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GALINA FLOREA

COURS PRATIQUE DE LANGUE FRANÇAISE


Cahier d’exercices et de lecture
I-ère année
© Editura Fundaţiei România de Mâine, 2007

Editură acreditată de Ministerul Educaţiei şi Cercetării


prin Consiliul Naţional al Cercetării Ştiinţifice
din Învăţământul Superior

Descrierea CIP a Bibliotecii Naţionale a României


FLOREA, GALINA
Cours pratique de langue française: cahier d’exercices
et de lecture/ Galina Florea. – Bucureşti: Editura
Fundaţiei România de Mâine, 2007.
ISBN 978-973-725-909-7
811.133.1

Reproducerea integrală sau fragmentară, prin orice formă


şi prin orice mijloace tehnice, este strict interzisă
şi se pedepseşte conform legii.

Răspunderea pentru conţinutul şi originalitatea textului


revine exclusiv autorului/autorilor.
UNIVERSITATEA SPIRU HARET
FACULTATEA DE LIMBI ŞI LITERATURI STRĂINE

GALINA FLOREA

COURS PRATIQUE DE LANGUE FRANÇAISE


Cahier d’exercices et de lecture
I-ère année

EDITURA FUNDAŢIEI ROMÂNIA DE MÂINE


Bucureşti, 2007
TABLE DES MATIÈRES

Avant-propos ………………………………………………………… 7

PREMIÈRE SECTION
Lecture collective de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry
„Le Petit Prince” ………………………………………………… 9

DEUXIÈME SECTION
Sujets à traiter ………………………………………………………... 113

TROISIÈME SECTION
Pour en savoir plus. Textes supplémentaires ………………………… 167

5
6
Avant-propos

On étudie une langue et une culture à travers ses


œuvres. On doit donc apprendre à les lire, à les étudier, à
les expliquer. Ce travail présente un double avantage:
d’une part on connaît un auteur donné, son œuvre et sa
culture et, d’autre part on commence à connaître son propre
soi, fait exprimé admirablement par l’auteur des lignes
ci-dessous:
“…Je dois tout à l’Université; je dois plus que tout à
l’explication de textes. Mes maîtres m’avaient prouvé
qu’elle était la clef qui ouvre l’armoire aux trésors de la
littérature. La règle d’or de la personnalité est CONNAIS-TOI
TOI-MÊME de Socrate. L’explication de textes est armée
d’un projecteur pivotant, comme les phares: tantôt il se
tourne vers le modèle examiné, tantôt vers son examinateur.
Plus il fouille l’un, plus il éclaire l’autre.
Connais-toi toi-même, en connaissant Molière, La
Fontaine, Mme de Sévigné, Hugo, Balzac, tel est le bienfait
de l’explication de textes. Méthode d’observation extérieure
et d’introspection, d’analyse technique et de sensibilité, de
communion avec un auteur et d’amour pour tous les hommes.
L’explication de textes est une philosophie du monde, une
esthétique, une morale. Elle nous fait mieux aimer notre
pays en nous incorporant son patrimoine, que nous as-
similons comme le pain avec son froment et le vin de ses
vignes. Elle nous fait mieux aimer tous les hommes en nous
associant au patrimoine planétaire que forment tous les
chefs-d’œuvre des littératures depuis le début du monde.
L’explication de textes est plus qu’un enchantement
d’étudiant ou de professeur, infiniment plus qu’une méthode
7
pour examens. Elle est une gymnastique qui associe l’esprit,
le cœur, l’âme, les sens, un épanouissement de l’homme
total qui fortifie notre personnalité en un temps ou la
civilisation mécanique menace de nous changer en robots.
Elle est un enrichissement intérieur, une délectation, une
fête, le plus grisant des voyages, une source inépuisable de
bonheur, une raison de vivre… L’explication de textes devient
une maison de verre, où entre à flots le soleil et la musique
du monde”.
(P. Guth dans la préface du livre Les techniques de l’explication
de textes de G. Delaisement, Didier)

Rien à ajouter à cette merveilleuse présentation de la


lecture. En route donc.

L’auteur

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PREMIÈRE SECTION
Lecture collective

ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY

Le Petit Prince

Né en 1943 sous la plume d’Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit


Prince reste une des créations les plus attachantes de la littérature.
Petit garçon tombé des étoiles, amoureux d’une rose, aux questions
naïves, il symbolise la part d’enfance et de rêve que toute «grande
personne» a conservé au fond d’elle-même (ainsi que l’auteur).
Antoine de Saint-Exupéry, né à Lyon en 1900, fut pilote de ligne
en 1926, aux débuts de l’Aérospatiale. Après la ligne Toulouse-
Casablanca, il ouvrit les lignes vers la Patagonie et accomplit de nom-
breuses missions comme pilote d’essai. Entré à Air France en 1934,
paralysé partiellement après son cinquième accident en 1937, il se
battit à partir de 1940 comme pilote de guerre. Il disparut au cours
d’une mission en Méditerranée, en 1944, abattu par un chasseur allemand
près de Saint-Raphaël.
Homme d’action, Saint-Exupéry exprime dans ses romans une
philosophie fondée sur l’amitié et sur des valeurs de courage, de
volonté et de rigueur personnelle. Il exalte le service de la collectivité
et l’aventure individuelle dans «Courrier Sud» (1927) et la «solitude
du chef» dans «Vol de Nuit» (1931).
Le Petit Prince tient une place à part dans l’œuvre de Saint-
Exupéry. Publié en 1943, en pleine guerre, il est chargé de symbolisme
surtout à cause de la censure pour dissimuler le message important et
“urgent”, adressé à l’humanité: la nécessité ardente d’installer la paix
et d’écarter les “catastrophes”. L’auteur trouve que l’homme doit avoir
le sens du cosmique et le devoir d’aimer sa planète. Ces graves pro-
blèmes sont présentés avec une sensibilité, un sens du merveilleux et
une inspiration poétique relativement absente de ses autres romans.
On y retrouve pourtant certains des thèmes chers à l’auteur. Le sens de
l’amitié et de l’amour, d’abord, sur lequel repose l’harmonie sociale et
9
universelle et qui constitue le thème central du texte et ensuite le sens
de la responsabilité envers la société et l’humanité entière. Le service
de la communauté, seul capable finalement de donner un sens à
l’aventure individuelle est joliment symbolisé par le personnage de
l’allumeur de réverbères.
Le roman, écrit dans le style simple et dépouillé d’une narration
orale, contient un symbolisme profond. Avec ses questions faussement
naïves, le petit garçon soulève des problèmes humains graves et
éternels.
Le Petit Prince a une forme simple mais une ambition univer-
selle. L’envoûtement qu’il exerce auprès d’un large public adulte en
fait une œuvre réellement unique. Depuis sa parution, le succès du
Petit Prince ne s’est jamais démenti: six millions d’exemplaires ont
été vendus en France et des traductions en ont été faites dans à peu
près toutes les langues. Des adaptations en disques et cassettes ont été
fréquemment réalisées; et en 1974, le réalisateur américain Stanley
Donen en a tourné une version filmée.

L’espace offert ne nous a pas permis d’insérer l’œuvre


elle-même (Le Petit Prince). Vous la trouverez sur le site
http://www3.sympatico.ca/gaston.ringuelet/lepetitprince

10
MODULE I
Unité 1

I-ère partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté la cassette (ou le CD), essayez de répondre à
ces questions:
Quel était le titre du livre sur la Forêt Vierge? Qu’est-ce qu’on
disait dans le livre? Quel a été le premier dessin de l’écrivain-enfant?
Comment était-il interprété par les adultes? Pourquoi l’a-t-il modifié?
Quel conseil a-t-il reçu de la part des “grandes personnes”? Quel
métier a-t-il finalement choisi? Qu’est-ce qu’il avait fait de son premier
dessin? A quoi lui servait-il? Où se trouve la Chine? Et l’Arizona?

ƒ Lexique

1. Précisez à l’aide du dictionnaire le sens des mots que vous ne


connaissez pas.
2. Dites autrement: dédier qqch à qqn; dessiner qqch; apeurer
qqn; conseiller qqch à qqn; expliquer qqch à qqn; expérimenter qqch
sur qqn; opiner pour qqch.
3. Trouvez des antonymes pour les mots: lucide, compréhensive,
raisonnable.
4. Dresser une liste des animaux sauvages que vous connaissez.
Pour l’orthographe consultez le dictionnaire.

ƒ Commentaire

1. “J’ai alors dessiné… explications”.


2. “Les grandes personnes ne comprennent jamais... explications.”
3. Commentez les deux derniers alinéas.
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Vous est-il arrivé de vous servir d’une pareille stratégie dans vos
relations avec les adultes? Vous êtes-vous mis(e) jamais à la porté de
quelqu’un?
Etes-vous plutôt un esprit romantique ou pratique (pragmatique)?
4. Commentez le dicton: La vérité sort de la bouche des enfants.

ƒ Caractéristique des personnages


Un personnage peut être caractérisé par:
– l’auteur
– ses propres actions
– ses propres paroles (à la I-ère personne)
– les paroles des autres personnages
– le lecteur.
Essayez de définir quelques traits de caractère de l’enfant-auteur.

ƒ Style et structure du texte


1. Relevez les mots les plus importants, les notions-clés qui
dominent la partie et chargent de signification le texte. (Ce sont les mots
les plus chargés de sens, qui reflètent le mieux les idées les plus es-
sentielles du texte et du thème traité).
2. Essayez de formuler quelques idées de fond, quelques messages
de l’auteur.
3. Quel alinéa comporte des énumérations? En quels rapports se
trouvent-elles?
Quelle figure de style repose sur l’opposition des idées, sur leur
contraste?
Rappelez-vous:
Une figure est une acception particulière et détournée que l’on
donne aux mots pour rendre les idées avec plus de force et d’originalité.
On distingue les figures de mots et les figures de pensée.
Les figures de mots consistent soit à détourner les mots de leur
sens propre (métonymie, métaphore etc.) et alors on les appelle tropes
(du grec trepô: je tourne, je change); soit à intervertir l’ordre de cons-
truction grammaticale et alors on les appelle figures de construction
(inversion, répétition etc.). Exemple d’inversion: ”C’est tellement
mystérieux le pays des larmes” au lieu de “Le pays des larmes est
tellement mystérieux”.
12
Les figures de pensées ne modifient ni le sens des mots, ni la
construction de la phrase. Elles ont uniquement pour cause l’état d’âme
du narrateur. Voici les principales:
L’hyperbole et la litote, la première allant au-delà et la seconde
restant en deçà de la vérité. Par la dernière on dit moins pour entendre
plus. Par exemple: elle est un peu forte pour une personne trop grasse.
L’hyperbole exagère les choses en employant des expressions qui,
prises à la lettre, iraient au-delà de la vérité, mais que la raison réduit
aisément à leur juste valeur.
A ces figures viennent s’ajouter autres moyens stylistiques d’une
très grande fréquence: l’énumération, la comparaison, l’hypothèse,
l’antithèse, le portrait, la personnification, le dialogisme, le tragique,
le comique, l’ironie etc.
Essayez de trouver quelques figures dans cette partie. Quel est,
selon vous, le rôle de la répétition du mot toujours? Expliquez l’as-
sociation des idées: âge de six ans – carrière de peintre, chef-d’œuvre.

ƒ Grammaire
1. Lisez attentivement la dédicace. Relevez les expressions for-
mées d’un nom et d’un verbe qui lui est associé. Quelle est l’expression
reprise par l’auteur trois fois de suite? Dans quel but?
2. Cherchez dans cette partie dix noms qui aient un genre différent
en roumain.
3. Un mot interrogatif placé en tête de la phrase demande
l’inversion du sujet (nom ou pronom). Tirez des exemples du texte.
Mots interrogatifs:
a) adjectifs: quel / quels, quelle / quelles (Quel est votre nom?);
b) pronoms: qui, que, quoi (Que préfères-tu?);
c) adverbes interrogatifs servant à interroger sur:
– le temps: quand?
– le lieu: où? d’où?
– la cause: pourquoi?
– la manière: comment?
– la quantité: combien? Etc.

ƒ Autodictée
Faites une lecture répétée du dernier alinéa afin de le retenir et
de pouvoir l’exposer sous forme d’autodictée (livre fermé).
13
II-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qu’est-ce qui est arrivé à l’auteur-pilote? Où est-il tombé avec
son avion? Qu’est-ce qu’il voulait faire? Quelle a été sa surprise?
Quelle était la demande de l’enfant? Comment a-t-il interprété le
dessin-épreuve? Pourquoi a-t-il été refusé? Et les moutons, pourquoi
ont-ils été refusés à leur tour? Lequel des dessins a pleinement satisfait
le petit prince? Pourquoi? Vous savez certainement que le désert de
Sahara se trouve en Afrique du Nord. Connaissez-vous d’autres déserts?
Où se trouvent les déserts de Gobi, de Kalahari, de Thar, du Néguev,
du Colorado, le grand désert Victoria?
Cherchez la solution parmi les pays proposés: Etats-Unis,
Australie, Mongolie et Chine, Pakistan et Indes, Israël.

ƒ Lexique
1. Donnez les antonymes des mots: désobéir, démontage, ap-
parition, découragé, mauvaise humeur.
2. Dites par d’autres mots: au lever du jour; une apparition; un
petit bonhomme; une drôle de voix; faute de patience; faire la con-
naissance de qqn; considérer gravement qqn; avoir l’apparence de
qqch; avoir hâte de faire qqch.
3. Faites attention au sens de la préposition sur dans les phrases
ci-contre. Traduisez-les:
J’ai vu une magnifique image dans un livre sur la Forêt Vierge.
J’ai alors beaucoup réfléchi sur les aventures de la jungle. Je me suis
donc endormi sur le sable. J’ai sauté sur mes pieds. Je faisais l’expé-
rience sur elle de mon dessin numéro 1.
4. Dressez la liste des animaux domestiques.
14
ƒ Commentaire

1. “J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler vérita-
blement jusqu’à une panne dans le désert du Sahara”.
Peut-on parler sans communiquer? Avec qui parlez-vous véri-
tablement (comprendre et être compris à demi-mot)?
2. “Quand le mystère est trop impressionnant on n’ose pas
désobéir”. L’affirmation semble avoir une portée générale. Pouvez-vous
l’attribuer à une situation vécue par vous-même ou par quelqu’un de
vos amis?
2. “– Ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.
Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon
jeune juge:
– C’est tout à fait comme ça que je le voulais!”.
Qu’est-ce qu’il faut avoir pour voir des moutons à travers les
caisses? Y a-t-il de limites entre le réel et l’irréel chez les enfants? Et
vous, aimez-vous faire des rêves, vivre dans l’imaginaire?

ƒ Personnages

1. Le langage et le comportement du petit prince, venu d’une


autre planète, ressemblent parfaitement à ceux des enfants de la Terre.
Argumentez par des exemples du texte.
2. Faites le portrait moral et physique du petit prince.
3. Caractérisez le pilote.

ƒ Style et structure
1. Quelle est la phrase qui ouvre la perspective de la narration et
qui constitue une sorte de thèse de départ?
2. Exposez les éléments de la situation de départ selon le schéma:
Situation initiale
Circonstances: Temps: Quand?
Lieu: Où?
Composantes: Agent(s): Qui?
Evénements: Quoi?
3. Quelle est la notion-clé qui lie ces deux parties?
4. Relevez les comparaisons de la deuxième partie.
5. A quoi servent ici les énumérations?
15
ƒ Grammaire

Rapporter un discours
Lorsque, dans un texte narratif, des personnages parlent, leurs
propos sont insérés dans le récit de trois manières: en discours direct,
en discours indirect, en discours libre. Le discours indirect est introduit
par des verbes tels dire, affirmer, déclarer…; croire, penser, estimer,
juger…; comprendre, sentir etc.
Au passage du discours direct en indirect les modifications
concernent:
– les pronoms personnels (I-ère ou II-ème personne);
– les adjectifs et les pronoms possessifs;
– certains adverbes de temps et de lieu (ici – là; hier – la veille;
demain – lendemain; la semaine prochaine – la semaine
suivante; la semaine passée – la semaine précédente);
– les modes et les temps des verbes: les temps et les modes sont
soumis à la concordance par rapport au verbe introducteur.
Dans les phrases interrogatives on sous-entend toujours le verbe
demander:
Quelle heure est-il? Je demande l’heure qu’il est.
– Je me demande si les étoiles sont éclairées afin que chacun
puisse retrouver la sienne, dit le petit prince.
1. Trouvez dans le texte des phrases transformées en discours
indirect. Par exemple:
– D’où viens-tu, mon petit bonhomme? Il me fallut longtemps
pour comprendre d’où il venait.
2. L’adjectif numéral mille n’a jamais de pluriel. Il garde sa
forme de singulier même lorsqu’il est accompagné d’un nom concret
au pluriel. Formulez trois phrases avec le mot mille.
3. Trouvez les noms composés de ces deux parties que vous venez
de lire et mettez-les au pluriel en les insérant dans d’autres
phrases.

ƒ Autodictée (I-er alinéa)

16
Unité 2

III-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le pilote, a-t-il compris aussitôt d’où venait le petit prince? Le
petit prince, posait-il beaucoup de questions? Répondait-il aux questions
du pilote? Celui-ci affirme pourtant que c’était l’être avec qui il a
parlé “véritablement”. Pouvez-vous expliquer pourquoi? Parfois le
petit prince éclatait de rire. Dans quelles situations? Qu’est-ce que cela
prouve? Quelles étaient les questions du pilote adressées au petit
bonhomme? A quoi pensait le petit prince? Peut-on le supposer? De
quoi était-il content? Lorsque le pilote a suggéré au petit prince
d’attacher son mouton, il a été choqué. Pourquoi? Quand le petit
prince était-il devenu grave? Pouvez-vous donner des exemples avec
d’autres personnages avides de liberté?
D’où est tiré le fragment ci-contre:
“– Attaché? dit le loup, vous ne courez donc pas
Où vous voulez? – Pas toujours; mais qu’importe?
– Il importe si bien, que de tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte.
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.”
Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encore.

ƒ Lexique
1. Cherchez dans le dictionnaire les mots ci-dessous et fixez leurs
significations: (s’)enfoncer, (se) plonger, (s’)attacher, voler, apprendre,
lueur, mystère. Modèle pour le mot aile:
Les oiseaux ont deux ailes, les papillons en ont quatre.
17
Ce sont les ailes de l’avion qui lui permettent de se soutenir dans
l’air.
Les ailes de sa voiture sont abîmées.
Ce château a deux ailes.
Voler de ses propres ailes (sens figuré):
Il connaît maintenant suffisamment son métier pour voler de ses
propres ailes (pour être indépendant, pour se passer des conseils, de
l’aide d’autrui).
2. Dites autrement: “Et il s’enfonça dans une rêverie qui dura
longtemps”. “…Il se plongea dans la contemplation de son trésor”.
C’est un sens concret ou abstrait?
On est souvent obligé de se servir d’un même mot pour exprimer
des idées quelque peu différentes, car une langue n’a jamais autant de
mots que ceux qui la parlent peuvent avoir des idées. Beaucoup de
mots ont deux sens: un sens propre et un sens figuré.
Un mot est employé au sens propre quand il désigne la chose
pour laquelle il a été créé: le pied de l’homme; le pain nourrit le corps.
Un mot est employé au sens figuré, quand, détourné de sa
signification primitive, il en a pris une nouvelle: le pied d’un arbre; la
lecture nourrit l’esprit.
Le nom, l’adjectif, le verbe et l’adverbe peuvent seuls être em-
ployés au sens propre et au sens figuré.
3. Distinguez le sens propre du sens figuré:
le poids des ans, le poids du corps, la chaleur de la discussion, la
source du mal, la pureté des mœurs, la clarté d’une démonstration, la
couleur d’une étoffe, une plante verte, la chaleur de l’été, le torrent des
passions, les couleurs de la vérité, une verte vieillesse, la chaleur du
combat, la clarté du jour, le voile de la nuit, la souplesse du jonc
(roseau), les sources de la rivière; être à la fleur de l’âge, semer des
pois, accueil froid, fleur des champs, pointe aiguë, savant modeste,
semer la haine, marcher lourdement, voix aiguë, marbre froid, situa-
tion modeste, misère profonde, fruit doux, corps sain, se tromper lour-
dement, idée saine, renverser une chaise, blessure profonde, mémoire
aride, renverser des projets, maison solide, contrée aride, couvrir la
table, âge mûr, vertu solide, esprit droit, couvrir d’éloges, blé mûr,
ligne droite, souvenir doux.
18
4. Faites passer les phrases suivantes du sens figuré au sens propre.
Modèle: cet homme a le bras long; cet homme a beaucoup
d’influence.
Il n’y a pas de roses sans épines. Il faut séparer l’ivraie du bon
grain. C’est quand ils sont jeunes que l’on peut donner aux arbres une
bonne direction. On ne bat que l’arbre chargé de fruits (noyer).

ƒ Commentaire
1. “Droit devant soi on ne peut pas aller bien loin…”
2. “– Alors, toi aussi tu viens du ciel ?”
Le pilote et le petit prince sont tous deux tombés du ciel: le
premier de son avion, le second de sa planète. Lorsque le petit prince
s’écrie: “Comment! Tu es tombé du ciel” l’expression est donc à prendre
au sens propre. Habituellement elle est employée au sens figuré.
Qu’est-ce qu’elle signifie? Et celles qui suivent?
1) Royaume des Cieux. 2) Etre aux anges. 3) Etre dans les nuages.
4) Etre né sous une bonne étoile. 5) Promettre la lune. 6) Chercher une
place sous le soleil.

ƒ Personnages
Relevez de cette partie au moins cinq mots ou expressions qui
qualifient l’attitude du petit prince et témoignent de son caractère.

ƒ Style. Structure
1. Quelles sont les phrases qui ouvrent de nouveau la perspective
de la narration?
2. Relevez le mot le plus chargé de signification de cette partie.
3. Formulez les idées essentielles.

ƒ Grammaire

Comment employer (et repérer) les indicateurs temporels et les


relations logiques.
1. Les indicateurs temporels
Ils vous permettent de localiser dans un énoncé un événement
19
a) soit par rapport au moment où l’on parle (ou écrit), par
exemple dans les phrases: Il est venu hier. Je partirai demain. Nous
l’avons rencontré la semaine dernière etc. on parle alors de repères
déictiques.
b) soit par rapport à un point de repère déjà présent dans le con-
texte, par exemple dans les phrases: Il arriva à Londres le 10 janvier
2005 et, le lendemain, il était déjà parti. Elle était déjà venue là
l’année précédant mais, cette année-là, elle était restée plusieurs jours.
On parle alors de repères anaphoriques.
c) soit sans aucune relation ni avec le moment où l’on parle ni
avec aucun élément du contexte, par exemple dans les phrases:
Les chrétiens fêtent le Noël le 25 décembre. Il naquit à Lyon par
un beau matin d’octobre.
Il s’agit alors d’une référence autonome, indépendante.
2. Les relations logiques
Un texte est construit à l’aide de plusieurs éléments de liaison,
nommés articulateurs.
On distingue généralement deux types d’articulateurs:
a) ceux qui servent à organiser le texte (et, aussi, avec, de plus,
d’une part, d’autre part, en outre;
tout d’abord, en premier lieu, ensuite, enfin, pour conclure etc.).
Ils assurent la liaison entre les actions en formant la charpente de
la construction textuelle. De cette manière, ils s’encadrent dans la
catégorie des articulateurs à côté des mots significatifs: noms (pro-
noms), adjectifs, verbes, adverbes.
b) ceux qui indiquent le lien logique entre les faits ou les idées
exposés (entre deux faits ou deux idées, le plus souvent). Ce lien peut
exprimer: la cause (car, parce que, en raison de…), la concession
(cependant, mais, avoir beau…), le but (pour, afin de, dans l’intention
de…), la conséquence donc, par conséquent, il en résulte que…), le
temps (lorsque, dès que, avant que, aussitôt que…), comparaison
(comme, à la manière de, de même que, plus que, selon que…) etc.
Ces mots peuvent être employés aussi dans le cadre de la phrase,
mais le plus souvent ils le dépassent:
“Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme sur
toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes. Par
conséquent de bonnes graines de bonnes herbes et de mauvaises
graines de mauvaises herbes”.
20
Assurer le lien logique d’un texte, cela veut dire faire la liaison
entre les idées exposées, les enchaîner. Une idée est exposée générale-
ment dans un fragment (paragraphe, alinéa). Sont donc considérés
comme articulateurs logiques du texte, les éléments qui assurent la
liaison entre paragraphes et non pas entre les éléments d’une
proposition simple ou complexe (combinaisons de mots, propositions
simples), comme est le cas de l’élément “et” de l’exemple ci-dessus:
est considéré comme articulateur logique seulement le premier, qui
assure la continuité du raisonnement logique de l’auteur; le deuxième
est un simple élément de liaison entre les éléments de la phrase.
1. Essayez de trouver dans la deuxième et la troisième partie de
tels mots qui assurent la liaison entre les actions du texte et/ou qui
modifient le fil de la narration.
2. Cette partie, ainsi que la précédente, renferment beaucoup
d’adverbes (au moins dix chacune). Cherchez-les et tâchez de trouver
leur place dans les rubriques suivantes:
de temps / de lieu / d’affirmation et d’opinion / de négation /
d’interrogation / de doute / de quantité / de manière etc.
Parfois le sens de l’adverbe est exprimé par un nom précédé de
préposition: par hasard, par miracle, par mégarde, par ma faute (mea
culpa!), sans cesse, avec indulgence etc.: mon ami sourit gentiment,
avec indulgence.

ƒ Autodictée

Le fragment: “La proposition parut choquer le petit prince… on


ne peut pas aller bien loin…”

21
IV-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qu’est-ce qu’on apprend sur la planète du petit prince? Qu’est-
ce qu’un astéroïde? Qui a découvert l’astéroïde B 612? Où a-t-il fait la
démonstration de sa découverte? Pour quelle raison sa démonstration
a-t-elle eu du succès uniquement la seconde fois? Qu’est-ce qu’il y a
d’essentiel dans une amitié selon les enfants? Et selon les grandes
personnes? Comment les enfants perçoivent-ils la beauté? Et les
adultes? Quels types d’arguments demandent les grandes personnes
pour se laisser convaincre? Qu’est-ce qu’il fait, le narrateur, pour
éviter de devenir comme les grandes personnes qui ne s’intéressent
qu’aux chiffres? Quelle est la différence entre le costume à l’euro-
péenne et un costume à l’orientale? Vous pouvez faire un dessin au
lieu de répondre.

ƒ Lexique

I. Un astéroïde est une planète de petite taille invisible à l’œil


nu. Savez-vous ce que sont:
1) une comète; 2) une météorite; 3) une étoile; 4) un satellite;
5) un bolide; 6) un aérolithe?
Choisissez la bonne réponse parmi les définitions ci-dessous:
a) Tout astre visible excepté le Soleil et la Lune.
b) Corps céleste gravitant sur une orbite elliptique autour d’une
planète.
c) Astre présentant un noyau brillant et une traînée gazeuse.
d) Météorite qui parvient au voisinage de la Terre sans être
volatilisée.
e) Corps céleste gravitant sur une orbite elliptique autour d’une
planète.
f) Météorite pierreuse.
22
II. Faites attention au sens de la préposition avec. Traduisez les
phrases:
J’ai réussi avec un crayon de couleur à tracer mon premier
dessin. J’ai eu, au cours de ma vie, des tas de contacts avec des tas de
gens sérieux. Et j’ai dit au petit prince (avec un peu de mauvaise
humeur) que je ne savais pas dessiner. J’ai vu une belle maison avec
des géraniums aux fenêtres. Alors elles seront convaincues, et elles
vous laisseront tranquilles avec leurs questions. Il y a six ans déjà que
mon ami s’en est allé avec son mouton. Il faut s’astreindre réguliè-
rement à arracher les baobabs dès qu’on les distingue d’avec les
rosiers auxquels ils ressemblent beaucoup quand ils sont très jeunes…

ƒ Commentaire

1. “Il avait fait alors une grande démonstration… Les grandes


personnes sont comme ça”.
Expliquez le dicton: Il ne faut pas se fier aux apparences.
2. “Si je vous ai raconté ces détails sur l’astéroïde… Comme
c’est joli!”
3. “Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en vouloir. Les
enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes”.
4. “Mais, bien sûr, nous qui comprenons la vie, nous nous
moquons bien de numéros!”
Et vous, vous considérez-vous comme quelqu’un qui comprend
la vie?
5. “Car je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère!”
6. “C’est triste d’oublier un ami. Tout le monde n’a pas eu un
ami”.
Expliquez: Un ami est long à trouver et prompt à perdre.
7. “Mon ami ne donnait jamais d’explications… J’ai dû vieillir”.
Lisez attentivement le fragment ci-contre:

Un petit Roi
J’avais une mine fleurie, la peau tendue sur des joues rouges, et
dans un corps alerte une âme jamais contrainte. J’étais libre enfin, et
je ne me rappelle pas l’avoir été depuis.
23
Les limites imprécises de mon domaine le rendaient illimité. Il
était partout sous le ciel. C’étaient des champs après des champs, tous
les mêmes et tous miens. Le monde m’appartenait, un vrai monde
avec de vrais fruits, de vraies fleurs, des collines, des bois, des eaux
vives, un soleil et, le soir, des millions d’étoiles. Mes possessions
d’ailleurs ne m’éblouissaient pas. La nuit elle-même et ses astres
n’avaient pas de quoi m’étonner. De toutes choses je donnais des
explications raisonnables, et j’avais sur l’univers des idées bienveillantes.
Les campagnes autours de nous étaient indulgentes. On n’y voyait rien
qui pût faire peur. Point de hautes montagnes; point de larges fleuves.
La ferme, dans l’ombre d’un noyer, au versant d’un coteau, se com-
posait d’une grande chambre et d’une étable où le souffle des bêtes se
mêlait à l’haleine des hommes. La porte et la fenêtre basse ne
laissaient entrer que peu de jour. Les longs bahuts cirés, les longues
tables lisses luisaient à peine. Il faisait frais et doux; Dehors s’éten-
daient des prairies placides. Les ruisseaux qui les arrosaient étaient de
ceux qui se laissent commander et qu’une main d’enfant détourne. Ils
portaient mes vaisseaux et faisaient tourner mes moulins. Les bœufs,
les bonnes bêtes, lentement me tiraient le long des chemins, comme un
roi fainéant, juché sur les gerbes. Le chien courait pour mon plaisir.
J’étais heureux enfin. Tout m’aimait. Ma tante m’appelait « mon petit
roi… ».
(Jean Guéhenno, Journal d’un homme de 40 ans, Ed. Grasset)

ƒ Personnages

Trouvez des parallèles entre le petit prince et “le petit roi” du


fragment ci-dessus dont le royaume est celui de la modération, de
l’amour et du bonheur. Son âme sans contraintes est pleine d’une joie
débordante de vivre dans la liberté.
Quand l’homme se sent-il roi?
Caractérisez “les grandes personnes” sur les paroles du narrateur.
Soulignez ses efforts de fuir cette ressemblance.

24
ƒ Style. Structure

1. Relevez les notions-clé, les articulateurs logiques du texte et


les idées essentielles.
2. A quoi est comparée la planète du petit prince? C’est une
amplification, une exagération ou une réduction, une diminution de la
réalité? Quelle figure de pensée est-ce?

ƒ Grammaire

Structures verbales
Il y en a plusieurs:
– à un seul argument (sujet): il dort;
– à deux arguments (sujet / objet):
a) sans préposition: il regarde une image (objet direct)
b) avec préposition: il écrit à un ami (objet indirect);
– à trois arguments (sujet et deux objets à la fois): il donne un
livre à son ami.
Trouvez dans cette partie deux-trois exemples pour chaque type
de structure verbale. Faites attention aux structures prépositionnelles.
Une séquence telle: “J’ai alors beaucoup réfléchi sur les aventures de
la jungle” sera représentée par la structure réfléchir sur qqch; une
autre telle: “J’ai montré mon chef-d’œuvre aux grandes personnes”
par montrer qqch à qqn; mais parfois la structure peut avoir deux
prépositions: parler à qqn de qqch.
Tirez du texte les phrases où le verbe est au Conditionnel (pré-
sent ou passé).

ƒ Autodictée

Les deux premiers alinéas. Continuez ensuite la liste des planètes


de notre galaxie.

25
Unité 3

V-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le pilote, qu’est-ce qu’il a appris le troisième jour? Le petit
prince, de quoi s’est-il enquit auprès du pilote? Quelle idée le fit rire?
Qu’est-ce qu’il y avait sur la planète du petit prince? Qu’est-ce qu’il
faisait avec les brindilles de baobab? Pourquoi? Quel danger présen-
taient-elles? Pourquoi le petit prince a-t-il insisté sur la nécessité d’une
image sur les baobabs? Quel est son message adressé à ses sem-
blables? Comment l’interprétez-vous? Comment faut-il soigner sa
planète? En commençant par sa maison, sa ville, évidemment. Que
symbolisent-ils, les baobabs? Outre le pouvoir et la force. L’arbre est
en général le symbole de l’homme. Mais il y a arbres et arbres…
Décrivez les baobabs.

ƒ Lexique

1. Consultez le dictionnaire pour les mots: arbuste, arbre, drame,


terrible, encombrer, frôler, éclater.
2. Argumentez la synonymie contextuelle des groupes: plantes /
herbes; brindilles / très jeunes / petits (baobabs); drame / problème /
catastrophe.
3. Faites la traduction des mots ci-dessous. Enumérez tout ce
qu’on peut cultiver dans un potager et ensuite dans un verger. Où
allez-vous mettre le radis et les rosiers?
Datte (f), figue (f), panais (m), pomme (f), oignon (m), ail (m),
abricot (m), tomate (f), navet (m), noix (f), pêche (f), lentille (f),
poireau (m), poire (f), persil (m), raisin (m), griotte (f), épinard (m),
26
cerise(f), fenouil(m), céleri (m), asperge (f), noisette (f), raifort (m),
framboise (f), fraise (f), concombre (m), haricot (m), prune (f), carotte (f),
betterave (f), pomme de terre (f), citron (m), pamplemousse (m), chou (m),
chou-fleur (m), banane (f), (petits) pois.

ƒ Commentaire

1. “S’il s’agit d’une brindille de radis… reconnaître”.


2. “Or un baobab… éclater”.
3. C’est une question de discipline… planète”.
Comment comprenez-vous cette discipline, cette obligation
bénévole de faire régulièrement la toilette de soi-même et de sa
planète (au niveau du micro- et du macro-milieu)?. Où commence
cette discipline? Et l’indiscipline? Les bouts de papier et de cigarettes,
parsemés partout, ont-ils un rapport à cette discipline ?
Le premier message du texte est de protéger l’environnement, de
lutter pour maintenir un équilibre dans la nature. L’homme de nos
jours, avec sa mentalité consommatrice, lutte-t-il vraiment pour une
telle harmonie?
4. “Pour une fois, je fais exception à ma réserve. Je dis: ”Enfants!
Faites attention aux baobabs!”… S’il s’agit des baobabs, c’est toujours
une catastrophe…”
C’est un appel à la vigilance (symbole – le coq). Un appel adressé à
tous les hommes, puisqu’ils sont tous des enfants de la vieille planète.
Il faut lutter contre le Mal et les hommes qui l’incarnent. Ils peuvent la
détruire par les malentendus et les guerres qu’ils font éclater. Le
drame des baobabs est en fait le drame de la guerre – une vraie
catastrophe pour la planète.
Ce message de l’auteur, écrit sous la pression du sentiment de
l’urgence en pleine guerre, a-t-il perdu de son actualité? Ont-elles
disparu, les guerres – plaies saignantes de la vieille planète? Ces
foyers sont indispensables aux “baobabs” pour épuiser leurs stocks
d’armes et pour en essayer de nouvelles. Pour ces hommes, qui
n’aiment que les chiffres de leur revenu, la beauté de la planète et la
vie des hommes ne valent rien.
5. “Il faut s’astreindre régulièrement à arracher les baobabs dès
qu’on les distingue d’avec les rosiers auquels ils ressemblent beau-
coup quand ils sont jeunes…”
27
Le message: faire grande attention! Le Mal revêt au com-
mencement toutes les apparences du Bien (Bois, H., Le problème du
Mal, Fédération française des étudiants chrétiens, Paris; voir encore
Constantin C. Pavel, Problema Răului la Fericitul Augustin, Bucureşti).

ƒ Personnages
Complétez le portrait moral du petit prince. Pourquoi est-il
prince? Il est seul sur sa planète. En quoi consiste sa noblesse? Est-ce
un titre? Une dignité? Sur quoi règne-t-il? Et comment?
Donnez les acceptions du mot dignité.

ƒ Style. Structure

1. Relevez les mots-clés et les articulateurs logiques du texte.


2. Formulez les idées essentielles.
3. Résumez le drame des baobabs.
Connaissez-vous d’autres œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry?

ƒ Grammaire
1. Continuez le travail sur les verbes. Choisissez trois verbes pour
chaque type étudié. Conjuguez-les à tous les temps simples et
composés du mode Indicatif (présent, futur simple, imparfait, passé
simple, passé composé, plus-que-parfait, futur proche et passé récent).
2. Rappelez-vous les règles d’emploi de “si” conditionnel:
Subordonnée Principale
Présent Présent ou Futur
Si l’homme aime la nature il fait / fera tout pour la sauver
Imparfait Conditionnel présent
Si l’homme aimait la nature il ferait tout pour la sauver
Plus-que-parfait Conditionnel passé
Si l’homme avait aimé la nature il aurait fait tout pour la sauver
Remarque
Les étudiants qui ne maîtrisent pas assez les formes des verbes
irréguliers sont conseillés de faire soigneusement un tri de ceux-ci (de chaque
partie lue) et de les conjuguer dans un cahier séparé (80-100 verbes environ).
Attention aux verbes conjugués avec l’auxiliaire „être” qui demande
l’accord en genre et en nombre !
28
Après avoir lu le texte ci-dessous, faites une rédaction d’une
quinzaine de lignes ayant comme titre: ”Si l’homme aimait vraiment
sa planète…”:
Le plus grand péril qui menace la terre: l’homme
Son imprévoyance, sa cupidité, l’amène à manger son capital,
sans se soucier de ce qu’il transmettra à sa descendance.
La pollution de l’eau, de l’atmosphère, la dégradation des sols
par l’emploi abusif de pesticides et d’engrais en fournissent l’illustration.
La charge en nitrates et en nitrites des terres cultivées tend à produire
un effet contraire à celui recherché: la fertilisation excessive débouche,
à terme, sur une stérilisation des sols. Sans compter qu’engrais et
pesticides cancérigènes (et les milliers de tonnes de produits chimiques
des eaux ménagères) se mêlent aux eaux que nous buvons…
(„France Informations”, N 134, 1990)

ƒ Autodictée

Le fragment: ”C’est une question… facile”.

VI-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Quel nouveau détail a-t-il appris, le pilote, sur la vie du petit
prince? Comment a-t-il dévoilé son secret? Où se croyait-il? Pourquoi
fut-il surpris qu’il fallait attendre? Comment étaient les couchers de
soleil chez soi? Et sur la Terre? Quelle était la différence? Pourquoi
aimait-il les couchers de soleil? Quelle était la cause de sa tristesse?
Peut-on la deviner? Y avait-il une liaison entre l’intensité de son état
d’âme et le nombre des couchers de soleil contemplés? Aimez-vous
les couchers de soleil? Et les aubes? Décrivez un lever et un coucher
de soleil.
29
ƒ Lexique

1. Cherchez des synonymes pour les mots: douceur, mélancolie,


malheur.
2. Faites attention aux sens des prépositions pour, sur et dans.
Traduisez les phrases:
a) … Et c’est fatigant pour les enfants, de toujours et toujours
leur donner des explications. C’était pour moi une question de vie ou
de mort. J’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours. Je refis, pour
lui, l’un des deux seuls dessins dont j’étais capable. Il me fallut
longtemps pour comprendre d’où il venait. Je te donnerai une corde
pour l’attacher. Quand un astronome découvre une petite planète, il lui
donne pour nom un numéro.
b) Chaque jour j’apprenais quelque chose sur la planète, sur le
départ, sur le voyage. Je me trompe un peu aussi sur sa taille. Ici le
petit prince est trop grand. Là il est trop petit. J’hésite aussi sur la
couleur de son costume. Je me tromperai enfin sur certains détails plus
importants. Et en effet, sur la planète du petit prince, il y avait comme
sur toutes les planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes.
c) On disait dans le livre: “Les serpents boas avalent leur proie
toute entière”. J’ai volé un peu partout dans le monde. J’avais été
découragé dans ma carrière de peintre par les grandes personnes. Et il
s’enfonça dans une rêverie qui dura longtemps. L’astronome refit sa
démonstration dans un habit très élégant. Elles (les graines) dorment
dans le secret de la terre… On part pour les vacances dans trois jours.

ƒ Commentaire

1. “Tu as eu l’air très surpris… chez moi”.


Est-il facile de rire de soi-même?
2. “…Quand on est tellement triste on aime les couchers de
soleil…”.
Trouvez-vous aussi une liaison entre cet état d’âme et les couchers
de soleil? L’avez-vous jamais sentie?
Lisez les lignes de quelqu’un qui aime beaucoup la nature:
… Lever de soleil fabuleux. Il justifie à lui seul la contemplation
mystique, celle qui fait l’abstraction totale de soi et de l’humanité
humaine, puisque son objet n’existerait pas moins s’il n’y avait
30
personne ici pour l’éprouver. J’ajoute; il faut que j’insiste: L’homme
n’est rien pour la Nature, quand la Nature est tout pour lui.
(C. Aveline, De fil en aiguille et de corde en gibet,
Librairie José Corti)

ƒ Personnages
Complétez le portrait moral du petit prince.

ƒ Style. Structure

La narration a changé de caractère. L’auteur ne parle plus du


petit prince, mais à lui. Il lui raconte ses propres actions. Quels sont
les éléments qui attestent ce changement?

ƒ Grammaire
1. Cette partie est dominée par le mot-clé coucher de soleil.
C’est un verbe substantivé. Dites comment peut-on transformer en
noms les autres parties du discours. Donnez des exemples.
2. Relevez toutes les structures verbales de cette partie en indiquant
leurs types.
3. Rappelez-vous les règles de concordance:
au plan du présent
L’homme dit (prés.)
qu’il aime (prés.) la nature – simultanéité
aimera (f.s. ou f. proche) – postériorité
aimait (p. comp., imp., p. s., p. récent) – antériorité
au plan du passé
L’étudiant dit (p.s.)
qu’il a lu (imp. ou un autre temps passé) ce livre –
simultanéité
lirait / allait lire (f. dans le passé) – postériorité
avait lu/venait de lire (plus-que-parfait/p. imm. dans
le p.) – antériorité
Formulez des phrases pour chaque rapport d’un plan et de l’autre.
ƒ Autodictée
Le fragment: “En effet… désirais”.
31
Unité 4

VII-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le pilote, quel secret a-t-il appris le cinquième jour? Sur quoi le
petit prince questionnait-il le pilote? De quoi celui-ci était-il occupé?
De quoi était irrité le petit prince? Comment était l’homme “cham-
pignon”? Pourquoi le petit prince s’est-il mis en colère? Quelles
problèmes envisageait-il? Pourquoi s’est-il mis à pleurer? Le pilote,
qu’a-t-il fait? Comment s’efforçait-il d’apaiser le chagrin du petit prince?

ƒ Lexique

1. Trouvez des synonymes, ensuite des antonymes pour les mots:


terribles (graines), silence, guerre, révéler (un secret), questionner,
confondre, anéantir, aimer, consoler.
2. Faites attention à la préposition pour. Traduisez les phrases:
Heureusement pour la réputation de l’astéroïde B 612 un dicta-
teur turc imposa à son peuple de s’habiller à l’Européenne. C’est donc
pour cela encore que j’ai acheté une boîte de couleurs et des crayons.
Pour une fois, je fais exception à ma réserve. Et un jour il me con-
seilla de m’appliquer à réussir un beau dessin, pour bien faire entrer ça
dans la tête des enfants de chez moi. Tu n’avais eu longtemps pour
distraction que la douceur des couchers de soleil.

ƒ Commentaire

1. “Les fleurs sont faibles…épines…”


2. “Je connais une planète où il y a un monsieur cramoisi …
champignon”.
32
3. “…Ce n’est pas important la guerre des moutons et des
fleurs… rouge”.
En quoi consiste cette guerre? Le conflit est donc possible dans
tout monde (végétal, animal, humain). Et l’harmonie alors serait-elle
irréelle? Qu’en pensez-vous? Sur quelle loi repose-t-elle? Quelle loi
est violée lorsque les conflits et les guerres apparaissent? L’auteur la
connaît bien et la prêche par la bouche de son prince, l’image-même
du sage innocence. Car uniquement une âme pure est capable d’un
amour alimenté par le sentiment de responsabilité et du sacrifice.
Exposez le drame que le petit prince s’imagine et qui le fait éclater
en sanglots. Ce drame imaginaire pourrait-il se produire réellement?
Le petit prince était-il vraiment loin de la réalité, “dans les nuages”?
Ou il avait tout simplement d’autres valeurs, d’autres préoccupations,
d’autres principes de vie?
4. “C’est tellement mystérieux le pays des larmes”.
Le connaissez-vous? Par vous-même ou par les autres?
Parlez de la guerre afghane. La trouvez-vous juste? Peut-on dire
maintenant de ce pays que c’est un “pays des larmes”? Pourquoi?
Quelles sont les horreurs de la guerre? Quelles autres guerres avez-
vous connues? Peut-on identifier les “baobabs” qui les font éclater?
Connaissez-vous la théorie des “guerres justes”? Y en a-t-il de telles?
Argumentez votre réponse après avoir lu le texte ci-dessous:
Le grand mensonge des “guerres propres” (titre de la une)

“L’armée américaine est prête pour tout ce que notre com-


mandant en chef nous demandera de faire” a déclaré, fin février, le
général Richard Myers, chef d’état-majeur interarmées des Etats-Unis.
Derrière la rhétorique guerrière du président G.W. Bush, réaffirmée
lors de sa récente tournée asiatique, l’énorme machine militaire améri-
caine se prépare aux prochains assauts contre les pays accusés de
former “l’axe du Mal”, et en premier lieu l’Irak. Elle s’appuie sur une
nouvelle doctrine de défense et sur les armes modernes, expérimentées
avec succès sur le terrain dans le Golf, au Kosovo et en Afghanistan.
De la naissance des bombes à leur utilisation hier et aujour-
d’hui… toujours contre les “sauvages”.
(„Le Monde diplomatique”, mars 2002)
33
ƒ Personnages

Complétez le portrait moral et physique du petit prince.


Caractérisez le pilote par les yeux du petit prince.

ƒ Style. Structure

Deux drames parallèles: l’un réel, l’autre imaginaire, mais avec


des chances réelles d’accomplissement dans certaines conditions.
D’une part, la situation du pilote:
– la panne qui commence à lui paraître comme grave;
– l’effort soutenu du pilote sur le boulon du moteur (plus ses
réflexions amères);
– la résistance désespérante du boulot;
– la pensée de le faire sauter d’un coup de marteau (à bout de
nerfs: l’apogée).
D’autre part, le drame qui naît dans l’âme du petit prince:
– la question du début “longtemps méditée en silence” et une
autre complémentaire;
– la question répétée;
– la riposte “avec une sorte de rancune” et une autre question
longtemps méditée;
– la stupéfaction, l’irruption, la colère et l’exposé du drame que
lui seul voyait;
– les pleurs (l’apogée).
L’atmosphère devint encore plus pesante à cause de la nuit
tombante. Mais était-elle seulement extérieure?
Chacun vit donc un drame: le pilote, le sien et le petit prince
celui de la fleur menacée de disparition. Le deuxième dépasse le
premier par l’ampleur et la noblesse du sentiment du sacrifice (il est
déjà résolu à le faire) qui lui donne d’autres dimensions. Le pilote
reconnaît ensuite la supériorité des préoccupations du petit prince en
disant: ”Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la
soif et de la mort”. Il a dépassé son soi; il est entré dans une autre
réalité par l’amour de l’autrui, qui prenait des dimensions cosmiques.
34
ƒ Grammaire

Relevez toutes les structures verbales prépositionnelles de ce


texte et mettez-les en quelques colonnes selon leurs types.

ƒ Autodictée

Le dernier alinéa (ou “Le petit prince était maintenant tout pâle
de colère… ce n’est pas important ça!”).

VIII-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qu’est-ce qu’on apprend de nouveau? Parlez de l’apparition de
ce personnage dans la vie du petit prince. Pourquoi l’arbuste était-il si
surveillé? A quoi assistait le petit prince? Quand et comment, la fleur,
fit-elle son apparition? Quel était son comportement? Et celui du petit
prince? L’aimait-il? Comment exprimait-il son amour? Quels soins lui
apportait-il? Pourquoi était-il devenu malheureux? Connaissez-vous
des histoires pareilles, lues ou vécues?

ƒ Lexique

1. Trouvez pour les mots ci-dessous des synonymes, ensuite des


antonymes:
a) connaître, sortir, s’habiller, admirer, avoir horreur de qqch;
b) précision, vanité, ressemblance, mystérieux, décoiffée, modeste,
émouvante, contradictoire.
1. Les niveaux du langage
a) Le langage familier (de cuisine)
On le pratique en famille, entre proches, entre amis, entre étudiants
(expression surtout orale). C’est un vocabulaire limité, instinctif, avec
une syntaxe relâchée, brisée.
35
Sous-niveaux: populaire, vulgaire, argotique.
b) Le langage courant (de bureau)
Circonstances: communications professionnelles (entre collègues);
publication de règlements administratifs; conversation entre adultes
relativement cultivés.
Caractères: vocabulaire précis et judicieux, syntaxe correcte (jouant
facilement avec des subordonnées simples).
c) Le langage soigné, soutenu ou recherché.
Il inclut la production écrite ou littéraire; discours ou textes
prononcés en public (allocutions, conférences etc.).
Ses caractères: vocabulaire étendu, diversifié; exploitation des
tropes; syntaxe complexe (à plusieurs subordonnées), parfois sophistiquée.
Sous-niveaux: précieux, archaïque etc.
Exemple:
a) C’est quand qu’on bouffe? (fam.)
b) Quand est-ce qu’on mange? (courant)
c) A quelle heure prenons-nous le repas? (soigné)
A partir de ces exemples la progression apparaît facilement; l’on
passe du plus instinctif (bouffer) au plus recherché (prendre le repas),
qui est aussi
– plus périphrastique (prendre le repas);
– plus précis (à quelle heure?);
– plus élégant (nous).
Cherchez dans le texte des expressions correspondant à des
niveaux différents.

ƒ Commentaire

1. “Et elle qui avait travaillé avec tant de précision…décoiffée”.


2. “Ainsi le petit prince…malheureux”.
3 “Il ne faut jamais écouter les fleurs. Il faut les regarder et les
respirer. La mienne embaumait ma planète…”
2. “Je n’ai alors rien su comprendre… Mais j’étais trop jeune
pour savoir l’aimer”.
Regrets. La cause de son malheur est en lui-même.
Il est difficile de trouver le bonheur en nous et impossible de le
trouver ailleurs (Chamfort).
36
La suite du texte va le confirmer.
Et puis on dit: “Qui cherche un ami sans défaut reste sans ami”.
Qu’en pensez-vous?
Tout en réfléchissant, savourez la beauté de ce merveilleux
sonnet, fait entièrement en vers d’une syllabe:
Fort Rose
Belle Close.
Elle La
Dort. Brise
Frêle L’a
Sort: Prise.
Quelle
Mort !
Jean de la Resséquer

ƒ Personnages

1. Faites la caractéristique de la fleur:


a) par ses propos;
b) par son comportement;
c) par les observations “méditées” du petit prince.
La fleur, qui symbolise-t-elle?
2. Caractérisez le petit prince en relation avec la fleur. Décrivez
les étapes qui l’ont mené de l’admiration au malheur: ”Le petit prince
ne pu contenir son admiration… il était devenu malheureux”.
Questions à réfléchir:
Le petit prince est parti en quête d’un ami. Pourquoi la fleur
n’a-t-elle pas su devenir son ami?
Elle l’aimait, mais elle était hautaine et méprisante.
Elle était vaniteuse, elle voulait être admirée (plus tard il allait
rencontrer un autre personnage vaniteux). La fleur voulait le dominer,
faire de lui un sujet (comme le roi qu’il allait visiter). Elle le “tour-
mentait”, elle voulait peut-être le rendre “fou d’amour”. Mais lui, il se
sentait libre, attaché volontairement, par libre consentement, en vertu
de son amour qui, selon lui, ne devait pas l’assugétir, ni renverser ses
valeurs. Il se sentait humilié et il est parti en quête d’un ami qui pût le
respecter.
37
Il n’avait pas deviné l’amour de la fleur. Pourquoi? Comment
concevait-il l’amour? Et la fleur? Le comprenait-elle comme un senti-
ment fondé sur une amitié entre deux êtres dignes et libres?
“L’amitié est une égalité harmonieuse”, disait Pythagore.
Essayez de donner une définition à l’amour. Comparez-la ensuite
avec la définition évangélique de l’amour fraternel:
… L’amour prend patience, l’amour rend service,
il ne jalouse pas, il ne plastronne pas,
il ne s’enfle pas d’orgueil,
il ne fait rien de laid,
il ne cherche pas son intérêt,
il ne s’irrite pas,
il n’entretient pas de rancune,
il ne se réjouit pas de l’injustice,
mais il trouve sa joie dans la vérité.
Il excuse tout, il croit,
il espère tout, il endure tout.
L’amour ne disparaît jamais.”

ƒ Grammaire

1. Tirez les structures verbales prépositionnelles de la VIII-ème


partie.
2. Mettez en discours indirect la conversation entre ces deux
personnages.
Cherchez les phrases ayant un verbe au Conditionnel et tradui-
sez-les.
Vous allez remarquer un emploi de politesse: ”Auriez-vous la
bonté de penser à moi?”, qui est un trait caractéristique du langage
soutenu.

38
Unité 5

IX-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
De quoi profita le petit prince pour son évasion? Qu’est-ce qu’il
avait fait ce matin-là? Par quoi avait-il commencé? Qu’est-ce qu’il a
dit à la fleur? Qu’est-ce qu’elle lui a dit à son tour? Par quoi le petit
prince a-t-il été surpris? Quel aveu lui a fait la fleur? Se doutait-il de
son amour avant cet aveu-là? Pourquoi avait-elle caché ses sentiments?
Pourquoi a-t-elle hâté son départ? Ne voyez-vous pas ici un drame?
Lisez la poésie ci-dessous et essayez de faire un parallèle entre
ces deux textes:
Les filles
C’est beau comme un jeu
C’est beau comme un feu
C’est beaucoup trop peu
Les filles.
C’est beau comme un fruit
C’est beau comme la nuit
C’est beaucoup d’ennuis
Les filles.
C’est beau comme un renard
C’est beau comme un retard
C’est beaucoup trop tard
Les filles.
C’est beau tant que ça peut
C’est beau comme l’adieu
Et c’est beaucoup mieux.
Jacques Brel
39
ƒ Lexique

1. Trouvez des synonymes pour les mots et les expressions ci-


dessous (dans le texte ou dans le dictionnaire): évasion, orgueilleuse,
ramoner, reproches, douceur calme, oiseaux sauvages, être déconcerté,
être en activité, mettre en ordre, mettre à l’abri, causer des ennuis,
avoir l’envie de, avoir horreur de, demander pardon, c’est agaçant!
2. Tirez les adverbes et observez leur rôle dans le texte. Tradui-
sez-les.
Attention à l’emploi de la préposition sous. Faites la traduction
des phrases:
Le soir vous me mettrez sous globe. Elle était venue sous forme
de graine. Nous avons dormi sous la tente (à l’intérieur). Elle s’est
évanouie sous le choc (à cause du choc). Cette histoire s’est passé sous
Napoléon. Nous travaillons sous la direction du maître.
Manières de parler: faire un aveu, faire des reproches, parler
doucement, avec fureur, de manière indistincte ou claire, parler haut
ou bas etc.
Ces verbes, tirés du dictionnaire, indiquent, de manière suggestive,
les façons de parler: articuler, bafouiller, balbutier, baratiner, bavarder,
bégayer, brailler, bredouiller, caqueter, causer, chuchoter, claironner,
criailler, deviser, discourir, disserter, grommeler, hurler, jacasser, jaser,
marmonner, murmurer, palabrer, papoter, pérorer, proclamer, s’exprimer,
soupirer, susurrer, tonitruer, tonner, vociférer.
Traduisez-les et tâcher de les repartir en trois groupes: ceux qui
sont propres à l’homme, ceux qui comportent une comparaison avec
les animaux, ceux qui ont trait aux oiseaux.

ƒ Commentaire

1. “Il se découvrit l’envie de pleurer”. Pourquoi?


2. “Il fus surpris par l’absence de reproches… Il ne comprenait
pas cette douceur calme”.
3. “Mais oui, je t’aime… orgueilleuse”. Observez les propos
opposés, contradictoires de la fleur. De quoi témoigne-t-ils?
40
ƒ Personnages

1. Faites le portrait intégral de la fleur (portrait moral, physique,


traits de caractère).
A qui a-t-elle emprunté bien des traits? Reconnaissez-vous les
jeunes filles?
1. Caractérisez le petit prince par rapport à la fleur.

ƒ Style. Structure

Cette partie peut être intégrée à la précédente. Montrez qu’elles


forment un petit drame qui se déroule en trois actes, ensuite essayez de
donner un titre à chacun d’eux.
Rappelez-vous les éléments essentiels d’un drame:
Début (prologue): la situation initiale (lieu, temps, personnages);
La complication (le problème, l’élément perturbateur);
Noyau de l’intrigue (nœud): le déroulement de l’action;
la résolution du problème;
Fin (dénouement): la situation finale.
C’est la forme de l’intrigue classique. Le couple nœud – dénoue-
ment constitue l’élément déterminant de toute mise en intrigue.
L’intrigue est souvent définie en terme de tension dramatique. La
sentez-vous en lisant ces deux parties?

ƒ Grammaire
1. Continuez de travailler sur les structures verbales préposition-
nelles.
2. Rappelez-vous les degrés de signification des adjectifs. For-
mulez une (ou plusieurs) phrase(s) pour illustrer chacun des trois
degrés: le positif, le comparatif (d’égalité, de supériorité, d’infériorité)
et le superlatif (absolu et relatif: de supériorité / infériorité).
Déterminez les degrés de comparaison des adjectifs dans les
phrases:
– Mais tu a été aussi sot que moi. – Je ne suis pas si enrhumée
que ça… Mais tous ces travaux familiers lui parurent, ce matin-là,
41
extrêmement doux. – J’ai été sotte, lui dit-elle enfin. Il restait là tout
déconcerté, le globe en main…

ƒ Autodictée

“Je crois… éteint” (la première moitié du premier alinéa).

X-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Quelle est l’intention (le but) du petit prince, lorsqu’il commence
à visiter les planètes voisines?
On dit qu’après une expérience amère on sent mieux le manque
de sagesse (véritable fortune). On se lance en sa quête et on s’abandonne
avec plus de goût à l’étude (“Dominique” d’Eugène Fromentin). Quel
est votre avis là-dessus?
Par qui était habitée la première planète? Comment était-il considéré
par le roi? Quelle était la structure du monde dans sa conception ?
Comment entendait-il sa tâche? Sur quoi régnait-il? Pourquoi le pouvoir
du roi émerveillait-il le petit prince? Qu’est-ce qu-il aimait le plus?
Aimait-il faire dépendre quelqu’un de sa personne et de ses vœux
(comme la fleur)? Pourquoi est-il si difficile de se juger soi-même? En
avez-vous essayé? Que signifie réussir à bien se juger?

ƒ Lexique
1. Retenez: pourpre (chez les Romains) – colorant rouge tiré
d’un coquillage; couleur rouge foncé.
2. Trouvez des synonymes pour les mots et les expressions:
carosse (m), manteau (magnifique), monarque universel, tolérer qqch,
intimider qqn, interroger qqn, bredouiller qqch, s’enhardir à faire qqch,
être vexé, faire le tour de qqch, fermement, majestueusement.
42
3. Donnez les antonymes des mots: autorité, désobéissance,
indiscipline, geste indiscret, planète minuscule, conditions favorables,
économiser, émerveiller.
4. Retenez les acceptions du mot sujet:
a) terme grammatical;
b) personne qui se trouve sous l’autorité d’un monarque;
c) thème, question:
Les volcans m’intéressent, je vais faire une recherche sur ce
sujet.
5. Conventions lexicales
Les synonymes parfaits, qui pourraient être interchangés dans
n’importe quel contexte – n’existent pas. Certain mot, au fil de l’usage
et du temps, a fini par être employé dans telle situation, alors que son
synonyme dans un contexte différent. Pour insister sur le caractère
ancien ou vieillissant, on parlera de:
vieillesse – pour les personnes (un vieux roi)
sénilité – pour les personnes fortement altérées par l’âge
archaïsme – pour les différentes formes d’art et d’expression
caducité – pour les lois, les institutions
vétusté – pour un bâtiment
décrépitude – pour un état
ancienneté – pour une fonction
désuétude – pour les mœurs et les coutumes
dégradation – pour le mobilier; les locaux;
usure – pour les chaussures etc.
Retenez le sens du mot apophtegme – dit notable de quelque
personnage illustre, sentence remarquable.

ƒ Commentaire

1. ”Il est contraire à l’étiquette de bâiller en présence d’un


roi…”.
Apportez d’autres exemples d’étiquette élémentaire et autres
conventions sociales.
2. Cherchez les passages qui définissent le pouvoir absolu et le
pouvoir universel.
43
Comment obtenait le monarque (absolu et universel) l’accom-
plissement de ses vœux ? Comment entendait-il de donner des ordres
raisonnables? Répondez avec des phrases du texte.
3. “Un tel pouvoir émerveilla le petit prince. S’il l’avait détenu
lui-même…”.
Et vous, si vous l’aviez détenu vous-même, qu’est-ce que vous
auriez fait?
4. “Tu te jugeras donc toi-même. C’est le plus difficile. Il est
bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui. Si tu
réussis à bien te juger, c’est que tu es un véritable sage.”
Pour atteindre la véritable sagesse on doit donc essayer de se
juger soi-même. Sur quels principes et par rapport à quoi peut-on se
juger:
par rapport à sa propre conscience,
par rapport à la conscience des autres et
par rapport à la conscience suprême, divine qui est impartiale
(d’après Guy J.-Cl. Apophthegmes des Pères du désert,
Seuil, Paris, 1976)

Comment interprétez-vous cette sentence des Pères: “Si vous ne


voulez pas être jugés, jugez-vous vous-mêmes”?

ƒ Personnages

Caractérisez le roi: a) par ses propres mots; b) par ses actions;


c) par les jugements du petit prince. En quoi consiste l’étrangeté du
roi? Pense-t-il à se faire utile à quelqu’un? A-t-il des exigences envers
soi-même aussi ou seulement envers les autres? Quel est le compor-
tement du petit prince devant le roi? Quels d’autres moments avez-
vous retenu où le petit prince rougissait? Comment sont les personnes
capables de rougir? Essayez d’en décrire une.

ƒ Style. Structure

1. Lisez attentivement les propos échangés entre le roi et le petit


prince. En avez-vous remarqué la sagesse d’un doux comique, né de la
différence de visions sur le monde? Apportez des exemples du texte.
44
2. Trouvez les mots-clés et les articulateurs logiques du texte.
Formulez les idées essentielles.
3. Déterminez les parties composantes du récit et tâchez d’en
tenir compte en exposant (à la troisième personne) le contenu: début,
déroulement (suite d’actions), fin.
Pour aider à l’organisation de votre exposé et pour faciliter la
compréhension du cheminement de votre réflexion, voici autres articu-
lateurs parmi les plus usités (en plus de ceux indiqués dans la troi-
sième partie):
Pour organiser la succession des idées et des informations:
I-er élément (avant tout, premièrement, en non seulement); éléments
suivants (puis, deuxièmement, en second lieu, mais encore, mais
aussi); élément final (en conclusion). Pour introduire une idée nouvelle
dont il faut tenir compte car elle est essentielle au raisonnement on
peut se servir de: or. « Or » souligne la relation entre deux faits. Il
peut s’agir d’une relation de concordance ou d’une opposition.

ƒ Grammaire
1. Observez l’emploi du Conditionnel dans les phrases ci-
dessous. Expliquez chaque emploi.
– Si j’ordonnais à un général de se changer en oiseau de mer et il
n’obéissait pas, ce ne serait pas la faute du général. Ce serait ma faute.
Un tel pouvoir émerveilla le petit prince. S’il l’avait détenu
lui-même, il aurait pu assister… à deux cents couchers de soleil dans
la même journée.
– Je voudrais voir un coucher de soleil…
– Si j’ordonnais à un général de voler d’une fleur à l’autre à la
façon d’un papillon, et si le général n’exécutait pas l’ordre reçu, qui de
nous deux serait dans son tort?
– Ce serait vous, dit fermement le petit prince.
– Si tu ordonnes à ton peuple d’aller se jeter à la mer, il fera la
révolution.
– Si Votre Majesté désirait être obéie, elle pourrait me donner un
ordre raisonnable. Elle pourrait m’ordonner, par exemple, de partir
avant une minute.
45
S’ils sont bien ramonés, les volcans brillent doucement et régu-
lièrement, sans éruptions.
Si ce boulot résiste encore, je le ferai sauter d’un coup de
marteau.
– S’il voyagent un jour, me disait-il, ça pourra leur servir.
– Mais si tu ne l’attache pas, il ira n’importe où et se perdra.
– Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire
dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit
heureux quand il les regarde. Mais si le mouton mange la fleur, c’est
pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient!
2. Rédigez quelques dix lignes sur le sujet: ”Si j’avais le pouvoir
absolu…”.

ƒ Autodictée (fragment à votre choix)

46
Unité 6

XI-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Par qui était habitée la seconde planète? Quelle est la différence
entre un admirateur et un sujet? Qu’est-ce que c’est qu’un vaniteux?
Qu’est-ce qu’il a prié le petit prince de faire? Qu’est-ce qu’il faisait
chaque fois que le petit prince applaudissait? Quelle définition donne
le vaniteux au verbe admirer? Pourquoi les vaniteux n’entendent-ils
que les louanges? Y avait-il encore d’autres personnes sur la planète
du vaniteux? Le petit prince, qu’est-ce qu’il se disait en lui-même
durant son voyage? Connaissez-vous d’autres personnages qui aient
de pareils traits? Est-ce une qualité ou un défaut, une vertu ou un vice?

ƒ Lexique
1. Donnez les synonymes, ensuite les antonymes des mots:
vaniteux, louanges, acclamer qqn, soulever qqch.
2. Faites attention au sens et à l’emploi de la préposition contre.
Traduisez les phrases:
Le petit prince frappa ses mains l’une contre l’autre. Je te donne
deux disques contre ce livre (en échange). Dans ce film les Romains
se battent contre les Gaulois. Il est difficile de nager contre le courant
(dans le sens inverse). Pour ne pas se perdre l’enfant se serrait contre
son père. Il poussa la table contre le mur (jusqu’à ce qu’elle le
touche). Elle cogna le front contre le vitre.
Précédée par un article, la préposition devient nom:
Avant de te décider, il faut peser le pour et le contre (les avan-
tages et les inconvénients).
47
ƒ Commentaire

1. “Car pour les vaniteux les autres hommes sont des admirateurs”.
Quel est alors le sens de sa vie?
2. “Les vaniteux n’entendent jamais que les louanges”. Pourquoi?
Expliquez cette maxime de Corneille: “Qui chérit son erreur ne veut
pas la connaître”.
3. “Admirer… planète”.

ƒ Style. Structure

1. Trouvez les mots-clé et les mots de cohésion textuelle.


2. Relevez les éléments du comique.
3. Formulez les idées essentielles.
4. Comprimez le texte d’une manière à le rendre en deux-trois
phrases selon les modèles ci-dessous:
9 J’ai rêvé qu’un jour les fils des anciens esclaves et les fils de
ceux qui furent leurs maîtres prendraient place ensemble à la
table de la fraternité et rompraient le même pain (Martin
Luther King).
J’ai rêvé qu’un jour Noirs et Blancs fraterniseraient.
9 Voici je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend
ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai
avec lui et lui avec moi.
Jésus frappe à la porte de ton cœur: ouvre-lui!
Faire le résumé c’est restreindre le contenu au minimum en
conservant l’essentiel.

ƒ Personnages

Caractérisez le vaniteux.
Expliquez: ”Ce qui nous rend la vanité des autres insupportable,
c’est qu’elle blesse la nôtre” (La Rochefoucauld).

48
ƒ Grammaire

Rappelez-vous les règles essentielles de l’emploi du Subjonctif:


a) après un verbe qui exprime: l’ordre, l’obligation, la volonté,
la nécessité, le désir, la crainte, la possibilité, le doute, un
sentiment (joie, regret, surprise).
b) après un verbe ou expression impersonnelle: falloir, il est pos-
sible, c’est dommage, peu importe, il arrive, il est douteux, il
est juste, il se peut, il est temps, qu’importe etc.
c) après les locutions pronominales ou conjonctives: quoi que,
qui que; quel que…; bien que, avant que, afin que, à con-
dition que, à moins que, soit que, pourvu que, pour que etc.
d) après le superlatif des adjectifs (le meilleur) et les mots, tels:
suprême, le seul, l’unique, le premier, le dernier etc.
e) après un verbe accompagné d’une négation (ne pas croire, ne
pas penser); une forme interrogative ou un impératif ainsi
qu’après aucun, personne, rien, pas un précédés du pronom
relatif que (qui): je ne connais personne qui puisse m’aider.
Observez les phrases ci-dessous et expliquez l’emploi du Subjonctif:
– Et pour que le chapeau tombe, demanda-t-il, que faut-il faire?
– Approche-toi (pour) que je te voie mieux, lui dit le roi.
Car le roi tenait essentiellement à ce que son autorité fût respectée.
– Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux
connaître les papillons.
– Mais il faut attendre que le soleil se couche…
Je ne comprends pas pourquoi était si important que les moutons
mangeassent les arbustes.
– Mais pourquoi veux-tu que les moutons mangent les petits
baobabs?
– Si tu ne l’attaches pas, il ira n’importe où, et il se perdra…
– Mais où veux-tu qu’il aille?
– Je veux un mouton qui vive longtemps.
– Je désire que l’on prenne mes malheurs au sérieux.
– Car je n’aime pas qu’on lise mon livre à la légère!
Précisez le personnage et l’endroit où ces propos ont été prononcés.
49
ƒ Autodictée
Le fragment: “Qu’est-ce que signifie admirer? … voyage”.

XII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Par qui était habitée cette planète-là? Que faisait-il à l’arrivée du
petit prince? Qu’est-ce qu’il avait devant lui? Pourquoi buvait-il?
Avait-il vraiment honte de son action? Avait-il du caractère? De la
volonté? Quelle image crée cet enchaînement de questions et réponses:
boire – oublier – honte – boire? Peut-on le nommer cercle vicieux?
Pourquoi?
Le roi a besoin de sujets, le vaniteux dépend des admirateurs,
celui-ci dépend de la bouteille.
Quels remèdes peut-on proposer à de telles personnes qu’on doit
secourir, puisqu’elles ne peuvent rien pour elles-mêmes? Se débar-
rasser de soi-même est de loin beaucoup difficile que de se débarrasser
d’une autre personne. Qu’est-ce qu’il faut faire pour rompre le cercle?
Il n’y a que… (à vous de continuer).

ƒ Lexique
1. Donnez les synonymes des mots: collection de bouteilles, air
lugubre, être perplexe, être bizarre, se plaindre, plaindre qqn, s’enquérir
de qqch, s’enfermer dans le silence.
2. Observez le mot tourmenter dans les deux contextes. Expliquez
son sens:
L’ivrogne est tourmenté par les boissons. Ainsi l’avait-elle bien
vite tourmenté par sa vanité un peu ombrageuse.
3. Considérez les homonymes (homographes et homophones).
Insérez-les dans des phrases:
vers (m) – poésie vert (adj) – couleur
vers (prép) – outil grammatical ver (m) – larve (ver de soie)
verre (m) – récipient (un verre de vin rouge)
50
3. Faites attention au sens et à l’emploi des prépositions en
traduisant les phrases:
– Honte de boire! acheva le buveur et s’enferma définitivement
dans le silence.
– Qui, de lui ou de moi, serait dans son tort?
Ce livre coûte dans les trente francs (environ).
– Tu n’en as rien su par ma faute, dit-elle.
Il commença donc par les visiter (les planètes).
– Je trie les voyageurs, par paquets de mille, dit l’aiguilleur.
J’expédie les trains qui les emporte, tantôt vers la droite, tantôt vers la
gauche.
– Ce sera ce soir vers sept heures.
Ils sont partis vers le sud.
Nous sommes tombés en panne vers Nice (aux environs).

ƒ Commentaire

1. “Que fais-tu là? dit-il au buveur, qu’il trouva installé en


silence…”. Il n’a pas besoin de communication, il ne remarque pas
son hôte et ne lui adresse pas de questions comme les personnages
précédents. Qu’est-ce que cela veut dire? Et le fait qu’il se trouvait
devant une “collection”…? Elle n’est pas involontaire, la collection.
C’est donc une passion.
Expliquez le dicton: ”Les hommes ont les maux qu’ils choisissent
eux-mêmes”.
2. – Je bois, répondit le buveur d’un air lugubre.
Où est la joie de vivre, le bonheur? Il fait ce qui lui plait, ce qui
le satisfait. Pourquoi n’est-il pas heureux? Pourquoi a-t-il honte? A
cause de la condamnation des autres? Ou de sa propre conscience qui
a son haut mot dans chaque être humain? On peut s’isoler, on peut fuir
les autres, mais on ne peut pas fuir soi-même (voir V. Hugo “Conscience”,
Textes supplémentaires).
3. ”… Et le petit prince s’en fut, perplexe”.
Il ne comprenait rien dans le comportement du buveur, il ne
connaissait pas l’esclavage des vices.
Et vous, avez-vous jamais senti vous échapper le contrôle de soi-
même? Avez-vous jamais saisi une discordance entre la raison et le
51
désir? Pourquoi y a-t-il des personnes dominées par les drogues,
l’alcool, les cigarettes, le café etc.?
Expliquez: ”Où la vertu fini, le vice commence” (inversion –
figure de construction).
La vertu est raisonnable. Il est inscrit dans la raison de l’homme
de faire le Bien (pour les autres et pour soi-même). Mais pour devenir
réalité ce pouvoir potentiel a besoin du soutien de la volonté. Si cette
dernière manque, l’homme se laisse choir en bas de l’échelle des êtres.
Le message du texte: le devoir de l’homme est de lutter pour sa
liberté (intérieure et extérieure): ne jamais dépendre de rien et de
personne.
Commentez les dits d’une jeune fille qui a pris l’habitude de
fumer de sa propre mère: “Înţeleg, vreau, dar nu pot!”.
Vouloir c’est pouvoir.
L’autre bout du paradoxe est le désir de dominer les autres, faire
dépendre leur vie de sa mauvaise volonté.
Question à réfléchir:
Pourquoi ne peut-on pas trouver des personnes qui se droguent
parmi les trafiquants de stupéfiants?

ƒ Personnages

Faites la description de ce type de caractère (le buveur). Ce ne


sont pas de simples personnages. Ce sont des types représentatifs. Ils
rassemblent les traits caractéristiques d’une certaine catégorie d’individus.

ƒ Style. Structure

1. Relevez les mots-clés et les idées essentielles du texte.


2. Essayez de le réduire à une ou deux phrases, en conservant
l’essentiel.

ƒ Grammaire

Pour fuir les tours du Subjonctif (qu’on n’aime pas trop), on peut
employer l’Infinitif. C’est ce qu’a fait l’auteur dans cette partie:
– Pourquoi bois-tu?
52
– Pour que j’oublie = pour oublier
– Pour que tu oublies quoi? = pour oublier quoi?
– Pour que j’oublie que j’ai honte = pour oublier que j’ai honte.
La construction infinitivale est moins encombrante et plus élégante.
Essayez vous-même:
Il faut que je vous dise la vérité. Il faut que tu te débarrasses de
ce défaut. Il faut que tu fasses ton devoir. Il faut que les jeunes gens
soient prêts à défendre les valeurs morales saines et pérennantes
(durables).
Rappelez-vous les règles sur l’accord. Expliquez les cas ci-
dessous:
Et puis voici, qu’un matin, justement à l’heure du lever du soleil,
elle s’était montreé.
– Je vous demande pardon… je suis toute décoiffée…
Mais elle s’était interrompue. Elle était venue sous forme de graine.
La première était habitée par un roi.
La planète était tout encombrée par le magnifique manteau
d’hermine.
Car le roi tenait à ce que son autorité fût respectée.
Il se sentait triste à cause du souvenir de sa petite planète
abandonnée.
– Alors mon coucher de soleil? rappela le petit prince qui jamais
n’oubliait une question une fois qu’il l’avait posée.
– Si Votre Majesté désirait être obéie ponctuellement, elle
pourrait me donner un ordre raisonnable.
La nuit était tombée.

ƒ Autodictée

Le fragment: ”La planète… pleines”.

53
Unité 7

XIII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:

Qui habitait la IV-ème planète? De quoi était-il occupé à l’entrée


du petit prince? Il ne l’a pas même remarqué (comme le buveur).
Pourquoi? Qu’est-ce qu’il disait tout le temps? Combien d’années
avait-il passé à faire ses comptes? C’est toute une vie. Un vrai
gaspillage. Outre l’amour pour l’argent, quel vice avait-il encore?
Comment a-t-il défini les étoiles? Qui étaient les autres hommes selon
le businessman? Et les rois? Quelles idées avait-il sur le pouvoir? Et
sur les découvertes? A quoi lui servait-il d’être riche? Que faisait-il de
“ses” étoiles? Leur était-il utile? Et les autres personnages, étaient-ils
utiles à quelqu’un?

ƒ Lexique

Cherchez dans le dictionnaire les définitions des mots: roi,


businessman, fainéant; régner, posséder, breveter, gérer.
Dites autrement: faire des calculs; manquer d’exercice; faire des
erreurs, faire des additions; avoir des idées sur qqch; avoir espoir de
qqch.
Les quatre opérations:
Combien font…?
Additionner (addition): 3 + 3 = 6 (3 plus 3 égale 6);
Soustraire (soustraction): 7 – 4 = 3 (7 moins 4 égale 3);
Multiplier (multiplication): 2 x 2 = 4 (2 multiplié par 2 égale 4);
Diviser (division): 9: 3 = 3 (9 divisé par 3 égale 3).
54
Mettez ces expressions imagées dans de petits contextes:
manger comme quatre; faire ses quatre volontés; se mettre / se couper
en quatre pour qqn; couper les cheveux en quatre; raconter qqch en
deux mots.

ƒ Commentaire

1. “– Cinq cent millions de… je ne sais plus… fainéants”.


2. “ – Les rois ne possèdent pas…”
3. “– Et à quoi cela te sert d’être riche?…mon ivrogne”.
Il est enivré par le sentiment du pouvoir. Il se croit plus puissant
qu’un roi. Mais son pouvoir est différent de celui d’un roi. Ce dernier
le détient par sa propre autorité, tandis que le businessman moyennant
son argent, sa richesse. “Mais ce n’est pas l’or qui domine la monde,
c’est la vertu”, estime Montesquieu (voir le fragment ci-dessous).
4. “C’est amusant … des idées des grandes personnes.”
5. “…Mais tu n’es pas utile aux étoiles”.
Ce n’est pas la fortune qui domine le monde…
Ce n’est pas la fortune qui domine le monde. On peut le
demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités
quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non inter-
rompue de revers lorsqu’ils se conduisirent sur un autre…
Les Romains parvinrent à commander à tous les peuples, non
seulement par l’art de la guerre, mais aussi par leur prudence, leur
sagesse, leur constance, leur amour pour la gloire et pour la patrie.
Lorsque, sous les empereurs, toutes ces vertus s’épanouirent, l’art
militaire leur resta, avec lequel, malgré la faiblesse et la tyrannie de
leurs princes, ils conservèrent ce qu’ils avaient acquis; mais lorsque le
vice et la corruption se mirent dans la milice même, ils devinrent la
proie de tous les peuples…
(Montesquieu, Considérations, XVIII)
Faites le commentaire de ce fragment.

ƒ Personnages

Caractérisez le businessman:
a) par ses paroles;
b) par ses actions;
55
c) par les jugements du Petit Prince.
Dites pourquoi est-il comparé par le petit prince à un cham-
pignon (XII-ème partie)?

ƒ Style. Structure

Trouvez les mots-clés et les articulateurs.


Cherchez des phrases et des fragments construits par antithèse.
De quels moyens se sert l’auteur pour rendre le comique?
Quel est le rôle de la répétition du mot sérieux (–se)?
Que symbolisent ici les mouches? Pourquoi cette association lui
était-elle venue à l’esprit? Peut-on associer l’occupation de ce nouveau
personnage à celle de compter les mouches (pure perte de temps)?
Et les abeilles, qu’est-ce qu’elles symbolisent? Dans l’esprit du
Petit Prince elles brillent. Pourquoi? Quel est leur mode de vie?
L’avez-vous jamais étudié? Leur produit est le plus délicieux et le plus
précieux, et il a la couleur du soleil (comme leur propre couleur
d’ailleurs).
Et puis le cire et le cierge qui éclaire…
Formulez les idées essentielles de cette partie.

ƒ Grammaire

La comparaison
Les comparaisons littéraires proposent parfois des analogies en
rapprochant des réalités appartenant à des horizons de pensée rela-
tivement différents. Exemple:
Ce n’est pas un homme. C’est un champignon.
Etoiles – lumière – abeilles
Il s’agit alors d’apprécier l’éloignement relatif des termes comparés.
Quelques associations possibles:
Un être humain à un être humain:
Il vit heureux comme un roi.
– Mais tu a été aussi sot que moi, dit la fleur (les adjectifs avec
tous leurs degrés).
Être humain à un animal, à un végétal:
Elle me souriait comme une fleur d’avril.
56
Une partie de l’être humain à une chose:
Ses cheveux avaient la couleur du blé.
Un végétal à un autre végétal:
Elle (la rose) ne voulait pas sortir toute fripée comme les coquelicots.
Une chose à une autre chose:
Les éruptions volcaniques sont comme des feux de cheminée.
Sa planète d’origine était à peine plus grande qu’une maison.
Deux actions semblables:
– Tu parles comme les grandes personnes. Tu confonds tout…
Tu mélanges tout.
Il raisonne un peu comme mon ivrogne.
Deux situations:
Sur la planète du petit prince, il y avait comme sur toutes les
planètes, de bonnes herbes et de mauvaises herbes.
Quand il allume son réverbère, c’est comme s’il faisait naître
une étoile de plus, ou une fleur.
Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brus-
quement, toutes les étoiles s’éteignaient!
Des choses à des êtres humains:
Les casseroles étaient rangées par taille comme une famille
nombreuse devant le photographe (R. Sabatier).
Dites quels types de comparaison il y a dans la poésie de J. Brel
(voir IX-ème partie).
Ce sont des comparaisons littéraires, originales. Les comparaisons
usuelles, courantes sont beaucoup plus nombreuses. Essayez de trouver
le second terme de la comparaison parmi les mots: fontaine, linge, pie,
loup, feu, âne, singe, lion, bœuf, cynatre, renard, alouette, cabri,
vieillard, soleil, roi.
malin comme… rusé comme… heureux comme… sage comme…
fort comme… entêté comme… méchant comme… beau comme…
travailler comme… rire comme… chanter comme… bavarder comme…
manger comme… blanc comme… sauter comme… pleurer comme…
A vous de continuer (en roumain et en français pour voir la dif-
férence de concevoir les choses).

ƒ Autodictée
Le fragment: “Le petit prince avait sur les choses sérieuses … le
voyage”.
57
XIV-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Comment était la V-ème planète? Le petit prince, qu’est-ce qu’il
disait en lui-même? Quel sens attribuait-il au travail de cet homme?
Pourquoi sympathisait-il avec? Comment a-t-il salué l’allumeur?
Pourquoi? Quel était son drame? Comment tournait la planète depuis
quelque temps? Quelle solution proposa-t-il à l’allumeur? Qu’est-ce
qu’il se disait en le comparant avec les autres? Cette fois-là le petit
prince regrettait son départ. Pourquoi?

ƒ Lexique

Consultez le dictionnaire pour les mots ci-contre, ensuite insé-


rez-les dans de petits contextes: réverbère, consigne, bénir.
Dites autrement: s’éponger le front; parvenir à faire qqch; être
fidèle à sa consigne; avoir de la chance; faire le tour (de la planète) en
trois enjambées.

ƒ Commentaire

1. “– Peut-être bien que cet homme est absurde… C’est véri-


tablement utile puisque c’est joli.”
Le petit prince apprécie la beauté. Il la cherche, l’admire, la
trouve utile et même nécessaire. Il est un être philocalique. La phylocalie
(du gr. filo-kalos) est l’amour pour la beauté (divine en premier lieu,
puisqu’elle est parfaite). Tout être humain est invité à aspirer durant
sa vie terrestre à la beauté et à la perfection. Et non seulement à la
contempler, mais aussi à la suivre, à la réaliser dans ses actes (voir
Jean Gouillard Petite Phylocalie, Seuil, 1953).
2. “Celui-là, se dit le petit prince, tandis qu’il poursuivait plus
loin son voyage… parce qu’il s’occupe d’autre chose que de soi-même”.
3. “Ce que le petit prince n’osait pas s’avouer, c’est qu’il regret-
tait cette planète bénie…”.
58
Pourquoi la trouve-t-il bénie? Bénie par qui? Qui est-ce qui est
en droit de bénir?
4. “La planète d’année en année a tourné de plus en plus vite…”
Imaginez que la Terre commence à tourner de plus en plus vite.
Exposez vos idées en quelques dix lignes.

ƒ Personnages

Caractérisez l’allumeur de réverbères (par ses propos, ses actions


et les pensées du petit prince).
Complétez la caractéristique du petit prince par rapport à la
seule personne dont il aurait fait son ami.
Expliquez le dicton: “Spune-mi cu cine te împrieteneşti ca să-ţi
spun cine eşti”.

ƒ Style. Structure
1. Cherchez les mots-clés et les passages qui comportent des
idées importantes.
2. A quel registre appartiennent les propos de l’allumeur? Peut-
on deviner sur ces derniers sa classe, sa couche sociale? Aime-t-il
discuter, raisonner, philosopher, divaguer, interpréter, rêvasser? De
quoi parle cette réplique: “Il n’y a rien à comprendre. La consigne
c’est la consigne. Bonjour”. Pour lui les choses sont claires et le monde
ordonné. Il a le sens de la réalité et le goût pour la besogne honnête. Il
sait se faire utile.
Le petit prince aurait fait de lui son ami, si sa planète était un
peu plus grande.

ƒ Grammaire

Outre la comparaison comme peut exprimer:


Le temps: Comme j’allais sortir, il est entré (au moment où).
La cause: Comme il avait beaucoup travaillé, il était fatigué
(parce que).
La manière: Faites comme vous voudrez!
L’exclamation: Comme il est rapide!
59
Lisez les phrases et dites ce qu’exprime la conjonction ou
l’adverbe comme:
Pour vous qui aimez aussi le petit prince, comme pour moi, rien
de l’univers n’est semblable…
Ma situation m’apparaissait comme grave.
Elles (les fleurs) se rassurent comme elles peuvent…
Et vous verrez comme tout change…
Comme tu voudras! Comme vous êtes beau! (La Fontaine).
Comme il était fatigué, il bâilla.
Mais comme il disait:”On ne sait jamais!” il ramona également
le volcan éteint (il est donc un être sage, prudent et prévoyant).
La voix passive
N’ont de forme passive que les phrases actives ayant un objet
direct. Dans une transformation passive celui-ci prend la place du
sujet, tandis que ce dernier devient complément d’agent rattaché à
l’aide des prépositions de et par. La première a un emploi beaucoup
plus restreint. Elle se limite aux structures ayant un verbe de sentiment
et à quelques cas particuliers:
Il est aimé / estimé de tous.
Dans tous les autres cas on se sert de la préposition par.
Relevez toutes les phrases passives de cette partie.

ƒ Autodictée

“Cependant il se dit en lui-même… C’est véritablement utile


puisque c’est joli”.

60
MODULE 2
Unité 1

XV-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qui habitait la sixième planète? Pour qui a-t-il pris le petit
prince? De qui avait-il besoin? Et les habitants des autres planètes,
pour qui l’avaient-ils pris? Avaient-ils besoin des amis comme le petit
prince? Que signifie être géographe? Et être explorateur? Quelle
moralité devaient avoir ces derniers? Pourquoi le géographe notait-il
d’abord en crayon les récits du petit prince? Pour quelle raison les
géographes ne notaient-ils pas les fleurs? Les géographies, qu’est-ce
qu’elles sont? Le géographe, qu’est-ce qu’il lui a conseillé de visiter?
Quels océans, montagnes et fleuves connaissez-vous? Où se trouvent-ils?

ƒ Lexique

1. Trouvez dans le dictionnaire la signification des mots: explo-


rateur, géographe, savant.
2. Dites autrement: planète majestueuse, livre démodé, prendre
en note qqch, faire une enquête sur qqch, fournir des preuves, noter à
l’encre / au crayon, changer de place, revenir au même, reprendre
courage, avoir une bonne réputation.
3. Trouvez des antonymes contextuels. Exemple: connaître / ne
pas savoir; durable / éphémère; volcans éteints / volcans éveillés…

ƒ Commentaire

1. “Tiens! Voilà un explorateur! s’écria-t-il quand il aperçut le


petit prince”.
61
2. – Qu’est-ce qu’un géographe?
– C’est un savant qui connaît où se trouvent les mers…
– Elle est bien belle votre planète. Est-ce qu’il y a des océans?
– Je ne puis pas le savoir, dit le géographe!
– Mais vous êtes géographe!
– C’est exact, mais je ne suis pas explorateur…
– Le géographe est trop important pour flâner.
3. “Il est trop rare qu’une montagne… des choses éternelles”

ƒ Personnages

Caractérisez ce type de savant par ses propres mots et par les


mots et les pensées du petit prince.
Dans quelle partie a-t-on encore parlé de savants? Comparez-le à
celui-ci.

ƒ Style. Structure

Relevez les mots-clés, les mots de liaison textuelle et les idées


essentielles. Commentez tous les fragments construits sur l’antithèse
(actions, états de choses contraires à l’attente).
Lisez attentivement le fragment: ”Il ne quitte pas son bureau….
On exige qu’il en rapporte de grosses pierres”.
Quels sont ici les éléments qui créent le comique?
On a, certes, remarqué que c’est un trait caractéristique pour
tous les entretiens du petit prince avec les habitants des planètes
explorées. C’est un comique sage et délicieux qui fait ressortir les
différences de conceptions des personnages confrontés. Ce comique
est de plusieurs espèces:
– le comique de mots (mouches, abeilles?);
– le comique de geste (il est resté déconcerté, le globe en l’air);
– le comique de situation (il y a un rat quelque part…);
– le comique de mœurs et de caractère (la visite chez le
vaniteux).
Commentez les scènes comiques qui vous ont plu le plus et dites
pourquoi.
62
ƒ Grammaire

Dans les unités précédentes les espèces de mots ont été traitées à
part: genre et nombre des noms, degrés des adjectifs, espèces de
verbes, types d’adverbes etc. (pour une information plus complète voir
le cours de morphologie). En commençant par cette unité-ci on va
travailler sur les relations d’interdépendance des mots significatifs
(noms, adjectifs, verbes, adverbes). Ces relations existent dans chaque
langue en vertu de la nécessité d’enrichissement du vocabulaire.
On forme les mots par deux procédés:
a) par composition et b) par dérivation.
Les composés peuvent être:
des mots soudés (bonhomme);
des mots liés par un trait d’union (chef-d’œuvre);
des mots séparés (chemin de fer).
Les dérivés peuvent être:
– préfixés: ex porter (sans changement d’espèce, de classe de
mots);
– suffixés: port eur (avec changement d’espèce);
– préfixés et suffixés à la fois (ex port ation);
– régressifs (par suppression): port.
Généralement, le dernier type de mots nommés primaires sert de
base de dérivation pour les autres. C’est ainsi que les mots liés entre
eux par la forme et le sens peuvent former de vraies familles.
Les phénomènes d’interdépendance sont multiples. Le plus connu
et le plus productif dans le français moderne est la nominalisation
(Nmz). C’est la formation de noms à partir d’autres parties du discours.
Elle revêt plusieurs formes.
Nominalisation par suffixe
Nominalisation à base verbale
Elle se fait généralement à l’aide d’affixes (v. le tableau p. 107)
et crée plusieurs types de noms: nom d’action, résultat ou qualité,
agent ou chose: répondre – réponse (résultat de l’action) – responsabilité
(qualité) – responsable (nom d’agent) – répondeur (appareil).
Cependant certains noms n’ont pas besoin d’affixes. Ce sont les
dérivés régressifs. La dérivation régressive se fait essentiellement à
partir des verbes. On a ainsi des noms d’action masculins: départ (de
63
partir); port (de porter des vêtements); retour (de retourner); gain (de
gagner); choix (de choisir); aveu (d’avouer) etc.
ou féminins: pratique (de pratiquer); gêne (de gêner); marche (de
marcher) etc.
Les noms formés des verbes sont nommés déverbaux.
Trouvez des noms en rapport de forme avec les verbes ci-contre
et dites leur type (nom d’action, résultat de l’action, agent etc.):
voyager, explorer, flâner, interroger, questionner, compter, calculer,
se souvenir, enquêter, connaître, mentir, noter, découvrir, prouver,
exiger, émouvoir…
A vous de continuer la liste des verbes de cette partie et de
trouver les noms auxquels ils sont liés par une relation de dérivation.
Nominalisez les verbes des séquences ci-dessous:
a) démonter le moteur; dévisser le boulon; nettoyer la maison;
préparer le déjeuner; trier les livres; préparer une thèse; rédiger un
texte; analyser un récit; expliquer un thème; pratiquer un sport;
participer à une compétition; tirer à l’arc; toucher la balle;
b) prendre une décision; prendre une position; changer son opinion;
modifier sa position; contrôler ses actions; maîtriser sa colère; dominer
ses passions.

ƒ Autodictée

Le fragment: “C’est exact … de l’explorateur”.

XVI-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Quelle est la septième planète qui devait être visitée par le petit
prince? Comment est la Terre? Combien de rois a-t-elle? Et géo-
graphes? Et businessmen? Et buveurs? Et allumeurs? Quel est le total
de sa population? A quoi l’auteur compare-t-il les allumeurs de la
64
Terre? Pourquoi? A quoi compare-t-il la planète entière? Quel est
l’ordre “d’entrée en scène” des allumeurs? Pourquoi un tel ordre? Qui
menaient un vie d’oisiveté?
A cause de quoi?

ƒ Lexique

1. Cherchez les synonymes contextuels des mots et des expres-


sions: lampion, oisiveté, s’escamoter dans les coulisses, entrer dans la
danse, (tous) les allumeurs.
2. Dites autrement: donner à qqn une idée de qqch; c’est-à-dire;
environ; de loin; à leur tour; entrée en scène; mener une vie d’oisiveté
et de nonchalance, une armée…
Pour parler de “nombreux…”, “beaucoup de…”, d’une “quantité
de…”, on pourra puiser dans les expressions nominales suivantes:
une armée de moustiques
un flot de souvenirs
un bouquet d’impressions
un bassin de données
une cargaison de projets
une foule de documents
une légion de touristes
un essaim de jeunes filles
une masse de vêtements
une moisson d’images
une panoplie de talents
un ramassis de banalités
une série d’arguments etc.
Expliquez le sens des prépositions. Traduisez les phrases:
Alors entraient à leur tour dans la danse des allumeurs de réver-
bères de Chine et de Sibérie. Puis eux-aussi s’escamotaient dans les
coulisses. Et jamais ils ne se trompaient dans leur ordre d’entrée en
scène.
Il est dans son caractère de faire des imprudences.
Elle a fait cette chose dans l’intention d’être utile.
Cela est vrai dans les principes d’Aristote (selon).
L’amélioration de sa santé se fera dans le temps.
65
On devait entretenir, sur l’ensemble des six continents, une
véritable armée d’allumeurs.
La planète était minuscule. Sur quoi le roi pouvait-il bien régner?
L’autorité repose d’abord sur la raison.
– Mais j’ai déjà vu, dit le petit prince qui se pencha pour jeter
encore un coup d’œil sur l’autre côté de la planète.
Je vous crois sur parole.
Il ne porte que des costumes sur mesure (spécialement faits pour lui).
C’est une émission sur la faune aquatique.
La voiture s’est rabattue sur la droite (synonyme de vers).
Un étudiant sur dix s’occupent sérieusement du sport.
Homonymes homophones:
sur (préposition ou préfixe) – outil grammatical
sûr (adjectif) – certain

ƒ Commentaire

1. ”La Terre n’est pas une planète quelconque…environ deux


milliards de grandes personnes”.

ƒ Personnages

Décrivez la Terre vue “d’un peu loin”

ƒ Style. Structure

1. Trouvez les mots-clés.


2. Cherchez les comparaisons (évidentes et dissimulées).
3. Quel est le rôle de la répétition (puis, tour etc.)?
4. Détachez les idées importantes.

ƒ Grammaire

Nominalisation à base adjective


Cette nominalisation utilise des affixes spécifiques (v. le tableau
des suffixes de noms):
– (i)té: probabilité (de probable);
– eur: blancheur (de blanc – blanche);
66
– (i)ce: force (de fort – forte);
– itude: ingratitude (de ingrat – ingrate);
– (i)se: franchise (de franc – franche);
– ie: folie (de fou – folle) etc.
Ce type d’adjectif a, dans la phrase, le rôle d’attribut:
Ce paysage est beau – la beauté de ce paysage.
Trouvez les noms apparentés aux adjectifs suivants:
majestueux, vaniteux, ivre, réglé, important, puissant, déçu,
intéressant, exact, moral, immoral, célèbre, rusé, jaloux, curieux,
ambigu, vif, ancien, las, sot, fragile, discret, pâle, épais, majeur,
mineur, flatteur, expressif, béat, réciproque, colonial, serein, sec,
public, long.
Tirez les adjectifs de cette partie et formez des noms par dérivation.
Construisez avec les adjectifs proposés ci-dessous une des
phrases ayant le schéma suivant:
groupe nominal – verbe être – adjectif.
Ensuite transformez cette phrase en groupe nominal dérivé.
Exemple:
blanc – la neige est blanche – la blancheur de la neige:
actif, patriote, solidaire, agile, courtois, émotif, flexible.

67
Unité 2

XVII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qu’est-ce qu’on dit de l’humanité? Sur quoi pourrait-elle être
entassée? Que s’imaginent les hommes? Le petit prince, qui a-t-il
rencontré sur la Terre? Le serpent, quels renseignements lui a-t-il
donné? Où étaient les hommes? Comment était le serpent? Pourquoi le
serpent se considérait-il, à son tour, plus puissant qu’un roi? Que font
les hommes touchés par le serpent? Comment le disait-il lui-même?
Dites ce qu’il y a et ce qu’il n’y a pas dans le désert? Y a-t-il encore
des hermites, des Pères dans le désert, qu’en pensez-vous? Et dans les
montagnes?

ƒ Lexique

Retenez la signification des mots:


(h)ermite – solitaire retiré dans un lieu désert où il se livre à des
exercices de piété; il se considère comme responsable devant la
Divinité pour les hommes de la Terre, ses confrères, “qui n’ont plus le
temps de rien connaître”, aucune vertu, ni même l’amitié et l’amour.
pensum [pinsom] – surcroît de travail imposé à un écolier par
punition;
euphémisme – figure qui consiste dans l’adoucissement d’un
mot ou d’une expression dure (donner la mort – rendre à la terre dont
on est issu).
Trouvez vous-même la signification des mots: entasser, esprit,
énigme.
68
Dites autrement: faire de l’esprit; faire un calcul; faire pitié à
qqn; avoir peur / faire peur à qqn; se tenir debout; se tromper de
planète; avoir un sourire; avoir des difficultés avec qqn; parler par
énigmes; parler par apophtegmes.

ƒ Commentaire
1. “Quand on veut faire de l’esprit, il arrive que l’on mente un
peu…”.
Et vous, avez-vous l’habitude de faire de l’esprit?
2. “Les grandes personnes s’imaginent tenir beaucoup de place.
Elles se voient importantes comme des baobabs…”
3. – On est un peu seul dans le désert…
– On est seul aussi chez les hommes…
Exposez vos idées sur les phrases ci-contre:
…On est beaucoup plus seul dans une grande cité que dans un de
nos villages. On peut, si l’on vit sans famille, ce qui est le cas de
beaucoup, être malade, mourir chez soi, sans que personne le sache…
(Leprince-Ringuet L., L’espoir pour demain ?)
Connaissez-vous de telles personnes pour leur venir en aide?
La charité est la vertu capitale, puisque fondée sur l’amour. Elle
détermine l’homme à se faire utile aux autres.
On doit toujours penser aux plus malheureux que nous.

ƒ Personnages
Le serpent. Caractérisez-le selon le texte et selon vos propres
connaissances.
Comparez les deux types de caractères:
Mouton: doux, conciliant, un peu timoré, on n’ose pas se jeter à
l’eau et on trouve souvent confortable de se ranger à l’avis des autres,
aimant beaucoup la chaleur du cocon familial. On aime les couleurs
fraîches, les paysages accueillants, les situations sans histoires.
Bref: une “bonne nature” qui doit bien faire attention, car le
monde est rempli de “grands méchants loups”.
Serpent: discret, secret, élégant, souple, mais redoutable, voir
cruel quand on le veut; on a horreur d’être dérangé, et de ce fait on
passe pour taciturne; on est un peu comme l’eau qui dort, il ne faut
69
pas la froisser, sinon gare! On sait parfaitement où piquer pour faire
mal. Séduisant, envoûtant même, on est aussi peu facile à comprendre
qu’à vivre. Une véritable énigme…
Duquel tenez-vous?
Traduisez et commentez la sentence évangélique: ”Fiţi întelepţi
ca şerpii şi blânzi (inocenţi) ca porumbeii”. L’était-il le petit prince?
Argumentez avec des mots du texte.

ƒ Style. Structure

1. Relevez les mots-clés et les articulateurs logiques.


2. Quel est le fragment construit sur l’hypothèse? Et ceux qui
reposent sur l’antithèse?
3. Formulez les idées essentielles du texte.

ƒ Grammaire
Nominalisation à base nominale
Les noms peuvent, eux-aussi, servir de base de dérivation pour
d’autres noms. Il s’agit en premier lieu des noms d’agent désignant
des métiers et des occupations, des noms d’arbres, des noms de réci-
pient (de contenant), des noms diminutifs etc.
Identifiez la base des noms suivants; ensuite trouvez pour
chacun d’eux des qualificatifs pertinents et insérez-les dans de petits
contextes:
a. géographe, médecin, agriculteur, agronome, aviateur, ingénieur,
mécanicien, sportif, matelot / marin, mathématicien, chirurgien, jardinier,
alpiniste, dentiste, bouquiniste, horlogier, nageur, footballeur, pâtissier,
boulanger, épicier, charcutier, avocat, romancier, nouvelliste, essayiste,
disquaire, (ingénieur) programmeur;
b. poirier, oranger, pommier, avocatier, dattier, prunier, cognassier,
cerisier, griottier, mûrier;
c. encrier, panier, bonbonnière;
d. tourelle, tartelette, côtelette, ruelle, chevreau, levraut, lionceau
.
ƒ Autodictée
Le fragment: “Les grandes personnes ne vous croiront pas… en
moi”.
70
XVIII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le petit prince, qui a-t-il rencontré en traversant le désert?
Qu’est-ce qu’il a demandé? Qu’est-ce qu’elle a répondu, la fleur?
Pourquoi? Savait-elle où étaient les hommes? Comment les trouvait-
elle? Pourquoi sont-ils inconstants dans sa conception? Et selon vous?
Quelles seraient les “racines” de l’homme? A quoi est-il de nouveau
comparé?

ƒ Lexique

Retenez les acceptions du mot racine:


racine d’une plante où d’un arbre; racine d’une dent; racine d’un
nerf; racine d’un mot; racine d’un nombre (mathématique);
prendre racine, jeter racine = se fixer, s’arrêter en un lieu, s’y
établir.
Trouvez vous-mêmes les acceptions des mots: promener, manquer,
gêner. Formulez des phrases avec chaque acception de ces trois mots.
Dites autrement: une fleur de rien du tout; il y a des années.
Le gallicisme il y a:
Est-ce qu’il y a des océans? Il n’y a rien à comprendre, la
consigne c’est la consigne. Les hommes? Je les ai aperçus il y a des
années.
Idiotismes
On appelle idiotisme (du grec idios: propre), une construction,
une tournure particulière à une langue, et qui ne peut se traduire litté-
ralement dans une autre langue. Les idiotismes de la langue française
s’appelle gallicismes (du latin gallicus, gaulois, français).
On peut distinguer les gallicismes en:
a) gallicismes de mots ou de figures: lorsque les mots sont pris
dans une acception éloignée du sens primitif et naturel. Une foule de
locutions proverbiales, le plus souvent empruntées à la langue populaire,
71
appartiennent à cette classe de gallicismes, dans la formation desquels
la métaphore joue un rôle capital: se mettre en quatre etc.
b) gallicismes de syntaxe ou de construction: ce sont des cons-
tructions dont il est difficile de rendre compte grammaticalement et
qui s’expliquent par des raisons très variées: ellipse, pléonasme, inver-
sion etc.:
Elle ne fait que pleurer (elle pleure continuellement).
Il a beau essayer (il essaie vainement).
Il y a tout dans la vie (la vie est pleine d’événements de toute
sorte).
C’est proprement ne valoir rien que de n’être utile à personne
(celui qui ne se fait utile à personne ne vaut rien).
Le pléonasme est une figure par laquelle on emploie des mots
superflus quant au sens, mais qui donne plus de force ou de grâce à la
phrase:
On pourrait entasser l’humanité sur le moindre petit îlot du
Pacifique.
Dans cet exemple la même idée est exprimée trois fois.
L’ellipse est le contraire du pléonasme; elle supprime des mots
pour rendre l’expression plus rapide. Une ellipse est bonne quand
l’esprit peut suppléer sans peine les mots sous-entendus:
On lit sur le frontispice du Panthéon: “Aux grands hommes la
patrie reconnaissante”.
Expliquez: A bon entendeur, demi-mot.
Rétablissez la partie sous-entendue et dites si le serpent a été un
bon entendeur pour le petit prince.
Faites la liste des fleurs de champs que vous connaissez.

ƒ Commentaire

1.“Le vent les promène. On ne sait jamais où les trouver”.


Le vent des désirs, des passions; le vent du hasard…
2. “Ils manquent de racines, ça les gêne beaucoup”.
On remarque un paradoxe sur le plan de l’existence: d’une part,
l’aspiration envers le libre déplacement et d’une autre, la sagesse
“sédentaire”, la “ prise de racine” dans un endroit pour fructifier sa vie.
72
Lisez attentivement la poésie ci-contre. Donnez ensuite votre
avis là-dessus:
Nous n’irons jamais à Paris
de peur que ne meurent nos parents
nous resterons ici
pour savoir quand ils mourront
pour leur fermer les yeux
nous périrons ici
en souriant les yeux ouverts
à des ciels que se font faits de verre…
(Anthologie de la poésie moldave, Paris,
Editions L’esprit des Péninsules)

ƒ Personnages

Caractérisez les hommes vus par la fleur du désert.

ƒ Style. Structure

Trouvez des mots-clés et formulez les idées importantes.

ƒ Grammaire

Nominalisation par article


Généralement on peut nominaliser n’importe quelle partie du
discours en la faisant précéder par un article où par un prédéterminant.
a. Adjectifs: être vaniteux – un vaniteux; être orgueilleux – cet
orgueilleux; être mineur – ce mineur, son sport favori – son favori,
ciel bleu – le bleu du ciel; être pâle – sa pâleur; être jaloux – le jaloux;
être flatteur – ce flatteur; mot concret / abstrait – le concret, l’abstrait;
être curieux – ce curieux; frère cadet – le cadet; être passager – le
passager; être puissant - les puissants (de ce monde)etc.
b. Verbes: être – un /cet être; rire – le rire; parler – le parler;
baiser – le baiser; devoir – le devoir; savoir – le savoir; pouvoir – le
pouvoir; goûter – le goûter; déjeuner – le déjeuner; dîner – le dîner;
73
souper – le souper; vivre – les vivres; boire et manger – le boire et le
manger; se lever, se coucher – le lever, le coucher de soleil etc.
c. Adverbes: bien et mal – le bien et le mal; pourquoi (adverbe
interrogatif de cause) – le pourquoi etc.
d. Préposition: pour et contre – le pour et le contre etc.
e. Pronoms: tout – le tout etc.
A vous de trouver autres parties du discours nominalisables et à
formuler des phrases avec chaque type présenté.

ƒ Dictée (au choix du professeur)

74
Unité 3

XIX-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Où est parti le petit prince? Comment étaient ses montagnes par
rapport à celle-là? Qu’est-ce qu’il s’imaginait? Qu’a-t-il découvert
dans les montagnes? Qu’est-ce qu’il a vu là-haut? Qu’est-ce qu’il a
dit? L’écho, qu’est-ce qu’il lui a répondu? Comment trouvait-il la
planète? Et les hommes?

ƒ Lexique

1. Retenez les acceptions du mot aiguille: aiguille à coudre;


aiguille à piquer (d’une seringue); aiguille d’une montre; aiguille du
pin (du sapin); aiguille d’une montagne;
les synonymes de cette dernière: pic, sommet, faîte de montagne.
Décrivez la montagne que vous connaissez le mieux.
2. Dites autrement: faire l’ascension d’une montagne; les volcans
lui arrivaient aux genoux; il se servait du volcan comme d’un tabouret;
il n’aperçut rien que des aiguilles de roc bien aiguisées.

ƒ Commentaire

1. “Quelle drôle de planète!” pensa-t-il alors.


– Tu es un drôle de bête, dit-il au serpent.
Comparez les deux contextes où figurent le même mot.
2. “… Et les hommes manquent d’imagination. Ils répètent ce
qu’on leur dit…”.
75
Avez-vous lu “Rinocéros” d’Eugène Ionesco? Peut-on faire un
parallélisme entre ces deux œuvres ? Comment E. Ionesco tourne-t-il
en dérision le conformisme, le manque d’opposition à un courant
d’opinions, à un mouvement de masse, à une hystérie collective?
Reprenez la visite chez Bérenger malade, qui présente des symptômes
inquiétants. Vous allez vous amuser.
L’auteur est sarcastique, il secoue, dérange; son style n’est pas
dissimulé comme celui de Saint-Exupéry. Son oeuvre a été publiée
après la guerre et non pas sous la censure des nazis. Les totalitarismes
de tous bords (nazisme, communisme, capitalisme et autres dictatures
et pouvoirs centralisés) écrasent la liberté d’affirmation de l’individu
et l’oblige à faire corps avec la masse terrorisée qui accepte par
lâcheté l’idéologie imposée. Puisqu’elle “manque d’imagination” et
d’initiative: “Chez moi j’avais une fleur: elle parlait toujours la première”.

ƒ Personnages

Décrivez la planète vue de la montagne (d’en haut).


Caractérisez l’humanité vue comme un écho d’une voix qui dicte,
qui s’impose, qui se fait répéter sans murmure.
Montrez comment la solitude du petit prince est soulignée:
a) par le décor;
b) par les dialogues avec le serpent, la fleur et l’écho.

ƒ Style. Structure
La répétition comme figure de construction est employée pour
insister avec énergie sur l’idée que l’on veut exprimer. Quels sont les
éléments répétés et quelle est cette idée?

ƒ Grammaire

Nominalisation participiale
La forme qui sert de point de départ peut être un participe
(présent ou passé).
Participe présent: étudier – étudiant – un étudiant
Participe passé: connaître – connu – un inconnu
76
Formez des noms à partir du participe présent des verbes ci-
contre; faites-les entrer ensuite dans des phrases:
arriver, débuter, assiéger, assaillir, descendre, pratiquer, participer,
passer, voler, vivre, intriguer, fabriquer, monter, revenir, tenir lieu
(nom composé).
Déterminez la base verbale des noms soulignés:
une surprise, la tenue, la sortie, l’arrivée, le dit, une prise de
position, une mise en scène, la perte de vue, une prise de contact, la
perte d’équilibre, la tenue de l’engin, le tir à l’arc, la remise en jeu
(de la balle), l’ouverture (des Jeux Olympiques), la découverte de la
planète (par le petit prince).

ƒ Autodictée (fragment à votre choix)

XX-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le petit prince, qu’a-t-il découvert? Où mènent les routes?
Pourquoi? Qu’est-ce qu’il a vu? A qui ressemblaient les fleurs? Pour-
quoi se sentait-il malheureux? Pourquoi sa fleur aurait-elle été vexée
si elle voyait les roses? Que s’imaginait-il? De quoi se croyait-il riche?
Qu’est-ce qu’il se disait? Pourquoi s’est-il mis à pleurer?

ƒ Lexique
1. Donnez les synonymes des mots: espèce, vexé, stupéfait,
seule, soigner, humilier, énormément.
2. Cherchez dans le texte l’antonyme du mot unique.
3. Dites autrement: il arriva que…; faire semblant de mourir;
échapper au ridicule;
4. Distinguez le sens propre du sens figuré:
La rose orne le jardin. La lecture orne l’esprit. La fillette déchire
une page de son cahier. Les remords déchirent le cœur. Le chapeau
77
couvre la tête. Le succès couvre la faute. L’ambition perd l’homme. Il
a perdu sa bourse. Le cultivateur sème pour récolter. Qui sème le vent
récolte la tempête. Son courage s’allume, ses yeux pétillent, son sang
bout. Le feu s’allume, il pétille, l’eau bout. Il faut couper le mal dans
sa racine. Il ne faut couper la parole de personne. Le seau est rempli
d’eau. La vanité est remplie d’elle-même. Le froid flétrit les fleurs. Le
malheur flétrit l’âme. Le petit prince fondit en larmes. La chaleur fond
la glace. L’enfant buvait dans le creux de sa main. L’ivrogne boit le
sang de ses enfants. Le boa brise les os de sa proie avant de l’engloutir.
Ce long voyage l’a brisé. Les grands royaumes engloutissent les petits
Etats.
5. Dresser la liste des fleurs cultivées.

ƒ Commentaire

1. “Et les routes vont toutes chez les hommes”.


2. ”Et il se sentit très malheureux…”
3. “Et, couché dans l’herbe, il pleura“. Pourquoi?

ƒ Personnages

Complétez le portrait de la fleur et celui du petit prince.


L’avait-il oubliée en quittant sa planète?

ƒ Style. Structure

1. Relevez les mots-clés.


2. Argumentez que cette partie renferme, elle aussi, une antithèse.
3. Trouvez le fragment construit sur l’hypothèse.
4. Expliquez le rôle de la répétition (faire semblant de).

ƒ Grammaire

Nominalisation infinitive
Dans un certain nombre de constructions la nominalisation
affixale est concurrencée par la Nmz infinitive. C’est ainsi que la phrase:
On fait du sport, c’est utile
78
peut être transformée en:
Le sport est utile
ou
Faire du sport est utile.
1. Identifiez les infinitifs nominalisés du fragment ci-dessous:
C’était ma grande passion, les cannots, à cette époque. Passer
toute une après-midi sur l’eau noire du vieux port, longer les frégates
de l’Etat, ou se laisser bercer à l’ombre d’un gros navire, courir pieds
nus sur des trains de bois; grimper aux mâts; voir pêcher les oursins;
puis revenir le soir, tout imprégné d’une odeur de goudron, de varech,
avec la lassitude, l’impression d’un long voyage, je ne connaissais pas
un bonheur plus grand (A. Daudet).
2. Essayez de transformer les Nmz infinitivales en Nmz affixales:
Discuter des projets de vacances est intéressant. Marcher à pied
est fatigant. Tricoter est facile. S’entraîner systématiquement est obli-
gatoire. Pour un sportif, maintenir sa forme est indispensable. Pour
aller à la montagne, prendre le train est plus convenable. Je pense
partir demain. Bien penser et bien dire ne sont rien sans bien faire.
Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme (Rousseau).

ƒ Dictée (au choix du professeur)

79
Unité 4

XXI-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qui est apparu lorsque le petit prince pleurait couché dans
l’herbe? Pourquoi ne pouvait-il pas jouer avec le petit prince? Quels
renseignements sur les hommes a-t-il donné au petit prince? Com-
parez-les avec ceux de la fleur et du serpent (à chacun sa vision). Que
signifie apprivoiser? Comment le petit prince a-t-il défini sa relation
avec la fleur? Par quoi le petit renard a-t-il été intrigué? Pourquoi sa
vie était-elle monotone? Comment s’imaginait-il sa vie future? Pour-
quoi les hommes n’ont-ils plus d’amis? Se font-ils utiles les uns aux
autres? Y a-t-il de l’amour fraternel entre eux? Quelle est la cause des
guerres? Quel a été le secret du renard? Qu’est-ce que cela signifie?
Ce conseil concerne-t-il seulement le petit prince ou une portée plus
générale?

ƒ Lexique

1. Cherchez la signification des mots ci-contre et insérez-les


dans des phrases: apprivoiser, rite, vide.
2. Dites autrement: c’est bien gênant; s’habiller le cœur; avoir des
vacances; dire adieu à qqn; faire cadeau d’un secret; afin de se souvenir.

ƒ Commentaire

1. “…Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt”.


2. “Créer des liens?…Je crois qu’elle m’a apprivoisé”. Quel sens
prend ce mot lorsqu’on l’attribue à une personne humaine? S’habituer
80
à vivre en compagnie des hommes? Ou en compagnie des autres
hommes?
3. – Il y a des chasseurs sur cette planète-là?
– Non.
– Ca, c’est intéressant! Et des poules?
– Non.
– Rien n’est parfait, soupira le renard.
4. “Ma vie est monotone… Et j’aimerai le bruit du vent dans le
blé…”.
5. “On ne connaît que les choses que l’on apprivoise… Si tu
veux un ami, apprivoise-moi!”
6. “Le langage est source de malentendus…”
7. “Il eut mieux valu revenir à la même heure… Il faut des
rites”.
8. “Le petit prince s’en fut revoir les roses… puisque c’est ma
rose”.
9. “Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu’avec
le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux”.
“Les hommes ont oublié cette vérité, mais tu ne dois pas
l’oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as
apprivoisé ”.
Le petit prince a dit au renard que c’était la fleur qui l’avait
apprivoisé. Qu’est-ce qu’il avait compris? D’où chez lui cette idée de
réciprocité? Expliquez.
“Tu es responsable de ta rose …”.
L’amitié, le courage, la rigueur personnelle et le sens de la res-
ponsabilité sont les thèmes essentiels des romans d’Antoine de Saint-
Exupéry. Ce passage de Terre des Hommes est l’un des plus célèbres
textes de l’auteur. Il évoque l’exploit d’un de ses camarades. Son
avion s’est écrasé dans la cordillère des Andes. Cinq jours et quatre
nuits, le pilote a marché dans la montagne pour sauver le “courrier” et
atteindre la plaine d’Argentine.
… Dans la chambre où je te veillais, tu t’endormais enfin d’un
sommeil essoufflé. Et je pensais: si on lui parlait de son courage,
Guillaumet hausserait les épaules. Mais on le trahirait aussi en célébrant
sa modestie. Il se situe bien au-delà de cette qualité médiocre. S’il hausse
les épaules, c’est par sagesse. Il sait qu’une fois pris dans l’événement,
81
les hommes ne s’en effraient. Seul l’inconnu épouvante les hommes.
Mais, pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu. Surtout si
on l’observe avec cette gravité lucide. Le courage de Guillaumet,
avant tout, est un effet de sa droiture.
Sa véritable qualité n’est point là. Sa grandeur, c’est de se sentir
responsable. Responsable de lui, du courrier et des camarades qui
espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie. Responsable
de ce qui se bâtit de neuf, là-bas, chez les vivants, à quoi il doit
participer. Responsable un peu du destin des hommes, dans la mesure
de son travail.
Il fait partie des êtres larges qui acceptent de couvrir de larges
horizons de leur feuillage. Etre homme, c’est précisément être respon-
sable. C’est connaître la honte en face d’une misère qui ne semblait
pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades
ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à
bâtir le monde.
(Terre des Hommes, Gallimard)

Caractérisez Guillaumet. Imaginez les circonstances de son


exploit.

ƒ Personnages

Caractérisez le renard.
Etes-vous renard peut-être? Comparez-vous au type du caractère
ci-dessous:
Nerveux, rusé, rapide et pétulant, on a un grand appétit de vivre
et l’on est à l’aise dans les situations difficiles. Mais il ne faut pas
venir marcher sur la plate-bande, car alors on montre les dents prêt à
mordre. En famille, on est chaleureux et enjoué. Dans le fond, on n’est
pas mauvais…

ƒ Style. Structure

1. Relevez les mots-clés. Quel est celui qui domine le texte?


2. Cherchez les fragments qui reposent sur l’hypothèse.
82
ƒ Grammaire

Nominalisation par verbe support (le support est l’élément qui


précède et soutient un substantif dérivé ou autonome, ayant auprès de
celui-ci la fonction d’un support de marques grammaticales verbales).
Ce sont dans leur grande majorité des structures sans lien mor-
phologique. Le mot sport n’a pas de correspondant verbal (il n’y a pas
de verbe sporter). Pour désigner cette espèce d’activité on a recours à
un verbe désémantisé (faire) à l’aide duquel on conjugue le nom sport:
Je fais / nous faisons / vous faites du sport.
Ce verbe est donc porteur de marques grammaticales (temps,
personne, nombre) et, par ce fait, il sert de support formel au nom, qui
en a besoin pour s’intégrer dans la phrase avec le statut d’activité. Les
verbes support les plus employés sont: avoir, être, faire, donner,
mettre, prendre etc.
Parmi les nominaux supportés, les dérivés sont cependant assez
nombreux: avoir une grande générosité (de l’adjectif généreux); avoir
le sens de la responsabilité (de responsable);
donner un conseil (du verbe conseiller); mettre en doute (de
douter) etc.
Les groupes nominaux à support sont largement employés. Bon
nombre d’entre eux sont imagés et somatiques (désignent des parties
du corps).
Les supports employés sont très variés:
a) Oeil: battre de l’œil; faire de l’œil à qqn; faire des oeillades;
faire des yeux doux:
Nous nous sommes entendus qu’elle bâterait de l’œil au moment
le plus pertinent pour présenter la surprise.
b) Langue: avoir la langue bien pendue; ne pas avoir la langue
dans la poche:
– Ecoute mon vieux, tu a la langue bien pendue pour ce métier-là.
c) Coeur: avoir le cœur sur la main; avoir le cœur sur les lèvres:
Nathalie qui avait toujours le cœur sur la main, a aidé sa voisine
avec plaisir.
d) Sang / tête: avoir le sang chaud, la tête chaude; avoir la tête
près de bonnet:
Comme ils avaient le sang chaud tous les deux, il a fallu les séparer.
83
Cherchez plusieurs supports pour les noms ci-dessous.
Le mot courage, par exemple, apparaît dans le texte supporté par
quelques verbes: donner, avoir, prendre, reprendre etc. Essayez:
bonté, amour, cadeau, sentiment, bon sens, gymnastique, cyclisme,
équitation, sensibilité, air triste, bonne mine, souvenir, besoin, impres-
sion, sensation, idée, zèle, intérêt, exemple, illusion, ailes, confidences.
Trouvez des supports pertinents pour les déverbaux que vous
allez former vous-mêmes sur les verbes:
dessiner, contacter, expliquer, démontrer, conseiller, apeurer,
questionner, proposer, découvrir, connaître, prouver, (s’)excuser,
pardonner, acheter, parler, maîtriser, rédiger.

ƒ Autodictée

“Et les roses étaient bien gênées… Puisque c’est ma rose”.


ou
“Mais le renard revient à son idée… le bruit du vent dans le blé”.

XXII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le petit prince, qui a-t-il rencontré? Que faisait l’aiguilleur,
selon ses dits? Le petit prince, qu’est-ce qu’il a vu passer? Les
hommes savaient-ils ce qu’ils cherchaient? Quel était la cause qui les
déterminait à se déplacer d’un endroit à l’autre? Qu’est-ce qu’ils
faisaient dans le train? Et les enfants? Qu’est-ce qu’il dit des enfants,
le petit prince? Et l’aiguilleur? Pourquoi?

ƒ Lexique

Insérez dans d’autres contextes les mots: aiguilleur, aiguillage,


trier, poursuivre, expédier, gronder, ignorer, enlever, en sens inverse.
84
ƒ Commentaire

1. “Je trie les voyageurs par paquets de mille…”.


A quoi sont-ils comparés, les hommes? Pourquoi?
2. –“Que cherchent-ils?
– L’homme de la locomotive l’ignore…”.
3. “– Ils n’étaient pas contents là où ils étaient?
– On n’est jamais content là où l’on est”.
Expliquez la sentence: ”L’art de tout avoir est de n’exiger rien”.
4. “– Ils poursuivent les premiers voyageurs?
– Ils ne poursuivent rien du tout. Ils dorment là-dedans, ou
bien ils bâillent.”
5. “– Les enfants seuls écrasent… ils ont de la chance, dit
l’aiguilleur”.
“Ils perdent du temps pour une poupée…”.
La perte du temps… Il arrive souvent qu’on met du temps à faire
quelque chose qui devient très important à nos yeux (certains diraient
qu’on perd du temps). Avez-vous une pareille passion pour quelque
chose? Un violon d’Ingres (un hobby)?
Composez un court texte dans lequel vous relaterez votre
expérience.

ƒ Personnages

Décrivez l’activité de l’aiguilleur. Se fait-il utile aux hommes?

ƒ Style. Structure

Relevez les mots-clés et les idées essentielles.


Trouvez les mots et les phrases de sens opposé.

ƒ Grammaire

Nmz à verbe support (suite)


Ce type de nmz dépasse les limites de la dérivation morpho-
logique (du mot), elle accède au niveau syntaxique (de la phrase). Les
supports sont choisis en fonction de la position du nominal dans la
85
phrase. De ce fait, les constructions à verbe support forment de vrais
paradigmes. Le nombre de structures dérivées est fonction du sens du
verbe-base et de sa structure: à un seul argument, à deux ou à trois
arguments:
douter
Il a des doutes (actant + verbe support + nominal, structure de la
nmz standard, ordre direct)
Il est pris par des doutes (nmz à sens passif)
Les doutes le rongent (inversion métaphorisée de la forme stan-
dard nommée nmz converse).
s’inquéter
Il a une (vague) inquiétude (nmz standard)
Il est pris par une (vague) inquiétude (nmz à sens passif)
Une (vague) inquétude le prit (nmz converse).
encourager qqn
Il donne du courage à son ami, qui a perdu son courage.
Son ami prend / reprend courage, donc il a du courage.
La nature du verbe (sa construction), les possibles relations entre
les actants, ainsi que les données aspectuelles (commencement, fin,
durée de l’action) sont les trois conditions qui déterminent à la fois où
séparément la configuration d’un tel paradigme.
Essayez de construire les paradigmes des structures verbales ci-
contre:
permettre qqch à qqn (demander, donner, recevoir, avoir); auto-
riser qqch (demander, donner, recevoir, avoir); ordonner qqch à qqn
(donner, recevoir, avoir); s’entretenir avec qqn (demander, recevoir,
avoir); discuter qqch avec qqn (entamer, commencer, mener, alimenter,
soutenir, prolonger, avoir).

ƒ Dictée (au choix du professeur)

86
Unité 5

XXIII-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le petit prince, qui a-t-il vu? Qu’est-ce qu’il vendait? Pourquoi?
Quelle publicité faisait-il à son produit? Pourquoi a-t-il recours à
l’argument de la science? Qu’est-ce qu’on faisait du temps épargné?
Le petit prince, trouvait-il raisonnable une telle économie du temps?
Qu’est-ce qu’il ferait s’il avait du temps à dépenser? Et vous? Aimez-
vous prendre des tablettes?

ƒ Lexique
Dites autrement: épargner du temps, éprouver le besoin de boire,
apaiser la soif, tout doucement.
La terre, l’eau, l’air et la lumière (la chaleur) sont les éléments
indispensables à la vie terrestre. Mais l’homme ne les chérit pas assez.
On apprend ce qu’ils valent uniquement dans leur absence. Le vrai
prix de l’eau est connu seulement dans le désert. Là on sait bien que
l’eau est la vie.
Mais chez nous l’apprécie-t-on à sa vraie valeur? Connaissez-
vous des cas de pollution des eaux? Dans de telles situations chacun
sait ce qu’on doit faire en général, et surtout ce que doivent faire les
autres. Et si l’on commençait par soi-même, pourrait-on renoncer, par
exemple, aux produits chimiques pour ne pas polluer au moins les
eaux ménagères? Vous n’êtes-vous jamais proposé de vous en passer?
Faites entrer ces expressions dans de petits contextes:
a) eau de mer; eau douce (eau de rivière); eau de pluie; eau
courante; eau stagnante; porter de l’eau à la rivière (faire une chose
87
inutile); eau de Cologne; faire venir l’eau à son moulin; il n’est pas
pire eau que l’eau qui dort; un âne ne boit que s’il a soif, mais c’est
parce qu’il ne boit que de l’eau (expliquez cette dernière assertion).
b) avoir soif; mourir de soif; étancher sa soif; soif de vivre; soif
de vengeance; l’appétit vient en mangeant, la soif s’en va en buvant;
qui est maître de sa soif est maître de sa santé.
Cherchez d’autres expressions avec les mots eau et soif.

ƒ Commentaire

1. ”– Pourquoi vends-tu ça? … par semaine”.


2. “– Et que fait-on de ces cinquante-trois minutes?… tout dou-
cement vers une fontaine”.
Et vous, qu’est-ce que vous feriez si vous aviez du temps à
dépenser?

ƒ Personnages
Qui est-ce qui représente le marchand, selon vous?
Complétez la caractéristique du petit prince.

ƒ Style. Structure
Trouvez les mots-clés et les idées essentielles.

ƒ Grammaire

Emploi des nominalisations


La Nmz est un procédé employé fréquemment dans les médias.
Prenez un quotidien et observez les titres. Vous allez remarquer qu’ils
sont dans leur grande majorité des groupes nominaux. Par exemple:
Augmentation du prix des produits alimentaires
– Qu’a voulu dire le journaliste?
– Le prix des produits alimentaires augmente.
Tirez des titres de la presse et analysez leur structure. Faites
attention à l’emploi du nom dérivé. Il n’est pas précédé d’article.
Trouvez des titres nominalisés pour chaque partie de l’œuvre de
Saint-Exupéry Le Petit Prince.
88
XXIV-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Le petit prince, combien de jours a-t-il mis à raconter ses
histoires? Qu’est-ce qui lui dit le pilote, en écoutant sa dernière
histoire? Quelle a été la réponse du petit prince? Quelles étaient les
craintes du pilote? Qu’est-ce qu’ils ont fait? Qu’est-ce qui fait la
beauté du désert, de l’étoile, de la maison? Que fit le petit prince? Qui
le portait dans ses bras? A quoi pensait le pilote? Avez-vous jamais
marché longtemps sous la lune?

ƒ Lexique

Dites autrement: se mettre en marche; ne pas mesurer le danger;


cacher un secret au fond de son cœur; faire la beauté de qqch; être
d’accord avec qqn; se remettre en route; au lever du jour.
Parler couleurs
“Je regardais … ces mèches de cheveux qui tremblaient au
vent…”.
De quelle couleur étaient-ils? Rappelez-vous:
“couleur du blé”, “blé doré”; “… il secouait au vent ses cheveux
tout doré” (VII-ème partie); “couleur de miel”.
Comment exprimer cette même couleur en parlant d’autres
choses? Si vous entrez dans un magasin français et vous dites: ”Je
voudrais un vêtement jaune”, on va vous demander sûrement: ”Quel
jaune?”.
On pourra rétorquer (au choix): “banane”, “citron”, “canari”,
“bouton d’or”, “jonquille”, “paille”, “soufre”, “champagne”, “ocre” etc.
Mais il est mieux de s’exprimer clairement dès le début. Par
exemple:
Je voudrais un pantalon de toile ocre.
Imaginez un dialogue avec un vendeur.
89
ƒ Commentaire

1. “C’est bien d’avoir eu un ami, même si l’on va mourir”.


2. “Il ne mesure pas le danger. Il n’a jamais ni faim, ni soif. Un
peu de soleil lui suffit”.
3. “L’eau peut aussi être bon pour le cœur…”
4. “Qu’il s’agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui
fait leur beauté est invisible”.
5. “Mais les yeux sont aveugles. Il faut chercher avec le cœur”.
6. “Il faut bien protéger les lampes: un coup de vent peut les
éteindre…”
7. “…Et je me disais: ce que je vois là n’est qu’une écorce. Le
plus important est invisible…”
Qu’est-ce qui est invisible et beaucoup plus important que le
corps qui va être “rendu à la terre dont il est issu”? Pourquoi l’âme
est-elle si importante? (voir Ilie, C., Valoarea sufletului, B., 1996).

ƒ Personnages
Complétez le portrait du petit prince.

ƒ Style. Structure

1. Cherchez les mots-clés et les articulateurs.


2. Relevez les idées opposées du pilote et son interlocuteur.
3. Trouvez les comparaisons et commentez-les. Que symbolise
le puits du village?
Décrivez minutieusement le puits qui vous est le plus cher.

ƒ Grammaire

Comment former des adjectifs?


La formation des structures adjectivales est possible à partir:
– d’une base nominale à laquelle on ajoute des suffixes, tels:
-aire, -able, -u, -al, -el, -esque, -eux, -in, -ique etc. (v. aussi le tableau
de la p. 106):
le revenu de la nation – le revenu national
90
une personne qui a de la charité – une personne charitable;
un sport qui peut être pratiqué – un sport pratiquable
– d’une base verbale à laquelle on ajoute des suffixes qui
servent à former des participes: -ant, -e, -i, -u, -is:
un geste qui menace – un geste menaçant;
le suffixe -eur:
un calme qui trompe – un calme trompeur;
les suffixes diminutifs -et, -ot: pauvre – pauvret, pâle – pâlot.
Tirez tous les adjectifs de cette partie et dites lesquels sont
dérivés des autres parties du discours.
Transformez les structures suivantes en structures adjectivales:
a) le réveil des muscles; l’hygiène du corps; l’énergie de
l’atome; le soleil du Midi; les trois repas de chaque jour; le
monde des lettres;
b) une coutume qui vient des ancêtres; un esprit qui invente; une
plante qui donne de l’arôme; des régions qui ont la même
limite; un signe qui distingue; un enfant qui a peur / crainte;
des épreuves qui éliminent.
Cherchez des documents publicitaires riches en adjectifs. Dites
s’il y a parenté entre eux et d’autres mots.

ƒ Dictée (au choix du professeur)

91
Unité 6

XXV-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Que disait le petit prince des hommes de la terre? Ont-ils trouvé
le puits? Comment était-il? Comment était l’eau pour le petit prince?
Pourquoi était-elle bonne pour le cœur? De quoi était-elle née?
Qu’est-ce qui faisait le rayonnement du cadeau de Noël du narrateur-
enfant? Quelle avait été la promesse du pilote? Pourquoi le pilote
avait-il la cœur serré après avoir trouvé le puits et soulagé la soif?
Avait-il des pressentiments? Qu’est-ce qu’il avait deviné?

ƒ Lexique

Dites autrement: tourner en rond; ce n’est pas la peine; faire un


effort; faire le rayonnement de qqch; tenir sa promesse; avoir le cœur
serré; avoir des projets; éprouver un chagrin bizarre; retourner vers le
point de la chute; avoir peur; se laisser apprivoiser.

ƒ Commentaire

“Les hommes, dit le petit prince, ils s’enfournent dans les


rapides… Ce n’est pas le peine”.
“J’ai soif de cette eau-là…du cadeau de Noël que je recevais”.
“Les hommes de chez toi… il faut chercher avec le cœur”.
“Et de nouveau, sans comprendre pourquoi…si l’on s’est laissé
apprivoiser”.
Commentez: ”L’amitié n’a pas besoin de poivre pour pleurer”.
92
ƒ Personnages

Caractérisez les hommes de la terre vus par les yeux du petit


prince et du pilote.
Faites également le portrait moral de ce dernier. Pourquoi
trouve-t-il l’ami cherché dans le désert et non pas parmi les hommes
(“les grandes personnes”)?

ƒ Style. Structure

Relevez les mots-clés et les articulateurs.


Cherchez les comparaisons du texte et analysez-les.
Trouvez les énumérations et dites quel est leur rôle.
Formulez les idées essentielles qui vous serviront de thèses dans
l’exposé de cette partie.

ƒ Grammaire

Formation des adverbes


Beaucoup d’adverbes de manière ont un rapport de forme avec
un adjectif:
Il agit d’une manière franche – il agit franchement.
Il fait de longues réflexions – il réfléchit longuement.
Il est possible d’obtenir des adverbes à partir d’un groupe de
mots:
Il agit avec franchise – il agit franchement.
Lorsque l’adverbe a la même forme que l’adjectif c’est sa place
qui indique son appartenance à la classe des adverbes (il accompagne
un verbe et non pas un substantif):
Frappez fort! (fortement).
Remplacez les groupes de mots par des adverbes précédés de
verbes: un sourire timide; une conclusion brève; une participation active;
une élection massive; une privation complète; une réponse hardie.
Transformez les structures prépositionnelles en adverbes que vous
emploierez dans des phrases:
93
avec franchise; avec amabilité; sans régularité; avec dédain;
avec cruauté; avec promptitude; avec discrétion; sans pitié; avec sub-
tilité; avec loyauté; avec brièveté.

ƒ Autodictée

(“– J’ai soif de cette eau-là… du cadeau de Noël que je recevais”).

XXVI-ème partie

ƒ Audition
Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Qu’est-ce qu’il a vu, le pilote, en rentrant? Pouvait-il voir
l’interlocuteur du petit prince? Quand l’a-t-il aperçu? Dans quel état
était le petit prince? Avait-il eu peur? Comment essayait-il de consoler
le pilote de sa future absence? Quel cadeau proposait-il à son ami?
Pourquoi lui déconseillait-il de l’assister pendant le rendez-vous avec
le serpent? Le pilote, l’a-t-il accompagné tout de même? Qu’est-ce
qu’il lui disait chemin faisant? Décrivez la scène finale. Avez-vous
peur de serpents?

ƒ Lexique

Dites autrement: poursuivre sa marche; faire halte; faire un


bond; prendre le pas de course; se sentir glacé; jouer à qqn un vilain
tour; avoir tort.

ƒ Commentaire

1. “– Je suis content que tu aies trouvé ce qui manquait à ta


macline. Tu vas pouvoir rentrer chez toi… Moi aussi, aujourd’hui, je
rentre chez moi… C’est bien plus loin… C’est bien plus difficile”…
Qu’en pensez-vous? Pourquoi? Est-il facile de passer par la mort
du corps?
94
2. – “Petit bonhomme, tu as eu peur…
– J’aurai bien plus peur ce soir…”
A-t-il renoncé à son projet à cause de la peur? De quoi cela
témoigne?
3. “…Et je compris que je ne supportais pas l’idée de ne plus
jamais entendre ce rire. C’était pour moi comme une fontaine dans le
désert.”
4. – “Les gens ont des étoiles qui ne sont pas les mêmes… Tu
auras, toi, des étoiles qui savent rire!”.
Et pour vous, qu’est-ce qu’elles sont, les étoiles?
4. “–Tu auras de la peine. J’aurais l’air d’être mort et ce ne
sera pas vrai… C’est trop loin. Je ne peux pas emporter ce corps-là.
C’est trop lourd. Mais ce sera comme une vieille écorce abandonnée…
Ce n’est pas triste les vieilles écorces…”.
Exposez la conception chrétienne sur la mort du corps et l’im-
mortalité de l’âme.
5. “Moi, je me taisais.
– Ce sera tellement amusant! …
Ca ne fit même pas de bruit, à cause du sable”.
Il a vaincu la peur et même la mort. Il est devenu fort.
Commentez: L’arbre devient solide sous le vent et l’esprit dans
les épreuves (latin).

ƒ Personnages

Complétez le portrait moral du petit prince.

ƒ Structure du texte

Relevez les expressions-clés et les articulateurs logiques.


Cherchez les comparaisons et dites leur type.
Formulez les idées essentielles.
Faites le résumé du texte.

95
ƒ Grammaire

Formation de verbes
L’élément de base peut être:
– un nom; les suffixes sont: -er (-iser), -ir, -ifier:
Former un groupe – grouper
Le mot formé peut recevoir un préfixe en plus du suffixe: mer
– amerrir
– un adjectif:
être bavard – bavarder
rendre fertile – fertiliser
devenir triste – s’attrister
– un verbe; le dérivé est alors un diminutif du verbe de base et
peut prendre une valeur péjorative; les suffixes sont variés: -ailler,
-asser, -eter, -oter, -onner etc. (v. le tableau sur la formation de verbes):
taper – tapoter
chanter – chantonner
1. Connaissez-vous les dérivés verbaux formés sur les noms
ci-dessous?
pilote, travail, fête, marchand, glace, ordre, pédale, pelote, balance,
caisse, information, jardin, ski, crawl, tir, escrime, nage, boxe, pivot,
balance, bandage, galop, cadence, arme, film, plafond, photographie,
école, plan, code, paix, démocratie, robot.
2. Quels verbes signifient:
rendre coupable, sonore, urbain, standard, féminin?

ƒ Dictée (au choix du professeur)

96
Unité 7

XXVII-ème partie

ƒ Audition

Au fil du texte
Après avoir écouté le texte, essayez de répondre à ces questions:
Combien d’années se sont écoulées depuis la séparation des
deux amis? Le pilote, s’est-il consolé? Que font les étoiles quand il les
regarde? Qu’est-ce qu’il a oublié de faire? Quelles sont ses craintes?
Pourquoi le paysage a-t-il pour lui deux visages: l’un gai et l’autre
triste? Qu’est-ce qu’il se dit parfois? Qu’est-ce qu’il recommande au
lecteur? Quelle est sa prière? Aimez-vous contempler les étoiles?
Connaissez-vous le nom d’une ou plusieurs constellations? Savez-
vous les retrouver dans le ciel? Etes-vous resté(e) longtemps à les
regarder par une belle nuit d’été à la campagne ou au bord de la mer?
Qu’avez-vous éprouvé?

ƒ Lexique

Cherchez des synonymes pour les mots: histoire, camarade,


mystère, (se) demander, deviner.
Trouvez des antonymes: consoler, oublier, ajouter, sortir, connaître,
interroger, important, gai.

ƒ Commentaire

1. “Mais je sais bien qu’il est revenu à sa planète, car, au lever


du jour, je n’ai pas retrouvé son corps. Ce n’était un corps tellement
lourd”.
Une autre conception chrétienne sur la mort comme passage
d’une vie à l’autre. Laquelle?
97
2. “Et j’aime la nuit écouter les étoiles…”
Pourquoi écouter et non regarder comme tout le monde?
Cherchez et commentez le passage où le pilote devient heureux.
Ensuite trouvez le passage où il devient triste.
Où naissent donc “la pluie et le beau temps” (la tristesse et la
gaieté) si le paysage reste le même?
Avez-vous jamais éprouvé des “tempêtes” intérieures par un
beau temps?

ƒ Personnages

L’amitié et les amis. Comment sont-ils? Donnez une définition à


l’amitié. Vous souvenez-vous les paroles évangéliques sur l’amour
fraternel?
Faites une rédaction sur l’amitié.

ƒ Structure du texte

C’est un épilogue. Six ans après. Une quasi-consolation. Trouvez


les mots-clé et formulez les idées essentielles.

ƒ Grammaire

Les préfixes
Ils sont nombreux et variés (voir le tableau des préfixes). Ils
peuvent:
a) exprimer ce qui s’est passé avant (avant-, ante-, pré-, pro-);
b) ce qui va se passer (après-, post-, rétro-);
ou peuvent correspondre à des prépositions et locutions prépo-
sitives diverses:
autour de: circum-, amphi-;
contre: contre-, contra-, anti-, para-;
à travers: dia-, trans-;
sur (au-dessus de): épi-, super-, sur-, sus-;
sous (au-dessous de): sous-, mal- etc. Par exemple:
Dans le tiers monde sévissent (bântuie) la sous-alimentation et la
malnutrition.
98
On remarque que la préfixation laisse inchangée la classe gram-
maticale du mot de base (malnutrition est un nom comme nutrition).
Faites la répartition des mots ci-dessous en ensembles selon
qu’ils évoquent ce qui est avant, ce qui est après, ce qui est sous (au-
dessous de), ce qui est sur (au-dessus de), ce qui est contre (op-
position):
antichambre, arrière-goût, antéposé, susnommé, surnommé,
rétroactif, contre-jour, surlendemain, survêtement, prémolaire, après-
ski, parapluie, postdate, hypotendu, avant-centre, antigel, contresens,
superstructure, subtropical, hypertension, sous-classe.
Familles de mots
Après avoir fait connaissance avec plusieurs procédés de
dérivation, il est plus aisé d’établir des liaisons de parenté entre les
mots et de s’imaginer „la famille” d’un vocable donné (vocable – unité
de vocabulaire).
Considérez l’ensemble suivant et dites de quelle base il est formé:
manuel, manipuler, manufacture, manuscrit, manche, maintenir.
Faites entrer les mots dans des phrases.
Pourriez-vous former des groupes semblables?
Essayez avec trois mots (à votre choix).

ƒ Dictée finale
(fragment proposé par le professeur)

Présentation de l’œuvre
Après avoir étudié le texte, il faut faire son commentaire. Ce
commentaire composé doit être organisé en trois parties:
a) l’introduction
– biographie et brève caractérisation de l’œuvre de l’auteur;
– définition des thèmes;
– reconstitution du sujet (v. le modèle ci-après);
b) le développement
– présentation du schéma du commentaire (plan, objectifs);
– détermination et présentation consécutive des axes de lecture:
deux, trois ou plusieurs (action et événements; les étapes, le
99
mouvement du texte; la caractéristique des personnages; le
style etc.);
c) la conclusion
centrée sur l’effet produit, elle doit contenir:
– des observations et impressions personnelles;
– des références inter- ou extratextuelles.
Pour faciliter la présentation de cette oeuvre, on pourra la diviser
en trois grandes parties: la vie du petit prince sur sa planète d’origine,
les six planètes visitées après avoir quitté la sienne et les rencontres
sur la terre (le serpent, la fleur, l’écho, les roses, le renard, le pilote).

Réconstitution du sujet (modèle)


Aviateur, Antoine de Saint-Exupéry commence par se rappeler
quelques souvenirs de l’enfance. Lui il a toujours cherché à aller au-
delà des apparences, à s’intéresser aux êtres plus qu’aux chiffres et il
a constaté en grandissant que les « grandes personnes » ne font pas de
même. Il lui a fallu, pour trouver quelqu’un qui pense comme lui,
tomber en panne dans le désert saharien « à mille milles de toutes les
régions habitées ».
Alors qu’il tente, seul, de réparer son moteur, il voit arriver vers
lui un petit garçon aux mèches blondes et à la longue écharpe jaune,
qui lui demande de lui dessiner un mouton. Incapable de dessiner,
l’aviateur finit par griffonner une caisse en indiquant que le mouton
est dedans. Le petit garçon, le « Petit Prince » qui sait aller au-delà des
apparences s’en satisfait complètement.
Par ses réflexions et les questions qu’il lui pose, l’auteur parvient
à reconstituer l’histoire du Petit Prince.
Celui-ci habite une toute autre planète, l’astéroïde B 612, dont il
ramone chaque jour les volcans et écarte soigneusement les pousses de
baobab. Sur cette planète apparaît un jour une rose, qui se croit
unique, se conduit envers lui de façon hautaine et méprisante. En fait,
faible et vulnérable, elle a besoin du Petit Prince et lui rend son
affection, mais elle compense son inquiétude par une attitude fière.
Pour cesser discussions et malentendus, le Petit Prince quitte sa
planète en profitant d’un vol d’oiseaux sauvages. Il va d’abord de
l’astéroïde en astéroïde, rencontrant des habitants aux mœurs étranges:
100
un roi qui, pour être sûr d’être obéi, ne donne que des ordres raison-
nables; un vaniteux dont la seule source de bonheur est l’admiration
des autres; un alcoolique prisonnier de sa logique infernale; un
businessman persuadé de posséder les étoiles parce qu’il a inscrit leur
nombre sur un bout de papier caché dans son coffre; un allumeur de
réverbères dont l’humble vie se consume à servir la collectivité et
enfin un géographe en mal d’explorateurs qui lui propose d’aller
visiter la Terre.
Arrivé sur Terre, Le Petit Prince commence par découvrir un
parterre de roses. Lui qui croyait sa fleur unique en éprouve beaucoup
de chagrin. Mais il fait alors la connaissance du renard, qui va lui
révéler le mystère de l’amitié et de l’amour.
Le renard, et effet, demande au Petit Prince de l’apprivoiser. De
cette façon, explique-t-il, des choses qui lui semblent banales acquérront
pour lui une importance toute particulière. « Si tu m’apprivoises, dit le
renard, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique
au monde. Je serai pour toi unique au monde ». Grâce à l’amitié du
Petit Prince, le renard ne verra plus de la même façon les champs de
blé, qui lui rappelleront désormais la couleur des cheveux de son ami.
Le Petit Prince comprend alors la nature du lien qui l’attache à
sa rose et s’aperçoit que, d’une certaine façon, elle est effectivement
unique au monde. Il décide de retourner sur sa planète, et c’est alors
qu’il rencontre l’aviateur.
Pour rentrer chez lui, le Petit Prince a recours aux services d’un
serpent, qui le pique à la jambe. Et il disparaît, laissant le narrateur un
peu malheureux mais content d’avoir désormais un ami dans les étoiles.
Note
Pendant le deuxième semestre chaque étudiant va travailler
individuellement sur une œuvre à son choix de la littérature classique
ou moderne (vol. 100-150 pages environ).
Dans le cahier de lecture on va enregistrer:
a) des données sur la vie et l’œuvre de l’auteur ainsi que sur le
livre choisi;
b) l’étude minutieuse de l’œuvre (par chapitres, parties) pour
pouvoir en faire une présentation qualitative.
101
Faire un commentaire composé d’une œuvre littéraire c’est
rendre compte de la lecture personnelle qu’on en a faite, de la façon
dont on a découvert, senti et compris sa qualité.
Pour cela il faut d’abord apprendre à lire (le stylo à la main) et
posséder un riche vocabulaire, ce qui demande un travail systématique.
On arrive à comprendre et à réfléchir sur le texte à la suite d’une
lecture pertinente et consciente de ses démarches et précise dans ses
observations.
Le travail sur chaque chapitre demande à:
– enregistrer tous les mots et les expressions inconnues (les verbes
avec leurs structures caractéristiques);
– repérer les articulations principales, les outils de liaison textuelle
(adverbes, pronoms etc.: qui? quoi? où? pourquoi? comment?);
– relever les mots-clés et déterminer leurs acceptions générales
et leur acception et valeur suggestive dans le contexte donné;
– relever les figures rhétoriques et montrer leur rôle;
– observer les temps, les modes, les rapports subtils; l’emploi
du style direct et indirect;
– commenter toute phrase (ou passage) portant sur les person-
nages et leur comportement;
– formuler d’une manière claire et argumentée les thèmes,
problèmes, messages du texte;
– résumer le chapitre (la partie).
Après avoir terminé le travail sur chaque chapitre, vous allez
faire un commentaire composé de l’œuvre étudiée.

102
TABLEAUX POUR LA FORMATION DES MOTS

Suffixes de noms

Classement Suffixe Exemple Sens

Action – ade bravade action de braver


– age élevage action d’élever
– aille semaille action de semer
– ison guérison action de guérir
– (a)tion adoration action d’adorer
– sion exclusion action d’exclure
– ance alliance action de s’allier
– ence adhérence action d’adhérer
– ment enlèvement action d’enlever
– erie causerie action de causer

– ure morsure action de mordre


Résultat – ation bifurcation route se divisant en deux
de l’action – ment avertissement fait d’avertir
– ature créature ce qu’on a crée

– ant fabricant qui fabrique


– eur coureur qui coure
– ateur calomniateur qui calomnie
– ier chapelier qui fait on vend des chapeaux
– aire statuaire qui fait des statues
Agent, – andier lavandière qui lave
profession – er cocher qui conduit le coche
– eron forgeron qui forge
– ien musicien qui joue de la musique
– iste cycliste sportif qui fait du cyclisme
– isme profession- art de professer un métier
nalisme

Arbre
– ier poirier arbre qui fait des poires
producteur

103
– aie éventail objet servant à s’éventer
– ard brassard insigne qu’on porte au bras
– eur, – se tondeuse instrument servant à tondre
Instrument
– ateur sécateur instrument servant à couper
accessoire
– oir arrosoir instrument servant à
arroser
– on bouchon accessoire pour boucher
Objet
–ande Offrande objet que l’on offre
de l’action
Lieu où se – erie biscuiterie fabrique de biscuits
fait l’action, – oir parloir lieu où l’on parle
industrie – oire patinoire lieu où l’on patine

– age servage état du serf


Etat
–é parenté état de parenté

– at consulat fonction de consul


– té bonté qualité de celui que est bon
– ité lucidité qualité de celui qui est
lucide
– ie courtoisie qualité de celui qui est
courtois
Fonction, – esse souplesse qualité de celui qui est
qualité, souple
propriété – ise franchise qualité de celui qui est
francs
– ice justice qualité de celui qui est
juste
– eur blancheur nuance du blanc
défaut de celui qui ne
– isme égoïsme pense qu’a lui

– isme Christianisme croyance en Christ


Croyance – ien chrétien adepte du christianisme
– iste bouddhiste adepte du bouddhisme

104
– ade colonnade ensemble de colonnes
– age feuillage ensemble de feuilles
Collectifs – aie chênaie plantation de chênes
(réunion, – aille pierraille amas de pierres
mélange, – aine douzaine groupe de douze
plantation) – ure chevelure ensemble de cheveux
– ature ossature ensemble des os
– aille marmaille ensemble de marmots

– ard chauffard mauvais chaffeur


– asse vinasse mauvais vin
Péjoratifs
– assier écrivassier mauvais écrivain
– âtre marâtre mauvaise mère

– aut levraut petit lièvre


– eau chevreau petit de la chèvre
– elle ruelle petite rue
– ceau lionceau petit lion
– et archet petit arc
– ette fourchette petite fourche
– elette côtelette petite côte
– in oursin petit animal marin hérissé
comme un ours
Diminutifs
– ine bottine petite botte
– ot îlot petite île
– otte menotte petite main
– on ourson petit ours
– ille brindille petit brin
– eron moucheron petite mouche
– ole bestiole petite bête
– erole banderole petite bande
– ule globule petit globe

– ie Normandie pays des Normands


– ain Romain originaire de Rome
– an Persan originaire de la Perse
Pays,
– ais Français originaire de la France
origine
– ois Chinois originaire de la Chine
– ier Parisien originaire de Paris
– ard montagnard habitant de la montagne
105
Récipients, – ier bénitier récipient à eau bénite
contenu, – ée poignée contenu d’un poing
mesure matinée durée d’un matin

personne âgée de 60 ans


Age, sexagénaire
– aire anniversaire au bout de 50
anniversaire cinquantenaire
ans
– acé rosacées plantes de la famille des
roses
Suffixes des
– ine glycérine produit sucré
langues
– ite otite maladie de l’oreille
techniques
– ose névrose maladie des nerfs

Suffixes d’adjectifs

Classement Suffixe Exemple Sens

Qualité, – ain hautain qui regarde de haut


caractère, – aire alimentaire qui concerne les aliments
relation –é imagé qui comporte où évoque
des images
– el naturel qui est selon la nature
– al original qui montre son origine
– er mensonger qui contient un mensonge
– ier princier qui convient à un prince
– esque simiesque qui évoque les singe
– eur menteur qui ment
– eux courageuse qui a du courage
– if tardif qui vient tard
– atif affirmatif qui affirme
– itif auditif qui concerne l’ouïe
– in enfantin qui concerne les enfants
– ique cubique qui a la forme d’un cube
– atoire blasphématoire qui contient un blasphème
–u chevelu qui a des cheveux

106
Superlatif – issime richissime très riche
Possibilité, – able potable qui peut être bu
capacité – ible lisible qui peut être lu
– uble soluble qui peut se dissoudre

Profession – eur, – ateur, – ier, – ien (cf. les suffixes de noms)


Croyance – ien, – iste (cf. les suffixes de noms)
Origine – ain, – an, – ais, – ois, – ien, –in, on, – ard
(cf. les suffixes de noms)

Péjoratifs – ard richard riche (avec idée hostile)


– asse fadasse fade (avec idée de dégoût)
– aud lourdaud lourd (avec idée de raillerie)
– âtre rougeâtre rouge (pas franchement)

Diminutifs – et Pauvret (petit) malheureux


(nuance – elet Aigrelet un peu aigre
souvent – ouillet Grasouillet un peu gras
affectueuse) – ot Pâlot un peu pâle

Suffixes de verbes

Beaucoup de verbes se forment simplement en ajoutant au radical les


terminaisons de la I-ère ou de la II-ème conjugaison.
Les verbes en – er sont de beaucoup les plus nombreux:
balance a donné balancer
anémie a donné anémier
main a donné manipuler
crochet a donné crocheter
téléphone a donné téléphoner etc.
Ce groupe est très vivant et continue à proliférer.
Les verbes en – ir sont surtout dérivés d’adjectifs:
blanc a donné blanchir
dur a donné durcir.
Mais ce groupe est peu productif.

107
Les suffixes des verbes ne sont pas nombreux:

Classement Suffixe Exemple Sens

Etat – oyer verdoyer être vert

Factitifs – iser égaliser rendre égal


– ifier sanctifier rendre saint

Fréquentatifs – ailler criailler crier souvent d’une façon


ou désagréable
diminutifs – asser rêvasser rêver souvent (avec idée de
ou réprobation)
péjoratifs – eler craqueler faire de nombreuses petites
fentes
– eter tacheter faire de nombreuses petites
taches
– iller sautiller sauter plusieurs fois
– iner trottiner faire de nombreux petits pas
– ouiller bredouiller proférer des sons
inintelligibles
– nicher pleurnicher et ridicules
pleurer un peu (avec idée de
– onner chantonner répétition et de réprobation)
chanter tout bas (avec
– oter tapoter répétition)
– oyer coudoyer donner plusieurs petites tapes
donner de fréquents coups de
coude

108
Suffixes d’adverbes

Le français ne connaît que deux suffixes d’adverbes:


– le suffixe - ons (on), qui est mort: à reculons, à tâtons, à
califourchon;
– le suffixe - ment, qui est vivant; en règle générale il s’ajoute
à la forme du féminin des adjectifs: (grand) grande – grandement
(vif) vive – vivement.
Particularités:
a) Les adjectifs terminés par une voyelle perdent devant le suffixe
l’e du féminin: hardiment, joliment, poliment, vraiment
Certains adverbes en – ûment rappellent cet e par l’accent cir-
conflexe; ce sont: assidûment, congrûment (incongrûment), continûment,
crûment, dûment (indûment), doulûment;
au contraire, on écrit: absolument, éperdument etc.
Seul gaiement s’est conservé.
b) Sur le modèle de certains adverbes comme aisément, séparé-
ment, formés correctement sur les féminins aisée, séparée, ont été
crée quelques adverbes en – ément où l’accent aigu n’est pas justifié:
ainsi aveuglément formé sur aveugle, et qui se distingue du nom
aveuglement.
Ces adverbes sont peu nombreux; en voici la liste à peu près
complète:
aveuglément confusément impunément précisément
commodément énormément intensément profondément
communément expressément obscurément profusément
conformément immensément opportunément uniformément

c) Les adjectifs en – ant et – ent, dont le féminin était jadis sem-


blable au masculin, forment des adverbes en – amment et – emment:
abondamment, arrogamment, brillamment etc.
apparemment, concurremment, éminemment etc.

109
Par exception à cette dernière règle, les adjectifs lent, présent,
véhément ont donné les adverbes lentement, présentement, véhé-
mentement, selon la règle générale.
d) Quelques adverbes ont eu, pour diverses raisons, une formation
irrégulière: gentiment, nuitamment, sciemment, traîtreusement.

Les préfixes les plus usités

Préfixe Exemple Sens

a- accourir courir vers


anti- antiseptique contre l’infection
archi- archiduc duc au plus haut degré
bi- bicyclette qui a deux roues
co- coassocié associé avec
con- contenir tenir dans
com- comporter porter à la fois
contre- contredire parler contre une opinion
dé- déloger changer de logement
dés- déshonorer priver d’honneur
dis- disposer poser en des points écartés
en- encadrer mettre dans un cadre
inter- interposer poser entre deux objets
é- écrémer ôter la crème
ex- exporter porter hors (d’un pays)
ex-ministre ministre sorti de sa charge
extra- extraordinaire qui est en dehors de l’ordinaire
hyper- hypertension tension au-dessus de la normale
hypo- hypotension tension au-dessous de la normale

110
in- inégal qui n’est pas égal
mal- maladroit qui n’est pas adroit
mé- mécontent qui n’est pas content
més- mésaventure mauvaise aventure
mi- mi-chemin moitié du chemin
non- non-payment le fait de ne pas payer
par- parsemer semer à travers (de-ci, de-là)
per- perfection état de ce qui est entièrement fait
para- parachute préserver „contre” la chute
post- postposé posé après
pré- préavis avis donné avant
pro- prolonger alonger en avant
por- portrait figure tracée devant quelqu’un
pour- pourparlers paroles en vue d’un accord
re- revenir venir en arrière
ré- réagir agir en sens inverse
r- rouvrir ouvrir de nouveau
retro- rétrograde qui marche en arrière
semi- semi-voyelle son à moitié voyelle
sous- sous-estimer apprécier sous sa valeur
sur- surnommer nommer en plus, par-dessus
super- superposer poser par-dessus
sus- susdit dit ci-dessus
sym- sympathie sentiment qui rapproche
trans- transmettre faire passer au-delà
tri- tricycle véhicule à trois cycles (roues)

111
uni- uniforme à une seule forme
vi- vicomte à la place du comte
vice- vice-consul qui remplace le consul

A retenir: le tableau est commun pour tous les mots signifi-


catifs (noms, adjectifs, verbes, adverbes).
L’emploi du préfixe ne les fait pas passer d’une catégorie à
l’autre (sous-alimentation est un nom comme alimentation), alors
que la suffixation la modifie.
Les suffixes portent en eux un caractère de partie du discours.
En ajoutant aux radicaux les suffixes – tion, – age, – ure on
obtient des noms (compétition, chauffage, blessure); les suffixes – al,
– if, – ible créent des adjectifs (original, tardif, lisible); – er, – ir
caractérisent les verbes (téléphoner, brunir); le suffixe – ment spécifie
les adverbes.

112
DEUXIÈME SECTION
Sujets à traiter

Module I
(unités 1-7)

Mon pays / ma contrée


“De tous les pays répandus sur la terre, en est-il un de plus beau
que toi? Quel autre pays se pare en été de fleurs plus jolies, de
moissons plus riches? Vertes sont tes collines, belles sont tes forêts,
pur et clair est ton ciel; tes monts s’élèvent vers les cieux…
La patrie est le premier et le dernier mot que l’homme prononce;
elle est la source de toutes ses joies. L’amour pour la patrie naît en
même temps que nous et cet amour est infini, éternel… La patrie est le
souvenir de notre enfance, la maison paternelle avec son grand arbre
au seuil de la porte, c’est l’amour maternel et nos rêves innocents…
c’est la fumée du foyer, … c’est l’air qui nulle part n’est plus doux!
Les vieillards disaient aux jeunes: ”Là-bas dans la vallée, au
loin, où le soleil est si beau, là où les ruisseaux sont frais, là où le ciel
est doux, où la terre est fertile, c’est là, mes enfants, le pays!”.
(A. Rousseau, Chant de la Roumanie)

ƒ Repères lexicaux
amour (m), pays (m), patrie (f), terroir (m), contrée (f), paysan (m),
paysage (m), montagne (f), grotte (f), monastère (m), plaine (f),
vallée (f), mer (f), fleuve (f), ruisseau (m), cascade (f), chute
d’eau (f), forêt (f), bois (m), bocage (m), hêtre (m), chêne (m),
frêne (m), pin (m), bouleau (m), champs (m, pl), pâturage (m),
troupeau (m), berger (m), mouton (f), chalumeau (m) / flûte (f)
champêtre, flûte de berger; chant (m) / chanson (f), travaux
cham-pêtres: semailles (f, pl), moisson (f), moissonneur (m),

113
moisson-neuse (f), vigne (f), vignoble (m), vendange (f), vigneron
(m) etc.

114
La montagne offre des paysages variés.
La moissonneuse-batteuse est une machine agricole qui moissonne
et bat les céréales automatiquement.
La Normandie est un pays célèbre par ses bocages.

ƒ Expressions

– être du pays: je ne suis pas du pays (de la région);


– être patriote: Pierre est très patriote (il aime beaucoup sa
patrie; il est prêt à faire des sacrifices pour elle);
– par patriotisme: ils ont défendu leur pays par patriotisme (par
amour pour leur patrie).

ƒ Proverbes et sentences

Il n’est point de terre plus douce que la patrie (grec).


Nous ne sommes pas nés pour nous, mais pour notre patrie
(Platon).
A tous les cœurs bien nés, que la patrie est chère! (Voltaire).

ƒ Exercices

1. Faites le commentaire d’un proverbe.


2. Parlez de votre petite contrée.

Mon village / ma ville natale


On dit que la vie à la campagne est plus agréable que dans la
ville. C’est vrai, mais elle est aussi plus dure et parfois plus com-
pliquée s’il n’y a pas d’école, de médecin ou de magasin. On constate
toutefois que les citadins construisent de plus en plus des maisons à la
campagne pour y passer les week-ends et les vacances. On voit bien
cette tendance à fuir l’agitation et l’uniformité ennuyeuse du paysage
citadin chez les habitants de Bucarest. Sur le bord d’un grand lac, ils
ont construit un village-musée, unique en son genre. On a réuni avec
un grand art et beaucoup de sagesse (sur une surface de 9 ha environ)
plus de trois cents constructions authentiques: maisons villageoises,
étables, poulaillers, pigeonniers, puits, porches, escaliers, moulins à
115
vent, églises en bois etc. Elles ont été démontées et transportées jus-
qu’ici de tous les coins du pays. C’est une histoire vivante de ce qu’a
pu être l’habitat roumain à la montagne, sur la plaine, au bord de la
mer, au delta du Danube.
A l’intérieur de chaque maison on peut trouver des ustensiles de
la vie rustique, des décorations qui varient d’une région à l’autre, des
artisanats.
On peut voir ici des églises qui datent du XIII-ème siècle et qui
gardent les caractéristiques du temps, à des tours à trois étages. A
l’intérieur on admire les arcs, les croix, la perfection des détails orna-
mentaux, les colonnes sculptées. Les objets exposés montrent le génie
de notre peuple et son éternelle aspiration vers le beau, l’harmonie et
la perfection.
La capitale a aussi d’autres musées, non moins intéressants: le
musée historique, le musée militaire, le musée qui porte le nom de
Gr. Antipa, un autre (de littérature) qui porte le nom de M. Eminescu
et même un musée sportif.

ƒ Repères lexicaux

transport: avion (m), train (m), métro (m), autobus (m), automo-
bile (f), trolley (m), tramwai (m), motocyclette (f), bicyclette (f),
charette (f), sémaphore (m), gare (f), aéroport (m) etc.
marché (m), supermarché (m), magasin (m), boutique (f), foire
(f) etc.
unité industrielle (f), usine (f), fabrique (f), combinat (m) etc.
école supérieure (f), université (f), institut de recherche (m),
clinique (f), hôpital (m) etc.
lieux d’agrément et de récréation: jardin botanique (m), vieux
parcs (m., pl), beaux lacs (m., pl), terrasses (f., pl), restaurants
(m., pl), hôtels (m., pl) etc.
lieux de prière: grands et vieux monastères (m., pl), églises (f.,
pl) anciennes et modernes, chapelles (f., pl) estudiantines etc.

Le gigantisme des cités apporte son cortège de troubles, d’insa-


tisfactions, de contraintes à subir. Un des fruits amers du gigantisme
c’est la solitude, le rejet. On est beaucoup plus seul dans une grande
116
cité que dans un de nos plus petits villages. On se croise dans les rues,
par milliers parfois, sans se rencontrer une seule fois.
On peut, si l’on vit sans famille, ce qui est le cas de beaucoup,
être malade, mourir chez soi, sans que personne le sache. D’où un
terrible anonymat dans la vie, dans la souffrance, dans la mort.

ƒ Expressions imagées
– sortir en ville: elle est sortie en ville;
– habit de ville (vêtements citadins);
– la ville éternelle (Rome); la ville sainte (Jerusalem);
– la cour du roi Pétaud, pétaudière (sat fără câini, satul lui
Cremene);
– les racontars/les potins du village (gura/poşta satului).

ƒ Proverbes et sentences

Que ceux qui veulent un appui le cherche en Dieu (latin).


Pour voir la lumière de Dieu, éteignez votre petite chandelle
(anglais).
Qui se connaît, connaît Dieu (latin).
L’homme propose et Dieu dispose (Thomas a Kempis).
Celui qui laisse Dieu hors de ses comptes, ne sait pas compter
(italien).

ƒ Exercices

1. Faites le commentaire d’un proverbe (à votre choix).


2. Présentez votre ville / village natal.

Ma maison / mon appartement


J’habite une grande maison rue Mihai Eminescu. Notre trois
pièces est situé au deuxième. Il a une très grande cuisine où on prépare
et où on prend les repas. J’aime les prendre souvent avec des amis.
Aujourd’hui c’est Pierre qui est mon invité. Il me parle de son oncle
qui s’est bâti une très belle maison à la campagne. C’est là que Pierre
va passer ses grandes vacances.
117
ƒ Repères lexicaux
village (m), maison rustique (f), ferme (f), dépendances (f, pl);
construire / édifier / bâtir qqch; maçon (m), briques (f, pl);
mettre / jeter les fondements (m, pl); mettre le toit (m); faîte (m),
poutre (f), chevron (m), grenier (m), tuile (f);
ville (f), quartier (m); loger / demeurer / habiter qqch (un bâtiment /
une maison / une villa / une tour etc.); logis (m), domicile (m),
demeure (f), habitation (m), foyer (m), chez soi (m); étage (m),
rez-de-chaussée (m), mansarde (f);
salon (m) / salle à manger (f), dortoir (m), chambre pour les
enfants (f), coin-joujoux (m), lit (m), chaise (f), couverture (f),
rideau (m), moquette (f), cuisine (f), vaisselle (f), essuie-mains
(m), salle de bain (f), miroir (m), peigne (m), brosse à dent (f),
peignoir (m) etc.
Récemment, la famille d’un de mes collègues a pris logement
dans notre quartier.
Notre appartement a un ameublement moderne.
Les maçons sont des ouvriers dont le métier est d’édifier des
murs, des maisons, des immeubles.
Dans cette vieille ferme, le toit et les plafonds sont soutenus par
des poutres (des morceaux de bois longs et épais).
Le faîte de cette maison est travaillé avec art.
Dialogue entre les deux garçons:
Pierre:
– Il est chic votre salon, mais il est froid; pas de canapé, pas de
coussins. Et où est votre télé ?
Jean:
– La télé? Nous n’aimons pas la télé! Alors, nous n’en avons pas
dans notre appartement.
Pierre:
– Et les jours de match, comment faites-vous?.
Jean:
– Les matchs, nous ne les aimons pas non plus… Chez nous, on
ne comprend pas le sport moderne, c’est plutôt une affaire commerciale,
industrielle et publicitaire. Ca fait pitié à voir des robots bourrés de
médicaments stimulants… Tu ne trouves pas, toi ?
118
ƒ Expressions imagées
– à la maison (chez soi): venez jouer à la maison;
– tenir la maison (être à la tête du gouvernement d’une famille);
– être de la maison (être un ami très intime);
– une tarte maison / un pâté maison (qui ont été faits à la
maison): Pour le dessert, le maître d’hôtel nous a conseillé de
prendre des glaces maison.
– avoir le vivre et le couvert (a avea casă şi masă).

ƒ Sentences et maximes

1. A chaque oiseau son nid est beau (chez soi chacun se sent
bien).
2. L’âtre de notre maison est plus chaud que celui du voisin.
3. La maison est une belle maison quand elle est habitée par de
braves gens.

ƒ Exercices

1. Commentez un dicton (à votre choix).


2. En vous servant du lexique proposé et de la lettre ci-dessous,
parlez de votre foyer.

Lettre (description d’une maison)


Madame,
Voici les renseignements que vous m’avez demandé à propos de
la maison que nous louons à Arcachon pour les vacances d’été.
Il y a cinq pièces: trois au rez-de-chaussée et deux chambres à
l’étage. En plus, bien entendu, vous avez une cuisine équipée (frigo,
cuisinière, lave-linge et lave-vaisselle) ainsi qu’une salle de bain
équipée d’une douche et d’une baignoire.
Parmi les trois pièces du rez-de-chaussée, à gauche vous avez
une salle à manger, à droite un salon et derrière le salon une pièce qui
peut également servir de chambre ou de bureau.
La cuisine se trouve à droite, en entrant.
119
L’accès à la salle de bain se fait par la cuisine. Derrière la
maison vous avez un petit jardin très ensoleillé. Les deux chambres à
l’étage donnent sur la mer et la cuisine et le salon sont du côté jardin.
Il y a un garage au fond du jardin. Le quartier est très calme, même en été.
La maison est libre à partir du 1-ier juillet.
Le loyer est de 1000 euros par mois et de 1800 si vous louez
pour les deux mois.
Faites la présentation de votre maison ou celle d’un ami.

Matière
… Puis, le silence. Un instant de silence où Simon retrouva le
décor réel. Un comptoir de bois noirci, une balance de cuivre, des
étagères où s’empilaient des paquets de gris, des boites de papier
gommé. Les clochettes rouges d’un fuchsia luisaient près de la porte
dont le vent gonflait le rideau de toile. D’où venait ce silence?
Pierre Gamarra

ƒ Repères lexicaux

métal (m), plomb (m), fer (m), acier (m), nickel (m), or (m),
argent (m), pierre (f),
argile (f), papier (m), bois (m), cuir (m), plastique (m) etc.

Paul explique à ses invités:


– Ces meubles anciens en bois doré sont un héritage de mes
grands-parents. Ils s’étaient logés avec goût. Et cette grosse montre de
nickel à bracelet de cuir a appartenue à mon grand-père, mais il y a
longtemps qu’elle ne marche pas. Cette maison de briques rouges aux
fondements de pierre et au toit de tuile, que vous voyez sur cette
photo, est une ancienne propriété où mes grands-parents passaient
leurs vacances.
La dame de nage est l’endroit où repose l’aviron. Renforcé par
un manchon en plastique il protège le bois et facilite la rotation.
120
ƒ Expressions imagées

– faire d’une pierre deux coups (avoir plus d’une réalisation);


– dormir d’un sommeil de plomb;
– avoir un ami en or (merveilleux); avoir un caractère en or; un
cœur d’or; faire une affaire en or (merveilleuse); rouler sur
l’or (être riche);
– avoir une santé de fer; avoir une main de fer (autoritaire);
– avoir des nerfs d’acier.

ƒ Sentences et maximes

1. Tout n’est pas or qui brille.


2. L’argent a moins de valeur que l’or, et l’or que la vertu.
3. La fortune est de verre; au moment où elle brille le plus, elle
se brise.

ƒ Exercices

1. Faites la description des meubles et des objets de votre logis


en désignant la matière dont ils sont composés.
2. Trouvez des équivalents roumains pour les expressions ci-dessus.
Choisissez trois expressions pour les insérer dans de petits contextes.

Couleurs
… L’automne dans sa chanson de guêpes et de tonneaux pro-
longeait lentement l’été. Les feuillées des collines passaient du vert au
bronze et du bronze au cuivre roux. Les vignes dépouillées s’enflam-
mèrent. Dans les jardins, les carrés de fraisiers tournèrent au rouge sang.
Pierre Gamarra

ƒ Repères lexicaux

adjectifs: blanc(-che), bleu(-e), vert(-e), noir(-e), violet(-te),


jaune, rose, rouge;
121
adjectifs réunis (tous deux invariables): des yeux bleu foncé; des
cheveux châtain clair;
noms (invariables) employés à la place des adjectifs: des rubans
paille (couleur de paille); des écharpes aurore; des fichus marron;
des manteaux olive; des châles ponceau; des habits noisette.

L’arc-en-ciel a sept couleurs: le rouge, l’orange, le jaune, le vert,


le bleu, l’indigo et le violet.
Tous les matins les soldats saluent les couleurs (le drapeau de
leur pays).
Au bord de la mer on reprend couleur (bonne mine).
Dès le début de la discussion il a annoncé la couleur (son opinion
et ses intentions).
Ses opinions ont changé de couleur.

ƒ Expressions imagées

– avoir un rire jaune (silit);


– avoir une colère jaune (furie oarbă);
– regarder d’un œil noir (furieux);
– avoir des idées noires (être déprimé);
– passer une nuit blanche; se battre à l’arme blanche; parler
d’une voix blanche; donner à qqn carte blanche (la possibilité
de décider librement); être blanc comme neige / comme un linge;
– voir la vie en rose;
– avoir vu de toutes les couleurs (expériences difficiles, dou-
loureuses);
– faire un numéro vert (un appel gratuit).

ƒ Exercices

1. Cherchez dans le fragment ci-dessus les mots qui indiquent la


couleur. Traduisez-le. Faites la description de votre contrée
natale automnale.
2. Quelles sont les couleurs des tricolores français et roumain ?
Et les couleurs de l’arc-en-ciel ? Trouvez des contextes con-
venables pour trois expressions imagées (à votre choix).
122
Chiffres / calculs
… La quatrième planète était celle d’un businessman. Cette
homme était si occupé qu’il ne leva même pas la tête à l’arrivée du
petit prince.
– Bonjour, lui dit celui-ci. Votre cigarette est éteinte.
– Trois et deux font cinq. Cinq et sept douze. Douze et trois
quinze. Bonjour. Quinze et sept vingt-deux. Pas le temps de la rallumer.
Vingt-six et cinq trente et un…
A. de Saint-Exupéry

ƒ Repères lexicaux
nombre (m), chiffre (m), nombre à trois chiffres, chiffres pairs /
impairs;
fractions: la moitié ½; le tiers 1/3; le quart ¼; le cinquième 1/5;
le dixième 1/10 etc.;
calculer, calculette, additionner, soustraire, multiplier, diviser,
faire le total.
– Ils sont combien ? (combien de personnes).
– Ils sont dix.
Les pris ont doublé (triplé etc.)
L’inflation a augmenté de 20% (vingt pour cent).
Cet élève compte facilement de tête (sans calculette). Il est bon
en calcul mental. Il fait rarement d’erreurs.
Les quatre opérations:
Combien font …?
additionner (adition) 3+3=6 (3 plus 3 égale 6);
soustraire (soustraction) 7 – 4 = 3 (7 moins 4 égale 3);
multiplier (multiplication) 2 x 2 = 4 (2 multiplié par 2 égale 4);
diviser (division) 9:3=3 (9 divisé par 3 égale 3).

ƒ Expressions imagées
– faire les cent pas (marcher de long en large);
– manger comme quatre (beaucoup);
123
– se mettre / se couper en quatre pour qqn (faire tout);
– faire ses quatre volontés (tous ses caprices);
– raconter qqch en deux mots (brièvement);
– couper les cheveux en quatre (chercher des complications):
Luc complique les choses, il coupe toujours les cheveux en quatre.

ƒ Sentences et maximes

1. On compte plus facilement ses moutons que ses amis.


2. Avoir beaucoup d’amis, c’est n’avoir point d’ami.
3. On a trois amis sûrs: son père, sa mère et son épouse fidèle.

ƒ Exercices

1. Faites le calcul des frais d’un repas au restaurant.


2. Trouvez les équivalents roumains des expressions ci-dessus.

Poids et mesures
…Après cinquante mètres de terrain nu se dressait le mur de
l’école. Alors il se courba en avant et se mit a marcher.
A dix mètres du mur, il s’allongea et laissa passer quelques
minutes…
Personne dans le jardin. Une demi-douzaine de lourdes motos
s’appuyaient au mur. Un amas confus de valises et de caisses se dres-
sait parmi les fraisiers. A ce moment il entendit le pas lourd de la
sentinelle.
Pierre Gamarra

ƒ Repères

système de poids et mesures; kilogramme (m), quintal (m),


tonne (f);
peser (avoir un certain poids; déterminer le poids de qqch);
pesage (m),
pesée (f); balance (f), peson (m), pèse-bébé (m), bascule (f);
léger, lourd;
mesurer, métrer, arpenter qqch (a măsura în lung şi în lat);
124
mètre à ruban (ruletă); compas (m);
quantités indéterminées: tas (m), pile (f), groupe(m), équipe (f),
foule (f) etc.
Il a arpenté la chambre. Elle fait 3 mètres sur 4.
Cette planche de bois fait / a 1cm d’épaisseur.
Cette étagère mesure / fait 1 m de long (elle a 1 m de longueur);
50 cm de large (elle a 50 cm de largeur);
1,5 m de haut (elle a 1,5 m de hauteur).
– Quelle est la profondeur de la piscine ?
– Elle fait 2m de profondeur.
– Quelle est la surface de cette salle sportive ?
– Cette salle sportive a une superficie de 180 m2.
– Combien pèse ce disque ? Quel est son poids ?
– Il pèse / fait 10 kilos.
Le terrain fait un hectare = 10.000 m2 (mètres carrés).
Ce conteneur fait 50 m3 (mètres cubes).
– A quelle distance sommes nous de Bucarest ?
– Nous sommes à 50 km de Bucarest.
Quelques quantités: un tas de sable; un tas de choses à faire; une
pile (vraf) de livres;
un groupe de touristes; une équipe de sportifs; une foule de sup-
porters (de très nombreux supporters); une foule de détails (une
énorme quantité; une multitude); la plus grande partie (la plupart,
la majorité):
La plupart de touristes visitent la cathédrale Notre-Dame.

ƒ Expressions imagées
– peser ses mots / mesurer ses paroles;
– peser le pour et le contre (évaluer une situation);
– peser du regard (examiner, apprécier);
– un avis qui pèse lourd (qui compte);
– toiser qqn: le mesurer de la tête aux pieds (a măsura pe cineva
din cap până în picioare);
– se mesurer avec un adversaire (lutter contre qqn).
125
ƒ Sentences et maximes

1. Trois choses donnent la mesure de l’homme: la richesse, le


pouvoir, l’adversité.
2. Un cheveu de qui l’on aime tire mieux que quatre bœufs.
3. Les jeunes vont en bandes, les adultes par couples, et les
vieux tout seuls.

ƒ Exercices

1. Quelles sont les dimensions de votre salle sportive ?


2. Faites la carte de visite de votre sportif préféré selon le
modèle ci-dessous:

126
MODULE II
(unités 1-7)

Vie sociale
…On faisait beaucoup de politique alors partout, et particuliè-
rement dans le monde observateur où je vivais. Il y avait dans l’air de
cette époque une foule d’idées à l’état nébuleux, de problèmes à l’état
d’espérances… La situation d’homme d’Etat était, à l’époque dont je
vous parle, le couronnement nécessaire, en quelque sorte l’avènement
au titre d’homme utile, pour tout homme de génie, de talent ou sim-
plement d’esprit.
Je m’épris de cette idée de devenir utile… Je fis d’abord une
sorte de stage dans l’antichambre même des affaires publiques, je
veux dire au milieu du petit parlement composé de jeunes volontés
ambitieuses, de très jeunes dévouements tout prêts à s’offrir, où se
reproduisait en diminutif une partie des débats qui agitaient alors
l’Europe.
Eugène Fromentin
… Le livre et la charrue, voilà ce qu’il fallait aux hommes.
En dehors de cela, c’était ce monde de folie confuse dont les
premières pages des journaux donnaient une idée.
Pierre Gamarra

ƒ Repères

politique: pays, nation, état, gouvernement, homme d’état,


parlementaire, député, sénateur; événement
publique, politique, socio-politique; syndicat,
meeting [mitiŋ], grève, étudiants, intellectuels,
ouvriers etc.;
sigles: UE, PE, Euro (monnaie), OTAN, ONU, OSCE,
UNESCO;
127
médias
télévision (TV): téléviseur (poste de télévision), téléviser, présen-
tateur /-trice, téléspectateurs; film historique,
policier, d’amour, d’aventures, un western-film
d’aventures présentant des cow-boys (pionniers
américains au temps des guerres contre les indiens);
radio: radiodiffusion, une radio (un poste de radio),
émission, émetteur / récepteur, ondes;
CNA – Conseil national de l’Audiovisuel;
presse: journalisme, journaliste, article, interview
[ε̃tεrvјu], interviewer; journal, revue, magazine;
quotidien, hebdomadaire, mensuel etc.
J’espère que ce match sera télévisé.
Cette émission sera transmise par (la) radio (elle sera radio-
diffusée).
Cet événement inouï a été annoncé par tous les médias (jour-
naux, radios, télévisions).
On considère qu’il est du devoir du CNA de défendre l’audio-
visuel des ingérences politiques.
Pour expliquer leur grève, les syndicats ont organisé un meeting
(une réunion publique).
Voir, savoir, savoir faire, faire savoir – définition du journaliste.

ƒ Expressions imagées

– s’exprimer peu parlementairement (a se exprima neconvenabil);


– tomber au pouvoir de qqn (a cădea în mâinile cuiva) ;
– année fertile en événements (bogat în…) ;
– il ne fera pas ça pour un royaume (pentru nimic în lume);
– Royaume des Cieux (rai);
– gens du pays (băştinaşi);
– mal du pays (dor de ţară).

ƒ Sentences et maximes

1. Dans le gouvernement comme dans le corps humain, les


maladies les plus graves viennent de la tête.
128
2. Il faut, quand on gouverne, voir les hommes tels qu’ils sont et
les choses telles qu’elles doivent être.
3. Le gouvernement est une réunion d’hommes qui fait violence
au reste des hommes.
4. La monarchie dégénère en tyrannie, l’aristocratie en oligarchie
et la démocratie en anarchie. Le pire des états, c’est l’état
populaire. Il y a plus de chance de rencontrer un bon souve-
rain par l’hérédité que par l’élection. Le souverain est le premier
serviteur de l’état.
5. Oublier ses ancêtres, c’est être un ruisseau sans source, un
arbre sans racines.

ƒ Exercices

1. Traduisez les fragments littéraires.


2. Faites le commentaire du deuxième fragment.
3. Trouvez des contextes pour trois expressions (à votre choix).
4. Commentez une sentence (à votre choix).

Ma journée de travail
Pour tout réussir, je me lève d’habitude à six heures du matin. Je
fais rapidement ma toilette et je prépare la petit déjeuner pour mon
mari et nos trois enfants. Les aînés vont à l’école, le benjamin, à la
maternelle. Il a quatre ans, il se réveille le dernier, quand tout le
monde est déjà prêt. Il boit sans trop d’envie son lait et il est conduit à
la maternelle par mon mari qui part le dernier; il doit être au bureau
vers neuf heures. Moi, je prends mes affaires et je sors avec les deux
aînés pour être à temps, eux à l’école, moi, à l’entreprise.

ƒ Repères lexicaux

vie quotidienne (travail, école, famille); matin (m), midi (m),


après-midi (m), soir (m); petit déjeuner (m), déjeuner (m),
goûter (m), dîner (m); lever (m), coucher (m);
entreprise (f), comptable (m, f), structure administrative (f):
président (directeur général), directeur du service technique /
commercial / administratif; chef des projets / des ventes / du
129
personnel / de la production / de la publicité / de la comptabilité
etc.; secrétaire de direction; dactylo; techniciens, ingénieurs,
spécialistes, employés;
activités: étudier un dossier, signer un contrat, aller à la banque,
prendre / déposer de l’argent; faire des bulletins de paye / de
salaire, travailler à l’ordinateur etc.
ordinateur: clavier (unité d’entrée comprenant des touches res-
semblant à celle d’une machine à écrire); écran d’affichage / de
visualisation (unité de sortie constituée par un écran muni d’un
tube à rayons cathodiques); souris (angl. mouse) – dispositif
auxiliaire qui permet de déplacer sur l’écran un curseur; impri-
mante (unité de sortie destinée à l’impression des textes; impri-
mante à aiguilles, à jet d’encre, à laser, à transfert thermique);
sortir un texte (faire une sortie) – produire un document par une
imprimante; logiciel (angl. software) – ensemble des programmes
relatifs au traitement des données.
Autrefois, dans les entreprises françaises le service du personnel
croulait sous les questions des employés relatives à leurs bulletins de
salaire. Combien de jours de congé payés me reste-t-il ? Avec trois
ans d’ancienneté quel est le montant de ma prime ? Quand seront
payées les heures supplémentaires ? Solution: concevoir un logiciel
interactif et mettre quelques P.C. en libre-service dans l’entreprise
(pour 2700 employés). Ce n’est plus le service du personnel qui
répond aux questions des employés, mais un ordinateur multimédia.
L’utilisation du logiciel est simple: il suffit de cliquer avec la souris de
l’ordinateur sur n’importe quel élément du bulletin de salaire pour
obtenir des informations sur les heures supplémentaires, les congés
payés, les cotisations ou l’assurance chômage. L’utilisateur obtient
une réponse sous forme de texte et de dessins qui s’affichent sur
l’écran, ou par une voix préenregistrée).

ƒ Expressions

– travail du corps / de l’esprit (physique / mental);


– travailler à qqch (s’occuper de): Je veux toujours travailler à
mon esprit, à mon âme, à mon cœur (Mme de Sévigné);
130
– travaux publiques (ouvrages faits aux frais de l’Etat pour
l’utilité publique);
– bêtes de travail (vite de muncă).

ƒ Proverbes et sentences

1. Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger (Saint Paul).
2. Le travail est pour les hommes un trésor (grec).
3. Travailler c’est prier (latin).
4. Sue et tu seras sauvé (américain).
5. L’homme naquit pour travailler comme l’oiseau pour voler
(français).

ƒ Exercices

1. Commentez un des proverbes (à votre choix).


2. Parlez de votre journée de travail.

L’enseignement supérieur
… A l’Ecole Normale les cours commençaient à neuf heures.
Hormis le grec et le latin, l’élève instituteur recevait un enseignement
quasi universel en lettres, sciences et mathématiques. Botanique,
zoologie, agriculture, et zootechnie, psychologie, sociologie, pédagogie
théorique et appliquée, notions d’astronomie ou de médecine, que
n’apprenait-t-on pas ! Dès la première année, on commençait les stages
à l’école primaire annexée à l’Ecole. De vieux maîtres expérimentés
prenaient en mains les débutants.
Pierre Gamarra

ƒ Repères

faire des études universitaires, université (U), faculté (fac), doyen,


amphithéâtres (amphis), laboratoires (labos), salles de cours, foyer,
cantine, salle de lecture, carte d’étudiant, professeurs (profs)
universitaires, examen, examinateur, entraîneur, salle sportive,
stade, épreuves, compétitions estudiantines, club, discothèque,
131
fin d’études, diplôme de fin d’études, frais émoulu (proaspăt
absolvent), ancien étudiant (fost student) etc.
En France il y a trois types essentiels d’établissements supérieurs:
– universités;
– instituts universitaires de technologie (destinés à préparer en
deux ans d’études des techniciens supérieurs);
– grandes écoles.

Les «Grandes Ecoles» de France


ENA (Ecole Nationale d’Administration, forme les cadres du
gouvernement);
ENS (Ecole Normale Supérieure, prépare les enseignants de
l’Education nationale);
(Ecole) Polytechnique;
(Ecoles des) Mines;
(Ecoles des) Ponts et Chaussées (forment des ingénieurs de haut
niveau);
HEC (Hautes Etudes Commerciales) etc.
Pour entrer dans une grande école, il faut passer un concours
d’entrée. Les élèves qui veulent le préparer suivent deux ans d’études
(en classes préparatoires). Enfin les élèves passent un concours qui
est constitué d’un écrit et d’un oral.
Après le bac on peut s’inscrire à la faculté. Après avoir payé ses
frais (droits d’inscription), on obtient sa carte d’étudiant.
Les étudiants sont logés dans des chambres d’étudiants, dans
une cité universitaire où ils peuvent prendre aussi leurs repas. Ils
travaillent à la bibliothèque universitaire, où ils peuvent emprunter
des livres à domicile ou les consulter sur place dans la salle de lecture.
L’étudiant va chaque jour à la faculté. Il suit des cours et des
séminaires, qui ont lieu dans des amphithéâtres, dans des salles de
cours ou dans des laboratoires.
L’année universitaire comprend deux sessions: d’hiver et d’été.
Pendant les sessions l’étudiant doit passer des examens (parfois des
partiels). S’il réussit à bien passer tous les examens de l’année (s’il ne
les rate pas), il est reçu dans l’année supérieure.
A la fin des études l’étudiant doit écrire un mémoire de maîtrise.
132
En France, si l’on veut s’engager dans l’enseignement après la
faculté (si on veut devenir professeur), on doit passer des concours
d’enseignement:
– le CAPES, qui permet aux «capésiens» d’enseigner dans des
collèges et des lycées ;
– l’agrégation, plus difficile, qui permet aux «agrégés» d’en-
seigner dans les lycées et les universités.

ƒ Expressions imagées

– avoir une bonne mémoire / une mémoire d’éléphant (o bună


ţinere-de-minte);
– avoir beaucoup de curiosité d’esprit (s’intéresser à tout);
– avoir l’esprit vif / lent (a avea minte ageră / înceată);
– avoir l’esprit ailleurs (a fi cu mintea aiurea);
– se creuser la cervelle (a-şi frământa mintea);
– à tête reposée (cu mintea limpede);
– perdre la tête (après s’être épris de qqn).

ƒ Sentences et maximes

1. La science vaut mieux que l’eau pure (l’instruction).


2. Il faut avoir beaucoup étudié pour savoir peu.
3. La vraie richesse est celle de l’esprit.
4. Qui ne connaît pas de langues étrangères ne connaît pas la
sienne (Goethe).
5. Il y a un art d’étudier et un art d’enseigner (un art de savoir et
un autre de transmettre son savoir).

ƒ Exercices

Traduisez le fragment littéraire.


1. Trouvez de petits contextes pour chaque expression imagée.
2. Commentez les deux dernières maximes.
3. Parlez de votre faculté.
133
Correspondance
… Huit jours après son départ, je recevais d’elle une lettre
admirablement sage et bonne. Je ne lui répondis point, d’après sa
prière. « Je vous tiendrai compagnie de loin, m’écrivait-elle, autant
que cela se pourra ». Et pendant tout le temps que dura son absence, à
des intervalles réguliers, elle mis la même patience à m’écrire. Elle ne
voulait pas me laisser seul avec son souvenir, sans intervenir de temps
en temps par un signe évident de sa présence.
Eugène Fromentin

ƒ Repères lexicaux

adresse (f), enveloppe (f), timbre (m), poste (f), boite à lettres
(f), facteur (m), correspondant (m), expéditeur (m), destinataire
(m), destination (f); écrire / rédiger une lettre; adresser / envoyer
une lettre à qqn; types de lettres: lettre de faire-part (d’invitation
à une solennité), lettre d’avis (avis d’expédition), lettres de
créance (de acreditare), lettre de garantie.

En France l’adresse d’une lettre comporte le numéro de l’im-


meuble ou de la maison, le nom de la rue, un numéro codé de cinq
chiffres et le nom de la commune.
Exemple: M. Pierre Dupont
77, rue de la Gare
16210 Montmoreau
16 correspond au numéro du département, ici la Charente.
210 à celui de la commune dans le département.

Chère amie,
J’ai reçu ta lettre ce matin. J’ai essayé quelques jours de suite de
téléphoner à notre amie Virginie, mais je tombais sans cesse sur son
répondeur. Je suppose qu’elle est partie pour quelque temps à la
campagne. Quand j’aurais de ses nouvelles, je vais te passer un coup
de fil.
Salut
134
J’ai adressé une lettre à Claudine ( je la lui ai envoyée)
La lettre n’est pas parvenue à la destination.
Le ministre a prononcé un discours à l’adresse des enseignants
(destiné aux enseignants).
Ce jeu sportif demande beaucoup d’adresse (dextérité, habileté).
Le directeur a fait une adresse au ministère (un document / une
communication officielle).

ƒ Expressions imagées

– être en / avoir / mener / entretenir une correspondance avec qqn;


– avoir une belle main (une belle écriture);
– trouver une correspondance parfaite entre les choses (confor-
mité, ressemblance);
– mettre en écrit / par écrit (a pune pe hârtie);
– faire un billet doux (a scrie un bileţel de dragoste).

ƒ Sentences et maximes

1. Une lettre est une conversation écrite.


2. S’il ne se passe rien, écris pour le dire.
3. Une heure de conversation vaut mieux que cinquante lettres
(Mme de Sévigné).

ƒ Exercices

1. Après avoir lu la petite lettre ci-dessus, essayez de faire une


autre pareille.
2. Commentez les dits de Mme de Sévigné, femme-écrivain
(1626-1696).

Santé
Une consultation médicale
Le médecin (généraliste ou spécialiste) soigne ses patients.
Il consulte à son cabinet ou à domicile. Pendant la consultation,
le médecin interroge le malade, l’ausculte (il prend le pouls, la tension).
135
Il fait un diagnostic (il diagnostique la maladie, l’identifie), puis
prescrit des médicaments ou des examens, par exemple une radio ou
une prise de sang (une analyse de sang). La prescription est notée sur
une ordonnance que le patient apporte au pharmacien. Dans certains
cas, une infirmière fait des piqûres au patient. Si le patient suit le
traitement et si tout va bien, il sera guéri. La guérison peut être lente
ou rapide.
Parfois, le patient doit se faire opérer par un chirurgien (doit
subir une opération chirurgicale); il doit être hospitalisé.

ƒ Repères

santé bonne / mauvaise; santé robuste / fragile;


avoir mal à la gorge, à la tête; avoir / souffrir des maux de tête;
avoir une douleur aiguë / diffuse;
se faire mal à la jambe (provoquer soi-même la douleur);
faire un accident, ambulance (f), service des urgences, médecin
(docteur) (m, f),
consultation (f), diagnostique (m), prescription (f), ordonnance (f),
pharmacie (f), médicaments (m, pl), hospitalisation (f), opération (f),
régime (m),
rétablissement (de la santé) / guérison (f); se remettre / guérir etc.
Des accidents:
tomber = faire une chute:
Elle fait du sport équestre et elle est tombée de cheval. Elle a fait
une mauvaise chute.
se cogner (contre qqch), avoir une bosse; un bleu:
Il s’est cogné contre la vitre et il a une bosse.
se tordre la cheville, se faire une entorse:
L’enfant s’est fait une entorse en courant sur la plage.
se casser la jambe, le bras...; avoir une fracture de …, puis
avoir un plâtre:
Elle s’est cassé la jambe en faisant du ski. Maintenant elle a un
plâtre.
se couper, avoir une coupure, puis saigner:
Je me suis coupée en épluchant des pommes de terre.
136
se faire mordre par…, avoir une morsure:
Le petit s’est fait mordre par un chien.
enfler (devenir plus gros):
Sa jambe a beaucoup enflé.
se blesser, être blessé:
Sur la blessure on doit mettre un pansement.
Quelques médicaments:
– un sirop ou des pastilles (contre la toux);
– un antibiotique (pour soigner les infections);
– un anti-inflammatoire (contre les inflammations);
– un antidépresseur (contre la dépression nerveuse);
– un collyre (goûtes pour les yeux);
– un somnifère (un comprimé ou une gélule);
– une pommade (une crème).

Un peu de matériel médical:


une seringue, un pansement, de l’ouate (du coton), de l’alcool à
90 degrés, du sparadrap (plasture) etc.

ƒ Expressions imagées

– être en bonne / en mauvaise santé;


– sain et sauf (teafăr şi nevătămat): sortir sain et sauf d’un
accident;
– être solide comme le Pont-Neuf (a fi sănătos tun);
– se trouver mal (a-i veni rău);
– se porter mal (a o duce prost cu sănătatea);
– filer un mauvais coton (a lăsa sănătate);
– porter un toast, boire à la santé de qqn; à votre santé ! (în
sănătatea dumitale!).

ƒ Maximes et sentences
1. Santé passe richesse (sănătatea e cel mai mare bun).
2. La santé c’est un esprit sain dans un corps robuste (mens sana
in corpore sano).

137
3. Le corps est le temple de l’esprit.
4. Un mendiant bien portant est plus heureux qu’un roi malade.
5. La santé se mesure à l’amour du matin et du printemps.

ƒ Exercices
1. Parlez de votre dernière visite chez le médecin.
2. Insérez trois expressions (à votre choix) dans de petits
contextes.
3. Cherchez des équivalents roumains pour les maximes ci-
dessus. Connaissez-vous d’autres du même sens ? Faites le
commentaire d’un de ces proverbes (à votre choix).

Belles-Lettres
… Lucienne commanda à un voyageur de passage les œuvres
complètes de Balzac, puis de mois en mois acheta des éditions illustrées
sur beau papier: Musset, Verlaine, Baudelaire, « Les Nourritures ter-
restres » de Gide.
Les soirs d’hiver, dans un petit bureau aménagé à l’étage, l’été
sous une tonnelle du jardin, ils lisaient et devisaient tranquillement.
Simon gardait son admiration pour Barbusse et reprenait souvent « Le
Feu ». Il y avait ajouté d’autres ouvrages et récits sur la guerre de
14-18. Il venait de découvrir Romain Rolland.
Pierre Gamarra

ƒ Repères

homme de lettres: poète, prosateur, romancier, essayiste,


critique, dramaturge, société littéraire;
genres: prose, poésie, dramaturgie; poésie, poème,
roman, essai, nouvelle, récit etc;
roman: historique, policier, d’amour, d’aventures, de
science-fiction etc.
Balzac est le plus grand romancier; son œuvre gigantesque « La
Comédie Humaine » comprend trois cents romans.
138
Ronsard, Lamartine, Hugo sont des poètes célèbres.
Récemment, ces hommes de lettres ont fondé une nouvelle
société littéraire.
Tous les amis de Paul connaissent sa prédilection pour les
romans historiques.
Il y a peu de bons livres dont on ne puisse faire une très bonne
critique.

ƒ Expressions imagées
– livre de chevêt (carte de căpătâi);
– parler comme un livre (ca din carte);
– traduire à livre ouvert (a traduce liber);
– homme de lettres (scriitor);
– la république des lettres (lumea scriitorilor);
– avoir des lettres (a cunoaşte bine literatura);
– lettre morte (lucru fără valoare, de care nu se ţine seama);
– des gens d’une agréable littérature (oameni citiţi).

ƒ Sentences et maximes

1. La littérature est l’expression de la société, comme la parole


est l’expression de l’homme.
2. Les mathématiques rendent l’esprit juste en mathématiques,
tandis que les lettres le rendent juste en morale. Les lettres
planent au-dessus des sciences.
3. Les livres sont les monuments les plus durables.
4. Une bonne bibliothèque est un hôpital pour l’esprit.
5. La lecture est à l’esprit ce que l’exercice est au corps.

ƒ Exercices

Traduisez le fragment littéraire.


1. Trouvez des contextes pour les expressions imagées.
2. Commentez les deux dernières maximes.
3. Parlez de vos lectures les plus récentes (auteur, genre litté-
raire, thème / problèmes abordés, personnages etc.).
139
Beaux-Arts
« Le Cid » est un drame de Pierre Corneille (1636).
Rodrigue et Chimène sont les enfants de deux grands seigneurs
du royaume d’Espagne au XI-ème siècle. Ils s’aiment et vont se marier.
Mais le père de Chimène insulte celui de Rodrigue, un vieil homme
qui ne peut pas se défendre.
Pour venger son père, Rodrigue provoque en duel le père de
Chimène et le tue.
La jeune Chimène est alors partagée entre son devoir de ven-
geance et son amour pour Rodrigue.
Cette pièce classique est jouée sur toutes les grandes scènes du
monde.

ƒ Repères

théâtre dramaturgie, dramaturge, drame historique,


(l’art dramatique): pièce, tragédie, comédie, mise en scène,
décor, acteur, rôle, costumes etc.;
cinéma: scénariste, scénario, filmer, acteur, plateau
(du studio de cinéma);
musique: musicien, compositeur, orchestre (m), chef
d’orchestre, notes, pièces, musique
classique / moderne etc.;
peinture: peintre, peindre, couleurs, tableau, portrait,
pinceau, gouache, aquarelle, pastel etc.;
sculpture: sculpteur / modeleur, sculpter / modeler,
ouvrage du sculpteur (sculpture), statue,
statuaire, marbre, pierre, bois, métal etc.

Le travail des acteurs sur le plateau est fatigant, mais très


intéressant.
Ce soir-là quelqu’un va jouer du piano, quelqu’un autre du
violon, un troisième de la flûte; on va organiser une belle soirée
musicale.
140
Luc aime les couleurs; il a acheté un pot de peinture à l’huile et
un de peinture à l’eau.
L’année 2001 à été consacrée au sculpteur Constantin Brâncuşi:
le 125-ème anniversaire de sa naissance.
Né en 1876 à Hobiţa (Gorj) dans une famille de paysans, il est
reçu à l’âge de 19 ans à l’Ecole des Arts et Métiers de Craiova, ensuite
à l’Ecole des Beaux-Arts de Bucarest.
En 1904 il arrive à Paris où il devient pour quelque temps
l’élève d’Auguste Rodin.
Peu à peu sa grande personnalité s’affirme par des œuvres d’une
forte originalité: « Mlle Pogany », « L’oiseau », « Le coq saluant le
soleil », « La table du silence », « L’arc du baiser » etc.
Le monument qui couronne son œuvre est « La colonne sans fin »,
monument grandiose et symbolique, qui paraît unir le Ciel et la Terre.
Il est mort en 1957.

ƒ Expressions imagées

– pour l’amour de l’art (de dragul artei);


– marier les couleurs (a îmbina culorile);
– êrte le portrait de sa mère (a fi leit maică-sa);
– le film des événements (desfăşurarea evenimentelor);
– c’est une statue (persoană rece);
– être réglé comme un papier de musique (a fi extrem de
meticulos);
– c’est une autre musique (e o altă mâncare de peşte).

ƒ Sentences et maximes

1. La vie est courte, l’art est long.


2. L’art est beau quand la tête, le cœur et la main travaillent
ensemble.
3. Le secret des arts est de corriger la nature dénaturée.
4. Tous les arts sont frères, chacun apporte une lumière aux
autres.
5. La figure fait la beauté d’une statue, l’action fait celle de
l’homme.
141
ƒ Exercices

1. Quels autres chefs-d’œuvre connaissez-vous des domaines


proposés ?
2. Trouvez des contextes pour les expressions ci-dessus.
3. Commentez une sentence (à votre choix).
4. Parlez de vos goûts artistiques.
5. Interrogez votre voisin(e) sur ses préférences: théâtre ? mu-
sique ? cinéma ? opéra ? etc.

142
MODULE III
(unités 1-7)

Ma famille (mon arbre généalogique)


Mes parents sont tous deux professeurs. Je suis en neuvième.
Nous habitons une grande maison où je me sens un peu seule. C’est
pourquoi j’aime visiter souvent mes grands-parents et ma tante qui
habite avec eux. C’est une jeune femme pleine de beauté et d’élé-
gance. Elle est blonde, souple, avec de beaux yeux bleus qui rient
toujours. Elle est professeur de musique, donc un esprit artistique,
plein d’harmonie et de grâce. Dans son temps libre elle aime soigner
les fleurs qui embellissent la maison et le jardin de mes grands-parents.
Elles sont de différentes espèces et de toutes les couleurs. J’admire
beaucoup leur beauté et leur parfum qui embaume toute la maison.
Pendant les grandes vacances, j’aime m’asseoir sous le grand noisier
pour admirer le paysage et faire des lectures édifiantes.

ƒ Repères lexicaux

famille: ménage, couple; père, mère; grand-père, grand-mère; beau-


père, belle-mère; frère, sœur; beau-frère, belle-sœur; petit-fils,
petite-fille; neveu, nièce; oncle, tante; cousin, cousine;
parrain, marraine; filleul, filleule.
Au baptême d’Hélène, son parrain et sa marraine ont promis de
l’aider et de veiller sur elle.
Thomas est mon filleul: je suis son parrain.

ƒ Expressions imagées
– avoir un air de famille (ressemblance entre les membres d’une
famille);
– faire bon ménage avec qqn (a ţine / duce casă bună cu cineva);
– être familier: Ce visage m’est familier (bien connu);
– avoir des manières familières (trop libres, peu respectueuses).
143
ƒ Proverbes et sentences

1. Honore ton père et ta mère; comme tu traites tes parents, tes


enfants te traiteront.
2. La dot la plus riche c’est la vertu des parents.
3. Les enfants des enfants sont la couronne des vieillards, et les
pères sont la gloire de leurs enfants.

ƒ Exercices

1. Faites le commentaire d’un des proverbes (à votre choix).


2. Parlez de votre famille.

Tempérament. Caractère
…Fabre, un gaillard solide, noir de poil avec un visage coloré de
bon vivant, passait à juste titre pour boute-en-train. Il plaisantait sans
cesse et possédait une jolie voix de ténor. Aux veillées, aux réunions
diverses, à l’auberge même, il poussait la chansonnette sans se faire
prier. Sa générosité était proverbiale. Fabre – les-mains-trouées, disait-on.
Pierre Gamarra
un boute-en-train – un om de viaţă;
les-mains-troués – mână spartă.

ƒ Repères
caractère (m), trait (m), tempérament (m), tempérance (f), modé-
ration (f), comportement (m), tenue (f), attitude (f), conduite (f),
qualité (f), défaut (m), sociabilité (f);
sa nature / son naturel / sa manière (façon) d’être / de se com-
porter / d’agir.
Simon parle à un confident de ses collègues de bureau en lui
montrant quelques photos: – Cette jeune fille est une nouvelle col-
laboratrice, je ne la connais pas trop, mais j’ai remarqué qu’elle est
d’un naturel gai (elle a un caractère gai, c’est sa nature).
Marie possède de grandes qualités et de petits défauts: c’est
quelqu’un de bien. Elle a de la personnalité / c’est une forte personnalité.
144
Paul a un caractère difficile (il a mauvais caractère). Il n’est pas
facile à vivre.
Ses façons sont grossières (sa manière d’agir).
En revanche Michel a bon caractère (o fire bună); il a un carac-
tère en or.
Il est spontané, il parle et agit naturellement.
Flo a un caractère autoritaire: elle a tendance à imposer ses idées
et ses décisions.
Max a l’air réservé, et même renfermé. En réalité, sous des
apparences renfermées, il est plutôt sociable. Il n’est pas timide, con-
trairement aux apparences (il ne faut pas se fier aux apparences). En
plus il est plein de tact, de délicatesse: il sait toujours quoi dire et quoi
faire dans une situation délicate.
Luc est intelligent et cultivé, mais assez prétentieux, il est d’une
prétention ! Tout le monde doit l’écouter parler de ses connaissances
et de sa culture.

ƒ Expressions imagées
– avoir du caractère (être énergique);
– avoir l’habitude de faire qqch;
– prendre l’habitude / le pli de faire qqch;
– par habitude (din obişnuinţă);
– d’habitude (de obicei);
– à tempérament (în rate): acheter des meubles à tempérament;
– s’agir de (a fi vorba de):
– De quoi s’agit-il ?
– Il s’agit d’une compétition sportive.

ƒ Sentences et maximes

1. La personnalité est à l’homme ce que le parfum est à la fleur.


2. Un bon caractère est la protection de l’homme.
3. Un homme de caractère n’a pas bon caractère.
4. L’on prouve que l’on a du caractère quand on parvient à
vaincre le sien.
5. Connais-toi toi-même ! (Cognoscete ipsum – Seneca).
Connaître autrui n’est qu’une science; se connaître soi-même,
c’est intelligence.
145
ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire. Dites en d’autres mots


quel est le caractère du personnage ?
2. Trouvez des contextes pour les expressions 1 et 6.
3. Cherchez en roumain des équivalents pour les sentences
ci-dessus. Connaissez-vous d’autres du même sens ?
Choisissez une sentence pour un petit commentaire.

Taille. Vêtements
… Chaque dimanche nous allions faire notre tour de jetée en
grande tenue. Mon père, en redingote, en grand chapeau, en gants,
offrait le bras à ma mère, pavoisée comme un navire un jour de fête.
Et je me rappelle l’air pompeux de mes pauvres parents dans ces
promenades de dimanche, la rigidité de leurs traits, la sévérité de leur
allure. Ils avançaient d’un pas grave, le corps droit, les jambes raides,
comme si une affaire d’une importance extrême eût dépendu de leur
tenue.
Guy de Maupassant

ƒ Repères lexicaux

taille (f), dimensions (f, pl), essayer, mesurer, chausser, acheter


qqch;
vêtements: manteau (m), manteau de fourrure (m), canadienne (f),
veste (f), veston (m), pantalon (m), costume (m), complet (m),
habit (m), maillot (m) tricot (m), culotte (m), bas (m) chaussette
(f); jaquette (f), blouse (f), jupe (f), robe (f), fichu (m);
chaussures: pantoufle (f), mule (f), soulier (m), souliers trotteurs
(pantofi de stradă), escarpins (m, pl), bottine (f);
pointure: chaussures (f, pl), gants (m, pl), chapeaux (m, pl).
Taille (longueur du corps):
Il est de haute taille. Marie est de petite taille.
Taille (dimensions):
Sur l’étiquette de ma robe il y a un chiffre qui indique la taille.
146
Taille (conformation du corps depuis les épaules jusqu’à la ceinture):
Cette actrice a une belle taille, Cette femme n’a point de taille,
a la taille fine. elle est grosse et courte.
Pointure
grande petite
Ces souliers ne sont pas à sa taille
(elle ne correspond pas à ses mesures);
il chausse du 44. Léa chausse du 36.

ƒ Expressions imagées
– prendre ses dimensions sur qqn (le tailleur sur le client);
– ne pas avoir la taille (hauteur du corps, pour le service mili-
taire, par exemple);
– être assez grand, assez fort pour (au propre et au figuré);
– être / ne pas être de taille à;
Il n’est pas de taille à lutter contre un tel adversaire (il n’a pas la
force nécessaire).
– faire qqch de taille:
Il a fait une bêtise de taille (très grave, très importante, majeure).

ƒ Sentences et maximes

1. La grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf


(La Fontaine).
2. On a souvent besoin d’un plus petit que soi.
3. Le monde flatte l’éléphant et piétine la fourmi.
4. L’habit ne fait pas l’homme.
5. Coûteux vêtement montre pauvreté d’esprit.

ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire.


2. Commentez un proverbe (à votre choix).
3. Imaginez un dialogue avec la vendeuse d’un magasin de
vêtements.
4. Quelles sont vos données personnelles (taille, poids, poin-
ture)?
147
L’éducation civique
Etre citoyen, c’est être responsable. C’est aussi faire preuve
d’esprit civique. Or que constate-t-on aujourd’hui ? La vie civique
apparaît dévaluée, beaucoup de gestes et d’habitudes (céder la place
aux vieux dans les transports, par exemple) se sont perdus. Vanda-
lisme, dégradation d’édifices publics, fraude dans les transports en
commun ou encore destruction des cabines téléphoniques, autant de
faits qui sont la manifestation d’un « incivisme » généralisé.
Souvent indifférente, la famille n’inculque guère aux jeunes
enfants la politesse et la courtoisie. A l’origine de ce phénomène il y a
incontestablement une faillite de l’éducation civique: l’école ne sait
plus former les citoyens. On parle souvent des droits de l’homme.
Mais sait-on que l’homme a aussi des devoirs à l’égard des autres ?
Autrefois, on nous enseignait une règle d’or: « La liberté consiste à
faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. La liberté de chacun finit là où
commence celle des autres ». Nous sommes attachés à la démocratie,
mais celle-ci ne peut pas se satisfaire du laisser-aller actuel. Les
adolescents ont un besoin impérieux de copier de modèles et de
s’affirmer. Mais les modèles proposés par les médias sont dans leur
grande majorité des individus violents, agressifs, ayant une vie
amorale. C’est la raison pour laquelle en Grèce les films américains
ont été boïcotés par les intellectuels et la jeunesse estudiantine. C’est
aussi l’avis des Français, qui mènent depuis longtemps un débat
contre l’influence néfaste de la télé. Il y a une dizaine d’années, les
débats qui touchaient les médias prenaient la forme d’un pugilat entre
les universitaires et les journalistes: respectabilité du savoir contre
l’ivresse de l’influence, souci de sauver son âme contre envie de
vendre ses livres etc. On n’en est plus là. C’est désormais de réflexion
qu’il s’agit. La prévalence de l’image, de l’émotion, du spectacle. On
vit dans l’actualité des signes passagers et très vite remplacés. Notre
attention est sautillante, superficielle. La télé empêche le dévelop-
pement des facultés individuelles naturelles, d’un raisonnement analy-
tique, logique et personnel. Elle crée un esprit de foule…
Qu’est-ce qu’on pense chez nous ? Comment va-t-on abriter les
jeunes brindilles contre les vents du désert?
148
ƒ Repères lexicaux
enseignement, instruction (f), éducation (f), stimulant (m), ma-
nières (f, pl), politesse (f), étique (f), norme (f) morale/sociale/
civique, droit /devoir civique etc.
On ne peut devenir un citoyen éclairé que si l’on est un homme
charpenté, avec une armature physique, intellectuelle et morale. Cette
charpente est la responsabilité commune de la famille, de l’école et de
la société.
Les médias comportent une forte pollution morale; elles s’ef-
forcent de répandre méthodiquement une culture d’(auto)destruction, de
la mort, une vision “new-age”-iste sur le monde.

ƒ Expressions
– droits civiques (droits que la loi donne aux citoyens);
– devoirs civiques (les devoirs du citoyen);
– état civil (la condition d’une personne, résultant de sa filiation
et des ses alliances);
– actes civils (actes qui constatent l’état civil des personnes);
– mariage civil (fait à la mairie);
– civiliser la société (polir les mœurs): les peuples se civilisent
difficilement.

ƒ Proverbes et sentences
1. C’est la société d’autrui qui enseigne à l’homme ce qu’il sait
(grec).
2. La société serait une chose charmante, si l’on s’intéressait les
uns aux autres (fr.).
3. L’arbre vit à l’aide de ses racines et l’homme de la société
(géorgien).

ƒ Exercices

1. Faites le commentaire d’un proverbe (à votre choix).


2. Exposez vos idées sur l’éducation. Comment les appliquez-
vous dans votre famille?
149
Réactions émotionnelles
– Les hommes, dit le renard, ils ont des fusils et ils chassent.
C’est bien gênant ! Ils élèvent aussi des poules. C’est leur seul intérêt…
A. de Saint-Exupéry
ƒ Repères

intérêt (m), ennui (m), enthousiasme (m), excitation (f), admi-


ration (f), passion (f), surprise (f), étonnement (m), stupeur (f),
stupéfaction (f), calme (m), nervosité (f), irritation (f), aga-
cement (m), exaspération (f), colère (f), fureur (f), horreur (f),
peur (f), crainte (f), frayeur (f), angoisse (f), humeur (f), caprice (m),
faiblesse (f).
C’est une mode qui fait fureur.
Ça m’ennuie d’aller déjeuner chez ma tante. Ce déjeuner sera
ennuyeux à mourir. Heureusement, il y aura Max qui racontera son
voyage, ce sera très intéressant.
Ce spectacle était une merveille, c’était extraordinaire, génial,
super: j’ai été enchanté, ébloui, émerveillé.
Quand Marie a entendu la nouvelle, elle a été très étonnée,
stupéfaite, ébahie, sidérée, abasourdie, éberluée, médusée…
Jean est pondéré, c’est-à-dire qu’il est calme, équilibré, mesuré,
il n’est pas excessif, il est de caractère réfléchi.
Paul, au contraire, est de tempérament nerveux. Il est souvent
agité. Par nervosité, il est parfois sec et cassant (ni aimable, ni bavard).
J’ai appris que mon banquier avait volé de l’argent: je suis
indigné, outré, scandalisé, offusqué, ulcéré, révolté. Cette nouvelle a
provoqué le mécontentement, la colère, l’indignation de tous les clients
de la banque.

ƒ Expressions imagées

– taper sur les nerfs de qqn (énerver, agacer);


– avoir du nerf (être dynamique, avoir de l’énergie);
– faire fureur (avoir un très grand succès);
150
– faire peur à qqn (a speria pe cineva);
– être saisi de peur (a fi cuprins de frică);
– avoir une peur bleue (a trage o frică zdravănă);
– avoir la rage de faire qqch:
Ce sportif a la rage de vaincre.

ƒ Sentences et maximes

1. Le caprice de notre humeur est encore plus bizarre que celui


de la fortune.
2. Ne s’étonner de rien est presque l’unique moyen qui donne et
conserve le bonheur.
3. La surprise est l’épreuve du vrai courage. L’homme surpris
est à moitié pris.
4. La peur met des ailes aux talons.
5. Le timide a peur avant le danger, le lâche au milieu du danger,
le courageux après le danger.

ƒ Exercices

1. Faites la traduction du petit fragment littéraire et commentez


la dernière phrase.
2. Trouvez des contextes convenables pour les expressions
ci-dessus.
3. Commentez une maxime (à votre choix). Cherchez d’autres
maximes liées à l’expression émotionnelle.

Apparence physique. Aspect


… Les enfants jouaient dans la cour. Le maître allait et venait,
les yeux un peu perdus… Il avait l’impression d’être un fantôme, un
mannequin articulé qui se promenait dans le vent mouillé… Il mar-
chait lentement dans sa veste étriquée, dans ses pantalons maigres et
tirebouchonnés que pochait le vent d’automne. Il regardait les enfants
puis la route, puis les collines jaunies…
Pierre Gamarra
151
ƒ Repères

parties du corps, main (f), pied (m); mouvement (m), dépla-


cement (m), geste (m), action (f); allure (f), démarche (f); aller,
marcher, se précipiter, se hâter, se dépêcher, se promener, courir,
jouer (à la balle) etc.; être gauche, gras, gros, corpulent; être mince,
svelte, élancé; garder / perdre sa ligne; prendre du poids etc.
De loin on peut reconnaître qqn à sa démarche (sa façon de
marcher) ou à sa silhouette (son allure générale, la forme de son corps).
La démarche de ce jeune homme (son pas) est très rapide.
Cette jeune fille est gracieuse, elle bouge de manière harmo-
nieuse, elle a de la grâce.
Ce jeune homme, au contraire, est gauche (stângaci) et empoté
(neîndemânatic).
Elle a de l’allure, de la classe, elle ne passe pas inaperçue (on la
remarque dans la rue), un rien lui va (elle peut mettre n’importe quel
vêtement).
Elle sait se mettre en valeur (elle choisit bien ses vêtements).
En revanche, il est quelconque, ordinaire, il passe inaperçu.
Jugements
favorables défavorables
il est musclé, costaud, solide, il est fluet, frêle, menu;
bien bâti, baraqué (spătos);
il est svelte et élancé; il est voûté;
il est corpulent (corpulence, carrure); il n’a que la peau et les os;
elle est bien faite; elle est maigre comme un clou;
elle est ronde, elle est enveloppée, elle est maigrichonne;
elle a des formes généreuses;
elle a la taille fine, elle garde sa elle a perdu sa ligne (elle a pris
ligne (elle reste mince); du poids).
elle a retrouvé sa ligne (elle
a maigri);
152
ƒ Expressions imagées
– être sur pied (a fi pe picioare);
– prendre ses jambes à son cou (s’enfuir);
– courir à toutes jambes (cât îl ţin picioarele);
– donner une poignée de main à qqn (a da mâna cu cineva);
– donner un coup de main à qqn (aider qqn);

ƒ Maximes et sentences

1. C’est sur le fond et non sur les apparences qu’il faut juger.
La barbe ne fait pas le philosophe.
2. Le corps est le temple de l’esprit.
3. Le corps est plus vite paré que l’âme (il est plus aisé d’avoir
soin du corps que de l’âme).
4. Plus le corps est faible, plus il commande; plus il est fort, plus
il obéit.
5. La terre est gouvernée par la lèvre et la mer par la main.

ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire. Faites le portrait d’un de vos


anciens professeurs
2. Décrivez quelqu’un de vos collègues (selon les apparences
physiques) sans le nommer et priez les autres de deviner la
personne.
3. Dites des proverbes roumains qui pourraient passer pour
équivalents de ceux présentés ci-dessus. Ajoutez d’autres du
même sens. Choisissez un dicton français pour le commenter.

153
MODULE IV
(unités 1-7)

Ma journée de repos
Dimanche, après la messe où nous allons ensemble avec mes
parents et nos enfants, nous dînons chez nous. Je mets toujours le
couvert pour sept personnes. C’est une ancienne habitude et c’est très
intéressant. Mes trois enfants ne cessent pas de conter à leurs grands-
parents tous leurs « exploits » de la semaine écoulée. Les grands-pa-
rents, à leur tour, commencent à se rappeler situations semblables de
mon enfance ou même de la leur avec, bien sûr, avec les couleurs de
l’époque. Et les plats des enfants restent souvent intacts en les écoutant.
Après le dîner, on fait des lectures édifiantes (chez nous on aime
beaucoup la philocalie) et on écrit des lettres. Mon frère et les deux
sœurs de mon mari n’habitent pas notre ville. Mes enfants ont donc
beaucoup d’oncles, de tantes et de cousins. Ils demandent souvent de
leurs nouvelles qu’ils partagent joyeusement avec leurs grands-parents.

ƒ Repères lexicaux

Dimanche (m), église (f), messe (f), cierge (m), prière (f),
sermon (m), évangile (f), lecture édifiante (f), personne philo-
calique (qui aime contempler la beauté et la sagesse divine);
promenade (f), jeux (m, pl), discussions (f, pl), visites (f, pl),
fêtes (f, pl), fiançailles (f, pl), noces (f, pl), baptême (m) etc.
« Celui qui règne dans les Cieux et de qui relève tous les
empires, à qui seul appartient la gloire, la majesté et l"indépendance
est aussi le seul qui se glorifie de faire la loi aux rois et de leur donner,
quand il Lui plaît, de grandes et de terribles leçons.
Soit qu’Il élève les trônes, soit qu’Il les abaisse, soit qu’Il com-
munique sa puissance aux princes, soit qu’Il la retire à lui-même, et ne
leur laisse que leur propre faiblesse, Il leur apprend leur devoir d’une
154
manière souveraine et digne de lui. Car en leur donnant sa puissance,
Il leur demande d’en user comme Il fait Lui-même, pour le bien du
monde…» (Bossuet, Oraisons).

ƒ Expressions

– air de dimanche (air de fête; de gaieté);


– jour férié (de fête);
– se donner une fête(se divertir aux dépens de qqn);
– fête de naissance (commémoration d’un anniversaire);
– fête d’une personne (le jour de la fête du saint dont elle porte
le nom);
– fête patronale / du lieu / du village (le jour de la fête du saint
sous l’invocation duquel est placé ce village).

ƒ Proverbes et sentences

1. Le travail du dimanche n’enrichit pas (italien).


2. En petite maison, la part de Dieu est grande (français).
3. L’homme qui se confie à Dieu est un arbre qui ne cesse pas de
porter du fruit (Bible).
4. Celui qui ne craint pas Dieu, craint-le (latin).

ƒ Exercices

1. Faites le commentaire des proverbes.


2. Parlez de votre journée de repos et de votre violon d’Ingres
(hobby).

Etats d’âme. Sentiments


… Le renard se tut et regarda longtemps le petit prince:
– S’il te plaît… apprivoise-moi ! dit-il
– Je veux bien, répondit le petit prince, mais je n’ai pas beau-
coup de temps. J’ai des amis à découvrir et beaucoup de choses à
connaître.

155
– On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, se dit le
renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent
des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe
point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux
un ami, apprivoise-moi !
Antoine de Saint-Exupéry
(apprivoiser = créer des liens )

ƒ Repères

attachement (m), affection (f), tendresse (f), sympathie (f),


amour (m); bonheur (m), malheur (m), gaieté (f), tristesse (f),
chagrin (m), dépression (f); confiance (f), espoir (m), espérance (f);
encourager, décourager qqn; plaire, déplaire à qqn; sympathiser
(avec) qqn; s’attacher à qqn; tomber amoureux(-se) de qqn;
s’éprendre de qqn;
Anne et Marie sont de grandes amies et s’entendent parfai-
tement. Elles se sont connues à une soirée et ont tout de suite
sympathisé. Marie a beaucoup d’affection pour Anne. Anne aussi est
très attachée à Marie (elle tient à Marie). Marie a confiance en Anne,
elle lui fait entièrement confiance. Elle peut compter sur Anne dans
n’importe quelle situation.
Flo a un faible pour Luc (s’est éprise, est tombée amoureuse de
lui). Luc plait beaucoup aux femmes, il est un dragueur (il n’est pas
fidèle). Il fait la cour à Flo.
Remarque: l’expression « Je l’aime » (qui exprime l’amour) est
plus forte que « Je l’aime beaucoup » (grande affection) ou « Je l’aime
bien » (simple sympathie).
Quelques mots tendres:
mon amour, mon chéri, mon chat, mon lapin, mon trésor, mon
petit etc.;
mon amour, ma chérie, mon ange, ma chatte, mon trésor, ma biche,
ma Flo adorée…
156
Expressions:
bonheur / gaieté tristesse / chagrin
être joyeux / de bonne humeur être triste / de mauvaise humeur
heureux comme un poisson dans l’eau malheureux comme les pierres
gai comme un pinçon, ravi être déprimé, sombre
être enthousiaste (d’un ouvrage) être maussade, morose
sauter de joie, être fou de joie avoir des idées noires
être aux anges (a fi în al nouălea cer) avoir le cafard (a fi prost dispus)
déborder de bonheur avoir du chagrin, de la peine
avoir le mal du pays (a-i fi dor
de casă)
garder espoir perdre espoir, être découragé
avoir le moral, avoir bon moral avoir le moral à zéro, être
démoralisé
remonter le moral à qqn démoraliser qqn
consoler, réconforter qqn accabler qqn
encourager qqn décourager qqn

ƒ Sentences et maximes

1. Un ami est long à trouver et prompt à perdre.


2. Pour un ami il faut sacrifier tout excepté Dieu.
3. On ne saurait être sage quand on aime, ni aimer quand on est
sage.
4. Il faut plus d’esprit pour faire l’amour que pour conduire des
armées.
5. L’amour est aveugle, mais le mariage lui rend la vue.
6. Un malheur ne vient jamais seul.

ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire. Qu’est-ce que c’est que l’amitié


pour vous ?
2. Trouvez des contextes convenables pour trois expressions
(à votre choix).
3. Cherchez les proverbes correspondants du roumain.
Ajoutez d’autres du même sens.
Choisissez un dicton français pour le commenter.
157
Vie intellectuelle
… Je me circonscrivis dans un cercle d’esprits actifs, studieux,
spéciaux, absorbés, ennemis des chimères, qui faisaient de la science,
de l’érudition ou de l’art…
Je menais une vie très active. Je lisais énormément. Je ne me
dépensais pas, j’amassais. Je me composais pour ainsi dire une sorte
de recueil salutaire parmi ce que l’esprit humain a laissé de plus
fortifiant, de plus pur au point de vie moral, de plus exemplaire en fait
de raison. Je faisais de mes lectures ce que j’avais fait de mille autres
choses; les considérant comme un aliment d’esprit de toute impor-
tance, je les censurai… Je fis le bilan très clair de mon savoir, c’est-à-
dire des ressources acquises, et de mes dons c’est-à-dire de mes forces
vives, je comparai ce qui était factice et ce qui était natif, je pesais ce
qui appartenait à tout le monde et le peu que j’avais en propre. Le
résultat de cette critique impartiale, faite aussi méthodiquement
qu’une liquidation d’affaires, fut que j’étais un homme distingué et
médiocre.
Eugène Fromentin

ƒ Repères

travail intellectuel: sagesse, intelligence, jugement sain, bon


sens, logique, raison, esprit;
analyse: étudier, lire, écrire, analyser, juger,
raisonner, réfléchir, considérer, constater,
apprécier, narrer, exposer, expliquer,
commenter, interpréter, argumenter,
présenter avec clarté ses idées, conclure;
création: projet, idée, conception, intention, ébauche,
plan, but, fin etc.
jeune homme: intelligent, brillant, spirituel, perspicace,
lucide, intuitif, débrouillard, dégourdi etc.
question / réponse: intelligente, adéquate, pertinente;
stupide, absurde, aberrante, inappropriée etc.

158
Luc est une tête, un vrai intellectuel. Il est d’une perspicacité et
d’une lucidité remarquables.
Il a fait un excellent compte-rendu sur la période écoulée.
Max n’est pas un génie, mais il est très dégourdi, débrouillard.
L’architecte nous a présenté le projet du nouveau port.
Ils ont l’intention de traverser la France à bicyclette.

ƒ Expressions imagées

– être doué d’une pensée saine (a fi înzestrat cu o judecată


sănătoasă);
– se plonger dans ses pensées (a se afunda în / a cădea pe gânduri);
– rester seul avec ses pensées;
– avoir des arrière-pensées (gânduri ascunse);
– passer par la tête (a-i da / a-i trece / a-i trăsni cuiva prin cap /
prin minte);
– donner des soucis à qqn (a pune pe cineva pe gânduri);
– chasser une pensée (a alunga un gând).

ƒ Sentences et maximes

1. Pensée fait la grandeur de l’homme (Pascal).


2. Le travail de la pensée ressemble au forage d’un puits: l’eau
est trouble d’abord, puis elle se clarifie.
3. La raison c’est l’intelligence choisissant la sagesse.
4. Le raisonnement est aussi naturel à l’homme que le vol aux
oiseaux.
5. Tout raisonnement se réduit à céder au sentiment.

ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire.


2. Trouvez des contextes pour les expressions imagées.
3. Faites le commentaire d’une sentence (à votre choix).
4. Parlez de vos intérêts, de vos disciplines préférées.
159
Communication 1 (relations)
… J’ai ainsi eu, au cours de ma vie, un tas de contacts avec des
tas de gens sérieux. J’ai beaucoup vécu chez les grandes personnes. Je
les ai vues de très près; ça n’a pas trop amélioré mon opinion.
Quand j’en rencontrais une qui ma paraissait un peu lucide, je
faisais l’expérience sur elle de mon dessin numéro 1 que j’ai toujours
conservé. Je voulais savoir si elle était vraiment compréhensive. Mais
toujours elle me répondait: « C’est un chapeau ». Alors je ne lui
parlais ni de serpents bois, ni de forêts vierges, ni d’étoiles. Je me
mettais à sa portée. Je lui parlais de bridge, de golf, de politique et de
cravates. Et la grande personne était bien contente de connaître un
homme aussi raisonnable…
Antoine de Saint-Exupéry

ƒ Repères
prendre contact avec qqn; entrer / se mettre / être / rester en
contact / en relation avec qqn; perdre le contact avec qqn;
visiter qqn / accueillir qqn; se présenter / présenter qqn / faire
les présentations;
informer qqn / mettre au courant; transmettre / recevoir une
information;
annoncer qqch à qqn / faire savoir à qqn qqch; prévenir / avertir
qqn de qqch;
donner / recevoir des renseignements / des nouvelles; apprendre
une nouvelle de qqn;
entrer dans / entamer une / entretenir la conversation; interlo-
cuteur / -trice;
demander / avoir un entretien / une entrevue / un tête-à-tête avec qqn;
avoir une explication / une dispute / une prise de bec avec qqn (fam);
demander / donner / prendre la parole / tenir un discours;
intervenir / couper la parole de qqn;
dire à qqn des compliments / des politesses;
déclarer / affirmer / nier qqch;
insister sur qqch / argumenter qqch / convaincre qqn de qqch;
promettre à qqn qqch; donner / tenir sa parole / être homme de
parole.
160
Ils ont accueilli leurs amis à bras ouverts.
J’ai appris cette nouvelle de ma collègue.
Paul a demandé un entretien / un tête-à-tête avec son chef.
Pendant cette réunion Luc a pris plusieurs fois la parole et a
insisté sur cette chose.
Même à son ennemi, on doit tenir la parole.

ƒ Expressions imagées
– avoir le don de la parole;
– avoir la langue bien pendue; n’avoir pas la langue dans la poche;
– avoir bon bec / être fort en bec (fam.) (a fi bun de gură);
– dire des paroles en l’air (în vânt);
– parler à son bonnet (de unul singur);
– parler avec qqn de la pluie et du beau temps (verzi şi uscate);
– tirer les vers du nez à qqn (a trage cu cârligul…);

ƒ Sentences et maximes

1. Trop parler nuit ou


Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs.
2. Par trop discuter on perd la vérité.
3. Mieux vaut glisser de pied que de la langue.
4. Le silence est plus profitable que l’abondance de la parole.
5. Les mots sont des nains, les exemples des géants.

ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire.


2. Trouvez des contextes adéquats pour les expressions ci-dessus.
3. Commentez les dictons. Quels sont leurs équivalents roumains ?
4. Questionnez votre collègue sur son dernier week-end.

Communication 2 (action de dire)


… J’ai ainsi vécu seul, sans personne avec qui parler véri-
tablement, jusqu’à une panne dans le désert du Sahara, il y a six ans.
Quelque chose s’était cassé dans mon moteur. Et comme je n’avais
161
avec moi ni mécanicien, ni passagers, je me préparai à essayer de
réussir, tout seul, une réparation difficile. C’était pour moi une question
de vie ou de mort, j’avais à peine de l’eau à boire pour huit jours.
Le premier soir je me suis donc endormi sur le sable à mille
milles de toute terre habitée. J’étais bien plus isolé qu’un naufragé sur
un radeau au milieu de l’océan. Alors vous imaginez ma surprise, au
lever du jour, quand une drôle de petite voix m’a réveillé. Elle disait:
– S’il vous plaît, dessine-moi un mouton !
Antoine de Saint-Exupéry

ƒ Repères

dire, parler, exprimer, prononcer, émettre etc.


Groupes antonymiques de divers types:
1. dire (quoi ?) a) du bien de qqn: bénir, louanger, élogier,
vanter etc.
b) du mal de qqn: blâmer, calomnier, dénigrer,
diffamer, noircir etc.
2. dire (comment ?) a) tout haut: crier, clamer, hurler etc.
b) tout bas: chuchoter, murmurer etc .
3. dire à qqn a) avec prééminence (supériorité):
– favorablement: autoriser, permettre, approuver,
consentir, recommander, conseiller;
– défavorablement: ordonner, interdire, sommer,
admonester, réprimander, reprocher etc.
b) avec soumission (docilité): prier, implorer,
supplier, conjurer etc.
L’opposition positif – négatif est exprimée souvent morpholo-
giquement:
dire / se dédire / contredire
approuver / désapprouver
mentir / démentir
informer / désinformer etc.
Les verbes de communication pourraient être groupés encore
selon:
1. le nombre de participants:
dire pour soi-même: monologuer, marmonner (a mormăi), ron-
chonner (a bodogăni), grommeler (a bombăni);
162
dire à une ou plusieurs personnes: dialoguer, discuter, débattre,
converser, demander, répliquer, répondre etc.
2. les registres de langue: parler, palabrer (a pălăvrăgi), bavarder
(a flecări), habler (a tălălăi), papoter (a sporovăi), jaser (a trăncăni),
badiner, blaguer (a glumi) etc.
parler / causer / faire la causette / tailler une bavette (a sta la
taifas cu…).
Pour cette activité il a demandé la bénédiction de son directeur
de conscience.
Quand il a divulgué leur secret, ses camarades l’ont blâmé
(critiqué, désapprouvé).
Ses parents lui ont fait des réprimandes sur sa conduite.
Je ne comprenais pas ce qu’il marmonnait (ce qu’il disait entre
ses dents à voix basse).
Dans cette pièce de théâtre, les dialogues entre le père et la fille
sont amusants.

ƒ Expressions imagées
– si le cœur vous en dit (dacă-ţi cere inima);
– en dire de belles / en dire de toutes les couleurs (a spune verzi
şi uscate);
– conter fleurette (a spune vorbe dulci);
– aussitôt dit, aussitôt fait (zis si făcut);
– on dirait que / on aurait dit que… (ai zice / ai fi zis că…);
– quoi qu’on dise (orice s-ar spune);
– qu’en dites vous? (ce spui / zici de asta?).

ƒ Sentences et maximes

1. N’ayez pas honte à dire ce que vous n’avez pas honte de


penser.
2. Celui qui dit ce qu’il sait, dit aussi ce qu’il ignore.
3. De dire au faire il y a au milieu la mer.
4. C’est une belle harmonie quand le dire et le faire vont
ensemble.
5. On ne jette de pierres qu’à l’arbre chargé de fruits.
163
ƒ Exercices

1. Traduisez le fragment littéraire.


2. Trouvez des contextes pertinents pour trois expressions.
3. Cherchez les correspondants roumains des maximes ci-dessus.
Choisissez une pour un petit commentaire.
4. Questionnez votre voisin(-e) sur ses hobbys.

Mon week-end
Samedi, moi et mon mari, nous nous occupons du ménage. Moi,
je fais le nettoyage et la lessive et lui, il fait les provisions pour la
semaine suivante. Ce n’est pas par plaisir qu’il fait les courses, mais
par devoir. Ce qu’il aime, c’est bricoler. Le bricolage est aussi la
passion de l’aîné, qui a douze ans. Il n’est pas passionné par le sport
ou par les discothèques comme les enfants de son âge. Il peut rester
des heures entières auprès de son père pour l’aider dans ses travaux. Et
nous trouvons que c’est normal. L’école mixte ne fait pas de dif-
férence d’éducation entre garçons et filles. C’est la famille qui doit
accomplir cette tâche, faire de sorte que les filles (avec leur pudeur) se
sentent filles et les garçons s’avouent garçons. Les filles et les garçons
ne sont pas interchangeables. Ils ont besoin, pour leur équilibre et leur
bonheur, d’une éducation à la différence. Surtout à la puberté, car le
décalage de maturité entre garçons et filles infantilise les garçons.
Avec la crise de la transmission éducative et la démission des adultes,
on aura une société non pas mixte, mais sans hommes. C’est en ce qui
concerne les vertus. Quant aux vices, la rue s’en charge: drogue,
alcool, cigarettes, prostitution etc.
La paternité est une grande responsabilité.

ƒ Repères lexicaux
outils à bricoler (à faire de petits travaux dans la maison): boîte
(f) à outils, marteau (m), tenailles(f, pl), scie (f) à métaux, esca-
beau (m), établi (m), étau (m), rabot (m), maillet (m), vrille (f),
clé (f), pince (m);
où faire des provisions: boulangerie (du pain, des baguettes, des
produits de pâtisserie, de la farine), boucherie (de la viande),
charcuterie (du jambon, des saucisses, du pâté de foie), crémerie
164
(du lait, de la crème, des oeufs, du fromage), épicerie (du riz, de
l’huile, du thé, du sucre, des conserves) etc.
au marché: des légumes (pommes de terre, haricots, choux,
carottes, concombres, tomates, oignon, ail etc.); des fruits
(pommes, poires, prunes, abricots, pêches, cerises, griottes etc.);
où faire des achats: au supermarché qui a plusieurs rayons (prêt-
à-porter, chaussures, chapeaux, montres et bijoux, parfums,
papeterie etc.).

Pour les gros achats nous allons ensemble dans les supermarchés
où on peut trouver presque tout le nécessaire. C’est d’habitude avant
les grandes fêtes. J’aime visiter surtout le rayon de prêt-à-porter
(haine de-a gata), mais aussi celui de chaussures, de gants et chapeaux,
de parfums… C’est un peu difficile à supporter pour mon mari qui
n’aime pas les supermarchés.
Mes deux filles aiment beaucoup cuisiner. Elles me donnent un
coup de main à la préparation des plats aimés de toute la famille: les
galettes, les boulettes, le rôti et la grillade. Nous aimons aussi le
poisson frit et mariné. Tous ces plats nous les préparons samedi. Faute
de temps, pendant la semaine on prépare des mets à la légère.

ƒ Expressions

– première éducation (cei şapte ani de-acasă);


– faire école buissonnière (a chiuli);
– l’école du monde / de la vie (şcoala vieţii);
– faire un bon / un mauvais marché (conclure une bonne / une
mauvaise affaire);
– à bon marché (pour peu de chose / à peu de frais).

ƒ Proverbes et sentences

1. Qui aime bien châtie bien (Bible).


2. L’éducation a des racines amères, mais ses fruits sont doux
(grec).
3. Il faut conduire l’enfant par la pudeur et l’ambition, comme
on conduit les chevaux par le frein et l’éperon (grec).
4. Une tête bien faite est mieux qu’une tête bien pleine (français).
165
ƒ Exercices

1. Commentez un des proverbes (à votre choix).


2. Parlez de votre week-end.

Volonté et action
Pour devenir un sportif de haut niveau, pour participer à des
épreuves sportives, à des championnats, pour réaliser des performances,
il faut avoir des qualités, dont:
– la capacité d’ordonner sa vie;
– une volonté de fer (inébranlable);
– la capacité de résister à la fatigue pendant un long effort (l’en-
durance);
– la concentration: le pouvoir de se concentrer, ne pas se laisser
distraire par le public;
– l’esprit d’équipe, fondamental dans les sports collectifs;
– de bons réflexes, rapides, efficaces et précis;
– savoir prendre de bonnes décisions très vite;
– le goût de l’effort: aimer réaliser des prouesses (des perfor-
mances).

ƒ Repères

sagesse (f), ténacité (f), audace (f), courage (m), fermeté (f),
maîtrise de soi (f), abnégation (f), persévérance (f), persistance
(f), assiduité (f), obstination (f), acharnement (f)
entreprise (f), réussite (f), réalisation (f), performance (f), essai
(m), échec (m), effort (m), programme (m), tâche (f), mission
(f), exécution (f) etc.
Luc Serge
est audacieux, courageux, les est peureux, lâche, il a peur de
obstacles ne lui font pas peur; tout;
il est déterminé, résolu; il décide est mou, passif; il ne décide
et agit vite rien; il est toujours indécis,
irrésolu; c’est qqn d’hésitant;
166
il sait prendre des initiatives; il est nonchalant, indolent;
est actif et vif est indifférent et froid;
est émotif et passionné
est tenace, persévérant: il va est inconstant, changeant:
jusqu’au bout de ses projets il commence, mais ne finit rien.

ƒ Expressions imagées
– être hors jeu (ne pas participer à qqch);
– calmer le jeu ( apaiser un conflit, une dispute);
– aller droit au but (parler ou agir directement, sans détour);
– être beau joueur (reconnaître la victoire d’un adversaire et
accepter de perdre avec le sourire);
– être ( être mis, rester) sur la touche (être exclu d’une activité):
Ce boxeur a été mis sur la touche. Il est resté sur la touche
pendant deux ans.

ƒ Sentences et maximes

1. Plus fait celui qui veut que celui qui peut. Qui a la volonté a
la force.
2. On ne devient pas champion sans suer.
3. On gouverne mieux les hommes par leurs vices que par leurs
vertus (Napoléon I-er).
4. Le plus dégradant esclavage, c’est d’être l’esclave de soi-
même (de ses faiblesses).
5. Dans la science de soi nul n’est passé maître.
Celui qui se connaît est seul maître de soi (maîtrise de soi).

ƒ Exercices

1. Faites le portrait moral d’un de vos sportifs préférés.


2. Et vous, quelles qualités avez-vous comme sportif ? Essayez
de faire un autoportrait.
3. Trouvez des équivalents pour les maximes ci-dessus. Faites le
commentaire d’une maxime (à votre choix). Ajoutez d’autres
du même sens.
167
TROISIÈME SECTION
POUR EN SAVOIR PLUS
Textes supplémentaires

MODULE I

Jeanne d’Arc
Chaque pays a des héros qui marquent de grands moments de
son histoire. C’est le cas de Jeanne d’Arc, héroïne d’un lointain passé
qui symbolise dans l’histoire de la France l’amour sans bornes envers
la patrie et envers Dieu.
Au début du XV-ème siècle, les Anglais et les Français sont en
guerre depuis presque cent ans. Les Anglais ont gagné la bataille
d’Azincourt et ils ont un puissant allié, le duc de Bourgogne.
La France n’a pas de roi, seulement un dauphin (héritier de la
couronne), Charles, qui vit à Chinon et ne peut pas chasser les Anglais
qui font le siège de la ville d’Orléans.
En 1412 naît à Domrémy, un village de Lorraine (situé non loin
d’Orléans), une petite fille appelée Jeanne. Elle est catholique et très
pieuse. Un jour, elle entend une voix qui lui dit d’aller chasser les
Anglais. Jeanne va à la cour de Chinon où elle reconnaît le dauphin,
qu’elle n’a jamais vu auparavant.
Elle lui parle longuement et elle obtient qu’il lui donne une
armure et des soldats.
Jeanne et ses soldats entre dans la ville d’Orléans et la reprend
aux Anglais. Elle continue de se battre et délivre toutes les villes
situées entre Orléans et Reims où sont sacrés les rois de France.
A Reims, le 17 juin 1429, le dauphin devient roi de France sous
le nom de Charles VII.
En essayant de délivrer la ville de Compiègne, les soldats du duc
de Bourgogne capturent Jeanne. Les Bourguignons la vendent aux
Anglais qui l’emprisonnent à Rouen et puis lui fabriquent un procès.
C’est l’évêque de Bauvais, Pierre Cauchon, favorable aux Anglais, qui
168
dirige son procès. On l’accuse d’hérésie, puis de sorcellerie. Ses juges
la condamnent. Elle meurt brûlée vive le 30 mai 1431 à Rouen.
Jeanne d’Arc est canonisée en 1920 et célébrée tous les 8 mai
(fête de la Sainte Jeanne d’Arc).

La suprême beauté de l’âme


… Il y a eu bien des martyrs; l’histoire en cite d’innombrables,
plus ou moins purs, plus ou moins glorieux… La sainte fille eut un
signe à part: bonté, charité, douceur d’âme.
Elle eut la douceur des anciens martyrs, mais avec une différence.
Les premiers chrétiens ne restaient doux et purs qu’en fuyant l’action,
en s’épargnant la lutte et l’épreuve du monde. Celle-ci fut douce dans
la plus âpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre
même. La guerre, ce triomphe du diable, elle y porta l’esprit de Dieu.
Elle prit les armes pour défendre sa patrie… Elle ne pouvait voir
« couler le sang françois ». Cette tendresse de cœur, elle l’eut pour tous
les hommes; elle pleurait après les victoires et soignait les Anglais blessés.
Pureté, douceur, bonté héroïque, que cette suprême beauté de
l’âme se soit rencontrée en une fille de France, cela peut surprendre
les étrangers qui n’aiment à juger notre nation que par la légèreté de
ses mœurs. Disons-leur (et sans partialité, aujourd’hui que tout cela est
si loin de nous) que sous cette légèreté, parmi ses folies et ses vices
même, la vieille France ne fut pas nommée sans cause le peuple très
chrétien. C’était certainement le peuple de l’amour et de la grâce.
Qu’on l’entende humainement ou chrétiennement, aux deux sens cela
sera toujours vrai.

…Aux temps lointains le Sauveur de la France devait être une


femme. La France était femme elle-même. Elle en avait la mobilité,
mais aussi l’aimable douceur, la pitié facile et charmante, l’excellence
au moins du premier mouvement. Lors même qu’elle se complaisait
aux vaines élégances et aux raffinements extérieurs, elle restait au
fond plus près de la nature. Le Français, même vicieux, gardait plus
qu’aucun autre le bon sens et le bon cœur. (Il restait toujours bon
enfant: petit mot, grande chose. Personne aujourd’hui ne veut être ni
enfant ni bon; ce dernier mot est une épithète de dérision).
169
Puisse* la nouvelle France ne pas oublier le mot de l’ancienne:
« Il n’y a que les grands cœurs qui sachent combien il y a de gloire à
être bon ! ». L’être et rester tel, entre les injustices des hommes et les
sévérités de la Providence, ce n’est pas seulement le don d’une heureuse
nature, c’est de la force et de l’héroïsme… Garder la douceur et la
bienveillance, parmi tant d’aigres disputes, traverser l’expérience sans
lui permettre de toucher à ce trésor intérieur, cela est divin. Ceux qui
persistent et vont ainsi jusqu’au bout sont les vrais élus… les vrais
enfants de Dieu !
J. Michelet, Jeanne d’Arc in
L’histoire de France continue, 1841
*
pouvoir au subjonctif

A l’occasion du 500 anniversaire de la mort de Jeanne d’Arc,


grand événement célébré dans la France catholique de l’époque,
Henry Bordeaux (1870-1963) écrivit une chronique des cérémonies
suivie d’une prière à la Sainte…
Ce 31 mai 1931 – Sainte Jeanne de Lorraine, devenue Jeanne de
France, puis Jeanne de l’univers catholique, puis Jeanne du monde
entier, puisque personne ne résiste plus aujourd’hui à votre grâce,
vous qui avez été à Domrémy, au moment du départ de votre mission,
incomprise de votre humble entourage et qui avez été à Rouen, après
l’avoir accomplie, la plus abandonnée des créatures, que dans cet im-
mense cri de tendresse qui monte aujourd’hui vers vous, cinq cent ans
après, vous demeuriez la patronne de tous ceux que la maladie, la
prison, la pauvreté, les détresses physiques ou morales, et le manque
d’amour même, vouent à une solitude, non point comparable à la
votre, car ils n’ont point votre courage à lui opposer, mais si cruelle à
leurs yeux, et que vous leur en appreniez comment on porte sa propre
douleur sinon la douleur d’un grand peuple que vous avez dissipée.
Inspirez aux paysans le goût, la passion pour la terre qui est notre
nourricière et notre amie, aux ouvriers le goût de la passion du travail
bien fait qui est l’honneur de l’homme, à tous ceux qui exercent un
commandement dans le domaine de l’esprit ou de la matière le sens de
leurs responsabilités, le respect de leur propre autorité, cette manière
humaine qui convient aux chefs et qui fut la vôtre, cette clarté qui
permet de distinguer les justes causes et d’écarter les mensonges et les
170
erreurs; faites que nous demeurions unis à notre pays et à nos morts,
avec le respect des droits étrangers et cette passion de la justice que
vos voix vous avaient inspirée. Alors, sainte Jeanne d’Arc et Domrémy,
remontera jusqu’à vous la douceur divine de cette paix intérieure et
extérieure qu’avec votre aide nous aurons méritée…
Sous le signe de Jeanne (1931), in Histoire d’une vie,
IX, éd. Plon (1962)
™ A qui est adressée cette petite prière ? Pour qui prie l’auteur?
Continuez:
Ce chrétien prie pour les …
Racontez la vie de cette héroïne et grande sainte française. Con-
naissez-vous des personnalités historiques du peuple roumain, qui ont
lutté contre ses envahisseurs ? Essayez de raconter leur vie et leurs
exploits.
Comparez les symboles des deux peuples chrétiens (catholique
et orthodoxe): Jeanne d’Arc et Etienne le Grand, canonisé en 1992.

Charles de Gaulle
Le général Charles de Gaulle (1890-1970): un personnage qui a
dominé l’histoire de la France au XX-ème siècle.
Après la défaite des forces françaises opposées aux armées
allemandes, le général de Gaulle s’envole pour Londres d’où il lance
son fameux appel à la résistance des Français contre l’ennemi le 18
juin 1940.
Avec ses troupes, le général de Gaulle participe au débarquement
en Normandie avec les Alliés.
La libération de Paris a lieu le 25 août 1944 et, le 26, il descend
des Champs-Elysées acclamé par tous les Parisiens.
Chef du gouvernement, il lance de nombreuses réformes. L’une
d’elles donne le droit de vote aux femmes. Mais, en 1946, en désac-
cord avec les partis politiques, il démissionne et part pour son village
natal, Colombrey-les-Deux-Eglises.
Les Français le rappellent au pouvoir en 1958 pour mettre fin à
la guerre que mène l’armée française en Algérie contre le Front de
libération nationale. Il fait voter une nouvelle constitution et il est élu
Président de la République pour sept ans. Il sera réélu en 1965 pour
un nouveau septennat.
171
Après la mini-révolution de mai 1968, de Gaulle propose aux
Français, en 1969, de modifier la constitution par référendum. Une
majorité de 53% l’oblige à se retirer de sa fonction. Il part pour
Colombrey où il mourra quelques mois plus tard. Le journal Figaro
publie un dessin: une petite Marianne pleure sur un grand chêne abbatu.
Les fragments ci-dessous, tirés de la „France Information”
N 138, en disent long sur sa vie.

Charles de Gaulle est né à Lille dans une famille attachée aux


valeurs traditionnelles. Il s’y forme une « certaine idée de la France »
dont il écrira dans ses « Mémoires » qu’il l’imagine: « telle la princesse
des contes ou la madone aux fresques des murs et vouée à une destinée
exceptionnelle. Mon père m’en a découvert l’histoire. Ma mère lui
portait une passion intransigeante ».
Henri de Gaulle, professeur de lettres et de philosophie, veille à
l’éducation de l’enfant, qui adore l’histoire et les lettres. Mais c’est le
métier des armes qui l’attire: il entre à l’école militaire de Saint-Cyr
en 1910.
« Quand je devrai mourir, je voudrais que ce soit sur un champ
de bataille… »
L’adolescent qui écrit ces vers n’a que 15 ans. C’est l’époque où
il se voit, l’épée au poing rendant un « signalé » service à la France.
Déjà visionnaire, il imagine dans un texte stupéfiant, « le général de
Gaulle, à la tête de 200 000 hommes et de 518 canons, écrasant les
Allemands et sauvant le pays d’invasion ».
« Quand j’entrais dans l’Armée », écrira de Gaulle, elle était la
plus belle chose du monde ». Et d’évoquer « la joie de servir, l’orgueil
des armes, le rêve de gloire au pied d’un étendard ». Il est nommé
caporal. Seulement caporal, ce brillant sujet ? « Pourquoi voulez-vous
que je nomme sergent un garçon qui ne se sentirait à sa place que
comme connétable ?» rétorque son capitaine. Le Connétable ! Un
surnom qui lui restera.
Lorsque la guerre de 1914 éclate, le lieutenant de Gaulle a 24 ans.
C’est un homme ombrageux, secret, qui parle de lui à la troisième
personne. Chez lui la bravoure est naturelle: le feu ne l’émeut guère. Il
caracole en avant des autres, bouillant d’impatience, méprisant les
prudents et les souples.
172
Il est blessé à deux reprises. Le 2 mars 1916, sous le fort de
Douaumont, de Gaulle et ses hommes se battent furieusement. Son
colonel a fait le récit de ce combat: « C’est alors qu’on vit cette chose
magnifique: la 10-ème compagnie, sous les ordres du capitaine de
Gaulle, foncer droit devant elle sur les masses ennemies en un corps à
corps terrible où les coups de baïonnettes et de crosses s’abattaient sur
ces braves. Jusqu’au moment où ils succombèrent ».
De Gaulle est porté disparu. On le croit mort. En fait, inanimé
sur le champ de bataille, la cuisse déchirée par une baïonnette, les
Allemands l’ont capturé.
Trente-deux mois de captivité l’attendent. L’un de ses compagnons,
Ferdinand Plessy, brosse un portrait du prisonnier de Gaulle: « Il exerçait
sur ceux qui l"entouraient un ascendant indéniable. Sous des dehors
simples et parfois familiers, il savait demeurer distant. Tous les jeunes
capitaines se tutoyaient. Personne n’a jamais tutoyé de Gaulle ».
Le Connétable ne supporte pas la captivité, ce « lamentable
exil ». Il nourrit une idée fixe: s’évader. Cinq fois il tente « la belle ».
En barque sur le Danube; à pied vers la Suisse distante de 400 km; en
descendant au bout de draps de lit tressés les 30 mètres d’un à-pic sur
lequel se dresse la forteresse de Rosenberg, en Franconie; en sciant les
barreaux de sa geôle et en quittant les lieux déguisé en civil avec barbe
postiche. Il va même jusqu’à plier en quatre sa longue carcasse (1,94 m)
pour la faire tenir dans un panier de linge sale et sortir de la forteresse
Wurtbourg. L’évadé arpente la nuit la campagne allemande et se cache
le jour. Mais bientôt sa haute taille le fait remarquer des villageois qui
le dénoncent aux gendarmes. Et c’est le retour vers la forteresse où
l’attend le traitement réservé aux irréductibles.
La guerre terminée, le prisonnier libéré est détaché auprès de
l’armée polonaise qui lutte contre les Soviétiques. Il participe à la
défense de Varsovie.
De retour en France, de Gaulle donne des cours d’histoire à
Saint-Cyr. Nommé commandant, il entre, en 1924, à l’Ecole de guerre,
la prestigieuse « école des maréchaux ». L’un de ses condisciples, le
futur général Chauvin, a raconté qu’un jour, il ne put se retenir de
déclarer à son camarade: « Je vais vous faire rire, mais j’ai le sentiment
que vous êtes voué à un grand destin ». Réponse (sans rire) du futur
libérateur de la France: «Moi aussi ! ».
173
Entre 1932 et 1938, de Gaulle publie plusieurs ouvrages dans
lesquels il développe sa doctrine de la guerre de mouvement et plaide
pour la création d’une armée de professionnels disposant d’une force
mécanique, les chars et les avions, qui aurait pour elle la puissance, la
vitesse, l’effet de surprise. Il a une vision claire de ce que sont les
guerres de demain.
Les vues pénétrantes du jeune colonel se heurtent à l’indif-
férence de l’Etat-major et des politiques. A la veille de la seconde guerre
mondiale la France ne possède qu’une seule division légère mécanique.
Une situation qui désespère celui qu’on appelle « le colonel Motor ».
« Vers l"armée de métier » n’est diffusé qu’à 750 exemplaires
en France. Il est, en revanche, largement répandu dans le Wehrmacht.
L’Histoire, cruelle pour la France, va bientôt démonter la justesse
des vues du colonel. En mai 1940, les chars déferlent comme il l’avait
imaginé… mais ce sont ceux de l’ennemi.
Cependant, à la tête d’une division cuirassée, de Gaulle parvient,
pendant quelques jours, à mettre ses théories en pratique. Lançant
avec fougue ses unités dans la bataille, il contient la poussée
allemande, enfonce le front, fait 400 prisonniers, détruit des dizaines
de chars… et dîne au mess sur un drapeau nazi en guise de nappe.
Le 16 juin, à Bordeaux, où la République moribonde enfante ce
qui sera le régime de Vichy, le maréchal Pétain demande l’armistice.
« C’est une trahison » s’écrie de Gaulle à qui répugne l’idée de
la défaite.
* * *
Le 17 juin de Gaulle s’envole pour l’Angleterre.
Churchill, soucieux de remettre en selle l’allié défait, le 18 juin
offre au général les antennes de la BBC, d’où il lance son fameux
« Appel ».
Il invite les Français, où qu’ils se trouvent, à le rejoindre: « Quoi
qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne s’éteindra pas ».
Le lendemain, en Bretagne, sa mère déclare: « Je reconnais
Charles. C’est exactement ce qu’il fallait faire ».
« Je n’étais rien au départ », dira-t-il.
Pourtant il s’impose aux Alliés et leur arrache la reconnaissance
d’une France Libre qui combattra sous ses propres couleurs.
174
En cet été 1940, le branle est donné. La France Libre est en
marche. Rien ne l’arrête. Ni les efforts de Vichy pour la ruiner, ni les
déboires qui l’attendent, ni les intrigues des Alliés. De Gaulle harcèle
ces derniers de ses exigences, de ses récriminations, de ses mouvements
d’humeur. Il n’a pas les moyens d’être faible. « La politique la plus
coûteuse, dit-il, c’est d’être petit ».
La romancière britannique Mary Borden, qui conduira au front
une ambulance de la France Libre, a fait un portrait saisissant de
l’Homme du 18 juin: « Il ressentait le déshonneur de son pays comme
peu d"hommes. Il avait littéralement pris sur lui, endossé, cette honte
nationale, comme le Christ les péchés du monde, un écorché vif auquel
le plus léger contact donne envie de mordre ».
On a prêté à Churchill ce mot célèbre: «De tous les croix que j’ai
eu à porter, la plus lourde a été la croix de Lorraine ».
Roosevelt, pour sa part, est profondément hostile à « l’apprenti
dictateur », à « la prima donna capricieuse qui se prend tantôt pour
Jeanne d’Arc, tantôt pour Napoléon ».
Au plus fort de ses querelles avec les Alliés, de Gaulle les
menace d’aller installer la France Libre… à Moscou.
Au début de 1944, les Alliés sont engagés en Italie. Un objectif:
marcher sur Rome. Un obstacle: le mont Cassin, près de Naples. Sous
les ordres du général Juin, le corps expéditionnaire français s’en
empare et pénètre le premier dans la ville éternelle.
Désormais les hommes à la Croix de Lorraine seront de tous les
combats, de toutes les victoires. Ils libéreront Paris et Strasbourg. Ils
franchiront le Rhin. Ils iront planter la Croix de Lorraine sur le nid
d’aigle d’Hitler, là-haut, dans les Alpes bavaroises.
Libérer le pays qui gémissait depuis quatre ans sous le joug
allemand ne suffisait pas. Le général de Gaulle devait encore moder-
niser les institutions, réussir la décolonialisation. Ce n’est pas de
gaieté de cœur qu’il octroie leur indépendance aux anciens colonisés
car sa formation le situe parmi les admirateurs de l’œuvre coloniale.
Mais « l’homme des circonstances » sait que l’évolution du monde
l’exige: « On peut comprendre la nostalgie de ce qui était l’Empire,
comme on peut regretter la douceur des lampes à huile, la splendeur
de la marine à voile, les charmes des équipages ». L’intérêt suprême
de la France était de ne pas s’accrocher vainement aux derniers
175
lambeaux de l’Empire. Il a convaincu le pays que la décolonialisation
signifiait mutation et non défaite.
Il croyait à une formule intermédiaire entre le capitalisme et le
socialisme. Entre la jungle de la compétition sauvage et la birocratie
tentaculaire, il envisageait une autre voie qui aurait mis fin à la guerre
des classes. « Au fond, le seul vrai révolutionnaire, c’est moi !», disait
à ce propos, mi-amusé, mi-sérieux, le Général.
« La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang,
mais il n’y a pas de France sans épée », disait le Général. Celui qui
préconisait naguère l’emploi des blindés, dote le pays de l’arme
nucléaire qui, seule, peut garantir sa sécurité et son indépendance. On
le voit revêtir la blouse blanche des atomistes pour visiter une usine
d’uranium.
Dotée de l’arme suprême, la France peut se retirer de l’Organisation
Atlantique (OTAN) dans laquelle elle était intégrée – mais sans que
l’alliance avec celle-ci soit rompue (1960). A bas « la paix de la servi-
tude ! ». Un état qui s’allie à plus fort que lui voit son pouvoir politique
investi par la puissance de l’autre. Devant l’écrivain André Malraux, le
Général résume ainsi sa philosophie: « Mon seul rival c’est Tintin.
Nous sommes les petits qui ne se laissent pas avoir par les grands ».
Malraux, ancien ministre du Général, fut son confident. Il a
beaucoup écrit sur l’Homme du 18 juin auquel il a consacré « Les
chênes qu’on abat ».
Le Général lui-même a le don de l’écriture. On a mis en évidence
son sens du mot exact, sa maîtrise du vocabulaire. Ses discours, il les
rédige lui-même, du premier au dernier mot. Il rédige ses « Mémoires »
en trois tomes. Ses droits d’auteur, le Général les consacre à la
fondation « Anne de Gaulle » qu’il a crée pour les enfants mal nés.
« Posséder a peu d’importance pour moi », disait de Gaulle. En
puritain qui se défie de l’argent, il méprise ceux qui vont à « la soupe ».
La « gloire de servir » n’a que faire des biens matériels !
A Colombrey, refusant toute forme d’enrichissement, il n’accepte
rien d’autre que sa retraite de simple général de brigade. Il conserve
seulement sa voiture de fonction, une vieille Citroën traction avant –
et paye le chauffeur de ses deniers.
A l’époque, la situation du Libérateur qui se tient « en réserve de
la République » dans son village, embarrasse le gouvernement et lui
176
propose le grade de maréchal. De Gaulle rejette l’offre avec dédain:
« Moi maréchal ! Comme l’autre !.. »
Il refuse aussi la médaille militaire que le pouvoir entend lui
décerner: «L’état ne se décore pas lui-même ».
„France Information”, n. 138
*
connétable – chef suprême des armées, après le Roi, sous l’ancien
régime.
™ Avez-vous bien compris ?
D’où le général de Gaulle a-t-il lancé l’appel du 18 juin 1940 ?
Où a eu lieu le débarquement des armées alliées ?
Quelle est la date de la libération de Paris ?
Pendant combien de temps est-ce que le général de Gaulle a
gouverné la France ?
Quand a-t-il quitté le pouvoir définitivement ?
Où s’est-il retiré ?
A-t-il accepté des richesses et des honneurs ? Pourquoi ?
Quels étaient ses principes de vie ?
A vous de continuer à formuler des questions sur ce texte et sur
la vie et l’activité de ce grand héros moderne du peuple français.

La campagne française
Le monde paysan est très divers. Les facteurs qui influencent la
vie rurale et le niveau de vie sont: la position par rapport aux grandes
axes routiers, la vitalité économique de la région, la proximité des
villes et des foires.
Les campagnes isolées restent en situation difficile. Vieillies,
peu attractives, faiblement peuplées et sous-équipées, elles ont peu de
chance de voir leur situation s’améliorer à court terme; même si la
vogue des résidences secondaires a parfois entraîné un renversement
de situation.
Le malaise paysan
Les exploitants agricoles exercent un métier exigeant et peut
rémunérateur. Les agriculteurs ont souvent le sentiment d’être les
laissés-pour-compte de la société, alors qu’il ont accompli de grands
efforts de modernisation et ont contribué depuis 50 ans au progrès
177
économique du pays. Ils ont su s’adapter à un métier devenu très
technique et qui ne s’accommode plus du savoir-faire empirique
d’autrefois: déterminer les orientations de l’exploitation, choisir les
variété adaptées au milieu, entretenir et réparer le matériel, prévoir les
investissements et tenir un budget exigent d’être à la fois un bon
technicien et un gestionnaire avisé.
Leur capital investi est élevé, dépassant en moyenne 800000
francs par exploitation. Les terres en représentent un peu moins de la
moitié, le matériel et les bâtiments de l’exploitation un tiers. Or, les
agriculteurs sont loin d’avoir la parité de revenus qu’ils revendiquent
avec les autres catégories sociales. Leur revenu disponible les place,
dans la hiérarchie sociale, entre les employés et les cadres moyens qui
n’ont pas, eux, la responsabilité de leur entreprise. Leur logement est
moins bien équipé que ceux de la moyenne des ménages, et le faible taux
de départ en vacances prouve l’astreinte que représente le travail agricole.
La population agricole familiale s’est réduite de trois quart en
vingt ans: ce sont surtout les jeunes, et plus particulièrement les jeunes
femmes, qui sont partis. C’est une population vieillie, à dominante
masculine qui caractérise aujourd’hui les paysans. En outre, 30% des
exploitants de 30 à 34 ans en 1993, contre 18% en 1979, sont céli-
bataires. Dans cette catégorie de population le déclin du mariage n’est
pas compensé par l’union libre.
Les charges des exploitations agricoles
ne cessent de s’alourdir
Le revenu agricole a connu une croissance rapide de 1960 à
1973. Il stagne, depuis, avec de fortes fluctuations d’une année sur
l’autre. Le revenu agricole est soumis aux caprices du temps et aux
fluctuations du marché. Les agriculteurs sont pris entre leurs four-
nisseurs, qui leur livrent semences, engrais et aliments pour animaux,
et le marché, aux prix fixés par les décisions de la CEE et la concur-
rence internationale. Les agriculteurs ne peuvent en effet répercuter
leur coûts de production sur leurs prix de vente, car les prix agricoles,
fixés pour la plupart chaque année à Bruxelles par le Conseil des
ministres de la CEE, augmentent nettement moins vite que les coûts
de production.
178
Les charges ne cessent de s’accroître; elles comprennent: les
consommations intermédiaires, c’est-à-dire les achats de biens et services
nécessaires à la production comme les aliments du bétail, les engrais,
les carburants, les dépenses vétérinaires; les charges d’exploitation, consti-
tuées par les remboursements des prêts, les salaires versés aux ouvriers
agricoles, les impôts, les cotisations sociales et les fermages.
L’endettement paysan s’accroît
L’écart entre revenu et charges explique l’endettement croissant
des exploitants auprès du Crédit Agricole. Celui-ci dépasse en1986
une année et demie en chiffre d’affaire; il n’était que d’une année en
1970. La part des prêts fonciers diminue, accompagnant les baisses
des prix de la terre, mais celle des prix d’équipement augmente. Le
soutien de l’Etat au revenu agricole prend des formes multiples:
bonification d’intérêts, aides conjoncturelles à la suite de mauvaises
récoltes, aides aux zones de montagne et aux régions défavorisées,
dépenses de protection sociale. Ces aides n’effacent pas l’angoisse du
lendemain. Un malaise latent existe dans une fraction de la paysannerie;
il éclate parfois en brusques flambées de colère (manifestations, grèves,
protestations).
„Sciences humaines”, mars 1996

malaise (m.) = peine (f.), difficulté


(les) laissés-pour-compte = personnes rejetées par la société
astreinte (f.) = obligation faite à un débiteur de payer une somme
déterminée par jour de retard;
(les) charges = (les) dépenses

™ Quels sont les facteurs qui influencent la vie rurale et le


niveau de vie? En quelle situation se trouvent les campagnes isolées?
En quoi consiste le malaise paysan? Pourrait-on le comparer à celui de
la Roumanie? Présentez quelques problèmes. Essayez d’en proposer
des solutions.

179
Des mots qui battent la campagne
Avoir la frite ou la pêche
Avoir la frite, avoir la pêche, les Français ont intégré depuis une
vingtaine d’années dans leur vocabulaire ces expressions signifiant
tout simplement qu’ils sont en forme. Mais pourquoi ces emprunts au
domaine des fruits et des légumes ?
La tête de l’être humain est peut-être ce qui est nommé le plus
souvent par référence au domaine fruitier, et depuis cette caricature
célèbre qui, au siècle dernier, montrait la tête de Louis-Philippe devenir
lentement une poire, le lexique s’est enrichi: une poire donc mais
aussi une calebasse, une cerise, une citrouille, un citron, un chou, un
coco, un melon, une fraise, une pêche, une pomme… En outre, lorsque
le fruit est trop gros, il dénote que la tête ne va pas bien; déjà citrouille
impliquait ce sens, mais avoir la tête comme une pastèque signifie que
l’on ne se sent pas très bien, voire bien mal. Et quand cette tête a pris
trop de coups, que l’on a le nez en patate ou en chou-fleur, tous les
fruits se mêlent et on a la gueule en compote. Liste impressionnante et
qui semble se ramener à une seule métaphore initiale. Mais pourquoi
un fruit, alors que la tête est étymologiquement un récipient (latin
testa, « vase de terre cuite ») et que le français populaire aurait tout
aussi bien pu explorer cette direction ? la réponse ne se situe peut-être
pas au niveau de la tête car le domaine des fruits et légumes et, en
l’occurrence, extrêmement productif.
Ainsi, au début du XIX-ème siècle, le verbe guigner (regarder
méchamment) et son déverbal guignon (malchance) donnent-ils naissance
au mot abrégé ghuigne avec le même sens de malchance. Jusqu’ici
rien que de très normal. Mais la ghuigne, la malchance donc est aussi
en français une griotte, d’où l’utilisation de cerise pour malheur:
porter la ghuigne ou porter la cerise sont aujourd’hui des expressions
fréquentes dont on a souvent oublié l’origine. Toujours du côté des
fruits, le marron, la châtaigne et la pêche coexistent avec le même
sens, celui de coup de poing, ce qui par contrecoup nous explique
avoir la pêche par une métaphore empruntant au vocabulaire de la
boxe: avoir la pêche c’est « avoir du punch », de la même façon
qu’avoir la frite nous renvoie sans doute à patate, toujours avec le
sens de coup. Le destin de l’être humain semble aussi étrangement lié
à un univers fruitier. Il commence par un bout de chou, souvent
d’ailleurs sa mère ou la personne qui l’aime l’appelle mon chou, il tire
180
parfois les marrons du feu, il glande lorsqu’il n’a pas envie de
travailler, ce qui en laisse d’autres mi-figue mi-raisin. Vient la vieil-
lesse, il sucre les fraises. Et lorsqu’il a un pépin (un ennui), lorsque le
raisiné (le sang) qui coule en ses veines s’arrête parce qu’il a reçu un
pruneau (une balle), il s’en va bouffer les pissenlits par la racine.
Mais cette dernière métaphore nous fait changer de domaine,
puisque nous passons au domaine des légumes. L’homme en effet
passe bien du temps à poireauter, lorsqu’il n’est pas très fidèle il a un
cœur d’artichaut (il en donne une feuille à tout le monde), certaines
adorent faire des salades (des histoires), d’autres sont des fayots (ils
font du zèle, mot qui nous vient de l’argot militaire: le soldat (fayot)
se rengage (fayotte), revient donc au régiment comme les haricots
secs, les « fayots », reviennent cycliquement au menu).
Lorsqu’il est fauché, l’être humain, du moins l’être humain fran-
cophone, n’a pas un radis. S’il est courageux, il travaille alors pour
mettre du beurre dans les épinards (améliorer l’ordinaire) ou pour se
sortir de la purée (la gêne financière) dans laquelle il se trouve. Lorsque
cela va mieux, il va parfois au cinéma voir un navet… A moins bien
sûr qu’il n’est travaillé pour des prunes ou pour des haricots ! dans
tous les cas il travaille pour gagner de l’oseille, du blé, ou de l’avoine,
mais cela nous mène à un autre paradigme que nous avons déjà
développé ici…
Arrêtons là même si notre liste pourrait être encore allongée en
puisant dans tous les produits du potager et du verger: le lecteur saura
pourvoir) nos manques. Mais que conclure ? Que la langue française
populaire emprunte largement au domaine agricole ? Sans aucun doute.
Mais il faut aussitôt préciser que cela ne caractérisent pas seulement
l’argot et la langue quotidienne. Songez aux linguistes par exemple, en
cela d’ailleurs semblables à tous leurs collègues scientifiques: ils font
du travail de terrain lorsque leurs recherches les mènent hors de leur
bureau ou de leur laboratoire, ils ont un domaine de travail, un champ,
un territoire qu’ils défendent, comme il se doit. Ils explorent des voies
d’accès au savoir… Encore une fois, ils battent la campagne, comme
Newton découvrant la gravitation universelle en piquant une petite
sieste sous un pommier. Alors, scientifique ou gavroche, nous sommes
bien tous des petits-fils de paysans.
Louis-Jean Calvet in „Le Français dans le Monde”
221, nov. déc. 1988
181
™ Comment comprenez-vous le titre de l’article? Quelle est
l’étymologie du mot tête? Le français populaire a-t-il exploré cette
direction? Par quels mots empruntés au domaine des fruits et des légumes
est désignée la tête? Et un coup de poing? Et la gêne financière?
Que veut dire faire des salades? Et porter la griotte? Et n’avoir
pas un radis?
Quelle est la conclusion de l’auteur? Comentez-la.
Tirez toutes les expressions de l’article et classez-les selon
qu’elles utilisent des fruits ou des légumes. Essayez de trouver pour
chacune d’elles des équivalents du roumain.

Sauver la Planète
Depuis une vingtaine d’années on constate un intérêt croissant
pour l’écologie. Il démontre à l’envi que les sociétés, déstabilisées par
la course aux profit ou la poursuite insensée d’une politique de
l’autruche, ont fini par concevoir que “cette planète ne nous à rien
promis”, comme disait un philosophe, et que, désormais, nos devoirs
envers elle devancent largement nos droits et nos caprices….
Les plus graves questions qui concernent l’humanité entière:
Comment préserver l’environnement? Comment éradiquer la pauvreté?
Comment sauver notre planète?
Car la Terre va mal, très mal. Pourtant, le diagnostic sur les
principaux maux qui l’accablent a été fait il y a dix ans, à Rio (Brésil),
lors du premier Sommet de la Terre. La sonnette d’alarme avait alors
été tirée: le climat se réchauffe, l’eau douce se fait rare, les forêts
disparaissent, des dizaines d’espèces vivantes sont en voie d’extinction,
la pauvreté totale ravage plus d’un milliard d’êtres humains…
Les dirigeants du monde avaient alors admis que “la cause
principale de la dégradation continue de l’environnement mondial est
un schéma de consommation et de production non viable, notamment
dans les pays industrialisés, qui est extrêmement préoccupant dans la
mesure où il aggrave la pauvreté et les déséquilibres”. Ils avaient
adoptés deux conventions décisives sur les changements climatiques
et la biodiversité, ainsi qu’un plan – dit Agenda 21 – pour généraliser
le développement durable.
182
Celui-ci repose sur une idée simple: le développement est durable
et les générations futures héritent d’un environnement dont la qualité
est au moins égale à celle qu’ont reçue les générations précédentes. Ce
développement suppose l’application de trois principes: le principe de
précaution qui favorise une approche préventive plutôt que réparatrice;
le principe de solidarité entre les générations actuelles et futures, et
entre toutes les populations du monde; et le principe de participation
de l’ensemble des acteurs sociaux aux mécanismes de décision.
Dix ans plus tard, les choses ne se sont pas améliorées. Au
contraire. Avec l’accélération de la mondialisation libérale, le “schéma
de consommation et de production non viable” s’est même renforcé.
Les inégalités ont atteint des niveaux jamais connus depuis le temps
des pharaons. La fortune des trois individus les plus riches du monde
dépasse la richesse cumulée des habitants des 48 pays les plus
pauvres. La souillure écologique du monde riche sur la biosphère s’est
aussi accentuée. Alors que la trentaine des pays les plus développés
représentent 20% de la population mondiale, ils produisent et consom-
ment 85% des produits chimiques synthétiques, 80% de l’énergie non
renouvelable, 40% de l’eau douce. Et leurs émissions de gaz à effet de
serre par habitant, comparées à celles des pays du Sud, sont dix fois
plus élevées.
Au cours de la décennie écoulée, les rejets de gaz carbonique
(CO2), cause principale du réchauffement climatique, ont augmenté de
9%… Ceux des Etats-Unis, premier pollueur de la planète, ont crû,
durant la même période, de 18%! Plus de un milliard de personnes
continuent à ne pas disposer d’eau potable, et près de trois milliards
(la moitié de l’humanité) consomment une eau de piètre qualité. A
cause de l’ingestion de cette eau polluée, 30000 personnes meurent
quotidiennement. Soit plus de dix fois – chaque jour! – le nombre de
victimes de 11 septembre 2001…
Les forêts continuent d’être dévastées; 17 millions d’hectares
disparaissent chaque année – quatre fois la taille de la Suisse. Et comme
les arbres ne sont plus là pour absorber les excédents de CO2, l’effet
de serre et de réchauffement s’aggravent. Par ailleurs, chaque année,
quelque 6000 espèces animales sont exterminées. Une extinction
massive menace – 13% des oiseaux, 25% des mammifères, 34% des
poissons – comme la Terre n’en a jamais connu depuis la disparition
des dinosaures…
183
Pour sauver la planète, il est indispensable que les puissants de
ce monde adoptent au moins sept décisions capitales:
– un programme international en faveur des énergies renou-
velables, centré sur l’accès à l’énergie des pays du Sud;
– des engagements en faveur de l’accès à l’eau et de son
assainissement en vue de réduire de moitié, d’ici à 2015, le
nombre de personnes privées de cette ressource vitale qui est
un bien commun de l’humanité;
– des mesures pour protéger les forêts, comme prévu par la
convention sur la biodiversité adoptée à Rio en 1992;
– des résolutions pour mettre en place un cadre juridique insti-
tuant la responsabilité écologique des entreprises et réaffirmant
le principe de précaution comme préalable à toute activité
commerciale;
– des initiatives pour subordonner les règles de l’Organisation
Mondiale du Commerce (OMC) aux principes des Nations
Unies sur sa protection des écosystèmes et aux normes de
l’Organisation Internationale du Travail (OIT);
– des règlements pour exiger des pays développés qu’il s’engagent
à consacrer un minimum de 0,7 de leur richesse à l’aide
publique au développement;
– des recommandations impératives, enfin, pour annuler la
dette publique des pays pauvres.
En détruisant le monde naturel, les hommes ont rendu la Terre
de moins en moins vivable. Le sommet suivant doit inverser les ten-
dances pouvant inéluctablement conduire à la catastrophe écologique
intégrale. Défi majeur de ce début de XXI-e siècle. Sinon, le genre
humain lui-même sera menacé d’extinction.
„Le Monde diplomatique”, août 2002

™Quels sont les plus graves problèmes de l’humanité? De quoi


a-t-on parlé à Rio, lors du premier Sommet de la Terre? Qu’est-ce
qu’ils ont adopté? Combien de personnes souffrent d’une pauvreté
totale? Nommez la cause principale de la dégradation continue de
l’environnement mondial. Les choses se sont-elles améliorées aujourd’hui?
184
Ce “schéma de consommation et de production” est-il devenu plus
viable? Commentez les phrases:
”Les inégalités ont atteint des niveaux… des 48 pays les plus
pauvres”.
“Plus d’un milliard de personnes continuent à ne pas disposer
d’eau potable…de 11 septembre 2001”.
Quelles sont les sept décisions capitales qui pourraient sauver la
planète? Quelle est votre opinion là-dessus?

L’axe du Mal
Trois fronts. Les citoyens doivent savoir que la mondialisation
libérale attaque désormais les sociétés sur trois fronts. Central parce
qu’il concerne l’humanité dans son ensemble, le premier front est
celui de l’économie. Il demeure placé sur la conduite de ce qu’il faut
vraiment appeler l’”axe du Mal”* constitué par le Fond Monétaire
International (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale
du commerce (OMC). Cet axe maléfique continue d’imposer au monde
la dictature du marché, la prééminence du secteur privé, le culte du
profit, et de provoquer, dans l’ensemble de la planète, de terrifiants
dégâts: hyperfaillite frauduleuse d’Enron, crise monétaire en Turquie,
effondrement calamiteux de l’Argentine, dévastations écologiques
partout…
Et la prochaine Conférence internationale sur le financement du
développement, qui se tient à Monterrey (Mexique) du 18 au 22 mars,
risque d’aggraver le désastre général en affirmant que le secteur privé
doit devenir le principal acteur du développement du Sud. Il est
scandaleux que les chefs d’Etat et de gouvernement, en particulier
ceux de l’Union européenne, refusent d’adopter, en faveur du dévelop-
pement, les indispensables mesures qui, seules, peuvent sauver de la
misère les deux tiers de l’humanité.
On peut en retenir dix: annuler totalement la dette des pays
pauvres; mettre en place un système de règlement généreux, juste et
équitable de la dette des pays du Sud; définir des garanties pour que
les futurs financements soient engagés dans des conditions satisfai-
santes et utilisés en faveur du développement durable; obtenir des
pays riches qu’ils s’engagent à consacrer au moins 0,7% de leur
185
richesse au financement du développement; rééquilibrer les termes de
l’échange entre le Nord et le Sud; garantir la souveraineté alimentaire
dans chaque pays; contrôler les mouvements irrationnels de capitaux;
interdire le secret bancaire; déclarer hors-la-loi les paradis fiscaux; et
mettre en place enfin une taxation internationale des transactions
financières.
Le deuxième front, clandestin, silencieux, invisible, est celui de
l’idéologie. Avec la collaboration active d’universités, de prestigieux
instituts de recherche (Heritage Foundation, Américain Enterprise
Institute, Cato Institute), de grands médias (The Financial Times, The
Wall Street Journal, The Economist, imités en France et ailleurs par
une foule de journalistes asservis), une véritable industrie de la persuasion
a été mise en place afin de convaincre la planète que la mondialisation
libérale apporterait enfin le bonheur universel. En s’appuyant sur le
pouvoir de l’information, des idéologues ont ainsi construit, avec la
passive complicité des dominés, ce qu’on pourrait appeler un délicieux
despotisme.
Cette manipulation a été relancée, après le 11 septembre, avec la
création par le Pentagone d’un très orwellien Bureau d’influence stra-
tégique (BIS), chargé de diffuser de fausses informations pour « influencer
les opinions publiques et les dirigeants politiques aussi bien dans les
pays amis que dans les Etats ennemis ».**
Comme dans les années les plus sombres du maccarthysme et de
la guerre froide, une sorte de ministère de la désinformation et de la
propagande a donc été mise sur pied chargé d’établir, comme dans les
dictatures ubuesques, la vérité officielle.
Le troisième front, inexistant jusqu’à présent, est militaire. Il a
été ouvert au lendemain du traumatisme du 11 septembre 2001 et vise
a doté la mondialisation libérale d’un appareil de sécurité en bonne et
due forme. Un moment tentés de confier cette mission à l’Organisation
du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), les Etats-Unis ont décidé
d’assumer seuls cette mission et de se doter de moyens considérables
pour l’exercer avec la plus impressionnante efficacité.
La récente guerre en Afghanistan contre le régime des talibans a
convaincu Washington qu’il est inutile, pour des missions de cette
envergure, de demander une collaboration militaire autre que minimale
186
à ses principaux alliés stratégiques, Royaume-Uni et France, ou même
à l’OTAN. Cette attitude de mépris a été confirmée lors de l’annonce
récente, faite sans consultation de ses alliés, de l’intention de Washington
d’attaquer prochainement Irak. Les protestations des chancelleries
européennes, qui s’estompent déjà, n’ont nullement impressionné
l’administration américaine. La fonction des vassaux est de s’incliner,
et l’Amérique aspire désormais à exercer une domination politique
absolue.
Les Etats-Unis sont en quelque sorte le premier Etat proto-
mondial. Ils ont la capacité de prendre la tête d’une version moderne
de l’empire universel, un empire spontané dont les membres se sou-
mettent volontairement à son autorité.
Cet empire aspire à réaliser dans les faits la mondialisation libérale.
Tous les opposants, tous les dissidents et tous les résistants doivent
maintenant savoir qu’ils seront combattus sur ces trois fronts:
économique, idéologique et militaire. Et que le temps de respect des
droits humains semble révolu, comme le prouve l’établissement de ce
scandaleux „bagne tropical” à Guantanamo où plusieurs Européens
sont séquestrés dans des cages… L’axe du Mal (FMI, Banque Mondiale,
OMC) dissimulait son vrai visage. On le connaît à présent.
„Le Monde diplomatique”, mars 2002
*
Dans son discours sur l’état de l’Union du 29 janvier 2002, le
président des Etats-Unis, M. George W. Bush, a évoqué un „axe du Mal”,
constitué, selon lui, par l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord.
**
Lire Propagandes silencieuses, Galilée, Paris, 2000.

™ Quel est le thème et les problèmes soulevés par l’article?


Relevez les mots-clés et les articulateurs logiques du texte.
Essayez de contracter le texte et d’en faire un résumé.
Plus court que le texte (un tiers, un quart), le résumé ne doit ni
déformer les idées, ni porter sur elles un jugement personnel.
On prendra la place de l’auteur, mais on rédigera le résumé par
des mots et expressions propres.

187
L’écologie et les béatitudes
En France les problèmes qui émergent sont multiples, et d’im-
portance variable. L’Institut National de la Recherche Agronomique
passe en revue toute sortes d’atteintes à l’intégrité de notre planète:
“vache folle”, poulet à la dioxine, épidémie de listériose, survaccination
antibiotique dans les élevages au patrimoine génétique affaibli par
l’insémination artificielle, menaces de la production agricole par des
semences génétiquement modifiées, accumulation des déchets radioactifs
en mer, terre et rivières saturées d’azote, désertification, disparition de
la biodiversité, apparition de perturbations climatiques inhabituelles…
L’exploitation intensive a transformé l’image du monde agricole:
autrefois paysan respectueux et protecteur de la nature, aujourd’hui
agriculteur pollueur. Tout le mal vient de cet appétit insatiable de ren-
dement, de records et de profits. C’est une course effrénée à l’avoir, au
pouvoir, à l’argent, un matérialisme épais, une maladie de l’âme. Il
serait illusoire de prétendre la combattre par cette autre forme de
matérialisme qu’est la religiosité de la nature véhiculée par le courant
écologiste dominant, imprégné du Nouvel Age et du culte Gaïa. ”Il ne
suffit pas de dénoncer les exploitations de la nature, il faut commencer
à vivre de façon différente, selon la proclamation des béatitudes
évangéliques si l’on veut devenir les bâtisseurs d’une écologie
authentique”, souligne le document Terre de Dieu, terre des hommes,
publié pour le Jubilé du monde agricole (novembre 2000) par le
Conseil pontifical Justice et Paix. Ce document rejoint les critiques
des écologistes sur les fausses valeurs, responsables des désastres de
l’environnement, qui sont à la base des sociétés avancées de consom-
mation, sur le mythe du développement matériel, et sur celui de la
culture du progrès illimité que ces sociétés poursuivent comme des
valeurs suprêmes.
Il insiste sur les injustices engendrées par l’accaparement des
terres, l’étatisme, l’exploitation du travail des paysans, les conditions
du marché international qui conduisent à privilégier les cultures
destinées à l’exportation aux dépens des cultures destinées à l’alimen-
tation locale etc.
Le document montre avec clarté que, dans le cadre de la nature
visible, nous sommes soumis à des lois non seulement biologiques,
188
mais aussi morales. Ainsi, on ne peut pas rechercher de solutions à la
crise de l’environnement sans se situer sur un plan doctrinal et moral,
dans la perspective de l’harmonie entre les êtres conformément à la
volonté de Dieu.
La conception écologique en train de développement détourne
les questions écologiques au service d’une conception totalement
matérialiste et globaliste. L’écologie est récupérée pour justifier un
Nouvel Ordre Mondial: les problèmes écologiques étant considérés
comme “globaux”, ils nécessiteraient un gouvernement international
pour être résolus…
De même que la récupération du thème de la justice sociale a
voulu justifier le totalitarisme soviétique, la subversion de l’écologie
voudrait justifier ce nouveau totalitarisme mondialiste, qui fait passer
du local au global, du national à l’international, de l’homme à la
nature. L’écologie deviendra le principe organisateur de la future
civilisation sur lequel s’édifiera la spiritualité globale, pure négation
de la grâce et du surnaturel chrétien, retour à l’éternel naturalisme, au
paganisme. Car une fois l’homme déchu de sa dignité d’être créé et
voulu pour lui-même par Dieu, l’individu disparaît nécessairement
derrière la collectivité, dont il importe avant tout de sauvegarder
l’assise écologique, la Terre, alors élevée au rang de Déesse-mère. Les
conséquences de cette déchéance se déclinent alors inéluctables: tota-
litarisme, euthanasie, eugénisme, avortement…Ils concluront que les
droits de la Terre-mère l’emportent sur les droits de ces êtres éphé-
mères que sont les hommes. Cette idéologie se trouve à la base de
l’élaboration de la Charte de la Terre, en cours depuis le Sommet de la
Terre de Rio de Janeiro (1992).
Dans certaines dispositions particulières, le projet de charte
actuel présente des similitudes avec une approche chrétienne, ce qui le
rend séduisant. Mais la perspective est ici holiste: le monde est envisagé
comme une réalité matérielle unique, dans laquelle tout est imbriqué.
L’homme lui-même est intérieur au monde; il n’a pas de réalité
distincte de lui.
Ainsi l’homme doit-il être soumis à l’impératif écologique, qui
est, dit le projet de la Charte “un fondement commun au moyen
duquel il faudra guider et évaluer la conduite des personnes, organi-
sations, entreprises, gouvernements et institutions transnationales”.
189
Comme le remarque Pascal Bernardin dans son livre l’Empire
écologique: “la révolution écologique s’appuie sur la subversion de la
véritable écologie et la coupe de sa vraie racine, le respect dû à
l’œuvre du Créateur”, en imposant comme nécessaire une vision du
monde et de l’homme totalement fermée à la transcendance, stric-
tement mécaniciste et immnentiste, avec pour corollaire des “valeurs”
purement utilitaires.
Or, tout en faisant partie de cette nature, les hommes sont carac-
térisés par leur dignité particulière d’êtres rationnels et libres, image
vivante et palpitante du Créateur, appelés à prolonger dans le monde
la Seigneurie de Dieu et à poursuivre et compléter l’œuvre de la
Création… C’est cette alliance entre Dieu, l’homme et la Création qui
devrait être aujourd’hui refondée. Tandis que Dieu pourvoit aux besoins
de toutes ses créatures, seul l’usufruit de la nature revient à l’homme.
La juste attitude de l’homme vis-à-vis de la Création est celle du
bon jardinier, dont c’est la responsabilité de bien gérer la terre en
respectant les lois du vivant, parce qu’il n’est pas au-dessus d’elle, et
en faisant œuvre de créativité.
L’écologie ouvre un immense champ d’investigation, de décou-
vertes et de progrès, presque inexploré, que ce soit dans le domaine de
la biodiversité, des énergies renouvelables et non polluantes telles que
le “pétrole vert”, ou de l’agriculture biologique, qui pourrait engendrer
une société durable authentique. Il est invraisemblable que la recherche,
qui permettrait de dégager les lois de la nature (que la plupart du
temps nous ignorons), soit dévoyée au profit du secteur rentable des
biotechnologies, qui absorbent tous les crédits…
„Famille Chrétienne”, N 1191 du 9 novembre 2000

™ Quels sont les problèmes écologiques actuels? En quoi s’est


transformé le sage paysan français d’autrefois? Pourquoi? Quels sont
les mobiles d’un tels comportement? Quelles sont les solutions pro-
posées par le document pontifical? Pourquoi critique-t-il la position
des écologistes globalistes? Offre-t-elle de place à la dignité de l’individu
humain, considéré “être éphémère”? Quelles sont les conséquences
d’une telle approche écologiste pour l’homme? Quelle serait la vrai
écologie pour vous? Et le vrai amour envers les animaux?

190
MODULE II

La France dans l’Europe et dans le monde

Pour créer une paix durable en Europe après la seconde guerre


mondiale on a décidé de mettre en commun les ressources. En 1951 a
pris naissance la Communauté européenne du charbon et de l’acier
(CECA) qui réunissait la France, l’Allemagne, l’Italie et les trois pays
du Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg).
Six ans après, en 1957, les six pays signent le traité de Rome qui
institue une Communauté économique européenne (CEE), avec un
Marché commun, un marché à cette époque de 180 millions d’hommes
qui allait permettre un formidable développement de ces six pays sur
le plan industriel, commercial et agricole grâce à une politique agricole
commune (PAC).
En 1963, le traité de l’Elysée officialise la réconciliation franco-
allemande. Dès lors le moteur franco-allemand et ses couples célèbres,
de Gaulle – Adenauer, Giscard d’Estaing – Schmidt, Mitterrand – Kohl,
allaient permettre le développement spectaculaire de la construction
européenne.
Entre 1973 et 1995, l’Europe des six va devenir l’Europe des
Quinze (les six pays du traité de Rome et la Grande-Bretagne, l’Irlande,
le Danemark, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Suède,
la Finlande).
Le Traité de Maastricht approuvé par tous les pays membres en
1992 a mis en place la nouvelle forme de l’Europe, l’Union Européenne
(UE). C’est ainsi que le Parlement européen élu au suffrage universel
direct depuis 1979 et qui siège à Strasbourg s’est vu accorder des
pouvoirs de contrôle plus importants sur l’organe exécutif de l’Union,
la Commission européenne qui, elle, se trouve à Bruxelles. Deux
191
Françaises ont été élues à la présidence du Parlement: Simone Weil
(1979-1982) et Nicole Fontaine (1999-2002).
La Commission a l’initiative de préparer les directives (orienta-
tions) et de les mettre en œuvre. Les directives sont soumises à
l’approbation des chefs d’Etat et de gouvernement des Quinze qui
constituent le Conseil et qui sont l’autorité souveraine de décision. Le
Français Jacques Delors, président de la Commission de 1985 à 1995,
a donné à la construction européenne une impulsion décisive.
Le traité d’Amsterdam (1997) est venu compléter le traité de
Maastricht. D’inspiration libérale sur le plan économique, il instaure la
nécessité d’un pacte de solidarité sociale. Il crée une coordination en
matière de politique extérieure et organise un début de défense commune.
Le traité de Nice (2000) prépare l’élargissement de l’Union aux
pays d’Europe centrale et orientale, et précise les conditions de repré-
sentation institutionnelle de l’ensemble des pays. Actuellement la
Hongrie, la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie, la Bulgarie,
la Yougoslavie, la Roumanie négocient leur adhésion. L’élargissement
de l’Europe pourrait porter à 25 le nombre de pays participant à
l’Union. Le débat sur la nature et l’organisation d’un si vaste ensemble
ne fait que commencer.

™ Expliquez l’importance des dates suivantes dans la construction


européenne: 1951, 1957, 1963, 1992, 1997, 2000. Quelles sont les
principales institutions de l’Union européenne? Quels sont les rapports
entre le Parlement, la Commission et le Conseil? Pourquoi tant de
pays ont-ils adhéré à l’Union européenne? Quelles sont les difficultés
posées par l’élargissement de l’Europe des Quinze? Après avoir regardé
le schéma ci-dessous, dites quelles sont les institutions européennes et
quel est le rôle de chacune d’elles.

192
Le schéma des pouvoirs européens

La peste
Pourquoi 5,5 millions de Français ont-ils voté, le 21 avril 2002,
lors du premier tour de l’élection présidentielle, pour deux partis
d’extrême droite xénophobes, antisémites, racistes et ultranationalistes?
Ce qui s’est effondré ce jour-là, c’est une certitude confortable: alors
que tout changeait dans le monde, rien ne devait se modifier dans le
champ politique français. Deux vieux partis – gaulliste et socialiste –
devaient continuer de se partager tranquillement le pouvoir comme
depuis trente ans…
Or ces deux forces politiques, chacun le sentait, étaient usées,
leur mission historique semblait depuis longtemps épuisée. Elles don-
naient l’impression, chacune à sa manière, d’être en panne, avec des
193
appareils déliquescents, sans organisation ni véritable programme,
sans doctrine, sans boussole et sans identité.
Des élections précédentes avaient déjà montré qu’aucun de ces
deux partis ne savait s’adresser à ces millions de Français qu’effrayaient
les nouvelles réalités du monde postindustriel né de l’effondrement du
mur de Berlin et de la fin de la guerre froide. Cette foule des ouvriers
jetables, de retraités en plaine force de vie, des jeunes précarisés, des
familles modestes au seuil de la pauvreté. Toutes ces personnes
angoissées par les peurs et les menaces d’une période où les repères
habituels semblent définitivement perdus.
Le parti socialiste, en particulier, qui ne compte presque plus des
cadres issus des couches populaires et dont des nombreux dirigeants
sont assujettis à l’impôt sur les grandes fortunes, a donné l’impression
d’être sur une autre planète sociale, à des années-lumière du peuple
commun. Il s’est montré fort peu sensible à la souffrance de cette
“sous-France”, selon l’expression de Daniel Mermet…
Alors que la peste contaminait ainsi, insensiblement, les rouages
des institutions politiques françaises, n’était-il pas illusoire de croire
que le pays se maintiendrait à l’abri d’un fléau qui bouleversait la vie
politique de son voisinage immédiat? Pouvait-il avoir une exception
française quand, à l’instar de ces autres pays européens, la société était
soumise, au nom de la “modernité”, à des séismes et des traumatismes
d’une formidable violence? Comme la mondialisation libérale, l’unifi-
cation européenne, la réduction de la souveraineté nationale, la disparition
du franc, l’effacement des frontières, l’hégémonie des Etats-Unis, le
multiculturalisme, la perte d’identité, la crise de l’Etat-providence…
Tout cela dans un contexte de fin d’ère industrielle et de très
grandes mutations technologiques qui ont entraîné l’apparition d’une
insécurité économique générale et ont causé d’insupportables ravages
sociaux. Un contexte où, la logique de la compétitivité ayant été
élevée au rang d’impératif naturel, les violences et les délinquances de
toutes sortes devaient naturellement se multiplier. Devant la brutalité
et la soudaineté de tant de changements, les incertitudes s’accumulent,
l’horizon se brouille, le monde semble opaque et l’histoire paraît
échapper à toute prise, à toute logique. De nombreux citoyens se sont
sentis abandonnés par des gouvernants, de droite comme de gauche,
194
que les médias n’ont cessé par ailleurs de décrire comme des affai-
ristes, des tricheurs, des menteurs et des corrompus…
„Le Monde diplomatique”, mai 2002

™ Quels sont les deux partis français qui se partagent le pouvoir?


Comment sont caractérisées ces deux forces politiques? Trouvez le
passage qui présente le parti socialiste. Commentez le jeu de mots:
souffrance et sous-France. Expliquez le titre. À quelles mutations est
soumise la société française au nom de la “modernité”? Décrivez le
nouveau contexte socio-politique et ces incertitudes. Pourquoi de
nombreux citoyens se sont sentis abandonnés par les gouvernants de
droite que de gauche? Quels sont les problèmes auxquels se heurtent
les citoyens de notre pays?

Comment la mécanique européenne confisque


la souveraineté populaire
Est-il encore utile de voter après le sommet de Barcelone?
Faire semblant de mettre au débat des questions déjà tranchées
ailleurs n’est pas le meilleur moyen de réconcilier les citoyens avec la
politique. Or les modes de prise de décision de l’Union européenne
reviennent à contourner en permanence les citoyens et les élus, et à
leur imposer, au nom de l’Europe, des politiques libérales. Le récent
Conseil européen de Barcelone, qui a notamment décidé de repousser
de cinq ans l’âge de la retraite, est un cas d’école de cette mise à la
trappe de la souveraineté populaire.
Pendant que les deux principaux candidats à l’élection prési-
dentielle française faisaient assaut de ces “petites phrases” qui élèvent
tellement le niveau du débat électoral, le président de la République et
le premier ministre s’occupaient des choses sérieuses: ils tranchaient
conjointement et définitivement sur quelques grands dossiers. En
particulier ceux sur lesquels, sans états d’âme apparents, ils demandent
aux citoyens de se prononcer après coup.
Pour ce qui est, entre autres, de l’âge de la retraite, des fonds de
pension, de la “libéralisation” des services publics, de la politique
salariale et de la flexibilité du travail, inutile de perdre son temps à lire
les programmes ou professions de foi des candidats: tout a déjà été
195
décidé. Où? A Paris, au Parlement ou au gouvernement? Non, à
Barcelone lors du sommet des chefs d’Etats et de gouvernement de
l’UE, le 15 et 16 mars dernier. Le véritable programme commun à M.
Jacques Chirac et à M. Lionel Jospin pour les années à venir figure
dans le document intitulé “Conclusions de la présidence, Conseil
européen de Barcelone”, et qui, en bonne logique démocratique, devrait
faire partie des documents adressés à tous les électeurs…
„Le Monde diplomatique”, avril 2002

™ Quel est le thème et le problème soulevés par l’article ?


Commentez les trois phrases du premier paragraphe. Comment a dû
être traité ce problème en bonne logique démocratique ? Quelle a été
la voie suivie par les gouvernants ? Comment comprenez-vous la
démocratie ?

L’école
Ne pas oublier les finalités
entretien avec Paulette Lassalas (Académie de Poitiers),
par Jacques André
A.: Le thème de l’ouverture de l’école a été très à la mode à une
certaine période. L’est-il encore aujourd’hui ?
L.: Ouvrir l’école sur la vie est , en effet, un thème à la mode. Il
l’est tellement qu’il est démodé, parce qu’il y a un moment où toute
mode se démode et où se sont ceux qui étaient démodés qui (re)de-
viennent à la mode. On a ouvert l’école, mais on ne sait pas trop sur
quoi et à quoi on l’ouvre. En outre, je ne sais pas si l’école peut
vraiment être ouverte, sauf à se renier en tant qu’école.
A.: L’école ne vous paraît-elle pas, depuis 1980 en particulier,
très dépendante du contexte socio-économique?
L.: L’indépendance de l’école se conçoit par rapport aux
pouvoirs dont elle pourrait être dépendante. Or, aujourd’hui l’école est
devenue dépendante de trop nombreux pouvoirs qui oppressent ceux
qui dirigent les établissements et ceux qui enseignent. C’est, à mon
avis, un effet pervers de la décentralisation. Les pouvoirs se sont
rapprochés. Il y a une pression intolérable sur l’école de la part des
196
pouvoirs locaux alliés aux pouvoirs institutionnels. Ainsi, dépendante
du pouvoir, l’école est devenue dépendante de certaines modes,
essentiellement de celles qui sont propagées par les pouvoirs, notam-
ment médiatiques.
A.: Ne manquerait pas actuellement un recul, une distance
historique dans les théories pédagogiques et leur diffusion?
L.: C’est précisément ce genre de vision que proposait Louis
Gros dans les années soixante, dans un article qui m’a marquée,
intitulé “L’enseignement est une magistrature”. Il signifiait par là, bien
entendu, une magistrature de l’esprit. Mais en revendiquant une
situation de magistrature pour l’école, il revendiquait une situation
d’indépendance pour celle-ci, indépendance face aux divers pouvoirs,
analogue à celle de la justice (en théorie, du moins). Ces propos sur
l’indépendance de l’école signifiait justement qu’elle pouvait et
devait, le cas échéant, se fermer si elle le désirait.
A.: Dans une école aussi dépendante, comment les enseignants
peuvent-ils être libres de leurs pensées, de leurs actes, et comment
peuvent-ils préparer le règne de la liberté, l’autonomie de leurs
disciples, valeurs dont on parle tant?
L.: Il faut être soi-même très indépendant pour pouvoir garantir
la liberté des autres. Or, c’est cela qu’il faut construire à l’école.
Construire des libertés si on n’est pas libre, ce n’est pas possible. Il
faut donc pouvoir dire non. La liberté ne peut être que personnelle. De
plus, elle dépasse toutes les techniques. Elle est d’un autre ordre,
comme dirait Pascal.
A.: Cependant le discours pédagogique ambiant est souvent
réduit à la seule dimension technique. L’ingénierie didactique a supplanté
la pédagogie humaniste et on peut se demander de quels champs de
liberté peuvent disposer des apprenants cognitifs, objets d’étude des
didacticiens.
L.: La technique est indispensable cependant. On est d’autant
plus indépendant que l’on est fort techniquement. Il ne faut pas
l’oublier. Toutefois, on a trop tendance maintenant à faire croire que
l’appareillage technique peut être suffisant, ce qui me paraît complè-
tement faux. C’est la liberté que permet d’intégrer l’échec, ce n’est pas
l’appareillage.
197
A.: Oui, mais c’est justement l’outillage didactique qui apparaît
à beaucoup comme le meilleur moyen de lutter contre l’échec scolaire.
N’est-ce pas une vue trop limitée?
L.: A ce sujet, je me souviens d’une conférence à Poitiers de
Tony Lainé, psychiatre et psychanalyste célèbre. Devant deux mille
personnes, il a osé dire qu’il y avait des réussites dont les raisons lui
échappaient, parce qu’elles n’étaient le fait que de l’amour. Il citait le
cas d’enfants handicapés mentaux qui avaient été confiés à des nourrices
qui n’avaient pour elles que leur pouvoir d’aimer. Elles avaient sauvé
ces enfants, et les psychiatres avouaient qu’ils étaient très humbles
devant ce type de réalités parce qu’elle échappait à leur prise. Ils
faisaient le constat, n’avaient rien à dire, s’inclinaient. La rationalité
s’inclinait ici devant l’amour. Avouer humblement que des réussites
sont dues à un pouvoir d’amour qui n’est pas le fait de l’instruction
me paraît profondément libérant.
A.: Cette humilité ne devrait-elle pas habiter certains théoriciens,
formateurs ou enseignants qui veulent faire de la pédagogie une science
ou une technique?
L.: Certainement. On oublie trop aujourd’hui la qualité de la
médiation et ceci a des conséquences. Par exemple, à l’école élémentaire,
je pense qu’il convient de ne pas trop laisser la place aux intervenants
extérieurs sous le prétexte de leur compétence technique dans un
domaine particulier. Il est préférable souvent de maintenir la confiance
aux instituteurs même si techniquement ils n’ont pas le bagage. Par
exemple, j’ai pu constater que les élèves d’une de mes anciennes étu-
diantes, jugée inapte sur le plan manuel tant elle était peu coordonnée,
peignait d’une manière magnifique. Leurs travaux étaient vraiment
superbes! Je crois qu’elle les aidait beaucoup à regarder, et il n’est pas
nécessaire de savoir faire pour aider à regarder… On a beaucoup trop
assimilé les médiations au plein sens du terme aux médiations par le
faire. Je me demande si contempler ce n’est pas un faire? Il ne me
paraît pas toujours nécessaire d’offrir aux enfants des spectacles de ce
que l’on sait faire.
A.: En dehors de cette mode et de la dérive technicienne et
productiviste, en voyez-vous d’autres dans le domaine pédagogique?
L.: Je pense à celle qui concerne la lecture d’ouvrages ou de
revues pédagogiques. Certains auteurs sont actuellement très en vogue.
198
Mais ce n’est pas parce qu’on lit Meirieu qu’Alain ou Reboul sont
devenus désuets. Il me semble qu’à partir du moment où le temps de
lecture est réduit, il ne faut pas chercher à lire ou à faire lire cinquante
livres traitant de pédagogie, mais quatre ou cinq pour la vie, auxquels
on puisse revenir; ceux qui ont marqué et dont nous avons intégré
l’essentiel, même s’ils ont plusieurs siècles. J’ai été, pour ma part, très
influencée par Rousseau, celui de L’Emile et du Contrat Social, car
l’un ne va pas sans l’autre, ce qu’on oublie trop souvent. La première
doit être considérée comme une grande rêverie, mais n’oublions pas le
pouvoir fécondant des rêveries. Et puis, c’est tellement magnifiquement
écrit! Cela compte aussi. A cette lecture je dois ajouter, bien sûr,
Rabelais, Pascal, Alain, Gusdorf, Reboul, les classiques, en somme.
Les parutions des ouvrages pédagogiques sont de plus en plus nom-
breuses et, en même temps, la déclinaison d’un même livre s’effectue
sous des titres différents. La forme varie, pas le fond.
A. : Par-delà les modes qui changent, voyez-vous des constantes
dans le champ scolaire ?
L.: Les constantes les plus importantes me paraissent se situer
dans la relation maître-élève. Les élèves, même s’ils ne savent pas le
dire, quand on les interroge sur leurs attentes, ressentent le besoin
d’avoir des raisons de vivre, de croire, d’espérer, et cela n’est pas de
l’ordre du fugitif. Cela ne peut pas être apporté par trop de souffles
extérieurs, parce que c’est très dépendant finalement de la personne du
maître.
A.: Je pense ici au livre de G.Gusdorf Pourquoi des professeurs!
Où ils écrit que les jeunes ont besoin d’avoir des maîtres, ceux qui, en
même temps qu’ils donnent une leçon dans une discipline, donnent
une leçon de vie.
L.: Les élèves ont en effet ce besoin, même s’ils ne le formulent
pas. Ils existe des finalités qui sont intuitivement désirées mais sans
être formulées, car elles ne peuvent pas l’être. Elles sont de l’ordre de
la rencontre et la rencontre ne se programme pas.
A.: Voulez-vous parler ici de ces personnages marquants qui ont
jalonné notre cursus scolaire?
L.: Oui, car ce sont eux qui donnent quelques repères, quelques
références auxquelles on ne peut pas être totalement infidèle tout au
long de sa vie. Mais cela ne peut pas tellement se formaliser…
199
A.: …s’opérationnaliser, se mettre en grilles, s’évaluer… donc
on ne le prend pas en compte.
L.: Oui, et c’est pourtant là l’essentiel de l’acte pédagogique!
„Cahiers pédagogiques”, N 330, janvier 1995

™ Sur quoi porte la première question du journaliste ? Com-


mentez : « En outre, je ne sais pas si l"école peut vraiment être
ouverte, sauf à se renier en tant qu’école ».
Que dit la didacticienne sur l’autonomie de l’école et de la
liberté des enseignants ? Quel rôle revient à l’ingénierie didactique (à
l’outillage, à l’appareillage technique) dans le processus de l’enseigne-
ment? Commentez : « On est d’autant plus indépendant que l’on est
fort techniquement. Il ne faut pas l’oublier. Toutefois, on a trop
tendance maintenant à faire croire que l’appareillage technique peut
être suffisant, ce qui me paraît complètement faut. C’est la liberté qui
permet d’intégrer l’échec, ce n’est pas l’appareillage ».
Quel est le rôle de l’amour et de la pédagogie humaniste dans
l’enseignement, selon les spécialistes ? Commentez : « La rationalité
s’inclinait devant l’amour. Avouer humblement que des réussites sont
dues à un pouvoir d"amour qui n’est pas le fait de l"instruction me
paraît profondément libérant » . Que devraient faire les théoriciens, les
formateurs et les enseignants qui s’efforcent de transformer la
pédagogie en une science ou en une technique ? Quel est l’importance
de la médiation ? Pourquoi est-il préférable de maintenir la confiance
aux instituteurs même si techniquement ils n’ont pas le bagage ?
Commentez : « Les élèves ont besoin d’avoir des maîtres, ceux qui, en
même temps qu’ils donnent une leçon dans une discipline, donnent
une leçon de vie ».

La Pieuvre publicitaire
Tentaculaire, étouffante, oppressive, la publicité ne cesse d’étendre
ses domaines d’intervention. Elle a récemment conquis de nouveaux
territoires, en particulier ceux de la galaxie Internet. Le chiffre d’affaires
publicitaire sur la Toile, en France, l’an dernier, avant la crise actuelle,
a dépassé le milliard de francs, soit plus que les recettes publicitaires
des salles de cinéma. Sous la forme discrète du parrainage, son champ
200
d’intrusion ne connaît pratiquement plus de limites. Par ce biais quasi-
clandestin, elle est parvenue à investir, ces dernières années, l’art, la
culture, la science, l’éducation, et même la religion.
A la fois véhicule d’idéologie et technique de persuasion, la
publicité sait se parer des meilleurs atours de la séduction en mobi-
lisant toutes les ressources de la stratégie du désir sous toutes leurs
formes. Sa rieuse apparence et son entrain sympathique la rende
agréable, voire acceptable, au plus grand nombre. Et font parfois
passer pour des fous tous ceux qui, simplement, rappellent que, sous
ses dehors aguichants, la publicité n’est parfois qu’une propagande,
une véritable machine idéologique au service d’un modèle de société
fondée sur le capital, le marché, le commerce et la consommation.
A cause de la publicité, a écrit Herbert Marcuse, „les luxes
deviennent des nécessités que l’individu, homme ou femme, doit
acquérir sous peine de perdre son „statut” sur le marché compétitif,
au travail et dans les loisirs. Cela à son tour aboutit, pour lui, à la
perpétuation d’une existence vouée toute entière aux performances
aliénées, déshumanisées, à l’obligation d’obtenir un emploi qui
reproduit l’asservissement et le système d’asservissement”.*
La puissance des investissements publicitaires est telle que des
secteurs entiers de la vie économique, sociale et culturelle en dépendent.
C’est déjà le cas du sport ou des médias. Mais aussi, de plus en plus,
de la recherche et de l’enseignement. Et même de la politique, qui y
recourt massivement pendant les campagnes électorales. Est-ce un
hasard que M. Silvio Berlusconi, classé en tête par les sondages, fin
avril, aux élections législatives italiennes du 13 mai, dirige la plus
grande firme publicitaire d’Italie? Nul ne peut l’oublier, la publicité se
rattache au premier et au plus redoutable des arts: la manipulation des
êtres humains.
„Le Monde diplomatique”, mai 2001
*
Herbert Marcuse, „un nouvel ordre”, in Sociétés sous contrôle,
„Manière de voir”, N 56, mars-avril 2001.

™ De quel genre de texte s’agit-il (biographie; préface d’une


œuvre; article de vulgarisation scientifique, économique; critique
artistique, littéraire, philosophique; article de presse présentant un fait
politique, culturel, sociologique, psychologique…)?
201
Quel est le thème principal du texte? Correspond-il au titre?
Quel(s) est/sont le(s) but(s) de l’auteur? Cherche-t-il à
– exposer des faits?
– analyser des faits?
– séduire ou persuader?
– juger ou critiquer?
Quel est le ton du texte: scientifique, humoristique, ironique,
neutre, polémique…?
Formulez rapidement la réponse à ces quelques questions: qui?
quand? quoi? comment? pourquoi? dans quel but?

Un homo scientificos arrivé sur l’Olympe


(sur Eugène Coşeriu; propos du fils de son ancien maître,
devenu grand homme de lettres)
Je suis fermement convaincu que les personnalités remarquables,
qui ont enrichi la culture de l’humanité, qui ont beaucoup fait pour que
les hommes du monde entier puissent s’entendre mieux, doivent servir
dans leur patrie d’exemple pour les jeunes générations. Une telle
personnalité est Eugène Coşeriu, savant bien connu dans le milieu
scientifique du monde entier et méconnu dans son propre pays,
personnalité prégnante, le destin de laquelle me rappelle les tristes
mots de Mihai Sadoveanu: « Un destin cruel fait que la poussière de
beaucoup de grands hommes soit dissipées aux quatre coins du monde ».
La différence d’âge entre lui et moi (il est mon aîné de 9 ans; il
est né en 1921) réduit le volume de mes souvenirs à deux ou trois étés
d’avant la guerre quand Eugène venait de par ses écoles à Mihăileni
pour voir ou pour aider ses parents. La maison de ses parents se
trouvait non loin de celle de mon père, son ancien instituteur. A chaque
arrivée, il lui faisait des visites en le tenant au courant avec les nou-
velles du monde de plus en plus précipitées et certainement avec ses
brillants succès dans le domaine de la littérature et de la science. Mon
père, fils de paysans aussi, en suivant comme presque tous les professeurs
de son temps, seulement le but d’illumination des villageois et la
culturalisation des villages, était très attaché à Eugène et très fier que
de ses mains était issu un tel garçon capable. Il ne cessait pas bien sûr
de me le donner en exemple comme un modèle d’application et de
202
discipline. Il disait souvent à ma mère: « Ma chère Irène, sur le domaine
de notre village grandit une montagne ».
J’ai appris de mon père qu’Eugène avait une « extraordinaire
mémoire » et qu’il était un vrai enfant-merveille, puisque tout ce que
les autres apprenaient pendant une année il assimilait pendant une
semaine. L’estime et la considération étaient réciproques. Eugène avait,
à son tour, une estime profonde envers mon père qu’il considérait
comme père spirituel et vrai conseiller des jeunes.
Après bien d’années écoulées le savant de renommée mondiale
allait dire dans une interview: « J’ai eu même à l’école primaire un
instituteur exceptionnellement doué – Roman Mândâcanu ».
A la fin de l’école primaire de son village Eugène s’est inscrit au
lycée «Ion Creangă » de la ville de Bălţi où il devient, même de la
première année, un des meilleurs élèves de cette école de culture
générale qui était un véritable foyer de propagation de la lumière. Il y
avait au lycée une revue philologique, qui portait un titre très bien
ajusté: «Crenguţa »*, organe de la société de lecture « B.P. Haşdeu »,
le chef de laquelle était devenu l’élève Coşeriu.
Il débute dans cette revue en 1937 avec le récit « Ame de
vautour ». Cette même année il publie l’étude «Les Chroniqueurs »
dans lequel on entrevoit ses préoccupations de philologue bien informé…
Les observations de l’élève Coşeriu sur la langue des chroniqueurs ont
conservé leur actualité.
A cette période on étudiait beaucoup dans les lycées et on posait
des bases solides pour la formation ultérieure de la personnalité. C’est
le savant lui-même qui nous le dit: «L’Ecole roumaine m’a beaucoup
donné. Les études au lycée ont été pour moi d’une importance excep-
tionnelle. Je me suis rendu compte de ce fait en visitant beaucoup de
pays, même les plus civilisés, et en contactant beaucoup d’hommes;
j’ai vu alors combien de connaissances je possédais dans le domaine
de l’histoire, de la littérature française, de la langue et de la littérature
latine ».
En automne 1939 Eugène s’est inscrit à la Faculté des Lettres de
l’Université de Iaşi, ville romantique qui conservait encore, dans
l’ombre de ses tilleuls, le nimbe des lumières de nos grands précurseurs:
Eminescu et Creangă.
203
C’était le berceau d’une intense vie spirituelle, de laquelle ont
gouté des centaines de nos concitoyens, dont beaucoup ont pris le
chemin de l’Occident où ils ont trouvé un milieu plus humain, mais où
ils ont connu le pain amer des expatriés. De même, beaucoup sont
ceux qui ont pris le chemin de l’Est dans l’inferne dominé par «le père
de tous les peuples» où les attendait le plus terrible avilissement de la
dignité humaine et la symphonie macabre des claquements de pistolets.
Dans les revues de la capitale moldave « Esprit moldave »,
« Archives », « Revue critique » et surtout dans le « Journal littéraire »
l’étudiant Coşeriu trouve une ambiance très favorable à la valorification
des ses multiples aptitudes.
L’exigent critique George Călinescu, qui patronnait à l’époque
le « Journal littéraire », était ravi de sa collaboration: « J’ai discuté
avec notre jeune collaborateur Eugène Coşeriu, l’intelligence ardente
et souple duquel est encore l’un des espoirs de notre revue ».
De l’intelligence ardente de notre jeune pays de Mihăileni
s’écoulent comme de la corne merveilleuse de l’abondance des vers,
du matériel folklorique, des essais, des études lexicologiques et des
articles sur la langue, les derniers annonçant le futur linguiste, qui
allait recueillir les laures de la célébrité…
Mais la grande passion de l’étudiant Coşeriu étaient les langues
étrangères, qu’il apprenait pour pouvoir savourer en original les beautés
de la littérature universelle et pour mieux connaître la vie des peuples.
A Bălţi et à Iaşi il étudie le français, l’allemand, le latin, le grecque
et il a l’intention d’étudier les langues slaves, surtout le polonais.
Mais en même temps la période des études à l’université est
pour Eugène une période très difficile à cause de la perpétuelle crise
matérielle. Ses parents ne pouvaient plus le soutenir et il est contraint
d’appeler au secours de l’Etat ou d’abandonner ses études.
Les étudiants de l’Université de Iaşi avaient à l’époque un
propos à son égard aussi spirituel qu’amer: « Il se nourrit de mûres et
de Critique de la Raison pure ».
Pour son travail assidu et ses brillants résultats il obtient une
bourse à l’Université de Rome.
A Rome il étudie solidement toutes les langues slaves et toutes
les langues romanes en ajoutant le persan, le turque, le suédois,
l’albanais, le magyar etc.
Pour se définir comme spécialiste en linguistique générale et
théorique, il étudie à Montévideo les langues américaines et indiennes.
204
A son adresse circulaient et circule encore de différentes légendes
en ce qui concerne ses capacités de polyglotte. On dit, par exemple,
qu’il répondait toujours dans la langue maternelle de celui qui lui
s’adressait, même si on lui s’adressait en swahili…
A Rome Coşeriu soutient sa première thèse de doctorat: « Le
problème de l’influence de la poésie épique française et italienne sur
la poésie populaire des slaves du sud ».
A Milano où il étudie la philosophie, il obtient le deuxième titre
de docteur avec la thèse intitulée: «Le développement des idées esthé-
tiques en Roumanie ».
Après un séjours très favorable à Rome, Padova et Milano,
Eugène Coşeriu part en 1950 à Montévideo (en Uruguay). A l’Université
de Montévidéo il enseigne, comme professeur et directeur du département
de linguistique, une multitude de disciplines parmi lesquelles l’esthétique,
la philosophie du langage, la linguistique générale, le latin, l’histoire
de l’espagnol etc. enseigner
En 1963 Eugène Coşeriu revient en Europe et s’établit en RFA
(un peu près de la maison paternelle, tout de même), laquelle avait un
grand besoin de cadres hautement qualifiés. Il s’engage à l’Université
de Tübingen où travaille jusqu’à présent* en qualité de chef de chère
de philologie romanique et linguistique générale.
Comme savant de prestige et de génie, Coşeriu a apporté une
contribution inestimable dans le domaine de la linguistique théorique
et la philosophie du langage. Cette contribution abonde en travaux
théoriques et pratiques profonds, qui sont cités par les hommes de
science du monde entier.
En 1952, à l’âge de 31 ans, il publie le travail « Synthème,
norme et parole » qui lui a apporté si tôt la célébrité. En 1958 a publié
son traité « Synchronie, diachronie et histoire », en 1962 « La théorie
du langage et la linguistique générale », en 1964 « Pour une sémantique
diachronique structurale », en 1970 et 1972 – « Histoire de la philosophie
de la langue » en deux volumes.
Tous ces œuvres publiés en français constituent seulement une
partie infime de son œuvre scientifique colossal…
V. Mândâcanu, Literatura şi arta, Chişinău, 13 iulie 1989
*
ce prestigieux homme de science est mort en 2002.
205
™ Quelles idées se détachent du premier paragraphe ? Quel était
la différence d’âge entre l’auteur et le protagoniste ? Quand Eugène
venait-il dans son village et pourquoi ? Quelle était son attitude envers
son ancien instituteur ? Son maître, l’aimait-il ? Qu’est-ce qu’il disait
de lui ? Où part-il après avoir terminé l’école de son village ? Qu’est-
ce qu’il fait au lycée ? Commentez le fragment: « A cette période… et
de la littérature latine ». Quand devient-il étudiant à l’Université de
Iaşi ? A quelles revues collabore le jeune Coşeriu ? Par qui est-il
hautement apprécié ? Quelle était sa grande passion ? Quelles langues
étudiait-il ? Quel propos spirituel circulait à son égard parmi les
étudiants de l’Université ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il est contraint de
faire ? Qu’est-ce qu’il obtient ? Quelles sont ses études ultérieures ?
Quelles légendes circulaient à son égard concernant ses capacités de
polyglotte ? Combien de langues connaissait-il ? Quels sont les thèmes
de ses deux thèses de doctorat ? A quelles universités enseigne-t-il ?
Quelles sont ses œuvres capitales ? Avez-vous lu quelque chose de ce
fameux linguiste roumain ? En quelle langue a-t-il écrit ses livres ?

Mihai Eminescu
L’année 2000 a été proclamée par l’Unesco l’année de Mihai
Eminescu.
Chaque peuple a ses génies. Les génies appartiennent à l’Humanité
entière.
Lisez la poésie ci-contre:

Les oiseaux endormis…


Les oiseaux endormis
Dans leurs nids sont blottis,
Au profond des taillis –
Bonne nuit!
Seules les sources bruissent,
La forêt profonde se tait;
Les fleurs aussi se sont couchées –
Dors en paix!
Le cygne glisse sur les eaux,
Pour s’endormir dans les roseaux –
Que les Anges veillent
Sur ton sommeil!
206
™ Ecrivez la variante roumaine et comparez-la avec la traduction
(vers par vers). Comment la trouvez-vous la traduction?
Même activité pour la deuxième poésie.

Retrouvailles
– Forêt, belle forêt,
Amie, comment vas-tu?
Depuis que ne t’ai vue,
Bien du temps est passé,
Depuis que t’ai quittée
Le monde ai parcouru.
– Tu vois, suis-je toujours là,
L’hiver j’entends la bise
Dans mes branches qu’elle brise
Et sur les eaux gelées,
Les chemins enneigés
Tous les chants ont cessé.
Puis, quand l’été revient
Les femmes en chemin
Pour puiser à la source
Dont j’ai fait don à tous,
Me chante mon refrain.
– Forêt aux doux ruisseaux,
Le temps fuit sans repos
Mais toi, loin de vieillir
Ne fait que rajeunir.
– Peu me soucie du temps
Si, des siècles durant,
Sur les lacs, à mes pieds,
Les étoiles ont brillé.
Le temps peu bien changer,
Le vent souffle toujours,
Qu’il soit bon ou mauvais,
Danube suit son cours.
L’homme est sur cette terre
Le seul être qui erre.
207
Nous, jamais na bougeons.
Ce que sommes restons:
La mer et les rivières,
La terre et les déserts,
Le soleil et la lune
La forêt, à la brune.
M. Eminescu, Poésies, B., 1987
(traduction Jean-Louis Courriol)

Revedere
– Codrule, codruţule,
Ce mai faci, drăguţule,
Că de când nu ne-am văzut
Multă vreme a trecut
Şi de când m-am depărtat
Multă lume am umblat.

– Ia, eu fac ce fac demult,


Iarna viscolul l-ascult,
Crengile-mi rupându-le,
Apele-astupându-le,
Troienind cărările
Şi gonind cântările;
Şi mai fac ce fac demult,
Vara doina mi-o ascult
Pe cărarea spre izvor
Ce le-am dat-o tuturor,
Umplându-şi cofeile
Mi-o cântă femeile.

– Codrule, cu râuri line


Vreme trece, vreme vine,
Tu din tânăr precum eşti
Tot mereu întinereşti.

– Ce mi-i vremea, când de veacuri


Stele-mi scânteie pe lacuri,
Că de-i vremea rea sau bună,
208
Vântu-mi bate, frunza-mi sună;
Şi de-i vremea bună, rea,
Mie-mi curge Dunărea.
Numai omu-i schimbător,
Pe pământ rătăcitor.
Iar noi locului ne ţinem,
Cum am fost aşa rămânem:
Marea şi cu râurile,
Lumea cu pustiurile,
Luna şi cu soarele,
Codrul cu izvoarele.

™Faites le commentaire des citations et de la petite poésie ci-


desous.
“Ce să vă spun: iubesc acest popor, bun, blând, omenos, pe
spatele căruia diplomaţii croiesc charte şi răzbele, zugrăvesc împărăţii
despre care lui nici prin gând nu-i trece; iubesc acest popor care
serveşte de catalici tuturor acelora ce se înalţă la putere – popor neno-
rocit care geme sub măreţia tuturor palatelor de ghiaţă ce i le aşezăm
pe umeri” (Mihai Eminescu).
“Eminescu este sinteza sufletului românesc, sinteza ştiinţei,
cugetării, simţirii şi instinctului acestui neam” (Nicolae Iorga).
“Să ne aducem pururi aminte de Mihai Eminescu, cel mai ales
între toţi scriitorii acestui neam…” (Sadoveanu).
“Eminescu a devenit cu vremea tot ce are România mai de preţ
ca dimensiune spirituală…” (Karel Jonckheere, Danemarca)
“Eminescu este astăzi o instituţie naţională… este una din marile
justificări ale existenţei de român între atâtea entităţi spirituale care-şi
dispută un loc sub soare” (Pompiliu Constantinescu).

Inscripţie pe amfora lui


Păşiţi încet, cu grije tăcută, feţii mei,
Să nu-i călcaţi nici umbra, nici florile de tei.
Cel mai chemat s-aline dintre toţi, şi cel mai teafăr
Şi-a înmuiat condeiul de-a dreptul în luceafăr.
(Tudor Arghezi)
Récitez la poésie la plus aimée et dites pourquoi vous la préférez
aux autres; essayez d’en proposer une variante de traduction.
209
Noël
La fête des enfants
A peine se réveillent-ils, se frottent-ils encore les yeux, qu’ils se
ruent déjà au salon. Mis au lit au début de la veillée, ils ont entendu
longtemps, à travers la porte de leur chambre, les voix des parents, les
rires des amis, avant de trouver enfin un sommeil d’angoisse et de
personnages merveilleux. Ca y est, le jour, l’heure tant attendus sont
arrivés. Au pied du sapin, les cadeaux sont là, vite déballés. Soula-
gement. Hier encore planait la menace de maman: “Si tu n’es pas sage,
le Père Noël ne passera pas”. Il est passé. Les enfants découvrent, les
yeux écarquillés, l’objet de leur convoitise, le présent qu’ils espéraient
de toute la force de leurs rêves et de leurs petits poings. Depuis
l’Antiquité, le solstice d’hiver, ou le changement d’année, était une
époque de cadeaux. A l’ère chrétienne, le présent de Noël, rappel des
offrandes faites au Christ Sauveur, est devenu une institution. Sous
toutes les latitudes, des millions de personnes participent au même
rite, au même moment. Autrefois réservé aux enfants, le cadeau s’offre
aujourd’hui à tous, petits et grands, pour notre plus grand bonheur.
Les traditions
La veillée
Agitation, impatience ou recueillement: la nuit de Noël n’est
pas, loin s’en faut, neutre en émotions. Avec l’heure de Noël, fête
familiale entre toutes, sonne celle des retrouvailles et de repas intermi-
nables. La veillée illustre ce partage, aujourd’hui de l’abondance,
autrefois du feu. De l’aïeul au dernier-né, chacun se réunissait autour
de l’âtre où la bûche bénite, choisie pour brûler jusqu’à minuit, jouait
un rôle essentiel. Ici et là, selon la tradition locale, on lui attribuait la
faculté d’accueillir les anges, de faire fructifier la récolte, de protéger
les siens: les parties non consumées étaient soigneusement conservées
par la maîtresse de la maison, qui les plaçait sous son lit. En cas
d’orage, elle était remise au feu et écartait la foudre. Aujourd’hui nul
ne sait si la bûche de chocolat ou de glace, servie immanquablement
au dessert de la fête, est parée d’autant de vertus…
La crèche
Du latin « cripia », le mot « crèche » désignait initialement la
mangeoire aux bestiaux, telle celle où Marie déposa l’Enfant Jésus
dans l’étable où elle accoucha, faute d’avoir pu trouver un autre gîte.
210
Le mot s’étendit à la reproduction toute entière de l’étable. Lé
représentation de la crèche dans l’église remonte à Saint François
d’Assise, en 1223. Dès lors, les crèches se sont multipliés, pour être de
toutes les fêtes de la Nativité du Christ, dans tous les foyers.
Le sapin, symbole de vie
Il reste vert au sein de la nature en deuil hivernal: « le roi de
forêts » est aussi celui de Noël. Il devrait son rang à l’Arbre du
Paradis, centre du jardin d’Eden et du mystère de la Création. Selon
les historiens, la coutume du sapin de Noël serait née en Allemagne ou
en Alsace, vers le XV-ème siècle. Aujourd’hui, des enfants du monde
entiers se retrouvent autour du sapin, y compris dans certains pays où
la température atteint 40° le 25 décembre !
La messe de minuit
Autrefois, la veillée n’avait de sens que parce qu’elle permettait
d’attendre l’office*. La messe de minuit était la plus joyeuse de l’année,
avec ses chants, sa crèche, et quelquefois même des représentations
théâtrales de la Nativité. Les offrandes au Sauveur, agneaux, oiseaux
ou pains bénits, faisaient partie d’un immuable cérémonial, portées,
selon les provinces, par de jeunes garçons, par une jeune vierge ou
encore par des bergers.
Aujourd’hui, la messe de minuit permet à tous les paroissiens,
même les moins pratiquants, de se retrouver au moins une fois par an.
*
cérémonie religieuse
(Annie Monnerie, La France aux cent visages,
Paris, Didier, 1996)
™ Pourquoi la fête de Noël est-elle considérée comme la fête des
enfants? Depuis quand le changement de l’année est devenu-t-il une
époque de cadeaux? Le présent de Noël, qu’est-ce qu’il représente à
l’ère chrétienne? Quelles sont les traditions de la fête de Noël en
France? Que signifie la veillée? Comment la passait-on autrefois?
Qu’est-ce qu’on faisait avec les parties non consumées de la bûche
bénite? Que désignait initialement le mot “crèche”? A quelle époque
remonte la représentation de la crèche dans l’Eglise? Manque-t-elle
aujourd’hui des foyers des chrétiens pendant les fêtes de la Nativité du
Christ? Qu’est-ce qui est le roi du Noël? Comment était autrefois la
messe de minuit?
Présentez les traditions des chrétiens roumains liées à la fête de
la Nativité du Seigneur.
211
MODULE II

En France, un million d’enfants vivent


sous le seuil de pauvreté
Un rapport du Conseil de l’emploi, des revenus et de la cohésion
sociale (CERC) souligne que 7,8% des moins de 18 ans sont pauvres,
un chiffre probablement sous-évalué.
En France c’est une thématique que peu de chercheurs ont
explorée. Et elle a été rarement inscrite en tête de l’agenda politique.
En publiant un rapport sur “Les enfants pauvres”, le CERC comble en
quelque sorte une lacune, même si ces tours d’horizon s’appuient sur
des données encore incomplètes. A partir de cette analyse, qui n’a,
d’après lui, pas de précédent dans l’Hexagone, il recommande la mise
en œuvre d’un “programme national de lutte contre la pauvreté des
enfants”.
Habitat dégradé, problèmes de santé, échec scolaire… La pauvreté
des enfants peut être étudiée sous plusieurs optiques. Mais le critère le
plus évident se situe, sans conteste, au niveau du “faible revenu familial”.
Selon le CERC, en 1999 quelque 3,7 millions de personnes vivaient
sous le seuil de pauvreté. Parmi elles, il y avait environ un million
d’enfants de moins de 18 ans, soit près de 8% de cette tranche d’âge
(le chiffre serait, toutefois, deux fois plus élevé si l’on retenait les
critères d’Eurostat, l’Office statistique des Communautés européennes).
Un tel dénombrement est loin d’embrasser toute la réalité.
Fournis par l’enquête “Revenus fiscaux” de l’Insee, les chiffres sur la
pauvreté ne portent, en effet, que sur la France métropolitaine. Or le
fait d’exclure la population des DOM-TOM du champ d’observation
n’est pas dénué d’incidence. A la fin du juin 2003, quelque 142000
percevaient le RMI en Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique et à la
Réunion. Si l’on inclut les ayants droit, environ 100000 enfants étaient
couverts par ce minimum social dans les quatre DOM.
En outre, les études exploitées par le rapport du CERC n’intègrent
pas les sans-domicile-fixe, les personnes logées “en collectivité” (foyers,
212
maisons de retraite…) et les ménages qui vivent dans les habitations
mobiles ou dans des abris de fortune.
Aux chiffres de l’Insee, il conviendrait, au moins, d’ajouter les
quelque 16000 enfants qui ont trouvé refuge, avec leurs parents, dans
un centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ou dans un
centre maternel.
En observant les conditions de vie des moins de 18 ans, le CERC
écrit: “Ainsi, le logement d’un enfant pauvre sur deux présente l’un
des défauts suivants: humidité, problèmes de chauffage et mauvais état
général”. Ces situations sont toutefois moins fréquentes pour les
ménages qui résident en HLM que pour ceux qui sont logés dans le
parc privé. D’autre part, un quart des familles pauvres avec enfants
vivent dans une habitation surpeuplée, contre 10% de l’ensemble des
ménages avec enfants.
Enfin, les populations défavorisées sont plus exposées à des
nuisances de tous ordres (insécurité, actes de vandalisme…). “Dans les
cités et grands ensembles, indique le CERC, plus de 40% des enfants
souffrent du bruit, alors qu’ils ne sont que 16% dans les quartiers
pavillonnaires”.
En matière de santé, le constat est tout aussi sombre. Le taux
annuel de recours aux dentistes (pour ne prendre que cet aspect) est
inférieur de 26% chez les enfants pauvres par rapport aux autres.
Pour comprendre le dénuement des jeunes de moins de 18 ans,
un facteur mérite, par-dessus tout, d’être rappelé: les difficultés d’emploi
de leurs parents (faible niveau de formation, impossibilité de trouver
un emploi à temps plein et pour une longue période etc.).
La présence d’enfants, surtout lorsqu’ils sont en bas âge, complique
également l’accès au marché du travail. Du coup, bien des mères de
famille cessent toute activité professionnelle, faute de trouver ou de
pouvoir financer un système de garde pour leurs enfants. Si l’inter-
ruption dure quelques années, le retour à l’emploi n’en sera que plus
incertain. Aussi, la proportion des enfants pauvres est particulièrement
élevée au sein des familles monoparentales et des ménages d’au moins
quatre enfants: 14,6% dans le premier cas, 17,3% dans le second.
Autre frange de la population particulièrement exposée: les
immigrés, surtout s’ils viennent d’un pays extérieur à l’Union
Européenne et que leur installation en France est récente. Les enfants
213
rattachés à ce type de ménages sont en situation de pauvreté dans un
cas sur quatre. Pareil résultat ne tient pas seulement au fait que les
parents sont souvent peu qualifiés et élèvent des fratries nombreuses.
“Il semble assez vraisemblable que ceci traduise en partie des phé-
nomènes de discrimination sur le marché du travail”, juge le CERC.
Enfin, les enfants pauvres connaissent des difficultés scolaires
plus fortes que les autres élèves. Ils sont, en effet, plus nombreux à
quitter le système éducatif vers l’âge de 16 ans. Or, rappelle le CERC,
“ces sorties précoces se font le plus souvent sans diplôme, ce qui
augmente le risque de pauvreté future”.
„Le Monde”, 18 février 2004

™ La thématique de cet article, est-elle souvent explorée en


France ? Que propose le CERC après cette analyse qui n’a pas de
précédent dans l’Hexagone ? Combien de personnes vivaient en 1999
en France métropolitaine sous le seuil de pauvreté selon CERC? Quel
est le chiffre d’enfants de moins de 18 ans parmi ceux-ci ? Quel serait
le chiffre selon les critères d’Eurostat ? Quelle est la situation dans les
DOM-TOM ? Quelles couches de population n’intègrent pas les
études de CERC ? De quelles données dispose-t-il sur le logement et
sur la santé des enfants pauvres ? Quelle est la cause principale de la
pauvreté des enfants ? Où est particulièrement élevée la proportion des
enfants pauvres ? Pourquoi les enfants pauvres quittent-ils l’école plus
tôt ? Quel est l’impact de ces sorties précoces (sans diplôme) sur leur
avenir ? Commentez les donnez ci-dessous.

214
Le corps médical et la vie
par Patrick Chalmel
Deux cent vingt mille fœtus sont, en France, avortés chaque année.
Pour nombre de médecins hospitaliers, le serment d’Hippocrate n’a
plus aucune signification.
Réponse à un médecin
Interne en médecine, vous avez été indigné par ma chronique
dans laquelle je doutais de la fidélité de nombreux médecins hospitaliers
aux serments d’Hippocrate.
Je suis malheureusement obligé de maintenir que la moralité du
milieu hospitalier est aujourd’hui au même niveau que celle, très
dégradée, du reste de la société, notamment en ce qui concerne le respect
dû à la vie humaine. L’hôpital, comme la clinique, connaissent aujour-
d’hui dans notre pays une évolution préoccupante. Le droit à la vie de
tout être humain a tendance à devenir de plus en plus flou et fluctuant,
bien au-delà de l’avortement, avec lequel cette dérive à commencé.
Vous affirmez avoir suivi un cours d’éthique et vous déclarez
«que chacun a le droit d"avoir son opinion sur l’avortement ».
Ainsi, l’avortement serait affaire d’opinion !
De deux choses l’une: où bien vous dormiez au fond de l’amphi
pendant votre cours d’éthique; ou bien, plus vraisemblablement, votre
cours d’éthique, c’était…du toc !
Manifestement, jamais, au cours de votre formation, il ne vous a
été donné de réfléchir sur ce que signifie l’avortement au regard de la
morale ou tout simplement du serment d’Hippocrate. Sinon, vous ne
parleriez pas d’avortement en termes d’ «opinion ». Car, laquelle des
réponses à ces deux questions pourrait bien être affaire d’opinion: le
fœtus est-il un être humain ? A-t-on le droit de tuer un être humain
innocent ?
Si vous me dites que l’une ou l’autre réponse peut être objet
d’opinion, cela veut dire très précisément que, pour vous, la frontière
entre ce qui est humain et ce qui ne l’est pas est devenue floue, faute
de critères sûrs. Ou que vous n’êtes pas très certain du droit à la vie de
toute personne innocente.
Dans les deux cas, cela illustrerait exactement ce que je constate:
à savoir une baisse impressionnante de moralité chez les médecins. Il
215
ne s’agit pas de l’immoralité du pervers, mais de l’amoralité de
l’ignorant qui fait le mal sans le savoir. Vous ne sauriez tout simple-
ment plus si ce qui se trouve sous votre scalpel est humain ou pas, ou
si vous devez traiter différemment ce qui est humain et ce qui ne l’est
pas. Vous ne seriez alors ni plus ni moins immoral que la société
ambiante, mais, en tant que médecin, cela vous rendrerait évidemment
beaucoup dangereux pour vos semblables que ne pourraient l’être
d’autres citoyens.
Sur le fond, le fœtus est-il un être humain ?
Quatre sciences permettent de donner une réponse certaine en
faveur de l’humanité du fœtus: la physiologie, la psychologie rationnelle
(discipline philosophique appartenant à la philosophie de la Nature), la
métaphysique ou ontologie (discipline philosophique également) et la
théologie. On ne peut donc pas dire, sauf ignorance ou mauvaise foi,
que l’avortement sera affaire d’opinion.
Pour ce qui concerne la physiologie, science dont les concepts et
les découvertes sont familiers au médecin que vous êtes, la découverte
du rôle de l’AND est, à cet égard, décisive. Nous savons maintenant
qu’après la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde, un nouveau
vivant existe, et que son information constitutive est complète: plus
rien ne sera ajouté à son programme.
Par conséquent, ou bien l’embryon est déjà humain, ou bien il ne
le deviendra jamais. Et s’il est déjà humain, il possède en propre ce
qu’on appelle « les droits de l’homme », à savoir ces droits fondamen-
taux qui ne lui sont pas accordés ou refusés par la société; mais qu’il
tient de la dignité même de sa nature de « personne », parmi lequel le
plus fondamental: le droit à la vie !
Indépendamment de ces certitudes scientifiques, on peut d’ailleurs
observer que, pour le profane également, le caractère humain du fœtus
ne saurait être affaire d’opinion, car il n’est pas douteux.
La certitude en ce domaine est accessible au simple bon sens
sous la forme de ce syllogisme, en forme d’évidence, qui permet à la
connaissance vulgaire de distinguer ce qui est vivant de ce qui ne l’est
pas, et ce qui relève d’une espèce de ce qui relève d’une autre: le
fœtus est un être vivant – le fœtus est de l’espèce humaine – un être
vivant de l’espèce humaine est un être humain…
„Famille Chrétienne”, N 1018, juillet 1997
216
™ Qui a été Hippocrate ? En quoi consiste son serment ? Que
doivent faire les médecins ? Comment est la moralité du milieu
hospitalier et du reste de la société en ce qui concerne le respect dû à
la vie humaine? Qu’affirme le jeune homme, interne en médecine?
Que signifie l’avortement au regard de la morale et du serment
d’Hippocrate? Peut-on parler d’un tel crime en termes “d’opinion”?
Quelles sont les sciences qui prouvent que le fœtus est un être
humain? Que disent la physiologie et la génétique? Commentez:”Nous
savons maintenant qu’après la fécondation de l’ovule par le sperma-
tozoïde, un nouveau vivant existe, et que son information constitutive
est complète: plus rien ne sera ajouté à son programme”.
Un être humain innocent, a-t-il droit à la vie? Pourquoi la société
actuelle le lui enlève? Peut-elle, en ce cas, être considérée comme
humaniste et démocratique?
Commentez le chapeau du texte et les données ci-dessous.
La statistique de notre pays fait remarquer que les cas d’avor-
tement les plus nombreux ont lieu parmi les jeunes filles de 12 à
17 ans. En 2006 le nombre de filles restées enceintes à été estimé à
24.000, dont 15.000 ont fait une IVG (interruption volontaire de la
grossesse).
Question à réfléchir
Est-il naturel d’entrer dans la vie adulte en passant d’abord par
cet abattoir humain ? N’est-il pas grand temps de nous rappeler ce que
c’est que l’abstinence et la chasteté (comme ont procédé, par exemple,
les Américains en 1999 en lançant une campagne et un programme
national en vue de cultiver l’abstinence chez les jeunes et les élèves) ?

Les enfants sont le patrimoine de l’Humanité


Il faut lutter pour leur bien-être et les protéger contre l’injustice,
la cruauté, les sévices de toutes sortes dont ils sont victimes. Les petits
des hommes sont en danger.
Combien d’efforts faut-il faire lorsqu’il s’agit d’arracher les
jeunes aux griffes des proxénètes, ou d’en sortir d’autres de l’univers
de la drogue!
Enfants exploités
Plus de 211 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont contraints
de travailler. Pour sensibiliser les opinions publiques à ce phénomène
planétaire qui concerne surtout les pays en voie de développement
217
mais n’épargne pas les Etats riches, l’Organisation internationale du
travail (OIT) a pris l’initiative, le 12 juin 2002, à Genève, d’une „pre-
mière journée mondiale contre le travail des enfants”.
L’image de l’enfance occulte souvent la réalité vécue des enfants.
Et celle-ci, dans de nombreux pays, ressemble toujours à ces cauchemars
que décrivirent au XIX-e siècle, dans des romans hallucinants, des auteurs
comme Charles Dickens, Victor Hugo, Hector Malot ou Edmondo de
Amicis.
La mondialisation libérale n’a rien arrangé. Car, „dans un monde
où la libre circulation des capitaux et des marchandises est désormais
globalement assurée, les industries des pays du Sud ne peuvent
maintenir leur place sur le marché qu’en jouant au maximum du seul
domaine dans lequel elles restent largement compétitives: le faible coût
de leur force de travail”.*
Sans la mise au travail des enfants, sensiblement moins bien
rémunérés que des adultes, beaucoup de pays verraient leur compétitivité
s’effondrer, leurs exportations diminuer et leurs rentrées en devises
chuter.
Les entreprises internationales ne sont pas les dernières à profiter
de cette exploitation des mineurs. Entre autres, celle du tabac (Philip
Morris, Altadis), de la banane (Chiquita, Del Monte) et du cacao
(Cargill). Au Malawi, par exemple, dont l’industrie du tabac est le
premier employeur, des dizaines de milliers d’enfants sont exploités
pour la récolte et le séchage des feuilles de tabac. En Equateur, des
enfants de 7 à 8 ans travaillent dans les champs de bananes douze
heures par jour. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de
cacao, des milliers d’enfants-esclaves seraient utilisés pour le travail
dans les plantations.
Cette question des enfants-esclaves et du trafic dont ils sont
l’objet avait fait la „une” des journaux, en avril 2001, lorsque fut
découvert un navire battant pavillon nigérian, l’Etireno, parti du Bénin
et transportant des dizaines d’enfants qui devaient être vendus comme
esclaves au Gabon. Selon les Fonds des Nations unies pour l’enfance
(Unicef), plus de 200000 enfants et adolescents seraient victimes de
ces trafics, achetés et vendus, en Afrique centrale et de l’Ouest.
Même dans les pays riches, près de 2,5 millions d’enfants –
auxquels il faut ajouter 11,5 millions d’adolescents entre 15 et 17 ans –
218
travaillent dans des conditions pénibles et risquées, dans l’agriculture,
le bâtiment, les ateliers textiles et les usines des chaussures: 120000
aux Etats-Unis, 200000 en Espagne, 400000 en Italie et plus de 2 mil-
lions en Grande Bretagne…
Pour se pencher sur cette dramatique situation des mineurs,
douze ans après le Sommet mondial pour les enfants, organisé par les
Nations unies à New York en septembre 1990, un nouveau Sommet de
l’enfance s’est tenu en mai dernier, au siège de l’ONU, avec la
participation de quelque 500 mineurs venus de plus de cent pays. Il a
été ouvert par M. Kofi Annan sur un constat sévère: „Nous avons
misérablement échoué à protéger les droits essentiels des enfants”.
Il faut dire que les chiffres sont accablants. Plus d’un demi-
milliard d’enfants vivent avec moins de 1 euro par jour. Ils sont les plus
durement touchés par la misère, dont ils garderont toute leur vie des
séquelles psychologiques et physiques. Plus de 100 millions d’enfants
ne vont jamais à l’école. Chaque année meurent 11 millions de mineurs
de moins de 5 ans, soit 30000 par jour, un toutes les trois secondes…
Entre 1990 et 2000, à cause des conflits, plus de 1 million
d’enfants ont perdu leurs parents ou ont été séparés de leurs familles,
plus de 300000 ont été recrutés comme soldats, plus de 2 millions ont
étté massacrés dans des guerres civiles, plus de 6 millions ont été
blessés, mutilés ou handicapés à vie, 12 millions ont été privés de toit,
et quelque 20 millions ont été chassés de leurs foyers…
De surcroît, plus de 70000 enfants sont victimes, chaque année,
du trafic des personnes, retenus contre leur volonté dans des conditions
d’esclavage, à cause, selon ONU „de la demande de main-d’œuvre
bon marché et celle, croissante, de filles et de garçons pour le com-
merce sexuel”.*
Le sort des petites filles est particulièrement lamentable. Elles
font l’objet de toutes les discriminations. Ainsi, sut la centaine de
millions d’enfants non scolarisés, 60 millions sont des filles. En raison
de leur sexe, entre 60 et 100 millions de filles ont été victimes de
foeticides, d’infanticides, de malnutrition et de mauvais soins. Plus de
90% des domestiques – l’emploi le plus fréquent des enfants qui tra-
vaillent – sont des filles âgées de 12 à 17 ans. Dans certaines régions
d’Afrique et d’Asie, le taux de séropositivité au virus de sida est cinq
fois plus élevé chez les filles que chez les garçons.
219
Devant un tel scandale, il faut réécouter le cri lancé d’une voix
ferme, au nom de tous les enfants exploités du monde, dans l’enceinte
de l’ONU, en mai dernier, face à 70 chefs d’Etat et à des centaines de
ministres de 189 pays, par une bolivienne de 13 ans, Gabriela Azurdy:
« Nous sommes les victimes des exploitations et des abus de tout
genre, nous sommes les enfants de la rue, nous sommes les enfants de
la guerre, nous sommes les orphelins de sida, nous sommes les victimes,
et nos voix ne sont pas entendues. Il faut que tout cela cesse ! Nous
voulons un monde digne de nous… »
„Le Monde diplomatique”, juillet 2002
*
Voir La situation des enfants dans le monde 2002, Unicef, Genève.

La faim: un fléau d’aujourd’hui


Peut-on aujourd’hui nourrir le monde?
Les pays industrialisés assurent dans le monde l’essentiel des
fabrications de biens d’équipement et de consommation, et surtout la
plus grande partie des productions agricoles. Cela permet à leurs
habitants de jouir dans l’ensemble d’un haut niveau de vie, et surtout
d’avoir une alimentation abondante et variée.
A l’inverse, beaucoup de pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du
Sud, sont victimes de la pauvreté. Celle-ci est accompagnée le plus
souvent par le fléau le plus grave: la faim. La faim est un phénomène
permanent, dû à une alimentation trop peu variée et trop peu abon-
dante. Ce problème ne doit pas être confondu avec le problème de la
famine où absence totale de nourriture. Celle-ci survient parfois de
manière momentanée lors de catastrophes naturelles (inondations,
sécheresses, tremblements de terre) ou lors des guerres. Dans le monde
un habitant sur deux souffre de ce fléau, et quatre enfants meurent de
faim par minute: leur organisme est en effet trop faible pour résister à
la mauvaise alimentation, et ils sont les premiers touchés.
La faim est due à de multiples causes. Elle touche en majorité
des pays aux sols pauvres, situés dans des zones climatiques peu
favorables à de productions agricoles régulières.
Pourtant, les techniques modernes permettent en grande partie
de surmonter les difficultés naturelles. Avec des engrais de bonne
220
qualité on peut fertiliser un mauvais sol; avec du matériel moderne, on
peut défricher de nouvelles terres, irriguer, récolter rapidement, avant
que ne surviennent les calamités naturelles. Mais ces techniques
coûtent cher et demandent un personnel très qualifié. Or, les pays
pauvres ne possèdent pas de ressources financières suffisantes et peu
de techniciens. Dans la plupart des pays qui souffrent de la faim et du
sous-développement les meilleures terres sont achetées par des
compagnies transnationales qui pratiquent des cultures commerciales
(tabac, caoutchouc, soja, thé, café, cacao etc).
Cette production est presque entièrement exportée vers les pays
industrialisés. Les terres peu rentables ne peuvent pas couvrir les
nécessités en cultures vivrières, qui fournissent leur nourriture aux
habitants.
„Pour la science”, n. 226, mai 1996

™ Quelle est la situation des pays industrialisés? Quel est le


niveau de vie de leurs habitants? Ont-ils des problèmes d’alimen-
tation? Où sévissent la faim et la pauvreté? Pourquoi sont-ils des
phénomènes permanents? A quoi sont-ils dûs? Quelle est la différence
en ce cas entre faim et famine? Commentez la phrase:”Dans le monde
un habitant sur deux…”. Quelles sont les causes de la faim? Les pays
pauvres, possèdent-ils de ressources financières suffisantes pour
appliquer un technologie moderne? A qui appartiennent les meilleures
terres dans les pays sous-développés? Qu’est-ce qu’elles pratiques, les
compagnies transnationales sur ces terres de bonne qualité qui auraient
pu couvrir les nécessités alimentaires de la population indigène? Quelles
sont donc les conséquences de la vente des terres aux étrangers?
Pourriez-vous donner des exemples concrets concernant notre pays?

Les Français et le tabac


Le tabac continue de faire de véritables ravages. Comme le
confirme le ministre de la Santé “le tabagisme est responsable d’environ
65 000 morts prématurées par an, c’est-à-dire 180 décès par jour
environ”.
D’où la nécessité d’agir!
221
Parmi les “outils” de dissuasion mis en place, la loi de 27 dé-
cembre 1992, qui instaure l’interdiction de fumer dans les lieux publics
couverts et vise à limiter le tabagisme passif. Une loi qui, après avoir
suscité quelques remous, est aujourd’hui bien acceptée: 81% des
Français la jugent bonne, même si 33% d’entre eux estiment ces
mesures d’application trop contraignantes.
Parmi les autres actions envisagées, de nouvelles hausses de prix,
le tabac restant manifestement moins cher en France que dans les
autres pays de la communauté européenne. Encore faut-il veiller au
grain! Car toute hausse des taxes n’est pas toujours totalement
répercutée sur les prix. Ainsi, en janvier et en mai derniers, certains
industriels se sont refusé à augmenter leurs prix proportionnellement
aux taxes, préférant voir leurs bénéfices légèrement diminuer, plutôt
que leurs ventes!
A ces mesures de prévention viennent s’ajouter les actions de
soutien aux personnes qui désirent s’arrêter de fumer. Car si, en la
matière, la volonté reste la clef de la réussite, le sevrage tabagique
peut être encouragé, voire facilité. Le rôle du médecin – qu’il soit
généraliste ou spécialiste – est à ce niveau capital. 69% de médecins
déclarent ainsi avoir perçu, depuis 12 mois, un net accroissement des
demandes de conseils de la part de leurs patients, pour arrêter de
fumer. Parmi les méthodes préconisées, la patch antitabac (ce fameux
autocollant à la nicotine) remporte 79 de suffrages, l’arrêt volontiers
radical 47%, l’arrêt volontiers progressif 21%, la psychothérapie 13% etc.
De quoi aider les plus accrochés à se désintoxiquer!
„Le Figaro”, 17 janvier 2003

™Quels sont les ravages du tabagisme en France? Que dit la loi


de 27 décembre 1992?
Quels autres outils de dissuasion ont été mis en place? Quelles
sont les actions de soutien aux personnes qui désirent arrêter de
fumer? Après avoir lu le schéma représentatif du texte, essayez de
faire un commentaire de ces deux articles.
Schéma représentatif:
thème / problème: limitation de l’emploi du tabac
thèse: le tabac fait de véritables ravages
222
argumentation: données en chiffres
conclusion: nécessité d’agir
mesures: loi interdisant de fumer; augmentation des prix; mesures
de rétablissement de la santé des intoxiqués
conclusion prometteuse, qui invite: venez à vous guérir de ce mal
destructif, il y a tant de moyens!

Fumer, c’est ringard*


Première cause connue des cancers, le tabagisme touche près de
deux jeunes sur trois à dix-huit ans. Un constat qui montre l’extrême
précocité de la consommation de tabac. C’est pourquoi depuis la loi de
9 juillet 1976, les campagnes de prévention du tabagisme sont désignées
comme une priorité de santé publique. Ainsi, la proportion des fumeurs
chez les jeunes est passée de 46% en 1977 à 34% en 1992 et ils sont
désormais 91% à reconnaître les méfaits du tabagisme sur la santé.
Une évolution positive que la campagne de prévention ’94 a accentuée
en valorisant la vie sans tabac. “L’énergie, c’est pas fait pour partir en
fumée”. Ce message va permettre aux professionnels de la santé et de
l’action sociale de sensibiliser les jeunes, mais aussi de relancer le
dialogue dans les établissements scolaires et sur leurs lieux de détente
(clubs de sport, galeries marchandes, etc.).
„Femme actuelle”, 25 avril 1994
*
mot familier pour “démodé”.

La fabrique de l’enfant “post-moderne”


Les enfants de la télé
Famille. L’expression “les enfants de la télé”, prise au pied de la
lettre, avère le fait que la télé a effectivement ravi la place éducatrice
des parents auprès des enfants. Ce temps au moins pour la transmission
générationnelle produit des effets très précis pouvant aller jusqu’à
l’effondrement de l’univers symbolique et psychique. L’univers sym-
bolique réfère à la capacité essentielle qui distingue l’homme des
animaux: celle de pouvoir parler en se désignant soi-même comme
sujet parlant et en s’adressant à ses congénères à partir de ce point en
leur envoyant des signes supposés représenter quelque chose. Pour
223
accéder à la fonction symbolique, il suffit de faire sien et d’intégrer un
système où “je” (présent) parle à “tu” (co-présent) à propos de “il”
(l’absent, c’est-à-dire n’importe qui ou n’importe quoi qu’il s’agit de
représenter). Ces repères symboliques fondamentaux permettent les
distinctions fondamentales du moi et de l’autre, de l’ici et du là, de
l’avant et de l’après, de la présence et de l’absence.
Garantissant ainsi l’accès à la fonction symbolique et à certaine
intégrité psychique, ce système se transmet essentiellement par la
truchement du discours: les parents s’adressent à l’enfant. Parler, c’est
transmettre des récits, des croyances, des rites, des obligations, des
savoirs, des rapports sociaux…, mais avant toute la parole elle-même.
C’est faire passer d’une génération à l’autre l’aptitude humaine de
parler, de sorte que celui à qui l’on s’adresse puisse à son tour
s’identifier dans le temps (maintenant), dans l’espace (ici), comme soi
(je) et à partir de ces repères convoquer dans son discours le reste du
monde. Ce discours oral de face-à-face institue la faculté de parler
dans un double registre: le discours est sonore ou gestuel et il charrie
des images mentales – quand l’autre me parle, je vois ce qu’il veut me
dire. C’est cette transmission générationnelle du discours que la
télévision met en péril.
Dans le cas où les repères symboliques de temps, d’espace et de
personne ne sont pas bien fixés, l’image externe devient une sorte de
branchement plus ou moins abouté aux images internes – ou
fantasmes – qui hantent l’appareil psychique et dont la clef est dérobée
à celui-là même qui en est le porteur. Les images peuvent donc
assaillir celui qui les perçoit, sans se fixer ni s’enchaîner dans un
processus cumulatif maîtrisable, plaçant le sujet sous leur dépendance.
Dans ce cas l’usage de la télévision risque d’éloigner encore
plus le sujet de la maîtrise des catégories symboliques d’espace, de
temps et de personne. Elle brouille sa perception, ajoute à la confusion
symbolique et aux déchaînements fantasmatiques. C’est la capacité
discursive du sujet qui se trouve alors mise en cause.
Non seulement l’usage de la télévision ne peut suppléer aux
défaillances dans la symbolisation, comme on pourrait naïvement le
croire, mais il risque d’en brouiller davantage encore les accès. Cette
remarque vaut pour toutes les prothèses sensorielles, pas seulement la
télévision, mais toute la télématique qui joue sur la télé-présence,
224
c’est-à-dire tout ce qui transporte un ici là-bas, et un là ici même: jeux
vidéo, téléphone portable qui accompagne désormais chacun vingt-
quatre heures sur vingt-quatre. Internet… partout se retrouve le risque
de décuplement des compétences chez les uns et d’accroissement de la
confusion chez les autres. Ce sont pour l’essentiel ces “enfants de la
télé” qu’on retrouve désormais à l’école. On comprend dès lors
pourquoi de nombreux professeurs en sont réduits à faire l’amer constat
selon lequel ceux qu’ils ont devant eux “ne sont plus des élèves”,
“n’écoutent plus”. (Lire Adrien Barrot, L’Enseignement mis à mort,
Librio, Paris, 2000). Ils ne parlent pas non plus. Non qu’ils seraient
devenus muets, bien au contraire, mais ils éprouvent les plus grandes
difficultés à s’intégrer dans le fil du discours qui distribuent alterna-
tivement chacun à sa place: celui qui parle, celui qui écoute. Ils ne
peuvent plus rentrer dans le discours qui, à l’école, permet à l’un (le
professeur) d’avancer des propositions fondées sur la raison (soit un
savoir multiple accumulé des générations antérieures et constamment
réactualisé), et à l’autre (l’élève) de les discuter autant qu’il le faut…
* * *
L’école
La réflexion constitue-t-elle une entrave à la consommation qui
exige des individus sans repères? Déjà la télévision généralise dès
l’enfance la confusion entre le réel et l’imaginaire, le moi et l’autre, la
présence et l’absence. Est-ce désormais à l’école qu’il reviendrait
d’achever la travail en imposant partout la forme du talk-show
télévisé, de l’”inter-réaction” préférée à la réflexion et à l’instruction?
Certains éducateurs semblent en tout cas estimer que les préférences
des élèves consommateurs se valent pour peu qu’ils célèbrent chacun
à sa manière le culte de la marchandise.
Au nom de la démocratie à l’école, on entérine aussi le fait qu’il
n’y a plus d’élèves. Pourquoi faudrait-il encore des professeurs? Dans
le discours des responsables et des experts en pédagogie, le modèle
éducationnel qui prévaut contre ce supposé “archaïsme”, c’est, en fin
de compte, celui de talk show télévisé où chacun peut “démocrati-
quement” donner son avis.
Tout devient ainsi une affaire intersubjective. Il n’y a plus
d’effort critique à faire pour quitter sans cesse son propre point de vue
225
afin d’accéder à d’autres propositions un peu moins bornées, moins
spécieuses et mieux construites. Ce qui est devenu intolérable, c’est le
professeur qui entraîne et pousse sans cesse les élèves à la fonction
critique. C’est l’ennemi à abattre car il ne respecte pas le point de vue
du “jeune”. Nombre d’experts en pédagogie “expliquent” ainsi la vio-
lence à l’école: les “jeunes” réagiraient à l’autorité indue des professeurs.
S’ils se retrouvent contraints à la violence et sujets au rapport de
forces, c’est qu’aucune autre issue ne leur a été rendue possible: ils ont
été produits pour échapper au rapport de sens et à la patiente élabo-
ration discursive et critique. En ce sens, on peut sans peine prédire, à
l’inverse du procès pédagogique accusant le maître de violence, que
moins les élèves entreront dans la relation professeur-élève, plus ils
seront sujets à la violence.
Le néolibéralisme ne vise pas seulement la destruction des
instances collectives de longue date (famille, syndicat, partis, et plus
généralement culture), mais aussi celle de la forme individu-sujet
apparue au cours de la longue période moderne. La fabrique du nouveau
sujet “post-moderne”, non critique et “psychotisant” résulte d’une
entreprise redoutablement efficace au centre de laquelle on trouve
deux institutions majeures vouées à la fabrique de ce nouveau sujet: la
télévision et une nouvelle école considérablement transformée par
trente ans de réformes dites “démocratiques” qui ont toujours été dans
le sens de l’affaiblissement de la fonction critique.
Le laminage des enfants par la télévision commence très tôt.
Ceux qui arrivent aujourd’hui à l’école sont souvent gavés de petit
écran dès leur plus jeune âge. Fait anthropologique nouveau, ils se
retrouvent souvent devant l’écran avant de parler. L’inondation de
l’espace familial par ce robinet constamment ouvert, d’où coule un
flux ininterrompu d’images, n’est pas sans effets considérables sur la
formation du futur sujet. On s’en est pris au contenu même des
images, en dénonçant par exemple leur violence, sans s’apercevoir que
c’est aussi le médium lui-même qui est dangereux, quoi qu’il diffuse.
D’ailleurs, les contes d’enfants racontés par les grand-mères d’autre-
fois contenaient nombre d’histoires d’ogres dévoreurs d’enfants qui
n’avaient rien à envier aux images gore diffusées actuellement. Mais il
ne faut pas compter pour rien la différence entre l’univers nettement
imaginaire de l’ogre dans le conte, obligeant l’enfant à penser cet
226
univers comme autre monde (celui de la fiction), et l’univers très
réaliste des feuilletons avec violences, viols et meurtres, sans distance
avec le monde réel. Certes, la télévision, par la place prépondérante
prise par une publicité omniprésente et agressive, constitue un véritable
dressage précoce à la consommation. Mais il n’empêche: la question
n’est pas seulement dans le contenu des images, elle est aussi dans la
forme même. Tout d’abord, avec la télévision c’est la famille, comme
lieu de transmission générationnelle et culturelle, qui se trouve réduite
à la portion congrue.
Université. Modeler des crétins procéduriers?
Les enseignants devront donc être rééduqués sous la houlette
d’experts en pédagogie, montrant qu’il ne faut plus rien enseigner
pour s’en remettre à ses seuls sentiments du moment et à leur gestion
gagnante. Il s’agit donc d’imposer les conditions, selon Michéa, d’une
“dissolution de la logique”: ne plus discriminer l’important du secondaire,
admettre sans broncher une chose et son contraire…
C’est ainsi qu’on voit l’université même, tout un courant
pédagogique se mettre en place refusant de demander aux “jeunes” de
penser. Il faudrait d’abord les distraire, les animer, les laisser “démo-
cratiquement” zapper à leur guise au gré des interactions, leur faire
raconter leur vie, leur montrer que les acquis de la logique ne sont que
des abus du pouvoir. Il faudrait surtout montrer qu’il n’y a rien à
penser, qu’il n’y a pas d’objet de pensée: tout serait dans l’affirmation
de soi et dans une gestion relationnelle de l’affirmation de soi qu’il
conviendrait de défendre, comme tout bon consommateur doit savoir
le faire. S’agit-il de fabriquer de crétins procéduriers, adapter à la
consommation?
Les pédagogues ne veulent pas ça, ils ne veulent que s’adapter à
l’état dans lequel ils trouvent les “jeunes” à l’école. Ce faisant, au nom
même de la compassion, ils contribuent à aggraver la situation et à
détruire encore plus l’école. Cet usage des services des pédagogues
fournit un nouvel exemple de la façon dont le néolibéralisme a su
utiliser à son profit les schémas libertaires des années 60.
Les institutions scolaires, université incluse, accueillent donc des
populations flottantes, dont le rapport au savoir est devenu une
préoccupation très accessoire. Un type nouveau d’institution molle,
227
dont la post-modernité a le secret, à mi-chemin entre maison des
jeunes et de la culture, hôpital de jour et asilage social, assimilable à
des sortes de parcs d’attraction scolaire, est en train de se mettre en place.
Pendant ce temps, la formation et la reproduction des élites
(autre fonction décisive de l’école du capitalisme total) deviennent de
plus en plus exclusivement assurées par les grandes écoles et as-
similées dans les meilleures écoles et universités privées des Etats-Unis
(où les frais annuels de scolarité atteignent 30000 dollars). Ces forma-
tions-là, qui continuent de fonctionner sur un modèle critique dur, ne
sont nullement concernées par les dérives pédagogistes destinées au
plus grand nombre. La fabrique d’un individu soustrait à la fonction
critique et susceptible d’une identité flottante ne doit donc rien au
hasard: elle est parfaitement prise en charge par la télévision et l’école
actuelle.
„Le Monde diplomatique”, novembre 2001

™ Quel est le thème de l’article? Qu’avère l’expression “les


enfants de la télé”? La télé a enlevé la place éducatrice des parents
auprès des enfants. Quels sont les effets de ce temps en moins pour la
transmission générationnelle? A quoi réfère l’univers symbolique? Par
quoi se transmet ce système-ci? Qu’est-ce qui est mise en cause par
l’usage de la télé (vidéo, internet, téléphonie mobile etc.)? Quels fait
anthropologique nouveau remarque-t-on aujourd’hui? Quelle confusion
généralise la télévision dès le plus bas âge? Par quoi fait-elle ce dres-
sage précoce à la consommation? Comment faut-il protéger l’enfant?
™ Quel constat ont fait les professeurs? La société de la
consommation exige des individus sans repères. Par quoi est obligée
l’école à remplacer l’instruction et la réflexion? Qui est devenu
“l’ennemi à abattre” dans l’école actuelle française et pourquoi? Qui
est-ce trouve qu’il ne faut rien enseigner et refuse de demander aux
élèves de penser? Qu’est-ce qu’ils proposent? Expliquez: ”Ils pra-
tiquent une “dissolution de la logique”: ne plus discriminer l’important
du secondaire, admettre sans broncher une chose et son contraire…”.
Commentez les deux derniers paragraphes.
Faites un résumé pour chacune des deux parties de l’article (la
famille, l’école/université).
Dites ensuite comment entend le gouvernement français à faire
l’éducation des mineurs “irréductibles” (lisez l’information ci-contre).
228
Détention de l’âge de 13 ans
Le projet de programmation sur la justice, examiné aujourd’hui
par le Conseil d’Etat, durcit considérablement la procédure pénale,
notamment pour les mineurs.
Le gouvernement envisage d’autoriser la détention provisoire
des mineurs de 13 à 16 ans. Des “sanctions éducatives” pourraient
même être ordonnées pour les enfants à partir de 10 ans, telles que
“l’obligation d’accomplir un stage de formation civique, la confiscation
du bien ou l’interdiction de paraître en certains lieux”, a indiqué le
garde des sceaux, Dominique Perben.
Le projet de loi devrait mécaniquement augmenter le nombre
d’incarcérations; le gouvernement entend créer 11.000 places de prison,
dont 7000 nouvelles.
„Le Monde”, 6 juillet 2002

229
MODULE IV

Tous appelés à la sainteté


A l’occasion de la fête de la Toussaint, le Père François-Marie
Léthel, professeur de théologie à la Faculté pontificale du Teresianum,
à Rome, nous parle de l’importance de la sainteté pour le monde
d’aujourd’hui.
Pour l’Eglise, qu’est-ce qu’un saint et qu’est-ce que le culte des
saints?
Les saints sont des hommes et des femmes qui ont mis en
pratique de façon radicale le grand commandement de Jésus-Christ:
”Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton âme,
de toutes tes forces, et ton prochain comme toi-même”. Ils ont pu
avoir des vocations diverses: laïcs, pères ou mères de famille, prêtres,
religieux, religieuses. Mais ce qui est commun à tous, c’est toujours
l’amour.
Le culte des saints est une relation vivante avec ces frères et ces
sœurs qui nous ont précédés et qui sont présents dans l’Eglise du Ciel.
C’est un des grands trésors de l’Eglise. On a pu en être rebuté parce
que les saints ont parfois été présentés comme des êtres exceptionnels,
parfaits de naissance et loin de nos problèmes. Or, lorsqu’on étudie
leur histoire et leurs écrits, on voit que ce sont des chrétiens comme
nous, qui ont été affrontés aux mêmes difficultés de la vie. Mais qui se
sont totalement livrés à l’amour du Seigneur.
Le concile Vatican II a accordé à la sainteté une importance
renouvelée et rappelé que nous sommes tous appelés à la sainteté. Le
nombre impressionnant de canonisations et de béatifications effectuées
par Jean-Paul II, parmi lesquels on trouve des jeunes, des pères et des
mères de famille, des laïcs engagés, prouve combien la sainteté est
proche de nous et offerte à tous.
230
L’église nous invite aujourd’hui à redécouvrir les saints non
seulement comme des exemples à imiter, mais plus profondément comme
des théologiens, des connaisseurs du Christ. Ainsi, le Catéchisme de
l’Eglise catholique innove en citant abondamment des mystiques
comme François d’Assise, Thérèse de Lisieux, Catherine de Sienne,
pour faire resplendir les vérités de la Foi.
Thérèse de Lisieux, cette jeune fille, morte à 24 ans, sans avoir
fait d’études, illustre magnifiquement ce mode de connaissance essentiel
dont parle Saint-Jean: ”Quiconque aime, est né de Dieu et connaît
Dieu”. Chez elle, la connaissance de Dieu est le fruit de son amour. Et
elle a compris le cœur de Dieu, sa miséricorde sans limite, sans doute
plus profondément que les plus grands théologiens.
Cela ne minimise pas la nécessité de la théologie comme
intelligence rationnelle de la Foi. Seulement, à l’image des saints, il ne
faut pas isoler ce rapport entre la Foi et la raison, de celui, encore plus
profond, qui existe entre la Foi et l’amour.
L’église donne autant d’importance à cette théologie de type
mystique, qui atteint à une connaissance de Dieu plus concrète, plus
incarnée, rejoignant plus directement le cœur, et donc parlant très
profondément à l’humanité d’aujourd’hui.
Est-ce pour cela que vous parlez du privilège de la féminité dans
l’amour de Jésus?
La personne qui a le plus aimé Jésus est une femme, la Vierge
Marie. Marie n’appartient pas au collège des Apôtres, à la hiérarchie
de l’Eglise. Mais, dans la hiérarchie de la sainteté, elle occupe la
première place. Et tout au long de l’Histoire de l’Eglise, des femmes
ont aimé le Seigneur de manière étonnante.
Bien sûr, toute l’Eglise est Epouse du Christ, de même que
chaque baptisé vivant dans l charité. Donc, l’homme aussi: Saint-Jean
de la Croix parle du mystère de l’âme épouse. Mais quand des femmes
expriment ce mystère, il y a quelque chose de plus immédiat, de plus
concret.
Inversement, quand il s’agit de la Vierge Marie, ce sont les
hommes qui en parle de la manière la plus belle et montre le mieux la
place qu’elle tient dans l’église. Tels Saint Bernard, Saint Louis –
Marie Grignion de Montfort et autres.
231
Cependant, dans l’Eglise, il faut toujours avoir en vue la
vocation à la sainteté. Sinon, tout, d’une certaine manière, se pervertit.
Si l’homme appelé au sacerdoce ne vit pas cette grâce comme une
mission, un service, et dans une attitude de conversion perpétuelle, il
risque de l’exercer comme un pouvoir, une domination: c’est le
cléricalisme. De même, la connaissance théologique – chez l’homme
ou la femme – n’est constructive que si elle est vécue humblement
comme un talent à mettre au service de l’Eglise. Paul le dit: la science
enfle, la charité édifie.
La petitesse et la pauvreté sont les marques de la sainteté?
C’est véritablement le cœur de l’Evangile. Jésus loue le Père
d’avoir caché ces choses aux sages et aux savants et de les avoir
révélées aux tout-petits. Lui-même s’est anéanti, prenant la condition
d’esclave, s’abaissant jusqu’à la mort de la Croix. La Vierge Marie
parle de “la petitesse de sa servante”. Or François d’Assise et Thérèse
de Lisieux, qui ont vécu de manière absolue la petitesse et la pauvreté,
sont peut-être les saints les plus connus, les plus aimés, les plus
universels: ils ont une transparence à l’Evangile, qui peut rejoindre
tout homme, au-delà de toute frontière culturelle ou religieuse.
Que peut apporter le culte des saints au monde d’aujourd’hui?
Tout baptisé qui marche vers la sainteté, vit d’amour. Et c’est là
qu’il connaît le cœur de Dieu en Jésus-Christ: dans cette recherche de
la charité, ce don le plus grand de l’Esprit Saint, reçu au baptême, que
le Seigneur veut faire grandir dans chacun de nos cœurs. Ce qui
implique toute une vie de prière – “l’oraison qui embrase un feu
d’amour”, dit Sainte Thérèse –, une vie sacramentelle, et tout un
engagement au service du prochain.
Cette primauté de la charité, vécue par tous les saints, est d’une
très grande actualité. Elle est essentielle pour la nouvelle évangéli-
sation: elle répond aux besoins les plus profonds des hommes et des
femmes d’aujourd’hui. Car si beaucoup ne ressentent plus le besoin de
croire, le besoin d’aimer et d’être aimé, est indéracinable. C’est là
l’impact, par exemple, de la petite Thérèse. Elle dit à tout homme,
quels que soient ses péchés, ses misères: ”Tu es infiniment aimé et le
Seigneur t’attend”.
Propos recueillis par Bernadette Dubois
™ Quel est le grand commandement de Jésus-Christ? Qui sont
les saints? Ont-ils eu tous les mêmes vocations ? Le concile Vatican
232
II, qu’est-ce qu’il a rappelé ? Qu’est-ce qui prouve que la sainteté est
proche de nous et offerte à tous ? Quelles sont les deux voies
essentielles de la connaissance de Dieu ? Par quelle voie l’ont connu
les saints cités ? Ont-ils fait des études intellectuelles, rationnelles, de
théologie comme Saint Augustin ou Saint Thomas d’Acquin ? De quoi
l’humanité d’aujourd’hui a-t-elle le plus besoin ? Quelle est l’importance
du baptême chrétien ? Comment doit vivre un homme qui marche vers
la perfection, la sainteté? Commentez le dernier alinéa qui commence
par : « Tout baptisé qui marche vers la sainteté, vit d"amour… ».
Sentez-vous un besoin ardent de vivre la Foi ? Avez-vous besoin d’amour ?
Saint Nicodème dit qu’il y a cinq espèces d’amour:
– amour spirituel (amour de Dieu et du prochain);
– amour naturel (entre les jeunes; entre parents et leurs enfants
etc.);
– amour flatteur (quand quelqu’un aime ceux qui le louent);
– amour d’intérêt (pour de l’argent, des cadeaux);
– amour charnel (né d’un désir coupable; débauche).
C’est seulement le premier qui mène vers le salut. Le deuxième
est neutre (ni bon, ni mauvais, puisque naturel). Les trois autres sont à
éviter puisqu’ils mettent en danger le salut de l’âme. De quel type est
l’amour qui vous préoccupe ?

La drogue (reportage)
Témoignage
Alain Kreis, 46 ans, est le responsable en Suisse romande des
Compagnons de Daniel, une association internationale de pré-
vention contre la drogue. Il travail depuis vingt ans auprès des
adolescents. Il a connu l’éclatement au rock, la défonce à l’alcool, la
fuite dans les paradis artificiels… Puis, après un long chemin de
croix, la libération intérieure par le Christ.

Je cherchais Dieu dans la drogue,


la drogue est devenue mon dieu !
Comment avez-vous connu la drogue ?
Après des engagements politiques décevants, des mésaventures
sentimentales profondes, une fuite dans l’alcool destructrice, la passion
233
du rock, j’ai ressenti l’absurdité de la vie et j’ai éprouvé la tentation du
suicide… C’est alors que j’ai découvert le mouvement hippie, dont les
valeurs me semblaient bonnes: le respect des autres, un idéal de
communion, l’abandon du matérialisme…
Mais la drogue a été très vite introduite dans le mouvement. Cer-
tains, comme Timothy Leary, ont prétendu qu’on pouvait se trouver
soi-même, et trouver Dieu qui est à l’intérieur de nous, au travers
d’expériences avec du LSD, une drogue hallucinogène très puissante.
J’ai donc tenté l’expérience, et j’ai vécu effectivement quelque
chose de très fort. Je vivais transposé dans un autre monde, un peu
irréel; là, j’avais l’impression de résoudre tous mes problèmes, les
miens et ceux de la société, de comprendre et d’aimer tout le monde;
c’était vraiment un paradis… Mais cet éclatement n’était libérateur
que lorsque nous étions sous l’emprise de la drogue.
Jusque où êtes-vous allé?
J’ai fumé beaucoup de haschich, fait quelques expériences avec
du LSD et des médicaments. Je me suis arrêté à l’opium. J’étais sur le
point de tomber dans l’héroïne quand j’ai vu les effets chez des amis.
C’était horrible! Je me suis dit: «Arrête, cette recherche conduit à
l’autodestruction ». Or je voulais vivre, trouver une voie, et non pas
me détruire par le désespoir.
Que conseillez-vous aux parents qui réalisent que leur enfant
fume du hasch ?
Surtout ne pas dramatiser et ne pas se lancer dans un sermon
moralisateur. Des jeunes peuvent fumer comme ça une fois, par curiosité,
sans être pris dans une spirale infernale. Vérifier que c’est vraiment
une consommation régulière et prendre conseil éventuellement auprès
d’un spécialiste avant d’agir.
Il y a généralement eu des signaux de détresse et des symptôme
physiques – yeux rouges, pupille dilatée, odeurs âcres… La person-
nalité du jeune change. Il n’est pas forcément triste ou abattu, il peut
être euphorique. Il sort de plus en plus, mais il s’isole dans sa chambre,
avec une passivité grandissante. Généralement, les résultats scolaires
baissent, s’effondrent même.
Les parents ne doivent ni couper les ponts, ni banaliser, ce que
font beaucoup d’entre eux pour évacuer le conflit et se rassurer. Or le
234
jeune abondera dans ce sens: «Vous picolez, moi je fume un pétard, et
alors… ? ».
Y a-t-il un remède miracle pour sortir un enfant de la drogue ?
Non. La clef est un amour inconditionnel. Et une patience
infinie. Parfois, il vaudra mieux changer carrément le jeune de son
milieu, l’extraire d’influences dont il ne peut se libérer seul. Les
parents doivent essayer de lui faire sentir que le problème réside dans
ses failles intérieures, dans ses fragilités, et, que s’il continue à fumer,
il aura de plus en plus besoin du produit pour se sentir bien, en paix
avec lui. Il doit plutôt se regarder en face, s’assumer, et essayer d’aimer
la vie comme elle est donnée. Or c’est là que réside le bonheur.
On touche ici le problème de fond: l’homme est fait pour le
bonheur, et il a constamment la tentation de fuir les obstacles au
bonheur. Or les drogues sont un des meilleurs moyens de fuir. Mais
plus un produit amène des effets de bonheur, plus il t’embarque dans
un monde qui n’est pas réel, plus il subjugue. Et plus il est dangereux.
Face à la drogue, notre société occidentale est coincée: son but
c’est de « prendre son pied », et rien ne doit entraver sa quête du
plaisir. Alors pourquoi lutter contre ce qui permet de prendre son
« trip » ? La frontière entre simple plaisir et toxicomanie est fragile.
N’êtes-vous pas trop désespéré dans ce ministère de prévention
et d’accompagnement des toxicomanes ?
La tâche est difficile. Beaucoup veulent s’en sortir et retombent,
tendent la main, retombent… Cela prend du temps, beaucoup de
temps, c’est pourquoi nous supplions les jeunes: «Ne mettez pas le
doigts dans l’engrenage: si vous saviez… ». Nous n’avons pas fini
d’avoir du pain sur la planche, car le désir d’évasion grandit dans
notre société. Ce désir est non seulement dû à une philosophie de la
vie matérialiste et hédoniste, mais aux injustices, aux chômages, aux
exclusions que sécrète notre monde. Et les barrières légales s’abaissent…
La grâce de Dieu nous aide beaucoup et nous la voyons à
l’œuvre dans des vies qui se reconstruisent de façon magnifique.
L’Eglise chrétienne a un rôle essentiel dans l’aide aux toxicomanes,
car elle propose un sens à la vie et nous parle de Quelqu’un qui
soutient chacun dans les difficultés, et qui est le Chemin, la Vérité, la
Vie et l’Amour.
235
Les chrétiens ne doivent pas hésiter à s’engager dans ce combat
pour la libération des chaînes de la drogue, et même à aller dans les
soirées techno, les « raves parties », et là où les jeunes se trouvent,
pour leur partager l’amour du Christ qui libère.
„Famille Chrétienne”, N 1018, juillet 1997

™ Qui est l’interlocuteur du journaliste dans cette interview ?


Pourquoi a-t-il tenté le suicide ? Comment a-t-il été « accroché », dans
quel milieu ? Que prétendaient ceux qui se droguaient ? Qu’est-ce
qu’il sentait lorsqu’il se trouvait sous l’empire de la drogue ? Pourquoi
a-t-il cessé d’utiliser des substances hallucinogènes ? Que faut-il avoir
pour se tirer d’une telle spirale infernale ? Quels sont les symptômes
et les changements dans le comportement de celui qui commence à se
droguer ? Que doivent faire les parents après avoir fait une telle
découverte ? Comment peut-on sortir un enfant de la drogue ? Quel
est le fondement philosophique de la toxicomanie dans la société
occidentale de la consommation ? Pourquoi ce spécialiste supplie-t-il
les jeunes de ne pas « mettre le doigt dans l’engrenage » ? Quelles
sont les causes sociales qui poussent les jeunes à expérimenter les
paradis artificiels ? Quel est le rôle de l’Eglise chrétienne dans l’aide
aux toxicomanes ?
Avez-vous connu des cas concrets de toxicomanie ?

La Conscience
Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait l’homme sombre arriva
Au bas d’une montagne en une grande pleine.
Sa femme fatiguée et ses fils hors d’haleine
Lui dirent: – Couchons-nous sur la terre et dormons.
Caïn ne dormait pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un œil, tout grand dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l’ombre fixement.
– Je suis tout près, dit-il avec un tremblement.
236
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir, sinistre dans l’espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil. Il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
– Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes.
Et comme il s’asseyait, il vit dans les cieux mornes
L’œil à la même place au fond de l’horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
– Cachez-moi ! cria-t-il et, le doigt sur la bouche,
Regardaient trembler l’aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond:
– Etends de ce côté la toile de la tente.
Et l’on développa la muraille flottante;
Et, quand on l’eut fixée avec des poids de plomb:
– Vous ne voyez plus rien ? dit Tsilla, l’enfant blond,
La fille de ses fils, douce comme l’aurore;
Et Caïn répondit: – Je vois cet œil encore !
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria: – Je saurai bien construire une barrière.
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit: – Cet œil me regarde toujours !
Hénoch dit: – Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible que rien ne puisse approcher d’elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville et nous la fermerons.
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu’il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d’Enos et les enfant de Seth;
Et l’on creusait les yeux à quiconque passait;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
237
Le granit remplaça la tente aux murs de toile,
On lia chaque bloque avec de nœuds de fer,
Et la ville semblait une ville d’enfer;
L’ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes;
Ils donnèrent aux murs l’épaisseur des montagnes;
Sur la porte on grava: « Défense à Dieu d’entrer ».
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l’aïeul au centre en une tour de pierre;
Et lui restait lugubre et hagard. – O mon père !
L’œil a-t-il disparu ? dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit: « Non, il est toujours là ».
Alors il dit: – Je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien.
On fit donc une fosse, et Caïn dit: – C’est bien !
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre;
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l’ombre,
Et qu’on eut sur son front fermé le souterrain,
L’œil était dans la tombe et regardait Caïn.
(V. Hugo, La Légende des Siècles,
Œuvres Complètes, Nelson, éditeur)

™ Qui a été Caïn? Qui a été Abel? Qu’est-ce qu’il a fait à son
frère? Pourquoi l’œil de Dieu l’accompagne partout? L’auteur,
comment montre-t-il l’inquiétude, l’angoisse de Caïn? Remarquez:
– les obstacles entre l’œil de Dieu et Caïn: l’infini de l’espace,
sous des tentes, un mur de bronze, une ville énorme et surhumaine.
– progression de l’agitation, de l’angoisse: l’inquiétude (il vit un
œil…), la peur (je vois…), l’angoisse (cet œil…), la terreur (il est
toujours là…), l’épouvante (l’œil était dans la tombe…).
Caïn passe de la conscience sentie extérieurement à la conscience
sentie intérieurement: « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn ».
Peut-on fuir soi-même?
Comparez l’extrait au Psaume 138 de David.

238
L’anxiété et le stress
Surcharge de travail, course à la performance, peur
des restructurations…Les cadres angoissent.
Selon le BIT (Bureau International du Travail) 30% des arrêts de
travail dans les entreprises de l’Union Européenne sont liés au stress.
Le phénomène touche tout particulièrement les cadres. “Qu’il s’agisse
de l’augmentation des charges de travail, de la mondialisation, des
nouvelles technologies, des 35 heures, des restructurations ou de la
pression des actionnaires, nous sommes en première ligne sur tous les
fronts”, déplore Bernard Salengo, délégué national CGC (Confédé-
ration Générale des cadres).
Certes, un manager a souvent besoin de sa piqûre d’adrénaline
pour rester au top niveau. Mais, dans bien des cas, la dose limite est
largement dépassée. Irritabilité, insomnie, dépression, consommation
excessive de café, de tabac et d’alcool, problèmes cardiovasculaires…
La course à “la performance individuelle” est le facteur de stress
numéro 1. Principal symptôme de cette maladie: le manque du temps.
On saute d’un dossier à l’autre, d’un interlocuteur à l’autre, d’un avion
à l’autre… Il reste très peu de temps pour la réflexion.
Et les 35 heures? Elles n’ont rien arrangé, bien au contraire.
Pourquoi? Les patrons répètent à leurs cadres qu’ils doivent être
capables de produire autant, sinon plus, avec des ressources réduites.
Une autre source importante de stress est la remise en question
permanente des capacités, des connaissances et du job* de chaque
cadre. Quand les entreprise passent leur temps à fusionner et à changer
de métier, “l’adaptabilité” devient une qualité essentielle. Malheu-
reusement, elle est rare…
Une troisième cause est la crise de confiance qu’éprouvent les
cadres à l’égard de leurs dirigeants, accusés de ne plus savoir (ou ne
plus vouloir) leur montrer la voie à suivre. ..
Autre contradiction: on leur demande d’être des animateurs et
des coachs pour leurs équipes, c’est-à-dire de penser aux autres. Mais,
dans le même temps on les maintient dans une logique hiperindivi-
dualiste fondée sur la compétition et le pouvoir.
239
Schizophrénie garantie! Pour lutter contre cette tendance, psy-
chiatres, thérapeutes et coachs aident leurs patients à résister à
l’autoritarisme et à développer leur autonomie… (D’après Capital,
n. 117, 2001).

A une échelle plus étendue


Les scientifiques ont récemment constaté que la moitié de la
population des pays avancés est affectée par un autre fléau: le sur-
menage et la somnolence. Dans l’ère informatique des machines, l’être
humain étouffe, languit. Le poids de l’information est écrasant. L’homme
doit prendre des précautions pour ne pas s’exposer inutilement aux
sources informatiques, à la publicité et aux médias (jeux électroniques,
nage sur la Net pour le passe-temps etc.). Autrement il va se
transformer en une corbeille, une poubelle où l’on jette pêle-mêle
toute sorte d’information qui nuit à la santé psychique.
Les recommandations des experts: une alimentation plus proche
de la nature, plus de mouvement, plus de temps pour la méditation et
la prière, pour des lectures édifiantes; participation régulière à la
messe qui écarte le stress et rétablit l’harmonie intérieure et la con-
fiance en soi. (Claude Larchet, Carrel, Kenneth All).
Un rôle particulier jouent les genouflexions (N. Affanassief). On
a constaté qu’à l’approche des deux pôles de l’être humain se produit
la décharge des énergies accumulées et polarisées (comme dans le
champ électrique) et le malaise disparaît. (La bonne vieille pratique de
nos sages ancêtres! Est donc nouveau tout ce que est bien oublié).
Ils recommandent, de plus, de passer les week-end en famille,
entourés de nos proches, de se coucher de bonne heure et dormir son
plein temps pour ne pas déclencher des migraines; de ne pas se laisser
obsédés par le travail. Ne pas se laisser entraînés dans la course
effrénée pour le confort et les biens matériels, ne pas transformer le
luxe en nécessité (le sage se contente de peu!). Maintenir un équilibre
dans tout ce qu’on dit et on fait. Et penser toujours et partout aux plus
malheureux que nous (et non pas aux vedettes extravagantes si
soigneusement médiatisées pour nous déstabiliser).
Un bon appel à la raison donc.
240
Sans ces précautions, la société moderne risquerait de se trans-
former en un énorme hôpital des individus surinformés, stressés,
déséquilibrés, incapables de se maîtriser et de communiquer normalement
entre eux, ayant l’habitude dangereuse de recourir fréquemment à une
automédication intense, au café, au tabac, à l’alcool et même aux drogues
et au suicide.

™ Les causes et les conditions socio-économiques, les facteurs


et les contradictions auxquels doit tenir tête l’individu dans la société
actuelle sont innombrables. Qu’est-ce qu’il a pour lui? Comment peut-il
se protéger?
Complétez les deux rubriques.
Il faut:
Il ne faut pas:

SCIENCE MÉDICALE
Les scientifiques voudraient jouer à Dieu
Biogénétique: clonage humain
L’unanimité défavorable qui se dégage parmi les autorités spiri-
tuelles et temporelles du monde occidental aussi bien que les points de
débat qui se manifestent entre chercheurs et responsables politiques
sur la question du clonage méritent un grand intérêt. Celui-ci est interdit
en France par les lois sur la bioéthique de 1994. Les quelques scienti-
fiques qui l’envisagent favorablement affirment qu’on disposerait
d’une nouvelle méthode de procréation qui s’ajouterait à celles déjà
existantes (fécondation in vitro etc.). Ses adversaires la stigmatisent
comme une pratique criminelle, un crime contre l’humanité qu’il faudrait
interdire absolument, méthodiquement, rigoureusement et sans tarder.
Ce serait une pratique inspirée par le désir pervers des scientifiques
qui voudraient jouer à être Dieu. Les uns annoncent la fin de l’humanité,
d’autres une régression vers le cannibalisme, d’autres enfin une voie
vers un eugénisme scientifique.
241
Clonage* – le début de la fin de l’humanité
Pour le biologiste, la tentation de l’eugénisme** va devenir
de plus en plus grande
Un monde peuplé d’hommes et de femmes issus d’embryons
sélectionnés pour leurs “bons gènes”. C’est le cauchemar eugéniste
mis en scène par le film américain Gattaca. Pure science-fiction ou
anticipation d’un avenir proche? Réponse de Jacques Testart, biologiste
au laboratoire de fécondation in vitro de l’Hôpital américain (Neuilly).
“Je suis convaincu que la sélection génétique des embryons est
promise à un grand avenir, si on n’y prend garde. Dès 1986, j’avais
donné l’alarme sur cette question dans l’Œuf transparent. La génétique
appliquée à la fécondation in vitro qui conduit à créer plusieurs
embryons d’un même couple, va permettre de “lire” le patrimoine
héréditaire de ces embryons. A partir de là, on pourra décider de ne
donner un avenir qu’à ceux portant des gènes supposés conférer un
caractère “favorable”: résistance à un virus, force musculaire supérieure,
aversion pour la violence…
Pour en arriver là, il suffira essentiellement de s’appuyer sur le
“diagnostic préimplantatoire” (DPI). Cette technique permet dorés et
déjà de rechercher la présence d’un gène particulier chez un embryon
fécondé in vitro: on prélève une cellule sur un embryon de 2 ou 3
jours, puis on soumet le AND de cette cellule à un test génétique pour
y déceler un caractère héréditaire. Ce DPI est déjà pratiqué chez
plusieurs de nos voisins européens et aux Etats-Unis pour déterminer
si un embryon est fille ou garçon ou porteur d’un gène de maladie
(mucoviscidose, notamment). Cependant, ce type de diagnostic génétique
a pour l’instant une portée limitée, pour deux raisons. La première est
juridique. Le diagnostic préimplantatoire est interdit en France tant
que ne sont pas parus au Journal officiel les décrets d’application de la
loi de bioéthique, votée en 1994. Cette loi prévoit d’autoriser le DPI
“à titre exceptionnel” pour les couples ayant “de fortes probabilités de
donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique grave
reconnue comme incurable”. Et donc de ne rechercher qu’un seul gène
de “maladie grave”. L’autre frein à la sélection des bébés in ovo est
242
d’ordre technique. On ne peut prélever plus d’une ou deux cellules sur
un embryon de douze cellules sans risquer de le détruire. Or, dans
chaque cellule prélevée, on ne peut chercher qu’une poignée de gènes.
Difficile, dans ces conditions, d’avoir un véritable “profil” du patrimoine
génétique de l’embryon, qui compte plusieurs milliers de gènes. Mais
ces obstacles ne sont pas insurmontables. La loi française sera néces-
sairement assouplie sous la pression d’autres pays, puisque se préparent
actuellement des lois de bioéthique au niveau européen. Parallèlement,
les techniques évoluent… Des généticiens n’affirment-ils pas avoir
découvert des gènes de l’homosexualité et de la violence?
Dans ces conditions, pour peu que se forge une image du citoyen
idéal, la tentation sera grande de faire le tri – indolore – des embryons
in vitro. Tout y incite. Les parents qui souhaitent un enfant parfait, la
société qui veut des individus dont la bonne santé sera source
d’économies, l’industrie qui produira ces testes, les praticiens de la
fécondation in vitro et les généticiens qui découvrent de nouveaux
débouchés. En regardant un peu plus loin, on peut imaginer que certains
de ces précieux enfants jugés presque parfaits, seront éventuellement
clonés. Et là, alors, ce sera la fin de l’humanité. On reviendra au mode
le plus archaïque de reproduction du vivant: la division d’une cellule à
l’identique. C’est ce que font les bactéries.”
„Libération”, 4/11/97

*
obtention, par des manipulations biologiques, d’une série de molécules
identiques.
**
(du gr.: eu, bien et gennan, engendrer); ensemble des méthodes qui
vise à améliorer le patrimoine génétique de groupes humains en limitant la
reproduction des individus porteurs de caractères jugés défavorables. Outre le
fait qu’il implique un jugement de valeur forcément discutable sur le
patrimoine génétique des individus, l’eugénisme se heurte à la complexité du
déterminisme génétique et de la transmission héréditaire des caractères
physiques et mentaux, qui rend contestables ses fondements scientifiques et
l’efficacité potentielle de ses méthodes. Historiquement, il a inspiré les pires
formes de répression et de discrimination.
243
Infos
186 pays ont signé hier la Déclaration universelle sur le génome
humain et les droits de l’homme sous l’égide de l’Unesco.
Depuis quelques années, la science avance à grands pas dans la
connaissance du patrimoine génétique humain. Il s’agit aujourd’hui
d’empêcher les dérapages. Désormais, à partir d’une goutte de sang,
d’un cheveu ou d’un morceau de peau, on peut déterminer la couleur
des yeux d’un individu, son hérédité, son type racial, ses maladies, son
espérance de vie… Bref, c’est notre carte d’identité, avec tous nos
secrets les plus intimes, qui est contenue dans nos cellules et dans nos
gènes. C’est dire les risques de dérapages; au cas où ces millions
d’informations confidentielles tomberont dans des mains mal inten-
tionnées.
Un engagement moral très important
Face à cette menace, la communauté internationale a décidé de
mettre la science, et en particulier la génétique, sous surveillance.
L’Unesco (organisation des Nations unies pour l’éducation, la
science et la culture), qui regroupe 186 pays, a signé hier à Paris la
Déclaration universelle sur le génome humain et les droits de l’homme.
„Libération”, 4/11/97

La condamnation des Eglises


Jean Paul II a implicitement condamné la recherche sur le clonage
en dénonçant les “expérimentations dangereuses” pour le respect de la
vie. Meir Lau, grand rabin d’Israël, a affirmé que le clonage humain
contredit la loi religieuse juive et a dénoncé les “manipulations géné-
tiques auxquelles se livrent certains scientifiques”, qui “n’ont pas pour
but de guérir et sont en conséquence prohibées par la religion juive”.
A Bucarest, l’Eglise orthodoxe de Roumanie s’est également prononcée
contre le clonage humain, affirmant que “cela est en contradiction
avec le principe de la création divine”. En Allemagne, un sondage a
conclu que 80% des personnes craignent que les scientifiques n’entre-
prennent bientôt des expériences de clonage sur l’être humain. Seulement
2% des Allemands, selon ce sondage, seraient disposés à se laisser cloner.
244
Le clonage devrait être puni par l’amputation des mains et des
pieds ou par la peine capitale, a pour sa part estimé Mohamed Ben
Saleh, un dignitaire religieux saoudien. “Je pense que la moindre peine
qui devrait être infligée à ceux qui ont inventé le clonage est l’amputation
des mains et des pieds; sinon, ils devraient être exécutés, a-t-il affirmé.
Il s’agit d’une manipulation du genre humain. C’est la plus grande
perversion de la Terre”.
„Le Monde”, 25/2/97

™ Commentez le chapeau du texte. Que disent les quelques


spécialistes qui envisage le clonage favorablement? Qu’affirment leurs
adversaires? Pratique-t-on en France la sélection génétique des
embryons? Comment peut-on lire leur patrimoine génétique? Quelles
sont les raisons qui limitent la portée du DPI? En quoi consiste le
frein d’ordre technique? Les généticiens, quelles gènes affirment-ils
avoir découvert? Comment peut-on expliquer la présence dans les
gènes des informations du caractère psychologique (aversion pour la
violence, par exemple)? Quel est le mode le plus archaïque de repro-
duction du vivant? Quels sont les dangers que le clonage présente pour
l’humanité? Est-ce l’unique voie de bâtir un monde meilleur?
Le docteur-théologien Arsenie Boca affirme dans son œuvre
“Cărarea Împărăţiei” que tous les actes de l’homme ont une
répercussion dans son être le plus profond et laissent des traces dans
ses gènes. Celles-ci sont de deux types: dominantes et récessives. Le
bon chrétien n’a qu’a suivre la voie de Dieu dans tous ses actes pour
que les bonnes gènes deviennent dominantes et déterminante dans la
conception de ses descendants. C’est la voie la plus sûre d’avoir un
enfant parfait. En plus, on épargne de grosses sommes d’argent, puisque
les fécondations in vitro coûtent les yeux de la tête. Il n’est pas exclu,
selon certains spécialistes, que ce soit notamment le côté financier qui
poussent les scientifiques à plaidoyer pour ce mode artificiel et
dangereux de reproduction humaine.

245
Au nom de la liberté religieuse
Les sectes, cheval de Troie des Etats-Unis en Europe
Le 17 avril, devant le tribunal correctionnel de Grenoble, s’est
ouvert le procès du chef d’orchestre franco-suisse Michel Tabachnik,
seul inculpé de la secte du Temple solaire, dont soixante et onze mem-
bres sont morts lors de quatre „suicides collectifs”, de 1994 à 1997. Le
jugement de cette affaire attire à nouveau l’attention sur la nébuleuse
des groupes de nature différente qui se présentent comme des religions
minoritaires, mais dont les activités, au caractère commercial souvent
évident, sont régulièrement condamnées par les tribunaux. Au nom de
la défense de la liberté religieuse, Washington vise à obtenir leur
impunité. Cette connivence avec des réseaux qui virent le jour dans un
creuset où convergeaient „nouvelle droite”, „néoconservatisme”, le tout
au nom de l’anticommunisme, entend imposer dans les esprits l’ultra-
libéralisme et l’inégalitarisme, socles prétendus de la société.
Depuis une dizaine d’années, en Europe, la question des sectes
est passée du stade de „phénomène social inquiétant” à celui de
„problème de sécurité publique de premier plan”.
Les massacres provoqués par l’Ordre du Temple solaire en 1994
et 1995, l’attaque au gaz Sarin par les sectes Aum dans le métro de
Tokyo en mars 1995, le suicide collectif de Heaven’s Gate à Los
Angeles en 1999 furent autant d’événements qui ont accéléré cette
prise de conscience. La France, la Belgique, l’Espagne et l’Allemagne
ont ainsi renforcé leur arsenal répressif. Un choix des législateurs qui,
généralement fit suite à des rapports parlementaires sur la dangerosité
de certains groupements et les méthodes coercitives d’aliénation qui y
sont infligées aux adeptes. La France et l’Allemagne sont à la pointe
de cette tendance répressive. Un peu partout en Europe sont apparus
des organismes chargés d’observer le phénomène. En France, une
série de lois votées en 1966 augmentaient, entre autres choses, la
protection des personnes en état de faiblesse. Le gouvernement de M.
Lionel Jospin mit en place une mission interministérielle de lutte
contre les sectes (MILS) présidé par M. Alain Vivien. En Allemagne,
la principale cible fut l’Eglise de scientologie. Dès 1997, après une
246
enquête de services de police, le gouvernement fédéral mettait en
garde la population sur les dangers de cette secte et le Land de Bavière
décidait d’exclure ses adeptes de la fonction publique.
Face à ce durcissement européen, tous les observateurs du phé-
nomène s’attendaient à une contre-offensive des multinationales sectaires
dont certaines, rien qu’en France, disposent d’actifs dépassant plusieurs
centaines de millions de francs.
La riposte vint des Etats-Unis. Ce qui n’a rien d’étonnant, car
90% des sectes sont d’origine nord-américaine ou ont installé leur
siège outre-Atlantique.
„Le Monde diplomatique”, mai 2001

™Déterminez le thème et les problèmes soulevés par le texte.


Cherchez les thèses et les moyens de leur argumentation.
Reformulez l’information exposée par vos propres mots.

247
Redactor: Andreea DINU
Tehnoredactor: Camelia Brînduşa BĂRBAT
Coperta: Cornelia PRODAN

Bun de tipar: 26.09.2007; Coli de tipar: 15,5


Format: 16/61x86
Editura Fundaţiei România de Mâine
Bulevardul Timişoara nr. 58, Bucureşti, sector 6
Tel / Fax: 021/444.20.91; www.spiruharet.ro
e-mail: contact@edituraromaniademaine.ro

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