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LE BOURGEOIS

GENTILHOMME
MOLIÈRE
Complément pédagogique
Luc Bouvier

COLLECTION
PARCOURS D’UNE ŒUVRE
SOUS LA DIRECTION DE MICHEL LAURIN

CHENELIÈRE ÉDUCATION
Le Bourgeois gentilhomme
Complément pédagogique
Étude de l’œuvre
Par Luc Bouvier, professeur au cégep de l’Outaouais
Collection « Parcours d’une œuvre »
Sous la direction de Michel Laurin
© 2008, 2005 Groupe Beauchemin, Éditeur Ltée
Coordination: Johanne O’Grady
Correction d’épreuves : Christine Langevin

Tous droits réservés.


Toute reproduction, en tout ou en partie, sous quelque forme et par quelque procédé que
ce soit, est interdite sans l’autorisation écrite préalable de l’Éditeur.
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activités d’édition.
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Tableau de la couverture : Molière, Le Bourgeois gentilhomme.


Victoria & Albert Museum, London. Art Resource, NY.
Œuvre de William P. Frith (1819-1909).
LE BOURGEOIS GENTILHOMME1
Complément pédagogique

QUESTIONS SUR L’ŒUVRE

ACTE I

ACTE I, SCÈNE 1

Compréhension

1. En quoi le titre de la pièce est-il révélateur de son contenu ?


Le titre, en forme d’oxymore, marque l’opposition entre le réel statut social de Monsieur
Jourdain, « bourgeois », et celui auquel il se moule, « gentilhomme ». Par snobisme, il hante
la noblesse.

2. Qu’implique la réplique par laquelle le Maître de musique ordonne aux


musiciens de se « repose[r] là » (l. 2) ?
Les musiciens viennent de jouer l’ouverture qui marque le début de la comédie-ballet.

3. Relevez et expliquez la louange qui s’adresse indirectement à Louis XIV.


1- « Il y a plaisir […] à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les
délicatesses d’un art, qui sachent faire un doux accueil aux beautés d’un ouvrage, et par
de chatouillantes approbations vous régaler de votre travail. » (l. 28-32)
2- Molière travaille pour le roi : Le Bourgeois gentilhomme est en effet une commande
royale. Louis XIV est donc l’homme de goût dont parle le Maître à danser.

4. Quels sont les deux champs lexicaux associés à l’art dans cette scène ?
Il y a le champ lexical du succès (ex. : « gloire », l. 26 ; « applaudissements », l. 26 ; « doux
accueil », l. 31 ; « chatouillantes approbations », l. 31-32 ; « connues », l. 34 ; « caressées », l.
34 ; « ce sont des douceurs exquises », l. 36 ; etc.) et celui de l’argent (ex. : « douce rente », l.
16 ; « les paye bien », l. 22-23 ; « solide », l. 41 ; « louer avec les mains », l. 41-42 ; « son
argent redresse les jugements de son esprit », l. 44 ; « discernement dans sa bourse », l. 45 ;
« ses louanges sont monnayées », l. 45 ; etc.).

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Pour toute notion liée au théâtre (action, dénouement, didascalie, exposition, ressort dramatique, théâtre
dans le théâtre, règle des trois unités, etc.), référez-vous au « Lexique du théâtre », p. 209-210. Pour toute
notion sur le comique, référez-vous à la section « Procédés de fabrication du comique », p. 167-176.

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© 2008, 2005 Beauchemin, Éditeur Ltée
Action et personnages

1. En quoi l’ouverture est-elle liée à l’action ?


Elle l’est, étant donné qu’elle se fait en musique sur l’air de Je languis nuit et jour que le
musicien jouera à la SCÈNE 2 de l’ACTE I. Il s’agit d’un des éléments de la sérénade que le
bourgeois gentilhomme a commandée au Maître de musique (sc. 2, l. 103-105) et qu’il destine
à Dorimène, la marquise qu’il veut séduire.

2. Que suscite chez le spectateur l’absence du bourgeois gentilhomme ?


À cause du titre de la pièce, le spectateur se doute de l’importance de Monsieur Jourdain.
Son absence « physique » pique la curiosité, suscite une attente.

3. Comment le Maître de musique et le Maître à danser apparaissent-ils dans cette


scène ? En quoi sont-ils distincts ? Montrez qu’ils ont une conception différente de
l’art.
1- Les deux maîtres sont courtois, raffinés, convaincus de l’importance de leur art et,
également, intéressés.
2- Le Maître de musique insiste sur les avantages matériels que lui rapporte son art, tandis
que le Maître à danser valorise l’art en lui-même.
3- L’un se montre surtout intéressé par l’argent ; l’autre, par la gloire. Le Maître de musique,
plus terre à terre, soutient que l’argent est la meilleure récompense (« la meilleure façon de
louer, c’est de louer avec les mains », l. 41-42 ; aussi l. 44-45), tandis que le Maître à danser,
plus idéaliste, affirme que « la récompense la plus agréable qu’on puisse recevoir des choses
que l’on fait, c’est de les voir connues, de les voir caressées d’un applaudissement qui vous
honore » (l. 32-34 ; aussi l. 35-36). Le Maître à danser vit pour l’art, tandis que l’art fait vivre
le Maître de musique.

4. Quel portrait tracent-ils de Monsieur Jourdain ?


Monsieur Jourdain est riche : « ce [leur] est une douce rente que ce Monsieur Jourdain »
(l. 16-17), aussi « il les paye bien » (l. 22-23). Mais c’est un « bourgeois ignorant »
(l. 46). Tous deux déplorent son manque de goût (l. 20-24) : « C’est un homme, à la vérité,
dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n’applaudit qu’à
contresens » (l. 42-44), aussi « so[t] » (l. 33), « barbarie d’un stupide » (l. 28). Il est snob
« avec les visions de noblesse et de galanterie qu’il est allé se mettre en tête » (l. 17-18).

5. De quel autre personnage les maîtres parlent-ils ? Qu’en disent-ils ? En quoi


est-il l’opposé de Monsieur Jourdain ?
1- Les maîtres parlent de Dorante, « le grand seigneur éclairé qui [les] a introduits ici »
(l. 55-56).
2- Monsieur Jourdain est un bourgeois riche et ignorant, tandis que Dorante est un
gentilhomme désargenté et éclairé.

Comique

1. Relevez les commentaires satiriques du Maître de musique.


1- « […] ce nous est une douce rente que ce Monsieur Jourdain […] » (l. 16-17).

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2- « […] son argent redresse les jugements de son esprit ; il a du discernement dans sa
bourse ; ses louanges sont monnayées […] » (l. 44-45).
3- « […] il payera pour les autres ce que les autres loueront pour lui » (l. 59-60).
Voir aussi le portrait qu’il trace de Monsieur Jourdain (question 4 sous « Action et
personnages »).

2. Dans cette scène, en quoi Molière fait-il la satire des mœurs ?


La satire de mœurs est double. Par l’intermédiaire du portrait que les maîtres tracent de
Monsieur Jourdain, Molière s’en prend au snobisme des bourgeois de son temps. Il
s’attaque également au pédantisme des maîtres en faisant particulièrement ressortir le
mépris qu’ils ont envers Monsieur Jourdain, et à leur vénalité, en montrant leur côté
intéressé.

ACTE I, SCÈNE 2
(Voir l’extrait 1)

ACTE II

ACTE II, SCÈNES 1, 2 ET 3

Compréhension

1. Que critique la première réplique de la SCÈNE 1 ?


Elle critique le « petit essai des plus beaux mouvements et des plus belles attitudes dont
une danse puisse être variée » (ACTE I, sc. 2, l. 246-248) qui représente le premier
intermède séparant les ACTES I et II.

2. Que nous apprennent ces scènes sur la vie des nobles au XVIIe siècle ?
Le noble, c’est l’honnête homme du XVIIe siècle. Il est cultivé, il connaît la danse et la
musique. Il a « un concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis »
(sc. 1, l. 262-264). Monsieur Jourdain a un Maître de musique et un Maître à danser. Il est
galant : le noble offre des repas avec chant et ballet (sc. 1, l. 275-280). De plus, le
bourgeois gentilhomme apprend à faire la révérence (sc. 1, l. 293-305). Le gentilhomme
sait manier l’épée : d’où le maître d’armes (sc. 2). Il est éduqué : c’est la raison pour
laquelle Monsieur Jourdain s’est pris un Maître de philosophie (sc. 3).

Action et personnages

1. Ces scènes font-elles avancer l’action ? Justifiez.


Ces scènes ne font guère avancer l’action. À la SCÈNE 1, il n’y a que quelques
allusions à la première intrigue : « le petit ballet que nous avons ajusté pour vous »
(l. 255) ; « C’est pour tantôt au moins ; et la personne pour qui j’ai fait faire tout cela
me doit faire l’honneur de venir dîner céans » (l. 256-258) ; allusion au chant (l. 275-
277) et au ballet (l. 278-280) du repas ; la révérence pour saluer Dorimène (l. 293-305).

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2. Relevez la réplique de la SCÈNE 2 par laquelle Monsieur Jourdain explique
pourquoi il prend des leçons d’escrime. Quel défaut fait-elle ressortir ? Est-ce une
caractéristique « noble » ?
1- « De cette façon donc, un homme, sans avoir du cœur [courage], est sûr de tuer son
homme, et de n’être point tué » (l. 333-334).
2- Monsieur Jourdain manque de courage, il est peureux.
3- Non.

3. Quels traits de Monsieur Jourdain ressortent dans ces scènes ?


Monsieur Jourdain est snob. Parce que « les gens de qualité en ont » (sc. 1, l. 264),
il accepte qu’il y « ait un concert de musique chez [lui] » (sc. 1, l. 262-263). Sa naïveté
lui fait croire les paroles ironiques des maîtres (voir la réponse à la question 9 sous
« Comique »). Mais il est plutôt sans goût, préférant la trompette marine à tout autre
instrument (sc. 1, l. 271-273). Parce qu’il est vaniteux, il veut montrer combien il danse
bien (sc. 1, l. 282-282), qu’on l’admire maniant l’épée (sc. 1, l. 308-309). Dans la querelle
des maîtres, il se retire de peur de « gâter [s]a robe » (sc. 3, l. 433). Il est maladroit lors
du menuet (sc. 1, l. 283-290). Il est sans courage (voir la réponse à la question 2 sous
« Action et personnages »). Il refuse de risquer de recevoir un coup dans la querelle des
maîtres (sc. 3, l. 483-484). Il est autoritaire avec les maîtres. En somme, son
comportement et son langage ne sont pas conformes à ceux qu’on attendrait d’un noble.

4. Comment le Maître de musique et le Maître à danser apparaissent-ils à la


SCÈNE 1 ? Le Maître d’armes, à la SCÈNE 2 ? Le Maître de philosophie, à la
SCÈNE 3 ?
1- À la SCÈNE 1, le Maître de musique et le Maître à danser sont intéressés, tout
particulièrement le premier. Pour lui vendre l’idée d’un concert chez lui, il flatte
doublement le bourgeois gentilhomme, soulignant, d’une part, que Monsieur Jourdain a
« de l’inclination pour les belles choses » (l. 261-262) et, d’autre part, qu’avoir un concert
chez soi, c’est faire comme les gens de qualité (l. 264-265).
2- À la SCÈNE 2, le Maître d’armes est pédant, enseignant son art à Monsieur
Jourdain sans se soucier de son élève (l. 310-336). Prétentieux, il défend la suprématie
de son art (l. 337-374).
3- À la SCÈNE 3, le Maître de philosophie est prétentieux. Il fait la leçon aux autres
maîtres (l. 375-398), place son art au-dessus des autres (l. 399-411), mais se bat comme un
chiffonnier (l. 412-429), à l’égal des autres maîtres.

Comique

1. Pour chacune des scènes, quand le comique de geste est-il particulièrement


apparent ?
À la SCÈNE 1, il y a le moment où Monsieur Jourdain danse le menuet (l. 283-290) ;
à la SCÈNE 2, la maladresse de Monsieur Jourdain dans le maniement du fleuret quand
le Maître d’armes « lui pousse deux ou trois bottes » (l. 323-325) ; à la SCÈNE 3,
la bataille entre les maîtres (l. 412-432).

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2. Qui est le pantin à ficelle dans ces trois scènes ? Justifiez.
Monsieur Jourdain est le pantin à ficelle entre les mains de ses maîtres. Par exemple, le
Maître de musique lui vend l’idée d’un « concert de musique chez soi tous les mercredis
ou tous les jeudis » (sc. 1, l. 262-263) ; le Maître d’armes le bouscule comme une
marionnette.

3. Situez les diables à ressort des SCÈNES 2 et 3 et expliquez-les.


À la SCÈNE 2 (l. 357-374) et à la SCÈNE 3 (l. 412-431), les tentatives de Monsieur
Jourdain de retenir les maîtres, le diable, sont repoussées par les invectives de ces derniers.
En plus d’être psychologiques, ces deux diables à ressort sont également physiques,
puisque les maîtres, dans plusieurs mises en scène, repoussent physiquement Monsieur
Jourdain. De plus, à la SCÈNE 3, la répétition de « Monsieur » et « Messieurs » (l. 416,
418, 420, 422, 424, 426, 428 et 430-431) en accentue le rythme.

4. Quel comique de situation structure la SCÈNE 3 ? Expliquez-le.


Il s’agit de l’inversion. Dans un premier temps, le Maître de philosophie prône raison
et contrôle des passions (l. 375-398) ; dans un deuxième temps, il s’insurge contre les
maîtres qui ne reconnaissent pas la suprématie de la philosophie (l. 399-431).

5. En mettant en parallèle les SCÈNES 2 et 3, quel procédé du comique de situation


ressort ?
Il s’agit de la répétition, puisque la querelle se répète.

6. Quels termes employés par Monsieur Jourdain à la SCÈNE 1 relèvent de la


transposition sur la valeur ?
« Voilà qui n’est point sot, et ces gens-là se trémoussent bien. » (l. 251-252) ; « Il y
faudra mettre aussi une trompette marine. La trompette marine est un instrument qui me
plaît, et qui est harmonieux » (l. 271-273).

7. Dans les SCÈNES 2 et 3, de quelle transposition du comique de mot la chicane


entre les maîtres relève-t-elle ?
Il s’agit de la transposition sur la valeur, puisque, d’une part, les maîtres valorisent leur art
(ex. : « la danse est une science à laquelle on ne peut faire assez d’honneur », l. 399-400 ;
« la musique en est une que tous les siècles ont révérée », l. 401-402 ; « la science de tirer
des armes est la plus belle et la plus nécessaire de toutes les sciences », l. 403-405 ; etc.)
et, d’autre part, dévalorisent les autres arts (ex. : « sciences inutiles comme la danse, la
musique », l. 339-340 ; voir la réponse à la question 10). Pour désigner leurs adversaires,
ils utilisent des termes péjoratifs (ex. : « Monsieur le tireur d’armes », l. 341 ; « plaisantes
gens », l. 345 ; « l’homme d’importance », l. 347 ; « plaisant animal, avec son plastron »,
l. 348 ; « Mon petit maître à danser », l. 349 ; « mon petit musicien », l. 350 ; « le batteur
de fer », l. 352 ; « petit impertinent », l. 360 ; « grand cheval de carrosse », l. 362-363 ;
etc.) ou des insultes (ex. : « philosophe de chien », l. 412 ; « bélître de pédant », l. 413 ;
« cuistre fieffé », l. 414 ; « marauds », l. 415 ; « Infâmes ! coquins ! insolents ! », l. 417 ;
« Fripons ! gueux ! traîtres ! imposteurs ! », l. 429 ; etc.).

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8. En quoi y a-t-il satire des maîtres dans ces scènes ?
Molière s’attaque au pédantisme et à l’infatuation des maîtres (voir les réponses aux
questions 7, 9 et 10).

9. Retrouvez trois répliques ironiques des maîtres.


Maître de musique :
1- « […] une personne comme vous, qui êtes magnifique, et qui avez de l’inclination
pour les belles choses […] » (sc. 1, l. 261-262) ;
2- « Voilà qui est le mieux du monde. » (sc. 1, l. 292) ;
3- « Vous faites des merveilles » (sc. 2, l. 326).

10. Quand les maîtres parlent d’un art autre que le leur, quelle transposition est
en jeu ? Donnez-en un exemple.
1- Il s’agit de la transposition sur la valeur puisqu’ils dévalorisent tout art autre que le leur.
2- Le mot du Maître de philosophie : « Je vous trouve tous trois bien impertinents de
parler devant moi avec cette arrogance et de donner impudemment le nom de science
à des choses que l’on ne doit pas même honorer du nom d’art, et qui ne peuvent être
comprises que sous le nom de métier misérable de gladiateur, de chanteur et de
baladin ! » (sc. 3, l. 406).

11. Dans la SCÈNE 1, quelles répliques de Monsieur Jourdain renvoient au comique


de caractère ?
« Est-ce que les gens de qualité en ont ? » (l. 264) ; « J’en aurai donc » (l. 266) ; « […]
les menuets sont ma danse, et je veux que vous me les voyiez danser » (l. 281-282) ;
« Je veux que vous me voyiez faire » (l. 308-309).

ACTE II, SCÈNE 4


(Voir l’extrait 2)

ACTE II, SCÈNE 5 ET DEUXIÈME INTERMÈDE

Compréhension

1. Retrouvez les deux parties de la scène et titrez-les.


1- Le Maître tailleur (l. 621-676).
2- Les garçons tailleurs (l. 677-698).

2. Que nous apprend la scène sur la mode des nobles en 1670 ? Aidez-vous de la
note 4 de la page 46.
La mode commande que les nobles s’habillent richement de tissus de couleur, rares et
chers. Ils portent des bas de soie et des souliers étroits – contre lesquels Monsieur
Jourdain peste –, une rhingrave et un pourpoint imprimés, comme l’illustrent les « fleurs
en enbas », une perruque et un chapeau avec plumes. L’Inventaire après décès ajoute le
ceinturon et les gants. Le tout est richement orné avec des rubans. De plus, à l’image du
roi, le noble se fait aider pour s’habiller.

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Action et personnages

1. La scène fait-elle avancer l’action ? À quoi sert-elle ?


1- La scène ne fait pas avancer l’action. Elle est à peine liée à la première intrigue :
l’habit dont il est question dans la scène, Monsieur Jourdain se l’est fait faire en prévision
de son rendez-vous avec Dorimène.
2- La scène sert à tracer le portrait du bourgeois gentilhomme.

2. Comment le Maître tailleur et les garçons tailleurs apparaissent-ils ?


Ils sont intéressés et peu respectueux. Le Maître tailleur s’est fait faire un habit à même le
tissu de l’habit du bourgeois et il lui fait accroire que les nobles portent les « fleurs en
enbas » sur leur habit. Les garçons tailleurs bousculent à qui mieux mieux le bourgeois
gentilhomme qu’ils habillent et se font hypocritement obséquieux dans le but d’en obtenir
de l’argent.

3. Quels ressorts dramatiques font agir le bourgeois gentilhomme ?


Le snobisme de Monsieur Jourdain le rend naïf et vaniteux. Sa vanité lui fait accepter
presque sans opposition les justifications du Maître tailleur. Il se montre généreux parce
que les garçons tailleurs l’encensent.

4. Pourquoi Monsieur Jourdain n’apprécie-t-il guère que le Maître tailleur ait utilisé
le même tissu pour les deux habits, celui du tailleur et celui du bourgeois
gentilhomme ?
Si un Maître tailleur se promène avec un habit fait du même tissu que le sien, cela
dévalorise celui de Monsieur Jourdain, qui n’est donc pas plus noble qu’il le faut.

5. Quelle remarque montre que Monsieur Jourdain n’est pas totalement dupe de
son propre snobisme ?
« Il a bien fait : je lui allais tout donner » (l. 698).

6. Qui porte le masque dans cette scène ?


Ce sont le Maître tailleur et les garçons tailleurs : le premier cache ses véritables pensées
et intentions, tandis que les garçons tailleurs se font obséquieux.

7. En quoi le deuxième intermède est-il lié à l’action ?


La séance d’habillage est une préparation à la réception de Dorimène.

Comique

1. À l’aide des didascalies, expliquez en quoi pourraient consister les comiques de


forme et de geste dans cette scène.
Le comique de forme vient essentiellement du nouveau costume de Monsieur Jourdain
avec, entre autres, les « fleurs en en bas » et la surabondance d’ornements : broderies,

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piqûres, chamarrures, guipures, passements2. Le comique de geste vient du traitement que
les garçons tailleurs infligent à Monsieur Jourdain lors de la séance d’habillage.
Leurs gestes ne sont pas conformes à ce qu’on s’attendrait dans de telles circonstances.
Le « pavanage » de Monsieur Jourdain, une fois son habit de noble revêtu (voir les
illustrations aux pages 48 et 49), relève également du comique de geste.

2. De quels procédés du comique de situation le comportement du Maître tailleur


et des garçons tailleurs relève-t-il ? Justifiez.
Il y a inversion du comique de situation et pantin à ficelle. D’une part, le Maître
tailleur et les garçons tailleurs ont envers Monsieur Jourdain un comportement
socialement peu acceptable à l’époque. C’est lui, normalement, le maître. D’autre
part, ils le manipulent, le Maître tailleur lui faisant même accepter « les fleurs en
enbas » (l. 643), et les garçons tailleurs réussissant à lui soutirer de l’argent en
l’appelant tour à tour « Mon gentilhomme » (l. 677), « Monseigneur » (l. 685) et
« Votre Grandeur » (l. 691).

3. Situez et expliquez le diable à ressort dans cette scène.


Le contentement euphorique et les libéralités de Monsieur Jourdain repoussent la
flagornerie des garçons tailleurs, le diable à ressort.

4. Relevez quelques répliques où il y a inversion du comique de mot.


MONSIEUR JOURDAIN : […] Vous m’avez aussi fait faire des souliers qui me
blessent furieusement.
MAÎTRE TAILLEUR : Point du tout, Monsieur.
MONSIEUR JOURDAIN : Comment, point du tout ?
MAÎTRE TAILLEUR: Non, ils ne vous blessent point.
MONSIEUR JOURDAIN: Je vous dis qu’ils me blessent, moi.
MAÎTRE TAILLEUR : Vous vous imaginez cela.
MONSIEUR JOURDAIN : Je me l’imagine, parce que je le sens. Voyez la
belle raison ! (l. 629-637)

5. Quelles répliques du Maître tailleur sont une transposition sur la valeur ?


Le tailleur, quand il parle de son habileté, en beurre épais : « Tenez, voilà le plus bel habit
de la cour, et le mieux assorti. C’est un chef-d’œuvre que d’avoir inventé un habit sérieux
qui ne fût pas noir ; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés » (l. 638-641) ;
« Belle demande ! Je défie un peintre, avec son pinceau, de vous faire rien de plus juste. J’ai
chez moi un garçon qui, pour monter une rhingrave, est le plus grand génie du monde ; et un
autre qui, pour assembler un pourpoint, est le héros de notre temps » (l. 658-661).

6. Quand le comique de caractère ressort-il particulièrement ?


1- Il y a le fait qu’il souffre pour être habillé comme un noble, à cause des bas de soie
(l. 625-630) et des souliers (l. 629-637) ;

2
Broderies : dentelles représentant des fleurs, des arabesques ; piqûres : dessins ajoutés à l’aiguille sur une
étoffe ; chamarrures : ornements aux couleurs éclatantes ; guipures : dentelles ; passements : garnitures de
tissu de fils mêlés (d’or, d’argent, de soie).

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2- quand Monsieur Jourdain accepte que les fleurs de son habit soient placées la tige
vers le haut parce que les « personnes de qualité portent les fleurs en enbas » (l. 648-
650), selon les dires du Maître tailleur ;
3- et le moment où il vide sa bourse entre les mains des garçons tailleurs qui
l’encensent (l. 677-698).

ACTE III
ACTE III, SCÈNES 1, 2 ET 3

Compréhension

1. Aux yeux de Monsieur Jourdain, à quoi ses laquais servent-ils ?


Ses laquais lui permettent de faire étalage de sa richesse. Il veut « qu’on voie bien »
(sc. 1, l. 701) qu’ils sont à lui. Son objectif ultime : passer pour gentilhomme. Habits et
valets jouent le même rôle dans son rêve de noblesse.

2. Retrouvez les deux parties de la SCÈNE 2 et titrez-les.


1- Le fou de rire de Nicole (l. 705-748).
2- La mauvaise humeur de Nicole (l. 749-757).

3. Retrouvez les trois parties de la SCÈNE 3 et titrez-les.


1- Les reproches contre le train de vie de Monsieur Jourdain (l. 758-813).
2- La leçon de phonétique (l. 904-953) et la leçon d’armes (l. 858-873).
3- Les reproches contre les fréquentations de Monsieur Jourdain (l. 874-916).

Action et personnages

1. Qu’est-ce que le spectateur apprend à propos de l’action, de l’intrigue dans ces


scènes ?
À la SCÈNE 2, le spectateur apprend que Nicole doit « préparer [l]a maison pour la compagnie
qui doit venir tantôt » (l. 750-751) ; à la SCÈNE 3, que Monsieur Jourdain doit s’occuper de
marier sa fille (l. 794-797) et que Monsieur le comte a des « bontés » (l. 889) et des « caresses »
(l. 890) pour Monsieur Jourdain à qui il doit une forte somme.

2. Comment Nicole apparaît-elle aux SCÈNES 2 et 3 ?


Nicole est peu respectueuse envers son maître : elle éclate de rire devant son accoutrement
(sc. 2, l. 705-748). Elle ironise même sur son compte (voir la réponse à la question 6 sous
«Comique»). Elle a son franc-parler, conseillant, entre autres, à Monsieur Jourdain de «
fermer » sa porte à « certaines gens » (sc. 2, l. 757). Forte de l’appui tacite de Madame
Jourdain, elle tient tête à son maître et fait preuve de bon sens, comme le montrent ses
répliques à la SCÈNE 3.

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3. Comment Nicole, à la SCÈNE 2, et Madame Jourdain, à la SCÈNE 3,
reçoivent-elles Monsieur Jourdain ?
Pour l’une, Nicole, elle se met à rire ; pour l’autre, Madame Jourdain, elle l’assène de
reproches.

4. À la SCÈNE 3, qu’est-ce que Madame Jourdain reproche à Monsieur Jourdain ?


Dans l’ordre, elle lui reproche son habillement (l. 758-766), ses maîtres (l. 767-793 et 799-
813), d’oublier ses devoirs de père (l. 794-798), le fait qu’il hante la noblesse (l. 874-878) et
Dorante (l. 879-916).

5. Tracez le portrait de Madame Jourdain telle qu’elle apparaît dans la


SCÈNE 3.
Elle est réaliste et lucide. Elle sait que le comportement de son mari le rend ridicule aux
yeux du voisinage : « […] il y a longtemps que vos façons de faire donnent à rire à tout le
monde » (l. 765-766). Elle s’oppose à ses tentatives d’agir en noble (l. 768-773, 782-784 et
803-804). Elle décode l’hypocrisie de Dorante (l. 879-881, 892-893, 905, 907, 910-911 et
913-915).

6. En quoi les portraits respectifs que Madame Jourdain et Monsieur Jourdain


tracent de Dorante dans la SCÈNE 3 sont-ils différents ?
Pour Monsieur Jourdain, Dorante est un noble qui le traite d’égal à égal : « N’est-ce pas
une chose qui m’est tout à fait honorable, que l’on voie venir chez moi si souvent une
personne de cette qualité, qui m’appelle son cher ami, et me traite comme si j’étais son égal ?
Il a pour moi des bontés qu’on ne devinerait jamais ; et, devant tout le monde, il me fait des
caresses dont je suis moi-même confus. » (l. 886-891). Pour Madame Jourdain, au contraire,
c’est un profiteur qui n’en veut qu’à l’argent du bourgeois gentilhomme : « Oui, il a
des bontés pour vous, et vous fait des caresses ; mais il vous emprunte votre argent »
(l. 892-893).

7. Comment Monsieur Jourdain apparaît-il dans ces trois scènes ?


Il est snob et vaniteux : il est si fier de ses nouveaux atours et de ce qu’il a des laquais qu’il
veut aller se promener pour les montrer (sc. 1). Il est maladroit : il est ridicule dans ses
atours de noble (sc. 1, 2 et 3) ; il redonne bien maladroitement les leçons de phonétique et
d’armes (sc. 3). Il est colérique : il se fâche contre sa servante et sa femme (sc. 2 et 3). Il est
incapable d’asseoir son autorité : sa servante rit de lui (sc.2) ; sa femme et sa servante lui
disent son fait (sc. 3). Il est naïf : il ne voit pas que Dorante l’exploite.

Comique

1. Dans les SCÈNES 2 et 3, qu’est-ce qui relève du comique de forme ?


Pour chaque scène, précisez ce qui le fait particulièrement ressortir.
L’habit de gentilhomme de Monsieur Jourdain relève du comique de forme. Dans la SCÈNE 2,
le fou rire de Nicole – l’illustration de la page 54 la montre se roulant par terre – et, dans la
SCÈNE 3, la colère de Madame Jourdain le font particulièrement ressortir.

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2. Dans la SCÈNE 2, en quoi le comique de geste pourrait-il consister ?
La façon de marcher, de déambuler de Monsieur Jourdain relève du comique de geste.

3. Pour chacune des SCÈNES 2 et 3, situez le diable à ressort du comique de


situation et expliquez-le. Précisez ce qui en accentue le rythme.
SCÈNE 2
1- Lignes 705 à 748.
2- Le rire de Nicole repousse les demandes et les menaces de Monsieur Jourdain, le diable à
ressort.
3- Le fou rire de Nicole (« Hi, hi », l. 708, 710, 712, 714, 717-718, 720, 723, 725, 727, 734,
736, 738, 741, 743 et 745), qui équivaut à une répétition de mot, accentue le rythme du diable
à ressort.
SCÈNE 3
1- Lignes 758 à 813.
2- Les récriminations de Madame Jourdain repoussent le diable à ressort, soit les
tentatives de Monsieur Jourdain de faire taire sa femme.
3- La répétition du « Taisez-vous » (l. 788 et 792) en accentue le rythme.

4. Montrez qu’il y a plusieurs inversions du comique de situation dans ces scènes.


Les maîtres encensent Monsieur Jourdain dans les deux premiers actes, tandis que
Nicole et Madame Jourdain ne le manquent pas dans les SCÈNES 2 et 3 de l’ACTE
III (voir la réponse à la question 3 sous « Action et personnages »).
Le comportement de Nicole envers son maître et celui de Madame Jourdain envers son
mari sont en opposition avec les comportements attendus à l’époque.
Dans la SCÈNE 2, le comportement de Nicole s’inverse : après avoir bien ri, elle se
met en colère (voir la réponse à la question 2 sous « Compréhension »).

5. En mettant en rapport les SCÈNES 2 et 3, quel procédé du comique de situation


ressort ? Il y a répétition : après Nicole, c’est au tour de Madame Jourdain de s’en
prendre au bourgeois gentilhomme.

6. Pour chacune des SCÈNES 2 et 3, relevez la remarque ironique de Nicole.


« Nenni, Monsieur, j’en serais bien fâchée » (sc. 2, l. 717) ; « Oui, ma foi ! cela vous
rendrait la jambe bien mieux faite » (sc. 3, l. 808) ou « Oui, cela est biau » (sc. 3, l. 848).

7. Comment l’ambiguïté du comique de mot est-elle à la base de la leçon de


phonétique que donne Monsieur Jourdain à Madame Jourdain et à Nicole ?
Relevez-en deux exemples.
1- Monsieur Jourdain demande à Madame Jourdain si elle sait de quelle catégorie est
son discours, prose ou vers : « […] savez-vous, vous, ce que c’est que vous dites à cette
heure ? » (sc. 3, l. 814 ; aussi l. 817-818, 821-823, 825-826 et 828). Madame Jourdain ne
peut comprendre la question. Elle pense qu’il lui demande si elle sait ce qu’elle dit et elle
lui répond donc : « Oui, je sais que ce que je dis est fort bien dit » (l. 815-816 ; aussi l.
819-820, 824 et 829).

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2- Monsieur Jourdain demande à Nicole : « […] sais-tu bien comme il faut faire pour dire
un U ? » (l. 834-835 ; aussi l. 837, 839 et 843). Ne pouvant comprendre, Nicole répond au
mieux qu’elle fait un U : « Je dis U » (l. 842 ; aussi l. 840).

8. Pour le spectateur, qui a assisté à la leçon de phonétique du Maître de philosophie


et à la leçon d’escrime du Maître d’armes, à quels comiques de situation et de mot
renvoie l’enseignement que donne Monsieur Jourdain à Madame Jourdain et à
Nicole à la SCÈNE 3 ?
Il y a répétition du comique de situation. De plus, cette reprise par Monsieur Jourdain des
leçons de phonétique et d’escrime est parodique parce que la maladresse, intellectuelle et
physique, de Monsieur Jourdain en fait des imitations ridicules.

9. Dans la SCÈNE 1, expliquez en quoi consiste le comique de caractère.


Le snobisme et la vanité du bourgeois gentilhomme ressortent particulièrement du fait
qu’il veut se promener de par la ville pour montrer et son habit et ses laquais, qui
l’élèvent, selon lui, au rang de gentilhomme.

10. Dans la SCÈNE 3, relevez les moments où le snobisme de Monsieur Jourdain est
poussé à l’extrême.
1- Il emploie à mauvais escient le terme « prérogatives » (l. 793).
2- Il regrette de ne pas être allé au collège : « Plût à Dieu l’avoir tout à l’heure, le fouet,
devant tout le monde, et savoir ce qu’on apprend au collège ! » (l. 805-807).
3- Il explique maladroitement les nouvelles connaissances et techniques acquises en
linguistique (l. 813-857) et en escrime (l. 858-873).
4- Il est subjugué par Dorante (l. 882-891 et 894-896) en qui il a totalement
confiance (l. 901-902, 904, 906 et 908-909).

ACTE III, SCÈNE 4


(Voir l’extrait 3)

ACTE III, SCÈNES 5 ET 6

Compréhension

1. Pourquoi Monsieur Jourdain envoie-t-il son épouse dîner chez sa belle-sœur ?


Il a préparé un ballet et un repas, un « cadeau », (sc. 6, l. 1059-1060) pour Dorimène et il
ne tient pas à ce que sa femme soit au courant de ses tentatives de séduire la marquise.

2. Selon Dorante, qu’est-ce qui touche le plus sûrement le cœur d’une femme ?
Pourquoi une telle affirmation de sa part ?
1- « Vous avez pris le bon biais pour toucher son cœur : les femmes aiment surtout les
dépenses qu’on fait pour elles ; et vos fréquentes sérénades, et vos bouquets continuels,
ce superbe feu d’artifice qu’elle trouva sur l’eau, le diamant qu’elle a reçu de votre part,
et le cadeau que vous lui préparez, tout cela lui parle bien mieux en faveur de votre
amour que toutes les paroles que vous auriez pu lui dire vous-même » (sc. 6, l. 1092-
1098).

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2- Étant donné que Dorante détourne à son profit les présents que Monsieur Jourdain
offre à Dorimène, il s’arrange, en laissant entendre que les déclarations d’amour sont de
peu de valeur, pour que ni Monsieur Jourdain ni Dorimène ne s’aperçoivent de ses
fourberies : Dorimène ne sachant pas que Monsieur Jourdain l’aime et Monsieur Jourdain
ignorant que Dorimène ne l’aime pas.

Action et personnages

1. Qu’apprend-on finalement sur la première intrigue de la pièce ?


Dorimène a accepté le diamant offert par Monsieur Jourdain par l’entremise de Dorante
(sc. 6, l. 1063-1067) et elle va venir dîner chez Monsieur Jourdain (sc. 6, l. 1110-1113).
Le bourgeois gentilhomme va se débarrasser de sa femme pour l’occasion (sc. 6, l. 1107-
1108).

2. Sur le plan de l’action, à quoi la présence de Madame Jourdain et de Nicole


sert-elle ?
Leur présence va permettre le rebondissement de la SCÈNE 2 de l’ACTE IV, lorsque
Madame Jourdain surprendra son mari offrant un repas à Dorimène.

3. À la SCÈNE 5, l’intérêt de Dorante envers Madame Jourdain est-il réel ?


Justifiez. L’intérêt est feint. À la fin de la scène, il lui envoie une pointe assez méchante
(voir la réponse à la question 3 sous « Comique »).

4. Comment le personnage de Dorante apparaît-il dans ces scènes ?


Il apparaît comme un noble sans noblesse. Il est hypocrite : il feint de s’intéresser à
Madame Jourdain et, quand il se rend compte qu’elle ne s’y laisse pas prendre, il lui
lance une pointe assez méchante (sc. 5). Il est retors : il utilise Monsieur Jourdain et se
joue de lui (sc. 6).

5. Qu’est-ce qui rend Dorimène si séduisante aux yeux de Monsieur Jourdain ?


Prouvez-le à l’aide d’une citation.
Monsieur Jourdain aime le fait qu’elle soit noble de naissance : « Il n’y a point de
dépenses que je ne fisse, si par là je pouvais trouver le chemin de son cœur. Une femme
de qualité a pour moi des charmes ravissants, et c’est un honneur que j’achèterais au prix
de toute chose » (sc. 6, l. 1099-1102).

6. Qui porte le masque dans ces scènes ? Pourquoi ?


1- Dorante porte le masque : il feint de s’intéresser à Madame Jourdain, d’une part, et de
favoriser les amours de Monsieur Jourdain, d’autre part.
2- Dans les deux cas, il cherche à cacher qu’il profite du bourgeois gentilhomme et de
son argent pour séduire Dorimène.

Comique

1. Qui est le pantin à ficelle dans ces scènes ?


Il s’agit de Monsieur Jourdain que Dorante manipule à sa guise.

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2. Relevez la réponse ironique de Madame Jourdain à la SCÈNE 6.
« Madame Jourdain vous baise les mains » (l. 1057). La formule de refus est ici ironique.

3. Retrouvez la pointe d’humour, assez méchante, de Dorante envers Madame


Jourdain, à la SCÈNE 5.
« Je pense, Madame Jourdain, que vous avez eu bien des amants dans votre jeune âge,
belle et d’agréable humeur comme vous étiez » (l. 1043-1045) Dorante souligne ainsi
l’âge de Madame Jourdain.

ACTE III, SCÈNES 7, 8 ET 9

Compréhension

1. À la SCÈNE 7, qu’apprend-on sur le mariage au XVIIe siècle ? Père et mère ont-ils


le même pouvoir ?
La décision de marier sa fille et le choix du mari reviennent au père. Ainsi, Madame
Jourdain veut, parlant de Cléonte, « aider sa recherche, et lui donner Lucile » (l. 1123-
1124). Mais, sans pouvoir, elle précise « si je puis » (l. 1124). Elle ne peut que l’aider.
C’est pourquoi, elle et Cléonte vont « faire ensemble à [s]on mari la demande de [s]a
fille » (l. 1130-1131).

2. Retrouvez les deux parties de la SCÈNE 9 et titrez-les.


1- La colère de Cléonte et de Covielle (l. 1149-1197).
2- Le portrait de Lucile (l. 1198-1239).

3. Qui est le « Comte » (l. 1191) dont parle Cléonte à la SCÈNE 9 ? Qu’imagine
Cléonte à son sujet ?
1- Il s’agit de Dorante.
2- Il s’imagine que Lucile s’est laissé « éblouir à la qualité [noblesse] » (l. 1192).

Action et personnages

1. En quoi la SCÈNE 7 est-elle doublement importante sur le plan de l’intrigue ?


Pour la première intrigue, le spectateur apprend que Madame Jourdain a des doutes sur la
fidélité de son mari : « […] il y a quelque amour en campagne, et je travaille à découvrir
ce que ce peut être » (l. 1120-1122). La réplique annonce le coup de théâtre de la SCÈNE
2 de l’ACTE IV. Le spectateur est mis au courant de la deuxième intrigue : Madame
Jourdain souhaite marier sa fille à Cléonte.

2. Quel suspense suscite chacune des scènes ?


Scène 7 :
1- Madame Jourdain réussira-t-elle à confondre son mari ?
2- Pourra-t-elle convaincre son mari de marier sa fille à Cléonte ?
Scène 8 : Pourquoi Cléonte et Covielle sont-ils en colère contre Lucile et Nicole ?
Scène 9 : Les deux couples vont-ils se raccommoder ?

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3. À la SCÈNE 8, comment lexicalement la colère de Cléonte et de Covielle se
manifeste-t-elle ?
Leur colère s’exprime par des propos excessifs et des hyperboles. Ainsi, Nicole est
« perfide » (l. 1136), « scélérate » (l. 1143), « vilaine » (l. 1144) et profère de « traîtresses
paroles » (l. 1137), tandis que Lucile est « infidèle » (l. 1139). De plus, et Cléonte et
Covielle ordonnent à répétition à Nicole de sortir (l. 1136, 1139, 1143-1144 et 1146).

4. Pourquoi Cléonte et Covielle en veulent-ils à Lucile et à Nicole ? La colère des


deux hommes est-elle proportionnée au motif ?
1- « Je suis deux jours sans la voir, qui sont pour moi deux siècles effroyables : je la
rencontre par hasard ; mon cœur, à cette vue, se sent tout transporté, ma joie éclate sur
mon visage, je vole avec ravissement vers elle ; et l’infidèle détourne de moi ses regards,
et passe brusquement, comme si de sa vie elle ne m’avait vu ! » (sc. 9, l. 1158-1162).
2- Réponse libre.

5. Étudiez l’évolution du comportement de Cléonte à la SCÈNE 9. De Covielle.


Le comportement de Cléonte et celui de Covielle se chevauchent. Dans un premier temps
(l. 1134-1180), Cléonte, usant de propos excessifs et d’hyperboles, s’insurge contre le fait
que Lucile ne l’a pas salué lors de leur dernière rencontre publique. Covielle renchérit
(ex. : « CLÉONTE : C’est une perfidie digne des plus grands châtiments. COVIELLE :
C’est une trahison à mériter mille soufflets » [l. 1179-1180]). Dans un deuxième temps
(l. 1181-1190), Cléonte cherche à maintenir l’intensité de sa colère et demande à Covielle
de ne pas défendre Lucile. Le valet y consent. Dans un troisième temps (l. 1191-1197),
Cléonte décide pour son honneur de casser. Covielle est d’accord avec lui. Dans un
quatrième temps (l. 1198-123), Cléonte demande à Covielle de dire tout le mal qu’il peut
de Lucile, mais lui-même réplique en l’enjolivant. Dans un cinquième temps (l. 1232-
1239), Cléonte avoue qu’il aime toujours Lucile. Globalement, Cléonte passe de la colère
à l’expression de son amour ; quant à Covielle, il l’accompagne dans son cheminement.

Comique

1. À la SCÈNE 8, il y a inversion et répétition du comique de situation. Expliquez-les.


L’inversion vient de ce que la réception de Nicole par Cléonte et Covielle est bien
différente de celle qu’attendait la servante qui avait mis un terme à la scène précédente
en disant justement : « J’y cours, Madame, avec joie, et je ne pouvais recevoir une
commission plus agréable. […] Je vais, je pense, bien réjouir les gens » (sc. 7, l. 1132-
1133) ; et qui avait commencé la scène en affirmant être « une ambassadrice de joie »
(sc. 8, l. 1134-1135).
Il y a répétition puisque Covielle se conduit de la même façon que Cléonte.

2. Situez et expliquez les deux diables à ressort de la SCÈNE 9.


1- (l. 1220-1223) Les récriminations de Cléonte repoussent l’acquiescement de Covielle,
le diable à ressort.
2- (l. 1198-1231) Les critiques de Covielle, le diable à ressort, sont repoussées par les
dénégations de Cléonte.

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3. En quoi consiste l’inversion dans la SCÈNE 9 ?
Cléonte demande à Covielle de lui faire un portrait de Lucile qui la lui fasse haïr. À
chaque tentative de Covielle, Cléonte réplique par une remarque qui enjolive la jeune
femme. À la fin, Covielle se rend compte que le processus inverse opère. Cléonte
aime de plus en plus Lucile.

4. En vous rappelant que Molière est l’auteur du Bourgeois gentilhomme et que,


lors de sa création, Armande Béjart, sa femme, jouait le rôle de Lucile, expliquez
pourquoi le portrait de Lucile par Covielle et les commentaires qu’en fait Cléonte
(SCÈNE 9, l. 1203-1231) sont comiques. Précisez le procédé comique utilisé.
1- Le portrait de Lucile par Covielle et les commentaires de Cléonte font rire parce qu’ils
renvoient à deux choses. D’une part, sur le plan de l’énoncé, ils touchent Lucile ; d’autre
part, sur le plan de l’énonciation, ils touchent la femme de Molière, Armande Béjart, qui
joue le rôle de Lucile, et c’est Molière, son mari, l’auteur de la pièce, qui a écrit le portrait
et les commentaires qui l’accompagnent.
2- Il s’agit de l’interférence du comique de situation.

5. Expliquez en quoi consiste la transposition du comique de mot de la SCÈNE 8


et de la première partie de la SCÈNE 9.
Les répliques de Covielle reprennent celles de Cléonte, mais en passant du solennel, ici
un langage plutôt précieux, à un langage familier, ici nettement plus populaire.
Ex. :
CLÉONTE : Après tant de sacrifices ardents, de soupirs, et de vœux que j’ai faits
à ses charmes !
COVIELLE : Après tant d’assidus hommages, de soins et de services que je lui ai
rendus dans sa cuisine !
CLÉONTE : Tant de larmes que j’ai versées à ses genoux !
COVIELLE : Tant de seaux d’eau que j’ai tirés au puits pour elle !
(l. 1167-1172)

6. En quoi consiste la transposition sur la valeur à la SCÈNE 9 ?


Cléonte et Covielle en mettent trop. La réaction n’est pas proportionnée au motif.

ACTE III, SCÈNE 10

Compréhension

1. Pourquoi Lucile a-t-elle feint de ne pas connaître Cléonte ?


Lors de leur rencontre, Lucile était accompagnée « d’une vieille tante, qui veut à toute
force que la seule approche d’un homme déshonore une fille » (sc. 10, l. 1354-1355).

Action et personnages

1. Retrouvez les divers états d’âme de Lucile et Nicole, d’une part ; de Cléonte et
Covielle, d’autre part.
1- (l. 1240-1264) Lucile et Nicole cherchent à comprendre la réaction de leurs

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amoureux ; ulcérés, Cléonte et Covielle refusent toute explication.
2- (l. 1265-1299) Lucile et Nicole tentent de s’expliquer : Cléonte et Covielle refusent
d’écouter.
3- (l. 1300-1332) Cléonte et Covielle veulent connaître l’explication ; Lucile et Nicole
refusent de s’expliquer.
4- (l. 1333-1351) Cléonte et Covielle annoncent qu’ils vont se tuer ; Lucile et Nicole se
rendent à leur demande.
5- (l. 1352-1368) Tous se réconcilient.

Comique

1. Quel procédé du comique de situation structure la SCÈNE 10 ?


La répétition structure cette scène de dépit amoureux. Tout est double : servante et valet,
Nicole et Covielle, copient leurs maîtres, Lucile et Cléonte.

2. En quoi l’inversion interne consiste-t-elle dans cette scène ?


Dans un premier temps (l. 1265-1299), Lucile et Nicole tentent de s’expliquer : Cléonte et
Covielle refusent d’écouter. Dans un deuxième temps (l. 1300-1332), Cléonte et Covielle
veulent connaître l’explication : Lucile et Nicole refusent de s’expliquer.

3. Situez avec précision deux diables à ressort dans la SCÈNE 10 et expliquez-les.


1- (l. 1265-1299) Les tentatives d’explication de Lucile et Nicole repoussent les refus
répétés de Cléonte et Covielle.
2- (l. 1300-1332) Les demandes d’explication de Cléonte et Covielle repoussent les refus
répétés de Lucile et Nicole.

4. Expliquez la transposition de comique de mot en début et en fin de scène.


En début et en fin de scène (l. 1244-1255 et 1359-1363), les répliques de Covielle et
celles de Nicole reprennent respectivement celles de Cléonte et celles de Lucile, mais en
passant du solennel, ici un langage plutôt précieux, à un langage familier, ici nettement
plus populaire. Exemples :
LUCILE : Quel chagrin vous possède ?
NICOLE : Quelle mauvaise humeur te tient ? (l. 1246-1247)
CLÉONTE : Que voilà qui est scélérat !
COVIELLE : Que cela est Judas ! (l. 1250-1251)

ACTE III, SCÈNES 11, 12 ET 13

Compréhension

1. Comparez les deux visions du mariage qui s’opposent à la SCÈNE 12.


D’un côté, il y a Monsieur Jourdain pour qui le mariage doit servir à s’élever socialement.
Il a « du bien assez pour [s]a fille » et n’a « besoin que d’honneur ». Il souhaite donc la
faire « marquise » et ainsi s’élever à la condition de gentilhomme (l. 1421-1422).
De l’autre, il y a Madame Jourdain, qui souhaite un mariage conforme à son état, car les

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« alliances avec plus grand que soi sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients » (l.
1428-1429). Elle désire donc pour sa fille « un honnête homme riche et bien fait, [plutôt]
qu’un gentilhomme gueux et mal bâti » (l. 1415-1416).

2. Que pense Molière de l’usurpation des titres ?


Par la bouche de Cléonte, il s’en prend à ceux qui usurpent des titres. Il trouve que cette
« imposture est indigne d’un honnête homme, et qu’il y a de la lâcheté à déguiser ce que le
Ciel nous a fait naître, à se parer aux yeux du monde d’un titre dérobé, à se vouloir donner
pour ce qu’on n’est pas » (l. 1386-1389). À noter qu’il ne pouvait guère soutenir
l’inverse ; à trois reprises, en 1661, en 1666 et en 1668, Louis XIV avait ordonné qu’on
recherche ceux qui usurpaient des titres de noblesse.

Action et personnages

1. En quoi Cléonte représente-t-il l’« honnête homme » du XVIIe siècle dans ces scènes ?
Cléonte se conduit en honnête homme. Il est distingué et modéré dans sa conduite lors de
sa demande en mariage. Il ne cache pas le fait qu’il n’est pas gentilhomme. Pour lui,
l’usurpation des titres est inacceptable : il a des « sentiments sur cette matière un peu plus
délicats » (sc. 12, l. 1385-1386). De plus, il s’est « acquis dans les armes l’honneur de six
ans de services » (sc. 12, l. 1390-1391).

2. Le personnage de Lucile n’est-il pas un peu pâlot ? Justifiez.


Devant le refus de son père, elle ne réagit pas. Elle laisse à sa mère et à Nicole le soin de
répliquer au bourgeois gentilhomme. Elle apparaît donc un peu pâlotte, d’autant plus qu’à
la SCÈNE 5 de l’ACTE V, elle réagira plus fermement. Il faut dire qu’à l’époque, les
pères ont tous les droits sur leurs filles.
Il faut préciser qu’en ne faisant pas réagir la jeune fille, Molière isole le snobisme de
Monsieur Jourdain, qui n’entre pas alors en conflit avec l’amour paternel, et assure
ainsi le comique de la scène.

3. Comment Madame Jourdain et Nicole se comportent-elles devant le refus de


Monsieur Jourdain de marier Lucile à Cléonte ? Ce comportement est-il normal au
e
XVII siècle ? Justifiez.
Toutes deux s’opposent fermement au refus de Monsieur Jourdain, insistant sur les
dangers d’une telle alliance. À l’époque, il n’est pas normal qu’une femme conteste
l’autorité de son mari ; ni une servante, celle de son maître.

4. Quels arguments Madame Jourdain avance-t-elle pour défendre le mariage de


Lucile et Cléonte ?
Argument 1 : Eux-mêmes ne sont pas nobles (l. 1401-1413).
Argument 2 : Il faut à Lucile un mari qui lui convienne (l. 1414-1416).
Argument 3 : Il y a danger à s’allier à plus grand que soi (l. 1427-1443).

5. Sur le plan de l’action, qu’annonce la SCÈNE 13 ?


La SCÈNE 13 annonce le tour qui permettra d’amener Monsieur Jourdain à donner sa fille
à Cléonte.

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6. À la fin des SCÈNES 12 et 13, en quoi le suspense consiste-t-il ?
SCÈNE 12 : Le clan du bon sens réussira-t-il à contrer l’opposition du père au mariage
de sa fille avec Cléonte ?
SCÈNE 13 : En quoi consiste le moyen imaginé par Covielle pour amener Monsieur
Jourdain à donner sa fille à Cléonte ?

Comique

1. Quel comique de situation est annoncé à la SCÈNE 13 ?


Covielle annonce qu’il va jouer un tour à Monsieur Jourdain. C’est le pantin à ficelle.

2. Relevez les moments de la SCÈNE 12 où le comique de caractère ressort


particulièrement. Quel est le défaut poussé à l’extrême ?
1- Monsieur Jourdain vérifie si Cléonte est gentilhomme, condition essentielle pour
devenir son gendre (l. 1380-1381, 1396-1397 et 1399-1400). Il renie ses origines (l. 1404,
1407 et 1410-1412) ; il veut un gendre gentilhomme et élever sa fille au rang de marquise
(l. 1412-1413, 1420-1422, 1424 et 1426), sinon de duchesse (l. 1444-1447).
2- Le snobisme de Monsieur Jourdain.

ACTE III, SCÈNES 14, 15, 16 ET TROISIÈME INTERMÈDE

Compréhension

1. Comment fait-on la cour à une noble au XVIIe siècle ?


Le noble, galant, offre à la femme qu’il veut séduire une sérénade ; un présent, la bague
que Dorimène porte ; un repas fastueux ; ou encore un ballet. En somme, le gentilhomme
reçoit la dame qu’il veut séduire en musique et en danse. Dorimène en donne une
description à partir des agissements de Dorante envers elle : « Les visites fréquentes ont
commencé ; les déclarations sont venues ensuite, qui après elles ont traîné les sérénades et
les cadeaux [repas], que les présents ont suivis » (sc. 15, l. 1498-1500).

Action et personnages

1. Sur le plan de l’action, pourquoi le départ de Monsieur Jourdain à la SCÈNE 14


est-il nécessaire ?
Ce départ permet au spectateur de comprendre le double jeu du comte : amoureux de
Dorimène et sans ressources, il fait croire à Monsieur Jourdain qu’il s’entremet afin de lui
gagner l’amour de la marquise, alors que, dans les faits, il offre lui-même à Dorimène
présents, sérénades et repas, payés par Monsieur Jourdain.

2. Comment Dorante s’y prend-il pour que Dorimène accepte de venir se régaler
chez Monsieur Jourdain ?
Il lui dit que c’est un lieu neutre : « Quel lieu voulez-vous donc, Madame, que mon amour
choisisse pour vous régaler, puisque, pour fuir l’éclat [le scandale], vous ne voulez ni
votre maison, ni la mienne ? » (sc. 15, l. 1491-1493).

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3. Pourquoi Dorimène hésite-t-elle à épouser Dorante ?
Son scepticisme quant à la réussite d’un mariage la fait hésiter : « […] il faut des deux
parts bien des qualités pour vivre heureusement ensemble ; et les deux plus raisonnables
personnes du monde ont souvent peine à composer une union dont ils soient satisfaits » (l.
1508-1511). Dorante laisse entendre qu’un mariage peu réussi expliquerait cette attitude :
« […] l’expérience que vous avez faite ne conclut rien pour tous les autres » (l. 1513-
1514).

4. À la SCÈNE 16, pourquoi Dorante recommande-t-il à Monsieur Jourdain de ne


« point parler du diamant » (l. 1552) ?
Dorante lui recommande de « ne lui point parler du diamant » (l. 1551-1552) afin que sa
duplicité ne soit pas dévoilée ni aux yeux de Dorimène ni à ceux de Monsieur Jourdain.

5. Comment Dorante et Dorimène apparaissent-ils dans les SCÈNES 15 et 16 ?


1- Dorante est un noble désargenté et retors qui triche pour obtenir l’amour de
Dorimène, d’une part, et l’argent de Monsieur Jourdain, d’autre part.
2- Amoureuse de Dorante, Dorimène n’est pas au courant de son double jeu. Elle se
conduit « noblement » devant les écarts de conduite de Monsieur Jourdain, ne les
relevant pas plus qu’il ne le faut.

6. À la fin des trois scènes, que se demande le spectateur par rapport à Dorante ?
Dorante pourra-t-il continuer à tromper l’une et l’autre sans être découvert ?

7. Qui porte le masque dans ces scènes ?


Dorante porte le masque.

8. Comment l’intermède est-il lié à l’action ?


L’intermède met en scène les cuisiniers qui apportent le festin offert à Dorimène. Lorsque
l’ACTE IV s’ouvre, les personnages « se mettent à table » (ACTE IV, sc. 1. l578-1579).

Comique

1. Dans quelle séquence de la SCÈNE 16 les comiques de forme et de geste sont-ils


particulièrement apparents ?
Au début de la scène, Monsieur Jourdain, fagoté dans son costume (comique de
forme), fait maladroitement la révérence (comique de geste).

2. En quoi consiste le quiproquo des SCÈNES 15 et 16 ?


Dorimène pense que le repas et le ballet lui sont offerts par Dorante, tandis que Monsieur
Jourdain pense qu’elle a accepté son invitation.

3. En quoi le mot de bienvenue de Monsieur Jourdain (SCÈNE 16, l. 1534-1539)


adressé à Dorimène est-il drôle ? Précisez le procédé comique.
Le mot de bienvenue est comique parce qu’il est inintelligible : répétitions de termes,
phrases déstructurées et incomplètes. Il s’agit d’une transposition sur la valeur ou une
parodie de mot de bienvenue (comique de mot).

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4. Dans la SCÈNE 16, relevez des répliques ironiques de Dorante.
1- « Madame, Monsieur Jourdain sait son monde » (l. 1533).
2- « Madame, voilà le meilleur de mes amis » (l. 1545).
3- « Galant homme tout à fait » (l. 1547).

5. Relevez les apartés de la SCÈNE 16. Que font-ils ressortir ? Quel procédé du
comique de situation est en jeu ?
1- Entre Dorimène et Dorante : l. 1541-1543 et 1544 ; entre Dorante et Monsieur
Jourdain : l. 1551-1552, 1553-1554, 1555-1557, 1561-1562, 1563-1564 et 1565-1566.
2- Les apartés font ressortir la manipulation dont Monsieur Jourdain est l’objet (pantin
à ficelle, comique de situation).

6. Quel comique est en jeu dans la SCÈNE 14 ?


Il s’agit du comique de caractère, puisque le snobisme de Monsieur Jourdain ressort tout
particulièrement, d’autant plus qu’il regrette que cela ne lui a pas « coûté deux doigts de
la main, et être né comte ou marquis » (l. 1480-1481).

7. Relevez les moments dans les SCÈNES 15 et 16 où le désir d’être gentilhomme


chez Monsieur Jourdain ressort tout particulièrement.
Il n’y a rien à la SCÈNE 15. À la SCÈNE 16, il y a la tentative de révérence (l. 1527-
1532) et le mot de bienvenue (l. 1534-1539). Voir les réponses aux questions 1 et 3 sous
« Comique ».

ACTE IV

ACTE IV, SCÈNES 1 ET 2

Compréhension

1. Relevez les deux principaux champs lexicaux de la tirade de Dorante sur le


repas (l. 1579-1599).
Le premier est celui de la cuisine (l. 1589-1597) ; le second, des sciences du langage :
« fort savant » (l. 1583), « incongruités » (l. 1584), « barbarismes de bon goût »
(l. 1584-1585), « tout serait dans les règles » (l. 1585), « de l’élégance et de l’érudition »
(l. 1586), « science des bons morceaux » (l. 1589).

2. Que nous apprend le « que vous touchez » (l. 1664) sur la façon de manger sous
Louis XIV ?
La fourchette, introduite pourtant vers 1600, n’est guère d’usage courant en 1670.
Louis XIV mange avec ses doigts, comme c’est le cas des convives au banquet du
Bourgeois gentilhomme.

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3. En quoi un dîner digne de la noblesse consiste-t-il au temps de Molière ?
Un repas digne de la noblesse est abondant : il comprend plusieurs services. Il est
également accompagné de musique et de chant et se clôt sur un ballet.

Action et personnages

1. S’est-il passé beaucoup de temps entre les deux actes ? Justifiez.


Non, le temps d’installer la table, soit la durée du troisième intermède (voir l’ACTE III,
SCÈNE 16).

2. À l’aide d’extraits de la SCÈNE 7 de l’ACTE III, montrez que le spectateur n’est


pas surpris par l’arrivée inopinée de Madame Jourdain.
Madame Jourdain se doutait qu’il y avait « quelque amour en campagne » (l. 1121) et
Nicole lui avait aussi signalé que Monsieur Jourdain et Dorante « parl[ai]ent de quelque
affaire où ils ne v[oulai]ent pas que [Madame Jourdain] so[it] » (l. 1117-1118). De plus,
Madame Jourdain avait avoué à Nicole qu’elle « travaill[ait] à découvrir ce que ce peut
être » (l. 1121-1122).

3. Comment Dorante tente-t-il de sauver la situation à l’arrivée de Madame


Jourdain ? Justifiez la réaction de chacun des personnages. Qui porte le
masque ?
1- Pour se justifier, Dorante affirme que c’est lui qui offre le repas à Dorimène et que
Monsieur Jourdain ne fait que lui prêter sa maison (l. 1675-1680).
2- a) Dorante ne veut pas que Dorimène se rende compte que c’est Monsieur Jourdain
qui a payé le « cadeau ». b) Monsieur Jourdain veut cacher à sa femme qu’il cherche à
séduire Dorimène. c) Dorimène, croyant Dorante, ne comprend pas la colère de Madame
Jourdain, d’autant plus que Monsieur Jourdain confirme les dires du comte. d) Madame
Jourdain sait qu’elle a raison. 3- Les hommes, Dorante et Monsieur Jourdain, portent le
masque.

4. Comment Madame Jourdain apparaît-elle ? Dorante ? Monsieur Jourdain ?


Dorimène ?
1- Madame Jourdain est déterminée à défendre son foyer contre Dorimène qu’elle pense
être une rivale. Elle ne baisse pas la visière devant les répliques pleines de morgue des
deux nobles (sc. 2).
2- Dorante cherche à briller auprès de Dorimène. Il se montre particulièrement galant lors
de la présentation du repas alors qu’au début et à la fin, il signale que le repas n’est pas
digne d’elle : « […] le repas n’est pas digne de vous » (sc. 1, l. 1581) ; « […] je voudrais
que le repas fût plus digne de vous être offert » (l. 1599). D’un autre côté, il ménage la
vanité du bourgeois gentilhomme en corroborant les dires de Monsieur Jourdain.
Lorsqu’arrive Madame Jourdain, pour ne pas se faire prendre, il se montre
particulièrement odieux, la traitant avec toute la morgue d’un noble.
3- Monsieur Jourdain, lui, ne porte plus à terre à la SCÈNE 1. Frayant avec les nobles,
pensant être agréé de Dorimène, il croit son rêve de noblesse devenu réalité. De là, sa
colère à l’arrivée de Madame Jourdain qui vient le tirer de son rêve éveillé. Mais cette

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colère ne dure pas, car, dès que sa femme part, il est repris par sa naïveté qui lui fait croire
qu’il s’est conduit en noble auprès de Dorimène : « J’étais en humeur de dire de jolies
choses, et jamais je ne m’étais senti tant d’esprit » (sc. 2, l. 1708-1709).
4- Dorimène se conduit en noble, mais comme Dorante dans la SCÈNE 2, elle
traite Madame Jourdain avec toute la morgue d’une noble outragée.

5. En quoi consiste le théâtre dans le théâtre à la SCÈNE 1 ?


Durant le repas, il y a un récital de chansons offert aux convives, soit Dorimène, Dorante
et Monsieur Jourdain (sc. 1, l. 1618-1647). Dorimène en donne même une appréciation :
« Je ne crois pas qu’on puisse mieux chanter, et cela est tout à fait beau » (sc. 1, l. 1648-
1649).

Comique

1. En quoi la conversation entre Dorimène et Monsieur Jourdain à la SCÈNE 1


est-elle basée sur un quiproquo ?
Monsieur Jourdain a payé le repas et le diamant. Dans le but d’agir en noble et galant
homme et sur la recommandation de Dorante, il ne parle qu’à mots couverts de la bague
qu’il a donnée à Dorimène. La marquise, pour qui la bague est un présent de Dorante,
s’imagine que Monsieur Jourdain ne la trouve pas suffisamment belle.

2. Comment le diable à ressort de la SCÈNE 1 fonctionne-t-il ?


Le diable, Monsieur Jourdain, tente de parler à Dorimène (l. 1609 et 1615), mais il est
repoussé par les répliques de Dorante qui craint que le bourgeois ne dévoile, par ses
propos, la supercherie.

3. À la SCÈNE 1, de quelle transposition les répliques de Monsieur Jourdain à


Dorimène relèvent-elles ?
Il y a transposition du solennel au familier. Certaines répliques de Monsieur Jourdain ne
sont pas de mise d’un bourgeois à une marquise : elles sont trop directes (l. 1656-1657,
1660 et 1666).

4. En vous aidant de la réponse à la question 1 sous « Compréhension », précisez


la transposition qu’utilise Molière dans la tirade de Dorante à la SCÈNE 1
(l. 1579-1599).
Molière utilise un langage technique dans un domaine autre. Il décrit le repas en
utilisant la terminologie des sciences du langage.

5. De quel comique de situation l’arrivée inopinée de Madame Jourdain relève-t-


elle ?
Pour les convives, la conséquence, l’arrivée de Madame Jourdain, est imprévue (effet
boule de neige).

6. Quel procédé du comique de situation est à la base de la SCÈNE 2 ?


Il y a inversion du comique de situation, puisque Monsieur Jourdain est pris sur
le fait par sa femme, alors qu’il pensait bien s’en être débarrassé en l’envoyant
manger chez sa sœur.
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7. De quel comique de mot l’expression « vous m’envoyez promener » (SCÈNE 2,
l. 1673-1674) relève-t-elle ? Justifiez.
La formule est ambiguë : elle est employée dans son sens propre (Monsieur Jourdain
l’a envoyée chez sa sœur) et dans son sens figuré (Monsieur Jourdain l’a envoyée au
diable).

8. Retrouvez la remarque involontairement ironique de Monsieur Jourdain, à la


SCÈNE 2. En quoi l’est-elle ?
« J’étais en humeur de dire de jolies choses, et jamais je ne m’étais senti tant d’esprit »
(l. 1708-1709). La réflexion est d’autant plus drôle que Monsieur Jourdain fait preuve
d’un manque total d’esprit et n’a guère dit de « jolies choses ». À ce titre, la formule est
involontairement ironique. Voir la réponse à la question 3 sous « Comique ».

9. Expliquez l’ambiguïté du comique de mot qui clôt la SCÈNE 1.


Monsieur Jourdain joue sur la polysémie du verbe « ravir » : Dorimène l’emploie au sens
figuré, « plaire », tandis que Monsieur Jourdain en utilise le sens propre, « prendre ».

ACTE IV, SCÈNES 3, 4, 5 ET QUATRIÈME INTERMÈDE

Compréhension

1. Quand Covielle a-t-il annoncé qu’il allait jouer un tour à Monsieur Jourdain ?
Covielle a présenté le tour à Cléonte à la SCÈNE 13 de l’ACTE III (l. 1466-1473).

2. Que laissent sous-entendre les répliques de Dorante et de Covielle aux lignes


1847 à 1849 dans la SCÈNE 5 ?
Elles supposent que Dorante et Covielle se connaissent et qu’ils ont possiblement planifié
des tours ensemble.

3. Pourquoi Covielle précise-t-il que « le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte,


à peu de chose près » (SCÈNE 3, l. 1812-1813) ?
Covielle s’assure ainsi que Monsieur Jourdain ne posera pas de question sur la
similitude entre Cléonte et le fils du Grand Turc. Le spectateur ne s’étonne donc pas
que Monsieur Jourdain ne relève pas la similitude.

Action et personnages

1. Quel objectif Covielle poursuit-il avec sa fourberie ?


Covielle cherche à assurer le mariage de Cléonte avec Lucile.

2. Ces scènes font-elles avancer l’action ? Justifiez.


Oui. Grâce au stratagème imaginé par Covielle, Cléonte obtient le consentement de
Monsieur Jourdain pour son mariage avec Lucile.

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3. Quels traits de caractère font en sorte que Monsieur Jourdain peut croire à la
réalité du fils du Grand Turc qui veut épouser sa fille ?
Covielle flatte le snobisme de Monsieur Jourdain en soutenant que le père du bourgeois
gentilhomme est noble (sc. 3, l. 1722 et 1724). Sa vanité et sa naïveté font le reste : il est
suffisamment vaniteux pour croire que réellement le fils du Grand Turc veut épouser sa
fille et naïf pour croire à la réalité du personnage.

4. Quelle précision Monsieur Jourdain fournit-il sur le caractère de sa fille ?


« […] ma fille est une opiniâtre, qui s’est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et
elle jure de n’épouser personne que celui-là » (sc. 3, l. 1807-1809).

5. Qui porte le masque dans ces scènes ? Y a-t-il du théâtre dans le théâtre ?
1- Covielle et Cléonte portent le masque.
2- Sans que Monsieur Jourdain le sache, une troupe de théâtre, à laquelle se joignent
Covielle et Cléonte, joue une mascarade. L’un des spectateurs est un personnage de la
pièce, Dorante, à qui Covielle affirme qu’il pourra « voir une partie de l’histoire » (sc.
5, l. 1852-1853).

Comique

1. En quoi consistent les comiques de forme et de geste dans les trois scènes et la
cérémonie turque ?
Les costumes turcs renvoient au comique de forme. Quant au comique de geste, il est
facile d’imaginer Covielle et Cléonte gesticulant à qui mieux mieux dans leur
accoutrement. Voir aussi la version de l’édition de 1682 de la cérémonie turque qui
fournit des indications supplémentaires (annexe, p. 47).

2. Quel comique de situation est à la base de cette partie de la pièce ?


Dans les trois scènes et la cérémonie turque, Monsieur Jourdain est manipulé (pantin à
ficelle).

3. Quelle réplique de Monsieur Jourdain est involontairement ironique ?


« Tant de choses en deux mots ? » (sc. 4, l. 1831).

4. Relevez tout ce qui est parodique dans ces scènes.


Il y a la fausse langue turque utilisée par Covielle et Cléonte (l. 1766-1767, 1772-1773,
1782, 1815, 1821, 182, 1827 et 1828), la fausse dignité turque de Mamamouchi, la
cérémonie turque d’intronisation et certaines formulations imitant le style turc (« votre
cœur soit toute l’année comme un rosier fleuri », l. 1817 ; « que le Ciel vous donne la
force des lions et la prudence des serpents ! », l. 1823-1824).

5. Comment, dans ces scènes, le comique de caractère ressort-il ? Relevez les


éléments les plus percutants.
1- Le comique de caractère ressort du fait que Monsieur Jourdain est si entiché de
noblesse qu’il gobe tout.

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2- Monsieur Jourdain croit l’affirmation de Covielle-Turc selon laquelle le père de
Monsieur Jourdain est gentilhomme (voir la réponse à la question 3 sous « Action et
personnages ») ; que le fils du Grand Turc veut épouser sa fille ; que la dignité de
Mamamouchi existe ; que la cérémonie d’intronisation est réelle.

ACTE V

ACTE V, SCÈNES 1, 2, 3 ET 4

Compréhension

1. Qu’est-ce qui montre que Dorante place Monsieur Jourdain sur un pied d’égalité
(voir la note 4, p. 62) ? Pourquoi a-t-il changé d’attitude par rapport à la SCÈNE 4
de l’ACTE III ?
1- Au XVIIe siècle, appeler quelqu’un par son nom est impoli, sauf s’il est de rang
inférieur. L’emploi de « Monsieur » (sc. 3, l. 1952) sans le nom de famille montre que
Dorante place Monsieur Jourdain sur un pied d’égalité.
2- En l’appelant uniquement « Monsieur », Dorante élève socialement Monsieur Jourdain
pour mieux entrer dans la folie du bourgeois gentilhomme devenu Mamamouchi.

Action et personnages

1. Qu’y a-t-il de commun entre la SCÈNE 3 de l’ACTE III et la SCÈNE 1 de


l’ACTE V ? Qu’y a-t-il de différent ?
1- Dans les deux scènes, Madame Jourdain découvre son mari habillé d’une façon peu
conforme à son état de bourgeois : en noble d’abord, en Mamamouchi ensuite.
2- Dans le premier cas, elle se met en colère ; dans le second, elle est hébétée.

2. Comment la réaction de Madame Jourdain à la SCÈNE 1 s’explique-t-elle ?


Ayant quitté la scène à la SCÈNE 2 de l’ACTE IV, elle n’est pas au courant du tour
joué à son mari, d’où sa stupeur.

3. Pourquoi Dorante et Dorimène reviennent-ils chez Monsieur Jourdain ? Ce


retour se justifie-t-il ? Montrez ce qu’il a d’invraisemblable. Molière respecte-t-il
le critère de bienséance ?
1- Ils reviennent pour voir le ballet prévu (sc. 2, l. 1934-1936) et pour aider Cléonte dans
ses projets amoureux (sc. 2, l. 1928-1931).
2- Ce retour n’est pas vraiment justifié. Après les accusations de Madame Jourdain, il
aurait été plus normal de ne pas revenir.
3- Rien n’indique que Dorante connaisse Cléonte. Pourtant, il affirme : « […] c’est un fort
galant homme et qui mérite que l’on s’intéresse pour lui » (sc. 2, l. 1930-1931). Dorimène,
qui n’a jamais rencontré Cléonte, affirme pourtant qu’elle « en fai[t] beaucoup de cas, et
[qu’]il est digne d’une bonne fortune » (sc. 2, l. 1932-1933).

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4- Après ce qui s’est passé lors de l’arrivée surprise de Madame Jourdain (ACTE IV, sc. 2),
le retour de Dorimène n’est guère bienséant (voir 2).

4. Dorimène est-elle au courant des intrigues de Dorante ? Quelle remarque de


Dorimène le prouve ?
1- Non.
2- « J’ai vu là des apprêts magnifiques, et ce sont des choses, Dorante, que je ne puis plus
souffrir. Oui, je veux enfin vous empêcher vos profusions ; et, pour rompre le cours à
toutes les dépenses que je vous vois faire pour moi, j’ai résolu de me marier promptement
avec vous : c’en est le vrai secret, et toutes ces choses finissent avec le mariage » (sc. 2, l.
1937-1942). Elle croit que c’est Dorante qui paie.

5. En quoi la SCÈNE 2 est-elle une scène de dénouement ? Quel suspense entraîne-t-


elle ?
1- Elle conclut un élément de l’intrigue : Dorimène accepte d’épouser Dorante.
2- Comment Monsieur Jourdain prendra-t-il l’annonce du mariage de Dorimène avec
Dorante ? La fourberie de Dorante sera-t-elle découverte ?

6. Que révèle la SCÈNE 2 sur la personnalité de Dorimène ?


Elle est suffisamment amoureuse de Dorante pour l’épouser, même si elle garde un
mauvais souvenir de son premier mariage. Elle fait preuve de bon sens et de délicatesse
en acceptant de l’épouser avant qu’il se ruine. Elle se conduit en personne « de qualité ».

Comique

1. Dans ces scènes, qu’est-ce qui relève du comique de forme ?


Il s’agit du costume de Mamamouchi de Monsieur Jourdain (sc. 1, 3 et 4) et des
déguisements turcs de Covielle et de Cléonte (sc. 4).

2. À quels moments le comique de geste ressort-il ?


Le comique de geste ressort quand Monsieur Jourdain « danse et chante » et « tombe par
terre » (sc. 1, l. 1917-1918), « fait les révérences à la turque » (sc. 3, l. 1955), tente de
parler turc (sc. 4, l. 1980-1982). Dans les trois cas, sa maladresse fait rire.

3. En comparant la SCÈNE 1 de l’ACTE V à la SCÈNE 3 de l’ACTE II, quel est le


comique de situation en jeu ?
Il y a répétition du comique de situation (voir la réponse à la question 1 sous « Action et
personnages »).

4. Expliquez le diable à ressort de la SCÈNE 1. Quelle caractéristique stylistique en


accentue le rythme ?
1- Toute la scène est un diable à ressort où l’incompréhension de Madame Jourdain, le
diable à ressort, marquée par ses interrogations, est repoussée par les explications plutôt
nébuleuses de Monsieur Jourdain qui, entre autres, reprend maladroitement les
formules de la séance d’intronisation à la dignité de Mamamouchi.
2- La suite d’interrogations de Madame Jourdain en accentue le rythme.

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5. Qui est le pantin à ficelle dans ces scènes ?
Monsieur Jourdain est le pantin à ficelle.

6. Expliquez l’ambiguïté du comique de mot à la SCÈNE 1.


Monsieur Jourdain utilise le mot « Paladin » (l. 1898) pour désigner sa nouvelle situation
sociale. Madame Jourdain comprend « Baladin » (l. 1899). L’ambiguïté joue ici sur la
paronymie entre les deux mots : ils sont phonétiquement proches.

7. Expliquez l’ambiguïté de la réplique de Dorimème: « […] il n’est pas étrange


que la possession d’un homme comme vous puisse inspirer quelques alarmes »
(SCÈNE 3, l. 1965-1966).
Les « alarmes » peuvent renvoyer à l’inquiétude soulevée par les amours de Monsieur
Jourdain ou, et c’est ce à quoi pense réellement Dorimène, par la folie de Monsieur
Jourdain.

8. Aux SCÈNES 3 et 4, à quelle transposition du comique de mot les répliques de


Dorimène et de Dorante renvoient-elles ?
Tous deux ironisent.

9. En quoi le langage de Monsieur Jourdain est-il parodique ? Donnez-en des


exemples.
Sont parodiques le turc factice qu’il reprend de la cérémonie ; certaines formulations qui
se veulent une imitation du langage fleuri des Turcs (« je vous souhaite la force des
serpents et la prudence des lions », sc. 3, l. 1956-1957, et « je vous souhaite toute l’année
votre rosier fleuri », sc. 3, l. 1960-1961) et ses propres créations en turque
(« Strouf, strif, strof, straf », sc. 4, l. 1983).

10. À la SCÈNE 2, relevez la pointe d’humour de Dorimène concernant son mariage


avec Dorante.
« Ce n’est que pour vous empêcher de vous ruiner ; et, sans cela, je vois bien qu’avant
qu’il fût peu, vous n’auriez pas un sou » (l. 1945-1946).

11. Quels défauts de Monsieur Jourdain sont poussés à l’extrême ? Précisez les
moments où ils transparaissent particulièrement. Quel est le comique en jeu ?
1- Ce sont son snobisme, sa vanité et sa naïveté.
2- Il y a quand il se croit vraiment Mamamouchi (sc. 1, l. 1888-1889, 1891-1892 et
1920-1921) ; quand il croit aux compliments de Dorante et de Dorimène, à la SCÈNE 2
(voir la réponse à la question 8) ; voir aussi la réponse à la question 9.
3- Il s’agit du comique de caractère.

ACTE V, SCÈNES 5 ET 6
(Voir l’extrait 4)

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EXTRAIT 1 (p. 16-24)

ACTE I, SCÈNE 2

Compréhension

1. Par quels signes Monsieur Jourdain veut-il être associé à la noblesse ?


Monsieur Jourdain veut être associé à la noblesse par des signes extérieurs. Il est fier de
son habillement « comme les gens de qualité » (l. 70), de son indienne puisque « les gens de
qualité étaient comme cela le matin » (l. 83-84), de son « petit déshabillé pour faire le
matin [s]es exercices » (l. 93), de ses valets, qu’il s’arrange pour montrer (l. 86-88, 95-
99 et 113-115), et de leurs livrées (l. 89) ; il veut qu’on l’associe à la noblesse parce qu’il
apprécie la danse et la musique, d’autant que « les gens de qualité apprennent aussi la
musique » (l. 147-148). Dans le même ordre d’idées, il prend des leçons de philosophie et
d’escrime (l. 150-153).

2. Que nous apprend la scène sur la noblesse ?


L’habit distingue le noble du bourgeois, d’où l’importance que lui accorde Monsieur
Jourdain (voir la réponse à la question 1). Le noble doit tenir son rang, c’est pourquoi
Monsieur Jourdain souligne qu’il a des laquais en insistant sur leurs livrées (voir la réponse
à la question 1). Le noble est cultivé, d’où le Maître de musique et le Maître à danser.
Monsieur Jourdain envisage même d’étudier la musique (l. 147-150) et d’avoir « un
concert de musique chez soi tous les mercredis ou tous les jeudis » (l. 262-263) comme
les « gens de qualité ». Le noble est éduqué, d’où les leçons du Maître de philosophie
(l. 152-153), manie les armes, d’où celles du Maître d’armes (l. 151).

Action et personnages

1. Quelle précision d’ordre temporel la scène fournit-elle ?


Monsieur Jourdain signale qu’il a « arrêté encore un Maître de philosophie, qui doit
commencer ce matin » (l. 152-153).

2. Quels sont les éléments chantés ou dansés qui accompagnent la scène ? Comment
sont-ils liés à l’action ?
1- a) La chanson Je languis nuit et jour (l. 116-119) ; b) la chanson Je croyais Janneton
(l. 131-137) ; c) le Dialogue en musique (l. 203-241) ; d) le « petit essai des plus beaux
mouvements et des plus belles attitudes dont une danse puisse être variée » (l. 246-248),
qui constitue le premier intermède.
2- La première chanson a été commandée par Monsieur Jourdain pour la sérénade qu’il
veut offrir à Dorimène. La deuxième sert à montrer les préférences de Monsieur Jourdain.
Quant au dialogue en musique et au petit essai de danse, ce sont des morceaux préparés
par les maîtres, dans l’espoir que Monsieur Jourdain les rétribuerait pour ces pièces.

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3. En quoi cette scène est-elle une scène d’exposition ? En quoi ne l’est-elle pas ?
Elle l’est, puisqu’elle présente Monsieur Jourdain, le personnage principal ; elle ne
l’est pas, puisqu’elle fournit bien peu de renseignements sur l’intrigue de la pièce.

4. Comment Monsieur Jourdain apparaît-il ? Qu’est-ce qui le fait agir ?


D’une part, il est riche, car, en plus de somptueux habits, il peut se payer un Maître
à danser, un Maître de musique, un Maître d’armes, un Maître de philosophie et des
laquais. Il est snob, cherchant à imiter les nobles (voir les réponses aux questions 1 et 2
sous « Compréhension »). D’autre part, il est extrêmement naïf. Il croit réellement qu’il a
du talent en musique : « C’est sans avoir appris la musique. » (l. 141) ou encore qu’il est
bien habillé. Il croit aux explications des maîtres pour justifier la suprématie de leur art
(l. 177 et 185). Il est ignorant et sans goût (voir la réponse à la question 5 sous
« Comique »).

5. Comparez les SCÈNES 1 et 2 quant au comportement envers Monsieur Jourdain


du Maître de musique et du Maître à danser.
Dans la SCÈNE 1, les deux maîtres disent vraiment ce qu’ils pensent de Monsieur
Jourdain, tandis que dans la SCÈNE 2, ils se cachent derrière des louanges ironiques
(voir la réponse à la question 7 sous « Comique »).

6. Qualifiez le comportement des deux maîtres envers Monsieur Jourdain.


Ils le méprisent.

7. Qui porte le masque dans cette scène ? Pourquoi ?


Les maîtres portent le masque pour mieux manipuler Monsieur Jourdain.

8. Peut-on parler de théâtre dans le théâtre dans cette scène ? Justifiez.


Les quatre éléments chantés et dansés sont du théâtre dans le théâtre, puisque des
personnages les présentent à d’autres personnages qui jouent alors le rôle de spectateurs.

Comique

1. En quoi consistent les comiques de forme et de geste dans cette scène ?


Le comique de forme vient du costume qui fagote Monsieur Jourdain, tandis que le
comique de geste vient de ce que le bourgeois se trémousse pour montrer son
habillement.

2. Où se situe la répétition du comique de situation dans cette scène ?


Les deux maîtres se répètent systématiquement tout au long de la scène.

3. Expliquez le mécanisme du pantin à ficelle dans cette scène.


Les deux maîtres manipulent Monsieur Jourdain.

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4. En comparant les SCÈNES 1 et 2, en quoi le comportement des deux maîtres
envers Monsieur Jourdain fait-il sourire ? Précisez le procédé du comique de
situation en jeu.
Il s’agit de l’inversion (voir la réponse à la question 5 sous « Action et
personnages »).

5. Énumérez les termes employés par Monsieur Jourdain qui relèvent de la


transposition sur la valeur.
Monsieur Jourdain dévalorise la sérénade en la qualifiant de « petite drôlerie » (l. 73),
« votre affaire » (l. 102), « cette besogne-là » (l. 108-109) ; la chanson (« lugubre »,
« endort », « un peu ragaillardir », l. 120-121) ) ; le Dialogue en musique
(« Est-ce tout ? », l. 242 ; « Je trouve cela bien troussé, et il y a là-dedans de petits
dictons assez jolis. », l. 244-245). Il utilise le terme péjoratif « arrêté » pour signaler
l’engagement du Maître de philosophie (voir p. 20, note 2).

6. Pourquoi la comparaison des deux chansons est-elle drôle ? Quelle transposition


est en cause ?
La deuxième chanson, Je croyais Janneton, devient parodique de Je languis nuit et jour,
préparée pour la sérénade.
Il y a passage du solennel au familier, d’un langage précieux à une langue plus populaire.

7. Relevez trois répliques ironiques des deux maîtres.


1- « Cela vous sied à merveille. » (l. 85)
2- « Il est galant. » (l. 94)
3- « Fort bien. On ne peut pas mieux. » (l. 101)
4- « Le plus joli du monde. » (l. 139)
5- « Et vous le chantez bien. » (l. 140)

8. En quoi Monsieur Jourdain est-il parodique d’un noble ?


Monsieur Jourdain est parodique à cause de la disproportion entre les manières et le
langage des nobles, et les airs et les discours qu’il essaie d’affecter (voir les réponses aux
questions 5 et 6). Il préfère la chanson Je croyais Janneton à Je languis nuit et jour.
Il souligne lui-même les marques extérieures de sa noblesse en demandant aux deux
maîtres de rester afin de pouvoir l’admirer dans ses atours de noble (l. 74-76). Voir aussi
la réponse à la question 1 sous « Compréhension ».

9. Pourquoi la réflexion de Monsieur Jourdain concernant l’emploi d’« un écolier »


(l. 122) fait-elle rire ? Quel procédé du comique de mot est en jeu ?
L’ambiguïté porte sur le mot « écolier », qui veut dire « élève » pour Monsieur Jourdain
et « disciple » pour le Maître de musique.

10. De quelle transposition le discours des deux maîtres sur leur art respectif
relève-t-il ? Donnez deux répliques caractéristiques pour chacun.
1- Il s’agit de la transposition sur la valeur étant donné qu’il valorise leur art, bien
évidemment pour mieux le vendre.

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2- a) Maître de musique : « Il n’y a rien qui soit si utile dans un État que la musique »
(l. 158-159) ; « Sans la musique, un État ne peut subsister » (l. 162) ; voir aussi les lignes
164 et 165.
b) Maître à danser : « Il n’y a rien qui soit si nécessaire aux hommes que la danse »
(l. 160-161) ; « Sans la danse, un homme ne saurait rien faire » (l. 163) ; voir aussi les
lignes 166 à 169.

11. Sur quel comique de mot l’explication par laquelle le Maître à danser justifie
l’utilité de la danse est-elle basée ? Le Maître de musique, celle de la musique ?
Justifiez.
1- Pour justifier l’importance de la danse, il joue sur l’ambiguïté du terme « pas » qui est
utilisé dans le sens de « mauvais pas dans une […] affaire » (l. 181) et dans celui de « pas
de danse ».
2- Pour justifier l’importance de la musique, le Maître de musique joue sur l’ambiguïté du
terme « accorder » qui est utilisé dans le sens de « manque[r] d’union entre les hommes »
(l. 171-172) et dans celui d’« accorder un instrument de musique ».

12. Relevez et expliquez la pointe satirique contre la pastorale. Relevez et expliquer


la pointe satirique contre la musique italienne.
1- À Monsieur Jourdain qui s’interroge sur l’omniprésence des bergers lorsqu’on parle
d’amour, le Maître à danser réplique : « Lorsqu’on a des personnes à faire parler en
musique, il faut bien que, pour la vraisemblance, on donne dans la bergerie. Le chant a
été de tout temps affecté aux bergers ; et il n’est guère naturel en dialogue que des
princes ou des bourgeois chantent leurs passions » (l. 198-201). Le Maître à danser fait
involontairement ressortir l’incongruité de la convention (qu’il présente comme la réalité)
selon laquelle les bergers se parlent d’amour en chanson.
2- Tristes, les paroles de Je croyais Janneton ne sont pas accordées à l’air, joyeux.
À l’époque, la musique française demandait que « l’air soit accommodé aux paroles »
(l. 123-124) comme dans Je languis nuit et jour. En faisant de Monsieur Jourdain le
défenseur de la première, il s’attaque à la musique italienne qui s’accommodait du
mélange, tristes paroles et joyeuse musique, ou l’inverse.

13. En quoi Molière fait-il la satire du Maître de musique et du Maître à danser


dans cette scène ?
Molière s’en prend à leur pédantisme, entre autres quand il valorise leur art (voir les
réponses aux questions 10,11 et 12) et à leur vénalité, entre autres quand il encense
Monsieur Jourdain (voir la réponse à la question 7).

14. Énumérez les comportements de Monsieur Jourdain qui relèvent du


comique de caractère. Quel est le défaut poussé à l’extrême ?
1- Relèvent du comique de caractère le fait que Monsieur Jourdain veut se faire admirer
dans son nouvel habit par les deux maîtres (l. 74-80), qu’il fait admirer son indienne
(l. 81-85 et 113-115) et ce qu’il porte en dessous (l. 91-94 et 99-101), qu’il veut montrer
qu’il a des laquais (l. 86-88 et 95-98) dont il fait admirer les livrées (l. 89-90), qu’il
interrompe le Maître de musique tentant de chanter (voir page 18, note 2), qu’il se décide
d’apprendre la musique pour faire comme les « gens de qualité » (l. 147-150), ses erreurs

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de vocabulaire entre « prologue » et « dialogue » (l. 65-66) ; sa bataille avec les bas de
soie (l. 70-71), sa réflexion incongrue « Donnez-moi ma robe pour mieux entendre »
(l. 113-114) ; le fait d’enlever et de remettre sa robe pour mieux faire admirer son costume
(l. 113-115) ; voir aussi les réponses aux questions 5, 6 et 8.
2- Le snobisme est le défaut poussé à l’extrême.

15. Pouvons-nous dire que, dans cette scène, Molière met en application la devise
Castignare mores ridendo, soit « Châtier les mœurs en riant » ? Justifiez en prenant
tout particulièrement en compte le personnage de Monsieur Jourdain.
En présentant un Monsieur Jourdain ridicule, Molière dévalorise les snobs. Il favorise
donc, par voie de conséquence, ceux qui se conforment à leur état.

Analyse littéraire

1. Montrez que Molière, dans cette scène, obéit aux deux finalités du classicisme :
plaire, soit faire rire puisqu’il s’agit d’une comédie, mais aussi instruire.
Plan-réponse :
1. Molière obéit à la première finalité du classicisme : plaire, faire rire puisqu’il
s’agit d’une comédie.
1.1 Les comiques de forme et de geste (question 1 sous « Comique »)
1.2 Le comique de situation (questions 2, 3 et 4 sous « Comique »)
1.3 Le comique de mot (questions 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13 sous
« Comique »)
1.4 Le comique de caractère (questions 14 et 15 sous « Comique »)
2. Molière obéit à la deuxième finalité du classicisme : instruire.
2.1 Le snobisme (questions 1 et 2 sous « Compréhension » ; questions 3 et 4 sous
« Action et personnages » ; questions 1, 3, 5, 8, 9, 14 et 15 sous « Comique »)
2.2 Le pédantisme et la vénalité (questions 2, 5, 6, 7 et 8 sous « Action et
personnages » ; questions 4, 7, 10, 11 et 13 sous « Comique »)
2.3 Les modes de son temps (questions 2 et 8 sous « Action et personnages » ;
questions 6 et 12 sous « Comique »)

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EXTRAIT 2 (p. 36-44)

ACTE II, SCÈNE 4

Compréhension

1. Divisez la scène en quatre parties et titrez-les.


1- Les propositions de cours du Maître de philosophie (l. 436-493).
2- La leçon de phonétique (l. 494-557).
3- Le billet pour Dorimène (l. 558-612).
4- La colère de Monsieur Jourdain contre son tailleur (l. 613-620).

2. Qu’est-ce que la phonétique ? Qu’est-ce que l’orthographe ?


La phonétique est une partie de la linguistique ayant pour objet la description des sons.
L’orthographe est l’ensemble des règles régissant l’écriture des mots d’une langue.

3. La connaissance de la phonétique est-elle nécessaire à l’apprentissage de


l’orthographe ?
Ce n’est pas une nécessité.

Action et personnages

1. Quel élément important le spectateur apprend-il concernant l’intrigue ?


Le spectateur apprend que Monsieur Jourdain est « amoureux d’une personne de grande
qualité » (l. 559-560).

2. En quoi ce nouvel élément explique-t-il le comportement de Monsieur Jourdain


depuis le début de la pièce ?
Amoureux de Dorimène, une marquise, Monsieur Jourdain cherche à en être digne : il
s’habille en noble, apprend la révérence, veut lui faire parvenir un billet doux, va lui offrir
une sérénade et un « cadeau » (repas et ballet).

3. Que propose d’enseigner le Maître de philosophie à Monsieur Jourdain ? Pourquoi


l’élève s’y oppose-t-il ?
1- La logique a « des mots qui sont trop rébarbatifs » (l. 471).
2- Il refuse la morale, car il « [s]e veu[t] mettre en colère tout [s]on soûl » (l. 481-482).
3- Dans la physique, il « y a trop de tintamarre […], trop de brouillamini » (l. 492-493).

4. Que marque la réplique du Maître de philosophie aux lignes 494 et 495 ?


Le Maître de philosophie est exaspéré par les refus répétés de son élève.

5. Qu’est-ce que Monsieur Jourdain apprend pendant la leçon de phonétique ?


Monsieur Jourdain apprend les automatismes de la prononciation des voyelles et de
certaines consonnes, et la différence entre les vers et la prose.

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6. Pour chacune des parties de la scène, précisez les traits de caractère de Monsieur
Jourdain qui ressortent.
1- (l. 436-493) Même s’il est désireux d’apprendre pour faire plus noble, Monsieur
Jourdain reste réfractaire à tout effort intellectuel (voir la réponse à la question 3).
2- (l. 494-557) Sa naïveté ressort de ses réactions exagérées durant la leçon de phonétique
(voir la réponse à la question 8 sous « Comique »).
3- (l. 558-612) Sa sottise, elle, ressort lors des explications du Maître de philosophie en
ce qui a trait à la différence entre la prose et les vers.
4- (l. 613-620) Il est colérique, s’emportant à cause du retard de son tailleur.

7. Qui porte le masque dans cette scène ? Pourquoi ?


Le Maître de philosophie cache son mépris envers Monsieur Jourdain. Il ne veut pas
perdre son « client ».

Comique

1. En quoi pourrait consister le comique de forme dans cette scène ?


Essentiellement les costumes font rire, tout spécialement dans cette scène, l’allure du
Maître de philosophie (voir l’illustration à la page 38).

2. Dans cette scène, où le comique de geste apparaît-il ?


Le comique de geste vient de la manière exagérée de prononcer les sons enseignés,
autant chez le Maître de philosophie que chez Monsieur Jourdain.

3. Pourquoi la réplique « Un philosophe sait recevoir comme il faut les choses, et je


vais composer contre eux une satire du style de Juvénal, qui les déchirera de la belle
façon » (l. 440-442) fait-elle rire ? Comparez-la avec les affirmations du Maître de
philosophie au début de la scène précédente (l. 383-386, 390-392 et 395-398). Quel
comique de situation est en jeu ?
1- La réplique fait rire parce que le Maître de philosophie fait le contraire de ce qu’il
dit. Le stoïcisme qu’il défendait se transforme en désir de vengeance.
2- Il s’agit d’une inversion du comique de situation.

4. En quoi Molière fait-il la satire des pédants ?


Il présente un Maître de philosophie incapable d’ajuster son « enseignement » à la
capacité de son « élève ». Le maître s’intéresse surtout à faire étalage de ses
connaissances.

5. Relevez la pointe satirique sur la préciosité.


Molière dévalorise la préciosité en associant l’exercice d’« étendre un peu la chose »
(l. 594) à l’exercice de déstructurer la phrase Belle Marquise, vos beaux yeux me font
mourir d’amour.

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6. En quoi la réponse à la demande de Monsieur Jourdain de lui tourner un billet
« d’une manière galante » (l. 586) est-elle comique ? Précisez le procédé comique
utilisé.
Il y a ambiguïté du comique de mot. Le Maître de philosophie croit que Monsieur Jourdain
veut que le billet soit reformulé à la manière précieuse quand il souhaite qu’il le soit
« d’une manière galante » (l. 586). En fait, le bourgeois gentilhomme ne veut que disposer
autrement les mots.

7. En comparant le langage du Maître de philosophie à celui de Monsieur Jourdain,


quelle transposition du comique de mot est en jeu ? Donnez-en des exemples.
Il y a transposition du solennel, le langage de l’érudit, au familier, le langage plus
familier.
Érudition Absence d’érudition
Lignes 453-454 et ligne 455.
Lignes 466-470 et lignes 471-473.
Lignes 478-479 et lignes 480-482.

8. Pourquoi l’admiration de Monsieur Jourdain devant ce que lui enseigne le


Maître de philosophie fait-elle rire ? De quelle transposition du comique de mot
ses répliques admiratives relèvent-elles ? Relevez trois répliques caractéristiques.
1- L’admiration de Monsieur Jourdain fait rire parce que les notions enseignées par le
Maître de philosophie sont élémentaires et, pourtant, Monsieur Jourdain est béat,
répliquant par des réflexions ridicules et déplacées.
2- Il s’agit d’une transposition sur la valeur.
3- Lignes 514, 518, 521-522, 525-526, 531, 535-536, 544-545, 548-549 et 554-555.

9. Relevez les répliques où le comique de caractère apparaît particulièrement.


Quel est le défaut de Monsieur Jourdain qui est poussé à l’extrême ?
La naïveté ressort particulièrement dans cette scène : ses réactions exagérées
d’enthousiasme durant la leçon de phonétique (voir la réponse à la question 8) ; il se croit
brillant parce que le Maître de philosophie lui affirme que la phrase Belle Marquise, vos
beaux yeux me font mourir d’amour est la meilleure (l. 609-610) ; il est tout heureux de
savoir que parler consiste à faire de la prose (l. 582-583).

10. Pouvons-nous dire que, dans cette scène, Molière met en application la devise
Castignare mores ridendo, soit « Châtier les mœurs en riant » ? Justifiez.
Molière, en présentant un bourgeois ridicule et un maître pédant, s’en prend au snobisme
d’une partie de la bourgeoisie de son temps et au pédantisme de certains « intellectuels ».

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Analyse littéraire

1. Analysez cette scène : structure et action, personnages, comique.


Plan-réponse :
1. Structure et action
1.1 La structure de la scène (question 1 sous « Compréhension »)
1.2 L’action : la leçon de phonétique (questions 2 et 3 sous
« Compréhension »; questions 3 et 5 sous « Action et personnages »)
1.3 L’intrigue (questions 1 et 2 sous « Action et personnages »)
2. Personnages
2.1 Un maître pédant (question 3 sous « Compréhension »; questions 3, 4 et 7
sous « Action et personnages »; questions 3, 4 et 7 sous « Comique »)
2.2 Le bourgeois gentilhomme élève (questions 3 et 6 sous « Action et
personnages »; questions 7, 8 et 9 sous « Comique »)
3. Comique
3.1 Les comiques de forme et de geste (questions 1 et 2 sous « Comique »)
3.2 Le comique de mot (questions 3, 4, 5, 6, 7 et 8 sous « Comique »)
3.3 Le comique de caractère (questions 9 et 10 sous « Comique »)

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EXTRAIT 3 (p. 62-67)

ACTE III, SCÈNE 4

Compréhension

1. Retrouvez les trois parties de la scène et titrez-les.


1- Les amabilités de Dorante (l. 917-948).
2- Les dettes de Dorante (l. 949-993).
3- L’emprunt de Dorante (l. 994-1029).

2. Comment Dorante, malgré ses paroles, marque-t-il la distance sociale entre


Monsieur Jourdain et lui ?
Même s’il l’appelle « Mon cher ami » (l. 917) et lui fait toutes sortes de civilités, il n’en
reste pas moins que Dorante l’interpelle avec « Monsieur Jourdain » (l. 917). À l’époque,
l’emploi du nom marque l’infériorité sociale. Dorante souligne ainsi que le bourgeois est
son inférieur.

Action et personnages

1. Cette scène fait-elle avancer l’action ? Justifiez.


1- Non.
2- Le spectateur n’y apprend rien de neuf. La scène sert à tracer le portrait et de Dorante
et de Monsieur Jourdain.

2. Dans quel but Dorante vient-il voir Monsieur Jourdain ? Comment s’y
prend-il pour arriver à ses fins ? Donnez-en des exemples.
1- Dorante vient taper Monsieur Jourdain de « deux cents pistoles ».
2- Pour y arriver, il joue sur la vanité du bourgeois gentilhomme.
3- Parmi bien d’autres, il y a sa flatterie sur les habits du bourgeois (l. 923-924, 926-
927 et 930), le fait qu’il souligne qu’il parle du bourgeois à la cour (l. 934-935).

3. Quel fait montre que Monsieur Jourdain, malgré ses rêves de noblesse, est un
bourgeois qui sait compter ?
Monsieur Jourdain a sur lui un « petit mémoire » (l. 970), un état de compte de ce que
lui doit Dorante.

4. Comparez le portrait de Monsieur Jourdain à celui de Madame Jourdain.


Monsieur Jourdain se laisse prendre aux belles paroles de Dorante, tandis que
Madame Jourdain relève son hypocrisie (l. 922). La vanité et le snobisme du bourgeois
gentilhomme le rendent aveugle, d’une extrême naïveté. Comme l’affirme Madame
Jourdain, il est « une vraie dupe » (l. 1028-1029). Madame Jourdain, elle, voit clair dans le
jeu de Dorante quand il flatte Monsieur Jourdain (l. 929) ou quand il lui soutire « deux
cents pistoles » de plus (l. 1002-1003, 1007-1008 et 1015-1016).

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5. Comment Dorante apparaît-il dans cette scène ?
Dorante apparaît comme un gentilhomme habile, hypocrite et sans scrupules qui flatte
Monsieur Jourdain pour lui soutirer de l’argent.

6. Qui porte le masque dans cette scène ?


Dorante feint l’amitié envers Monsieur Jourdain.

Comique

1. En quoi consiste le comique de forme dans cette scène ?


L’habit de noble de Monsieur Jourdain relève du comique de forme.

2. Qui manipule qui dans la scène ? Relevez quatre apartés de Madame Jourdain
qui le soulignent particulièrement.
1- Dorante manipule Monsieur Jourdain.
2- « Il le gratte par où il se démange » (l. 929) ; « Oui, aussi sot par-derrière que
par-devant » (l. 931-932) ; « Cet homme-là fait de vous une vache à lait » (l. 1002-1003) ;
« C’est un vrai enjôleux » (l. 1013) ; « Il vous sucera jusqu’au dernier sou » (l. 1015-1016) ;
« Allez, vous êtes une vraie dupe » (l. 1028-1029).

3. Expliquez le double diable à ressort à la fin de la scène.


D’une part, les ordres de Monsieur Jourdain demandant à sa femme de se taire, le diable,
sont repoussés par les commentaires intempestifs de cette dernière ; d’autre part, les
acquiescements de Monsieur Jourdain en ce qui a trait à la demande d’emprunt de
Dorante, le deuxième diable, sont repoussés par les interrogations de Dorante. Les deux
diables à ressort s’entremêlent.

4. Expliquez en quoi consiste l’inversion du comique de situation dans cette scène.


Dans un premier temps, Monsieur Jourdain se gargarise du fait que Dorante va le
rembourser (l. 960-992) ; dans un second temps, Madame Jourdain fait des gorges
chaudes du fait que Dorante ajoute plutôt à son emprunt (l. 993-1029).

5. La seule réplique de Madame Jourdain adressée directement à Dorante relève


de quel procédé du comique de situation ?
(l. 922) Il s’agit de l’inversion. Une bourgeoise ne s’adresse pas ainsi à un noble.

6. Relevez trois répliques particulièrement ironiques de Dorante.


1- « […] vous voilà le plus propre du monde ! » (l. 923-924)
2- « Vous avez tout à fait bon air avec cet habit, et nous n’avons point de jeunes gens à la
cour qui soient mieux faits que vous. » (l. 926-927)
3- « Cela est tout à fait galant. » (l. 930)
4- « Vous êtes l’homme du monde que j’estime le plus […] » (l. 934-935)

7. Retrouvez et expliquez l’ambiguïté du comique de mot en début de scène.


1- DORANTE : […] comment se porte-t-elle ?
MADAME JOURDAIN : Madame Jourdain se porte comme elle peut. (l. 921-922)

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2- Il y a jeu sur la polysémie du terme « porter ». Dorante l’emploie dans le sens figuré
d’« aller », tandis que Madame Jourdain utilise le sens propre, « porter quelque chose ».

8. À quelle transposition renvoie la formule « J’aime mieux être incivil


qu’importun » (l. 947-948) qu’emploie Monsieur Jourdain (voir la note 1, page 64) ?
Il y a passage du solennel au familier. Voulant faire preuve de politesse, Monsieur
Jourdain utilise une formule qu’il croit « noble ». Mais, à l’époque, la formule est usée et
banale : les nobles l’évitent. Ressort l’inadéquation entre le langage des nobles et celui
que Monsieur Jourdain utilise, le croyant « noble ».

9. En quoi la scène fait-elle la satire de la noblesse ?


Molière y présente Dorante comme un noble cynique et retors qui n’incarne donc pas
l’idéal du XVIIe siècle comme il le devrait. N’ayant pas les moyens financiers de tenir son
rang, Dorante ne se gêne pas pour utiliser le snobisme de Monsieur Jourdain afin de lui
soutirer de l’argent qu’il n’a pas l’intention de lui rembourser.

10. Quel est le défaut poussé à l’extrême dans cette scène ? Quelles répliques de
Monsieur Jourdain et quelles répliques de Madame Jourdain le font ressortir ?
1- Le snobisme de Monsieur Jourdain ressort particulièrement.
2- Monsieur Jourdain : « Dans la chambre du Roi ! » (l. 937) et « […] voulez-vous que
je refuse un homme de cette condition-là, qui a parlé de moi ce matin dans la chambre
du Roi ? » (l. 1025-1027).

11. Pouvons-nous dire que, dans cette scène, Molière met en application la devise
Castignare mores ridendo, soit « Châtier les mœurs en riant » ? Justifiez en prenant
tout particulièrement en compte le personnage de Monsieur Jourdain.
En présentant un Monsieur Jourdain ridicule, Molière dévalorise les snobs. Il favorise
donc, par voie de conséquence, ceux qui se conforment à leur état. En présentant un père
vaniteux et snob – il se gargarise de sa dignité toute récente – et naïf, il est un pantin aux
mains de Covielle, de Cléonte, de Lucile, de Nicole et de Madame Jourdain – Molière
dévalorise l’autorité paternelle. En conséquence, il valorise la liberté des jeunes en amour.

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Analyse littéraire

1. Analysez cette scène : structure et action, personnages, comique.


Plan-réponse :
1. Structure et action
1.1 La structure de la scène (question 1 sous « Compréhension »)
1.2 L’utilité de la scène (question 1 sous « Action et personnages »)
2. Personnages
2.1 Un noble hypocrite (question 2 sous « Compréhension »; questions 2, 5 et 6
sous « Action et personnages »)
2.2 Un bourgeois gentilhomme (questions 2, 3 et 4 sous « Action et
personnages »; questions 10 et 11 sous « Comique »)
2.3 Une bourgeoise au gros bon sens (question 4 sous « Action et
personnages »)
3. Comique
3.1 Le comique de forme (question 1 sous « Comique »)
3.2 Le comique de situation (questions 2, 3, 4 et 5 sous « Comique »)
3.3 Le comique de mot (questions 6, 7, 8 et 9 sous « Comique »)
3.4 Le comique de caractère (questions 10 et 11 sous « Comique »)

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EXTRAIT 4 (p. 118-122)

ACTE V, SCÈNES 5 ET 6

Compréhension

1. Qu’apprend-on sur le mariage au XVIIe siècle à la SCÈNE 5 ? Précisez les


répliques caractéristiques à ce sujet.
Comme l’affirme Monsieur Jourdain en réplique au refus de Lucile de se marier, le père
décide du mariage de ses enfants : « Je le veux, moi qui suis votre père » (l. 2012). Il parle
aussi du « devoir » (l. 2022) d’obéissance de sa fille. Quant à Lucile, elle affirme : « Il est
vrai, que vous êtes mon père, je vous dois entière obéissance, et c’est à vous à disposer de
moi selon vos volontés » (l. 2019-2020).

2. Comment, aux yeux de Monsieur Jourdain, Dorante justifie-t-il son mariage


avec Dorimène ? Pourquoi ne lui dévoile-t-il pas la vérité ?
1- Dorante fait croire que ce n’est qu’une feinte pour tromper Madame Jourdain : « Il faut
bien l’amuser avec cette feinte » (sc. 6, l. 2109-2110). C’est d’autant plus simple pour lui
que Monsieur Jourdain le lui avait lui-même suggéré : « C’est pour lui faire accroire. »
(sc. 6, l. 2108).
2- Dévoiler la vérité serait doublement négatif. Dorimène et Monsieur Jourdain
découvriraient sa fourberie. De la première, il perdrait l’amour ; du second, l’argent.

Action et personnages

1. Montrez que les trois mêmes moments se retrouvent dans les SCÈNES 5 et 6.
Qu’y a-t-il de différent ?
1- Lucile, dans la SCÈNE 5, et Madame Jourdain, dans la SCÈNE 6, s’étonnent
(l. 2000-2008 ; l. 2024-2034), refusent le mariage avec le fils du Grand Turc (l.
2009-2018 ; l. 2035-2081) et l’acceptent finalement (l. 2019-2023 ; l. 2082-2107).
2- La différence vient de ce que Madame Jourdain (la SCÈNE 6 a 97 lignes) est beaucoup
plus longue à convaincre que Lucile (la SCÈNE 5 a 24 lignes). Tous les personnages
doivent y mettre du leur pour que Madame Jourdain se décide à écouter Covielle.

2. En quoi ces scènes sont-elles des scènes de dénouement ?


Les fils de l’intrigue se dénouent : Lucile et Cléonte, Nicole et Covielle, Dorimène et
Dorante se marient pour leur plus grand bonheur. Madame Jourdain est heureuse, sa
fille épouse Cléonte. Monsieur Jourdain est heureux, car, devenu Mamamouchi, il est
enfin gentilhomme et sa fille épouse un gentilhomme, le fils du Grand Turc. De plus, il
croit toujours possible son idylle avec Dorimène.

3. Monsieur Jourdain a-t-il vraiment gagné ? Justifiez.


En réalité, il a perdu : sa fille n’épouse pas un gentilhomme, il perd Dorimène, il garde sa
femme, être Mamamouchi n’est qu’une mascarade.

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4. Dans la SCÈNE 5, Lucile se conduit-elle différemment que dans la SCÈNE 12 de
l’ACTE III ? Justifiez. Par quelle réplique de la SCÈNE 3 de l’ACTE IV Monsieur
Jourdain avait-il annoncé le comportement de sa fille ?
1- Oui.
2- Tant et aussi longtemps qu’elle ne s’est pas rendu compte qu’il s’agit de Cléonte,
Lucile refuse d’accéder au désir de son père, soit épouser le fils du Grand Turc. Elle fait
preuve de fermeté. Dans la SCÈNE 12 de l’ACTE III, elle était restée coite, laissant sa
mère et Nicole s’en prendre à Monsieur Jourdain.
3- « […] ma fille est une opiniâtre, qui s’est allée mettre dans la tête un certain Cléonte,
et elle jure de n’épouser personne que celui-là » (sc. 3, l. 1807-1809).

5. Décrivez le comportement de Madame Jourdain avec les autres personnages.


Elle est franche, obstinée, intransigeante et raisonnable. Elle dit son fait à son mari :
« C’est vous qu’il n’y a pas moyen de rendre sage, et vous allez de folie en folie » (l.
2029-2030). Même si elle est issue du peuple, elle envoie promener Dorante : « […]
Monsieur, mêlez-vous de vos affaires. » (l. 2043) et Dorimène : « Madame, je vous prie
aussi de ne vous point embarrasser de ce qui ne vous touche pas » (l. 2045-2046) et
Covielle, en truchement du fils du Grand Turc : « Je n’ai que faire de votre mot » (l.
2069). Intransigeante, elle se met en colère contre sa fille qui a accepté d’épouser le fils du
Grand Turc : « Je l’étranglerais de mes mains, si elle avait fait un coup comme celui-là »
(l. 2062). Elle s’oppose à sa fille : « […] vous êtes une coquine » (l. 2062) et à son mari :
« Je vous dis, moi, qu’il ne se fera point » (l. 2059).

6. Pour quelles raisons Monsieur Jourdain pense-t-il que Lucile et Madame


Jourdain ont changé d’avis ?
Monsieur Jourdain pense que sa fille a décidé de lui obéir parce que son autorité naturelle
en est venue à bout : « […] et voilà qui me plaît, d’avoir une fille obéissante » (sc. 5, l.
2022-2023). Quant à sa femme, il croit qu’elle s’est finalement rendue à ses raisons,
qu’elle a finalement compris que le mariage de Lucile avec un noble comme le fils du
Grand Turc est un avantage qui ne se refuse pas : « Ah ! voilà tout le monde raisonnable.
[…] Je savais bien qu’il vous expliquerait ce que c’est que le fils du Grand Turc » (sc. 6, l.
2097-2099).

7. Relevez tout ce qui renvoie à la naïveté et à la vanité de Monsieur Jourdain.


En plus du désir de marier sa fille au fils du Grand Turc, il croit que sa fille se rend à ses
raisons (sc. 5, l. 2021-2023), que sa femme comprend l’honneur qui lui échoit (sc. 6, l.
2097-2099), que le mariage de Dorante et Dorimène est fictif comme le lui affirme
Dorante (sc. 6, l. 2109-2110).

8. Qui porte le masque ? Justifiez.


À l’exception de Monsieur Jourdain, tous portent le masque. Covielle et Cléonte, déguisés
en Turcs, jouent une mascarade pour arracher le consentement de Monsieur Jourdain. Ils
sont aidés par Dorimène et Dorante ainsi que par Lucile et Madame Jourdain, une fois ces
dernières mises au courant de la supercherie. Monsieur Jourdain, même s’il est déguisé en
Mamamouchi, reste égal à lui-même, imbibé de vanité satisfaite.

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9. Comment le cinquième intermède, le ballet des Nations, s’insère-t-il dans
l’action ? Pourquoi est-ce du théâtre dans le théâtre ?
C’est Dorante qui avait prévu un ballet pour clore le « cadeau » offert à Dorimène.
Le ballet des Nations a donc comme spectateurs les personnages de la pièce. Ils
obtempèrent aux ordres respectifs de Dorante et de Monsieur Jourdain : « […]
voyons notre ballet […] » (sc. 6, l. 2113-2114) et « […] allons prendre nos places »
(sc. 6, l. 2115).

Comique

1. En quoi le comique de forme consiste-t-il dans ces deux scènes ?


Les costumes turcs relèvent du comique de forme.

2. En comparant le début des SCÈNES 1 et 5 de l’ACTE V, précisez le procédé du


comique de situation en jeu. Justifiez.
Il s’agit de la répétition. Et Madame Jourdain et Lucile restent ébahies devant
l’accoutrement de Monsieur Jourdain.

3. Quel procédé du comique de situation est à la base des deux scènes ? Expliquez-le.
Il y a interférence du comique de situation. Le quiproquo porte sur l’identité du fils du
Grand Turc. Au départ, Lucile dans la SCÈNE 5 et Madame Jourdain dans la SCÈNE 6
pensent qu’il s’agit du fils du Grand Turc, alors qu’il s’agit de Cléonte déguisé.

4. En vous référant à la réponse à la question 1 sous « Action et personnages »,


précisez le comique de situation en jeu dans les deux scènes.
Il s’agit de la répétition.

5. En quoi consiste l’inversion du comique de situation dans chacune des scènes ?


Lucile, d’une part, dans la SCÈNE 5, et Madame Jourdain, d’autre part, dans la SCÈNE 6,
refusent dans un premier temps le mariage avec le fils du Grand Turc et, dans un
deuxième temps, une fois fixées sur l’identité réelle du fils du Grand Turc, elles
l’acceptent.

6. Qui est le pantin à ficelle dans les deux scènes ? Pourquoi ?


Manipulé à la fois par Madame Jourdain, par Lucile et Cléonte, par Nicole et Covielle,
et par Dorimène et Dorante, Monsieur Jourdain est le pantin à ficelle.

7. Expliquez le diable à ressort de la SCÈNE 6.


Les tentatives d’amener Madame Jourdain à écouter Covielle repoussent son refus
d’écouter (l. 2065-2084).

8. Relevez la réplique ironique de Lucile à la SCÈNE 5.


« Il est vrai, que vous êtes mon père, je vous dois entière obéissance, et c’est à vous à
disposer de moi selon vos volontés » (l. 2019-2020).

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9. À quelle transposition renvoie l’utilisation d’un turc factice à la SCÈNE 5 ?
Il s’agit de la parodie.

10. Relevez la réplique humoristique de Monsieur Jourdain à la SCÈNE 6.


« […] et ma femme à qui la voudra » (l. 2117-218). Il s’agit d’un humour à caractère
sexiste.

11. À quel comique de mot la réplique de Madame Jourdain « Il me l’a expliqué


comme il faut, et j’en suis satisfaite » (SCÈNE 6, l. 2100-2101) renvoie-t-elle ?
Justifiez.
La réponse est ambiguë : tous comprennent que Madame Jourdain sait que Cléante se
cache sous les traits du fils du Grand Turc, sauf Monsieur Jourdain qui pense que sa
femme a enfin reconnu l’importance de marier sa fille au fils du Grand Turc.

12. Retrouvez l’inversion du comique de mot à la SCÈNE 6.


MONSIEUR JOURDAIN : […] Je vous dis que ce mariage-là se fera.
MADAME JOURDAIN : Je vous dis, moi, qu’il ne se fera point. (l. 2057-2059)

13. Qu’est-ce qui relève du comique de caractère dans ces deux scènes ?
Voir la réponse à la question 7 sous « Action et personnages ».

14. Pouvons-nous dire que, dans cette scène, Molière met en application la devise
Castignare mores ridendo, soit « Châtier les mœurs en riant » ? Justifiez en prenant
tout particulièrement en compte l’autorité paternelle.
En présentant un père vaniteux et snob – il se gargarise de sa dignité toute récente – et
naïf, il est un pantin aux mains de Covielle, de Cléonte, de Lucile, de Nicole et de
Madame Jourdain – Molière dévalorise l’autorité paternelle. En conséquence, il valorise la
liberté des jeunes en amour.

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Analyse littéraire

1. Après avoir situé ces scènes, montrez que Molière y dénoue les fils de l’intrigue,
tout en réussissant à faire amplement rire le spectateur.
Plan-réponse :
1. Situation des scènes.
1.1 Deux scènes qui se répètent (question 1 sous « Action et personnages »)
1.2 Le thème du mariage (questions 1 et 2 sous « Compréhension »; question 5
sous « Action et personnages »)
1.3 L’intermède (question 9 sous « Action et personnages »)
2. Molière y dénoue les fils de l’intrigue.
2.1 Des scènes de dénouement (question 2 sous « Action et personnages »)
2.2 Le perdant, Monsieur Jourdain (questions 3, 6, 7 et 8 sous « Action et
personnages »)
3. Molière fait amplement rire le spectateur.
3.1 Le comique de forme (question 1 sous « Comique »)
3.2 Le comique de situation (questions 2, 3, 4, 5, 6 et 7 sous « Comique »)
3.3 Le comique de mot (questions 8, 9, 10, 11 et 12 sous « Comique »)
3.4 Le comique de caractère (questions 13 et 14 sous « Comique »

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ANNEXE

La cérémonie turque selon l’édition de 1682

Six Turcs dansant entre eux gravement deux à deux, au son de tous les instruments. Ils
portent trois tapis fort longs, dont ils font plusieurs figures, et, à la fin de cette première cérémonie,
ils les lèvent fort haut ; les Turcs musiciens, et autres joueurs d’instruments, passent par-dessous;
quatre Derviches3 qui accompagnent le Mufti4 ferment cette marche.
Alors les Turcs étendent les tapis par terre, et se mettent dessus à genoux ; le Mufti est
debout au milieu, qui fait une invocation avec des contorsions et des grimaces, levant le menton, et
remuant les mains contre sa tête, comme si c’était des ailes. Les Turcs se prosternent jusqu’à terre,
chantant « Alli », puis se relèvent, chantant « Alla », et continuant alternativement jusqu’à la fin de
l’invocation ; puis ils se lèvent tous, chantant « Alla ekber5 ».
Alors les Derviches amènent devant le Mufti le Bourgeois vêtu à la turque, rasé, sans
turban, sans sabre, auquel il chante gravement ces paroles :

LE MUFTI
Se ti sabir, Si toi savoir,
Ti respondir ; Toi répondre ;
Se non sabir, Si pas savoir,
Tazir, tazir. Te taire, te taire.
Mi star Mufti : Moi être Mufti:
Ti qui star ti ? Toi, qui être toi ?
Non interdir : Pas entendre :
Tazir,tazir. Te taire, te taire.

Deux Derviches font retirer le Bourgeois. Le Mufti demande aux Turcs de quelle religion
est le Bourgeois, et chante:

Dice, Turque, qui star quista, Dis, Turc, qui être celui-ci,
Anabatista, anabatista ? Anabaptiste, anabaptiste 6 ?

LES TURCS répondent : Ioc. Non.


LE MUFTI : Zuinglista ? Zwinglien7 ?
LES TURCS : Ioc. Non.
LE MUFTI : Coffita ? Cophte 8 ?
LES TURCS : Ioc. Non.
LE MUFTI : Hussita ? Morista ? Hussite ? More ?
Fronista ? Phrontiste9 ?
LES TURCS : Ioc. Ioc. Ioc. Non, non, non.

3
Derviches ou dervis : religieux musulmans.
4
Mufti : interprète officiel de la loi musulmane basée sur le Coran.
5
Alla ekber : « Allah est grand ». Le texte est écrit en sabir, ou langue franque, mélange de français, d’italien,
d’espagnol et d’arabe, que l’on utilisait dans les ports de la Méditerranée.
6
Anabaptiste : membre d’une secte protestante allemande, issue de la Réforme.
7
Zwinglien : disciple de Zwingle (1484-1531), fondateur d’une secte protestante au XVIe siècle.
8
Cophte ou « copte » : « nom que les mahométans donnent par mépris aux chrétiens et moines d’Égypte »
(dictionnaire de Furetière).
9
Hussite : disciple de Jean Huss, réformateur tchèque de la fin du XIVe siècle. Moriste : peut-être
l’équivalent de « morisque », les Maures ou Mores d’Espagne. Fronista : possiblement « phrontiste », c’est-à-
dire contemplatif.
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LE MUFTI répète : Ioc. Ioc. Ioc. Non, non, non.
Star pagana ? Être païen10 ?
LES TURCS : Ioc. Non.
LE MUFTI : Luterana ? Luthérien 11?
LES TURCS : Ioc. Non.
LE MUFTI : Puritana ? Puritain 12?
LES TURCS : Ioc. Non.
LE MUFTI : Bramina ? Moffina ?
Zurina ? Brahmane 13? … ? … ?
LES TURCS : Ioc. Ioc. Ioc. Non, non, non.
LE MUFTI répète : Ioc. Ioc. Ioc. Non, non, non.
Mahametana,
Mahametana ? Mahométan, mahométan?
LES TURCS : Hey valla. Hey valla. Oui, par Dieu. Oui, par
Dieu.
LE MUFTI : Como chamara ? Comment appeler ?
Como chamara 14 ? Comment appeler ?
LES TURCS : Giourdina, Giourdina. Jourdain, Jourdain.
LE MUFTI : Giourdina. Jourdain.
LE MUFTI sautant et regardant de côté et d’autre :
Giourdina ? Giourdina ? Jourdain Jourdain ?
Giourdina ? Jourdain ?
LES TURCS répètent :
Giourdina ! Giourdina ! Jourdain ! Jourdain !
Giourdina ! Jourdain !
LE MUFTI : Mahameta per Giourdina Mahomet, pour Jourdain
Mi pregar sera e matina : Moi prier soir et matin :
Voler far un Paladina Vouloir faire un Paladin 15
De Giourdina, de Giourdina. De Jourdain, de Jourdain.
Dar turbanta, e dar scarcina Donner turban et donner
cimeterre16,
Con galera e brigantina Avec galère et brigantin17,
Per deffender Palestina. Pour défendre Palestine.
Mahameta per Giourdina, etc. Mahomet, pour Jourdain, etc.

Après quoi, le Mufti demande aux Turcs si le Bourgeois est ferme dans la religion
mahométane, et leur chante ces paroles :

LE MUFTI : Star bon Turca Giourdina? Être bon turc, Jourdain ?


Bis.
LES TURCS : Hey valla. Hey valla. Bis. Oui, par Dieu. Oui, par Dieu.
LE MUFTI chante et danse :
Hu la ba ba la chou ba la ba ba la da.

Le Mufti revient, avec son turban de cérémonie, qui est d’une grosseur démesurée,
garni de bougies allumées, à quatre ou cinq rangs.

10
Païen : impie, qui ne croit pas en Dieu.
11
Luthérien : disciple de Luther (1483-1546), fondateur de l’Église protestante allemande.
12
Puritain : membre d’une communauté de presbytériens hostiles à l’Église anglicane.
13
Brahmane : membre de la caste des prêtres, la plus élevée en Inde. On ignore le sens de Moffina, et
Zurina évoque la ville de Surinam en Guyane hollandaise.
14
Chamara : de l’italien chiamare (appeler).
15
Paladin : nom donné aux seigneurs de la cour de Charlemagne.
16
Cimeterre : sabre oriental à lame courbe.
17
Brigantin : petit navire à deux mâts.
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Deux Derviches l’accompagnent, avec des bonnets pointus garnis aussi de bougies
allumées, portant l’Alcoran 18 : les deux autres Derviches amènent le Bourgeois, qui est tout
épouvanté de cette cérémonie, et le font mettre à genoux le dos tourné au Mufti, puis, le
faisant incliner jusques à mettre ses mains par terre, ils lui mettent l’Alcoran sur le dos, et le
font servir de pupitre au Mufti, qui fait une invocation burlesque, fronçant le sourcil, et
ouvrant la bouche, sans dire mot ; puis parlant avec véhémence, tantôt radoucissant sa voix,
tantôt la poussant d’un enthousiasme à faire trembler, en se poussant les côtes avec les mains,
comme pour faire sortir ses paroles, frappant quelquefois les mains sur l’Alcoran, et tournant les
feuillets avec précipitation, et finit enfin en levant les bras, et criant à haute voix : « Hou ».
Pendant cette invocation, les Turcs assistants chantent « Hou, hou, hou », s’inclinant à trois
reprises, puis se relèvent de même à trois reprises, en chantant « Hou, hou, hou », et continuant
alternativement pendant toute l’invocation du Mufti.
Après que l’invocation est finie, les Derviches ôtent l’Alcoran de dessus le dos du
Bourgeois, qui crie « Ouf », parce qu’il est las d’avoir été longtemps en cette posture, puis ils le
relèvent.

LE MUFTI s’adressant au Bourgeois :


Ti non star furba ? Toi pas être fourbe ?
LES TURCS : No, no, no. Non, non, non.
LE MUFTI : Non star forfanta ? Pas être imposteur ?
LES TURCS : No, no, no. Non, non, non.
LE MUFTI aux Turcs :
Donar turbanta. Donar Donner turban. Donner turban.
turbanta.

Et s’en va.

Les Turcs répètent tout ce que dit le Mufti, et donnent, en dansant et en chantant, le turban au
Bourgeois.

LE MUFTI revient et donne le sabre au Bourgeois :

Ti star nobile, non star fabola. Toi être noble, et pas être faible.
Pigliar schiabola. Prendre sabre.

Puis il se retire.

Les Turcs répètent les mêmes mots, mettant tous le sabre à la main ; et six d’entre eux dansent
autour du Bourgeois, auquel ils feignent de donner plusieurs coups de sabre.

LE MUFTI revient, et commande aux Turcs de bâtonner le Bourgeois, et chante ces paroles :

Dara, dara, bastonara, Donner, donner, bâtonner,


[bastonara, bastonara. [bâtonner, bâtonner.

Puis il se retire.

Les Turcs répètent les mêmes paroles, et donnent au Bourgeois plusieurs coups de bâton en
cadence.

18
Alcoran : Coran, livre sacré de la religion musulmane.

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LE MUFTI revient et chante :

Non tener honta : Pas avoir honte :


Questa star l’ultima affronta. Cela être dernier affront.

Les Turcs répètent les mêmes vers.


Le Mufti, au son de tous les instruments, recommence une invocation, appuyé sur ses
Derviches : après toutes les fatigues de cette cérémonie, les Derviches le soutiennent par-dessous les bras
avec respect, et tous les Turcs, sautant, dansant et chantant autour du Mufti, se retirent au son de plusieurs
instruments à la turque.

Note : Les vers aux pages 22-24, 96-97 et 123-133 sont décalés vers la droite en fonction de leur longueur.
Ainsi, même si leur disposition semble parfois aléatoire, elle ne l’est pas.

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