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«Le bac, je veux l’avoir et je l’aurai»

Quand on ne roule pas sur l’or, qu’on vit dans un quartier populaire, qu’on a personne sur qui compter
à la maison, la scolarité n’est pas forcément un long fleuve tranquille. Pourtant certains s’accrochent et sont
prêts à tout donner pour l’avoir, ce fichu bac. Pour eux comme pour les autres, c’est le grand jour.
Ça y est, c’est le jour J. Plus question de faire machine arrière. Plus question non plus de relire une
dernière fois un cours ou de faire un ultime exercice. Aujourd’hui, les candidats au bac entrent dans le vif du
sujet: philo pour les filières générales et technologiques, histoire-géographie et français pour les bac pro. Un
aboutissement après sept années d’études secondaires. Certains ont pris davantage leur temps, mais pas
forcément par dilettantisme.

« Si on n’a pas le bac, on n’a rien »

C’est le cas de Zineb et Sana, deux jeunes filles de 19 ans du quartier de l’Alma à Roubaix. Leur
scolarité a connu des hauts et des bas mais elles y sont enfin à cette épreuve du bac. Et elles n’ont pas
l’intention de laisser le diplôme leur filer entre les doigts. Entre deux grands éclats de rire, Zineb est lucide : «
De nos jours, si on n’a pas le bac, on n’a rien. Partout on demande le bac. » Elle se destine à une carrière
d’infirmière ou de préparatrice en pharmacie. Pourtant, comme Sana, c’est un bac pro commerce qu’elle va
essayer de décrocher. « Au moins, ça nous a permis de savoir qu’on n’était pas faites pour ça », lâche Zineb.
Peu importe, une fois le bac en poche les jeunes filles pourront passer des concours et étudier ce qui leur plaît.
Comme elles, Fahim, 18 ans, ne conçoit pas l’échec: ce bac général économique, il veut et il va l’avoir.
Comme elles, il fréquente avec assiduité les séances de soutien scolaire proposées par le centre social de
l’Alma. Personne ne l’y oblige « mais ici c’est un endroit propice au travail », lâche-t-il entre deux calculs de
fonctions. À la maison c’est plus difficile de se concentrer et il n’y a personne pour lui donner un coup de pouce
quand une équation lui donne du fil à retordre. Idem pour Zineb. Elle a bien un frère ingénieur mais il travaille à
Paris. Le frère de Sana, lui, est plombier « mais il a repris ses études et fait des études d’infirmier ». Alors les
jeunes s’en remettent au professeur qui anime les séances de soutien.
Révision des notions, préparation à l’examen, méthodologie… Tout est passé en revue pour garantir un
maximum de réussite. « Tout ceux qui viennent ici méritent amplement le bac », affirme l’enseignant, très fier
de ses petits protégés. Le compliment leur va droit au cœur, gonfle leur estime de soi et tempère aussi le stress
qui les ronge. Enfin, pas tous. Fahim prétend être aussi zen qu’un moine tibétain. Zineb et Sana, elles, ont la
pression. Alors pour déstresser, elles ont décidé de s’amuser un peu pendant les dernières heures avant les
épreuves. « Je vais faire du ski nautique ! » lâche Zineb dans un énième éclat de rire. Du bluff ? Même pas.
Beaucoup de fatigue et de migraines
Le stress, c’est aussi ce qui tenaille Andréa et Safiane, deux Wattrelosiennes de 17 ans. La première
prépare le bac français en filière ST2S (sciences et technologies de la santé et du social). La seconde passe le
bac scientifique. « C’est beaucoup de fatigue et de migraines », confie Safiane. Heureusement, l’angoisse de
l’échec a pu être canalisée grâce à l’association Ajir.com, l’une des rares de la métropole à proposer du soutien
scolaire gratuit aux lycéens. « Ça nous aide beaucoup, ça nous permet de mieux comprendre les cours et de
faire des sujets du bac. Au collège les parents pouvaient encore nous aider mais plus maintenant. » « J’ai
vraiment envie de le décrocher ce bac, parce que j’ai beaucoup bossé depuis mars », poursuit Safiane. Elle a
littéralement dévoré les sujets du bac des Français de l’étranger: Liban, Pondichéry, Amérique du Nord,
Polynésie, etc. Tout y est passé. Après coup, elle s’en amuse : « En quelques jours j’ai passé plusieurs fois le
bac ! » De quoi envisager l’épreuve – la vraie cette fois – avec un minimum de sérénité. « Je suis confiante.
Encore très stressée car il peut toujours arriver un accident mais ça va. Si je le veux tellement ce bac, c’est
aussi pour ne pas devoir revivre ce stress l’an prochain. » Andréa, elle, envisage les choses différemment. « Si
je travaille tant et que je me donne du mal, c’est que je veux être la première de ma famille à avoir le bac. »
Une immense fierté en perspective. Et un avenir teinté de liberté.

VOCABULAIRE :
rouler sur l’or = être très riche
fichu= désagréable, déplaisant
faire machine arrière (faire marche arrière ) = renoncer à poursuivre une action
entrer dans le vif du sujet = 1. aborder le point le plus important 2. aller directement à l'essentiel
prendre (tout) son temps = faire quelque chose sans se presser
donner un coup de pouce = intervenir pour aider quelqu'un
donner du fil à retordre = causer des difficultés, des ennuis, des embarras à quelqu'un
s'en remettre à quelqu'un = s'en rapporter à lui, à ce qu'il dira, à ce qu'il fera
énième = qui occupe un rang indéterminé, mais très grand: Pour la énième fois.
tenailler = faire subir à quelqu'un une souffrance particulièrement vive; harceler, tourmenter
teinté = nuancé

ACTIVITÉS
1. Identifiez le champ lexical du terme baccalauréat
2. Commentez ces propos: « Si on n’a pas le bac, on n’a rien »
3. Quelle importance accordez-vous à l'examen de baccalauréat ? Pourquoi?
4. Le bac sert-il encore à quelque chose?
5. Comment gérer le stress du bac?
Parents, comment gérer le stress du bac ?
Quelle attitude adopter vis-à-vis de vos enfants qui préparent le bac ? Comment les accompagner dans
cette épreuve souvent source d'angoisse ? Que faire quand la lassitude s'installe ? Christine Henniqueau-Mary,
psycho-pédagogue et co-auteur de Savoir accompagner le travail scolaire nous livre des éléments de réponse.
Est-il normal de stresser quand on est parent ?
Le bac a toujours mobilisé les parents émotionnellement, mais jamais de façon aussi intense que depuis 3 ou 4
ans. La société est inquiète. Les familles connaissent le chômage. Sans le bac, les études supérieures sont très
compliquées. Les enfants le savent eux-mêmes depuis le collège. Le « gentil » stress s'est chargé d'angoisses
légitimes. Quant aux psys et aux enseignants qui disent : « Fichez-lui simplement la paix », il me semble que
dans le contexte actuel, c'est une posture malhonnête.
Du coup, l'angoisse des parents peut être lourde à porter.
La position des parents est ambiguë. Les jeunes sont souvent majeurs, mais encore à la maison. D'un
côté, les parents leur demandent de s'autonomiser. De l'autre, ils les rappellent à l'ordre (« Travaille ! »). Ce
double discours pose problème. De leur côté, les ados qui à la fois grandissent plus vite qu'auparavant et restent
infantiles plus longtemps, se défendent : « Je sais ce que j'ai à faire », ou « Je travaille mais tu ne le vois pas »,
ou « Ca n'est jamais assez pour toi ».
Que peuvent faire les parents ?
Prendre conscience de ces messages paradoxaux qui inhibent. Pas besoin de culpabiliser face à vos
enfants, cela les met mal à l'aise... Il faut rester très factuel : « Je ne me rendais pas compte que je te disais à la
fois : "Autonomise-toi", et "Bosse !" ». Le parent est légitime à demander : « Toi, penses-tu que tu fais ce qu'il
faut ? ». Et à proposer son aide (« Que puis-je faire ? »), avec des suggestions : « Si tu as besoin de réciter »,
mais aussi « Si tu as besoin que je te dise quand je te vois papillonner, ou que tu sembles fragile sur une
matière... » Et plutôt qu'acheter 10 livres d'annales, sans que l'ado l'ait demandé, mieux vaut des gestes simples
qu'il sait très bien décoder, comme lui faire son plat préféré ou demander au petit frère agité de se calmer.
Et quand la lassitude s'installe ?
Il faut reconnaître devant l'enfant que c'est bel et bien stressant, que c'est normal (« Je comprends que tu
peux te sentir lassé »). Ce n'est pas parce que c'est banal que c'est facile. C'est lui qui vit cette situation, lui seul
en connaît l'impact sur lui. Quand ça n'a pas l'air d'aller, on peut mettre un coup d'arrêt : « Là, je n'ai pas
l'impression que tu sois en mesure de mobiliser tes forces. Est-il utile que tu bosses ? » (Souvent, ça produit
d'ailleurs l'effet inverse...!) Et si la lassitude dure trop, on peut accompagner en disant : « Si tu lâches, quelles
pourraient être les conséquences ? », plutôt que d'ordonner ou de faire peur.
Est-il utile de rassurer ?
Mieux vaut éviter les messages à l'emporte-pièce, comme : « Mais tu l'auras ton bac ». C'est un examen,
avec ses exigences. Déjà petits, les enfants sentent bien quand on en fait des tonnes dans le seul objectif de les
rassurer, mais sans forcément croire au propos. Et puis une partie des jeunes savent eux-mêmes s'ils bossent
assez ou non pour passer la barre. Néanmoins, il faut les prévenir de l'effet dévastateur des projections
négatives, du genre : « De toute façon, je ne suis pas prêt, je vais me planter, c'est assuré. » Il faut pouvoir leur
montrer qu'ils n'en savent rien et que donc il n'y a rien à dire sur le sujet. Leur faire valoir aussi que ces pensées
les mettent dans un état émotionnel néfaste qui ne va pas les aider et qu'il faudra beaucoup d'énergie pour
compenser.
Quant aux enfants qui arrivent prêts aux examens et s'effondrent pendant l'épreuve sous l'effet d'une
panique irrationnelle, la responsabilité des parents sera de proposer un travail de gestion du stress, de la
sophrologie, de l'hypnose... Il n'y a aucune raison qu'un ado paie le prix de son stress alors qu'il a travaillé. Il
faut le lui dire et chercher ensemble une solution.
Le système scolaire français: de la maternelle au lycée
Le système éducatif français est organisé en trois grandes étapes: école, collège et lycée. Les
enseignements primaires et secondaires sont gratuits, neutres, laïcs et obligatoires de 6 à 16 ans.
Toutefois, il existe des écoles privées non soumises à ces obligations et spécificités du système scolaire
français.
L'entrée en maternelle se fait à 2 ou 3 ans, au mois de septembre. Les enfants y développent leurs
facultés fondamentales, perfectionnent leur langage et commencent à découvrir l'univers de l'écrit, celui des
nombres et d'autres domaines d'apprentissage. Mixte, gratuite si elle est publique, l'école élémentaire accueille
les enfants de 6 à 11 ans.
Le collège accueille tous les élèves à l'issue de l'école élémentaire sans examen de passage. Les
enseignements sont structurés en disciplines : français, mathématiques, histoire-géographie, éducation civique,
sciences de la vie et de la terre, technologie, arts plastiques, éducation musicale, éducation physique et sportive,
physique-chimie. Les objectifs sont fixés par des programmes nationaux.
À l'issue du collège, les élèves poursuivent leur scolarité dans un lycée d'enseignement général et
technologique ou dans un lycée professionnel. Ce dernier permet d'acquérir un diplôme professionnel afin de
poursuivre des études ou de s'insérer dans la vie active. Les passerelles entre, d'une part, l'enseignement
professionnel et l'enseignement général et technologique et, d'autre part, entre le C.A.P. et le baccalauréat
professionnel sont facilitées.
Le Certificat d'aptitude professionnelle donne accès à des métiers d'ouvrier ou d'employé qualifié et
vise à intégrer directement la vie professionnelle. Des BEP peuvent encore se faire en deux ans dans quatre
domaines (carrières sanitaires et sociales, conduite et services dans le transport routier, métiers de la restauration
et de l'hôtellerie, optique lunetterie). En lycée professionnel, la préparation du Brevet d'études professionnelles
est intégrée au parcours en trois ans de baccalauréat professionnel.
Le Baccalauréat général et le Baccalauréat technologique sont organisés en séries (économique et
sociale (E.S.), littéraire (L) et scientifique (S) pour le Bac général, STG, STI, STL, STSS, STAV, TMD et
hôtellerie pour le Bac technologique. Chaque série est organisée autour d'un noyau cohérent de disciplines
dominantes. Préparé en 3 ans, le baccalauréat professionnel atteste l'aptitude à exercer une activité
professionnelle hautement qualifiée.