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EDUCATION COMPAREE : APPROCHE THEMATIQUE – SP 2015

Le système scolaire du
Royaume-Uni
Travail rédigé sous la direction du Professeur Jean-Luc Gurtner

Gaëlle Verdes Bellon Manuele Borra

Ostermundigenstrasse 2A Strada de Soma 16

3006 Berne 6538 Verdabbio (GR)

gaellegabriela.verdesbellon@unifr.ch manuele.borra@unifr.ch

Stéphanie Martena Bastien Gendre

Chemin Monséjour 2 Chemin de Villarsel 64

1700 Fribourg 1723 Villarsel-sur-Marly

Stephanie.martena@unifr.ch bastien.gendre@unifr.ch

Le 27 mai 2015
Sommaire
1. Introduction ........................................................................................................................ 1
2. Organisation générale du système éducatif britannique ................................................... 2
2.1. Une histoire scolaire entre autonomie et influence du secteur privé ........................ 2
2.2. De la diversité des institutions scolaires britanniques ................................................ 4
2.3. Une culture promouvant la liberté et la prise en compte des différences ................. 6
3. La « liberté » au niveau des écoles ..................................................................................... 8
3.1 Un secteur public diversifié ......................................................................................... 9
3.1.1 Les freeschools ....................................................................................................... 10
3.2 Un secteur privé élitaire ............................................................................................ 10
4. La « liberté » au niveau des élèves ................................................................................... 12
4.1. Un cursus scolaire balisé par des examens ............................................................... 12
4.2. Une liberté provocatrice d’identification .................................................................. 15
4.2.1. Les uniformes ..................................................................................................... 15
4.2.2. Les internats ....................................................................................................... 17
5. La « liberté » au niveau des enseignants .......................................................................... 18
5.1. Une formation entre théorie et pratique .................................................................. 18
5.2. Des conditions de travail mettant en avant la compétition ...................................... 19
6. Tout ceci pour quelle efficience ? ..................................................................................... 20
7. Conclusion ......................................................................................................................... 23
8. Bibliographie ..................................................................................................................... 25
9. Source des images............................................................................................................. 28
1. Introduction
Le contexte historique, politique et culturel de chaque pays influence grandement le
système scolaire. Ce travail va nous permettre d’ouvrir nos horizons, d’explorer et d’analyser
un autre contexte scolaire par rapport à celui dans lequel nous avons été éduqués. Nous
avons décidé de traiter le système scolaire britannique, car il possède de nombreux
d’éléments qui diffèrent du système scolaire Suisse. Dans ce travail nous allons
premièrement présenter les aspects généraux du système et ensuite nous allons approfondir
quelques particularités. La première partie comporte un aperçu historique ce qui va
permettre de comprendre le contexte dans lequel ce système a été conçu. Ce travail est
réalisé autour de la valeur centrale de ce système scolaire : la liberté. En mettant toujours en
avant cette valeur, nous allons donner un descriptif des libertés des élèves, des écoles et des
enseignants. Puis, nous allons analyser les résultats du test PISA (Programme for
International Students Assessement) de l’année 2012. Ces données vont démontrer
l’efficience du système scolaire traité.

1
2. Organisation générale du système éducatif britannique
Quelles sont les caractéristiques générales du système éducatif de la Grande-Bretagne ?
Voici la question qui nous occupera dans ce premier chapitre. Pour y répondre, nous
suivrons le principe développé par Marilyn Osborn, professeur à l’Université de Bristol, qui
dit que « ce sont les traditions historiques et culturelles distinctes qui déterminent la
manière dont [les politiques éducatives] sont interprétées et adaptées dans les classes »
(Osborn, 2009, p. 97). Dans les lignes suivantes, nous allons donc, dans un premier temps,
nous intéresser au contexte historique qui a mené à l’organisation actuelle de l’école
britannique. Ceci nous permettra de décrire brièvement les institutions et les acteurs
importants de ce domaine. Puis, dans un deuxième temps, nous analyserons le contexte
culturel entourant ce système scolaire, en mettant notamment en évidence quelles sont les
valeurs principales qui le sous-tendent.

2.1. Une histoire scolaire entre autonomie et influence du secteur privé


Comme dans d’autres pays européens, l’éducation des enfants autre que familiale était
d’abord un domaine appartenant essentiellement aux Eglises. D’abord réservée à une
certaine élite, cette instruction s’étendit peu à peu à une plus grande partie de la population
au 18ème siècle. C’est en effet à cette époque, dans un contexte de concurrence entre
différentes confessions chrétiennes, que des mouvements philanthropiques religieux
commencèrent à créer un grand nombre d’écoles élémentaires. L’enseignement secondaire,
lui, était dispensé dans des établissements fondés par de riches particuliers, les Grammar
schools, dont le but était d’enseigner la grammaire latine aux futurs cadres de
l’administration ou de l’Eglise anglicane (de Bouttemont, 2003).
Cette situation de prise en charge de la scolarité par le secteur privé dura pendant encore
une grande partie du 19ème siècle. On le remarque, par exemple, au travers de la fondation
privée des Mechanics institutes pour encadrer les enfants de la classe ouvrière émergeant à
la suite du début de la Révolution industrielle. L’introduction du suffrage universel masculin
en 1867 changea la donne. Se rendant compte de l’importance de l’école pour former des
citoyens responsables, le parlement de Westminster adopta en 1870 une loi sur l’éducation
instituant une scolarité primaire obligatoire. Pour ce faire, le gouvernement britannique
adopta une position de compromis avec les différentes confessions qui, jusqu’ici, occupaient

2
le terrain de « l’instruction publique » : en échange d’une intégration de leurs
établissements dans le secteur public et de l’application de certaines exigences scolaires de
l’Etat, les différentes Eglises gardaient une certaine influence au sein de ces nouvelles écoles
obligatoires (Jackson, 2004).
Ce système allait être modifié par deux étapes importantes au début du 20 ème siècle. La
première fut la loi Balfour, votée en 1902. Cette dernière divisait l’Angleterre et le Pays de
Galles en 330 Local Education Authorities (LEA), dont le but était de gérer de manière très
autonome la scolarité dans la zone à la tête de laquelle elle se trouvait1. La seconde fut la loi
Butler, adoptée en 1944, qui instituait un enseignement secondaire pour tous. Ainsi était
plus ou moins fixé le paysage scolaire britannique, du moins jusqu’à la fin du 20ème siècle (de
Bouttemont, 2003).
Cette situation fut grandement modifiée avec l’arrivée au pouvoir du gouvernement
conservateur de Margaret Thatcher. Cette dernière fit en effet adopter, en 1988, une
réforme scolaire qui bouleversa totalement les habitudes qui avaient prévalu jusque-là.
Premièrement, elle étendit les prérogatives du pouvoir central en mettant sur pied un
National Curriculum, un programme obligatoire pour toutes les écoles publiques. Ce dernier
déterminait de nombreux éléments relevant autrefois du niveau local, comme par exemple
la définition des matières à enseigner ou la mise sur pied d’examens nationaux.
Deuxièmement, elle développa les pouvoirs des établissements scolaires, notamment en
leur confiant la gestion du budget. Enfin, elle mit en concurrence les écoles du service public
en permettant aux parents de choisir librement l’établissement de scolarisation de leurs
enfants. Le but de ce dernier point était de promouvoir une augmentation générale du
niveau scolaire, les écoles étant poussées à s’améliorer pour attirer les élèves et remplir
leurs locaux (les meilleurs établissements pouvant, eux, se permettre de sélectionner les
candidatures d’élèves qui leur parviennent). Cette réforme eut donc pour effet de réduire
fortement le pouvoir des LEA, coincées entre un développement des prérogatives des écoles
d’une part et du gouvernement central d’autre part. Cette tendance se poursuivit dans les
années 1990 et 2000, avec par exemple l’ouverture de certains établissements publics aux
investissements privés, ou la création de stratégies nationales pour l’enseignement de
l’anglais et des mathématiques (Broadfoot, 2000).

1
L’Ecosse et l’Irlande du Nord, elles, furent dotées de structures quelque peu différentes, la première ayant des
councils, la seconde des education and library boards.

3
A la lumière de ce bref survol historique, nous pouvons relever deux caractéristiques
importantes qui influencent encore grandement le système éducatif britannique actuel.
D’une part, il existe une forte tradition d’intervention du secteur privé. Que ce soit des
Eglises, des entreprises ou des associations, les différents acteurs de la société ont toujours
eu une influence assez grande sur l’école de la Grande-Bretagne. Ceci se manifeste,
actuellement, par le libre choix des écoles par les parents, ainsi que par la présence de
sponsors privés dans certains établissements publics. Cette porosité entre les secteurs privé
et public (avec l’inclusion, dans ce dernier, d’établissements de nature privée) est d’ailleurs
une particularité au niveau international. En effet, le Royaume-Uni possède, par rapport à la
moyenne des pays de l’OCDE, une proportion bien plus grande de subventions publiques
dans les dépenses d’éducation privées : 12,4% de ces dernières sont couvertes par les
deniers de l’Etat, contre 2% en moyenne dans l’OCDE (OCDE, 2014).
D’autre part, comme on l’a vu au travers de la loi Balfour de 1902 ou de l’autonomisation
des écoles en 1988, le niveau local a toujours eu un grand poids dans la gestion du système
éducatif (même si cela est quelque peu mis à mal avec le renforcement, ces vingt dernières
années, des prérogatives du pouvoir central).

2.2. De la diversité des institutions scolaires britanniques


Cette histoire quelque peu mouvementée a donné naissance à une organisation
complexe du système scolaire britannique. Au niveau du gouvernement central tout
d’abord, l’éducation est un domaine relevant de deux ministères : le Department for
Education (qui s’occupe de la scolarité obligatoire) et le Department for Business, Innovation
and Skills (qui est responsable de la formation universitaire et de la recherche scientifique).
Ces deux institutions comportent de nombreux offices et agences gouvernementales
spécialisés dans l’un ou l’autre des domaines relatifs à l’éducation. Le plus importants
d’entre eux est sans doute l’Office for Standards in Education, Children’s Services and Skills,
dont l’une des missions est de mesurer la qualité de l’enseignement dans les écoles
(Eurydice, 2015). Ce travail est primordial dans un contexte de concurrence entre les
établissements. Les décisions prises par ces différentes unités administratives présentes au
niveau national ont donc un grand impact sur le terrain, que ce soit au travers du National
Curriculum ou de la mise sur pied de stratégies nationales d’enseignement.

4
Pourtant, si le pouvoir central possède une certaine importance, le système scolaire
britannique se définit surtout aux niveaux régional et local. En effet, au niveau régional tout
d’abord, il faut savoir que le Royaume-Uni est formé d’une union de quatre nations :
l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Ecosse et l’Irlande du Nord. Pendant longtemps, la Grande-
Bretagne a adopté un système politique très centralisé, dominé par le pouvoir de
Westminster. Mais, à la fin du 20ème siècle, les politiques menées par les conservateurs (au
pouvoir entre 1979 et 1997), peu populaires au Pays de Galles et en Ecosse, ont provoqué un
débat sur le respect des particularités des quatre nations. Ceci a abouti, en 1997, à la
délégation d’un certain nombre de prérogatives aux trois régions « périphériques » (Ecosse,
Pays de Galles, Irlande du Nord). L’éducation a été l’un des domaines concernés par ce que
ce phénomène, que l’on appelé dévolution. Dès lors, une certaine différence existe entre les
politiques scolaires des quatre nations. L’Ecosse a, par exemple, à l’inverse de l’Angleterre,
aboli les frais d’inscription à l’Université et a augmenté le traitement des enseignants du
secteur public. Il existe donc presque, pour ainsi dire, quatre systèmes scolaires différenciés
au sein d’un même royaume : celui de chacune des trois nations « périphériques » et celui
défini par Westminster, qui s’applique à l’Angleterre, qui ne dispose pas d’institutions
politiques propres (Jeffery, 2002).
A ces différences régionales s’ajoutent des variations locales importantes, étant donné
qu’avec la loi de 1988, chaque établissement possède une certaine autonomie (notamment
au niveau financier). Ceci aboutit, au sein du secteur public (qui représente 93% de la
population scolaire), à une grande différenciation entre les écoles2. Cette prédominance du
niveau local dans la gestion des politiques éducatives apparaît comme une véritable
particularité au niveau international. En effet, la Grande-Bretagne est, dans l’OCDE, le pays
où les pouvoirs locaux contribuent le plus au financement de l’école obligatoire : 83,5%
contre 27% en moyenne dans l’OCDE (tableau 1).
A côté des établissements publics se trouve tout un secteur privé (7% des élèves) qui,
outre-Manche, possède un poids assez fort. Cette importance est d’abord qualitative, les
diplômés du privé étant surreprésentés dans les meilleures universités du pays. Mais elle est
également quantitative, le Royaume-Uni étant l’un des pays de l’OCDE où la part du secteur
privé dans les dépenses liées à l’éducation est la plus forte : 25,1% contre 16,1% pour la
moyenne de l’OCDE).
2
Nous en reparlerons dans le chapitre 3 consacré aux différents types d’écoles.

5
S’il existe bel et bien un système éducatif britannique, dirigé par des institutions
communes à tout le royaume, il est possible d’affirmer que la caractéristique principale de
ce système est d’être extrêmement diversifiée.
Tableau no1. Provenance du financement public de l’école obligatoire de plusieurs pays de l’OCDE (OCDE, 2014).

Pouvoir central Pouvoir régional Pouvoir local

Royaume-Uni 16,5% - 83,5%

France 69,8% 17,7% 12,5%

Suisse 3,3% 62,6% 34,2%

Moyenne OCDE 52% 23,7% 27%

Tableau no2. Part des dépenses liées à l’éducation faites dans le secteur privé dans plusieurs pays de l’OCDE (OCDE, 2014).

Ecole obligatoire Universités Total

Royaume-Uni 14,3% 69,8% 25,1%

France 8,2% 19,2% 10,6%

Allemagne 12,1% 15,3% 13,6%

Moyenne OCDE 8,6% 30,8% 16,1%

2.3. Une culture promouvant la liberté et la prise en compte des différences


Un système scolaire n’est pas uniquement influencé par son contexte historique et
institutionnel. Il l’est également par la culture de la société dans laquelle il se trouve, et
notamment par les valeurs que cette dernière met en avant. Au Royaume-Uni, les valeurs
principales qui sous-tendent l’éducation sont le particularisme, l’individualisation, la
différenciation (Planel, 2009)3. Au contraire de la France par exemple, qui base son école sur
l’universalisme et l’égalitarisme, la société britannique a à cœur de reconnaître la présence
d’une certaine diversité parmi ses membres. On peut donc dire que, dans l’opposition que la
philosophie politique présente parfois entre les notions de « liberté » et « l’égalité », le
système scolaire britannique se situe assurément plutôt du côté libertaire.

3
Précisons que ces valeurs sont plus présentes en Angleterre qu’en Ecosse et au Pays de Galles, qui ont une
vision légèrement plus égalitaire de l’éducation.

6
Au niveau institutionnel, cela se manifeste, on l’a vu, au travers du libre choix de l’école
par les parents ainsi que par la liberté d’action laissée au niveau local (même si, depuis 1988,
le pouvoir de l’Etat s’est accru dans le domaine de l’éducation). Mais ces valeurs se
retrouvent également au sein même des salles de classe. Premièrement, étant donné que
l’accent est mis sur le respect des différences, les enseignants britanniques ont l’habitude de
prendre en compte la diversité de leurs élèves en traitant chaque enfant différemment. Il
arrive ainsi souvent, au sein d’un même établissement ou d’une même classe, que les élèves
soient classés par niveaux et qu’ils effectuent des tâches différentes. Deuxièmement,
l’accent mis sur la valeur de l’individualisation conduit à percevoir les enfants et les jeunes
adultes dans leur globalité, et non pas seulement comme des personnes étant dans un rôle
d’apprenant. On trouve donc, dans le système scolaire britannique, un équilibre entre le
développement cognitif/académique d’une part, et affectif/social d’autre part 4 (Osborn,
2009).
On le voit bien, les valeurs importantes de la société britannique (l’individualisation, la
prise en compte des particularités, la liberté individuelle, …) influencent grandement le
système éducatif, au même titre que l’histoire ou les institutions politiques.

4
Même si, récemment, avec l’importance croissante des examens nationaux, l’accent s’est déplacé vers le
développement cognitif.

7
3. La « liberté » au niveau des écoles
Dans ce chapitre nous allons montrer les différents types d’écoles présentes dans le
système scolaire britannique. Le Royaume-Uni présente un système scolaire quelque peu
particulier. Comme nous l’avons déjà vu, d’un côté, ce dernier possède une certaine unité.
Des éléments tels que la durée de la scolarisation obligatoire5, la gratuité de l’enseignement
jusqu’à la fin du secondaire supérieur, le découpage de la scolarité en Key Stages ou
l’imposition d’un programme commun (le National Curriculum) sont en effet identiques dans
toutes les parties du pays.
Mais, d’un autre côté, on y trouve de nombreux facteurs de diversité. Premièrement, la
gestion du système éducatif est morcelée entre pas moins de deux ministères : le
Department of education (s’occupant des politiques relatives aux enfants et aux adolescents)
et le Department for Business, Innovation and Skills (gérant la formation universitaire et la
recherche scientifique). Cette multiplicité des acteurs est renforcée par les différences
existant entre les différentes nations constitutives du Royaume-Uni (Angleterre, Ecosse,
Irlande du Nord, Pays de Galles). Ainsi, le National Curriculum est valable partout, sauf en
Ecosse où il est différent. Ou alors, l’école commence partout à l’âge de 5 ans, sauf en
Irlande du Nord où la limite est fixée à 4 ans.
Un troisième facteur de diversité concerne le fait que la gestion du système éducatif se
fait en grande partie au niveau des villes et des villages. La Grande-Bretagne est ainsi l’un
des pays de l’OCDE où le niveau local participe le plus au financement de la scolarité
obligatoire (tableau 1, présent à la p.6). A la tête de chacune de ces zones se trouve une
Local Education Authority (LEA) dont le but est d’assurer une place adéquate dans un
établissement scolaire pour chaque enfant habitant dans son rayon d’action.
A l’origine relativement puissantes, ces LEA ont perdu de nombreuses prérogatives dans
la deuxième partie du XXe siècle. Le gouvernement conservateur Thatcher procède en effet
à deux réformes importantes qui vont rendre le paysage scolaire britannique encore plus
hétérogène. La première, en 1979, met les écoles en concurrence entre elles. Désormais, les
parents ont le libre choix de l’établissement où ils veulent inscrire leurs enfants : les écoles
doivent donc s’améliorer pour attirer les élèves et remplir leurs locaux (les meilleures écoles
pouvant, elles, se permettre de sélectionner les candidatures d’élèves qui leur parviennent).

5
Obligatoire de 5 à 16ans + une obligatoire d’avoir un apprentissage ou d’être en formation entre 16 et 18 ans.

8
Puis, en 1988, une deuxième réforme aboutit à l’autonomisation des écoles publiques : les
directions d’école reçoivent alors la gestion de nombreux aspects autrefois dans les mains
des LEA (en échange, un programme national était créé, le National Curriculum). Devenus
beaucoup plus libres, les établissements publics ont pris des directions différentes, ce qui a
abouti à une grande diversité de profils. Dans les prochains de chapitres nous allons
présenter les deux grands secteurs d’écoles de ce système scolaire : les écoles publiques et
les écoles privées. Les deux écoles sont ensuite à nouveau divisées en plusieurs types
d’écoles avec des caractéristiques singulières.

3.1 Un secteur public diversifié


Les écoles publiques peuvent être laïques (community schools) ou confessionnelles
(voluntary aided schools). Ces écoles sont financées par les Local Authorities (LA), les
autorités locales, et sont gratuites pour les élèves. Ces écoles ont l’obligation de suivre le
National curriculum. En dehors de ces deux grandes catégories nous avons différents types
d’établissements :
 Des écoles publiques6 laïques (dirigées par une LEA ou autonomes)
 Des écoles publiques confessionnelles (Faith school)
 Des City Technology Colleges : écoles secondaires publiques spécialisées dans un ou
plusieurs domaines, et financées en partie par des sponsors privés. Ex. BRIT school for
performing arts and technology, spécialisée dans la formation des futurs musiciens.
 Des Academies : similaires au précédent, ce sont des écoles secondaires financées
par l’Etat et des sponsors. Elles sont autonomes des LEA, et sont spécialisées dans
quelques domaines.
 Des Free schools : nous allons traiter plus dans le détail de ces écoles dans le prochain
chapitre.

6
Précisons que le terme de State school a un sens large au Royaume-Uni : il comprend aussi bien les écoles
publiques au sens traditionnel que les écoles privées sous contrat avec l’Etat.

9
3.1.1 Les freeschools
En 2010, le gouvernement conservateur, constatant qu’il était de plus en plus difficile de
trouver une école pour ses enfants, propose aux parents de créer leur propre établissement.
Pour les parents, surtout dans des grandes villes comme Londres, il est très difficile de placer
leurs enfants dans les meilleures écoles. Comme nous avons déjà vu, il est fondamental de
placer les enfants dans les meilleures écoles à partir de l’école primaire, afin de permettre
un meilleur accès aux écoles secondaires prestigieuses et ensuite aux Universités.
Directement financées directement par le Ministère de l’éducation, les free schools ont
une direction indépendante (association de parents d’élèves, club de football, organisations
indépendantes...). Ces écoles n’ont pas à suivre le National Curriculum, mais doivent fournir
une « éducation vaste et équilibrée ». Elles ne sont pas soumises aux autorités locales
(Ofsted), et elles organisent leurs propres conditions d’admission. Elles sont cependant
soumises à des inspections du Ministère de l’éducation, et leurs élèves doivent passer les
mêmes examens7 que les élèves du public à la fin du secondaire. Aujourd’hui, près de 10%
des écoles secondaires publiques ont ce statut. Cette nouvelle possibilité a donné lieu à
certaines critiques : ces écoles seraient en effet des enclaves de la classe moyenne éduquée,
et diminueraient la mixité sociale.
Après un premier enthousiasme général, le département du Ministère de l’Education
(Department for Education, DfE), a revu en mars 2011, les règles et les critères de
l’acceptation pour obtenir l’autorisation à ouvrir une freeschol. Les dossiers de candidature
pour un tel projet devront être présentés comme un business plan quelconque, qui sera mis
en concours avec d’autres projets. Seront pris en compte seulement les projets plus
complets et avec plus de points positifs.

3.2 Un secteur privé élitaire


A côté de ce secteur public déjà très varié, on trouve également un secteur privé
important (Independent schools). Ces écoles doivent être homologuées par le Ministère de
l’Education, mais n’ont aucune obligation de cursus. Elles survivent grâce à leurs résultats.
Elles font souvent une sélection à l’entrée de par leurs frais très élevés et avec des examens
d’admission. Les plus célèbres, surtout présentes au secondaire, sont les Public school d’Eton

7
Key stage

10
et d’Harrow, fondées au Moyen Age. Ces écoles forment souvent l’élite de la nation : ainsi,
David Cameron est le 19ème premier ministre qui est passé par Eton.
Enfin, après la scolarité obligatoire vient la formation tertiaire. A ce sujet, l’acquisition
d’un A-Level est le minimum, et n’assure aucune place au niveau universitaire. Après son
obtention, il faut postuler dans les divers établissements où on espère faire ses études, les
meilleures universités pouvant se permettre d’être très sélectives.
Ces écoles sont très indépendantes entre-elles, mais elles ont quelques points en
commun. Tout d’abord elles sont très sélectives, elles acceptent seulement l’élite de la
société. Elles sont encore plus sélectives, car elles sont très chères. Ces écoles sont
fortement ancrées dans le système scolaire, car la plus grande partie de ces écoles, sont les
écoles historiques les grammar schools, qui avaient le but d’apprendre aux jeunes de l’élite
sociale, la grammaire latine, compétence indispensable dans la haute société.
Au Royaume-Uni, le secteur privé représente 7% de la population scolaire globale, mais sa
proportion augmente lorsqu’on se trouve au niveau de la formation tertiaire. En effet, 11,2%
des étudiants des universités britanniques proviennent du secteur privé. Ce taux atteint 40%
dans les deux établissements les plus prestigieux, Oxford et Cambridge.

11
4. La « liberté » au niveau des élèves
4.1. Un cursus scolaire balisé par des examens
Au Royaume-Uni, la scolarité est obligatoire pour des enfants âgés de 5 à 16 ans. Une
modification majeure aura lieu en 2015, une prolongation jusqu’à 18 ans étant prévue. Le
cursus scolaire britannique est constitué de plusieurs étapes. Avant la scolarité obligatoire
proprement dite, on trouve un secteur préscolaire facultatif: les « Nursery schools ». Ces
établissements, qui accueillent généralement des enfants âgés de 3 à 4 ans, ne regroupent
cependant pas la grande majorité des petits britanniques, et ce pour plusieurs raisons.
Premièrement, ils sont privés et très onéreux. De plus, l’inscription y est difficile, car les
parents ont à fournir un planning qu’ils doivent s’engagent à respecter pour toute la période
durant laquelle l’enfant sera présent dans l’école : ce plan ne peut pas être modifié, sauf en
cas de circonstances exceptionnelles (et dans ce cas, des frais élevé doivent être payés).
Enfin, il est souvent obligatoire de payer les frais d’une année complète (12 mois), même si
l’enfant ne se rend pas à l’école durant toute cette période (maladie, vacances, etc.)
(Easyexpat, 2012).
Après un éventuel passage par les « Nursery schools », l’enfant débute sa scolarité
obligatoire à l’âge de 5 ans avec la « Primary school ». Cette dernière ne diffère pas
fondamentalement de ce qui se trouve en Europe occidentale, notamment en Suisse : elle
vise avant tout à faire acquérir des connaissances et compétences de base comme les
mathématiques ou la lecture/écriture dans la langue maternelle (l’anglais). A côté de ces
deux branches importantes, les élèves étudient d’autres matières, à savoir les sciences (qui
regroupent la physique, la chimie et la biologie), l’informatique, l’histoire, la géographie, le
dessin, la musique, l’éducation physique et l’éducation civique. Le Royaume-Uni possède
cependant, dès l’école primaire, une particularité qui le différencie de la Suisse : la présence
d’examens nationaux. En effet, lors de leur deuxième année de scolarité, à 7 ans, les élèves
doivent passer un premier examen national appelé « Key stage 1 ». Ceci se répète à 11 ans
avec le « Key stage 2 », qui sanctionne la fin de la scolarité primaire. Ces examens, qui ont
été introduits à la suite du National Curriculum, ont notamment pour but de tester les
connaissances et les compétences prévues par ce programme national, et ainsi d’uniformiser
quelque peu les apprentissages des élèves à travers tout le pays. Ils ont, de plus, comme

12
conséquence de procéder à une « évaluation » des élèves, évaluation sur laquelle se basent
les écoles secondaires les plus prestigieuses pour sélectionner leurs futurs élèves.
Les parents de ces derniers doivent en effet, à la fin de l’école primaire, choisir un
établissement secondaire dans lequel inscrire leur enfant (établissement qui peut accepter
ou refuser cette inscription en fonction des places disponibles)8. Ceci fait, les élèves
poursuivent leur scolarité jusqu’à un nouvel examen, le « Key stage 3 », qu’ils passent à l’âge
de 14 ans. C’est également à ce moment-là qu’ils choisissent les matières qu’ils vont étudier
pour le « Key stage 4 », appelé aussi « General Certificate of Secondary Education » (GCSE).
Ce test, passé à 16 ans, est une évaluation certificative qui valide la fin de la scolarité
obligatoire pour une dizaine de disciplines. Une fois cet examen réussi, les élèves ont le choix
entre poursuivre leurs études ou prendre une voie en lien avec la formation professionnelle.
S’ils choisissent la première option, ils poursuivent une formation générale de deux ans
dans le but de passer, à 18 ans, les examens du « A-Level », qui sont la condition minimale
pour entrer dans le niveau tertiaire. Lors de cette période correspondant au degré du
secondaire II en Suisse, les élèves se spécialisent dans nombre limité de branches
(généralement 3 ou 4). Ces dernières sont notées avec un système de lettres, où la meilleure
est le A : le but est alors d’obtenir le maximum de matières avec des bonnes notes. Ceci a
une certaine importance, vu que les universités se basent sur les résultats de ces « A-Levels »
pour sélectionner leurs étudiants (Thomas, 2012).
S’ils choisissent la seconde option, les élèves peuvent effectuer un apprentissage (qui est
beaucoup moins courant qu’en Suisse) ou alors entrer dans un Further Education College.
Ces établissements forment généralement leurs étudiants pour qu’ils obtiennent des
diplômes professionnels, mais certains peuvent également préparer au « A Level » général,
ce qui permet à des élèves de cette filière d’entrer dans certaines universités (Europe et
formation, 2015).
Puis, entre 19 et 21 ans, les étudiants issus de la filière générale (et certains de la voie
professionnelle) entrent dans une université, où s’appliquent les dénominations du système
de Bologne. Ils peuvent ainsi effectuer un Bachelor de trois ans dans une discipline
spécifique, puis continuer leurs études après 21 ans en suivant une formation de niveau
Master. Cette dernière se prépare avec des cours examinés et un travail final (le Mémoire).

8
Les parents ont le choix entre de nombreux types d’écoles, ainsi que nous l’avons vu au chapitre 3.

13
Puis, suivant les résultats obtenus lors de ces diplômes, il existe la possibilité d’effectuer un
doctorat (Education First, s.d.).
Afin d’obtenir une vue synthétique de ce système scolaire, toutes les informations ci-
dessus ont été résumées avec le tableau 4 ainsi qu’avec l’image 1. Cette dernière met
notamment en évidence certains éléments qui, parce qu’ils ne sont pas marquants par
rapport au système éducatif suisse, n’ont pas été mentionnés dans les lignes précédentes.

Image 1. Schéma de la scolarité au Royaume-Uni.

14
Tableau no4. Récapitulatif du cursus scolaire britannique

Age Nom Niveau Eléments marquants

3 à 4 ans Nursery school Préscolaire Facultatif et géré par le secteur privé.

5 à 11 ans Primary school Primaire Ponctuation par les « Key stage » 1 et 2.

Secondary Secondaire
12 à 16 ans Ponctuation par les « Key stage » 3 et 4.
school inférieur
Secondaire Formation générale (A-Levels) ou
17 à 18 ans College
supérieur professionnelle.
Formation suivant les dénominations du
Dès 19 ans University Tertiaire système de Bologne : Bachelor, Master,
Doctorat.

4.2. Une liberté provocatrice d’identification


4.2.1. Les uniformes

L’uniforme (image 2) est un habit


particulièrement récurent au le Royaume Uni : pas
moins de 98% des écoles exigent le port de celui-ci.
Cet aspect peut être mis en lien avec la liberté de
choix des établissements scolaires. En effet,
l’uniforme symbolise les identités fortes des
diverses écoles, les élèves représentant fièrement Image 2. Elèves en uniformes.
leur établissement en le portant. On les trouve aussi bien dans les écoles publiques que dans
les écoles privées, et il n’y a aucune loi qui oblige les élèves à porter un uniforme. Il faut
regarder la politique de chaque établissement pour connaître le règlement concernant le
port de ce dernier. C’est un aspect qui tient de la tradition du pays. Afin d’afficher une forte
identité, certains établissements conservent le même uniforme depuis plus de 400 ans. C’est
le thème de l’intégration à l’école qui est mis en avant. Les écoles britanniques soulignent les
problèmes que l’on évite avec le port de l’uniforme, comme les discriminations selon le
genre, l’ethnicité, les handicaps, l’orientation sexuelle et les croyances (Gouvernement
britannique, 2014).

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Ainsi, chaque école se démarque en fonction des habits qu’elle préconise. Le port de
l’uniforme va au-delà d’une simple idée d’anti-discrimination. Il y a le but de créer une
communauté dont l’école est le point d’ancrage. Il y a là un véritable signe d’appartenance.
Ceci est très bien mis en évidence par Osborn (2009, p. 94) qui, dans la Revue internationale
d’éducation de Sèvres, décrit la situation d’un élève britannique « standard » :

« Richard est élève dans un grand établissement non sélectif dans le sud de
l’Angleterre où tous les élèves portent un uniforme et où le professeur principal,
comme tous les enseignants, cherche à renforcer l’identité de l’école à travers le port
de l’uniforme, le rassemblement quotidien de tous les élèves (assembly) et d’autres
symboles de la culture de l’établissement. »

Certains établissements assouplissent leur règlement concernant le port de l’uniforme, en


apportant une pointe de démocratie pour ce qui est du choix de l’habit. Par exemple, dans
l’école primaire de Groombridge St Thomas, située dans le Kent, les parents et les élèves
votent sur le choix de l’uniforme tous les cinq ans. Cependant, même si cette liberté est
assez limitée. Les élèves peuvent en effet donner leur opinions sur la couleur de leur t-shirt
ou de leur cravate mais, pas plus (Avenue des Ecoles, 2015).
Dans certaines écoles, ce sont les élèves mêmes
qui soulignent l’importance du port de
l’uniforme. L’internat de Christ's Hospital, situé
dans le West Sussex, regroupe des écoliers
particulièrement fiers de porter ce vêtement
ponctué de chaussettes jaunes caractéristiques
(image 3). Autrefois, celles-ci avaient pour but
de repousser les rats lorsque l’école se trouvait
Image 3. Elèves de l'internat de Christ's Hospital initialement à Londres. Aujourd’hui, la nécessité
d’éloigner les rongeurs n’est pas une priorité pour
l’école. Les élèves ont néanmoins voté favorablement (avec 95% de oui) pour maintenir
cette tradition avec le reste de l’habit, à savoir un long manteau serré d’une ceinture à la
taille. Ainsi, les élèves soulignent l’uniformité, l’héritage et l’identité liés à leur école. C’est ce
que commente le directeur de l’école, John Franklin, devant les résultats des votes : « We

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were delighted to see that there is continuing support for our unique uniform and long-
standing traditions. It is clear, like past generations of pupils; they regard the uniform with a
sense of pride and see it as a positive element for unity and identity. » (Garner, 2010).
Au niveau financier, les parents doivent débourser une somme de l’ordre de 250 euros
pour l’habit complet (Valdés, 2014). Selon les établissements, une bourse spécialisée pour
les uniformes peut être accordée par le rectorat. Tout dépend du revenu des parents. Ainsi,
la bourse peut couvrir une partie ou toutes les dépenses concernant les différents habits
obligatoires. Si un élève refuse de porter l’uniforme, l’enseignant peut prendre des mesures
telles que des retenues ou même un renvoi dans le pire des cas (McGuire, Wallace, 2008).

4.2.2. Les internats

Dans la même veine des traditions britanniques, il existe les fameux internats (appelés
« boarding school », lieux résidentiels scolaires). Ainsi, les élèves peuvent séjourner dans
l’établissement et repartir chez eux pendant les weekends et les grandes vacances. Au
contraire, l’externat, intitulé « day school », permet aux élèves de suivre les cours donnés
dans l’établissement puis de retourner auprès de leur famille à la fin de la journée. Il existe à
peu près 500 internats en Grande-Bretagne. Ceux-ci sont divisés en deux catégories: les
internats indépendants et les internats publics, dont les caractéristiques sont résumées sous
la forme du tableau 5.
Tableau 5. Différence entre les internats indépendants (privés) et publics.

Internats indépendants Internats publics

Nombre 465 35
Elèves du Royaume-Uni et des pays
Conditions de Elèves de toutes les nationalités
de l’Espace économique européens
postulation peuvent postuler.
sont acceptés.
 Facturation des frais de
scolarité et de pension.
 Gratuité des frais de scolarité
 Etablissements étant des
donc financés par l’État
Frais de scolarité associations caritatives
 Facturation de l’hébergement
réinvestissant les bénéfices
réalisés pour améliorer
l’établissement.

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Grâce à leur apport financier lié aux taxes d’inscription, les internats privés disposent de
davantage de moyens pour des activités extra-scolaires et du matériel. De plus, les effectifs y
sont généralement plus réduits que dans un internat public.

5. La « liberté » au niveau des enseignants


5.1. Une formation entre théorie et pratique
S’il existe différentes voies pour devenir enseignant au Royaume-Uni, il faut
généralement obtenir un diplôme d’enseignement qualifié, appelé « Qualified Teacher
Status » (QTS). Ce dernier est en effet nécessaire pour exercer dans un établissement
reconnu par l’Etat (il est facultatif pour les enseignants des écoles indépendantes).
Comme en Suisse, il convient, avant de se former, de réfléchir à la discipline que l’on
souhaite enseigner, à l’âge des élèves ciblés, à la façon dont on souhaite organiser ses
études (temps plein ou partiel) ainsi qu’à l’endroit où l’on désire étudier. Ceci fait,
l’enseignant en devenir a plusieurs possibilités devant lui.
D’une part, il peut s’orienter vers des études à temps plein dans une université. Dans ce
cas, les personnes désirant enseigner au niveau primaire préparent un Bachelor of
Education. Les autres, qui désirent exercer au secondaire, doivent d’abord obtenir un
diplôme universitaire dans une discipline spécifique. Puis ils suivent une formation
pédagogique intitulée « Postgraduate Certificate in Education » (PSG), durant laquelle ils
étudient de nombreux aspects en lien avec l’enseignement. Cette voie est, actuellement, la
formule la plus choisie par les futurs enseignants (Euro guidance, 2014).
D’autre part, il est possible de suivre une formation tout en étant déjà actif au sein d’un
établissement scolaire. Dans cette option, la personne désirant se former à l’enseignement
est engagée par une école (sans être salariée), tout en étant entourée d’enseignants très
expérimentés. Elle suit alors, en parallèle à cette formation pratique, des cours spécifiques
de pédagogie et de didactique.

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5.2. Des conditions de travail mettant en avant la compétition
Pour trouver une place de travail, les enseignants doivent répondre à des annonces
publiées par les établissements. Ce sont les gouverneurs (directeurs) des écoles qui, comme
en Suisse, sélectionnent les candidats et font passer des entretiens d’embauche. Une fois
engagé, un enseignant britannique a alors sensiblement les mêmes tâches à effectuer que
dans notre pays. Il doit néanmoins se montrer plus disponible en-dehors des heures de
cours, en raison d’un système dit « de tutorat », qui donne aux enseignants le statut de
conseillers et de médiateurs auprès des élèves et des familles (Thomas, 2012).
Un autre élément différent de ce qui se passe en Suisse est la non-garantie de l’emploi à
laquelle est soumis le personnel des écoles. En effet, les enseignants ne sont pas titulaires de
leur poste. Ceci est dû au contexte compétitif dans lequel s’inscrit le système scolaire
britannique. Confrontés au défi du libre choix de l’école par les parents, les gouverneurs
doivent veiller à la qualité de l’enseignement dispensé dans leur établissement, afin d’attirer
plus facilement des élèves. Les enseignants sont donc soumis chaque année à une
rigoureuse inspection pour évaluer leurs performances et l’amélioration des résultats des
élèves. Ces inspections sont également utilisées pour déterminer la progression salariale de
chaque employé de l’école. Ainsi, un enseignant qui obtient d’excellents résultats avec ses
élèves peut espérer grimper de deux échelons salariaux (Wilson, 2010) ! Mais si, à l’inverse,
il n’atteint pas les objectifs fixés, il risque purement et simplement de perdre sa place de
travail.
Ce système est parfois vécu comme assez frustrant, les évaluations des enseignants se
basant principalement sur les résultats des élèves, ce qui ne reflète pas forcément l’énergie
investie par l’enseignant. Il diffère de celui en vigueur en Suisse, où la progression salariale
est définie par le nombre d’années d’enseignement et où il existe une plus grande sécurité
de l’emploi pour le personnel enseignant.

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6. Tout ceci pour quelle efficience ?
Dans le langage courant, l’efficience fait référence à la capacité d’une personne, d’un
groupe ou d’une institution à atteindre des objectifs fixés avec un minimum de dépenses. Il
nous faut donc, dans ce chapitre, prendre en compte d’une part les résultats obtenus par les
établissements scolaires et, d’autre part, les ressources qui ont été consommées par ces
derniers pour les atteindre.
L’étude internationale la plus récente concernant la thématique des résultats scolaires est
le Program for International Student Assessment (PISA), effectuée en 2012. Comme on le
voit à l’aide de l’image 4 (présente à la page suivante), le Royaume-Uni se situe dans la
moyenne des 36 pays évalués en ce qui concerne les mathématiques et la lecture. Par
contre, au niveau des sciences, ses notes sont significativement meilleures que la moyenne
du panel. Ceci nous permet de qualifier les résultats de la Grande-Bretagne comme étant
relativement bons.
Cette caractéristique est d’ailleurs assez stable, l’étude de PISA 2009 ayant donné des
résultats similaires. Cependant, les diverses nations constitutives du royaume ne sont pas
égales à ce sujet (tableau 6). En effet, alors que l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande du Nord ont
des notes similaires à la moyenne nationale, le Pays de Galles se situe significativement en-
dessous, avec respectivement 26, 19 et 23 points de moins (Bradshaw, 2014).
Enfin, toujours au niveau des résultats, on remarque une certaine disparité parmi les
élèves provenant de niveaux socio-économiques différents. Ainsi, 13% de la variation de la
performance en mathématiques sont dus à des facteurs socio-économiques. Ceci place le
Royaume-Uni dans la moyenne des pays de l’OCDE, qui est de 15% (Bradshaw, 2014).
Tableau no6. Résultat des régions du Royaume-Uni à l’étude PISA 2012, en points (Bradshaw, 2014).

Mathématiques Lecture Sciences

Royaume-Uni 494 499 514

Angleterre 495 500 516

Ecosse 498 506 513

Irlande du Nord 487 498 507

Pays de Galles 468 480 491

Moyenne PISA 2012 494 496 501

20
Image 4. Résultats de PISA 2012.

Intéressons-nous à présent aux ressources qui ont été nécessaires pour atteindre de tels
résultats. Pour ce faire, nous avons décidé de nous baser sur un rapport de l’OCDE, paru en
2014 et intitulé Regards sur l’éducation. Ce dernier propose plusieurs indicateurs visant à
cerner les dépenses que font les différents pays pour maintenir et développer la qualité de

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leur système scolaire. L’un des plus importants est la part du PIB consacrée à l’éducation. A
ce niveau, on voit que la Grande-Bretagne se situe dans la moyenne supérieure de l’OCDE,
juste entre la Suède et la Finlande (image 5). Concrètement, cela représente 10.412 $ par
élève et par an (moyenne depuis le primaire jusqu’au tertiaire). A titre de comparaison, la
moyenne de l’OCDE se situe à 9487 $ par élève et par an (OCDE, 2014).

Image 5. Part du PIB de différents pays de l’OCDE consacrée à l’éducation en 2000, 2008 et 2011.

On le voit donc bien, le Royaume-Uni obtient, de manière générale, d’assez bons résultats
par comparaison internationale. Mais, pour ce faire, il dépense également plus que la
moyenne des pays industrialisés. On peut donc dire au final que la Grande-Bretagne possède
un système scolaire assez performant, mais que cela lui demande des dépenses assez fortes.
Son efficience est donc moyenne.

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7. Conclusion
La rédaction de ce travail nous a permis de nous rendre compte de nombreux éléments
concernant le système éducatif britannique. Nous avons ainsi appris que le Royaume-Uni a
très tôt été un pays où l’éducation a pris une grande importance. Bien qu’elle fût réservée à
une certaine élite au commencement, elle s’est rapidement étendue au reste de la
population. L’origine religieuse des premiers établissements scolaires (dans un contexte de
concurrence entre confessions chrétiennes) a provoqué la création de nombreuses écoles
différentes et locales. Ces deux aspects (différenciation et autonomie) ont résisté à travers le
temps, notamment en raison de l’importance de la valeur de liberté dans la culture
britannique. Et c’est au travers de cette notion que nous avons analysé les particularités du
système éducatif de la Grande-Bretagne.
Nous avons ainsi pu remarquer que les différents acteurs du « marché » scolaire
britannique se situaient dans une logique de concurrence. Les écoles doivent essayer
d’atteindre de bons résultats pour attirer des élèves sur leurs bancs. Ces derniers, de leur
côté, doivent très tôt faire preuve d’assiduité dans leur parcours afin d’obtenir de bons
résultats pour avoir la chance d’être sélectionnés par des établissements scolaires de renom.
Les enseignants, eux, ne sont pas épargnés : ils doivent sans cesse montrer, au travers des
résultats des examens, qu’ils sont performants et qu’ils font obtenir de bons points à leur
établissement.
Si, en Suisse, l’école est vue par certains élèves comme une institution étrangère contre
laquelle il faut se rebeller, les petits Britanniques semblent être plus liés à leur
établissement. Ils en portent les couleurs, et vont même, pour certains, jusqu’à dormir sur
place dans des internats. Ceci est également un sujet très important pour les parents, qui
ont la possibilité de créer des établissements si ceux déjà existants ne leur conviennent pas,
et qui doivent très tôt réfléchir à l’avenir de leurs enfants.
Toute cette architecture permet d’atteindre des résultats assez bons, mais demande de
grandes ressources financières, si bien que l’efficience du système n’est pas des meilleures.
De plus, la dynamique de compétition, qui pousse les élèves, les enseignants et les écoles à
être performants aux examens, laisse une partie de la population, notamment les moins bien
lotis socio-économiquement, sur le bord du chemin scolaire. L’image que l’on peut retenir
de ce système éducatif est donc contrastée.

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Pour résoudre ces quelques problèmes, les dirigeants de la Grande-Bretagne et des
diverses nations qui la composent devraient peut-être étudier les expériences qui ont été
effectuées dans d’autres pays du monde. Une autre tâche à réaliser pour l’éducation
comparée ?

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9. Source des images
 Image 1: http://mavoieproeurope.onisep.fr/la-voie-pro-en-europe/royaume-uni/,
consulté le 10 mai 2015
 Image 2: http://myukdiary.canalblog.com/archives/2011/12/02/22871005.html,
consulté le 12 mai 2015.
 Image 3 : http://www.familiesonline.co.uk/LOCATIONS/Surrey-East/Education-
Childcare/Education-and-schools/New-senior-school-day-places-at-Christ-s-Hospital,
consulté le 12 mai 2015.
 Image 4 : Bradshaw J. (2014). Programm for international student assessment (PISA).
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 Image 5 : OCDE (2014). Regards sur l’éducation 2014 : Les indicateurs de l’OCDE. Paris :
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