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Quelques décisions rendues en 2018 par la juridiction en formation collégiale

Fonction Publique

Par jugement du 9 janvier 2018, le tribunal a rejeté les demandes présentées par l’ancien
président du haut-conseil tendant au versement, par la Polynésie française, d’une indemnité
complémentaire qu’il estimait lui être due en application de son contrat de recrutement.

Par jugement du 30 janvier 2018, le tribunal a annulé le recrutement d’un cadre du


CHPF, en raison notamment de toute publicité sur la vacance du poste en cause.

Par jugement du 30 janvier 2018, le tribunal a rejeté la requête de M. F, chirurgien au


CHPF, qui contestait la décision du président de la Polynésie française ayant prononcé la
sanction disciplinaire de l’exclusion du service pendant deux ans. Il a notamment estimé
que compte tenu de la gravité des fautes commises par l’intéressé, qui par ses agissements
avait porté atteinte à la crédibilité du service public de santé, cette sanction était justifiée.

Par jugement du 29 mai 2018, le tribunal a condamné la Polynésie française à indemniser M.


L, professeur des écoles, alors affecté sur une île des Tuamotu, du préjudice subi du fait
d’une mesure de suspension de ses fonctions prise illégalement. Il a notamment relevé
qu’aucune faute ne pouvait être reprochée à l’intéressé, que « le maire de la commune avait
porté à son encontre des accusations manifestement dépourvues de fondement » et que « cette
faute de l’administration est à l’origine d’un préjudice moral d’autant plus important que la
qualité de la manière de servir de M. L, soulignée par les rapports d’inspection, avait conduit
à des résultats des élèves de l’école supérieurs de 25 points à la moyenne de la circonscription
aux évaluations nationales » .

Par jugement du 28 juin 2018, le tribunal a condamné la commune de Arue à verser à Mme
L, ancienne directrice des ressources humaines, des indemnités en réparation des préjudices
subis ( rappel de rémunération, indemnité pour préjudice moral) du fait du harcèlement
sexuel et moral dont elle avait été victime dans l’exercice de ses fonctions, les agissements
répétés du premier adjoint et d’un ancien représentant syndical, et l’absence de réaction claire
du maire, ayant dégradé son état de santé.

Par jugement du 27 novembre 2018, le tribunal a condamné la Polynésie française à


indemniser M. B, ancien directeur du CHPF, du fait du comportement illégal de la
collectivité d’outre-mer à son encontre. Cette décision vient clore un dossier lourd, qui s’était
notamment traduit par l’annulation, pour détournement de pouvoir, de la décision ayant mis
fin aux fonctions de M. B, au motif que « la faute reprochée à l’intéressé était un prétexte
élaboré a posteriori afin de soustraire le CHPF à l’application de la loi. »

Par jugement du 27 novembre 2018, le tribunal a annulé l’arrêté du 2 mai 2018 par lequel le
président de la Polynésie française avait accordé une prolongation d’activité pour limite
d’âge à M. H. , nommé adjoint au chef du service de l’hygiène dentaire, pour la réalisation
d’une mission consistant à mettre en place un programme de formation des hygiénistes
dentaires, en définir le contenu, les méthodes et les moyens pédagogiques, et en assurer la
mise en œuvre. Il a notamment relevé que « l’expertise de M. H en matière d’hygiène
dentaire se rattache à diverses activités remontant aux années 1983 à 1997, et que les
fonctions administratives et ministérielles qu’il a occupées ultérieurement, pour éminentes
qu’elles aient été, n’étaient susceptibles de lui conférer un haut niveau de technicité ni au
regard de sa qualification initiale de chirurgien-dentiste, ni en matière de conception et de
mise en œuvre de formations professionnelles. La Polynésie française, qui ne peut utilement
se prévaloir de l’insuffisance du nombre de chirurgiens-dentistes imputable aux suppressions
de postes résultant de ses propres décisions de gestion, ni faire valoir qu’aucun chirurgien-
dentiste ne s’est porté volontaire pour la mission en cause dès lors qu’elle ne démontre pas
avoir lancé un appel à candidatures, admet expressément dans ses écritures que la direction de
la santé comporte 25 chirurgiens-dentistes, dont la technicité pour mener à bien la mission
confiée à M. H n’est pas sérieusement contestée. »

Economie : le tribunal a rendu trois importantes décisions qui ont contribué au


renforcement de la concurrence sur le territoire

Par jugement du 12 juin 2018, le tribunal a annulé la décision implicite opposée à la


demande de la société ViTi , d’agrément en qualité d’opérateur de téléphonie mobile. Il a
enjoint à la Polynésie française de lui délivrer cet agrément dans le délai d’un mois, sous
astreinte de 1.000.0000 F CFP par jour de retard. Il a notamment relevé que « la Polynésie
française ne peut raisonnablement soutenir que le marché des opérateurs de téléphonie mobile
est déjà suffisamment animé et que l’entrée d’un troisième opérateur porterait atteinte à la
situation de concurrence effective et loyale existante », qu’elle « n’est pas fondée à soutenir
qu’en l’absence de régulation existante et alors que la présence et l’importance de l’opérateur
historique sur le marché de la téléphonie mobile exige une telle régulation, elle ne serait pas
en mesure de garantir la concurrence effective et loyale, dès lors qu’il lui appartient de
prendre une réglementation en la matière, avant, concomitamment ou après les demandes
d’autorisation d’entrée sur le marché de la téléphonie mobile » et qu’ « aucun motif d’intérêt
général n’est démontré par la Polynésie française pour s’opposer à l’octroi de l’agrément
sollicité ».

Par jugement du 26 juin 2018, le tribunal a annulé la décision implicite ayant rejeté la
demande d’autorisation d’exploitation d’un service de fourniture au public d’accès à
internet de la SAS Pacific Mobile Télécom et enjoint à la Polynésie française d’autoriser
cette société à exploiter un service de fourniture au public d’accès à internet dans le délai d’un
mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 1 000 000 F CFP
par jour de retard. Il a notamment estimé qu’aucun élément produit « n’est de nature à faire
douter de la capacité financière de la SAS Pacific Mobile Télécom à faire face durablement
aux obligations résultant des conditions d’exercice de son activité » et que « la Polynésie
française ne peut légalement rejeter la demande de la SAS Pacific Mobile Télécom au motif
que son engagement ne porterait que sur la zone limitée à ces îles (Tahiti et Moorea) ».

Par jugement du 16 octobre 2018, le tribunal annulé la décision ayant rejeté la demande de
licence de transporteur aérien présentée par la SAS Islands Airline, et enjoint à la
Polynésie française de lui délivrer une telle licence, dans le délai de 15 jours et sous astreinte
de 1 000 000 F CFP par jour de retard. Il a relevé que « le 16 janvier 2018, le ministre de
l’équipement et des transports intérieurs a transmis au président de la Polynésie française un

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projet d’arrêté accordant la licence sollicitée, avec une note d’accompagnement précisant que
les dessertes envisagées s’inscrivent dans le contexte d’ouverture à la concurrence affirmé par
la « loi du pays » du 25 février 2016. Par une communication en conseil des ministres du 14
février 2018, le même ministre a indiqué que l’instruction administrative était close et que le
dossier remplissait les conditions requises. Après avoir fait état des réticences exprimées par
l’opérateur historique qui « redoute bien évidemment l’arrivée de ce nouvel entrant et réclame
des garanties d’activité », cette communication développe une argumentation en faveur de la
délivrance de la licence, en rappelant l’ouverture à la concurrence à laquelle la Polynésie
française s’est engagée. Les critiques présentées dans le mémoire en défense sur le caractère
incomplet ou insuffisant du dossier au regard des dispositions de l’arrêté du 2 mai 2000,
relatives à la capacité financière de la SAS Islands Airline et au plan de financement, alors
que les précisions demandées par le service instructeur ont été apportées, ne sont pas de
nature à mettre en cause la position du ministre de l’équipement et des transports intérieurs
quant à la conformité de la demande à la réglementation. La nécessité de renforcer des
dessertes peu ou non rentables vers les archipels des Tuamotu-Gambier, des Australes et des
Marquises, affirmée dans le schéma directeur des déplacements durables interinsulaires
approuvé par arrêté du 22 septembre 2015, relève de la compétence d’organisation des
transports publics de la Polynésie française, à laquelle il appartient de fixer, par une
délibération d’application de la « loi du pays » du 25 février 2016, les obligations de service
public dont doivent être assorties les licences d’exploitation délivrées dans un cadre
concurrentiel. Elle ne peut être utilement invoquée pour refuser l’attribution d’une licence au
motif des difficultés qui en résulteraient pour la société Air Tahiti, dont le monopole est
destiné à disparaître avec l’ouverture à la concurrence affirmée par la Polynésie française. Il
ressort tant des pièces du dossier que de l’argumentation présentée en défense que le refus
implicite d’accorder la licence sollicitée repose sur des considérations relatives à la protection
du monopole de fait de la société Air Tahiti, étrangères au respect de la réglementation
applicable. » Il en a ainsi conclu que la décision attaquée était entachée de détournement de
pouvoir.

Professions

Concernant la création d’officines pharmaceutiques, par jugement du 12 juin 2018, le


tribunal a annulé l’arrêté du président de la Polynésie française ayant autorisé
l’ouverture à titre dérogatoire d’une pharmacie à Papara (PK 38,3). Il a notamment
indiqué qu’en l’état de la législation (locale) applicable, les besoins de la population de la
commune de Papara n’exigent pas la création d’une seconde officine. Par ailleurs, en
application des mêmes dispositions, par jugement du 11 décembre 2018, il a rejeté la
demande de Mme D qui contestait le refus de création, à titre dérogatoire, d’une officine à
Bora Bora.

Par jugement du 18 septembre 2018, le tribunal a annulé l’arrêté du président de la


Polynésie française ayant retiré des nominations en qualité de notaire titulaire et notaire
associé.

Par jugement du 16 octobre 2018, le tribunal a condamné la Polynésie française à verser


une indemnité (2 M F CFP) à une entreprise assurant le négoce de perles, suite à la
destruction irrégulière de plus de 60.000 perles.

Police

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Par jugement du 12 juin 2018, le tribunal a annulé des arrêtés du haut-commissaire de la
République en Polynésie française ayant retiré l’autorisation d’ouverture d’un commerce de
détail d’armes, ordonné la remise et le dessaisissement des armes. Il s’est notamment fondé
sur l’annulation, par le juge judiciaire, des opérations de police (visites domiciliaires)
engagées par l’administration et a précisé que les troubles à l’ordre public n’étaient pas
établis.

Par jugement du 28 septembre 2018, le tribunal a rejeté la requête de l’association SPAP qui
contestait plusieurs dispositions d’un arrêté du maire de Faa’a portant réglementation sur la
divagation et la détention des animaux. Il a notamment relevé que « la prolifération des
animaux errants, notamment les chiens, est à l’origine de nombreuses et importantes
nuisances sur le territoire de la commune de Faa’a, de nature à porter atteinte à la sécurité et à
la salubrité publiques » et indiqué que « les dispositions contestées, limitées aux voies et
lieux publics, apparaissent en l’espèce proportionnées au but poursuivi par l’autorité
municipale ».

Marchés

Par jugement du 15 mai 2018, le tribunal a rejeté la requête de la société JL Polynésie qui
demandait la résiliation du marché public portant sur l’entretien des routes territoriales de
l’île de Tahiti conclu par le ministre de l’équipement de la Polynésie française avec la SARL
Boyer.

Par jugement du 27 novembre 2018, il a annulé le marché conclu entre la commune de


Makemo et la Sarl Vicart - Tura Ora pour l’acquisition et l’installation de deux citernes de
89 m3 d’eau et de leurs unités de potabilisation, et condamné la commune à verser à un
candidat irrégulièrement évincé la somme de 1.500.000 F CFP en réparation du préjudice
ainsi causé.

Par jugement du 9 janvier 2018, il a annulé le marché conclu par la commune de Rurutu
avec la société FEPI pour la fourniture d’un camion-citerne et condamné la commune à
verser à un candidat irrégulièrement évincé la somme de 876.000 F CFP en réparation du
préjudice ainsi causé.

Santé publique

Par jugements du 28 septembre 2018, le tribunal a rejeté toutes les demandes d’annulation
d’arrêtés portant autorisation du traitement de l’insuffisance rénale (dialyse) sur différents
sites du territoire polynésien.

Par jugement du 14 décembre 2018, il a rejeté les requêtes de la clinique Cardella qui
contestait des arrêtés de la Polynésie française ayant approuvé la convention conclue entre le
CHPF, la CPS et la SARL Taote Medex créant « la maison médicale de garde ». Il a estimé
que celle-ci a pour seul objet de suppléer la carence en offre de soins des médecins
généralistes après les heures de fermeture des cabinets, soit après 18 heures, ainsi que les
jours fériés ou chômés ; que cette carence entraîne un afflux de patients se présentant au
service des urgences du Taaone mais ne relevant pas des urgences, soit environ 50 % des
patients, ce qui allonge considérablement le temps d’attente desdits patients ; ainsi les
décisions attaquées reposent sur le motif fondé de la continuité et de la qualité des soins. »