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ECONOMIE

• L’AVENIR DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE AU MAROC


Du bio dans nos assiettes
L’agriculture biologique marocaine est encore largement tournée vers l’exportation. Mais à côté des
produits estampillés AB, destinés à l’Europe, de nouveaux schémas de production et de distribution
se mettent progressivement en place.

Cependant, un certain nombre de facteurs


empêchent le Maroc de développer sa pro-
duction bio à plus grande échelle. A com-
mencer par le rôle de l'Etat marocain qui,
contrairement à la Tunisie, n'apporte aucun
soutien à la filière. «Il n'y a pas de subven-
tions, pas de facilités, pas de support pour
les agriculteurs bio», dénonce Lahcen Kenny,
enseignant chercheur à l'Institut agronomi-
que et vétérinaire Hassan II à Agadir. «On
n'est pas du tout dans cette dynamique de
promotion de l'agriculture biologique, que
l'on retrouve pourtant dans la plupart des
autres pays. Il faut mettre en œuvre d'une
véritable stratégie nationale».
Le plan Maroc Vert va-t-il remédier à cette
situation ? Du côté du ministère de l'Agricul-
ture, on affirme que les cultures bio, grâce à
la valeur ajoutée significative qu'elles procu-
rent, entrent dans le cadre du Plan au niveau
© Ph.DR

de la reconversion, de l'intensification et de la
diversification de certaines cultures.

Certification
En 2007, plus de 7.000 tonnes de produits bio marocains ont été exportés vers l’Union Européenne.
Reste à savoir quels moyens concrets vont
être mis en œuvre pour développer la filière,
mais aussi pour toucher un plus grand nom-

P rimeurs, agrumes, plantes aromati-


ques et médicinales, huile d'olive,
câpres, safran, huile d'Argan: les pro-
duits “bio” made in Maroc ont trouvé leur
place sur les étals européens. Aujourd'hui,
polluées par divers produits chimiques et
que les exploitants respectent un cahier des
charges strict, notamment l'utilisation d'in-
trants (engrais et pesticides) autorisés.
En 2007, plus de 7.000 tonnes de produits
bre d'agriculteurs. En effet, la production
labellisée bio ne concerne pour l'instant que
les grands opérateurs, entreprises ou coopé-
ratives. Selon la surface à contrôler, le coût de
la certification par un organisme privé étran-
entre 200 et 300 opérateurs marocains cul- bio marocains ont été exportés vers l'Union ger se situe «entre 1.000 et 2.000 euros par
tivent des surfaces certifiées bio à travers le Européenne, en France principalement. Les an», indique Valérie Bernard, responsable
Royaume. Près de 7.000 hectares au total, tomates et les courgettes bio, cultivées dans au Maroc d'Ecocert, principal organisme
auxquels on peut ajouter les 100.000 hecta- la région du Souss, sont les primeurs les français de certification. Trop coûteux pour les
res de forêts d'arganier. plus prisés par les consommateurs euro- petites et moyennes exploitations familiales.
Afin d'obtenir le précieux label AB (agricul- péens. Le marché mondial des produits bio, Un projet de label bio marocain est bien dans
ture biologique), indispensable pour accé- estimé à 38,6 milliards de dollars, est en pro- les cartons du gouvernement depuis quel-
der aux marchés européens, les producteurs gression constante depuis plusieurs années. ques années, avec comme objectif principal
marocains doivent faire appel à des organis- Avec une croissance de 20% par an, les de réduire les coûts de certification, mais le
mes privés de contrôle et de certification. Ces exportations marocaines suivent la même texte semble s'être “perdu” dans le circuit
derniers vérifient que les terres ne sont pas tendance. d'approbation.

50 ❘ MAROC HEBDO INTERNATIONAL ❘ N°819 du 19 au 25 décembre 2008


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Le marché national, encore à l'état embryon- adaptés aux petites exploitations marocai- au Maintien de l'Agriculture paysanne), qui
naire, est pourtant prometteur. «Au Maroc, nes, un autre processus de labellisation pour- rencontre un gros succès en France. Le prin-
beaucoup de gens cherchent le produit natu- rait voir le jour: le système de garantie cipe est simple: les consommateurs urbains
rel, explique Lahcen Kenny. Avec le « beldi », participative (SPG). deviennent partenaires d'une exploitation
les Marocains ont déjà le reflexe culturel Développé avec succès dans plusieurs pays agricole locale. Ils achètent à l'avance, et pour
d'avoir recours à des produits sains, de qua- du monde, notamment au Brésil et en Inde, une période fixée, une part de la production.
lité. Mais pour traduire cette demande au le SPG est un système de certification qui Ils bénéficient ensuite chaque semaine d'un
niveau économique, c'est autre chose». associe toutes les parties prenantes locales panier de produits frais, garnis en fonction
(producteurs, consommateurs, techniciens de la production saisonnière de l'exploita-
Hérésie conseils, ONG, universités, etc.) sur des cri- tion, et répondant aux critères de qualité
Outre la mise en place d'une réglementa- tères retenus en fonction des caractéristi- agro-écologiques.
tion spécifique, développer l'offre nationale ques de l'environnement écologique et
nécessite un travail en amont, sur les quan- socio-économique immédiat. Panier
tités produites et sur les prix. Si les produits Le but: encourager la production à petite Le producteur, lui, s'assure un revenu garanti
bio labellisés coûtent plus cher que leurs échelle et les initiatives de commercialisa- et pérennise son activité. Ce « Partenariat
équivalents traditionnels (de 10 à 20%) et tion alternatives, locales et si possible direc- Producteurs agro-écologiques- Consomma-
sont actuellement réservés aux classes socia-
les les plus aisées, d'autres schémas de pro-
duction, plus solidaires et abordables, sont

L’Etat marocain
n’apporte aucun
soutien à
l’agriculture
biologique.
envisageables. On sort alors du concept
d'agriculture biologique pour entrer dans

© Ph.Dr
celui, moins connu, d'agro-écologie. La dif-
férence? «L'agriculture bio s'appuie unique-
ment sur les labels, sans forcement tes, à travers lesquels les consommateurs teurs » (PPAC), a débuté au printemps 2007
reconnaitre une pratique écologique globale. peuvent identifier les produits, leur origine et à S'houl-Rabat et bénéficie déjà à plus de 45
L'agro-écologie, en revanche, revendique leur qualité. Contrairement au label AB, qui familles de consommateurs.
une agriculture familiale rentable et adap- n'apporte ni transfert de connaissances ni A Casablanca, une expérience pilote a été
tée à l'environnement local», explique Lucile appui technique aux producteurs, le SPG lancée par l'association Terre et Humanisme
Zugmeyer, coordonnatrice au Maroc de l'as- met l'accent sur la construction de réseaux de avec le Jardin pédagogique de Dar Bouazza.
sociation Terre et Humanisme. «Les pres- soutien et d'échange interprofessionnels. A terme, ce PPAC doit être alimenté entiè-
sions sur l'eau et les sols sont très fortes, rement à partir de la production maraîchère
poursuit la jeune femme. Dans la région du Changement fournie par un collectif de producteurs tota-
Souss, les cultures intensives de primeurs Grâce à ce système, l'approvisionnement lisant environ 2 hectares de terrain, et four-
épuisent les nappes phréatiques. On observe local des petites et moyennes villes devient nissant au moins 80 familles (seuils de
déjà un déplacement des activités plus au possible. Pour une mégalopole comme rentabilité économique pour les producteurs,
nord, à la recherche d'eau. A quoi sert de Casablanca, en revanche, il faut « repenser » sur la base d'un panier à 150 dirhams). Ces
cultiver des tomates bio sous serre à destina- le concept d'agriculture périurbaine. Des ini- initiatives, certes modestes, ont déjà fait des
tion de l'Europe, alors que la sécurité ali- tiatives allant dans ce sens ont déjà été lan- petits : d'autres PPAC sont sur le point d'être
mentaire n'est pas garantie ici?». cées à Rabat et Casablanca. Il s'agit de la créés à Meknès et Marrakech.
Puisque les labels bio européens ne sont pas transposition au Maroc de l'AMAP (Aide Christophe Guguen

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