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LA QUESTION DE LA TRANSMISSION

 
• 25 siècles nous séparent du corpus présocratique.
• S'interroger sur les conditions de la transmission.
• Des oeuvres sont définitivement perdues.
• Certaines : un seul nom, un seul fragment...
• Platon existe en intégralité : d'où l'orientation de notre civilisation.
1/. L'ARCHÉOLOGIE D'UN SITE :
La chance et le hasard : les supports abimés. 
Exemples :
• 1/. La VILLA des Pisons, Herculanum : l'épicurisme campanien (les 800 
rouleaux de Philodème de Gadara).
• 2/. Les JARRES de Nag­Hamadi (50 traités gnostiques encore reliés).
• 3/. Le MUR d'Oenanda (Telmessos en Turquie) et les inscriptions de 
Philodème.
• 4/. Les MOMIES d'Oryrinchos (cartonnages et bandelettes) : fragments 
d'Homère, Évangile gnostique de Thomas, Sophocle et Pindare identifiés, 
Sappho...
• 5/. Les ORDURES du même village après le changement du système 
d'irrigation après les crues du Nil.
2/. L'ARCHÉOLOGIE D'UN LIVRE :
­ Lire des oeuvres et fouiller le texe.
­ Les principales sources : Aristote, Gnomologie vaticane, Suda, Diogène Laërce.
­ Le problème : les morceaux sont dans un contexte critique. 
Exemples :
Les Présocratiques :
• Exhumation récente : 1903, Hermann Diels et Walter Kranz.
• Apparition d'un corpus : Parménide, Héraclite, Anaximandre, Empédocle, 
etc...
3/. L'ARCHÉOLOGIE D'UNE PIÈCE :
Exemple :
• A l'université de Strasbourg en 1990, découverte d'un texte d'Empédocle 
absolument inédit : Physique 1 et 2.
• Héritage d'un voyageur : 5 000 papyrus, 1 800 grecs.
• Premier texte direct (hors citations).
• Reconsidération intégrale d'Empédocle à la lumière de l'inédit.
• Changements de sens.
4/. LES JEUX DE CONTEXTE :
• 1/. L'usage des extraits : 
• Le contexte polémique: l'absence de neutralité (le fragment sert une 
cause).
• Intérêt idéologique : on prélève ce qui sert une thèse ; facilite la 
démonstration.
• 2/. Quant à l'hédonisme : 
• Citations rarement à l'avantage de la cause...
• Contexte souvent critique (le silence de Platon sur Aristippe de 
Cyrène par exemple ; les commentaires de Saint Augustin sur 
l'hédonisme).
5/. LES FORCES EN PRÉSENCE :
• 1/. Une ligne de force hédoniste : 
• Leucippe, Démocrite : atomisme abdéritain
• Aristippe et les cyrénaïques
• Diogène de Sinope et le cynisme
• Epicure, Lucrèce, Horace, les élégiaques et l'épicurisme.
• 2/. Une ligne de force ascétique : 
• Pythagore le dualiste
• Parménide l'éléate
• Marc­Aurèle, Sénèque et les stoïciens
• 3/. Le triomphe du christianisme : 
• La victoire de l'ascétisme, la défaite de l'hédonisme.
• Haine du corps, pulsion, passions, plaisirs, sens
• Haine du monde ­ Triomphe de la pulsion de mort
6/. LA LOGIQUE DES VAINQUEURS :
Ecrire l'histoire :
• Difficile pour les vainqueurs d'être objectif avec les vaincus
• La répétition de ce qui s'est écrit une fois : histoires, encyclopédies, 
manuels.
• Diffusion, existence : l'édition des textes, le travail universitaire puis 
scolaire
• Mépris, oubli et caricature des vaincus : l'hédonisme caricaturé.
7/. DIFFICULTÉ D'ÉCRIRE EN VAINCU :
• Les matériaux subsistant rendent l'objectivité impossible
• Incapacité radicale à savoir ce que signifiaient les concepts à l'époque : 
• Matière, âme, esprit, corps,
• Plaisir, joie, souverain bien, tristesse
• Le dualisme corps­esprit se pensait­il dans des termes propres à 
l'époque ?
• Proposition subjective et relative.
8/. QU'EST­CE QU'ÊTRE PHILOSOPHE À L'ÉPOQUE ?
• C'est vivre en philosophe, et non écrire ou penser pour penser
• Rôle de l'écriture alors : on écrit pour conserver trace, pour mémoire
• Opposition entre l'ésotérique (à usage interne dans l'école) et 
l'exotérique (au profane)
• La philosophie n'est pas réservée au philosophe, mais à celui qui pratique
• l'idéal est celui du sage ; le philosophe chemine, le sage est parvenu à 
son but
• La pratique dans des écoles avec un maître qui sait et des disciples
• Les lieux spécifiques : Académie de Platon, Lycée d'Aristote, Portique des 
stoïciens, Cynosarge des cyniques, Jardin d'Epicure.
LEUCIPPE ET "LA JOIE AUTHENTIQUE"

1/. LA DIFFICILE QUESTION DES INVENTEURS :
• Risque de nommer un premier philosophe, un inventeur
• Oubli des autres géographies (Indiennes, chinoises)
• Ignorance de ceux qui existaient avant mais dont il ne reste rien
• Oubli des peuples sans écriture
• Ainsi : Mochos, penseur phénicien, inventeur de l'atome, mais dont on ne 
connait rien (sauf mention chez Sextus)
2/. LEUCIPPE : FICTION, FEMME OU PHILOSOPHE ?
• Né à Milet vers 460 av.
• Acmé vers 465/460.
• Dumont : homme ou femme ?
• Epicure (dans D.L.) : Leucippe n'a pas existé (mauvaise langue ; veut être 
l'inventeur). Hermarque dit la même chose.
• Pas de détails sur sa vie, son oeuvre (sinon Sur l'intellect).
3/. UNE PENSÉE COHÉRENTE A PARTIR DES FRAGMENTS :

• 1/. La théorie physique : atomes, vide et mouvements. 
• a/. Des atomes en nombre illimité
• b/. Forme, ordre et disposition : produisent le réel
• c/. L'ensemble se meut dans le vide
• d/. Le vide, c'est le non­être.
• e/. Le non­être est, il coïncide avec le vide.
• f/. Nécessité = destin = agencement de la matière : pas de hasard.
• g/. Théorie des simulacres : 
• pellicules imperceptibles qui émanent de l'objet vers le sujet
• pénètrent dans le corps par les orifices
• origine : observation du rai de lumière
• imaginer le philosophe qui observe (été grec ; oliviers ; 
soleil ; port)
 

• Formule d'un radicalisme philosophique : 
• a/. Pas de dieux, sinon matériels : ils sont des 
simulacres.
• b/. Pas d'âme immatérielle
• c/. Pas d'arrière­monde : de l'immanence, du réel.
• d/. Congé donné aux mythes, fables et religions.
• e/. Incapables d'être jaloux, vengeurs, de s'occuper des 
hommes.
• f/. Effacement des dieux, place aux hommes.
 

• 2/. Une morale : éthique de la joie authentique. 
• ­ La physique induit une éthique. 
• A/. ­ Une éthique hédoniste ? Précautions... 
• a/. Contexte : citation de Clément d'Alexandrie.
• b/. Fragments
• c/. Traduction : sens de joie, souverain bien, 
plaisir...
• B/. Distinguer hédonisme et eudémonisme : 
• Hédonisme / hédoné : plaisir ­ terme connoté dans notre 
culture (jouissance sans conscience)
• Eudémonisme / eu­démonia : bonheur.
• Moins deux mondes séparés que deux façons d'exprimer une 
réalité identique : 
• le plaisir peut procurer du bonheur,
• le bonheur n'exclut pas le plaisir.
• Différence d'intensité (et non de nature) et de rapport 
au temps : 
• a/. Violence du plaisir qui court­circuite la 
conscience dans un instant : le plaisir aveugle.
• b/. le bonheur : conscience passée du plaisir 
écoulé ou conscience à venir du plaisir annoncé.
4/. L'ÉTHIQUE GRECQUE EST EUDÉMONISTE :
• Buts de l'eudémonisme grec : 
• ­ autonomie, indépendance, absence de troubles, existence heureuse, 
vie bonne (et non vie réussie), vie philosophique.
• Propose de travailler sur les désirs (comprendre, analyser, raréfier).
• Moyens de cette éthique : 
• méditations (lectures de textes en commun)
• dialogues (relations maître­disciple)
• exercices spirituels (diététique, vêtements, pratiques)
• In fine : fabriquer une individualité en paix : 
• avec elle­même : prendre du plaisir à soi,
• avec les autres : prendre du plaisir aux autres,
• avec le monde : prendre du plaisir à être au monde.
• ­ L'eudémonisme se confond alors avec l'hédonisme...
5/. LECTURE ET COMMENTAIRE DU FRAGMENT :
• Le contexte : un extrait des Stromates de Clément d'Alexandrie (vers 
140/150 ap.) 
• Il renvoie à Lykos, d'accord avec Leucippe : la joie s'obtient par la 
contemplation des choses belles. Jugement platonicien ? (texte datant de 7 
siècles plus tard).
• Butin maigre : 
• a/. Qu'en est­il de cette joie ?
• b/. Comment peut­elle être authentique ?
• c/. Que serait une joie inauthentique ?
• d/. Que seraient de belles choses ?
• e/. Donc : des choses laides ?
• Sur le mot joie : 
• Bailly dit Charis­joie et hédoné­plaisir disent la même chose (voir 
Sophocle, Platon Gorgias et Sophiste, Plutarque, Homère et 
Xénophon).
• Sur le mot beauté : 
• Excellence, Vertu, Noblesse, Kalos kagathos.
CONCLUSION : 
• Précautions méthodologiques, incertitudes, certes...
• Mais quelques certitudes : 
• A/. La physique matérialiste est constituée dès Leucippe
• B/. Elle induit une éthique
• C/. Cette éthique est certainement un eudémonisme, probablement un 
hédonisme.
• D/. Elle évince les dieux et donne aux hommes le rôle majeur.
• E/. L'existence des hommes ne se fait plus sous le regard des dieux, 
mais d'eux­mêmes.
• F/. La vie bonne (et non réussie...) : celle qui vise et veut la 
Joie ­ identifiable au plaisir... 
PORTRAIT DE DÉMOCRITE

1/. PRÉSOCRATIQUE ? UNE FALSIFICATION
• La réputation, une somme de malentendus.
• Réputation de Démocrite : un présocratique.
• (Parenthèse : Malentendu sur les petits socratiques (ou mineurs) 
également). (Eschine, Antisthène, Aristippe, Euclide, Phédon)
• Étymologie de présocratique : avant Socrate...
• Avant la naissance : 469 ?
• Avant l'acmé : 430 ?
• Avant la mort : 399 ?
• Dates de Démocrite : 460, la naissance 356, la mort.
• Démocrite est plus jeune que Socrate (de 9 ans) et il lui survit (30 à 40 
ans)...
2/. POURQUOI CETTE FALSIFICATION ?
• Étrange : Dumont relève la falsification, et avalise...
• Ce que dit le terme : le modèle christique : avant et après JC.
• L'intérêt de cette falsification : suppresion des individualités noyées 
dans un terme générique.
• Construire l'éviction pour empêcher l'existence.
• Escamoter pour empêcher le débat.
• En l'occurence : écriture platonicienne de l'histoire de la philosophie.
• (Parenthèse : déplatoniser Socrate, lui aussi victime. Et restaurer le 
triangle subversif : Socrate, Diogène, Aristippe).
• Ce qui n'entre pas dans la logique platonicienne est : 
• 1/. minimisé (ça compte pour rien)
• 2/. ridiculisé (c'est pas sérieux)
• 3/. négligé (ça ne sert à rien)
• 4/. caricaturé (c'est pitoyable)
• 5/. oublié (ça n'existe pas)
• Démocrite est la figure emblématique du matérialisme atomiste...
3 /. RESTAURER LA SPÉCIFICITÉ PRÉSOCRATIQUE :
• Actuellement, catégorie facile pour mettre dans le même panier : 
Empédocle, Parménide, Héraclite, Démocrite, etc...
• Négation des spécificités individuelles.
• Dépasser trois lieux communs : 
• Lieu commun n° 1 : on ne pense pas vraiment avant Socrate (Pas de 
pensée).
• Lieu commun n° 2 : la raison n'est pas née avant Socrate : la magie, 
la mythologie, la fable perdurent (Pensée pré­rationelle).
• Lieu commun n° 3 : les présocratiques sont des pré­philosophes qui 
attendent la révélation socratique (Pensée pré­philosophique)
• Affirmer 5 lignes de force : 
• Ligne de force 1 : les présocratiques pensent en dehors du dualisme 
occidental : corps / âme, matière / esprit, bien / mal
• Ligne de force 2 : le monde constitue la totalité de l'intérêt 
présocratique.
• Ligne de force 3 : Le savoir n'est pas spécialisé : le philosophe 
est aussi météorologue, astronome, physicien, poète, mathématicien, 
etc...
• Ligne de force 4: Les présocratiques cherchent une causalité 
rationnelle à opposer aux causalités théologiques : vents, comètes, 
foudre, raz­de­marée, etc...
• Ligne de force 5 : Les éléments fournissent cette causalité : eau, 
air, feu, mais aussi le nombre (Pythagore) l'Un, (Parménide), comme 
plus tard les Idées de Platon, etc...
• Ce continent philosophique a sa spécificité et n'a pas à être qualifié en 
relation avec Socrate : je préfére caractériser ces sensibilités à partir 
des lieux de provenance : Milet et les milésiens, Élée et les éléates, 
Abdère et les adbéritains.
• De Démocrite, on dira donc moins qu'il est un présocratique qu'un 
abdéritain, atomiste et matérialiste.
4/. QUI VEUT BRÛLER DÉMOCRITE ?
• Démocrite, ce présocratique (!) est globalement le contemporain de 
Platon...
• Naissance d'un couple qui est un concept opératoire : Démocrite 
matérialiste, moniste, atomiste, hédoniste contre Platon idéaliste, 
dualiste, spiritualiste, ascètique.
• Aristoxène rapporte l'anecdote de l'autodafé : 
• Amyclas et Clinias, pythagoriciens, l'en empêchent...
• Réalisation tout de même d'un autodafé symbolique : Platon ne cite jamais 
Démocrite Ni ses thèses (qu'il ne critique donc pas)
• (Parenthèse : ne cite pas non plus les cyniques, les cyrénaïques)
• Or Démocrite est très lu de son vivant.
• Il a beaucoup écrit : 70 titres.
• il a la réputation d'un encyclopédiste.
• Réussite partielle de cet autodafé symbolique platonicien : 
• Car : Démocrite a lui seul réprésente 20 % du corpus présocratique.
• En comparaison : Héraclite : 6 % Parménide 3 %
• Et pourtant : pas de bibliographie, de travaux, d'éditions séparées (celle 
de Solovine, 1928, pour de mauvaises raisons...)
5/. QUI EST DÉMOCRITE ?
• Natif d'Abdère, en Thrace (cf. servante thrace). 
• 1/. Voyageur : flambe l'héritage paternel (après partage avec ses3 
frères)
• ce qu'est le voyage à l'époque : 
• mages chaldéens : théologie, astronomie ;
• prêtres égyptiens : géométrie ;
• gymnosophistes indiens : morale, religion.
• 2/. Désintéressé : (rapport du philosophe à l'argent) 
• Démontre sa capacité à faire fortune, grâce à son intelligence 
causale, en spéculant sur les blés, puis renonce à sa plus­
value.
• 3/. Goût pour la vie contemplative : 
• Petite maison au fond de son jardin
• Promenade dans les cimetières
• 4/. Réputation immense : 
• Par la lecture publique de son Grand système du monde.
• Par son habileté dialectique
• Par ses prédictions
• Statues dans les rues.
• 5/. Discrétion : 
• Bien que célèbre, vient à Athènes pour écouter Socrate 
(présocratique !), repart sans s'être fait connaître.
• 6/. Fait preuve de sagacité : 
• Découvre un porteur dans le port d'Abdère, l'achète, en fait 
son secrétaire : c'est Protagoras ­ qu'on reverra au moment 
des sophistes.
• 7/. Devient aveugle : 
• Tertullien raconte l'histoire du bouclier : s'aveugler pour ne 
plus souffrir du désir des femmes (les simulacres).
• Perdre la vue physique pour augmenter l'acuité intellectuelle 
(supprimer le parasitage de ce que l'on voit)
• 8/. Ironiste : 
• Avec Hippocrate, anecdote de la jeune fille vierge et des 
simulacres modifiés.
• On verra le satut du nez... 
• 9/. Centenaire : 
• Différe son trépas à la demande de sa soeur (maîtrise du 
sage).
• Hume pendant trois jours des petits pains.
• Meurt et désire qu'on conserve son corps dans du miel... 
(authenticité douteuse : la conception matérisliste de 
Démocrite est contradictoire avec ce désir de rendre immortel 
un corps dont les composants sont immortels..). Paix à son âme 
matérielle...
DÉMOCRITE ET LE CORPS EUDÉMONISTE

 
 
 

1/. LES ANECDOTES ATOMIQUES :
• Hegel et sa théorie des anecdotes.
• L'anecdote concentre et ramasse la philosophie ­ ce sont des sagas 
miniatures.
• Des saillies mnémotechniques
• Des visualisations à destination du plus grand nombre
• Les anecdotes qui exposent le matérialisme abdéritain (Vierge, petits 
pains, bouclier, miel)
• Les leçons : simulacres et vérité du matérialisme ­ pratique d'un genre de 
philo populaire
2/. L'INVENTION DU CORPS MATÉRIEL ET MODERNE

• A/. Reprise des thèses de Leucippe par Démocrite : (le fonds de la pensée 
matérialiste) 
• réel constitué d'atomes en mouvement dans le vide
• causalité immanente et matérielle
• tout passe, l'éternité est une fiction
• seul le changement est éternel
• les dieux n'existent pas
• monisme
• B/. Invention du corps matériel : 
• constitution du corps : les atomes somatiques.
• corps anti­pythagoricien
• pas d'âme séparée du corps
• pas de chair connotée négativement
• pas d'esprit connoté positivement
• pas d'immatériel prisonnier de la matière
• pas de principe divin dans l'humain
• C/. Sur l'existence d'une âme matérielle : 
• usage des deux termes : corps et âme
• matérialité et mortalité de l'âme
• constitution de l'âme : les atomes psychiques : 
• particules lisses et sphériques arrêtées par rien
• chauffées par l'agitation
• ce qui produit : motricité, sensibilité et pensée.
• D/. Agencement des atomes psychiques et somatiques : 
• la psychologie relève de la physique.
• l'agencement : semblable à un damier
• contrepoint : 
• atome psychique + atome somatique
• alternance du corps et de l'âme dans la matière
• pas de localisation de l'âme : là où est la matière est l'âme.
• la vitalité procède de l'agencement :
• plus ou moins d'atomes psychiques et somatiques = vigueur, santé, 
force , énergie.
• qu'est­ce que la mort ? raréfaction des atomes les plus chauds, 
triomphe des atomes les plus froids
• le squelette est fait d'atomes somatiques froids.
• E/. L'allégorie du tribunal : (cf. le texte) 
• le corps intente un procès à l'âme
• demande de rendre des comptes sur ce qu'il subit à cause d'elle
• via les atomes incandescents : souffrances, douleurs, blessures.
• la chair obtiendrait réparation
• nécessité d'une éthique qui équilibre les deux forces
• cette éthique vise la joie
3 /. LE PLAISIR PRIS À SOI­MÊME

• A/. Le cap à fixer : ne rien craindre : 
• s'affranchir grâce à la physique : 
• les dieux, la nature et la mort ne sont pas à craindre
• MÉTHODE :
• B/. Pratiquer dans une perspective utilitariste : 
• le contentement et l'agréable définissent l'utile
• le mécontentement et le désagréable fondent l'inutile
• le plaisir n'est pas le bien, mais il en est le signe, la trace, la 
preuve
• C/. Penser dans une perspective sensualiste : 
• théorie de la connaissance au service de l'hédonisme
• le vrai, c'est la représentation de l'objet
• antiplatonisme radical : contre la théorie des Idées
• là où est le monde est le vrai
• Phénomène (objet) + sensation (sujet) + simulacres = connaissance
• le simulacre existe indépendamment de toute forme a priori
• sensualisme avant l'heure : 
• la connaissance procède des sens
• l'être, c'est le perçu
• perspectivisme et relativisme : primauté de l'individu
• D/. Expérimenter un genre d'athéisme tranquille : 
• pas de fortune divine et transcendante, mais une causalité immanente 
(enchaînement de causes matérielles)
• croyance aux effets du bon usage de la raison
• E/. Envisager une diététique des désirs : 
• pas de condamnation du désir et du plaisir en soi ­ mais 
relativement aux troubles induits
• D'où : 
• 1­ ne pas désirer n'importe quoi ­ ni n'importe qui, donc...
• 2­ ne pas désirer n'importe comment
• 3­ ne pas désirer n'importe quel type de plaisir
• Éviter les plaisirs qui aliènent momentanément ou durablement
• Ni excès, ni intempérance, ni démesure : pas d'abandon aux pulsions
• seul plaisir : le plaisir pris à soi­même (faire la paix avec soi)
• la joie dans le texte de Démocrite renvoie à : 
• tranquillité de l'âme ­ heureuse disposition ­ bonne humeur ­ 
gaieté ­ santé morale ­ fermeté d'âme
• F/. Pratiquer un eudémonisme de l'évitement : 
• savoir chercher le plaisir, certes,
• mais savoir aussi éviter le déplaisir, deux temps de l'hédonisme.
• la joie de ne pas souffrir
• comment éviter le trouble ? 
• 1/. Ne pas être un bon époux : 
• éviter le mariage et les investissements dans la vie 
domestique
• 2/. Ne pas être un bon père : envisager une stricte 
métaphysique de la stérilité 
• car il est impossible de réussir une éducation
• une éducation ratée = une kyrielle de désagréments 
(ennuis au quotidien, craintes pour la santé, peur du 
pire, angoisse...)
• voir le fragment qui met en perspective masturbation et 
relation amoureuse : effets identiques en termes de 
simulacres ­ si l'engendrement nous travaille, plutôt 
adopter ­ on peut choisir !
• 3/. Ne pas être un bon citoyen : 
• éviter les charges politiques, représentatives ­ autant 
d'occasions de rencontrer et de susciter des passions 
mauvaises
• 4/. Ne pas être un grec moyen... 
• diététique des passions ­ éviter jalousie, envie, 
ressentiment et autres occasions de trouble ­ autrui 
n¹est pas la mesure de moi ­ car la mesure c'est 
l'idéal, et l'idéal, c'est la vie heureuse.
• 5/. Et rire ! 
• ne rien craindre, ni personne
• ni dieux, ni maîtres
• plaisir de l'autonomie
• alors le rire peut arriver, libérateur et aristocratique
• il désigne celui qui sait comment réaliser la joie : 
• adhérer au réel
• aimer la vie
• célébrer le corps
• n'avoir peur de rien
• antithèse d'Héraclite (un autre couple, comme Platon­
Démocrite) 
• Démocrite le poète qui rit
• Héraclite l'obscur qui pleure
• cf. Montaigne, Essais, livre I, Ch. 50 "De Démocrite et 
Héraclite"
• topos de la peinture classique : Jordaens, Rubens, un 
autoportrait de Rembrandt sous les traits de Démocrite 
peignant le visage d'Héraclite
 

• notre époque philosophique est sous le signe d'Héraclite 
: elle est obscure et elle pleure
• Qu'on renoue avec la tradition des philosophes qui rient 

• et l'on retouvera : 
• Démocrite et les abdéritains
• Aristippe et les cyrénaïques
• Diogène et les cyniques
• Epicure et les épicuriens.
 

Ceux dont le lignage aboutit à Nietzsche et 
Foucault... Seuls ceux qui prennent le monde au 
sérieux, mais pas au tragique, rient.... La 
réputation, une somme de malentendus.

RÉPARATION FAITE AUX SOPHISTES

1/. LES DÉTERMINISMES SÉMANTIQUES :
• Sur le terme sophiste : désinfecter les concepts
• ainsi avec des mots ressortissant du vocabulaire de la philosophie antique 

• être philosophe
• être idéaliste
• être matérialiste
• profiter de la vie en épicurien
• (aller au Jardin )
• vivre en hédoniste
• supporter de manière stoïque
• réagir en sceptique
• se comporter en cynique
• (aller au Lycée)
• traquer les péripatéticiennes
• vivre une histoire d¹amour platonique
• socratiser ses élèves
• ou du vocabulaire de la philosophie en général : 
• être cartésien
• être réaliste
• être sensualiste
• être libertin
• agir en pragmatique
• se comporter de manière utilitariste
• voire du vocabulaire de la philosophie orientale : 
• être zen...
2/. RÉPARATION FAITE AUX SOPHISTES :
• Régime d'écriture platonicien : le sophiste est connoté négativement.
• Injustice d'une mauvaise réputation.
• Sur le terme chez Littré : 
• sophiste : amateur d'arguments captieux 
• sophistication : opération qui trompe par un ajout d'apparence qui 
dissimule la vérité.
• sophistiquerie : subtilité excessive et fautive
• sophisterie : chez Littré ­ a disparu.
• Or le mot renvoie à des philosophes grecs contemporains de Socrate (V° av. 
J.C.) 
• pas plus présocratiques que Démocrite par exemple...
• on leur dénie souvent la qualité de philosophes
• ce seraient des rhéteurs, des parleurs habiles
• en fait, cette mauvaise réputation est construite par Platon. 
• avec Démocrite, Platon pratique l'autodafé symbolique
• avec les sophistes, il pratique le dénigrement, pour discréditer, 
disqualifier (lire Protagoras, sur les sophistes et Gorgias, sur la 
rhétorique)
3/. CONSISTANCE DE LA PENSÉE DES SOPHISTES :
• Faire attention : les sophistes font une constellation, un archipel
• les sophistes sont irréductibles les uns aux autres
• malgré un certain nombre de points communs : 
• Platon pense contre eux et l'on découvre chez Platon une pensée 
réactive : 
• 1/. L'homme mesure de toute chose (et non l'idée) : 
• relativisme
• individualisme
• perspectivisme
• 2/. Une théorie de la connaissance empirique (et non 
idéaliste) : 
• réalisme empirique
• immanence moniste
• matérialisme phénoméniste
• pas d'arrière­monde
• 3/. Une pratique démocratique (et non aristocratique) : 
• usage agonique de la rhétorique
• scepticisme politique
• refus du culte des lois
• démocratisation de la culture
• philosopher dans l'arène publique
• Ce que Platon leur reproche : 
• ils se font payer : mais Platon est d'extraction 
noble, pas besoin d'argent
• les sophistes ne sont pas athéniens (sauf Antiphon 
et Critias).
• ce sont des étrangers, des nomades : ils 
circulent, vont de ville en ville
• ils proviennent de la classe moyenne
• ils ont un succès de star dans Athènes : argent, 
réputation, dévotion d'affidés...
• ils travaillent prétenduement sur la forme, pas 
sur le fond
• ils s'adressent au plus grand nombre et ne 
choisissent pas leur auditoire
• ils proposent les moyens d'accéder (maîtrise de la 
parole et culture) aux charges représentatives 
publiques
4/. QUI EST ANTIPHON ?
• lacunes immense des textes 
• on ignore sa date de naissance
• décès en 411 avant JC
• on a cru longtemps qu'il existait un Antiphon contradictoire
• on sait depuis peu qu'il en existe deux : 
• Antiphon le Sophiste, le nôtre
• Antiphon de Rhamunti, un rhéteur plus spécifique.
• il avait des activités multiples : théoriques, thérapiques, 
politiques...
• engagement dans un coup d'Etat aux côtés des oligarques
• contradiction théorique entre cet engagement et des fragments sur la 
concorde...
• Conteste Socrate sur son terrain : 
• lui reproche d'être un parangon d'idéal ascétique ­ vivre en esclave 
­ manger de mauvaises nourritures ­ boire de mauvaises boissons ­ 
marcher sans chaussures ­ ne pas porter de tunique ­ vivre dans le 
même manteau sale toute l'année ­ ne pas prendre d'argent ­ maître 
de misère plus que maître de joie.
• Réponse de Socrate (celui de Platon...) : 
• j'enseigne la vertu ­ et rien d'autre
• l'essentiel est ailleurs : pas dans l'avoir mais dans l'être 
• Antiphon enseigne que l'argent facilite la vie
• L'argent n'est pas une fin, mais un moyen pour réaliser l'indépendance et 
l'autonomie chère au sage.
5/. ANTIPHON, SOPHISTE HÉDONISTE :
• Où est le bonheur ?
• Dans cette autonomie
• Comment y parvenir ?
• Dans l'évitement des douleurs (l'hédonisme d'Antiphon)
• En évitant les tensions dans l'âme
• En travaillant contre la multiplicité des motifs 
• le psychisme fragile, c'est le corps qui paie.
• l'âme est matérielle ­ en elle se jouent les tensions ­ elle se soigne, se 
travaille, se calme ­ on y accède par le langage, le verbe, la parole, la 
voix (les simulacres, la filiation matérialiste ­ Démocrite Protagoras)
• au V° il invente une thérapie qui ressemble à s'y méprendre à la 
psychanalyse...
ANTIPHON ET LE VERBE GUÉRISSEUR

1/. L'INVENTION DE LA PSYCHANALYSE :
• Précaution d'usage et d'emploi avec le terme invention
• Freud ne cite pas Antiphon : le connaissait­il ?
• J P. Dumont utilise cette expression dans ses Sophistes.
• Éléments pour aller dans le sens de cette hypothèse : (extraits du 
fragment de Pseudo­Plutarque dans Vie des 10 orateurs.) 
• Recourt à des genres de panneaux publicitaires
• Ouvre un cabinet près de l'agora de Corinthe
• Y reçoit des patients
• Procède en tête à tête
• Pratique une thérapie verbale
• Se propose de supprimer la souffrance qui conduit le patient chez 
l'analyste
• Écrit un Art d'échapper à l'affliction ­ perdu...
• Tempérament d'Antiphon : le caractère de l'analyste : 
• Indéniable pouvoir rhétorique
• Talent pour la persuasion
• Puissance de feu verbale considérable
• Positions théoriques d'Antiphon : le matérialisme atomiste. 
• Ame matérielle et parole atomique
• rappel sur la filiation Démocrite / Protagoras (le portefaix 
d'Abdère)
• possibilité d'accéder à l'âme matérielle par la parole matérielle 
elle aussi.
• via le monde des simulacres
• Méthode d'Antiphon : l'interprétation des rêves. 
• origine des conflits : croyance au rêve prémonitoire (crainte et 
croyance de l'époque)
• le rêve comme voie royale qui mène à la résolution des conflits
• Sept siècles avant Artémidore d'Éphèse et sa Clé des songes, propose 
une onirocritique, une science de l'interprétation des rêves.
• Exégèse rationnelle : récuse la magie, la transe, l'irrationnel
• Définit la divination comme : la conjecture d'un homme doué de bon 
sens. 
• D'où : 
• Logique des causalités bien entendues 
• Conjectures
• Recherche des enchaînements
• ne propose pas LA vérité du rêve, mais de quoi supprimer sa promesse 
de négativité.
• Pratique également l'humour (invente Lacan !) : (Anecdote de la 
truie qui dévore ses petits.)
• Abandonne l'analyse et se met à la philosophie : En sophiste, 
continue à travailler dans le sens de la parole qui libère.
2/. L'INVENTION DU PHILOSOPHE THÉRAPEUTE :
En devenant philosophe, il invente : (Précaution sur le terme "inventer")
A/. L'individu post­moderne
B/. L'hédonisme libertaire
C/. L'humanisme égalitaire

• A/. L'INDIVIDU POST­MODERNE EST L'ENNEMI DES LOIS 
• 1­ Une idée majeure ches les sophistes : 
• l'opposition entre physis et nomos
• nature et loi.
• Choisir l'un, c'est récuser l'autre : la nature ou la loi.
• Les lois civiles entravent la liberté individuelle et 
l'autonomie. (Traditions ; coutumes ; lois positives)
• 2 ­ Antiphon choisit le camp de la nature. 
• Distingue sphère privée et sphère publique
• Invite à obéir aux lois seulement dans la sphère publique
• En présence de témoins, régler sa conduite sur les lois.
• Seul, obéissons à notre caprice.
• 3 ­ L'obéissance aux lois est anti­hédoniste : 
• Se soumettre aux lois génère des douleurs.
• La procédure met à égalité coupable et victime.
• Le crédit moral donné aux deux est une injustice morale : le 
propos de l'un vaut a priori celui de l'autre.
• La victime doit faire la preuve qu'elle l'est : si les témoins 
et les preuves manquent, la réalité des faits sera contestée
• Les témoignages supposent des désagréments : déballage de vie 
privée attestations plus ou moins intéressées dépositions 
malveillantes
• Paradoxes : aider l'un c'est nuire à l'autre...
• D'où des désirs de vengeance...
• Exemple du tribunal : 
• Les offensés qui se défendent subissent l'affront des 
offenseurs prêts à tout pour gagner : ­ mensonges, ­ 
faux témoignages, ­ contre­vérités, ­ dénégations, ­ 
affabulations, ­ subornation de témoins, ­ 
travestissements de la vérité.
• Dans l'enceinte du tribunal la vérité compte moins qu'un 
mensonge réussi.
• Exemple des mauvais parents : 
• Les enfants qui leur donnent de l'affection tout de même ne 
sont pas récompensés : les parents n'en deviennent pas 
meilleurs.
• L'obéissance aux lois ne paie pas.
• Le droit sert rarement la victime de bonne foi, mais plus 
surement le menteur éhonté.
• Leçons : prospérité du vice et malheurs de la vertu...
• 4/. Antiphon en thérapeute social : l'avocat. 
• Puisque le mensonge habile triomphe sur la vérité malhabile : 
• il faut mettre la parole au service de la vérité.
• Antiphon ouvre donc un cabinet d'avocat et se met au service 
des plus démunis auprès des assemblées du peuple et des 
tribunaux.
• ce qui ne peut plaire à Platon l'artistocrate...
• B/. LA LOI HÉDONISTE : VIVRE SELON LA NATURE. 
• Contre la dilution de l'individu dans la communauté.
• Antiphon attaque la société qui fabrique des individus dociles, 
soumis, obéissants aux lois.
• Proposition éthique : 
• Où est le plaisir ?
• Dans la vie conduite selon la nature.
• Et non : 
• 1/. dans une vie soumise aux richesses : 
• anecdote du trésor enfoui et pas prêté : l'argent 
réel, caché, inutilisé, perdu, prêté ou dans une 
banque a la même consistance...
• 2/. Ni dans une vie soumise aux honneurs : 
• prix d'éloquence ? De gymnastique ?
• réputations ? pourquoi ?
• la vie n'est pas changée quand on est reconnu dans 
la rue.
• 3/. Ni dans une vie soumise aux valeurs familiales : 
• Au bras d'une belle femme ? Joyeux des débuts 
d'une histoire d'amour ? ça ne dure pas...
• D'autant quand on transforme cela en mariage et en 
enfants... Autant d'occasions d'ennuis.
• (cf. les leçons de Démocrite)
• Riche, reconnu, couvert d'honneur, marié, père ou 
mère de famille ? Le bonheur n'est pas là ; la 
sagesse est impossible.
• La pratique philosophique invite à se libérer de 
ces fausses valeurs, valeurs sociales.
• Refuser les colifichets sociaux et construire sa 
liberté.
• Comment vivre selon la nature ? 
• 1/. En connaissant les lois qui la régissent 
: rôle de la philosophie.
• 2/. Connaître ce qui nous détermine pour 
nous en affranchir, c'est être libre : rôle 
de l'analyse thérapique.
• 3/. En visant la jubilation : elle se 
manifeste dès qu'on vit selon la nature : 
rôle de l'action philosophique. 
• car le plaisir est le marqueur de la 
conformité de l'action avec la nature.
• Il révèle la moralité de l'action.
• C/ UNE POLITIQUE ÉGALITARISTE : 
• 1­ Critique du nomos (la loi) qui seule distingue les hommes les uns 
des autres. 
• (citoyens/ esclaves; grecs/ barbares)
• (étymologie de barbare)
• 2­ Eloge de la physis (la nature) qui témoigne dans le sens de 
l'égalité absolue : 
• Les besoins sont les mêmes : ­ manger ­ boire ­ dormir ­ vivre 
protégé des intempéries
• 3­ Critique de la pensée grecque dominante : (ce qui ne peut plaire 
à Platon) 
• L'image d'Épinal dit : 
• Les grecs sont les inventeurs de la démocratie. (en fait 
1/10° de la population athénienne peut accéder au statut 
de citoyen : pas de femmes, pas de métèques, d'étrangers 
domiciliés en dehors de la cité ; pas d'esclaves bien 
sûr...).
• Les grecs tolérants, cosmopolites, citoyens du monde : 
(en fait les cités ne se supportent pas, se battent en 
permanence, vivent sous le régime des guerres et 
tiennent le non­grec pour aussi peu comptable qu'un 
animal).
• 4/. Généalogie du droit naturel : 
• Au­delà, en­deçà, malgré le droit positif, il existe un droit 
naturel qui oblige fondamentalement à l'éthique.
• En regard de ce droit naturel chacun vaut chacun, chacun 
oblige chacun.
• La concorde avec soi­même rend possible la concorde avec les 
autres.
• Contre l'avis commun et dominant : L'individualisme hédoniste 
est capable de générer une politique libertaire.
• Jamais une pensée grecque n'a généré autant de potentialités 
pour les siècles qui l'ont suivi...
L'OUBLI DES CYRÉNAÏQUES
 
 
1/. UNE MAUVAISE RÉPUTATION :
• Aristippe, philosophe emblématique de l'hédonisme
• Or la tradition philosophique récuse l'hédonisme : 
• impossible de philosopher et d'aimer le plaisir
• termes, notions, pratiques contradictoires
• la jubilation interdit la pensée
• elle empêche la sagesse.
• une philosophie hédoniste : un oxymore : 
• la tradition oblige à l'idéal ascétique
• elle contraint à l'austérité, au dépouillement
• elle s'oppose radicalement au trivial de la vie : boire, manger, 
copuler, désirer...
• Pas de temps à perdre avec Aristippe réduit à des caricatures : 
• parfumé,
• habillé en femme,
• dansant dans un banquet,
• amateur de bordel,
• sa cave vaut sa bibliothèque.

2/. UN OUBLI MAJEUR :
A/. OUBLI DANS L'EDITION :

• 25 siècles de silence : première doxographie française en l'an 2002 !
• alors que les autres écoles ont les leur depuis longtemps : 
(présocratiques, sceptiques, sophistes, et même cyniques)
• et que la Patrologie grecque et latine est intégralement disponible !
• et malédiction du corpus : fragments (comparer avec un chantier de fouille 
archéologique) 
B/. OUBLI CHEZ LES PHILOSOPHES ANTIQUES :

•  1/. LE SILENCE DE PLATON :
  
• Une seule mention : dans le Phédon, Platon signale l'absence 
d'Aristippe à Athènes au moment de la mort de Socrate
• et de la présence d'Aristippe à Egine, non loin (il aurait pu 
être là)
• la perfidie se retourne contre Platon : il connait le nom, 
donc l'oeuvre et les idées du philosophe.
• le Philèbe, dialogue entièrement consacré au plaisir, ne cite 
pas le nom d'Aristippe ni des cyrénaïques.
• alors que les thèmes de cette pensée s'y trouvent cités
•  2/. LE SILENCE D'ÉPICURE :
  
• pas de référence à Aristippe, son nom ou ses thèses
• alors que la conception épicurienne du plaisir en procède
•  3/. LE SILENCE D'ARISTOTE :
  
• idem : pas de références
• alors que les passages de l'Ethique à Nicomaque consacrés au 
plaisir sont nombreux (livre VII et livre X).
•  4/. UN TRIANGLE SUBVERSIF :
  
• 1/. ­ contre le régime d'écriture platonicien de la philosohie 

• Socrate réduit à l'opinion de Platon, Xénophon et 
Aristophane (Socrate platonsié dans les Nuées : le nez 
dans le ciel des coucous)
• Socrate : un personnage conceptuel de Platon
• Socrate souffre d'un excès de textes
• Aristippe et Diogène d'un défaut
• Aristippe, personnage conceptuel de l'hédonisme,
• Idem avec Diogène : personnage conceptuel du cynisme
• tous trois plus proches que distincts dans la subversion 
ironique
• 2/. contre la réduction au statut de socratiques mineurs ou 
petits socratiques : 
• pas plus que les présocratiques ne sont antérieurs à 
Socrate,
• les socratiques mineurs ne sont mineurs...
• d'ailleurs cyrénaïques et cyniques pourraient eux­aussi 
être intégrés dans les présocratiques ... Ce qui n'est 
jamais le cas.
• 3/. contre l'idée (hégélienne) qu'Aristippe n'est pas un 
penseur : 
• faits divers provocateurs, saillies verbales, traits 
d'esprit , certes
• mais profondeur théorique, épaisseur philosophique tout 
de même.
•  
5/. DÉCONSTRUCTION D'UNE ANECDOTE :
 
Détail de l'anecdote :

• Aristippe parfumé sur l'agora ­ et vantant les mérites du 
parfum
• anecdote reprise par Sénèque le stoïcien et Clément 
d'Alexandrie le chrétien.

Théorie de l'anecdote :

• l'anecdote est l'aphorisme dans l'ordre des idées
• puissance du geste et de la scénographie dynamique
• philosopher autrement que comme un Maître statique

Sens de l'anecdote :

• méthode ironique et socratique commune au triangle
• moyen mnémotechnique en un temps où l'on ne sait ni lire 
ni écrire

• A/. Recours à une pratique féminine ou d'efféminé : 
• subversion des rôles grecs : masculin / actif, 
féminin / passif
• indifférence à l'endroit du jugement d'autrui
• B/. Sur l'oubli du nez dans la tradition philosophique : 
• (cf. Démocrite et les simulacres, l'odeur de vierge, 
les petits pains...)
• tout pour l'oeil et l'oreille (sens de la mise à 
distance)
• d'où une célébration de l'image et du son
• déconsidération du nez et de la bouche
• donc de l'olfaction (les odeurs) et du goût (saveurs 
et perceptions tactiles)
• récusation du boire et du manger, activités trop 
animales
• trop proches de l'animalité primitive : traquer et 
renifler (se protéger, se défendre, attaquer, 
chasser)
• Thèses de Freud dans Malaise dans la civilisation :
• dans les sentes herbues, la vue fonctionne mal
• l'odeur ne trompe pas : urines, excréments, glandes
• l'hominisation : se relever, devenir bipède, cesser 
d'être quadrupède
• libérer les mains, déveloper le cortex, rendre 
possible mémoire et intelligence
• l'odeur disparait au profit de l'image
• l'ouïe remplace le toucher
• d'où une hiérarchie des cinq sens sur laquelle nous 
vivons encore : 
• sens nobles : 
• a/. l'ouïe (le son, la musique)
• b/. la vue (l'image, la peinture)
• sens ignobles : 
• c/. le toucher
• d/. l'odorat (parfums, oenologie, 
gastronomie)
• e/. le goût (oenologie, gastronomie)
• C/. Portée de l'anecdote : 
• Aristippe revendique son animalité
• invite chacun à s'en souvenir : ne pas la supprimer, 
mais la dompter
• réhabilite le corps dans sa totalité comme moyen 
d'appréhender la totalité du monde
• refuse la vie mutilée
• récuse la valeur du jugement d'autrui
• persiste dans l'antiplatonisme ludique et joyeux...
• (Platon refuse la robe portée par Aristippe)

•  6/. NÉCESSITÉ D'UNE HERMÉNEUTIQUE ÉRUDITE :
  
• En finir avec le refus des anecdotes en philosophie
• Cohérence de la totalité des anecdotes : un antiplatonisme de 
combat
• l'anecdote comme antidote au dialogue
• Platon en philosophe réactif : au matérialisme de Démocrite, à 
l'hédonisme d'Aristippe.
• Le silence et la caricature comme autant d'occasions de ne pas 
se mesurer aux thèses de l'adversaire.
• Envisager la fois prochaine le contenu de cet hédonisme 
cohérent et systématique.
LES PLAISIRS MESURES D'ARISTIPPE

1/. ELOGE ETHIQUE DE L'AUTONOMIE (I) : La question de l'argent
A/. Comme les sophistes, Aristippe prend de l'argent.

• Socrate refuse l'argent que lui fait porter Aristippe
• (Une anecdote de DL rapporte que Socrate boursicotait...)
• Comment nourrir Xanthippe et ses enfants (Lamproclès, 
Sophronisque, Ménéxène).
• Se faire payer : pire que mendier ?

B/. Position d'Aristippe sur l'argent :

• Il n'aime ni ne déteste : n'est pas un mal en soi
• trop détester, c'est aimer
• l'argent : un moyen, pas une fin en soi 
• en l'occurence : moyen de se rendre la vie plus agréable, moins 
douloureuse
• vie plus simple et moins compliquée
• réellement libre : ni aliéné par le manque, ni par l'excès
• richesse et pauvreté empêchent pareillement l'autonomie

C/. Anecdotes concernant Aristippe et l'argent :

• sur le pont d'un navire pendant la tempête
• se faisant payer une leçon : bon usage de l'argent pour une 
thérapie philosophique qu'autre chose
• invente le prix de la cure : qui refuserait le prix de l'analyse 
?

D/. En homme libre : cherche le juste milieu :

• affectation de misère égale démonstration ostentatoire de sa 
richesse
• ni clochard (Socrate, Diogène), ni riche personnage
• utilitarisme et pragmatisme de la position : l'argent évite les 
déplaisirs liés à la pauvreté.

2/. ELOGE ÉTHIQUE DE L'AUTONOMIE (II) : La question de l'eumétrie
A/.­ Concentration de son activité sur l'éthique :

• refus des sciences ­ math, physique, astronomie : 
• contraire de Démocrite et Epicure
• Socrate et le géomètre
• Platon et les chiffres et les nombres dans le Timée. 

B/. Discours de la méthode hédoniste :

• Chercher et trouver la bonne distance
• Ni trop proche, ni trop éloigné (ainsi de l'argent)
• Pratique mesurée des plaisirs (contre l'idée reçue)

3/. ELOGE ÉTHIQUE DE L'AUTONOMIE (III) : La question des femmes
A/. Le plaisir du commerce sexué :

• Mêmes objectifs : ni trop près, ni trop loin...
• Ni s'en priver, en bénédictin ; ni y consacrer tout son temps,en 
libertin.
• Anecdotes sur l'eumétrie : 
• Rentrer dans un bordel / savoir en sortir.
• Courtisanes qui ont beaucoup servi.
• Laïs qu'il possède / mais n'est pas possédé par elle.
• Embarque des prostituées / les laisse à la porte.
• Pas de défiance de principe à l'endroit de la chair
• Mais défiance à l'endroit des situations dans lesquelles on perd 
sa liberté.

4/. ELOGE ETHIQUE DE L'AUTONOMIE (IV) : La question du pouvoir

• Discussion avec Socrate (Les Mémorables, Xénophon) : être un bon 
citoyen. Aristippe : ni bon époux, ni bon père.
• Considère sa progéniture comme "un crachat sorti de lui".
• On perd son temps dans les affaires de la cité.
• (Contre Platon : se marier, faire des enfants, être un bon citoyen).
• Occuper plutôt son temps à se créer liberté.
• Socrate propose l'alternative : suivre ou guider ? commander ou 
obéir ? maître ou esclave ?
• Aristippe répond : ni l'un ni l'autre mais la liberté, chemin du 
bonheur
• (Contre Platon et le philosophe­roi).

5/. ELOGE ETHIQUE DE L'AUTONOMIE (V) : La question du modèle
• (Contre Platon qui en fait l'anti­modèle dans Hippias ­ rusé, 
menteur, fourbe).

Son rapport au temps :

• Ulysse qui vit dans le présent, qui sait en jouir, en profiter.
• Pointe du temps, densité dans la durée, moment sans double, 
kaïros
• Se méfier du passé et de l'avenir, savoir habiter le présent
• Péché païen : manquer le présent

Ses qualités :

• Force, courage, obstination, endurance : sort victorieux de 
toutes les épreuves de la vie
• Fidélité : reste fidèle aux promesses qu'il se fait
• Solitaire : capacité à la solitude, maîtrise de soi : ne se 
laisse pas enchaîner par l'amour, le désir, les femmes (Calypso 
lui promet l'éternité ­ qu'il refuse pour construire son radeau)
• Pas impressionné par les dieux ni leurs colères.

6/. LE BON PLAISIR D'ARISTIPPE :
A/. Les sources :

• Maigres sources en textes sur la question du plaisir
• Caricatures stoïciennes (Cicéron) et patrologiques (Grégoire de 
Nazianze, Lactance, Augustin) : hédonisme brutal, bestial...
• Alors que son hédonisme est mesuré

B/. Le corps :

• Matière ? matière + âme ? corruptible / incorruptible ? On ne 
sait
• Son refus de la science interdit une physiologie, une anatomie 
utiles pour répondre.

C/. Les plaisirs :

• Textes contradictoires : 
• A/. l'un affirme l'absence de différence entre plaisirs du 
corps et plaisirs de l'esprit
• B/. l'autre que les jubilations corporelles sont 
supérieures aux autres
• C/. l'absence de définitions âme/corps ne permet pas de 
trancher..
• Plaisirs du corps et plaisirs de l'âme sont artificiellement 
distingués : la même subjectivité charnelle ressent.
• Aristippe célèbre le corps charnel, sensuel
• Les cinq sens, modalités de la connaissance, voie d'accès au 
savoir.
• Aller vers le plaisir, éviter le déplaisir : mouvement naturel 
aux enfants et aux animaux
• Ne pas payer un plaisir (immédiat) d'un déplaisir (différé)
• Le déplaisir ? la liberté entamée...
• Véritable libertaire : ne met rien au­dessus de la liberté, pas 
même le plaisir...
• L'éducation, l'acculturation a détruit ces critères utiles poiur 
définir le bien et le mal
• (Digression : l'éducation comme une anti­nature)

D/. La jouissance :

• Contre la critique habituelle : jouissance grossière, animale, 
bestiale,
• Jouissance sans conscience, contre elle ou malgré elle.
• A quoi ressemblerait un plaisir sans : 
• conscience,
• raison,
• culture
• et réflexion ­ qui lui donnent sa forme ?
• La jouissance est fabriquée par l'intelligence, donc le corps...
• Sinon, la décharge nerveuse, le spasme de la grenouille 
suffisent...
• Le plaisir d'Aristippe est voulu, choisi, sculpté, désiré, 
fabriqué
• Il ne déborde pas l'individu, mais le fait advenir
• la jouissance véritable : pas consumé, ni brûlé, mais réchauffé 
par le plaisir
• ni débauche, ni orgie qui diluent la raison
• le plaisir est positif : il n'est pas l'absence de trouble 
(Epicure)
• Ne pas être malheureux ne veut pas dire être heureux.
• Le bonheur n'est pas le plaisir : l'hédonisme est la méthode de 
l'eudémonisme. (Digression : Repréciser : Eudémonisme / 
Hédonisme)

CONCLUSION SUR LES CYRÉNAÏQUES.
• Les Cyrénaïques existent­ils ?
• Qui nomme t­on ainsi habituellement ?
• 1/. Aristippe : 
• Or il y a le père : Aristippe de Cyrène, puis le fils, Aristippe le 
Métrodidacte...
• On prétend que seul le second a formulé les thèses cyrénaïques
• Explication du silence de Platon par Gianantoni (thèses pas citées 
parce que pas existantes)
• Proposition de ma thèse : Diogène et les cyniques ne sont pas cités 
non plus, Démocrite idem bien que contemporains de Platon...
• Envie, jalousie, refus de créditer les thèses d'Aristippe chez 
Platon (Silence dans le Philèbe)
• 2/. Les disciples, les descendants : 
• Aristote de Cyrène,
• Antipatros Aristoxène
• Denys le Transfuge
• Hégésiais
• Annicérois
• Théodore l'Athée
• Or il n'y a pas de cohérence entre tous ces penseurs
• Pas de thèses communes
• Ainsi Hégésias, pessimiste radical (Ptolémée l'interdit de cours 
pour cause d'épidémie de suicides)
• En fait, Aristippe a autant refusé les enfants de chair et d'os que 
les disciples en tant que tels
• L'influence exacte reste à écrire
• elle passe par le continent épicurien, appelé à devenir la force 
philosophique alternative magistrale au christianisme.
• A suivre, donc...
"LA JOUISSANCE CYNIQUE"
 

RAPPEL :
1. Le plaisir matérialiste des abdéritains (Démocrite et Leucippe)
2. Le plaisir du Logos (Antiphon)
3. Le plaisir mesuré des Cyrénaïques (Aristippe)
4. Aujourd'hui : Le plaisir du désir résolu (Diogène) : la question de la 
jouissance cynique.

A/. L'oubli des cyniques, mêmes reproches qu'aux Cyrénaïques
B/. Origine du mot : le chien, le cynosarge, la position par rapport aux autres 
Écoles.

1/. UN ANTIPLATONISME DE COMBAT :
A/. Points communs nombreux avec les cyrénaïques :
• antiplatonisme : Diogène : à quoi peut bien servir un philosophe qui a 
gêné aussi peu dans sa carrière ?
• forme théâtrale, subversive, joyeuse, ludique
• anecdotes en commun
B/. l'arbitraire des classifications en école :
• sont de la même époque ­fréquentent les mêmes lieux
• les mêmes personnes (mêmes cours, mêmes femmes).
C/. Antisthène (le "Vrai Chien") : antiplatonisme du fondateur :
1. Digression sur la théorie platonicienne des Idées 
• Le sensible participe de l'intelligible
• Théorie des deux mondes, dualisme, idéalisme.
2. Voit bien des chevaux, mais pas la caballéité 
• Pas d'idée du cheval, sa réalité seulement
• "Le concept de chien n'aboie pas".
D/. Diogène ("Chien royal") : suite de l'antiplatonisme.
1. Portrait : besace, bâton, manteau troué, écuelle, barbe, saleté, tonneau ­ 
et lanterne.
2. Les anecdotes célèbres : 
• le hareng et la ficelle : le disciple
• l'écuelle jetée : le dépouillement
• les gants de boxe : la pensée polémique
• sortir en reculant de la palestre : l'inversion des valeurs
3. Les anecdotes spécifiquement antiplatoniciennes 
a/ La lanterne, chercher un homme :

• beaucoup pour, et contre la réputation de Diogène.
• en plein jour, une lanterne à la main, cherche un homme :
• habituellement : signe de folie facétieuse ("Socrate 
devenu fou")
• réellement : trait antiplatonicien : 
• car : ne cherche pas un homme en particulier ou digne 
de ce nom
• mais : cherche l'homme platonicien, l'idée d'homme.
• ne trouve que des hommes réels, concrets...

b/ Le poulet déplumé :

• Platon définit l'homme comme "un bipède sans plume"
• Diogène plume un poulet et lui lance des les jambes
• le contraignant à ajouter "et aux ongles plats"... 
• réfute par l'anecdote et non par du texte
• domination de l'archive textuelle sur la vie dans la 
tradition de l'histoire de la philosophie.

2/. UNE THÉORIE DE LA PRÉFÉRENCE NATURELLE :
• Se remémorer chez les sophistes et chez Antiphon :
• le combat entre physis / la nature et nomos / la loi
• Même position chez Diogène qui opte pour la nature.

1. La masturbation sur la place publique : 
• Idem : beaucoup pour la (mauvaise) réputation du philosophe...
• Imagine­t­on Platon se masturbant ?
• Dans la Cité selon ses désirs (République et Lois) Diogène mérite la 
prison ou la ciguë...
• Dans sa préférence pour la physis, Diogène fait de l'animal un 
modèle à suivre :
2. Le poisson­masturbateur : 
• Dans un port (Corinthe ? Athènes ? Sinope ?)
• Avise un poisson (gode ? Maquereau ? Barbue ? Morue, ? Raie ? 
Mulet ?)
• se frotte contre une pierre
• puis, libéré, continue ses activités philosophiques...
3. Quand Diogène prend modèle sur le poisson : que dit­il ? 
• A/. ­ envie l'innocence et la simplicté de l'animal 
• déplore la complication humaine :
• Manger ? les oliviers. Boire ? la fontaine. La sexualité ? 
Onanisme (Lucrèce s'en souviendra)
• B/.­ se moquer du regard des autres...
(ce que font ses disciples Cratès et Hipparchia)

• C/. Le bonheur est dans l'obéissance à la physis, pas au nomos. 
• suivre les indications de la nature
• s'installer dans une position culturelle de contre culture...
• savoir solitaire la voie de la sagesse...

3/. UN MATÉRIALISME ASCÉTIQUE, DONC HÉDONISTE.
A/. Revendication d'un chemin rude : l'ascèse (méthode pour parvenir au vrai)
• ascèse n'est pas ascétisme
• mais effort, tension, travail, volonté, exercices pour la maîtrise de soi.
• ascèse et hédonisme ne s'exculent pas, mais s'appellent.
• le plaisir ne provient pas de l'abandon aux désirs, mais de leur 
domination, maîtrise et conduite.
• l'hédonisme oblige à la force et répugne à toutes les faiblesses.
B/. Conjectures sur le corps cynique :
1. pas de fragments concluants 
• des conjectures seulement.
2. une anecdote (D.L.VI, 73) récusée sans explication par les 
universitaires : 
• Diogène invite au cannibalisme.
• Récusée parce qu'elle permet d'émettre l'hypothèse d'un matérialisme 
cynique. (Pas de raison donnée sinon : "il est difficile d'attribuer 
ces théories à Diogène le Cynique", L.Paquet )
3. Signification de cette anecdote : 
• tout est dans tout et partout
• pain=viande=légumes, etc...
• tous les corps s'interpénètrent
• grâce à ­citation­ des "particules invisibles" qui empruntent des 
passages tracés et ouverts par les pores ­ parenté avec les 
abdéritains...
• l'ensemble s'unit sous forme de vapeur
4. Manger son prochain, un exercice philosophique : 
• d'autres peuples le font, pourquoi pas un grec ?
• tout communique dans ce monde où rien ne se perd ni ne se crée...
• cannibalisme et omophagie : arguments pour le matérialisme
• persistance de l'antiplatonisme de combat.
5. Extrapolations sur le corps cynique : 
• Monisme matérialiste ­ corps = âme ­ agir sur l'un c'est agir sur 
l'autre
Exemples : se rouler dans la neige pour apprendre l'endurance du 
corps, donc de l'âme.

Exemple des grenouilles qui vivent dans l'eau en toutes 
saisons...

• Agir sur ses vêtements, sa boisson, sa nourriture, son corps : une 
éthique de la diététique.
• Etre le démiurge de soi : maîtriser ses instincts, passions et 
pulsions.

4/. UNE PURIFICATION DES PLAISIRS :
• Les plaisirs ne sont pas mauvais en soi, mais selon le rapport qu'on 
entretient à eux.
• Anecdote d'Antisthène au bordel : il critique les plaisirs mais fréquente 
les lieux...
• Même anecdote pour Diogène qui enseigne que : 
• le soleil entre dans les latrines,
• mais reste lui­même,
• et ne perd pas de sa superbe pour autant...
• Seul le philosophe sait prendre du plaisir sans être pris par lui.
• Le vrai plaisir : 
• joie incessante
• absence de chagrin
• paix de l'âme
• sérénité
• esprit joyeux
• jubilation en acte
• Le faux plaisir : 
• augmente la peine
• creusent le désir
• alimententent l'éternel retour du désir

La leçon de Diogène : "vivre n'est pas un mal, mais mal vivre est un mal"
• Epicure s'en souviendra,
• leçon toujours d'actualité...
"Les sophisteries platoniciennes"
Aujourd'hui : lecture du Philèbe de Platon

r
1/. PLATON, LUTTEUR ET DRAMATURGE
A ­
• D.L. : Platon a participé aux Jeux Isthmiques comme lutteur
• et a écrit des vers, de la tragédie.
• tropisme de catcheur et d'homme de théâtre :
• écrit ses dialogues philosophiques en homme de scène
• et pense en catcheur...
B ­
• facilité de mettre en scène ses dialogues (cf. Dino Risi et Le Banquet)
• décors réduits au minimum
• pas d'action
• personnages porte­paroles d'une thèse simple, voire simpliste :
• le bon (Socrate) contre le méchant (sophiste...)
• le Bien triomphe toujours du Mal !
• l'intelligence a toujours raison de l'imbécillité
C ­
• pense en sportif fasciné par le monde agonique
• rédige en polémiste mauvais joueur qui veut gagner
• combats d'autant plus faciles à gagner que les adversaires sont créés 
comme faciles à affronter
D ­
• précautions sur les prête­noms :
• Socrate en esclave conceptuel de Platon à jamais !
• Philèbe et Protarque, sacs à boxe...
• pas philosophes dignes de ce nom
• grand écart entre figure historique et personnage conceptuel
• regarder Gorgias, Protagoras, Alcibiade d'un autre oeil !
• Platon crée un personnage avec une personne
• avec une figure, crée un comédien
• sur la scène philosophique :
• Platon fabrique des tragédies (avec Socrate)
• et des comédies, voire des bouffonneries avec les autres.
2/. QUID DE PHILÈBE ?
A ­ Donne son nom à un dialogue de vieillesse consacré au plaisir
B ­ pas de traces historiques d'un personnage ainsi nommé
C ­ l'étymologie :
• Philèbe : qui aime les jeunes gens
• Protarque : chef, gouverneur, commandant
D ­ ironie platonicienne :
• Philèbe apparaît pour disparaître
• Protarque s'effondre au fur et à mesure de l'argumentation
• ne mène aucun combat, reddition...
E ­ Si Philèbe part pour courir les garçons, il est un hédoniste en acte, pas en 
mots.
• aporie de l'hédonisme : en parler (ne pas agir) / agir (n'en pas parler) ?
• préfère l'action jubilatoire à la conversation sur le plaisir
F ­ Socrate argumente, finasse, démontre, digresse, série, distingue, oppose
• performance d'acteur : rhéteur, dialecticien, philosophe qui gagne 
facilement.
• pas de réfutation, mais un règlement de compte
3/. ASSASSINAT D'UN HÉDONISTE...
A ­
• Platon, modèle d'argumentation honnête et de probité ? A voir...
• 10 lignes de Protarque dans un dialogue de 150 pages...
B ­
• prises de parole ridiculisées :
• ne comprend pas
• fait répéter
• répète
• interroge pour être certain d'avoir compris
• laisse les questions sans réponse
• répond à côté
• répond trop tard
• quand il parle :
• acquiesce
• consent
• valide, donne son accord (bien sûr, certainement, oui Socrate, pour sûr, à 
l'évidence, etc...)
C ­
• l'hédonisme est incarné dans une potiche
• imbécile tout le long du dialogue
• Protarque finit par conclure :
• " le plaisir est le plus grand des imposteurs
4/. SOCRATE EN SOPHISTE ?
A ­ Trait psychologique récurent : reprocher à l'autre ce que l'on ne veut pas 
reprocher
B ­ Platon reproche aux sophistes ce qu'il pourrait se reprocher, puisque 
Socrate est son porte parole :
1. Passion maladive pour la forme (dialectique)
2. obsession de la rhétorique pour elle­même (jeux langagiers) : 
• digressions sur semblable/dissemblable
• fini­infini
• limité­illimité
• intervalles­degrés
• causes­séries
• premier, deuxième, troisième genre
• espèces
• caractères
3. manie des finasseries conceptuelles ( fil emmêlé)
4. évitement du sujet (gloses périphériques) : où et quand est­il question du 
plaisir ?
5. puissance verbale, efficacité formelle extraordinaire mais indigence sur 
le fond...
5/. LES "THÈSES" DE PROTARQUE
A ­ Le plaisir s'identifie au bien
B ­ éloge de la vie heureuse
C ­ le plaisir n'est pas négatif mais positif
D ­ recherche active des satisfactions
E ­ construction de la jubilation
• Socrate ne pense pas, mais caricature
• topos habituel chez les antihédonistes :
• hédoniste = animal
• pas de conscience, instincts, etc...
• métaphores : basse­cour, boeufs, chevaux (à la fin du dialogue)
• qui parmi les philosophes hédonistes défend cette thèse ? Personne...
6/. AU­DELÀ DE LA CARICATURE
A ­ Platon : polémiste lutteur et non modèle de probité intellectuelle.
B ­
• or il connaît Aristippe et ses théories (Cf. Apologie : présent à Egine, 
absent d'Athènes..)
• rencontre en cyrénaïque lors du voyage de Platon ­ chez Denys de Syracuse 
à la cour
C ­
• silence dans un dialogue consacré au plaisir !
• pourquoi un prête­nom et non Aristippe ?
D ­
• des hédonistes de pacotille qui ne méritent pas une seconde de peine :
• silence béat devant l'habileté de Socrate à son avantage
• font rire ou sourire le spectateur / lecteur
• l'un est absent, lâche, refuse le combat
• l'autre imbécile crasse...
7/. UN PAMPHLET EN COSTUME DE SCÈNE
A ­
• il existe un corpus cyrénaïque
• mieux connu encore à l'époque qu'aujourd¹hui
• et qui mérite la discussion :
• notamment sur : 
• A/. une définition dynamique du plaisir
• B/. une méthode (scénographie, geste / verbe)
• C/. théorie de la connaissance (sensuelle / intellectuelle)
• D /. la nature du réel (matériel / immatériel)
• E/. les fins de la sagesse (pratique / théorétique / mystique)
• F/. le corps (ami / ennemi)
• G/. le dualisme idéaliste, le monisme matérialiste
• H/. intersubjectivité (solitaire / communautaire)
• I/. Politique (résister / collaborer)
8/. LE PIÈGE PLATONICIEN
A ­ sur le seul plaisir (cf. le sous­titre) une discussion était possible
B ­ Socrate affirme qu'il existe deux modes d'existence
1. une vie de plaisir
2. une vie de réflexion
C­ Protarque accepte le dilemme
• ne va pas pouvoir penser, argumenter
• piège d'une définition étroite réduite à ces deux termes
• manichéisme
• facilité d'enfermer Protarque en A.
• puis Socrate récuse l'alternative : ni A, ni B, mais C
• mais C : un troisième genre, une vie mixte
• expectative de Protarque et ralliement...
• Socrate enferme Protarque dans cette idée fausse :
• la vie de plaisir exclut systématiquement la vie de réflexion
• or, cette tierce vie : c'est celle des hédonistes !
• qui affirment la nécessité de la réflexion, de la mémoire : pour le calcul 
et l'arithmétique des plaisirs
• que serait une vie de plaisir sans mémoire ni intelligence, ni réflexion, 
ni analyse ? Impossible...
• dilemme fautif de : 
• a/. vie de plaisir, donc sans réflexion
• b/. vie de réflexion, donc sans plaisir
9/. QUE SERAIT UNE RÉPONSE HÉDONISTE
A ­ récuser le manichéisme
B ­ écarter le dualisme réducteur
C ­ revendiquer pour son compte l'option de la vie tierce
D ­ ne pas se laisser voler son idée...
E ­ engager une discussion sur les parts respectives à laisser :
1. au plaisir dans une vie de réflexion
2. à la réflexion dans une vie de plaisir
F­ disserter sur les plaisirs qui empêchent la réflexion
1. ceux qui naissent de la conversation
2. de la recherche
3. du travail de l'intelligence
G ­ ne pas opposer, comme Socrate le fait :
• Les bons plaisirs en relation avec l'âme, l'infini, l'illimité
• et les mauvais plaisirs en relation avec le corps le fini le limité
H ­ interdire la bestialisation de l'hédonisme
10/. INTELLECTUALISME D'ARISTIPPE
A ­
• Aristippe a écrit tant de livres sur : la nature du plaisir la vertu, 
l'éducation, Socrate, la fortune, l'exil, les naufragés
• et proposé des théories sur : la vérité la connaissance l'individu etc...
• s'il s'était contenté de jouir comme un animal,
• pourquoi et comment consacrer autant de temps à une vie de réflexion ?
CONCLUSION :
A ­ Qu'il existe un autre Platon que celui de la tradition :
1. faussaire et non ami de la vérité
2. de mauvaise foi et non sincère
3. refusant le débat et non habile dialecticien
4. piégeant et non respectant l'interlocuteur
5. évitant la discussion et non échangeant
B ­ lui qui voulait brûler Démocrite pour éviter de le discuter
C ­
• ridiculise l'hédonisme pour éviter de le rencontrer de face
• le lutteur se fabrique des adversaires faciles à terrasser
• D'un autre homme de théâtre : "A vaincre sans péril on triomphe sans 
gloire" (Corneille, Le cid).
"Sauvés par la polémique..."
­ Eudoxe & Prodicos ­

 
RETOUR SUR L'ARCHÉOLOGIE DES TRACES
• L'archéologie des fouilles
• celle des textes
aujourd'hui :
• sur ce qui reste d'Eudoxe de Cnide par ce qu'en dit Aristote
• ce qu'on peut dire de Prodicos de Céos à contrario de sa réputation
• deux philosophes hédonistes sauvés par la polémique...
I ­ EUDOXE DE CNIDE
EUDOXE DE CNIDE (395­343 ? / 408­356 Av. JC)
• D'aucuns pensent que le Philèbe cache Eudoxe...
• où un mixte : Eudoxe et Aristippe,
• car l'idée hédoniste est dans l'air du temps grec...
• Eudoxe, singulièrement, passe pour être un ami de Platon
• comment peut ­ il être hédoniste ?
A ­ Qui est­il ?

• 1/. Pauvre, originaire de Cnide en Asie mineure
• fait le voyage pour Athènes
• démuni, loge au Pirée, vient chaque jour à Athènes (deux fois 4 km)
• rencontre les sophistes, comme tous...
• une rencontre possible avec Prodicos ? Possible...

• 2/. Voyage en Egypte, rencontre le pharaon
• (digression sur Black Athena de Martin Bernal, PUF, et les sources 
africaines de la pensée grecque)
• devient un sage accompli : 
• mathématiques : 
• nombres irrationnels
• grandeurs incommensurables
• astronomie : 
• mouvement des astres
• ingénieur : invente des instruments de mesure qui donnent raison aux 
thèses du Timée de Platon
• géographie : 
• rédige en ethnographe
• politique, législation, etc...
B/. Que pense­t­il ?

• 1/. ­ syncrétique : matérialisme abdéritain + cosmogonie platonicienne...
• 2/. ­ relations avec Platon : 
• avant son voyage égyptien , Platon ne lui accorde aucune 
considération
• de retour, inflige une leçon à Platon et lui apprend comment 
répartir une assemblée en demi­cercle dans un banquet ...
• plus utile en ami qu'en ennemi...
• après, dirige l'Académie pendant la présence de Platon en Sicile
• 3/. Un platonicien hédoniste ! 
• Platonisme hétérodoxe : 
• pas de dualisme manichéen
• pas de haine du corps : vénération de l'âme
• pas de passion pour la pulsion de mort
• pas de déconsidération de la chair sensuelle
• pour un platonisme hédoniste : 
• nécessité de ne pas opposer sensible / intelligible
• Pour Eudoxe :
• LA FORME EST IMMANENTE AU SENSIBLE
• pas hors de la matérialité, mais en elle
• pas de dégradation de l'idée dans le réel
• pas de transcendance des principes généalogiques
• un pas en direction d'Aristote pour qui la forme est une 
qualité potentielle de la matière
• restauration du réel dans ses prérogatives
• d'où la possibilité d'une éthique hédoniste
• 4/. Eudoxe connu par le seul Aristote : 
• 1/. Aristote consacre peu d'endroits de son oeuvre au plaisir : 
• Rhétorique, quelques lignes ( I.11.1370 A 1372 B)
• Métaphysique ( B.I. 996.A.29)
• dans l'Ethique à Nicomaque (livre VI et X) où il développe les 
thèses qu¹on trouve dans Métaphysique.
• 2/. C'est là qu'on apprend tout ce qu'on sait d'Eudoxe
• qu'Aristote expose pour dire ce qui l'en distingue...
• seule occasion d¹une survie philosophique...
• le tempérament mesuré d'Eudoxe a fait dire qu¹il ne pensait pas de 
manière ad hominem mais était sincèrement convaincu de la validité 
de l'hédonisme
• pas parfumé sur l'agora, pas travesti en femme, etc...
• 5/. Quid de son hédonisme ? 
• ce qui reste est maigre : quatre thèses : 
• PREMIÈRE : Le plaisir est un bien car tous les êtres 
raisonnables ou non tendent vers lui.
• DEUXIÈME : La peine et la souffrance valent pour tous comme 
des repoussoirs, des affections à éviter. Donc : le contraire 
de la peine, le plaisir, est un bien.
• TROISIÈME : Le plaisir est une fin en soi et n'a pas besoin 
d'un objet associé pour mériter qu'on aille vers lui.
• QUATRIÈME : Le plaisir ajouté à une activité juste ou 
tempérante rendent ce bien plus désirable. Le bien ne pouvant 
être augmenté que par lui­même, le plaisir est vraiment un 
bien. 
• Difficile, sans plus de détails , d'aller plus loin...
• Quels plaisirs ? Quelles formes ? Quelles quantités ? 
Quelles limites ? On ne saura...
• 6/. Aristote examine également les thèses de Speusippe 
• (platonicien intégriste, orthodoxe) qui critique l'hédonisme.
• puis donne sa propre position :
• le plaisir n'est ni bien ni mal en soi, mais relativement à ce à 
quoi on l'associe.
• exemples : 
• le plaisir de nuire à son voisin, non
• le plaisir de philosopher, oui.
• quel hédoniste dirait le contraire ?
• quel hédoniste paierait son plaisir d'une joie mauvaise ou d'une 
passion triste ?
• Eudoxe hédoniste et Aristote eudémoniste paraissent plus proches et 
complices qu'ennemis.
• ils sont de toute façon côte à côte en face de Speusippe et des 
platoniciens...
II ­ PRODICOS DE CÉOS
• Hypothèse : Eudoxe a pu suivre les leçons de Prodicos...
• (rappel : les sophistes ne sont pas intrinsèquement hédonistes)
• Antiphon l'est pour son compte (thérapie analytique, logothérapie)
• Je pose que Prodicos, contrairement à ce que l'on dit, peut l'être 
aussi...
• démonstrations : 
• 1/. La fortune d'un topos grec : 
• topos courant sur les trois vies :
• théorétique (recherche désintéressée)
• action (politique)
• chrématistique (les affaires)
• ces trois fins commandent un genre de vie
• nombre de grecs développent cette argumentation :
• Sappho, Pindare, Archiloque, Anacréon, Tyrtée, Théocrite
 

• Platon aussi qui distingue d'abord : 
• a/. vie contemplative
• b/. vie dejouissance
• c/. vie active
 

• puis, en bon dualiste, finit par opposer : 
• a/. vie de réflexion (théorétique)
• b/. vie d'action (pratique)
 

• 2/. La fortune du "Y" ­ autre topos : 
•  A/. Pas de "Y" en grec :
  
• un upsilon noté "V" en Grec
• mais "Y" en Ionie
• le "Y" (qui n'est donc pas grec, mais ionien...) 
apparaît en 1119 en français
•  B/. usage métaphorique :
  
• un embranchement : un choix
• deux bras : deux possibilités
• moyen mnémotechnique, pense­bête, truc philosophique
 

• signification : 
• au point de jonction : tout est encore possible
• au­delà : deux directions se dessinent avec un 
écartement de plus en plus net
• à la fin : deux mondes, deux univers opposés.
 

• dans cet esprit s'opposent souvent (cf. le 
Philèbe) 
• A/. vie de plaisir :
• et malheurs du vice... ( le corps tout 
puissant).
• B/.­vie de sagesse :
• et prospérités de la vertu... (l'âme toute 
puissante).
 

• ce dispositif rhétorique rend mal compte de 
la complexité du réel
• Prodicos donne à cet exercice sa plus 
célèbre illustration
•  C/. Prodicos hédoniste ?
  
• A/. Sophiste aux côtés de Protagoras (dont il est 
l'élève), Gorgias,etc.. 
• jamais présenté comme hédoniste
• mais comme un philosophe austère, ascète...
• B/. pourtant, on fait peu de cas de 4 anecdotes, 
fragments et détails :
 

• UN : l'anecdote des couvertures : 
• voix grave, assourdissante, bourdonnante au débit 
singulier
• presque inaudible !
• enseigne dans un réduit prêté par Hipponicos
• enseigne Pausanias, Agathon
• interlocuteurs dans les dialogues de Platon
 

• enveloppé de couvertures, sous des entassements de 
fourrures
• posture peu ascétique : mollesse, (péché grec !) 
affectation de luxe, abandon, négligé
 

• paraît moins ascète que jouisseur
• n'a jamais caché son goût pour l'argent, en 
gagnait beaucoup, et les facilités qu'il permet.
 

• DEUX : la thèse de Philostrate : 
• il enseigne dans Vie des sophistes que :
• Prodicos s'adonnait aux plaisirs
• silence sur cette information...
 

• TROIS : les exercices rhétoriques : 
• travaillait sur la question des coïncidences entre 
signifiants (mots) et signifiés (choses)
• la postérité conserve l'un de ces exercices :
• il a trait à la question du plaisir...
• joue sur les définitions et acceptions : joie / 
délice / bien­être / volupté / délectation...
 

• autant de navigations dans les eaux hédonistes
 

• QUATRE : la mort :
• la Souda nous dit que Prodicos est mort à Athènes, 
condamné à boire la ciguë
• pour cause de corruption de la jeunesse
• un procès concernant moins un professeur de vertu 
qu'un hédoniste...
 

•  D/. une mauvaise "bonne réputation" :
  
• A/. reste de lui un texte célèbre 
• connu sous le titre : Le choix d'Héraclès.
• texte disparu,
• reste l'esprit rapporté par Xénophon, platonicien, 
dans Les Mémorables
 

• B/. le contexte a disparu : 
• rien ne permet de conclure que ce texte exprime 
l'option de Prodicos
 

• C/. Le texte dit : 
• sur le principe du "Y" 
• que vie de plaisir et vie d'effort 
s'opposent
• qu'au moment de l'adolescence le choix a été 
proposé à Héraclès
 

• D/. Le genre du texte ? 
• sûrement pas l'exercice d'un professeur de morale
• pas d'invitation prescriptive (pas le genre des 
sophistes)
• mais possiblement (mon hypothèse) un exercice 
rhétorique utilisé par les sophistes :
• pour faire fonctionner l'intelligence,
• susciter des débats, des interrogations
• une formule utile pour la controverse par­delà 
bien et mal.
 

• car il s'agit d'une prosopopée : mise en scène de 
personnes qui incarnent des idées et portant des 
discours
• une allégorie,
 

• E/. Le contenu du texte : 
• 1/. le texte est écrit en noir et blanc : 
• il a connu une fortune considérable
• pas de détails, simplification outrancière :
• illustration du "Y" .
• 2/. Au moment de l'adolescence, Héraclès doit 
choisir entre : 
• A­ vie de plaisir (les facilités de 
l'abandon) : 
• la félicité n'est pas vertueuse, ni 
vertu, ni forcément morale
• B­ vie de tension (la construction d'un 
destin) : 
• la vertu tourne le dos à la félicité, 
sa pratique n'entraîne aucune 
jubilation.
• jouir des plaisirs de la vie OU 
souffrir en chemin vers l'excellence
• 3/. L'allégorie : deux femmes : Jouissance et 
Vertu 
• Vertu 
• est belle, fière allure, regard de 
pudeur, maintien réservé, vêtement 
blanc.
• Elle propose : 
• la valeur (exploits nobles)
• le travail
• l'effort (actions de bravoure, 
préparer la guerre pour mériter 
la liberté)
• la souffrance
• la peine
• la piété (honorer les dieux, la 
famille)
• Jouissance : 
• est sensuelle, voluptueuse, 
aguichante, maquillée, prédateur 
femelle (ne cesse de regarder autour 
d'elle), habillée en sombre.
• elle propose : 
• le plaisir comme fin
• le plaisir est facile
• jouir du seul instant présent
• cuisine, vins, sexe, 
spectacles...
 

• F/. L'action : 
• L'une marche à son rythme (Vertu) l'autre presse 
le pas
• Il faut séduire Héraclès au plus vite
• pas de dialogue :
• comment réaliser le bonheur ?
• que faire de son existence ? ­qu¹est­ce qu'une vie 
bonne ?
 

• chacune exprime ses thèses
• on ne voit pas Héraclès choisir
• la vie du héros laisserait­elle croire qu'il a 
choisi la vertu ?
• oui si l'on retient (sous le signe d'Apollon) : 
• bravoure
• force
• détermination
• courage
• actes
• extraordinaires (les 12 travaux)
• conduit son char tire à l'arc
• mais sa vie dit aussi (sous le signe de Dionysos) 
qu'il : 
• chante joue de la lyre mange bien boit bien 
ne refuse pas les femmes
 

Conclusion :
• récuser l'enfermement dans un dualisme manichéen
• vouloir les deux vies, pas une des deux
• imaginer Héraclès bigame...
"Les enjeux de l'Épicurisme"
 
1/. PROPOSITION DU SÉMINAIRE DE CETTE ANNÉE :
• Proposer une lecture alternative à l'histoire idéaliste, donc 
platonicienne de la philosophie.
• Comment fonctionnent ces couples : ascétisme/hédonisme, 
idéalisme/matérialisme ?
• Découper l'histoire de la philosophie en trois périodes :
• Et dans cette perspective, préciser les enjeux d'Epicure et de 
l'épicurisme
• Prendre sa respiration avant de sauter dans l'épicurisme, le deuxième 
grand temps de ce séminaire de l'année.
• Séance de synthèse, de bilan.
PREMIER MOMENT : L'IDÉALISME PLATONICIEN ­ L'archipel pré­chrétien : Des 
Présocratiques au Christianisme
I ­ A/. Figure dominante de l'idéalisme : Platon : Un texte programmatique : Le 
Phédon
• idéalisme : l'idée supérieure à la réalité sensible
• dualisme : opposition entre intelligible et sensible
• manichéisme: réduction du divers à deux termes
• transcendance : le sens du terrestre est céleste
• idéal ascétique : haine du corps

B/. Un premier lignage :

• Parménide,
• Pythagore,
• Platon,
• les stoïciens (Marc­Aurèle Epictète, Sénèque)
• Augustin, les Pères de l'Église
• le christianisme.
 
C/. Le courant dominant dans l'histoire de la philosophie officielle, 
scolaire, universitaire.

• Enseigné, traduit, édité, travaillé à l'université. 
 
II ­ A/ Figure alternative à cette domination: Epicure : Un texte programmatique 
: La lettre à Ménécée.
• matérialisme : le réel se réduit au seul sensible
• monisme : une seule réalité et des variations sur ce thème
• unitarisme : le réel est complexe mais un
• immanence : le sens du réel est consubstantiel au réel
• idéal hédoniste : on doit viser le plaisir dans la vie 
 

B/. Un deuxième lignage :

• Leucippe, Démocrite, (matérialisme abdéritain),
• Aristippe (Cyrénaïques),
• Diogène (Cynique),
• Epicure et Épicurisme (Philodème, Lucrèce, les Élégiaques, Diogène 
d'Oenanda). 
 

C/. ­ Le courant négligé dans l'historiographie officielle

• Platon, Stoïciens, Augustin en Pléiade,
• pas d'édition française de Philodème, Métrodore et autres épicuriens 
Campanien.
• Éditions tardives des cyrénaïques.
• Pas de bibliographie.

DEUXIÈME MOMENT : L'IDÉALISME CHRÉTIEN. ­ Du christianisme à la Révolution 
française.
Les premiers lignages produisent les suivants :
1/. A la suite de Platon : Augustin , la Patrologie et l'Église ­ Texte 
programmatique : La cité de Dieu (420­429)
• Topoï chrétiens...
2/. La figure alternative : Spinoza ­ Texte programmatique : L'éthique (1677)
• L'immanence panthéiste : généalogie de l'athéisme
• Le libertinage intellectuel : généalogie de la laïcité
• La célébration de la joie : généalogie de l'hédonisme
• Le monisme : généalogie du matérialisme
TROISIÈME MOMENT : L'IDÉALISME ALLEMAND ­ De Königsberg à Mai 68.
1/. A la suite du christianisme : Kant et l'Université ­ Texte programmatique : 
Critique de la raison pratique (1788)
• Laïcisation de la philosophie chrétienne (Voir La religion dans les 
limites de la simple raison)
2/. Figure alternative : Bentham ­ Texte programmatique : Déontologie (1843)
• Généalogie de la pensée utilitariste et pragmatique

2/. EPICURE : CONSTRUCTION DE L'ALTERNATIVE A L'IDÉALISME PLATONICIEN
A/. EPICURE COMME SYNTHÈSE :
1/ La synthèse :
• pas le collage, ni la juxtaposition
• Son principe dialectique : l'aufhebung ­ conservation/dépassement. 
2/ Les influences intégrées :
• a). Le matérialisme abdéritain (Leucippe et Démocrite) : 
• Les usages éthiques de la physique
• Vide, atomes, mouvement et "athéisme tranquille".
• La conception du monde moniste .
• (Cf. Lettre à Hérodote et Pythoclès) 
 
• b). L'hédonisme cyrénaïque (Aristippe) : 
• Malgré les différences (plaisir en mouvement / plaisirs en 
repos) :
• le souverain bien = le plaisir.
• (Cf. Lettre à Ménécée)
 

• c). L'antiplatonisme (Philèbe et Protarque) : 
• Contre la vie mutilée (âme et corps déchirés)
• Proposition d'une vie philosophique où corps et âme sont 
réconcliés.
• (Cf. les fameux "plaisirs du ventre"chez Epicure)
 
• d). La thérapie philosophique (Antiphon) : 
• La philosophie comme discipline de la paix faite avec soi­
même.
• La parole et son action pharmacologique
• (Cf. Pratique de l'échange dans le Jardin).
 

• e). L'ascèse cynique (Diogène) : 
• 1 ­ Nécessité du dépouillement : Construction de l'autonomie 
du sage ­ (Cf l'ataraxie épicurienne)
• 2 ­ Réduction de l'essentiel au nécessaire ­ (Cf. table des 
désirs naturels/nécessaires chez Epicure)
 

• f). Physis contre nomos : (Antiphon, les sophistes) 
• Préférer la nature à la loi
• (Cf. la sécession du sage d'avec le monde dans le Jardin)
 

• g). Le "Y" des genres de vie (Prodicos) : 
• Choisir entre vie philosophique et vie triviale.
• Pratique de la conversion existentielle ­ (Cf. la communauté 
des amis comme possibilité existentielle). 
3/. La production d'une pensée :
• Le matérialisme hédoniste.
• Appelée à produire des effets dans le lignage alternatif : 
• 1/. Les communautés gnostiques licencieuses du II, III, IV° 
ap.
• 2/. Les Frères et Soeurs du Libre Esprit au Moyen­Age
• 3/. Le libertinage érudit du XVII°
• 4/. Le matérialisme français du XVIII°
• 5/. Le sensualisme des Idéologues au XIX°
• 6/. La philosophie du désir au XX°.

"Physiologie d'Epicure "

1/. "DEVIENS CE QUE TU ES"
Signification de cette formule de Pindare, Ode Pythique.
A/. PARADOXE :
• Comment inviter à être ce qu'on est déjà ?
• Escroquerie existentielle ?
• ce que je suis, puis­je envisager de le devenir ?
• Peut­on désirer l'avènement d'un présent déjà effectif ?
• Dans le futur, l'être en acte peut­il faire l'objet d'un vouloir autre que 
sa répétition pure et simple ?
• Peut­on devenir autre chose que ce que l'on est ?
• Quelles relations entre cet autre et ce que j'aurais été ?

B/. "ETRE" POUR UN GREC

1. Signification grecque autre que la nôtre : 
• (Descartes, l'individu séparé)
• renvoie à une cosmogonie particulière : panthéiste et païenne
• car le monde obéit à la loi qui le fait être : l'individu aussi
• être qui, être quoi ?
• un grec dit : je suis le vouloir du destin.
2. Pas de liberté : 
• je suis un fragment détaché du tout par la conscience
• mais je suis confondu à ce tout
• comme l'oiseau, l'olivier, le fleuve, l'individu obéit au cosmos, à 
la mécanique de l'univers
• la liberté ? une fiction...
• je suis ce que cette force me fait être :
• voulu et non voulant
• mû et non moteur
• objet et non sujet
• cette force ne s'appelle pas Dieu, Jéhovah ou Allah
• pères fouettards..
• mais une puissance cosmogonique de physicien
3. Pindare illustre la sagesse tragique grecque : 
• soumis à une force aveugle, nous sommes le produit de cette 
soumission
• fragment régi par le tout qui le détermine
• le lieu de cette soumission ? Le corps...

C/. "DEVENIR" (CE QUE L'ON EST)
• comment faire advenir ce qui est déjà ?
• comment commander ce qui me soumet ?
• comment s'approprier ce qui me possède ?
• comment (ré)introduire la liberté ?
• Doit­on se contenter d'assister à soi comme à un spectacle ?
Trois positions, trois possibilités :
A/. LE DÉTERMINISTE :

• tu n'as pas le choix d'être autre que ce que tu es.
• tu n¹as pas le choix de devenir ce que tu n'es pas. 
B/. LE TENANT DE LA LIBERTÉ :
• Deviens ce que tu n'es pas. 
C/. LE TRAGIQUE :
• Deviens ce que tu es.
• résolution de l'aporie :
• la liberté : ce qui nous permet de consentir à ce qui est
• ni instrument de soumission
• ni instrument de libération
• mais, ruse de la raison : ce que je suis, je dois vouloir l'être
• ou : je peux devenir ce que je suis :
• en aimant ce que je suis (amor fati nietzschéen). 

D/. TRAVAUX PRATIQUES : COMMENT DEVENIR CE QUE L'ON EST ?
• A/. Réactiver le "connais­toi toi même" : Qui est "Je" ? 
• comment devenir ce que l'on est si l'on ignore ce que l'on est ?
• quête existentielle de soi
• Réponse à "qui est­je" ? : je suis mon corps.
 

• B/. Pratiquer l'écriture de soi : Découvrir "Je" . 
• penser sa vie, vivre sa pensée
• et vice versa.
• prendre le texte et le livre pour témoin de ce travail
• ce que je suis, je peux le découvrir par l'écriture
• (Epicure auteur de 300 textes)
• philosopher pour écrire ; écrire pour philosopher
• en sachant qui l'on est, on peut envisager de le devenir.
 

• C/. Envisager une généalogie : D'où viens­je ? 
• l'histoire particulière : famille, parenté, père, mère, frères, 
ascendants...
• l'histoire générale : l'époque
• D/. Détermination d'une idiosyncrasie : Qui suis­je ? 
• terme de médecine
• "disposition personnelle qui détermine un être à réagir d'une 
manière déterminée à un stimulus précis"
• interroger son corps
• fabriquer une diététique : 
• alimentation (pain)
• boissons (eau)
• exercices physiques
• lieux d'habitations (Jardin)
• emploi du temps (converser)
• relations (amitié)
• loisirs (jouer)
• ce que fait Epicure en construisant son système philosophique : 
• vouloir la puissance qui nous veut,
• voilà ce qui révèle la liberté
• et rend possible qu'on devienne ce que l'on est

­ II ­
A/. CONSTRUCTION D'UN SAGE :
• selon Epicure lui­même : on ne devient pas sage à partir
• de n'importe quel état corporel (physiologie de la philosophie)
• dans n'importe quel peuple (politique de la philosophie)
• le corps pense, dans une époque culturelle (contre les réductionnismes 
biologiques et marxistes )
• contre le platonisme qui : 
• efface la biographie
• dissimule le corps (pièce à conviction gênante)
• récuse l'histoire et la géographie
• ne considère que la causalité idéale
 

• Epicure propose des causalités rationnelles

PHYSIOLOGIE DE LA PHILOSOPHIE :
B/. Théorie : Le corps (du) philosophe :
• généalogie physique de la pensée (atomes + vide)
• la philosophie procède de la causalité atomique
• constitution des atomes : plus fins, plus volatiles,
• vitesse des atomes : plus rapides que d'autres dans leurs mouvements, 
vibrations, tourbillons, chocs, rencontres, agrégations...
• la pensée (épicurienne) provient du corps (d'Epicure)
• (pensée moderne confirmée par la neurobiologie contemporaine et le 
freudisme)
• la chair pense, le corps réfléchit, les atomes cogitent.
C/. Pratique : le corps d'Epicure :
1. Sa santé :

• Métrodore, le disciple aimé, écrit un Sur la faible constitution d'Epicure
• mauvais état, fragile, ignorant la "Grande santé" : maladif, chétif, 
malingre, incapable d'excès, hydropique
• Concrètement : vit de pain, d'eau, d'un quart de vin par jour
• à un disciple qui lui propose bombance, demande un petit pot de fromage
• (digression sur la diététique comme éthique)
• quitte rarement sa litière (pour raisons de santé et non de paresse...) 
2. Sa mort :
• 15 derniers jours alité (crise de pierre ) :
• prend un bain
• réunit ses amis
• boit un peu de vin
• fait des recommandations sur le devenir du Jardin
• puis meurt, simplement
• début de la légende ! 
3/. Sa pensée :
• de manière réactive, vise :
• l'art de ne pas souffrir
• d'échapper aux afflictions
• de connaître le plaisir
• de travailler à l'absence de troubles
• l'oeuvre comme sublimation, compensation, réaction
• construction d'une thérapie, médication, médecine de l'âme
• on pense pour (sur)vivre.

POLITIQUE DE LA PHILOSOPHIE
Comme le corps d'Epicure, l'époque est mal en point...
1/. Une biographie politique :
• pauvre, exilé, provincial
• natif de Samos en 342/341 av.JC (périphérie culturelle)
• père instituteur (profession d'esclave spécialisé)
• mère récite des prières
• arrive à Athènes en exilé (colons chassés de Samos, obligés d'accomplir 
leur période militaire)
• tenu à l'écart des écoles philosophiques dominantes (platonisme et 
aristotélisme)
• peu probable, donc, qu'il sacrifie aux idéaux platoniciens :
• supériorité d'Athènes
• aristocratisme viscéral
• élititisme réactionnaire
• conservatisme politique
• ésotérisme pédagogique
• spiritualisme dualiste
• théisme architectonique
• société close
• conseil au prince
2/. Une biographie de l'époque :
• Athènes perd la bataille de Chéronée (338)
• contestation de son hégémonie, puis disparition
• mort d'Alexandre (323)
• ses généraux se disputent le leadership
• manque de travail, chômage...
• misère généralisée
• déportation des pauvres dans des colonies
• ils deviennent vagabonds, mendiants, mercenaires, délinquants
3/. Epicure dans son époque :
• Epicure crée son système dans ce contexte :
• physiquement fragile
• socialement déclassé
• dans un moment de décadence politique
• achète le Jardin
• " se changer plutôt que changer l'ordre du monde" (Descartes)
• l'épicurisme s'épanouit dans une époque en ruine
• construction de soi comme réponse à la désintégration du monde
• synthétise la pensée alternative qui le précède :
• matérialisme abdéritain
• hédonisme cyrénaïque
• ascèse cynique
• antiplatonisme
• une véritable révolution dans l'histoire de la philosophie antique
• puis dans toute l'histoire de la philosophie...
 
Prochaine séance : Une philosophie cochonne ?
"UNE PHILOSOPHIE COCHONNE ?"

ENJEU
Sachant ce que l'on sait du corps d'Epicure, peut­il en sortir une philosophie 
qui soit un éloge de la débauche ? Une philosophie cochonne ?
1/. UNE MAUVAISE RÉPUTATION DE SON VIVANT :
A/. Associé à un porc...
• Timon de Phlionte, philosophe probablement sceptique , le premier
• Chez Horace : "les pourceaux épicuriens" dans la 4° Epître.
• Dans les ruines d'Herculanum : un porcelet votif
• A Boscoreale : un porc sur le gobelet épicurien avec squelettes.
B/. Pour quelles raisons ?
• Grégoire de Nysse, Père de l'Eglise, en donne les raisons. 
a) Complexion physiologique :

• incapacité à lever la tête donc à contempler le ciel condamné à 
fouiller la terre du groin sale, répugnant
• impossible animal platonicien :
• définitivement arraisonné à l'immanence.
 

b) Raisons néo­pythagoriciennes et platoniciennes :

• Croyances néo­pythagoriciennes de Platon :
• Métempsycose et métensomatose (cf. Phédon)
• âmes damnées des libertins, jouisseurs et autres amis de la terre, 
de leur corps
• condamnées à la réincarnation dans le porc
• cf. Timée : ne pas utiliser les parties de son corps nécessaires à 
la réflexion modifie la physiologie :
• corps attiré par le sol
• pattes qui se raccourcissent
• cerveau qui s'atrophie
• tout tend vers la terre
• allongement du museau
• rapport au monde réduit à l'olfaction (cf. Aristippe). 
2/. EPICURE ÉTAIT­IL CE MONSTRE QU'ON DIT ?
A/. Les créateurs de cette légende :
• stoïciens qui préparent le sol chrétien (dolorisme, haine du corps, 
pulsion de mort)
• patrologie qui hait voluptés et plaisirs (voir Saint Jerôme et Lucrèce)
B/. les règles de la calomnie :
• travestir la réalité : infliger des distorsions
• partir du vraisemblable : s'arranger pour qu'il semble véritable
• lancer des bruits : pas de fumée sans feu, etc...
C/. Les chefs d'accusation :
• DÉBAUCHÉ :
a) Il écrit des lettres licencieuses : en fait rédigées par Diotime le 
Stoïcien...

b) Il couche avec toutes les femmes de son école : on lui reproche son 
féminisme égalitaire

c) Il collectionne les prostituées : présence, effectivement, de 
courtisanes dans son Jardin, mais admises à philosopher à égalité avec 
les hommes

• PROXÉNÈTE :
d) Il prostitue son frère : plus c'est gros, plus ça passe...

• MALHONNÊTE :
e) Il pille la philosophie des autres :

• ne se reconnait pas de précurseur, effectivement :
• mais que sait­on de ce qu'il doit à Leucippe et Démocrite en 
l'état des fragments retrouvés ?

• CARACTÉRIEL :
f) Il n'aime pas les autres philosophes :

• pratique habituelle dans le milieu !
• enjeux de maîtrise des champs de pouvoir qu'étaient les écoles 
philosophiques

• ETRANGER :
g) Il n'est pas un citoyen d'Athènes : effectivement...

• OPPORTUNISTE :
h) Il fréquente les puissants : qui ? pas d'équivalent de Denys de 
Syracuse...

• GROSSIER :
i) Il profère des obscènités en permanence... rien d'avéré, pas de 
preuves...

• BAFREUR, BUVEUR :
j) Il dépense des fortunes pour manger tous les jours : effectivement, 
mais c'est le budget de toute l'école qu'on a retrouvé...

k) Il vomissait deux fois par jour pour manger à nouveau : à 
l'évidence, il faut justifier le fameux budget de bouche...

• LOUCHE... :
l) Il pratique en sectaire : le Jardin accueille un groupe en 
sécession, mais l'entrée et la sortie sont libres

• m) Il officie la nuit : la nuit tombe vite à Athènes, fallait­il arrêter 
de philosopher la nuit tombée ?
• n) N'a pas, au contraire des chrétiens, assassiné des enfants et mangé 
leur chair, bu leur sang... comme le dit pour eux la propagande 
malveillante...

3/. BEAUCOUP POUR UN SEUL HOMME...
• Qu'on se rappelle sa faible complexion physiologique...
• Qu'on renvoie également au corps de la doctrine, aux antipodes de ces 
reproches.
• A qui profite le crime ? 
• aux tenants de l'idéal ascétique dominants :
• platoniciens, stoïciens, chrétiens.
• ils voient d'un mauvais oeil le succès de l'épicurisme
• qui plus est, il durera 500 ans ... 

4/. RÉALITÉ DE SA PHILOSOPHIE :
A/. que faire, dès lors, de ses invites à la prudence, la mesure ?
B/. et de sa proposition de construire le plaisir non par l'abandon aux désirs, 
mais par leur maîtrise ?

5/. UNE SINGULIÈRE ONOMASTIQUE :
1 ­ rarement on souligne l'étymologie :
• épikouros = celui qui secourt
• épikourein = secourir
• épikouria = secours, assistance
2 ­ Littré : celui qui, à la guerre, subvient aux besoins de nourriture
• constitue les troupes de secours, les renforts, les auxiliaires en appoint 
afin de préserver les autres d'un danger menaçant.
3 ­ déterminé par son nom à travailler au salut ? des autres, de soi.

6/. L'OBJECTIF DE LA PHILOSOPHIE D'ÉPICURE :
NÉGATIVEMENT :
1­ détruire ce qui génère :
• la peur
• la crainte
• l'angoisse
• la douleur
• la souffrance
2­ attaquer les fictions :
• mythes
• croyances
• religions
• dogmes
• lieux communs
• illusions
• bovarysmes
POSITIVEMENT :
3­ réaliser la paix intérieur de l'âme et du corps
4­ pratiquer une médecine préventive :
• soigner sur le mode chinois : faire le nécessaire pour éviter 
l'apparaition du mal
• garder la santé, ne pas la perdre
• plus facile que de la recouvrer
• un bon thérapeute ?
• écarte les causes du mal
• génère ainsi l'apparition du bien 

7/. LE PHILOSOPHE­MÉDECIN :
• Epicure : moins cochon que serpent d'Esculape...
• l'idée du philosophe­médecin traverse la philosophie antique
• mais Épicure formule la première thérapie cohérente et conséquente
• la philosophie non comme production de concepts
• mais comme incarnations de modifications dans la vie quotidienne, 
concrète. 

8/. LE QUADRUPLE REMÈDE :
A/. Ce philosophe médecin a laissé un mystérieux quadruple remède 
(Tetrapharmakon).
B/. Un médicament de l'époque était connu pour contenir : suif, cire, poix, 
résine
• plus excipient que médicament, effet placebo ?
C/. Inexistence de ce quadruple remède dans ce qui reste d'Epicure...
1­ Mais présent chez Philodème de Gadara (II­I° av JC) dans Contre les 
sophistes.
2­ Chez Cicéron, dans Des fins.
3­ Et sur le mur de Diogène d'Oenanda ( II° ap.)
• le Quadruple remède paraît plus épicurien que d'Epicure
• restrospectivement les universitaires veulent le voir où il n'apparait pas 
aussi nettement qu'ils le disent :
• le treillage de la Lettre à Ménécée
• les Maximes fondamentales
• la 11° de ces maximes...
• artificiel et précontraint...
• Réduite, comme une sauce, le quadruple remède se résume à quatre thèses : 
1. il n'y a rien à craindre des dieux
2. il n'y a rien à craindre de la mort
3. on peut supporter la douleur
4. on peut atteindre le bonheur.
 

• Après cette synthèse maximale, on peut revenir à l'analyse :
• je propose d'envisager la pensée d'Epicure comme : 
1. une physique éthique
2. un athéisme tranquille
3. une algodicée païenne
4. un ascétisme hédoniste
• le but avoué : "vivre tel un dieu parmi les hommes".

objectifs des semaines à venir.
"L'athéisme tranquille"

PREAMBULE
Se remémorer :
1. Pindare/ Epicure : physiologie de la philosophie
2. Mauvaise réputation usurpée : contre le pourceau, le serpent d'Asclépios
3. Le Quadruple remède : 
1. Rien à craindre des dieux
2. Rien à craindre de la mort
3. La souffrance se supporte
4. Le bonheur est réalisable
Aujourd'hui :
• Les deux premiers temps de ce Tetrapharmakon
• La possibilité d'un "athéisme tranquille".
• Explication de l'expression : (chez Deleuze, sur Châtelet dans Périclès et 
Verdi). 

PREMIÈRE THÈSE : IL N'Y A QUE DE LA MATIÈRE
1/. UNE PHYSIQUE ATOMISTE ET SENSUALISTE :
• Fidélité au matérialisme abdéritain : 
• une physique aux effets éthiques.
• atomes en mouvements dans le vide
• théorie des simulacres : atomes détachés et corps sensuel qui perçoit
• le réel = ce que l'on voit, sent, touche, etc...
• contre Platon : les sensations, critères du vrai
2/. UNE PHYSIQUE ANTI­PLATONICIENNE :
• contre les explications mythologiques de Platon :
• proches de la poétique présocratique
• Prométhée/Epiméthée dans le Protagoras
• Androgyne
• Aristophane dans Le banquet
• L'attelage ailé dans le Phèdre
• L'allégorie de la Caverne dans la République
• L'Atlantide dans le Timée
• Les Enfers dans le Phédon
• Mais aussi : Gygès, les Cigales, Er, Theuth...
• autant d'explications anti­scientifiques...
• Epicure invite à supprimer les mythes. (pensée d'actualité) 

3/. UNE PHYSIQUE DE L'IMMANENCE :
• Epicure : des hypothèses déductibles d'enchaînements logiques
• Sur les phénomènes naturels (arc­en­ciel, foudre, pluie, étoiles filantes, 
etc...) :
• Lettre à Hérodote sur la nature, Lettre à Pythoclès sur les météores.
• pas de fables, de fictions : de l'immanence.
• Que dit la physique d'Epicure : 
• 1/. Le tout est infini
• 2/. les composés sont en nombre infinis
• 3/. les mondes sont infinis (cf. le javelot de Lucrèce)
• 4/. le mouvement est éternel
• 5/. il n'y a pas de commencement
• 6/. les simulacres existent
• 7/. leur invisibilité est en rapport avec la vitesse des atomes
• 8/. l'âme est composée de matière, elle est mortelle
• 9/. l'âme est dans le corps tel un souffle composé de matière fine
• 10/. l'âme est le siège de la sensibilité
• 11/. âme et corps sont intimemment liés
• 12/. continuum matériel et discontinuité des agencements
• 13/. la mort c'est la déliaison de l'âme et du corps 

4/. UNE PHYSIQUE CONTRE LA MÉTAPHYSIQUE :
A/.

• Contre la métaphysique platonicienne, pré­chrétienne (dualisme, âme 
immortelle, etc...)
• Qui permet, par la crainte des châtiments de gouverner plus facilement les 
hommes (clergé + politiques)
B/.

• Epicure veut des hommes autonomes, libérés des superstitions
• Affranchis (cf. étymologie de libertin...) de la crainte des dieux
• il s'agit de prouver que : la mort n'est pas à craindre 

DEUXIÈME THÈSE : LA MORT N'EST PAS À CRAINDRE
A/. En finir avec l'hypothèse pythagorico­platonicienne de la métempsycose et de 
la métensomatose
• elle fait craindre les châtiments dans une autre vie
• et permet de conduire les hommes dans cette vie
• ce qu'a récupéré le christianisme...
B/. Les modèles d'éthique sont :
• religieux (des présocratiques au XVII°)
• scientifiques (de Spinoza à Marx)
• Epicure propose le modèle scientifique en éthique dès la période 
religieuse. 
• a) ­ Dissocier morale et religion
• b) ­ Associer morale et philosophie
C/. Apprivoiser la mort :
1/.­ Après la mort ?
• Décomposition de la matière
• Pas d'expiation, de survie après la vie
• la physique épicurienne condamne toute métaphysique
2/. Démonstrations :
• Douleur / souffrance, bien / mal sont dans les sensations
• la mort est privation de sensations
• elle n'est donc pas pour nous : 
• elle est là ? nous n'y sommes plus
• je suis là ? elle n'y est pas encore
• elle ne concerne : 
• ni les vivants, pour lesquels elle n'est pas,
• ni les morts, pour lesquels elle n'est plus.
• Dès lors pourquoi s'inquiéter ? 
• Pourquoi souffrir pour quelque chose qui n'est pas là ?
• Pourquoi aller au devant d'un éternel absent ?
• Seule la pensée de la mort peut causer une souffrance
• Avoir à mourir est pire que mourir
• Mais pas la mort elle même
• Or on peut avoir du pouvoir sur la pensée de la mort en soi. 
• Ne pas vivre n'est pas un mal
• La non­vie n'est pas un mal
• Mal vivre est un mal
• Bien vivre est un bien.
• D'où une éthique du présent 
• (Réactivation des thèses cyrénaïques)
• ne pas parasiter le présent par du futur
• ne pas gâcher sa vie présente par l'idée de la mort à venir
• Eviter la pulsion de mort, célébrer la pulsion de vie 
• A ceux qui affirment l'inconvénient d'être né ?
• le suicide est toujours possible... 

TROISIÈME THÈSE : LES DIEUX NE SONT PAS A CRAINDRE
A/.
• Puisqu'il n'y a que de la matière (thèse 1) : mort de l'idéalisme.
• Que la mort n'est pas à craindre (thèse 2) : mort du pessimisme.
• Les dieux non plus ne sont pas à craindre (thèse 3) : mort de la religion.
• Car ils sont matériels...
B/. Précautions d'emploi sur les termes :
(classés dans le sens de l'histoire)
• Animisme
• Panthéisme
• Polythéisme
• Monothéisme
• Théisme
• Déisme
• Athéisme
• L'épicurisme ? animiste ? polythéiste ? etc..
• Échappe aux catégories classiques
• Relève d'un genre d'"athéisme tranquille"...
• L'athéisme intranquille (Sade : Bataille)
C/. Les dieux indolents d'Epicure : des saints pour les athées...

• Lettre à Ménécée : les dieux existent
• Les preuves ? 
• la conscience que les hommes en ont
• (cf. les idées innées de Descartes).
• Leurs qualités ? 
• vivants incorruptibles
• exempts de douleur
• sans passions
• bienheureux
• insoucieux du destin des hommes
• impassibles
• constitués d'atomes subtils
• installés dans les inter­mondes
• Leur utilité ? 
• Idées de la raison dans le genre kantien
• modèle de réflexion et d'action pour le philosophe
• pense­bête si la sagesse nous tente
• (cf. le rôle de l'imitation : Epicure / disciples, Epicure / dieux)
• Leur dangerosité ? 
• A/. ­ Aucune à cause du plan d'immanence 
• le problème ? moins athéisme / théisme
• que lecture immanente (Epicure), lecture transcendante 
(Platon) du monde
• B/. En revanche : dangerosité de l'impiété 
• définie par la croyance qu'on peut intercéder auprès des dieux 
pour infléchir leur vouloir
• (souvenirs d'enfance d'Epicure)
• car les divinités ne disposent pas du destin des hommes
• seul importe le vouloir des hommes
• et la mobilisation de leur énergie
• Leurs avantages ? 
• impossible d'inférer une religion...
• ruine les croyances grecques du moment :
• crainte des forces transcendantes
• clergé omnipotent
• politiciens complices pour asurer l'ordre
• mais aussi de toute religion possible quelle que soit l'époque !
• Conclusions ? 
• L'épicurisme place l'individu au centre : 
• de soi,
• de l'intersubjectivité,
• du monde (d'un point de vue intellectuel) : 
• idée d'une modernité redoutable...
• perspective à venir : une construction de soi est enfin 
possible...
• la philosophie en lieu et place de la religion... 
(actualité encore...)
"L'hédonisme ascétique "

Rappel : le tétrapharmakon
• séminaire précédent : l'athéisme tranquille : 
A/. les dieux ne sont pas à craindre (dieux évincés)

B/. la mort n'est pas à craindre (mort apprivoisée)

• séminaire d'aujourd'hui : l'hédonisme ascétique 
C/. la douleur est supportable (douleur maîtrisée)

D/. le bonheur est atteignable (joie réalisée).

PREMIER TEMPS : LA DOULEUR EST SUPPORTABLE
A/. Par­delà le bien et le mal :
• Quid du mal dans un monde sans dieux ?
 
• Le mal chez Epicure : absence du terme
• En revanche, existence de : souffrances, douleurs, peines.
• Epicure pense en terme : Bon / Mauvais 
• Bon : ce qui permet de réaliser l'absence de souffrance
• Mauvais : ce qui empêche ce projet
B/. Définition de la douleur :
• Terminologie Physique (forces en jeu) :
• Déséquilibre atomique
• Perte de matière
• Destruction de la nature
• Agencement atomique algique
• Exemple : faim et soif :
• Nécessité de recomposer la forme qui permet l'absence de trouble.
C/. Comment lutter contre la douleur ?
1/. ­ Face aux limites de la médecine de l'époque :

• Volonté, décision et travail sur soi

2/. ­ Quelle solution philosophique ?

• cette vérité à méditer : 
• 1/. Soit la douleur est radicale, et elle m'emporte
• 2/. soit elle ne me tue pas, alors elle est supportable 

DEUXIÈME TEMPS : LE BONHEUR EST ATTEIGNABLE
A/. Une diététique des désirs :
• Travailler sur les désirs : définition, nature, limites, relatifs ou non ? 
...
Moment d'anthologie philosophique :
Epicure distingue :
1. Les désirs naturels et nécessaires
2. Les désirs naturels et non nécessaires
3. Les désirs non naturels et non nécessaires
1/. LES DÉSIRS NATURELS ET NÉCESSAIRES :
• Naturels : les animaux et les hommes les ont en commun
• Nécessaires : ne pas les satisfaire conduit à la mort 
• A/. La faim
• B/. La soif 
• Solution : boire et manger,
• mais pour restaurer l'harmonie qui fait défaut
• pas au­delà
• comme dans le Satiricon.
2/. LES DÉSIRS NATURELS ET NON NÉCESSAIRES :
• Communs aux hommes et aux animaux
• Mais dont on peut économiser la satisfaction sans danger 
• C/. La sexualité 
• Précision :
• quelques textes n'excluent pas la satisfaction,
• mais s'il n'y a pas de dommages...
• tout en ajoutant que l'absence de dommage est rarissime...
• Les épicuriens Campaniens retiendront la leçon...
3/. LES DÉSIRS NON NATURELS ET NON NÉCESSAIRES :
• Existent chez les seuls humains
• Ignorés des animaux (cf. la leçon de Diogène)
• Jamais résolus par la satisfaction (tonneau des Danaïdes)
• Ces désirs aliènent l'esprit 
• D/. Les honneurs
• E/. Le pouvoir
• F/. Les richesses
• G/. L'ambition
• H/. La gloire...
• I/. Le luxe 

B/. Une logique du plaisir
A/. Où est le plaisir ?
• Dans la satisfaction des seuls désirs naturels et nécessaires...
• restaurer l'ordre primitif caractérisé par l'absence de trouble :
• réaliser l'ataraxie.
B/. Mise au point N° 1 : sur les plaisirs :
1/. La tradition oppose plaisirs catastématiques (en repos) d'Epicure 
et plaisirs cinétiques (en mouvement) d'Aristippe.

2/. Or :
• Epicure connaît les plaisirs cinétiques : conversation, amitié, 
pratique de la philosophie, joie, douceur, gaîté...
• Aristippe n'ignore pas les plaisirs catastématiques : calcul des 
plaisirs pour éviter les troubles dans le futur...

3/. ­ Ce malentendu provient du fait qu'on néglige :

• la biographie d'Epicure : la tradition ignore la vie du 
philosophe
• La théorie d'Aristippe : la tradition ignore les écrits du 
philosophe
• Vie et oeuvre s'éclairent mutuellement
• L'existence d'un corpus cyrénaïque montre la capacité à ne pas 
se contenter du seul présent

4/. ­ Epicure est plus proche qu'on ne le dit d'Aristippe :

• Différence de tempéraments, certes,
• différence d'intensité et non de nature de leur hédonisme

C/. Mise au point N° 2 : sur le corps et l'âme.
La tradition, là encore, affirme :
A/. Au Jardin on estime les douleurs de l'âme supérieures à celle du 
corps :

• car la souffrance physique se limite à l'instant dit Epicure
• et la souffrance de l'âme procède aussi bien du passé et du 
futur

B/. Les cyrénaïques estiment les douleurs du corps supérieures à 
celles de l'âme

• la preuve , dit Aristippe : les châtiments s'exercent sur le 
seul corps

C/. La hiérarchisation ne fonctionne que dans la logique platonicienne 
et dualiste : le corps matériel, l'âme immatérielle...

• Or cette opposition ne ne signifie rien pour un matérialiste...
• Plaisir corporel et jubilation de l'âme, pour Epicure, procèdent 
des seuls atomes...
• Qu'est­ce qui ressent le plaisir du corps ? l'âme. Et celui de 
l'âme ? Le corps...
• les deux instances sont comme deux organes différents d'un même 
organisme,
• deux façons de nommer une même chose sous deux angles différents
• difficile de célébrer le bon plaisir (de l'âme) et le mauvais 
plaisir (du corps)
• puisque c'est une seule et même chose...

D/. Mise au point n° 3 : sur le non naturel, non nécessaire.

1/. ­ Que faire de l'amitié ? du désir de philosopher ? de 
l'envie esthétique ?

2/. ­ Naturels ? non ­ les animaux l'ignorent...
Nécessaires ? Non ­ plein d'hommes vivent sans eux 
et n'en meurent pas...

3/. Ils génèrent pourtant des satisfactions considérables

4/. Au Jardin on ne se contente pas de boire et de manger...

• Ce sont des plaisirs possibles dans la quête de 
l'ataraxie...
• Dans son austérité, Epicure formule un hédonisme 
ascétique
• Loin de la mauvaise réputation ! 

C/. Un hédonisme ascétique
A/. ­ Le mode d'emploi du Jardin ressemble aux Règles monastiques...
1. Réduction des désirs
2. Lecture ascétique du plaisir
3. Pratique de la douceur
4. Pratique de la tempérance
5. Exercice spirituel communautaire
6. Égalitarisme dans la clôture
7. Frugalité alimentaire
8. Tempérance
9. Austérité incarnée
10. Dépouillement
B/. Première différence : le plan d'immanence
• La pratique ascétique vise la terre et réalise le bonheur ici et 
maintenant
• Elle ne va pas contre le corps mais fait avec.
• le lieu de la douleur ? le corps
• la mesure de la peine ? le corps
• la mesure de la jouissance ? le corps
• l'occasion de salut ? le corps
• le corps matériel, atomique, terrestre, immanent
• le seul.
C/. D'où : seconde différence : le refus doloriste.
• Le christianisme est doloriste, il aime la douleur, la souffrance est 
salvatrice (cf. l'image de la Croix)
• l'épicurisme hait rien plus que la douleur
• jamais il ne lui trouve de raison d'être ou de justification
• c'est le fondement même de l'hédonisme épicurien : évitement de la douleur
• la douleur sert à signaler l'équilibre perdu
• et la nécessité de le restaurer, c'est sa seule fonction.
 
Conclusions :
• En identifiant le Bien au Bon et à l'Utile,
• En soumettant la théorie et la pratique à la considération du résultat
• Epicure préfigure l'utilitarisme et le pragmatisme...
• Il propose moins une théorie (étymologie : contemplation) qu'une pratique
• son souci ? la vie philosophique
• immanent là encore, il n'attend pas demain pour faire la révolution
• mais ici et maintenant :
• le nom et le lieu de cette révolution ? Le Jardin...
"Philosophie du Jardin"

1/. LA QUESTION DES OBJETS PHILOSOPHIQUES :
A ­Pour la tradition :
• objets nobles (Dieu, liberté, âme, conscience, etc...)
• objets ignobles (gastronomie, parfums, vie quotidienne...)
B ­ Chez Epicure,
• l'objet noble : tétrapharmakon, théorie des désirs, arithmétique des 
plaisirs,
• l'objet ignoble : le corps du philosophe, la vie du philosophe, le Jardin 
par exemple. 

2/. LE JARDIN COMME OBJET PHILOSOPHIQUE :
A ­

• Génie d'Epicure : dans la vie qu'il permet plus que dans les livres écrits
• Antiplatonisme : le texte (l'idée) vaut pour l'effet qu'il produit
B ­
• Le Jardin, un "personnage conceptuel" (cf. Deleuze)
• Résolution du problème : vivre hors du monde dans le monde
• Rompre avec le monde trivial : travail, famille, patrie 

3/. GÉNÉALOGIE DU JARDIN :
A ­ Renvoie au lieu géographique du paradis terrestre (entre Tigre et Euphrate, 
Mésopotamie d'alors, Irak d'aujourd'hui)
B­ Existe chez les grecs dans la mythologie : Zeus épouse Héra dans le jardin 
des Hespérides
C­ Existe dans la mythologie judéo­chrétienne : jardin d'Eden
D ­ Les Grecs découvrent le jardin réel après les conquêtes d'Alexandre en Asie 
Mineure (début IV° av.) où il est un résumé du monde
E ­ Epicure crée le sien en 305­306 av.
• En réaction à l'époque :
• fin d'une civilisation
• guerres
• famines
• prévarication
• corruption des politiques
• En réaction à la brutalité du monde :
• intersubjectivité brutale
• difficulté de l'altérité
• difficulté de mener une vie philosophique dans la cité
1. Certains attendent la révolution demain : changer l'ordre du monde,
2. D'autres la font aujourd'hui : se changer,
3. Ainsi : changer l'ordre du monde en se changeant 
4/. RÉALITÉ DU JARDIN :
• Peu de détails et de renseignements...
• Où ? au nord­ouest d'Athènes
• surface ? on ne sait
• combien de personnes ? on ignore
• Prix ? 80 mines (plus cher qu'une trirème ­ navire de guerre de 37 mètres 
de long chargé de 200 hommes...)
• Financements ? des amis (Léontéus et Idoménée), des dons
• Budgets de fonctionnement ? on ne sait...
• Emploi du temps ? on ignore... 

5/. THÉORIE DU JARDIN :
• Ma thèse : une anti­république de Platon (ce "Joseph de Maistre païen" 
écrit Nizan) 
1/. LA FORME

• Platon propose une République (!) sous­titrée : sur la justice (!)
• Une promesse pour demain sous forme d'Etat totalisant, totalitaire
• Un idéal inexistant : un décors inhabitable.

• Epicure propose le Jardin où s'expérimente la justice
• Une réalité ici et maintenant, à Athènes
• Un idéal réalisé : une communauté jubilatoire dans une civilisation 
décadente 
2/. L'ORDRE

• Platon propose une organisation tripartite inégalitaire
• Philosophe­roi au sommet, producteurs à la base, militaires entre deux.
• La justice ? chacun à sa place
• Hiérarchie, ordre soumission : l'individu n'existe que soumis à la 
collectivité
• Légitimation du mensonge pour cause de raison d'État

• Epicure propose une communauté égalitaire
• Hommes/ femmes, riches/ pauvres, esclaves/hommes libres à égalité
• La communauté existe pour les individus 
3/. LA VIE PRIVÉE

• Platon gère la vie privée de chacun
• Modèle de société transparente : droit des gouvernants sur la vie privée
• Exclure les poètes de la cité ;
• contraindre à des mariages ;
• décider des accouplements ;
• eugénisme social ;
• peine de mort
• et bannissements...

• Epicure laisse chacun vivre sa vie selon l'ordre philosophique
• Loin des villes, en périphérie, à la campagne (cf. Horace et Pétrarque 
plus tard)
• De manière discrète, cachée, prudente : cache ta vie 

4/. LES FEMMES
• Platon propose la communauté des femmes
• En pythagoricien, il leur laisse un rôle secondaire : 
• Procréer : arrangements des couples
• Reproduire la famille : perfectionnement de la race
• Assurer les tâches domestiques : avec les esclaves ou seules
• Consentir à la domesticité conjugale : 
• soumission aux maris
• excellence du silence
• perfection dans l'obéissance
• tolérance des frasques de l'époux
• Epicure considère les femmes comme les égales des hommes
• Ne légifère aucunement sur les questions de sexe, de couple, de moeurs 

5/. LE CONSENTEMENT

• Platon l'obtient par la contrainte (la caste des guerriers)
• Terreur, police, autorité...

• Epicure l'obtient par le contrat
• Le contrat régit le Jardin, mais aussi toute intersubjectivité
• Trois maximes capitales seulement (max. 150) :
• Que disent­elles ? 
• 1/. Il existe un droit naturel en vertu de quoi se reconnait ce qui 
est utile pour ne pas se faire tort mutuellement
• 2/. il n'y a ni dommage ni injustice si aucun contrat n'a été conclu 
entre les deux parties (individus ou peuples)
• 3/. il n'existe pas de justice en soi, mais relativement au contrat 
• A ­ Sans contrat triomphe l'état de nature
• B ­ Avec le contrat : 
• Construire une règle du jeu,
• fabriquer du consentement,
• élaborer une intersubjectivité
• C ­ Car vivre en philosophe dans un monde qui ignore et 
méprise la sagesse oblige à des techniques de préservation de 
soi 
• D'où des stratégies d'élection (la communauté 
épicurienne)
• Et d'évictions : faire sécession d'avec les autres
• les délinquants relationnels : 
• incapables de contracter,
• mineurs affectifs,
• dominés par la pulsion de mort
• inaptes à générer la jouissance (la leur, celle 
d'autrui) 

6/. AUTRUI

• Platon pense autrui comme une subjectivité à réduire par la force
• Epicure considère autrui comme une subjectivité à réjouir par la douceur
• Le signe de cette réussite ? L'amitié
• Bonheur d'être ensemble
• Volonté de jouissance pour deux
• Prévenance, délicatesse, partage
• intérêt bien compris
• capital de force augmenté
• réduction de la solitude 

7/. LES DESTINS

• Platon donne la formule des totalitarismes de toujours (Cf. Popper ­ qui 
ajoute Hegel et Marx)

• Epicure donne la formule des résistance de toujours (notamment au 
christianisme)
 
CONCLUSION
A ­ Epicure invitait à vivre sous son regard
• D'où : coupes, portraits, intailles, statues (cf. Gassendi et son 
portrait).
B ­ Mais plutôt : vivre selon ses principes
• d'où les synthèses, les formules ramassées, le tetrapharmakon, etc..
C ­ Aujourd'hui ? Lui être fidèle ? Comment être épicurien ?
• Penser que la communauté peut être nomade et pas sédentaire 
géographiquement,
• Fabriquer un jardin virtuel autour de soi là où on est,
D ­ On ne vit pas une vie philosophique seul,
• mais pas avec n'importe qui :
• D'où : une réactivation de la théorie du contrat
• Conséquences : pratiquer l'amitié pour l'élection, vertu cardinale
• Savoir pratiquer l'éviction pour se protéger : 
• d'où rire ­ et jouir ailleurs...
"Sous la cendre, Philodème"

   
1/. ÉLOGE DE LA CATASTROPHE :
Ruse de la raison : de la mort naît la vie
• 24 août 79 (après JC), éruption du Vésuve
• cf. la lettre de Pline l'Ancien à Tacite son neveu.
• 20 mètres de laves (cendres sur Pompéi, lave sur Herculanum) ;
• Occasion de la survie de philosophes : 
• Démétrius Lacon
• Carneiscos
• Polystrate
• Philodème de Gadara 

2/. LA DÉCOUVERTE DU SITE :
• 1752, à Resina, fouilles pour creuser un puits :
• découverte de chevaux en bronze
• de romains en toge, dont Auguste
• de morceaux de théâtre 
3/. LA DÉCOUVERTE DE LA BIBLIOTHÈQUE :
a) ­ le 19 octobre1752 :
• découverte dans la villa des papyrus de 1838 rouleaux
• Horace, Ovide, Livius, Pline l'Ancien retrouvés
• Epicure confirmé
• Philodème découvert
b)­ procédé de Biaggio :
• dérouler lentement les feuilles
• encoller le côté non écrit
• la feuille se libère
• les caractères apparaissent 

4/. LA DÉCOUVERTE DES TRAITÉS DE PHILODÈME :
• Qui est Philodème ? 
• Né à Gadara en Syrie en 110 avant JC.
• se rend en Grèce
• Zénon de Sidon lui enseigne l'épicurisme à Athènes
• oriental hellénisé qui romanise une pensée
• Et son oeuvre ? 
• Sur la morale concrète : vie, colère, flatterie, franchise, styles 
d'existence, mort, richesses, santé..
• Sur la politique : la monarchie ; le meilleur régime
• Sur l'esthétique : La poésie, le fond et la forme ; La musique
• Sur la logique : les signes; l'induction
• Sur la théologie : La piété, les dieux, la religiosité. 

5/. LA DÉCOUVERTE DE LA VILLA :
• Baptisée depuis Villa des Papyrus
• Passe pour l'une des plus somptueuses du monde romain
• Statues de monarques hellénistiques
• Bustes de philosophes : 
• Epicure (3)
• Démocrite
• Pythagore
• Empédocle
• Zénon de Citium
• Bustes de poètes : 
• Homère
• Sappho
• Bustes de rhéteurs : 
• Isocrate
• Démosthène
• Statues diverses : 
• Mercure
• Danseuse
• Doryphore et Héraclès de Polyclète
• Amazone de Phidias
• un cochon !
• Des décorations somptueuses : 
• Peintures
• Objets précieux
• Le propriétaire ? Un homme riche 
• Lucius Calpurnius Pison
• Consul en 58
• beau­père de César 

6/. UNE AMITIÉ ÉPICURIENNE :
a) ­ la villa incarne l'amitié entre le philosophe Philodème et l'homme 
politique Pison
• dans les milieux aristocratiques, ce genre de complicité n'est pas rare :
• consultant privé,
• négociateur,
• prodigue des conseils d'existence
• ou des avis politiques
• entretenu dans un groupe, une famille, payé pour ça
b) exemple de Mécène, contemporain de Pison :
• Descendant d'une famille de chevaliers étrusques
• écouté par Auguste
• soutient Horace (lui offre sa ferme en pays sabin)
• soutient Virgile (le subventionne, lui donne le sujet des Géorgiques) 

7/. LE DEVENIR ROMAIN DE L'ÉPICURISME :
a) ­ Cette villa, oeuvre d'art totale,
b) ­ suppose l'esprit du Jardin, pas forcément la lettre :
1. La communauté existentielle d'amis
2. Mais pas l'austérité ascétique du Maître
c) ­ incarne le devenir romain de l'épicurisme
• Le génie se déplace d'Athènes vers Rome
• Les romains ? 
• souci du réel
• passion du concret
• volonté pragmatique
• En Campanie, on parle grec, on l'écrit,
• Mais on envisage la possibilité de parler latin pour philosopher...
• Cicéron et Lucrèce sont des contemporains de Philodème 

8/. L'ESSAIMAGE DE L'ÉPICURISME :
a) ­ Du vivant même d'Epicure, les communautés sont nombreuses :
• En Asie mineure : 
• Lampsaque
• Mytilène
• Apamée
• Antioche
• En Egypte : 
• Alexandrie
• Le Maître envoie des courriers, communique, se déplace
b) ­ Des essais sont demeurés infructueux au II° avant JC à Rome
• Avec deux philosophes grecs Alkios et Philiskos
• Peut­être expulsés de Rome en 173 avec les philosophes qui enseignaient le 
plaisir
c) ­ La Campanie est le lieu de pénétration de l'épicurisme en Italie
• pénètre toutes les couches : 
• au sommet : 
• César
• certains officiers de sa garde
• Cassius l'un de ses assassins...
• à l'écart : 
• les poètes élégiaques (Catulle, Tibulle, Properce, Horace)
• à la base : 
• des gens de peu, modestes 

9/. LA VILLA COMME OBJET PHILOSOPHIQUE :
1/ ­ La décoration, les agencements font sens :
• face à face les statues expriment les deux termes d'une alternative
• autant d'occasions de méditer sur le meilleur style de vie
• illustration du "Y" topos de Prodicos de Céos. 
• a) souverains (1) en face des poètes et philosophes (2) 
• (1) ­ vie active dans le pouvoir
• (2) ­ et vie contemplative dans le souci de la construction de 
soi
• b) Epicure (1) en face de Zénon (2) 
• (1) joie de vivre épicurienne, 
• ataraxie
• communauté élective
• pensée grecque
• (2) austérité stoïcienne 
• rigueur
• sens de l'Etat
• raison latine
• c) Hermarque (1) en face de Démosthène (2) 
• (1) vie du sage replié
• (2) vie publique de l'orateur dans la cité
2/. La bibliothèque :
• constituée par Philodème (à Gadara ? à Athènes ? à Herculanum ?)
• coeur de l'édifice, intelligence du lieu
• textes canoniques : élégiaques, poètes, philosophes.
• lieu de méditation, d'écriture, de réflexion, prise de notes
3/. Le belvédère :
• Lieu sublime, face à la Méditerranée
• symbolique du point de vue : la mer, le naufrage, lieu de la civilisation, 
etc...
• Lieu des échanges après le travail en bibliothèque
• Les conversations : 
• La casuistique épicurienne
• relations richesse / vertu
• l'utilité dans l'amitié
• Bien et souverain bien ?
• Plaisir, bonheur, sagesse
• Doit­on craindre la mort ?
• Comment vivre en l'attendant ?
4/. Les banquets :
• a) Repas en commun 
• Sur le belvédère l'été
• Dans une pièce commune l'hiver
• b) pas ceux du Satiricon (épicurisme au sens trivial) : 
• filets d'ours
• têtes d'escargots
• porcs farcis de charcuteries
• Priapes en pâtisserie
• Falerne dans la vaisselle d'argent
• puis godemichets en cuir huilés de poivre broyé et d'orties 
pilées...
• c) mais ceux de deux Épigrammes de Philodème 
• (épicurisme au sens philosophique)
• dont un repas de commémoration d'anniversaire de la naissance 
d'Epicure
• d) frugalité et produits de la nature 
• Produits de la terre Campanienne et de la mer Méditerranée :
• une fois : pois chiches, choux, sardines, fromages caillés au sel, 
laitues, olives
• une autre : foie de porc, petits oignons, chicorée
• un vin local, peu alcoolisé
• e) cuisiner et manger comme actes philosophiques 
• Physis contre nomos
• simplicité naturelle contre sophistication artificielle
• principes philosophiques d'une vie philosophique
• f) conversations également, comme sur le belvédère. 

Conclusion ­
• Philodème et les siens évoluent là, avec Pison
• ils écrivent, lisent, parlent, pensent
• ils formulent un épicurisme hédoniste qui remplace l'épicurisme ascétique 
des origines
• quel est le détail de ce nouvel épicurisme ?
• prochaine séance...
"L'épicurisme campanien "

1/. LES POÈTES AVEC LES PHILOSOPHES :

• En 40 années Philodème et Pison font de la Villa Campanienne la capitale 
de l'épicurisme romain :
• L'épicurisme déborde son cadre philosophique et envahit la poésie 
élégiaque : 
• Virgile y vient vers 49 : il y trouve ses sujets
• Siron, le maître de Virgile, y vient aussi
• Horace écrit nombre de poèmes des Épîtres, Satires et Odes inspiré 
par la thématique épicurienne
• Tibulle : sa sagesse emprunte aux maximes d'Epicure
• Idem pour Catulle
Thématique :
• mépriser les richesses
• modérer ses désirs
• renoncer aux fictions sociales
• viser le calme intérieur
• réduire ses besoins à l'élémentaire
• pratiquer une Vénus non aliénante
• Le glissement sémantique (disciple d'Epicure / pourceau d'Epicure) se fait 
à ce moment­là
• il est mis en scène par les stoïciens 

2/. NATURE DE CE SECOND ÉPICURISME :
A/. Il existe effectivement un second épicurisme
• il assouplit et humanise le premier
• il récuse l'austérité du Maître
• mais il ne revendique pas la débauche, le plaisir outrancier
• pas d'excès, mais une nouvelle mesure (plus proche d'Aristippe)
B/. sans être infidèle,
• puisque la théorie d'Epicure permet cette interprétation
• car il ne condamne pas le plaisir en soi
• mais relativement aux troubles qu'il induit possiblement
C/. Ainsi le second épicurisme garde :
• matérialisme hédoniste
• physique éthique
• monisme ontologique
• philosophie immanente
• sagesse thérapique
• escathologie ataraxique
• pratique communautaire
• théologie sotériologique.
D/. Et il ajoute de nouveaux champs hédonistes :
1. une éthique assouplie
2. une théologie affinée
3. une esthétique élargie
4. une réhabilitation du politique 

1/. UNE ÉTHIQUE ASSOUPLIE :
A/. Sur la sexualité :

• Dans les Épigrammes Philodème montre un goût prononcé pour les 
femmes
• En disciple d'Epicure il ne se prive pas des joies de l'amour
• mais il se garde de la passion
• En disciple des Cyniques et des Cyrénaïques, il prend mais ne se 
laisse pas prendre
• Car seul est condamnable ce qui détruit l'équilibre et met en péril 
l'ataraxie.
 

B/. Sur la pulsion de vie :

• a) Sur la mort, Philodème reprend Epicure :
• point cardinal de la doctrine : apprendre à mourir
• elle n'est pas à craindre
• il analyse les mécanismes de refus de la mort : mauvaise 
foi, déni, bovarysme

  

• b) Ajoute et précise des arguments en faveur de la pulsion 
de vie :
• récuse le nihilisme (l'inconvénient d'être né)
• récuse le pessimisme (dénigrement de la vie)
• récuse le défaitisme (invites au suicide si l'on n'a pas 
vécu)
• vivre à égale distance de l'envie excessive de vie et de 
la crainte de la mort.

 
2/. UNE THÉOLOGIE AFFINÉE :
A/ Reprise des thèmes épicuriens :

• Dieux immatériels, dans des intermondes, indifférents, 
bienheureux, incorruptibles, immortels, archétypaux...

B/ Ajoute dans son Comment vivent les dieux :

• il faut aimer les dieux, car ils aiment les philosophes
• ils sont beaux
• sexués
• leur vie sociale est rationnelle
• ils parle une langue apparentée... au grec !

 
3/. UNE ESTHÉTIQUE ÉLARGIE :
A/. LA POÉSIE

• a) Epicure écarte la culture inutile pour l'ataraxie
• dans l'esprit cynique
• désirs non naturels et non nécessaires

  

• b) Critique la poésie :
• Homère raconte des fictions, des mensonges

• c) elle rend les passions désirables

 
• d) or Philodème est poète...
• il écrit des Épigrammes,
• Et Du bon usage du roi selon Homère en vers
• si elle permet la sagesse, pourquoi s'en priver ?
• elle peut inviter à la philosophie

• e) éviter : 
• 1/. ­ la religion de la forme pure, sans souci du 
sens : l'euphonie, l'art pour l'art
• éviter : 
• 2/. ­ la célébration du fond sans forme, 
l'instrumentalisation pour des causes extra­
poétiques, le travers pédagogique

• f) pour l'équilibre entre chose dite et manière de la dire 
:
• car la bonne et belle pensée dans une forme pauvre manque 
son but
• idem pour le contenu banal dans une structure impeccable

B/. L'HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE :

• 10 volumes d'une Histoire de la philosophie
• Diogène Laërce l'a­t­il connue ?
• Présentation des écoles dans leur cohérence
• Lecture dynamique, évolutive de ces entités

C/. LA MUSIQUE :

• Inutile dans le premier épicurisme
• Pour Philodème, elle peut pacifier l'âme
• à l'auditeur elle donne de la joie : pratiquer en amateur 
passif donc
• à celui qui s'initie, elle donne du désagrément : à éviter 
donc...

D/. LA RHÉTORIQUE :

• Mettre cet art au service d'une cause juste et 
philosophiquement bonne
• Contre la technique argumentative des politiques 
démagogues
• (Une pierre dans le jardin de Pison ? Conseils à Pison ?)
• Éviter deux excès : 
• 1/. ­ l'habileté dialectique sans contenu
• 2/. ­ les idées mal défendues

E/. LA LOGIQUE :

• Dans Des signes, sur l'inférence
• comment ce qui est perçu par les sens et ce qui est déduit 
s'articule
• ex : à partir des réalités sensibles (une table),
• comment conclure à sa réalité atomique ?
• voire au clinamen ?
• Pose les bases d'une méthode empirique.

4/. UNE REHABILITATION DU POLITIQUE :

• a) Epicure : ne pas s'occuper de politique
• rompre avec la cité
• invention du monastère et de la tradition cénobitique

• b) Philodème invente le clergé séculier épicurien...
• moins refus de la politique qu'infiltration
• Cicéron invente la tradition de l'épicurien incivique et 
du stoïcien civique
• car Pison ne l'a pas soutenu dans son désir de devenir 
gouverneur de Macédoine...

• c) Philodème critique de la politique :
• la somme des ennuis est supérieure à celle des avantages
• s'engager en politique c'est : 
• perdre son âme
• sa tranquillité
• sa sérénité
• encourir la jalousie de la plèbe
• s'exposer à l'ingratitude de la multitude
• oeuvrer au côté de gens corrompus
• les hommes politiques valent autant que les mages
• et leurs sujets autant que des boeufs chez le boucher

• d) Que faire ?
• éthique de conviction ? (grecque)
• éthique de responsabilité ? (romaine)
• infuser la politique(pratique) à l'aide de la philosophie 
(théorie)
• la meilleure politique ? 
• celle qui permet au sage de vivre le plus facilement
• laisser la politique aux politiciens
• mais les instruire
 

• e) Proposition faite à Pison :
• récuse la tyrannie : ni l'autocrate (le despote),
• récuse la démocratie : ni le plus grand nombre inculte 
(les masses)
• Le roi idéal réalise l'ataraxie politique 
• pas de troubles : tranquillité
• pas de guerres : paix sociale
• pas de misère : prospérité
• pas de violences : calme
• Le bon roi ? 
• respectueux du bien d'autrui
• incapable de commettre un homicide
• bienveillant
• sait jouir des biens de la terre
• respectueux des morts
• sobre
• doué dans l'administration des biens
• jamais grossier
• doux
• clément
• équilibré
• ignore la sévérité
• pas vengeur
• déteste la discorde, le tumulte, l'envie
• prudence et sagacité
• justice
• ne recours jamais aux armes...
• Voeux pieux, à l'évidence...

CONCLUSION
• En devenant romain, l'épicurisme devient moins exigeant
• il se dilue : d'où une pénétration plus grande dans le peuple
• l'esprit de l'épicurisme infuse la société romaine
• à l'évidence, ce sera facile d'identifier la philosophie du plaisir mesuré 
des épicuriens avec les orgies romaines, la décadence
• le stoïcisme remporte finalement le leadership philosophique
• la christianisation de l'Empire se prépare là, dans ces moments...
• quelque répit encore : avec Lucrèce notamment
"Divin Lucrèce !"

  
1/. UNE MAUVAISE RÉPUTATION :
 
• Titus Lucrétius Carus, dit Lucrèce (vers 90­50 av. JC)
A/. ­ Mauvaise réputation
• infondée car rien ne reste de lui
• on ignore : 
• lieu de naissance et de décès
• date de naissance et de décès
• origine géographique
• lieux de séjour
• rang social
• allure physique
• caractère, tempérament
• relations
• formation intellectuelle
• aventures amoureuses
• engagements politiques
• ascendants, descendants
• Et pourtant, mauvaise réputation... 

B/. ­ A partir de quoi inférer un portrait, une biographie ?
a) extrapolations littéraires :

• syntaxe, vocabulaire, tournures grammaticales
• descriptions de paysages dans le poème
• conclusions : naissance Campanienne
• séjour romain 
b) à partir de la dédicace à Mémmius :
• conclusion : appartient à la caste des chevaliers
• ou à celle des patriciens
• en fait, aucune conclusion possible... 

C/. ­ Quelle mauvaise réputation ?
a) Affirmation d'une existence détraquée

• pour laisser croire à une oeuvre de détraqué, voire détraquée elle­même 
b) responsable de cette version ? St Jérôme...
• qui est­il ?
• Dalmate converti à Rome entre le IV° et le V° ap.
• épistolier célèbre
• commentateur de l'évangile de Matthieu
• bibliste (traducteur et réviseur du texte latin de la Bible) 
c) les raisons ? le discrédit idéologique
• Jérôme ? L'un des scribes qui fabriquent le christianisme :
• ils font l'éloge du texte biblique
• et discréditent par tous les moyens les oeuvres irrécupérables par le 
christianisme à cause de : 
• a) leur matérialisme radical
• b) leur haine de toute religion
• c) leur récusation des prêtres
• d) leur déconstruction des arrières­mondes
• où ? Dans son ajout aux Chroniques d'Eusèbe de Césarée 

D/. ­ Détail du procès :
a) Jérôme lui reproche son matérialisme enchanté
• au sens : enveloppé de sortilèges,
• nimbé par l'aura des sorciers et sorcières
b) loi de l'inversion psychologique :
• reprocher à autrui ce qu'on pourrait se reprocher
• un saint chrétien qui croit à la virginité d'une mère, à l'esprit saint 
qui copule, à la transformation de l'eau en vin, etc... qui reproche à
• un philosophe matérialiste son goût pour les enchantements qui déconstruit 
toute chose de manière atomique
• c'est l'hôpital vaticanesque qui se moque de la Charité philosophique...
c) détails des reproches :
1. envoûté par un philtre d'amour qui l'a rendu fou
2. disposait de quelques plages de lucidité
3. a écrit pendant ces temps de répit
4. s'est suicidé à l'âge de 44 ans
• comment donner un crédit philosophique à pareil individu ?
d) construction de la calomnie :
• le poème critique effectivement radicalement l'amour passion
• d'où l'on conclut un amour fou
• donc un Lucrèce rendu fou
• par un breuvage magique
• (cf. la femme ­ sorcière des Chrétiens...)
e) raisons de cette calomnie :
• la pensée de Lucrèce est radicalement antireligieuse,
• donc antichrétienne de manière antidatée (1° av. JC)
• pour quelles raisons : 
• a) réduction atomique de toute vérité
• b) démontage rationnel des forces qui animent le monde
• c) absence de création du monde
• d) date de fin annoncée
• e) recompositions successives des mondes dans un cycle mécaniste 
aveugle
• f) pas de providence divine 

E/. Persistance des anathèmes au XX° siècle...
a) chez les idéalistes : pensée sommaire, mécaniste, etc...
b) chez une féministe : Lucrèce machiste, misogyne, etc...
c) chez un psychiatre : Lucrèce malade mental...
• le Docteur Logre par exemple
• L'angoisse de Lucrèce : 
• a) faciès dépressif 
• (en l'absence de figure du philosophe...)
• b) mystique refoulé 
• (ne pas croire, c'est refouler la croyance, donc être croyant 
sans le savoir)
• c) prédestination au suicide 
• (pas de textes sur ce sujet dans le poème...)
• d) délires mélancoliques 
• (lesquels ? quand ? où ?)
• e) culpabilité d'origine sexuelle 
• (sans aucun élément...)
• f) dégoût de la vie 
• (confondu avec lucidité des moteurs du monde)
• g) troubles psychiques
• (sans témoignage...)
• Pour informations : 
• a) la citation de St Jérôme ouvre le livre...
• b) deux ou trois considérations dans l'ouvrage sur le vrai Dieu, 
celui des Chrétiens bien sûr...
• c) le livre est écrit en 1946, date où l'Académie de Moscou célèbre 
le bi­millénaire du philosophe
• à l'évidence : 
• a) fou, psychotique, suicidaire : dérangé mental, condamné par 
un saint
• b) anti­chrétien prémonitoire : irrécupérable par l'Église,
• c) célébré par les soviets comme précurseur : récupéré par le 
matérialisme dialectique ; comment pourrait­il être philosophe 

F/. Raisons de tant de haine ?
a) son hyperlucidité :
• il pratique une méthode efficace :
• le principe de Sirius, voir le monde de loin, de haut (cf. la métaphore de 
la colline éloignée, livre III)
• il supprime les illusions sur lesquelles reposent les sociétés : 
1. L'amour, le préjugé monogamique, la passion, etc...
2. Les religions : ciel inhabité, inexistence des dieux vindicatifs, 
religions castratrices,
3. L'argument d'autorité : les lieux communs qui servent aux prêtres et 
aux églises, aux princes et à leurs Etats
b) son option tragique :
1. Il écrit par­delà le bien et le mal ; ni prescriptif, ni normatif
2. Ni optimiste, ni pessimiste : tragique 
• Voit le réel comme il est
• Ni rire (Démocrite), ni pleurer (Héraclite) mais comprendre 
(Lucrèce)
• Dire la vérité quand elle installe en face de son destin ne conduit 
pas à se faire des amis... 

  
2/. LE TEXTE :
 
a) on connait la thématique généralisée de l'amitié dans l'Antiquité
• Et la phrase d'Aristote : "amis il n'y a pas d'amis"...
• Lucrèce expérimente la vérité de cette découverte...
b) rôle majeur de l'amitié dans l'épicurisme :
• excellence,
• paix avec soi
• avec autrui
• construction d'un corps joyeux,
• et d'une âme sereine
• plaisir
• pratique de la bienveillance : ciment de la vie communautaire.
c) silence de Lucrèce sur l'amitié dans son livre...
• mais 5 livres sur 6 commencement par un éloge d'Epicure
• Lucrèce y montre ce qui peut réunir deux hommes dans l'amitié : 
• admiration
• respect
• séduction
• fascination
• douceur
• bienveillance
d) Dédicace du De la nature des choses à Mémmius
• (Caïus Mémmius Gemellus)
• Lucrèce entreprend d'écrire un livre de plusieurs milliers de vers
• pour convertir son ami à la philosophie épicurienne
• pour cette doctrine amère (absinthe),
• la poésie est l'excipient (miel)
e) que sait­on de ce Mémmius 11 fois interpellé dans le texte ?
• comblé par les faveurs de Vénus
• rhéteur
• gouverneur de Bythinie
• gendre de Sylla,
• rallié à Pompée, puis à César,
• une fois flanqué de l'épithète "glorieux" (comme Vénus et Epicure)
f) or il paraît avoir été tout sauf glorieux...
• en fait : politicien véreux réfugié à Athènes
• après une histoire de corruption de consuls et d'augures
• on sait par ailleurs qu'il avait le projet d'opérations immobilières sur 
les ruines du jardin d'Epicure...
• l'amitié paraît d'autant sublime qu'elle échappe à la trivialité du 
réel... 

  
CONCLUSION :
 
• Lucrèce, philosophe inconnu mais calomnié
• Le matérialisme, une philosophie inconnue et calomniée
• Caricaturée par les idéalistes, mais plus subtile qu'on le dit
• Voir, par exemple : Le statut de la matière chez les idéalistes
• celui de la vie chez les matérialistes
• Au­delà des habitudes conceptuelles, parler d'un matérialisme vitaliste 
chez Lucrèce.
• Objet de la séance suivante...
"Caprices d'atomes... "

  
1/. LA PENSEE DE LUCRECE :
 
Six variations sur le thème du matérialisme :
1. vitaliste
2. cinétique
3. dialectique
4. rationnel
5. athée
6. tragique
A/. UN MATÉRIALISME VITALISTE
1/. Contre la caricature du mécanisme sommaire :
• On néglige de penser la question de la vie chez les 
matérialistes
• Dommage, on y trouverait des vitalistes :
• deux sensibilités faussement opposées par la tradition au 
matérialisme

2/. Lucrèce propose une peinture de l'élan vital :

• variations sur le thème du vivant
• L'expression "élan vital" apparaît deux fois dans l'oeuvre 
­Bergson a popularisé l'expression par un titre
• il avait présenté Lucrèce en 1883
• D'autres concepts corroborent cette hypothèse : 
• souffle vital
• chaleur vitale
• sensibilités vitales
• forces créatrices
• noeuds vitaux
• principes fécondants
• mouvement éternel
• vie immortelle

3/. Comment s'articulent ces forces dans le corps humain ? L'esprit 
donne l'impulsion à l'âme qui commande le corps

• a) l'esprit est dans la partie médiane de la poitrine
• b) l'âme est partout dans le corps : elle est le principe vital
• c) l'esprit pense, expérimente les sentiments

B/. UN MATÉRIALISME CINÉTIQUE
A/. Quid de la force qui préside aux agencements dans le vide ?

• aux rencontres des atomes
• aux dissociations
• aux associations 
B/. L'usage d'une métaphore (4 fois)
•  
a) un seul capital de 26 lettres
 
• mais des possibilités multiples (L'Odyssée ou le Code pénal...)
• lettres communes (les atomes) et mots distincts (les objets)
• les agencements permettent sons et sens différents
 

•  
b) exemple :
 
• ligneux et igné partagent quatre lettres en commun
• euphonies proches
• mais significations différentes
•  
c) idem avec les atomes
 
• peu nombreux en tant qu'alphabet
• mais permettant des agencements multiples grâce aux : 
• rencontres,
• mouvements,
• ordres,
• dispositions,
• figures
• qui produisent tout : 
• de la pierre au soleil
• de l'oiseau au poète
• du brouillard à l'océan
 

•  
d) Et dans la nature ?
 
• un immense poème de l'élan vital
• écrit avec des particules élémentaires
• par une force, cause sans autre raison et justification que le 
clinamen
• ce postulat ontologique
• et non par des dieux
C/. UN MATÉRIALISME DIALECTIQUE :
A/. Bergson : le clinamen, un "caprice d'atomes"

• il est effectivement une idée de la raison d'un type kantien...

B/. Nature de ce clinamen :

• une très légère déclivité des atomes dans le vide
• les atomes ont une pesanteur et une énergie propre
• (cf. les chevaux contraints avant la course)
• Avec le clinamen Lucrèce pose une force dans la matière
• ce postulat sauve le matérialisme du péril fataliste,
• de la causalité mécaniste sommaire
• sans liberté, le monde devient un chaos aveugle de forces
• (cf. la description de Sade)

C/. Une dialectique des forces :

•  
a) Vénus :
 
• forces vitales, créatrices, constructrices.
• dans la physique : 
• Vie, expansion, accroissement
• création des nuages, de la foudre, du monde,etc...
• dans l'éthique : Volupté, joie, 
• libido, reproduction, sexualité, etc...
• naissance d'un enfant

•  
b) Mars :
 
• forces destructrices, désorganisation, désagencement
• dans la physique : 
• la mort, la décomposition
• dans l'éthique : 
• la douleur, la souffrance
• épidémies,
• guerres,
• vilenie des hommes,
• crimes politiques,
• sacrifices religieux,
• pillage de la soldatesque,
• mort d'un vieillard
• ou d'un enfant...
• Le moteur du monde : 
• La volupté nous conduit, (principe de plaisir)
• mais Mars l'en empêche
• la philosophie ? 
• art de suivre Vénus et de conjurer, congédier Mars

D/. UN MATÉRIALISME RATIONNEL :

•  A/. Croyance dans le pouvoir absolu de la raison :
  
• La raison doit détruire ce qui nous empêche de vivre et de 
jouir :
• mythologies laïques et religieuses : 
• craintes, illusions , fictions, fables : Ni dieux ni 
maîtres, sauf Vénus...
•  B/. Lucrèce : génie synthétique, esprit encyclopédique :
  
• a) le sublime poétique de Char
• b) la pensée foisonnante et baroque de Deleuze
• c) le savoir scientifique d'un Einstein
•  C/. Sa méthode ?
  
• une méthode expérimentale avant l'heure
• invitations à : 
• la connaissance directe par l'expérience
• l'usage d'une droite raison
• l'enchaînement de causes déductibles
• l'extraction de relations logiques
• la connaissance des principes
•  D/. Son objectif ?
  
• a) faire reculer les ténèbres, les craintes 
• par l'affirmation que les lois de la nature règlent 
tout
• b) Donc faire reculer la religion

E/. UN MATÉRIALISME ATHÉE :

•  A/. Idées radicalement modernes :
  
• la religion, le religieux naissent : 
• a) de l'inculture et du manque de savoir
• b) de la peur de la mort 
• le croyant se repose sur la foi, il ignore : 
• quand le philosophe avance, le prêtre 
recule...
• quand le clergé domine, l'intelligence 
régresse
•  B/. Objectif de toute philosophie hédoniste :
  
• faire redescendre le ciel sur terre
• A) SUR L'INCULTURE, LE MANQUE DE SAVOIR : 
• a) Démonte les fictions religieuses : 
• Chimères et Centaures (avec la théorie des 
simulacres)
• Danaïdes, Sisyphe (qu'il voit plutôt sur terre)
• b) Phénomènes naturels : 
• foudre, tonnerre, frottements d'atomes
• stérilité ? épaisseur des substances
• c) Déconstruit la religion : 
• avant Feuerbach, attaque la religion dans son 
fondement : 
• se défaire de soi, s'aliéner, hypostasier 
ses faiblesses
• B) SUR LA PEUR DE LA MORT : 
• A/. le cadavre n'a pas affaire au ciel, mais à la 
terre 
• La mort n'est pas une catastrophe, mais une 
opération atomique 
• a­ l'agencement disparaît
• b­ mais les atomes durent
• Le ciel ? un univers infini (cf. le javelot) 
• pas la demeure de dieux vengeurs.
• B/. le cadavre est inaccessible aux émotions : 
• a) critique des théories platoniciennes : 
• (métempsycose et immortalité de l'âme)
• chaque être est une configuration propre,
• son âme meurt avec lui
• elle n'existe plus,
• donc elle ne se retrouvera pas dans un 
autre corps
• b) souffrances et jouissances procèdent de la 
conscience 
• celle­ci suppose un agencement atomique
• que la mort supprime...
• la possibilité du mal (la conscience) 
disparaît avec le mal (la mort)
• mourir dispense de souffrir :
• 1­ je meurs, donc je ne suis plus,
• 2­ je ne suis plus, donc je ne souffre 
plus
• C/. la mort n'est pas à craindre 
• a) soit on a bien vécu : 
• et l'on connait la sérénité
• donc on ne la craint pas..
• b) soit on a mal vécu : 
• pourquoi donc craindre d'en finir avec 
une existence nulle ?
• A ceux qui rétorqueraient à Lucrèce : 
• que bien vivre peut aussi donner 
envie de continuer à bien vivre...
• il répond par l'inéluctabilité de 
la mort...
• D/. Qu'il faut faire de nécessité vertu... 
• Ridicule, donc, de vouloir échapper aux lois de 
la nature...
• que serait le monde avec une Vénus sans Mars ?
• une prolifération impossible...
• La vie ? une location­gérance ponctuelle
• pas une accession à la propriété...
• savoir se conformer à cette règle,
• la même pour tous...

CONCLUSION
F/. UN MATÉRIALISME TRAGIQUE :

• Face à la mort, deux attitudes possibles
• (cf. vaisselle de Boscoreale : Epicure et Zénon) : 
•  a) celle des stoïciens :
  
• renoncer à la vie
• mourir de son vivant
• opter pour l'idéal ascétique
•  b) celle des épicuriens :
  
• vivre
• indexer son existence sur le "divin plaisir"
• le néant dure assez longtemps
• pas besoin de le distiller dans la vie
• d'où la nécessité de construire un hédonisme 
singulier
• qui définit ce matérialisme tragique à préciser... 

• séance prochaine...

"L'hédonisme tragique"

1/. LA CONSTRUCTION DE L'HEDONISME :
• a) recherche positive du plaisir
• b) plaisir de l'évitement du déplaisir
Métaphore d'anthologie :
• Suave mari magno (II.1­61) : le plaisir d'échapper à la douleur.
• Métaphore classique du naufrage du V° av. au II° ap. :
• (Sophocle, Tibulle, Horace, Philodème, Marc ­Aurèle...)
Malentendu : se réjouir du malheur d'autrui... (l'épicurien égocentré)
• Joie mauvaise du plaisir pris au déplaisir d'autrui
Le texte : se réjouir d'être épargné par le malheur.
• (Cf. le genre pictural des scènes de naufrage et le sublime.)
La leçon : la construction de soi comme une forteresse, une citadelle 
imprenable.
• (cf. une autre métaphore : celle du château sur un piton rocheux)
• (sur le sublime des métaphore lucrétiennes)
• (cf. également le champ de bataille)

2/. L'HÉDONISME TRAGIQUE :
1/. Le tragique :
• Ni optimisme, ni pessimisme
• le réel tel qu'il est.
• Le plaisir n'est pas dans l'avoir (honneurs, richesses, pouvoirs, etc...)
• Mais dans l'être : 
• a)­ un corps qui ne souffre pas : 
• satisfaction des désirs naturels et nécessaires.
• absence de douleurs
• b)­ une âme qui ne souffre pas : 
• absence de peurs, de craintes (mort, mal, etc...) 

2/. L'hédonisme de Lucrèce :
a) ­ Oublié par la tradition philosophique
• Qui présente une philosophie pessimisme, désespérée, désabusée
• (envoûtement, folie, suicide hypothétiques du philosophe...)
b)­ Des preuves de son hédonisme :
• Fin du livre IV : tableau et éloge d'une société raffinée : 
• 1­ A l'origine, absence de droit, de loi : guerre de tous contre 
tous. 
• Incapacité à penser le bien commun.
• Or le droit suppose une logique hédoniste :
• éviter les déplaisirs,
• empêcher la négativité sociale,
• prévenir le mal social (Cf. le rôle du contrat chez Epicure)
• 2­ Ensuite, apparition de la civilité : 
• Voir l'étymologie : civilité et construction des villes
• Du nomadisme (des ruraux) à la sédentarité (des citadins)
• Vénus, la pulsion de vie et l'arrachement à la nature : 
• le feu
• l'amitié
• la famille
• le langage
• la pitié
• la technologie (tissage, art vestimentaire, agriculture)
• Mars tient encore son rôle malgré tout :
• guerres
• désir de gloire et de puissance
• violences politiques
• généalogie des rois (politique)
• généalogie des prêtres (religion)

• 3­ Suite des progrès :
• a) ­ apparition de la musique, naissance de tous les 
plaisirs : 
• intersubjectivité joyeuse : chant, danse, musique 
instrumentale.
• b) ­ apparition de la propriété, prospérité sur terre et mer : 
• naissance des contrats (secours et alliance)
• c) ­ apparition de l'écriture et des arts : 
• narrations poétiques, peinture, sculpture

• 4 ­ Quand peut­on dater la fin de ces progrès ? 
• Avec l'accumulation des objets,
• l'émergence de désirs non naturels, donc non nécessaires ­ 
luxe, superflus ­ au­delà du nécessaire...
• (cf. société de consommation)
• alors les désirs sont plus nombreux que la possibilité de les 
satisfaire
• frustrations, souffrances, douleurs...
 

• 5 ­ Que faire ? 
• L'épicurisme propose de retrouver la voie de la simplicité 
naturelle
• La culture comme souci des leçons élémentaires de la nature
• Rousseau se souviendra de ce tableau dans le Discours sur 
l'origine de l'inégalité parmi les hommes... 

3/. Le plaisir atomique :
a) Qu'est­ce que le plaisir pour un philosophe matérialiste ?

• Pas d'atomes rieurs pour rire ­ dit Lucrèce ­ Pas d¹atomes 
jouisseurs pour jouir ...
• Le plaisir n'est pas dans les atomes mais dans leur agencement
• Le plaisir est atomique, la douleur aussi.

b)­ Le plaisir suppose une vitesse, des flux.

• Dans un corps, l'agitation désordonnée provoque la souffrance
• Le chaos atomique = la douleur
• La disparition de cette agitation : apparition de la sérénité, 
donc du plaisir.
• L'harmonie recouvrée = l'ataraxie.

4/. Le plaisir de Lucrèce :
• a) Cf. Pindare et "devenir ce que l'on est". 
• Physiologie de la philosophie
• Anatomie d'Epicure = anatomie de l'épicurisme ascétique
• Anatomie de Lucrèce = anatomie de l'épicurisme affirmateur.
• Et vice versa (renseignements hypothétiques sur la biographie du 
philosophe : les potentialités d'une "grande santé"...).
• b) L'hédonisme de Lucrèce, moins proche de l'austérité monacale du 
fondateur 
• Plus proche de Diogène ou Aristippe
• hédonisme de la dépense plus que de la contention
• le plaisir est dans la résolution du désir, pas dans sa négation 

5/. Doctrine de la vertu hédoniste :
Après Suave mari magno, second moment d'anthologie philosophique dans le livre 
IV.
• A) ­ déconstruction de l'amour­passion
• B) ­ proposition d'une Vénus libertaire
• C) ­ célébration d'un couple ataraxique
Thèses :
• 1­ Laisser ce qui coûte dans l'amour
• 2­ Prendre ce qui réjouit 
• (thèses d'Ovide dans L'art d'aimer et les Remèdes à l'amour)
• 3 ­ Fabriquer une intersubjectivité amoureuse philosophique. 
A/. Déconstruction de l'amour­passion :
1)­ Contre le cannibalisme :

• dans l'amour passion, autrui est arraisonné, assigné
• phénoménologie du baiser : ingérer, digérer, manger...

2)­ Contre le solipsisme :

• au moment qu'on croit le plus fusionnel, on est le plus 
séparé

3)­ Contre le sadisme :

• désir d'anéantir l'autre : étreintes, morsures, 
meurtrissures et autres "germes de fureur"...
• les amants se font souffrir :
• l'aiguillon du désir
• celui de la jalousie (le plaisir n'est pas pur)

4)­ Contre le bovarysme :

• On se croit autre que ce que l'on est,
• on le croit aussi pour l'autre.
• Construction de l'autre comme objet idéal, transfiguration
• la danse des atomes amoureux dans un corps fausse le 
regard :
• sur soi, les autres et le monde.
• (adage populaire: l'amour rend aveugle)
• les défauts deviennent des qualités
• les tares se transforment en talents
• les laiderons deviennent des déesses
• les sottes d'adorables compagnes
• les hystériques de douces complices, etc...

5)­ Contre le masochisme :

• l'autodestruction consubstantielle à l'amour­passion : 
• 1/. ­ la pulsion de mort travaille activement les 
amoureux : 
• épuisement des forces
• soumission aux caprices de l'autre
• dépenses somptuaires
• démobilisation sociale
• dilapidation du patrimoine
• fragilisation de la santé
• 2/. ­ états psychiques et physiques délabrés : 
• comportements compulsionnels
• aliénation de chaque instant
• inquiétudes pour tout
• jalousies disproportionnées (du passé, du 
futur...)
• et : cannibalisme, solipsisme, sadisme, 
bovarysme, masochisme, etc...
• Ne parlons pas des ruptures : amertume, 
souffrance, destruction, haine...
• Beaucoup d'occasions de douleurs pour qui vise 
l'ataraxie...
•  Conclusion :
  cet état n'est pas désirable...

B/. Proposition d'une Vénus libertaire :

a) ­ L'idéal ? Ne pas se mettre dans la situation amoureuse

b) ­ Si le désir nous travaille ? (En pratique... )

• Informés de la physiologie atomiste,
• on sait que le désir est une force qui menace débordement
• pratiquer le dégorgement mécanique...
• les bordels existent pour ça...
• éloge de la Vénus Pandémienne
• (contre Platon et ses deux Vénus : céleste et pandémienne)

c) Dissocier amour et sexualité (En théorie... )

• Lucrèce invente le libertinage.
• Avant l'heure, contre le Christianisme qui enseigne : 
• célibat
• virginité
• ascèse
• tolérance sexuelle par incapacité à prohiber 
absolument
• et propose : 
• D'associer sexualité, amour et procréation
• De soumettre la sexualité à un a priori sentimental

d)­ Lucrèce propose :

• Une pensée pragmatique,
• soucieuse de ce que sont les hommes.
• Contre les tenants de l'idéal ascétique
• qui proposent une pensée théorique construite à partir de 
ce que devraient être les hommes.

C/. Célébration du couple ataraxique :

a)­ Traditionnellement la condamnation faire par Lucrèce de 
l'amour­passion passe pour une condamnation de l'amour tout 
court.

b)­ Oubli d'une poignée de vers (livre IV, 1278 à 1287, les 
10 derniers vers) qui propose autre chose :

• 1)­ célébration d'un amour construit, voulu et non subi
• 2)­ célébration d'un couple qui contracte pour une 
existence construite à deux : 
• l'alternative à la catastrophe de l'amour­passion 
?
• l'amitié­amoureuse.
c) Quid de cette alternative ?

• 1) ­ Récuser le choix du partenaire dans une logique du 
pour­autrui : 
• pas besoin du piège de la beauté (une 
malédiction)
• l'être idéal n'est pas idéal dans le regard de 
l'autre, mais en soi.
• contre l'apparence, l'allure, la médiation du 
jugement d'autrui.
• est­ce aimer un être que d'aimer ce qu'il suscite 
de désir dans le regard d'autrui ?
• du mépris plutôt...
• l'autre comme faire­valoir, prétexte,
• occasion de son amour­propre.

• 2)­ Viser en autrui son être pour­soi :

• aimer un être pour ce qu'il est, pas ce qu'il 
représente
• peu important : sa place dans la société, sa 
beauté, son pouvoir, etc..
• mais comptent : son caractère, son comportement, 
son être

• L'amour pour Lucrèce ? 
• Construire un couple de la même manière que 
la philosophie invite à la construction de 
soi
• la construction du couple comme partie 
prenante de la construction de soi

• l'amour n'est pas donné, mais élaboré, loin des 
fictions sociales
• Lucrèce propose ce que j'appelle un couple 
ataraxique,
• comme une oeuvre d'art philosophique

• Misogyne, phallocrate, désespéré, suicidaire, fou 
Lucrèce ?
• Allons donc : pour les tenants de l'idéal 
ascétique, oui
• (cf. Jérôme et les chrétiens)
• Et l'on comprend désormais pourquoi...

• Voilà pourquoi il est lisible aujourd'hui,
• inactuel, parce que d'actualité depuis vingt 
siècles...

"La philosophie sur pierre"

1/. L'ART ÉPICURIEN DE LA TRANSMISSION :
• a). Le Jardin et la communauté d'amis 
• b). La lettre et le lien entre les communautés (Antioche, Alexandrie, 
Rhodes, Herculanum) 
• c). La villa Campanienne 
• d). Le mur à Oenanda, 
• une ville de Lycie antique (Asie mineure, Turquie) 
• à 1400 mètres d'altitude. 

2/. PORTRAIT DE LA PÉRIODE :
• 120 ap. JC, II° siècle
• troubles, angoisses, fin de civilisation
• Entre 60 et 150 : construction du christianisme
• Paul de Tarse se convertit
• sillonne le bassin méditerranéen
• propage la foi nouvelle
• Clément de Rome écrit des Épîtres
• Quadratus écrit la première Apologétique
• Ignace d'Antioche et Polycarpe subissent le martyre
• Avènement du christianisme
• Fin du paganisme
• Celse écrit Contre les Chrétiens 

3/. LE MUR PHILOSOPHIQUE
• L'épicurisme perdure, après cinq siècles d'existence...
• Avec Diogène d'Oenanda
• a). Artisans, terrassiers, maçons, sculpteurs sollicités...
• b). Longueur : 80 mètres ; Hauteur : 4 mètres ; Épaisseur : 1 mètre.
• c). Contenu, contexte, allusions historiques, datation épigraphique : 
• 120 ap.
• d). Localisation : sur un Portique, près du théâtre, sur l'agora primitive
• e). Projet pédagogique : enseigner l'épicurisme au passant
• f). Construction linéaire, 
• comme un papyrus déroulé sur plusieurs colonnes : 
•  A/. PREMIÈRE COLONNE :
  
• Exposé de la physique épicurienne.
• Le matérialisme, l'atomisme, exposé clair... sans 
nouveauté
• Mention du clinamen comme existant chez Epicure
• (pas chez Démocrite)
•  B/. DEUXIÈME COLONNE :
  
• Exposé de l'éthique : sur les dieux, la mort...
• Hédonisme : désir, plaisir, calcul, arithmétique, 
souverain bien...
• Antiplatonisme : sur l'origine des noms et la nature des 
âmes ...
•  C/. TROISIÈME COLONNE :
  
• Deux lettres : 
• 1­ Une envoyée de Rhodes (neige en Lycie) à 
Antipater 
• Consacrée à l'infinité des mondes
• 2­ L'autre envoyée à Dionysos 
• Consacrée à la fortune
• Naufrage : celui d'Epicure en route pour 
Lampsaque ?
• Inconscient deux jours, déchiré par les 
rochers, etc...
• Leçon : ne pas craindre la fortune, la mort, 
etc...
•  D/. QUATRIÈME COLONNE :
  
• Des maximes d'Epicure
• Sur le plaisir, la mort, la crainte, le contrat, la 
douleur, etc...
•  E/. CINQUIÈME COLONNE :
  
• Directives adressées aux parents : 
• état très parcellaire
• confidences biographiques : 
• fatigué, malade de l'estomac, proche de la mort
• mais : quiet, serein, attendant son heure 
sereinement
•  F/. SIXIÈME COLONNE :
  
• Une lettre : peut­être d'Epicure à sa mère
• Demande de cesser les dons qu'elle lui envoie
• son père et ses amis pourvoient largement à ses besoins 

4/. PHILOSOPHIE DU MUR :
• Éloge d'Epicure auquel Diogène doit son salut
• La question de l'originalité de Diogène d'Oenanda : 
• Le statut du neuf et de la tradition dans l'antiquité
• (Cf. Axiochos du Pseudo­Platon)
• L'originalité donc : 
• a) ­ éloge de la vieillesse
• b)­ du sourire
• c)­ de l'otium
• d)­ de l'utopie 
a). Éloge de la vieillesse et de ses avantages :
1/. ­ Fin de la tyrannie des désirs

• Abolition des inconvénients liés à la recherche 
du plaisir
• Terminés les affres de la passion
• Finis les affects
• Corps au ralenti, certes, mais fin de la libido

2/. ­ Pas de souffrance à vivre dans un corps déserté 
par ce qui le faisait souffrir

• Extinction progressive de l'instinct de vie (cf. 
l'élan vital de Lucrèce)
• En fait : réalisation naturelle et définitive de 
l'ataraxie...
• Éloge du pur plaisir d'exister...

 
b). D'où un éloge de l'otium ­ du loisir :

• usage libre de son temps
• pour la construction de soi
• cf. "l'herméneutique du sujet"de Foucault.
• Quelques impératifs catégoriques : 
• a). peu s'affairer
• b).éviter les affaires fâcheuses
• c). ne pas entreprendre au­delà de ses forces

c). Puis un éloge du sourire :

• Sur la représentation des dieux par les sculpteurs : 
• Les montrer souriants, joyeux pour solliciter 
l'imitation
• Plutôt que menaçants, cruels, vindicatifs, 
guerriers...
• Des Kouroïs grecs aux terres cuites étrusques en 
passant par le Bouddha (contemporain de Pythagore) :
• Le sourire : modalité douce du rire des 
matérialistes...
• L'épicurisme comme une presque sagesse orientale...

d) Enfin : un éloge de l'utopie :

• Le point le plus fort et le plus original de Diogène.
• Dans une quinzaine de lignes,
• Première formulation d¹une utopie épicurienne... 

1/. ­ Une antirépublique de Platon :

• Contre le fantasme militaire, aristocratique et 
guerrier de Platon,
• Dans un esprit philanthropique et cosmopolite,
• (souvent repérable dans le mur)
• Un genre de Jardin élargi à la totalité du 
monde...
• (Cf. la description des temps originaires par 
Lucrèce)

2/. ­ La vie des dieux réalisée sur terre par et 
pour les hommes

• (rappel de la doctrine sur les dieux : 
impassibilité, immortalité, bonheur, épargné 
par le stroubles, composés de matière 
subtile, joyeux dans les intermondes, etc...)
• Les dieux fournissaient déjà un modèle 
éthique
• Ils fournissent désormais un modèle 
politique.

3/. Évolution de la question du politique chez les 
épicuriens :
• a). la sécession épicurienne athénienne : 
Epicure au Jardin (IV° av)
• b). la pratique communautaire Campanienne : 
Philodème et la Villa des Papyrus (I° av)
• c). le compagnonnage possible : Lucrèce et 
Mémmius (I° av.)
• d). l'utopie universelle : Diogène d'Oenanda 
(II° ap.)

4/. Détails de cette utopie :

• La Paix : 
• La justice règne absolument
• L'amour mutuel triomphe
• Plus de cités fortifiées
• Plus besoin de lois
• Plus d'armes
• La Prospérité : 
• L'agriculture produit le nécessaire pour 
vivre
• Pas besoin de stocks, ni de superflu
• Chacun travaille à sa propre subsistance
• Et consacre le reste de son temps à la 
philosophie
• Le rêve...
• Précisions : 
• Découverte avec le mur dans le dernier 
quart du XIX° siècle la doctrine de 
Diogène d'Oenanda n'a pas été connue 
pendant des siècles.
• Cité nulle part, le philosophe ne peut 
avoir influencé les utopies de la 
Renaissance, Thomas More par exemple, 
Campanella, etc...
• Ou celles des siècles suivants : 
• Marx et le socialisme 
scientifique,
• Cabet, Fourier, etc et le 
socialisme utopique...

5/. L'OBSCURCISSEMENT DU MONDE :
Conclusion de la séance, conclusion du séminaire, conclusion de l'année...
a). Diogène meurt on ne sait quand

• Son projet ne se réalise pas...

b). Les fortifications ne disparaissent pas

• Pire : destruction du mur
• recyclage : carrière pour fortifier Oenanda le siècle suivant 
(III° ap.)
• une fontaine à Zorban, quelques kilomètres plus loin...
c). A défaut de paradis grec sur terre,

• on aura un paradis judéo­chrétien au ciel...
• Le petit peuple du bassin méditerranéen humilié, offensé, oublié
• Donne dans le ressentiment
• et adhère au discours chrétien, à l'origine populiste...
• ils transfigurent leur haine de soi en haine du monde...

d). Le pouvoir romain se métamorphose :

• Déjà totalitaire dans son fondement
• Constantin prend le pouvoir et se convertit en 312 ap.
• Constantin : uxoricide, infanticide, homicide (L.Jerphagnon : 
"un Feldwebel monté dans la transcendance")
• Concentration de tous les pouvoirs entre les mains de la 
bureaucratie de l'Eglise

e). Politique de vandalisme à l'endroit du passé (philosophique) païen

• Destruction des temples,
• statues brisées,
• fermeture des écoles philosophiques

f). Et :

• bibliothèques incendiées,
• Destruction de la littérature païenne, hédoniste, matérialiste, 
cynique, cyrénaïque, épicurienne...
• Théodose II et Valentinien III continuent le travail de 
destruction
• Voilà les raisons d'un Platon Aristote en quasi oeuvres 
complètes
• et les fragments pour les autres...

g). Damnation des corps, de la chair, des désirs, plaisirs et pulsion

• Contamination du présent par la pulsion de mort
• Pour la première fois dans une civilisation la pulsion de mort 
prend le pouvoir

h). Les vingt siècles qui suivent sont l'histoire de cette 
contamination

• Leur histoire est écrite par les vainqueurs
• Ce séminaire proposait, propose et proposera l'histoire des 
vaincus
• Le combat continue...l'an prochain...
• Avec : La résistance au christianisme : Des gnostiques à La 
révolution Française

"L'INVENTION DE JÉSUS"

 
1/. BILAN DE L'AN DERNIER :
a). Il existe une pensée pré­chrétienne alternative au modèle dominant 
: l'idéalisme platonicien.
b). sophistes, cyniques, cyrénaïques, abdéritains
c). cristallisés dans l'épicurisme

2/. PERSPECTIVES DE CETTE ANNÉE :
a). Montrer l'existence d'une pensée qui résiste au deuxième temps de 
l'idéalisme : l'idéalisme chrétien.
b). Le christianisme alternatif des Gnostiques
c). Des Frères et Soeurs du Libre Esprit
d). L'épicurisme chrétien : Lorenzo Valla, Erasme, Montaigne.

3/. NAISSANCE DU CHRISTIANISME :
1/. DE L'EXISTENCE DE JÉSUS :
Jésus existe comme un personnage conceptuel, pas un personnage 
historique.

   preuves historiques
a ). Pas de     :
  

• aucun document contemporain
• aucune preuve archéologique
• pas de suaire (XIII° siècle...)
• pas de tombeau (inventé par Ste Hélène en 325 ­ qui 
découvre aussi le titulus !)

 
b). Pas de références dans 
 les textes
    :
  

• Sinon des ajouts sur des copies tardives : 
• Dans Flavius Josèphe, Antiquités.
• Dans Suètone, Vie des douze Césars
• Dans Tacite, Annales

   existence conceptuelle 
c). Une    avérée :
   

• Le Feu d'Héraclite
• Les Idées de Platon
• L'Amitié d'Empédocle...

2/. LA CRÉATION DE JÉSUS :

Préalable historique :

A/. Catastrophes humaines :

• sacs à répétition
• vandalisme
• autodafés

B/. Catastrophes naturelles :

• tremblements de terre
• fragilité des supports

C/. Révolution des supports :

• du papyrus au parchemin

D/. Mentalité de l'époque :

• copistes zélés qui choisissent, écartent
• prennent des libertés, ajoutent...
• conception du vrai : droit d'auteurs, respect 
de l'intégrité...

E/. Le climat millénariste :

• Des milliers de prophètes, fous, illuminés 
annoncent l'apocalypse au I° siècle de notre 
ère.
• Dont les philosophes gnostiques
• Époque de crainte, d'angoisse, de 
tremblement. 
• Quantité considérable de prophètes venus de 
la région dite de Jésus prétendent ouvrir les 
fleuves pour laisser passer leur peuple
• Veulent se défaire des Romains et installer 
un royaume terrestre­céleste.
• La plupart du temps, on les extermine
• Mettre à mal le pouvoir militaire de Rome 
avec des mots, des incantations
• Ces actions s'appuient sur des prophéties de 
l'Ancien Testament.

F/. Jésus nomme et cristallise cette hystérie :

• Il nomme le refus juif de la domination 
romaine
• Étymologiquement : ­ Jésus = Dieu sauve, a 
sauvé, sauvera.
• L'Histoire est écrite, il la réalise.

G/. Jésus catalyse le merveilleux :

• Aborder les textes sacrés comme les textes 
païens
• Tous les topoï antiques pour dire le 
merveilleux se retrouvent dans les textes 
testamentaires.
• Jésus obéit aux mêmes lois de lecture que 
l'Ulysse d'Homère, l'Apollonios de Tyane de 
Philostrate, l'Encolpe de Pétrone : un héros 
de péplum.

H/. Qui est l'auteur de Jésus ?
• Marc, premier auteur, vers 70.
• N'a pas connu Jésus ­ le dirait...
• Probable accompagnateur de Paul
• Cherche avant tout à convertir les 
populations avec une histoire digne de 
retenir l'attention
• Texte de propagande. 

I/. Lecture comparée :

• Diogène Laërce et les Évangiles :
• Diogène veut lui aussi présenter les 
philosophes sous le registre du désirable 
pour générer des conversions à la sagesse.
• Impossible que ces gens naissent, vivent, 
meurent comme le commun des mortels. 

a). Conception dans la virginité ? 
Marie / la mère de Platon, vieille 
mais vierge...
b). Annonce faite à Marie ? Apollon 
pour Platon
b¹). Marie apprend son destin par un 
songe ? Socrate rêve d'un signe, 
rencontre Platon le lendemain.
c). Fils de Dieu ? Pythagore, 
Apollon venu d'Hyperborée
d). Faiseur de miracles ? Empédocle 
ressuscite un mort.
e). Annonce des prédictions : 
Anaxagore des chutes de météores.
f). Parle en inspiré de Dieu ? 
Socrate et son daimon.
g). Convertit par la parole habile : 
tous les philosophes
h). Pierre disciple préféré ? 
Métrodore celui d'Epicure
i). Parle métaphoriquement, mange du 
symbole, se comporte en énigme ? 
Pythagore idem...
j). N'écrit pas ? Bouddha, Socrate 
non plus
k). Meurt pour ses idées ? Socrate 
aussi.
l). Gethsémani, nuit déterminante ? 
Potidée pour Socrate.
m). Corps exceptionnel de Jésus (ne 
mange ni ne boit, ne dort ni 
n'excrète) ? Socrate insensible au 
sommeil, à l'alcool, à la fatigue 
(cf. Apologie de Socrate). Idem 
Pythagore.
n). Croit à une vie après la mort ? 
Une âme immatérielle, immortelle ? 
Platon aussi (cf. Phédon)
o). Ressuscité le 3° jour ? 
Pythagore 207 ans après...
J/. Construire hors l'histoire :

• Le merveilleux ignore l'histoire
• On ne lutte pas rationnellement contre des 
pluies de crapauds, des résurrection, 
guérisons, etc...
• Pour aborder rationnellement : penser le 
symbole.
• Allégories, figures de style, métaphores.

• Ce qu'il faut prouver : Jésus est un 
personnage extraordinaire par la relation 
qu'il entretient avec un monde plus grand que 
lui.
• Le genre des Évangiles est performatif (cf. 
Austin)
• L'énonciation crée la vérité.
• Le Nouveau Testament se moque de la vérité, 
du vraisemblable
• Il vise la conversion par des moyens de 
séduction littéraire
• Les évangélistes ne trompent pas sciemment : 
ils y croient. ­ ils disent vrai ce qu'ils 
croient, puis croient vrai ce qu'ils disent.

• Aucun n'a rencontré physiquement Jésus
• Ils le fictionnent de bonne foi...
• Plus ils racontent cette fable, plus elle 
devient vraie
• Créer une vérité en ressassant des mensonges
• (A quoi vont s'ajouter Constantin et 
l'Empire...)

3/. LA FORGERIE CHRÉTIENNE : 

a) ­ Tissu de contradictions :

• Des milliers de plumes sur plusieurs siècles
• Copies, ajouts, travestissements
• Corpus considérable de textes contradictoires
• Construction d'un corpus par l'Eglise, les Conciles au 
IV°
• synoptiques et apocryphes, écrits inter testamentaires

b) ­ Écarter quoi ?

• Jésus végétarien
• ressuscite un coq cuit dans un banquet
• étrangle des oiseaux
• crée des figures de terre
• dirige les ruisseaux avec la voix
• guérit les morsures de serpent
• rit aux éclats...

c). Un capharnaüm de contradictions :

Sur les seuls 4 synoptiques :

1/. Le Titulus :

a) ­ L'endroit :

• Jean : sur le bois de la croix, au dessus de 
la tête
• Luc : autour du cou
• Marc : imprécis 

b) ­ Le texte :

• Quatre versions, autant que d'évangélistes

2/. Le portement :

• Jean : seul
• Les 3 autres : Simon de Cyrène

3/. Post­mortem :

• Apparaît à 1 seule personne, à quelques uns
• Dans des lieux différents
• Etc...

d). Un capharnaüm d'invraisemblances :

1/. Nazareth ?

• Un village qui n'existe qu'au II° ap.
• Nulle mention dans Flavius, Bible Hébraïque, 
littérature Talmudique.

2/. Le cas Ponce­Pilate :

• a). L'échange du tac au tac dit Jean : Pilate 
parle latin, Jésus Araméen...
• b). Pilate procurateur ? Le titre apparaît 
après 50... Il est préfet de Judée
• c). Pilate doux, affable, bienveillant avec 
Jésus ? Il est cruel, cynique, féroce, goût 
pour la répression.
• Mais il faut plaire aux romains...

3/. La crucifixion :

• Réservée à ceux qui mettent l'Empire en péril
• Pas le cas de Jésus : on lui reproche de se 
dire Roi des Juifs
• Dans pareil cas, pas de crucifixion, mais une 
lapidation.
• Admettons la croix : pas plus de deux mètres 
de haut, corps abandonné aux chiens, fosse 
commune, pas de tombeau...

4/. Le tombeau :

• Joseph d'Arimathie obtient de Pilate le corps 
de Jésus
• Pas de toilette mortuaire ? Impossible pour 
un juif...
• 30 Kg. d'aromates (myrrhe, aloès) et 
bandelettes pour Jean. Rien pour les 
autres...
• Or d'Arimathie = après la mort
• Sur le principe performatif, il nomme celui 
qui arrive après la mort

5/. Et encore :

• Pourquoi les disciples sont absents le jour 
de la crucifixion ?
• Pourquoi reprennent­ils leur travail, aucun 
ne devenant missionnaire ?

CONCLUSIONS :
• Falsification des textes
• Élection et éviction de documents
• Inventions, affabulations, approximations, contradictions, 
invraisemblances
• Construction postérieure, lyrique et militante de Jésus
• Cristallise les aspirations millénaristes, apocalyptiques de l'époque
• Recycle le merveilleux
• Fonctionne sur le registre performatif
• Les évangélistes racontent moins le passé d'un homme que le futur d'une 
religion
• Créent le mythe et sont créés par lui
• Les croyants inventent leur créature, puis lui rendent un culte
• Principe de l'aliénation
• On comprend que l'Eglise ait interdit toute lecture historique des textes 
dits sacrés.

A SUIVRE :
1. L'hystérie de Paul de Tarse
2. La conversion de Constantin au christianisme
3. L'Empire totalitaire. 
 

Bibliographie :
La tradition ultra­rationaliste :

• Prosper Alfaric, A l'école de la raison, Publications de l'Union 
rationaliste.
• Raoul Vaneigem, La résistance au christianisme. Les hérésies des origines 
au XVIII° siècle, Fayard.
Les textes :

• Ecrits intertestamentaires, La Pléiade.
• Ecrits apocryphes chrétiens, La Pléiade.
La critiques exégétique :

• Charles Guignebert, Jésus, Albin Michel
• Et, du même : Le Christ, Albin Michel.
La critique moderne :

• Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, Corpus christi.
• Enquête sur l'écriture des évangiles, Mille et une nuits.
• Des mêmes : Jésus contre Jésus, Seuil.
• Et : Jésus illustre et inconnu, Desclée de Brouwer.
Le performatif :

• J.L.Austin, Quand dire, c'est faire, Point Seuil.
"L'INVENTION DU CHRISTIANISME" 

RAPPEL :
• a). Jésus, personnage conceptuel
• b). Pas suffisant pour créer un Empire
• c). Ajouter : 
• 1. L'hystérie de Paul de Tarse
• 2. Le cynisme de Constantin
1/. L'HYSTÉRIE DE PAUL DE TARSE (LE CORPS DE PAUL) :
a). Pas d'anti­hédonisme de Jésus :

• Pas d'opposition au mariage, pas d'idéal ascétique, pas de 
prescriptions corporelles (sexe, alimentation, etc...)
• Mieux : éloge de la douceur.
b). Antihédonisme radical de Paul :

• haine du corps, de la vie, des femmes, de la sexualité : pour 
quelles raisons ?

c). Qui est Paul ?

• Juif Hystérique qui persécute les chrétiens (tabassage 
d'Etienne, voire plus).
• Puis conversion sur le chemin de Damas (en 34)

d). Une pure scène hystérique (de conversion...) :

1. Tombe de sa hauteur en public (histrionisme)
2. Aveuglé par la lumière, aveugle 3 jours (Amaurose 
transitoire)
3. Entend la voix de Jésus (hallucinations sensorielles/ 
tendance mythomaniaques)
4. 3 jours sans manger ni boire (agueusie, anosmie)
5. Recouvre la vue après imposition des mains d'Ananie, 
chrétien envoyé par Dieu (mythomanie, suite).
6. Recouvre sa conscience, se met à table, mange, prend la 
route, évangélise (exhibitionnisme moral).

e). Le terrain physiologique :

• Petit, chauve, maigre, barbu, malade (Satan et son "écharde dans 
la chair").

• Quelle maladie ? (cf. liste)

• Rien qui concerne le terrain sexuel...
• Or, l'hystérie suppose :
• un potentiel libidinal affaibli, nul
• des troubles de la sexualité
• une tendance à voir du sexe partout.

• Pas d'aveu autre que symbolique : l'écharde...
• Facile d'avouer des maladies du genre dermatoses...
• Difficile d'avouer des maladies dites honteuses
• Ou des fixations sur des objets sexuels dits déviants (mère, 
homme, autre...)

• Or, l'hystérie procède d'une lutte contre des angoisses 
d'origine sexuelles refoulées,
• elle suppose : une réalisation partielle sous forme de 
conversion.

f). L'explication :

Le complexe du renard et des raisins :

• Prétendre vouloir ce qui nous veut
• Comment vivre avec sa névrose ? En névrosant le monde. 
1. La nature lui inflige un corps détestable (haine 
de soi : "avorton" 1 Cor. XV.8)
2. Se donne l'illusion d'être libre en prétendant 
vouloir ce qui le veut
3. Décrète nulle et non avenue toute sexualité ­ 
pour lui, et le reste du monde.

g). Extrapolations :

("Je meutris mon corps et le traîne en esclavage" (2 Cor. IX. 
27). demande la même chose au monde...)

1.  Du portrait de Paul
  :
­ fanatique changeant d'objet,
­ malade,
­ misogyne,
­ masochiste,
­ dominé par la pulsion de mort...
2.  Déduire le portrait du monde créé à la suite
  :
­ brutalité idéologique,
­ intolérance intellectuelle,
­ culte de la mauvaise santé,
­ haine du corps qui jubile,
­ mépris des femmes,
­ plaisir aux douleurs infligées,
­ déconsidération de l'ici­bas.

(2. Cor. XII 2­10 : "Je me complais dans les faiblesses, les 
insultes, les contraintes, les persécutions, les angoisses 
pour le Christ ! Car lorsque je suis faible, c'est alors que 
je suis fort").

h). Du masochisme de Paul :

• Dans cette épître, bilan de ce qu'il a supporté : 
• 5 flagellations (39 coups chaque fois)
• 3 étrillages aux verges
• 1 lapidation (Lystre, Anatolie)
• 3 naufrages (dont 1 jour 1 nuit dans l'eau)
• 2 années de prison, l'exil
• Dangers du voyage : brigands, intempéries, veilles, jeûnes, 
manque d'eau, de nourriture...)
• Finalement emprisonné, décapité à Rome : le régal du maso...

2./ VARIATIONS SUR LA HAINE (LA PENSÉE DE PAUL) :
HAINE DE SOI DE PAUL TRANSFORMÉE EN :
A/ HAINE DES FEMMES :

• Recycle la misogynie juive de l'Ancien Testament
• (Cf. Eve, le péché originel)

a). Leur nature ? 

• Sexe faible
• Tentarices
• Séductrices

b). Leur destin ? 

• Obéir aux hommes dans le silence et la soumission
• Craindre les époux
• ne pas enseigner
• Ne pas faire la loi

c). Leur salut ? 

• dans par et pour la maternité...

B/. HAINE DE LA LIBERTÉ (Ce qui va avec la haine des femmes).

a). Éloge de l'esclavage :

• Jouissance d'être soumis, obéissant, passif, esclave 
des puissants.
b). Éloge de la soumission :

• Dieu veut tout : la misère des miséreux, la pauverté 
des pauvres, la soumission des domestiques, etc...
• Désobéir aux hommes, c'est désobéir à Dieu
• Flatter les Romains : obéir aux magistrats, 
fonctionnaires, à l'Empereur
• Rendre à chacun ce qui lui est dû : 
• impôts et taxes au percepteur
• crainte à l'armée et à la police
• honneur aux sénateurs, ministres et princes.

C/. HAINE DE L'INTELLIGENCE :

a). Tradition issue de la Genèse.

b). Paul et la culture :

• Juif, connaît l'Ancien Testament
• Pas de longues études
• Métier ? fabrique et vend des tentes
• Style de ses textes ? Lourd, emprunté, compliqué, grec 
maladroit. Oral : dicte pendant son travail ? Peut­être 
illettré... 

c). Sa théorie de la culture :

• Fidèle à sa méthode : inculte, il veut l'inculture du 
monde...
• Invite Corinthiens et Timothée à mépriser la 
philosophie
• Son public ? Des foulons, teinturiers, artisans, 
charpentiers
• La démagogie suffit et son alliée : la haine de 
l'intelligence.
• Haine de soi, du monde, des femmes, de la liberté, de 
l'intelligence, de la culture : rien sans l'homme qui 
rend possible l'incarnation de ces idées...

3/. LE CYNISME DE CONSTANTIN :
a). Qui est Constantin ? (280­337)

1.  
Portrait : 
 
• Militaire, soudard, guerrier, fils de Constance 
Chlore, Empereur, romain obsédé par l'ordre public.
• Infanticide (son fils, son neveu torturés, 
décapités), puis uxoricide (Fausta ébouillantée),
• Mystique : déjà en 309 à Grand (Vosges), Apollon lui 
apparaît et lui annonce un règne de 30 ans...
• Païen : il sacrifie à sol invinctus
2.  Constat
  : Après la Tétrarchie, l'Empire est explosé.
3.  Aspiration 
 : Constantin veut refaire un Empire unifié.
4.  Méthode
  : Jésus (personnage conceptuel) pris en otage par 
Paul (l'hystérique) exploité par Constantin (le cynique) : 
voilà ce qui rend possible le christianisme... 
b). La conversion de l'Empire :

• Un fait païen à l'origine du devenir chrétien de l'Empire...
• 312, progresse vers Rome, emporte Turin, Milan, Vérone
• Maxence est son ennemi
• Découvre dans le ciel un message lui annonçant qu'il vaincra
• Les troupes aussi...
• Eusèbe (évêque, conseiller du prince) précise :
• trophée d'une croix de lumière au­dessus du soleil...
• Jésus apparaît en songe à Constantin la nuit suivante
• Lui enseigne qu'il vaincra par le signe de croix
• Victoire au Pont Milvius
• Constantin devient le maître de l'Italie : 
• Entre dans Rome
• Dissout la garde prétorienne
• Offre au pape Miltiade le palais du Latran

c). Ce signe ?

• Lecture hystérique (astrologique) d'un phénomène scientifique 
(astronomique) : une configuration des planètes...
• le 10 octobre 312 (18 jours avant la victoire) : Mars, Jupiter, 
Vénus...
• Fin stratège, Constantin souscrit à l'invite d'Eusèbe à 
exploiter le phénomène.

d). Le coup d'Etat :

1/. ­ Récupère le goût chrétien pour la pulsion de mort 
soumission à l'autorité,

• acceptation de misère et pauvreté,
• obéissance aux fonctionnaires et magistrats,
• interdiction de la désobéissance temporelle,
• maintien de l'esclavage,
• justification des inégalités sociales

2/. ­ Achète l'Eglise :

• En promulguant des lois chrétiennes :
• légifère contre le divorce
• interdit le concubinat
• transforme la prostitution en délit
• condamne le libertinage

• abroge les lois qui interdisent aux célibataires 
d'hériter...

• interdit la magie
• interdit les combats de gladiateurs
• construit St Pierre et basiliques secondaires
• n'interdit pas l'esclavage !
• Jubilation des chrétiens...

3/. Envoie sa mère, Hélène...
• Qui part en Palestine et retrouve 3 croix, le titulus
• le lieu du calvaire (sur un temple d'Aphrodite, 
détruit...)
• dépense des sommes folles pour construire 3 églises (St 
Sépulcre, Eglise du jardin des Oliviers, Eglise de la 
nativité)
• Enchâsse les reliques.

• l'Eglise pardonne ses meurtres à Constantin
• Nouveaux cadeaux : 
• Exemption d'impôts pour les propriétés foncières 
ecclésiastiques
• Subventions généreuses
• Création de nouvelles églises : St Paul (!), St 
Laurent.

4/. Parachève l'achat des chrétiens :

• 325, Concile de Nicée, le clergé lui donne les pleins 
pouvoirs
• Le pape est absent, raison de santé...
• Devient "le treizième apôtre", "l'évêque des affaires 
extérieures"
• Paul dispose dès lors d'un bras armé. Et lequel !

• Pentecôte 337, sur son lit de mort, Constantin se fait 
baptiser...
• Meurt sans dauphin
• Plein été (22 mai, 9 septembre) minitres civils, 
militaires, religieux exposent leur travail chaque jour 
au cadavre...
• début du culte et de la fascination pour la mort

• Paul a triomphé !
• et avec lui l'Empire chrétien devient "le premier Etat 
totalitaire" dixit H.I. Marrou, historien ... chrétien.
• Quant à Jésus, de moins en moins personnage conceptuel, 
il devient la légitimation du pouvoir répressif.

Bibliographie :

• Paul Mattéi, Le christianisme antique (I° ­V° siècle), Ellipses
• Marie­Françoise Baslez, Saint Paul, Fayard
• Sénèque et Saint Paul, Lettres, Le promeneur
• Alain Badiou, Saint Paul. La fondation de l'universalisme, PUF
• Guy Gauthier, Constantin. Le triomphe de la croix, France Empire
• Alain Decaux, L'avorton de Dieu. Une vie de Saint Paul, Desclée de Brouwer
• Les textes de Paul, Epîtres, lettres, etc... Bible, trad. Segond 
"L'archipel des gnoses" 

RAPPEL :
1/. Jésus, Paul, Constantin.
PERSPECTIVES :
2/. Un âge d'angoisse
3/. Une double force :
• a). L'idéal ascétique : la gnose patrologique
• b). L'idéal hédoniste : les gnostiques licencieux.
I/. AFFIRMATION D'UN CONTINENT CHRÉTIEN
a). Devenir persécuteur des persécutés.
• Relativisation des persécutions contre les chrétiens :
• Eusèbe : des centaines de milliers de martyrs
• L'Histoire : environ 3000
• Pour information : 10.000 gladiateurs pour les seules fêtes de fin de 
guerre de Trajan contre les Daces en 107 ap.
b). Qu'est­ce qu'un régime totalitaire ? (A partir de la thèse de H. I. Marrou : 
l'Etat chrétien, Etat totalitaire).
• usage de la contrainte
• persécutions
• tortures
• vandalisme (bibliothèques, lieux symboliques)
• impunité des assassins
• omniprésence de la propagande
• pouvoir absolu du chef
• remodelage idéologique de la société
• extermination des opposants
• monopole de la violence légale
• monopole des moyens de communication
• abolition de la séparation vie privée/vie publique
• politisation générale de la société
• destruction du pluralisme
• organisation bureaucratique
• expansionnisme
c). Christianisme et religion d'Etat :
• Dans la loi, 380 avec Théodose.
• 449 : Théodose II et Valentinien III prônent la destruction de ce qui peut 

• a). Exciter la colère de Dieu...
• b). Blesser les âmes chrétiennes
• Dès 330 : Constantin fait exécuter des philosophes pour sorcellerie : 
(Nicagoras, Hermogènes, Sopatros.)
• Autodafés : dont les écrits du néoplatoniciens Porphyre
• Mais aussi : Nestorius, les Eumoniens, les Montanistes, Arius.
• Le cas Hypathie : néoplatonicienne, poursuivie, dépecée, traînée dans la 
rue, brûlée par des moines chrétiens vers 415...
d). Le Code Théodosien (435) :
(considérations sur le droit : code Noir (1685), Lois nazies (1933), Lois de 
Vichy (1940) )
• Dès 380 déjà : condamnation des non chrétiens à l'infâmie
• Suppression de leurs droits civiques (interdit d'enseignement, de 
magistrature)
• Peine de mort pour ceux qui attentent aux personnes et aux biens chrétiens
• Destruction des temples païens.
• Lutte contre les hérésies (déf. des hérésies).
• Persécutions des Juifs
• Interdiction de magie et libertinage
• Confiscation des biens non­chrétiens
• Dès 356 : peine de mort pour les païens
• Scènes de tortures (prophète d'Apollon), de vandalisme, expéditions 
punitives.
• 529 : fermeture de l'école néoplatonicienne d'Athènes (après 10 siècles 
d'existence...). Exil des philosophes...
• Philosopher devient périlleux pour mille ans...
II/. EFFACEMENT DU MONDE ANTIQUE
a). Fin du monde antique :
1/. Disparition des bibliothèques
Passage du papyrus au codex.
Rareté des peaux (1550 peaux de veau pour 1 volume de la Vulgate).
Grattage des peaux (palimpsestes)
(cf. disparition de la République de Cicéron sous Commentaire des 
Psaumes d'Augustin)
Copistes chrétiens : leurs choix (améliorations, retouches)
Techniques des copistes : pas de majuscules, de ponctuation, de 
séparation entre les mots, de mention des noms de personnages qui 
parlent.

2/. Civilisation essentiellement orale
Le livre, pense­bête.
Fragilité matérielle des supports
Rareté des exemplaires
Disparition du grec (au V°, personne ne le parle plus cf. Augustin)
On écrit et parle latin.
Au IX° : deuxième révolution :
­ passage du codex au papier venu de Chine
Après 4 à 5 siècles de christianisme officiel, nouvelles destructions.

b ). État des lieux :
capharnaüm complet :
1/. La pensée se cherche mais ne se trouve pas tout de suite
Prophètes allumés,
messies illuminés,
penseurs ésotériques,
philosophes délirants.

2/. Persistance de la philosophie classique : Sénèque, Epictète, 
Plutarque (I° ap.)
Période d'expérimentation
Apparition de formes et sélection naturelle.

c). Déplacement d'Ouest en est : retour vers l'Orient :
• Des ports romains, des criques grecques aux déserts de Palestine, Syrie, 
Samarie, Egypte.
• Peuples de bergers, pauvreté.
d). Les Nouveaux Maîtres en philosophie : Les Pères de l'Église.
• Qui sont­ils ? La philosophie officielle
• Se nomment les "Vrais philosophes" // les "sophistes".
• Récupèrent la conception thérapeutique de la philosophie.
• Penser pour vivre autrement
• (dans le Christ en l'occurence).

• Tertullien : croit parce que c'est absurde
• Origène : se castre
• Cyprien de Carthage : découvre Dieu en draguant...
• Grégoire de Nazianze : se prend pour un cadavre qui respire
• Evagre le Pontique : fuit femmes et évêques dans le désert
• Jean Chrysostome : appel au meurtre contre les païens
• Grégoire de Nysse et l'épectase
• Augustin : nie l'existence des antipodes...
• Tous en commun : la haine du corps et de l'ici­bas. L'anti­hédonisme
• Compter avec eux pour mille ans...
e). Deux aspirations travaillent l'époque :
• Athènes, Rome / Jérusalem
• Périclès / Constantin
• Aristote le philosophe / Tertullien le Père de l'Eglise
• démocratie de l'agora / État totalitaire chrétien
• idéal païen de la palestre / célébration d¹un crucifié
• pulsion de vie païenne / pulsion de mort chrétienne.
III/. AFFIRMATION D'UN ARCHIPEL GNOSTIQUE.
a) Le Gnosticisme : L'une des formes dans ce bouillon de culture
• Plus un archipel qu'un continent

•  Points communs :
  
• Petites communautés (30)
• Pratiquent une vie philosophique
• Sécession d'avec le monde
• Annonce d'un salut.
•  Rareté du corpus :
  
• On ignore presque tout d'eux : effets du temps, effacement par les 
chrétiens.
• Ce que l'on sait ? par leurs critiques
•  Le pendant des Pères :
 
Des noms : 
• Simon le Magicien qui vole
• Basilide le débauché
• Carpocrate et Epiphane les partouzeurs conceptuels
• Valentin le pneumatique
• Nicolas le mangeur de sperme.
•  Des écoles :
  
• Les Ophites : adorateurs deu serpent (sodomites probables)
• Les Barbélognostiques : pâtés de foetus.
• Les Phibionites : numérologues du sexe.
b) Proposent un corpus de doctrines dans lequel le christianisme officiel puise 
pour sa doctrine :
• Même public, mêmes lieux, mêmes visées : la conversion :
• Paul de Tarse et Simon le Magicien luttent pour dominer le champ 
intellectuel.
c) Les sources :
1/. Ceux qui les critiquent :

• Justin de Rome (vers 160) : Apologies
• Irénée de Lyon (vers 170) : Contre les hérésies
• Hippolyte de Rome (vers 230) : Philosophumena
• Clément d'Alexandrie (fin II°) : Stromates
• St Epiphane (vers 375) : Panarion.

2/. La chance :

• 1945, Nag Hammadi (Egypte, 100 km. de Louxor)
• Découverte d'une jarre : 13 rouleaux reliés cuir, 700 pages
• Dont : Évangiles de Philippe, Matthias, Thomas. Et Logia de Iésu 
: recueil de paroles, sentences, maximes attribuées à Iésu
• servent aux évangiles synoptiques
• 50 ans après : toujours pas d'édition...

d). L'archipel :
• Du I° ap. au VIII°. Voire plus...
• Au V° : Lampèce vit dans une communauté joyeuse, libre, vêtements 
somptueux, bonne chère, sexualité libre...
• Au VIII° : communautés qui subsistent dans les montagnes orientales...
• Mon hypothèse : 
• Le Gnosticisme dure dans le Mouvement des Frères et Soeurs du Libre 
Esprit jusqu'au XVI° siècle :
• Pistes : 
• Marcos, disciple de Valentin, devient Maître de Gnostiques en 
Gaule...
• Passe d'Orient en Occident via : Arménie, Cappadoce, Grèce, 
Bulgarie, Bosnie, parvient au Pays­bas.
• Presque 15 siècles, tant de lieux : impossible cohérence.
f). Leurs influences :
• A l'évidence, la pensée juive, puis les sectes locales.
• Millénarisme, prophétisme, etc...
• Irénée de Lyon les stigmatise comme épicuriens (pour la jouissance) et 
cyniques (pour l'indifférence)
• ne sont pas épicuriens (pas matérialistes) mais platoniciens !
• Dualistes : âme pure et corps corrompu par le mal
• Croient à la transmigration des âmes.
g). Deux lignes de force dans cet archipel :

• 1/. Des gnostiques encratiques : ligne ascétique
• 2/. Des gnostiques licencieux : ligne hédoniste.
• Partition partiellement artificielle : les gnostiques laissent le choix à 
leurs disciples (indifférence...)
• Le fond de la thématique gnostique : 
• 1/. Le monde a été créé par un mauvais démiurge
• 2/. La chair est fautive, le corps est méprisable
• 3/. L'âme est la chance du salut.
• 4/. Possibilité de faire du corps un allié pour le salut
• 5/. Par­delà bien et mal (sexe, lidibo, action).

• Paul de Tarse enseigne une gnose ascétique : 
• le corps brûle de désir, éteignez le.
• Simon Le Magicien et les siens enseignent une gnose hédoniste : 
• le corps brûle de désir, consumez­le...
• Toute la différence est là...
• Examen de leurs doctrines aux séances suivantes
 

Bibliographie :

• Henri­Irénée Marrou, Décadence romaine ou antiquité tardive ? III°­VI° 
siècle, Point Seuil.
• Dodds, Païens et chrétiens dans un âge d'angoisse, La pensée sauvage.
• Celse, Contre les chrétiens, Phébus.
• Jean­Yves Leloup, Introduction aux "vrais philosophes", Albin Michel.
• Pierre­Emmanuel Dauzat, Les Pères de leur Mère. Essai sur l'esprit de 
contradiction des Pères de l'Eglise, Albin Michel.
• Tertullien, Apologétique, Belles Lettres.
• Jean Doresse, Les livres secrets des gnostiques d'Egypte, Plon.
• Claude Mondésert, Pour lire les Pères de l'Eglise, Foi Vivante.
• Grégoire de Nysse, Traité de la virginité, Le Cerf.
• Tertullien, Exhortation à la chasteté, Le Cerf.
• Augustin, Le bonheur conjugal, Rivages Poche. 
"Un platonisme hédoniste !"
I ­ LES TRACES : LE CORPUS GNOSTIQUE
• Primauté de l'oral dans l'enseignement
• Parole vivante du maître qui guide
• Traces conservées par les adversaires.
• Corpus très ésotérique : hermétisme de haute volée : 
• a). Néologismes à foison
• b). Passion numérologique
• c). Exacerbation du merveilleux
• d). Extrapolations mythologiques
• e). Langage et pratiques sectaires.
II ­ LA SECTE : LA PRATIQUE GNOSTIQUE
• Intégration sectaire : communauté élective, cooptation, initiation.
• Sentiment d'élection
• Obéissance aux grades supérieurs
• Signes de reconnaissance : St Epiphane et la paume de la main : par 
crainte de la persécution
• Discours communautaires en agapes.
• Sexualités généralisées dans l'obscurité.
III ­ LA TRIPARTITION : LE MONDE GNOSTIQUE
A/. LES HYLIQUES (HYLÉ/ MATIÈRE)

• Englués dans la matière
• Ne connaîtront jamais le salut
• Dépourvus d'âme
• Destinés à la destruction pure et simple 
• // : païens arraisonnés au sol par ignorance des vérités gnostiques
B/. LES PSYCHIQUES (PSYCHÉ/ AME)

• Ont une âme, mais pas d'esprit
• L'âme : parcelle de feu qui brûle dans le ciel des divinités
• Peuvent espérer le salut par leur complexion mentale s'ils rencontrent 
l'initiation. 
• //: les Chrétiens en partie sur le bon chemin.
C/. LES PNEUMATIQUES (PNEUMA/ SOUFFLE)

• Désignés par la Puissance des Puissances
• Disposent de la grâce
• Peuvent agir sans souci du bien et du mal
• Quoiqu'ils fassent, ils sont sauvés
• Participent à la vérité intelligible 
• //: les gnostiques.
IV ­ LA LANGUE : LA MÉTHODE GNOSTIQUE
• Une méthode sélective 
• a) Vocabulaire ésotérique
• b) Néologisme à profusion
• c) Dissertations obscures
• Contraint au psittacisme (pour la mémoire) : 
• Répétition, incantation, réitération.
• Empêchent une pensée propre (contre l'intelligence) 
• Exclusion / intégration.
V ­ LE LEXIQUE : LA LOGOMACHIE GNOSTIQUE

• a). Glossolalie : hystérie de l'époque.
• b). Créer des concepts : 
• 1/ Pour dire des choses précises : nommer une découvert innomée.
• 2/ Pour enfermer : donner l'impression d'une profondeur.
­ Le délire verbal fatigue même les spécialistes.
• c). Usage sectaire et sélectif : 
• Langue difficile à acquérir, retenir, maîtriser.
• Facilité pour distinguer la docilité des élus.
• Réduction à un petit nombre d'habiles.
• Instrument de mesure efficace de la plasticité mentale.
• d). Exemple : Les ÉONS procèdent d'un PRO­PERE (ou : PRO­PRINCIPE, PÈRE, 
ABIME, ÉON PARFAIT, ÉON DES ÉONS) et constituent un PLERÔME dans lequel 
évoluent des SYZYGIES...
• e). Explications : 
• a). Le PRO­PÈRE : 
• Invisible, inconcevable, éternel, épargné par génération et 
corruption, ignore le mouvement, contemple son image.
• Un peu : platonicien, aristotélicien, alexandrin...
• Dieu ? Non : Basilide croit en un Dieu... qui n'existe pas.
• b). L'ÉON : 
• Émanation issue de l'intelligible pur.
• Utilise le regsitre métaphorique de l'espace (point, ligne, 
plan, volume) pour se dire dans le registre du temps (instant, 
jour, année...)
•Il existe 30 éons avec un nom chacun (Hédonê / Plaisir)
•Ils fonctionnent en paires
•Il existe donc 15 paires (ou Syzygies).
•Exemples : 
• Abîme­Silence
• Intellect­Vérité
• Homme­Croix
• Logos­Sagesse, etc...
• c). Le PLERÔME : 
• Ensemble de ces 30 éons
• Ou : le Ciel, le monde divin. Intermède : Irénée de Lyon moque 
ces pratiques... (Lecture d'un texte : Contre les hérésies).
VI ­ LE CHIFFRE : LA NUMÉROLOGIE GNOSTIQUE

• a). Considérations familières à l'époque : 
• Arithmétiques sacrées : astrologie, divination, magie
• Passion de l'ordre et du classement : la gnose met en forme
• Contraindre le réel à rentrer dans des cases : pensée systémique
• Chiffrer le monde pour que tout soit à sa place.
• Que rien ne circule librement.
• b). Exemples (numérologie classificatoire) : 
• TRIACONTADE : les 30 éons du Plérôme valentinien
• DYADE (2), DODÉCADE (12), OGDOADE (8)
• Ainsi : l'OGDOADE est composée de 4 couples : 
• Abîme + Silence
• Intellect + Vérité
• Homme idéal + Eglise
• Imaginer le catéchisme gnostique...
• c). Exemples (numérologie sexuelle) : 
• Les Phibionites : sous­section des barbélognostiques comme : 
Zachéens, Nicolaïtes, Barbélites, Stratiotiques, Lévitiques, 
Borborites, Coddiens.
• Ou grades...
• Pratiquent une sexualité chiffrée calculette à la main : 
• 365 hommes auxquels on prèlève le sperme
• Pendant 365 unions
• Avec 365 femmes différentes.
• d). Exemples (numérologie cosmogonique) : 
• Chiffrer l'origine du monde
• La façon de procéder du premier principe
• Réduire le mouvement du monde à des mathématiques.
VII ­ LES PERSONNAGES CONCEPTUELS : LES FIGURES GNOSTIQUES
• Créations de figures mythologiques : 
• Les ARCHONTES jonglent avec les SYZYGIES dans le PLÉRÔME.
• Les GRANDS LUMINAIRES côtoient la SOPHIA LASCIVE ou les HAMEçONS 
SAUVEURS.
• L'HOMME PRIMORDIAL s'entretient avec la MÈRE CÉLESTE dans 
l'HEBDOMADE (ou les CIEUX INFÉRIEURS que constituent CHAOS + HADES)
• Le tout dans des ambiances de SEMENCES PNEUMATIQUES...
VIII ­ LA GÉNÉALOGIE : LES SOURCES GNOSTIQUES

• a). Selon Hippolyte : démarquage de philosophes païens : 
• Simon/ Empédocle, Basilide / Aristote, Valentin / Pythagore et 
Platon...
• b). Selon Irénée : mélange d'Epicure (plaisir) et de cyniques 
(provocation).
• c). En fait : le gnosticisme est un platonisme hédoniste... 
• Pas épicuriens (pas atomistes)
• Platoniciens : dualistes (âme, immatérialité, transmigration, salut, 
etc...)
• Mais hédonistes : pas de critique du corps, mais un usage libéré du 
corps pour le salut.
• d). Retour aux sources orientales : 
• Le mazdéisme persan : Ormuz et Ariman
• Le judaïsme palestinien : prophétisme et messianisme apocalyptique
• L'orphisme héllénique : secret sectaire et initiatique
• Le pythagorisme et le platonisme : les gymnosphistes
• Contemporain du Manichéisme (III° ap) : bien / Mal.
• e). Le christianisme primitif : un gnosticisme (ascétique). 
• 1 ­ Usages de l'Ancien Testament : 
• La Genèse pour la généalogie du mal
• Le Livre d'Énoch : la théorie de la grâce, de la 
prédestination.
• 2 ­ Nombre de points communs dans les doctrines : 
• Jésus monte aux cieux / Simon vole dans les airs
• Marc subjugue les femmes en changeant le vin en sang virtuel
• Basilide affirme que Jésus est magicien et fait crucifier 
Simon de Cyrène à sa place
• 3­ Le Nouveau Testament témoigne d'un combat entre gnoses : 
• Actes des apôtres, Epîtres de Paul et Apocalypse de Jean 
montrent Paul aux prises avec Simon et autres gnostiques.
• Mais le christianisme est une gnose qui a réussi !
IX ­ LES THÈSES : LA PENSÉE GNOSTIQUE
• Religion ? Philosophie ? déni de philosophie par les officiels...
• (Cf. Augustin évêque, Thomas dominicain et Docteur évangélique, 
Malebranche oratorien, Kierkegaard pasteur, philosophes tout de même...)
• Si : création de concept, invention de personnages conceptuels, création 
d'un langage, d'une musique, d'une vision du monde = philosophie, alors... 
• a). 1° thèse : Le monde est fondamentalement mauvais : 
• Création d'un mauvais démiurge : ratage originel
• Chute dans le temps.
• Bien et Mal coexistent de manière indiscociable
• Avant la création : éternité, immortalité
• Après : Temps, matière, corps.
• b). 2° thèse : Installer le réel au ciel : 
• (Contraire de l'hédonisme qui veut installer le ciel sur 
terre)
• Inventer un monde qui dispense de subir le monde réel
• Effondrement du politique = promotion du théologique.
• La Cité de Dieu comme réponse à une impossible Cité des 
hommes.
• c). 3° thèse : Vivre par­delà le bien et le mal : 
• Les chrétiens : Adam est coupable (il choisit) : culpabilité
• Les Gnostiques : Adam est victime (il subit) : pas de 
culpabilité.
• Le salut ?
• Les chrétiens : renoncer à ce monde dès ce monde
• Les Gnostiques : épuiser les possibles de ce monde.
• D'où une philosophie du banquet, de la copulation, de la 
masturbation, du cannibalisme...
• Invitation à poursuivre dans le monde gnostique en considérant 
ses figures : Simon, Marc, Epiphane, Basilide, Valentin, et 
les autres...
 

Bibliographie :

• Peter Brown, Le renoncement à la chair, Gallimard.
• Robert M.Grant, La Gnose et les origines chrétiennes, Seuil.
• Jacques Lacarrière, Les gnostiques, Idées Gallimard.
• Rudolf Bultman, Le christianisme primitif, Payot.
• Yvon Belaval, Les philosophes et leur langage, Gallimard.
• Pierre Bourdieu, Ce que parler veut dire, Fayard.
• Gilles Deleuze/Félix Guattari, Qu'est­ce que la philosophie ?, Minuit.
"LA TRANSVALUATION GNOSTIQUE" 

1/. SIMON : UNE THÉORIE DE LA GRÂCE
A). BIOGRAPHIE

• Naissance en Samarie (Gitton).
• Auteur d'une Révélation de la grande puissance ­ perdue...
• Célèbre de son temps. (cf. Claude et la statue)
• Contemporain de Paul de Tarse : 1° ap. 
1) Ambiance irrationnelle

• croyance générale à la thaumaturgie.
• Demande ses "trucs" à Pierre qui lui répond qu'il n'y en a pas
• Conclut à l'inexistence de sa divinité... 
2) Compagnonnage avec Hélène

• "incroyable beauté" écrit Irénée
• Anciene Hélène de Troie (cf. Réincarnations...)
• Ancienne (?) prostituée transformée en divinité
• Intermédiaire de la puissance de Dieu
• Enfante les anges qui créent le monde
• Prisonnière des anges qui refusent une génitrice
• Acculée à des outrages
• Le Messie apparaît pour régler le différend.
3) Ses deux morts : (Cf. les morts antiques)
• a) Vole dans le ciel de Rome
• Pierre prie pour casser le sortilège...
• b) Met son auditoire au défi d'un enterrement
• Puis d'une résurection le 3° jour
• Et ne réapparaît pas...
B). SA PENSÉE
1) Invente la théorie de la grâce et de la prédestination : (cf. Augustin, 
Pascal, les jansénistes, Luther et Calvin...)

• En lisant l'Epître aux romains (VI.14) : "le péché n'aura pas de pouvoir 
sur vous, puisque vous êtes non sous la loi mais sous la grâce".
• Et Proverbes (I.14) : "il n'y aura qu'une bourse pour nous tous".
• Conclusion : mise en commun des femmes aussi...
• D'où : liberté d'agir à sa guise : 
• Seule la grâce sauve, pas les oeuvres.
2) Invente une pensée au­delà du bien et du mal :

• Bien et Mal n'existent pas en soi, mais relativement
• Qui a décidé ? Les anges (des créatures mauvaises)
• L'invention des vertus ? réduire les hommes à l'esclavage. 
• A partir de ce relativisme éthique :
3) Propose une transmutation des valeurs :

• Le bien est l'inverse du mal
• Ce qui passe pour vertu est mauvais ? donc
• Ce qui passe pour vice est bien
• Contre l'idéal ascétique, pour l'idéal hédoniste. 
• D'où :
4) Propose une sexualité libérée :

• A partir de l'invite "sanctifiez­vous les uns les autres" il affirme : 
• Laissez libre cours à vos désirs
• Pratiquez une sexualité libre : fin du couple monogamique paulinien
• L'amour du prochain n'est pas agapé, mais éros...
5) Affirme l'inexistence du libre arbitre :

• Pour punir, il faut être responsable, donc libre de choisir
• Or les astres et Dieu déterminent tout ce qui a lieu
• Au­delà du bien et du mal, parce que déterminé on est au­delà de toute 
sanction...
2/. BASILIDE ET L'INDIFFÉRENTISME
1) Biographie :

• On ignore presque tout. Sauf : mort en 130.
• Disciple de Simon : partage l'essentiel de ses thèses
• Mais prétend tenir son savoir de Matthieu en personne
• Crée une école à Alexandrie
• Évangélise en gnostique : Chypre, Grèce, Rome (cf. Epictète !)
• Grand créateur de concepts gnostiques.
2) Sa singularité :

• a). Simon de Cyrène portrait la croix de Jésus (Luc l'affirme, les autres 
non) 
• Paradoxe : qui sauve ?
• Magicien, Jésus prend l'allure de Simon, et vice versa, puis assiste à la 
crucifixion de Simon
• Pendant ce temps, Jésus (Caulacau, son vrai nom) est au ciel et rit..
• b). Invente ainsi le Docétisme :
• Une hérésie qui affirme que Jésus est né, mort et résuscité en apparence.
• Les Docètes croient que Jésus assistait à sa crucifixion dans le public
• D'où une croyance induite : la conversion au gnosticisme assure de 
l'invisibilité...

• c). Propose l'indifférentisme :
• Basilide critique les pouvoirs de l'Eglise naissante (foi, lois, 
prescriptions)
• Invite à la purification de soi, seul souci
• Propose le renoncement à ses idées sous la torture (critique du martyre)
• Invite à la dépense, la consumation de soi pour se purifier
• Mais en bon indifférentiste, le renoncement peut aussi être préféré...
3/. VALENTIN ET LE DÉTERMINISME
1) Natif de Phrébon en Egypte.
2) Comment savoir qu'on est touché par la grâce ?

• Déterminisme astral : les hommes se croient libres
• Car ils ignorent ce qui les déterminent
• Qui sont les élus ?
• Les pneumatiques ("semences d'élection").
• Pas les hyliques
• Mais les psychiques :
• S'ils consentent à devenir gnostiques (pneumatiques)
• Opter pour la secte transforme en l'élu touché par la grâce...
• Statut d'extra­territoralité métaphysique :
• Dans le monde, ils évoluent déjà hors du monde
• (cf. paradoxe du consentement dans le déterminisme).
3) D'où un déréglement de tous les sens comme voie d'accès au salut :
La transgression comme voie :

1. Sexualité généralisée : y compris dans l'inceste
2. Consommer les offrandes païennes aux dieux
3. Passer outre mesure et modérations : orgies, fêtes bachiques, 
etc...

4/. CARPOCRATE ET LA VITESSE DES ASCÈSES
1) Seconde moitié du I°, à Alexandrie.
2) Selon Irénée : disciples marqués au lobe droit par fer rouge
3) Purification dans la débauche, certes :

• Mais tout dépend du degré de débauche, des quantités de transgressions 
dans une vie...

• Les âmes changent de corps tant qu'elles n'ont pas connu tout le spectre 
de la négativité
• L'entreprise prend donc plus ou moins de temps
• Aucune âme ne perd : la différence réside dans le temps de l'ascèse
• Les cycles réapparaissent tant qu'il reste du négatif à épuiser.
4) Ajoute (dimension politique) :
• Critique de la propriété privée : 
• En disciple de Platon, en lecteur des Proverbes : 
• Prône l'abolition de la propriété et de la famille
• Puis du mariage : la version sexuelle de la propriété.
5/. EPIPHANE EN "RIMBAUD GNOSTIQUE".
1) Fils de Carpocrate
2) Culture encyclopédique
 
3) Auteur d'un 
 De la justice
   , brulôt "anarchiste"
   
• Critique radicale de toute propriété, de toute forme d'injustice (cf. 
différence fondamentale avec le christianisme)
4) Meurt avant 17 ans

• Culte gigantesque : autels, temples, musées, statues, etc...
6/. CÉRINTHE ET LE SALUT IMMANENT
1) Juste une fois mentionné chez Hippolyte de Rome

• Son idée : le royaume sera terrestre.
• Le salut se fera dans notre enveloppe charnelle, sur terre.
2) Jésus reviendra à Jérusalem sous forme charnelle

• Il connaîtra l'empire des passions et du désir
• Deviendra même l'esclave de ses passions
• Cette fête durera 1 000 ans...
7/. MARC ET LES FEMMES

• Présence d'un certain féminisme chez tous les gnostiques (cf. Simon et 
Hélène)

• Pour des raisons philosophiques : le Masculin a besoin du féminin et vice 
versa pour être.

• Dans l'ascèse orgiaque, les femmes valent moins pour leur singularité que 
comme voie d'accès au féminin, à la féminité (germination, principe de 
fécondité et de vie, etc...)

• Marc évolue en compagnie des femmes les plus belles (... et les plus 
riches !)

• Pratique la magie et transfigure des contenus de coupes...
• Donne aux femmes le même pouvoir thaumaturgique que lui
• Une fois initiées (dit Irénée) elles entrent dans un véritable délire 
verbal...
8/. NICOLAS ET LES FOETOPHAGES
1) Culte du féminin

• Prounikos (ou Barbélo)
• D'où Barbélognostiques.
2) Banquets collectifs (aphrodiasiaques, vins, nourritures, sexualités dans 
l'obscurité).
3). Culte métaphorique :
a) Spermatophages et corps du Christ :
• Des fidèles extraient le sperme des participants
• L'élèvent en direction du Plérôme
• Communient avec les dieux gnostiques : 
• Cette énergie vidée des corps, ramassée, offerte et 
concentrée acquiert la puissance de l'offrande.

b) Hématophages et sang du christ :

• Récupération du sang mentruel des participantes.
• Mêmes techniques d'offrandes : 
• Ces eucharisties libidinales permettent l'ingestion de 
puissances concentrées de barbélo afin d'accéder 
l'ascension vers le Plérôme.

c) Foetophages et extinction de la négativité :

• Pratiquent la contraception
• Car la procréation augmente la négativité
• Préférable de s'abstenir
• En cas déchec : provoquent l'avortement,
• Puis confectionnent un pâté avec le foetus : arômates, huiles, 
poivre, etc...

CONCLUSION GÉNÉRALE SUR LES GNOSTIQUES
1) Avec Constantin, le christianisme se construit

• Il demande à Eusèbe de constituer un corpus
• Choisit 27 textes comme base au Nouveau Testament
• Écarte les autres textes (dont les gnostiques et les apocryphes).
2) ­ Persécution comme hérétiques de tout le courant gnostique :

• Abjurations, conversations en masse.
3) ­ Mais résistance et persitance dans les endroits reculés (montagnes) :

• Au VIII° des Euchistes existent encore (insoumis, refusant toute 
soumission, toute obéissance, communauté des femmes et des biens, etc..).
4). Déplacement de la gnose :

• Elle passe en Europe
• Et constitue le socle de la pensée alternative européenne
• La première station : Frères et Soeurs du Libre Esprit. 
 
 

Bibliographie :

• Irénée de Lyon, Contre les hérésies, Cerf.
• Hippolyte de Rome, Philosophumena, éd. Arché.
• Raoul Vaneigem, Les hérésies, PUF.
• Raoul Vaneigem, De l'inhumanité de la religion, Denoël.
• Sigmund Freud, L'avenir d'une illusion, PUF
• Clément d'Alexandrie, Stromates, Cerf.
• Georges Bataille, La part maudite, Point Seuil.
• Georges Bataille, Théorie de la religion, Idées Gallimard.
"La constellation du Libre­Esprit" 

1/. CONSIDÉRATIONS SUR LE MOYEN­AGE :
a). Naissance de l'Islam.

• Mahomet quitte la Mecque le 16 juillet 622
• La fuite = l'Hégire
• Meurt en 632
• Dagobert en France
• Guerres de conquête musulmane
b). Vikings venus du Nord.
• en 885 : 40.000 font le siège de Paris.
c). Famine, pestes, guerres, razzias...
d). Le Christianisme :

• L'Inquisition
• Manuel des inquisiteurs, Bernard Gui, en 1324.
• Lutte contre les Hérétiques.
• Qui sont ­ils ? 
• 1­ S'opposent à un article de foi : 
• Trinité, Incarnation...
• 2­ S'opposent à une vérité déclamée par l'Eglise : 
• St Esprit ne procède pas du Père,
• L'usure n'est pas un péché...
• 3­ S'opposent au contenu des textes canoniques : 
• Dieu n'a pas créé le monde,
• Jésus n'a pas existé...
• En fait : s'opposent au clergé, aux prêtres, aux évêques, au 
pape.
e). L'état de la philosophie :
1. Electro­encéphalogramme plat pendant 5 siècles... 
• Réapparition au XII ° : 
• Abélard, Pierre de Lombard, Alain de Lille, Maïmonide, 
Avérroès...
2. Apparition, via les musulmans, des textes d'Aristote : Politique, 
Métaphysique et Ethique à Nicomaque.
3. Léger écart avec la théologie, émancipation partielle de la philosophie 
• Boèce de Dacie (XIII°) : la philosophie, une fin en soi.
• Roger Bacon (XIII°) : pour une méthode expérimentale en science.
• Dante (XIII­XIV°) et Marsile de Padoue (XIV°) : séparer spirituel et 
temporel.
• La transmission du savoir est universitaire : 
• Exposés commentés, discutés, recopiés
• Les livres coûtent cher (1 mois 1/2 de salaire pour un ouvrier 
du bâtiment, pour un livre)
• Rarement sûrs. Souvent fautifs et incomplets.
• Enseignent le christianisme ­ Pas le matérialisme, l'athéisme 
ou l'épicurisme...
2/. LE COURANT DU LIBRE­ESPRIT
a ). Inexistence officielle aujourd'hui...
b). Existence clandestine à l'époque
c). Existe du XIII° (St Bonaventure) au XVI° (Rabelais, Montaigne).
d). Parfois des milliers derrière un seul homme
e) . Formations diverses : clers/artisans, lettrés/ illétrés...
f). Rayons d'action étendu :
• De l'Italie à l'Ecosse
• De l'Espagne (Alumbrados) à la Bohème (Picards et Adamites).
• De la Belgique (Béguines et Bégards) à la France et à l'Allemagne 
(Libertins).
g). Destins divers :
• Délation, trahision, collaboration
• Héroïsme discret sur le bûcher
• Rhétoriques spécieuses pour échapper à l'Inquisition.
h). Le Libre Esprit dessine la première philosophie européenne cohérente.
i). Thématique :
1 ­ Etre­Dieu de l'homme

• Divinité de l'homme depuis le rachat par le Christ
• Inexistence du péché depuis la Crucifixion.
• On ne sauve pas un homme déjà sauvé.

2 ­ L'action des hommes coïncide avec le vouloir de Dieu

• Dieu ne pense pas de manière séparée du réel.
• Il est le réel dans toutes ses modalités : tout est Dieu

3 ­ Ce panthéisme anéantit la morale

• Ce qui advient ? Par­delà le bien et le mal.
• Le Spirituel est inacessible : au mal, à la faute, au péché, au 
remords, à la cupabilité.

4 ­ Le Libre Esprit combat contre la répression de la vie organisée 
par l'Eglise au nom de la religion paulinienne

• Il veut plaisir et désir libre, corps libéré.

3/. LES SOURCES DU LIBRE ESPRIT :
a). Aucun texte ne subsiste.
b). Jadis : Walter de Hollande, Des neuf rochers spirituels
• Bréviaire selon les béguines, mais perdu
c) . Restent des fragments dans des oeuvres ennemies :

• Maître Eckart, Telle était soeur Katrei.
• Martin Luther, Aux Chrétiens d'Anvers
• Calvin, Contre la secte fantastique et furieuse des libertins qui se 
nomment spirituels
d). Persécutés, textes rares, cachés
e). Supports fragiles avec le temps
f). Goût du secret, pratiques sectaires, cooptation, signes...
g). Restent des témoignages peu sûrs :
• Livres polémiques chrétiens
• Minutes de procès dictés pendant des séances de torture
• Témoignages de libertins rétractés et passés de l'autre côté 
• A charge donc...
4/. L'ETYMOLOGIE :
a). On voit aussi :
• Nouvel Esprit,
• Esprit de Liberté,
• Liberté par l'Esprit.
b). Taxinomie de l'Eglise pour saisir ce qui lui échappe :

• PNEUMOTOMACHES : Père et Fils sont Dieu, pas le St Esprit
• PAPIANISTES : mille ans après sa mort, le Christ réinstaurera le Royaume 
des Juifs avec des élus
• PEPUZITES : consacrent du lait, pas du vin
• HYDROPARASTASES : consacrent de l'eau.
• MESSALINIENS (EUCHITES, ENTHOUSIASTES) : prient sans arrêt.
• AUDIENS : la divinité a forme humaine
• TASCODROGITES : vénèrent deux putains
• APOTACTIQUES : détestent les gens mariés et les propriétaires...
c). Ma proposition :
A/. ­ Le Libre­Esprit se construit sur le principe du Saint­Esprit :

• Le St Esprit : la providence divine sur le monde
• Préside à la conception et au baptême de Jésus
• Descend sur ses disciples réunis en cénacle
• Se communique aux nouveaux croyants.

B/. Le Libre Esprit désigne :

• Intelligence et raison humaine appliquée au réel
• Explicite ce qui passe pour des mystères aux yeux des autres
• Lie les adhérents nouveaux à la doctrine
• Anti St Esprit : descend le ciel sur terre...
• Et installe chaque homme au centre du monde à la manière de 
Dieu.

C/. En relation avec les mouvements millénaristes :

• Joachim de Flore, mystique italien du XIII°
• Auteur d'un Livre de concordance entre Ancien et Nouveau 
testament. 
•  
a). Age de la loi et de l'Ancien Testament : 
 
• Temps de Dieu le Père : d'Adam à Noé.
• Les hommes vivent selon la chair dans la crainte et 
l'esclavage
•  
b). Age de la grâce et du Nouveau Testament :  
• Temps du Fils : d'Elisée à la révélation du Christ.
• Les hommes vivent selon la chair et l'esprit selon la 
foi.
•  
c). Age du Saint Esprit et de Saint Benoît :  
• Temps du Saint Esprit : à partir du retour du prohète 
Élie.
• Les hommes vivent dans la charité et l'innocence 
renouvelée de toute l'humanité. 
• A/. Cette matrice théologico­poétique est celle 
du Libre Esprit 
• Le temps nouveau permet d'envisager 
l'abolition des Ecritures.
• B/. Logique d'une inversion de valeurs : 
• Quand l'Eglise enseigne : pauvreté, 
chasteté, obéissance.
• Le Libre Esprit enseigne : luxe, 
raffinement, plaisir, sexualité libre, 
refus de l'autorité.
• C/. Lecture particulière des Écritures : 
•  Les Béatitudes
  : heureux les simples 
d'esprit ? 
• Délaisser les écritures, retrouver 
l'innocence primitive
•  Paul 
 : nous sommes le temple de Dieu ? 
• Transformer le corps en réceptacle 
de Dieu
•  Jean
  : naître de Dieu empêche la 
souillure ? 
• La grâce suffit, peu importent les 
actes.

3/. PREMIÈRE FIGURE CARDINALE : AMAURY DE BÈNE :
a). Un ancêtre à l'ancêtre : 

• En 851, Jean Scot Érigène (irlandais) écrit dans De la prédestination : 
• Dieu ne prévoit ni peines, ni péchés : ce sont des fictions.
• L'enfer n'existe pas, ou alors il nomme le remords
• Attaqué par l'Eglise, se fait oublier, fait des traductions
b). Quatre siècles plus tard : 
• Amaury s'en réclame près de Chartres :
Ses thèses : 
• 1/. Tout chrétien a souffert avec le Christ le supplice de la croix 
• Transformé en Parfait, incapable de pêcher
• Rachetés définitivement : 
• Pas de raison à passer sa vie à expier
• On ne paie pas deux fois une dette déjà honorée.
• 2/. Refuse les sacrements : 
• 1­ Le baptême : pourquoi effacer le péché originel ?
• 2­ L'eucharistie : pourquoi rejouer symboliquement le sacrifice ?
• 3­ L'Extrême onction : pourquoi libérer le mourant de ses fautes 
avant le jugement de Dieu ?
• 4­ La Confirmation : pourquoi confirmer la grâce du baptême ?
• 5­ Le mariage : pourquoi sanctifier une union devant Dieu ?
• 6­ La pénitence : pourquoi payer pour une dette déja effacée ?
• 7­ L'ordre monachiste : pourquoi passer sa vie à la racheter ? 
• Combat les professionnels de l'Eglise
• Critique la domination des petites gens par le clergé
• 3/. ­ Un panthéisme 
• Critique la conception anthropomorphe de Dieu : 
• Dieu est partout, donc nulle part en particulier
• En lui même, mais ailleurs
• Le réel coïncide avec lui.
• Il est en toute chose : corruptible et incorruptible
• Mort et renaissance en permanence
• Disparition du corps du Seigneur après la mort
• Réapparition sous forme du réel
• Vivre, c'est vivre en lui
• Etre au monde c'est vivre en Dieu
• Dieu ? Le Spirituel, ce qu'il est, ce qu'il fait
• Economie du clergé
• Pas de séparation entre Dieu, les hommes, le monde
• Dieu est la nature
• Il réside dans les plaisirs aussi, pas dans leur interdiction
• 4/. Une lecture des allégories de l'Ecriture : 
• a). L'Enfer ? l'ignorance : ne pas savoir 
• Ignorer le Libre Esprit, c'est vivre en Enfer...
• b). Le Paradis ? Connaître la vérité : savoir 
• Vivre dans le Libre Esprit, c'est vivre au Paradis
• c). La Résurrection ? Pas après la mort, sur terre 
• Quand on accède à la pleine connaissance en entrant dans le 
Libre Esprit
• d). L'Amour du prochain ? Pas agapé, mais Éros.
• 5/. Une parenté gnostique : 
• a). La grâce suffit
• b). La mort du Christ assure le salut éternel
• c). Vivre sous le signe du 3° temps (pneumatique)
• d). Pratiquer une inversion des valeurs
• e). Demander au corps d'être un allié, pas un ennemi
• f). Etre de fait au­delà du bien et du mal
• 6/. Un destin funeste : 
• Jean le Teutonique écrit dans ses Sermons : 
• Les Amauriciens sont des disciples d'Epicure
• Se comptent par milliers
• 1204 : condamnation par le Pape
• 1207 : mort d'Amaury
• 1209 : 10 amauriciens sur un bûcher, 4 en prison à vie
• On déterre ses os (cimetière St Martin des Champs), on broie 
ses os qu'on met aux ordures
• Amour du prochain...
 

• Mais le Libre Esprit va continuer pendant 4 siècles 
 
 

Bibliographie :

• Etienne Gilson, La philosophie au Moyen­âge, Payot
• Benoît Patar, Dictionnaire abrégé des philosophes médiévaux, Les presses 
philosophiques
• Nicolas Eymerich, Francisco Pena, Le manuel des inquisiteurs, Albin Michel
• Bernard Gui, Manuel de l'inquisiteur, Les belles lettres 
"L'INNOCENCE DU DEVENIR"

 
Synopsis  Bibliographie du cours 

OBJET DU COURS :

­ Trois siècles de pensée du Libre­Esprit : XIII­XVI°
­ Des figures, des thèses, une constellation philosophique
­ Une thématique d'une extrême modernité :
I ­ Cornelisz d'Anvers et la reprise individuelle des anarchistes (le 
vol justicier)
II ­ Bentivenga de Gubbio et l'Amor fati de Nietzsche
III ­ Walter de Hollande
IV ­ Jean de Brno et l'amoralisme de Sade ou de Stirner
V ­ Heilwige de Bratislava et l'ascèse mystique et la transgression de 
Bataille
VI ­ Willem Van Hildervissem de Malines et le tantrisme d'un 
Foucault...
VII ­ Eloi de Pruynstyck le couvreur d'ardoises

I ­ WILLEM CORNELISZ D'ANVERS (HOLLANDE, XIII°)
 
A) Ou le salut par la 
 pauvreté
    :
  

• Pauvreté et christianisme primitif : religion populaire
• Richesses du christianisme d'Etat : religion anti­populaire
• Doctrine de l'Église : pauvreté théorique (pour les autres) faste pour 
elle.

• L'époque : paupérisation et capitalisme naissant, clergé riche, pauvreté 
du peuple.
   vit avec des tisserands
B) Cornelisz    

• Affirme que : "les premiers", etc.. et que : "bienheureux", etc...
• Selon ce principe : 
• a) Les riches sont damnés (y compris les riches de l'Église) 
• (Critique les indulgences : les dons qui effacent les péchés)
• b) Les pauvres sont sauvés : 
• Elle confère grâce et perfection
• Et rend possible toute action par­delà le bien et le mal
• Par exemple : voler un riche ( reprise des 
anarchistes)
• La pauvreté légitime une sexualité libre :
­ Une femme qui ne possède rien a son corps 
qu'elle peut donner.

II ­ BENTIVENGA DE GUBBIO (ITALIE, XIII°) ­ Ou l'Amor fati (Un Nietzsche 
médiéval)
­ D'abord franciscain (charité, pauvreté volontaire)
­ Conversation avec Claire de Montfaucon :

­ Thèses de Bentivenga :

• a). l'action est par­delà le bien et le mal à cause de la grâce
• b). l'enfer n'existe pas
• c). il existe un risque à perdre son désir dans cette vie
­ Exemple:
­ La sexualité hors mariage pour le seul plaisir interdit­elle 
la communion le lendemain ?
­ Non : Dieu fait que le péché n'est pas
­ Donc : Dieu peut aller contre une décision d'Eglise
­ Or : tout ce qui advient dans le monde advient selon le 
vouloir de Dieu.

­ Rien ne relève de la morale (la tuile qui tombe, la loi de la 
chute des corps).
­ Personne ne choisit d'être ce qu'il est, de faire ce qu'il 
fait
­ Ni coupables, ni victimes
­ Dieu ne peut vouloir le mal, seulement le bien.

­ Le monothéisme invente le libre­arbitre pour pouvoir punir.
­ Le panthéisme exclut cette logique

­ D'où : absence de remords et innocence du devenir.
­ Il faut donc :

   Pratiquer l'apathie
a)     
   
:
­ Ne pas participer à la souffrance du Christ ni des hommes
­ Consentir sereinement au vouloir de Dieu.
­ Mieux : jouir de ce consentement ( Amor fati).

   Jouir de l'impeccabilité
b)     :
  
­ Grâce et charité installent hors du péché
­ Il faut agir sans complexe
­ Dieu écrit notre histoire.

III ­ WALTER DE HOLLANDE (ALLEMAGNE, XIV°) ­ Ou l'innocence
­ Auteur Des neufs rochers spirituels,
­ Bréviaire du Libre­Esprit. Perdu.
­ Chefs des Fraticelles et Lollards (libertins)

­ Banquets orgiaques et parodiques de la Cène et des Messes :
­ Christ habillé de manière somptueuse (diadème)
­ Marie rayonnante
­ Couple primordial qui célèbre le retour à l'innocence édénique
­ Un prédicateur nu invite les fidèles à faire de même
­ Restaurer l'ordre adamite
­ Chants, danses, partouzes philosophiques (cf. Bosch)

IV ­ JEAN DE BRNO (TCHÈQUE, XIV°) ­ Ou l'amoralité (Un Sade médiéval) :
­ 8 ans dans le Libre­Esprit, abjure, rejoint les Dominicains...
­ Parjure, se confesse, échappe à la mort
­ Et persécute ses anciens amis

 
­ Ses 
  
  
thèses :
 

a) Panthéisme radical
b) Solipsisme ontologique
c) Nihilisme intégral
d) Innocence du devenir

­ Mode d'emploi :
­ Comment devenir et être Frère ou Soeur du Libre­Esprit ?

a). Vendre  ses biens, les distribuer : pauvreté volontaire

b). Quitter sa femme

c). Solliciter son admission auprès d'un collège :

­ Pas de gestion théocratique et monarchique du 
groupe,
­ Autogestion, communalisme libertaire.

d). Constitution d'un couple : Maître/Disciple :

­ Apprendre de l'autre, vivre avec lui.
­ Tunique rapiécée, tête sous capuchon, 
mendicité...

e). Pratique discrète, secrète : signes de reconnaissance.

f). Code érotique et courtoisie libertine

­ Contre un Moyen­âge misogyne, phallocrate, 
violent pour les femmes
­ Dans le jeu amoureux, l'initiative revient à la 
femme :

1­ Elle pose un doigt sur le nez ?
­ invite à entrer dans sa maison.

2­ Se touche la tête ?
­ l'homme entre dans la chambre, prépare 
le lit.

3­ Se touche la poitrine ?
­ Monte dans le lit, premières caresses

4­ Pas besoin de signes pour la suite...

g). Pas besoin de se confesser : pas de faute, pas de 
remords...

­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­
­ Jusqu'ici , le tout venant du Libre­Esprit...
­ Au­delà du tout venant :
­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­­
Casuistique :

   On trouve de l'argent
1/. ­     par terre ?
    on 
peut le prendre

­ Le propriétaire se manifeste ? 
On lui résiste
­ Il persiste ? On peut 
l'insulter, le molester, le 
frapper, le tuer...
­ En regard du mouvement 
panthéiste du monde, rien n'est 
bien ou mal...

   On désire un partenaire 
2/.    ?
  tout est 
possible

­ Un seul membre du Libre­
Arbitre suffit

­ Sexualité absolument libre
­ Un enfant est conçu ? On peut 
s'en débarrasser...
­ Infanticide ou éducation d'un 
enfant : au­delà de la morale
­ Pas de libre­arbitre : la pure 
nécessité
­ Pas de choix : aucune 
responsabilité
­ Pas de faute : pas de 
culpabilité
­ Ce qui advient ne peut pas ne 
pas advenir

V ­ HEILWIGE DE BRATISLAVA (HOLLANDE, XIV°) ­ Ou la mystique païenne (Une 
Bataille médiévale (!))
   béguins, béguines et béguinage
a). Considérations sur    s:
  

­  Pauvreté volontaire, mixité, pas de voeux
­ Paupérisation et micro­communautés de résistance
­ Évangélisation
­ Mélange de pauvres et de riches tentés par la pauvreté 
volontaire
­ Succès considérables dans les villes
­ Enterrements gratuits (une manne qui échappe à l'Église)
­ Apparition de libertinage dans certains béguinages...

b). Heilwige s'active dans l'Union des Filles d'Udillynde

­ Dénoncée par 16 soeurs, procès en Inquisition

1/. Pratiquent ascèse païenne :
­ Mortifications : fouets, cilices...
­ Humiliations : à terre pour qu'on les piétine
­ Privations : faim, soif, sommeil

2/. Une dialectique ascentionnelle :

­ Négativité nécessaire pour devenir pur.
­ Nier le corps pour l'affirmer.

3/. Une généalogie de la purification :

­ Plus elles sont descendues bas, plus elles montent haut
­ Construction d'un esprit subtil :
­ Elles ont manqué ? elles peuvent prendre
­ Elles ont souffert ? Elles peuvent jouir...

4/. Une logique de l'excès et de la transgression :

  
­ L'excès donne la mesure
 
­ Manger ? oui, mais de la viande à Pâques...
­ Boire ? oui mais de l'alcool sans limite
­ Coucher ? oui, mais tout le temps, partout, pendant les 
sermons.

 
VI ­ WILLEM VAN HILDERVISSEM 
  
   
(XV°, 
  
  
BELGIQUE) ­ Ou le tantrisme hédoniste (Un
  
Foucault médiéval)
­ Sa communauté : Les hommes de l'intelligence.

   déjà une vallée de larmes
a). La vie est    

­ (Guerre de 100 ans, famines, peste ­ un tiers de la 
population a disparu, etc...)

 
b) Pourquoi 
 ajouter du négatif
    à la négativité ?
   

1/. ­ La sexualité permet de construire un paradis sur terre

­ La relation sexuelle ? Le plaisir du paradis ou 
l'acclivité
­ Toute pratique sexuelle élève.

2/. ­ Willem pratique sans émission de sperme (cf. taoïsme)

­ A l'époque, la femme est "un réceptacle 
d'excréments"
­ (cf. Duby, Dames du XII°. Eve et les prêtres).

3/. ­ Une érotique féministe :  souci de la femme

­ Evitement des procréations
­ Antithèse des positions de l'Eglise.

VII ­ ELOI DE PRUYNSTICK (XVI°, PAYS­BAS) ­ Eloi le Couvreur d'ardoises
­ Pratique une exégèse des Écritures :
­ Découvre approximations, erreurs, invraisemblances, contre sens
­ Rencontre Luther pour une confrontation
­ Lui soumet ses thèses :

a). Chaque homme dispose du St Esprit : sa raison
b). Chacun sera sauvé, indépendamment de ses actes : la 
grâce.
c). Enfer et damnation n'existent pas : justice et 
miséricorde de Dieu.
d). La chair périt : l'âme dure éternellement en Dieu
e). La religion enseigne des fariboles : l'esprit seul 
 importe, pas la lettre

­ D'où un éloge de l'interprétation.

­ Et : l'impératif catégorique hédoniste :
­ Fais à autrui ce que tu voudrais qu'il te 
fasse...

­ Fondement d'une éthique jubilatoire...

CONCLUSION(S)
a). Destruction physique systématique :

­ Willem Cornelisz : cadavre exhumé 4 ans après sa mort et 
brûlé
­ Bentivenga de Gubbio : prison à vie
­ Walter de Hollande : brûlé avec une cinquantaine de 
disciples (noyés et brûlés)
­ Jean le Tisserand  : brûlé avec une quarantaine de 
disciples
­ Eloi de Pruynstinck : arrêté, torturé, brûlé
­ Quintin Thirry : décapité avec trois de ses amis..

b). La résistance au christianisme d'Etat se poursuit :

­ Après les gnostiques et le Libre­Esprit
­ Un courant inattendu : le christianisme épicurien...

Bibliographie :

• Raoul Vaneigem, Le Mouvement du Libre­Esprit, Ramsay. Réédité chez L'or 
des fous : Réédition augmentée d’une nouvelle préface de l’auteur, d’une 
notice biographique et d’une bibliographie inédites de Shigenobu Gonzalvez 
(à paraître le 5 mars 2005)
• Georges Duby, Dames du XII° siècle. Eve et les prêtres, Gallimard.
• Luc Richir, Marguerite Porète. Une âme au travail de l'Un, Ousia.
• Le Goff, Un autre Moyen­âge, Quarto Gallimard.
Wilhelm Fraenger, Le royaume millénaire de Jérôme Bosch, Ivréa.
• Et :
• Stirner, L'unique et sa propriété, Stock.
• Sade, La philosophie dans le boudoir, Folio.
• Nietzsche, Par­delà le bien et le mal, Poche Pluriel.
• Bataille, L'érotisme, 10/18.
• Foucault, Dits et écrits, tome IV, Gallimard.