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Monde primitif analysé et

comparé avec le monde


moderne considéré dans son
génie allégorique et dans les
allégories [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France


Court de Gébelin, Antoine (1725-1784). Monde primitif analysé et
comparé avec le monde moderne considéré dans son génie
allégorique et dans les allégories auxquelles conduisit ce génie ;
précédé du Plan général des diverses parties qui composeront ce
Monde primitif / par M. Court de Gébelin,.... 1773-1782.

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MONDE PRIMITIF.,
~jv~zjr~jÉ ET COMPARÉ
AVEC LE MONDE MODERNE,
CONSIDÉRÉ
Dans divers OF7~y~ concernant /?c~, ~.2?/a/ /c/Mû~,
/c~ 7~.<f, les Voyages des Phéniciens autour du Monde les
Z~NCÏ/E~ ~M~J!J)C~J?~ <S'C.

0 U
DISSERTATIONS ME la LÉES

~y<c M/M C~~j?


TOME J,
REMPLIES DE DÉCOUVERTES INTÉRESSANTES;
~c~M, M Mojv~jtf~jvy <
HUITIEME LIVRAISON.
MONDE PRTMITTF.
~~Z.T~ ET COMPARÉ
AVEC LE MONDE MODERNE,
C O N S I D É R É

Dans divers OF/~r~ concernant /?0~, le Blafon /~JM<?/Z/!0~,


les Jeux, les ~?~ des Phéniciens autourdu Monde, les
Z~t~G~ .~M~2:JTC~IN~, 6'C.

0U
OU
DISSE RTATIONS MÊLÉES
r o 7,
REMPLIES DE DÉCOUVERTES INTÉRESSANTES;
~ec Une CARTE ~J~c~ <S' un Mo~vt/M~jvr ~f/n~
PAR COURT DE GEBELIN,
M.
jpz nr~JLSjE~ ~c~D~jtff~ CjE~A jRor~j~.
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f~jK 7 i
L'Auteur, rue Poup6e, Maifon de M. Boucher, Secrétaire du Roi:
Chez VALLEYRE l'amé,Impnmeur-l.ibr.ure, rue de la vieille Bouderie,
( SoMN, Libraire,
rue Saint Jacques.

DCC. LXXXI.
~FJEC APPROBATION ET PRI~LJSe~ ~U RO'~
'~s=p:

DI~COï7H~
PRÉ
Xf LIMINAIRE.
L
IL% E1 MIN 1 IR E. A
JLj E
huitième Printems qui fuccede aux premiers Efïais du Mon-
de Primitif, nous trouve à la fin du huitième Volume. Nous ofons
nous flatter que le Public n'aura pas à fe plaindre de notre dili-
gence, fur-tout pour des Ouvrages auui pénibles, dont les maté-
riaux épars dans l'Univers, n'offrent à ceux qui les connoiffent
le mieux nuls rapports, nulle énergie nulle liaifon avec le grand
Tout; où il faut non-feulement, en quelque façon, tout créer
mais le faire d'une maniere qui entraîne, qui convainque donner
a tous, en un mot, les mêmes yeux.
Jufques à préfenc~ nous nous fommes occupés de grandes baf~s,
de principes généraux, de Di~Ionnaires: laiffant pour un moment
ces grands objets de côté, nous commençons de mettre fous les
yeux de nos Lecteurs une fuite de Dinercations ou d'Effais variés
fur diverfes Queftions Mythologiques, Allégoriques, HtAoriques~
Chronologiques,Critiques, &c. Etroitement liées à nos Recher-
ches & à nos Principes leurs développemens deviendront autant
de bafes pour les objets qui nous reftent à traiter; fur-tout, ils
dégageront l'Hifloire Primitive d'une multitude de quêtions qui
en romproient continuellement le fil, quiendiminueroient par-là
même l'intérêt & la force.
Ce Volume contient donc nombre de Diflertations détachées
.c.~7.r.
remplies de Recherches Hi~oriqu-~s, Géographiques, Blafoni-
ques, Numifmatiques, de Langues &c. curieufes par leur en-
femble ôc par leur variété, riches en détails, piquantes par leur
utilité~ encore plus que par leur nouveauté & par les peripe~ivcs
inattendues & agréables qu'elles ne ce.ïent d'offrir.
En les parcourant, on s'affurera des lumières qui réfultent de
nos grands Principes fur une foule prodigieufe d'objets qui fem-
bloiert ne tenir à rien, être l'effet du caprice ou du hazard, n'étre
d'aucune conséquence pour le Moade Primitif: on verra que rien
n'eft échanger à nos Recherches & que nos Principes font un
flambeau qui répand le plus grand jour fur les objets qu'on croyoit
les plus obfcurs les moins explicables.
Tout n'eA pas de nous dans ce Volume nous avons été aiïez
heureux pour recevoir de mains étrangeres & amies,- quelques
Morceaux intérenans & très-bien faits que nous avons pu inférer
jci nous y avons joint des A.ttaques & des Répliques, enfin l'A-
nalyfe d'un Ouvrage imprimé en ïulie & qui rentre abfolument
dans une artie de nos Principes.
{

Nous cfpérons donc que ce premier Volume de Dinertations


ne parottra point inférieur aux autres Volumes du Monde Prirm..
tif: qu'il réveillera l'attention du Le~eur fatigué par les Di~ion-
naires qui ont déjà paru & fatisfait de la variété qui règne ici mais
entrons dans quelque détail.
I.
Ce Volume s'ouvre par une revue générale du Monde Primitif.
Ceux qui ont déjà quelque connoiiïancc de ms Principes, en trou-
veront ~ci une récapitulation qui leur en fera mieux fentir la force.
Ceux qui n'en ont aucune connoinance 6c qui voudront s'enfor-,
mer une idée, verront d'un coup-d'œil ce que nous avons déjà
publié. Tous y trouveront ce qui nous a amené à la découverte
-du- Monde Primitif: les avantages que nous avons eus à cet égard
fur tout, comment des malheurs qui femblaient Jevoir nous en
éloigner font devenus la Source de nos connoiuances &. les ont
dégagées de cette roideur qui n'eA que trop l'appanage de ceux qui
n'ont pas éré éprouvés comme les cailloux dans les torrens.
Nous nous proposons de publier ainfi de tems en tems des jé-
fumés rapides de~. divers objets dont nous nous occupons, afin
qu'on en pui~c mieux ~iCt renj[emble~ &c s'en former de plus juf:
tes idées~
I I.
Dans FEuaI qui fuit nous orFrons le Tableau de la Population
& des grands Travaux des Sociécés dans J'Afie Occidentale, au

moment où parut Nabuchodonoïbr, le premier Conquérant con-


nu. Nous fuivons ce Prince dans fes diverfes expéditions jufqu'en
kfpagne, où nous prouvons qu'il a été nous faifons voir les mo-
tifs même qui l'y amenerent. Nous montrons quel fut le nom pri.
minfde cette Contfce Européenne dans la Langue des Phéniciens
~c dont celui d~<?/c~ ne fut que la traduction. Cette .découverte,
car ce nom avoit échappé à tous nos Savans, & ils n'aboient pas
piêrne cru à l'expédition de Nabuchodonofor en E~ag~e nom-
mément Socharc, qui par des caifons peu dignes de lui la met
au rang d-'s .Fables; cette découverte, difons-nous, nous conduic
a d'autres fur-tout à montrer que les Phéniciens faifuient le plus
grand commerce autour de i'A'r'que: qu'ils étoient eux-mêmes
jd'yi~es en Iduméens qui naviguoient fur tout ce qu'on appeiloit
~r ~pM~ ôc qui embranoic la Mer des Indes & en Phéniciens
qui naviguoient fur la Méditerranée &c fur l'Océan. Nous mon-
trons qu'ils cpnnurentde bonus-heure &: la Bonuble & l'Améri-t
que ce en quoi nous nous trouvons encore fort oppofés, comme
nous nous en appercevons dans ce moment, à Bocharc en particu-
tier, dont toute la Critique eft abfolument en défaut à cet égarer
Revenant au Conquérant Babylonien nous faifons voir com-
ment fes fuccès devinrent la fource de la ruine de fes Etats & de
fa propre Famille; & par des moyens qui avoient échappé a tous
les Chronologies & les HiRoriens, nous démontrons l'harmo-
Hie qui regne entre l'HiH:oire Sacrée oc la Profane au fujet de~
derniers Rois de Babylone & fur-tout,ce point cspital~que le Bel-
iaiar de Daniel ne fut point le dernier de ces Princes~ commer
plufieurs Savans l'avoient fbup<;onné, & entr'autres Dom CAL-
MET dans fon Hifloire du Vieux & du Nouveau TeAament. Nous~
montrons qu'il eut même trois Succeueurs avant que Cyrus Ic~
rendît Maître de Babylone..
III.
Dans l'Euai fur le Blafon oc far les Symboles des Anciens y
nous faifons voir~ contre l'opinion commune, que notre Blafon t
eu: antérieur aux Croifades: qu'il fut toujours relatif aux Tournoie y
il
& de la plus haute Antiquité comment fut pris dans la Nature~ &C
ïiécefïaire comment il eft lie a la félicité des Peuples allant pHus
loin, nous prouvons que le nom même du ~~2/0/2 6c ceux de fes
couleurs, tels que 6'M~c, J'M<y/e, &cc. font des mots Orientaux
parfaitement afïbrtis à leur nature nous faifons voir a qui appar-
tenoient oc en quoi confiftoienc les droits d'Armoiries, [de Cou-
leurs de Généalogie~ de Bouclier, d'Enfëigne, de Monnoie.
Sur chacun de ces articles, nous avons occafion de dire des
~hofes neuves oc inAru~ives en particulier fur les Armes par-
tantes oc fur les Symboles armoriaux de l'Antiquité~ fuivânt qu'ils
durent relatifs à FAgriculture~ aux Vignobles, au Commerce
Maritime, cccaux trois grandes Divinités fur-tout Protectrices
de rUnivers, &c en particulier les Symboles des Villes dé Sicile
de l'Egypte ce des Villes facrées~
Dans la deuxiemePartie, nous traitons des Couleurs du BIafbn~
~e leurs rapports avec les Saifons, les Planettes, la vie de l'Hom'
me du Droit ancien & primitif de colorer Ton corps, puis le bou-
clier, puis ton habit & fa maifon, puis fon char doré, &cc. Nous
parcourons enfuite divers points relatifs aux Armoiries Nationa.
les nous expliquons un pauage de Nahum qu'on avoit absolu-
ment brouillé nous traitons des Hérauts d'Armes nous prou-
vons que les Hébreux en avoient, oc fans quels noms ils les déH~.
gnoient, ce qu'on n'avoit pas même Soupçonné nous traitons du
Cri d'Armes oc des Ordres de Chevalerie.
La tcoineme Partie roule fur le droit de Monnoie & fur fbn'
origine nous prouvons que l'antiquité de la Monnoie remonte an
tems d'Abraham, à celui même des premiers Etats de.rAue: qu'elle
n'eut pendant long-tems d'autre marque que.les Symboles des Na-
tions qui la frappoient~ & celui de leur Divinitë-Patrone.Nous
indiquons les premiers Mortels qui obèrent fe fubAituer ici à la~
place de la Divinité & nous montrons qu'il exifte encore des,
Médailles de Fancienne Egypte inconnues jusqu'à préPsnt~ parce
qu'on y cherchoic des erBgies de Rois qui ne pouvoient y étre~
IV.
A la fuite de l'JËuai fur le Blafon, marchent naturellement
vertes recherches fur les Noms de Famille nous en montrons'
l'origine &: PexceUencemous donnons l'étymologiedes Prénom~
Romains, les plus connus nous prouvons qu'ils étoient relatifs a-
ee Peuple Agriculteur, &c PAntIquité de ceux-là dans l'Europe
moderne nous avons enfuite raHemblé fous plus de vingt Chefs
ou Titres, une multitude de Noms François, tous ugnincatifs; Se
nombre d'autres qui le font dans des Langues plus anciennes ou.
Hs prirent naiffance. Ces Tableaux font entièrement neufs on.
n'avoit rien vu ~ufqu'a prêtent dans ce genre.
-V.

Le Bouclier chanté par Homere, avoit toujours paru une énig-


me dont on ne pouvoit deviner le noeud, ni quel art fecret en
avoit lié tous les Tableaux après avoir rapporté ce texte en
Langue originale & l'avoir accompagne d'une Tradu6Hon à notre
manière, nous faifons voir que c'eA la peinture de l'Année Grec-
que, mois par mois en commençant avec les mois des Noces ou
de Janvier ce morceau devient ainu un fupplémenc à notre
Hiftoire du Calendrier.
Nous en difons de même du Bouclier chanté par HéHode. Il
préfente le Calendrier Grec pourvu qu'on rétrograde d'un mois
~.qu'on commence au SolfUce d'Hiver. Nous prouvons en même
tems que celui-ci eft plus ancien que celui d'Homère; &c que ce
dernier luttant avec fon devancier~ a fu~ en imitateur habile, rem-
porter fur lui a fous égards,
VI.
Viennent enfuice quelques Morceaux non moins neufs relatifs
a~ Génie iymbolique Rc allégorique de l'Antiquité. Le premier eft
l'Explication du ~i?M ~T~ j jeu fort connu en Italie~ en Pro-
vence~ en Allemagne, 6cç.
Nous prouvons qup c'eû un Livre Egyptien dans lequel ce
Peuple nous a transis fes idées civiles, politiques, reiigieufcs
~uë c'eû un emblème de la vie, ôc qu'il eft devenu l'origine de
nos Caries à jouer, des Espagnoles premièrement, pour remplacer
celle:-la qu'on ddfendott feverernent comme magie noire &: des
Francoifes enfuite qu'ainn nos Cartes à jouer fe traînenc de loin
fur les traces de ce Peuple favanc &: ingénieux ce qu'affurément
quiquecëfbicn'avpic Soupçonne, tant on étoit convaincu que
cette invention écoic moderne~ &. que l'Antiquité n'oHiolt den de
pareil.
VJI.
Cette Explication eH accompagnée d'une Difïertation tres-m-
téreHante, qu'on s'eft fait un plaisir de nous fournir, fur la manière
dont les Sages ou Mages d'Egypte appliquoient ce jeu à la Divi-
nation, & comment cet ufage s'eft perpétua même dans nos Car-
tes à jouer, calquées~ur celles-là.
VIIL
Nous raisons voir enfuite que l'Antiquité appliqua à la Légina-
tion la célebre Formule de SEPT, qui fervoit de bafe à toutes les
fciences qu'il en réfuitt une Galerie de fept Rois, dont les attri-
buts ôc les adions peignoient tout ce qui eft néceHaire pour un
Gouvernement bien constitue, oc que cette Galerie s'évanouiiïbic
par un grand coupde Théât-re dans lequel périilbit le dernier Prin-
ce, & s'éteignoit la Royauté car il falloic bien un dénouement à
cet enfemble de prétendus faits hiAoriques. Cette fuite de Ta-
bleaux que personne non plus n'avoit foupçonnée, nous la mon-
trons chez les Japonois, les Egyptiens, JesTroyens: nous dé-
montrons par le fait, que les Romains la confondirent avec leurs
fept Rois ) & qu'ils en ont calqué l'hiAoire, les noms ôe les InfU.
turions exadement fur cette fuite philofophique fans qu'elle y
foit jamais en défaut nous prouvons même que la durée chrono-
logique de ces fept Rois oc qu'on difoit êtrede~~ ans ce quau-
cun Savant n'avoit pu admettre, ëA une durée mythologique for-
mée des deux nombres facrés cinq & fept, multipliés Fun par
l'autre.
Gec accord de tous les Peuples devient un; exemple frappant
du Génie allégorique oc fymbolique, des Anciens, &c de leurs le-
vons ingénieuies.fur les objets les plus relevés il, faic honneur à
leurs Sages 6c à leurs LégiHateurs~ JSc prouve que la fcience oc
non l'ignorance dirigeait alors les Ecats tandis que la maniere
dont nos grands Principes fur le Monde Primitif fe développent ôc
donnent l'intelligence d~une multitude d'objets qu'on avoit fous tes
yeux fans y rien voir~ devient une démonstration de leur bonté 6c
de leur certitude,
IX.
Nous avons réuni îcî trois
Morceauxqut jjt ne font
pomt de nous~ m

mais qui tiennent étroitement à notre Ouvrage.


t. La Critique de nos Vues allégoriques qui parut dans le der-
nier Mercure de Janvier < 780 fous te nom de F. PAU~Hermice
<c qui eft de M. de la Br. Cet agréable Ecrivain trouvera par les
Differtations que nous venons d'analyser que nous np nous JCbm-
~Daes gu~res eorrigét.
2. La Réponfe qucM. Pr, y fit dans le Journal de Pans peu de
jours après.
lit

3. Celle de M. de la D. fous le nom de F. P~ Hermite de


-la Forêt de Sénars, 6c in~rée dans un des Mercures du mois de
.Février métpe année.
Ces Morceaux font doutant plus intéreÛans qu'ils répandent
un grand jour fur le Génie Symbolique des Anciens, & fur fa
certitude. Le Critique croyait qu'on pouvoit appliquer avec le
~même fuccès~à toute Hntoire Nationale, la méthode que nous
jfuivonspourexpuquer rHiHoiTe Mythologique, méthode qui
ïero't par-là même abfolument illufoire ce quiétoic peut-être la
feule objection raisonnable à faire. Ceux qui nous ont fait l'hon-
neur de prendre notre d~renSe, ou plutôt celle de nos Principes j
rnonirentparfaitément ce'qui dt~ingue l'Hifloire de la Mytholo-
gie, hiûorique en ap~rence~ &. comment une méthode qui feront
très-agréable & très-bien vue pour expliquer la Mythologie~ d~
~icnt néce~airement abimïïïc~ d~S ~'on rappliauera à l'H~oire.
X.
( x
Nous avons fait fuivre ces réponfes d'une autre que nous fîmes
a la Critique d'un Journalifte qui attaqua notre Etymologie du
mot V~MT~comme n'ayant aucun rapport au mot VAR, VER~ eau
qui nie même que ce dernier mot aitpréfenté l'idée d'eau, & qui
ajoûte qu'il l'avoit inutilement cherché dans la LangueHongroife,
ou il ne fignifie que Ville. L'efpérance feule de faire gourer à ce
Journalifte des Principes que notre réponfe dévoie lui rendre plus

de regret fi notre but eft rempli, j


fenfibles nous engagea à cette difcuuion~ nous n'y aurons point

Nous prouvons par une multitude d'exemples t". que ce mot


eA le nom d'une multitude de rivières.
2°. Qu'U a~rfne .une Famille /~M~r<~ très-remarquable avec
l'idée d'eau ce que le Critique auroit vu comme nous s'il avoit
connu les .principes de FEtymologie & les loix fur lefquelles elle
eu fondée.
Que n'a fignmé Ville en HongcoM, que parce qu'il fi.
gnifioit déjà eau: tous les lieux dans le nom- defquels entre ce moc~
étant fur des Eaux; certainement plus anciennes que les Villes.
Enfin, que l'Eau ou~zrétoitle~ul objet phynque dont on
pût dériver le notn métaphyfique &c figuré de la vérité tous deux
déHgnés par l'idée de miroir, pat; l'idée d'un miroir~d~ &: naïf~
J
par celles de clarté, de pureté, de fraîcheur, d'évidence.
Nous pouvons dire "que les Principes du Monde Primitif font
comme ces rocs contre lefquels viennent P* brifer les vagues de
la mer: ôc qu'il eft plus digne des Savans de s'en pénétrer & de
travaillera les perfectionnera car la carrière eA immenfe, que de
chercher à les rehverfer:c'e~ parcaqùe nous avons vu qu'avec
eux nous ferions invulnérables comme Achille ~ue nous Savons
cas craint de nous Hvrer a des recherches qui devoient nacurellc-
JO~c. f~ jT. 7. b
ment mettre tout le monde contre nous) fi nous n'avions pasJ
comme on dit; raifon & demie.
XI.
Nous avons placé à la fuite la Famille du motPoT~ qui
défigne tout ce qui eu: élevé &c profond, puinanc~ &c. Famille
riche en nomsMythologiques~ en noms Sacrés~ en noms de grands
Fleuves, de grands Lacs en noms de Montagnes, de Châteaux
de Ponts, &c. Et même en mots Américains répandus dans tout
ce nouveau Monde.
On voit ici un exemple inftrudif &: frappant de l'utilité dont
feroit notre Diûionnaire Comparatif des Langues de l'Univers, J,-

diftribué par grandes Familles car il n'en: aucun mot Primitif qui
ne pût préienter les mêmes réfultats 6e le même intérêt.
On y voir au~i la preuve de ce grand principe', que chaque mot
radical prend toutes les voyelles fucceffivemenc pour diverfifier
fes dérivés 6c nommément les voyelles nafales principe qu'on
méconnoît trop:, &. queues Gens'de Lettres ne devroient jamais
contefter pour leur propre gloire. Ne fait-on pas qu'en tout genre,i-
il eft des obje~ions Ce des queftions. qu'il n'eft pas honorable de
faire, lorfqu'on eft parvenu a un point ou l'on eft ccnfé ne devoir

~xtr.
pas ignorer ces choies t w

:X

La Di~ertation qui fuit cette Famille n'eA pas de nous c'eA une
Lettre que nous reçûmes lorfque notre premier Volume eut paru
elle étoicrela~ve à un très-grand Ouvrage que l'Auteur de ce
Mémoire préparpic, depuis long-cemsfurl'Hi~Qtre phy~que de la
.Terre étonné des rapports qu'il apperccvoic. entre les réfulca~s de
nos Recherches. fur les Allégories & ceux ou il étoit parvenu d'à?
près la connoiuance phyfique du Globe & de fes révolutions,
il nous exhorte à continuer courageufement nos Recherches
&c diriger de ce côté nos Etymologies Géographiques & notre
à
Explication des Fables a reunir celles de tous les Peuples en un
Dictionnaire raifbnné, fans omettre aucun Dieu, aucun Héros
aucun Roi, aucune Nymphe, &c; à accélérer le Di~ionnaire de
la Langue Primitive, &c. Ce Savant comprenoit parfaitement
que fans la connoiflance des mots, on ne peut avancer dans celle
des chofes.
Ce Morceau ne peut donc qu'inrérener ceux qui ont adopté nos
Principes~ ~6c ceux qui s'appliquent à l'Hiftoire phyfique du Mon-
de, & dont le nombre eft déjà très-grand: il entre d'ailleurs dans
notre Plan, puifque les Origines & les Développemens du Monde
Primitif ne peuvent être complets fans renfermer les grandes dé-
couvertes relatives à cet objet, comme on l'a déjà vu dans nos
ProfpeQ:us.
XIII.
Un Enai fur les Rapports de la Langue SUÉDOISE avec toutes
les autres, paroît enfuite. Nous le compofâmes, il y a quelques
années~ pour faire fentir à MM. les Savans du Nord, la beauté
la ftinpiicité, la fécondité des Principes du Monde Primitif, ôc
combien ils rëpandoient de jour fur leur propre Langue, enforte
,qu'il falloit qu'ils renoncafTent à tous leurs principes ou qu'ils
adoptaiïent les nôtres. Les réfultats en font en même tems de na-
ture à être bien reçus de nos Lecteurs.
C'en: ainfi que nous ferions à même de faire paroîcre des mor-
ceaux pareils fur la Langue Angloife, fur l'A.lemande.iur celle
des Troubadours, fur les E(clavonnes~ fur diverfes Langues d'A-
fie, &c. quiexiftenc déjà dans nos imme~s matériaux. Celui
fur la, Langue Angloife en par.ticuli.er fut fait également pour
montrer aux Savans{de cette Nation, la beauté des Principes Ety-
mologiques du Monde Primitif &c pour leur ôter tout fujet
d'objection, en prenant nos exemples dans leur propre Langue y
fur laquelle il n'étoit pas pouible de leur faire illufion.
XT V.
Paffant les Mers nous transportant dans le Nouveau Monde
nous donnons ici l'Analyfe des grandes Langues qu'on y parle d'un
Pôle à l'autre. Les Eskimaux, les Illinois les Chipévays les
NaUdevbuies.lesAbenaquis.lesVirginiens, les Caraïbes, les
Galibis~les Mexicains, les Péruviens, ceux du Chili &: de la Cali<
-fornie,tous les habitans des Ifles éparfes dans la vafte Mer du Sud, fe
présentent fuccefnvement ànous tous nous offrent dans leur Syn-
taxe & dans leurs mots,des rapports immenfes avec toutes les Lan-
gues connues de l'Ancien Monde toutes viennent le réunir à la
Langue du Monde Primitif, avec une Hmplicité, une énergie~ une
abondance prodigieufe. Les trois Mondes concourent aind pour
atteler la vénrë de nos principes & pour l'attefter d'une ma-
niere étonnante. On ne pourra affez admirer les rapports de mots
&: d'idées qu'offrent toutes ces Langues d'Amérique avec les
idées & les mots de nos Langues. C'étoit un fpedacle à préfen~
ter à nos LeReurs, d"autant plus beau qu'on n'en avoitaucune idée.
Le premier Enai que nous fîmes dans ce genre, il y a quelques
années, fut à la réquintion d'un Savant Evêque, M. de N. de L.
Nous retendîmes enfuite pour plaire à un de nos Amis. C~eû de-
là que nous le reprenons, & que le quadruplant, nous en parlons
pour la premiere fois dans le Monde Primitif
Quelque étendus que foient ces rapports nous aurions pu en
ajouter un plus grand nombre; mais nous nous fommes laués de
copier &: ce n'eA pas un volume' que nous voulions faire.
On y verra combien nous ont été utiles les dernières décou-
vertes faites dans cette Partie dû Monde on diroit que leurs illu~
tres Auteurs ont été dans ces Contrées lointaines pour concou-
rir à la rb'rmation de notre grand Ouvrage, qui a befoin de tout ce
qai exi~c afin de s'arrondir, & que fes diverfes parties puiffent
fe développer de la maniere la plus fatisfaifante.
Ce Tableau devient une des plus grandes preuves de l'exceL.
lence de nos Principes qu'aucune Langue ne peut s'y réfuter
& qu'il faut, ou adopter ces principes~ou fe difpen~er d'en parler,
non plus qu'un aveugle des couleurs.
On verra fur-tout dans cet Euai que FAmé~que s'eA peuplée
par divers end:roits la feptentrionale par la Tanarie la méfidto-
nale par le midi de l'Afie & de l'Afrique les IHes du Golfe du
Méxique, peut-être par le couchant de l'Europe.
On verra, non ~ans furprife que les mêmes noms de chines
en ufage dans prefque tout l'Ancien Monde le font également
dans toutes les Mes au midi' des deux Hémifpheres du Globe, dans
ces Mes qui font au midi de FAHe de l'Afrique & de l'Amérique':
& diverses preuves que les Phéniciens ont navigué dans ces mers~
On y admirera fur-tout une foule de noms relatifs aux Arts
dans ces Ifles dans le Pérou~ôcc. qui font abfolumentOrientaux~
ruelle qu'en foit la caufe.
x V.
A la fuite de cet Effai eft FExplication d''un Monument uni-
que qu'on a découvert fur un rocher de l'Amérique feptentrio-
nale au bord d'un beau Heuve~. & qui nous a éce fort heureutç'
xnent envoyé d'Amérique par de Savans. Correfpqndans depuis
le commencement de l'impreflion de ce Volume il femble arri-
ver du Nouveau Monde tout exprès pour confirmer nos vues fur
l'ancienne communication de FAncien & du Nouveau Monde~
NousFavons fait graver avec la plus grande exa~icude~On y verra
de la maniere la-plus vrai~mblable~nous dirions preiqu'évidente~J
que c'eAun Monument Phénicien~ & fans doute CaTthaginojS).
diviïe en trois Scènes~ une panee~ uncpréïente, une future.
Lapréfënte.tfur le devant du Tableau défigne une alliance
entre les Peuples Américains & la Nation Etrangere. La Scène
paffée, repréfënce ces Etrangers comme venant d'un pays riche &:
induftrieux, ôc comme ayant été amenés avec le plus grand fuc-
cès par un vent de Nord.
Les Symboles & les Caractères alphabétiques de ce Monument
fe réuniffent pour prouver que ce font des Carthaginois &c puis
en réHéchiiïanc un peu on n'eft pas plus étonné de voir ce Peuple
dans ces Contrées que d'y trouver des Mandois & des Gallois
aux X=. &. XIc. iiècles & Colomb au XVe.
XVI.
Nous terminons ce Volume par l'Analyfe d'un Ouvrage impri-
mé depuis peu à Milan fur les Devoirs de l'homme envers lui-mê-
me ôc envers la Société comme Citoyen, comme Propriétaire~
comme Notable, comme Souverain, &c. Cet Ouvrage que nous
n'avons connu qu'après avoir composé les Vues Générales fur le
Monde Primitif qui font à la tête de ce Volume, rentre ri parfai-
tement dans les prnicipes politiques Se moraux du Monde Primitif,
que nous nous fommes fait un plaiur de l'analyfer comme Un
Supplément à ce que nous avons dit fur ces objets dans ce pre-
mier morceau, d'autant plus heureux, qu'il venoit d'une main
étrangère. Il offre en même tems une idée de la nature & de l'u-
tilité dont pourroit être la Bibliothéque Etymologique 6c raifon-
née que nous annonçâmes dans notre Profpe~us comme un Com-
plément de nos Recherches.
Des Etymologies contenues dans ce /~?~/K~.
La Science Etymologique fans laquelle nous croyons qu'au-
cune connoiffance réelle ne peut exifter complettement, nous ac-
compagne par-tout dans ce Volume pour mettre le fceau aux vé-
rités que nous y proposons, pour en achever la démonstration,
pour faire voir comment les Noms même furent faits pour les
chofes ) oc que ces deux objets marchent toujours d'accord &: d'un
pas égal ce qui eft inconteftablement le complément de toute
fcience.
Les Etymologies font dans ce Volume auui variées que les
fujets qui y font traités fans parler de celles qu'offrent les Dif-
fertations fur les Langues, les autres en contiennent un grand
nombre que perfonne n'avoit jamais penfé à analyfer. On trou-
vera donc ici la fignification d'une multitude de Noms de Lieux,
Fleuves Montagnes &c. de l'Afie l'Etymologie du Nom du
.BAï/o/x, celles de fes coM/~7~ tellesque~<z<y/ &c. fur
lefquelles on n'avoit fait que baibutier celles de nombre de mots
relatifs aux Monnoies, aux noms des~cy~ celles des Pr~oM~
Romains dont perfonne ne s'étoit avl(e de chercher l'origine; juf-
ques aux noms des Rois de Tro~ le Nom primitif ôc Oriental
de r~M inconnu même à tous les Savans jusqu'aujour-
d'hui d'autres Etymologies rëfultances de celles-là celle de La.
c//z~~ furnom donné à Junon de Crotone celui de Lapithef en-
nemis des Centaures même des Noms Américains tels que
Ca:M ~p~c~~ J~M.f, T<zt~ &c. Ce font de vraies con-
quêtes faites fur l'ignorance ôc fur la barbarie.
OBJETSS DJ~ER~.
Accoutumés à rendre compte au Public des divers événemens
relatifs à.nos recherches, & qui arrivent dans l'intervalle d'un vo-
lume à l'autre, nous ne faurions nous difpenfer d'entrer aujour-
d'hui dans un détail auHI intéreHant pour nous & auquel le
Public daigne applaudir.
L'AcAQJ~E FRANÇOISE nous a décerné une feconde fois le
Legs annuel de feu M. le Comte de Le, compte qui en
a été rendu dans le Mercure, nous exempte d'entrer ici dans d'au-
tres détails mais non de témoigner publiquement notre recon-
noiuance à M. GARAT qui par des motifs des plusnacteurspour
-nous, s'efi dén~é de ce que l'AcADEMiE venoit de lui décerner.
M. le GARDE des Sceaux, &c M. de NEviLLt, Maître des Requê-
tes 6~ Directeur général de la Librairie, nous ont honoré, de leur
propre mouvement du titre de CENSEUR RoYAL. Nous ravons
regardé comme une approbation flatteufe queic Chef de la Ma-
giftrature donnoit à nos travaux. Ils nous ont fait en même tems
mettre au nombre de ceux qui travaillent à un Di~ionnaire des
Sciences & Arts, distribué par matieres. Celles qu'on nous a afii-
gnées fe rapportent à la nature de nos recherches; ce font les
Antiquités j la Chronologie, les Médailles les Infcriptions, la
Divination ôc fes diverfes branches; l'Explication des Fables ou
de la Mythologie, l'Etymologie relative à ces Objets. La plu-
part de ces matieres ont Jufques-ici prefque toujours manqué aux
ouvrages de cette nature elles méritent cependant d'autant plus
-l'attention des Gens de Lettres que ces objets forment une des
grandes bafcs de foute connoiffance nous tâcherons de nous
en acquitter d'une manière qui réponde à ce qu'on veut bien atten?
dre de nous à cet égard.
Une Société nombreufe de Sciences Lettres &: Arts, nous a
honoré pour l'année de la qualité de fon Direaeur. La Correl-
pondance vafte & bien choifie qu'elle commence d'établir dans
tous les Pays où Fon a quelque goût pour les Lettres ne peut
qu'étendre le nombre de nos propres Correfpondans:8cleylumic-
res qui en résulteront devenant les nôtres, la maSe de nos maté-
riaux en fera plus confidérable &c nos Ouvrages plus utiles.
C'eft au zèle de nos Correfpondans d'Amérique que le Public
doit .le Monument Phénicien que nous publions dans ce Volume.
D'autres nous ont envoyé divers Vrocabulaires, en particulier
le R.,P. :GAjLGNARD de l'Oratoire M. MURET Doyen des Paf-
tcurs àVévay en Suifïe M. FAbbé CLEMENT, Curé dans le'Valais.
M. BiGNON nous a communiqué la Grammaire de la Langue
du BENGALE, que les Anglois ont fait imprimer dans cette con-
trée des Indes: Ouvrage précieux dont nous rendrons compte
quelque jour.
M. le Comte de SARSFIELD tout ce que fa Bibliothèque con-
tient de livres rares fur les Langues &: fur l'Hiftoire du Nord.
M. Le Marquis de SAINT-SIMON nous a fait divers envois très-
précieux en livres rares fur les Langues ôc les Antiquités.
AinM s'augmente fans ceffe la maffe de nos livres &c de nos ma-
jnufcrics nécefïaires pour aggrandir nos recherches 6c accélérer
nos travaux~
JP~o~ des Racines Latines in-8*.
Depuis notre dernier Volume, nous avons publié le Di6Hon-
naire Etymologique des RACINES Latines z/ï-8°. Ouvrage qui
manquoit aux Lettres, ôc fur-tout aux Jeunes Gens.
Le Public, à la vérité, étoitdéjà en poUenton de divers Ou-
vrages fur les Racines Latines tels ceux de M. FouRMONT de
M. DANET, &c en dernier lieu d'un R. P. de l'Oratoire.
On avôit donc vivement fenti la néceffité de ramener les mots
Latins à un certain nombre de mots fimples oc primitifs qui de-
viennent la clef de tous les autres. Cette Méthode eft en effet la
feule à fuivre pour faifir Fenfemble des mots d'une Langue mais
outre que la plupart de ces Recueils font en vers, ils ne font
point Etymologiques, ce qui eft un défaut t parce que par-!a
on eft forcé de multiplier beaucoup trop le nombre des radicaux,
en forte qu'on manque fon but du moins en grande partie: 2".
parce qu'on n'y voit point l'origine de ces mots radicaux, ni leur
rapport avec la Nature & avec les autres Langues~ ce qui les rend
moins utiles & moins fatisfaifans.
Notre Didionnairc des -Racines Latines réunit au contraire
.D~. jM. T. c
cous ces avantages. D'un coté, le nombre des radicaux y eft ré-
duit au moindre nombre poffible de ceux-ci on en voit dériver
d'autres qui deviennent à leur tour l'origine de tous les Dérivés
Latins. D'un autre côté on y apperçoit l'origine de chaque mot
radical, ce qui eft un grand avantage & on y trouve les rapports
de ces mot; avec les autres Langues, ce qui eft audi d'une très-
grande utilité.
A la tête, nous avons mis un Difcours Préliminaire fur la for-
mation des mots fur les Initiales de Ja Langue Lacine & fur fes
Terminaisons. Nous difhibuons celles-ci fous un certain nom-
bre de claïïesqui fe rapportent à autant de mots primitifs~ dont
elles empruntent toute leur force. Ce Difcours renferme des dé-
tails qui ne font pas dans notre grand Ouvrage.
Il n'y a donc point de doute que ce Dictionnaire des Racines
ne fcitinfenublement reçu comme Clafïtque. Déjà l'UNivERSiTÉ
de Paris, bon Juge fur ces matières a bien voulu en recomman-
der l'ufage à MM. les Profëueurs de fon Corps un fuffrage
aufii glorieux ne peut que nous concilier tous ceux de la Nation.
(~Z//Z//M/W <&~ /3/C~O/Z/M/J Grecs à pu6lier.
Encouragés par ces fuccès, nous nous propofons de donner
un Dictionnaire femblable iiz- 80. pour les Racines de la Langue
Grecque il paroitra en même tems que le Dictionnaire Etymo-
logique de cette Langue que nous avons déjà annoncé par Souf-
cription.
Ces Ouvrages feront précédés cependant des Grammaires Fran-
çoife Latine & Grecque, auxquelles nou? allons mettre la der-
niere main. Nous ne négligerons rien pour qu'elles fbient vérita-
blement utiles à la JeuneHe Ôc qu'en réduisant les ,régles de ces
Langues au plus petit nombre pofRble on en connoiHe beaucoup
mieux le génie, & on en fente mieux la beauté nous n'épargne-
ronsni fbins;ni peiner ni avances pour répondre à ce qu'on attend
de nous, & pour remplir tout ce qu'exige la carrière à laquelle la
Providence femble nous avoir conduits elle-même.
De quelques Ouvrages r<?~~ aux /ï<~<'y.
Tel eft le Titre heureux de notre Ouvrage, tels font les fuc-
cès de fes diverfes parties que des Hommes de Lettres emprun-
tent notre titre, que d'autres imitent nos vues au point de fe faire
confondre avec nous il eft donc june que nous donnions ici les
eclairciïïemens néceiïaires j afin que chacun jouiffe du fruit de
fon travail.
t.
Des Papiers publics nous ont attribué d'être au nombre des Gens
de Lettres qui font l'Hiftoire des Hommes, & qui l'ont commen-
cée par celle du Monde Primitif: on nous a même écrit de
divers pays à ce fujet, afin de favoir à quoi s'en tenir. Les uns 6r
les autres nous ont fait trop d'honneur: nous ne fommes pour rien
dans cet Ouvrage notre plan nous occupe affez fans embralfer
des objets étrangers il eft vrai que nous avons annoncé une Hif-
toire du Monde Primitif comme faifant une partie effentielle de
nos Recherches, mais fur-tout comme devant terminer ces tra-
vaux, ceux-ci feuls en peuvent être la bafe fans cela elle fe-
roit prématurée elle ne pourroit offrir que des objets ifblés le
vuide des défères au~I celle-ci ne nous empêchera point,
malgré le mérite qu'elle peut avoir, de publier la nôtre quand il
en fera tems.
L'Hiftoire ne doit être en effet que le réfultat des docuinens, des
connoinances des travaux des hommes fans cela elle n'offre
qu'un Roman, ou que des Fragmens incohérens comment donc
j-éufnr dans FHi~oire primitive, fi on ne s'eA pas donné le tem~ de
raffembler auparavant toutes les connoiffanées nécefïaires pour la
connoître ôc pour la développer fans avoir réuni tous les faits
c
toutes les traditions tous les monumens fans s'être mis en état
de les entendre de les comparer de les éclaircir fans avoir dé-
mêlé le vrai du faux, IcHguré du propre, l'allégorique de l'hiflo-
rique fans s~étre armé de toutes les reffources d'une Critique fage
& modérée qui d'un coup-d'œil fait diflinguer le vrai du faux,
& ne fe faire que des principes lumineux qui ne puiffent jamais
tromper, fur-tout qui puinent concilier toutes les vérités ? JuC-
ques alors, on n'aura rien de complet rien qui réponde à la gran-
deur de'AiMome.
ar.

Un de nos Correfpondans excellent Ami, dans les mains de


qui eft tombé le Pro(pe~us d'un Ouvrage intitulé l'z/n~o~~ j,
a trouvé de fi grands rapports. entre les objets quiy font annoncés,
&c ce que nous avons déjà publié qu'il a cru que c'étoit un Abré"
gé de notre Monde Primitif, que c'étoit nous-mêmes qui pré-
y &c

fidions à cet Abrégé. Il nous a en conséquence adreûé diverfes


Remarques relativesà cett&Annonce:laplupart fbnttrès-fbndées~
très-Iumineuies Se nous ont fait le plus grand plaiur mais nous
ne connoinbns point cet Ouvrage nous n'avons point vu ce Prof-
pe~us nous doutons que des perfonnes honnêces ayent voulu
courir fur nos brifées, &c donner des Abrégés prématurés de notre
Ouvrage, qui nous ôtauent les moyens de continuer une entre-
prise au~ difpendieufe que pénible & qui exige le concourt le
plus foutenu pour la Soufcription. Si au contraire les Auteurs
de cet Ouvrage n'ont fait qu~adopter nos Principes pour élever
deuus un Edince différent alors leur travail nous devient fort
honorable & rentre dans les vues qui nous porterent à publier
ces Principes; & nous aimons mieux croire que telle e& la mar~
che que tiennent ces Auteurs,

j~/Z ~C<?K~f F~/t~M:<<f


TABLE
~*ty E G~~A~t Monde
De /n07!CC du Monde Prinitif.
De nos premieres Etudes.
Primitif
DES OBJETS CONTENUS DANS CE VOLUME.

Ï~
v
j~e~t! les refondre. x
.~yM~/e des Yolumes qui ont déjà XXV!;
De ce qui rejle à publier fur les Langues, 1.
-Sur /MyMt~ ~<jor~K~. nv
-Sur /yM/~ Z~o~~K~. Lvj
Heureux effets de fO~fC. Ï.XV~
Des ~~<!mc~ IXJt
ESSAI1 D'HISTOIRE ORIENTALE
FoUtL m VIIe ïTVie Si~cLES AVANT y. (L

ART!CI.f.I.McAo~O/0/cr/A07!r/<
11. D<cr~f/07ï de
7/
OeM</<M/~ t
JEM~ <ïc?Ke/ de ces Contrées. t~
III. Princes Contemporains. 3o

V. Sa co~M~e /e.
IV. Regne de Nabuchodonofor. j
~w

.–Co/M<f~07nj/
Nom ancien

Vl.~oy~MP~ntc/Mj.
ce Pays.
~6 4. t

foir;
~'t/j ont connu la ~CM~O/~
/n<fr/ <
fy
Leur
JLM<r cr~<t
originc, 57
At<.T, VlI..Ft/ï~A~M<OMf{/0/ <?tt
~'MM</?M~<~y~~Z?~. 6f
VIII. Des Scythes, CA~otj 6'c. à cette époque. 70
IX. Regne d'Evilmerodac. 7)
X. & XI. De deux 7 4.
XII. Nitocris 6* A~~oM< 7~
Bataille de r~y/t:f. 79
XIII. ZMo~ 6' ~?0~~0/e, CO/tCt/rCM derniers
Rois de Babylone. 8
XIV. Des Prophetes de cette ~c~Nc. 9~.
XV. jE.M~O/ï des noms de Lieux, F/<HV<~ Montagnes, 6't. com-
/?C
Du Royaume de
2?.'J Menins.
/<
pris dans la Carte de Occidentale.
en addit.
108
1 i G
Ïi
Conquête de la Médie par Cyrus, ï
DES SYMBOLES, DES ARMOIRIES
ET DU BLASON DES ANCIENS.
/~r/:o~~crjoj~. 11~
PART. I. DES SYMBOLES~AjMOR/jr, du Droit de Bouclier. tl~
ART j CLE I. Monumens antérieurs au .X~~c/c, 3
II. Origine du Droit ~r~o~e~. ï 3
Du mot Gens, 6' Priviléges.
Du Droit d'In~gnia les Romains &' anciens Peuples.

III. Droit de Bouclier.


Inlignia &Arma, ~o~y~e~.
ï
t <t.
IV. Origine des Armoiries 6'~Hf- tout des Armes parlantes. i o
3~s
~y~o/~ relatifs au ~c/«/. i Ci
.ro~~<on~. t <?7
-A divers objets. j7t
V. Aux Divinités ~ro~e~nc~j t Agriculture. ï7
VI. & non VII. Symboles des Colonies. 178
VII & non VIII. Villes de 81
n
VIII & non IX. ~7/M<f~ t~5
ART. IX non X. Villes Sacrées. ttg
PART. II. DES Cot/~t/~ ET DU DROIT 2?'jTcy~. ~&
ART. I. Des Couleurs.
II. Z?M 7~7'0/7:/<<'J. ~07
III. M(~j ~y/nor~&A f/Tz~/oy~ par Nahum. t j.
IV. Des .~r~K/j ~7<'j 6'/&r-~o~ cA~ les Hébreux. ty
PART. III. Du DROIT DES Afo~~of~

II.f
ART. I. De la Monnoie en général.
la Monnoie.
jPM~y//ew~e/<ycj~cey}~.
229

Ht
l~iI
ib.
1

III. Nature des ~y/n~o/c.f/~c~.f dès l'origine fur les Monnoies, 1~.7
Medaille fous le nom de Plzidon.

~<
0
De Léocedes, fils de P~<~H, 6* ~M Tournois de C7</?~M~. i5
Tournois quand établis ~n

ART.
A~<~A~re~<r<r/<ïKc~n7!e. t~
IV ~~f/'Mc~ des ~y/M~o/<'j/<!Ct:jyMr/~ Monnoies des /!o/j6' ~r
celles de divers Peuples.
furnom de Lacinia.
t
Du 1~0
motifs qui purent déterminer les Empereurs à /<ï~r les
/~r~ à !égard de leur f~
Caufes du fcrupult de ces ~t//f~.
1~12.
16 3
Premiere Monnoie d'argent ~<c le nom <f«/: Co7ï/a/. <~
V.JMo/ïo~Or~ x6y
.c/M/!e~gy~, découvertes. i<!8
Des Animaux qui lui fervoient de Symboles, l~~
Symboles des Peuples modernes coinparis à ceux de 17~
DES NOMS DE FAMILLES.
~~j~~yM'ony<orMO~<tC<rJ, 17~
A~T. I. ToM~ Famille eut un Nom. 8 3)
Des Prénoms Romains, 6'c. 6'c. tpo
II. Noms de jR</j yM<-c~M/<ï ceux <~ Familles. )oo
Noms du moyen âge. }o~.
~0/nj~nftfj~<!nc~M<'Z,<ïagMe~O/M~«. 3e7
III. JVo/ fignificatifs en Fr<!nfc~. 310
Et ailleurs. )}e
DrFO~C~2~A2?'~C~M. ~9
Du 7 E U DES T A R. 0 T S.
C'<~ un Livre Egyptien. f
/ïecA<rcA~y& ~< Jeu 6*~ divin.ationparfes Cartes, par
/< C. Af. 9y
A RT. I. On y voit les ~c~~c/~ <fûr, dargent, de fer. 9

II. Ce Jeu g~M~ à la Divination. ~00


III Noms de diverfes Cartes- fon/<'r~<ïf les ~o~. 401t
IV. ~Mn~<Af/~Ao/o~M~~e~~arj<<~r~. ~ott
V. Comparaifon de ces attributs <ï~~ Ifs y~j qu'on affzgne
Modernes pour la ~v</ï<iMon. ~o~
VI. CcMa!<j~ny<'ryût~~c~rcû~yor~, ~c~.

~rp~p/?/
VII. C'~o~ Mn< /wM/ï /<ïy<t~<~< ancienne.
VIII. Cartes <ta~K<M ~j ~o~<fM~~ attachent des
DES SEPT /!of~ ~/n!Kt/?r~<yr~.
~oX <t HJ

jF'f/
LETTRE du F. P~!y~ .7H~. <t 7
~~<'n/<~r~.P/ ~~}J
~~r< /?~'on/e parM. de AtD.ybMj no/~ f. P~c~/nf. -t $
'Mr/<mo~A, aM~/oar/:<ï/
~iT,
O~KAr~TIO.~ fur l'interprétation des Fables
<).<!
~f/yM~
~~9
ï

~M~~4MjMc/<Pn/!a</<<~ M. de Ge~/</ï,~<tr~.
~7ïI
~y~y«/' ~~ycy~ la Langue ~M~o~/< ~~e &< autres /.<tn~
gues 6' fur-tout avec la Fr~Mye, <~r~<~ ~f. le C. de ~A.
en Suède. ~y!
~S~f~Hf f/er~ des mots </ï<re Z<M~M<~ du Nouveau
Monde 6' celles de l'Ancien. <
tOBMAF'~T'/O~Sfur un Monument Américain. < 6 t
~~y~ <f~ Ouvrage fur les Z?~o~. <p

Fin dp la Table des Objets,

VUE
VUE GË~R~LE
DU MONDE PRIMITIF, 1

t~ comprend les Volumes <C~~ qui ~On~/My~~


ce qui a conduit d ces Recherches.

LES Volumes du Monde Primitif fe multiplient; les objet$


qu'il annonçoit fe développent, fon terme s'éloigne à mefure
que ces objets occupent une place plus étendue; mais ne fbrtons~
nous pas de ce plan? L'avons-nous rempli fur chacune des Pari
ties que nous en avons déjà fait paroître ?f Réfuîce't-il de ces
développemehs quelqu'utilité fenfible & Intéreuante ? Et ce quX
a déjà paru peut- il faire défirer ce qui nous refte de découverte:!
& de recherches à publier pour completter nos promeffes ?i'
Il ne fera fans doute pas inutile de jetter un coup-d'oeil fu~
ces quêtions on faura mieux à~quoi s'en tenir fur un Ouvrage
tuui vafte auquel on ne pouvoif croire, &c que tant de perron"!
nés s'imaginent avoir jugé quand elles ont dit que ce n'ef~
qu'un fyitême. Lorfqu'on a une longue carrière à parcourir~
une vue rapide fur le chemin qu'on a déjà franchi, délafïe agréai
blement le Voyageur, &c lui donne une nouvelle force pour fbu<
tenir ce qui lui reAe de peine & de travaux. On en aura d'aile
j~eurs plus de confiance pour nous fuivre dans les grandes chole~
P~: 7c~. A A
qui doivent completter notre plan &: nous repliant ainfi fur
nous-mêmes raffemblant tous nos avantages réfumanc nos
grands résultats nous puiferons dans cette réviiïon de nouveaux
recours & de nouvelles vues pour perfectionner nos découver-
tes, &c pour tirer un plus grand parti de celles que nous
avons encore à expôfer qui ne font ni moins nombreufes, ni
moins importantes que celles que nous avons déjà mifes fous
les yeux du Public.
Nous Lui devons en même tems une légère efquine des vues
qui nous ont conduit à la découverte du Monde Primitif & de fes
diverfes parties qui femblent fi difparates ainfi que l'expofition
des moyens qui nous ont fervi pour franchir des efpaces qui pa-
foi~bienc impouibles à parcourir pour créer en quelque façon
~n Monde nouveau en retirant le tréfbr Primitif des connoif-
<ances humaines, de deffous ces débris effroyables où il lem"
bloit être enfeveli à jamais comment fans aucune rbrcune i
fans aucun appui, fans autre fecours que ceux que nous avons
pu trouver en nous-méme nous avons ofé nous livrer à ces re"
cherches d'abord faflidieu~s &c pénibles, malgré des exhorta-
tions tendres &: amicales des perfonnes qui s'intéreubient à nous
6c qui craignoient fans ceffe que nous ne iuecombadions fous le
poids ou que nous ne facrifiaffions en vain notre tems, nos fbr<
ces, notre exiftence même comment nous avons pu réMer
des difficultés de toute efpéce &: donner, en quelque forte, la vie
à des objets qui fembloient autant d'Etres de raifon. On verra
ce que peut le courage la confiance & l'audace; & fi nous étions
arrêtés dans ce qui nous refle à publier par quelqu'un de ces
accidens qui menacent fans ceffe l'humanité, des chercheurs plus
heureux pourroient du moins fe faifir des mêmes moyens rem-
yUt ce que nom n'aurions pu exécuter j,oc parvenir peut-~tre à
des découvertes nouvelles non moins agréables Ce non moins
utiles que les premieres.
D~ ~ï0/ï~ du Monde Primitif.

Tout étonna dans l'annonce du Monde Primitif la grandeur


de l'entreprife le gigantefque des promefles les dimcultés ter-
ribles qu'on fentoit qu'il falloit avoir furmontées, l'ignorance des
moyens qu'on pouvoit avoir employés, cette annonce fubite à la-
quelle rien n'avoit préparé.
Ce n'ctoic point une entreprife de Rois ce n'étoit point le ré-!
fultat des travaux d'une Société Littéraire, nombreufe & favante~
c'écoit un fimple Particulier, inconnu~ qui annonçoit des découd
vertes regardées comme impombles faites dans le filence d'un
cabinet bien étroit, bien peu riche & qui offroit au Publia de lui
en. faire part s'il vouloit y contribuer par une foufcription modi-
,que, feule reffource qui lui re~ât.
Il prit dans fon Annonce un ton ferme parce qu'il étoit per~
fuadé de la vérité & de la bonté de fes découvertes & s'il les
détailla par une longue.énumération c'eA que tous ces objets
faifoient réellement partie de fon travail c'eft qu'ils étoient tous
néceuaires pour aHurer fa route & pour mettre dans fes décou-)
,vertes cet enfemble qui feul pouvoit en faire ladémon~ration.
Que n'annoncions-nous pas en effet La Langue primitive~
mère & clef de toutes les autres les rapports intimes de celles-
ci avec celle-là & entr'elles l'origine du Langage & de l'Ecrit
ture les fources de l'Alphabet l'Etymologie de tous les mots
la Grammaire univerfelle & les principes généraux du langage ·,

la Langue Allégorique de l'Antiquité clef de fa Mythologie~ïl


de fes Symboles, de fa Poéfie, de fes Cofmogonies, de fon Ça-:
icudrier j de les Fèces les Loix anciennes préfen tées fous lcu<
Il I~ j
véritable face les fources du Droit Public ëclaircles &c mieux
connues. L'Antiquité par-là même reuaurée; fon Hifloire & fes
traditions, plus certaines fes monumens plus intelligibles;
les caufes de la grandeur des anciens Peuples, découvertes &c
approfondies. Et ces découvertes répandant fur toutes les con-
noiuances modernes un éclat abfolument nouveau & leur don-
nant une conMance précieufe par leur liaifon intime avec ces
grands objets.
L'utilité & l'importance de ces découvertes écoient trop fen-
fibles pour qu'on pue s'y refufer mais il n'y avoit point de
perfonne afTez étrangère aux Letrres pour ignorer combien on
s'en étoit occupé jufqu'ici que tous ceux qui avoient voulu
travailler dans ce genre, entre autres nombre de Savans diflin-
gués, avoient échoué; & qu'il ne reçoit que le défefpoir d'y.
parvenir. Comment celui qui ofoit réveiller l'attention des hommes
fur ces objets abandonnés, pouvoit-il avoir été plus heureux que
les autres ? Pouvoit-il avoir découvert des monumens qui euffent
'échappés à tous ? avoir puifé quelque part des notions fur l'Anti"
quité, qui fe fuuent refufées à tous les efprits ? Lors même qu'~
force de rêver il auroit pu trouver quelque principe plus lumi.
neux, comment pafferoit-il à travers rimmennié des tems, &:
renoueroic-il le fil tant de fois interrompu des Sciences anciennes
~&c modernes ?
Nous nous écions attendu à toutes ces difncultés nous les
cuuions faites peut-être nous-mêmes dans un tems à quiconque
€Ût promis de pareilles découvertes auffi ne les annonçâmes~-
nous que lorfque nous fûmes bien fûrs d'avoir trouvé le vrai
& nous ne pouvions en douter par la vive lumiere qui en réiultoit~
i)3c par la racilité avec laquelle s'applaniubicnc tous les obïtacle$

fe diuipoient les di&cuités les plus exagérantes,


5 Aujourd'hui, que nous femmes avancés dans notre carrière,
J
que le Public eft déjà en pouedion de (ept Volumes, fans compter
celui que nous faifons paroître dans ce moment, & dans lefquels
nous lui avons offertune fuite d'objets aufli neufsquevariés,efrbrts
auxquels il a daigné applaudir d'une maniere qui a excité toute
notre reconnoifïance, 6c qui nous a donné de nouveaux motifs
d'encouragement, montrons par quels moyens nous fommes par-
venus à des connoiffances de cette nature, & ce qui a déterminé
nos recherches fur ces objets abandonnés. Mais comme c'efc
l'Ouvrage de notre vie entiere., d'abord pour apprendre ce qu'on
en avoit dit avant nous, enfuite pour nous frayer à nous mêmes
de nouvelles routes plus fatisfaifanies~ nous ferons obligés de
remonter un peu haut.
.P< nos premieres ~K~.
r (Nous eûmes l'avantage ineflimable d'avoir pour PERE
ttn homme rare, plein de génie ôc d'éiévation, fait, par
fon éloquence naturelle, par fon courage héroïque, par le coup
id'ceil le plus fnr & le plus impofant, par la préfence d'efprit la
plus tranquille au milieu des périls les plus éminens, pour entraîner
les Peuples, pour commander aux Nations; & qui très jeune
avoit rendu des fervices affez importans à fa Patrie, pour que le
iGrand-Régenc daignât lui faire des offres qu'il ne crut pas
devoir accepter.
C'étoit au commencement du règne de Louis XV. Le Cardinal
'Alberom, qui cherchoic à former un Parti dans le Royaume en
faveur de Philippe V, avoic beaucoup efpéré de la part des Pro-
teflans, dont il connoifïoic toute l'étendue des maux. Le Grand-
~égent apprenant les démarches du Cardinal, craignit tout à
regard des Ftovinces Méti~onaj.os~ remplies de Pf océans d<!
ces hommes dont une ancienne politique vouloit faire croire Fex!
tence contraire aux Gouvernemens Monarchiques les craintes
de ce Prince étoient d'autant plus vives, qu'il favoit, auûi-biett
que le Cardinal, à quels excès écoienc parvenus leurs maux, &c
ce qu'avoient coûté au Royaume les troubles des Cevennes
a peine éteints. Il chercha donc quelqu'un en écat de repouffer
au milieu d'eux les intrigues du Cardinal il s'adreffa pour cet
effet au grand Bafnage, avec qui il étoit en correspondance,
Celui ci lui Indiqua le jeune Court, comme la perfonne la plus
capable d'opérer les effets qu'il détroit. Le Prince dépêche
un Gentilhomme auprès de lui il en apprend, avec cet intérêt:
qui fuie une grande crainte, qu'on a déjà éconduit une partie des
Emiffaire.9 du Cardinal, qu'on travaille à faire échouer les folli-
citations des autres que les Proteftans ne cédenc en rien aux
Catholiques dans leur attachement à la Maifon Royale que
l'excès de leurs maux eft incapable de les faire manquer à leu~
devoir que les troubles des Cevennes, qu'on venoit d'éteindre~
ne furent que des représailles de quelques Villages, contre des
perfonnes qui les avoient pouffés par leurs atrocités, au plus
grand défefpoir; mais qu'ils n'avoient jamais penfé à le (bufiraire
l'autorité royale & qu'il en feroit de même tandis qu'il couleroit
une goutte de fang dans les veines des Procefians François qu~
telles écoiehe &: avoient toujours écé fes difpontions, celles dc~
tous les Proteftans, & celles qu'il infpiroit, au péril de fa vie;
à ce petit nombre de Fanatiques qu'avoient cgaré trente ans
'd'ignorance & de loix pénales. Le Prince, touché de ces fenti-
mens, fi différens de ce que la politique les faifoit croire, &:
n'ayant plus de crainte à cet égard, ne affurer le jeune homme de
toute fa bienveuillance, & lui ofMf une penfion confidérable
avec permifnon de vendre fes biens & de Ibftif du Royaume~
d
pour fe fouftraire au funefte effet de ces loix. Celui-ci, pénètre
de reconnoiuance, refufa tout, à caufe de l'expatriation qui
en devenoit la bafe, Se il donna lieu au Régent de réHéchic
~ur la biïarrerie des circon~ances qui le mettoient dans i'impoui-
fbilité d'êrre utile à d'excellens fumets, à moins qu'ils n'aban-
donnaient leur Patrie, & qu'il ne pût plus fe fervir d'eux.
Ce qu'il ne crut pas devoir faire alors à des conditions aufïi
avantageufes., il fut obligé de.le faire plus tard en abandonnant
tout, lorfque les loix pénales, qui furent renouvelléesà la majo-
rité du Roi, peferent avec une force fans égale fur lui & fur
une famille qu'il ne pouvoit plus rendre heureufe dans le fein de
fa Patrie.
Ayant tout facrifié au devoir, &c ne pouvant nous laiuer du
bien, il voulut du moins nous laitier la SCIENCE titre avec
.lequel on n'eA étranger nulle parc avec lequel on peut fe rendre
utile à tous en fe faifant du bien à foi-même. D'ailleurs nous
étions demeuré feul d'une nombreufe famille, ôc nous en étions.
devenu plus précieux.
Il nous dévoua à l'étude, 6c il avoit à cet égard les plus grandes
vues il jugea fans doute à notre docilité, à notre'patience, à
notre taciturnité, telle qu'à huit ans, le Spectateur nous parut un
:homme étonnant, parce qu'il étoit accoutumé à ne parler que par
gedes, que npus pourrions faire de grands progrès dans les
.Sciences .Spéculatives, & reculer les bornes des connoinances
humaines, fur lefquelles il lui paroiubic qu'il y avoit encore
.~prodigieusement à taire.
Il fut notre premier Maître dans un tems où à peine pouvions-
nous bégayer il nous donna enfuite tout ce qu'il put trouver
de plus habiles Inftituteurs il nous lia avec de Grands-Hommes,
jl'tmitié qu'on avoit pour lui rejaillUïbit fur nous, il auroit voul~
que nous eu~ons embraué l'univerfalité des connoinanceS tn~
maines. Ce qu'un homme a pu faire, nous difoit-il, un autre
doit l'exécuter il nous fit de ne étudier diverfës Langues le
.Latin, le Grec, l'Anglois, l'Hébreu, ôcc.
Mais les Langues n'étoient considérées que comme moyen H
fallut donc étudier d'autres chofes l'Hifloiré ancienne & md~
derne Sacrée, EccIéHa~ique Nationale; la Géographie laChro~
noiogie les Voyages, les Antiquités la Théologie, les Belles-!
Lettres, la Mythologie toutes les Religions du monde, pouB
connoître en quoi elles s'accordent, jufqu'à quel point elles font
la vétité il fallut en même.cems acquérir des notions plus ou
moins étendues des Mathématiques, de l'Agronomie, de la
Phyfique du Droit fur-tout, pouéder cet~é heureuse ôc ~age
Philofophie, qui fait fufpendre fon jugement fur tout, pour
mettre tout au creufet de la raifon; &: analyfant tout, aller chef*
cher la vérité au fond du puits.
Comme les idées nèttes fe rendent nettement par la parole
il voulut aufn que nous puffions les rendre nettement, librement~'
& très-couramment par FEcricure il nous fie faire même quel-~
quefbis, à cet égard, des tours de force uniques, & qui nous
ont infiniment valu, pour nous faciliter cette immense quantité
d'Extraits & d'Ecritures de toute efpece que nous avons été
obligés de faire, de DiQIonnaires même entiers qu'il nous a
fouvent fallu copier avantage fans lequel nous euffions fuc-
combes fous le poids des recherches.
Jl noùs fit aufli apprendre le deuin connoilfance qui paro~t
étrangère à un Homme de Lettres, & qui nous a été très-utile
pour copier & pour nous rendre propres les monumens de tous
les Gecles, de même que pour composer les planches & les
partes du Monde Primitif Nous faififfohs même avec emprefïo<
ment cette occafion de témoigner notre reconnoiuance à un Prince
de Wefiphalic, M. le Comte de la Lippe, qui nous aûbcia aux
leçons qu'il prenoit dans ce genre.
Notre excellent PERE, digne de tous nos regrets, & fécondé
par une Epoufe d'une force d'ame peu commune qui veilla fans
ceffe à notre éducation, & qui ne vivoit que pour fa famille
ménsgeoic en même tems nos forces & notre fanté peu ferme, pat
'des exercices modérés afin que nous euflions dans un corps
fain, un jugement fain & dans la belle faifon nous allions fou"
,vent paffer quelques jours dans la campagne de M. Louis de
Chefeaux, Gentilhomme aufli diûingué par fon efprit fes con-'
Doiuances & fon mérite que par fon rang. Il avoit deux fils
l'un devenu un des premiers Savans de l'Europe, peut-être le plus
grand Aihonome depuis Newton l'autre plus jeune & de qui
nous avions l'avantage d'être compagnon d'étude tous élevés
fous les yeux de leur mere, fille du célébre Philofophe de Crou~
faz & par fon goût & fes lumieres, digne de fon illuftre Pere.
Tems heureux! Maifon chérie! dont nous ne perdrons jamais
le fouvenir, & à laquelle nous ïainnbns, de même avec empref-
fement, cette occafion de rendre nos hommages de même qu'à
l'Homme grand & refpedable dans la maifon de campagne de
qui nous écrivons ceci & qui depuis que nous avons le bonheur
de le connoître veut bien en quelque façon nou3 tenir lieu de
tant de pertes FAM! des HOMMES, pouvoit-il ne pas avoir quel,
~u'amitié pour l'Auteur du Monde Primitif?1
Mais pour en revenir à nos écudes, nous nous y prêtions dd
notre mieux, autant que pouvoient le permettre la dinipation de
la jeuneiï'e une fanté long-tems foible, une mémoire lente &;
ruelle qui fe refufoit à tout ce qu'elle ne concevoit pas.

~(/
y\T* 1.~f
T~ a
A~c~fc de refondre ces Z'j'
Parvenus à l'âge où l'on prend un état & où nos Camarade!
d'érude écoient déjà avantageufement placés nous ne crûmes
pas devoir les imiter & fuivre à cet égard les confeils Sages OC
prudens d'une fortune au-deHbus du médiocre nous renonçâ-
mes courageufement à toute vue d'ctabliiïement ordinaire, pour
revenir fur nos études afin de les perfectionner d'après nous-
mêmes & de parvenir s'il fe pouvoit à la folution d'une foule de
difficultés dont nous avions cherché en vain l'explication dans
tout ce qui exi~oic perfuadés que ii nous y parvenions nous
trouverions dans la chofe même notre récompenfe & l'établiflé-
ment le plus conforme à une perfonne dévouée aux~ Lettres &c
ta vérité,
En effet, nous ne pouvions nous diflimuler qu'ayant ex~
n~iné ou appris tout ce qu'on avoit dit & écrit fur ces objets
Un'enréfultoit que longueur obscurité Se ignorance nous
avions vu qu'on ne favoit rien de poncif fur l'origine des Peu-~
pies &c fur celles des Sociétés qu'on fbutenoit a cet égard avec
'la même vraifemblance le pour & le contre qu'on ne favoit pas
un mot de l'origine des Langues qu'on déraifbnnoïc fur l'Ety-
mologie qu'on avoit perdu toute idée du rapport intime des Lan"
gues d'Occident avec celles d'Orient; qu'on avoit perdu jufques
a la vraie maniere de lire celles-ci que toutes les Grammaires
n'étoient quimperie&ion qu'on ne fe doutoit pas même dp l'ori-
gine de la Parole encore moins de celle de l'Ecriture qu'on
ignoroit absolument la vraie manicre d'étudier les Langues les
Méthodes qu'on employoit pour cela, étant en général longues~
faflidieufes, livrées à une routine qui ne connoiffoit guères
quo
~H~e;, ~e avec le fecours de laquelle on ne ponypit appren~rq
~u'un très-petit nombre de Langues fans être en état d'en ex-
pliquer les procédés & de s'élever au-deiïus de leurs régies.
Que la plupart des anciens monumens étoient muets parce
qu'on ne favoit ni les interroger ni s'élever au-deuus d'une let-
tre morte &c fans vie qu'on les expliquoit de même que les
Langues plutôt par routine que par une vraie oc folide connoif-
ïance enforte qu'on ne voyoit dans l'Antiquité que ruine ôc que
~décombres là ou on auroit du voir fcience iageue Se ordre
tnerveilleux.
Qu'on ne fe doutoit pas des vraies limites de la Fable &: de
l'Hiftoire: qu'on en faifoit le plus malheureux mélange,changeant
l'HiAoire en Fable &c la Fable en Histoire que c'étoit fur-tout à
Fégard de la Mythologie qu'on s'étoit égaré les explication3
qu'on en donnoit écant incapables de fatisfaire un homme raifbn~
nable parce qu'elles écoient prefque toujours contraires au fens
commun, & qu'elles n'offroient qu'un cahos qui donnoit lieu à
toutes fortes de difficultés qu'on s'attachoic à des traditions qui
n'amenoient à rien tandis qu'on ne faifoit nulle attention à des
faits ou à des procédés importans, au point qu'il falloit fouvent
faire le plus grand cas de tel monument qu'on rejettoit comme m-
'digne d'attention &c négliger tel autre qu'on croyoit merveilleux.
Que fi quelques vérhés avoient eu affez de force pour percer à
travers tant d'erreurs tant d'inconféquence &c un fi grand def~
ordre elles reftoient fans énergie & fans fuccès. On peut même
dire que nous n'offrons peut-êrre aucune vérité qui n'ait été fen-
ttie ou apperçue dans un tems ou dans un autre & qui ne foit
entrée dans quelque fyftême vrai ou faux telle eït en e~ët la ve~
rité, qu'elle ne peut fe laiffer fans témoignage, &c qu'elle pères
nécenairement à travers le broulilard le plus épais; mais les hom-
pies offufquéspar les préjugés méconnoifïbienc celles-ci ôc cllc~
B ij
leûoient confondues avec une foule d'erreurs & d'illunons ) en~
tre lefqueDes il étoit impoffible de la démêler fans des principes
antérieurs ôe certains.
~q~M par lefquels on ~/?~ cette r~/o/zM <~ ~co/<
~M en ont c/c la y~<?.
Il ne fuffifoit pas de connoître le mal fon étendue, il étoit
ôc
fur-tout queflion des moyens d'y remédier, & premierement de
la podtbilité ds faire mieux car fi cette multitude d'erreurs 6c
de préjugés fur l'antiquité & fur l'origine de tout, provenoient
du manque de monumens, de leur perte irréparable, ce qui
n'eût pas été étonnant, puifque iesdéfanres à cet égard ont été aufR
grands que multipliés, il falloit fe réfoudre à vivre dans une
ignorance qu'il n'étoit plus poffible de diutper; mais fi au con-
traire il reuoit affez de monumens relatifs aux grands intérêts des
hommes; H, en les rapprochant, ils formoient une mafle immenfo
& complette dans leur genre; fi, en les comparant & en les
tnterrogeant, ils s'expliquoient mutuellement,& s'il en réfultoit;
une vive lumiere fi c'étoient les hommes qui euffent manque
aux monumens, & non les monumens aux hofnmes~ on avoit
tout à elpcrer avec de l'adreffe, de la confiance & du courage..
Nous avions d'autant plus lieu de le penfer, que nous avions
tes plus fortes raifons de croire que ceux qui s'étoienc exercés
jufqu'ici fur ces oljecs, avoient toujours pofé de faunes limites
des principes erronés qu'ils ne s'écoient égarés que parce qu'ils
Broient mis des entraves qui leur faifoient manquer la vé'ité~
& les réduifoiënt à la néceuité de lui tourner exactement le
dos.
Nous fûmes dès-lors affurés qu'en les laiffant, eux & leurs
cnncipe~~ & qu'en prenant le chemin oppo~ en Jfbutenant (Q~
jours la contradidoire des propofitions qu'ils avoient pt!fes roue
bafe de leurs recherches, nous découvririons tiécefÏaire-nent de
très-grandes chofes, précisément tout ce qu'ils avoient efp:ré
<de découvrir & dont ils avoient été forcés d'abandonner la
recherche.
Ce chemin croît d'autant plus fur, que nous avions rafTemb)e
une plus grande maffe de connoifTances, que nous embraffions
un champ infiniment plus vafte, un beaucoup plus grand nombre
de Langues, beaucoup plus de vues, une critique plus févere~
J
enforte que nos conséquences devoient être plus lumineufes
plus fermes & que non contens de les examiner en fimples
érudits, comme on avoic toujours fait, nous étions en état, au
moyen d'une bonne Philofophîe analytique, de les foumettre
au creufet de la raifon & du bon fens, & d'établir dans le
~o/M~ Pr/z~y<s' 8C comparé <zMc J~Q/ moderne, une
fuite importante de belles vérités.
Que rien n'a été l'efrft du hafard que tout a fa caufe & fa
raison ;&c que rien ne te fait de rien. Que l'homme n'a jamais
été créateur en aucun genre; mais qu'il eft toujours pardd'élé-
mens exiftans pour faire quelque chofe, oc que ce qu'il a fait a
toujours été afforti à ces élémens, qui exiftans fans ceffe dans la
Nature, antérieurs à l'homme, indépendans de lui, donnent ia
raifon de tout, en les combinant avec la nacure de l'homme ôc
avec Tes befoins.
Que la Parole eft néce(ïaire qu'elle naquit avec l'homme;
.qu'elle n'a jamais été la produdion de fes foins, qu'il n'a pu que
les modifier qu'elle eft une fuite indifpenfable de la raifon':
qu'elle fe confond avec elle, enforte qu'il n'eft point étonnant que
le même mot ait défigné la parole & la raifon éternetle qu'elle
~'eA que la peinture des aidées données par la Nature immuable
& éternelle qui fe peint dans J'efprit, comme elle fe peint M
phyfique dans le miroir des eaux.
Qu'ainfi il n'exifte qu'une Langue une Langue éternelle ôc
immuable puifée dans îaNaturc raifonnable, ôc dont les hommes
n'ont jamais pu fe détourner que par conféquent toutes les
Langues exiflantes ne font que des modifications de cette Langue
univerfelle, à laquelle il eft aifé de les ramener, en les comparanc
~entr'eiles &: avec elle..
Qu'il exifle par conféquent une fcience étymologique, cer-'
taine, utile, néceuairej confolante, puifqu'elle donne la raifort,
claire & intereuante de chaque mot, &c qu'elle répand fur lui.
par ce moyen une vie nouvelle fort au-deuus de ce qu'il étoit~
lorsqu'on ne voyoit en lui que l'effet du hafard, fans aucun~rappoï~
avec l'idée qu'il étoit deAiné à peindre~
Qu'il exifloit par conféquent des Principes nécetïaires du lan~
gage, une Grammaire fondamentale ce naturelle, qui préudôic
à toutes les Langues, & dont toutes les Grammaires particulieres
.n'étoient que des modifications; ôc qu'on écoit d'autant plus aHurd
.de trouver cette Grammaire, qu'elle étoit nécenairement la iuice~
jdu rapport de la parole avec les idées ôc avec la Nature.
Que l'Ecriture ôc que notre Alphabet étant la peinture de cet
mêmes idées & de cette même Grammaire, pour les yeux, comme
la parole l'eH pour les oreilles., l'Ecriture en:au(ït néceuaire que
la parole qu'elle eft une comme elle & qu'elle eft auujettie
,aux mêmes loix.
Qu'il exifte par conféquent une méthode vraie, fimple ôc rapide
;pour étudier les Langues, autant au-den'us de la plupart des pra-
tiques ordinaires, que la raifon eft au deffus de la routine ÔC
~qui embrafle l'univerfalité des Langues avec plus de certitude
&: de précifion que les autres Méthodes n'en. avoient pou~
t'expiication d'une feule.
Que la nature physique ôc univerfelle n'étant que le lieu &
l'emblème de la nature intelligente ôc raifonnable, le langage
qui peignoit celle-là peint également celle-ci, par le feul aûe de
prendre chaque mot dans un fens figuré.
Que de-là réfukoic une nouvelle Langue ûiblime Se fburoe
d'une infinité de beautés ôc de richeffes, le langage figuré ÔC
allégorique dont les loix n'étoient pas moins nécedaires ôc im<
muables que celles du langage phyfique oc calquées exactement
fur les mêmes principes.
Que ce langage allégorique devient une clef effentielle de
l'Antiquité; qu'il préiïdaà fes Symboles, à fes Fétes,à fes Fables
à fa Mythologie entiere qui parole le comble de l'extravagance
quand elle eft féparée de l'intelligence qui l'anime, ce qui prend
une vie abfolument nouvelle ioriqu'on leve le voile qui l'enve~.
loppe; qui fe trouve ainfi un enfemble d'énigmes charmantes.
{dépôt facré de l'esprit oc de la fageffe des premiers hommes.
Que ces Principes fur les Langues n'étoient pas moins effentiels
pour la Langue Hébraïque, elle-même Langue defcendue de la
Primitive, oc qui doit fe lire de la même maniere que les Langues
d'Occident ce qu'on avoit totalement perdu de vue; d'ou étoit
réfulté un mur infurmontable de féparation entre les Langues.
d'Orient oc d'Occident, qui en faifoit une vraie tour de Babel.
Que ceux même qui ramenoienc toutes les Langues à la Langue
Hébraïque, ne tenoient rien lorfqu'ils ne s'élevoient pas Jusqu'à
l'origine même de cette Langue ~k qu'ils neconnoiubienc pas la
caufe de fes mots & leurs rapports aveola Nature elle-même.
Que du redreffement de toutes ces chofes, il dévoie réfultet
une connoiffance infiniment plus parfaite de l'Antiquité, oc la
.folution d'une multitude de diQicultés qu'il étoit impoffible de
yéibudre auparavant.
Qu'il en ré~ultoit fur-tout que l'état des Nations Sauvages ?
ignorantes, n'eu: pas l'état naturel de l'homme mais un état
défbrdonné, effet des déprédations~ des invafions, de l'abandon
de l'ordre, de la fuite de toute fbciété, un état de brigands
ou de frelons ennemis de tout travail.
Que les hommes forcis véritablement hommes des mains d~
Créateur, commencèrent par vivre en familles & en fbciécés~
d'en fc formerent avec le temps des Etats agricoles fburce de la
fplendeur des anciens Empires, de leurs connoifïances, de ces
traditions qui fuhMent encore parmi les Nations éclairées oC
.dont on ne pouvoit découvrir la caufe..
Que les Arrs les Loix la Navigation le Commerce na<
quirent néceffairement par & pour l'Agriculture q'ie tous ces
objets furent également reNec immédiat de l'Ordre, & non celui
du hafard ou d'un long & pénible tâtonnement :quc tout a eu fa
caufe néceuaire, même la Poëlle nos chiffres les danfes
icrées.
Que l'HI~oire ancienne & l'état primitif des hommes en
toient infiniment mieux connus, ett montrant l'accord abfblu~
ment nouveau de leurs traditions &c de leurs connotlïanees prinn-!
tives, en dégageant enfin rHiu:oire des Fables allégo-riques con~
fondues fans cefCe avec elle & en s'élevant jufques à ces pria*
cipes qui font la bafe des Empires & au moyen defquels ont
juge l'Hiftoire elle-même, qui n'eA plus que le réfuliac de ta
manieie dont les hommes ont obfervé ces principes éternels ÔC
immuables; car fi l'Hi~oife eft le Han.beau des Nations, ce n'e~
pas feulement en montrant que tels & tels Peuples ont été heu-
.reux ou malheureux ont eu ':e l'ée)ac ou n'en ont point eu mats
en~ comparant ces faits à une régte éternelle & invariable, en
montrant que les Empires n~ontReuri qu'autant qu'ils jfc font conr
jForm.é~
'termes à cette règle immuable & qu'ils n'ont été effacés de def-
fus la terre que peur avoir foulé aux pieds ces principes cet
ordre éternel ôc néceuaire fans lequel il ne peut exiger de bien.
Qu'autrement l'Hiftoire eft fans nul effet, tout n'étant plus
donné qu'au hafard tout ne dépendant plus que de mille petites
paffions dont on ne peut calculer que ruine & que folie.
Mais qu'avec ce principe, on voit diïparoître ce préjugé, trif-
te confolation des malheureux, qu'il eft impoffible que les Em-
,pires ïubH~ent à jamais qu'ils ont leurs périodes d'accroiue-
ment oc de ruine, de prospérité & de décadence, comme toutes
les chofes humaines maxime d'aveugles qui concluent, par ce
qui eH, de ce qui doit être, tandis que rien ici-bas n'eû fournis
auhafard~ ôc que comme le foleil luit de tout tems en obdinant:
toujours à la même loi~ainft les Empires fubnâeroient à jamais,
en ne s'écartant jamais de cet ordre érernel &c immuable qui feul
peut les maintenir, oc fur qui feul ils doivent fe régler.
Ayant aimi montré dans le Monde Primitif que les Sociétés en-
tieres, tous les Empires, font dirigés par un feul ordre poikique,
par une feule Langue par une feule écriture par une feule Gram-
maire au phyfique ôc au moral, on s'eft engagé à faire voir de la
même maniere que l'homme n'a pas été non plus livré au hafard
relativement aux grandes vérités de la Religion &. du Culte qui
.en eft la fuite.
Que l'homme.tenant tout à la fois, à la Terre par le phyfique;
au Ciel par la reconnoiuance par fes défirs, par fa vie intel<
Jeetuelle & s'y trouvant fans ceffe ramené par l'espérance & par
la crainte les deux grands mobiles naturels ce inféparables de
.toute adion raifonnée les droits du Ciel fur lui, & fes devoirs
.envers le Ciel, ne font ni moins forts ni moins immuables que les
droits de la Terre fur lui & que fes devoirs envers elle.
J~<vA Ib/~7. c
Qu'à cet égard il exifte une Religion éternelle & immua'"
ble qui fait la perfection de l'homfre qui accorde le Ciel & Ia~
Terre, qui eft une, que tous les hommes ont connu qu'aucun
n'a pu méconnoître fans rompre cette admirable harmonie, fans
manquer à fa dignité fans defcendre au-deffous de lui-même, <
fans fe regarder comme un vil infère qui n'en' deviné qu'à brou"
ter la terre, qu'à fervir de pâture aux animaux, de la même ma-
niere que ceux-ci lui en fervente fans qu'il ait fur eux de fupé-
jiorice abfbtue.
Que les grands principes de cette Religion ont été enseignes
dès l'origine des tems qu'ils ont toujours écé la régie de tous
les hommes & de touces les Sociétés ~ans qu'il foit poffible de les
détruire; qu'ils ne peuvènt être abandonnés qu'en renverfant l'har-
monie endere fur laquelle l'Univers eft fondée ôc en arrachant à
l'homme la gloire de fon exigence.
Que la révélation a heureusement ramené le? hommes à ces
premiers principes oubliés & négligés: & que les vérités qu'elle
a ajoutées à celles qui avoient été connues dès les premiers tems~
étoient plutôt devinées à accomplir d'anciennes vérités d'an cien-
nes promenés, à leur donner une nouvelle Sanction, à les retirer
de deffous ce monceau de ruines qui couvroient FUnivers qu'~
propofer aux hommes de nouvelles obligations~ des devoirs qui
ne fufient pas relatifs aux premiers à les ramener en un mot à
l'Ordre ancien & éternel, plutôt qu'à leur en offrir un nouveau.
Enfin que la Société ne pouvant profpérer que par tes indivi-
dus, chaque homme eft également foumis à un Ordre éternel ôc
immuable, au phyfique & au moral, tel qu'en s'y fbumettant,
il eA véritablemenc heureux fur cette terre par le contentement
d'esprit &c par l'utilité donc if eA à lui-même & auxautres en force
qu'il fe manque à lui-même ce aux autres non-Ieulement loriquit
'viole cet Ordre, mais même lorfqu'il ne le remplit qu'en partie; &
'que négligeant,par exemple, fon exiftence intellectuellc.il fe borne
aux devoirs phyfiques, à la vie des ÂLCïNE & des CiRCj~ qui chan-
gent les hommes en animaux, & qu'il ne tient nul compte des
devoirs moraux dont ceux-là font le Support~ & dont ceux-ci
:~bnc le couronnement & la gloire.
Qu'en un mot, il exi&e un ORDRE éternel & immuable, qui
.unit le Ciel 6c la Terre le corps & l'ame la vie physique
la vie morale, les hommes, les Sociétés, les Empires, les
Générations qui paffent, celles qui exigent, celles qui arrivent,
qui fe fair connoîrre par une feule parole, par un feul langage
par une feule efpéce de Gouvernement par une feule Reli-
gion, parunieul Culte, par une feule conduite, hors de la-
quelle, de droite & de gauche, n'eft que détordre confunon 1
-anarchie & cahos, fans laquelle rien ne s'explique, & avec la-
quelle tous les tems, tous les langages, toutes les altégories,y
tous les faits fe développent, fe cafent, s'expliquent avec une cer-
.titude & une évidence irréMibles dignes de la lumiere écerneile
fans laquelle il n'y a point de vérité, & qui eft elle'mê~e la vé-
fité faite pour tous les hommes, & fans laquelle point de ialuc~
II.
.D~ Plan général <K' r<?~/o/z/zc.

C'eft afin d'établir ces grandes vérités 6c de faciliter l'ac-


.quiRtion des connoiuances humaines, en affurant d'un pas
.~gal les heureux effets qui en doivent être la fuite que nous
annonçames les diverfes parties dont feroit compofé le M o N D E
PRIMITIF.
Nous dîmes qu'il léuniroit deux fortes d'objets généraux, les
Mots &: les Choies.
Ci;
.Cij
Que la portion des Mots offriroit ces dix grandes Parties.-
ï. Les Principes du Langage, ou Recherches lufl'Origute
des Langues ôc de l'Ecriture.
a. La Grammaire Universelle.
3. Le Dictionnaire de la Langue Primitive,
Le Didionnaire Comparatif des Langues.
Le Didionnaire Etymologique de la Langue Latine:
~~7,8. Ceux des Langues Françoife, Grecque &: Hébraï-
que.
Le Dictionnaire Etymologique des Noms de lieux He~
ves, montagnes &cc~
10. La Bibliothéque Etymologique, ow la Notice des Au-
teurs qui ont traité de ces divers objets.
Nous ajoutâmes que la feconde portion, celle qui traite des
Chofes, feroit fubdivifée en deux Parties. l'Antiquité Allégo-
rique 6c l'Antiquité Hi~orique.
Que la premiere contiendroit
j. Le Génie fymbolique & allégorique de rAntiquité.
2. Sa Mythologie & fes Fables lacrées~
3. Les Cofmogonies &C Théogonies de tous les Peuples:
Les Peintures ïacrées de l'Antiquité, fes Emblèmes ïbï)
Blafon &c.
La Do~rine Symbolique des Nombres.
Le DiCHonnaire Hiéroglyphique de l'Antiquité avec'ies~
figures.
~ue l'Ahciquité'JIiïiôrique renférmeroit ces huit objets
i. La Géographie du Monde Plimitif.
a~ Sa Chronologie.
Ses Traditions & ion Hiftbîre~
Ses .Uiages oc j[es Mœurs,.
y. Ses Dogmes.
6. Ses Loix Agricoles.
7. Son Calendrier tes Fêtes, ton Afironomie~-
Ses Arts tels que fa Poëfie, &c.
C'étoient ainfi XXIV objets différens- que nous nous enga"
gÏons de mettre fous les yeux de nos Leûeurs & nous don-
nions en même tems une idée de la maniere dont nous les rem~-
plirions, & de nos moyens pour y parvenir, afin. qu'on, pût ju-
ger de ce qu'on devoit en attendre.
Nous n'avons pas encore rempli, il eft vrai l'étendue de ce
Plan; mais ce que nous en avons déjà publié peut faire juger de
l'importance de nos vues, des avantagés qui en réfultent de la
certitude de notre marche; or que nous fommes allés peUt-êcre
fur chacune de tes Parties, fort au-delà de ce que nous avions
promis d'autant que nous avons déjà fait paroître des Ouvrages
fur les trois grandes dtvutbns du Monde Primitif y oc fur-tout
ceux qui fervent de bafe à l'édifice entier.
Ainfi, relativement aux mots~ nous avons rempli ces obJet~
Le premier, rôrigme du Langage & de rEcriture.
Le iecond~ la Grammaire UniverfeUe~ qui eft: devenue en
,même..temps une Grammaire critique oc une Grammaire com-
parative.
Le cinquieme & le fixieme, les Dictionnaires Etymologiques
de la~ Langue Frauçoife & de la- Langue Latine.:
Et nous avons fous preue le huitième~ ou le Di~ioanaire'
Etymologique de la Langue Grecque, par rapport auquel, de >

même que fur la Langue Latine nous allons fort au-delà de ce


que nous avons promis, donnant des Di~onnaires complets Ja~
routes ces Langues tandis que nous n'en avions annoncé qui les
racines.
Ainfi cette portion de notre travail e~ d'autant plus avancée~
que ces objets étoienc les plus difficiles à traiter, ~c qu'ils font
la bafe de tout ce qui nous reûe à faire à cet égard & c'eft à
caufe de leur importance~ quc nous avons fait un Précis féparé
de l'Origine du Langage & de l'Ecriture, & de la Grammaire
..Universelle & Comparativç.
Quant aux cinq autres objets que nous n'avons pas encore pu
traiter expreuement on a pu s'anurer de ce qu'on a lieu d'attendre
de nous à cet égard, par tout ce que nous avons femé dans les
,-cinq Ouvrages déjà annoncés fur la Langue primitive, fur le
Dictionnaire Comparatif des Langues, fur la Langue Hébraïque~
fur-les Origines des noms de lieux, dont on a vu des Efïais très"
étendue dans nos Difcpuis Préliminaires fuf la .Langue Françoife
&: fur la Latine.
Relativement à l'Antiquité allégorique, nous avons développe
le premier objet, le Génie fymbolique &: allégorique de l'An-
tiquité, &: nous. avons peut-'être furpané de beaucoup, à cet
,égard, l'attente de nos Lecteurs.
Nous avons également développé une portion coniïdérable du
Second, en expliquant les trois grandes'Fables Orientales de Sa-
turne de Mercure & d'Hercule, outre ce qui eft répandu dans
le volume du Calendrier & dans le Difcours Préliminaire fur la
.Langue Latine.
Quant à l'Antiquité Hi&orique, qui ne peut fe développef
;avec fruit que lorfque nous aurons publié la partie entiere des
.Langues, nous avons déja fait paraître cependant le feptième ard-
.cle t fous le nom d'HisTOiRE Civile, Religieuse & Allégorique
CALEND~.t6& .(ans comptejc jes divers morceaux gui .CQa~:
poSent ce huitième volume, & plufieurs autres qui'paroîtront-
dans l'intervalle des Dictionnaires pour en adoucir la monotonie
&' la Sèche rcSIe.
N'omettons pas les Obfervations que nous mîmes à la tête de
notre Plan général oc raiSbnn~ pour démontrer que la route
que nous prenions, & par laquelle les monumens ne devenoient
pour nous que des conféquences & non des principes, écoit la
feule qu'on dût fuivre &: qu'elle conduifoit néceffairement à
des réfultats lumineux Obfervations de la bonté defquelles il
fera maintenant fort aifé à nos Loueurs de luger d'après couc =

ce qu'ils ont déjà vu. de notre marche.


» L'inSpe~ion & la comparaifon exa6re de~ monumens Seuls w

dînons-nous, eft un mauvais guide ces monumens nous mon-


trent, la vérité, ce que les hommes des premiers Siècles ont
fait; mais ils ne nous éclairent pas Sur les motifs qui les porterent
ou les déterminerent à le faire. Le défaut de lumière iur ces
motifs ne nous permet pas même d'entrevoir fi les matériaux
répondent à la destination qu'on leur a donnée, s'il ne nous en
manque point. fi ceux qui, dans un rapprochement SyStéma-
tique, nous paroiffent les mieux aSïbrtiSy ne laiffent pas un vuide
dans leur vraie place, d'où on les adroit éloignés &c comment =

fe délivrer d'une multitude de doutes ïur le choix de la place


que chaque, pièce doit occuper, lorSqu~on n'a pas fous les yeux
lé plan général de ce vafte monument y auquel rout ce qui exiAc
fur la terre doit fe rapporter avec la dernière précision?i'
Dé-là toutes les erreurs dans lesquelles on écoit tombé fur
l'Antiquité, tous les faux principes qu'on s'étoit faits, & qui
éearcoienc diamétralement de la vérité ces opinions bifarres,
que chaque moc écoit l'effet du hafard, qu'il n'exiStoic point de
Langue primitive q~e la Parole &: la Grammaire n'écoient~H~
pétrel du hafard de la convention~ du caprice -que vouloir en
rendre raifon, c'éroit un délire une extravagance que la Fable
-n'écoit qu'une altération de l'Hifloire que les arts de premier
beloin n'~voient été découverts qu'après les efforts réitérés, les
,effais les plus pénibles & très-imparfaits de plufieurs milliers de
Siècles comme fi l'homme avoit commence par être un vrai
fauvage dans toute rétendue du terme.
» Ce cahos difparoîc, ajoutâmes-nous, ces erreurs cèdent
forcément à l'ordre, -la clarté, a l'intérêt, lorsqu'on s'élève
.à un .principe antérieur à tout monument, qui les a tous amenés~
qui les explique .tous qui les lie tous, le BesoiN.
Par le befbin toujours preïïant, toujours renaiffant, l'homme
fut conduit à tous les arts à toutes les connoiuances; il y fut
conduit par la route la plus prompte & la plus fûre. Comme
ces besoins étoient phyfiques, ce fut dans la Nature même,
.observée par la fagacité & par l'inceingence~ que les hommes
puiferent tous les moyens de fatisfaire à ces beibins. Et comme
,ces beibins furent les mêmes dans tous res tems, nous avons Ix
plus grande certitude, une certitude de fait, que ce qui a~xiné
autrefois exifte aujourd'hui dans fon intégrité, & n'a fubi d'autre
altération que des exténuons 6c des développemens que les Mo-
numens de l'Antiquité ne font que'les témoins des moyens qu'on
employa pour fatisfaire aux befoins de l'humanité, comme nos
monumens actuels ne font que les témoins de nos befoins & de
nos reffources & qu'en confrontant ce qu'ils dépofent à l'égard
du préfent & du paffé, nous aurons non-feulement le vrai fyAé-
me, mais l'Hiiloire de tous les tems, de tous les Monumens
Nous conclûmes que pour embraffer ce Tableau dans toute
fon étendue, il fuffifoit de fe tranfporter au moment ou corn~
~nenca la chaîne dont ~e necle a~uel ~brme le dernier anneau.
Qu'euiRon~
» Qu'euHions-nous fait alors ? Que feroient aujourd'hui ceux qui
fe trouveroient placés dans des cireon~ances pareilles ? Ce que
nous fuppbfons que nous ferions, eA précifément ce qu'ils firent
en effet, parce qu'ils le firent & que nous le ferions néceuaire-
ment.
» Les hommes liés en (bciété fsntirent la néceuité de connot-
tre les befoins individuels & d'indiquer les moyens d'afMance
qui pouvoient les contenter ou les faire ceïler de-là, une Lan-
gue primitive tranfmife néceuairement d'âge en âge; dé-là, l'in-
vention & la conservation des Arts & des Loix) &c.
a)Ain~i tout ce qui exifte ne préfente plus que des raïons
partant d'un même centre & renfermés dans un cercle qui les lie
tous qui les claffe tous, & qui indique, non-feulement les rap<
ports, mais la raifon &c le motif de tous. »
Ennn dînons-nous~ la rapidité de notre marche, la muiti"
tudcdenos découvertes~ l'harmonie qui régne entr'elles,Iama-<
niere dont elles s'appuient mutuellement la facilité aveo la-
quelle le Le~eur nous fuit à travers les recherches les plus ca~
pables d'enrayer les attraits qu'elles lui présentent le vif inté-
rêt., qu'il y trouve, tout doit perfuader que nous fommes dans le
bon chemin. Cen'eA pas ainu, binons-nous encore, qu'on mar-
che, iorfqu'on a manqué fa route les obAaclejS fe multiplient
les prétendus principes deviennent Aériles la perïpeûlve efl con-
fufe, embrouillée~ les fauffes routes &c les exceptions deviennent
fi fréquentes, que loin d'avancer on efforcé de renoncer en<
fin à fon enireprife.
Tout ce que nous a~ons eu le bonheur de publier jufques-ici
paru marqué à cette empreinte on n'y a point vu d'embarras~
a
de tâtonnement, rien de louche ni de contradIQ~e quelque
~irférentes que foient entr'elles les diverfes Parties de notre Plan
Tow. A D
¡
que nous avons déjà remplies, on voit fans peine qu'elles font des
portions d'un même tout, qu'elles te fondent fur les mêmes prin-
cipes, qu'elles s'appuient mutuellement, que ce font "des chaî-
d'une même chaîne dont l'enfemble fe développe i'ucceuive-
nons
ment on y a même vu ce qu'on avoit peine à croire que d'a-
près ces grands principes, l'Antiquité eu: mieux connue de notre
tëms que du tems des Grecs &-des Romains que nous enten-
dons mieux que leurs profonds Jurifconfultes leurs Loix an-
ciennes, celles entre les Loix des XII Tables, par exemple, que
Ciceron convenoit n'être pas entendues de fon tems que les li<
vres de la plus haute antiquité font plus clairs aujourd'hui qu'ils
ne l'étoient pour leurs anciens Interprètes que nombre de quef-
rions qui fembloient infolubles ceffent de mériter. ce nom
on vua m6:ne que les grandes découvertes faites depuis notre
Annonce par d'illunres Voyageurs ou par des Savansdiuingucs~4
font toutes venues à l'appui de nos Vues on diroit que c'eft pour
nous qu'elles ont été faites & pouvoit-il en être autrement ? La
vérité en une, elle efl. dans tout l'Univers, de tous les tems, de
tous les lieux on doit donc, lorfqu'on la pofféde la retrouver.
par-tout, & tout doit en devenir la preuve.
Comme l'aiman attire le fer de par-tout, de même un princi~
pe vrai doit attirer à lui toutes les vérités; toutes doivent venir fe
ranger en foule autour de lui. lis le favent bien ceux qui élévent
des hypothèse!! plus brillantes que folides ceux qui ont cmbraf-
fé des fyûêmes qui ne portent pas leur convidion avec eux ils
veulent les trouver Far tout, & cherchent par-tout quelque vérité
qu'Us Ruinent ramener à leurs vues, ils le! voyent ainfi par-tout s
m:m malhcujteufement eux feuls ont cet avantage.
li n'en en: pas ainn de nous nous ne les allons pas chercher
jelles naiffent de toutes parts elles fortent en foule de quelque~
principes fimples & lumineux: nous ne les épuifbns pas mcme;
on trouve encore à glaner abondamment après nous chaque
jour des Savans dilUngués trouvent de nouvelles preuves de nos
grands principes & le tems n'eu peut-être pas loin où on fera
fort étonné que nous ayons été dans le cas de prouver la vérité
de ces principes.
On a vu d'ailleurs que nous nous bornions toujours dans no-
tre travail aux objets indifpenfables nous euuions pu donner le
double de Volumes en fuivant la trace des Critiques les plus
illustres en rapportant les paroles propres & en original des Au-
teurs que nous citons & en tranfcrivant ce qu'on avoit déjà
penfé fur les objets que nous traitons mais ceux qui n'ont le
tems que de connoître la vérité, ne fe foucient guères des erreurs
dans lefquelles on a pu tomber & ceux qui en font curieux;
peuvent fe fatisfaire en parcourant les Bibliothéques, ce vafle dé"
pot des penfées humaines.
Des /~o/z~ qui o/ y<?/7/.
Une chofe plus effentielle, c'eSt de juuirisr la manière dont
nous faifons paroître nos volumes, fans fuivre l'ordre tracé dans
notre Pian, comme fi nous en voulions cacher les défauts, ou
comme fi nous n'étions pas affurés de notre enfemble.
Si nous euffions fuivi l'ordre de notre Plan général, que nous
eufnons commencé par les principes du Langage, ôc par l'expo-
sition du DI~ionnaire Primitif, nous n'euSIions point incerene~
nos Le~eurs, & la ïécherene de cette Méthode lynthécique les
auroit fait renoncer d'autant plus vîte à nos recherches qu'ils
n'en auroicnc jamais vu la certitude.
La Méthode fynthécique, excellente pour fe rendre compte de
~e qu'on fait déja~ eft le comble du délire quand on s'en fertpoui;
étudier des objets qu'on ne connoît pas encore avec e!!e on
commence par pofer l'exigence de ce qui eu en queftion en-
fuite, on cherche à connoître les preuves de fon. cxiftence; on
commence par l'inconnu, pour aller de-là au connu auffi n'eft-
elle propre qu'à faire des perroquets. La Méthode analytique
que nous fuivons, au contraire, dans le développement du Mon-
de Primitif, procède d'une maniere dirca.ement oppose nous
commençons par ce qui eft connu pour arriver de conséquence
en conféquence à l'inconnn qui fe trouve ainG démontré au
moment où on parvient jufqu'à lui. Quand on a tour découverte
qu'on employe à la bonne-heure la fynthèïe pour rendre compte
de tout ce qu'on a vu, tout comme on a recours à une opération
d'Arithmétique oppofée pour vérIHer une opération déjà faite.
Voyons maintenant fur chaque partie de nos. Recherches les
vétités nouvelles que nous avons fait connoître~ou les grandes.
maffes que nous avons déjà établies, & qui doivent être confidé~
rées comme la bafe ferme & folide de ce que nous avons encore à
développer &c comme une preuve de fa certitude ôc de fba
utilité.
.P~ trois Allégories Orientales.

Nous ouvrîmes la Scène du Monde Primitif par un morceau


propre à exciter la curiofité par trois Allégories relatives au
plus grand intérêt phyfique des Etats Agricoles FHiAoire de Sa-
turne armé de la faulx &c mangeur de fes enfans celle de Mer-
cure armé du Caducée, Interprète des Dieux, Conseiller fidèle
de Saturne celle d'Hercule armé de la maffue couvert de la
peau du Lion, Général de Saturne~ & qui foutient douze travaux
qui ne femblent bonsqu~à amufer les enfans. A la tête~nous mîmes
;tm Fragment de l'antiquité qui avoit fait le tourment de tous ie~
Critiques, qu'on défefpéroit d'entendre & qui lié écroltement
ces trois Fables avoit l'air tout auffi ridicule tout auffi extra~
vagant l'Hifloire de Cronus ou ~e Saturne par Sanchoniaton.
Nous fîmes voir que cette Hifloire devenoit très-belle, crè~
lumineufc très-intéreïïante prife dans le fens allégorique
que c'étoit la feule manière de l'expliquer que dès-lors Elion
ou le Très-Haut, chef de cette Famille, écoit la Divinité même t
Uranus &: Ghë fes enfans le Ciel & la Terre Berouth qui eft
comme leur mere, la Création. Que du mariage du Ciel & de
la Terre y mit Cronus-Saturne c'en-a-dire le laboureur armé
de !a faulx & qui venge la Terre des infidélités du Ciel, en rai-
fant par ton travail qu'elle rapporte conflamment fon fruit:
que cet événement arrive auprès des eaux parce que fans eaux
nulle agriculture qu'il époufe cinq femmes dans le fens allège~
rique, & qui toutes lui font envoyées du Ciel. Rhéa ou la
Reine des jours, dont il a fept fils Aparté, ou la Reine des
nuits dont il a fept filles les fept jours 6c les fept nuits de la.
femaine: Dioné ou l'abondance Eimarmené ou la Fortune Ho-
ra ou la faifbn favorable & qu'il feconnoiubit pour Rois ou
Dieux de la Contrée, ,?a~au
ou le Soleil croulante
s
ou la Lune & Iou Demaroon, Jupiter, l'Etre par excellenc&~J
le grand difpenfateur de l'abondance.
A cette Famille, en étoit unie une autre non moins allégori-
que, celle du vieux Nerée pere de Pontus, grand-pere de Nep-
tune & de Sidon, dont la voix étoit admirable &c qui Inventa le
chant des Odes.
Tef eu le portrait du vieux Nérée il écoit toujours jufte oc
modéré, toujours vrai & ennemi du menfonge & de toute ef.
péce de déguifement nous avons fait voir que ce portrait dont
~ucun Critique n'avoit pu trouver le motif ctoit parfaitement
conforme à la propriété des eaux de peindre les objets, & de les
peindre ndelement c'en: dans ce miroir que les Bergères con-
temploient leurs graces ingénues, & qu'elles ornoient leurs cêces
de fleurs, lorrque l'art n'en avoit pas encore imaginé de factices.
Nérée eft le Dieu des eaux courantes Pontus eu: le pere
des mers ou des grandes Eaux; Neptune en. le Dieu de la Navi-
gation.
Sidon eft l'Emblème ou la Déefïe de la pêche & des grandes
,Villes maritimes; c'eft-Ià qu'accourent les Arts & les richeffes fil-
les du Commerce & de l'Agriculture &c qui mènent à leur fuite
les beaux Arts, la Poëlie la plus fublime les chanfbns & les
amufemens de toute efpéce.
Si Saturne fonde des villes, c'eft que fans Agriculture il n'exis-
te ni villes, ni ports, ni abondance ni navigation, ni commerce.
Dans ce tems-là les defcendans des Diofcures s'embarquent ÔC
'élèvent un Temple fur les frontières du pays ce qui eft encore
vrai dans le fens allégorique les Diofcures ou enfans du Ciel
font les grands propriétaires les Maires de la Terre leurs
Defcendans conûruifehc des vaiffeaux pour diMbuer leurs pro-
ductions dans tout l'Univers :&c s'ils y élévent un Temple, c'en:
que dans l'Antiquité religieufe, tout lieu de Commerce fur les
frontières de deux ou de plufieurs Peuplés étoit toujours un
Temple .confacrc à la Divinité procc~rice du Commerce que là
dans les tems marqués chaque année ëc a la fête du Dieu, fe raf-
fëmblo~nt tous ces Peuples pour leur Commerce que c'étoit
tout-a-!a fois un tems de foire, de pelerinage de fèces & de dan.
fès les Marchands trafiquoient les dévots alloient au Temple J
laJeuneHe danfoit, toutes les denrées fe vendoient bien, & cha-
cun s'en alloit gai, difpos & content: que telles font encore nos
foires & les fêtes de Paroiffes toujours unies an Commerce & aç-
pompagnées de quelque foire grande ou petite.
Ce Dieu tutciairc tenaic une grenade à la main, fymbole de
la prospérité ô(.de la mutuptication des peuples, par l'agriculture.
AinH tout: eïï: allégorique dans ce beau fragment venu de la
Phénicie & on nc pouvoit mieux en peindre le Héros, qu'en
l'armant de !a faulx avec laquelle il moi~bnnc les champs, ÔC
qu'en lui faifant manger fes enfans, qui font tes propres récoltes.
Et telle e(c la nature de ces expUcations aHJgoriques~ qu'elles
embraient la cotaiitc des traits & des noms renfermés dans les
Fables à expliquer que chacun de ces traits eH: un ~mbc!c
plein de fens, qui peint parfaitement fon objet ëc que tout ce
qui arrête le plus dans la Fable, les actions en apparence les
plus cruelles & les plus abominables des Dieux, font des aile"
gories très'(!mples & crcs-Juûcs d'évenemens naturels.
Si cette hiftoire de Saturne eft rcellemen!: une brillante allé-
gorie, qui peint a grands trairs l'invention de l'Agriculture &c
fes heureux effets, celle de Mercure en cil une autre non moins
brillante, qui peint l'invention du Calendrier ou de FAlmanach~
fans lequel l'Agriculteur ne peut rien faire, & qu'il con(ult$
toujours.. On ne pouvoit en mCme tems tonner à Mercure un
ticre plus jude que celui d'Interprète du Ciel, & un fymbole plus,
fennbleque le Caducée, quJL neft autre chofe que la fphcre ou
la reunion de FEquateur & de i'Ectipdque, qui peignent les révo"
lutions du Soleil, ba~edecout Calendrier, de tout Almanach.
L'Hiftoire d'Hercule &: de fes XII Travaux ne renferme égale-
lement aucun trait, aucun fymbole, aucun nom qui ne foit allégo.
rique, & qui ne forme un enfemble parfaitement jufte,> qu~
peine, on ne peut mieux, tous les travaux champêtres pour le.
douze mois de l'année, en commençant par l'étranglement de..
dcux Dragons, qui forment le caducée, & qui font enfuite jettéa
au feu de la Saint-Jean, au Sol~ice d'JEcé:
Nous avons fait voir également les rapports des VI grands
Dieux & des VI grandes Déefles avec les mois de l'année qui
en font préiïdcs le rapport des neuf Mufes & des trois Graces
avec ces douze mois & de quelle manière ingénieufe on avoit
mis en hifloire les révolutions de la Lune & du Soleil, représentes
toujours, celui-ci comme un grand Roi, comme le premier des
Rois de chaque nation, prefque toujours en guerre avec un
autre, pour une belle Princeffe que Ménès en Egypte, Bélus
en AHyrie & à Tyr, Mmos en Crète Ninus à Babylone;
Paris à Troye, Menélas à Sparte, Céçrops à Athènes Enée
à A)be, Romulus à Rome, font chez chaque Peuple un feul
Ce même fymbole, celui du Soleil, Roi fuprême de la Nature
phyuque &c de l'Agriculture,
Que Sémiramis, AHarté/Europe, Hélène, Paliphaé, leurs
monûres~ leurs fureurs, leurs adultères, font autantd'allégories
brillantes relatives à la Lune & à tes rapports avec le Soleil
d'Et~ & le Soleil d'Hiver~ l'un vieux & l'autre jeune, qu'elle
époufe fucçeflivement,
Quant à la caufe dè toutes ëes allégories, nous avons raie
voir que dans les premiers tems ou on étoit privé des moyens
de communiquer promptement les' idées par l'écriture ot~
crayonnoit à grands traits fur les murs des Temples, des perfon*.
nages diûingués, chacun par un fymbole qui lui étoit propre
pour repréfentër chaque faifon, chaque mois, chaque travail du
mois, chaque fête de la faifon l'Hiver fous la Dgure de Vena;¡
le tems de la Moinbn fous celle de Cérès la ChaMe fous les
traits de Diane; le Soleil d'Hiver fous la forme d'un Roi accabld
d'années, & pere de cinquante enfans; le Soleil d'Eté fous la~
forme d'un jeune Prince rayonnant de gloire; la Lune fous çcllç
d'une Déçue ornée d'un croiffant,
JEnfuite
Enfuite on donna un nom à chacun de ces Perfonnages; on
leur forma une généalogie on leur forgea une hiftoire relative
aux objets -qu'ils étoient deninés à peindre.
Lorfque dans la fuite des temps, on eut des Calendriers d'une
.toute autre efpèce des Calendriers écrits bn oublia totalement
le rapport de ces récits avec ces vieux Calendriers qui n'exiftoient
plus, 6kdonton n'avoit nulle idée oc on prit tous ces récits pour
autant de faits réels, oc d'autant plus refpc6hbles, qu'ils étoienc
étroitement liés avec le culte, qui étant agricole, étoit lui-même
relatif à ce Calendrier ancien & primitif.
De-là l'erreur de tous les Mythologues qui cherchoient des
faits hiAoriques fous tous ces fymboles ôc fous toutes ces Fables,
ce qui ne trouvoicnt rien, parce que ce n'étoient pas en effet des
monumens hiftoriquew mais qui en anéantiubient toute la beauté,
parce qu'ils ne faifoient aucune attention à l'enfemble des fym-
boles, oc qu'ils ne prehoient de tous ces traits, que ceux qui leut
plaifbient, rejettant tous les autres au rang des fables maniere
de travailler très-commode, mais auui qui ne mené à rien parce
qu'elle eft abfblument arbitraire 6c dénuée de tout fondement.
Quelque conviction que porte avec foi un enfemble auffi fou-
tenu, aufÏi raifonnable, oc qui offre un auul grand intérêt nous
crumes devoir y mettre la derniere main, par notre Diuertacion
fur le G~NtE SYMBOLIQUE ET ALLEGORIQUE des Anciens, où nous
fîmes voir fur-tout que l'Antiquité eut néceuairement le Génie
Allégorique, qu'elle en eft convenue, que la tradition ne s'en en:
jamais effacée, & que ce Génie efHa véritable clef de l'Anciquicé,
fur les objets qui ne font point hiftoriques, ayant préudé à tes
Fables, à fa Poéfie, à fon Culte à fes. Fêtes, àfon Calendrier,
à l'Agriculture entiere tout ayant été perfoniné, oc tout l'ayant
~té de la maniere la plus agréable oc la plus intérefïante.
D~ T. E,
Telle eft une des grandes vérités que nous nous propofions dè-
faire connoître aux I~mmcs, ce un des grands principes que
nous dénrions de leur démontrer &c dont les conféquences
fbnt fi vaïtes, H nombreuses) fi belles, H diverunées d'où résulte
fur-tout que là Mythologie entiere eA fondée fur des caractères
allégoriques qu'on ne peut méconnoître & fur une langue
formée de tous les noms & de tous les fymboles qui en- défignent
tous les Perfonnages,. noms:&cfymboles tous nécenaires~ tous
puifés dans la Nature,: tous parfaitement d'accord entr'eux'Bc
avec la Nature: Langue très-belle, crès'-riche~; très-poétique,
dont on n'avoit cependant aucune idée ~&dontr nous tâcherons
de réunir les membres épafs, dans la fuite: dei nos Recherclies
Mythologiques.-
J~/?0~</M~Ï/M~/7~
Plufieurs de ces vérités reparurent avec dé nouveaux dëvelbp-*
pemens dans l'HiAoire Civile, Religieufe & Allégorique du
Calendrier.
Dans la première Partie nous fîmes voir que dans l'origine, les
hommes connurent les principes de l'Agronomie & la vraie
nature de l'année que dès les premiers tems, l'année étoit com-
pofée d'un nombre de jours, régulier & parfaitement géométrique,
de trois cens foixante jours, divifion exacte du cercle
que
telle fut l'année du Déluge que très-peu de tems après on fut
obligé d'augmenter l'année de cinq jours, la Terre ne parcourant
plus dans l'efpace jufte de trois cens foixante jours, le cercle
qu'elle décrit chaque année autour du Soleil, .parce que ton axe
n'eft plus parallele à celui de la Terre, comme avant le Déluge,
foit que ce dérangement ait été la caufe ou l'effet de ce terrible
événement.
Nou& fîmes voir cnfuite que tous les. noms relatiis.cheztou~
les Peuples connus au calendrier, à l'année, aux mois & à leurs
diviiïons écoient tous ngnificadfs, tous choifis 6c déterminés
9

avec fageHe, aucun l'effet du hafard.


Et que toutes les Fêtes anciennes celles des Egyptiens, des
Grecs des Romains, qui femblent toujours extravagantes
impies, ou l'effet de la vile ïuperfUtion Payenne, étoient prefque
toujours des Fêtes de la plus haute Antiquité, fondées fur la raifon,
relatives à l'Agriculture, & dignes d'avoir fervi de modèle à la
plupart de ces Fêtes du Chriftianifine, qu'une partie des Chrétiens
n'ont rejettées que parce qu'ils les regardoient comme des imita-
tions des Fêtes nées de la lie du Paganifme; ôc que les grandes
Fêtes Chrétiennes font aux grandes Fêtes Payennes, ce que l'allé-
gorie eft à la lettre, ce que le moral eft au phyfique le Soleil
de juflice ayant fuivi les révolutions du Soleil phyfique, Roi de
la Nature phyfique &: ayant brillé, une de fes révolutions
complettes.
Dans cette feconde Partie du Calendrier, nous avons répandu
une vive lumière fur une grande partie des Faites Romains chantés
par Ovide, &c fur lefquels les Romains eux-mêmes avoient entière"
ment perdu la vérité de vue; nous avons développé en même tems
l'exigence allégorique d'une multitude de Perfonnages qui en-
troient dans le Calendrier, ce qui n'offroient qu'un vrai cahos,J
lorfqu'on les conMéroit comme des Perfonnages hiftoriques; tels
qu'Anna Perenna au mois de Mars les Rois en fuite à la fin de
Février, Remus & Romulus au mois de Mai, Janus le premier
de Janvier. Nous avons auffi raHembié fur les Saturnales fur
les Jeux Séculaires ou Jubilés Romains fur les MyAères &c.
une multitude défaits peu connus & éclairci nombre d'objets
&: d'allégories intéreiïantes.
ALinS le fynéme allégorique s'cf!: développé de plus en plus 6c
eft devenu d'autant plus intéreuant qu'il porte fur des objets
ufuels communs aux Modernes comme aux Anciens, & liés aux
trois grandes Allégories Orientales relatives à cette Agricul-
ture fans laquelle il n'exige aucun Empire, aucune Société poli-
cée ôc éclairée.
Enfin, dans la troifiéme Partie, nous avons fait voir comment
les Anciens avoient changé en autant de perfonnages toutes les
portions de l'année oc fur-tout la multitude de ceux qui font nés~
chez chaque Nation du Soleil & de la Lune, Roi &. Reine de
l'Univers phyHque Chefs de l'année ..Dire~eurs des jours oc dc~
nuits Dieux tutélaires de tous les travaux.
Origine du Langage <~ de /C/
L'exécution de notre Plan elt beaucoup plus avancée relati-
vement aux Mots que par rapport aux chofes c'é& que celles--
ci tenant aux mots ne peuvent être discutées avec utilité ôc avec
un fuccès rapide, qu'autant qu'on a déjà acquis la connoiuance des
mots dont elles dépendent cette partie, bafe de toutes les au-
tres, a donc exigé nos foins de préférence ajoutons qu'elle eft
d'une utilité innante par la facilité qui en réfultc pour l'étude des
Langues par conféquent pour accélérer les progrès des Jeunes
Gens. Le Public lui-même aparudéfirerquenous traitauions les
Langues de préférence, foit qu'on ait cru qu'avec ce fecours on
pouvoit aller fort loin, où que notre travail à cet égard feroit
plus fur, moins (yûêmatique.
Mais avant:de.traiter des Langues en particulier nous avons
.recherché l'Origine- du Langage en général ou: de la Parole &
celle de l'Ecriture.
Ici, nous avons préfenté des vérités aufïi neuves que fur l'Ai~
légorie.ôc auffi étroitement liées avec la Nature.
Nous- avohs'démontré que l'homme étant un Etre intelligent,
il étoit nécenairement un Etre parlant, puisque la parole eft lé.
miroir de l'intelligence ,fbn orgariè propre, fon véhicule ce-
lui par lequel elle fe développe elle ïe communiqua ~'inûruit,
& fe perre~ionne qu'ainfi, la parole eft un a~e- auffi naturel à'
l'homme que ces tentations qui le conAituentEtrcfenuble&c ani-
mal & dont aucune ne dépend de lui.
Que la; parcle étant nst~telle à l'homme, & par conféquent,
tout ce qu'on difoit du langage comme l'effet de la conven-
tlon &c de.longues recherches, étant une pure chimère il en ré-
fulte que la parole eft l'effet des organes de l'homme mis natu-
rellement en jeu par fon intelligence pour peindre fes idées 6&
que de ces. organes résultent des ibns~ o~des tons naturels
étémens néce~aires de la parole, ôc dont retendue eft tellë~qu'el-
le fe prête à tous les befoins de la~ parole parce que ces fons.
&: ces tons ont entr'eux toutes les propriétés néceuaires pour
peindre toute l'étendue des idées; tous les objeH phyuq.uesoc
moraux fources de ces idées.
Que de-là réfulta néceHairement une maue de mots primitifs e
monofyllabiqaes, qui peignent 1& Nature entiere, & qui ne purent
jamais varier, parce qu*on ne pouvoit-pas employer pour chaque
objet un mot plus propre plus fignificatif plus conforme à.
~'idéc qu'on vouloit peindre.
Que ces mots rbrmoren<rla Langue primitive dont aucun Peu-
ple ne pue s'écarter mais que chacun put étendre ces étémens
& les développa en-effet de trois manières, en ehdérivant d'autres
par l'addition de quelques terminajubhs en les aubciant deux a

initiales..
deux, trois à Mois, ou en les-modinantpar des Prépoutions!

Qu'il n'exifte aucun; mot danï aucune Langue qu'on ne puiue


ramener à l'une ou l'autre de ces quatre cloues mots pnmi~fs
dérivés, binomes & compotes.
Que la vraie maniere d'étudier les mots d'une Langue, e~ de
les réunir par Familles nombreufes, en rafïembJant fous chaque
mot primitif, tous ceux qui en font defcendus, parce qu'au moyent
de cette Méthode on appercoita l'inflant la raifon d'une prodiT
gieufe quantité de mots &c qu'il n'en eft aucun qui ne faffe ta-
bleau, & qui ne foit d'autant plus fatisfaifanc qu'il a dès-lors une
énergie qui eA à lui, pleine de force &c de vérité, fort fupérieure
à l'état inanimé qu'il oSroit, lorfqu'on ne le confidéroit que com-
me l'effet du hafard &c de la convention & comme ayant fi peu
de rapport à l'idée qu'il oJnroit~ qu'on auroit pu l'employer pour
en déHgner d'opposées.
De-la réûilte la facilité de ramener toutes les Langues à une
au moyen des mots primitifs communs à tous, combinés avec les
divers J~b~ du Langage ou avec les fons. que chaque Peuple
adopte de pré'ference, par la facilité avec laquelle ils fe fub~ituent
les uns aux autres phénomènes fondés fur la Nature fournis
au calcul & à de règles certaines &: peu nombreuies.
Que de.là réfulte Cnnh cet Art Etymologique, fi long-tems &
fi inutilement cherché, parce qu'on felivroicaces recherches au
hafard, fans principes fans aucune connoiuance de caufc: qu'an
fe bornoit fur-tout à remonter avec peine d'une Langue connue
à une autre en panant des Langues modernes au Latin ou au
Grec.Cc de celles-ci à l~Hébreu~fans penfer à fe rendre compte des
Langues 'Orientales elles-mêmes ce qui n'écoit rien faire.
PàNant dé-là àl'origine de l'Ecriture dont on nepouvoit éga-
lement fe rendre raifbh faute de principes nous avons démon-
tré qu'elle a également fa fource dans la Nature que de même
~qu'on avoit pris celle-ci pout guide dans rArc de la parole~ on
avoit également été obligé de la prendre pour guide dans fEcritu-
re qu'on n'avoit eu qu'à peindre chacun des objets que représente
chaque lettre & que la Parole fe trouva ppm~e p ar. I,Eçritnre t
que dé-la naquirent les lettres alphabétiques dontles yoyellespei"
gnent) la Langue des fenfation~ tout ce qui eA relatif aux fens
~l'Ecriture & à la propriété; oc dont les confbnnes peignent la~

&[f~.leuMjBappoits' .) .j ~f;
langue; des idécs~i touttjep q.Ut eA relatif aux qjua~tés~des objets

Nous avons vu de plu~ que l'e~m~e dps o~etS) peints ,paï:


ces voyelles &: par les confonnes~ eA relatif a l'homme pour qui
feul l'écriture fut inventée &c qureft d ailleurs le centre de tou-
tes les connoiËances qu'am6:l'A)peignic,premie~ern€nt~'hQmme
hti-méme E~bnviiage~O,fQnoBH; QU)Ibn:or&ille~I~ ~main;.
R, ÏbH nez~ S, fes- dents:; Bi jfa thai~on P ,Ia bquche~entr'ou<
verte & là Parole K la Langue &c les; lèvres AL les ailes 6c
tes;bra~, C & G~.la gorge; M~ ta ntiere de famille N~ ïbn nour-
riffon Th, le fein qui le nourrie H~ le'c!liamp eH~v~.des,main$.
de l'homme.; Q~Ia<;force~SMec I~uelleiU' agit~. I,es. in~rumens
tfanchans ~agens<de~ eecte.tbrcë.JËnnM 1\ la perte~ion~ Feniemble
i
de tout; cette figure peignant l'homme~ qui, les bras étendus~em-
Brane l'Univers,oc forme la ngtu'e.de.la Croix~rEmblêmeconf-
tant de la perre~ion Ce de raccompUfIement de tout.
Nous avons vu en même tems que cet Alphabet rem.oncoic à la~
plus haute antiquité, &: qu'antérieure ladi~pernon des Peuples~
il fe retrouvoit chez toutes les Nations qui ont écrit: ou écrivent~.
& de qui il refte quelque monument écrit ou gravé qu'il n'exige.
en un mot~ aucune écriture qu' on'ne puiffe ramener avec quelque
attention à celle-là; même récriture des Indiens~ même celle des
Chinois, chez qui nous avons montré les mêmes cara~eres avec~
la. même valent.
Ces principes une fois établis, il en eS réfulté une nouvelle
force, en faveur de ce que nous avions dit des rapports intimes
des Langues d'Occident avec'celles ~d'Orient; & paur cOnnrmet
nosvuesfut~a vraie ôc antique prononciation-de celles-ci~ altérées
par le laps de tems &: par la racilice~M~ont les ~bns de Ce ïabfMtuet
les üns aux autres~ d'autant plus que les générations fueceSIvet
d'un même Peuple opèrent~ -dans une feule Langue les mêmes

"r:
altérations que la diversité des Peuples occafionne dans une: même
Langue .en uh même'cipacc de tems.

1 >
~a<ï~~
~rlnalyjè ,i
des Langues:
Z<ï/ï~Mj.
DHbns un mot de la manière dont nous fommes parvenus
analyser cette multitude ~le Langues dont nous parlons dans le
Monde Primitif, qui ne nous étoient pas toutes connues lorfqme
nous commentâmes d'y travailler~ & qui nous ont été d'une
grande utilité pour parvenir à la démon~ration de nos principes
& à la découverte du Monde Primitif
Nous n'eûmes pas de peine a fencir que les Langues que nou$
bavions, ~c auxquelles on borne le nom de favantes, le Latin
le Grec oc l'Hébreu ne funtfbient pas pour nous dévoiler rori"
gine des Langues & celle des Nations qu'il falloit pou~r nos
recherches plus loin, ann de pouvoir consulter un plus grand
nombre de monumens, & d'avoir ie plus grand nombre potRble
d'objets jde comparaifon. Nous commençâmes donc à étudier
l'Arabe, d'après la méthode que nous avions conçue~ & en mettant
a part les mots .que nous connoiffions pour les avoir vua
dans les Langues que nous favions déjà c'étoit autant de gagnée
ôc nn grand encouragement pour notre travail nous vîmes
J
par ce moyen, que nous favions déjà beaucoup d'Arabe (aas
l'avoir étudié. Nous pafsâmcs à d'autres Langues., oc nous f~mes
la même épreuve avec le même fuccès; ce fuccès fut tout autre
lorfque d'après les rapports qui nous frappoient nous nous fumes
fait une clef comparative des changemens que chaque lettre
éprouvoit dans chaque Langue; car dès lors les rapports furent
infiniment plus nombreux & plus intéreffans. Nous n'avions qu'à
prendre un Primitif quelconque, ouvrir tous nos Dictionnaires
d'après cette clef, & en peu de tems nous raffemBlions une Famitle
nombreufe, composée de mots de toutes les Langues, formés
de ce primitif, & présentant les mêmes idées.
De-là notre Alphabet primitif, notre Langue primitive, 1*0-
rigine du Langage ôc de l'Ecriture la Grammaire Univerfclle
tout l'enfemble de nos Diûionnaires. Voyant dès-lors qu'aucune
Langue ne pouvoit nous réMer nous jugeâmes que c'étoit le
moment de nous livrer à d'autres Recherches, en y procédant d'a-
près les mêmes principes, &: en profitant de l'avance prodigieufe
que nous donnoit la clef des Langues fur tout, la connoifiance du
Langage figuré que nous trouvâmes toujours fondé fur la Nature
Ce fur la valeur physique des mots ce qui devint encore pour nous
une feconde clef d'une reffource infinie pour le développement
Ce l'intelligence des énigmes mythologiques &c pour redreuer
celle d'une multitude de monumens anciens qu'on avoit affreu-

<?/7Z/7M~ t/<
fement défigurés par la privation de ces deux admirables clefs:
Co/T~p~r~
Les mots font les Élémens de la Parole comme les cou-
leurs font les Ëlémens de la Peinture mais afin que ces mots
puiffent te réunir en Tableaux &: peindre les idées il faut
les anbrtir entr'eux de manière qu'ils correfpondent aux diver-
fes parties de l'idée & les unir de façon qu'ils ne forment qu'un
to.ut comme elle. De-la réfulte la Qrammaire ou l'Art de pein-
dre les idées elle nous apprend quelles efpéce: de mots répon?
D~ lo/Ke.
dent à chaque partie d'une idée, oc les formes qu'il faut donner
à chacun de ces mots, afin qu'ils fe lient entr'eux & qu'ils ne pré-
fentent qu'un tout auffi net, auffi fenfible, au~I brillant que l'idée
qu'on vouloit peindre. Cet Art de peindre par la parole, eft ap-
pelle 67~7M//M~? elle doit fon nom à un mot Grec qui embraffe
ces diverfes idées.
A cet égard, nous avons beaucoup ajouté à ce qu'on en avoit
dit avant nous dans diverfes Grammaires plus ou moins approfon-
dies, plus ou moins parfaites. Et cela n'eft pas étonnant dès que
nous avions établi que la parole étoit néceuaire &: qu'elle étoic
la peinture des Idées, il en eft réfulté que tout ce qui conftitue
la Grammaire a été également néceuaire que rien n'y a dépendu,
de la convention humaine, & que pour la connoître on n'avoit
qu'a analyfer l'idée, en connoître les diverfes parties & les
rapports de chacune de ces parties.
Par ce moyen, nous avons répandu fur la Grammaire une firn-
plicité & une certitude dont on la croyoit fufceptible, qu'on
cherchoit & qu'on n'avoiè pu trouver, faute de bafe. Nous avons
établi chaque partie du Difcours fur des cara~ëres absolument
diAinds les uns des autres nous avons fait voir que les diverfes
formes qu'on leur donne & qui conftituent la déclina! fbn, ou les
Cas & les Verbes, ou les Tems, font toutes données par la Na-
ture, & qu'elles fe trouvent dans toutes les Langues, ou expri-
mées par un feul mot, ou développées par plufieurs & que le
génie de toutes les Langues à cet égard eft le même que le Fran-
<
.çois, le Latin, le Grec, le Chinois, Langues qui femblent fi
J
disparates repofent cependant fur les mêmes principes, ont les
mêmes règles, la même Grammaire &c qu'elles ne différent que
par des modifications particulieres qui ne contredifent aucun des
principes fondamentaux & néccnaires du Langage; qui les con-~
arment au contraiie.
t
Nous avons fait voir en particulier que les Cas étoient donnés
par la Nature elle-même qu'ils fe trouvoient dans la Langue
Françoife comme dans la Latine & la Grecque que celles-ci
navoient d'autre avantage fur celle-là que d'avoir anigné pour les
noms une terminaifon particuliere à chaque Cas, comme le Fran-
çois en a pour les Pronoms que de~là réfuica l'avantage unique
pour ces Langues de pouvoir changer à volonté la place des
mots dans les Tableaux de la Parole, fource pour ces Langues
d'une richeue & d'une variété de Tableaux à laquelle ne peut at-
teindre la Langue Françoise & par ce moyen a été réfolue
d'une maniere très-fimple la grande queftion de n/z~?o/z, fur la-
quelle on fbutenoit avec la même habileté le pour & le contre
& qui par-la même fembloit interminable; car on dcmandoit quel
étoit le plus naturel des deux arrangemens des mots du François
ou du Latin & on écoic porté à donner la préférence au François;
d'oùréfultoic que l'arrangement Latin étoit contre nature, ou
moins naturel ce qui ne pouvoit que répugner.
Mais ils font auffi naturels l'un que l'autre pourvu que nos
idées fe peignent d'une manière exacte & intelligible le vœu de
la Nature eu: rempli peu lui importe qu'un mot marche devant
ou après un autre, dès que l'effet en le même.
Au contraire, la Nature riche & féconde, ne le plut jamais à fui-
vre triftement une feule & même route fans ceue, elle varie fes
formes, toujours nous la trouvons différente d'elle-même lors
même qu'elle eft le plus femblable à elle-même.
Ne faifons pas, dimes-nous~ l'affront à ces Génies créateurs &
~enubles, qui appercurent le chemin agréable que leur traçoit la
Nature, en leur présentant la variété des cas, & qui, pliant leur
Langue à ces vues, la rendirent capable d'imiter la Nature de la
panière la plus parfaite ne leur faifons pas l'affront de les iC';
F~
T*~
xllv VUE GÉNÉRALE
garder co~me des perfonnes qui manquerent cette route, qu'
t'éloignerent de la Nature.
N'en concluons rien également contre ceux qui préMerent a
la formation de notre Langue. Livrés dans leurs forêts à une vie
plus dure, voyant une Nature moins agréable un Ciel moins
beau, connoiffant moins les charmes d'une Société perfe6Uonnée
par les beaux Arts, effet des -plus heureux climats, il leur falloit
une Langue moins variée, plus févere~plus grave qui fe rappro-
chât plus de la Nature qu'ils avoient fous les yeux. Notre Lan-
gue fut donc aufli naturelle que les autres & fi elle renferma
moins de contrafles elle n'en eut pas moins tes agrémens~ ayant
fu par les avantages qu'on admire en elle, compenfer ceux dont
elle écoit privée.
Et c'eft parce que les Langues Latine & Grecque font aufH
conformes à la Nature que la nôtre, que leur étude nous de-
vient.fi précieufe tandis qu'elle nous feroit néceuairement fu-
nefte fi elle étoit contraire en quoi que ce foit à la Nature on
n'appercoit entr'elles d'autre difrérence que celle qu'on trouve
entre deux Rivaux, qui difputent à qui peindra le mieux la Na-
ture, qui la rendra avec plus de force & de grâces: nous exer-
çant nous-mêmes dans l'un ôc l'autre genre, nous en deviendrons
infiniment plus forts dans celui qui nous eft propre c'eft-là un
avantage de l'étude de ces Langues, qu'on fentoit, quoiqu'on ne
put s'en rendre compte & c'eû-la une des grandes clefs Gramma-
ticales qu'on cherchoit & dont la découverte eft due au Monde
PrimidF à l'attention de n'avoir pris pour~ guide que la Nature
relativement à toutes les connoifïances humaines.
Faifant voir ainfi que Fenfembledes règles, en toute Langue,
.ïe borne aux fondions des Cas, nous réduifons prefqu'à rien cette
~mmenfe quantité de règles dont font compofées toutes les Gi.un~
piaires.
Et nous faifons difparoître toutes celles dont on ne favoit que
faire, & qu'on réunifloit fous le nom aborde d'Exceptions) en
faifant voir qu'elles font l'effet nécenaire & admirable de l'Ellipfe,
qui conMe à fupprimer dans une phrafe tous les mots dont re-
nonciation n'eft pas néceffaire pour la clarté de la phrafe, quoi-
qu'ils s'y trouvent en quelque fbrre en efprit ou mentalement,
parce que les mots confervés s'accordent avec eux, de la même
manière que s'ils étoient énonces.
Nous avons auni montré que l'Ellipse eft d'un ufage fi agréable
& fi intéreuant qu'on a formé en toute Langue des mots ellip*
tiques qui renferment en eux la valeur de plufieurs parties
différentes du difcours.
Il eu d'ailleurs peu de Parties du Difcours5 fur lefquelle~
nous n'ayons répandu quelque jour par des vues nouvelles fur
l'Article, en faifant voir fes différences d'avec le Nom furie
Pronom, en le définiffant d'une maniere neuve, & en démon-
trant qu'il a des cas néceuairement même en François dans
toute la rigueur du mot: fur les Participes, en faifant voir en quoi
ils different du Verbe &c combien ils lui font antérieurs fur le

que tout ce que nous appelions /f


;'Verbe en montrant qu'il n'en exifie qu'un, le Verbe &:
~<:?//j- font des formule:
elliptiques~ compofées du Verbe Etre. Enfin, nous avons fourni
un moyen très-Hmple d'analyfer tous les tableaux de la parole
en les rapportant à trois claffes, fous les noms de Tableaux Enon"
ciatif, Adif & Paffif, entre lefquels fe diu-ribuenc tous les Cas
& toutes les règles du Difcours, pour toutes les Langues ce qui
en facilite unguliérement l'intelligence & la comparaifon, puif-
que rien n'aide plus l'infirudion que des Principes très fim"
cles~ très*claiis~ ôc puifcs dans la nature même des chofes.
0/V~f JF/'<M~O~/<?J'.

Nous conformant toujours à la méthode analytique~ où l'on


pafïe du connu à l'inconnu, nous avons commencé notre tra-
vail, fur les Langues en particulier, par la Langue Françoife,
pour remonter de cette Langue fi connue à celles qu'on con<
noît moins, & pour répandre par elle du jour fur celles-ci.
Nous avons vu qu'elle écoit fille de la Langue Celtique de
cette Langue parlée par les premiers habitans de l'Europe, ôc
qui, fuivant les Cantons où fe fixèrent ces Peuples ) & entre lef-
quels ils fe partagerent, forma la Langue Gauloife confervée
dans le Gallois le CornouailUcn &c le Bas-Breton, la Languç
Runique, le Theuton, le Grec, le Lacm &c.
Nous avons établi ainfi le contraire de ce qu'on avoit tout
jours cru jufqucs à nous car les Savans, fondés fur le rapport
étonnant de ces Langues entr'elles, écoient perluad~s qu'elles s'é-
toient formées fur la Langue Latine ce qui lors même qu'il eû~
été vrai, n'auroit )evé la difHeuIcé qu'à moitié; car il reftoit tou-
jours à découvrir l'origine des mots fubfiftans dans ces Langues,
qui n'avoient nul rapport à ceux de la Langue Latine mots ce-
pendant dont on ne fe mettoit point en peine tant étoient im-'
parfaits tous les travaux dont on s'écoic occupé jufques ici fur
les Langues & tant on étoit dénué de principes fur les objets
les plus intéreflans teis que l'priginc de fa propre Langue mai
ternelle.
Comme la Nature eft toujours riche en moyens, elle nous en
a fourni pluueurs pour démontrer que la Langue Françoife~
vint de la Langue Celtique ou Gauloife, & non de la Latine; ca~
nous l'avons prouvée non-feulement par le fait, mais par la rai'?
fon même qui dit hautement qu'aucun Peuple ne put jamais
renoncer a fa Langue & par une preuve d'un genre peu connu &
qui écoic tout-à-fait conteûée, celle qui fe rire de la valeur ou
de la fignification des noms de lieux car dans les Principes du:
Monde Primitif, où tout a fa caufe les noms de lieux ont tou*
jours eu une raifon; & cette raifbn dans la haute antiquité a
toujours ou prefque toujours éré la nature même du local qu'on
avoit à désigner. Ainfi nous avons fait voir, que la Langue Cel-
tique fubiïâoit encore de nos jours dans la plupart des noms
de lieux du Royaume même dans l'IHe-de-France, même à
Paris & que ces noms étoient dérivés de mots également con-
fervés dans la Langue Françoife.
Quant aux familles de mots~ nous les avons divifées en quatre
claues pour chaque lettre.
t Les mots formés par Onomatopées.
2". Les mots relatifs à la valeur de la lettre même.
3". Les mots où cette lettre a été lubAIcuée à une autre.
Les mots empruntés manifeflement d'une Langue étran~
gere.
Cette difiribution fimple, naturelle & neuve de tous les moM
d'une Langue, eft de la plus grande utilité, non-feulement pour
fe former une idée très-jufte&ctrès'nette de la maffe entière d'une
Langue & de fes diverfes diûributions mais aum pour paffer
facilement d'une Langue à l'autre, & pour faifir l'enfemble des.
Langues.
D'ailleurs par cette méchode il n~en: aucun mot dont l'éty-
mologie puiffe échapper ôc la facilité avec laquelle toutes les
Langues fe ramenent à ces quatre clanes en rend l'étude auni
aifée qu'agréable, & devient une démonûration complettc par
~e lait, des Principes du Monde Primitif
O/V~P/Z~J Latines.
Ce que nous avions fait fur la Langue Françoise nous l'avons!
'exécuté enfuite fur la Langue Latine nous en avons claffé tous
les mots fous les quatre grandes divifions dont nous venons de
parler & nous avons vu la valeur de chaque lettre de l'alphabet
~e répeter dans la Langue Latine, & y former une multitude de
mots parfaitement conformes à cette valeur commune.
Ainu fe confirment non feulement les Principes du Monde
Primitif mais ils fatisfont agréablement l'efprit, qui voit qu'en
paffant de Langue en Langue il retrouve toujours les mêmes
bafes, les mêmes valeurs les mêmes idées & qu'il les faifit par
conféquent avec beaucoup plus de facilité & d'intérêt.
Nous .avons fait voir en même tems & par les mêmes moyens
que la Langue Latine defcendoic également de la Langue Cel..
tique comment les Celtes panèrent dans l'Italie pour la peupler
comment prefque tous les noms de ce Pays furent des dérivés de la
Langue Celtique, & relatifs à ceux que nous avions déjà expli<
qués pour les Gaules & allant plus loin~ comment la Religion
Primitive de fes habitans fut la même que celle de tous les peu-
ples Celtes.
Nous avons fuivi en même tems ces Colonies Celtiques en
Italie, dans leurs révolutions & dans leurs emplacemens nous
avons montré comment la divifion politique des anciens Peuples
de cette Contrée étoit elle-même l'eSët de la Nature chacun
d'eux s'étant placé dans une enceinte formée naturellement par
les montagnes & par les fleuves & au moyen d'une Carte que
nous avons éxécutée dans cette vue pour l'Italie, nous avons
donné un enai de la manière dont on pourroit faire les Cartes,afin
que de leur feul alpe~: on put énumérer les divers Peuples qui
iiabitent l'étendue de terre comprife dans ces cartes,
Notre
Notre attention s'eû enfuite portée fur les Romains fur ce
Peuple étonnant, qui ayant commencé par une fimple Ville d'un
territoire prefque nul fit infenfiblemenc la conquête de l'Italie, &c
enfuite avec la plus grande rapidité celle de la plus grande partie
de l'ancien Monde. Nous avons cherché à répandre quelque jour
fur leur origine, fur celle de leurs Familles Patriciennes, fur les
moyens par lefquels ils fe mirent en état de conquérir peu- à
peu l'Italie & d'anéantir la divifion politique que la Nature
avoit établie entre fes Peuples.
Ces premiers tems de l'Italie nous ont fourni également de
nouvelles preuves que l'Allégorie exerça fon empire fur tous
les Peuples, puifque nous en avons trouvé de nombreufes traces
chez les Sabins, chez les Albains, chez les Romains eux-mêmes
&: qu'on ne peut fe refufer à ces développemens, quoique jufques-
ici on ait toujours regardé comme hiftoriques les récits qui
nous ont tranfmis ces Allégories.
Nous femmes allés plus loin. Mettant fous les yeux de nos
Lecteurs des fragmens de l'ancienne Langue Latine, nous avons
fait voir qu'ils étoient plus clairs pour notre fiècle que pour
celui des plus illuftres Auteurs Romains parce que nous fommes
parvenus à des principes, 6c que nous avons raffemblé des objets
de comparaifon qui leur écoienc inconnus, & dont nous ferions
également privés, fi, à leur exemple, nous nous bornions à 1<
connoiffance des Langues Grecque &: Latine, ou fi nous n'apper-
cevions jamais que les faits, fans remonter aux principes qui
amenèrent ces faits,

.P~T~. 7 r:
D~/M~'o/z~T- divers o~< &' co/T~o/z~ ce ~77~
~b/H//Z~.
Le Volume que nous publions aujourd'hui eft dans un genre
abfolument différent de tout ce que nous avons fait paroître juf-
,qu'à préfent il ne fera pas moins propre cependant à prouver
l'excellence des Principes du .Monde Primitif, ~c le jour qui en
téfulte fur prefque toutes les connoiffances, de quelque nature
qu'elles foient on peut le confidérer comme un premier Recueil
de Di~Iertacions fur divers objets il roule fur ceux-ci
Un Edai d'HIAoire Orientale pour le VIJc fiècle avant Jefus-
Chrift un autre fur l'Origine du Blafon., de fes Symboles, de la
Monnoie l'Explication du célèbre Bouclier d'Achille celle du
Jeu des Tarots l'origine des Chiffres Arabes celle des Chiffres
Romains des rapprochemens fur les VIl Rois de plufieurs Peu-
ples.
Tous ces objets font traités d'une manière neuve ils con-
tiennent diverfes chofes qu'on n'avoit pas même fbupconnéesjuf-~
ques a préfent oc ils ne paroîtront fans doute pas indignes d'at-
tention.
Dans la première Differtatioti,. par exemple nous fuivons I&
fameux NABUCHODONOSOR. dans fes conquêtes nous l'accompa-
gnons jufques en Efpagne ôc nous montrons les caufes de cette
expédition, dont on n'avoit pas même l'idée nous faifons voir
quel de fes Succeueurs fut le Beltfafar de Daniel nous démon-
trons les voyages des Phéniciens autour de l'Afrique & aux
Indes: quels furent les lieux où voyagea Ménélas, félon Homère~
après la guerre de Troie les bévues de STRABON fur la Géogra-
phie d'Homore 6c fur les voyages d'Eudoxe; & à quel point les
connoiuances Géographiques étoient déjà détériorées de fba.
tems.
Nous prouvons enfuite que le BLASON fut pris dans la Na-
ture cité-même; qu'il nous vient des anciens Peuples de l'Orienta
& que n les Modernes ont cru qu'il n'avoit été inventé qu'au tems
des Croifades e'eft qu'ils ont confondu fon établiuement en Eu-
rope~ avec fon origine antique, erreur trop commune.
Un des'morceaux les plus brillans de l'Iliade eft la defcrip-
tion du Bouclier d'Achille exécuté par Vulcain ôe divifé en
XII'Tableaux, très-intéreuanschacMn en particulier; mais dont
~ufques à préfent on n'avoit pu appercevoir l'enfemble ni le but:
nous faifons voir que c'e~ un vrai Calendrier & que fes XII
Tableaux corréfpondetit parfaitement à l'écat de l'année Grecque
&:àfesXIImois:ohyvcrramémecesAnembIées du Printem~
de tous les anciens Peuples, que nos Ancêtres appelloient Champs
de Mars MaiÏs ou Parlemens.
Lé jeu des Tarots, jeu de Cartes fort connu en Italie à Avi-
gnon'~ en Suiffe, en Allemagne.très-nngulier, compofé de 6-
gurës bicarrés, & dont le bût ourob/et étoitaufH inconnu que
celut du BoàcUërid~chille~ fe préfente ici, comirte un jeu venu
lui-même des anciens Egyptiens, calqué fur leurs connoiiïancë~
politiques &: Mythologiques;&: comme ayant ~ervi de'modèle
aux Cartes Efpagnolcs~ qui ont donné lieu~ a leur tour aux C~art'es'
Francoiies.
L'origine des Chiffres Romains ~c ceux ides Arabes devenus
ceux'de toute rEurope~ n'en eft pas mieux connue, ils parurent'-
toujours l'effet du hazard mais dans, nos Principes ou tout eft
pris dans la Nature j.ils dévoient avoir une origine certaine ~6c

n~nt.i~
cette origine devoit être très-Hmple ce très-naturelle rfous faL
Ibnsdonc~voir;iûf que leurs tigures font, une peinture réelle, tre<
iimple. trè&- légeremMt! 'altérée des 'nombres qu'ils expr~

G ij
Atdtt le Monde Primitif s'élevant aux caufes de tout ce qui
exiûè ) rend toujours plus IntéreHans les objets de l'ufage le plus
commun qu'on croît connoîtrc le mieux, & prouve de plus en
plus que la Nature a tout fait, qu'elle a fourni aux hommes les
ëlémens de tout, qu'ils n'ont eu qu'à fe les rendre propres Se a
tes combiner en toutes manière~ fans pouvoir ni les altérer~ ni
les multiplier.
Quant à ia maniere dont nous avons rempli ces diverses Par-
ties ,ilparoîc par les approbations: ôc par les ençouragemens in-
finiment Hatteurs qu'on daigne: RQus donner de toutes parts que
nous l'avons fait à la~atisfa~ion du PubH€~& qu'on trouve que
nous ne'fbmmes pas reHés au-dcfïous de notre Plan*
Cet avantage inehimable, peut-erre unique & .très- glo<-
rieux pour nous nous affermit de plus en plus dans nos yues~
& eu un pûinant motif pour que ~ôu~ nous occupions fans relâ-
che de ces grands objets, &e que nous fatlions fuivre les autres par-
ties Je notre Plan avec la même célérité oc avec le même inté-.
;r€t pour l'Europe. Savante~ <k le même. fruic.pour lies ~ed~adon~
namantes. ;<
1
Appelles en quelque f~rte parJa Providence à~ ce travail inff-
truSif) nous no:us croirions coupables enyors elle, <envers no:
femblables envers le grand Ordre fi nous regardions cet ou-
vrage comme n'étant pas de devoir pomr n~as & ft noM n'ous
xelâchions un inûantdansrexpoHtioBdc ces grandes ydrit~s.)
jj.j~
DF~yM/ïOH~r6/?~<y~Z,c/7~'M~
Les Objets qui nous reftent a traiter pdurren~plm'1'étot~e
de notre Plan font encore très-nombieux mais d'a)pr~les~d;~ers~ 1

principes que nous avons déjà établis~ ôc d'après tout ce que nou~
avons mis fous les yeux du Public y on fent combien ce tra-
vail fera aifé, fûr & utile & nous avons tout lieu d'efpér~ qu'à
mesure que nous avancerons dans cette carriere elle paroîtra
encore plus incéreiïante.
Nous avons actuellement fous preiïe le Dictionnaire Etymo-
logique de la Langue Grecque, ouvrage unique en notre Lan-
gue pour laquelle la Soufcription en: déjà ouverte~ qui rajeu-
nira Ungulieren~ent cette belle Langue & ou l'on trouvera les
Racines mêmes des Mots Grecs qu'on regardoit comme radicaux~
& leurs rapports avec les autres Langues.
Nous nous propofons de publier enfuite le Diû:ionnaire Ety-
mologique de ces Langues Orientales qu'on avoit toujours re<
gardées fi mal-à propos comme la Langue Primitive.
Le Dictionnaire de la Langue Primitive, réfultat de tous ceux

P~
qui auront précède & dont l'exiflence Re la certitude feront dé-
montrées par cette multitude de bafes fur lefquelles il fera ap-

Nouspoutrions ajoutera toutes ces maues un Dl~ionnaire


.Comparatif des autres Langues d'Europe &c d'Asie.
Les rapports de ces diverfes Langues avec celles de l'Afrique
& de l'Amérique.
Lé Visionnaire Étymologique des Nom< de Lieux, Fleuves
Montagnes ~l'ancien Continent. `~

Un Tableau historique par Langues de toutes les Nations du


Monde Ancien oc Moderne; Tableau qui ne feroit pas la portion
jta moins piquante de nos vaiîes Recherches,
Le DiCttonnaire Hiéroglyphique oc Symbolique deTÀntiqui<
té, avec les 'figures des; objets phynques relatifs aces fymboles.
Nous nous trompons ibrt/ou ces divers Ouvrages doivent
paroltre cuneux & intérenans, ils completteroient du moins nos
travaux fur les Langues & fur la Parole, ils feroient voir éga-
Ïem~t comment elle fe prêta fans peine a tous les befoins phy.
siques & moraux des hommes & comment elle eft devenue la
bafe nécefïaire de toute Société &e de l'Humanité entière.

2.
0~ qui nous r~/?~ ~M~~r~r les Cn o s z t
/B~M~~ Allégorique.
On ne fera pas furpris fi nous difons que les objets qui nous
jre~eat à traiter fur les Chofes, ne font ni moins nombreux, ni
moins importans la maffe des Vérités céderoic-elle en quelque
.chofe à celle des Mots ? ôc fi ceux-ci, malgré leur fécherefïe
offrent des détails fi curieux fi étendus fi piquans quels ne
doivent pas être ceux qui conftituént l'enfemble de l'Antiquité
~Allégorique & de l'Antiquité Hifiorique, qui comprennent l'ef-
pace de tant de fiécles y &c qui embraffent la fagefïc & les avions
de l'Antiquité entiere, de cette Antiquité dont la longueur des
tems n'a pu effacer entierement l'éclat ) ~c qu'inuttrerent ~es Gé-
p!es Créateurs dignes d'une mémoire éternelle ? Nous nous efH-
merons heureux, fi, animés de leur feu de leur fageue nous
jpouvons en expota~t le fruit de leurs veilles jie leurs travaux j

plaire à nos fontemporains~&êtredcque.lqu'utilicé aux Géné-


rations.futur.cs.
i Relativement à l'Antiquité Allégorique
nous devons achevez
'l'explication de la Mythologie GreG~, !&c de celfe des Egyp.
nens expofer celle des Celles ou Scandinaves contenue 4ans
i'E D D A rafÏembler celle des Indiens~ célèbres dès les tems les
plus reculés par leur profonde fhgéue ~claircir les tems primitifs
(;
¡J
des .Chinoise les débrouiller de la.même manière que nous ~vone
développé ceux de notre Occident.' l
Ce fera nous pouvons le dire une Colleûlon unique qui
montrera d'un côté avec quelle fageHe les Anciens inventèrent
tous ces Emblèmes toutes ces Allégories &c d'un autre, quels
furent leurs Principes Philofophiques & Religieux ôc avec quel
fo~ & quel emprelfement arfe~ueux ils s'appliquoient à éclairer
la maffe entière de la Société, les Habitans des Campagnes comme
ceux des Villes c'eH qu'ils fentoient, qu'autant que les individus
d'une Société, d'un Etat, d'un Empire, font parfaitement inftruits
de leurs droits de leurs devoirs & des moyens de les remplir,
autant cette Société, cet Etat, cet Empire deviennent SoriHans
qu'ils ne peuvent profpérer que de cette manière. Dans nos Etats
modernes au contraire, les Villes & les Campagnes femblent for-
mer deux peuples différens, deux races d'hommes encore plus
ûppo(ées par leur langue & par l'intrusion, que par les maniè-
res & par les moeurs. Cette in~rudion s'y borne non-feulement
aux Villes beaucoup moins étendues que les Campagnes mais
même à une très-petite partie des habitans des Villes: on diroit
que ia fciencen'eft que pour un certain nombre de perfonnes ai-
fées & c'i(ives oc que l'enfemble des hommes n'en a~ aucun be-
foin.
Sans contredit, tout objet de connoiïïance n'cA pas propre pour
tous les hommes & l'habitant des Villes peut favoir une multitu-
de de chofes qui feroient très-inutiles au laborieux cultivateur
maisilexIAe un genre d'intrusion indifpenfable pour celui-ci,
&c très-bon pour des Citadins & c'eft ce genre d'inïtrudion que
connoifïbitn bien l'Antiquité primitive; pour elle, les champs
étoient tout, &: les villes rien qu~cn fous-ordre; &: elle,auroit cru
manquer le but de fes leçons fi elles n'avoient embraiïë l'en.
femble des Peuples & des Citoyens.
3'
~~M~ ~/?<?rz~&f;
La portion d'Hifloire ancienne que nous nous propofons d'é-
claircir eft celle qui précéda les tems où les Grecs oc les Ro<
mains commencerent d'écrire.
Ces Peuples les Grecs fur-tout, nous ont tranfinis nombre de
traditions relatives à ces tems anciens mais ils vinrent malheu-
reufement trop tard & ils n'eurent ni affez de critique ni affez
de connoiffance des Langues pour remplir cet objet d'une ma.
niere conforme à la vérité & à fon importance ils ne nous ont
laiffé que des matériaux informes, comme on ne s'en affure que
trop par la levure de tout ce que d'infatigables Ecrivains ont raC-
Semblé à cet égard, & par leurs vains efforts pour en faire un tout
lumineux & fans vuides. Plus on les lit & moins on en: fatisfait
& comment le feroit-on ? tout y étonnel'imagination, & rien n'y
parle à la raifon. On voit de grands Empires fans origine de
grandes révolutions fans caufes, de grandes connoifïances fans
principes, fans commencemens des armées innombrables fans
iubflûance des dépenfes énormes fans finance. Comme dans les
Romans faits pour amufer les Le~eurs, tout y eA en fcènes en
prefHges,&:on ne voit jamais ce qui les amené les hommes
femblent fortir de deubus la terre, ou tomber du Ciel fans que
rien ait préparé cette population immenfe, ou ait amené leurs ex"
ploits, leurs vertus, leur ~agefïe ou leurs vices pour rendre le
renverfement plus étrange on leur refufe la connoiffance de ces
Arts fans lefquels ils ne pouvoient avoir exécuté ce qu'on leur
attribue; & confondant renauration perfedionnemeht & com-
munication, avec invention, on place l'origine de ces Arts dans
des
Hes tems & dans des lieux fort poAérieurs aux peuples qui en
firent ufage.
Par un renverfement d'efprit plus étrange encore on nétrit
les Princes pacinques qui rendirent leurs Etats floriffans en ne
difant rien de leurs adions, ou en les faifanr paffer pour imbécil-
les. & on n'a pas affez de termes pour exalter ces Incendiaires qui,
-fembhbles~a des rorrens débordés, ont ravagé la terre renverfé
les Empires, détruit les ailles exterminé les peuples, anéanti les
connoiuances élevé fur des bafes r~ineufes des Etats chancelans
qui n'attendoient qu'un autre incendiaire pour éprouver à leur
tour la même cataftrophe. Tandis qu'on comble d'éloges les peu-
ples qui mirent les Arts en mignature, & qui les bornerent à l'uti-
lité perfonnelle on garde le plus profond filence fur les peuples
qui les voyoient en grand & qui rapportoient tout à rucilitë
éternelle des hommes & des Etats on s'excane fur celui qui rai-
.foit paffer des pois à travers le trou d'une aiguille, & on oublie
le nom de ceux auxquels on doit ces orgueilleufes Pyramid~
élevées dans le pays le plus renommé par fa fageffe; on ofe mê-
me les flétrir, en difant qu'ils ne les deftinoient qu'à leur fervir de
tombeaux tandis qu'on nous affure que ces Princes étoicnt tou-
jours dirigés par la Loi.
Tels font les teins dont nous entreprenons d'éclaircir l'Hiftoire;
tel eu: l'objet pour lequel nous nous fommes livrés aux recherches
-qu'oNrele Monde Primitif. L'entreprife n'a pas paru facile, &C
elle ne pouvoit le paroître mais par ce que nous avons déjà fait~
peut juger de ce que nous pouvons faire à cet égard & de fon
.on
utilité. On comprend fans peine que l'Hiftoire primitive prendra
néceuairement une nouvelle forme, en la féparant de ces Allégo-
ries Ce de ces Fables avec lefquelles on la confondoit fans cène
donnant l'intelligence d'une mnJ~u'ie de Monumens qu'oa
en
jD//7:r. H
n'entendoic plus, ou qu'on entendoit mal en rétabliuant une m~
finité de rapports qui étoient anéantis en jugeant par ce qui e~de
ce qu'on a fait en s'élevant ainfi au-deuus de ce cahos d'adions~
antiques dont on ne voyoit jamais la caufe &c en revivinant
l'Hiftoire primitive comme nous en aurons reviviné la Langue.
Nous publierons plutôt l'Hiftoire de l'Humanité que celle
des hommes les Mes de l'Univers, plutôt que ceux des Nations
ifblée~. Ce ne fera pas l'Histoire de tel peuple ou de tel nècle
ce qui importe peu, ou ne peut amufer que des oinfs; ce fera
l'Hiftoire de tous les Peuples de tous les fiècles parce qu'on'
remontera aux principes même de-l'Hiftoire qu'on fera voir que
tout Empire eut fa caufe, comme tout mot eut fa raifon que l'é-
lévation, la durée, la gloire ou la ruine des Etats ne dépendent
point, comme on l'a cru de panions ou de circon&ances locales
& panageres que ces événemens furent toujours l'effet néceuai-
re ôc calculable de la bonne ou de la mauvaife application des
grands principes de toute ibciété~ & que ces petites payions ou
ces circonftances ne firent que profiter de l'état des chofes & ne
l'amenèrent jamais. Les vents peuvent bien renverfer un édince
élevé fur des fondemens ruineux celui qui eft bien auis fe joue~
de leurs efforts.
Quoi les hommes réunis en ibciété, les Etats, les Empirer
ne pourroient calculer leur durée ne pourroient pas rixer leur
bonheur ils ne deviendroient pas fiables comme leur fol & pari
ce qu'on a vu des Empires paffer comme une vapeur que le vent
diffipe, on s'imagineroit que ce même fort attend inévitablement
tout Etat, tout Empire! 1

Non rien qui n'ait fa caufe fa raifon fon principe éternel


& immuable il en eft une qui fait à jamais la profpérité des Na-
pons & des Empires, c'eft l'obfervation de leurs devoirs
uMr
feule peut amener leur ruine e'eA la violation de ces 'devoirs
le pervertiffement des caufes auxquelles ils durent leur élévation
odeur profpérité.
Nous ferons voir que tous les peuples qui ont prospéré que
Ïes Chinois~ les Indiens, les Egyptiens, les Perfes, les Chaldéens
&: tout autre ancien Peuple, ne devinrent floriffans qu'autant qu'ils
furent attentifs à la voix de l'ordre &c dociles à fes leçons qu'au-
cun LégiHateur ne fut véritablerhent grand & utile à fes con-
temporains & au monde qu'autant qu'il connut l'ordre oc qu'il fut
en rapprocher fes loix.' que toutes celles qui y furent contraires~
ne purent jamais produire d'heureux effets qu'elles entraînerent
toujours la ruine de ceux qui ne furent pas s'en préferver.
Nous démontrerons cette'grande &: fublime vérité que le
'pervertiuement de cet Ordre a presque toujours fait mettre. au
xang des grands Hommes ceux qui n'écolentque,de grands fcélé-
iats ou de grands infenfés ;.qui ne voyoient pas qu'en forçant tous
les moyens ils ne brilloient que d'une gloire paHagere, oc que
cette fauffe gloire entraîneroit la ruine entière de cet Empire
qu'ils s'imaginoient illuftrer & aggrandir que les Etats ont tou-
jours trouvé leur tombeau dans ces fauffes idées de grandeur.
Qu'une des grandes caufes des malheurs de l'Humanité a été le
préjugé exclufif de fa propre excellence, qui a engagé chaque
Peuple à fe féqueurer, à s'ifoler à ne voir que lui, à ne perfec-
.tionner que lui, & qui les a privés fans ceHc du fecours & de
rappui qu'ils auroient trouvé dans tous les autres.
Qu'aucun Empire de la terre ne pourra être tout ce qu'il peut
~tre, tandis que la terre fera couverte de Peuplades barbares ce
fauvages. Ce font ces fautes que vous expiez par les malheurs
qui fondent de toutes pans fur vous, Indiens Perfans, Africains
tnal~eurs dont on ne voit pas la fin.
HI~
On y verra encore que les Empires commencerent à décliner
~orfqu'iîs fondirent les Campagnes dans les Villes, & les Villes
dans une Capitale vafle & immense, gouffre des richeffes de l'Etat,
6c Tombeau des Générations présentes & futures que la vraie
grandeur d'un Empire eft d'être grand ce puifïànt, non dans utï
point mais par-tout, d'être tout force, tout nerf, tout ordre
qu'ainfi Rome fut grande tandis qu'elle ne vit que les Tribus de la
Campagne; & qu'elle déclina dès que l'Univers fut dans Rome
qu'ainn les Babyloniens s'anéantirent, dès que Babylone parut oc
qu'elle étonna les Peuples par fa fauffe grandeur ôc que fi Conf-
tantinople n'eût pas exifté l'Empire d'Orient fubuAeroit encore
plein de force & d'éclat.
Ici, nous avons eu l'avantage d'être aidés par une Philofophie
pleine de fens &de raifon, que nous avons rencontrée heureufe"
ment fur notre chemin, tandis. que nous cherchions quelles pou-
vpient avoir été les caufes de ces Phénomènes en apparence R
bifarres que nous préfentoit l'Antiquité hiftorique: pourquoi là
des Déferts, ici des Sociétés pourquoi là des Empires florifïans~
ici des Peuplades foibles &c languifïantes pourquoi là. de grands
Conquérans ici des Peuples invincibles pourquoi là~ de grandes
Ïumiéres, ici ignorance, fbiblefTe &: erreur pourquoi là, fagefïe
exquife ici folie, fureurs ou vains préjugés. I~ous trouvâmes
fur nos pas des Chercheurs de vérité, des Hérauts de l'Ordre, qui
faifoient pour les Sociétés, pour les Empires, ce que nous faifions.
pour les Langues, ce que nous cherchions pour les Peuples qui
remontaient aux caufes de la profpérité oc de la décadence des
Nations, qui difoient jo tout a fa caufe immuable & éternelle,;
« les Empires comme le moindre grain de blé les Sociétés font
établie&furtels & tels principes: il en réfulcera tels & tels droits
w
tels oc tels devoirs. Que ce: droits foient obfervés que cet de-
voirs foient remplis & les Sociétés feront norinantes & les
Empires feront à jamais inébranlables fur leur bafe &c l'ordre
regnera à jamais
Le plus fimple énoncé de cette fublime Philofophie fut pour
nous un flambeau divin, une fource raïonnante de vérité le
complément de nos recherches &c de nos travaux la bouuble qui
alloit nous faire paffer à travers l'Antiquité Historique & nous
aider à la rétablir avec la même certitude & la même utilité
qu'avec de principes pareils nous rétabliulons la Langue primitive~
nous développions les rapports des Langues, nous découvrions
l'Antiquité allégorique nous cherchions à démêler l'Hiftoire pri-
mitive ici, du moins, nous trouvions de grandes avances, de gran-
des données un Syltême admirable, tendant au même but & de?
couvert par une toute autre route. Ce SyAême & le nôtre fe font
donc unis comme deux moitiés en un tout; nous l'avons regardé
comme notre propre bien nous nous en fommes approprié tout
ce qui nous convenoic &c nous avons laiué le Système circuler
dans l'Univers avec un fuccès plus ou moins favorable fuivant
que les Efprits étoient plus ou moins dlïpofés que les petites
panions humaines étoient plus ou moins en jeu à cet égard, nous
n'avons été que Spedateurs nous ne pouvions être Aûeurs ou
Agens mais nos vœux ont toujours été pour fon plein 6c entier
fuccès lui ieul peut fauver les Nation: lui feul peut faire de
l'Europe une Auemblée de Frères &c de l'Univers un Tout lié
par les mêmes droits, foutenu par les mêmes devoirs, heureux par
les mêmes jouiffances., ayant ainfi le même langage, celui de l'or-
dre~ fans lequel rien ne peut fubuâer, &c bafe effentielle de toute
Législation.
Ces Amis de la vérité & du bien ont été méconnus pouvoient-
~s ne pas l'être Il faut du tems
pour que la vérité triomphe det
ténèbres, de l'erreur, des préjugés mais tôt ou tard elle fe fera
jour & on fera étonné dé n'avoir pas été plutôt frappé de fon
aîpe6!: d'avoir pu fi long-tems renier à fes charmes à fes douces
influences, à fes vaftes avantages les Chefs des Peuples, eux'mé".
mes gémiront d'avoir été trop long-tems lourds à fa voix y its
regretteront ce tems comme un tems malheureufement perdu ils
le regarderont comme des Hècles de barbarie & d'ignorance.
Quant à nous nous fa~nubns avec empreuement cette occanon
de rendre nos hommages à ces excellentes vérités, ôcd'o~rir no<
vœux 6c le fentiment de notre recpnnoinMce à ceux qui te fbn~
,èonfacrés à ces grandes oc fublimes connoiÏïances.
t C'eA ainn que ne nous refufant à aucune vérité~ que n'embrasait:
.aucun SyAême exclufif qu'ayant une conscience toujours Jarge~
toujours prompte à faifir tout çe qui eft bien, & à en profiter, fans
.craindre de revenir fur nos pas fans tenir à nos Opinions, fan:
rougir de devoir de grandes idées à d'autres, nous avons mis oc
nous mettons tous les Ouvrages tous les hommes toutes les
jdécouvertes à contribution. Nous regardons &: nous avons toujours
regardé comme travaillant pour nous, tous ceux qui ont inventée
Techerché~ découvert de nouveaux Monumehs~ de nouveaux Prin-
.cipes, de nouvelles Contrées, de nouvelles routes c'eft pour nous
,qu'on découvre de nouvelles Terres., d<} nouvelles Langues/de
nouveaux Alphabets, de nouvelles Sciences qu'on éclaircit les
Loix, les Monumens, l'HiAoiredc tous les Peuples; qu'on fonde
les entrailles-de la Terre pour découvrir fes diverfes révolutions
& fon antiquité qu'on fixe les droits &c les devoirs des Nations
qu'on s'occupe de ce qui peut affurer leur durée oc leur gloire.
Notre Ouvrage peut être regardé comme celui de tous ceux
.qui fe font occupés de ces objets comme celui fur-tout du fiècla
dans lequel nous avons l'avantage de vivre:fiècle fupérieur ~bcau~
Coup d'égards à tous ceux qui Font procédé mais qui peut être
fuivi de fiècles plus heureux qu'il aura amenés & dont il aura
la gloire d'avoir été la bâte &e l'aurore. Auui chacun pourra recia<
mer dans nos recherches ce qu'il nous aura fourni, fans qu'on puMe
dire que nos nous foyons approprié le bien de perfonne parce
que nous n'avons profité que de ce qui s'uninbit fi parfaitement
nos Principes qu'il en devenoit une conféquence néceuaire, &c
qu'il arrondiubit notre travail en le fortifiant de faits intéreuans
&: de preuves d'autant plus fatisfaifantes qu'on n~y écoit pas conduit
par ce déur défordonné de fortifier des vues tyilêrnatiques qut
égare la plupart de ceux qui cherchent: la vérité.
jDx/T~/NfZO/MyMT' /ï/M ~/?O~MF.
Comme nos Recherches fur l'HiHoirc Primitive donnent ne~
eeuairement lieu à une multitude de Queutons particulieres de
Chronologie, de Géographie~ de Mythologie, de Connoiffances
d'Usages &c. dont lafblution efUndiipenfable pour répandre du!
jour fur ces cems primitifs, &: que ces di(cuutons détourneroienc
beaucoup trop l'attention du Le~eur fi elles étoient fondues avec
l'Hi~oire même nous les en détacherons & les ferons paroître
avant notre Corps d~Hi~oire.
Elles fbrmefon: un Corps conudérabic de Dinertations fembla-
bles a celles qui compofent ce VHP Volume, & qui forme ainfï
le premier Volume de Diuertations Hiftoriques, Mythologiques,
y
Chronologiques, Critiques,-&c.- remplies de Recherches neuves
& utiles, qui rendront l'étude de l'Hiftoire ancienne plus fimple
plus agréable, plus fûre, comme on en peut juger par les titres
d'une partie de ces Differtations que nous mettons fous les yeux
de nos Lc~urs;.
.f)/<~0/M Chronologiques. `

< La fupériorité de la Chronologie des LXX fur celle dut


~Texce Hébreu tel qu'il exine aujourd'hui.
a". Le rétabluïement de la Chronologie Egyptienne, & la fuite
précife des anciens Monarques de cette Contrée avec l'accord
parfait de tout ce que les anciens HiAoriens nous ont tranfmis à
cet égard.
3~. La certitude de la Chronologie Chinoise l'explication de
fes Traditions allégoriques, le développement de fon Hiloire
Primitive qu'on a toujours & très-mal à propos regardée comme
un tiuu de Fables, indigne de toute créance.
~°. L'accord de l'Hiftoire des anciens Pertes clivant les Orien-
taux, avec ce que nous en ont dit les Grecs &: comment E~bpe~
le même que Locman~ forme un des points intéreffans do cette
concorde.
.Df~-M~O/M ~~O/X~MJ.

)*. L'accord de ce que nous apprennent les Grecs fur IoN 6c


fes Fils avec ce qu'en dit Moyfe &c la vraie lecture du nom d'un
'de ces Fils que perfonne jufques à prélent n'avoir pu fixer.
Les Traditions de tous les Peuples Chinois, Indiens;
Scandinaves, Chaldéens, Grées, Romains, &c. fur la Création du
Monde, fur le Déluge, fut les djx Générations qu'on compte encre
ces deux événemens mémorables leur accord avec ceux des
Hébreux, & l'explication des Conftellations relatives à ces gran-
des révolutions.
3*. Divers EclairciuemeM fur plufieurs Pauages du Texte Hé-
breu entr'autres, la vraie, Epoque de l'Hiftoire de JUDITH dé-
montrée par les faits même & par la correûion d;une erreur gluï~c
dans une lettre prife pour une autre.
JP~O/M
.D~o/M J~o~M <~ Critiques.
t*. L'accord des Théogonies & Cofmogonies de tous les
Peuples fur l'exigence des Efprits céleAes~ fur la chute des Anges,
fur la Trinité, fur la Providence j fur l'immortalité de l'ame, fur
la vie à venir.
2°. L'explication ôc l'origine des Fables fur Icfquelles repofe
la Guerre de Troie.
3 Q. L'origine desDanfcsfacrées, &c le rapport du MENUET avec

ces anciennes Danfes, avec la Nature oc avec la Poëde héroïque.


~o. La vraie origine de la PoE~jE ancienne, une maniere plus
exa~c de fcander les vers Grecs & Latins.
y La nature de la Poéfie Hébraïque~ modèle de celle des Grecs
&: des Latins.

Differtations 7K~Z?M, P~Z9~?~M~~ <K'<

ï". La caufe phyfique des vertus 6c des vices de Celtes tels


que M. Pelloutier en a dreffé le tableau & pourquoi la plupart
de ces Peuples font devenus fi tard des Nations agricoles &: po-
licées.
&o. Les travaux immenfes des anciens Peuples pour couper la
terre par des canaux qui portaffent par-tout les eaux &c la fertilité,
3". L'origine augufte de l'autorité Se des revenus Sacerdotaux
dans l'Antiquité primitive, & les devoirs qui en écoienc l'objet.
Les travaux que foutinrent en conféquence les Corps des
anciens Prêtres chez les Egyptiens, les Chaldéens, les Perfes, les
Indiens &c. fous le nom de Hiérophantes, de Mages de
Gymno-fbphiAes, de Bramines de Druides, &c.
$". L'origine &c la caufe des Sacrifices, &: comment le Culte des.
Payens n'étoit qu'une altération du Culte primitif.
D~r.7. i
D~o/~y~ 1.0~ les l/y~~ ~'r.
t". Jufques à quel point le$ Loix Hébraïques furent celles de
tous les Peuples déjà fubjMans queflion agitée par des Savans
d'un grand mérite mais fur de faux principes, tels que celui qui
perfuadoit qu'avant Moyfe nul n'avoit poiïedé l'art d'écrire.
a". Quelle fut la nature des Légiflations Grecques; & pourquoi
ce Peuple avec tant d'efprit eut fi peu de fens, & ne fit que fe
tourmenter & accélérer fa ruine à.pas précipités, quoiqu'Homere,
leur Auteur Claulque~ leur eut montré à cet égard le vrai chemin.
3~. Quelle fut la première Autorité fon origine, les droits,
fes devoirs, fource de la juflice.
~°. Quelle fut l'origine diverfe de l'efclavage, & des diverfes
claffes de fervitude qui exifterent dans l'Antiquité.
Quelle fut chez les Anciens l'étendue de l'autorité pater-
nelle, & pourquoi elle n'e~r plus la même.
d". Les caufes &c les avantages de la vertu fi précieufe chez les
Anciens fous le nom d'amour filial.
7°. Sur quoi fut fondé che? ces mêmes Peuples la re~pe~: & le
culte des Ancêtres.
< Quels font pour un Etat les avantages ou les défavantages
de la diftribution de tous les individus en grandes claffes dont
çhacune a fes fondions ôc fes travaux propres, fans qu'aucune
puiffe empieter fur l'autre.
<H<:W~A- l'Ordre, dC Cb/ÏC/M/?0/Z.

La plupart de ces objets paroîtront fans doute neufs, & propres


a répandre unevive lumière fur les tems anciens on fendra fans
peine combien~ d'après leurdilcunion, il nous fera aifé de tracer
1'HiHoire du Monde Primitif, ôc d'établir cette grande vérité que
nous avons annoncée qu'il fut entierement fondé fur la Nature
& fur l'Ordre général qui gouverne toutes chofes, fans lequel
rien ne peut (ubMer, & auquel devra nécenairement revenir tout
Gouvernement qui voudra prospérer maîtrifer les événement
phyfiques & moraux; bannir la barbarie de deffus la terre voir
ainfi la plus grande profpérité fe répandre dans fes Chefs & dans
tous fes individus; dans fes Villes ôe dans tes Campagnes &c de-
venir infailliblement le modele, le lien & le modérateur de tous Ie<
Peuples & de tous les Empires, fans que fa gloire fubi1fe jamais
aucune interruption.
QuePHumanité feroit heureufe! qu'on feroitfier d'être homme~
lorfque cet Ordre fera rétabli & qu'il aura triomphé de la rouille
des tems & des terribles préjugés fous lefquels elle gém!t Puiffe
ma Patrie, puiffe l'Empire magnanime des Lys auquel cette haute
deftinée femble avoir été réservée être cette heureufe Nation i
Puiffe-t'il ramener cet Ordre dont les Anciens avoient un idée fi
Sublime qu'ils l'appellerent le Hecle d?or, l'Empire-d'Aérée ou de
la Juûice nèclc &: Empire pendant la durée defquels les Na-
tions fe multiplierent, les Sciences naquirent & fe propagerent;.
les Peuples firent heureux: Hècle& Empire dont les Anciens
dirent avec tant de raifon qu'ils avoientrétechaGesde deûus~l~terre
par les désordres dan& lesquels les hommes fe plongerent enfuite.
Qu'on rentre dans l'Ordre': la paix raBoTidance~ la juAice, 1~
bonheur reviendront consoler & réjouir l'Univers ils feront lew
fuites néceHaires de ce nouvel ordre de chofes.
Heureux fi-nous pouvons du'moMs ramener l'àttention des Mbr~
tels fur les excellentes chofes qu'on leur a déjà dites à~ce fujet~
& contribuer à affoiblir les préjugés qui empêchent les Peuples
d'être fenfibles à la voix des Héraut~cAimabIssde l'ordre: & de la
félicité publique
1~
Après avoir élevé un pareil Monument pour notre propre con~
folation & i n~ru~ion, & pour celle de tous les hommes, nos
Frères & nos Amis nous nous endormirons avec confiance dans
le fein de nos Peres, comme ayant rempli la tâche à laquelle nous.
avions été appellés par la Providence quoique nous ne laiffions
après nous ni plantations, ni d6frichemens, ni familles; une truie
& fatale conibinalfon d'événemcns barbares nous ayant privé des
champs & des biens de nos Père & Mère, & nous ayant réduits à
tout tirer de notre propre fonds: heureufe nécejfucé puifque d'elle
eft fortie notre inûrudion, & de-là ces travaux immenfes & in-
téreHans qui exigeoienc néceffairement une main qui n'eût aucun
autre devoir à remplir plus heureux encore fi nous nous trouvons'
les derniers de ceux qui auront été appellés à de pareilles épreuves~,
& fi nous pouvons y contribuer par nos ouvrages 1

Nous aurons du moins i~fatisjMion de ne nous être jamais pro-


pofe que le bonheur de tous, d'avoir été fans fiel, (ans amertume,.
fans efprit de vengeance;d'avoirtoujours trouvé quetout en: bien'
dans les voies de la Providence, & qu'un des plus~ grands ennemis
que les hommes aient à craindre~ celui auquel ils ne doivent eeïïer
de faire la guerre, c'eft l'ignorance,. non de ce qui n'intéreiïe que
la curiofité, mais l'ignorance des droits.& des devoirs de chaque
homme de ce qui conilitue pour l'homme vérité & lumiere, fans
laquelle il n'y qu'erreurs, que désordres & que folie ignorance
infiniment funefte non-feulement pour tout homme en particu-
lier, mais pour tout Etat, pour tout Empire lorfqu'elle fe gliffe
dans fes Chefs & dans fes Membres c'eA alors la barque fans..
pilote, balotée au gré des vents &: que le moindre ibufne coule
à fond..
Patrie, qui me méconnus~ où je fus toujours comme étranger
où j'ai du-moins tant &. de fi. excellens Amis puises-tu fenubicx
à la voix de l'Ordre fubfifter à jamais; & remplie de gloire,
de vérité, de lumière fervir de modèle à tout l'Univers & ne
créer que des heureux
Ce tems n'eft peut-être pas éloîgné déjà on en voit arriver
L'aurore déjà des Amis de l'Ordre en font entendre la voix dé-
jà l'Europe commence à fe laffer de carnage de querelles dc'
difputes déjà on fent combien ces erreurs écoient intentées,
odieufes contraires aux droits de L'humanité & de la raifon. Avec
Virgile, & peut-être avec plus de vérité~ nous pouvons dire La
perfection des tems arrive la révolution des fiècles ramene
l'Ordre univerïel la Vierge qui tient la balance dans fes mains
reviant fur la terre elle mene à fa fuite le regne de Saturne le~
Ciel dans fes profondes devinées fait naître une nouvelle Race,
Quelle félicité quels charmes fe répandent fur tout ce qui exif-
te le Ciel la Terre~ la Mer tout s'embellit & prend une face
nouvelle
Nous pourrions ajouter avec lui Quelle fatisfa~ion pour
nous fi la fin de nos jours voyoit arriver cette vie fans fin notre'
bonheur fuprême feroit. de réunir nos forces pout célébret cét
heureux tems
M Uttima Cam:nvenitjam carminisaEtas:
Magnus ab inregro ~edorum nafcitur ordd.
Jam redir & Virgo, redeunt Saturnia regn~
a!to.
» Jam nova progenies cceto demittitur
M A~!ce
convexe nutantem pondere mundum
Terrafque, traûuïque maris, coelumque prontudamt
<* Afpice ventuto lxtentur ut omnia fecto.

0 mihi tam !ongaemaneatpars ultima vitz


M Spiritus & quantum
faterit tua. dtcere ta~a.
DES SYSTÈMES.
A~M ~o~y la page ï.
Tous les jourS on dit d'un ton d'oracle, que le Monde Primitif
n'eûj~u'un SYSTÈME avec ce mot on croit avoir jugé irrévocable-
ment cet Ouvrage;&E ons'en applaudie d'autant plus que ce mot eft
~aifiavidement par ceux qui font bien-aifes de s'éviter la peine de
lire de gros volumes, qu'il faudroit parcourir afin de le for-
mer du moins une idée quelconque de leur objet & de leur ma-
niere au lieu qu'avec ce feul mot un Ouvrage entier eft could
à fond fans.examen.
Mais comment ceux qui s'en fervent ne s'appercoivent-Hs pas
que cette maniere de juger un Ouvrage quelconque, eft d'autant
plus mal vue qu'on pourroit le rétorquer, oc objecter qu'elle eft
elle-même l'effet d'un SyAême dont on ne veut pas fe départir:ôc
qu'on préfère des SyAêmcs auxquels on e&' accoutumé, à d'au-
tres. qu'il~udfpitécu<dieii.
C~ependan~ccMc fa~o~'dc-décKieï'duvraLnevaudtoIt rien des
épithètes n'ont nulle valeur, fi elles ne font pas accompagnées de
leurs preuves: il ne fera donc pas hors de propos de pofer ici
quelques principes qui puiuent faire juger du degré d'autotité que
mérite l'obje~ionque le Monde Primitif n'eft qu'un Synême.
» Un S YsTÊ M E, félon les Auteurs d'un Didionnaire célèbre~
n'eft autre chofe que la difpofition des différentes parties d'un
Art ou d'une Science dans un état où elles fe foutiennent ton-
tea mutuellement, & où les dernières s'expliquent par les pre-
mieres. Celles qui rendent raifbndes autres s'appellent F/M.
& le J~/?<~eft d'autant plus parfait que les principes font
en plus petit nombre. I! efl même à fouhaiter qu'on les réduite
M a
un feul car de même que dans une horloge il y a un prinei-
pal reffort duquel tous les autres dépendent, il y a auffi daas
tous les Syûêmesun premier principe auquel font fubordon-
» nées les différentes parties qui le compofenc ».
Si donc on entend par l'accufation de 6'2~?c~ que le Monde
Primitif eft un tout ëtroitementllé~pofé fur des principes très-
fimples, dans le plus petit nombre poffible & dont toutes les
parties lefouciennent mutuellement l'obje~ion devient un éloge i
&c nous en acceptons l'augure.
Mais fi en attachant cette idée au mot Syûôme on veut faire
entendre que le Monde Primitif eft un tout qui ne porte fur rien
qu'il eft rantafHque comme les Palais des Fées, que fes principes
-font illufoires les faits mal vus~ les confequences nulles en
forte que l'Auteur s'eft laiffé féduire par une chimère qu'il a cru
voir ce qu'il ne voyoit pas & prouver ce qu'il ne prouvoit pointa9-
alors il ne fuffit pas de le dire il faut faire voir en quoi fes prin'
<:ipes font illufon-es
ou infuffifans,- &: comment, malgré tous ie<
)VoIumes,!a vérité re~e encore à découvrir~commes'il n'avoit rien
fait. Jusqu'alors U y abien'moins de certitude ducotédes Objedans
que du côté de l'Ouvrage &c perfonne ne peut s'y tromper.
D'ailleurs le Monde Primitiffe divife en deux grandes Parties
dont l'evidcnce&cladémonitratlonne peuvent marcher fur la
même ligne on ne peut donc les envelopper fous le même ana.
thème. Tout ce qui en: relatif aux Langues dans cet Ouvrage
porte n~r un cnfemble de faits au-delà defquels on ne peut aUer
fur la. maffe des Langues. A cet égard, le Sy~émeeA démontré
fi les principes font clairs.
Si les Langues font ramenées à des mots radicaux très-umples~
fi ces mots radicaux font les mêmes dans toutes; fi par leur moyen
<M a infiniment moins de peine pour apprendre les Langues fi on
peut acquérir la connoinance de plufieurs dans le même espace dé
tems qu'i lfalloit pour une feule le Sydéme alors eft clair, dé-
montrée néceuaire:eût-itd'ailleurs quelques défauts, quelques Ety-
mologies mal-vues elles ne pourroient valoir contre l'ensemble.
Il en eft de même de la portion Grammaticale qui jufqu'ici
avoic été livrée aux difcufrions des Savans les principes en font
H Hmples les faits tellement déduits de ces principes que cette
partie du Monde Primitif a eu le plus grand fuccès.
La portion qui prêteroit le plus à la Critique eA celle de la Fa-
ble ou Mythologie. Il e~ certain qu'en la ramenant à l'Allégorie,
nous élevons un Sy~ême bien éloigné de tout ce qu'on avoit cru
jufqu'à préfent, & fur-tout de ceux qui l'expliquoient par l'Htf-
toire mais oiero~c-on dire que leurs Ouvrages ne font pas ïyûé-
j~atiques ? oferoic-on dire qu'ils font démontrés évidens qu'ils
font les feuls fyftêmes qui puisent être vrais, relativement à rex*
pliçation de la Fable
Le Sy~éme Allégorique n'eïHl pas,en comparaison de ceux-là
plus agréable plus clair plus complet? Et s'il eft en même tems
le mieux établi de tous ceux qu'on a imaginés jufqu'ici, le plus
conforme à l'Antiquité à la Nature, à la raifon le plus fatisfai-
fant en un mot, quelle raifon auroit-on de le rejetter pour s'at-
tacher a de vieux Sy&émes qui croulent de toutes parts ? ou poux
les rejetter tous ?
Le Public d'ailleurs, placé entre le Monde Primitif &: ceux
qui le condamnent fi à la légère eft le vrai Juge c'en à lui à dé<

~a~
cider auxquels convient l'épithctede Syftêmatiques, ou plutôt dè
auel côté il y a plus d'avantages.
E 1
D'HISTOIRE ORIENTALE,
POUR LES ~J~ET~' SIECLES AVANT 7.C.

ARTICLE PREMIER.
NABUCHODONOSOR Mo~r~ SUR LE T~to~~ DE ~~JBr~o~
JL.*EMPtRE
Anyrien qui avoit dominé fi long-tems en Af!e & dont lé
joug avoit pefé fur tous les peuples, n'étoit plus. Sa Capitale, la fuperbe
Ninive avoit été détruite par Je fer & par le feu les Médes & les Babylo-
Diens venoient de fë partager fes dépouilles ces derniers alloient (uccédec
à !a gloire dont avoit joui la Puinance qu'ils avoient contribué à anéantir.
Un jeune Héros que fa naiuance avoit mis à leur tête Ce préparoi à s'en
montrer digne par fa valeur, par (on génie, parles exploits. Déjà il ~s'é-'
branloit avec toutes ~es forces & avec une partie de 'celles des Médes pour
la conquête du Midi, autrefois partage de l'Anyr}en.
Ainfi, t alloit s'élever un nouvel Empire dont l'étendue ) la puinance &
les viciSitudes méritent d'autant plus notre attention que fes intérêts furent
fans ceue n~lés avec ceux des Peuples, qui ont à cette époque les plus
grands droits fur nous, par leurs vafles influences fur le Commerce fur les
Arts & les Sciences fur la Religion même influences dont les e~cts proton"
dément enracinés s'étendent jufqu'à nous & dont il eH: très-important par-'
la même, de démêler les causes & les motifs.
Mais afin de (uivre avec plus de fucccs dans fes expéditions lointaines
NABUCHODONOSOR ainfi s'appelloit le Héros Babylonien jettons les yeux
fur les Etats qu'il avoit hérités de fes Peres, & Cur ceux qui devinrent le
théâtre de (es exploits. La connoiuance des Peuples qui les habitaient, des
Princes qui les gouvernoient, des forces qui les con~ituoient jettera, nécc~
Virement, le plus grand jour fur les objets que nous avons à dtfcuter.
/?<~<rAroM. 7. A
DESCRIPTION r~
ARTICLE

Cette vafte étendue de terres qui


II.
Occf~j~VT~fN.
eft entre la Pcf(e & la Méditerranée~
qui fe termine au Nord par i'Armcnie & par le Mont Taurus au midi par
l'Arabie & par le Gotphe de PerCe tint de la Narure une forme qui la ren-
dit propre à devenir dès le commencement le partage de plusieurs Peuples.
D'Orient en Occident elle ed coupée en cinq grandes bandes qui descendent
chacune du nord au midi ~cque forment de"x grands Fleuves qui (utvent la
même direction, le Tt~re & l'Euphraie; & deux cbames de montagnes; l'une
à i'Oriert, le Mont Zagrus; l'autre à l'Occident, le Liban l'anti-Liban de-
]à de va~cs divihons, qui donnerent lieu à autant de Peuples.
Entre 1= Z~us & le Tigre fur l'AtÏyrie.
Enrre le Tigre & l'Euphrate, la Mcfbpotamie.
Au M)di & à la réunion de ces Fleuves, la Babylonie.
.Enrr;' t'Euphrate & la Méditerranée la Syrie.
Au Midi de la Syrie, entre la Méditerranée le Liban & le yourdam qui
<defcend de ces Montagnes, la Phenicie, la PaleRine, le pays de Canaan.
Entre le Jourdain & l'Euphrate, les Amorrhéens, les Ammonites, le)
.Moabitcs.
Au Midi de ces Contrées & fur îa Mer-Rouge, les Iduméens.

~'t/E C~A~rt DE CES CO~TA~


A
Toutes ces Régions étoient de la plus grande fertilité elles abondoient eït
palmiers, en oliviers, en vignobles, en fruits de route espèce en bled, en.
befliaux. Le fol produifoit prefque par-tout du ici & du bitume celui là indiC-
penfable pour la (anre de tous les êtres animés & pour la fécondation de 1~
terre; celui-ci très-utile pour la conduction des édifices, en le convertiffant
en brique.
Les Habitans de ces Contrées croient induttrieux & acHrs. Ceux det
plaines les coupoienr par une multitude de canaux qui y faifoient circuler par-
tour tes eaux des fleuves, & les rertihtoient atn() ~utques dans les lieux les
plus e)o)gncs. Ceux des côteaux en foutenoient les rerres ~ufqu'au Nommer, par
des muts nombreux, &:Ics cjuvroienr de vignobles fuperbes. Ceux des val-
lées entrerenox'ntd'immenïeï troupeaux, qu'ils conduifoient dans les va~es
déferrs de l'Arabie~ tandis que les habitans des Villes cxercoie~t tous les Arrs~
~bii~uoient des ctuiies de toute espèce donnoicat juille façons aux nMH<re~r
premières & que ceux qui demeuroient fur le bord des fleuves & fur les
rives de la Mer, fe livroient à la navigation, & avec une hardieffe Ca" égale
portoient )ufqu'aux extrémités du monde les denrées & les oarchandifcs de
leurs compatriotes ou de leurs voiûns,&Ieurrapportoient en échange les
nchenes de l'Univers.
Ces Contrées Ce couvroient ainu d'une population immenfe q'ji paro~
fabuleufe à ceux qui ne Savent pas fe tran(porter à ces tems heureux, & qui
ignorent que la population fuit fans cène les moyens de (ubMnnce.
On y parloit une feule & même langue l'Orientale fille de la Primitive
ce qui facilitoit ungutierement les relations de ces Peuples errr'cux & la corn--
tnunicarion de leurs lumieres respectives. A la longue, il eft vrai cette lan-
gue commune prit chez chaque Peuple de légères nuances, d'ou réfulterenc
t'Hebrea, le Chaldéen, le Syriaque, le Samaritain, le Phénicien, l'Arabe, ~c~
mal à propos regarde! comme autant de langues ditïcrcnies, & qui ne (ont.
que des dialecte: de cette langue commune, trcs-peu différentes les unes des
autres fur- tour lorfqu'on e~ au fait de la manicre dont les fons fe Cubfiitucnt.
<ntr'eux connoiffance qui forme une des principales clefs des langues.
Ces Peuples avoient audi la même Religion: celle qui reconnoinoit un Dieu
Suprême & qui l'honoroit dans le Soleil dans la Lune dans l'armée des
étires ainn que dans les Elcrnens, fur-tout dans le feu & dans les eaux f?
inéceffaires & li rares dans ces Contrées brûlantes. C'ett cette Religion qui.
forma le SABEisME, Religion pure dans (on origine faine dans <a morale,
qui s'altéra plus ou moins dans la fuire, & qui a laine des traces profondes
dans l'Orient chez les Gucbre!, defcendans des anciens Perfes chez les
Drufes, defcendans des premiers peuples de la Syrie; & dans la Babylonie ou~
l'on voit encore de nos jours de grandes Peuplades de Sabéens.
L'état de ces belles régions a prodigieusement changé de fiècle en ne-
cle. Jufques au tems dont nous entreprenons de tracer l'efquine, ces leu-
ples s'étoient touiours élevés à un plus haut point de profpcfitc & de ~p'en-.
deur mais dès-lors ils ne firent que dccroKre parce qu'ils furent toujours
Soumis à des Princes étrangers, qui ne prirent aucun des moyens nccenaires
pour faire fleurir ces Contrées. Elles panèrent fuccenivement d'une main ty-
rannique à une qui l'eroit encore plus d'abord entre celles des Pertes pui!'
d'Alexandre & des Séleucides, Princes fans cefre partages entre les p)aif)rs les
plus licencieux & tes guerres les plus intentées ils devinrent ensuite la proie
tour à tour des Romains & des Parrhes ils tomberent ennn (ous la puinance
~cj[tructtve des Ottomans. AniH, les plusbeau~pays de la Nature Ce chan-~
AijiJ
gent en défères fous le génie malifai~nt de Barbares plongés dans l'Igaoranc~
& ennemis de tout ordre.
Ajoutons quq ces Peuples avoient a l'Orient les Elamites habitans de
la Suuane de l'Elymaïde plus loin, les Perfes & au Nord des Elamiies 9
les Medes, Nation déjà puante. Au Septentrion, les Arméniens, que leurs
hautes montagnes n'ont jamais pu garantir d'une domination étrangère à
rOccident, les nombreux habitans de l'Aue mineure, divines en une foule
de Narions entre letquelles fe di~inguoit le Royaume de Lydie qui en avoit
déjà conquis la plus grande partie. Au Sud-Oued, les Egyptiens, Peuple de-
puis long-tems célcbre & ~orifïant mais que des principes détériores entra!"
noient vers fa ruine.
D B o M DE CES CoyrR~t~.
Les noms de ces Contrées n'ont pas éprouvé moins de changement que
le pays m~'ne on comprend fans peine que chacune des Nations qui les po(~
.(cdereni ~ccefUyement, en altérèrent ou en changèrent: les dénominations.
L'AssYRiE s'appe!)e aujourd'hui CuRD-isTAN, pays des Curdes ou des
Montagnards. Ils occupent en effet la chaîne du Zagrus & en particulier les
monts appellés Gordyens, ou Cordes dont on a fait le Curdidan mot qui
remonte ainn aux rems les plus reculés.
La Babylonie & la Chaldée portent le nom d'iRAc-ARABE d'7r<!C, ancien
nom des pays ntués le long du Tigre & ~r~<, parce que les Arabes fè font
emparés depuis long-tems de ces belles Contrées.
La Mésopotamie & la Syrie furent connues toutes les deux dès l'origine
(bus le nom d'ÂRAM nom d'un fils de Sem; mais on les didinguoit par di-
.vcrtes épitheies.
La Méfopotamie s'appelloit ~<ïM'<ï/ï, Aram des Fleuves PAD-
~P~(tM, fAram gras & fertile.
La Syrie étoit divifëe en pluneurs Royaumes qui portoient le nom de leurs
Capitales ainu il y avoit Aram-Damas Aram-Hamarh, Aram Zoba, Aram-
Geshur.
Les Grecs fubfHtuerent à ces noms ceux de Mésopotamie & de Syrie. Le
premier e(c de leur compoi~ion il fignifie M~rc les Fleuves.
Celui de Syrie a fort intrigué les Critiques mais n l'on conndere que ce
pays fut connu des Grecs par le moyen de Tvr, dont le nom Ce prononcoic
également Syr & qui en étoif la ville la plus diftinguée, on cçmprendrt
6n5 peine que le nom de SYRIE qui étoit celui de Con territoire, devint MM-'
tellement celui de toute la contrée: ainn que nous avons nous-mêmes étendct
les noms d'Ane, de Ruffie, d'Amérique, fort au-delà des terres qu'ils dé"
~tgnoient primitivement.
Actuellement les Arabes, & nous après eux, appelons la Méfopotamie
DiÀR.BEc, mot-à-mot .ye/osr des Fleuves on voit qu'il n'eiï: que la traduc-
tion de l'ancien nom.
Quam à celui de Syrie ou Surie, il s'e~ altéré légèrement en SouRiE~
~eu)s rcnes de l'antique gloire de Tyr.
Le pays de Canaan avoit changé de nom & de maîtres. Le long de' la côte
étaient la Phénicie la Païenne, ou pays des Philiftins, le Royaume de Juda,
t
car celui d'Ifraël n'éxinoit plus peuples d'un territoire très borné mais dont
le nom atteignoit les extrémités du monde connu, &: qui Cub!ifiera tandis
qu'il y aura des ames fenfibles aux grandes.chofes.
An-d~Ià du Jourdain étoient encore les Amorrhéens, les MoabitesJ
tes Ammonites, peuples nombreux, mais qui furent bientôt confondus avec
les Arabes du défert, ain(t que ceux qui demeuroient à leur midi; les Ma-
dianites, les Lduméens qui donnerent leur nom à la Mer-Rouge & les nabi"
tans des Tentes de Kedar, peuples célèbres, quoiqu'il n'en exide de traces que
dans t'iMoire.
Z~ E~~y~o~r~.
La BABYLONU, ou Chaldée propre, avoit au Nord 1'.Airyrie & la Métope-~
tamie à l'Orient la Sufiane & l'Elymaïde au Midi le golfe de Perie à l'Oc-
cident l'Arabie.
C'eH: une Contrée ou il pleut rarement: elle étoit néanmoins d'une fertilité
prodigieufe à caufe de l'industrie de fes habitans qui coupoient toutes leurs
terres par de vafies canaux, en forte qu'elles étoient continuellement ar-
rofées par les eaux réunies de l'Euphrate & du Tigre.
Ces canaux étoient couverts de faules fuperbes ce qui faifoit donner aux
environs de Babylone le nom de Saules: au(H les Ifractites captifs
difbient dans le beau Cantique relatif à leur malheur: Nous avions fufpendu
M nos
harpes aux fautes de ce fupcrbe Fleuve qui arrofe Babel, lorsque le Vain-
M queur nous pria
de chanter quelqu'une de nos hymnes ravinantes
HERODOTE dit que le l'apport de la terre dans cette Contrée, étoit tel qu'il
n'auroit pu le croire s'il n'en avoir été le témoin. Il afiure que par l'abondance
de Ces productions, elle valoir un tiers de l'Empire des Perfes de cet Empire
qui renrermoit cependant des Contrées infinimcnt riches, icUcs que l'E-
gypte, la Syrie, l'Aue mineure: que dans les bonnes années un grain en ren~
doit trois cenr, ce que confirme STRABON ( Liv. XVI ), & dans les années or<
binaires deux cent ce qui fait deux cent cinquante, année moyenne, cette
année qui (en à rester les baux & les fermes.
Mais ce rapport étonnant fe réduiroir à de plus justes bornes, fi au lieu de
l'appliquer au Moment, comme t'ont fait tous les Critiques, on l'applique à ce
qu'on appelle ~c~~ 7~M/ ou l'épi de ce bled pone)'(qu'a huit rangs
de grains, à trente grainspar rang, ce qui fait ~o pour un. II eft des can-
tons dans les Indes, ou ce rapport cft même le double de cetui-tà, un même
épi y produisant jufqu'a quatre & cinq cent gr.tins rangés fur huit dix &
~ncme douze rangs. Des ~ors, cette pfa~fe neferoit point venue d'Amérique,
tomme on le iuppofe e.Ie icroit au contraire originaire de t'Orienr, ainn que
toute autre chofe.
Ce qui prouveroit encore que c'efl du bled de Turquie dont il e(t quefUott
ici c'eft qu'Hetodote ajoute que le bled Babylonien s'éleve fort haut & que
(es feuilles avoient quatre doigts de large; mais tette eft la largeur des feuilles
du maïs, comme t'obfcrve fort bien une Personne qui écoure la iectute de
ceci, & telle eft la hauteur du mais, qui s'élève en Virginie de huit à dix
pieds.
Srrabon ~e ~crt fur-tout du mot or~<' en parlant de ce bled eïtraordinaire de
i'Orienr & on obCerve également que le mais a les plus grands rapports avec
l'orge aufliles Mexicains en font des tiiannes, comme nous en butons avec
l'orge.
Le millet & le (efame y parvenoient auût à une grande hauteur: on tiroit
de l'huile de cette derniere plante,
Les Palmiers y éroient très-abondans on en tiroit alors comme anjour"
d'hui, à ce que nous apprend ST~ABON, du pain, du miel, du vin, du vi.
maigre, divers va(es. Ce Géographe parle d'un Poëme Perfan ou l'on célébroit
les trois cent foixante utilités du p&lmier on voit par-là que les Pocmes d'HiC'
toire Naturelle font ircs-anciens.
N'omerrons pas qu'une des grandes caufes de la fertilité de cette Contrée,
1
étoit le débordement de fes fleuves pendant les mois de l'été.
Les Babyloniens d'ailleurs étoient très-entendus dans la fonte des métaux
& dans la plupart des Ans ils furent très-renommés par leurs Manufactures
leurs beaux ouvrages en broderie, leurs riches étoffes, leurs belles Mpineries,
leurs toiles de lin qui leur fervoient à faire du linge. Caton ayant eu en héri-
tage un manteau Babylonien il le vendit (ur le champ, n'étant pas ou de-<
daignant de porter un habit de cette magnificence. Pline dit qu'une tapuÏcr~
de cette Contrée pour une (aile a manger fut vendue à Rome une (bmme
qui équivaut à peu près à cinquante Inttle écus c'eft de-là que vint auCt le
mot ricamare broder, con(ervc dans la Langue Italienne.
Nous ne dirons rien des merveilles de BASvi-onE; elles font fumfammenc
connues contentons-nous de dire que fon enceinte croit infiniment plus vaOe
que cette de Paris, dans la proportion au moins de cinq a deux; & qu'elle ren-
fcrmott de grandes maibn'. de trois a quatre étages. Cette Ville pouvoit donc
contenir le doub!e d'habtians que Paris & on n'en doir pas être étonné, vu
l'étendue du vafle Empire dont cite Ctoic la capitale, (a haute antiquité & la
denfucUon de Ninive.
Ce Pays renfermoir nombre de Vt)!es nous n'indiquerons que celles-ci.
BORSIPPE, ville avec une tbrterene où (e renferma le dernier Roi Babylo-
nien, & où il fut fait phibnnier par Cyrus. Strabon dit qu'on y voyoit deux
Temples confacrés l'un au Soleil, l'autre à la Lune, & dans le langage des
Grecs, a Apollon & à Diane. C'étoit une des Ecoles les plus :!tuHres des Chal-
déens. On l'appelloit auu'i Se/n~-v~, paffage du CieL L'Euphraie y porte le
nom de Wadi-us-Sema, gué de Sema, ou du Cie).
OPIS au nord de Babylone & fur le neuve. XENOPHOM en parle comme
d'une très-grande ville, & l'abord le plus fréquenté de la Chaldée. Lorsque les
Pcrfes en furent maires, ils conftfuidrent des digues pour interrompre, dit-
on, la navigation du fleuve, afin d'en fermer l'entrée aux Etrangers. Alexan-
dre fit détruire tous ces travaux pour rétablir cette navigation. Mais il c(t beau-
coup plus apparent que ces digues furent élevées pour.fournir de l'eau aux
campagnes voinnes l'eau étant pour les Pertes une des cho&s les plus pré-
cieufes.
ORCHOÈ ville qu'on a pris tres-mal-à propos pour la ville d'Ur, même
le fameux HYDt. 6'étoit aufll une Ecole iHu~re de Philofophes Chaldéens.
TEREDON à l'embouchure d? l'Euphrate.
A l'Orient de cette embouchure <ont diver<' chareaux furnommcs Kour~
mot~.mb)able au Kot & ~&~ de~ Indiens, & qui revient à nos noms de CoMt
ce de Huite qui tous deu~nem des objets propres à couvrir.

\PB~ PHILOSOPHES C~J~~JBJV~.


Les Babyloniensavoient des Lettrés, des Savans qui, femblables aux Mages
Perfans & aux Hiérophantes Egyrtiens~ étoient à la tête du culte religieux oe
~t toutes les connoinances ils font célèbres fous le nom de PhUofbphes Ch~~
déens. Ils avoient des Ecoles ou des Académies iUu(tres à Baby!onc, à Bor~
fippe, à Sippara, à Otchoc, &c. L'Agronomie fans laquelle il n'y a point d'a-
griculture & qui (ère à régler les Fèces, formoit une de leurs occupations enen-
tie!)cs: à cet égard, leurs connoinances étoient très-avancées, on peut dire
étonnantes car ils aboient déjà découvert la vraie figure de la Terre fon mou-
vement autour du Soleil, la préceffion des Equinoxes ils calculoient les
Eclipfes, ils connoinbient le mouvement des Comètes; connoinances dont la
découverte à fait tant d'honneur à nos Savans modernes,parce qu'elles s'étoient
perdues comme tant d'autres chofes, avec ces anciens Sages, qui peut-être
les devoient eux-mêmes à un Peuple plus ancien, tige de tous les autres.
Aum lorfqu'Alexandre prit Baby lone Cati~hene y trcuva des Observations
AOronomiques faites par ce.) ~ages &: qui remontoienr à dix neuf cent ans.
Ces Philofophes ctoient Sabc<.ns audi cette Contrée eft encore de nos
jours remplie de Sabcens,iurnommcs Chrétiens de (aint Jean Peuple donc il
iercit tres-interef~ant de conno~rre les dogmes &: les livres.
Ils prendoient à l'Almanach ou Catendrier; &: ils le publioient fous le nom
de .K<M~ al P/~AH<K,Li\'re d'Agriculture.On y voyoit,comme dans nos vieux
Almanachs, les laifbns &: les jours favorables pour les opérations du labourage,
J
le rems propre pour la pêche, la chaue, &c. les recettes unies, telle que pour
exterminer les <auterettes,&c.
Srrabon dit que plufieurs d'enrr'eux prédifoient la devinée des hommes
par reiat des A~res à leur naiuance mais que les autres les dé(approuvoient
en cela. L'on voit par-là que quoique t'AHrologie fbit trcs-ancienne dans l'O-
rient elle n'avoir pas encore à cette époque inrecté tous les efprits & que
les Chaldéens etoient déjà divines en diverfes Secies.
Ce Géographe nous a conserve les noms de quelques uns de leurs plus
grands Mathématiciens, Cidenas Naburian, Soudin, Zehucus ce dernier,.
contemporain deSrrabon, pui~qu'i! ajoute, il <~ C~~n ~c S~~e.Mais
que font ces noms, fepares des objets par ieiquefs ils étoient devenus il-
lustres
Quelle fut l'origine de ces Savans C'efr ce que perifbnne n'a recherche t
<suayons de répandre quelque lumiere fur cet objet.

Du CHEF CB ~C~~LD~ 0~ .D'AP~.X~.D.


Le nom Primitif des Chaldéens en: CAsotM ou CA<ct, mot qui te chan<
geainIenubiementenceiuideChaldeens. Ona~uppoic en ccruequence qu'ilc
defcendoient
cendoient de CA~/«~ neveu d'Abraham mais il faut remonter plus haut; car
à cette époque, les Chaldéens étoient déjà exKtans & di~ingués. Neuf géné-
rations ou neuf fiècles plutôt, nous rencontrons un personnage qui onTe
toutes les qualités requifes pour le fondateur de ce peuple c'eft A R p H A-
CHA se en Orientât "]-31M, fils de Sem & Chef des Peuples qui In-
biterent les rives du Tigre & de l'Euphrate, Chef de cette Famille établie
dans la Chaldée & de laquelle fortit Abraham. Mais ce nom qu'on a altéré en
celui d'.<<M:<~ eft certainement fignificatif, puisqu'il e~ compofé de deux
mois, dont chacun eft très-remarquable, & puifque c'eft presque tefeut nom
entre tous ces Patriarches qui foit compote.
Cafd eft un mot Oriental qui déftgne un Savant celui qui conno~c les
choses cachées, qui les voit, qui les devine il ne pouvoit être mieux choiG
pour deugner ces Sages de l'Orient.
Arphe, même nom que .celui d'Orphée, déngne un Savant, un fils de la
lumiere, un Médecin qui guérit les maladies de l'âme comme celles du corps,
un homme qui devine les ehofes cachées, qui e(l prodigieux, comme nous
l'avons déjà dit dans le Difcours préliminaire de la Grammaire Universelle
Comparative ( pag. XLVI ).
~~A<t-C<~ eu: donc mot à mot l'InfUtuteur, le Chef, l'Orphée des Cad-
dim ou Chaldéens.
Ce nom feroit donc une épithete. Mais quel feroit fon vrai nom ? Peut-
être exifte-t-il & qu'on n'aura pas fu le voir. De Sem jufqu'à Abraham IjB
Texte Hébreu compte dix Patriarches. Les LXX. en ont inféré un de plus entre
Arphaxad &Se!ah, qu'ils appellent CAÏMAN, & qui a extrêmement em-
barraffé lesCritiques;les uns croyant que ce nom s'eft glide mal-a-propos dans
les LXX les aunes (buienaot que ce Personnage a réellement exi~é. Mais ne
pourroit-on pas concilier ces textes,ces opinions,en difant que Caïnan & Ar-
phacafd déngnent le même Personnage que le premier de ces noms cft fon
nom propre que le fecond renferme fes caractères dUtineHis que c'eft mot.
à.mot C~<ï /'77!~<<H7', ~0(~A~ des ~<<7! ou Chaldéens P
Dans la fuite des tems, on aura cru que ces deux noms dcngnoientdeux
pef(onnagesdiHcrens:les Critiques Hébreux auront alors (upprimé le premier
nom, comme s'étant gtifle mal à-propos daas cette Ceconde férié de Patriar-
ches, où il auroit été inféré d'après la premiere férié des dix Patriarches avant
le déluge & les Critiques Grecs au lieu d'imiter cet exemple & le prenant
p.our un XI c. personnage, l'auront confervé,
.P<To~. 7. B
Ce n'e~: pas le feul exemple que fournira l'Hitroite ancienne d'une pareille
confuhon.
s s y A

L'AssYRiE étoit renfermée entre le mont Zagrus & le Tigre, ayant la Mc-
die à l'Orient, l'Arménie au Nord, la Mésopotamie à l'Occident, la Baby.
toaie au Midi. Nous avons déja vu que Ces habitans s'appellent aujourd'hui
Curdes, peuple agréée comme les montagnes qu'it habite, qui a confervé la
Religion du ïeu ou des anciensSabeens,&: qui fait encore fe rendre redoutable
à tes voinns.
Ce Pays étoit abondant en bled, en vin, en oliviers, en miel, ain6 qu'on
!e voit par le difcours des Généraux de Sennacherib à Ezéchias ( II. Rois
XVIII )i) il ttoit arrofé par de grands neuves, le Tigre, les deux Zab~
l'un plus grand l'autre moins considérable, le Gorgus, &c. Il n'eu: donc pas
Surprenant qu'il ait été peuplé de très-bonne-heure & qu'à caufe de fes
grandes reuources il foit devenu un Empire renommé.
II renfermoir un grand nombre de Villes noriuantes, que les Grecs div!"
ferëni en ~ept ou huit diftrids dengncs prefque tous par des noms de villes
très-anciennes.
Un de ces dtCtricts arroge par les deux Zab, qu'on prononçoit également
Z?d~&: D/< en prit le nom d'AB!ABENE.C'e(t.làqu'etoitNinive~ Arbete~
Gaugamete, &c.
NINIVE, fur le Tigre, etoit plus grande que ne l'ait jamais été Babytone r
on peur donc admettre le calcul des Hébreux qui fait monter fes habitans
au double de ceux que renferme Paris. Le compte en eft fort aifé JoNAs dit
qu'on y voyoit cent vingt mille en~ns qui ne Tavoient pas difUnguer leur
gauche de leur droite ce nombre renferme tous les encans depuis un jour
jufqu'à trois ans. C'efl donc quarante mille enfans qui y naiffoient par an
tandis qu'à Paris, la moitié moins peup!ée, it en naît au moins vingt mille par
an. Ajoutez à cela que depuis plufieurs fiècles Ninive etoit la capitale d'un grand
Empire que (es Rois y avoient transporte des Colonies de. toutes parts, &
qu'elle étoit dans une n heureuse ntuation que fon territoire n'a jamais cen&
d'être habité. C'e~ fur une partie de ~on ancien terrain qu'on voit aujour-
d'hui la vi)!edeMosouL.
CALACH près des fources du Zab & capitale de la Cahcene.
SITTACE, Capitale detaSittacene~ & queXENorHoN repréfcnte comme
une Ville très-florffante très grande, très-peuplée avec un grand pont fur te
Tigre de rrente-fepr bateaux.

~opor~
CHALA~ Capitale de la Chalonitide ,province la plus méridionale.

LA MEMPOTAMiE en cette vafte Contrée que renferment l'Euphrate & le


Tigre & qui eit entre l'Arménie au Nord, l'Anyrie à l'Orient, la Babylonie
& l'Arabie au Midi, la Syrie à l'Occid. Son nom moderne eu: Diar- Bek
m.-à-m. féjour des Fleuves elle étoifn fertile qu'on l'appeHa PADDAN-AR.AM~
l'Aramée grane, fertite on l'appel!oit auui ~r<<M NaA<ï/'<ït/n Aram des
Fieuves.
Les Arabes Nomades ou Bedouins s'emparèrent de trcs-bonne-neure
du Midi de cette Contrée. XjsNopHON les trouva déjà en ponemon du
pays ils t'etoient encore du tems de Strabon. Leurs Emirs, peu riches, fai..
foienc p~yer, ajoute-t-il, des impôts exceffifs aux Voyageurs & aux Mar-
chands ce qui genoir,dic-il, prodigieu(ement le commerce, & t'anéannubic
prefqu'.ënticrement. Que de Princes font encore Emirs en cela
Les Géographes Grecs 'divifent la Méfopotamie en plufieurs Contrées,
dont nous ne pouvons faire ufage, parce que les noms qu'ils leur donnent font
po~erieurs de beaucoup au tems dont nous parlons. Nous nous contenterons
de parler de quelques-unes de fes anciennes Villes.
Nous remarquerons fur l'Euphrate
BAR-BALISSE ou BELES, que traversèrent les Grecs qui accompagnoienc
Cyrus le jeune. Le Satrape de la Contrée y avoic un Palais &: un jardin planté
d'arbres de toute espèce. On y voyoit la (burce du Daradax. Cette Ville e~ à
l'Occident du fleuve.
BASILEIA ou la Ville Royale, avec un Temple de Diane ou plutôt de
Lune, attribue tres-mal-à-propos à Darius les Perfes n'avoient que des Py-
rées & ils détruisent tout autre Temple.
BIYNAU ou en encore un Temple de Diane, ou de la Lune. Ce nom (e-
roit-il une altération du nom de J?~~o~ ou Venus!
CIR.-CESSE lùr le cannuent de l'Aboras ou Chaboras avec l'Euphrate.'
On croit que c'eu: la fameuse Carkemis, dont nous aurons qccanon de parler
dans peu.
Z A 1 T H A,~m. l'Olive à caufede Ces campagnes abondantes en oliviers.
RAHABA, la Grande, &: GAo~THA, la Haye, ville en face de Zaidu, à
B ij
l'Occident du fleuve. Benjamin de Tudele en parle comme d'une Ville gran-
de & fort agréable aujourd'hui elle n'offre que des ruines.
DURA, dans un territoire tres-~erute & qu'on dtfoit avoir ~re bâtie par
les Macédoniens.
RAHABA-MELIK m. à m. ta grande Ville Roya!c.
CARMANDA Ville grande & norinante, où les Grecs (e rburninoient de
vivres en panant te fleuve fur des radeaux.Obfervons que cette Ville celles
que nous avons indiquées à l'Occident de t'Euphrate, peuvenr être confidérées
comme appartenant à la Syrie.
NAHARDA, Ville très-forte tr'cs-peuplée & dont fes campagnes étoient
très-étendues & très-fertiles.
POMBEDITHA ou Al-Jobar où les Juifs eurent une Ecole célèbre
apr~s t'enriere ruine de férufalem.
BESECHANA, avec un Temple de la grande Déeffe de Syrie; on !'ap-
pelle aujourd'hui Meslid, ou Mofquée.
SIPPARA ) la même qu'on appelle Hipparenum les Chaldéensy avoienc
une Ecole ittu~re les Perfes en ruinèrent les murs. Son nom fignifie Ville des
Livres, & eft célèbre dansHMoire Chaldéenne duDcluge.C'eai-ta que:
l'Euphrate fe divifoit en deux grandes branches.

Sur le 7~
SINGARA, au pied des montagnes qui portent le même nom.
BETus, ou BETufa, nom formé de Beit, Bet maifon habitation.
VIRTa~ ou BIRTa place tres-rbrte & très.ancienne.

Dans les 7'errc~

EDESSE:, dont te nom primitif fut RHOE, & en Grec CALLI-RHOÈ;


a caufe de fes belles eaux de-tà encore !e nom d'OSROENE donné à tout
ce coté de la Mésopotamie & qui forma long-rems un Royaume fepare.
BATNE près de l'Euphrate & où Ce tenoit au mois de Septembre une'
Foire immenfé remplie de marchandifes des Indes & des Seres.
CARRES, t'àncienneHaran ou Charan, où Abraham fejourna quelque'
rems, en descendant de la Ville d'Ur.
NISIBE, au Midi du mont Manus c'ctoit une VtHe très-grande, très-peuplée
très-ancienne nellec~ la même qu'AcHAD comme le prétend S.Jé~
rôme dans fes Quêtions fur la Genefe X. i o.

y R 1 E.
La SYRIE éfoit bornée à l'Orient par l'Euphrare & ta Mésopotamie ad
Nord, pat le Mont Taurus au Midi, par le Liban qui la Céparoitde la Phé..
nicie, du pays de Canaan de l'Arabie. Elle étoit divifée par les montagnes
en trois grandes parties, la Syrie Septentrionale, la: Syrie Maritime, & la
CceIe-Syrie ou Syrie creufe celle-ci étoit une réunion de pluneurs values
très-belles tres-remles, tfcs-peuplées, & qui forment aujourd'hui l'habita-
tion des DpustS.
Deux vaHées de Syrie prodùifent une grande abondance de (el l'une
quatre lieues d'Alep l'autre près de Palmyre. Quelques Savans ont cru que
c'étoit dans cette derniere que David tailla en pièces dix-huit mi)Ie hommes
en revenant de la conquête de Syrie mais ils ont attribué mal-à-propos a ce
lieu un événement qui regarde l'Idumce.
Cette Contrée qui a plus de cent vingt lieues de long, (ur une centaine
dans fa plus grande largeur eft au(K agréable que ternie elle tburninoit aux
Phéniciens grand nombre d'objets de commerce. Ses habitans en faifoient eux-
mêmes un trcs-connderable fur l'Euphrate &: par caravanes avec les Babylo-
niens, les Adyriens, les Pertes, les Indes. Des Marchands Syriens venoienc
même jusqu'à Paris fous la première Race de nos Rois ils etoienc attirés fur-
tout par le grand commerce de Marseille avec le Levant.
GRÉGOIRE deTouB-s ( Liv.X.) rapporte qu'à la mort de Ragnemond, Evêque
de Paris, un Marchand Syrien nommé Eu(ebe,parvint, à force de pré~ens,à (e
faire nommer Eveque de cette Ville, & qu'il remplit fa maison & fbn Ecole
d'Adminidrateurs Syriens. Il dit au~ït ( Liv. VIII ) que lorfque le Roi Gon-
tran nr Con entrée à Orléans tout le peuple vint au-devant de lui en chan--
tant Ces louanges, chacun dans fa langue & il nomme enir'autres les Sy-
riens.
Ainfl non-(eulemenr, ils venoient dans le Royaume, mais ils s'y étab!!i~
foient ils y étoient en grand nombre ils &i(bient alors ce que nous faifons'
aujourd'hui à notre tourpour les Echelles du Levant. C'eft qu'ils étoienr en-
core des hommes :c'e~ qu'ils n~avoientpas'encore été écrases parunePui~
&nce oppreSIve. Ils apportoient en France deyétotïes de foie, du lin du paL-
pier d'Egypce, des vins grecs, du vin de Gaza qui y doit eûimc, des racines
d'Egypte, des hui!es, des pierreries, &c.
ï. Cs~jE-~y~jrjE.
Dans la Ccete-Syrie, on comptoit avant l'époque dont nous parlons di-
vers Royaumes ceux de Damas, Hamath, Genur, Zoba, &c.
DAMAS, qui fubnfte encore, fut toujours tres-conndcrab!e par l'abon-
dance de fes tuniaincs & de fes fources qui forment divers ruideaux réunis
ensuite fous le nom de C~ry/or-ro~ ou rivière d'or, parce qu'elle en entraîne
fans doute dans fon cours. Le terriroire de cette Ville eft d'ailleurs très-fertile.
HAMATH, ville très-ancienne fur l'Oronte & au Nord de Damas; elle fut
appellée Epiphanie par les Grecs & n'eft pas Emefe comme on l'a cru cette
derniere étant plus bas & l'ancienne ABULPEDA, Auteur d'une Defcrip-
tion très intcreffance de la Syrie, ctoit Prince d'Hamath.
Le furnom de ou de Grande fous lequel elle eft dengnee a mis
en défaut tous les Critiques & même les Auteurs de t'Hi~oire Univerfelle
itsenconc'uoienc qu'il devoir exiger une autre Hamath qu'onnefavoifou
prendre ils ne raifoieni pas attention que cette épithète dcngna con(-
tamt~ent une Capitale c'eft aind qu'on eft teujours trompé p~r les mots.
lorsqu'on ne~aicrasies ramener à teurju~e valeur.
GESSUR ou GESHUR ville au Midi de Damas & à t'Ofient des fources du
yourdain on en ~it trcs'peu de chofe. L'Hiftoire Sainte nous apprend qu'Ii-
bo(eth, fils de Saül, régna fur cette viDe, & que dans ce même tems David
epoufa Mahaca, fille d'Ammiud, que les Auteurs de l'Histoire Univerfe!)e re-
gardent comme Roi de Geuur du moins fon fils To/o/ir~t, frere de Mahaca
en étoit Roi lorfque ~on neveu Ab~aiom (e réfugia chez lui. Nous aurions donc
ici les noms de trois Rois de Geshur /~o/< fils de Sai.it ~w~/H~, beau-
pcre de David To/c/Mt, Ion fils. Il eft afiez étonnant que le premier ait
échappé aux Auteurs de !'H~uoire Univerfelle.
ZOBA :eHe ctoit Capitaie de la Syrie Orientale furies bords de i'Euphrate:
auffi lorfque David en eut fait la conquête fur Adad-Efar qui en étoit Roi,
~bn Royaume s'étendit jufques fur l'Euphrate & même au-delà du moins fi
la ville de Zoba dont la utuaiion en: inconnue à tous nos Géographes, e~
la même que Ninbe de Mcfopotamie. Le Savant MjcHAEi-is n'en doute
pas il a publié à ce fujec une Dtnertation trcs-intereuante, où il veut prou-
ver que cette ville s'eA appellce fuccefllvemetu SoBA, SuBo, SjtpA, cnùn
Nt-StBE: il s'appuie fur-tout de quelques Vernons Orientales trcs-e~imees,
qui rendent conflamment le nom de ZoBA par celui de NtStBB.
Outre ces anciennes Capitales, on voyoit dans la Ccete-Syrie nombre de
villes remarquables.
APHACA, avec un Temple, un bocage &: un lac confacrcs Vénus. On
contoit de ce lac que toutes les onrandes qu'on y jettoit & qui étoient agréa-
bles à la Deene, defcendoient au fond du lac, quelle que fut leur légèreté
& que celles qui lui étoient de(agrcables(urnageoient,quelteque fût leur pefan-
teur mais SEMEQUE(QM</?.~<!<. 777. tj.) explique ceMydcre en difanc
que tout y furnagcoit, par un effèt de la pcfantcurde ces eaux. Nous voyons
du moins ici deux ufages communs aux Celtes & dont nous avons parlé
celui d'honorer les lacs & les fontaines c<: celui d'y jetter des ofirandes.
AD!LA, Capitale d'un petit Etat appelle l'Abilene.
PAR.ADISUS, fur une des fources de l'Oronte. Ce nom alteré de l'Oriental
Fer-dous qui fignifie un Verger délicieux donne l'idée la plus avantageuse
du Cite & de la beauté de ce lieu..
HELIO'POLIS ou ville du Soleil nom Grec d'une ville appellée en Orien"
tal BAL-BEc nom qu'elle conserve de nos jours & qui fignifie également ha-
~<!f<c/ï <~ ~o/~7 c'etoit une ville ~perhe les ruines dont elle e(t remplie
(ont de la t'tus grande magnificence de Savans Anglois en ont donne
une Description auïn curieufë qu'étendue.
PALMIRE, en Oriental TADMOR, ou ville de! Palmes fut célèbre dans
l'Antiquité par fes richenes, & par les exploits de Zcnobie comme elle l'eft
aujourd'hui par la grande beauté de fesruines. Elle eft fituée dans le defert qui
eft fur la rive occidentale de l'Euphrate Salomon en fut le fondateur du
moins il l'aggrandit &: la fortifia pour afrurér ~es nouvelles conquêtes ou cel'es
de ton pere & pour faire prbfperer le Commerce. Sa Utuanon favorifoit par-
j~irement ces vues. De trois côtes, elle eft renfermée par des montagnes eP<
carpces mais du côte du Midi, la vue fe perd dans une va~e plainé, dont la
portion la plus voifine de Palmyre ctoif abondante eH palmiers, en oliviers
en fruits j en froment, en Cet en Sources; elle dut donc être habitée de bonne-
heure &: Ces habhans furent toujours riches parce que leur ville fervoit d'en-
trepôt pour le Commerce de l'Orient avec la Syrie & la Phénicie. Ses ruines
font une preuve de leur puiflance & de !iur opulence on y voit des infcrip-
tions en caraûcres Hébreux très-élégans nous en avons rapporté quelques-
uns dans rOrigirre du Langage & de l'Ecriture.
THAPSAQUE, mot.à mot, lepanage. Cette Ville eftàl'Ot'ient de Palmyre;
fur l'Euphrate. C'étoit la grande route de Syrie dans l'Orient, de .-là ~on
cadon.
fon nom ici Tn efl l'article, &: PSAQ même mot que PASQ, le nom même.
On l'appelé aujourd'hui EL-Dca., Porte, nom qui onre la même ftgnifl-

t. SYRIE ~~pT~ jvrAJr ojy~~jf.


Dans la Syrie Septentrionale, on voyoit diverfes villes.
SAMOSATE ou SiMSAT fur l'Euphrate, patrie de Lucien.
ZEUGMA ou le Pont, fur l'Euphrate avec un pont.
CYRRUS, ville co~udcrabie dans les Terres.
HŒRA-POLIS~ ou Ville-Sacrée en Grec, fur le SM-C~, & fur les bordt
d'un Jac facré. On y adoroit la grande Déelfe de Syrie avec une pompe fans
égale oc tout le Me d'un Souverain. Le Souverain Pontife doit habillé de
pourpre il portoir une Tiare d'or il avoic fous lui une prodigieuse quan-
tité de Prêtres dont )oo etoientfans ceue occupés aux facrifices. On y ve-
noif apporter des o.nrandes, entre letqueUes des pierreries du plus grand prix,
de presque toute l'Aue ) de Syrie, d'Auyrie, d'Arménie, de Médie, de PerCe,
des Indes même. Aufli le trOfor de ce Temple étoit immense du tems de
Çraflus il fallut un tems confidérable pour en faire l'inventaire.
Les Auteurs de l'Hittoire Univerfeile ont regardé comme <o~/< dire
y~'o~ entendoit par la grande Dcene de Syrie qu'on y adoroit cet aveu
eH: afÏez étonnant. Celui qui, fous le
nom de Lucien, nous a donné un dé-
tail tfès-curieux fur ce Temple & fur cette Deene, l'appelle /Moa /yn'<:n-
ne ce qui auroit dû mettre fur la voie. La Lune jetoit la grande DeefÏe
de tout l'Orient, la Reine des Cieux elle feule a pu être ceire grande
Deefle; aufH la ville s'appelloit-elle en Oriental MAM-BvcE, <no~-<i-Mof,
fcjour de la Lune ou de la Grande Mere. Ici ~ye< eft le même mot que ~e
dansbal-bek:& Ma Man, ea la Lune dans toute Langue. On trouvoit
donc dans cette belle partie du Monde la ville du Soleil & la ville de la
I.~c~ toutes deux Sacrées, toutes deux Chefs de la Religion, toutes deux
ayant eu leur nom traduit par les Grecs d'une manière à faire difparoïtrc
l'ancien, fi leur règne n'avoir pas paffé de bonne-heure. N'omettons pas que
dans ce Traité de la grande Déeue, on parle d'un Temple de Sidon confère
à ~<c .dont un de fes Prêtres difoit à Lucien qu'elle étoit la même qu'Eu-
/'o~ que celui-ci croyoit être la Lune. Et il avoit rai(bn la Lune &

fie Grande-Déeue, & en Phénicie fous celui d~


Europe ou l'Occidentale font la même Divinité, adorée en Syrie fous le nont
ou Reine des Cieux.
y ayoit dans cène ville & dans ton Temple,des Ct'e<ro/< qui gagnoient leur
vie
~!e a en faire voir les curionccs aux Étrangers qui y abordoient de toutcs
parcs.

3. ~rRfE M~Rjrrjjm.
Sur les Cotes de !a Méditerranée, en descendant du Nord au Midi, on
fencontroit nombre de lieux remarquables nous nous bornerons à ceux-ci.
RHOSUS (ur un promontoire, & les Monts RHcsiE~.
DAPHNE lieu délicieux par fes romaines, par fes bocages, par fa ch~r-
tnanie fituation (ur l'Oronte. On y adoroitdes l'origine la Dceue des eaux~
ou Diane ufage Celtique aum. Antiochus-Epiphane Prince ~aper~irieu~
i'cxccs & qui rendit par-làfes grandes qualités in~cites oufunedes à Ces Sujet?,
e!eva dans ce beau lieu un Temple à Apo)!on en forte qu'en peu de [errs
il devint le fauxbourg de cetre ville u célèbre fous le nom d'ÂNTiocHB qui
s'e!eva de l'autre côte de t'Oronie. Le nom de Z~~ fignifie un laurier
comme il eft féminin en Grec, & qae tes' lauriers (ont h rccornpenfe ch~ne
des Mafes & d'Apollon leur Chef, Daphné fut préfenice très ingcoieufe-
ment comme l'Amante chérie d'Apoiiont au{n tandis qu'existera le bon goûc
& te génie, Apollon & Daphné feront inféparables.

Au Midi de Daphné étoient deux montagnes dont le nom eft digne de


tcmarqu?.
Le Mont CAsrus mo~-<i-of, la borne !e terme.
Le Mont BELus ~of.o~, le Moat du Soleil, le Mont-beau ou Bean~
mont: Dom fi commua dans t'Occident.
P ~f~ JCfJ?.
La Phénicie, plus tl!u(tre par la gloire de fes Habirans que par fon ~cen-
.due, étoit placée entre la Méditerranée .& les hautes montagnes du Liban
couvert de neige; elle avoir environ Soixante lieues de long fur une lar-
-geur peu conndefable. C'eiT:- !à qu'en montant du Sud au Nord, on tfou-
-voit Tyr, Sidon, Dcrire, Bybtus, Tripoli, Aradus, &c. Elle étoit fcparce de
Ja Syrie au Nord par le fleuve ~/<&~r<, mot-à-mot, rivière des Tortues,
parce qu'elles le rouonroient, & qu'on y en prenoir beaucoup. Au Midi
..elle touchoit le pays de Canaan & !a Pa'efUne avec leCquds elle fut fouvenc
conrbndue, & dont elle faifoit en quelque Jforte partie.
TYR fut d'abord bâtie dans une iHe là étoit le Temple do Soleil on
d'Hercule furnommé Mf/«. Roi de la Terre. C'en: ici un exemple à
ajouter à tous ceux que nous avons déjà indiqués d'iïïes qui fervoient de
Dif. Tom. L .c
Sanctuaires & c'e(t à l'honneur du Dieu auquel ce Sanctuaire étoit con&-
cré qu'on cc!ebroit tons les quatre ans des Jeux (btemne!s dont il en parlé
dans les Mf.chabcs!, e~ qui fervirent de modèle aux célèbres Jeux Olympi-
ques fondés dans la même vue.
C'e& cette Tyr !nfu!aife qui &t a~e~ce par Satman-afar. Celle-ci CCMC
devenue trop petire pour fes riches & faf}ueux habitons représentes comme
autant de Princes ils s'étendirent fur le Contmenr alors il <e forma une
Seconde Tyr plus grande que l'ancienne, & c'cit ceUe ci qu'&ûiegea N.tbu-
chodon-ofor.
Dans la fuite, les habitons de ces deux vH!es te trouvant encore trop à
rerroif, ils c!everenf des ChauHcesau moyen defqueUes i'ine (ë joignit au con-
tinent, & rentre-deux fe couvrit d'édifices.
Les matons de Tyr ctoient tics-ctevee: eUes avoient en gênera! plus
d'étages qu'à Rome ce qui devon être dans une ville dont le terrain ne
rcpondoit pas, pour l'étendue, aux ncheues:it devoit donc s'y vendre au
poids de l'or & comme les habirans étoient trcs~ nombreux, c'ccoit à qui
en pourroit loger un plus grand nombre &: avoir plus d'apparternens en fa
di~ponfion.
Dans le Temple d'Hercule à Tyr, ainu que dans tous les Temples an-
ciens, croient deux colonnes qui reprctentoicnt le jude milieu, .le ncn~/M~ ut.
la voie droite l'une étoh: d'or l'autre d'une etpéce d'émeraude celle-ci
répandoit une grande lumiere la nuit. Hérodote en a parlé le premier en-
fuite THEOpHRASTE du tems de qui e!le exino~t encore. Lucien parie d'un
globe pareil, placé fur la t~re de la Statue de la Grande Deefle de Syrie & qui
éclairoit également la nuit. Voilà donc deux tnonumcns au moins de la mê-
'the nature. La matière de ces objets précieux auroit-eHë connue en yerre
'peint, dans lequel on mettoit des lampes la nuit, afin que tout le lieu en
<ut ectairc ?
SIDON, ville d~ja distinguée au rems de Moyfe & deJou~, eto!t une des
plus grandes vii'es de la Ph~nicie e))e e~ encore habitée aujourd'hui mais
avec bien moins d'ec!at & d'étendue. On y voit de vailes ruines triftes tc-
tnoin! de fon ancienne magnincence & de fon antique grandeur.
BERITE & BYBLUS, deux anciennes Villes dont nous avons parle dansles
Allégories Orientales, au (njet' de ce qu'en dit Sanchoniacon. rncre ces
deux Villes e(Ha riviere appet'ée par les Grecs ~e~j ou !e Loup~ & aujour-
d'hui A~r-C< la riviere du Chien. Ce nom lui venoit d'une Idole qui
avoit la figure d'un loup ou d'un chien & qui ctoit placée fur un rocher de
!.i Mer, près de l'embouchure de cette riviere on la voit encore dans la
Mer~ ou elle en: tombée, mais fans tête. On voit au(It, fur les rochers qui
bordent le chemin, des ngure: d'hommes, de grandeur naturelle, qui y
fonr cait)ees, & qui croient (ans doute relatives à desper(bnnages en(e vêtis dans
ces lieux, d'autant plus qu'ils ont la forme des Montes, & qu'on voit à coté
de chaque figure des tables tai)!ees, qui devoient être chargées d'infcripcions,
mais que le tems a entiérement enacécs.
Entre Fyblos & Paixo- Byblos, ou entre la visite la nouvelle Bybios,
eft une aurre rivicre ~ppettce aujourd'hui ~j~r~t~, riviere d'Abrafum,
& autrefois r~efe d'Adonis. Elle étoit d'autant plus cétebre, que iorfqu'ort
célébroit les fêtes de cette Divinité, les eaux du fleuve p~roinoient reintes de
fang. Le Lucien, dont nous avons déjà parlé, attribue ce phénomène aux
vents violens qui foumoient alors, & qui deiachoienc des montagnes un ~b!e
rouge qui leur donnoit cette couleur: ce qui a été confirmé par MAunDRELt.,
célébre Voyageur Anglois.
TR~POLI ou les trois Villes, à l'embouchure du Chry~or-roas, fut formée
par la réunion de.trois Bourgs qui, s'aggranditlant eg~tement, ne compo-
sèrent ennn qu'une feule enceinte. Le territoire de cette Ville forme un jardin
très-agréable, rempli de toutes fortes de fruits, & arrofé de ptuneurs ruiffeaux.
Arca, Orthouc, Antarade, Marathus, Patros, Gabala, &c. font auMnf
de Villes qui croient dignes d'attention, mais nous (ommes obligés d'abréger;
nous ne parleron.s donc que d'Aradus.
ARADUS, dans une Me à peu de diu:ance du rivage, conrenoic des maifons
à plufieurs étages de loin et)es.renemb!nt à des châteaux (on nom doit venir
de RAT, paflage, détroit, mot fort commun chez les Ceties. Les Aridiens
parvinrent de bonne-heure à une grande puinance, &: fondèrent diverfes
Colonies.
Le territoire de toutes ces Villes étoit rres-fertite, produifant d*exce!!cnc
bruits, & fourninant à tes habitans les choses néceffaires pour le vêtement
l'air en en: très-fain le climat admirable.
La Mer y abondoit, fur-tout à Tyr, en une forte de poiuoa qui rburniuoic
cette (uperbe couleur de pourpre fi renommée dans l'Antiquité, &: qu'on
vendoit au poids de l'or.
Le rivage étoit couvert d'un (abte fin, qui donnalieu aux célèbres verreries
de la Phcnicte, long-temps les feules qui aient exiftc ce défaut de concurrence
fut dû particutierement à l'idée ou l'on étoit que cette Contrée étoit la feule
~u fon trouva: du J&bl~ propre à faire du verre; c'eA ainn qu'on a été fi long-
C ij
tems dar.s l'idée qu'on ne pou voit imiter nulle part la porcelaine de la Chiner
& que tu maticce première ne s'en trouvoit que dans cet Empire. C'<~ ainf~
que de vains prcjug~s~ une pareue trop naturelle, & le de6r de n'avoir point
de concurrens, arrêtent continuetteme~t le propres des Ans.
Nous aurons occa~on de parler plus bas de l'origine du nom des Piteni~-
ciens, & d'examiner quelle fut l'efcndue de leur commerce.

p y D E c ~v.
Le P~ys de Canaan avoit été dans l'origine le partage des XI Tribut
ou Nations itiues de ce célcbre pctif-n)s de Noé; mais à l'époque dont
nous parlons, presque toutes ces Nations ctoicni anéanties, à l'exception des
~radiens oj des Sidonicns, qui s'étoient. maintenus dans la Phcnicie~.&: des

licbreux ('UX
Les Ifélireux qui
~morr!tcens établis au-dela du Jourdain..
eux mcmcs,
111
qui s'étoiciit ev csfur leursrumeSt
s'étoient <Hevcsmr leurs rumes., n'etoient
n ttolent
plus cette nombreuse Nation,.n<~re de. fes XII Tribus, & qui étoir parvenue
à un fi !)aut point de gloire fous les Kgnes de David & de Saiomon il ne
rcuoit mcme plus qu'un feul des deux Royaumes dans lefquels. ce Peupla
s'étoit divifé ïons )')mbccii!e6)s de Salomon. Celui d'I&act avcit déjà ét~
anéanti & les habitans emmenés. en captivité. Celui de Juda n'avoit p!us~
qu'une exi(tcnc& précaire~ &~es Prophètes ne ceuoient-de lui annoncer fa
ruine prochaine.
A juger de cette Contrée par ton état actuel, tout ce qu'on dit des Nations:
opulentes qui l'habitèrent, paro~roit autant de vinons :.on n'y voit prefque
par-tour que ruines &que dckrts. desrochers nuds & arides, des t~rreins
fecs & pictr&ux~.fraj-pcs d'une ucdtifé cicmette, des pcup!a<tes cparfcs fans
force &: fans vigueur ce n'cfl poit.t là un Pays découlant de lait & de miel
&ns friches, fans landes, couvert d'une ~oputation immenle & de riches
rccohes; mais qu'on n'cn conclue rien contre leur état primitif Ne fait-on
pas que )cs terres r.e rapportent qu'autant qu'elles font cultivées par des mainSi
fortes & Isbcric.ufes ? qu'autant que leurs ponencufs font cncouragcf par !&
hbertjc & par un gouvernement profpcre! qu'autant qu'elles ont tout à gagnée
par le travail., & qu'on n'a pas à craindre de voir le rreton récolter la eu il
D'à point fcmc~ Alors pas un pouce de. terre qui ne foit mis en rapport oa
creufe le j'oc même, ou y apporte de la terre & on y, plante un arbre on
foutient par des murs les terres des coteaux les plus escarpes, & on en raie
~es vignobles étonnans, qui femblem fe perdre dans, les nues. Les champs.
~ont tournés & retournes de toutes les façons, pour les forcer à donner des
tDoinon:) plus abondantes les eaux (ont recueillies avec foin dans les vattons~
& Us (e couvrent d'une herbe longue & touque, qui (ère de nourriture à des

cro~pe~ux immoles.
Ajoutez à cela l'excellence de ce climat eu rcuflincnt les pa!mifrs< les
grenadiers !cs oliviers, les figuiers, !~s fruits de toute efpece, eu l'air eu:
parfumé de l'odeur du baume & du miel tel étoit autrefois cet heureux
pays. Aujourd'hui il n'offre que l'image de ta mort, de !'an~ant!nement d'un
dccourapement totale fruir rccenaire de tout gouvernement cpj-r~~)f, & de
t'ignorance barbare, qui ne faic ni. tirer parti de la terre, ni permettre que
des mains actives la n'.ettenr en rapport. Etmatheureufcmentcccin'dtque
trop applicable aux Contrées dont nous venons de parier ~&r à celles que
cous avons- à j.oindfe à ce~es-d.
Af 0 R A

Les ÀMORRHEENS, qui habitoienc au'dela du Jourdain, raifo!enf mrt!e'


des Nations Cananéennes. Cettc-ci. p!us puiMante fans douK que les autres,
~e jna)nrint anez en force contre les Hébreux, pour fe. fermer un territoire
confidérable aux dépens des. Moabites, des Ammonites & de la Tribu de
Gad, jusqu'au rems d'e David & de Sa'omon, eu ils tomberent fous la
puinance des Ifraélires aind que les Jebufcens & les autres Cananéens, a
l'exception' de ceux de la PRenicie.
J-e Pays des Amorrhccns formoir une Prcfqu'Me renfermée entre le Jaboc,
re Jourdain & t'Arnen. 11s étoienr gouvernes par un Roi dcjà au tems- de-
Moyfe celui qu'ils avoient alors s'àppcttoit Sihon.

j<f M o r ~B
)
Les ÂMMomTts placés à t'Orienc de Jourdain entre le Jaboc & J'Arnon',
s'etendoient dans les déferrs de l'Arabie leur Contrée éfoit trcs- fertile
en bled.
Leur Capitale s'appelloit ~A la grande, & /!<ï~<!A-n/ncn, !A'
Grande-Ammon, ~pf-<c!0~~ la Capitate d'~mmon. Oh ta furndnnnoic
la Ville dts Eaux, à caufe defes fontaines abondantes, qui en faiMent un
~jour deticieux. AuHt cette charmante ntuafion n'échappa pas au célèbre
Ptolomée PhUadetphe;.it prit ptaiur à ia rebâtit d'une manière digne de ïeSt
nch<:uesc< de~a magnificence, & il luidonna le beau nom de PHiLADEt.pHfE,
renouvelle en Amérique d'une manière bien plus confb!anre pour l'humante.
Sous ce nouveau nom elle devint la Capitale de toute la portion de t'Arabie
qui apparicnoit à ce Prince, de l'Arabie Philadelphique, & dont le Pays de
MoabJit égalemcnt partie.
On voyoit chez les Ammonires ptuneurs autres Villes, tellcs que MiNNiTH;
& ÂBELA (urnommée des ~yne~ à caufe de Ces beaux vignobles.
Ce Peuple avoit enlevé cette Contrée aux ZM/n-ZM/nMj~ reprcfentés
comme une Nation de Géans, trais qui venoient d'être arfoibtis par l'expédition
du Roi d'Etam & de tes Alliés. Le nom de Zum-Zummins leur convenoit
trcs-bien étant formé du primitif Som qui dengna toujours la grandeur,
l'élévation, & qui exiue dans nos motsyo/MM<,ybmM~, 6'c.
Les Ammonites cfoient fi puions au rems de David, que leur Roi Hannon
fut en ctat de fournir mille ralens d'argent pour lever chez les Rois de Mcfo-
potamie, de Syrie, de Tfoba, une armée de trente-trois à trente-quatre
mille. hommes, qu'il joignit à fes propres troupes, pour combattre le Roi
des Hébreux. Cette fbmme, en fuppofanc qu'un talent d'argent valoit quatre
cent louis, monroit à près de dix millions de livres, & raifoit par tête un objet
d'environ douze louis ou cent écus.
Cette guerre dura cinq années entières, & finit par la prite de la Capitale
des Ammonites, & par la mort de leur Roi, qui fut tué dans !'a(!auc.
Sa Couronne pefoit un tâ!ent d'or elle étoit ornée de pierres précicufes,
Surmontées d'une Sidoine de grand prix.
Long-terhs après, 7otham, un des fucceueurs de David leur impofa, a.
i'occa~on d'une révolre, un tribut de cent ta!ens d'argenr, de mille mefures
de bled & d'autant d'orge, qu'ils payerent pendant trois ans, au bout defqueis
ils fecouetent le joug des Hébreux.
Ils éfoient encote connus fous le nom d'Ammonites dans le fecond uécte t.
ils fe perdirent enfuite fous le nom général d'Arabes,

~o~B~r~
Le Pays des Moabites étoit borné à l'Occident par les Montagnes qui jfonf
à t'Onent de la Mer Morte & du Jourdain; au Nord, t'Arnon étoit entr'eux
& les Ammonites; au Midi, le Zared, qui fe jette dans la Mer Morte,
jks feparoit des M.tdiMite&& desidumécn~; à i'Oncnt lem Pays fe conrondoic
avec les Défens de l'Arabie où ils alloient faire paUre leurs nombreux
troupeaux.
Leur Conrrce avoit environ quinze lieues du Nord au Midi, fur une
longueur beaucoup plus~conddérabie elle étoit coupée par diverses Montagnes
enrre ie~ueDes Ics Monts Abarim, qui tbrmoicnc de btl'es vallées, couvertes
de verdure, & où painoieni d'immen~s beftiaux.
On y voyoit un riche Canton appelle Campagnes de Moab ou S~TiM ~ne~-
<-Mor, lieux en champs.
Les Moabites avoient enlève aux EMiMs la Contrée qu'ils habitaient
c'efoit un Peuple repréfenté également comme une race de Géans, remptis <{e
force & de puinance, & descendus audi de Cham; mais qu'avoienr fans doute
auffi extrêmement afloiblis l'expédirion du Roi d'Cbm, contemporain
d'Abrah~m. Le nom Emim, fynonime de celui de Zum Zummin, convenoit
aufR très-bien à une Nation pareille, étant formé du primitif EM~ ÏM,
x
~'and, vafle.
Au tems de Moyfe, les Amorrhéens, commandés par Sihon, avoient
enlevé aux Moabites la portion de leur territoire qui étoit au Nord de l'Arnon;
mais ils n'en jouirent pas long-tems, en ayant bientôt été dépoffédés par les
IfrseiiKs, qui l'occuperent jutques vers le déclin du Royaume d'Ifracl. Alors
les Moabites s'emparerent des Contrées qui appanenoient aux Tribus de
Ruben &: de Gad; ils e<Tuyer<:nt enfuite de très-grands revers de la part de
Salmana~ar, Roi d'Anyrie, & depuis ce moment ils furent toujours en ~ueKe
avec ce Royaume jusqu'au tems de Nabuchodonolor.
Ils formoicnt encore un Nation nombreuse lorsque, plufieurs fiécles après,
ils furent Subjugues
par Alexandre, Roi des Juifs.
AR, Ville confidérable fur l'Arnon, ctoit leur Capitale. Elle dut fon nom
à (a ucuation fur une hauteur au bord du fleuve on la furnommoit égale-
trtent~ la Grande; ~d~A-A/ca~, la Capitale de Moab. Les Grecs
ajoutèrent à (oB nom d'An. celui de Polis, Ville, d'où Areopolis.
Cette- Ville ~ubMa long-tems avec éclat, lors mcmeque les Moabites ne
tbrmcrenr plus d'Etat particulier, & qu'ils furent confondus avec les Arabes,
ce qui n'arriva que vers le tems de Mahomet. Ce qui n'e~ point étonnant,
vu la lituation avantageuse de cette Place iur une rivière & dans des valleea
auCI agréables que fertiles. On peut comparer cette ntuation à celle des Villes
d'Arau & d'Ar-bourg, en Suine, qui portent le men~e nom, qui font fur
une riviere appellee également Are, & qui dominent fur de riches vallées.
On y voyoit diverses ~UtMS Villes.
LA'SHA ou CaHi ihoc, près ce 'a Mer Morte, cétcbre par (cs eaux chaudes.
Mixpah Luhith Horonaïm, Kir-Hara-Seth.
Quelques unes de leurs Villes dévoient leur nom aux Divinités qu'on
y adoroic.
BETH-BAL-MEON& BAL-PHEGOR celle-ci fur une Montagne cc!!e-~i
confacrée à la Lune, (on nom ngninanc la ~<? la ~M<Z.«/
J3<or, t: Dieu des Montagnes élevées; de PAe, pointe, & ~CA ou
Co/t, Montagne.
Ce Peuple ecoif ainudu nombre ds ces Nations Sabéennes, qui rem-
plulcienc toutes ces Contrées,

Z?B~7~~3f~
Les Idumcens ou les Roux defccndus d'E<au, furnommc .F~! ou le
Roux habitoient ce que nous arpellons aujourd'hui Arabie Pétrée ou
Montagneufe & les Cores Onenta!ts de la Mer Idumcenne ou Mer Rouget
ce dernier nom n'étant que la tradueUon du premier dans notre Langue~J
de mcme que les Grecs le rendoienc par celui d'Erythréenne.
Ce notn de Mer Rouge a occanonnc diverfes méprises long-tems on a cru
qu'et!e devoit ton ncm à la routeur de fes collines, de fon fable ou de Ces
eaux .ou qu'elle ~e ,tiroit de ta Mer des Indes, qu'on appelloit auffi Mer
Rouge. Mais ici on prenoit t'eSer pour la caufe. Le nom de Rouge ou Idu-
méenne fut d'abord donne à ce que nous appdions Mer Rouge mais à
<ne(ure que les Iduméens, fartant de cette Mer, entrèrent dans celle des Indes,
9
ils lui continuerent le même nom. Un Homme de Lettres, iHunre p~r <es
païens, par fou e(prtr, par la variété de (es Ouvrages, mais qui (e pi~ua d'éru-
.difion un peu tard cticiqua.avc~ tout l'avantage d'un bel efprif, un Ancien
,qui place fur ta Mer Rouge une Ville qui eft fur les Cûtes de taPerfe ce
bel elprit ne favoit pas que toutes ces Mers porcoienc le Hom de Mer Rouge.
Oh connc~t peuridumee qui étoit le long des Côtes de la Mer Rouge.
La Septentrionale Ce divifoit en deux perdons la GABALmE ou Gobo-
titide, ~e le Pays d'AMALEC.
On a formé nombre de conjectures (ur l'erymologie du premier de ces
noms; aucune n'eA june, pas même celle des favans Aureurs de t'HiHoifc
~Universelle. Aucun n'a vu que ce nom ctoic le même que celui des GABAH
da.ns les Gaules, ou G~<t~ devenu G~f~ & qui lignifie Pays de
~fo/<t~cj. La Gabalene renfermoit pa eHec les Monts Horcens & les Monis
de Séir, toutes ces Montagnes qui comporent l'Arabie Pérrée. On ed toujours
étonné lorfqu'on vo~c de beaux génies être fi maladroits dans la comparaifba
des mots ce talent e(t-i! donc fi dimcile f
Ce Pays, aujourd'hui défert, fi peu cultivé, fi Acrile, fut dans l'origine
une excellente Contrée, remplie de ~buices~abondante en bled,en vin.en dattes,
qui prodmfoit tout ce qui e& néceuaire à la vie. Aufu eft-il dit qu'Elu qui
fit la conqu&ie d'une partie de ce Pays, &: qui hérita de l'autre, habitoit
la graine de la terre.
C'ett que les Iduméens étoient un Peuple industrieux, & qui, Semblable ett
cela aux Suiffes & aux Hollandois, ravoir (e mettre au def!us des inconvé-
niens & du peu d'étendue de Ton territoire, 6c qui en tiroic le plus grand
parti, par une agriculture foutenue ce intelligente, en même tems qu'il fup-'
p!coic à ce qui manquoit à (a nombreuse population, par une grande économie
& par le plus grand commerce.
Ils avoient établi fur la Mer Rouge deux Ports de Mer fameux dans t'Anti-~
quité ta plus reculée, ceux d'Et<nh & d'Enongueber; dé-là leurs notfes ~e
-répandoient fur les Cures d'Afrique & fur celles des Indes elles en revenoient
avec ces mêmes richenes que nos flottes modernes vont chercher dans ces
oputen:es Contrées de l'or fin de l'or d'Ophir, des topafes d'Ethiopie du
corail, des perles, de t'ébene, des toiles, &:c.
Nous verrons plus bas, à l'article du commerce & des navigations des
Phéniciens, s'il exida dans l'origine quelque rapport entre ces deux Peuples,
& s'ils ne furent pas confondus fous une même dénomination.
On voit par la GENESE xxxvi &: par le 1. Liv. des Chron. I. que les
Iduméens avoient d'abord eu huit Rois électifs choins'entre les Seigneurs
les plus distingués du Pays, & dont le quatrieme & le huitieme porterenc
!e nom d'Adad; & qu'ils eurent enfuite onze Chefs fuccemts; de même
qu'à Athènes on créa des Archontes, lorsqu'on <e tut !a(Ïe de la Royauté. Il eft
apparent qu'eniuite quelque Famille plus puilfante que les autres s'empara
de l'autorité, puifque ce Peuple étoit gouverné de nouveau par des Rois
au tems de David.
C'e<t fur un de ces Rois que David conquit l'Idumée, après avoir taillé en
pièces dix-huit mille Iduméens, dans la vallée des Salines; & comme il
ïentoir toute l'importance de fa nouvelle conquête, il y établit de fortes
garnirons, pour qu'elle ne pût lui échapper. Alors la plus grande partie de
cette Nation fe difperfa de tous côtés.
Leur Roi Adad, encore mineur, fe réfugia, avec une fuite nombreuse,
s
P~: Tom. f. D
dans le pays de radian; d'où it pana en Egypte, où il fut accueitti avec ta p!ut
GMnde diftincHon il y cpoufa Il In:ur de la Reine TapheneS)&: il en eut un fils
appcite 6'~«/'<?~. D'autres pattcreni chez les Philif1:in's, & fortifièrent la Ville
d'Azof-h; il y en eut qui s'embarquèrent iurta Mer Rouge, & qui s'établirent
fur les Côtes de la Perle d'autres attcrent (ans doute fe joindre aux Phéniciens
de Tyr & de Sidon ? & les mirent en état de former ces comptoirs dont ils
couvrirent les Cotes de la Méditerranée & qui devinrent désoles fi
Rorinanies.
Par la conquête de l'Idumée, tout le commerce de l'Orient tomba entre les
mains de David,doni t'Empires'ctenditainH de )aMer Rouge jufqu'ài'Euphfate,
& rentermoit, ce qui eft plus confidérable encore, tout le commerce de
l'Orient & du Midi, par la Navigation de l'Euphrate & par celle du Midi
au(H rien n'égala dès-lors la gloire & les richeCes de David & de Salomon.
Sous le regne de ce dernier Prince Adad ennuyé de mener une vie oin-
ve dans t'Egypte chercha à remonter (ur le trône de fes Pères il parent qu'il
fui alors artiré en Syrie par Rczon ou Reinn qui s'étoit emparé de Damas
auprès la dc~aiie d'Adad-ECar, Roi de Zoba par David, & qui étoit ennemi de
Sa!o:non. Et à la mort de Retfin Adad dut lui iucceder & il doit avoir
fojn.c cette Maifon Royale de Princes appellés ~<&ï-<fqui furent

f~f vous que ce nom d'


condnueiiemenf en guerre avec les Rois de Juda fuccefleurs de Salomon,
jafqu'à ce que Nabuchodono(or les mit d'accord en tes fubjuguant tous. Ob-
ctoitun de ceux du Soleil chez les Orientaux;
il ftgnine le fcut, l'unique il convenoit fort à des Monarques ,.& il n'eft pas
ftonnant qu'il foit devenu le nom de quelques Familles Royales.
Quant aux Iduméens au bout d'un fiecle & demi après avoir été conquis
par David ils fecouerent le joug du Royaume de Juda, gouverné alors par
y'oram fils de Jofaphat mais ils retombèrent fous le pouvoir du Roi Azarias.
C'elt au petit-fils de celui-ci que tes Syriens enlevèrent l'Idumée&:(es
ports les Séleucides eri furent poneueucs à leur tour, puis les Ptotomées,
enfuire les Romains.
Leurs principales vi!s furent celles-ci:
TEMAM, ville dont Jérémie (<A. XLIX.) vante la fagene.'
DEDAN qui fai(oit un grand commerce avec Tyr en yvoire, en chêne,
en draps précieux &:c. ( 7<r. tA. xt.ix. ~«A. xxvn. t y.)
BOSRA H Bo~or, Ba&ah mot. qui lignifie lieu haut, rbrtcreue, vignoble,
d'où ~~t~r~~ le Vendangeur, furnom de Bacchus.
PHANA, ou PHENON, ville célèbre par fes mines de cuivre ~auxquettes elles
j~ut ion nom à quatre milles de Dedan.
SALAH ou la Pierre, le Rocher, en Grec P<M; ville fituée en eSet fur
un ro'chcr dans une plaine abondante en fources, & qu'ornoienc de magnin-
.ques jardins. Cette ville qui a donné fon nom à l'Arabie Petrée, étoit à trois
ou qu&tre journées' <~e Jéricho, a trois lieues d'Elat, & dans le voinnage dit
Mont-Hor.
ESION-GUEBER, port des Iduméens fur la Mer Rouge, tres'&cquence da
tems de Salomon mais qui fut abandonné dans la fuite lorsque les Pco!o-
mées en eurenr établi de plus commode:.
ELATH nom qu'on a aufli écrit ~<7<ï, ~/<ï~, Elana, étoit un
autre Port de mer au Nord de la Mer Reuge, qui fut toujours trcs.conndéra-
ble, & qui étoit encore habité au XIV c. uccte mais la rbrrerene qui com<
mandoh le port n'extuoit plus. ÀBULFEDA en parle comme d'une ville qui
avoit appartenu à des Juifs qui furent changés, dit-il, en linges & en pour.
ceaux. It veut parler de ceux qui en furent les Mitres au tems de David &
de fes u!cce(Ieurs, & qui y commercoient de ces animaux.
On affure que les Iduméens empêchèrent contaminent l'Egypte d'avoir
aucun vaiffeaude guerre fur la Mer R.ouge,ôc plus d'un feu! vaideau marchand
nu<nenvatoit-i!ptu(teurs,)[emb!ab)sencc!aà ce vaiffeau avec lequel feul les
Anglois pouvoient faire le commerce des Mes Espagnoles en Auc.

M jt B x r
Les Ama!ek!ces faifoient portion de l'Idumce feton tes Arabes ce font
eux qui, fous le nom de Rois Payeurs, régnèrent quelque tems en Egypte.
Ils avoient des Rois dont le titre étoir fans doute celui d'Ae-Ae le ~j-
Grand, du moins c'eft ain(t que font defignés le premier & le dernier de leurs
Rois. Ce titre convenoit très-bien à une Nation qui parole avoir été tres-nere~J
trcs-infolente. Le célèbre ~/n~~ de~cendoic de la race de tes Rois.

;.JCB/)~E~
Les Kedareniens étoient de rase d'ICnaet ils etoient riches en trou-'
la
peaux & tr~s-habites à tirer de l'arc. Ils habiroienc fous des tentes aufïl en:-
il parle dans l'Ecriture des tentes de Kedar. Leur nom ngnine les Noin.s
ï
feroit-ce à caufe de leur teint, ou de la couleur de leurs centes PubfB &ic
mention de ces Peuples leur vie errante & nomade les avolt mis à couvert
des matheurs qui eu avoient anéanti itmi d'autres.
D ij
JP~y~ jo~~ P~f~fsriy~ou P~f2!JrjJVi~
Les PhiMins Soient une Colonie venue d'Egypte qui s'étabHt au Nord
'de cette Contrée fur lés Côtes de la Méditerranée, dans un terrain qu'Us en-
levèrent à quelqu'une des Tribus Cananéennes. Ce difthct qui avoit environ
une quinzaine de lieues de long fur très-peu de largeur, étoit borné à l'O-
tient par des Collines quirburnifïoient des points de vue admirables, & d'oA
defcendoient nombre de petits ruiueaux qui fertilifoient la plaine & la renf
doient d'un très-grand rapport.
Les Grecs changeant Ph en P, prononcerent !e nom de ce Pays PALES-
TtNB o~ ils 1'erendirent peu à peu à tout le pays de Canaan de même qu'ils
étendirent le nom de Syrie à tout le pays d'Aram.
On y voyoit cinq Villes principales qui formoient autant de Républiques
ou de petits Etats réunis en une même Confédération gouverne quelque-
fois chacune par un Roi différent, & quelquefois par un feul Prince.
HAZA ou GAZA mot-à-mot, la FoKe, une de leurs principales villes & îa
plus méridionale, n'eft plus qu'un monceau de ruines mais elles font un té-.
tnoin encore exiftantde fon ancienne fplendeur on y vok)entr'autres, nom-
bre de colonnes du beau marbre de Paros.
ASCALON,. ville non moins flonuaute, &L qui étoit fituée dans une vaftc
plaine très-bien cultivée t'eft de-là qu'eâ venu l'Echalotte, en Grec ~a-
lonia, & qui portoit à Paris il y a quelques ftéeles le nom d'jE/cA<o~<
Chacune de ces deux villes avoit un port, qu'on appelloit MAi-U~A, om
,~UIe des eaux.
AZOTH, ou AsDOD vilïe extrêmement forte & fituée dans. des Campa-
gnes fertiles en bled.
GATH~dan& l'origine Ville Royale, & dans un pays de vignobles. Elle étoic
fur un coteau & ton nom fignifie Pr~e/r.
ACCARON, on EKRON, la plus fepientrionale de toutes.
Ces villes furent également célèbres par leur commerce & Far leur !nduftrîe,
fur-tout lorfqu'au tems de David elles eurent admis dans leur fein nombre
<d'Iduméen& fugttifs qui s'appliquèrent principalement à fbttiner Azotb.
Quelque fâcheux que foient en eux-mêmes ces événemens qui bouîe*
~crfent les Nations qui les forcent à abandonner leurs foyers ils
deviennent très-avantageux pour l'humanité entiere lorfque ces Nations
difperfees font avives tindnfttieufes, riches en connoiuance:. Ceux qui écha~;
cent a ta ruine de leur Patrie, répandent par-tout où ils Ce réfugient, l'induf-
trie, les arts, les fciences des cendres d'une Nation éclairée & puiuanie, il
en renaît une foule de femblables. C'eft ainH que l'Europe & les Lettres re-
cueillirent les plus grands avantages de la difpernon tdes Savans de Con~anti-
nopIe,lorfquelesTttrcs fe furent emparés de- cette Ville ce qu'ils en eurent
fait fuir les Sciences c'ett ainn que l'Europe profita également de la difper-
fion des Pr6re(tans François, & que la Suiue, l'Allemagne, la PruOe, la
Hollande, l'Angleterre qui les reçurent à bras ouverts, s'enrichirent des dé-
bris de la France, perfectionnèrent leurs Arts & leur Agriculture, partici-
pereiit à une induftrie & à un commerce qui faifoient de la France une Pui(-
fance unique.
Les Philiflins furent prefque toujours en guerre avec les Itraëlites, Sur-
tout au tems de David. Du vivant de ce Prince, ils avoient encore au milieu
d'eux quelques familles de Gcans telle que celle de Goliath, de ton frere
& de fes trois fils, dont l'un avoit douze doigts & douze orteils.
Ils furent enfuite fucceuivement (bumis a Sennachcrib l'A~yrien~ à Pïam-
métique Roi d'Egypte, à Nabuchodonoror puis aux Pertes ;,enfuite, rantôtaux
Séleucides, tantôt aux Pto!omées,ju(qu'à ce que les Romains les eurent tous
fubjugués.
Aujourd'hui ces belles Contrées ne fervent plus d'habitation qu'à quelques
peuplades fans puilfance & fans gloire, qui vivent très-pauvrement fur un.
terrain dégradé qu'elles ne peuvent plus.mettre en valeur,

Etat acluel de ces Cc/y~.


~Ain(ï s'eft évanouie la gloire de ces belles & fuperbes Contrées qu'on
cherche en vain au milieu d'elles-mêmes ainH ont été perdus ces foins ac-
tifs & éclairés, ces travaux infatigables avec lefquels leurs premiers poneueuM
tes mirent dans le plus grand rapport, avec lesquels elles fe couvrirent de
.~iMet florifrantes & d'une population qui nous étonne aind s'anéantirent
cette induftfie & ce commerce avec lefquek leurs habitans lioiént tous les
peuples, & vivifioient la terre entiere par les relations qu'ils établiHbient en-
tre toutes fes parties.

les Ces Contrées noriuantes ne font prévue plus que des monceaux de rui-
ronces, les épines ce les déferts ont pris la place des campagnes les
plus riches, des vignobles les plus agréables, des récoltes les plus abondantes,
de ces yergers qui en faifoient autant de fejours délicieux. L'ignorance yaine;J
grotHere deStrueUve a fuccédé aux plus belles connoiuances l'humanité s'y
trame miScrablemenc dans la fange & dans ta (blitude fans énergie, fans vi-
gueur & fans force. Une cupide indolence a remplacé les plus beaux ra!ens'~
cette ardeur inquiete avec laquelle ils fe propagent & fe développent un Des-
pore tyrannique mené avec un fcepire de fer les defcendans de ces peuples
nais & libres qui étoient hotrunes non enclaves élèves & non rampans,
éclairés & non abrutis.
Les Ans, le Génie, les Connoinances, les Talens ont fui ces rerres mau-
dites comment. auroient-ils pu s'y maintenir ï ils n'aiment qu'une liberté
honnête & décente. Ils ~e font transportes'dans des climats moins heureux
plus fauvages mais où ils ont été accueillis avec ardeur, où ils ont poude
des rameaux vigoureux où leurs bornes ont été innniment reculées, où
Us (e font établi un Empire tres-tuperieur à tout ce que vanta jamais l'Anti-
quité.
Mais ils fuiront également ces terres dont ils font la félicité s'ils y font
egatement traverfës par les guerres, par les fureurs intentées, par les haines
désordonnées des Nations par la tyrannie & le deîpotifme des Chefs par.
les ravages des Traitans, par des impôts fans proportion avec les revenus,
destructifs de !'induHfie & des générations.
Ces Rois actue!!ement u grands par la mutfitude de leurs Sujets par le
génie, par l'indu~rie, par 1e commerce par les lumières que déploient leurs
peuples, ne regneroient plus, ainn que les Potentats de l'Ane, que (ur de
'vaftes & mi~rabtes déferts, ou fur des peuplades foibles & <ans indu~rie
pourquoi feroient-ils plus privilégies que ces anciens Monarques qui com-
mandoient à de plus riantes &: de plus fertiles Contrées ?1
La gloire d'une Nation s'anéantir par les vexations par l'ignorance 5c
l'inertie qu'elles trament à leur fuice la prospérité, les lumières, l'induf-
trie fuyent tout ce qui e(t contre l'ordre elles s'~toignent à grands pas fur;
les aîles de la liberté & vont enrichir la main qui les accueille.

ART 1 CL Ë 1 II.
F~jvc~ Co~r~Mpo~ rEA~c~oDoy~ojt..
Les Princes contemporains du Roide Chatdee, croient en général peu,
lignes d'cntfer en comparaifon avec ce jeune~H~ros la plupart, (en~bloienc
N'avoir été élevés fur le Kone, que pour Ce livrer à leurs paŒQM folies & dc~
placées pour (uivre leurs caprices, pour fouler aux pieds leurs (ujers, comme!
fi ceux-ci n'étoient faits que pour eux ils les accabloient d'impôts absurdes
ils fe livroient à des guerres ambitieuses, qui lors même qu'elles étoienicou-~
ronnées de quelque fucccs, ne les dédommageoient ni de leurs pertes ni de!
leurs dépendes, &: ne pouvoient compenCer l'avernon qu'its infpiroieni pour
eux à leurs voiuns effrayés de leurs inju~ices, de leur ambition inquietie de
leur perfidie dans les alliances qu'ils rempotent avec la même témérité qu'ils
les fbrmoient, de leur politique étroite & fans grandes vues, toujours dirigée
par la cupidité du moment. La plupart d'enir'cux ccoient d'aittcurs fans éduca-
tion ou n'en avoient eu qu'une mauvaise ils étoieni fans connoitïances, fans
énergie, fans élévation. Un Prince eft-il fait pour favoir!n'e(t-ce pas fes-
Minières à gouverner pour lai, & à lui à jouir de la vie Ces maximes ingén-
iées de l'orgueil, de lapareue, de l'amour du ptai~fans danger com!ne
fans gloire dans le cours ordinaire des chofcs, dévoient eniramer ncceiUire-
ment la ruine de ces Rois peu dignes de leur place dès qu'il s'ctcv~roit un
Prince magnanime qui ne s'endormiroic point fur ton trône, qui fe croi
roitau-deflus de la vie voluptueufe & défbrdonnée des Princes, qui ne s'cfti-
meroit digne de la Royauté qu'autant qu'elle lui (erviroit pour ne p~ vivre
dans la mo)lefle, pour être toujours à la tête de tes confeils ou de fes armées,
pour profiter de tous fes avantages pour entrainer l'admiration des mortels
par fon. activité, par fa tempérance par tes connoiflances, par Ces talens en.
tout genre pour veager dans le fang des Rois fes voinns leurs injustices, leur
ht~ne, leurs cabales, leurs ligues tardives ou intentées.

C y R jf.

Entre ces Princes étoic CvAxAR.<, troifieme Roi de Médie il étoit vc-
ritablement grand, parce qu'il avoit <té long-tems éprouvé par l'adver~ré. Les
hommes, les Rois, fur-tout, s'imaginent n'être au monde que pour le bonheur :<
c'eA la plus fune~e illufion qu'ils puiuent fe faire tout homme en: expole à
des revers, les Princes encore plus que les autres malheur à cenx dont l'âme
n'a fu s'y préparer, & qui livrée à la molletfe ou aMmée par. fes befouM~
trouve fans reflort au jour du malheur & ne peut y réMer
Cyaxare :'étoit vu dépouiller de fes Etats du vivant même de fon Pere1
par le Roi d'Aifyrie fon Pere avoit été fait prifonnier & mis à mort par le
vainqueur fa Capitale avoir été prife d'affaut & raiee jusqu'aux fondemens.
~on grand cecu~ s'étoic jtrtité il n'ayoit respiré que vengeance & ayant éta-
bli dans tes troupes une discipline inconnue jufques à lui, & les ayant <Mrï-
buées par corps plus ai(Xs à conduire qu'une foule fans ordre. il avoir recon~
quis ïe< Etats l'epee à la main il avoit même déjà formé Je fiége de Ninivey
lorsqu'une invanon effroyable de Scythes ou de Tartares qui nrenc gémir l'AHe
entiere pendant vingt-huit ans, le rappeUerent chez lui. A force d'adrene, de
patience, de courage, il étoit venu à bouc de ~e débarraffer de ces terribles
hôtes & il avoit repris fon premier projet contre Ninive. Afin d'y parvenir
plus (urement, il avoit fait alliance avec le Roi de Babylone & pour la ci-
menrer, il avoit donné fa Fille en mariage au jeune Nabuchodono&r, fils de ce
Roi. Ils venoient de détruire cet Empire redoutable lorsque ce jeune Prince
monta fur !é Trône de Babylone. Etroitement unis, ils jurent tous les deux de
s'aider mutuellement à vaincre leurs ennemis, & de fe prêter la main pour
conquérir l'Ane, l'un au Midi l'autre au Nord rien ne pourra triompher
de leur union & de leur valeur.

r o B << t.
ÎTtfoBALlI. tcgnoictur la Ville de Tyr, & fur ton Territoire (Ez.
<xvt & xxvm).C'etoit un Prince fier det'ectac&des richedesde fes Su-
jets.Il s'égalait aux Monarques les plus puinans, & croyoit qu'aucun n'etoic en
état de l'attaquer avec fucc~s il écoit Roi de la Mer, & il favoit que fa Nation,
avec douze vaideaux feulement, avoit détruit depuis peu*hne flotte du Grand
Sa!mana(ar compofce de (oixante Vaineaux, fur laquelle même ils avoient
fait nombre de prifonniers. Cet exploit l'avoit rendu au(E fier & auul in(o!enc
que fes Citadins il s'imaginait n'ignorer tien, être audt fage que Danie!,
mériter d'être un Dieu plutôt qu'un homme c'e~ à lui qu'Ez~chie! adreue
ce difcours
« Parce que ton coeur s'e~ élevé, comme s'il étoit celui d'un Dieu, )e vais
M &ire venir contre toi des Étrangers ( des ~SK< ) ). ils te feront def-
» cendre en la tbue, & tu périras de la mort de ceux qui .font tués au milieu
» de la Mer M, de cette Mer en laquelle il avpic mis toute & confiance cC
~vec laquelle il ~e croyoit invincible.

.B << f
BAAus éroit Roi des Ammonites. Outre que ce Prince regnoit fur un Ter.
tKoire borné, il ctoit foible, & méchant comme ceux qui veulent fuppléer par
la
~noirceur de leur ame, à ce qui leur manque de vertus: cependant il tomba
dans féspropres filets, s'étant attiré mal-adroitement la haine de Nabuchodo-
no~or, & en ayant été la victime avec fes propres Etats.
I! en fut de même du Roi des Moabites fon voifin qui eut {'imprudence
d'entrer dans une ligue contre le Roi de Babylone & qui en fut également
ecrafé.(Jer, XXV. XXVII).

J~~OJ~X~M.
jEHOtAKtM, fils atné de louas, régnoic alors à yéfu~atem il avoic été é!evc
~r le Trône par Necbao, Roi d'Egypte, qui avoit déâir jfbn Pere, détrôné un
de (es Freres, & qui lui avoir impofé un tribut annuel de cent talens d'argent
& d'un talent d'or. C'étoit un Prince féroce & tyrannique il fuppofbif des cri-
mes à ceux qui avoient le. malheur d'être riches, & le: raifbit mettre à mort
pour s'emparer de leurs biens rien ne pouvoit ~umre à fes roltes dépendes
d'ailleurs Ces revenus éroient prodigieufement diminués, parl'aHoiblidemcnc
de fes Etats, qui n'étoient plus qu'une ombre de l'ancien Empire de David
Ce de Salomon & par -le tribut conndérable qu'il étoit obligé de payer à t'E"
gypte. Il s'irritoit contre ceux qui vouloient le ~aire rentrer en lui-mcme
fur-tout contre Jérémie qui lui dénoncoic la ruine entiere de fon Etat, s'il
ne fe corrigeoir; & ïur-rout s'il comptoit fur la protec~on de l'Egypte. En
effet il étoit impouible qu'un Prince auffi incapable du Trône pût (e fbute-
tenirlong-tems au milieu des prétentions réciproques,de deux Monarques
~ulïi puiuans que ceux de l'Egypte & de Babylone.

c o.
NtcHAo régnoh en Egypte il étoit fils du célèbre Pfammétique, qui le
premier ouvrit ce Royaume aux Etrangers, fur- tout aux Grecs. Ce Prince
avoir de grandes vues il avoit enayé de joindre le Nil à la Mer-Rouge, par
un Canal; mais il fut obligé de renoncer à cette enireprife aprcx y avoir per-
du, dit-on, cent vingt mille hommes. Il entreprit de créer une Marine,'pour
enlever le Commerce aux Phéniciens 6e pour devenir puiffant par Terre &:
par Mer: dans cette vue il couvrit de Galères la Mer Méditerranée &
Mer-Rouge il fit faire par des Phéniciens le tour de l'AMqae, voyage oH ils
employèrent trois ans. Il eût été véritablement grand, s'il n'avoir pas eu un.
concurrent pius heureux à cet égard, il fit une faute irréparable, & qui en~
.D~ Tom. 7. E
traina les malheurs de l'Egypte. Au lieu de foutenir le Roi d'Anyrie contre Ie<
Medes & les Babyloniens, il le taiua détruire, & Ce contenta d'avoir part à fa
dépouille, en pouvant Ces conquêtes jurques fur l'Euphrate, ou il (e rendit
ma~re de Carkemis, après avoir défait en bataille rangée, Jonas Roi dejuda~
qui mourut peu de tems après des fuites d'une bleffure.
La puluance réunie des Medes & des Babyloniens n'étant plus contre-
balancée par aucune autre, l'Egypte dénuée de tout Allié, fut hors d'état de
render à ce torrent impétueux elle étoit d'aitleurs de plus en plus a~fuiblie par
tes querelles, avec l'Ethiopie avec qui elle ne favoit pas vivre en paix, &
qu'e)!e étoit cependant hors d'état de conquérir. AinH s'avançoit à grands pas~
& par une témérité fans égale, ruine de l'ancienne, de t'étonnante, de t~
Sort(!ante Egypte.
ARTICLE VI. ,j
Acc~jE r~ JV~B~c~o~oyoto~
ï °. Epoque <~ /i'<2'n<.

NABU-cnoD-DoN-osoR, dont !e nom fe prononce autït d'une maniere pïu<


rapprochée de l'Oriental, ~M~o~r, étoit fils de NABo-poL-ASSAR
~ui régna fur les Babyloniens pendant vingt-un ans, & qui vers la fin de ïà
vie avoir détruit l'Empire des Afiyriens~ conjointement avec Cyaxare, Roi
des Medes.
Nabuchodono~or étoit le XV* Roi de Babylone depuis le grand. NABoN-
.AssAR qui avoit tbnd~ ou refhuré cet Etat, & qui e& à !a tête du Canon Chro-
nologique de PTOLOMÉE.
Cet iHuttre Afironome ayant befoin d'appuyer fes obfervations d'une fuite
inconte~able de Rois, remonta jufques à Nabon-Anar Prince dont FechK
avoit enace !a gloire de fes Predéceûeuts, & qui fembloit avoir amené un
nouvel ordre de chofes. Et, ce qui e(t très-remarquable, c'e~ que ce nouvel
ordre tombe fur k milieu du VIIi° nècte avant J. C. dans ce fiècle, où à peu-
près au même infant, le Monde entier change de face où il ~e fait dans les
efprits une explofion fingulière d'Orient en Occident, où les Grecs étabhuent
les Olympiades, où Rome eft fondée, où la face del'AGe change où tes Ciii«
nois eux-mêmes prennent un nouvel e(!or.
Ainfi le Règne de notre Héros tombe en-deçà des tems inconnus dans
une époque ~ure & brillante, où t'Hiftoire Ce dégage de toute fable de tout<
ebjfcnnté, où eUe s'appuie de Monumens ~01 précieux qu'inconte~~btes,
Lorsqu'il monta fur le Trcne on comptoit déjà ~o ans depuis l'ave-
eement de Nabonauara la Couronne & on comptoit la 60S ou la 6o~.e a""
née avant l'Ere Chrétienne :!e VIF fiècle étoit donc ptët à expirer, & il s'cft
écoulé depuis ce tems-là près de 1~.00 ans.
lO.Dcr~Vojtfr~ NABUCHODONOSOR.
:t
Ce nom eft &rmé de la réunion de placeurs mots, de ceux de A~o, chod;
~oc, afar ou <~r, qui tous reviennent fans ceue dans les noms de ta
plupart des Princes d'Anyne& de Babylone on doit donc les regarder comme
autant d'epithctes ou de titres d'honneur: & il ne fera peut-être pas dicncile
d'en retrouver la fignification: il eA d'ailleurs très-agréable de ravoir la valeur
des mots qu'on a fans cène fous les yeux.
Tous ceux-ci tiennent à la Langue Primitive. NABo NEBo, défigne te
Ciet, tout ce qui eft haut, élevé, fublime il tient au mot A~ des Indiens.
CuoD, GoD GAD a toujours .dcugnc la bonté, le bon, le très-bon, Dieu
même.
A

DoN AcoN, toujours !a domination, le Ma~cre le Seigneur.


AsAR, AssAR, EsAR, OsoR, fignifie le haut, le puiuant; il tient àSER~

Eyptiens..
jSuLE, peut-être même àOsims, le Seigneur de toutes chofes chez les
«
Ces mots font combinés avec d'autres par exemple, avec celui de
Poi., Put, PHUL PHAL qui deugne le Soleil & qui fë retrouve dans le
Poi-i-a~ & le PuL-cher.des Latins.
On peut donc rendre ces noms à-peu-près de cette manière
~t~-cAo~n-o/or, le Seigneur du Ciel, trùs-grand & trcs-bon:ou fi
on veut l'expliquer de la gauche à la droite, le très-haut~ très-bon &
très-grand Seigneur.
Nabo-pol-dfar, Je Soleil, Roi des Cieux, ou le Roi fublime & radieux,
~~o/ï-~df, le fublime Seigneur.
~)'r-<o/ le Seigneur très-grand.
Bel;-afar, le Seigneur rayonnant, plein de gloire.
T'/f/Ad/-<t/<!r, le Seigneur radieux & rapide comme /<ï~cAf.
Ces noms paroînent ridicules & oppofés à nos ufages une fuite necenaire
du Me excenIF des Princes de l'Orient, qui, dans leur orgueil indolent, s'ap-
pelloieht les Frères du Soleil & de la Lune, les Fils du Ciel, les Rois des Rois;
mais pour les confidérer fous leur véritable point de vue, il faut (e transporter
Aux tems anciens, & contulter le génie des Nations fur qui régnoient ces Princes,
E ij
ESSAI1 D'HISTOIRE ORIENTALE.
Ces Nations fe formoient toujours la plus haute idée de leurs Monarques
elles les regardoient comme établis par ta Divinité même, comme l'emblème
du Ciel, du Soleil, de la Lune, de tout ce qu'il y avoit de plus lumineux.
D'ailleurs, dans leur Langue primordiale, elles furent obligées de prendre des
objets phynques pour exprimer des idées méraphynques; & quels mots pou-
voit-on mieux choinr pour peindre les idées de royauté, de domination
que ceux qui déngnoient déjà le Ciel le Sote:t, là Lune~i Lumière~ tes
Flambeaux Conducteurs ? En6n, ces titres devenoient pour les Princes autant
de leçons qui leur faifoient fentir combien ils feroient indignes de leur rang.,
leurs actions ne répondoient pas à leurs turest

}'. PREMIERS EXPLOITS DE


NABUCHÔDONOSO~

Les premiers Exploits de Nabuchodonofor eurent pour.objet d'entever


Nechao, Roi d'Egypte, les Etats que ce Prince avoit envahis fur les Affyriens
tandis que Nabo pot-a~r fon Pere, &: Cyaxare étoient occupés au Siège de
Ninive. Cette expcjicion,qu'on attribue à Nabuchodonofordu vivant même de
fon Pere que des m6rmircsmcttoicnt hors d'état de conduirefes Armées e(t
une preuve )ati!:c.tique que Ninive n'etoit ptus:it eft donc~rcs-etonnant qu'on
ait fair un renversent pareil, &: qu'on ait cru que cette premiere campagne
précéda la ruine de Ninive. Les conquêtes de Nechao fur les AfÏyriens ne
durent occadonnées que par celles mêmes des Babyloniens 8e des Medes (ur ce
Peuple, & ce ne fut que comme Vainqueurs de Ninive que les Rois de Baby~
ïone eurent des droits fur les Peuples du-Mtdi~ & qu'ils purent attaquer te
Roi d'Egypte avec qu'qu'ombre de-justice. D'ailleurs, avant la conquêre de
Ninive les Princes de Babylone etoieM hors d'état d'attaquer les Peuples
du Midi, Sujets de cett~Puiuance, & ils en auroient été nécenairemenp.
accablés.
Nabuchodonofor marcha d'abord contre Carkemis fur, l'Euphrate qu'on
croit être !e mcme que Kir-Kene, & qui, par la Conquête qu'en''avoic
fait Nechao, ouvroit aux Egyptiens la porte de la Mé&potamie~ en.
&i~oit un vot~n redoutabte.
Après en avoir fait le Siège & sten, être rendu ma!tre, il traverfe en
Conquérant la Syrie & la Cocte-Syrie, attaque Scythopoti! &: la prend,
forme enfuite le Siège de ~erufatem dont le Roi étoit Tributaire de i'Egypte
il s'en rend maître te p de Novembre, pille la Ville & le Temple impofë un.
f,ibut au Roi, revient promptement à Babytone pour prendre poftejfllon.
<fu Trône, devenu vacant par la mort de ton Pere. Il y arrive en triomphe,
après une campagne des plus gtorieu(es, chargé de bucin, & fuivi d'une foule
de prisonniers, fur-tout de t'étite de la Judce, & de jeunes gens des meit-
kures rannttes.même de la Famille Royale~enire lesquels (e diMnguoit DANtH..
Cette expédition arriva la premiere année de fon regne Dauiel le die
expreuement; mais ici il s'eft gtiue une faute dans fon texte, qui exige une
note particulière~

F<!N~ ~e dans T«~ CM Daniel donne la ~~< ces ~M</MM~

On fait dire à Danie! que ces événemens arriverent !a premiere année du Roi
Cyrus, & tout de fuite cependant il parle de la feconde année de Nabucho-
donofbr.C'eftuneerreurmanire~e~on a cherche à la corriger; mais par d'autress
mutes le @.Qpi(te qui a tf<m(ctk le beau manuscrit Hébreu, no. 1 t.in-f~io
de la Bibiio.theque~du Roi, ne Sachant comment les corriger,. a ftipprimé en-
ticrement k ver(et c'en. couper le ncEud gordien, S~ non l'expliquer. D'autres
font dire à Daniel qu'il vécue' jusqu'à la premiere année de Cyrus d'autres,
qu'il demeura à Babylone )ufqu'à. cette premiere année: ce n'e~ rien de tout
cela. Otez le nom de Cyrus, qui a été inféré mat-à-propos dans le texte &
tout Va de niiie. C'e~ ta premiere année de Nabuchodouofor que Daniel fut
orantporte à Babylone, & dès la fuivance il eut la vinon du Chap. II.

SECONDE EXPEDITION.

Au bout de trois années de vafTettage, Jehojakim, Roi de Icrufatem, fe


révolta contre' les Babyloniens leur Roi détacha contre lui une armée de
Syriens, de Chaldéens, d'Ammonites, de Moabites. Ceux-ci ravagèrent la
Contrée, tuèrent Vehojakim dans un combat, la troineme année de la guerte,
& ils Ce retirerent avec nombre de pnfbnniers~

Son fiis ~échonias lui fucceda il n'avoir que dix-huit ans, &: ctoit depouïva
des qualités nécenaifes pour fe foutenir dans un rems audi ctifique on- en
fait d'ailleurs un portrait aun~ odieux que de fon pece. Il n'eut pas le tems de
jouir de (on élévation dé)à te Roi' de Babylone étoit en route pouf fe
'venger du Midi: Jéchonias, (a Mere, toute fa Cour allerenr. au-devanc.de
Uti pqpr le néch~r; mais, comme te leur avoit prédit Jérémie, ils le trouverent
inexorable. Il les. fit tous pariiE pour Babylone, pilla la Ville,.te Temple, t~
Palais, emmena dix mille hommes d'élite, & mille des meilleurs ouvriers en
or & en argent. Entre ces Captifs furent Mardochée &: EzéchieL
Nabuchodonofor établit à la tête de ceux qu'il laiua en Vudée Scdecias
onc!e de Jechonias c'étoit un jeune Prince âge de n ans, & qui ne ~uc
point pronter de l'exemple de tes prédéceneurs.
AuCi impatient de fupporter le joug que mal-habité Me fecouer~ il prêta.
!'orci!fe à tous les Princes du voinnage qui lui envoyèrent des Ambauadeurs
plutôt pour le faire entrer dans une ligue commune contreles Chaldéensque
pour le féliciter d'un avenetnént au Trône qui étoit arrivé fous de fi funeftes
aufpices. C'étoient les Rois des Ammonites, des Moabites, des Idumeens,
de 1 yr de Sidon celui de !'Egypre même entra quelques années après dans
<etM Confédération. Nechao ne regnoit plus (ur cette derniere Contrée it
avoir peu furvécu à (a défaite fon fils Pfammuthis avoir auni ditparudede~-
(us!a terre, au bout d*un regne de nx ans, Apriès ou Pharadh~Hophra ve-
noit de njccéder à ce<< Princes. Les Princes Confédérés ~e promettoient d'att"
~anr plus de fuccès que leur ennemi commu~toit fort occupé atHeurs.

< T~AOj~~E~jcj'~Drrjro~f.
Babylone étoit en effet occupée alors à,une guerre très-vive contre fc
Royaume d'Elam qui renfermoit tûut ce qui étoit entre la Médie & la mer
de Perte là éroient FElymaide, la Sunane, les Couéens & une partie des
Etats qui compoifent la Perte tout ces Pays tombèrent: fous la main vigpureufc
du Héros pabytoniet~
7't/~rAf~jtfj?jE~p~rjro~

*<
Au retour de ces Provinces Orientales, ie Roi de Babylone ne refpiranc
que vengeance, marche audi-tôt contre tes~Rois du Midi. Arrivé à l'endroir
oa le chemin te paicageoic eh deux l'un pour aller chez les Peuples qui
denieuroient à l'Orient du Jourdain, t'autre chez ceux qui font à l'Occident
de ce neuve il tira au fort avec des flèches le pays contre lequel il marche-
roit le premier. C'e~ de cet ufage que nous avons eu occanon de parler dans
nos Origines François, & dont nous avons fait voif~qu'eu: venu notre
mot A~r~.
Le fort s'étant déclaré contre Juda l'Armée Babylonienne pri~tte c~e-
tnin de ce Royaume elle le ravagea entie~ment & forma ensuite le nége dç
Jerufalem.Nabuchodonotbrs'avanca~enmême tems avec une partie de fon A~
t~ée contre le Roi d'Egypte qui avoit e~y6 de venir au fecours des AQ!e-
ces mais qui fe retira fans ofer t'attendre tout le poids de la guerre tomba
donc fur le malheureux Sédécias. Sa capitate fut prife d'aftaut âpres un an.
de f!éce ce Roi tâcha de fe fauver avec fa famille malgré les contées de
Jcrémie mais il fut arrêté en chemin & conduit au Vainqueur qui étoit à
Ribla eh Syrie ce Prince le traita bien plus cruellement que (on neveu il
fit mettre à mort fes enfans & Ces amis il lui Et crever tes yeux à lui-même
& !e fit transférer à Babylone chargé de chames.
Il ordonna enfuite au* Capitaine de fes Gardes de rater les murs de Jé-
ru(a!em de brûler le Temple, le Palais & les autres édinces de cette vi!!e ,cc
d'en transporter les habitans en Chaldée. H fit en même tems décapiter le
premier & le fecond des Sacrificateurs le Général, le Secrétaire & les Con-
feillers de Sedécias &c. parce qu'ils avoient é[6 du parti des revottés
mais it nt un accueil difUngu~ à Jéfcmie parce qu'il avoit toujours annoncé
les funeftes effets de cette inconduite; & lui donna la liberté de refter dans
fa Patrie, ou de le fuivre à Babylone. Il paroît même que c'e(t à fa recom-
mandatiQn qu'il établit pour Gouvernear de la Judée, Guedolia, personnage
difUngue par ton rang, parfanailfance, parla protection qu'il avoit toujours
accordée à Jerémie, & par.le crédit avee lequel il lui avoir fauve la vie dan~
plufieurs occaflons.
Nabuchodonofer attaque enfuice !a vitle de Tyr:it fut obligé de l'atHeger:
tes habitans pleins de courage ~ë défendirent avec un grand fucçes
pendant t'efpace de treize ans; mais enfuite las de lutter, & craignant enfin
d'être pris d'auaut ils s'embarquerent fur leurs vaineaux & abandonnerent
dans la nuit leurs maifons & leur patrie. Ainfi leur ennemi fui frullré de ton
attente, n'ayant en fa pouefHon que des maifons vuides d'habitans & de
tichefÏes.
Pendant !ef!ege de cette belle ville, le Royaume des Ammonites fur en~
tierement détruit. Leur Roi Baalis avoit donné a(y!e aux Juifs qui vinrent fe
réfugier chez lui après la ruine de lerufalem il engagea enfuire l'un deux
nommé Ifmael & de la FamiMe Royate,à anafEner Guedolia: le Roi de Baby-
lone envoya alors contre les Ammonites, cinq ans après la deftruttion des
Juïfs ,~<r-<n. Capitaine de fes Gardes: celui-ci mit ce pays à fea
&afang en détruint la capitale & emmena en captivité Baalis'avec les
Principaux de la Nation, & les grands Se!gneurs du Pays il en fut de même
des Moab!res.
Nabuchodonofor,pourfe confoler de révanon des Tyoens, entreprit la confs
qoete de Egypte, dont le Roi après être entré dans la Confédération géné~
raie contre lui avoit lâchement abandonné Sédédas aufH Ezéchiel annon-
ça aux Egyptiens qu'ils feroient humiliés pendant quarante ans, & qu'en-
fuite ils n'auroiem plus de Rois de leur Nation. L'Egypte affoiblie de tous
côtés'& déchirée par les horreurs ~'une guerre civile ? rut hors d'état de ren~
tef ton ennemi la ravagea le butin immenfe qu'il y fit le dédommagea des
&Mgues & des dépendes qu'avoit occafionné cette guerre.
Ce Prince pafïa de-là dans la Lybie, & reduini fous fa domination tou-
tes les Côtes Septentrionales de t'AMque s'embarquant entufte avec fon ar-
<nce fur les vaiueaax qu'il trouva dans les ports de <:e[fe Contrée i) poutfui-
vk lés Phenidens)ufqu'en Espagne :H c~vagea !es ponefTIons qu'ns y avoient,
& y etabitt une partie de ceux qu'il avait amenés avec'lui fur-tout des Juifs.
Comme ce point d'Hiftoire n'a jamais été éclairci, & qui! e~propre à ré-
pandre un grand jour fur les navigations des Phéniciens, nous allons entret
dans quelque détail fur cet objet intérenanr.

A R T 1 C L E V.
<~<r~ L'jB~r~cy~ AïBRjc ï oy~M pjx ~B.ycN ODcyo~o~.

L'Hiftoire & la Géogr&phfe ancienne tant ~nepre remplies d'objets téné-


breux, malgré'tes travaux des Savans
pour éc!aircir ees deux Sciences on
ne (auroit donc trop les inviter ~répandre fur elles te plus grand jour; mais
a$n d'y parvenir~ il fau~ qu'its s'attachent fur-tout à <:onno~tre la v~teur des
mots anciens, puifque ce n'eft que par eux qu'on peut pénétrer dans les
chofes, C'eft., par exemple l'igaprah(;&p.ùron étoirfuria vateur d'un mot
qui a. dérobé aux yeu~ de tous Jes;Savans de tous les Critiques, de tous les.
Commentateurs, les preuves qui exiften~ dans l'Antiquité de l'expédition de
Nabuch.odonofor en Efpagne, renou-vellée par les Sarranns & dont l'igno-
rance a répandu, en même tems, la plus grande obfcurité fur les voyages
d'un autre Hérps, célèbres par H o E R E, ceux de Ménélas, On-verra par.
le détati où nous allons entrer, combien il importe, même pour l'Hi~oire ?,
pour la .Géographie de connoure la force de chaque mor& la xnaniere don!:
leur prononciation change dans les Dialectes d'une même Langue.
<
t.
Le Nom Oriental de /«jn< étoit ~j! ou <?~AF.
Ezéchiel ( Chap. xxx. ~.) parlant des Conquêtes de Nxbuchodono&r, dit
que ce Prince fubjugueroit Cnus, PnuT, LuD, tout le WAM, le Cnua, tes
enfans de la terre d'Alliance l'Egypte depuis Migdol jusqu'à Sienne. Ces
derniers pays font connus il e(t queflion de déterminer les autres.
CHUS de l'aveu de tous les Sçavans e(t l'Arabie Anatique, fur-tout l'A"
tabie heureuse c'ed un point de Géographie qu'il feroit inutile de chercher à
prouver. Les LXX.à la vérité ont rendu ici le nom de Chus par celui
des Perfes c'eft qu'ils font appliqué à la Sufiane, qu'on appelle aujourd'hui
C~M pays de Chus, parce qu'une partie étoit habitée par les Arabes
qui s'en étoient emparés, cette Contrée étant à leur porte.
Luc, comme l'a fort bien prouvé BocHAtt-i, e& l'Ethiopie, Cur. tout rE<
thiopie voifine de l'Egypte, ou la Nubie.
PHUT,e(t inconte~ablement la portion de l'Afrique à l'Occident de l'Egypte,
cette portion ou étoient Cyrene, Utique Cannage.
CuB doit être la MAREoiiDB ou toute cette Contrée montagneufe qui
éto!c entre l'Egypte & la Lybie; c'ett du moins là que Ptolomée place les
Co~M: on trouve également le pays de CUBA dans les montagnes du Dagh-
E~anenPer~e,n!rIe!bordsduSamura. 11 eft cout-à-~it apparent que ce
mot <~F, CoB eft le même que celui de Co~ & CoB qui déngne un Pays
~ur les eaux il peint des-Iors le d'Egypte, le C«~ de Samura, les Cubi
furnom des F~Mr~t qui étoient établis fur la Loire & fur diverfes rivicres ad-
jacentes.
Le WARB ou GAM, n'eH: donc aucun de ces pays; & ton nom étant placé
après tous ceux-là, il devoit être au-delà de toutes ces Contrées.
Il feroit inutile de s'adreffer aux Savans anciens & modernes .pour déter-
miner la fituation de ce pays: aucun de ceux qui s'en font occupés, n'ont
pu la découvrir.
Les LXX, au lieu de tout le Warb ont dit, tous les Peuples mêlés
P~Aot <o<, ce qui n'a point de Cens.
Cependant ce Pays auroit dA être mieux connu de leur rems que du
nôtre mais il. paro~t que ces Traducteurs ou leurs Copiées étoienc en gené-
fa! peu inftruits. t
Dom C«/~M & M. de SACY rendent ces mêmes mots par ceux- ci
T. y. t
les Peuples, traduction aufïirauue que ridicule. Ce n'eft pas am(!
tous autres
qu'il eft permis .de traduire. Ils n'avoienc qu'à lailfér (ubMer te non~ One~-
tal ,tout le y~RB, & avouer que ce pays leur étoit inconnu.
BocHA!t.T qui avoit u bien vu que Phul étoit FAtrique voifine de !'E-
cypte, &~ ia~ t'Ethiopie, a oublié ici route fa Critique & il a copié-trop à ta.
légere ceux qui ont. rendu le ~RB par le mot Arabie.
Commenr n'ont-ils pas vu que l'Arabie ayanr d~jà été de~gnee fous le
nom de C~M ne pouvoir pas reparo![re fôus celui d'Arabie & qu'en me-
ïne tems ils détruifoient. la marche géographique d'E~échiel qui décrit
les
Conquêtes de Nabuchodonotbt d'Orient en Occident ?
Sans.doute, c'eA une ~Arabie mais ce n'eft pas celte de l'Aue Prouvons-ïe.

3.
WARB, ou GARB, GARV'
~c~ Co~c~~J~r.
En Oriental' le mot 3iy qui s'eft prononcé Mvantles B!âle<3:ës, HAM;
WARB GARB, GARV, EpB, EREB, EuRop, ~gniHe con~amment h nuit, te
<o!r, !e Couchant, le pays du Couchant, de l'Occident. Nous avons eu occa-
~ton de le voirdans les AUegories Orientales &: aiHeurs.
Ce nom fut par conséquent donné &~x extrémités occidentales de chaque
Continent. Avant que les Orientaux voyageaient fur la Méditerranée & qu'ils
eudem découvert fes CoNtrées les plus occidentales ils donnerent le nom
d'Arabie ou de WARB à la portion de l'Ane qui pocte encore aujourd'hui ce v
uom & qui en étoif le pays le plus occidental.
Mais lorfque leurs connoiuances géographiques ~e furent perfecHonnées<
l'Occident de.l'A&ique & de l'Eur~p& devinrent néceuairemonc autant de
y«/
AuHI voyons-nous l'Efpagne s'appeltér autrefois chez les Européens eax-
tnêmes HEsi-ERiE, mot-à-mot le Couchant & le Promontoire le plus oc-
cidental de l'Me de Satdaigne,s'appeHerERBB-anfiu<n.
Ce nom d'Hetpérie fut également celui de HA&ique occidentale puis-
qu'on y plaçoit les ~<tr~<~M~<n~M. AuHi MAX!MB de Tyr parle des~
HKrERtENs deLybie dansfbnxxxvine. Dilcour~
~1n'ett donc pas étonnant que les pays qui étoiem au Nord &au Midi d~
]D~tfoic de Gibraltar, ayent été appels tes WARB,oa ~oM/< ~<AC.

4'
:Ces /ï<M~ de ~<M o' tout 1e ~~RB
ment aux ~e«~
~t encore aujourd'hui r<M~
du Détroit de C~r~ar.

De ce nom de WARB prononcé GARB, vint celui du GARBtN donné att.


vent d'Occident en Languedoc,& fur cette portion de la Méditerranée qui e~
ie long de cette Province.
Précédé de rArncie Orientai Ai., il <ub6fte encore de nos Jours daner
.te: AL-GARVES Ptovince la plus méridionale du Portugal.
H lui étoit autrefois commun avec l'Espagne & les côtes d'An'iqïte.~ Som
le nom des .At.-GAR.vEs dit le P.QuiEN de.la Neuville dans ~bn Hin:oire
» du Portugal, étoient comprimes un grand nombre de Contrées dans l'A-
<tn'ique& en Efpagne. Cetles du côté de l'JEtpagnes'étendoient depuis les
M
Cotes du Cap-Saint-Vincent )u(qu'à la ~)!te d'Almeiria & fon y comp-
« toit un grand nombre de vities & de .châteaux (AinG l'Andatoune en-
tière & le Royaume de Grenade faifoient partie des AIgarves.)" Tandis que
fous ce même nom, on déiïgnoit.enAMqwctout le terrain qui détend de
M
l'Océan jusqu'à Tremecen e'e~-a-diK, les Royaumes de Fez de Ceu-
» ta & de Tanger, ou tout ce qui eR vis-à-vis de l'Andaloune & la Grenade.
f AutH les Rois d'Efpagne s'appellent Rois deTouTKLEs Ai.GAR.vn, tan-
dis que le Roi de PoKugal le dit Roi des ~~e~ES <y<ï ~-Ai
~<r
Rien ne quadre~ieux avecTexprenion d'Ezéchiel,TouT LE WARB. C'étoit
une Dénomination .connue, ordinaire, & euentielle pour faire fentir toute
étendue des Conquêtes de Nabuchodonofbr; pour 6tire voir que l'Océan feul
~voit~pu mettre des bornes à fes Conquêtes, qu'il avoit foumis le Nord & le
Sud~de la Méditerranée Occidentale, l'Efpaghe & l'An-ique Algarvienne.
~Le Journal des Savans du mois d'Avril 17~S, nous fournira une nouvelle
.preuve que l'Espagne s'eA appeHée *WARB~ & que les Orientaux dininguent
:plu(!ems fortes de ~Warb ou Garb. -On y rend compte d'un Manufcrit Arabe
intitulé KETAB KHARIDAT EL ADGtAlB, /< f.tff< de la Perle des jM<rv«//M,
.Cttmpoïe par ZElN-EDDiN-OMAR, fils <f~Bo«~~r~.mmommé BE~-n~.
<OuJ~D!, & qui vivoit dans le X~V~. ~écte. Cet Auteur diflingue pluueu~.
JFi~
ESSAI D'HISTOIRE ORIENTALE.
Charbs, entre lefquels le GHARB- el- Aoufath, ou le Couchant du Mf/t~
M
Sous ce nom, dh-i~ tes Arabes comprennent une partie de t'EspAGNE
Les Y oui natives ajoutent M BEN.n.OuARDï indique pluueur& Villes de ce
M
Pays &: du Portugal, fur îefqueMes nous ne nous arrêterons point u. Ils en
rapportent une anecdote trop remarquable pour l'omettre quoiqu'elle ne
paroine pas liée à ht queflion dont nous nous occupons actueftemenr.
Huit perfbnnes de Lisbonne dit-il, avec toutes leurs familles, firent équi-
per un vaifïeau fur lequel ils mirent des proviuons pour long-tems. Leur
delfein étoit de s'embarquer fur t'Ocean, & de ne point revenir qu'ils n'eunenc
découvert les Terres qui devoient le terminer à l'Occident. Ils s'avancèrent pen-
dant onze jours en pleine Mer; mais la violence des vents les forcèrent de tourner
vers le Midi. Après douze autres jours de navigation, ils abordèrent à une Me
où ils trouverent une quantité pfodîgieufe de beftiaux dont la chair leur parur
amère; i1s (e contentèrent d'en prendre les peaux & <ai(anc encore route
pendant douze jours vers le Midi, ils. arriverent à une autre Me.qui étoip
habitée~ & où il y avoir une Ville fur l'e bord de la Mer. C'e(t-!à qu'i!?
trouverent un Interprète qui partoic Arabe, o! qui leur apptit que- le -Roi der
cette lueayant conçu le même deuein, avoit envoyé quelques-un~ de fe?
Sujets, qui avoient navigé pendant un mois entier fans pouvoir rien'
découvrir,
C'étoit environ deux neeîës au moins avant là decouverre de là Guinée ce'
de t'Amefique, & peu de tem& avant que les Normande eunene commence'
leurs voyages dans la première de ces Conrrees.
Ben-et-Ouardi parle enfuite du GHARB'-n-ADHA, te CouchaM lé plus'
prochain, & dont faifoient partie Alexandrie, Barca, & le Saara. ou le Deferp
d'Occident..

~~<0<&0/Cf afait ~<f?t~MM< ~~M~ cet ~O~r~Jt

Mais Nabuchodonofor a-toit fait epfe&ivement la Conquête de tout te


WARB, de toutes les Algarves, de l'Afrique Septentrionale & de t'Efpagne
Méridionale! Oui, peut on répondre de ta manière la plus amrmativeavec
Strabon avec les Chatdeens, avec les Juifs avec Ezéchiet.
» Les. Chaldéens, dit Strabon (Liv. XV} ekvenc NATjoKeDRosoR. au'-
~defîus d'Hercule, & difcnc qu'étant allé jusqu'à Tes Cotonnes, ii tranfpoHa~
~-one grande partie des. E<pagnots dan$ b Tbtace &. dans le Pout~
t~SÀI D'HT~TOÏ~E ORIË~TAL~. 4f
1 encore de nds
les Juifs Efpagnols, ceux de Tôlede en particulier, difenr
~ours qu'ils ont été transportas en. Espagne par Nabuehodonofbr, & qu'ils tbhc
de la Tribu de fuda ceux des autre! Tribus ayant ère déjà emmenés en cap-
tivité par tes Rois de~Ninive~
Il ne feroit pas étonnant que ce Prince eût emmena avec tui des Juifs en

1.
Espagne & ces Juifs auroient été en enet tous de la Tribu ou du Royaume
de Yuda, les dix Tribus d'Israël ayant été tranfpiantéc: en Ane tong-tema'
auparavant.
Je n'ignore pas que fes tradMons des Juifs font en gén~raf mfpëAcs mais
dans un fems où on avoh totalement oublié que ce Prince~ avbït conquis
fEfpagne, comment auroient-i!s~ pu imagihef une parei!!e anecdo:ë) u elle
n'avôitpaseneneteu!ieu!
On peur même dire que ces îuifs turent ceux quî, ma!gr<Hes ëxhortatiom
de Jeremîe~ s'etoienr réfugies en Egypte, & que ce Prince y trouva i! ne
pouvoit mieux t'es punir qu'en les transportant a~ec tuiau-detà des Mers loin
de ceux qu'it avait tranfptantes en GhaMee.
'ObJe~erbir-onta grandeur des di~ancesrEne~F, nous n'avons'hu!fc
idée d'un jConquétant qui des rives de t'Euphrafe fait la Conquête de tout ce
qui ë(t entre ce neuve & !à Méditerranée (ub~ugue FEgypte & !'Ethiopie,
S'étend comme un torfent jufqu'à~ ~extrémité'occidentale de t'A&ique/ tra-
ve~fe'ta Méditerranée
Efpaghé',
danstePonr~
& force les habiratts de ces
`
Contrées
·
à
w w
en!eve apx Phéniciens lësphueCEons qu'i!s avoient en
te fuivre dans !athrace &:

Voità cependant unemane de preuves rrcs-nngutieres, fournies par des


témoins qui ne (e font point connus, qui n'ont pu fe concerter, Ezéchie!)
Strabon~ les Jm~s de Tbtède~ aueuh d'eu~fnë ~e tont coptes & n'ont pu le
faire ce font tout auninc de témoins origtnaux.
D'aiHeurs, c'en: un fait qu'on ne fauroit invattder par aucune Mifbn
probabte.
D'un côcé, rmftoire ancienne & moderne e(t remplie d'expéduions, d'inva-
uons, de courtes non moins rapides, non mpins étendues, non ~oins
iurprenantes quand ce ne leroh queceUes d~ATi!tA,;Q'ô!~t les~Conquêtes
s'étcnd'oient depuis !ff<~hine}ufquës dans !es Gautes & a~ fbnii de t'Itatië, &:
qùt (e portôtr avec une raprdité'~ns éga'e de t'Orienfa. rc~ccid~nt,'& de
~ccid'ënt a i'Onenr,Jusque rien pùt!'arrcter:
D'un autre côté, Nabucnodonofor eh avott un exempte récent daiM ks"
Conquêtes de l'Ethiopien Taraca ou Théarcon~qut, s'étant aud rendu ma!tre
.de l'Egypte, étoit allé également juïqu'en Efpagne.
Pour un ambitieux altéré de gloire dévoré de la Ybif des Conquêtes.,
c*eroit un exemple trop mémorable, trop beau pour ne pas Ie;~uvr& :.m<n6
~e Prince aypit un motif plus preCanc~
1. J

'j~o~ ~<<~ .pour ~~eAc~o/or c~~ Con~c~


jL'ambinoHy ramquE de l~gtoif&n'~toit pas le; (eu! motif qui poctât ce Pnn<}e
~poûfïeE~~CQLn.gusKs a~niLteM de (estais,; il avoit fes- pioptes injurea. à
venger. Les Phéniciens ëtoient entres danslaltguegeH~ralequelesAuanquet
&vo!ent.~m<ecpntt;elui c'eto.it pour les en~puair q~laypittbrjoeie Siège de
Tyf;:maisapKSneize ans de .combats, de travaux &de.peJ;tes, les habitans de
cène Vi!}e' s~toien.t .évadés, ,& ne lui avouent latine que des murs..11 ne ht!
reçoit donc plus qu'à les pourfuivre dans les beaux etahMemens qu'ils avoient
.~r les~cotes d'Afrique & de l"JE(pa.gne il étoit auure d'enrichir fbn armee~ &
;(le ruiner par (es fbndemens, une Puiflance .au~C redoutable.
C'ctoic près de trois. cens ans avant la premier~Guerre Punique; les Cartha*
-ginois n'avpient encore qu'une exigence précaire, & il e(t apparent qu'ib
durent enfuite leurs grands uicccs aux violentes (ecouf!es& aux degrés que
leurs voi6.ns,~ ~r-to~t Tyr~ leu~r Métropole ~efluyerent~daH~s~
dont nous venons d~tabi~,les preuves.

~.y~J~P

Ce Pays des ~ARp


pas,
<WjMM ~M<r~,
y
~«J~Mfyr~.
MM<tMM ~~?<~ ~M~

(e -trouve également dans Homcfe; mais îîtt'en et


mieux cennu. Les Interprètes du PqeteGrec n'ont pas été plus heureux~
,.<et égard ,que ceux du Prophète Hébreu. La v~rit~ leur echappoit à tous um
brouillard ~pais jeur deroboit ces Contrées~ ainu que les'brumes cachent au~

<de le dire,
eu
:Matelots les terres pu ils veulent aborder.Il eC: vrai que le nom de ce Pays
,parq~t dans Homère Tous Je dialecte Grec: on tait jBc nous occaup~
que le mot Oriental 31~61 chez ce Peuple !emotEM.pB, noa~
~eJa~uK, dn;couchant:i!s~e ~tvitent dppc du.mememotpqut deûgnjerj~
Peuples Occidentaux, les Peuples He(périen< mais ils na<àlecent, félon leur
coutume, la fyllabe du milieu de-là les ERtMBEs.
t
Homère en padeà l*oeca(ion des Voyages de Ménélas f );~Tétémaqûe~~
«' dit-il, venoit d'arriver chez !e Roi de Sparte il e(t étonné de la magni-
ficence qui échue dans le Palais de ce Prince, & qui eft inconnue dans
toutes les autres Cours de la Grèce des richrenes immenses y font étalées,
« en or, en argent, en airain, en métaux les plus rares, en yvoire, en
M meubles, eu tapiueries, &c. Dans <a furpri<e, il s'écrie Tel eft fans
doute le Palais du Dieu qui lance le tonnerre quelles ncbefïes infinies! elles
« abfbrbent toute idée
Le Fils d'Atrée ayant joui de retonne:ment du Ftls d'Ù!y(!e, lui die Ces' v
richenesfoM le rruit destravaux immenfes que j'ai foutenus des longues
M
courfes auxquelles j'ai été expofc~ je chargeai enfui te tous ces biens fur mes
M vai(Ïeaux, &: je revins chez moi'; c'ctoit la huitième année après mon de-
part de Troie. J'avois ctepoité en Chypre; dans la Phénicie ,~n Egypte
je paHai de'là chez les Ethiopiens, les Sidoniens, les ERBMB~Es je parcourus
fia Lybie. Pendant que les vents me~aitoient errer dans toutes ces régions
éloignées & que mettant à pront ces courtes involontaires j'amafÏois de
grands biens; un traire aCa(Rne mon Frère, &c. w
Voilà donc Ménelas porte de lieux en lieux, pendant l'efpace dé ~epc ans:
qui defcend du Nord au Midi de Troie en Chypre, puis dans la Phénicie,
de-là en Egypte & en Ethiopie, &c. qui re-vientpar laLybie, en panant
chez les Erembea. v
Mais quels (ont donc ces Erembes! ou jfbnt-ils places} comment Menela:
a-t'il pafle chez eux quel eft le circuit qu'ont embràfÏe fes voyages C'eft ce
.que per&nne n'a vu, ou tous fes Commentateurs ie &nt égares, &' dont i!
faut rétablir rharmonio.
~TRABON, BocHART, Madame DACiERont toù~trcs-biehappcrcule rap-
port duonom des~r</n~M avec celui de l'Arabie; mais ne connoi&nc qu'une
Arabie, ils en ont conclu que Ménélas err (ortant de l'Ethiopie, étoit- entté~
dans l'Arabie A~atique, & que là il avôif terminé fes~vôyaiges. Mais avec
iceHe &une explication, ils ont totalement dénguré-l'Antiquité & Homère,
.ils ont méconnu les célèbres Voyages des Phéniciens'auteur del'Atfique';ib
'oft bouleverfé la Géographie ancienne, ils n'ont pr6!ivé que leur ignorance;
Strabon fur-tour, qui ayant-fait
un Livre exprès fur la Géographie d'Homère,

(i)~ Odyfn L:Y.IV~


déraifonné d'un bout à l'autre comme un Enfant, comme un esprit étroit,
j&
anervi par les préjugés les plus ridicules; & qui ayant fait di~paro~re ~ciem-
~nent les Monume.ns les plus intéreuàns des Navigations anciennes, a été
.caufe que l'Afrique Méridionale a été perdue pendant XV nccles pour l'Eu..
rope entiere qu'on n'a rien compris à ce que l'Annquité nous a dit des Voya-
ges des Phéniciens & des noues de Salomon, & que les écarts de ces grands
Hommes, pour lier tout l'Univers, ont été en pure perte pour une foule de
.Générations.
0
gommes dénez-vous de ces Critiques Superbes, qui cachent leur igno"
rance <ous un ton imposant qui croyent avoir un Privilége excluuf à la
.Science & qui prenant leurs préjugés pour la raifon tournent le dos à la
Jumiere. Ce n'eH: pas elle qu'ils aiment auffi les abandonne-t-elle mais mal-
heur à ceux qui prennent pour guide ces Aveugles pr~omptueux Nous allons
voir que STRAMN mérite plus que ces épithètes.
Lui & ceux qui l'ont fuivi prétendent que Ménélas n'a été que dans la
Phénicie oc dans l'Egypte, jusqu'à Sy:np à l'entrée de l'Ethiopie; que de-là
il tourna chez les Arabes de la Mer-Rouge & que fi Ménélas dit qu'il a
chez ces Ethiopiens ces Arabes ce n'ett pas pour dire qu'il avoir amatte
chez eux de grandes richeues, car ils étoient fort pauvres mais 6:ulemeot
pour montrer qu'il avoit été dans des Contrées fort éloignées.
Quoi Ménélas n'aura vu que .les bords de la Mer Rouge, de droite &
1
de gauche, & il vantera Ces voyages lointains, & il aura employé huit ans
à cette tournée & il aura amauc des richeues ailleurs que dans les Pays où il
a veyagé~out cela e~ (t pitpyable~ qu'H nevaut (euicmept pas la peine
d'être refuté.
Homere étoit plus habile Géographe qu'eux il nous trace ici en grand
Ma~re, les Voyages des Phéniciens & des flottes de Salomon fi renommées
dans l'antiquité, M les Cuit pied-à-pied autour de l'Afrique.
De Chypre il paHe en Phénicie dé-là en Egypte s'embarquant ici fuit
la Mer-Rouge, il voyage chez les Ethiopiens mais ce mot fignifie les Noirs,
les Nègres c'étoit le nom générique de tous les Habitans dç l'Afrique Me"
tidionale nous en verrons des preuves plus bas. Il le trouve ep(uite chez !e<
Erembes, chez les Africains Occidentaux chez ceux qui étoient des deux
côtés du Détroit au forcir dé-là, il arrive ncceuairement en LyBn, c'eH-à"
dire (ur là côte Septentrionale de l'A&ique entre le Warb & l'Egypte d'o~
~1 revient chez lui
par le chemin le plus droit. Ain6 fbn voyage e& un périple
un vaOe circmt rait par Mer, où il à toujours avancé vis-à-vis de lui, fans re~.
YC~
Temf fur (es pas. Ainf! il a été dans des Régions éloignées, dans
ces Con-
trées abondantes encore de nos jours en or, en yvoire, en ébene. &c,
Ain6 il a pu employer Cept ans à faire ces voyages.
Dès-tors, on a fous les yeux te Tableau de ces grands Voyages anciens
qu'on a~Ïectoic de regarder comme fabuleux la Géographie facrée & la pro-
fane, fe trouvent d'accord Homère en: un grand Peintre un grand Géo-
graphe tout jfë développe, tout ett dans l'ordre.

<.
Le Warb ou l'Arabie d'A&ique, a été également connu de Pime du moins
de nom puisqu'on parlant (i) de la célèbre Navigation d'Hannon avec une
Flotte Carthaginoife, il dit qu'étant parti de Cadix, il vint jusqu'à t'extrémiré
de l'Arabie. Or on fait que Hannon n'alla pas plus loin, que le Cap des Trois-
Pointes, 11 ne vit donc que l'Arabie Occidentale, le Pays des Biembes, le
Warb cette Arabie que personne h*a connue.

ARTICLE VI.
~y<<CE~ DES P~r~jvfcft~
j*
Un premier trait de lumière, eft un flambeau qui conduit à de vafies con-
féquences, qui fait tomber un voile épais, qui préfente d'immenses & belles
per~pe~ives.
Dès qu'on e~ anuré que les Phéniciens ont fait le tour de l'Afrique ce
Peuple en devient plus grand, plus habile, il marche de pair avec les Moder-
nes la Géographie ancienneté développe, une foule de préjugés contre les
Navigations des Anciens ïë diffipent le rapport ancien des quatre parties du
Monde n'e& plus un Problême infoluble.
L'Antiquité a connu les Voyages autour de I'An'ique:Néchaoen a fait exé-
cuter un nous l'avons vu par des Phéniciens ceux ci ne furent ni les
premiers ni les derniers. Ce Prince vouloic avoir .part au Commerce
des Phéniciens: il vouloit, comme eux dominer fur les Mers, enfacer cette
dépendance abfolue dans laquelle les Egyptiens avoient été jufques alors à l'é-

(i) H)0. Nat.T.H.Ch.LXVII.


Tom. G
gard de ce Peuple aiuft il fait faire le tour de l'Afrique, non pour s'anurer'
de & poutbilit~ les Phéniciens le faifoient depuis pluneurs fiècles mais pour
fon propre avantage; pour y établir des comptoirs, des Correfpondans en ïon
nom, pour faire tomber ce Commerce fous fa puiffance.
Les Phéniciens furent même imités en cela par lesNegocians d'Espagne, puisque
Pj.!Nr nousapprend ( )) queCaius Cé(ar, Fils d'Agrip.pa & delulie, & Fils adop-
tif d'Augure étant à la tête d'une Flotte dans la Mer-Rouge, y reconnut les
Pavillons de ptuneurs vaideaux Espagnols, qui y avoient fait naufrage. Ils
avoient donc fait le tour de l'Afrique. H cite auul Ca'Mj ~<er, qui dit:
avoir vu un Espagnol qui naviguoit pour fon Commerce jufques. dans l'E-
thiopie.
LesPtolomeeS) qui étoient devenus Maîtres de tout le Commerce de 1*0-
tient, entreprirent également de faire taire à leurs vaiueaux le tour de l'A&i-
que.
EUDOXE qui préfida à ce Voyage, en avoir publié une Relation qui exi(-
toit du rems de Srrabon lui-même engagea enfuite les Négocians de Cadix à
former une Compagnie .pour cette Navigation. Si Strabon avoit eu moins de
préjuges, il nous auroit tranfmis la fubfhnce de cet Ouvrage mais il regarda
JEudoxe comme un menteur parce qu'il auuroic avoir pane dans une Contrée
où à l'heure de midi les ombres étoient tournées non vers le Nord, mais
vers le Midi & là-denus, Strabon eh aux champs il crie à )'ab(urdit~ &:
d'après ce beau raifonnement, on ne croit plus au tour de l'Afrique, & les
avantages qui en feroient revenus aux hommes, font perdus pendant des nè-
cles & la Géographie ancienne n'eA qu'un cahos fur ces obiets interefl~ns.
Cependant un de tes Contemporains, .~n~<MMCM, qui avoit compose un Tra!te
fur les Voyages d'Ulyue, auuroit que Menélas avoit fait le tour de FAfrique 1"
il en appelloit à Homere, à l'Antiquité, à Eudoxe, aux richeiles & aux lon-
gues courfes de Ménélas ;.mais il n'etoic qu'un Grammairien: STRABobf fe don"
noie pour un Géographe auquel rien en ce genre n'ctoit caché l'orgueil du
Géographe écrafa donc la modellie du Grammairien & la vérité en refla:
~touHee pendant XV fiècles.
Ce qui e0: aunt étonnant, c'e(t que PTOLOMEE n'a~triendit de ce Voyage,
ni du contour de l'Afrique quoiqu'ARMEN fon Contemporain après avoir
parlé comme lui des trois Caps Septentrionaux de l'Afrique Orientale, le.
Cap des Aromates aujourd'hui Guardafui, à l'entrée de la Mer-Rouge, le.

(T~HmoueNMureHeUv.tt.Ch.LXVn.
Cap ~!<~M/M au-deuus de Mélinde, & à vingt-fept journées, dit-il, du Cap
des .c/7M~, le Cap P/'<n, aujourd'hui le Cap du Chat ou Del Gado,
ajoure qu'entre ces deux derniers, demeuroient des Peuples Sauvages, qui
fe rerufbient à tout commerce qu'au de. là la côte toumoit à i'Oueft que
l'Océan enveloppoit le Midi de l'Afrique, & qu'i! ne tbrmoic qu'une même
Mer avec celle qui va jusqu'au Détroit de Cadix rien n'eft mieux mais le fi-
lence de PTOLOMEB que les Grecs & les Arabes prirent pour guide, joinr aux
préjugés de Strabon, l'emporta fur ces ju~es notions; c'eft ainn que l'igno-
rance ou la faune (cience lutte (ans cette avec la vraie, & cherche à t'ccr~er,
fans fë mettre en peine ni de la vérité, ni des avantages qu'en retireroient les
hommes.
Ajoûtons que ces mots ~pA<a & Pf~/M font Phéniciens, avec une
terminaifon Grecque qu'its ngninent; celui là, uni, étendu; celui-ci <<M~J;
& c'eft ians doute, par la même raifon, qu'on I*appe)le aujourd'hui le Cap du
Chat, animal grimpant, tel qu'il faut être pour efcalader des lieux escarpés.

i.
~~po~~B~ cyB~<2~JE~ DfFfrc~~r~
Une des plus fortes objections qu'on ait faites au (ujet de ces Voyages,
eft tirée de la prétendue impofnbilite de faire fur Mer des voyages de long
cours fans Bouuole.
On a également oppofé les terribles difficultés qu'eurent à vaincre les Por"
tugais pour faire le même tour & les affieufes tourmentes du Cap de Bonne"
Efperancc.
Mais des objections quelque fpécieufes qu'elles (o!ent, ne peuvent aller
contre des faits & ceDes-ci font mêmes très-ai(ees à détruire.
Le chemin que les Portugais furent obligés de prendre pour faire le tour
de l'Afrique e~ précifémént l'oppose de celui que prenoient les Phéniciens
peut-être la Navigation étoit-elle plus auëe dans le premier cas, que dans le
fecond on double le Cap plus tacitement, & enfuite poufÏe en pleine Mer
par les vents, on trouve la C6re Occidentale avec moins de peine qu'il
n'en faut pour Ce rendre du Cap-Verd, au Cap de Bonne-Efpérance. La Côte
Orientale d'An-ique eft d'ailleurs moint longue,, plus égale moins coupée de
courans que la Côte Occidentale.
Il eft même trct-apparent que dans l'espace de deux mille ans & plus,
écoulés depuis les premiercs navigations des Phéniciens, le Cap de Bonne-
Efpérance eft devenu beaucoup plus difficile à doubler, plus efcarpé, ptus
coupé de bancs, que dans l'origine il e0: très-vraitembtabte que le banc des
Aiguilles qui embarrane fi fort cette Navigation, s'en: formé par le débris.des
terres que la Mer a rongées de ce côte par la. violence de fer vagues, & qu'an-
ciennement la pointe de l'Atrique formoit une Côte circulaire, unie & fur
laquelle les flots venoient mourir, au lieu de Ce brifer contre, avec cette imr.
péruonté qui rend ces Côtes fi orageufes~
Les Phéniciens d'ailleurs avoienc des entrepôts très-conndérables fur cette-
route à t'Orient, les Mes Comores & nne de Madagascar; à t'Occidenc, le
Royaume de Juida en Guinée.

DE L'Jf~ r~ ~~D~G<<~C~A.
flue de Madagascar, très-grande, très-bette, ~e prefenroit neceuairement
aux Phéniciens qui defcendoient de la Mer-Rouge au. Midi pour leur Cum-
tnerce & qui côroyoient l'Atrique ils durent donc y former des Comptoirs
de très-bonne-heure, & y établir des Colonies, avant. même qu'ils en euuenc
à Cadix. Et ces Comptoirs faifant le Commerce avec les Côtes voiunet du-
rent de très-bonne-heure, découvrir le Cap de Bonne.Efpérance, & chercher
tes moyens d'unir le Commerce du Midi à celui de Cadix..
Ces précomptions font fbrtinéet par les ruines qu'on trouve encore de nos
jours dans les Mes de Comore, & qui démontrent qu'elles ont été habitées par
un Peuple plus ind~Meux, plus éclairé que les Nègres.
Elles le font également par le rapport étroit des tangues- de t'Me de MadagaC.
car avec la Phénicienne. On ne fauroit jetter les yeux fur les Dictionnaires de
ces Langues, l'un publié dans le nècte dernier par ELAcouRT qui y avoit étér
Gouverneur pour les François, l'autre imprimé depuis peu dans l'Me Bour-
bon, fans yreconno!tre une prodigieufe quantité de mots Phéniciens, même
dans Ies,noms de lieux, ce en particulier dans ceux des chiHres..

4.
~tr ~:oy.~j)f~ DE ./r7.D~
Mais ceci eA <ur-touc vrai du. Royaume de Juida en Guinée. Il eO: étabH
dans le plus beau local de cette va(te Contrée ,.(ur de belles rivières, dans de
van:es plaines extrêmement rerules, & qui s'élèvent en amphithéâtres qui do-
minent maj~ueufement fur la mer fon nomjappelte celui des Juirs, de même
que !es noms de fes riviercs, Jaqu:n & Phrac, rappellent des noms Onen-
taux très-connus.
Un Savant Académicien de Bertin a cherché <t prouver que les Habitans
du Pays de Juida defcendoient d'une Colonie Orientale établie par Satomon
pour tavorifer !e Commerce avec l'A&ique il a rademble à ce fujet une mul-
titude de rapports dont plufieurs font trct.remarquabtes (.ï)..

?"

JB~ ~<J J~JOJTB~~ 6- ~F.R/C~t~ M~ A~y~


Les Indiens & tes A&icains ont une adreue merveilleufe à naviger en
pleine Mer & !ohT de toutes Côtes; ce qui confirme tout ce qu'on nous dit
à cet égard des Phéniciens, & qui prouve combien on a tort de s'imaginer
qu'ils ne pouvoient traverser tes grandes Mers parce qu'ils étoient privés de !.t
bou~ote*
Lorfque les Portuga!s eurent découvertt'AtriqueOrienta!e,i!svirent que
Tes Hab)~a~~s naviguoient jufques dans les Indes loin de toutes Côtes en. ~e
conduifant par les vents alites ou par les mouffons.
Lor~u'on a découvert les Mes d'Otahiti, ou de Taïti~. on-a vu que fes Ha-
bitans alloient à quatre cent lieues de chez, jufquet à la nouvelle Zé"
lande y ~ns bounote & loin de toutes Côtes & qu'ils coa~oij(ïoi,ent iesMes
de la Mer du Sud, à de grandes diirances.
On ~ait encore que les Peuples Orientaux de l'Aue, tels que les Chinois
&ifoient des voyages dans l'Amérique fans fuivre les Côtes.. & en cing!anc
en pleine Mer nous. y reviendrons plus bas..
Nous. avons v~ci-de~us que des Portugais, fans bouuole avoient entrepris
de fe porter en pleine Mer qu'ils avoient avancé pendant onze jours vers
l'Occident, & qu'ils feroient allés plus. loin, s'ils n'avoient été répou(ïës par
les vents contraires..
Il ne faut donc jamais opposer contre des &its, ce qu'on ctoit que les
hommes ne peuvent fàire, parce qu'à cet égard il ettimpouIMe lorsqu'on n'a
~uivi qu'une route, de ~e former une jufte idée de tout ce que peut le courage
<e l'adreue de ceux qui fe trouvent dans de tout autres circon~ancet.

)t!) M. de F&ANCttEVH-ns, Mém. de Berlin. Tom. XVII.


<
Si les fAM~!</M ont CO/MK la J?0t~o/

On pofe comme un fait mconteftaMe que les Phéniciens n'ont ~m~s connu
ïa bouffole, & qu'elle n'a été inventée qu'après l'an i)oo,auXIVe. fiècle de
notre Ere & par l'effet du hasard.
Mais de ce que nous autres Européens n'aurions connu 1a boutrole qu'ait
XIVe. nécle, on n'en fauroit rien conclure contre ton exigence antérieure
c'eA faire trop d'honneur au XI Ve. nccte, fiècle de fer, s'il en rut jamais, que
de lui attribuer une auŒ belle invention auffi exiftoit-eite avant cette époque.
M~ DE FoNcEMAGNB en a trouvé des traces quarante ans auparavart dans
l'ouvrage d'un Savant Italien nommé Bn.uNET, & qui le compofa a Paris
en 1160, fous le titre de Tréfor ( i )

e~i ïic~.
Et nous-mêmes, nous avons déjà eu occafion de citer le pauage d'un de nos
anciens Poëtes (i), qui en fait mention cinquante-ux ans ptutôc que le Savane
Italien, dans l'ouvrage appellé de fon nom /<t ~c-C«M~, & qui parut

CuioT en parle comme d'une cho~e très-connue de ~bn tems l'inTention


en étoit donc plus ancienne; mais pour peu que nous remontions plus hautt
nous arrivons au tems où lesiJËuropéens connurent les navigations des Arabes,
foit par !e< courtes des'Sarrauns en Italie, (bit par leurs propres expédition:
en Afie, fous le nom de Croisades.
Il eft donc très-naturel de fuppofer que puifque les Européens eurent 1 cette
époque la connoiuance de la bouubte ils la durent aux Navigateurs Orien-
taux, defcendans des anciens Phéniciens.
Cette fuppofition acquêra un tout autre degré de force par les conudé-
Mtions (uivanies.
ï °. La boufrole exiftoit déjà dans ce tems-!à chez les Chinois, quoiqu'ils
ne (unenc pas en faire ufage ils devoient donc la tenir d'un Peuple plus habile
navigateur qu'eux, & ce Peuple eft (ans doute les Phéniciens. Si on ~uppofe
,que les Chinois le tinrent d'un autre, peu importe c'e& toujours convenir
de fa haute antiquité,

j(ï) Mém. des Infcr. BeH. Lett. T. Vit. Hi~. p.


& t~, t?~
Difctur! P~lun, 4~ Çrig, Fran~ P, LVï,
i~. Les anciens Egyptiens connoiuoiet.rl'aiman & & proprié~ d'attirer le-
~er ils appe!!oien~ le premier f<7.< <f0~ le fecond /'<3j T~oT!~
mais ils appelloieni FEcoite Polaire ORUS, Mo~-wc~, le guide; c~l'Ourfe,
le C~M ~'0~ Appeller l'aiman l'Os ~'O~H~, c'étoit donc indiquer fa pro-
J

priété de ~e tourner conftanimetit vers le Nord, vers Orus mais un Peuple


auffi adroit, auffi habile, auffi ingénieux que les Phéniciens, pouvoit-il, avec
d'auHi grandes avances, mcconno~rre la bouffole, & ne pas employer, dans
fes longues navigations, <f0/~j!
3°. Les Arabes font persuades que la connoiffance de la bou(Ib!e eft rrc~
ancienne; leurs Livres renferment divers aveux à cet égard, très-nets & très-
clairs. Dans un Ouvrage d'ÂRisTOTE qu'i!s ont traduit, & qui a pour objet la
pierre d'aiman n<ptT<t{A<&ct/, la pierre par excellence livre dont le texte
grec e~ perdu, mais dont D!OGENE-LAER.cE nous a confervc le titre, il en: parlé
de la bounote~C'eu: une &!uncadon, dit-on l'accusation 0~: hardie; & quelle
preuve a-r-on que ce texte perdu a été tainfic N'e~-ce pas tomber dans une
pétition de principe Quel intérêt d'ailleurs avoient ces obfcurs Interprètes
ï
Arabes, d'attribuer à Annote une connoiffance qu'il n'auroit pas eue Nier
fans preuve~ qu'une connoiuance en: antérieure à une époque; traiter, fans
preuves, de ~ainncation ce qui établiroit l'antériorité de cette cotthoinance
c'e~ certainement erre bien prompt à décider, pour ne rien dire de plus.
ÂRisTOTE, qui avoit été l'Innituteur d'Alexandre, & qui, au moyen des
Conquêtes de (on illuu:re Elève, & de fes propres connoinances en Hi~oire
Nature!~ &: dans les Ans, étoit parfaitement en état de juger de celles des
Orientaux, ne pouvoit-ni ignorer l'ufage de It bounole, ni n'en pas parler,
s'il exifloit en effet.
~.°. On fe fonde fur le filence ou fur l'ignorance des Romains a cet égard;
mais d'un côté,. nous n'avons pas tous les ouvrages des Romains & même
dans ceux que nous avons, il y a des traits qu'on pourroit appliquer à la
bouuolë, tel que le pauage de Piaule, ~r/o/Mm cape. D'un autre côté, les
Romains ne s'appliquèrent jamais anez à la Navigation pour en apprendre tous
les ufages: leurs voyages en Mer n'exigeoient nullement celui.de la bouflole.
Les Carthaginois n'étoient pas d'humeur d'indruire à cet égard les Romains p
& ceux-ci n'avoient nulle envie de l'être. Qui ne fait dans quelle igno~
rance ils vécurentretativemenc aux arts, jusqu'après la ruine de Carthage & de
Corinthe ? & c'en: eux cependant. que nous prenons pour guides, afin de
décider de l'état des connoinances anciennes c'eA être prefqu'àuni baraaret
qu'eux. En général, nous ne hommes encore qu'à l'aurore du Monde Primitif;
&: ce qui nous a retenu n long-tems dans le berceau à cet égard, c'ed nir'tout
de n'avoir vu que par tes yeux des Grecs & des Romains, & plus fouvent
par les yeux de Critiques peu habites, qui Ce font mis entr'eux & nous. Nous
avons été trop long-tems des échos fideles & aveugles, i! c(t tems de voir par
foi même & de fe jetter en pleine Mer.
Lorfque les Européens découvrirent la Côte Orientale de l'Arnque, ils
y trouverent la bounbte en uiage, & d'une manière plus parfaire qu'an
Europe. Vafque de GAMA, fameu~x par la découverte de ces Côtes ce des Indes,
1
appui, dit-on, des Badianes, une nouvelle manière de prendre hauteur 5c
de <e fervit de la bouuble. Un Pilote à qui il montroit un Adrotabe, y fit peu
d'attention, parce qu'il Ce fervoic d'infirumens .beaucoup plus parfaits, en
ufage fur Ia Mer Rouge <!<: fur la Mer des Indes. Les Historiens Portugais
conviennent que Gama trouva, dans les mains des Maures, la bouuo!e, te
quart de cercle & les cartes & c'eft fous la conduite d'un Noble de Guzarate,
que, dans !'e(p:tce de vingt-rrois jours, les Portugais traverfecenc le grand
Go!fe qui fepare rAirique de l'Inde, & qui a près de fept cens lieues de
iraverfee.
Ces conNptuances étendues & profondes fuppotent cercainemeA un ufage
de la bounote très-antérieur aux tems qu'on auigne fi mal-adroitement & fi
légèrement pour.(on inveHiion: ces Maures & ces Indiens n'Ctoient fure-
ment pas venus à l'école des Européens. Nous pouvons donc dire hardiment
ou avancer comme une vérité inconteftable, que ces Indiens & ces~A&icaiM
tenoient !a bouffole & ces indrumens fi parfails, des Iduméens & d~Pheni-
ciens, qui avoient navigé avec tant de gloire dans toutes ces Mers, qui y
avoient porté leurs connoinances & leur langue~ & qui, ayant eu parmi eux
des écoles cétcbres en tout genre & de grands Phi!o(bphes n'éfoient pas
hommes à ne tirer aucun parti des connoinances qu'avoienc dé}à tes Egyptiens
fur les propriétés de l'aiman, & qui leur devenoient fi néceuaires pour leurs
yoyages de long cours.
Ce qui tend encore à le prouver, c'eft t'érat florilfant de la Ville de
MéMnde, torfque les Portugais en firent la découverte; cette Ville eft dans le
voiunage du Cap /ï~«/n, dont nous avons dé~à parlé & que les Phéniciens
&équentoient cominuettement. Les Portugais n'avoient point encore vu de
Cour auffi brit!ante de femmes auul belles, d'Africains auffi civils, de PiloM!!
jauHt hibilès,,de Place auHl marchande de Ville auffi bien bâtie.
Nous ne pouvons donc méconno~re ici un des plus anciens Comptoirs
Phéniciens fur cens Côcc c'e&dece Peuple po!i, marchand, industrieux,
grand
igrand Navigateur, que ce Comptoir, qui~vo!t été hors d'atteinte des révolu-
<ions Européennes~ tenoit fes connoittances, (es richeues, fes moeurs douées;
& ai~es.
Il en eH: de même de't'Me de Mombaze, voifine de Mélinde; ici les femmes
ne portoient que des habits de foie, ornés d'or & de pierres ptecieufes; on y
voyoic une grande Ville bâtie en pierre; on y faifoit un commerce trcs-noti(Ïant
en or, en argent, en ambre, en épices 6c en autres marchandées.
Ces Peuples étoient donc de quelques (iécl es p!usavancesquenousja!'excep-
tion des habitàns de Dieppe & de Bayonne, qui faifoient dans le filence un
commerce étendu, nous n*avions ni foie, ni vaineau, ni commerce nous nous
déchirions par de cruelles guerres la culture étoit nu!ie la fcience pea
~e chofe.
MéJinde&Mombazen'étoientpaties &u!s Comptoirs qu'eu~ïent eu les Phé-
~nidens fur cette Côte; Ils s'étendoient jusqu'aux Mes Comore, jufqu'~
Madagafcar, & its fe foutenoient encore avec éc!at par leur fituation avanta-
~eufe & par les connoiHances qu'on s'y tranfmettoit depuis ce Peuple, d'une
génération à l'autre; mait les Européenty ont bica ctmngél'état des cho&s.

7<

~f Mt Pjy~iCMy~ <M~r c<wjw i'~Hr~f~t~.

Les Phéniciens qui voy<tge<nenc~vec rant de gloire & avec tant de hardieGe
autour de l'ancien monde, eurent-ils quelque connoiffance de l'Amérique, Ce
~ingecent-tk de ce côte-la que!qae<-unM de leurs navigations! Quelques
Savans font &utena comme uue vérité inconte~abte, tels HyD: HouMus
qui afait un ouvrage cxpre: fur cette matière quelques aurres mais on
n'a ajouté aucune foi àieuM obfervations, parce qu'en dïet !eur opinion n'eroic
pa< etayee de preuves afÏez deduves: ainfi, jutqu'jt prêtent, on ne s'ett décida
ïa-deûuy pour ou contre, que d'après de amples motifs de convenance,
in~Sfant pour faire autorité.
Nous ne craignons donc pas de remettre cette queftion Cur te rapis, parce
<[ue nous nous croyons en état de la-pretenter fous wne face pre~qu'enrieremenc
nouvelle.
Des qu'il eO: démontré que les Phéniciens ont fait le tour de t'Afrique, ~c
qu'ils ont été aux Indes, Us ont pa faire ie tour de la Mer d~ Sud en allant
d'Me en Me, Bc cuivre les Cotes de l'Amtfique OfMnta!e & OcddeMate ced
/?~r.7. H
eft d'autant plus poulble, que les Chinois eux-mêmes, navigateurs bien inre~
rieurs aux Phéniciens, yoyageoient dès le 1V~. nccle de notre Ere fur les
Mers de rAtncrique,at!oient)u(qu'auPerçue parcouroient toutes ces Ifles qui
font au Midi de t'Ade & qui s'étendent dans ta Mer du Sud voyages très.
curieux,&: dont on doit à M. de GuiGN:s un détail fort intereuant (!
Comme la plupart de ces Mes, telles que la Terre de feu, les Mes de fa
Sonde, t'Me de Bourbon, qui en eft criblée, &c. renferment des volcans qui
occa~onnent encore de nos jours de terrib)es ravages, & que les autres porrenc
les marques les plus (enftbtas d'avoir iubi autrefois le< mêmes défaire:, on ne
fauroit dourer qu'ettes ne fbient les celles d'un ancien Continent bouteverfe par
les eaux & par les volcans; &n on (uppofe que ce bouteverfemeni eftpo~crieur
aux navigations des anciens Phéniciens, à ces navigations antérieures à nous
de plus de trois mille ans, il en reMreroit une plus grande facilité pour les
voyages de ce Peuple dans la Mer du Sud.
Mais quoi qu"il en: foit de cette conjure & de celle qui attribueroit aux
Phéniciens ces monumens en pierre qu'on trouve dans les Me: Malouines
& dans quelques Ifles de la Mer du Sud, & que leurs habitans aguets font
incapables d'avoir exécutes, on peut donner en preuve du féjour que les Phé-
niciens ont fait dans ces Contrée!, t°. la conformité des noms de nombre
qu'on obferve danst'Mc de Madagascar ;& dans toutes ces Mes, avec ceux des
anciens Phéniciens.
t°. Le rapport prodigieux des langues qu'on parle dans toutes ces Mes, avec
la langue Malaye & le Phénicien.
3°. Des rapports auffi nombreux entre la langue Orientale & celle des
Caraïbes, & des habitans de ta Virginie & de la Pennivanie rapports qui
embraflent même les pronoms & la maniere de tes Reravec les noms, & donct
nous avons dé}à mis un grand nombre <ous les yeux du Public, dans une
Diderfation qui eA a la ~uire de l'ouvrage de M. ScHERER, ~ur l'Amérique &~r
la manière dont elle s*en: peuplée Recherches qae nous joindrons que!que
~our au Monde Primitif, avec des augmentations cbnuderabîes.
<). Nous croyons pouvoir donner auffi comme un genre de preuve très.
neuf, un monument que M. StWAi.i., ProfeÏÏeur en Langues Orientales dan~
l'Univerftté de CambrMge,en Amérique, vient de nous envoyer, & dontnoas
nous empreuons d'enrichtr le Public. (t~ C'ed une Jnfcription qu'on a decou-

(!)M<m.dc~lB(cr.&B.L.T.XXVnL <i)V~FhI.a<t.
ve<te,!ly a près d'un demi-necle, à Dighton, fur un rocher de la rive
orientale du Fleuve laun~on, à la diftance de quarante à cinquante milles au.
Sud de BoSton. L'envoi de ce monument eft accompagné de ces remarques
"Le ï~ Septembre 17~8, MM. Etienne Sewati & Thomas Danfbnh,
antres de MM. Williams Baylies, Seth Williams &: David Cobb, copièrent
cette InScription fur un rocher de Dighton, à une diStance de quarante à
cinquante mi!!es au Sud de Boûon. Ce rocher e~ ntué fur la r~ve orientale
du Fleuve laun~on les grandes eaux le cachent en partie il a onze 'pieds
pi de long & quatre
d'élévation au'denusd~ niveau de i'eau; mais le terrein
M
femble s'être élevé & en avoir couvert une portion confidérable il eft d'une
M
couleur rouge fa face plane, fur laquelle efti'infcription, incline un peu furie
rivage. Cette Inscription attire les curieux depuis un demi.uecte. La commo-
dire de la rade & la facilité qu'on a de naviger Cur la riviere jufqu'ici, ~ic
t<
croire que c'eft un ouvrage de Phéniciens, qui furent pouffés ici de deflus les
M
Côtes de l'Europe: d'autres jugent que c'e(t une Inscription plutôt hierocly-
H
phiquequ'en caractères alphabétiques, & qu'ainn elle peut être l'ouvrage de
Nav~gateuf< Chinois ouyaponois".Dans le corps de la lettre mon Savant
Correfpondant ajoute que la plus grande partie de cette Inscription eft effà.
cée au point de n'y pouvoir dtfUnguer aucun caractère.
Si on compare ce Monument fingulier avec les Inscriptions du Mont Horeb
& du Mont Sinaï, les unes rapportées par KiRCHER, les autres par le célèbre
Voyageur PococK~&avectea Alphabets Phéniciens découverts en ces derniers
tems, on fera étonné du rapport frappant,qu'ils onrent; enforte qu'en joignant
cette conformité avec les diverfes autres preuves que nous avons que les
Peuples de< environs de Bofton fur-tout font de race Orientale, nous ne pou-
vons regarder ce Monument que comme un ouvrage Phénicien. Nous réfervons
pour là fin de ce Volume quelque détail fur les caractères & fur les diverfes
Agures qu'offre ce Monument.

8.

ORIGINE DES PHÉNICIENS.

Nous venons de voir des Navigations fur la Mer-R.ouge, & de-!x dans des
tners éloignées & d'autres fur la Méditerranée & qu'elles patène toutes
fous le nom des Phéniciens; mais les Phéniciens etoienc écabUs fur les côtes
de la Méditerranée jamais on n'a dit qu'ils eufÏent ibrmé des comptôirs fur
Hij
iaMer-Rougc encore moins qu'ils en pofÏcdaSent des ports. Comment pou"
voient-ils donc naviguer fur ce: deux mers.à.la tbis! e'edce dont on ne s'ef~
guères mis en peine mais ce qui a fort embarra~e-, c'e~ l'origine des Phé-
niciens ou Navigateurs de Sidon & de Tyr. ïn génétal, on les regarde com-
me des Cananéens, parce qu'en eSet Sidon tut le partage d'an fils de Ca-
raan; mais pourquoi ce nom diOinctif de Phéniciens dînèrent de celui dés:
Cananéens, s'ils ne forment: qu'un même Peuple Par~ quel hafard ce mot.:
de Phéniciens, traduit en Grec par celui d'Erythréens qui ugnineAc/n~M~oM-~
gM, e~-il 1~ même nom que celui d'Idumeens qui ala~mémeitgnincation oc:
à qui appartenoient; les ports de 1~ Mer-Rouge < Qùepentec encore dej'af-
~ërrionqueles Phéniciens étoient venus. delà Mer-Rouget
PuNE l'auure (i) il dit que l'Me d'Erythfa, voifine de celle de Càdix. de-
voit Con nom aux Tyriens qui paftbicnt pour être oristnaires dès-bords de la;
Mer Erythrecnneou Mer-Rouge.
HERODOTE dit fur le témoignage des Savans de Per~e (i), que les Pheni-
ciens étoient venus des bords de la Mer Erythreenne fur la côte de la Medi<
terrance; qu'ils difoient eux-mêmes (ravoir habité autrefois les bords de:
!a M~r Erythreenne, d'où ils étoientvenus fur la Mer de Syrie.
On voit dans JusiiM (~) que les Phéniciens après un grand tremble-
ment de terre.s'etoieni transplantés d'abord fut. un lac Syrien t. oc d<-la ~urr
les bords dé.la Méditerranée.
STRABON rapporte (~) qu'on aMuroit.que les Phéniciens etoienc une Co-"
ionie des Phéniciens de l'Océan, & qu'on les appelloit ainu à caufe de la Mer-*
Rouge ou Erythréenne lui-même il appelle les compagnons deGadma:
tantôt Arabes (~), tantôt Phéniciens (7).
DEMYs .PM~< (<), afture que les Phénicien: de Syrie, defcendoient de:'
Erythréens.
PuN: quenous avons dé~ cité, attribue au Roi Jf~r~ (9), au Ro~
Rouge ou Edom l'invention des Efquih p..our,. naviguer. dans les I~es de la
Mer-Rouge..
lirefulte de-ta une tradition contante cotres-remarquable que le nom det.
Phéniciens étoit le même que celui des~rythrécns ou.Rouges qu'ils rurenc.
appellés ainfi parce qu'ils étoient originaires des bords .de la Mer-Rouge, o~
~ue de-là ils vinrent demeurer à Sidon &; Tyr.

(i)
Hia.~àt.~iv. tv. ch.xxit. (t) Liv.
(~ LtT. x. (7) tav. T~ t.
Ven ~o~. (?)LiY. vu. ch. t,
(;) L:v. vit. (4) Ltv. XVIH. (~ Uv. T..
Cette Tradition s'accorde parfaitement avec les &its- ?' avec ces di~rens
peuplét de Navigateurs de la Mer-Rouge & de la Méditerranée, appellés l'un
Phéniciens ou Erythréens, l'autre Iduméens,.rous deux Rouges, ce dernier
ayant constamment habite fur la MerRouge, l'autre en étant originaire; & ce-
pendanr confondus fous le nom généra! de Phéniciens; car on ne connoif
qu'eux de Navigateurs dans l'Antiquité.
AutH quelques SavansModernes ont été perfuadésquclesPhcniciensétoienr
originaires des bords de la Mer-Rouge,telsVossius(t),NtWTOM (i),&c. & M.
de la NAuzE (~). M. l'Abbé MtGNOT,de la même Académie acherché àleré-
&ter par une Diftenation inférée à la fuite de celle de ton Cbn&ere:Ià s'ap-
puyant de BocHART,il ne voit qué des Cananéens à Tyc ce à Sidon d'au-
tant p!ut que les LXXfe fervent indifHn&ement des noms de Cananéen &
de Phénicien, &qu's rendent prefque toujours le premier par le fécond touc
te qu'il accorde à la tradition, c'e& que. ces Cananéens établis.d* abord vers le
Midi, fe porterent enfuite au Nord mais cela n'explique point leur rapport
avec les Iduméens M pourquoi ils furent appellés Phéniciens ou Rouges, n~
quels étoient les navigateurs qui partoient d'Elath & d'Etiongueber.
Difons hardiment que ces inôts J~/n~n Phénicien Z'~ArM~t défl-
gnencrous la même diofe, un peuple, dcfcendud'Edom~ qui donna fonnem~
à la Mer.Rouge, qui invcnM la navigation,qui ïe rendi~cé!éb~e par des voya-~
~es de long cours:donntne partie ayant reconnu la~bonté & Futilité des
ports (te Sidon & de Tyr,.y vinc établir de~Go!ômes qui ~rent avec le plus
grand fueces le Commerce de la Méditerranée &: des côtes de l'Océan qui
effacèrent le nom de Cananéens par celui de Phéniciens tandis que ceux quiv
ttoient reftés dans leurs anciennes demeure: continuèrent le commerce fur la
Mer-rougeoe dans la mer des Indes, toussé nom également d'Hommes rou-
ges, ce qui les fit confondre fans ceue avec le: Phéniciens de la Méditerranée.
Ce ne fur point à ceux-ci que David &: que Sàlomon enlevèrent les fa-
Mieux ports d'Elath & d'Eftongueber, & le Commerce d'Ophir & de Tarfis
ce fut aux Iduméens aux hommes rouges-de l'Arabie auNI continucrent-th;
d'être amis dés Tyriens,les hommes rouges de Syrie qut n'étoient plus liés avec'
ceux de rArabie. Ce font ces Iduméens 'qui~ fous le nom de Phéniciens, rem-
plireM de leurs Colonies la côte de l'A&ique orientale tandis que les autres

(~ Tnut6 de rHot. (t) Chronol. (3) AKm. deJL'Acad: det In&r. &B. L. T. MttVï
étoient (unuamment occupés à couvrir de leurs nombreux Comptoirs les côtes
de la Méditerranée.
Si les Efpagnots & les Portugais s'épuisèrent en quelque <acoB par la de<
couverte du Nouveau monde comment Tyr & Sidon feules auroient- elles
pu fournir à une auuï prodigieufe quantité de Colonies C'eu: même avec le
fecours des Idùmcens que les Phéniciens de Tyr durent en état de fonder Car..
thage & les autres Colonies de l'Afrique Septentrionale car ce fut peu de
tems après !a difpernon des Iduméens par David que furent fondées la fu-
perbe Carthage, Utique Se d'autres villes.
Ajoutons qu'il n'eft pas étonnant que les Phéniciens, quoiqu'Etrangers aux
Cananéens,ayent été appellés du même nom puifqu'ils étoienc venus s'éta-
blir av ec eux ne donne-t-on pas aux Anglais le nom de Bretons, quoiqu'ils
ne le Soient pas d'origine & ne confond.t'onpas fans ceffe le nom des Gau-
lois avec celui des François; & celui d'Allemans avec celui de Germains, Quei~
qu'Us défignent tous des Peuples trcs-dinerens 3

ARTICLE VII.
d:AJVf~E; ~JV.K~S DE A~B!7CNOpOWO~OR:

NA~u-cHo-DON-osoR vainqueur des Phéniciens, des Egyptiens, de tout


ce qui étoit à t'Occideni de Babylone & ayant humilié tous les Princes qui
s'etoieni tigues contre lui, revint à Babylone comblé de gloire, &ranane:
de conquêtes il ne pcnfa plus qu'à jouir du 6-uit de tes travaux, à faire neu"
rir tes Art: les Sciences, & à rendre Capitale la ville la plus noriftante
de l'Univers, une ville unique par fa magnificence par fon étendue par fes
fuperbes Palais dignes d'un auffi grand Prince, par la beauté & l'utilité de Ces
vafles Quais qui dominoient fur les deux rives de l'Euphrate & qui annon"
coienc l'opulence oc le goût de fes habitans, par la hauteur, l'epaineur & la
force de (e< murs, maniere de bâtir qui étoir alors à la mode dans ces tems
ou l'on ne connoiubic pas encore l'Art d'en triompher.
Ce Prince fi grand, fi magninque fi plein de génie, tomba vers la fin de
(on régne dans une efpéce de démence que les Livres Saints représentent com-
me lui ayant été annoncée & comme une punition divine de l'orgueil que
lui infpiroit la vue de cette ville fuperbe qu'il créoir.
Cet événement, fes caufes (a durée, & fes fuites fe trouvent dans un Edic
pu Lettre circulaire de Ntbuchodonojfbriul.même à tous fes $u)ets~, rap~
portée (ans aucun autre détail dans les Prophéties de Daniel, comme un fait
fumfamment connu des Orientaux pour qui il écrivoit cet Edit ou Lettre cit~
cu!aire commence par ces mots (i)

M
Nabuchodonofor Roi, à tous les Peuples, Nations & Langues qui font
)' fur la 'terre (aluc abondant. Le Dieu Très-haut a opéré des prodiges & des
M
merveilles que j'ai réitolu de publier, des prodiges étonnans, des merveilles
» Surprenantes Après ce début imposant, ce Prince entre en matière il
rapporte un fbnge eHrayani .qu'il eut au milieu de ~a gloire, & que Daniel
feul put lui expliquer: l'objet de ce fonge étoit de lui apprendre qu'en puni-
tion de <on orgueil il (e verroit c.hade de la compagaie des hommes qu'il
habiteroit aYc.c les apimaux,& l.esbetes Sauvages pendant un efpace de fept
ans(~o~MMou~~n~), au bout desquels il recounoKïoit la ~buveraîne
Pui~nce du Très-Haut. Qu'âpres l'efpace de douze Lunes tandis qu'il ~e
comp)aifoit dans la magnificence de Babylone une voix céle~e fe nt enten-
dre pour lui annoncer que cette terrible menace alloit s'exécuter qu'elle
t'exécuta en e~et que le tems de cecre expiation s'étant écoulé, il étoit re-
venu dans (on boa fens & dans fon ancienne Splendeur, & qu'il venoit de
reprendre les rênes de fon Empire, en reconnoinant la gloire & la miferi-
co~deduTout-Puinant.
~Rien, en <:(tet,n'étoitp!us à propos qu'une pareille Lettre, afin que ce
Prince fût reconnu de nouveau par tous fes Sujets: elle e~ d'ailleurs d'un ftyle
Cmple'~ noble, digne d'un !~oi pénétré de ce qu'il va dire. Elle eA eh même
tems'tout-'aL-&it-dan! ~e Génie des Onehtaux, qui ajoutoient beaucoup de foi
&ux ~bnget.
Quant au nombre de fept ans d'expiation il eA par~itement harmoni-
que avec leten~ts de la Nature & avec le ~yMme de la Création &: de notre
~yjMme )fb!aire, fondé entièrement fur les rapports de (ept/ba~e de toute har-
monie. Au ~/)y/ïyM<, lés fept jours de la femaine les fept jours des phafes
de la Lone, tes (ept Pianettet, les fept Etoiles de chacune des Ourfes, tes~ept
couleurs de l'Arc-en-del des rayons iMaires, &c.
Au/y~reg~~Mc ou~w~o/~Nc, toujours appoyén!t la Nature, les fepc
années d'abondance & les fept années de famine d'Egypte, les fept dixaines
d'année! de la captivité, les (ept dixaines de femaincs d'années julqu'à la
naiffance de Jefus-ChriA, ces fept années de la punition de Nabuchodôno-
for &c. 1

(i) D~n. t. 31 du Texte Hébreu ïu. y de la Vutg~


Au Civil, le Cycle Hébraïque de ~cpt .nuises, dont la dernière eto!t de
Kpot tes fepdois fept ans écoutes d'un JubUé à t'autre, &:c.
En d&f, tout doit être lié dans la Nacurc & dans la R~vc!ation, tout par-
tant d'un même efprit & tendant à un n~me but.
Quant à la vraie ugnincation du mot A«/~<a ou Ao~M que les LXX.
ont rendu par le mot ~M, qui ne nous apprend rien, on ne peut le deter-
tntner que par analogie. Ce mot fignifie encore aujourd'hui en Arabe.un ~/n~,
& il défigne, utivant l'objet dont on parte, un jour, un mois, un an une por-
tion d'un tems connu. Dans d'autres endroits de Danie!, il fait portion de
.ce qu'il appelle Z~~a, qui efi une révolution de tems, de fept jours,
precife-
ment ce que nous appelons /<~<Mn~, & alors itrcpretente unjottr prophé-
.tique. Ces fept tems feroient donc fept années prophétiques comme prévue
tout les Savans s'accordent à le croire,

fj~DICTKW ET ~WT r~S CJS J~tf~cE.


Nabucnodonotbr régna environ une année,* ce qu'on p~nfe, depuis &tt
~tab!incment fur ie Trône, & il mourut après un icgne de quarante-aroit aM,
~auÏant Ces Etats à fon fils Evil-Merodach.
Les Hiftoriens Profanes MEGASTMNt & AzYpBMt, dtcsparEuMZE(t),
rapportent une prophétie de <:e Prince avant (a mort, qui dt parfaitement
~ontorme à celle que Daniel lui avoit annoncée il moMa, difent-its, (uc h
terra(Ïe de &n Palais, & dit ye vous anaonce, ô Babyloniens, un malheur
t* prochain, que ni le de~n, ni notre ancêtre Seius, ni notre Reine Beiis ne
<*
fauroient détourner. JI va arriver un JMM/~ Perfan qui par le fecours de
« vos propres Dieux vous impotera un joug cruel cette infortune vous arri-
f vera à Foccanon d'un Mode, péupte que tes Anyricns regardent comme
» leurs plus fidèles amis. Que n'a-t-it été englouti dans !e<aMmes de la mer
avant que ~e trahir mon Peuple ou tranfpor~ dans quoique désert inha-
bit~ où !oin des hommes, il ne v!t que des oifeaux de proie & des betc<
féroces Heureux moi-m6me fi je puis nnir mes jours
avant que ce< cata-
M
mi~s enveloppent mon Peupte ?

~t) f~p. ]Ëytn~. t~. cb.


Cette
Cette Prophétie ne peut eire plus conforme < l'événement &r a celles de
Daniel, qui avoit annoncé la ruine prochaine de Babylone, & qui affura
qu'clle feroit occa~onnée parIetPerfes & parle! Modes, tandis
que ces der-.
niers étoient étroitement liés avec les Babyloniens,oc qu'un Prince Mode avoir
époufé la propre fille de Nabuehodonofbr. EUe étoit ainn digne d'un Prince
qui devoir avoir une confiance fans bornes en Daniel.
On ajoute qu'aprea avoir prononcé ces paroles, il disparut; c'eft-a-dire,
qu'il ceua de vivre on fait qac les Anciens n*exprimoient prefque jamais la
mort d'une maniere ouverte; mais par des périphrases qui en adouciffoient l'a-
mertume, & qui apprenaient qu'un Écre, quoiqu'inviub!e pour les hommes,
étant féparéde fou corps, continuait de vivre que fa mort h'étoit en
quelque maniere qu'un chansement de décoration oc de lieu, qu'une dHpa<
ntion.

D.e la Gloire de ~a~e/cr, 6* <~< /<j ~M ~e~ pour fes ~ropr~


Fwjr.
Telle fut la Gloire de Nabuchodonofor telles furent (es Conquêtes ~et
Exploits le premier, il fonda un. grand Empire fur les débris de cent autres
il marcha ainfi à la tête des Cyrus des~texandre, des Cefar de tous ce:
Héros que vante l'orgueil des Nations & le faux goût des Rhéteurs. Toujours
it tut viAorieux;i! n'eut qu'à vouloir, & it vit tes Peuples à tes pieds it (ub-
)Ugua également la Cageffe de l'Egypte, tes richenes de t'Ane, le falle parci-
moniet des Phéniciens, la vie vagabonde des Nomades Africains ,t'heureu(e
fimplicité des habitans de la Bedquë <n Efpagne & afin que rien ne man-
quat à à gloire &r à fa grandeur aux pieds de la (ameufe tour de ~abet il
~teva une ville immente ou tout étcit un objet d'admiration la va~e ecen-
due & la magnificence de Ces Palais, la hauteur & la folidité de tes murs, des
tues immentes ttree: au cordeau, des ponts &: de fuperbes quais qui domi-
noient fur un grand Fleuve Ville étonnante, qui par & rbrce par fcs riche(-
<es, par fes nombreux habitans fembloit devoir affurer à jamais la durée de
l'Empire Babylonien.
Et cependant, avant cinq lucres, cet Empire ne fera plus, Babyldne~cra
tombée elle Cera devenue la proie d'un Peuple dédaigné comme barbare <c
qui n'ayant ni richeffe ni Me, n'onroit rien aux yeux avides du Conquérant.
Mais ce fut précisément cette gloire, ces conqu~es, cette ~il!e Superbe,
T. J. 1
qui livrèrent l'Empire Babylonien aux Pertes, qui le mirent hors de dérenfe~
hors d'état de foutenir le poids d'un Conquérant. Ce ne fut pas par une gloire
plus grande par plus de fageue, pac plus de grandeur ce fut une fuite né-
celfaire de la fauffe gloire de Nabuchodonofor ce fut l'enet indirpenfable de
fes vues défordonnées qui forcerent tous les moyens ,.qui u&rent tous les
reuorts, qui privèrent fes Etats de toute reffource.
Le Héros Babylonien étoit à la vérité un Prince magnanime épris déplut
grand amour pour la gloire, infatigable dans Ces travaux pour l'acquérir que
n'endormit jamais la mollene, le goût pour les plaifirs aimant les Arts & l<t.
<nagni6cence tout ce qui élève l'âme; mais il ignora toujours en quoi con"
Me la vraie grandeur, & il l'ignora malheureusementpour fa Famille, pour
fes Etats pour fes Voinhs.
A la fleur de l'âge, il s'étoit vu à li tête des Armées encore très-jéune iï~
avoit gagné des Batailles, vaincu des Empires, mis des Rois à mort dès ce
moment il n'eut plus que du mépris pour les Rois, & il Ce crut leur Maître it
devoitrette, fi le génie a le droit de commander; car tous les Rois qu'il vaia-
quit, même ceux de l'Egypte, ne favoient pas régner.
Une feule Ville (ut & put Ce défendre pendant pluueurs années c'cA qu'elle
étoit ma~treue des Mers.
n'
Gâté par fes premiers fuccès, il ne fut plus que conquérir: il crut qu'il
toit Général que pour fe battre &*R.oi que pour être le. feul à régner fur la
Terre ce fur les'Mers.
Ses conAans eSbrt~ pour remplir fes hauts projets, furent d'autant pîus~u-
~es .qu'il frouvoit les plus grandes renources dans fes Etats Primitifs. Nous
avons vu combien la Chaldée & la Mésopotamie avoient. de richeues rurales,,
prefque toutes en prontpour le Souverain, par le peu de frais ..qu'exigent les
avances dans ces Contrées, par la vie frugale des Peuples de l'Orient,, par
leur peu de befoins, par- le Commerce immenfe qu'ils faifoient au moyen de
leurs canaux, de leurs grands Fleuves, de leurs Mers, de leurs liaifons-avec.:
les Phéniciens, Entremetteurs de tous les Peuples, & de toutes les espèces de.
Commerce.
Mais à force d'erré hors de &s.Etats, d'en emmener les Peuples au loin, de
leur faire prétërer la vie vagabonde à la vie agricole, en leur montrant dans
le pillage, un moyen plus.prompt:, plus rapide de faite fortune; en tranfplan«.
tantfans cefle les Peuples, il épuifa fes Finance!, & il en af&iblit la fource par
une culture moin& prospère, moins ~outenue~
Auffi a~vee lui: tomb&l'eipht de Conquêtes-) parce qu'on n'avoit ni génie,.
4M forces ni Finances pour en faire de nouvelles on négligea celles qu'on
avoic&ices, parce qu'on n'avoit pas plus de moyens pour conferver que pour
étendre on fé réduinr à l'ancien Empire Babylonien & cet Empire ne fut
plus rien, parce que les mœurs étoient changées, parce que le luxe & la dif-
fipation avoient pris la place de la frugalité parce que l'Empire étoit fonda
dans une Ville immense, ou s'étaient réunis les Satrapes, les Prince: de cet
Empire, ceux qui jufques alors avoienr vivifié les Provinces; qu'on ne s'occu-
pa plus que des moyens de conferver de maintenir d'amufer ces orgueilleux
Citadins, & que la vaine connance dans des murs impénétrables) ôta tout autre
e<prit de défende, anéantit toure prudence, livra les Provinces entieres aux
premiers qui voulurent les prendre.
Ajoutez à cela, qu'ayant affoibli & aliéné tous leurs Vo!6ns, les Babyloniens
n'eurent plus d'Alliés que par conféquent ils ne trouverent perfonne en état
de les défendre & de les faire respecter & que lors même qu'ils auroient voulu
changer en Alliés les Etats qu'ils avoient conquis, ceux-ci dans leur état d'é-
puifement n'auroient pu leur être d'aucun fecours ils n'en pouvoient trouver
également aucun dans les Princes de la Mer, dont ils avoient détruit les
Ports, anéanti la Marine, à qui ils avoient enlevé toute reuource. Leurs Con-
quêtes en Afie ~e leur onroient qu'Etats dévalés, que culture langui(tante,
<que Propriétaires ruinés, que Familles Royales dégradées. La (agene des Egyp-
tiens même étoit déconcertée leur Empire n'avoit plus de bafe il ne pou-
voir plus ~e relever d'un coup auffi terrible il ne pquvoit réufter aux en!orn
du premier attaquant, & ces eHbrts n'étoient pas éloignés.
L'orgueil du Héros Babylonien avoir irrité l'orgueil de tous, en les humi-
lianttous &: & Puiffance avoir écrafé ceux qu'elle humilioit fon Empire ~e
trouva donc feul pour foutenir le choc des ~ros que formoit fon exemple ¡
& épui<c par <es e6orts paues & hors de toure mesure, il tomba & rur en&<;
irelitbus <on propre poids, fans avoir jamais pu Ce'relever.
Si ce Prince, mieux instruit, eût mis fa gloire, non à s'aggrandir par des
Conquêtes mais à faire fleurir tes Etais, par les mêmes moyens qui les
avoient élevés à ce haut point de perrecHon, par une meilleure culture, par
des canaux qui atlaucnt viviner les Provinces les plus reculées, par des FiMnces
bien administrées, par un Commerce étendu, par fa lu~ice envers tous, par
des Alliances fages avec tes Voiuns, devenus eux-mêmes par-là plus puiuans
~plus riches, en lai~ant l'Empire de la Mer à ceux qui ne pouvaient s'en paf-
~er, ed' ouvrant Tes Etats à tous afin de profiter des lumières, des riche(îes,
du Commerce de tous, & qu'ils puuent faire chez lui des échanges im"
1 ij
mentes quidonnaient aux terres la plus grande valeur pofHble fi en même
tems au lieu de ratÏembler tous les Grands de (on Royaume dans une
Ville
immenfe, ou venoient s'engloutir les richeffes & les générations, & qui
feule attiroit les yeux & l'attention il les eût encourages à faire valoir leurs
Terres, & eût réferve fes chaînes d'or pour ceux-ci, l'Empire aurait été
élevé fur une bafe inébranlable Nabuchodonofor eût été le modèle des
Princes, l'Idole des Peuples il ~e tût élevé un Monument auffi honorable
aum grand, que celui de Dura écoit étroit & ridicule (i~; fon Empire entier
n'eût été qu'un Monument où tout auroit retenti de fa gloire. Cet Etat fIfbMe-
ïoit encore aujourd'hui, plein de force & de vigueur il fe feroit joué de*
eHorts des Perfes, des Alexandre, des ~éleucides~ des Romains, des Parthes,
des Arabes, des Turcs; aucun n'eût o~e attaquer une Nation aufft refpec-
table, auffi edimable, aum &ge peu eût importé que fes Princes n'eunent pa<
tous été des génies Sublimes les Babyloniens Ce feroient foutenus. par leuif
équité, par leur opulence territoriale, toujours fubMante, toujours vivi-
fiante & l'intérêt que chaque Peuple eût trouvé à être (oh Allié Con Ami y
lui auroit concilié à jamais l'Univers entier.
I/inQru&ion fe feroit établie & an!ermie chez eux & chez tous têt autres y
elle (eroit revenue forte des lumières de tous & par cet échange mutuel de
lumières & de connoinancet, les Babyloniens n'auroient jamais été intérieure
à aucun autre Peuple, en eonnoiuances, en moyens, en inventions pour fe
perfectionner à tous égards. w
MaisTindruction fe trouva nulle, ~exemple fut &ux & dénaturé; le uec!c
entier fut eerfomptt, gâté~ vicié, & l'Etat tomba par fa propre corruptions
& par celle de tous fes voifins.
AinH, Ie~ premiers pas conM& l'Ordre amenèrent, comme il étoit judc
y
le plus grand désordre à leur fuire & la ruine totale de l'Etat, qui le premier <e
vicia ainfi il en fut & il en fera à jamais de tous ceux qui ~fc conduirwnt de
même, qui dénatureront tour, ou qui, ayant déjà pris une ~auue route,
refuferont à toute indru~ion, à toute lumière, ou perfévereront ob&inémene
dans, cette <au(îe route.
On ne: doit pas être étonnéque nous inu&tons fur cet objet; e'e& la première

(t) Ce Roi, après ~e~ prem!ere< viûouet, &vo!t~lev~ dans les plaines de Dura une
colonne trc<-haute, turment~e d'une Statue a la uelle il obligea tous les G~and! de
iren:r rendre hommage. Il en e~ parlé dans Daniel, Chap. tu, 4~6 que d<~ ~tite~ ~w't~
~et ordre pour celm-ci Ct pouriM MUt.
fois que nous
avons a parler d'an Conquérant c'e~ celui dont t'éelarpanager
ébloui tous les autres ~& jusqu'ici l'Ht~oire,
au lieu de pondre .cet esprit de
conquêtes & de guerres fous ics vraies couleurs, s'eu: prefque toujours tbile-
ment exiadée des ïons-vains, &~bour(buAés d'une fauCfe & malheureuse
renommée.
Mais telle ne doit pas être l'Hi~oire. En transmettant aux hommes le
touvenir de ce qu'ont rait les générations pauces, elle ne doit jamais perdre
de vue la félicite des .générations pré~ente~s~ futures :)elle doit par cont~quenc
pefer à une ju~e ba!ance toutes !es actions pannes porter au, bien par la conn-
dérauon des heureux ertets ;produ)t~ par tes .avions .vertue~fes &~on~)cmes à
rordre; détourner de toutce qui e~,contre cet.ordre.,par ta conjftdcra~on des mat-
heureux en~ts que produijtent nccenairement les acHons qui tui font contraires.
Toute autre Hi~oire e& un attentat contre t'humanitc~e&t odieux de t'igno-
rance du bien,ou d'une: Satterie criminette.
Que): fervices n*eunent pas rendu a~Hecos B~byJonien., a.'Ie~c.Nation
rUmvers~ntier.tes.Mages detia Cha)dce,)savoient ectai~~c jeune Héros,
s'iis lui avouent montra en quoi connue la vraie pro(perite d'un E)pt, s'ils lui
avo.ient appris que le premier devoir d'un Prince e(Ua ju0:ice envers tous, qu'il
eft/tait pour régner fur des hommes & non fur des déferts qu'il ne doit pas
avoir plus de Pays qu'il p'en. peut geuyerner~pu, qu} ne lui (eienr acquis
~u0:ement,,par amou~ &,par ar!cdion ~plutp~que~&r force: que des Conquêtes
acquises, aux .dépens ~e fes Sujets, au document de (es propres Etats, élevée:
~urje.ursruin.es~ tont,un. véritable néau, te plus. grand mal qu'un Prince puine
fe ~aire ::qu'ilne.Iaine à tes enfans qu'ennemis au dehors~ &: que ruine & foi-
bleue en dedans que la gloire des Conquêtes excelle d'un bngand, tandis
que !avr;tj€.gtoire,d'un:Prince~ celle d'Mre ain)é~.re<pcc):e.au:;d(.hors:j 6c

~R~, C?~rc~fnt~g~ ,d.e.t~ute)


une.<burce.<i'a,yantagcs,de
conservation
.~F_r3.
dç i~re;)prQ<pérer, tes Etats,: au/point qu'ils de:wiennent;pour tous les Peuples
toute, ejtpc~e.; enfoite~que tous 1qie~t. intéretics à fa
Içient il1~ére{rés
que toute autre gloire n'eft que ta<ce, & qu'elte s'évanouit
bientôt, f n'ayant aucune, ba~e, au~cun~aliment. & je déy;ora~ eUc-mcme.
Ce que les .Mages ne furent.ou ~'o&r~t, dire ~Ht&oire_doit le dire
h.nutement. é~Uifée.par les~connû~nces~iu, ~ecle- &~aE. cette belle; ïcience
quiraMvo!r,q~e coicmc. les hommes ~c doivent recours a tous~ Ies,.Sociétés de
même doivent ~ë. Soutenir mutuellcrn.Mt, (pus peine de périr chacune de leur
coté & retenir les Héros dans le droit chemin par l'opinion, pubuque
par la
~étfinnr<! dontils Ce couvriroient s'ils oloiect tenir une autre route, & renoncet
~~S~I~'H~TÔ~~Ë OMENtAtT.
~!a <ageue pour des entrcpnfesfottes ouuniverfettemeht défapprouvées,&: qu!<
au lieu de les élever, les abaffent néceuatrement,ettécrafantleurs Peuples.
»
AR Tl C LE VI J L
l'

~c~irjf~~ C~fj~Oif~ jBr ~x ~~zg~s ~CM cjsrrjt ~p<)~~

t. Z?M ~cy~M N'M MM~~o~ /« ~M'~c, ~'e.


-Les Hi~oriens be nous apprennent pas d'où ven6tent!es Se~e: q~
~ndifenc &r JesMedes & tur les -autres Contrées de t'Ade Ocdd6nta!e bn
donnoit.ce noirh à tous les Peuples Nomades ou Pân'es répandus au Nord de
~Aûet & que nous connoiCons (bus !e nom gênera! de Tarcares, quoique
leur vrai nom foit r~~M, & qui s'~endenc depuis t'Ëurope ju~u'àja Chihe~
A tr&ters tes ~.utes Contrées defAueSep~entrionaic.
H e~ plus qu'apparent que les Scythes qui (e jetrerent à propos pour'les
ACynens&rtcs Etais de CyaxaM pendahcqu'it a~HegeoitNmive~ avoient
~te appelés par te Prince ACfyrien, puifqu'ils n'actaquerent point tes Ecatt; ce
<quc perfonne cependant n'a remarque. En entt, comment des Peuples qtt!
ravagerehries deux Armenies, !e'PbM, iaCappadoce, ïaCotchide, i'Ibéri&
& ia plus grande partie ,des Etats des Médes, n'auroienMts pas également
ravage !'A(Ïyrie, qui oBroità leur jcupidite des riche~es in6nimentp!us grandes,
jt'i!s n'aboient eu un Traite avec ce Royaume; d'autant plus qu'netôit au<
!<bois~ puifqu'iiavoit été attaqué ~ques dans fa Capitaje par <ees Mèdes quJL 1
,he purent foutenir lé choc des Scythes ?
Par les Etats qu'ib chvahirBnt; oh ~«(it qu~iht avoienr pane entre !a Me~
Nonfe & !a Mer Ca(piehne,~ô<rvenu'fbadEë<uri'AffcOccidentaie i!s etôien~
donc venus He'ta grande ~cytMe; ~~CNt donc de vrais~Tartates, comme
~ss'àppeHent..
Peut'tMauΠcroietH-ik de~Tartates qui Atyoient devant !aPuiu<rnc~
jredoutab!e desChinôi's~ qui chefchoicntquetquesheureu&s Contrées où
~s Ment i'abri de-eétcC Nation, a!n& ~ae~to~es ~s SoRùEs qui (eletrer~
l';Etu~pe 'oc ? t'AJKe dans !& tems dt ~a décadence de'T~mpire 'Romaine
qui en'préMpi~~a~n~ ~i~e~~uh~ ~.cC~
..h (.
~u~m~.ctKe~h~j~
~L 'o.L.: ..1. :Í.'i. ~.J ,i.C ")
2?JF~ Cj~fJvor.s c~~r~ j~poc~jF<
Ë'HiAoire dé Ja Chine &itment!on d'ûne guerre entte tes Chinois & !es
Tartares, arrivée environ l'an 6~0 avant Jefus-Chritt & dans laquelle les
Tartares furent mi~ en déroute c'étoir fous le regne de ~<M~«~, dix-'
neuviem&Emnereur de la trotneme Dyna~ie. Ces Tartares a voient pris parti,'
en faveur d'un fils de ce~ Prince, contre ion pere; !e jeune Prince fut également
~attu &: mis à mort; & comme l'Empereur régna encore pluneurs années, il
dt apjjMfen~qu'it poursuivit les Taftares~ & qu& ces'ruyards ïe culbutèrent fur'
d'autres Tartares,qui, repou~es par-tout, vinrent &!re des courfes entre les
deux Mers, &: devinrent, entre les mains du Roi A0yrien aCEege dans ce
tems'ià, un in~rument admirable pour ledebarrauer dc~bn ennemi. Du moins
les'époques fë rencontrent fort bien; car Nihive turptMe avant l'an 606 ce
ne ~eroitpas trop (uppofer, que dt rapporter cecevénement A l'an 6op, puisque
c'eA daM'ectems-Ia que Nechaor~renditm~tre de Car-Ke<nis, fous le règne
de]~as,c'etoitdohcvingt-huit'~Mapres la guerre des Tartares & des Chinois,
dont nouyvenons de parler. Or,H~!<;oDOTË nous dit qu'il s'écouta vingt-huit ans-;
entre les deux Sièges de Ninive carCyaxare l'accordée fauroit être plus com-
plet le premier Siège feroit donc arrive vers l'an 6')~ ou 636~ peu~ d'années
après ~la défaite des Tartares par les Chinois.
Nous ne dirons pas que- ces Scythes oit Tartare~Taient affervi les Medes
pendant ce long espace de tems H~ODOTB ne le dit pas; il parle en général
du rems pendant lequel les Tartares nrenc trembler l'ASe, & en avoient affervi
une partie ce qui eut necenairement lieu jusqu'à ce que leur Protecteur l'Any-
rien ne tUt plus en état de les ~butenir;. car alors Cyaxare, aide de toutes les
forces de l'Ane Occidentale, les repouHa entièrement du re&e de l'Ane, long-
tems aprey qu'il en eut debarra~e la Medie; oc s'il ne recommença pas auui-rôe'
fes
attaques contre les A<Ïyriens,c'en: qu'il (e trouva long.tems trop ~biblef
te eux encore trop.forts, pour qu'il pût espérer de le faire avec~ucccs.

~CM M<ar< J<M'M~'<?/~t<'< ~f ~M.

~M~ r
<S' Depuis t'Émpereu!' Chinois qui repo~ les Taftares, j..
jufqu~
q')i yivoit lorgne Babylone fut prife par les Perfes, la Chine fut
gouvernée par fept Empereurs, celui-ci compris, dont t'Hiftoife n'om'iroit rien
de remarquable, fans deux illufires Philofophes qui parurent dans ce tems-ta:
Environ l'an 60~, au moment on Nabuchodonofor venoic de monter fur le
Trône.naquit a!aChine,dans!a Province deHou-Quang~LAo-Kiu~.Fondaieur
d'une Secte célcbre dans cet Empire;~ doctrine étoit (emblable à celle d'gp'icurej
& it reconnoino't un Dieu Cuprême, Créateur de l'Univers, tmpautbie, premier

mobile de tout on lui attribue en mêmë-tems d'avoir trouvé le Secret de


prolonger la vie bien au-delà du cours ordinaire; ce qui ni appëHer fes Difciples
la Se<fte des Immortels.
Avec auffi peu de données, on ne peut (e former une notion exacte des
principes de i~c-~t'Mn; peine pouvons-nous pn avoir de ceux d'Epicure,
qui devroienterrebiep mieux connus, & dont !ado<~rine a été certainement
très-mal entendue, ties-mat jugce ce qui n'e~: point étonnant; on aime mieux
décider d'un ton impofao~que d'examiner. Il eH: plus, ai(ë de dire qu'une nou.
ve!te manière de pre~nter de grandes verit~s,eil un (yMme abfurde, &: de les
tourner en ridicule, que de chercher ce que ce (y~em~e peut renfermer d'utile
pu de vrai au~ t'Hi~oire des Opinions det Dogmes M-et!e été toujours!
~rcs-impar&ite~ parce qu'elle n'a presque jamais été ~itepar des efprits exempts

~eue les progrès de. t'écrit humain..


de préjuges ou impartiaux ce qui e(t tres-~àç~eux, '8~ n'a pu qu'arrêtée &ns

LAo-KiUM vécut 8~. ans il furvécur ainfi à la prife de BabytoneparCy~i


j'us fa vieiHen'e a cela de remarquable qu'elle coïncide avec la naiuance de
quelques grands Hommes qu'il fembloit que ~btmât ta Nature pour l'avan-
tage de leurs Contemporains. L'un ed le fameux CoN'Fucius, ou CoN-Fu.
TSEE, la gloire de la Chine, qui naquit environ l'an t,
tous le regne de
jjng-yang, peu de tems aprps la mort de Nabuchodonofor,
Les autres étoient Esorz qui vécut du tems de Créfus & de Cyrus
Philofbphe infiniment utile à tous les uecles & à toutes les Nations par la (a-
gefÏe de fes Fables, & l'excellence de leurs leçons, qui ont fervi de modelé
à tout ce que nous avons de meilleur en ce genre ZoROAsiRE, reftaurateur
de la Doctrine des Mages, & qui, contemporain de Cyrus parut dans tout
fon é<!at i la Cour de DARius fils d'Nyuafpe de ce Darius qui ayant fait
faire un mauaEre des anciens Mages, fut obligé de renouvellec cet Ordre
& de le réformer. ~)t
THAt.ES & SOLON neuriubienc dans le même rems dans la Gr~ce mais~
Icu~
leur HiStoire tient à celle de l'ASte par leurs liaisons avec Créfus Roi de Lydie,
J
Allié des Babyloniens contre Cyrus.
Ainfi ce VI~. Siècle étoit pour toutes ces Contrées, un Siècle de lumiere
& de restauration qui doit le rendre infiniment précieux à tous les hommes.
Les travaux de ces Savans distingues ne furent rien moins que paftagers. Con-
fucius eft encore vénéré à la Chine; fa Doctrine y eSt prefque regardée com-
me divine elle Sert de régle aux Chinois, & fes ouvrages font en quelque
forte leurs Livres claffiques. La Doctrine de ZoroaStre n'a plus le même éclat,
il eft vrai fa gloire dtSparut avec l'Empire des Perfans mais il a encore de

core Parfis de nos jours, furnommés


n'eSt pas encore entierement éteinte.
6~
zélés DiSciptes dans les Sbibies reStes de cette ancienne Nation appellés en-
ou Infidèles & dont la race

Ces eSE)tM de la lumiere pour furmonter les ténèbres & l'ignorance,


les heureux eSïets qui en reSultent dédommagent du moins de l'horreur qu'exclu
tent les ravages des Conquérons & les fureurs de la diScorde il eSt beau, il
ett ravnlant de voir des Sages s'occuper du bien public, enSeigner aux homw
mes le chemin du bonheur, les conduire aux portes de la vérité & de la fa-
geSïe. Nous regarderions l'époque dont nous efquiffons t'hiStoire, comme in-
finiment malheureufe fi elle n'avoit été éclairée par quelques-uns de ces AS-
tres brillans dont la vérité fe fert pour amener les hommes à elle pour s'en
j~aire aimer & rechercher. Heureufês les Nations qui favent les accueillir~ en
profiter & marchant fur leurs exemples, perfectionner leurs travaux, & por-
ter la lumiere juSqu'à fes dernieres bornes
ART 1 C L E IX.
REGNE D'frif-MsaCD~C~ FILS DE A~jB~CHOjDO~O~O~

NabuchodonoSbr eut pour fucceffeur Son Fils EVIL-MEPODACII., ou Me-


rodach l'Infenfé il ne répondit nullement à ce qu'on devoit attendre du Fils
d'un auffi grand Prince il étoit fans génie, débauché & méchant tels font les
Fils des Grands, torSqu'its s'imaginent que leur nom leur fuffit & qu'il ne doit

icurs vices plus éclatans & prefque fans remede. <


Servir qu'à juflifier leurs excès, leurs déreglemens, leur mauvaife conduite,
malheureux d'être nés dans un haut rang, qu'ils déshonorent, & qui rend

Ce Prince avoit déjà donné du vivant de fon Pere, des preuves de Son
<aractere impudent, ner, préfomptueux & crueL Dans le tems que celui.- ci
Tom. 7. K
étoit. prive de (a raison, Evit-Merodach qui étoit fur le point d'époufer la cé-
lèbre Nitocris, eut envie de faire une partie de chaffe vers les frontieres de
la Médie, dont les montagnes abondoient en gibier, à caufe de la paix qui ré-
gnoit depuis long-tems entre les Mcdes & les Chaldéens. It ~e mie en marche
avec un Corps de Troupes anëz conndérabte en Cavalerie & en Infanterie r
car c'cft ainn que les Princes d'Ane font la chadë encore de nos jours, avec
de nombreuses Troupes qui invefHuent des montagnes & des foréts entières,
latent en paix les tranquiltes Campagnes. Arrivé fur les frontieres, il rencon-
tra d'autres Truupes, qui venoient relever les Garnirons du voinnage. I! &
mer aufn.[6t en tête d'attaquer avec tous ces Corps les Mèdes, dans ridée d'ac-
quérir bien plus d'honneur en autant la guerre à des hommes, qu'à de~
animaux mais dans le tems qu'il ravage la Médite & qu'i! la, livre au pillage
il ett attaqué tui-même & repoude par le Roi des Medes, jtccompagaé de:
ton Fils & du jeune Cyrus.
La feule action louable qu'on lui attribue !br~qu*i! fut fur le Trône, e(t
d'avoir mis en liberté Jehojakim, ce Roi de Juda, avec qui il s'étoit trouvé
dans la même piifon & de l'avoir Maire avec tous les égards dûs à fon.
-rang.
Cependant, il (e rendit fi in(upportab)e à Ces Sujets, qu'it fut tué par Néri<
g!i(~arou N<n-o/<tr, Prince Mede, qui avoir époufe fa Soeur: cet
anamnat fut commis au milieu d'un Min, qu'il donnoit aux Seigneurs de &
'Cour, dans la troifieme année de fon Règne.

A R T 1 C L E X.
REGNE DE ~lU-~D-~or-Oy.~MfCJC.JM~.
Nerigliuar s'étant ainfi emparé d'un Trône qui ne lui appartenoit pa~, tut
obligé de Coutenir une vive guerre contre les Pertes & les Medes, foit qu'il
crut qu'il ne pouvoit (e maintenir fur un Trône ufurpé fans occuper fe<
Sujets à une guerre étrangère & qu'il voulût s'attacher ces anciens Guer-
riers qu'une trop longue paix ennuyoic toit que les Mèdes & les Perfes lui
~uuent déclaré la guerre pour venger la mort d'un Allie, &: pour ne pa< don"
ner à un Prince, qui fembloit auCE entreprenant le tems de s'aggrandir.
"A cette époque le tableau de FAne avoit unguliérement changeil- n'y
avoit plus de Rois en Syrie, en~udée, en Pâleftine tous ces Etats apparte-
Noieutimx ChaMéens. Apriés, ce Roi d'Egypte qui atvoit va ~on Empire r~
v~gé par Nabuchodoiiofor, & qui avoic eu de longues guerres à Coutenir
contre le rébetie Amans, n'étoit plus il avoit été fait pn~bnnicrpar ~on en-
nemi, & étranglé par ceux qui blâmoient Amans de fa démence envers lui.
Ce nouveau Roi ne négligcoit rien pour rétablir dans leur premier lu~re les
affaires délabrées de l'Egypte pour la remettre des longues & terribles con-
vulnons qu'elle venoit d'éprouver~ pour y ramener l'ordre civil & politique,
J
& fur-tout pour entretenir une étroite correspondance avec les Grecs, qui de-
puis la ruine du commerce de Tyr, commencoient à fe rendre conMcrables.
Les relations des Princes Chaldéens s'étoient étendues dans des Contrées
fort éloignées. Les Indiens, lesPhrygiens, les Lydiens, les Cappadociens fe
trouvoientdeurs plus proches voifins, & leurs intérêts étoient devenus com-
C(~~t
muns. ces Nations & à leurs Rois que !e nouveau Prince Chaldéen
s'adreffa pour obtenir des fecours contre les Medes & tes Perfes.
C R E s u s. Roi d<* Lydie, vinc avec plus de cinquante mille hommes de
Troupes, dont dix mille de Cavalerie. ÂRTAMAs, Roi de la grande Phrygie,
amena quarante mille FantafHns, & huit mille Cavaliers; Atu~us, Roi de
Cappadoce conduifoit Gx mille hommes de Cavalerie, & trente mille d'In-
fanterie, prefque tous Archers & MARAGDAS, Prince Arabe, dix mille Cava-
liers, deux cens Chariots & un grand nombre de Frondeurs. La Cavalerie
faifoit donc alors un cinquieme des Armées & )e Roi de Babylone, qui joi-
gnit ces Troupes vingt mille hommes de Cavalerie, deux cent Chariots
J
& de rin&nttrie proportion dut avoir au moins quatre-vingt mille
hommes de pied enforte que fes Troupes ne Soient gucres que le tiers de
t'Armée Confédérée.
Les Medes & les PerCes n'eurent de leur coté que Tygrancs, Roi d'Ar-
ménie, qui leur amena un renfort conndcrabie mais quoiqu'inférieurs en
nombre ils eurent toujours !a fupériorité dans les combats.
Les tndiens [e conduifirent dans ce connit d'une manière digne de leur
&ge(!e ils envoyerent des Ambanadeurs pour s'informer des causes de ces
armemens prodigieux & pour offrir leur médiation avec ordre de déclarer
qu'en cas de refus, ils prendoient le parti de celui qui auroic la )un:ce de (on
coté. Cette Ambaffade ne fut cependant fuivie d'aucun effet foit que les
deux partis leur cuuent paru auMi déraifonnabtes l'un que l'autre foit qu'il
leur fur furvenu à eux-mêmes dans fintervalle, des adirés, qui les occupe"
rent a(fez pour les empêcher de ~e mêler d'une guerre étrangère ce qui eft
le plus apparent.
Des le commencement de !a guerre, les Chaldéens des Montagnes, c'à-
K ij
dire, les Habirans de la haute Anyrie, ceux qu'on appelle aujourd'hui Cur-
des, firent une invafion dans l'Arménie. Xenophon vante leur valeur leur
intrépidité, quoiqu'ils tunent armés très-légèrement, n'ayant qu'un bouclier
d'ofier & quelques javelots; mais Cyrus marcha conrr'eux, les battit, & les
obligea de faire la paix avec les Arméniens.
Enfin, les Armées en vinrent aux mains, dans la quatrième année dtt
regne de Nerignnar: tes propres Troupes (e battirent fort mat, & lâchèrent
pied, tandis que les Princes alliés qui avoient le de(tus, obligeoient Cyrus à
abandonner le champ de bataille mais ayant appris que le Roi NerigtMac
avoit ère tué dans le combat, ces Princes prirent le parti de fe retirer chacun
chez Coi fans doute après avoir ménagé quelque trêve avec leurs~nnemis..

ARTICLE XL
~E€ PASSAGER DE f~BO ROSO ~R C~TO~;

i
Ï.abo-ro(b-ar-chod (uccéda Con Père Nérig!i(~ar il débuta u mal, i! ma-
M!te~ des inclinations fi féroces qu'il utiéna tous les efptits il n'en falloir pas
tant pour occafionner une révolution il n'avoit pas te génie de fon Pere &
il exi~oit encore un jeune Prince de la Maison de Nabuchodonofor, & Fils de
la (ameute Nitocris ceUe-ci étoit trop habile pour ne pas profiter de la pre-
<niere occafion qui pourroit faire rentrer rEmpire dans fes mains. Ainfi le Fils
de t'ufurpateur fut a0aû!né après un règne fi court, que Ptolomée n'a pu le
faire entrer dans fon Canon Cbronoiogique le tems de (on regne (e conton-
dant avec la premiere année de (on SucceCfeur. Son véritable nom < d'aiHeurt,
~tek A~o ro/e -«r chod puifque le mot de A~o entre fans ceffe dans îe
nom de ces Princes, & que la lettre L (e (ubAitue fouvent à la lettre N
<omme nous en allons voir un autre exemple.

ARTICLE XIL
~jrrocAn ET ~~Bo~
ï.
NABON-Apius étoit îiIsd'Evil-Merodach,quf avoir époufe NtT-ocMs..
Ce Prince devoit être fort jeune, & hors d'érar de (butenir le poids des a~-
faires dans la Ctaation critique où fe trouvoit rEmpire, aujUi toute la pui~'
fance étoit en quelque &con dans les mains de fa Mère.
Le nom de cène illu~re Reine e(t compofé de deux mots primitifs tres-
connus :NEtT ou NIT Prineene;OcH!< grand. Celui de jfott Fils eA <om-
pofé du nom de ~~o, Nabo, fi commun chez ces Princes; & d'ÂD, l'unique
le feu!. Les Grecs altérerent fbn nom en celui de Z.t<, Z< f«~-
7!MMj, par le même changement de N en L, dont nous venons de parler.
C'e~ fous ce dernier nom qu'Hérodote en parle comme Roi de Babylone
& Empereur d~Adyrie, ajoutant que fon nom étoit dérivé de celui de tbtt
Pere, ce qui eit vHi, puisque ce nom de Nabo, était commun cette fa-
mille.

~~j~f~~ DES ~~j~y~o~f~j~


Nitocris fit les plus grands efforts pour mettre Babylone dans le me!!feuf
état de défenfe elle t'entourade murs du côte du fleuve, & elle fit prati-
quer au~-denbus, à ce qu'on auure, une galerie voûtée, de douze pieds de
hauteur, fur quinze de largeur, pour pouvoir paner d'un Palais à l'autre, lors
m<mc que t'ennemi fe feroit rendu ma![re du neuve peut- être en même tems
pour y pouvoir mettre en fureté une partie de fes richeffes.Cette prévoyance,
ces &in~, ont été exaltés par tous les Hi&oriens mais c'etoit mo~is à. ~brtiner
Babylone qu'il ~alloit employer fes trefbrs, qu'omettre en état de défenfe les
Provinces du Royaume: ceues-ci étant perdues, que devenoit !a Capitale
avec fes étonnans remparts fes fortifications redoublées il falloir nécenaire--
ment que la chute de ~Empire de tout ~bn Territoire, entraînât la uenne s
elle n'étoit plus qu'une va~e prifon.
AufH les Medes- ce les Perfes ne prirent pas le change ils lainerent Nito-
eris fortifier Babylone autant qu'elle voulut, & maniMer par-là plus de
foibleffe ce de frayeur que de grandeur d'ame & ils fe jeccerent fur ces
riches Provinces, dont on négligeoitia défenfe & qui étoient cependant la
vraie force de l'Etat. Ils fe rendirent en particulier maîtres de l'Elymaïde &
de la Sunane, où commandoit Abradait mari de la belle Panttiée. Ainfï
ëmn divi& l'Empire Babylonien entre lès PerCes &: les Medes ainn fa. chute
ne pouvoit être éloignée.
Nabonadius devenu majeur, le fentit vivemenr, & Portant de fa léthargie,
il comprit qu'il falloit des moyens plus efficaces, pour n'être pas écr.ué il fe
tend donc avec des ttéfors conudérables chez le plus puinant Roi de l'A~e
Mineure, CRcsus.Roi de Lydie, fi renommé par fes grandes richenes, & qui
avoit déjà fecouru Babylone fous le règne de KeriglifÏar..
Ce Roi erîrayé de la puifîance que commencoient d'acquérir les Medes &
les Perfes, & perfuadé que de la conservation de Babylone dépendoit la.
~enne propre & celle de toute l'Afie Mineure, ce Roi, dis-je, ~e chargea de
fecourir les Babyloniens &: il obtint en leur faveur de Troupes nombreu-
ses de la part de tous les Princes de PAne Mineure il en obtint également
des Thraces, des Grecs, des Egyptiens même.
AinG s'ébranloit l'Aue entière contre elle même jamais on n'avoit vtt
de fi grandes Armées fur pied jamais on n'avoir combattu pour de fi grands
intérêts c'étoir le ~alut entier de l'Ane dont il s'agifloit c'étoit pour favoir
elle obéiroit à des Souverains éclairés, amis de leurs Peuples, en état de
veiller fur l'étendue de leurs Etats ou fi elle deviendroit la proie d'un feut
Defpote tyrannique qui livreroit le fort de (es (ujets à des Satrapes avides,J,
uniquement occupés à les piller à les afiervir, à leur eter toute élévation
d'ame à changer en vaftes déferts ces riches & floriffantes Contrées.
L'Armée des Princes alliés étoit compofée d'environ quatre cent vingt
mille hjommes:Ama(!s, Roi d'Egypte en avoic lui feul fourni cent vingt
mille tous gens d'élite. Les trois cens mille autres dont foixante mille de
Cavalerie, croient venus de Babylone, de Lydie, de l'Ane Mineure, de la
Thrace, de la Phénicie de la Cappadoce le rendez-vous général tut dans
les vaftes plaines de Thymbfée, pre~ du Pactole c'étoit la neuvieme année du
~egne de N~bonid l'an avant J. C.
Cyrus, inftruic de ces préparatifs immenfes, ne donna pas le tems à ces Prin-
ces allié: de venir fondre fur lui; il va les chercher lui-même au lieu du ren-
t
dez-vous avec une Armée fort inférieure en nombre, puifquelle ne mon-
~oit qu'à cent quatre vingt feize mitle hommes, dont fbixante-dix mille
Perfans ravoir dix mille Cuirauiers à cheval, vingt mille à pied vingt mille
Piquiers & vingt mille armés à la légere. Le re~e éfoir compofé de vingt-
Hx mille chevaux Medes, Arméniens & Arabes, & de cent mille Fantadins
des mêmes Nations. Outre ces Troupes, Cyrus avoit trois cens charriots de
guerre armés de raulx, tirés chacun par quatre chevaux attelés de front &
bardés à l'épreuve du trait. Ce Prince avoit encore fait condruire un grand
nombre de Chariots beaucoup 'plus grands, fur lefquels il y avoit des Tours
haute!! de douze coudées elles conienoient vingt Archers mais elles éroient
~ne charpente légère, que le poids entier de la machine, y compris ceim
les hommes n'alloit qu'à cent vingt talents, environ cinq mille livras de
notre poids. Ces Tours étoient tramées par feize boeufs attelés de front.
On frémir en voyant Cyrus attaquer dans de va~es plaines une Armée
plus forte du double, qui occupoit quarante 0:ades de longueur fur trente
hommes dt profondeur; & même fur cent hommes de profondeur dans le
centre occupé par les Égyptiens d'ailleurs, on a dit il y a long-rems, que !a
fortune ett pour les gros bataillons.
Cependant ce fut Cyrus qui remporta la viMoire, & la victoire la plus com-
plette on voit donc ici ce que peut une Armée conduite par un (eut Chef
plein de courage de génie, & d'audace, & adoré de fes ~btdats, contre
des Troupes nombreuses, commandées par dir!erens Chefs, compofëes de di-
verfes Nations, qui ne peuvent agir de concert, & qui n'ont jamais le même
ïntcrêt:aum cette multitude de confédérés fut chaffée comme des troupeaux.
Ïmmen~M devant le Pâtre qui les conduit.

F~r~ri. DE T'~y~fB~
Cette bataille eK un des événemens les ptas conudérab!es de l'antiquité
puifqu'etie décida de l'Empire de t'Ane Occidentale entre les Baby)oniens
les Perles. XEKOPHON i'a décrite dans un grand détail dans la Gyropédie il
avoit pane fur le lieu du combat & y avoit campé avec l'Armée du jeune
€yrus, t~o ans après la victoire remportée par tes Perfes qui la regardoient
encore au tems de cet Historien comme le chef-d'oeuvre du plus grand Gé-
Kéra! de la Nation c'éfoit même le fondement de leur Tactique & les di(-
pofitions auxquelles Cyrus dut fon fuccès, ont été imitées dans la fuite par
les plus grands Capitaines, par Céfar à la Bataille de Pharfate, par le Duc de
Parme dans les plaines de Picardie, o~c. Sa description eft d'autant plus pré-
deute, qu'elle e(Ha premiere Bataille rangée dont le détail foit connu avec
quelque exactitude.
On y voit ce que peut le génie contre la force. Cyrus devoit fur tout
empêcher les Confédérés de l'inve~ir, comme ils devoient le denrer, &
comme ce fut en effet leur plan pour y parvenir, il fit derriere fon Armée'
une ligne mobile de tous ces chariots de bagage qui ta fuivoient & qui
<e replioit fur (es flancs qu'elle détendoic également, & il y plaça des Trou--

pes que l'ennemi n'appercevoit pas, & qui devoient lui faire face auffi toc
qu'il ~e eroiroit prêt d'arriver fur les derrieres de l'Armée ces Troupes étoieM
en.mcme fems accompagnées de Chameaux dont les Chevaux de l'Afie
Mineure ne pouvoient'fbuienir l'odeur, n'y étant point accowtumes. Quant
à fes Tours & à fes Chariots armés en guerre, ils étoient à la première ligne.
Jamais la Cavalerie Lydienne ne put parvenir à enfoncer ces Chariots ce
la furprife que lui caufa la vive rcii~ance qu'elle éprouva lorfqu'ette Ce croyoit
au moment de prendre les Perfes en flanc, jetta parmi eux une confufion
& un dc&rdre G grand & fi univerfel qu'ils prirent tous !a fuite, toujours
fuivis par ta Cavalerie Perfane, qui ne leurdonnoit pas le tems de (e rallier.
Celle-ci prenant enfuite en flanc eUe-même le re0.e de la Cavalerie Ly.
dienne, la força de fuir & d'abandonner rin&nietie qu'elte foutenoit. Tandis
que ceci ïe paubit t la gauche des Conrcdérés, les Chevaux de leur a~te droite
furent fi rrappés de l'odeur des Chameaux que & cabrant (<f renversant les
uns fur les autres, ils emporterent leurs Cavaliers, malgré tous leurs efforts
loin du-combat.
L'Incanterie abandonnée de toutes parts par la Cavalerie, ne penfa plus
qu'à fuir elle-même pour n'être pas écrafée par ~ennemi.
Les Egyptiens qui étoient au centre, furent les feuls qui firent de la reuf-
tance; ils a'~voieMpu être rompus par le choc des Chariots; Abradate, Roi de
la SuMBM, qui les commandoit, avoit été tué avec t'eute de fes gens. Cyrus
lui-même, après la défaite des altes ennemies, ayant voulu prendre ces excet-
rentes Troupes en queae, ne put les rompre, quoiqu'il eût enfoncé les pre-
miers rangs Con chevid fut bleffé lui même renverfé par cet animât, que
Ja douleur rcndoit furieux fes Soldats, pour le dégagerfe, précipitent au mi-
lieu de cette forêt de piques. Remonté à cheval, il s*appercoit que Ces Troupes
.ont enveloppé les Egyptiens de tous cotés & que ceux-ci fe ferrant en rond,
~e couvrant de leur< grands boucliers, & présentant de toutes parts leurs
longues piques, fe préparoient à vendre cherement leur vie il ordonna donc
.t fes Troupes de les fatiguer feulement par des décharges continuelles de
pierres & de javelots. Appercevant enfuite du haut d'une de fes Tours, qu'itt
étoient les feuls de t'Armée de Créfus qui tinffent bon, il réfolut de tout ten-
ter pour &uver d'au(B braves gens & leur fit propofer de quitter te parti
de ceux qui les avoient fi lâchement abandonnés 6e d'entrer à fon fervice
tisycontendrent, a condition qu'ils ne porteroientpasiet armes contre Cré-
fus. Cyrus leur donna de beaux etabtiC<mens entr'autres les Villes de
Lari~e <k de Cylene, près de Cumes, fur le bord de la Mer, qu'on nommoit
encore du rems de Xenophon les Villes Egyptiennes.
~n~ fur di~pec cette ligue, de laquelle dépendoit le fort de J'A fie ainfï
!C6
les certes eurent le champ libre pour la conquête de toutes ces riches &
vafles Comrées. Dans le XV< tiède, une Armée de cent cinquante mille A!te.
mands dont la mpidé étoit de Cavalerie fut également diflipée par une
poignée de Payfans Bohémiens mais qui ctoient tous ou montés fur dei
Chafiors/ ou défendu! par les files qu'ils rbrmoienr~

4.
~TjTr~jRoy~~M~r~Zrrf~; w

Au~-tôt que cette formidable Armée Ce fut évanouie, Cyrus prit le che~
min de Sardes, Capitale du Royaume de Lydie. Créfus efïaya inu[i!ement de
l'aricter; il fut battu de nouveau, & il ne vit d'autre renource que de fe Mn-
fermer dans fa Capitale il fut ainfi la vicHme de cette funeKe Htunon qui
pcrfuade que les murs font la véritable défenfe du Héros, les plus forts bou-
levards d'un Etat.
A peine Cyrus eut-il inveili cette ville, qu'un E(c!ave Perfan qui avoit été
au fervice du Gouverneur de la Citadelle lui fournit les moyens de s'en ren-
dre maître ~udt-tjôt de-!à i! entra <ans peine dans !.t ville qu'il garantit du
pillage,.& eu il fit prifonnier Créfus, fa famille, toute fa Cour & tous fes
trésors. Par une politique plus humaine, mieux entendue, il ne fit pas mourir
~ce Prince mais il le traita toujours
avec beaucoup de considération & à
mort il le recommanda à fon fils.
On raconte de ce Roi Ahatique un traitqui peintbien ces enfans gâtés de la
Fortune ayant reçu la vinie de Solon illufire Phitofbphe Athénien it lui
vantoit fon bonheur le Philosophe le regardoit au contraire avec une corn"
paulon attendrinante: l'amour propre du Prince, fon cupide aveuglement
.en fut choqué il ne put s'empêcher de témoigner à quel point il trouvoit
ridicule cette façon de pen&r mais t'Athénien fans s'émouvoir lui répon-
dit d'un grand fens & d'une manière malheureusement trop prophétique
qu'on ne devoit point appeUer heureufe une perfonne encore vivante
fon bonheur prêtent pouvant di(paro!rre par une longue fuite d'infortunes.
Créfus privé de tes richeues, de fes Etats, condamné, dit-on, à périr au milieu
des n&mes,(entit trop tard cette. vérité; mais (erappeHant fur le bûcher cette
énergique converfation~I s'écria Solonjj! Selon Exchmation,qui,ajoute-t-on,
lui value la vie de ~part de Cyrus étonné.

P~ Tom. f. t:
FIN DU 7!oy~~ME r~~BrLOJv~.

Le Héros Perfan Subjugue enniire toute l'ACte Mineure, jurques à !a Me~


Egée; il enlevé aux Babyloniens la Syrie & l'Arabie Septentrionale, pref-
que tout ce qui compofoit leur Empire, à l'exception de la Chatdce il ent
prend ennn!e'chem!n, en descendant parla Méfopotamie. Nabonadius vient
au-devant de lui, à la tête de fes Troupes, pour l'arrêter dans (a marche mais
ïl eft battu, &: obligé de fe réfugier dans Bornppe, la rbrterene la plus pro-
chaine.
Cyrus dédaigne. de t'auieger, & marche droit à Babylone qu'i! inveflit.
Cette Ville bien pourvue de Troupes & de vivres, Ce dér~nd deux ans en..
tiers mais ennn elle e~ prife, pendanc que fes habitans Ce livrent aux plaifirs
d'une feie annuelle (t) &: au moyen du denechement du t)euvcdont Cyrus
&it verfer les eaux dans le grand lac qui fervoir à les faire écouler quand elles
'étoient trop hautes. S~s Troupes entrerenr ainfi par le !ic même de ce fleuve
qui raifoit la beauté & une des principales forces de cette Ville eccbre.
Une revoir plus que Bornppe; Cyrus n'eut pas de peine à s'en rendre ma~rc~
ainfi que du Roi Babylonien qu'il traita avec cette bonté & cette douceur qui
Semblent lui avoir été naturelles; & pour le'confoler en quelque foi te dans fa
disgrâce il lui donna le Gouvernement de Caramanie~ oui! nouvoit fe rendre
plus utile aux hommes que fur un Trône dont il n'avoit pas été en état de
Soutenir le poids, & qu'il n'avoit fu défendre.
Ainfi rurancanti, vingt-trois ans après la mort de Nabuchodonofor, !'Em-'
pire qu'il avoit établi en Afie & qui ayant change entierement la face poli-
tique de cette Contrce, attira à fes Succenenrs des ennemis qu'ils n'auroietK
pas eu fans ces mcccs, & auxquels ils furent hors d crat de renHer.
Cependant, il nous refie encore un objet eueniiet :c'e~ de concilier !'Htf<

(t) Cette Fête etoit la même quceeUe des Saturnales. On rappeUoIt la Fête de<
Saceet, & on la célébrolt à l'honneur du Dieu S~c ou SfSAC. Elle commen~oit le 16 du
~not! de Loy ou Lous, & duronc!nq {ours. Les Maîtres étoient alors,
nous dit ;ATHEt)<<
'd'après Bérofe aux ordres de leurs Domestiques l'un d'eux revêtu d'un
manteau royal
etoit comme le Chef de la Maifon, & portoit le titre de ZocANt Ca' Ch~dcen îJC
SU~~ntËe yice-Roi Gouverneur.
toire des SuccefÏeurs de Nabuchodonofor avec ce qu'en rapportent les Livres
des Hébreux & en particulier avec les Prophéties de Daniel.

ARTICLE XIII.
~'c~e~M~ J< /~</?o/r< Sacrée 6' de /t/?e~ Profane ~M~~ des
Rois de jS<o/
t.
C~o/ï a~rM~M ~r<~< <c/&
On diroit que le fort des Hi~onens eu: de marcher (ans cène au mu!e~
des ténèbres & des précipices à peine font-ils arrivés à une époque lumi-
neufe, qu'ils retombent au(Ii-tôt dans les plus grands embarras par la pro-
fonde nuit dont cette époque eft (uiyie alors s'ils ne redoublent d'efforts
pour fainr le vrai fil qui feul peut les retirer de cette route ténébreufe la
vérité leur échappe, & ils s'imaginent enfuite qu'il eft impofrible de parvenir
jufqu'à elle. C'eft ce que tous les Hi~oriens & tous les Chronologiftes ont
éprouvé !oi(qu'its ont voulu concilier l'Hiftoire Sacrée & l'Hiftoire Profane
au fujet des derniers Roi de Babylone, fucceneurs de Nabuchodono~br.
Depuis l'Ere de Nabon-AfIar nous l'avuns vu l'Hi~oire des A(tyriens &
des~Babyloniens étoit devenue aufli fure auul !um~neu(e, qu'ella ctoif au-
paravant enveloppée de ténèbres le règne long & glorieux de Nabu chodon-
p(or fembloit en particulier avoir mis pour toujours la certitude de l'His-
toire de Babylone hors de toute atteinte, en fixant les yeux de tous les Peu-
ples fur cette Monarchie & en taifanc de Babylone le centre des Arts
& des Sciences cependant lorfqu'il a été que~ion de comparer ce que les
Hi~oriens Sacrés & les Profanes nous apprennent relativement aux Succ<C'
~cuis deNàbuchodonofbr, les Savans les plus ditlingués n'ont vu que dinï-
cultés plus grandes les unes que les autres; & la(Ics de'luttercontr'elles, ils ont
fenoncé à la folution de cette que(Hon comme étant impodtbie à trouver.
On peut donc dire qu'elle formoit un des problêmes les plus épineux de
la Chronologie & de l'Hiftoire ancienne.
Qn nous (aura donc quelque gré d'éclatrcir cette grande que~ton on.
verra que ce n'étoit ni le défaut de monumens,ni leur obscurité, ni leur oppo-
~[ion qui rendoit ce point d'Hi(toire fi difficile à expliquer: qu'il rentroic
ainfi dans l'enfemble 4c nos recherches, qui n'oHroicnt jufques ici tant de
Li~
dirncuttés qu'à caufe des faux principes qu'on pofoit &: parce qu'on &
ïainoit plutôt conduire par des idées ~yHematiques que par l'ensemble des
~airs.
Ain~ tombera une des grandes ditncultés de la Chronologie Sacrée ce!!e-
ci devoit parolire d'autant plus Surprenante, que les Ecrivains Hébreux qui
ont parlé de ces événemens vivoient dans l'époque même dont nous par-
tons étoient contemporains de ces Princes qu'un d'eux, DANIEL a même
vécu à leur Cour~ qu'il en éroir un des principaux Seigneurs que ces Con-
trées retennn~nt encore de la gloire de fon nom & qu'on y montre encore
aujourd'hui ton tombeau. Il leur étoit donc auffi impoffible de re tromper a cet
cgard qu'àBm.oM&àABYDEMt, HiAoriensPro&ne! de ces Contrées où
ils étoient nés.
t.
Chronologie Profane des J~c~M~ A~acAc~o/zo/or,

Le CANON A(troaomique de PToi.oMEEamgneune durée de i ) ans,


tems écoulé entre la mort de Nabuchodonofor bc la prife de Babylone par
Çyrus il la partage entre ces trois Princes
J
ILVA~ODAM, t
NERt-GUSSAR, >
NABON-AMUS~ t'y
>

BEROSE, Prêtre Chaldéen qui avoit écrit l'Histoire de fon Pays, s'ae~
corde parfaitement avec ce Canon; à cela près) qu'il y'ajoute Laborofbar-~
chod, fils de Nerig)i0ar, mais auquel il ne donne qu'un règne de neuf mois,
durée qui n'a pu entrer en ligne de compte dans le Canon qui ne renferme
que des années pleines, & qui s'e& confondue avec la quatrième année coma
mencée de Nerigliuar,
).
Po~j <& /?o~~ Sacrée raldtifs < cette ~o~Bf;

DANIEL, de fon c6ré, parle d'un Prince fucceneur de Nabuchodonotoï'


dans la troifieme année duquel il eut des vifions qu'il rapporte & il l'appelle
Belfatar.
Il dit enfuite que ce Prince donnant un grand re~in toute fa Cour, Mac
)nf!<!nlui apparut qui traça des. caractères, qu'on ne pouvoit lire: que la
Reine-Mere le fit venir, lui Daniel, pour expliquer ces paroles & qu'après
ravoir fait, il ajoura que le Roi feroit tué cette même nuit.
I! parle enfuite de Darius le Mède, comme fucceueur de ce Prince, & il
trace les viuons qu'i! eut la premiere & la troifieme année de fon règne.
JÉRÉMIE (xxvn.7) & ESAIE (xvi.
n ), difent exprcuement qu'après
!e règne du fils & du petit-fils de Nabuchodonofor, ton Royaume feroit
détruit.
4.

~y~r~.MM imaginés pour ~~r quels font les ~nn<'<j dont parle Daniel.

Le nombre des ty~êmes qu'on a imagines pour trouver quel entre les
quatre Rois nemmespar Berofe, eitce!uiqueDaniet a défigné par le nom
de Belfafar, e(t auffi varié qu'il fe puine car dans ces Systèmes il fe trouve
~uccedivement être tous ces Princes & à force d'être rout~ il n'eft rien.
Selon le Savant UssERius & (on imitateur PMDEAux, il c~ le dernier
Roi de Babylone, par confequeni Nabonid: pouvoit-il ne pas t'être! il eft tué
dans un Feftin, au moment où Daniel vient de lui dire que fon Royaume
feroit partage entre les Mèdes & les Perfet c'eft donc~conctuoit-on.te der-
nier Roi, celui fous qui Babylone tut prife & fon Empire détruit.
Selon SC.AI.IGEP,, c'e~ïon predeceneurLaborofoarchod.
Selon DEsv!Gt.oi.Es, qui a rendu de fi grands &rvices a la Chronologie
Sacrée, c'eR Nerigliffar.
Selon CONRINGIUS, MAMHAM, le Préndent BouHiER, FRERET, c'eft Evil-
merodach.
Nous citerions auffi les ~avans Auteurs de rHi~oireUniTerfeMe, s'ils avoient
une opinion à eux fi après avoir embraffé dans t'Hi~oire des Babyloniens le
dernier de ces fy~cmes, iisn'étoient revenus dans celle des Medes à celui
d'UfTerius qui en e<t précifcment l'Antipode.
Ajoutons que le ~ydeme de Scaliger a été adopté par le Savant & judi-
cieux Auteur d'un manuscrit fur les Rois d'Auyrie qui a bien voulu nous
communiquer depuis peu fon Ouvrage & à cet égard nous ne pouvons trop
regretter que l'autorité de Scaliger d'un coté, mais fur-tout l'idée que Na-
bonadius n'étoit pas petit-fils de Nabuchodonotor, lui ayent fait voir Belfafar
dans Laboroibarchod. Plus nous avons l'avantage de nous rencontrer fur divers
points avec ce Savant rcfpcctabie, & plus nous aurions eu de plainr de pou-
voir Suivre également fur ce point la même route que lui.
A cène première que~ion s'en joignoit une autre puisqu'il ralloit déter-
miner non-feulement qui étoit Belfafar mais encore qui étoit Darius le
Mède.
Dans le (y (terne d'Unerius, Darius le Mède étoit Cyaxare Roi de Medie J
oncle & ami de Cyrus dans le ~ytlême de Marsham, ce Prince étoit un des
derniers Rois de Babylone ennemis de Cyrus.
On voit que ces fy~êmes ne pouvoient être plus oppof~s un d'eux cepen*
dant devoit être vrai mais tous tbnt appuyés ujr de fi foibles preuves que
la vérité même refioit noyée fous un amas d'obscurités & de difficultés qu'on.
ne pouvoit difuper.
C'eft que les Savans Auteurs de ces fyu:êmes ne procédoient pas dans cette
recherche avec l'exactitude qu'e)te*exigeoit ils n'ont point rapproché les traits
cpars! de ces tableaux ils lie les ont point comparé dans leur enfemble ils
ont laiffé de côté les preuves les plus convaincantes. Ainfi il en arrive à qu~
conque prend un parti avant un examen funuant, troid & tranquitte.

()j!JET~ ~~MONT~ER.
Quant a nous, nous allons démontrer
j °. Que le Belfafar de Daniel eft l'Evilmerodac du Canon Aflronomi.;
que.
a. Que Darius le Mede eft Nerigtinar.
~°. Que Nabonid étoir petit-fils de Nabuchodonofor.
Trois points qui étabtiueHt la plus parfaite harmonie à cet égard entïO!
l'Histoire Sacrée & l'Hiftoire Profane,

PREMIERACCORD,
~~f~j<A </?~ ~~M~o~ono/or 6' le ~e/n~ ~M'o~cA,
EVIL-MERODACH, nous dit Bero(e, fut nts~ mcccueur de Nabucho~
donofbr. C'étoit un Prince indigne de fon rang it (e conduifoit ( <:no7n<~ ~<
~/<)~tyo~ y!</< auû'i e0:-itfurnommé~f<7, ou l'Infenfé. S'étant ain~
jcendu infupportable à fes Sujets il fut tué dans un refUa par Con Beau-fterç
~er!gtifïar, après deux ans de regnec'e(t à dire dans fa troineme année
commençante & fon Beau Frère lui fuccéda. Voilà donc autant de caractères
qu'il faut retrouver dans Belfafar.

~~jt.<jt ~MM~ co/H~HM~ tous cet Caracléres.

Belfafar eu: con~amment appelle fils de Nabuchodooofor il eA représente


comme un Prince indigne de fon fang il ett tué dans un refHn qu'il donne
aux Seigneurs de fa Cour.
i~. Il e~ n!s de Nabuchodonofor. C'e~ !a qualité que lui donne trois foi.
la Reine dans le V. Chap. de Daniel. Ce Prince la prend lui-même & Da-
niel lui dit auffi « Et vous, Be~r, vous qui êtes ton fils, ( parlant de Nabu-
chodonofof ,) vous n'avez point humilié votre cceur, quoique vous fuffiez
M toutes ces
chofes ». Et quelles étoient ces chofes L'humiliation qu'avoit
fubie Nabuchodonofor, & les caufes de cette humiliation; & à qui pouvoient-
elles être mieux connues qu'à un fils Z

De plus les Juifs de Babylone écrivant à ceux de Jérusalem, cinq ans après
!a prife de cette Ville &: leur envoyant de l'argent pour o6rir des ~acrinces en
leur nom, leur dirent ( < )
» Priez pour la vie de NABucHocoNosoRRoi de Baby!one & pour la vie
M
de BELSASAR fon FtLS, afin que leurs jours fur la Terre foient comme
les jours du Ciel que le Seigneur nous donne la force &: qu'il éclaire nos
M yeux pour
vivre fous l'ombre de Nabuchodonofor Roi de Babylone, &
Il fous celle de BELSAsAR ton F!i.s que nous les fervions long-tems & que
*< nous trouvions grace devant eux".
t°. BEi-SAS~n étoit un Prince indigne du haut rang auquel l'avoient appelle
fa naiHance & les vercus de fes Ancêtres. Daniel nous l'apprend dans ce Chap.
,V. où il explique les caractères traces fur la muraille par la main Prophé-
tique.
Voici la maniere dont Daniel raconte cet événement mémorable & fi
conforme à ce que l'Hi~oire profane nous dit de ce Prince.
BEis-AsAtL donnant un grand îeMn aux plus grands Seigneurs de la Cour,
& étant déjà pris de vin, 6t apporter les va(es d'or & d'argent que ~bn Pert
ï~abuchodono(or avoit emportés du Temple de Jérufalem il s'en Servit pour
y boire, lui, fes femmes Se toure fa Cour, en inlultant au Dieu des Hé-

(') BA&ucH I. u. ii. Tradu~onde M. de Sacy.


breux au même moment, on vit paco~re comme la main d'un homme qui
écrivoit près du chandelier <ur la muraille de la Salle le Roi vit le mouve-
ment des doigts qui écrivoient;it fit un grand cri & appella les plus Savane
des Chaldéens pour lire & expliquer cette écriture promettant le Collier de
fes Ordres à celui qui la déchin'eroit, & de l'élever à uue des trois premieres
places de Con Royaume. Aucun d'eux ne pouvant en venir à bouc, !a Reine
indiqua Daniel au Roi comme la feule perfonne en état de faire ce qu'il
defiroir. Cct'ti-ci lui rappeUant la manière dont fon Pere avoit été puni à caufe
de fon orgueil, ajoute qu'en punition de ce qu'il venoit de faire tui-même,
fentence venoit d'être prononcée contre lui qu'elle conçoit dans ces
une
mois MNA, MNA THE-QEL OB-PHARStN nombre no~r< ~0<~ ~tV~on i
& qu'ils ugninoient: « vos jours ont été comptés & ils font a!eur nn: vous avez

M été trouvé léger à la balance & votre Royaume a été divifé entre les Mèdes
& les Peines Beif- Afar eut a(Iez de confiance dans les lumières de Daniel
pour tenir ~a parole, quelque foudroyante que fût pour lui une dénonciation
pareille cependant la même nuit il fut tué; & Darius le Mède lui (uccéda
l'âge de ~oixanie~-deux ans. Celui-ci touché. du (avoir de Daniel, connrma la
promené de Belf-Afar, & ayant établi fur fes Etats cent-vingt Satrapes
qui relèvement de ticis grands Seigneurs, ou Minières, Daniel fut le premiet
de ces trois.
On a beaucoup difcuté fur la maniere dont ces mots étoient écrits & en
quels caractères, puifqu'aucun Sage n'avoir pu les expliquer mais il faut les
conudérer comme une fentence énigmatique, qu'il eft impombfe de com~
prendre ler(qu'on n'en a pas la c!ef: il falloit même qu'oA pue les lire afin
que Belfafar pût comparer l'explication avec l'objet à expliquer fans quoi, on
auroit pu accuferDaniel de faire le Texte & le Commentaire.Quant aux mots
en eux-mêmes, ils font vraiment orientaux primitifs & communs à tous!e:
Peuples: mna ugninant compter, ed égatement Grec, Latin, &c.r~ 9
compofé de léger, vite, appartient également aux mêmes Langues :~A«/'j',
divifion prononcé appartient aux Langues Occidentales, & il exifte
egatement en Perfan avec fa prononciation en F.
Mais que vouloir dire la main Prophétique par ces mots Symboliques
!iés à t'euenct des choses puifque tout eA fait avec nombre, poids & <nc-
fure & que rien ne peut fubn~er ~ans~ la réunion de ces trois? On fent fort
bien que c'étoit une dedru~tpn, puisqu'on ne voyait ici que nombre &
poids; & que </n~n avoit pris la place de mefure mais quelle étoit cette
déduction, quels en étoient l'objet & le genre ç'eO. ce que la main feule
pouvon
pouvoit expliquer avec une <ageue Semblable à celle qui arrange tout avec
ncm~< poids & mefure. Cependant je ne Cache perfonne du moins entre
tous nos Commentateurs qui ait fait attention à la Nature de cette énigme
~mbolique & fublime.

SECOND ACCORD.
Darius le Mède 6* .A~n~r font /< mime Perfonnage.

NERI-GL-ISSAR, ou plutôt Neri-gal-alar, Cuccéde félon les Hi~onen~


Profanes, à Evilmerodach qu'il avoit anamne quoique en eût époufe la
~oeur il n'étoit ni du Sang Royal, ni Babylonien pour fe foutenir dans fon
ufurpation il déclare la guerre aux Mèdes & aux Perfes & cette guerre pen..
dant laquelle il perdit la vie dans un combat, ne finit que par la ruine de
l'Empire Babylonien, vingt-un ans après que Nerigliuar fût monté fur le Trô-
ne d'ailleurs, ce Prince ne régna que quatre ans.

.P~Aft~ le .Af~.D~ réunit tous ces C~M~r~.


DARius !e MtDB réunit & réunit feul tous ces Cara~cres de la manière
!a plus fenuble.
Darius le Mède eA ~ucce(!eur d'un fils de' Nabucbpdonofor d'un Prince
mis à more dans un fMin. Jl e(t étranger & au Sang Royal & à la Nation
à lui commence une guerre qui dure vingt-un ans, & qui finit par la ruine
de l'Empire. C'eft ce que nous allons prouver.
Les trois premiers font déjà établis par tout ce qui précède, & on en con-
vient de part & d'autre. Ce que nous devons prouver, & qui décide haute-
ment de la personne de Darius le Mède c'e~ qu'il étoit ennemi & non ami
de Cyrus, par conséquent qu'on ne peut voir en lui Cyaxare oncle de ce
dernier Prince, & qui remplaça le dernier Roi de Babylone.
f. Daniel introduit fur la&ène l'Ange du Royaume de Babylone, & lui
fait dire, ( xi. i. )
M
Des la premiere année de DARius de la raeë.des Mcdes j'ai trav~Hé pour
raidex à s'établir & à Ce fortifier dans fon Royaume le Prince du R.oy.tu-
me des Perfes nia réufté.
DARius le Mède étoit donc en guerre avec les Pertes ce n'etoic donc pas ce
Prince ,Mede, oncle de Cyrus, auquel celui-ci céda, dit-on, Babylone pour le
.D~.ToM.7. M
re~e de Ces jours; c'étoit donc le Mède qui ayant ufurpé le Royaume de Baby-
tone, occarionna une guerre entre les Babyloniens & les Pertes, qui finit par
!à ruine de FEmpire Babylonien. On ne peut donc roir en lui que le Mède
Merigliuar.
t". Ce qui e(t encore plus remarquable & que perfonne n'a observe
c'eH: que Daniel compte entre le commencement du règne de ce Prince, de
Dariu~le Mède & la prife de Babylone, vingt-un ans prédfcmentle même
tfpace de tems que le Canon de Ptolomée admet entre Nerigliffar & la prife
de Babylone car re!!e eft la fuite du Di&ours de l'Ange de Babylone.
Le Prince ( l'Ange ) du Royaume des Perfes m'a rén~é vingt- un jours
Or tout le monde fait qu'un jour e0: un an dans le Ay!e prophétique. Voilà
donc vingt-un ans entre les commencemens de Darius le Mède & la prife de
la ville. H ne peut donc cire en aucune maniere Cyaxare Oncle de Cyrus.
AinG croulent tous les fy~êmes imagines jusqu'ici pour déterminer quel étoit
ce Prince entre les fucceueurs de Nabuchodonofor. Le fyMme qui avoir
rencontre le vrai, comme par hafard & fans qu'on pût le démontrer en ac-
qu!ert une force abfbtument nouvelle.
Mais puifque nous parlons ici des jours prophétiques montrons com-
ment un jour a pu ngniner un an d'une manière très-naturelle. Le mot pri-
mitif qui déngne le jour, ugnine également le Soleil pour dire jour, on di-
foit donc anye/ comme nous dirons <ft<n~o/<~<t/'<ïM~r<. Mais G un jour
s'appelle un Soleil, l'année, à plus forte raifon put s'appeller dans le (tyle fu-
Mime& métaphorique, un~c/ilétoitau01 auede dire d'UM manière
intelligible j'ai vu vingt Soleils,que de dire <~< v~f/oM/<ïtyM/< So/o«-
y<<y<ï carriere, expreHion qui peut s'appliquer & à vingt jours & à vingt ans.
AuCI pour conferver la force, l'élégance & la fublimité du mot original, il ra~
droit traduire reYpreCton prophétique, non par jour, mais par Soleil le P~/t-
~« Royaume des Perfes m'<t r~M< ~M7ï SoLEin.

TROISIEME ACCORD.
A J~y/cne
Le dernier Roi de ~on< /'<~ A~~NcAo~cno/er,
ni ailleurs.
t/ tué ni

Ennn le Royaume de Babylqne ne devoit périr que fous le règne dtt


petit-fils de Nabucbodonofbr~ &ce Prince loin d'avoir été tué à la prife de Ba-
bylone, n'étoit pas même dans cette ville. Deux caractères déei~rs & iut Ie~
quels regne l'accord le plus parfait entre l'Hifbire facrée & la Profane ce
que perfonne n'avoir vu & que nous allons démontrer.
i". Nous avons déjà rapporté les pa(fages d'Ë&ïe & deJérémie qui dé-
clarent. que l'Empire feroit détruit après les regnes du fils & du petit-fils de
Nabuchodonofor.
Or, Nabonadius étoit ce petit-fils, même félon les Hifbriens Profanes.
HERODoTt qui l'appelle Labynit, dit qu'il croit fils du Roi qui avoir époufë
Nitocris, & ce Roi eftEvilmerodac ou Belfafar. BtRosE l'affirme également ¡
car il dinque ceux qui avoient mis à mert Labororoarchod choiGrent pour
~cj
Roi JV«~o?m~ ( tini <~ ~jc ) un de ceux de (la Maifon de ) Baby-
!oBe)oequietoit,a)oute-t-it,de!acon<piranon.
t*. Les Hifioriens Protanes nous apprennent que ce dernier Roi ayant per-
du une bataille contre Cyrus, fe réfugia dans Bornppe, & qu'il n'Ctoit poinc
dan$ la ville de Babylone-quand Cyrus l'adegea. Mais l'Ht~oire Sacrée s'ac-
corde en cela avec la Profane, yerénue y e~ exprès voici comment il s'expri-
me :(i)
Toute la Terre fera dans l'émotion & dans l'épouvante, parce que le Seï<
M
gneur appliquera fa penfee contre Babylone pour rendre ce pays défert & r' in
habité. Les vaillans hommes de Babylone <e font retires du combat, ils font
M
demeurés dans les places de guerre ( après la bataille ~<r~«<?, ) toute
» leur force s'eft anéantie: ils
font devenus comme des femmes leurs mai-
» fbns ont été brûlées & toutes les barres en ont été rompues
w Les Couriers rencontreront les Couriers &: les. MefÏagers fe rencon-
» treront
l'un l'autre, pour aller dire au Roi de Babylone que fa ville a été prife
f d'un bout à l'autre; que l'ennemi s'eft.emparé des gués du fleuve qu'il a
mis le feu dans les marais, & que tous les gens de guerrefbnt dans l'épou*
M vante".
v Pouvoit-on exprimer d'une manïete plus énergique quelle Rot de Baby-
lone n'étoit pas dans cetue ville lor(qu'e!!e fut prife, & qu'il n'en apprit It
nouvelle que par les Couriers qu'on lui expédia l'un fur l'autre

f
Il eft donc prouvé que Belfafar! eft le propre fils. de Nâbuchodonofor le

'O.
même qu'Evitmerodac, & qu'il fut tué, non au flége de Babylone, mais pa~
fon beau-frère.
-'4. '#/
1

(i) Chap. Ll.t) ;o 3t Trad. de M de Sacy.


M!j
Que Darius le Mède e~ ce beau-frere ou NerigtiHar qui commençai
guerre contre Cyrus.
Que N&bonadius croit peHt-nts deNabachodonofbr,c~ qu'il n'ctoir pas
dansRabytonQ.!prjqu.'eHetutpfi(e.
Ce point-d'Hifloire qui accorde les Hi~oriens Sacrés &: les Profanes, devient
doncàu~ ctair&~ao~ lumineux qu'il paroiSoit obscur &impofnb!e à con-
cilier. Ce n'e~ pas to,ut npusavons encore à prouver qu'entre le dernier Roi
de Baby!one Cyrus, il n'y a point eu de Roi intermédiaire & que !e re-
~le de~yaxare à .B~bytone d'aptes !a; ceÛlon de Cyrus, e~ une pure imagina-
tion un fonian.dont pn ,t pronce potur faire quadrer avec rHiAoire la ~uppo-:
fition que BeHaf~r étoit le dernier Roi Babylonien..

Entre ~t~n~M~ Cyrus il /ï*y a point <M Prince ~rw~~wï.

Une première erreur en entraîne neceOairetnent d'autres à fa fuite dès


qu'on étoit perhtade que Belfafar etoit !e dernier Roi Baby!on!en le même
que Nabonadius, on étoit forcé de mettre Darius le Mède entre ce dernier
& Cyrus. Mais t". Hérodote, Diodore,~ le Canon de Ptolomée ne met-

toient aucun intervalle entre ces deux Princes: que 6c-on on alla chercher
dans la Cyropédie, un Héros de Roman, un Cyaxare, fils d'ARyages grand-
père de Cyrus & Roi des Mëdes:& de cet onc!e de Cyrus, on en fit un
Roi à qui Cyrus céda !e Royaume de Babylone & qui pm le nom de~Da-
pus le Mède. Rien ne quadroit'mieux mais ce n'e<t qu'un Héros de théâ-
tre, un intrus qui ne t'accorde avec aucune Histoire, & qui tombe dès que
la vérité ~e manifeste.
x~. Cyrus n'çtoit pas de caractère à céder un Etat comme celui de Baby<
!one loin d'être ucomptaitâht avec la Famitte Royale des Mèdes, il paroît
qu'i! h dépouilla au contraire d? tes propres Etais & qu*.Afiyage& mourut
dans une espèce d*cxit. Du moins Xenophon dans la retraite des Dix mille (i)
parlant des ViHes de Lanu~ & de Me(pita (uf la rive orientale du Tigre ou.
it j~ana avec !es Gre<N, die que les Mèdes avoient habite autrefois Larina t
que le Roi de Perte l'avoit prife fur eux dans le tems que ~/n~~< leur

~)Uv.Uj,
M~ par les Perfans il dit de même en parant de Mefpila que cène

/<.
Ville avoir été autrefois habitée par les Medes & qu'ils la perdirent <!f«'
Il ajoute que c'cA dans .cène derniere Ville que s'étoit réfugiée la
Reine de Médie, & qu'elle y foutint un long uége contre les Perfes.
Enlever aux Mèdes leurs Etats, améger leur Reine exiler leur Roi, ce
~ont des acHons bien opposées à la généronré de céder à un oncle un Em-
pire entier.
3
D'ailleursXenophonne dit point que Cyaxare II. ait regné à Babylo-
ne, pas même qu'il s'y foit jamais rendu Cyrus, &!on lui, alloit fbuvenc
vifiter Cyaxare à Ecbatane mais Cyaxare lie vient jamais à Pabylone.
Ajoutons que le favanc FRERET a fort bien prouvé (i) que la Chronologie de
la Cyropédie eA remplie d'anachronifmesqui démontrent queXenophon n'a-
voit en vue qu'un Roman philofophique, & non une Hilloire exacte aind
H avance de vitagt.ux ans la prife de Babylone par Cyrus, & de vingt-huit
Ïa défaite de Créius ce qui, de la part d'un homme tel que Xeaophon, prouve
qu'i! ~e propofoit moins de composer une Hi(toire qu'uti Roman ce n'e(t
que dans ceux-ci, de même que dans Jes Poèmes épiques, qu'il eH permis
d'arranger les événemens à fa &ntaiue quelque l'on y joigne beaucoup de
chofes très-vraies & trcs-curieu~es.
Enfin Daniel lui-même place Cyrus fur le Trône de Babylone immédia-
tement après la guerre de vingt, un ans, preuve à laquelle on n'a jamais &ic
aucune attention.
L'Ange de Babylone, après avoir dit que le Prince du Royaume des
Pertes lui avoir réufté yingt-un ans, ajoure Enfuite j'ai demeuré là près
M
du Roi de Per~e, de Cyrus. Ce Mède qu'on place entre la fin de la
guerre & Cyrus, eft donc un vain fantôme, par le Texte même de Danie!.
t.a guerre commencée à l'occafion de Darius le Mède dure vingt-un ans. Elie
<6nit, & Cyrus eft Roi de Babylone.
Et que ce (oit Cyrus dont il foit ici quellion c'ef!: ce qu! résulte égale-
ment de la fuite du discours de l'Ange II y aura ajoute-t-il encore trois
» Rois en Perfe le quatriéme fbulcvera tous les Peuples contre les Grecs.
Ces trois Rois font Cambyfe, Smerdjs, & Danus le quatrième ett Xer-
xes, qui amena contre les Grecs tous les Peuples connus de l'Ane & de l'A-
&ique.

(i ) M~m. de: iBfcr, & B. L. T. VII.


ARTICL E XIV.
Des Pfo~M <<<MM< ~o~M~ 6' ~M «rm~M~Fro~A~.
ï.
C/«r~ ~< M r~oar Parrangeraent des Prophitirs de Daniel <«/M//<~
Si une erreur en entraîne d'autres à & fuite la découverte d'une vente
en: un flambeau qui diCipe une multitude de din~cuttés & devant lequel tout
s'applanit. C'ed ce qu'on éprouve ici en teconnoinant Be!(a<ar dans Evit-
merodach, t'HiRoire Sacrée & l'HiAoire Profane font parfaitement d'ac-
cord, & tes Prophéties de Daniel dont l'arrangement étoit fi difficile, brillent
d'un nouvel éclat par t'harmonie qui en réfulte. ·
i". Ce n'eA point lorfque l'Empire de Babylone anéanti eA déjà entre tes
mains des PerCes & des Mèdes ce neft point torfque Capitale eft déjà aP
fiégée depuis deux ans ~c qu'elle va être priïe que Daniel annonce à (on
Roi, comme on le prétendoit la deftru~Hon de fon Empire; c'e& deux ans
après la mort de Nabuchodonofor c'eft lorfque cet Empire eO. au plus haut
degré de fa (ptendeur, tor(qu'il jçuit de la plus profonde paix que t'Orienc
~tonn6 de la grandeur de fes Rois, de leur puif~ance redoutable, n'ofe <bu-
Ner devant eux: que tout eA fournis au dedans & au dehors c'cA dans un
tems où le fils du Conquérant de l'A~e, enyvré de fa gloire que rien ne
trouble donne une fête fuperbe quel moment pour annoncer à ce Prince
qu'il va périr, que fon Empire va être partagé entre tes Mèdes & les Perfes
9
entre ces Mèdes ju<qu'a!ors AHies des Babyloniens & ces Perfes qu'ils mc-
prifoient Autrement, lequel des Sages de fa Cour n'auroit pu dire la même
chofe t
C'c(t ce qu'a très-bien vu FREM-r. Après avoir prouva que Belfafar eft
EvUmerodach, il ajoute en parlant de la manière dont Daniel lui explique les
caractères tracés par la main merveiHeu& "c'étoit-Iàune Prophétie bien claire
» de la conquête de Babylone par les Perfans mais c'étoit une Prophétie;
c'eH-à-dire, la prédiction d'un événement futur qui ne pouvoit être con-
« nu que par
révélation, & que t'efprit humain ne pouvoit prévoir naturelle-
ment. Si la ville eût été afïtégée alors, fi l'Euphrate avant été détourné de
ion lit, eût donné dans ce moment m~me entrée aux Perfans dans la yi!te.;
fi auSnôt âpres t'explication de la viuon de Battha<ar, les troupes de Cyrus
).
M eotÏent attaqué le Palais, comme le dit PRIDEAUX, il me femble que D~
M niet pouvoit ravoir
toutes ces chofes (ans révé!ation ta conduite du Roi de
» Babylone, la connoiHance de fbn caraûcre & de t'habitetedc Cyrus, devoit
X)
faire prévoir à Daniel quelle feroit la fin de cette guerre. La prédiction de
w Daniel tut donc une yen~/e P/'opA~/<
i". Si Darius le Mède e(t po(téneur à !.i prife de Babylone, la vifion que
Daniel eut la premiere année de ~bn régne n'en eft pas une. Il en e(t ainfides
autres fur-tout de cet!es rapportées aux Chapitres X & XI mais il eft terne
d'eu re~ituer l'ordre chronologique.

CHRONOLOGIE DE D~jvjr~z. AMHjÉt!!9


aVMtJ.C.
L<tpremiere année de Nabuchodonofor (Chap. I.) Daniel eft emmené en
~0~.
captivité à Babylone. qk:

La feconde année (Chap. II), il explique à ce Prince le fonge de la ~atue ~3.


composée de plufieurs métaux il y annonce quatre Empires fucceCEts, qui
feront remplacés par un Empire qui ne fera jamais déiruir.
La premiere année de Belfafar (Chap. V II) il a la vinon des quatre ~T-
animaux qui repréfentoient quatre Royaumes.
La troineme année du même Prince ( Chap. VIII) il .t la vinon du bélier, t~.
du bouc & de fes cinq cornes.
Cette Prophétie eft datée du Palais de Sufe au pays d'E!am, fur les bords
de l'Ulaï.
Le Mot oriental qui ngnine ici Palais. eA A<rA. yo&phe dans Ces An"
tiquités ( i ) dit que Daniel avoit bâti non à Ecbatane comme portent au-
jourd'hui fes Exemplaires, mais à Sufe,
comme ils portoient du tems de Saint
Jérôme qui a cité ce pauage en rbrme de Château, un édince célébre qui
~ubMoit encore de fon rems qui fervit de Sépulture aux Rois des Pertes &:
des Parthes & dont la garde étoit confiée encore de ~bn rems à un ~uiE Il-
dengne ce monument fous le nom de Baris ce qui eu. le même mot em-
ployé par Daniel.
C'e& également ce mot qui eft entré dans la compontion de celui du ta-

(~Uv.X.Cb.XlI.
byriathe~ «/r-<M/t, le Palais du Soleil & il exifte encore de nos jours ave<
la même fignification dans le Pérou.
La même année, ( Chap. V.) il explique à Belfafar les caractcres
oracés par la main prophétique.
Cette même année ( Chap. 1 X ) la premiere de Darius le Mède il a la
viGon des LXX femaines d'années. Le récit eft précédé de la belle priere qu'il
adreffa à Dieu pour lui demander la fin de la captivité dh Peuple Juif & au
~ieu de cela, il apprend ce!!e d'une durée de LXX Semaines d'années qui de-
voit Succéder à ces LXX ans de la captivité, & dont les ~vénemens font la
bafe du ChriOianiune.
n<. La troinéme année de Cyrus, il a la célébre vinon ( Chap. X XI, XII )
relative aux Empires qui s'éteveroie'tt après celui des Pgftes. C'ett au Chap.
X, ï qu'il nous apprend d'un (tyle Symbolique que depuis Darius le. Mède,
jusqu'à Cyrus, il y avoif eu entre les Babyloniens & les Perfes une guerre
de vingt un ans, qui avoit fini par la ruine des premiers.
Et que ces vingt-un ans doivent commencer à D~ius le Mcde, de l'aveu
même de Daniel, c'eft ce dont on peut d'autant moins douter que le. fujec
qui en amené le récit eft relatif à la priere de Daniel faite la première année
du règne de Dàrius le Mède intervalle donné, auquel il eft bien étonnant
qu'on n'ait pas fait attention; on n'auroit pas bouleverse, comme on a fait la
Chronologie de ces cems-

Z? ~.j
Tel e~ l'ordre chronologique qu'o8rent les Prophéties de Dan!e!, & qu'on.
avoit cependant totalement perdu de vue qui avoit échappé non-feulement
a ceux qui n'y croyoient pas mais fur-tout à ceux même qui y croyent cet
ordre, ces époques, ces prophéties, le rang illu~re de celui fous le nom de
qui elles paroinent, tout doit iméreucr l'attention du Philosophe, de l'Ob~ër-t
valeur exact il a rarement d'auffi grands ipectacles fous les yeux & l'Hifioire
d'un grand Homme, fut-il un impo~euf, doit tenir nécenairement une
grande place dans les faftes de refpht humain & de tes révolutions. Nous ne
faurions donc omettre ici quelques détails furunperfennage tel que Daniel,
qui a joué un auffi grand rôle pendant la durée entiere de l'époque qui fait
l'objet de cet Enai d'Hi&oire Orientale de ces détails même dépend ndée
c[ue nous devons nous former de ces tems ce de ces Prophéties.j
L'Once
L'Orient d'ailleurs ed retnpti de la gloire de fon nom, & d'admiration pour
~i: les révolutions épouvantables qui ont ravagé tant de fois ces Contrées,
-qui ont erfacé tant de monumens qui ont fait difparo~tre les'noms de tant
de Monarques, n'ont rien pu contre ce personnage illu~re & de même que
les Orientaux montrent chez eux te tombeau de Job, celui de l'immortel
JLocman, ils montrent dans la Suuane celui de Daniel ils le font voir en-
core de nos jours, avec emprefïement, aux Voyageurs modernes, comme ce
qu'ils ont de plus précieux & ce tombeau e!t digne d'un Prince. Ils ne fe con-
tentent pas de ces redes froids & inanimés ils repréfentenr Daniel comme un
des plus grands Satrapes de la Babylonie & de la Perfe comme le Vice-Roi
deIaSunanefbusCyrus.Son avancement e~tbndé,fe!on eux, ~ur~(agefle;&:
cette Cagetfe brilloit fur tout dans (on habileté à expliquer les (bnges.
Expliquer les longes, nous paro~t à nous Occidentaux de grandes reve-*
ties pour les Anciens, c'étoit une grande ïcience louer quelqu'un à cet égard,
c'étoit le noa-«j.H/~ de i'étoge c'étoit élever une peribnne au faite de la
g!oire:tet étoicie goût orientât: il Ce plaît dans les préfages, dans les Congés,
dans les vidons, ain6 que dans la Science A(b'o!ogique qui les H)re6ce en-
core, de même que l'Europe en a été inMée jufqties dans ces derniers Cié-
des. D'ailleurs l'explication des (onges~ tenoit aux connoiftances les plus par-
~tites de ce tems-là, aux conhoinances Civiles, Phyfiques & Hyérogiyphique!.
Telle fut donc l'habileté de Daniel dans l'explication des fonges, qu'elle
releva du rang le plus fâcheux aux places les plus éminenies qu'elle lui valut
la confiance 'des Rois les plus itiudres.
Il étoit, il e~ vrai, de la Race Royale des Hébreux mais qu'étoit cette
Famille quand ce'Royaume rut éteint Dans un âge peu avancé il fut enve-
loppé dans les malheurs de cette Famille & de Ca Nation & avec nombre d'au-
tres emmené jen captivité par Nabuchodonofor, la premiere année du regne
~e ce Prince. Ce qui devoir être la Source de Con malheur, fut celle de (a haute
élévation: un fonge qu'avoit eu Nabuchodonûtor& qu'il lui expliqua, lui at<
tira la confiance de ce Prince elle dut monter à ron comble, lorsqu'il rur re-
venu en Con bon fens. ~'explication des caractères tracés par la main fblitaire
lui valut l'efUme la confiance de Darius le Mcde. II en,fit un des trois prin-
cipaux Satrapes de ton Royaume ce haut rang & la manière dont il avoit
annoncé le réraMinement des Juifs par Cyrus lui .mérita également la faveur
de ce nouveau Roi, &.la continuation de la Vice-Royauté de la Sufiane au(M,
<;omm.e nous l'avons vû, une de Ces Prophéties eft datée du Palais m2me qu'il
~voit dans cette belle Province. C'eft la feconde fois que la Prophétie & le
/?~. Tom. 7. N
Gouvernement d'un grand Peuple, étoient hors de la Judée réunis fur une
memetëre.
Ce Vice-Roi avoit cependant près d'un necte, tors même qu'on ne lui fuppo-
feroitqu'une quinzaine d'années quandiirut emmené en captivité,puitque l'an-
née fuivante il fut en état d'expliquer le fonge de Nabuchodonofor: ce n'eR pas
un enfant qui peut avoir cette fagefle. Depuis ce tems'Ia jufques à ta derniere
Prophétie, la troifienie année de Cyrus, il s'écoula (bixante-dix ans. A cet âge
il devoit être un grand phénomène, par fon rang, par fa <agene, par (es liai-
sons nngulieres avec cette Famille Royale de Babylone qui n'éroit plus, & à
Jtaquelle il n'avoit cène de prédire les malheurs non vraisemblables qui fon-
dirent fur elle.
Il ne falloit pas moins que ton profond favoir pour rélever du rang le
plus infortuné, aux premières places de l'Empire chez des Peuples ennemis,
dont la Religion n'étoit pas la fienne, dont les Prêtres couroieni la même lice
que lui, & auxquels il n'annonça jamais que des malheurs. C'eft plus qu'il n'en
faudroit de nos jours pour faire enrenner quelqu'un aux Petites Maisons.
Quelles étoient donc ces grandes Cours de l'Orient ou quel prodigieux
afcendant n'avoit pas pris Daniel !ur tous les esprits ? quel génie ne falloit-il
pas pour foutenir & conferver cet afcendant pendant un fiècle prefqu'entier?
S'il rut un perfonnage extraordinaire à tous ces égards, il ne le fut pas
moins à beaucoup d'autres, fur-tout en le comparant aux autres Prophètes
Hébreux à cet égard, il oSre une foule de caractères auxquels on n'a pas fait
auez d'attention. Tout le di~Ungue d'eux longueur du tems pendant lequel i!
prophétisa grandeur des événemens qu'il annonça clarté de (es prophéties
Supérieures dans ce genre à toutes les autres, parce que les événemens s'appro-
choient & tel eH. le caractère de l'ensemble des Prophéties Hébraïques, qu'à
mefure que le tems de faccompliuement approche, leur annonce fe développe
& devient plus précise plus détaillée, plus claire.
Ajoutons à ces traits, la parfaire harmonieqn*om'ent fes nombres prophé-
tiques, avec ce que la Nature Agronomique a de plus exact harmonie qui
auroit été inconnue, fi un Savant de nos jours, l'un des plus grands Agro-
nomes de notre neci: n'avoit rapproché la révélation de la Nature étude
qu'on dédaigne, & qu'on devroit faire cependant, lors même qu'on ne
verroit que l'homme dans la révélation puifque ce feroit l'enbrt le plus pro-
digieux de l'eïprit humain, l'effort de l'homme !e plus profond dans la con-
noinance de la Nature l'enon d'un homme divin dont jamais aucun morce!
approcha en force que fe vouer à l'ignorance de ces choses, c'e~ fe priver
de très-belles connoinances.
La découverte de ces Cycles parfaits dont nous parlons ici, eft confignée
dans les Remarques Zft/ïer~Ke~, Chronologiques & ~f/ïronomt~Hej fur quel-
~MM endroits du ~r< de D~JV~ qui (ont à la tête des Mémoires Posthumes
de M. de Chenaux, imprimés à Laufanne en 17~. Cet Auteur plein de
génie & d~ favoir, démontre que les nombres Prophétiques de Daniel i oo
& ti~o, ainfi que leur dincrcnce 10~.0, étoieni autant de CYCLES PAR-
?AiTS, Cycles, qui font harmoniser tout-à-la fois l'année Notaire, le mois lu-
naire & le jour qui jufques ici avoient été cherchés en vain, & qu'on avoic
fini enfin par regarder comme chimériques ou impoffibles de la même nature
en un mot, que la pierre philofophale & le mouvement perpétue! il ajoute
que ce font les deux feuls nombres ronds qui fuuent Cycliques, & qui le
funent de manière que leur diS~rence tut eUe-mcme un Cycle parfait oc
l'unique. Il obferve en particulier fur le Cycle de i o4o, qu'il e~t le plus exact
qu'on connoiffe oc même qu'on puiffe trouver, à moins que d'aller au delà
d'un espace de tems trois ou quatre fois plus long, que celui qui s'eft écoulé
depuis les plus anciennes obfervations jusqu'à nous il ajoute qu'il eff d'autant
plus étonnant que personne ne s'en foit apperçu, qu'il fumfbit pour cela de
comparer le Livre de la Nature avec celui de la révélation.
Ajoutons que M. de CASSINI & M. de MAm.AM, à qui l'Auteur avoit con~
muniqué ton manufcrit & <es découverres, ne purent disconvenir de leur vé-
rité, «quoiqu'ils ne punent comprendre, dit le dernier avec une ingénuité
< admirable comment ôe pourquoi elles étoient auui tccl!ement renfer-
mées dans l'Ecriture Sainte.
Comme ces Cycles concourent également avec nombre d'autres circonf-
'rances très-remarquables, cet Auteur termine ainfi fes remarques
Pourroit-on, à tant de traits réunis, méconno~tre dans l'Auteur de ces
anciens & refpectables Livres le Créateur du ciel & des chofes qui y font,
M de la
terre & de ce qu'elle renrerme, de la mer de ce qu'elle contient
Enfin, Daniel eft le dernier des Prophetes de l'Economie Judaïque, il en
d fait la clôture c'étoit un flambeau qui alloit s'éclipfer & qui jettoif pour la
derniere fois la plus vive lumiere; mais en fermant cette Economie Prophé-
tique, détermine le tems ou la Prophétie recommenceroit fous l'Economie
Chrétienne, fous cette Economie qui verroitéclore l'accompliflement des
Prophéties les plus consolâmes pour l'humamte encore &ixant€-dix fernaines
Prophétiques, dit-il, & le Chri~parohra,& le ~luttera annoncé à tous les
N ij
Peuples & le Peuple Juif ne fera plus Ceul le dépofitaice de la Prophétie i
ainfi nul vuide, nulle inrerruption entre les tems Prophétiques les deux rêve-
lations, celle des Hébreux & la Chrétienne, fe tiennent par la main elles,
font foeurs clles ne (ont que la continuation d'un feul & même objet, d'une
feule di<pen(auon (ubdivifee en annonce & en accomp~uement.
N'omettons pas que fes Prophéties font écrites moins en Hébreu qu'en
ancien Chaldéen, dans cette langue qui cara~erifbit la Nation au milieu
de laquelle il vivoit, la Cour qui !*àvoit éteve, îes Sages de Babylone lan-
gue qu'il dût favoir comme ta tienne propre & qui dès le moment que
fEmpire eût paffé dans des mains étrangères, ne devint plus que le jargon
de quelques Provinciaux mépri(ab!es, dans lequel il' ne fut rtus permis d'é-
crire. Quet de nos beaux Ecrits s'aviferoit d'écrire en bas Breton ou en Pi-
card, pour exciter l'admiration de la VUle & de la Cour Nous avons même
bien de la peine à foutenir le ilyle des Provinces où on parle là Langue ré<
enante.

Pc O~r~~
Daniel a donc exMe, il a exi~é dans l'Orient, à la Cour des derniers Mo-
narques de Babylone; quoiqu'étranger, ils l'eleverent aux premieres dignités'
de l'Etat~ mais fi on ne peut former aucun doute fur. fa perfonne, quel juge-
ment doit-on porter de fes Ouvrages ? (ont Us authentiques ou tuppo~esr~c.
s'ils ne te font pas quel cas doit on faire de tous ces caractères dinincU~
dont nous venons de parler & que doit-on penfer de ce qu'on y appelle Pro-
phéties Un coup-d'oeii fur ces objets ne fera pas déplace, non en Th~o-
gien ce n*e(t ni le tems, ni le lieu mais en Critique raisonnable qui fou"-
met au creufet du bon fens, les phénomènes que lui offre l'Univers.
Si les Livres de Daniel étoient fuppofes, iisraucoient été dans des tems
tris-recules, dans des tems qui fe confbnden: avec ceux où il vécut. Ils étoient
connus du tems des CELSE oc des PoMHYRE, ces Savans ennemis de la Reli-
gion Chrétienne, qui ne pouvant nierîe lumineux de (es Prophéties, preten-~
dirent qu'elles avoient été faites après coup.
Ils étoient connus du tems de JosEPHE, qui dans tes Antiquités (,t ) en
parle comme d'un Livre ancien & reconnu inc<nte~ab!ement pour être de lui;.

t:t ) Antiq, Jud. Liv. X. Ch. Xi~


<~
Dieu dit-il, combla Daniel de tes grâces il l'cieva au rang des plus grands
"Prophètes:il eut pendant fa vie ta faveur des Princes, & l'arfecHon des
Peuples après fa mort, il jouit d'une réputation immortelle. Les LtVREs
» qu'il nous a laites font encore aojourd'huf entre nos mains nous les con-
fervons comme des gages adures que Dieu lui a parié car non- feulement if
a prédit l'avenir comme les autres Prophètes il a même marqué le tems
précis auquel fes prcdi&ions dévoient arriver a.
Cependant Jo(ëphe écrivoit dans te premier necle de l~Ere Chrétienne: il ecri.
voit pour tes Grecs il n'ofoit prefqut pas avouer ce à quoi il préfumoit qu'ifs
ne pourrofenc croire.
S. Matthieu ( t ) met une de fes Prophéties dans la bouche de JeutS'Chr~,
& îui donne k nom de Danie!* le Prophète.

Jten: cité dans )esMachabées:& EzEcn!Et.~ar!e deux fois de Daniel (t~


comme d'un perfonnage .[utH di~ingué que Noe & que lob comme d'un.
Sage par exceUence.
Le Livre qui porte (on nom, fait partie du Canon des Livres Hébreux
dreffé ou fermé au retour de la captivire il précède immédiatement les Livres~
d'E(dras, de Néhemie & des Chroniques le Livre de Daniel exiftoit donc
!drfqu'on revint de ta captivité ITEgttfe Judaïque fut toujours convaincue de
fon authenticité comment les contemporains de Danier, con'tment Ë~raSy
Nehemie, ces Chefs du Peuple Hébreu tors du retour des Juifs, (e feroieht-
its trompes a cet égard} & fi jutques a ce tems là les Hébreux avoient' eu
l'habileté de fuppofer des Livres Prophétiques fous des noms célèbres, com-
ment auroieni-ils perdu cette indu~rie dès le retour de ta captivité!
D'aiHeurs fi c'eft un raunairë comment a-t-il pu faire iHunon aux Juifs
&: aux Chrétiens fi fort (épates d'intérêt! & de' vues Pourquoi écrire eti
Chaldéen qui n'etoit plus qu'un vil jargon Pourquoi choiur un théâtre qui
n'intéreffoit plus perfonne, une famille anéantie qui ne pouvoir dédommager
Fimpo~eur de fa nippoutio~ en Qn mot, quet en CM été le but <

Si c'en: un lunaire, ou a-t-il puifé fes profondes connoiflances ces nom-


Bres qui donnent dés Cycles Agronomiques parfaits, cette fcienee Hiérogty-
phique puifée dans la Nature & fi fublime ?,
D'où vient encore cette nmp!ic!té, cette candeur, cette douceur de ftyte,
~.din~rente du ton ampoulé &enthouuaKe des Orientaux < D'ou ~iendroit tanc

~)- Chap. XXIV. (~) Ez. XIV. r4.XXVIlr.


de (ageuc & tant d'absurdités ? tant de um~ticité & un fi violent defir de ~duire
& d'éblouir f
I! e~ aifé, fans doute, de rafcincr des esprits déjà prévenus favorablement;
on fait tout recevoir par des esprits tbibtes & ignorans, déjà trompés par eux-
mêmes, déjà gagnés avant qu'on cherche à les féduire mais les ouvrages de
Daniel ne (ont pour aucun Peuple ils firent la confolatioti & la gloire des
Juifs les Chrétiens les plus ii!u~res par leur ravoir, l'ont toujours distingué de
tous les Livres Romanciers, Aflrologiques, Sibyllins dont on étoit inonda:
ils s'en font fervis avec fuccès contre les Juifs eux-mêmes, qui n'ont jamais
ni pu, ni ofc nier fon authenticité ils n'auroient donc tous été qu'un vit amas
d'hommes à préjugés
Il eft vrai qu'ils admettoient tous cet ouvrage comme Prophétique. De
nos jours, on nie qu'il puine avoir éxiné des prophédes que fi ce Livre en
paroît contenir ou on y voit ce qui n'y e(t pas, ou il a été altéré après coup.
Mais couper le nceud'gordien eft-ce le résoudre ou le délier Avancer une
proponcion, eft ce la prouver & dans un procès auffi capital que celui-ci,
~uH~-i! de nier ?t
D'ailleurs, cette que(Uon ne porte pas uniquement fur Daniel elle s'app!t<
que également aux autres Livres des Prophètes~ même pour l'époque dont
nous parlons car ette nous oSre également les Livres Prophétiques de
YEREMiE qui joua un ft grand rô!e retativemeni à !a ruine de la Nation Ju-
daïque, & ceux d'EzïcmEL qui annoncent les plus grands cvénemens il y
auroit donc eu alors un Peuple ou une Ecole de faufraires qui fe feroient
Succédé fans cène, & qui auroient !ai(Ie leur efprit & !eHr (cience unguiiere,
aux Auteurs du ChrKUanifrne, qui renverferenf cependant leurs M~tre<
toutes fuppontions absurdes,
y.
~z~c~r~~ ~r Po~
Ezéchie! on res prophéties appartiennent en entier à l'époque dont nous
venons de tracer l'histoire. I! étoit de race Sacerdotale, fils de Buzé, & il avoit
é[é emmené en captivité dans l'Anyrie par Nabuchodonotor avec le Roi
Jechonias l'anVIc du règne de Nabuchodonofor.I! ne commença à prophé-
tifer, que la cinquième année après cette époque, comme il lç dit lui-m'c'me
il ajoute que c'étoit dans la trentième année cette date quie~ !a première des
'deux a embarraue tous les Critiques ils Font rapportée, les uns au tems où
Jofias trouva la Loi, d'autres au tems ou commença de régner le pere de Na-
buchodono(br quels chercheurs < Eft-H donc fi difficile d'avoir des yeux ? Ce
n'e~ ni de Jofias ni d'un Prince Auyrien qu'il s'agit ici mais du Prophete lui-
même. P~j la trentieme année, dit-H je y~ comme s'il avoit dit, à l'âge
de trente ans il ajoute c'cfoit au cinquième mois, la cinquiem? année de !a.
captivité de Jcchonias, fur les bords du Chobar dans le pays des Chaldéens.
Ainn on a la date de fon â~c &: celle du tems de ~a captivité c'eft dans
l'ordre mais comme il dit que c'e~ alors que la main de Dieu fur fur lui, on
voit qu'il fait allufion à l'owcHon des Prêtres Hébreux qu'ils ne recevoient
qu'à l'âge de- trente ans. Ici c'eA une onction tres-aiperieure une oncUott
divine, qui le mettoitàmcme non-seulement d'enfeigner des vérités déjà
établies, mais d'enfeigner aux.hommes ce qui devoit arriver.
Sa derniere prophétie paroît être de l'an 17 de la captivité ( ï ), enfbrte
qu'il prophétisa pendant l'espace de vingt deux années au moins, dans !e(~
quelles Nabuchodono~br fut occupé d'expéditions lointaines.
Il annonce la ruine de toutes les Nations voiunes du Peuple Juif, celle de
Jérusalem, le rérablinement des Juifs, la venue du Meule, l'éfabliuement
d'une alliance nouvelle.
Il eft regardé comme le plus (avant des Prophetes. GROTtus le compare à
Homère pour la beauté de fon génie, fa vatte érudition, tes grandes con"
noinances, fur-tout pour fon Kyle fublime rempli de ngures & de comparaisons
t'ett un de ceux qui (e di~inguent le plus par les emblêmes hyérogliphiques
& Symboliques dont fes prophéties font parfemées.
Ses Elégies fur Tyr & fur ton Prince fur l'Egypte & fur (on Roi, fur
Fidutnée fur la ruine de Jérufàlem font de la plus grande beauté & -de la
plus riche poëGe les Grecs & les Latins n~ont peut-être rien de fupérieur en
ce genre il eft fâcheux que ces grands modèles d'éloquence pathétique &- Su-
blime foient perdus pour les Modernes qu'on ne puifÏe pas s'abreuver dans les
Sources primitives: on n'en juge que par les veruons; mais Peuvent qu'eft-ce
qu'une vernon quelles froides copies
Ses dates fervent même pour fixer des évenemens qui ne le font pas dans
tes Livres Hiftoriques. Ainfi on voir, Ch. XXVII. & XXIX. ~ue la ville deTyc
n'avoir pas encore été allégée la dixieme & la onzieme année de la captivité

<i) Ez.XXIX.t7.
d'Excel!, puisqu'il en annonce le nége & la ruine prochaine & C!i. XXIX.
17. qu'elle avo:t été prife dans la vingt-nxieme année car aum-tôt le premier
jour du premier mois de la vingt-septième année, il promet à ce Roi les dé-
pouilles de l'Egypte pour le dédommager de ce qu'il n'avoic pris à Tyr que
tes murs, fes Habitans s'étant tous fauves avec leurs richeCes.

Af

Tandis que Daniel prophétifoit à la Cour des Rois & Ezéchieï dans
la Méfopotamie fur le Chobar, Jcrémie fairoit la même chofe à Jérufalem
auprès des derniers Rois de Juda. Ce Prophète étoit également d'une race
Sacerdotale établie dans la Tribu de Benjamin il commença à prophétiser la
treizic.me année du règne de Jonas dans un tems où il (emb!o'.t que les
Hébreux n'avoient rien à redouter de l'Egypte & de la Chaldée. Il fe repré~
(ente comme peu avance en âge, lorsqu'il fut chargé d'annoncer que Dieu
alloit arracher .& détruire, perdre & diŒpef, édifier & planter. On peut
donc fuppofer qu'il avoit trente ai)s l'âge o~ on devenoit Prêtre & où on
acqueroit le droit d'enfeigner.
Ses premières prédicHons fdfent contre fa propre Nation dont il dépeint
les vices & J'impieiç avec une énergie fans égale.: aucun Prédicateur n'a tonné
avec cette ibrce.
Les douze premiers Chapitres paroiffent Ce rapporter aux dix-neuFdernieret
années de Jofias. Les huit fuivans, aux trois premieres de Joakim. Dans le der.
pier de ceux-ci, on voit qu'un des Chefs du Temple le fit mettre en prifon à
caufe de la nature de tes Prophéties; & que dans ja crainre du Peuple il le
mit en liberté le lendemain. Jérémie s'étoit déjà plaint ( Cap XL 11.) de ce
que les Habitans de fa propre ville, d'~NATpoT, ~voient cherché à lui arracher
la vie, par le même moti~
Au vingt-cinquieme, il annonce que la nation Juive fera afiujettie aux Baby-
loniens pendant foixante-dix ans,& qu'alors ceux-ci feront eux-mêmes anéantis;
& dans l'intervalle, un grand nombre de Peuples, de Rois & de Villes, dont il
fair l'énumératipn~
Au yingt-feptieme, il annonce que les Babyloniens ne feront gouvernée
que par le 6k & par le perit-nis de Nabuchodonofbr.
Le vingt-huitieme contient fa difpute avec un nommé Ananias~ qui
n'anuoncoit que des chofes agréables au Peuple.
Le Chapitre XXI. contient fa réponfe au Roi Sédécias, qui étant attaqué
par tes Babyloniens la dixieme année de Ion règne lui demande quel fera le
fuccès de la guerre mais ce Roi irrité contre le Prophète à caufe des mal-
heurs qu'il lui dénonce, le fair mettre en prifon dans fon propre Palais,
comme on le voit au Chap. XXXII.
Il y a donc ici une tranfpondon) le Chap. XXI. devant être le XXXI. ca~
tous les autres fuivent fait bien il eft fâcheux qu'on ne rétabliue pas ce dé-
rangement, qui coupe absolument le fil des faits & des prophéties.
Les horreurs de la prifon ne font point changer de langage au Prophète
rien de plus précis, de plus claif, de plus fort que les décadrés dont il menace
de ce lieu la Nation entiere & fon Roi.
On le jette donc ( Chap. XXXVIII') dans un cul-de-baue-fbne au fond de
la prison royale ou on l'avoit enfermé mais l'Ethiopien Abdemelech, un des
Ofnciers du Roi touche de ce traitement odieux, obtient du Roi la permif-
f)on de l'en retirer ce qu'il ne peut faire qu'en lui jetrant des cordes. C'eft
alors que Jérémie dit au Roi en reconnoifànce que s'il fc rendoit aux Chal-
déens, il feroit à l'abri de tout événement fâcheux qu'autrement, il fera
fait prifonnier & la Ville bru!ce.
Ce n'étoit pas le moyen de fe faire mettre en liberté au(n fur-il détenu
jusqu'à la prife de Jérufalem ou il rut délivré par le Général Afiyrien qui
lui fournit des vivres &: le combla de prefens.
Après l'auaHinat de Godolias les Juifs, maigre les exhortations les plus
prenantes de Jcremie, abandonnent le Pays, & fe réfugient en Egypte,
emmenant même par force ce Prophète avec eux.
Il ne fe rebute point, & dans cette Contrée il annonce de nouveaux
malheurs & aux Juifs &r aux Egyptiens. ( Chap. XLIII &: XLIV ). Les pre-
miers s'étoient plongés en Egypte dans l'idolâtrie ils onroient à lus à la
Reine des Cieux-, des (acrinees,'disant à Jércmie que leurs malheurs étoient
venus de ce qu'ils avoient ceffé de l'honorer.
Les Chapitres fuivans contiennent diverses prophéties contre les Phili~ins,
contre les Moabites, contre les Ammonites, contre les Iduméens, contre les
Babyloniens dont on annonce-la déduction par les Mèdes & les Pertes cette
derniere prophétie e~t datée de la quatrième année de Sédécias elle fut remise
à Saraïas que ce Roi envoyoit à Babylone.
? La plupart de ces dernieres prophéties font de vraies Elégies,. qui ne
cèdent en rien à celles d'Exéchiel.
.D~Tcm. 0
Jérémie avoic l'âme douce & compâtinanre ces prophéties menaçantes-
devoient couter beaucoup à fon coeur tout le Monde connp!t fa belle Elégie
ou fes Lamentations fur la ruine de Jérusalem qui commencent ainft
Comment eft devenue déserte cette Ville qui étoitu peuplée? Commenta
M
Reine des Nations e~-cDe tombée dans le veuvage', & celle quicommandoit
au loin eft-elle devenue tributaire Elle pleure dans cette profonde nuit, fes
joues font baignées de !armes elle re~e fans consolateurs fes amis même la
mcpr){et!i ils font devenus tes ennemis les plus acharnés. Quel deuil couvre
~es rues de Sion on n'accourt plus a tes Fêtes folemnelles fes portes font dé-
truices, tes Sacrificateurs gem!neHt:fes Vierges inconfolables ne connoinent
plus la parure; Sion eft accablée de la douleur la plus amere.
N'omettons pas que dans la lettre de Jérémie au Peuple captif a Babyïone
( ) & dans le Chap. X. de Daniel, on voit des aUunons à ridée que les Na-
tions étoienrfbus la garde d'un Angetatétaire: idée quiparcontequent n'eO:
point due au (ejour des Hébreux dans la. Cha!dée puifque ycrémie qui n'y
avoit jamais été, en parle comme d'une chofe connue. On voit dans ces paf-
<ages, l'Ange du peuple Juif ou S. Miche!, m. à M. grand comme Dieu l'Ange
de Babylone qui recule fa ruine l'Ange des Permet p'-otégé par une Puiffance
~upcrfeure à laquelle celui de Babylone eft obligé de céder.
Cette doctrine découloit auez narurellementdes idées Orientales fur t'exit-
tence & la Hiérarchie des Anges: elle renoit encore à nombre d'autres idées
Orientales que nous ne pouvons diicmer ici, & que nous aurons pem-êtce
occauon de développer ailleurs..

7.
27< /M~<~ de /<M/OMyf~M.
Jerom!e, Ezechie!, Daniel tiennent donc tous le même Engage leur
Hifloire eft étroitement !iéeavccce!!ede leur tems elle en eft in&parabie:
ils vivent cependant dans des Contrées diScren[es:i!s ne fe font point copiés
la nature de leurs prophéties & de leurs fymboles, diffèrent infiniment à divers
égards comment des fau(!aires auroient ils pu prendre des formes u dine-
rentes., fi originales & cependant d conformes à l'Hiftoire fur-tout dans !e<'
tems mcme des événemens où tout pouvoit les démentir D'ailleurs com-
ment le Peuple JuitHreveche, fi opiniâtre fe feroit-il prêteà adopter, à coa.-

(t; Barutb, Cb. VI.


<erver maintenir des Ouvrages remplis drs peinrures les plus erfrayantec
de leurs vices & de leur incrédulité 1 qui ccoit.nt autant de lâtyres de leur
conduite La vanité d'avoir des Prophètes, ne fair pas \'io)cn"e à ce point à
famour-propre: & quel Peuple quelle t~r'on ne fe conduiroit pas à cet
égard comme les Juifs Quel Prince four'riroir ti-m~uillern~'nt qu'on annonçat
la de~fudion prochaine de Ces Etats, de(aC~dc, de-fa famille qu'on
nommât le Conquérant heureux qui devoit l'a('orvi' l'cxferminer même H
<al!oit donc une protecHon particuliere de la Divinité en faveur.dc fes Hé*
rauts, car aucun d'eux qui ne fe dite envoyé de la part.
Enfin, s'il étoit fi facile ou n utile d'imaginer de pareils Livres, comment
entre tous les Peuples, le Peuple Juifeft-il le feu) qui en ait eu de pareils ?l
comment n'avoit il que ceux-ta pourquoi les avoit il fous cette forme ce
comment fur-tout conferva-t-il fans ceue des Ouvrages qui ne (ervoient qu'à
démarquer Ca turpitude Qu'eit-ce qui pourroit avoir une pareille force fi ce
n'eu: la vérité ;e
Nous ne parlons que de l'authenticité de ces Livres ce n'eft pas à nous
à décider ici de la doctrine même de la prophétie, & à agiter d'aum grandes
queuions, liées etïentieHement aux idées d'un Dieu & d'une Providence
qui a tout fait avec nombre poids &: mefure, qui a imprimé à tes oeuvres
l'harmonie feptenaire qui dès le commencement dur fe prescrire un plan
pour le bonheur général des hommes qui ne put le perdre de vue en aucun
tems qui dut le manirener aux hommes, les y ramener de tems à autre1
plier les grands événemens à ce plan général, qui dut prévoir tout ce qui
pouvoit Ceconder ce plan, d'une manière bien plus parfaite que nous ne pou<
vous prévoir objets qui peuvent former une mafÏe de lumière & de vérités
qu'on ne fauroit admettre ni rejetter (an*! des recherches préliminaires & pro-
fondes, & qu'il n'ett peut-être pas donné à tout le monde d'appercevoir
diftinctemenr. Qui peut fonder l'Univers & tout ce qu'il contient Il nous
~umt d'avoir propofé à l'attention des hommes des faits iniéreflans des phé-
nomènes uniques, une ~uccemon étonnante de grands perfonnages,~ d'a-
voir débarrane de l'obscurité qui les couvroit, l'hi~oire d'un fiècle aufn remar-
quable que celui qui vit les progrès rapides de l'Empire Babylonien & fa
chute auffi rapide fous les coups de Cyrus. C'ctpit tout ce que nous nous pro-
porions dans cet Eflài ce n'eO: que par des véricés partielles qu'on peut par-
venir à l'eniemble de la vérité il ne faut que quelques objets mal vus,
pour affoiblir, par les ténèbres qui en résultent, la plus vive lumiere.
Nous terminerons cet Edai par l'explication d'un grand nombre de noms
O ij
géographiques qu~t entrpient dans l'Empire Babytpn~n depuis la Mer M~-
ditcrrance }nfques aux frontières de ta Per(e i!s feront u.ne nwveUe preuve
de ce que nous avançons, que tout nom fur fignincanf dans fun origine, oc
que l'Orient & l'Occident parlerenr dès le commencement une même
langue.
ARTICLE X V.
EïPI.ICAT.tO~
De divers noms de JL~jc, F/~Kf~j, Montagnes, ~'e. fo~rM dans A< C«r~
des Conquêtes de Nabuchodonofor.
Les Contrées qui compofbi.e~t t'Empire de !~y!poe font ten)pHes de
noms de lieux, puifés dans ta langue Primitive, tous f!g)!i~:atifs, djont une
grande partie (ont (ëmb!ab!es ceux que nous av.ops déjà eu oeca~on d'e:xp!i-'
quer à l'égard de p!uneurs Contrées Çettique~, te{tes qu.e ]ta France & i'~atie.
Les Cartes modernes de ces Pays nous orfrent à la vérité trp~$ autres
fortes de noms, des Grecs des Perfans & des Turcs ~ar:ce que c?s trois
Uationstesonrpo~edees rqur-a-tour pendant p!u~eur<~ec!es:ges noms font
même les plus nombreux, parce qu'up grand nombre de lieux primitif en om:
été dcrruirs ou ont change de noms cependant, il s'en eu conferve un at~M
grand nombre pour fë convaincre que les nomsPrimit}fs de ces Contrées firent
toujours ugnincati~ puises dans la tangue commune tops !es Peuples, ~pus
tvqns cru devoir tes réunir ici, a~n qu'on s'af~urât de plus en p)us de? grands
ptinctpes du Monde Pmnitifc~ de leur univerfatite.
NOMS DE LIEUX
Semblables à ~M~ que ~o~j avons dejà expliqué dans les Origines .Fr~o~
~j Or~nM Z-a~M.
A.
A,enrra ici dans un grand nombre de noms qui deugnoient les eaux.
.AC, eau, l'Aqua des Latins d'ou
H~K-lAR, riviete & Pays d'AHyrie elle (e jette dans le grand Zab.
A(;'GAB.on, ville de Pateline, yn. m.. Ville ( C< ), des eaux ( ~C).
AIN,
Source, fontaine.
Am-a!-Geba!, m. à <B. fource ou fontaine des montagnes, dans la Mc~o*
potamie.
Rush-at-Au4 ou R.MAMA ville conuderabte de. la Me~opotamte &: rem-
plie de Sources /n..<ï m. chef des ~oucce~ On rappelle auiE la ~le ifois
centFontaines.
AtN-TAB, !a bonne, J'excdieMe &urce viite -dé ~yae on t'appbtk ~uHI
~mptemenc Tab Tava Deba. Du même vint &ns douce DtBA hviere
d'Arménie,
AR,
Noîn des Neuves rapides, de même que dans tTEurope.
Ap-Axes, nom de pluueurs fleuves dans rArmeni€ & t'Auyrie~ & fur-
inom du Chaboras en Méfopotamie.'
ÂRNon )riviere des Moabites ÂR Apoer leur Capitale.
AR-MEnie, le Pays le plus éievé, de. tout ce continent AuyMen~ d'oùdeG;
cendent FEuphrate le Tigre, les Zàb, & nombre d'autres rivieres.

ainfi qu'en
Cuo-BAR
Europe.
Ce mot prononcé BAR~ VAR~.eA devenu le nom de plufieurs fleuves;

fleuve grand & impétueux de la Mctbpotamie de ~~r neuve.,


~CAo,(brt,m~mefamiUequeQoE,Quz.
BAR-Dtue, Rom que Strabon donne au fleuve qui pafle a Damas.
BAR-BALi(~e,furt'Euphrafe,appe!!ceauuinmptement~j.
BEK-.StMa/~ufrHuphrate.
Ce même mot modifié en NAR, eA devenu également ici le nom de
fleuves.
NAHtRAtM furnom de la Mefbpofamie ou Aram des fleuves.
Ai.NAHRaim, les deux rivières~ ViUe au. confluent duSaocoras
Chaboras en Mcfopotamie.
NARRa-GA, canal de Chaldée. `'
r.
t 5 & du

i
Nahar'da,vute(urt'Euphrare..
ASC,AX, eau, ce mot ed'entre dans le nom dfs'Ar-axM.
DAm-Asc, nom de Damas, m. à M. habiration des eaux dam, habitation,;
<t,eau.
AV,AB, eau, comme en l'
Occident. ,l,
AB~Op-As, prononcé auui Chab-oray, Aeuve deMetopotâmië tes trois
fyllabes (ont autant de noms d'eaux.
Koïh-AB,!a bonne eau, neuve d'Anyne.
Ce nom modifié en Gav, Gau, Go, dengna en Oriental & en Celte une
Contée ucuee~e'tong des eaux..
Ap-GoB ou Ap-Gov, Contrée du Pays de Ba(an, qui étoit en p!a!ne,
~ur le Jourdain & au pied des montagnes, de même que t'Argov en Suine~
Ce nom eH: oppofé à l'autre portion de B~fan qui étoit montagneufe.
Dé-là encore la terminaUbn GA donnée à des rivières.
NARRA-GA canal de B~y!ome.
NAharda-GA, Contrée htuee!ebng de l'Euphrate & qal rbrmoic le tern"
toire de Naharda.
Ce même nom modiné en SAv, SAo, Sov, Sorjt, produit ces nom?.
Sou riviere, en Turc.
SAO-ZA, ville de Medie fur des eaux.
Sorn, ZorH ou SopHE~E, Contrée de la haute M~opoMmie abondante
en eaux & en Neuves.
Sorhah, SArhon ville (ur le Jourdain.
1 I.
<.

AR, HAR,HoR, OR, a deugnéici comme dans l'Europe des montagnes


~-oides & rapides, des villes fur des montagnes, des Contrées montagneuies,
parce que AR déngna toujours la rapidité.
AB-AMm montagne de Moab.
AuRan bu rAuRanhtde, la portion montagneufe du pays de Ba&tiou de
la Patanée..
HoReb, moniagne d'Arabie.
HoRpéens, ( les monts ) dans ridumée.
Opo Naïm, ville des montagnes de Mo~b.
AR-Btde, ville forte d'Auyrie.
Ce nom varié en GoR,a produit:
Les monts GoRDien! en Arménie.
Le CuR'oijftan, nom moderne de t'Anyrie.
LamontéedeGuRenPaIeïHne.
Prononcé MAR,
MAR-DtN, fur une montagne en A~yte,( DM, habitation
MAR-aihus, fur une montagne en Syrie,
prononcé SAp, SEp.
SAxRana, ville dans les montagnes de la Méfopotamie.
SBÏR, montagnes dct Ama!ekiies,
ÏA.-SER ville des Ammonites élevé :/<;r, monMgne.
III.
GABAL.deve.
GA~ALene, pays tfe montagnes dans t'Humée.
GABata, fur une monragne de la Médie.
GABala fur une monragne en Syrie.
CABuIà, fur une montagne en Syrie, près du lac de Sef.
CAu GAA, CAO montagne.
CAu-CASE monts des n-ontieres, de l'extrémité.
BAL-KAA montagnes trcs-elevees qui fcparoient tes Ammonites & tes
Moabites.
CHo-Asp, montagne du cheval elle eft dans la Suuane, & trcs-etevée~
KoH, ou CHo-ZERDAH, montagne jaune le Choafpeen fort.
C~
CA-SnEs,. monts du Cheval; ils font très-élevés: de montagne, &
Asp, cheval de-là le nom de la mer CAs-PiENB au pied de ces montagne*.
HA M, habitation.
H A Math & ÂMatha, grande ville de Syne.

AMAthunte,vit)c de Syrie.
AMAtha, ville de Syrie avec des eaux thermales.
Le nom de celle-ci pourroit venir de HAM, chaud.
KAR vitte, habitation, enceinte, en Oriental comme en Cehe.
KARtoth KARiathaïm villes de Moab.
KHER-KEsium, ville de Méfopotamie.
KAR-CAThio CERTa ,'grande ville d'Aflyne, aujourd'hui Diarbeldt.
KtRTa, en Auyrien & Arménien nom des villes Royales
KAiL-MENda, grande vide de Méfopotamie.-
NAB, élevé.
Ht-ao montagne de l'Arabie.
NipHAres, montagnes d'Armenh*
SEILa, r.tvicred'Affyfie, nom très-commun en Europe. Il tient a cetu~
d'AIL eau, étang, marais, d'où:
AirA, ELath, Eiana, ville fur là Mer-Rouge.
SIN riviere.
An-SE~, riviere d'Arménie.
SiN CAS rivière de la Mefoporamfe~
ZE~DEH-RuH, anciennement Cyndes, fleuve de la Su~anc.
TAL, TEL, nom~ qui dengne les lieux deves, comme nous avons eu Sou-
vent occafion de le voir, tels que l'Italie l'Atlas, &c. Dé-là
TELA, fur une montagne en Méfopotamie.
TuiLutha, place très-forte fur une Ifle de l'Euphrace très-élevée.
TELLa-Apar, (ur une montagne à l'Occident de Ninive.
TELa dans une ifle élevée du lac d'0rm!a en Médie.
TBi.. al Q)aïr la colline des biens lieu fur une montagne de Mefopot~
mie.
U X, UCH des Celtes, élevé.
Uxiens, Habitans des montagnes de la Suf!ane.
1 V.
~~<J ~Omj. par Ordre ~~<yKC.
ABELa, nom commun à ptuneurs villes de t'Orient, & qui fignifie en
Phénicien une momagne élevée comme nous l'apprend AvjErous d'ailleurs
ce mot tient à la Famille BAL, BEL, FAL, qui a toujours dcngnc l'élévation:
dé-là
ÂBELâ des vigres, chez les Ammonites.
AaiLa Capitale de l'Abitene en Syrie.
ABBL-Sictim, ou des' F~<rj, chez les Moabites.: auCï ces deux premiè-
res villes fureM.appeHecs~paE les Grecs. Ze~~e ou. roche- blanche.: nom
qu'ils donnoient aux villes utuees de Itmeme-maniece.
Il y avoit dans la PaIetUne d'autres.villesappeliees.AMB parla ~m~meiai~bn.
ABIDaLtjen.Syria'~da&b~ dancoBc~
A-DIABene, Province d'AnyTie;de'DiAB'ou.ZAB.ojnd€sneuves en"
tre lesquels elle étoit ntmie.
AcHaia CHAta, fur l'Euphrate c~ dans un terrain trcs-efcarpe.; de.
port, & ~A fatiguanr.
AS-CALON en Païenne ;d'fbrty&z, porc.
f A6iomGcEBE!8,Ac fa Mcc:Rouge~ à'1'Orient de celui d'Ailath.
Asion,Qriental, & <?~<r, grand let-crand~pori. Oriental.~
AiRo-PATEm, nom de la pornon SeprentripHale de la Medie d'~<y ou
~ro feu, & de P~~ même que BAT, BiD, demeure, habitation: degener~~
en .<~r~'<~<M.
BAAL-MEON, le grand flambeau -ville.de~ MoataMs.
BATN.e, ville de Mésopotamie.
BATtNt
BAtïNa, ville au Midi de la Mer Carpienne de 2~<M, nom des fruits
tonds, comme les noifettes, les amandes.
BAZRa, BosoR, BASSAR, en Idumée ~e~o~, ville des vignes on
des côteaux.

CAFar-Tutha, canton de Mûriers de C~, canton &: 7'~A, noir.


CAL, fignifie Port; de-là,
CHAi.a, Ville qui donne fon nom à la Chalonidde, en Anyrie.
CALach, Ville fur le Tigre.
~cy~ Afcalon & Achaia-chala.
CART-ERon, montagne eHrayame minée par l'Euphrate; de mon-!
tagne ce C<!r<, fort, rapide.
COSSéens, Montagnards de la Suuane, & qui étoient excellens Archers.
Ils tirent donc leur nom d'un mot Oriental, qui Ctgnifie Arc.
Dj[-BoN,TiI!e de Moab, abondante en eaux; de D<,abondant, & VoN,
eau.
Ei.EUTHBRt, fleuve de Phcnicie de fe~A, Tortue, d'où i~A
mot-
~-mot, fleuve des Tortues on en pechoit beaucoup.
y
grande, Ville de Médie.
GABRis, ou la
GADinha, ou la Haye, ville de Mefbpotamie;même nom que celui dont
ion a ~air imenûblemenc le nom de Cadix.
GATH pluneurs villes de Païenne porterent ce nom, qui fignifie ~r~oïr.
GAza, ou Aza, ville forte elle eA fur une colline.
GAza, ou Ganzaca, ville d'Auyfie ville forte.
HADitha, ou la neuve, deux villes de ce nom dans notre carte.
HEMS, ou EMEsz, avec un Temple du Soleil, ou d'~o-6' w~-
«-/Ho~, le grand Soleil ~e/n~ ,& ~<mj, font le nom même de cet Aftre.
HUZ,&Cnus, ville de Suuane, d'où le CA~-< nom qu'elle porta
aujourd'hui.

.A, Ha, & Cna, fe font iouvenc mis l'un pour l'autre.
Aboras, & Chaboras; Hus & Chus; Aza & Gaza Sippara & Hippara, &c:
KORNA dans une encoignure au confluent de deux Fleuves.
LEM-LuM en Chaldce, canton où les Mahométans & les PerCes adora-
teurs du feu, fe livrerent un combat très-meurtrier, & célébre encore chez
M: Peuples ce nom vient de /.B.M, combat.
T. A f
~tESO-POTAMiE, nom Grec, qui fignifie au milieu de~ Fleuves:
MENN-ITh, ville des Ammonites; mot-à-mot le flambeau des tems,
la Lune.
MAM-BYCE ~o~<7!o~, habitation de la Lune les Grecs l'appellerenc
Hicrapolis, ta Ville facreq ony adoroit cette. grande Dcefle. de Syrie.

NAZERini habitans de Montagnes en Syrie de monragne.


NAUSa, dans une ifle de l'Euphrate. De t'Orientât A~M, eieyé les iHes
font clevces fur les eaux. Les Grecs eu nrent ~e/oj, if!e.
NISIBE, en Syrien un Po/?c.
NOIRE, nom de ta Mer Noire c'efUa traduction du Grec Pont Eu-
xin tui-meme altération du nom d'AsKBNas qui-kpremiet rétablie
fur les bords de cette mer.
NOIRES
l'Idumce.
noms de deux cnames de montagnes, l'une au Notd de la
Méfopotamie, l'autre dans
de
OR-MIA, Ville &: Lac en Mcdic M~ eaux pjR
<
Ville du feu.
Le nom ancien de ce lac, fur ~for~,le ~rotbnd, le grand.
PALLa-COPa riviere de Méfopotamie, qui forme nombre de marais
dePoui., PAL, marais, & Cop nohibreux.
PALMYRE, ville des Palmiers, traduction de (oit nom Oriental TADMOR.
PETRA, ou. le rocher, Ville dTdumce fur une montagne. Son nom
Oriental en: SELA, le rocher, d'où le Latin Silex. Dé-là, l'Arabie Pctrce.
RABBA la grande, la Capitale nom anciejn des Capitales,
RABBA Capitale des Moabites.
RABBA Capitale des Ammonites.
RABBA, furnom d'Hamàth.
RAHABi, grande ville dé Mc(opotam!ë. r
RiBLA, ville ancienne du paysd'Hamath.

Capitale.
ROHa, RnoA, nom Oriental d'Edene; ~~jc-coK~ De-la fbn nom
Grec, Ca/~r~c~, les belles eaux. ÔnenntOs-RoENE,Mbmdunaysddnt
,elle rut la
RHOSSus, en Syrie fur un.cap de.R~,Cap*, <
J. It.

.& ~SAMOSATE, yjUe de Syrie fur l'Arfame;~ l'Ëuphrate. De


Fleuve.
elev~
SCABina ville de Medie de ~< élevé; d'où $c~ Echevin.
5ELA, ou Pierre, nom Oriental de. Petra en Arabie,
SiDON, Ville de pêche de Ty T~< pcche.
SirpARA Ville & Ecole célèbre des Chaidéens: de Sepher, livre ~écricute~
ilb

chiffre. Aum l'Alcoran e0:-i! appellé SipARE..


1

SusAN, & Sus, villes de la Sunane ~o~ncf, !ys, 6eut's de Lyt.

7~ SAREPTt, ville de Phénicie dans un très-beau vignoble; de D91X

TADMOR,v!e de Syrie,Mc~-Mo/, Palmier.


TAURus, chaîne de Montagnes en Afie de 7bA,é!eve; fort; & non
de la ngure d'un Taureau, comme le fuppofbit: Strabon.
tnAPSAQt)E, de l'Orienca! r~t.P~ le panage, c'étoit le grand paffage
fur l'Euphrate, avec un gué prorbnd. (t)
Tun-RABDin ville du Rhabdium, contrée montagneuse en AMyrie~dç
deux journées de chemtn de Tup, rocher.
Typ, Tsup, Tup MK~-<Ho~, Ville du Rocher.
TiGre~ en Oriental J~f~le rapide le rongeur.

VAN, nom d'un lac en Arménie; de Pan, ~o?!, eau.


ZAB, ou.le loup nom de deux fleuves de l'Anyne. tes Grecs le rendirent
par cdui de Z~roj loup. On !e prononce auui DAB, Dlab.
ZAGrus, cht'me de montagnes qui ~cparcnt !'AtTy.tie-de la Médie. Cejfbnc
les mêmes monragnes qu'on appelle encore aujourd'hui Dagh.
ZEUGMa, le Poni vi![e Grecque fur t'Euphrate, avec un pont.

On trouve dans la Chaldée actuette ces noms de lieux fort remarquabfe!.


Le tombeau de Job, (ur~'Euphrare, à très-peu de dinance méridionale de
Baby!one, dans un lieu appcllc' encore aujourd'hui ~<y~, le Prophete
Job.
Le Tombeau d'Ezéchie!.
Le Tombeau de Daniel à Sute.
LocMAN-AcKim, en Mcfoporamie; 7no~-<i-/HO<, le tage Locman, le plui
ancien des Fabuliftes connus. C'efi un lieu fur 1'Euphrace, à tr'cs-peu de dis-
tance feptentrionale de Bagdad.

(I) t. Roi!, IV, !4.


Pi)
T A B L EA U
DU PL (3 1

Y A U M E DE J
J UID A.
Pour ~<Mr <f<!<Mt'~M fe qui en </? dit page i.
E
Royaume décida e<t Ci internant, ïîefKl digne d'avoir été établi pac
des peuples auÛi fages que les Egyptiens, les Phéniciens, !es anciens Hébreux,
& il eft en même tems fi peu connu, que nous ne pouvons nous recoudre à[
omettre un léger tableau de cette contrée & des mcEurs de fes habitans, tel
qu'itétoit avapt t7;o,ou il tomba fous lapui~ance du Dahomay., de ce
Prince qui avoit conquis une grande partie de l'Afrique nous ne ferons en
quelque forte qu'abréger ce que M. FAbbe R. a ranemMc avec tant de (aga-
cité à ce ïujet dans fon Hiltoire de l'Afte, An-ique & Amérique.
Ce pays qui a environ quinze lieues d'étendue le long de ta-mer, o!:nx
à fept de profondeur dans les terres, s'élève en amphithéâtre par de hautes
monragnes qui le mettent à t'àbri des vents du Nord il eft chargé de grands
arbres parés d'une éternelle verdure couvert de moi(!ons fans cette renaitÏan-
tes, entrecoupé de rui(!eaux garni de villages agrcaHes it préfente là plus
teite pectpeûive du monde 8t forme une des plus délicieuies contrées de l'U"
nivers.
On n'y voit point de Vitîes proprement dues. SAM ,~a €ap!tate, n'e~
qu'un gros village, dont le nom, ce qui eft très-remarquable eft le même
que celui de Saba ou 6~e, donné à /étu(atem dans Daniel. On t'appette
aum SAV!-ER mot-à-moc, pille </e Sabi. Il eft vrai que plufieurs de ces vit-
lages contiennent autant de monde que que!ques Etats voinns & qu'Us ne
font gucres divans les uns des autres que d'une portée de fufil en forte qu'à
!'in(ta!!auon du Roi, les cris de joie de la Capitale font entendus des villages
vo~ns, & que de l'un à l'autre la nouvelle s'en répand à i'in~ant dans tout
lepayst
H ne forme aihn qu'une be!fë& riche campagne couverte de ~amiHes agrico-
les & d'habhattpns rurales. On trouve dans leurs marches toutes fortes de den-
ïees;des Epiceries, des Indiennes, des Porcelaines, des toiles d'Europe,des mé-
taux oeuvres Ou bru.ts,de roretrangcraupaytt~ un mot,tOMettbnes de.
BMfchandife: des quatre Parties du Monde, avec lesquelles leur agricubure.
& leur population les met en relation. On y voit accourir toutes les Nations
commerçantes de l'Europe, tous les Peuples voinns, ceux qui (ont établit
dans l'intérieur de l'Afrique même des M<days qui y viennent de la. Mer-
Rouge, ainu que les anciens Phéniciens.
Ce peuple, d'ailleurs, fabrique lui-même de belles étoffes au métier, &:
met en oeuvre les métaux beaucoup mieux que les autres Nègres. Labourer
& calculer c*e(t la principale fcience de ces peuples. Ces Nègres, les fem-
mes même, calculent de tête les plus grodes iommes,. auffi v~e que nos
plus habiles Arithméticiens avec la plume.
Les Mercredis & les Samedis, le marché qui s'ouvre à un mille de Sabi,
fous des arbres tou~us renemble à une grande foire tous les Marchands
font également accueillis favorites protégés, libres d'acheter ou-de vendra
d'importer ou d'exporter fans avoir aucune gène à fubir. Les Portugais les
François~ les Anglois, les Hollandois ont des. comptoirs autour de la grande
place de Sabi..
Tous les ~oyageurss'accordentà raconter fûr la population immente de
ce pays unique,. des choses qui patoitlent incroyables mais fur le(quell<s on
ne peut rejetrer les détails dans lesquels ils entrent, & qui font <tne preuve
encore vivante de ce que peuvent avoir été les anciennes contrées de l'Orient
dont nous avons parlé & dont les Anciens.vantoient la population. On voit ici
des armées de cent mille hommes, des familles de cent quarante enfans,
des peres qui p!aignent leur tott quand ils n'en ont que cinquante à foi-
xante des villages entiers habités par une feule Famille une traite d'enclaves
qui monte toutes les années à douze mille, fans que le pays en fourbe.
Ceux qui le dite~t (ont en grand nombre & de toute nation d'Europe il
en, e(t de François, comme le Chevalier DES MARCHAIS de Hollandois
comme BosMAM d'Anglois comme PHILLIPS & SNELGRAVB. Des Vice-Rois
fans aurre recours que leurs fils & petits-nis au nombre de deux mille~ïuivis de
leurs Enclaves ont repounc des ennemis puiHans.
Hommes, femmes, enfans, ils ont tous la t~ie rafce & nue dans cec erat~
ils vont à la pluie, au venr, au (oleil, fans en être incommodés ufage qui
leur e(t commun avec les anciens Egyptiens.
Le travail efl leur élément. Un porteur avec un poids de cent livres fur la
tête,
1%
court une journée.entiére.
1

Croira-t-on que les Palais du Roi & des Grands y font meublés avec la!
même magnificence que les Palais d'Europe que leurs tables font fervics avec
ptoMetc que l'uiage des vins de Madère des Canariae d'Erpagtie de
France, y eft trcs'commun qu'on y fait ufage de [hc 5 de-cafïé de choco-
lat, de conjures qu'on y a de fort beau linge de rab!e, des porcelaines
précieuses de la vaiflet!e d'argent: & cela au milieu de tous ces barbares
noirs qui font répandus dans les va~es contrées de l'Afrique
Quel étonnant phénomène & comment dans un espace aufli étroit, une
Nation a-t-e)!e pu devenir fi nombreufc, fi riche, fi policée ?
Ce qu'elle e~, elle le doit à fa riche Agricu!cure &: à fon Commerce que
rien ne gêne. A peine ont-ils récolte, qu'ils labourent & fement le riz,
les pois, le millet, le bled de Turquie, les patates, les ignames font les ob-
jets de leur culture leurs niions font profonds & fur les ados de ces f)l!ons
ils cultivent des melons & dei Icgumes. Pas un pouce de terre inculte à peine
exi~e-t-il des fentiers entre les champs.
Ils (e dehncni de leurs travaux par des concerts, des danfes des exercices,
des)eux d'adreffe. Quelquefois ils travailtent au (on des indrumens & même
en cadence la Munque (emb!e les rendre infatigables & teurs travaux ont
l'air d'une Fête. Nous paroinons, nous, au contraire dit fort bien l'Abbé R.
ignorer que !'i(o!emenr, Ja langueur & l'ennui font les plus cruelles des fa-
tigues, & que le piainr foulage anime & fortifie.
Nous avons cependant en France même des exemples pareils d'une culture
profpere foutenue par les mêmes moyens à deux lieues de cette Capitale fonc
des villages où on ne voir pas un pouce de terrein inculre: le bled le rainn,
les légumes y croinent en abondance les uns à côté des autres les moinons &
les vendanges y font des jours de Fêtes & tous les Dimanches la JeuneMe de
ce Canton acquiert de nouvelles forces par des danfes honnêtes faites fous les
yeux de leurs Parëns, & contre !efquc!s les Chefs ne murmurent point les
mccurs y font telles que tout le territoire eft fous la foi publique fans palinades,
fans mur, fans dcfenfe quelconque.
Un bon Gouvernement agricole, conclut notre Auteur, multiplie les ri.;
cheuesa l'innni, car il tient le tréfor de la Nature toujours ouvert; & plus on
fouille dans ce trésor, plus on y recueille.

DES INITIATIONS en ufage fur les C<~M /<< Guinée.

Les Pays de la Côte d'or ont divers autres ufages qui décélent des rapports
avec d'anciens Navigateurs tels que les Phéniciens. Par exemple, une tête de
bccuffufpendue dans l'intérieur de la cabane parole être la marque difUn~Ive
3e !a Nobleue; ainfi qu'AsTARTE, Déeue des Phéniciens, avoit une tête de
boeuf pour fymbole de ta dignité; &: lorfqu'un Particulier y e(t annobli on y
voit une forte de garde Semblable à la veille des armes de l'ancienne Cheva-
lerie.
M. l'Abbé R. a découvert chez ces Peuples des traces des anciennes Ini-
tiations Egyptiennes & Phéniciennes; ripons très-utiles à ob{erver quelle
qu'en foie la caufe. Il commence par expofer ce qu'ont appercules Voyageurs,
fans avoir pu remonter à l'explication de ce qu'ils voyoienr.
Les Rois de ces Contrées, dit-il, favent que l'inUruction eft un devoir auffi
indifpenfable de la Souveraineté que la protecHon mais ils Semblent être dans
la raune & cruelle opinion qu'elle (utHf à la partie de la Nation qui gouverne
(t on s'en tient au récit des Voyageurs, on croira même que dans le Collège
établi pour les jeunes Citoyens devines remplir les différentes charges de
l'Etat, ils n'apprennent qu'à combattre, danger, pêcher, châtiera chanter
Je ~</ûKg ou les louanges </<' Belli tandis que les leçons de fidélité, d'ui-
<Iu~r!e, de. frugalité d'économie dome~ique de refpec): pour le bien d'au-
trui., commencent en quelque forte à leur nainance, puifqu'à i'impontion des
noms la principale cérémonie connue dans des harangues, qui, par des voeux
en faveur de ces enfans nouveaux nés, rappellent aux afMans ce qu'ils doivenr
leur enfeigner, & ce qu'ils doivent pratiquer eux-mêmes ufages qui ne fbnc
peint l'effet de Peuples barbares. Ces Voyageurs ajoutent qu'âpres cette édu-
cation, un Nègre parfaitement fortné aux exercices de la danfe, de !a chaHe &c.
eft, avec le titre d'AiTbcié de Belli habile à polféder tous les Emplois civils
& EcdcuafUques au lieu que les Quolges ou Idiots qui ont été exclus de cette
Confrérie comme incapables de danfer chanter, &c. ne (auroient être pro-
Mus à aucune charge. Ce feroit donc pour en former des danseurs des
chanteurs, &c. qu'on tiendroit pendant quatre ou cinq ans les jeunes gens
rc~&rmes dans l'enceinte d'un bois fans aucune communication même ave~
leur&parëns &: qu'on leur imprimeroit des ugnes le long du cou pour les
distinguer de ceux qui auront beaucoup mieux appris qu'eux & la pêche & la-
cha(Ïe en les exerçant.
On ne connoît pas mieux les Nations, obferve fort bien notre Auteur, par
les récits des Voyageurs, qu'on connoitroit un édifice par la defcription de
quelques matériaux bruis: danslamaue informe défaits qu'ils ont recueillis,
il faut découvrir ce qu'ils n'ont pas vu, ce qu'ils n'ont pas fu ce qu'ils n'ont
pas même ioupconne par la lettre imparfaite & infidelle il faut découvrir
~efpnt.
L'Ecole de Belli eA manireKement une initiation aux My~cres de la Ret!"«-
gton &de la Politique, femblable à celles dont l'ancien PaganKme nous onre
.des exemples. Lorfqu'aprcs leurs épreuves, les Initiés conduits dans la place
publique exécutent la danie & chantent l'hymne de Belli, de manière quelque-
fois à s'attirer les railleries du Peuples, & (ur-iout des femme: qui crient qu'ils
ont pane leur tems manger du riz, ils n'en fonr pas moins anodes à l'Ordre
religieux ils n'en confervent pas moins le nouveau nem qu'ils ont reçu
leur admidion dans l'Ecole: le Gouvernement ne les juge pas moins propres à
remplir les offices de l'administration. L'oEit du Peuple ne voit que les exer-
cices du corps, & c'ell à ces apparences que le Gouvernement fe propolé de
borner fes vues. Mais<e Peuple ed conduit par Ja jfuperRition le BeUi, pâte
de la compofition du Be!!imo Grand-Prêtre les captive dans la fouminion
rc!igieufe la plus aveugle & la plus profonde & néanmoins le Grand-Prêtre
ne fauroit exercer fon pouvoir fans le confëniement du Rot.
JLes Nègres acculés de vol ou de meurtre &ns qu'it y air de preuves con-
vaincantes du crime, font condamnés à tenir dans !a main le Belli qui s'ils ·
~bnt coupables, y imprime des marques de. feu; ou à avaler une liqueur pré-
parce par le Bettimo, que les innocens rejettent au~B-tôc, tandis que tes cou-
pabtcs ne vomi(ïent que de t'~cume. Une remme &ccufee d'adultère, eft ded.tr
rée innocence fur le ferment qu'elle fait par jB<P~<tro.
L'inuitudon du Belli eil donc le report partequet tes Rois, de concert avec
tes Minières de cette Se~te, gouvernent, les Peuples. Ces MyAeres fe main-
tiennent, non-feulement par les précautions qu'il eft facile de deviner, mais
.encore par l'opinion & l'horreur répandue contre les Sorciers & Magiciens
Suceurs de fang ,innruits par Sora ou le Démon, dans l'art. infernal des en-
chaniemens les Enchanteurs appellés ~7/<, ont le pouvoir de gouverner te
tems & de faire périr tes récoltes & coût homme qui & livre à la mélancolie
qui fuit le commerce du monde,qui ne paro!t pas vivre & penser comme les au~
.nés, court ruque depauer pour BiDi & ceux qu'on accufe de t'être, font im<
pitoyablementmis mort ainu la mort (croit la peine inévitable de l'indip-
~cretion & de tout acte contraire à la domination de Belli & à la perpétuité de
cène inûitution.
ït exifie auHï pour les nUes 6: les femmes un ordre & un noviciat Sem-
blables à ceux de l'autre fexe.
On ne peut donc meconnoïtre ici une defcendance des anciennes initia-
~ions & de l'éducation orientale toujours fondée fur la mutique & fur la danfe.
jLe nom de Betli d'ailleurs a le plus grand rapport avec celui du Soleit enL
Langue
langue Orientale, & la liqueur prépara <? par le Bdtimo rappelle les eaux de
ja!ouue des anciens Hébreux.
Ce qui feroit étonnant, c'eft que rAMque ayant été h.ibuc.- ion~-tenu
par les Sages de l'Egypte & de la Phénicie, elle n'eût con~t-c nul!e part des
tfaces de Tes anciennes infUtutions, & fur-tout dans ces Conrrccs o't t" Phé-
niciens eurent neceflairement des Comptoir:, ou i!sdurempo~c''icufsu.jgcs.
Ajoutons que ces Peuples obfervent les fêtes de la nouvette Lune~ ou des
Neomenies ce jour-là ils He (bur&ent parmi eux aucun Etranger, & ils in.
terrompent leurs travaux. Si on leur en demande la raison,Us diseur que ce
jour e~ un jour de ïang~ & que leur maïs deviendroitrouge s'ils le cutdvoienc.

DES MENINS.
Puisque nous traitons ici de divers rapports des rems modernes avec ceux
de l'Antiquité,&: que nous avons eu occafion de parler de l'éducation des Rois,
dirons un mot de 1'ufage établi, de notre tems de donner des Menins aux B~in-
ces héritiers de la Couronne, de fon origine & de l'utilité dont il pouvoitêire.
Le rapport que ce mot à par hafard avec celui de mener fait regarder les
Menins comme une espèce de conducteurs ou de compagnons, qui ne font
devines qu'a amufer les jeunes Princes & dcs-lors ils deviennent trcs-indiSc-
rens aux Nations. Mais telle ne fut pas l'origine de cet établiuement Me-
nin eA un mot Espagnol qui fignifie enfant les Menins furent dans L'origine
des encans du même âge que les fils de Rois ou de Princes, deflinés non
te< amufer, mais à partager
avec eux leur educadon entière, à an~er aux
mêmes leçons, aux mêmes exercices, aux mêmes amufemehs de-ta, tes plus
grands avantages. Une vive émulation nainoit entre ces jeunes rivaux; elle
étoit fuivie des plus heureux er!eis :un jeune Prince qui,livré à lui-même feferok
peu foucié de s'appliquer & (croit reflé fans talens, devenoit, par ce moyen,
wn grand perfonnage: toujours en prefence il ne lui ctoit plus poutb!e de
perdre (on rems de t'employer mal, ou de contracter de maL'vaines habitu-
des d'ailleurs accoutumé par-là à Ce voir confondu avec nombre d autres ~eune:

gens, il Ce garantiuoit de ce foi orgueil qui fait tant dedeshonncur aux Prin-
ces enfin, les Princes qui naturellement n'ont point d'amis, devenoienr par-
là ~enubies à l'amitié, & ils s'acqueroient autant d'amis pour le reRe de leurs
jours qu'ils avoient eu de Menins or rien de plus fort que ces amttiés con-
tractées d'enfance.
Les Princes obligétaind de vïvrecntbcicté & d'en observer lesLolx,et
~r~. Q
apprenoient à conno!tre les vertus fociales & à les observer d'ailleurs, !n~
truc~on indirecte qu'ils recevoient par celle de leurs Compagnot-s d'étude,de-
vencient pour eux des tenons innnimem plus utiles que celles qu'on leur au-
foit adreuces directement.
H en revenoit également les plus grands avantages pour leurs Compa-
gnons de travaux puisqu'ils en recevoient une éducation vraiment royale,
qu'ils n'auroient pas eue fans cela qu'ils en contractoient des amitiés à de-
meure infiniment confolantes & utiles & qu'ils avoiem fans cène fous les
yeux les meilleurs exemples.
Un érablinement auût raisonnable autH beau, au<ïl utile n'avoir pas
échappé aux anciens Egyptiens pour qui l'éducation étoit tout. Nous en avons
un exemple à jamais mémorable dans'ce qu'ils nous apprennent du Pere du
fameux SefbRris. Ce Roi, à la naiffance de fon fils, ranembta tous les enfans
mates nés le même jour, & les fit tous élever avec le jeune Prince.; accoum-
tnés à fe voir à s'aimer, à ne fe quitter jamais ils devinrent les appuis in6-
bra~abies de la gloire du jeune Prince, & ils le mirent à même d'exécuter ces
grandes actions qui ont rendu fon nom immortel.
Cette éducation eft la feule qui convienne aux Princes, & fur-tout à ceux
qui font faits pour hériter de grands Etats ils doivent avoir de grandes venus,
de grandes connoinances; & comment peuvent-ils les acquérir dans une édu-
cation folitaire & renfermée, où rien n'excite en eux t'émuJarion & ne leur
&it fentir la nécenité de s'innruire & de devenir de grands hommes, & où
de vils flatteurs au contraire ont Je plus grand intérêt de leur faire ïentir que
rien ne leur manque, & qu'en vain ils voudroients'in~ruire ou devenir
tnei!leurs.
Ce que ~e dis ici pour les héritiers des Couronnes n'eft pas moins vrai
pour les entans des Grands, & pour les fils de tout homme en état d'imiter
cet exemple du plus au moins. D'oû vient qu'en générai les fils des hommes
plus opulens font le moins d'honneur à leur nom ou à leur ~tune: P de ce
que leur éducation a été nulle, par cela même qu'eue mt toujours MtaiM ott
privée, & que rien ne leur a fait fentir !a néceu'ité d'être bien élevés.
Nous ne faurions donc trop exhorter ceux qui font en état de faite don~
ner une bonne éducation à leurs enfans de leur auocier toujouys quelques
Camarades en état de fuivre les mêmes tecons ils regagneront au ceotup!e
par les fuccès de leurs- enfans ce qu'il pouroit leur en coûter par cette eAé~
d'adoption.
ADDITION
Sur la ~o~M~ de la par pour la page ei,

Q~tre les pafïages de Xenophon qui no~ apprennent ïndire~emett que


Cyrus conquit réeilemeni la Mcdie par h force des armes, nom venons de
trouver trois padages dans DiODo~ de 5K~B qw le dif~nt expte~ment.
« A~adas, dit-il dan! le fécond Ltvrs de Pibii.othéqHC, celui que !ee
Grecs appeUeM A~yagcs, ayant ~cdé&;tparCtyrnStr5<np)fe ~tt devoht
aux Perfçs Il avp!t dit Ja même cbo~c deuy page? p!u% !n&u~.
~c dans les pxu~s d~ Dipdore intime;, ~< 6' ~M ~< on voir
la fureur dont rut (a!fi Aftyages !or~qu*H eût été forcé de fuir, & la vengtance
cruelle qu'il tira de tous ceux qui !'ay9~M r~dutt cette n~ccOite ce qui ne
rendit fes troupes que plus empre~ces ~f~dre~Cyr.us, au~E dément oc
hun~ain qu'ARvages t'çtQit pe.u,
On peut même atUfer que Diodpre devait cena Ano~doc~ .C'rasïA!,Att;
teur d'une Hiftoire Perfane dont la p~fte eA tr~-Sc~eu~.
SUR LES ~oy~CB~ ~~ro!7A r~ jt.fRf~
Addition J: la /'<~<

Depuis !'impre(non de ce que nous venons de dire (ur les voyages des
Phéniciens autour de l'Afrique nous avons trouvé dans l'Hi~ùire de l'Aca-
démie Royale des Inscriptions & Belles -Lettres pour le Tome VIII, une
Diucrtation de M. l'Abbé PARU fur ces voyages. II cite entre les Modernes
MAR.MOL & DAn'ER même HuET, comme é~nt les premiers qui ont établi
que les Anciens avoient connu &e double ta Çap de Bonnc-Efpérance & fait
le four de l'Afrique.
Il cite ce que rapporte Hérodote du voyage ordonné par Néchao, & dont
nous avons palé.
Il ne laine aucun doure fur ce qui regarde l'expédition d'Eudoxe car nous
n'avions ofé affurer que celui-ci eût fait complettement le tour de l'Afrique
cet Académicien cite donc un Pauage de PoMpomus MELA qui le dit expref-;
fément d'après CoRNEuus NEpos. Un certain Eudoxe, dit Mêla, fuyant, du
M tems de nos Pères,
le Roi d'Egypte Ptolomée Lathyre descendit le Golfe
Arabique & aborda Cadix fuivant le témoignage de Cornélius Nepo~
J
9~
PosiDomus, ami de Pompée, racontoit, fur l'autorité d'Heraclide de P onf,
au'un Mage avoit auure a Ge!on qu'il avoit fait le tebr de l'A&ique.
Cet Académicien eft fort étonné de ce que Pline dit que Hannon avoie
navigué jufques aux extrémités det'Arabie: & it ajoute que PHnë hafarde
z volontiers, & qu'il ne faut pas toujours compter fur lui «: mais il ignoroic
te que nous avons obfervé qu'il s'agit ici d'une Arabie occidentale ain~I
'e'e& l'Académicien qui fe trompe, fans qu'il pût faire autrement.
Il eA persuade que les Phéniciens connurent l'lue de Madagascar, & qu'itt
fappeUerent M~K~ L'Auteur du Périple de la Mer-Rougo dit. qu'ëllc eft
couverte de bois, pleine de fontaines, de rivières, de crocodiles, d'oi~eau<,
de pêcheurs & ces pêcheurs fe fervent encore, comme dans le tems ou l'on
~compofa le Périple, de canots d'une feule piece appellés en grec par cette.
raifon M07!o-.yy~.
11 croit enfin que !e char des Dieux cette haute montagne qui etoit toute
~en feu pendant la nuit & toute couverte de nuages pendant le jour, & à la"
quelle Hannon borna ton expédition depuis Carthage, n'e(t point teCap-verd~.
<nais la montagne d< Sierra liona ( montagne des lions ) qui eft beaucoup~
plus au fud, qui pr~~ente le même phénomène, qu'on appercoit de fort lo<n~
<c <ù commence à peu piet la cute occidentale de Guinée.
B E S S Y M B 0 L E S.
JDf~ ARMOIRIES ET DU BLASON DES ~~C~
1 N TR OD U CT 10 N~
JLt'~MTtQUtTB
nous o~re fans ceffe des Symboles finguliers fùr~esmon-
noies & fur Ces médailles elle nous parle auut de Symboles qu'on placoit fur
tes Boucliers d'Enfeignes ou de marques nationales & de Familles, de
Généalogies, de Hérauts, de devises. On s*e(t très-peu ou point du roat
arrêté fur ces objets perfonne n'a cherche ce qu'ils ngninoienr, dans quelles
vues ils avoient été inventés, le rapport qu'ils pouvoient avoir avec tous ceux
que nous désignons par les mêmes mots. Cependant comment fe flatter de
connoître l'Antiquité, lorsqu'on néglige des détails auHt étendus & qui tien-
nent néceuairement à fan génie fymbolique & allégorique, à ce génie dont
on ne te doutoit presque pas & dont nous femmes peut-être les premiers qui
ayons démontré l'exigence! t~
Cherchons donc quels turent les motifs qui nrent inventer aux Anciens ces
~gures diverfes & qui font fur leurs monnoies & leurs médaiDes difons
'avec quelle fageffe elles ntrentchoiucs; montrons leurs rapports avec d'autres
objets de l'Antiquité & les conséquence: qui en résultent: prouvons qu'i!:
eurent de: fymboles peur chaque Famille, pour chaque Ville, pour chaque
ration qu'ils placoient ces Symboles fur leurs Boucliers, fur leur: Enfeignes~
fur les objers qui leur appartenoient qu'ils les accompagnoieni de devi~es~
qu'ils les diftinguoient par des couleurs; que ces fymboles étoient héréditaires,
que les Hérauts en connoiuoient qu'en un mot notre Blafon moderne ne
renferme rien qui n'ait été connu des Anciens, & que fon nom & ceux de fe:
couleurs nous font tous étrangers, tous venus de l'Orient.
AinH ~e développera de plus en plus le vrai (y~cme de l'Antiquité il bri!-
tera de toute la <agede moderne & fon génie allégorique Ce dégageant de
plus en plus des nuages qui l'onufquotent, il augmentera d'autant nos Itt~
'nt<res fur l'origine de tour.
Nous n'ignorons pas que dans ce moment, nous avons l'air d'être feuls de
notre Sentiment, de Coutenir des vivons dénuées de tout fondement que
rien ne renemb'e plus à des chimeres que de parler d'un Blafon ancien tanc
on eft convaincu que cet Art e(t moderne, qu'il n'a été connu qu'au tems des
Croifades, par la nécefïlté où étoient chaque Guerrier, chaque Chef, chaque
Nation de fe reconno!tre entr'eux & parce que c'e(t alors que les grandes di-
gnités devinrent, de même que les noms, héréditaires dans les Familles; &:
que fans cette hérédité, point de Blafon. Ces idées Cont même te!!ement en-
radnées, & on e(t n fort convaincu de leur vérité, que le ~eut Soupçon dit
contraire ed regardé comme une imagination n abfurde que perfonne n'a
même o~é tenter l'examen de cette queftion.
Les ArmoriaMesont <té les feuls qui ayent e(Ïayé de faire remonter l'ori-
gine du Bla(on à la plus haute antiquité mais on a regardé leurs tentatives
comme un enet de leur prévention ridicule pour leur Art d'ailleurs, ils l'ap-'
puyoient de rai~onnemens ou de prétendue! preuves fi foibles, qu'ils ne pou-
voient faire aucune tentation.
Un Académicien moderne a fait a la vérité un pas en arrière il a fait la
crace au Blafon d'en reculer l'origine de quelques années parce qu'il a trouvé
un monument incontellable de Blafon antérieur au tems qu'on amgne à tbti
invention des-Iors~ le Blafon eft antérieur au!' Croisades dès-lors, il lui a
(a)Iu afrigner une autre caufe. Ce Savant a cru la trouver dans les Tournois;
mais fi dans les Tournois du XIe fiècle on fe (ervoit du B!a(bn, pourquoi ne
s'en feroit-on pas fervi dans les Tournois en ufage avant ce Xi.° fiècle Ce
qui obligea de l'inventer pour ceux ''de ce tems là, ne devoiç il pas
obliger d'en faire ufage pour les antérieurs & d'ailleurs comment & d'a-
près quelles vues les Tournons feuls auroient ils fait inventçr te Blason
toutes tes parties} Quel rapport fi étroit régnoit entre ces objets j; pour que
l'exigence des Tournois conduint à un art donc jufques àce moment il n*Mt(-
toit aucune trace II eit étonnant que des opinions hypothétiques germent <!
r~citement dans les têtes, & qu'on ~e re~u~e à d'autres d'une toute autre force;
nous femmes des êtres bien bicarrés, avec notre prétendue fagefÏe, notre ttn<-
pofanre judiciaire
L'origine du Blafon eft une que~ion de ~it tes faics feuls doivent !a déct"
der, & non des raifonnemens vagues, ou de convenance, qu)ne;d.piyenc
jamais entrer en ligne de compte quand il s'agit de faits.
D'ailleurs, la vérité ne dur jamais dépendre de ce qu'on a dit p~urq~
contre elle prétérit fans ceue contre la rbibleu~ de tes <<W< cpnoj
tre l'ignorance ou la prévention de ceux qui l'attaquent on eft toujours. en«
droit de relever fa caufe lorfqu'on croit avoir de meilleures armes pour &
défenfe.
Ajoutons que l'objet dont nous allons nous occuper, n'eft ni de nmpte
curiofité, ni relatif aux idées plus ou moins favorables que les Modernes fe
forment du Blafon & de la dignir~ des Armoines nous ne cherchons que le?
Aits, des faits vrais, propres à éclaircir la marche de l'esprit humain dans fes
opérations à donner des idées nettes & prccifet de l'Antiquité, à montrer
fes rapports avec les tems Modernes & nous (ommes en état d'offrir à nos
Lecteurs un grand nombre de faits relatifs à ces vues, malgré la perte de tant
de monumens ils conteront, que le B!afon n'eft rentt ni du hazard ni
des tems modernes, maisla fuite naturelle & necenaife du Génie AH~gorique
des Anciens, & des motifs qui les conduifireiit à ce ge~re qu'it nous eft venu
de rOrient avec fes noms qn'H faifoit portion de la fcience des Hérauts que
~cs couleurs font absolument Orientales qu'il fervoit comme de nos jours à
diMnguer les Empires les Villes les Fami!tes,. les Guerriers qu'aine notre
Blafon moderne n'eft que l'ancien perfectionne plus étendu ou dcngn~ par
d'autres dénominations.
Noas espérons même qae !or~;u'on aura parcouru ce que noas avons
dire on fera étonné de la !egeretc avec laquelle on (e permettoit de prononcer
ïa-deuus, & comment il a pu arriver qwe jufques ici perfonne n'eut fauemb~
tout ce qui s'eïï: transis de l'Antiquité jufques à nous fur la dinincHon des
Familles furie droit de Bouclier, fur celui des Images & des couleurs, fur
les Hérauts d'Armes, fur les Monumens Blafoniques fëmblablesaux nôtres~
fur l'impofitbilite que dans un fiècle de fer ~e de barbarie, tel que le XIe. on
eût invente un art quelconque, bien moins celui du Blafon & que M dans ce
tems-là on le vit paro!tre avec une nouvelle force, ce ne fut que par une
application particulière d'un art déjà exiftant que cette application particu-
liere ne créa point, & que ce ne fut qu'une Cïtennon qu'on a grand tort de
confondre avec ton invention,
PLAN G É N É R A L.
A t iN de mettre quelqu'ordre dans tout ce que nous avons à exposer fut
ccne matiere abondante, nous !e diviferons en trois Parties rotatives aux
trois objets principaux fur lesquels on plaçoit ces (ymboles, & aux trois fortes
de droits qui ,en réfultoient droit de Bouclier, droit d'Enseigne, droit de
Monnoie.
Dans la premiere Partie nous traiterons des Symboles Armoriaux en gê-
nera!, de leur origine, de leur droit, & en particulier du droit de Bouclier,
du rapport de ces Symboles avec leur objet, &c.
Dans la deuxième, des couleurs de ces Symboles du droit d'Enfeignes
(ur lesquelles elles fe plaçoient, des noms & de l'origine de ces couleurs, de
lems rapports avec leurs objets, fur-tour des Hérauts qui en connoifloient.
Dans la croineme des Symboles relativement aux Monnoies & en par.
~iculier du droit des Monnoies, de la nature des objets repréfentés fur !e<
Monnoies antérieures aux Rois Grecs & aux Empereurs Romains quand 6c
comment on changea ces objets & de quelques Monnoies dont jufques ici
on n'avoit pu par cette raifon découvrir e Pays ou le Peuple auquel cUcs ap~
pMtMoienh

PARTIE 1.
P A R T îE I.
Des Symboles Armoriaux en général, du droit de Bouclier 6' rapport des
Symboles «yfe leur objet.
ARTICLE I.
JMb~yjtf~ ~o~r~~ ~~r~~fjE~A~ ~r jri* ~f~cfjf.
'Y* ~ORSQUZ M. de FoNCBMAGNE voulut
prouver que te Blafon étoit anté-
rieur aux Croifades (i) & qu'il remontoit au tems des Tournois, il s'ap-
puya d'un monument b!a(bnne antérieur de vingt-trois ans à la première
Croifade. C'eR un fceau de Robert I. Comte de Ftandres, attaché à une char-
tre de l'an 1071. & rapporte par le P. MABH.LOM dans fa Diplomatique.
Robert y eft représente à cheval, tenant d'une main une épée & de l'autre
un écu fur lequel eA un lion.
Or il eft digne de remarque que le lion compofe encore aujourd'hui les
armes de ces Provinces & nous verrons dans la fuite que ce Roi des ani-
maux fut le fymbole des Celtes, fur-tout des Celtes-Belgiques.
Mais certainement ce ne fut pas Robert qui fut l'inventeur de cet u(age:
il eA donc plus ancien que le XIe ncc!e.
Et comme au tems des Tournois il n'y eut que ceux qui avoient !c droit
d'armet, en qui on tes regardât comme héréditaires, il y avoir donc anié-
rieurement des Armoiries parfaitement Semblables à ceUes de notre tems, <!
n'en: qu'elles n'a~roient pas été rferéditaires, ce qui eft
ce encore une erreur;
L'effentiel en; donc de remonter du XIe fiècle aux précédens par la même
Marche.
i.CïAccoNius, PANviMtus, &c. rapportent diverses Armoiries de Papes
antérieures aux Croifades: le P. MzNETRnR les rejette comme taunes, parce,
dit-H que les Armoiries ne font en u(agc que depuis l'an ï ico. C'eA ainfi
qu'on déraifbnne, lerfqu'on s'e~ forgé un ïyftême qui tombe en ruines de
toutes parts, <c qu'on ne vcur cependant pas abandonner.
). Après la bataille de Saucour, au IX~ fiècle, gagnée par Louis III fur les
Normands, ce Prince a!!a vinier, dit-on, WifFRBY le Velu, Comte de

( t )M~motre< des Infor. &. B. L. T. XVHI.


/~< Fu/n, 7. R
Barcelonne, qui avoit été bte(Ïe dans le combat: Louis, charmé de ra valeur;
de Ces Cervices de (es vertus t'anura de fa reconnoiuance le Comte Ce borna
à lui demander des armes qui nffent connaître à la potence ce qui venoir de
~e palfer. A l'inflant, le Roi trempe ).e doigt dans le rang de Ces plaies en trace

quatre traits en ~brme de pals fur !'Eeu du Comte, qui étoir d'or, & lui dit
Co/K~,<'<?~ro7!~ ~'c~J/or/M~ vos <ïr/ncj de-là, cellcs des Comtes de Barce-
lonne, &: ensuite des Rois d'Arragon qui font d'or à ~a<«r< ~< de gueules.
C'e(t à ce Wir!rey que commence la Généalogie héréditaire des Comtes de
Barcelonne, & que remontent ainfi les Armoiries de cette Province.
M. Du Crûs, ( Mem. de l'Acad. des Infcr. & B. L. T. XIX ) a~ure qae
les Druides portoient pour Armoiries dans leurs enseignes,
<f
D'azur à la couchée du ferpent d'argent, Surmontée d'un Gui de chêne
garni de Ces gtands de nnopte." Symbole digne de remarque &: par Ces cou-
leurs & par (es caractères, relatifs aux Druides, vrai monument BlaConique.
Ce même Académicien ajoute, qge les habitaus d'Autun qui fe prétendent
defcendus des Druides, portent dans leurs Armes; "de gueule à trois Cerpens
ennetacés d'argent, qui (e mordent la queue, au chef d'azur, chargé do
deux tcres de lion arrachées. M la

y. Les Fouilles de la Ville Romaine qui étoic en Champagne fur ta montagne


du Chanter, & qui a été découverte par M GRIGNON nous orfrent un mo-
nument bhfbnné d'autant plus antérieur aux X~ & XIe fiècles, que cette Ville
fut détruite par les Rarbares vers le IV~ ou le Ve necle de notre Ere. Ce mo-
nument &: (es conséquences n'ont pas échappé à M. Grignon.
Sur un fragment de va(es, dit il, (pag. ccxxi) « ed une e(péce de mo(a't-
que en relief; elle cil formée par des cordons circulaires parallèles & e(pacés
» régutièrement, les intervalles (ont divi(es en petits écu(Ïon!quarrés, féparés
» par des traits perpendiculaires. Ces écu(Tons (ont remplis de différens (ujcis
de Blafon. Dans tes uns des traies perpendiculaires & paraUcte: figurent le
M gue~e dans'd'autres, des traits obliques tirés de droite à gauche, repré-
M fentenr le nnopte. Le
pourpre e(l exprimé dans d'autres par des traits tiret
M de gauche à droite. L'on voit dans quelques-uns
une e(pcce de merlette;i
M dans d'autres, des btilcues pofées
par deux deux 8~ deux ennn on re-
« marque d.~us~autres un fautoir entre les branches duquel (ont rcpréfentés
» des croiftans, des ronds & des fleurons. Ce témoignage irréprochable de
t'annquité des figures tyniboliques des Armoiries, prouve !<) (olidité du
'X) (enrimenr de Chorier, qui dir qu'il y auroit de t'ignorance à croire que

les Romains aient entièrement manqué d'Armoiries, &c."


Il exifte des Médailles très- remarquables de la Ville de Mefïine, & *dn
tems où elles'appelloit Zancle,ce quiremonte à une haure antiquité. A leur'
revers en: une coquille placée entre deux portes, au milieu d'un champ feint
de mofaïque formé par des carreaux ou losanges d'argent bruni & d'argent
demeure dans fa coultur naturel)?. Ce qui eft un vrai monument Blafonique.
Le type préfente un Dauphin, &: te nom de la ville.
D'ORViLi.E en a inféré deux pareilles dans fa Description de la Sicile &:
BiANcoNi en a fait ufage dans fes Diflertations fur la Langue primitive. Perfonne
ne s'eû élevé contret'authenticite de ce monument. Nous l'avons inféré dans
notre première Planche, n°. III.
7. En voici un autre non moins fmgulier, qu'on doit à M. de CAYLUs ( t)
c'eA un bronze d'une gravure en creux très-prononcée. On voit une porte
y
au milieu d'un pan de muraille tres-folide, & telle qu'il croit néceffaire pour
porter trois Tours crénelées.
Il nous apprend en même tems qu'il a été trouvé à Rome en t7~,
à foixante pieds de profondeur. « Il étoit donc très-ancien conctut-it d'ait~
leurs, la gravure a, felon lui toutes les marques d'une vraie Antique. «
Et appercevant très-bien les confcquences qui en re(u!roienr, il ajoure: Les
ARMOIRIES Ceroient donc plus AnciEhfNES que les Croifàdcs d'ail-
leurs, les principes d'une fcience font toujours plus ancisns que la fcience;
? l'homme n'a rien trouvé d'abord de complet. C'eft le n°. II. de notre
Planche première.
8. Dans le même Vo!ume(i) on trouve une p!aque d'argent que cet e(H-
mable Auteurregarde auut comme une vraie Antique,& qui eft un monument
du même genre. On y voit un Amour de relief le champ en eft feint de mo-
faïque formé par des carreaux ou lofanges d'argent bruni,~ d'argent demeure
dans Ta couleur naturelle. C'eft le n°. I. de la même Pt. première.
9. Dans le Volume IL ( Pl. XII. ) eft rcpréfenté un Gyps .Egyptien qui
cronna ce Comte; il afiure en même tems qu'il en: unique & qu'on ne
trouve rien de pareil dans les Antiquités Egyptiennes.
« Ce Gyps, dit-it, e(t de i Pouces lignes de
haut il eft charge d'hie-
rogtyphcs en creux il a trois faces & elles ne Cont qu'une répétition t'une
M de l'autre ainfi, qui en décrit une les décrit toutes trois. Ettes contiennenc
M douze compartimens l'un fur l'autre. Les
fept premiers ont pour ujpports

()) Recueil d'Antiquités, T. IV. PI. ci n°. (s) Planche nxx n°. 4.
R ij
M deuxhommes, un de chaque côté: la plupart armés d'ut~e lance, ou pfutoc
M d'un bâton
comme celui d'Ofiris. Les cinq autres avoieni (urement des Cup-
ports, car leur place correfpondante s'y trouve i vuide; ou l'ouvrage n'a
M pas
été achevé, ou ces fupports ont été enaces avec le rems ,etanc en re-
» lief, à la différence du milieu ou du fond, qui étant en creux n'a pu s'a!"
tcrcr.M
Ce Monument triangulaire & compofé fur chaque face de douze compaf-
timens, en tout ) avec des Ofiris, fe rapporte, peut être, à l'année Egyp-
tienne, compofce de trois faifons, formant douze mois, & chaque mois divi~
en trois dixaines de jours,ce qui donne trenic-ux dtvifionspourt'annee entière~
fur lefquelles prendoient autant de Divinités Pairones ou de Decans, Génies
protecteurs dont on trouve fouvent les noms fur les Abraxas.
On auroit donc ici tes Symboles de ces Génies ces compardmens renferment
en ef!tt des figures femblables à celles du Blafon des bâtons dentelés ou ef-
pèces de fcies des cols d'oifeaux, des chevrons allongés des Cerpens déties,.
des fruits ronds un oi(eau dans chaque compartiment d~nste XI" un oi-
seau votant tous caractères armoriaux, ainfi que tes fupports.
Observons en même tems. qu'il n'eft aucune de ces figures qui ne fé re~
trouve fur les autres monumens Egyptiens., même fur les Obctitques.
10. A ces divers Exemples nous pouvons ajouter l'aveu d'un (avanc
Evêque, Philippe à TuRM, qui dans. fes. Monumens de l'ancien Larium~
x
(p. 19-31 ) après avoir nié Je rapport de notre Blafon moderne avec l'Anti-
quité, eft cependant obligé de faire une exception en faveur des Armes par-
~/M, dont il avoit appercudes traits chez les anciens Romains n frappans,
qu'il étoit très-étonné qu'ils eunent pu échapper au P.. Ménétrier & à tous
ceux qui ont traité de ces objet! or, ces Armes parlantes étoient femblables.
aux modernes, & elles étoient héréditaires. Voilà. donc dans l'Antiquité, des
.Armoiries héréditaires de l'aveu d'un Savant distingue qui avoit cependant
embraue le fyMme que nous combattons mais il ignoroit que les Armes
furent prefque toujours parlantes & que l'Antiquité enriere eu eH remplie
comme nous le ferons voir dans un grand défait.
Mais puifque l'Antiquité eut des Symboles, ou Armoiries qui diftiiiguoient7
les Villes, les Etats, les Familles, qui étoientcara<3:cfuees par des couleurs & par
des devifes, qui fepta~oient fur les boucliers ou fur les ecus& fur les Bannières,
qui étoient héréditaires, qui, en un mot, étoient conformes à ce qui s'ob-
ferve de notre tems à cet égard, la connoinance de ces objets ne peut que
j~pandre plus de lumière fur les tems anciens ~c en même tem! fut tou~ nos.
~ges correfpondans à ceux-là en
montrant leurs rapports entr'eux & avec
la Nature. ~Ainn, !e détail dans lequel
nous allons entrer fur ces Symboles on
fur le Blafon fera une nouvelle confirmation du grand Principe du Monde
Primitif, que tout fut puifé dans ia Nature & dicte par le befoin.

A R T 1 C L E II.
O~fe~y~ Droit d'Armoiries des ~-M~o/fj~j; ce ~'<~
<f//o~ Ty~/c~Vf~ CM~n/<~nM.

De M ~M'ÛM doit entendre ~W le mot C~ y~.

~'Hi~o!re des anciens Romains présente ~ans cène t'expre~Ion d'InsiGmA


CïNTiuM ou Armoiries des Familles
pour défigner les Symboles qui dt&.
"nguoient chaque Famille & chaque homme membre de ce qu'on appe!<-
loit ~Mj,& qui étoittui-même
par contequent Ao'HO CM~/M ~~r~-
G~M~. Maisquedoit-on entendre par lesmots deGFNS, GENTES, InGEN&«~
iNsiGNiA ? On comprend
que leur explication, eft indifpenfable pour répandre
du jour fur !es objets donr il s'agir.
Le mot de GENS e~ plus renerré que celui d'~c/no cefui-ci convenoir à.
tous les hommes celui-là à une ctaue privilégiée d'hommes. Il étoit en me-
me tems oppofë à. celui. de PER-EGRiNi ou Etrangers.
Ces limites fixent nécelfairemem ridée qu'on doit attacher au mot C<
GENS eH l'homme de la terre, le Propriétaire auquel appartient le canton
qui le couvre de fes troupeaux, de tes moifibns, qui y reçoit les Etrangers
ceux qui onc befoin d'échanger leur indu~rie contre fes denrées qui y en-
tretient un nombreux dome~ique pour la confervation de fa famille, de fes en-
fans, de ~on ménage, de fes troupeaux, de fes biens, pour la culture de fa
ferre des falariés dans tons les genres pour tous les arts dont l'agriculture <t
Befoin, Forgerons, Bûcherons Charpentiers, &c. Aum eft-il appellé Ge-ENs
9
l'homme de la terre, le matire, le proptietaire par oppofition à E-GENMj, le
pauvre, l'homme qui eft fans terre & àPeR-EGRiNUs celui qui n'appar-
tient pas à la terre, qui y c~ reçu ou qui ne fait qu'y paner.
Ce mot fignifia enfuite, non-feulement le propriétaire en particulier, mai~
~famitle cntiere ;retuemble de ceux qui de père en fils avoient poncde 1~
même terre. GENsF<~M, Gens
neUenne, comme nous difons la
C~ ~o~o~ la
Ajf-t~/OT! de
hGent Fabienne, la
~«t/u/!
Gent Cor-
de Yalois,
bonne maifon.
Ce mot tient à. une nombfeute famille Grecque & Latine en GEn, relative
a l'idée de produire de créer, de cuttiver: ainft on dit

EN GREC

GEM<:<<,
race. GoNe, la famille.
GtN</er, pere. GN~oj, légitime.
GE!NO/ produire. Eu"GEN~,nobieiTc.
GoNuj, fécond. GEM<;<t-LoGt'< Erat qui contre !t
GuNe, remme, mère de r;tmi!!e. famiile la nat~aoce, le droit a
la ferre,

EN LATIN:
GEHM) race, ~mi!te, efpcce. iN.GEN/Kw, l'habileté !e génie avec
GENM/, j'ai produit. lequel on &icvaloit: terre.
GEH~or,pe)'e. «. In-GE~M-t, l'homme libre, l'home
GE~ mère. me qui nenràGENs,
GE~~KJ produir. lN-GENH~< qualirc d'un !iom*
GEN/Rj,q[utp)'cnde aux pro- me libre membre d'une GENS.
du6:ions; IN-GENS, va~p étendu çonnder~
Le Génie qui tes invente. ble,
Le Génie qui les conferve.

1°.
P/'W/JjM ceux qu'on appelloit G E

Chaque GENS avoir donc fa terre (a propriété ton monde on (on peu-
ple il eut donc en même rems fon Dieu turélaire, tes Aucek, fes Enseignes,
le droic de vie &r de more fur tout ce qui lui a.ppartenoic, par cela même qu'il
étoit indépendant. En un mot, c'en. le même personnage que l'Hi~oire Orien-
tale nous peine fous le titre de Patriarche. Tel étoit Abraham qui dans une
occanon importante arma trois cent perfonnes de là maison. Ils ccoient ainG
Princes, Pontifes & Juges fur leur terrain.
Chaque Maifon ou Famille pareille avoit fes Dieux, appellés PENATES
d<nst'0ccident, TnE~ApmM dans l'Orient: on les tranrportoit avec foi, oC
on têt. regardoit comme l'appui inébranlable de la Famille, comme ion P~"
ladium.
Devant ces Dieux,étoit t'Autet fut lequel on entretenoit perpétuellement !e
feu (acre on ne pouvoit (e pader d'un pareil feu dans l'Antiquité: le jour il
fervoit à tous les betoms dome~iques, la nuit à diffiper l'horreur des ténèbre!.
Emblême de la Divinité, c'ecoit en fa prefence qu'on s'acquhroic du Culte re-
ligieux là conservation anuroit la perpétuité de ce Culte & i'efperance que
la Divinité cominueroit à répandre Ces bienfaits fur de pareils adorateurs. Il
éroit placé à t'enircedela maifbn, qui en porta le nom de ~?~K/c, on
PLACE DU Feu sAcRE, afin que chacun pût en prontec même ceux qui reP
toient dans les cours.
Enfin ces Maîtres de ta terre avoient le droit de vie & de mort, puifque
ce droit découloit de leur puiflance &: que maires abfblus, ils ne voyoient
perfonne au-def!us d'eux.
3'.
~oy! ou Confédération de ~&~M/ GENIES ou Familles Propriétaires.
Lorfqu'avec le tems diverses Familles-Propriétaires fe trouvèrent voinnes
les unes des autres, leur intérêt commun les obligea de fe réunir: :a!or!e!tes
formèrent une Confédération un Erar qui avoir fon Chef, fon Auret, Ces
Symboles, fon Chef- lieu ou l'on délibéroit de rintcrec de tous.
Le CHiF n'cro:t qu'un P~ir entre fes Egaux ces 'Egaux étoient les Chefs
des FcuniHes-Proprtcraires ce)ies-d confervoienr tous leurs anciens droits.
Cnacpie Chef-tien étoit en mëtné tems un tieu~ï~pouir t'avantage de tous
avec un droit d'acte:ainn tl (e peuptoit en peu de tems d'une multitude de
perfonnes fans terfes qui venoient chercher quetqu'occupanon, quelque
t~oyen d'échanger leur indu~rie contre les denr6és necenaires à leur inbut-
tonr~
L'Erar croit donc compof de quarre <ones de Perfbnnes. y
ï o; Le Chef de l'Etat appellé Roi Prcreur Connut, ~c.
i". Les FamUte&-Propncra!res qu'on appella Nob!es,ou Pamc!enne?..
Les Domeniques,SefvttCt!rs, gens à cages de ces Familles.
Le Peuple qui \ivoic dans le Chef lieu fous la protection duMagi~rat
des Loix, & qm ~tbd~oit par les Arts ou travaux mechaniques.
Ces Etats s'appelloient RspUBuquES c'en-à-dire, Républiques à !â Poto-
coife où l'autorité ett entre les mains des Grands Propriétaires, & o~ tout !c
fefie e(t Serf (ans aucune part à l'Adminifiration fauf quelques villes libres.
En effet, toute l'Autorité civile & religieufe éroit entre les mains des Fa-
milles Patriciennes; elles avoient rouf, le Peuple n'avoir ni Ve~ibute ni Pé-
nases, ni Enseigne: ni Sacerdoce, ni droit de vie & de mort: qu'en eût'ii
fait 2

Les Familles Patriciennes poffédoient donc ces droits de par la Nature


elles ne les avoient point ufurpés: elles ne pouvoient pas ne pas les avoir elles
ne les tinrent pas même de Romulus ou du premier Roi de Rome; mais d'ettes-
mêmes de leur Chef qui avoit eu le courage de fe rbrnter une grande pro-
priété, en défrichant un grand terrein en le mettant en rapport par une
grande industrie une grande application, de très-grandes avances & qui
poneda naturellement tous les droits auxquels ces avances lui donnerent lieu
de prétendre.
Tous ces droits furent députes les uns après les autres aux Patriciens de
Rome peu s'en faut que nos Historiens ne les traitent à cet égard comme
des usurpateurs cependant, fi on ne part pas des principes que nous établir-
ions ici, on ne pourra que s'égarer dans ta difcuCion des longues disputes qui
a'c!evcrenc à ce fujet entre le Peuple &: les Patriciens.

1 I.

De ~<M autres droits des Familles .A~M; du droit ~r.ffCyT~


~< « ~M'p~ doit <~t~re par ce ~o~.
Chacune de ces grandes Familles eut neceuairement une marque nmp!e
conftante poux Ce difinguer des autres, pour faire reconno~tre fes troupeaux,
fes denrées, fes marchandises, fcs contrats de vente, d'achats, d'échange, fes
Faveurs, fes Envoyés, tes Cardes, fes Troupes elle les gravoit fur fon (ceau
ou Ces cachets elle les plaçoit fur les Boucliers, fur les Enseignes, fur tous
les objets o~cnnbles relatifs à fon exiAence, à fa grandeur, à fa pompe, à tout
ce qui pouvoir lui attirer la conudération~ l'ettime, le refpeû: du Public.
On font parfaitement que torique ces Marques, ces Symboles eurent été
établis par un Chef de Famille, ils furent transmis de pere en fils ils devin-

FamiUe..
rent ainfi !esSymbotes,iesJn~aM, les EnfeignesauxqueHes on reconnoi~-
~it confiamment cette
H en fut de même pour chaque Etat, chaque Ville, chaque peup!e ils eu-
rent également leurs marques caractéristiques, leurs Symboles fimples, conftans,
& auxquels on reconnoitloit fans peine ce qui venoit de leur part ce à quoi
ils avoient mis leur fanctioR.
Ce font ces marques, ces Symboles qu'on appella iN-StGNiA < chofes
mifes en f!gne pour fervir de ~)gne.
I! y eutiNsicNi A C< les Symbotes de la Maifon, de !aFami!!e & iNStcuiA
C<M~, les Symboles des Familles reunies, de la Nation. Ce mot Ce forma
du primitif SEM ou SEGN, marque, (ymbole, d'où le ~tin SiçNU~, ~Ene
Yaldois un~~ marque ftu* le vi(age, tache,

Droit ~.T~CM 6- de CB~< 6<.


Ces Familles eurent en même tems le droit de Généalogie ce droit n*cto!c
renet ni de la vanité, ni de la curiofité, quoique ces (entimens n'en ayencquc
trop éré la cuite c'éroit reSet de la ncceûttc, dei'ob!igMion de conftacecie
droit qu'on avoit à fa terre par fa naiflance & par les grandes avances de tes
Ancêtres, dont on devait recueillir les fruits, en continuant les mêmes .travaux.
Afin que ces Généalogies tunent plus certaines, plus inicreuantes, on y
aioutoir l'image de fes Ancêtres /l'image de ces Hommes diûingucs dont l'ac,.
tivité indu~rieu(e avoir créé le terrein de la Famille dont le génie avoit ~ic
na~re les Arts, encouragé les talens multiplié les richelfes donné lieu à une
population prospère & nombreuse & dont !a vue dévoie animer leurs de<cen-
dans à marcher fur leurs traces, à ne leur être inférieurs en rien à maintenir, par
des travaux pareils, ces grands avantages dont ils jouiftbient; convaincus qu'on
~Mnnniment coupable dès qu'on dégénère de la gloire de fes Ancêtres &
qu'on fait un mauvais ufage des biens préparés poude triomphe de la vertu &
pour la perfcAion des Arts & de l'humanité.
II n'eft donc point étonnant que nous trouvions des Généalogies dès la plus
~aute Antiquité chez les Peuples Agricoles ce qui le feroit~c'eO: qu'on n'en
.trouvât aucune trace chez eux.

.P~<M~ ~cgMr&f.

L'Hiftoire Romaine nous parle d'un droit d'Augures qui r.'apparteuoit


r~: T. l. s
qu'aux Patriciens & qui leur fur également enlevé par le Peuple. Il n'ett pa~
difficile de remonter à l'origine de ce droit, & de faire voir comment il étoir
borne à ce Corps.
Le mot Au-GuRE, compote du mot CuR, action d'observer, & du mot Att
qui dengne ï*. le (bune, l'air, ~t*. les oifeaux qui habitent fair, deHgna dans
l'origine l'ob(ervati<~ du ciel, des aftres, du tems. Cette observation eft de
toute necefïttc pour un grand Propriétaire, pour les Cultivateurs de la~errer
leurs opérations doivent être dirigées par l'air, par les vents, par le ciel par
lès ~fons & doivent être distribuées en jours de travail ~c en jours de Fêtes.
Les Propriétaires, les GESTES furent donc necenaircmenE autant d'Augures.,
autant d'Obfervateurs autant d'Indicateurs vivans du Calendrier ruflique.
Cet ufage des Augures devint plus conndérable dans la confédération de
pluneurs Familles on obferva le tems pour favoir s'il permettoit ou non de'
s~nemb!cr en rafe-campagne pour les délibérations communes.: ce droit etoip
tics umple, trc~-nature!.
Il dégénéra enfuire en nmpîe formalité, puisque dans toute Anembtce tes:
formes deviennent indispensables par cela feu! qu'elles exifient, & qu'il y auroi~
trop d'inconvcniens a les changer.
Dans la fuite, ces formes, ce droit d'Augure devinrent une arme dans'
fa main des Patriciens contre le Peuple qui travailloit à les dépouiller de toue
dès qu'Hs appercevoient que le Peuple alloit remporter le delfus, ils rompoienc
J'Ancmbtee, <bu!! prétexte que les augures, les rbrmalitM avoient été mal prises
& qu'ainfi la délibération feroit illégitime mais il n'avoit point été établi dans
cette vue ni par aucun motif de (uper(tttton, d'ignorance ou d'orgueil t~-
tanuique.
IIL
~A~MMM ~<ÏfM~ C~<~H<r<J.~MO/M <Ï7!~<MyM aux /!o~<ÏMJ..

ï.
Ces d!(Hnctiont de rangs, ces droits.de grands Propriétaires, cette gradat!oa'
en ufage che~ tes Romains, ecani atnn dl'3:ée par !a Nature même, ne peut être
bornée à ce Peuple elle dur fe trouver, & elle Ce trouva en effet chez tous les
Peuples del'Antiqmtc; it ne fera pas difficile de s'en affurer dès qu'on partira.
des principes que nous venons d'établir.
Nous voyons dans les Armées les plus anciennes chez les Cananéens
deux mi!!e ans avant notre Ere, chez !cs Anytiens les Babyloniens, les Pecfes.~
les Lydiens, les Egyptiens chez les Grecs & les Troyens, dansées Poëmes
d'Homère, trois fortes de Combattant.
Ceux qui étoienc montes fur des chars ceux qui fe battoient à cheval; ceux
qui fervoient à pied.
Ceci fuppo~e trois fortes de rangs dans tous ces Etats, rangs tous donnés par
la Nature & non par le caprice ou la rantaine d'un Léginaieur ,d'un Defpote,
d'un Monarque.
Ceux qui avoient droit de char, étoient les Grands Propriétaires les Hé-
ros, les Princes du pays ils avoient ce droit de par la Nature, qui leur ren-
doit les chars néceflaires & qui leur donnoit les moyens de les entretenir.
Ceux qui alloient à cheval, étoient des Propriétaires moins riches ou plus
jeunes ils étoient auezopulens pour avoir un cheval; ils ne l'étoienc pas afie~
pour avoir tout l'attirail qu'cntramoit à fa fuite le droit de char.
Le peuple qui ne pouvoit entretenir ni chars, ni chevaux, alloit à pied.
La même divifion que nous trouvons à Rome, étoit donc établie égale-
ment chez tous les Peuples Agricoles il étoic même impoOlbte qu'elle ne le
f&t pas ~& lorfque toute trace directe nous en e& dérobée par le tems, l'état!
contant de leurs armées en eft une preuve authentique.
Nous y retrouvons les P«/r~<M~ de Rome ceux qui avoient le droit de
chars ou de chaife curule; les Chevaliers ou l'Ordrt-Equettrej qui avoient le
4roit de cheval; & les f«~M, ou les FamaiEns, les Piétons.

<-<
DrM~ e~~ les /HM~MM G'r<e~MM.

tes Républiques Grecques nous ottrent les mêmes divinons ce qui n'e~
~)as étonnant ,puHqu'iI étoit impodible qu'elles n'cxutafÏent pas dans ces Ré--
publiques.
éroient appellés Eu-P~TRiDEs

dignité.
Ceux que Rome appelloit P~nc/MJ
Athènes on trouve ce nom dans une Loi de cette Ville rapportée par PoT-
TER (i). C'e(t le même nom me<-<ï-wct, les excellens Peres mais nom
expreSIf, de quelque manière qu'on l'envisage, relativement à la. naif&nce,
au bien, à la
Ces grands Propriétaires étoient Patriciens Peres. nourriciers de la Rét

(t) Acchzot. Graec. p. i}~.


S ij
publique relativement à tan«t~<tne< en tant qu'i!s defcendoient. de ceux qn!
avoient rpndé le territotre, qui t'avoient mis en rapport, qui faveient cou-
vert de richetÏes, & qu'ils prouvo!ent cette filiation par leurs Symboles.
Ils l'étoient quant au bien car par leurs foins renaiuoient fans ceue fe<
fécottes qui fairoient le revenu & ta force de t'Etat.
Ils t'étoient quant à la ~n<~ parce qu'eux feuls ayant droit de Magiftra-
ture, de Sacerdoce, de protection, ils devenoient les Peres & les défenfeurs
nés de la chofe publique.
AufII étoient-ils appellés à Rome P~rM-P~r/c/<, les Peres Protecteurs &:
nourriciers de la Patrie. Ce titre ne fut pas !'e8et d'une vaine & orgueilleufe
difUnetion n peignoit leur état & leurs devcirs.
PLUTARQUE nous a confervé une Loi trcs-remarquabîe qu'on attribuoit i
Théfee, a ce Prince qui fut, à ce qu'on prétend, le fondateur ou te reftaurafeur
d'Athènes. Il divi(a dit cet Historien, les Citoyens en troi! c!a(ïes, Patri-
c!ens. Cultivateurs ofArdfans, diftingués par leur dignité, par !euru[i!iM,
t
par leur indu~rie. On connoiffoit donc déjà dans ces tems reculés un ordre
économique donné par la Nature elle même. La première de ces clalfes po~c-*
doir,exc!u{tvemen[ aux autres, la Magi~rarure & îe Sacerdoce, & à elle appar-*
tenoit l'interprétation des Loix civiles & religieufes. Et cela devoit ~tre ain~,
puifque toutes ces choies réfuttoient de la Nature même.
Auni, dans Athènes comme à Rome ces privilèges occanonncrent fe$
plus grands troubles, lorfque des FamiUes qui n'avoient point eu de part à
cette confédération primitive voulurent jouir des mêmes droits en vertu des
tichenes & de la puifÏance à laquelle elles éroient parvenues depuis lors. C'eA
pour terminer de pareilles dinennons, qu'Ariuide, au rapport de P!uiarque
ouvrit l'entrée des charges à tous les citoyens d'Athènes, de même qu'on
raccorda au peuple dans Rome.

De /'0n<?/on,
Le droit de Sacnnce ou le Sacerdoce, fut donc dans toute !'Ant}qu!té, ïo~
(fparab!e du droit de commander, puifque l'un & l'autre réfultoient de la qua-
lité de Propriéraire, du droit de Famitte.
En Egypte, dès la plus haute Antiquité, l'Ordre des Prctret & celui des
B-ois & des grands Seigneurs, n'en fornioient qu'un fous le nom de ~<H oo
~0~5~, le même que le & le Can des peuples du Nord, nés du pd-~
tn!tif~M, qui dengna toujours la puiCfance & qui exiHe encore en Anglois
& dans d'autres Langues qui tient au mot Canne appui, &c. AuCi to~c
Roi d'Egypte élu dans l'Ordre des Soldats, étoit oblige de Ce faire recevoir dans
l'Ordre des Ken; fans cela il n'eût pu commander aux Nobles,il n'auroit eu
ni droit d'Augure ni droit de Sacerdoce; & comme cette inauguration fe
faifoit au moyen de l'Onction, de-là le droic d'Onction, & le nom d'<?<
donnés aux Rois.
Ces ufages fe font tranfmisjufques à nous. Les Empereurs d'Allemagne
font revêtus )e jour de leur couronnement d'une fouiane d'une aube blan-
che & d'un manteau qui renembte à la chape des Chantres. Leur couronne
eft une efpcce de mitre femblable au bonnet du Grand-Prêtre des Hébreux.
Les Rois de France, le jour de leur Sacre font entrer dans leur habille-
ment presque toutes les picces qui composent celui d'un* Prêtre le Manteau
Royal dans fon ancienne forme, étoit une véritable chafuble & ils reçoivent
l'Onction..
Les Rois de Pologne font vêtus ~acerdotalement le jour qu'on les couroiine,
& c'eft dans cet habit qu'ils fontenfevetis..
Il en étoit de même en Ethiopie, chez les Pertes, chez les Druides; par-
tout le Sacerdoce étoit réuni a la Magi~rature.
Les Princes d'0/~<t en Cilicie étoient Rois &: Souverains Pontifes. Les
premiers Rois de Rome rcunidbient les mêmes prérogatives auSi le Chef
du Sacerdoce étôir. appelle. Roi ~«er~M..
ngninoit également Prince & Prê-
En Egypte & chez les Hébreux,
tre. Le titre de A~ d'on où de !aVi!!e du Sofeit, (e rend ainfi, tantôt
par le nom de Prince d'On, tantôt par celui de Prêtre d'On.
Le nom de -Kf~ eft donné à trois fils de David, qu'on a rendu tidicu-
lement par c'eiui de Prêtres.
'4°.-
Droits y«~ les
r
Les Peuples Celtes étoient divifes de la même manière. NITHARD dit que

&c..
<hez les Saxons on voyoit divcrtes c!anes d'habitans.
Les ~t~j, ou Nobles; du mot JE~ Nobte, Grand.
Les Fr~M~j, les Libres, les Francs ce que nous appelions Bourgeois;
jtuTier~Etat,
~M J~~ on ~jSrandus.
Ce qui ïuppo~e les serfs, espèce d'hommes formant le bien des Nobles;
~eur patrimoine, & qui ne raifbient point partie de la Nation.
a
Un panage d'ÂTHENM, ( Liv. IV, chap. t < ) relatif aux Feflins des G~u.
't<a6, nous apprend qu'i! y avoit parmi eux divers rangs nous avons déjà vu
'~que les Druides étoient les MagMrats, les Juges & !es Prêtres de cette Na~.
tion ils avaient au"de(Ïous d'eux la daf!e des Militaires ceux-d avoient
le droit de boudier. Les Convives, dit donc Athénée ont derrière eu~
j,
K des fervans d'armes qui tiennent leurs
bouctiers.
Ceci nous fait remonter aux tems tes plus anden! car dans ces tems les
<ncEurs ne changeoient pas.
Chez let J.OMBARDS, les Serfs n'avoient pas le droit de bouclier, ils ne
louvoient aUer à la guerre, elle leur ctoit dejfendue c'efi ce que nous voyons
<tans PAUt. DtACRE, Liv. L ch. IX. C'étoieM donc les Propriétaires, ceux
qui avoient droit de boucHer, qui feuls avoient !e droit d'Armes: on retrouve
en eux tous les caractères de la Nobiefte Françoife.
Le droit de guerre ~roit ceUement ôté aux Serfs dès les tems héroïques,
que tout prifonnier le perdoif c'ctoit ce qu'il y avoit de plus terrible pjo~r
<iù){ dans leur captivité & par ta mcme raifbn, armer un E&tave c'étoijc t$
«Lectare~ a~rranchi, lui donner le rang de Citoyen.

JE~M~ du mot G~ «J«~ ~w .~o~/c~ Z.o~<<r.

Nou< J&v:u]t: Comte Dom CARn RuBM, No"


devons, au )fe:(pe~a.t;)!~ ~i!s du
MeYeniHen, connotS~Me d'un Monumcac ~ui donne tes mêmes tef~fats
tt e& tu~ des Vpy~e~ du ï?o~!eu~ Taz~,ETii, Médecin du Gfand-Dtte, te
*Carde de la Bibliothéque de Magliabecchi, féconde Edttioo Florence 176~~
LeMic dont il s'agit eh au Tome premter, page 8 S. Ce (avant Voyageur nous
apprend que fur t'Architrave de la porte de l'Egtife de Monterappoli, Village utu~
fur une des collines dtia.e~-ott voiccetccL~iption en caractères bar-;
~aret trèa-nna! confervee:
.Ann.I~om.MCt.XV.Ecm~bu! fcrira
Mai~e.r Bonfen C!ipeusdextràquiprobus
exGenteLombarda.r.P&cK.cu(to$
tunu.
Au deffus de l'Infcripdon eh une main droire, dextra, dont les. tro~}tre-
D~efs ~oigs font çrendu~~ & les deux autres'p~: ce~e n~n. qw eï<Mt
doute fur le bouclier ( c/~<H~ ~re) de ce Bo~stM, preax (probus ) de race
Lombarde (ex C< Zo/n~r~), vena des environs du Pô ( i*<ï<~ ).
Ici on obferve que le Docteuc LAMi dans !esyoa~<~ Z,t~r~r~ Flo-
17 1, a expliqué ce Monument d'une maniete ton heureufe, & propre à.
répandre du jour fur l'Antiquité des Armoiries; puisqu'on reconnoidoic alors
pour Nobles, des FamiHcs descendues des Lombards anciens Conquérons du
Pays: auHl le nom de LoMBABD va de pair avec celui de Noble & de fils de
ï
Chevalier dans les Sraturyde Pinède Pan :<~ Livre premier, rubrique to~.
Ces mots de .P/<M ex C<n~ Z<o~<ï démonrrent qu'on confervoit les
preuves de la descendance des FarniHes Nobtes; Mes Armoiries dont ces mot~
~onc accompagnés
ne !ainent aucun doute qu'elles ne fuirent une des preuve?
de cette defcendance; & que par confequenc leur ufage remonte rorc au-deià'
de Fepoque, qu'on ne lui afHgne ordinairement, que parce qu'on ne connoi~
~K rien d'antérieur.

A R T 1 C LE III.
i,
I~~O/T DE ~O~CZ7~~
r" Ce Droit ~~M~e <&<A~e< ~o~/f.
<

Ï.es Propriétaires, les Citoyens avèrent donc le droit d'armes, & ils favoieM
a l'e~duuon de tout autre eux (eu!s etoient intcrefÏcs à la détente de leur
territoire, de la chofe pabtique: eux feuls avoient le droit de bouclier, de
!'Ecu. Ainft cette arme detenttve devint le Symbole par excellence des Ci-
toyens, desProptieMires, des Mitres de là. terre. Etre No~te, ou porter !ô
bouclier furent des mon (ynonymes.
Aunt troif-ce un déshonneur, un anronc <an~!anc que rien ne pouvait hvef,
de revenir de t'Armée faas boudier. On connoîr le mot d'une Lacedcmonienne
qui dit à fon nts, en t'armant de ~on bouclier pour le combat avec ceci ou
fur ceci. Celui qui revenoit i~ns bouclier (arn res armes éroit auui desho~
nore qu'un Régiment qui revient Cuis ~e! drapeaux: L'un Se l'autre étant regardé
«mune des marques ditUncHves, on étoit en quelque &c<m dégrada par la
négligence avec laquelle onavoit cornbatfupourlesfauver. îl en etoitde même
che%tous les Celtes chez ces Peuples guerrier3 revenir fans armes, ou être
deshonoré étoit une feule &Lmeme chofe. C«:i ésoit fon,dc en tailbn c.u?
y. ¡;.41.
c'étoit avoir préfère <on falut à la défende commune, au bien de la Patrie: fa
guerre. fe citant alors pour le bien pubiic~ & non pour une fb!de que!conque,
on ne connoiuoit que de généreux guerriers des Défenfeurs de la chofe
publique, & non des Soldats qui ne peuvent avoir ies mêmes motifs de bien
6ure,

Le Bouclier chargé de Symboles ou <f~c<ytM.

Mais puifque le Bouclier étoit le Symbole difHn<fde !aNob!etIe, du Guer-


ner-Propriétatre, en devoit non-~feulemenc en faire le plus grand cas, mais )~
charger d'ornemens divers, & fur-tout peindre fur fon champ les Armoiries
dp la Famille dont on étoit membre. Ceci croit d'ailleurs d'autant plus nece~
faire, que par eux-mêmes tous les boucliers fereuembtoient: qu'il falloit donc
que chacun mît 6 marque particuliere fur fon bouclier pour le reconnoltret
3". C~ ~r~o/r~~ étoient hérlditaires.
Virgile décrivant les armes d'AvE~TfN un des Rois contre Jefquels Enec
fut obligé de combattre, die M Jl porre fur fon Boucu~R le figne héréditaire
(/t;j armes) de fes Ancêtres, un ferpenc à plufieurs têtes <t.
Clypeoque inugne Paternum
Cenium angues, cindamque getit ferpentibus hydram,
<t~
~077/J Grelots fufpendus aux ~OMf/
~"On <u(pendoit autH aux boucliers, des (unnetMS pour augmentera terreur,
dit-on, pour répandre fallarme plutôt pour animer les chevaux de bataille,
& pour s'étourdir foi menne fur le bruit du combats C'e~ par les marnes raifons
qu'ancienRement en France même, les caparaçons des chevaux da tournois &
de bataille etoient garnis de clochettes & de grelots entremêlés. Il n'eft donc
pas etoKnant que le bouclier de Tydée, un des.Heios qui adiegerent Thebes,
iÛt garni de fonneties d-'airain..
jC'eu: par cette même raison que les Grecs, pour dire qu'un cheval n'étoit
pas aguerri, difbient qu'il n'avoir pas ouï le bruit de ta fbnnette ( t ).

ScholMe d'ArMophane, Coméd. des Grenouilles,


ZACSARït
ZACHAMB(ï) parle des foiinettes qu'on mettoit à la bride des chevaux
pour les accoutumer au bruit. Les Anciens avoient un goat particulier pour ce
genre de Manque. Perfonne n'ignore que les Orientaux, fur-tout les Dames,
les Rois Mes Grands-Pontes garnitïbient le bas de leurs robes, de Connettes
&:degrenades. Le Voyageur A~viEUx raconte (t) que dans FOfientles rem<
mes des Emirs ont le même ufage, afin qu'on ait le rems de fc retirer quand
on eA près des lieux où elles doivent paner.

Fc&c//<'r~ry<M~ Palladium.
N'omettons pas un ufage remarquable des boucliers dont on n't point vu
la caufe, ôc qu'on a attribué à une fupern:ition ridicule.
Le bouclier étant une arme défenfive, on le regarda comme le ~ymbote
de la longue durée d'un Efat~ comme un gage de fon bonheur, comme un
Palladium à l'abri duquel on pouvoit dormir fans crainte. D'ailleurs, c'etoit la
place du fymbole ou des Armes de l'Etat on le fufpendoit par conséquent dans
les Temples, au haut des tours, fur les murs des Villes & des Edinces publier
Et ces boucliers étoient facrés, puifqu'ils éroient relatifs à la chofe publique.
C'eft par cette raison que Rome étoit fous la protection de XII boucliers
consacres par ~a/n~ & dont celui qui avoit fervi de modele aux autres étoit
descendu du Ciel, c'eA-à-dire, avoit été formé à l'imitation du Difque du Soleil.
Les Romains ne firent en cela qu'imiter des Ufages Orientaux. Roboam,
61s de Salomon, avoir long-tems auparavant fufpendu XII boucliers d'or puç
dans le Temple de Jérusalem boucliers qui furent enlevés par Sc~ac, Roi d'JE"
gypte, dans fon expédition cuntre les Rois de l'Orient.
Ces boucliers facrés étoient defcendus & portes en cérémonie lorsqu'on
devoit déclarer la guerre. C'ed ce qu'on appelloit Moyer< arma, mouvoir te~
armes: expreŒon peu connue, & dont on n'a pas tiré les conféquences qui en
réfulcent. Il arrivoit même dans ces occanons qu'au lieu de ~e fervir du mot
générique armes, on employoit le nom du figne particulier qui les compo&it:
ïi ces Armoiries étoient composes, par exemple, du foleil, du croiuanc, d'un
tys,&c. on difoit qu'on avoir mû ou ébranlé le croiuant, le Soleil, les lys. S'en
rendre maître, c'étoit les arrêter car on ne les portoit plus à la tête des Ac-
mées on ne pouvoir ,plus les mouvoir.
Le Bouclier étoit regardé également comme le fymbole de la prote~on

(t) Ch~p.XIV.io. (t)Chap. XVII,


divine. Audi Minerve eft armée de l'Egide, Bouclier redoutable que lui a rem!<
Jupiter. Junon eft également armée du Bouclier ~nc< non-feulement chez
tes Sabins, mais aufH à Argos & à Rome. C'eft par la même raifon qu'il y eut
des Boucliers facrés dans cette derniere Ville & chez d'autres Peuples Bou-
cliers confiés à Rome aux Prêtres Saliens, qui s'en (ervoient dans leurs danfes
ocrées pour l'ouverture de l'année.
Les Pocres facrés fe font fervis des mêmes expre~uons & des mêmes pen(ee?
ils appellent la Divinité leur Bouclier, leur enfeigne, leur rocher inébranlable.
I I.
.Pr<MW ~7«~ ~<ï<~<j pour établir que les Inlignia des Anciens Mrr<~o/t~n<
~<tr/~<f«HM< aux ~f/MOtrMj modernes.

DtcTYs de Crète dit que les Troupes de Memnon qui vinrent au recours
des Troyens, (e diflinguoient par leurs iNStG~iÀ leurs livrées & que tous
les environs de Troie Ctoieni refptendiuans de t'ectac de tous ces fymboles.
STRABON tes appeIte~pf-~JM~, Symboles, Armoiries (du mot fem, ligne)
~o~e/, Hgnes mis fur les armes il ajoute que les Cariens en avoient appris
furage aux Grecs (t). HERODOTE avoit déja dit la même cho(e (t.).
Ce fait eft remarquable' il connrme l'origine que nous avons arguée
aux Armoiries. Ces Cariens ne font point le Peaple particulier de la Carie,
peuple groffier & barbare mais une ctane d'hommes par lesquels nous avons
de~à prouve ailleurs qu*on entendoit les Laboureurs ou !es'Proprieraires;te mot
CAR~ CAR«, dengnant primitivement le labourage, d'ou/C~A, .~c~x,
"~e~EA~ un champ, & J-C~e, un Laboureur. Tels font les Cariens inventeurs
des Armoiries & Maires des Grecs en ce genre.
VnGH.E fait dire à Corebe ( Eneid. Liv. II. ) » changeons de boucliers avec
<*
les Grecs (tués) & approprions-nous leurs Symbole:.
Mutemus clypeos Danaumque iNSieNiA nobis,
s
Aptemus.
ït eA vrai qu'on peut entendre ceci des Symboles nationaux, & non d'At-
p!oirMs de Familles voici donc d'autres détails.
t.
Jn/~M ~AJtf~, ~C7!yWM.
Il n'efi pas di~cife de faire voir que les mots Infignia & ~m«, Arme:

(.t; $trab. p. ~l. (i) Liv. 1. ,y,.


étoient Farfaitement Synonymes de même qu'en François le mot ~y~M de-:
figne les Armoiries, parce qu'on portoit celles-ci (ur Ces Armes.
MEMAi-A CoRviNUs voulant expliquer à .l'Empereur Vatentintcn ce veM
du premier Livre de l'Enéide
AB.MÀQ.uEFixitTto}a,
qui termine ceux-ci
HictamennHeurbemParavi~edefquetocavit,
Teucrorum & genti nomen dedit.
It rend le premier de ces mots,<c!ui d'n«
par ZT/~M ou Armoït!e< en J

forte que cette phratc e(t relative à celte de <n<w<y<'j «nn~ <y~<~rycnycMc,
fes Armoiries. Voici le paOage entier:
fufpendit nam /'o/? <~f?<t/n /n//<-
« 7n Templis, arma Infigne armorum
fM/n Mor</yH< mt/t~a* mos fuit fufpendere arma. Ideo arma fixit TireM,
Troia fuit inter «f~n«~J<~?~<<. ~rmo/'tt~ ïa/<,</Zyi<jM.
Mllfoipendit, dit-il., dans les Temples les armes & le. fymbole des AcJ
» mes cat~eî~~ue la guerre Ctoit terminée, l'ufage étoit d'yrenfermer les ar<
mes ainfi il fufpendit (t)tes armes
Troyennes Troie fut donc entre les ar-
mes placées dans les Temple:: l'Armorial de Ces armes étpit un cochon une
truie M. Pauage que nous aurons occanon de rappeUer plus bas.

Le mot d'M~e retrouve dans Virgile pour défigner des Armoirict.


« Ceins in puppibus, dit-il arma Ca~ci
On voyoit fur la poupe élevée, les armoiries de Cateus
Le CoRBEAO que portoient <ur !eur caïque les de(cendan<de M. Vatcrîut'
dont on ditoit qu'il avoit vaincu un Gaulois par le moyen d'un Corbeau étoir-
un Symbole hcreditaire,& relatif à ce que ronappeMeCc~~r.
XENOPHON dans le IVe. Livre des HeUeniques, rapporte que les Habitans
d'Argos voyant venir à eux des Troupes qui portoient Cur leurs boucliers les
Armoiries des Sicyoniens. furent radures, parce que les Sicyoniens étoient
leurs Alliés: mais que Paumaque s'écria par les Dieux Frères ( i) ( C~or ~c
Pollux) Argiens, ces Armes vous trompent.

(t) JMot-a-mM, U arrêta, il &cha. (t) J~ot-mot, par les deux Dieux.
Tij
.r
Le D~AGon étoit un Symbole trés-commun dans fAntiquité c*eS celui
des Chinois à Rome, c'ttoit celui de: Cohortes La perfonne qui tua. Lyfan-
dr~porcoit un Dragon fur fon bouclier ;c'e(t par cette raifon que FOracle lui
avoit dit, à ce qu'on anure, de Ce garantir d'un Dragen. Le même Symbole
compotoit les Armoiries d'Epaminondas & celles de Cadjmus; aMÏE avoit-on
peint cet animal fur leur tombe.
Mais entre les padagcs les plus célèbre! de l'Antiquité (ur cette matière r
on doit mettre ce que nous apprennent EseHYLB & EuMpiDB à l'égard des
Symboles & des Devifes que les fept Héros Grecs qui marcacBent au Siége-
d&ThcbeStpprtojient(uf!eursboucuers.
Lprsïnemeque ce<aprceau d'Hi~qire feroit. fabuleux il demontreroit.
que !ong-tems avant ces Poëtes les boucliers étoient décorés de Symboles <&
de Devifes.

y
Boucliers. des. Sept <~<M/ It~Mt
'ËscHYl.B e~ îë premier qui nous ait transmis les figures (ymbo!!ques & !et
devifes que ces tept Princes portoient fur leurs boucliers.
.TYBH avoit fur fon bouclier limage de la nuit le fond étoit noir,. ~eme
d'Cteiles d'or au milieu pareiuoit la Lune.
CApA~EB un Promethée la torche à la main, avec ces mocs, r~~r~
/«M/<o'j.
ETEoci-t, un foldat qui monte à raifaut, & pour devife, ~«rj~<Ma<
M'~r~tfo~ y<
~pï'pJctEfCM~Typhee vomiCaat des-nammes; le re&e du bouclier rempit.
de-ieipen:.
r
P~RTHENorM ~.Ïe Sphinx qui ecra~ un Thebain fous les pieds.
ÂMPHiARAus, n'a ni Symbole ni devise rmais fon fils ~/cn~o~ a; un Dfa"
gon fur fbn bouclier dans la Ville. Ode des Pythiques de Piiidart. Si.ce Prince
porte un bouclier tout uni, c'e~ qu'il fe contentoic, dit Efchyl~ lui-même~
d'être jfagë&~aillànt, fans chercher à le paroltre.
M II ne cherche pas à paroitre le meilleur, mais à l'être
Qualité auffi rare qu'eaimable, & qui donne une grande idée de ce Punce~
mais par queimalnem: étoit-il fi mal aubcie~
t
Pbï.YMcE avoit pour Symbole la Dcefle de la ?uRi<e qui îe mené par !a.
main chargé de tes armes & pré: à combattre, avec ces mots, /< r~MM~M.
C'e& en Fa faveur que fe &i<ok ce Scge pour le rétablir fur le Trône de Thc-
bes contre ton frere Efeoc!e.
EuRiMM, loin de critiquer (on rivât fur ces Symboles Ce ces devises comme'
contraires au coftume da tenas, marche fur tes mêmes traces; mais au lieu de
cet Symboles & de ces devifes qui fe rapportoient à l'expédition contre Thè-
bes, il leur donne du moins pour quelques-uns, tes fymboles qu~ils portotenc
Mn~amment, comme !'avoit déja vuM. l'Abbé FKAOuiBR. (ï).
TycEE avoit fur fon Ecu la dépouille d'un Lion~
CAPANBB, un Géant qui porte la terre fur fes épaules, & qui fa fecoue~
AcRASTE, bcau'-pere de Po!ynicc,fubAitue ici à Eteoc!e,une Hydre dont
tes (erpens enlèvent du haut des murs les en&ns des Thcbains,
HtproM~Don,Argu&avec tous fes yeux.
PAN.TKBNopzE, Aratante & mère qui tue'à coups de Heches le Sanglier
4'Etotie.
PotYNicH les Cavafes qui déchirèrent Glaucus.
Et ce qui eft très-remarquabte eeftqu'Euripide observe également de tte
peine attribuer de fymbole à Amphiarau: preuve qu'en~ tout ceci, lui & E~'
chyle ntivoîenc exad'ement la vericc,
Efchyte nous offre un quinzième bouclier dans celui d*Hyperbiut qu'Eteo-
<!e frere de Polynice, oppofe à Hippomedon & qui avoit pour fymbole lu-
piter armé de ~budce~
Les fymboles qu'Etchyîe attribue à Jes Hero:, font tous menacans contre
Thèbes: (ur-tout celui deTydée lx nuit étant dansFAntiquite l'Emblème du
mauvais Génie de la de(trud:ion, de la mort meme~
On retrouve la peau dw lion, fymbole de ce Roi dans utt0rac!e rapporté
par EusTATHE(t); & qui ordonna àAdraO.e de marier (es deux filles, !'une
~un /!o<t, l'autre-à un /~n~<ry EutTATHE dit qu'en conféquence ce Prince
tes donna à Tydée & à Polynice.

(!) M<m.del'Aca<I. JesInfc.SeB.L.T.1~


~t) CMHncntairc! fur l'Uiade, p. 48~. E.
ARTICLE IV.
O&fCjrj~z ~f~MOf~f~
I.
Elle eurent, ~oM;pa~ une r~n.
Aucun peuple, aucune ville, aucun particulier ne Ce choifit des Armo!rie:
au hafard elles furent conftamment relatives à quelqu'objet incéreuant pour
ceux qui les adoptoienr.
C'étoient ou des Armes relatives au nom de ces Particuliers ou de ces Peu-
ples, des .~M.f/w/<MW, comme on les appelle ordinairement, ou des Ar-
mes rotatives à la fituation de ces peuples.
Aux principales productions de leur territoire.
A leurs Divinités tutélaires..
A celles de leur Mere-Patrie ou du Prince dont ils re!evoienc. Que!que-
fois à la plûpart de ces objets, lor(que le nom ctoit choisi de maniere à les
embrafter tous ou la p!us grande partie.
Ce qui confirme parfaitement nos principes, qu'aucun nom ne fut jamais
impofé au hafard, qu'il eut toujours une fignification intrinteque & relative à
l'objet auquel on rimpofpit;& qu'en reuniuant toutes ces chofes on retrou-
vera toujours & !a caufe de ces noms & celle des Armotrïcs & des Symbo-
les dont ils font accompagnés.
II'
~AME~ P~~JL~NrE~.
On eil généralement dans l'idée que les Armes parlantes dengnent une
Hobkne très moderne, qu'elles font même très fufpeûes j'ai vu fouvent
tourner en dérifion fur ce vain prétexte la Nob!ef!e de Familles qui étoient
inconteftablement d'une antiquité très-reculée qui avoient même donné lieu
à des Ordres de Chevalerie dans des tems anciens, & dans des tems où peut-
être n'exi~oieni pas celles des individus qui les mephfbient c'eO: ainfi que l'i-
gnorance imbécille travedit toutes chofes, voit prefque toujours de travers.
H faudroir d'après ce faux raisonnement, contraire à tour principe, rejetcerla
Nobleflë d'un grand nombre d'iitufires Famil!es, même de Pays con~dcrabîes
de l'Europe; car on en pourroit citer une multitude dont les Armoiries fpnc
parlantes en voici quelques-unes par ordre Alphabétique.
A.
ARBAi-ESTE, Vicomte de Melun, d'or au fautoir engrcdede fable, accom-
pagné de quatre Arbalètes de gueules.
ApBAi-ESTE, autre Famille du même nom, d'azur à trois Arbalètes d'or.
AK6U!i.ï.ARA en Italie, deux Anguilles d'azur en fautoir à la bordure dente'
lée d'argent d. gueules.
B.

BAR, deux bars adules d'or.


BARBtAu en bourgogne, coupe aux deux de gueules à deux barbeaux
d'or confrontés en chevron.
DtL Bosco, coupe de gueules & d'or à un arbre fec ébranché brochant
fur le tout.
BouHiER, à Dijon, d'azur au bceuf d'or.
BoucAi.LAc, d'azur au bouc d'argent.
Bouc de GAUM, de gueules à trois boucs d'argent ongles oc accornés d'oc.
BABSLM,
BtRNE,
en We~phalie ,1 des ours.
BBRMONT.
Baern, a l'ours de fable accolle & bouclé d'or Bern lignifie un ours,
BELET, une belette d'or.

n
BRocARD, en Bourgogne, d'azur à trois brocards d'or, etpcce de cerr.
BEVERFONDE, enWe~phalic,?
en
BiBRA, en Franco~e,
d
j
or au cattor rampant de
<L
j fable.
rt<
GRETER von BtBtRACH en Souabe, de gueules à la bande d'argent char-
gée d'un caftor couronne.
Bever & F/~c~ ugninenr un ca~or.
BERBisY, la plus ancienne Maifon de Dijon, d'azur à une brebis d'argent.
7<7Mn<, une fyrene échevelée; dans une de Ces mains un peigne, de l'autre un
miroir lequel tenant fervoit d'Armoiries à la Maifon de Poidonnier tondue
dans celle-ci par remme.
BEARM d'or à deux vaches de gueules accornées, accollees & clarinces
d'azur. On croit qu'elles font relatives à la fertilité des terres mais plutôt à
caufë des Armes de PAU, Capitale du Béarn, qui a une vache pour Armo!.
ries parlantes..
BtsciA, en Italie, un Serpent.
Le B<EUF, en Bretagne, de gueules au boeafpauanc d'or la queue paC~
entre les jambes & relevée fur le dos.

CASTEi-u, en ha!ie,
CASTti.i.B en Efpagne f
?
un
C.

chateax.
CHASTEAU-PERs, un château d'azur.
CHAT dit Pteûts, en Bretagne,~
La CHETARMZ, un
chu.
CHAï'FARDOK, J
CATZEM ou Katzen, dans le Duché de la Marck, d'azar au jchat e~aroach~
d'argent, tenant jentre Ces dents une Souris de fable.
LaCHEVALtMEauMaine, de gueules au cheval e~aye d'argent.
CHEVAUER, d'azura trois Cheva~ers d'argent, efpece d'oifeaux.
DuC-HESNE, d'azur au dicntengtaatc d'or au chef d'argent, charge de
<fois étoiles de gueute.
CHABOT, d'or à trois chabots <tegueu!e<
CABRZ Rot~BMAYRB, d'azur~Ia chèvre faillante d'argent.
CANin-Ac, d'Auv.ergtae., d'argent au lévrier rampant de (able accoMe
~'or.
CRtQU!) d'or au créquier de gueu!cs, jk parfois écartelé de France à la
tour d'argent. Le créquier en Picard fignifie un prunier fauvage & fan &uu:
iS'appette croque.
CouRT, de Bourgogne un cheval paCant.
CHAUVBUN, d'argent au chou de nnopie, !a tige entortilice d'un ~erpeM
<d'or de ,MM, chou, & wZMû, venin.
~CmMi.ïT, un ïerpcnt mordant fa queue.
CnwiM, d'où le Pape Marcel II. d'azur au CERr d'argent couché fur une
~erraCe de unop!e appuyé à quatre épis de bled d'or.
CoGUONE ancienne & noble Maison de Bergame d'argent coupé de
cueutes à trois paire de te~icules de l'un en l'autre.
~HissER~T ancienne Maison de Dijon, d'azur à trois pois chiches co<R<
~'<M'~ ~<rM partis d'argent~ à .troM jtctes de Nègres couronnée~

~CARDONM~
F
CARDONNE, en Efpagne trois chardons.
CAsTANEA en Italie, dont Urbain Vil. une châtaigne.
Coi.oNNE, une colonne.
D.
DAupHiKS un dauphin.
DELpHiMi, à Venift, d'azur à trois dauphins d'or mis en fa(ce.
DEI.PHIN!, à Florence, d'argent parti d'azur, à trois dauphins de t'Uti
en l'autre mis en &~ce.
DRAc, d'or, au dragon de finople couronne de gueules.
D'EspEtGNE de VeneveHes, parti au premier d'azur au peigne d'argent mit
en &(cc au deuxième, (es aUiances.
De EccLESiA, une E~tife.
· F.

FPETAP.T, porte de gueules freté d'argent.


FALAISE de unopte à une falaife d'or moune de ~nopte..
FOUGERES, en Bretagne, d'or à une plante de fougere de Cinople.
FRES! (du), d'or au ~re~ne de ~nopte.
FERRiEREs, des fers à cheval.
FRAGUHR, trois rrai~. ·
Fi.EsstNGU E Ville de Hollande, une bouteille couronnée de~A, bouceiHc.

G.
GALICE, un calice.
GRENADE (Royaume de), d'argent a la grenade de gueules feuillée de
~inopte.
GENAS, en Dauphiné, d'or au geneft de nHop!e.
La GouriLiERs, d'argent à trois renards d'azur; ~o~/ugninant autrerb~
renard.
GIGLIO, a Rome deux loirs de CJM~ loir.
H.
Des HAYES, au Maine d'azur à trois haies mortes d'or.
HERSY, d'azur à troisherfes d'or.
HASEM (de) en Silène, d'atur à un lièvre ccurant, en bande.
t
HASEUER, en Franconie, d'azur au lièvre courant, eu barde d'argent.
HASENBURG, en Allemagne, d'azur en lièvre courant, en bande d'or
To/M. I. v
écartelé d'or à une hure de fanglier de fable. F~/M ri,,nifiaiit en Allemand
fen lignifiant Alleman&.
lièvre.
L.
Lvo~ (du) La Cave, d'or au lion de gueules.

LoUBENS.
JLoUVET.
LoUVIERS.
ou VIERS.
i
LAuziEMs de Themineï, d'argent à un ozier de nnop!e.
Le Loup.

t) t Un
~ï t
toup dans !eurs
t
dans Armotnes,
LunAD MoncaSIn.
CHANIE-LoU.
GRATE-Lour, de gueules au loup rampant d'or, au bras & main d'argeM
en batre~ qui lui gratte le dos.
LEON en Espagne un lion.
LuNA, en Espagne, un croinant efchiquece.
M.
Mo~TpESAT, de guêpes à la balance d'or.
MAILLY, d'or à trois maillets de finopie dans la branche amee & à l'Ecu:
<n coeur.
Dans la deuxiéme branche, tes trois maillets font de gueule.
Dans la troiueme d'azur.
Dans la quatr~me de fable.
MARTEi., Comte de Fontaines, de gueules a.trois marteaux d'argent;
MASSE, en Dauphiné, d'or à trois mafÏes de fable.
MuTEi., de gueules à trois bekites d'or; de MM/?</«, belette.
MùRAHD, d'azur à trois cormorans d'or.
MAupEou d'azur au porc-épic d'or.
N.
NoGARET, d'argent à un noyer de unople, !e noyer & !e gueret font de<
fignes par le champ de l'écu &: par fou arbre.
No.41LLES,. d'or fem~ de noy~x de cerifes, avec la queue de gueules, an.
loup raviflani de même.
0.
OURciERM., un ours,.
p.
PALMIER, Seigneur de la BafUe, d'azur à trois pa!mes d'or.
PONT-BRIANT d'azur au ponc à trois arches.
PONTHEAU-DE-MER, un pont.
PINARD, trois pommes de pin.
PALUMBARA, en Italie, un colombier.
PADELLA, en Erpagne, trois poëles à frire.
PELLEVB, en Normandie, de gueules à une tcte humaine d'argent, le
poil levé d'or.
PEN-MARK ancien en Bretagne, d'azur à une tête & col de chevat d'or,
animée & bradée de fable.
PERRtER (du) en Dauphine, d'or au poirier de nnop!e !e fruit d'or.
PHENIS, (de) en Limouzin, d'azur au phénix, fur un bûcher allumé d'or,
Surmonte d'un (oteit de même.
Poi-iER., un coq, de Pau, en Valdois & Auvergnac, un Coy.
PoNTEVEs, en Provence, de gueules au Pont de deux arches d'or, ma-
çonné de fable.
P O R C.
PoRC (le) d'or, au fanglier de fable.
PORCELET, en Provence, d'or au porc de fable.
PoR.cELos, en Efpagne, d'or à une porque de fable fur une terrau~ mo~
irante de la pointe de nnop!e.
POISSON.
Maifon fondue dans celle de Berbify Syrcne eche'
POISSONNIER une
vctce d'une main un peigne de l'autre un miroir.
D'autres familles ont les mêmes Armoiries.
L'EsTANG (de)
LE PoissoN, le premier deux poiuons les deux autres, trois.
LE MEUSNIER
R.
RENARDIERE (!a),
un renard, de même que pour MoNT'REGNARDj;
& pour FuscHEN en Franconie, nom Allemand du renard.
RoQUEi.AupE, d'azur à trois rocs d'Echiquier d'argent.
RocHETTEs
en Vetay d'azur à trois rocs d'Echiquier d'or.
RoquETAiLLE, rocher coupé en deux.
VIJ
RouvERE, d'o~ le Pape 5ixie IV, d'azur au chêne d'or.
RoupE (du) en Languedoc, d'azur au chêne de quatre branches pafïeet
en fautoir englanté d'or.
Du vieux mot Roure & /!oM~c, une chêne.
S.
SANGLIER, d'or au fangtier de fable.
LE VER (d~-P<r, & BER t~ngiier ), rro!s (angtiers.
SALM de gueules à deux Saumons adofles d'or.
SApiN, d'azur au <apin d'or.
SARDiGN!, d'azur à trois fardines d'argent, t t en pa!.
LA SAùLSA~t, d'argent à trois faules de finople.
SicEN-HEiM, en Bohême, de gueules à trois cigognes d'argent, accolées
d'une couronne"d'argent.
Sons, en Efpagnc un foleil.
..SoMNËN-BtRG, en Allemagnc, un ~b!eitnaiuant d'une montagne.
SPIEGEL, en Allemagne, un miroir; du Latin j~e~/Mw.
T.
TABOUREAu un Tambour.
TANGUES, d'or à la tanche de gueules mife en pal ï., t.
TAsis, en Efpagne un tenon.
TRistoi., en Bretagne, d'azur à trois fbteits d'or: ce nom ugninantMM
/0/<~J.
'LA TouR de TURENNE, & tous les LATouR, une tour.
,TEUFEL en Allemagne, un diable.
V.
UM Canton Suine d'or au rencontre de bune de fable accorne & bou-
7'M< Suine, t'epee & le poignard côte, tonnant un
cle de gueules
corde chane; d'<
Dauphiné
un
un bune.
de fable à une vache d'or.
au

VACHON en
La VACHE de SAUMEY, une vache panant de gueules.
VERNE (ta), à Dijon d'argent à un aulne de unopte; du nom Valdoi.
des Aulnes.
WESTPHAUE, degueules, à un cheval enraye gai & contourné d'argent.
VtGNoLEs (de), de fable au (ep de vigne d'argent, Soutenu d'un cchatM de
pieme.
VtTEi.i.tscH!, en Italie deux veaux.
UtLStNs, (!es) un ours de fable en champ d'ar.

Z.

ZApATA, en Efpagne des fouliers ou brodequins.même mot que~


Z.Mt/U/! des Armes parlantes avec les Z.<M~~J.

On voit par ce Tableau qu'on auroit pu augmenter de beaucoup


que dans toutes les contrées de l'Europe, de ires-grandes Maifons ont des
Armes pariantes: & que plus on conno~troit la valeur étymologique des
noms, & plusondecouvriroit de Famine? aux Armes patentes.
Ccux par exemple, qui ne (auroient pas que Bern fignifie Ours P~fr
Caflor G(~~7 Renard ~r/f~ Lièvre, Ruure un Chêne, ~Rj un
BuRe ;erne un Au!ne, n'auroient jamais Soupçonne que les Armes des
Maifbns qui portent ces noms funent partantes ;c'eft ainfi que dans tour,
l'etymotùgie ou la connoidance des mots câ absolument nécefiaire pour rai-
sonner ~remenr.
C'eâ par t'etymologie par exemple qu'on voir pourquoi les Ducs de
Mecketbourg avoient pour Armoiries une tête de boeuf, de même que les
Rois des Obotrites don~ ils de~cendoient & pourquoi les Wti.zEs, voifins de
ces derniers & contre !efque!s Chartemagne porta fes armes, avoient pour
Armoiries un Loup grimpant. C'eft que dans la Langue Vandale, branche de
l'Efctavonne que padoient ces Peuples, ~7~ ugniSe un Loup; &: que les
premiers tinrent leurs Armoiries des Polabes, fur le(quels ils régnoient, &
dont le nom compote de Bola, ou ~<<ï, Boeuf, & de Hlawa, tête, ( d'où
Pc/-A<!y<, ou ~o/A<ï~ ) ngnine tête de ~<c~
-Aum la ptupart des ArmoriatiRes, tels, que le P. Gii-BERT de VARENNB
dans ton Roi ~r/n~ PALHOT dans fa Science ~j ~~o/f/e~, SEcoiNG
dans fon Tréfor ~r<t/<j~M &c. ont tous reconnu l'excellence de cette forte
d'Armes, quoique le dernier de ces trois ne l'ait fait en quelque manière que
ïnatgre lui. Quant au premier, voici comment il s'en eft exprimé.
Quand nous prenons garde ~eutement à ta qualité de quelque figure d'Ar-
3) mes qui a le même nom que ceiui qui s'en fert dans fon écu, aux maUiets,
par exemple des Mai)!ys, aux chabots des Chabots, aux Gaules de la Saul-
faye nous ne prifons pas ces fortes d'Armoiries ainfi qu'il appartient.
»
Mai! félon la maxime &: la pratique de tous les Sages qui veulent que
M nous façons état principalement des moyens qui ~ont les plus propres
« arriver à notre nn, nous venons à mettre en coandération le but ou vi~e
tout l'utage des Ecus d'Armes, je me tiens aduré que dans peu d'heures
M nous
changerons d'avis, &: qu'au lieu du mépris qu'on fait ordinairement
"de .ces Armes pariantes, on jugera qu'elles méritent d'être grandement ef-
M
timées en leur naïveté. Certainement, il n'y a rien de plus propre à nous
« faire reconnoître, que les chofes qui ont le même nom que nous (t).
Et deux pages plus bas: Il D'ailleurs, quand nous ne ferions fondés que
M
(ur l'Antiquité fi vénérable en fes rides & fi piifable pour fa naïveté qui
M nous
fait voir évidemment que des centaines de familles très illuftres en
M touret
les Nations de l'Europe ont pris les animaux & les ouvrages de
M main qui leur font Synonymes pour le Blafon héréditaire de leurs Armes

M pourquoi voudrons. nous aujourd'hui dénier l'cHime qui eft due à leurs fi

t*
(âges inventionsi
Le P.MEt~sTRiER e(t allé plus loin dansfon Origine*des Armoiries, it fbu-
tient que les Armes parlantes font les Btafbns les plus anciens & les plus no-
bles ceux qui les portoient ayant cru que leurs noms étoient auez it!u(tres
pour (c faire connoKre par des Signes qui les reprcfentoient, (ans qu'il fallût
aRtder de prendre d'autres devifes ptusconnoiuabtes. Ainfi il place les Armes
<t: NAvARKE au nombre des parlantes; le mot una ~r/~ ugninanr en Bafque
une cloifon de fer, ou des chaînes, forme qu'on~ent vinbtement les Sceaux
des Rois de Navarre de la Maifon de Champagne & de celle de Philippe-le-
B'.]. v
I) yavoit donc des Armoiries~ des Btafbns avant tes X &XI~. ncctes, & ces
Armoiries étoient parlantes c'ed qu'elles etoient prifes dans la Nature & vrai-
ment originales. S'il n'en fût pas de même dans Ics uecles auxquels on at-
tribue ordinairement l'origine du Blafon c'eft qu'il y en eut alors une mul-
titude de pure imitation; les Vanaux ~etauant un honneur ou un devoir de
prendre les Armes de leur Seigneur Suzerain,en tout ou en partie de-ta
cette prodigieufe quantité de lions, de léopards d'ares, de têtes, de coquil-
les, &c. & d'autres Armes de cette nature qui Cemblent de pur caprice, &
lui ~rpanenr de beaucoup le nombre de ces Armes parlantes antérieures à
celles- là ce que des Fjmittes dimnguees eurent le bon efprit de conferver
mais Armoiries dont le nombre s'augmentera à mefure qu'on connottra mieux
~cs tems & tes Langues du moyen âge.

/i) Rpl d'Armes, M. 16~. p. }:o,


Mais

lances t puifque les Armes parhmes font conformes à la Nature &


très-anciennes parmi nous pourquoi refuferoit-on de regarder les Armoiries
anciennes cumme de vrais Blafons quoiqu'elles foient prcfque toujours, par-

~f jt Af r~At~jvr~~
Et 1
III.

C~~ les
DES
~0/n<
~jvc/r~:

Les Médailles Romaines nous offrent un grand nombre de b!a~ons par!an5.


PoMpo~ius M~~A avoir une Mute pour fymbole.
L. LUCRETIUS TRio, les tepc étoiles qu'on appelle TmoNEs, & qui ont
donné leur nom au Septentrion.
Q.VocoNius ViTULus, un veau.
P. Accoi.Etus LARISCOLUS, les trois fcEurs de Phacron changées en ~.«ryw
arbre qui diftille la. renne en forme de larmes & qui eft très-commun fur les
rives du Pô.
FuRius CpAssi-PEs, un pied.
PUBLICIUS MALLEoi.us, un mai![cr.
Les ScARp~s de la Fami!!e Pinaria une main du Grec ~<yo~ paume de
la main.
La Branche de la Famille VALERIA (urnommeeAciscui.A, avoir pour
Symbole un in~rument appellé Aciscui-us efpéce de marteau ou petite
hache au milieu d'une couronne de chêne.
La Maifon THORïA d'origine Orientale, avoir des Armes partantes c'c-
toit un Taureau, dont le nom e~ TuoR., en.Oriental. La Patrone de ceire
Mai(bh étoit Funon avec cette Devife Junon eon/<ry<ï~e< la ~Cr<t~~
Reine, Juno Sofpita Magna Regina ce qui étoit un vrai cri de Guerre.)
Cette Famille TnotHA n'ett pas la feule qui ait eu Junon Sofpita fur Ces..
Armoiries; cette Junon Sofpita, quife reconnoit à fon équipage propre, ayant
une peau de chèvre pour cocHuce, des iouliers à pointe relevée, & tenant d'une
main une lance & de l'autre un de ces boucliers qu'on appeltoir ~c~. Cette
Junon etoit !a Deene de Lanuvium auOi fe voit-elle fur tes Medai!les des Fa-
milles Romaines originaires de Lanuvium ainfi que celle dont nous venons
de parler. Ce font les. Familles
CoRNUHCIA METTIA PAPIA) P~OCILIA, RoSdA & Sui-nctA.
Il en fut de même des Familles d'origine SABINE: telles que
MUSSIDIA ,'PETRONÏA VITTIA, ~C.
TtTUMA
Oh les reconnoit fur leurs Médailles à 7unon C!uacine, DeefÏe des Sabins
à FEfHgie de TiTus-TATius, Roi Sabin à Rome à la punition de Tarpeia,
ou à t'cntevement des Sabincs.
Ces diverses Familles avoient donc conserve avec foin le Souvenir des lieux
de leur origine elles en avoient même confervé les Symboles; c'étoient des
Armes héréditaires preuves de leur antique nob!ene.
En voie! encore de parlantes.
La Famille NUMONIA, furnommée VAAi-A, a pour fymbole un retranche-
n~ent attaqué par un Héros & défendu par deux, tous armés de boucliers.
La Famille desTuRQUArus, un collier.
La Famille RENIA un char attelé de deux rennes.
La Famille MARciA Numa & Ancus Marcius qu'elle regardoit comme Ces
Ancêtres paternel & maternel.
La Famille JULIA, une Vénus, comme de<cendanc d'Iul-a~nts d'Enee;
plutôt, par les rapports de fon nom avec la Lune ou Vénus, dont ce nom dé-
figne les révotutions ngninani roue, révolution comme nous t'avons vu .dans
l'Hi~oire du Calendrier.
Tous ces faits d'ailleurs fe trouvent dans les Recueils des Médailles Romai-
nes d'U~siN & de PATIN.

i CA~ les Cr~~ 6' en Italie.

La Grèce & !'Ita!te nous fournilfentégalemenr nombre d'Armoiries parlantes.

Mars appelie en Sici!!cn


ALOpEcoN-NEXE
d'
Ar~ANus, ville de Sicile; a pour fymbole une teie ca(quce, Symbole de
~?~; 'nM (e)on ]e:P. FR<tnca (ï).
viHe de Thracedans une Me formée par'Ie'Metas figni-
fie mot-à-mot IHe desR.enards:aufn voit-on un Renard fur fes Mcdail!es.(i)
AcRAGAs ou Agrigente villle de Sicile, un Aigle à caufe de fon nom qui
~gninet*c)eve,!ahaut-perchce(~.
ANCYRB-, de Phrygie~ ') une Ancre; ce qui eH: !a ngnincation de leur nom
ANCYRE, de Ga!ade, J en Grec.
AaYDOs, une Ancre auC!, mais comme ville maritime.

t
( )PBLI.ER!M
(;)Pi..cvtn'.No.7.
PL. CVIH. No. 3. (t ~?EHHM I. Supl. Pt. I.N". y.
ÂMTIOCHt~
i.
ANTiocHB, fur l'JV~M ou fur le Cheval, nom d'une riviere de Cocle-~y-
tle~ a pour Symbole une femme tourrelée debout à côté d'un cheval dont
elle tient la bride.
BovïAMUM, ville des Samnites, un bceut.
CAR.DÏA, ville de Thrace ce nom fignifie <'acHf & pour Armoiries elle
< an coeur (i).
CHYPRE, a pour Symbole Vénus, parce qu'en Grec elle s'appelloit Cupris
ou Cypris, du même nom que cette Me.
CYci.ADEs(les ) dont le nom en: compote de clef, avoientpour Ar-
mes une clef
C~EipEs, ( les ) Mes de la Grèce, avoient également une clefpour Armoi-.
ries, & pour type un oifeau volant; il a la clef des champs.
EuBEE, nom formé de celui du boeuf, en avoit la tête pour fymbole on
de~gnoit auOE par ce fymbole la fertilité de cette Me. On voit également fur
fes médailles., & par la même raifon, la tête de Céres.
LA: en Laconie, ctoit ntu~ entre trois montagnes fon nom même figni-
fie P/frr< aud! fes Armoiries porcent trois Montagnes. ( i )
LIMYRA, ville à vingt flades de l'embouchure du Limyrus en Lycie, a
pour fymbole un Dieu de fleuve ()).
MALEE, ville de la Grèce dont le nom ~gnine/'e/ne avoir une pomme
pour Armes.
MEi.os, Me de la Grèce, a pour fymbole des melons, fon nom ugninanc
pomme & melon.
(EniAs, vi))e del'Acarnanie & dont le nom ugnine~My~ /o/!f<t/n<, a pour
~ymbote un perfonnage barbu & cornu, emblêm.e de l'Achetons fur les bords
duquel elle étoit nruee.
PALLENE en Achaïe pour fymbole PAï.ï.A! armée de toutes pièces.
Auprès de cette Ville étoit un Temple de cette Dceue avec fa Statue d'or &
d'yvoire, ouvrage, ditbic.on, de PmDtAs (~.).
PHARiA Me fur la cote de Da!made & colonie de Paros, offre pour
fymboles un cygne, la lune & une étoile, armes parlantes le mot PHAR
d'o~ vient/'A<ïr<, déngne tout ce qui eft brillant.
PHiALA en Ar.cadie~ une figure aui(e fur un rocher d'une main un ra-
meau de l'autre, un pot pu phiole panchée.
·
(ï)PEH.. T.Pt.N'9. (t)PHLL.T. Mt.CXXV.tO.tz.
( } ) Pti.L. T. m. Pag. m. V!g"ettc. ( 4 ) P~tL, T. Mï. Pt.. CMv. N". i~.
D~ ro~. 7. x
RHODES t avoitpour fymbole des rofes qui dédgnoieoc Con nom y & U!T
Dauphin relatif à fon commerce maritime.
SiDE Métropole d'une partie de laPamphylie, avo!t pour Divione & pom
Symbole Minerve avec une grenade, ~bnnom St~J dénghanicetrutt.Nous
allons voir. d'autres lieux dcngncs par le même fymbole &.par la même rai-
fon ( ).
THURiuM, vi!!e d'fta!ie, a pour. fymbole un Mïtreau, emblème de fon.
nom, & un poifron relatif à fa ntuatton fur les bords de la Mer.

)<' CHEZ LES O~~JE~r~t~


AscAi-oN femme tourrelée avec des feuilles d'echatotte appeltee autre"
fois ~/e~/o~
CApHToRiM, dont le nom ngnîne /'OMW< J! grenade ce rruit éroit leur
fymbole, dttDicKtNsoN; c'eroit du moins le Symbole d'IouCASsius à la
frontiere desPhiliitins&de l'Egypte, d'oùetoientfords lesCàphtorim.
M. PEUtRiN a rapporté aufn à la fin de fa Cottection d'autres médailles où
l'on voit Minerve & la grenade avec des cara~eres inconnus..
CAURA, ville d'ECpagne, qui a pour Symbole un poinon, armes parlantes
le Phénicien )T)3 Kauri, ngninant~o~oy!7:<«~félon Bochart ( i ).
Sus: Capitale de la Sunane, fignifie fleur-de-lys elle en avoir fans doute
une dans fes Armes. Cette fleur étoit très-belle & très-abondante dans cette.
contrée.
L'EsrAGNE avoit pour Symbole une Déene des Fleuves ayant un ra-
meau à la main & un lapin à fes pieds allufion à fon nom Oriental de
Span ou Sphan qui fignifie caché reculé, & feptcntrional. Elle eft au Septen~
Kion de Carthage & au-delà des mers pour les Phéniciens.

IV.
~/M~o~ relatifs au Soleil, Pere ~n<'&&!<r<.
Un fymbole plus difficile à découvrir~ mais très-remarquable par lui-même
& par le rôle qu'il joue~dans la Mythologie, eA celui qui peint le Soleil & tes
Villes agricoles~ fous l'emblème d'un loup ou d'une louve & qui étoit
commun à un grand nombre de Villes & de Peuples.

(!) PMt. T,.M. Pi. iLMtt ('t ) VBt.A~BS.Pt.. K<


t
Comme cet emblème e(t peu connu, & qu'on conno~t encore moins fou
rapport avec le Soleil & avec l'agricultures qu'il iniérede d'ailleurs des noms
célèbres, nous allons entrer ici dans quelques détails.
c y p T t.
Deux Villes d'Egypte appelées L v c o M ouLvc o-P o L t s, l'une dans !e'
Delta, l'autre dans la Thébaïde rendoient les mêmes honneurs à Apollon.
& au loup, ( i ) déngnant le Soleil fous l'un & fous l'autre de ces emblèmes,
dont elles portoient même le nom Lycos étant en Grec celui du Soleil &:
du loup, il fut fub~itué par ce Peuple, devenu maître de l'Egypte~ au nom na-
tional car dans l'Orient, un même mot, S~B, deugne le (o!eit& le loup
quoiqu'il fe prononce que!queS)is ZAB pour défigner le loup. C'Ctoient donc
des Armes parlantes.
Mais conithent avoic-on lié l'idée du loup avec celle du foleil ? P C'eft, <e!on
MAcRoBB parce que cet animal faifit & dévore tout, comme le Soleil oc
parce qu'ayant la vue très-bonne il voit même pendant les ténèbres de la
nuit plutôt à caufe de fa couleur dorée femblable à celle du (oleiL
Apollon lui-même étoit appellé Lycitu c'eA-à-dire le Loup & le f.KMK-
neux. Il étoit adoré fous ce nom dans toute la Grèce.
fyc~oyrj!
Une Colonie d'Arcadiens qui pana en Italie portoit le nom de Lycaoniens
& ceux d'AtSES & d'(ENoTRiENS qu'ils devoient difoit- on, à trois de leurs
Princes fuccefUrs, à AisM, fils de Lycaon I. à~on fils LYCAON II. &: à foa
petit-nls (ENOTRus.
Mais ce font trois noms difÏerens du Soleil ou d'Apollon Lycien, Divinité
de ces Peuples.
Ais, Es en Oriental eft le nom du feu, du Soleil de-)à EsEs l'Arcadien
Esus le Theuatien pere de Jafon, les AesENs Dieux de t'Edda.
Lycos deftgne également le foleil, la lumiere.
OEN eft un autre nom Oriental du foleil & qui fignifie <Bf/.
Telle eA la différence de ces trois noms duSoleil que le premier le déngne
~:omme (burce de la chaleur le Second comme fource de la lumicre, le
troinéme comme l'oBil du Monde, tandis que fous les divans il offre d'au-
tres idées relatives à fes attributs.

( i ) MtCRoB. Sat. Liv. I. Ch. xvu,


X ij
Bci., le déngne comme le Ma~re, le Roi de l'Univers.
ApoLLoN comme le Ma~re de 1 harmonie.
Htnos, comme l'Eue étevé.
Aiséen,s Lycaoniens (E/!<ww:.f, déngnent donc tous les trois des Enfans
du Soleil des Peuples Agriculteurs.
D L u c u s des Laboureurs.

Les champs cultivés la terre du Laboureur placée au milieu de contrées


non défrichées, étoient comme autant d'yeux ou de ~e(, ou mais ce
Laboureur dépouilloit chaque année ton champ de tous fes fruits il étoit donc
à fon égard un animal vorace & destructeur un vrai loup. De-là peut-être
encore le nom de Lycos, ou loup pour déngner le loup, le foleil, le Labou-
reur ainu que le nom de Saturne dcngna également le Laboureur qui mange
fea enfans ou récoltes, & le tems qui dévore fes enfans les êtres dont il oc-
canonne la production.
Z~<*B.RfE.

L u c E R i B Ville d'Italie en Daunie avoit pour fymboîe d'un coré la


tête d'Hercule ou du Soleil, Z~xo~ en Grec; de l'autre, un arc, une maf!ue
& un carquois, fymbotes du Soleil, d'ApoHon ou d'Hercule (t).

~~60~.
ÂRGos, cette Ville célèbre du Péloponefe, avoit également un loup pour
Symbole. Celui-ci eft remarquable par la maniere donr les Argiens en exptc-
quoient l'origine, & par fes rapports avecrHi~oire mémorable de Danaus,
d'Egyptus & des cinquante Danaïdes.
Tandis que Danaüs, difbient les Argiens, di~putoicà Gétanor le Royaume
d'Argos en préïence de tout le Peuple, on vit un préfage auuré de fa victoire;
car un loup dévora un taureau qui paiffoir dans la prairie. Ce qui donnoit dti
tel à cette Fable, c'eft que Gélanor avoit pour fymbole le taureau ou plutôt la
,vache Io, & Danaüs un loup.
Tous ces Symboles ~toient parlans. Argos ngnine la blanche ou la lune:
mais la lune e~ la même quTHéra ou Junon, la Déene de l'air dont le (ym~

(t) Tr<Ibr de Btatdeb. par BKt&


bole eh la vache Io. Argos devoit donc avoir cette vache fymbole, &
pour
elle l'avoit dans l'origine: elle lui iubRitua le loup, fymbole du foleil le loup
fe trouva donc avoir dévoré le taureau.
Mais le loup étoit le fymbole de Danaus .frère d'Egyprus Roi d'Egypte,
au Symbole de la vache. Ces deux freres fc faifoient une guerre à toute ou-
trance l'un avoit cinquante fils, l'autre cinquante filles; & celles-ci avoient
fait périr leurs cinquante coudns devenus leurs maris; à l'exception de la plus
jeune nommée HvMR-MN-MTR.E qui fauva Ton mari. Tout cela eH: vrai dans
ie ~ens allégorique, & ne l'e~ que dans ce ~ens.
Egyptus ugnine noir personne ne l'ignore.
Danaüs au contraire ~~MC /~MMMf.
Leurs cinquante enfans font les cinquante femaimes de jour & de nuif.
Hypermne~re qui épargne fon mari & qui e(t la plus jeune eft un mot
cotnpofe d'~<r qui rede, men lune & ~re qui eft; mot-à-mot la lune
Survit aux autres.
Ces Danaïdes ont une unguliere occupation elles verfent continuellement
de l'eau dans des tonneaux perces, qu'elles ne peuvent donc jamais remplir
c'eh le tems, que les années & les Semaines ne remplilienc jamais.
Tels font ces trois cent ïoixante Prêtres Lybiens fans ceHe occupés à remplir
également un tonneau percé, & dont parle DIODORE.
Les mêmes allégoriee (e retrouvent par-tour avec des rbrmes variées à l'in-
6ni & il faut connoïtre le îens de ces formes, ou renoncer à la connoilfance
de l'Antiquité.
A 0 AT

Le loup d'Argos rappelîe auCI-tôt la louve de Rome; cette louve qui a


deux nourndons dont l'un tue l'autre dès qu'il en a la force c'eft donc encore
ici la lumiere dont les deux nourrffons peignent le fbleil d'hyver & le fbIeU
d'été qui par ~à force tue fon frere.
7'AO/Bo~J~/t/Jtf.
<

TxotE, nous l'avons vu plus haut, avoit pour fymbole une truie. C'étoic
des Armes parlantes Troie en Celte & en Phrygien lignifiant une truie, mot
également François, Valdois, &c.
Le même mot fignifie /«~o«r<r ~on/!<r la terre, parce que le cochon
Pilonne la terre de fon groin.
C'eA par cette raifon qu'Anienor ayoK une truie fur Ces étendards, & qu'o~
-prédit à Enée qu'il bâtiroit une Vill: là o~ il rencjncreroic une truic qui auront
,mis bas trente petits. En e~ct c'cfl s'-rrecer ta o~ un animal s'arrête que d'y
planter Con fymbole & de s'établir dans le lieu ou on a plante ce fymbole.
~n'eA pas étonnant que Troie, m~t'eile d'un grand territoire, ires-fertile~
bien cultivé & par-là même riche & peuple eût pris pour fymbole & pour
nom une truie, animal qui déngnoit nccdfa'rement une terre fertile.
L'Hi~oire de la fondation de cette Vfl)e eft entièrement altégorique ce
.qu'on n'a point appercu & cette allégorie porte en plein fur les idées que
nous venons de présenter ce qu'on a encore moins (oupconne.
lLUs,n)s de Tros, &: petit-fils de Dardanu!, raconte-t-on ( ï ) arrive en
Phrygie: il remporte le prix dans les jeux etabtis par !e Roi du Pays celui~
lui donne en con~quenee cinquante jeunes garçons & autant de jeunes 6t!es<,
Par les ordres de l'Oracte, le Roi y ajoute le préfent d'une VACHE de di<R-
Mntes couleurs; & il lui confeille de b&tir une Ville dans le lieu où cet animal
s'arrêtera.
Cette vache conduit Ilus au lieu appellé le Tombeau <~r~ la PAry~Mn~.
C'cMa qu'il bâtit en conséquence une Ville qu'il appella InuM. Enfuite il
conjure loc de lui envoyer quelque figne & fe levant le lendemain de trcs-
bonne-heure, il trouve devant fa renre !e Palladium, Statue de Minerve def-
cendue du Ciel. Cette Statue avoic trois coudées de haut, & elle femb!dit
tnarchef d'une main elle tenon une lance & de l'autre une quenouille & ua
Alfeau.
Ce Fanage auquel on n'a fait aucune attention, parce qu'on ne favoit quel
ufage en faire eH: relatif à une infinité de traits précieux femés ça & là dans
)'Antiqutté, & très-conformes à la Doctrine même de Sanchoniaton.
Le Fondateur d'Ilium s'appelle Ilus, mais c'cQ: le nom de Saturne, du La-
~ouretu' dans tout l'Orient; & ce nom.fignifie le Fort, le P~ tels font
~es Propriétaires, ils font les Grands de la terre au~H fqn Pays s'appelle -M~/n,

Là éroit te tombeau d'


le féjour fortuné; nom qui fut également donné à l'Me de Crcte.
& cela eft vrai. Até ngniRe mort, de~rucHon,

où eft //a~, là e0: le tombeau d'


~niG:re la mifere la difette & tes ravages di~arotfïcnt
avec le labourage là

Ilus avoic gagné le prix le labourage cft toujours représentés comme une
vi~oire, u,n triomphe: c'eft la défaite du lion; c'eA cette vi~ire dcat la Fête
termina con~amment l'année.

~Af.on.op. Bibliothèque des D!cux,Liv. III.


Il eut cinquante jeunes gens & cinquante jeunes filles à fon Service
ce font
les cinquante Danaïdes,les cinquante fils d'Egyptus, les cinquante fils d'Her-
cule tous ces cinquante fi 6'eqoens dans ta Mythologie, & qui peignent les
cinquante Semaines qui forment l'année du Laboureur.
Ilus s'arrête ,la. où s'arrêta la vache; cette vache qui eft le Symbole de t'A-
griculture, & qui Semblable a îa robe dTus, eA de toute couleur, parce que
les champs du Laboureur fe couvrent par fes (oins de fleurs de fruits de
plantes, qui onteni la plus grande variété de couleurs.
Ce Héros e~ nts de Troj & petit-fils de Djr~nKj, c'eft-à-dire de t\ngutl!on
avec lequel on conduit lé bœuf, cet aiguillon qu'on darde, 6f de la charrue ou~
truie quecife le boeù~ & fans laquelle point d'Itus.
Enfin il a pour fbn fymbole le Palladium ou Minerve armée de la lance &~
de la quenoui)!e, & cette Statue ett la fauve-garde de l'Empire.
En enfet, qu'e~-ce qui peut fubu~er fans Minerve Deede de la Sagene oc
fans le concours du mari dcngne par la tance, & de la femme défignée par la
quenouille & le ru(eau, ou en .d'autres mots fans le concours du labourage oc
de l'indu~rie de 1~ force au dehors & des graces au dedans ?
Ce Palladium étoit donc un figne auuré du bonheur dont jouiroit la Contrée,
tandis qu'elle feroit fous la fauve-garde du labourage & d'un travail conftant ?
acHf: qu'elle ne cefteroit de fe couvrir d'une riche population, de biens de routas
efpéce; & de fe faire respecter au dedans et au dehors.
AuCI Troie ne périt que torique ion Palladium ne fut ptus.

A R T 1 C E V.
r~< aux Pro~KoftOM,6' <i/<ï~HWï<Mt.!
Symboles

Les Royaumes tes Peuples, tes Villes de t'Àntiquite tirerent très couvent'
leurs fymboles des objets de leurs productions ainfi on peut connoïtre par
leurs Armoiries li ces Pays étoient agricoles oumaritimes; s'ils étoient des
Pays de bled ou de vignoble, ou s'ils excelloient en quelque genre particulier
de productions nous allons donner dirers exemples retan6 à ces di~ren~
cbjets..
Ï.
~y/B~o~j relatifs a /rMaZfM~.
0 t T r jr JE
't. AfHZKt! avoit pour fymbo!e Minerve, Déçue de l'olivier & la
chouette fymbole de Minerve comme la Reine de la nuit ce que fignifie
fon nom, comme nous t'avons prouvé ailleurs. Le nom d'Athenê ou Athenaïs,J
lignifie lui-même Souveraine, comme nous l'apprend PLUTARqut dans fon
Traité d'Ius & Ofiris c'eO: ain6 !e féminin d'ea, ~e/ Seigneur où
nous voyons o changé en e pour le féminin, comme d'~oinM< on 6tYa!/n<~M.
Ainulenom d'Athènes, celui de la DéelÏe Minerve, ou ~A~e & ~en
fymbole !a cAoM<~< fe rapporroienr tous au même objet.
TEATE eut par cette raifon les mêmes Symboles.
CRBTB tt en fut de même de cette Me tertite.

f jv f jr. ·
t.AMBAou Aimphats; CASTULO &URSON, Villes de la Betiquc, &
Cmo, Mo de la Grèce, eurent pour Cymboles le Sphinx ailé ou le lion à
tête de femme comme en Egypte, mais avec des ailes fans aites, il défignoit
ja celfation des travaux agricoles pendant rinondation du Nil, & les douceurs
dont étoient Suivis ces travaux.
Avec des a~tes, it devenoit !'cmb!ême de la navigation & des avantages
qu'elle procuroit aux Pepples Agricoles.
JM/~oy~~A~.
}. Le MmoTAURE ou Taureau à tctc d'homme éroit la fymbole de
rAgriculture pour un grand nombre de ViHss dont le territoire éroit riche
en bled. Ce fymbote ne pouvait être ni mieux choifi ni plus contrafiant avec
le préçédent qui defignott la ceuatiou des travaux indiqués par celui-ci la
femme devenue le chef du lion de~gnant!e repos de ta terre Bd'homme chef
du taureau d~gnam au contraire le travail de cette même terre voici
quelques-unes des Villes qui prirent ce dernier jtymbole pour leurs Armoiries.
~CstRuiA, Colonie de Naples, le Minotaure avec la Victoire.
CALENo, Colonie Aufonienne, le Minoraure feul.
Ge).A en Sicile, le train de devant du Minotaure.
,Ci<oss~, le Minotaure } au revers, le labyrinthe.
jHYR!N Ït
H?MNi f!es), dans l'Apotutie ,7
<,
MEGARB, j Sicile,
de c- '< f) 'ce Minotaure.
motaure.
NApLEs, le Minotaure & la Vitloire.
Not.A, Colonie des Chalcidiens de même.
ÏEHNONTE, en Sicile le Minotaure.
BzGBB., PEn-EMN &c.Mpportenc ces diverses MedaUtes.

L f o
CN!M, RHEGtUM,
CYziQUB) SALAMINE, avoient pour fymbole un em-
LBONTtUM, SARDES~ blême desdë&ichemcns, de la terfo
MILET SMTRNJ!, vaincue par l'Agriculture.
MycENES,
2!<zr.F.
~Poi-Y-RpHENTUM, Ville de Crcce & qui dut ton nom à Ces gras pâturages,
eut pour (ymbo!e une tête de bœuf~
OBULCo, ViUe d'Espagne, avoit pour fymbole le boeuf & le croidanc
d'Io pour Divinité tutelaire Isis, dont les cheveux en (ittons font garnis
de pertes cmbtêtnc de fa riche agriculture elle eut auffi plus (buvem pour
Symbole une charrue & un épi.
TRAH.ZS & P~RGAME en Ane-Mineure, un bœuC

C É A E T P R 0 J' Z R p f N J!.

6. Cvziquz avoir pour rymbole Proferpine avec un boiueau Cur la tece


tenait dans ~es mains une.ha(te & une victoire on i'adoroit ici fous le nom J
de .Xoreyo~M la Vierge conservatrice on t'appelloit auni 2?o/M/!<ï & Z?<
~<WM la Dame, là Souveraine. Y
MEGARE d'Attique Ceres un flambeau à chaque main & à fes côtes une
Statue enveloppée de bandelettes. Paufanias dit qu'elle écoit repréfëntee aind
dans un Temple de Stiris en Phocide & que cette Statue à bandelettes qui
l'accompagnoit éroit ires-ancienne. On ne peut donc y meconnoltre une
copie d'Is~j & d'HoRM ( t ).

( ï ) Ptn. T. ni. Pt.. cxxm. i. ( t ) Ib, Pt. cxxvn N.}.


Tom. 7. Y
F f
METAPONTB t'agr!cutnife de cette Ville ctpit ~1 profpere, que (es Habitans
con(acrerent à Detphcs une Terre & une Moi~Ïon d'or (STRABON Liv. VL)
Aufit voit-on fur fes Medaities ou deux épis barbus, pu une tête de boeuf; Ce
fur pluneurs, la tête de Cercs.
SAGAi-AssE, dont !s territoire, fuivant TtTE-LivE, abondoit en toutes fortes
de 6-uits, eut pour fymboles des épis de .bled avec une branche de vigne
chargée de EMppcs & de rainns.
lupA, ? Vi!!es d'Efpagne, ont pour fymboles l'une un ~pl,
luruLA y l'autre deux.( t )
SYMB,
EGIALE
y
3
? IHes de.la Grèce, avoient,également des cpis pour ~yni"
boles.
AMpmpous de Macédoine, Cérès, des épis, une torche.
BLAUNDUS de Phrygie, quatre épi! Mes ensemble.
EDESSE une main tenant trois épis.
ELÉE d'Eolie quatre épis & un pavot.
NAcoLEE en'Phrygie, trois épis & une corne d'abondance.
SEBAsTE en Galatie, trois épis.
THYATiRE, des épis.
II.
~y~Bot~~ AE~j(rfF~ ~~c~o~
ÀNDRos, Me de Grèce riche en vignobles, avoit pour fymbole une pan~-
<!iere, animal confacré à Bacchus & un thyrfe. On voyoit dans cette ine
un temple célèbre où l'on difoit qu'u coutoit du vin tous les ans durant les

Jtupiter.

tj
AcMONiE de
j.Phrys'e,<TT
c
Fêtes de ce Dieu & cette fontaine s'appetloit JP<cj Théodofia préfent de

HADt~AN! dej Bithyme,


n.)
de T
\AuGUSTAdcCthcie,'Sii.ANDusdeLYCtc,
3
fDacchus.~onthyrfe~~bn
r
'Spot,&turquetque<-une<
fr quelques.unes
la panthère.
t.
BosRA, Ville de la Syrie Arabique, quiducfbn nom à fes vignobles~ avoit

(}J Vcl:H~ue!~Pl.,VÏII.*ÏH~
~our fymbote un grand prenoir avec le mot de Z~o~/oi/'M, nom des jeux de
Bacchus appeité Dufarès en Arabe. ( i )

CYDON en Crète~
srappe de
& r~ raiCn..
derainn.

MARONEE fituée fur un côteau, dut fon nom a (on beau vignoble aun!
difoit-on qu'etle avoit cte fondée par Maron, Cocher de Bacchus. EHe avoit
pour fymboles la tÈte de ce Dieu & une grappe de raiun avec ces mots JDto-.
M~/ÏNJ Sauveur.
MvcoNZ Me de la Grèce abondante en vin fon fymbole Bacchus.
NAxos, Ifie très riche en vin, & appellée Dionynade IHe.~ ~<-c~
eut pour fymboles Bacchus une grappe de rainn & le thyrie.
PEpARETHE, ( t'Me de) eut pour fymboles Bacchus & Minerve, !L caufe de
Ces vins & de fes oliviers.

TENEDOS (Me de), riche en excellons vins, eut entre fes fymboles une
grappe de raifin.
JLAERTBdeCi!icie, eurent
{ ~~<~ Bacchus pour D~m,~&
Divinité
ScErsis de Troade, P°" & poui
pom
iymbote, à caufe de leurs beaux vignobles.
TiEio s10
III.
~M~b~E~ j~rj<r~ <A/~ ~rz~ ~~xfTjrjMM.
Neptune, les Diofcures & un navire, furent les fymboles des Villes ncuees
fur le bord des eaux & qui fë livroienc a la navigation de celles-ci cmr'autres~
~Mr<, Neptune, 6'c.
ATTAm nommée aujourd'hui Sata!ie Ville de Pamphylie fur le bord
de la Mer, avoit pour Symbole la tête de Neptune &: fon tridenr.
BEMit, Ville maritime de Phénicie, avoit au~ revers dé fes MédaiUes Utt
bonnet des Didfcùres un pavillon de vaifreau.
TïNos (Me de), pour fymbole Neptune.
TRipoLi de Phénicie avoic entre'(et fymboles les Diofcures.
ARADUS,
A<cAi.oM,
DORA
TYR9
b
eurent
p~ ~y~ un 'è'

~anttoucesViUesmMmmes.
AMtHËDON JIDÔN, &C. J
(i ) Peli. T. ni. Vignette P. t~.
Yij
C'e~ par la même raifon que RoM< & PARts htuees fur des FIeuve<~ eurent
!e même Symbole. H en e~ de même de t
GAZARA ou GADARA, Ville maritime prws d'Axot dans la Paterne. Elle
pour revers un vaiueau à neuf rames fur une Médaille de l'Fmpereuc
a
Antonin, avec l'in(criptioft A~yM«, naumachie, ou jeux fur l'eau. ( t )
C jE.
CARTHAGB, nom qui fignifie Ville (C«r~A) des eaux ( ag) eut pour
Symbole unchevat on a dit qu'it étoit relatif à une tête de cheval qu'on
Trouva en creusant les fondemens de cette Ville c~toit un conte !e cheval
étoit t'embteme de la Navigation & de Neptune c'e~ un cheval que Neptune
avoit fait fortir, difbit-on, de la terre pour marquer fa puinance.
CoRtNTHt eut par la même raifon le cheval pour Symbole; mais il étoit
ailé afin d'indiquer mieux la vicefïe de la Navigation ai!ée ou à voiles c'eft
ce cheval qu'on appeUa PMASE que les Grecs (ub~ituerent au Sphinx
ailé des Phéniciens &: qui fut adopté par d'autres Peuples maritimes.
LAMPSAQUE & ScEMts, un cheval marin.
ALEXANDRIE de TROADE, uncheval paill'ant.

1 V.
SYMBOLES ~~z~rjfF~ r/A~ Ojïj~T~
L c j y.
Les Pays ou l'on voyoit des volcans & les lieux où l'on avoit établi des
FoRGts, prenoient pour Symboles rulcain, Dieu du feu & des forges, fon
marteau ou ~es tenailles.
Ainfi fine de LEMnos avoit pour Symbole ~/c<K?! comme Dieu. du rea j!
Minerve comme Deeue des Arts.
HEpHESTiA, mot-à-mot'Viite de Vulcain dans !a même Iue,avo!t auût
le même Symbole vraies Armes parlantes. Ses Médailles offrent au revers un
flambeau aHumé avec les deux bonnets & les deux étoiles des Cabires.
Ce Dieu, fon marteau à la main & fous fon nom de CABiRE, tris-grand,
~e voit fur les Médailles de THEssAna. (i)

.L Il 11

i ( t ) Pell. T. Hï. Ficuïea P. ( t ) Beger, P.


~y~p~jr~~f.
CYn.ENB, Ville d'Afrique avoic pour Symbole le Sy~h'um plante tr<~s-
commune dans fon territoire & dont fans doute elle ~aifoit un grand com-
werce.
P d L Jtf f E A.

LaJuDEE eut pour Symbole le palmier: elle e~: représentée dans tes Me-
dailles de Vefpanen fous la figure d'une femme trifle & ptainrive attachée à
unpaimier.
Ce Symbole Surprend 1< Savant SnAw, Voyageur pxa<~ qui afîure qu'il
y a peu de palmiers en Phenicie ignoroit donc les anreux ravages que
caufent le tems, tesinvauonS) la barbarie., &c. & à quel point toutes ces
chofes changent la face de la terre. L'itle de Madere n'ccoir qu'une forêt
!or(qu*on la découvrit à prêtent il .n'y a pas un arbre, & l'on cher-
cheroit en vain aujourd'hui ces belles vaitées de Saules qui environ-
noient Babylone. La Judée écoit riche en palmiers PnnE nous l'apprend &
c'eO: un Témoin qui en vaut bien un autre. ( i ) "Les Palmiers de Judée,
jt dit-il, fur-tout ceux de Jéricho, l'emportent fur ceux de tout autre Pays,
M par
leur MuLTnuDE, leur fertilité & leur réputation. Ceux d'Archeiaïs,
» de Phafelis &: de Livias dans la même contrée, font autH fort eOimes.
H ïatloit qu'ils y fuuent bien communs puifqu'on.en tiroit des objets de
comparaifon c'eft ainfi qu'EsAiE ( i ) compare la profpérité des Hébreux à
celle' des Palmiers ce qui prouve à quel point la culture de cet arbre réuf-
unoir en Judée, quoiqu'aujourd'hui il n'y en ait que dans les Vallées où ils
exigent bien moins de foins que fur les hauteurs.
Ce Symbole fut égatement celui de la Phenicie & de la plupart de fes Viites.
On le voit fur lés Médailles de T R t p o 1.1, d'~ R. A p u s, de N A p L o us ~de
SEPHOMS.
Les Médailles de TyR & de SiDON ot&ent par la même raifen des pal.
mes pour Symboles.
Qn ~cnt que le Palmier <e~trouvo!t,fur les Medaittes~ de jcette contrée,
moins comme production nationale que rcomme étant retatifau:no<nmcme
~e PhéMicie mais c'eA une erreur nous avons vu que le nom de Phéniciens,

po J
(<) Uv. MH. Cjh. ïT. ( t ) Chap. x<Yïi.
ïemcme que celui deP<tNi porté par les Carthaginois, &d'ou vinrent ks
mots ~K/ï<ya<, & /'wMc<~ ou yon~<M<, d~ftgaa conllamment la couleur
rouge.
Ajuoutons que fouvent on n'a pas entendu le mot de 0~3 .B<H~ donné
au Palmier dans les Livres des Hébreux: on l'a couvent rendu, très-mal à propos,
par celui de Racines. Porphyre, qui étoit Phénicien, appelle le Palmier Baïs,
Saint Yean ( t ) appelle les Palmes J?<«'<t ~A<MÂro/

A c.

La MnsstNïB Pays montagneux, prit pour fymbole un renard animal


très-commun dans les Pays fourrés. Aufii Anaxadame, Roi de Sparte, vain-
queur ou plutôt de~u~eur de la MefÏente~ prit pour fymbole un Renard ~c/M-
C'eO: à un renard qu'Ariftomene, célébre Héros Meffénien après avoir
~ce renfermé dans une caverne par les Laccdémoniens, rue redevable de fou.
û!uf.
T~jrc~rA~.
La SiciLE eA dengnce par le Triquetre, ngure a trois jambes, à caufe de fa
figure triangulaire.
OLBA les Princes d'Olba avoient un ~ymbo!e femblable, parce qu'ils r~
gnoient fur trois Provinces, Otb~, Kennads &

To~ry~.
Le PEi-opoNïSB a pour i[ymbo!e une ToRTUE aux pattes étendues comme
.pour marcher, parce que fon corps & tes pieds ~dUant peignent auez bien le
~€h)peBe& & fes grandes avances dans la Mer.

T o y.

UM:t~e cottfonnee de Tours, ou Cybe!e~, ~ervo!t de ~mboïe at d<? Vil!e<


fortes ~entear~es pour !eM dc~cn~ë, de murs & de fours.
CARTMÀ, Ville d'Espagne &r fë bord de !a Mer, avoir' uh'parei! ~m~
~ole, comme étant la clef du Pays & la Métropole d'une grande contrée:

~j ETapg.C~p..XII.
e~Kre le <ymbo!e de cette Dcedc, e!le &von auni celui d'un homme qui pèche
à la ligne, emblème de ~Htuation, très.bien défignée d'aitleurs, par fou.
Dom, compote de CA~T, Ville, & d'ElA, eau.
AsopE de Laconie, Fi.AVto-Poi.ïs de CiMcie, ont
toutes pour fym-
B<KA de Lacon!e, LAODicEE bote une Femme tear-
CANATE deCoetefyne, NïSA ou Scythopotis \*fe!ee avec divers attri"
CHAicis de Syrie, TvANEdeCappadoce, Jbuts, entr'autresdes-
DAMAS, épis.
~icrojr AjE..
Nows avons vtt que ta plupart de~Vittes qui avoient le Minoraure pour
fymbolc. l'accompagnoient delaVictoire. Ce fymbole étoit relatif à leur
Agriculture, comme nous l'avons prouvé dans nos Volumes précédons, re!ati-
vement à la Deeue de la VtcToiRE, dont la Fête terminoit l'année agricole..
Quelques Villes agricoles &t(oieBc plus eHes prenoientle nom même de VtCTo~
~EusEs: telles
OscA Ville d'Espagne, qui prend le titre de VicTRix &
OBUt-co, Ville du même Pays, qui prend celui de ~x~r<<, chez toutes
deux ~f?ort<M/<(i).
ARTICLE V.

yjtfjB o~ relatifs aux I?/Mn~ Pfû~a'j /n<;M/~r<


Nousavon~ vu que !es. Peuples agricoles prenoient C~~pour ïymbofe:
les Peuples maritimes, Neptune, & les Cabircs ou Diofcures; les Peuples à
oolcans ou forgerons ~M/M/o; les Peuples à oliviers, Minerve ou 7~; les
Villes rbrtes, Cybele & fes tours les Peuples à vignoble, Bacchus: en forte
que par les (eu!s fymbo!es de ces Nations, on peut connoïrre leur 6ruation &:
la nature de leurs produ<~ion!.
Mais on voit un grand nombre d'autres Peuples prendre pour teurs (ymbote~
des Divinités dont ott n'apperçoir le rapport avec aucun objet déterminé; en
forte qu'on feroit tenté de croire qu'tt y a beaucoup d'arbitraire en-toutes ces
choses. Ces Dieux font, fur-tout, Hercule ou Apollon y Atlaftc ou Diane oc
Yunon.

(t) Vetaz~uM, M. XI, 7. s.


Ma!s avec un peu d'attention, on appercoitbien-t&c les motifs de ce choix,
M qu'on défignoit par ces Divinités (ymboliques.
HERCULE.
HERcuM doit le Dieu tutelaire & le Symbole de TYR & de plufieurs Co-
lonies de Tyr, telles que THAME, CADix, &c. Il étoit auul le Symbole de
PERINTHE d'ARGOS &C.
Dans toutes ces Villes on le répréfentoit avec (a peau de lion & fa manaë,
ou amplement fous l'emblème de <a manue furmontée quelquefois d'un
carquois. ASTARTÉou EUROPE.
5 TAIt
A T É
ou E U R 0 P E.
AttAB-TB eu EuRopE étoit la Deene & le fymbole de,
SIDON & de diverfes Colonies Phéniciennes de celles-ci, par exemple;
'GoRTYNB dans l'IHe de Crcte.
CALAGURRix en Espagne.
AMPHIPOLIS de Macédoine.
Toutes la reprcfentoient &{nfc fur fon taureau, avec Con voile flottant qui
la faifoit arriver à bon porr.
DIANE étoit la DceMe & le fymbole de la MEONII, de la Ville d'EpHESE,
des ICARIENS. On la reconno~c à fon CERF.
JuNoN étoit la Deene Tuiélaire de SAMos & de CARTHAGB & on. la rc-
connoiffoit à fon PAON.
Aton-oN etoit !eiymbo!e & le Dieu de t'Me deRHODBS, d'AMoneos, de
M!TYt.ENB & avecDiANB, le fymbole de DEi.ot.
JuptTER en6n, le Dieu tutélaire de Rome & de l'Me de Crère.
Voilà en apparence bien des Divinités différentes dont on n'appercoicnu!!e-
ment le rapport avec les Peuples qui les prirent pour leurs fvmbotes mais ann
de parvenir à quelque cho~e de Cacisfaifaut tà-deffus, commençons par ramener
à <eh ju~c point -le nombre de ces Divinités: ces ux que nous venons d'enu-
m.érer (e reduifent à trois, prefentees ici fous un double Hom~ l'Oriental Se
l'Occidental.

~aTerre.
En enct, Hercule & ApoMon ne font. qu'un feul & même perfbnnage,
peignant le Soleil; auffi étoit-il appelle à Tyr Af</c-<!r~c ou ~r/<Roi de

AsiARTà,
AsTARTEouReineduCiet~ Eu~ofE ou l'Occidentale, .FuNoMou!aReine
du Ciel, DtANE au Croinani (beur d'Apo!!on, ne font également qu'une feule
&même Divinité, la lune.
La même Divinité étoit adorée à Babylone fous le nom de SEMi.pAM-ts,
la Reine du Ciel, & fous le fymbole de la Colombe, oifeau de Vénus.
Nous avons donc ici les trois grandes Divinités de Saturne ou du Labou-
reur, dont nous parle Sanchoniacon, &: toutes trois prifes dans la Nature,
J~w ou le Dieu Suprême, le' Soleil & la Lune, Roi & Reine du Monde
Physique.
Il n'ed donc point étonnant que ces trois Divinités ayent été prife<; par
un grand nombre de Peuples pour leurs Symboles il en devoit être ain~ dans
l'Orient fur-tout, dont la Religion étoit la Sabéenne & chez !e<que!s on
retrouve en enet !e Soleil & !a Lune fous les noms d'Hercule & d'Aftarie ou
Europe: tandis que dans ~'Occident, ils font Apo!ten,~& Diane comme ~oeuc
d'Apollon la même qu'Europe ou l'Occidentale, Junon, Souveraine des
Dieux, &: ~/<c Reine des Aftres.
H paro~ même que les Peuples livrés aux travaux pénibles tels que !'Agri-
culture & la Navigation & qui fuppofoient une grande force, choiMbienc
Hercule ou le Soleil pour leur Divinité tandis que les Peuples qui n'avoienc
point ou peu d'agriculture, & qui (ub~oient fur-tout de leurs fruits ou du
produit de leurs arbres, ce qui n'exige point de force, ou qui fe livroient aux
Arts (edentaires choindbient Minerve ou la Lune pour leur Divinité ain(t
Athènes qui devoir tout a fes oliviers, avoit choifi cette Deene pour fa Pa-
trone les uns étoient <<ï/!j du Soleil les autres, ceux de la Lune. AufH
HERCULE ctoit tt adoré & avoit-il des autels comme nous t'apprend Dénys
d'Haticarnane (t), daas prefque toute l'Italie, Pays rempli de Villes agricoles.

D i A M E.

La Lune qu'on adoroit dans fa Pliétiicie fous le nom d'A~a~e. t'ctoit chez
d'autres Peuples fous celui de Diane on )a reprefentoi: armée d'un arc Ce
flèches, d'un carquois & couronnée d'un croiuanr.
Telle on t'honoroit aPERGE de Pamphylie.
A ErnESE à CoTiEE de Phrygie &c. on l'adoroit fous des fymboles rela-
tifs à la Nature univerfelle, la mère de tous les êtres, avec un~mutdrude

( ) Antiq. Rom. Liv. i~


Tc~. 7.
de mamelles, & un cerf pour fymbole comme Deene de la chade, &
caufe de ~es rayons co 'parés à autant de flèches. Souvent même le cerf eft
placé feul comme <ie6gnant Diane d'une maniere auez claire.

y U NON.
Dans ptuneuis Villes on adoroit JuNoN comme mère des Peupfes, on
comme protectrice des mariages, fous le nom de Pronuba telles
Hyp~rA de Lydie SAMOs, TRALLES, SEBASTo-Pons en Eotie~ &rc.
L u N u s.
Le Dieu LuNUs étoit ador~ chezpluneurs Peuples de l'Orient; c'eO: la Lun&
fous un nom mafcu!in tandis que le Soleil étoit du genre féminin, comme
il l'eO: encore chez les Germains.
Ce Dieu LuNUS ecôit le Dieu tutélaire de CARRHBS.
CtBYRE le reprécentoit fur fes Médailles, avec un croinanfdcrtiere les
épaules.
JULIA GoRDUS )
SARDES de Lydie.
StLANDUS J
de Phénicie.
GABE
NYSA près de Traites en Carie.
SEBASTE de Phrygie.
TAB~e de Carie.
TRArME du Pont, &c.
avoient toutes le Dieu LuMus pour ~ymocte~

ARTICLE VIL
.Syjf.Boj:~ DBJ Co~o~ri~
<
t.
COLONIBS F~yfCTE~
n'e~pas étonnant que nous trouvions un grand rapport entre les ~ym-
H
boles de l'Efpagne & ceux de la Phénicie qu'on y retrouve l'alphabet Orien-
tal les mêmes Divinités, Hercule, lus, Europe Vulcain les mêmes<
fymboles des taureaux des chevaux ailés des fphinx, des pampres, des
~pis des Cavaliers la lance en main qu'un même efprir ait anime ces Peu-
ples l'Espagne Maritime ne fut peuplée que par des Colonies Orientales
par des Phéniciens, des Syriens des Cananéens, par des habitans des 'Hes
de Crcie & de Sicile trop renerres dans leur enceinte. Aintt tour y doit
rappeller l'Onent, & préfenter les mêmes phénomènes qu'on obfervoit chez
les Navigateurs de l'Ane.
CADix en: l'altération de l'Orienta! gadir une enceinte utr fes Médailles
~bnt ces mots, Z~ ~Be/'C~r, le Seigneur deGadir on y voit le Dieu Bel
des Orientaux ou le Soleil défigné par le nom de Souverain.
Ce même nom de BEL Boi.~ But fe retrouve dans 0 'i.-coM & dans
CAn.-Bui.A, autres Villes d'Espagne. H e(t joint, dans le premier au mot
Ct~, habitation & dans le fécond, à celui de C~A, Ville.
Les COLONIES confervoient en enet la langue de leur Mere-Patrie elles
cominuoient d'avoir tes mêmes Dieun les mêmes T~tes les mêmes <acri-
fices, les mêmes Symboles ou Biafbn leur Mere-Patrie nommoir aum leurs
premiers Magistrats & leur donnoit leurs Loix & leurs Coutumes il étoit
même d'ufagc que les Colonies lui envoyanenc toutes les années des pré-
mices de leurs récoltes) & qu'eUes volauent à Con fecours dans le befoin.

i.
CotO~fBS GxJEC~Ft~.
C'ett ainfi que SvRAcusc conferva les fymboles de Corinthe dont elle
croit une colonie fur- tout le cheval Pegafe & que t'Me de SmipHE eut pour
fymbole la Chirnere, étant Colonie de la même Ville.
Comme l'ine de SipHNE, près de l'ine de Crète, avoic précisément: le même
fymbole que celle de SERtpHE il y a apparence que fes ~abkans avoienc la
même origine que ces derniers.
EMPoRtUM en Espagne Colonie d'~mporium de Sicile, en avoit conserve
les fymboles Minerve & Pegafe fautanr.
Les Colonies Athéniennes avoient la chouette pour Armes, en particuuet
ÂMisus, Ville du Pont, & pendant un tems capirale de ce Royaume.
C'e~ainn que Rome tint d<* Troie la truie & fes petits, qu'on voit fur les
Medaittes de Vefpauen & de Tite, & qu'Adrien iit mettre fur les portes de
~ru&ktn.
Z
?'
7/!ccw~«)M qui r~/M/~y!< ~< cette Communauté Je Symboles.

Cet ufage trcs-intcrenant d'ailleurs pour les Peuples qui l'ob(ervoient, a été
l'une des principales caufes qui ont fait perdre de vue les motifs par lesquels (e
dirigèrent les anciens dans le choix de leurs fymboles car le même devenant
ainn commun à pluneurs par des motifs fort dirRrens de fa premiere infticution,
il n'ecoit presque plus podtbie de les démêler, encore moins de fuppofer que
Je choix de ces fymboles avoir roujours été déterminé par une raifon fage &:
relative à ceux qui faifoient ce choix.

C<«</<J des Armoiries co/H~M/zM à ~y<r~j Maifons modernes.


C'e(t ainn qu'il ~eroir tres-dimci!e aujourd'hui de retrouver la vraie caufe du
choix que firent pour leurs Armoiries nombre de Maisons qui remontent aux
XI~. XIIe. ncc!es &c. quoiqu'on en puine indiquer deux générales, dont nous
avons déjà parlé: i°.!e rapport du fymbole avec le nom de famille i<e
rapport d'une famille avec un Seigneur Suzerain. Dans ces deux cas ce rap-
port déterminoit le (ymboJe au premier, par le choix de l'objet indiqué par
le nom au fecond par l'adoption en tout ou en partie du fymbole du Sei-
gneur dont on relevoit de-!à, cette multitude de lions de léopards d'ai-
gies, de lys, de croix, &c. répètes dans les Armoiries modernes. La France
ayant des lys pour Armoiries les Comtes des Pays-Bas, le lion les Rois
d'Angleterre le léopard; les Empereurs, l'aigle ;l'Eg!ite, la croix; il étoit
naturel que dans les batailles, leurs grands Vaffaux (e nfÏent reconnoitre par
les mêmes Armes quoique modinées de mille manières au~H la croix étoic
îe fymbole des Eglifes & de leurs Avoués J'aigle, l'emblême des Villes Im-
périales de même que la plupart des Maifons'd'Italie ajoutent au fommet
de leurs Armes le chef d'or à l'aigle de &ble, qui font les Armes de l'Empire
tels les jSo~e, les .M~M, les de la ~t~, &c. à Rome J~
les à
Urbin les ~/c~ à Milan les jf~' à Ferrare &c.
C'eA par quelque raifon pareille qu'en Bretagne, les RoHAN & un grand
nombre de Maifons, ont des macles dans leurs Armoiries, fymbole preC.
qu'inconnu ailleurs.
L'Angleterre adopta de <neme le Mopard comme ayant poucde h
Guyenne & la Normandie donc il formoit les Armes aufli un grand nombre
de familles de ces trois Contrées ont le léopard pour Armes. D'ailleurs les
grandes Maifons de l'Europe, antérieures au Xle.Gcde, aboient leurs fym-
boles & leurs cris de guerre, qu'elles ne perdirent point dans le tems des
Croifades, 6e qu'elles perpétuèrent au contraire comme prcu\'e de leur an-
tique origine.
H fe peur encore que quelques familles nouvelles lors des Croisades, em-
prunterent leurs fymboles de quelques objets relatifs à leur voyage d'outre-
mer mais nous nous croyons en droit de foutenir que cette caufe n'e~ point
comme on t'a cru, l'origine du Blafbn ni même l'époque de notre Blafon tel
qu'il exi~e.
Nous pouvons rendre raison, par exemple des Armoiries anciennes de la
Guyenne des Celtes & des Francs. Nous venons de voir que les Armoiries
de la Guyenne font un léopard celles des Celtes fur-tout les Belgiques
ctoienr un lion; & celles des Francs, un crapaud mais le lion dé~gne un Pays
agricole comme la Celtique le léopard confacré à Bacchus, déftgne les vi-
~o~/M & ceux de la Guyenne font très-anciens le crapaud, les marais dont
entrent les Francs.
MM. les Armorialiftes nous apprennent de même que la plupart des Mai-
sons de Bourgogne portent de gueules, parce que ce fut de tout tems la
couleur de cette Province. C'eft par la même raifon que les Croifés ne porte-
rent pas la croix de la même couleur chacun prit la couleur de fon Seigneur
Suzerain. Lorsque Philippe Augufte, Richard Cceur-dc-Lion, & Ferrand
Comte de Flandres (e furent croies enC:mble le Roi de France prit la croix
rouge, celui d'Angleterre la blanche, & le Flamand la verte, en quoi ils furent
imités chacun par leur Armée. Mais ceci nous apprend que ces Princes
avoient déjà ces couleurs elles étoient par conséquent antérieures à l<uc
Croifade.
Ajoutons une aotre caufe, la divifion d'une Famille en plu lieurs branles,
qui ayant di~erS un même fymbole en pludeurs lieux thit qu'on n'apper-
çoit plus dans la plupart le vrai motif de leur in~itudon, & que tous ces
Symboles n'o~Seni plus que confunon.
Mais revenons aux Symboles des anciens Peuples il ne nom refte plus
~u'à parcouric ceux de la Sicile & de l'Egypte.
j!
A R T 1 C L E V II I.
J L L S S D E S 1 C 1 E.

La S!C!i.E, remplie de Colonies étrangeres & de Villes puiuances, dont;


elle étoit redevable à fon agriculture, offre des Symboles tres.remarquabies.
Celui de l'ine entiere cA une tête couronnée d'épis & d'oA fortent trois
jambes di~pofées en forme de roue-, auxquelles cène tête fert ainn décentre
cette figure e(t tout à-ia fois peinture & de la fertilité de la Sicile & de fa u-
gure triangulaire de celle-ci par fes trois jambes, de ce))e-!à par les épis.
~.R~Ct~.E a pour fymbole ou un cheval ailé ou un char à quatre che-
vaux dont le Conducteur eft couronné par une Vicbirë qui plane iur fa tête.
Ses Divinités tutetatrcs font les grandes Divinités de tous les Peuples agn-'
cotes le Soleil, la Lune, la Terre féconde: ou avec leurs noms Mytho~
logiques, ~o//oK~ Diane ~r~.
Ce cheval ailé, fymbole également de la ville de Corinthe dont Syracufe
étoit Colonie, avoit ainfi que le cheval Carthaginois, un rappott immédiat
au commerce Maritime de Corinthe & de Syracufe. 4

Le char à quatre chevaux couronné par la Victoire, étoit t'embleme de


l'agriculture norinante à Syracufe & de fes heureux effets.
P~jyo~M~ a pour fes fymboles fur une de fes Médailles, avec une In)f-
cription Phénicienne, d'un côte une tête de Ccres de l'autre, un cheval aile.: MI

ce font les mêmes emblêmes & par la même raifon.


C~r~JVB prend toujours pour Symbole la corne d'abondance.
.M~y~f, dont !e nom au pluriel à tant de rapport à celui du ~ozBJt & de
laft~ (MEN & MENE) eut pour Patrone Cérès, & pourfymbote deux
flambeaux en fautoir. Ce font donc des ~r/nM~t~A~a~dcngne des
flambeaux, le Soleil & la Lune, les deux grands flambeaux de rAgricu!teur.
A~xos, riche en vignobles, eut pour Divinité ~«MÂMj pour Symbole
une grappe de raifin.
~GBSTB a pour Divinité tutélaire Diane c~<~r~:pour fymboïe uo
chien courant & à la fuite de (on nom ces lettres ZIB.
Nous voyons dans CicERON ( ) que Diane chanereue avoit dans cette
Ville un Temple magninque, dont les fuperbes reftes font gravés dans la def-

/,)iy.H!mng. contre Vcrret~ N"


cripnon de la Sicile par d'ORviLLE. (i) Telle dl la defcription que fait Cicé-
ron de cette Deeue, ou pour mieux dire de <a Statue.
Erat admodum amp)um & excelfum ngnum cum ~ota. Verum tamcn
M inerai in ma magnitudine s:ias atque habitus virginalis fagittx pendebant
M ab humero nniftra manu retinebat arcum, dexirâ ardentem facem pr.E&-
rebat
La Statue de la DceCe étoit grande & élevée mais dans cette forme
M cotouale eUe con(er~olc les
graces & la pudeut de la )eune({e un carquois
plein de flèches ctoit fu(pendu à (es épautes d'une main, elle tenoit fon
» arc de l'autre eUe portoit en avant un flambeau allumé.
Ne Soyons pas étonnés du choix de cette Déeue & de ces Symboles couc
en en: relatif a la ntuation & au nom de Segefle.
Elle étoit fituée en effet dans un Pays admirable pour la chaue.
Son nom, prononcé ~c/Fe, étoit un adouciuemeut de l'aspiration Orientale
qui fervoir d'Article à ce nom, & que nous trouvons en effet écrit
dans STRABON PAUsANtAS &:c. &: tes Habitans ~f/?<ï<o~.
C'eft donc une allufion au mot Oriental D!~p arc, qui joint &rArtic!e(r<)
ké, nous donne A<-g< mot-à-mot celle qui aime la chane. Aufli Diane Chai-
~ereue eft fa Divinité & un chien courant, fon Symbole.
Le mot Zib, qui ~uit'&n nom & qu'on n'avoit encore pu expliquer,
en: relatif à toutes ces idées c'e(t le commencement du Z~n~des Illyriens.
& des Grecs qui ugnine lance pieu & qui vient de l'Orienta! My, T~t~
attaquer, faire la guerre, donner la chaue aux animaux, ce qui 6tC la pre-
miere des guerres.
Nous bavons donc à quoi nous en tenir maintenant fur !*Hi(toire fui-
Tante relative au nom de cette 'Ville. S~?< dit-on, ntle d'Hipporas, ayanc
été envoyée par Con père en Sicile pour la dérober à la cruauté de Laomedon,
y fut aimée par le Fleuve Ctimi(e qui la Curprit en fe cachant fous la forme
d'un chien de-là naquit Egc~e t'~c~ de Virgile entbrre que la Ville qui
auparavant s'appelioit Egefte, prit dcs-tors le nom de Segefte~ &: un chien
pour Symbole. ( i )

Ii)Planche~urta pag.8~.
( i ) Je fais grand cas de ces Traditions Fabuleufc! 8e Mythologiques, parce qu'elles'
inoas conduitcnt presque toujours à la découverte du vrai. Nous voyons dans cclle-<:ï
Sue cette V~Ic eut deux noms, d'abord B~e/?e. puis <~e/?e, & que ceux qui 1m don-
T~MMEJ\rfrM avoi: pour fymbote «n /~rMM. C'etoic une attuuon
fon nom qui peignoit fa utuation lignifiant habitation fur une mc/i~~i'.On
fait que tor en Oriental ngnine montagne, d'où !e 3fon~-7'M~jenAne, &
!e Mont-Taurus fur lequel étoit cette Vitte & fi elle prit un taureau pour (on
fymbole, c'ed parle principe dont nous venons de par!er c'eft qu'il n'y a
nulle différence entre les noms primitifs de montagne & de taureau.
SEL~o-vrE fur t'Hypfas, dont les bords étoient couverts de pern!, prit
fon nom & (en fymbole de cette- plante.
C~M~AJTJVE étoit fituée dans des marais. C'e~ ce que 6gn)ne fon nom en
Onenta!?'y-1on(M~<!r-<tM) ea'.)x noires, ou marécageufes, même nom
que"ce!ut'desP< C/M<rM~.Ii n'en: donc pas étonnant qu'e!te eut pour
fymbole un cygne & des poifloos.
~C~fG~Jvr~ ou ~e~j, ngninoit terre haute. Elle eft en ecfet fur une
montagne au Nord de la Mer. Ses fymboles font une ~rev~' de Mer &: un
<j/e qui tient un !icvre dans Ces (?rres. Cette Ville éroit dans une Contrée
de chaire &.de pèche.
A~T/. ? Je joins ces deux Villes, parce qu'elles ont le même fym<
fEO~rr~M. ) bole.
Toutes les deux un lion c~ C~j pour Patrone.
Ce font précisément les deux caractères dont la réunion tbrmoit le Sphinx
c'e~-a-diretesdeux Cignes fous leïque!s!amoinon(e fait dans la plupart des
Contrées de !'Europe.
~E~TJ a beaucoup de rapport au nom de Neith, que Saïs donnoit à
Minerve &: qui ~gni~e une personne du Sexe. Cette Ville auroit donc pris
ion nom du figne de la moi~)nneufe ou de la Vierge, tout comme Leontiuiii
prit le fien du figne du lion.

nerent ce dernier, Sreht allufion à fa fituation & au rapport de ce nom avec celui des
Chaffeurs en langue Orientale nous pouvons donc avancer que fon premier nom arolt
une toute autre caufe, & qu'il défignoit ia lituation de cette Ville fur le confluent de deux
nvieres qu'on appclla le Xanthus oc le Scamandre, à l'imitation des rivières de Troyc.
En effet E~-e~-fe, fignifie mot-à-mot en langue primitive d'Europe, qui eu: fur deux
aigues ou eaux. De-1) le npm de Se~e~: donne à pluHeurs autres lieux Htuës de la même

~HMc,
maniere. Ceci donne lieu a une obfcrvation efrentielle c'cft qu'il faut diflinguer avec
ibi~ la fignification premïerc d'un nom, oc les allumons dont il s'e~ chargé dans la
FJW~. Omettrions-nous cette'Ville célèbre par !'en!évemenc de Profer-
ptne oc digne de terminer cette petite Me des Villes de Sicile ? Elle avoit
pour Patrone Cérès dont le fymbo!e étoit un char ou une charrue à deux dra-
gons ailes, avec Hercule au revers emblêmes relatifs à l'agriculture, qui
étoic tres-noridante à Enna audt étoit-ce le lieu où l'on célebroit avec le plus
de pompe les Fêtes de Gères. Le nom de cette Ville vient du primitif Cette,
Hébreu, &c. En 7?<a, 0~, qu~~gnine yo~rc~. H y en avoit de très-
1,

belles à Enna & elles lui procuroient des prairies très renommées ces
prairies où l'on dit que Proferpine cueilloit des fleurs lorfqu'eUe fut enlevée
par le Dieu des Enfers.
ARTICLE IX.
~r~BOZB~ DES ~f~zE~~JEcyprjr.
Panons premierement en Egypte. Là, nous verrons toutes les Villes porter
des noms fignificatifs & chacune nous dit-on, adorer des Dieux étrangers,
a caufe defquels elles (e faifoient, ajoute-t'on, des guerres à toute outrance,
chacune pour faire triompher (on Dieu de tous les autres & ce culte de
figures étranges, être établi, en mémoire de ce que les Dieux, dans la
guerre des Géans, s'étoient cachés -fous ces figures de chat, de chien de
!oupt &c.
C'étoit répondre a une allégorie obscure, par une autre plus difficile à con-
cevoir. Mais les anciens Egyptiens favoient bien à quoi s'en tenir fur routes
ces chofes ils étoient bien sûrs qu'il ne falloit pas les prendre au pied de la
lettre eux qui, à TA~j, adoroient un feul Dieu Créateur, & qui dans
leurs My~cres enfeignoient & ce Dogme, & celui d'une vie à venir. Mais
développons ces obfcurités énigmatiques.
Les Villes d'Egypte utuées, prefque toutes de la même manière fur des
chauuees le long du Nil, ne pouvoient fe diftiuguer par des noms tirés de
leur ntuation on fut donc obligé de recourir à quelqu'autre moyen.
La plupart prirent les noms des Pianettes ou des ngnes d'autres des noms
d'animaux, ou des produ6tions les plus remarquables de leurs Contrées. Ain~
elles s'appetlerenc Soleil, Lune M<rear<, M/<er, /<on chat c/'oeo~ cA~-
fr< ou capricorne, &c. Telles furent
La Ville <f0/ï, e'e~-a-dire Ville du Soi.tti., en Grec ZMo-~o/
La Ville de ~nMO/ï, mot-à-mot, !a Vtn.B du BELIER, mais en Grec
.Dw-PoA-touViHe d'Iou, de Jupiter: nous verrons bientôt pourquoi.,
.p~. r<MB. At
La Ville de ~M~<, c'e~-i-dire du CnAT, ou de Diane.
& Aft~ routes deux Villes du capricorne, ou du bouc.
Ils avoient encore les Villes du /~r~, des croc~/cf, du loup, &c.
Tandis que celles qui purent prendre leur nom de leur fituation ,ne négli-
gèrent point cet avantage telles TTf~j, ~An' &c.
TnHBBS fituée dans les montagnes choini un nom relatif fa HtMation
on dohnoit cciui-ci dans l'Orient à des Villes hautes à des Cirées ce mot
~g)iinoit proprement une r~r<yMr< contre les MMA- aufH <ur-i! donné aux
arches ou vaiueaux & aux'ViMcs hautes des Pays expo~s aux eaux.
5tN, la Pe!u(e des Grecs, ngninoit & en Egyptien & en Grec ~7/~
des marais elle éroit fituée, en effet, dans des marécages.
AïH R.ip, ngnine ca'Hf ~c ~<'tr< c'efi qu'eHe étoit dans ie ca:ur ou le centre
du Delta que les Egypnens appeUp!ent Ria, ( c'eft-à-dire Poire), parce qu'il
<n a la figure.
Mais chaque Ville Ce mettoit, elle & fon nom (bus !a protection d'une
Divinité Tutélaire & elle (e choinnoit, toujpurs dans cette vue, une Divinité-
qui eut quelque rapport à leur nom.
Le Soleil fur la Divinité Turélaire d'Héliopolis.
La~neouDiane,deBub~c.
jM/rrut adoré dans !aViHedubetier, premier des Cgnes, & qui
étoit fous la protection de cette Divinité, ou du Soleil au Prinrcms.
Pan ou la Nature fécondante fut la Divinité des Villes du bouc.

fous ces Symboles leurs Dieux Tutélaites, elles choinrënt les 4~


Lorfqu'enfuire ces Villes voulurent avoir des. tymbojes & représenter

dont elles portoient le nom, ou ceux qui étoient consacres à ces Dieux.
même

Ainn, !e boue ou !e ~r~-pr~ fut le lymbole oc de<ViI!es de Mendès &


<f~/M, & de Pan leur Dieu Tutetaire.
Un ~< fut Je fymbole de Bubale & de Diane ou 16s.
Un &MrM«, celui d'Hc}iopo!is &: d.u Solei!.
I! étoit donc.vrai que tous ces Dieux étojent cac!~s fous la ngu!;e de divers
animaux il n'etoit pas moins vcai que cela etQit arrivé dans-la guerre des
Géans contre les Dieux: car c'ctoit au moment où ces Villes avoient été con(..
truites,pour s'y garantit des inondations, dont les ravages étoient allcgorifcs

lendrier..
fous le nom de C~a/M, comme nous l'avons prouvé da~s l'Hiftoire du Ca-

L'~Hégorie étoic donc ingénieufe! elle ne devmt abfufde que toriqu'on ~e'.
toonut plus évente qu'eue reutermott.
Les Symboles des Egyptiens étoient donc des ARMES rARï-ANTBS qu'en
conclura-t'on Qu'eues n'étoientpas de vraies Armes Mais dans la premiere'
origine de toutes chofes, pouvoic-il y en avoir d'autres Celles-ci n'auroient-
elles pas été ab&rdes&vuide: de fons!t

t.
Enfin toutes ces Villes eurent des<M~M<c/ & ces animaux étoienc
nourris aux dépens du Public & conndercs comme autant de Palladium ou
de gages auurés de la profpérité & de la durée des Etats dont ils étoient les
Symboles vivans. Les Mener ou les tuer, étoit regarde comme un attentat
contre la MajeRé de l'Etat & comme un présage funefte qu'il falloit détourne r
par tous les moyens pofnbles.
Tout ceci étoit dans l'ordre naturel des choses & ne renferme rien qui ne
Me pratique, du plus au moins, par nombre de Villes modernes qui entre-
tiennent encore des animaux comme leurs Symboles vivans.
Mais avec le tems il s'y joignit, du moins des Etrangers le crurent. des
idées (uperfûtieutes & folles comme fi les Egyptiens euucnt fait réellement
leurs Divinités de tous ces animaux.

L'Egypte, elle-même, eut Ces ~mbo!es, tes emblèmes, & comme Etat
Politique, & comme Efac Religieux,
Comme Etat Politique, on la peignoit fous la figure d'un crocodile un
crocodile encha!ne reprefente fur les Médailles d'Augufte l'Egypte captive &:
aux fers fymbole que nous retrouvons fur les Médailles de la Ville de NiMES,
Colonie Romaine compofée précisément de ces Lcgionnaijres ~vec lesquels
Augure avoit fait la Conquête de l'Egypte. On feroit même prefque tenté de
croire que le nom de Nimes, porté par cette Colonie &i(oit allufion à l'ini-
mitié de l'ichneumon contre le crocodile car le nom Oriental du premier
de ces animaux eft NiMs ou plutôt, que le nom de cette Ville entra pour
beaucoup dans le choix qu'on en fit pour y établir une pareille Colonie.
Nous voyons aufit dans PAui. LucAs, que dans une Me du Nil on avoit
gravé la figure du crocodile, pour fervir, fuivant la Tradition du Pays, de
tatifman ou de fauvegarde.
Comme Etat Religieux l'Egypte étoit peinte fous la figure d'une vache
parce qu'elle étoit consacrée à Isis & c'étoit ce que les Grecs appelloient la
~cA<Jc; mot primitif, & un des noms que les Egyptiens donnèrent à la
Lune od à Ins car Isis, comme DeeCe des eaux, étoit Parrone de l'Egypte;
de cette contrée qui ne fubndoit que par les eaux du Nil, & qui d'ailfeucs,
conformément à la Do&rine de la Génèfe, regardoit l'eau comme le principe
phynque des Ettes & cette Ins ou lo, <e peignoit fymboliquement fous la
figure d'une vache à caufe des grandes utilités de cet animal & mythoto-
giquement, parce qu'une tête de vache fervoit de couronne à lus, c'ett-a*
dire, parce qu'InseM la Lune, dont le tymbote eft le <:ro~<
A R TIC L E X.
.SyMjso~sDE~~mi~s~cA~
totiqae pluneurs Villes étoient réunies en Corps de Notions, ou par quel*
que confédération étroite, ou, fur-tout, à caufe d'une origine commune it
y en avoit une qui devenoit le centre de la Nation alors on entrerenoit dans.
célle-ci le feu facré Symbole de la durée & de I'a<~ivi[e de cette confede"
ration. On y depofbit tout ce qui avoit rapport aux Dieux Tutélaires du Corps
entier ces Villes devenoient &A.CREK, la guerre en devoit être fans cefre.
éloignée & ce lieu étoit appelle la Capitale la Métropole, la Mere de la.
Contrée; en Oriental, ÂM Mere ( t~.
OLAf~NT~
Les Villes de l'Orient etolent trcs-Ialoufes dé ce beau droit & et!es s'en glo*
tinoient dans tous leurs. Monumens publics.
TvR & StDeH s'appellent fur.'leuis monnoies ~f/'M des P~yZ:
yeru(alem, c'e(t-a-dire, SALZM i-A.SÀiMTE écoit une de ces Villes Che&
de Confédération car les Hébreux Suivirent Couvent les ufages politiques de
toutes les Nations, lors même quils s'en eloignoient pour les ~entimens reli.
gfeux. C'en: à cau(e de cela que leur Capitale s'appelloit S~/n la Paix ;.cac
une paix éternelle devoit y régner aufli jamais ne fut-eUe attaquée par les

(t) Ce mot primitif, & H cher au fentimen~, eS commun à nombre de Langues.


MMe encore en Allemagne dans n:s dérives Sau~me fignifie Mère-Nourrice &.
~mfMn, un Gbuvetneuf, le Chef d'une Métropole. On voit dans HtsycHiu; qu'Amma.
~gniRoit en Grec Mere & Nourrice.
Il ejttr* Mul dantle nom de la Dee(!e HertA-cm dont nous aurons lieu dé pMlet.
Hent4t.
autres Tribus tandis qu'elles ne formerent qu'un Peuple; & cependant elles
(e faifoient quelquefois la guerre entr'elles. Là s'entreienoit fur les Autels
facrés un feu perpétuel, gage de ta prospérité du Peuple là routes les années
le Peuple (e réunifloit trois fois pour rederrer fes noeuds & rendre fes devoirs à
la Divinité Tutélaire de la Narion à la face de (on feu (acre & de Ces (ymbeïes
auguftes.
JEcyp r~
HBUopons Ville du Soleil, ej) Egypte, étoit cerMinemencune de ces
Villes (aérées, centre de plufieurs Villes.
Il ne feroit peut-êire pas difficile de retrouver le nombre de Villes (aérées
qui étoient en Egypte. Ce Pays écpit divifé en trois Contrées, qui (brmoienc'
autant dé Confédérations particulières, réunies ensuite en une feule. Il ralloic
donc qu'elles eufÏent chacune leur Capitale, leur Ville facrée leurs tymboles
communs à toute là Confédération. Or quoique chaque Ville d'Egypte eût,
comme nous l'avons vu, fon fymbole. particulier ,1'Hi~oire nous montre trois
iymboles remarquables en Egypte, tous les trois de la même nature, tous les
trois relatifs à celui de l'Egypte entiere & chacun dans une des troisCon-
trces différentes de l'Egypte.
Ces trois Symboles font le boeuf Apts, à ~<A< dans l'Egypte du milieu.
Le ba:uF MNEvïs, à ~o~'j, dans la bafÏe Egypte ou la Delta.
Le boeuf ONUPHis, a .MW~M, dans la haute, ouThébaïde.
Ce dernier étoit memefurnommé P<ï~J3~, c'e~-à-dire le Dieu del~
Contrée ou de route la Confédération.
Memphis, étoient donc les trois Villes (acrées de l'Egypte les
Héliopolis, trois ou elle entretenoit (es feux (acres les trois où
Hermunthis l'on fe rendoit toutes les années pour honorer .la
Divinité, & renerrerles noeuds de la Confédération,en la présence de tout ce
que l'on avoit de plus cher & déplus augure. 1

Il eft même digne de remarque que les noms décès trois Vi!!eséro!enp
analogues les uns aux autres, & qu'ils nous pr~emenc entr'eux les crois pria.
dpaux objets du Calendrier.
Car ~/n/~j, en Arabe Manouph ou 2M<<yA, vient certainement da-
mot AfM<~ oM Af~ao la Lune.
û/ï, ou Heliopolis (Ignine, comme chacun le. (ait, Ville du Soleil.
~nan~j~ vient ennn de ~f<r/~ Mercure ou l'Interprète & (ans'
doute de 0/ï,Soletl.
Aind les noms de ces trois Villes nous prérentelit
Le 'Sotei)~ Chefs des mouvemens cc'c~es, & fur !e~que!s le La'
La Lune boureur regle tes ~cns:
L'Interprète des mouven.e'~s ce!~es, ou le Conftrucceur du Calen-
drier, qui en tenant compte de ces mouvemens apprend au Laboureur le
.tems de fes opérations.
~inu rout étoit Symbolique en Egypte tout étoit fait pour l'intrusion
publique jurques aux noms des VHtes, dont la réunion formoit une fuite de
TaMeaux correfpondan'
Et ces trois Villes avoient un ~d'& pour fymbole parce que c'étoit le
fymbole de la Nation entiere; & qu'ainn, lors même que le Peuple (e reuniCbic
en trois Villes dinferentes, il n'y avoit cependant point'd'oppoution ni de
féhifme, puisqu'ils confervoient les mêmes ~ymboies.
Lorfque Jéroboam fe fut (cparé avec X. Tribus de celles de Juda & de Ben"
jamin, ce qu'il eut fait cuivre le Schifme civil du Schifme religieux, il imira
les Egyptiens }u<ques dans cette divifion du Pays en trois Villes ocrées, ou en
trois Confédérations particulieres: car dcs-!ors il y eut Samarie, Capitale de la
Nation, P<M & ~e~</ avec leurs boeufs facrés, qui furent autant de points
de réunion il n'e& nullement probable, en effet, que ceux de Samarie n*eu~-
&nt pas chez eux des fymboles publics de la Nation, gage: aSures de la durée
de l'Etat, emblèmes de la Divinité Tutélaire.

GRE C E.
Lorsque TA~, qui changea!a face de PAttique réunit en un feul point,
pour leur donner plus de confiftance, les douze Cercles ou Tribus de cette
Contrée, dont chacane avoit fon feu & fes AfÏembtées, ATHENES devint une
Ville facrée, une Mere du Peuple; elle eut chez elle !e feu ~cré de la Nation
en elle furent concentrés les droits de Magifirature de Sacerdpce, & les
Symboles Pactes de la Nation.
Il en fut de même des Grecs DEMms etoit la Ville facrée de la Nation
la Ville où s'eniretenoit le feu facré, la Ville de paix, 6c qui ne devoit jamais
ctre ravagée lors même que la Grèce éfoit en feu de toutes paris la ViUe
du Sacerdoce, de i~ Magi~rature & des Augures de toute la Confédération.

lt ~a~<
Ne foyons donc pas étonnés que là fut le Confeil des Amphy~ion: que là fur
d'Apollon; que là fut Oraç/e de la Grèce entiere. Toutes
ces choses conâituoient le droit des Villes (acfées ainu ce ne fat point par
bafard que l'Oracle d'Apollon à Delphes, devint le plus célèbre qu'en lui
fur concentrée la gloire des Oracles de la Grèce c'ctoit une fuite nécenaire
de la Confédération Grecque, aint! que de toute Confédération, de Famille à
Famille, de Ville à Ville, de Nation à Nation.
Ces chofes font dans la Nature: elles doivent donc (e trouver en tous !ieu~
& en tout tems & c'eA par elles que rfMoire des Nations doit s'éclaircir
~e développer.
Ce ne fut pas même par ha(ard que DELPHE: fut choifie pour la Ville iacree,.
&: ce ne fut point par une folle imagination qu'elle fut nommée aind c'e~-à-'
dire nombril, centre, milieu.
Au cennc de tous les Etats confédérés elle (e trouvoit à la portée de tous
on n'en pouvoit donc point choifir de plus avantageufe une fois choine on
l'appella le centre, le nombril de la terre, parce qu'elle en étoit réellement le
centre celui de la terre confédérée, & non de l'Univers, comme l'ont
cru les Mythologues &: les Interprètes mal-adroits qui fe font fi fbuvene
trompés dans les applications des mots généraux de ferM, de ~<t/~Ke, de
F«~Ze, ô~c.
1 r 7. f

RoME, elle-même, fur, dès fa fondation une Ville Sainre ;car tes Chefs
des grandes Familles-Propriétaires qui s'y réunirent dans l'e(pecattce de trouver
en cela leur avantage, y ouvrirent un <t~< lacré & ittviolable. Or teute Ville
avec droit d'afyle, étoit une Ville lainie car elle renfermoic let Symboles <a-
crcs de l'Etat & c'étocuit ces fymboles même dont l'influence s'étendant tout.
autour rendoit inviolables ces alentours, & en faifoit un a~ylefacre; une
retraite fure, un abri à. toute épreuve.
Cette observation fournit même un moyen poar concilier les diverses Opi*'
nions (ur la fondation de Rome il faut aum di~inguer aécenairemenc eHcre
Rome déjà: exilante, & Rome choifie pour le centre de toutes les Familles Pa-
triciennes car dès-lors ce fut une nouvelle Ville; elle eut une exigence H fu-
perieure à tout ce quelle avoit été auparavant, qu'on ne comptoit~a fondation:
que dès ce momenr.
Icicomtnencoir "ce~irement une Ere nouvelle: quelques Annaliâes parent
conter ver te ~.u'.cmr d'un village, d'un bourg plus ancien umpic'habitation
de quelques Pécheurs mais le nouvel Etat ne put dater fes délibérations, fes
Loix, Ces Magiftratures que du moment de (a réunion du moment ou pour
Ja premiere fois on planta fbtemneHement )e c/oH~tc~.
On ne s'égara que lorsqu'on ne fut plus dt~inguer deux époques aum di<ïe-
rentes, &: qu'on t'imagina que ce clou facré étoit le feul moyen par lequel on
(ut compter les années & en tenir regillre. Dès lors ~e répandit fur l'Histoire

objets.
de Rome un brouillard qui n'ecoit réellement que dans les yeux de ceux quï
confondirent ces divers
Les EïRUMMs, Peuple célèbre long-terns avant les Romains, formoient
tuui une Confédération divine en XII Cercles ou Cantons, avec une Ville
commune nommée .Bo~M, de Bol ou ~o/, Con/«/, Z?~r<<~o/ & S~t
Vieillard. Ils font ainti du nombre des Peuples qui étoient divifés en XII.
Cantons, tels que l'ancienne Egypte Fancienne Atdque, i'Ionie ou les Villes
Grecques d'Aue les Hébreux.
rAi
Les ~YRtBMs eurent tuCI deux Villes facrées: HiBuApoi.is, /M. /M. la Ville
&ctee là étoit le feu facré de la Nation, fes Dieux Tutélaires, fes AuemHees:
nous aurons Peuvent occanon d'en parler c'eA la même que l'on appeuoic
MAM-B~cB ou Ville de la Lune.
La féconde Ville facrée de ce Pays étoit Hznol'ons ou BAI.BBC Ville du
Soleil. On peut vo!r ce que nous en avons dit plus haut. ( i )
La Ville d Oi.BA Capitale d'un terHtoire divifé en trois Cantons dans !a
Ciuçie ctoic aum Mne Ville ûcr~e, Con Prince étoit ou Co~/ï
dans toute rétendue du mot, car il étoit Prince Souyerain & Grand-Pretrc,

~t~3f~C~
Les Celtes avoient aum leurs Villes cactées, leurs Meres ou Am, Dépo-;
fitaires du feu facré & des Symboles de la Nation.
Tels ~etoient tes Habitans des Contrées que l'on appelle aujourd'hui Duchés
de Brème de Ferden, du Holdein & de Siefwick, & tout ce qui eA entre
Hambourg ce Lubeck. Ils formoient au commencement de l'Ere Chrétienne
~:pt Peuples nommés dans Tacite (t ) ~<c~n«ytf, ~yMm ~f~/M, ~«r~j,
~«~p/M &<<ïr~pnj ~MMAonj ou plutôt G~~Aonj.
(i) ci-defi'ufpag. if & ii.
(1)cI-dejfÏMt
pag. ï~ & !<.
~7,patE~fBR.
(i) TACtT. de Mor, Germ. C. XL. Dulettatton dans les Mém. de BerUtt pour l'année
Leut
Leur C:i~)c étoit t'Me d'HEtHG-ï.AND, nx milles de l'Elbe & de
Stefwick.
ou du
(
~o/r.
e r/nr croit paifaitement bien choin, ~gninant )j terre du~/K~
r.a cr.~it ic Temple du Feu Sacré ou de Vefh fbit .Fo/?~,
comme le nomrt? encore la rr~d~ion du Pays là ecoient les 5ymbo)es de
ces Peuples &: la Fot'c" iacj~, C'MMj,
hure. Cette Dcenes'ap~e!!ux:ou ~d. le char de leur De:!fe Tuté-
c'e~ dire ~Terre-Mère;
de même qu'on donno~ Rhca le lurnom d'r!<ï ( i ), expre~ion par !a"
~ue!!e on reconnoU~oit ''ccfe Divinité pour la Mère & la Souveraine de l.t
Terre entierc en gcncr.d &: des Pcuptes confcdcrcs, en particulier.
Une preuve (ennbte que ceci ct.-it rcl.tcifà l'Agriculrure c'eft que le char
de cette Decde étoit tiré par deux geniites, ainn que le fut l'Arche des Hé-
breux, torfque !esPhiti~ins la tenvoycfent de chez eux.
Ce fut donc par le plus pui~nt des motifs que les BŒUps formerent l'at-
telage di~inctif des Dieux & même des Chefs de confédérations chez plu-
sieurs Peuples, dans les tems des Fêtes publiques c'ed par une fuite de ces
principes que les anciens Rois des Francs fe montroient en public fur des
chars tirés par des boeufs ainu que les chars des Dieux ufage qui parut
~ecenairemenc ridicule !or(qu'o't en eût perdu les motifs de vue.
C'étoit encore par des boeufs qu'éroit tiré le char de la Prêrreue de Junon
a Argos, Ville dont elle étoir comme la Souveraine puifqu'on y comptoic
les années par celles de ton miniftere.

X I.
SYMBOLES ~r~~Tfrty~~ ~~jc ~o3f~.
Comme les Symboles ne varioient jamais, & qu'i!s eroieni bien connus
il devenoit indifférent d'employer ces Symboles ou les noms de cetix auxquels
Us éroient propres. C'ed ainli que nous difons le CROISSANT pour l'Empire
Turc les Lys pour la France le LEOPARD pour l'Angleterre, les CLEFS pour
le Pape. Il en étoit de même dans l'Antiquité.
Ainft nous avons vu qu'un Oracle dit à Adrafte de donner tes deux filles
en mariage à un Lion & à un Sanglier pour défigner deux Princes qui por-
tqient ces Symbotes.
C'étoit rufage contrant dans les énigmes, les Oracles les Hiéroglyphe!
en un mot dans tout ce qui étoit du renort de l'AHegor.e, de fubilituer au nom

(t) HÈ<YCHIUS.
~r.7. Bb
des personnages, des Empires, des Villes, celui des Symboles qui les c<tMC-
terifoicnt: & c'étoit là une des connoiuances eflentielles aux Sages & & ceux
qui vouloient déchiffrer ces.chofes enigmatiques.
JhREMtE ( t ) donne le nom de Coi-OMBE au Royaume d'A~rie, parce que
cet oifeau étoit l'emblème de la grande Dcefle de l'Orient, de cette Deefle
dont le char chez les Grecs croît attelé de colombes, les colombes de Vendus:
auffi laDeeuedeSyrie doit repréfentée à Hicrapulis avec une colombe fur la
tête: ce qui a fait croire que les Auyriens adoroient cet oifeau domeftique~
tour comme on a cru que les Egypriens adoroient leurs chats leurs chiens,
leurs oignons nous aurons occasion de revenir à cette Colombe dans l'HH-
toire de li~SEMiRAMts Mythologique, fille deSimma, femme de Menon, puis
de Ninus élevée par des colombes, à laquelle ces oiteaux étoient confacrés;
& qui difparut elle-même fous la forme d'une colombe. Quant au Symbole
Adyrien, quelques-uns prétendent qu'on le repre~entoit t~e/M< fes ailes en
M champ ~'or.
L'Égypte en: quelquefois dc~gnee i) par le nom de THANIM, qui n-
gnine, non le crocodile comme on l'a cru mais un~r~o~, fymbole de
l'Egypte agricole.
DANIEL déugne par leurs Symboles, les quatre Empires qui devaient fe
Succéder fur la Terre.
L'Anyrie par un AIGLE c'ecoit (on cnfeigne nationale.
Babylone par un LION aufli y voyoit on la fuue aux Lions.
La Per~e par un BEHER allufion peut-êrre à fon nom d'Etam de même fans
doute que-les rameuses factions du mouton blanc& du moutoanoir, qui onc
déchiré autrefois ce Royaume.
La Grèce ou Alexandre Roi des Grecs par un B o u c fi l~ArmoriaMe
PELioT a raifon de dire que le bouc étoit le Symbole de la Grèce.
Il eft certain qu'on voit des chèvres fur les premieres Medaitl.'s frappées en
différentes Villes Grecques, nommément à Athènes ). Ce Symbole con-
venoit parfaitement à des Pays montagneux tels que l'Attique la Macé-
doine~ la Laconie &c.LaMer de la Grèce s'appelloit auffi ~e. ou Mer des
Chèvres.
BiANCHiNi dans fon Hiftoire Univerfelle ( i ) fuppofe, d'après ce principe,

( t ) Chap. XLVI. ( 1 ) EzECH. XXIX.


(;)PEL!.tMN M~diull. des Peuples Tom, i. ï~ (~)J~onaUmvcr~e, in'~
.Capit.xxx.
que tes combats entre les Dieux dengnoient dans Homère les combats entre
les Nations qui reconnoinbieni ces Dieux pour leurs Patrons ainn, ~eton lui
VENUS défignoit fine de Chypre.
NbpTUME, la'Carie & la Cilicie, dont les Peuples étoient navigateurs.
JuNoM, la Syrie.
DiAN<, l'Ane Mineure.
)
AronoN Babylone.
La Cosmographie de MuwsTM. ( ) nous a tranfrnis un ra'c tres-remar-'
quable dans ce genre. Marcomir, Roi des Francs, ayant pénètre de la Ve~pha-
lie dans la Tongrie, vit en fbnge une figure à trois têtes, l'une de lion,. l'autre
d'aigte la troineme de crapaud: il confulta ta-dedus, ajoute-t-on, un célèbre
Druide de la contrée appellé Ai. RuNus, & celui-ci l'anura que cette figure
dengnoit les trois Puinances qui auroienc règne (uccefuvement fur les Gaules.
Les Celtes, dont le Symbole étoit le lion.
Les Romains, dengnes par l'aigle.
Et les Francs, par le crapaud à caufe de leurs marais.
Quant au nom d'AL-RuNus c'e~ un titre d'honneur, ngninant le P<yM
!e Sorcier, & qui tient au fameux nom des Runes, écriture du Nord.

(ï)UY.U.

Bbi)
ïE
j9j~ 6b~rE~R~ en
P
elles
/o~
A R T

rapporls avec les objets des J~/T~o/M


I
Droit
ï.
/o~/z<~ origine du nom de ces couleurs
~Z'c~r
~?/~M/j qui en con-
.leurs

~o~ €yc.

~jLPR~s avoir traité dans une premiere Partie de l'origine des Symbo!es on
Armoiries, du droit de Bouclier qui leur fie donner le nom d'Armes, &r desr
disertes efpcces de ces Symboles, en un mot de tout ce qui les concerne con-
lidérés en eux mêmes, nous allons traiter dans cette.ci des couleurs de ces
Symboles nous dirons quelle en fut l'origine l'Antiquité & la valeur de
leurs noms, lenr rapport avec les objets des Symboles nous parlerons ea
même tems du droit d'EnCeignes fur te~que!!es brilloient fur-tout ces couleurs
des HERAUTS qui connoiuoient de ces diScren: objets & de leurs réfultats occ.

A R T 1 C L E L

~?jE~ COt~Jt~
t.
Rien n'e~ plus agréable dans ta Nature que tes codeurs dont elle (e pare, &r
dont elle releve la variété de fes Ouvrages tout y brille de leur éclat divers
de leur- vif émail, de leur conira~e délicieux, toujours auorti avec iagene à la
Nature des objets qu'elles nuancent. Le Ciel, fource de la lumière, eft éetatant
d'un bleu clair & lumineux les montagnes lointaines & opaques brillent d'un
bleu obfcur & épais les eaux mobiles & d'o~ renechinent admirablement
tous les objets, ont un bleu mitoyen qui (ans avoir la vivacité du bleu ce-
lefte, n'a point non plus le fombre du bleu des montagnes. Le Soleil étin.
celle d'or ce des couleurs les plus vives la Lune pâle, compagne du repos oc
de la douce mélancholie, ne répand qu'une lunniere douce & blanchâtre au le"
ver de l'aurore, au coucher du Soleil, la Nature offre par-tout aux yeux
ctonnés l'éclat ravl&nt de toutes les couleurs réncchi~out-a-la-fois par le~
Oues~ par les eaux & par tes coteaux lointains: tandis que la terre que nous
habitons & qui eft fans ceCe préfente à nos yeux nous cnre une couleur cui
lui eft propre, o~ qui feule peut être toujours prefente & jamais à charge
toujours agréable & jamais fatiguanre, ce verd humble & modèle, anodes
yeux conservateur de ta vue, dont l'arrivée au doux printerns nous trans-
porte de joie & dont la difparition à l'approche du redoutable hyver nous
laine dans la rn~cne.
Le~ hommes, ïennbtes à cette belle variété en devinrent les admira-
teurs & de même que la Nature avoit divernne Ces ouvrages par les cou-
leurs, ils diverunerent par des couleurs les Symboles qui les caraûeri~oieni,
1
& ils adoptèrent chacun celle qui nattoit le plus agréablement leur goût,
ou
celle des Symboles dont ils avoient fait choix re! aime la couleur dorée tel
autre, leverd:le rouge convient mieux à unceu vif, le bleu à un œi! tendre
dans la jeuneffe ou fon voit tout couleur de rofe, les couleurs edarantes nous
plaifent plus elles s'aubrtiuent mieux à un teinr de lys & de rofes les couleurs
douces oc modèles conviennent à Fage mur elles contrailent moms avec u~
vifage qui fe décolore & fur lequel commencent à paroKre les couleurs pâles
de l'automne. Un Amant chént les couleurs de fa Bergère & le Guerrier,
celles de Mars ou du Héros fur les traces duquel il s'élance. Touc dans le
monde a fa cquteur~
Les Symboles desFami!!es, des Ueros,desVmes, des Empires, rurenC
donc necenàirement diûh)gucs par des coù!eurs des les tems les plus reçûtes
<< à cet égard notre B!aion n'a nul avantage fur celui des tems les plus an-~
tiens.
Il n'en a m~me ni à l'égard du choix des coureurs, ni à regard de !euf
nombre, ni quant à leur application, pas même touchant leur nom toute
cette ~agene e~ celle des tems primitifs, ou l'homme puifa roue dans la Na-
ture, dans cette fource immenfe & intatiuable de connoinances de toute e~
pèce. Il e~ vrai que la di(ene où nous (ommes de Monumens anciens~ cti peu.
favorable pour acquérir fur cet objet toutes les lumières donc il feroit fufcep-
nb!e il ne rcfte que des M<dai!)es, des Monnoies~ des Inscriptions ce ne'
font pas ces Monumens qu'on di~inguoic par les couleurs c'éroient les En-
ceignes, !es Etendards, les .habits, les Boucliers or rien dctouc ce!a n'ëxide'
aujourd'hui nous hommes donc réduits à ranembter quelques faits ~pars
cà & là dans les écrits des Anciens mais réunis à notre grand ensemble, ils,
deviendronc affez lumineux pour nots conduire au vrai.
1.
J~ noms des couleurs <&<cn celui Blafon /K~M, <for~< Orientale;

Un principe fondamental & reconnu de tout le monde en fait de mots,


ëH que toute (cience a été inventée ou perfectionnée par le Peuple donc elle
a emprunte le langage c'eft d'après ce principe que nous reconnoiHons pour
nos maires les Phéniciens dans la Marine, & les Grecs dans l'Agronomie,
t'Anatomie & autres Sciences anciennes. Mais le nom du Blafon & ceux des
couleurs qu'il employé (ont Orientaux; cette connoinance eO: donc venue de
!'0rienc; les Croifés la trouverent exilante dans ces Contrées, ils la rappor-
terent avec fes mois elle ed donc antérieure aux Croifades & elle eut par
conféquent des motifs absolument dirferens de ceux qu'on lui affignoit u ma!
à propos, par une précipitation fans egate.Ainnptus nous avançons dans nos
recherches (ur le Btafon &: plus nous nous auurerons de la faunete de cène
&nerjion) qu'il ne remonte pas au-delà des Xle & XIIe uectes & qu'il ~t
inventé par les Croifes, qui n'inventèrent rien.

F Z 0 2V.

Dans le PicHonna!re Arabe de GïtUHARts, qui vivoit.au dixieme uecte,


&par conSquCnt. avant tes Cronades~on trouve le mot BLADzo~ ~\j avec
les~gniScacioM t~de CMj, Famille, Maifon, at i*. d'/M/~n«t, Armoiries,
~mbotes d'une Maitont
AinRce <tot e~ oriental il étoit connu dans l'Orient long-tems avant les
Croifades; il eft rrcs-ngniEcatif~ tenant à'une Famille immense relative
aux
mêmes idées.; au lieu que chez les Nations Européennes, il n'or&e aucune
idée cjuetconque, il ne te lie avec aucune Famille de mots il ed abïolumem
ifotc il s'y montre Etranger à tous égards.
Il en ed de même de la plupart des noms de couleurs quel Peuple Euro-
péen (e feroit jamais avue d'appeller le rouge g~<«/<~ le -noir* -faite, le verd
finople ? Quel rapport ont ces noms avec leurs objets dans aucune Langue
d'Europe Cela n'eft point étonnant, ils ne font point Européens ils
ont été
pmjSs dans la même fource que le nom du Bt.tfbn.
CtTE~J~E.
Guj!V<ï.B,pour déugner la coulcurirouge, eft l'Of~ntal GA«/, CA<K/; qui
(!gni6e rouge., rofe~ &c. De< le-nomd'un Roone Perfan fort connu, In
GHUL-IsTAN, ou l'Empire des rofcs.

E.

SABI.B,nom de la couleur noire eft un mot egatemenc Orienca!; & qui


prononcé Zéhel, Zibel, fubuAe encore dans nos mots de fburures ~r/<-
Z<~< mot-a-mot, Martre nc~.
R.
L'Azc~ couleur du ciel ou bleu, e(t l'Oriental LAzuRD qui def!gne les
ïnêmes objets, le Ciel & fa couleur; & qui tient éga!ement à une nombreufe
RMniUë Orientale..
f o .P
SïNopn, nom de la couleur verte s'e~ reru(c, quant à (on erymofog!e,
aux recherches de tous les Erudits ils n'ont avancé là deHus que des
conjectures ridicules. Les uns ont dit que fon nom venoit de la Ville de Sinope
en Ane, 'comme n elle Fourniffoit une terre verte, iand!s que la terre y ef):
rouge: les autres y ont vu une altération des mots Grecs Prafind o~, armes
verres, comme fi des armes étoienr une couleur; comme s'it falloit aller
chercher chez les Grecs des noms d'une Science qu'ils n'inventèrent point.
C'eft un nom Oriental de même que ceux qui précédent; il eft compose de
TsiN~ herbe, verdure, &Bi.A, bled, le bled naiuant& d'un beau verd.

3.
~0/< des Couleurs, 6* leur ~a<?/Û/t en ~/n«M.)f M ~M&JC g* que ces
c~j~bn~ <~j /'(3~M~ 6' <tyon Génie ~o/H~.
Plus nous. avançons dans le détail des objets relatifs au Btafon, & p!us noM:
(bmmes obtiges de convenir qu'il dut Con origine à FOrient, & qu'il fut
ctroitement lié avec fon Génie Allégorique.
i.es couleurs du Blafon font au nombre de fept; or argent, les quatre do~c
nous venons de donner l'étymologie, gueule, azur, fable, unople & le pourpre.
Eft il neccuaire d'obferver que nous retrouvons donc ici la rameute
Formule de rept qui fervoit aux Egyptiens à combiner toutes leurs connoip
6mces toutes leurs fciences; & que e'e~ une nouvelle preuve que ces chofes
ont été inventées dans l'Orient f
Ce n'efi pas tout: ces couleurs font diviirces en deux claues absolument
relatives aux Opinions Orientales l'or & l'argent prennent le nom d'n<MMf,
&:Ies cinq autres couleurs celui de Métaux; oc outre cela, il ed de règle
que l'or & l'argent ne (oient pas employés enfemble dans un même champ.
Mais ceci nous conduit à la célèbre divifion des fcpt Planettes, dans laquelle
le Soleil & la Lune font le Roi & la Reine de l'Univers, tandis que les trois
autres, innniment plus petites à l'oeil, ne font que leurs Gardes ou Satellites.
On di~ingua donc neceflairemenc leurs couleurs en deux claues les cou-
lçurs du Roi & de la Reine furent appellces Emaux celles de leurs Gardes ou
Satellites, Moraux~
Les Emaux furent ~cce~iremenc l'or, couleur du Soleil, d'Apollon &:
l'argent, couleur de la Lune ou de, Diane.
Et comme le Soleil regne fur le jour, & la Lune fur la nuit, en forte qu'ils
ne paroinent jamais ensemble fur l'hori&n fur' les champs des C<n~j, des
Familles à Armoiries, ce tut une règle .néceflaire:qu'ils ne minent jamais en*
femble les Emaux fur un même Blafon, ou fur le même champ.
Chacune des couleurs eut donc un rapport étroit avec une des &pt Pla"
nettes,
4"

~~M ~f CoM&Mr~ ~<c P/<M< /ef ~«/o~, les divers


de la via,
L'Or représenta le Soleil Roi (ht jour.
L'Argent, la Z~nc, Reine de la nuit.
Le Rouge Af~rjr, de couleur enHâmce, Dieu de la guerre.
Le B!eu, Jupiter, Roi du .Ciel:azuré auiE cette couleur rappelle y~
piter dans les Livres de Btatbn.
Le Verd, ~cn~, D~efle du Pdntems où rena~ la verdure.
Le Pourpre, Mercure, Minière des Dieux.
Le Noir Saturne, Dieu du tems & de t'hyver, emblème de !a more.
~t~! chaque <;ou!e.ur avoit un di~fid & des propriétés diScrentes, qu'ettc
~enpit
tenoit de la Nature m~me & qui en dccerminerent prefque toujours le cho!x
car il falloit bien qu'elles furent aidées à leurs objet?.
Le ~r~ rut la couleur du pLmrsms, de la jeuncfïc ou tout prend fou
accroiflement~; de l'M~ puifqu'alors rout eA promette d'un avenir .p~'of-
père qu'on n'a qu'à encrer.
Le Rouge couleur du fang & de Mars Dieu des combats, fut ccUe des
combats, des Héros, des Guerriers.
Le-Pourpre, couleur plus tempérée, devint celle des Minières des Autels~i
comme elle t'etott d~ja.de Mercure, M'h~ne des Dieux.
L'Or & r~Mr furent celles des Rois Maures du Monde, & Chefs de la
7K/?/c< qui s'exerce & fleurit fous icur protection & fous leur bon vouloir
d'aiueurs le Ciel azuré fut toujours t'embicme de cette Vertu fans laquelle rien
ne peut prospérer le jB~« étoit auffi la couleur de la Mer & ceUe des Marins.
Le Noir, couleur du blême Saturne, & de l'hyver où tout eft mort, fut
naturellement l'emblème de la mort, de la tfi~eue, du deuil.
Le Blanc fut, au contraire, l'emblême de la joie, & fur-tout celui de la
candeur, de l'innocence pure oc fans tache.
Ces rapports font f! conformes à la Nature, qu'on n'a jamais pu s'en écarter
& qu'ils fe font fentir par-tout, & qu'on leur obéit fans celfe, même en ne s'en
doutant point,
Le Cierge, par exemple, s'y conforme exactement.
Sa couleur propre eft I.' pourpre & il varie fes ornemens fuivant les cir~
confiances. Ils font
Blancs pour les Fêtes de Vierge.
Rouges pour les Pontifes.
riolets pour celles des Martyrs.
Noirs pour les Morts.
Ces obfervations font fi naturelles, que les Anciens s'en fervoient même pour
teurs Divinités.
t~r~ ctoic peinte comme une blonde, à caufe de la couleur des épis
de bled.
~o//cn, jeune & aux cheveux d'or, étant le Roi de la Nature.
Bacchus., comme un jeune homme gros & gras, au vifage rouge ou
enluminé.
~M/M~n, enfume, au milieu de fes forges & de tes cavernes embrafces.
JMM<rye aux yeux bleux comme étant la Reine de la Vouie azurée
tandis que Junon écoit repréfemee, non avec des yeux de boeuf~
M:TcM. Cc
comme on a mal traduit, mais avec de grands yeux parce
qu'étant Reine de la Nature, rien ne peut échapper à ~sregarda
Il en éto!t de même en Egypte.
Le Dieu (upreme, le Créateur de l'Univers, étoit peint couleur de ciel.
lus, ou la Nature univerfette avoit une robe de toute couleur & fur fa tête
les quatre Etémens repréfentés par quatre cercles concentriques, ayant cha-
cun la couleur d'un Elément.
Leurs Monumens, peints, doivent o~rir à cet égard des points de comparaison
très-curieux, trcs-intérenans; mais perfonne n'y a fait attention parce
qu'on n'a jamais cru que ces objets renfermaffent des ventes & futÏent
l'e~et de la rénexion & d'une parfaite conformité à la nature des chofës.
A Rome, aux jours de Fête, on coloroit de rouge ou de minion les Statue:
des Dieux: & dans les jours de triomphe, les Généraux Romains mettoient
du rouge à leur vifage c'ett ainn que triompha Camille.
La convenance des couleurs était tellement obfervée que les Chantres
même dq~Poëmes d'Homère s'habilloient de rouge pour clianter l'Iliade &
de bleu pour t'Odynee l'Iliade ne partant que de combats & l'Odyuee que
de voyages par Mer. Ce codume étoit ob(erve même pour la couverture de
ces Livres un parchemin rouge enveloppoit l'Iliade, & un ~/<M l'Odyffee on
auroit pu les appeller le Z.<vre ro~<, & le Livre ~H.
Les Romains faifoient prétént d'un étendard ~/<a à ceux qui av oient rem-
porte une victoire navale telle fut la récompenfe dont Augure honora
Agrippa, torique fur les rivages de la Sicile il eut batm la flotte du jeune
Pompée.

De la Couleur /!e~.
Entre toutes tes couleurs, la plus etHmee chez prévue tous les Peuples
<<t le rouge. Les Celtes le pre~etoieni à
toutes les couleurs & chez les
Tartares, t'Emir le moins riche a toujours une robe rouge pour les jours ou il
<A obligé de paf~tre en Public.
Cette couleur étoit chez les Romams celte des Généraux, de !a Nob1e(~e,
des Patriciens: ette devint par contcqueni c~He des Empereurs. Ceux de ConC-
taminopteetoiententieremcnrhjbiHesde rouge: tl'< croient vêtus, chauC-
Ks, meubtés de rouge audi le dernier de ces Princes ay~ni été Cfourtc dans
foule en combattant vaillamment Turcs <~M prenaient Caph
contre
talc, !1 fut reconnu à bottines rouges, au milieu d'un monceau de morts.
fes
Leurs Edits, leur ngnature, leurs Sceaux étoient en encre & en cire
rouge. C'etoit porter de gueule fur fes Armes.
Auut dans les commencemens y eut-il des Loix qui dcfendoient de porter
de gueules dans fes Armes, à moins que d'erré Prince. Ce n'Ctoit pas un droit
que le Blafon leur donnoit il ne faifoit qu'en empêcher t'extennon à ceux qui
n'etoient ni Rois ni Princes.
Le Ci.Avus,ornement qui di~inguoit !es Patriciens à Rome,& qui,fuivant
~bn plus ou moins de largeur, formoit le lati-clave & l'<ï/K-<<tfe, étoit une
bande de pourpre femblable à une bordure à têtes de cloux ces c!oux facre:
qui atÏuroient la durée de la République & qu'on plantoit chaque année.
Le rouge des Empereurs doit lui-même tout pourpre à caufe de t'ectat de
cette couleur de fa cherté exce~Hve, étant ires-rare, pui(qu'on la dévoie i
une <eu)e efpcce de petits coquillages qu'on trouvoit fur les côtes peu étendue!:
de la Phénicie.
Les Lacedcmoniens étoient habillés de rouge pour !e jcombac c'eroic au
dire des froids Commentateurs afin qu'ils ne trinonnauent pas en voyant le
fang ruineter fur leurs habits imagination digne d'un Commentateur.
Le rouge étoit également regardé comme la couleur favorite des Dieux
<um dans les jours de Fête les Statue: des Dieux ctoient paifées en rouge, &
on mettoit du minion â leurs joues, comme nos Divinités rerreRres Ce bar-
bouillent de rouge chaque matin, & fe montrent en public cetplendiuanrM
comme dçs Furies.

Couleurs mi-parties.

Iî exi~e actue!îement des Etats dont la Hvrce porte des habits mi-patM,
d'une couleur d'un côte, d'une autre couleur de l'autre.
Tel étoit i'ufage de divers Peuples anciens on voit dans E~her qu'Anuc-
rus ni revêrir Mardochée d'un ~~anMau Royal pourpre & blanc.
L'habit des Sénateurs Romains étoit également mi-parti, puisqu'il étoit
blanc & que la bordure en doit pourpre.
H B Il o D o T E dit ( t ) que lorfque les Ethiopiens fe préparoient pour
la guerre, ils fe peignoient le corps mi-parti, blanc d'un côte, rouge de t'aa-

<t) Uv, VII.


apparemment, pour paroltre doubles & en devenir plus formidables.
tre
Tout cela brochant fur leur fond noir, ils dévoient être hideux.
Quoi qn'il en ~bit, nous voyons encore ici que nos couleurs mi-parties du
Blafon moderne,. ont eu leur modèle dans la plus haute antiquité, &: qu'il n'efc
pas étonnant que les Dames de ce tems-làpeigniflentleur vidage blanc & rouge
comme aujourd'hui.
y.
Couleurs Bouclier.

C'e(t fur-tout fur les Boucliers qu'on faifoit briller les couleurs qu'on avoic
adoptées on y mettoit les couleurs les plus éclatantes.
Les Boucliers des Corinthiens étoient rouges il en doit de même de
ceux des Mcdes & des Perfes fur tout lorfqu'ils renversèrent l'Empire de
Kinive. NAHUM les représente couverts de rouge.
Ceux des Germains, dit TAcrr: rc(ptendinbient des couleurs les plus
vives. JcM~~ ~7~MM.f fo/or~Mj ~M~MMn~. « Leurs Boucliers fe diMnguenc
par des couleurs choines M. Chacun mettoit donc la Henné fur (on Bouctiet
M
nouvelle preuve relative au droit de Bouclier ou au droit d'Armes.

?.
Dro~ de Colorer le Co~~

L'ufage de colorer (on Bouclier n*avo!t pas été le premier en date. ~vanc
<!c colorer cette arme,
on coloroit fon corps. De même que nous voyons tes
Sauvages de l'Amérique fe couvrir le corps de rouge ou de rocou, ainft les.
Celtes, ces anciens Peuples de l'Europe, fe coloroient tout le corps & cette
couleur étoit le rottge.
Ces hommes dénués d'ans vivant dans des Pays de bois & de marais,
t
avoient été forces de s'oindre le corps entier de drogues ondueufes & amères
pour fe préferver de la piquure de ces armées innombrables d'infeAes qui
remplinent les Pays marécageux, & pour rendre moins fenfibles les iniempc-
ties de l'air.
Pour joindre l'agréable à l'utHe, ils coloroient ces drogues de rouge fur-
tout & peut-être cette couleur étoit-elle plus funefleauxmatheureux enne-
mis de l'homme.
A la longue. les Européens perdirent cet ufage, à mefure qu'ils cult.iverent
les Arts, & qu'ils defleeherent leurs marais pour les changer en abondantes
moiubns en forte que nous ignorerions entièrement cet ufage de nos vieux
Peres, fi lorfque les Romains firent la conquête des Gaules, ils ne t'avoienc
trouve encore pratiqué par des Peuples qu'ils en appelleront F<(7<j & Bretons,
mot à mot, les hommes peints.
Mais déjà dans ce tems-là exilloit la dinerence 'des Symboles tous n'a-
voient pas le droit de fe peindre de la même manière chacun doit oblige de
fuivre à cer égard Ton rang, fa dignité, fa tribu ou fa maifon & nous voyons
les mêmes différences avoir lieu dans les Nations Américaines.

P~~t~r~~ relatives <t cet ufage c~~ les Européens.

M. P)Ei.i.ounER, dans fon Hi~oire des Celtes (t), s'exprime ainn fur~et
afage des anciens Celtes.
« H eft certain que la plupart des Peuples Celtes, les Efpagnols les Ha-
bitans de la Grande-Bretagne, les Thraces, les Illyriens, les Daces & plu-
fleurs autres.avoient la coutume de tracer fur leurs corps des figures de toutes
fortes d'animaux. On deûmoit la figure par une infinité de petits points qu'on
gravoit dans la chair avec une aiguille ou un fer rres-pointu. On n-ottoit en-
fuite cette efpece de gravure d'une couleur bleue, qui s'imbiboit tellement
dans les chairs, qu'aucun tems ne pouvoir renacer N.
Jules Ce~r parle de cette couleur b!eue, & il croyoir que les Bretons ~o
peignoient ainu pour paro~tre plus terribles à leurs ennemis. Cet ufage (ubHf-
toit encore dans quelques Provinces d'Angleterre au Ville fiècle de notre Ere.
Le Concile de Calcut en Northumbre tenu en 787, le condamna tres-'
~verement comme une impiété Payenne &: vraiment diabolique.
Notre Auteur ajoute "Les hommes & les femmes ornoient également leur
corps de ces 6gures.EHc9)!crvoient à distinguer les conditions & les familles.
On n'en voyoit aucune fur le corps des Efclaves. C'étoit un embeHifÏemenc
a~e~ aux ptrfbnnes libres. Celles qui doit de moindre condition les portoient
petites, éloignées les unes des autres. On reconnoiuoit la Noblefte à de gran-
des ngures, qui non-feulement couvroient le vifage & les mains, mais encore
les bras, les cuifïes, le dos & la poitrine ».
HERODiEN (i) qui dit que les Bretons de fon tems gravoient fur leur
corps des figures de toutes fortes d'animaux,croit qu'ils ne portoient point d'ha-

(i) Lit. II. Chap. VII. (t)Uv.HI.


bits, afin de ne pas cacher ces ngures il n'avoir pas vu que ces figures au
contraire n'avoient été inventées que parce qu'on ne portoit point d'habits.
C'e& aind qu'on met fans ce(!e l'e~t pour la caufe & la caufe pour t'ener.
A mefure qu'on s'habilla, les couleurs fauterent du corps (ur les Bouchers
avec les mêmes di(UncUons & des Bouchers elles revinrent fur les habits,
lorsqu'on fut obligé de paroître dans de grandes Cérémonies fans Boucliers
alors les Nobles portèrent des habits tongs,furtefquets leurs Armoiries étoienc
brodées en plein les autres réduits à l'habit court, en furent appellés Cour-
~~j, nom qui eft re~é aux Garçons Marchands, dans le ~y!e burlefque.
Lorfque ces habirs chamarrés turent devenus ridicules les couleurs ~m-
tèrent de-là fur la livrée & fur les carrones dorés.
Ainfi (e font promenées les couleurs depuis les tems les plus reculés jusque:
à nous, fur tout ce en quoi ont bfiUé fucceûlvement ceux qui avoieM le
droit de couleur.
?'
De quelques autres CM</M<rj.
<r

L'Or fut toujours une couleur trcs-difUnguée c'étoit celle des D!eux ?
<des Rois elle étoit trcs-précieufe chez les Perfes. XtNopHON ( i ) dit qu'un
aigle d'or élevé fur une pique étoit chez eux l'Etendard Royal cet aigle d'or
qui pana aux Romains de-!à aux Empereurs.
Chez les Athéniens, le noir étoit, comme chez nous, la couleur de Famic~
tion le ~/«/!< ou argent, celle de l'innocence, de la pureté, de la joie. Auffi
leur Vaineau d'expiation qu'ils cnvoyoient toutes les années d'abord eo
Crète, puis à Delos, avoit des voiles noires- au départ, & des blanches au
retour Symboles vinbles de la noirceur & de la blancheur intet!e~tue!!es, de
la douleur & de la joie qui en devoient être la fuite. On fait que parce que
Thetëe négligea à un pareil retour d'arborer le Pavillon blanc, ton pere Enée
fe précipita de dé(e(poir dans la mer. Evenement qu'il ne faut pas entendre
précisément ainn, mais qui con~ate l'ufage dont nous parlons.

(t) Cyrop. L:Y. VII,


A R T.1 C L E Il.
D«~ro~<f~y!/e~c.

Ce(t fur-tout (ur les Enseignes, Bannières, Drapeaux ou Etendards que les
Peuples placerent leurs Armes ou Symboles caractérifHques c'ctoit en effet te
feul moyen par lequel ils punent rallier leurs gens dans l'occanon & fe diftin-
guer des autres Corps.
Celui ci étoit d'autant plus nécenaire,que dans l'origine chaque Chef de
Contrée avoir feu! droit de mener fes gens au combat u(age qui exifte en-
core en divers Pays, & qui n'a été aboli en Europe que par l'établiuement des
Troupes à folde.
A Rome, les Légions, les Cohortes, les Compagnies même de Soldats
avoient chacune leur Enfèigne particuliere.
Les Corps particuliers tels que tes Colléges ou Compagnies de Prêtres, les
Con&éries, les Communautés Corps de Métier!, eurent aufH leurs Enfeï-
ou
gnes mais c'étotenc des Enfeignes pacifiques, qui avoient pour Symbole la
figure ou l'embtcme de leur Divinité Patrone.
Entre les grandes Bannieres facrée! des Egyptiens (e diflinguoient celles
qu'ils faitbient marcher à la tête de la grande pompe <f~, & qu'on appeltoit
le voile de la DéeHe il en étoit de même du boeuf Apis, Symbole de
l'Egypte.
Nous retrouvons ces deux derniers'chez d'autres Peuples. Il n'y avoir rien
de plus célèbre dans la grande ProceCion des Panathenées à Athènes, que le
voile de Minerve ou d'Ins.
Lorsque tes Israélites dans le Déferr crurent avoir perdu Moyfe, ils'imagi-
nèrent de le remplacer par un Veau d'or, (embfable au bofufApis, en di&nt:
f<<Mu-aeMj ~e~ Ot<M~ qui Mar~Mt ~«nf noMj c'e~'t-dire, des Enfeignes
Sacrées que nous puitHons fuivre.
Moyfe au contraire leur donna (t) pour cri de guerre TfOM n~~ Jehovah
eft mon enfeignc & l'Arche portée à ta tête du Camp étoit comme l'Etendard
National.
Nos Contrées devenues Chrétiennes, continuerent à fe fervir d'Enseigne?
& de Bannieres & au Heu des noms & des ngures des Dieux du Paganiûne,

(.)Ex<)d.XVII.
on y fub~rua des Symboles Chrétiens à Paris Ste CM<f~< remplace ~fj,
& fa fête fut célébrée également !e ) Janvier. A Rome S. Pierre & fes clefs
ouvrant le monde cele~e, remplacèrent Janus, qui avec fcs clefs marquoit
l'ouverture de l'année phyfique. L'Annonciation de J. C. de la nouvelle ta.
plus importante pour la vie celeAe, remplaça celle des moiuons la plus im-
portante peur la vie d'ici-bas.
Ces Divinités Patrones étoient toujours choifies par leur analogie avec les
occupations ou avec la nature des Sociétés ou des Corps qui les adoptoient.
Les Marchands pat exemplc,avoienc choiu Mercure pour leur Patron. Ce choix
aroujoursctonnéles Critiques:c'en: qu'ils ne faifoient pas attention aux attri-
buts de cette Divinité, toujours représentée avec un Caducée, une bourfe &
un coq. Mais nous avons vu dans les Allégories Orientale! que Mercure étoit
J'ernblcme de l'invention du Calendrier pour les Agriculteurs de-là tous fes
Symboles le Caducée, Symbole du chemin du Soleil & de la Lune, faifoit
.jtentir la~eceCitc de fe rendre attentif à cette route, & de diriger par elle leurs
travaux. La bourfc appfenoit que l'Agriculture e~ la bafe des richeues oc de
l'opulence le Coq, de quelle vigilance avoient befoin les Laboureurs pour
profiter du tems mais la Bourfe étant ainu le Symbole des riche(fes Mer<'
~uteà~ la Bourfe devint naturellement celui des Marchands, & du Commerce
~udrousies Marchands, Négocions & Banquiers, )[e reuniu~nt par-rout
~enteigne de la BouME, nom encore aujourd'hui de leurs lieux d'auemblees.
Ce langage Symbolique e~ tellement dans la Nature oc dans la raifon
qu'il s'eAtranunisjufques à. notre tems que Saint Crépin €0: le Saint des
Cordonniers Saint Clair celui des yeux fbibles le premier de ces noms
indiquant les yoM/wj, & le fecond la clarté. Ne &ut-il pas en effet que
tout nom foit relatif à. l'~bjM auquel on,rapplique:Auul pourroit-on donner
u~e&ule de pareils exemples en tout genre, qui prouveroient avec quelle
~ageCMes noms Symboliques furent choins dans tous les tems, ce l'influence
prodigieufë qu'ils ont eu fur les idées & fur les usages..

t.
.A~m.tZ.<M/7M<f&î/<M.f.

Les noms Latins des Enfeignes'étoient VExti.i.A, StGMA, iNsiGMiA. Le pre<


onier eft formé de Vti.MM,
un voile il fignifie ainu un voile, un drapeau par
excellence.
Le
Le fécond tbrme,comme nous l'avons de}adit,des mors Latins qui (!gni6enr
chofe mi~e en~/ï~, ïubn~e encore dans notre mot c/<< tandis que nou
avons préféré de rendre le premier par le mot drapeau, qui déngne un mor*
ceau de toile, de drap réfervant le mot voile pour des objets relatifs aux
vaideaux & à la coctHtre des femmes.
Les VEXiLLA déngnoienr les Enfeignes ou Ëcendards de Cavalerie les
autres mots tes Enfeignes ou Drapeaux de l'Infanterie.

.Rc/M<arj rendus aux ~n/M~n~ Militaires.

Les Enseignes Militaires étoient d'une 6 grande importance, qu'on mit en


ufage cous les moyens
propres à les rendre respectables aux yeux des Troupes,J
dans l'origine toutes Citoyennes, afin qu'elles ne laiflauent jamais perdre le
Symbole de leur union & qu'elles eunenc le plus grand motif à les défendre
vai)!amment.
Ainn nous voyons que les Romains les con~acroientpar des cérémonies,
augures qu'ils les mcttdient fous la proteeHon de quelque Divinité qu'its.
les encenfoient, qu'ils les ornoient de couronnes de neurs, qu'ils fe mettoienc
à genoux devant eues, qu'its prêtaient par elles leur ierment de fidélité miu"
taire & que pendant la paix on les dépofoit dans les Temples.
C'eA d'après ces haures idées qo~its regardoient les Enfeignes comme

Dieux auxque!settesétoient consacrées.


des Paliddium des Etats, comme l'emb!cnie& le figrie de la procedrpn des

Leur pêne étoit donc regardée comme un vrai matheuc pour l'Etat, &
comme une infamie pour ceux qui n'avoient pas Cu les garantir aufH le Corps
ou la Cohorte qui s'eroic laine enlever la fienne, etoi~ bannie; du Camp, &:
obligée à ne vivre que d'orge, jusqu'à ce qu'elle e~répare J~ honte par, des
prodiges de valeur & jamais les Romains ne nrent de Traités de pa~qu'en fe.
faifant reftituer les Enfeignes que la guerre leur avoit~ait perdre..
La plupart de ces ufages ~ubMenc encore de nos jours. On conracre lew
Drapeaux neufs ou on les bénit, on les falue à leur panage, on punie de mort
ceux qui ne leur font pas fidèles on iulpend dans les Eglifc$ ceux qu'oit a
enlevés aux Ennemis. .f
j?~ Te/a, D<r
4.

D U D R A G 0 N

~Wj~y~M~<&~<MjC<~MP~~
Les Dragons ont fervi d'Enseigne à la plupart des Peuples dè l'Antiquité.
tes Aériens & les Daces, Peuples Agricoles, en portoient.
La Cavalerie Indienne avoir un Dragon pour Enseigne de mille Cavaliers.
Sa tête étoit d'argenCydit SuinAs, & le rette du cocp& d'HL" tiuu de (oie de
diverfes couleurs. Ce Dragon avoit la gueule béante, afin que l'air s'inunuanc
~M cette ouverture cnS~c le nNo-~fe toM qui ~moK le corps de FanmMt, &:
lui f~ imirer en quelque tocte le 6nement<c.Iea. replia toctueux d'un véritable
Dragon.
Heroiren u~e chez tes Rtotnatos. AMNfitN MÀRcBt.ï.iM (t) décrie une
de ces Enseignes, à peu-près de la même maniere que Suidas c'ccoit un Dra-
gon artincietfu(pehdu à. une ptque dorée :it eMit couleur de pourpre &: orné
de pierreries il imitoit te uâementdu Serpent, toc~que ~c

Perdes.
entroic d<uM
fa. gueule.
Voptscus, dans la vie d'Auretien, parle de& Dragons cotnmeeMnttet~
Etendards des
Le Symbole des CMnoi? e(!: un Dragon d'bf ~ut Utt fond- Mage &.verd.
Les EmperëMS de Con~annnople avoient leurs habas~chant~r~ de Dra-
gons. S. yBAN-CHRYsosToME parle de teur&Mbcsdénoté ~MiefqueUes~toien:~
repréfentés ces Animaux.
Les Dieux Indiens ont <otM un Serpent poMcc!ntate<-
ViTtKiNc' rapporte (i) ~u~ les Saxonnvoteae un Dtagon pouf Eh<e}gn&
Les Troupes de Cavalerie que, nous appelions D&AGONS, (ont un refte da,
ces ancieM Corps qui devoient leur nom à là nature de leur Enseigne.
Ce n'eft pas là lé (eu! u(age dt ce Symbole il n~etoit pa~ nMitMiMu(tre:dan~
~Mythologie o~ l'Hi~oire des Dieux.
Le Char de Ceresetoit tiré par des Dragons.
Eretychto~- (en~leve, ettpeiht avec des pieds de Serpent.
Dans lés Myftères de lamemeDcene, on jettoit des Secpens d'or d~tns 1e-

(t) LiT. XVL Ch. X. (t) QtOcs dea Saxons, L. I..


nés.
.jtein des Initiés & il y avoit toujours un Serpent dans la corbeille myfiique
portée dans les Proceutons des Mynères de Ceres & de Bacchus.
C'en fur un Serpent d'or & dans un van, que les Athéniens pofbïenc
leurs enfans dès qu'Us étoient
Un des travaux d'Hercule connde à abattre les têtes de l'Hydre formidable.
L'Hinoire de Cadmus eft étroitement liée avec ces mêmes Symboles il
tue le grand Serpent il en Cerne les dents il devient Serpent lui-même..
Ces rapports ne turent jamais l'enet ni du caprice, ni du hazard. Dans to~N
les tems la Terre fut comparée à un. Serpent brillant des couleurs tes p!us va~
riées & les moiuons,à des Dragons aux têtes d'or & aux couleurs changeantes.
La Terre eft t'hydrf produifaBt fans cee de nouvelles têtes qu'abat le La-
boureur & cette hydre eft de trois couleurs, noir, v<r~, or, relatives au~
trois Saifons primitives, i'Hivcr, faifon trifle & noire; le Printems brillant de
verdure; & l'Eté aux épis blonds & dorés.
Ainfi Aventin qui porte (ut fon bouclier une hydre, armes de (ea Perc<
~toitdefcend~ d'une famille vouée à l'Agriculture, & qui en avoic pris le
Symbole.
Cadmus~ui-meme n*e(tappeUc~< qu'àcaufe des grandes propriétés
qu'il avoitmnes en valeur.
Dans l'Odynee, Troie eu: peinte fous l'emblème d'un Dragon: la, un
Dragon dévore huit moine~M & teur mère ce que Calchas expliqua des ntuf
j~nnees.que'~e~Gre€ypek(~to~e~t~<v<~n~depo~~vo~~fe cendre maîtres de cette!
.Vittecelebre.
Il n'en: point etennant qwe le Dragon ou Serpent <bit devenu le Symbole
des moiSoM, qui, comme lui, Ce renouvettenttoutes les années & qui ~onc
la fource de la vie & de la pro~pertte des Etais & ce Serpent eA d'or, parce
que la terre cultivée e&la~ur~dca!ndH)Ene<.
C'en par la même raiten que les Athéniens ptaco!ent fur un van &' filr ce
Serpenc d~ot, leorsen&M a~m'oment <t!ie~ea~n!uMSnceS eoirn~e ~n Symbofe
anure d'une vie longue <c hcureufe.

~<i:<J"~r<!ff
(. o~~ <ï ~o<r~
Les Boucliers, les Enfeignes & les Médailles ou Monnoies n'ctoient pas
tes feuts objets Mirteiquets on pta~oit fes marques Symboiiques. On tes mettoic
~gateOMnt olvet~ autres tels que les bagues, tes Sceaux, le~t~M:
D dij
w
gniie..
précieux ou volables, tels que t'argentenc & les troupeaux, les habits de di-

..ViRGindit, par exempte, dans tes Gcorgiques ( t ) qu'on appliquoit <es


Symboles fur les cuiues des animaux avec un fer chaud; & il emptoye les
mots w/< & noi~M C~~j~ les Symboles & les noms de la Maifon, de
!aFam!He~ decequ'onappe!)oitGENSparbppontion au Peuple.
On -les plaçoit également fur ces colonnes étevceï devant les maitons des
Citoyens & devant tes portes des Temples & qui etoient comme autant de
bornes de !a même manière qu'on fait Sculpter aujourd'hui fes Armes au-
dei{us du portait de fbn Hôte!.
Ces colonnes à Symboles s'iappelloient Zf~~H~. Athènes & eues etoient
~tcie de Mercure Dieu des ngnes.ainu torfque pendant la guerre duPelopo-
~e~e toutes ces têtes eurent été abattues en une même nuit, à l'exception d'une
feule placée devant lamaifon d'Andocides la Ville, enti.ere d'Athènes fut p!on~
gce d~ns taplus~vive eonnernation; it fembloit que~c'etoit une conspiration
~eneraie contre.t'exi~ence des Citoyens & contre::rE.tat lui-même dont ces
Termes repréfentoient la durée & les Dieux tutélaires.
..On voit dans le bel Ouvrage de MAzoccm retatifà un monument d'He-
raclée, ( t ) un Hermès fur lequel on a peint un caducée, & qui eA tire d'un
va~e~truique.
Ce Monumenc d'Heractee qui connue en des décrets: .graves <ur cuivre en
langue Grecque, om'e ksnoms de diverfes Cunes, têts que CADUCEE, RAt<
stM, ÏRiDBMT, TRtptED, BoucuER ouPni.TB, &c. & qui font aufant de
noms Armoriaux relatifs aux fymboles de ces Curies on fait que chaque
Peuple ancien ecoit divine en Tribus & que chaque Tribu t'ctoit en dix Curies

A R T 1 C LE 1 1 I.
JtfoT~ ~~J~o~jr ~3fpzpy; r~t~~jv~
tes Livres Hébreux contiennent des morceaux de la plus belle Poëue,
qui font peu connus en François, parce que ces Ouvrages ont été pref-
que toujours traduits par des personnes.ptusja!pufëa de conserver la pureté &:
fexcellence des dogmes & de tout ce qui e& relatif a !a foi que de rendre

j
(t) LiT. ïu. vert ï~. (t) In ~ea! Tabulât HefM~«ue< NeapoU
y
!7~. jm-M~
avec élégance &. avec exa~ttude des portions de ces Livres qui (ont plus liées
avec les Arrs, l'Hiftoire & l'éloquence nous aurons donc occa~on de don-
ner de tems en rems quelques morceaux de ce dernier genre traduits d'une
manière plus littérale, & par-là même plus claire & plus noble.
Nos Lecteurs ont vu ce que nous avons déjà dit dans notre premier Vo-
lume au (ujet de la vernon des LXX, & ce que nous avons dit dans celui-ci
fur l'exprefHon ~o~ /e ~r~ emp!oyée par Ezechiel, & donc perConne n'avoic
compris le ~ens.
Nous allons mettre également ici fous leurs yeux la Traduction d'un
verfet de Nahuni, qu'aucun Interprète à ma connoiuance n'a rendu littérale-
ment, & qui étant très-clair dans l'Original, eft devenu inintelligible fous
leur plume parce qu'ils ont ignore la valeur de quelques mots, qu'ils en
ont pris d'autres au (ens phynque, tandis qu'ils y font fous leur fens figuré
ce paflage d'ailleurs, a le rapport le plus étroit avec l'objet dont nous nous
occupons: ce que perfonne n'avoittoupconné.
C'e(Ue troineme verfet du. Chapitre II. des Prophéties deN~H~M contre
Ninive & où il annonce comment elle feroit pri(e &, deituite.,
Dans ce veriet, il décrit l'état lefie & brillant de t'Armée qui viendrolt
attaquer cette Ville Superbe.
En voici le Texte avec la maniere de le lire
~n-~M CT~a in~l~ PO M«GeMGM!(ïIHO«M'AnAM;ANSHn-
HEtL
Min m'73 ~M Q~na M'T~M!.AoEiM;K'AsA PA<tLDOTA H~-
N.<K<B,
.'r?!nn O~~S.'T) ~r3r< 0')~ B'ioM~H~iNou: OuHEB~usHiM H~-
Rt~JLOU.
Cequi~gnine mot-à-mot: i
~gM le Bouclier ,G~orM-AoN de ~cs Guerriefs, J~~M comme du
~ang. ~fy!jA<M/ fes hommes d'élire, A~a~ûM/n comme des rubis.
A'<tjA comme du feu Phaldoth leurs cottes d'armes, A~oc
leurs
chars, B'iom aujour,~A</ï-o« de la préparation: OM-ojA~ & leurs
tances, ~'rAc~H (erontreÏplenditïantes.
< Comment il a ~J traduit par divers.
Rien de plus barbare que la Vcrnon des LXX..
o~« <fb)~«~ «~TM~ tt~p<~M)f,
y
Les armes de la puiuance de !eut~
fM~et: ~tt'MU< tjHW'M~e~T<t{ t Mwupt t(<
hommes, leurs hommes puions teints
i!)t<<U «pjMftTM) tt(<T&)); au feu. Les brides de leurs chars an
tV O~ttpct tTe</<M-
TN~
~<f ft</Tet/, «u et t~Me (/<uc)
jour de leur préparation & leurs che-
Cc~f~ttSxj~TfM. naux feront troubles.
On voit qu'ils ont manqué le fens des mots ~'<!M~, M'thulhoeim, Phal-
~A OM-~rojA~~ & He-rholou & qu'ils ont cherché à deviner mais 6
mat qu'on ne voit dans leur traduction ni foM ni liaifon qu'efi-ce que des
hommes teints au teu ï oc des brides qui feront troublées Peut-être efi-ce la
iaute des Copiftes qui n'auront pas ~u lire d'anciens manuscrits.
Le CENE elt plus exact pour te commencement, mais la fin e& abfurde.
Le bouclier de tes Héros eft rouge les ~ens de Guerre font vêtus de pour-
pre les chariors feront garnis de flambeaux aUumés lorsqu'il marchera en
bataille & que les fapins trembleront.
j&om eALMET, quoique plus fidèle n'a cependant pas été plus heureux
M Le
boudier de fes braves )ette des flammes de feu tes gens d'Armes
~.&M v~H9 de pourpre &s chariots étincellent lorfqu'ils marchent au com"
bat ceux jquHes conduisent ~t
comme des gens yvres.
PoMf~ct ils ~on~ mal traduit.
Peut-on rendre d'une manière plus différente ces derniers mots, <?H-~M-'
~t<H-A<-rAc/oMï quelle choifir de ces trois ugnincations, des ~y~~r~~t
des.j~ ~n~, des Mn~&tarj qui (bm comme des. gens y~<j; ? S!
des Traducteurs habiles & inte)Hgens tâtonnent à ce point, que devroit-on
p.{M~r du.Te?;tej qu'ils ont fous tes yeux î qu'il e& absurde, ou qu'on y voit
tout ce qu'on veut cependant il eS trçs-beau, très-clair, trcs-clevé.
Majtt. ces, T~adu~9ur& ont, perdu de vue l'ensemble de ce verfet & de- ceux
qui l'accompagnent ils n'om passif affez d'attention à fes divers membres
ils ne ~e font point douté de quelques iens ngurés.qoi en rendent le ~yle:tres-
vi~ trcs-énergiQue il< n'ont point. foupcpnn,c qu~il yavoit des moiSt techni-
ques relam~ a la Science Héraldique.
Ici, ï~ahum décrit l'armée qui doit détruMe Ninive il. en dépeint pour
~tnudire.l'uniformç.
Ditns tes deux fuivans, l'Armée en:, en miarche:;d<ms.~<tu,Mt~ém€jelle <&
prrivée le nége eft forme, il e~ ternble.
Ennn la ville en prife & (accagée.
Cette de~iiption en noble'& rapide il n'y faut pas joindre des idée<
~ncohérentet;q~~ dép~M & qui en &M d~o~r~rbMmontc.
Ce qui a tout gâté, c'c~ qu'on n'a

Les deux premiers,

Af~~
~<~
pas

ce
·
compris qu'il s'agiuoit ici de là bett<'
ordonnance de l'Armée, du brillant de (on uniforme, de l'éclat de fes cou-
leurs & de ~es armes c'cA qu'on a été induit en erreur pat des mots donc on
ne connoi(toit patte (ens, ou dont on n'avoit pas auex pe(X ta valeur. Onn'ao--
ra pas de peine à s'en convaincre non veut nous fuivre dans rexplKaMoa'
critique des mots qui composent c< beau morceau.
~Mt/~ ~<
C~er~, ne fbunrent aucane dimcuîtë ih ngnï*-
~ent le bouclier des Vaillans des Guerriers.
ne ugni<!C point ici ~o/n~e comme t'ont cru tous tes ConMMn"
tateurs qui n'ont pas vu qu'il terminoit un fens complet, une portion d6'
phrafe ce mot ~<&~ ugnme auul Ac~gx la qualité d'être rouge, !à cou-
leur de c~hair,. toujours rouge, idée que préfente également le mot C'<tr, d'o~
caro chair ,&: toute cette Famille dont nous avons donné le développe-
ment dans nos Origines Latines,
Ansheï-heil M ~AM/o«/H forme une autre phrase complètre qu'on a fres~
mal-à-propos partagée entre la précédente & la fuivante. Dans cette
que nous venons d'expliquer, il s'agit des boucliers portés par les Guerriers,.
par le Corps de la NobtefÏe, & qui étoient de couleur rouge, comme nous'1

vêtement même de ces Héros, de ces Guerriers les hommes


dès r~ <
avons dc}a vu qn'étoient ceux de ptufieurs Nations anciennes ici, tt s'agit dd
font <'o~~
ou moc-a-mor,y<~ teints en yca~ ~gniScation du Verb~ ~'?n.
~'<ïjA P~~A A<7!~<o/a ~Mt<M~ icton voit te mot/'«/e~o~'dont
perfonne n'avoit compris la~brce & la valeur, ce qui peint cependant un ob-
jet detamême couleur que les chars armés en guerre & cette coBtear eft
couleur de teu mais cemoc commun à nombre de peuples déngne chez' tous
la cotte-de-maitte cet h~bir court qui ne pane pas k ceinture oC qai porte
tes couleurs de ceux aguets M e& de(Hné. C'eMe u~~ PA<ï~rou P<~ des
Arabes, quidéugne un habillement court: c'<~ le PALUB-aos cotte"
d'armes des anciens Romains, & qoi n'étoit porte que par les Généraux ou~
par leur Nobtene. C'eR le PALT des Suines du tems d'OiTius en 1~70, eC'
péce de camifole qui ne defcendoit pas plus bas que la ceinture & qu'on de-*
Cgnoitptrt'épithctedeJ!< P«&< Cette phrafe fignifte donc littérâte*
ment leurs ecMM-<M< /~rj chariots ybn~Mr<~ au /o~ o~
~e.r~~r~~ pour le combat.
La dernière phrafe eftcompofee d'une conjonction, d'un nom& d'un verbe,
0«~<r~~ A<rc/e«. Le Cene-etHefeuI qui ait connu ta vraie valeur pny*
nque du mot ~r&n, qu!déngneen effer les lapins mais il n'en a absolu-
ment point Soupçonné le Sens poëtique ou allégorique; ce qui lui a fait faite
une veruon ridicule, en titane trembler les fapins. Les autres Interprètes qui
n'ont pas eu plus d'intelligence que lui du Sens allégorique de ce mot & qui
ont fenti qu'il ne pouvoit être queSUon de Sapins trembtans y ont vu des
chevaux enrayés ou des gens yvres.
Il e(t bien étonnant qu'aucun n'ait compris qu'ici par lemot fapin on déugnoit
une arme militaire la lance, parce qu'elle eh faire de fapin. Cefl ainf! que les
Poëtes employent le mot P~j au lieu de celui de Navires & qu'Ho-
mère déngne la lance .d'Achiite fous le nom de F~n~, parce qu'elle éroit de
ce bois ( t ).
Ce Frêne Pelien n«~<f<<)~ Mt~/oy, que Chiron donna à fon pere chéri,
après l'avoir coupé fur le fommet du Pélion, afin qu'il devînt ~<f la terreur
M des Héros.

Le verbe qui termine ce verfec dengne en crfet le trembtement non un


tremblement de fièvre d'yvrefle ou de peur mais ce papillorage, ces fcin-
tillations queproduitle poli des armes lorflue le Soleil donne defïus, ce que
les Italiens appellent /<
Tafle (t). C'cft exaucement le
/MM/ éclairs tremblorans, comme dit fi bien le
7/-<& pM/~j d'Ovide, cet cei! brillant dont
on ne peut foutenir la (cinri~tion. On ne pouvoit donc employer de termes
plus énergiques pour exprimer le dernier membre de cette description tout-a~
la-fois poctique & prophétique /~rj lances c~ «n~ ~<b~-
~a'p~
~w.
~~J<iy/Jf~
Voici donc t'enfembte de ce paffage
Les boucliers de (es Guerriers (ont rouges comme du(ang feshommes d'é-
!ite~rt/ comme des rubis leurs cottes-d'armes & leurs chars (ont couleur
de feu, au jour pu i!s.(e préparent p(W ec/~<M, & l'on ne peut Soutenir
i'éctat de leurs lances.
Te!!c e(t l'explication umpte claire, ,exa~e & analytique de ce beau mor-
ceau que dénguroient ab(btumeni les traductions ordinaires & dans leque!
on retrouve le coftume des Guerriers apeiens, leurs boucliers, leurs chars,
leurs cottes-de-maille teintes en rouge ou en gpeule t'éctat qui en ré~uttoic
& le. brittani de leurs lances &: qui fournit par conséquent des points de corn-!
paraiton abfotument perdus jufqu'ici.

(~ It, n, p. t~. (t) Jcfuïajcm d<J)Yr~e, Chant I. St.


Depuis
Depuhque ceci eft écrit, un (avant Evêque à qui je faifois part de ces id~e!,
m'a fait voir la veruon du P. HouBtGANT qui ne s'écarte presque point de la
mienne eUe en fera donc mieux re~ue du Public.

AR T1 C LE IV.
C ~T~A~y~r~ c'r~t.
<
1.

Les Nations liées par leurs befoins mutuels, eurent fans ceue le plus grand
intérêt à avoir un Corps de personnes éclairées qui connuuent leurs avantages
respectifs qui funenr au fait de leurs alliances communes, de ce qu'elles
exigeoient, de leur obfervation de leur violation, qui fuuent en état de
porter la parole aux Nations, de leur déclarer la guerre fi elles avoient fait des
infrasons aux Traités fans vouloir y remédier,ou de dreuer des Traités de Paix
après les avoir ramenées par leur éloquence à des vues pacifiques & de bien-
veillance réciproque il falloir qu'elles tunent en auez grand nombre pour
pouvoir porter par-tout les ordres de leur Nation & d'un rang auez diftingué
pour être refpec~ées à l'égal de leur Nation; que leur personne d'ailleurs Ulc
facrée pour tous, afin qu'ils pudent aller par-tout fans crainte. Ces personne:
durent même former un Corps conndérable toujours exilant & divi(c en deux
Clalles; l'une, de personnes dé)àin(truites, l'autre de jeunes gens élevé! pour
remplacer un jour leurs Madras en un mot un vrai Corps Diplomatique, ou
des ~~<M Etrangeres relatives à la paix ou à la guerre.
AutR tous les Peuples policés de l'Antiquité eurent des établiuemens pa-
reils ceux qui les compofoient furent appellés,fuivant les lieux,
t
FECtAUx chez les Romains; &: chez les Ecrufques.
KERYCES chez les Grecs.
KERETtEMs chez les Hébreux.
HEB.Ai.Dt ou HeMuds, chez les Peuples du Nord.
Nous dirons moins en quoi connectent chacun de ces Colléges, que nous
ne chercherons à faire voir leur rapport étroit enir'eux,& qu'ils ne présentent
qu'un feul & même objet; &: connnent H e~ arrive que nos Hérauts d'Ar-
mes actuels ont des fondions beaucoup plus feuerfces.

D~M. Tom. 7. Ee
t.
r

~s cjr U jr.
Les FECiAuK étoient au nombre de vingt tous Nobles ou choius dans
les meilleures Familles: ils formoient un Collége fort considérable leur charge
qu'on appe!!oit un Sacerdoce, ncnnifÏoic qu'àvec la vie leur perfonne croie
mcrée leurs fondions connftoient à écouter les plaintes des Peuples qui fbu-
tenoient avoir reçu quelqu'injure dey Romains, à faifir les coupables, à les-
Jivreràceuxqmavoientété létes. Ambaffadeurs eux-mêmes, ils connoiC-
foient du droit des Ambauadeurs & des Envoyés adrenes à la République ils
dreuoient des Traités de paix & d'aHiance ils veillaient à leur observation &
tout ce qui regardoitles Symboles, les Sceaux & les titres, étoit par conte-
quent de leur reuoct.
Perfonne n'ignore que lorsque le Peuple Romain croyoit avoir à fé plain-
dre d'une Nation, unFecia!fetran(portoit(ur les frontières de ce Peuple,
armé d'une javeune terrée. Là, il ceclamoic à hauce voix l'objet que Rome
pretendoit qu'on avoit ufurpe fur elle ou bien il' expofoii d'autres grië6, o~
!a fatis&cHon que Rome en dëmandoit.H'en prenoic Jupiter à témoin avec
cette imprécation contre lui « Crands Dieux (T c'efi contre Fequit~ & lai
ju~iceque.jeviensiciau nom du Peuple Romain demander (atisfactidh,.
3t ne foulez point que je revoye ma Patrie tl répétoit les mêmes chofes à'
l'entrée de la Capitale & dans la Place publique.
Lorsqu'au bout de 3~ jours Rome i/àvoiTpày reçu îa (atis6Mon deman-
dée, le Fecial alloit une féconde fois vers le même Peuple & prononcoit pu-
bliquemtnt ces paroles « Ecoutez Jupiter &.vous lunon écoutez Quirinus,.
écoutez Dièux du Ciel, de la Terre & des Enfers jè vous prends a témoins'
» qu'un ul Peuple reRue à torr de nous rendre juflice nous délibérerons
à Rome dans le Sénat fur les moyens de l'obtenir
De retour à Rome, il prenoit..avec lui tes Collegues-, & à là t~te de <bn
Corps, il alloit &iM fon rapport au Sénat. Alors on mettoit là chofe en dé-
Hbération- & le plus grand nombre des funrages étoic pour décidrer !.t
guerre le Fecial recournoit une troineme fois fur les frontières du même
Pays, ayant la tête couverte d'un voile de lin, avec une couronne de verveine
par-denus là, en préfence dè trois témoins, il prononcoit cette déclaration de
guerre Ecoutez Jupiter & vous Junon écoutez Quirinus, écoutez Dieux
M 3u Ciel, delà Terre & des Enfers comme ce Peuple outragé le Peuple
a
Romain, le Peuple Romain & moi, du confentement du Sénat, lui déc!a-
rons la guerre- «. Après ces mots, il jettoir fur les terres de l'ennemi un
javelot ensanglante &: brûle par le bout, qui marquoit que la guerre érgit
déclarée.
'3.
C E j: y C B S.

Les CERvcBs étoient les Hérauts d'Armes chez les Grecs ce nom leur
venoit, difbient ceux-ci, de Ceryx, fils de Mercure & de Pandrofe.
Mais Ceryx ugnine un Proclamaieur c'ett te nom même des Hérauts
<'éioit le titre de Mercure lui-même comme Ambadadcur des Dieux; & fi
Pandrofe éronleormere, c'ett que ce mot ngnine celui yH~~or~ rapide-
ment par-tout.
Ces Ceryces ou Hérauts avoient deux fonctions tres-di~inc~es. t L'une
de porter la parole des Rois ou de la Nation, & de déclarer de leur part !<t
guerre ou la paix..Ceux-ci étoient appellés Confervaieurs de la paix. Comme
à Rome, Us étoient Sacrés c'éroit un crime de Leze-Ma)e(te de les infulter
ou de les troubler dans leur miniflère. L'en!évemenr du Héraut de Philippe, fut
une des raifons qu'il allégua pour~rompre !a paix qu'il avoic jurée. Homere
parle Couvent de cette forte de Ceryces & de leurs fonctions. Achille bouillant,
emporté, tratte,ma!gré (a fureur,avec refpect,tes Héfauts quel'in]ufte Agamem-*
non lui avoir envoyés il les rauure même contre leur frayeur.
i L'autre toncHon des Hérauts étoit relative aux jeux pub!!cs ils en pro-
damoienttesttatuts, & le nom desCombattans, qu'ils déugnoient par leurs
boucliers, & par leurs autres Symboles ils annoncoient autH le nom des
Vainqueurs, & ils porteieht les ordres de ceux qui préridoient aux jeux. Ils
&i(oienr fouvent leurs proclamations en vers. Leur voix les rendott recom-
mandabies. Homere a rendu célèbre à jamais Stentor~ dont la voix plus
cdatante que !'airain, pouvoit fervir de trompette.
Ces Hérauts dont nous venons de voir l'exigence chez tes Grecs &chez les
Romains qui les tinrent eux-mêmes des Etrusques, dont les monumens
nous oifrent des Perfonnages avec le titre de Fecial, ou de ~teur étoient
communs avec les Orientaux. Il eit vrai que )u(ques ici l'Histoire Orientale
ne nous en om-e aucune trace; mais nous allons nous anurer que c'éroit la
&me de ceux qui fe font occupés de cet objet. Les Livres Hébreux nous
Eeij
ocrent ces Hérauts avec leur nom primitif, & divins également en deux
claues.

Des CBMr~I~JV~ Pjf~TJf~~y~ <t<McA~ Z?<!M<<.

Moy(edéfendirauxHébreux(!)d'atMquerune Ville fans lui avoir auparavant


offert la paix mais cette offre ne pouvoir être ~aire que par des perfonnes
qai eutÏent un caractère de représentation.
Les Hébreux aboient donc des Féciaux, des Ceryces ou Héraut: d'Armes:
& nous avons trouvé leurs noms dans leurs livres, où jufques ici personne
ne les avoit reconnus. Ce font les CEREimENS & les PHELETIENS. Tout l'in-
dique, leur nom, leur place à la tête des Armées, la qualité de leur Chef.
Si on ne s'en étoit pas apperçu, c'efi que cette connoiHance tenpit à d'au-
tres, fur lefquelles on s'étoit égare cette première erreur en enirau)& nécef-
~airenient d'autres à (a fuite. L'ignorance de la vraie valeur d'un mot répand
la plus grande obscurité fur tout ce qui y a du rapport, en forte que plus on
veut l'expliquer & plus on s'égare.
Le II Livre de Samuel ou des Rois, parie en trois endroits d!cR:rens d'un
Corps de Troupes qui étoit attaché à David tbrmé des CtRE-rmEMS & des
PmLETiENS, & que commandoit un de Ces XXX Preux, BeMJa 6ts de
Jojada (i).
Ces noms inconnus ont caufé de terribles embarras aux Commentateurs
ils y ont vu des hommes d'une tnerveilleuce force le Sanhédrin en corps t
les Philidin? & les Crétois. Tout eft permis dans le pays des conjectures.
Ce ne pouvoient être des Phiti~ins, Peuple ennemi déclaré des Hébreux,~
avec qui David fur en guerre dans le rems même qu'il avoit des Phcletiens avec
lui. Ce n*cft pas à un pareil Peuple que ce Prince eût conné fa garde c'écoien:
encore moins des Cretois, avec qui David n'eut jamais rien à démêler.
Ajoutons qu'il eft die exprenement de Benaja leur Chef, que David en ne
l'homme de fa connance celui qui portoit fes ordres c'eft qu'il éroit touc
cela par (a place ces Cerethiens & ces Pheletiens étant des personnes cboi-
<!es& du premier rang.
On en conviendra fans peine des qu'on Ce rappellera que dans Nahum
P~ PA~ (!gnine une <'o//<r/)9M en Hébreu, & que C<rt~A vient de

(t) Deut,xx. tw.ti. (t) C.tp. vm. 18. xv. t8. xx.
~M~tatre alliance, négocier. Ce Corps de Troupes u di&ingue etoir donc
compote des Hérauts d'Armes, Corps &crc, Troupe de coince & qui
chez cous les anciens Peuples étoient chargés des ordres les plus imponans
On fait encore que les Hérauts marchoient à la tête des Armées, & il eft
dit expreflement que ceux-ci marchoient devant David lorsqu'il abandonna.
Jerufalem au tems de la révolte d'Abfalon & c'ed par cela même que l'Hit1o-
rien Sacré n'omet pas cène circonftance remarquable.
Si on a cru qu'ils etoient étrangers, c'eft que le texte nomme immédiatement
après les Gethéens, Troupe de Volontaires Etrangers qui étoient accourus au
recours de David mais on ajoute que ce Roi fit tour fon poffible pour enga-
ger ceux-ci à Ce retirer, par cela même qu'ils étoient étrangers ce qui n'eH:
point dit des autres.
Ces Hérauts d'Armes tenaient d'ailleurs un rang trop distingué pour ctM
omis dans l'état de la magnifique mat(on de David & de Salomon,

D</ C~.ot/
Telles étoient tes demi-conno)(Ïances fur l'Antiquité, qu'on n'avo!( ja-
mais ~u ni ce que repréfentoit le Caducée ni par quelle raifon il étoic
devenu le Symbole de Mercure & un emblême de paix, <<: ensuite celui des
Hérauts~
Dans nos Allégories Orientales nous avons démontre que le Caducée
étoit l'emblême parlant de Mercure, comme Inventeur de t'A~ronomie
du Ca!endrier, l'une des Sciences les plus prenantes pour l'Agriculture. Comme
Mercure étoit en même tems le Mefïager des Dieux les Ambanadeurs des
Rois & des Peuples ne purent prendre un fymboie plus noble que celui-là,
& dès-lors ils turent tous armés du Caducée & chez les Grecs, un même
nom dcugna le Caducée & les Hérauts.
Les Hérauts s'appelloieint ~erM~j on Ceryces.
Le Caducée, Aef~<M OM Kêrykaion, en Athénien; & J~<!r«~Mn dans le
.dialecte Eolien.
Les Latins ayant changé ici R en D, comme cela arrive tres-ïbuvcnt, ils
en firent CADUCÉE mot altéré qui fembloit ne tenir plus a rien.
Tout Ce tient dans l'Univers les Grecs durent toutes leurs connoinances
MX Orientaux c'e(t donc de l'Orient qu'ils tinrent le droit noble & confiant
.des Hérauts, droit qu'on conno~t mat, parce qu'on n'a jamais approfb~tH
.m les caufes qui tes avoient fait établir, ni celtes qui !es avoient rendus preC-
qu'inutMes & nir lefquettes nous tâcherons de répandre quelque lumiere.
Le nom de Carux vint tut-même de l'Orient: Q~A, ~<!fA y ngnine
~o<7!f/ annoncer ~a~cr:ce nom fut donc parfàirement relatif à Con
.objet, & dès-lors on en a dc)à une idée étendue.
En vain on veut regarder comme nulle la Science étymologique, fe refufer
i n~ceûlté, à fa beauté, à ~on évidence; il &ut toujours revenir à elle
comme à )a bafe de toute connpiftance folide. Mais tout e(t rempli d'étymo-
logies de mauvais aloi Rejette- t'pn la monnoie parce qu'il y en a de faune 2
& à quoi fert la rai(on Qu'on prenne 1e bon qu'on rejette ie mauvais.
Confondre l'un avec l'autre ou ne rien admettre de peur d'ctre trompe c'eA
porter beaucoup trop loin l'amour de la vérité.

PM mot ~c~ftjp, ~<we~<r, 6'f.


Ce n'e<t pas non plus par hafard que le Oriental du Bouclier M~~
nom
6cAt7t eH jpartaitement con&ry~ dans les Langues du Nord avec la n~me
~gnt~cacion.
~n Germain ScHtip, Ecu, Ecuubn; t*. Enseigne, Armoirie;i
En Anglo-Saxon ScYi.D
° p unun Ecu, nun Boucher,
<-
En Ai]g!oiS ) SH!ELT )
Enf!amand,ScHn.D,Ecu, Boudier, Pavois, i~. Ecu desArmoinet.
En Danois ?
? SKtoi.D,
c n
Bouclier,
<'
En Suédois
Ce tnot eft memje devenu chez ces Peuples la (burce de pluneufs autres
relatifs a !a peinture, par cela même qu'on peignoir les Boucliers.
Cette Famille doit tenir au Theuron SemL peau & au Grec .Ky/
enlever la peau les Bouclie