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34-58 17/12/08 21:03 Page 50 ECONOMIE • L’AVENIR DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE AU MAROC Du bio dans

ECONOMIE

L’AVENIR DE L’AGRICULTURE BIOLOGIQUE AU MAROC

Du bio dans nos assiettes

L’agriculture biologique marocaine est encore largement tournée vers l’exportation. Mais à côté des produits estampillés AB, destinés à l’Europe, de nouveaux schémas de production et de distribution se mettent progressivement en place.

En 2007, plus de 7.000 tonnes de produits bio marocains ont été exportés vers l’Union
En 2007, plus de 7.000 tonnes de produits bio marocains ont été exportés vers l’Union Européenne.
© Ph.DR

P rimeurs, agrumes, plantes aromati-

ques et médicinales, huile d'olive,

câpres, safran, huile d'Argan: les pro-

duits “bio” made in Maroc ont trouvé leur place sur les étals européens. Aujourd'hui, entre 200 et 300 opérateurs marocains cul- tivent des surfaces certifiées bio à travers le Royaume. Près de 7.000 hectares au total, auxquels on peut ajouter les 100.000 hecta- res de forêts d'arganier. Afin d'obtenir le précieux label AB (agricul- ture biologique), indispensable pour accé- der aux marchés européens, les producteurs marocains doivent faire appel à des organis- mes privés de contrôle et de certification. Ces derniers vérifient que les terres ne sont pas

polluées par divers produits chimiques et que les exploitants respectent un cahier des charges strict, notamment l'utilisation d'in- trants (engrais et pesticides) autorisés. En 2007, plus de 7.000 tonnes de produits bio marocains ont été exportés vers l'Union Européenne, en France principalement. Les tomates et les courgettes bio, cultivées dans la région du Souss, sont les primeurs les plus prisés par les consommateurs euro- péens. Le marché mondial des produits bio, estimé à 38,6 milliards de dollars, est en pro- gression constante depuis plusieurs années. Avec une croissance de 20% par an, les exportations marocaines suivent la même tendance.

50 MAROC HEBDO INTERNATIONAL N°819 du 19 au 25 décembre 2008

HEBDO INTERNATIONAL ❘ N°819 du 19 au 25 décembre 2008 Cependant, un certain nombre de facteurs

Cependant, un certain nombre de facteurs empêchent le Maroc de développer sa pro- duction bio à plus grande échelle. A com- mencer par le rôle de l'Etat marocain qui, contrairement à la Tunisie, n'apporte aucun soutien à la filière. «Il n'y a pas de subven- tions, pas de facilités, pas de support pour les agriculteurs bio», dénonce Lahcen Kenny, enseignant chercheur à l'Institut agronomi- que et vétérinaire Hassan II à Agadir. «On n'est pas du tout dans cette dynamique de promotion de l'agriculture biologique, que l'on retrouve pourtant dans la plupart des autres pays. Il faut mettre en œuvre d'une véritable stratégie nationale». Le plan Maroc Vert va-t-il remédier à cette situation ? Du côté du ministère de l'Agricul- ture, on affirme que les cultures bio, grâce à la valeur ajoutée significative qu'elles procu- rent, entrent dans le cadre du Plan au niveau de la reconversion, de l'intensification et de la diversification de certaines cultures.

Certification

Reste à savoir quels moyens concrets vont être mis en œuvre pour développer la filière, mais aussi pour toucher un plus grand nom- bre d'agriculteurs. En effet, la production labellisée bio ne concerne pour l'instant que les grands opérateurs, entreprises ou coopé- ratives. Selon la surface à contrôler, le coût de la certification par un organisme privé étran- ger se situe «entre 1.000 et 2.000 euros par an», indique Valérie Bernard, responsable au Maroc d'Ecocert, principal organisme français de certification. Trop coûteux pour les petites et moyennes exploitations familiales. Un projet de label bio marocain est bien dans les cartons du gouvernement depuis quel- ques années, avec comme objectif principal de réduire les coûts de certification, mais le texte semble s'être “perdu” dans le circuit d'approbation.

de réduire les coûts de certification, mais le texte semble s'être “perdu” dans le circuit d'approbation.

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34-58 17/12/08 21:03 Page 51 Le marché national, encore à l'état embryon- naire, est pourtant prometteur.

Le marché national, encore à l'état embryon- naire, est pourtant prometteur. «Au Maroc, beaucoup de gens cherchent le produit natu- rel, explique Lahcen Kenny. Avec le « beldi », les Marocains ont déjà le reflexe culturel d'avoir recours à des produits sains, de qua- lité. Mais pour traduire cette demande au niveau économique, c'est autre chose».

Hérésie

Outre la mise en place d'une réglementa- tion spécifique, développer l'offre nationale nécessite un travail en amont, sur les quan- tités produites et sur les prix. Si les produits bio labellisés coûtent plus cher que leurs équivalents traditionnels (de 10 à 20%) et sont actuellement réservés aux classes socia- les les plus aisées, d'autres schémas de pro- duction, plus solidaires et abordables, sont

L’Etat marocain n’apporte aucun soutien à l’agriculture biologique.

envisageables. On sort alors du concept d'agriculture biologique pour entrer dans celui, moins connu, d'agro-écologie. La dif- férence? «L'agriculture bio s'appuie unique- ment sur les labels, sans forcement reconnaitre une pratique écologique globale. L'agro-écologie, en revanche, revendique une agriculture familiale rentable et adap- tée à l'environnement local», explique Lucile Zugmeyer, coordonnatrice au Maroc de l'as- sociation Terre et Humanisme. «Les pres- sions sur l'eau et les sols sont très fortes, poursuit la jeune femme. Dans la région du Souss, les cultures intensives de primeurs épuisent les nappes phréatiques. On observe déjà un déplacement des activités plus au nord, à la recherche d'eau. A quoi sert de cultiver des tomates bio sous serre à destina- tion de l'Europe, alors que la sécurité ali- mentaire n'est pas garantie ici?». Puisque les labels bio européens ne sont pas

adaptés aux petites exploitations marocai-

au

Maintien de l'Agriculture paysanne), qui

nes, un autre processus de labellisation pour- rait voir le jour: le système de garantie participative (SPG).

rencontre un gros succès en France. Le prin- cipe est simple: les consommateurs urbains deviennent partenaires d'une exploitation

Développé avec succès dans plusieurs pays du monde, notamment au Brésil et en Inde,

agricole locale. Ils achètent à l'avance, et pour une période fixée, une part de la production.

le SPG est un système de certification qui

Ils

bénéficient ensuite chaque semaine d'un

associe toutes les parties prenantes locales (producteurs, consommateurs, techniciens

panier de produits frais, garnis en fonction de la production saisonnière de l'exploita-

conseils, ONG, universités, etc.) sur des cri- tères retenus en fonction des caractéristi-

tion, et répondant aux critères de qualité agro-écologiques.

ques de l'environnement écologique et socio-économique immédiat.

Panier

Le but: encourager la production à petite

Le

producteur, lui, s'assure un revenu garanti

échelle et les initiatives de commercialisa-

et

pérennise son activité. Ce « Partenariat

tion alternatives, locales et si possible direc-

Producteurs agro-écologiques- Consomma-

© Ph.Dr
© Ph.Dr

tes, à travers lesquels les consommateurs peuvent identifier les produits, leur origine et leur qualité. Contrairement au label AB, qui n'apporte ni transfert de connaissances ni appui technique aux producteurs, le SPG met l'accent sur la construction de réseaux de soutien et d'échange interprofessionnels.

Changement

Grâce à ce système, l'approvisionnement local des petites et moyennes villes devient possible. Pour une mégalopole comme Casablanca, en revanche, il faut « repenser » le concept d'agriculture périurbaine. Des ini- tiatives allant dans ce sens ont déjà été lan- cées à Rabat et Casablanca. Il s'agit de la transposition au Maroc de l'AMAP (Aide

teurs » (PPAC), a débuté au printemps 2007 à S'houl-Rabat et bénéficie déjà à plus de 45 familles de consommateurs.

A Casablanca, une expérience pilote a été

lancée par l'association Terre et Humanisme avec le Jardin pédagogique de Dar Bouazza.

A terme, ce PPAC doit être alimenté entiè-

rement à partir de la production maraîchère fournie par un collectif de producteurs tota- lisant environ 2 hectares de terrain, et four- nissant au moins 80 familles (seuils de rentabilité économique pour les producteurs, sur la base d'un panier à 150 dirhams). Ces initiatives, certes modestes, ont déjà fait des petits : d'autres PPAC sont sur le point d'être créés à Meknès et Marrakech.

Christophe Guguen

N°819 du 19 au 25 décembre 2008 MAROC HEBDO INTERNATIONAL 51

à Meknès et Marrakech. Christophe Guguen N°819 du 19 au 25 décembre 2008 ❘ MAROC HEBDO