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Géologie : Formation des Pyrénées

Page 1 : Tectonique des plaques et formation des


montagnes
(nouvelle version, 2016)
[...] il ne faut guère d'imagination pour concevoir aujourd'hui que la façon la plus simple d'épaissir la
lithosphère est d'empiler, les unes sur les autres, des unités originellement situées sur un même plan
horizontal.
Pierre Choukroune,
dans la préface du livre de Olivier Merle, Nappes et chevauchements,
édition Masson, 1994

I - Un bref rappel est utile pour comprendre la formation des montagnes (note 8) :
La structure des couches superficielles de la terre est la suivante (figure 1 et 2) :
La croûte se différencie du manteau essentiellement par sa composition chimique :
- la croûte océanique (7 Km d'épaisseur) a une composition moyenne proche de celle du "basalte" (résultat de la
fusion partielle des péridotites), donc une densité relativement élevée (2,9 g/cm3);
- la croûte continentale (30 à 40 Km d'épaisseur, jusqu'à 70 dans les montagnes) a une composition proche de celle du
"granite", donc une densité relativement faible (2,8) ;
Le manteau (qui a prés de 3000 Km d'épaisseur) a une composition proche de celle des "péridotites" (voir une page
consacrée à la lherzolite), donc une densité élevée (3,25).
La frontière entre croûte et manteau est appelée le " Moho " (nom abrégé d'un géophysicien : Mohorovicic).
La lithosphère (environ 100 km d'épaisseur) comprenant la croûte et la partie la plus superficielle du manteau (le
"manteau lithosphérique") se différencie par sa rigidité de l'asthénosphère (du grec asthenos = mou), partie sous-
jacente du manteau (jusqu'à une profondeur de 500 à 700 km) qui, du fait d'une température élevée (plus de 1300°), est
relativement plastique (à l'échelle des millions d'années ; sa consistance est celle du fer chauffé au rouge).
Figure 1 : Structure de la terre entière (à gauche), et sructure et dynamique du manteau (à droite).
La Terre, chauffée par l'impact des corps célestes qui s'y sont écrasés et par la radioactivité de certains minéraux du manteau, se
refroidit : c'est ce qui entraine une convection thermique dans le manteau. En effet, refroidie en surface par conduction, la
lithosphère s'alourdit ; quand sa masse volumique dépasse celle de l'asthénosphère (densité 3,3 contre 3,25) elle coule dans le manteau
(difficilement pour la lithosphère continentale retenue par sa croûte légère) ; cette subduction est le moteur du déplacement des plaques
(figure 2) ; bien que freinée à 670 m de profondeur, où la pression compacte l'olivine dans la péridotite, la lithosphère descend juqu'à la
base du manteau, dont la matière, réchauffée par le noyau et surtout la radioactvité, remonte, en particulier sous forme de panaches
responsables du volcanisme des points chauds, ou à faible profondeur (moins de 100 km) sous les dorsales où la fusion
parielle de la péridotite, liée à la baisse de la pression, produit du magma basaltique qui vient compenser l'écartement des plaques.

Selon la théorie de la tectonique des plaques, l'ensemble de la lithosphère est divisé en une douzaine de grandes
plaques principales qui se déplacent les unes par rapport aux autres (à une vitesse de l'ordre de 1 à 10 cm par an).
Les frontières entre plaques sont de trois sortes (figure 2) :
- les subductions, où une plaque s'engloutit dans le manteau (note 7),
. subduction océanique, quand il s'agit d'une plaque océanique qui, vieillie et refroidie, donc alourdie (densité de 3,3,
donc supérieure à celle du manteau sous-jacent) et légèrement déclive, glisse sur l'asthénosphère (indépendamment des courants
de convection qui y règnent) puis y "coule" du fait de son poids en "tirant" l'ensemble de la plaque et le continent qui lui
est rattaché ; c'est là le moteur principal (les dorsales y participent un peu) du déplacement des plaques, lequel participe à
l'évacuation de la chaleur due (surtout) à la radioactivité ; la subduction se produit le plus souvent au bord d'un continent
(cas des Andes) mais peut se produire en plein océan (cas des Antilles) ; la partie subductée est pentue si la plaque est
vieille, proche de l'horizontale si elle est jeune et légère ;
. subduction continentale (plus difficile en raison de la légèreté de la croûte continentale), en cas de collision entre
deux continents génératrice de montagnes ;
- les dorsales océaniques, où de la plaque océanique est créée par une montée de magma basaltique (résultant d'une
fusion partielle des péridotites du manteau du fait d'une chute de pression, à une faible profondeur, environ 10 km) dans
le haut du manteau, compensant la perte de plaque dans la subduction ;
- les failles transformantes, qui segmentent les dorsales et peuvent se propager jusqu'aux zones de subduction.

Figure 2 : Une dorsale (à gauche) et une subduction océanique précédant une collision continentale (à droite).

(Sources :
- Dossier Pour la science "La Terre à coeur ouvert", n°67, Avril-Juin 2010, en particulier l'article de Pierre Thomas, p. 38-44,
intitulé "La convection, moteur du manteau" (plus développé dans le site web http://planet-terre.ens-lyon.fr : cliquer ici) ;
- "La valse des continents", par Patrick De Wever et Francis Duranthon, EDP sciences, 2015, 90 p. (qu'on trouve, entre autres, à
la librairie du Museum d'histoire naturelle à Toulouse)).

*
II - Formation des montagnes par collision continentale (est pris ici pour
modèle le scénario simplifié d'une collision succédant à une subduction océanique sous un continent)

Le mot "collision" est trompeur parce qu'il suggère un événement frontal, brutal et éphémère, alors qu'il s'agit de
l'"affrontemant", lent et durable, entre deux continents convergents, dont l'un se glisse difficilement sous l'autre, une telle subduction
impliquant une compression horizontale. Le continent chevauchant arrache successivement à la croûte du continent en cours de subduction
plusieurs écailles, qui, bloquées, s'empilent par en dessous, ce qui épaissit le continent subducté et crée ainsi une montagne.
A noter qu'il n'est pas nécessaire de préciser quels sont les déplacements respectifs des deux continents, ni par rapport à quels repères : seul
compte le déplacement relatif entre les deux, bien qu'on ait tendance à "supposer" immobile le plus grand.

1. Une chaîne de montagne naît dans une zone du globe où deux plaques tectoniques convergent (à la vitesse de
quelques cm par an, soit quelques dizaines de km par millions d'années [Ma]) :
- soit lorsqu'une lithosphère océanique est en subduction :
> sous le bord d'un continent ("chaîne de subduction", ou cordillère, type Andes) ;
> ou sous une autre lithosphère océanique ("arc insulaire", chapelet d'îles volcaniques, type Japon, ou Antilles) ;
- soit lorsque deux lithosphères continentales entrent en collision ("chaîne de collision", type Himalaya ou Alpes).

Il existe deux autres types plus rares (sans parler des chaînes composites) :
> la "chaîne d'obduction", lorsqu'une partie de croûte océanique, au lieu de s'enfoncer dans l'asthénosphère par
subduction, chevauche une autre croûte océanique ou le bord d'un continent (type Oman).
> la "chaîne intracontinentale", lorsque une convergence continentale non précédée par la fermeture d'un océan
comprime une zone continentale distendue et amincie (par exemple par un coulissage). C'est le cas des Pyrénées :
l'écartement entre Ibérie et Europe, accompagné d'un coulissage, a (dans un premier temps) distendu la zone
continentale amincie les séparant, mais sans que la lithosphére océanique ainsi formée dans le golfe de Gascogne, ne se
propage plus à l'est ; dans un deuxième temps une compression a entraîné un affrontement des deux continents qui a eu
dans cette zone le même effet qu'une collision succédanr à la fermeture d'un océan.

2. Une
"collision"
continentale se
produit quand un
continent, séparé
d'un autre par de
la croûte
océanique, vient,
du fait de la
résorption de
celle-ci par
subduction sous
ce dernier
continent,
affronter celui-
ci.(figure 2).
Il n'est pas
nécessaire de
préciser quel est le
continent mobile
et lequel est
immobile : tout
dépend des
Figure 3a : schéma visant à expliquer l'écaillage et les multiples chevauchements repères qu'on
(associés à des plis non représentés) qu'il implique, liés à la compression d'une croûte continentale choisit.
imaginaire.
La subduction
La figure 3b ci-dessous est un schéma plus proche de la réalité (note 9).
de la plaque
supposée mobile
va se poursuivre,
mais plus
difficilement et
plus lentement, car
la croûte
continentale
qu'elle porte
renâcle à
l'accompagner
dans
l'asthénosphère en
raison de sa faible
densité (2,7, contre
3,3 pour le manteau).
Une grande
partie de cette
croûte
continentale
mobile va ainsi
échapper à la
subduction et
subir, par le jeu de
plusieurs failles
inverses
successives, un
processus
d'"écaillage"
contre le front de
la plaque
chevauchante
(qui agit comme
un rabot)(figure
3a).
Le résultat est
un empilement par
en dessous des
écailles (ou unités
chevauchantes),
responsable d'un
épaississement du
continent et donc
de la formation
d'une montagne.
L'autre partie,
basale, de la croûte
continue à subir la
subduction
(parfois, d'alleurs,
jusqu'à une
profondeur de
l'ordre de 100
km).
3. Ce processus d'écaillage est le suivant (figure 3a et 3b) :
Venant buter et s'immobiliser contre le front de la croûte continentale supposée fixe, une première grande " écaille
tectonique " (dont l'épaisseur est de l'ordre du km) se décolle de la croûte supposée mobile suivant un plan de faille inverse
proche de l'horizontale, échappe ainsi à la subduction, et, par à-coups, séisme après séisme, chevauche (sur une ou
plusieurs dizaines de km), le reste, aminci, de la croûte qui, continuant de migrer en-dessous, poursuit sa subduction. Un pli
anticlinal du front de
l'écaille (qui est souvent
sédimentaire)
accompagne son
chevauchement (on parle
de " pli-faille ", ou de
"pli-nappe") (note 6)

Un nouveau plan de
décollement apparaît
ensuite dans la croûte
supposée mobile, et
prend le relais, sous le
premier, presque
parallèle à lui, un peu
plus au large, de telle
sorte qu'une deuxième
écaille chevauchante
s'immobilise, de la
même façon contre
(ou sous) la première,
qu'elle redresse (ou
soulève).
Et ainsi de suite.

< Figure 3b : Schéma


(plus proche de la réalité
que celui de la figure 3a)
visant à expliquer le
processus
d'empilement des
écailles tectoniques
à l'origine de la surrection
d'une montagne (il fait
abstraction de l'érosion).

Tandis que (pendant plusieurs dizaines de Ma) la plaque supposée mobile, presque réduite à sa partie mantellique, poursuit
sa subduction sous la plaque supposée fixe (sur plusieurs dizaines de km, à la vitesse de quelques cm par an) et s'enfonce dans
l'asthénosphère, un nombre variable d'écailles viennent ainsi se coincer et s'empiler (sur plusieurs km d'épaisseur), par
chevauchements successifs, les unes sous les autres (et non sur, chacune s'ajoutant à la base de l'empilement), dans
l'angle formé par le front de la croûte supérieure et la plaque plongeante, laquelle s'épaissit donc par sa base, par en-
dessous (on parle de "prisme d'accrétion", ce mécanisme étant analogue à celui par lequel se forme un prisme d'accrétion
lors de la subduction d'un plancher océanique : figure 2 ).

Le même processus affecte aussi, le plus souvent à une échelle moindre, le front de la croûte continentale supposée
fixe, également débité en grandes lames, séparées par des plans de clivage en sens opposé. De ce fait la cicatrice de
l'affrontement entre les deux croûtes, la " suture ", est parfois difficile à trouver, sous la forme d'une faille de
chevauchement parfois verticalisée, voire renversée (note 2 : chevauchement de la Dent Blanche).
Cet empilement s'accompagne de séismes liés à des ruptures dans la couche fragile, cassante, de la croûte
continentale, entre 0 et 15 km de profondeur.

4. Les décollements (ou "plans de chevauchement") des écailles (ou "nappes de charriage" quand elles sont
grandes, "chevauchements" quand elles sont plus petites, et maintenant plutôt "unités chevauchantes" [note 1] ), sont
donc des failles "inverses" (on se trouve dans le cas d'un raccourcissement par compression ) alors que, inversement,
celles liées à une extension, ou étirement, avec amincissement, sont dites "normales" (figure 4).

Figure 4 : Les deux principaux types de failles : les failles normales et les failles inverses.

Le glissement d'une unité chevauchante sur une autre entraine un cisaillement des roches de part et d'autre du plan
de chevauchement (voir une page spéciale) : le frottement, sous forte pression, est intense et une énergie abondante est
dissipée qui échauffe les roches. D'où un métamorphisme, de moyenne pression et moyenne température, avec
schistosité (création d'une structure en mille-feuille), voire fusion partielle, favorisée par la présence d'eau, créant de
petites poches de magma cristallisant en profondeur sous forme de petits massifs (des "plutons") granitiques.
Le saut (ou le transfert) d'un décollement à un autre est favorisé par l'augmentation de température et surtout de
pression que crée l'unité chevauchante (par son poids et sa base chaude) dans la croûte sous-jacente, couverte de
sédiments froids hydratés. Il en résulte une circulation d'eau sous pression qui fragilise la roche par " fracturation
hydraulique " : il se crée une bouillie où la résistance au cisaillement est diminuée, ce qui rend le décollement à ce niveau
plus facile.
Quoiqu'il en soit les décollements se produisent, dans la croûte, de préférence :
> par jeu en sens inverse, dans sa couche fragile (cassante), de failles normales héritées de l'époque où sa marge
constituait la moitié d'un rift continental avec amorce d'une dorsale océanique (déchirure semblable au rift africain
actuel) ;
> à la limite entre les différents niveaux mécaniques de la croûte continentale (entre croûte et sédiments, entre
couche cassante et couche ductile, ou entre couche ductile et manteau) ;
> à l'intérieur d'une couche de terrain de moindre cohésion (par exemple une couche d'ampélite, comme on le voit dans le cirque
de Barrosa : voir la page consacrée à l'ampélite), ou de grès argileux, ou de gypse), qui par son effet lubrifiant (on parle de "
couche-savon "), favorise ensuite le glissement d'une unité sur la croûte sous-jacente.

5. C'est cet empilement par en-dessous d'unités chevauchantes qui produit (en quelques millions d'années [Ma]) la
surrection d'une montagne (à la vitesse moyenne de quelques mm par an).
En effet, s'ajoutant à la superposition des deux croûtes, il épaissit, en la raccourcissant horizontalement (d'une
distance de l'ordre de la centaine de km), la croûte continentale (dont l'épaisseur peut ainsi doubler, atteignant 60 à 80 km).
Epaississement qui se fait vers le haut, créant une antiforme en éventail à l'échelle de la chaîne, dans lequel l'érosion
sculpte des reliefs montagneux (qui peuvent culminer jusqu'à une altitude de 8 à 9 km).
Mais aussi vers le bas, l'augmentation de son poids entraînant un enfoncement de la lithosphère ainsi épaissie et
alourdie (selon le principe d'Archimède, ou d'"isostasie", comme dans le cas d'un iceberg) dans l'asthénosphère chaude
(1300°), et ductile. Les reliefs montagneux sont ainsi compensés en profondeur par une " racine " (figure 5).
Quand la collision n'est pas franchement frontale, mais oblique et que les croûtes continentales coulissent le long de
leur affrontement, des étirements peuvent se combiner aux épaississements.
6. Les sédiments portés par les continents sont aussi affectés par les chevauchements, mais ils le sont surtout par
des plissements. La couverture sédimentaire peut (sous l'effet d'un chevauchement) se décoller de son substratum
cristallin (roches métamorphiques ou granitiques), et n'y laisser qu'une mince couverture (telle la couche de calcaire crétacé
autochtone sous la nappe de Gavarnie).
Les terrains anciens impliqués dans les chevauchements, et qui peuvent être ce qui reste de chaînes de montagne
anciennes (par exemple la chaîne hercynienne), sont également remaniés par des plissements et par le métamorphisme
lié à une augmentation de la pression et de la température, métamorphisme qui commence dès le début de la subduction
continentale.

Figure 5 : Coupe d'une chaîne de montagne constituée, attaquée par l'érosion (note 3).

7. Dès le début de sa surrection la montagne est attaquée par l'érosion (figure 5).
Les sédiments détritiques (argile, sables, graviers arrachés aux reliefs montagneux par les glaciers et les torrents) vont
s'accumuler (sous forme d'une roche appelée " molasse ", parfois sur 1km d'épaisseur), de part et d'autre de la chaîne, dans
de larges bassins. Ce sont les " bassins molassiques " (tel celui de la plaine du Pô), dont le poids accentue (on parle de
"subsidence") la flexure imprimée à la lithosphère par le poids de la montagne (phénomène qui se fait sentir par exemple à
Venise).
Mécanique ou chimique, elle peut atteindre 4 mm/an (et même 1 m/an sous l'effet des glaciers, comme cela a été le
cas il y a 20000 ans lorsque la terre était en grande partie couverte de glace).
Lorsque la compression diminue, l'érosion, grandement aidée par le phénomène d'effondrement gravitaire (voir plus
loin), amincit la chaîne de montagne et finit (en quelques dizaines de Ma) par redonner son épaisseur normale (environ 30 km)
à la croûte continentale qui, ainsi allégée, remonte par ajustement isostatique (comme un bateau qu'on décharge). En
surface l'érosion arase les reliefs montagneux, et réduit ainsi la chaîne de montagne à l'état de "pénéplaine" ("presque
plaine", à l'altitude de 100 à 200 m).
Apparaissent ainsi à l'affleurement, quand elles ne sont pas recouvertes par des sédiments fluviatiles ou marins plus
tardifs, des roches qui ont subi, par enfouissement en profondeur, un métamorphisme (changement de nature et
réorientation de minéraux) plus ou moins intense.
Se découvrent également (surtout dans les vieilles chaînes de montagne fortement érodées) les "plutons granitiques"
(de 10 à 15 km de diamètre) résultant de la cristallisation en profondeur, avant d'avoir pu atteindre la surface, de "bulles" de
magma qui montent lentement dans l'épaisseur de la croûte, sous la poussée d'Archimède, magma produit par la fusion
partielle de la croûte (quand la température dépasse 700 à 800°), favorisée par l'eau présente le long des plans de
chevauchement et qui abaisse la température de fusion) (ces plutons sont nombreux dans ce qui reste de la chaîne de montagne
hercynienne érigée vers 300 Ma).

*
III - Aux effets de la collision continentale s'ajoutent ceux d'autres
processus.
L'empilement d'écailles crustales est le processus essentiel de la formation des montagnes par collision continentale
(ou intracontinentale).
Mais d'autres processus interviennent dans l'édification d'une chaîne de montagne, pour y participer ou la
contrecarrer, sans parler du métamorphisme que subissent les roches du fait des modifications de température et de
pression. (figure 6 ):

- 1. l'INCORPORATION, dans la chaîne de montagne, de divers éléments :


* de micro-contients qui ont pu s'interposer entre les deux continents avant leur collision (cas de l'Himalaya et des
Alpes) ;
* du prisme d'accrétion (fig. 6, A1 ; fig. 5) formé, pendant la subduction du plancher océanique, par
l'accumulation des sédiments raclés par le continent qui sera percuté (domaines piémontais, avec ses "schistes lustrés", et valaisan,
avec ses flyschs, dans des Alpes [note 2]) ;
* d' OPHIOLITES (fig. 6, A1 ; fig. 5), qui sont des lambeaux (des "copeaux") de crôute océanique qui, avant la
collision, au cours de la subduction de cette croûte, sont venus se mélanger aux sédiments accumulés dans le prisme
d'accrétion. Ils apparaissent ensuite à l'affleurement dans la chaîne de montagne constituée, sous forme de lentilles
entrelardant des sédiments métamorphisés (c'est le cas, dans les Alpes, des ophiolites mélangés aux "schistes lustrés" qu'on trouve par
exemple à la base du Cervin [note 2]). De plus grands fragments de crôute océanique peuvent aussi, au lieu de s'enfoncer
dans la subduction, venir affleurer , dans une chaîne de montagne (on parle d'"obduction"), à la suture des deux
continents entrés en collision, ou à proximité de celle-ci ;
* de sédiments déposés pendant la surrection de la montagne, et subissant les déformations, plisements ou
déplacements, qu'elle entraine.

- 2. l 'EROSION (voir ci-dessus) : elle rabote les reliefs montagneux (surtout l'érosion glaciaire), mais elle est
incapable d'expliquer à elle seule l'arasement des montagnes. Il lui faudrait beaucoup plus de temps et on ne trouve pas
les énormes dépots de sédiments que cela impliquerait.

- 3. le REAJUSTEMEN ISOSTATIQUE : selon le principe d'isostasie la chaîne de montagne, qui "flotte" sur
l'asthénosphère ductile, s'enfonce dans celle-ci, l'épaississement de la lithosphère, par plissements et chevauchements,
impliquant une augmentation de son poids, mais remonte ensuite (poussée d'Archimède) lorsqu'elle est allégée par
l'érosion, comme un bateau qu'on décharge.

- 4. l 'EFFONDREMENT GRAVITAIRE (fig. 6, A1-A4) : une montagne ("colosse aux pieds d'argile") a en effet
tendance à s'affaisser sur elle-même et à s'étaler sous l'effet de la gravité, ce qui implique une distension (ou extension)
venant inverser ou concurrencer la compression lorsque celle-ci s'atténue, et créer un amincissement de la croûte (son
épaisseur passant par exemple de 60 km à 20-25, au lieu de 35 normalement), distension qui peut d'ailleurs avoir d'autres
causes, comme le recul d'une zone de subduction voisine. D'ailleurs cette distension peut toucher une partie d'une
chaîne de montagne alors que la compression reste prédominante dans une autre (c'est le cas par exemple dans les Alpes) :
* cet étalement de la croûte se fait, dans la crôute supérieure cassante (la crôute inférieure étant ductile) par un
glissement vers le bas de blocs crustaux le long de failles normales obliques (qui sont souvent d'anciennes failles
inverses jouant dans l'autre sens), glissement par des à-coups qui se manifestent par des séismes ;
* l'amincissement s'accompagne,
. d'une part d'un réchauffement de la croûte, avec augmentation du gradient et du flux thermiques, et
remontée de la limite inférieure (isotherme 1300°) de la lithosphère mantellique ; ce réchauffement s'ajoute, après la fin
de l'édification de la chaîne de montagne par empilement d'unités chevauchantes froides, à celui, lent, lié à la
radioactivité régnant dans la croûte épaissie ;
. d'autre part d'une diminution de la pression, en raison de la remontée du Moho ;
* augmentation de la température et décompression rapide entraînent à leur tour :
. un ramollissement de la croûte (avec accroissement de l'épaisseur de sa partie ductile aux dépens de sa
partie supérieure cassante), qui favorise en retour l'étalement gravitaire (voire la formation de grands plateaux, comme celui
du Tibet), et les plissements ;
. un métamorphisme de haute température et de basse pression jusqu'à un niveau de la croûte proche de
la surface ; on peut le constater en particulier à l'affleurement quand la quasi disparition de la couche cassante de la
croûte dans une partie très étirée, et le jeu de failles quasi horizontales (dites "failles de détachement", au niveau de la
transition cassante-ductile, longées de mylonites [roches broyées] ), a favorisé la remontée d'un dôme de sa partie ductile
autrefois enfouie à grande profondeur et métamorphisée sous haute pression et basse température (c'est le cas, dans le
Massif Central hercynien, des monts de l'Espinouse dans la Montagne Noire) ;
. une fusion partielle, en profondeur, de la croûte (anatexie), lorsque la température y approche les 600°,
favorisée par la présence d'eau, fusion productrice de magma et donc de plutons granitiques ;
. une fusion partielle également de la partie mantellique de la lithosphère (qui peut elle aussi affleurer),
produisant un volcanisme calco-alcalin (avec un magma riche en andésite, car, basaltique à l'origine, il est contaminé par
le granite dans la traversée de la croûte traversée), en général peu abondant.
Figure 6 : Schémas simplifiés visant à expliquer,
A : l'évolution de la chaîne de montagne, de la subduction du plancher océanique qui précède sa surrection et de l'inclusion
d'ophiolites à son effondrement gravitaire ;
B : l'exhumation d'une partie de la croûte continentale en cours de subduction ;
C : la subduction de la croûte continentale, qui peut être horizontale avant de sombrer dans l'asthénosphère ;
D : le détachement possible d'une partie de la lithosphère mantellique en cours de subduction, ou de la racine de la chaîne
de montagne, avec les conséquences sur celle-ci : proximité de l'asthénosphère chaude, réchauffement, extension, et soulèvement

- 5. la SUBDUCTION CONTINENTALE (fig. 6, B et C) : une lithosphère continentale, du moins la partie


ayant échappé à l'écaillage, peut s'engager lentement (ce qui lui laisse le temps de se réchauffer), presque horizontalement
dans un premier temps, sous la lithosphère avec laquelle elle est entrée en collision, et ainsi l'épaissir (cas de l'Himalaya et
du Tibet, et des Andes) ;
* mais, malgré la relative légèreté de la croûte, elle finit par plonger carrément dans l'asthénosphère : la crôute
continentale de cette lithosphère, entrainée par la partie mantellique de celle-ci, peut alors, au cours de cette subduction,
descendre jusqu'à une grande profondeur (par exemple 100 km) ; il arrive alors qu'une partie de cette croûte se détache
du manteau et, sous l'effet de la pression latérale qu'elle subit (comme le dentifrice dans un tube qu'on comprime), et de
la poussée d'Archimède (isostasie), remonte rapidement vers la surface (on parle d'exhumation), où la présence d'un
minéral (la coésite, dont la cristallisation implique une forte pression) vient témoigner de son séjour passé à grande
profondeur ;
* elle tend à produire un volcanisme calco-alcalin, comme dans les arcs volcaniques (cas des Andes) ;
* la zone de subduction a tendance à reculer (voir note 4, et la page consacrée à la formation des Pyrénées, en note 5) : ce
qui entraine à l'arrière de l'arc volcanique créé par la subduction, une distension de la crôute continentale supérieure et
ainsi la création d'un "bassin d'arrière-arc ; un tel phénomène peut effondrer en tout ou partie d'une chaîne de montagne
quand celle-ci est voisine d'une subduction (cas de la création du Golfe du Lion, ou des Cyclades dans la mer Egée).

- 6. la PARTIE MANTELLIQUE DE LA LITHOSPHERE : comme elle est massive, dense et relativement


rigide par rapport à la croûte, son intervention est possible dans l'édification d'une montagne :
* soit en s'encastrant comme un coin ("coin mantellique"), ou un poinçonnemnt, dans la croûte ramollie de la
plaque avec laquelle elle entre en collision, ce qui épaissit celle-ci par retro-charriage au-dessus, ou parfois crée une
extension crustale, ou les deux (cas des Alpes, voir note 2, figure b),
* soit en se rompant (Fig. 6, D) : tandis qu'elle est engagée dans une subduction une partie, froide et lourde, s'en
détache et sombre dans l'asthénosphère chaude et ductile ; celle-ci, venant prendre sa place; réchauffe la chaîne de
montagne, ce qui provoque son soulèvement, et augmente sa ductilité, ce qui favorise son étalement par effondrement
gravitaire ; la racine d'une chaîne de montagne pourrait, même en l'absence de subduction, subir le même sort.

*
ocessus de chevauchement, que l'on a sous les yeux dans le cirque de Barrosa, et qu'on "touche du doigt" lorsqu
e par le "chemin des mines", tient finalement une grande place, associé à d'autres processus, dans la surrection des
chaînes de montagne par "collision" continentale, ou compression intacontinentale (comme les Pyrénées), surrecti
eut considérer comme étant essentiellement le résultat d'un empilement par en-dessous de chevauchements plus ou
plissés (note 2).

Cette théorie, selon laquelle les montagnes sont faites d'un empilement de chevauchements charriés horizontalement
les uns sur les autres, est maintenant banale et n'est plus discutée, sauf dans ses détails. Son HISTOIRE est la suivante.
Apparue à la fin du XIXe siècle elle a été longue à être acceptée par la communauté des géologues encore influencés
par une tectonique " verticaliste ", et réfractaires à la notion de longs déplacements horizontaux d'épaisses masses de
terrain.
Le principal artisan de la nouvelle tectonique a été le géologue français Marcel Bertrand (1847-1907). Il la présente en
1884 dans un article, qui restera longtemps ignoré ou accueilli avec scepticisme ou incrédulité, dans lequel, par une
brillante intuition, il réinterprète un vaste contact anormal décrit dans les Alpes de Glaris (dans l'est de la Suisse : note 2)
comme étant lié non pas à un double pli couché, hypothèse admise jusque là, mais à un "recouvrement" (autrement dit
un chevauchement).
D'autres chevauchements ayant été décrits, par lui ou par d'autres géologues (notamment les anglais Peach et Horne
dans les Highlands en Ecosse, en 1884, et M. A. Bresson dans les Pyrénées, en 1903), M. Bertrand en déduit la nouvelle
théorie générale selon laquelle la surrection des montagnes est à base de chevauchements, tous dans le même sens et
résultant d'une compression, ce qui lui vaudra plus tard d'être reconnu par ses successeurs comme un "génie de la
tectonique" (note 5).(note 5).
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NOTES :

1. Ailleurs dans le présent site l'expression "nappe de charriage" est encore utilisée. Classiquement "nappe de charriage" désigne
plutôt un "recouvrement" (c'est le mot qu'on utilisait dans le passé) de faible amplitude, et le mot "chevauchement " un recouvrement de
grande ampleur. Mais actuellement on utilise de préférence le mot "chevauchement" dans tous les cas (il désigne d'ailleurs à la fois
l'écaille qui chevauche, et le processus), ou l'expression "unité chevauchante".
Cependant on utilise couramment l'expression "nappe de Gavarnie" pour désigner l'unité chevauchante dont fait partie l'étage supérieur
du cirque de Barrosa.
Les géologues utilisent aussi le mot "allochtone" pour désigner l'unité qui chevauche (et qui vient d'ailleurs), et le mot "autochtone"
(ou encore "socle"), pour désigner l'unité chevauchée.

2. A la fin du XVIIe siècle, le genevois Horace Bénédict de Saussure constate que les roches sédimentaires des Alpes ont été non
seulement soulevées mais aussi plissées, donc raccourcies horizontalement. Il en conclut logiquement, en 1784, que le plissement des
Alpes, et des chaînes de montagne en général, résulte de "refoulements horizontaux", c'est-à-dire de compressions horizontales. Ses travaux
s'opposaient ainsi aux visions "verticalistes" alors en vogue (qui postulaient que les chaînes de montagnes se formaient par simple
soulèvement des terrains), et allaient donner le ton aux recherches des "mobilistes" (postulant des mouvements horizontaux) qui ont
débouché sur la notion de "nappes de charriage".
C'est ainsi que le grand géologue suisse Emile Argand (1879-1940), novateur et prophétique, a mis en relation la dérive des continents
(idée qu'argumente alors Wegener, et qu'il approuve) avec les empilements de nappes de charriage à l'origine de la surrection des
montagnes, d'Europe et d'Asie (notamment l'Himalaya et le Tibet : voir ci-dessous).

" L'existence d'un certain reste de


mouvements verticaux originaires demeure
extrêmement problématique, car à
prolonger très avant l'interprétation des
faits, il semble qu'il n'y ait aucun jeu
tectonique, même exactement vertical, qui
ne puisse être regardé comme la
manifestation ou la conséquence directe ou
indirecte, rapprochée ou lointaine, à délai
relativement bref ou à très longue
échéance, de déformations en volume dans
lesquelles prévalent ou ont prévalu des
jeux horizontaux"

(p. 269)
Extraits du texte et des illustrations de l'ouvrage prémonitoire d'Emile Argand "La tectonique de l'Asie", publié en 1924 (la théorie de
la tectonique des plaques a été élaborée dans les années 1960, et la structure de l'Himalaya-Tibet précisée plus tard), accessible dans une
page du site Planet-terre (cliquer ici).

Ces recherches ont porté notamment, dans les Alpes suisses, sur deux chevauchements célèbres :

* le "chevauchement de GLARIS",
dans la Suisse orientale (canton de Glaris, ou Glarus) (voir
la figure a ci-dessous, et les notes 5 et 6)
De 35 km de long vers le nord, et de 15 km de large, il
a participé, comme beaucoup d'autres chevauchements en
Suisse et en France, à la surrection des Alpes (voir ci-
dessous le chevauchement de la Dent Blanche). Sa nappe
a été rendue discontinue par l'érosion.
Son étude, par les géologues suisses (Escher von der
Linth en 1841, puis Albert Heim en 1878), a permis de
mieux comprendre la formation des Alpes et d'asseoir le concept de nappe de charriage, théorisé en 1875 par le viennois Eduard Suess,
puis surtout, en 1884, par le français Marcel Bertrand), pour expliquer la formation des montagnes en général (voir la note 5).

Figure a : Photo de la crête des "Tschingelhorner", au SW des pics de Sardona et Segnas, vue du NW, montrant le chevauchement du
Permien (appelé "verrucano" ; en haut de l'image), sur le flysch tertiaire (environ - 50 Ma ; au bas de l'image, partiellement masqué par
les éboulis), par l'intermédiaire d'une lame de calcaire, jurassique, percée d'un trou, le 'Martinsloch" (diamètre : 15 m).
Pour la localisation de la photo, voir les dessins de la figure g dans la note 5 >

Cliquer sur l'image pour voir le montage de deux photos en grand format qui permettent de faire des
comparaisons avec le cirque de Barrosa.
Phénomène géologique le plus célèbre de la Suisse, le chevauchement de Glaris a été inscrit en 2008 sur la liste du Patrimoine mondial
naturel de l'Unesco (sous le nom de "Haut lieu tectonique suisse Sardona"). Au centre d'un territoire plus vaste institué "géoparc" par
l'Unesco sous le nom de "Géoparc Sardona", il est visité et étudié par de nombreux géologues du monde entier, professionnels ou amateurs.
Les Alpes de Glaris sont traversées par l'un des 4 itinéraires de la "Via alpina", le vert (dit "Via Geo Alpina"), qui va de Zucka dans le
Liechtenstein à Lenk dans les Alpes bernoises ; plus précisément par les étapes C3 (Sargans-Elm, par le Foopass), et C4 (Elm-Linthal par le
Richetli Pass).

(pour en savoir plus sur ce célèbre chevauchement voir :


- surtout la page qui lui est consacrée dans l'intéressant site de l'Office fédéral de topographie Swisstopo : on y trouve des liens donnant
accès à des pdf contenant des topos d'excursion (2 étapes de la "Via Geo Alpina" richement illustrés de photos spectaculaires et de
schémas commentés), ainsi que des cartes, des informations sur les chevauchements, et un glossaire ;
- et dans un autre site, une autre coupe [en page 2 du pdf reproduisant un article de Deta Gasser et Bas den Brock, de Zürich])

* le "chevauchement de la DENT BLANCHE" (dans les Alpes valaisanes), qui porte le Cervin.
Il a été étudié, cartographié et expliqué, au début du XXe siècle, par le grand géologue suisse Emile Argand (voir ci-dessus).
La génèse de ce chevauchement est la suivante (image ci-dessous et notes 3 et 6). Le sub-continent sud-alpin (l'"Apulie" qui formera
plus tard une partie de l'Italie actuelle), dérivant à la proue de l'Afrique vers le nord-ouest, entre vers -40 Ma en collision avec le continent
européen, après avoir broyé, laminé, déformé, le plancher de l''"océan alpin", branche (divisée en deux, océan "piémontais", ou liguro-
piémontas, et océan "valaisan", par une péninsule du micro-contnent Ibérie, la future "zone briançonnaise") de la mer "Téthys" qui le
séparait du continent européen. La collision, à l'origine des Alpes, s'est accompagnée de la mise en place, par-dessus le continent européen
sur plus de 100 km, d'une vaste nappe de charriage (dite "de la Dent Blanche") constituée par une écaille du continent apulien-africain.
Elle repose sur les vestiges de l'océan piémontais : lambeaux de croûte océanique (gabbros, basaltes et péridotites transformées en
serpentine : ce sont les ophiolites), enchassés dans des sédiments marins déposés dans cet océan entre -200 et - 100 Ma (transformés plus
tard en "schistes lustrés"). D'abord entraînés et compressés en profondeur par la subduction de l'Europe, ces vestiges, devenus plastiques,
sont ensuite en partie remontés vers la surface.
La nappe a été, elle, en grande partie détruite par l'érosion, qui n'a laissé subsister qu'une "klippe", celle de la Dent Blanche, et du
Cervin (pyramide de gneiss reposant sur une base constituée d'ophiolites et de schistes lustrés), dont on peut dire qu'il a une origine
africaine.
Figure b : illustrant la formation des Alpes et la mise en place du chevauchement de la Dent Blanche et du Cervin :
- en haut, à gauche : carte des continents et océans au milieu du Crétacé (- 100 Ma) ; les flèches rouges indiquent la dérive des
continents impliqués dans la future formation des Alpes, avec en particulier rotation de l'Afrique sous l'effet de l'ouverture de l'Atlantique
central, et coulissages entre l'Ibérie et l'Europe, et entre l'Afrique et l'Ibérie ;
- en haut, à droite : la pyramide du Cervin vue du nord-est ; le trait marron situe le plan de chevauchement ;
- en bas : coupe W-NW - E-SE schématique, très simplifiée, des Alpes centrales actuelles,situant en particulier la nappe de la Dent
Blanche, réduite aujourd'hui à une klippe formant le massif de la Dent Blanche et du Cervin.
Figure c : Vue prise du Mont Fort vers le sud-est. Au fond : la Dent Blanche (à gauche), et le Cervin (à droite). Au premier plan : les
Aiguilles rouges d'Arolla.

(Sources :
- DEBELMAS Jacques, La Recherche, n° 150, décembre 1983 , pp. 1542-1552 : La formation des Alpes ;
- MATTAUER Maurice :
. Monts et merveilles, Hermann, 1989 ;
. Ce que disent les pierres, Bibliothèque Pour la Science, 1998 ;
. Pour la Science, n° 289, novembre 2001, pp. 26-29 : Coésite et formation des montagnes ;
- MARTHALER Michel, Le Cervin est-il africain ?, LEP, 3e éd.ition, 2001 ;
- BOILLOT Gilbert, HUCHON Philippe, LAGABRIELLE Yves : Introduction à la géologie, Dunod, 3e édition, 2003 ;
- LE MEUR Hélène, CALAIS Eric, TARDY Marc : Les Alpes battent en retraite, La Recherche, n° 365, juin 2003, pp. 30-37. )

Parmi d'autres chevauchements célèbres, on peut mentionner aussi :

* dans les Alpes françaises, le chevauchement de la LA MEIJE, parmi beaucoup d'autres ;


* en dehors des Alpes, le "chevauchement du MOINE" (the "Moine thrust"), dans les Highlands, au nord-ouest de
l'Ecosse (dont il est question dans la section 1 de la page consacrée aux conséquences du chevauchement sur les roches) (voir la figure d
ci-dessous).
Il a été décrit par les géologues écossais Peach et Horne, en 1884, dans une publication qui a fortement contribué à faire admettre, par
leurs confrères géologues réticents, la réalité de charriages horizontaux, impliqués dans la formation des montagnes, et pouvant dépasser
les 100 km.
Ce chevauchement a participé à la surrection de la chaîne de montagne dite des Calédonides liée à la collision entre les continents
Baltica et Laurentia (le premier chevauchant le second, d'est en ouest, de plus de 100 km) qui s'est produite à la fin du Silurien (-420
millions d'années) et dont le résultat a été la soudure des deux continents en un seul, la Laurasie.

VOIR AUSSI, au sujet de ce chevauchement,


- les sites web suivants :
* de l'université d'Oxford : une page contenant de belles photos à comparer avec celles du cirque de Barrosa, notamment avec celles
de la page de photos consacrée au calcaire crétacé ;
* de l'université de Leeds où il est question du cisaillemnt des roches lié au chevauchement (l'auteur du présent site remercie
M.Andrew McCaig, de cette université, qui a étudié aussi la région du cirque de Barrosa, pour les indications qu'il lui a données, en
espérant les avoir bien interprêtées) ;
* un site montrant par une animation la dérive des continents.
- un coffret de DVD, "La valse des continents 2", réalisation Christopher Hooke et Yanick Rose, Arte éditions, DVD 1, (il y en a deux :
5x53 minutes), 1- "Aux origines de l'Europe", chapitre "Quand l'est et l'Ouest s'assemblent".
Figure d : le chevauchement du Moine, repérable sur plus de 200 km ; la photo, prise au lieu dit "Knockan Crag", montre le contact
anormal dans une épaisseur de 3 m. ; elle est extraite du site de l'université d'Oxford .
Dans les Pyrénées, sont bien connus les chevauchements suivants :

* la "NAPPE DE CHARRIAGE DE GAVARNIE", mise en évidence par le géologue français M. A. Bresson dès
1903 (voir figure e ci-dessous).
Elle forme l'étage supérieur du cirque de Barrosa, où son plan de chevauchement a été mis à profit pour aménager un ancien chemin
muletier, dont le parcours fait "toucher du doigt", sur plusieurs km, le processus de chevauchement : on peut se demander s'il existe
ailleurs dans le monde une telle particularité, qui est peut-être unique (la recherche sur l'internet d'un chemin analogue, par l'auteur du
présent site, a été infructueuse) ;

Figure e : extraits du document où le géologue français M. A. Bresson décrit le premier la nappe de Gavarnie (le mot recouvrement
est synonyme du mot chevauchement ; la planche IV est une coupe E-NE - W-SW, depuis la vallée de Gavarnie jusqu'à celle de La Gela en
passant par les cirques d'Estaubé et de Troumouse; le trait pontillé passe par la base de la couche de calcaire crétacé : le plan de
chevauchement de la nappe passerait à la limite supérieure de celle-ci).

(voir aussi la note 3, dans la page consacrée à la formation des Pyrénées centrales)

* le chevauchement du PIC (ou Pech) DE BUGARACH (voir la figure f ci-dessous), dans les Corbières (dont il est le
point culmnant : 1231 m) occidentales, qui est un exemple d'un chevauchement non plus vers le sud et affectant la plaque ibérique, mais un
chevauchement vers le nord et affectant le bord aquitain de la plaque Eurasie (par compression sous l'effet de la poussée de la plaque
ibérique), et faisant chevaucher, sur une dizaine km, les terrains jurassique et crétacé inférieur de la zone nord-pyrénéenne sur les terrains
plus récents, crétacés supérieurs, de la zone sous- pyrénéenne (voir aussi le chevauchement du pic Saint-Loup dans la page consacrée à
la formation des montagnes, en note 5).
Curieusement ce serait cette inversion géologique (terrains anciens reposant sur des terrains plus récents), causée par le chevauchement,
qui aurait participé à la fascination qu'exerce depuis longtemps cette montagne (surnommée la "montagne inversée"). Elle a nourri
beaucoup de croyances farfelues, la proximité des châteaux cathares et la légende du trésor de Rennes-le-Château, tout proche, ayant
renforcé le phénomène.
En fait il y a une autre inversion, plus conforme à ce que les géologues entendent habituellement par "inversion" : le front du
chevauchement esquisse dans le pic de Bugarach un pli couché, avec un flanc normal en haut, mais en bas un flanc dit "inverse" parce que
les couches anciennes y sont anormalement en haut et les couches récentes en bas.
A noter que le Trias a pu favoriser le chevauchement, en jouant le rôle de "couche-savon".
Figure f : Elle illustre le chevauchement du pic de Bugarach (calque explicatif, carte, et coupe en couleurs conventionnelles)

VOIR AUSSI, au sujet du chevauchement du pic de Bugarach :


- dans le site Planet-Terre
(http://planet-terre.ens-lyon.fr) un
article consacré au pic de Bugarach
par le géologue Pierre Thomas, du
laboratoire de géologie de l'Ecole
Normale Supérieure de Lyon ("Ce
que peut dire scientifiquement un
géologue à propos de la fin du
monde et de... Bugarach", dans les
archives du mois de décembre 2012)
(cliquer ici)
Il y fait part de ses réflexions sur
ce que pourrait être, pour un
géologue, une véritable fin du
monde, et décrit la géologie du pic
avec un schéma (ci-contre) plus
précis que le schéma ci-dessus (avec
un pli plus couché).

- un document pdf de Michel


Bilotte, rédigé en 2010 en vue d'une
excursion géologique, intitulé "Sur
les traces de Léon Carez", ce
géologue qui, adhérant aux idées de
Marcel Bertrand (voir la note 5), a
reconnu, dès 1889, l'existence, dans
les Corbières, de "phénomènes de
recouvrement" (chevauchement, en
termes actuels), en particulier au Pic
(ou Pech) de Bugarach, mais aussi à
Peyrepertuse et à Camps (cliquer
ici).
Dans ce document on trouve la
coupe nord-sud ci-dessous, établie
en 1933 par le géologue toulousain
M. Castéras, qui confirme le
chevauchement de Bugarach :

rétacé (Supérieur, dont C7 = Santonien, C3 = Cénomanien ; et inférieur, dont C1 = Aptien )


rassique, dont Ls = Lias marneux et Lc = Lias calcaire
ias
arbonifère
rincipale différence avec la coupe de la figure f consiste dans le fait qu'une lame de Cénomanien (C3 ) (flanc sud du synclinal, au nord du Pech) y es
dualisée, étirée et entrainée sous le chevauchement, qui cependant affecte peu les strates de marne du Santonien (C7) (col de Linas).

(Autres sources :
- JAFFREZO M. (coordinateur), Pyrénées orientales Corbières, Guides géologiques régionaux, Masson, 1977, p. 29, 71, 72 ;
- DEBELMAS Jacques, Géologie de la France, tome 2, Doin, 1974, p. 338 ;
- BOUSQUET Jean-Claude, Géologie du Languedoc-Roussillon, Les Presses du Languedoc et BRGM éditions, 2006, p. 30, 62, 65 ).
3. Voir aussi dans le site de Chantal Coupin, d'un collège de Mauvezin dans le Gers, "Les sciences de la vie et de la terre", la
reproduction d'un article de Fabienne Lemarchand, écrit avec la collaboration de Paul Tapponier, "La formation des chaînes de
montagne" (paru dans la revue La Recherche, n° 297, avril 1997, p. 90 ). La principale figure, une coupe passant pat Turin et Genève,
illustre la formation des Alpes mais peut illustrer aussi celle, par collision continentale, des montagnes en général, et mérite d'être
reproduite dans une version plus grande et bien lisible (figure f, ci-dessous, à gauche) :

Paul Tapponier,
professeur de géologie,
spécialiste de la formation de
l'Himalaya et du Tibet, est
l'auteur, avec la photographe
Kevin Kling, d'un beau livre
(ci-dessus) de photographies
(splendides), principalement
de ces montagnes, présentées
et commentées par lui sur le
plan géologique :
"Montagnes, les grandes
oeuvres de la terre", éditions
de La Martinière, 2006, 49
euros .
Figure g : à gauche, bloc-diagrammes illustrant la formation des Alpes.

4. Par exemple, dans la Méditerranée orientale (Grèce et mer Egée actuelles), une montagne a été générée à l'ère Tertiaire par la
collision de petits blocs continentaux contre la plaque continentale européenne, ces blocs ayant été poussés par la migration vers le nord de
la plaque continentale africaine. Mais leur subduction (vers le nord) sous la plaque européenne a ensuite reculé vers le sud (on parle aussi
de retrait, ou, en anglais, de rollback), ce qui a entrainé, à partir de -25 millions d'années, une distension de cette montagne (dans le sens
nord-sud, avec amincissement de la croûte), et donc une diminution de son altitude (en même temps qu'un réchauffement de ses
roches), en une dizaine de millions d'années, d'où la faible altitude actuelle des montagnes de la Grèce (y compris le Mont Olympe et celles
du Péloponnèse) et l'existence de la mer Egée, cette chaîne de montagne s'étant abaissée à l'est au point d'être partiellement envahie par la
mer, qui n'a laissé émerger que les îles des Cyclades et la Crête.
D'autre part on trouve dans ce qui reste de cette montagne des roches ayant subi un métamorphisme de haute pression (notamment
des "schistes bleus"), ce qui implque un enfouissement profond, de l'ordre de 50 à 100 km. Cela est dû au fait que des parties de blocs
continentaux, après avoir été entrainés en profondeur par la subduction, ont été, du fait de leur densité relativemnt faible, détachées par la
force d'Archimède du manteau lithosphèrique subduit, et sont montées rapidement (à une vitesse de l'ordre de 5 cm par an), comme un
ludion, vers la surface, pour s'intégrer à la chaîne de montagne sus-jacente, amincie et ramollie.
(source : conférences de Jean-Pierre Brun, de l'université de Rennes1, le 22 février 2011, à Toulouse)
5. Le
concept de
charriage était
déjà dans l'air.
En 1875 le
géologue
viennois
Eduard Suess
avait publié un
livre où il
expliquait que
la formation
des montagnes
est associée à
de grands
déplacements
horizontaux de
terrains,
résultant de
compressions
latérales, les
faisant
chevaucher sur
l'avant-pays de
ces
montagnes,
tous dans le
même sens (du
sud vers le
nord dans les
Alpes
autrichiennes
et suisses).
En 1979
Gosselet
interprète la structure du bassin houiller franco-belge à l'aide de failles inverses proches de l'horizontale.

Figure h : Montage (d'après le pdf en lien dans la note 2) associant


- en bas une localisation de la région de Glaris dans la carte géologique de la Suisse, et une carte géologique simplfiée de cette région
(où un astérisque rouge localise l'endroit d'où a été prise la photo de la crête de Tschingelhorner et du Martinsloch ci-dessus, note 2, à l'
W du pic Sardona)
- en haut, schématiquement, les interprétations de la structure de la région par Albert. Heim (double pli couché, en haut), et par Marcel
Bertrand au milieu (grand charriage unique vers le nord). >

Les géologues zurichois Escher von der Linth, en 1841, puis son successeur Albert Heim, en 1878, avaient eux décrit minutieusement
les Alpes de Glaris, en Suisse orientale, et montré que sur une surface de près de 50 km de long et 25 km de large le flysch du début du
Tertiaire est anormalement surmonté par des conglomérats permiens (terrain appelé " Verucano "). Ils ont fait l'hypothèse que ce
recouvrement était lié à l'existence de deux plis couchés, l'un vers le sud, l'autre vers le nord, maintenant fortement érodés, dont les têtes
venaient presque à se toucher au-dessus d'un col, le Foopass.

A la lumière des idées de Suess, qui l'avaient enthousiasmé, Marcel Bertrand (photo ci-contre), sans
avoir mis les pieds dans les Alpes de Glaris, réinterprète donc ces données dans son article de 1884 et
substitue à l'hypothèse du double-pli celle d'un unique charriage gigantesque vers le nord. Au simple
examen de la carte géologique il étend les phénomènes de charriage, du sud vers le nord, à l'échelle de
la Suisse, et s'autorise à supposer que de tels " recouvrements " sont à l'origine des montagnes en
général.
Par ailleurs, cette même année 1884, les géologues écossais Peach et Horne, appuyés par la figure
dominante de la géologie anglo-saxonne de l'époque, Sir Archibald Geikie, publient également un
article dans lequel ils décrivent dans les montagnes d'Ecosse un charriage horizontal sur plus de 16 km
(le " chevauchement du Moine " : voir la note 2), et le cisaillement intense dans la zone du contact
anormal.

Pourtant la notion de charriage sur de grandes distances et la nouvelle théorie vont susciter, pendant
encore de longues années, une intense opposition. Les descriptions, entre 1884 et 1903, de nombreux autres chevauchements dans les
montagnes vont cependant finir par la vaincre : entre autres la description par Mc Connel, en 1886, d'un spectaculaire chevauchement dans
les Montagnes rocheuses au Canada ; celle par Marcel Bertrand lui-même, qui, entre 1887 et 1889, décrits de tels recouvrements dans le
sud des Alpes de Provence où il observe des renversements complets de séries sédimentaires ; par le norvégien Törnebohm en 1888, qui
montre que la chaîne scandinave a été charriée de plus de 100 km ; par Hans Schardt, qui, en 1893 puis 1898, s'appuie, lui, sur ses propres
observations de terrain, pour mettre en évidence que l'ensemble des Préalpes a subi un charriage vers le nord de près de 100 km ; par le
géologue suisse (de mère française) Maurice Lugeon qui, en 1902, fait un tableau des Préalpes et de l'ensemble des Alpes suisses sur la
base de la nouvelle tectonique murie par ses prédécesseurs ; par Bresson, en 1903, qui décrit la nappe de Gavarnie dans les Pyrénées (voir
la figure d de la note 2, et la note 3 de la page consacrée à la formation des Pyrénées).

6. La question se pose : dans quelles conditions physiques et à quelle vitesse se produisent les chevauchements ? En ce qui
concerne, par exemple, le célèbre chevauchement de Glaris, dans la Suisse orientale (voir les notes 2 et 5), d'environ 40 km de long, on
estime qu'il s'est décollé il y a environ 20 millions d'années, à une profondeur allant jusqu'à 16 km sous la surface, et s'est déplacé vers le
nord à une vitesse maximale annuelle moyenne de quelques cm, sous une température atteignant 320°, et des pressions de l'ordre de 5
kilobars.

7. Depuis l'apparition de la théorie de la tectonique des plaques dans les années 1960, notamment dans la dernière décennie, les idées
ont évolué sous l'effet des progrès des techniques d'investigation : voir à ce sujet,
- dans le site Planet-Terre un article de Pierre Thomas (laboratoire de géologie de l'ENS de Lyon), intitulé "La tectonique des plaques de
1970 à 2011 : qu'est-ce qui a changé dans le modèle et n'a pas (assez) changé dans sa transmission depuis l'époque de pères fondateurs ?"
(9-6-2011) ;
- dans un dossier de la revue Pour la Science (La Terre à coeur ouvert), n° 67, avril-juin 2010, un article du même auteur intitulé "La
convection, moteur du manteau", pp 38-44.

8. A signaler aux montagnards qu'il est paru dans la revue du CAF La montagne et alpinisme, n° 256, 2/2014, un article intitulé
"Un trek géologique autour du Manaslu, en Himalaya central", signé Arnaud Pêcher, bien écrit, bref, très bien fait et illustré, facile à
assimiler, où l'on trouve les notions essentielles relatives à la formation de l'Himalaya mais transposables (malgré des différences de détail)
à toutes les montagnes liées à une collsion continentale : en particulier, empilement de grandes écailles qui se chevauchent, zone
d'étirement et cisaillement au voisinage des plans de chevauchemet, formation de poches de granite, etc...

9. En laboratoire les géologues reproduisent l'effet d'une compression horizontale sur la partie crustale d'une plaque de matériau
simulant celui d'une plaque réelle : figure ci-dessous, où la plaque se déplace de la gauche vers la droite, et où les failles (inverses)
chevauchantes, qui apparaissent successivement, sont soulignées en rouge.

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