableaux, par lesquels les
E'ŒwÀoc XOCL "t"~ç È:7tL "t"ffiv mv<xxwv ypOCcp~ç a~' c1v XOCL "t"Or:ç
hommes se débauchent même des yeux, puisque l'art met
ocp8ocÀ[Lor:ç è:x7tOpVEUOUO"~V à7toyu[LVOUO"'t)ç "t"1)ç "t"~XV't)ç a~~ 1
, \ ,8l 'fI'..... 1 " '\' .... à nu en le reproduisant ce qu'on ne doit pas voir, et tout
324 A. [L~[L't)O"EWÇ "t"OC OC EOC"t"OC, XOC~ OO"OC EV "t"O~ç "t"OLOU"t"O~Ç EO""t"~V ~oE~V
, " î ~I \ rI , ,
ce qu'on peut voir dans ces œuvres-là, élaborées pour
85 E~Ç EX7tI\'t)SLV "t"E XOC~ WpOCV Em"t"l':XVW[LEVOC.
étonner et plaire !

5. "t"~ xoc8' ~XOCO""t"OV a~Et:~À8o~ "t"<îl MyCf È:v


IIffiç rxv "t"LÇ La demeure véritable 5. Comment décrire en détails
oiç ~ O"7tOUa~ xOC"t"'t)yopLoc XOCL ~ÀEYXOÇ "t"1)ç 7tEPL "t"~ par la parole ce dont la préoccupa-
'8
7tpo"t"~[L 6"t"EpOC PCf u[L~ocç" /
EO""t"LV; "0 O"Cf yocp " < "t"~ç >
\ OCV tion condamne les hommes et prouve leur insouciance à
, "t"Cf~ "t"E 7t1\'t)
7tÀEOVOCO""(l • '8 E~ xoc~\ "t""(l~ 7tEp~\ "t"ocç
\ UI\OCç
". • '
cp~l\o"t"~[L~Cf l'endroit de ce qui a le plus de valeur? Plus on accroît par
\' ~ Y' "', , ~ •• l'abondance et la prétention des matériaux utilisés sa
5 "t"'t)V EV "t"OLÇ XOC"t"OCO"XEUOC",O[LEVO~Ç O"7tOUO't)V, "t"OO"OU"t"Cf [LOCI\I\OV
È:'AéYXE~ "t"a "t"1)ç IjJUX1)ç àxocÀÀ6>mO""t"ov. '0 y~p 7tpaç Éocu"t"av préoccupation de l'aménagement des maisons, plus on
~'Aé7tWV XOCL "t"~V taLOCV lSv-rwç O'LX't)O"~V XOCÀÀW7tL~WV, (f)0""t"E prouve le manque de beauté de son âme 2. Car celui qui
7tO"t"E\ xoc~\ "t"ov
\ 8EOV\ EVO~XOV
" ""~ 8OC~, OCl\l\OCç
OESOCO" ".. EXE~
" \ UI\OCç
"t"ocç ". porte ses regards sur lui-même et embellit ce qui est
vraiment sa demeure, de façon à y accueillir un jour aussi
657 M. È:t: c1v "t"a X<xÀÀOç "t"'ÎÎ "t"O~OCU"t""(l OtX~O"E~ O"UVEpOCVL~E"t"OC~.
Dieu comme hôte, celui-là possède d'autres matériaux
10 oraOC È:yw XpUO"OV "t"Or:ç "t"OLOU"t"O~Ç ~pyOLÇ È:VO""t"LÀ60V"t"OC "t"av
pour contribuer à la beauté d'une telle demeure.
è:x "t"ffiv "t"1)ç ypOCcp1)ç VO't)[L<X-rWV [LE"t"OCÀÀEU6[LEVOV, OraOC
Je sais, moi, que l'or qui brille dans de telles œuvres,
rxpyupov "t"~ 8ELOC My~oc "t"~ 7tE7tUpW[L~VOC, c1v à7tocO""t"p<X7t"t"E~
c'est ce qu'on extrait des pensées de l'Écriture; je sais que
~ ÀOC[L7t't)aWV a~~ "t"1)ç àÀ't)8docç è:xM[L7tOUO"oc. ALewv aè l'argent, c'est celui des paroles divines faites de feu, dont
7tO~XLÀWV OCÙy<xç, È:t: c1v ot "t"E "t"Or:XO~ "t"Ol) "t"OLOU"t"OU VOCOl) la clarté brillante de vérité illumine. Et en concevant les
15 XOC"t"OCXOO"[LOl)V"t"OC~, XOCL "t"1)ç XOC"t"OCO"XEU1)Ç "t"~ È:Mcp't) "t"~ç dispositions variées des vertus comme les éclats de pierres
variées ornant les murs d'un tel temple et les fondements

1. Les manuscrits hésitent sur le terme :EO'l)'It'l'IX~Ç retenu par Alexander


d'après le ms. E (S O'U'I)vt'l'lXtÇ ; A IXlytvhlXtç ; 0P O'otvhlX~ç ; 1" O'oywt'l'lXtç). 2. Opposition attendue entre la richesse extérieure et la misère
PLINE l'ANCIEN, Hist. nat. 36, 13, mentionne la (, pierre thébaine », intérieure. Parallèle chez BASILE, dans l'homélie Contre les riches 1-2 (PC
thebaicus lapis, que l'on trouvait dans la région de Syene en Égypte. 31, 278-283).
204 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 5 205

7tOLxLÀae; 'f:&V &pE'f:&V 3La6tcrELe; vo~crae; oùx &V a[L<xp'f:OLe; de sa construction, tu ne te tromperais pas sur la
'f:OU 'f:~ obd(f 'f:wh'{l 7tpt7tOV'f:Oe; x6cr[Lou. Ka'f:E()'f:optcr6Ul 'f:~ décoration qui convient à cette demeure 1. Que le sol en
tyxpa'f:d(f 'f:a ~3acpoe; 3L' 1je; ~ 'f:'Îje; yYjtvYje; 3LaVoLae; X6VLe; où soit aplani par la maîtrise de soi, par laquelle la poussière
'" ~,
OLOX/\YjcrEL \ oLaL'f:{ù[LEVOV.
'f:OV "" 'H 'f:UlV
~ , 1
OUpaV~UlV
,~ \
E/\7tLe; de la pensée terrestre ne troublera pas celui qui y vit. Que
20 wpa'r:~hUl 'f:aV iSpocpov 7tpae; -Y)V &VaOM7tUlV 'f:éf> 'f:'Îje; y;ux'Îje; l'espérance des biens célestes en embellisse le toit; en
ocp6aÀ[Léf> oùx Et3wÀOLe; X<XÀÀOUe; 3L<X yÀUcpŒUlV [LE[LOpcpUl- levant vers elle l'œil de ton âme, tu ne fixeras pas ton
,
325 A. [LEVOLe;
l' , ,~ ~,
EVa'f:EvLcrELe;, a/\/\ , \ '.1.
au'f:O Xa'f:O'j'EL 'f:0\ 'apXE'f:U7tOV
, regard sur des simulacres de la beauté auxquels les ciseaux
X<XÀÀOe; où xpucréf> 'f:LVL xat œpyopcp 3LYjv6Lcr[LtVOV, œÀÀ'
ont donné forme, mais tu verras l'archétype de la beauté,
!! ,\ 1 ~'6 E'L oE
"'\ XPYj\ qui n'est aucunement paré d'or ni d'argent, mais qui est
U7tEp U7tEp xpucrLQV xaL\ /\~ l"
OV 'f:~[LLOV ... '
Ecr'f:L 7to/\UV.
bien plus précieux qu'un peu d'or ou qu'une pierre. Mais
25 xaL 'f:OV EX 7t/\aXUlV xocr[LOV U7toypa'j'aL 'f:cp /\oycp, EV EV Yj'
\ \ , ... ~, , '.1. ~ ~, "6
, 6apcr~a s'il faut aussi décrire en paroles le décor qui provient du
acp 1
xaL\ "Yj a7ta'6 ELa oLa7t/\axOU'f:Ul
'" ~ , \ o.XOV,
'f:OV ï '
EXEL ~6
EV
6' revêtement, qu'ici l'incorruptibilité et l'impassibilité
Yj, oLxaLocruvYj
'" ,
xaL\ 'f:0\ 'aopy"f)'f:OV
, 1.),"
XOcr[LE~'f:Ul 'f: 'IV OLXYjcrLV, xa
soient le revêtement de la demeure, que là, la justice et la
hEpOV [Ltpoe; ~ 'f:a7tELVocppocrovYj xat 'f:a [Laxp66u[Lov
sérénité ornent l'habitation, que d'une part brillent l'hu-
3LaÀa[L7tt'f:Ul xat xa'f:' &ÀÀo 7t<XÀLV ~ 7tEpt 'f:a 6ELOV
milité et la longanimité, et de l'autre aussi la piété à l'égard
30 EùcrtoELa. II<xv'f:a 3è 'f:aU'f:a 6 xaÀÛe; 'f:EXV('f:Yje; ~ &y<X7tYj du divin. Voilà tous les éléments que le bon artisan, la
Eù6hUle; 7tpae; &ÀÀYjÀa cruvap[Lo~hUl. K&v ÀOU'f:p&v charité, dispose harmonieusement les uns par rapport aux
tm6u[L~e;, ~XELe;, t<xv 6tÀ'{le;, xat Àou'f:pav xa'f:oLxŒLOV xat autres 2. Désires-tu des bains de purification, tu as, si tu le
xpouvoùe; t3LoUe; 3L' &v ~cr'f:L 'f:<xe; xYjÀL3ae; 'f:'Îje; y;uX'Îje; veux, ton bain domestique et tes fontaines personnelles
, '.1.
a7toppu'j'acr 6aL, cp.,."EXEXPYj'f:O xaL\"0 [LEyae; uaoLo A 8\ '"
xa 6' " auxquelles tu peux nettoyer les souillures de l'âme 3.'
grace
35 éx.<Xcr'f:YjV VOx'f:a tV'f:pUcp&V 'f:éf> 'f:OLOO'f:cp ÀOU'f:péf> a. ~'f:OÀOue; Chaque nuit, le grand David lui aussi prenait avec délices
ce bain-là n. Ne mets pas tout ton soin à construire des

5. a. cf. Ps. 6, 7
2. Voir l Cor. 3, 10-12. Sur la supériorité de la charité comme
fondement, commentaire de l Cor. 13 en De inst. christ., GNO VIII, l,
1. Thème symbolique de la demeure spirituelle; voir parallèle en In p. 59, 18 - 60, 17. - L'expression cruvexPf-toy~ e{)!le,<oç désigne, selon L.
Canto IV (GNO VI, p. 109), à propos de Canto l, 17 : « Les poutres de ROBERT (art. cit., p. 105), la pose parfaite des fines plaques de marbre.
nos maisons sont des cèdres, nos lambris sont des cyprès '). A l'arrière- Sur ce passage, voir aussi du même auteur : À travers l'Asie Mineure
plan, les images pauliniennes de l Cor. 3, 10-12. Chez Grégoire, le Paris 1980, chap. IX. '
fondement de l'image est l'affIrmation de l'<xxoÀou!ltex des vertus (voir De 3. Thème ascétique de la purification par les larmes. Textes parallèles
inst. christ., GNO VIII, l, p. 77, 15 -78,8). - Sur la beauté des vertus en In inscr. Ps. (GNO V, p. 191, 26-30) ; De beat. III (GNO VII, 2,
comparées à des pierres précieuses, voir ORIGÈNE, Hom. sur Ézéchiel p. 108), reprenant l'exemple de David. Comparer avec ÉVAGRE, Traité
XIII, 3; Origène appuie son exégèse d'Éz. 28, 13 par une référence au pratique 27, SC 171, trad. A. et C. Guillaumont : « Lorsque nous nous
Pasteur d'HERMAS (Similitude IX, 92). Le thème de la bonne construc- heurtons au démon de l'acédie, alors, avec des larmes, divisons notre ame
tion est repris en homo VII, 3. en deux parties : une qui console et l'autre qui est consolée .')
206 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 5 207

Sè 'r~v 'r~c; ~uX~c; a'roàv um:pe:Œov'rlXc; fL~ <l>puyCouC; 'r~vàc; colonnes phrygiennes ou de porphyre pour soutenir le
~ 7tOp<flUpC'rIXC; 7te:p~e:py~~ou, r1.ÀÀà 'ro Èv 7tIXV'rt &.yIX6<'}l portique de l'âme, mais que la constance et l'immutabilité
a'r~a~fL6v 're: XlXt &.fLe:'rlXxCv'Y)'rov 'r&v uÀ~x&v ~a'rw ao~
en tout bien te soient bien plus précieuses que ces
embellissements matériels. Les images de toutes sortes,
'roo'rwv xIXÀÀw7tLafL~'rwv 7toÀu'r~fL6npov. E'ŒwÀIX S~ 7tIXV-
dessins ou figurines, que les hommes réalisent artifi-
40 'roSIX7tà ~ Èv yplXcpruC; ~ ÈV 7tÀ~afLlXO"~ v, l5alX 7tpOC; fLCfL 'Y)a~ v
cieusement pour reproduire la vérité, la demeure où
'r~C; &.À'Y)6dlXc; S~' &.7t~'r'Y)c; È7tLnxv&v'rlX~ ot &v6pw7to~, ~
abondent les chefs-d'œuvre de la vérité ne les reçoit pas.
326 A. 'rO~IXO'r'Y) OÙ XIX'rIXMXe:'rIX~ 1 o'Cx'Y)a~c; ÈV ~ yéfLe:~ 'rà 'r~C;
Toi qui désires des allées et des promenades, tu as la voie
&.À'Y)6dlXc; &.y~ÀfLlX'rlX. ~p6fLOUC; Sè XlXt 7te:pL7t~'rOUC; È7tL- des commandements. Car la Sagesse parle ainsi : « Je
6UfL&V 'r~V ÈV 'rIXLC; ÈV'rOÀIXLC; ~Xe:~C; S~lXywy~V. O(hw y~p marche dans les chemins de justice, je fréquente les
45 CP'Y)aLV ~ aOcpLIX . « 'Ev OSOLC; S~xlX~oaov'Y)C; 7te:pL7tIX'r& XlXt &.và chemins du droit b .» Qu'il est beau pour l'âme de s'y
, ''1-~ '1-' , , b 'n ~,
fLe:aov oowv o~XIX~WfLlX'rOC; IXvlXa'rpe:cpofLlX~ .» ~,/;C; XIXI\OV mouvoir, de s'y exercer sans cesse, et, après avoir parcouru
,
e:a'r~v
,
e:v 'rOU'rOLC;
, '1- ~
o~lXx~ve:~a IX~
6 XIX~
\ o~lXyufLvlXse:a
'1- 'Y 6IX~ 'r'Y)V
\
de son mouvement le lieu d'un commandement, de revenir
.1.
'j'UX'Y)V
\ \ '1-
XIX~ o~e:/\
~6'
OV'r1X 'rYl
~ ,
xW'Y)ae:~
\ ~ , ~ ~ ,
'rov 'r'Y)C; e:V'"rOI\'Y)C; 'r07tOV au même point, c'est-à-dire qu'ayant rempli le comman-
È7tl. 'ro IXÙ'rO 7t~À~v È7tlXvlXa'rpécpe:~v, 'rou'réa'r~ 7tÀ'Y)p6>alXV'"r1X dement auquel elle s'attache, elle ne se laisse pas décou-
.,l, '1- Y' ,~, ~ \ l.~ \ \ '1-'
50 'r 'jV a7touolXsofLe:v'Y)V IXU'r<}l e:V'rOI\'Y)V 7t(l"I\~V 7tpOC; 'rOV oe:U're:- rager ensuite par la deuxième, la troisième, par la moindre
, \, \ ~ ~ \ ~ , e l '1-' ~ .,l,
pOV 're: XIX~ 'rp~'rOV XIX~ 7tol\l\oa'rov 'r'Y)C; e:uae:ue:LIXC; o~IXUI\OV fL 'j course de la piété 1. Que la droiture morale et la décence
Tà Sè da6S~1X XIXl. 7tpoe:LO"6S~1X X~ÀÀ'Y) ~ 'rou
&' 7tOXlX fLe:LV. de la vie embellissent la beauté des entrées et des
~60uc; xlX'r6p6wa~c; XIXl. ~ e:ùaX'Y)fLoaov'Y) 'rou ~COU XIXÀÀW7tL- vestibules. Celui qui prépare de cette manière sa propre
~hw. '0 'rOU'rOV 'rOV 'rp67tov È;lXax&v dc; X~ÀÀOC; 'r0 maison pour la rendre belle se souciera peu du matériau
55 ÉIXU'rOU olxoMfL'Y)fLlX fL~xpà cppOV'r~e:L 'r~C; y'Y)tv'Y)C; ()À'Y)C;, oùx terrestre, il n'ira pas extraire le minerai, il ne parcourra pas
ÈvoXÀ~ae:~ fLe:'r~ÀÀo~C;, oùx 'IvS~xà 7te:p~ae:~ 7te:My'Y) tVIX 'rà les mers indiennes pour se procurer des défenses d'élé-
'r&V ÈÀe:cp~V'"rWV 6a'rc;. ÈfL7tope:oa'Y)'rIX~, où nxv~'r&v 7te:p~e:p­ phant, il n'achètera pas les curiosités futiles des artisans,
yLIXC; fL~a66>ae:'rIX~ é1v ~ 'réxv'Y) 7tpoalX7tofLéve:~ 'r'ii {)ÀYl' &'ÀÀ'
dont l'art reste attaché à la matière. C'est de sa
0'Cx06e:v g;e:~ 'rOV 7tÀOU'rOV 'rOV 'rIXLC; 'rO~IXO'rIX~C; XIX'rlXaxe:UIXLC;
propre demeure qu'il obtiendra la richesse qui fournit les
matériaux pour de tels aménagements. Et la richesse, c'est
'ràc; {)ÀIXC;' 7tÀOU'rOC; Sé Èa'r~v ~ 7tpOIXLpe:aLC;.
60 XOP'Y)YOUV'"r1X
le choix libre 2.
T'~v Sè 'rOU a6>fLlX'roc; 'rOU lSLOU cpoaw, gwc; &v au~'ii 'r'ii
Il prendra juste assez soin de sa nature corporelle, tant
alXpXL, 'roaou'rov 6e:plX7te:oae:~ l5aov fL ~ a're:p~alX~ 'r&V qu'il vivra dans la chair, pour n'être privé de rien de
&'VIXYXIX(WV 'r~v6c;. Toaou'rov yàp ÉIXU'r<'}l 7te:p~6~ae:~ olxŒLOV nécessaire. Il s'entourera d'une demeure qui suffise à le
327 A. 1 WC; S~1X6~À~IX~ fL6vov, d 'roo'rOU yévo~'ro Xpe:(IX, XIXl.

1. Comme les vertus, les commandements sont soumis à l'&xoÀouf)(cx.


Çrégoire insiste sur la nécessité de les parcourir tous: Dfl virg. XVIII, 1 ;
De beat. VI (GND VII, 2, p. 145).
2. Voir ci-dessus, Introd., chap. VII, sur la liberté de Salomon.
b. Provo 8, 20
208 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 5-6 209

65 XaTaO"XLâO"aL 7tâÀLV, Ihav XaTWppU'(f)TaL Til> <PÀOYfLil> TWV réchauffer si le besoin s'en fait sentir, et qui lui donne aussi
&.XTCVWV Tœ O"WfLaTa, T~V TE TOU LfLaTCOU O"xÉ:Tr;Yjv 7tpOç TOV de l'ombre lorsque les corps sont desséchés par le feu des
"\ Aî l , 1 (.", \
rayons; il apprêtera le vêtement qui le couvre dans le
aUTOV !-,/\E7tWV O"X07tOV XaTaO"XEUaO"EL, wç av TO YUfLVOV
èmxaÀu<p8e:C'f) TOU O"WfLaToç, Où 7tOp<pUpEUTâç TLvaç xaL même but, pour cacher la nudité de son corps, sans aller
xoxxoM<pouç &.va~'f)TWV oùôè TOllÇ pq.ÔWUpYOUVTaç ELÇ
chercher des teinturiers pour obtenir de la pourpre et de
l'écarlate, ni ceux qui maltraitent la nature de l'or pour en
70 v~fLa TOÜ XpuO"COU T~V <pUO"LV, oùôè TOllÇ èx 2:'f)pWV
faire un fil, sans ouvrager les soies des Sères pour
~6fLbuxaç 7tEpLEPya~6fLEvOÇ xaL TO è; aÙTWV v~fLa ôLœ T~Ç transformer le fil qu'on en obtient en un vêtement mêlé
u<paVTLx~ç 7tEpLEpyCaç è0"8~Ta 7tOLWV 7tpOç XPUO"OV xaL d'or et de pourpre, grâce au travail de tissage 1. Et il
, , ,....." 1 ..... \
7top<pupav O"uyxExpafLe:vYjV, TYl TE EmTUXOUO"Yl TpO<pYl TO apaisera le manque de ce qui lui est utile par une
, ~1
EVoEOV ~
T'f)Ç 1
xpELaç 7tapafLU 8YjO"ETaL,
' !'" .1.
xa~pELV EaO"aç 0'YapTU- nourriture de fortune, en donnant congé aux sortilèges
75 TLxœç fLayyave:ClXç. 'Ev OÀLyOÔe:Cq. ôè ôLœ TWV èmTux6vTWV culinaires 2. En servant la chair frugalement avec ce qui se
T'ii O"apxL ÀELToupy~O"aç 7tiXO"av ÉaUTOÜ T~V ~W~V &.va8~O"EL présente, il consacrera toute sa vie au soin de l'âme, en
T'ii T~Ç tjJUX~ç èmfLEÀECq. fLEyaMvwv TO TOU 8EOÜ 7toC'f)fLa, « agrandissant l'ouvrage » de Dieu, et non le « sien propre »,
, , ",~ ("1\ \ "1.
\ )'''),8
", , '
OUXL TO WWV, wç av fL'f) xaL aUToç ELÇ avrJ.yx'f)v E/\ OL 7tOTE pour ne pas devoir lui aussi en venir à avouer publique-
~,
TOU TYjV fLaTaLav
1 ~ ,
oL
'1:' l '" 1
EsayopEUO"EWÇ O'f)fLOO"LEUELV O"7tOuoYjV,
~I ment la vanité de ses occupations, comme nous l'appre-
80 xa8wç vuv fLEfLa8~xafLEV 7tapœ TOU EL7t6noç IhL « 'EfLE-
nons maintenant de celui qui dit: « J'ai agrandi mon
ouvrage C» - non cet ouvrage de Dieu qu'il était lui-
yâÀuva 7tOC'f)fLâ fLOU C », où TO TOU 8EOÜ, 87tEp ~V aÙT6ç,
même, mais le sien propre 3, sa demeure de chair, car il
&'ÀM TO ÉaUTOÜ, 87tEp ~V TO T~Ç O"apx6ç èVÔLaCT'f)fLa, où
s'est adonné aux désirs vains au lieu de se limiter au
TIX!.'Ç xpe:CaLç 6pL~6fLEVOV &'ÀÀœ Ta!.'ç fLaTaCaLç èm8ufLCaLç
nécessaire.
O"UfL7tÀaTuv6fLEVOV.
Deuxième faute: 6. Et le texte ajoute à ces paroles
6. IIpoO"TceYjO"L ôè TOUTOLÇ 6 Myoç xaL lY.ÀÀou 7tpâYfLa- le vin et ses méfaits l'aveu d'une autre action aussi,
TOÇ è;ay6pEuO"W, 87tEp TLÇ T~Ç TE TWV VO'f)fLâTWV 7tapa<po-
dont on pourrait dire sans se trom-
per qu'elle est à l'origine de la folie des pensées et de l'éga-
piXç XiX.L T~Ç èx TOÜ xa8e:O"TWTOÇ èxO"TâO"EWÇ &.pX~yovov
rement loin de ce qui est stable. Il s'agit de la ruine de la
Àéywv oùx &v <XfLâpTOL. TOUTO ô~ èO"'t"LV ~ èx TOU o'CVOU

(Pauvreté économique et pauvreté sociale, p. 123), qui analyse les


symboles utilisés par la prédication de cette période, « le vêtement de soie,
c. Eccl. 2, 4a rehaussé d'or ou de broderies, ou encore uni, est le propre du riche, le
superflu dont se dépouillent les héros des histoires ascétiques ,). Mais ce
thème de la morale chrétienne a des antécédents évidents dans la morale
1. Topos de la prédication pour encourager la simplicité du vêtement. cynique (voir les textes cités par M.-O. GOULET, L'ascèse cynique, Paris
Voir CLÉMENT, Pédagogue II, 106-115. Les soies des Sères sont aussi 1986, p. 57-66).
vantées par BASILE, à l'occasion d'une description du ver à soie qui doit 2. La modération dans la nourriture va de pair avec la simplicité du
donner à ses lecteurs « une claire idée de la résurrection ,) (Hom. sur vêtement: voir PHILON, De vita contemplativa 74.
l'Hexaéméron, VIII, 8, 79A, SC 26 bis, p. 472-473). Pour É. PATLAGEAN 3. Voir ci-dessus, p. 196, n. 1.
210 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 6 211

pensée sous l'effet du vin. En effet, après avoir dit: « J'ai


agrandi mon ouvrage» et : « J'ai construit pour moi des
demeures a », il ajoute : « J'ai planté pour moi des
vignes b» ; comme il arrive communément, le « j'ai agran-
di » porte évidemment aussi sur ce qui est dénombré dans
la suite; il donne donc à penser, par là, que même la
plantation de vignes dépasse les besoins, parce qu'elle est
« agrandie ». « J'ai planté pour moi des vignes », ce qui
équivaut à dire: J'ai préparé pour le feu les matériaux avec
lesquels j'ai augmenté la flamme des plaisirs, ou : J'ai
enseveli mon esprit profondément, en déposant l'ivresse
sur la pensée comme de la terre pour une sépulture. « J'ai
planté pour moi des vignes », je n'ai pas été rendu sage,
dit-il, par le récit de la folie de Noé cl: une telle plantation,
en le dévêtant de la parure de la décence, l'a montré
pitoyable et risible à la fois à ceux qui le voyaient. Car de
la part des plus bienveillants de ses enfants, son indécence
parut mériter la pitié, mais chez celui qui était follement
présomptueux et qui n'était pas encore éduqué 2, le
spectacle de l'ivresse provoque le rire. C'est une longue
liste de passions qu'embrasse la confession de la plantation
des vignes : le nombre et la variété des passions nées du
vin, le texte les contient tous en puissance 3.
Qui au monde ne sait en effet que le vin, lorsqu'on en
boit sans mesure plus qu'il n'est besoin, enflamme l'in-

6. a. Eccl. 2, 4a-b b. Eccl. 2, 4c c. cf. Gen. 9, 20


eùcrX'I)(J.ocrO'l'l)ç &7toyu(J.'Iwcroccroc, Grégoire connaît-il la divergence pour
Gen. 9, 22 entre la LXX qui utilise yOIL'Iwcrtç et Aquila et Symmaque qui
1. Le thème de l'ivresse de Noé est largement développé par PHILON traduisent &crX'I)lLocro'l'l) (indécence)? Voir Bible d'Alexandrie, Genèse,
dans toute la deuxième partie du De plantatione (139-148), puis au début Paris 1986.
du De ebrietate (1-13) ; sur l'histoire de Lot, voir De ebrietate 154-166. Le 2. En Gen. 9, 24, Cham est seulement désigné comme le « fils le plus
vin est symbole « de la divagation et du délire, de la stupidité totale du jeune » de Noé ('IE6't'EPOÇ) ; PHILON donne une interprétation allégorique
désir insatiable » (ibid. 4). - 'EmykÀoccr't'oç : l'adjectif rappelle que Cham de la jeunesse de Cham (Quaest. in Gen. II, 74).
est présenté comme celui qui a ri de son père (PHILON, Quaestiones in 3. Lieu commun de la littérature patristique : voir JEAN CHRYSOS-
Genesim II, 71; De sobrietate 6). - En employant l'expression TOME, Hom. sur la Genèse XXIX.
212 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 6 213

tempérance, mène le chœur des plaisirs, ruine la jeunesse,


rend indécente la vieillesse, déshonore les femmes, provo-
que la folie, mène à la déraison, détruit l'âme, met à mort
la pensée, aliène la vertu? Sous son effet, les rires sans
raison, les lamentations sans cause, les larmes spontanées,
l'orgueil sans fondement, l'impudence dans le mensonge,
le désir de ce qui est néant, l'espoir de ce qui est
impossible, la menace démesurée, la crainte sans raison,
l'insensibilité à ce qui est vraiment à craindre, le soupçon
sans cause, la bonté sans raison, la promesse des choses
impossibles. Passons sur le reste, l'assoupissement
inconvenant, la tête lourde et inerte, l'indécence qui suit
l'excès démesuré de vin, le relâchement des articulations,
le fléchissement du cou qui ne se tient plus droit sur les
épaules, car l'humidité donnée par le vin relâche le muscle
du cou. Qu'est-ce qui a produit la souillure illégale de
l'inceste l ? Qu'est-ce qui a soustrait à Lot la pensée de ce
qui s'était passé, lui qui a osé commettre le sacrilège et a
ignoré ce qu'il avait osé faire d ? Qui a inventé comme dans
une énigme le nom étrange de ces enfants? Comment les
mères d'un enfantement sacrilège sont-elles devenues les
sœurs de leurs propres enfants? Comment les enfants
ont-ils eu le même homme pour père et pour grand-père?
Quel est-il, celui qui par sa transgression introduit la
confusion dans la nature? N'est-ce pas le vin qui, dépas-
sant la mesure, a produit cette tragédie incroyable 2 ?

est figure de la Loi et ses filles figures du peuple charnel. Grégoire s'en
d. cf. Gen. 19, 30-38 tient à l'interprétation morale qui condamne les personnages du récit
biblique.
1. 0UyiX-rpO(J.L1;tiX: un papyrus du ne s. de notre ère atteste l'emploi du 2. Malgré l'emploi des mots -rpiXycpll(iX et -rpiXyLXOV Ih~y1j(J.iX, il parait
mot dans la langue courante (d'après LSI, s.v.). - L'inceste de Lot est difficile de voir dans ces lignes, comme le suggère P. ALEXANDER (GNO
présenté par ORIGÈNE (Traité des principes IV, 2, 2) comme une des V, p. 329) une allusion à l'histoire d'Œdipe. Tout le passage est une
(, difficultés mystérieuses de l'Écriture », de même que les deux épouses condamnation de Lot, à la lumière de l'aveu de Salomon. La mention de
d'Abraham ou les différentes épouses de Jacob. Il en donne une Sodome dans la suite du paragraphe souligne que l'on n'est pas sorti du
interprétation allégorique dans l'une des Hom. sur la Genèse (V, 3-6) : Lot contexte biblique.
214 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 6-7 215

xev; Où [LÉ:0't) ,,;ov ,,;owihov [LuOOV ,,;'il lmopl~ O"uvÉ:7tÀaO"ev, N'est-ce pas l'ivresse qui a ajouté à l'histoire un tel récit,
330 A. 1 8ç ,,;a~ç l)7tep6oÀa~ç xat ";OÙç iSv,,;wç [LÙOOUç 7tapÉ:pxe,,;a~ ; qui va au-delà même des récits authentiques par ses
55 « 'E7t6,,;~O"av yap, cp't)O"lv, oIvov ";OV €aU";WV 7ta,,;É:pa e », xat outrances? En effet, le texte dit: « Elles firent boire du vin
o{hwç aù,,;il> ,,;~ç ~~avo(aç È~wO"OelO"'t)ç tmO ";ou otvou à leur père e », et ainsi, lorsque le vin eut chassé sa faculté
XaOa7tep [Lav(~ ,,;~vt xa'rex6[LeVoç ";0 ,,;pay~xov ";ou";O de penser, comme possédé par quelque folie, il laissa ce
'" , - p,l " ',1 ,,-
o~'t)y't)[La ,,;cp I-'~cp Xa,,;el\L7teV, eXXl\a7te~O"'t)ç 7tapa ";ov ";ou
récit tragique de sa vie, l'ivresse lui ôtant toute sensation
au moment du sacrilège f. Oh! quel mal que ces femmes
&youç xa~pov tmO ,,;~ç [LÉ:O't)ç aù,,;il> ,,;~ç atO"O~O"ewç f. ''0
ayant emporté avec elles le vin des réserves de Sodome!
60 xaxwç ";wv ~o~o[Lmxwv <X7toOÉ:,,;wv al yuva'i.'xeç Èxe~va~
Oh! le mauvais souhait qu'elles ont porté à l'honneur de
' îo.vov
";ov ' [Le 0" eau,,;wv
- ,exxo[L~O"aO"a~.
, "n .,), ,
;!,.!: xaX'jV cp~I\O";'t)-
leur père en versant le vin du cratère funeste! Comme il
O"lrxv Èx 7tov't)pou xprx,,;~poç ,,;il> 7trx,,;pt 7trxpeyXÉ:('f.(ja~. 'Oç
eût mieux valu qu'avec tout, le vin aussi fût détruit à
7toM y€ &[Lewov ~v [Le,,;o: 7tav,,;wv x<xxe~vov ,,;ov oIvov Èv
Sodome avant de devenir te chorège d'une telle tragédie!
~oa6[Lo~ç xrx,,;acpOrxp~vrx~ 7tptv ,,;~ç ,,;o~aù";'t)ç ,,;prxycp~(rxç
65 xop't)yov yevÉ:O"Orx~. 7. Et puisque de tels exemples existent et que de si
grands maux nés chaque jour du vin surviennent dans la
7. Krxt ,,;owù,,;wv iSv,,;wv l)7tO~e~y[La,,;wv xrxt ,,;oO"Où,,;wv vie, celui qui confesse publiquement sa vie sans honte dit
xa6' €xcÎcr't'l1v ~flépC(v 't'wv
A' \....
ex'TOÜ o'L'Jou xaxwv €f1.'cpuo- qu'il a aussi fait cette action : non seulement il a
1 ~ 1 \
[Levwv ,,;cp I-'~cp, xa~ ";ou";o 7te7to~'t)xeva~ CP't)O"~v 0 rxve-
«: ,
effectivement pris du vin, mais il a veillé à se procurer en
,
7trxwxuv,,;wç ""
o~a -
";'t)ç '!: '
esrxyopeuO"ewç " €au,,;ou
";0 - o"";'t)/\~,,;euwv,
, ' abondance un tel bien. « J'ai planté pour moi des vignes a»,
5 ";0 [L~ [L6vov ,,;il> iSvn xexp~O"Oa~ o'{vcp, <xÀÀ' l57twç &v xat
dit-il, ce dont n'aurait pas eu besoin la vraie vigne, celle
7tÀeovaO"e~ev ~ ";ou ,,;owù,,;ou X";~[Lrx,,;oç xop't)y(rx 7tpovo't)O~­ qui est prospère, une vigne spirituelle l, florissante et
va~. « 'Ecpù,,;wO"rx yap [Lo~, CP't) 0" (v , <X[L7teÀwvrxç a», <1v OÙX
épaisse, où s'enchevêtrent les rameaux de la vie et les
boucles de la charité pour qu'elles soient de même souche.
&V ~e't)Od't) 0 rxù,,;oç &[L7t€Àoç eùO't)vouO"a yw6[L€voç,
Elle se pare, au lieu de feuilles, de la décence des mœurs
&[L7teÀoç 7tveu[Lanx~, eùOrxÀ~ç 're xat <X[Lcp~Àacp~ç, ,,;o~ç ";ou
qui nourrit la grappe de la vertu pour la rendre mûre et
10 ~lou xÀa~mç xat ,,;a'i.'ç <xya7t't),,;~xa~ç ~À~~~ ~~a7tÀexo[LÉ:v't)
7tpOç ";0 o[L6cpuÀov, xrxt XO[LwO"a [LÈ:v <XV,,;t CPÙÀÀwv ,,;'il
eùO"x't)[LoO"ÙvYl ";wv ,,;p67twv, ~~ùv ~È: xrxt 7tÉ:7te~pov ";OV ,,;~ç 1. Après le De ebrietate et le De sobrietate de Philon, le thème de la
331 A. <xpe,,;~ç ~6,,;puv 1 Èx,,;pÉ:cpouO"rx. '0 ,,;au,,;rx ÈV ,,;'il t~(~ (, s?bre ivresse .) est devenu un des leit-motiv de la littérature patristique;
VOlr H. LEWY, Sobria ebrietas. Untersuchungen zur Geschichte der alten
Mystik, Giessen 1929; chez Grégoire, voir J. DANIÉLOU, Platonisme,
p. 274-284. - L'image de la vigne spirituelle est plusieurs fois reprises
en In Canto (IV, GND VI, p. 119, 12 -121-5 ; V, p. 156, 14 - 157, 4;
X, p. 308, 5 - 311, 7). Le texte de l'homélie X commente l'exhortation
de Canto 5. 1 : (, Mangez, ariris,- 'buvez, enivrez-vous, mes frères! », et
Grégoire donne David, Paul et Pierre comme exemples de (, sobre
e. Gen. 19, 33 f. cf. Gen. 19, 33-35 ivresse ') .. Dans notre passage, l'expression b OdlT6ç ,xfL7tEÀOÇ, écho de
7. a. Eccl. 2, 4c l'affirmatiOn johannique (ln 15, 1), introduit l'exégèse spirituelle.
216 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 7-8 217

661 M. xa"t'a<pu"t'e:UWV ~Ux:?i XaL ye:Wpy&V otvov "t'OV « "t'-f)V xap8Cav agréable. L'homme qui plante cela dans sa propre âme,
15 e:U<ppaLVOv"t'a » xaL, « '
, 1 b Y' "~ ~ c
e:pya~o[Le:voç "t'"IJV e:au"t'ou yYjv » cultive le vin qui « réjouit le cœur b» et il « travaille sa
xa"t'à "t'-f)V 7tapOL[LLW8Yj <pWV~V, wç 6 't'~ç 't'oLau"t'Yjç ye:wp- propre terre C », selon la parole des Proverbes. Comme le
yLaç &7taL't'E:L v6[Loç, otov7te:pd crx&'ÀÀwv 't'OLÇ ÀOyLcr[LOLÇ 't'ov demande la loi d'une telle culture, il sarcle pour ainsi dire
~Cov xaL 't'à v66a "t'&V 7tapa<puo[Lévwv 't'aLç 't'&V &pe:'t'&v sa vie par ses raisonnements, il arrache les mauvaises
pousses aux racines des vertus, il arrose son âme de
pL~aLç Èx't'LÀÀWV, È7t&.p8wv 8È 't'OLÇ [La6~[LacrL 't'-f)v ~UX-f)V
connaissances et taille à la faux 1 du discours critique le
20 XaL 't''il 8pe:7t&.v1) "t'oG XpL"t'LXOG Myou 7te:pLX67t't'wV 't'-f)V dç
~ mouvement qui porte la pensée vers le superflu et l'inutile.
't'a, 7te:pL"t''t'a" xaL avovYj't'a
, ,
't'Yjç '" l '
oLaVOLaç ,
<popav, [LaxapLcr't'oç
Bienheureux serait l'homme qui ferait une telle culture,
&v e:'LYj "t'~ç ye:wpyLaç oihoç "t'<Jl "t'~ç cro<pCaç xpa"t'~pL d "t'OV
pressant dans la coupe de la sagesse d2 la grappe qu'il
É:au't'oG ~6't'puv ÈV6ÀLt)WV. aurait lui-même fait pousser!
8• 'AÀÀ " ou 1
yLVWcrXe:L \
"t'YjV 1
't'OLau't'YjV 1
<pU"t'oupyLav 0( 7tpOç
\ . d'
Le S Jar ms et
8. Mais il ne connaît pas un tel
. d'
, ~ t-'/\e:7tWV
"t'YjV yYjV (J,~' xaL"'l:" ~'Y'
't'a e:~ aU't'Yjç acr7ta~o[Le:voç. IPOcr"t'L-
I' l'unique Jardin Jar mage, cel" UI qUI regar de vers la terre
[j , , ,~,
vYjaL yap "t'ou"t'mç 't'a "t'WV xYj7tWV "t'e: xaL 7tapaoe:Lcrwv
''''1 a
"t'ou
~ et chérit les fruits qu'elle porte. Le texte
ajoute en effet aux vignobles les beautés des potagers et des
7tÀOU"t'OU ÈyxaÀÀW7tCcr[La"t'a. TLç xpe:Ca 7tapa8dcrwv 7toÀÀ&V
jardins a, qui appartiennent à l'homme riche. Quel besoin
~ 7tpOç
5 "t'CP , "t'OV
'" e:va 7tapaoe:Lcrov
'''' (J,~'
t-'/\e:7tOV"t'L; TILÇ oe:
"" [LOL Yj" e:x
a-t-il de beaucoup de jardins, celui qui regarde vers
X~7tOU i:\VYjaLÇ "t'oG "t'à À&.xava <puov't'oç, "t'-f)v "t'&V &cr6e:- l'unique Jardin 3? Quel avantage pour moi à avoir un
,
VOUV"t'WV ' E "L e:v "t'cP~"e:VL 7tapaoe:Lcrcp
"t'pO<pYjV; '" l "Yj[LYjV, OUX
'1\a.V potager qui produise des légumes, la nourriture des
dç 7toÀÀ&v 7tapa8dcrwv Èm6u[LCav 8 Le:Xe:6[LYjV. Et Èv uydq. malades? Si je demeurais dans l'unique Jardin, je ne me
't'-f)v ~uX-f)v 8L~yOV, wç Mvacr6aL "t'~ç cr"t'e:ppo"t'épaç [Le:"t'éXe:w disperserais pas dans le désir de nombreux jardins. Si je
~ '1\' ~~, ,~, ,
10 "t'P0<pYjç, oux a.V e:v "t'OLÇ /\axavmç a7tYjcrxo/\OU[LYjV, xYj7te:UWV conduisais sainement mon âme pour pouvoir prendre part
, ~, ,~~ ~ ~'[j l ' b 'A~~'
e:[Lau"t'cp "t'YjV xa"t'a/\/\ Yj/\OV "t'1) acrve:ve:Lq. "t'pO<pYjV. /\/\ à une nourriture plus consistante, je ne me serais pas
occupé de légumes, en cultivant pour moi-même la
b. Sir. 40, 20 _c. Provo 12, 11 d. cf. Provo 9, 2
8. a. cf. Eccl. 2, 5a b. cf. Rom. 14, 2 nourriture qui convient à la maladie M. Mais une fois que
1. La richesse du vocabulaire de l'agriculture employé ici rappelle
l'analogie développée par PHILON entre l'agriculture et la (, culture ,) de
l'âme (De agricultura 8-19). nourritures en V. Moys. II, 140. Mais une allusion polémique n'est
2. Même image en In Canto IV (GND VI, p. 119, 19). peut-être pas absente dans notre passage: dans le traité De l'abstinence
3. Le terme 7totp&:8ELO'QÇ en Eccl. 2, 5 rappelle l'emploi du même mot de Porphyre, de peu postérieur à son traité Contre les Chrétiens de 270
en Gen. 2, 8, alors que l'hébreu ne permet pas un tel rapprochement. En (d'après J. Bouffartigue), la pratique d'une nourriture végétarienne est
commentant Eccl. 3, 2b (, moment pour planter »), Grégoire cite une condition nécessaire du salut. PORPHYRE donne un fondement
intégralement le verset de la Genèse en l'associant à l'image paulinienne mythique à sa position en s'appuyant sur le témoignage de Théophraste:
de l Cor. 3,9 (hom. VI, 6, 6-8). De façon semblable ici, la fin de la phrase les anciens Égyptiens ne sacrifiaient aux dieux que (, de petits végétaux,
suivante, avec la mention des (' légumes ,), suggère une double allusion à comme si les hommes cueillaient de leurs mains le premier duvet de la
Gen. 9, 3 et à Rom. 14, 2. nature féconde» (De l'abstinence II, 5, 2, trad. Bouffartigue et Patillon,
4. Comme ORIGÈNE dans ses Homélies sur l'Exode (VII, 5, 48 et 8, 32, CUF). Voir aussi le (, paradis végétarien» selon BASILE (Sur l'origine de
SC 321), Grégoire reprend la distinction de Paul entre les différentes l'homme II, 6, SC 160).
218 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 8 219

bte:~o~ &mx; O"uve:~O"~Àee: f.Lèv ~ TpU<p~ T~ XpdCf, 7tap~Àee: la volupté s'est introduite dans le besoin et que le désir a
332 A. Oe:
"" TOUÇ
' 1UpOUç
' ' ~ 'Y") e:m
(WT'Y)Ç uf.L~a, e
'1 f.Le:Ta" ,e:V TO~Ç
T'Y)V ~" O~XO~ç dépassé les limites de ce besoin, après avoir pourvu à la
7tOÀu,réÀe:~av XaL T~V tl7thlp6<p~ov T&V f.LaTa(hlV Oa7tOCv'Y)v magnificence des maisons et à la dépense en vains objets
, ",' e ' ""
J .xa~
15 TOTe: xa~ T'Y)V u7ta~ pOV e:7t~T'Y)Oe:Ue:~ TPU<P'IV ~
. ' 't"1l 't"OU~ pour l'intérieur, il s'occupe alors aussi de la volupté à
OCÉpOç <pOO"e:~ 7tpOç 't"~V 't"&V ~OOV&V U7t'Y)pe:O"LaV O"uyXÉXP'Y)- l'extérieur et utilise la nature de l'air au service de ses
't"a~. ~Évopa y~p atm'J} o~~ ye:hlpyLaç È1t~'t"'Y)oe:oe:'t"a~ OCe:~eaÀ~ plaisirs. Il s'occupe en effet à cultiver pour lui des arbres
't"e: XaL oacrÉa XaL OCV't"L op6<pou 't"C}> &.ép~ YLV6f.Le:va, rva XaL toujours verts, épais, qui procurent comme une toiture en
()7ta~epOç ~ç èv 0'{X0 't"pU<p<{l'Y), xa~ 7tanOOa7taLç 7t6a~ç o~~
plein air, afin d'avoir de la volupté à l'extérieur aussi bien
que chez lui, et toutes sortes de prairies, grâce à l'art des
20 't"~ç 't"&V x'Y)7te:U6nhlV 't"ÉXV'Y)ç ~ èm<pocve:~a 't"~ç y~ç
jardiniers, habillent la surface du sol; ainsi, de tous côtés
OCf.L<p~Évvu't"a~ &O"Te: 7tanax6ee:v ~oÉa 7tOCna 't"C}> O<peaÀf.LC}>
1 ' , "1\ 1 . ' (J. ... ' des spectacles agréables tombent sous le regard de celui
7tp 0 O"7tL7t't"e:LV , e:<p 07te:p a,V 7te:p~ayor.Y7l 't"0 t-'1\e:f.L f.L a , xa~, O~a
'" ,
qui se promène 1, et on vit toujours au milieu de réalités
7tav't'oç èv TOLÇ xa't"aeUf.LLO~Ç e:Iva~ xa1. ~ÀÉ7te:~V èv ÉxOCO"'t"1l
..... " If \ (, ~ fI 6' ~ , désirables, on voit en chaque saison de l'année ce qui est
't"ou e:'t"ouç hlPCf 't'a U7te:p 't" 'IV hlpav, 7t av e:v Xe:~f.LhlV~ xa~
hors de saison, une prairie en hiver et des fleurs avant la
25 &ve'Y) 7tp6hlpa xaL 't"~V ocvaoe:vopOUf.LÉv'Y)V &f.L7te:ÀOV 't"~V 't"OLÇ saison, et la vigne qui monte aux arbres, entremêlant ses
OCÀÀOTpLO~Ç x"AOCOQLç TOÙÇ LOLOUÇ èvo~a7tÀÉxouO"av xaL 't"~ç propres rameaux à ceux des autres arbres, et les entrela-
yÀa<pup~ç 't"OU x~O"O"OU 7tpOç 't"~ oÉvopa 7te:pL7tÀox~ç l)O"a n cements délicats de lierre aux arbres, et toutes les espèces
ai) xap7t&v e:'lO'Y)
1 fJ. 'Y
è;È't"e:poye:v&v OCÀÀ~ÀQLç f.L~yv0f.Le:va 't"~v
.... ,,'\!!> ,...., \ , 1
de fruits qui, mêlés les uns aux autres alors qu'ils sont de
<puo"~v t-'~a",e:'t"a~, 't'0 e:~oe:~ 't"e: xa~ 't"1l ye:uO"e:~ TO e:7taf.L<po't"e:p~- souches différentes, contraignent la nature, révélant par
30 ~ov èmO"'Y)f.LaLvona, ~ç ocf.L<p6npa e:rva~ OOXe:LV, &7te:p &.v èx leur aspect et par leur goût leur double origine, car ils
T~Ç 't"&v È't"e:po<pu&v O"uyXpOCO"e:hlÇ yÉv'Y)'t"a~. llocv't"a 't"au't"a semblent être deux fruits à la fois, à la suite du mélange de
xa1. e:'{ 't"~ &ÀÀO èv 't"OLÇ <pU't'OLÇ È;e:upe:v ~ 't"ÉXv'Y) ~~aO"af.LÉv'Y) deux plants. Voilà entre autres tout ce que l'art contrai-
gnant la nature peut inventer dans le domaine des plantes.
't"~v <pOO"LV, &. ~ xpda f.Lèv 't"~ç ~hl~Ç oùx È~~'t''Y)O"e:v,
, y ~ "" (, "" , 1
e:m",'Y)'t"e:~ oe: 'Y) a7ta~oayhly'Y)'t"OÇ e:m Uf.LLa.
e Ce n'est pas le besoin qui recherche ces inventions, mais le
désir lorsqu'il est sans guide.

l'art» (§ 11), les « sarments de vigne» qui se mêlent à des rosiers, une
pièce d'eau, et le même vocabulaire architectural. Beauté naturelle et
1. Si la description d'un tel jardin relève encore de l'usage rhétorique beauté artificielle se confondent: « (... ) même la disposition des plantes
de l'ekphrasis, les recoupements avec des paysages réels décrits par et l'harmonieux tableau qui en résulte - en vérité un chef-d'œuvre de
Grégoire dans sa lettre XX suggèrent que son discours n'est pas de pure peintre plutôt que d'horticulteur, tant la nature s'est conformée avec
fiction. Il s'agit dans la lettre du bourg de Ouanôta, aujourd'hui Avanos docilité au désir de ceux qui ont disposé cela - , je crois qu'il n'est pas
près de Nysse, d'après P. Maraval; Grégoire en vante le site et les possible de les représenter par des mots» (Ep. XX, 12, trad. P. Maraval,
habitations somptueuses. On y retrouve le thème de « la nature forcée par SC 363).
220 SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE III, 9 221

9. TcdJ't"œ èv 't"n 't"(j)V X~7tüJv 't"e xœt 7tœpœ8dcrüJv La source des vertus 9. Voilà où conduit le goût des
., 1 a 1 ~ Cl. ( \, ~ '1:' ,.,' potagers et des jardins n, dit celui
333 A. <p~l\o't"exvLCf yeyevYjcrvœ~ 0 't"œ eœu't"ou ec"œyopwüJv I\eye~.

'0 y<xp d7tû)V (h~ « 'E<puTEucrœ 7tav çUÀov xœp7toi) b » 't"n qui confesse ses actions. Car celui qui dit: « J'ai planté tout
.. b ...
7tep~ÀYj7t't"~xn 't"œu't"'{) <püJvn 't"o f1.Yj8È:v èÀÀeÀomévœ~ 't"NV
al'bre f rUltler » montre en meme temps par cette parole,
où il utilise un singulier collectif, qu'il n'a laissé de côté
5 't"OWU't"üJV cruveve8dçœ't"0. Ehœ f1.e't"<X 't"~V 't"pu<p~v 't"~V
aucun fruit. Puis, après avoir accompagné sa volupté à
tS7tœ~6p6v TE xœt t)7tüJp6<pwv où8È: 't"o tS8üJp &cruv't"eÀÈ:ç 7tPOç
l'extérieur comme à l'intérieur de chez lui, même l'eau
't"~V 't"NV ~80VNV cruve~cr<pop<xv xœ't"œÀd7te't"œ~, wç 8éov n'est pas laissée inemployée et contribue à ses plaisirs,
7tacr~v èV't"pu<pav 't"OLÇ cr't"OLXdo~ç, 't"n yn 8~<x 't"NV o'lxüJv, 't"0 dans la pensée qu'il convient de se délecter de tous les
&ép~ 8~<x 't"NV Mv8püJv, 't"0 tS8œ't"~ 8~<x 't"'Îjç xe~p07tOL~'t"OU éléments, de la terre par les maisons, de l'air par les arbres,
10 6œMcrcrYjç. "Ivœ y<xp xœt ~ 't"oi) tS8œ't"oç ()tj;~ç è<pYjMv'{) 't"NV de l'eau par la mer, une mer faite de main d'homme. Pour
, ~
Cl.., .}, , 1_ ., , \ ,'<:- , ., ,
664 M. o<pvœl\f1.üJv 't" 'jV œmx.'t"Yjv, 1\~f1.VYj 't"o eoœ<poç yLVe't"œ~, XUXI\O- que la vue de l'eau adoucisse l'illusion des yeux, le sol pavé
6ev 7tepw~x080f1.Yj6év't"oç 't"oi) tS8œ't"oç, wç &v xœt ~ V'Îjç~ç devient un étang, l'eau entoure le tour de la maison, en
~80v~v <pépOL 't"OLÇ <pœ~8puvof1.évOLÇ 't"<X crWf1.œ't"œ xœt 't"o sorte que ceux qui se baignent aient même le plaisir de la
, , , Cl. , \ <:- , 'Y natation, et que le flot jaillissant permette une meilleure
œ7toppeOV euœvvecr't"epouç 't"ouç 7tœpœoe~crouç xœ't"œcrxeuœ",o~,
15 7tœnœxn 7tPOç 't"<xç xpdœç 't"NV &p80f1.évüJV xœ't"œcrx~~6f1.e­ floraison des jardins, car il se divise et sert partout aux
besoins de l'arrosage. « J'ai fait pour moi des bassins d'eau,
VOV. « 'E7tOLYjcrœ yap f1.0~, <PYjcrL, xOÀuf1.o~6pœç uM't"üJv, 't"oi)
dit-il, et j'arrose grâce à eux les arbres qui font germer une
7to't"Lcrœ~ &7t' œÙ't"NV 8puf1.0v ~Àœcr't"NV't"œ çUÀœ c. » EL 8é f1.0~
forêt c.» Mais si j'avais en moi la source du Jardin 1,
1)v ~ 't"oi) 7tœpœ8eLcrou 7tYjy~, 't"ou't"écr't"~v ~ 't"NV &pe't"NV c'est-à-dire l'enseignement des vertus, grâce auquel la
8~8œcrxœÀLœ, 8~' 1)ç (; 't"'Îjç tj;uX'Îjç œÙXf1.oç è8pocrL~e't"0, sécheresse de l'âme serait imprégnée de rosée, j'aurais
20 u7tepeL80v &v 't"NV yYjLVüJV uM't"üJV cI:Jv 7tp6crxœ~poç f1.È:V ~ méprisé les eaux terrestres, dont la jouissance est donnée
&7t6Àœucr~ç, 7tœp08~x~ 8È: ~ <pucr~ç. Oùxoi)v &f1.eLVov &v e'lYj en son temps, mais dont la nature est transitoire. Il
't"'Îjç 6dœç 7tYjy'Îjç 8~' 1)ç œL &pe't"œt 't"'Îjç tj;UX'Îjç h<puoV't"œL 't"e vaudrait donc mieux, pour la source divine par laquelle les
334 A. xœt &p80v't"œ~ ~pœxe!:œv &7t6ppo~œv Éœu't"oLç 1 oxe't"Yjy'Îjcrœ~, vertus de l'âme naissent et sont désaltérées, que son flot
wç &v 't"o 't"NV &yœ6Nv èm't"Yj8euf1.(hüJv &Àcroç èv 't"œLç rapide soit canalisé pour les vertus elles-mêmes, afin que le
25 tj;uxœ'Lç ~f1.NV 6aÀÀo~, 8~<x 't"oi) XUpLOU ~f1.NV 'IYjcroi) bois sacré des bonnes actions fleurisse dans nos âmes, par
notre Seigneur Jésus-Christ à qui est la gloire pour les
Xp~cr't"oi), <;:> ~ Mçœ dç 't"oùç œtNvœç. 'Af1.~v.
siècles. Amen.

1. Sur cette interprétation allégorique de l'Éden et des fleuves du


paradis, voir PHILON, Leg. aU. I, 63-87 ; l'interprétation philonienne est
9. a. cf. Eccl. 2, Sa b. Eccl. 2, Sb c. Eccl. 2, 6. largement reprise par AMBROISE, De paradiso 3, 14-18.
HOMÉLIE IV

(Eccl. 2, 7-11)

(1) Aveu plus grave encore aux yeux de l'ecclésiaste : sa


richesse lui a permis d'avoir des esclaves, de soumettre au joug
de sa domination ceux qui sont comme lui à l'image de Dieu.
(2) Cette richesse elle-même, l'or, quelque forme qu'elle prenne,
n'est qu'une vaine satisfaction, (3) et le prêt à intérêt ne donne
que de mauvais fruits. (4) Là se justifie l'affirmation de Paul:
« L'amour de l'argent est la racine de tous les maux .» (5) Ainsi
s'étendent les méfaits des passions, et il faut se méfier d'elles et
les combattre comme le serpent de la Genèse.
OMIAIA Il. , HOMÉLIE IV

1. "Kn ~fL!:v 0 'r~ç &~ofLOÀOy~crEWÇ 'r67toç 7tCXPCXXCX-réXEL


Scandale 1. C'est encore le sujet de la confession
'rov Myov. lIav'rcx y~p crXE80v XCX6E1;~ç ~LE1;~PXE'rCXL 0 'r~
de l'esclavage qui retient notre texte. En effet, l'ecclé-
Écxu'rou ~L'Y)youfLEvoÇ ~L' (l)v 'rwv xcx'r~ 'rov ~lov 'rOU'rov
siaste, en racontant ce qui chez lui fait
7tpcxYfLa'rwv ~ fLCX'rCXL6'r'Y)ç yVWpl~E'rCXL. N uv~ ~è XCX6a7tEp r~co.nn~Ître la vanité des choses de cette vie, passe pour
5 fLEl~ov6ç 'rLVOÇ xcx'r'Y)yoplcxç &7t'rE'rCXL 'rWV CX1h0 7tE7tpCXy- amSl dire tout en revue. Et maintenant, il aborde comme
,
fLEVWV '1:' û)V
ES - 'rO, XCX'rCX' "
'r'Y)V U7tEp'Y)rpCXV~CXV
l '" e'ÀÀE'rCXL
oLCXoCX objet d'une accusation plus grave celles de ses actions qui
7ta60ç. Tl y~p 'rocrOU'rOV dç 'rurpov &v 'ro!:ç &7t'Y)pL6fL'Y)fL~VOLÇ lui font dénoncer la passion de l'orgueil. Y a-t-il autant
&cr'rlv, oïxoç 7toÀunÀ~ç XCX~ 7tÀ~60ç &fL7t~ÀWV XCX~ ~ &v matière à fatuité dans les biens qu'il a dénombrés _
X~7tOLÇ &pcx XCX~ 'rWV uM'rwv ~ n xcx'r~ 'r~ç xOÀufLo~6pcxç maison somptueuse, abondance de vignes, l'agrément des
10 crUcr'rCXcrLÇ xcû ~ &v 7tCXpCX~dcrOLÇ ~LaxucrLç a, 15crov 'ro potagers et, pour les eaux, leur collecte dans les bassins et
" 6PW7tOV ,
CXV 'OEcr7tO'r'Y)V
OV'rCX ' ' ' 'ECXU'rOV
' ' 'rwv "6
N'0fLOrpu'À WV OLEcr '
CXL, leur répartition dans les jardins a - que lorsqu'un homme
« 'Ex'r'Y)crafL'Y)v yap, rp'Y)crl, ~OUÀouç xcxt 7tcxL~lcrxcxç, XCX~ s~ ?onsidère le maître de ses congénères? « J'ai acquis,
OLXOYEVE!:Ç &y~vov'r6 fLOL b. » 'Op~ç 'rOV 6yxov 'r~ç &ÀCX~o- dit-Il, des esclaves et des servantes, et j'ai eu des serviteurs
1
VE~CXÇ;
CI N " , , .), ,
6E<}l CXV'rLXpUÇ 'Y) 'rOLCXU'r'Y) rpWV'l CXV'C'E7tCXLpE'rCXL.
, T'CX nés chez moi b .» Vois-tu l'énormité de la forfanterie? Une
15 crufL 7tCXV'rCX y~p ~OUÀCX c eÏVCXL 'r~ç 7taV'C'wv U7tEpXELfL~V'Y)Ç telle parole s'élève ouvertement contre Dieu. Car nous
&1;oucrlcxç 7tCXp~ 'r~ç 7tporp'Y)'rdcxç ~XOUcrCXfLEV. '0 o,)v X'r~fLCX avons entendu dire par la prophétie que toutes choses sont
335 A. 1 ÉCXU'rOU 'rO 'rOU 6EOU X'r~fLCX 7tOLOUfLEVOÇ &mfLEpl~wv 'rE 'r0 les esclaves du pouvoir qui est au-dessus de tout Cl. Or,
,
yEVEL ''''
'r'Y)V l " '" 1'. ,
oUVCXcr'rE~CXV, Wç cxvopWV 'rE <J.fLCX XCXL yUVCXLXWV
N N l'homme qui fait de la « possession» de Dieu sa propre
ÉCXU'rOV XUpLOV o'{Ecr6cxL, 'rl &ÀÀO XCX~ oùx~ ~LCXOCX[VEL 'rri
possession et qui s'attribue domination sur sa race au
point de se croire le maître d'hommes aussi bien qu~ de
femmes, que fait-il d'autre que transgresser la nature par

1. a. cf. Eccl. 2, 4-6 b. Eccl. 2, 7a-b c. cf. Ps. 118, 91


rapproc~ement a~ec Eccl. 2, 7. L'introduction du verset du psaume met
au preIllier plan 1 argument de la royauté de Dieu sur la création avant
1. Allusion au Ps. 118,91 (, Par ton ordre le jour demeure, parce que que Grégoire ne commente cette nouvelle faute de Salomon en se rêférant
toutes choses sont tes esclaves »). La présence du terme SOÜÀIX justifie le à Gen. l, 26-28 qui affirme la royauté de l'homme sur la création.
SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE IV, 1 227
226
20 Ù7te:P'f)CPtXV(Cf T~V cpUOW, iiÀÀo 't"L ÈtXU't"OV 7ttXpeX 't"OÙç son orgueil, lui qui se regarde comme différent de ceux
, , AÀ' qu'il commande?
tXpX0[J.e:VOUç t-' e:7t<ùV;
« 'Ex't"'f)crâ[J.'f)v (»OUÀOUç XtXt 7ttXL(»(crXtXÇ d. » T( Mye:LÇ; « l' ai ~cquis des esclaves et des servantes d .» Que
A À' "" y \" Cl ""À Cl' veux-tu dIre? Tu condamnes à l'esclavage l'homme dont la
uOU e:LCf XtX't"tXoLXtX..,e:LÇ 't"OV tXVVp<ù7tOV OU e: e:UVe:ptX 'f), cpUcrLÇ
,
~at~re est libre et autonome 1, et tu légifères en t'opposant
XtXt tXÙ't"e:;OUcrLOÇ xtXt àV't"LVO[J.OOe:'t"e:Lç 't"~ Oe:~, àVtX't"pt7t<ÙV
a DieU, en renversant la loi qu'il a établie pour la nature.
25 tXÙ't"OU 't"OV &7tt 't"Yl cpUcre:L v6[J.ov. Tov yeXp &7tt 't"OU't"ep
En effet, celui qui est né pour être maître de la terre 2 celui
ye:v6[J.e:vov &cp' <J)'t"e: XUpLOV dVtXL 't"~ç y~ç XtXt e:LÇ àpX~v qui a été placé pour commander par le créateur 'tu le
't"e:TtXy[J.tvov 7ttXpeX 't"OU 7tÀâcrtXv't"oç, 't"OU't"OV Ù7tâye:LÇ 't"~ 't"~ç soumets au joug de l'esclavage, en transgressant' et en
(»OUÀe:(tXç ~uy~, &cr7te:p àV't"LOtX(V<ÙV 't"e: xtXt [J.tXX6[J.e:voç 't"~ combattant pour ainsi dire l'ordre divin. Tu as oublié les
Cl ,
ve:Lep ,
7tpocr't"tXy[J.tX't"L. 'E7tL À'À ~ 't"'f)ç
e: 'f)crtXL 't"<ÙV ~'I:' l
e:<-,OUcrLtXÇ "
Op<ùV, limites de ton pouvoir, tu as oublié que le commandement
30 (hL crOL [J.tXpL 't"~ç 't"wv àÀ6y<ùv &7tLcr't"M(tXÇ ~ àpX~ t'a été imparti dans les limites de l'autorité sur les êtres
,
7te:pL<ÙpLcr't"tXL. « 'A PXe:'t"<ÙcrtXV
' , 1 ~
ytXp, CP'f)crL, 7te:'t"e:LV<ÙV XtXL
\
sans . raison. « Qu'ils commandent, dit l'Écriture, aux
, Cl' \ '''' \ , ~ e II~ ÀCl \
LXVU<ÙV XtXL 't"e:'t"ptX7too<ùv XtXL e:p7te:'t"<Ùv .» <ùç 7ttXpe: v<ÙV volables, aux poissons, aux quadrupèdes et aux reptiles e .»
't"~v Ù7tOXdpL6v crOL (»ouÀdtXV xtX't"' tXù't"~ç &1'ttX(Pll 't"~ç Comment, outrepassant ton droit à l'asservissement
e:'À e:uve:ptXç
ClL' ~
cpucre:<ùç, [J.e:'t"tX\ T<ÙV 't"e:'t"ptX7t 6'"
o<ÙV 'f),\ XtXL\ 't"<ÙV
~ t "l'
e eves-tu contre 1a nature libre elle-même, en comptant'
35 à7t6(»<ùv àpLO[J.WV 't"0 o[J.6cpuÀov; « IIâv't"tX Ù7thtX;tXç 't"~ au ~om?re des qua?rupèdes et des animaux sans pattes
~ '" \ ~ celm qm est de la meme race que toi? « Tu as tout soumis
, Cl'
tXvvp<ù7tep f
», At-'0Cf oLtX 't"'f)ç "
7tpOcp'f)'t"e:LtXÇ 0 À'oyoç( XtXL\ U7t
, ,
, Cl \,' ~ À' \, l , \ A' ,
665 M. tXpLv[J.OV tXye:L 't"ep oyep 't"tX U7tOXe:LpLtX, « X't"'f)V'f) XtXL t-'0tXç XtXL
a, l'homme f )~, proclame la parole de la prophétie, et par
cette parole.Il met dans le nombre les êtres qui sont en
336 A. 7tp6otX't"tX g ». M~ &X 't"WV X't"'f)VWV crOL ye:y6VtXcrLV 1 iivOp<ù-
notre pOUVOlr, « troupeaux, bœufs et bétail g .» Des hom-
7tOL; M'f), tXL'A' " tXVVp<ù7tLV'f)V
t-'0e:ç crOL 't"'f)V Cl' "
yOV'f)V ,
e:'t"e:XV<ÙcrtXV't"O ;
mes seraient-ils nés de tes troupeaux? Tes vaches auraient-
.w M(tX (»ouÀdtX 't"WV àVOp6)7t<ÙV 't"eX iiÀoytX. ~ot (»È; 't"tXU't"tX
elles enfanté la race humaine? Les êtres sans raison sont
o'À'LytX; « 'El:'
<-,tXVtX't"e:'ÀÀ <ÙV, CP'f)crL,
l Xop't"OV
' ~,
't"OLÇ X't"'f)Ve:crLV XtXL, se~ls soumis aux hommes. Est-ce trop peu pour toi? « Il
XÀ6'f)v 't"Yl (»ouÀdCf 't"WV àVOp6)7t<ÙV h. » ~ù (»È; 't"~v cpUcrLV fait croître, est-il dit, de l'herbe pour les troupeaux et de
(»ouÀdCf XtXt xupL6't"'f)'t"L crX(crtXç tXù't"~v ÈtXu't"Yl (»OUÀe:Ue:LV XtXt la verdure pour ce qui est soumis aux hommes h. » Mais
ÈtXUT~Ç XUpLe:Ue:LV &7to('f)crtXç. « 'Ex't"'f)crâ[J.'f)v yeXp (»ouÀouç toi, ~u a~ déchiré, la na.ture (humaine) par l'esclavage et la
dommatlOn, tu l as faite esclave d'elle-même et domina-

d. Eccl. 2, 7a e. Gen. 1,26 f. Ps. 8,7 g. Ps. 8,8 h. Ps. 103, 14


. . lui-même écrit un Contrafiatum . - Suraleree
fatalisme; Grégoire 1 l'b t' d
SIa ornon, VOIr Cl-dessus, Introd., p. 81 s.
1. Formule de définition, comme le signale P. ALEXANDER (GNO V, 2. fen. l, 26 est cité peu après à l'appui de ce développement. Voir
p. 335). M. SPANNEUT (Le stoïcisme des Pères de l'Église, Paris 1957, ~e meme De hom: op. 2, 1~3 a-h, ~t 4. PHILON emploie les images de
p. 235-240) note que, dès Justin, la pensée chrétienne affirme l'existence l homme cocher, pilote et rOI de la creation (De op. mundi 84-88) ; BASILE
du libre arbitre dans l'homme avec les termes de la philosophie do?ne des exe~ples concrets de la domination de l'homme sur les
stoïcienne, mais avec le souci de se dégager de tout déterminisme ou pmssons et les hetes sauvages (Sur l'origine de l'homme 1, 8-10).
SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE IV, 1 229
228

45 X<X.L rc<X.LOtcrX<X.Ç i. » 110(<X.ç, e:Lrcé fLOL, 't'LfL1îÇ; T( e:\'.ipe:ç Èv trice d'el!e-même 1. « J'ai acquis des esclaves et des
't'OLÇ O\)crL 't'1îç q:>Ucre:NÇ 't'<X.U't' Y)ç ocnâçLOv; 116crou xépfL<X.'t'oÇ servantes .» A quel prix, dis-moi? Qu'as-tu trouvé, parmi
1

È't'LfL~crN 't'àv Myov; 116crOLÇ OOOÀOLÇ 't'~V e:Lx6v<X. 't'oG Oe:oG j les êtres, de même prix que la nature (humaine) ? A quelle
somme as-tu évalué la raison? Combien de pièces de
ocne:cr't'âOfL'Y)cr<X.Ç; 116crNV cr't'<X.'t'~pNV 't'~V Oe:6rcÀ<X.cr't'ov q:>UcrLV
monnaie as-tu payé en échange de l'image de Dieu j?
ocrce:ve:rc6À'Y)cr<X.ç; « Etrce:v 0 Oe:6ç' 110L~crNfLe:V &VOpNrcOV
, , 1 (1 ,( 1 k T'a' ( 1 Contre combien de statères as-tu échangé la nature
50 X<X.'t' e:LXOV<X. 'Y)fLe:'t'e:P<X.V X<X.L 0fLO~NcrLV .» OV X<X.V OfLOLOTI)-
façonnée par Dieu? « Dieu dit : Faisons l'homme à notre
't'<X. 't'oG Oe:oG ()V't'<X. X<X.L rcâcr'Y)ç &pXOV't'<X. 't'1îç y1îç X<X.L rcânNv image et ressemblance k .» Celui qui est à la ressemblance
't'WV ÈrcL 't'1îç y1îç 't'~V Èçoucr(<X.v rc<X.pà 't'oG Oe:oG xÀ'Y)pNcrâfLe:- d~ Dieu, ~~i commande à toute la terre et qui a reçu de
vov 't'(ç 0 ocrce:fLrcOÀWV, eLrcé, 't'L<; 0 ~voufLe:VOÇ; M6vou Oe:oG Dl~u en hentage le pouvoir sur tout ce qui est sur la terre,
't'à oUV'Y)01î V<X.L 't'oG't'o, fL<XÀÀoV oÈ: oùoÈ: <X.ù't'oG 't'oG Oe:oG. qUi peut le vendre, dis-moi, qui peut l'acheter? A Dieu
55 « 'A fLe:'t'<X.fLe:I\"f)'
,-" t'<X. y<X.p
" <X.u't'ou,- q:>"f)cr~,
l '
't'<X. X<X.PLcrfL<X.'t'<X. 1.» 0'ux
1
seul appartient ce pouvoir : bien plus, pas même à Dieu
&v o\)V 0 Oe:àç 't'~V q:>UcrLV X<X.'t'<X.oOUÀWcre:Le:V, (Sç ye: X<X.L lui-même! Car « il ne se repent pas de ses dons 1» est-il
<X.ùO<X.LphNÇ ~fL<XÇ 't''ÎÎ &fL<X.p't'LCf oouÀNOév't'<X.ç eLÇ ÈÀe:uOe:p(<X.v dit. Dieu ne saurait asservir la nature, lui qui volo~taire­
ocve:x<X.Mcr<X.'t'o. ment nous a rappelés à la liberté, nous qui avions été
EL oÈ: 0 Oe:àç où OOUÀOL 't'à ÈÀe:uOe:pov, 't'tç 0 urce:p't'LOdç asservis au péché.
60 't'oG Oe:oG 't'~v É<X.u't'oG ouv<X.cr't'e:t<X.v; I1wç oÈ: X<X.L rcp<X.O~cre:'t'<X.L , M~is si Dieu n'asservit pas ce qui est libre, qui peut
etabhr au-dessus de Dieu sa propre domination? Et
o &pXNV rcâcr'Y)ç 't'1îç y1îç X<X.L 't'WV ÈTCLye:tNV rcâV't'NV;
comment sera aussi vendu celui qui commande toute la
337 A. 'Avâyx'Y) 1 yàp rc<Xcr<X. X<X.L 't'à x't'1îfL<X. 't'oG rcNÀoufLévou
terre et tout ce qui est sur la terre? Car il est de toute
cruv<X.rcoOtoOcrO<X.L. 116crou 't'otvuv rc<Xcr<X.V 't'~v y1î v 't'LfL"f)cr6fLe:- nécessité que le bien de celui qui est vendu soit cédé en
O<X.; rc6crou oÈ: 't'à ÈrcL 't'1îç y1îç rcâv't'<X.; EL oÈ: 't'<X.G't'<X. même temps que lui. A combien estimerons-nous donc
65 ht fL"f)'t'<X., 0 urcÈ:p 't'<X.G't'<X. rcoL<X.Ç &ÇLOÇ 't'LfL1îÇ, eLrcé fL OL ; K&v toute la terre? et à combien tout ce qui est sur la terre?
Et si c'est inestimable, à quel prix estimes-tu, dis-moi,

i. Ecc1. 2, 7a j. cf. Gen. l, 26 k. Gen. l, 26 1. Rom. 11, 29


eat. 22, 1-2) et plus proches des positions habituelles des Pères présentant
l. La diatribe violente que Grégoire entame contre l'esclavage prend l'esclavage comme une des conséquences de la chute (voir GRÉGOIRE DE
pour argument central l'affirmation de Gen. l, 26. T.J. DENNIS (, The NA~I~NZE, O~. 1~, 25; BASILE, Sur le Saint Esprit XX, 51). Sur les
relationship between Gregory of Nyssa's attack on slavery in his fourth posItions de l Égh~e des pr~miers siècles face à l'esclavage, voir F. LAUB,
homily on Ecclesiastes and his treatise De hominis opificio », Studia Begegnung des fruhen Chnstentums mit der antiken Sklaverei, Stuttgart
Patristiea XVII, 3, Oxford 1982, p. 1065-1072) a souligné l'originalité 1982, chap. VI, p. 99-108; A.R. KORSUNSKI, (' The Church and the
d'un tel texte: le recours à Gen. l, 26 situe en effet la question au plan slavery problem in the IVth century», dans Miscellanea historiae
théologique, bien au delà d'un problème de morale sociale, D'autres eeclesiasticae VI (Section l : Les transformations dans la société
textes de Grégoire sont en deçà de telles affIrmations (en particulier Or. chrétienne au IV" siècle), Bruxelles 1983, p. 95-110.
SUR L'ECCLÉSIASTE HOMÉLIE IV, 1 231
230
celui qui est au-dessus? Dirais-tu « le monde entier m » 1,
que tu ne trouverais même pas là le prix qui convient. Car
celui qui sait estimer la nature humaine à son juste prix a
dit que le monde entier n'est pas digne d'être échangé
contre l'âme d'un homme n. Chaque fois qu'un homme est
à acheter, ce n'est pas moins que le maître de la terre qui
est conduit au marché. Donc ce qui sera vendu à la criée 2
en même temps que cet homme, c'est évidemment aussi la
création 3 existante. Et la création, ce sont la terre, les îles,
la mer, et tout ce qu'elles contiennent. Que paiera donc
l'acheteur? Que recevra le vendeur, si c'est une telle
possession qui accompagne la transaction? Mais le petit
livret, l'engagement écrit et le paiement en espèces 4
tlont-ils convaincu avec leur tromperie que tu étais maître
de l'image de Dieu ? Ô folie! Et si le contrat se perdait,
0

si les lettres étaient mangées par les vers, si une goutte


d'eau en tombant les effaçait, où seraient les gages de ton
droit à asservir? où les moyens de ta domination ?
Car je ne vois rien que tu aies en plus par rapport à ton
sujet - tu le nommes ainsi - que le nom. En effet,
qu'est-ce que le pouvoir a ajouté à ta nature? ni temps, ni
beauté, ni bonne santé, ni les avantages que donne la vertu.
Tu nais des mêmes êtres humains, ta vie se déroule de la

gismes fo~gés par Grégoire; le TLG signale cependant un emploi dans un


fragment de Ménandre. « Vendre à la criée» est déjà un des sens du verbe
â1tox"t)pôcrcrw, d'emploi classique.
m. Matth. 16, 26 n. cf. Matth. 16, 26 o. cf. Gen. l, 26 3. Contre W. Jaeger qui choisit X'l"~cr(Ç d'après les mss EAP, nous
retenons X'l"(cr(Ç, donné par tous les autres mss (WSG0) ; loin de faire
difficulté pour le sens, l'expression fait écho à la périphrase : « le maître
1. L'expression «le monde entier» est présente à ~a fois en Ma.t~h. 16, de la terre », et la proposition qui suit l'explicite aussi.
26 que Grégoire cite ensuite, et en Provo 17, 6, qUl est une add~lOn de 4. Accumulation en quelques lignes du vocabulaire des opérations
la 'LXX au texte hébreu. Sur le thème de la richesse du sage,· VAGRE financières, ce qui permet à Grégoire quelques interrogations rhétori-
associe aussi Provo 17, 6 à deux versets du N.T., 1 Cor. l, 5 et Hébr. n, ques; voir R. BOGAERT, «Changeurs et banquiers chez les Pères de
l'Église », Ancient Society 4 (1973), p. 239-270. Dans ce contexte
37 (Scholies aux Proverbes 155, SC 340). ,
2. Verbe absent des dictionnaires LSJ et PGL, donne par MÉRI~IER commercial cr\)v,xÀÀaY!-la (transaction) fait écho au terme âV'l",xÀÀaY!-la
(L'influence de la seconde sophistique, p. 88-94) comme un des neolo- (échange), employé en Matth. 16, 26, que Grégoire vient de citer.
HOMÉLIE IV, 1-2 233
232 SUR L'ECCLÉSIASTE
même mamere, les passions de l'âme et du corps vous
dominent autant, toi, le maître, et celui qui est soumis au
joug de ta domination : douleurs et satisfactions, joies et
inquiétudes, chagrins et plaisirs, colères et craintes, mala-
dies et morts. Y aurait-il en cela une différence entre
l'esclave et le maître? N'aspirent-ils pas le même air avec
leur respiration? Ne voient-ils pas pareillement le soleil ?
Ne conservent-ils pas semblablement leur nature à 1'aide
de la nourriture? Leurs entrailles ne sont-elles pas dispo-
sées de la même façon? Ne sont-ils pas tous deux une
même poussière après la mort? N'y a-t-il pas un même
jugement l, n'ont-ils pas un royaume commun et une
commune géhenne? Toi donc qui as en tout un sort égal,
en quoi as-tu davantage, dis-moi, pour te croire, toi, un
homme, souverain sur un homme et pour dire : « J'ai
acquis des esclaves et des servantes P », comme on acquiert
quelque troupeau de chèvres ou de cochons? En effet,
après avoir dit: « J'ai acquis des esclaves et des servantes »,
il a ajouté l'abondance en troupeaux de brebis et de bœufs
qui était devenue la sienne. « J'ai fait acquisition, dit-il, de
brebis et de bœufs en quantité q », comme si animaux et
esclaves étaient soumis à rang égal à son pouvoir.

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