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n°157

systèmes
experts et
intelligence
artificielle
Laurence Negrello

Après l’obtention du DESS - Diplôme


d'Enseignement Supérieur
Spécialisé - «Intelligence artificielle,
reconnaissance de formes et
robotique» à l’Université Paul
Sabatier de Toulouse, entre chez
Merlin Gerin en 1988.
Depuis cette date, elle a participé à
deux projets de Système Experts :
SILEX et ADELIA, au sein du
service IST (Information
Scientifique et Technique) de la
Direction Technique.

CT 157 édition novembre1991


Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.2
systèmes experts et intelligence artificielle

sommaire

1. Introduction p. 4
2. Les Systèmes Experts Origine des Systèmes Experts. p. 4
Qu’en attend-on dans l’industrie? p. 4
Les SE, plus précisément. p. 5
Réalisation d’un SE. p. 9
Evolution des SE. p. 10
3. Les applications chez Merlin Gerin Fiabilité, sûreté des réseaux p. 14
électriques.
Propagation d’incendies dans les p. 16
bâtiments.
Sécurité, disponibilité des p. 16
centrales nucléaires.
Pilotage d’atelier. p. 17
Distribution d’énergie électrique p. 18
et reconfiguration de réseaux.
4. L’Intelligence Artificielle Définition et but. p. 19
Domaines et techniques de p. 20
l’Intelligence Artificielle.
5. Perspectives d’avenir Réseaux de neurones. p. 22
Logiques de raisonnement. p. 22
Raisonnement temporel. p. 22
En conclusion... p. 23

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1. introduction

Fleuron des progrès de la ■ centrale pour la gestion des Vaucanson, au XVIIème siècle réalisait
technologie, les microprocesseurs bâtiments ou des installations des automates tout à fait remarquables.
sont aujourd’hui présents dans tous électriques. L’idée de la «machine Pensante»
les secteurs. La fascination de l’homme face aux progresse et engendre de nombreuses
Dans l’industrie, l’administration ou machines existe depuis toujours et a polémiques. Peut-on parler
encore dans notre propre d’«ordinateur intelligent» dans la
joué un rôle moteur dans les travaux de
appartement, ils interviennent aussi mesure où ils peuvent parler, voir,
recherche qui ont débouché sur cette
bien dans les systèmes de contrôle entendre, raisonner et, dans certains
nouvelle activité appelée «intelligence
de processus complexes que dans cas, agir comme un être humain.
artificielle». Même si le terme paraît
les machines à laver. Même si les avis sont partagés, les
prétentieux, il traduit ce rêve éternel
Les différents traitements qu’ils progrès de l’informatique permettent
permettent de réaliser ont conduit à la des hommes qui, déjà dans l’antiquité,
tentaient de réaliser des machines aux ordinateurs d’aujourd’hui
création de «machines d’approcher les raisonnements
informatiques» plus ou moins capables de reproduire, de manière
artificielle, leurs propres humains, grâce à des techniques
spécialisées, par exemple : variées (soft ou hard) comme les SE
■ ordinateur pour la gestion ; comportements physiques et
intellectuels. Une légende très -Systèmes Experts- ou les réseaux de
administrative ou la comptabilité ; neurones.
■ calculateur pour le domaine ancienne parle de tables, à 3 pieds
scientifique ; munis de roulettes, se déplaçant seules
■ automate pour les processus dans le palais des Dieux.
industriels ;

2. les Systèmes Experts

origine des Systèmes toutes formulées sous la même compréhension du langage ou la


représentation formelle : reconnaissance de formes), ces
Experts «titre, examen, diagnostic, traitement». nouvelles applications cherchent
Ce que l’on retrouve aujourd’hui dans (cf. fig. 1). aujourd’hui à simuler le raisonnement
tous les SE est l’expression d’un savoir On rencontre ainsi dans les littératures et les comportements humains.
sous forme de connaissances anciennes de nombreuses «bases de
heuristiques, résultant généralement connaissance», fortement structurées,
d’une expérience cumulée dans un de taille souvent importante. qu’en attend-on dans
domaine précis. Ces connaissances La constitution de tels écrits était l’industrie ?
traduisent un mode de raisonnement et motivée par le désir de laisser une Les SE ont commencé à intéresser les
peuvent s’exprimer par des règles trace du savoir acquis par certains industriels il y a environ 10 ans, avec
telles que :«SI telle condition est «savants», trace exploitée par leurs l’arrivée des premières réalisations
vérifiée ALORS effectuer telle action» successeurs. opérationnelles. Les intérêts de chacun
(ces règles sont appelées plus sont différents et correspondent à des
Depuis, si les motivations sont restées
précisément «règles de production»). besoins précis d’une entreprise ou d’un
les mêmes, les moyens ont changé.
L’idée d’exprimer ainsi une Avec les progrès de l’informatique, service. En effet, chaque réalisation
connaissance n’est pas neuve. En l’évolution des besoins se traduit par d’un SE s’intègre dans un environne-
effet, le plus vieux document qui en l’arrivée d’applications utilisant «la ment particulier de développement et
témoigne est un document médical connaissance», c’est-à-dire des doit être adaptée au cadre d’utilisation.
datant du XVIIème siècle avant JC. Il données qualitatives. A partir de Un SE est développé, par exemple,
correspond à une copie d’ouvrage de «bases de connaissance» contenant pour :
l’ancien Empire Egyptien. Ce texte soit l’expertise de spécialistes, soit les ■ sauvegarder une expertise
fameux présente 48 observations connaissances implicites que l’homme accumulée ;
chirurgicales de blessures de la tête, utilise en permanence (telles la ■ la diffuser dans le temps ;

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■ la diffuser dans l’espace ;
■ formaliser une connaissance de
conception. titre
instruction pour soigner une fêlure de
Sauvegarder une expertise l'os malaire.
accumulée
Bien souvent dans une entreprise, le
départ d’un expert (mobilité ou retraite)
pose le problème de la sauvegarde de examen
savoir-faire. La solution SE permet à si tu examines un homme qui a une
l’entreprise de conserver l’expérience fêlure de l'os malaire, tu trouveras une
acquise par un seul homme devenu fluxion saillante et rouge, bordant cette
«expert» dans sa spécialité au cours de blessure.
sa carrière.
La diffuser dans le temps
(le but poursuivi est l’amélioration des
règles d’un métier) :
Dans une entreprise, les produits se diagnostic et pronostic
renouvellent, les moyens changent, le tu diras à son sujet : «une fêlure de l'os
savoir-faire évolue. malaire. C'est un mal que je traiterai».
Les SE sont justement des
programmes conçus pour être évolutifs.
Leur conception, rend la base de
connaissance (contenant les règles de traitement
production) accessible à tout expert, Tu le panseras avec de la viande
même non informaticien. fraîche le premier jour. Le traitement
Grâce aux SE, les connaissances d’un durera jusqu'à ce que la fluxion se
spécialiste sont donc rendues réduise. Ensuite tu le soigneras avec
accessibles aux autres spécialistes qui de la fraise, du miel, et des bandages à
ont alors la possibilité d’ajouter leurs renouveler chaque jour, jusqu'a ce qu'il
propres connaissances ou de modifier guérisse.
celles qui sont en mémoire. Ceci
permet au système informatique de fig. 1 : expression des connaissances médicales sur un document datant du premier siècle
prendre en compte l’amélioration et avant Jésus-Christ.
l’évolution des méthodes de travail et
de suivre la progression de l’entreprise. besoins, aux problèmes posés. Il faut contenue dans ce type de SE provient
De plus, lorsqu’une personne nouvelle se garder de réaliser un SE pour «faire donc du concepteur et moins de
arrive dans l’entreprise, elle dispose comme les autres» ou à cause de la l’expérience accumulée par les
immédiatement de l’expérience acquise séduction d’une publicité bien faite du utilisateurs au cours des dépannages.
par ses prédécesseurs. genre :
La diffuser dans l’espace «réalisez votre application SE en
(le but est l’unification des méthodes de 15 jours grâce au GSE Dupont» les SE, plus précisément
travail) : «réalisez votre SE sans informaticien Définition d’un SE
Dans une entreprise il est très grâce au GSE Durand» D’une manière générale, un SE est un
important que plusieurs personnes, Formaliser une connaissance de programme qui permet l’exploitation
réalisant des travaux identiques, conception des connaissances dans un domaine
adoptent les mêmes méthodes de On constate aujourd’hui que l’expertise précis et rigoureusement limité. Il est
travail. Cette unification, (diffusion tend à se «déplacer». Par exemple, en utilisé pour effectuer des tâches
horizontale), peut être obtenue à l’aide fabrication, on ne contrôle plus le travail intellectuelles, c’est-à-dire des travaux
d’un SE . Cette démarche nécessite du monteur, on le conçoit a priori. On exigeant le savoir et l’expérience de
des échanges entre les experts et va même jusqu’à l’automatiser. Toute l’homme. Un SE est alors capable
enrichit la connaissance sur l’activité l’expertise se trouve alors dans cette d’assister l’utilisateur de manière
correspondante. La «diffusion automatisation, elle n’est fournie que efficace.
verticale» permet aux non-spécialistes peu par l’homme d’expérience, mais Tel un expert humain, un SE n’a
d’effectuer des tâches jusque-là est le fruit de réflexions, de prévisions aucune prétention en dehors de sa
réservées aux experts ; ces mêmes et de calculs. spécialité.
experts sont alors disponibles pour des La même constatation peut se faire Un SE est un système informatique où
travaux nouveaux ou plus riches. dans le domaine du diagnostic et de la les données (la base de connaissance)
Cependant la solution SE n’est pas maintenance où des SE sont vendus sont bien séparées du programme qui
forcément la mieux adaptée aux avec les produits. La connaissance les manipule (le moteur d’inférences).

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;;;;
En cela les SE sont différents des
logiciels classiques (cf. fig. 2).
Le cœur d’un SE se compose d’une
base de connaissance et d’un moteur
d’inférences :
■ la Base de Connaissance (BC), qui
contient une base de faits et une base
logiciel
classique
partie exécutable

traitements + connaissance
partie non exécutable

données

;
de règles, représente le savoir (les faits
permanents) et le savoir-faire (les
règles de l’expert).
La base de faits intègre deux types de
faits : les faits permanents du domaine
et les faits déduits par le moteur
d’inférences qui sont propres au cas
traité.
Prenons un exemple simple (cf. fig. 3) :
faits permanents :
On peut éclairer une lampe avec un
interrupteur.
Un interrupteur a deux positions : «ON»
et «OFF».
base de faits :
■ il y a de la tension (V),
■ l’interrupteur est «ON» (I).
base de règle :
R1 : SI il y a de la tension et SI
l’interrupteur est «ON», ALORS il y a
de la tension aux bornes de la lampe.
■ le moteur d’inférences est un
programme chargé d’exploiter la BC
pour mener un raisonnement sur le
problème posé en fonction du contenu
de la base de faits. Pour cela, il
contient un algorithme qui examine les
conditions de règles et vérifie si elles
sont vraies ou fausses. Une règle dont
la prémisse (ou partie condition) est
vraie est dite «applicable».
système
expert
moteur d'inférences

partie «cablée» du système

long du raisonnement du SE.


Un SE comporte également un
minimum de modules périphériques qui
permettent son exploitation (cf. fig. 4) :
■ l’interface pour l’aide à l’acquisition
des connaissances fournies par
l’expert. Elle peut être plus ou moins
sophistiquée, l’accent étant souvent
mis sur une syntaxe des règles la plus
proche possible du langage naturel.
L’objectif ici est de capturer aisément
les unités de savoir-faire (c’est à dire
de faciliter l’expression la plus directe
base de règles +

fig. 2 : structure logiciel classique et système expert.



l’interrupteur est «ON» (I),
il y a de la tension aux bornes de la
lampe (U).
La base de faits «grossit» ainsi tout au
V
base de faits

partie accessible du système

fig. 3 : commande d'un relais.

Fonctionnement du SE
Le moteur d’inférences se charge de
détecter les règles applicables, de
choisir parmi elles celle qu’il convient
d’appliquer, et finalement de l’exécuter.
Il peut travailler soit en chaînage avant
soit en chaînage arrière.
Une prémisse peut contenir une ou possible des règles de production par ■ chaînage avant
plusieurs conditions. Chaque condition rapport à leur formulation orale) et de Un moteur d’inférences fonctionne en
correspond à un fait ; elle est vraie si le donner à l’expert la possibilité de chaînage avant quand il lit les règles
fait est présent dans la base, fausse si modifier fréquemment la base de «à l’endroit», c’est-à-dire qu’il utilise les
le fait contraire est présent et inconnue connaissance qui est alors rendue règles des conditions vers les
si le fait est absent . accessible. conclusions. Le raisonnement est alors
Dans l’exemple ci-dessus, la prémisse ■ le module d’interaction avec guidé par les faits. Pour le moteur, cela
de la règle citée «SI (V) et (I)» est l’utilisateur (Relation Homme-Machine). consiste à essayer d’activer les règles
composée de deux conditions qui sont Ce module ne doit pas être mis au en examinant leur condition (ou partie à
vraies car elles existent dans la base second plan. Pour que le SE soit utilisé gauche du ALORS) et à appliquer
de faits. son aspect interface doit être soigné. celles-ci chaque fois que c’est possible.
Chaque règle possède également une Sans cela, le système risque de rebuter L’application d’une règle permet de
partie «conclusion». Ce peut être une les personnes destinées à l’utiliser. En déduire de nouveaux faits qui viennent
action à effectuer ou un fait à déduire et effet, l’introduction d’un SE dans un enrichir la base.
à rajouter dans la base de faits. service modifie les méthodes de travail, Le moteur s’arrête dès qu’il ne trouve
Dans l’exemple précédent, si on ainsi que l’organisation du groupe, et plus de règles activables.
«applique» la règle, le moteur elle représente parfois une première Dans l’exemple de la figure 5 les faits
d’inférences va conclure : «il y a de la approche de l’informatique pour sont représentés par des lettres.
tension aux bornes de la lampe». certaines personnes. Autant faire en Par analogie avec l’exemple précédent,
Il rajoute ce fait déduit à la base qui sorte que le changement soit agréable on pourrait avoir :
contient maintenant trois faits : et apporte effectivement une A = il y a de la tension
■ il y a de la tension (V), amélioration. B = l’interrupteur est «ON».

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Exemple : (A, B, C ...sont des faits
quelconques)
base de faits : A, B
moteur d'inférences
base de règles :
■ R1 : SI A, ALORS C et F
■ R2 : SI B et E, ALORS D
■ R3 : SI C ou F, ALORS E
Si l’on reprend l’exemple de la figure 3
(relais) :
On rajoute à la base de règles :
■ R2 : SI il y a de la tension aux bornes base de connaissances
de la lampe et SI la lampe est éteinte, module d'aide à
ALORS la lampe est grillée l'acquisition des
base de faits base connaissances
■ R3 : SI la lampe est grillée,
permanents + déduits de règles
ALORS changer la lampe.
Après la déduction précédente, le
moteur d’inférences peut maintenant
appliquer la règle R2, dont la
conclusion rajoute à la base de faits :
la lampe est grillée.
La règle R3 est alors applicable. Sa
conclusion est une action. On a ainsi
module
réalisé deux inférences consécutives.
d'interaction
Il est souvent possible de contrôler les avec l'utilisateur
inférences du moteur, par exemple en
mettant des priorités sur les règles, afin
de forcer le moteur à les examiner dans
un ordre précis.
Ce contrôle peut être utile dans les cas utilisateur expert
où il est nécessaire de hiérarchiser la
connaissance. Il peut se faire de fig. 4 : structure générale de l'organisation d'un SE.
plusieurs manières dont la plus
sophistiquée est certainement la prise
en compte des «méta-connaissances»,
ou «connaissances sur l’utilisation de la
connaissance». A
B
On parle alors de «métarègles».
Exemple de métarègle : R1
SI ...
ALORS ne considérer que les règles A
portant sur l’état des tensions F B
électriques. C
L’exemple précédent est un exemple R3
de SE travaillant en chaînage avant.
■ le chaînage arrière
A
Un moteur d’inférences fonctionne en B
chaînage arrière quand il lit les règles F
C
«à l’envers», c’est-à-dire quand il utilise E
les règles des conclusions vers les
conditions. Le raisonnement est alors R2
= base de faits
guidé par les buts. Un but est un fait à
démontrer. Pour le moteur, cela A
consiste donc à se «fixer un but», puis B Ri = application de la règle Ri
à examiner les règles permettant de D
l’établir. Cela l’amène à vérifier de F E
nouveaux buts (sous-buts du but initial C
lettres en gras = faits déduits
ou buts intermédiaires) et ainsi de suite
jusqu’à atteindre des faits connus
(appartenant à la base). Il échoue
fig. 5 : fonctionnement du moteur d'inférences en chaînage avant - évolution de la base de
chaque fois qu’un but intermédiaire (ou
connaissance.
fait) nécessaire n’est pas prouvable.

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Pour expliciter le chaînage arrière, En revanche, lorsque le programme a avant est alors mieux adapté. C’est le
examinons le schéma de la figure 6 : pour tâche de recueillir des cas par exemple du diagnostic où l’on
■ base de faits : A, B informations pour déterminer des états part de l’état observé sur la machine en
■ base de règles : successifs et prendre une décision ou panne pour remonter à l’élément qui a
R1 : SI A, ALORS F déclencher une action, le chaînage causé la défaillance.
R2 : SI H et E, ALORS D
R3 : SI C ou F, ALORS E
R4 : SI B et D, ALORS G
R5 : SI B, ALORS H
But initial (à démontrer) : D D but initial à démontrer
Raisonnement en chaînage arrière :
0- Si le but à établir est dans la base de
faits : SUCCES et FIN ; sinon :
1- Chercher une règle permettant de
démontrer D.
2- L’appliquer et établir les buts R2
intermédiaires à démontrer.
3- Chercher à démontrer les buts
intermédiaires . ET
«Pour démontrer D,
H E sous-buts
il faut démontrer H et E» : (R2)
«Pour démontrer H,
il faut démontrer B» : (R5)
R5 R3
«B est dans la base de faits donc H est
démontré»
«Pour démontrer E,
il faut démontrer C ou F» : (R3)
«Aucune règle ne permet de démontrer C» B
«Pour démontrer F, OU
il faut démontrer A» : (R1)
C F
«A est dans la base de faits donc F est
démontré» fait non prouvable
«F est démontré donc E est démontré» mais non nécessaire
«H et E sont démontrés donc D est R1
démontré ➠ SUCCES»
Pour être encore plus concret,
appliquons le chaînage arrière au
circuit de commande d’un A
contacteur (cf. fig. 7 et 8) :
■ base de faits : D est prouvé : succès
La bobine est bonne.
Il y a auto-alimentation.
■ base de règles :
fig. 6 : raisonnement en chaînage arrière.
R1 : SI le bouton M est enfoncé
OU auto-alimentation
ALORS la bobine est alimentée.
R2 : SI la bobine est alimentée
ET qu’elle est bonne
ALORS le contacteur est fermé.
But à démontrer :
Le contacteur est-il fermé ?
■ chaînage avant ou chaînage arrière ?
Aucune de ces deux techniques n’est
reconnue supérieure à l’autre,
cependant il y a des types de M A
problèmes pour lesquels on choisira
plus facilement l’une ou l’autre.
Si un but précis doit être atteint par
exemple : «Le moteur électrique est-il en
régime établi ?», il est conseillé de
fig. 7 : commande d'un contacteur.
disposer d’un moteur à chaînage arrière.

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réalisation d’un SE ■ la responsabilité relative à l’expertise pour former un expert humain capable
une fois informatisée. En effet, dans le de réaliser la même prestation dans un
Cahier des charges et choix des cas d’un SE de diagnostic de panne domaine bien défini.
intervenants. d’un système de contrôle/commande Un SE requiert une base de
Un SE est un programme informatique. par exemple, où un arrêt peut coûter connaissances qui doit être la plus
Sa réalisation et son utilisation posent cher, qui est responsable d’une erreur complète et la plus structurée possible.
donc tous les problèmes classiques dans le programme, l’informaticien qui Il est spécialisé dans la réalisation
rencontrés par les informaticiens : a conçu le SE, l’expert qui a fourni la d’une fonction précise, en dehors de
■ la connaissance et l’analyse du connaissance ou le cogniticien qui l’a laquelle il n’a aucune prétention. Et,
domaine, des besoins et de analysée ? même en respectant cette limite, les
l’environnement d’utilisation requièrent Le développement volumes de connaissance obtenus sont
un soin particulier. Il est très important Le développement d’un SE est un considérables. En approfondissant, on
que les limites d’action du SE soient travail long et délicat, qui nécessite la s’aperçoit très vite que l’exploitation
bien fixées. mise en œuvre d’outils adéquats, tant d’un savoir-faire, même très restreint,
■ l’équipe de travail devra être au niveau logiciel (langage et nécessite une grande quantité de
judicieusement choisie car le bon environnement de programmation, données, a priori implicites voire
déroulement d’un projet SE repose sur outils évolués de développement) que évidentes, mais qu’il faut cependant
une collaboration importante entre les matériel. On peut évaluer le temps entrer explicitement dans le système.
différents acteurs : experts, nécessaire au développement d’un SE On peut réaliser un SE à partir d’un
informaticiens, responsables ... en le comparant au temps qu’il faudrait langage tel que Pascal ou C, mais on
choisira plus facilement Lisp, Prolog ou
un langage orienté objets (C++,
Smalltalk ...). En effet, ces «langages»
sont mieux adaptés au raisonnement
déductif des SE (les règles) que les
contacteur fermé (but initial à démontrer) langages classiques qui eux sont plus
appropriés à une programmation
«procédurale» et séquentielle.
Une autre possibilité est de développer
R2 son SE à partir d’un Générateur de
Systèmes Experts (GSE). On appelle
ainsi des outils informatiques évolués,
assimilables à des «SE vides», c’est-à-
dire dont la Base de Connaissance est
à remplir.
Ce sont des «environnements»
ET complets et généraux qui intègrent un
moteur d’inférences (indépendant de la
BC), ainsi que divers modules d’aide au
la bobine la bobine est sous-tension développement tels qu’un éditeur de
est bonne
connaissances pour le remplissage de
la base, un tableur, un gestionnaire de
bases de données...
R1 Citons quelques générateurs parmi les
plus connus :
DIAGNEX, GURU, N-EXPERT, PC+,
SNARK, ...
Les intervenants
La construction d’un SE repose
OU essentiellement sur trois personnes :
l’expert, le cogniticien et l’informaticien.
Chacun a un rôle particulier à jouer
le bouton MA est enfoncé auto-alimentation dans les différentes étapes du projet.
Rapidement, les tâches peuvent se
répartir de la manière suivante : le
le but est démontré : succès cogniticien recueille et analyse la
connaissance fournie par l’expert,
ensuite l’informaticien choisit l’outil de
développement et structure les
fig. 8 : exemple de chaînage arrière.
données pour les entrer en machine.

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problèmes
gestion de aide à la contrôle diagnostic/
production conception pilotage maintenance
domaines surveillance
;;;;
; BTP construction

électronique
(12 %)

(18 %)

;;;
;
énergie (15 %)

;
;
aéronautique (15 %)

mécan./métallurg. (21 %)

automobile (7 %)

chimie/biochimie (12 %)

(12 %) (26 %) (21 %) (39 %)


;

valeurs relatives :
;
;
;
fig. 9 : répartition des problèmes traités grâce à des applications de type SE dans différents domaines de l'industrie.

Les principaux domaines évolution des SE résultats et découvrir de nouvelles


d’application (cf. fig. 9) règles par généralisation inductive à
L’efficacité et la convivialité des SE
Actuellement, les problèmes de dépend fortement des modules, partir de cas individuels. Il faut
diagnostic et de maintenance sont bien cependant préciser que «Système
fonctions, interfaces, logiciels, qui
résolus par les SE et représentent à Expert» n’est pas équivalent à :
gravitent autour du cœur du SE (BC +
eux seuls 39 % des applications SE. «programme qui apprend et s’améliore
moteurs).
On trouve des SE de diagnostic dans tout seul». Un SE, s’il n’est pas doté
Ceux-ci sont représentés sur la
des secteurs aussi divers que la d’un module d’apprentissage spécialisé,
figure 10 et explicités ci-après. Ils sont
médecine, l’industrie, l’assurance. aura fatalement le même comportement
encore l’objet de travaux de recherche
Dans l’industrie, on développe des SE dans les mêmes conditions.
et de développement.
dans différents domaines d’activité tels Il reproduira les mêmes erreurs si on lui
que la Conception Assistée par Apprentissage fournit les mêmes entrées.
Ordinateur (CAO mécanique ou Une première interrogation vient tout de De nos jours, à part de rares
électronique), la productique (contrôle/ suite à l’esprit : peut-on réellement exceptions, un SE ne s’améliore pas en
commande de process, parler d’Intelligence sans apprentissage ? exploitant son expérience et n’a pas la
ordonnancement, planification de Pour ce qui concerne les SE une faculté d’enrichir tout seul sa BC. Les
tâches, robotique), et le diagnostic, définition rapide de l’apprentissage techniques d’apprentissage ne sont pas
déjà cité, qui regroupe : diagnostic de serait : «amélioration automatique des encore suffisamment évoluées pour
panne, incident, défaut de fabrication ... Bases de Connaissances (BC) afin être intégrées aux systèmes industriels.
Un SE peut également aider à choisir d’améliorer les résultats». Dans un proche avenir, elles seront
un matériau ou un composant dans une Ceci signifie deux choses : modifier les probablement utilisées pour
base de données. règles (les affiner) de la BC, à partir automatiser la constitution des BC, qui
d’un jugement porté par l’expert sur les tendent à s’accroître considérablement.

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Recueil et analyse des
connaissances
Les principales difficultés que l’on
rencontre au cours du développement multi-expertise interfaces
d’un SE se trouvent au niveau de
l’expression de la connaissance. Les
problèmes interviennent dès l’analyse
du discours recueilli chez l’expert.
L’«acquisition des connaissances» ou
représentation des systèmes
analyse du discours de l’expert est module explicatif
connaissances experts
toujours une tâche longue et
fastidieuse. Elle met en collaboration
deux personnes : l’expert et le
cogniticien, sur lesquelles repose la
construction du SE. Son succès
analyse du discours apprentissage
dépendra d’ailleurs fortement des
rapports que ces 2 intervenants auront
entretenus tout au long de leurs divers
contacts (cf fig.11: «l’expert et son
cogniticien», extrait de Bonnet p165). fig. 10 : domaines connexes des SE.

Les deux intervenants de base pour la construction d’un système-expert sont : l’expert du domaine considéré et le cogniticien.
Les rapports de ces deux intervenants devront être fondés sur une bonne compréhension mutuelle, une confiance réciproque et l’absence de
rétention d’informations. Le succès dépend largement de la qualité de ces hommes et de celle de leur relation.
Chez l’expert, les qualités à rechercher sont :
■ son autorité intellectuelle indiscutable, complétée par une longue pratique ;
■ sa volonté et sa capacité de communiquer son savoir ;
■ son attitude à l’introspection ;
■ son goût pour la recherche de solutions neuves et la remise en cause permanente de ses acquis ;
■ son expérience du travail en groupe ;
■ sa disponibilité, sa patience, sa ténacité, pour ne pas parler d’endurance et de sa tolérance à l’erreur.

Le cogniticien devra avoir :


■ une logique sans faille ;
■ une solide culture scientifique et technique, généralement acquises dans une grande école d’ingénieur ou au cours d’un troisième cycle
universitaire ;
■ une maîtrise parfaite de l’informatique avancée ;
■ une grande érudition en Intelligence Artificielle
enfin,
■ une capacité d’écoute ou, mieux, une avidité d’apprendre, complétée par une bonne technique d’interviews inspirée de celles pratiquées en
psychologie.
L’expert et le cogniticien devront s’entendre.
C’est à dire qu’ils devront s’écouter, mais aussi qu’ils devront savoir instaurer un lien délicat fait d’empathie et de recul critique, de volonté
d’assimiler l’autre sans perdre sa propre identité. Les motifs d’échec de cette relation ne manquent pas comme on peut bien l’imaginer. Sans
nous arrêter aux erreurs techniques de conduite de la relation, nommons simplement certaines causes d’échec liées structurellement à la
situation :
■ l’expert est un homme d’expérience, donc souvent âgé. Le cogniticien, artisan d’une discipline naissante, est la plupart du temps un jeune
ingénieur. De cette différence peut naître le meilleur comme le pire. Le meilleur ressemble assez à une relation maître-disciple, genre oriental.
Le pire s’inspire de tout ce que l’on regroupe aujourd’hui sous la locution de conflit de générations.
■ l’expert est un homme important. Le cogniticien l’est moins ;
■ l’expert est un homme occupé. Le cogniticien n’a rien d’autre à faire ... que d’importuner l’expert ;
■ l’expert détient un capital. Le cogniticien est payé pour le lui soustraire ;
■ l’expert est au coeur de l’institution, dont il connaît et défend les valeurs. Le cogniticien, à la périphérie, sinon totalement à l’extérieur, est un
corps étranger ;
■ l’expert s’expose, en même temps qu’il expose son savoir. Le cogniticien le scrute, et parfois le censure. L’expert est l’objet de l’activité du
cogniticien.

fig. 11 : Relations entre l’expert et son cogniticien.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.11


Aujourd’hui, plusieurs méthodes Leur réalisation requiert beaucoup mais d’un savoir de mise en œuvre de
d’interrogation de l’expert sont en train d’attention car l’acceptation du système l’expertise comme indiqué dans
de se développer et actuellement, elles par les utilisateurs en dépend comme le paragraphe «fonctionnement du
sont en passe de devenir de véritables nous l’avons déjà vu dans le chapitre SE».
outils informatiques de «gestion des «définition du SE». La multi-expertise
connaissances». Les interfaces les plus importantes Une limitation actuelle des SE
Ces méthodes interviennent dans la sont : concerne l’utilisation d’une seule Base
phase «modélisation de la ■ celles qui permettent à l’expert
de Connaissances. Or, certaines
connaissance» avec un double d’accéder à la base de connaissance, applications complexes nécessitent le
objectif : en général pour la maintenir et la faire recours à des sources de
■ d’une part fournir des techniques évoluer connaissance variées, autrement dit à
pour recueillir et analyser l’expertise ■ et celles qui, lors d’une «session
la coopération de divers experts qui
afin d’être en mesure de la représenter experte», supportent le dialogue contribuent chacun à la recherche
en machine, utilisateur-système. d’une solution.
■ d’autre part, fournir un guide Les différentes interfaces SE/homme et Depuis quelques années, les
méthodologique pour mener à bien le SE/environnement sont représentées recherches sur ce nouveau thème
développement du SE. sur la figure 13. d’étude, appelé aussi «Intelligence
Représentation des connaissances. Le module explicatif Artificielle Distribuée» (DAI, en
L’étape suivante se situe au niveau de Un système expert est souvent doté anglais) commencent à se développer
la représentation de ces connaissances d’un module explicatif dont le rôle est en France. Des architectures de
dans la base du SE. d’établir la trace du raisonnement qu’il systèmes permettant une telle
Le bon déroulement et les résultats a effectué. collaboration ont été proposées et
obtenus lors de la phase précédente, Le but de ce module est de permettre utilisées par exemple pour la
«analyse des connaissances», sont aux utilisateurs et aux experts de compréhension automatique de la
primordiaux pour choisir le meilleur suivre l’enchaînement des inférences parole, domaine typique où des
modèle de représentation, compte tenu effectuées par le système, c’est à dire connaissances très diverses sont
du type des connaissances à capter. la succession de faits ayant engendré nécessaires : analyse des sons,
Il faut d’abord garantir la qualité de la solution. reconnaissance des différents lexèmes
l’expertise recueillie et celle du modèle Cette trace est très difficile à établir de de la phrase, analyses lexicale,
de représentation retenu pour manière claire et compréhensible car syntaxique et sémantique ...
l’implanter en machine. Ensuite il s’agit elle nécessite des connaissances Ces architectures avancées de SE
de gérer au mieux son volume pour particulières appelées «Méta présentent des caractéristiques
une utilisation optimale et des résultats connaissances». Celles-ci ne intéressantes : fonctionnement
performants. découlent pas du savoir de l’expert parallèle et synchrone des BC,
Cependant, les connaissances telles résolution de problèmes à différents
que «le bon sens» par exemple, que niveaux d’abstraction ... , mais sont
nous utilisons sans même nous en Le bon sens n’est justement pas une chose encore difficiles à mettre en œuvre.
apercevoir, sont très difficiles à simple. C’est, bien au contraire, une Leur utilisation peut néanmoins se
modéliser. La pensée de bon sens est immense société d’idées pratiques durement développer dans l’avenir grâce à
plus complexe que beaucoup de acquises, de multitudes de règles et l’apparition sur le marché d’outils
démarches purement intellectuelles, d’exceptions enseignées par la vie, de puissants dotés d’interfaces et de
dispositions et de tendances, de poids et de fonctionnalités logicielles facilitant leur
qui, elles, suscitent plus d’attention.
contrepoids. développement.
Elle fait souvent appel à de nombreux
types différents de représentation, et Si le bon sens est si divers et si complexe,
nécessite donc une gamme de qu’est-ce qui le fait paraître si évident et
compétences beaucoup plus large naturel ?
(cf. fig. 12 : Minski : «le bon sens» p. Cette illusion de simplicité résulte du fait que
26). Des améliorations récentes, en nous perdons de vue ce qui s’est passé
particulier le raisonnement à pendant notre petite enfance lorsque nous
profondeur variable et les façonnions nos premières aptitudes. Et au
représentations multi-modales, sont fur et à mesure que chaque groupe
peut-être un apport à l’amélioration de d’aptitudes s’affermit, nous ajoutons de
la «traduction du bon sens». nouvelles couches par-dessus. Plus le
temps passe, plus les couches de dessous
Les interfaces s’éloignent, jusqu’au moment où, plus tard
Dans un SE, les interfaces jouent un dans la vie, quand nous essayons d’en
rôle très important car elles parler, nous ne trouvons rien d’autre à dire
interviennent à toutes les étapes du que : «je ne sais pas.»
cycle de vie : développement - fig.12 : le bon sens.
exploitation - évolution.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.12


acquisition de acquisition de
données données
bases de
capteurs et
interfaces données
actionneurs
externes

trace de la moteur d'inférences


résolution
module induction
explicatif déduction
simulation
planification

application mise à jour


des règles base de faits

dialogue
base de connaissance
SE-utilisateur module
=
d'acquisition
base de règles
des
+
connaissances
base de faits
utilisateur

«langage»
de recueil de
la connaissance

espace de travail

état courant
de la résolution
expert

fig. 13 : les interfaces du SE en exploitation.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.13


3. les applications chez Merlin Gerin

Merlin Gerin s’intéresse aux techniques fiabilité, sûreté des réseaux de défaillance. C’est en effet, avec les
des SE depuis le début des années 80, graphes de Markov, un des outils
dans le but d’améliorer les produits et
électriques. majeurs de l’évaluation de la sûreté des
les services qu’il met à la disposition La fiabilité est aujourd’hui une science ; systèmes.
des clients. Par exemple, chacun elle a pour but la maîtrise des La construction d’un arbre de
connaît aujourd’hui l’essor des défaillances. défaillance commence par la
systèmes de Conception Assistée par Du fait de l’accroissement des désignation de l’événement indésirable.
Ordinateur (CAO) dans les entreprises. applications de l’électronique dans tous Celui-ci est ensuite décomposé en
Comment rentabiliser au maximum ces les secteurs : médical, industriel, événements intermédiaires qui
outils informatiques afin d’améliorer la informatique etc..., il est de plus en plus l’explicitent sous forme de causes
productivité des opérateurs qui les important d’avoir une disponibilité quasi immédiates. Ces événements sont à
utilisent ? totale de l’énergie électrique. leur tour développés et ainsi de suite
La solution consistant à connecter un Les concepteurs, réalisateurs et jusqu’à ce que toute nouvelle
module de SE à un outil de CAO exploitants des réseaux électriques ont décomposition soit impossible. On
permet de fournir aux différents besoin de s’appuyer sur un ensemble obtient alors les «feuilles» de l’arbre,
utilisateurs l’expérience de ceux qui ont de méthodes d’évaluation qualitatives qui représentent les défaillances
la maîtrise de l’outil. La conception des et quantitatives de la fiabilité. élémentaires du réseau étudié
produits gagne en rapidité, ce qui ADELIA est un Système Expert. Il est (cf. fig. 14 et 15).
entraîne la baisse des coûts de revient actuellement utilisé dans le «Service La construction de l’arbre, et surtout les
finaux. Etude de Réseaux» de Merlin Gerin, calculs qui lui sont associés, est une
Dans un tout autre domaine, tel la par les concepteurs de réseaux entreprise considérable, voire
gestion des ateliers, MERLIN GERIN a électriques, et intervient dans la phase impossible à réaliser manuellement ;
également étudié la solution SE. Ici, «étude de fiabilité». d’où l’idée de créer un outil
l’objectif est d’aider l’exploitant à ADELIA a pour but l’étude de la fiabilité informatique, un SE, pour le construire
obtenir un «flux lisse» dans les ateliers en termes de disponibilité de l’énergie automatiquement.
de production, ce qui signifie moins électrique dans les réseaux (voir aussi Grâce à ADELIA des résultats sur la
d’en-cours sur la ligne et donc une le cahier technique n° 148). Autrement fiabilité d’un système sont obtenus
livraison plus rapide au client. dit, seules les défaillances qui rapidement. L’analyse de ceux-ci
D’autre part, la tendance actuelle suppriment la tension en un point du permet au concepteur, pour un niveau
privilégie de plus en plus l’aspect réseau sont prises en compte et non de sûreté donné, d’optimiser sur le plan
«service» vendu au client autour d’un celles qui modifient sa qualité. technico-économique la configuration
produit. Dans ce cas également, La méthode choisie pour réaliser ces de son réseau.
les SE ont un rôle à jouer. Par études de fiabilité est celle des arbres
exemple, un SE de diagnostic de
panne peut être proposé à l’utilisateur
d’un onduleur pour lui permettre
EDF
d’intervenir lui-même.
Nous allons présenter rapidement ci-
après cinq exemples variés et
significatifs de SE développées par
Merlin Gerin :
■ aide aux calculs de fiabilité :
logiciel ADELIA ;
■ aide à la lutte contre le feu :
A B
logiciel SALADIN ;
■ aide à la maintenance et au JDB 1
dépannage dans les centrales
nucléaires : logiciel SILEX ; C D
■ aide au pilotage d’atelier :
logiciel ALEXIS ; JDB 2 JDB 3
■ aide à la conduite de la production et
de la distribution de l’énergie électrique E F
dans un sous marin :
logiciel SYRACUSE. fig. 14 : réseau de distribution.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.14


absence
énergie
départ E
G11*

JDB 3 ouvert. remontée


déf.
non intemp. CC aval
JDB 3
alimenté dis.E par F
2*1* G22* 2*3* G24*

ouvert. absence non ouv. CC en


déf.
intemp. énergie disj.F aval
câble
dis.D JDB 1 sur CC de F

3*1* 3*2* G33* 3*4* 3*5*

JDB 1 remontée
déf.
non CC aval
JBD 1
alimenté par C
4*1* G42* G43*

deux absence court


non ouv.
lignes énergie circuit
disj.C
détail. EDF HT aval C
sur CC
G51* 5*2* G53*
5*4*

LIGNE A LIGNE B câble JDB 2

G61* G62* 6*3* 6*4*

transfo. disj. A transfo. disj. B


A B

7*1* 7*2* 7*3* 7*4*

fig. 15 : arbre de défaillance correspondant au réseau de la figure 14.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.15


Utilisation d’ADELIA, interfaces chaque local ou compartiment en (risque encouru par le bâtiment si tel
La configuration du réseau est toujours fonction de son contenu, plus ou moins compartiment est touché).
assurée par le concepteur. Ce schéma inflammable, de sa position et de son Il fournit également des propositions de :
lui sert de base pour l’étude qu’il va importance vis-à-vis des œuvres vives. ■ mise en œuvre des installations fixes
mener avec ADELIA. De plus, il doit connaître exactement d’extinction,
Une session ADELIA commence donc les moyens de lutte existants ■ stoppage des circuits de ventilation,
par la saisie du réseau électrique à (emplacement, fonction) ainsi que les ■ mesures de sauvegarde des
partir d’un ensemble de composants moyens mobiles d’extinction. personnes et des biens.
«connus» du système, c’est-à-dire dont SALADIN -Système d’Aide à «LA» L’interface graphique de SALADIN
les caractéristiques des modes de Décision pour le combat contre les permet de visualiser pour chaque pont
défaillance associés ont été données INcendies- a donc été conçu pour du navire l’ensemble des zones
par l’utilisateur. Une interface dédiée assister la lutte contre la propagation d'incendie ainsi que leur imminence de
(basée sur l’utilisation de la souris et de des incendies, dès la déclaration de propagation, représentés grâce à
menus déroulants) permet une saisie ceux-ci. différentes couleurs.
rapide du réseau et une vérification SALADIN connaît la disposition des SALADIN offre également la possibilité
graphique des informations saisies. locaux, leurs accès, leurs particularités de faire un «zoom» sur une partie du
A chaque réseau est donc associé un et leurs moyens de lutte. Il est donc en bateau afin de voir en détail l’état des
fichier de composants électriques : mesure d’apporter son aide à la fois compartiments touchés autour d’un
disjoncteurs, transformateurs, pour tenir à jour la situation, déterminer point donné.
interrupteurs, câbles ... les risques d’extension du feu et
Chacun d’entre eux possède un ou organiser les interventions. Le système
plusieurs modes de défaillance est lancé par un opérateur qui lui donne sécurité, disponibilité des
auxquels sont attribuées trois valeurs : en entrée la situation au début de centrales nucléaires
■ le taux de défaillance ; l’incendie : SILEX est un SE pour l’aide aux
■ le temps de réparation ; ■ localisation du foyer, exploitants de centrales nucléaires,
■ l’indisponibilité. ■ intensité de l’incendie initial (entier de dont le dépannage et la maintenance
La figure 16 montre les éléments de 1 à 6), exigent des interventions rapides et
l'«écran» de saisie des caractéristiques ■ nature de l’incendie initial (explosion, efficaces. Etant donné le volume et la
des composants du réseau étudié. court-circuit ...). complexité des équipements, ainsi que
A partir d’un ensemble de règles En retour, SALADIN, traitant par leur faible taux de défaillance, seuls le
expertes, le système construit l’arbre exemple le cas d’un navire, fournit la concepteur-constructeur et les
de défaillance associé au réseau et liste des compartiments qui risquent utilisateurs avertis possèdent
calcule le taux de défaillance de d’être touchés en précisant les notions l’expérience nécessaire à ces
l’événement indésirable (ou événement d’«imminence de propagation» (court, interventions, laquelle ne doit pas se
sommet) grâce au fichier des moyen ou long terme) et de danger diluer avec le temps.
composants. L’arbre est dessiné à
l’écran et les valeurs numériques
calculées sont accessibles directement
en désignant sur le dessin, avec la
souris, l’élément auquel on s’intéresse. Saisie des composants électriques
Au vu de ces résultats, l’utilisateur peut
améliorer, reconfigurer son réseau et liste des modes
relancer l’étude de fiabilité afin de défaillance disjoncteur MT
du composant non ouverture
d’atteindre, au meilleur coût, l’objectif
de disponibilité du courant recherché. sélectionné ici disjoncteur HT ouverture intempestive

transformateur MT provoque un défaut


propagation d’incendies interrupteur
dans les bâtiments
Le feu représente un danger majeur
pour certains bâtiments (navires, tours taux de défaillance =
détail du mode
etc ...). Il est fondamental de le
de défaillance temps de réparation =
combattre au mieux, dès qu’il se sélectionné
déclare. Ainsi, pour remplir indisponibilité =
efficacement sa mission, le
responsable de la lutte contre l’incendie
doit pouvoir anticiper l’extension du
sinistre afin de prendre rapidement les fig. 16 : interface de saisie des composants.
mesures qui s’imposent. Pour cela il (composant sélectionné : disjoncteur HT, mode de défaillance sélectionné : provoque un défaut
doit tenir compte du danger potentiel de

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.16


SILEX s’intéresse plus particulièrement Quand il a détecté l’élément défaillant, ■ exécuter en temps réel le plan de
au système de commande des grappes le SE propose de le dépanner ou de le fabrication en compensant
de contrôle d’un réacteur 900 MW remplacer. Un traitement «post- éventuellement les dérives locales
(RGL 900) ; c’est un équipement diagnostic» permet de s’assurer que (sans être contradictoire avec
électrique et électronique important des les signalisations de défauts ont bien l’optimisation globale du plan) ;
centrales nucléaires. Il est constitué toutes disparues. Si certaines ■ réagir en cas de perturbations
d’armoires de commande dont les persistent, le SE peut conseiller globales importantes ou d’aléa (pannes
défaillances affectent directement la d’entreprendre un nouveau diagnostic. physiques, manquants …) ;
disponibilité de la tranche nucléaire. Sa Sur le terrain SILEX a ■ rendre visibles l’état de l’atelier et les
taille (six armoires et plus de 1700 considérablement amélioré la dérives de production.
composants par armoire) et sa performance des dépanneurs et la D’où la structure retenue pour ALEXIS
complexité de fonctionnement font qu’il disponibilité du système de contrôle- (cf. fig. 17 ) :
est impossible à un dépanneur d’en commande. ■ simulation
posséder une connaissance analytique Une première étape obligatoire
et exhaustive. De plus, les défaillances consiste en la simulation de l’atelier.
ne sont pas assez fréquentes pour pilotage d’atelier Celle-ci permet de tester différentes
entretenir des équipes de maintenance Merlin Gerin, en collaboration avec configurations et d’évaluer différentes
spécialisées. Enfin les méthodes de ITMI et le LIFIA (laboratoire logiques de gestion de la ligne. Etant
diagnostic ne permettent pas de traiter universitaire), a développé un système donnés les pré-requis de progressivité
toutes les défaillances. expert d’aide au pilotage d’atelier de et d’évolutivité, nous avons choisi
Pour toutes ces raisons, les production : ALEXIS. d’utiliser des techniques de
dépannages sont difficiles, longs et Ce système, en partie financé par le programmation objet.
affectent la disponibilité de la Centrale. ministère de la recherche, s’appuie sur Attention, la simulation s’avère être un
C’est pourquoi cet équipement est un site pilote : la ligne flexible outil très puissant qu’il faut utiliser avec
délicat à dépanner en période d’assemblage du disjoncteur BT méthode sous peine de graves
d’exploitation. Masterpact. désillusions. C’est pourquoi une part
Le SE SILEX répond au problème en Rappelons que, d’une manière importante du travail consiste en des
mettant à la disposition des exploitants générale, le pilotage d’atelier est une tests de conformité avec la réalité.
une aide au diagnostic qui permet de activité de prise de décision en temps ■ ordonnancement
surmonter la complexité fonctionnelle réel, impliquant les actions suivantes : Les systèmes d’ordonnancement
de l’équipement, de les guider ■ planifier et ordonnancer les ordres de prévisionnel (hors-ligne) peuvent
efficacement dans le dépannage grâce fabrication ; cette tâche peut être grandement améliorer les
à ses grandes capacités en termes de effectuée hors-ligne ; performances.
méthodologie et de convivialité.
Utilisation de SILEX
Le SE est utilisé dans le local du informations
surveillance
RGL 900, en face de ce dernier mais exploitant
sans aucune connexion avec lui.
Dès qu’une signalisation de défaut alarmes, ajustements
apparaît sur l’équipement, l’utilisateur repères
émule le SE. Le point de départ est
l’entrée dans le SE des informations
correspondant aux défauts signalés en SUIVI DE GESTION LOCALE
salle de commande. Le SE entreprend PRODUCTION DE LA PRODUCTION
alors la recherche de la panne grâce à
une approche descendante. Il exploite
les relations de causalité entre les ordres
différentes fonctions de l’équipement. d'éxécution
Le dépanneur fournit au fur et à mesure
au système les informations
système physique
nécessaires à l’établissement du ORDONNANCEMENT
plan de fabrication de production
diagnostic. C’est pourquoi l’interface
utilisateur du système est la plus SIMULATEUR
conviviale possible, tant au niveau de la
présentation des «écrans», qu’à celui
des textes «aide opérateurs», lesquels programme de ressources
indiquent au dépanneur la procédure à fabrication contraintes
suivre, les grandeurs à mesurer, pour
répondre aux questions du SE. fig. 17 : organisation fonctionnelle du système ALEXIS.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.17


Pour Alexis, il s’agit de construire un distribution d’énergie Vu l’aspect combinatoire et la taille du
bon ordonnancement initial, robuste problème, SYRACUSE utilise la
aux différentes variabilités opératoires
électrique et méthode du «formalisme de
(temps d’assemblage extrêmement reconfiguration contrainte».
différents suivant le type d’appareil, de réseaux Exemple de contrainte :
variation de la productivité humaine en Une BB - batterie bâbord- ne doit pas
SYRACUSE -SYstème de
cours de journée …). être en liaison avec une BT -batterie
Reconfiguration pour l’Aide à la
■ gestion locale de la production tribord-.
Conduite de l’USine Electrique-
Au niveau local, nous mettons en place Cette contrainte, dans le langage SE,
est un système informatique pour
des heuristiques de gestion de la se traduit par :
l’aide à la conduite de la production et
production (paquets de règles de bon pour BB, BT vérifier pas de liaison
de la distribution d’électricité dans
sens) tendant à diminuer l’en-cours, entre BB et BT
un sous-marin.
respecter les délais, éviter les si faux alors déconnecter BB, BT.
La mission consiste à assurer à bord
famines …
du bâtiment les mêmes prestations que
Cette gestion concerne uniquement les Plus généralement, une contrainte
l’Electricité de France à terre, à savoir :
files d’attente aux postes, il s’agit à s’exprime sous la forme :
■ distribuer l’énergie aux utilisateurs ;
chaque instant et pour chaque poste de pour X1, X2.....Xn,
■ assurer la continuité de cette
trouver dans sa file d’attente le meilleur vérifier fonction ( X1, X2.....Xn,)
travail à réaliser. distribution ; si faux, alors action correctrice ( X1,
■ gérer au mieux l’emploi des sources ;
■ surveillance, information à l’exploitant X2.....Xn).
■ masquer les avaries côté utilisateur ;
C’est un des points importants Chaque contrainte non vérifiée permet,
■ assurer la protection du réseau ;
d’acceptation du SE. Pour rendre les à partir d’une configuration donnée du
■ avoir en permanence une
décisions de l’exploitant plus rapides et réseau, de générer autant de
plus fiables il s’agit d’analyser la configuration robuste du réseau. configurations induites par les actions
situation courante de l’atelier et de la Les deux aspects «transparence des correctives associées à la contrainte.
présenter de manière synthétique mais avaries côté utilisateur» et «robustesse Toutes ces nouvelles configurations
conviviale. du réseau», imposent en fait de conduisent progressivement à rétablir
■ suivi de production reconfigurer le réseau électrique à la la distribution électrique.
C’est le module qui a pour objectif de suite de chaque avarie.
maintenir à jour un ensemble de Cette reconfiguration, qui consiste
données représentatives de l’état essentiellement en une suite ordonnée
courant de l’atelier et d’effectuer des de manœuvres de disjoncteurs, est
calculs statistiques ou de bon sens effectuée depuis un pupitre
permettant d’appréhender le travail électrotechnique par un opérateur
déjà réalisé. Cette base «objets» averti.
constitue le cœur de l’application. Sur la nouvelle génération de sous-
Le projet ALEXIS s’est déroulé marins, le personnel se trouve réduit et
simultanément à une forte plus polyvalent (donc moins
réorganisation de l’atelier pilote : spécialiste). Autrement dit, il n’y a pas
■ l’analyse menée pour la modélisation en permanence un électrotechnicien
de l’atelier, basée sur une réflexion confirmé au pupitre de la production et
industrielle importante, a contribué à de la distribution de l’électricité. Or,
l’élaboration des nouvelles structures ; jusqu’à présent, en dehors de cas bien
■ le simulateur de l’atelier a été utilisé précis, analysés, répertoriés, l’action à
pour définir l’implantation physique des mener dépend de la logique et de
postes et modifier la transitique l’expérience de l’opérateur.
(gestion du déplacement des appareils Les deux rôles d’un système de
en cours dans l’atelier) ; reconfiguration pour l’aide à la conduite
■ le module «information à du système électrique apparaissent
l’exploitant», réalisé en étroite donc clairement :
collaboration avec le site pilote, a ■ préparer des informations adéquates
suscité le plus vif intérêt et paraît en attendant l’arrivée d’un opérateur,
indispensable à intégrer aux ■ aider l’opérateur dans les cas les plus
développements futurs. complexes, proposer des solutions et
justifier les choix effectués.
Avec ces deux objectifs, SYRACUSE
est une aide efficace à la
reconfiguration du réseau électrique
suite à un incident.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.18


4. l’Intelligence Artificielle

définition et but traitements. Dans tous les secteurs comme l’homme c’est à dire :
Les SE font partie du vaste domaine de d’activité les techniques de l’I.A. ■ capte des informations, avec
l’I.A.. Il n’est pas facile de cerner cette tendent à élargir le champ d’action des l’équivalent de tout ou partie de nos
activité en constante évolution et même ordinateurs en leur donnant la cinq sens ;
de définir exactement l’I.A.. Cette possibilité de voir, entendre, raisonner, ■ soit capable de raisonner et de
appellation, fortement controversée parler, agir ... s’adapter à une situation nouvelle ;
parce que prétentieuse, se justifie ■ soit capable d’agir ou de
L’intelligence est le propre de
pourtant en remontant aux origines de communiquer en conséquence.
l’homme. Elle lui permet :
l’I.A.. En effet, l’objectif des premiers Le robot d’aujourd’hui utilise
■ de réagir à diverses situations même
chercheurs était réellement de l’informatique classique, le plus souvent
s’il les rencontre pour la première fois ;
concevoir des «machines un automate programmable. Il est
■ d’innover ;
intelligentes», capables d’imiter programmé de manière séquentielle
■ de créer.
l’homme dans ses tâches intellectuelles pour accomplir un travail, une série
Artificielle se dit d’une action qui d’actions répétitives.
les plus complexes.
relève d’un artifice ; ce qui est artificiel Le robot du futur devrait, grâce aux
Ayant compris très vite les limites de
n’est pas inné, mais fabriqué de toutes techniques de l’I.A., pouvoir faire face à
ces ambitions leurs successeurs, sans
pièces, généralement dans un but des situations imprévues, c’est-à-dire
revenir sur le vocable, ont poursuivi les
précis. avoir une capacité de jugement au
travaux en s’orientant aujourd’hui vers
la recherche de nouvelles techniques Intelligence Artificielle signifie moins égale à celle d’un ouvrier
informatiques (en soft ou hard) en simulation des comportements spécialisé, (cf. fig. 18).
programmation ou en matériel) telles humains. Dans son contexte Les systèmes experts se rapprochent
que les SE, les langages objets ou les informatique, c’est réagir comme des comportements intelligents
machines LISP dédiées à la l’homme alors que la solution puisqu’ils peuvent, grâce au moteur
programmation symbolique. algorithmique n’est pas connue, d’inférence, générer des faits
L’I.A. est finalement une branche de n’existe pas. nouveaux. Par ailleurs, ils sont conçus
l’informatique dont le but est de réaliser Aussi le but de l’I.A. est de faire en pour être évolutifs.
des systèmes intégrant un grand sorte que l’ordinateur, résidant par Les SE constituent la grande majorité
nombre de connaissances et de exemple dans un robot, se comporte des activités de l’I.A.

;;;;

;;; ;
bip-bip....

bip-bip....

; ;
;; rebuts

fig. 18 : reconnaissance de formes, de couleurs, de positions, mais aussi action en fonction de situations imprévues, voilà un cas d'application de
l'intelligence artificielle.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.19


domaines et techniques de Par contre pour les autres il faut grammatical évolué : les ATN
posséder un grand nombre (Augmented Transition Network). Ce
L’Intelligence Artificielle d’informations ; langage est particularisé par chacun de
Même si la définition donnée ci-dessus ■ les relations entre les objets, leurs nous, chaque groupe adapte la racine
présente l’I.A. sous un aspect positions possibles. Ici par exemple la commune du langage pour ses besoins
informatique, son champ d’investigation pièce est sur le plateau du transtockeur ; propres.
reste vaste. Pour mémoire cette ■ la situation possible qui peut Les personnes qui comprennent la
restriction élimine les sciences permettre de déduire que le phrase suivante sont-elles
cognitives (psychologie, épistémologie, transtockeur va poser la pièce dans le nombreuses?
philosophie, linguistique, neuro- stock ou l’a prise ; «La sphère, unité d’un espace de
sciences …) qui peuvent permettre de ■ ce qui va caractériser la scène, on ne Banach, est faiblement compacte»
trouver des modèles de mécanisme de parle pas ici du sol ou du plafond de Illustrons un peu les difficultés
raisonnement. l’usine … informatiques rencontrées.
La recherche de techniques
informatiques permettant de Le processus de segmentation Imaginons que l’on fournisse à un
«reproduire» un comportement humain d’images est très sensible aux ordinateur des informations sous forme
s’effectue dans de nombreux conditions de prise de vue. Il s’agit en de langage naturel et que l’on interroge
domaines. Nous présentons ci-après effet d’extraire les contours des ce dernier sur les connaissances
les principaux domaines, soft et hard, différents objets de la scène afin de les acquises. Les exemples qui suivent
dans lesquels l’I.A. progresse en identifier. Or tout segment de droite sont inspirés par [Schank 85] et par
montrant rapidement les difficultés et extrait ne correspond pas à une partie [Bonnemay 82].
de contour d’objet, il peut être associé ■ données : François a acheté une
en citant les techniques de résolution
associées. à une variation d’éclairage, à une voiture.
ombre, à un reflet, à un changement ■ interrogation : François a-t-il
Le premier type de problème auquel
est confronté un robot humanoïde est d’état de surface … Il faut donc se dépensé de l’argent ?
celui de la saisie d’informations servir des connaissances de plus haut Aucune référence à la notion d’argent
pertinentes relatives à son niveau pour remettre partiellement en n’existe pourtant dans les données
environnement. La vue et l’ouïe ne cause cette segmentation. mais l’action d’achat est usuellement
nous semblent pas nécessiter des En vision on a donc plusieurs niveaux associée à un échange d’argent. Pour
raisonnements complexes et pourtant de représentation et plusieurs bases de résoudre ce problème
leurs modélisations informatiques sont connaissances qui coopèrent pour informatiquement les deux concepts
complexes. l’interprétation de la scène. Les achat ➠ argent seront reliés par un lien
techniques couramment utilisées sont de dépendance conceptuelle.
Perception, vision les langages objets ou leurs frères les
Pour que le robot puisse voir et Pour des phrases du type : «la paix a
langages de frames pour modéliser les été achetée au prix du sang», Il est
entendre, il doit être équipé de capteurs connaissances et les techniques de
de toutes sortes : caméra CCD, nécessaire de prévoir tous les sens
coopération de plusieurs expertises. possibles des mots et de valider les
capteurs ultra-sons, rayons X, La perception de l’environnement n’est
infrarouges qui fournissent des signaux associations par rapport au contexte.
qu’une partie du problème. Il faut aussi Quelquefois les ambiguïtés peuvent
numériques. On obtient alors des
savoir communiquer pour acquérir être très difficiles à lever :
données de bas niveau, par exemple
d’autres informations. Le dialogue entre «L’astronome s’est épris d’une étoile».
une matrice de pixels (points) pour les
la machine et l’homme nécessite la D’autres déductions nous sont
images. De ces données il est possible
maîtrise du langage humain par également naturelles :
d’extraire des courbes, des contours,
l’ordinateur. ■ données : «François va au
des segments ... grâce à des
algorithmes de traitement d’images ou Communication restaurant, il commande un sandwich ;
de reconnaissance des formes. Le dialogue entre la machine et comme il a été servi rapidement, il
La problématique de l’I.A. est alors l’homme nécessite la maîtrise du laisse un large pourboire»
d’analyser la scène «vue» pour pouvoir langage humain par l’ordinateur. ■ déduction : François a mangé le
la décrire sous une forme concise, ■ le langage naturel sandwich et l’a payé.
exemple : le transtockeur numéro un Les langages humains sont des La connaissance utilisée est la
pose ou a pris une pièce dans le stock langages extrêmement difficiles, il ne séquence implicite des actions qui ont
central. suffit pas de connaître le dictionnaire et lieu lors d’un repas au restaurant. Si
Il faut donc identifier, localiser des la grammaire du langage pour pouvoir une action n’est pas évoquée (manger)
objets et décrire la scène. Comprendre le comprendre. Et pourtant ce langage et qu’une des suivantes (laisser un
une image nécessite des appelé naturel par les informaticiens ne pourboire) l’est on peut conclure à la
connaissances sur : l’est pas du tout, il est appris (les réalisation de la première. On résout
■ les représentations possibles des enfants sauvages ne parlent pas) donc cette difficulté en décrivant les
objets perceptibles. Celles-ci peuvent quelquefois avec difficulté. La situations connues sous forme de
être réduites pour les objets grammaire du langage est très scripts (séquence précédente). Pour
permanents de l’environnement compliquée et nécessite une les situations nouvelles on dispose de
(marquage spécifique). modélisation à l’aide d’un outil connaissances plus générales.

Cahier Technique Merlin Gerin n° 157 / p.20


Elles sont modélisées en associant des et, comme pour le langage naturel, des Elle s’effectue généralement en trois
intentions aux personnages et des propriétés lexicales, syntaxiques et phases :
explications aux actions. Cette sémantiques. De nouveau, comme pour ■ acquisition, extraction de la
représentation, sous forme de plans, la vision, le problème majeur réside connaissance auprès des experts ;
permet de comprendre les exemples dans la coopération des processus bas ■ modélisation, structuration de la
suivants : niveau de segmentation et haut niveau connaissance extraite ;
François avait faim, Il prit le guide d’interprétation. La segmentation ne ■ informatisation , constitution de la
Michelin. permet pas une séparation exacte du Base de Connaissance.
François avait besoin d’argent, Il signal en phonèmes, syllabes et mot. Aujourd’hui, un certain nombre de
téléphona à sa sœur. Grâce aux connaissances sur le méthodes pour recueillir et modéliser la
La compréhension du langage naturel langage on peut remettre en cause des connaissance commencent à
par la machine nécessite un grand parties de la segmentation. Pour une «s’industrialiser».
nombre de connaissances et n’est meilleure compréhension des difficultés Elles constituent un guide pour le
réalisable que dans un domaine précis rencontrées dans les domaines de la cogniticien dans ses démarches auprès
avec un vocabulaire bien défini vision et de la parole, se référer à de l’expert. Elles proposent souvent
(Exemple texte technique parlant de [Haton 85]. diverses techniques (linguistiques, par
l’électricité). Génération d’actions exemple) pour aider à modéliser et
■ traduction automatique Pour remplir les tâches qui lui sont structurer la connaissance extraite.
Les ambiguïtés que nous avons assignées le robot doit disposer de Celle-ci doit ensuite être
relevées précédemment vont cette fois moyens d’actions : «informatisée». Il s’agit là de trouver un
être présentes dans les deux langues. ■ déplacement ;
formalisme de représentation
Exemple d’ambiguïté : « les fils du ■ manipulation de pièces ;
informatique afin de constituer la Base
chirurgien sont blancs». ■ utilisation d’outils d’usinage,
de Connaissance du Système Expert.
Même si les résultats obtenus soudage, vissage. En général les méthodes proposées
aujourd’hui dans le domaine de la Ces tâches sont simples et ne s’arrêtent après la phase
traduction automatique sont nécessitent pas beaucoup d’informatisation. Elles prennent
prometteurs, il existe des limites d’«intelligence» si le monde dans lequel rarement en compte :
inhérentes à la traduction. Il y a perte se meut le robot est déterministe, c’est à ■ la validation de la Base de
d’information dans toute traduction; pour dire connu à l’avance et sûr. Connaissance, qui doit être prise en
s’en convaincre il suffit de traduire un Dans un univers incertain (obstacles compte dès le début de la réalisation ;
texte dans une autre langue et faire imprévus par exemple) tout se ■ la maintenance du SE, pour laquelle
l’opération inverse, le retraduire dans sa complique. Il n’est pas possible de l’expérience fait défaut.
langue d’origine. De plus certaines décrire le travail du robot sous la forme
locutions sont réputées intraduisibles : d’une série figée d’actions réalisables, il
Exemple : «Le fond de l’air est frais» lui faut, dans les cas difficiles, être
■ parole capable de s’adapter ou de rechercher
Pour communiquer les hommes parlent des séquences en fonction de l’état de
à l’aide d’un langage. Nous gagnons son environnement (générations de
encore en complexité ; il faut maintenant plans d’actions ).
être capable en plus de décoder le De manière plus générale, une fois
signal émis pour reconstituer les connues les données sur lesquelles
éléments du langage utilisés. Comme le il doit raisonner, le robot doit
signal vocal est très variable et résoudre des problèmes : comment
multiforme, les sons élémentaires ou agir et/ou évoluer?
phonèmes sont très dépendants de
ceux qui les entourent. Malgré tout la Acquérir, modéliser, manipuler la
reconnaissance mono-locuteur de mots connaissance
isolés est aujourd’hui bien maîtrisée La principale difficulté lors de la
(algorithme global de reconnaissance réalisation d’un système expert est le
des formes). recueil de connaissance. Cette étape
Le passage à la compréhension de la critique du développement requiert une
parole continue multi-locuteurs constitue démarche souvent longue et
un saut technique. Pour s’en convaincre fastidieuse auprès des experts du
il suffit d’écouter la phrase suivante : domaine.
«un jeune sot, transportant dans un Elle est d’autant plus délicate que,
seau le sceau du roi, trébuche et l’étroit dans un SE, la connaissance est
sceau tombe». amenée à évoluer et doit donc être
Pour interpréter le signal vocal associé, lisible et modifiable aisément par
il faut utiliser de multiples sources de un informaticien voire par l’expert
connaissances (acoustique, phonétique) lui-même.

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5. perspectives d’avenir

Le nombre des applications de l’I.A.


croît très vite, notamment :
■ les réseaux de neurones ;
■ les logiques de raisonnement ;
■ le raisonnement temporel.

réseaux de neurones
Les réseaux de neurones (cf. fig. 19), à
l’image de la structure du cerveau
humain, sont composés de
processeurs élémentaires (les
neurones) reliés entre eux par des
connexions (les synapses). L’état dans
lequel se trouve un neurone ou une
synapse est représenté par un mot ou
un réel. L’ensemble du réseau est relié
à un organe externe (caméra, capteur)
qui envoie un stimuli, lequel modifie
l’état d’un neurone. Tout changement
d’état d’un neurone engendre l’envoi de
signaux à d’autres neurones par
couche d'entrée couche(s) cachée(s) couche de sortie
l’intermédiaire des synapses.
Au même stimuli le réseau de neurones
fig. 19 : réseau de neurones multicouches.
répond toujours la même chose. Par
contre, et c’est le principal intérêt, le
réseau a la capacité de fournir une permettra aux SE de demain de
■ la linguistique pour le traitement du
réponse adéquate lorsque le problème raisonner sur l’incertitude et de prendre
langage naturel écrit et parlé ;
diffère légèrement. en compte des situations complexes.
■ l’ergonomie, la philosophie, les
La structure d’un réseau peut être de Pour cela, les recherches s’orientent
neurosciences et peut-être un jour la
différents types. Les neurones sont vers l’étude de différentes logiques
biologie.
souvent organisés en «couches» dont (flou, TMS, ATMS) dont la mise en
la première constitue les entrées et la œuvre s’avère encore assez délicate.
dernière les sorties. Chaque neurone logiques de raisonnement
n’est connecté qu’aux neurones de la La prise en compte de connaissances
couche suivante. imprécises («le réservoir est presque
raisonnement temporel
Les progrès concernant les réseaux vide») ou incertaines («il va peut-être Le raisonnement temporel intervient
neuronaux se font au niveau : pleuvoir») semble être prometteuse dans les systèmes associés à des
■ des logiciels (nouvelles techniques pour l’avenir. Actuellement, le phénomènes évolutifs dans le temps :
d’apprentissage, découpage du réseau traitement de ce type de connaissances surveillance, commande et contrôle de
global en plusieurs sous-réseaux se fait sous forme de cœfficients procédés industriels, traitement
spécialisés ...) numériques : probabilités, cœfficients d’alarmes, aide à la décision ... Ici, le
■ des matériels (réseaux implémentés de vraisemblance ... , mais il ne résout temps de réponse est une contrainte
physiquement sur des circuits ou pas tous les problèmes soulevés par le que le SE doit prendre en compte pour
simulés sur des machines «raisonnement approximatif». moduler son raisonnement en fonction
massivement parallèles). La «logique floue» est intéressante du temps dont il dispose.
La réalisation d’un système d’I.A. fait pour les SE, souvent amenés à Actuellement, les applications
appel à des techniques avancées de raisonner sur des bases de concrètes sont rares car la réalité est
l’informatique, comme celles que nous connaissances incomplètes ou peu complexe. La prise en compte du
venons de citer. Mais l’I.A. puise fiables. Cette nouvelle théorie permet temps nécessite une modélisation des
également ses sources dans d’autres d’effectuer des calculs sur des événements suffisante pour
disciplines : grandeurs imprécises ainsi que sur des comprendre les relations de causalité
■ la psychologie cognitive pour la «notions incertaines». et de coordination entre ces
représentation des connaissances et Plus généralement, le «traitement événements.
du raisonnement ; symbolique», et non plus numérique,

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en conclusion ...
L’avènement de l’Intelligence
«électronique» est annoncé presque
chaque année depuis 1946, date de la
construction du premier ordinateur. Il
convient donc d’être prudent ..
Il n’en demeure pas moins que le
nombre de «logiciels» d’I.A. est dès à
présent très important, et qu’il croît très
vite.
Les sciences cognitives dans leur
ensemble sont appelées à jouer un rôle
de plus en plus important et leur
développement risque fort d’être la
«révolution» des années 90.

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Réal. : E.R.I. - Lyon - Photo. : IPV
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