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Esquisse de l'ethnoichtyologie des Yasa du Cameroun

Author(s): Serge Bahuchet


Reviewed work(s):
Source: Anthropos, Bd. 87, H. 4./6. (1992), pp. 511-520
Published by: Anthropos Institute
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40462659 .
Accessed: 16/12/2011 10:01

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des Yasa
Esquisse de l'ethnoichtyologie b) Les Yasa
du Cameroun
Les Yasa sont des pêcheurscôtiers,de langue
bantoue, vivantdansle département de l'Océanau
SergeBahuchet sud-ouest du Cameroun, à la frontière de la Guinée
Equatoriale de
(région Campo). Dans le cadred'un
1. Introduction projetpluridisciplinaire d'anthropologie alimen-
taire1menéde 1983 à 1986 (programme conjoint
a) Ethnoichtyologie CNRS-ORSTOM-Institut des SciencesHumaines
de Yaounde,dirigéparI. de GarineetJ.F. Loung),
«Ethnoichtyologie» est un termecommodepour le villaged'Ebodiéa été choisi,qui regroupe une
désignerl'étudedes relationsavec les poissons. cinquantaine de foyers.Nous y avonsréalisédes
C'est en quelquesorteun chapitre de l'ethnozoo- enquêtessur les techniquesde pêche (Bahuchet
logie,toutcommel'ethnozoologie est elle-même 1985)et surles connaissances que les Yasa ontdu
un chapitrede l'ethnobiologie. On saitque l'eth- mondemarin, étude dont nous présenterons ici les
nozoologieest toutà la fois étudedes connais- grandeslignes.
sancesdes hommessur les animaux,mais aussi Dès l'abordla spécificité de cettesociétése
des usages de la faune par l'homme, c'est-à-dire manifeste: toutes les activités sont tournées versla
l'étudeconjointedes savoirset des savoir-faire.mer.Le villageest adosséà la plage,les champs
Les savoirs,ou ethnosciences, sonten réalitédes autour,entrele villageet la forêt.On y accède
sciencesappliquées,puisqueles sociétésutilisent d'ailleurssouventen passantpar la plage. Glo-
leursconnaissances pourleursactivitéstechniques. balement, ce sontles femmesqui s'occupentdes
L'étude des savoir-faire est priseen compte champs,alors que les hommespèchent.De ce
également dans ce que certainschercheurs nom- fait,touteétudeethnographique de cettesociété
ment«anthropologie maritime», qui estconcernée se changetoutnaturellement en étudeethnozoolo-
par l'étudedes procèstechniqueset sociauxde gique.
production, de transformation, de distribution et Ce petitpeuplede quelquesmilliers d'âmesfait
de consommation propresaux sociétésdontl'ac- linguistiquement partied'un ensemble plusvaste:
tivitéprincipale estl'exploitation du milieumarin en effettout longle du Golfe du Biafra,depuisle
{Anthropologie maritime 1984).La pêcheposedes pied du Mont Cameroun jusqu'à l'estuaire du Ga-
problèmes particuliers aux hommescar la merest bon, vivent tous les de
groupes langues bantoues
unenvironnement étrange, mouvant et dangereux, de la mêmebranche(A30, groupeBubi-Bengade
se présentant commeune surfaceplateet indif- Guthrie1967-1971),soit une demi-douzaine de
férenciée,et il est de
légitime s'interroger surles langues côtières dont les locuteurs sont tous des
moyensque les êtreshumains ontdéveloppés pour pêcheurs de mer.
vivrede cetenvironnement (Acheson1981). Dans
ce contexte, l'approcheproprement ethnoécologi-
que (Bahuchet1986),souvent négligée,nousparaît
le meilleuroutilpourmettre en relationles con- 1 Ce projetest effectuédans le cadre de l'équipe de recher-
naissancesde ce milieunaturel et les
si particulier che «Anthropologiealimentairedifférentielle» (ER 263 du
CNRS). Y participentI. de Garine,S. Bahuchet,P. Pasquet
techniques halieutiques et de ce faitcomprendre et C. M. Hladik (CNRS, ER 263), A. Froment,G. Koppert
les fondements de l'adaptation maritime. et E. Dounias (ORSTOM), J.F. Loung, G. Nguima-Ma-
woung et D. Nzouango (ISH Yaounde).

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du Loup
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0 5 10 km
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^ 10 - · Profondeur
de l'océan le longde la côte yasa

2. Milieuphysique des eauxde merde surfaceestégalement affectée


par les cruesdes fleuves.
Le milieude vie des Yasa est constitué de deux Les courantsde surfacedominants sontappa-
écosystèmes très différents:
sur la terreferme, la remment de directionsud-nord (c'est «courant
le
forêtdenseéquatoriale, et la mer.La côtesemble gabonais»)et la salinitéest assez faible,particu-
une minceplage ininterrompue, mais elle est en lièrement au momentdes cruesdu Ntem,fleuve
réalitérocheuseet indentée, sursocleprécambrienimportant au sud de l'aireyasa.
de gneisset de micashistes, et constituée d'une
successionde caps et de baies.
A cet endroitde la côte africaine, le plateau
continental est trèslarge,il étaitconnuautrefois
sousle nomde «plateaudes sondes».Surle littoral
les profondeurs sonttrèsfaibles:moinsde 10m à
2 kmde la côte;il fauts'éloignerde 15kmpour
atteindreuneprofondeur de 30 m,alorsqu'à 25 km
elles sontencoreinférieures à 100m.
Cetterégionsubitunclimatequatorialà quatre
saisons,de typemaritime, avec une petitesaison
sèche bien marquéeet des pluies abondantes.
Il tombeen effetannuellement 2500mm d'eau
Ce
(Fig.1). rythme influence le régimedeseaux,et
les fleuvessupportent deuxétiageset deuxhautes
eaux, l'étiagele plus important correspondant à
la petitesaisonsèche(août)alorsque la seconde
périodede crue,qui correspond au maximum des
pluies(octobre)estla plusimportante. La salinité Fig.1: Pluviométrie
moyenne (Campo1974-1984)

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et nomenclature
classification
3. Les poissons, nomcomposédecomposable (qu'il nommelexeme
secondaire) sera d'un rangtaxinomique inférieur
Toute enquête ethnobiologique commence, ou à un nom simple. Au contraire les chercheurs
mieux,est fondéesurun inventaire minutieux et français, en particulier C. Friedberg (1974),distin-
précisde la nomenclature du monde: les éléments guentsoigneusement identification, dénomination
du milieunaturel sontreconnus, c'est-à-direnom- etclassification (c'est-à-dire insertion dansunsys-
més,parles membres d'uneethnie. tèmede référence), troisopérations distinctes qui
Au coursdes huitmois d'enquêteseffectuées peuventse confondre maispas nécessairement.
au villaged'Ebodié,j'ai pu recueillirprèsde 200 Examinons le matériel yasa.On relèveplusieurs
nomsd'animauxaquatiques,dont 147 nomsde ensembles où plusd'unepairede nomsestdistin-
poissons(plusdes trois-quartsen sontdéjà déter- guée par des déterminants. Dans ces cas il peut
minésparmessoins,poissonsen main,à partir de s'agiren effetde sous-ensembles classificatoires.
Blacheetal. 1970).Parmiceux-ci,le vocabulaire Par exemple:
ichtyologique est particulièrementrichepuisque
les lutjans(«carpillons»en françaislocal) regroupent trois
plusde 120 espècesde poissonssontdénommées vá bèibèi
- - types:vikóbiyà
(aussi bien d'eau douce 28 noms que de /carpillon/de/rougeur/
«Lutjanus sp., Lutjanidae»,vikóbiyà
"Lutjanusgoreensis(Val.)» et vikóbiyà
mer).Il est intéressant de rappelerque Monod vfviïndâ/carpillon/de/noirceur/ "L. dentatus(Dum.)»;
(1928) signalela relativepauvretéspécifiquede les raiesregroupent quatretypes:jùbà «Dasyatismarganta
la côte du Cameroun, où seulement123 espèces (Gthr.),Dasyatidae»,;^;^ èbàbàngò«raie-papillon Gymnura
étaientdécrites(à cetteépoque).On voitque les micrura(Bl. Sehn.),Dasyatidae»,jùbà já iwònjò«raie-aigle
Yasa dénommeraient la quasi-totalitédes espèces Pteromylaeus bovina(Geoff.St.Hü.),Myliobatidae» tijùbàjá
existantsurleurcôte. jißa Torpedo
«torpille spp.,Torpedinidae»;
et les roussettes sontdésignéspar un nom
La majoritédes noms de poissons,chez les les petitsrequins
kòmbóqui regroupetroistypes:kòmbóà bèbùlà
générique
Yasa, sontsimples.En effet,sur les 147 noms /rousette/à/rayures/ «Paragaleuspectoralis(Garm.),Carcha-
57 seulement
recueillis, (38 %) sontcomposés. rhinidae»,kòmbóà màlo/rousette/à/oreilles/ «requin-marteau,
La pluparts'opposent parpaires,paradjonction Sphyrna zigaena(L.), Sphyrnidae» etkòmbó mòõngô /requin/de
de déterminants. Dans certainscas, ceux-cidési- mollesse/, indéterminé;
gnentle milieuphysique,tel que «le large»,«le les «poissons longs»sontdésignésparle nomgénérique ngònú
fond»,«les rochers»,«l'eau douce».Parexemple: qui détermiMc cinqtypes:ngònúà botù«Muraenamelanotis?»,
ngònúà dïbâ/murène/de/rivière/ «silureind.»,ngònúà mángà
et
ètàndã«poissonvolant(Exocoetidae)» /murène/du/bordde mer/ ferox?
«Cynoponticus '», ngònúà wãn-
jã /murène/à/taches/
«Lycodontispolygonius (Poey), Muraeni-
ètàndãã múnjà/poisson volant/du/large/ volant»
«grondin dae»;
tùbùlè«Gerreidae»et
sous le nomgénérique
tùbùlèà túbè/poisson «Diagramma
sp./de/mer/ mediterraneusles «grandsrequins»sontregroupés
ndômï, sixtypes:ndômïà èkûlu/requin/de/courte
qui recouvre
(Guich.),Pomadasyidae» ndômïà màlo/requin/à/oreilles/
taille/,
indéterminé, «Sphyrna
ind.,ndômïà màó-
spp.»,ndômïà màlálè/requin/de/rochers/,
D'autrespeuventaussi êtredes descriptions,ngó/requin/de/longueur/, ind.et ndômïà jißa /requin/de/tor-
tellesque «à rayures», «tacheté», «rouge».Ils peu- pille?/,ind.
ventdistinguer des espècesappartenant au même
genre, ou au moins à la même famille zoologique. Cependant dansplusieurscas des poissonsqui
Parexemple: se ressemblent, désignéspar des noms simples,
indécomposables mais différents, sontregroupés
mòngóngà «raie-guitare Rhinobatos (Geoff.St.Hil.), en catégoriesdésignéespar le nom de l'espèce
cemiculus
Rhinobatidae»et
mwámàtõnõ/raie-guitare/des/rayures/ la plus importante(par sa fréquence en général),
mòngóngà «(peutêtre)
Rhynchobatuslubber ti Ehr.,Rhinobatidae» ce termedevenant ainsi «nom collectif».C'est le
cas des «bars» (en françaislocal,c'est-à-dire les
On peuts'interroger surla valeurclassificatoireSciaenidae,corb,otolithe et courbine) réunissous
que ces dénominations peuventavoir.Plus préci- le termebèpúi(plurielde èpúi):
sément,la dénomination reflète-t-ellela position
taxinomique d'untypede poisson,c'est-à-dire leur èpúi«Miracorvinaangolensis(Norm.)»
ibòmàpèndà«Pteroscion
peli (Blkr.)»
place dansun système classificatoire? ilàngé«Argyrosoma
hololepidotum (Lac.)»
On sait que les ethnoscientifiques américains, njòmò«PseudotolithustypusBlkr.»
et en premier lieu B. Berlin(1973),le pensent, ce
qui les amènent à accorder beaucoupd'importance Il en va de mêmeavec les «daurades»(français
à la formedes noms pour déterminer le rang local, carpesde merPomadasyidaeet daurades
en et
taxinomique: particulier, poursimplifier, un Sparidae)désignéesparbépèi(plurielde épèî):

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épèí«Dentexmacrophthalmus(BL), Sparidae» importante,comprenant des poissonsvivantgénéralement en


èponjï«Ρlector
hynchus
macrolepis Blgr.,Pomadasyidae» banc,les Clupeidae(sardinelles
et aloses)et leursprédateurs
kàndi«Pagrusehrenbergi
Val.etDentexfilosusVal.,Sparidae» (Carangidae,Scombridae,Sphyraenidae, Hemirhamphidae)
vikòngwè auritus(Val.),Pomadasyidae»
«Brachydeuterus
Parmiles poissonsque nous avons vu être
C'est aussile cas des «carpes»,les Lutjanidae, désignésparle mêmenomavecdeuxdéterminants
dontcinqespècessontréuniessousle nomkàngà différents, certains peuvententrer dansdeuxcaté-
qui désigneusuellement LutjanusagennesBlkr. goriesécologiquesdifférentes, parexemple:
Si certaines catégories semblent se dégagerde
vikòngwè «Pélon Brachydeuterus auritus(Val.), Pomadasyi-
la seule analysélinguistique, l'enquêteethnogra- dae» faitpartiedes «poissonsde surface»alorsque vikòngwè
phiqueauprèsdes pêcheurspermettra d'effectuervá màlálè«Parakhulial,Duleidae»estun«poissonde fond»
d'autresregroupements de poissons. parmiles «capitaines de mer»(Polynemidae),íbèngijángòndò
Ainsi,on relève que dans plusieurscas les /capitaine/de/embouchure/ «Galeoidesdecadactylus (Bl.)» est
locuteurs rapprochent des typesde poissonssans unpoissonde la côte,alorsque íbèngijánjònjòdu «Pentanemus
les réunirsous un mêmenom;il s'agit alorsde quinquarius (L.)» estun «poissondu large»
«catégoriesnon nommées»,par exempleles ca- De même,certains critères morphologiques in-
rangues(Carangidae): terviennent puisquel'on a vu que des «poissons»
èkókóngà «Scyrisalexandrinus(Geoff.St.Hil.)» de grossetaillesontséparésdes autres,ainsipour
èsíbò«Caranxcrysos(Mitch.)» les requinsoù «grandrequin»(ndomï)s'opposeà
èwòi«CaranxhipposL.»
«petitrequin,roussette» (kòmbó).
ipàkàpàkà«CaranxsenegalusVal.» Ces montrent
mòtòndò «CaranxcarangusVal.» exemples que la seule analyse
ngoßo«Alepesamblyrhynchus (C.).» de la forme des noms ne permet pas d'accéder
à la classification que fontles Yasa des animaux
Les Yasa distinguent les «animauxd'eau» (wéi) aquatiques.
et les opposentaux «animaux(de terre)»(pàmà) On est donc en présencenon seulement d'un
et aux «animauxd'air» (vipòni,c'est-à-direles processusde dénomination qui est effectivement
oiseauxmaisaussiles chauve-souris). différent d'unprocessusclassificatoire, maisaussi
La catégorie«animauxd'eau» comprend non de plusieurssystèmesde classements, qui ne se
seulement les poissons(biologiques),mais aussi fondent pas sur les mêmes critères.La nomencla-
les mollusques, les crustacésainsique les cétacés turenous informesur un typede classification,
(mammifères marins). Les tortues marines forment fondésurla morphologie, alorsqu'uneautreclas-
une catégorieintermédiaire, puisque certains les sification, nettement plus exhaustive, faitappelà
classentparmiles «animauxd'eaux» (wéi) alors des critères écologiques.
que d'autresles rangent parmiles «animaux»(pà-
mà).
On sépareles «poissons»de rivière(wéi pá 4. Les techniquesde pêche
dïbà /poisson/de/eau [douce]/)des «poissons»de
mer(wéipá túbè/poisson/de/mer/); on distingue Les activitéshalieutiques utilisent nécessairement
de plus les «poissons»du fondde ceux de sur- les connaissancesethnoichtyologiques; ainsi les
face (wéi pá màlálè /poisson/de/rochers/ et wéi pêcheurschangent-ils de techniques de pêcheen
pã lóbà /poisson/de/haut, surface/). En réalitéles fonction des mouvements saisonniers desbancsde
«poissons» de fond vivent soit sur le sable, soit poissons(passage des sardinelles en particulier) ou
dansles rochers. Ces catégories se combinent avec de l'accessibilité des zonespréférées par d'autres
un secondfacteur, celuide l'éloignement, carTon espèces(dauradesau large,selonles courants).
distingue encoreles «poissons»du large(wéipá
múnjà)de ceuxde la côte(wéipá mángà).
Exemples: a) Contraintes écologiques
Poissonsdu fond(wéiβά màlálè): vastecatégoriecompre-
nantde nombreuses familles
principalement«bars»Sciaenidae, La terminologie yasadistingue les caractéristiques
soles et turbots,carpesde mer,daurades, mérousSerranidae, des marées,flotet de la maréesemi-diurne
machoirons
jusant
murènes, rascasses,
Ariidae, poisson-globe,lutjans, et marées de vives et morteseaux,
«capitainesde mer»Polynemidae, balistes,etc. quotidienne,
liées à la lunaison:
Poissonsde rochers au bord:sous-catégoriede la précédente,
Lutja- 1)
maréesde vives eaux, de grandeamplitude,
comprenant parexempleChromis sp. (Pomacentridae),
nusgoreensis, Ρseudotolithus
epipercus (Sciaenidae)etTrichiu- au momentde la pleinelune et de la nouvelle
ruslepturus, le «poisson-sabre» lune,auxquellescorrespondent unemerhouleuse,
Poissonsde surface(wéiβα lóbà): deuxièmecatégorietrès repoussant les poissonsau large;

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2) maréesde morteseaux, de faibleamplitude, invertébrés marins dansles récifsou surles plages,


caractérisée par une mer calme, et des poissons qui servent pour l'alimentation ou bienpourles
près de la côte. appâts nécessaires à la pêche.
On reconnaît deuxcourants majeurs: Un motsurla pirogue(bwálò;Fig.2): elle est
1) courantdu nord(túbèêbëtândï«la mermon- monoxyle, de 6 à 7 m de long,de 70 cm de large,
te»), salé, avec une eau bleue,portant les migra- creusede 40 à 50 cm, et à fondplat. Elle se
teurssaisonniers, les sardinelieset leurspréda- manœuvre avec la pagaie (káví),à une ou deux
teurs; personnes. l'emploieaussi avec unevoileau-
On
2) courantdu sud (túbèè òmãndl«la merdes- rique(ikúkú)à livarde(èvèndàni)d'introduction
cend»),à l'eau sombre,troubleet douce à cause relativement récente; la voileestusuellement faite
des cruesdu Ntem,aux hauteseaux de la saison des toilesde sacs de farine.
des pluies,il éloigneles poissons.
Avantde sortir, les pêcheursévaluentl'étatde
et voileauriquedes Yasa
la mergrâceà la couleurde l'eau, à la forcedu a) Pirogue y^, corne de livarde
ventet à celle des vagues.
Il y a différentes eaux de mer,une de couleur
bleumarine(èlòmbò)(favorable aux sardinelies), livardeèvèndàni ~~/ ' >v

unenoire(mòtàndè)toujours acompagnée de vent s ' lui m^1àlàngà

et enfinuneclaire,transparente (iyóngó)qui n'est voile ikúkú ' frl


à la car les poissonsvoient
yS
pas propice pêche
les filets.La terminologie des vaguesest riche,
et l'on distingue plusieurs forces de mer,depuis
la merd'huile(túbèà sãhã), la mercalme(túbè baumeèhâmi ^^^^^-^ ^""^^^ ^a
ébù),jusqu'auxmersmauvaises(«merméchante» corde de rappel siti ^^:S^:^>^
^ ^-
-
~~*T*
[bêvã] ou «houleuse»[mòcièbã]).
Le premier problème qui se pose auxpêcheurs,
c'est de passerla barre.C'est une successionde
7m
trainsde 7 à 9 vagues(ïtotà),séparéesparunplat longueur

de quelquesminutes (iyànzà),que l'on attend pour


poussersa pirogueet s'éloignertrèsrapidementb) La pirogue-moustique pourla pêche à la ligneà main
enpagayant vigoureusement. les
Lorsque pêcheurs
décidentd'allerpêcherau large,en utilisant leurs
voilesà livardes, ils se servent de la brisede terre
du matinpours'éloignerde la côte,et de la brise
de merdu soirpourrevenir.

b) Principales
techniques 4m
longueur

Fig.2: Les embarcations


Plusieurstechniques2 sontemployéepar les pê-
cheursyasa, qui ne concernent pas toutesles
mêmestypesde poissons.
On pêche en mer,au bordcommeau large, 1) La pêcheà la ligneà mains'effectue soit
mais aussi en rivière;de plus on ramasse des du rivage dans les récifs, soit en pirogue,géné-
ralement au large.La ligneest tenueà la main
(èbàmà) ou bientraînée(bòtilà);elle est faitede
2 La terminologie employéepourles enginsde pêchessuit nylon(n°27) avec de groshameçons (n° 10).
cellepréconisée parla FAO (Nedelec1982).On consultera La pêcheau rivageest surtout le faitdes en-
aussiavec profit proposéeparTh. Monod
la classification
(1973) établieselon«le pointde vue du poisson».Selon fants, qui jettentleurlignedansles récifspoury
celle-ci,les principauxengins utilisés
par les Yasa agissent prendre quelquespetitslutjans.
par1) perforation,nonbalistique, à actionlocaliséebuccale La pêcheau largeestliée à l'emploides voiles.
(unidirectionnelle:ligneà mainsanscanne;bidirectionnel-Leur manœuvre étanttrèspeu souple,elles ne
le: palangrefixeà cordesdormantes), 2) paroisimmobi- sontutilisées alluresportantes. Aussi les
lisantes, enginspassifs(maillageà nappessimples:filets
qu'aux
dormants etdérivants),
3) paroisimmobilisantes,engin actif pêcheurs de
profitent-ils la brise de terredu matin
à recouvrement (épervier). (6 à 7 h) pourpartirventarrière, et revenirvent

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En haut:la plage,lieude ras-


semblement et d'attentedes
pêcheurs;enbas:le mouillage
A la pointede la piro-
dufilet.
gue,le flotteur.

arrièreégalementavec la brise de mer, l'après- 50 à 300 hameçons,et portantdeux flotteurset


midi vers 15-16 h. On prendprincipalementdes deux poids. La palangrese cale sur les fondssa-
poissons de rocherset de fond (des daurades) et bleux,ou bien flottant entredeux eaux; elle prend
des poissons de surfacescomme les carangues. des «poissons de fond»,raies, soles et courbines
Cette techniquenécessite des appâts qui sont («bars»).
des crevettesde rivière(chevrettes),des crabes de Près de la côte on mouillel'engin vers7-8 h le
plage, des sardinellesentièresou des morceaux matinet l'on retournevisiterla palangretoutesles
de poisson. On se les procuresoi-même(au filet- deux ou troisheuresafind'en changerles appâts.
sardinelles- ou mieuxà l'épervier),ou bien on les Pour pêcher en pleine mer, on part vers 2 h du
demandeaux femmes(chevrettes)ou aux enfants matin mouillerla palangre,en restantsur place
(crabes de plage). jusqu'au jour en changeantles appâtsde tempsen
temps.Il est fréquentque l'on pêche à deux, l'un
2) La pêche à la palangre(sámbí; Fig. 3a) em- manœuvrant la piroguependantque l'autrerelève
ploie des engins fait de cordes de 100 à 600 m l'engin.
de long sur lesquelles sontmontés(«empilés») de

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Fig.3: Les enginsde pêche

3) Les filetsdormants (filetmaillant:èpéyè, migrateurs) et,commeon l'a déjà dit,influencés


filetcalé: èpéyèábòdubákà;Fig.3b) sontde deux parle régimedes eaux douces.
typesde dimensions différentes. Le plususuelest Le filetdérivant se manipuleau crépusculeet
le «filetà bars»,dontles maillesfont4 doigts au débutde la nuit(de 17h à 22 h) ainsi qu'au
d'ouverture (soit 6 cm en diagonale);il mesure leverdu jour (de 3 à 8 h du matin);le pêcheur
1,9m de haut(soit20 à 25 maillesde rang)sur se place dansle courant, au large,et s'allongeau
300 à 700m de long,en filsde nylon.Il porte fondde la pirogue,poursommeiller. Il est aussi
auxextrémités deuxgrandsflotteurs et deuxpoids possiblede guetter les bancs (mòángà)du bord
lourdset de nombreuxpetitsflotteurs et petits et de se précipiter pourmouillerle filetune fois
poidstoutdu long. qu'ils sontrepérés.
Le filetestmisen placedepuisla pirogue.Il est
destinéaux poissonsde fond(raies,soles,«bars» 5) La pêcheà l'épervier (mbújá),n'estqu'une
et capitaines)et aux crustacés.On le mouillele petiteactivité d'appoint.On lancel'épervier surla
matinvers8 h,pourle visiter le soirvers16-17h. plage ou bienen pirogueprèsdu bord,pourdes
Il està nouveaumouilléaussitôt. poissonsde surface(sardinelles, petitescarangues,
Le secondtype,moinsfréquent, est le filetdit etplusencoreles poissons-rasoirs, Ilishaafricana
«de grandepêche»,à grandesmaillesen grosfil, [Bl.], Clupeidae),destinésà l'approvisionnement
hautde 3 à 5 m (avec 18 maillesde rang).On le domestique maisplus encorepourles appâtsné-
cale de manière à barrerl'eau surtoutesa hauteur; cessairesaux hameçons.
il prendles grosSciaenidae,les Lutjanidae, mais
aussiles tortues. A ces techniques de pêcheen mer,s'ajoutent
plusieurs pêches d'eau douce.
4) Le filetdérivant, nomméèpéyèá bèlóló«fi- Les hommeset les garçonspèchent à la ligneà
letà sardinelies» (Fig.3c), a des maillesbeaucoup mainenutilisant descrevettes ou de petitspoissons
plus fines,de deuxdoigtsseulement (3-4 cm). Il commeappâts;ils emploient également l'épervier,
mesurede 300 à 500m de long,pourunehauteur dans les rivièreslargeset dans les embouchures.
de 6 à 7 m (avec200 maillesde rang).Il estattaché En marchant la nuitavec une lampe-torche, les
à la pirogueà unboutparunecorde,etmaintenu à hommescherchent à tuerà la machette les batra-
l'autreextrémité parun uniquegrosflotteur et un cienset les poissonssurpris parla lumière.
poidsfaible.Le pêcheurplace sa piroguedansle Quantaux femmeset aux jeunes filles,elles
courant, se laissantdériveren cherchant à couper pèchent avecunepetitesenne(pêcheibùtùà).Elles
les bancsde poissons.Cettetechnique estdestinée emploient un tissuou unerésillede typetoilede
aux poissonsde surface(èlóló Sardinellacame- moustiquaire commefilet(èsoli);deuxfemmes le
ronensisReg.,et èpàkà Ethmalosadorsalis Val., tiennent auxextrémités pendant qu'une autre rabat
Clupeidae)et à leursprédateurs (maquereaux, ca- le poissonpar un mouvement tournant devantle
et
rangues baracudas). C'est une pêche saisonnière, et
filet, ramasse les alevinsainsipris dans unseau.
car les bancssontpassagers(sansêtreréellement Il s'agit là aussi d'un pêched'embouchure. Ces

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Le trides sardinelies
prisesdans le filetdérivant,
activité La ligneà main,sonplioiret soncrabe-appât,
collective.

larves de Gerreidae(likubà, tùbùlè) viennenten Herklots)sontcapturéspar les garçons,à l'aide de


trèsgrandequantitéà certainesépoques de l'année. pièges spéciaux à clapets (Fig. 4) disposés devant
Enfin les femmesfabriquentet disposent les leursterriers.Les crabesde plage (íwòwò,Ocypoda
nasses (èkulù) destinéesaux chevrettes(crevettes cursor [L.]) sont déterrésde leurs terrierspar les
d'eau douce), qui sont appâtées avec du manioc femmes,ou plus fréquemmentcapturéspendant
ou des fibresde noix de palme. la nuitdans des récipientsà parois lisse (cuvettes
Plusieursactivitésde ramassagecomplètentcet
ensemble destiné à l'exploitationdes ressources
aquatiques.
Les coquillages (huîtres,bigorneaux,patelles,
murex) sont recherchés,à marée basse, par les
femmes.Il arrive que des animaux marins s'é-
chouentsurla plage (échouage: ètíndámà),ce peu-
ventêtredes dauphinsmais aussi des sardinelies
poussées par une tempête.On prend aussi à la
mainsurla plage les tortuesqui viennenty pondre
(tortuefranchecomme tortue-luth), de plus on en
déterreles œufs.
Les crabes méritentune mentionplus détail-
lée. On les recherchepour les mangermais aussi
pour servird'appât pour la pêche à la ligne. Les
crabes des cocotiers(Jambo,Cardisoma armatum Fig.4: Piègeà crabes(ngòbã)

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émaillées)enterrés au ras du sable et recouvertesexistaient maisils étaientréservésau transport de


de feuillespourles dissimuler; on peutà volonté villageen village(noix de coco, vin de palme,
y adjoindreun appât(fibresde noixde palmeou matérielet même cadavres).Rappelonsque la
farinede manioc). routeactuellede Kribià Ebodié n'a été ouverte
qu'il y a vingtans.
La pêcheà la lignea d'autrescontraintes que la
5. Evolution: perspectives historiques pêche au filet.En premier lieu,elle nécessite des
appâts. C'étaient soit des crevetteset des crabes
La situationsocio-économique actuelleestcurieu- de plage,obtenusparéchangeauprèsdes femmes
sementtrèsrécente.Toutle mondese souvient ou de certainshommes,soitdes poissons-rasoirs
parfaitement des années50 durantlesquellesvin- péchésà l'épervieret donnéparle pêcheurà ses
rents'installerdans la régiondes Nigériansqui confrères. Les prisesétaientnécessairement moins
apportèrent avec eux un nouveaustylede pêche, nombreuses qu'avec des filets,mais il n'y avait
la pêcheau filet.Dans les années70, uncoopérant aucunecommercialisation (pas de route)etpeu de
canadiens'installaà Ebodié et durantdeux ans besoind'argentsinonpourl'impôt.Le peu qui
y entrepris le développement de la pêche aux étaitpéchésuffisait à nourrir sa familleet à payer
sardinelles,construisant une fumerie et cherchant la
l'impôt, principale dépense.De l'avis des hom-
à instituerune coopérative de pêche.Fumerieet mes mûrsdu village,l'entraideétaitalorstotale
coopérative ne persistèrent pas aprèsson départ, dansla parentéet mêmedansla communauté: on
maisla technique de la pêcheà la sardinelle avec donnaitdu poissonà ceux qui en avaientbesoin;
le filetdérivant étaitacquise.Elle est maintenanton ne peutpas mangerseul,il fautdonner.
devenuela production principale, les autrestech-
niques venant «en négatif», c'est-à-dire que l'on Ce brefaperçuhistorique des techniques yasa
pêcheautrement lorsqu'iln'y a pas de sardinelles. montre combienla première impression, synchro-
Toutautreétaitdoncautrefois l'ensembletech- nique,peutêtretrompeuse. En effet,impressionné
nique. par la simplicité des moyenset le caractèredo-
Les souvenirs des anciensdu villagesontd'ail- mestiqueet artisanale des pratiques, l'ethnologue
leurscorroborés parles observations de Théodore aural'impression d'unensemblede techniques de
Monod en 1926. Le filetn'étaitpas totalementpêcheharmonieux, permettant de s'approprier la
inconnudes Yasa car leursvoisinsplus au nord, plupartdes ressourcesaquatiques,en toustemps
Duala etBatangade Kribi,l'utilisaient déjà depuis eten touslieux.En réalitéon a vu que le système
longtemps, de même que la voile pour pirogues. s'estprofondément
les transformé durant les quarante
Mais en effet les habitants de la côtedu sudne les dernières années.On peutvoirlà l'exempled'une
employaient pas. Monoddistingue la régionde la sociétéqui a accru ses procédésde captureen
baiede Douala de la zonesud,qu'il appelle«zone adoptant de nouvellespratiquesqui se sontajou-
de la piroguemoustique, zonede la ligneà main» téesaux techniques traditionnelles.
(Monod 1928: 179).
En effet,outrel'absencede filets,le moyen
de déplacement, c'est-à-dire la pirogueelle-même,
étaitdifférent. On employait alorsces fameuses Le présent faitsuiteà unecommunication
article pré-
«pirogues-moustiques», longuesde moinsde cinq sentéele 5 avril1989au deuxième Colloqued'Ethno-
mètres, largesde 35 cm,surlesquellesle pêcheur, zoologieorganisé parR. Pujol,dansle cadredu 114e
unefoisen mer,s'asseyaità califourchon, laissant Congrès National des Sociétés Savantes à Paris.
les piedsdansl'eau de partet d'autrede la coque.
Engintrèsléger,en bois de parasolier(les deux
portent le mêmenom,mòénjé),il étaitde ce fait Œuvrescitées
d'unestabilité douteuse, et n'étaitutiliséque pour
maritime(Bulletin,1). Paris: Centre
la pêche à la ligneà main,car tous les autres 1984 Anthropologie marine(CETMA-CNRS).
d'ethnotechnologie
engins,palangreet filetsen particulier, sonttrès
lourdsà manipuler et nécessitent une basculede Acheson, J.M.
1981 Anthropology of Fishing.AnnualReviewofAnthropol-
la piroguepourla remontée. Il sembleque l'on ogy10: 275-316.
péchaitplusprèsdes côtesmaisla pirogue-mous-Bahuchet,S.
tique,trèslégère,demandemoinsd'efforts que 1985 Notespréliminaires surl'économiedes Yasa du Came-
la grandepiroguepour aller au largeen paga- roun.Paris:CNRS (ER 263) /Laboratoire d'Ethnozoo-
yant. Toutefois les grand bateaux du type actuel logie.[multigraphiées]

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comparéedes PygméesAka et des vil-


1986 Ethnoécologie Cushiticbranchof Afroasiatic (Afrasian, Hamito-
lageoisNgandode la Lobaye(R. C. A.)· EcologieHu- of
Semitic)phylum languages. Cushitic is spoken
maine(Aix)4-2: 3-18.
in easternAfricafromthe Egypt-Sudan border
Berlin,Β. in thenorth(Ababdaof Beja) downthrough the
1973 Folk Systematics in Relationto BiologicalClassifica-
tionandNomenclature. AnnualReviewofEcologyand Horn of Africa to Qwadza of central Tanzania.
Systematics 4: 259-271. It includessuchsociallyprominent languagesas
Beja, Afar, Somali, Oromo (Galla), and scoresof
Blache,J.,J. Cadenatet A. Stauch
1970 Clés de détermination des poissonsde mersignalés others.
dans l'Atlantiqueoriental.Paris: ORSTOM. (Faune In 1969 I proposedthatthe "WestCushitic"
18)
tropical, groupoflanguagesbe removed fromCushiticand
Friedberg,C. established as a distinct branchor sub-phylum of
1974 Les processusclassificatoires appliquésaux objets Afroasiatic. The name"Omotic"was proposedfor
naturelset leurmiseen évidence.Quelquesprincipes it withthe termNomoticor NorthOmoticfor
méthodologiques. Journald'Agriculture Traditionnelle
etBotanique
erstwhile "WestCushitic"and Somoticor South
Appliquée(Paris)21 (10-12): 313-334.
Omoticfor erstwhile"Ari-Banna."Contrary to
Guthrie,M. Bender's he did not invent these
1967-1971 Comparative Bantu;4 vols.Hants:Gregg. memory (1991),
terms;I did. Subsequently thatproposalgained
Monod,Th. considerable and
1928 L'industrie de pêchesau Cameroun. Paris:Sociétéd'E- approval disapproval.
ditionsGéographiques, Maritimes et Coloniales. WereLamberti's attackless subtlely venomous
1973 Contribution à l'établissement fonc- it wouldbe sufficient
d'uneclassification to showthathe has been
tionnelledes enginsde pêche.Bulletin MuseumNatio- rathersloppyand uninformed in his criticisms.
nal HistoireNaturelle, sérieEcologie(Paris)12(156): This can be seen whenwe look at the number
205-231.
of citations(only two) of my workwhichhe
Nedelec,C. uses - bothdrawnfromthe earlyyearsof the
1982 Définition et classificationdes catégories d'enginsde Omotic All of
hypothesis (his "Omotictheory").
pêche.Rome:FAO. (Documents techniquesde pêches, - sometenarticles-
222) my subsequent publications
wereignored, as ifI hadproduced thissillytheory
20 yearsago and let it lie there,orphanedby
myirresponsible neglect.Altogether theneglected
articlesrepresent 226 pages of publisheddiscus-
sionof Omotic,overand above the45 pageshe
cites! His negligent and unfairtreatment of my
Omoticand Cushitic workalso suggestshisneglectof severalGerman
A ReplytoLambert! colleagueswithwhomhehasbeeninclosecontact
forthepasttenyears;someof myarticleswere
published intheirbooksorinbookswellknownin
HaroldC. Fleming Germany! He also attended a conference withme
in Cologne(1986) on thesubjectof Cushiticand
Presuming therightofa fairreplyto an attackon Omoticlanguages;theproceedings werepublished
mywork,I wantto comment briefly on Marcello in 1988.It is difficult to knowhowhe couldhave
Lamberti'spiece on Cushiticin Anthropos 1991. avoided seeingthatarticle(whichhe had also
Professor Lambertiwas honorable enoughto tell heard),as well as RichardHayward'sbook on
me thatit was an attack,to giveme a copy,and Omoticlanguages(1990).Notonlydoesthatbook
offerme thechanceto reply,"ifyouareable to." expandthearguments forOmoticbutalso includes
Although there were no outright pejorative words new data and analysesof Dime (SouthOmotic),
inhisremarks, they seem hostile. Who knows what Yemsa, and Bencho (Gimira)(bothNorthOmotic)
motivates himtodenigrate my work so completely which had not been availablebefore.
but surelya vigorousresponseis required.Not The formalargumentation fortheOmotichy-
onlywas thisnota casualattackbutalso a major pothesis,as opposedto the firstpresentation of
segment ofAfrican prehistory is at stack.Besides it, took place primarily in the 1970s and early
thathe said falsethingsaboutmywork. 1980sin a seriesof articleswhichexaminedsev-
To remindreadersof the subject:Lamberti's eralfacetsof theproblem.Muchof thenewdata
paperwas focusedon the40 or 50 Omoticlan- on Omoticwere comingin duringthatperiod,
guagesof southwestern Ethiopiawhichhad been primarily through thefieldworkof M. L. Bender
classifiedas "WestCushitic,"partof the large and myself. A fullreconstruction of theancestral

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