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Resume

L'analyse structurelle de la colonne Trajane menee ici decoupe la frise en cinq campagnes, dont
trois (campagnes 1, 3 et 5 ; Trajan loricatus dans un contexte militaire) presentent la conquete
de la Dacie ; les deux campagnes intermediaires developpent dans ce cadre un discours
complementaire, dont la romanisation des Daces est l'aspect principal (campagne 4 ; Trajan en
tunique au contact de togati romains et de Daces). Le recit peut donc etre reduit a deux
moments : debuts de la conquete (spires 1 a 3) ; aboutissement de la conquete (spires 12 a 15).
Or, les deux points nodaux du recit sont disposes en fonction de leur environnement (le sol ; les
terrasses a l'etage des bibliotheques adjacentes). La lisibilite des reliefs de la colonne Trajane,
recemment au centre d'une polemique entre Paul Veyne et Salvatore Settis, serait donc
effective.

Abstract
The structural analysis of Trajan's column here conducted divides the frieze into five campaings,
of which three (campaigns 1, 3 and 5 ; Trajan loricatus set within a warlike context) present the
conquest of Dacia ; within this framework the two intermediary campaigns develop a
complementary discourse, whose major aspect is the romanisation of the Dacians (campaign 4 ;
Trajan wears a tunic and stands in close contact with togati Romans and Dacians). The narrative
can therefore be reduced to two moments : the early stages of the conquest (whorls 1 to 3) ;
the completion of the conquest (whorls 12 to 15). Now the two nodal points of the narrative are
so placed as to fit the environment (the ground level ; the terraces at the level of the adjacent
libraries). The deciphering of the reliefs of Trajan's column, recently at the heart of a
controversy between Paul Veyne and Salvatore Settis, could thus be effectively carried out.
La Colonne Trajane: Lisibilite, Structures et Ideologie1

Martin GALINIER
(Universitâ de Perpignan)

Les deux cents mfctres de frise de la colonne Trajane, enroulâs en vingt trois spires, sont,

1
La premifcre version de cet article a tvt rddigde en 1990 et ne tient pas compte, du moins
autant qu’il le faudrait, des publications post£rieures â cette date. Une thfcse de doctorat
sur «la colonne Trajane et les fomms impâriaux», soutenue en 1995, comble, nous
l'espârons, les lacunes du prâsent travail.

commons
depuis bientât un silele2, l’objet de nombreux travaux. Une des demifcres contributions soulăve
toutefois un point crucial : Paul Veyne, dans deux articles r^cents3, a mis s^rieusement en doute la
lisibiliti des reliefs de la frise.
"Sauf les deux premi&res spires, âcrit-il, ces reliefs sont indiscemables pour les spectateurs
(...). Au surplus, personne n’aurait envie de ddtailler ce grouillement râp^titif, ni ne pourrait suivre
ce compte rendu de campagnes militaires scanda par la conquete de bourgades barbares dont
personne ne savait ni le nom ni la position sur la carte. (...) On peut (...) douter que les Romains (...)
se soient pr6cipit6s vers ce spectacle pour s'y faire violer la conscience, en toumant pour cela vingt-
trois fois autour de la colonne, le nez en l'air. La colonne n'informe pas les humains, elle leur fait
seulement voir qu'elle proclame la grandeur de Trajan â la face du temps et du ciel"4.
Sans aucun doute, P. Veyne a raison lorsqu'il souligne l'aspect "monumental" de l'ensemble^.
Salvatore Settis convenait d'ailleurs qu'un empereur avec une si grande colonne, une si grande
statue, "merita sepoltura entro il pomerio"^. La magnificence du forum, tout comme la hauteur de
la colonne, affirmaient la grandeur de Trajan.
Cela suffit-il â rel6guer la frise au rang de d6cor subalterne ? Nous ne le croyons pas, et
pensons au contraire que les reliefs ont 6t6 organisăs en fonction d'un discours prdalable, discours
aislment accessible car dispos£ en fonction des spectateurs. Nous proposons donc, comme point de
dâpart, l'hypoth&se inverse de celle de P. Veyne : la lecture de la frise est possible dans sa totalit6.
Notre 6tude se situe dans la ligne măthodologique de Karl Lehmann-Hartleben, P. G.
Hamberg, Werner Gauer et Richard Brilliant plus r^cemment7, Salvatore Settis enfin. Le r£sultat
de ses travaux, annoncl par un article8, est â pr6sent disponible dans le volume La Colonna
TraiancP, qui comporte ăgalement l'"6dition photographique complete et ad6quate" de la frise, que
l'auteur appelait de ses vceux10.
Notre hypothâse de dăpart conduit â mener deux enquetes : l'une interne, qui concerne
l'organisation des reliefs ; l'autre externe, qui trăite des conditions de r£ception de ces memes
reliefs par un observateur.

Structures internes de la frise : Initium et Extremum

La frise ininterrompue, qui s’enroule sur vingt-trois spires autour de la colonne, s'£l£ve â
plus trente-quatre m£tres au-dessus du sol11. Elle reiate la conquete de la Dacie par l'empereur
Trajan. Militaire par son sujet, elle est traditionnellement divisăe en cinq campagnes.

D
"La colonne Trajane est, d'une certaine manifcre, de la propagande, mais justement pas

2
CICHORIUS 1896-1900. Pour une bibliographie recente plus complete, voir KOEPPEL
1992, 116-122.
3 VEYNE 1988 et 1990. VEYNE 1991 reprend ces deux articles et y rajoute un "post-
scriptum" (p. 338-342). Nous avions eu le plaisir d'assister aux sâminaires que Paul Veyne
a assurâ en 1988, sur le meme sujet, h l'Ecole des Hautes Etudes de Marseille.
4
VEYNE 1988, 4-5.
LA COLONNE TRAJANE 161

par son imagerie ; elle 1‘est par sa pr6sence et par la puissance qu'exprime sa redondance"
(id., 12).
6
SETTIS 1988, 56.
7
LEHMANN-HARTLEBEN 1926 ; HAMBERG 1968 ; GAUER 1977 ; BRILLIANT 1986.
8
SETTIS 1985.
9
SETTIS 1988, 45-255. Signalons aussi la r6ponse de S. Settis â la position de Paul Veyne :
SETTIS 1992.
10
SETTIS 1985, 1151. Ces photographies răcentes sont disponibles dans SETTIS 1988, 257-
546. Nous sommes cependant rest£s fîd&les au relevi de Salomon Reinach (REINACH
1909, 330-369), cela par commoditd : la pr6sentation complete d'une sc&ne ndcessite
plusieurs photographies dans l’ouvrage italien, impossibles â reproduire dans l'espace bref
d'un article. Nous reprenons de meme la num6rotation de C. Cichorius et K. Lehmann-
Hartleben, consacrăe par l'usage (reliefs d6compos£s en 155 "scfcnes”).
11
COARELLI 1994, 85, donne le chiffre de 29,78 m pour le scul fflt, auquel il convient
d'ajouter les 5,40 m de la base.
Cette organisation se voulait, dans la pensie des premiers chercheurs, historique, reflet des
diverses op^rations men6es en Dacie par Trajan en 101-102, puis 105-106 ap. J.-C.5. De fait, une
figure centrale scinde la frise en son milieu6-*; Une Victoire aii6e. Elle a pour fonction de couvrir
l'espace de trois ann6es qui separe Ies deux guerres. Faut-il pour autant interpr^ter toutes Ies
structures de la frise en termes historiques ?
K. Lehmann-Hartleben a d6montr6, et P. G. Hamberg apr&s lui, le caractere autre, non-
6v6nementiel du document; Reinhard Bode a insistâ sur la volontă de repr£senter, non des
paysages ou des actions r6alistes, mais des scfcnes exemplaires dont l'organisation rigoureuse
tresse un portrait de Trajan, de l'armăe romaine, et des Daces. Nous souhaitons proposer, â la suite
de ces chercheurs mais dans une optique un peu diffSrente, un nouveau critfcre d'organisation.
Notre division se base sur la similitude constatăe entre cinq groupes de sc&nes (p. 182, A).
Ces groupes combinent, et eux seuls, un certain nombre d’616ments. Seuls trois d'entre eux sont â
chaque fois pr^sents : le fleuve, la porte urbaine, et le motif de l'avance de l'arm6e au-delâ du
fleuve (r£unis dans la s€quence "passage").
Cette association, syst&nique car syst£matique, donne le sens : Ies cinq fois, il s’agit de
mat£rialiser un mouvement, le passage ou franchissement du Danube par Ies Romains, avec
comme point de dăpart une ou plusieurs portes monumentales.
La frise prâsente deux variantes du passage : â l'aide d'un pont (ou d'un pont de navires), pour
Ies premiere, troisi^me et cinqui&me campagnes (Fig. la-c) ; ou â l'aide de navires, avec une image
de navigation ou figure Trajan (Fig. 2-3) suivie d'une sc&ne de d£barquement, pour Ies seconde et
quatri&me campagnes7.

5
Voir CICHORIUS 1896-1900, 1I-III, et GAUER 1977, 42-45 et 51, pour une
restitution chronologique et cartographique des guerres daciques. Deux 6tudes,
parall&les â cel Ies de Salvatore Settis, insistent non sur la dimension documentaire de
la frise, mais sur le systfcme de valeurs qu'elle văhicule : HOLSCHER 1980, et BODE
1992.
*3 Scfcne 78, spire 12.
7
Prăcisons que le terme "campagne", avant d’etre une răalită historique, recouvre pour
nous la section de frise comprise entre deux passages.
Dans Ies deux cas, l'entrâe en Dacie est mat£rialis£e par le changement de rive et correspond
â l'entr^e en guerre. La modalitâ employ6e, passage sur un pont ou navigation, importe peu pour
l'instant.
Or, l’entr£e en guerre traditionnelle de l'art romain est la profectio, le d6part de l’empereur
depuis Rome. Absente de la colonne, de meme que le retour de l'empereur â Rome, Yadventus (voir
Fig. 4-5, pour des exemples emprunt£s â l'arc de Constantin8), cette sc&ne est remplacăe par une
image diffărente, mais tout autant spectaculaire : le passage du fleuve.
Quelle est la valeur de cette variante, et quel role joue-t-elle dans la perception que le
spectateur romain pouvait avoir du document ? Telles sont les deux questions prâalables auxquelles
nous allons essayer de răpondre.

Le th&me du passage des fleuves-frontikres n'est pas nouveau. Dfcs 98 ap. J.-C., Pline le
Jeune l'utilisait dans son Panegyrique, avec une intention avou£e : mettre en exergue les qualit£s
du nouvel empereur.
"Oseraient-ils [se plaindre des d6cisions romaines], ceux qui savent que tu [Trajan] as camp£
face aux peuples les plus făroces â l'6poque meme qui leur est le plus favorable et qui nous est le
plus contraire, quand le Danube voit ses rives râunies par la gel6e et que, durei par la glace, il peut
laisser passer sur son dos tout l'appareil de leurs exp&litions, quand ces nations sauvages sont
moins bien d£fendues par leurs armes que par leur ciel et leur climat ? D&s que tu 6tais tout prfcs,
comme si le cours des saisons avaient 6t6 interverti, les barbares se tenaient enferm^s dans leurs
repaires, et nos colonnes ne demandaient qu'â faire des incursions sur leurs rives
Le thfcme peut se lire au niveau rhâtorique, comme le suppose la comparaison employ^e par
Pline : le cours des saisons semblait "interverti" (si mutatae temporum vices essent) du seul fait de
la prdsence de l'empereur pr&s de la frontiere. II s'agit de compldter le portrait de Trajan, d'ajouter
une pierre â l'&iifice panegyrique que l'auteur a entrepris de construire. Un second niveau de
discours existe toutefois, que les premiers reliefs de la frise (sc&nes 1 â 3 ; Fig. 6), rarement
6tudi6s, permettent d’aborder.
Ces sc&nes reprennent le thfcme du fleuve-frontifcre. Elles pr£sentent, dans un espace en
expansion, un petit nombre d'616ments isol6s face aux spectateurs. Deux constantcs se d<5gagent.
La principale est formâe par les 616ments architecturaux : d’une image placâe sur la frontiere
(fermes "barbares"17, forts), l'on passe â une viile fortifice, puis â une viile priv£e de palissade,
laquelle comporte une porte monumentale, un arc.
Les soldats romains constituent le second £16ment râcurrent. Des gardes sur la frontiere, l'on
passe aux soldats qui chargent des navires, puis â l'arm6e qui franchit le pont.
L'association de ces deux llgments fait du passage une image de confrontation. L'arm^e passe
la porte urbaine et s'enfonce en Dacie. EUe traverse le fleuve et laisse derri&re elle Yimperium
romanum. Remarquons d'ailleurs que cette sc£ne d'avance couvre les faces ouest (le dieu Danube)
â sud-est de la colonne (les cavaliers sur la rive), ce qui laisse supposer que le mouvement amorcl
se poursuit au-delâ, vers la droite : soit les faces est et nord-est, la direction de la Dacie.

8
Identification reprise de SCOTT RYBERG 1967, Fig. 18-19.
LA COLONNE TRAJANE 163

Pline le Jeune, Pan., 12 ; voir aussi Pan., 82. 17


Brilliant 1986, 94-95.
Dans le mSme temps, la cit£-fronti£re sc&ne 3, point de d£part de la conquete, est transporte,
par la guerre et l'action de l'empereur, sur l'autre rive du fleuve. La românită selon Trajan se r£sume
â un constant mouvement d'avance vers la droite, cette premiere scdne donnant ainsi le programme
de la frise : la transformation progressive de la Dacie en provincia romana.
La vision inaugurale de la frontiere devait cependant surprendre le spectateur romain. Ce
demier, plac£ sur la rive barbare du fleuve, se trouvait dans la situation des Daces voyant Ies
16gions passer le Danube. Comment percevait-il cette situation, quelle valeur accordait-il â ce
renversement apparent du point de vue et, par lâ, aux images de passage qui suivent ?
Une valeur rh£torique tout d'abord, identique â cette adlocutio violemment anti- romaine que
Tacite met dans la bouche de Galgacus, chef Breton, peu avant la bataille du mont Graupius :
"Brigands dont le monde est la proie (...)• Emporter, massacrer, ravir, voilâ ce que dans leur faux
langage, [Ies Romains] nomment exercer l’empire"1®. A celle-ci rdpondait en effet une harangue
d'Agricola^.
Un jeu similaire ă'adlocutiones antagonistes se rencontre sur la colonne2^. Procedă identique,
mais fonction diffărente : nous pensons que la mise en situation iniţiale du spectateur de la frise, ce
renversement, est bien plus importante que Ies harangues rhătoriques du texte de Tacite ou de la
frise.
Elle correspond â ce que Louis Marin, dans un autre contexte, appelle avec justesse le
"commencement-origine" d'un type de r6cit particulier : le pan^gyrique â pretexte historique. "Le
point z6ro du commencement-origine [de ce type de răcit] sera un tableau synchronique, un etat,
entendu comme la composition immobile des forces affrontdes (...). Mais sur ce fond se dătachent
dâjâ Ies deux figures en face â face des protagonistes du conflit imminent"21.
Les scfcnes 1 â 3 sont ainsi â considdrer comme le prăambule n£cessaire de la guerre â venir.
Elles mettent en place le th£âtre des op£rations et les protagonistes, indiquent la guerre proche et la
frontiere â franchir. Dfcs lors, plac£ sur la "mauvaise" rive, l’observateur ressentait physiquement
la distance qui s£parait les deux mondes. Pr6par6 au mouvement d'avance (depuis la cit6 visible sur
les faces ouest et nord-ouest de la colonne) et aux sc&nes de passage qui rythment la frise, il
comprenait ces demi&res, non comme des images d'agression romaine, mais comme le
râajustement attendu, naturel, qu'impliquait sa position premiere.

^ Tacite, Agr., 30-32.


19
Tacite, Agr., 33-34.
20
Scfcnes 137 et 139 ; s’intercale lasc&ne de capturedu trasor de D6c6bale : sc6ne 138.
21
MARIN 1981, 62-63, commente le "Projet de l'histoire de Louis XIV"proposd â
Colbert par Pellisson en 1670.
Dăfinition prăalable du document, justification indirecte de la guerre et valeur â accorder â la
direction des spires courant vers la droite : tel serait le discours des premifcres images, de Yinitium
au sens latin du terme : â la fois "debut", "fondement" et "principe" du discours, mais aussi
"auspice" d'ouverture, qui oriente, de maniere non pas "sinistre" mais favorable et definitive, la
lecture.
Le renversement a deux autres avantages. II pr£sente d'abord la guerre, â la fois comme â
venir (dans le r£cit), et comme achev£e (pour le spectateur)9, puisque les premi&res sc&nes de la
frise r£sument pour le spectateur romain, en une vision inaugurale, l'ensemble des op£rations.
Enfin cette image de commencement-origine definit aussi, apr&s le type de răcit et le temps
narratif qu'il suppose, un certain type de spectateur2^.
Loin d'ăvoquer găographiquement le champ de bataille, les images initiales amorcent un
certain type de răcit et un certain type de lecture. Cette prăsentation prepare l'observateur au
discours et conditionne la lecture, lecture obligăe car aucune autre n'est possible : â base d'images-
r£sum6s, de mise en s£rie, de reprises qui forment des axes et s'assemblent en un discours, non
historique, mais ăpidictique.
Projetă dans le r£cit dfcs la premiere image, manipulă mentalement et physiquement, le
spectateur devenait de la sorte răceptible au discours proposă, discours manipula lui aussi, car
transformi, de supposă narratif, â assurăment ipidictique, et qui n'avait qu'un but: glorifier le
Prince2^.
Dbs lors, ce n'est pas seulement la hauteur de la colonne qui est signe immădiat de la
grandeur de Trajan, mais les images inaugurales de la frise, de la frontiere et du passage : images
qui sont, comme en convient P. Veyne, parfaitement visibles10.
L'examen vertical des cinq sc&nes de passage (p. 182, B) răvâle de surcroît que ces groupes
introductifs sont alignăs2^. Cette disposition favorise la lecture et permet au spectateur de repărer,
de spires en spires, Yinitium de chaque campagne, mais lui permet igalement de percevoir que
l'image d'avance, consecutive au passage, se fait toujours dans la meme direction : est/nord-est. Le
sens d'une telle reprise se trouve ainsi reporta jusqu'au sommet de la colonne.
Par leur position et leur fonction mdtonymique, parce qu’elles dăfinissent le temps et le type
du răcit, enfin parce qu'elles incluent l'observateur dans le discours et guident sa lecture, ces images
sont â la fois le prăambule du document et son răsumă11, bref mettent la frise â la disposition du
spectateur, ou plutdt: le spectateur â la disposition de la frise, â la merci de son discours. Dăfinition
meme de l'ceuvre dont le contenu est primordial2**.

Avânt d'ătudier dans le dătail les cinq campagnes, il convient de les replacer dans leur cadre

9
Id., 63, emploie â ce propos l’expression de "passd-futur".
2
^ S. Settis, P. Veyne et G.-Ch. Picard s'accordent pour accorder une vision aisăe aux
premi&res spires de la colonne Trajane : SETTIS 1985, 1164 : "La lecture
săquentielle des scfenes d'avant le combat a toujours possible pour un observateur qui
marcherait (ou qui marche) autour de la colonne, parce qu'il s'agit des sc&nes placdes
le plus bas"; VEYNE 1988, 4, n'accorde de visibilită qu’aux deux premi&res spires ;
PICARD 1992, 139, pense que "seules les trois ou quatre premiferes spires ătaient â la
rigueur ddchiffrables”.
11
Pour en terminer avec MARIN 1981, 63, elles anticipent le "pas să accompli, placă et
construit dans son espace propre".
LA COLONNE TRAJANE 165

structurel, donc d'en dăfinir les bornes. Nous venons d'en observer une, Vinitium ; observons la
seconde, Yextremum.
La demiăre spire (sc&nes 149 â 155 ; Fig. 7), marque, par sa situation, le terme de l'avance
romaine en Dacie. Par la diminution de hauteur des reliefs, elle răpond au cadre en expansion de la
premiere spire, mais elle y răpond surtout par sa thămatique. Tout comme les sc&nes 1 â 3
marquaient l'antagonisme des deux mondes, les sc&nes 149 â 155 marquent la victoire de l'empire
sur la Dacie.
Leurs th£mes (incendies, arrestations, escarmouches, vaste mouvement de population et de
bătăii), prăsentent l'ălaboration d'un nouvelle frontiere, consăquence de l'expansion romaine2^.
A nouvelle province, nouvelle frontiere. Au-delâ s’ătend un dăsert humain. Le sanglier et le
daim de la scăne 149, l'espace meme ou ils sont figurăs -entre deux arbres sur un sol rocheux, â la
verticale de la scăne 155-, annoncent la frontiere en formation. Scănes extremes, â la fois par leur
situation sur la frise et par leur discours.
Cet ăcho rhătorique de la premiere spire n'est pas sans consăquence pour la lecture de
l'ensemble : si l'on admet ces deux bornes, il est possible de qualifier davantage l'espace
idăologique dans lequel est pris le spectateur de la frise.
Plac6 dăs l'origine sur la rive dace du Danube, le spectateur ne quitte plus cet espace. Situă
sur la frontiere, il avance avec elle. L'espace de la frise est donc ambigu, mouvant. II est celui de la
conquete et de la răsistance qu'elle entraîne chez les Daces. Cela permet une vision, sălectionnăe et
partielle, de la guerre vue du câtă barbare.
Le statut de l'observateur serait alors â l'image du dieu Danube de la scăne 3. Materialisation
de la frontiere, le dieu Danuvius regarde avancer l'armăe et reflăte la position du spectateur.
Năanmoins, si l'observateur romain, pris entre la premiere spire et la demi&re, ăvoluait sur la
frontiere, il ne la dăpassait jamais. II 6tait, et demeurait, romain, puisqu'il progressait avec les
lăgions dans un espace en voie de conquâte ou d6jâ conquis, donc appartenant â l'empire.

Ouverture de la guerre et statut de Trajan

Une fois le statut du spectateur fixă, les cadres, temps et espace du document dăfinis ainsi que
le type de lecture qu’il implique, reste â observer comment s'organise, dans ce cadre, le discours de
conquete et de glorification d£velopp£ par la frise.
Les ouvertures des cinq campagnes, tout comme les premi&res scdnes pour l'ensemble du
document, fixent le discours â venir â l'intărieur des sections de frise ainsi constituăes. Nous nous
sommes intăressă au passage et au mouvement d'avance romain ; reste â observer le troisi&me des
ălăments constitutifs de ces images : les portes urbaines.
Un tel motif ne saurait etre, pas plus que l'absence de profectio, anodin. En ătroite relation
avec les th&mes du fleuve et du passage (p. 182, B), ces portes sont â la fois marqueur d'espace et
marqueur culturel.
Elles revetent en effet un sens particulier pour un observateur romain-*® et marquent l'entrăe
de l'armăe en Dacie. Ce passage ouvre les hostilităs, correspond, non â la fin de la saison militaire,
mais au dăbut de celle que constitue la guerre dacique : les cinq campagnes dăbutent par un passage
sous la porte (Fig. 1 â 3).
Une fois cette porte franchie, l'espace change de valeur. A la viile, image transposăe de Rome,
s'oppose l'informe, le barbare. Les Romains pănfctrent dans l'espace dace les armes â la main, et
avec pr&aution. Outre la porte, dont la fonction est de s6parer les deux mondes, les sc6nes
inaugurales de la campagne comportent des suovetaurilia, lustratio de l'arm^e dădiăe â Mars dont
le cadre est răvălateur : la circumitio se fait autour d'un fort, premier ătablissement romain ătabli en
Dacie (sc&nes 8, 53 et 103).
Par l'association de la porte urbaine, du fleuve et de l'avance des lăgions, se dăgage un sens
constant: le franchissement de la frontiere, c'est-â-dire l'entr6e en guerre.
Sur le plan culturel, le passage de fleuve correspond â une dăfinition conquărante de la
românită. Ce point est perceptible par deux ălăments :

La tradition annalistique a conservă le răcit ătiologique de leur valeur : Tite-Live, I, 2426, et


DUMEZIL 1985, 37, pour une interprătation du răcit.
- l’environnement "urbain" des portes. Ces demi&res sont souvent associies â l'image de villes31,
ou de sacrifices (scines 83-85, 91 et 101-102), qui projettent sur la frontiere dace l’opposition
romaniti-barbarie^2 ;
- et Trajan : omniprisent dans ces images, il apparaît, avant les scănes de passage, en tunique ;
apr&s le passage sous la porte, il est en cuirasse33. Avec lui, les milites s'iloignent des sites
urbanisis, alors que les togati y demeurent (Fig. 2-3).
Cette valeur des portes urbaines permet de multiples combinaisons. Ainsi, pour reprisenter la
transformation progressive de la Dacie en province romaine, les concepteurs de la frise multiplient-
ils, â l'intirieur de la quatri&me campagne3^* , les architectures urbaines, les portes et les
silhouettes de togati. Inversiment, si nul togatus n’apparaît dans l'urbanisme civil de la seine 3, la
valeur culturelle de la citi de dipart, par l'architecture et la porte urbaine, semble ividente3^.
En conclusion, la porte urbaine serait â considirer comme rifirence culturelle et iliment
primordial du discours, mais aussi comme piige pour le spectateur, dispositif qui joue sur ses
critires culturels, les manipule et les incorpore au discours.
Fonction mitonymique des premiires images, aspect ipitomique de Trajan : le mode de
composition de la colonne Trajane se dessine peu â peu, et simultaniment se digage un processus
de lecture. II reste â compliter l’un et l’autre.

Les images de passage, nous l'avons dit, rythment la frise. A ce premier groupe succede un
second, tout autant identifiable (p. 182, A et B ; et fig. 8). II est constitui par les scânes de conseil,
sacrifice, et harangue â l'armie.
Les premiere, troisiime et cinqui&me campagnes reprennent la totali ti de ces thimes, la
quatriime un seul (sacrifice), la seconde aucun. Ce constat rivile un autre des principes constitutifs
LA COLONNE TRAJANE 167

de la frise : par sa situation, la premiire campagne fonctionne comme un ripertoire iconographique


et structurel3^.
Elle posside un statut inauguratif dont les campagnes suivantes sont dipourvues. D'accis
immidiat au spectateur, elle ouvre la narration et propose â l'observateur une organisation
particuliire des iliments. Cette organisation rifirentielle sera ou ne sera

Amphithiâtre : fig. 2 ; temples : fig. 3.


32
Seule l'ultime campagne s'ouvre sur l'image d'une porte sans contexte particulier : fig. Ic.
Mais on peut arguer que la răpitition du th&me avait d'ores et dijâ fixă le sens de l’arc.
33
Voir ci-dessous p. 183. L'unique exception est la sc&ne 101, qui le montre â cheval et en
tunique immîdiatement apr&s le motif du passage : mais l'empereur est alors en itroite
association avec une image de sacrifice, vers laquelle il se dirige.
3
^ Analysie ci-dessous.
3
^ Dans ce cas, le role du togatus itait peut-etre assumi par le spectateur de la colonne Trajane, de
la sorte un peu plus impliqui dans le discours.
36
Voir SETTIS 1985, 1164.
168 Martin GALINLER

pas reprise, mais c'est de la similitude et des variations que naîtra l'originalită des campagnes, la
fonction et le sens de chacune dans l'ensemble et par rapport aux autres.
Ainsi la cinquiâme campagne reprend-elle, â quinze spires de distance, les thămes et
l'organisation de la premiere. Entre ces deux sâquences qui ceinturent la frise, la troisi&me
campagne tient le râie de relais - n'y manque peut-etre que la sc&ne de
consilium tandis que les seconde et quatri6me campagnes jouent avec cette structure,
parfois en l'ignorant totalement comme la seconde campagne.
Nous allons dans un premier temps nous int£resser aux premiere, troisifcme et cinqui&me
campagnes (p. 184, 186 et 188-189).

Modalites de la conquete - 1 : Reprises

L'6tude de la premiere campagne (p. 184) r£vfcle l'existence d'une forte organisation interne.
Le discours est celui des modalites de la conquete, d£compos£e en plusieurs Stapes.
Nous y distinguons, outre les sc&nes que S. Settis12 nomme "voyage" et que nous intitulons
"passage", divers groupes : les sc&nes 6 â 10 d£jâ 6voqu6es (sdquence "installation", p. 184 ; voir
fig. 8) ; les pr£liminaires de la bataille (săquence "progression", p. 184 ; sc&nes 11 â 23) ; enfin les
opârations de guerre (s&quence "confrontation", p. 184 ; sc&nes 24 â 30).
La sdquence "progression" est inaugur£e par la scâne 11-12 (Fig. 9), spires deux- trois, qui
contient les trois th&mes principaux de la sâquence : les fortifications, les gardes, et la foret
abattue^.
Suit la premiere scfcne de bataille (scăne 24, spire quatre ; Fig. 10). L'importance de celle-ci
est confirm£e par plusieurs 61£ments : la longueur de la sc&ne, la premiere confrontation de
Trajan avec les Daces, men£s peut-Stre par leur roi D£căbale, la prâsence de Jupiter, et la scfcne
18, situăe imm£diatement au-dessous (spire trois). Cette demifere montre, dans un contexte de
travaux (ponoi), le premier Dace de la frise. II s'agit d'un prisonnier.
Le r6sultat final de l'affrontement, le destin meme des deux protagonistes sont perceptibles
dans cette premiere bataille, qui vaut pour toutes les batailles de la frise. Comme le Dace
prisonnier inaugure de faţon nefaste, au sens latin de l'expression, le portrait des Daces, la sc&ne
24 est la "crase" de la victoire finale romaine.
La campagne s'achdve sur diverses sc&nes, dont les thfemes - bataille, ambassades, visions de
villes daces - s'expliquent par la mise en prăsence, enfin, des seconds protagonistes de la guerre, les
Daces, face aux premiers, les Romains.
Par ailleurs, le texte d'Onasandre, De optimo imperatore, mis par S. Settis en paralizie avec le
dăbut de la frise-13, a r€\€\€ un autre aspect primordial du discours : la valeur exemplaire des
scânes.
Par l'organisation visuelle, l'empereur est omniprăsent. II l'est en fait tout au long de la frise,
puisqu'il y apparaît cinquante-neuf fois, dont vingt-huit sur les huit premi&res spires (p. 183)14.
12
SETTIS 1988, 164.
13
ld., 1156-1164, ou SETTIS 1988, 190-202.
14 Pour une exposition des diffărentes "formules d’attention” qui font de Trajan la figure
centrale des scânes oii il apparaît, voir SETTIS 1988, 137-143.
LA COLONNE TRAJANE 169

Cet aspect du discours, qui ressort de l'observation d'ensemble, est perceptible d&s les
premiăres apparitions du princeps (scfcnes 6 â 10), situdes d’ailleurs â la verticale des sc&nes 1 â 3.
Le role de Trajan et des iniţia dans l’organisation du document semble, une fois de plus, assur£.
Enfin, en sus des groupes thâmatiques, des £16ments apparaissent de mani&re răcurrente dans
la premiere campagne. Nous les d£composons ainsi:
1) une constante reprise du motif des cours d’eau qui, avec celle des ponts, est un rappel de
l’image du passage et marque la sauvagerie de l'espace dace ;
2) de nombreuses images de l'armâe en marche, ce qui vehicule un sens permanent de
progression et, aussi, de difficult£s ;
3) avec la vision de nombreux gardes, se d€veloppe un sens de vigilance et, aussi, de
conquete : la frontiere, avec la construction des forts, se d£place et ne cesse d'avancer;
4) enfin, l'omnipr6sence de Trajan confere â ce demier le râie, attendu, d'organisa- teur de la
conquete, d'acteur principal de la guerre.

L'6tude rapide de la troisi&me campagne (scănes 48 â 77 ; p. 186) fait apparaître une


organisation proche de celle de la premiere campagne : passage, puis s6quences "installation" et
"progression". Suit l'important groupe de batailles (sc&nes 66-67, 70, 71, 72) qui aboutit â la
grande sc&ne de soumission de D6c6bale (sc&ne 75) et aux demifcres scfcnes de la campagne
(sc&nes 76-77), sur lesquelles s'ach&ve la premiere guerre dacique (sc&ne 78, Victoire ailee).
La cinquiâme campagne (scfcnes 101 â 155 ; p. 188-189) privil6gie plus encore, aux d£pens
des articulations rigides de la premiere, les grands ensembles et les reprises ponctuelles. Cela lui
permet d’intdgrer sans difficultă des scănes r6f6rentielles telles que l'incendie de la cit6 dace
(sc&ne 119), le suicide des Daces (sc&nes 120-122), la fuite des survivants et la mort de D6c6bale
(scfcnes 142-145), la prâsentation de sa tete aux armâes (scăne 147), enfin les demiâres sc£nes de
capture et de dâportation, d£jâ vues (sc&nes 148-155 ; Fig. 7)41.
Un tel d6membrement n'apparaît qu'au niveau des derni&res spires. Ce dispositif, qui
transforme les sc&nes cit^es en longs et imposants tableaux, t&noigne peut-etre d'un des soucis des
concepteurs de la frise : la lisibilit£.

Modal ites de la conquete - 2 : Variations

Dans ce cadre thâmatique et rh£torique (d6but de la guerre ; milieu ; fin), s'intercalent deux
campagnes diffărentes, et par leurs th&mes, et par leur organisation.
La seconde campagne couvre les sc&nes 33 â 47, et trois des vingt-trois spires de la colonne
(p. 185). Elle est indissociablement liâe â deux sc&nes tr&s particuli&res (sc&nes 31-32 ; Fig. 11).
Par leurs thfcmes, celles-ci n'appartiennent â aucune campagne. II s'agit d'une s£quence dace.
Tr&s courte, elle pr£sente, inversâs, des th&mes que nous venons de rencontrer : le passage du
fleuve ; l'avance ; la bataille. Les Daces en Itant les acteurs, le sens, le traitement de l'image et
l'organisation visuelle different.
Le passage du fleuve se fait, non â l'aide d'un pont ou de navires, mais â dos de cheval. A
l'ordonnance du passage romain, s'oppose le dâsordre du passage dace, et son p£ril aussi: d'un
bouillonnement d'hommes et de chevaux Emergent des mains tendues vers la rive. Quelques Daces
170 Martin GALINIER

et des cavaliere Sarmates s'y trouvent. Tel est le lien avec la sc&ne suivante : les Daces assi&gent
un fort romain.
Apr&s une telle entr£e en matifcre, la seconde campagne ne pouvait que diffârer des autres.
Et effectivement, â la scfcne du passage de Yexercitus en navires (sc&nes 33- 35)42, succede une
image d'avance (sc&ne 36), puis une sc&ne de bataille. Cest un r6sum£ des premiere, troisi&me et
quatriime s6quences de la premiere campagne ; manque la seconde ("installation"), mais cette
absence est mise â profit pour illustrer une nouvelle qualită de Trajan : la celeritas
Une telle qualitâ correspond â un topos de la mentalii romaine. C£sar 6tait pass£ maître dans
son utilisation : "C£sar, â la nouvelle qu'ils [les Helv&tes] pretendent faire route par notre
Province, se hâte de partir de Rome et gagne â marches forc^es la Gaule ulterieure, oii il arrive
devant Gen£ve"44. Ou encore, apr&s que C6sar eut surpris ces

4* Voir SETTIS, 1988, 175-187, pour une organisation par "blocs" juxtaposăs des sc&nes 113 â
155.
42 Voir fig. 2, pour l'amphithgâtre et la double porte, surmontâe d'un quadrige, qui marquent la
românită du lieu de d6part.
43 L'absence d'un motif qui figure dans les autres campagnes -l'arm£e en statio- renforce cette
interprătation.
44 C6sar, De Bello Gallico, 1,7.
memes Helvătes en train de passer la Saâne et en eut extermini un quart: "(...) il fait jeter un pont
sur la Saâne pour pouvoir poursuivre le reste des Helv^tes, et fait passer ainsi la riviere â son
arm6c. Les Helvfctes, boulevers6s par son arriv6e soudaine, â l'idde qu'il avait accompli en un seul
jour un passage qu'ils avaient eu beaucoup de peine â effectuer en vingt, Iui envoient des
ambassadeurs"15.
Succădent aux premiăres images de la seconde campagne diverses sc&nes, dont certaines de
blessăs et de prisonniers romains tortur6s, puis une scdne d'adlocutio (sc&ne 42), une de largitio
ou donativum (scfcne 44), et enfin un dernier groupe, d'embarquement (scfcnes 46-47). Celui-ci
pr^sente les mâmes thfcmes que l'image d'introduction, exactement deux spires au-dessous : Trajan
en tunique, dans un environnement romain, avec le fleuve, la porte urbaine, et des navires que l'on
charge ; seule la pr£sence de prisonniers daces la situe en fin de campagne. La seconde campagne,
â l’organisation et aux th&mes particuliers, se referme sur elle-meme.

La quatrifcme campagne (p. 187) couvre les sc&nes 79 â 100. Sa caract6ristique principale
tient â Vamplificatio du groupe introductif qui occupe, avec des variantes int6ressantes, les scfcnes
79 â 91. Les sc&nes 79-80, qui suivent la Victoire de la scfcne 78, en constituent le r6sum6
iconographique (Fig. 3).
Une porte urbaine, en €vidence et surmontăe de trois signa, et deux temples sur podium

15
C6sar, De Bello Gallico, 1,13. II est â noter que cet extrait renferme nombre des
exempla de la frise : voir, pour un paralizie C6sar - Trajan, BRILLIANT 1986, 101-
102.
LA COLONNE TRAJANE 171

servent de "port de ddpart" â une sc&ne de passage. Trois navires s'en dloignent. Trajan, en
tunique, est debout dans le navire central.
Cette base est comparable par la fonction â la frontiere des sc&nes 1 â 3 (Fig. 6). Mais si le
passage correspond â l'entr6e en guerre, on peut se demander s’il correspond bien â l'entr6e en
Dacie16.
La flotte se dirige en effet vers un second espace urbanist, constitui des memes 616ments que
le premier. Aux deux temples sur podium et aux deux togati de l'espace de d£part, r£pondent les
togati, l'autel et le bceuf sacrific de l’espace d'arriv€e (sc6ne 80).
Cette association des aspects civil (Trajan en tunique dans un contexte romain) et religieux
(par les deux temples, les trois signa des dieux sur la porte, et les nombreux sacrifices) se poursuit
jusqu'â la sc&ne 91. On pourrait r^sumer ainsi ce groupe homog^ne : arriv^e de Trajan en tunique
aupr&s de togati, ceci dans un contexte sacrificiel et architectural romain4**.
Ce long groupe inaugural prâc&de la sc&ne 92, laquelle mele dlfrichage, construction d'un
camp et franchissement d'une rivi&re au moyen d'un pont. Suit une tr&s courte s£quence "bataille"
(scdnes 93 â 97), dont le traitement est remarquable : scăne 93, les Daces se replient dans un fort;
sc&nes 94-97, deux batailles, la premiere avec des Romains assi£g£s dans un fort, la seconde
montrant (Fig. 12) Daces et Romains emmelăs dans un espace urbanist et en voie d'urbanisation
(les th&mes "fortifications" et "dăfrichage" y figurent). D6tail important, unique sur la colonne et
qui souligne la diffărence d'ambiance existant entre cette campagne et les autres : scâne 97, les
soldats au travail ne portent pas de cuirasse malgr£ la bataille proche.
Les deux derniferes scfcnes pr^sentent, sc&nes 98-99, un sacrifice, auquel assiste Tarm^e,
devant le pont construit sur le Danube ; en sc&ne 100, l'accueil par Trajan de plusieurs d£16gations
barbares dans un espace, une fois encore, urbanist.
Le relevi des diverses apparitions de Trajan (p. 183) confirme, outre l'omnipr£sence de
l'empereur et l'importance de sa silhouette dans la mise en place du discours de la frise, la
coloration particulare de cette campagne. Ses apparitions sur la colonne sont de plusieurs types : en
cuirasse -loricatus- pour la majoritâ, soit quarante- deux sur cinquante-neuf; en tunique pour les
dix-sept autres. Sur ces dix-sept, six sont en rapport avec des sacrifices, dont les trois suovetaurilia
des sc&nes 8, 53 et 103, que Trajan accomplit selon le rite romain, tete couverte (togatus oper
velato capite).
Que le type de Trajan loricatus soit le plus fr£quent n'est pas £tonnant, puisque le propos
g£n£ral de la frise est la guerre. 11 est d'ailleurs le premier et le dernier â apparaître (scfenes 6 et
141). Plus meme, les premi&res spires comme les demi&res le montrent presque exclusivement
cuirass£ : onze fois sur douze pour les spires deux â quatre ; dix fois sur douze pour les spires seize
â vingt et un ; absence de Trajan sur les spires vingt-deux et vingt-trois. C'est donc ce type de
repr£sentation qui encadre la frise et porte le discours principal du document.
Les autres types (en tunique, togatus et capite velato) sont int£gr£s dans ce roşeau de
mani&re diverse, mais le rapport loricatus /en tunique s'inverse, et c'est ce qui nous intâresse, sur
les spires douze â quinze : celles de la quatrifeme campagne. Sur ces quatre spires, ne se trouvent

16
Voir GAUER 1977 pour un essai d’identification topographique, et BODE 1992 pour
une critique de ce type de tentative.
172 Martin GALINIER

que deux Trajan loricatus pour six Trajan en tunique et trois sc&nes de sacrifice. Or, les spires qui
pr&fedent ou suivent pr£sentent une quas i - total it6 de loricatus : sept sur sept pour les spires neuf
â onze, dix sur douze pour les spires seize â vingt et un.
Par la disposition du seul Trajan est perceptible (structure principale) la s£paration entre, d'un
câtă les premiere, troisifeme et cinqui&me campagnes, de l'autre la seconde et la quatri&me. Les
trois campagnes qui constituent le premier groupe dâbutent par des suovetaurilia et pr£sentent un
Trajan exclusivement loricatus, les exceptions - en tunique de la sc&ne 77 et du d£but de la
cinqui&me - s'articulant avec la quatri&me campagne.
Les deux autres campagnes, qui forment le second groupe, commencent et s'ach&vent par des
Trajan en tunique, la quatri&me ne prăsentant, contrairement â la seconde (structure secondai re),
qu'un Trajan loricatus.
L'jnterprătation de cette campagne pose probleme car, si elle est coh6rente en elle- meme, elle
diff&re de l’ensemble du document.

Son discours colporte, croyons-nous, un aspect autre mais essentiel de la conquete de la Dacie
par les Romains. Les sc&nes 89-90 et 91 l’illustrent (Fig. 13), qui par leur position servent
d'articulation entre le premier groupe de la campagne ("voyages et sacrifices") et le second
("progression-confrontation").
Les sc&nes 89-90 montrent Trajan en tunique, â cheval, au contact de Daces qui l'attendent,
paumes lev€es. Et en sc&ne 91, Trajan en tunique, qui accomplit un sacrifice devant une porte
urbaine ; â proximit6, des togati, hommes, femmes et enfants, et surtout, â l'extrâmitâ droite de la
scdne mais indiscutablement ltes â celle-ci, des Daces. D'ou notre lecture : cette campagne
pr£sente, non la conquete de la Dacie comme les autres campagnes, mais la Dacie romaniste.
Romaniste, car la guerre n'est pas finie, et cependant apparaissent d£jâ sous nos yeux des
Daces romanisâs, solidaires non de D6c6bale, mais de Trajan, ce qui annonce la victoire des armes
romaines, mais aussi de la romanitâ en tant que mode de vie.
Cette romanisation 6tait n£cessaire au portrait du "Bon Prince". Tacite 6crivit ainsi, â propos
de ce g£n6ral romain si proche de Trajan, Agricola : "(...) ces peuples, qui nagu&re d6daignaient la
langue des Romains, se passionn&rent bientot pour leur 61oquence. Notre habit meme fut mis â la
mode"17.

Coherence structurelle et lisibilite


Nous proposons de dăcomposer la frise comme suit:
- Les premiere, troisi&me et cinqui^me campagnes porteraient le discours cardinal du document
EUes l'organiseraient, le fixeraient afin de le rendre perceptible au spectateur. Cest â travers elles,
par l'axe rh£torique qu'elles tressent, que passerait le programme principal du discours, l'aspect
militaire de la conquete.
— Les seconde et quatri&me campagnes diversifieraient ce discours, auraient fonction de
catalyse dans l'ensemble. Elles enrichiraient le programme, le nuanceraient et le compl&teraient
par la r£organisation, dans le cadre constitui par les trois campagnes cardinales, de thfemes d6jâ

17
Tacite, Agr., 21.
LA COLONNE TRAJANE 173

vus, ou par l’apparition de nouveaux.


Le discours ainsi mis en place n'est ni isol£, ni nouveau â Rome. Tant le syst&me
paradigmatique centri sur l’empereur’O que certains th&mes rh&oriques (romanisation des
populations barbares, celeritas, passages de fleuves, etc.) se trouvent chez des contemporains de
Trajan ou des auteurs antărieurs5*.
Dans sa demiăre ătude sur la colonne Trajane, S. Settis18 a proposă un "modale de
comportement possible de robservateur" de la colonne Trajane, qui prend en compte les
"pr£suppos£s" du spectateur antique, les caractăristiques du document, le processus de lecture des
reliefs d’aprfcs les "critfcres interprdtatifs" propos^s par Trajan et adaptăs par le "Maître" de la
frise.
Un certain nombre de dispositifs sont apparus ici, qui incite â penser que la lecture de la
colonne Trajane £tait possible :
- les premi&res images annoncent et r£sument les guerres daciques (fonction mătonymique des
iniţia ) et fonctionnent â la fois comme ouverture du răcit et comme pifcge pour le regard et
1‘esprit du spectateur;
- la disposition des sc&nes sur les demi£res spires diffărent des prăcădentes, sans doute par souci
de lisibilite ;
- la simultan£it£ entre l'organisation de la frise, aux structures rigoureuses, et son discours, passe
autant, sinon plus, par les groupes th£matiques que constituent les reliefs que par leur dătail.
II reste cependant trbs difficile, sinon impossible, de discemer depuis le pied de la colonne la
quatri&me campagne et, a fortiori, les demi&res images. D'ofr la legitime question : ces sc&nes,
essentielles au portrait du Prince et â la narration -ce sont elles, et elles seules, qui prdsentent le but
iniţial (la romanisation) annoncă par les premi&res scfcnes comme atteint-, pouvaient-elles etre
"vues" par un observateur, ou plutot, puisque tel est notre point de dăpart: pouvaient-elles ne pas
etre vues ?
Objectons tout d'abord que les reliefs de l'ăpoque de Trajan, fortement creusăs et contrast£s,
sans doute peints, n'avaient rien â voir avec le marbre abîm£ et uni d'aujourd'hui, pas plus qu'avec
le bronze uniforme de la colonne Vendome.
II est par ailleurs surprenant que l'aspect de la guerre qui correspond le mieux au "calme
revenu" dăcrit par Louis Marin (Daces romanisăs, aspect civil ou civilisateur de Trajan ; sc&nes 79
â 91), ne se trouve point au sommet de la frise, ne suive pas la prise de Sarmizegetusa. II la
prăc&de au contraire, tout comme il prăcăde la fuite de Dăcăbale et sa mort, la prise du trasor, bref
tout ce qui marque la victoire militaire des Romains en Dacie.
De meme, la silhouette imperiale s'estompe â partir de la spire seize, qui marque le dăbut de
la cinqui&me campagne. Trajan, prăsent trois fois spire quinze et cinq fois spire seize, n’apparaît
que sept fois sur les spires 18 â 21, et il est absent des spires vingt-deux et vingt-trois.
D&s lors, comment concilier l'ensemble de ces dispositifs mis en place pour guider et
manipuler la lecture, et l'anomalie de la quatriăme campagne ?
Un £l£ment de răponse a 6t€ apport6 il y a quelques ann6es par M. Torelli19 et S. Settis. 11

18
SETTIS 1988, 236-238.
19
TORELLI 1982, 110-125. Voir aussi la position de PICARD 1992.
174 Martin GALINIER

consiste â mettre en paralizie l'organisation "en registres” de la colonne Trajane et les images
v£hicul£es lors du triomphe.
Les descriptions de pompa triumphalis abondent en simulacra pugnarum, en images de
fleuves, de villes et de paysages. Le texte le plus r6v£lateur â cet ăgard concerne le triomphe de
Vespasien et Titus sur les Juifs^.
Les simulacra portds sur des fercula (Fig. 14) pouvaient etre, â la ressemblance des spires de
la colonne, £tag£s. La similitude entre la pompa et la colonne ne s'arrete cependant pas â la
prdsentation.
La pompa consistait en un parcours d'espace proposd au peuple de Rome afin qu'il c^tebre les
gănăraux vainqueurs, et le triomphateur avait soin de passer "â travers les places destin£es pour les
spectacles publics afin que le peuple puisse plus facilement voir la magnificence de ces pompes
superbes"5*. La pompa £tait ainsi un d£fil6 de brancards20 prdsentant trasor et images des
campagnes. Ainsi Tacite rapporte-t-il, â propos du triomphe de Germanicus : "On y porta les
dâpouilles (spolia), les prisonniers, les images (simulacra) des montagnes, des fleuves et des
batailles (...)".
Germanicus suivait le cortfege, et chacun pouvait admirer "la belle prestance du vainqueur et son
char"57.
Les simulacra pr€c6daient, ainsi que le butin et les ennemis vaincus, le triomphateur. Elles
exaltaient ses victoires et les 6v£nements de ses campagnes, comportaient parfois l'image du
triomphateur, et 6veillaient ainsi la curiosit£ d'Ovide et des spectateurs : "(...) toi, le plus beau des
mortels, tu t'avanceras couvert d'or, traîn6 par quatre chevaux blancs. On verra s'avancer devant toi
les g£n6raux [ennemis], le cou charg6 de chaînes (...)• A ce spectacle assisteront pleins de joie et
p€le-mele jeunes hommes et jeunes femmes, tous le coeur dilată par ce jour oh tu triompheras ; si
l'une d'elles demande le nom des rois, ou bien quels sont ces lieux, ces montagnes, ces rivi&res
dont on porte la reprâsentation, rlponds toujours ;(...) meme quand tu ne sais pas, parle comme si tu
connaissais la chose â fond. Voici l'Euphrate, le front ceint de roseaux ; celui qui porte cette longue
chevelure bleu sombre, c'est le Tigre ; ceux qui viennent, dis que ce sont les Armăniens ; cette
femme est la Perse, dont le premier roi fut petit-fils de Dana6 ; voici une viile qui exista dans les
vallăes des Achăm6nides. Ce captif ou cet autre 6taient des g6n6raux ; et tu trouveras des noms â
mettre sur leur visage, exacts, si tu peux, du moins vraisemblables"^8.
La reconnaissance exacte des lieux, des personnages ou des batailles, importait peu ; par
contre, le discours d'ensemble glorifiait clairement la silhouette solitaire du triomphateur debout
dans son char^9. Les images rappelaient ses exploits, â la maniere d'un pofcme60. Lui-meme 6tait
semblable â Jupiter : "(...) il 6tait d'usage, les jours de fete, d'enduire de minium le visage de la
statue meme de Jupiter, tout comme le corps des triomphateurs"61.

^7 Tacite, Ann., II, 41. L. Scipion proposa, quant â lui, "des enseignes militaires (deux- cent vingt-
quatre), des images de villes (cent trente-quatre), des ddfenses d'£16phants (miile deux cent

20 Transtulit, 6crit Pline l’Ancien â propos des richesses exposăes par Pomp6e : Hist.
Nat., 37, 13-14.
LA COLONNE TRAJANE 175

trente et une)” : Tite-Live, Hist., 37, 59. Pomp6e mela, de faţon plus subtile encore,
simulacra et butin. II "fit dăfiler un 6chiquier avec ses pifcces, fait de deux pierres prăcieuses
(...) ; trois lits de salle â manger; de la vaisselle d'or et de pierreries (...) ; trois statues d'or de
Minerve, de Marş et d’Apollon ; trente-trois couronnes de perles" ; et surtout: "une montagne
d'or carr6e, avec des cerfs, des lions et des fruits de toute esp&ce, entourăe d'une vigne d'or;
une grotte en perles, surmontâe d'un cadran solaire. II y avait aussi un portrait de Pomp6e fait
en perles" : Pline l’Ancien, Hist. Nat., 37, 13-14.
^8 Ovide, Artis Amatoriae, I, 213-228.
Remarquons que les quelques images 6voqu6es par Ovide pour d£crire la procession ne sont
pas 61oign6es de cel les rencontrâes sur la colonne Trajane : le fleuve frontiere ; les peuples
dtrangers, aux costumes plus ou moins reconnaissables ; une cit6 ennemie ; des prisonniers.
"je te peindrai tout arm6, exhortant ton armăe par un discours que j'imaginerai (...)" : Ovide,
id., 207-210. Cette "scfene" â 6crirc n'est autre qu'une adlocutio.
61
Pline l'Ancien, Hist. Nat., 33, 111-112.
Răels ou figurăs, les ponts avec l'armde les franchissant (Fig. 14), les prisonniers, les villes
conquises, les monts, les batailles, l'armăe et le triomphateur, prăsents tant sur la colonne que dans
la pompa, participaient d'un mSme discours. Par ces descriptions ăparses, la colonne Trajane
apparaît bien comme un spectacle proche de la pompa.
Proches par ses ălăments, soigneusement sălectionnăs, reprăsentăs et prăsentăs de telle sorte
qu'ils impressionnaient le spectateur et glorifiaient la silhouette du triomphateur. Mais proches
aussi par l'organisation. La rigoureuse articulation des 616ments constitutifs de ces deux
"spectacles" năcessitait le mSme type de lecture. Le spectateur les observait et reconstituait le
discours â son gr£, ainsi que le souligne Ovide et comme le fait Flavius Josfcphe, pourtant tămoin
des opărations militaires.
Aprăs ce dătour, revenons au probleme posă par la quatriăme campagne. Etait-elle visible, et
lisible ?
Tout comme le parcours de la pompa £tait jalonnă de "places destin£es pour les spectacles
publics afin que le peuple puisse plus facilement voir la magnificence de ces pompes superbes",
nous pensons que l'espace autour de la colonne 6tait organism de telle maniere que la quatri&me
campagne, essentielle pour le discours d'ensemble de la frise, fflt visible.
Nous empruntons comme base de reflexion l'hypothăse de S. Settis : "Dire que la colonne
£tait entourăe de monuments tout proches (les deux biblioth&ques et la basilique Ulpienne - et plus
tard le temple de Trajan) n'est pas une solution (...). On ne peut avancer dans cette direction qu'en
ămettant l'hypothăse qu'â une certaine hauteur, un balcon conţinu (sur quatre cot6s), accessible par
un ou plusieurs escaliers, et pouvant etre parcouru circulairement, aurait couru non seulement le
long des deux biblioth&ques et de la basilique, mais aussi sur le c6t£ du temple (...) : la terrasse,
disposăe au-dessus du portique p£rim£tral de la cour de la colonne, devait mener l'observateur â
une hauteur d’au moins 13 m&tres du sol, lui offrant un second plan plus 61ev6 d'ou il pouvait voir
les reliefs"**2.
A quoi r£pond P. Veyne : "L'idăe d’une vision â mi-hauteur ne merite meme pas la discussion
(qu'on reste au sol ou qu'on se place plus haut, seules une spire ou deux sont nettement lisibles, et
au surplus il faudrait toumer aussi autour de la colonne)"^3.
L’organisation interne de la frise nous paraît apporter une rdponse aux objections de P.
Veyne. En effet, si l’architecture autour de la colonne a bien 6t6 61abor6e en fonction de la frise
176 Martin GALINIER

(et vice-versa), l'objectif de cette rencontre n'a pu âtre que de permettre, conform6ment aux
caract£ristiques du document -discours £pidictique-, la vision des parties fondamentales de la frise.
Or, l’ătude menăe plus haut a permis de distinguer deux 6tapes du discours : le d£but de la guerre ;
la romanisation des Daces.
177 Martin GALINTER

Ces 6tapes corespondent aux premiâres spires de la colonne et aux spires douze â quinze.
Ces deux groupes de reliefs correspondent aux parties fondamentales du discours. Ils
constituent les deux noeuds s£mantiques essentiels â la lecture. La rigueur de la construction
rh£torique am&ne â penser qu'ils devaient etre â la disposition du spectateur, et en consăquence
permet d'imaginer deux niveaux "physiques" de lecture : l'un certain, le sol de la place ; l'autre
hypothâtique mais inhlrent â la structure de la frise, la terrasse interm&liaire â treize m&tres de
hauteur.
Moments privil£gi6s, oii le portrait de Trajan s’affirmait et se complătait, ces deux niveaux,
situls Tun â la base, l'autre au milieu de la colonne, prâsentaient les images clâs, m£tonymiques, du
portrait de Trajan, les deux aspects compl£mentaires, dans le cadre des guerres daciques, de sa
virtus : le conqudrant tout d'abord, le civilisateur ensuite.
Le spectateur romain avait ainsi â sa disposition un râsumâ de la guerre dacique r6duite â
deux moments exemplaires : la premiere campagne, qui ouvrait les hostilit£s et en fixait le
d£roulement -le pass£ de la Dacie-, la quatri&me qui rompait avec ce cadre et lui montrait, soit la
fin des hostilitâs, soit leur consăquence, soit leur but - l'avenir de la Dacie, la provincia.
Ammien Marcellin rapporte â ce propos le serment que Trajan est cens£ avoir prononcâ avant
les Guerres Daciques : "[...] puissă-je voir la Dacie râduite â l'£tat de province romaine!" (sic in
provinciarum speciem redactam videam Daciam)64.
Ce serment, quelle que soit sa r£alit6 historique, r£văle en fait le vlritable enjeu de la guerre :
non pas conquete, mais romanisation des Daces. II vaut comme programme de la frise, la definit
comme une des mat£rialisations du voeu et de la volontâ de l'empereur, mat€rialisation donn€e â
voir (tout comme la pompa ) et en tant que telle manifestation de pouvoir. Par la frise, Trajan
pr£sente la Dacie au peuple romain, mais une Dacie conquise, portâe â l'âtat de provincia romana.
Dans cette organisation du discours, le pont sur le Danube, qui apparaît â la fin de la quatri&me
campagne (sc&ne 100), mat£rialise de maniere spectaculaire les progres in£luctables de la
pr£sence romaine en Dacie, la v^ritable r^ussite de Trajan, le titre de gloire du demier empereur
conquâranL
NOTICES BIBLIOGRAPHIQUES

Le cours de Licence sur l'image antique, assur6 par Mme A.-F. Laurens en 1987 â l'Universit£
Montpellier III, a constitui la base du pr^sent travail. Ses idăes et ses critiques, ainsi que les
conseils et l'aide de M. G. De val le t, professeur â la mâme universită, l'ont constamment enrichi,
et constamment corrig£,
M. P. Gros, professeur â l'Universit6 d'Aix-Marseille I, et M. S. Settis, professeur â l'Ecole Normale
Sup€rieure de Pise, ont bien voulu nous lire, nous recevoir, nous corriger et nous conseiller. Qu'ils
en soient ici remerciăs.

BODE 1992 : Reinhard BODE, Der Bilderfries der Trajanssaiile, ein Interpretationsversuch,
Bonner Jahrbucher 192, 123-174.
BRENDEL 1953 : Otto J. BRENDEL, Prolegomena to a book on Roman Art, Memoirs of the
American Academy in Rome 21, p.7-73.
BRENDEL 1982 : Otto J. BRENDEL, Introduzione all'arte romana, Turin. BRILLIANT 1986 :
178 Martin GALINIER

Richard BRILLIANT, Visual Narratives: Storytelling in Etruscan and Roman Art, New-York (16re
6d. 1984).
CICHORIUS 1896-1900 : Conrad CICHORIUS, Die Reliefs der Traianssaiile, Berlin. COARELLI
1994 : Filippo COARELLI, Guide archeologique de Rome, Paris. DUMEZIL 1985 : Georges
DUMEZIL, Heur et Malheur du Guerrier, Paris (l&re 6ă. 1969).
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Front ie res terrestres, frontikres celestes dans VAntiquite, Perpignan : p.273-288.
GAUER 1977 : Wemer GAUER, Untersuchungen zur Traianssaiile, Berlin. HAMBERG 1968 :
Per Gustav HAMBERG, Studies in Roman Imperial Art, Rome (lfcre 6d. 1945).
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Reprăsentationskunst, Jahrbuch des deutschen archăologischen Instituts 95, p. 265321.
HOLSCHER 1987 : Tonio HOLSCHER, Romische Bildsprache als semantisches System,
Abhandlungen der Heidelberger Akademie der Wissenschaften 2. HOLSCHER 1993 : Tonio
HOLSCHER, II Linguaggio delVarte romana, Turin (= HOLSCHER 1987).
KOEPPEL 1992 : Gerhard M. KOEPPEL, Die historischen Reliefs der romischen Kaiserzeit IX,
der Fries der Trajannssaule in Rom Teii 2 : der zweite Dakische Krieg, szenen LXXIX-CLV,
Bonner Jahrbucher 192, p.61-122. LEHMANN-HARTLEBEN 1926 : Karl LEHMANN-
HARTLEBEN, Die Traianssaiile, Ein Romisches Kunstwerk zu Beginn der Spătantike, Berlin-
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Auteurs anciens:
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CESAR, De Bello Gallico I [trad. M. Rat], Paris, 1944.
FLAVIUS JOSEPHE, Guerre des Juifs [trad. A. d’Andilly, adapta par J.A.C. Buchoni], Paris, s.d.
LA COLONNE TRAJANE 179

OVIDE, Artis Amatorice I [texte 6tabli et traduit par H. Bomecque], Paris, 1960.
PLINE l'Ancien, Histoire Naturelle XXXIII [texte £tabli, traduit et commentâ par H. Zehnacker],
Paris, 1983.
PLINE l'Ancien, Histoire Naturelle XXXVII [texte ătabli, traduit et commentd par E. de Saint-
Denis], Paris, 1972.
PLINE le Jeune, Panăgyrique de Trajan [texte âtabli et traduit par M. Durry], Paris, 1972.
TACITE, Agricola - Germania [trad. A. Cordier], Paris, 1934.
TACITE, Annales II [texte ătabli et traduit par H. Goelzer], Paris, 1963.
TITE-LIVE, Histoire I [texte âtabli par J. Bayet et traduit par J. Baillet], Paris, 1965.
TTTE-LIVE, Histoire XXXVII [texte £tabli et traduit par J.-M. Engel], Paris, 1983.
LA COLONNE TRAJANE 180

Resume. L’analyse structurelle de la colonne Trajane menăe ici dăcoupe la frise en cinq
campagnes, dont trois (campagnes 1, 3 et 5 ; Trajan loricatus dans un contexte militaire) prăsentent
la conquete de la Dacie ; les deux campagnes intermădiaires dăveloppent dans ce cadre un discours
complămentaire, dont la romanisation des Daces est 1’ aspect principal (campagne 4 ; Trajan en
tunique au contact de togati romains et de Daces). Le răcit peut donc etre răduit â deux moments :
dăbuts de la conquete (spires
1 â 3) ; aboutissement de la conquâte (spires 12 â 15). Or, les deux points nodaux du răcit sont
disposăs en fonction de leur environnement (le sol; les terrasses â l’&age des biblioth&ques
adjacentes). La lisibilit6 des reliefs de la colonne Trajane, râcemment au centre d’une polămique
entre Paul Veyne et Salvatore Settis, serait donc effective.

Summary. The structural analysis of Trajan’s column here conducted divides the frieze into five
campaings, of which three (campaigns 1, 3 and 5 ; Trajan loricatus set within a warlike context)
present the conquest of Dacia ; within this framework the two intermediary campaigns develop a
complementary discourse, whose major aspect is the romanisation of the Dacians (campaign 4 ;
Trajan wears a tunic and stands in close contact with togati Romans and Dacians). The narrative
can therefore be reduced to two moments : the early stages of the conquest (whorls 1 to 3) ; the
completion of the conquest (whorls 12 to 15). Now the two nodal points of the narrative are so
placed as to fit the environment (the ground level ; the terraces at the level of the adjacent libraries).
The deciphering of the reliefs of Trajan’s column, recently at the heart of a controversy between
Paul Veyne and Salvatore Settis, could thus be effectively carried out.

Mots-cles. Colonne Trajane. Structures de la frise. Points nodaux du răcit. Environnement de la


colonne. Lisibilită minimale des points nodaux.
LA COLONNE TRAJANE 181
P! !

1 o: ‘TTTfW PASSAGE
1■1 r .................... i
S XXXXXXXXFleuve
--- ' . Passapn
m
Viile Porta Urbaine Conseil Sacrifice
JlEME8 . Ixxxxxxxl
5 ..............
FIGURE 1 D6but 1 1011
CAMPAGNE1 3-5 3-5 3-5 3-5 6
des cino campagnes (d'aprâs ’AGNE l
CAMPAGNE
88 8 9 - 393 - 3*5►
2 -
-------- » Settis, 1988, 164) 3 3 - 3 4
33 33 -

3U -8 .U> I:
2 8 3 r« 8 4 84- 5 0 SSSS5 3 87
CAMPAGNE 3 40-50
<XXX | ] -----
- 48-50 50? >*-—I
2 QUATRIEME CAMPAGNE _r 7 9 VV 8 0
CAMPAGNE 4 7 9 -8 2 ; 7 9 -8 2 ; 7 9 -8 0 ; - poooooooooooo
a 49-50 3 8 6 --
- 8 8► 86
7 9 -8 0 ; 8 3 - 8 5 9 1
82 oooocx
7 9 -8 0 ; 8 3 -
86;91

CAMPAGNE 5 101-2 CAMPAGNE


? 101-2 101-2 105 ] 101-3
7 TROISIEME 4 6 y xxxxOcxxxxxxxx—
.5 3 5 ' 3 6 xxxx»f
XXXXX
;-----------------
DEUXIEME < CAMPAGNE xxxxxxxxxx$|: Qxxxxxxxxxxxxxxx
► x
- JOOOOOOOOCK B \ 8 J S >/>10
----------------
»I | PREMIERE SXN O '//A 2J
CAMPAGNE Dan xxxxxxxx|

S-E N-E N-O S-O

FIGURE 2 PASSAGE-INSTALLATIQN
XX : Passage (XX...XX: espace : Sacrifice (Sos) m : Adlocutio
CSI : Conseil
occup6 par la sc6 ne)
P : Porte —► : Avance E3 : Suovetorilia □ : Arrivde © ■
182 Martin GALINIER

2 TRAJAN
2

1
137^^ kl41
2

0
k:25 ^130
k23
1
1 1^4 ^118
9

8
102 -- ► 1 0 3y/| 104 ^ i»j^ ’07k

17
* ---- 97 •9ZI

1
\88 89 9JO
------------------
83^ \86
6 ►
1
kl5 77 bk 79rx

72 k ,3k
5

1 66 ^ 68|^

4 58 ---► fW 63

1
5j| ) k. e2k [ş.3 ^4
3
42 4.^ 4£|
1 |^35 36 ------- ► 3.J 4°k>

2 28^ 30^ 3id 34 Ck

1
k.24 “k , 27k.
,2J• ,4k k* 20 •.
1

1 *k > k°
0
9

5
4
3

1
LA COLONNE TRAJANE 183

S-E : Trajan de
N-E N-W S-W
face (Q. : orientabon)
: Trajan â ga uct>e :Trajan â droite
: ioricatus
^ ^ : Trajan â cheval [~\ : Trajanennavire
tunique CD : “cnftce (S , 83
et 103 togatus oper velato capite )
184 Martin GALINIER
LA COLONNE TRAJANE 185

FLEUVE
24-30:
CONFRONTATION
2 9-30
Village dace-
Massacre-
Prisonniers (Trajan:
1)
27-28
Adlocutio-Ambassades-
Fortifications-Gardes
(Trajan: 2)
2 6
Avance romaine
2 5
Viile dace-Fuite dace
(Trajan: 1)
24
Trajan-Bata iile- Ju pite
r- Morts daces-
D6c6bale-Fuite dace
(Trajan: 1)
11-23: PROGRESSION
I ---------------------- 1
19-23
Ford! abattue-
Fortifications- Pont
contruit ou franchi-
Avance- Gardes-Statio
(Trajan: 1)
18
Gardes-Fortifications-
Prisonnier dace (Trajan: 1)
1 3 - 1 7 For6t abattue-
Gardes- Fortifications-
Avance romaine- Pont
construit ou franchi
(Trajan: 2)
11-12
Fortifications-Gardes- Pont
franchi (Trajan: 1)

* Conseil-Sacrifice-Omen-Adlocutio
6-10: INSTALLATION
icrifice-Omer (Trajan: 4)
PREMIERE
CAMPAGNE , -------------- 3-5: PASSAGE (Sc6nes 3
------- â ------------------- 30)
Ville-Porte —► Passage
186 Martin GALINIER

en Dacie FLEUVE
LA COLONNE TRAJANE 187

FLEUVE
46-47:
PASSAGE I —
■■ i
Prisonnier-Gardes-
Ville-Porte-
Navire-
Embarque
ment
(Trajan: 1)
42-45: FIN DE LA CAMPAGNE

Romains tortur6s
44
Donativum (Trajan: 1)
4 3
Prisonniers-Gardes-
Fortification
4 2
Adloculio (Trajan: 1)

36-41: CONFRONTATION
1---------- T77! -------------- 1
Bataille-Prisonnier- Daces
morts-Fuite dace (Trajan: 1)
3 9
Fortifications-Ambassade?
Reddition?- Bless6s-Prisonniers-
Statio (Trajan: 1)
3 7-38
Fuite sarmate-Bataille
3 6
Avance
(Trajan:1)
33-35: PASSAGE
Ville-Navires-Portes—► Navigation-
D6barquement
(Trajan: 3)
FLEUVE
DEUXIEME CAMPAGNE (Sc6nes 33 â 47)
188 Martin GALINIER

77
Donativum?
(Trajan: 1)
FIN OE LA PREMIERE 75-76
GUERRE DACIQUE Soumission de Dâcâbale
â Trajan (Trajan: 1)
73-74
Adlocutio- Fortifications-
Statio (Trajan: 1)
S5-72; g 9 N F R 9 N Ţ A Ţ i 9 N
Daces morts-D6c6bale (Trajan: 1)
51-54: INSTALLATION 65 dace
A va nce-Fortifications
53-54 ' 6 4
Sacrifice-Adlocutio
(Trajan: 2) “I
5 2
55-63: PROGRESSION
Forfit abattue- 62-63
Fortifications Fortifications-Gardes-Avance (Trajan: 1)
Ambassade 6 1
(Trajan: 1) Amba ssade-Stat io (Trajan: 1)
5 1 6 0
Adlocut Fortifications 5 7 - 5 9 Avance-Pont franchi- Village
io? dace incendiâ (Trajan: 1)
(Trajan: 1) 5 5 - 5 6 Avance-Forât
48-50: PASSAGE abattue-
' 7 2 Fortifications
Statio-Trajan-Bataille-Ville Bataille-Daces morts-Fuite
(Trajan: 1)
70-7 1
Batailles-Daces assi6g6s
68-69
Fortifications-Statio-
Prisonnier-Forât abattue
(Trajan: 1) TROISIEME
6 6-67
Fortification-Trajan- CAMPAGNE
Reddition- Statio-Bataille- (Scfcnes 48 â 77)
FLEUVE|
LA COLONNE TRAJANE 189
1 0 0
Viile (amphith6ât
FIN DE LA QUATRIEME re) -
CAMPAGNE Ambassade
s (Trajan: 1)
98-99
Statio-
Pont-
93-97: Sacrifice
I -- (Trajan: 1)
95-97
CONFRONTATION
Bataille- Fortifications-
“I
Arriv6e de Trajan
(Trajan: 1)
94
Bataille- Romains
assi6g6s 9 3
Daces dans un fort

PROGRESSION
92 1
Forfit abattue-
79-91: VOYAGES ET SACRIFICES Fortifications
I ------ --------
1

91 s
Porte- 8 1
Sacrifices (Daces y assistent) Arriv6e-Temple
(Trajan: 1) (Trajan: 1)
8 9-90 80
Avance- Arriv6e aupră s de Sacrifice-Ville
Daces (Trajan: 1) 7 9
8 7-88 Ville-Porte-Temples
Navire-D6barquement- Ar —► Navigation
riv6e-Ville (Trajan: 1) (Trajan:1)
86 QUATRIEME
Navire-D6barquement- Arri
v6e-Viile (th6ât re )- Temple- CAMPAGNE
Sacrifice (Trajan: 1) (Sc6nes 79 â 100)
8 3-85
A rrivâe-Porte-Sacrifices
(Trajan: 1)
8 2
Navire
FLEUVE
190 Martin GALINIER

131
Avance
~ 13 0
Supplica
tio (Trajan:
1) 127-
129
Fortification
s- Forât
abattue-
Gardes
124-126
T ravaux?-Adlocutio-
Avance (Trajan: 1)
CONQUETE DE LA DACIE- SOUMISSION OU 123
SUICIDE DES DACES Statio-Supplicatio
(Trajan: 1) 1 2 0 - 1 2 2
Suicide des Daces et
fuite
119
Viile
incendiâe
par les
Daces 1 1 8
Statio-Supplicatio
(Trajan: 1)

112-116: PRISE DE
SARMIZEGETUSA
1 1 5 - 1 1 6 Bataille-Ville dace assiâgâe Prisonniers-Fuite
dace 1 1 4 Conseil?-Gardes (Trajan: 1)
1 1 3 Gardes-Bataille- Ville dace assiâgâe
112
Bataille-Morts daces
106-111:PROGRESSION
r
111
Viile dace-Gardes romains
1 1 0 Travaux
106-109
Avance-Gardes-Fortifications (Trajan: 1)
INSTALLATION
-1
103-105
LA COLONNE TRAJANE 191

PASSAGE 21 Sacrifice-Adlocutio-Conseil (Trajan: 3)


—~ ---------- CINQUIEME
Porte- CAMPAGNE
Avance- (Scânes 101 â 155)
Sacrifice-
Statio
(Trajan: 1)

21 3 8
Capture du trâsor de D6c6bale 1 3 7
Adlocutio (Trajan: 1)
192 Martin GALINIER

153-
155
Daces
d6portâs FIN DE LA
15 SECONDE
1*15 2 GUERRE
Combat-Prisonniers-Incendie DACIQUE
148-150
Prisonniers 14 7
Tâte de D6c6bale*Statio 1 4 6
1 37-1 45: Prisonniers
MORT DE DECEBALE

132-136: ULTIME
TENTATIVE DACE
r— ■ —• '■■■ n
13 6
Fuite dace-Gardes 1 3 4 - 1 3 5
BataiJIe-Romains assiâg^s- Morts
daces-D6câbale 13 2 - 1 3 3
Fuite dace- Romains dans un fort

131
Avance

CINQUIEME CAMPAGNE
(Sc6nes 101 â 155)
193 Martin GALINIER

Figure la : Sc&nes 3 â 5 de la colonne


Trajane
(Dessins de Reinach, 1909, 303 : 8-9)
194 Martin GALINIER
LA COLONNE TRAJANE 195

Figure lb : Sc&nes 48-50 (Dessins de Reinach,


1909, 343 : 38-39)
Figure lc : Sc&ne 101 (d’apr&s Reinach, 1909, 356-357)

scene 101 (d'aprts REINACH 1909,356-357).


196 Martin GALINIER

Figure 2 : Sc&nes 33-34 (Dessins de Reinach, 1909,


339-340 : 27-29)
Figure 3 : Scfcnes 79-80 (Dessins de Reinach, 1909, 351 : 63-64)
LA COLONNE TRAJANE 197

Scenes 79-80.
( Dessins de Reinach, 1 9 0 9 , 3 5 1 : 6 3 - 6 4 )
198 Martin GALINIER

Figure 4 : Profectio, Arc de Constantin


(Dessins de Reinach, 1909, 246)
Figure 5 : Adventus, Arc de Constantin (Dessins de Reinach, 1909, 245)

Profectio.\ Arc ae Constantin.


(Dessln de Reinach. 1909.246)
Acrventus, Arc ae Constantin
(Dessln de Reinach, 1909.245)
LA COLONNE TRAJANE 199

Figure 6 : Sc&nes 1-2 (Dessins de Reinach, 1909, 332 : 5-7)

wrr

Scenes l -2
< Dessws x Kesi.ocn, 1909, 332 5-7)
200 Martin GALINIER

Figurc 7 : Sc&nes 149-155


(Dessins de Reinach, 1909,
368-369 : 114-118)
LA COLONNE TRAJANE

Figure 8 : Sc&nes 6-10 (Dessins de Reinach, 1909, 333-334 : 10-12)

Figure 9 : Sc&nes 11-12 (Dessins de Reinach, 1909, 334-335 : 13-14)

Scenes 6 a 10
(Dessins de Reinach, 1909, 333-334 1 0 - 1 2 )
199 Martin GALINIER

Figure 10 : Scfene 24 (Dessins de Reinach, 1909, 337 : 20-22)

Sc£nes 1 1-12.
(Dessins de Reinach, 1909,334-335. 1 3 - 1 4 )
LA COLONNE TRAJANE

Sc£ne 24. (Dessins de Reinach, 1909,337: 20-22)


200 Martin GALINIER

Figure 11 : (Dessins de cn
Reinach,
Scânes 31-32 1909,
338-339 : 25-27) £
«
2
R
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LA COLONNE TRAJANE 201

Figure 12 : Scfcnes 95-97 (Dessins de


Reinach, 1909, 353-356)
Figure 13 : Sc&nes 89-91 (Dessins de
Reinach, 1909, 353-354)
202 Martin GALINIER

Figure 14 : Procession triomphale, relief de Cherchell (d’aprfes Torelli,


1982, V. 6.)

;
SfcM/Pc:

roNstAVwi
txreDinc1
^i'T;VNAP^ik>Ale?:
1. 1 V V v _ . .
procession triomphole, relief de Cherchell (d'apres TORELLI
1982, V.6).
23 id., 63, parle de "simulacre-lecteur" induit par le document.
24 Voir le modfele proposd par S. Settis : SETTIS 1988, 234-238, dont
nous nous inspirons et qui prend en compte la culture du spectateur.
Voir aussi HOLSCHER 1980 et BODE 1992, d6jâ citds.
26
Voir GAUER 1978 ; FARINELLA 1981 ; BRILLIANT 1986 ;
BODE 1992.
8 Pour une dăfinition de l’art romain par son
contenu davantage que par son style, voir
BRENDEL 1953 et 1982 ; SETTIS 1985 et 1989 ; et HOLSCHER 1987
ou 1993.
29 Pour la reprăsentation de la frontiere sur la colonne Trajane, voir
GALINIER 1995.
Nous reprenons l'interprâtation de SETTIS 1985, 1162 : "Les
sc&nes oii les ponoi (...) sont directement guid£s et surveillăs par
Trajan (...) ont la double fonction de narrer la prise de possession du
territoire au-delâ du Danube et de foumir en meme temps un vivant
exemplum des qualitds de Trajan comme excellent Empereur (...), de
la discipline de l’armge et de Ia technique militaire".
46
SETTIS 1988, 146.
48
Ou "voyages et sacrifices" : SETTIS 1988, 146-150.
50 Voir, pour une Itude plus d£velopp€e de cet aspect, SETTIS 1988,
137-146.
51
C6sar : le De Dacica de Trajan, aujourd'hui perdu, răpondait sans
doute au De Bello Gallico du vainqueur des Gaules ; Onasandre, De
optimo imperatore ; Pline le Jeune et Tacite bien sflr.
54 Flavius Jos&phe, Guerre des Juifs, 17 : "Mais rien ne donnait tant
d'admiration
spectateurs que les diverses reprăsentations, qui 6taient de si grandes
machines que quelques-unes avaient trois ou quatre 6tages. II n'y en
avaient point qui ne fussent enrichies d'ornements d'or et d'ivoire, et
l'on s'imaginait â toute heure de voir succomber sous un tel poids ce
LA COLONNE TRAJANE 203

grand nombre d’hommes qui les portaient. Toutes âtaient des images
des choses les plus remarquables dans la guerre, reprăsent£es si au
naturel qu'elles paraissaient Stre r6elles. On y voyait des provinces
trfcs fertiles ravag£es, des troupes enti&res tailldes en pi&ces,
d'autres prises ou mises en fui
trfcs fortes murailles renversdes par les machines ; des châteaux pris
et ruinds ; de
grandes villes et trfcs peupldes emportdes d'assaut, toute une armâe y
entrer par la br&che, mettre tout au fii de l'6p£e (...), boiler les
temples, ensevelir sous les ruines des maisons ceux qui auparavant
en dtaient les maîtres, et enfin exercer par le fer et par le feu des
inhumanitds (...). Sur chacune de ces villes ătaient repr6sent6es celui
qui les avaient dăfendues (...). Le spectacle de ce triomphe si
magnifique finit au temple de Jupiter Capitolin". On peut bien sQr
mettre ce texte en relation avec la pompa triomphale repr6sent£e sur
l'arc de Titus.
55
Flavius Jos&phe, Guerre des Juifs, 16.
62
SETTIS 1985, 1165.
63
VEYNE 1988, 6.
64 Ammien Marcellin, Hist., 24, 3, 9.
1
Porte —► Passage en Dacie (Trajan: 1)
1 42-145
Fuite des Daces et Suicxîe de D£c£bale 1 4 1
Supplicatio-Statio (Trajan: 1)
139-140
Adlocutio de Dâc^bale aux Daces- Fuite et Suicides