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Politiques de santé

Ne pas creuser les inégalités


Personnes atteintes de cancer 
PRÉVENTION ⁄ PROMOTION ⁄ ÉDUCATION L’activité physique thérapeutique
Haut Conseil à l’égalité
Lutter contre la précarité des femmes
Jeunes en rupture
Un réseau de prise en charge
Prévention
Consommation d’alcool et grossesse

Dossier
Promotion de la santé à l’école :
agir sur le climat scolaire

Septembre 2018 / Numéro 445


LA SANTÉ EN ACTION
la revue de la prévention,
de l’éducation pour la santé est éditée par :
et de la promotion de la santé Santé publique France
12, rue du Val d’Osne
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Î interviews et témoignages

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les lieux collectifs d’exercice et d’accueil du public çais des villes-santé de l’OMS), Laurence
Kotobi (université Bordeaux), Zekya Ulmer
(établissements scolaires, centres de santé, hôpitaux, (FNMF), Éric Le Grand (sociologue), Mabrouk
communes et collectivités, bibliothèques, etc.) Nekaa (DSDEN Loire), Dr Stéphane Tessier
(Regards), Hélène Therre (Santé publique
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No ISSN : 2270-3624
Dépôt légal : 4er trimestre 2018
Tirage : 7 000 exemplaires

Les titres, intertitres et chapeaux sont


de la responsabilité de la rédaction
9
Inégalités sociales
de santé
Politiques de santé

3
Ne pas creuser les inégalités
Personnes atteintes de cancer
PRÉVENTION ⁄ PROMOTION ⁄ ÉDUCATION L’activité physique thérapeutique
Haut Conseil à l’égalité
Lutter contre la précarité des femmes
Jeunes en rupture
Un réseau de prise en charge

4 _ « Toute politique Prévention


Consommation d’alcool et grossesse

ou intervention de santé
devrait être conçue de sorte
à ne pas creuser les inégalités »
Entretien avec Nadine Haschar‑Noé
et Thierry Lang

Dossier

© Xavier Schwebel/PictureTank/MEN
Activité physique Promotion de la santé à l’école :
et cancer agir sur le climat scolaire

7 _ « L’activité physique, Septembre 2018 / Numéro 445

thérapeutique pour les patients


ayant un cancer »
Entretien avec Thomas Ginsbourger

9 _ Bénéfices de l’activité Améliorer le climat scolaire : Au lycée de Guebwiller :


physique chez les patients enjeux et recommandations « Soutenir les élèves
atteints de cancer :
pour l’action dans le développement
état des connaissances
16 _ Caroline Veltcheff de leurs compétences
psychosociales »
Belgique francophone : 29 _ Entretien avec Christophe Studeny,

Dossier une évaluation des « cellules


bien-être » en milieu scolaire
Stéphanie Seebert, Stéphane De Poli

19 _ Chantal Vandoorne, « La posture de bienveillance


PROMOTION DE LA Marie-Christine Miermans, Gaëtan Absil et de fermeté permet
d’améliorer le climat scolaire »
SANTÉ À L’ÉCOLE :

La Santé en action No 445


Collège de Lagnieu : 31 _ Entretien avec Anne-Sophie
AGIR SUR LE CLIMAT « Une démarche globale Pourchez

SCOLAIRE de bienveillance et d’écoute


des élèves » Favoriser le bien-être

Sommaire
Coordination : 22 _ Entretien avec Isabelle Geoffray à l’école pour soutenir
Sandrine Broussouloux, Julien Masson la motivation des élèves
Enseignement 33 _ Julien Masson, Fabien Fenouillet
adapté à Villeurbanne :
Introduction à l’école de l’estime de soi « Notre objectif : ne perdre
10 _ Sandrine Broussouloux, Julien Masson 24 _ Entretien avec Samia Bendali aucun élève en route »
36 _ Entretien avec Pascal Le Moing
« Sans l’école, je n’aurais Climat scolaire et relationnel
pas accédé au bonheur de vivre positifs : essentiels au bien-
de l’écriture et de la musique » être et à la réussite éducative Pour en savoir plus
12 _ Entretien avec Magyd Cherfi 26 _ Claire Beaumont 38 _ Laetitia Haroutunian

Femmes et inégalités Jeunes en rupture Prévention de l’alcool


LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

chez les femmes


40 _ « Il y a urgence à réduire
les inégalités sociales de santé
45 _ « Un réseau pluridisciplinaire
pour prendre en charge les jeunes
enceintes
dont les femmes sont victimes » en rupture » 49 _ Consommation d’alcool
Entretien avec Geneviève Couraud Entretien avec Francis Saint-Dizier et grossesse
Viêt Nguyen-Thanh, Raphaël Andler,
44 _ Actes sexistes durant le suivi 47 _ Des adolescents Chloé Cogordan, Jean-Baptiste Richard
gynécologique et obstétrical : « difficiles » ?
le rapport du Haut Conseil Bertrand Ravon, Halima Zeroug-Vial
à l’égalité entre les femmes Lectures
et les hommes
51 _ Laetitia Haroutunian, Sandie Boya
La réduction des inégalités sociales de santé n’est pas un supplément d’âme à des politiques de
4 santé visant à améliorer l’état de santé moyen d’une population.

« Toute politique ou intervention


de santé devrait être conçue de sorte
à ne pas creuser les inégalités »

Entretien avec politiques, psychologie…). Il reste de santé. Le lien entre ISS et inéga‑
Nadine Haschar‑Noé, encore beaucoup à faire pour déve‑ lités territoriales est évident, mais
sociologue, maître de conférences, lopper ce croisement des regards dis‑ territoires et groupes sociaux jouent
chercheure associée au laboratoire
ciplinaires nécessaire à l’avancée des indépendamment les uns des autres,
Centre de recherches sciences sociales,
connaissances dans le domaine de la lorsque par exemple un niveau faible
sport et corps – Cresco,
EA 7419, université Toulouse 3, réduction des ISS, en sortant de l’idée de dépistage de certains cancers est
et au laboratoire des sciences sociales qu’elles sont une affaire de spécialistes observé dans des quartiers qui disposent
du politique – Lassp, Sciences Po Toulouse, ou un élément à ajouter dans une liste pourtant d’une accessibilité élevée aux
EA 4175, d’objectifs parmi d’autres. structures sanitaires.
Institut fédératif d’études et de recherches
interdisciplinaires santé société (Ifériss),
S. A. : Quels sont les principaux S. A. : Comment analysez‑vous
université de Toulouse,
déterminants des inégalités les inégalités de santé criantes
Thierry Lang,
épidémiologiste, professeur à l’université sociales de santé en France ? en France (ex. : durée de vie
Toulouse 3 Paul‑Sabatier, N. H.‑N. et T. L. : Il est difficile de d’un ouvrier : 7 ans de moins que
membre de l’équipe Embodiment, résumer cette question en quelques celle d’un cadre supérieur), malgré
social ineQualities, lifecoUrse epidemiology, mots, au‑delà de quelques points un système de santé reconnu
cancer and chronIc diseases, intervenTions, forts. Les déterminants des inégalités et une espérance de vie élevée ?
methodologY (Equity), UMR 1027,
sociales de santé sont multiples et N. H.‑N. et T. L. : Le contraste entre
Institut national de la santé
relèvent de comportements individuels la qualité reconnue de notre système
et de la recherche médicale (Inserm)
et université Toulouse 3 Paul‑Sabatier, et collectifs, de l’environnement proche de santé et le niveau élevé d’inégalités
directeur de l’Institut fédératif d’études ou lointain, des systèmes politiques, sociales de santé est lui aussi complexe
et de recherches interdisciplinaires de politiques publiques menées dans et relève de plusieurs origines. La
santé société (Ifériss). différents secteurs et, bien entendu, répartition sociale de certains compor‑
du fonctionnement et de l’organisa‑ tements (nutritionnels, consommation
tion du système de santé. Dans cette de tabac ou d’alcool, sédentarité…) y
logique, les comportements sont avant contribue. Y participe aussi une histoire
La Santé en action : Pourquoi tout des comportements sociaux (et de l’exercice de la médecine fondée
publier un nouveau livre donc appris), et les environnements essentiellement sur l’importance accor‑
sur les inégalités sociales et conditions de vie peuvent plus ou dée à la relation « singulière » méde‑
de santé ? moins en favoriser certains. cin‑malade au détriment d’approches
Nadine Haschar‑Noé et Thierry Lang : Les travaux de recherche des der‑ collectives et pluriprofessionnelles de
Les inégalités sociale de santé (ISS), nières années soulignent l’impor‑ santé publique. L’importance donnée à
par leur nature, sont complexes, tance de la construction de la santé l’accès théorique aux soins – avoir les
car elles sont le produit incorporé avant même la naissance, pendant moyens financiers et géographiques
– c’est‑à‑dire inscrit dans nos corps la grossesse et les premières années de consulter – plus qu’à la réalité de
par des mécanismes biologiques – d’un de la vie. Les politiques périnatales ces soins et des parcours des patients
large ensemble de facteurs humains, et de l’enfance jouent donc un rôle – quel est le recours aux soins et son
sociaux, économiques et environne‑ déterminant sur les ISS. utilisation effective ? – entraîne une
mentaux qui interagissent. L’évalua‑ Enfin, le système de santé – son méconnaissance des limites du système.
tion des interventions pour les réduire accessibilité financière et géographique, S’y ajoute une focalisation sur l’accès
mobilise les méthodes de la santé son fonctionnement quotidien dans au système de soins plutôt que sur la
publique, et aussi celles de l’évaluation lequel les ISS restent impensées – prévention (au sens large : facteurs de
des politiques publiques, dans une apparaît un élément déterminant risque cardio‑vasculaire, dépistages ;
approche interdisciplinaire (épidé‑ qui va jusqu’à amplifier les inégalités et aussi conditions de travail, environ‑
miologie sociale, sociologie, sciences sociales et les inégalités territoriales nement, urbanisme et aménagement
5
L’ESSENTIEL

ÇÇ L’ensemble des acteurs de santé


doivent s’approprier l’objectif
de réduction des inégalités sociales
de santé (ISS), mais leur formation
n’aborde qu’à la marge cette question.
ÇÇ Toute politique ou intervention
de santé devrait viser simultanément
deux objectifs : l’amélioration globale
de la santé pour l’ensemble de la
population et la réduction ou – 
au grand minimum – l’absence
de creusement des ISS.
ÇÇ Les politiques de l’enfance doivent
être classées prioritaires, car les ISS

© ADSF/Erwan Balanant&Eloise Bouton (exposition A la rencontre des femmes oubliées)


se construisent dans les premières
années de vie et leurs conséquences
ne seront qu’en partie réversibles.
ÇÇ Les politiques publiques visant
la modification des comportements
devraient cibler à la fois l’individu,
en prenant en compte ses caractéristiques
sociales et ses conditions de vie,

Politiques de santé
et aussi créer un environnement
– économique, réglementaire,
institutionnel ou social – favorable

Ne pas creuser les inégalités


à la santé.

du territoire…). Enfin, selon un récent nécessaire d’examiner chaque interven‑ S. A. : Quelles sont les principales
rapport de France Stratégie1 effectué tion, programme ou politique de santé composantes d’une évaluation
à partir d’analyses de l’échantillon avec cette question simple, même si pertinente des politiques publiques
démographique permanent (EDP), le la réponse, elle, peut‑être plus ardue : de santé ?
rôle des études et du diplôme dans la cette intervention, ce programme ou N. H.‑N. et T. L. : Dans nos échanges,
persistance des inégalités sociales est cette politique affectent‑ils le niveau il est apparu qu’une évaluation en santé
majeur. Cela souligne l’importance de des inégalités sociales et territoriales publique devait prendre en compte la
l’école et des premières années de vie de santé ? Si oui, en les aggravant ou multiplicité des facteurs concourant
dans la construction des ISS. en les réduisant ? Cette démarche est aux ISS et à leur réalité. À cet égard, les
adaptée à la complexité du phénomène critères et les indicateurs d’évaluation
S. A. : Quels sont les principaux auquel nous sommes confrontés et elle utilisés en recherche clinique et la
leviers pour réduire les ISS ? est susceptible de mobiliser un grand « médecine fondée sur les preuves »
N. H.‑N. et T. L. : Plusieurs pistes nombre d’acteurs. ne peuvent résumer les méthodes pour
nous paraissent possibles. Il convient également de favoriser juger le niveau de preuves pertinent
Agir sur le système de soins pour la cohérence entre plusieurs niveaux en santé publique et ce, pour un grand
augmenter son accessibilité financière d’intervention, de l’individu aux poli‑ nombre de raisons théoriques. Les
et géographique apparaît comme une tiques publiques, de l’approche locale méthodes dérivées de la recherche
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

évidence ; sans oublier que l’absence aux politiques nationales. Il s’agit aussi clinique peuvent s’appliquer aux inter‑
de recours aux soins, si elle est aussi d’articuler différentes politiques sec‑ ventions de santé publique menées sur
d’origine culturelle, est parfois liée torielles pouvant avoir un impact sur des groupes limités pendant des temps
à des expériences antérieures néga‑ la santé (par exemple nutrition saine limités, mais en ignorant la plupart du
tives avec ce système. L’accueil des et politiques agricoles). À cet égard, temps des variables de contexte (sociales,
patients par le système de soins est un il faudrait évaluer leur impact sur la politiques, psychologiques, etc.). Or
élément déterminant de leur recours santé et sur les inégalités sociales de les actions de santé publique visant
ultérieur, et plus particulièrement santé, et notamment celles concernant à réduire les ISS mettent en jeu la
pour ceux qui en sont a priori les l’urbanisme, le logement, les transports, complexité des déterminants de santé,
plus éloignés. l’agriculture ou encore l’éducation. et ce sont des politiques publiques qui
Par ailleurs, compte tenu de la Ce serait une piste précieuse pour requièrent d’autres méthodologies
complexité et de la multiplicité des intégrer une préoccupation de santé d’évaluation que celles strictement
mécanismes à l’origine des ISS, il est dans chacune d’elles. expérimentales. Il nous a semblé
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important de réfléchir et de faire dia‑ se développe actuellement porte en LA RECHERCHE
loguer les apports de ces deux corpus lui un risque d’aggravation des ISS : INTERVENTIONNELLE
de connaissances et de méthodologies une partie du séjour hospitalier est AAPRISS
qui, pour le moment, s’ignorent large‑ réduit et va désormais se dérouler au ET SES PRINCIPAUX
ment, l’évaluation de santé publique domicile du patient et, donc, dépendre ENSEIGNEMENTS
étant à l’heure actuelle dominée par des ressources sociales, économiques,
le modèle biomédical et expérimental culturelles, humaines et familiales. Or,
qui n’est pas adapté à la mesure des il est connu qu’elles sont inégalement « Réduire les inégalités sociales de santé.
effets des politiques publiques sur la réparties selon les catégories sociales Une approche interdisciplinaire de l’éva-
santé des populations « en vie réelle » et les territoires de vie. La santé au luation » est un livre fondé sur l’expérience
et notamment sur la réduction des travail est un de ces champs du système d’un collectif de chercheurs rassemblés
inégalités sociales de santé. de santé qui devrait être prioritaire, autour d’une recherche interventionnelle
tant les expositions professionnelles intitulée Apprendre et agir pour réduire les
S. A. : En quoi les questions sont socialement différenciées. Selon inégalités sociales de santé (Aaprriss),
éthiques sont‑elles centrales l’estimation du Centre international menée pendant trois années. Elle avait pour
dans toute réflexion sur les inégalités de recherche contre le cancer, la part maître mot la construction de programmes
sociales de santé ? des inégalités sociales d’incidence et de connaissances visant à réduire les
N. H.‑N. et T. L. : La place d’une du cancer du poumon attribuable inégalités sociales de santé (ISS). L’idée
réflexion éthique est évidente, les ISS aux expositions professionnelles essentielle au départ était de faire collabo‑
renvoient à la notion de justice sociale est de 50 %. rer des chercheurs de différentes disciplines
et donc à une réflexion éthique et Les politiques publiques visant avec des acteurs œuvrant en santé pour
collective qui est actuellement insuffi‑ la modification des comportements optimiser et modifier des programmes
samment développée dans le domaine devraient cibler l’individu, en prenant existants, et ce dans différents domaines
de la santé publique. en compte ses caractéristiques sociales – prévention nutritionnelle, éducation thé‑
et ses conditions de vie, et aussi créer rapeutique… – et contextes – école, hôpi‑
S. A. : Quelles sont vos un environnement favorable à la santé, tal, collectivité territoriale, etc. Ce qui a été
recommandations prioritaires qu’il soit de nature économique, régle‑ dit de la multiplicité des déterminants de
pour réduire les inégalités sociales mentaire, institutionnelle ou sociale. santé impliquait qu’un programme supplé‑
de santé ? Autrement dit, il faudrait penser et mentaire ne pourrait pas résoudre à lui seul
N. H.‑N. et T. L. : La première des reconnaître les ISS comme évitables la question des ISS, mais qu’il semblait
recommandations serait l’appropriation et dépasser un modèle biomédical plus opportun de modifier la construction
de cet objectif de réduction des ISS dominant, fondé prioritairement sur et la mise en œuvre des politiques et des
par l’ensemble des acteurs du système l’individu, les soins ou la modification interventions pour contribuer à réduire ces
de santé, dont la formation n’aborde des comportements individuels. Ce inégalités. Par exemple, il nous est apparu
d’ailleurs qu’à la marge cette question, nouveau modèle peine à trouver sa probablement plus efficace de mobiliser
sans la laisser à quelques spécialistes. place dans le paysage français. les acteurs des politiques publiques d’urba‑
Toute politique ou intervention de santé Enfin, dans le rapport du Haut nisme par le moyen de l’évaluation de leur
devrait viser simultanément deux Conseil de la santé publique (HCSP) impact sur la santé et les ISS.
objectifs : l’amélioration globale de la de 2010 sur les ISS figurait la recom‑ La grande créativité des interventions menées
santé pour l’ensemble de la population mandation d’un bilan d’étape tous les par les acteurs locaux associatifs ou par les
et la réduction ou, au grand minimum, cinq ans pour mesurer les avancées collectivités territoriales est apparue, tout
l’absence de creusement des ISS. En dans ce domaine. Cette mesure reste comme la faiblesse de leur description, de
d’autres termes, toute politique ou à mettre en œuvre.   leur évaluation, de leur lisibilité et de leur
intervention de santé devrait être transférabilité. Cette question de la néces‑
conçue de sorte à ne pas creuser les Propos recueillis par Yves Géry, sité de décrire, d’évaluer et de penser la
inégalités. La réduction des ISS n’est pas rédacteur en chef. transférabilité des interventions nous a
un supplément d’âme à des politiques conduits à développer un modèle dans
de santé visant à améliorer l’état de lequel une description fine des interventions
santé moyen d’une population. s’attacherait à distinguer d’une part les
Une deuxième recommandation éléments propres au contexte et spécifiques
serait de classer comme prioritaires Pour en savoir plus du milieu local de l’intervention, et d’autre
les politiques de l’enfance, car les ISS • Haschar‑Noé N., Lang T. (dir). Réduire part des éléments théoriques (en quelque
les inégalités sociales de santé, une approche
se construisent dans les premières sorte les ingrédients essentiels) susceptibles
interdisciplinaire de l’évaluation. Toulouse :
années de vie et leurs conséquences ne d’être transférés et adaptés dans un autre
Presses universitaires du Midi., 2017 : 524 p.
seront qu’en partie réversibles. contexte. Ce modèle (Fonctions‑clés – Im‑
Une réflexion sur le système de plémentation –Contexte [FIC]), qui nous
santé devrait conduire à prendre plus 1. Nés sous la même étoile ? Origine sociale et niveau paraît prometteur, est en cours de validation.
et mieux en compte cette question de vie, la note d’analyse, juillet 2018, N° 68 http:// Élaboré en coproduction avec des
www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/
des ISS dans son organisation. Par atoms/files/fs-na68-nessouslamemeetoile-05- acteurs de terrain, il suscite leur intérêt. »
exemple, le virage ambulatoire qui 07-2018.pdf N. H.‑N. et T. L.

LES PERSONNES INTERVIEWÉES DÉCLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
L’activité physique réduit sensiblement le risque de récidive de certains cancers.
7

« L’activité physique, thérapeutique


pour les patients ayant un cancer »

Une thérapeutique pour les patients ayant un cancer


Entretien avec de la CAMI. Mais pour prévenir les L’ESSENTIEL
Thomas Ginsbourger, récidives, il est important de continuer
coordonnateur national des pôles l’activité physique. Nous sommes pré‑
Sport & Cancer de l’association CAMI Sport ÇÇ Des associations comme
sents dans une vingtaine d’hôpitaux la CAMI Sport & Cancer proposent
& Cancer,
en France et disposons de près de des programmes d’activité physique
membre associé au Centre de recherches
en sciences sociales, sports quatre‑vingts lieux en ville. pour les personnes atteintes de cancer
et corps (Cresco), afin qu’elles puissent se réapproprier
faculté des sciences du sport, université S. A. : Quels types d’activités leur corps mis à rude épreuve
Paul‑Sabatier Toulouse 3. physiques peuvent pratiquer par la maladie et par ses traitements.
Le plus important pour les patients,
les patients ?
c’est le lien social et la dynamique
T. G. : Dans les pôles Sport & Cancer
de groupe des séances, qui permettent
intrahospitaliers a d’abord lieu une entre autres de rompre l’isolement.

Activité physique
La Santé en action : Qu’apporte votre consultation de thérapie sportive, avec Deux ou trois séances par semaine
association aux patients atteints un bilan de santé et des tests phy‑ leur redonnent une meilleure estime
de cancer ? siques, afin de connaître les capacités d’eux‑mêmes et surtout confiance
Thomas Ginbourger : La CAMI Sport de la personne et de lui proposer une en leur corps, parce qu’ils sont
& Cancer a été créée en 2000, par un activité personnalisée en fonction de en mesure de constater les progrès
ancien sportif de haut niveau et un ses besoins, par exemple répondre à qu’ils réalisent. Les effets favorables
sont scientifiquement avérés : réduction
médecin oncologue, dans le but d’inté‑ des problèmes de perte musculaire ou
de la mortalité et des récidives.
grer l’activité physique et sportive dans d’essoufflement. Il ne s’agit pas pour
les parcours de soins en cancérologie. eux de « faire du sport », mais bien
Ces programmes d’exercices physiques d’intégrer un programme de théra‑
sont à but thérapeutique et ne sont pas peutique. La CAMI a ainsi créé une
« récréationnels ». Ils s’inscrivent dans méthode pédagogique spécifique qui en 2009 à Paris 13, qui les forme à la
le parcours de soins en complément permet, à partir des consultations pathologie, aux traitements et à leurs
des traitements, ce qui implique une de thérapie sportive, de proposer des effets secondaires. Cette compétence
durée, une fréquence, une intensité et exercices personnalisés pour travailler est essentielle pour effectuer un travail
une évaluation des séances auxquelles l’endurance, la résistance, le souffle, de qualité.
participent les patients. l’équilibre, la souplesse, etc. et ainsi
Nous accompagnons tous les d’améliorer les capacités physiques S. A. : Quels sont les effets
malades, quels que soient le cancer, des patients et de diminuer les effets bénéfiques d’une activité physique
l’âge et le moment dans le parcours de indésirables des traitements. pour un malade du cancer ?
soins. Notre intervention se situe donc T. G. : La littérature scientifique
à trois étapes. Il y a d’abord un temps à S. A. : Quel est le profil internationale [1], (voir aussi article
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

l’hôpital : dans les services d’oncologie des intervenants ? page 9) montre trois grands béné‑
sont proposées des séances collectives T. G. : À la CAMI, consultations et fices. Elle est associée à une réduc‑
pendant six à douze mois ; dans les séances sont assurées par des praticiens tion moyenne de 57 % du risque de
services d’hématologie et de pédia‑ en thérapie sportive. Leur profil est récidive d’un cancer de la prostate,
trie, des séances individuelles ont lieu assez varié, mais ce sont essentiel‑ 49 % pour le cancer du côlon et 43 %
pendant quatre à six semaines. Puis, lement des personnes diplômées de pour le cancer du sein ; elle diminue
nous invitons les personnes en cours sciences et techniques des activités également – entre 30 % et 40 % – le
ou en fin de traitement à poursuivre physiques et sportives (Staps), filières risque de mortalité pour des personnes
leur pratique dans nos structures en activité physique adaptée (APA), des touchées par un de ces cancers. En
ville. Nous les orientons enfin vers le éducateurs sportifs et, parfois, des second lieu, l’activité physique limite
réseau local des structures sport‑santé soignants. Tous suivent ensuite une les effets secondaires des traitements,
lorsqu’elles sont en rémission complète, formation spécialisante : le diplôme comme la prise de poids (2,5 kg en
car l’après‑cancer n’est plus du ressort universitaire Sport et Cancer, créé moyenne après un cancer du sein) et
8
la diminution de masse musculaire, la médicales à propos des patients dont S. A. : Comment financez‑vous
perte de condition physique – qui amène les progrès physiques sont évalués les activités proposées ?
au déconditionnement se manifestant régulièrement. Les médecins réfé‑ T. G. : Nous sommes financés à 70 %
par l’essoufflement et la difficulté à rents des pôles Sport & Cancer sont par des partenariats privés, nos princi‑
maintenir un effort – et la fatigue qui convaincus de ses bénéfices ; les équipes paux mécènes étant des mutuelles et des
est le symptôme le plus fréquent chez soignantes, de l’oncologue aux infir‑ groupes de protection sociale et aussi
les patients avec un cancer. Enfin, elle miers en passant par les cadres, sont des laboratoires pharmaceutiques et des
améliore la qualité de vie des patients un des vecteurs de l’information sur associations. 13 % de notre budget est
en favorisant le sommeil et le bien‑être, les bienfaits de l’activité physique et apporté par des subventions publiques :
voire une forme de plaisir, ce qui est ils incitent les patients à la pratiquer. agences régionales de santé, caisses
un moyen de faire reculer l’anxiété et Nous communiquons également dans primaires d’assurance maladie (CPAM),
les risques de dépression. les hôpitaux par des dépliants, des Centre national pour le développement
affiches, des tee‑shirts et sur Internet du sport (CNDS), conseils régionaux, etc.
S. A. : Qu’en pensent les patients afin de faire connaître les pôles. Notre financement reste donc délicat :
qui la pratiquent ? Pour les patients, le plus difficile est chaque année, nous devons convaincre
T. G. : Ils mettent en avant deux de faire le premier pas. Une fois dans nos partenaires de pérenniser nos
effets bénéfiques essentiels à leurs yeux. le programme, qui est gratuit pendant actions. Le modèle de thérapie sportive
Tout d’abord, l’activité physique leur la première phase d’accompagnement que nous avons mis en place n’est pas
permet de se réapproprier leur corps qui à l’hôpital, ils peuvent se forger leur un remède miracle, il ne permet pas
est mis à rude épreuve par la maladie propre opinion. Il y a bien sûr des de guérir du cancer, il ne se substitue
et ses traitements. Des séances d’une personnes qui décrochent, mais ils sont pas aux traitements. Cependant, il
heure, deux ou trois fois par semaine, encore 50 % au bout de six mois. Et s’inscrit dans le champ de la santé,
avec des exercices motivants et réali‑ encore, ce chiffre est à relativiser, car parce qu’il participe à prévenir, soigner
sables afin d’éviter le découragement et il est possible qu’ils continuent de faire et soulager. Cette thérapeutique doit
l’abandon leur redonnent confiance en une activité physique dans d’autres être davantage reconnue, dans un cadre
leur corps, parce qu’ils sont en mesure structures ou de façon autonome. institutionnalisé, avec une prescription
de constater les progrès qu’ils réalisent. sur ordonnance et une prise en charge
Une meilleure image corporelle se S. A. : Pourquoi les bénéfices de l’Assurance maladie sur une période
traduit par une meilleure estime de du sport‑santé sont‑ils encore déterminée. Il faut également veiller à
soi. Et c’est bon pour le moral. Mais le relativement méconnus ? ce que les patients soient accompagnés
plus important pour eux, c’est le lien T. G. : Plusieurs facteurs peuvent par des intervenants compétents et for‑
social et la dynamique de groupe des l’expliquer. Il y a une raison historique més. Le développement du sport‑santé,
séances. Le cancer est une pathologie liée à la façon d’aborder le cancer, une qui est une chose positive, entraîne
qui reste un peu tabou, dont on ne maladie qui fatigue et pour laquelle l’essor d’un « marché », avec des profes‑
parle pas si facilement avec ses proches il arrive encore que les médecins pré‑ sionnels en tout genre qui ne sont pas
et qui conduit parfois à un certain conisent de se reposer. Introduire la forcément qualifiés pour intervenir à
isolement. Les séances collectives sont notion d’activité physique peut paraître tous les niveaux du parcours de soins
l’occasion d’échanger avec des personnes paradoxal, sauf que l’on sait qu’elle en cancérologie. 
qui partagent le même parcours, qui fait baisser le taux de cytokine (une
comprennent, qui peuvent apporter molécule responsable de la fatigue) Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
du soutien dans un esprit d’équipe. et que les patients nous disent sou‑ journaliste.
vent qu’ils sont « fatigués de ne rien
S. A. : Est‑il difficile de mettre faire ». Si les médecins la prescrivent
en place cette thérapie désormais plus spontanément pour 1. Médecine fondée sur les preuves (NDLR).
non médicamenteuse l’obésité, le diabète ou les maladies
au sein de l’hôpital ? cardio‑vasculaires, il y a du retard
T. G. : L’activité physique est effecti‑ en ce qui concerne la cancérologie.
vement une thérapeutique non médi‑ D’autre part, le système français
camenteuse pour les patients ayant repose sur une médecine curative
un cancer.  La principale difficulté est et médicamenteuse. Il est difficile de RÉFÉRENCE
le déficit d’information sur ses effets reconnaître les bénéfices de l’activité BIBLIOGRAPHIQUE
bénéfiques. Dans les établissements physique selon les standards classiques
avec lesquels nous travaillons, nos de l’evidence‑based medicine1.Enfin, il a
programmes de thérapie sportive font fallu attendre 2009 et le second Plan
partie des soins de support, au même cancer pour que l’activité physique soit [1] Institut national du cancer (INCa) Rapport
titre que la kinésithérapie, la nutri‑ inscrite à l’agenda politique. La loi santé d’expertise Bénéfices de l’activité physique pendant
tion ou le suivi psychologique. Nous de 2015 n’y aurait pas fait référence et après cancer. Des connaissances scientifiques
travaillons dans une réelle dynamique s’il n’y avait pas eu un amendement aux repères pratiques. Synthèse. Boulogne‑Billan‑
pluridisciplinaire. Nos praticiens ont voté. Le portage politique est donc court : INCa, Coll. Etat des lieux et des connais‑
des échanges réguliers avec les équipes récent et demeure fragile. sances, mars 2017 : 15 p.

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Oncologues et médecins référents doivent être sensibilisés à la prescription d’activité physique
durant le parcours de soins. 9

Bénéfices de l’activité physique chez les patients


atteints de cancer : état des connaissances

L’
Institut national du cancer (INCa) a laires, ce qui permet d’améliorer ou de main‑ atteints de cancers, l’objectif est d’atteindre
publié en mars 2017 un état des tenir l’indépendance physique des patients, les recommandations en activité physique
lieux des connaissances sur les que les programmes d’activité physique soient pour la population générale avec les notions
bénéfices de l’activité physique chez les entamés pendant les traitements ou dans de progressivité de mise en œuvre et d’adap‑

Activité physique et cancer


patients atteints de cancer. Ce rapport four‑ leurs suites. L’activité physique régulière tation des programmes à l’état clinique des
nit également des clés pratiques aux profes‑ permet par ailleurs d’améliorer ou de norma‑ patients et aux freins personnels à la pratique.
sionnels de santé pour l’instauration ou le liser la composition corporelle – réduction La prescription d’activité physique doit être
maintien d’une activité physique pendant et de la masse grasse, de l’indice de masse envisagée dans un contexte général de com‑
après un cancer. Il conclut à un bénéfice de corporelle (IMC), et maintien ou gain de plémentarité, avec des changements de
l’activité physique sur : masse musculaire – et d’améliorer la qualité comportements, incluant aussi des recom‑
• la prévention ou la correction d’un décon‑ de vie globale, la douleur, de réduire la mandations très importantes de lutte contre
ditionnement physique (réduction des capa‑ perception de la fatigue liée aux cancers et la sédentarité, de qualité des apports nutri‑

Etat des connaissances scientifiques


cités cardio‑respiratoires et musculaires) ; d’améliorer l’estime de soi. Des études sug‑ tionnels et de suppression de conduites à
• un maintien et/ou une normalisation de gèrent également des bénéfices en termes risque (tabac, alcool, etc.).
la composition corporelle1   (proportion de récupération postopératoire dans le cadre
muscles/graisses notamment) ; de certains cancers (ORL, sein, poumon) et Un acte médical
• une réduction de la fatigue liée aux cancers de réduction d’effets secondaires des traite‑ La prescription de l’activité physique est un
et une amélioration globale de la qualité ments hormonaux. Enfin, des données obser‑ acte médical sous la responsabilité de l’on‑
de vie ; vationnelles montrent l’association de la cologue et/ou du médecin référent ; elle est
• une amélioration de la tolérance des pratique d’activité physique avec l’améliora‑ associée à la recherche de contre‑indications
traitements et de leurs effets à moyen et long tion des survies globale et spécifique, et la à la pratique de l’activité physique. La mise
termes ; réduction du risque de récidive (pour les en œuvre de programmes adaptés aux situa‑
• un allongement de l’espérance de vie et cancers du sein, du côlon, de la prostate). tions cliniques particulières est confiée à des
une réduction du risque de récidive. professionnels formés, ayant la connaissance
Plus l’activité physique est initiée (ou pré‑ Sensibiliser les professionnels des particularités des cancers, de leurs consé‑
servée) tôt dans le parcours de soins, plus de santé quences psychologiques, et ayant une expé‑
ses effets seront bénéfiques sur le patient. Les données actuelles, qui confortent le rôle rience du suivi de la tolérance de l’activité
Ces bénéfices sont observés pour une pratique bénéfique de l’activité physique régulière physique supervisée, sachant revenir rapide‑
mixte (cardio‑vasculaire et renforcement pour les patients atteints de cancers, sou‑ ment vers le médecin référent en cas de
musculaire), comportant des exercices d’in‑ lignent toute l’importance de sensibiliser suspicion d’intolérance.
tensité modérée à élevée, trente minutes par tous les professionnels de santé à la pres‑
jour au moins cinq fois par semaine. Une cription de l’activité physique, afin de per‑
pratique de faible niveau constitue toujours mettre sa pratique. Celle‑ci doit être propo‑
Source : Institut national du cancer (INCa). Béné-
un acquis par rapport à l’état sédentaire. Les sée dès le diagnostic, et doit être par la suite fices de l’activité physique pendant et après cancer.
professionnels de santé ont un rôle important maintenue tout au long du parcours de soins. Des connaissances scientifiques aux repères pratiques.
Synthèse. Boulogne‑Billancourt : INCa, Coll. État
à jouer concernant l’engagement des patients Par rapport à un état physiquement inactif
des lieux et des connaissances, mars 2017 : 15 p.
dans la pratique d’une activité physique et aussi sédentaire, toute pratique est béné‑ En ligne : http://www.e‑cancer.fr/Actualites‑et‑
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

régulière et adaptée à leur condition clinique fique, avec des bénéfices attendus qui evenements/Actualites/L‑Institut‑publie‑un‑
rapport‑sur‑les‑benefices‑de‑l‑activite‑physique‑
et dans la réduction des temps de sédenta‑ semblent corrélés à la quantité d’activité
pendant‑et‑apres‑un‑cancer
rité. Sur la base de ces connaissances, l’Ins‑ physique. La pratique durant la période des
titut préconise notamment l’intégration de traitements est souvent complexe à envisager,
l’activité physique dans le panier de soins notamment lorsque les patients ne pratiquaient 1. Les méta‑analyses d’essais randomisés contrôlés
montrent que la pratique d’activité physique permet
oncologiques de support. pas d’activité physique régulière avant la une réduction de la masse grasse,du poids corporel
maladie. Les interventions proposées durant et de l’indice de masse corporelle ; et un maintien,
Améliorer la qualité de vie cette période devront donc prendre en consi‑ voire une augmentation de la masse musculaire.
Les programmes d’activité physique qui combinent
globale dération, outre les effets spécifiques des endurance et renforcement musculaire semblent
Plus précisément, les méta‑analyses les plus traitements, les réticences et les barrières avoir une efficacité plus marquée sur la composition
récentes confirment le rôle joué par l’activité individuelles. Dans les suites des traitements, corporelle permettant de limiter le gain de masse
grasse et la perte de masse musculaire, surtout
physique sur l’amélioration des capacités en l’état actuel de nos connaissances et en lorsqu’ils commencent pendant les traitements et
cardio‑respiratoires et des qualités muscu‑ l’absence de repères spécifiques aux patients sont poursuivis après l’arrêt de ceux‑ci.
Promotion de la santé
10

à l’école : agir sur le climat


scolaire

© Xavier Schwebel/PictureTank/MEN
Dossier

Dossier coordonné par

L
a promotion de particulier, agir sur ces déterminants
Sandrine Broussouloux,
chargée de projet et d’expertise la santé repose permet de lutter contre les inégalités
scientifique en santé publique, sur une approche sociales et territoriales de santé. Par
Direction de la prévention globale de la santé telle conséquent, promouvoir la santé
et de la promotion de la santé, que définie par l’Orga‑ implique de déployer des actions dans
Unité santé mentale, nisation mondiale de différents domaines de la société et
Santé publique France, la santé (OMS) depuis de mobiliser divers professionnels
Julien Masson,
1948. Pour permettre qui ne sont pas nécessairement issus
maître de conférences en sciences
de l’éducation, d’appréhender cette du secteur de la santé au sens strict.
École supérieure du professorat acception large de la La promotion de la santé en milieu
et de l’éducation (Éspé), université santé, qui dépasse ses scolaire dépasse ainsi le seul bureau
Claude‑Bernard‑Lyon 1, seuls aspects biomé‑ de l’infirmière et va au‑delà des mis‑
laboratoire Health Services dicaux, l’OMS précise sions des personnels de santé : cela
and Performance Research (Hesper), que l’ensemble des concerne bien l’ensemble de la com‑
Réseaux des universités
déterminants de la munauté éducative : personnels ensei‑
pour l’éducation à la santé – Unirés.
santé sont « les circons‑ gnants et non enseignants, parents ou
tances dans lesquelles encore partenaires extérieurs.
les individus naissent, Ceci posé, les liens entre éducation
grandissent, vivent, travaillent et vieil‑ et santé ont été explorés en profon‑
lissent ainsi que les systèmes mis en place deur et il en résulte un constat una‑
pour faire face à la maladie ». Ainsi, « à nime : il existe une interdépendance
chaque étape de la vie, l’état de santé se indéniable entre ces deux domaines,
caractérise par des interactions complexes l’un et l’autre se renforçant mutuelle‑
entre plusieurs facteurs d’ordre socio‑­ ment. Une bonne santé est une condi‑
économique en interdépendance avec tion favorable aux apprentissages, et
l’environnement physique et le comporte‑ l’éducation participe à l’acquisition de
ment individuel ». Ces déterminants de comportements et de compétences
la santé « n’agissent pas isolément. C’est bénéfiques à la santé et elle facilite
la combinaison de leurs effets qui influe son maintien au long de la vie. L’édu‑
sur l’état de santé ». cation est reconnue par l’OMS être
un des déterminants majeurs de santé.
Promouvoir la santé au‑delà
du bureau de l’infirmière scolaire Explorer le lien entre santé
L’OMS rappelle l’importance de et éducation
prendre en compte ces détermi‑ Ce dossier a pour objectif d’ap‑
nants pour renforcer l’efficacité des profondir l’exploration du lien entre
politiques de santé publique. En santé et éducation et de montrer
11
comment cette interdépendance est Le climat scolaire influe Expériences vécues à l’école
plus étroite encore qu’on ne le pense sur les comportements… Les études scientifiques ont dé‑
généralement et comment elle peut et sur la réussite montré qu’une perception positive
être mise en évidence, tant sur le plan En effet, les individus ont ten‑ du climat scolaire par les élèves a une
théorique que sur le plan pratique. dance à adopter des comportements influence sur les résultats scolaires et
En effet, « bien‑être », « bienveil‑ en adéquation avec la perception sur des comportements en lien avec
lance », « climat scolaire » sont des qu’ils ont de l’ambiance dans un éta‑ la santé. De même, les expériences
notions de plus en plus fréquemment blissement, et de ce qu’ils estiment vécues à l’école influencent dura‑
inscrites dans les textes officiels de tolérable ou non dans ce lieu. Ainsi, blement la qualité de vie globale des
l’Éducation nationale depuis 2011. Ces si le climat est perçu négativement, individus. C’est ce que nous avons
notions ont acquis récemment une vi‑ les élèves seront plus enclins à adop‑ voulu explorer dans ce dossier sous
sibilité qui traduit bien les enjeux aux‑ ter des comportements inciviques et différentes facettes, à partir :
quels elles sont associées en termes de violents que dans un établissement • du témoignage de Magyd Cherfi,
réussite scolaire. D’ailleurs, les études où le climat est perçu positivement, chanteur et écrivain, qui fut le pre‑
démontrent qu’il s’agit d’un cercle ver‑ ce qui va les inciter à se respecter. mier enfant d’immigré algérien de la
tueux : les élèves qui se sentent bien La perception que chaque individu cité où il a grandi à obtenir le bacca‑
à l’école apprennent mieux, ont de porte sur le climat d’établissement lauréat. Il revient sur l’influence que
meilleurs résultats scolaires et ont une détermine le comportement qu’il sa scolarité a eue et continue d’avoir
meilleure estime d’eux‑mêmes. va adopter et contribue à établir sur sa vie ;
les croyances de chacun sur les • de recherches et d’expérimen‑

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


Le climat scolaire, facteur conduites normatives et acceptables tations de politiques publiques
déterminant ou non. Ainsi, puisque la percep‑ conduites en milieu scolaire en France
La mission première de l’institu‑ tion du climat scolaire influence et aussi en Belgique et au Québec.
tion scolaire est de transmettre les les conduites et les attitudes, elle Les différents chercheurs qui ont
apprentissages fondamentaux et influence également le sentiment de accepté de contribuer à ce numéro
d’assurer la réussite éducative des bien‑être perçu dans l’établissement. présentent tous les liens étroits qui
élèves. L’objectif de la promotion de Les études montrent que la per‑ unissent réussite scolaire, bien‑être et
la santé est de s’assurer du maintien ception d’un climat négatif en début climat scolaire. Chacun démontre une
d’un état de santé le meilleur possible. de scolarité tend à développer une vi‑ facette des liens existant entre climat
Or, il se trouve que ces deux visées se sion négative à long terme du climat scolaire et promotion de la santé ;
rejoignent dans l’environnement sco‑ scolaire et que celle‑ci est corrélée, • des articles relatant des actions et
laire et que leur point d’intersection en particulier, avec un état dégradé des projets menés dans des établisse‑
est l’attention portée à l’ambiance de la santé mentale –  augmenta‑ ments scolaires aux profils variés qui
générale dans l’établissement, autre‑ tion de la tendance dépressive – et illustrent la façon dont les concepts
ment dit au climat scolaire. Pour un accroissement des conduites à théoriques issus de la recherche sont
Michel Janosz et Sophie Pascal, « le risques – consommation d’alcool, de mis en œuvre très concrètement sur

Dossier
climat scolaire est un indicateur de santé tabac, de cannabis. Aussi, améliorer le terrain.
organisationnelle de l’établissement et le climat scolaire constitue un levier Enfin, dans ce dossier central, les
de son potentiel éducatif. Il donne une à privilégier dans les stratégies de articles de fond et les articles de ter‑
idée générale du ton et de l’atmosphère promotion de la santé. rain ont été volontairement intercalés
qui règnent dans les rapports sociaux, Les leviers qui permettent d’agir pour montrer à quel point les liens
de la valeur accordée aux individus, à la sur le climat scolaire sont très proches entre santé et éducation dépassent le
mission éducative de l’école [1]. » Pour de ceux qui aident à la promotion de seul niveau théorique de la réflexion,
ces chercheurs, le climat scolaire est la santé dans un établissement sco‑ puisqu’ils sont mis en pratique au
multidimensionnel, il se compose des : laire. En effet, dans les deux cas, il quotidien dans nombre d’établisse‑
• climat relationnel ; s’agit entre autres de : ments scolaires. 
• climat de sécurité ; • porter une attention particulière
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

• climat de justice ; aux relations interpersonnelles ;


• climat éducatif ; • favoriser le développement des
• sentiment d’appartenance. compétences psychosociales ;
Le climat scolaire ne peut se • s’assurer qu’il existe une véritable
réduire à un instrument de mesure cohérence relative à l’amélioration des RÉFÉRENCE
à l’instar d’un thermomètre. Ce conditions d’apprentissage et de travail BIBLIOGRAPHIQUE
concept est plus complexe. Il n’est à tous les niveaux du fonctionnement
pas seulement le reflet – dimension et dans tous les aspects de la vie d’un
passive, instrument de mesure – de établissement scolaire : ceci englobe
l’atmosphère d’un établissement, il tant la vie scolaire que le contenu des [1] Janosz M., Pascal S. Climat scolaire et promotion
l’influence également –  dimension enseignements et la façon dont ils de la santé des élèves : des liens scientifiquement
agissante  – par les comportements sont enseignés, c’est‑à‑dire la pratique démontrés. La Santé en action, mars 2014, no 427 :
et les attitudes des uns et des autres. éducative dans les classes. p. 19‑20.

LES AUTEURS DECLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
L’institution scolaire a permis à Magyd Cherfi de se construire en France. Il transmet aujourd’hui
12 les valeurs citoyennes à l’école.

« Sans l’école, je n’aurais


pas accédé au bonheur de vivre
de l’écriture et de la musique »

Entretien avec
Magyd Cherfi,
chanteur, auteur‑compositeur,
écrivain.
© Patrick Auffret
13
La Santé en action : Quels sont vraie tête  ! Ma mère continue son L’ESSENTIEL
vos premiers souvenirs d’école ? harcèlement du principal et des pro‑
Magyd  Cherfi  : J’étais un élève fesseurs, pour qu’ils me prennent ÇÇ Piloté durement par l’exigence
moyen, ni mauvais, ni doué. Du en dehors des cours. Le secrétariat de sa mère, Magyd l’Algérien
primaire, je garde une image forte : est tout affolé lorsqu’elle passe  : devient premier de la classe
avec les copains du quartier, nous « Attention, Mme Cherfi arrive ! » À sa en français.
nous étions tous installés « naturel‑ demande, je suis « collé » le mercredi ÇÇ À l’adolescence, le jeune
lement  » au fond de la classe. Ma pour me perfectionner en français immigré effectue du soutien
mère, constatant que certains petits et en maths. Ça me donne l’impres‑ scolaire auprès de ses pairs.
faisaient l’école buissonnière, a pris sion d’être un taulard. À partir de la S’il est contraint de travailler dur
l’habitude de venir à l’école pour voir quatrième, nous ne sommes plus que à l’école primaire et au collège
si je m’y trouvais bien. Lorsqu’elle quelques beurs ; la majorité d’entre et s’y sent emprisonné, Magyd
s’est rendu compte de ma place au eux disparaît en cinquième, orien‑ éclot au grand jour au lycée
fond de la pièce, elle a exigé que je tée en apprentissage professionnel, où il découvre la littérature,
Flaubert, la liberté.
sois devant, avec « les premiers ». À comme ce fut le cas pour mon frère
ses yeux, pour s’en sortir dans la vie, il aîné. Puis, le lycée est pour moi une ÇÇ C’est ce parcours d’enfance
fallait être le meilleur. C’est ainsi que révolution culturelle. Je vis une vie hors norme qui en fera un
je suis devenu une sorte de labora‑ de Français. Je découvre la chanson chanteur et un écrivain1,
toire de la réussite. Après l’école, le française, Brassens, Ferré, Higelin, lui qui est parvenu tôt à accéder
aux « codes de la société
week‑end ou pendant les vacances, Renaud, et le rock anglo‑saxon, les

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


française et à la maîtrise
j’étais envoyé chez les sœurs et dans Clash, les Rolling Stones avec mes de la langue ».
des familles avec lesquelles je passais camarades de classe. J’ai de très
du temps, pour faire mes devoirs et bonnes relations avec ces mômes
étudier  ; j’ai découvert les crêpes, de la bourgeoisie moyenne, qui me
les œufs de Pâques, les cadeaux de prennent pour Magyd et pas pour un
Noël. Tout mon temps libre devait arabe. Je suis invité aux anniversaires,
être consacré à apprendre. Alors je fréquente des filles sans que leur scolaire » et je me suis mis à jouer
que les copains allaient au foot ou frère y trouve à redire. Je suis tombé de la musique à l’heure du déjeuner
construisaient des cabanes, je vivais amoureux de leur état d’esprit et de avec quelques potes, d’excellents
cette situation comme une punition. leur liberté. élèves qui fumaient de l’herbe, bu‑
C’était dur, pas vraiment une enfance vaient de l’alcool et faisaient de la
heureuse ; mais je m’exécutais pour S. A. : Quels ont été les souvenirs musique extrêmement bruyante, ce
ne pas faire de peine à ma mère. Elle marquants de votre scolarité ? qui m’étonnait de la part de gars aussi
brandissait la menace d’aller à l’école M.  C.  : Je ne garde pas un bon intelligents ! C’est comme cela qu’a
et de tomber à genoux en pleurs de‑ souvenir du primaire, marqué par commencé à prendre forme Zebda.
vant les instituteurs, voire pire. Ces le cauchemar de l’apprentissage à Et que j’ai eu un bac littéraire… sans

Dossier
derniers passaient du temps avec moi marche forcée. Au collège, c’était mention.
après la classe. C’est comme cela que, difficile aussi, il fallait tenir une
fils d’émigrés algériens, j’ai accédé bonne moyenne. Premier de la classe S. A. : Quel impact a eu l’obtention
aux codes de la société française et en français, je découvre cependant du baccalauréat sur vous,
à la maîtrise de la langue. Et cela m’a le sentiment d’être un peu excep‑ votre famille et plus largement
séparé de mes potes pour lesquels tionnel, c’est un truc sympa à vivre. au sein de la cité où vous avez grandi ?
j’étais devenu en quelque sorte un Le meilleur, ce sont les années lycée, M. C. : L’obtention de ce diplôme
harki, un traître. avec également la rencontre de n’a pas eu autant d’importance pour
Flaubert, Maupassant, Balzac pour moi que pour ma mère. Ce bac n’était
S. A. : Comment se sont déroulées lesquels j’ai une passion. Dans ma pas seulement pour elle un sésame
vos années de collège et de lycée ? quête identitaire, cette littérature vers la réussite sociale permettant de
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

M.  C.  : Au collège, je deviens… me révèle, je me sens appartenir au sortir du quartier. C’était aussi à ses
champion de l’orthographe, de la xixe siècle, j’ai l’impression que je me yeux la possibilité de fabriquer, à tra‑
conjugaison et de la syntaxe, une refonde un patrimoine. Au lycée, em‑ vers moi, un homme différent – de
porté par la liberté de ton de mes ca‑ son mari, de son père, de ses frères –,
marades, les filles, le sexe, je réponds un homme meilleur, un homme qui,
moins aux injonctions d’excellence de grâce à ses connaissances, pourrait
« MA MÈRE, CONSTATANT ma mère. Je trouvais mes copains car‑ ne pas être sous le joug d’un oppres‑
QUE CERTAINS PETITS rément subversifs, car ils répondaient seur –  comme mon père, maçon
FAISAIENT L’ÉCOLE à leurs parents ! Ils clamaient : « No humilié par ses patrons. J’ai intégré
BUISSONNIÈRE, future » ! Alors que moi, je me disais : ce qu’elle attendait de moi, et de
A PRIS L’HABITUDE DE VENIR « Je veux un futur… » J’ai alors petit à moi à l’école. Si je regrette le temps
À L’ÉCOLE POUR VOIR petit lâché prise, je suis sorti de ma passé uniquement à étudier, parce
SI JE M’Y TROUVAIS BIEN. » prison du «  cent pour cent travail que j’ai l’impression d’avoir gaspillé
14
© D.R.

« SI JE REGRETTE LE TEMPS PASSÉ UNIQUEMENT l’affection, de l’empathie, la volonté


À ÉTUDIER, PARCE QUE J’AI L’IMPRESSION D’AVOIR de me mener quelque part et de faire
GASPILLÉ MA JEUNESSE PAR MANQUE DE LIBERTÉ, de moi un homme émancipé. Si l’école
JE SAIS QUE SANS TOUT CELA, JE N’AURAIS PAS EU ACCÈS n’y parvenait pas, ils auraient perdu
AU SAVOIR ET JE N’AURAIS PAS AUJOURD’HUI leur raison d’être. Rétrospectivement,
LE BONHEUR DE VIVRE DE L’ÉCRITURE ET DE LA MUSIQUE. j’y vois l’accomplissement d’un idéal
JE N’AVAIS PAS D’AUTRE ISSUE QUE D’ÊTRE ENCHAÎNÉ. » politique. Je fais partie de la première
génération d’enfants d’immigrés
arrivés massivement sur les bancs de
l’école au début des années 1970. J’ai
ma jeunesse par manque de liberté, S. A. : Quel regard portez‑vous le sentiment que beaucoup avaient à
je sais que sans tout cela, je n’aurais sur l’enseignement d’hier cœur de nous montrer que la France,
pas eu accès au savoir et je n’aurais et d’aujourd’hui ? c’était autre chose que la guerre
pas aujourd’hui le bonheur de vivre M. C. : Je dois dire que j’étais un d’Algérie, et qu’ils tenaient vraiment
de l’écriture et de la musique. Je peu le fils adoptif de certains ensei- à pratiquer l’égalité entre tous les
n’avais pas d’autre issue que d’être gnants, tant je passais de temps à élèves, quelle que fût notre origine.
enchaîné. Après le bac, je me suis ins- l’école, en soutien scolaire et en Comme pour rembourser la dette
crit en lettres modernes à la faculté, accompagnement  ! Aucun ne m’a coloniale, en quelque sorte. Y com-
mais je ne suis pas allé jusqu’au bout. particulièrement marqué. Je les trou- pris au primaire, où les enfants arabes
J’ai été happé par la musique et par vais sympas et accessibles. Quand étaient au fond de la classe, j’ai senti
le militantisme. Dans la cité, j’étais on vient d’une famille dure et anal- cette tentative égalitaire. Et l’école
devenu une référence, je faisais du phabète, cela vous paraît incroyable est le seul endroit où je l’ai perçue. En
soutien scolaire. Dès qu’un problème qu’un adulte se penche sur vous tant que parent, j’ai de nouveau cô-
se posait, on venait me voir, j’étais avec bienveillance pour répondre à toyé l’institution et les enseignants et
quasiment investi de la mission de vos questions à la fin d’un cours. Je je continue de le faire régulièrement
sauver les familles arabes du quartier. garde plutôt le souvenir d’être porté en animant des interventions sur le
L’école m’a fait prendre conscience par un ensemble. Je ressentais globa- thème de la citoyenneté. Ces derniers
que je reviens de loin. lement de la part des enseignants de me semblent moins idéologiques et
15

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


© Polo Garat
moins « hussards » qu’à mon époque, envie de la défendre et d’y retourner. intégré l’idée qu’elle ne peut pas tout
mais beaucoup plus conscients des Et de dire aux élèves : c’est important et qu’une partie des enfants qu’elle
questions sociales et de l’acuité du d’être liés, quelle que soit l’origine, accueille seront perdus en chemin. Et
monde. Ils connaissent les problèmes par les mêmes devoirs et les mêmes ce malgré les efforts et les volontés,

Dossier
d’identité dont les jeunes issus de contraintes dans un lieu où l’on est car je rencontre beaucoup de profes‑
l’immigration sont la proie, ils ont traité d’égal à égal. Or dans leur vie seurs investis, qui donnent plus que
une approche plus moderne. Est‑ce quotidienne, les jeunes issus de leur temps. L’identité, les discrimina‑
mieux ou moins bien  ? Aurais‑je le l’immigration n’ont pas le sentiment tions, la laïcité, le respect de l’État de
même parcours si j’étais scolarisé d’être inclus dans les valeurs de la droit, tous les thèmes dont je discute
aujourd’hui ? Je ne sais pas. République, de fraternité et d’égalité. avec les jeunes sont des problèmes
Je commence mes interventions par complexes qui dépassent la question
S. A. : Qu’est‑ce qui vous motive une question provocatrice : « Y a‑t‑il de l’école. 
à intervenir sur le thème de la des Français dans la salle ? » et je suis
citoyenneté dans les établissements ? frappé par le nombre de jeunes qui Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
M.  C.  : En donnant des «  cours répondent qu’ils sont Français de journaliste.
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

citoyens », je rembourse à l’école ce papier, mais Marocain, Algérien, etc.


qu’elle m’a donné. Je l’ai aimée, j’ai de cœur, parce que la société leur
renvoie l’idée qu’ils ne sont pas chez
eux. Ils contestent l’école à cause
« QUAND ON VIENT de ses défaillances, sans percevoir
D’UNE FAMILLE DURE que celle‑ci offre en son sein un cli‑
ET ANALPHABÈTE, mat protecteur et des possibilités
CELA VOUS PARAÎT d’émancipation. Mais hier comme
INCROYABLE QU’UN ADULTE aujourd’hui, il y a un écart entre la vie
SE PENCHE SUR VOUS entre ses murs et la cruelle réalité du
AVEC BIENVEILLANCE POUR quartier. Et l’école est moins forte que
1. Chanteur, auteur‑compositeur : albums solo et
RÉPONDRE À VOS QUESTIONS la rue. Je crois que tout en gardant ancien membre du groupe Zebda ; écrivain, dernier
À LA FIN D’UN COURS. » à l’esprit son idéal égalitaire, elle a ouvrage paru : Ma part de Gaulois, Actes Sud, 2016.
Améliorer le climat scolaire relève tant de la politique ministérielle que de personnels outillés
16 pour y parvenir.

Améliorer le climat scolaire :


enjeux et recommandations
pour l’action

L
Caroline Veltcheff, a question dans les écoles et les établissements académies, avec une obligation de
directrice territoriale, Réseau du climat du second degré était élevé : un élève traitement des appels recueillis par
Canopé, le réseau de création scolaire sur dix environ, soit deux fois supé‑ le Numéro Vert. En outre, la notion
et d’accompagnement pédagogiques,
n’est prise en rieur à des pays comme la Finlande de climat scolaire serein, condition
expert national climat scolaire.
considération ou l’État de l’Ontario au Canada qui nécessaire aux apprentissages, est
que depuis peu avaient mis en place des programmes désormais inscrite dans la loi.
en France Elle a de développement d’un climat sco‑
véritablement émergé suite à la mise laire positif. Climat scolaire : détérioration
en évidence par les médias et les cher‑ entre sixième et troisième
cheurs des phénomènes de violences Une politique de prévention L’on dispose désormais d’un bon
et particulièrement du harcèlement active niveau de connaissance de la qualité
dont les élèves sont victimes à l’école. La dégradation du climat scolaire du climat scolaire dans les écoles et
En parallèle, depuis trente ans, les est corrélée à un fort taux de har‑ les établissements en France. Des
recherches internationales se sont cèlement ; le sentiment d’insécurité enquêtes sont réalisées tous les
considérablement développées sur des élèves est grand. Face à l’ampleur trois ans par la Direction de l’éva‑
cette thématique. Il a donc fallu ce de la tâche, en 2013, une Délégation luation, de la prospective et de la
double contexte – et que le grand pu‑ ministérielle en charge de la lutte et performance (Dépp) du ministère de
blic s’émeuve du harcèlement – pour de la prévention des violences en l’Éducation nationale, alternant le
qu’une véritable politique de préven‑ milieu scolaire a été mise en place collège et le lycée, avec des recueils
tion centrée sur le climat scolaire pour promouvoir une politique de élargis au primaire. Les réticences
se mette en place. Cette montée en prévention active, accompagner les pour le primaire ont été nombreuses
puissance – dans acteurs, observer les pratiques et re‑ à la Direction générale de l’enseigne‑
l’ensemble de la cueillir un maximum d’expériences de ment scolaire (Dgesco) du ministère
société  – de la terrain. Sous la direction d’Éric De‑ de l’Éducation nationale, en raison
L’ESSENTIEL revendication de barbieux, un chercheur internationa‑ de représentations assez faussées de
bien‑être, y com‑ lement reconnu sur ces questions, la la qualité du climat scolaire dans les
pris à l’école, a dé‑ délégation a élaboré des propositions écoles.
ÇÇ La dégradation du climat
clenché une prise concrètes pour un climat serein dans La méthodologie de l’enquête
scolaire est corrélée à un fort
taux de harcèlement. de conscience la classe, au sein des équipes, dans de victimation1 et de climat scolaire,
politique, laquelle les écoles et dans l’ensemble des éta‑ élaborée par Éric Debarbieux, a été
ÇÇ La mise en place, en 2013, s’est traduite par blissements scolaires. Pour ce faire, reprise par la Dépp, ce qui a permis
d’une délégation ministérielle l’instauration elle s’est appuyée sur les résultats des de stabiliser les questionnaires et
chargée de la prévention
d’une politique recherches. donc d’accumuler des données pré‑
et de la lutte contre les violences
en milieu scolaire a permis nationale struc‑ Les avancées sont de plusieurs cieuses. Les résultats sont d’autant
de promouvoir une politique turée. Le premier ordres. Le harcèlement entre élèves plus robustes qu’ils sont tous cor‑
de prévention. Un climat scolaire levier d’interven‑ a été inscrit dans la loi de refonda‑ roborés par d’autres enquêtes dont
de qualité réduit les violences, tion a été la lutte tion pour l’école de 2013 et identifié l’angle d’entrée est essentiellement
les conduites addictives contre le harcè‑ comme un délit ouvrant la possibilité celui de la santé, comme les enquêtes
et renforce les compétences lement à l’école, de recours. Ceci a permis de dévelop‑ internationales Health Behaviour in
sociales et les résultats scolaires. mis en place per le Numéro Vert national 3020, la School‑aged Children  (HBSC) sur la
ÇÇ État du chemin parcouru dès 2011. Le taux mise en place de référents harcèle‑ santé des collégiens, ou encore plus
et recommandations pour l’action. de harcèlement ment dans tous les départements et généraliste en lien avec les résultats
17
des élèves, comme le Programme Ces résultats ont montré l’impor‑ les collectifs nécessaires. Une bat‑
international pour le suivi des acquis tance d’observer une grande vigilance terie d’outils opérationnels issus de
des élèves (Programme for International face au harcèlement et aux violences groupes de travail nationaux interca‑
Student Assessment – PISA). dans tous les collèges, en particulier tégoriels est disponible en ligne sur le
Toutes les enquêtes de climat sco‑ dans ceux qui sont situés en zone site web collaboratif climat scolaire2,
laire indiquent une détérioration de la d’éducation prioritaire. Plusieurs ob‑ permettant à tous les contributeurs
perception de ce dernier. Ainsi, si l’on jectifs peuvent être poursuivis : en France d’ajouter des contenus.
examine le sentiment de justice selon • mettre en place un plan de préven‑
le sexe et la classe, 70 % des garçons tion des violences dans le collège ; La France peut s’inspirer
et 75 % des filles en sixième trouvent • recueillir systématiquement la de l’Ontario
les punitions justes, contre respecti‑ parole des élèves ; Pour continuer de porter l’effort
vement 49 % et 70 % en troisième [1]. • anticiper les phénomènes en appli‑ sur l’amélioration du climat scolaire,
Les garçons estiment les punitions quant le règlement intérieur de façon si l’on ne veut pas voir les enquêtes
et les évaluations de plus en plus homogène. locales de climat scolaire se déployer
injustes jusqu’en troisième. sans cadre méthodologique rigoureux,
Une méthode systémique il convient de créer un programme
Constats et pistes pour l’action de prévention ambitieux en France. Ceci permettrait
Ces éléments ont incité le Réseau L’intérêt de l’entrée par le climat de faire converger toutes les théma‑
Canopé à porter une attention parti‑ scolaire est qu’elle constitue un bon tiques de prévention (conduites vio‑
culière au sentiment de justice pour détecteur de situations individuelles lentes, conduites addictives, mal‑être

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


les garçons : complexes  ; un climat scolaire de adolescent…), tant on sait désormais
• en proposant une implication pro‑ qualité va permettre à tous les qu’un climat scolaire de qualité
gressive des garçons dans la vie de élèves, même les plus vulnérables, réduit les violences et également les
l’établissement ; de progresser, avec des mises en conduites addictives et qu’il renforce
• en travaillant le règlement intérieur place d’aides beaucoup plus favo‑ les compétences sociales et les résul‑
avec les élèves ; rables. Il a fallu convaincre tout un tats scolaires, notamment en zone
• en accroissant la dimension édu‑ système éducatif, des recteurs aux d’éducation prioritaire.
cative portée par les punitions et les enseignants. La méthode employée Un programme d’amélioration
sanctions. par la délégation ministérielle a été continue du climat scolaire permet‑
Qu’il s’agisse de harcèlement assez simple. Nous avons sillonné trait :
– qui concerne un élève sur dix en la France à la rencontre des acteurs. • d’installer définitivement la notion
moyenne, mais un élève sur sept en Nous avons créé des groupes acadé‑ de mesure, d’évaluation avant et après
zone d’éducation prioritaire – ou de miques « climat scolaire » aux côtés programme (par les enquêtes de cli‑
violences fortes perçues, les risques des recteurs afin que les cadres aca‑ mat scolaire) ;
sont plus élevés en établissement démiques se parlent et envisagent • de déployer des actions systémiques
implanté en zone d’éducation prio‑ des solutions : ces derniers ont été dans les collèges et lycées  (établis‑

Dossier
ritaire (voir tableau 1 ci-dessous), formés et ont été constitués en ré‑ sements publics locaux d’enseigne‑
particulièrement pour les filles, pour seau par la délégation. Le cas le plus ment  –  Éple) en s’appuyant sur des
lesquelles la situation s’est dégradée spectaculaire est celui de l’académie équipes de recherches variées – empa‑
entre 2011 et 2013, mais s’est légère‑ d’Aix‑Marseille avec pas moins de thie, bien‑être, gestion des émotions,
ment améliorée à l’issue de l’enquête 100  équivalents temps plein  (ETP) motivation… – en mesure d’accompa‑
de 2015. consacrés au climat scolaire pour gner les personnels ;
Concernant la différence entre les chaque bassin d’éducation, avec des • de diffuser auprès des acteurs des
sexes, les garçons sont plus souvent personnels formés par la déléga‑ établissements une rigueur et une
auteurs de violence, et plus souvent tion. Ce sont de véritables mentors méthode liées à la recherche.
victimes. Ils sont également les plus pour aider les équipes des écoles Fondé sur le volontariat, il pourrait
punis et les plus exclus. et des établissements à construire s’agir d’un programme de prévention
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

globale par le développement des


compétences sociales des élèves  :
Tableau 1. Taux d’élèves témoins, victimes ou acteurs de violence dans les collèges c’est ce que l’État de l’Ontario au
selon la zone d’implantation de leur collège Canada a mis en place avec son pro‑
gramme «  Pour un climat scolaire
Violence Victimes Racketteurs
forte perçue de racket autodéclarés positif »3 en trois ans ; 75 % de ses
établissements y ont adhéré. Le pro‑
Collèges en zones non classées 15 % 5,3 % 5,3 % cessus d’adhésion est simple : 70 %
des personnels de l’établissement
Collèges en zones d’éducation prioritaire 34 % 7,6 % 7,9 %
doivent voter en faveur de l’adhésion.
Collèges en zones d’éducation prioritaire sensibles 37,5 % 8,7 % 10,3 % Actuellement, les établissements
Source : Enquête nationale de climat scolaire et de victimation, ministère de l’Éducation nationale, en France réalisent des enquêtes
Debarbieux, 2013. de climat scolaire et sont donc
18
D’autre part, ce programme res‑
ponsabilise les acteurs : il s’agit donc
de mettre l’accent sur la confiance ac‑
cordée aux équipes pour se mobiliser
autour de programmes structurés et
structurants pour les établissements.
Les équipes peuvent effectivement
réussir  : aucun établissement n’est
soumis à une quelconque fatalité.

Efficacité du programme
Les pays ou les villes  (Canada,
Finlande, Chicago, Italie…) qui ont
déployé des programmes de ce type
ont connu :
• une baisse de moitié des phéno‑
mènes de harcèlement, passant en
dessous de la barre des 5 % d’élèves
harcelés ;
• une amélioration assez spectacu‑
© Magali Delporte/PictureTank/MEN

laire – de l’ordre de 15 % à 20 % – des


résultats scolaires dans les zones
défavorisées ;
• une amélioration de la qualité de
vie au travail des enseignants (dimi‑
nution du nombre de burn out, arrêts
de travail…) ;
détenteurs d’un diagnostic. Toutefois, • La carence d’un conseil externe • une diminution de 25 % de l’absen‑
les actions et les mesures décidées avisé : il pourrait être mis en place un téisme des élèves.
dans l’établissement sont conduites coaching par un coach externe formé, En conclusion, le déploiement d’un
par les acteurs de l’établissement et, avec un retour régulier sur les avancées programme d’amélioration continue
dans le cas le plus favorable, elles sont du programme au sein de l’établisse‑ du climat scolaire permettrait de
appuyées par des corps d’inspection ment – étant entendu que les équipes faire vivre les notions de confiance,
dont la formation initiale et continue Canopé ont été formées à la notion de bienveillance, d’autonomie dans
est peu en phase avec une posture de médiation et pourraient fort bien chaque établissement. Trois types
critique pourtant nécessaire. former les coachs d’établissement. d’équipes sont à mobiliser pour ce
Le développement d’un pro‑ faire : les équipes de recherches, les
gramme d’amélioration continue du Déploiement du programme : équipes climat scolaire, les équipes
climat scolaire en France se heurte un contrat de confiance Canopé pour l’élaboration et la forma‑
pour l’heure à trois écueils ou déficits L’intérêt du déploiement d’un tel tion aux ressources du programme. 
majeurs : programme est double.
• à l’issue du diagnostic, la difficulté D’une part, il permet de structurer
majeure est d’identifier le facteur des modalités d’intervention ana‑ 1. Fait de subir une atteinte physique ou psychique.
2. https://www.reseaucanope.fr/climatscolaire/
qui bloque l’amélioration du climat logues sur l’ensemble du territoire
accueil.html
scolaire dans l’établissement. Il peut sur des sujets où de nombreuses 3. http://www.climatscolairepositif.ca/
ainsi s’agir de divergences d’inter‑ interventions sont inefficaces et
prétation du règlement intérieur par coûteuses –  interventions ponc‑
le personnel éducatif. Dans ce cas, tuelles d’une heure ou d’une matinée,
l’établissement peut se faire aider par de façon externalisée, assurées par
des chercheurs en discipline positive, des intervenants divers, sans que cela
en développement de l’empathie, en fasse sens pour les élèves  –, voire
communication non violente… ; contre‑productives  (pour mémoire, RÉFÉRENCE
• le manque de ressources scien‑ les interventions sur les drogues qui, BIBLIOGRAPHIQUE
tifiquement validées, calquées sur au lieu d’inviter les jeunes à réfléchir,
les résultats de recherches  ; le site les incitent davantage à essayer ; voir
web climat scolaire, issu du travail à ce propos les éléments consignés
d’un conseil scientifique interna‑ dans le rapport d’activité 2016 de la [1] Direction de l’évaluation, de la prospective et de
tional, pourrait être la plateforme Mission interministérielle de lutte la performance. Enquête nationale de climat sco-
de ressources et de formations à la contre les drogues et les conduites laire et de victimation, Paris : ministère de l’Éduca-
démarche systémique ; addictives – Mildeca). tion nationale, 2013.

L’AUTEURE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
72 écoles se sont dotées d’une « cellule bien‑être », sous la houlette de trois ministères.
19

Belgique francophone :
une évaluation des « cellules
bien‑être » en milieu scolaire

Chantal Vandoorne, des équipes des centres psycho‑mé‑ L’ESSENTIEL


Marie‑Christine Miermans, dico‑sociaux  –  CPMS et des ser‑
Gaëtan Absil, vices de promotion de la santé à
chercheur.e.s à l’université de Liège, ÇÇ À partir de 2011, la Fédération
l’école  –  SPSE, élèves). Ce groupe

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


Appui en promotion et en éducation Wallonie‑Bruxelles (Belgique
pour la santé – Apes‑ULiège (Belgique).
se réunit régulièrement pour aider francophone) a lancé un
le chef d’établissement à définir dispositif‑pilote de « cellules
les lignes de force de son école en bien‑être » dans ses établissements
matière de santé et de bien‑être. Il scolaires. Ce dispositif a fait l’objet

D
epuis 1990, de nombreuses dynamise donc la promotion de la d’une évaluation. Analyse et résultats.
initiatives de promotion santé et du bien‑être durant le temps
de la santé à l’école sont scolaire, identifie les ressources in‑
développées en Fédération Wal‑ ternes et externes auxquelles faire
lonie‑Bruxelles  (Belgique franco‑ appel, tout en prenant en compte du dispositif, ces écoles ont bénéficié
phone) ; elles portent essentiellement les problématiques spécifiques de d’un accompagnement méthodolo‑
sur les contenus d’enseignement, les l’établissement. gique individualisé [3] et d’une mobili‑
apprentissages, les modes de vie et Ce dispositif‑pilote s’est déroulé sation des partenaires locaux : centres
sur le climat scolaire. En mars 2011, sur deux années scolaires  (2011 à pyscho-médico-sociaux (CPMS) et
une nouvelle étape a été franchie 2013) : 72 écoles de tous types et de services de promotion de la santé à
avec la création d’un dispositif‑pilote tous niveaux ont mis en place une l’école (SPSE). Lors de rencontres
intitulé « Cellule bien‑être » (CBE), cellule bien‑être. Pour le déploiement semestrielles, les écoles d’un même

Dossier
porté par trois ministères  : ensei‑
gnement, santé, jeunesse et aide à
la jeunesse ; une association inédite.
Le dispositif s’inscrit dans la conti‑
nuité philosophique des approches
intégrées couramment utilisées en
promotion de la santé à l’école [1 ;
2]. Ce dispositif se veut très ouvert,
pour faire émerger – sans idée pré‑
conçue  – des représentations du
bien‑être, des points de repères,
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

des procédures dont les acteurs


institutionnels pourront s’inspi‑
rer pour favoriser la dissémination
des CBE.

Développer le bien‑être
dans les établissements
Concrètement , une cellule
© Xavier Schwebel/PictureTank/MEN

bien‑être est un groupe local de


coordination qui réunit des inter‑
venants internes et externes à
l’école  (chefs d’établissements,
enseignants, éducateurs, membres
20
L’évaluation fait émerger une vi‑
sion élargie du bien‑être qui passe par
trois grands éléments constitutifs :
• le développement des compétences
personnelles en lien avec la santé des
élèves ;
• le soutien du « vivre ensemble », en
articulation avec le développement
de chacun, en respect de son identité
et de son parcours singulier (projet
de vie dans le cadre scolaire et en
dehors) ;
• la qualité de vie dans le cadre sco‑
laire (y compris, donc, au sein de la
communauté scolaire).

De l’éducation à la vie affective


en passant par l’estime de soi
En moyenne, sur deux ans, les
© Joan Bardeletti/PictureTank/MEN

écoles ont abordé cinq à six portes


d’entrée différentes parmi les 25 thé‑
matiques. Par ailleurs, 80 % des écoles
font intervenir des collaborateurs ex‑
ternes de secteurs très variés (santé,
jeunesse, social, développement éco‑
nomique, culture, sport, solidarité,
territoire ont partagé leur expérience. ont été mis en perspective pour faire insertion professionnelle). Dans la
En effet, le dispositif est conçu pour émerger des constats et des repères plupart des cas, les écoles estiment
favoriser les apprentissages de tous utilisables par les acteurs locaux et, que ces collaborations apportent
les acteurs impliqués, en contact les au niveau plus large de décision, des de réelles ressources, sans lesquelles
uns avec les autres. Les mêmes types politiques publiques dans les diffé‑ certaines actions seraient difficiles
de rencontres ont réuni les services rents secteurs concernés par le bien à mettre en place. Les écoles vont
d’accompagnement, les acteurs insti‑ être à l’école. chercher auprès des partenaires et
tutionnels concernés par le bien‑être des ressources externes un soutien
à l’école. Ce dispositif‑pilote est géré Le bien‑être, une notion opérationnel et une expertise sur les
par un comité opérationnel qui réunit polymorphe thématiques moins bien maîtrisées
les représentants des ministères, des Quelques constats semblent par les acteurs scolaires. Par ailleurs,
administrations et l’Appui en promo‑ transférables d’un système éducatif la priorité est donnée aux thèmes
tion et en éducation pour la santé de à l’autre. L’ensemble des résultats les plus transversaux qui servent de
l’université de Liège (APES‑ULiège), est consigné dans les deux rap‑ porte d’entrée dans l’action (éduca‑
qui est chargée de l’accompagnement ports d’évaluation [6 ; 7]. Le premier tion à l’environnement ; prévention
et de l’évaluation du dispositif [4]. constat est établi à partir de l’analyse des assuétudes/addictions  ; éduca‑
de 390  actions menées par les cel‑ tion à la vie relationnelle, affective et
Une évaluation participative lules de bien‑être, puis réparties par sexuelle ; solidarité Nord‑Sud ; accro‑
Les cellules de bien‑être ont fait les évaluateurs en 25  thématiques. chage  (lutte contre le décrochage)
l’objet d’une évaluation participative Cette analyse laisse apparaître une scolaire ; gestion des conflits ; etc.).
en partant d’une matrice de ques‑ notion de bien‑être polymorphe, En effet, ces thèmes correspondent
tions1. Cette évaluation est fondée c’est‑à‑dire définie de façon très souvent aux priorités concrètes
sur des outils et des démarches variable, mixant l’individuel versus perçues par les acteurs scolaires ou
diversifiés : récits, ateliers, forums et le collectif, l’objectif ou le subjec‑ par la société. En revanche, certains
rencontres, observations, comptes tif, l’environnement matériel, social. thèmes (estime de soi, vivre ensemble,
rendus, enquêtes par questionnaires. Ce constat est donc conforme à la échanges, relations et communication
Elle a pris en compte tout particuliè‑ définition du bien‑être telle qu’elle dans l’école, citoyenneté, santé holis‑
rement : les configurations particu‑ est proposée par le Conseil de l’Eu‑ tique au sens bio‑psycho‑social) ne
lières des cellules, les interactions, les rope [8] et par l’Organisation de coo‑ servent pas de porte d’entrée, mais on
caractéristiques des actions mises en pération et de développement éco‑ les retrouve dans nombre d’actions. Ils
place dans l’école, l’organisation et nomiques – OCDE [9] : « Le bien‑être sont au cœur de la mission éducative
la composition des cellules, etc. [5]. est un concept qu’il appartient aux seuls de l’école et de l’action de nombreux
Chaque établissement a fait l’objet citoyens de définir au travers de proces‑ professionnels de la promotion de
d’une évaluation, puis les résultats sus élaboratifs. » la santé. Enfin, les thèmes relevant
21
de la qualité de vie sont aussi pré‑ intégrer la notion de bien‑être au scolaires, on peut espérer qu’elle se
sents (aménagement des bâtiments quotidien dans le projet éducatif soit introduite dans les interstices
et des infrastructures, d’espaces de global : des cadres législatifs et administratifs
détente ; organisation de moments • Comment constituer un groupe existants. 
de convivialité ; activités sportives et de référence qui prendra en charge
culturelles ; aménagement de l’offre le développement du bien‑être ?
alimentaire). • Comment articuler des approches
Ainsi, le bien‑être, au‑delà d’englo‑ individuelles et collectives du 1. Matrice de questions :
1) Comment institutionnaliser une CBE au sein
ber une multitude de thématiques, bien‑être des élèves et des ensei‑ des établissements ? Quels sont les modes d’orga‑
permet une transversalité : cette pré‑ gnants ? nisation adoptés, les acteurs impliqués, les liens
noués avec d’autres structures de concertation au
occupation commune est partagée et • Quel temps est nécessaire pour la sein de l’école, les éléments qui facilitent ou limitent
les dynamiques interagissent entre concertation interne et avec les par‑ la mise en place et la continuité de la CBE ?
elles : les thématiques diverses liées tenaires externes ? 2) Quelles stratégies sont développées pour facili‑
ter l’intégration et la cohérence des initiatives
au bien‑être se complètent et néces‑ • Comment articuler cette action autour du bien‑être de la communauté scolaire (élèves
sitent le recours à des ressources avec les autres dispositifs qui struc‑ et adultes) ? Dans quelle mesure la préoccupation
externes très diversifiées ; elles mobi‑ turent les organisations scolaires ? pour le bien‑être prend‑elle place dans une vision
partagée et élargie des missions éducatives de
lisent des approches collectives. • Quelles nouvelles orientations l’école ?
introduire dans la formation des en‑ 3) Comment s’organisent et s’échelonnent les
Bien‑être, climat d’école seignants et des directions d’écoles ? collaborations sur lesquelles s’appuyer pour déve‑
et culture d’établissement Ainsi, si cette expérience‑pilote lopper une CBE et des actions autour du bien‑être ?

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


Comment s’appuyer sur des ressources externes
Cette conception du bien‑être n’a pas donné lieu à une réglementa‑ tout en laissant la main aux établissements sco‑
est donc totalement cohérente tion nouvelle pour les établissements laires ?
avec les missions –  inscrites dans
les décrets – fondatrices de l’ensei‑
gnement obligatoire en Fédération
Wallonie‑Bruxelles. Le bien‑être est RÉFÉRENCES
lié de façon systémique à la notion BIBLIOGRAPHIQUES
de climat d’école et de culture d’éta‑
blissement. Le défi majeur est d’arti‑
culer communauté et spécificités.
La communauté repose sur la prise [1] Young I., Williams T. The Healthy School. Edin‑ Fédération Wallonie‑Bruxelles (Belgique). In Berger D.,
de conscience et l’acceptation des burgh : Scottish Health Education Group, 1989. Balcou‑Debussche M., Loizon D., Mackiewicz M.‑P.
liens entre le bien‑être et une série [2] St‑Léger L., Young I., Blanchard C., Perry M. et al. Éducation à la santé et complexité, Actes du
d’actions très diversifiées existant Promoting Health in Schools, from Evidence to 4e Colloque international d’UNIRéS. Paris : Éditions
dans un établissement scolaire. Un Action. Saint‑Denis : International Union for Health MGEN, 2014. En ligne : http://hdl.handle.net/2268/
point de vigilance est tout particu‑ Promotion and Education (IUHPE), 2010. Promouvoir 158274

Dossier
lièrement souligné à l’issue de cette la santé à l’école. Des preuves àl’action. Saint‑Denis : [5] Hubin N., Absil G. Évaluation dans le cadre du
évaluation  : dans l’amélioration du IUHPE, 2010 : 14 p. En ligne : http://www.iuhpe. org/ dispositif expérimental des « Cellules bien‑être » en
bien‑être, les différents acteurs images/PUBLICATIONS/THEMATIC/HPS/Evidence‑ Fédération Wallonie‑Bruxelles. Bruxelles : Éducation
doivent bénéficier d’une autonomie Action_ FR.pdf Santé, 2012, no 283.
pour pouvoir mettre en œuvre des [3] Voir à ce propos, les analyses et commentaires [6] Vandoorne C., Hubin N. Dispositif‑pilote de
objectifs propres, valoriser des spéci‑ des accompagnateurs qui venaient de secteurs Cellules bien‑être en Fédération Wallonie‑Bruxelles.
ficités, avec le défi de maintenir une différents : éducation populaire, éducation relative Rapport d’évaluation intermédiaire EvalCBE.1 :
cohérence. Pour ce faire, les espaces à l’environnement, aide à la jeunesse, promotion de Mise en œuvre du dispositif au niveau local. Liège :
de collaboration entre intervenants la santé, éducation à la citoyenneté. Éducation APES‑ULg, 2013 : 78 p. En ligne : http://hdl.handle.
externes et établissements scolaires Santé, novembre 2013, no 294. net/2268/145903
doivent être clairement définis. Université de Paix. En ligne : http://educationsante. [7] Hubin N., Miermans M.‑C., Absil G. Disposi‑
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

C’est l’une des tâches majeures des be/article/le‑bon‑usage‑de‑la‑gestion‑des‑ tif‑pilote de Cellules bien‑être en Fédération Wallo‑
cellules bien‑être. Elles sont à la fois conflits/ nie‑Bruxelles. Rapport d’évaluation EvalCBE.2 : Ins‑
un lieu de réflexivité, d’articulation Empreintes. En ligne : http://educationsante.be/ titutionnalisation et vision partagée du bien‑être.
des diagnostics et des actions, et article/la‑participation‑des‑eleves‑comme‑levier‑ Liège : APES‑ULg, 2013 : 58 p. En ligne : http://hdl.
aussi un lieu de vigilance quant à la du‑bien‑etre/ handle.net/2268/158362
cohérence et aux choix des besoins Synergies. En ligne : http://educationsante.be/article/ [8]  Conseil de l’Europe. Construire le progrès
prioritaires. construire‑un‑espace‑de‑confiance‑a‑lecole/ sociétal pour le bien‑être de tous avec les citoyens
L’évaluation de ce dispositif a Ceméa. En ligne : http://educationsante.be/article/ et les communautés. Guide méthodologique. Paris :
fourni de nombreux autres résultats considerer‑la‑personne‑dans‑sa‑globalite‑leduca‑ Éditions du Conseil de l’Europe, 2011 : 255 p.
sur la façon de s’organiser au sein tion‑dans‑sa‑continuite/ [9] Organisation de coopération et de développe‑
d’un établissement scolaire pour [4] Hubin N., Absil G., Vandoorne C. Apprentissage ment économiques (OCDE), L’Éducation, un levier
collectif et évaluation dans le cadre du dispositif pour améliorer la santé et la cohésion sociale. Paris :
expérimental des «  Cellules bien‑être  » en Éditions OCDE, 2011 : 248 p.

LES AUTEURS DÉCLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Recueillir la parole des élèves est un moyen de les impliquer et d’adapter les actions en fonction
22 de leurs besoins réels.

Collège de Lagnieu : « Une démarche


globale de bienveillance et d’écoute
des élèves »

Entretien avec (voir encadré page  23). Les élèves le personnel, car l’amélioration du
Isabelle Geoffray, répondent au questionnaire tous climat scolaire est l’affaire de tous.
principale adjointe du collège Paul‑Claudel, les deux ans, sauf les sixièmes qui Nous avons une salle qui sert d’es‑
à Lagnieu (Ain).
y répondent chaque année et font pace de médiation à certains horaires
donc l’objet d’une attention particu‑ et c’est aux élèves (accompagnés par
lière. Aux sixièmes, nous demandons : des adultes) qu’il revient de réguler
« Comment s’est passée ta rentrée ? », cet espace.
La Santé en action : Quelles actions « Comment te sens‑tu après quelques Un de nos premiers chantiers a
efficaces votre collège a‑t‑il mises mois ? », « Dis ce qui te plaît le plus et été d’alléger le poids des cartables.
en œuvre depuis cinq ans le moins » ; aux quatrièmes, nous de‑ Avec les professeurs principaux,
dans le cadre du dispositif mandons par exemple de compléter la nous avons travaillé sur la liste des
« Aller bien pour mieux apprendre » phrase : « Au collège, je me sentirais fournitures scolaires, en privilégiant
(Abma) ? mieux si…  » Recueillir la parole des par exemple les cahiers de 48 pages.
Isabelle Geoffray  : Notre collège élèves est un moyen de les impliquer Nous apprenons aux élèves ce qu’est
semi‑rural accueille 820 élèves venant et d’adapter nos actions en fonction une bonne utilisation de leur casier :
de douze écoles primaires différentes, de leurs besoins réels. à la pause méridienne, on dépose les
et la moitié est issue de catégories so‑ affaires du matin pour prendre celles
ciales modestes S. A. : Que vous disent ces élèves ? de l’après‑midi.
ou défavorisées. I. G. : Les sixièmes se plaignaient
Le pivot de notre régulièrement d’être victimes d’inci‑ S. A. : Après cinq ans d’actions,
projet d’établisse‑ vilités de la part des plus grands. quel bilan dressez‑vous ?
ment repose sur Nous avons instauré des rencontres I.  G.  : Le climat scolaire du col‑
L’ESSENTIEL
la mesure préa‑ rapides entre les élèves de CM2 et lège est apaisé. Plusieurs indicateurs
lable du bien‑être ceux de quatrième pour dédramatiser montrent des progrès significatifs.
ÇÇ Au collège de Lagnieu, des jeunes via la future rentrée. Ensuite, lorsque les Les punitions scolaires sont passées
les élèves de quatrième le question‑ petits nouveaux arrivent au collège, de 1 300 à 991 entre 2014 et 2017.
accueillent les futurs sixièmes. naire‑diagnostic ils participent à des ateliers : repé‑ Les retards en cours – à la deuxième
Les conflits « simples »
sur le bien‑être rage dans l’établissement, faire son sonnerie, les élèves doivent être en
sont gérés grâce à la médiation
par les pairs, à laquelle des élèves  : cartable, hygiène et santé. Un tutorat classe  – ont diminué  : ils étaient
sont formés certains élèves «  Transparole  », peut être mis en place pour les élèves au nombre de 2  460 en  2014 et
et le personnel. qui est dépouillé de sixième qui le demandent et il de  687 en  2017. Les exclusions de
avec eux. C’est le est alors effectué par des élèves de l’établissement ont baissé, passant
ÇÇ Une démarche globale
point de départ troisième qui sont volontaires. Nous de 110 à 85 en trois ans. De même,
de bienveillance et d’écoute
des élèves a été mise en place, d’un dialogue, un avons également réorganisé l’accès les exclusions de cours pendant une
qui porte aussi sur la façon dont constat qui per‑ au foyer afin qu’il demeure ce qu’il heure ont fortement chuté  : nous
on les évalue : les enseignants met de concré‑ doit être  : un espace de détente  ; en recensions près de 700 il y a cinq
ne mettent plus de zéro. tiser ce qui peut chaque niveau a désormais son jour ans, contre seulement une centaine
ÇÇ Un ensemble de mesures
être attendu où le foyer lui est exclusivement pendant l’année scolaire 2016‑2017.
a permis d’améliorer le climat de la démarche réservé. Les conflits de faible inten‑ Je ne dispose pas d’indicateurs
scolaire et notamment de «  Aller bien sité sont gérés grâce à la médiation chiffrés sur les incivilités, mais
réduire le nombre d’exclusions pour mieux ap‑ par les pairs. Un organisme extérieur1 nous constatons globalement une
de l’établissement et des cours. prendre » – Abma forme les élèves, les enseignants et baisse.
23
« LORSQU’UN DEVOIR N’EST PAS BON, fédérateur. Il a ce‑ –  qui seront d’autant moins nom‑
LE PROFESSEUR DONNE UNE SECONDE pendant fallu une breuses à gérer au collège – et d’assu‑
CHANCE ET REFAIT UNE ÉVALUATION. rotation du per‑ rer une meilleure continuité. Nous
L’IDÉE EST DE VOIR COMMENT L’ÉLÈVE sonnel pour que transférons donc notre expertise dans
ÉVOLUE ET DE FAIRE LE CONSTAT des agents soient les écoles ; nous les accompagnons
DE SES PROGRÈS, AFIN DE L’AIDER prêts à s’investir, pour qu’elles posent leur diagnostic
À SE PROJETER DANS L’AVENIR. » en organisant un et qu’elles montent leur propre pro‑
véritable accueil jet. Cependant, nous sommes davan‑
des élèves, en tage des guides que des formateurs.
proposant des Il ne s’agit pas de modéliser, mais de
S. A. : Quelles actions Abma menus à thème où eux‑mêmes se donner une impulsion, une inspiration
ont participé à cette évolution déguisent, etc. Toutefois, en dépit pour aller plus loin. Les écoles du sec‑
favorable du climat scolaire ? de ces difficultés importantes, notre teur ne partent pas de zéro, elles ont
I. G. : Il est difficile d’en isoler cer‑ projet se déroule globalement bien. déjà accompli quelques actions, fai‑
taines au détriment d’autres, alors Il faut préciser à cet égard que notre sant de l’Abma sans vraiment nommer
qu’elles se complètent. C’est une établissement bénéficie d’un environ‑ la méthode. Il faut partir de l’existant,
démarche globale de bienveillance et nement favorable, sans difficultés ni mettre en visibilité ce principe de
d’écoute des élèves, qui porte aussi violences majeures. bienveillance tel qu’il a été décliné
sur la façon dont on les évalue. Les jusqu’à présent, et apporter du sou‑
enseignants ne mettent plus de zéro. S. A. : Quel est l’intérêt territorial tien à ces établissements pour que la

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


Lorsqu’un devoir n’est pas bon, le pro‑ de généraliser cette démarche Abma, démarche s’amplifie ; à chacun d’entre
fesseur donne une seconde chance suivie par de nombreuses écoles eux de mettre en œuvre les actions
et refait une évaluation. L’idée est primaires ? qu’il juge adaptées à sa spécificité. 
de voir comment l’élève évolue et de I. G. : Au sein du conseil écoles/
faire le constat de ses progrès, afin collège qui permet de favoriser la Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
de l’aider à se projeter dans l’avenir. transition entre ces deux cycles, il est journaliste.
Cette posture d’écoute et d’aide, les effectivement apparu que certains
élèves la ressentent bien. Tout cela établissements du primaire étaient
participe d’un climat plus serein, y engagés dans des démarches autour
1. Associations régionales des œuvres éducatives
compris l’accueil des élèves dans l’éta‑ du bien‑être. Une importante école et de vacances de l’Éducation nationale (Aroeven).
blissement, qui se fait désormais sans du secteur met par exemple en œuvre 2. Les quatre accords toltèques, rédigés par le
hurlement ; à titre anecdotique, mais les accords toltèques2 pour résoudre mexicain Miguel Ángel Ruiz ,peuvent être ainsi
sommairement résumés :
fortement symbolique, nous avons les conflits. D’autres mènent des
• Que votre parole soit impeccable.
aussi changé la tonalité de la sonnerie actions spécifiques dans certaines • Quoi qu’il arrive, n’en faites pas une affaire
pour aller en cours, laquelle est moins classes. L’idée est donc de diffuser personnelle.

agressive, plus douce. cette expérimentation Abma à l’en‑ • Ne faites pas de suppositions.
• Faites toujours de votre mieux.

Dossier
semble des écoles dans le but de tra‑ (Source : Wikipedia. En ligne : https://fr.wikipedia.
S. A. : Quels freins entravent vailler en amont certaines difficultés org/wiki/Miguel_Ruiz)
le déploiement de votre projet ?
I. G. : L’amélioration du bien‑être
concerne l’ensemble de la commu‑
nauté scolaire. Nous avons voulu ABMA : ALLER BIEN POUR MIEUX APPRENDRE,
sonder le personnel de l’établissement PROGRAMME EXPÉRIMENTAL
sur son propre bien‑être, mais nous
n’avons obtenu que très peu de re‑
tours. C’est une déception. Peut‑être En partenariat avec l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé – Inpes (in‑
faut‑il du temps pour que tout le tégré depuis 2016 à Santé publique France), le rectorat de Lyon a mis en place une expé‑
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

monde s’approprie la démarche. Nous rimentation pour améliorer le climat scolaire et favoriser la réussite de tous. Intitulée
envisageons de refaire un question‑ « Aller bien pour mieux apprendre » (Abma), celle‑ci s’adresse à des écoles primaires, des
naire prochainement. Le projet sus‑ collèges ou des lycées volontaires et doit se déployer sur trois ans. 11 établissements sont
cite parfois des résistances, certains actuellement engagés dans cette démarche. Les initiateurs de l’expérimentation mettent
n’y adhérent pas. Nous nous sommes à disposition une boîte à outils pour que les établissements s’emparent de la démarche
par exemple heurtés à des freins et mènent une réflexion d’ensemble. L’intervention Abma se fait donc au niveau du pilotage
pour faire évoluer la cantine. C’est un de l’établissement scolaire. L’adhésion des personnels, des parents et des élèves est par
sujet important, puisque 80 % de nos ailleurs favorisée. Les recherches menées dans le cadre du Réseau européen des écoles
820 élèves sont demi‑pensionnaires. promotrices de santé (Reeps) sous‑tendent l’expérience et l’inspirent. La santé globale ne
C’était aussi une source d’insatis‑ s’intéresse pas uniquement à l’état de santé physique des personnes, elle prend aussi en
faction pointée par « Transparole ». compte les dimensions psychique, sociale et environnementale des individus.
Nous voulions donc faire du déjeu‑
ner un temps agréable et un moment Source : eduscol.education.fr/experitheque/fiches/fiche10096.pdf

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
La cité scolaire Pellet réunit, pour l’école primaire et le collège, un enseignement dans l’expertise
24 de la déficience visuelle avec des troubles associés dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, et un lycée
professionnel du CAP au BTS.

Enseignement adapté
à Villeurbanne :
à l’école de l’estime de soi

Entretien avec La Santé en action : Quelles sont rôle à jouer. Dès mon arrivée, j’ai sou‑
Samia Bendali, les particularités de l’établissement haité promouvoir d’autres pratiques
proviseur de la cité scolaire René‑Pellet, scolaire que vous dirigez ? au sein de la cité scolaire et j’ai fait
lycée d’enseignement professionnel des
Samia Bendali  : La cité scolaire de la bientraitance –  terme que je
métiers du tertiaire et de l’artisanat d’art,
Établissement régional d’enseignement
René‑Pellet reçoit des jeunes défi‑ préfère à bienveillance, parce que
adapté à la déficience visuelle – Érea‑DV, cients visuels –  de l’école primaire plus concret et moins galvaudé – un
(Villeurbanne). au collège – et des élèves dits « or‑ axe central du projet inscrit dans le
dinaires  » au lycée professionnel nouveau contrat d’objectifs tripartite
jusqu’au BTS, qui dispose d’un inter‑ associant les autorités académiques,
nat d’une capacité de 90 places. Le la région Auvergne‑Rhône‑Alpes et la
collège ouvre ses portes aux adoles‑ cité scolaire René‑Pellet.
L’ESSENTIEL cents déficients visuels et aussi à des
élèves présentant dyslexie, dyspraxie S. A. : Quelles actions concrètes
ÇÇ Cet établissement pas comme ou dyscalculie. avez‑vous mises en œuvre à ce jour ?
les autres vise à développer l’estime Le lycée, du CAP au Bac pro, est S. B. : L’une de mes priorités est la
de soi et les compétences centré sur les métiers du tertiaire réfection des locaux afin d’améliorer
psychosociales : les collégiens et de l’artisanat d’art. Et à partir de les conditions d’accueil des personnels
braillistes ou malvoyants la rentrée  2018, le BTS Support à et des élèves dans un établissement
ne se déplacent plus de salle en salle, l’action managériale sera ouvert à qui avait été quelque peu oublié.
ce sont les enseignants qui viennent tous les étudiants, quel que soit leur C’est une condition indispensable au
à eux.
type de handicap, visuel ou moteur. bien‑être. Les élèves du conseil de la
ÇÇ Une esthéticienne vient chaque Nos murs accueillent une structure vie lycéenne ont été associés au choix
mois pour une séance réunissant médico‑sociale – composée d’éduca‑ du mobilier. Les impliquer est un
dix élèves (déficients visuels teurs, de médecins, de rééducateurs, moyen de leur faire s’approprier les
et non porteurs de handicap) de psychologues, etc. – qui accom‑ lieux et, ainsi, de limiter les dégrada‑
afin de les sensibiliser aux techniques
pagne les élèves dans la réussite de tions ; on a tendance à moins détério‑
de soin du visage et du corps.
Elle dispense des informations
leurs apprentissages. rer un lieu où l’on se sent bien.
théoriques sur les produits utilisés, Une des premières actions mises
les différents types de peau, S. A. : Pourquoi avoir engagé votre en place est la création d’une journée
et des cours pratiques : soins établissement dans un dispositif de partage, réunissant élèves et per‑
de la peau, des mains, techniques de promotion de la santé sonnels une fois par trimestre, avec
de maquillage. et dans la démarche « Aller bien un repas convivial et des activités qui
ÇÇ Enseignants, pôle médico‑social, pour mieux apprendre » (Abma) ? rassemblent tout le monde. Il s’agit de
vie scolaire, service général, direction S. B. : J’ai expérimenté la démarche fédérer la communauté, au‑delà des
accompagnent les élèves dans la Abma1 dans mon ancien établisse‑ séparations primaire, collège, lycée ;
réussite de leurs apprentissages. ment, je me suis formée et suis deve‑ de créer des passerelles entre petits et
nue référente académique. Cette grands, entre professeurs et agents par
démarche m’intéresse, car elle vise à des échanges informels. Celle du troi‑
ce que l’ensemble de la communauté sième trimestre 2018 sera consacrée
éducative –  élèves, enseignants et au thème de l’élégance, avec la venue
personnels – se sente bien ; et, pour de plusieurs esthéticiennes, pour tra‑
atteindre cet objectif, chacun a un vailler sur l’estime de soi.
25
Depuis la rentrée 2017‑2018, un ri‑
tuel a été mis en place : tous les jours,
un élève vient dire au micro le « mot
du jour  »  entendu par tous  ; il est
libre de parler de ce qu’il veut dans
son message. Cette initiative permet
aussi de faire connaissance. Pour cer‑
tains élèves, c’est une petite épreuve,
mais qui apporte de la confiance en
soi quand ils la surmontent.
Ensuite, nous avons repensé l’orga‑
nisation pour les élèves de collège de

© Stephanie Lacombe/PictureTank/MEN
11‑12 ans, braillistes ou mal voyants.
Au lieu qu’ils se déplacent de classe
en classe, d’un étage à l’autre, avec
leur matériel assez lourd et leur
canne, ce sont maintenant les ensei‑
gnants qui se rendent dans leur classe
située désormais au rez‑de‑chaussée.
L’idée est de créer un cadre favorable

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


pour qu’ils puissent développer leur d’élèves et un enseignant sont des viendrait animer des séances de yoga,
autonomie autrement, par exemple moments très significatifs pour des soit au moment de la pause déjeuner,
en installant un self‑service pour rem‑ adolescents déficients visuels : prendre soit en fin de journée, et en particu‑
placer le service à table. soin de sa peau et de ses mains, se lier en période d’examens. Les élèves
maquiller et maquiller l’autre, dans un déficients visuels se mettent une
S. A. : Comment ces premières mesures cadre bienveillant. Il s’agit d’apprendre pression importante pour réussir en
ont‑elles été accueillies par les élèves, à prendre soin de soi, d’accepter de dépit de leur handicap. Ce sont des
les personnels et les parents ? laisser un camarade s’occuper de soi, élèves fragiles qui ont dû apprendre
S. B. : Faire en sorte que l’école soit de connaître les gestes essentiels à une à accepter leur handicap et qui ont
promotrice de santé, c’est l’affaire bonne hygiène, d’acquérir des compé‑ besoin d’être accompagnés. Il peut
de tous. Mais le changement induit tences autrement. être intéressant pour eux d’apprendre
une période de flottement et suscite Financer cette activité implique désormais à lâcher prise pour che‑
des interrogations. C’est à l’équipe de dégager une ligne budgétaire au miner vers la réussite, avec plus de
de direction, qui porte ce projet, de détriment d’autres activités, comme confiance en eux et moins de stress.
convaincre et de rassurer les équipes. les sorties scolaires. Lors du vote du
En effet, rien n’est imposé. Nous budget en conseil d’administration, S. A. : L’accueil d’élèves handicapés

Dossier
formulons des propositions, elles les parents se sont montrés surpris modifie‑t‑il votre approche ?
sont expérimentées et si elles ne par cette proposition. Je leur ai expli‑ S. B. : Je ne le pense pas. La bien‑
conviennent pas à la majorité de la qué que les élèves présents au conseil traitance et l’empathie apportent une
communauté, il est possible de reve‑ feraient un retour sur l’atelier d’esthé‑ valeur ajoutée, quel que soit le public
nir en arrière. Par exemple, nous avons tique. Les parents se sont finalement accueilli. C’est une démarche géné‑
réfléchi à la pause méridienne qui est laissé convaincre sans difficulté  ; raliste qui n’établit pas de différence
assez longue : de 11 h 30 à 14 heures. le concept de bientraitance leur entre les élèves. En d’autres termes,
Pourquoi ne pas la raccourcir pour les parle tout autant qu’à leurs enfants. cette démarche n’a pas besoin d’être
lycéens et leur permettre de partir Globalement, ce sont les élèves qui adaptée à des besoins spécifiques,
avant 18 heures ? Après concertation, s’adaptent le mieux à cette nouvelle notamment celui du handicap. Elle
cette idée a été votée par les membres donne et leurs appréciations positives est tout aussi bénéfique aux élèves
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

du conseil d’administration (représen‑ ont un effet entraînant sur les ensei‑ favorisés d’un établissement d’un
tants de la direction, des enseignants, gnants et sur la réussite des élèves. quartier aisé, qui ont leur propre pro‑
de la collectivité territoriale, des fa‑ Concernant les parents, nous n’avons blématique. 
milles et des élèves) ; elle va être mise pas de retour pour le moment sur les
en place à la rentrée 2018. actions menées. Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
journaliste.
S. A. Dans quel but faites‑vous S. A. : Comment soutenir les élèves
venir une esthéticienne confrontés à une exigence de réussite ?
1. Expérimentation mise en place par l‘Institut
dans votre établissement ? S.  B.  : Effectivement, parmi nos national de prévention et d’éducation pour la
S. B. : Depuis la rentrée, nous fai‑ projets, nous souhaitons aborder santé – Inpes (intégré depuis 2016 à Santé publique
sons effectivement venir une esthéti‑ le lâcher‑prise auprès des élèves, en France) et le rectorat de Lyon. Déployée sur trois
ans, elle s’adresse à des établissements volontaires.
cienne une fois par mois. Ces séances partenariat avec un professeur d’édu‑ L‘objectif : améliorer le climat scolaire et favoriser
de deux heures regroupant une dizaine cation physique de l’extérieur, qui la réussite de tous.

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Un climat d’établissement positif améliore la qualité de la vie scolaire, favorise l’acceptation des
26 différences et valorise ces différences en exploitant les forces de chacun

Climat scolaire et relationnel


positifs : essentiels au bien‑être
et à la réussite éducative

L
Claire Beaumont, a réussite édu‑ fois citée dans la littérature. Il a été L’école, second milieu de vie
psychologue et professeure, cative est une démontré que tant les cibles, que les C’est surtout en contexte de pré‑
titulaire de la Chaire de recherche préoccupa‑ auteurs ou les témoins de ces vio‑ vention de la violence à l’école que
bien‑être à l’école et prévention
tion constante pour lences (verbales, physiques, sociales, le concept de climat scolaire a été
de la violence,
université Laval (Québec, Canada).
plusieurs pays qui matérielles ou électroniques) sont étudié, souvent associé à la réussite
voient en l’éduca‑ à risque de subir des conséquences académique, à la victimisation par les
tion un levier puis‑ affectant leurs développements psy‑ pairs de même qu’au décrochage [5]. Il
sant pour assurer l’avenir des popula‑ chologique – anxiété, dépression… –, est admis aujourd’hui que les compor‑
tions. Concept plus large que celui de social –  exclusion, isolement…  –, tements des enfants sont influencés
réussite scolaire, la réussite éducative scolaire – baisse de résultats, absen‑ par plusieurs facteurs – personnels,
vise le développement des potentiali‑ téisme…– et physique – maux de tête, familiaux, sociaux et scolaires…  –,
tés affectives, morales, intellectuelles, insomnie… – [3]. Des déficits sur le qu’ils répondent à certains besoins
physiques et spirituelles des jeunes plan des compétences émotionnelles – comme la reconnaissance, l’appar‑
tout en misant sur leur réussite aca‑ et sociales figurent parmi les facteurs tenance – et qu’ils se développent,
démique [1]. Aider les jeunes à déve‑ qui expliquent pourquoi certains se maintiennent ou se transforment
lopper ces multiples compétences, jeunes adoptent des comportements selon l’ascendance qu’exercent sur
c’est participer au développement de d’agression ou encore se sentent im‑ eux leurs différents milieux de vie,
futurs citoyens responsables, capables puissants face à la violence de leurs notamment le milieu scolaire. Puisque
de veiller à leur propre bien‑être et pairs [4]. l’école constitue le deuxième milieu
de contribuer activement au projet de vie des jeunes, après la famille,
collectif de la société. L’Organisation il s’avère important de mieux com‑
de coopération et de développement L’ESSENTIEL prendre comment il peut contribuer
économiques (OCDE)  [2] reconnaît à la réussite éducative globale des
qu’en investissant dans l’éducation, ÇÇ La santé se définit comme jeunes. Les actions visant à dévelop‑
les décideurs génèrent d’importants « un état de complet bien‑être per un climat scolaire positif sont
bienfaits à la société, offrant de meil‑ physique, mental et social » aujourd’hui considérées bénéfiques
leures perspectives d’emploi et de (Organisation mondiale de la santé – non seulement pour le bien‑être des
revenu aux individus, constituant OMS). élèves, mais aussi pour celui du per‑
de plus un véritable facteur de pro‑ ÇÇ L’école, second milieu de vie après sonnel éducatif. Le climat scolaire est
tection de la santé1 et du bien‑être la famille, a un rôle majeur à jouer devenu une cible universelle de travail
à l’âge adulte. dans la socialisation des jeunes. pour les établissements d’enseigne‑
La violence affecte le dévelop‑ ÇÇ Au Québec, les chercheurs ment qui considèrent que le bien‑être
pement psychologique. Au Québec, ont formulé des recommandations du personnel scolaire peut influencer
les dernières réformes de l’éducation pour améliorer ce bien‑être et le climat leurs pratiques éducatives [6].
ont relevé l’importance d’enseigner scolaire. La ligne de conduite fortement
aux élèves des comportements favo‑ recommandée dans les écoles Climat scolaire, bien‑être
risant leur santé et leur bien‑être, rap‑ québécoises est devenue celle‑ci : et réussite éducative
pelant que l’école doit leur offrir un une culture scolaire fondée sur la Le climat scolaire se définit glo‑
bienveillance, prônant les interventions
environnement sécuritaire, propice balement par l’atmosphère générale
éducatives faites avec calme,
à leur épanouissement personnel et exigence, fermeté, par des adultes qui règne dans un établissement
social. Parmi les facteurs associés qui encouragent les élèves d’enseignement. S’agissant d’une per‑
négativement au bien‑être des jeunes, et les soutiennent dans leurs ception individuelle et/ou collective
la violence entre pairs a été maintes apprentissages sociaux. de l’environnement scolaire, le climat
27
scolaire est principalement mesuré conduite ou erreurs d’apprentissage de la vie scolaire (ex. : activités aca‑
auprès des élèves selon quatre com‑ scolaire) comme des occasions néces‑ démiques, récréatives, éducatives,
posantes : saires pour apprendre et se dévelop‑ relationnelles, etc.). Les interventions
• le sentiment de justice (ex. : Tout le per. Cette approche bienveillante doivent donc être planifiées en consi‑
monde est traité de la même manière.) ; incite enfants et adolescents à se dérant d’abord le bien‑être de chaque
• le sentiment de sécurité (ex. : Je me reconstruire à partir de leurs erreurs élève, et également organisées de
sens en sécurité, les adultes interviennent sans se sentir pour autant diminués. façon pyramidale afin de prévoir
pour aider les élèves.) ; Elle s’inscrit dans une démarche des interventions plus spécifiques
• le sentiment d’appartenance/ de développement de la résilience qui seront nécessaires pour soutenir
d’attachement à l’école  (ex.  : J’aime qui permet aux jeunes de devenir adéquatement ceux qui vivront des
venir à mon école, les élèves participent plus forts pour affronter de façon difficultés particulières.
aux décisions.) ; constructive les multiples obstacles L’approche globale et positive que
• la qualité des relations interperson‑ qu’ils rencontreront dans leur vie [7]. nous préconisons [8] signifie que le
nelles et du soutien perçu (ex. : J’ai des personnel, les parents et la commu‑
amis à l’école, je connais une personne de Une approche globale nauté ne s’attardent pas uniquement
confiance à qui je peux parler à l’école.). et positive pour améliorer aux problèmes lorsqu’ils surviennent,
le climat scolaire mais qu’ils organisent la vie scolaire
Les enfants et les adolescents Aborder l’école selon une ap‑ dans un but premier : celui d’offrir un
heureux sont plus résilients proche globale et positive nécessite milieu de vie stimulant et soutenant
Un climat scolaire favorisant un que l’équipe scolaire se dote d’une à tous ceux qui s’y trouvent. Un cli‑

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


bon climat relationnel est l’un des philosophie d’intervention commune, mat d’établissement positif améliore
principaux facteurs d’influence du fondée sur des valeurs partagées la qualité de la vie scolaire, favorise
bien‑être à l’école, un concept en qui transcendent toutes les sphères l’acceptation des différences et, plus,
émergence dans plusieurs pays occi‑
dentaux. Des études effectuées dans
le domaine de la psychologie positive Tableau  1. Principes d’action soutenus par la recherche pour la mise en place
rapportent que les enfants et les ado‑ et le maintien d’un climat scolaire positif [8]
lescents heureux apprennent mieux 9 Principes 9 Clés d’action
à l’école. Ils se distinguent aussi par 1. Le bien‑être général de chaque Identifier besoins, forces et intérêts des élèves, varier
leurs meilleures aptitudes à s’adapter élève comme cible première  les activités, encourager comportements positifs et efforts.
aux situations nouvelles, à être plus 2. L’engagement de la direction Promouvoir les valeurs de l’école, consulter, mobiliser
résilients face au harcèlement de leurs de l’établissement le personnel, être présent aux moments stratégiques,
pairs, plus sociables, plus attentifs aux encourager, planifier et organiser des moments d’échanges.
autres, plus créatifs, plus concentrés, 3. Une culture de bienveillance, Encourager élèves et adultes à s’entraider (ex. : mentorat
moins souvent malades et moins de collaboration et soutien du nouveau personnel, entraide par les pairs, conseil
absents à l’école [7]. Le bien‑être des étudiant), créer des lieux de parole.

Dossier
élèves prend aussi appui sur leurs
4. Un curriculum intégrant Enseigner les habiletés socio‑émotionnelles aux élèves,
capacités socio‑émotionnelles (ex. : apprentissages scolaires en les intégrant dans les leçons des matières scolaires
reconnaissance et expression adé‑ et sociaux  pour en favoriser leur pratique quotidienne.
quate des émotions, compétences
5. Des politiques Faire connaître les politiques et les procédures, veiller
relationnelles, conscience sociale et et des procédures claires, à leur application par l’ensemble du personnel et des
prise de décision responsable) [6]. connues et appliquées  partenaires.
La ligne de conduite fortement
6. Une gestion positive Graduer les interventions selon la maturité de l’élève,
recommandée dans les écoles québé‑
des comportements la gravité du comportement ; proposer des comportements
coises est devenue la suivante : une de remplacement ; se rappeler que les approches
culture scolaire fondée sur la bienveil‑ répressives* n’enseignent pas aux élèves les comportements
lance, prônant les interventions édu‑ sociaux souhaités.
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

catives faites avec calme, exigence, 7. La formation du personnel  Choisir des formations selon les objectifs et les valeurs
fermeté, par des adultes qui encou‑ de l’établissement (ex. : apprentissage coopératif,
ragent les élèves et les soutiennent communautés de pratique), répondant aux besoins
dans leurs apprentissages sociaux. du personnel en étant axées sur le bien‑être des élèves.
Cette posture d’éducation positive, 8. La rapidité à identifier Fournir du soutien aux élèves, gérer les incidents dès
incarnée par les dirigeants des éta‑ et à répondre aux problèmes qu’ils se produisent, prévoir une procédure d’intervention
blissements et le personnel scolaire, en situation de crise pour soutenir élèves et enseignants.
contribue à la promotion du bien‑être 9. Un partenariat Travailler étroitement avec les parents et la communauté,
agissant en prévention de la violence école‑famille‑communauté communiquer régulièrement afin que les apprentissages
à l’école. Cette attitude de l’adulte socio‑émotionnels acquis dépassent les limites de l’école.
de l’école se caractérise aussi par
* : Implantation de programmes d’intervention sans mobilisation du personnel, punitions, suspensions,
une autorité éducative sécurisante, expulsions, interventions ponctuelles sans suivi (ex. : campagne de sensibilisation, conférences isolées,
qui considère les erreurs (écarts de témoignages), vidéosurveillance, approche de la tolérance zéro [9].
28
valorise ces différences en exploitant développer dans un environnement ou une consommation responsable
les forces de chacun. Dans ces écoles, leur procurant la sécurité de base d’alcool [10]. Si la santé se définit par
les comportements problématiques nécessaire à leur développement psy‑ « un état de complet bien‑être physique,
sont souvent évités par des oppor‑ chologique, social et scolaire. Déve‑ mental et social ne consistant pas seu‑
tunités d’apprentissages multiples et lopper un sentiment d’attachement lement en une absence de maladie ou
stimulantes offertes aux jeunes. En et d’appartenance à son milieu sco‑ d’infirmité  »  [11], alors pourquoi ne
visant le développement optimal de laire, percevoir que la justice existe, pas inclure dans cette liste l’ensei‑
chacun, il devient possible d’agir en s’y sentir en sécurité et y vivre des gnement de saines habitudes de vie
amont des problèmes, les pratiques relations interpersonnelles de qualité relationnelles à l’école pour viser une
éducatives agissant en véritables fac‑ avec ses amis en se sentant soutenu bonne santé globale  ? Au Québec
teurs de protection face à certaines par des adultes signifiants et bienveil‑ comme dans d’autres pays, la mission
difficultés susceptibles d’être rencon‑ lants… Autant d’éléments qui peuvent poursuivie par l’école inclut très sou‑
trées par les élèves (ex. : victimisation aider ces jeunes à devenir de futurs vent un volet de socialisation jumelé à
par les pairs, états dépressifs, faible citoyens responsables, capables de celui de l’instruction. Cependant, dans
motivation scolaire, absentéisme, veiller à leur propre bien‑être et de les faits, comment le personnel édu‑
échecs, décrochage, etc.). contribuer au projet collectif de la catif s’acquitte‑t‑il concrètement de
Le tableau  1 (page  27) présente société en adultes responsables, et cette mission de socialisation ? Inclure
une liste de neuf principes et clés prônant des valeurs démocratiques l’enseignement de saines habitudes de
d’action qui s’inscrivent dans une et de bienveillance envers autrui. vie relationnelles dans le curriculum
approche globale et positive visant la scolaire au même titre que les autres
qualité du climat scolaire. Enseigner aux jeunes de saines habitudes de vie pourrait sans doute
habitudes de vie relationnelles : contribuer à l’amélioration des climats
Le climat scolaire, facteur un cadeau pour la vie scolaires offrant aux jeunes un bagage
de protection Pour favoriser la santé des jeunes, éducatif qui leur sera utile toute leur
En somme, évoluer dans une école les milieux scolaires sont déjà sen‑ vie [12].
où règne un climat scolaire positif sibilisés à leur enseigner de saines
peut constituer un facteur de pro‑ habitudes de vie, définies principa‑
tection important pour les jeunes lement par la pratique d’activités 1. La santé étant définie par l’OMS comme « […]
un état de complet bien‑être physique, mental et social
qui viennent de milieux plus diffi‑ physiques, une alimentation saine, et ne consistant pas seulement en une absence de
ciles, qui n’ont pas eu la chance de se le non‑usage du tabac, de drogues maladie ou d’infirmité ».

RÉFÉRENCES
BIBLIOGRAPHIQUES

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L’AUTEURE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Le projet « Mieux se connaître pour mieux apprendre » ambitionne de développer les compétences
psychosociales des élèves, pour favoriser leur épanouissement et leur apprentissage. 29

Au lycée de Guebwiller : « Soutenir


les élèves dans le développement
de leurs compétences psychosociales »

Entretien avec et autres personnels, dont une ving‑ efforts, de l’amener à être responsable
Christophe Studeny, taine ont suivi une formation « Pré‑ de ses choix et de ses apprentissages,
proviseur du lycée Théodore‑Deck venir les conduites addictives par le et de développer la coopération et

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


à Guebwiller (Haut‑Rhin),
développement des compétences l’entraide pour la réussite de chacun.
Stéphanie Seebert,
professeur de mathématiques
psychosociales », dispensée par l’As‑ Ces ateliers permettent de rendre
et coordonnatrice du projet, sociation de formation et prévention opérationnels certains objectifs du
Stéphane De Poli, des risques addictifs (Afpra) Oppelia, ministère de l’Éducation nationale,
infirmier scolaire. financée par la mission interministé‑ notamment le socle commun de
rielle de lutte contre la drogue et la connaissances, de compétences et de
toxicomanie (Mildt2). culture, le parcours citoyen, le par‑
C’est à partir de là qu’est née cours éducatif de santé, etc. C’est un
La Santé en action : Pourquoi l’idée de consacrer une heure à un outil pour lutter contre les détermi‑
avoir mis en place ce projet atelier de développement des com‑ nismes sociaux.
de développement des compétences pétences psychosociales, dans le
psychosociales au service cadre institutionnel des deux heures S. A. : Que leur propose‑t‑on
des apprentissages : « Mieux hebdomadaires d’accompagnement concrètement dans ces ateliers ?
se connaître pour mieux apprendre » ? personnalisé. Le projet a été expéri‑ C. S., S. S. et S. D. P. : Ceux‑ci sont
Christophe Studeny, Stéphanie See- menté dans deux classes de seconde organisés selon un planning annuel,
bert et Stéphane De Poli : Notre objec‑ en  2015‑2016. En  2016‑2017, nous chaque trimestre abordant trois

Dossier
tif est de soutenir les élèves dans le avons mené des actions de sensibili‑ grands thèmes du socle : se connaître
développement de leurs compétences sation auprès des collègues intéressés. soi‑même, apprendre à apprendre,
psychosociales. Nous sommes dans un En 2017‑2018, la démarche a été gé‑ appréhender les langages pour pen‑
lycée polyvalent de 1 050 élèves, avec néralisée aux huit classes de seconde, ser et communiquer. Les classes sont
trois classes de BTS et le seul inter‑ soit 240 élèves concernés. dédoublées, grâce aux professeurs
nat de la réussite pour tous1 dédié de documentalistes et aux infirmiers, afin
l’académie. Au départ, en 2012, il y a S. A. : Dans quel objectif avez‑vous de travailler en petits groupes. Parfois,
la volonté du Comité d’éducation à la destiné cette action aux élèves ces séances sont coanimées en équipe
santé et à la citoyenneté inter‑réseau de seconde ? pluricatégorielle ; ainsi, une séance sur
du territoire de Guebwiller d’enga‑ C. S., S. S. et S. D. P. : La première la thématique du harcèlement scolaire
ger une démarche de santé publique année de lycée est capitale. Nous se tiendra avec la CPE ou sur le han‑
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

autour de la prévention des conduites avons fait plusieurs constats : il y a dicap, avec l’infirmier. Nous utilisons
à risques sous l’impulsion des infir‑ des classes très hétérogènes, avec par exemple le questionnaire FilGood,
miers scolaires. D’autre part, dans des élèves qui sont passés dans ce un outil numérique d’auto‑évaluation
le cadre de la réforme du lycée, des niveau sans avis favorable, qui sont de l’état de bien‑être des élèves,
professeurs ont commencé à travailler parfois en difficulté par rapport aux proposé par la Mutuelle générale de
l’accompagnement personnalisé des savoirs, qui sont réfractaires quand l’Éducation nationale (MGEN). Nous
élèves de façon différente, avec l’idée on cherche à les mobiliser. Le travail avons trois types d’activité pendant ce
de développer des compétences en en groupe sur les compétences psy‑ temps : un atelier de groupe pour faire
complément des savoirs. Ce sont les chosociales a pour but de changer l’expérience de la collaboration et de
premiers pas d’une approche qui met le regard du jeune sur son parcours la participation ; des débats à partir
les jeunes au centre, et d’une coopé‑ et sur son ambition, de restaurer la d’extraits de livres de chercheurs ou de
ration entre infirmier, professeurs, confiance en soi en montrant qu’il est sociologues pour nourrir la réflexion,
conseiller principal d’éducation (CPE) possible de progresser en faisant des notamment autour des intelligences
30
multiples  ; une phase d’évaluation passages à l’infirmerie ; il y a plus de supplémentaire accompli. Le soutien
pour voir ce que les élèves ont appris, dynamisme dans les classes et davan‑ institutionnel reste indispensable
compris, retenu. Chacune des activités tage d’interactions entre les élèves, pour que l’action puisse être pérenne.
est en lien avec des actions d’éduca‑ moins de bavardages et d’incidents, Pour que les ateliers fonctionnent, il
tion à la santé (atelier de gestion du et moins de stress durant les devoirs est nécessaire de les faire en petits
stress et des émotions, séance de également. Si les élèves (re)trouvent le groupes, ce qui pose la question du
Qi Gong, approche du handicap par plaisir d’apprendre, les enseignants (re) dédoublement des classes et, donc,
le photolangage…), des actions cultu‑ découvrent eux aussi le plaisir d’ensei‑ de la rémunération des encadrants.
relles (théâtre d’improvisation, venue gner, avec le sentiment de le faire avec
d’un art‑thérapeute et d’un percus‑ plus d’efficacité. Certains jeunes, qui S. A. : Quel sont vos objectifs
sionniste…) et des actions de solida‑ ont de bonnes performances à l’écrit pour l’avenir ?
rité (collecte pour les Bébé du cœur…). mais sont timides à l’oral, s’affirment C.  S., S.  S. et S.  D.  P.  : L’objectif
beaucoup plus. premier est de développer l’approche
S. A. : Quel lien faites‑vous entre pédagogique par les compétences
promotion de la santé et qualité S. A. : Qu’en disent les élèves psychosociales au niveau des neuf
des apprentissages ? et leurs parents ? établissements (collèges et lycées) re‑
C. S., S. S. et S. D. P. : Renforcer C. S., S. S. et S. D. P. : Au départ, groupés au sein du comité d’éducation
les dix compétences psychosociales les élèves ricanaient parce qu’ils ne à la santé et à la citoyenneté (Cesc).
permet d’offrir à l’élève un parcours voyaient pas ce que nous voulions Nous animons des réunions d’infor‑
fondé sur le socle commun et surtout faire  ; c’est l’écueil de la première mation auprès des personnels, nous
d’accompagner l’adolescent dans sa expérience. Aujourd’hui, leur res‑ faisons du partage d’expérience avec
globalité afin de lui donner les moyens senti est positif, tout comme celui les collègues, nous alimentons une
de s’épanouir pleinement dans notre des parents. Nous présentons à ces plateforme de formation  : l’idée
société apprenante en s’adaptant tout derniers, lors d’une réunion d’infor‑ est de mettre en réseau les équipes
au long de sa vie à un environnement mation, la démarche, ses objectifs, pour qu’elles s’approprient nos res‑
en constante évolution. son fonctionnement, les effets obte‑ sources et les adaptent à leur propre
nus, grâce à une petite vidéo avec contexte  ; et qu’ensuite le réseau
S. A. : Quel bilan tirez‑vous des témoignages d’élèves  ; ils sont devienne une ressource pour chaque
aujourd’hui de ce projet ? alors rassurés. Ensuite, eux‑mêmes équipe des établissements du réseau
C.  S., S.  S. et S.  D.  P.  : Nous ne constatent des changements posi‑ et également pour les établissements
disposons pas encore d’évaluation tifs, par exemple dans les échanges qui souhaiteraient élaborer des projets
scientifique, sa mise en œuvre étant qu’ils ont pendant les repas avec leur sur la thématique : persévérance sco‑
complexe (nous sommes en attente enfant qui se montre plus curieux et laire, motivation scolaire, bien‑être à
d’un partenariat avec l’observatoire plus confiant. l’école. Cette coopération se fait dans
régional de la santé – ORS d’Alsace). un intérêt collectif afin de créer un
En revanche, nous S. A. : Qu’est‑ce qui a facilité fil conducteur entre collège et lycée.
avons un par‑ la mise en œuvre de votre projet  Nous avons également la volonté
L’ESSENTIEL
tenariat avec la ou en a freiné l’avancement ? d’étendre cette approche aux écoles
recherche : le lycée C. S., S. S. et S. D. P. : Plusieurs fac‑ primaires du secteur, grâce à un pro‑
ÇÇ Le lycée polyvalent Théodore‑Deck teurs ont été moteurs du projet : les jet innovant : « Territoire apprenant »,
de Guebwiller (Haut‑Rhin)
est lieu d’éduca‑ textes vont dans le sens de l’intégra‑ soutenu par la Cellule académique
a généralisé depuis plusieurs
tion associé (LÉA) tion des compétences psychosociales recherche et développement pour
années les ateliers
de développement des avec l’Institut fran‑ dans le cursus scolaire  ; le fait de l’innovation et l’expérimentation (Car‑
compétences psychosociales. çais de l’éducation. travailler en équipe pluridisciplinaire die). Il y aurait ainsi une cohérence de
Les enseignants font réfléchir les Le travail engagé avec des objectifs communs a été l’action sur tout le parcours scolaire.
élèves en groupes pour : changer n o u s p e r m e t stimulant ; en termes de pédagogie, Elle est nécessaire pour obtenir des
leur regard sur leur parcours, d’analyser notre les techniques d’animation et l’aspect résultats sur l’une de nos priorités, la
restaurer leur confiance en soi pratique pour « horizontal » de la relation aux élèves lutte contre le déterminisme social.  
en montrant qu’il est possible mieux comprendre pendant les ateliers sont motivants.
de progresser, les accompagner
le développement Et le soutien du chef d’établissement
pour qu’ils soient responsables Pour en savoir plus
professionnel en est un élément indispensable pour
de leurs choix, etc. • En ligne : http://www.lyceedeck.fr/index.
jeu et l’effet d’une avancer. Plusieurs freins subsistent
ÇÇ En dépit des nombreux php?id_menu=40
mise en réseau. néanmoins : certains enseignants se
obstacles – méfiance, voire Nous obser‑ montrent réticents à cette approche
opposition, faiblesse des moyens –, 1. La politique de l’internat de la réussite pour tous,
vons quelques psychosociale –  plus axée sur la
ces ateliers s’avèrent être initiée en 2000 vise à accueillir tout élève qui en
un outil efficient pour lutter
éléments positifs : santé qu’éducative à leurs yeux – que a besoin, quels que soient ses résultats scolaires.

contre les déterminismes sociaux, le taux d’absen‑ quelques‑uns pensent laxiste. D’autre Source : http://www.education.gouv.fr/pid285/
bulletin_officiel.html?cid_bo=101723
réhabiliter la persévérance téisme est en part, la démarche s’est mise en place
2. Devenue la Mission interministérielle de lutte
scolaire, la motivation, légère baisse, ainsi sur la base du volontariat, en l’absence contre les drogues et les conduites addictives
le bien‑être à l’école. que le nombre de de moyens spécifiques pour le travail (Mildeca) en 2014.

LES PERSONNES INTERVIEWÉES DÉCLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Dans 31 collèges de la Somme, les personnels éducatifs ont été formés à la discipline positive.
31

« La posture de bienveillance


et de fermeté permet d’améliorer
le climat scolaire »

Entretien avec S. A. : Quelles actions ont été mises L’ESSENTIEL


Anne‑Sophie Pourchez, en œuvre ?
infirmière conseillère technique A.‑S.  P.  : Le projet a démarré en
auprès du directeur académique des ÇÇ 500 enseignants, encadrants
juillet 2016, par la formation de deux et autres professionnels de 31 collèges
services de l’éducation nationale (DASEN)
groupes constitués de huit chefs

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


de la Somme, académie d’Amiens. dans la Somme ont été formés
d’établissements du public et du à la bienveillance et la fermeté.
privé. La formation vise à outiller les ÇÇ Un premier bilan met en avant
enseignants – et autres personnels – le fait que les principes de respect
pour redonner à l’élève de l’envie et mutuel et d’encouragement renforcent
La Santé en action : Comment avez‑vous la capacité d’agir, notamment grâce les liens entre les membres
eu connaissance du développement à l’encouragement. Nous avons fait de la communauté éducative ;
des compétences psychosociales, le choix de cibler les chefs d’établis‑ la démarche améliore le climat scolaire
axé sur la psychologie positive 1 ? sement dans un premier temps, afin dans les classes et au sein
Anne‑Sophie Pourchez : J’avais pour qu’ils mettent à profit la démarche de l’établissement, ainsi que
les relations écoles‑familles
objectif de développer la promotion dans le cadre de leur fonction et qu’ils
quand les parents sont partie prenante.
de la santé au sein des établissements la proposent ensuite aux enseignants
scolaires, et notamment en dévelop‑ et aussi aux personnels de vie sco‑
pant les compétences psychosociales laire pour adopter une posture rela‑
des élèves. J’étais à la recherche d’outils tionnelle différente avec les élèves,
et de méthodes qui puissent répondre posture combinant bienveillance et professeurs formés peuvent en faire
aux attentes des chefs d’établisse‑ fermeté. Aujourd’hui, un peu plus de une présentation auprès de leurs

Dossier
ment et des enseignants et qui leur 500 professionnels des équipes des collègues et transmettre quelques
permettent de mettre en œuvre un établissements scolaires ont été for‑ éléments qui permettront, à ceux
programme à destination des élèves. més par une formatrice certifiée en qui sont volontaires, de mettre en
J’ai d’abord remarqué les ouvrages de discipline positive, Nadine  Gaudin, place quelques activités en classe.
la psychothérapeute Isabelle Filliozat grâce au financement du Programme Les heures de vie de classe peuvent
et ses concepts de parentalité positive des investissements d’avenir pour servir à cette mise en œuvre. La
et d’éducation bienveillante. Puis, j’ai l’expérimentation, des crédits du démarche est bien de réfléchir sur le
découvert le site de l’Association disci‑ comité départemental d’Éducation à climat de classe et comment l’amé‑
pline positive France2. Cette approche la santé et à la Citoyenneté (Cdesc) et liorer : quelles lignes de conduite se
m’a beaucoup intéressée, qui combine des fonds propres des établissements. donner, comment favoriser l’entraide
bienveillance et fermeté pour déve‑ Une trentaine d’entre eux, encadrants, et la coopération, comment trouver
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

lopper l’estime de soi et l’épanouisse‑ après avoir été formés, forment leurs une solution lorsqu’une difficulté
ment de l’individu. Je la trouvais per‑ personnels. surgit, etc.
tinente pour renouveler les pratiques Les formations consistent à dé‑
des équipes éducatives et la façon de crypter le comportement des adoles‑ S. A. : Comment les parents sont‑ils
travailler avec les élèves. C’est pour‑ cents grâce à des mises en situation, associés à cette démarche ?
quoi en 2016, avec le conseil régional et les participants travaillent sur une A.‑S. P. : Dans le cadre d’un appel
des Hauts‑de‑France, nous avons ré‑ multitude de facettes et d’outils de à projet pour les collèges : « collèges
pondu à un appel à projets piloté par l’encouragement. Elles rassemblent et familles, des liens à renforcer », le
l’Agence nationale du renouvellement une trentaine de personnes, avec au conseil départemental a financé des
urbain (Anru) dans le cadre du Pro‑ moins quatre personnes d’un même ateliers parentalité sur la discipline
gramme des investissements d’avenir établissement afin de créer une positive, à l’issue de conférences
Jeunesse3 pour déployer la discipline culture commune et de donner un organisées dans chaque établis‑
positive1 sur le terrain. impact à cette démarche. Ainsi, les sement. Trois ateliers de quatre
32
heures à destination des parents se ironique, peu encourageants vis‑à‑vis appréhendée comme une formule ma‑
sont déroulés le samedi matin. Des de leurs élèves, comme : « Cet élève gique, mais bien comme une démarche
conférences ont aussi été organisées, a des compétences : manger, boire et rationnelle : l’enseignant accompagne
des flyers distribués. Il s’agit bien de surtout dormir. » l’élève pour qu’il se recentre sur les
travailler avec les parents au sein de Ainsi, globalement, nous consta‑ apprentissages et utilise ses compé‑
l’établissement en co‑éducation. En tons depuis le démarrage du projet, tences – sous forme de stratégies effi‑
les impliquant, on parvient à mettre en 2016, que les principes de respect caces – face aux attentes de l’école.
en place une approche vraiment glo‑ mutuel et d’encouragement ren‑ Globalement, les chefs d’établissement
bale en cohérence avec à la fois : forcent les liens entre les membres constatent une amélioration des rela‑
• des chefs d’établissement qui de la communauté éducative. La tions dans les entretiens qu’ils mènent
conduisent leur politique en instau‑ posture de bienveillance et de fer‑ tant auprès des élèves que de l’équipe
rant un dialogue différent avec leurs meté permet d’améliorer le climat éducative ou des parents. Les élèves
interlocuteurs (équipes pédagogiques, scolaire dans les classes et au sein de ressentent très positivement l’intérêt
élèves, parents) ; l’établissement, ainsi que les relations qu’on leur porte et les encouragements
• des enseignants qui agissent diffé‑ écoles‑familles quand les parents sont qui leur sont prodigués. Cette bienveil‑
remment dans leur classe ; les élèves partie prenante. Ce comité départe‑ lance les place en situation beaucoup
en classe sont donc encouragés et mental permet aussi d’échanger des plus favorable, en capacité d’agir et
valorisés ; idées, de partager les freins auxquels de travailler davantage en autono‑
• des élèves qui reçoivent à la maison sont confrontés les uns ou les autres mie. Ils adhèrent à la démarche, parce
un soutien bienveillant de la part de et d’identifier des leviers sur lesquels qu’ils y sont associés. Ils veillent par
parents formés – ou en tout cas sensi‑ on peut s’appuyer pour avancer. exemple à faire respecter les règles de
bilisés – à la discipline positive. conduite – la fermeté – au sein des
Les actions des uns et des autres S. A. : Comment surmontez‑vous classes, parce qu’ils ont eux‑mêmes été
se renforcent mutuellement. Et le les difficultés rencontrées ? associés à la définition de ces règles. 
mouvement s’étend  ; neuf collèges A.‑S.  P.  : À ce jour, l’action ne
vont à court terme mettre en place concerne que les collèges  ; nous Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
des ateliers pour les parents. avons souhaité inclure un lycée, mais journaliste.
pour l’instant nous n’y sommes pas
S. A. : Quels changements concrets parvenus. Il s’agit d’un lycée à effec‑
observez‑vous suite à la mise tifs importants, ce qui représente
en œuvre de cette approche un obstacle. Suite à la formation des
de bienveillance ? inspecteurs de l’Éducation nationale
A.‑S.  P.  : Chaque établissement et des conseillers pédagogiques, nous
engagé dans la démarche dispose souhaitions aussi que la démarche
1. Si la psychologie positive est l’étude des conditions
de son comité de pilotage et nous soit diffusée auprès des enseignants et processus qui contribuent à l’épanouissement
avons aussi un comité de pilotage du premier degré. Nous nous sommes ou au fonctionnement optimal des individus, des
groupes et des institutions, la discipline positive
départemental rassemblant les chefs alors heurtés à un autre problème :
a, elle, été inventée par Jane Nelsen et Lynn Lott.
d’établissement, les enseignants réfé‑ les professeurs des écoles ne parve‑ Le concept a été introduit en France par la psy‑
rents et moi‑même. Nous discutons naient pas à dégager deux jours de chologue Béatrice Sabaté. La discipline positive a
pour vocation d’enseigner les compétences psycho‑
par visioconférence des actions mises formation, faute de remplaçants dis‑
sociales. C’est une démarche proposée aux parents,
en place, des outils utilisés, ainsi que ponibles. enseignants et éducateurs qui n’est ni permissive
des effets obser‑ Il n’est pas toujours facile de sur‑ ni punitive et qui permet de développer chez
l’enfant l’autodiscipline, le sens des responsabilités,
vés, qu’il s’agisse monter les préjugés qui assimilent
les compétences sociales, le respect dans un cadre
des indicateurs la bienveillance au laxisme. Ce n’est à la fois ferme et bienveillant (Source : Bruno Robbes,
« IL N’EST PAS FACILE sur le nombre qu’en observant les résultats obte‑ maître de conférences en sciences de l’éducation,
université de Cergy‑Pontoise, Laboratoire École,
DE SURMONTER de conseils de nus par leurs collègues formés à la
mutations, apprentissages – EMA).
LES PRÉJUGÉS discipline ou sur discipline positive dans leur classe 2. En ligne : www.disciplinepositive.fr ; Connectivite.
QUI ASSIMILENT les exclusions que certains changent d’avis. Cer‑ com
3.Appel à projets du Programme des investissements
LA BIENVEILLANCE de classe, ou des tains enseignants ne souhaitent pas
d’avenir (PIA) « Projets innovants en faveur de la
AU LAXISME. » évolutions qua‑ suivre de formation, mais trouvant la jeunesse ». En ligne : http://www.jeunes.gouv.fr/
litatives dans le méthode intéressante, ils demandent actualites/actualites‑interministerielles/article/
projets‑innovants‑en‑faveur‑de‑la
contenu des an‑ à des professeurs formés d’intervenir
4. L’heure de vie de classe est inscrite à l’emploi du
notations sur les bulletins trimestriels. pendant l’heure de vie de classe 4 à temps des élèves de la sixième à la troisième. Au
Nombre d’enseignants impliqués ac‑ leur place. total, dix heures de vie de classe sont réparties sur
toute l’année scolaire. Ces heures permettent un
ceptent avec énergie de faire évoluer
dialogue régulier entre les élèves de la classe, ainsi
leur posture pédagogique pour se pla‑ S. A. : Qu’en pensent les personnels qu’entre les élèves et les enseignants ou d’autres
cer dans une dynamique d’encourage‑ de l’Éducation nationale et les élèves ? membres de l’établissement. Globalement, elles ont
pour objectifs d’améliorer la communication dans
ment de l’élève. Certains d’entre eux, A.‑S.  P.  : Les évaluations menées
le collège, de favoriser la réussite des élèves et de
qui étaient peu ouverts à la démarche, auprès des enseignants montrent lutter contre les toutes formes d’incivilité et de
renoncent à des jugements au ton que la discipline positive n’est pas violence. (Source : Onisep.)

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Le bien‑être à l’école, loin devant le bien‑être par rapport à soi, a un fort impact sur la motivation
à l’école. 33

Favoriser le bien‑être à l’école


pour soutenir la motivation
des élèves

Julien Masson,
École supérieure du professorat
et de l’éducation (Éspe),

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


université Claude‑Bernard – Lyon 1,
laboratoire Health Services and Performance
Research (Hesper),
Fabien Fenouillet,
université Paris‑Nanterre,
laboratoire Cognitions humaine
et artificielle (Chart).

L
© Joan Bardeletti/PictureTank/MEN
orsque l’on parle de climat
scolaire, il est impossible de
dissocier ce concept de la
notion de bien‑être [1]. Concernant
le bien‑être à l’école, le Programme
international pour le suivi des acquis
des élèves (Pisa) consacre un volume

Dossier
complet au bien‑être des élèves [2]. chez ces enfants auront un impact globaux sur sa vie), la satisfaction à
Les travaux scientifiques  [3] sou‑ direct sur leur santé. Cette enquête l’égard de domaines importants  (par
lignent la nécessité de développer fait d’ailleurs du bien‑être une ques‑ exemple la satisfaction au travail),
les compétences cognitives, expres‑ tion prioritaire de santé publique [4]. les affects positifs (éprouver de nom‑
sives et sociales des élèves, et éga‑ breuses émotions agréables et peu
lement de favoriser leur bien‑être ; Le concept de bien‑être d’émotions désagréables)  » et égale‑
ils reconnaissent là un enjeu fonda‑ Le concept de bien‑être est, selon ment, bien sûr, les affects négatifs.
mental pour les acteurs du monde Diener [5], composé des affects posi‑ À l’école, le bien‑être subjectif des
éducatif. Bien que la vocation ini‑ tifs ou négatifs que l’individu ressent élèves repose donc sur l’auto‑évalua‑
tiale de l’école soit la transmission en fonction de la situation vécue, tion qu’ils font de leur satisfaction
du savoir, la notion de bien‑être y et également d’une composante
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

a été intégrée en 1989, à la suite de « satisfaction de vie » qui serait une


la Convention internationale des appréciation de sa propre vie. Cette
Nations unies relative aux droits de conception du bien‑être subjectif
L’ESSENTIEL
l’enfant : l’école « doit viser à favori‑ repose donc sur « l’appréciation que
ser l’épanouissement de la personnalité la personne fait subjectivement de son ÇÇ Les recherches démontrent
de l’enfant et le développement de ses bien‑être [6] ». Pour Diener, « chaque le cercle vertueux que représente
dons  ». En complément, l’enquête individu fait également une évaluation la combinaison entre d’une part
un climat scolaire favorable
internationale Health Behavior in plus large de sa vie dans son ensemble,
et d’autre part le bien‑être ainsi
School‑Aged Children  (HBSC) –  qui ainsi que sur différents domaines de vie que la motivation des élèves
analyse de multiples dimensions de comme le mariage et le travail. Ainsi, qui en résulte. Une recherche
la santé chez les élèves âgés de 11, il existe un certain nombre de compo‑ menée dans neuf écoles primaires
13 et 15 ans dans 41 pays – souligne santes séparables du bien‑être subjec‑ des départements de la Loire
que de faibles scores de bien‑être tif  : la satisfaction de vie  ( jugements et du Rhône corrobore ces résultats.
34
Or, Bandura nous indique que ce
sentiment d’efficacité personnelle
n’apparaît pas ex‑nihilo, mais qu’il
serait le fruit d’une construction,
facilitée  (ou empêchée) par quatre
sources principales :
• les apprentissages énactifs (le fait
d’être en réussite sur la tâche que
l’on accomplit). Comme le rappelle
Bandura, «  les expériences actives de
maîtrise constituent la source la plus
influente d’information sur l’efficacité́
parce que ce sont elles qui démontrent
le plus clairement que la personne peut
rassembler ce qui est nécessaire pour
réussir  [10  ; p.  125]  ». Alors que les
succès renforcent le sentiment d’effi‑
cacité, ce dernier est mis à mal en cas
d’échecs ;
• les expériences vicariantes  (par
observation des autres). Les indivi‑
dus ne se fondent pas seulement sur
leurs propres expériences pour obte‑
nir des informations sur ce qu’ils sont
capables de faire. Ils vont s’appuyer
sur la comparaison sociale pour sa‑
voir où leur niveau de compétence se
© Magali Delporte/PictureTank/MEN

situe. Dans une classe cela fonctionne


à peu près de la même façon : « les
réalisations des autres personnes simi‑
laires à soi sont considérées […] comme
des diagnostics de ses propres capacités.
Ainsi, voir ou imaginer des individus simi‑
laires à soi agir avec succès augmente ses
concernant les différents domaines cognitive et l’auto-efficacité, le défi‑ propres croyances d’efficacité à réaliser
qu’ils considèrent importants. L’élève nit comme « la croyance en sa propre les mêmes activités. Ils se persuadent que
analyse donc chaque contexte dans capacité́ à organiser et exécuter une série si les autres y arrivent, ils peuvent eux
lequel il évolue et attribue à chacun d’actions nécessaires pour parvenir à la aussi élever leur performance [10] » ;
un niveau de satisfaction. C’est sur situation visée [7 ; p. 3] ». Ce chercheur • la persuasion verbale. Il s’agit ici
cette conception que repose d’ail‑ conclut que le comportement d’une de l’effet que peuvent constituer sur
leurs l’échelle multidimensionnelle personne peut le plus souvent être le comportement de l’individu les
de satisfaction de vie chez l’élève [7], mieux prédit par la croyance  (dans encouragements, qui permettent de
qui regroupe cinq domaines de le sens « confiance ») qu’il possède renforcer les croyances de l’individu
bien‑être (ou de satisfaction de vie) : en ses compétences, plutôt que par en ses capacités à obtenir ce qu’il
• le bien‑être en famille ; ce qu’il est intrinsèquement capable souhaite ;
• le bien‑être à l’école ; d’accomplir. • l’état physiologique de l’individu,
• le bien‑être avec les amis ; qui peut, lui aussi, amener le senti‑
• le bien‑être dans son habitat ; Une théorie de la motivation : ment d’efficacité personnelle à chan‑
• le bien‑être par rapport à soi‑même. le sentiment d’efficacité ger selon que l’individu se sent stressé
Pour ce qui concerne la motiva‑ personnelle (SEP) ou anxieux ou au contraire dans un
tion, les définitions sont multiples Dans le domaine scolaire, de nom‑ état de bien‑être, apaisé.
– plus d’une centaine, selon Fenouil‑ breuses recherches  [9] ont montré
let, 2015 –  mais une des théories que le jugement que les élèves pos‑ Motivation (= sentiment
semble être particulièrement per‑ sèdent de leur efficacité personnelle d’efficacité personnelle)
tinente lorsque l’on se situe dans le affecte directement les choix qu’ils et bien‑être : une association
milieu scolaire et que l’on évoque en effectuent tout au long de leur scola‑ vertueuse ?
plus le bien‑être : le sentiment d’effi‑ rité, les efforts qu’ils déploient pour Il paraît donc clair, au travers des
cacité personnelle. Le psychologue effectuer les différentes tâches qui sources de cette motivation qu’est
et professeur canadien Albert Ban‑ leur sont proposées et la persévé‑ le sentiment d’efficacité person‑
dura, spécialiste de la théorie sociale rance dont ils font preuve. nelle (être en réussite, voir les autres
35
réussir, être encouragé, se sentir bien), d’impact sur la motivation à l’école. bien‑être et la motivation. Cette der‑
que la motivation semble bien liée au Le bien‑être que peuvent ressentir nière est appréhendée ici sous une
bien‑être des élèves. les élèves par rapport à leur famille, de ses formes qui est le sentiment
Pour vérifier cette hypothèse, leur milieu de vie et leurs amis n’a d’efficacité personnelle. Or le constat
nous avons mené une étude auprès pas d’impact sur leur sentiment a été fait que plus la motivation était
de près de 300 élèves de classes de d’efficacité personnelle scolaire. forte chez un individu (et en parti‑
CM1‑CM2, issus des 9  écoles pri‑ Dit autrement, c’est bien le fait de culier chez les élèves) plus elle avait
maires des départements de la Loire ressentir du bien‑être lorsqu’ils un impact sur la réussite de la tâche
et du Rhône. sont dans leur établissement qui à accomplir.
Nous avons mesuré leur bien‑être va accroître leur motivation et ce Il semble donc bien que lorsqu’un
selon les cinq dimensions évoquées indépendamment de comment ils élève ressent du bien‑être à l’école,
précédemment  (soi, pairs, famille, se sentent dans leur famille. Les im‑ cela influe directement sur sa moti‑
école, habitat) à l’aide de l’échelle de pacts les plus importants sur la moti‑ vation et par conséquent sur sa réus‑
bien‑être scolaire [8], ainsi que leur vation sont bien ceux du bien‑être site. Ainsi, l’objectif des enseignants
motivation sous la forme de leur à l’école ; et des autres professionnels des
sentiment d’efficacité personnelle • enfin, par rapport au constat que établissements de préserver, voire
dans certains domaines, le français, le bien‑être à l’école est un facteur de renforcer le bien‑être des élèves
les mathématiques et le domaine déterminant de la motivation, c’est est complètement en accord avec les
scolaire en général grâce à l’échelle avec les mathématiques qu’un petit missions de l’école quant à la réussite
de sentiment d’efficacité personnelle bémol peut être émis, puisque le des élèves.

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


scolaire  [11]. Nous présentons ici bien‑être à l’école ne semble ici ne Ces premiers résultats indiquent
quelques résultats importants : pas avoir d’impact sur la motivation. modestement que tout ce qui pourra
• il existe un lien entre le sentiment Les maths paraissent donc avoir un être mis en place pour favoriser et
de bien‑être que peuvent ressentir les statut particulier à l’école au niveau soutenir le bien‑être des élèves au
élèves lorsqu’ils sont à l’école et leur du bien‑être et de la motivation. sein des établissements –  et le cli‑
motivation pour l’école en général, mat scolaire constitue évidemment
et aussi plus spécifiquement pour les Un lien fort entre bien‑être un levier – ne pourra que favoriser
mathématiques et pour le français ; et motivation leur motivation et, par ricochet, leur
• dans une approche plus glo‑ Cette recherche, qui est encore réussite. Même s’ils vivent des choses
bale, c’est le bien‑être scolaire et en cours et doit s’achever en 2019, difficiles chez eux, l’école semble
le bien‑être par rapport à soi (dans permet tout de même de mettre en constituer un lieu à part, qui peut
une moindre mesure) qui a le plus lumière le lien qui existe entre le leur permettre de réussir. 

RÉFÉRENCES

Dossier
BIBLIOGRAPHIQUES

[1] Ministère de l’Éducation nationale, Climat scolaire the 2013/2014 Survey. Copenhague, WHO Regional tidimensional Students’ Life Satisfaction Scale),
et bien‑être à l’école, Éducation et Formations, Office for Europe, Health Policy for Children and Canadian Journal of Behavioural Science/Revue
décembre 2015, nos 88‑89 : 220 p. En ligne : http:// Adolescents, no 7 : Inchley J et al. (éds.), 2016 : canadienne des sciences du comportement,
cache.media.education.gouv.fr/file/revue_ 276 p. En ligne : http://www.euro.who.int/__data/ Advance online publication, 2014.
88‑89/73/2/depp‑2015‑EF‑88‑89_510732.pdf assets/pdf_file/0003/303438/HSBC‑No.7‑ [9] Joët G., Usher E., Bressoux P. Sources of self‑effi‑
[2] Organisation de coopération et de développe‑ Growing‑up‑unequal‑Full‑Report.pdf cacy: An investigation of elementary school students
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

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compétences de demain : les apports de la psycho‑ science of happiness and a proposal for… [10] Bandura A. Auto‑efficacité. Le sentiment d’effi‑
logie de l’éducation, Bulletin de psychologie, 2011, [6] Fenouillet F., Chainon D., Yennek N., Masson J., cacité personnelle. Paris : De Boeck Université, coll.
vol. 64, no 511, p. 15‑29. En ligne : https://www. Heutte J. Relation entre l’intérêt et le bien‑être au Ouvertures psychologiques, 2007, 2e édition : 859 p.
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1‑page‑15.htm [7] Bandura A. Self‑Efficacy: The Exercise of Control. d’efficacité personnelle et résultats scolaires à
[4]  Health Behaviour in School‑aged Child‑ New York: Freeman, 1997: 604 p. l’école primaire : Construction et validation d’une
ren (HBSC). Growing up unequal: gender and socioe‑ [8] Fenouillet  F., Heutte  J., Martin‑Krumm  C., échelle. Enfance, 2013, no 4 : p. 374‑392. En ligne :
conomic differences in young people’s health and Boniwell I. Validation française de l’échelle multidi‑ https://www.cairn.info/revue‑enfance2‑2013‑
well‑being. HBSC study: International Report from mensionnelle Satisfaction de vie chez l’élève (Mul‑ 4‑p‑374.htm

LES AUTEURS DÉCLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Le lycée professionnel de Thiers se donne pour première finalité de développer chez l’enfant le
36 plaisir d’être à l’école et d’apprendre dans un climat de confiance.

« Notre objectif :
ne perdre aucun élève en route »

Entretien avec qui monte à 70 % pour les CAP. Ils ont « LES JEUNES VONT
Pascal Le Moing, été rejetés du système scolaire clas‑ EN COURS, S’ENGAGENT
proviseur du lycée professionnel sique, ont une attitude très négative DAVANTAGE DANS LA VIE
Germaine‑Tillion à Thiers 
par rapport à l’école et ne se privent LYCÉENNE, ÉCHANGENT
(Puy de Dôme).
pas de le montrer. Lorsque je suis ar‑ MIEUX AVEC L’ÉQUIPE
rivé, de nombreux indicateurs étaient PÉDAGOGIQUE
au rouge : un très fort taux d’absen‑ ET LE PERSONNEL. »
téisme, de multiples incidents sco‑
La Santé en action : Quels constats laires – indiscipline, absence de tra‑
vous ont amené à proposer vail, violence – et un mauvais suivi de
des changements majeurs depuis cohorte : sur 30 élèves en première S. A. : Comment cette différence
votre arrivée il y a trois ans ? année, il en restait entre  12 et  15 se concrétise‑t‑elle ?
Pascal  Le  Moing  : C’est un petit en terminale. P. L. M. : Nous avons instauré un
établissement de 310  élèves, de la accueil avec les familles, auxquelles
troisième prépa‑pro au bac pro, avec S. A. : Quel est le sens général nous tenons un discours de bien‑
une classe Ulis accueillant une di‑ de votre action ? veillance, sans morale, et nous leur
zaine de jeunes souffrant de troubles P.  L.  M.  : L’idée, c’est d’arriver à expliquons comment nous allons faire
cognitifs et travailler différemment pour faire pour développer chez leur enfant le
une plateforme aimer l’école, d’innover pour per‑ plaisir d’être à l’école et d’apprendre
L’ESSENTIEL Insertion pour mettre de travailler sur l’estime de dans un climat de confiance. Nous
les plus de 16 ans soi et sur la confiance. Notre objec‑ avons supprimé les notes pour les
ÇÇ Le lycée professionnel déscolarisés, avec tif : ne perdre aucun élève en route, premières années, remplacées par
de Thiers s’attache à travailler des parcours que tous sortent avec un niveau de une évaluation des compétences
différemment pour faire aimer très particuliers. qualification. Notre effort porte sur par degrés de maîtrise. C’est un pre‑
l’école, à innover pour permettre Nous accueil‑ les primo‑arrivants, et nous nous mier message fort : « Tu n’es pas une
de travailler sur l’estime de soi. lons souvent des donnons une année pour recons‑ note. »
ÇÇ L’établissement a développé jeunes avec un truire un élève et inscrire les jeunes Nous avons innové concernant
l’accueil et le dialogue avec passé chaotique, dans un parcours de persévérance l’emploi du temps, en réduisant
les familles, supprimé les notes une scolarité scolaire. Lors de cette première l’amplitude des journées. Alors que
la première année et instauré compliquée, des année‑clé, nous veillons à ce qu’ils ces gamins n’aiment pas l’école, ils
le précepte : « Tu n’es pas problèmes fami‑ ne franchissent pas de ligne rouge, ont des horaires plus contraignants
une note. » Autres changements liaux qui peuvent notamment en matière de violence, qu’au lycée classique : de 8 heures à
majeurs : emploi du temps adapté, nécessiter des à laquelle nous réagissons tout de 18 heures ! Les cours ont été réduits
aide aux devoirs et cours
placements, ou suite. Au départ, cette manière de de 55  min à 45  min et les élèves
particuliers, réunion hebdomadaire
de l’équipe enseignante pour
des jeunes qui voir les choses, les jeunes n’y croient sortent désormais à 16 h 45. Cela leur
entretenir une vigilance se sont confron‑ pas. Ils sont démotivés par leur orien‑ laisse la possibilité de vivre en dehors
sur les élèves en difficulté, tés avec la loi. tation en lycée professionnel, dont de l’établissement et de faire des acti‑
nomination d’une enseignante Nous sommes ils retiennent une seule signification : vités, même s’il s’agit de jouer sur une
référente décrochage. dans une région si vous êtes là, c’est parce que vous console. Sur une semaine, les ensei‑
qui connaît des ne pouvez pas être en lycée général. gnants disposent donc de 3 heures où
problèmes éco‑ C’est une orientation subie, vécue ils ne font plus cours. Ils consacrent
nomiques ; nos élèves sont issus de plus souvent comme un échec que désormais 1 h 30 à de l’aide aux de‑
milieux défavorisés, 60 % sont bour‑ comme une finalité. Aussi, il faut que voirs ou à des cours particuliers ; le
siers. La moitié d’entre eux n’a pas le la différence de notre projet éducatif reste du temps est dévolu à une réu‑
brevet des collèges, une proportion soit très visible pour eux. nion hebdomadaire que j’ai instaurée
37
de cours sont repensés et moderni‑
sés pour les rendre accueillants et
inciter au respect. L’établissement
dispose même d’une salle de détente
et d’activités physiques, qui est aussi
disponible pour le personnel à cer‑
tains horaires.

S. A. : Quels sont les retours


de la part des élèves,
des enseignants, du personnel ?
P. L. M. : Les réunions‑bilans que
© Stephanie Lacombe/PictureTank/MEN

nous faisons avec les élèves montrent


une réaction en deux temps. Au dé‑
part, ils n’aiment pas trop le disposi‑
tif… qui les oblige à s’impliquer dans
leur formation. Ensuite, ils disent que
c’est bien de travailler moins dans la
journée ; qu’ils comprennent mieux ce
qu’ils apprennent ; qu’ils sentent que

Santé à l’école : agir sur le climat scolaire


pour que les professeurs prennent le LES ÉLÈVES DISENT l’on s’intéresse à eux. Cette nouvelle
temps de discuter entre eux du cas de « QU’ILS COMPRENNENT organisation a questionné certains en‑
certains élèves et de travailler sur des MIEUX CE QU’ILS APPRENNENT ; seignants ; des collègues ont exprimé
thèmes pédagogiques. QU’ILS SENTENT QUE leur méfiance et leur inquiétude de ne
L’ON S’INTÉRESSE À EUX ». pas pouvoir terminer le programme.
S. A. : Quels points d’appui avez‑vous Ces quelques voix sont restées mino‑
trouvés pour conduire ce projet hors ritaires, et le personnel s’est large‑
cadre pédagogique institutionnel ? S. A. : Comment redonne‑t‑on ment associé à cette dynamique. Le
P. L. M. : Nous y avons associé tous de l’ambition ? lycée se lance dans un management
les inspecteurs pédagogiques des P.  L.  M.  : Par exemple, en pro‑ horizontal ; il n’y a pas une organisa‑
disciplines enseignées dans l’établis‑ posant une section européenne à tion verticale avec un responsable qui
sement, le directeur académique des tous les élèves de bac pro, avec en décide de tout, chacun peut prendre
services de l’Éducation nationale (Da‑ seconde année deux heures de plus des initiatives.
sén) et le recteur de l’académie. Les de mathématiques, enseignées en
inspecteurs se sont déplacés dans anglais, et la possibilité de s’inscrire S. A. : Quel bilan pouvez‑vous
l’établissement pour des réunions de au Cambridge certificate. Les termi‑ dresser de ces différentes actions ?

Dossier
travail qui ont permis de construire nales peuvent faire leur stage pro‑ P. L. M. : Il y a des points positifs.
ce projet dans ses différentes com‑ fessionnel de dernière année en Fin‑ Les jeunes vont en cours, s’engagent
posantes. Notre projet a été lauréat lande. Et nous avons conclu d’autres davantage dans la vie lycéenne,
de la Cellule académique recherche partenariats avec des établissements échangent mieux avec l’équipe péda‑
et développement pour l’innovation de Lituanie et de Croatie. Être dans gogique et le personnel. Un climat
et l’expérimentation  (Cardie) et un un lycée international, cela renforce de confiance et de convivialité s’est
film sur la Persévérance et Réussite l’estime de soi. Faire un stage d’un instauré et l’ambiance dans l’établis‑
scolaire a été réalisé au sein du lycée mois en Finlande, c’est très signifiant sement me paraît plus sereine. Nous
Germaine‑Tillion. Depuis la rentrée pour des gamins qui ne sont jamais constatons moins de décrochages.
2017‑2018, nous sommes un lieu sortis de Thiers : première fois à Pa‑ Nous avons nommé une enseignante
d’éducation associé  (Léa) créé par ris, première fois en avion, première référente décrochage, qui suit ceux
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

l’Institut français de l’éducation de fois à l’étranger. C’est un voyage qui qui rencontrent des difficultés par‑
l’école normale supérieure de Lyon et développe l’autonomie. Faire une ticulières et qui fait le lien avec les
nous travaillons avec deux chercheurs, école différente, c’est aussi proposer professeurs pour enrayer le processus.
maîtres de conférences à l’université des activités extérieures, de pleine Néanmoins, il faut reconnaître que,
Jean‑Monnet de Saint‑Etienne. Nous nature, pour créer du lien et de la globalement, l’implication des élèves
sommes partis pour trois ans d’expé‑ solidarité entre les élèves, les ensei‑ dans le travail scolaire et les appren‑
rimentation sur « la reconstruction de gnants, les surveillants, le personnel tissages ne se fait que lentement. Il
l’élève pour lui donner motivation et de la cantine, etc. Nous faisons une faut dire que nous partons de loin,
ambition ». Tous les élèves entrants sortie tous les deux mois avec ski de tant ces jeunes ont été déconsidérés
remplissent des questionnaires sur fond, course d’orientation, randon‑ tout au long de leur parcours. 
l’estime de soi, la confiance, la moti‑ née. La rénovation des locaux est
vation. Les évaluations donneront lieu aussi importante pour revaloriser Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
à diverses publications. les élèves. Les couloirs et les salles journaliste.

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
38
La question de la promotion de la santé scolaire a fait l’objet d’un numéro spécial dans
La Santé en action en 2014 (no 427 : http://inpes.santepubliquefrance.fr/SLH/pdf/
sante‑action‑427.pdf). Certains articles soulignaient alors les liens entre climat sco‑
laire et promotion de la santé ; le présent dossier y fait particulièrement écho. Sous
l’angle de l’interaction entre climat scolaire et promotion de la santé, nous proposons
ici une bibliographie organisée en trois volets : une présentation des dispositifs légis‑
latifs, stratégiques, et des principales sources de données sur le sujet ; des références
issues des sciences de l’éducation et de la promotion de la santé, liées au bien être, à
la promotion de la santé et au climat scolaire ; quelques ressources utiles.
Pour en savoir plus

Laetitia Haroutunian, • Florin A., Guimard P., Conseil national d’évaluation


documentaliste, du système scolaire (Cnesco). Qualité de vie à l’école :
direction de la documentation, Comment l’école peut‑elle proposer un cadre de vie favorable à
Santé publique France.
la réussite et au bien‑être des élèves ? Rapport scientifique. Paris :
Littérature relative au dossier

Cnesco, octobre 2017 : 84 p. En ligne : https://www.cnesco.fr/


wp‑content/uploads/2017/10/170929_QDV_FLorin_Guimard.pdf
CADRE LÉGISLATIF, RAPPORTS,
ENQUÊTES • Conseil national d’évaluation du système sco‑
laire (Cnesco). L’école française propose‑t‑elle un cadre de
CADRE LÉGISLATIF vie favorable aux apprentissages et au bien‑être des élèves ?
Dossier de synthèse. Paris : Cnesco, 2017 : 52 p. En ligne: http://
• Circulaire no 2016‑114 du 10 août 2016 relative aux www.cnesco.fr/wp‑content/uploads/2017/12/171002Dossier_
orientations générales pour les comités d’éducation Synthese_Qualite_vie_ecole_def.pdf
à la santé et à la citoyenneté, Bulletin officiel de l’Éducation
nationale, 25 août 2016, no 30. En ligne : http://www.education. • Conseil d’évaluation du système scolaire (Cnesco).
gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=105518 Qualité de vie à l’école : enquête sur la restauration et l’archi‑
tecture scolaires, 2017 : 36 p. En ligne : https://www.cnesco.fr/
• Circulaire no 2016‑008 du 28 janvier 2016 relative wp‑content/uploads/2017/10/170929_Note_QdeVie_VF.pdf
à la mise en place du parcours éducatif de santé pour
tous les élèves, Bulletin officiel de l’Éducation nationale, • Debarbieux E., Anton N., Astor R., Benbenishty R.,
4 février 2016, no 5. En ligne : http://www.education.gouv.fr/ Bisson‑Vaivre C., Cohen J., et al. Le « Climat scolaire » :
pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=97990 définition, effets et conditions d’amélioration. Rapport
au Comité scientifique de la Direction de l’enseigne‑
• Circulaire no 2016‑092 du 20 juin 2016 relative au ment scolaire, ministère de l’Éducation natio‑
parcours citoyen de l’élève, Bulletin officiel de l’Éducation nale – MEN‑Dgesco/Observatoire international de la violence à
nationale, 23 juin 2016, no 25. En ligne : http://www.education. l’école, 2012 : 25 p. En ligne : http://www.cafepedagogique.net/
gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=103533 lexpresso/Documents/docsjoints/climat‑scolaire2012.pdf

• Loi no 2013‑595 du 8 juillet 2013 d’orientation et • Debarbieux E. Observatoire international de la


de programmation pour la refondation de l’école de violence à l’école. À l’école des enfants heureux… enfin
la République, JORF, 9 juillet 2013, no 0157 : p. 11379. En presque. Rapport réalisé avec le soutien technique
ligne  : https://www.legifrance.gouv.fr/eli/loi/2013/7/8/ du ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse
MENX1241105L/jo/texte et de la vie associative. Paris : Unicef, 2011 : 41 p. En ligne :
https://www.unicef.fr/sites/default/files/userfiles/UNICEF_
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prévention et lutte contre la violence en milieu scolaire,
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LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

depp‑2015‑EF‑88‑89_510732.pdf no 3 : Améliorer son cadre de vie au collège ; film no 4 :


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• Veltcheff C. Pour un climat scolaire positif. Réseau En ligne : http://unires‑edusante.fr/vivre‑ensemble‑college/
Canopée, coll. Éclairer, 2015 : 104 p.
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cje/index.php/cje‑rce/article/download/1640/1744
• Climat scolaire : le site web collaboratif du réseau
• De Bock C. Les cellules bien‑être à l’école. [Dossier] Canopée. En ligne : https://www.reseau‑canope.fr/climat​ Les liens Internet indiqués ont été consultés
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L’AUTEURE DECLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTERETS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
40
© ADSF/Erwan Balanant&Eloise Bouton (exposition A la rencontre des femmes oubliées)
Les conditions de vie et de travail sont les principaux déterminants de la santé dégradée chez les
femmes en situation de précarité. 41

« Il y a urgence à réduire


les inégalités sociales de santé

Femmes en situation de précarité


dont les femmes sont victimes »

Les recommandations du Haut Conseil à l’égalité


Entretien avec sur la situation des enfants, entraîne pas réalisé de frottis au cours des
Geneviève Couraud, une dégradation sociale et conduit à trois dernières années, contre 19 %
membre du Haut Conseil à l’égalité un recul de la mixité sociale. des femmes d’un ménage aux revenus
entre les femmes et les hommes,
compris entre 2 000 € et 4 000 €. Ce
rapporteure de « La santé et l’accès
S. A. : Pourquoi 64 % des personnes renoncement à la santé se transmet
aux soins : une urgence pour les femmes
en situation de précarité ». renonçant aux soins ou à leurs filles : si la mère ne fait pas
les différant sont‑elles des femmes ? de frottis, son adolescente ne sera pas
G. C. : Les femmes en situation vaccinée contre le papillomavirus.
précaire sont souvent « hors radar » des
politiques publiques. Elles travaillent S. A. : Quels sont les déterminants
La Santé en action : Pourquoi très tôt le matin et très tard le soir, de la santé dégradée chez
le rapport du Haut Conseil prennent les transports plusieurs les femmes en situation précaire ?
à l’égalité met‑il l’accent heures par jour et jonglent avec les G. C. : Les conditions de vie et de
sur l’urgence d’améliorer tâches familiales, domestiques, pro‑ travail sont les principaux détermi‑
la santé des femmes ? fessionnelles et administratives. Elles nants. Le manque de moyens finan‑
Geneviève Couraud : Le rapport [1] assument plus souvent qu’à leur tour ce ciers a des conséquences directes sur
du Haut Conseil à l’égalité (HCE)1 a que l’on appelle « la charge mentale » ; l’alimentation, plus faible en qualité et
pointé l’urgence de la situation, parce ce qui fait que, dans leur vie, la santé en diversité, ainsi que sur l’accès à un
qu’elle est alarmante pour un grand passe après tout le reste. En outre, elles logement digne et à des activités cultu‑
nombre de femmes dont la santé se ne sont pas bien repérées dans leur relles et sportives ; autant d’éléments
dégrade, faute d’un accès aux soins et vie professionnelle par la médecine qui concourent à la bonne santé au sens
à la prévention. La précarité les atteint du travail, notamment du fait de d’état de bien‑être physique, mental et
de façon importante, puisqu’elles consti‑ leurs conditions d’emploi – employées social. Les conditions de travail des
tuent 70 % des travailleurs pauvres, de maison, aides à domicile… C’est femmes en situation de précarité sont
occupent 82 % des emplois à temps le manque de moyens financiers pénibles et stressantes, particulière‑
partiel et 62 % des emplois non qualifiés. qui constitue la première cause de ment dans le secteur tertiaire avec
Elles représentent 85 % des chefs de renoncement aux soins. De plus, les des horaires atypiques et fractionnés.
familles monoparentales, dont un tiers femmes en situation de précarité Ceci les expose à de nombreux risques
vivent sous le seuil de pauvreté. Ces consultent moins facilement ou plus professionnels, notamment les risques
femmes n’ont pas les mêmes chances tardivement les professionnels de psychosociaux. Si les femmes sont en
de prendre soin d’elles que celles de la santé, parce qu’elles ont des difficultés général plus exposées que les hommes
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

classe moyenne. de compréhension et de connaissance aux troubles psychologiques, ceux‑ci


Les inégalités sociales de santé (ISS) du milieu médical. sont encore plus importants chez les
sont accablantes : le risque de mor‑ Tous ces facteurs expliquent par femmes en situation précaire : à un
talité prématurée par maladie car‑ exemple que les femmes en situation même niveau de précarité, le syndrome
dio‑vasculaire et par cardiopathie de précarité ont un moindre suivi anxiodépressif est de 41 % chez les
ischémique est trois fois plus élevé gynécologique ; elles recourent moins à femmes et de 34 % chez les hommes [2].
pour les ouvrières que pour les femmes la contraception : 6,5 % des ouvrières
cadres. Il y a urgence à réduire les n’ont pas de contraception, contre S. A. : Quels sont les facteurs
inégalités sociales de santé dont les 1,6 % des femmes cadres ; elles font aggravant liés au genre ?
femmes sont victimes, parce qu’elles moins de dépistage des cancers du G. C. : Plusieurs indicateurs mettent
ont aussi des effets à moyen terme sur sein et du col de l’utérus : 31 % des en évidence le lien entre santé dété‑
la société française : l’état de santé femmes d’un ménage aux revenus riorée, précarité et genre. C’est par
détérioré de ces femmes se répercute inférieurs à 2 000 € par mois n’ont exemple le cas des accidents du
42
travail et des maladies profession‑ des données sexuées en matière de construire des budgets « genrés », afin
nelles. Entre 2000 et 2015, le nombre santé au travail soient recueillies et d’identifier l’argent public investi pour
de maladies professionnelles reconnues publiées, afin de parfaire la connais‑ les femmes. Les nouveaux médica‑
pour les travailleuses a augmenté de sance. Par ailleurs, la simplification ments sont principalement testés sur
155 %. Dans les activités de services de l’octroi des dispositifs d’aide est des hommes ; pourquoi ne pas ouvrir
comme dans la grande distribution, indispensable afin de lever l’obstacle davantage les tests aux femmes ? Etc.
le nettoyage, le travail temporaire, le financier : nous préconisons l’automati‑ Dans le domaine de la santé, il est
soin, elles progressent de 300 %. Cela cité de la couverture maladie universelle sans doute complexe d’instaurer cette
s’explique par la concentration des complémentaire (CMU‑C) pour les perspective de genre, car il faut prendre
femmes sur des postes à risques : gestes bénéficiaires du revenu de solidarité à rebours un fait : les femmes vivent
répétitifs, port de charges lourdes, active (RSA), qui sont des femmes dans plus longtemps que les hommes. Il est
etc. Or les critères de pénibilité au six cas sur dix. Enfin, les critères de la donc nécessaire de garder à l’esprit
travail ont été élaborés selon les métiers pénibilité doivent être revus pour être que toute amélioration pensée pour
occupés par les hommes. Une caissière adaptés aux femmes : baisser les seuils les femmes bénéficie également aux
qui pousse un pack d’eau toutes les de poids porté ; intégrer les produits hommes. L’ouverture aux femmes du
dix minutes, sept ménagers parmi les « agents chimiques métier de facteur a permis de changer
heures par jour, dangereux » et la station debout dans les outils de distribution du courrier
pousse 378 kg les « postures pénibles » ; prendre pour éviter le port de sacs lourds, ce
L’ESSENTIEL cumulés dans la en compte de nouveaux facteurs de qui a été un progrès aussi pour les
journée ; pour pénibilité propres à leurs emplois, par conditions de travail et la santé de
ÇÇ Les femmes sont davantage atteindre le seuil exemple la multiplication des trajets leurs collègues masculins.
atteintes par la précarité du facteur de péni‑ – comme c’est le cas pour de nombreuses Ce premier rapport institutionnel,
que les hommes. bilité « manuten‑ employées de maison – qui est facteur qui croise les facteurs précarité et sexe,
tion manuelle », de risque d’accident. s’inscrit dans la durée. Il a vocation à
ÇÇ Les inégalités de santé
il faudrait qu’elle nourrir les débats qui se multiplient
entre les femmes sont fortes :
une ouvrière présente un risque porte 800 packs S. A. : Quelles mesures sur le sujet, pour lesquels nous sommes
de mortalité prématurée par jour ! Parce de prévention et de promotion régulièrement sollicités. La prise en
par maladie cardio‑vasculaire que la santé au de la santé vous semblent compte du genre dans les politiques de
trois fois plus élevé travail est pen‑ les plus pertinentes ? santé étant relativement nouvelle, il
qu’une femme cadre. sée au « mascu‑ G. C. : Je crois beaucoup à une faudra sans doute du temps pour que
ÇÇ Le Haut Conseil à l’égalité lin neutre », les approche en santé communautaire, qui nos recommandations trouvent une
a formulé des recommandations risques profes‑ va vers les personnes les plus éloignées traduction concrète, mais le chemin
pour améliorer la santé sionnels dans du système de santé et leur apporte une est ouvert. 
de ces femmes. Décryptage. les emplois où réponse globale – de la contraception
les femmes sont au dépistage, en passant par l’emploi et Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
majoritaires n’ont l’éducation des enfants. Nous avons ren‑ journaliste.
aucune visibilité ; elles sont alors « hors contré des représentants des centres de
radar » des dispositifs de prévention santé de Saint‑Denis et de Toulouse, qui 1. Instance nationale consultative indépendante,
et de compensation. Autre exemple proposent cette démarche intéressante : chargée des droits des femmes et de l’égalité
femmes‑hommes. Pour en savoir plus : www.
parlant : les maladies cardiaques qui avec des équipes pluridisciplinaires, ils haut‑conseil‑egalite.gouv.fr
montrent également un androcen‑ conduisent les femmes à s’intéresser 2. Mode de pensée envisageant le monde du point
trisme2 de la médecine. En cas d’infarc‑ à elles‑mêmes, à leur corps, à leur de vue des êtres humains de sexe masculin (NDLR).

tus du myocarde, les femmes arrivent bien‑être. Elles deviennent alors partie
aux urgences en moyenne une heure prenante de leur prise en charge.
plus tard que les hommes, du fait de RÉFÉRENCE
la méconnaissance des symptômes S. A. : Que proposez‑vous BIBLIOGRAPHIQUE
spécifiques des femmes (suées, nausées, pour mieux prendre en compte
difficultés respiratoires, migraine très la question du genre – et donc
forte, etc.). La douleur dans la poitrine des femmes – dans les politiques
et le bras, caractéristique pour les publiques de lutte contre [1] Couraud G., Lazimi G. La Santé et l’accès aux
hommes, est absente dans la moitié les inégalités ? soins : une urgence pour les femmes en situation de
des cas chez les femmes. G. C. : Il s’agit par exemple de mettre précarité [Rapport]. Paris : Haut Conseil à l’égalité
en place des indicateurs sexués de suivi entre les femmes et les hommes, 27 mai 2017 : 120 p.
S. A. : Quelles recommandations dans les diagnostics et dans l’évaluation En ligne : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/
du Haut Conseil à l’égalité des actions, pour le suivi des contrats var/storage/rapports‑publics/174000550.pdf
aux pouvoirs publics de ville et de ruralité. Lorsqu’une asso‑ [2] Royer B., Gusto G., Vol S., Arondel D., Tichet J.,
vous semblent prioritaires ? ciation dépose un dossier de demande Lantieri O. Situations de précarité, santé perçue et
G. C. : Il me paraît essentiel que la de financement, il faudrait examiner troubles anxiodépressifs : une étude dans 12 centres
santé des femmes devienne un vrai ce qu’elle propose d’accomplir en faveur d’examens de santé. Pratiques et Organisation des
sujet de recherche scientifique et que des femmes. Il serait pertinent de Soins, 2010, vol. 41, n°4 : p. 313-321.

LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
43
ASSOCIATION
POUR LE
DÉVELOPPEMENT
DE LA SANTÉ
DES FEMMES :

Femmes en situation de précarité


À LA RENCONTRE
DES OUBLIÉES

À la rencontre des femmes oubliées : pen‑


dant plusieurs mois, la journaliste
Éloïse Bouton et le photographe Erwan Ba‑

Les recommandations du Haut Conseil à l’égalité


lanant ont accompagné des bénévoles de
l’Association pour le développement de la
santé des femmes (ADSF) lors de maraudes.
Ce travail a été exposé à Paris en 2017.
Comme l’explique l’équipe impliquée dans
ce projet (Nadège, Maria, Marie‑Thé, Julie,
Bernard et Karine), « L’ADSF va à la ren‑
contre de ces femmes pour les aider, les
écouter, identifier leurs besoins, les orien‑
ter et leur permettre de recourir à leurs
droits en matière de santé. Nos bénévoles
les ont accompagnées pour qu’elles puissent
accéder aux soins concernant notamment
la contraception, le suivi de grossesse,
l’interruption volontaire de grossesse (IVG),
ainsi que suite à des violences et à des
mutilations sexuelles ».
En 2017, en Île‑de‑France, l’ADSF a suivi
plus de 700 femmes vivant dans les bidon‑
villes, les hôtels sociaux, dans le bois de
Vincennes, dans la rue ou encore dans des
centres d’accueil. L’association a réalisé
un État des lieux de la santé de femmes
en situation de précarité en Île‑de‑France
et figure parmi les organisations audition‑
nées par le Haut Conseil à l’égalité entre
les femmes et les hommes, dans le cadre
de son rapport : La Santé et l’accès aux
soins : une urgence pour les femmes en
situation de précarité.
Avec l’aimable accord de l’association,
quelques‑unes de ces photos illustrent
plusieurs articles de ce numéro.
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018
© ADSF/Erwan Balanant&Eloise Bouton (exposition A la rencontre des femmes oubliées)

Pour en savoir plus 


https://adsfasso.org
Le Haut Conseil à l’égalité formule 26 recommandations pour mettre fin au sexisme subi par les
44 femmes en gynécologie et en obstétrique.

Actes sexistes durant le suivi gynécologique


et obstétrical : le rapport du Haut Conseil
à l’égalité entre les femmes et les hommes

L
e Haut Conseil à l’égalité entre les d’actes sexistes, les chiffres attestent d’un les actes sexistes sont largement ignorés :
femmes et les hommes a remis, le phénomène relativement répandu dans le les droits et les procédures de signalement
29 juin 2018, à Marlène Schiappa, suivi gynécologique et obstétrical des femmes : sont méconnus des patientes et les procédures
secrétaire d’État auprès du Premier ministre, • un accouchement sur cinq donne lieu à disciplinaires, inadaptées.
chargée de l’égalité entre les femmes et les une épisiotomie : une femme sur deux sur Pour faire du suivi gynécologique et obsté‑
hommes, son rapport intitulé « Les actes laquelle une épisiotomie a été réalisée déplore trical des femmes un parcours qui n’entrave
sexistes durant le suivi gynécologique et un manque ou l’absence totale d’explication ni leurs droits, ni leur autonomie, le Haut
obstétrical. Des remarques aux violences, la sur le motif de l’épisiotomie ; Conseil à l’égalité formule dans son rapport
nécessité de reconnaître, prévenir et condam‑ • Les taux d’épisiotomie – toutes grossesses 26 recommandations, articulées autour de
ner le sexisme »[1]. Le Haut Conseil à l’éga- confondues – sont très variables d’une mater‑ trois axes :
lité présente comme suit son rapport ainsi nité à l’autre : de 0,3 % (dans telle maternité • reconnaître les faits, c’est‑à‑dire l’existence
que le contexte dans lequel il a été rendu de type 3 – accueillant les grossesses patho‑ et l’ampleur des actes sexistes dans le suivi
public : logiques et à grands risques) à 45 % (dans gynécologique et obstétrical ;
« Dans les 24 heures qui ont suivi le lance‑ telle maternité de type 1 – accueillant des • prévenir les actes sexistes, via la formation
ment sur Twitter du hashtag #PayeTonUtérus grossesses normales ou à bas risque) ; des professionnel.le.s de santé, l’inscription
en novembre 2014, plus de 7 000 femmes • 6 % des femmes se déclarent « pas du de l’interdiction des actes sexistes dans le
ont dénoncé des propos porteurs d’injonction tout » ou « plutôt pas » satisfaites du suivi Code de déontologie médicale, et la mise en
sur leur poids ou leur sexualité, sur leur de leur grossesse ou de leur accouchement, œuvre des recommandations de bonnes
volonté ou non d’avoir un enfant, des examens ce qui représente environ 50 000 femmes pratiques existantes ;
vaginaux brutaux ou des actes pratiqués sans pour l’année 2016 ; • faciliter les procédures de signalement et
leur consentement, jusqu’à des violences • 3,4 % des plaintes déposées auprès des condamner sans détour les pratiques sanc‑
sexuelles. Depuis, les prises de parole de instances disciplinaires de l’Ordre des méde‑ tionnées par la loi, via l’information des
femmes se multiplient concernant les vio‑ cins, en 2016, concernent des agressions femmes sur leurs droits, l’implication des
lences gynécologiques et obstétricales, terme sexuelles et des viols commis par des ordres professionnels et la formation des
mobilisé depuis près d’une vingtaine d’années médecins. personnels en contact avec les femmes. » 
en Amérique latine et dans le monde Ces prises en charge inadaptées peuvent
anglo‑saxon, pour désigner les actes sexistes s’expliquer par :
les plus graves commis lors du suivi gynéco‑ • la multiplicité d’occasions en comparaison Source : Haut Conseil à l’égalité (HCE), Actualités,
logique et obstétrical. avec d’autres suivis médicaux (une femme [communiqué de presse], 29 juin 2018. En ligne :
http://www.haut‑conseil‑egalite.gouv.fr/
Les actes sexistes durant le suivi gynécologique aura en moyenne 50 consultations gynéco‑ sante‑droits‑sexuels‑et‑reproductifs/actualites/article/
et obstétrical sont des gestes, propos, pra‑ logiques et obstétricales au cours de sa vie) ; actes‑sexistes‑durant‑le‑suivi‑gynecologique‑et‑
obstetrical‑reconnaitre‑et
tiques et comportements exercés ou omis • l’insuffisante prise en compte du caractère
par un.e ou plusieurs membres du personnel particulièrement intime de ces consultations ;
soignant sur une patiente au cours du suivi • le sexisme encore très prégnant dans le
gynécologique et obstétrical et qui s’inscrivent secteur médical : 86 % des internes en
dans l’histoire de la médecine gynécologique médecine (95 % des femmes et 68 % des RÉFÉRENCE
et obstétricale, traversée par la volonté de hommes) déclarent avoir été exposé.e.s à du BIBLIOGRAPHIQUE
contrôler le corps des femmes (sexualité et sexisme ;
capacité à enfanter). Ils peuvent prendre des • l’histoire de la gynécologie médicale,
formes très diverses, des plus anodines en marquée, à l’origine de la spécialité, par la
apparence aux plus graves, et sont le fait de volonté de contrôler le corps des [1] Haut Conseil à l’égalité (HCE). Les actes sexistes
soignant.e.s – de toutes spécialités – femmes femmes (sexualité et capacité à enfanter) ; durant le suivi gynécologique et obstétrical. Des
et hommes, qui n’ont pas nécessairement • le manque de moyens humains et financiers remarques aux violences, la nécessité de reconnaître,
l’intention d’être maltraitant.e.s. alloués au secteur de la santé, et en parti‑ prévenir et condamner le sexisme. [Rapport
Bien que, à l’évidence, tou.te.s les profes‑ culier dans les maternités. n°2018‑06‑26‑SAN‑034], 26 juin 2018  : 172  p.
sionnel.le.s de santé ne soient pas auteurs Or, en dépit d’une assez forte prévalence, En ligne : https://bit.ly/2MvJtAy
Au RAP 31, les sciences humaines sont au service des médecins et des personnels sociaux pour
aider des adolescents en perdition à se (re)construire. 45

« Un réseau pluridisciplinaire


pour prendre en charge les jeunes
en rupture »

Prise en charge des adolescents en grande difficulté


Pratiques professionnelles
Entretien avec l’objectif du réseau est d’apporter un L’ESSENTIEL
Francis Saint‑Dizier, soutien aux acteurs médico‑sociaux
médecin et anthropologue, qui ont épuisé toutes leurs ressources
membre de l’équipe de coordination ÇÇ En Haute‑Garonne, un réseau
face à des adolescents en grande diffi‑ pluridisciplinaire de professionnels
du Réseau adolescence et partenariat
culté, grâce à une clinique indirecte. (éducateurs, dont un ethnoclinicien,
de Haute‑Garonne (RAP 31).
C’est‑à‑dire que nous ne recevons pas médecin anthropologue, psychiatres…)
les jeunes ni leur famille. Leur dossier apporte un soutien aux acteurs
doit être porté par un professionnel médico‑sociaux qui ont épuisé
La Santé en action : Pourquoi – généraliste, pédopsychiatre, éducateur toutes leurs ressources face
à des adolescents en grande difficulté.
avez‑vous créé ce réseau ? de quartier, personnel de la PJJ, de l’ASE,
Francis Saint‑Dizier : L’idée de départ de l’Éducation nationale, etc. La position ÇÇ L’éducateur retrace de façon
était de décloisonner le travail des de tiers externe que joue le Réseau approfondie l’ensemble du parcours
professionnels en charge de l’accompa‑ adolescence et partenariat (RAP) est du jeune en rupture, y compris en allant
gnement des adolescents difficiles. Les souvent indispensable pour aboutir à voir les personnes qui l’ont encadré
de sa petite enfance jusqu’à la situation
différentes institutions – aide sociale à des coopérations efficaces permettant
de blocage actuelle. Puis, en lien
l’enfance (ASE), protection judiciaire de une continuité et une cohérence des
avec les acteurs qui assurent la prise
la jeunesse (PJJ), service santé de l’Éduca‑ soins. Souvent, les différents acteurs en charge, cette équipe élabore
tion nationale – ont un fonctionnement se renvoient la balle, cherchant le des solutions dont l’adolescent
pyramidal et vertical, qui ne facilite pas meilleur lieu pour la prise en charge. est le centre. Le jeune est soutenu
la communication transversale. Nous Or, il n’y a pas de bonnes « cases » pour et suivi autant que nécessaire,
avons commencé par faire des réunions les adolescents en rupture. C’est la dans la durée.
mensuelles, au cours desquelles les collaboration entre les différents pro‑ ÇÇ Le réseau suit 250 jeunes dont
professionnels venaient exposer le cas fessionnels concernés qui va permettre une soixantaine de nouveaux cas par an.
clinique d’un jeune avec lequel ils ne l’efficacité d’un accompagnement.
savaient plus comment avancer. Puis,
en 2006, nous avons donné corps à ce S. A. : Comment se déroule votre
réseau informel avec la création d’une recherche de solutions pour le bien biographique sert de base à la réunion
association, qui reçoit un financement du jeune ? de concertation partenariale d’une
de l’agence régionale de santé Occitanie F. S.‑D. : Lorsque nous sommes durée de trois heures, à laquelle sont
depuis 2008. Nous avons petit à petit saisis par un professionnel, l’équipe invités les intervenants, y compris
construit l’équipe de coordination, qui de coordination discute l’acceptation ceux qui ne sont plus en charge de
compte désormais huit personnes pour ou non ce dossier. Nous intervenons l’adolescent. Nous formulons une
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

quatre Équivalents temps plein (ETP) : sur les cas les plus compliqués, car synthèse clinique à partir de l’histoire
une secrétaire, une assistante, un coor‑ nous ne pouvons suivre tous les ado‑ familiale, éducative, médicale qui
dinateur, une éducatrice détachée de la lescents difficiles du département. place l’adolescent au centre, comme
PJJ, un éducateur ethnoclinicien, deux Ensuite, l’éducateur de l’équipe effectue sujet. Cette lecture clinique, élaborée
psychiatres et moi‑même. Toutes ces un travail de recherche approfon‑ avec toutes les personnes présentes,
personnes ont une longue expérience die sur le parcours du jeune, de sa donne à chacun la possibilité d’envi‑
dans leur domaine. petite enfance jusqu’à la situation de sager sa place dans le partenariat à
blocage actuelle. Il entre en contact construire ensemble et d’organiser
S. A. : Quelle est la mission avec ses anciens instituteurs, le géné‑ ainsi une synchronie dans la future
du RAP 31 ? raliste, le pédiatre de la protection prise en charge. Comment intégrer
F. S.‑D. : C’est un réseau pluridisci‑ maternelle infantile (PMI)… tous les un suivi psychiatrique s’il s’avère
plinaire pour prendre en charge les acteurs qui l’ont pris en charge à un nécessaire ? Comment aider le jeune
jeunes en rupture. En d’autres termes, moment donné. Cette reconstitution dans son lieu de vie, qu’il habite chez
46
dans une pathologie mentale lourde,
nécessitant des hospitalisations récur‑
rentes ou prolongées. Pour les filles,
le bilan est plus mitigé : 42 % sont
devenues mère à l’âge de 19‑20 ans,
alors que la moyenne française est de
29 ans pour le premier enfant. Pour
celles‑ci, la maternité a été la porte
de sortie d’une adolescence chaotique,
un moyen d’autonomisation grâce à
l’aide financière accordée pendant
© Gilles Coulon/Tendance Floue

cinq ans aux parents isolés. On peut


y voir là une forme de reproduction
des inégalités sociales.
Un des objectifs du RAP 31, c’est
aussi de lutter contre le sentiment
d’épuisement et d’échec vécu par les
ses parents ou dans un foyer ? Quelles une soixantaine de nouveaux cas par professionnels devant des trajectoires
solutions peut‑on envisager du côté des an ; c’est peu, mais l’enquête de terrain sur lesquelles ils ne semblent avoir
apprentissages et de l’école, selon que le pour écrire le récit de vie de l’adolescent aucune action positive. Nous leur
jeune a plus ou moins de 16 ans ? Quel représente cinquante heures de travail. avons donc demandé d’évaluer leur
projet d’autonomie peut‑on mettre sur Nous suivons actuellement une cohorte satisfaction sur une échelle de 1 à 10.
pied ? Ensuite, nous faisons le point de 250 jeunes. Avec une moyenne de 8,21, les réponses
six mois plus tard, puis un an plus confirment ce que nous pensions : le
tard. Si les effets escomptés ne sont S. A. : Qu’apportent l’anthropologie travail en réseau diminue le burn out
pas au rendez‑vous, nous formulons ou l’ethnologie dans ce contexte des équipes.
des propositions alternatives. particulier ?
F. S.‑D. : Ces sciences humaines S. A. : En quoi ces résultats
S. A. : Quel est le profil des permettent de changer de cadre d’ana‑ favorables conditionnent‑ils
adolescents que vous accompagnez ? lyse et d’apporter un autre éclairage. votre futur ?
F. S.‑D. : La majorité ont entre Seules, elles ne serviraient cependant F. S.‑D. : Ces résultats sont impor‑
14 et 17 ans, même si nous pouvons pas à grand‑chose. C’est parce que tants, car l’association fonctionne sans
les suivre jusqu’à l’âge de 21 ans. Ce nous les combinons aux savoirs médi‑ convention d’objectifs et de moyens
sont pour 60 % d’entre eux des garçons. cal, psychologique, psychiatrique que avec l’ARS, ce qui fait que notre finan‑
Ils connaissent pour la plupart des nous parvenons à une compréhension cement est discuté et reconduit d’année
difficultés dès la petite enfance, au plus juste des problèmes vécus par en année. C’est une difficulté pour
sein de familles séparées, recomposées, l’adolescent. Le regard croisé des dis‑ la pérennité de la structure et aussi
en errance sociale ou en déshérence ciplines doit permettre d’appréhender un avantage, car nous sommes en
culturelle. L’entrée au collège sert des situations très complexes de la permanence motivés pour prouver
souvent de détonateur, alors que l’école façon la plus fine possible. notre efficacité. Le statut associatif
primaire demeure un cadre contenant. est important pour préserver notre
C’est à ce moment, qui se conjugue S. A. : Quel bilan avez‑vous dressé indépendance par rapport aux grandes
avec le début de l’adolescence, que de votre action ? institutions. Cette indépendance est
cela explose. Les garçons qui vont mal F. S.‑D. : En 2015, nous nous sommes nécessaire à notre liberté de réflexion
trouvent un exutoire dans les conduites posé la question du devenir des adoles‑ et d’action. Elle est indispensable pour
délinquantes ; pour 90 % d’entre eux, cents inclus dans le réseau. Nous avons nous préserver des défauts de ces insti‑
nous sommes sollicités par la PJJ. Les alors repris les dossiers de 175 jeunes tutions : la routine, les solutions toutes
filles – pour qui le juge a souvent pris sortis de l’accompagnement depuis faites, les protocoles de l’administration.
une mesure éducative de placement en deux ans. Grâce à nos partenaires Les adolescents en grande difficulté ne
foyer – fuguent ou ont des conduites éducateurs et aux assistantes sociales « rentrent » justement pas dans ces
sexuelles débridées, ce qui les expose des différentes institutions, en passant protocoles… 
à la violence. Nous prenons en charge des appels téléphoniques selon une
grille déterminée, nous avons retrouvé Propos recueillis par Nathalie Quéruel,
la trace de 90 % d’entre eux. Les journaliste.
LES JEUNES EN RUPTURE CONNAISSENT résultats ont été plus probants que
POUR LA PLUPART « DES DIFFICULTÉS nous pouvions l’espérer. Pour les gar‑
DÈS LA PETITE ENFANCE, AU SEIN çons, il y eut peu de suites sur le plan Pour en savoir plus
DE FAMILLES SÉPARÉES, RECOMPOSÉES, judiciaire, et peu d’incarcérations ; ils • http://www.resomip.com/rap-31-reseau-
EN ERRANCE SOCIALE OU DÉSHÉRENCE se sont globalement « rangés ». Seuls adolescence-et-partenariat-31
CULTURELLE ». quelques rares jeunes sont entrés • rap31@orange.fr
LA PERSONNE INTERVIEWÉE DÉCLARE N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Un groupe de psychiatres, psychologues et sociologues a analysé les pratiques de soutien aux
professionnels qui suivent des adolescents en grande difficulté. 47

Des adolescents « difficiles » ?

Prise en charge des adolescents en grande difficulté


Bertrand Ravon, très bruyante, se caractérisent par L’ESSENTIEL
professeur de sociologie, université une mentalisation très pauvre. Ces
Lumière‑Lyon 2, centre Max‑Weber, manifestations émotionnelles font écho ÇÇ L’Observatoire Santé mentale,

Pratiques professionnelles
Halima Zeroug‑Vial, à l’enfance de ces sujets, heurtés dès vulnérabilités et sociétés Orspere
psychiatre, directrice de leur plus jeune âge à un chaos affectif, Samdarra et le centre Max‑Weber,
l’Orspere Samdarra, centre hospitalier marqué par la carence, la violence et la en lien avec le centre hospitalier
Le Vinatier (Lyon).
maltraitance, à l’origine de placements Le Vinatier (Lyon) et l’université
itératifs en familles d’accueil et en Lumière – Lyon 2, ont mené

C
institutions. Cette insécurité du lien une enquête sur la prise en charge
des adolescents en grande difficulté.
e que nous qualifions de jeunes primaire met à mal leur construction
Ils plaident pour une prise en charge
en « grande difficulté » recouvre identitaire et produit des sujets en
territorialisée et pluridisciplinaire.
une grande diversité de situa‑ quête de destructivité. Cette instabilité
tions et de dénominations : « jeunes émotionnelle première condamne soit
vulnérables », « en errance », « en dan‑ à la dépendance, soit au sentiment
ger », « précaires », « déviants », « inca‑ d’abandon. Les liens sont ressentis
sables », « jeunes en rupture » et/ou trop forts ou trop distants, à l’image
« en souffrance », « en risque de mar‑ des hyperinvestissements et des rejets professionnelles ; la difficile coordina‑
ginalisation » ou, plus récemment, qu’ils suscitent.  tion interinstitutionnelle. Le terme de
« radicalisés ». Toutes sont traversées De la même façon qu’on ne sait trop « mésinscription adolescente », forgé
par une même préoccupation : comment quelles sont les institutions les plus par le psychanalyste Alain‑Noël Henri,
prendre en charge des adolescents à même de recueillir ces adolescents rend compte de la difficulté pour un
« sans solution de prise en charge » ? « patate chaude », on ne sait pas non individu à identifier sa « place » dans
Comment les accompagner dans la plus les nommer et les classifier de une famille, un foyer, un réseau d’aide,
durée, alors qu’ils sont « trimballés » manière cohérente et uniforme. Les un espace public, une communauté.
entre les institutions scolaires, du travail acteurs de la psychiatrie n’ont de Elle renvoie à une impossibilité d’entrer
social, de l’insertion et du médico‑social, cesse d’éprouver des difficultés pour dans une trajectoire de perfectibilité,
de la justice pour mineurs ou de la dénommer et circonscrire ces troubles. d’autonomie, de réussite. L’expérience
pédopsychiatrie ? Les « classifications psy » sont insatis‑ de la mésinscription adolescente
Historiquement, la notion d’ado‑ faisantes en ce sens qu’elles tendent en transforme les manières de mettre
lescent « difficile » apparaît dans les même temps à inclure ces jeunes dans en œuvre l’action publique en direction
années 1960. Ces adolescents difficiles le champ professionnel (le « psychiste » des jeunes en grande difficulté. On
engendrent dans un premier temps chez peut être amené à parler de ces jeunes, s’attache dorénavant moins à définir
les équipes soignantes, pédagogiques à les rencontrer dans le cadre d’une la notion – et l’âge de début et de fin,
et judiciaires un hyperinvestissement, expertise, à les prendre en charge la durée – d’adolescence, qu’à insister
suivi de rejets et de ruptures. Désco‑ sur le plan psychothérapeutique) et à sur les multiples épreuves d’une phase
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

larisés, rejetés de leur famille, en voie les exclure, dans la mesure où ils ne de la vie caractérisée par un parcours
de marginalisation, ils mettent à mal s’inscrivent pas au centre clinique de semé d’embûches. Les prises en charge
les services de protection de l’enfance la psychiatrie, à savoir la psychose. et leurs spécificités sont ainsi définies
et de pédopsychiatrie par l’intensité au nom des problèmes (sanitaires,
et la répétition de leurs troubles du Dynamiques individuelles sociaux, éducatifs, judiciaires) ren‑
comportement, mettant ainsi en échec de construction de soi contrés à l’âge adolescent : toxicoma‑
toute forme de projet de vie. Les adolescents « difficiles » rendent nie, conduites à risque, délinquance,
compte d’une expérience publique et troubles du comportement, rupture
Insécurité du lien primaire collective problématique, caractérisée scolaire, insertion professionnelle
La psychopathologie appréhende par l’enchevêtrement de trois types impossible, etc. Parler d’« adolescents
l’adolescent « difficile » de la manière sui‑ d’épreuves, indissociables les unes en difficulté » plutôt que d’« adoles‑
vante : les troubles, bien qu’empruntant des autres : la mésinscription adoles‑ cence difficile », c’est déjà une façon de
une symptomatologie comportementale cente ; l’ébranlement des identités centrer le regard sur les dynamiques
48
Prise en charge territorialisée
et pluridisciplinaire
La réponse à ces questions n’est
plus inscrite dans le marbre des mis‑
sions de l’institution d’où provient le
professionnel, mais elle se construit
dans l’attention qui est donnée à la
trajectoire de la personne qui traverse
plusieurs institutions, à l’encontre
des découpages sectoriels antérieurs,
mais toujours existants. L’extension
des dispositifs de prise en charge
territorialisés, pluridisciplinaires
et interinstitutionnels mettant en
réseau les différents professionnels
concernés est le pendant d’une prise
en charge singularisée, centrée sur
© Denis Bourges/Tendance Floue

l’attention clinique envers les parcours


individuels et leur risque de rupture.
C’est donc la trajectoire que prend le
parcours de tel adolescent qui met en
réseau les professionnels de diverses
disciplines. Ces réseaux ne sont pas
individuelles de construction de soi d’étayage collectif, les inscriptions dans sans poser de nouveaux problèmes :
plutôt que de penser le phénomène à des réseaux plus ou moins ouverts, plus qui pilote l’action commune ? Où
partir des caractéristiques propres à ou moins formalisés : ces différents les décisions se prennent‑elles ? Qui
une classe d’âge. contextes et supports se combinent assure la coordination entre les ins‑
pour constituer des environnements titutions concernées et dans quelle
Des professionnels en difficulté de travail plus ou moins propices à temporalité ? 
Face à l’impossibilité de trouver l’exercice du métier.  Afin d’aider, de manière construc‑
un hébergement adapté, devant la Cette incertitude des « agir » profes‑ tive, à la reconfiguration des profes‑
difficulté de faire face à la violence sionnels nous paraît d’abord structu‑ sionnalités et des institutions et d’aller
de certains passages à l’acte, à des relle. D’une part, le contexte général de dans le sens d’une réinvention des
situations inextricables où l’incer‑ précarité des sociétés hypermodernes structures de prise en charge en phase
titude sur ce qu’il s’agit de faire est rend la tâche d’intégration des adoles‑ avec les enjeux du temps présent, il
communément partagée, le malaise cents en grande difficulté plus illusoire devient indispensable de multiplier
des accompagnants est transversal à aujourd’hui qu’hier. D’autre part, le et de renforcer des espaces réflexifs et
tous les corps professionnels concernés, mouvement socio‑historique profond d’expérimentation pour les acteurs en
qu’il s’agisse de travailleurs sociaux de singularisation des prises en charge prise avec les adolescents en grande
de l’aide sociale à l’enfance (ASE) de la vulnérabilité à tous les âges de difficulté, afin de fonder de nouveaux
ou de la protection judiciaire de la la vie et dans tous les compartiments rapports sans hiérarchie entre les
jeunesse (PJJ), de responsables de des travaux judiciaire, sanitaire, social divers secteurs (sanitaire, Éducation
structures d’hébergement, de chefs et éducatif fait du parcours de vie le nationale, médico‑social, aide sociale à
de service éducatifs, d’enseignants, de cœur de l’action publique. Dorénavant l’enfance…), et aussi entre les acteurs
psychiatres, de psychologues, de juges situés au plus près du cheminement de première et de deuxième ligne. 
pour enfants, d’infirmiers, d’anima‑ biographique des personnes en dif‑
teurs, et aussi, en seconde ligne, des ficulté, les acteurs sont en perma‑
cadres administratifs des associations, nence confrontés, dans la définition
des hôpitaux ou de l’agence régionale de l’intervention qui convient, aux
de santé. ruptures, aux bifurcations, aux aléas Pour en savoir plus
Si tous les acteurs sont affectés, ils de parcours. Le contrôle continu des • Cet article reprend la contribution de
traversent ces épreuves avec des issues trajectoires fait que les intervenants Bertrand Ravon et d’Halima Zeroug‑Vial,
intitulée « Introduction générale », dans le
plus ou moins favorables. L’expérience, sont devenus plus que jamais perplexes
rapport final de recherche La professionnalité
les statuts professionnels et les légitimi‑ pour définir convenablement les situa‑
à l’épreuve des adolescents en grande difficulté.
tés associées, la définition plus ou moins tions : l’adolescent est‑il en danger ou Enquête sur les pratiques de soutien aux
large des missions données, les marges dangereux ? Faut‑il exclure ce jeune des professionnels., décembre 2016. Les intertitres
de manœuvre vis‑à‑vis des autorités dispositifs de l’action publique du fait sont de la rédaction.
institutionnelles ou managériales, de son statut d’étranger en situation • Voir aussi : Laval C. Les adolescents (et ce
les ressources mobilisables dans le irrégulière, ou bien l’inclure du fait qu’ils ont de) difficiles. Les Cahiers de Rhizome,
territoire d’intervention, l’existence de sa minorité présumée ? avril 2016, no 59 : p. 5‑85.

LES AUTEURS DECLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Études sur la consommation d’alcool pendant la grossesse et sur ses conséquences.
49

Consommation d’alcool et grossesse

Grossesse et prévention de l’alcool


Viêt Nguyen‑Thanh, France [1]. L’état actuel des connais‑ Bien que moins élevée qu’en 2010,
responsable de l’unité addictions, sances ne permet pas de définir le seuil cette proportion reste importante,
Raphaël Andler et de consommation d’alcool en‑dessous puisqu’elle pourrait avoir eu un impact
Chloé Cogordan, duquel il n’y aurait pas de risque pour sur près de 90 000 naissances.
chargé.e d’études scientifiques,
le bébé. Ainsi, les autorités sanitaires Santé publique France a lancé, à
unité addictions,
Direction de la prévention recommandent par principe de précau‑ partir du 9 septembre 2018 et durant
et de la promotion de la santé, tion de s’abstenir de consommer toute tout le mois, une grande campagne
Santé publique France, boisson alcoolisée pendant la grossesse. d’information qui repose sur une média‑
Jean‑Baptiste Richard, Malgré les impacts sanitaire et tisation off‑line ciblant les femmes en
responsable de l’unité enquêtes, social de ces troubles, aucune estima‑ âge de procréer, complétée par une
Direction appui, traitements
tion nationale ni aucune comparaison campagne digitale d’influence.
et analyses des données,
régionale récentes n’étaient à ce jour La campagne média a pour vocation
Santé publique France.
disponibles. L’étude menée par Santé de promouvoir le principe de précau‑
publique France a permis pour la pre‑ tion en évoquant particulièrement la
mière fois de mesurer la fréquence des consommation occasionnelle d’alcool

À
cas de SAF et d’autres conséquences de pendant la grossesse. Le message est
l’occasion de la Journée mondiale l’alcoolisation fœtale dans les séjours pédagogique, transparent et accessible :

Constat et recommandations
de sensibilisation au syndrome hospitaliers des enfants durant leur « Parce qu’aujourd’hui personne ne
d’alcoolisation fœtale (SAF) qui premier mois de vie au niveau national peut affirmer qu’un seul verre soit sans
s’est tenue le 9 septembre 2018, Santé et régional. risque pour le bébé : par précaution,
publique France : Ainsi, en France, entre 2006 et 2013, zéro alcool pendant la grossesse ». Elle
• publie pour la première fois une esti‑ 3 207 nouveau‑nés – soit une nais‑ est déployée dans les titres de la presse
mation nationale des troubles causés sance par jour – ont présenté au moins féminine, parentale, people et dans
par l’alcoolisation fœtale diagnostiqués une conséquence liée à l’alcoolisation les quotidiens gratuits en métropole,
chez les nouveau‑nés ; fœtale ; et pour 452 d’entre eux – soit et en affichage dans les départements
• présente les résultats du Baromètre une naissance par semaine – un syn‑ d’outre‑mer (DOM).
santé 2017 sur la consommation d’alcool drome d’alcoolisation fœtale (SAF). Pour les régions ultramarines, Santé
pendant la grossesse ; Ces chiffres sont sous‑estimés, publique France renforce la campagne
• déploie, à partir du 9 septembre et compte tenu de la difficulté de dia‑ média en proposant aux radios locales
durant un mois, une campagne natio‑ gnostiquer ces troubles en période des chroniques prêtes à être diffusées.
nale d’information dans la presse et néonatale, et ils n’incluent pas les Le volet digital complète ce dis‑
sur le web, à la fois auprès du grand diagnostics posés ultérieurement. positif avec un temps fort lors de la
public et auprès des professionnels de Cependant, ils permettent de mieux journée du 9 septembre et un fil rouge
santé : toute consommation d’alcool caractériser le fardeau que représente sur tout le mois. Trois influenceurs
pendant la grossesse est susceptible l’alcoolisation fœtale. du web apporteront, à travers des
de présenter un risque, imposant le Selon les données du Baromètre vidéos, une illustration concrète de
principe de précaution « zéro alcool santé 2017 publiées par Santé publique l’abstinence pendant la grossesse et
pendant la grossesse ». Cette campagne France, la consommation d’alcool pen‑ proposeront des stratégies d’évitement
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

est déclinée dans les départements dant la grossesse n’est pas rare en à utiliser.
d’outre‑mer (DOM). France. En effet, parmi les femmes Le relais est porté par les profes‑
Boire de l’alcool pendant la gros‑ interrogées, enceintes au moment de sionnels de santé, car ils sont des
sesse est toxique pour le fœtus et peut l’enquête ou mères d’un enfant de cinq acteurs majeurs pour informer les
entraîner diverses complications (retard ans ou moins : femmes enceintes et leur entourage
de croissance, atteintes du système • environ une sur dix a déclaré avoir des dangers liés à l’alcool, et pour
nerveux central, malformations…) ; le consommé de l’alcool occasionnellement insister sur la recommandation « zéro
syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) pendant sa grossesse ; alcool pendant la grossesse ». Pour les
en est la forme la plus grave. La • près de six femmes sur dix ont déclaré accompagner dans leur pratique, des
consommation d’alcool pendant la avoir été informées des risques de la outils informatifs (affiches et dépliants)
grossesse représente la première cause consommation d’alcool par le médecin sont mis à la disposition du public dans
de handicap mental non génétique et ou par la sage‑femme les suivant ou les salles d’attente des professionnels
d’inadaptation sociale de l’enfant en les ayant suivies. de santé.
50
Les femmes ayant des questions
concernant la consommation d’alcool BAROMÈTRE SANTÉ 2017 : RÉSULTATS
au cours de leur grossesse peuvent CONCERNANT LA CONSOMMATION D’ALCOOL
se tourner vers le dispositif d’aide à PENDANT LA GROSSESSE
distance Alcool Info Service (Tél. :
0 980 980 930 ; Internet : http://www.
alcool‑info‑service.fr).   L’étude Baromètre santé 2017. Consomma- systématiquement la question des consom‑
tions d’alcool et de tabac durant la grossesse mations d’alcool et de tabac avec leurs
souligne que les consommations d’alcool et patientes enceintes.
Source : communiqué de presse de Santé publique de tabac pendant la grossesse ne sont pas Le pictogramme rappelant les dangers de
France. En ligne : https://www.santepubliquefrance. des comportements rares, même s’ils sont la consommation d’alcool pendant la gros‑
fr/Accueil‑Presse/Tous‑les‑communiques/Journee‑
minoritaires en France. Qu’il s’agisse d’une sesse et figurant sur les bouteilles de bois‑
mondiale‑du‑SAF‑premieres‑estimations‑national
es‑des‑troubles‑causes‑par‑la‑consommation‑ estimation rétrospective sur la dernière gros‑ sons alcoolisées était connu par 62 % des
d‑alcool‑et‑une‑campagne‑nationale sesse parmi les mères d’enfants de cinq ans 18‑75 ans (femmes et hommes). Cette
ou moins, ou d’une estimation au sein des proportion semblait en hausse par rapport
femmes enceintes au moment de l’enquête, à 2015 (54 %), après une baisse entre 2007
Pour en savoir plus la consommation – ne serait‑ce qu’occasion‑ et 2015 (de 62 % à 54 %), même si les
• Andler R., Cogordan C., Richard J.‑B., nelle – d’alcool pendant la grossesse était différences dans les méthodes d’enquête
Demiguel V., Regnault N., Guignard R. et al.
déclarée par environ une femme sur dix en invitent à une certaine prudence dans les
Baromètre santé 2017. Consommations d’alcool
2017. Cette proportion reste importante comparaisons. Parmi les femmes enceintes
et de tabac durant la grossesse. Saint-Maurice :
Santé publique France, 2018 : 10 p. En puisqu’elle pourrait avoir eu un impact sur et les mères d’enfants de cinq ans ou moins
ligne : http://inpes.santepubliquefrance.fr/ plusieurs milliers de naissances. Elle appa‑ ayant consommé de l’alcool au cours des
CFESBases/catalogue/pdf/1859.pdf raît moins élevée que les dernières estimations douze mois précédant l’enquête, la notoriété
• Laporal S., Demiguel V., Cogordan C., faites en 2010 : 23 %, selon les résultats du pictogramme s’élevait à 87 %. Les travaux
Barry Y., Guseva Canu I., Goulet V. de l’Enquête nationale périnatale, et 32 % visant à augmenter la taille de ce picto‑
et al. Surveillance des troubles causés par selon ceux de l’enquête Baromètre gramme, annoncés dans le cadre du Plan
l’alcoolisation fœtale : analyse des données santé 2010, dont la méthodologie est com‑ priorité prévention du gouvernement, de‑
du programme de médicalisation des parable à celle utilisée en 2017. Cette dimi‑ vraient permettre d’améliorer sa visibilité et
systèmes d’information en France entre nution pourrait traduire une évolution des son impact.
2006 et 2013 [Synthèse]. Saint‑Maurice :
comportements des femmes enceintes en
Santé publique France, 2018 : 16 p. En
ligne : http://invs.santepubliquefrance.fr/
lien avec les actions de prévention réalisées Limites
depuis 2010. Il est cependant possible que Les auteurs de l’étude soulignent que
Publications‑et‑outils/Rapports‑et‑syntheses/
Maladies‑chroniques‑et‑traumatismes/ les actions de communication, renforcées l’ensemble des données sur lesquelles
2018/Surveillance‑des‑troubles‑causes‑ depuis 2015 sur le sujet, aient également s’appuient leurs analyses proviennent d’une
par‑l‑alcoolisation‑foetale‑analyse‑des‑ rendu plus difficile le fait d’admettre sa enquête déclarative qui traite de sujets
donnees‑du‑programme‑de‑medicalisation‑ consommation d’alcool, renforçant le bais potentiellement sensibles ; il est donc
des‑systemes‑d‑information‑en‑France‑ de désirabilité sociale et entraînant une plus raisonnable d’envisager l’existence de biais
entre‑2006‑et‑2013 grande sous‑déclaration de la consommation de désirabilité sociale dans les réponses.
d’alcool pendant la grossesse […] Les estimations provenant d’études se
Ces résultats [également concernant le tabac, fondant sur des données biologiques sug‑
NDLR] rappellent l’importance de la préven‑ gèrent des proportions bien plus élevées
tion des consommations de substances de consommation d’alcool pendant la gros‑
psychoactives pendant la grossesse. Notam‑ sesse avec un écart important entre les
ment, les pratiques préventives des médecins données déclaratives et biologiques, tandis
et sages‑femmes pourraient être renforcées. que les différences seraient non significa‑
En effet, environ quatre femmes enceintes tives concernant la consommation de ta‑
ou mères de jeunes enfants sur dix ont déclaré bac […]. Enfin, étant donné le faible nombre
ne pas avoir été informées des risques de la de femmes enceintes dans l’échantillon,
RÉFÉRENCE consommation d’alcool et de tabac par le les estimations au sein de ce groupe, pré‑
BIBLIOGRAPHIQUE médecin ou la sage‑femme les suivant ou sentées dans ce document, ont valeur
les ayant suivies durant leur grossesse. […] d’ordre de grandeur.
Ces données sont cohérentes avec celles
d’autres enquêtes récentes : l’Enquête natio‑
[1] Haute Autorité de santé (HAS). Troubles causés nale périnatale 2016 a également révélé
par l’alcoolisation fœtale : repérage [Rapport d’éla‑ qu’un nombre conséquent de femmes
boration]. Saint‑Denis‑La Plaine : HAS, 2013 : 44 p. n’avaient pas été interrogées sur leurs consom‑
En ligne : https://www.has‑sante.fr/portail/upload/ mations d’alcool et de tabac pendant le suivi
docs/application/pdf/2014‑03/troubles_causes_ de grossesse. Une étude réalisée en 2015
par_lalcoolisation_foetale_reperage‑_rapport_ auprès des médecins généralistes français
delaboration.pdf montrait que les médecins n’abordaient pas

LES AUTEURS DECLARENT N’AVOIR AUCUN LIEN NI CONFLIT D’INTÉRÊTS AU REGARD DU CONTENU DE CET ARTICLE.
Dessine‑moi un parent. Stratégie nationale de soutien à la parentalité 2018‑2022
En juin 2018, le ministère des Solidarités et de la Santé a lancé sa stratégie nationale de
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soutien à la parentalité. Cette stratégie intervient dans une volonté de réinterroger les
dispositifs de pilotage des différentes instances de soutien à la parentalité (tels que les
points info famille ou les contrats locaux d’accompagnement à la scolarité). Les orientations
présentées dans ce rapport s’organisent autour de plusieurs axes : l’accompagnement des
familles, les possibilités de relais parental et de répit en famille, l’amélioration des liens
entre famille et école, la prévention des conflits, les enjeux du soutien par les pairs. Le
contexte et les enjeux de chaque orientation sont définis, enrichis d’exemples d’actions
menées et des conditions de leur réussite, ainsi que des perspectives de travail pour les
parties prenantes.
Laetitia Haroutunian

Ministère des Solidarités et de la Santé. Dessine‑moi un parent. Stratégie nationale de soutien à la parentalité
2018‑2022. Paris : ministère des Solidarités et de la Santé, 2018 : 63 p. En ligne : http://solidarites‑sante.gouv.fr/
IMG/pdf/180702_‑_dp_‑_strategie_nationale_2018‑2022vf.pdf

Autres lectures
Rubrique préparée par Laetitia Haroutunian et Sandie Boya
Chutes et facteurs associés chez les aînés québécois les différentes régions. Enfin, l’ouvrage analyse les modalités
vivant à domicile d’interventions, leurs « espaces de rencontre » et leurs acteurs,
dont ils soulignent la pluridisciplinarité.
L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) présente
une analyse des facteurs de risque pouvant être associés aux Elian Djaoui, Françoise Corvazier. Préface de Pierre Suesser. L’Institution
PMI. Entre clinique du sujet et politique publique. Rennes : Presses de
chutes chez les seniors québécois vivant à domicile, à partir
l’EHESP, 2018 : 210 p., 26 €.
de l’enquête Vieillissement en santé par Statistique Canada
en 2008‑2009. La coûteuse inégalité des soins. Soigner mieux, soigner
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Chutes et facteurs moins cher
associés chez les aînés québécois vivant à domicile. Québec : INSPQ,
mars 2018 : 25 p. En ligne : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/
Cet ouvrage, écrit par un médecin économiste et un éco‑
publications/2347_chutes_aines_quebecois_domicile.pdf nomiste de la santé, souligne les inégalités de soins sur le
territoire national, sur le plan de l’accès et celui de la qualité.
Dossier : Des interprètes pour mieux soigner Comment, dès lors, résoudre cette situation inégalitaire ? Pour y
Ce dossier, paru dans la revue L’Autre, regroupe des contribu‑ répondre, les auteurs présentent 20 études de cas et analysent
tions issues du colloque des 8 et 9 décembre 2016, intitulé « comment interagissent [...] des forces économiques, mais
« L’interprétariat en santé : traduire et passer les frontières », aussi sociologiques, éthiques, ethnologiques et politiques »,
organisé à l’université de Bordeaux. Ces interventions abordent et ils proposent des pistes de solutions.
la question des rôles de l’interprète et du personnel soignant Roland Cash, Jean de Kervasdoué. La coûteuse inégalité des soins. Soigner
dans les situations de prise en charge des usagers ; elles mieux, soigner moins cher. Paris : Economica, 2018 : 172 p., 19 €.
présentent également une expérience de médiation dans le L’efficacité des mises en garde sur les contenants

Lectures
Notre sélection
domaine des services sociaux et de santé.
de boissons sucrées en promotion de la saine alimentation
Claire Mestre, Laurence Kotobi (coord.) Dossier : Des interprètes pour mieux
soigner. L’Autre, 2017, vol. 18, no 3 : p. 270‑315. L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) pro‑
pose une synthèse d’évaluation de l’efficacité des messages
Relation de soin et handicap. Pour une approche de mise en garde, présents sur les contenants de boissons
humaine et éthique de situations complexes sucrées. Les auteurs ne disposant que de peu de littérature
scientifique sur les emballages de boissons, la synthèse a été
Destiné aux étudiants des filières paramédicales, aux forma‑
réalisée à partir de littérature évaluative internationale sur les
teurs et aux soignants, cet ouvrage aborde la question de la
contenants de boissons alcoolisées et de tabac. Les résultats
complexité des échanges humains dans la relation de soin et
indiquent plusieurs effets positifs, dont une diminution de l’attrait
le handicap. Au‑delà du modèle purement médical, l’auteur
pour ces produits et une modification des comportements des
s’interroge sur la démarche éthique dès lors que le profession‑
individus, une acceptabilité sociale forte, une diminution de
nel souhaite améliorer l’accompagnement au quotidien de la
la banalisation de leur consommation.
LA SANTÉ EN ACTION – No 445 – Septembre 2018

personne handicapée.
Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). L’efficacité des mises
Patrick  Sureau. Relation de soin et handicap. Pour une approche en garde sur les contenants de boissons sucrées en promotion de la saine
humaine et éthique de situations complexes. Paris : Seli Arslan, 2018 : alimentation. Synthèse de connaissances. Québec : INSPQ, 2018 : 86 p.
144 p., 20 €. En ligne : https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2386_effi‑
cacite_mises_garde_contenants_boissons_sucrees.pdf
L’Institution PMI. Entre clinique du sujet et politique
publique Politiques sociales et de santé. Comprendre pour agir.
Cet ouvrage propose une nouvelle lecture de l’institution pro‑ 3e édition
tection maternelle et infantile (PMI). Les auteurs – dont un La troisième édition de cet ouvrage propose une mise à jour
médecin et un psychosociologue – retracent d’abord la genèse concernant les politiques sociales en France selon deux axes :
de cette structure, née dans un contexte de lutte contre la celui des interventions des pouvoirs publics et celui des profes‑
mortalité infantile et qui a peu à peu évolué vers des questions sionnels de l’action sanitaire et sociale. [Source : EHESP. https://
sociétales liées à la recherche du bien‑être de l’enfant et de www.presses.ehesp.fr/produit/politiques‑sociales‑et‑de‑sante/]
la mère. Ils présentent ensuite une analyse des instances de Yvette Rose Rayssiguier, Gilles Huteau. Politiques sociales et de santé.
gouvernance et de la place qu’occupe la PMI dans les politiques Comprendre pour agir. 3e édition. Rennes : EHESP, coll. Références Santé
publiques, ainsi que des différents dispositifs en œuvre dans Social, 2018 : 790 p., 36 €.