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Réponses du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères aux questions

de Benoît Collombat (cellule investigation de Radio France)

La France applique une politique de contrôle des exportations reposant sur une analyse au cas
par cas dans le cadre de la commission interministérielle pour l’exportation de matériels de
guerre.

Cette évaluation au cas par cas tient notamment compte de la nature des matériels, de
l’utilisateur final, du respect des droits de l’Homme, de la stabilité régionale et de la nécessité
de soutenir la lutte contre le terrorisme. Tout ce qui peut porter atteinte à la sécurité des civils
fait partie des critères qui nous conduisent à autoriser ou ne pas autoriser ces exportations.

La délivrance des autorisations se fait dans le strict respect des obligations internationales de
la France, et notamment du traité sur le commerce des armes, que la France a été parmi les
premiers pays à ratifier, et de la position commune européenne. Comme ses partenaires de
l’Union européenne, la France applique les huit critères de la position commune
2008/944/PESC du Conseil du 8 décembre 2008 définissant des règles communes régissant le
contrôle des exportations de technologie et d’équipements militaires.

Un rapport sur les exportations d’armement de la France est transmis chaque année au
Parlement, et l’édition 2017 est disponible en ligne. La France transmet également chaque
année sa contribution nationale au rapport au Parlement européen, conformément à nos
engagements au titre de la Position commune européenne.

1 ─ Quel type d’armement est vendu à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis ?

Cette question est du ressort du ministère des Armées.

La France a noué des partenariats stratégiques au fil des décennies avec ses alliés régionaux,
dont les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Ces partenariats sont fondés sur le constat d’une convergence d’intérêt stratégique sur le long
terme et sur la volonté de contribuer à la stabilité au Moyen-Orient.

Ils permettent d’assurer la sécurité du trafic maritime dans une zone clef pour les
approvisionnements de toute l’Europe, et de lutter contre les groupes terroristes qui menacent
la France comme nos principaux partenaires.

L’action déterminée des Emirats contre les cellules de Daech et d’Al Qaida dans la Péninsule
arabique implantées au Yémen soutient nos intérêts de sécurité.

Ces partenariats ont démontré leur importance stratégique lorsque la France s’est pleinement
engagée dans l’effort international de lutte contre Daech au Levant à partir de 2014, et lorsque
notre pays a dû faire face à des attaques terroristes sur son territoire national en 2015. C’est
notamment grâce à la présence d’un dispositif militaire français dans le Golfe que la France a
pu engager une projection rapide de ses forces, au début de l’opération Chammal afin de
réagir face à Daech.

C’est dans ce cadre que nous entretenons également un dialogue franc sur de nombreux sujets,
dont l’implication de ces pays dans le conflit yéménite, le respect des droits de l’Homme et du
droit humanitaire.

2 ─ Quelle garantie la France a que ces armes ne soient pas utilisées au Yémen ?

Nous respectons nos engagements internationaux pour toutes les ventes d'armes. Nous avons
un dispositif très rigoureux d'exportation des armes et nous le respectons avec beaucoup de
vigilance.

3 ─ Une source interne au Quai d’Orsay estime qu’il y aurait « une forme d’omerta »
sur cette question. Que répondez-vous à cela ?

Le ministre s’est exprimé à de nombreuses reprises sur ce sujet, lors de ses auditions à
l’Assemblée nationale ou au Sénat ou lorsqu’il est interrogé à ce sujet par des journalistes. La
position de la France est bien connue.

4 ─ La maintenance, la formation et le remise en condition opérationnelle sur du


matériel vendu par la France ne constituent-elles pas un risque juridique pour les
entreprises françaises, qui pourraient, selon plusieurs associations et ONG, se retrouver
accusées de complicité de crime de guerre ?

Cette question n'est pas du ressort du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères

5 ─ Le fait que des bateaux français soient utilisés par la marine saoudienne et émirati
ne constitue-il pas un risque juridique étant donné que, selon un groupe d’experts des
Nations unies, le blocage d’une partie de l’aide humanitaire au Yémen, via la mer,
pourrait s’apparenter à un crime de guerre ?

Dans le cadre de notre dialogue stratégique, nous rappelons la nécessité que le droit
international humanitaire soit pleinement respecté dans la conduite des hostilités,
particulièrement le principe de proportionnalité et de protection des civils, au Yémen comme
partout

Face au drame humanitaire au Yémen, la France se mobilise : nous avons organisé une
Réunion internationale d’experts sur la situation humanitaire au Yémen, à Paris le 27 juin
dernier. Nous entendons rester impliqués pour l’aboutissement de solutions concrètes sur les
sujets identifiés, en lien avec les Nations Unies. L’accès complet et sans entrave de l’aide
humanitaire demeure notre principale préoccupation, en particulier à Hodeïda.

La France a appuyé sans réserve les efforts conduits par l'Envoyé spécial des Nations unies,
M. Martin Griffiths, notamment les pourparlers sur le Yémen qui ont rassemblé en Suède des
représentants du gouvernement du Yémen et des Houthis. Notre ambassadeur au Yémen était
présent.
La tenue de ces pourparlers a constitué en soi une première étape positive. Des avancées
décisives ont été obtenues, notamment l'échange d'un nombre important de prisonniers, un
retrait des forces armées du port et de la ville d'Hodeïda et un cessez-le-feu dans toute la
province, ainsi qu'un mécanisme en vue d'une désescalade à Taëz. La dynamique positive à
l'œuvre à Stockholm doit être prolongée par la tenue dans les meilleurs délais de nouvelles
discussions politiques. Seule une solution politique sera à même d'assurer une paix durable, le
soulagement de la détresse humanitaire dans laquelle se trouve la population du Yémen, ainsi
que la stabilité de la péninsule.

L'adoption à l'unanimité le 16 janvier par le Conseil de sécurité des Nations unies de la


résolution 2452 établissant la Mission des Nations unies en appui à l'accord sur Hodeïda
(MINUAAH) réaffirme l'engagement du Conseil de sécurité en soutien à la médiation des
Nations Unies au Yémen.

6 ─ Pourquoi la France n’a-t-elle pas transcrit dans son droit national le Traité
international sur le commerce des armes et la position commune de l’Union
européenne ?

La France a été parmi les premiers Etats à ratifier le traité sur le commerce des armes dont
elle a soutenu activement l’adoption aux Nations unies. En vertu de l’article 55 de la
Constitution, ce traité est depuis sa ratification et sa publication au Journal officiel,
directement intégré au sein de notre droit national, sans qu’il soit besoin de mesure de
transposition interne particulière. La France applique d'ores et déjà, et de manière plus
restrictive (champ d'application, contrôle des importations et du transit, etc.) les dispositions
du Traité relatives au contrôle des transferts d'armes classiques.

En vertu de l'article 29 TUE, les Etats membres veillent à la conformité de leurs politiques
nationales avec les positions communes. Comme tous les Etats membres, la France respecte
les règles établies par la position commune 2008/944/PESC du Conseil, du 8 décembre 2008,
définissant des règles communes régissant le contrôle des exportations de technologie et
d'équipements militaires. Cette position commune qui, au contraire d'autres actes du droit de
l'Union tels que les directives, ne requiert pas de mesures de transposition, fixe des critères au
regard desquels les Etats membres évaluent les demandes d'autorisation d'exportation. Ces
critères sont suffisamment clairs et précis pour pouvoir être directement mis en œuvre. Ils
constituent des règles minimales qui ne portent pas atteinte au droit des Etats membres de
mener une politique nationale plus restrictive.

7 ─ Pourquoi ne pas avoir mis en place une commission d’enquête parlementaire, plutôt
qu’une mission d’information parlementaire, sur les exportations d’armements ?

Il s’agit d’une décision qui ressort du Parlement.

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