Vous êtes sur la page 1sur 9

Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres

__________________________________________________________________________________

Chapitre 8 :
VOILEMENT des AMES des POUTRES

1. DESCRIPTION DU PHÉNOMÈNE

La ruine par voilement local survient dans les pièces constituées par des parois minces
comme c’est le cas des profilés métalliques. En effet, les semelles et âmes des profilés
métalliques se comportent comme des plaques minces. Une plaque mince est un corps plan
dont les dimensions dans ce plan sont très grandes vis à vis de l’épaisseur. L’étude de la
stabilité des semelles et âmes des profilés métalliques se ramène donc à l’étude de la stabilité
des plaques minces.
Le voilement d’une plaque chargée dans son plan moyen se manifeste par l’apparition
à un niveau de charge donné, de déformations bidimensionnelles (déplanations) importantes
de la plaque hors de son plan, sous l’effet de contraintes de compression ou de cisaillement.
Les figures ci après représentent, les divers modes élémentaires de voilement possibles pour
des chargements différents, dans le cas de plaques simplement appuyées aux 4 bords (à leur
périphérie) :

a) Compression pure :

- Figure 1 –Voilement par compression

b) Flexion pure :

- Figure 2 –Voilement par compression

1
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

c) Cisaillement pur :

- Figure 3 –Voilement par cisaillement

e) Les combinaisons des chargements précédents provoquent aussi le voilement.

La déformée d’une plaque sollicitée par des actions situées dans son plan moyen, peut
rappeler la déformée de flexion d’une plaque chargée perpendiculairement à son plan moyen,
ou au contraire avoir l’aspect d’ondes successives.

II. THÉORIE LINÉAIRE DU VOILEMENT ÉLASTIQUE

2.1 RAPPEL SUR LA FLEXION DES PLAQUES

- Figure 4 -
L’équation fondamentale des plaques fléchies est :

 4 w  4 w  4 w
D   4  2 2 2  4    p x, z
 x x y y 
où:
 p(x, y) est la charge par unité de surface, ou, si l’on préfère, la pression exercée par
la charge (parallèlement à l’axe oz) sur la plaque;
 D représente la rigidité de la plaque et a pour valeur :
E  e3
D
121   2 

2
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

 E et  sont respectivement le module d’élasticité et le coefficient de poisson du


matériau constituant la plaque (pour l’acier : E=21000 daN/mm2 et =0,3)

2.2 Analyse des plaques uniformément chargées dans leur plan

Soit la plaque rectangulaire, articulée sur ses quatre bords, de la figure 5. En


considérant le voilement comme un phénomène d’instabilité par bifurcation de l’équilibre, on
peut calculer la valeur de la contrainte critique de voilement élastique cr en se basant sur les
hypothèses suivantes :
 la plaque est initialement parfaitement plane;
 les déformations hors du plan de voilement sont faibles;
 la plaque est sollicitée par des charges agissant dans son plan moyen;
 le matériau est infiniment élastique.

- Figure 5 -
Considérons une courbe w=f(x) , soit j un point quelconque de cette courbe. Soit
Nx=x.e un vecteur parallèle à l’axe des x.

- Figure6 -
La projection sur la normale à la courbe en j, du vecteur Nx est Nx(dw/dx) et si Nx est
constant, la variation de cette projection quand la point j se déplace sur la courbe, son abscisse
variant de dx est:
d 2w d 2w
Nx  x e 2
dx 2 dx

En considérant l’état d’équilibre de la plaque déformée (équilibre indifférent), on peut écrire


l’équation différentielle suivante:

 4 w  4 w  4 w d 2w
D  2   
x 2y 2 y 4 
e
 x
4 x
dx 2
3
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

En supposant que la plaque se déforme selon une surface de forme sinusoïdale représentée par
l’équation :
mx y
w  A  sin sin
a b

où m est un nombre entier positif qui représente le nombre de demi-ondes dans la plaque, dans
la direction des x (figure 7). Il y a une seule demi-onde dans la direction perpendiculaire y.

- Figure 7 -

On peut alors calculer la contrainte critique de voilement élastique :

m    2E  e
2 2

cr      
  m  12 1   2   b 

=a/b : appelé «coefficient d’aspect».

En définissant le coefficient de voilement k par :

m  
2

k   
 m

et la contrainte critique de référence de voilement :

 2 E  e 2
ev   
12 1   2   b 

la contrainte critique de voilement élastique peut s’exprimer ainsi:

cr  kev
La valeur de m conduisant au minimum du coefficient k dépend de . Les variations
du coefficient k, utilisé pour le calcul de cr , en fonction du coefficient d’aspect  sont
représentées en trait plein sur la figure 8 ci dessous.

4
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

- Figure 8 -

On peut représenter la courbe en trait plein de la figure 8 par les expressions suivantes :
 <1  k = [(1/) + ] 2
 1  k = 4

2.3 Coefficient de voilement

Le cas de la plaque articulée sur ses quatre bords et simplement comprimée peut être
considéré comme le cas fondamental de voilement. Il est possible d’établir les courbes k=f()
pour d’autres cas de sollicitations (contraintes normales variant le long du bord,
cisaillement,...) et pour d’autres conditions de bord (bord libre, encastré), en intégrant
l’équation différentielle relative à chaque cas.

2.3.1 Influence des conditions de bord

Le cas de la plaque rectangulaire articulée sur ses quatre bords ne constitue qu’un cas
particulier d’éléments pouvant être sensibles au phénomène du voilement; d’autres conditions
de bord sont possibles. Le type de condition de bord à introduire dans le calcul dépend du
comportement réel du bord de la plaque, qui est influencé par sa liaison avec les éléments
adjacents. Pratiquement, les plaques ne sont jamais parfaitement articulées ou encastrées,
étant donné qu’elles constituent en général les parois d’éléments de construction. Pour un
profilé laminé par exemple, il existe en réalité un certain encastrement de l’âme dans les ailes.
On admet souvent, par mesure de simplification, que ces éléments plans sont articulés sur
leurs bords appuyés, ce qui est une hypothèse conservatrice.
Les coefficients de voilement de plaques comprimées dans une direction, dont les
bords parallèles à la direction de la sollicitation sont une fois simplement appuyés et une autre
fois encastrés, sont comparés à la figure 9. Cela met en évidence que plus une plaque est tenue
rigidement sur ses bords, plus elle résiste au voilement (elle a un coefficient de voilement plus
élevé). Il est possible de faire l’analogie avec une barre comprimée encastrée à ses deux

5
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

extrémités, dont la charge critique de flambement est plus élevée que celle de la même barre
mais articulée.

- Figure 9 -

2.3.2 Influence du type de sollicitation

Les contraintes normales dans une plaque peuvent être dues à la traction, à la
compression ou à de la flexion. Pour les plaques soumises à des contraintes de traction, il n’y
a pas de problème d’instabilité. Mais dès qu’une partie de la plaque est comprimée, il y a
danger de voilement. Ce danger s’accroît au fur et à mesure que la zone comprimée augmente,
ce qui se traduit par une diminution du coefficient de voilement.
La figure 10(a) montre la variation du coefficient de voilement k d’une plaque
articulée sur ses quatre bords pour les cas suivants :
 compression pure (courbe  identique à celle de la figure 8), où l’on a kmin=4,
 flexion pure (courbe ), pour laquelle on a kmin=23,9.
La courbe  de la figure 10(b) montre quant à elle la variation du coefficient de voilement
kmin en fonction du rapport  des contraintes extrêmes dans le cas de la flexion composée. On
y retrouve les valeurs de kmin=4 et 23,9 correspondant respectivement à la compression pure
et à la flexion pure.
Pour une plaque cisaillée, l’état déformé de la plaque permet de voir qu’il se forme
une bielle comprimée et une bielle tendue (figures 3 et 10(a)). Le voilement peut alors être
assimilé au «flambement» de la bielle comprimée hors du plan de la plaque, la bielle tendue
contribuant à l’effet de membrane. Le coefficient de voilement pour ce cas de sollicitation est
donné à la figure 10(a) par la courbe .

6
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

- Figure 10 -

III. VERIFICATIONS DU VOILEMENT DES PAROIS SELON LES REGLES EC3


L’eurocode EC3, traite séparément le voilement par compression des parois des
éléments et le voilement par cisaillement des âmes des poutres.

31. Voilement par compression des parois des éléments


Ce mode de voilement est pris en considération dans les critères de classification des
sections transversales des éléments et dans les différentes formules de vérification de
résistance associées aux différentes classes de sections transversales.

32. Voilement par cisaillement des âmes des poutres


Ce mode de voilement doit être vérifié de façon explicite. La résistance des âmes des
poutres au voilement par cisaillement peut être vérifiée par l’une des 2 méthodes
suivantes
- la méthode post critique simple.
- la méthode du champ diagonal de traction.

La méthode post critique simple est applicable aux âmes de poutres à section en I,
avec ou sans raidisseurs transversaux intermédiaires, à condition que l'âme soit munie
de raidisseurs transversaux au droit des appuis. Pour les poutres raidies ayant des
coefficients d’aspect a/b 3, la méthode place largement en sécurité.
Seule la méthode post critique simple, qui a un domaine d’application qui couvre celui
de la méthode du champ diagonal et donc plus large sera développée ci après.

On doit vérifier les 3 points suivants:


-vérification de l’âme au voilement par cisaillement
-vérification des raidisseurs transversaux flambement hors plan.
-vérification des soudures

7
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

Domaine d’application
Les règles sont applicables aux poutres à âme non raidie transversalement (avec
raidisseurs uniquement au droit appuis et sans raidisseurs transversaux intermédiaires)
et aux poutres à âme raidie transversalement (avec raidisseurs transversaux au droit
des appuis + raidisseurs transversaux intermédiaires).
Les règles ne traitent pas le voilement des poutres dont l’âme est raidie
longitudinalement.

La résistance d'une âme au voilement par cisaillement dépend:


* de la minceur de l’âme mesurée par le rapport hauteur/épaisseur ( d/tw )
(d : distance entre nus intérieurs des semelles et tw.: épaisseur de l’âme).
* et du coefficient d’aspect a/d. ( a :espacement libre des raidisseurs intermédiaires).

Critère de vérification
La résistance au voilement par cisaillement doit être vérifiée lorsque le rapport d/t w
satisfait à l’inégalité suivante
- d/tw  69  pour les poutres dont l’âme n’est pas raidie (sauf sur appuis)
- d/tw  30 k pour les poutres dont l’âme comporte des raidisseurs
intermédiaires.
 : coefficient de limite d’élasticité. Il est donné par la relation = 235/fy
k : coefficient de voilement par cisaillement. Il est donné par les expressions
suivantes :
k = 5,34 âmes avec raidisseurs aux appuis et sans raidisseurs
intermédiaires.
k = 4 + [5,34 / (a/d)²] âmes avec raidisseurs aux appuis et avec
raidisseurs intermédiaires et lorsque a/d < 1
k = 5,34 +[ 4 / (a/d)²] âmes avec raidisseurs aux appuis et avec
raidisseurs intermédiaires et lorsque a/d  1.

où a désigne l’espacement libre des raidisseurs intermédiaires.


d est la distance entre nus intérieurs des semelles.

Il faut vérifier que l’effort tranchant sollicitant de calcul est inférieur, ou égal à
l’effort tranchant résistant de calcul:

VSd  Vba.Rd

Vba.Rd, effort tranchant résistant. Il est donné par la formule suivante


Vba.Rd = d.tw. ba / M1

8
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3
Charpentes métalliques Chapitre 8 : Voilement des âmes des poutres
__________________________________________________________________________________

où M1: coefficient partiel de sécurité relatif au matériau.


ba est la résistance post-critique simple au cisaillement.

La résistance post-critique simple au cisaillement ba est déterminée ainsi :


ba = fyw /  3 lorsque w  0,8
ba = [ 1 - 0,625 (w - 0,8)]( fyw /  3) lorsque 0,8 < w < 1,2
ba = [0,9 /w ](fyw /  3) lorsque w  1,2

La résistance post-critique simple au cisaillement ba est fonction de l’élancement


réduit de l’âme w. Cet élancement est déterminé par la relation suivante :
w =  (fyw /  3) / cr = (d/tw ) / (37,4  k)
avec cr : résistance critique élastique au voilement par cisaillement.
k : coefficient de voilement par cisaillement
Le coefficient de voilement par cisaillement k, introduit précédemment, est
fonction du coefficient d’aspect a/d .

De plus, les raidisseurs transversaux doivent être vérifiés au flambement hors plan
ainsi que les soudures.

Remarque:
Pour les produits sidérurgiques à profils IPE, HEA, HEB dont la hauteur de la section
est inférieure à 600 mm, constituant en pratique l’essentiel des profils utilisés en
structures de bâtiments, il est facile de s’assurer que la condition d/tw  69 ..est, en
général , vérifiée. Ce qui signifie que le voilement des âmes des poutrelles standards
n’est pas à craindre et donc que sa vérification n’est généralement pas nécessaire.
Par contre pour les poutres reconstituées par soudage PRS, la vérification du
voilement de leur âme est nécessaire.

9
___________________________________________________________________________
ENSTP /DMS / DIB / S3

Vous aimerez peut-être aussi