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Université General Lansana Conté de Sonfonia-Conakry (UGLC-SC)

Faculté des Sciences Economiques et de Gestion


(FSEG)

UGLC-SC

COURS DE POLITIQUE ECONOMIQUE


LICENCE DE SCIENCES ECONOMIQUES

M. Mamadou Aliou baldé


Economiste

Conakry, Février 2015


INTRODUCTION GENERALE

La politique économique peut être définie comme étant l’intervention de l’Etat dans
l’économie. On peut distinguer ainsi les instruments et les objectifs de la politique
économique.

Les instruments de la politique économique sont des variables de commande sur


lesquelles les pouvoirs publics peuvent agir pour atteindre les objectifs
intermédiaires. Il s’agit par exemple de l’encadrement du crédit, de la modification
des taux d’imposition ou des dépenses publiques.

Les objectifs intermédiaires sont des cibles qui permettent d’atteindre les objectifs
finals. Il s’agit de variables susceptibles d’être influencées par les pouvoirs publics et
qui ont la particularité d’être liées aux objectifs finals. (Exemple : le contrôle agrégat
monétaire pour assurer la stabilité des prix).

Les objectifs finals de la politique économique correspondent à l’amélioration du bien


– être de la collectivité nationale. Il s’agit de variables que les autorités ne contrôlent
pas et qu’elles ne peuvent influencer que de manière indirecte.Les objectifs finals
correspondent au carré magique de la gestion macroéconomique défini par Kaldor à
savoir la croissance, l’emploi, la stabilité des prix et l’équilibre extérieur.

Pendant longtemps la politique économique s’est bornée à veiller au bon


fonctionnement de la concurrence pure et parfaite. En effet dans la philosophie
libérale l’action de l’Etat se réduit à l’exercice de ses fonctions « naturelles », celles
de juge, gendarme et ambassadeur. L’intervention de l’Etat dans la vie économique
relève ainsi de l’exception, la règle étant le « laisser – faire» et le «laisser passer».

La politique économique a connu un regain d’intérêt après la deuxième guerre


mondiale à la faveur de la révolution keynésienne. En effet l’œuvre de Keynes
constitue une rupture épistémologique avec la justification de l’intervention de la
main visible de l’Etat pour réaliser l’équilibre de plein emploi.

La politique économique a connu plusieurs mutations dans sa nature, ses objectifs et


ses instruments. Initialement confinée au court terme et à la régulation de la

2
conjoncture (politique de stabilisation) elle s’est élargie au moyen - long terme
(politique structurelle ou d’ajustement positif).

A partir de la fin des années 60 la coexistence du chômage et de l’inflation


(stagflation) et l’intégration croissante des économies ont rendu inopérants les
remèdes keynésiens. On assiste alors à une remise en cause de la politique
économique par les économistes libéraux. Cette contestation de la politique
économique s’est accentuée à partir de la fin des années 80 avec le triomphe des
idées libérales et le phénomène de globalisation qui a engendré des contraintes
majeures à la prise de décision des pouvoirs publics.

En effet aujourd’hui la politique économique est confrontée à un problème de


crédibilité. Elle est sanctionnée positivement ou négativement par les marchés
financiers suivant les signaux renvoyés par l’action de la puissance publique. La
politique économique perd ainsi de plus en plus son caractère discrétionnaire pour
être fondée davantage sur des règles. Avec la montée du libéralisme l’Etat
minimaliste chargé d’assurer le maintien de la concurrence et la protection des droits
de propriété se substitue à l’Etat providence qui soutient la demande.

Les thèmes qui seront traités ici s’articuleront autour des programmes de politique
économique, des instruments de la politique macroéconomique et de la politique
économique en économie ouverte.

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CHAPITRE I :LA POLITIQUE BUDGETAIRE

La politique budgétaire consiste à manipuler le niveau et la structure des dépenses


publiques d’une part et d’autre part le niveau de l’impôt et les taux d’imposition afin
de modifier l’équilibre économique. Elle constitue un des principaux instruments de la
politique économique et sa mise en œuvre est l’objet de controverses notamment
entre les keynésiens et les monétaristes.

I) Portée de la politique budgétaire

La politique budgétaire est fondée sur le multiplicateur budgétaire. La valeur de ce


dernier varie en fonction des fuites qui existent dans le système économique et qui
revêtent plusieurs formes.

I.1) Les multiplicateurs budgétaires et les stabilisateurs automatiques

Nous distinguerons successivement un modèle de base simplifié, l’introduction d’un


impôt direct, l’existence de transfert et l’ouverture aux échanges extérieurs.

a) Cas d’une économie fermée

On considère une économie fermée décrite par le modèle simplifié suivant :

Y=C+I+G (1)

C = a (Y – T) + Co (2)

I= I (3)

G= G (4)

Y : revenu ; C : consommation privée ; I : investissement privé

G : dépenses publiques ; a : propension marginale à consommer

Co : consommation incompressible.

La combinaison des équations (1) à (5) permet d’écrire :

Y = a (Y – T+Tr) + Co + I + G

Y (1 –a) = -aT + aTr + Co + I + G

4
Y =  a T + a T r + C0 + I + G
1 a 1 a 1 a 1 a 1 a

Y = 1 = kG (multiplicateur dépenses publiques)


G 1 a

Y = - a = kT (multiplicateur fiscal)
T 1 a

kG > kT

Y
= a Tr
Tr 1  a

Nous assistons à la diminution des transferts (et donc du revenu disponible) lorsque
le revenu global augmente. Comme l’impôt direct les transferts constituent un
stabilisateur automatique.

La politique budgétaire est plus efficace quand elle est axée sur les dépenses
publiques plutôt que sur les impôts.

Dans le cas d’une variation équilibrée du budget ( GT ) on a :

Y= 1 G- a T
1 a 1 a

Y= 1 G- a G
1 a 1 a

 Y = 1 a  G =  G =  T
1 a
Le multiplicateur est alors unitaire (théorème de Haavelmo)

Un budget équilibré est neutre c’est – à – dire qu’il ne modifie pas le revenu
d’équilibre.

a.1) La spécification d’une fonction fiscale

On introduit dans le modèle présenté ci – dessus une fonction fiscale spécifiée


comme suit :

T = t Y + To

5
t : taux impôt direct

To : surtaxe

A l’équilibre :

Y=C+I+G

Y = a (Y – tY – To+ aTr) + Co + I + G

Y (1 – a – at) = - aTo +aTr + Co + I + G

 aTo  aTr  Co  I  G
Y=
1  a  at

I  G  aTr  Co  aTo
Y=
1  (1  t )a

Y = 1 = k’G t < 1  kG> K’G


G 1(1t)a

La valeur du multiplicateur baisse en raison de l’apparition d’une nouvelle fuite


(l’impôt direct) qui diminue les flux de dépenses.

L’impôt direct constitue ainsi un stabilisateur de la conjoncture. En effet durant les


périodes de récession le rendement des impôts diminue surtout si le système fiscal
est progressif. Il en résulte un soutien de la demande effective qui est d’autant plus
significatif que les chômeurs bénéficient de transferts sous forme d’allocations de
chômage. Par contre durant les périodes d’expansion l’augmentation des impôts
limite le revenu disponible et entraîne un effet de freinage de la conjoncture.La
stabilisation de la conjoncture par l’impôt direct est dite automatique parce qu’elle est
insérée dans le système et qu’elle est indépendante de l’action délibérée des
pouvoirs publics.

A partir de la fonction fiscale on peut déterminer l’accroissement d’impôt lié à


l’accroissement de la dépense :

T = tY + To

T = tY

6
Or

Y= 1  G et
1(1t)a

T= t G
1(1t)a

Exemple :

t = 0,2 = 20 %

a = 0,75

t 0,2
= = 0,5
1  a(1  t ) 1 (1 0 ,2)x0,75

 T = 0,5  G

Ce résultat peut être interprété de deux manières :

1) Toute action de relance est partiellement amortie et le déficit budgétaire


entraîne lui – même un début de compensation ;

2) Si l’on veut atteindre une variation donnée du revenu, il sera nécessaire


d’accroître la dépense publique plus fortement que ne l’implique le seul
multiplicateur budgétaire.

a.2) La mesure de l’effet stabilisateur

Elle a été proposée par Musgrave. La démarche consiste à comparer le


multiplicateur des dépenses publiques sans et avec les stabilisateurs automatiques.

Ainsi en posant :

1 1
kG = 1 a et k’G = 1a(1t)

L’effet de stabilisation est mesuré par la différence entre l’unité et le rapport de ces
deux multiplicateurs.

g = 1 - k'G
kG

7
1
1 a(1t)
g=1–
1
1 a

g=1– (1a)
1a(1t)

g= at
1a(1t)

Exemple :

a = 0,75

t = 0,2

g= 0,75x0,2 = 0,375
10,75(10,2)

Ce résultat signifie que les variations automatiques des rendements fiscaux


réduisent de 37,5 % les mouvements du revenu national dû à la modification d’une
composante de la demande effective.

a) L’ouverture aux échanges extérieurs

On se situe maintenant dans le cadre d’une économie ouverte. Les exportations sont
supposées exogènes et la fonction d’importation est spécifiée comme suit :

M = M+mY

L’économie est alors décrite par les équations suivantes :

Y=C+I+G+X–M (1)

C = a (Y – T) + C0 (2)

I = I (3)

G= G (4)

X= X (5)

L’équation (1) peut être réécrite en prenant en considération les équations (2) à (5)

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On obtient les multiplicateurs suivants :

Y = a
Y = 1
G 1  a  at  m T 1  a  at  m

La prise en considération du commerce extérieur a pour conséquence une


diminution de la valeur des multiplicateurs. Ce phénomène s’explique par la
présence d’une nouvelle fuite liée aux importations.

En définitive l’efficacité des multiplicateurs est réduite en présence d’une imposition


directe, d’un système de transfert et du commerce extérieur.

I.2) Les indicateurs de la politique budgétaire : les soldes budgétaires

Le solde budgétaire est défini comme la différence entre les recettes et les dépenses
de l’Etat. On peut distinguer le solde total du solde primaire.

SBT = T – g iD

SBT : solde budgétaire total ; T: recettes fiscales ; G: dépenses publiques hors


paiement des intérêts ; i: taux d’intérêt de la dette publique ; D: dette publique

SBP = T – G

SBP : SB primaire

Etant donné que le paiement des intérêts représente à court terme une charge
incompressible liée aux dépenses des années précédentes le solde primaire
représente le solde qui résulte des décisions présentes des pouvoirs publics.

Le solde budgétaire peut être décomposé en un solde conjoncturel et un


solde structurel. Le déficit budgétaire conjoncturel ou cyclique est lié à la baisse des
recettes fiscales du fait de la faiblesse de la croissance.Quand au déficit budgétaire
structurel il correspond au déficit qui serait obtenu si les facteurs de production
étaient pleinement utilisés ou si le PIB se fixe à son niveau potentiel.

La fonction fiscale peut être spécifiée suit :

T = tY + To

T : total des impôts ;t : taux de taxation de la production ;Y : niveau d’activité ; To :


impôts autonomes

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Le déficit conjoncturel qui est lié à la baisse de rendement des impôts s’écrit :

SB conj = t (Y – Yp)

Avec

Yp : production potentielle

Le déficit structurel correspond au déficit qui serait obtenu si le rendement des


impôts était inchangé ou si la production ne s’écarte pas de son niveau potentiel. Les
rentrées fiscales à prendre en compte sont alors celles qui sont indépendantes du
niveau de la production.

SB structurel = To – G + tYp = (T –tY) – G + tYp

=T–G - t(Y – Yp)

D’où SB total SB conjoncturel

SB total = SB structurel + SB conjoncturel


Ainsi si l’économie se situe au plein emploi le déficit conjoncturel s’annule et le déficit
budgétaire structurel devient égal à la différence entre les recettes et les dépenses
publiques.

Par ailleurs l’existence d’un déficit budgétaire ne signifie pas nécessairement que la
politique budgétaire est expansionniste dans la mesure où le déficit budgétaire peut
être conjoncturel.

Les pouvoirs publics mettent en œuvre une « politique discrétionnaire » s’ils


augmentent de manière délibérée les dépenses publiques pour relancer l’activité
économique ou s’ils diminuent leurs dépenses pour réduire les tensions
inflationnistes.

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CHAPITRE II : LA POLITIQUE MONETAIRE

La politique monétaire regroupe l’ensemble des actions visant à influencer les


variables économiques (prix, niveau d’activité, emploi, équilibre externe) par le
truchement du volume et du coût de la monnaie.On distingue ainsi les instruments,
les objectifs opératoires, les objectifs intermédiaires et les objectifs finals de la
politique monétaire.

La politique monétaire peut être décrite par le tableau suivant :

Objectifs Objectifs
Instruments Objectifs finals
opératoires intermédiaires

- open market - taux du marché - taux d’intérêt à CT - prix

- réescompte interbancaire - taux d’intérêt à LT - niveau d’activité

- réserves - base monétaire - agrégats monétaires (PIB)

- encadrement du - agrégats de crédit - emploi

crédit - taux de change - équilibre extérieur

-contrôle direct du taux

d’intérêt

- contrôle des changes

I)Les objectifs opérationnels et intermédiaires de la politique monétaire

La politique monétaire est mise en œuvre à travers la politique des taux d’intérêt et le
contrôle des agrégats monétaires.

I.1) La politique des taux d’intérêt

La politique des taux d’intérêt est axée essentiellement sur le taux de refinancement
bancaire. Etant donné que ce taux d’intérêt est un taux directeur il exerce des effets
de diffusion sur l’ensemble des marchés de capitaux par le jeu des réajustements
d’actifs au niveau des institutions financières et du public.

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Par exemple une hausse du taux de refinancement bancaire se traduit par une
raréfaction de la monnaie banque centrale, un accroissement du taux de base
bancaire et un renchérissement du crédit.Dans un tel contexte les banques sont
incitées à se procurer des ressources par d’autres moyens notamment à travers
l’émission de titres à long terme. Quant au secteur privé non financier il est incité à
réduire sa demande de crédit. Certains agents chercheront à se procurer des
ressources sur les marchés de capitaux à court terme ou à long terme. Ce qui
contribue à renforcer la tendance à la hausse des taux d’intérêt.

I.2) Le contrôle des agrégats

Le contrôle des agrégats monétaires est un des principaux objectifs intermédiaires


de la politique monétaire. Le problème posé est le choix des agrégats et les
modalités du contrôle.

I.2.1) Le choix des agrégats

Le contrôle de la masse monétaire peut être axé sur M1 c’est à dire la masse
monétaire au sens strict ou l’ensemble des moyens de paiement crées par le
système bancaire (monnaie fiduciaire, monnaie scripturale).Les autorités monétaires
peuvent également porter leur choix sur le contrôle de l’ensemble des liquidités vu la
masse monétaire au sens large.

Pour M. Friedman et les économistes monétaristes qui recommandent le contrôle


des agrégats le choix des agrégats est une question d’ordre empirique.Ce qui
importe c’est la stabilité de la relation entre l’agrégat contrôlé et le PIB nominal. On
notera que le choix des agrégats est influencé par les innovations financières qui
entraînent une redéfinition des agrégats monétaires.

I.2.2) Les modalités du contrôle des agrégats

Les agrégats monétaires peuvent être contrôlés directement par les autorités
monétaires à travers les objectifs opératoires à savoir la base monétaire et le
rationnement du crédit.

a) Le contrôle de la base monétaire

La base monétaire correspond à la monnaie centrale détenue par le public et le


système bancaire. Il existe une relation entre le volume de monnaie centrale mis à la

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disposition des agents financiers et non financiers et la masse monétaire au sens
strict. Cette relation peut être ainsi mise en évidence :

H : monnaie centrale (base monétaire) ; B : billets ; D : dépôts à vue ; M : masse


monétaire au sens strict (M1) ; R : réserves des banques

B
b= ou proportion monnaie détenue sous forme de billets
M

r = R coefficient de réserves obligatoires


D
M=B+D (1)

H=B+R (2)

B = bM (3)

D=M-B(4)

D = (1 – b)M (5)

R = r.D(6)

R = r × D = r × (1 − b) M.(7)

H = bM + r(1 – b)M(8)

H = M [b + r(1 – b)] (9)

En posant

1
m=
b  r (1  b)

Alors

M = m.H (10)

m = multiplicateur de crédit

La relation (10) signifie que la masse monétaire résulte de la production monétaire


de l’institut d’émission et d’un coefficient appelé « multiplicateur de crédit »

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Pour que le contrôle de la base monétaire soit efficace deux conditions doivent être
remplies. L’institut d’émission doit maîtriser son apport de monnaie centrale et le
multiplicateur m doit être stable.

b) Le rationnement du crédit

Il consiste à contrôler directement le crédit distribué par les banques. Si cet


instrument se révèle efficace il comporte plusieurs inconvénients.La politique de
rationnement du crédit est autoritaire voire arbitraire et rend la gestion de l’économie
moins rationnelle. C’est pourquoi elle n’est pas d’un usage fréquent dans les pays à
économie de marché.

II) Les instruments de la politique monétaire

Les autorités monétaires disposent de plusieurs instruments qui leur permettent


d’atteindre les objectifs qu’elles se sont assignés. Parmi ceux – ci on retiendra la
politique d’open market, la politique du taux d’escompte, la politique des réserves
obligatoires et l’interventionnisme direct.

II.1) La politique d’open market

La politique d’open market consiste en une intervention de la Banque Centrale sur le


marché monétaire sous forme d’achat ou de vente de titres pour influencer la liquidité
des banques et leurs capacités de prêt. Une telle politique permet d’augmenter ou de
freiner l’offre de liquidités et de moduler les crédits distribués.

Les titres qui sont achetés et vendus par la Banque centrale sont généralement des
titres publics. C’est pourquoi la politique d’open market est surtout utilisée dans les
pays où le volume de la dette publique est relativement important.

La politique d’open market présente plusieurs avantages :

1) la Banque Centrale prend l’initiative d’intervenir sur le marché monétaire au


lieu d’adopter un comportement passif comme dans le cas du réescompte ;

2) les banques ont une gestion de trésorerie plus efficace dans la mesure où
elles ne peuvent pas compter sur un escompte systématique et qu’elles n’ont
pas intérêt à conserver des liquidités oisives (plus élevées que le minimum
légal requis) ;

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II.2) La politique du taux d’escompte

La politique du taux d’escompte repose sur une procédure de refinancement qui met
en relation les banques secondaires et la banque centrale et qui ne passe pas alors
par le marché monétaire. Les banques de second rang empruntent directement des
liquidités auprès de la banque centrale en réescomptant des titres qu’elles
détiennent dans leur portefeuille. Les titres admis au réescompte sont généralement
des titres représentatifs de crédits à l’économie et des effets de commerce.

II.3) La politique des réserves obligatoires

Les réserves obligatoires sont des avoirs liquides constituées de monnaie centrale
que les banques doivent conserver en proportion de leurs dépôts ou de leurs crédits.

La politique des réserves obligatoires consiste alors à modifier le taux de réserves


obligatoires afin d’agir sur la liquidité des banques et les conditions de financement
de l’économie.

A l’origine les réserves obligatoires ont été instituées dans le souci de protéger les
épargnants et de permettre aux banques de faire face aux retraits de billets durant
les périodes de panique financière. La politique des réserves obligatoires est
devenue progressivement un instrument de politique monétaire.

Ainsi une baisse des taux de réserves obligatoires améliore la liquidité des banques
et augmente leurs capacités de prêts. A l’inverse une augmentation des taux des
réserves obligatoires « stérilise » une partie des liquidités des banques et diminue
leurs capacités de prêts.

II.4) La politique sélective du crédit

Elle consiste à différencier les conditions d’accès au crédit. Les secteurs dits
prioritaires sont favorisés par une telle politique. Ils bénéficient alors de taux bonifiés,
de crédits non plafonnés qui sont parfois garantis par des interfaces telles que les
fonds de garantie.

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II.5) L’encadrement du crédit

L’encadrement du crédit consiste en un plafonnement des crédits que les banques


accordent à leur clientèle. L’encadrement du crédit a été institué à l’origine pour
éviter une concentration excessive des risques. Il est devenu ensuite un instrument
de politique monétaire.

En cas de dépassement du plafond fixé par les autorités monétaires les banques
subissent des pénalités qui consistent, à déposer une proportion des crédits
distribués sous forme de réserves supplémentaires non rémunérées auprès de la
banque centrale.

A l’inverse la non – utilisation des crédits soumis à un plafond donne droit à une
économie de crédit c’est – à – dire une utilisation ultérieure. L’encadrement du crédit
est un instrument de politique monétaire qui se révèle fort efficace mais qui comporte
plusieurs inconvénients :

1) Il fige les parts de marché des banques et fausse ainsi la concurrence entre
les banques ;

2) Il ne tient pas en compte les capacités des banques et rend peu profitables les
innovations financières.

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CHAPITRE III : LES PROGRAMMES DE POLITIQUE ECONOMIQUE

I) Le programme Keynésien: le rôle prépondérant de la demande.

Selon l’analyse keynésienne l’économie de marché livrée à elle – même ne conduit


pas à un équilibre de plein – emploi. En effet, Keynes considère que dans les
économies capitalistes développées tout conduit à l’insuffisance de la demande et à
la remise en cause de la loi des débouchés de SAY. Le cas général des classiques
(plein emploi) est considéré ici comme un cas particulier et le cas particulier des
classiques (chômage) devient le cas général. Dès lors seule l’intervention de l’Etat
permet d’assurer le plein emploi.

I.1) Le cadre d’analyse Keynésienne : le modèle IS - LM

La théorie keynésienne a été vulgarisée sous la forme de modèle IS – LM par Hicks


Hansen et Samuelson. La courbe IS décrit l’équilibre du marché des produits (biens
et services) alors que la courbe LM représente l’équilibre du marché de la monnaie.

A) Détermination de la courbe IS

L’équilibre du marché des produits s’écrit :

Y=C+I+G

Avec :

Y : revenu

C : consommation ; I : investissement privé et G : dépenses publiques

En posant

C = cY + Co o<c<1

I = -bi b<o

G= G

Alors

Y = cY + Co - bi + G

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Y (1-c) = -bi + Co + G

sY = -bi + DA

Y= 1 -bi + DA équation courbe IS


s s

B) Détermination de la courbe LM

L’équilibre du marché de la monnaie correspond à l’égalité entre l’offre et la


demande de monnaie. L’offre de monnaie est exogène chez Keynes. Quant à la
demande de monnaie elle comprend deux composantes : la demande de transaction
– précaution qui dépend positivement du revenu et la demande de spéculation qui
est liée négativement au taux d’intérêt. L’équilibre du marché de la monnaie est
décrit par l’équation suivante :

M = L1 (Y) + L2 (i)
p

avec

L1 (Y) = gY ; g > 0

L2 (i) = -hi ; h < 0alors

M = g Y – hi
p

M P hi
Y= + Equation de la courbe LM
g g

C) La représentation de l’équilibre

L’équilibre simultané des deux marchés correspond à l’intersection entre les courbes
IS et LM.
i LM

i*

IS

Y* Y

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La courbe IS se déplace vers la droite dans le cas d’une politique budgétaire
expansionniste et vers la gauche si la politique budgétaire est restrictive. La courbe
LM subit le même type de déplacement dans le cas d’une politique monétaire
expansionniste et d’une politique monétaire restrictive respectivement.

I.2/Impact des politiques actives

La politique macroéconomique est mise en œuvre à travers la politique budgétaire


ou la politique monétaire.

I.2.1/ Cas de la politique budgétaire

Le cas d’une politique budgétaire expansionniste est illustré par le graphique


suivant :

i1
io IS1

ISo

Yo Y1e Y

Par le jeu de multiplicateur l’augmentation des dépenses publiques permet


d’augmenter le revenu global et d’amener le système à un équilibre de plein emploi.
La politique budgétaire autant plus efficace que l’élasticité de l’investissement par
rapport au taux d’intérêt est faible.
I.2.2/ Cas de la politique monétaire

Le cas d’une politique monétaire expansionniste est décrit par le graphique ci –


dessous :
LM0
LM1
i0

i1

Yo Y19
pe Y
IS

L’augmentation de l’offre de monnaie entraîne une baisse du taux d’intérêt.


L’investissement est alors encouragé qui à son tour entraine un accroissement du
revenu. Le système tend alors vers un équilibre de plein emploi.

La politique monétaire est d’autant plus efficace que :

– la demande de monnaie est faiblement élastique par rapport au taux d’intérêt (si la
demande de monnaie est fortement sensible au taux d’intérêt une augmentation de
l’offre de monnaie entraîne une hausse de la demande de monnaie de telle sorte que
le taux d’intérêt variera faiblement).

I.2) La courbe de Philips

Philips W.A. a mis en évidence en 1958 une relation négative et statistiquement


significative pour le Royaume Uni de 1867 à 1957, entre le taux de croissance des
salaires nominaux et le taux de sous – emploi. Dans la mesure où le taux de
croissance des salaires nominaux et celui des prix sont corrélés positivement, les
économistes se sont intéressés à la relation entre le taux de chômage et le taux
d’inflation dans l’espace et dans le temps. Cette relation connue sous le nom de
courbe de Philips a la forme suivante :

 =f(u) avec  : taux d’inflation ; u : taux de chômage

Courbe de Philips

w
w ,

5,5

taux de chômage compatible avec une inflation nulle

20
Le principal enseignement de la courbe de Philips est que l’inflation diminue au fur et
à mesure que le chômage augmente et elle s’annule pour un taux de chômage égal
à 5,5 %.

La courbe de Philips a connu un grand succès pour deux raisons. En premier lieu
elle traite de deux variables privilégiées par la politique économique. En second lieu
elle fournit au modèle keynésien l’équation qui lui manque (le niveau général des prix
est supposé fixe et donc exogène dans le modèle keynésien de base).

II) Le programme néo-classique : La remise en cause de la politique


économique

II.1) La réinterprétation de Friedman : la courbe de Philips augmentée

Friedman considère que sur le marché du travail ce n’est pas le salaire nominal qui
réagit à une demande ou une offre excédentaire mais plutôt le salaire réel perçu ou
anticipé. Dans la mesure où les agents économiques sont rationnels ils ne sont pas
victimes d’illusion monétaire et fondent leurs décisions sur le niveau du salaire réel.
En lieu et place de la relation entre le taux de croissance des salaires nominaux et le
taux de chômage postulé par Philips, Friedman retient une relation entre la
croissance des salaires nominaux moins le taux d’inflation perçu ou anticipé et le
taux de chômage.

 - a = f (u)

Dès lors si les ménages sous – estiment le taux d’inflation effectif ( - a> 0) ils
seront portés à offrir davantage de travail dans la mesure où ils surestiment le salaire
réel. Plus l’écart  - a est élevé plus le chômage diminuera. Par contre le chômage
augmentera dans le cas inverse ( - a< 0).

Plusieurs enseignements peuvent être tirés de cette analyse :

Contrairement à la présentation de Philips la relation entre l’inflation et le chômage


n’est pas unique. Il existe un ensemble de courbes de Philips paramétrées par
l’inflation anticipée (a). Plusieurs taux de chômage sont compatibles avec le même
taux d’inflation, ce qui explique l’instabilité de la courbe de Philips. De plus, il existe
un seul taux de chômage compatible avec une anticipation parfaite du taux d’inflation
( = a), c’est le taux de chômage naturel. Ce taux de chômage n’est pas nul en

21
raison des frictions qui existent sur le marché du travail et des imperfections
structurelles (mobilité professionnelle insuffisante, problèmes de qualification de la
main d’œuvre, etc…).

Le graphique ci – dessous permet d’analyser les politiques actives.



Courbe de Philips à moyen terme
Courbes de Philips à court terme

C
B
A D
u

A court terme une politique monétaire ou budgétaire expansionniste permet de


stimuler l’activité économique. En effet avec l’augmentation inattendue du taux
d’inflation (>a) entraîne la baisse du taux de chômage en deçà du taux naturel
(passage du point A au point B). Au fur et à mesure que l’information se propage les
agents économiques corrigent leurs anticipations, le taux de chômage augmente
ainsi jusqu’à ce qu’il atteigne le taux naturel (passage de B à C). Or, le taux de
chômage naturel est le plus bas taux de chômage qui puisse exister. La baisse du
taux de chômage est alors uniquement temporaire, et les autorités doivent faire face
à une inflation plus élevée. La diminution du nouveau taux d’inflation exige une
politique déflationniste qui engendre une baisse de l’inflation et une hausse du
chômage (passage de C à D). Par ailleurs, le cadre analytique défini par Friedman
permet d’expliquer l’échec des politiques qualifiées de stop and go.

Le principal message de l’analyse de Friedman est l’inefficacité de la politique


conjoncturelle à moyen terme. Les politiques actives ne sauraient réussir que si les
autorités arrivent à surprendre et à tromper le public notamment à travers une
accélération de l’inflation. Or une telle politique n’est pas viable à moyen terme car

22
d’une part on ne peut pas tromper le public tout le temps et d’autre part ce type de
politique risque de déboucher sur un effondrement du système économique.

L’analyse de Friedman est fondée sur l’hypothèse d’anticipations adaptatives.


Autrement dit le public est supposé formuler ses anticipations uniquement sur la
base des valeurs observées dans le passé de la variable anticipée. Par exemple
dans le cas de l’inflation les anticipations adaptatives supposent que les agents
économiques se fonderont exclusivement sur une moyenne pondérée des valeurs
passées du taux d’inflation et ils ne tiendront pas alors en compte d’autres
informations pertinentes telles que les objectifs du gouvernement, les prévisions des
instituts de conjoncture, le niveau de la masse monétaire etc.

II.2) Les anticipations rationnelles et l’inutilité des politiques économiques

II.2.1) Définition et propriétés des anticipations rationnelles

Les anticipations rationnelles constituent des prévisions informées des événements


futurs. De telles anticipations sont qualifiées de rationnelles parce qu’elles sont
cohérentes avec une prévision fondée sur une interprétation pertinente de la théorie
économique. On parlera d’anticipations rationnelles si les agents économiques
utilisent toute l’information pertinente disponible et s’ils comprennent la théorie
économique et l’utilisent dans le cadre de leurs prévisions. Les anticipations
rationnelles ont les trois propriétés suivantes : elles ne sont pas biaisées, elles sont
orthogonales et elles sont cohérentes.

A) L’absence de biais des anticipations rationnelles

Cette propriété signifie que l’écart entre la valeur observée et la valeur anticipée
rationnellement d’une variable est un bruit blanc.

Dans le cas de l’inflation par exemple on a :t - ta = ut ; t : inflation observée en t ;


ta : inflation anticipée en t ; ut : variable aléatoire

Cette propriété signifie que les agents qui formulent des anticipations rationnelles ne
se trompent pas systématiquement. Les anticipations sont correctes en moyenne
(la moyenne de ut est égale à zéro) et les erreurs de prévisions sont liées à des
événements imprévisibles.

23
B) Propriété d’orthogonalité des anticipations rationnelles

Elle signifie que l’erreur de prévision n’est corrélée avec aucune information
pertinente connue au moment où les anticipations ont été formées. Car dans le cas
contraire les agents économiques auraient pris en considération cette information
pour améliorer leurs prévisions.

C) La cohérence des anticipations rationnelles

Cette propriété signifie que les anticipations d’une variable formulées à différents
moments doivent être cohérentes entre elles. Par conséquent elles ne peuvent
différer que si survient une information nouvelle non prévisible. Par exemple dans le
cas d’un match de football qui sera joué le dimanche le pronostic du résultat fait le
mardi ne doit pas différer de celui du lundi sauf si de nouvelles informations sont
disponibles (blessures de joueurs à l’entraînement…).

II.2.2) Les implications pratiques des anticipations rationnelles

Pour les théoriciens des anticipations rationnelles le public dispose des mêmes
informations que le gouvernement gratuitement et sans décalage temporel. Par
conséquent les autorités ne pourront pas provoquer un effet de surprise et, en
moyenne, le taux de chômage oscille erratiquement autour de son niveau naturel. En
présence d’anticipations rationnelles il n’y a aucun compromis entre l’inflation et le
chômage même à court terme. La situation est décrite par le graphique ci – dessous
OG1OGo

P CB DG1 P0ADG0

Yo Y1 Y

La situation de départ est caractérisée par la position d’équilibre (Yo, Po) c’est à dire
le point d’intersection entre la demande globale de court terme et l’offre globale de
court terme. La mise en œuvre d’une politique économique expansionniste se traduit
par un déplacement de la courbe de demande globale de DG o DG1. Cependant
l’augmentation de la demande va entraîner à son tour une augmentation du niveau

24
absolu des prix. On se retrouve au point d’équilibre B (P1, Y1). Cependant, compte
tenu de l’hypothèse d’anticipations rationnelles, les agents vont réaliser que la
variation du niveau absolu des prix ne correspond pas à une variation des prix
relatifs. Les ménages vont exiger des augmentations de salaire et les entreprises
vont ajuster à la baisse le niveau de l’emploi et de production. L’offre globale se
déplacera alors de OGo à OG1 et on retrouve, la position d’équilibre initiale. La
politique économique n’a alors aucune influence sur le niveau d’activité.

II.3) L’économie de l’offre

L’économie de l’offre (Supply – Side Economics) a été initialement développée par


les économistes classiques à partir du 18 siècle (A. Smith, J.B. Say, Mill S…). Elle a
connu un regain d’intérêt aux Etats – Unis à partir du milieu des années 70
notamment sous l’administration Reagan (« Reaganomics »).

II.3.1) Les fondements de l’économie de l’offre

Selon ces auteurs l’offre est le principal moteur de l’activité économique. Les
mécanismes de marché constituent ainsi le meilleur système d’allocation des
ressources. L’intervention de l’Etat est intrinsèquement déstabilisatrice car le secteur
public a tendance à s’accroître de manière excessive et les politiques publiques,
notamment la politique fiscale, entraînent des effets de substitution négatifs qui se
traduisent par une diminution de l’offre des facteurs de production et qui entravent la
croissance économique

La spécificité de l’économie de l’offre peut être mise en évidence à partir des


graphiques ci – dessous :

OGo OG1

DG1

DG0

Y Ype Y

25
Dans ce graphique ci-dessus la courbe d’offre globale est verticale. Cependant le
niveau courant de la production ne correspond pas forcément à celui du plein emploi.
En effet l’offre est entravée par les réglementations et les prélèvements liés à
l’intervention de l’Etat. Seules les politiques d’offre sont en mesure de relancer
l’activité économique (passage de OGo à OG1).

II.3.2) Les obstacles à l’offre

L’offre est inhibée par plusieurs facteurs parmi lesquels on retrouve l’excès de
pression fiscale et les coûts de la réglementation.

A) L’excès de pression fiscale : la courbe de Laffer

La relation entre le taux d’imposition et le rendement fiscal est illustré par le


graphique suivant (courbe de Laffer).

Courbe de Laffer

Recettes
Fiscales

zone Zone
Admissible Inadmissible Taux moyen
d’imposition

0 t* 100

Ce graphique indique qu’il n’y a pas de relation linéaire entre le taux d’imposition et
les recettes fiscales.

Pour des taux d’imposition faibles il y a une relation positive entre le taux d’imposition
et les recettes fiscales. Pour un certain taux d’imposition optimal (t*) les recettes
fiscales atteignent leur maximum. Au – delà de ce taux d’imposition l’assiette fiscale
se réduit du fait du découragement des agents économiques et les recettes fiscales
diminuent. Autrement dit « trop d’impôts tue l’impôt ». A partir du point A toute baisse
du taux d’imposition entraîne un accroissement du rendement fiscal à travers la
relance de l’activité économique.

26
A) Les coûts de la réglementation

Une réglementation excessive de l’activité des entreprises génère des coûts qui
constituent une désincitation à l’investissement. On peut distinguer les coûts
suivants :

a) les coûts administratifs nécessaires à la mise en place et au fonctionnement des


systèmes de réglementation ;

b) les coûts d’adaptation aux réglementations qui sont subits par les entreprises. Ces
coûts sont d’autant plus élevés que la réglementation est complexe ;

27
CHAPITRE IV : LE MODELE IS – LM – BP

L’ouverture aux échanges extérieurs modifie les conditions de l’équilibre


macroéconomique. Celui – ci varie avec l’évolution des variables telles que les
exportations, les importations, le taux d’intérêt et le taux de change qui jouent un rôle
déterminant dans l’équilibre obtenu. L’équilibre général requiert une nouvelle
condition, l’équilibre de la balance des paiements représenté par la courbe BP qui
s’ajoute à la courbe IS et à la courbe LM.

I)Le Marché des biens et services

En économie ouverte l’offre globale et la demande globale sont modifiées.

Offre globale = Y + M

Y : production domestique (partage offre)

M : importation

Demande globale = demande domestique + demande étrangère = C + I + G + X

D’où

Y+M=C+I+G+X (1)

Y=C+I+G+X–M (2)

En posant

C = cY + Co (3)

I = -bi b<0 (4)

G= G (5)

X = (er, Y*) = x1.er + x2 Y* x1> o ; x2> o (6)

Y* : demande étrangère

er = e P* (taux de change réel)


P

28
e : taux de change à l’incertain

M = M (er, Y) = m1 er + m2 Y m1< o , m2> o (7)

En utilisant les équations (3) à (7) on peut réécrire l’équation (2).

Y = Co+ cY - bi + G + x1 er + x2 Y* - m1er – m2Y

Y(1 – c + m2) = Co - bi + G + x1er + x2 Y* – m1er

Or c + s = 1  s = 1 – c

D’où

Y (s + m2) = Co - bi + G + x1er + x2 Y* - m1er

Y (s + m2) = Co - bi + G + x1er + x2 Y* - m1er

1
Y= (Co - bi + G + x1er + x2 Y* - m1er )
s  m2

Ce résultat représente l’équation de la courbe IS en économie ouverte.

La position de la courbe IS est modifiée par l’évolution des variables liées aux
échanges extérieurs.

- Un accroissement de la dépense autonome ou de la demande étrangère


entraine un déplacement de la courbe IS vers la droite.

- Une augmentation du taux de change réel (ou une amélioration de la


compétitivité) entraîne une augmentation des exportations et une baisse des
importations. La demande nette étrangère augmente et la courbe IS se
déplace vers la droite.

II)Le marché de la monnaie

A partir du bilan consolidé du système bancaire on peut déterminer la relation entre


la masse monétaire et ses contre -parties.

M = CI + AEN

29
En prenant en compte les prix (p) on peut écrire :

M = CI + AEN
p p p

Ici l’offre de monnaie n’est pas déterminée à la discrétion des autorités monétaires
(elle n’est pas exogène). En effet, dans un régime de changes parfaitement fixes les
variations de réserves de change ont une incidence directe sur la masse monétaire.
Un excédent de la balance des paiements entraîne une entrée nette de devises que
le système bancaire doit offrir contre de la monnaie nationale. La masse monétaire
augmente et la courbe LM se déplace vers la droite.Dans un tel régime de change la
position de la courbe LM dépend alors de la situation de la balance des paiements.

Par contre dans un régime de changes parfaitement flexibles le taux de change


s’ajuste pour éliminer toute demande nette ou toute offre nette de devises. La
position de la courbe LM est alors indépendante de l’état de la balance des
paiements.

III)La courbe BP

La courbe BP représente l’ensemble des combinaisons de taux d’intérêt et de revenu


qui sont compatibles avec l’équilibre de la balance des paiements globale.

III.1) Détermination de l’équation de la courbe BP

L’équilibre de la balance des paiements s’écrit :

BP = STC + SMC = 0

STC : solde transactions courants

SMC : solde mouvements des capitaux

STC = X (er, Y*) – M (er, Y) + TR

TR : transferts

SMC = SMC (i – i*-ê)

i* : taux d’intérêt étranger

30
ê : variation anticipée taux de change

SMC = k (i – i*- ê) k>0

k : élasticité mouvements capitaux par rapport à la rentabilité des placements

En négligeant les transferts on peut réécrire la relation d’équilibre de la BP :

(x1er + x2 Y*) - (m1er + m2Y) + k (i – i*- ê) = 0

X - M + SMC = 0

x1 er + x2 Y*- m1er - m2 Y + ki – ki*- k ê=0

m2 Y= x1er+ x2Y* - m1er+ ki- ki*- kê

Equation de la Y = 1 (x1er x2Y* - m1er + ki - ki*- k ê)


m2

courbe BP

III.2/ Interprétation de la courbe BP

Nous distinguerons d’une part l’interprétation de la pente de la courbe BP et d’autre


par l’interprétation de la position de la courbe BP.

A) 1er cas : immobilité des capitaux

Ce cas correspond à une situation où les marchés de capitaux nationaux ne sont


connectés aux marchés internationaux ou la réglementation interdit les entrées et
sorties de capitaux. Dans ces conditions les mouvements de capitaux sont
inélastiques au taux d’intérêt (k tend vers zéro).

Les variations du taux d’intérêt n’ont alors aucune influence sur l’équilibre de la
balance des paiements. Le solde de la balance des paiements est égal au solde du
compte courant (BP = STC) et la courbe BP est verticale.

31
I BP

Excédent Déficit

Y
2ème cas : mobilité parfaite des capitaux

Dans ce cas de figure les mouvements de capitaux sont infiniment élastiques au taux
d’intérêt. Autrement dit une faible variation du taux d’intérêt entraîne une variation
infiniment grande des mouvements de capitaux. Le taux d’intérêt est complètement
indépendant de l’équilibre interne et du revenu national. Il correspond au taux
d’intérêt international dont il ne s’écarte pas dans la mesure où la variation
instantanée et infinie des capitaux maintient un prix unique sur le marché
international. La courbe BP est horizontale.
i
Excédent
BP
Déficit
Y
3ème cas : mobilité imparfaite capitaux

Ce cas de figure, qui est plus réaliste, correspond à une mobilité plus ou moins
grande mais imparfaite des capitaux. La courbe BP a une pente positive.

i BP
Excédent
Déficit

32
CHAPITRE V : LA POLITIQUE ECONOMIQUE EN ECONOMIE OUVERTE

L’ouverture aux échanges extérieures soulève plusieurs problèmes en politique


macroéconomique notamment le conflit entre l’objectif d’équation externe (équilibre
de la BP) et des objectifs d’équation interne (inflation, plein emploi).

I)La politique économique dans le cas de l’immobilité des capitaux

On se situe dans le cadre d’une économie où il n’existe pas de mouvements de


capitaux à court terme. Les mouvements de capitaux à long terme sont indépendants
du taux d’intérêt. La balance des paiements se réduit alors à la balance des
transactions courantes (cf chapitre IV).

I.1) Le régime de changes fixes

Le taux de change est déterminé par les autorités monétaires qui interviennent sur le
marché des changes. Si la balance des paiements est déficitaire la monnaie
nationale tend à se déprécier. La banque centrale achète de la monnaie nationale
contre des devises. L’offre de monnaie diminue et la courbe LM se déplace vers la
gauche. A l’inverse l’excédent de la BP se traduit par une appréciation de la monnaie
nationale. La banque centrale intervient sur le marché des changes en vendant de la
monnaie nationale contre des devises. La masse monétaire augmente et la courbe
LM se déplace vers la droite.

a) La politique monétaire

L’économie considérée est supposée en situation de sous – emploi. L’objectif de la


politique monétaire est d’augmenter le revenu réel et de résorber le chômage. La
situation de l’économie est décrite par le graphique ci – dessous.

33
i Bpo LMo
LM1
io A
i1 B
ISo

Yo Y1 Y

Le point A correspond à l’équilibre initial de sous – emploi. Pour soutenir l’activité les
autorités monétaires mettent en œuvre une politique monétaire expansionniste qui
se traduit par un déplacement vers la droite de la courbe LM (passage de LM o à
LM1). L’augmentation de l’offre de monnaie entraîne une baisse du taux d’intérêt.
L’investissement augmente ainsi que le revenu à travers l’effet multiplicateur.
Cependant au point B la balance des paiements est déficitaire. L’augmentation du
revenu est associée à une hausse des importations et à un déficit du compte
courant. Il en résulte une tendance à la dépréciation de la monnaie nationale. La
banque centrale est alors tenue d’intervenir sur le marché des changes en achetant
de la monnaie nationale contre des devises. L’offre de monnaie diminue alors et la
courbe LM se déplace vers la gauche. La contraction de l’offre de monnaie entraîne
une baisse des prix, de la demande intérieure ainsi que des importations. Ce déficit
de la balance des paiements tend alors à être résorbé. On est ramené à l’équilibre
initial correspondant au point A.

Il apparaît ainsi que la politique monétaire est totalement inefficace en régime


de changes fixes.

b) La politique budgétaire

La situation de l’économie est toujours caractérisée par le sous – emploi. Les


pouvoirs publics cherchent à sortir du sous – emploi en mettant en œuvre une
politique budgétaire expansionniste. La situation est décrite par le graphique suivant :

34
i LM1
Bpo
i2 C LMo

i1 B
io A
IS1 ISo

Yo Y1 Y

Le point A correspond à l’équilibre initial de sous – emploi.

L’accroissement des dépenses publiques entraîne un déplacement de la courbe IS


vers la droite. Elle passe de Iso à IS1. On obtient un nouvel équilibre au point B
caractérisé par un niveau de revenu plus élevé. Cependant, au point B la BP est
déficitaire. En effet l’augmentation du revenu entraîne une hausse des importations
et un déficit du compte courant. Sur le marché des changes la monnaie nationale se
déprécie. L’intervention de la banque centrale se traduit par une contraction de l’offre
de monnaie et un déplacement vers la gauche de la courbe LM qui passe de LM o à
LM1. Le nouvel équilibre est obtenu au point C. On retrouve le revenu d’équilibre
initial qui est associé à un taux d’intérêt plus élevé. La politique budgétaire est
alors également inefficace en régime de changes fixes.

La baisse de l’offre de monnaie a entraîné une hausse du taux d’intérêt.


L’accroissement des dépenses publiques est alors compensé par la baisse de
l’investissement privé. On a affaire à une éviction financière, l’investissement
privé étant contraint par des facteurs financiers.

c) Le dilemme équilibre interne – équilibre externe

L’analyse ci – dessus montre qu’en régime de changes fixes quel que soit
l’instrument de politique économique utilisé on est ramené à la situation initiale.Il est
alors impossible d’obtenir simultanément l’équilibre interne et l’équilibre externe.
L’incompatibilité des deux objectifs tient au fait qu’il n’existe qu’un seul niveau de

35
revenu qui assure l’équilibre de la balance des paiements. Si celui – ci ne correspond
pas au plein emploi toute tentative pour se rapprocher du plein emploi éloigne de
l’équilibre de la balance des paiements.

d) La dévaluation et la solution au dilemme équilibre interne – équilibre externe

La dévaluation a pour conséquence un déplacement de la courbe BP vers la droite.


En effet l’amélioration de la compétitivité – prix entraîne une hausse des exportations
et un freinage des importations. L’équilibre de la BP est obtenu avec un niveau du
revenu plus élevé. La situation est illustrée par le graphique suivant :

i
Bpo BP1 LMo
LM1

io A B

IS1
ISo
Yo Y1 Y

Au point A on a un équilibre de sous – emploi si la dévaluation est réussie, on a une


augmentation de la demande extérieure nette et la courbe BP se déplace vers la
droite en passant de BPo à BP1. La dépréciation de la monnaie nationale entraîne
une augmentation des exportations et une baisse des importations. La demande
étrangère nette augmente. La courbe IS et la courbe BP se déplacent vers la droite.
Une combinaison optimale de la politique budgétaire et de la politique monétaire
permet d’obtenir un nouvel équilibre au point B qui correspond à un niveau de revenu
plus élevé. Cependant compte tenu de la réaction des partenaires commerciaux la
dévaluation représente davantage un moyen d’adaptation à un déficit durable de la
BP qu’un instrument de politique économique indépendant.

I.2) Le régime des changes flexibles

Dans un régime de changes flexibles le processus de création monétaire interne est


indépendant de la situation de la balance des paiements. La banque centrale

36
n’intervient pas sur le marché des changes en cas d’appréciation ou de dépréciation
de la monnaie nationale. L’équilibre de la BP n’est plus assuré par un niveau unique
du revenu dans la mesure où le taux de change s’ajuste instantanément suite à un
déficit ou un excédent de la balance des paiements

a) La politique monétaire

L’économie est supposée en situation de sous – emploi. Les pouvoirs publics se


proposent de sortir du sous – emploi à travers la mise en œuvre d’une politique
monétaire expansionniste. Les mécanismes à l’œuvre sont décrits par le graphique
suivant :
i
BPo BP1 LMo
LM1

io A C
i1 B IS1
ISo
Y
Yo Y1 Y2

Le point A correspond à un équilibre général de sous – emploi. La politique


monétaire expansionniste entraîne le déplacement de la courbe LM de LM o à LM1.
On a un nouvel équilibre au point B. Le niveau du revenu est plus élevé et la balance
des paiements est déficitaire. Sur le marché des changes il y a une dépréciation de
la monnaie nationale. Par conséquent la compétitivité de l’économie nationale
s’améliore. Les exportations sont stimulées et les importations subissent un freinage.
L’augmentation de la demande extérieure nette entraîne un déplacement vers la
droite de la courbe IS qui passe de ISo à IS1.La courbe BP se déplace vers la droite
en passant de BP à BP1. Et le nouveau revenu d’équilibre s’établit à Y2.

La politique monétaire se révèle ainsi efficace. En outre, les pouvoirs publics ne


sont plus soumis à une contrainte de BP ; l’équilibre externe est réalisé
automatiquement par les variations de taux de change.

37
b) La politique budgétaire

Les conséquences sont décrites par le graphique suivant :


i LMo
BPo BP1
i2 C

i1 B
io A IS2

ISo IS1
Yo Y1 Y2 Y

A partir du point d’équilibre initial (point A) l’augmentation des dépenses publiques


entraîne le déplacement de la courbe IS qui passe de IS o à IS1. Le niveau du revenu
est plus élevé. Il en résulte une augmentation des importations et un déficit de la
balance des paiements. La monnaie nationale se déprécie entraînant aussi une
amélioration de la compétitivité. La demande étrangère nette augmente et la courbe
IS se déplace de nouveau en passant de IS1 à IS2.En outre la dépréciation de la
monnaie nationale entraîne un déplacement de la courbe BP qui passe de BP o à
BP1.La politique budgétaire est efficace et permet de sortir du sous – emploi.

II)La politique économique dans le cas de la mobilité parfaite des capitaux

Dans le cas de la mobilité parfaite des capitaux le taux d’intérêt domestique ne peut
pas s’écarter durablement du taux d’intérêt international. En faisant abstraction des
anticipations de change tout différentiel d’intérêt entraîne des entrées ou des sorties
de capitaux. Le taux d’intérêt domestique s’aligne sur le taux d’intérêt international et
la courbe BP est horizontale.

II.1) Le régime de changes fixes

Nous verrons successivement l’impact de la politique monétaire et de la politique


budgétaire dans une situation de sous – emploi.

A) La politique monétaire

38
Les effets de la politique monétaire expansionniste sont décrits par le graphique
suivant :

i LMo

A LM1
i= i* B BPo
i1
ISo

Yo Y1 Y

Le point A correspond à l’équilibre initial de sous – emploi. L’accroissement de l’offre


de monnaie entraîne un déplacement vers la droite de la courbe LM qui passe de
LMo à LM1. Sur le marché de la monnaie l’accroissement de l’offre de monnaie
entraîne une baisse du taux d’intérêt qui se fixe à i 1. L’investissement et le revenu
augmentent. Cependant l’équilibre obtenu n’est pas stable. En effet il y a un déficit
de la balance des paiements qui est dû à l’augmentation des importations et à la
sortie des capitaux. Le taux de change se déprécie et la banque centrale intervient
pour soutenir la monnaie nationale en achetant celle – ci-contre des devises. L’offre
de monnaie diminue et la courbe LM se déplace vers la gauche. Le nouvel équilibre
est obtenu au point A. Autrement dit, on retourne ainsi à la situation initiale de sous –
emploi. La politique monétaire est inefficace car elle ne permet pas
d’augmenter durablement le revenu.

B) La politique budgétaire et l’éviction internationale

Les mécanismes à l’œuvre sont décrits par le graphique suivant :

39
i LMo
LM1
i1 B
A C
I = i* BPo

ISo IS1

Yo Y1 Y2 Y

A partir de l’équilibre initial de sous – emploi représenté par le point A l’augmentation


des dépenses publiques entraîne une hausse du revenu par le jeu du multiplicateur.
La courbe IS se déplace vers la droite et passe de IS o à IS1.L’équilibre se déplace au
point B. L’augmentation du taux d’intérêt entraîne des entrées de capitaux et la
monnaie nationale tend à s’apprécier. La banque centrale intervient en vendant de la
monnaie nationale contre des devises donc en augmentant l’offre de monnaie. La
courbe LM se déplace vers la droite. Le nouvel équilibre est obtenu au point C. Le
taux d’intérêt domestique s’aligne sur le taux d’intérêt international et le niveau du
revenu est plus élevé que dans la situation initiale.

La politique budgétaire se révèle efficace car l’effet multiplicateur des dépenses


publiques est renforcé par la mise en œuvre d’une politique monétaire
accommodante qui se traduit par une augmentation de l’offre de monnaie. Les
dépenses publiques ne chassent pas alors l’investissement privé au niveau de
l’économie nationale. Cependant les entrées de capitaux consécutives à la mise en
œuvre de la politique budgétaire sont assimilables à une fuite des investissements
au détriment des pays partenaires. La relance de l’activité domestique a évincé
l’investissement dans ces pays. On a affaire à un effet d’éviction internationale.

II.2/ Le régime de changes flexibles

Dans ce contexte de changes flexibles les autorités monétaires n’interviennent pas


sur le marché des changes pour stabiliser le cours de la monnaie nationale.

L’efficacité relative des instruments de politique économique est alors modifiée.

40
A) La politique monétaire

Les effets d’un politique monétaire expansionniste sont décrits par le graphique
suivant :

i
LMo
LM1

I = i* A C BPo
i1 B
IS1
IS0
Yo Y1 Y2 Y

L’équilibre se déplace de A à B. Cependant au point B la balance des paiements est


déficitaire. Sur le marché des changes la monnaie nationale se déprécie.
L’amélioration de la compétitivité des produits nationaux qui en résulte se traduit par
un déplacement de la courbe IS de ISo à IS1. L’équilibre final est obtenu au point C
qui est associé à un niveau de revenu plus élevé. La politique monétaire se révèle
efficace et permet de sortir du sous – emploi.

B) La politique budgétaire et l’éviction par le taux de change

Les effets de la politique budgétaire sont décrits par le graphique suivant :

i LMo

i1 B
A BPo
I = i* IS1

ISo

Yo Y1 Y

41
Le nouvel équilibre correspond au point B qui est associé à un taux d’intérêt et un
revenu plus élevé. Etant donné l’élasticité infinie des mouvements de capitaux au
différentiel d’intérêt, l’excédent du compte de capital lié à la hausse du taux d’intérêt
l’emporte sur le déficit du compte courant qui résulte de la hausse du revenu et des
importations. La balance des paiements globale est alors excédentaire et la monnaie
nationale s’apprécie. La compétitivité – prix des produits nationaux se dégrade et la
courbe IS se déplace vers la gauche. On retrouve l’équilibre initial de sous – emploi.

La politique budgétaire se révèle inefficace car l’augmentation des dépenses


publiques a été compensée par la baisse de la production de biens
échangeables. On a affaire à une éviction par le taux de change. La politique
budgétaire engendre un effet stimulant en faveur des partenaires à l’échange.

III)La politique économique dans le cas de la mobilité imparfaite des capitaux

L’hypothèse de mobilité imparfaite des capitaux est plus conforme à la réalité.


Cependant on peut considérer divers degrés de mobilité des capitaux. On parlera de
« mobilité relativement faible » dans le cas où la pente de la courbe balance des
paiements est plus forte que celle de la courbe LM (la courbe BP est plus proche de
la verticale). La mobilité des capitaux est relativement forte » dans le cas inverse (BP
plus proche de l’horizontale que LM). Dans tous les cas de figure la mobilité étant
imparfaite l’écart entre le taux d’intérêt domestique et le taux d’intérêt étranger peut
subsister.

III.1/ Le régime de changes fixes

a) La politique monétaire

Les effets d’une politique monétaire expansionniste sont décrits par le graphique
suivant :

42
LM0
i LM1
BPo

A
io

i1 B

ISo

Yo Y1 Y

Le point A correspond à l’équilibre initial de sous – emploi. L’augmentation de l’offre


de monnaie entraîne un déplacement vers la droite de la courbe LM de LM o à LM1
une baisse du taux d’intérêt qui passe de io à i1. Il en résulte une augmentation du
revenu qui stimule les importations et conduit à un déficit du compte courant. Par
ailleurs la baisse du taux d’intérêt entraîne des sorties de capitaux et un déficit du
compte de capital. Le déficit de la BP a pour conséquence une dépréciation de la
monnaie nationale. Les autorités monétaires interviennent sur le marché des
changes en achetant de la monnaie nationale contre des devises. L’offre de monnaie
se contracte et la courbe LM se déplace vers la gauche. On retrouve le point
d’équilibre initial caractérisé par le sous – emploi. La politique monétaire se révèle
inefficace aussi bien dans le cas de la mobilité relativement forte que dans
celui de la mobilité relativement faible des capitaux.

b) La politique budgétaire avec une mobilité des capitaux relativement forte

Les mécanismes en jeu sont décrits par le graphique suivant :

43
i LMo

LM1
B
io
CBPo
i1 A

IS1

ISo

Yo Y1 Y2 Y

La mise en œuvre d’une politique budgétaire expansionniste entraîne une relance de


l’activité et un déplacement de la courbe IS de IS o à IS1. Le revenu augmente en
passant de Yo à Y1. Il en résulte une hausse des importations et une détérioration de
la balance courante. Par ailleurs l’accroissement des dépenses publiques entraîne
une hausse du taux d’intérêt domestique et des entrées de capitaux. Etant donné le
degré de mobilité relativement élevé des capitaux l’excédent du compte de capital
tend à l’importer sur le déficit du compte courant. L’excédent de la balance des
paiements entraîne une appréciation de la monnaie nationale. La banque centrale
intervient car le marché des changes en vendant de la monnaie augmente et la
courbe LM se déplace vers la droite. L’équilibre final est obtenu au point C qui est
associé à un niveau de revenu plus élevé. L’impact positif de la politique sur le
revenu est renforcé par la politique monétaire.

c) La politique budgétaire avec une mobilité des capitaux relativement faible

Les effets d’une politique budgétaire expansionniste sont décrits par le graphique
suivant :

44
i BP LMo

I2 C LM1

I 1B

I0 IS1

ISo

Yo Y1 Y2 Y

Une augmentation des dépenses publiques entraîne un déplacement du point


d’équilibre de A à B. Cependant au point B la balance des paiements globale est
déficitaire. En effet, étant donné la faible mobilité des capitaux le déficit du compte
courant consécutif à l’augmentation du revenu et des importations n’est pas
compensé par l’excédent du compte de capital lié à l’augmentation du taux d’intérêt
et aux entrées de capitaux. Dans ces conditions le taux de change se déprécie et la
banque centrale est tenue d’intervenir en achetant la monnaie nationale contre des
devises. L’offre de monnaie diminue entraînant ainsi un déplacement de la courbe
LM vers la gauche de LM1 à LM0. Le point d’équilibre se déplace à nouveau de B à
C. La politique budgétaire a en un impact positif sur le revenu cependant ses
effets ont été contrariés par le déficit extérieur et la restriction monétaire.

(Y2< Y1).

III.2/ Le régime de changes flexibles

a) La politique monétaire

La mise en œuvre d’une politique monétaire expansionniste entraîne un


déplacement de l’équilibre de A à B.

45
LMo
LM1 BPo
i BP1

A C
io

i1 B

IS1
ISo

Yo Y1 Y2 Y

Au point B la BP des paiements est déficitaire et la monnaie nationale se déprécie.


L’amélioration de la compétitivité des produits nationaux entraîne à la fois un
déplacement vers la droite de la courbe BP et de la courbe IS. Le nouvel équilibre
est obtenu au point C qui est associé à un niveau de revenu plus élevé (Y 2). La
politique monétaire se révèle fort efficace. Le même résultat est obtenu quel
que soit le degré de mobilité des capitaux.

b) La politique budgétaire une mobilité des capitaux relativement forte

LMo
i

I2 B BPo

i1 C

io A IS1

IS2

ISo

Yo Y2 Y1 Y

L’augmentation des dépenses publiques entraîne un déplacement de l’équilibre de A


à B. la mobilité des capitaux étant relativement forte l’excédent du compte de capital

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lié à la hausse du taux d’intérêt l’emporte sur le déficit du compte courant consécutif
à l’augmentation du revenu et des importations. Au point B la balance des paiements
est alors excédentaire et la monnaie nationale s’apprécie. Il en résulte une
détérioration de la compétitivité qui entraîne un déplacement vers la gauche de la
courbe BP et de la courbe IS. La politique budgétaire est efficace mais ses effets
positifs sur le revenu sont limités par l’appréciation de la monnaie nationale qui freine
la production de biens échangeables.

c) La politique budgétaire avec une mobilité relativement faible des capitaux.

Les mécanismes en jeu sont décrits par le graphique ci – dessous :

i BP0 BP1
LMo

i2 C

i1 B
IS2
io A

IS1

ISo

Yo Y1 Y2 Y

L’effet initial de la politique budgétaire entraîne un déplacement du point d’équilibre


de A à B. Au point B la balance des paiements est déficitaire. La monnaie nationale
se déprécie et la compétitivité s’améliore.

Par conséquent la courbe IS et la courbe BP se déplacent vers la droite et un nouvel


équilibre est obtenu au point C.

La politique budgétaire se révèle fort efficace, son effet initial étant renforcé par
l’amélioration de la compétitivité des produits nationaux.

IV/ Les règles de combinaison des instruments de politique économique

Parmi les règles de politique économique on peut distinguer d’une part celle de
Tinbergen et d’autre part celle de Mundell.

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A) La règle de Tinbergen
Les situations de dilemme de politique économique tiennent au fait qu’il n’y a pas
d’égalité entre le nombre d’objectifs et le nombre d’instruments indépendants. Par
exemple dans un régime de changes fixes la politique monétaire ne constitue pas
véritablement un instrument indépendant ; seule la politique budgétaire peut agir
alors sur l’équilibre interne. Or la politique budgétaire a des effets différenciés sur
l’équilibre interne et l’équilibre externe.
Pour sortir des dilemmes de politique économique on doit disposer autant d’objectifs
que d’instruments indépendants. La règle de Tinbergen peut être énoncée ainsi :
« une condition nécessaire (mais non suffisante) pour qu’une politique économique
soit efficace, est qu’il existe autant d’instruments indépendants que d’objectifs à
atteindre ».
B) La règle de Mundell
Elle est relative à l’affectation des instruments aux objectifs de politique économique.
Pour Mundell chaque instrument doit être affecté à l’objectif pour lequel il a l’efficacité
relative la plus élevée.
Le cas considéré par Mundell est celui d’un régime de changes fixes avec une
mobilité des capitaux.
La règle de Mundell s’énonce comme suit :
« il convient d’affecter la politique monétaire à la recherche de l’équilibre externe et la
politique budgétaire à la recherche de l’équilibre interne ».
Ainsi dans des situations de sous – emploi et d’inflation il convient d’appliquer une
politique budgétaire expansionniste et restrictive respectivement. En cas d’excédent
de la balance des paiements il convient de mettre en œuvre une politique monétaire
expansionniste (baisse taux d’intérêt, et sortie de capitaux, déficit BP) alors qu’une
politique monétaire restrictive devrait être appliquée dans la situation inverse.

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