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Institut Homme Total

I.H.T

Manuel officiel n°1

1 Introduction aux concepts philosophiques


et à la Critique de l’économie

Loïc Chaigneau · Aurélien Bähler

Introduction
I - Il n’y a pas de pratique révolutionnaire sans théorie révolutionnaire - Lénine

1. Marx, les marxistes et la philosophie

2. Les bases de la philosophie marxiste - matérialisme dialectique et historique

II - La critique de l’économie politique

​ 1. Critique de l’économie comme science

2. La théorie de la valeur et de la plus-value

3. Les contradictions fondamentales du capitalisme et la baisse tendancielle


du taux de profit moyen

Conclusion
1 Manuel officiel n°1 - IHT 1

Introduction

outes les personnes qui s’associent pour


constituer ensemble l’Institut Homme
Total ont à cœur et pour projet commun
la transmission et la continuation d’un
héritage humain qui nous est légué de
droit. Notre ambition est de constituer une association
dont les buts sont la poursuite théorique des
avancées produites par une philosophie sociale, le
matérialisme dialectique et historique, une rigueur
scientifique, un héritage qui prend racine dans les
conquêtes ouvrières et qu’il nous faut continuer de
porter avec fierté.

Cette association vise tant par la production théorique


que pratique et au-delà de ses propres limites
associatives à l’accomplissement et à la réalisation du
genre humain et à l’émancipation collective qui se
réalise dans l’Histoire universelle.

C’est en prenant acte du mode de production


actuel, de la métamorphose de la lutte des classes,
des rapports de forces en œuvre dans l’histoire et
de l’urgente nécessité d’intervenir sur le terrain
de l’hégémonie culturelle comme sur celui du
développement d’une praxis commune, que nous
nous sommes constitués en association.

Enfin, les motivations d’une telle association sont


notamment d’être à l’avant-garde de ce que
l’humanité doit produire et de ce dont elle doit se
prémunir dans le présent comme dans le futur en
s’inscrivant dans la continuité d’un passé qui seul
permet de penser et de transformer le moment
présent.
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Introduction

Ainsi, ce premier manuel, comme son nom l’indique, se


présente comme l’outil théorique à portée de main de
ceux qui nous rejoignent. Ce manuel a été réalisé de sorte
à être plus concis et simple à la fois malgré la densité qu’il
contient et que chacun peut mesurer après ses premiers
pas dans la compréhension des principes décrits ici.

Ce manuel, s’il n’est pas une œuvre de formation en lui-


même se veut être la première pierre de l’édifice que
nous établissons. Il est une entrée, la clé d’un chemin qui
nécessite une compréhension puis un discours plus nuancé,
construit et appuyé que celui qui vous est simplement
présenté là comme une introduction. L’objectif qui est
poursuivit dans les lignes qui suivent est de permettre à
toute personne qui nous rejoint de prendre connaissance
des fondamentaux théoriques sur lesquels s’appuie la
poursuite de nos études et la manière dont cela s’incarne
dans la pratique politique (au sens de vie de la cité) qui est
la nôtre.

Ainsi, vous trouverez dans les pages qui suivent des


éléments simples vous permettant de comprendre à la fois
l’importance de la philosophie et les différents courants
en lutte qui la compose. De même, vous trouverez
succinctement exposé les principes d’une critique de
l’économie politique inaugurée par Marx et Engels. Alors,
vous comprendrez que l’entreprise qui était la leur et qui
s’est poursuivie bien au-delà de ce qui est habituellement
résumé et amalgamé à du « marxisme » de manière
péjorative, visait tout à la fois l’abolition des systèmes
présents et la construction d’un futur commun.
À la lumière de ces quelques lignes nous espérons que
bien des choses vous apparaitront plus claires et qu’alors
vous serez soucieux d’en découvrir davantage au travers
de l’ensemble de ce que nous proposons.

« (…) Sur terrain plat, de simples buttes font effet de


collines » Karl Marx.
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1 Il n’y a pas de pratique révolutionnaire


sans théorie révolutionnaire - Lénine



1 Marx, les marxistes et la philosophie

​a) Qu’est que la philosophie ?​


Qu’est-ce que la philosophie ? C’est sans doute la question la plus immédiate
que l’on se pose à l’écoute de ce mot si familier mais pourtant si étrange. Le mot
philosophie vient du grec philein « aimer » et de sophia « sagesse ». On peut donc
étymologiquement définir la philosophie comme amour de la sagesse (1).
L’amour c’est le désir fort de quelque chose qui nous manque, le philosophe est
donc celui à qui la sagesse manque fortement. Mais qu’est-ce que la sagesse ? Elle
peut être comprise de deux manières. Tout d’abord elle peut désigner une sorte
de savoir vivre, une certaine pratique de l’existence. Mais elle peut aussi désigner
le savoir de façon général c’est-à-dire de fait de connaitre des choses sur le monde.
La question est de savoir de quel type de sagesse le philosophe est-il en quête.

b) Pourquoi philosopher et pourquoi cela est important lorsque l’on est


militant ?
À priori lorsqu’on est militant on peut se sentir plus ou moins éloigné de cette
problématique. Après tout, si le philosophe est celui qui éprouve un manque à
l’égard de la sagesse et que nous n’éprouvons pas ce manque c’est que nous ne
sommes pas philosophe. Ce qui va nous intéresser c’est d’agir là, dans la réalité,
ici et maintenant comme on peut l’entendre de nos jours. Nous avons chacun
nos problématiques familiales, syndicales, paritaires, associatives ou même
individuelles à résoudre alors pourquoi s’arrêter sur la philosophie ?
​Il faut constater que la philosophie souffre d’un malentendu, elle ne s’occupe
pas (que) de questions abstraites et éloignées de nos préoccupations les plus
directes ! Au contraire ! Prenons par exemple un problème actuel comme celui de
l’euthanasie. Doit-on abréger les souffrances d’une personne en mettant fin à ses
jours, ou bien doit-on la laisser vivre le plus longtemps en cherchant à l’apaiser ?
Sans trancher ici cette question, on peut d’ores et déjà remarquer que cela nous
pose un problème, est-ce que je dois faire ceci ou faire cela pour être moral ? Force
est de constater que tout au long de notre vie nous rencontrons une multitude de
problèmes similaires qui nous font nous poser la question :
que dois-je faire ? (2) La philosophie a donc une visée concrète et pratique que
nous rencontrons régulièrement sans même le savoir !
Au passage ajoutons que les concepts abstraits sont nécessaires pour comprendre
le concret. Par exemple, si nous parlons d’une table rouge, nous utilisons un
concept abstrait ! Vous n’avez jamais vu de rouge en tant que tel, mais toujours des
objets de couleur rouge. Mais par le détour de l’abstraction de la couleur rouge
vous arrivez à comprendre une qualité concrète d’une table bel et bien existante.
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Et la politique dans tout ça ? Et bien c’est la même chose, tous les militants s’ils
veulent changer l’état des choses, sont confrontés à des problèmes leur demandant
de faire des choix. Sans le savoir ils éprouvent tous un manque de cette sagesse
pratique dont nous parlions. Mais alors qu’est-ce qui différencie la philosophie de
la religion et de la spiritualité en général ? Si je veux des bons conseils je peux tout
aussi bien aller demander au curé du coin ou à ma grand-mère bouddhiste !

c) Pourquoi la philosophie est-elle rationnelle ?


Contrairement à la religion ou au « bon sens », la philosophie ne nous donne pas
une opinion sur les choses mais une connaissance. Ce qui est important pour
le philosophe, tout comme le scientifique, c’est que son discours soit vrai, qu’il
corresponde à la réalité qu’il veut décrire. On dit que son discours est rationnel,
il obéit à plusieurs principes logiques qui sont nécessaires à la production d’un
énoncé vrai, comme la démonstration par exemple.
​Le philosophe et le scientifique se distinguent tout de même en cela que le
philosophe, contrairement au scientifique, cherche à donner une vision d’ensemble
du monde, là où son confrère va plutôt chercher à décrire le monde en étudiant
des parties très précises de celui-ci. Cette vision d’ensemble que cherche le
philosophe a pour fonction de dire ce que le monde est. En revanche, les travaux
des scientifiques vont plutôt viser à décrire le monde. Par exemple, à la question
: qu’est-ce que l’homme ? la science va apporter des réponses centrées sur ce
qui compose l’homme comme les os ou les organes, alors que la philosophie va
apporter des réponses centrée sur ce qui fait que l’homme est homme, ce qui le
différencie des autres choses qui existent, sur son but, sa raison d’être.
Ces deux disciplines s’enrichissent mutuellement, la science va avoir besoin de
la philosophie pour développer ses outils logiques qui lui permette de faire des
démonstrations et la philosophie va puiser dans les résultats scientifiques pour
compléter sa vision du monde. Le philosophe est donc également amoureux de
la sagesse théorique, du savoir en tant que tel. Il cherche à répondre à la question
: que puis-je savoir ? (3) Sous-entendu, que puis-je savoir pour répondre avec
précision à la question que dois-je faire ?

​ ) Relation entre la pratique et la théorie


d
​Effectivement, la pratique est indissociable de la théorie. On pourrait penser qu’en
tant que militants nous pourrions nous contenter de manifester, faire des collages,
des assemblées générales et toutes autres formes d’activités pratiques. Mais dans
ce cas-là sait-on réellement contre quoi nous luttons et surtout si nous luttons avec
efficacité ? L’ennemi principal est-ce le Président, l’extrême droite, les riches, l’Union
Européenne ? Faut-il lutter en faisant grève, en occupant la place de République en
construisant des ZAD ou en faisant signer des pétitions ?
​Nous n’avons en général que des idées vagues de ce contre quoi nous sommes
en lutte. Certains, un peu plus formés, parlerons de capitalisme, de lutte des
classes, de communisme, mais savent-ils réellement ce que ces mots veulent
dire ? Tous ces mots sont des concepts philosophiques et scientifiques précis qui
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demandent un long détour théorique pour être correctement compris. Il se trouve


que travailler sur les mots c’est justement le propre de la philosophie. En étudiant
la société, un militant formé ne sera pas perdu face à ces questions et saura y
apporter des réponses efficaces. Il ne dira plus que le problème c’est « Macron
et les riches qui volent les plus pauvres » mais que c’est « la plus-value extorquée
du surtravail de la classe prolétarienne par la classe bourgeoise » (par exemple).
Il pourra comprendre et déconstruire le discours de l’idéologie dominante (5) et
donc démonter objectivement (et non par simple ressenti subjectif) les arguments
fallacieux de ceux qui soutiennent le capitalisme. Il ne sera pas désarmé contre
ceux qui soutiennent par exemple que le monde n’existe que dans nos pensées,
que la lutte des classes n’existe pas, qu’il y a toujours eu des riches et des pauvres,
que l’homme est mauvais par nature etc. Toutes ces thèses sont autant de discours
philosophiques qui demandent une bonne formation pour être déconstruits. Un
militant qui se ferait désarçonné au premier argument un peu travaillé qu’il rencontre
n’est pas un militant capable de soutenir correctement son action politique et est
voué à l’abandonner au profit d’un contre discours, faute d’avoir su le maitriser.
D’où le confusionnisme que nous constatons actuellement parmi les militants de
toute organisation, qui pense puiser « du vrai » ici et là, sans structuration efficace
et efficiente.
​En faisant ce détour par l’abstraction, le militant formé apprend à se saisir du monde
comme il est et non comme il le perçoit. Il est d’autant plus efficace dans la lutte car
en sachant de quoi il parle, il a une meilleure compréhension de la situation. On dit
qu’il a fait l’analyse concrète de la situation concrète (4). Marx, Engels et Lénine
ont tous, longuement étudié la philosophie et les sciences avant de se plonger en
politique et c’est ce qui a fait leur force. Il est impensable de faire une révolution
sans nous connaître nous-même et le monde qui nous entoure, au risque de n’être
qu’un révolté, quelqu’un qui s’agite mais qui ne fait rien de concret et d’efficace.
Cette connaissance de soi qui structure l’esprit et donc la pratique, ne se réalise pas
d’un claquement de doigts, elle a besoin d’un long processus intellectuel pour être
acquise. Ainsi la philosophie n’est pas une discipline purement contemplative que
pratiqueraient seulement quelques individus coupés du reste de la société mais bel
et bien une invitation à mettre en pratique, tous ensemble, une conception juste et
scientifique du changement que l’on veut voir advenir dans le monde, la pratique
enrichissant à son tour la théorie en lui montrant où elle a fait des erreurs. Lénine
disait « Pas de pratique révolutionnaire sans théorie révolutionnaire » (6).

2 Les bases de la philosophie marxiste nommée le


matérialisme dialectique et historique

​ ) Une philosophie de l’action


a
​Le marxisme-léninisme a un objectif politique qui vise la construction d’une société
sans classe, l’abolition de l’appareil d’Etat bourgeois, la souveraineté sur la valeur
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économique et les affaires de la nation par et pour les travailleurs et enfin la fin
de la division du travail, ce qu’on synthétise dans le concept de communisme. Le
communisme c’est ce qui nous est commun à tous en tant que travailleurs de tous les
pays et en tant qu’être humain. La révolution communiste nous est donc commune à
tous, ainsi doit en être la théorie qui nous permettra de nous mettre d’accord sur les
choix à faire dans cette révolution. Par ailleurs, le communisme est non seulement
une quête mais aussi une réalisation concrète, un « déjà-là » qui se constitue comme
l’abolition de la classe dirigeante en tant que classe et de ses institutions. C’est par
exemple, ce que les communistes de 1946 ont construit avec le C.N.R. Cela n’a rien
d’utopique au sens où cela n’existerait nulle part si ce n’est dans l’esprit de ceux
qui le proclament. Au contraire, le mouvement communiste puise sa force dans ce
qui existe déjà en acte et doit être poursuivi : services publics, régime général de la
sécurité sociale, retraites, cotisations sociales etc.
​Pour ce faire, elle doit être objective, claire et dynamique. La philosophie marxiste
s’oppose aux philosophies qui figent le réel et nous empêchent de penser en avant.
Pour Marx et Engels c’est peut-être l’histoire qui fait l’homme mais ce sont aussi
les hommes qui font l’histoire. L’histoire n’est pas un bloc figé dans le temps, les
sociétés évolues, entrainant avec elles les mœurs, la technique, la connaissance
et les idées politiques. Les sociétés étant des groupes de plusieurs individus c’est
l’ensemble de tous ces individus qui font évoluer les sociétés avec leurs propres
actions collectives. On appelle cette philosophie le matérialisme dialectique et
historique.
La philosophie que nous combattons, au contraire, pense que les sociétés n’ont
pas évoluées et qu’elles n’évolueront pas, qu’il y a toujours eu des riches et qu’il
y aura toujours des pauvres. Elle défend les intérêts d’une minorité qui profite de
notre travail à nous, la classe majoritaire. On regroupe généralement toutes ces
philosophies derrière les appellations d’idéalisme et de métaphysique. Ces termes
sont génériques et nous permettent surtout d’agir, malgré les nuances qu’il serait
bon d’apporter.

b) L’idéalisme
L’idéalisme est arrivé en premier dans l’histoire de la philosophie pour des

raisons anthropologiques diverses qu’a exposé Engels dans ses ouvrages
(7). Malheureusement nous n’avons pas le temps de faire toute l’histoire de la
philosophie, ainsi nous allons faire un saut de plusieurs centaines d’années et étudier
la philosophie de l’évêque Berkeley. Les idéalistes considèrent que le monde, les
choses qui nous entourent, que l’on perçoit, n’existent que dans notre conscience,
ils sont tous le produit de nos idées ! Si cette conception du monde peut nous faire
sourire elle n’en reste pas moins très dangereuse car très puissante d’un point de
vue argumentatif ! Pour Berkeley (8) le monde existe mais uniquement dans nos
idées, il prend l’exemple de la température variable d’un verre d’eau. Prenez trois
récipients, remplissez en un à température médiane, un autre avec de l’eau très
froide et un autre avec de l’eau très chaude. Trempez un doigt de chacune de vos
mains dans les verres chaud et froid puis plongez les ensuite dans le verre restant.
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Vous aurez alors l’impression que l’eau est à la fois chaude et froide en même temps
! Ce qui est complètement contradictoire, une chose ne peut pas être dans deux
états différents à la fois. Berkeley en conclu que le verre d’eau n’existe que dans nos
idées car, elles peuvent être contradictoires.
Tout serait une projection de notre esprit et nous ne serions sûrs de rien quant à
l’existence de tout ce qui nous est extérieur, autrement dit la seule certitude que l’on
pourrait avoir c’est que l’on existe, ce qui conduit à ce qu’on appelle le solipsisme
qui consiste à se considérer comme seul être dont on peut être sûr de l’existence
dans le monde. Les idéalistes justifient leur proposition d’un esprit séparé de la
matière par l’existence de Dieu (ou esprit en dehors de ce monde) comme pur
esprit primordial qui aurait donné naissance à toute chose dont l’esprit humain
qui serait une partie de son souffle. Avec l’hypothèse de Dieu c’est l’esprit qui est
premier sur la matière, que ce soit dans la cosmogonie (la création du monde) ou la
perception que nous en avons.
Récapitulons les thèses des idéalistes (de manière générale et résumée) :
1) Le monde n’existe que par nos perceptions trompeuses.
2) Nous ne sommes sûr de rien, hormis notre existence.
3) Dieu est un esprit à l’origine de toute chose, dont l’âme nous permet d’en
appréhender le monde.

c) Le matérialisme
Voyons maintenant la critique de la philosophie opposée, la philosophie matérialiste.
Effectivement le chaud et le froid sont des propriétés qui sont relatives à la personne
qui les perçoit. Toutes les idées qui servent à penser ce qui est grand ou petit, loin
ou près, bon ou mauvais se définissent toujours en relation avec la subjectivité qui
les pense, elles ne sont donc pas objectives ; elles ne servent qu’à produire des
jugements de valeur. Les jugements de valeur ne nous donnent d’information que
sur les personnes qui les prononcent et non ce sur quoi ils les prononcent. Spinoza
écrira que « l’idée que Paul a de Pierre indique plutôt la constitution du corps de
Paul que la nature de Pierre ».
Jusque ici Berkeley à raison, mais c’est sans compter les progrès que la science nous
a apporté quant à ce qui est mesurable dans le réel. Pour faire des observations
physiques, et donc étudier la matière, il nous faut des unités de mesures objectives
à même de nous donner les données les plus justes possibles sur ce que l’on étudie.
C’est ce qu’on appelle un jugement d’existence. Ainsi, un scientifique n’étudie
jamais le verre d’eau d’après ses sensations mais selon des calculs indiquant à
combien de degrés la température se trouve ; 50°C, ce ne n’est ni chaud, ni froid,
c’est 50°C. Nous pouvons donc connaître le réel même si notre entendement (la
manière par laquelle on analyse le monde) se trompe sur les interprétations qu’il
peut faire des informations que lui donnent les sens.
Il ne reste donc aux idéalistes plus qu’un seul argument, c’est celui du Dieu-Esprit
primordial et créateur de toute chose. La science a prouvé que c’est grâce à notre
cerveau que nous avons la possibilité de penser. On peut donc affirmer, sans
tomber dans le piège du neuro-positivisme qui affirme qu’il n’y a pas d’esprit, que
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c’est la matière qui fonde la condition objective de l’existence d’une conscience. Il


n’y a donc pas d’esprit sans cerveau. Comme tout ce qui est composé d’atomes,
le cerveau ne peut exister que dans l’espace et le temps, il ne peut donc exister
dans le néant. Les idéalistes affirment quelque chose d’impossible quand ils posent
l’hypothèse d’un Dieu préexistant à l’espace et au temps car il aurait besoin d’un
cerveau pour penser, or celui-ci ne pourrait exister.
Le matérialisme prend donc le contre-pied de l’idéalisme et affirme que ce qui est
premier c’est la matière et qu’ensuite vient l’esprit. À la question « d’où viennent
nos idées sur le monde ? », les matérialistes répondent que c’est d’abord par notre
expérience du monde que nous nous forgeons nos premières représentations de
celui-ci, c’est la méthode empirique. S’il est envisageable de parler d’Esprit ce serait
plutôt sous des considérations immanentes et intrinsèques à l’histoire humaine que
comme chose transcendante et existante par-delà le monde matériel.
Il est à noter que ce concept de représentation est très important. Le monde est
d’abord perçu de manière concrète puis rendu abstrait au sein de l’esprit par un
processus de remémoration de la chose séparée de sa substance : c’est ce qui nous
permet de parler des pyramides d’Égypte sans jamais se trouver à côté d’elles. Ces
idées sont bien entendu le fruit d’un long échange entre la matière et l’esprit, s’il
nous est maintenant évident que l’idée de la table ne flottait pas de manière innée
quelque part dans notre cerveau, on peut trouver curieux de dire que c’est parce-
que l’homme a vu une table qu’il en a eu l’idée. En effet, les tables n’existent pas
dans la nature, alors comment l’homme as-t-il pu en avoir l’idée ? C’est d’abord
parce qu’il s’est servi d’une pierre ou d’un tronc pour poser coupelles et autres
récipients lorsqu’il en a eu le besoin, que la nécessité d’avoir une surface plane
reposant sur un ou plusieurs pieds s’est fait ressentir et il a donc commencé à en
confectionner etc. La pratique du monde donne naissance à des représentations
qui invitent à d’autres pratiques qui conditionnent d’autres représentations etc.

d) Le matérialisme mécaniste et la méthode métaphysique


Le second matérialisme, car il existait déjà une version de cette philosophie dans
l’antiquité (9), est appelé mécaniste. Malgré ses grands mérites, ce matérialisme
reste limité car il conçoit le monde comme une grande machine mécanique où
tout serait meut par un même mouvement qui se répéterait inlassablement. Nous
serions des machines totalement déterminées, à la manière des automates. La
grande erreur du matérialisme mécaniste c’est de faire abstraction de l’histoire
et du processus d’évolution des choses, tout n’est pas figé pour l’éternité, bien
au contraire. Par exemple, ces matérialistes expliqueront l’origine des idées en
disant que le cerveau sécrète les pensées comme le foie sécrète la bile. Enfin ils
étaient contemplatifs, c’est-à-dire qu’ils observaient la nature sans passer à l’action,
d’ailleurs ils n’avaient que faire de l’action des hommes sur le réel. Tout cela vient
du fait que le matérialisme mécaniste avait toujours pour base l’ancienne méthode
idéaliste de penser, à savoir la métaphysique.
Qu’est-ce que la métaphysique ? Elle est l’ancienne façon de faire de la philosophie
à laquelle s’oppose la méthode dialectique. La métaphysique a plusieurs principes :
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1) Le principe d’identité
2) Le principe d’isolement des choses
3) La division infranchissable des choses
4) L’opposition des contraires

Pour les métaphysiciens une chose doit toujours être égale à elle-même, autrement
dit A doit toujours être égal à A, B = B, C = C. Les choses sont identiques à elles-
mêmes, elles ne changent pas. Ce qui donne des conclusions comme : les hommes
sont égoïstes = les hommes ont toujours été égoïstes (c’est dans la « nature humaine
» supposent-ils). Penser comme cela c’est nier que les choses possèdent leur propre
histoire. Si les hommes sont égoïstes, il faut, avant d’affirmer qu’ils l’ont toujours
été, le vérifier historiquement. Or justement, les travaux des paléoanthropologues
montrent qu’il n’en a pas toujours été ainsi et que c’est l’apparition de la propriété
privée qui va générer une forme d’égoïsme.
Ensuite la méthode métaphysique va isoler les choses dans l’étude qu’elle fait du
monde. On peut le constater très bien à l’université. Vous avez le choix d’étudier
la philosophie, la psychologie, l’histoire, l’économie, la biologie, la linguistique,
l’anthropologie et tout un tas d’autres choses, mais cela n’est jamais ou très rarement
enseigné dans le même temps, de manière transdisciplinaire. Tous ces domaines se
recoupent et c’est tout à fait normal puisque le réel est un, c’est un tout indivisible.
Fragmenter comme cela l’étude du réel c’est en perdre la substance. Là-encore,
l’étendue du savoir actuel est trop vaste pour un seul homme, mais nous pourrions
néanmoins envisager une fragmentation moins caricaturale et surtout une forme de
travailleur collectif pour remédier à cela.
Il découle naturellement de ces trois points qu’ils ont en horreur les contradictions,
nous l’avons déjà vu avec Berkley. Pour les métaphysiciens une chose ne peut pas
être elle-même et son contraire. C’est un principe logique est ce qui est logique
relève de la forme (formalisme). Nous pouvons dire d’un énoncé qu’il est logique,
par exemple : j’ai été au marché hier ; quand bien même le contenu de cet
énoncé n’est pas vrai pour autant. La validité logique n’est pas toujours (mais peut
évidemment l’être) en adéquation avec la vérité. Par ailleurs, quelque chose de
contradictoire se dit d’une relation logique, contraire d’une relation réelle. Ainsi a
priori, deux contraires peuvent être en même temps (au même moment) en fonction
d’un référentiel (noir et blanc, chaud et froid, comme nous l’avons vu). En revanche
deux contradictions (noir et non-noir, pluie et non-pluie) s’excluent mutuellement
dans la logique formelle. Néanmoins, dans le réel ce qui est formellement juste
peut s’avérer faux. Ainsi, le faux et le vrai, ces deux concepts qui nous semblent a
priori opposé se rejoignent en fait dans leur devenir, c’est-à-dire dans leur propre
processus. En effet si l’on connaît le vrai nous connaissons nécessairement ce qui
est faux puisqu’il est tout ce qui ne se rapporte pas au vrai. Si nous jetons un œil
à comment nous parvenons au vrai, on observe qu’il faut toujours passer par le
faux avant de l’atteindre. Nous avons tendance à rire des conclusions qu’ont tiré
les premiers hommes qui se sont lancés dans l’étude des choses, pourtant, à leurs
yeux, les observations qu’ils avaient faites étaient justes. C’est parce-que d’autres
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après eux se sont rendu compte de certaines incohérences avec le réel dans leurs
théories qu’ils ont pu réajuster ces observations pour les rendre plus justes, et ainsi
de suite, jusqu’aux conclusions que nous tirons aujourd’hui en science moderne
– qui seront d’ailleurs, vraies, mais toujours provisoires, en sciences dites exactes
comme en sciences humaines. L’objectivité d’un fait ou d’une théorie tient au
moment historique qui la contient.

e) Le matérialisme dialectique
Marx et Engels ont su conserver les apports du matérialisme mécaniste tout en le
dépassant grâce à la méthode dialectique héritée du philosophe (officiellement,
idéaliste) Hegel. La dialectique, tout comme la métaphysique est constituée de
plusieurs lois que nous allons étudier.
La première loi affirme que « tout est en mouvement », on étudie donc les
choses du point de vue de leur changement. Par exemple pour étudier une pomme,
en plus de l’étude métaphysique qui étudie son poids, sa couleur, sa composition
et qui la compare aux autres fruits, nous allons constater que la pomme a une
histoire, qu’elle vient d’un pommier qui a donné une fleur puis une pomme verte,
puis elle a mûrit avant de pourrir. La pomme a donc un devenir, elle a en elle-
même un processus qui la transforme totalement. Ce changement est purement
naturel puisqu’il appartient à la chose en elle-même, c’est cet auto-dynamisme qui
le rend dialectique. En revanche le changement du tronc d’arbre en crayon est un
changement mécanique car il implique une activité extérieure.
La deuxième loi affirme « l’action réciproque des processus ». Si le réel est une
totalisation en cours, c’est que, d’une certaine manière, « tout est lié » pourrait-on
dire en caricaturant. Le chercheur dialecticien, s’il pousse jusqu’au bout son étude
de la pomme en viendra à se demander d’où vient le pépin qui a fait pousser le
pommier, puis s’il est dans un verger, pourquoi des hommes en ont fait poussé un,
dans quel état est le sol etc. L’ensemble des processus s’influencent les uns les
autres.
La troisième loi affirme qu’il y a une « union des contraires », on l’a étudié tout
à l’heure avec l’opposition du vrai et du faux. Les égyptiens de l’antiquité croyaient
que le soleil était un dieu qui chaque jour passait sous un tunnel sombre et c’est
ce qui donnait la nuit. Ensuite nous avons découvert qu’il était seulement un astre,
mais qu’il passait bien en dessous de la terre avant de comprendre que c’était elle
qui tournait autour de lui et non l’inverse. La pomme contient en elle-même sa
contradiction dans la pomme pourrie, on pourrait dire la « non-pomme », la pomme
qui n’existe plus. Il existe donc des forces antagonistes au sein de toutes choses,
une force d’affirmation et une autre de réaction (retour en arrière) qui valide ou non
l’état d’une chose. Ces forces luttent entre elles pour l’existence ou la destruction
de leur chose, c’est la contradiction la plus forte qui l’emporte.
Cette lutte suit relativement le même schéma que l’on nomme : affirmation
ou position, négation, négation de la négation, on dit aussi thèse, antithèse,
synthèse. Par exemple, l’œuf est l’affirmation, le poussin la négation de l’œuf et la
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poule la négation de la négation qu’est le poussin. Il y a dans l’œuf la force « œuf


» qui est la force réactionnaire et la force « poussin » qui est la force d’affirmation,
puis la force « poussin » devient à son tour réactionnaire et c’est la force « poule »
qui devient affirmative. Attention tout de même, ici la négation est une négation
dialectique, elle n’est pas pure annihilation, mais bien plutôt un dépassement («
toute détermination est négation », a dit Spinoza). Hegel appelait ce phénomène
« aufhebung », c’est un concept difficilement traduisible en français, ce qui s’en
rapprocherait le plus étant « conservation-dépassement » : la pomme est sans cesse
conservé, puisque ce qu’elle est contient ce qu’elle a été et dans le même temps
dépassé puisqu’elle cesse d’être ce qu’elle a été pour que devienne la pomme
pourrie.
Enfin la quatrième loi affirme que « c’est l’accumulation de changement
quantitatifs qui produisent un saut qualitatif ». Les changements dans les choses
ne se font pas de manière soudaine, s’ils sont brusques ils ne sont pas moins
dépendant d’un tas de petits changements. Par exemple dans le cas de l’eau que
l’ont fait se transformer en vapeur à 100°C, il faut d’abord que la température
augmente progressivement avant de s’évaporer, c’est l’accumulation de tous ces
petits degrés qui va produire la transformation. En résumé nous pouvons dire que
les principes de la dialectique sont :
​1) Mouvement et transformation
2) L’action réciproque
3) L’unité des contraires
4) Le passage du quantitatif au qualitatif par accumulation

Il est important de maîtriser cette méthode car elle est pour ainsi dire la méthode
même du réel. Le matérialisme dialectique est ce qui pour l’instant nous permet au
mieux de connaître le monde. Ce ne sont pas nous les marxistes qui plaquons le
matérialisme dialectique sur le réel mais le réel qui nous oblige à être matérialiste

11
sous sa forme dialectique et historique.

La critique de l’économie politique

1 Critique de l’économie comme science

a) Le mythe de l’homme économique


Le libéralisme repose sur un mythe, celui du droit naturel à la propriété. Après la
révolution de 1789 la bourgeoisie à su imposer le droit à la propriété privée comme
naturel. C’est-à-dire que la propriété est devenue un droit inaliénable acquis à la
naissance. Ainsi la richesse est vue comme naturelle, les plus riches sont les plus
riches par nature car leur propriété leur revient de droit. Il devient donc difficile pour
1 Manuel officiel n°1 - IHT 12

la classe ouvrière de remettre en cause le fait que la classe bourgeoise possède à


elle seule l’ensemble des moyens de production, c’est-à-dire les infrastructures qui
nous permettent de produire. Aussi, la classe dominante, inconsciemment le plus
souvent, tend à nous faire entendre que les choses sont telles qu’elles sont parce
que c’est naturel.

b) L’économie n’est pas une science


La classe bourgeoise se hisse donc en classe dominante et peut donc mieux rependre
sa vision du monde, comme le disait Marx « les idées dominantes sont celles de la
classe dominante » (10). Elle a imposée l’idée que l’économie était soumise à des
lois naturelles immuables semblables aux lois physiques. En vérité la bourgeoisie ne
fait que délivrer un discours idéologique pour légitimer le capitalisme. C’est pour
cela que Marx n’a jamais proposé une nouvelle économie mais une critique de
l’économie politique en affirmant que son œuvre, le Capital était « certainement le
plus terrible missile qui ait encore jamais été lancé à la face des bourgeois ».

c) La lutte des classes


L’homme a besoin de produire pour pouvoir consommer (11). Toute société
organise la production des biens nécessaires ou non à sa continuation d’une
façon donnée, c’est ce qu’on appelle un mode de production. Suivant le rapport
qu’auront les individus de cette société à la propriété des moyens de productions
elle sera divisée ou non en classes sociales. Dans une société de classe comme
le capitalisme, une classe minoritaire, la bourgeoisie (les 1% - pour aller vite
dans ce manuel qui est une introduction), est propriétaire à titre privée des
moyens de production où elle y fait travailler la classe majoritaire, celle des
prolétaires (99% - Ceux qui n’ont d’autres choix pour survivre que de se vendre
sur un marché du travail). Une classe sociale se définit d’abord sociologiquement
suivant le rapport qu’elle entretient avec la propriété des moyens de production.
On peut donc compter un certain nombre de classes sociales, Marx en comptait
sept à son époque. Philosophiquement on définit une classe suivant son taux de
consommation comparé à son taux de production pour faire ressortir les inégalités
les plus grosses qui sont le moteur des contradictions qui font avancer l’histoire.
Ainsi deux classes sociologiques ressortent, celle du prolétariat et celle de la
bourgeoisie. La bourgeoisie est propriétaire des moyens de production et y fait
travailler pour son profit la classe des prolétaires qui ne possèdent que leur force
de travail à revendre contre un salaire qui n’est là que pour renouveler leur force
de travail.
La lutte des classes c’est cette contradiction fondamentale entre une classe (la
bourgeoisie - 1%) qui consomme plus qu’elle ne produit puisqu’elle possède
des moyens de productions et une classe (le prolétariat - 99%) qui produit
plus qu’elle ne consomme se faisant extorquer les fruits de sa production par la
bourgeoisie. On dit que la lutte des classe est le moteur de l’histoire car, nous
l’avons vu dans notre étude de la dialectique, toutes contradictions se dépassent
tout en se conservant. On constate au fil de l’évolution des modes de productions
1 Manuel officiel n°1 - IHT 13

une évolution progressive vers le communisme que nous avons défini plus haut.
L’histoire a bel et bien un sens et une fin dont le moteur est la lutte des classes. Ce
sens c’est celui de la liberté. Hegel dans sa Phénoménologie de l’Esprit expose la
dialectique du maitre et de l’esclave qui nous montre que l’esclave, tout aussi
esclave qu’il soit, rend son maitre dépendant du travail qu’il produit pour lui.
L’esclave, par le travail transforme le monde et se transforme. Quant au maître il
est en réalité esclave de l’esclave car incapable de transformer le monde (se nourrir
par lui-même, sortir les poubelles, faire fonctionner une usine, des services etc.). Le
travailleur est celui qui sait produire, il n’a plus qu’à le faire pour lui-même pour se
réaliser. Etienne de la Boétie écrivait « Cessez de servir et vous voilà libre.» (12)

2 La théorie de la valeur et de la plue-value

a) D’où vient la valeur d’une marchandise ?


Là-encore ce manuel se veut une brève introduction qui se doit d’aller uniquement
à l’essentiel. Par la suite, vous pourrez vous documenter davantage.

Marx commence son plus célèbre ouvrage, Le Capital, en étudiant ce qu’est une
marchandise en partant de l’idée que le capitalisme peut se concevoir comme «
une immense accumulation de marchandises » (13). Une marchandise est un
bien matériel ou immatériel (services) ayant pour but la satisfaction d’un besoin
humain produit pour la vente. Il y a donc dans la marchandise une double valeur.
Une valeur d’usage qui réside dans l’utilité ou le besoin qu’en a l’acheteur. Mais elle
a aussi une valeur d’échange car une marchandise est toujours échangée contre
une autre marchandise ou un équivalent monétaire. Marx se demande alors d’où
vient l’équivalence entre des marchandises diverses ? Entre un ticket de métro et
un stylo à bille par exemple.
Ce qui fait cette valeur c’est la quantité de travail humain socialement nécessaire
qui y est incorporé. Plus une marchandise demandera de temps pour être
socialement produite, c’est-à-dire en général, plus elle aura de valeur. C’est cette
valeur marchande, mesurée par la quantité de travail qui sert d’équivalence entre
les marchandises. Le temps de travail n’est pas à concevoir de façon métaphysique,
il est objectif et mesurable. De même il comprend la rareté, qui dépend du temps
de travail social nécessaire à extraire ou produire un bien etc. Le fait que la valeur
d’une marchandise soit déterminée par le temps de travail qui y est incorporée est
une convention politique capitaliste, ce n’est pas une loi universelle.
1 Manuel officiel n°1 - IHT 14

b) Salaire et plus-value
L’intérêt du bourgeois c’est de faire du profit, il a donc besoin d’une marchandise
qui lui coute moins cher que ce qu’elle lui rapporte. Pour cela il a besoin d’une
marchandise capable de produire de la valeur économique. Il se trouve que le
prolétaire est celui qui dispose cette fameuse marchandise, c’est la force de travail.
Le capitaliste va payer au prolétaire sa force de travail à son exact valeur. Mais
qu’elle est la valeur de la force de travail ?
La valeur de la force de travail c’est la somme des biens nécessaires à son
renouvellement. En d’autres termes sa valeur c’est tout ce qui permet au travailleur
d’être vivant le lendemain pour aller retravailler pour le capitaliste. On mesure
cela en additionnant les biens de subsistances (nourriture, eau, loyer), biens
d’équipements (voiture, machine à laver, frigidaire, maigres divertissements). Ceci
n’explique pas encore comment se forme le profit. Il nous faut pour cela étudier la
journée de travail. Prenons un exemple à des fins d’explication, ce qui nécessite
de vulgariser quelque peu : mettons qu’un travailleur aie une journée de travail de
10 heures. Les marchandises que produit ce travailleur ont une valeur telle qu’au
bout de 5 heures il a produit assez de marchandises pour atteindre l’équivalent de
la valeur de sa force de travail. Son salaire, qui ne paye que le renouvellement de
la force de travail, ne payera donc que ces 5 premières heures, les 5 dernières sont
donc impayées. Toute la valeur produite pendant cette période de la journée de
travail où le travail produit une valeur qui excède la valeur de sa force de travail, est
empochée directement par le capitaliste. Si le travailleur a une force de travail de
1000 €, qu’il produit cet équivalent en marchandise en 15 jours, il sera payé 1000 €
par mois et travaillera gratuitement à hauteur de 1000 € de plus pour le patron. Si le
travailleur touchait la valeur réelle qu’il a produit pendant 1 mois, il toucherait 2000
€ et non 1000 €, la moitié restante est extorquée par le capitaliste qui lui n’a rien fait
du tout ! On appelle ce phénomène l’extorsion de la plus-value.

3 Les contradictions fondamentales du capitalisme et la baisse


tendancielle du taux de profit moyen

a) Les machines ne produisent pas de valeur


L’une des autres caractéristiques fondamentales du capitalisme c’est la concurrence.
Plusieurs capitalistes peuvent produire et vendre le même type de marchandises
sous une marque différente. Deux capitalistes producteurs de téléphones sont
en compétition sur le marché du téléphone. Pour rester dans la course ils ont
besoin de constamment innover autant sur le plan technique que sur les moyens
d’augmenter la plus-value. Ainsi ils vont introduire les machines qui produisent plus
vite et donc une plus grande quantité de marchandises disponibles à la vente. C’est
ce qu’on appelle du capital constant car c’est un capital investit par le bourgeois,
1 Manuel officiel n°1 - IHT 15

contrairement au capital variable représenté par le salaire versé à l’ouvrier.


Ainsi la part des machines dans l’entreprise va augmenter contrairement à la part
d’ouvrier, mettant ceux-ci au chômage. Cependant la machine, elle, ne produit pas
de valeur économique. Elle ne fait que transmettre sa propre valeur à la marchandise.
De plus la machine demande des frais d’entretiens et surtout elle ne peut être
produite que par du travail humain.

b) Les crises
Le taux de profit, véritable boussole du capitaliste est la somme de plus-value
rapportée, divisée, par l’ensemble du capital avancé pour la production. La hausse
du capital constant et la baisse du capital variable va avoir pour effet, puisqu’il n’y a
que le travail humain qui produit de la valeur, de faire baisser le taux de profit
du capitaliste. Puisqu’il fait moins de profit par produit vendu il va donc se mettre
à produire plus de marchandise pour essayer de rattraper cette baisse de profit.
Les bourgeois vont donc commencer à suraccumuler un capital qu’ils ne peuvent
plus investir et surproduire des marchandises qu’ils vont vendre en dessous de leur
valeur jusqu’à vendre à perte et faire faillite.
Ces crises cycliques du capitalisme sont à l’origine des guerres impérialistes, de
l’exploitation des pays anciennement colonisés, du chômage structurel et de
l’immigration non choisie. La baisse tendancielle du taux de profit, comme son nom
l’indique, décrit une baisse tendancielle, c’est-à-dire générale et non systématique.
C’est pour cela qu’on a pu observer des remontés du taux de profit à certaines
années, mais il finit toujours par rechuter.

c) La nécessité de la lutte des classes


Le capitalisme est un frein objectif au développement humain. Il est à l’origine de
l’exploitation de l’homme par l’homme, de la catastrophe écologique que nous
vivons, du racisme et du sexisme. Comme à chaque époque, il nous incombe
aujourd’hui à nous prolétaires de rentrer sur le ring de l’histoire et de faire balancer
le match de notre côté. Ce côté c’est le côté de l’humanité toute entière car nous
somme la classe majoritaire.
Mais pour cela nous devons endosser l’héritage qui est le nôtre. Non seulement
l’héritage pratique des révolutionnaires de tous les pays, de l’URSS jusqu’aux
conquêtes glorieuses du prolétariat français et de la résistance sur le terrain de la
pratique de la valeur. Mais aussi, et surtout, l’héritage théorique de Marx, Engels,
Lénine et toute la philosophie de Platon à Clouscard, que nous devons prolonger
pour mener à bien le destin de l’humanité.
1 Manuel officiel n°1 - IHT 16

Conclusion

A
Au terme de cette introduction, vous
pouvez mesurer l’importance de la théorie
politique et surtout de sa fusion avec
l’action politique, l’une et l’autre devant
être inséparables. C’est ainsi d’ailleurs que Marx a pu
écrire : « Nous avons la ferme conviction que le véritable
danger n’est pas dans les tentatives pratiques, mais
dans la réalisation des idées communistes à partir de
la théories. En effet, on peut répondre par des canons
aux tentatives pratiques, même si elles sont effectuées
en masse. » Cela ne signifie pas que la théorie nous
apparaît comme tombée du Ciel par miracle. Au
contraire, elle est la résultante des conditions de vie
objectives et du présent que nous connaissons et
c’est à partir de là que nous pouvons être en mesure
de penser et de transformer le monde.
Ainsi, armé de ces outils, une structure d’avant-garde
qui doit exister nécessairement, doit être la fusion
du mouvement ouvrier et de l’entreprise théorique
scientifique qui rend possible la conscience de classe
et la transformation des rapports de forces. Ce que
nous construisons est au service du parti de la classe
révolutionnaire en acte. Si ce parti n’existe plus ou
pas encore, il est de notre devoir de le rendre de
nouveau possible. C’est là une tâche lourde et difficile
que le présent nous incombe mais à laquelle nous
devons impérativement répondre sans quoi le monde
de demain ne pourra plus connaître que les jours
malheureux.
Par ailleurs, être à l’avant-garde ne doit jamais se
confondre avec le fait d’élaborer quelques vagues
théories dans une tour d’ivoire. Bien au contraire,
cela doit se construire à partir de l’analyse concrète
de situations concrètes, au quotidien, avec la classe
révolutionnaire (99%). C’est ainsi que l’I.H.T ne manque
1 Manuel officiel n°1 - IHT 17

Conclusion

pas à la tâche qui lui revient d’être présent aussi sur


le « terrain » comme le dit la langue populaire. Ces
liens sont indispensables à l’élaboration future d’une
théorie-pratique effective.
Enfin, se serait être profondément idéaliste que de
décréter notre existence comme relevant proprement
des ambitions des masses. S’il n’en n’est encore
rien, nous devons en avoir conscience et travailler
activement à la pleine réalisation matérielle de ce qui
pourra devenir une conscience réelle et collective.

Loïc Chaigneau · Aurélien Bähler


Mise en page - Ludovic M

1 : Platon, Le Banquet
2 : Kant, Critique de la raison pratique
3 : Kant, Critique de la raison pure
4 : Lénine, Le Communisme
5 et 10 : Marx, La conception matérialiste de l’histoire
6 : Lénine, Que faire ?
7 : Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique
allemande
8 : Berkeley, Trois dialogues entre Hylas et Philonous
9 : Epicure, Lettre à Hérodote
11 : Platon, Protagoras
11 : Clouscard (Michel), L’Être et le Code
12 : Boétie (Etienne de la), Discours de la servitude volontaire
13 : Marx, Le Capital

Loïc Chaigneau est président de l’I.H.T


Aurélien Bähler est membre du bureau national et secrétaire régional
Ludovic M est membre du bureau national et designer graphique