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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ?

Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Introduction

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

L'ouverture de l'Année Européenne du Dialogue Interculturelle, le 13 et 14 Mars 2008 peut


nous permettre de revenir sur l'état des pratiques et des théories liées à l'interculturalité et
pourquoi pas proposer des projets innovants visant à valoriser les pratiques nombreuses et
variées qui se déploient dans ce secteur d'activité sur nos territoires. Rennes, par exemple est
une ville largement cosmopolite. Elle s'est nourrie de l'arrivée de populations aux origines
diverses qui ont enrichi le patrimoine immatériel et culturel de la cité. En retour, la ville les
encourage à faire profiter les citoyens de cette richesse. Beaucoup d'associations se sont
créées et elles s'expriment dans différents secteurs d'activités. D'abord dans le secteur socio-
culturel à l'instar de l'union des associations interculturelles de rennes (UAIR). Cette
organisation sera au cœur de notre étude.

A Rennes, l'interculturel s'exprime aussi dans le domaine du social, de nombreuses


associations issues du moule traditionnel de l'éducation populaire se sont muées sous des
formes interculturelles. Beaucoup de structures comme la Maison des Squares, où la Réussite
Educative mènent des actions de cette teneur. Il existe donc un véritable dynamisme dans le
champ associatif et pédagogique de la ville. Cette vitalité s'exprime aussi à l'international. La
Maison Internationale de Rennes (la MIR) gère de nombreux flux de communication
interculturels et internationaux. Elle aide plus de cent associations inscrites sur le territoire
rennais ou sur celui de son agglomération à créer des initiatives visant à la promotion des
cultures du monde et œuvre pour une meilleure interconnaissance des différentes populations
vivantes sur le territoire rennais. Elle soutient par exemple des actions de co-développement
en aidant les acteurs locaux à monter des projets.

Le dynamisme se retrouve également dans le domaine de l'enseignement supérieur qui


représente un secteur d'activité très important à Rennes, puisque un citadin sur cinq est
étudiant. Il existe donc une organisation appelée Europôle qui aide les étudiants et les
chercheurs étrangers à s'installer dans la cité rennaise et leurs proposent des animations pour
les inclurent plus facilement dans la vie de la cité. Le dynamisme interculturel a un caractère
bien marqué à Rennes. De manière plus générale, le bal des cultures du monde se perçoit dans
les multiples espaces urbains. La vie de quartiers, le métro, la rue sont le théâtre d'une vie
interculturelle intense et diverse qui reste toutefois à connaître et à reconnaître.

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A mon modeste niveau, je vais essayer de rendre compte de l'ensemble de ces


phénomènes en rajoutant toutefois une complexité supplémentaire. A mon sens, la notion
d'interculturel renvoie également à l'avènement d'un nouvel outil qui occupe quotidiennement
une place de plus en plus importante dans nos vies : internet. L'accès simple et rapide à des
contenus publiés ici et là à travers le monde a changé plus ou moins consciemment notre
perception du lointain et de l'altérité. Internet change aussi nos rapports au monde et à l'espace
social. La Ruche, un site proposé par l'association « Bug » représente bien les initiatives qui
commencent à émerger progressivement en parallèle du phénomène Web 2.0. Les premières
initiatives Web 3.0 ont également vue le jour à Rennes.

Le web change nos pratiques. D'abord, il y eut le mail, après les t'chats, maintenant les
blogs, les wikis, les réseaux sociaux. Tout cela entraîne des changements de perception de
l'Altérité. Internet est un objet interculturel par essence. Nous essayerons donc d'étudier cette
dimension et de voir comment adapter des évolutions très récentes, encore largement coupées
du monde des acteurs de terrain, pour voir quelles nouvelles dynamiques pourraient être
créées au niveau local avec les technologies de l'information et de la communication.

Cet axe de réflexion va être au cœur de l'étude. Celle-ci va chercher les moyens pour
marier un interculturel réel qui s'exprime dans la ville et un interculturel idéal qui se construit
petit à petit sous l'impulsion des grandes instances comme l'UNESCO et l'Union
Internationale des Télécoms.

L'emploi des nouvelles technologies web et des logiciels libres s'inscrit en effet au
cœur des problématiques de l'organisation des nations unies pour l'éducation, la culture et la
science (UNESCO). Ce caractère s'affirme clairement dans le programme de mise en
application de la déclaration universelle sur la diversité cuturelle. Cet acte a fait l'objet d'une
convention en 2005. Elle a été signée par les cent quatre-vingt seize membres de
l'organisation. Ce document tout récent va venir changer petit à petit les pratiques et les
actions programmées pour valoriser les cultures du monde sur les territoires. Nous nous
inscrirons donc dans la lignée de ce paradigme pour traiter du sujet interculturel à Rennes.

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En parallèle, un autre grand mouvement vient interroger les process interculturels. La


construction de la société de l'information ne pourra prendre forme presque que par une entrée
interculturelle. Ce mouvement de fond impulsé par l'union internationale des Télécoms se
caractérise par la volonté de créer grâce aux technologies de l'information et de la
communication un avenir plus serein, plus prospère et plus inclusif pour toutes les nations du
monde grâce à un meilleur partage de l'information, de la connaissance et des savoirs. Ce
mouvement vient aussi de commencer. Les acteurs internationaux se sont mobilisés entre
2003 et 2005, une activité qui s'est inscrite dans le temps et l'espace par l'organisation des
sommets mondiaux sur la société de l'information (SMSI). Ce mouvement représente le
deuxième axe contextuel de référence pour ce document.

Les instances européennes et le gouvernement français se mobilisent eux aussi pour la


mise en route de ces deux grands mouvements impulsés par les instances du macro-niveau,
notamment avec l'organisation de l'Année Européenne du Dialogue Interculturelle (AEDI)
pour l'Union Européenne et par l'ouverture de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration
en 2007, plus une campagne de labellisation de projets interculturels dans le cadre de cette
même année pour le gouvernement français. Toutefois, nous verrons que les relations
entretenues avec l'interculturel sont très complexes à saisir dans ces deux cadres de pensée.
Les tensions sont apparentes, elles se cristallisent sur des problèmes bien précis.

Les temps que nous vivons sont paradoxaux, d'un coté, on assiste à une véritable
volonté de valoriser l'interculturel, parce que la peur du choc des cultures a poussé à prendre
en compte ce phénomène de manière politique, et d'un autre coté, on voit que la question de
l'ouverture culturelle se brise sur les remparts d'une Europe, et des États surprotecteurs de
leurs territoires. Ici réside, l'une des principales complexités de l'interculturel.

Ce n'est pas la seule, au niveau scientifique, l'appréhension de la notion


« interculturel » s'avère également extrêmement compliquée à saisir. L'interculturel n'est pas
une science mais plutôt un paradigme. Il n'existe pas de définition précise. Selon les
spécialistes comme Jacques Demorgon, l'interculturel n'existe pas ! Il pourrait être considéré
au mieux comme une philosophie du vide médiant. Autrement dit, il ouvre vers de multiples
pistes d'études qui s'expriment dans beaucoup de disciplines académiques comme la

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communication, le management, la pédagogie, la sociologie ou encore le cinéma.


L'interculturel est donc plus une interdiscipline qui recèle de multiples approches, d'où la
réelle complexité pour proposer une définition claire de cette notion.

Globalement, le sens de la notion « interculturel » est asymétrique, elle renvoie à un


ensemble particulier de la population. Nous montrerons à cet égard qu'il faut « oublier »
l'essence des analyses qui ont eu court depuis la fin des années 70 et durant les années 80 et
90. A cette époque beaucoup de travaux étaient basés sur la mise en avant de la différence
culturelle. Ils ont donc conduit à une ethnicisation des comportements. Ce qui est venue
politiquement soutenir la thèse du handicap et tout un tas de conceptions ethnocentrées.
Depuis, l'idée « interculturel » a avancé, elle se limite de moins en moins à des approches
basées sur la nationalité. Elle questionne différents ensembles sociaux.

En effet, le paradigme connaît un renouveau depuis le début des années 2000. Toute
la problématique tourne autour de la notion d'« homme pluriel » développée entre autres par
Charles Taylor1, universitaire et philosophe canadien. L'idée est que chaque homme possède
et participe à la construction de plusieurs cultures à la fois. L'être ne peut donc s'énoncer que
comme interculturel. Ce nouveau paradigme ne manque pas d'applications dans le domaine
des sciences sociales. Il sera régulièrement évoqué car c'est vraiment cette notion qui s'inscrit
au cœur de la démarche interculturelle.

En revanche, si le paradigme interculturel semble bien se stabiliser en ce début de XXI


e siècle. Il reste largement coupé de la vie des acteurs de terrain qui ont bien vue dans les
années 80, 90, les effets catastrophiques d'une approche stigmatisante des notions liées à
l'interculturel.

Le troisième point de complexité pour l'interculturalité se révèle dans le champ social


et technologique. La méconnaissance à l'égard des cultures du monde continue à se déployer
car les personnes d'origines différentes ne se connaissent pas. Ainsi, les individus ne cessent
de reproduire des stéréotypes. A ce titre, l'interculturel réclame plutôt une approche
universelle. Il doit se comprendre avant tout comme un process d'ouverture à l'altérité.

1
Charles Taylor, Multiculturalisme. Différence et démocratie, Aubier, Paris.

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L'interculturalité demande donc à développer certaines compétences notamment en matière de


communication, d'écoute, de découverte et de reconnaissance de l'Altérité. Les TIC peuvent
aider à résoudre une partie des problèmes mais là encore, la « complexité » technologique
« ne permet pas » de médiatiser les actions du local. Les technologies du web 2 ou 3 et les
logiciels libres portent des alternatives intéressantes à fort potentiel interculturelles. Mais pour
l'heure, les collectifs restent largement coupés de ces phénomènes. Leur utilisation n'est pas
du tout systématique. Par conséquent, nous chercherons les voies d'une adaptation au contexte
local rennais.

Cette question sera au cœur de notre problématique. Il existe une réelle fracture sociale
numérique. Nous essayerons donc de voir pourquoi la discipline communication semble
appropriée à la résolution de certaines controverses interculturelles.

Avant de présenter plus précisément, la problématique et de détailler le plan du


document. Nous allons revenir sur la méthodologie d'appréhension du sujet et certaines
limites du mémoire.

Pour réaliser ce travail, j'ai suivi une méthodologie participative. Je m’inscris donc
dans des perspectives ethno-méthodologiques à l'instar des auteurs de l'école de Chicago.
Concrètement, en Septembre 2007, j'ai rencontré Vilma Rouiller, présidente brésilienne de
l'association interculturelle Mascarade située au Blosne. Elle m'a demandé de les aider à
réfléchir à une stratégie de communication pour mieux faire connaître les actions de
l'association. J'ai donc commencé à m'intéresser au sujet de la communication interculturelle.

Dans un premier temps, au premier semestre, les enseignements de Maryse Carmes sur
l'e-organisation et les phénomènes qui y sont liées, ainsi que son aide méthodologique et
théorique sur des sujets comme la sociologie de la traduction m'ont largement aidé à
conceptualiser l'approche de ce mémoire. En tant que co-directrice, elle a joué un rôle
important dans la réalisation de document. Sur le plan stratégique et épistémologique, les
cours de Christian Le Moënne m'ont aussi beaucoup aidé à réfléchir à mon sujet.

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Au second semestre, la dynamique s'est accélérée. Monsieur Alain Calmes, spécialiste


en communication interculturelle, en anthropologie et en sociologie m'a aidé à préparer le
contenu de ce mémoire. Ses documents, notamment celui sur la « communication
interculturelle »2 m'a aidé à comprendre les spécificités théoriques de cette « discipline » des
sciences de l'information et de la communication.

Ma perception du sujet a également été largement conditionnée par ma participation au


colloque d'ouverture de l'Année Européenne du Dialogue Interculturel au siège de l'Unesco à
Paris, le 13 et 14 Mars dernier. Il m'a permis d'avoir un large éclairage sur les différentes
questions liées au paradigme interculturel grâce à l'intervention de nombreux spécialistes
comme Tzvetan Todorov et Jacques Demorgon. Il m'a permis de compiler des notes et m'a
donné accès à la littérature de pointe.

J'ai également rencontré trois fois Agnès Saglio, responsable projet à l'union des
associations interculturelles de Rennes pour avoir une meilleure connaissance du « milieu
associé » gravitant dans l'orbite de cette union associative. Cela m'a permis de faire quelques
constats simples et de mieux connaître les autres acteurs du milieu comme la Maison
Internationale de Rennes que j'ai appelé par téléphone, ainsi que la Maison des Squares. J'ai
également participé « aux rencontres interculturelles » organisées au « 4 bis » par l'Europôle.

Par ailleurs, j'ai pu apprécié les problématiques liées à l'essor du web 2.0 en participant
à quelques réunions comme le workshop « musée 2.0 » à Beaubourg dans le cadre de ma
formation aux concours du patrimoine. Le lendemain de ce premier rendez-vous, je suis allé
aux Champs-Libres à Rennes pour assister à un café-carrefour des possibles. Cela m'a permis
de rencontrer Thomas Renault, Pierre Tremembert et les porteurs de projet web 2.0 de la
région rennaise.

J'ai ensuite recontacté, Thomas, responsable de la mission numériques (MINUM). Il


m'a invité au forum des usages coopératifs qui s'est tenue à Brest le 9, 10 et 11 Juillet 2008.
Ce forum a été une source importante d'inspiration.

2
Calmes Alain, « éléments de communication interculturelle », 1996

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Ma veille stratégique avec l'agrégateur de flux Netvibes m'a également permis de


suivre l'actualité des nouvelles technologies. Par exemple, celle de la Fondation Internet
Nouvelle Génération3 (FING) publié dans le journal « Internet Actu »4, en particulier les
initiatives liées au projet « ville 2.0 ». Cela m'a permis de comprendre et de mieux connaître
les logiques qui sont liées au développement et à la mise en place publique des technologies
de l'information et de la communication.

Même chose pour le blog des managers 2.0 5, le site @-Brest reliant les animateurs des
points publics d'accès à Internet, (les Papi brestois, ils fêtent leurs dix ans !), le site du Môle
Armoricain de Recherche sur la SOciété de l'information et les Usages de l'INternet
(M@rsouin)6 , celui de CRéATIF7 concernant l'accès public et l'appropriation citoyenne des
nouvelles technologies de l'information et bien sur le portail des TIC en Bretagne « Bretagne
20 » m'ont permis de mieux cerner mon sujet. J'ai complété l'ensemble de ces recherches par
des lectures choisies d'abord des articles par exemple celui de Bruno Latour, «whose
cosmos, which cosmopolitics Comments on the peace termes of Ulrich Beck »8 ou encore le
rapport de Benjamin Boulay9 plus des ouvrages tels que ceux de Jacques Demorgon
« l'interculturation du monde »10 et « critique de l'interculturel ».11

Tout ce process m'a conduit à choisir une problématique et une approche capable de
combiner les deux aspects, celui du renouveau théorique du paradigme interculturel dans le
contexte de la mondialisation et de la construction européenne et celui de l'essor social et
organisationnel des technologies web et logiciels libres. J'ai donc choisi de formuler ma
problématique de la manière suivante :

3
http://www.fing.org/
4
http://www.internetactu.net/
5
http://b-r-ent.com/
6
http://www.marsouin.org/
7
http://www.creatif-public.net/
8
LATOUR Bruno, «whose cosmos, which cosmopolitics Comments on the peace termes of Ulrich Beck »,
Common Knowledge, vol.10,Issue 3,p.450-462
9
BOULAY Benjamin, L'interculturel en France : orientation des débats scientifiques (2000-2007)
10
DEMORGON Jacques, l’interculturation du monde, anthropos, 2000
11
Voir bibliographie

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« Pourquoi une psychologie sociale cognitive tournée vers l'appropriation sociale des
NTIC peut-elle espérer « dépasser » l'interculturel existant ? »

L'idée ici est plutôt simple. Mon objectif est de faire converger deux grandes
problématiques, les questions d'usages liées à l'appropriation des nouvelles technologies de
l'information et de la communication et les spécificités « interculturel », questions des langues
et volonté d'aller vers une société de l'information et de la connaissance partagée tout en
impliquant les acteurs. L'idéal de communication que j'exprime renvoie plus à la
méthodologie que j'adapterai pour réussir dans le projet envisagé en dernière partie.

Pour répondre à ce vaste programme, j'ai choisi de me placer dans une méthodologie
empruntée à la sociologie de la traduction. Une approche proposée par le centre de recherche
de l'école des mines dont les principaux acteurs sont Madelaine Akrich, Bruno Latour et
Michel Callon. Cette théorie est très intéressante, elle supporte l'étude et vient questionner les
approches classiques de l'interculturel en accordant une place importante aux techniques. Elle
nous pousse entre autre à penser tous les phénomènes comme égaux à l'intérieur d'un réseau,
donc, elle ne recoupe pas les théories initiales du paradigme, ce qui m'a poussé à chercher les
voies d'un approche systémique et compatible de la communication interculturelle en fonction
de la particularité de ce sujet.

Par ailleurs, j'ai pris le parti de me consacrer essentiellement au contexte rennais même
si le document ne manque de se décentrer pour évoquer les grands mouvements de
construction en émergence et le contexte général de l'interculturel en France.

Ce travail n'évoque qu'une partie du tissu associatif et organisationnel qui structure les
relations interculturelles et internationales. Cette étude a des limites certaines. Par exemple, il
ne sera pas question une seule fois des actions du ministère des affaires étrangères. Les
constats faits dans le contexte rennais ne sont pas non plus applicables à l'ensemble des villes
du territoire français. J'ai travaillé sur un corpus qui s'est révélé progressivement tout au long
de l'année. Il ne peut pas être considéré comme exhaustif mais donne un bonne aperçu de la
question interculturel pour Rennes.

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Au delà, de ces premières limites, j'ai conscience que ma connaissance du sujet est
contrainte dans le temps. Chaque jour de l'année ma perception a évolué grâce aux recherches
et aux entretiens. Le texte reste donc à aborder en fonction de ma rationalité tout à fait limitée.

Pour répondre à la problématique, je vous propose de suivre un plan évolutif emprunté


en grande partie à la sociologie de la traduction.

Dans la première partie du travail, nous étudierons plus en détail, les tenants et les
aboutissants de cette théorie. Nous la mettrons ensuite en application pour saisir l'expression
interculturelle à Rennes. Puis, nous conclurons ce premier chapitre intitulé « Rennes, cité
cosmopolite à la croisée des possibles » par une mise en perspective des grands projets de
société en construction, à savoir la mise en place du paradigme : diversité culturelle, dialogue
interculturel et développement durable pour constater sa congruence avec le mouvement
impulsé par l'ONU et soutenu par l'union internationale des télécoms (ITU); celui de la
construction de la société de l'information devant déboucher sur une société de la
connaissance et des savoirs partagés.

Ce premier chapitre sera suivi par l'étude des controverses, d'abord nous soulèverons
les questions historico-politique qui sont déterminantes dans l'appréhension du paradigme
interculturel. Ce point sera complété par un second niveau d'analyse qui correspond à une des
grandes difficultés de l'interculturalité, à savoir la dichotomie entre recherche et action. Puis,
nous finirons ce tour d'horizon des controverses par une mise en lumière des problèmes
sociaux et techniques liés à la pratique de l'interculturel tel que l'UNESCO et la construction
de la société de l'information nous y poussent. Ce qui nous amènera à définir le type de
communication qui peut servir à la création de ce nouvel interculturel. Cette partie vise à
démêler les nœuds épistémologiques qui se sont tissés au fil de l'évolution du paradigme.
Certaines approches ne sont pas compatibles avec la sociologie de la traduction mais des
étapes comme l'enrôlement des autres acteurs réseaux demande une approche un peu
différente en milieu interculturel. Cette partie va essayer de montrer laquelle.

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Dans un troisième chapitre, le travail sera beaucoup plus pragmatique. Nous


présenterons les nouvelles technologies et quelques phénomènes culturels et sociaux qui
émergent avec l'appropriation sociale des logiciels libres, du web 2.0 et 3.0. En effets, elles
provoquent l'essor de nouvelles philosophies qui se rejoignent pour créer les conditions
favorables à la mise en place et à la réalisation d'un paradigme de l’interaction et de
coopération. Ce qui nous permettra d'évoluer vers la présentation d'un projet capable de
« dépasser » l'interculturel existant. Il est présenté sous forme de proposition d'appel. Les
objectifs majeurs sont la valorisation du prochain festival « convergences culturelles » par la
mise à disposition d'un outil web 2.0 et une aide à la production de contenu avec une
formation aux « tournés-montés ».

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Chapitre 1
Rennes, territoire cosmopolite
à la croisée des possibles

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Mesurer l'intensité de la vie interculturelle à Rennes ou dans tout autre cité s'avère
extrêmement compliquée car l'interculturel reste avant tout une approche qui se définit en
fonction des expériences du quotidien. Ainsi, chaque personne au cours de son chemin de vie
construit ses propres représentations de l'altérité. Les déplacements dans la ville, la vie de
quartier, les activités culturelles et sociales engendrent un nombre important de rencontres
« interculturelles » qui structurent les imaginaires de chacun.

Intériorisés ces processus forgent un imaginaire individuel qui par contacts et échanges
devient collectif, commun.

Par nature, la ville est un lieu cosmopolite ou des personnes se rencontrent, échangent,
communiquent, s'apprécient; la ville est propice à la rencontre interculturelle. La dimension
cosmopolite s'y manifeste par de nombreux signes. Elle peut prendre forme à chaque instant
et peut avoir des effets et des causes diverses qui sont liées aux représentations que chacun
d'entre nous entretient avec l'altérité. L'interculturel est partout autour de nous, les esprits
éveillés n'ont pas de mal à voir que la ville peut se présenter comme un petit théâtre du monde
et que les échanges interculturels sont nombreux et se jouent par dizaine de milliers dans les
artères de la ville moderne. Chaque déplacement est potentiellement une source de situation
interculturelle. La ville a donc une dimension cosmopolite.

Elle n'en est pas moins difficilement mesurable. On constate également l'émergence
d'un nouveau niveau de complexité. La réalité interculturelle de la ville tend à connaître une
évolution majeure. Elle ne s'inscrit plus seulement dans les multiples interactions physiques
du cheminement urbain. L'arrivée du monde numérique apporte une nouvelle dimension pour
les personnes qui souhaitent mesurer le niveau interculturel de la ville. Cette nouvelle
dimension complexifie la quête de l'interculturel. Dans l'absolu, le net change notre
conception de l'altérité. Il n'est pas exagéré d'avancer que le web et l'interculturel participe de
la même logique. Ils ouvrent tous les deux un espace entre soi et le monde. Donc une bonne
étude sur l'interculturel ne peut plus se passer de cette dimension numérique tant les
changements qu'elle amène sont lourds de sens et de nouvelles réalités.

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Les technologies web changent la société et influent sur les imaginaires et les process
de rencontres et de relations à l'altérité. Communiquer instantanément avec l'autre bout du
monde n'est plus un obstacle. Cela provoque un changement important dans la perception du
lointain et de l'étranger. Une analyse de l'interculturel doit donc prendre en compte les
relations physiques de l'échange dans la ville ainsi que les facteurs numériques qui sont en
train de réinventer progressivement notre perception de la ville et de vie. Dans cette partie,
nous nous efforcerons donc de mettre en avant les multiples dimensions de l'interculturel dans
la cité, sans prétendre pour autant avoir la volonté d'être exhaustif.

Comme nous l'avons déjà noté, la réalité sociale et collective de l'interculturel dépasse
de loin l'entendant de tout à chacun. Le culturel et l'interculturel correspondent plus à des
liens, à des interactions, à des activités et à des imaginaires en constante co-construction
plutôt qu'à une atmosphère générale « subie » par chacun. Les personnes créent la culture du
collectif, ce n'est pas la culture qui formate les gens. La culture n'est pas en dehors des
individus, elle est à l'intérieur de nous et nous la co-construisons par nos interactions. Il en va
ainsi de l'interculturel et du cosmopolitisme.

Compte tenu de la complexité des manifestations engendrées par la vie citadine et


sociale, une approche épistémologique me semble appropriée pour rendre compte de
l'ensemble de ces interactions difficilement déchiffrables provoquées par la rencontre des
cultures. Les logiques de la sociologie de traduction peuvent nous aider à appréhender cette
complexité interculturelle de la ville de Rennes, dans ses formes sociales, dans ses
manifestations dans l'environnement de la ville, tout comme elle peut nous aider à développer
une nouvelle sensibilité interculturelle en plaçant au centre du projet les TIC.

Cette théorie est portée par le centre de sociologie de l'innovation de l'école des Mines
de Paris. Les principaux auteurs de cette école sont Madelaine Akrich, Michel Calon et Bruno
Latour. Elle semble bien appropriée pour approcher l'interculturel réel et complexe de la ville.

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À l'origine, les auteurs de ce mouvement se sont intéressés aux conditions de


production de la science et en particulier, à la construction des faits scientifiques en
laboratoire12. A partir de l'observation de la fabrication des faits scientifiques, ils ont
développé une approche qui se caractérise par une épistémologie radicale. Ils rejettent les
positions externalistes, rationalistes, les positions naturalistes comme le réalisme. Ils
s'emploient aussi à démontrer les limites de la sociologisation, c'est-à-dire le fait que la
connaissance scientifique de la société ne peut pas être compris comme la résultante des jeux
de pouvoir. Ils rejettent également la déconstruction parce que le relativisme induit par la
communication naît de l'illusion du locuteur et des jeux de langage. En s'écartant de ces
positions, ils veulent en finir avec les cloisonnements et reconsidérer le fait scientifique et
humain en fonction de la multiplicité des relations qui le constituent. Cette conception les
conduit à rejeter les approches qui séparent l'« humain » du « non-humain », et
conséquemment, la technologie de la sociologie.

I/ la sociologie de la traduction

La sociologie de la traduction repose en grande partie sur la théorie de l'acteur-réseau et la


compréhension des réseaux hétérogènes. Elle permet de prendre en compte les multiples
dimensions de la vie autant humaine que technique et permet de comprendre que
l'interculturel dépend d'une construction sociale et qu'il n'est pas du tout déterminée par la
société – la société n'existe pas- mais recèle d'une approche immanente.

1.1 La théorie de l'acteur-réseau

Pour ces théoriciens, la société ne doit pas être pensée en fonction des différents groupes qui
la composent mais plutôt sous forme de réseau -en un sens précis qui ne correspond pas
uniquement à celui du réseau Internet-. Dans leurs théories, ce qui fait le social, c'est

12
LATOUR Bruno et WOOLGAR Steeve, « Laboratory life », Sage Publication, 1979.

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l'association, c'est-à-dire l'ensemble des relations et des médiations13. Leur conception se veut
alors « symétrique » 14 et tout se trouve être d'égale importance pour l'analyse, que ce soit les
facteurs organisationnels, cognitifs, discursifs ou plus généralement, les facteurs « non-
humains ». Dans leurs conceptions, la relation autrement nommée association correspond au
résultat de l'interaction sociale. L'association s'exprime donc sous différentes formes. Elle
peut être physique, contractuelle, organisationnelle ou cognitive.

Pour le cas d'études, il faut donc chercher où se produit la connaissance interculturelle


à Rennes, sous quelles formes et quels sont les « actants » humains et non-humains engagés
dans ce processus de diffusion sociale. La sociologie de la traduction, nous invite à chercher
les lieux où s'élaborent les dynamiques interculturelles pour mieux comprendre leurs impacts
sur la ville. En cheminant ainsi elle nous propose de mieux saisir des notions complexes qui
sont en constante évolution comme le dialogue des cultures.

A Rennes, la connaissance interculturelle se manifeste par la vitalité d'un large réseau.


Les associations sont donc actantes au même titre que les lieux, les temporalités, les
technologies de l'information et beaucoup d'autres éléments. Le tout forme un ensemble dit
acteur réseau. Par exemple, la participation des membres aux activités associatives entraîne un
mécanisme de traduction de l'interculturel dans l'humain. Les connaissances intériorisées
circulent ensuite par transformations successives. Chaque individu propage son capital
« expérience- connaissance » dans son entourage. Ainsi, il n'y a aucune discontinuité dans
l'espace social. Il existe juste des univers en mouvement perpétuel qui sont très difficiles à
saisir car notre capacité cognitive se limite à notre champ de perception. Pour rendre compte
de l'interculturel, il faut donc retrouver le goût des associations. Le plus simple est donc de
s'intéresser aux actants à la fois les associations au sens organisationnel mais aussi aux outils
de communication ainsi que tous les paramètres qui peuvent rentrer en linge de compte dans
la diffusion de l'expression interculturelle.

13
LATOUR Bruno, Changer de société, refaire de la sociologie, la découverte, 2006

14
David Bloor, Knowledge and social imagery, London : Routledge & Kegan Paul, 1976

16
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les associations jouent un rôle important. Les personnes qui les dirigent, favorisent la
construction de l'interculturel. Les actions mises en place permettent de faire connaître les
différentes cultures qui composent notre territoire. Chaque homme enrichit progressivement
le pot commun de ses connaissances et la perception collective de l'altérite sans trouve
remodelée par la participation à des événements. La culture et l'interculturel sont en constante
émergence. Ainsi, il faut accorder une importance particulière aux actants évoluant dans un
réseau hétérogène fait d'humain et de non-humain

1.2/ Les réseaux hétérogènes

Le premier concept de la théorie de l'acteur-réseau est le concept de « réseau hétérogène ». Il


convient bien à la prise en compte de la richesse interculturelle de Rennes. En effet, la ville
considérée en tant que vaste réseau est composée d'éléments dissemblables et culturellement
hétérogènes. Donc, un actant, qu'il s'agisse d'une personne, d'un objet ou d'une organisation a
une importance égale au réseau. Tous peuvent propager des connaissances interculturelles. De
cette façon, on peut appréhender le social et l'interculturel comme étant dépendant d'une
relation effet-cause créé par des interactions successives d'actants hétérogènes. La
compréhension du réseau est donc centrale dans les théories liées à la sociologie de la
traduction. Les auteurs le définissent comme une « méta-organisation » rassemblant des
humains et des « non-humains » lesquels agissent soit comme médiateurs ou intermédiaires
les uns avec les autres.

Dans la théorie de l'acteur-réseau chacun joue pour l'autre, un jeu de traduction qui
implique toujours une transformation, c'est-à-dire une opération de traduction. Le processus
de traduction établit donc un lien entre des activités hétérogènes et rend le réseau intelligible.
Cette reconstitution du réseau passe généralement par l'analyse des controverses qui permet
de voir comment les acteurs traduisent leurs positions tout en nous faisant entrer dans les
débats qui construisent les faits pour ensuite se stabiliser. Ainsi, tous les échanges peuvent
donner lieu à une sorte de dialectique qui s'instaure entre le fait et le réseau. Le fait est donné
par le réseau qui le porte, lequel n'existe que par le fait autour duquel il se forme. Et par suite,
la robustesse du fait dépend de l'irréversibilité du réseau, elle même liée au degré d'ancrage du
fait.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Une fois le réseau constitué autour du fait, le fait gagne en réalité. Par conséquent les
effets sont doubles ou généralisés : d'une part, le sociologue de la traduction apporte une
importance égale aux sujets et aux objets ou aux humains et non-humains, d'autre part, il doit
en outre étudier le processus de production à travers les controverses qui l'anime.

À partir de ces concepts, Latour et Callon proposent une méthode pour traduire un
réseau et tenter de le modifier. Cette méthode est très utile en sociologie des organisations.
Elle propose une évolution en dix étapes pour arriver à changer le cours du réseaux : l'analyse
du contexte, la problématisation du traducteur, la convergence, la détermination des acteurs,
les investissements de forme, les intermédiaires, l'enrôlement et la mobilisation, le
rallongement et l'irréversibilité des actions, la vigilance et la ponctualisation.

1.3 Applications

Le réseau des associations interculturelles de Rennes est par essence hétérogène. Cette
hétérogénéité se manifeste par la présence d'associations de nature culturelle différente qui
évolue sur des territoires et selon des modes de fonctionnement dissemblables avec une plus
ou grande capacité technologique. Il existe plus de deux cents associations concernées par des
logiques internationales et interculturelles. Rennes est un territoire qui a une culture forte ce
qui se caractérise par une riche vie interculturelle. La vitalité de cet acteur-réseau se manifeste
par de nombreuses rencontres comme en témoigne l'activité des deux méta-organisations que
sont l'Union des associations interculturelles de Rennes (UAIR) et la Maison internationale de
Rennes (MIR). Au delà, de ces deux « organisations porteuses », l'expression interculturelle
se manifeste un peu partout dans la ville. Les associations sont disséminées sur tout le
territoire rennais et chacune gère un réseau d'actants.

Nous prendrons à ce titre l'exemple de deux associations, la Maison des Squares et


l'association Mascarade, située au Blosne. Il ne faut pas oublier que l'interculturel n'appartient
pas spécifiquement aux associations au sens normatif du terme. Ce sont les logiques de
rencontre et d'intérêts de personnalités diverses qui sous-tendent les associations. Elles même
soutenues par un ensemble de médiations. Autrement dit, la citoyenneté cosmopolite de la cité

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

est multi-canal, multi-acteur. Ce sont avant tout les hommes qui les composent qui sont les
actants de l'interculturel à Rennes. Ceux-ci utilisent un ensemble de médiations.
L'interculturel se propage donc dans la ville sous de multiples formes.

Autre remarque, le statut d'immigrés ou d'étrangers ne confèrent pas une spécificité


pour l'échange interculturel à Rennes. « Chacun » d'entre nous participe à des « projets »
interculturels soit dans le cadre de son travail, soit dans le cadre de ses études ou de sa vie
sociale.

La vitalité interculturelle de la cité ne cesse de se renouveler. Rennes est une ville


profondément étudiante. Chaque année des ressortissants étrangers arrivent sur le territoire.
Des organisations comme Europôle joue alors un rôle important. Ses activités contribuent à
la structuration de l'imaginaire interculturel de la ville. Les échanges universitaires sont une
des pierres angulaires de la création d'un interculturel ouvert sur le monde. Depuis les années
80, la mobilité étudiante a largement progressé. Cela contribue à forger des imaginaires
individuels qui rejaillissent tôt ou tard sur le collectif de la ville surtout que les canaux de
communication se sont démultipliés avec les TIC.

Ainsi, ici et là à l'intérieur de la ville se nouent des échanges entre cultures puisque
chacun de nous entretiens des relations avec des groupes différents, aux origines et aux
sensibilités diverses et cela sous de multiples formes. Les hommes et les actes participent
donc à la construction des cultures de la ville. Des cultures qui se construisent
progressivement dans l'échange et la rencontre; réelle mais aussi virtuelle.

Le monde numérique occupe désormais une place fondamentale dans notre société
contemporaine. A Rennes, les manifestations de cette nouvelle réalité sont bien tangibles.

Le web change les moyens que nous avons à notre disposition pour entretenir des
relations avec le réseau. Internet apparaît comme un outil interculturel. Aussi, il paraît

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

intéressant de voir comment le net change le social et si l'interculturel s'incarne sur le net. En
tout cas, il est certain que l'hyper-globalisation de l'information 15 a considérablement modifié
notre perception du lointain. Aujourd'hui si nous avons envie de découvrir l'actualité des
autres parties du monde, nous pouvons tous le faire très facilement. En ce sens, le web est un
détonateur de l'interculturel.

Le trait s'est encore accentué avec l'arrivée du phénomène web 2.0, notion fourre tout,
qui a éclaté en 2004. Au delà, des multiples définitions, deux choses sont à retenir, au cœur de
la logique, on trouve les notions de partage de l'information et de participation via des plates-
formes de collaboration. Le web 2 offre donc de nouveaux moyens pour agir sur le réseau.
L'interculturel doit donc se présenter en fonction de ces différents éléments qui forment un
réseau hétérogène d'actants qui fabrique l'interculturel à Rennes.

II/ L'expression interculturelle à Rennes

La vitalité cosmopolite de la cité s'exprime à travers tout un tissu associatif tourné vers des
logiques interculturelles ou internationales. Prendre totalement en compte cette richesse
demanderait des heures de travail et une fine connaissance des associations rennaises. Ma
présentation se limite à quelques associations ou organisations.

Dans cette partie, nous allons étudier les structures favorisant la création d'actions
interculturelles. A un premier niveau, nous reviendrons sur le rôle de l'UAIR et des
associations qui sont membres de cette organisation. Nous verrons ensuite que le réseau
d'associations et bien plus vaste et s'exprime sous de multiples formes.

Une piste de l'interculturel dans les quartiers mène aux traditions largement répandues
sur nos territoires de l'éducation populaire et citoyenne, nous verrons donc les activités de la
Maison des Squares à Rennes. Ensuite, nous étudierons le rôle et les actions de la Maison
internationale de Rennes qui manage en grande partie les politiques de la ville en matière
internationale et interculturelle.
15
Terme emprunté à WARNIER Jean-Pierre « la mondialisation de la culture », repères, 2004

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Comme nous l'avons déjà évoqué, il faut également se tourner vers le monde de l'école
et de l'université pour comprendre pourquoi Rennes est une ville foncièrement interculturelle.
Enfin, nous finirons par montrer que l'interculturel à tous les moyens pour se reconfigurer
dans la dimension numérique de la ville. Nous prendrons par exemple, le cas de ce qui se
passe autour du site la ruche.

Cette présentation du réseau rennais, nous amènera à prendre conscience d'une


véritable vitalité des actions interculturelles mais aussi de certaines limites quand à
l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

2 / L'Union des Associations Interculturelles de Rennes (UAIR)

L'union des associations interculturelles de Rennes joue un rôle capital dans la formation du
dialogue interculturel à Rennes. Elle fédère près de vingt associations qui favorisent le
déploiement de rencontres entre les cultures. Chacune de ses associations influent
« personnellement » sur la fabrication de l'interculturel.

2.1.1/ Présentation de l'Union

L'UAIR est une association de loi 1901 qui fonctionne de manière traditionnelle. Les
membres des associations adhérentes participent au conseil d'administration Les projets sont
définis collectivement.

L'Union fonde sa participation citoyenne autour de quatre grands pôle d'activité :


social, culturel, ressources et activités civiques. Elle a pour mission de contribuer à la
promotion sociale, professionnelle, civique et culturelle des personnes d'origine étrangère et
de leurs familles. Elle doit créer des synergies, porter des projets et faire que chaque culture
puisse s'épanouir dans un cadre serein et réciproquement enrichissant.

Elle laisse comme toutes les associations une large place aux bénévoles et c'est avec
eux que se construit la politique de l'union. La vie associative se traduit par la mise en scène

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

du dialogue interculturel. A ce titre l'UAIR incarne bien la vitalité cosmopolite de la cité. De


grands événements comme le festival « Convergences », entre autres, permettent de fédérer
les énergies des associations. Lors de ce festival, l'action interculturelle bat son plein pendant
trois jours à Rennes. Tout le secteur de la culture se trouve rassembler autour de ce projet. Des
événements interculturels ont lieu aux Champs-Libres, au Théâtre nationale de Bretagne. Le
tout donne lieu à une véritable célébration de la diversité culturelle dans toute la ville de
Rennes et améliore aussi la connaissance réciproque des cultures.

L'Uair « existe » depuis 1977. La volonté de prendre en considération la spécificité des


problèmes des travailleurs immigrés s'est exprimée très tôt à Rennes avec la mise en place
d’une « Commission extra municipale de l’immigration ». Cependant, un décret-loi de 1939
interdisait aux étrangers de se constituer en association loi 1901. Le seul interlocuteur reconnu
pour les immigrés était alors l'association de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés (ASTI)
En 1980, les communautés immigrées représentées à l’ASTI décident de se constituer en
« Commission immigration » avec l’objectif de coordonner les actions communes aux
personnes de nationalités étrangères. En 1981, le décret-loi de 1939 fut abrogé, les étrangers
pouvaient désormais se constituer en association loi 1901. Pour les immigrés de Rennes, ces
nouvelles dispositions de la loi traduisirent une reconnaissance juridique d’une activité
associative déjà expérimentée, et permis l’ouverture de nouvelles perspectives pour une
participation plus accrue à la vie locale.

En 1983, six associations communautaires représentées à la Commission immigration


décidèrent de fonder l’UAIR : une association apolitique, non confessionnelle, exprimant la
diversité culturelle de Rennes. Dix ans plus tard, un nouveau projet pour l’UAIR se mettait en
place. Il était basé sur des restructurations en interne accompagnées avec une démarche
d’ouverture, de professionnalisation et d’élargissement de l’assise associative.

L’Union des Associations des Immigrés de Rennes devint alors l’Union des
Associations Interculturelles de Rennes, l’immigration n’étant plus l’élément fédérateur de ses
publics (notamment des jeunes issus de l’immigration) et de ses associations adhérentes. La
même année fut créé le pôle social. En 2002, l'UAIR coordonna la première édition de
« Convergences Culturelles », manifestation annuelle organisée grâce au partenariat avec la

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

ville de Rennes au mois de novembre. Et, in fine, en 2007, L’UAIR a emménagé dans de
nouveaux locaux plus spacieux, offrant un espace plus propice aux diverses animations et aux
rencontres associatives.

L'UAIR compte aujourd'hui cinq salariés et bénéficient de l'action de bénévoles très


impliqués dans le développement des activités liées aux quatre pôles de l'Union. Ses
ressources sont fixées par convention tri annuelle par la ville de Rennes. Après, elle a
différentes missions.

Le pôle social est la raison d'être de cette association d'associations. Le travail d'aide
aux migrants et la mission clé de l'Union. Elle propose donc dans le cadre de ses permanences
hebdomadaires, une écoute, une orientation, des conseils et un accompagnement pour les
personnes d’origine étrangère et de leur famille dans leurs démarches sociales, administratives
et juridiques, liées notamment au séjour (demande de titre de séjour, recours administratifs et
juridiques), à la naturalisation, à l’accès aux soins, à l’emploi et à la formation, à la situation
familiale (mariage, divorce, adoption). Ces permanences sont complétées par des entretiens
individuels, espace de dialogue où peuvent s’exprimer des souffrances psychiques
conséquentes aux trajectoires d’exclusion et de précarité, ainsi que des demandes d’aide liées
aux carences éducatives dues aux conditions de migration (interventions d’information et de
formation auprès des acteurs de la scolarité).

Le pôle social de l’UAIR constitue également un relais local pour les différents
professionnels qui y trouvent un éclairage en matière de législation des étrangers, un
interprétariat social et une aide à la compréhension des vécus. En tant que lieu de médiation
entre les structures institutionnelles et les personnes d’origine étrangère. Ainsi, l’UAIR
permet de surmonter les problèmes de communication, prévenant ainsi les ruptures de
dialogue, le repli sur soi, ou encore les malentendus.

Outre le pôle social, la vitalité de l'UAIR se mesure par la force de son action culturelle.
Le croisement des cultures à l'UAIR engendre la création d'événements multiples qui se
jouent un peu partout dans la ville et provoquent pour ceux qui y participent la communion de

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

situation interculturelle forte et structurante de l'imaginaire personnel. Chacun des


événements permet alors de percevoir le dynamisme des acteurs réseaux de l'interculturel à
Rennes. Le rôle du pôle culturel est de créer des projets qui œuvrent au décloisonnement et à
la rencontre entre les habitants, mixité intergénérationnelle, mixité garçons/filles, mixité
interethnique, mixité sociale entre les habitants du centre et ceux des quartiers périphériques.

Le pôle culturel impulse des pratiques qui font progresser la tolérance, le dialogue dans
le respect des différences, le désir de vivre et de créer ensemble. Le temps fort pour le pôle
associatif repose sur l'organisation avec la ville de Rennes du Festival « Convergences
Culturelles ». Cet événement se déroule dans différents quartiers de Rennes, pendant une
semaine en automne. Il propose grâce à la participation de nombreuses associations, la
projection de film, la mise en scène de spectacles (chant, danse, musique, théâtre), des
expositions, des conférences, des débats, des dégustations et autant de moments à partager
afin d'atteindre quatre grands objectifs :

 la mise en valeur de la diversité culturelle rennaise

 la promotion des personnes et des associations qui œuvrent au quotidien pour


l'intégration des personnes étrangères ou d'origine étrangère

 la lutte contre les discriminations raciales et d'autres inégalités

 la réflexion publique d'un avenir en commun

Pour assurer une continuité au-delà de cet événement l'UAIR a mis en place un pôle
« ressources ». L’objectif de ce pôle est d’informer et de sensibiliser les personnes aux
problématiques liées à l’immigration, l’intégration et l’interculturel grâce à différents supports
créer par l'UAIR : études, mallette pédagogique, livres, films, exposition sont accessibles aux
publics.

Cette vitalité associative s'accompagne d'activités citoyennes et militantes. L'UAIR en


association avec ses partenaires agît sur quatre registres fondamentaux, l'insertion

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

professionnelle des femmes d'origine étrangère. Ce qui se traduit par la définition d'enquêtes,
de conférences/débats, de formations avec la FACE, Fondation Agir Contre l'Exclusion, mais
aussi par des échanges d’expérience, de mise en réseau, de bilans Trans’compétences avec le
CODESPAR et la Maison de l’emploi. Elle est aussi active sur le champ de la prévention
contre le sida.

Son dynamisme s'exprime surtout dans le champ de la découverte et de l'ouverture aux


autres cultures. Elles organisent pour cela des projections de films, des spectacles, des
témoignages, des ateliers musique, danse, contes dans le cadre de Convergences culturelles.
Elles favorisent aussi les rencontres entre les classes de primaire et des membres associatifs
en partenariat avec la ligue de l'enseignement. Elle travaille beaucoup avec les écoles et les
membres des associations sur le thème de la mémoire et de l'histoire dans le cadre d'un
partenariat avec la cité nationale de l'histoire de l'immigration. Mais surtout, elle fédère un
large tissu associatif

2.1.2/ Liste des associations membres de l'UAIR

 Asso Angola Congo Bretagne


 Asso Déclis femme Association d’alphabétisation
 Asso des Gabonais de Rennes
 Asso VONJY MADAGASCAR
 Asso MATA, association binationale française et nigérienne
 Asso MALALAY : soutient au femme réfugiée d’Afghanistan
 Asso LALE des femmes turques de Rennes
 Asso Dimba Naffa

 Comité de Tchétchénie
 Asso de Solidarité des Algériens
 Asso Ar Maure Bretagne Maroc
 Asso des Portugais de Rennes
 Asso d’Entraide des Travailleurs Turcs de Rennes
 Asso Culturelle des Tunisiens de Rennes
 Asso socioculturelle des Algériens de Rennes

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

 Asso Bretagne-Géorgie
 Asso khmère d’Ille et Vilaine (Cambodge)
 Beit Sourya, asso culturelle Bretagne Syrie
 AMOAF, Amicale des Mamans Originaires d’Afrique Francophone
 ACBB, Asso Culturelle des Berbères de Bretagne
 CCE, Centre Culturel Espagnol

Toutes les associations de l'UAIR proposent eux aussi des animations qui visent à
valoriser le dialogue interculturel et la rencontre des cultures. Mascarade est un exemple de la
vitalité des associations de l'UAIR.

2.1.3/ Mascarade et l'action interculturelle dans le quartier du Blosne

Mascarade est une association interculturelle rennaise basée au Blosne, 4 Square de


Copenhague. Elle a pour objectif de promouvoir la culture sous toutes ses formes,
principalement par le théâtre. Elle est née en 2002 grâce à une volonté commune de personnes
engagées également dans plusieurs projets associatifs. Elle a pour objectif de créer un lien
culturel ouvert à tous et toutes quelques soient l'origine, la nationalité et l'âge, permettant de
faire connaître leurs talents de musicien, peintre, sculpteur, poète, danseur, cuisinier,
photographe, conteur, ou leurs connaissances sur un pays ou un sujet en particulier.

Entre autres activités, elle organise des ateliers théâtre forum pour enfants à la MJC de
Bréquigny, les samedis après-midi tous les quinze jours, des ateliers Cuisine du Monde pour
adulte, une fois par mois à la MJC de Bréquigny, des cafés interculturels tous les trois mois,
réalisés dans différents quartiers de la ville et des ateliers d'écriture : dire et écrire.

Elle a également crée un parrainage à Salvador de Bahia au Brésil, pour aider les
enfants défavorisés. Elle participe également aux manifestations culturelles dans les différents
quartiers de la ville. Elle est aidée par la ville de Rennes notamment pour des partenariats
avec le Brésil et le Burkina.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Mascarade travaille un nombre important d'acteurs de la vie sociale dans le quartier,


par exemple, la MJC de Bréquigny, la Maison de Suède, la Direction des Quartiers Sud-
Ouest, Le Relais, le Centre Social des Champs-Manceaux, la Réussite Educative, le Collège
des Chalais, les écoles des quartiers Sud-Ouest, l'association Anime et Tisse, l'association
Bahia Brasil, l'association Métissage, l'association Déclic Femmes, l’association Peruanim,
associations Intiquilla, Ouest-France, Radio Rennes, Projet Bahia-Street, l’association
Gorom-Rennes-Gorom,

A l'image de Mascarade, les associations interculturelles sont très créatives. Elles


organisent des événements qui permettent une véritable mixité culturelle. Le mouvement est
d'autant plus fort car double. D'un coté les associations ont toutes des particularités, elles
offrent différents services de formation et de dialogue interculturel, et en plus, elles créent
ensemble des projets d'action sociale et culturelle en co-négociant les termes de l'action. Le
processus est donc fortement incluant et la dynamisme impulsé rejailli sur la ville.

Il ne faut pourtant pas croire que les associations créées à l'initiative de personnes
d'origine étrangère soient le seul axe de l'action interculturelle à Rennes. L'exemple de la
maison des squares permet de prendre conscience que quelques associations issues du moule
de l'éducation populaire se sont progressivement mues au fil de l'évolution urbaine en lieu
d'animation interculturelle.

2.2/ La Maison des Squares

En partenariat avec les différentes structures et institutions porteuses d'actions interculturelles,


la Maison des Squares poursuit le développement des actions de soutien à l'intégration des
populations d'origine étrangère, de lutte contre les discriminations et de valorisation des
cultures. Elle organise entre autres, la fête des Cultures pour créer des synergies et pour
inventer de nouvelles façons de vivre ensemble et « organiser » les communautés. Elle fait
découvrir d'autres cultures, d'autres valeurs, d'autres modes de vie. Elle est à l'écoute de la
diversité humaine. Elle valorise l'aspect culturel à travers des productions artistiques de

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

qualité tout en permettant aux jeunes artistes de se faire connaître. Elle développe des actions
de soutien à l'intégration des populations d'origine étrangère pour lutter contre les
discriminations. Elle fait partager l'actualité pour mieux connaître le quotidien des populations
dans leurs pays d'origines et développer des actions de solidarité pour une éducation à la
citoyenneté internationale.

Toutes les six semaines, l'atelier Apar'Thé permet de partir à la rencontre d'un pays,
d'une culture. C'est un espace de rencontre et d'échange où chacun peut poser des questions
qui touchent le domaine politique, économique, social ; les modes de vie et les traditions. A
chaque rencontre, un "rennais" ou une association vient apporter un éclairage permettant à
chacun d'avoir une idée plus précise sur le pays invité. En soirée et en petit groupe, la
rencontre se fait autour du bar de la Maison des Squares. Chacun peut ainsi découvrir des
spécialités et échanger de façon conviviale. Cet atelier propose de façon décontractée de
mêler saveurs et cultures.

Elle porte aussi le projet « Citoyens du monde » consacré à l'alphabétisation. Une


professionnelle coordonne une équipe de bénévoles autour de cours d'alphabétisation. Ce
travail se fait en relation avec le CLPS et les partenaires du contrat de ville. En complément,
un atelier "Parlons Français" est proposé pour développer l'oral et aussi découvrir les
institutions et le fonctionnement de la société française. Il permet également d'acquérir le
vocabulaire de base pour la gestion du quotidien. Pour faciliter l'insertion sociale et
professionnelle, la Maison des Squares a mis en place une Halte Garderie Parentale de
Proximité. Les parents sont inscrits dans une démarche de citoyenneté par leur participation
au fonctionnement de la Halte Garderie Parentale de Proximité et participation aux ateliers de
soutien à la fonction parentale, échange sur les modes éducatifs.

L'expression interculturelle s'exprime aussi dans le dynamisme des relations


internationales comme en témoigne l'importante activité de la Maison Internationale de
Rennes.

2.3/ Les organisations internationales

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Rennes abrite le siège de nombreuses associations et organisations qui travaillent à


l'interculturel international.

2.3.1/ La Maison Internationale de Rennes

La Maison Internationale de Rennes est une association 1901 dont les adhérents sont des
associations. Conventionnée avec la ville de Rennes, la MIR entend remplir ses différentes
missions dans le cadre de son propre projet politique lequel se conjugue en quatre mots clés :
paix, démocratie, cultures et fraternité. La Maison Internationale de Rennes rassemble plus
d’une centaine d’associations rennaises à vocation internationale.

La MIR est un lieu de ressources et de débats ouvert à toute personne et à toute


association intéressée par la promotion des droits humains, le rôle de l’Europe dans le monde,
la solidarité internationale et les échanges culturels internationaux. Ainsi, elle crée des
échanges, organise des manifestations comme les Journées de l’Union Européenne, la
Semaine de la Solidarité Internationale, le Forum jeunesse et les Marchés du Monde. Elle
diffuse aussi des informations sur les évènements internationaux et interculturels de la
métropole rennaise, organise des expositions, de conférences,etc... Elle a été créée par le
Conseil général d'Ille-et-Vilaine en 1986 et elle est soutenue par le Conseil régional de
Bretagne et l'Union Européenne.

Sa création correspond au grand mouvement qui s'est engagé depuis les lois de
décentralisation de 1982. Les villes jouent désormais un rôle très important dans les échanges
internationaux. Par exemple, Rennes est jumelée avec douze villes : Exeter au Royaume-Uni,
Rochester aux Etats-Unis, Erlangen en Allemagne, Brno en République Tchéque, Sendaï au
Japon, Louvain en Belgique, Cork en Irlande, Sétif en Algérie, Jinan en Chine, Almaty au
Kazakhstan, Poznan en Pologne, Sibiu en Roumanie. Tous ces jumelages favorisent l'essor de
dynamiques interculturelles. Ces rencontres de personnes se meuvent ensuite en liens étroits
qui forment des associations entre Rennes et le Monde.

Ce n'est pas tout, à Rennes, les échanges internationaux sont au cœur de la dynamique
universitaire. La montée en puissance de la plurisdiscplinarité, et l'internationalisation de la
recherche ont provoqué l'essor de nombreux liens et ont contribué à renforcer les liens de la

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

ville avec d'autres territoires. Les étudiants et les chercheurs des universités représentent donc
une part importante dans la composition de la richesse interculturelle de la ville. En effet,
chaque année, le territoire rennais s'enrichit de nouveaux potentiels interculturels. Une
structure les aide à s'installer dans la ville et à trouver leurs marques dans la cité.

2.3.2 Europôle

Cette organisation est un groupement spécialisé dans la mobilité internationale. Avant 2007,
Europôle était un groupement d'intérêt public, désormais il est rattaché l'université Rennes 2
Haute-Bretagne dans le cadre de la mise en place de l'Université Européenne de Bretagne. Sa
mission, en partenariat avec les collectivités est de soutenir la mobilité internationale des
universités et grandes écoles rennaises. Par conséquent, Europôle déploie un ensemble de
mesures pour favoriser l’accueil des publics en mobilité à Rennes que ce soit les étudiants
étrangers ou les doctorants et chercheurs étrangers.

Il contribue également au développement de la mobilité des étudiants rennais en


sensibilisant les étudiants. Il aide aussi financièrement à préparer la mobilité. Le groupement
mène en ce sens plusieurs actions notamment au moment de l'arrivée des étudiants étrangers
en Septembre avec un accueil personnalisé plus des points infos services sur les campus, des
journées d’accueil, des programmes culturels. Ainsi que des accueils personnalisés pour les
chercheurs étrangers, plus une assistance dans les premières démarches (logement, banque,
assurance, etc.), aide juridique et administrative, ainsi qu’un accompagnement linguistique et
culturel pendant le séjour.

La forte présence de l’enseignement supérieur donne à Rennes un dynamisme


démographique, économique et cosmopolite. Rennes regroupe plus de la moitié des effectifs
de l’enseignement supérieur de Bretagne. La qualité des centres de recherche (4 000
chercheurs) confèrent à la cité un dynamisme qui lui donne une vrai ampleur interculturelle.

Enfin, le dernier point est destiné à montrer si le web est déjà interculturel à Rennes

2.3.3 Interculturel, le web à Rennes ?

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Plus haut, nous avions fait le constat que le net avait grandement changé la perception de
l'altérité. Cela n'a échappé à personne, les deux mots, internet et interculturel partage la même
racine. Pourtant si dans l'absolu le web est interculturel, dans la cité il ne l'est pas forcément.

Actuellement, le web redessine complètement les rapports à la ville et les relations que
les citoyens peuvent entretenir avec leurs quartiers. L'exemple de la ruche est assez
symbolique de ce qui est en train de se passer au niveau de l'appropriation sociale des
nouvelles technologies de l'information.

La ruche est une plate-forme d'échange 2.0 mixé avec une « google maps ». Le site
invite les rennais à s'inscrire. Ils peuvent après repérer les événements qui sont organisés près
de chez eux. Les associations sont représentées sur la carte par des ruches, les habitants par
des abeilles et les événements par des réveils La plate-forme est gérée par l'association Bug
qui s'occupe du portail « assorennes ». Celui-ci répertorie les associations rennaises et publie
leurs informations. La ruche est un service innovant promu au 4e carrefour des possibles
bretons.

Il vient d'être lancé il y a quelques mois, on ne peut donc pas juger des effets qu'il
induit mais on sent que cet outil du web social entraîne des modifications importantes dans la
perception de la ville. Internet a complètement changé notre perception de l'information et
dans son évolution récente, il a ouvert un paradigme enthousiasment sous sa forme web 2.0.
On commence à voir des habitants se muer en acteurs du web. Internet devient un grand
moyen d'expression. Les individus se rapproprient l'information, l'échange en fonction de
leurs intérêts. La société se recompose sur le web. Internet devient un nouvel espace citoyen.1

Les blogs représentent bien cette évolution. L'expérience a montré que beaucoup de
Rennais s'intéressaient à ces nouveaux systèmes de communication largement ouvert à la
rencontre et à l'échange dans la vie de la cité avec l'organisation de « tout rennes
blog ».Cependant ce phénomène reste souvent personnel.

1
Francis Jauréguiberry et Serge Proulx, Internet, nouvel espace citoyen . L’Harmattan. Collection Logiques
sociales. 2003

31
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les associations au moins celles de l'UAIR ne sont pas encore arrivées à mettre en
place ces outils. Par conséquent, le web rennais n'est pas forcément interculturel et
inversement, le milieu interculturel n'est pas tourné vers les nouvelles technologies de
l'information et de la communication. La médiation actante TIC et donc limitée et c'est sur ce
sujet que nous allons travailler.

In fine, à Rennes, l'interculturel s'exprime par de différentes manières. L'action des


associations interculturelles comme l'UAIR, la Maison des Squares, la Maison Internationale
de Rennes ou Europôle créent des dynamiques de rencontres et d'échanges interculturels.
Tous ces événements créent un imaginaire interculturel qui s'exprime après dans le quotidien
de la ville. On a également vu que le web pouvait être un moteur de dialogue interculturel
mais que pour l'instant les associations interculturelles (à part la Maison des Squares) ne
s'étaient pas encore converties au phénomène n'intégrant pas de politique de valorisation web
à leurs actions organisationnelles. Toutefois les associations sont amenées à prendre en
compte ces outils; deux grands mouvements de société les entraînent vers une appropriation
de ces nouvelles technologies.

III/ Diversité culturelle et Société de l'information : vers un


nouvel interculturel

Maintenant que nous avons fait état de la diversité culturelle et de la richesse du dialogue
interculturel tissé par un ensemble large d'associations à Rennes. Nous pouvons revenir sur le
contexte international parce qu'il appelle à la valorisation de ce réseau. Le mouvement est
double.

D'un coté, l'organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture;
l'UNESCO vient de promouvoir une déclaration universelle sur la diversité culturelle. De
l'autre, la construction de la société de l'information pousse à réfléchir à des actions de
coopération internationale et interculturelle entre les territoires et sur les territoires. A ce titre,
le réseau interculturel est concerné au premier plan.

Le concept de « diversité culturelle » connaît un fort dynamisme au niveau international.


L'idée « d'exception culturelle » initiée par la France a été débattue et élargie pour donner

32
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

naissance au concept de « diversité culturelle ». L'émergence de ce nouveau paradigme va


avoir des conséquences directes sur la politique des États ou des supra-organisations telle que
l'Union Européenne et de tous les autres niveaux administratifs. La signature de la déclaration
universelle sur la diversité culturelle est accompagnée de son plan d'action et elle a fait l'objet
d'une convention signée par les membres de l'Unesco. Ce document n'a pas de valeur
normative mais il offre un nouveau cadre de développement pour l'interculturel.

L'approche de l'UNESCO est concomitante avec les logiques engendrées par la


construction de la société de l'information. Les effets attendus par ces grands processus
planétaires sont nouveaux et ne sont par encore bien connus des personnes vivantes sur nos
territoires. Par conséquent dans un deuxième temps de cette sous partie, nous nous intéressons
à l'ensemble des références et des idées qui circulent dans ces nouveaux projets de société.

Les deux approches plébiscitent l'utilisation des nouvelles technologies de l'information


et de la communication. Ainsi, comme nous l'avons vu dans les deux premiers points de cette
partie, nous ne pouvons plus faire l'économie d'une réflexion sur notre environnement
numérique. La dimension technologique devient de plus en plus importante. Nous relaterons
donc les grands principes qui ont émané des Sommets mondiaux sur la Société de
l'Information, les SMSI. Ils se sont tenus à Genève et à Tunis en 2003 pour le premier et en
2005 pour le second. Nous ferons notamment le point sur deux concepts très intéressants celui
de solidarité numérique et celui de connaissances partagées proposés par le président du
Sénégal, Abdulaye Wade.

Enfin, nous verrons que ces deux processus sont déjà à l'œuvre. En effet, nous sommes
en ce mois de Juillet 2008 en plein milieu de l'Année Européenne du Dialogue Interculturel.
l'AEDI, organisée conjointement par l'UNESCO, l'Union Européenne, le ministère de la
culture et de la communication et la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration. Nous
reviendrons donc sur l'organisation de cette Année Européenne du Dialogue Interculurel qui
s'est ouverte le 13 et 14 Mars dernier.

3.1/ Diversité, dialogue et développement

33
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

L'UNESCO a la charge de mettre en application un nouveau paradigme reposant sur les


concepts de diversité culturelle, de dialogue interculturel et de développement durable.

3.1.1/ L'UNESCO : grand promoteur de la diversité culturelle

L'organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture est la grande
promotrice des concepts liés à la diversité culturelle et au dialogue interculturel. C'est à ce
titre qu'elle a milité pour la rédaction d'une déclaration universelle portant sur ce sujet. Elle a
fait aussi fait en sorte qu'un consensus international se réalise. Celui-ci à donner lieu à la
signature d'une convention en 2005. Depuis, elle organise la promotion de ce « nouvel »
ensemble de valeurs. Son action s'incarne concrètement par la mise à disposition de ses
locaux pour l'ouverture de l'année européenne du dialogue interculturel à Paris en Mars
dernier mais aussi par la valorisation d'un partenariat avec les instances de l'Union
Européenne et des différents pays membres.

L'UNESCO joue en effet un rôle capital dans la mise en œuvre de ce nouveau


programme. Elle se sert de ses nombreux bureaux à travers le monde pour peser de tout son
poids sur la réalisation de ce grand projet.

La déclaration universelle sur la diversité culturelle est très importante car c'est à
travers elle que s'exprime l'ensemble des vues politiques et scientifiques envisagées par cette
organisation. Mais avant de la présenter plus en détail, il convient de faire un point sur le
processus qui a mené à sa formulation.

Depuis la fin des années 80 et tout au long des années 90, l'éclatement du modèle
soviétique a provoqué la « fin de l'histoire »2 ; celle qui se déroulait au plan international
depuis la fin de seconde guerre mondiale et qui avait conduit les États à se « ranger » d'un
coté ou de l'autre par rapport aux deux super-puissances qui « dirigeaient » le monde avec
leurs idéologies totalement asymétriques. Nous avons donc assisté durant cette dernière
décennie du XX e siècle a une période de flottement ou tout laisser croire que le modèle
américain de développement était une des seules perspectives possibles pour l'avenir du
monde.

2
Référence au livre de Francis Fukuyama , La Fin de l'Histoire et le dernier homme, 1993

34
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Cependant, la situation a très vite évolué et les « résistances » se sont assez vite mises
en place. Ce fut notamment le cas dans le processus de négociation portant sur la
mondialisation des échanges culturels. La volonté de « combattre » l'ogre américain s'est
exprimée avec force. Dans ce cadre et à l'initiative de la France est apparue le concept
d'exception culturelle. Ce fut un moment important car la culture arrivait sur le devant de la
scène de la mondialisation. De notion secondaire, elle devenait une valeur essentielle dans les
négociations internationales. Elle quittait le carcan où elle avait été placée depuis la
conférence internationale MONDIACULT organisée par l'UNESCO en 1982 à Mexico. Celle
où la définition canonique de la culture avait été fixée.

« La culture doit être considérée comme l'ensemble des traits distinctifs spirituels et
matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle
englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vies, les façons de vivre ensemble, les
systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »

Par la suite, les attentats de New-York ont eux aussi favoriser la prise en compte des
facteurs culturels, pas directement bien sur, mais tout simplement parce qu'ils ont donné lieu
à la théorisation du « choc des civilisations » qui a profondément marqué la communauté
internationale. Elle a alors réagit pour répondre à cette vision américaine. Le paradigme de la
diversité culturelle et du dialogue interculturel doit se comprendre comme une réponse directe
à ce livre américain.3

Ce « nouvel » idéal a commencé à s'incarner dès le début du XXI e siècle avec la


diffusion de la déclaration du nouveau millénaire promue par l'Organisation des Nations
Unies et surtout par la création de la déclaration universelle sur la diversité culturelle en 2001.
Elle a lancé un processus de réflexion chez les états membres de l'ONU et de l'UNESCO. Sa
validation n'est pas allée sans résistance notamment de la part des dirigeants américains qui
ont fait peser tout leur poids diplomatique pour contrer la pérennisation de cette initiative.
Toutefois, le consensus a été trouvé et il a donné naissance à la signature d'une convention
internationale en 2005 sur le thème de la diversité culturelle.

Au delà de tous ces aléas politiques et institutionnels, la prééminence du concept de


diversité culturelle doit se comprendre dans son enchevêtrement complexe avec toutes les
autres dynamiques internationales. Le concept a été mis en place et développé car l'UNESCO
3
HUNTINGTON Samuel. Le choc des civilisations. Paris : Odile Jacob, 2007.

35
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

a fait le constat que trop souvent les tentatives de développement économique et


technologique étaient coupées des initiatives dites d'ordre culturel.

Ainsi, le concept de diversité culturelle veut répondre à la mondialisation qui par


l'expansion galopante de l'économie de marché a créé de nouvelles formes d'inégalité qui ont
engendré des tensions culturelles plutôt que favoriser le dialogue nécessaire au pluralisme
culturel.

Les états qui parvenaient à traiter les demandes en matière de culture et d'éducation,
sont aujourd'hui en peine à canaliser le flot d'idées, d'images et de ressources venant de
l'extérieur qui met à l'épreuve leur développement culturel. Les fractures en matière
d'alphabétisation digitale et conventionnelle sont de plus en plus grandes. Les pays riches sont
de plus en riches et les pays pauvres de plus en plus pauvres!

Le programme annoncé par l'UNESCO est donc important et respectable, mais il reste
fondamentalement nouveau et à construire en grande majorité. C'est à ce niveau que les villes
ont un rôle important à jouer car elles représentent l'articulation entre le niveau très global
celui où gravite l'UNESCO et le niveau local où chaque jour la diversité est de plus en plus
importante.

3.1.2 / La déclaration universelle de l'Unesco sur la diversité culturelle

Publiée en 2001, la déclaration n'est pas un texte normatif tout comme la convention qui la
suivie en 2005. Elles n'ont donc pas de valeurs juridiques. Elles sont juste incitatives et
n'engagent que leurs signataires. La convention et la déclaration ont été adoptées à l'unanimité
par les états membres de l'UNESCO, soit cent quatre vingt seize pays. La déclaration vient
dans le prolongement des grands actes pris par cette organisation internationale à savoir la
déclaration universelle des droits de l'homme, les deux pactes internationaux de 1966 relatifs
l'un aux droits civils et politiques et l'autre aux droits économiques, sociaux et culturels. Elle
rappelle également le préambule de l'acte constitutif de l'UNESCO notamment la phrase « [...]
la dignité de l'homme exigeant la diffusion de la culture et l'éducation de tous en vue de la
justice, de la liberté et de la paix, il y a là, pour toutes nations, des devoirs sacrés à remplir
dans un esprit de mutuelle assistance ».

36
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Le préambule de la charte rappelle également que la culture se trouve au cœur des


débats contemporains sur l'identité, la cohésion et le développement d'une économie fondée
sur le savoir. Après avoir rappelée ses aspirations à reconsidérer « l'unité du genre humain »
et à favoriser « les échanges interculturels », elle met en avant les nouvelles technologies de
l'information et de la communication dans les termes suivant « bien que constituant un défi
pour la diversité culturelle, les NTIC créent les conditions d'un dialogue renouvelé entre les
cultures et les civilisations».

La déclaration se décline en quatre points. Le premier intitulé « identité, diversité et


pluralisme » établit que les identités des hommes et des groupes sont multiples, ce qui
représente une véritable nouveauté sur le plan épistémologique. Elle rappelle aussi que la
diversité et une source d'échange, d'innovation et de créativité, qu'il faut la préserver et la
réaffirmer. Pour cela, le texte propose la mise en place d'un pluralisme, réponse politique au
concept de diversité culturelle. Il dit aussi que « la diversité culturelle élargit les possibilités
de choix offertes à chacun [ ...] entendu non seulement en termes de croissance économique,
mais aussi comme moyen d'accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et
spirituelle satisfaisante.» 4

Le deuxième point titré « diversité culturelle et droits de l'homme » précise que l'idéal
de diversité culturelle correspond aux droits et aux aspirations naturelles de chaque homme. Il
correspond donc aussi bien à la liberté d'expression, de création et de diffusion et cela dans
n'importe quelle langue, ainsi qu'au droit à une éducation de qualité qui respectent les
identités culturelles. Tous ces éléments sont non négociables pour rendre effectif le paradigme
de la diversité culturelle.

La troisième partie « diversité et créativité » pose la réflexion sur l'interdépendance


des cultures et le rôle de la mixité en terme de création. Elle précise aussi que les biens ne
sont pas des marchandises comme les autres et insiste sur la promotion d'une offre créatrice
diversifiée dans le cadre de la nouvelle économie engendrée par les mutations technologiques.

Le quatrième point fait de la diversité, un élément essentiel de la solidarité


internationale. Elle appelle au renforcement de l'action envers les pays en voie de
développement et en voie de transition. Pour cela, elle propose de développer les partenariats

4
Article 3 de la déclaration universelle sur la diversité culturelle

37
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

entre secteur public, privé et société civile et fini par le rôle de l'Unesco dans la mise en place
de ce nouveau paradigme interculturel.

La déclaration sur la diversité culturelle s'accompagne d'un plan d'action qui vise à
mettre en place les grands points.

3.1.3 Le plan d'action

Promu par L'Unesco, le plan d'action appelle la mise en œuvre de la déclaration sur la
diversité culturelle. Il présente vingt lignes essentielles qui peuvent être appréhendées en
fonction de quatre points.

 Renforcer les débats

Le plan d'action cherche d'abord à donner forme au dialogue et à l'échange. Ainsi les
quatre premières grandes lignes proposent des mesures pour favoriser l'essor de débats et
appellent à la fixation de nouvelles normes, pratiques et principes afin de renforcer la
connaissance sur le sujet interculturel.

 Travailler à la promotion de la diversité linguistique

Dans un deuxième temps, le texte insiste beaucoup sur la sauvegarde du patrimoine


linguistique et sur sa promotion notamment dans le domaine de l'éducation. Il appelle
clairement à stimuler l'apprentissage du plurilinguisme dés le plus jeune âge. Par là, il cherche
à favoriser une prise de conscience de valeur positive au sujet de la diversité.

 Protéger les savoir-faire traditionnels et encourager la création

Le texte appelle à mettre en valeur tous les savoirs liés aux connaissances culturelles,
notamment celles liées au patrimoine oral, immatériel et traditionnel. Il engage pour cela à
soutenir la mobilité des artistes, assurer la protection des droits d'auteurs et des droits qui leurs
sont associés.

38
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

 Utiliser les NTIC pour mieux communiquer et diffuser

Il encourage aussi l'utilisation intensive des technologies numériques sans pour autant
oublier les cadres traditionnels de l'enseignement mais les références aux NTIC sont
omniprésentes. Le texte parle d' « alphabétisation numérique », de « promotion des créations
par la diffusion sur des réseaux mondiaux » et de « lutte contre la fracture numérique».

Adaptée par convention à l'unanimité des états membres, la déclaration et son plan
d'action sont entrés en vigueur. L'année européenne du dialogue interculturel correspond à
une mise en application de ce plan. Ce qui très important dans cette déclaration et dans son
plan d'action, c'est le recours à la notion de nouvelles technologies de l'information et de la
communication.

C'est la première fois dans l'histoire de l'UNESCO que ce terme apparaît avec une si
grande importance. Peut-être est-ce tout simplement parce que l'univers numérique qui nous
entoure et que nous intégrons un peu plus chaque jour révolutionne les mentalités. Nous
entrons petit à petit dans l'ère de l'intelligence collective5. La vision de l'UNESCO congrue
avec l'idée de société de l'information.

3.2/ La société de l'information

Au sens propre, la société de l'information correspond à un néologisme. Il désigne le type de


société dans lequel nous vivons -rentrons-. Nous pouvons tous mesurer que l'information
s'inscrit au cœur des dynamiques en ce début de siècle. Elle devient capitale. Elle sert à
transmettre le savoir et la connaissance. Ainsi, notre temps se retrouve fixé sous le vocable de
« société informationnelle mondiale ». Au delà de cette description sémantique, la notion de
société de l'information renvoie essentiellement à l'organisation de deux grands sommets dits :
Sommets mondiaux sur la société de l'information (SMSI). Organisés par l'union
internationale des télécommunications sous la tutelle de l'ONU, d'abord à Genève en 2003
puis à Tunis en 2005. Les SMSI ont fondé des espoirs pour un développement plus durable,
5
Pierre Lévy, L'intelligence collective. Pour une anthropologie du cyberespace, La Découverte, Paris, 1994,
collection de poche en 1997

39
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

plus inclusif et plus harmonieux pour tous les pays du monde. Des discours forts ont été
prononcés comme ceux d'Adama Samoussekou et des principes intéressants ont été énoncés
comme celui de solidarité numérique, proposé par Abdoulaye Wade, président du Sénégal.

Ces deux sommets dont on mesure encore mal la mise en application sur nos territoires
marquent un tournant historique majeur devant conduire vers une société de connaissance et
de savoirs partagés. Ils sont remarquables car ils ont fait émerger des consensus sur le
déploiement et l'utilisation des NTIC, mais surtout ils ont fait dialoguer différents acteurs
issus d'organisations gouvernementales, de la société civile, du secteur privé et des
organisations internationales. Les SMSI doivent donc être considéré comme des événements à
dimension spécifique, comme des processus uniques. Ils ont ouvert de nouvelles perspectives
qui se sont concrétisées par l'engagement de Tunis dont voici les premières lignes.

« Nous réaffirmons notre engagement et notre détermination à édifier une société de l’information à
dimension humaine, solidaire et privilégiant le développement, conformément aux buts et aux principes de la
Charte des Nations Unies, au droit international et au multilatéralisme et tout en respectant pleinement et en
soutenant la Déclaration universelle des droits de l’homme afin que chacun puisse, partout, créer, obtenir, utiliser
et partager l’information et le savoir pour ainsi réaliser l’intégralité de son potentiel et pour atteindre les buts et
les objectifs de développement arrêtés à l’échelle internationale, notamment les Objectifs du Millénaire pour le
développement.

Nous réaffirmons l’universalité, l’indivisibilité, l’interdépendance et l’interaction,de tous les droits et


libertés fondamentales de l’homme, y compris le droit au développement, comme cela est proclamé dans la
Déclaration de Vienne.

Nous réaffirmons aussi que la démocratie, le développement durable et le respect des droits et des
libertés fondamentales de l’homme, ainsi que la bonne gouvernance à tous les niveaux, sont interdépendants et
se renforcent mutuellement. Nous sommes résolus par ailleurs à renforcer le respect de la primauté du droit dans
les affaires internationales comme dans les affaires nationales.

Nous réaffirmons ce qui a été énoncé dans les paragraphes 4, 5 et 55 de la Déclaration de principes de
Genève. Nous reconnaissons que la liberté d’expression et la libre circulation des informations, des idées et du
savoir sont essentielles pour la société de l’information et favorisent le développement.

Le Sommet de Tunis constitue pour nous une occasion unique de faire prendre conscience des
avantages que les technologies de l’information et de la communication (TIC) peuvent apporter à l’humanité et
de la manière dont elles peuvent transformer les activités, les relations et la vie des personnes et, par conséquent,
renforcer la confiance dans l’avenir. »

A la lecture de ces quelques lignes, on s'aperçoit bien que les espoirs qui tournent
autour de l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication sont
très importants. Mais ce qui ressort aussi et qui semble plus fort que la simple mise en place
des NTIC, c'est la véritable volonté de se servir d'elles pour renforcer et mettre en valeur les
particularismes régionaux, les patrimoines immatériels comme la langue ainsi que tous les
savoir-faire humains.

40
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les SMSI ont permis à tous les acteurs internationaux de s'accorder sur les bases de la
construction d'une nouvelle société reposant sur la capitalisation des savoirs et le partage de la
connaissance. Nous allons évoluer vers un capitalisme cognitif6. Ils ont surtout fait émerger
un nouvel esprit de coopération qui se prolonge par la systématisation de partenariats multi-
acteurs. La réussite de ce projet réside sur la volonté des acteurs sur leurs terrains respectifs,
mais aussi sur l'utilisation d'un ensemble de nouvelles technologies parmi lesquelles, internet
et les logiciels libres.

Ainsi, les SMSI peuvent être considérés comme un prolongement ou une déclinaison
des visées entretenues par l'UNESCO avec ses concepts de diversité culturelle, de dialogue
interculturel et de développement durable. Portée par ses deux grands mouvements, la
valorisation des cultures et des patrimoines s'inscrit au cœur des problématiques
contemporaines. L'avenir des cultures s'annoncent donc assez prometteur sur la toile et grâce à
la médiation de la communication par les ordinateurs. Les deux approches reposent sur une
approche philosophique des techniques.

Aujourd'hui, les machines, extension de notre mémoire nous permettent de travailler à


distance et d'échanger et de communiquer sur tout un tas de plan avec des personnes qui eux
aussi sont engagés dans des processus de construction. Avec les NTIC, l'homme s'est
totalement affranchi des barrières de l'espace. La révolution numérique lui donne l'occasion
de créer une nouvelle culture, une culture universelle capable de créer des passerelles tout en
respectant les identités et les cultures de chaque personne.

Le web apparaît comme un possible moteur de développement ou comme un nouvel


outil dont les usages sont encore bien peu développés. Ainsi la déclaration a raison de
rappeler que leurs utilisations représentent un véritable défi pour la construction d'une société
basée sur la connaissance, comme les textes le rappellent les fractures numériques restent
importantes au plan international surtout pour les pays en voie de développement mais aussi
au plan local. Si le web a pénétré largement la société, la maîtrise de ces nouvelles
technologies nécessite encore un travail de fond.

Selon toute vraisemblance, Internet et les nouvelles technologies offrent la possibilité


de changer et de développer une nouvelle économie basée sur la valorisation de la diversité
culturelle et des patrimoines matériels et immatériels qui y sont attachés, tout ça dans le cadre
6
Yann Moulier-Boutang,, le Capitalisme Cognitif. La nouvelle grande transformation, Éd. Amsterdam, 2007

41
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

plus général d'un respect des droits de l'homme et de ses compétences dans toutes les
dimensions que ce terme peut comporter. Toutefois ce système ne peut marcher que si les
personnes engagées dans ce processus de mise en place de ces nouvelles technologies
demeurent partie prenante de ce système. Ainsi, la notion d'« empowerment », c'est-à-dire de
participation à la réflexion et l'action s'avère très importante.

Les nouvelles technologies peuvent favoriser la création d'un nouvel interculturel mais
ce nouvel « universalisme » ne peut se créer que par les individus qui sont déjà engagés dans
le dialogue. Cela représente une des limites importantes du système proposé par l'UNESCO.
Cependant, elle n'en demeure pas moins insurmontable.

Une chose reste certaine, le web change la donne. Les historiens et autres penseurs ne
tarissent pas de réflexions sur l'ampleur du phénomène que nous connaissons actuellement.
Pour Bernard Stiegler7, les changements que nous rencontrons sont aussi importants que les
évolutions qui ont engendré la naissance de l'homo sapiens sapiens. Pour Bertrand Gille, les
mutations sociétales provoquées par la révolution numérique sont de même ampleur que
celles éprouvées par l'Europe après l'invention de la machine à imprimer qui comme chacun
sait à profondément marquée l'évolution de l'occident, en diffusant la révolution luthérienne,
qui elle même a engendré l'essor du capitalisme moderne.

Le passage aux univers numériques s'accompagne donc de grands changements.


L'homme a désormais la possibilité de fixer sa mémoire au travers de liens hypertextes et de
les partager avec le monde entier. Signe des temps de nouveaux langages apparaissent, le
HTML, le XML. Cela change tout, l'Internet est au cœur de cette révolution. Face à cette
nouvelle technologie, nous avons des responsabilités, celle de construire et réenchanter un
monde qui nous prouve chaque jour un peu plus ses limites.

En tout cas, les deux processus, certes récents mais plein de sens rentrent petit à petit
en action, l'organisation de l'Année Européenne du Dialogue Interculturelle correspond à un
exemple typique du prolongement et de la mise en application de la déclaration sur la
diversité culturelle.

Dans un premier temps et conformément à la sociologie de la traduction, nous allons


donc présenter les responsables de cette année et leurs différents objectifs dans la réalisation

7
Bernard Stiegler. La technique et le temps ,Tome 1: La faute d’Epiméthée , Gallilé,1994

42
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

du paradigme des trois D : Diversité, Dialogue et Développement Durable et dans la


construction de la société de l’information.

3.3/ les dynamiques européennes

L'Union Européenne se mobilise pour créer les conditions favorables à la mise en place de ces
deux projets de société. Les pays également sont mis à contribution dans le cadre de l'année
européenne du dialogue interculturel.

3.3.1 Le rôle de l'Union Européenne

L'Union européenne rentre tout particulièrement dans le jeu de la construction de la société de


l'information et du dialogue interculturel puisqu'elle s'est fixée pour objectif de devenir en
2010, l'espace où l'économie de la connaissance serait la plus dynamique et qu'elle organise
l'Année Européenne du Dialogue Interculturel.

L'union européenne joue le rôle de fer de lance dans la réalisation de ces nouveaux
paradigmes. Par exemple, elle a crée et finance des organisations interculturelles à l'échelle
européenne comme la fondation euro-méditerrannéenne Anna Lindh8, dirigée par Lucio
Gerrato. Cette organisation a pour mission de susciter le dialogue autour de la méditerranée.

L'UE soutient d'autres organisations comme la fondation Yehudi Menuhin qui porte un
projet par pays où elle est implantée. En ce moment, elle propose l'action « Share the
world »9.

Plus généralement, l'Union européenne apporte son soutien aux projets culturels
multilatéraux entre plusieurs pays européens dans le cadre de programme comme Culture
2000. Les instances européennes ont une politique forte en matière de culture, les questions
du développement sont arbitrées par la commission de l'Agenda 21.

8
http://www.menuhin-foundation.com/
9
http://www.1001actions.org/fr/

43
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les instances européennes apportent également leur soutien à la création d'initiative où


les technologies s'inscrivent au cœur des projets. Par exemple, elle finance le CEDEFOP,10 un
centre de ressources pour le développement de compétences professionnelles et éducatives.
Avec ce genre d'initiative, elle insuffle des dynamiques générales qui peuvent donner des
idées aux différents territoires. Dans ce projet, les NTIC et la méthodologie d'usages occupent
une place extrêmement importante. Chaque européen intéressé par la thématique dispose d'un
ensemble de ressources on-line grâce à une gestion numérique des acquis et des compétences
déjà développées. Ce type de modèle s'avère très intéressant dans l'optique de construire des
centres de ressources à l'échelle des villes. Le travail publié par l'organisation regorge d'idées
et de projets déjà appliqués en Suède.

Les instances européennes même si elles sont actuellement très « contestées » jouent
un rôle très important dans le développement de ces deux grands projets de société que nous
avons évoqué. Pour elle, la valorisation et la meilleure inter-connaissance des cultures qui
composent son « territoire » correspond à un objectif recherché de longue date comme un
facteur de renforcement d'une identité européenne. C'est à ce titre qu'elle coordonne sur le
territoire européen et en collaboration avec les gouvernements de chaque pays cette Année
Européenne du dialogue interculturel.

3.3.2 L'année européenne du dialogue interculturel (AEDI)11

Organisée dans les vingt sept pays membres, l'AEDI correspond à la mise en application de la
première phase du plan d'action de la déclaration universelle sur la diversité culturelle. Dans
chaque pays de l'Union Européenne, elle s'est ouverte par un colloque portant sur le thème
« dialogue interculturel et diversité culturelle : un débat renouvelé ». En France, l'UNESCO,
l'Union Européenne, le gouvernement français par le biais du ministère de la communication
et de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration se sont occupés d'organiser cet
événement.

10( dir.) NYHAN Barry, construire la société de la connaissance : réflexions sur le processus de développement des connaissances, édition

du CEDEFOP, 2002
11
http://www.interculturaldialogue2008.eu/

44
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les débats ont duré deux jours au siège de l'Unesco à Paris. La première table ronde
portait sur « les concepts, les approches théoriques et les pratiques de l’interculturel en
France, et en particulier sur le décalage entre le penser, le dire et le faire ». Ensuite, le débat a
continué avec l'ouverture de réflexion sur les rapports entre la diversité culturelle et les
politiques territoriales avec comme souci de trouver la bonne articulation entre la
reconnaissance des différences et l’émergence d’une culture commune. Après, les questions
liées à la diversité culturelle et la cohésion sociale ont été proposées aux dialogues au travers
d'interrogation sur l'avenir des modèles universalistes et multiculturalistes. Puis, le débat s'est
terminé par une mise en perspective de la diversité culturelle dans la construction européenne
et dans le contexte de mondialisation.

Chaque point de débat était précédé ou suivi d'élargissements. Les représentants des
différentes structures organisatrices ont pu présenter le sens de leurs implications pour ce
renouveau du mouvement interculturel. Les représentants de l'Unesco, de l'Union européenne,
du gouvernement français et de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration sont venus
porter la parole de leurs organisations.

Le colloque a permis de réunir près de mille acteurs du monde « interculturel » que ce


soit des professionnels, des universitaires, des étudiants ou des hommes politiques. Ainsi
chacun a pu mieux cerner les débats et les enjeux qui tournent autour de cette notion
complexe qu'est l'interculturel. L'organisation du colloque a également permis de mettre en
avant les pratiques soutenues par les instances européennes et les spectateurs ont fortement été
encouragés à suivre ces actions.

Ils ont été invités par exemple à travailler en corrélation avec la Cité Nationale de
l'Histoire de l'Immigration qui avait la charge de gérer cet événement mais avant d'évoquer
son rôle et le sens de ses actions, il convient de faire un petit point institutionnel et contextuel
sur l'engagement du gouvernement français dans cette Année Européenne du Dialogue
Interculturel.

3.3.3/ L'engagement du gouvernement français

45
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Pour cette année européenne du dialogue interculturel, le gouvernement français propose un


projet de label reposant sur l'accomplissement de plusieurs objectifs en matière de dialogue
cosmopolite. Il s'avère donc tout à fait intéressant de porter un projet comme celui qui va être
présenté dans la troisième grande partie de ce document.

L'ouverture en 2007 de la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration 12 correspond à


une volonté de reconnaissance de la diversité culturelle. Cette organisation joue un rôle
moteur dans la diffusion de l'information interculturelle.

La mise en place de ce type d'institutions représente une tendance lourde du champ


interculturel. C'est vrai depuis un moment pour les Etats-Unis avec Elis Island, pour le
Canada et l'Australie, depuis moins longtemps en Europe à l'instar de la France, de
l'Allemagne, de l'Italie, des Pays-Bas, du Portugal, de l'Espagne, de la Suisse et du Royaume-
Uni. Il s'avère donc intéressant de revenir sur le rôle de ce type d'institution avant de conclure
cette première partie.

Ouverte en 2007 dans le bâtiment de l’exposition coloniale de 1931, le Palais Lyautey,


Porte Dorée à Paris, la CNHI est une jeune organisation muséale dont les principales missions
sont la reconnaissance de la diversité culturelle, la création et/ou le renforcement des relations
culturelles avec les pays européens et les pays tiers et surtout la volonté de faire participer la
société civile.

La CNHI joue le rôle de tête de réseau au niveau français. Elle valorise les actions du
niveau local. Par exemple, elle travaille en collaboration avec des organisations comme
l'UAIR sur des projets de collectes de témoignages oraux ou matériels. Ainsi, la CNHI
« fédère » un ensemble large de structures. Elle met à leur disposition un centre de ressources
sur les questions liées aux migrations. Elle a une exposition permanente et réalise
régulièrement des expositions temporaires. Son site internet est un carrefour d’informations.
Elle subventionne aussi des projets itinérants sur le thème de l’interculturel comme la « Zon-
Mai » de Sidi Larbi Cherkaoui, œuvre numérique interactive qui sera présentée en décembre à
la cité. Son rôle s'avère donc extrêmement important surtout dans le processus de
reconnaissance officielle de l'apport des cultures étrangères aux modèles sociaux et
économiques français.

12
http://www.histoire-immigration.fr/

46
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Conclusion de partie

Au terme de cette première partie, nous avons vu que les possibilités de dialogue interculturel
étaient nombreuses dans l'environnement urbain. Cette réalité s'incarne dans la simple
présence de nombreuses cultures dans le paysage de la ville.

Nous avons essayé de mesurer l'activité dite interculturelle dans la ville en présentant
les associations qui sont positionnées sur ce segment. Nous avons également montré
qu'internet avait renforcé cette complexité de la ville mais que pour l'heure les associations
interculturelles de Rennes ne l'utilisent pas encore au moins sous sa forme 2.0.

Après quoi, nous avons fait état de deux grands nouveaux paradigmes qui vont venir
renforcer les aspirations de ce type d'associations. En effet, l'émergence des concepts de
diversité culturelle, de dialogue interculturel et de développement durable forme un nouveau
paradigme tout comme la création de la société de l'information devant donner naissance à
une société de savoirs et de connaissances partagés. Ils appellent donc les politiques publiques
à renforcer les réseaux déjà existants notamment par l'usage des NTIC.

Nous avons également vu que le moment était assez opportun pour proposer un projet
car nous sommes en plein milieu de l'Année Européenne du Dialogue Interculturel et qu'un
label avait proposé par le gouvernement français.

Maintenant, nous allons voir que l'approche de l'interculturel s'avère plus complexe
que l'approche que nous avons proposée dans cette première partie.

47
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Chapitre II
Controverses et approche de la
communication interculturelle

48
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Conformément à la sociologie de la traduction, nous étudierons dans la première partie de ce


nouveau chapitre les controverses engendrées par le renouvellement du paradigme
interculturel.

La mise en application de ce projet doublement impulsé par l'UNESCO et la Société


de l'Information ne va pas se réaliser sans résistance. En France, par exemple, la notion
« interculturel » soulève de vives réactions. Une partie du bloc politique exprime des
réticences envers la reconnaissance de celle-ci. Il existe un réel blocage institutionnel, pour
preuve, les débats sur l'interculturalité renvoient autant à des questions précises comme
l'immigration qu'à des questions de fond comme la diversité culturelle et le co-
développement.

Il existe aussi un réel décalage entre la pratique des acteurs de terrain et les
applications de la recherche. Il faut dire que le paradigme interculturel a eu du mal à se
stabiliser et que celui-ci s'est construit essentiellement au niveau du terrain. Toutefois, la mise
en place des deux nouveaux projets de société poussent à chercher les voies d'une adaptation
de la recherche à l'action notamment en terme de mise en place des nouvelles technologies de
l'information et de la communication.

Enfin la controverse est sociale et technique. L'idée défendue par quelques auteurs
dans le champ est simple. Les communautés ne se rapprochent pas car elles continuent à
entretenir une méconnaissance réciproque. Par conséquent, les technologies de l'information
et de la communication semblent bien appropriées pour remédier en partie à ce phénomène
par une meilleure mise en lumière des actions et de connaissances liées à chaque
communauté. Mais, l'installation de ces nouveaux outils ne va pas encore de soi. La
révolution web 2.0 est encore trop récente.

Dans la deuxième partie de ce chapitre, nous chercherons quel type de communication


peut permettre de dépasser ces grandes controverses que nous aurons identifiées. Nous
aborderons les axiomes incontournables, puis les différentes disciplines dont les apports
peuvent venir en appoint de la sociologie de la traduction pour favoriser la mise en place des
technologies de l'information dans les structures du réseau rennais.

49
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

I/ Les controverses

Le paradigme interculturel admet trois grands types de controverses, la première est d'ordre
historico-politique, la seconde de nature dichotomique entre action et théorie, et la dernière
s'inscrit à la croisée du social et du technique.

1.1 La controverse historico-politique

Des chercheurs confirmés à l'instar de Tzevetan Todorov13 dénoncent la position de


domination de l'occident sur le reste du monde et par conséquent, il avance que le dialogue
interculturel ne peut pas s'épanouir correctement dans cette région du monde. Il rejoint ainsi
les thèses avancées par un autre penseur de notre temps, Régis Debray14, auteur du livre « un
mythe contemporain : le dialogue des civilisations ».

En Europe et en Occident, même si les choses ne sont pas aussi simples, la notion de
dialogue interculturel passe assez mal dans le paysage des faits énoncés comme enjeux de
société. Bien souvent les débats sur cette notion passe au travers de l'information.
Personnellement, je ne regarde pas beaucoup la télévision mais j'ai bien l'impression que
même l'ouverture de l'Année Européenne du Dialogue Interculturel n'a pas été très médiatisée.
Il faut vraiment que les acteurs soient impliqués dans un processus de construction, de
valorisation ou simplement de compréhension pour accéder à l'actualité de ce sujet.

Ainsi, face aux questions interculturelles, l'Europe semble manquer de préparation. La


situation actuelle est complexe et paradoxale. D'un coté, nous célébrons le dialogue
interculturel et nous faisons l'apologie de la diversité alors que d'un autre coté, nous assistons
à une offensive néo-assimililationniste, anti-multiculturaliste et post-colonialiste avec une
cristallisation des tensions sur l'Islam. On le voit donc bien la question du dialogue
interculturel se pose avec acuité à notre époque où les communautés semblent prêtes à glisser

13
TODOROV Tzvetan, nous et les autres, Seuil,1989
14
DEBRAY Régis, un mythe contemporain : le dialogue des civilisations, CNRS,2007

50
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

dans une lutte du « tous contre tous » pour reprendre une expression de Réné Girard15. En tout
cas, la mondialisation et la construction de l'Union Européenne poussent à la réflexion
interculturelle mais le process a vraiment du mal à émerger. Le cas de la France est
symbolique.

En dehors de l'Année Européenne du Dialogue Interculturel, la question reste très peu


évoquée ou si elle l'est, elle se trouve traitée sur un mode polémique. La notion recouvre des
enjeux spécifiques. En effet, elle semble indissociable de « la question de gestion de la
diversité culturelle par le politique, de l'immigration et du passé colonial. Pris entre ces feux
croisés, les travaux sur l'interculturel font donc l'objet d'une méfiance certaine »16. Comme le
souligne de nombreux chercheurs, l'interculturel s'accommode mal aux modèles de pensée
français. Ce constat s'inscrit dans la lignée de notre histoire. L'identité de la France s'est
construite au détriment des particularismes régionaux. Les petites nations ont du rejoindre la
grande. Ce mouvement a été particulièrement vif au début de la IIIe république et il se
continue aujourd'hui. Ce qui fait que la revendication d'une identité différente passe assez mal
dans les débats publics. De tout bord, des suspicions émanent lorsque l'on recourt à la notion
d'interculturel. « De fait, depuis la fin du dix-neuvième siècle, la gestion par l’Etat français,
centralisateur et jacobin, de la diversité culturelle se caractérise par ses visées
assimilationnistes. L’assimilation consiste en une incorporation individuelle des nouveaux
arrivants, dont les valeurs et pratiques culturelles d’origine - religieuses, tout
particulièrement- n’ont pas leur place dans l’espace public, et ne peuvent s’exprimer que dans
la sphère privée. 17»

Dans cette perspective, l’identité culturelle est perçue comme secondaire par rapport à
l’identité politique, et les minorités ne bénéficient par conséquent d’aucune reconnaissance.
Est privilégié le rapport direct du citoyen avec l’Etat, sans médiation des communautés
d’appartenance. Les nombreuses associations culturelles, représentatives de la diversité réelle
de la société française jouent de fait un rôle de médiation, mais limité car circonscrit à la
sphère culturelle et, donc, en principe, apolitique. On mesure donc le caractère problématique

15
GIRARD René, la violence et le sacré, ed plurielle, 1972
16
Benjamin Boulay, L'interculturel en France : orientation des débats scientifiques (2000-2007), édition CNHI,
2008
17
ibid

51
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

de la notion « interculturel » dans le contexte politique et idéologique français. La nation


française s’est construite au détriment des langues et cultures régionales, en imposant une
langue et une culture commune, au service d’une nation unie.

Cependant, les réflexions commencent à évoluer, précisément à cause du phénomène


de mondialisation. Mais, là encore, il faut attendre pour voir parce que si nous regardons les
dix dernières années, nous avons beaucoup plus entendu parler de « peur de la
mondialisation » que d'ouverture interculturelle. Il existe un réel blocage sur ces questions.

Un pan entier de la littérature consacrée à la gestion de la différence culturelle est


structurée par une opposition, plus ou moins explicite et revendiquée, entre ceux que Michel
Wieviorka appelle les « républicains » et les « démocrates ». Les « républicains » voient dans
la notion d’interculturel un danger pour le consensus social et disqualifie ceux qui appellent
au respect ou à la reconnaissance des « minorités ». Pour les tenants de cette position,
l’interculturel, en valorisant les communautés et leurs cultures, constitue une régression par
rapport aux acquis démocratiques qui posent les citoyens comme égaux dans l’action
politique. Un essai récent de Pierre-André Taguieff, La République enlisée18, développe cet
argumentaire : l’auteur y explique que la tolérance, au fondement des régimes démocratiques,
produit de l'intolérance et que la défense de la diversité culturelle conduit au
communautarisme, véritable menace pour la démocratie. Michel Wieviorka19 juge
caricaturales les interprétations des républicains : « Quiconque ne se contentait pas d’être
exclusivement apôtre de la République une et indivisible, quiconque refusait de se satisfaire
pleinement de l’universalisme abstrait qui lui est associé, quiconque demandait analyse […]
des demandes de ces minorités ne pouvait être qu’un casseur, un " communautariste ” faisant
le lit de la déstructuration du pays ».

Symptomatiquement, l'interculturel est souvent évoqué fonction des phénomènes


migratoires. Cette question crée des tensions vives dans le champ. L'arrêt de l'immigration ou
l'immigration choisie annonçait par le gouvernement français montre symboliquement que la
France ne peut se présenter comme un territoire ou l'expression interculturelle a les moyens de

18
Pierre-André Taguieff, La République enlisée : Pluralisme, communautarisme et citoyenneté , ed sytre, 2005
19
Michel Wieviorka,La différence : Identités culturelles : enjeux, débats et politiques. La Tour-d'Aigues ,2005

52
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

s'épanouir avec sens. Ainsi, le champ d'étude interculturel s'avère à plus d'un titre complexe
dans le contexte français. En effet, le passé colonial et l'assimilisationniste républicain
conditionne consciemment ou inconsciemment notre conception collective de l'altérité.

La France a du mal à reconnaître l'apport à la tradition des peuples d'origines


différentes que se soient au niveau des régions (Basques, Brestons) ou vis-à-vis des peuples
anciennement colonisés (Sénégalais, Kabyles). On le voit bien l'interculturel représente un
champ à problèmes parce qu'il est lié à la mémoire et à l'histoire. Notre héritage et notre
modèle républicain supportent assez mal une représentation publique et politique de
l'interculturel. Ainsi, à chaque fois que se présentent des problèmes liés au passé, les
controverses sont assez longues à se refermer. L'exemple du film de Rachid Bouchareb
« indigènes » et des questions sur la reconnaissance du rôle des artilleurs kabyles et sénégalais
s'avèrent assez symptomatique de la situation dans laquelle berce l'interculturel en France,
entre domination d'un modèle républicain et volonté politique de contrôler et d'assimiler les
cultures d'origines diverses.

Toutefois, depuis quelques années, l'approche interculturelle tend à se renouveler. Des


travaux comme ceux de Françoise Lorcerie20 tendent à relativiser l’impératif assimilationniste
du modèle républicain qui ferait obstacle à la prise en compte politique des processus
d’ethnicisation des identités. De même, François Dubet21 affirme que le rôle homogénéisateur
attribué à l’école doit être nuancé. Selon lui, l’interprétation dominante selon laquelle « en
France, l’école fut l’outil de formation de la citoyenneté nationale et universelle, balayant les
cultures locales, ignorant les cultures de classes, ignorant les spécificités pour s'imposer»
s’avère quelque peu caricatural.

La question interculturelle se trouve également travaillée par un retour à la valeur


intégration. « Selon une définition inspirée, en 1993, par le Haut Comité à l’Intégration,
l’intégration dans la mesure où elle admet la persistance des spécificités culturelles des
populations immigrées ou issues de l’immigration se distingue de l’assimilation, qui vise à la

20
Françoise Lorcerie,Le paradigme de l'ethnicité : Développements en France et perspectives, revue en ligne
faire savoir, mai 2007
21
François Dubet,L'école des chances: qu'est-ce qu'une école juste ?, Seuil, 2004

53
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

disparition de toute spécificité culturelle, et de l’insertion qui conduit à la pérennisation de ces


spécificités »22. On assiste aussi a une totale remise en cause des travaux effectués sur le sujet
de la différence et de l'interculturel parce qu'ils ont trop dissocié la dimension sociale, de la
dimension culturelle et l'aspect inégalité de l'aspect différence. Ainsi des nouveaux
programmes de recherche voient le jour. Leurs enjeux sont de concevoir une démocratie dans
laquelle les groupes culturellement différents cessent de se penser en termes hiérarchiques,
c'est-à-dire une démocratie qui s’engage autant pour la défense des différences que contre
l’inégalité. C’est le sens du concept de « différence neutre ».

Le champ interculturel connaît un renouveau prononcé en France avec les effets


induits par la mondialisation et la nécessité de reconnaître les apports des différentes
populations. Mais, le modèle français en matière d'interculturalité se recherche sur le plan
historique et politique, il en va de même sur le scientifique. Les champs de la recherche et de
l'action sont coupés l'un de l'autre.

2.2/ La controverse scientifique et la dichotomie théorie-action

Le champ interculturel souffre d'une inadéquation entre la théorie et la pratique. De son coté,
le milieu associatif et culturel prépare des événements et de l'autre le milieu universitaire
commence à s'ouvrir progressivement à la recherche sur ce thème. La principale complexité
vient du fait que le paradigme interculturel ne cesse de se renouveler. Par conséquent, le
champ de recherche a du mal à se structurer.

Comme, nous l'avons vu dans le premier point de cette seconde partie. L'interculturel
reste largement absent du débat public en France parce que notre modèle supporte
difficilement un éclatement de perspectives et peine à reconnaître l'apport des cultures
étrangères. Le mécanisme républicain assimilateur empêche de penser et de reconnaître
l'interculturel. Le champ de recherche existe depuis les années 70, 80. Des travaux importants
ont émergé des secteurs de la recherche mais le recours à l'interculturel comme champ
spécifique reste très limité en témoigne la faible quantité de mémoire universitaire consacré à
ce sujet.
22
Benjamin Boulay , ibid

54
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Les approches reposent la plupart du temps sur une épistémologie culturelle. Ce type
d'approche a tendance à mener vers des travaux d'essentialisation. Elle montre vite ses limites,
comme le souligne Vijé Franchi23, ce genre de prise en compte de la diversité culturelle a de
nombreux défauts, en particulier celui de mal prendre en compte la problématique identitaire.
L'épistémologie culturelle a par exemple produit la thèse de la différence, ce qui a conduit à
une véritable ethnicisation des cultures et des populations d'origine étrangère. Les chercheurs
se sont vite aperçus des limites de cette épistémologie. Elle occultait trop la problématique du
« moi ». Elle a aussi produit la thèse du handicap culturel, un véritable épistème. Le champ
scientifique est alors venu supporter la thèse politique de la violence et de la menace
développée dans les années 90.

Une vision paternaliste a longtemps dominé le champ de la recherche interculturelle.


Les travaux scientifiques s'inscrivaient dans une volonté de contrôle des nouveaux arrivants et
d'assimilation au modèle républicain et français. Les chercheurs non pas tardaient à
s'apercevoir que ce genre de définition du sujet interculturel conduisait directement à des
processus d'ethnicisation et avaient pour conséquence de provoquer une déformation de l'être.

Conscient d'avoir fait fausse route, les chercheurs ont profondément renouvelé leurs
approches. La création d'organisations de recherche collaborative comme l'ARIC en 1984 ont
marqué des avancées dans l’affirmation de l’interculturel comme champ spécifique. Les
premiers organismes de recherche dédiés à ce sujet se sont mis en place. Ils ont permis la
rencontre et l'échange entre chercheurs. L’A.R.I.C est également à l’origine, en 1986, de la
première collection dédiée aux « Espaces interculturels » chez L’Harmattan. Le colloque
organisé en 1991 par l’ARIC, intitulé « Qu’est-ce que la recherche interculturelle? », a œuvré
de manière décisive à la définition du champ. Dans le sillage de l'ARIC, beaucoup
d'organisations ont commencé à travailler sur le sujet. Le début des années 90 a été marqué
par la création et la publication d'un nombre important de revues fondatrices du débat comme
par exemple l’étude publiée sous la direction de Claude Clanet, « L’interculturel en éducation

23
VIJE Franchi, Ethnicisation des rapports entre élèves. Une approche identitaire, VEI Enjeux,2003

55
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

et en sciences humaines »24 et le travail de Jean-René Ladmiral et Edmond Marc Lipiansky25


qui illustrent la façon dont les théoriciens se sont emparés peu à peu du débat. Toutefois,
lorsqu’en 1995, Patrick Denoux propose un état des lieux de la recherche interculturelle en
France, il souligne bien la difficulté de l’entreprise, étant donné la multiplicité des thèmes
développés et l’éclatement des approches.

L’année 1999 a encore marqué un tournant dans l’approfondissement des recherches.


A cet égard, l dirigé par Martine Abdallah-Pretceille et Louis Porcher26 qui traite plus
spécifiquement de la communication interculturelle, fait figure de jalon d'un renouveau
épistémologique. En effet, le champ de recherche interculturel se caractérise par une véritable
envie de mieux comprendre les enjeux liés à cette notion en début de XXI e siècle. Cela
correspond à l'émergence d'une demande sociale forte liée aux mutations du monde
contemporain. Le paradigme interculturel interroge toutes les dimensions de la société en
particulier la dimension individuelle. Il est donc au cœur des problématiques sociétales du
monde moderne.

Ce renouveau scientifique se caractérise par une volonté unanime de non


catégorisation des personnes et de leurs cultures. Le recours à l'interculturel permet de prendre
conscience qu'aucune généralité ne peut être porté sur les individualités. Les hommes
participent à l'émergence de plusieurs cadres sociétaux, par conséquent ils sont pluriculturels
et leurs vies les amènent à connaître des échanges interculturels. Cette remarque s'inscrit au
cœur de l'approche contemporaine du sujet que nous traitons. Il ne peut en être autrement.

Cependant, la montée en flèche des travaux sur l'interculturel ne doit pas faire
illusion. Comme le souligne Benjamin Boulay, les recherches sur ce sujet ont beaucoup de
mal à s'imposer en France. Deux grands types de problèmes continuent à se poser. Les
chercheurs doivent faire face à des difficultés théoriques importantes. Il n'existe pas de
modèle unifié de démarche de recherche et le cadre conceptuel reste encore largement à
créer. Ce qui fait dire à des auteurs comme Gilles Verbunt que « l’outillage conceptuel

24
CLANET Claude, L’interculturel en éducation et en sciences humaines
25
LADMIRAL Jean-René, EDMOND Marc. La communication interculturelle. Paris : Armand Colin,1989.
26
Martine Abdallah-Pretceille et Louis Porcher, éducation et communication interculturelle, PUF, Paris, 1999

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

traditionnel est incapable de décrire de façon adéquate l'interculturel ». Les débats se


canalisent aussi sur la place trop importante de l'idéologie. Bien souvent, en recourant à
l'interculturel, des chercheurs tendent à montrer que les problèmes de société notamment liés
aux conflits de communauté peuvent être combattus. C'est faux ! Ils oublient souvent, comme
le souligne très justement Jacques Demorgon en reprenant une approche empruntée à Georges
Devereux, que le conflit et les rapports antagonistes sont inhérents à l'histoire de la société.

Sur le plan scientifique, le champ interculturel s'avère extrêmement difficile à saisir.


Par conséquent, on comprend mieux pourquoi le champ de l'action se trouve coupé des
travaux théoriques.

Comme nous l'avons laissé voir dans le premier chapitre, l'interculturel se révèle avant
tout dans l'action sociale et culturelle de la ville. Il est l'apanage de diverses associations
C'est dans la ville que s'exprime l'interculturel, il prend la forme de festival et autres
rencontres et des travaux de fond sont menés par les organisations impliquées dans les
processus associatifs. Par conséquent, l'interculturel doit donc se définir avant tout comme
une démarche empirique. Il se joue par l’heure en dehors des champs de recherche.

La politique éducative, la politique « aménagement » de la ville et la politique


culturelle sont les trois leviers à partir desquels s’opère la gestion de la différence culturelle
par les pouvoirs publics. Mais, dans leur ensemble, les politiques publiques restent peu
sensibles à la notion « interculturel » et à la différence culturelle, attachées qu’elles sont au
modèle républicain d’intégration. Toutefois, les initiatives interculturelles se développent,
mais de manière isolée et souvent précaire (enseignement des langues étrangères, valorisation
des cultures issues de l’immigration). La construction de l’interculturel en France dépend
avant tout de l’action collective et citoyenne. Bien souvent, les structures interculturelles se
sont régularisées au lendemain de l'élection de François Mitterand en 1981. Les familles
nouvelles arrivantes ont eu l'opportunité de créer des associations d'entraide comme l'UAIR.
C’est ainsi que l’action collective et citoyenne a construit le paysage interculturel par
revendication associatif.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Aujourd'hui, les initiatives interculturelles tendent à se généraliser après un long


moment où le sujet est resté tabou. Rennes fait figure d'exception. Depuis longtemps, la cité a
apporté son aide à ce type d'entreprise. En Europe, dans le cadre de l'Année Européenne du
Dialogue Interculturel, les projets se sont multipliés notamment pour répondre à l'exigence de
labellisation « cité interculturelle » proposée par l'Union Européenne27. En général et de
manière mécanique plus la ville compte de populations, plus nous avons l'opportunité de
constater que des actions interculturelles s'y sont développées. Il ne faut cependant pas
généraliser ce constat. La promotion de la diversité des cultures reste avant tout une question
de reconnaissance des autorités en place. Certains territoires en fonction de leur culture propre
sont plus à même de créer les conditions de réalisation de l'interculturel. Des initiatives
intéressantes peuvent être d'ailleurs mentionnées à ce sujet comme les Transculturelles de
Roubaix, le festival interculturel de Champigny, « interculte » en Suède, « musique métisse »
à Angoulême, ainsi que le rôle des fondations comme la fondation d'Amsterdam sont autant
d'éléments de fabrication de l'interculturel, tout comme les actions menées par les musées de
l'ICOM en premier lieu celui du directeur Europe de l'organisation Udo Goswald ou encore
les initiatives du musée de Nottingham ou celles du musée Dauphinois et bien entendu depuis
un an, la Cité Nationale de l'Histoire de l'Immigration.

L'interculturel se révèle donc essentiellement dans le champ des études sur la politique
de la ville à travers des questions comme la rénovation urbaine, la gestion du social et du
secteur éducatif et culturel. Elle apparaît alors plutôt comme un objectif global de cohésion
sociale. La notion de « vivre ensemble », devenue plus récemment un critère de « mixité »
sociale et culturelle préside généralement dans tous les dispositifs liés à la politique publique
de la ville en matière interculturel. Par ailleurs, de très nombreux travaux à la marge des
politiques municipales fournissent des connaissances diverses, parfois dispersées, sur la
cohabitation entre population d’origines différentes et sur leurs inscriptions en tant qu’acteurs
sur un territoire. Par contre, l’analyse montre une grande difficulté à évaluer précisément les
résultats des politiques menées aussi bien qualitativement que quantitativement.

Il existe donc deux types d'interculturels, un interculturel académique qui n'a cessé de
se renouveler et qui maintenant semble capable de produire des approches intéressantes dans

27
Voir le site cité interculturelle http://www.coe.int/

58
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

les cadres plus globaux de la société de l'information et dans la mise en route du paradigme
des trois D et un interculturel associatif qui s'exprime dans l'action de la ville. Est-ce que la
rencontre de ces deux types d'interculturel peut permettre de dépasser le principal problème ?

2.3 La controverse sociale et le recours technologique

L'interculturel se heurte à une résistance du social. La mixité culturelle ne va pas de fait. Bien
au contraire, on observe actuellement un certain resserrement communautaire. On voit que les
différents groupes communiquent difficilement entre eux. Les individus vont assister aux
événements organisés par leur « communauté ». Ils iront plus difficilement aux événements
préparés par un autre groupe. Il se crée ainsi des barrières culturelles. Comme le montre les
études de François Héran, l'une des principales limites de l'interculturel réside dans le fait que
les cultures ne se connaissent pas. Les individus restent emprisonnés dans des représentations
de l'altérité totalement conditionnées par leurs relations sociales.

Les rencontres interculturelles ont tendance à créer des stéréotypes. Les relations avec
une personne de sensibilité vraiment différente sont plus complexes. Toute la socialisation
joue donc dans la perception de l'Autre. C'est pourquoi, il est vraiment capital de miser sur le
« softpower » et de favoriser des rencontres interculturelles dés le plus jeunes âges pour éviter
le développement de stéréotypes dangereux et inutiles. Il faut aussi capitaliser sur ce type de
rencontre. Les nouvelles technologies peuvent nous y aider.

Toutefois, l'appropriation des nouvelles technologies de l'information et de la


communication est aussi « compliquée » que la perception de l'interculturel. Pour le moment,
les acteurs de l'inteculturel ne sont pas formés à la valorisation par le web. L'utilisation des
TIC n'est pas un enjeu pour les protagonistes de l'interculturel alors qu'elles se trouvent au
cœur des paradigmes de l'UNESCO et de la Société de l'Information. Pour être clair, le mot de
web 2.0 et la notion de TIC n'ont été énoncés que deux fois lors du colloque organisé en Mars
dernier à l'UNESCO. Une fois par Olivier Bartlet, président d’Africultures, une revue portant
sur les cultures africaines au sujet d'un portail Asie, Caraïbes, Pacifique. Et une autre fois, par
une jeune étudiante québécoise en toute fin de rendez-vous.

59
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

C'est assez symptomatique du décalage entre l'approche internationale et la réalité


dans laquelle elle doit se déployer sur le terrain.

Lorsque j'ai rencontré Agnès Saglio, chargé des projets à l'UAIR. Elle m'a confié
qu'ils m'avaient jamais envisagé de soutenir l'interculturel par cette forme de médiation. Elle
m'a dit que les associations membres de l'UAIR n'avaient pas forcément les moyens humains
et techniques pour développer ce type d'approche. Ce qui confirme ce que Bernard Stiegler
avance dans le tome deux de sa thèse28 : la sociogenèse est en retard sur la technogenèse. Par
exemple, les associations n'ont pas encore « compris » toutes les capacités offertes par les
NTIC notamment sur l'idée d'une co-émergence de sens et de co-actualisations des devenirs.

Comme nous l'avons déjà laisser entendre, nous sommes en train de changer d'ère,
nous entrons dans une nouvelle période de l'histoire, il faut accompagner et faire connaître les
changements. Avec le développement de la toile, nous assistons à des bouleversements
majeurs. On voit par exemple que l'individualisme, phénomène massif et symbolique de notre
société post-moderne tend à muer sous de nouvelles formes que Patrice Flichy29 appelle
« l'individualisme en réseau ». Internet est le support d'un nouveau projet de société. Il pousse
à la désappartenance du « moi » et par conséquent provoque une ouverture identitaire et
interculturelle.

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication semblent donc


pouvoir aider au dépassement de la situation encore faut-il réussir à conceptualiser une
approche capable d'intéresser et de respecter les acteurs engagés dans la valorisation de
l'interculturel à Rennes

II/ Les éléments incontournables

Dans le cadre d'un projet comme celui présenté dans un travail comme celui-ci, nous
ne pouvons pas faire l'économie de certaines réflexions. En effet, même si les études

28
Stiegler Bernard, La Technique et le temps. Tome 2: La désorientation, Gallilé,1996.
29
Patrice Flichy, L’imaginaire d’Internet La Découverte, Paris, 2001

60
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

interculturelles sont tout à fait hétérogènes et émanent de spécialités différentes; elles


s'accordent toutes sur trois écueils à éviter.

Le premier grand écueil à éviter correspond à ce que les spécialistes du champ


appellent l'essentialisation des cultures. A quoi cela correspond ? Tout simplement à ne
proposer aucune approche normative des cultures ramenées à des réalités abstraites où a des
concepts opératoires. En effet, une approche interculturelle de la communication ne peut
envisager de hiérarchiser les cultures, car de facto, il n'existe pas de culture hiérarchiquement
supérieure à une autre. Il n'existe pas non plus de culture pure. Il faut suivre l'approche
ethnosociologique des nord-culturalistes américains. Pour eux « La culture ne comporte
aucune résonance laudative ou élitiste. Le terme de culture se rapporte au mode de vie global
d'une société donnée et non à la valorisation d'usages particuliers. Dans l'optique culturaliste,
il n'y a pas de société, ni d'individus « incultes ». Toute société, tout individu a une culture. »30
Pour aller plus loin, nous pouvons dire que les hommes à travers leurs relations sociétales
participent simultanément à l'émergence de plusieurs cultures.

Ainsi chaque homme participe à plusieurs événements qu'il « gère » en fonction des
connaissances intériorisées tout au long de son parcours de vie. Au contact d'autres personnes,
il s'enrichit de nouveaux traits culturels. Il engrange de nouvelles manières de penser et de se
comporter. Sa perception du monde est émergente. Ainsi, sa culture est en évolution constante
et ne peut rentrer dans aucun modèle prédéfini d'études. Par conséquent rien ne sert de vouloir
décrire « la culture d'un homme », d'un groupe ou d'une société de manière uniforme.
L'essentialisation est vraiment quelque chose à ne pas faire.

Le deuxième grand écueil à éviter correspond à ce que les chercheurs appellent le


réductionnisme. Ce genre d'approche revient par exemple, à limiter la culture à la
communication. Ce type de postulat n'est pas recevable car la culture qui s'inscrit à l'intérieur
de chacun d'entre nous représente un tout complexe. Elle est déterminée par des variables
internes propres à l'histoire de chaque personne mais aussi par les rencontres, les lieux, la
temporalité, etc... Aussi, il est vain de vouloir réduire la culture à un ou plusieurs traits
caractéristiques. Elle doit se comprendre dans sa complexité, elle n'admet pas de

30
Alain Calmes, éléments de communication interculturelle, 1996

61
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

simplification ou de modélisation. Ce point met en avant toute la difficulté d'approche des


cultures. Beaucoup de théories ont essayé d'isoler tel ou tel phénomène. Cela a produit les
travaux erronés comme ce fut le cas en France avec l'essor du relativisme culturel qui a
conduit à la thèse de la différence et du handicap.

Le dernier grand écueil à éviter est l'ethnocentrisme. L'interculturel exige un véritable


effort de décentrage. Il faut mettre sa culture de coté et être ouvert, sensible à l'approche des
autres personnes et à leurs cultures. L'ethnocentrisme conduit à une « hiérarchisation erronée
des traits, doublé d'une attitude de sous estimation de la valeur et de l'opérationnalité des
conduites et des traits culturels d'autrui dans sa configuration. [Ce qui conduit] à une
incompréhension du fonctionnement global de la configuration observée [et induit] des
attributions de conduite [ressemblant de près à des stéréotypes]31. Par conséquent, il faut
oublier la plupart des codes de conduite que nous tenons pour des concepts incontournables et
logiquement construire par l'expérience.

En tout cas, chaque individu participe à bien plus d’une culture. Le sens d'une
communication interculturelle est alors de convaincre les personnes qu'il existe un cadre
commun, un espace ouvert de dialogue qui correspond à un certain universalisme des cultures.

Pour atteindre cet objectif, il faut plutôt travailler sur les représentations que chacun se
fait de sa culture ou de la culture des autres. A l'instar de L.S Harms 32, il faut favoriser le
dialogue entre des personnes de cultures différentes pour leurs faire prendre conscience de
l'universalité de leur manière de vivre et de penser car comme le dit si bien Claude Lévi-
Strauss « l'homme a toujours aussi bien penser ». 33 Ainsi, le communiquant doit jouer le rôle
de médiateur pour établir des liens de sociabilité entre des gens issus de cultures différentes. Il
doit pour cela développer une compétence interculturelle. Le communiquant se définit alors
comme un interprète explicitant le sens de sa traduction en la resituant dans le contexte social
et historique.

31
Alain Calmes, éléments de communication interculturelle , 1996
32
L.S Harms,Right to Communicate,Social Sciences and Linguistics Institute, University of Hawaii, 1994
33
Claude Lévi-Strauss, la pensée sauvage, 1962

62
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Le communicant doit faire prendre conscience que les cultures sont des dynamiques en
constantes évolutions, c'est pourquoi on ne peut définir autrui en lui assignant d’autorité les
caractéristiques d’un groupe culturel défini arbitrairement. L’individu doit être considéré
comme acteur de sa culture et non comme son simple produit. Dans cette perspective, les
différences culturelles sont définies, non comme des données objectives à caractère statique,
mais comme des rapports dynamiques entre deux entités qui se donnent mutuellement sens.
Ce sont paradoxalement les relations qui déterminent les caractéristiques culturelles attribuées
et non pas les caractéristiques qui définissent les relations. L’orientation interculturelle
constitue, en ce sens, une autre manière d’analyser la diversité culturelle, non pas à partir des
cultures envisagées comme statiques, comme des entités indépendantes et homogènes, mais à
partir des processus, des interactions, selon une logique de la complexité, de la variation et
non des différences.

Ainsi, un effort important est à fournir dans les rapports interpersonnels. La


communication directe avec l'Autre s'avère d'une grande importance. Le communicant doit
être animé par un véritable esprit d'éveil – mindfulness-, concept développé par les chercheurs
du MIT et repris par Marc Bosche, chercheur en anthropologie interculturelle34. Il doit
accepter de ne pas du tout connaître. Nos connaissances sont très limitées, elles progressent au
fil de nos rencontres, de nos dialogues. Ainsi, le communicant s'enrichit autant qu'il donne
comme l'avait bien mis en avant Marcel Mauss avec sa théorie du don et de l'échange.
Communiquer dans un environnement interculturel demande une véritable connaissance de
soi-même de sa manière d'être et de penser. Il faut être ouvert à la reconnaissance d'une
altérité « différente ». L'information ne pré-existe pas, tout est contextuel. Le communicant
doit donc avoir la capacité de se regarder agir dans le dialogue tout en tenant compte des
spécificités de la personne avec laquelle il communique tout simplement parce qu'eux aussi
sont des communicants en puissance si nous nous référons au célèbre crédo Palo-Altiste : «
On ne peut pas ne pas communiquer ».

Le communiquant en milieu interculturel doit aussi cultiver une vraie simplicité


d'approche. Il ne doit pas chercher à appliquer à un modèle scientifique ou philosophique
particulier, de toute manière chaque situation correspond à des réalités différentes en fonction

34
http://anthropologie-interculturelle.blogspot.com/

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

de l'espace, du temps et des individus. Il doit laisser parler les stéréotypes et travailler sur le
fait énoncé pour montrer que ceux-ci ne sont que des représentations, c'est-à-dire des traits
intériorisés formatés par les parcours de vie. Il doit s'appuyer sur les imaginaires, favoriser
l'émergence de nouveaux regards et travailler à une meilleure inter-connaissance des cultures
qui évoluent tout autour de lui. Ainsi, nous pouvons avancer que communiquer en milieu
interculturel ne s'improvise pas et que le communicant doit être prêt à dépasser le réflexe de
stress inhérent à tous échanges sociaux comme la bien montré Georges Devereux.

Enfin et surtout dans le cadre de notre optique, le communicant doit aussi éveiller les
autres aux capacités des nouvelles technologies de l'information et de la communication car
celles-ci nous peuvent supporter d'un nouvel interculturel en se basant sur un paradigme de la
coopération, de l'échange et de la communication. Le web devient essentiel pour la
communication des organisations, nous devons réfléchir ensemble à de nouvelles formes de
représentation de la richesse de la diversité culturelle dans le respect de l'identité de chaque
personne. Les TIC ouvrent un espace plus grand entre soi et le monde. Un espace propice à
l'expression interculturelle et à une meilleure connaissance réciproque des cultures. Si leurs
prises en main semblent difficiles, ce n'est pas le cas, ce qui est plus difficile, c'est de
s'accorder sur un projet commun porteur de sens.

III/ Les approches complémentaires

Il existe déjà de nombreuses approches dans le champ de la communication interculturelle.


Les travaux d'Edward T Hall sont des références. Cependant, il faut élargir leurs réflexions
avec l'apport d'autres disciplines comme l'ethnosociologie ou ethopscychanalyse dans la
mesure où l'interculturel demande un réel décentrage social et personnel. On ne peut pas non
plus l'analyser sans revenir sur quelques notions empruntées à la sociologie notamment les
réflexions de Jacques Demorgon, grand spécialiste du champ interculturel. Enfin, une
approche cognitive du sujet semble incontournable car elle prend en compte différentes
disciplines comme la philosophie et l'informatique, ce qui est tout a fait intéressant dans le
cadre de notre problématique.

64
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

2.1 E.T Hall et le collège invisible de Palo-Alto

La communication a développé une large sensibilité à l'interculturel avec E.T Hall membre du
collège de Palo-Alto.

Cet auteur peut être considéré comme le premier chercheur spécialisé sur le paradigme
interculturel. « Le langage silencieux », « la dimension cachée » et « Au delà des cultures »35
sont trois livres de référence. Dedans, il avance des réflexions qui donnent un sens, une grille
de lecture et un territoire d'analyse à la communication interculturelle. Au cœur de ses études,
il a placé deux concepts, les notions de territoire et de proxémie.

E.-T. Hall s'appuie sur une conception héritée de l’anthropologie structurale. Il pense
comme Benjamin Whorf et Claude Lévi-Strauss que chaque langue renvoie à un découpage
spécifique de l’univers, à une vision particulière du monde pour le peuple qui la parle. Ainsi
pour lui, la communication passe essentiellement par des données spatiales dont le contenu est
propre à chaque culture. Il a défini une grammaire des échanges culturels et interculturels.
Hall rend compte de la culture comme un vaste ensemble de codes. Pour retranscrire les
différents phénomènes liés à l'appréhension des échanges culturels, il a élaboré le concept de
proxémie. En découle, la « proxémique » qui constitue une sorte de codification des
possibilités culturelles. La perception de l'homme s'inscrit pour Hall dans une « bulle »
psychologique, c’est-à-dire un espace individuel qui permet à l'homme d'agir sur le monde et
sur les multiples environnements auxquels il participe. Ce que l'on constate maintenant avec
les TIC c'est que les possibilités sont démultipliées. Les TIC nous permettent réellement d'agir
sur notre environnement ainsi les bulles interculturelles s'élargissent. Les possibilités de
relecture de Hall sont donc intéressantes.

Hall avait aussi vu que ces bulles personnelles possédaient tous un dedans et un dehors
c’est-à-dire une sorte de système de zones privées et de zones publiques. Aujourd'hui ces
bulles éclatent parce que les technologies web offre une ubiquité relationnelle. Ainsi, la
dimension des bulles et des activités qui y sont liées peuvent changer de manière significative.

35
HALL T Edward, le langage silencieux, édition du seuil, 1984
,la dimension cachée, édition du seuil, 1986
, au-delà des cultures, éditions du seuil, 1988

65
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Hall avait vu que la communication était un processus profondément dynamique, liée à


l’action et à l’interaction, c'est-à-dire a ce qui peut être accompli dans une espace donné. Avec
les TIC toutes ses considérations évoluent, mais l'essence de la communication interculturelle
émane de ses ouvrages.

Plus généralement, les analyses de Hall se rattachent à l'école dite de Palo-Alto où des
théoriciens comme Gregory Beteson, Paul Watzlawick et Don D. Jackson se sont illustrés.36
Pour eux, toute communication est conditionnée par les relations directes et interpersonnelles
entretenues dans les différents espaces de communication, tout comme elle est orientée par
l'ensemble des connaissances acquises au cours de la vie. Ces deux ensembles conditionnent
ce que les chercheurs palo-altistes ont appelé la double-contrainte. Cet élément central des
thèses du collège invisible donne un éclairage des phénomènes de communication
interculturelle et par extension technologique. Dans des situations de rencontres entre
personne de cultures différentes, la communication est totalement déterminée par les
appréhensions réciproques de chacun des membres et la conduite du dialogue sera elle
contrainte par l'ensemble des connaissances acquises en amont de la rencontre. Avec les TIC
on peut essayé de changer l'acquisition des connaissances avant les échanges physiques.
L'univers des médias change complètement. Les web TV, blog, réseaux, wiki, podcast,
screencast correspondent à une nouvelle époque de la communication. Il devient plus facile de
travailler sur des thématiques précises comme l'interculturel en ayant en plus la possibilité de
faire participer les acteurs.

Par conséquent, les facteurs psychologiques de la rencontre peuvent changer.


L’interaction peut devenir plus simple. Les TIC pousse à réfléchir sur sa condition et sur les
rapports qui sont en train de se jouer dans les espaces physiques et numériques.
Les théoriciens de l'école de Palo-Alto ont aussi mis en avant le concept de
schismogenèse. Il rend compte de la dynamique de l'équilibre social à travers les processus de
communication. Ils introduisent de cette manière une analyse interactionnelle du
comportement humain. Avec les Tic, les process se modifient les pratiques changent les
blogs, wikis accélèrent les processus de connaissance de l'altérité. Les TIC amènent une donc

36
WATZLAWICK P, BEAVIN J.Helmick, JACKSON Don D, une logique de la communication, édition du
seuil, 1972

66
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

de nouvelles manières de communiquer et par extension une manière de percevoir l'altérité.


Nous pouvons être perçu via ce que nous diffusons sur la toile pour mieux travailler sur les
événements réels. Les deux mondes commencent à bien communiquer comme nous le prouve
les initiatives insolites que la télévision nous relate épisodiquement. Les TIC peuvent aussi
servir à travailler sur un champ de réflexion bien particulier de l'interculturel.

2.2 Ethnopsychologie

Longtemps le champ de recherche sur l'interculturel a été dominé par des approches
anthropologiques. Les membres de cette discipline ont crée la définition de la culture comme
norme autonomisée. Toutefois, si il est encore possible d'aborder l'interculturel avec des
notions empruntées à l'anthropologie, les concepts doivent être maniés avec une précaution
extrême car la confrontation des pratiques et des références conduit à des prophéties d'auto-
représentations néfastes pour la compréhension du social. L'anthropologie culturelle et plus
particulièrement interculturelle doit donc intégrer les ressources de l'ethnopsychologie.

Les anthropologues ont posé les bases des analyses culturelles, « il n'existe pas de
société, ni d'individus sans culture ». Leurs travaux sont des sources d'inspirations non
négligeables pour travailler sur la communication interculturelle.

Par exemple, en France se sont les études de Claude Lévi-Strauss qui ont fait « prendre
conscience » à la communauté scientifique du fonctionnement « réel » des sociétés. Cet
auteur a en effet eu une influence importante sur les champs de recherche. Père fondateur du
structuralisme, il a fait avancer l'anthropologie, l'ethnologie et la recherche interculturelle de
manière significative. Ses œuvres ont permis de redécouvrir les bases de l'altérité culturelle
dans toute sa complexité. « Race et Histoire »37 est un ouvrage qui compte beaucoup dans le
champ interculturel, il a été mentionné à plusieurs reprises à la conférence de l'UNESCO. Ce
qu'il faut surtout retenir des travaux de Claude Lévi-Strauss, c'est sa méthodologie. Cette
manière d'être à la fois en dehors et en dedans de l'objet d'étude. L'auteur d'une étude
anthropologique doit faire attention à garder une vraie neutralité vis-à-vis des acteurs étudiés.
37
Claude Lévi-Strauss, Race et Histoire, folio essais, 1952

67
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Il ne peut pas hiérarchiser les traits culturels car comme Lévi-Strauss l'a montré, il ne peut pas
avoir de référentiels. Il nous invite donc à regarder les cultures dans leurs propres miroirs, à
considérer que rien n'est insolite et que les sens sont les seules sources d'adaptation. Les
possibilités d'études se démultiplient avec l'appropriation des TIC par les interactions
changent fondamentalement.

Les travaux anthropologiques peuvent nous permettre d'appréhender la diversité des


cultures et les problématiques technologiques cependant il faut faire très attention à leur
utilisation, car le recours à la culture dans l'échange social entraîne la construction de murs
entre leurs personnes. Il faut donc les combiner avec une approche ethnopscychologique.

L'ethnopsychologie est une discipline complémentaire des sciences sociales. Elle a été
développée par Georges Devereux, anthropologue et psychologue d'origine roumaine. Il a
été formé en France par Marcel Mauss puis a fait carrière aux États-Unis en participant à
l'évolution de l'école de Chicago.

Difficile de résumer une pensée aussi riche et complexe que celle de Georges
Devereux. L'une des ses principales hypothèses s'inscrit dans des considérations sur
l'inconscient. Il élargit et reprend l'une des thèses principales de Sigmund Freud sur
l'inconscient idiosynchrasique. Lui, le définit comme un inconscient culturel. Il dit que c'est à
ce niveau que se joue les relations culturelles et par conséquent interculturelles. Pour lui, cet
inconscient régule les contacts sociétaux. Georges Devereux explique aussi que la culture ne
peut se comprendre que comme un système dé défense. Les traits culturels sont donc pour lui
des manières de se protéger. Le stress n'est pas un traumatisme mais une situation normale,
cela correspond au processus par lequel la culture a enclenché son système de défense. Par
conséquent, la culture est source inconsciente de conflits, de rapports de force. Chaque fois
que quelqu'un recourt à des analyses culturelles, il construit des passerelles instables envers
l'altérité.

Georges Devereux propose donc une approche très critique l'anthropologie. Alors que
Claude Lévi-Strauss considère que les cultures se caractérisent par des ensembles utiles et
cohérents, Devereux montre que les sociétés ne sont pas du tout cohérentes. Il dit que Claude

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Lévi-Strauss n'a pas pris en compte l'anormalité. Pour Devereux, les sociétés sont
psychotiques et cela paraît assez vraisemblable vu les controverses évoquées. Peut-être que
c'est assez choquant mais ce n'est pas la première fois que de telles approches sont envisagées.
En effet, Devereux se réfère aux analyses développées par le marxisme (Marx, Prudhon), le
socialisme utopique (Fourrier), le réalisme (Hugo, Balzac) et plus généralement toutes les
sciences sociales. Il reprend par exemple comme référence le concept d'anomie, c'est-à-dire le
manque de valeurs partagées et de références communes, développé par Émile Durkheim.

Chez lui, une société est normale lorsqu'elle

 donne accès à la maturité affective (idéal de l'adulte autonome et flexible


culturellement)
 offre des possibilités d'accès à la compréhension empirique du réel ( = monde
multiculturel en évolution constante)
 favorise la rationalité dans l'échange, c'est-à-dire le fait de rentrer dans des rapports de
sens au lieu de construire des rapports de force (co-construction/stéréotype)
 plébiscite le refus de la sublimation et le renoncement à la toute puissance
( domination nord, sud / idéologie de la domination)

In fine , nous pouvons facilement nous apercevoir que très peu de sociétés offrent ce
cadre d'épanouissement. Les travaux de Georges Devereux sont donc tout à fait stimulants
pour réfléchir sur notre propre condition et sur notre culture. Il déplace le fait culturel du
niveau systémique au niveau de l'inconscient individuel. Il nous invite donc à prendre
conscience que nous sommes toujours contraint par nos connaissances et à nous arracher de
notre bain anthropologique. Gorges Devereux a notamment entretenu une longue relation
d'amitié et de travail avec Roger Bastide38. Les théories de ses deux auteurs sont essentielles
dans le champ de la communication interculturelle comme en témoigne des ouvrages comme
l'étude collective dirigée par Christoph Wulf et Pascal Dibié39.

38
DEVEREUX George, essai d'ethnopsychiatrie générale, 1982
39
(dir) DIBIE Pascal, WULF Christoph. Ethnosociologie des échanges interculturels. Paris : Anthropos, 1998.

69
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Ce qui est formidable, c'est qu'avec les TIC, nous avons la possibilité de jouer en
amont des processus de rencontres. Les plates-formes web 2.0 où les informations se croisent,
provoquent pour celui qui s'y intéresse un petit peu, l'augmentation des connaissances et
favorisent aussi une altération de l'incertain. Les nouvelles technologies sur certains points
interrogent toutes les dimensions de l'être. N'est ce pas le moment pour tenter de construire
un nouveau rapport avec les autres cultures ? Il me semble que oui, mais pour l'heure nous ne
disposons pas d'études de référence sur le champ des usages en milieu interculturel. Et,
comme nous l'avons vu les membres des associations sont encore loin d'avoir une démarche
tournée vers les nouvelles technologies. Par conséquent, il existe un réel défi a relevé pour
reprendre les mots de la déclaration universelle sur la diversité. Tout reste à créer dans ce
champ spécifique des sciences de l'information et de la communication. Pour tenter de
capitaliser sur un tel projet, la communication peut s'appuyer sur la sociologie.

2.3 Sociologie

La Sociologie peut nous intéresser sur plusieurs points. D'abord parce que la
sociologie de la traduction nous permet de mieux penser l'implication des différents actants
dans l'acteur-réseau, ce qui permet de dépasser le déterminisme qui nuit souvent à la
sociologie classique Durkheimmienne et Bourdieusienne. Ensuite, parce qu'elle même
commence à utiliser des concepts issus de la philosophie des techniques. Enfin parce qu'elle
est une science du « symbole », c'est-à-dire une science tournée vers l'appréhension des
perceptions liées aux objets (TIC), aux langues et aux croyances. Elle peut donc nous aider à
mieux étudier les tenants et les aboutissant de la communication interculturelle.

Cette discipline est maintenant dominée par une approche basée sur la compréhension
de la société dans sa quotidienneté. Ce type d'analyses a vu le jour après la révolution de Mai
1968. Elle se caractérise par une volonté de rupture avec le classicisme sociologique de
Durkheim. Les études poursuivent de nouveaux axiomes. Cette sociologie trouve ses racines
en dehors de l'Europe, dans l'interactionnisme symbolique d'Erving Goffman40 et de Georg
Simmel41. En France, ces travaux ont été prolongés par Henri Lefebvre, Michel de Certeau,

40
Erving Goffman,La Mise en scène de la vie quotidienne,1954
41
George Simmel,La sociologie et l'expérience du monde social, Méridiens Klincksieck, 1986

70
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Claude Jabo, Michel Maffesoli et Jean-Claude Kauffman. Elle nous intéresse parce qu'elle
étudie les cultures comme des entités en constante émergence.

Elle nous invite à se concentrer sur des études micro-sociales. L'acteur est le principal
objet de l'écosystème. « Les gens et les individus ne sont pas des épiphénomènes de la
structure sociale ». Elle a aussi permis de développer des travaux sur l'imaginaire, l'affectif et
la sensibilité quotidienne de la culture qui peuvent être intéressants pour travailler dans le
champ interculturel. Et surtout, elle envisage la culture comme un ensemble de codes de
conduite en perpétuelle évolution. Ce sont les contacts entre les hommes qui créent la culture.
La culture est donc construite par l'humain. Les références culturels doivent donc pouvoir se
décoder comme une sorte « tactique sociale » de chaque individu pour reprendre un concept
de Michel De Certeau42. Le culturel et l'interculturel sont complètement conditionnés par le
social. Et qu'est ce que le social ? Un ensemble constamment renouvelé d'interactions et
d'épisodes au cours de la vie collective qui produisent des rencontres, elles même soumises à
réinterprétation personnelle en fonction du passé et créatrice du devenir.

Avec les TIC, la sociologie du quotidien à évoluer vers le développement d'une


sociologie de l'usage Les approches de l’appropriation étudie la mise en usage dans la vie
sociale. Les TIC font désormais partie intégrante de notre quotidien. « Tout le monde » utilise
internet. Il est donc normal de s'y intéresser de plus près dans la continuité des travaux de
Michel de Certeau comme en témoigne les documents d'auteurs comme Jacques Perriault et
Serge Proulx. Ils étudient les effets induits par les TIC notamment sur les questions de la
dichotomie entre sphères publique et privée, de la technicisation des pratiques de
communication, des questions du lien social et de la médiation technique, des figures de
l'usagers : l’usager actif, des usages socio-politique et des formes de l’appropriation dans les
constructions identitaires et les représentations.

Il existe aussi des travaux plus pointus sur la sociologie de l'interculturel. En France,
nous avons un grand chercheur sur ce thème : Jacques Demorgon.

42
Michel de Certeau , L'Invention du quotidien, 1. Arts de faire et 2. Habiter, cuisiner, Gallimard, Paris, 1990

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Ce sociologue a acquis une grande expérience du sujet avec les travaux qu'il a mené au
sein de l'Office Franco-Allemand pour la Jeunesse (OFAJ) où il a entrepris de comprendre le
fonctionnement des cultures. Pour lui, l'interculturel n'existe pas encore. Une « observation
participante » l'a conduit à montrer que lorsque des individus de cultures différentes se
rencontrent au début les rapports sont courtois et polis, que chacun essaie de communiquer
avec l'Autre mais qu'au fil du temps, les rapports entre personnes de cultures différentes se
tendent assez facilement à cause de la langue en premier et ensuite à cause de mécanismes
mentaux symboliques d'un décrochement interculturel. Le genre de mécanismes qui conduit à
la production de stéréotypes.

L'approche de Jacques Demorgon est remarquable car il adapte dans son dernier
travail « critique de l'interculturel »43, un certain nombre de concepts empruntés à d'autres
intellectuels tel que Gilbert Simondon qui comme chacun sait est le grand penseur des
techniques. Il lui emprunte notamment le concept de transduction. Concept central chez cet
auteur puisqu'il fait le lien entre technique, social et culture.

La transduction désigne l'opération de mise en forme expliquant la genèse de


l'individu sur le fond de réalité pré-individuelle. Elle désigne donc l'opération par laquelle
deux ou plusieurs ordres de réalité incommensurables entrent en résonance et deviennent
commensurables par une dimension qui les articule – ici la dimension interculturelle- et par
passage à un ordre plus riche en structures. Cette approche lui permet d'ouvrir un ensemble de
question de fond. Par exemple comment s'est organisé « l'intérité », c'est-à-dire la
connaissance réciproque des sociétés ? Comment elle continue à s'organiser en continuité et
en discontinuité à travers les événements d'aujourd'hui ? Cela est très intéressant pour
comprendre les relations interculturelles et le type de communication que nous devons
déployer.

Cette approche permet aussi d'articuler le général, l' « interculturation », la


mondialisation du monde et des imaginaires, le particulier, les situations interculturelles du
quotidien et le singulier, le ressenti humain dans leurs rapports au temps : passé, présent, futur

43
DEMORGON Jacques, « critique de l'interculturel, l'horizon de la sociologie », économica, 2005

72
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

et dans sa dimension sociale. Le concept de transduction peut donc s'appliquer à une


meilleure connaissance de l'Altérité dans la mesure où elle représente le process d'influence
qu'exercent les unes sur les autres les réalités singulières en interaction du fait de leur
contiguïté spatiale ou de leur contiguïté temporelle. Elle ouvre l'intérité et favorise
l'acquisition de processus sur l'interculturalité historique des sociétés, ces influences peuvent
être de toutes sortes et d'ampleurs différentes. Elles concernent les personnes, les groupes, les
régions et les nations.

Jacques Demorgon propose donc un éclairage intéressant qui prend en compte toute
les dimensions interculturelles. Bien sûr, son approche ne se limite pas à la transduction. Les
personnes qui travaillent sur l'interculturel ne peuvent pas faire l'impasse sur ses ouvrages,
même si ils sont parfois difficiles d'approche, mais n'est ce pas normal pour comprendre un
paradigme aussi compliquer que l'interculturel ?

J.Demorgon propose par exemple de chercher les voies d'une systémie adaptative,
c'est-à-dire une science à la recherche de la construction d’un universel au cours de l’histoire
humaine. Ce genre d'approche peut révéler que nous sommes tous soumis à des
problématiques adaptatives, c'est-à-dire à des problématiques qui surviennent, peu importe la
nationalité de départ. Par exemple : faut-il s’ouvrir ou se fermer ? Se stabiliser ou être
mobile? S’unifier ou se diversifier?

La sociologie est donc une discipline fondamentale pour réfléchir à une approche de la
communication interculturelle. Les TIC doivent être posés comme un objet et des études
intéressantes sont à faire sur les logiques d'appropriations. Pour compléter notre approche
complémentaire, nous devons nous intéresser au fonctionnement de l'humain, car c'est là que
se joue tout l'interculturel.

2.4 Les sciences cognitives

Les sciences cognitives peuvent vraiment nous aider à mieux comprendre le


fonctionnement de l'humain et la valeur de ses communications. Les sciences cognitives se
sont développées après la seconde guerre mondiale dans le sillage de l'informatique. Elles

73
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

permettent de penser les techniques et sont donc très intéressantes pour notre sujet.
Cependant, comme toutes les disciplines, elles ont connu des évolutions, aujourd'hui elles
sont questionnées par les sciences cognitives énactives et situationnistes qui déplacent les
problématiques initiales vers l'humain notamment sur le plan des neurosciences.

Elles reposent sur une philosophie particulière, la phénoménologie. Née à la fin du


XIX e siècle, la phénoménologie est un des grands courants contemporains de la philosophie
européenne dont Franz Bentano, Edmund Husserl sont les fondateurs et Heiddeger, le
principal représentant en Allemagne. En France, des philosophes comme Jean-Paul Sartre,
Maurice Merleau-Ponty, Emmanuel Lévinas et Paul Ricoeur s'inscrivent dans cette tradition.
Elle aborde la conscience et les phénomènes mentaux comme des expériences subjectives
d'un sujet « jetée dans le monde ». Ainsi, les pensées, les sentiments, les rêves, la conscience
sont d'abord définis par « l'intentionnalité », c'est-à-dire la signification donnée aux choses,
aux êtres et aux situations. La conscience est un rapport au monde, vécu subjectivement. Par
exemple, l'appropriation des TIC ne peut pas s'expliquer par une réalité physique objective
mais réside plutôt dans les usages qu'elles engendrent.

La phénoménologie veut rendre compte de ces phénomènes mentaux par une méthode
« interprétative » qui vise à restituer le sens que l'homme donne aux choses, à « comprendre,
leurs significations » plutôt qu'à les expliquer objectivement.

La phénoménologie a produit la thèse de « l'homme pluriel ». Une approche


développée par Charles Taylor, philosophe et anthropologue canadien et le sociologue
français Bernard Lahire44. Cette manière de penser est reconnue comme la pierre philosophale
de l'interculturel (approche de l'UNESCO).

D'après cette approche, les hommes sont co-constructeurs du social et du culturel. Elle
conçoit que les appartenances humaines sont multiples, chacun d'entre nous participe à l'essor
de plusieurs cultures. L'homme est donc par essence multiculturel et interculturel. Son capital
culturel ne cesse de s'enrichir au gré des multiples contacts sociétaux. Cela forge en retour son
identité. On ne peut donc pas dire que la culture de l'être soit uniforme. Comme les contacts

44
Bernard Lahire, l'homme pluriel, « Essais & recherches », 2001

74
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

sociaux sont multiples, variés, les hommes co-construisent réciproquement leurs cultures. Les
individus et leurs identités ne pré-existent pas et s'inventent dans l'usage du quotidien et de la
vie. En matière interculturelle, donc tout ce qu'il y a comprendre, c'est que les individus se
rencontrent, échangent par de nombreux canaux, que ces contacts forgent des identités
multiples qui se caractérisent par une appartenance multiculturelle à la société.

Ainsi chaque moment doit permettre de développer notre connaissance du monde


parce que quelque soit notre formation, notre perception du réel reste toujours limitée pour
reprendre un célèbre concept d' Herbert Simon. Nous devons donc tous rester attentif à nos
modes d'action sur le monde.

Document : hexagone cognitiviste, représentation des disciplines formant les sciences


cognitives, source wikipédia

Qu'est ce que connaître et comment les pratiques autonomes (connaissance, langage)


des individus évoluent-t-elles dans le temps et l'espace, voilà deux des grandes questions
posées par les sciences cognitives énactives dont l'approche est soutenue par Francisco
Varela. Avec son maître Maturana, ils ont beaucoup travaillé sur les concepts de contrôle et
d'autonomie et se sont attachés à décrire l'inscription mentale et physique des actions
individuelles pour mieux comprendre le fonctionnement de la société et des systèmes. Ils ont
montré que la vie se jouait dans un cercle vertueux propre à chaque individu, ceux qui les a
amené à proposer une grammatologie de la connaissance. Ce type d'approche congrue bien
avec l'idée d'une meilleure appréhension de l'interculturel. Pourquoi ?

75
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Parce que les sciences énactives permettent de prendre conscience que connaître s'est
se mettre dans une situation inattendue, incertaine comme la communication interculturelle. Il
faut comprendre que tout se joue à l'intérieur de notre esprit. Nous ne comprenons
l'information que comme une mise en scène, elle demande donc a être analysé en tant que
« processus constructeur » de l'identité individuel. L'information n'est que transmission, elle
crée des passerelles. Pour eux, la connaissance ne se construit que dans l'action. Toute action
est perception et toute perception est action. Il n'existe pas d'extérieur à proprement parler. Il
n'existe que des identités en évolution constante co-progression, par conséquent, la logique
des sciences énactives, nous poussent sans cesse à chercher des passerelles de
communication, des viabilités adéquates pour mieux comprendre et communiquer dans les
environnements dans lesquels nous vivons. Elles nous poussent à garder un esprit ouvert à
une culture de flexibilité sociale. La connaissance est émergente, elle est co-déterminée dans
les rapports entre le « moi » et la figure de l'Altérité.

La reconnaissance de ces mécanismes cognitifs aide donc à la fois à une meilleure


connaissance de soi et nous préparent mieux aux différentes rencontres culturelles. Il convient
alors de réfléchir sur les processus qui ont fait que l'on en arrive à un état particulier du sujet
et de travailler ensemble, en co-construction, à changer cette réalité, tout en sachant que plus
le nombre de dialogues et d'échanges est élevé plus la réalité se découvrira. Par conséquent,
on le voit bien les sciences cognitives situationnistes et énactives peuvent nous aider à mieux
comprendre comment nous fonctionnons en proposant l'image d'un cercle ouvrant un espace
entre « soi » et le monde, un inter-médiaire.

Ce phénomène humain, empirique et universel est d'autant plus vrai aujourd'hui avec
l'arrivée des technologies de l'information et de la communication. Les TIC viennent
augmenter l'espace entre-soi et le monde. Avec les technologies web 2.0 cet espace augmente.
Plus généralement les TIC et les process d'appropriations et d'usages permettent de nous
confronter individuellement et collectivement à un miroir qui change nos pratiques sociales.

Conclusion de partie

76
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Dans cette partie, nous avons vu que l'interculturel factuel que nous avions constaté
dans le premier chapitre devait s'apprécier en fonction de nombreuses controverses. D'abord,
une controverses historico-politique. Les sociétés européennes dans leur ensemble, même si il
ne faut pas faire de généralité, ne semblent pas préparées à l'interculturel -réciprocité et écoute
dans l'échange-. Dans le cadre français, il existe de nombreuses suspicions à chaque fois que
l'on recourt à cette notion. La logique républicaine est plutôt assimilationniste. Les petites
nations ont du se convertir à la philosophie de la grande ne laissant que très peu de place à
l'interculturel.

De la même manière, les travaux scientifiques sur l'interculturel ne sont pas très
développés et il n'existe pas de cadre conceptuel bien établi. En plus, un nombre important de
travaux sont venus appuyer les vues assimilationnistes du politique. Toutefois, le paradigme
interculturel connaît un renouveau de sens théorique avec la mondialisation. En revanche,
celui-ci reste coupé de la réalité des acteurs de terrain en particulier tout ce qui se rattache aux
nouvelles technologies. Par conséquent, il n'existe pas vraiment de liens entre la théorie et la
pratique. Les deux champs d'applications perdent alors en qualité, et la compréhension de
l'interculturel nouveau induit par la mondialisation et les enjeux liés à l'arrivée des nouvelles
technologies de l'information et de la communication comme la construction de la société
connaissance et des savoirs partagés sont secondaires voir ignorés par les acteurs de terrains.

Enfin, nous avons vu que le grand problème de l'interculturel s'inscrivait dans une
méconnaissance assez importante des communautés entre elles. Nous avons donc émis
l'hypothèse d'un rapprochement par les nouvelles technologies de l'information et de la
communication. Ce qui nous a permis d'évoquer, le retard des collectifs et de la société en
général sur les usages de ces nouveaux objets de dialogue.

Dans un deuxième temps, nous avons présenter les éléments incontournables pour la
mise en œuvre de la communication interculturelle à savoir : le refus de toute essentiallisation,
il n'existe pas de culture pure, le réductionnisme, on ne peut pas limiter la culture d'un indivdu
à tel ou tel phénomène et enfin l'ethnocentrisme.

77
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Nous avons ensuite approfondi quelques axes théoriques comme la communication en


évoquant l'école de Palo-Alto et E.T Hall pour montrer les grandes thématiques de la
communication. Puis nous avons émis de grande réserve envers les approches classiques de
l'anthropologie culturelle en posant comme hypothèse recevable les enseignements de
l'ethnopsychologie.

En parallèle de la présentation de ces deux approches, nous avons dit que les TIC
changeaient les possibilités offertes ce qui est certain dans le domaine la communication
notamment au niveau des médias ce qui nous permis de dire plus loin que nous pouvions peut
être espérer altération la confrontation des cultures par une meilleure connaissance en amont.

Nous avons ensuite sollicité la sociologie car les cultures au sens large s'inscrivent
dans le social. Nous avons dit que les méthodes de la sociologie dit quotidien et de
l'appropriation ouvraient des pistes intéressantes pour notre sujet d'études. Puis nous avons
mis en avant les travaux de Jacques Demorgon parce qu'il développe une approche
interculturelle reposant en parti sur les travaux de Gilbert Simondon.

Comme dernière piste pouvant nous aider nous avons chercher du coté des sciences
cognitives d'abord parce qu'elles reposent sur la phénoménologie : approche philosophique
qui a crée le nouveau paradigme interculturel et ensuite puisqu'elles combinent différentes
approches comme l'informatique, la linguistique, la psychologie.

La revue de ces champs nous pousse à dire que l'appropriation sociale de nouvelles
technologies en milieu interculturel doit reposer sur une « psychologie sociale cognitive ».
Seule l'expérience pourra valider cette hypothèse.

Maintenant, nous allons quitter l'univers théorique pour voir quels utiles nous avons à
notre disposition pour tenter de confirmer cette approche.

78
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Chapitre 3
Pour une cité interculturelle 2.0

79
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Dans cette troisième partie, nous allons passer en revue les grandes tendances technologiques
et les nouvelles philosophies qui leurs sont liées. En effet, les logiciels libres, le web 2.0 ou
web 3.0 ne sont pas que des outils, leurs appropriations appellent une certaine éthique :
partage, participation, échange, co-construction sont au cœur des dynamiques du libre et du
nouveau web

Les logiciels libres offrent une nouvelle vision du travail, une vision moins
hiérarchique ou tout le monde contribue à enrichir la communauté. L'esprit du libre a rejailli
sur le web.

Le Web 2.0 offre de nombreux outils facilement accessibles, chacun a désormais la


capacité de créer des contenus que tout le monde peut récupérer et diffuser sur différentes
plate-formes. Les licences « creative common » sont aussi un des phénomènes importants liés
à l'évolution du web participatif. Nous ferons donc une petite présentation de ces nouveaux
types de contrats. Enfin, nous verrons que les territoires sont en train de connaître une
véritable révolution. Le numérique offre désormais la possibilité d'étendre l'espace réel des
villes ou des organisations dans des univers 3D.

Après avoir présenté ces grandes tendances avec les philosophies qui les animent,
nous essayerons de réfléchir à des applications dans le contexte du milieu associé interculturel
rennais. Comme nous l'avons mentionné, les associations connaissent un retard important au
niveau de l'appropriation des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
Nous proposerons donc un projet, sous forme de proposition d'appel, visant dans un premier
temps à soutenir la dynamique interassociative et en particulier valoriser le festival
« Convergences Culturelles » 2008. Puis dans un second temps, nous présenterons, un projet
pour « développer les activités des associations » à plus long terme.

Bien sûr, la nature du projet dépend essentiellement de mes connaissances. Il


correspond plus à une expression personnelle. Il ne pourra donc pas forcément correspondre
exactement aux projets associatifs. Toutefois, les logiciels libres et les technologies web 2.0

80
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

et 3.0 offrent un large éventail de possibilité. Après, les initiatives doivent se co-constuirent
dans le dialogue. C'est cette notion qui est au cœur de ma démarche. Les NTIC ne constituent
pas en soit des outils révolutionnaires, c'est plutôt les logiques d'appropriation et d'usages qui
peuvent renouveler le dialogue interculturel, en se focalisant sur une thématique
« universelle » : l’appropriation collective et citoyenne des NTIC.

1 / La boîte à outils

Avant d'en venir au projet, nous devons présenter les grandes tendances
technologiques, en premier lieu les logiciels libres.

1.1/ Les logiciels libres et open source

Les logiciels libres ont beaucoup d'avantage. Toutes les administrations publiques se
sont tournées vers ces technologies. Ils permettent de créer des projets qui peuvent ensuite
être revalorisés à moindre coup par d'autres organisations. Les logiciels libres amènent donc
un esprit de solidarité implicite. L'exemple souvent mentionné est le cas Linux. Ce projet s'est
développé en Finlande et correspond à une approche différente de l'informatique et du travail
en général. Il est plus conforme au premier pas et à l'esprit libertaire qui a accompagné le
développement de la technologie informatique sur les campus américains à la fin des années
6045.

Au début des années 90, Linus Torvalds, venez d'acheter un Pc et il était désireux de
créer un autre système d'exploitation que windows. Il commença donc la conception d'un
nouveau programme, demanda ensuite à d'autres personnes de l'essayer et de soumettre des
améliorations. C'est ainsi qu'est né le noyau dur Linux, archétype du logiciel libre.
Aujourd'hui, la communauté Linux, c'est largement étendu et les logiciels comme Ubuntu
sont de plus en plus utilisés à travers le monde.

45
Patrice Flichy, L’imaginaire d’Internet La Découverte, Paris, 2001

81
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Au niveau sémantique « ubuntu » a une double signification, informatique et


interculturelle. A la base, la notion « ubuntu » renvoie à un ancien mot bantou, une langue
parlé dans plusieurs pays africains. Il signifie « Humanité aux autres » ou encore « Je suis ce
que je suis grâce à ce que nous sommes tous ». « Ubuntu » est un concept fondamental de la
philosophie de la réconciliation développée par Desmond Tutu avec l'abolition de l'apartheid.
Par conséquent, ce mot à une forte teneur interculturelle. La proposition de Dris El Yazami «
Nous devons évoluer vers une philosophie Ubuntu de la reconnaissance » lors de la
conférence de l'Unesco confirme ce lien. Le logiciel libre a une valeur interculturelle. Il est
donc logique de l'utiliser dans les projets de valorisation.

Le terme désigne aussi un bureau informatique librement échangeable. Il suffit de le


commander, c'est gratuit. En plus, les communautés du libre sont assez actives sur nos
territoires. A Rennes, des journées de promotion des logiciels libres sont régulièrement
organisées. La vitalité des acteurs du libre s'exprime à tous les niveaux. Par exemple, Richard
Stallman figure emblématique du mouvement a joué un rôle important dans la définition du
projet de société de l'information.

Le logiciel libre repose sur une autre approche du travail. Avec le libre, on assiste
l'émergence d'une nouvelle philosophie. Le fonctionnement du système Linux apporte un vrai
renouveau dans les méthodes d'approche de l'environnement et du partage de l'information.
Ce fait a très bien été mis en valeur par l'article qui circule librement et en plusieurs langues
sur internet « la cathédrale et le bazar ».46 Chaque membre, chaque structure a la possibilité
d'enrichir la version dont il a reçu l'usufruit. Il peut développer de nouvelles applications et
décider de relancer une version modifiée pour l'ensemble de la communauté. Les logiciels
libres et les logiciels open source offrent donc une alternative dans les process de travail et de
construction. Ils sont donc beaucoup plus intéressants que les systèmes d'exploitations
windows. La différence se mesure tout simplement au niveau du prix. Lorsque, nous achetons
un Pc avec le système d'exploitation windows, les frais de logiciels se montent déjà à près de
trois cent euros. Le libre et l'open source présentent donc des avantages économiques,
philosophiques, interculturels mais aussi sociaux.

46
RAYMOND Eric, la cathédrale et le Bazar, 0'Reilly, 2001

82
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Le libre porte des messages positifs en terme de citoyenneté. Il permet une meilleure
circulation des outils nécessaires à l’utilisation de l’ordinateur par exemple des messageries
comme Thunderbird ou des navigateurs internet comme Mozilla Firefox. Le libre et l'open
source ne peuvent cependant pas se limiter à ces deux seuls programmes.

Le libre est tout terrain et peut s'adapter à tout et à tous. Il existe des organisations qui
sont spécialisées donc la conception, le développement et la mise à disposition de logiciels
libres comme Framasoft ou Addulact pour les collectivités. Les messages implicitement
délivrés par la mise en place et la formation aux logiciels libres sont forts. Ils permettent de
créer des rencontres d'usages créatrices de dialogue. Le partage des connaissances
informatiques vient soutenir des dynamiques de rencontres et de co-construction de projets.

En plus, les contrats qui certifient les logiciels libres laissent une grande faculté de
copie et de distribution qui se caractérise par le système de copyleft. Les outils peuvent donc
circuler très facilement. Les associations peuvent ainsi fournir les logiciels gratuitement aux
citoyens intéressés et à leurs bénévoles. Sur ce point, l'initiative de la ville de Brest et de ses
partenaires avec le bureau libre Free Eos montre quel type d'actions, on peut envisager avec le
libre.

Le libre présente donc de multiples avantages, il n’est donc pas étonnant de le voir
largement utilisé dans la plupart des administrations et dans espaces publics numériques (EPN
). Le Libre renvoie à des valeurs fortes fondées sur la simplicité, l’entraide et la mutualisation
des connaissances.

D’un point de vue social, le libre permet trois choses très importantes. Premièrement,
il permet l’autonomie des usagers. La diversité et la richesse des solutions « logiciels libres »
incitent à l’apprentissage de méthodes transférables, de conduites générales plutôt que
d’application de recettes pour un logiciel particulier. Après quelques leçons, le libre devient
assez simple et assez intuitif. Par conséquent, le libre permet de responsabiliser et de
revaloriser l’action des citoyens dans le sens où il encourage les usagers à redevenir actifs
dans leurs choix et les aident à mieux comprendre le fonctionnement de l’informatique. Les

83
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

échanges de savoirs sont au cœur de la dynamique du libre. Cet esprit de partage et d’entraide
rejaillit sur les usagers.

Le libre conditionne un apprentissage qui repose sur la mutualisation. Du fait de ses


caractéristiques, le libre a des effets positifs tant d’un point de vue social (interopérabilité,
liberté de diffusion) que d’un point de vue économique. Il permet d’impliquer les usagers des
logiciels grâce à une idéologie de partage et de revaloriser leurs actions. Le libre peut engager
des dynamiques de changement permettant de tirer pleinement parti des gains d’efficacité
offerts par les technologies de la communication : mutualisation, expériences et réalisations47.

Les logiciels libres correspondent donc à une tendance forte des nouvelles
technologies de l'information et de la communication. Ils apportent un véritable renouveau
tant sur le plan philosophique et éthique, que sur le plan économique et social. Le partage et la
mutualisation des connaissances sont au cœur des projets. Cela tend à créer de nouvelles
dynamiques et solidarités dans les organisations. Cette tendance forte à la collaboration et au
partage se renforce encore avec l'arrivée des nouvelles technologies du Web.

1.2/ Le web 2.0 ou le web participatif

Depuis quinze ans a peu près, internet change complètement notre société. La tendance se
confirme avec l'apparition du phénomène Web 2.0, web participatif ou web social, au choix.
Cette notion correspond à un « méli-mélo d’outils et de sites qui encouragent la collaboration
et la participation : Flickr, Youtube, Myspace, Wikipédia et l’ensemble de la blogosphère en
sont quelques exemples48 ».

La grande force du web 2.0 réside surtout dans sa capacité à offrir des outils de
communication facilement accessibles pour le grand public. Beaucoup d'utilisateurs se sont
déjà appropriés ces technologies. Le phénomène a aussi donné lieu à la normalisation de
nouveaux types de droits pour protéger les contenus créés par les utilisateurs.

47
Guide Créatif
48
H.S Courrier international, révolution web 2.0, Novembre-Décembre 2007

84
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Le web 2.0 métamorphose la toile. Internet est en train de devenir un nouvel espace
citoyen. Il permet le partage implicite de données. De plus en plus d'organisations passent par
ces passerelles pour atteindre les différents publics. Cependant, nous sommes au tout début du
phénomène et les utilisations individuelles tendent à dépasser les usages sociaux, associatifs,
et institutionnels.

Comme le libre, le web 2.0 supporte une nouvelle philosophie basée sur le partage et
la mutualisation de la connaissance et la coopération implicite. Il permet de mieux travailler
ensemble et d'être plus visible pour ceux qui ont besoin d'informations.

Le web 2.0 permet une continuité relationnelle. Avec l'ensemble des plates-formes
web qui se créer les personnes engagées dans des processus projet peuvent échanger plus
facilement, mieux se connaître. Le web 2.0 facilite les tâches. Il entraîne donc une
augmentation de l'échange et du partage et une meilleure connaissance de l'altérité. Le web
participatif offre une fantastique possibilité de connecter les intelligences. Les organisations
peuvent converger vers un même point de diffusion. Un membre de la communauté a la
possibilité d'enrichir par ses idées, ses projets tout le groupe. En retour, le groupe peut lui
apporter ses réflexions La création de tels réseaux d'intelligences entraîne des résultats
exponentiels grâce à un meilleur partage des idées. La veille numérique apporte aussi les
éléments nécessaires à la maturation des projets.

Grâce aux outils web 2.0, on communique tout le temps et sur plusieurs plans. On peut
donc être engagé dans plusieurs dynamiques. Le web participatif permet d'abolir les frontières
de l'espace.

Le web 2.0 se caractérise aussi par un partage implicite de l'information. Une fois posé
sur la plate-forme l'information est accessible par tous. Le partage est en effet le gène de base
du web 2.0 et si le partage est implicite, il est facilité, si il est facilité , il est plus abondant et
si il est plus abondant tout le monde peut en profiter. Le web participatif entraîne donc un
renouveau du sens de la communauté. Après avoir étudier toutes les dimensions de
l'individualisme forcené, nous nous apercevons que le web 2.0 permet la création de collectif
de partage. Le web 2 permet de retrouver le goût de l'expression et de la communication.

85
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Alors que pendant des années, nous avons été dans des logiques de consommation de
l'information, on se rend compte que la pédagogie pour la construction de l'avenir demande
une autre approche. Une approche plus participative et inclusive des citoyens.

Tous ces phénomènes du web 2.0 aboutissent à une nouvelle forme de solidarité. Une
solidarité qui n'est pas basée sur la vertuosité, mais sur la pragmatique de l'échange. Dans la
mesure où on donne et on reçoit et on reçoit beaucoup plus que l'on donne, le bénéfice nous
incite à jouer le jeu. Le web 2 nous apprend aussi à mieux maîtriser une nouvelle forme de
rayonnement de sa personnalité : le rayonnement digital.

In fine, le web 2 permet d'être perçu de manière plus souple et plus simple à travers ce
que l'on dit et ce que l'on pense. Au regard de ces grands principes, nous pouvons nous
apercevoir que le web 2.0 engendre tout un tas d'innovation basé sur la simple mise en réseau
des intelligences. Il crée des possibilités nouvelles pour fédérer des groupes et des initiatives.

Le web 2.0, c'est une constellation d'outil pour créer et valoriser des projets existants.
Les technologique du web 2.0 ne sont là que pour partager du sens et communiquer plus
facilement.

1.2.1/ Les wikis

« Un wiki est un système de gestion de contenu de site web qui rend les pages web librement
modifiables par tous les visiteurs qui sont autorisés. On utilise les wikis pour faciliter
l'écriture collaborative de documents avec un minimum de contraintes. Le wiki a été inventé
en 1995 par Ward Cunningham, pour une section d'un site sur la programmation informatique
qu'il a appelée WikiWikiWeb. Le mot « wiki » vient du redoublement hawaïen wiki wiki, qui
signifie « rapide ». Au milieu des années 2000, les wikis ont atteint un bon niveau de
maturité ; ils sont depuis lors associés au Web 2.0. Créé en 2001, Wikipédia est devenu le site
web écrit avec un wiki le plus visité. 49»

49
wikipédia

86
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

La technologie est assez peu coûteuse à l'installation. Médiawiki, la société qui gère
les licences s'occupe de l'aide à l'installation. Ce qui permet de réaliser de nombreux projets.
La tendance actuelle est à la constitution de wiki-territoriaux. Les exemples de Brest, du
département de la manche et de la région picarde représentent des évolutions possibles de ces
systèmes. Comme leur nom l'indique, ils sont très flexibles et peuvent permettre de gérer des
projets de façon souple à l'image du forum des usages coopératif.50

1.2.2 / Les Blogs

Un blog, mot-valise de web log, est un site web constitué par la réunion de billets écrits dans
l'ordre chronologique, et classés la plupart du temps par ordre antéchronologique (les plus
récents en premiers). Chaque billet appelé aussi note ou article correspond à une nouvelle
information. Le blogueur celui qui tient le blog y délivre un contenu souvent textuel, enrichi
d'hyperliens et d'éléments multimédias, sur lequel chaque lecteur peut généralement apporter
des commentaires ou opinions personnelles.

Les solutions sont multiples par exemple wordpress ne fait pas de publicité et offre
une forte capacité de référencement. Il existe aussi des solutions open-source comme
doctclear. Sa mise en place demande quelques compétences. Mais après, il permet facilement
de valoriser son travail. Il permet une proximité plus importante avec les membres qui
composent les écosystèmes organisationnels.

1.2.3 Les réseaux sociaux

Tout le monde connaît Myspace et Facebook. Le nombre de personnes inscrites est


pharamineux. Si Myspace était un pays se serait le 11e pays le plus peuplé de la planète .On
ne compte plus non plus le nombre de personnes inscrites sur Facebook. A chaque fois qu'un
événement à lieu, un groupe Facebook s'ouvre. J'en ai fait l'expérience cette année. Après le
déroulement de la session du Parlement Européen des Jeunes51 en Mai, les organisateurs, nous
ont gentiment invité à nous joindre au groupe sur ce réseau social 2.0. Même notre promotion

50
http://www.forum-usages-cooperatifs.net/
51
http://www.facebook.com/group.php?gid=11151344077&ref=nf

87
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

a désormais son groupe52. Il faut noter que ce phénomène est planétaire. A chaque région du
monde correspond, un type de réseau bien précis. Par exemple, pour la Chine le réseau social
s'appelle QQ, pour l'Amérique latine, le réseau s'appelle Hi 5, pour la Corée, c'est Cyworld et
ainsi de suite.

Ce genre d'initiatives dépasse le cadre des relations amicales, on assiste


progressivement à l'émergence de réseau professionnel à l'image de viadéo ou de synergie.
Mais ce qui est encore plus exceptionnel, c'est que tout le monde a désormais la possibilité de
se créer un réseau en quelques minutes avec le générateur Ning. Cette technologie concentre
beaucoup de fonctionnalités, partage de vidéos, de musiques, micro-blogging, présentation
des événements, flux RSS.53

1.2.4 Veille et flux Rss

Désormais dans la plupart des sites web, il existe des flux dit Rss. Des applications comme
Netvibes ou pagesflakes nous donnent la possibilité d'agréger facilement ses flux. En
quelques clics, on obtient une veille, c'est-à-dire une page web où l'information s'inscrit de
façon dynamique.

Les applications du système netvibes ont donné lieu à des initiatives sociales de
diffusion de l'information. A Rennes comme à Brest, nous avons vu apparaître des portails
qui agrègent les différentes informations liées aux structures de la ville54. Ces sites permettent
une meilleure diffusion de l'information. Chaque organisation commence à développer des
portails de ce type. Nous pouvons par exemple mentionner l'initiative prise par la mission
pour le développement des technologies numériques, un service du conseil régional qui a crée
lui aussi son portail Netvibes. Celui-ci donne à voir tous les acteurs qui jouent un rôle dans la
dynamique du web 2 et du logiciel libre en Bretagne.55

52
http://www.facebook.com/group.php?gid=11538947155
53
www.interculturennes.ning.com.
54
http://www.netvibes.com/rennes#Accueil
55
Www.lerubi.net réseau des usages bretons de l'internet

88
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Il existe de nombreux outils similaires à Netvibes. Beaucoup d'opérateur, par exemple


firefox propose des services de type de ce genre. L'entreprise française Exalead fournit Baagz
un service très intéressant. Il permet de marier tous les supports multimédia sur une seule
page.

Il s'affirme comme une véritable alternative à la googlelisation. Les individus peuvent


désormais développer leurs bases de données en coopérant. Ce principe s'appelle la
folksonomie et elle a notamment fait la réussite de site comme Digg. Concrètement, Baagz
permet à chaque membre de créer une page sur un sujet et de mettre en avant les liens les plus
pertinents sur une thématique pour l'ensemble de sa communauté d'appartenance. Le service
est conseillé comme une alternative prometteuse par l'URFIST Bretagne.

Par ailleurs, Google est l'un des principaux prestataires du web 2. Il offre des utiles de
gestions en commun des tâches. Pour n'en citer qu'un...

1.2.5 Google agenda

Google agenda permet la gestion collective des plannings. Pour être sûr de ne pas
programmer un événement en même temps qu'une organisation de l'écosystème, google
agenda est assez pratique. Son utilisation est simple et permet d'harmoniser la construction de
projet. Vous pouvez voir un bon exemple d'utilisation en vous rendant sur le site Bretagne
20.fr

Enfin, dernières tendances, le web 2.0 s'inscrit dans le local.

1.2.6 Les sites de quartiers et géolocalisation

La création et la mise en application du service Peuplade représentent une petite


révolution dans la vie des quartiers. Grâce à l'utilisation d'une google maps, lorsque nous nous
inscrivons sur ce site de quartier, nous avons la possibilité de communiquer avec nos voisins
qui sont interconnectés. Ce milieu est assez dynamique, il permet une recomposition de
l'échange social et exprime une nouvelle vitalité dans les quartiers.

89
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

L'idée a été développée par une association rennaise « Bug ». Cela a donné naissance à
la ruche. Nous reviendrons plus tard sur ce sujet car les associations de l'union des
associations interculturelles de Rennes ne sont pas encore inscrites sur ce réseau qui a ouvert
début janvier.

L'un des principes forts de ces systèmes réside dans la possibilité de géolocaliser les
acteurs. Les cartes numériques, type google ou yahoo maps permettent de placer précisément
des associations, des collectifs et des événements. On voit donc que cela correspond à une
nouvelle manière de pousser l'information dans l'hyperlocal à l'échelle d'une ville.

In fine, le web social correspond à une philosophie qui se résument à travers quatre
notions : découverte, partage, échange, mutualisation, grâce à des outils, wikis, blogs, réseaux
sociaux, qui ne cessent d'évoluer sur le fond et sur la forme et aussi à un nouveau type de
droits gérer par une organisation à but non-lucratif : creative commons.

1.2.7 Les licences « creative commons »

L'organisation Creative Commons a pour symbole général « CC ». Le mouvement Creative


Commons propose des contrats-types d’offre de mise à disposition d’œuvres en ligne ou hors-
ligne (rien n’empêche de créer un CD ou un livre sous une licence Creative Commons).

Inspirés par les licences de logiciels libres et le mouvement open source, ces contrats
facilitent l’utilisation et la réutilisation d’œuvres (textes, photos, musique, sites Web...). Au
lieu de soumettre toute exploitation des œuvres à l’autorisation préalable des titulaires de
droits, les licences Creative Commons permettent à l’auteur d’autoriser à l’avance certaines
utilisations selon des conditions exprimées par lui, et d’en informer le public.

L’objectif recherché est d’encourager de manière simple et licite la circulation des


œuvres, l’échange et la créativité. Creative Commons s’adresse ainsi aux auteurs qui préfèrent

90
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

partager leur travail et enrichir le patrimoine commun (les Commons) de la culture et de


l'information accessible librement.

Pour les personnes qui souhaitent autoriser la communication au public de leur œuvre
uniquement contre une rémunération, le système général du droit d’auteur sera plus adapté
que les licences Creative Commons.

Toute personne qui a créé une œuvre (texte, musique, vidéo, site Web, photographie,
etc.) et qui a la capacité de signer un contrat portant sur cette œuvre peut utiliser l’un des
contrats Creative Commons. A contrario il n’est pas possible d’utiliser un contrat Creative
Commons pour une œuvre sur laquelle on ne dispose pas de l’ensemble des droits.

Il existe quatre grandes typologies de contrats, elles se déclinent en onze possibilités


pour protéger les œuvres. Derrière ce phénomène, ce sont les controverses autour de la notion
de « bien commun » qui se jouent. On voit deux grandes tendances s'affronter, la première
celle de brevets avec des droits d'auteurs importants avec des périodes de protection pouvant
aller de 50 à 70 ans selon les secteurs et peut être bientôt de 70 à 90 ans. Et de l'autre, on
assiste à une véritable mobilisation pour enrichir les communs. En tout cas, pour les
associations, il est plus intéressant de placer les œuvres sous licence creative commons, ce qui
oblige par exemple à nommer l'auteur d'un document que l'on utilise. Les licences creative
commons ont également une part éthique et revalorisent les actions des usagers qui
deviennent créateur d'œuvres susceptibles d'appartenir au commun de la société.

Après avoir exploré, le phénomène web 2. Il convient de présenter une autre grande
tendance de l'internet avec le web 3.0.

1.3 Le web 3.0

Le web 3.0 correspond a une volonté de représenter les personnes dans leurs actions on-line.
La notion désigne des univers en 3D de type Seconde life. Fondé en 1998 par Philip

91
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Rosedale, un concepteur de logiciel de San Francisco, ce programme a mis du temps a


démarré mais depuis 2005, il a connu une augmentation considérable de son nombre de
connexions passant d’un million d’utilisateurs à plus de dix millions d’utilisateurs au début de
2007 et les perspectives d’évolution vont grandissantes. Selon le cabinet d’études Gartner
Research d’ici 2011 56, quatre utilisateurs d’Internet sur cinq seront inscrits à second life ou à
d’autres univers du même type.

Certaines collectivités territoriales ont déjà ouvert des centres de contact pour faciliter
la e-administration de leur territoire. On compte également des initiatives comme celle du
chargé de mission TIC à la ville de Rennes qui a ouvert une bibliothèque francophone sur
second life. Le web 3.0 se développe aussi dans les grandes écoles, par exemple, Télécom
Bretagne a reproduit son campus sur seconde life. Ce qui lui permet de proposer des services
innovants. Par exemple, la retransmission des conférences du forum des usages coopératifs.
Les applications peuvent être nombreuses, pour rester chez Télécom Bretagne, « n'importe
qui » peut assister à la remise des diplômes sur Internet.

De belles perspectives s'ouvrent dans ce champ des univers 3D comme le confirme le


projet de google « lively ».

Au final, on se rend compte que l'arrivée des toutes ces technologies numériques
entraîne une mutation de l'innovation sur le plan des droits – copyleft des logiciels libres et
open source et licence creative commons du web 2.0-, sur le plan technologique et surtout sur
le plan social. Elles permettent de revaloriser les acteurs et les engagent dans un processus de
création et de mutualisation, facteur d'innovation et de recréation du lien social. Le citoyen en
tant qu'individu est au cœur des différents projets. La mise en place de ces différents outils
correspond à des choix éthiques et philosophiques forts qui entraînent une énergie implicite
de construction collective et de partage des savoirs et de connaissances, par conséquent, il
semble bien que cela converge avec les objectifs d'une bonne communication interculturelle.

Il ne reste plus qu'à proposer et à voir les besoins des structures de l'Uair et ensuite
d'établir des liens avec les autres organisations du milieu associé.

56
H.S Courrier international, révolution web 2.0, Novembre-Décembre 2007

92
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

II / Proposition d'appel

Dans le langage de la communication, une proposition d'appel ou « propal » désigne


un document normatif où est présenté un projet avec ses orientations stratégiques.

2.1 / Présentation du projet

La préparation et le déroulement du festival « Convergences Culturelles », en Novembre 2008


semble être l'occasion idéale pour créer une dynamique positive autour d'un projet orienté
vers l'appropriation des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Deux étapes pourraient être envisagées. La première viserait à sensibiliser les acteurs
de l'interculturel rennais aux nouveaux outils du web 2.0 afin que chacun puisse se les
approprier et commencer à communiquer sur ses activités, par exemple sous forme
d'interview-festival. Il s'agirait de mettre en scène les actions de chaque association pour que
les festivaliers aient un accès web à l'actualité de « convergences culturelles » et puissent
établir des liens plus simplement avec les associations après le festival.

Une fois cette dynamique engagée et les outils d'échanges et de communication en


partie présenté, la deuxième étape du projet consisterait à créer une dynamique inter-
associatives durables en proposant des actions de développement communes à toutes les
structures, par exemple avec la mise en place d'un arbre de connaissances interculturelles.

Cette phase pourrait servir à mieux connaître les besoins en communication des
associations de l'UAIR. Certaines ont par exemple des déficits de charte graphique et d'image
web. Il s'agirait alors de répondre à leurs besoins et se susciter des dynamiques de dialogue
intercuturel autour de logiques d'appropriation des nouvelles technologies de l'information et
de la communication.

93
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Une fois, ce travail effectué, une dernière phase de projet consisterait à relier toutes les
associations avec un système de partage de l'information : un intranet. Cela permettrait aux
organisations de « grandir » ensemble et de savoir ce qui ce passe dans l'ensemble du milieu
associé. Il s'agirait ainsi de renforcer la coopération entre les structures de la ville par exemple
entre l'UAIR et la MIR, ou encore Europôle.

Bien sûr, ces objectifs sont à discuter car je propose ces projets sans connaître les
besoins réels de toutes ces associations. D'un point de vue méthodologique, cela n'est pas
forcément bon, dans la mesure ou nous avons vu que les projets et la connaissance des
besoins se créent dans le dialogue et que la construction demande une concertation entre tous
les acteurs engagés dans des process d'installation de nouvelles technologies de l'information
et de la communication. Les TIC ne sont qu'un moyen pour arriver à une fin, la construction
d'un petit bout de la société de la connaissance et des savoirs partagés.

Sur un plan scientifique, il s'agirait de voir comment les associations interculturelles


s'approprient les TIC et de les aider à mettre en place des outils adéquats pour répondre à
leurs objectifs et leurs attentes en matière de communication. L'observation de ces
dynamiques d'appropriation pourrait donner des résultats intéressants qu'il conviendrait de
présenter dans un prochain rapport.

Logiquement, la construction et le dialogue suscité amèneront les membres des


associations à se rencontrer et à discuter sur la mise en place de nouveaux projets, ils se
connaîtront mieux et ils seront plus enclins à échanger sur de nouvelles thématiques. Le
process conduira donc à une meilleure interconnaissance des acteurs qui œuvrent dans le
domaine de l'interculturel à Rennes. La force du milieu associé sera renforcée. Le nombre de
personnes intéressées par l'interculturel tendra à augmenter sensiblement dans la mesure où
les actions associatives seront mieux médiatisées. Une fois, le process accompli, les
associations pourront entretenir des dynamiques d'échanges en proposant plus facilement des
activités de réflexion ou de projets collaboratifs au sein même de leur quartier, par exemple
des cours de langues étrangères ou toutes autres activités. Les domaines de la connaissance
interculturelle sont vastes...

94
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

L'un des objectifs majeurs sera de capitaliser sur les connaissances qui se fabriquent
déjà dans ce milieu interculturel. Les TIC pourront servir à traiter des sujets transversaux
visant à montrer l'universalité des cultures grâce à la valorisation des activités associatives.
Une fois le milieu interculturel organisé, il pourrait très bien « revaloriser » les usages en
terme de nouvelles technologies dans leurs activités associatives. Les locaux aménagés en
matériel informatique pourraient servir de sorte d'espaces publics numériques pouvant donner
un accès et une formation soit à l'interculturel au sens large, soit aux nouvelles technologies,
logiciels libres, web 2.0 et web 3.0, ou à toutes autres activités associatives comme des
rencontres citoyennes, démocratiques et participatives. Ce type d'approche aurait pour
objectif de décloisonner les habitudes associatives en renforçant la coopération.

La mise à plat des compétences peut être assez intéressante pour ce type de
groupement d'associations. En gardant des perspectives ouvertes, tout le monde peut
bénéficier de l'expérience des autres. La préparation des projets collectifs s'avérera de moins
en moins compliqués, chaque association aura une arrivée d'information qui la tiendra au
courant des animations interculturelles qui s'annoncent sur Rennes. Les dynamiques sans
trouveront renforcées et les messages diffusés par les associations pourront être plus
facilement suivis par le grand public.

De cette manière la dynamique devrait avoir des effets positifs sur la considération de
l'interculturel et les potentialités d'une telle mise en réseau s'annoncent intéressantes car le
milieu associatif attaché à la valorisation des cultures présente une forte propension à la
création. On peut ensuite penser que les techniques acquises pourront soutenir la création d'un
réseau « mondialisé » géré par les acteurs associatifs eux-même et par conséquent, les idéaux
d'équité et d' « empowerment » seraient respectés.

2.2/ Valorisation du festival « convergences »

Pour commencer le festival, « convergences culturelles » semblent un bon moyen de


sensibiliser les acteurs associatifs. Il a lieu du 12 au 15 Novembre 2008, trois grands thèmes
ont été déterminé en prolongeant du projet inter-associatif de l'Uair : le Maghreb, l'histoire et
la mémoire. En amont du festival, il s'agirait donc de capitaliser sur le processus de mise en

95
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

place des animations. Par exemple, chaque association pourrait présenter sous forme de
petites vidéos, les actions qu'elle va mener sur le festival. Cela permettrait de faire une bonne
campagne de communication afin de bien préparer le festival. Lorsque les associations seront
inscrites sur le réseau Ning57 - qui sera refondu à cette occasion - elles pourront aussi
échanger plus facilement, mais surtout les bénéfices vont s'avérer intéressant à étudier vis-à-
vis du public.

Lors du festival, il s'agira aussi de capitaliser sur les expériences d'acteurs. Il serait très
intéressant d'installer un studio multimédia sous le chapiteau du festival. Chacun pourrait
venir témoigner dans un esprit ludique de ce qu'il comprend et comment il appréhende les
relations entre le Magreb, la mémoire et l'histoire. Les résultats seraient me semble-t-il très
intéressant.

Pour accomplir cette mission, il existe une méthode simple et pratique : le « tourné-
monté ». Je l'ai découverte au forum des usages coopératifs à Brest, le 9,10 et 11 Juillet 2008.
Elle nous a été présentée par les membres de la fédération des vidéos de pays et de quartiers 58.
Elle présente de nombreux avantages. Déjà, elle permet d'éviter toutes les questions liées au
montage. Mais surtout, elle propose à l'acteur une véritable méthodologie de captation et de
réalisation de petits documentaires au maximum une minute trente seconde. La méthode n'est
vraiment pas compliquée. Elle demande juste un petit éclairage à la fois pratique et théorique.
On peut alors penser à plusieurs solutions. Soit j'essaie de passer le flambeau et l'envie de
créer des mini-reportages intra-festival comme ils me l'ont présenté. Soit ce qui semble plus
logique, nous faisons appel à la fédération des vidéos de pays et de quartiers pour solliciter
une rencontre.

Leurs représentants pourraient alors, nous aider à voir plus loin, par exemple à
organiser un plateau participatif et un studio de témoignage pour les acteurs et les festivaliers
sous le chapiteau du festival, place de la mairie.

Les possibilités sont multiples, il conviendra de réfléchir ensemble à ce process. Peut-


être que des structures rennaises comme les MJC maîtrisent déjà cette technique. L'idée serait
57
http://interculturennes.ning.com/
58
http://vdpq.org/

96
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

de publier tous ces petits documentaires sur le réseau Ning « convergences culturelles » pour
un accès simple et précis à l'information liée au festival. Une autre piste dans le domaine du
multimédia me semble intéressante pour s'inscrire dans le cadre de l'année européenne du
dialogue interculturel. Les instances organisatrices de cet événement propose un concours
photos qui s'appelle « Culture on my street », le concept me semble intéressant et le festival
semble être une occasion exceptionnelle de créer une base de photographies. Il existe des
solutions 2.0 pour valoriser ce concours photo. Soit directement sur le réseau Ning puisqu'il
permet de télécharger très facilement des photos comme des vidéos, soit en utilisant un
service spécial de Flick-r qui permet de géolocaliser précisément les lieux où les photos sont
prises. Ning propose se service mais je n'ai pas encore réussit à le mettre en place...

Au delà, de ces aspects techniques, l'objectif réel va être de capitaliser ensemble sur le
festival qui propose une riche actualité et des invités de qualité. Vous trouverez ci-après en
avant première le programme du festival. Celui-ci va se préciser début Septembre.

> Mercredi 12 Novembre


Animations avec les enfants à la Maison des Squares et à Villejean
Projection d'un film au Tambour à l'Université Rennes 2

> Jeudi 13
Conférence avec Marco Martiniello, directeur de recherches du fond national de la recherche
scientifique, directeur du centre d’Etudes de l’ethnicité et des migrations, professeur à
l’université de Liège ( Hôtel de Ville )
Conférence sur le thème "Euroméditerranée et migrations" aux Champs-Libres

> Vendredi 14
Café citoyen au bar du TNB
Concert de Nassima, chanteuse algérienne, chant soufi à la Cité

97
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

> Samedi 15
Réception à l'Hôtel de Ville
Chapiteau d'ici et d'ailleurs : stands des associations interculturelles de Rennes et spectacles

En parallèle, toutes les associations sont appelées à proposer des projets. Un nombre
important d’événements va donc se dérouler. La proposition de capitalisation par la technique
du « tourné-monté » n'est pas inutile car aucune personne ne pourra assister à tous les
événements du festival. Il faut donc favoriser une démarche participative, une démarche de
dialogue et d'ouverture dans un esprit de journalisme citoyen. Il me semble très important
d'insister sur cette notion. C'est l'addition des sensations et des expériences qui permettra de
comprendre un peu plus ce que veut dire le dialogue interculturel.

2.3/ Suivi projet et aide à la communication organisationnelle

L'ensemble des activités et des contenus produits par cette méthodologie méritera d'être
étudiés en détail et de faire l'objet d'une étude. Ce qui va être important surtout, c'est de faire
vivre cette dynamique et d'aller encore plus loin dans l'appropriation des nouvelles
technologies.

L'idée dans un premier temps serait de travailler tous ensemble à la confection d'un
arbre de connaissance59, c'est-à-dire une cartographie des compétences, des ressources, des
besoins, des savoir-faire et des actions effectuées par les organisations et leurs membres.

Les « Adc » ont déjà permis un renouvellement des pratiques humaines aussi bien en
situation de travail ou d’apprentissage, que dans la vie sociale ou éducative. La philosophie
des Arbres de Connaissances est fondée sur la reconnaissance de la valeur de chaque personne
et des connaissances qu'elle détient, la mise en commun des richesses et l'encouragement à la
mutualisation et au partage60.

59
Pierre Lévy , Michel Authier, les arbres de connaissances, la découverte, 1992
60
http://www.arbor-et-sens.org/

98
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Un Arbre de Connaissances est une image globale des richesses disponibles dans une
communauté, une représentation structurée des diverses réalités (connaissances, compétences,
opinions, évènements, projets, besoins, etc.) vécues par un groupe de personnes. La valeur des
connaissances et la valeur des personnes naissent des usages et non pas d'a priori sur ce que
devraient être un savoir important ou un savoir secondaire. Les Arbres de Connaissances
servent à montrer, à partager, à mobiliser et à faire évoluer les connaissances d'un collectif par
conséquent il s'avère utile pour faciliter les dynamiques associatives. Ils rendent visibles les
connaissances portées par un collectif et favorisent leur partage, dans tous types
d'organisations. Construire un Arbre n'est pas un objectif en soi, c'est un moyen de
mobilisation des individus pour la réalisation de projets.

Ils ont été conçus dans les semaines qui ont précédées le lancement de la mission «
université de France » conduite par Michel Serres en 1991. Les " AdC " sont des dispositifs
incitateurs d’une meilleure implication des individus qui travaillent ensemble, qui collaborent
au même objectifs quelque soit leurs natures. Le moment essentiel de la pratique des " AdC "
c’est la reconnaissance. Le principe fondamental est le suivant : reconnu par d’autres, chacun
augmente son implication par rapport aux autres. Chacun tisse avec tous un espace commun
qui n’est rien d’autre que l’ensemble des zones de similitude des uns et des autres. Ce qui
importe, c’est de repérer ces zones d’identité interculturelle.

Les représentants des associations pourraient créer un blason, c'est à dire une
cartographie cognitive de leurs organisations et tous ensembles se serait important de
réfléchir sur la capitalisation de ces connaissances et voir celles qui pourraient nous aider à
créer une dynamique interculturelle avec les nouvelles technologies de l'information et de la
communication.

Par exemple, l'Uair possède un site SPIP, autrement dit un site internet open source
facilement modifiable. Les rencontres sur le projet d'un arbre de connaissance pourraient
servir à montrer aux associations qui ne savent pas comment poster leurs messages sur le site
de l'Uair, ou alors sur la plate-forme « convergences culturelles ».

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Plus tard, pour faciliter une collaboration plus durable en dehors des rencontres et afin
que chaque association publie ses propres contenus, la plate-forme de blog coopératif
« Média-Blog » me semble être un très bon outil de communication, open source en plus. Le
service a été lancé l'année dernière à Brest et les premiers résultats sont excellents, plus de
cinquante canaux se sont créés sur le territoire brestois, essentiellement pour des écoles, des
associations et des institutions.61 Ce projet peut être intéressant pour les associations
interculturelles de rennes. Elle permettrait de réunir les différents acteurs interculturels :
l'Uair, la MIR, Europôle, et toutes les associations qui auraient envie de participer.

D'autres projets web 2.0 pourraient être envisagés avec les associations, soit des wiki-
collectes tels que cela se fait déjà sur des territoires comme la ville de Brest ou la région
picarde, ou des travaux de bookmarking, c'est à dire de partage collectif de lien internet sur
des thématiques précises. Par exemple, pour Mascarade qui a un partenariat avec Bahia au
Brésil (Année de la France au Brésil en 2009), une organisation de bookmarking consisterait à
classer les différents sites web liés à cet événement. Il me semble aussi que la valorisation des
différentes langues par les NTIC peut représenter un réel défi pour répondre au projet
proposer par l'Unesco. Tout est ouvert et à co-construire selon une psychologie sociale
cognitive.

III/ les orientations stratégiques

Afin de faciliter, le processus de mise en route des projets, il convient de préciser certains
axes stratégiques.

3.1 Communication institutionnelle

La communication institutionnelle doit être assez classique. Nous avons qu'à suivre les grands
traits qui ont été dessinés par l'organisation des sommets mondiaux sur la société de
l'information et par l'UNESCO. Il faut expliquer que la valorisation du milieu interculturel
peut permettre de faire un premier pas vers une société de solidarité numérique et de savoirs
partagés.
61

100
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Il faut faire comprendre que l'ouverture interculturel et devenue nécessaire aujourd'hui.


Mais les mécanismes qui y conduisent ne sont si évidents à maîtriser comme nous l'avons vue
tout au long de l'étude. C'est bien pour ça que l'appropriation des nouvelles technologies de
l'information et de la communication peut permettre de mieux connaître la vie des
communautés.

Je pense que ce type d'initiative serait plutôt bien reçu par le public. Ça serait un signe
fort de la part des autorités municipales. En plus, c'est l'année européenne du dialogue
interculturel. Il faut en profiter. Les dynamiques engagées avec les associations et les
organisations du milieu associé pourraient faire rentrer Rennes de plein pied dans l'année
européenne de la créativité et de l'innovation par l'éducation et la culture.

L'argumentation de la modernisation de la société peut aussi être avancé. Nous l'avons


vu, Rennes est un territoire numérique déjà bien développé. Il apparaît alors normal d'aider
des structures associatives à se moderniser avec les nouvelles technologies de l'information et
de la communication. D'autant plus que les NTIC peuvent permettre de mieux valoriser les
projets associatifs pré-existants.

Je pense ainsi que nous devons préparer des communications sur le moment historique
que nous rencontrons. Pour la première fois dans l'histoire, nous avons la possibilité de
construire des projets plus humains, plus durables, en évoluant vers une économie de la
connaissance. Il faut donc insister sur l'importance de l'échange entre les régions du monde.
Nous devons nous habituer aux logiques interculturelles. Les TIC nous offrent des possibilités
nouvelles de « dialogue ». Cet objectif demande une capitalisation sur les expériences de
chacun. Les TIC peuvent soutenir la création d'un certain universalisme.

Jusqu'à présent, les nations et les communautés se sont souvent affrontées et


entretiennent encore à de nombreux égards une méconnaissance réciproque. Avec ce projet, il
y a une possibilité de remettre à plat nos conceptions de l'altérité. Il faut travailler sur
l'imaginaire lié à la construction de la société de la connaissance par la participation. C'est
pourquoi, la démarche organisationnelle doit être exemplaire.

101
Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

3.2 /Communication organisationnelle

La communication organisationnelle doit être basée sur la mise en scène du paradigme


coopératif. Toutes les réunions doivent reposer sur une méthodologie participative.

Imaginons la réunion pour la réalisation des « tournés - montés ». L'idéal serait de


faire venir un membre de la fédération des vidéos de pays et de quartier ou de réaliser une
visio-conférence. Les « tourné-monté » présentés, les membres devront réaliser dans la foulé
leurs premiers documentaires dans le cadre de la séance. Le tout devant donner à une
première diffusion immédiate et à une mise en ligne des vidéos. Il faut vraiment insister sur
une démarche coopérative. Tout doit converger en ce sens. Il faut être créatif.

Pour soutenir ce type d'approche, un projet intranet peut être imaginé. Les intranets
permettent en effet d'avoir un meilleur accès à l'information. Leurs mises en place
correspondent à des actes symboliques.62 Ils peuvent proposer différentes fonctionnalités pour
favoriser la collaboration. Par exemple des « groupwares » et des « workflows » qui
permettent de gérer collectivement des tâches. Généralement, il propose des annuaires
partagés, tous les numéros sont présentés, ainsi chaque membre peut joindre facilement
d'autres personnes de l'organisation. Les intranets facilitent la coopération au sein des
institutions. En attendant, la mise en place d'un vrai intranet. Après le festival, un intranet
temporaire peut être développé avec netvibes. Il s'agirait de « pousser » l'information
essentielle vers les associations.

Par la suite, le process engendré avec la construction d'un arbre de connaissance doit
aussi reposer sur le paradigme de la coopération. L'objectif est que les associations de l'union
deviennent des organisations « apprenantes »63, qu'elles soient capables d'intégrer dans leurs
fonctionnements les nouveaux outils de communication par exemple en gérant de manière
autonome leurs billets de blogs sur la plate-forme Ning. Pour cela, il faut d'abord multiplier

62
CARMES Maryse, CHAUVIN Didier, Mangament de l'intranet, un projet de changement organisationnel,
éditions territoriales,2006
63
ARGYRIS,Chris, SCHON Donald, apprentissage organisationnel, théorie, méthode, pratique, De Boeck
Université, 2002

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

les réunions et surtout les séances pratiques en favorisant une démarche coopérative et
participative.

Après, il conviendra d'aider les organisations à s'approprier des outils, un peu plus
perfectionner comme médiablog ou des sites internet comme Spip et à acquérir leur propre
matériel informatique en confectionnant des projets sur mesure. Plusieurs subventionnaires
peuvent être imaginés, soit des organisations publics, la ville de Rennes, le conseil général ou
le conseil régional. La caisse d'économie sociale et solidaire peut aussi être sollicité ou
pourquoi pas des entreprises privées comme Cap Gemini.

En tout cas, les objectifs doivent être fixé au plus bas pour ne pas être en fin de compte
décevant. Les nouvelles technologies doivent vraiment venir en complément de l'activité de
l'union de l'association et aider ses membres à mieux accéder à l'information des autres
structures interculturelles de Rennes. Il faut favoriser l'accès à l'information par exemple celle
de la Mir et d'Europôle.

Ce qui est fondamental, c'est la mise en scène du paradigme coopératif et participatif,


ce qui nous oblige à être créatif dans la préparation des temps forts. Les usages des nouvelles
technologies de l'information et de la communication doivent être mise en scène, c'est
pourquoi, il est important d'insister sur des solutions le plus possibles open-source et sur les
droits qui sont liés à la production de ces contenus.

3.3.3/ Communication de services

Le projet correspond à une simple volonté d'aider les associations a intégré dans leur
fonctionnement les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Les
responsables du projet ne sont là que pour aider les associations à acquérir de nouvelles
connaissances et développer ensemble de nouveaux contenus capables de faire avancer de
manière significative la connaissance liée aux identités culturelles qui composent le territoire.
L'objectif est simplement de favoriser une meilleure connaissance entre les communautés.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Nous avons déjà vu, qu'il existe un nombre important de solutions liées aux nouvelles
technologies de l'information et de la communication que se soit du coté des logiciels libres et
du web 2.0. Dans un prenant temps, il faudra fédérer les membres des associations autour d'un
projet commun autour des TIC au niveau central de l'Union. Une fois que ce premier point
sera en marche, les associations pourront préciser leurs besoins de communication et monter
des projets sur mesure pour celles qui souhaitent continuer dans cette voie. L'idéal serait que
chaque structure joue un rôle important dans son biotope naturel. Pour préparer le terrain, il y
aura l'arbre de connaissance. Celui-ci nous permettra de mieux connaître les besoins de
chacun. Après, il sera beaucoup plus facile de faire des liens avec des organisations qui ont
déjà intégré ces mécanismes de travail par exemple les MJC de Rennes comme la MJC du
Grand Cordel qui a sa propre web TV et s'est fait une spécialité des wikis.

Il n'y a aucun objectif financier. Les TIC doivent juste servir à valoriser les
patrimoines immatériels de la cité. Il convient juste d'accompagner progressivement les
associations vers l'appropriation des nouvelles technologies qui les intéressent et de les aider à
fabriquer des contenus, par exemple des interviews, des reportages et pourquoi pas du e-
learning de langues. Ce ne sont quelques idées parce que la vie interculturelle s'exprime sous
de nombreuses formes, cours de cuisine , cours de danse , de musique...Par conséquent, il
serait vraiment intéressant de réfléchir à des actions de valorisation et de capitalisation.

Rien ne sert d'épiloguer car de toute manière tout ça est à co-construire et à décider
ensemble. Dans le cadre de « convergences », il convient quand même de préparer une bonne
campagne de communication.

3.3.4 Destinataires

Pour la campagne de communication de « convergences », il faut opter pour une dynamique


évolutive. Les membres doivent être les premiers diffuseurs de l'information mais aussi les
premiers créateurs de cette info-festival. C'est bien le sens des « tournés-montés ». La
communication doit mettre en avant le process coopératif et la participation des acteurs, par
exemple, il faudrait souligner les actions qui font s'opérer lors du festival, que se soit la

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

réalisation d'interview ou alors le concours de photos « culture on my street » qui pourra avoir
un autre nom...

C'est aussi important de faire le lien avec le reste des associations rennaises. Pour
l'instant, je ne crois pas que les associations de l'union soient inscrites sur le portail des
associations rennaises : asso'rennes. Le festival serait l'occasion de rejoindre ce portail et de
diffuser plus simplement l'information. De la même manière, les organisations de l'UAIR
pourrait s'inscrire sur la Ruche, le site de quartier géré par l'association « Bug ». Çà serait une
bonne manière de pousser l'information vers plus de mille rennais.

Je sais déjà que quinze jours avant le festival, la ville est « bombardée » d'email. Il
faudrait donc réfléchir à créer un document créatif avec de la vidéo et la mise en avant de
toutes les actions proposées. Il faut proposer aux festivaliers de devenir des participants actifs
du festival : concours photos, actions interactives.

L'objectif global est de créer un lien durable, hors festival, et de bénéficier du réseau
Ning pour faire se rencontrer les acteurs associatifs et les futurs participants aux associations.
Je pense qu'un soin tout particulier doit être accordé aux membres d'Europôle. Ce festival peut
à tout à fait leurs correspondre. Même chose pour les membres des associations de la MIR.

La communication doit vraiment être progressive, d'abord avec les membres des
associations eux même car ils sont les principaux vecteurs de diffusion de l'information et de
l'esprit du festival. Ce sont eux qui vont propager le process coopératif. Ensuite, la
communication du festival doit s'ouvrir sur le monde associatif rennais en rejoignant le portail
des associations. Elle doit aussi permettre de créer des liens durables entre les associations et
les festivaliers.

3.3.5 Les ressources et supports

En vue de favoriser des dynamiques inter-associatives basées sur le paradigme de la


coopération. Il sera important de faire venir des participants d'autres organisations, par
exemple des adhérents de CRéATIF, un collectif dont le but est l'appropriation des nouvelles

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

technologies de l'information et la communication. Il travaille avec des associations très


intéressantes dans l'optique de la conduite de projet TIC comme TIC'ASSO, une structure
basée à Roubaix. Nous pouvons aussi demander une intervention aux membres de la caisse
régionale de l'économie sociale et solidaire. Ce sont des spécialistes de la mise en scène du
paradigme coopératif. Leur méthodologie repose sur l'expression de chacun, la définition
d'objectif commun, l'approfondissement par sujet et la création de liens durables entre les
associations grâce aux nouvelles technologies.

De la même manière pour la préparation de l'arbre de connaissance, nous avons besoin


d'inviter un formateur de l'entreprise TRIVIUM qui commercialise le logiciel de gestion
Gringo. Celui qui sert à créer les arbres de connaissance. Même chose pour le lancement de la
plate-forme média-blog, il faut inviter des acteurs brestois engagés dans le développement de
cet outil pour favoriser la connaissance et l'échange. Il faudra aussi demander des conseils à
un spécialiste de l'intranet...

Bref, chaque action doit permettre de faire venir quelqu'un de l'extérieur de


l'organisation pour que celui-ci aide à la croissance et à l'autonomie de l'union des
associations interculturelles de Rennes.

L'objectif majeur, dans tout ça, reste la capitalisation sur les processus projet et l'aide à
la création et à l'autonomie pour les associations. Le paradigme de la coopération doit
permettre d'atteindre le principe « empowerment » proposé par la charte de l'UNESCO, par
conséquent la majorité des ressources doit être accessibles via le web, pour être réutilisées
plus tard ou consulter dans le futur.

Nous l'avons vu, sur le plan technique, le projet se caractérise tout d'abord par le
lancement d'une plate-forme web 2.0 pour valoriser le festival. Ensuite, il est possible de
réfléchir ensemble à la construction d'un arbre de connaissance pour mieux connaître les
points forts et les attentes de chaque association. Le tout peut être soutenu par la construction
d'un intranet et des formations au maniement de SPIP pour que les associations créer des
articles sur le site de l'UAIR. Enfin, la plate-forme de blog coopératif, média-blog peut
permettre une expression pour chaque association dans un cadre commun.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Par contre, les supports techniques ne constituent pas une fin mais plutôt un moyen
pour mettre en scène le paradigme de la coopération. Car l'homme reste au centre de toutes les
actions.

3.3.6 Durée envisagée

Selon les réactions au projet, la durée peut-être variable dans le temps, elle peut aller
de trois mois à trois ans.

L'objectif fondamental étant la valorisation du festival, il faut penser à une action qui
s'inscrive au moins un mois en amont du festival et un mois en aval pour mesurer les
retombées d'une telle initiative. L'objet serait de produire un rapport sur une communication
orientée vers le web 2.0 et le paradigme de la coopération en milieu interculturel.

Après, si les acteurs souhaitent continuer, par exemple en engageant un étudiant


doctorant en sciences de l'information et de la communication en alternance, les portes restent
ouvertes pour mener à bien les projets évoqués : Arbres de connaissance, intranet, utilisation
de SPIP, mise en place de la plate-forme média-blog et aide à la réalisation des besoins
spécifiques de communication. Dans ce cas, les projets s'étalonneraient sur trois ans et
donneraient lieu à une thèse sur la construction dans le local de la société de la connaissance
et des savoirs partagés grâce aux nouvelles technologies de l'information et de la
communication.

Trois ans, cela peut sembler long, mais la prise en main des nouvelles technologies
demande un certain temps. Il ne faut donc pas bousculer les acteurs et tenter de les convertir
trop vite à de nouveaux process de travail associatif. Les TIC ne doivent pas précéder l'envie
des acteurs, elles doivent les accompagner de manière souple et flexible. Leurs mises en place
demande donc une concertation sur la longue durée.

Un tel travail représente dans l'état actuel de l'inteculturel, une entreprise innovante
pleine de sens dans le contexte de la mondialisation et de la construction européenne mais

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aussi dans le cadre local, pour une meilleure inter-connaissance des cultures sur notre
territoire. L'approche coopérative représente une procédure d'ouverture identitaire.
L'utilisation des nouvelles technologies et la création de contenus peuvent permettre de
prendre conscience d'un certain universalisme de l'humanité. Elles peuvent aussi supporter la
réalisation et la diffusion de travaux sur l'histoire et la mémoire et aider à créer des processus
de collaboration à travers le temps et l'espace. Une fois formées et autonomes, les associations
seront en mesure de réaliser des projets innovants. La société de la connaissance serait voie de
construction sur le territoire rennais.

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Conclusion

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Les technologies de l'information et de la communication ouvrent un nouvel espace entre soi


et le monde. Elles offrent la possibilité de travailler sur la notion « interculturel ». En
revanche, leurs utilisations ne sont pas encore systématiques dans ce cadre et dans le réseau
rennais. Bien au contraire, les acteurs de ce secteur ne pensent pas à les utiliser pour mener à
bien leurs actions de valorisation. Comme Bernard Stiegler l'a bien montré dans le tome deux
de sa thèse, les collectifs ont un certain retard sur l'appropriation de ces nouveaux moyens de
communication. La technogenèse précède la sociogenèse.

Ce retard est d'autant plus dommageable que le contexte international appelle à une
utilisation importante de ces nouvelles technologies. L'approche de l'Unesco préconise de les
mettre en place pour favoriser la réalisation du paradigme « diversité culturelle » de nos
territoires. Les NTIC sont pour elle synonyme de développement durable et de nouvelles
perspectives pour un dialogue interculturel. Même chose concernant le mouvement de la
société de l'information, l'union international des télécommunications et les acteurs
internationaux préconisent leurs utilisations pour donner naissance à une société de la
connaissance, de savoirs partagés et de solidarité numérique. Ce nouveau type de société se
veut plus inclusive, plus respectueuse des identités. Elle place l'approche culturelle du
développement au cœur de son projet. Les deux mouvements convergent donc vers des
logiques interculturelles.

Cependant, l'appropriation des nouvelles technologies de l'information ne se fait pas


comme ça. Il faut convaincre les protagonistes de leurs bien fondées. Nous avons essayé de
prouver qu’une psychologie sociale cognitive pouvait supporter le projet de mise en place des
TIC car souvent les acteurs n’ont pas conscience de leurs potentialités. Il faut dire que nous
entrons dans une période charnière. Les TIC ont atteint un vrai niveau de maturité. Elles ont
largement quitté l'orbite des professionnels. Aujourd'hui, elles sont accessibles à tous en
témoigne le phénomène 2.0. Il est donc temps pour les organisations, les associations de se
pencher sur ce nouvel axe de problématique.

Étant donné sa spécificité, le cadre interculturel demande une approche particulière


pour atteindre l'objectif d' « empowerment ». Chaque personne ou groupe doit pouvoir utiliser

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

les NTIC dans le cadre d'un développement autonome. Elles doivent permettre de co-
construire de nouvelles actions. Elles ne sont que symboliques. Elles permettent juste de se
sentir rattacher à une communauté sociale à la recherche d'un but.

Le rôle du communicant est donc de mieux faire connaître le contexte dans lequel les
NTIC sont appelées à se déployer. Il doit aussi éclairer les autres sur sa démarche scientifique.
Nous avons vu qu'il n'exister pas de cadre unifié d'expression pour l'interculturel. En
revanche, nous avons vu que l'épistémologie culturelle qui a longtemps servie à l'analyse du
paradigme était trop limitée. Le simple recours à la culture dans les échanges ou dans les
analyses construit des murs. Or, l'interculturel recherche avant tout à trouver des liens entre
toutes les cultures. Par conséquent, il ne peut s'analyser que dans le social. Notre connaissance
de l'interculturel ne peut s'inscrire que dans les relations que nous entretenons avec les autres
membres de la société. Elle a donc un caractère immanent. Il n'est pas du tout conditionné par
le grand tout social. Le paradigme interculturel doit donc se conjuguer avec une approche
psychologique et cognitive.

L'interculturel se joue au niveau de l'humain. Il demande un effort constant de


décentrage épistémologique. Il faut prendre conscience que nous sommes à la fois contraint
par des relations dans l'espace et par la somme des connaissances que nous avons accumulé
avant cette rencontre. Par conséquent, notre rationalité ne peut être que limitée. L'interculturel
permet de comprendre ça encore plus facilement. En fin de compte, nous ne connaissons pas
grand chose du monde. L'interculturel nous pousse à nous ouvrir, à découvrir de nouveaux
regards sur le monde. Il nous enrichit, il élargit les possibilités de choix offertes à chacun. Il
sert à accéder à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante.

Pour l'instant, nous l'avons vu, ce type de démarche reste marginal. Les hommes dans
leur grande majorité reste cantonné dans leurs habitudes. Ce qui conduit à une certaine forme
d'enfermement spirituel. En général, on se soucie peu des personnes de cultures différentes.
Des stéréotypes absurdes continuent de se reproduire. Nos sociétés ne sont pas vraiment
ouvertes. Depuis des siècles, elles continuent de reproduire les mêmes erreurs. L'autre reste un
étranger surtout quand il vient d'ailleurs. Nous nous demandons pourquoi faire l'effort d'aller

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

vers lui. Les relations interculturelles posent des problèmes de fond. Ces problèmes semblent
tellement intériorisés que souvent nous nous questionnement même pas.

On peut avoir l'impression que l'interculturel est une réponse directe à la


mondialisation. Il a fallu attendre si longtemps pour que nous prenions en compte ce facteur.
Il y a encore quelques années, cette notion n'existait pas du tout dans le paysage social, pas de
débats politiques en dehors des questions d'immigration, pas vraiment de recherches
scientifiques ou des recherches essentialissantes ou ethnicisantes. Du coup pas de changement
du social, des stéréotypes qui se propagent de génération en génération, parfois même une
véritable « peur de l'immigré ».

Cependant, le contexte évolue la construction de l'Union Européenne, l'essor des


nouveaux réseaux numériques, nous permettent de mieux prendre en compte la richesse de la
planète. Le cadre social de l'interculturel s'assouplit. Il commence petit à petit à être reconnu.
L'ouverture de la cité nationale de l'histoire de l'immigration est un premier pas en direction
de ce renouveau. La multiplication des rencontres, des festivals et autres actions des
organisations influent aussi sur le process de reconnaissance. L'interculturel travail petit à
petit le social. De plus en plus d'études répondent de cette problématique.

Nous nous sommes toutefois qu'au commencement d'un long processus de


reconnaissance de la diversité sur nos territoires. Le mouvement ne fait que débuter. Il a
encore du mal à se sortir des perspectives politiques qui l'emprisonnent dans de simple
considération de nombre.

L'interculturel reste à construire. Les nouvelles technologies de l'information et de la


communication nous offrent un nouveau cadre de dialogue et d'action commune. Il faut sans
servir pour construire un monde plus durable et plus équitable qui prenne en compte la
diversité et la richesse de notre société.

Nous entrons de plein pied dans une nouvelle ère de la communication qui se
caractérise par l'émergence d'une intelligence collective. Les mondes numériques nous

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

apportent une autre image de la société et de nous même. Tout est en train de se reconfigurer.
L'existence change de sens.

Internet ouvre un espace entre nous et le monde. Partout dans le monde des gens
commence à échanger, collaborer, partager. Le web 2 relie les gens. Le texte numérique ne
distingue pas le fond et la forme, l'information circule à toute vitesse. En quelques secondes,
une information peut faire le tour de la planète.

Nous entrons dans une époque qui se caractérise par une anthropologie de la vitesse,
les sphères privées et publiques se confondent. Le monde de demain nous réserve plein de
surprises. Les NTIC représentent un espoir pour faire participer les gens au devenir de la
société. Nous avons la possibilité d'apprendre à mieux connaître les personnes qui sont autour
de nous et collaborent aux mêmes projets que nous.

La participation est un objectif majeur dans la société de l'information, chacun doit


pouvoir s'exprimer, chacun a aussi le droit à une éducation de qualité dans la langue qui lui
correspond le mieux. Allons nous assister au déploiement d'une coopération planétaire. Est-ce
que les nations sont capables d'arrêter de se faire la guerre et de valoriser des comportements
à la limite de la déviance ?

La société de la connaissance ne se construira pas sans une action dans le local, et


ensuite par la mutualisation des expériences au niveau français et européen. Elle ne se
réalisera pas sans que nous dépassions les controverses. L'interculturel interroge toutes les
dimensions de l'homme. La reconnaissance de ce paradigme ouvre les voies d'un avenir plus
durable. Il demande donc une approche écologique. Il ne peut pas se limiter aux personnes
étrangères. Toutes les relations sociales ont une dimension interculturelle. Les rapports
hommes, femmes sont interculturels, les rapports entre adultes et enfants sont interculturels.
Ce paradigme mérite une meilleure considération sur le plan scientifique.

L'interculturel doit surtout se repenser dans son rapport aux technologies.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Le web changent complètement notre existence, il faut que nous nous habituions à
repenser nos identités, nos philosophies, nos rhétoriques, nos esthétiques, notre vie privée.
Nous devons aussi apprendre à repenser le commerce, la famille et surtout à nous repenser
nous même.

Les ordinateurs et le web sont les nouveaux supports d'une société en gestation. Cette
société ne peut-être qu'interculturelle.

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Bibliographie

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Articles

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Ouvrages

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http://anthropologie-interculturelle.blogspot.com/ (blog de Marc Bosche chercheur en


anthropologie interculturelle)

http://www.coe.int/ ( site du projet cité interculturelle)

http://www.histoire-immigration.fr/ (site de la CNHI)

http://www.interculturaldialogue2008.eu/ (site de l'AEDI)

http://beta.ruche.org/

http://www.mirennes.fr/

http://www.maisondessquares.org

http://www.uair.org/

http://www.creatif-public.net/

http://www.marsouin.org/

http://www.fing.org/

http://www.internetactu.net/

http://b-r-ent.com/ (site des managers 2.0)

http://www.forum-usages-cooperatifs.net/

www.interculturennes.ning.com. (réseau social pour convergence culturelle)

http://vdpq.org/ (site des vidéos de pays et de quartiers)

http://www.mediablog-brest.net/

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Annexe
Calendrier et Budget

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Calendrier Missions Durée envisagée Coût

Mise en place des


conditions favorables
à la réalisation d'un
festival
« convergences » 2.0

> création de la plate- 5 jours


forme ning
Coût en fonction des
ressources
> sollicitation des
multimédia, de la
Du 1/9/08 acteurs associatifs 20 jours
disponibilité en
au 20/12/08
matériel et en
> initiation au tourné- 3 jours
fonction du coup des
monté
intervenants
Prévoir au mininum
> valorisation du 10 jours
1000 euros
festival par la création
de contenu lié au
festival

> études des premiers 20 jours


résultats

Mise en places des


De Janvier à mécanismes Cout en fonction du
Décembre coopératifs et des prix du logiciel de
2009 outils collaboratifs gestion des arbres de
connaissance et des
> réflexion et 3 mois intervenants dans le
réalisation d'un arbre cadre de l'intranet et
de connaissance de la formation Spip.
Prévoir au moins
> Mise en place d'un 3000 euros
intranet avec Netvibes 1 mois
pour permettre une
meilleure
communication entre
les membres de
l'Union

> formation à SPIP 1 mois

> lancement de la 2 mois


plate-forme média-
blog

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Trillard Romain : Rennes, cité interculturelle 2.0 ? Mémoire Master 2 SIC, Année 2007-2008

Accompagnement des
acteurs dans leurs
projets locaux et
internationaux

> extension de la
démarche aux autres
acteurs interculturels
Janvier
du territoire français
Décembre
fédération d'un réseau
2010 Difficilement
1 ans
chiffrable
> aide au montage
projet TIC pour
l'action dans le local,
politique éditoriale
Aide pour créer des
actions internationales
grâce aux TIC

Janvier Rédaction d'une thèse


Juin sur tout le processus
2011 résultat et analyse de
la globalité
Total inestimable

122