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18e CHAPITRE

CHOISIR DE PARDONNER
DE BERNARD GUY

Une question de bonheur

On raconte l’histoire d’un père en Espagne qui avait des relations de plus en plus tendues avec son fils adolescent. Ré-
volté, ce dernier était parti un jour de la maison sans laisser d’adresse. Désemparé, son père avait alors parcouru plusieurs villes
et villages d’Espagne à sa recherche, mais sans succès. En désespoir de cause, il plaça une annonce dans un journal de Madrid.
L’annonce se lisait comme suit : « Cher Paco, viens me retrouver en face de l’hôtel de ville à midi. Tu es entièrement pardonné. Je
t’aime, ton père. » Le jour suivant, à midi, 800 jeunes hommes s’appelant Paco se présentèrent en face de l’Hôtel de Ville, espérant
y trouver le pardon et l’amour de leur père.
Sans pardon, aucune relation humaine profonde et satisfaisante ne peut durer. Pour bien fonctionner dans la vie, nous
avons besoin de relations harmonieuses avec nos proches : notre conjoint, nos enfants, nos parents, nos frères et sœurs et nos amis
intimes. Mais à cause du péché, nous blessons souvent les gens qui sont le plus près de nous et ceux-ci nous blessent à leur tour.
Sans pardon, les relations avec ceux-ci ne peuvent durer et sans ces relations, l’épanouissement et le bonheur sont impossibles.

II

Prévenir les offenses

Comment faire pour que nos relations avec les autres ne soient pas constamment rompues ? Nous devons déraciner de
nos cœurs certaines attitudes qui font de nous d’éternels offensés.
Par exemple, nous ne devons pas nous imaginer que les autres nous doivent tout. Les enfants pensent ainsi. Pourtant, cer-
tains croyants adultes s’offusquent parce que l’on ne répond pas immédiatement à leurs moindres besoins et désirs. Ils s’empressent
alors de bouder ceux qui les ont soi-disant offensés et privés de leur dû. À la fin, ils se retrouvent mille fois plus seuls et malheureux
qu’avant. À l’opposé, ceux et celles qui font preuve d’altruisme et de générosité atteignent un degré de satisfaction beaucoup plus
grand dans la vie et souffrent rarement de solitude.
Une autre attitude faisant de nous d’éternels offensés est la susceptibilité. Nous ne devrions pas prendre trop à cœur les
critiques négatives dont nous sommes l’objet. Il est inévitable que nous soyons critiqués pour ceci ou cela. Certains commentaires
nous aident à nous examiner et à nous améliorer, mais d’autres sont sans fondement et ne sont pas dignes d’attention. Réagir
vivement aux critiques injustes révèle un niveau trop élevé d’amour-propre.
Il nous faut apprendre, par amour, à passer par-dessus une foule de petites offenses. Pierre déclare dans sa première lettre
(1 Pi 4.8) : « Avant tout, ayez les uns pour les autres un ardent amour, car l’amour couvre une multitude de péchés. » Paul déclare à
son tour dans 1 Corinthiens 13.7 : « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout. » Si vous êtes le type de personne
qui est constamment offensée ou blessée par les autres, ce n’est pas tant le pardon que vous devez exercer, mais plutôt l’amour.
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† CHOISIR DE PARDONNER

III

Fausses conceptions au sujet du pardon

Plusieurs fausses conceptions circulent au sujet du pardon. Nous ne mentionnerons ici que les principales.
Pardonner ne veut pas dire oublier l’offense.
Certains croient que pardonner veut dire oublier, mais cette conception du pardon n’est pas tout à fait juste. Pardonner
ne consiste pas à oublier l’offense, mais à agir comme si nous l’avions oubliée. Nous lisons dans Hébreux 8.12 : « Je pardonnerai
leurs iniquités et je ne me souviendrai plus de leurs péchés ». Ce n’est pas que la mémoire de Dieu se soit mise à faire défaut, mais
plutôt qu’il a choisi, dans son amour, de nous traiter comme s’il avait oublié nos offenses.
Plusieurs choses peuvent être là pour nous rappeler l’offense, et plus l’offense a été grave, plus son souvenir sera long à
effacer. Dans certains cas, il ne s’effacera jamais, mais la douleur ressentie s’estompera, comme dans le cas d’une vieille cicatrice.
Quelques années après son expérience horrible dans les camps de concentration nazis, Corrie Ten Boom se retrouva
face à face avec un des gardes allemands les plus cruels et insensibles qu’elle avait connus là-bas. Ce garde, devenu chrétien
depuis peu, l’avait autrefois humiliée, dégradée et violée des yeux plus d’une fois alors qu’il surveillait les douches. Il lui tendit la
main et lui demanda : « Ne me pardonnerez-vous jamais tout le mal que je vous ai fait ? » Le cœur de Corrie était plus froid que
la glace et elle n’arrivait pas à lui tendre la main. Les souvenirs pénibles de ses expériences dans les camps défilaient dans sa tête
et la paralysaient en face de cet ancien ennemi. Mais elle se dit à elle-même que la volonté pouvait fonctionner même sans les
émotions et, suppliant Jésus de lui en donner la force, elle lui tendit mécaniquement la main. Elle sentit alors une chaleur envahir
sa main, son cœur et tout son être et s’écria : « Je vous pardonne, frère. »

Pardonner ne veut pas dire faire disparaître l’offense en l’ignorant ou la niant

Nous nous trompons souvent nous-mêmes en niant que nous avons été blessés. Nous sommes bien trop spirituels, pen-
sons-nous, pour nous laisser atteindre par les flèches des autres... Nous jouons alors aux SSJO (super spirituels jamais offensés) et
nous agissons comme si nous étions blindés. Nous pensons qu’être facilement blessés par l’un ou par l’autre est le lot des faibles.
Mais la réalité est tout autre. Nous sommes tous fragiles, que nous l’admettions ou non. Se peut-il que vous ayez été blessé par des
gens de votre entourage sans jamais le reconnaître ? Si vous vous surprenez à parler souvent contre une personne ou une autre,
c’est peut-être que vous avez été blessé par quelque chose que cette personne a fait ou dit contre vous.
Se peut-il que vous n’ayez jamais reconnu et confessé votre amertume envers certaines personnes qui vous ont blessé et
que cette amertume empoisonne votre existence et vous empêche de grandir dans la vie spirituelle ? Une offense que nous nous
efforçons d’ignorer est comparable à un ballon bien gonflé que nous enfonçons dans l’eau d’une piscine ou d’un lac...

Pardonner ne veut pas dire éprouver des sentiments positifs pour l’offenseur

Cette conception du pardon semble très louable, mais elle ne correspond pas à la réalité. Il est normal de continuer à
éprouver, pour un temps, des sentiments négatifs envers l’offenseur, même si nous lui avons pardonné.
Le roi David ne refoulait pas ses sentiments négatifs, mais il les exprimait candidement à Dieu dans ses psaumes, ce qui
constitue, sans contredit, la meilleure des thérapies.

❧19 « O Dieu, tu devrais supprimer les méchants et chasser loin de moi ces meurtriers. 20 Ils parlent de toi pour intriguer, et prononcent
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ton nom pour mentir. 21 J’ai du dégoût pour ceux qui s’opposent à toi ; Seigneur, je déteste ceux qui te détestent. 22 Ma haine pour eux est totale,
ils sont pour moi des ennemis personnels. »

Pardonner ne consiste donc pas à éprouver des sentiments amicaux pour la personne qui nous a fait du mal, insulté ou
privé du meilleur, mais plutôt, d’agir avec bienveillance envers elle en passant par-dessus nos sentiments négatifs.
C’est ce que Dieu fait depuis toujours envers ses enfants qui lui désobéissent et l’offensent. Nous lisons dans le Psaume 78,
aux versets 36 à 38 : « Mais ils le trompaient de la bouche, Et ils lui mentaient de la langue ; Leur cœur n’était pas ferme envers
lui, Et ils n’étaient pas fidèles à son alliance. Toutes, dans sa miséricorde, il pardonne l’iniquité et ne détruit pas ; Il retient souvent
sa colère et ne se livre pas à toute sa fureur. »

Pardonner ne veut pas dire rétablir instantanément la relation avec l’offenseur

Certaines personnes croient à tort que pardonner nous permet de rétablir la relation avec l’autre de façon instantanée.
Pardonner, c’est hisser le drapeau blanc et sonner le cessez-le-feu, sans pour autant avoir comblé tous les fossés creusés par les
multiples affrontements. Rebâtir la relation et restaurer la confiance appartiennent plutôt à la période de « l’après-pardon ». Cela
exige de la bonne volonté, des efforts, beaucoup de patience et, bien sûr, la collaboration des deux parties.

IV

Quels sont les réflexes naturels d’une personne offensée ?

Vouloir faire vivre à l’offenseur le mal qu’il nous a causé (la vengeance active)

Quelqu’un nous blesse méchamment et nous aimerions tant le blesser de la même manière afin qu’il comprenne, par
expérience, la souffrance qu’il nous a causée. Nous aimerions que celui qui nous a rejetés souffre le rejet à son tour, que celui qui
nous a injustement privés de notre dû soit dépouillé à son tour, que celui qui nous a injustement discrédités aux yeux des autres
soit calomnié à son tour.
Ce réflexe naturel provient en partie d’un désir légitime de justice, mais nous plonge dans une quête malsaine de ven-
geance. Un désir chronique de vengeance engendre de l’amertume et l’amertume rend moribond. Dieu, dans sa Parole, nous
exhorte à abandonner toute tentative de vengeance personnelle.

❧ « Amis très chers, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez la colère de Dieu agir. En effet, dans les Livres saints, le Seigneur
Dieu dit : « À moi la vengeance ! C’est moi qui donnerai à chacun ce qu’il mérite ! » (Romains 2.19)

Ce n’est pas à dire que nous devions nous laisser manger la laine sur le dos dans tous les cas. Il existe des recours légaux,
approuvés par Dieu, pour corriger certaines situations criantes d’injustice. Mais tout en défendant notre cause, nous devons nous
garder de toute rancœur et faire preuve de désintéressement, étant citoyens d’un autre royaume. (Jean 18.36)

Bouder l’autre (la vengeance passive)

Quelqu’un a dit quelque chose ou a fait quelque chose qui nous a blessés et depuis ce temps, nous le boudons et l’évi-
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† CHOISIR DE PARDONNER

tons. Nous n’exerçons pas de représailles contre l’offenseur, mais nous lui exprimons notre colère par un lourd et long silence.
Il n’est pas rare d’entendre dire que des membres d’une même famille ne se parlent plus depuis plusieurs années. Des conjoints
blessés choisissent aussi souvent de s’emmurer dans le silence. Cette démonstration passive de mécontentement nourrit l’hostilité
et creuse les fossés encore davantage.

Penser que se venger est plus satisfaisant que pardonner

Dans une production cinématographique du récit d’Alexandre Dumas, « Le comte de Monte Cristo », nous voyons le
comte se rendre dans une petite église abandonnée sur le sommet d’une colline. Il y rencontre un vieux moine qui lui demande :

— Êtes-vous venu vous recueillir dans la présence de Dieu et vous confesser ?


— Non, lui répondit le comte, je suis venu avertir Dieu que je prenais sa place. Puisqu’il n’a pas jugé bon de me venger
de mes ennemis, je prends sa place et je le ferai moi-même.

L’idée du roman de Dumas, comme celle de bien d’autres ouvrages et films, est que la vengeance procure plus de plaisir
et de satisfaction que le pardon. Les citations d’auteurs abondent en ce sens. Marivaux, dramaturge français du XVIIIe siècle, écrit :
« La vengeance est douce à tous les cœurs offensés ». Balzac, romancier français du XIXe siècle, écrit à son tour : « L’enivrante
jouissance de la vengeance satisfaite. » Enfin, Cioran, philosophe et moraliste roumain du XVIIIe siècle, écrit : « La vengeance est
un besoin, le plus intense et le plus profond qui existe ».
Il est vrai que la vengeance procure un plaisir intense et immédiat, mais elle n’apporte pas de satisfaction profonde et
durable. À l’opposé, le pardon se présente d’abord comme un combat intérieur, mais se transforme à coup sûr en une expérience
des plus gratifiantes.

Que veut dire pardonner ?

Ne pas nourrir le souvenir de l’offense dans notre cœur

Lorsque Dieu nous a pardonnés, il a jeté toutes nos fautes au fond de l’océan et s’est empressé de planter une pancarte
sur la plage disant : « Pêche interdite ! » Nous devons faire de même. Une fois que nous nous sommes engagés, par la force de
Dieu, à pardonner, nous ne devons pas, à tout moment, ressasser dans nos cœurs les offenses subies.
Dans son livre sur la vie du général Lee, Charles Flood raconte qu’après la fin de la guerre civile aux États-Unis, le gé-
néral était en visite chez une dame habitant dans l’état du Kentucky. La dame l’emmena voir ce qui restait d’un beau grand arbre
centenaire et lui raconta, d’un ton rempli d’amertume, que ses branches et son tronc avaient été abîmés par l’artillerie fédérale. Elle
regarda Lee, espérant entendre de sa part une critique sévère contre les nordistes. Mais le Général lui répondit plutôt : « Madame,
empressez-vous de couper le reste de votre arbre et oubliez-le. La vue de cet arbre empoisonne votre existence. »
Repasser les offenses que nous avons subies de la part des autres empoisonne également notre existence et nous fait
nous enfoncer dans l’amertume.
Un homme confiait un jour à un ami qu’il avait eu une dispute avec sa femme. La chose que je déteste, lui dit-il, c’est que
toutes les fois où ma femme et moi nous disputons, elle devient « historique ». Tu veux dire « hystérique », répliqua son ami. Non,
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j’ai bien dit « historique ». Chaque fois que nous avons un différend, elle commence à raconter en détail tout ce que j’ai fait de
travers ces vingt dernières années.
Bref, pardonner, ce n’est pas oublier les offenses du jour au lendemain, mais c’est faire un effort conscient pour ne pas en
nourrir le souvenir.

Ne pas salir la réputation de l’offenseur

Qu’il est tentant pour une personne offensée de faire savoir au plus grand nombre de gens possibles que telle ou telle
personne l’a injustement traitée. C’est une façon subtile et très efficace de détruire la réputation de l’offenseur.
Pardonner, c’est renoncer à publier sans retenue les mauvais traitements reçus. Il va sans dire qu’il est légitime de confier
notre souffrance à quelques amis intimes ou à un conseiller et qu’il est parfois nécessaire de dénoncer publiquement l’offenseur
pour des raisons de sécurité. Mais est-ce utile que toute la ville sache que telle ou telle personne nous a traités avec méchanceté ?
Salir la réputation de l’offenseur est sans contredit la forme de vengeance la plus facile et la plus répandue.

Ne pas faire de tort à l’offenseur

Dans le Psaume 103, aux versets 8 à 10, il est dit que Dieu ne traite pas les coupables selon le mal qu’ils ont fait, mais selon sa
grande bonté, car il est un Dieu qui aime pardonner.

❧8 « L e Seigneur est compatissant et bienveillant, patient et d’une immense bonté. 9 Il ne fait pas constamment des reproches, il ne
garde pas éternellement rancune. 10 Il ne nous a pas punis comme nous l’aurions mérité, il ne nous a pas fait payer le prix de nos
fautes. »

C’est ainsi que nous devons traiter les gens qui nous ont offensés. Mais, comme nous l’avons souligné précédemment,
traiter les personnes qui nous ont fait du mal avec bienveillance n’est pas naturel. C’est l’expression d’une spiritualité authentique
et d’une grande maturité. C’est refuser de vivre prisonnier de l’amertume. Pardonner n’est pas un choix visant avant tout à libérer
l’offenseur, mais à sauvegarder notre propre liberté intérieure.

VI

Pourquoi devons-nous pardonner ?

Parce que Dieu nous a beaucoup pardonné

La comparaison entre le pardon de Dieu envers nous et celui que nous devons exercer envers les autres est carrément démesu-
rée. Dans l’ensemble de notre vie, nous n’aurons pas pardonné aux autres le centième de toutes les fautes que Dieu nous aura
pardonnées. C’est ce que Jésus a voulu faire comprendre à ses disciples en leur racontant la parabole du serviteur impitoyable.

❧ 21 A
 lors Pierre s’approcha de Jésus et lui demanda : Seigneur, combien de fois devrai-je pardonner à mon frère s’il se rend cou-
pable envers moi ? Jusqu’à sept fois ? 22 Non, répondit Jésus, je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept.
23
C’est pourquoi, voici à quoi ressemble le Royaume des cieux : Un roi décida de régler ses comptes avec ses serviteurs. 24 Il
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commençait à le faire, quand on lui en amena un qui lui devait une énorme somme d’argent. 25 Cet homme n’avait pas de quoi
rendre cet argent ; alors son maître donna l’ordre de le vendre comme esclave et de vendre aussi sa femme, ses enfants et tout
ce qu’il possédait, afin de rembourser ainsi la dette. 26 Le serviteur se jeta à genoux devant son maître et lui dit : Prends patience
envers moi et je te paierai tout ! 27 Le maître en eut pitié : il annula sa dette et le laissa partir. 28 Le serviteur sortit et rencontra un
de ses compagnons de service qui lui devait une très petite somme d’argent. Il le saisit à la gorge et le serrait à l’étouffer en disant :
Paie ce que tu me dois ! 29 Son compagnon se jeta à ses pieds et le supplia en ces termes : Prends patience envers moi et je te
paierai ! 30 Mais l’autre refusa ; bien plus, il le fit jeter en prison en attendant qu’il ait payé sa dette. 31 Quand les autres serviteurs
virent ce qui était arrivé, ils en furent profondément attristés et allèrent tout raconter à leur maître. 32 Alors le maître fit venir ce
serviteur et lui dit : Méchant serviteur ! J’ai annulé toute ta dette parce que tu m’as supplié de le faire. 33 Tu devais toi aussi avoir
pitié de ton compagnon, comme j’ai eu pitié de toi. 34 Le maître était fort en colère et il envoya le serviteur aux travaux forcés en
attendant qu’il ait payé toute sa dette. » (Matthieu 18.21-34)

Conscients de ne pas être traités par Dieu selon nos manquements, nous devons, à notre tour, user de grâce envers les gens qui
agissent mal envers nous. N’est-ce pas l’essence même des paroles de Jésus dans la prière qu’il a enseignée aux disciples :

❧ « Pardonne-nous nos offenses, comme nous aussi nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. » (Matthieu 6.12)

Parce que nous avons nous-mêmes besoin d’être pardonnés par les autres

Une des règles d’or énoncées dans l’Évangile est de faire pour les autres ce que nous aimerions qu’ils fassent pour nous.
(Luc 6.31) Puisqu’il nous arrive de blesser nos proches, volontairement ou non, nous avons besoin de leur pardon pour continuer à
vivre en harmonie avec eux. Et recevoir le pardon des autres sans l’exercer à notre tour briserait l’équilibre et ferait de nous des
profiteurs. En employant le terme « réciproquement » dans les versets suivants, l’apôtre Paul souligne que nous sommes parfois les
offenseurs ayant besoin d’être pardonnés, mais aussi parfois les offensés devant pardonner aux autres.

❧ « Si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous
aussi. » (Colossiens 3.13)
❧ « Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardon-
né en Christ. » (Éphésiens 4.32)

Pour ressembler à Dieu

Nous sommes appelés à ressembler à notre Père céleste qui traite avec bonté les personnes qui l’insultent et qui bafouent sa volonté.

❧ « 43 Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain, et tu haïras ton ennemi. 44 Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis,
bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous
persécutent, 45 afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les
bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. » (Matthieu 5.43-45)

Pour demeurer en communion avec Dieu et continuer à jouir de ses bénédictions

❧ « 14 Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; 15 mais si vous ne pardonnez pas aux
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hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos offenses. » (Matthieu 6.14-15)

Les paroles de Matthieu 6.14-15 sont adressées aux disciples de Jésus. Ne pas être pardonnés ne signifie pas ici ne pas être sauvés,
mais être privés de la communion avec le Père et de la puissance spirituelle dont nous avons tant besoin pour progresser dans la
vie chrétienne.

Pour libérer l’offenseur de sa culpabilité

❧ «V
 ous devez plutôt pardonner au coupable et le consoler, de peur qu’il ne soit accablé par une tristesse excessive. » (2 Corin-
thiens 2.7)

Dwight Moody, le célèbre évangéliste et fondateur du Moody Bible Institute, n’avait que quatre ans lorsque son père
mourut. Un mois plus tard, madame Moody donnait naissance à des jumeaux. Elle et ses neuf enfants vivaient dans la misère la
plus totale. Par-dessus le marché, l’aîné de la famille se révolta et partit de la maison au lieu d’aider sa mère à faire vivre la famille.
Convaincue que son fils reviendrait, madame Moody laissait pour lui chaque soir une chandelle allumée au bord de la
fenêtre. Elle priait et vérifiait le courrier chaque jour dans l’espérance de recevoir quelque nouvelle de son fils.
Un bon soir, alors qu’elle était assise dans la cuisine, elle aperçut par la fenêtre une silhouette d’homme se dirigeant
vers la maison. L’homme s’arrêta près de la porte et refusa d’entrer. Il avait les cheveux hirsutes, portait une grande barbe et avait
l’air embarrassé. Lorsque madame Moody vit les larmes coulant de ses yeux, elle reconnut que c’était son fils. « Mon fils perdu,
s’écria-t-elle, entre et viens dans mes bras. » Mais le fils répondit : « Non maman, je n’entrerai pas tant que je ne saurai pas si tu m’as
pardonné. » Madame Moody sortit, le serra fortement dans ses bras et lui assura qu’elle lui pardonnait ses bêtises.

Pour ne pas sombrer nous-mêmes dans l’amertume et la dépression

❧ « Veillez à ce qu’aucune racine d’amertume ne pousse et ne produise du trouble en empoisonnant plusieurs d’entre vous. » (Hé-
breux 12.15)

L’amertume est une forme de colère refoulée qui dévore, paralyse et qui se propage comme la peste. Elle a été identifiée par les
professionnels de la santé mentale comme une des causes possibles de la dépression clinique. Une personne amère ne peut pas
être heureuse. Pendant que l’offenseur gambade allègrement, la personne offensée se morfond et plie sous le poids de la rancune.

En refusant de pardonner, certaines personnes laissent les mauvaises expériences du passé conditionner toute leur existence et
ferment ainsi la porte au bonheur. Elles deviennent aigries et ne peuvent plus rien supporter. La moindre offense les atteint déme-
surément et les déstabilise.

L’accumulation d’amertume chez une personne qui refuse constamment de pardonner est comparable aux ordures que l’on en-
fouit dans un dépotoir, qui se décomposent et qui produisent des biogaz très inflammables... En enterrant les offenses, au lieu de
les régler au fur et à mesure, on pense les faire disparaître. Mais on leur permet plutôt de fermenter et de revêtir un grand pouvoir
négatif ; un pouvoir aussi destructeur sinon plus que celui des offenses elles-mêmes. Passer en revue nos diverses expériences de
vie et pardonner à tous ceux qui nous ont offensés est la seule porte de sortie face à ce grave problème.
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VII

Devons-nous pardonner dans tous les cas ?

Un offenseur repentant

Parfois l’offenseur se repent et nous pouvons alors lui pardonner et rétablir la communion avec lui.

❧ « 3 P renez garde à vous-mêmes. Si ton frère a péché, reprends-le ; et, s’il se repent, pardonne-lui. 4 Et s’il a péché contre toi sept fois
dans un jour et que sept fois il revienne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras. (Luc 17.3-4)

Un offenseur non repentant

Si l’offenseur ne se repent pas, nous devons quand même lui pardonner, mais nous sommes alors incapables de rétablir
la communion avec lui. Certaines personnes pensent à tort qu’elles n’ont pas pardonné à l’offenseur parce qu’elles n’ont pas su
rétablir la relation avec lui. Nous sommes responsables de faire notre bout de chemin qui est de renoncer à la vengeance, mais
nous ne pouvons faire le bout de chemin que l’offenseur doit faire pour que la réconciliation soit possible. C’est ce que souligne
l’apôtre Paul au verset 18 en disant « autant que cela dépend de vous. »

❧ « 17 Ne rendez à personne le mal pour le mal... 18 S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les
hommes. » (Romains 12.17-18)

Si le pardon est un exercice intérieur et personnel, la réconciliation, quant à elle, est un acte interpersonnel qui nécessite
la collaboration des deux acteurs.
Pardonner ne signifie pas nécessairement cesser de nous méfier ou de nous tenir à distance de personnes malveillantes
qui ne se repentent pas de leurs actes. Pardonner est une chose, mais nous protéger en est une autre et les deux ne sont pas in-
compatibles.

VIII

Où trouver la force de pardonner ?

Pardonner demeure quelque chose de difficile, surtout lorsque ceux qui nous ont offensés nous ont fait très mal. Mais Dieu
peut nous donner un amour inconditionnel pour nos offenseurs.
Le 9 février 1960, Adolph Coors III, de la célèbre famille de la distillerie Coors des États-Unis, se fait kidnapper pour une
question de rançon. Sept mois plus tard, son corps est retrouvé, troué de balles et abandonné dans un champ. Adolf Coors IV, son
fils de 15 ans, devient alors orphelin. Non seulement perd-il son père, mais également son meilleur ami.
Durant plusieurs années, les enfants Coors entretiennent une haine profonde pour Joseph Corbett, le meurtrier de leur
père. En 1975, Adolf le quatrième devient chrétien, à l’âge de 30 ans. Mais il éprouve toujours une profonde amertume pour
l’homme qui l’a privé de son père toutes ces années.
Troublé par cette rancune persistante, il supplie Dieu d’agir dans son cœur. Dieu lui donne alors la force de se rendre au
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pénitencier de Canon City au Colorado où Joseph Corbett, le meurtrier de son père, est enfermé. Il demande à voir Corbett, mais
ce dernier refuse toute rencontre. Alors Coors lui laisse une Bible dans laquelle il écrit à Corbett : « J’étais venu ici pour vous voir
et je regrette que vous ne m’ayez pas reçu. Comme croyant, le Seigneur me demande de vous pardonner. Je vous pardonne et
je vous prie de me pardonner aussi pour la haine que j’ai nourrie dans mon cœur pour vous durant plusieurs années. »
Dans un témoignage qu’il donna un peu plus tard, Coors déclara : « J’ai un amour pour cet homme que seul Jésus-Christ pouvait
mettre dans mon cœur. »
Où Jésus a-t-il trouvé la force de dire sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » après tout
le mépris qu’on lui avait témoigné et toutes les souffrances qu’on lui avait infligées ? En se tournant vers Dieu dans la prière (Luc
22.39-46). Où Étienne a-t-il trouvé la force de dire, alors qu’on le lapidait injustement : « Seigneur, ne leur impute pas ce péché ! »
En se tournant vers Dieu dans la prière (Actes 8.59). Où trouverons-nous la force de pardonner ? Dans une communion profonde
avec Dieu qui, en dépit de son infinie justice, traite ses ennemis avec bonté !
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Suite I par François

Le pardon en rapport avec la repentance

Versets : Actes 26:20 — Matthieu 18:15-20 — Luc 17:3-4 — 2 Corinthiens 12:19-21 — Proverbes 14:16 — Proverbes 16:6.

La repentance entre chrétiens qui pêchent ou qui se blessent entre eux est essentielle, car la repentance c’est un changement de
cœur, un virage, un détournement du péché à 180 o en direction de la volonté divine.

Pourquoi la repentance ?

Comment peut-on imaginer qu’un authentique croyant ne désire pas le changement que Dieu veut opérer dans sa vie ?

Entre frères et sœurs la repentance n’est pas une option, elle est même conditionnelle au pardon. Voir Luc 17 : 3-4. Pourquoi ? Parce
que nous avons la responsabilité, en tant que chrétiens, et avec l’église, de viser non seulement notre perfectionnement, mais aussi
celui de nos frères et sœurs. Éphésiens 4:1-16, verset 12 en particulier, et voir Proverbes 9:8.

Dieu lui-même nous reprend : Hébreux 12:4-17 — 2 Timothée 2:22-26 — Psaume 37:27 — Proverbes 3:7.

La repentance vient de Dieu, elle nous fait du bien en vue de notre croissance spirituelle et elle fait aux autres ce qu’on voudrait
qu’ils nous fassent pour notre bien.

Elle traite l’autre comme Dieu nous traite nous-mêmes, elle est aussi Thérapie Divine, car elle agit en nous par l’illumination du
Saint-Esprit en vue d’ouvrir les yeux de notre cœur ; elle nous motive, par le renouvellement de notre intelligence, nous offrant
la perspective divine pour la marche de progrès en progrès, en direction de notre sainteté à tous. 1 Thessanoliciens 4:1-8 — Ro-
mains 6:22 – Proverbes 9:10 ; 11:5 ; 14 h 12.

En ce qui concerne la collectivité collective, ou communautaire : Galates 6:1-5. Voir aussi Matt. 18 : 15-20.
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Dans Galates 6:1-5 quatre points ressortent :


1 – redressez-le avec un esprit de douceur,
2 – prends garde toi-même de peur que tu sois aussi tenté,
3 – portez les fardeaux les uns les autres et vous accomplirez ainsi la Loi de Christ,
4 – Voir versets 3 et 4.

Les fruits qui précèdent le pardon : Voir. Colossiens 3:12-17 — 1 Thessonaliciens 5:14.

Impossible d’envisager la croissance spirituelle sans la repentance — Proverbes 50:23.

La repentance amorce le changement, car la repentance est elle-même un changement de cœur.

La Grâce n’est pas une justification pour encourager le péché. Le but par Dieu c’est la sainteté. Dans cette perspective le pardon
nous est accordé en vue d’une marche dans la direction de la sainteté — Voir Romains 6:1-22 — et la sainteté doit obligatoirement
passer par la repentance, le changement et la transformation de notre cœur de pierre en cœur de chair.

❧ « P rov. 28 : 13 nous dit : « Celui qui cache ses transgressions ne prospère point, mais celui qui les avoue et les délaisse obtient
miséricorde ». Col. 2 : 6 « Ainsi donc, comme vous avez reçu le Seigneur Jésus-Christ, marchez en Lui étant enracinés et fondés
en Lui, et affermis par la Foi, d’après les instructions qui vous ont été données, et abondez à l’action de grâce. »

NOTE : Le Psaume 32, selon le nouveau commentaire biblique : pages 486 et 487.

Dans ce psaume il est question du bonheur que procure le pardon des péchés ; les implications psychologiques
et religieuses du péché, et sa guérison sont mises en lumière.
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Suite Bernard Guy

Versets 1 à 5 — La joie du pardon

Ces versets décrivent la grande satisfaction et la joyeuse liberté de l’âme dont le péché a été couvert, effacé et lavé par
le Seigneur entièrement juste. Verset 1 à 2 – L’effet du péché et du pardon est défini de quatre façons et repris au verset 5 avec une
très grande insistance.
Il y a dans cette définition développée de la transformation de l’âme, une explication du conflit profond qui accompa-
gnait le sentiment précédant de culpabilité (vv. 3 et 4). 3 Le premier qui tendait à étouffer la faute par le silence et le refoulait
dans le subconscient simplement : elle s’extériorisait alors en symptôme de détresse physique : douleur profonde et persistante et
gémissements involontaires. 4 : Le sommeil n’apportait pas de fin à cette profonde tension et sa persistance même indiquait que
l’on ne peut échapper à la main de la justice de Dieu.
S’obstiner dans un tel refoulement réduisait considérablement la force du coupable, comme l’arbre qui flétrit, ou une
sécheresse prolongée.

❧ Verset 5 « Le moment décisif fut celui où il décida de se confesser à Dieu qui, tout de suite, le pardonna généreusement et apporta
en même temps la pleine solution de son problème. »
CHOISIR DE PARDONNER † 11

Par conséquent, ces versets nous enseignent clairement que par la simple confession, le péché, sous tous ses aspects
(l’acte visible, péché ou la corruption intérieure, iniquité) est complètement pardonné et couvert, comme s’il ne restait plus aucun
litige entre Dieu et l’homme. (Personnellement, Dieu m’a réveillé en pleine nuit [le 25 octobre 2010] et m’a clairement montré de
visiter les Psaumes 32 et 51 qui mentionnent le cheminement repentant. Bravo à Bernard qui m’a beaucoup influencé en intitulant
sa brochure : « Choisir de pardonner, une question de bonheur ».

La base de la prière confiante

L’expérience du pardon de Dieu que vient de faire David [versets 1 et 2] forme la base d’un appel à tout homme pieux
de prier avec Foi et de présenter sa requête pendant que l’Éternel est encore accessible. Versets 6 et 7 : indiquent que, par la
repentance, on parvient à une nouvelle phase de Protection Divine, au milieu même des orages de la vie [cf. Luc 13 : 3,5].
Versets 8 et 9 : sont la contrepartie des versets 3 et 4, le silence coupable de David est remplacé par la Parole Divine
et ses conseils compatissants. V.8 : La solitude absolue du pécheur impénitent laisse place à une compréhension mutuelle. Je te
conseillerai, j’aurai le regard sur toi, indique un lien parfait entre l’enseignant et l’élève, entre le Père et le fils.
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Suite II par François

Le péché est une interruption de notre relation avec Dieu et voyons, dans les Psaumes 32 et 51, comment l’interruption et le châ-
timent divin peuvent conduire David à désirer profondément de se repentir afin de retrouver, par la repentance et la confession,
cette relation avec Dieu qui restaure son âme et lui fait retrouver la joie et la paix ; ce qui lui permet d’accéder au bonheur et à
tous les bénéfices promis contrairement à toutes les conséquences spirituelles, psychologiques, émotionnelles et physiques que le
péché peut entraîner.

Nouveau commentaire biblique — suite : En opposition à la réponse sensible du cœur docile, il y a la volonté
obstinée qui refuse de s’approcher de Dieu et qui doit être domptée par le jugement [par la réprimande].

Ces idées d’instruction dans la piété et de libres confessions peuvent être comparées à celles du Psaume 51,
versets 14 à 16.

Les versets 10 et 11 parlent d’abord des alternatives envisagées au verset 5. Le péché apporte la punition [la
réprimande], ou le pardon ; la différence vient de la confession à l’Éternel. Son amour inébranlable est tel que
tous ceux qui peuvent proclamer leur droiture [parce qu’ils ont accepté le pardon de Dieu] trouvent une source
de plaisir pur, qui jaillit du cœur sans fraude. La paix est inséparable de la pureté.

Un merci à ceux qui ont écrit le nouveau commentaire biblique du Psaume 32, que je cite intégralement.

Voir Hébreux 12 qui parle du châtiment de Dieu qui tombe sur tous les chrétiens authentiques, sur tous les chrétiens réellement nés
de nouveau.
12

CHOISIR DE PARDONNER