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٢ Quelle est la morale de ce conte philosophique ?

٢ Y a-t-il eu une réelle évolution depuis le début du conte ?


٢ La fin de ce conte philosophique est-elle optimiste ?
٢ En quoi cette fin constitue-t-elle un apologue ?

Annonce du plan
Nous verrons que le chapitre 30 de Candide présente les principales caractéristiques d’un
explicit (I), avant de nous demander s’il y a une réelle évolution des personnages à la fin du
récit (II). Pour terminer, nous étudierons la ou les morale(s) qu’apporte ce conte philosophique
au lecteur (III).

I – Les caractéristiques d’un explicit

A – Clôture du récit
Dans la conclusion de ce conte philosophique, il y a le sens d’un retour chez soi : « en retournant
dans sa métairie ».

Tous les personnages principaux et alliés de Candide se trouvent rassemblés en un même


endroit : présents dans ce jardin qui devient le cœur de la petite communauté se trouvent
Pangloss, Martin, Cunégonde, Paquette, la vieille, Giroflée, et bien sûr Candide.

La dernière longue tirade de Pangloss récapitule en quelque sorte le conte tout entier, en en
rappelant les principales péripéties : « si vous n’aviez pas été chassé d’un beau château à grands
coups de pied dans le derrière pour l’amour de Mlle Cunégonde, si vous n’aviez pas été mis à
l’Inquisition, si vous n’aviez pas couru l’Amérique à pied, si vous n’aviez pas donné un bon coup
d’épée au baron, si vous n’aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d’Eldorado » et termine
sur la situation finale : manger « des cédrats confits et des pistaches ».

Cette énumération fait de Candide un véritable héros, puisqu’il a surmonté toutes ces épreuves
et a obtenu l’objet ultime de sa quête : Cunégonde.

B – Un dénouement heureux
Comme l’exigent les règles du conte, Candide se termine sur une situation heureuse pour tous
les personnages.

Les qualités de chacun sont mises en avant : « chacun se mit à exercer ses talents ».

Voltaire emploie également des superlatifs pour renforcer encore leurs qualités : « Cunégonde
[…] devint une excellente pâtissière », « Giroflée […] fut un très bon menuisier ».

Tout comme la plupart des contes, Candide se termine sur une formule proverbiale sous forme
de morale : « Il faut cultiver notre jardin ».

Transition : Ce chapitre 30 de Candide est bien la fin de l’œuvre et clôture l’intrigue sur une
situation finale nette, dans laquelle nos héros s’installent enfin dans la métairie après avoir vécu
de nombreuses péripéties.

On peut cependant se demander à la lecture de cet épilogue s’il y a eu une réelle évolution au
cours du conte.
II – Une réelle évolution ?

A – La glose de Pangloss
S’il est un personnage qui ne semble pas avoir changé à la lecture de cet explicit, c’est bien
Pangloss.

Comme dans le chapitre 1, il prononce de longs discours faussement savants, monopolisant la


parole avec ces longues énumérations (les morts atroces des rois puis le récapitulatif des
aventures de Candides).

En précisant « selon le rapport de tous les philosophes », il souligne qu’il est incapable de penser
par lui-même et qu’il ne fait que rapporter des paroles, imposant ses discours par des
arguments d’autorité.

De même, il cite la Bible en latin (« ut operaretur eum »), mais n’amène pas de nouvelles idées.

Sa deuxième tirade rappelle également ses raisonnements du début du conte, autour de l’idée
que tout va pour le mieux « dans le meilleur des mondes possibles » : il n’a donc pas évolué dans
ses raisonnements. Malgré tout ce qu’il s’est passé, il garde un optimisme indéfectible.

B – Un récit cyclique ?
Au niveau de l’intrigue elle-même, la question d’une véritable évolution peut se poser.

En effet, la récompense des personnages paraît bien maigre (cultiver le jardin et « manger des
cédrats confits et des pistaches ») par rapport aux nombreuses épreuves qu’ils ont dû traverser.

Par contrepoint, l’énumération de Pangloss, qui récapitule les aventures en mettant en avant les
dangers encourus et la souffrance subie, rend d’autant plus ridicule la chute de la phrase : l’on
pourrait dire qu’ils ne sont pas mieux lotis qu’au début de l’histoire.

Même si Candide a obtenu l’objet de sa quête, à savoir la femme aimée, elle se révèle « à la
vérité bien laide », renversant les valeurs traditionnelles du conte.

D’une manière générale, le sort des personnages n’est pas particulièrement enviable à la fin du
conte : ils exercent des métiers simples, à la portée de tous (pâtissière, menuisier, lingère), et
c’est pour certains (comme Cunégonde, fille de Baron) une forme de dégradation sociale.

C – L’affranchissement de Candide
Candide, en revanche, semble avoir évolué, notamment dans sa relation avec Pangloss.

Alors que dans l’incipit du conte, il l’écoutait religieusement, il lui coupe ici la parole dans le
premier paragraphe, et semble ne guère accorder d’importance à sa deuxième tirade, répondant
par « Cela est bien dit » et s’opposant même à lui : « mais il faut cultiver notre jardin. »

C’est Candide qui a le mot de la fin, alors même qu’il parle peu dans cet extrait. Par contre, il fait
« de profondes réflexions », réfléchit seul.

D’une certaine manière, l’élève dépasse le maître : Pangloss reconnaît que Candide a raison
lorsqu’il l’interrompt (« Vous avez raison »)
Transition : Il apparaît dans cet excipit que tous les personnages n’évoluent pas, mais Candide
sort mûri de ces épreuves. Il illustre ainsi l’un des principes des Lumières, qui voyaient en
l’homme un être capable de penser et décider par lui-même.

Voltaire se sert de ce conte et de son héros pour transmettre les valeurs qui lui tiennent à cœur.

III – La morale de Candide

A – Le travail comme source de bonheur


La formule de conclusion résume l’idée de la nécessité (« il faut ») du travail (« cultiver »).

Dans la petite communauté finale rassemblée autour de la métairie, chacun trouve sa place et
s’accomplit dans sa tâche : Cunégonde comme cuisinière, Paquette comme brodeuse, Martin
comme jardinier, etc.

Toutes ces activités ont une valeur positive. En témoignent les nombreuses formules
appréciatives : « louable », « excellente », « très bon », « honnête ».

Les verbes « travailler » et « cultiver » reviennent chacun à deux reprises dans ce passage,
mettant l’accent sur l’importance des tâches manuelles.

La mise en valeur du travail manuel s’accompagne du refus des ambitions, comme s’emploie à
le démontrer Pangloss avec sa longue tirade sur les « grandeurs dangereuses » et les horribles
morts royales.

C’est la vie simple et modeste du travailleur qui est valorisée dans cette fin de conte.

B – Valorisation de l’action contre les discours stériles


Candide s’oppose clairement au verbiage de Pangloss lorsqu’il l’interrompt pour l’inciter à
l’action par une phrase courte et claire, qui va droit au but : « Je sais aussi […] qu’il faut cultiver
notre jardin. »

Le fait de réfléchir n’est pas dénigré, puisque Candide se met lui-même à faire « de profondes
réflexions ». Mais ses réflexions ne sont pas stériles : elles s’accompagnent d’une action
productive (l’agriculture).

En revanche, Pangloss continue à tourner à vide, n’apportant aucune connaissance utile à la


communauté (ou au lecteur).

Les tâches simples mais bien exécutées permettent à tous les membres de la communauté de
vivre confortablement, puisque « la petite terre rapport[e] beaucoup » : ils sont ainsi
récompensés de leurs efforts.

L’action par le travail permet en outre à la communauté de trouver un équilibre, chaque membre
étant dévolu à une tâche bien précise et utile à tous. L’action de chacun est donc nécessaire
pour le bien-être de tous.

C – L’optimisme tourné en dérision


L’optimisme, représenté par Pangloss et sa philosophie du « meilleur des mondes possibles »,
emprunté à Leibniz, est mis à mal dans ce passage.

La longue énumération d’hypothèses (« si …, si … ») et la chute dérisoire rendent


invraisemblable l’idée que tout s’est enchaîné pour le mieux.

Par ses références hors de la réalité quotidienne (les philosophes, la bible et le jardin d’Eden),
Pangloss reste dans des raisonnements abstraits, sans lien avec la situation présente.

Candide, lui, tente de lui remettre les pieds sur terre en l’incitant à se mettre au travail et à
cultiver le vrai jardin.

Candide chapitre 30 : conclusion


En concluant le conte, ce chapitre 30 de Candide met en lumière l’accomplissement intellectuel
de Candide, qui choisit de bâtir son propre bonheur par les vertus du travail et la vie en
communauté.

Par la morale de ce conte, le philosophe des Lumières nous enseigne que dans un monde
imparfait, capricieux et livré au hasard, l’homme doit se libérer en prenant son destin en main,
sans nier les injustices ou chercher son salut dans la religion.

Tu étudies Candide de Voltaire ? Regarde aussi :


٢ Candide chapitre 1 (commentaire)
٢ Candide chapitre 6 (commentaire)
٢ Candide chapitre 18 (commentaire)
٢ Candide chapitre 19 (commentaire)
٢ En quoi Candide est-il un conte philosophique ?
٢ Apologue : définition en vidéo
٢ Le mondain, Voltaire : analyse
٢ Argumentation directe et indirecte (vidéo)
٢ Article « Paix », Damilaville (commentaire)