Vous êtes sur la page 1sur 32

Géotechnique VI

CHAPITRE 6 : LA RESISTANCE AU CISAILLEMENT DES SOLS

Avant de concevoir les fondations d'un ouvrage, il est important de déterminer les propriétés mécaniques des sols d’
assisse pour que les charges qui
y seront appliquées ne provoquent ni tassement excessif ni rupture.
Dans ce chapitre, nous allons d'abord décrire les contraintes agissant sur un plan de cisaillement puis expliquer les relations qui existent entre elles.
Par la suite, nous étudierons les contraintes à la rupture, ainsi que les deux principaux paramètres de la résistance au cisaillement d'un sol à savoir la
cohésion et l'angle de frottement interne.
Enfin, nous présenterons les principaux essais effectués sur le terrain ou en laboratoire pour mesurer les paramètres de la résistance au cisaillement
des sols.

I. LES CONTRAINTES SUR UN PLAN DE CISAILLEMENT

Nous avons déjà vu qu'à une certaine profondeur dans un dépôt meuble, la contrainte verticale σv appliquée à un élément unitaire de sol correspond

au poids propre du sol se trouvant au-dessus, réparti sur une unité de surface horizontale. Si on applique une surcharge à la surface d'un dépôt de sol,

l'augmentation de la contrainte verticale

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

dépend de l'importance de la surcharge, de la surface d'application et de la position de l'élément de sol. Nous savons aussi que la contrainte verticale
engendre une contrainte horizontale σh dans l'élément de sol.

La figure suivante illustre des contraintes verticales et horizontales en équilibre appliquées à un élément unitaire

de sol situé à une profondeur h.

Notons que les contraintes horizontales agissant sur les deux surfaces verticales sont exprimées à l'aide de symboles différents, σhA et σhB parce que

leurs valeurs peuvent différer suivant l'anisotropie du sol. (L'anisotropie est la qualité d'un milieu dont les propriétés varient selon la direction

considérée.)

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Figure 1 : Contraintes en équilibre appliquées à un élément de sol.

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

I. 1 Les relations entre les contraintes


Selon les critères admis en mécanique, les contraintes s'appliquant aux trois plans sur lesquels le cisaillement
est nul sont les contraintes principales σ1 σ2 et σ3.

Dans les sols, les contraintes verticales et horizontales sont généralement associées

aux contraintes principales, car la plupart du temps, il n'y a aucun risque de cisaillement le long des
surfaces sur lesquelles elles agissent.
La contrainte principale majeure σ1, la plus élevée, correspond à σv et les contraintes principales mineure σ3 et
intermédiaire σ2, correspondent σhA et à σhB.
En mécanique des sols, on considère habituellement que σ2 est égale à σ3, ce qui permet de simplifier les
problèmes en les ramenant à deux dimensions.
Cette simplification, toutefois, ne reflète pas toujours la réalité et peut conduire à des erreurs importantes
lorsque l’
anisotropie du sol est importante.
Les contraintes verticale et horizontale qui agissent sur l'élément de sol de la figure

2 induisent un plan de cisaillement AB ayant un angle d'inclinaison α par rapport à l'horizontale.


Une contrainte tangentielle τ, qu'on appelle la résistance au cisaillement, et une contrainte normale σn, se
développent sur ce plan AB pour maintenir l'équilibre.

Si on suppose que l'élément de sol a une largeur unitaire constante et que la longueur du plan de
cisaillement est égale à 1, il devient facile d'évaluer l'aire des plans horizontal et vertical auxquels s'appliquent
σ1et σ3,:

aire du plan de cisaillement = 1

aire du plan horizontal = cos α

aire du plan vertical = sin α

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Figure 2 : Contraintes en équilibre appliquées à un plan de cisaillement.

On peut alors déterminer les forces (figure 3) qui engendrent les contraintes agissant sur l'élément de sol:

Figure 3 : Contraintes en équilibre appliquées à un plan de cisaillement.

T = force parallèle au plan de rupture


= τ*1
N = force perpendiculaire au plan de rupture
= σn*1
V = force verticale agissant sur le plan horizontal
= σ1*cos α
H = force horizontale agissant sur le plan vertical
= σ3 * sin α

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Connaissant ces forces, on peut exprimer τ et σn en fonction de σ1 et σ3 à l'aide des équations de la statique.

À l'état d'équilibre, étant donné que la somme des forces horizontales est égale à 0,

on obtient:

F h  0   H  T cos N sin   0
La somme des forces verticales étant aussi égale à 0, on obtient:

Fv0V Tsin  Ncos 0


En exprimant les forces à partir des contraintes, on obtient les deux équations suivantes:

3 sin  cos  n sin  0


 1 cos    sin    n cos   0
Sachant que:

2 sin * cos   sin 2


sin2   cos2  1
1  cos 2  2 cos 2 

 



 1 cos2  2sin2 
  

On peut isoler τ et σn :  
 
 
   1 3
 sin2




1  3σ1 et σ3demeurent
1  3 constantes, les contraintes τ et σn
 
Lorsque l'angle α varie tandis que les contraintes
 
issues des deux équations précédentes tracent un cercle sur le

graphique de τ en fonction de σn (figure 4). Ce cercle porte le nom de cercle de

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Mohr, en l'honneur du scientifique Otto Mohr qui, à la fin du XIX siècle, fut le premier à proposer une
représentation graphique des contraintes en équilibre agissant sur un plan de cisaillement. Ce mode de
représentation n'est pas exclusif aux sols; il convient aussi bien à tout autre matériau.

Figure 4 : Cercle de Mohr

La taille du cercle de Mohr et sa position sur l'axe des σn dépend uniquement des contraintes σ1 et σ3.
Si on connaît les valeurs de ces contraintes ainsi que celle de l'angle α, on peut facilement placer sur le cercle
un point T dont les coordonnées correspondent aux contraintes σn et τ à l'état d'équilibre.

Ce point est placé à l'intersection du cercle et d'une droite ayant un angle

d'inclinaison α et passant par le pôle des plans P.


Également situé sur le cercle, le pôle P revêt une grande importance; en effet, toute droite qui part du pôle P
croise le cercle en un point dont les coordonnées correspondent aux contraintes tangentielle et normale
s'appliquant sur un plan ayant la même inclinaison que cette droite.
En partant du pôle des plans, on peut donc déterminer graphiquement les valeurs de

σn et τ, quel que soit l'angle α.

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Pour trouver la position du pôle P, on choisit un point du cercle correspondant à une contrainte principale,
habituellement celle qui agit sur le plan horizontal.
À partir de là, on trace une droite parallèle au plan de manière à couper le cercle en un point donné qui
désignera le pôle des plans. Lorsque la contrainte σv est plus grande que la contrainte σh et que les plans
sur lesquels elles agissent sont respectivement horizontal et vertical, le pôle se situe toujours aux coordonnées
(σ3, 0).

On peut déterminer de façon graphique ou mathématique les contraintes s'exerçant sur un plan de cisaillement.
L'approche graphique est plus facile, surtout dans les cas complexes où, par exemple, les contraintes
principales s'appliquent sur des plans ne correspondant pas à l'horizontale et à la verticale.

I. LES CONTRAINTES A LA RUPTURE ET LES PARAMÈTRES DE LA RÉSISTANCE AU


CISAILLEMENT
Au XVIIIe siècle, le physicien Charles Coulomb, qui se distingua entre autres par ses recherches sur les
phénomènes électriques et magnétiques, réalisa des études sur la stabilité des sols pour les besoins de
constructions militaires.
À l'aide d'une boîte de cisaillement (figure 11), il réalisa des expériences qui lui permirent d'évaluer la
résistance au cisaillement des sols à la rupture le long d'un plan de cisaillement.
Rappelons que la rupture a lieu lorsque les contraintes appliquées au sol sont supérieures à la résistance
au cisaillement et qu'un glissement de sol survient dans le plan de cisaillement.

II.1 Les équations de rupture

Lors de ses recherches, Coulomb remarqua que la résistance au cisaillement à la rupture (τrupt) était

directement proportionnelle à la contrainte normale (σrupt) : plus cette dernière augmentait, plus la résistance au

cisaillement devenait grande.

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Il nota aussi que les sols cohérents manifestaient une certaine résistance au cisaillement due à leur cohésion
quand la contrainte normale était nulle. En partant de ces observations, il formula la relation suivante, connue
sous le nom d'équation

de Coulomb:

 rupt  C   tan

où C = cohésion
Ф = angle de frottement interne

Pour les sols pulvérulents, comme la cohésion est nulle, l'équation prend la forme suivante:

 rupt   rupt tan 



Les paramètres servant à évaluer la résistance au cisaillement d'un sol à la rupture sont donc la cohésion et
l'angle de frottement.
Quand on connaît leurs valeurs, il est facile de calculer τrupt correspondant à σrupt.

La figure 5 illustre la relation décrite par l'équation de Coulomb appliquée aux sols cohérent et pulvérulent.

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Figure 5 : Graphiques de l’
équation de Coulomb
La droite issue de l'équation constitue l'enveloppe de rupture, c'est-à-dire la limite linéaire où se trouve la
gamme des contraintes σrupt et τrupt agissant sur le plan de rupture.

Il ne peut y avoir aucun point au-dessus de cette droite, car au-delà de cette limite, l'équilibre des contraintes est
rompu et le sol est instable.
Un point situé sous l'enveloppe représente des contraintes en équilibre et une résistance au cisaillement
suffisante pour assurer la stabilité du sol.

Examinons le cercle de Mohr A de la figure 6 (on n'a représenté que la moitié supérieure du cercle afin
d'alléger la figure).
Ce cercle, qui exprime l'état des contraintes d'un élément de sol, se situe sous l'enveloppe de rupture. Dans un
tel cas, la résistance au cisaillement à la rupture n'est pas encore dépassée, et le sol demeure dans un état
stable. Si on augmente σ1A, le cercle se déplace vers la droite et son rayon augmente. À la rupture, le
cercle

devient tangent à l'enveloppe de rupture; il correspond au cercle B. Le point de

10

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

tangence T correspond aux contraintes σrupt et τrupt agissant sur le plan de rupture

(Aucun cercle de Mohr ne peut traverser l’


enveloppe de rupture)

Figure 6 : Cercles de Mohr et enveloppe de rupture

En combinant les cercles de Mohr à l'enveloppe de rupture comme nous l'avons fait à la figure 6, on peut établir
certaines relations entre les paramètres de la résistance au cisaillement, l'angle α et les contraintes principales.
Ainsi, le triangle formé par les Points D, T et M permet de formuler l'équation

suivante :

 90 180  2 180



On peut alors définir l'angle du Plan de rupture par rapport à l'angle de frottement interne :

Pour exprimer l'angle Ф en fonction des

contraintes σrupt et τrupt, on se sert du même triangle sachant que

11

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

le rayon = L sinФ
Sachant que :

  

1 rupt 3 rupt
Rayon
2
L  L A  LB
L A
CA tan 


 1 rupt  
L B 
3 rupt

On obtient :

1rupt   3rupt
sin rayon  2
L C 1rupt   3rupt

tan 2

Dans le cas de sol pulvérulent, l’


équation devient :


1rupt 3rupt
sin 
1rupt 3rupt

On appelle enveloppe de rupture de Mohr l'enveloppe de rupture que l'on trace à l'aide des contraintes
principales à la rupture et des cercles de Mohr qu'elles sous-- tendent (figure 7).
Dans la plupart des cas, cette enveloppe n’
est pas vraiment linéaire, contrairement à ce qu’
exprime l’
équation
de Coulomb, mais elle présente une légère courbure

difficile à traduire mathématiquement. Cependant, comme l’


équation de Coulomb

12

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

demeure l’
outil le plus facile à employer pour calculer les paramètres de la résistance au cisaillement, on
préfère remplacer l’
enveloppe de rupture de Mohr par une droite constituant une approximation acceptable en
géotechnique.
Cette nouvelle enveloppe de rupture s’
appelle enveloppe de rupture de

Mohr-Coulomb, et elle coïncide avec l’


équation de Coulomb.

Figure 7 : Enveloppes de rupture de Mohr et de Mohr-Coulomb

II.2 Les facteurs influant sur les paramètres de la résistance au cisaillement


La résistance au cisaillement des sols résulte du frottement, de l'enchevêtrement et des forces de cohésion entre
les particules.
Les facteurs agissant sur ces derniers auront évidemment une grande influence sur la valeur de l'angle de
frottement interne et de la cohésion C.
Ces paramètres varient d'un sol à l'autre, surtout en fonction de certaines propriétés physiques, de la compacité,
de la quantité d'eau contenue dans les vides du sol et des conditions de drainage.

II.2.1 Cas des sols pulvérulents

13

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Cohésion nulle.
L'angle de frottement interne Ф dépend principalement de la compacité du sol, de sa granulométrie et de la forme
de ses particules.
La compacité du sol constitue le facteur d'influence le plus important dans les sols pulvérulents: lorsqu'elle
augmente, l'indice des vides (e) diminue et l'angle Ф augmente.
Entre deux sols de même nature et de compacité similaire, deux sables par exemple, celui qui présente une
granulométrie étalée aura un angle Ф supérieur à celui dont la granulométrie est serrée.
Plus les particules d'un sol sont angulaires, plus l'angle Ф est important;
inversement, des particules arrondies font diminuer l'angle Ф.
Le tableau 1 fournit les valeurs approximatives de l'angle de frottement interne effectif Ф’ de divers types de
sols pulvérulents selon l'état de compacité et la forme des particules.
On utilise l'angle Ф ' pour des conditions de rupture dans lesquelles il existe un bon drainage (les pressions
interstitielles n'augment pas et les charges seront reprises uniquement par les particules de sol).
Les graviers et les sables étant des sols très perméables à travers lesquels les pressions
interstitielles se dissipent rapidement, on y rencontre souvent ces
conditions et l'équation de Coulomb s’
exprime presque toujours en contraintes

effectives:

 'rupt   'rupt tan'

14

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Tableau 1 : Angle de frottement interne effectif Φ’


des sols pulvérulents secs (Lambe et Whitman
1979 et Bowles 1984)
II.2.2 Cas des sols cohérents
Les sols cohérents étant peu perméables, les paramètres de la résistance au cisaillement y sont surtout
influencés par les conditions de drainage et la teneur en eau.
Quand le drainage est nul, l'eau demeure emprisonnée dans les vides du sol et si ce dernier est saturé (souvent
le cas des argiles), aucune consolidation n'est possible après l'augmentation des contraintes.
En effet, l'eau étant incompressible, elle empêche les particules de se rapprocher si le sol est saturé et lorsque
les contraintes augmentent, la résistance au cisaillement ne change pas : seules les pressions interstitielles
augmentent.
Quelles que soient les contraintes principales agissant à la rupture, la résistance au cisaillement intrinsèque du
sol devient une constante: c'est la résistance au cisaillement non drainé. Elle est désignée par le symbole
Cu, l'indice u provenant de l'anglais undrained. Dans le diagramme de Mohr-Coulomb, l'enveloppe de
rupture d'un sol non drainé est représentée par une droite horizontale, et l'angle Ф est égal à 0°. Sur la figure
8, les cercles de Mohr A et B représentent les contraintes

dans des conditions de rupture différentes. On peut observer que les diamètres des

15

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

deux cercles sont égaux, bien que les contraintes illustrées par le cercle B soient

plus fortes.

Figure 8 : résistance au cisaillement non drainé Cu

Lorsque le drainage est possible et que le sol est en cours de consolidation, son volume diminue; ainsi, les

particules se rapprochent et la résistance au cisaillement augmente. Si le drainage est tel qu'aucune pression

interstitielle ne se développe et que toutes les charges appliquées sont reprises par les particules de sol,

on exprimera la cohésion et l'angle Ф en contraintes effectives. L’équation de Coulomb prendra alors la forme

suivante:

 'rupt  C ' 'rupt tan  '

La teneur en eau du sol agit elle aussi de façon importante sur la valeur des paramètres de la
résistance au cisaillement. Une augmentation de la teneur en eau d’
un sol argileux éloigne les particules les unes
des autres diminuant ainsi les forces de cohésion. Les sols argileux à teneur en eau élevée ont une consistance
molle et une résistance au cisaillement faible. Par contre, les argiles faiblement humides présentent une
consistance relativement raide et une résistance au cisaillement assez élevée.
À la figure 9, on peut estimer l'angle Ф’ au moyen de l'indice de plasticité des sols cohérents. Quant à la
cohésion C', elle est presque nulle dans les sols cohérents normalement consolidés et non cimentés. Dans des
argiles surconsolidées et non

cimentées, dont la pression de préconsolidation ne dépasserait pas 1000 kPa, sa

16

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

valeur pourrait être inférieure à 10 kPa. Dans les sols compactés, cependant, la

cohésion sera plus grande.

Figure 9 : Angle de frottement interne effectif Φ’


des sols cohérents en fonction de l’
indice de plasticité
(Terzaghi et peck 1967)

II.2.3 Le choix des paramètres de la résistance au cisaillement en fonction des conditions


potentielles de rupture
La cohésion et l'angle de frottement interne sont les paramètres qui servent à calculer la capacité
portante des sols à la rupture et la stabilité des murs de soutènement et des pentes. La vitesse à laquelle les
charges sont appliquées sur le sol, la perméabilité du sol et les conditions de drainage détermineront le choix
des paramètres.
Avec les sols pulvérulents, on utilise habituellement un seul paramètre, l'angle de frottement interne Ф', car ces
sols sont suffisamment perméables pour dissiper rapidement les augmentations de la pression interstitielle.
Lorsque l'application des charges sur un sol cohérent se fait plus rapidement que l'évacuation de l'eau
contenue dans ses vides, on doit calculer la stabilité des ouvrages en se servant de la résistance au
cisaillement non drainé Cu. On rencontre

fréquemment cette situation lorsque des ouvrages sont construits rapidement sur des

17

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

fondations reposant sur des sols argileux. Le plus souvent, la faible perméabilité des sols cohérents restreint
l'évacuation de l'eau des vides et contribue à maintenir les pressions interstitielles élevées.
Lorsque l'application des charges sur les sols cohérents est suffisamment lente pour que l'eau puisse s'évacuer
des vides du sol, on utilise C' et Ф', les paramètres de la résistance au cisaillement exprimés selon la théorie
des contraintes effectives. C'est le cas des barrages en terre érigés à un rythme relativement lent où toute
pression interstitielle se dissipe au cours de la construction.

III. LA DETERMINATION DES PARAMETRES DE LA RESISTANCE AU CISAILLEMENT


Les paramètres de la résistance au cisaillement sont mesurés lors d'essais sur le terrain et en laboratoire. Sur le
terrain, on effectue les essais de pénétration standard et de pénétration statique au cône (piézocône), l'essai au
scissomètre de chantier et l'essai pressiométrique. Les essais in-situ ont l’
avantage de préserver les propriétés et
les conditions environnantes du sol étudié. Cependant, l'interprétation des résultats est souvent difficile et
requiert un professionnel expérimenté.
L'essai de pénétration standard, un des plus faciles à exécuter, a d'abord été conçu pour les sols pulvérulents.
indice N) ne permettent toutefois qu'une évaluation approximative de Ф' dans les
Les résultats qu'il fournit (l’
sols granulaires et une évaluation grossière de Cu dans les sols cohérents.
L'essai au scissomètre de chantier ne peut être effectué que dans les dépôts de sol cohérent. Quant aux essais
au piézocône et au pressiomètre, ils conviennent à tous les types de sols, à l'exception des sols grossiers
contenant des cailloux ou des blocs. Les informations obtenues sont plus précises que celles provenant de
l'essai de pénétration standard.

Les cinq principaux essais de laboratoire qui servent à déterminer la valeur des paramètres de la résistance au
cisaillement des sols sont les suivants:

- l'essai de cisaillement direct,

18

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

- l'essai au scissomètre de laboratoire;

- l'essai au pénétromètre à cône suédois;


- l'essai de compression simple;
- l'essai triaxial.

Bien qu'il convienne aux sols cohérents, l'essai de cisaillement direct est généralement exécuté
sur des sols pulvérulents. Cet essai permet de mesurer l'angle de frottement interne effectif Ф'
et la cohésion effective C'. Les essais au scissomètre de laboratoire et au pénétromètre à cône
suédois ainsi que l'essai de compression simple ne conviennent qu'aux sols cohérents; ils permettent de
déterminer la résistance au cisaillement non drainé à l'état intact Cu et à l'état remanié Cur. Avec
l'essai triaxial, il est possible de maîtriser le drainage de l'échantillon de sol et de reproduire d'une
façon assez réaliste les contraintes naturelles agissant sur cet échantillon. Lorsque l'échantillon n'est pas
drainé, on détermine la résistance au cisaillement non drainé Cu. Lorsqu'il est drainé, on peut mesurer les
paramètres de la résistance au cisaillement en contraintes totales (C et Ф) ou effectives (C'et Ф'). L'essai
triaxial s'effectue surtout sur les sols cohérents. Les quatre premiers essais sont faciles à exécuter, rapides et
économiques, tandis que l'essai triaxial est plus complexe et requiert un équipement plus coûteux. Les
résultats de tous ces essais dépendent en grande partie de la qualité des échantillons de sol et de l'habileté des
opérateurs.

III.1 L'essai de cisaillement direct

L'essai de cisaillement direct est la plus vieille des cinq méthodes. Issu des expériences de Coulomb, il

s'effectue à l'aide d'une boite de cisaillement, dont la forme la plus récente a été élaborée par Arthur

Casagrande en 1932. Cette boite est constituée de deux parties se déplaçant l'une par rapport à l'autre dans un

plan horizontal.

19

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

L'essai consiste à placer un échantillon de sol dans une boite de cisaillement et à le soumettre à une charge
verticale N (figure 11), puis à une charge horizontale, que l'on augmente progressivement jusqu'à la rupture. La
vitesse à laquelle on augmente la charge horizontale doit être assez faible pour assurer les meilleures conditions
de drainage possibles et dissiper toutes les pressions interstitielles. Le plan de rupture se développe
progressivement le long du plan horizontal imposé par le déplacement de la partie inférieure de la boîte de
cisaillement sur sa partie supérieure. La charge horizontale maximale T enregistrée définit les conditions de
rupture. En mesurant l'aire corrigée (Ac,) sur laquelle agissent les charges N et T, on peut calculer
directement la contrainte normale effective (σ’
nrupt) et la résistance au cisaillement effective à la rupture
(τ’
nrupt).
Ces deux valeurs sont représentées par un point sur l'enveloppe de rupture (figure

12.6). Comme il faut au moins trois points pour tracer celle-ci convenablement sur le graphique de l'équation
de Coulomb, on doit procéder à deux autres essais en appliquant des charges verticales différentes. Quand
l'essai est terminé, les résultats connus et qu'on a tracé la droite représentant l'enveloppe de rupture, on peut
évaluer l'angle de frottement interne effectif et la cohésion effective du sol (Ф' et C') sur le diagramme de
Mohr-Coulomb.

L'essai de cisaillement direct est particulièrement bien adapté aux sols pulvérulents, et spécialement aux sables.

Il est en effet relativement facile de placer un sable dans la boîte de cisaillement. De plus, ce type de sol étant

plutôt perméable, les contraintes interstitielles s'y dissipent rapidement et le drainage ne pose pas de problème.

L'essai ne se réalise pas aussi facilement sur les sols cohérents, car les échantillons sont plus délicats à

manipuler et les conditions de drainage sont presque impossibles à maîtriser. En fait, on procède rarement à

cet essai sur les sols cohérents, car il ne permet pas de mesurer la pression interstitielle, et son plan de rupture

prédéterminé ne traduit pas nécessairement les conditions réelles sur le terrain. Il permet néanmoins de

déterminer les paramètres C' et Ф' dans les sols cohérents et, à la limite, la résistance au cisaillement non drainé

Cu. Dans ce dernier

20

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

cas, il faut appliquer la charge horizontale durant une courte période, habituellement

moins de 20 minutes, de manière à éviter le drainage de l'échantillon.

Figure 10 : Principes de l’
essai de cisaillement direct

III.2 L’
essai au scissomètre de laboratoire
Développé en 1954 par le Road Research Laboratory d'Angleterre, l'essai au scissomètre de laboratoire
repose sur les mêmes principes que l'essai au scissomètre de chantier, élaboré par Skempton en 1948. Il est
décrit dans la norme ASTM D 4648.

Le scissomètre de laboratoire (figure 11) comprend une base qui supporte trois tiges verticales, le long

desquelles on peut déplacer le corps du scissomètre. Celui-ci soutient un croisillon relié à un ressort étalonné.

Un mécanisme de lecture d'angles permet de mesurer, à la fois, la rotation du croisillon et l'angle de

déformation du ressort. (Sur certains scissomètres, un transducteur électronique de moment remplace le

ressort.) Le croisillon est formé de quatre palettes rectangulaires très minces disposées en croix à l'extrémité

d'une tige. Afin que la rotation de ce dernier soit bien régulière, on utilise souvent un moteur fixé au corps du

scissomètre et accouplé à la manivelle d'entraînement.

21

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

L’
essai consiste à enfoncer le croisillon dans un échantillon de sol non remanié, habituellement contenu dans le
tube à paroi mince qui a servi à le prélever, et à appliquer au croisillon un moment de torsion que l'on
augmente progressivement jusqu'à la rupture du sol. La vitesse d'application du moment de torsion doit être
assez rapide pour qu'il ne se produise aucun drainage et assez lente pour ne pas augmenter artificiellement la
résistance du sol. On évalue le moment de torsion en mesurant l'angle de déformation du ressort
étalonné. Le moment maximum enregistré à la rupture du cylindre de sol
entourant le croisillon détermine la résistance au cisaillement non drainé (Cu) du sol. Par la suite, on
remanie le sol en faisant tourner le croisillon rapidement sur lui-même et on mesure de nouveau le moment
maximum, qui, cette fois, détermine la résistance au cisaillement non drainé à l'état remanié (Cur). Ces
deux valeurs permettent de calculer la sensibilité
du sol:

Les divers degrés de sensibilité des argiles sont présentés au tableau 2. Une argile insensible est un sol dont la
résistance au cisaillement non drainé demeure à peu près la même, que le sol soit à l'état remanié ou
non. À l'opposé, les argiles extrêmement sensibles peuvent devenir presque fluides lorsqu'elles sont remaniées
.

22

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Figure 11 : Scissomètre de laboratoire

Tableau 2 : Sensibilité des argiles (Terzaghi et Peck 1967, Bowles 1988)

Pour calculer la résistance au cisaillement non drainé, on doit connaître la valeur du moment appliqué ainsi que
les dimensions du croisillon. On peut voir, à la figure
12, que le plan de rupture du sol se développe sur la surface cylindrique et sur les deux, surfaces circulaires
entourant le croisillon. À partir des moments résistants produits par le sol sur ces surfaces pour
contrebalancer le moment de torsion appliqué M, on peut construire la relation suivante:

Figure 12 : Plans de rupture et moments de torsion appliqué et résistant

23

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Le moment M de torsion à la rupture est déterminé à partir de la formule suivante :

M   rupt * K r
 rupt   m _  m

Où αm est l’angle de déformation maximum du ressort pendant l’essai non remanié, βm l’


angle de rotation du

croisillon correspondant et Kr le coefficient du ressort

(N.cm/°).
Cur  M * K c

Cur = résistance au cisaillement non drainé à l'état remanié


M   rupt * K r
 rupt   m _  m

Où αm est l’ essai remanié, βm l’


angle de déformation maximum du ressort pendant l’ angle de rotation du

croisillon correspondant et Kc la constante du croisillon

(KPa/N.cm)

Le tableau 3 donne les constantes correspondant aux trois croisillons généralement utilisés dans l'essai.

Tableau 3 : Constantes des croisillons

À cause de la fragilité des croisillons, on n'exécute l'essai au scissomètre de laboratoire que sur les sols

à grains fins, de préférence les argiles dont la résistance

24

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

au cisaillement non drainé Cu est inférieure à 100 kPa. Dans le cas des argiles sensibles et très molles, cet
essai est le plus recommandé, parce que les sols demeurent à l'intérieur du tube de prélèvement, ce qui
réduit les risques de remaniement.

III.3 L'essai au pénétromètre à cône suédois


L'essai au pénétromètre à cône suédois est basé sur les observations du chercheur suédois Hansbo qui
démontra en 1957 que la résistance au cisaillement non drainé des sols cohérents variait selon la masse et la
forme de différents cônes et leur pénétration dans le sol.
Cet essai vise à déterminer la sensibilité des sols cohérents. Pour ce faire, on doit d'abord mesurer les
pénétrations du cône de 100 g et 30° (figure 13) dans un échantillon de sol non remanié, puis calculer la
résistance au cisaillement non drainé du sol (Cu) en kPa à l'aide de la relation suivante:
9,8K 30 m100
Cu  2
P100

Où K30 = constante du cône de 30° = 1 ;


M100 = masse réelle du cône (g) ;

 100
P2
2
P100 = moyenne des carrés des pénétrations effectuées avec le cône de 100 g
N

(mm2) ;
N = nombre de pénétrations.

Figure 13 : Cônes suédois

25

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Ensuite, on remanie l'échantillon de sol et on recommence l'essai à l'aide du cône de

60 g et 60° ce qui permet de calculer la résistance au cisaillement non drainé du sol à l'état remanié (Cu) avec

l'équation suivante:

9,8K 60 m60
Cur 
P602

Avec K60 = constante du cône de 60° = 0,3


m60 = masse réelle du cône (g)

moyenne des pénétrations effectuées avec le cône de 60° (mm )

N= nombre de pénétrations
Si la pénétration du cône de 60 g et 60° est supérieure à 20 mm, on doit procéder à l'essai avec le cône de 10

g et 60° et calculer la résistance au cisaillement non drainé à l'état remanié de la manière suivante:

9,8K 60 m10
Cur 
P102

Connaissant les valeurs de Cu et Cur, on peut facilement déterminer la sensibilité du sol:

Cu
St 
C ur

Le pénétromètre à cône suédois (figure 13), qui, à l'origine, servait à classer les sols à grains fins par la mesure
de leur limite de liquidité, fournit des résultats dont la précision se compare avantageusement à celle des autres
essais de laboratoire.
III.4 L'essai de compression simple
L'essai de compression simple date des années 1930 et constitue l'une des méthodes les plus utilisées dans le
monde pour déterminer la résistance au cisaillement non drainé des sols cohérents.
Cet essai consiste à appliquer une charge axiale P sur un échantillon de sol et à l'augmenter progressivement
jusqu'à la rupture (figure 14). L'application de la charge doit se faire à un
rythme suffisamment rapide pour empêcher tout mouvement d'eau à
l'intérieur du sol. En mesurant la déformation verticale de l'échantillon ∆L, on peut évaluer son aire
moyenne A et ainsi calculer la contrainte

principale majeure σ1, tout au long du chargement:

26

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI





A
Où A  0
1  

A0 = aire initiale de l’échantillon ;


L = déformation axiale

L0

L0 = hauteur initiale de l’échantillon

Figure 14 : Principes de l’
essai de compression simple

La plupart du temps, la rupture de l'échantillon de sol ressemble à une des trois formes illustrées à la figure 15.
La rupture fragile se caractérise par un plan de cisaillement net: l'échantillon supporte la contrainte
axiale jusqu'à une valeur maximale (Pmax/A) facilement observable ensuite il cède et se sépare le long du plan
de cisaillement.
Lorsque la rupture est plastique, l'échantillon s'aplatit et prend la forme d'un tonneau sans aucun plan de
cisaillement apparent. Il devient alors très difficile de déterminer clairement la valeur maximale de la contrainte
axiale car elle progresse jusqu'à un plateau pour ensuite devenir presque constante. En fait, on considère que la
rupture survient lorsque la déformation axiale atteint 15 %. On désigne alors la contrainte axiale
correspondante comme étant la contrainte de rupture (Pmax/A).

La troisième forme de rupture combine les caractéristiques des deux premières.

La résistance au cisaillement non drainé de la façon suivante:


27

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Figure 14 : Essai de compression simple : types de ruptures

L'essai de compression simple peut se faire sur des sols remaniés mais comme il est plus facile de le réaliser sur
des sols à l'état intact comme c'est le cas la plupart du temps. On peut également l'effectuer sur des échantillons
compactés. Pour appliquer les charges on utilise une presse équipée de mécanismes mesurant à la fois la charge
axiale, la déformation verticale de l'échantillon et commandant la vitesse d'application de la charge. La presse
triaxiale est celle qu'on utilise le plus fréquemment. Il existe également des presses portatives que l'on peut
déplacer sur le terrain.
L'essai de compression simple est rapide et facile à réaliser mais la préparation de l'échantillon exige de
l'opérateur une certaine habileté. Les erreurs se traduisent le plus souvent par une diminution de la résistance du

sol. Il faut préciser que cet essai ne peut fournir qu'une valeur approximative de Cu.
III.5 L’
essai triaxial

Dans le but de remédier aux faiblesses que présentait l'essai de cisaillement direct on développa, au milieu

des années 1930, un essai permettant à la fois d'appliquer des contraintes axiale et latérale sur un

échantillon de sol et de maîtriser les conditions de drainage. On pouvait ainsi reproduire en laboratoire

d'une façon beaucoup plus réaliste les conditions entourant un échantillon de sol sur le terrain et, par le fait

même, mesurer plus rigoureusement les paramètres de la résistance au cisaillement. Cet essai porte aujourd'hui le

nom d'essai triaxial.

28

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

III.5.1 Les étapes d'un essai triaxial


L'essai triaxial est réalisé à l'aide d'une cellule triaxiale étanche dans laquelle on enferme un
échantillon de sol (figure 15). Il comprend deux étapes : la
consolidation et le cisaillement de l’
échantillon.
échantillon de sol, il faut y appliquer une contrainte latérale σ3, ou
Avant de procéder à la consolidation de l’
pression cellulaire. Cette pression est habituellement produite par de l’
eau acheminée à l’
intérieur de la
cellule, puis comprimée jusqu’
à la valeur désirée. Pour protéger l’
échantillon de tout contact avec l’
eau de la
cellule, on l’
enveloppe d’
une membrane étanche en latex, ce qui permet du même coup de maîtriser les
conditions de drainage à l’
intérieur du sol.
La consolidation consiste à drainer l’
échantillon, ce que l’
on fait en ouvrant la valve reliée à la conduite de
consolidation. Sous l’
effet de la pression cellulaire, l’
eau à l’
intérieur de l’
échantillon est expulsée par la
conduite ; les particules de sol se rapprochent, ce qui augmente la résistance au cisaillement. On
considère habituellement que la consolidation est terminée après une période de drainage de
24 heures. Si, pour une raison quelconque, on ne souhaite pas consolider
l’
échantillon, il suffira de maintenir la valve fermée. L’
eau demeurera à l’
intérieur du sol et supportera seule
toute la pression cellulaire si le sol est saturé. Les particules ne pouvant se rapprocher les unes des autres,
la résistance au cisaillement demeurera inchangée, tandis que la pression interstitielle s’
accroîtra.
Le cisaillement se fait immédiatement après la consolidation, Au moyen d’
un piston de chargement, on applique
progressivement la charge axiale P jusqu’
à la rupture du sol. Pendant le chargement, on peut procéder au
drainage de l’
échantillon en ouvrant les valves appropriées ; on doit alors choisir une vitesse de chargement
très lente pour éviter que les pressions interstitielles n’
augmentent. Comme dans l’
essai de compression simple,
l’
échantillon peut se briser selon trois types de ruptures : une rupture fragile, une rupture plastique ou une
combinaison des deux.

III.5.2 Les types d’


essais triaxiaux

29

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

Selon les conditions de drainage imposées à l’


échantillon de sol et la vitesse de chargement choisie, l’
essai
triaxdal peut prendre trois formes :
- l’
essai triaxial non consolidé non drainé (UU) ;
- l’
essai triaxial consolidé non drainé (CU) ;

- essai triaxial consolidé drainé (CD)


l’

Figure 15 : Cellule triaxiale


L'essai triaxial non consolidé non drainé, aussi appelé essai UU, de l'anglais Unconsolidated-Undrained, est
décrit dans la norme ASTM D 2850. Aucun drainage de l'échantillon de sol n'y est permis. La charge
axiale est appliquée rapidement, et la pression exercée sur l'échantillon saturé n'est reprise que par l'eau: la
résistance au cisaillement du sol devient une constante (figure 8). Cet essai ne mesure donc que la résistance au
cisaillement non drainé Cu,

On trouve la description de l'essai triaxial consolidé non drainé, ou essai CU

(Consolidated-Undrained), dans la norme ASTM D 4767. Dans cet essai,

30

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

l'échantillon de sol est drainé à l'étape de la consolidation. Avant le cisaillement, la résistance au cisaillement a
donc augmenté en fonction de la pression cellulaire appliquée, et la pression interstitielle à l'intérieur de
l'échantillon est nulle. Durant le cisaillement, l'échantillon n'est pas drainé, et la charge axiale, qui est

appliquée assez rapidement, entraîne un accroissement de la pression interstitielle. Les contraintes

principales mesurées à la rupture sont donc des contraintes totales (σ1 rupt et σ3 rupt). Si la presse triaxiale est
munie d'un mécanisme permettant de mesurer la pression interstitielle (u), une trappe à mercure ou des
cellules électriques de pression par exemple, il est possible de calculer
les contraintes principales effectives avec les équations suivantes :
 '1rupt   1rupt  u
 '3 rupt   3 rupt  u

Pour tracer les enveloppes de rupture et déterminer les paramètres C et Ф en contraintes totales et
effectives, on doit répéter l'essai à au moins trois reprises sur des échantillons semblables, en appliquant chaque
fois des pressions cellulaires différentes.
Dans l'essai triaxial consolidé drainé, ou essai CD (Consolidated-Drained),
l'échantillon de sol est drainé pendant la consolidation et le cisaillement, de sorte que la pression
interstitielle n'augmente pas. Seules les particules de sol absorbent les contraintes cellulaire et axiale. La

charge axiale doit donc être appliquée très lentement à l'étape du cisaillement. À la rupture, on obtient des

contraintes principales effectives (σ’1 rupt et σ’3 rupt). Comme dans l'essai CU, il faut cisailler au moins

trois échantillons Pour tracer l'enveloppe de rupture et évaluer les paramètres C' et Ф '.
Bien qu'ils conviennent aussi aux sables, les essais triaxiaux ont été spécialement conçus pour les sols
cohérents non remaniés. Selon l'ASTM, on peut également les utiliser avec des échantillons de sols cohérents
remaniés ou compactés. Les essais triaxiaux présentent, entre autres, les avantages suivants :

- la possibilité d'appliquer différentes contraintes sur l'échantillon-,


- des plans de rupture susceptibles de se développer dans n'importe quelle direction;

31

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.


Géotechnique VI

- la maîtrise des conditions de drainage et de la vitesse de chargement.


Pour obtenir des résultats fiables, il faut cependant préparer l'échantillon et le placer sur la presse triaxiale avec
précaution.

L'essai UU est l'essai triaxial le plus facile à exécuter. Quoiqu'un peu plus complexe, il ressemble à

l'essai de compression simple et fournit les mêmes résultats.


Les deux autres essais triaxiaux sont beaucoup plus compliqués à réaliser : en plus de présenter les mêmes

problèmes que l'essai UU, ils comportent des aspects difficilement maîtrisables comme la saturation du sol

et le fait que les dimensions de l'échantillon varient pendant la consolidation. De plus, ils prennent beaucoup de

temps, ce qui les rend coûteux. Par exemple, l'étape de cisaillement de l'essai CD dure au moins une semaine.
Ces essais sont surtout utilisés à l'occasion de projets d'envergure comme la construction de barrages. (On

choisit l'essai CU de préférence à l'essai CD quand on peut mesurer les pressions interstitielles durant

le cisaillement, parce qu'il fournit les mêmes résultats en beaucoup moins de temps.)

32

COURS DE L1-L3 USTCI - RUSTA OWOUTI Koffi ING GC.