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Los editores independientes del mundo latino y la

bibliodiversidad
Les éditeurs indépendants du monde latin et la

bibliodiversité
Os editores independentes do mundo latino e a

bibliodiversidade
Los editores independientes
del mundo latino y la
bibliodiversidad

Les éditeurs indépendants du


monde latin et la bibliodiversité

Os editores independentes
do mundo latino e a
bibliodiversidade

27-30/11/2005, Guadalajara, México


Table des matières

Anne-Marie Métailié, Éditions Métailié (France)


Miradas cruzadas sobre la bibliodiversidad y la edición
independiente . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11

José María Espinasa, Ediciones Sin Nombre (México)


Las editoriales independientes: una resistencia cultural . 21

Bernard Stephan, L’Atelier (France)


Qu’est-ce qu’une maison d’édition indépendante ?
L’expérience des Éditions de l’Atelier. . . . . . . . . . . . . . . 31

Beatriz de Moura, Tusquets (España)


El editor independiente como explorador. . . . . . . . . . . . 45

Paulo Slachevsky, LOM (Chile)


Por el fortalecimiento de las industrias editoriales en los
países del sur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51

Jorge Herralde, Anagrama (España)


El editor independiente ante los escritores y el mercado de
América Latina. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 63

Anne Lima, Éditions Chandeigne (France)


Panorama de la distribution pour les éditeurs
indépendants (France, Portugal et Brésil). . . . . . . . . . . . 70

Jacques Arlindo dos Santos, Chá de Caxine (Angola)


Acesso ao livro e à leitura, o caso de Angola. . . . . . . . . . 87

Víctor Manuel Mendiola, El Tucán de Virginia (México)


Las pequeñas editoriales de Poesía . . . . . . . . . . . . . . . . . 96
Serge D. Kouam, Presses Universitaires d’Afrique (Cameroun)
Professionnalisation et formation des éditeurs africains 102

Alejandro Zenker, Ediciones del Ermitaño (México)


La profesionalización del editor independiente. . . . . . . 118

Jean Richard, Éditions d’en bas (Suisse)


Les coéditions solidaires et le livre équitable. . . . . . . . . 127

Gaston Bellemare, Écrits des Forges (Québec)


La coédition : acte engagé de bibliodiversité pour les
auteurs, les éditeurs et les lecteurs. . . . . . . . . . . . . . . . . 142

Gilles Colleu, Vents d’ailleurs (France)


Diffusion et distribution : la place de l’éditeur
indépendant. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 146

Hubert Nyssen, fondateur des Éditions Actes Sud (France)


Éditer, c’est allier le plaisir et la nécessité . . . . . . . . . . . . 155

Pablo Harari, Ediciones Trilce (Uruguay)


Los editores independientes y la diversidad cultural. . . 163

Gilles Pellerin, L’instant même (Québec)


Traduction et diversité culturelle. . . . . . . . . . . . . . . . . . 172

Daniela Di Sora, Voland (Italia)


Promotion et distribution du livre. . . . . . . . . . . . . . . . . 179

Sandro Cohen, Colibrí (México)


Las literaturas locales en un mercado global. . . . . . . . . 187

Cristina Warth
Libre e o mercadoeditorial brasileiro. . . . . . . . . . . . . . . 196
Ginevra Bompiani, Nottetempo (Italia)
Réseau national, réseau international : que mettre en
commun ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 208

Horia Barna, Humanitas (Rumania)


El precio fijo del libro . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 215

Federico Ibáñez, Castalia (España)


Las políticas nacionales e internacionales, la experiencia
del grupo “Bibliodiversidad”. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 222
Anne-Marie Métailié, Éditions Métailié (France)

Miradas cruzadas sobre la


bibliodiversidad y la edición
independiente

Notre intervention inaugurale s’intitule « Miradas cruzadas


sobre la bibliodiversidad y la edición independiente », ce qui
m’amène à m’interroger sur le métier que je pratique depuis 26
ans maintenant. Si je ne veux pas vous asséner un discours que
vous avez déjà tous entendu, avec des formules et des phrases
toutes faites se référant aux textes que vous avez déjà tous lu,
peut-être puis-je prendre le biais d’une expérience personnelle
dans un pays donné pour essayer de comprendre ce que veut
dire réellement être un éditeur indépendant et comment on
peut participer à ce si joli concept de bibliodiversité, que la
convention signée en octobre à l’Unesco appelle aussi diversité
culturelle.
Tout d’abord j’exerce ce métier d’éditeur que j’aime passion-
nément dans un cadre particulièrement privilégié, la France.
Un pays du premier monde dans lequel être écrivain est pres-
tigieux, d’ailleurs beaucoup de nos hommes politiques aspirent
à entrer à l’Académie française et certains y réussissent ! Un
pays qui a mis en œuvre une politique culturelle très efficace
avec un IVA à 5,5 %, le Prix unique du livre, c’est-à-dire un
prix calculé par l’éditeur et indiqué sur le livre avec une auto-
risation de variation à la baisse limitée à 5 % utilisée en parti-
culier par les chaînes et les grandes surfaces culturelles comme

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

les Fnac ou les regroupements plus récents qui sont en train


d’apparaître. Et je dois souligner ici que c’est grâce à cette loi
sur le Prix unique que ma maison existe encore. En effet, en
1979, lors de sa création, on en était au régime du prix conseillé
par l’éditeur, pour soi-disant défendre les consommateurs, or
mes premiers livres, d’auteurs inconnus dont le prix indiqué
était de 18€ se retrouvaient parfois vendus 20 % plus chers que
le prix indiqué par certains libraires. En 1981, la loi Lang sur
le prix unique me sauva de la débâcle.
D’autre part la France possède un réseau remarquable de li-
brairies indépendantes, et de libraires compétents, ce sont eux
qui assurent la diffusion la plus variée à travers l’essentiel du
territoire national. Beaucoup d’éditeurs, conscients de cette
chance, se sont regroupés au sein d’une association, l’ADELC
(association pour le développement des Librairies de Culture),
et versent un pourcentage modique de leur chiffre d’affaires
annuel pour aider au financement de la modernisation et du
développement de ces librairies, après examen des dossiers par
une commission particulièrement compétente sur l’économie
du livre. Et le réseau des libraires est spécialement important
pour les éditeurs littéraires. Il suffit de comparer les titres des
livres qui figurent sur les listes des meilleures ventes tous ré-
seaux confondus et les listes des libraires, là on ne trouve pas
le Da Vinci Code, mais on trouve certains de nos livres.
Il faut ici que je vous donne le nom du principal artisan de
ces mesures, un grand éditeur indépendant disparu récem-
ment, le directeur des éditions de Minuit, éditeur de Beckett
et Marguerite Duras : Jérôme Lindon.
Enfin, autre privilège : le Centre National du Livre dépendant
du ministère de la Culture octroie des subventions pour la
traduction d’œuvres étrangères d’un montant qui correspond

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à 50 % du coût de la traduction, après examen des dossiers
(au maximum 9 par an et par éditeur) par une commission
spécialisée de traducteurs et d’universitaires, ce qui permet
de mettre à la disposition des lecteurs des livres étrangers à
un prix abordable. Car en France les traducteurs sont correc-
tement payés : 18 euros la page de 1500 signes soit 250 mots.
Les budgets moyens de traductions sont de l’ordre de 6000 à
10 000 euros.
Le CNL peut aussi aider les éditeurs dans une situation fi-
nancière difficile par un prêt sans intérêts remboursable sur
10 ans.
Le Centre national du Livre est financé par le ministère de
la Culture, par une taxe sur les photocopies et par un impôt
spécifique sur le chiffre d’affaires des maisons d’édition.
Pour en terminer avec ce catalogue de privilèges, il faut signaler
que si nous n’avons en France jamais connu le piratage tel que
vous le connaissez en Amérique latine, ou dans d’autres pays,
nous avons dû faire face au photocopillage, en particulier dans
le système éducatif, universités et grandes écoles, à un niveau
qui montre à quel point peu d’enseignants ont conscience de
ce qu’est le droit d’auteur et la propriété intellectuelle..
Un de mes auteurs, sociologue, avait été invité à faire une
conférence sur le livre que nous venions de publier dans une
prestigieuse école de commerce privée et riche, devant un am-
phithéâtre de 250 professeurs et étudiants. Je l’avais accompa-
gné et j’ai découvert qu’aucun de ses auditeurs n’avait acheté
son livre. Ils avaient tous entre les mains 250 photocopies du
livre entier faites par les services de l’école, et lorsque j’ai pro-
testé auprès du directeur, il m’a dit ne pas comprendre.

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Maintenant des accords sont signés avec les universités et les


photocopies sont contrôlées et rémunérées à l’éditeur qui re-
verse sa part à l’auteur.
Toutes ces mesures depuis le prix unique jusqu’à la rému-
nération de la photocopie n’ont pas été des dons d’un Etat
providentiel et bienveillant, elles ont été le résultat des luttes,
des pressions et des négociations, exercées par la profession
dans son ensemble par l’intermédiaire du Syndicat National
de l’Édition, à l’intérieur duquel s’est exercée pendant plus
de 20 ans l’autorité morale et la détermination d’un éditeur
indépendant : Jérôme Lindon.
Toutes ces conquêtes ont l’air irréversibles maintenant, mais
elles peuvent être remises en cause par les structures tech-
nocratiques de l’Europe pour le prix unique, ou bien par des
hommes politiques.
Ce sont là les luttes collectives auxquelles j’ai participé au cours
des 20 dernières années, je sais qu’elles sont à l’ordre du jour
dans de nombreux pays.
Tout ceci pour vous dire, chers confrères en particulier latino-
américains, puisque c’est vous que je connais le mieux, que,
lorsqu’après un voyage dans l’un de vos pays, je reviens dans ce
paradis je n’ose plus me plaindre de la dureté de la vie. Votre
réalité objective est autrement plus difficile que la mienne.

La maison que j’ai fondée et que je dirige emploie 6 personnes


et a actuellement un catalogue de 650 titres, dont seulement
120 sont des textes français, plus particulièrement de sciences
humaines. Je suis majoritaire dans le capital de ma maison,
mon diffuseur distributeur a 30 % et le reste est détenu par
des amis.

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Nous publions 40 titres par an, dont 22 nouveautés de littératu-
re étrangère, majoritairement d’Amérique hispanique, Brésil,
Espagne, Portugal, Italie, Angola. Les Ecossais, les Islandais
de même que les Mongoles, Iraniens et Irakiens écrivant en
allemand sont très minoritaires chez nous. 84 % des auteurs
du catalogue sont inconnus en France et parfois dans leur pays
d’origine lorsque nous les publions. Aussi, je crois participer
largement à la circulation de la bibliodiversité, non en défen-
dant le patrimoine culturel français et ses spécificités mais en
diffusant les textes qui me semblent les plus intéressants et
porteurs de réflexion des langues que je peux lire.
Je crois encore, avec ce que certains pourront taxer de naïveté,
au pouvoir subversif de la littérature. Je crois que la diversité
des pensées doit être montrée.
Dans la société française des années 80 il fallait faire entendre
les voix des écrivains portugais qui parlaient de décolonisation
comme on n’en parlait pas en France, malgré l’indépendance
des pays africains et de l’Algérie.
Dans les années 90, lorsque tous les professeurs de littérature
proclamaient la mort du roman en Amérique latine, je voulais
montrer que le développement des mégalopoles du continent
faisait naître une autre littérature fort éloignée des canons
habituels.

Au bout de toutes ces années je suis arrivée à un certain nom-


bre de certitudes sur ce que c’est qu’être indépendant. Ce n’est
pas être l’organe d’expression d’une ONG ou d’une institution,
ni d’un grand groupe de communication ou de presse. C’est
être dans une maison d’édition dont on maîtrise les orienta-
tions idéologiques et intellectuelles, c’est faire des livres dans

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

lesquels on se reconnaît, des livres qu’on ne considère pas


comme de simples marchandises. Pour ce faire il faut résis-
ter économiquement, car l’édition dans tous les pays se situe
à l’intersection de deux grands axes : un axe symbolique et
intellectuel et un axe économique et c’est de la situation entre
les deux que dépend la vie d’un éditeur.
Pour pouvoir survivre lorsqu’on n’a pas de fortune personnelle
et qu’on a démarré avec un capital dérisoire il faut être le plus
professionnel possible pour ce qui concerne la production-fa-
brication, la gestion des droits et la diffusion-distribution. Il
faut être en mesure de garantir à un auteur que son livre sera
à la disposition de ses lecteurs potentiels dans les meilleures
conditions possibles. L’histoire du développement de notre
maison, c’est l’histoire des changements de diffusion pour
trouver la plus adaptée à notre production, car c’est le seul
moyen d’accès aux libraires, donc aux lecteurs.
En France on assiste actuellement à une redistribution des
cartes et à une lutte autour de ce centre de profit qu’est la
distribution : la plupart des éditeurs signent des contrats de
distribution avec des distributeurs appartenant à de grandes
maisons d’édition ou à des groupes qui se chargent de faire
parvenir leur production dans les librairies sur l’ensemble du
territoire français et francophone. Or, actuellement le rachat
partiel du groupe Editis par Hachette oblige Editis à recher-
cher de nouveaux éditeurs à diffuser, tandis que le rachat du
Seuil par La Martinière à entraîné des bouleversements qui
montrent que ce qui est réellement rentable dans l’édition ce
n’est pas la production mais la distribution.

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Être indépendant c’est avoir la liberté de placer les livres et
les auteurs au centre de notre activité et donc de les traiter en
amis et en alliés.
C’est avoir une idée très claire de la réalité du marché avec
lequel on travaille, à savoir que l’on ne peut jamais programmer
un succès. Mes plus grands échecs sont des livres que j’avais
conçu comme des best-sellers, des livres qui ne répondaient à
aucune nécessité, n’étaient faits que pour rapporter de l’argent,
pour lesquels j’avais investi au-delà de mes possibilités finan-
cières et qui sont difficilement rentrés dans leurs frais.
Je constate qu’en 26 ans d’activité, chaque année, il y a eu
dans notre programme un ou deux livres qui ont bien marché
et ont tiré tous les autres, mais je constate aussi que ce sont
toujours des surprises, que le coup est toujours parti de là où
on ne l’attendait pas. Que c’est toujours le livre dont je pensais
vendre 700 exemplaires qui a atteint les 7000 exemplaires. Je
sais aussi que les livres ont besoin de temps pour atteindre
leur public, qu’en sciences humaines il faut trois ans aux pro-
fesseurs d’université pour découvrir l’existence d’un texte et
l’intégrer peut-être à leur enseignement. Qu’en littérature, où
c’est l’affectif qui s’exprime même dans la diffusion, un livre
peut se vendre à 800 exemplaires la première année et, sous
l’impulsion d’un libraire qui va déclencher le mythique bouche
à oreille, il peut avoir atteint 80 000 exemplaires au bout de dix
ans. Ce qu’il faut, c’est de la patience. Respecter le temps de
la culture. Les livres ont besoin d’un temps qui n’a rien à voir
avec celui de la rentabilité financière, et l’un des principaux
problèmes de l’indépendance, c’est le développement. Car il est
difficile d’opérer ce que Marx, si décrié aujourd’hui, appelait
l’accumulation primitive financière. Notre accumulation pri-

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

mitive c’est la construction de nos catalogues. Donc comment


peut-on croître en restant indépendant ?
Il y a mille façons de perdre son indépendance, par exemple
faire rentrer une banque dans son capital et se trouver confron-
té à une logique de rentabilité à court terme, en contradiction
avec ce temps long qui est celui des livres. Au cours d’une
période de désespoir financier j’avais consulté un expert pour
trouver une solution à la perpétuelle précarité financière de la
maison et il m’avait sagement conseillé de réduire les coûts en
supprimant les traductions…
Ou bien entrer dans un grand groupe :
Je sais que dans les grands groupes il y a d’excellents éditeurs
et on les retrouve comme concurrents pour l’achat des droits,
que eux peuvent payer. Et je sais aussi que le monde n’est pas
manichéen, que les grands groupes ne sont pas dirigés par des
imbéciles, et que la pensée de gauche est aussi un marché qui
rapporte au capitalisme. J’ai pu voir un de mes confrères indé-
pendants, laminé par les problèmes économiques, s’épanouir
et développer avec intelligence son catalogue après son rachat
par un groupe. J’ai pu constater que les conseillers de gestion
des groupes ne font la loi dans une maison que s’il n’y a pas en
face d’eux un éditeur sûr de ce qu’il veut faire. L’indépendance
de l’éditeur est avant tout dans sa tête.

J’ai aussi la certitude qu’on est indépendant tant qu’on aime


prendre des risques.
Je sais que si on est indépendant on peut respecter une éthique
en ne volant pas par exemple les auteurs des autres.
Je ne sais pas comment être indépendant et développer mon
entreprise, faire exploser le plafond de verre des ventes, mais

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je sais que certains confrères ici, en Amérique latine, dans la
situation particulière du continent et des langues portugaise
et espagnole, ont su organiser des réseaux qui leur permet-
tent d’être encore plus professionnels, plus efficaces et plus
solides.
Je sais aussi que malgré le vote de la Convention sur la biblio-
diversité à l’Unesco, l’industrie du divertissement ne renoncera
pas à son hégémonie mondiale et à sa volonté de réduire la
culture à une marchandise, et je n’ai pas été autrement surprise
par les déclarations violentes et les menaces de Condoleza Rice
au moment de la signature de la Convention en Octobre.
Je crois aussi que nous devons être vigilants sur les développe-
ments des nouvelles technologies dont le projet Google Print
nous donne un avant goût de ce que pourra être une indexation
des textes selon une idéologie dominante.
Je m’interroge enfin sur la façon dont on forme ceux qui seront
ou non les lecteurs de demain.

La lecture du programme de ces trois jours que nous allons


passer ensemble, par la diversité des points de vue qu’elle pro-
pose me semble garantir la stimulation et l’ouverture de nos
réflexions à tous.
Une définition de l’indépendance sera donnée par Bernard
Stéphan et Elisabeth Beyer pour la France, par Beatriz de
Moura pour l’Espagne
La professionnalisation nécessaire sera traitée par Serge
Kouam du Cameroun et Alejandro Zenker pour le Mexique
Le thème de la distribution sera abordé plus profondément
dans les débats par Anne Lima et Gilles Colleu pour la France,

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Jacques dos Santos pour l’Angola, et Daniela di Sora pour


l’Italie
Le rapport avec les groupes par Jorge Herralde pour l’Espagne
et Paulo Slachevsky pour le Chili
Les actions communes nécessaires et l’éthique de notre métier
seront discutées par Victor Manuel Mendiola (Mexique), Jean
Richard (Suisse), Gaston Bellemare (Québec), Cristina Warth
(Brésil), Ginevra Bompiani (Italie).
La bibliodiversité sera abordée par Pablo Harari (Uruguay),
Gilles Pellerin (Québec) et Sandro Cohen (Mexique)
L’action des pouvoirs publics et des organisations internatio-
nales fera l’objet des débats de mardi matin.
Je n’ai aucun doute qu’à l’issue de ces débats nous aurons
constaté ensemble que, quels que soient nos pays, nous faisons
le même métier et nous défendons les mêmes convictions, ce
qui nous permettra de dégager des lignes de forces pour agir
ensemble.

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José María Espinasa, Ediciones Sin Nombre (México)

Las editoriales independientes:


una resistencia cultural

La situación del libro independiente es hoy a la vez florecien-


te en creatividad, capacidad y propuestas, y angustiosamente
agónica, como si lo primero fuera el canto del cisne de una
muerte no sólo anunciada sino deseada por diversos apara-
tos sociales. Este panorama les sonará apocalíptico, pero es
muy difícil que la cosa pueda llegar a estar peor. Por ejemplo,
en los últimos años se ha vuelto a una práctica extraña pero
sintomática de regalar libros. Los programas para leer en el
metro o los de “adopte un libro”, y todas su variaciones, son en
realidad gestos desesperados de aquellos que creen que en la
lectura debe haber una diversidad que garantice la libertad de
elección. Pero nadie quiere gastar dinero en comprar un libro,
hasta los organismos oficiales los piden donados, sin darse
cuenta que si grandes consorcios editoriales pueden darse ese
lujo, la mayoría de las veces con saldos, para los editores inde-
pendientes es un esfuerzo muy costoso, dado sus bajos tirajes
y sus políticas contra el saldo. En todos lados, —presidencia,
cámaras, sep, CONACULTA— se expresan buenas inten-
ciones y se hace muy poco, entre otras cosas porque lo que se
hace, a veces —no siempre— bien pensado, se estrella contra
una situación de facto muy complicada, la de una necesidad
política de que el libro independiente desaparezca.
La razón: es un terreno de libertad donde circulan ideas más
difíciles de controlar y manipular y no sujetas a negociaciones

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

entre los diferentes grupos de poder. A los grandes consorcios


editoriales, más allá de utilizar a las pequeñas casas editoras
como laboratorios gratuitos, preferirían que no hubiera este
tipo de sellos, les incomodan, los exhiben y los ponen en evi-
dencia al mostrar la estulticia de sus políticas editoriales (in-
cluida la distribución). Y a los gobiernos les sucede lo mismo,
por eso nos podemos encontrar ante políticas de promoción a
la lectura que se someten a las políticas fiscales, y una peque-
ña editorial que recibe una beca del Fonca o coedita con la
UNAM o algún otro organismo público, después se enfrenta
con inverosímiles leyes hacendarias y fiscales que terminan
llevándola a la quiebra, y eso en caso de que haya sobrevivido.
Pongo un ejemplo reciente (pero hay por docena): el gravar
inventarios castiga ante todo a los pequeños editores que no
pueden poner en librería sus materiales sino muy lentamente
y que —además— se oponen a la política de saldo. En una
rápida encuesta entre colegas resulta que ya van dos años de
esta absurda ley sin que nadie la aplique en su contabilidad ni
siquiera se haya enterado (parece tan ridícula que nadie piensa
que sea verdad); los mismos dos años que estamos infringiendo
la ley por hacer libros.
Y de ese ejemplo se desprende algo del gesto antes señalado:
se obsequian libros porque es más rentable regalarlos que ven-
derlos. El editor tiene que no sólo aislarse del mercado sino
enfrentarse a él con lo único que le duele, lo gratuito. Sólo que
a él imprimir, encuadernar, formar, corregir todo le cuesta,
y con precios bastante elevados. Pero si vende, le cuesta más
montar el aparato de distribución o dar la comisión a quien
se lo haga, el rechazo de las librerías y la guerra declarada
de Hacienda. El libro independiente es una zona de desastre.
Ningún empresario arriesga su dinero en ese negocio, porque

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sabe que no es rentable, y porque el estado —quien debería
tener la responsabilidad de ayudarlo— lo combate desde su
raíz económica a través de una persecución fiscal. Antes, se
perseguía la disidencia, la diferencia, a través de los aparatos
de represión política y se quería cooptar las iniciativas para
legitimar al Estado (fue el modelo priísta), ahora simplemente
se les ignora y se les hunde con dificultades insuperables. Lo
curioso e inquietante es que esta actitud empieza a escapar a
cualquier matización política: Hacienda impone leyes impo-
sibles de cumplir para el editor independiente de la misma
manera que la Secretaría de Cultura de la Ciudad de México
cierra libro clubes o cancela programas de lectura (como el
del Metro). El modelo de empresario es el gerente de la Coca
Cola mientras que el supuesto apoyo a la pequeña empresa no
hace sino insistir: resígnese, su destino es ser un empleado en
el mejor de los casos, en el peor desempleado o vendedor am-
bulante. ¿No hubo en aquel programa de la SEP, hace ya unos
doce años, llamado “Con la frente en alto”, una premonición
de lo que esperaba al editor independiente?
Ustedes se preguntarán por qué si la situación es tan terrible
hay sin embargo un buen número de editores independientes.
Les contestaría, con un dejo de ironía, que no saben lo que ha-
cen. En la frase hay bastante miga: Hace unos años los editores
independientes aceptamos las exigencias de profesionalización
que la industria quiso imponer, incluso en terrenos vedados
para nosotros, como la distribución y la venta. Como algunos
de nosotros veníamos de trabajar en consorcios editoriales o
en la producción universitaria, y sí sabemos lo que hacemos,
no fue difícil. Por ejemplo, en un tiempo las editoriales inde-
pendientes fueron mares idóneos para la piratería, pero ahora

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

somos mucho más respetuosos del derecho de autor que los


grandes consorcios o las editoriales del estado.
Ante eso, como ya no podían reprochárnoslo, cambiaron las
reglas: se nos niega el acceso al punto de venta —una triste
política librera—, se nos prohíbe, por costos, la posibilidad
de acceder a la publicidad, se nos deja de lado en la prensa
especializada, se elevan los derechos de traducción a sumas
exorbitantes y en el mejor de los casos se nos quita autores a
fuerza de chequera. Se crea tal vacío alrededor nuestro que
esto se traduce en una forma de la clandestinidad que no puede
siquiera legitimarse por razones políticas. Pero no ocurre que
se establezca una esfera aparte, donde nosotros, los indepen-
dientes, podamos estar al arbitrio de nosotros mismos, sino
que se busca hacer desaparecer esa misma esfera de diferen-
cias. Insisto: les resultamos incómodos a todos. Hay algunas
instancias —notablemente el Fondo de Cultura Económica, y
las ferias de Guadalajara y Minería— que han aceptado y pro-
movido nuestra presencia, en parte concientes de que somos el
piso donde se energiza el edificio, en parte como un gesto de
autodefensa indirecta.
¿Por qué provoca tanto rechazo la edición independiente? Es
justamente porque no aspira a una condición industrial, sino
que defiende el margen en el que hacer libros es no sólo una
artesanía sino una voluntad específica de hacer determinados
tipos de libros. Eso es inaceptable para el sistema. Así, libre-
ros, distribuidores, impresores miran con franco disgusto la
existencia de esas empresas, precisamente porque no entran
—no pueden entrar, aunque quieran— en las reglas de juego
del mercado de ellos. Es como el niño al que no se deja estar
ni en la banca de los partidos de futbol. Y uno les repite una y
otra vez: no se preocupen, no somos competencia, no quere-

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mos ser como ustedes, queremos seguir siendo como somos,
nuestro tamañazo nos permite hacer los libros que queremos;
la reacción es cortar las pocas fuentes de contacto con el lector
que aún nos quedan. El financiamiento —privado, público,
incluso el personal— corre el mismo peligro, la idea es que el
libro se imprima pero no se lea. Justamente la ley mencionada
sobre grabación fiscal a los inventarios impide también regalar
los libros.
En última instancia se acaba por aceptar que, más allá de que
los dineros son importantes, no es una cuestión económica. Se
trata de otra cosa. Lo que ocurre con el editor independiente es
que concentra a los autores que no quieren las otras editoriales,
sea por la razón que sea. Una, desde luego, es lo que consideran
sin calidad, otra están a la espera de que el autor, ya sea a través
de colaboraciones en revistas y periódicos, ediciones de autor o
gubernamentales, se haga un nombre que lo vuelva atractivo.
Pero como el atractivo se vuelve un gusto estandarizado por
las modas impuestas desde los medios masivos —la tele sobre
todo—, lo que queda fuera es lo que no se vuelve lugar común.
Al grado de que ciertos autores se llegan a aceptar como histó-
ricamente importantes, cualitativamente altos, pero se deja su
publicación a los editores independientes. No es, sin embargo,
una concesión. Muchas veces estos autores prefieren publicar
con nosotros. No sólo se hacen mejor y más cuidados sus li-
bros, sino que responden a una relación mucho más cercana
entre autor y editor. La causa es obvia: muchos de los editores
independientes son también escritores.
Cuando hace exactamente un año se formó la Alianza de
Editores Mexicanos Independientes (AEMI), que agrupa a
catorce sellos, la respuesta del medio fue en buena medida
inmediata y de acogimiento a las iniciativas presentadas. Sin

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Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

embargo, salvo algunos casos que más adelante mencionaré,


esto se quedó en buenas intenciones. Por ejemplo, las librerías
no han mostrado una actitud distinta ante nuestros libros. Se
asistió al congreso de libreros en Guadalajara, se repartieron
más de cien folletos entre compradores potenciales, pero no
hubo un solo pedido. Las cadenas de librerías, como Ghandi
y El Sótano no han variado un ápice su política de compras
ante nosotros: pocos ejemplares y no de todos, una estruc-
tura burocrática que mata cualquier esfuerzo (un ejemplo:
un libro del que piden quince ejemplares, se vende en tres
días, y no piden reposición hasta el corte, un mes después) y
un desconocimiento inquietante. La cadena EDUCAL, del
CNCA, crea tal maraña burocrática que desalienta incluso
a los mejor organizados. De pensar en salir a las llamadas
grandes superficies ya ni hablar. Una sola excepción: el Fondo
de Cultura Económica. Las ferias, tanto de Guadalajara como
de Minería, hicieron un esfuerzo importante por darnos un es-
pacio adecuado a las expectativas que parecía haber despertado
dicha Alianza. Sigue existiendo, empero, una clara política de
ninguneo respecto a lo que se hace, no tanto más allá de su
importancia cualitativa, sino justamente por ella.
Quisiera que esto se entienda en toda su gravedad. No hay, no
parece haber, un interés en que crezca la industria mexicana
a través de un crecimiento en su oferta autoral propia ni que
se propongan nuevas tendencias y géneros. Son bien recibidos
los sellos editoriales que, con o más o menos buena fortuna,
proponen el mismo modelo hispánico de sujeción a una tabla
de valores ya instituida y que según ellos hay que mover lo
menos posible. El puente con el lector que en un determinado
lapso significó el librero se ha perdido casi en su totalidad
(entre otras cosas por los bajos salarios que se pagan en este

— 26 —
rubro). Para que las aguas no se muevan hay que aislar y, si se
puede, hacer desparecer a los que las agitan. Esto es también
una política de estado que se refleja, más que en las medidas
del CNCA o la SEP, en los lineamientos fiscales, incluso que
arrebatan lo que en otras instancias gubernamentales se otorga
con una voluntad de ayudar a esas mismas editoriales. El pro-
blema es de tal gravedad que las editoriales independientes ya
no están pensando en cómo vender sus libros sino en regalar
los que ya hicieron y dedicarse a otra cosa, incluso en los casos
de los más convencidos e insistentes editores.
Me interesa señalar que varias de estas editoriales han configu-
rado un catálogo importante y coherente, en el que se expresa
un gusto y una elección estética. No es cosa fácil, ya que las
circunstancias antes descritas suelen provocar que las pequeñas
editoriales tengan un periodo de vida muy pequeño, sean como
hongos de temporada, y que no les de tiempo el mercado de
establecer su opción ante el lector. Pero esto ya no es válido en
proyectos que tienen veinte, quince, diez años de existencia.
Ante ello hay que apostar por el lector, por lo menos en dos
sentidos. Uno, el sentido en que su papel de comprador tiene
que ser más activo, no sólo encontrarse con el libro equis o
zeta, sino también buscarlo. Y otro, no menos importante,
su inserción en la opinión pública. Hay que hacer entender a
los gobiernos, sean del signo que sean, que el libro no es sólo
motivo de demagogia, sino también necesario para fortalecer a
esa pretendida democracia. Las leyes fiscales deben contemplar
al libro como una mercancía, sí, pero como una mercancía de
excepción y en unas condiciones tan catastróficas que requiere
un marco específico que contemple su contexto. De no ser así
ningún proyecto independiente sobrevivirá lo suficiente como
para entrar dentro del gusto circundante.

— 27 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Desde un punto de vista estrictamente operativo es evidente


que el cuello de botella de la bibliodiversidad está en la relación
del libro con el lector. Se ha roto la cadena de transmisión
por el eslabón más débil: la librería. Con el argumento de
la dificultad de venta no se exhibe un alto porcentaje de los
títulos publicados por año, y la exhibición cuando la hay suele
ser mala y estar mal pensada. Es cierto que se lee poco, pero
también lo es que se pierden muchas ventas y por lo tanto
lectores cuando unas librería pierde una venta por no tener el
libro solicitado, y lo pierde muchas veces por no interesarse
siquiera en surtir libros que sí le piden, olvídense ya de los que
no. Las pocas veces que alguien rompe ese círculo vicioso los
resultados son sorprendentes (como en el caso del FCE).
Por otro lado, así como ha habido un enorme desarrollo tecno-
lógico, que ha cambiado los esquemas tradicionales de produc-
ción, no ha ocurrido lo mismo en el terreno de la distribución,
y ni la red ni el instant book han solucionado, salvo en unos
nichos muy pequeños y específicos —libro de consulta, libro
académico— el problema de la relación con el lector. Tal vez
ustedes recuerden cuando, hace unos veinte años, la popula-
rización del video hizo soñar a los cinéfilos con las mieles de
una diversidad al alcance de su mano, los cine clubes despare-
cieron porque para eso estaba el video. La segunda parte de la
frase no fue cierta, el video nunca estuvo allí, el video como el
libro siempre estuvo en otra parte. Y hoy día no sólo la oferta
cinematográfica comercial es más pobre, no hay circuitos al-
ternativos y la oferta en dvd es selectiva y limitante.
La red nos hizo pensar que todo lo escrito estaría a nuestro
alcance. ¡Que ingenuidad! Nos derrotó la abundancia, incluso
antes de disfrutarla. Esa parte —la del contacto con el lector—
nos hace falta pensarla a fondo. La reacción ha sido regalar

— 28 —
libros —no voy a recordar aquí experiencias recientes más bien
fallidas, como la de abandonar un libro para que encuentre su
lector— en las que se suele abandonar la responsabilidad de
llegar a puerto por parte del editor. Si en un tiempo de efer-
vescencia cultural o incluso de represión, se pensó que aquello
que no se leía tenía un valor en sí —lo prohibido como incita-
ción— ahora la regla imaginaria ha cambiado: lo que no se lee
no vale la pena leerlo, curiosa tautología que es casi un pórtico
para el infierno., Nunca como ahora la letra impresa es más
abundante (en números) pero nunca ha estado más vacía de
contenido. Expresado de otra manera: la diferencia nos igua-
la, pero no nos democratiza, nos aplana. Por eso regalar no
resuelve el problema, el regalo lo elige quien regala no quien
lo recibe, salvo en esas atroces listas de regalos de boda, aquí
no se puede decir “el lector residirá en el extranjero” (siempre
ha estado allí) y no permite la elección. Ya lo dice el refrán: un
regalo no se puede rehusar pero sí se puede dejar de leer.
Las políticas del estado son mucho más que confusas. Más allá
de la buena fe de algunos funcionarios del estado se vive en una
situación demencial: las políticas fiscales son terribles, y lo es
aún peor la actitud ante el contribuyente, sellos editoriales a
los que se somete a persecuciones fiscales, pequeñas editoriales
que no han sido derrotadas ni por el poco número de lectores
ni por la falta de librerías y las dificultades de venta, que han
soportado el duro aprendizaje del oficio, que han sido capaces
de organizarse en función de su tamaño, de pronto se enfren-
tan a situaciones que no tienen salida, que ponen en riesgo lo
alcanzado en cinco, en diez, en más años de batalla. Porque
ante sus puertas está el embargo, o la cárcel.
No quisiera, sin embargo, terminar mi participación en este
coloquio con un tinte melodramático. Y no lo quisiera hacer

— 29 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

porque no me interesa ni siquiera como estrategia. Lo que


hasta ahora he dicho no es —ni debe ser oído— como una
queja más, sino como un diagnóstico. Trataré de resumirlo en
cinco puntos sucintos:
1 . La distribución y venta. Es necesario que las librerías en-
tiendan la nueva situación del libro de cara al mercado, la
competencia por servicios y no por descuentos, la necesidad
de adquirir personalidad propia y no articular su política
de compras como una carrera de obstáculos encaminada a
desalentar al editor.
2 . Las políticas fiscales. No se trata de pedir al estado ventajas
o concesiones sino de volver racional el proceso de admi-
nistración recaudatorio. El estado mismo debía, sin que se
lo pida nadie, articular una política de apoyo fiscal a la in-
dustria editorial en su conjunto y a las pequeñas editoriales
en particular.
3 . Formación de lectores. Hacer eficientes los programas de
fomento a la lectura y no reducirlos a compras que funcio-
nen como subsidio disimulado a dicha industria, como las
Bibliotecas de aula y similares.
4 . Apoyo mediático. Comprometer en la búsqueda de lectores
a participantes indirectos en la cadena editorial, como la
prensa escrita, en especial a los suplementos y revistas, y a
la radio y televisión.
5 . Confiar en el lector. Ante buenas propuestas editoriales,
imaginativas y actuales, el lector reacciona y se acerca de
nuevo a la lectura. En buena medida de él depende defender
ese espacio de la bibliodiversidad.

— 30 —
Bernard Stephan, L’Atelier (France)

Qu’est-ce qu’une maison


d’édition indépendante ?
L’expérience des Éditions de
l’Atelier

Introduction
Il est difficile de définir théoriquement les critères de l’indé-
pendance pour une maison d’édition. Pour avancer dans le
débat, je m’attacherai à discerner dans l’expérience récente des
Éditions de l’Atelier, marquée par de fortes turbulences éco-
nomiques, les éléments qui lui ont permis de mettre en œuvre
leur projet éditorial. Se doter de cette capacité me semble être
un gage de diversité et un critère d’indépendance.

Les trois modèles de l’édition française


Dans le contexte français, marqué par une concentration des
moyens de distribution et de diffusion et par une croissance
sans précédent du nombre annuel de nouveautés, trois modèles
se présentent pour mettre en œuvre un projet éditorial :
L’intégration dans un groupe puissant : les avantages de
cette solution sont doubles. Premier avantage, la possibilité
de bénéficier de coûts de fabrication beaucoup plus faibles :
François Gèze directeur des Éditions La Découverte estimait

— 31 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

cette économie à environ 20 % des coûts de fabrication depuis


l’intégration de sa maison d’édition dans Vivendi Universal
Publishing puis dans le Groupe Wendel (Editis). On sait
comment ces gains sont obtenus. Les besoins de fabrication
de la maison d’édition sont intégrés dans l’ensemble des be-
soins du groupe, lequel bénéficie d’un poids suffisant pour faire
pression sur ses fournisseurs qui sont considérés comme des
sous-traitants.
Second avantage, l’intégration dans une structure de diffusion
et de distribution interne au groupe qui permet d’obtenir de
fortes mises en place en librairies et de faire pression sur les
marges des libraires, lesquels ne peuvent se passer de l’offre de
groupes qui constituent parfois comme Hachette 35 à 40 % de
leur chiffre d’affaires.
Les deux avantages de ce modèle sont liés à la puissance et à
la capacité de faire pression sur l’amont et sur l’aval du circuit
éditorial. Les conséquences sociales et économiques de cette
logique restent à évaluer : la pression excessive sur les fournis-
seurs peut conduire à supprimer des emplois dans les bran-
ches concernées. À la concentration de l’édition correspond
une concentration des structures d’impression. De même, la
pression exercée sur les libraires peut conduire ces derniers à
privilégier les ventes à court terme au détriment des ouvrages
du fonds pour tenter de compenser leurs pertes de marge. On
observe de ce point de vue une évolution des structures de
vente : les parts de marché des supermarchés et grandes sur-
faces culturelles progressent, les parts de marché des librairies
indépendantes régressent.
Enfin, les exigences de rendement de l’actionnaire propriétaire
ne se limitent plus à créer les conditions de l’autofinancement
des investissements mais visent à réaliser une plus value à

— 32 —
moyen ou long terme. Ainsi, le but affiché du rachat d’une part
de Vivendi Universal Publishing par Wendel investissement
est de revendre cet actif dans huit ans en réalisant une plus
value confortable. Pour atteindre ce but, l’exigence de retour
sur investissement est de 15 %. La moyenne des résultats des
maisons d’édition du secteur se situe à 6 ou 7 %. À terme, une
telle exigence a des répercussions sur l’offre éditoriale car elle
conduit à privilégier les ventes de livres de court terme.
La création d’une très petite entreprise de deux à trois sala-
riés dont le créneau éditorial se situe sur une niche très précise
et qui par la connaissance de son segment de marché effectue
une bonne part de ses ventes sans recours à des intermédiaires.
C’est notamment le cas des maisons d’édition régionales qui se
sont multipliées ces quinze dernières années. Celles-ci peuvent
s’autodistribuer et s’autodiffuser puisqu’elles s’adressent à un
nombre de libraires très localisés. Par ailleurs, les nouvelles
technologies permettent de réduire le coût des fournisseurs
(composeurs, maquettistes) dans le cycle de production.
Les avantages d’un tel modèle résident dans la réduction des
charges fixes au minimum. Deux à trois salariés effectuent
l’essentiel du travail de production et de diffusion. Les charges
liées à la rémunération des intermédiaires (diffusion-distribu-
tion) sont faibles.
Les inconvénients d’un tel modèle sont la précarisation des
conditions de travail des salariés de ces structures qui peuvent
être conduits à assurer un très grand nombre de tâches de forte
intensité. Par ailleurs, ce modèle incite à la spécialisation très
grande des contenus soit sur le plan local, soit sur un domaine
très précis de savoirs. La production de livres plus généralistes
s’avère plus problématique car elle requiert une structure de

— 33 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

diffusion très puissante capable d’irriguer un nombre impor-


tant de points de vente, ce que ne possède pas ces structures.
Le développement de maisons d’édition petites et moyen-
nes reliées entre elles par une logique de réseau mutualisant
des ressources. Ce modèle est encore en gestation. Il concerne
aussi bien l’offre éditoriale (recherche, développement, co-
production, coédition), l’amont de la production (recherche,
développement, imprimeur, composeur), et l’aval (diffusion,
relation avec les libraires et les lecteurs).
Les avantages d’un tel modèle sont multiples. Ils sont basés sur
la recherche de la qualité à tous les niveaux : contenu éditorial,
relation avec les libraires et les lecteurs. La différence recher-
chée par cette volonté de qualité vise à se distinguer d’une offre
éditoriale massifiante et pléthorique où prime la circulation de
plus en plus rapide du livre-marchandise.
Cette recherche de la qualité n’est possible qu’à condition de
réaliser des économies de charges en mutualisant des recher-
ches et des auteurs, en mutualisant des tirages et en impli-
quant des réseaux associatifs dans la diffusion des ouvrages
en librairies.

Les inconvénients de ce modèle résident dans la fragilité et les


tâtonnements inhérents à toute expérimentation. Il est plus
facile à mettre en œuvre entre éditeurs de pays différents qui
ne sont pas directement concurrents et n’ont pas le même dif-
fuseur et le même distributeur. Les économies de coût unitaire
par l’augmentation des tirages sont très visibles, mais les coûts
d’acheminement des ouvrages restent parfois onéreux.
Quoi qu’il en soit l’indépendance des éditeurs partenaires de
ce réseau s’appuie non sur un culte excessif de l’ego et la dé-

— 34 —
brouille individuelle mais sur la construction de collaborations
de long terme qui permettent d’imaginer une alternative à la
concentration de l’édition.

L’expérience des Éditions de l’Atelier


C’est ce troisième modèle en gestation qui semble le plus adé-
quat aux Éditions de l’Atelier pour qu’elles développent un
projet éditorial original, garantie de son indépendance et d’une
interdépendance choisie. Sans qu’elle ait eu le temps de les
expérimenter tous, la maison d’édition a utilisé plusieurs outils
de ce modèle au travers des très grandes difficultés qu’elle a
récemment traversées.
Rapide historique
Les Éditions de l’Atelier ont dû en effet faire face à une cri-
se économique et financière extrêmement grave, de 2002 à
2005.
Les causes de cette crise sont multiples : défaillance de la di-
rection financière, chute importante du marché du livre de
catéchèse qui assurait jusqu’à 45 % du chiffre d’affaires de l’en-
treprise et garantissait sa pérennité, fragilisation de son lec-
torat traditionnel qui subit le reflux du militantisme syndical
et le déclin de la sensibilité chrétienne engagée dans le social,
volonté de retrait de son actionnaire historique, la Jeunesse
ouvrière chrétienne.

En 2003, la conjugaison de ces problèmes oblige à procé-


der à une redéfinition de son projet et de son organisation.
L’entreprise propose de clarifier son offre éditoriale en distin-
guant trois secteurs : l’Atelier du christianisme, l’Atelier du
social, l’Atelier des cultures et des religions.

— 35 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Elle concentre ses efforts sur la valeur ajoutée éditoriale et


externalise les fonctions de distribution, de diffusion et de
facturation. L’entreprise passe de 16 à 6 salariés.
Auparavant, dès 1999, l’entreprise avait adopté une stratégie
volontariste de réduction du nombre de titres publiés, pas-
sant de 68 nouveautés par an en 1998 à 52 en 2003. Soit une
réduction de 23 %. Malgré cette baisse du nombre de titres
publiés, le chiffre d’affaires global réalisé sur ces nouveautés
restait stable.
Les coûts du plan social et les désaccords entre actionnaires
obligent l’entreprise à effectuer une déclaration de cessation de
paiement en février 2004.
Au bout d’un an d’administration judiciaire, l’entreprise passe
d’un résultat de -2,2 millions d’euros en 2003 à un résultat
proche de l’équilibre en 2004. La trésorerie de l’entreprise qui
était de 4000 euros au moment de la cessation de paiement
était de 280 000 euros un an plus tard.
Les désaccords persistants entre actionnaires et la volonté de
certains d’entre eux de céder l’entreprise à un grand groupe
d’édition aboutissent à la construction d’un plan de continua-
tion basé sur les principes suivants :
 Actionnariat des dirigeants et des salariés de l’entreprise
 Actionnariat de personnalités et d’associations proches du
projet éditorial de l’entreprise.
 Représentation des auteurs au sein du conseil d’adminis-
tration.
 Proposition d’un règlement des créances du passif à 25 %
cash en échange de l’abandon du solde.
 Renforcement de partenariats entre éditeurs francophones
et du partenariat avec les libraires par l’action de l’Associa-

— 36 —
tion des Amis des Éditions de l’Atelier (2700 sympathisants,
700 adhérents cotisants)
Ce projet est présenté par l’administrateur judiciaire et accepté
par le tribunal de commerce de Paris le 16 juin 2005.
Les ressorts de l’indépendance et de l’interdépendance
Durant cette crise, les Éditions de l’Atelier ont mis en œuvre
des ressources contenues dans le troisième modèle décrit plus
haut.
La mutualisation des ressources éditoriales
1 . Plusieurs coéditions avec des éditeurs francophones ont
vu le jour notamment dans le secteur Culture et religions
et Christianisme. Ces coéditions ont permis d’abaisser les
coûts éditoriaux (frais de recherche et d’accompagnement
des auteurs) mais aussi les coûts de fabrication unitaires par
l’addition des tirages.
2 . Ces collaborations ont débouché sur la mise en place d’une
rencontre de travail annuelle entre éditeurs francophones
et éditeurs italiens et espagnols spécialisés dans l’édition
de livres inspirés par un christianisme ouvert aux questions
de société.
3 . Les Éditions de l’Atelier ont poursuivi leur partenariat
dans la collection Enjeux planète (12 éditeurs francopho-
nes éditant un livre équitable). Ce partenariat permet des
économies de recherche et d’accompagnement éditoriaux
et il a en outre suscité d’autres projets de coédition en cours
d’élaboration : « L’Afrique au secours de l’Occident » (coé-
dition d’une version poche à 7000 exemplaires avec sept
éditeurs d’Afrique subsaharienne). Même chose pour le
livre de Jean-Louis

— 37 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Le partenariat avec les auteurs


La négociation des créances avec les auteurs a débouché sur
une représentation de ces derniers au sein du conseil d’admi-
nistration. Le paiement régulier des droits clarifie les rapports
avec les auteurs et permet de leur proposer une mise en réseau
qui pourra en faire des prescripteurs des livres de l’Atelier au
cours d’une assemblée générale des auteurs qui se tiendra le 19
novembre 2005 à Paris. Il est clair également que le choix fait
d’un accompagnement de qualité des auteurs tranche avec les
multiples constats de non-lecture des manuscrits par des édi-
teurs plus soucieux de produire beaucoup que de bien éditer.
La relation avec le lectorat et les libraires
Grâce à l’existence et au dynamisme de l’Association des Amis
des Éditions de l’Atelier (700 membres cotisants et 2700 sym-
pathisants), un site Internet a été créé. Il permet de valoriser les
publications de la maison d’édition et d’exister sur un vecteur
de communication de plus en plus pratiqué. Ce site est éga-
lement un lieu d’échanges d’informations entre les membres
de l’association.
Plusieurs actions invitant les membres de l’association à aller
rencontrer leurs libraires pour acheter les livres de l’Atelier
et leur proposer des animations ont été mises en place. Lors
du lancement du livre « Douce Banlieue », plus d’une dizaine
de rencontres ont été programmées dans des villes d’Île-de-
France.
Par ailleurs, l’association des amis, dont le conseil d’adminis-
tration est composé d’une majorité de personnes de moins de
quarante ans, a mis en place des médiateurs du livre chargé
d’être le trait d’union entre les libraires et les réseaux associa-
tifs qui sont proches de la ligne éditoriale de l’Atelier.

— 38 —
Le but de l’ensemble de ces actions est d’allonger l’espérance
de vie du livre, de susciter du lien autour du livre et de faire dé-
couvrir au libraire qu’il peut élargir son public sans être com-
plètement dépendant des logiques de court terme privilégiant
les livres les plus vendus dans le moins de temps possible.
La maîtrise des coûts de fabrication
L’entrée prévue de personnes physiques impliquées dans le
monde de l’imprimerie dans le capital va permettre de mieux
connaître cet univers et de négocier les coûts de fabrication à
la baisse. Une coédition avec Karthala, autre maison d’édition
indépendante, va permettre de comparer les coûts de fabrica-
tion et les offres des imprimeurs.

Propositions pour renforcer l’indépendance


des maisons d’édition et leur permettre de
choisir leur interdépendance
Desserrer l’étau des marges de la distribution-diffusion
Dans l’état actuel du marché français, où le nombre de nou-
veautés est passé de 25 000 à 50 000 en dix ans, l’enjeu majeur
réside dans le contrôle des instruments de diffusion-distribu-
tion. Ces structures réalisent les marges les plus importantes.
Du fait de leurs concentrations, elles peuvent peser sur les
libraires et imposer aux éditeurs qui ne leur appartiennent pas
des conditions drastiques en termes de rémunération.
Il est vain de penser que des maisons d’édition puissent se
passer d’un outil de distribution performant, tant du point de
vue logistique qu’informatique. En revanche, la question de la
diffusion, c’est-à-dire de la représentation de la maison d’édi-
tion en librairie se pose. Globalement le nombre de nouveautés

— 39 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

a doublé en dix ans et les effectifs des diffuseurs sont restés les
mêmes. Les catalogues ont gonflé, le temps passé à présenter
un livre à un libraire a diminué mais les marges du diffuseur
n’ont pas régressé. Cette évolution pénalise encore plus les édi-
teurs qui ont choisi de ne pas se lancer dans l’augmentation du
nombre de titres publiés.
Devant cette situation, différentes actions sont possibles.
Il est envisageable de remettre à plat les contrats de diffusion
et renégocier les marges accordées aux diffuseurs au regard de
la réalité du service rendu. Cela suppose qu’un nombre relati-
vement importants d’éditeurs indépendants des groupes puis-
sent se rencontrer, faire des propositions sur les questions de
diffusion et saisir également le syndicat national de l’édition,
les pouvoirs publics, le ministère de la Culture en particulier.
Il s’agit aussi de s’appuyer sur la charte récemment adoptée par
l’Unesco sur la diversité culturelle qui ne soumet pas le livre
aux seules règles de la concurrence.
L’une des propositions pourrait être celle-ci : pondérer les
pénalités pour retour par le nombre de réassorts réalisés par
les libraires. Jusqu’à présent, dans le contrat qui nous lie à
notre diffuseur, seuls les livres retournés au-delà de 16 % de
la quantité vendue donnent lieu au paiement de pénalités. Or
nous assistons à des mouvements incessants de titres qui sont
retournés en fin de mois par le libraire pour des raisons de tré-
sorerie et qui sont réassortis quelques jours plus tard en début
de mois suivant. Cette mesure permettrait de ne pas pénaliser
l’éditeur qui n’est pas responsable de la rotation accélérée des
titres.
Par ailleurs, il serait nécessaire de discuter de la manière de
mobiliser la caution équivalente à deux mois de chiffre d’affai-

— 40 —
res qui est aujourd’hui exigée par les diffuseurs. Les garanties
apportées aujourd’hui par l’IFCIC sont insuffisantes et dépen-
dent du bon vouloir du diffuseur.
On peut considérer que cette proposition aura du mal à
convaincre un nombre suffisant d’éditeurs. Pourtant un pré-
cédent existe avec la mobilisation en 2004 des éditeurs indé-
pendants diffusés par Volumen (Minuit, Liana Lévi, etc.)
Intensifier les échanges sur les pratiques de diffusion favo-
risant la bibliodiversité et l’allongement de la durée de vie
du livre
Les logiques de marché tendent à raccourcir l’espérance de
vie du livre. Il est nécessaire de développer les pratiques de
diffusion qui permettent au livre de créer un lien à travers la
rencontre des libraires et des réseaux.
Ces pratiques ne pourront se développer à grande échelle qu’à
une double condition :
 que nous puissions convaincre des libraires de devenir par-
tenaires de ces pratiques ;
 que nous puissions convaincre des réseaux de se saisir des li-
vres pour imaginer des rencontres, des débats et des formes
d’expressions diverses (théâtre, cinéma, photo).
Face à la progression des grandes surfaces et du livre-marke-
ting, éditeurs et libraires indépendants ont intérêt à se distin-
guer par la qualité des contenus et la qualité de la relation aux
lecteurs (conseils, animations, rencontres).
De la même manière que le livre équitable, il serait intéressant
de fédérer cette volonté dans un label de qualité avec des en-
gagements réciproques de l’éditeur et du libraire.

— 41 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Réfléchir à la place du livre dans l’évolution des supports


d’expression
Les mutations culturelles et technologiques transforment
considérablement la place et l’usage des supports écrits no-
tamment les supports papiers (journaux et livres). Dans cette
mutation, le livre a évidemment un rôle important mais il
quitte peu à peu sa place en haut du piédestal du savoir. Il
est urgent de penser cette mutation pour relier davantage le
livre à d’autres formes d’expressions (danse, théâtre, lecture
à haute voix, cinéma, vidéo, photo, débats, usage d’internet).
L’expérience de la diffusion de « Douce Banlieue » a donné lieu
à de multiples expressions dans ce sens.
Réfléchir ensemble à ces mutations peut permettre de tra-
vailler d’une autre manière les politiques éditoriales. Nous
avons besoin de confronter les expertises et les expériences
dans ce sens.
Répondre de manière offensive à la généralisation de l’usage
d’Internet pour la diffusion des ouvrages du fonds
Qu’on le veuille ou non une partition semble se dessiner sur le
marché. Les lecteurs se dirigent vers les libraires pour acheter
les nouveautés. Pour les ouvrages du fonds, ils se tournent de
plus en plus vers internet. Pour le moment, ces ventes sont le
privilège des sites comme Amazon ou A la Page. Les marges
dégagées sont identiques aux librairies classiques.
Est-il possible d’envisager de mutualiser les ressources de plu-
sieurs éditeurs pour créer un site de vente performant qui se
distingue de ces géants ? Dans ce domaine également, l’im-
provisation n’est pas de mise. Il faut résoudre les questions de
stockage, d’acheminement.

— 42 —
Autre hypothèse, une alliance avec un site de vente déjà pré-
sent sur le marché qui valorise l’image de plusieurs éditeurs
indépendants.

Conclusion
Qu’est-ce qu’un éditeur indépendant ? Plutôt que de donner
des réponses théoriques à cette question, j’ai tenté de mon-
trer que, face à une situation critique, l’expérience de l’Atelier
contenait des choix qui n’obligeait pas à la concentration au
sein des majors de l’édition :
 le choix de privilégier la qualité éditoriale et de ne pas se
lancer dans la surproduction qui banalise le livre et le dé-
valorise ;
 le choix du partenariat avec d’autres éditeurs qui jouent
la mutualisation de leurs forces plutôt que la concurrence
exacerbée ;
 le choix d’une relation durable avec les libraires en favorisant
un lien et diverses formes d’expression autour du livre ;
 le choix d’élargir les publics des livres par une relation
étroite entre les réseaux associatifs et les libraires.
Ainsi, en dépit de nombreuses difficultés liées au financement
du plan de continuation, et aux conséquences négatives d’une
réduction drastique des effectifs de l’entreprise, l’expérience de
l’Atelier montre qu’il est possible d’envisager de dépasser les
puissantes logiques de marchandisation du livre. La condition
de ce dépassement n’est pas dans la négation du marché ni dans
l’isolement des maisons d’édition dans la défense d’une indé-
pendance frileuse mais dans le renforcement d’une logique de
réseaux qui favorise l’interdépendance des acteurs de la chaîne
du livre au service de l’expression de la diversité culturelle. La

— 43 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

charte de la diversité culturelle, adoptée par l’Unesco, doit


servir de levier pour continuer à développer ces perspectives
auprès des pouvoirs publics (Régions, Etat, union d’Etats), y
compris en demandant à ces derniers de financer des projets
dans ce sens.

— 44 —
Beatriz de Moura, Tusquets (España)

El editor independiente como


explorador

Mi intervención se ceñirá a reflexiones extraídas de mi propia


experiencia desde el lugar que ocupo en Tusquets Editores,
editorial que fundé hace 36 años y de cuyo catálogo me siento
todavía hoy responsable, para bien y/o para mal. Y es que, a
pesar de los cambios —a veces inesperados, muy bruscos, y
muy duros de sobrellevar— que ha sufrido la sociedad anó-
nima propietaria de Tusquets, sus socios en distintas etapas
siempre supieron comprender y aceptar la necesidad de man-
tener a través del tiempo una línea editorial eminentemente
cultural e intelectual que fuera coherente y apostara a medio y
largo plazo. Por eso gozo hoy en día del privilegio de afirmar,
como otros —mucho más propietarios que yo de sus respecti-
vos sellos editoriales—, que el catálogo de Tusquets es el fiel
reflejo de mi vida.

Desde el inicio, he vivido mi oficio de editor como una voca-


ción, como un obstinado compromiso conmigo misma, de he-
cho al igual que todo oficio aventurero y arriesgado y, por tanto
inestable… como el de… —¿por qué no decirlo ya?— ¡como el
de un explorador! Porque, al igual que al explorador, lo que im-
pulsa al editor a sondear, rastrear y adentrarse obstinadamente
en territorios poco conocidos es una inmensa, casi incontro-
lable curiosidad por conocer. Cuando hablo de territorios, no
me refiero por supuesto tan sólo a los lingüísticos, geográficos

— 45 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

y culturales, sino también, y sobre todo, a los estrictamente li-


terarios, provengan de donde provengan. Conocer, pues; pero,
en el caso del editor, también estar poseído por una especie de
impaciencia crónica por dar a conocer.
En esta característica —específica del verdadero, auténtico,
editor, ya trabaje éste para su propia empresa como por cuenta
ajena— está el germen de la bibliodiversidad.

Todos sabemos que los violentos y repentinos cambios a los que


hemos estado sometidos en los últimos 20 años han causado
estragos irreversibles en una cierta manera de hacer, sobre todo
en el sector de la industria editorial que en mayor medida sigue
defendiendo que el libro es no sólo el instrumento de cono-
cimiento por excelencia, sino el medio de expresión natural
de la creación literaria. Así las cosas, para facilitar nuestra
supervivencia y cuidar nuestra salud mental, dejemos de añorar
los buenos viejos tiempos y partamos una vez más a la aventura
con el fin de explorar el nuevo paisaje que se ha abierto ante
nosotros, detectar dónde se producen los principales escollos y
trazar nuevas estrategias para adaptarnos, sin sacrificar nuestro
principal objetivo, a las nuevas circunstancias. Forma parte
de nuestro oficio vivir en el filo de la navaja, por lo que este
empeño no nos suena, en realidad, nada nuevo.
El hecho mismo de encontrarnos reunidos aquí, al parecer
¡más de un centenar!, es la mejor señal de una renovada vi-
talidad. De entrada, no puedo por menos que preguntarme:
siendo tantos como somos, ¿acaso nos sentimos una especie en
extinción?, ¿le faltan realmente editores a la edición? Y, sien-
do tantos los temas que aquí se tratarán —todos pertinentes,
planteados todos como caminos a explorar mejor pronto que

— 46 —
tarde—, ¿somos realmente los editores independientes incapa-
ces de retomar una vez más las riendas de nuestra vocación?
La verdad, yo creo que no; que al menos ya hemos empezado
a reconocer con acierto hacia dónde ir tanteando el terreno y
hacia dónde dirigir esas nuevas estrategias tan necesarias.

Tras una prospección inevitablemente sucinta hoy y aquí de ese


terreno, detecto los siguientes hechos consumados e irrever-
sibles que, creo, reclaman nuestra atención, en particular por
sus efectos colaterales perversos:
1 . Los avances tecnológicos, cibernéticos, que se desarrollaron
en los últimos 30 años del siglo XX propiciaron, acompa-
ñaron y facilitaron, por un lado, la globalización económica
y, por otro, profundos cambios en el uso que del ocio, de
la información y de la cultura ha ido haciendo la sociedad.
Efecto colateral: hemos asimilado bastante bien y controlado
a nuestro servicio los avances tecnológicos, pero no hemos
sabido prever que, entre los cambios sociológicos, irían los
de los hábitos de lectura, que nos afectan directamente.
2 . La globalización condujo sin solución de continuidad al
fenómeno de concentración de empresas que han derivado
a su vez en inmensos conglomerados multinacionales. Ine-
vitablemente la gran industria editorial no iba a tardar en
subirse a ese tren. Y la siguieron en ese proceso las librerías.
Tres efectos colaterales: 1º. muchas editoriales independien-
tes en ese periodo tuvieron que rendirse y otras que rein-
sertarse en un gran grupo, donde en la mayoría de los casos
ya no les resulta fácil conciliar las lógicas de producción
intelectual y cultural con la, por otro lado, también lógica
exigencia de rentabilidad a corto plazo que caracteriza a un

— 47 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

macrogrupo; 2º. en un absurdo afán competitivo sin prece-


dentes con los nuevos medios de comunicación, la industria
editorial ha inflado su producción en proporción inversa a
la capacidad lectora de la sociedad; y 3º. muchas librerías
tradicionales, sin medios para “ponerse al día”, simplemente
desaparecieron, y siguen haciéndolo, a favor de las grandes
cadenas y las grandes superficies que ejercen especial pre-
sión sobre el precio fijo.
3 . Dentro del sistema de distribución, han ido surgiendo nue-
vas empresas de servicio con opciones logísticas muy razo-
nables y mucho más adecuadas a las nuevas necesidades.
Efectos colaterales: los sistemas clásicos de distribución,
a los que pequeños y medianos editores independientes
estamos todavía supeditados en la mayoría de los casos,
amenazan de entrar en fase terminal, si no toman medidas
rápidas y drásticas.
4 . Era inimaginable hace aún pocos años cuántas posibles re-
producciones, versiones, soportes, adaptaciones, etc., pue-
de generar hoy un simple y tan antiguo producto cultural
como es el libro. Hoy, y más aún en el futuro, sólo podrán
controlar y gestionar todas y cada una de esas posibilidades
aquellos que representen legalmente al autor en la defensa
de sus derechos. Efectos colaterales: ignoro en otras áreas
lingüísticas cuál es la situación, pero en el área de lengua
española, los editores ya no son los que detienen, controlan
y gestionan los derechos de las obras de los autores que, a
veces con dificultad, han ido configurando sus respectivos
catálogos.
De esta primera y somera inspección en la realidad, saltan
a la vista cuatro temas que reclaman a gritos una atención
inmediata:

— 48 —
Producción inflacionaria: no contribuyamos a este delirio; si-
gamos produciendo menos y mejores libros.
El precio fijo: los libreros de fondo han sido siempre nuestros
aliados más directos. Pero, en España, estamos asistiendo, con
el dolor en el alma, a su lenta desaparición. No sólo no pue-
den soportar la carga que supone la actual superproducción
editorial, sino que no pueden competir con los descuentos
que imponen las grandes cadenas libreras. De momento, la
experiencia de liberalización de precios en otros países no ha
sido muy alentadora.
La distribución: ¿tiene posibilidades de subsistir hoy en día
el conocido sistema que consiste en tener un almacén propio
desde donde se envían los libros en depósito a un distribuidor
que, a su vez, lo reparte, también en depósito, entre sus repre-
sentantes que, a su vez, disponen de pequeños almacenes en
todo el país, desde donde reparten los libros a las librerías en
sus respectivas áreas de influencia?
Los derechos de autor: no olvidemos que de quienes dispon-
gan, controlen y gestionen los derechos de autor depende ya
— y dependerá siempre más en el futuro — no sólo esa bi-
bliodiversidad que nos parece tan saludable, sino el que, en su
deseada expansión, no ocurra fatalmente con el libro lo que ya
ha ocurrido con los discos.
¿Por qué los editores, los pioneros, los primeros en dar a co-
nocer esa obra, los que nos hicimos en un principio acreedores
de la confianza del autor mediante un contrato para producir
su obra en papel, hemos ido entregando con tanta facilidad
a terceros esta responsabilidad? Al hacerlo, creo que no sólo
estamos faltando a un compromiso serio con el autor, sino que
estamos perdiendo a la vez ese contacto directo y privilegiado

— 49 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

con él, que tanto apreciamos, y el placer de acompañarlo en


un periplo sin duda apasionante y necesariamente beneficioso
para los dos.
Como no es un tema que se contemple debatir aquí, lo dejo
encima de la mesa tal vez para un próximo encuentro.
Agradezco la Unión Latina, la Alianza de Editores
Independientes y el Cerlalc, sin olvidar mi querida FIL, la
oportunidad que me han brindado de hacer en este marco tan
estimulante estos cuantos comentarios que espero sirvan en
posteriores debates.

— 50 —
Paulo Slachevsky, LOM (Chile)

Por el fortalecimiento de las


industrias editoriales en los
países del sur

Agradezco a la Alianza de Editores Independientes, a Unión


Latina y Cerlalc por la invitación a este encuentro. Me ale-
gra la oportunidad de compartir voces y miradas, reflexionar
conjuntamente sobre esta labor a la que tenemos la suerte de
dedicar nuestras energías. Bien sabemos, aunque a veces se
olvide, que el quehacer editorial no solo atañe a escritores,
editores, libreros y lectores, sino que involucra a la comunidad
toda. Porque el libro tiene que ver con el tipo de sociedad
que vivimos, su libertad de expresión y creación, su demo-
cracia. Como se estampó en un comentario en los márgenes
del Talmud durante la inquisición: “si todos los mares fueran
tinta, todos los cielos pergaminos y todos los juncos plumas,
ya no habría que cantarle la gloria al poder.” En tal sentido,
nuestra labor es un eslabón de una cadena fundamental para
toda sociedad.
Sin embargo, la concepción del libro como estandarte de la
ilustración, principal vehículo de educación, ciudadanía y base
del progreso, va hoy perdiendo fuerza ante la tecno-utopía que
pone al computador y la tecnología en el primer plano. Hay
en nuestras sociedades una abrupta caída del valor simbólico
del libro, generándose un fuerte desequilibrio entre su radical
. La inquisición y la cabala, Andrés Claro, LOM ediciones.

— 51 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

importancia objetiva y la valoración subjetiva que hace la ciu-


dadanía de este mágico objeto. De hecho, si no somos capaces
de profundizar y fortalecer las capacidades de lectura, la glo-
balización y la sociedad de la información puede pasar sobre
nuestros países, imposibilitándonos participar en ella como
actores, limitándonos a ser receptores, meros consumidores
de la producción cultural de otras latitudes.
Y más aun cuando se trata de una globalización que lleva un
fuerte sello cultural, pero donde la cultura pierde la capacidad
transformadora y liberadora, limitándose a un rol de distrac-
ción — recogiendo el concepto de Walter Benjamin —, de
entretenimiento. El dominio de la industria del entretenimien-
to, a la cabeza del sector exportador de los Estados Unidos,
nos alerta de que los intereses involucrados en la materia son
enormes, alimentando la insaciable búsqueda de dominio de
mercados a la par de una continua concentración.
De esta manera, aplicando al ámbito de las industrias cultu-
rales la lógica de las ventajas comparativas, se ha ido confi-
gurando una división internacional del trabajo a nivel de la
producción cultural. Y así, cada vez más, los países del sur
van quedando relegados al rol de receptores y consumidores.
Ocurre lo mismo en el cine, en la música y en el libro. ¿Pero
es aceptable que veamos desaparecer expresiones culturales de
nuestros países porque ellas no son competitivas?
Como da cuenta Armado Petrucci en la Historia de la Lectura
en el Mundo Occidental, pese a que Estados Unidos es el país
que produce más libros y papel impreso y que tiene una indus-
tria editorial muy sólida y organizada, el dominio de la lógica
comercial en las industrias culturales ha generado un creciente
analfabetismo de las áreas urbanas y un progresivo descenso
de los niveles de preparación académica de los estudiantes de

— 52 —
educación media y universitaria del sistema público. Por un
lado hay una literacy del poder y de los negocios, que mantiene
una tradición lectora fuerte, una enseñanza de elite, y por otro,
una literacy de la energía popular, ligada a una enseñanza de
masas, tecnicista, de bajo nivel. Esto sin duda marca la demo-
cracia que se construye. Entonces debemos preguntarnos ¿qué
tipo de democracia queremos? ¿Una democracia participativa,
de ciudadanos, o una democracia de consumidores donde una
elite piensa mientras la masa sigue los dictados del marketing?
Es así como Libro y Lectura están ligados al poder. Ese poder
debe ser ciudadano, base de la democracia, y para que ello sea
real debe estar vinculado a políticas de Estado en educación,
en cultura y no solo a los niveles de riqueza económica de los
individuos.
Igual relación es posible hacer a escala mundial; países sin
producción cultural fuerte estarán relegados a ser meros ex-
portadores de materia prima, estarán relegados a ser países
dependientes, limitados a la hora de pensar en un mundo más
democrático, participativo y multipolar.
En tal sentido, pensar la edición en la globalización nos involu-
cra en desafíos mayores, que no pueden ser resueltos solo en la
práctica editorial propiamente tal. Las expresiones culturales e
industrias culturales —y el libro en particular— están a la base
de nuestros imaginarios y construcciones de mundo, como
también de la riqueza económica de nuestras sociedades.
Es por ello que en Editores de Chile. Asociación Gremial de Editores
Independientes, Universitarios y Autónomos, Asociación a la que
pertenezco, nos hemos involucrado con fuerza en temas que
sustentan el desarrollo cultural y de una industria nacional del
libro, como son la Diversidad Cultural, los Derechos de autor y
la Política Nacional del Libro y la Lectura. Consideramos que

— 53 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

es la única manera de mantener vivo un contexto en el cual la


edición local pueda desarrollarse y podamos seguir pensando
en la bibliodiversidad en el marco de la globalización.
Los desafíos de la diversidad Cultural, los hemos abordado
desde la Coalición Chilena para la Diversidad Cultural, la
que reúne hoy a 21 Asociaciones profesionales de la cultura. El
primer objetivo fue la reserva cultural en el Tratado de Libre
Comercio con Estados Unidos, que si bien no tiene toda la am-
plitud que deseábamos, resguarda el derecho a que Chile se de
políticas culturales. Fue el primer encuentro de Asociaciones
profesionales de la cultura, realizado en Montreal 2001, el
que desató nuestra conciencia y la carrera de las Asociaciones
culturales chilenas frente a los tratados de libre comercio que
estaban pronto a firmarse con la Unión Europea y EE.UU.
Desde entonces asumimos la defensa de la diversidad cultural
como un eje fundamental de nuestro quehacer y en octubre de
2001 fundamos la Coalición chilena al ejemplo de los colegas
de Canadá.
Cuando hablamos de tratados de libre comercio muchas veces
olvidamos que no solo estamos hablando de intercambio de
bienes y servicios, de eliminación de tasas arancelarias, sino
también de que en estos acuerdos —si no hay reservas o excep-
ciones explícitas— se establecen reglas que limitan la posibili-
dad del Estado para actuar en ámbitos que constituyen la base
de nuestras sociedades. Resguardar la capacidad soberana del
Estado para desarrollar políticas culturales amplias y creativas,
mantener su autonomía regulatoria en cultura, ha sido la razón
de ser de la Coalición.
Nos alegra profundamente tener hoy este encuentro en un
contexto nuevo, alentador, al haberse aprobado el 20 de oc-
tubre pasado, en la 33a Conferencia General de Unesco, la

— 54 —
Convención sobre la protección y la promoción de la diversidad
de las expresiones culturales. Con el voto a favor de 148 países
—solo 2 en contra (Estados Unidos e Israel) y 4 abstencio-
nes— se dio un paso histórico en lo que a materia cultural se
refiere y que felizmente Chile apoyó en un 100%, sin reservas
ni explicaciones del voto. Es el hecho más importante para la
cultura en estos primeros años del siglo XXI, al incorporar en
el orden jurídico internacional derechos y obligaciones de los
Estados en relación a la cultura. Al reconocerse la importancia
de proteger y fomentar las expresiones culturales de los pue-
blos, el carácter específico de los bienes y servicios culturales y
al afirmar claramente la soberanía y el derecho de los Estados
a tener y desarrollar políticas culturales; la Convención genera
derechos y mecanismos para enfrentar los riesgos que viven las
expresiones culturales en tiempos de globalización, buscando
impedir una homogenización cultural.
La negociación de esta Convención, que ahora cada país debe
ratificar, generó fuertes tensiones en la Unesco, pues si bien
una abrumadora mayoría de países la apoyó decididamente,
Estados Unidos buscó permanentemente obstruir su avance,
presionando a numerosos países para que se opusieran y pre-
sentando enmiendas hasta el final del proceso. Las últimas
28 que presentó fueron rechazadas una a una por votaciones
consecutivas. Con esto se rompió la tradición de consenso en
Unesco, y el mundo dijo con fuerza que la cultura no se subor-
dina a la lógica de los negocios.
La Convención busca fortalecer las culturas locales y también
potenciar el intercambio cultural entre los países, lo que el
mercado por sí solo no garantiza. Si solamente se actúa bajo
su lógica, se tiende a la concentración y a un comercio en una
sola dirección. Y claramente podemos verlo con el tema del

— 55 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

libro entre Latinoamérica y España. La cultura requiere, para


florecer, articular la acción de creadores, privados, sociedad
civil y Estado. Se requiere construir puentes de colaboración
entre los pueblos, creatividad en las políticas y medidas que un
país pueda darse y no restringir sus posibilidades a las reglas de
las negociaciones internacionales de libre comercio.
Hoy se incorpora al tablero una nueva pieza fundamental que
elevará a la cultura en el ámbito jurídico internacional más allá
de las declaraciones de buenas intenciones. Como las personas
requieren de los derechos humanos, los pueblos requieren de
una Convención para la diversidad cultural vinculante, fuer-
te y sólida, que permita defender y fomentar sus expresiones
culturales, estimular un intercambio equilibrado en cultura,
reforzar la solidaridad cultural a nivel internacional y promo-
ver los principios de la cultura en otros foros internacionales.
La extinción de las expresiones culturales de los países atenta
contra la existencia misma de éstos como naciones; ello es tan
grave y delicado para el futuro de la humanidad como lo es la
pérdida de la biodiversidad.
En esta defensa jugó un importante rol el inédito movi-
miento que a través de los cinco continentes ha visto nacer 31
Coaliciones para la diversidad cultural.
Ese caminar como sociedad civil ha demostrado que la defensa
de la cultura local abre a los creadores y productores culturales
amplios desafíos, que tocan las fibras mismas del futuro de
nuestras sociedades. La brecha digital, el desarrollo desigual
en el ámbito tecnológico, ha potenciado la concentración de
carácter transnacional en la propiedad de las industrias cul-
turales, imponiendo un determinado tipo de producción por
sobre otros, atentando gravemente contra la variedad de ex-

— 56 —
presiones culturales y, por ende, contra la diversidad cultural
en general.
Impone también una perspectiva de tratamiento de las legisla-
ciones de Propiedad Intelectual. Sorprende que el marco para
la integración económica con Estados Unidos, que propicia el
Tratado de Libre Comercio en Propiedad Intelectual, “solo se
da en lo que respecta a los derechos del titular del derecho de
autor y no en lo que se relaciona con los del creador, y menos
con los derechos de la sociedad para usos que satisfagan fines
sociales… Los derechos de autor en sí o los derechos de los
consumidores o usuarios no constituyen más que una frase en
el preámbulo”. Fue justamente en el capítulo sobre propiedad
intelectual del TLC, en el que EE.UU. puso más presión.
Es sin duda necesario mejorar las legislaciones en derecho
de autor que no consideraban los cambios, particularmente a
nivel tecnológico, que se han dado en los últimos años. Pero
en este ejercicio es básico establecer ciertos equilibrios entre
los derechos económicos del titular, los derechos del creador
y los derechos humanos y sociales del conjunto de la sociedad.
Este equilibrio no puede ser precario. El Alto Comisionado
de derechos humanos de las Naciones Unidas insiste sobre
las “contradicciones aparentes” entre el régimen de derechos
de propiedad intelectual consagrados en el acuerdo sobre los
ADPIC, por una parte, y el derecho internacional relativo a
los derechos humanos por otra, recordando a los gobiernos
“la primacía de las obligaciones en relación con los derechos
humanos sobre las políticas y acuerdos económicos”, pidiendo
expresamente que los Estados miembros de Naciones Unidas,
“protejan la función social de la propiedad Intelectual”.

. Alberto Cerda, derechos digitales.

— 57 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Más aun, cuando bajo la legislación de propiedad intelectual


se incluye la industria del software —sector que da lugar a lo
que bien podríamos llamar los nuevos alfabetos de la moderni-
dad— y que al inscribir esos alfabetos, cada nueva lengua que
los utilice debe pedir permiso y pagar para existir.
Si bajo una legislación demasiado rígida se inventara hoy la
escritura o el sistema Braille, ¿es que cada alumno o cada no
vidente debería estar pagando para tener derecho a escribir
y leer? Hay límites, y a veces parece que los hemos olvidado.
Por lo demás, el no establecer esos límites no solo afecta al
consumidor, sino también al creador. Como ironizó el juez
estadounidense Richard Posner: “Si el derecho de autor fuera
perpetuo, James Joyce o su editor se hubieran visto en un litigio
con los herederos de Ulyses por haberse basado en La Odisea.
La palabra escrita, la creación y más aun la investigación, se
nutren de creaciones previas, y para poder crear se requiere
cierta libertad de tomar, de apropiarse. Las legislaciones de de-
rechos de autor deben velar por los derechos del creador no sólo
como pasado, como algo estático, ya creado, sino también en su
posibilidad de ser elementos de nuevas creaciones. No pueden
caer en el reduccionismo de limitar el tema a la piratería. Está
claro que leyes muy rígidas y represivas en la materia facilitan
el monopolio de los derechos intelectuales en grandes grupos,
incrementando la concentración económica y limitando de
hecho la tan necesaria transferencia tecnológica a los países
en desarrollo, relegándolos a un rol pasivo de consumidores
de esa producción. Es fundamental enfrentar este tema que
está en la base de la riqueza de las naciones en la era de la glo-
balización y de la sustentabilidad de las industrias culturales,
desde una perspectiva cultural y social, desde el Sur, y no sólo
bajo el dominio del prisma comercial. Si queremos como países

— 58 —
avanzar hacia la sociedad de los conocimientos, no basta tener
conexiones a Internet, no basta consumir tecnología, debemos
potenciar nuestra capacidad de tener ciudadanos con capacidad
lectora, y desarrollar industrias del derecho de autor local. Para
ello es básico velar por legislaciones que al mismo tiempo que
frenen la piratería, potencien la transferencia tecnológica y
fomenten la creación y la producción, elemento fundamental
para desarrollar las industrias culturales, industrias del libro.
Estas vienen a ser uno de los pilares de la arquitectura jurídica
interna que permite mayor o menor desarrollo de la Diversidad
Cultural. Su medida debe ser el equilibrio, la tensión perma-
nente entre intereses privados y públicos, como se estampa su
presencia en la declaración de derechos humanos
Por último, el tercer gran desafío que hemos asumido en Chile,
ha sido el luchar para diseñar e implementar una Política
Nacional del Libro y la Lectura. Desde la ley del libro de 1993
y la creación del Consejo Nacional del libro y la lectura esta
tarea —que hoy se hace realidad—, se fue postergando.
Se hacía imprescindible cambiar el discurso público sobre el li-
bro en Chile. Los desafíos del libro no se reducen a la piratería
como se podría creer si nos limitáramos a ver las referencias de
la industria en la prensa, la problemática es mucho más diversa.
El reciente estudio de Cerlalc “Clima empresarial editorial
el 2004” que se basa en una encuesta a 65 de los más grandes
editores del continente, rompe un mito, ubicando la piratería
en el cuarto lugar sobre siete problemas identificados, siendo
el primero la baja demanda y el segundo la reprografía. Por lo
demás, al reducir el discurso del libro a la piratería, como ha
ocurrido en Chile estos años, se impide romper la distancia
existente entre el libro y la población, reforzando una falsa
imagen de este al hacer la asociación : Libro = bien de lujo,

— 59 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

complicado, lejano, caro. Otro falso mito cuando pensamos en


el libro editado localmente.
Era necesario volver a plantear el tema del libro en toda su
amplitud y significado. Se elevaron para ello numerosas pro-
puestas en tal sentido. La última fue a través de un libro para el
libro, editado por Editores de Chile: Una política de Estado para
el Libro y la Lectura, estrategia integral para el fomento de la lectu-
ra y el desarrollo de la industria editorial en Chile. Solo a través de
una política sistémica podemos lograr efectos multiplicadores
de las acciones y de los recursos. En tal sentido los planes de
lectura son fundamentales, pero como los fondos concursa-
bles, no bastan por sí solo para cambiar la situación del libro
y la lectura en nuestros países. Es necesario una política que
incorporándolos, aborde a su vez de manera sistemática toda
la cadena del libro, desde el creador al lector. Así es posible
abrir para el libro y la lectura círculos virtuosos que dejen en
el pasado, en nuestra memoria, el o los círculos viciosos que
ha vivido el libro.
Enfrentar proactivamente estos temas, con estrategias y políti-
cas definidas desde un diálogo abierto entre Estado y sociedad
civil, con medidas concretas y articuladas entre sí como se da
en la política del libro, ayudará a generar un contexto sustenta-
ble para el desarrollo de industrias del libro, para el fomento de
la edición local, cosa que el mercado por sí solo no garantiza,
muy por el contrario. Esto será también la base para establecer
un verdadero intercambio cultural, que resquebraje las lógicas
de países importadores versus países exportadores en cultura.
Y en el libro, sin duda tenemos el desafío de construir un tejido
de intercambio con los países hermanos en la lengua, con toda
Ibero América. No podemos seguir solo en una relación de im-
portadores con los editores de España. Uno contra doscientos

— 60 —
cuarenta es el “intercambio” de libros entre México y España
como señala Ricardo Nudelman. Intercambio presupone ca-
mino en ambos sentidos y ello es un gran desafío a nivel de la
creación en general y a nivel de la edición en particular.
Con ello se abre paso el fortalecimiento del quehacer editorial
en los países del sur, construir espacios que no sean sólo caldos
de cultivo para la concentración o mercados para las multina-
cionales de la cultura. Es necesario un contexto que permita
multiplicar los caminos de la edición independiente, las redes
de construcción mutua como la que tenemos ya hace años entre
ediciones Era de México, Trilce de Uruguay, Txalaparta del
país Vasco, España y LOM, recuperando en y entre nuestros
países el valor social del quehacer con el libro, liberándolo
de las cadenas del mercado, reimpregnando su cuerpo de un
imaginario humanista. El libro florece de esa alquimia que
aúna ciudadanía, educación y progreso como grandes símbo-
los, luces de un mundo mejor. Mezcla opuesta a la lógica que
hoy pone el acento en el marketing, el lucro, y la relación entre
conocimiento y propiedad.
Desde el ámbito de los editores y junto a los otros actores del
mundo del libro, debemos recuperar ese imaginario alrededor
del libro, haciendo sentir en la ciudadanía su fuerza libera-
dora, transformadora, que le da el carácter específico como
bien cultural, permitiéndole trascender a su valor económi-
co. Debemos ayudar a reconstruir puentes de accesibilidad
e identificación por parte de la gente, lo que inducirá a un
resurgimiento del sector.
Y como lo señalara el politólogo Norbert Lechner, el quehacer
cultural —del cual la palabra escrita y la lectura son pilares—,
es el espacio que por excelencia puede ayudar a construir ima-

— 61 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

ginarios comunes, sentidos de comunidad, bases para poder


crecer junto al otro, no sobre el otro.
Velar por mantener vivo el derecho a tener un desarrollo
editorial propio y sustentable, que se apoye en la ciudadanía,
creadores, empresas y el Estado, que permita un equilibrio
entre factores comerciales y culturales, ayudará a impedir que
inevitablemente siga creciendo la brecha entre las industrias
culturales de los países desarrollados y la de los países en vías
de desarrollo, como también que siga viva la diversidad de las
expresiones culturales de cada pueblo, de cada comunidad. Las
palabras del poeta Elicura Chihuailaf son elocuentes al respec-
to: “El mundo es como un jardín —oí un día decir—, cada cultura
es una delicada flor que hay que cuidar para que no se marchite,
para que no desaparezca. A veces pueden parecernos semejantes,
pero cada una tiene su aroma, su textura, su tonalidad particular.
Y aunque las flores azules sean nuestras predilectas, ¿qué sería de un
jardín solo con flores azules? Es la diversidad la que otorga el alegre
colorido a un jardín. Al mundo lo reencantan todas las culturas o
no lo reencanta ninguna, me digo entonces.”

— 62 —
Jorge Herralde, Anagrama (España)

El editor independiente ante


los escritores y el mercado de
América Latina

Revisitemos lugares comunes. El «secreto» del editor inde-


pendiente es un proyecto definido y coherente, sostenido en el
tiempo y sin bajar (al menos conscientemente) la guardia de la
calidad. No sólo debe construir un catálogo intentando esco-
ger los mejores libros posibles, sino también debe publicarlos
pulcra y bellamente y luego promocionarlos con la intensidad
que merecen.
Hay que poner énfasis en el concepto de «sostenido en el tiem-
po»: en la edición es fundamental la duración, para aposentar
una marca y buscar las complicidades indispensables de lecto-
res, críticos y libreros. Y es importante lograr una «masa críti-
ca» de títulos, y de títulos importantes, que hagan «mancha»,
digamos, que ocupen de forma persistente y estable un lugar
en las librerías y en la memoria de los lectores. Otra de las
características del editor independiente debe ser la agilidad,
la rapidez de reflejos para apresar «el aire del tiempo» publi-
cando aquellos autores y tendencias que más cumplidamente
reflejan las inquietudes de una época, aquellos escritores que
se convertirán en los clásicos del futuro.

— 63 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Dentro de este esquema general resultan de peculiar importan-


cia las relaciones del editor con América Latina como mercado,
por una parte, y, por otra, con los escritores latinoamericanos
susceptibles de ser incorporados al catálogo.
Anagrama empezó en 1969 y ya enseguida empezó a distri-
buirse de forma más o menos trompicada, demasiado a menudo
muy trompicada, en América Latina. Una odisea demasiado
extensa de intentos fallidos a causa de distribuidores equivoca-
dos, poco peso específico del catálogo en los primeros años, las
censuras políticas de los regímenes dictatoriales (que coincidía
con una programación muy izquierdista de la editorial), los
derrumbes de las monedas, por ejemplo del peso a principios
de los 80 y en otras ocasiones. O en Argentina, las acrobacias
con la inflación que dieron lugar a un concepto o una etiqueta
como «bicicletear» el dinero, la plata, por parte de los acree-
dores a sus clientes.
En cualquier caso, hemos sobrevivido, y ahora Anagrama
cuenta con una distribución estable, desde hace años, en mu-
chos países de América Latina y desde luego en los dos mer-
cados más importantes, México y Argentina.
Aparte de dicha estabilidad, basada en distribuidores en ex-
clusiva, desde hace unos pocos años se ha producido un hecho
significativo para incorporar a nuestro catálogo, en mayor me-
dida y de forma significativa, a escritores latinoamericanos: las
ediciones locales en varios países.
Se empezaron en Argentina, en 2002, ya que cuando se acabó
el espejismo de la paridad entre el dólar y el peso y se derrumbó
la moneda, los libros importados pasaron a tener precios astro-
nómicos que los expulsaban del mercado. Por ello, empezamos
a publicar allá nuestros libros, cuyo contenido enviábamos por

— 64 —
vía electrónica, y que nuestra distribuidora Riverside transfor-
maba en libros prácticamente idénticos, salvo quizá pequeñas
diferencias de calidad del papel, en unos pocos días.
Allí aparecieron bastantes de nuestros títulos punteros, que ya
habían pasado gloriosamente el test del mercado. Así se han
publicado títulos de Paul Auster, Antonio Tabucchi, Michel
Houellebecq, W.G. Sebald, Truman Capote, Bernhard
Schlink, Alessandro Baricco, Roberto Bolaño o Enrique
Vila-Matas. Y este otoño cuatro escritores del British Dream
Team: Ian McEwan, Martin Amis, Kazuo Ishiguro y Hanif
Kureishi.
También hemos podido incorporar a autores argentinos, con
la seguridad de que no sólo tendrían edición local, a precios
competitivos, sino también otra en España y la irradiación
internacional consiguiente. Así publicamos a Alan Pauls (tres
títulos), César Aira, Eduardo Berti, Andrés Neuman, Tomás
Abraham y cabe destacar el caso de Ricardo Piglia, uno de los
grandes autores contemporáneos en lengua española, a quien
empezamos a publicar sus primeros títulos sólo para España,
luego incorporamos también América Latina, excepto el Cono
Sur, y en 2005 hemos conseguido los derechos mundiales en
lengua española para toda su obra, de la que ya hemos publi-
cado cuatro títulos en Argentina en estos últimos meses.
También hemos empezado las publicaciones en Chile, a través
de nuestra distribuidora Fernández de Castro, con En el bor-
de del mundo. Memorias del juez que procesó a Pinochet de Juan
Guzmán Tapia, que tuvo una gran repercusión, y en enero pu-
blicaremos Bonsái, la primera y excelente novela de Alejandro
Zambra, un joven poeta y crítico literario.

— 65 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Nuestro premio de novela ha recaído este año en La hora azul


del peruano Alonso Cueto. Aparte de realizar una edición
internacional, hemos llegado a un acuerdo con su editorial
peruana, Peisa, para una fórmula de coedición en su país.
También en Colombia hemos empezado a editar, vía
Intermedio, con un título de Auster y otro de Baricco y pre-
paramos para inicios de año la edición de un texto interesan-
tísimo, 300 días en Afganistán, de Natalia Aguirre Zimerman,
que había aparecido en un número monográfico de la revista
El Malpensante.
Y llegamos a México y adelantemos antes que uno de los mo-
tivos principales que motivaron la decisión de publicar autores
del país fue la gran subida del euro que tanto encareció en los
últimos años los precios de los libros.
Empezamos las ediciones a través de nuestra distribuidora
Colofón, en diciembre de 2004, con El testigo de Juan Villoro,
ganador de nuestro premio de novela, al que han seguido
Lecciones para una liebre muerta de Mario Bellatin, Historia
de una mujer que caminó por la vida con zapatos de diseñador de
Margo Glantz, Hipotermia de Álvaro Enrigue, el rescate de
El disparo de argón, de Juan Villoro, una edición corregida de
su primera novela, y una nueva edición puesta al día de Huesos
en el desierto. Y también una edición de la incombustible Seda
de Baricco.
México es, desde luego, un caso especial. Ya antes, desde
los años 70, los escritores mexicanos estaban bien presentes
en nuestro catálogo aunque sólo tuviéramos derechos para
España. Así, en el ámbito de la no-ficción, figuran los nom-
bres de Juan García Ponce (Premio Anagrama de Ensayo),
Fernando Cesarman, Gabriel Zaid, o los Efectos personales de

— 66 —
Villoro, dos títulos de Sergio González Rodríguez, y Aires de
familia de Carlos Monsiváis (también Premio Anagrama de
Ensayo). En el ámbito de la ficción, presidido por Sergio Pitol
y su casi «opera omnia», quien con El desfile del amor ganó el
Premio Herralde en su segunda convocatoria, también publi-
camos dos grandes figuras, Augusto Monterroso y Alejandro
Rossi, de origen guatemalteco y venezolano respectivamente.
Pero, aparte de estos autores consagrados, hemos empezado a
publicar jóvenes escritores de talento considerable y previsible
futuro como Guillermo Fadanelli, el ya citado Álvaro Enrigue
y muy próximamente Guadalupe Nettel con su primera no-
vela.
Permítanme una hipótesis. La brillante generación de la «nueva
narrativa española» de los años 80 —la de Mendoza, Pombo,
Vila-Matas, Muñoz Molina, Marías, Chirbes o Puértolas,
entre otros— no ha tenido un «recambio» tan literariamente
valioso, con las debidas excepciones, naturalmente. (Igual ha
pasado, salvando todas las distancias, con la británica: la de
Amis, Barnes, McEwan, Swift, Rushdie, Ishiguro, Kureishi).
Por el contrario, en las diversas literaturas latinoamericanas,
salvados ya lastres e hipotecas, como los del dichoso boom,
aparecen aquí y allá nuevas voces singulares e imaginativas.
Si a eso unimos las perspectivas que se derivan de las edicio-
nes locales, las consecuencias son visibles. Así, en Anagrama,
cuya brújula se orienta tan sólo hacia la calidad literaria, la
«ocupación» del catálogo ha variado sensiblemente: tanto en
2004 como en 2005, los veinte títulos anuales se han repartido
mitad y mitad entre autores españoles y latinoamericanos, algo
absolutamente impensable hace sólo cuatro y cinco años.

— 67 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Por otra parte, nuestro Premio de Novela, que se había otor-


gado en 1984 a Sergio Pitol y en 1998 a Roberto Bolaño, se ha
otorgado en los tres últimos años, consecutivamente, a autores
latinoamericanos: en 2003 al argentino Alan Pauls, en 2004
al mexicano Juan Villoro y en 2005 al peruano Alonso Cueto.
A la perseguida calidad literaria, se ha unido ahora una via-
bilidad empresarial.
Y como remate de esta exposición, quiero poner énfasis en un
punto crucial, que caracteriza el enfoque que tiene o debería
tener un editor independiente de vocación cultural y que di-
fiere de las prácticas más usuales de los grandes grupos. Todos
y cada uno de los autores latinoamericanos que publicamos en
su país, se editan también en España y se exportan al resto de
países de América Latina, y los autores tienen esa seguridad.
Como es sabido, los nuevos autores cuestan de implantar, pero
intentamos que la operación en su conjunto, aunque volunta-
rista, sea viable. Y aunque financieramente pueda resultar poco
brillante, su importancia cultural, básica para Anagrama, es
importante.
Por el contrario, muy a menudo, como es bien sabido, los
grandes grupos contratan a muchos con derechos mundiales,
pero luego sólo los publican en sus respectivos países o como
máximo se importan unos pocos ejemplares para España. Las
razones financieras, que, en su caso, pueden primar obliga-
toriamente, son objetivamente válidas. La frustración de los
autores y el déficit cultural consiguiente son objetivamente
notorios.
Para terminar, se puede utilizar la tan citada frase de Gramsci :
“pesimismo de la inteligencia, optimismo de la voluntad”. Los
grandes grupos utilizan el pesimismo de la inteligencia ante la
dificultad real de dar a conocer internacionalmente a nuevos

— 68 —
autores. Los editores independientes, seguimos apostando,
hasta que el cuerpo o la empresa lo aguante, en el optimismo
de la voluntad.

— 69 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Anne Lima, Éditions Chandeigne (France)

Panorama de la distribution
pour les éditeurs indépendants
(France, Portugal et Brésil)

Nous existons depuis bientôt quatorze ans et notre structure


est restée artisanale avec un seul salarié. Comme la plupart des
petits et moyens éditeurs, nous sommes confrontés quotidien-
nement au problème de la diffusion et de la distribution de nos
livres. Il ne s’agit pas pour nous d’un problème de croissance,
mais d’une question de survie. Comment faire pour que nos
ouvrages, qui ne répondent pas à l’image du « produit à suc-
cès » et qui sont parfois jugés difficiles, parviennent néanmoins
à toucher leurs lecteurs potentiels ? Car ces lecteurs existent !
Le tout est de les atteindre, de se frayer un petit passage à tra-
vers la quantité chaque jour plus vertigineuse de titres déversés
quotidiennement sur le « marché ».
Entendons-nous sur un point important. La production en
quantité n’est pas un mal. Elle pourrait même être un signe
de vitalité de l’édition, si elle se traduisait par une plus grande
variété de l’offre et une baisse réelle du coût répercuté sur le
consommateur final. Tel est malheureusement loin d’être le
cas. Comme on sait, sous l’apparente diversité des titres, il
faut voir l’emprise de quelques grands groupes qui, lancés dans

. Je ne discuterai pas ici la définition d’éditeur indépendant ; mon sujet m’amène


cependant à considérer principalement les éditeurs indépendants moyens et
petits.

— 70 —
une course effrénée au best seller et conscients qu’un seul succès
à grande échelle permettra d’amortir une infinité de coups
d’épée dans l’eau, n’éprouvent aucun scrupule à encombrer
les étals des libraires de produits qui leur seront retournés
quelques semaines plus tard. Inondant le marché, ces grands
groupes placent les éditeurs indépendants devant l’alternative
d’avoir à disparaître ou à se laisser manger. C’est ainsi que la
quantité (apparente) finit par tuer la qualité, tout simplement
parce qu’elle commence par tuer la quantité (véritable).
Depuis quatorze ans, nous avons appris à mieux maîtriser
notre métier (organisation, fabrication, questions juridiques,
etc.), à découvrir des auteurs, des documents, la production
de confrères nationaux ou étrangers. Nous avons pu consti-
tuer un catalogue honorable, dont certains titres ont d’ailleurs
été réalisés main dans la main avec des confrères portugais
ou brésiliens. Notre collection Magellane (récits de voyage du
XVe au XVIIIe siècles), commencée en 1992, compte actuelle-
ment trente-six titres ; elle est reconnue comme une collection
de référence. Il se trouve qu’avant de créer notre structure,
nous l’avions proposée à quelques grandes maisons qui ont
toutes refusé de l’accueillir en la jugeant peu rentable. C’est
un peu grâce à ce refus que nous avons créé notre maison. Or,
treize ans plus tard, la collection existe toujours et les titres
qui s’épuisent sont réimprimés ! Je peux me tromper, mais je
crois qu’il aurait été impossible de développer cette collection
ailleurs. Jamais nous n’aurions pu y consacrer le temps que
nous passons sur chaque volume (une fois le manuscrit remis,
six mois de préparation en moyenne). Rapidement on nous
aurait imposé de réaliser des économies sur le papier choisi,
sur la longueur des textes, le travail iconographique… Nous

— 71 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

travaillons en quelque sorte dans des conditions de luxe que


les grands groupes refusent.
Alors comment se fait-il qu’en dépit de l’expérience acquise,
du catalogue constitué, des réseaux mis en place — tous élé-
ments qui devraient nous placer en meilleure posture qu’à nos
débuts — il nous soit néanmoins de plus en plus difficile de
toucher nos lecteurs ?
Je crois qu’il faut chercher la réponse du côté de l’évolution de
la distribution en France au cours des quinze dernières années.
Quand nous avons débuté, nos ouvrages étaient bien accueillis
par le réseau des libraires indépendants et par le réseau de la
Fnac (avant son rachat par le groupe Pinault et sa mise aux
normes de pure rentabilité). Ils pouvaient rester au moins un an
sur les rayonnages et trouver ainsi leurs lecteurs. Actuellement
le rythme de rotation est environ de quatre mois, voire de
trois (ou deux !). C’est à se demander si l’on ne va pas bientôt
exiger que nous remplacions les titres de nos ouvrages par la
mention « à consommer avant le… » ! Les impératifs du ca-
lendrier marchand imposé par les professionnels du marketing
sont de moins en moins compatibles avec le temps de travail
qu’implique la réalisation d’ouvrages de fonds. Ce phénomène
ne fait que s’amplifier et il est également valable pour la plupart
des autres pays. Le livre est aujourd’hui un produit industriel
comme un autre. Les éditeurs vivent pressurés par des exigen-
ces de rentabilité qui n’ont de sens que pour les fabricants de
best seller. Malheureusement bien des libraires indépendants,
malgré toute leur bonne volonté, finissent par imposer aux édi-

— 72 —
teurs indépendants ces mêmes exigences, au lieu de privilégier
le partenariat. Ils ne comprennent pas toujours qu’ils sont en
train de scier la branche sur laquelle ils sont assis.
En somme, le panorama de la distribution en France est loin
d’être réjouissant. Et pourtant, la France demeure à maints
égards un pays privilégié. C’est du moins ce que nous apprend
la comparaison avec le Portugal et le Brésil.

En France
Il existe environ 26 090 points de ventes de livres en France
toutes catégories confondues, c’est-à-dire en comptant à la
fois les magasins de proximité, les grandes surfaces de type
supermarché, les grandes surfaces spécialisées, les librairies
professionnelles, généralistes ou spécialisées, etc. Sur ces
26 090 points de vente, 15 000 sont des clients réguliers d’un
(ou plusieurs) des cinq grands distributeurs français (Hachette,
Interforum, UD, Volumen ou Sodis), lesquels représentent
environ 85 à 90 % de la distribution de livres sur le marché
français. Enfin, seuls 2 500 à 3 000 parmi ces 15 000 points de
vente peuvent être considérés comme la cible privilégiée des
diffuseurs et des distributeurs. Il s’agit des librairies qui reçoi-
vent le service de nouveauté de ces principaux distributeurs
(qu’elles les aient commandés ou non).
La répartition du Chiffre d’Affaire est à peu près la suivante
actuellement :

. Les données utilisées dans ce textes proviennent principalement du Centre de


Documentation de la Direction du livre et de la lecture, de l’étude « A Economia
do livro : a crise actual e uma proposta de politica » (2005) de l’Universidade
Federal do Rio de Janeiro Instituto de Economia ; l’Institut Portugais du Livre et
des Bibliothèques et de l’étude Publishing Market Watch. Final report available.
Union Européenne 2004.

— 73 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

 librairies : 18 % ;
 maisons de presse : 9 % ;
 grands magasins : 1 % ;
 grands magasins spécialisés (comme la Fnac) : 20 % ;
 hypermarchés : 18 % ;
 courtage : 3 % ;
 clubs du livre : 21 % ;
 soldeurs : 3 % ;
 autres (salons…) : 6 %.
Les grands groupes représentent environ 100 % du Chiffre
d’Affaire des Maisons de presse (qu’ils contrôlent), pratique-
ment 100 % des Hypermarchés, 100 % des clubs du livre — ces
trois réseaux diffusant surtout du livre « best-sellerisé ». Les
grands magasins spécialisés comme la Fnac, dont le stock
moyen est actuellement de trois semaines de vente !), font éga-
lement une très grande partie de leur Chiffre d’Affaire avec les
grands groupes armés pour suivre des opérations commerciales
coûteuses, beaucoup trop risquées pour des éditeurs moyens
ou petits, en raison des retours massifs de livres qui peuvent
les suivre.
Par conséquent, même s’ils sont aussi présents dans les grandes
surfaces spécialisées, sur les salons et sur Internet, les éditeurs
indépendants petits et moyens distribuent surtout leurs livres
dans les librairies indépendantes. En d’autres termes, le réseau
de librairies indépendantes est vital pour l’édition indépen-
dante (et je crois, pour ma part, que la réciproque est vraie
également). En France ces librairies existent, heureusement,

. Les sites Internet proposent des catalogues exhaustifs, ce qui leur permet de
vendre beaucoup de livres d’éditeurs indépendants qui ne trouveraient pas leurs
lecteurs autrement. Ils récupèrent ainsi une partie des ventes qui ne s’effectuent
plus dans les librairies.

— 74 —
mais elles représentent une activité de plus en plus restreinte
(21 % du Chiffre d’Affaire en 1999, contre 18 % en 2003) : leur
rentabilité est faible, elles doivent travailler avec des distribu-
teurs dont les conditions de vente sont souvent dures, elles ont
des difficultés à faire face au volume de production et elles ne
peuvent pratiquement plus garder un fonds digne de ce nom.
Les libraires qui essayent de faire face sont des résistants.
Par quels moyens les éditeurs indépendants français distri-
buent-ils leurs livres dans ces librairies ?
Certains assurent directement la distribution et ou diffusion de
leurs livres. Je suis mal placée pour en parler, car je n’ai jamais
travaillé ainsi. Toutefois, lorsque je regarde autour de moi, j’ai
l’impression que ce système produit des résultats contrastés.
L’École des Loisirs semble utiliser avec succès la diffusion
directe. Sans doute son caractère assez spécialisé (livre de
jeunesse) y est-il pour quelque chose ainsi qu’une pratique de
vente directe dans les écoles (nos enfants sont en effet soumis
en début d’année scolaire à une publicité agressive de la part de
l’École des Loisirs au sein même de leurs salles de classe avec
le consentement de l’Éducation Nationale…). Autre exemple,
Transboréal, éditeur de petite taille, a utilisé le système de
l’autodistribution pendant trois ans mais, face au volume de
travail et aux difficultés pour être payé, il vient de signer un
contrat avec un distributeur.
Les cinq grands distributeurs (Hachette, Interforum, UD,
Volumen et Sodis) ne prennent en distribution que les éditeurs
indépendants les plus proches de leur mode de fonctionnement,
c’est-à-dire ceux qu’ils jugent « solides » parce qu’ils peuvent
réaliser de gros tirages à des prix de vente attractifs (tels les
quelques gros indépendants comme Albin Michel ou Actes
Sud). Ils acceptent également des éditeurs jouissant d’une no-

— 75 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

toriété historique, qu’ils utilisent comme « fleurons » : il en est


ainsi pour José Corti ou Minuit au Seuil (devenu Volumen), ou
encore pour Verdier et Ivréa (anciennement Champs libres) à
la Sodis. L’expérience récente montre que ces mariages ne sont
pas toujours heureux. Lors de l’affaire Seuil-La Martinière, on
a vu comment de petits éditeurs respectés (et aussi des libraires)
se sont trouvés en danger compte tenu des dysfonctionnements
de leur distributeur.
Dans ces conditions, on conçoit que certains éditeurs in-
dépendants aient souhaité échapper à l’emprise des grands
distributeurs et qu’ils aient voulu créer leur propre outil de
diffusion et de distribution. Harmonia Mundi a créé une
structure de distribution tournée vers « l’édition différente »
et travaille avec des maisons qui ne sont pas dans la course à la
production. Autre exemple, Les Belles Lettres ont développé
une activité de diffusion et de distribution, d’abord pour leurs
propres livres puis, progressivement, pour d’autres éditeurs
indépendants (dont nous sommes). Leur équipe visite environ
200 librairies ; elle ne touche donc en diffusion directe (points
de vente visités) que 8 % des libraires professionnels existants.
Ses offices de nouveautés sont strictement limités aux ouvrages
effectivement commandés par les libraires, ce qui permet de
limiter le nombre des retours (et leurs conséquences financiè-
res). Cependant le taux de retour moyen est en augmentation
constante, ce qui est assez inquiétant. Ces difficultés évoquent
les déboires du distributeur Distique, qui misait également
sur les éditeurs indépendants et qui a déposé trois fois le bilan
avant de renaître comme Alterdis, puis de disparaître à nou-
veau. A chaque dépôt de bilan, Distique a laissé sur le carreau
un certain nombre de confrères…

— 76 —
Dans ce contexte, comment arrivons-nous à survivre ? Après
un passage par Distique, nous sommes diffusés et distribués
depuis 1997 par Les Belles Lettres. Nos mises en place ne
vont guère au-delà de 800 exemplaires le premier mois. Les
libraires faisant actuellement peu de fonds et de réassort, nous
essayons d’organiser avec eux des mises en avant ponctuelles
de nos collections (vitrines, lancements, etc.). Quand les livres
sont ainsi mis en avant, ils se vendent autant que les ouvrages
poussés par de grosses machines commerciales. Nous sommes
bien placés pour savoir que, dans cette affaire, tout est question
de visibilité. Nous le constatons tous les jours dans notre librai-
rie Chandeigne, où nous faisons beaucoup de vente directe.
Pour compléter, nous exportons un peu vers le Portugal. En
outre, pour chaque livre, nous essayons d’obtenir des ventes
institutionnelles (avec un succès variable). Nous avons éga-
lement un site Internet et nous faisons de nombreux envois
de catalogues. Tout cela aide, mais demeure insuffisant. La
vérité est que nous aurions beaucoup de mal à survivre sans le
travail passionné des libraires indépendants, et sans leur esprit
de résistance. C’est parce qu’ils ont à cœur de montrer à leurs
clients que la production éditoriale ne se limite pas aux livres
en pile ou en facing à la Fnac que nous continuons d’exister
tant bien que mal !
Pour conclure sur une note positive, je dirai que l’édition in-
dépendante en France a le privilège d’être servie par un réseau
de librairies de très grande qualité, sans commune mesure avec
ce que je connais dans d’autres pays. Bien entendu, nous avons
tout à gagner à nous rapprocher de ces librairies pour essayer
de trouver ensemble des solutions afin de ne pas être broyés par
la logique que tentent d’imposer les grands groupes.

— 77 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Au Brésil
Il existe environ 1 500 librairies au Brésil (pour 3 000 édi-
teurs). Ce chiffre représente la moitié des librairies intégrant le
« noyau dur » français évoqué plus haut, pour une population
de 172 millions d’habitants ! La répartition géographique de
ces librairies révèle d’importantes asymétries. Plus de 70 %
d’entre elles sont concentrées dans les régions de São Paulo et
de Rio de Janeiro. Seules 10 à 12 % des 6 000 grandes villes
sont dotées d’une librairie professionnelle. Les régions du nord
du pays sont un véritable désert en matière de distribution de
livre. Enfin, il faut souligner l’importance des grands réseaux
de librairies comme Siciliano, Cultura, Selva, Saraiva, ou
Travessa. Les 15 plus grands réseaux du pays possèdent près
de 350 (23,3 %) des librairies existantes.
Certaines de ces particularités s’expliquent par la taille du ter-
ritoire et par les importants coûts de transport qui en décou-
lent. Du reste, les distributeurs ont très souvent une dimension
régionale (il s’agit d’un Etat fédéral, ne l’oublions pas). Il faut
également tenir compte de l’illettrisme et du faible niveau
d’instruction de la population générale. Enfin, on ne doit pas
négliger le poids du sous-développement, comme dans toute
activité économique. Dans certaines régions, les distributeurs
ne sont pas fiables financièrement, ou bien il n’existe aucune
structure de distribution solide en dehors des services postaux.
Tout cela est certes compensé par le potentiel de croissance que
représente le développement inéluctable du lectorat, corrélé
avec l’augmentation du niveau d’instruction. Mais un potentiel

— 78 —
de croissance ne représente pas grand-chose, si l’on n’a pas les
moyens de croître…
Les réseaux de distribution brésiliens sont sensiblement diffé-
rents de ceux existant en France. Première différence, l’absence
totale de poids des supermarchés, qui ne distribuent qu’une
part infime des livres vendus. Autre différence, le rôle très
important des kiosques à journaux, en particulier pour la dis-
tribution des livres de poche (produit naissant au Brésil) et
des livres religieux. Comme au Portugal, le livre de poche
est occasionnellement utilisé comme gadget pour vendre des
journaux (cf. en France, les livres d’art vendus par Le Monde).
Mais, au-delà de cette forme discutable de distribution, les
kiosques jouent en quelque sorte le rôle de nos librairies dites
« de gare ». Troisième différence, l’importance des achats ins-
titutionnels. Par l’intermédiaire du PNBE (Programa nacional
biblioteca na escola) et du PNLD (Programa nacional do livro
Didático), l’Etat achète environ 50 % (en volume) des livres
produits au Brésil (20 % en valeur du marché). Pour certains
éditeurs, ces achats peuvent aller jusqu’à 60 % de leur chiffre
d’affaire. Ceci est valable pour le livre jeunesse, le livre scolaire
et la littérature générale. Un achat peut aller jusqu’à 400 000
exemplaires. Voilà de quoi faire rêver n’importe quel éditeur
français (sauf l’éditeur du Ministre de l’Éducation Luc Ferry).
La prescription faite dans les écoles est également importante
pour les éditeurs et l’on peut voir des enseignants servir d’in-
termédiaire entre les éditeurs et les lecteurs (parfois avec une
marge).
Les éditeurs indépendants bénéficient naturellement des
achats publics, mais ils sont bien moins armés pour utiliser
les autres formes de distribution. Ils ne peuvent atteindre, en
pratique, guère plus de 400 points de vente. Dans ces condi-

— 79 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

tions, ils sont moins incités à signer un contrat de distribution


exclusive qu’en France et ils préfèrent souvent utiliser plusieurs
distributeurs, voire divers systèmes de distribution. Le système
du dépôt et du retour est très utilisé. Toutefois, la tendance
actuelle de nombreux éditeurs est de vendre en direct no-
tamment par le biais de sites internet. Par exemple, Cosac &
Naify vend en direct sur son site sans frais d’envoi pour tout le
Brésil. On assiste donc au Brésil à une évolution semblable à
celle qu’ont connue les maisons de disques en France. De toute
évidence, l’inexistence d’une loi sur le prix unique du livre
est déterminante à cet égard. On voit comment les premières
victimes de cette situation sont les librairies indépendantes,
déjà marginalisées du fait de l’importance des achats publics et
des prescriptions effectuées par les enseignants, qui sont deux
autres formes de vente directe. Progressivement, les librairies
sont étouffées par les grands groupes. La part croissante des
réseaux de librairie de type « chaîne » dans le Chiffre d’Affaire
est symptomatique. C’est ainsi que les éditeurs indépendants
contribuent eux-mêmes à détruire ce qui devrait être leur prin-
cipale « vitrine »…
Tout n’est pas sombre, cependant. D’une part, 81 maisons d’édi-
tions, à ce jour, se sont regroupées au sein de l’association Libre
qui a créé le salon du livre indépendant à Rio de janeiro et à
Snao paulo, A primavera dos livros. Cette association devient
peu à peu un contrepouvoir face aux syndicats professionnels
de l’édition contrôlés par les grands groupes. Elle a beaucoup
bataillé, malheureusement sans succès jusqu’à présent, pour
la loi sur le prix unique. D’autre part, de nombreuses maisons
d’édition très novatrices ont vu le jour dans les années 90.
Leur production est très originale, voire osée, et d’une grande

— 80 —
qualité. Elles ont pu naître et survivre essentiellement grâce
au bouche-à-oreille, et un peu grâce à Internet (mais n’est-ce
pas la même chose ?). La question de leur pérennité est posée,
face à la force de frappe des grandes maisons. Pourront-elles
indéfiniment se passer des librairies ? Ne devront-elles pas
atteindre un stade de croissance où elles auront besoin d’un
réseau de distribution plus adapté ? L’avenir le dira.

Au Portugal
La situation du Portugal est d’une certaine manière plus
facile à analyser puisque nous ne possédons quasiment pas
de données statistiques sur ce pays. Par conséquent, tout ce
qu’on peut en dire est fondé sur des conjectures et sur les com-
mentaires de quelques professionnels, lesquels affirment tous
que le marché a considérablement évolué au cours des toutes
dernières années.
Il y a actuellement 556 librairies au Portugal (source IPLB),
qui sont ainsi réparties.
 54 librairies de livres anciens
 115 librairies-papeteries
 65 librairies spécialisées (voici les principales spécialités, par
ordre décroissant d’importance : religion, médecine, livres
scolaires, droit)
 321 librairies généralistes qui proposent également pour la
plupart un service de papeterie. Parmi ces 321 librairies,
42 font partie de la chaîne Bertrand, 13 sont des librairies

. La dernière étude du marché daterait de 1998. Il existe en revanche une


étude annuelle sur les habitudes d’achats de livres au Portugal. Les quelques
informations obtenues ont été données par l’IPLB et par l’étude Publishing Market
Watch. Final report available. Union Européenne 2004.

— 81 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Europa-América, 8 appartiennent à Editorial Notícias, 6


à l’INCM, 6 sont des librairies Fnac, 4 des librairies Bul-
hosa, 4 des Livrarias Paulinas… Au total, 28 % des librairies
portugaises de la catégorie font partie de chaînes créées
par des éditeurs (Europa-América, Minerva, INCM,…) ou
des éditeurs-distributeurs (Bertrand). Par ailleurs, de nom-
breux éditeurs possèdent leur librairie : Assírio e Alvim,
Cotovia, Figueirinhas, Plátano, Coimbra Editora, Círculo
de Leitores etc. Il faut également mentionner de nombreu-
ses librairies présentées comme « généralistes » qui sont en
réalité des magasins d’articles religieux, de matériel scolaire,
ou encore des écoles de langues…
Compte tenu de ce qui précède, on peut estimer qu’il n’y a
guère plus de 160 librairies indépendantes au Portugal, dont
une grande partie réalise un important chiffre d’affaire en
papeterie.
La répartition géographique de ces librairies est très inégale.
L’écrasante majorité est située dans les centres urbains sui-
vant un axe Nord-Sud côtier : Viana do Castelo, Porto, Viseu-
Coimbra (seule ville universitaire jusqu’en 1910) et Lisbonne.
L’intérieur et le sud du pays sont un immense désert en matière
de distribution de livres. Par exemple, une ville importante à
l’échelle portugaise comme Guarda ne compte qu’une librairie
papeterie et une librairie religieuse.
Ce réseau de librairies « traditionnelles » est très sérieusement
concurrencé par les hypermarchés et les supermarchés. Tous
les professionnels s’accordent pour dire que le volume des ven-
tes de livres effectuées par ce canal a beaucoup augmenté au
cours des dernières années. Les autres réseaux de distribution
sont les kiosques, les clubs du livre (Círculo de leitores) et les

— 82 —
foires du livre. La vente de livres de poches présentés comme
suppléments de périodiques à grand tirage a été beaucoup pra-
tiquée ces deux dernières années. Il semblerait même que des
journaux achètent directement des droits étrangers.
Les professionnels que nous avons contactés parlent tous,
comme en France, de surproduction et de saturation du mar-
ché, sans que l’on discerne bien ce qu’ils veulent dire, puisque
le livre de poche est quasiment inexistant au Portugal (un seul
éditeur est sur ce marché !) alors que le lectorat est en dé-
veloppement constant. La seule chose certaine, c’est que les
maisons d’édition traditionnelles, grandes et moyennes, ont
toutes adopté un mode de fonctionnement à l’anglo-saxonne,
produisant des livres à forts tirages et déployant des efforts
considérables de marketing et de publicité. Même un petit
éditeur comme Gótica (une dizaine de livres par an) en vient à
louer des vitrines et des présentoirs aux chaînes de librairies, ou
des linéaires de supermarché. Il n’est pas rare que des vitrines
soient pendant plusieurs semaines exclusivement réservées à
un seul titre ! Cette situation profite naturellement aux grosses
structures. Le développement extraordinaire des Fnac au cours
des dix dernières années est symptomatique de cette évolution.
Implantées dans les centres commerciaux, ouvertes le diman-
che et jusqu’à 22h00, elles ont mis les librairies existantes en
sérieuses difficultés.
Pourtant, le marché portugais se caractérise surtout par sa
petitesse, ce qui devrait logiquement rapprocher les extrémités
de la chaîne commerciale. De fait, on constate que les éditeurs
indépendants petits et moyens, même s’ils font ponctuellement
appel à un distributeur (par exemple Sodilivros), continuent à
distribuer une très grande partie de leur production de façon
. La Fnac vient de lancer un début de collection de poche.

— 83 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

directe. Certains ont d’ailleurs leur propre librairie comme


Cotovia ou Assírio e Alvim. La vente avec possibilité de retour
est indispensable, mais il est aussi très fréquent de procéder à
des ventes en dépôt auprès des librairies. L’extraordinaire suc-
cès du réseau des Fnac s’explique en grande partie parce que ce
groupe a parfaitement compris comment tirer parti des spécifi-
cités du marché portugais. Contrairement aux Fnac françaises
de l’ère PPR, les Fnac portugaises s’efforcent de présenter une
offre complète, voire exhaustive, de ce qui existe sur le marché
(n’est-ce pas ce qu’a commencé par faire la Fnac en France ?).
À cet égard, la comparaison avec les autres réseaux de librai-
ries est très parlante. Le plus important d’entre eux, celui des
librairies Bertrand, propose une offre de plus en plus réduite,
essentiellement tournée vers les best-sellers.
Face à cette politique d’implantation très adroite des Fnac
et à l’émergence des chaînes, quelques bonnes librairies in-
dépendantes résistent encore et l’on assiste même à la nais-
sance de nouvelles librairies, surtout à Lisbonne et à Porto.
Certaines maisons « historiques » profitent d’une renommée
acquise durant des décennies : ainsi, à Lisbonne, Férin (autre
librairie française !), Portugal, Barata, ou encore la Livraria
Universitária. Ces institutions ont souvent une importante ac-
tivité scientifique ou universitaire, évoquant les anciens grands
établissements parisiens du Boulevard Saint Michel. À côté,
certaines structures récentes essaient d’attirer le public avec
des moyens originaux. Ler devagar, située dans un quartier
historique, présente un fonds très riche en littérature, poésie,
théâtre, sciences humaines, etc., et s’efforce de mettre en valeur
la production d’éditeurs parfois de très petite taille. Ouverte

. Curieusement, les librairies Bertrand résultent d’une autre success story


franco-portugaise, datant du XIXe siècle.

— 84 —
jusqu’à minuit, elle possède un coin bar et organise souvent
des spectacles (lectures, concerts, théâtre). Récemment la pre-
mière librairie de livres pour la jeunesse a été créée à Lisbonne.
L’offre est moins importante qu’à la Fnac mais le catalogue
reflète un choix personnel soucieux de donner à redécouvrir
les classiques et les illustrateurs portugais.
Ces initiatives originales, encouragées par l’adoption du prix
unique du livre, restent toutefois assez circonscrites et elles sont
loin d’offrir une alternative suffisante. Un éditeur portugais de
dimension non confidentielle ne peut espérer survivre sans
être présent dans les chaînes. L’une des conséquences les plus
évidentes de cette évolution est le déclin sensible de l’édition
d’ouvrages de poésie, alors que le Portugal était jusqu’ici un
grand producteur et consommateur de ce type d’ouvrages. Les
grandes puissances commerciales finissent ainsi par éliminer
des ouvrages qui avaient, et ont sans doute encore, un public.

Conclusion
Ce que montre cette comparaison, qui mériterait sans doute
d’être étendue, c’est que les problèmes que connaissent les pe-
tits et moyens éditeurs indépendants dans les trois pays ont la
même origine. La constitution de grands groupes de presse et
de communication et leur irruption sur le marché de l’édition
constitue une menace pour la diversité éditoriale.
En ce qui me concerne, je demeure persuadée que l’édition
indépendante a besoin de la librairie indépendante et qu’il est
impératif de développer un partenariat dans notre intérêt mu-
tuel. Nous devons aider les librairies, ou continuer à les aider,
à maintenir et développer des véritables fonds personnalisés
et articulés. Il me paraît juste qu’elles bénéficient d’aides ou

— 85 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

d’avantages fiscaux pour constituer ces fonds. Mais pourquoi


tout attendre des pouvoirs publics ? Ne nous appartient-il
pas, à nous autres éditeurs indépendants qui nous trouvons
confrontés aux mêmes problèmes — et qui sommes souvent re-
groupés chez les mêmes distributeurs pour les raisons exposées
plus haut — de leur fournir de l’information bibliographique
thématique ? Dans le même sens, ne devrait-on pas participer
à une politique d’information du public au sujet du prix unique
du livre (là où il est pratiqué), ou encore réfléchir à la créa-
tion d’un label, à l’image de ce qu’ont fait les cinémas « d’art
et d’essai » ? Pourquoi n’envisagerait-on pas de généraliser la
pratique courante des « cartes de fidélité » en accordant des
remises de 5 % aux clients fréquentant en priorité les librairies
indépendantes ? Au Brésil et au Portugal, pays dont les popu-
lations sont encore peu instruites, ne pourrait-on pas associer
plus étroitement les librairies indépendantes au développement
des bibliothèques publiques ? Il faudrait également développer
encore l’appui aux éditeurs et libraires indépendants qui parti-
cipent à des foires et salons. Ce sont là quelques pistes…

— 86 —
Jacques Arlindo dos Santos, Chá de Caxine (Angola)

Acesso ao livro e à leitura, o


caso de Angola

O Acesso ao Livro e à Leitura em sociedades como as nossas,


com um baixo índice de escolarização, passa por constrangi-
mentos importantes: o primeiro será que as pessoas não este-
jam habituadas a ler, o segundo que o livro não seja acessível
a todas as bolsas.
Pensa-se às vezes que basta haver livros disponíveis para que
haja leitores. Como se disséssemos: que basta que uma co-
munidade tenha Bíblias, para que se cimente a Fé. Ora um
armazém de Bíblias, por si só, não movimenta consciências,
assim como um milheiro de livros não cria, por si mesmo,
leitores.
Os chamados países do Terceiro Mundo, ou como agora se diz:
os Países em Desenvolvimento, ou como eu gostaria de dizer:
os Países Enjeitados pelo Desenvolvimento…
Têm prioridades inimagináveis para outras culturas: o pão e
a água que ainda não têm, a saúde e a educação de que ainda
carecem e, por fim, a que poderia não ser a última prioridade
e se confundir com a primeira: o emprego.
Sem emprego não há estabilidade nem pão, nem nos preocupa
a saúde, posto que não há dinheiro para pagá-la, a escola pode
parecer um luxo imediatamente dispensável, até porque, os
braços infantis são necessários para ganhar, muitas vezes, o
único sustento de uma família de desempregados.

— 87 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Há séculos que a pobreza, a miséria, a fome e o desamparo se


justifica pela violência a que é obrigada, utilizando o trabalho
infantil. Diz assim um provérbio popular: “Trabalho de crian-
ça é pouco, mas quem o não aproveita é louco”.
No entanto, nos nossos países, a febre de aprender é grande,
a obsessão de ir à escola enorme, só que não há salas de aula
em número suficiente, pelo que as classes mais desfavorecidas
têm hoje de utilizar (paradoxalmente) o ensino particular que
lhes leva as últimas moedas. Temos assim a classe alta em
bons colégios, a classe média em escolas oficiais, e as classes
mais pobres em colégios de pouca confiança. Só em Luanda há
mais de quatrocentos colégios ilegais. Como pensar que estas
crianças, estes jovens de baixa renda, venham a ser leitores
interessados dos livros que não podem comprar, quando todas
as suas economias estão orientadas para os livros de obrigação
escolar?
Por outro lado, grande parte dos pais (e infelizmente, dos pro-
fessores também) entende que o livro extra curricular —de es-
tória, romance, poesia, ou outro— representa um desperdício
de tempo e dinheiro.
Os nossos jovens que se sacrificam durante anos (verdadeiros
escravos do estudo) para conseguirem um curso, têm uma
única meta — chegar ao fim da sua formação, na mira de um
emprego, de um bem estar futuro — qualquer livro diferente,
qualquer distracção que lhe apareça pela frente, é tida por eles
como um tropeço neste propósito que têm de cumprir. Daí que
se entre na faculdade (em qualquer faculdade, mesmo na de
letras) sem nunca se ter lido um romance, um livro de poesia,
senão os Clássicos de leitura obrigatória, ainda por cima lidos
com a frieza desentusiasmante de quem lê um livro de biologia,
muitas vezes, unicamente para cumprir programa.

— 88 —
Poderia resumir numa pergunta toda a inutilidade que um
livro extra escolar parece ter aos olhos de um jovem angolano,
estudioso, empenhado e bom aluno: “para que serve ler o que
não interessa à minha formação escolar?”
O pragmatismo do desconhecimento, o imediatismo da ne-
cessidade leva a este entendimento: só vale o que serve para
alguma coisa.
E para que serve realmente um livro?
Porventura quem lê romances, quem se deleita com poesia,
quem se aprofunda num ensaio aprende para saber e conse-
guir melhor emprego? perguntarão eles. Diria eu: nem nas
bibliotecas, porque até aí o que interessa, é o conhecimento da
catalogação e do arrumo.
Livros de entretimento, para passar tempo, para fruir beleza,
são quase uma blasfémia. Ler para passar tempo é brincar e
ninguém deve brincar com os livros.
Esta é, com os naturais exageros que aqui se deixam, a situação
(quase que diríamos natural) de um País como o nosso.

Colonizados que fomos por Portugal, país igualmente de pou-


cos livros até à revolução de Abril, Angola manteve nas gran-
des cidades, até à data da sua independência, uma biblioteca
estatal e pouco mais.
Não me vem à memória exemplo de cidades fora das capi-
tais de Distrito que tivessem uma biblioteca, apesar de na
altura, terem já, quase todas, o ensino que levava ao acesso à
Universidade.
Não nos ficou pois, o exemplo, nem a memória pelo hábito de
ir à biblioteca ler, ou consultar.

— 89 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Hoje, depois da grande destruição que quase trinta anos de


guerra impôs ao País, as Bibliotecas têm tido, principalmente
uma única função: servem de sala de estudo a alunos que não
têm em sua casa, local conveniente para estudar. Todo o acervo
que a biblioteca ainda põe à sua disposição não é utilizado.
As bibliotecas enchem-se de alunos que procuram melhores
condições para fazer os seus deveres de casa.
Angola não tinha também, na altura da independência, ne-
nhuma Casa Editora. Aliás, Angola nunca teve nenhuma
Casa Editora, para além de uma excepção, as Publicações
Imbondeiro que nasceram em 1961 (ano do início da Luta
Armada) no Lubango e terminaram meia dúzia de anos de-
pois, por imposição da polícia política.
Terminada a Imbondeiro, que a pouco e pouco se ia impondo
no mercado ( e umas duas ou três tentativas que nunca pas-
saram do terceiro caderno) Angola nunca mais teve nada. Os
poucos livros que se foram publicando ( uma dúzia se tanto
em dez anos) eram edições de autor, muito embora os grandes
centros de Investigação tivessem as suas próprias bibliotecas,
as suas gráficas e editassem regularmente os estudos que fa-
ziam.
Um mês depois da proclamação da Independência, nasceu a
União dos Escritores, e, mais tarde, o INALD — Instituto
Nacional do Livro e do Disco que tinha também funções edi-
toriais. Assim nos mantivemos até 1972 (com grande êxito na
divulgação de livros e escritores nacionais até aí praticamen-
te desconhecidos) até que com a abertura à iniciativa priva-
da surgiram várias editoras. A Chá de Caxinde, a Nzila e a
Kilombelombe são as que mais se destacam na actualidade.
Melhorou o acesso ao livro e à leitura?

— 90 —
De modo algum. Continua a não haver leitores. Os livros con-
tinuam caros para a maioria das bolsas. Os nossos escritores de
renome vêem-se, infelizmente, obrigados a publicar na Europa
através de editoras portugueses.
Em resumo:
Angola não lê.
Não lêem as crianças, porque não têm livros e não estão ha-
bituadas a ler.
Não lêem os jovens, porque não os acostumaram ao interesse
da leitura.
Não lêem os estudantes universitários, quase irremediavel-
mente perdidos para a leitura, porque, no fito de se formarem,
não conhecem outros livros que não sejam os de obrigação
curricular.
Não lêem os adultos e entre eles os próprios professores (de
todos os níveis, mesmo os universitários) porque ninguém
lhes ensinou a sentir o gosto pela leitura, nem lhe criou a ne-
cessidade de ler, para lá dos livros de especialidade com que,
obrigatoriamente, se têm de manter actualizados.
Todas as editoras que abriram portas nestes últimos anos (e que
não são muitas atendendo às necessidades de uma população
cada vez mais escolarizada) estão passando por dificuldades
para se manterem.
Normalmente, só editam livros que sejam subsidiados, porque
sabem que não podem contar com o produto da venda de livros.
Em Angola um livro, qualquer livro, dá prejuízo. Salvo raras
excepções, de cada mil livros editados vendem-se quatrocentos
exemplares. Os restantes, ficam nas prateleiras.

— 91 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

As editoras trabalham pois, entre o subsídio que raramente


conseguem e o autor (por vezes mau) que tem dinheiro e pode
pagar a edição do seu livro.
Ficam fora dos projectos editoriais os livros infantis e juvenis.
São livros caros, a que um Editor não se atreve a empenhar o
seu mal parado equilíbrio económico.
Um outro problema e de não menor importância é este: os
livros feitos em Angola (e todos os livros deveriam se feitos
em Angola, mesmo os escolares.) ficam três vezes mais caros
dos que são editados em Portugal ou no Brasil, na África do
Sul ou na Namíbia.
Isto por quê, se a mão de obra é mais barata?
O papel, as cartolinas, a tinta e os demais materiais necessários
para a feitura de um livro estão sujeitos a uma pauta alfandegá-
ria demasiado rigorosa. Por outro lado, a falta de concorrência
entre as gráficas que transbordam de trabalho, leva aos preços
exorbitantes que hoje temos.
Foi esta a proposta que apresentámos ao nosso Governo:
Produzir todos os livros de Angola, escolares e outros dentro
do País. O livro, a feitura de um livro, é uma especialidade que
nem todas as gráficas dominam. É necessário incentivar esse
domínio, propondo:
1 . Que sejam distribuídos (de forma faseada) pelas várias edi-
toras existentes e que já comprovaram a sua idoneidade edi-
torial, a responsabilidade de editorarem os livros escolares,
de maneira a permitir-lhes um trabalho contínuo, rentável
e subsdiante de outras actividades editoriais.
2 . Dar um prazo de cinco anos para que todos os livros esco-
lares sejam feitos em Angola.
3 . Permitir que as gráficas que se disponibilizem a fazer o livro

— 92 —
escolar, importem as máquinas de que necessitam para o
efeito, sem qualquer custo aduaneiro.
4 . Que as gráficas que se disponibilizem a fazer livro (escolar
ou não) tenham um desagravamento na pauta aduaneira na
importação de papel e demais materiais, de modo a que,
obrigatoriamente apresentem preços que concorram com
o estrangeiro.
Como tornar o livro acessível?
Em vez de se dar um subsídio por cálculo (a Presidência de
República dá um anualmente) transforma-se esse dinheiro em
fundo para compra de livros editados em Angola por Editores
angolanos.
Assim, quando o editor pretenda editar um livro, apresenta ao
Ministério da Cultura o preço estimado do mesmo, número
de páginas, autor, título, etc. etc. O Ministério unicamente
verifica se o preço está dentro do razoável.
Face a esta apresentação, do Fundo que a Presidência da
República dá, o Ministério da Cultura compra e paga me-
tade da edição para distribuir pelas Bibliotecas Provinciais e
outras.
Os restantes exemplares serão enviados para as províncias
a preço local. Quer dizer: um livro de 500 kanzas (Kz) em
Luanda, pode custar 100 Kz em Benguela, Namibe, Lubango,
Lunda Norte e Sul e 50 Kz no Moxico, Bié, Cuanza Norte e
Sul, Cuando Cubango, etc.
Como a Cultura já pagou o livro, o indivíduo que vende o livro
(livreiro, lojista, dono de supermercado, etc. etc.) fica com o
resultado total da venda. Tenta-se assim promover igualmente
o interesse de quem vende e evitar a burocracia das contas: do
dinheiro que o vendedor iria ter que pagar ao Ministério. A

— 93 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

única dependência que o vendedor tem em relação à Cultura


é que esta tem de estar atenta e saber se o livro foi colocado
em local de boa visibilidade, se o preço é o estipulado pelo
Ministério, se o livro teve boa aceitação, etc. etc.
Deste modo, com a venda de parte da edição garantida (quem
produz mais, arrecada um “subsídio” maior) bem assim como,
com a entrada dos editores no processo de editoração dos li-
vros escolares, Angola beneficiaria pelos empregos, pelo custo
dos livros, pela experiência e aumento do parque gráfico e
principalmente pela poupança em moeda forte que todos os
anos paga.
Para terminar diríamos que em Angola encontram-se, nestes
últimos cinquenta anos duas gerações perdidas de leitores:
uma porque o Governo de Salazar só ensinou a ler massiva e
tardiamente depois de 1961 (mais precisamente em 1962, com
o Dr. Pinheiro da Silva — angolano de Cabinda. Esta foi a
primeira e é a mais ignorada vitória da Luta Armada) outra,
porque depois da Independência, não demos nada para ler, à
geração que tanto esperou de nós.
Entrámos num ciclo vicioso: não há leitores porque não há
livros, nem livros porque não há leitores. Mas editoras, há.
Boa vontade editorial também. Saber editorial, igualmente.
O que nos faltará, afinal?
Falta o livro que a vontade política pode, facilmente, fazer
despontar. Falta o professor que tem de ser recuperado para
o livro através de seminários que o ensinem a tornar o livro
estimulante para as crianças. Falta que os Institutos Normais
de Educação, Escolas do Magistério e outras de Formação de
Quadros, introduzam no seu curriculum uma disciplina sobre
o Livro e os Contos Infantis — Didáctica da sua utilização.

— 94 —
Minhas Senhoras e meus Senhores:
Um dos maiores pecados é pensar que neste século vinte e um
em que se passeia pela Lua e logo a seguir se esteja a correr
em Marte e se possa ver sem espanto o milagre da engenharia
genética, nós não consigamos dar ainda aos meninos não só o
pão que lhes mate a fome, mas o sorriso assombrado de uma
criança chupando um chocolate, ou pondo os dedos sujos na
descoberta de um livro.
Minhas Senhoras e meus Senhores:
Boa é esta a verdade que vos digo: há crianças que vão mor-
rer amanhã sem experimentar a doçura de um chocolate, que
nunca verão a gravura de um livro.
Esta é a dimensão real da nossa pequenez.

— 95 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Víctor Manuel Mendiola, El Tucán de Virginia (México)

Las pequeñas editoriales


de Poesía

Voy a hablar de las pequeñas editoriales, pero lo voy a hacer


refiriéndome, primero, a la idea de qué es una pequeña edito-
rial y, después, hablaré en especial de las pequeñas editoriales
que publican poesía.
Para hablar de estas pequeñas o pequeñísimas empresas se usan
diferentes términos: editoriales alternativas, independientes,
marginales, no comerciales, etc. Todas estas caracterizacio-
nes tocan aspectos diversos y verdaderos de lo que llamamos
pequeñas editoriales. Por ejemplo, entre muchos otros, cabría
destacar la publicación esmerada con énfasis en la calidad de
los papeles; el predominio de lo tipográfico sobre el diseño;
la dimensión limitada de los tirajes; el trato directo con los
autores, pero al mismo tiempo más o menos e informal; y una
relación complicada, lejana o inexistente con los puntos de
venta más comerciales o con el aparato de las grandes cadenas
de distribución. Sin embargo, lo que quiero destacar es que
todo este conjunto de aspectos y definiciones muchas veces
tratan de eludir una cuestión esencial: la pertenencia al mundo
formal de las mercancías. Todas estas casas editoriales están en
el mercado y en el marco de la ley y en ese sentido son, a pesar
de su tamaño hormiga, iguales a las otras editoriales. Señalar
este punto tiene sentido, porque con frecuencia se mira la acti-
vidad de las pequeñas editoriales como si estuvieran fuera de la
vida real o como si fuera posible colocarlas en otro espacio de

— 96 —
la vida económica. Y no es así. Como cualquier editorial, las
independientes o las alternativas tienen que enfrentar y resol-
ver, mal o bien, problemas de estatus legal, de administración
y de distribución y desde este punto de vista estas editoriales
no son diferentes de las otras, no son independientes, no son
alternativas, tiene que seguir los mismos caminos que todos los
demás editores, articulándose con las obligaciones fundamen-
tales del mercado y de la ley. En este plano, la diferencia entre
pequeñas y grandes editoriales estriba exclusivamente en una
diferencia de eficiencia y de capacidad financiera. Si queremos
encontrar en dónde radica la originalidad de las pequeñas edi-
toriales la tenemos que buscar en otro lugar. Y ese otro sitio es
su concepción de lo que es un libro y de lo que es la literatura.
Aquí la diferencia sí es muy grande.

Ahora sólo me voy a referir al caso de las pequeñas editoriales


que publican poesía, aunque mucho de lo que afirme podría
extenderlo a otras editoriales de reducida dimensión.
Me parece evidente que el papel de pequeñas editoriales que
publican de manera exclusiva poesía consiste en tener una
actitud radicalmente opuesta a la de las editoriales comercia-
les. Para el pequeño editor lo más importante es que el libro
represente una escritura auténtica original. Me atrevería a
decir que el pequeño editor publica libros de poesía bajo una
idea que tiene que ver de manera directa con el gusto. Es una
actividad de trabajo, pero también es una actividad sport. El
pequeño editor considera la edición de libros de poesía como
una labor, pero también como un trabajo de reflexión personal.
La actividad sport y la actividad intelectual en el caso de la
poesía significan una pasión, una búsqueda intensa en pos de
un lenguaje riguroso que al mismo tiempo permita mirar al

— 97 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

mundo rigurosamente. El espacio natural del pequeño editor


está formado por los libros tanto de autores desconocidos o
poco conocidos —muchas veces jóvenes— como de autores
difíciles. Por tanto, el espacio del pequeño editor de poesía
representa un lenguaje nuevo.
En México, la abundancia de poetas ha sido una creación de
las pequeñas editoriales de poesía. Sin ellas una parte consi-
derable de la nueva poesía no existiría y tampoco existiría el
conocimiento bien informado de lo que pasa en otros países
y en otras lenguas. Creo que la literatura mexicana se ha lo-
grado mantener al día de las novedades, de las “rarezas” y de
lo esencial de la poesía de finales del siglo xx mucho más por
los esfuerzos de los pequeños editores que por la actividad de
las publicaciones de las principales revistas o de las grandes
editoriales. De hecho, me parece que publicaciones como la
desaparecida Vuelta o la Revista de la Universidad o la revista
Nexos, por citar tres casos, deben su información de lo que
pasaba y pasa en la poesía contemporánea a la acción de los
pequeños editores.

Aunque las pequeñas editoriales de poesía no tienen práctica-


mente un peso significativo en el mercado editorial, sí juegan
un papel muy importante en el conocimiento de lo que ocurre
en la parte de la literatura que llamamos poesía. Desde este
punto de vista, el balance de la actividad de los pequeños edi-
tores mexicanos es muy favorable.
Sin embargo, es necesario señalar algunos defectos de este
extraño grupo de editores. Para abordar rápidamente estos
defectos, los enlisto:
1 . La creación de fondos misceláneos, donde varían de mane-

— 98 —
ra arbitraria los tamaños y las especificaciones tipográficas
—fuera de un concepto de colección. La creación gráfica
de los libros ha sido distorsionada o contaminada, en mu-
chas ocasiones, por el gusto superficial de los diseñadores,
que lo mismo trazan las dimensiones de un cartel o de un
empaque que las proporciones de un forro o de la mancha
tipográfica.
2 . La publicación indiscriminada de libros sin una conciencia
clara de su calidad. Hay un cierto populismo en la publica-
ción de los libros de poesía, inventado por la poesía moderna
que ve en la espontaneidad la mejor cualidad del poeta. Esta
idea está arruinando a la poesía y ha provocado que todo
lo que suena libre, abstractamente precioso e imaginativo
merezca transformarse en libro.
3 . La publicación por inercia de libros poco interesantes
—como escritura— de autores muy interesantes —como
personalidad o incluso como escritores famosos. El culto
a la personalidad se antepone a la necesidad de poseer un
gusto literario. Los pequeños editores se sienten —de ma-
nera poco digna— contentos de que un autor que el culto
a la personalidad ha elevado a cierta jerarquía, les ofrezca
un libro. No digo que un pequeño editor no deba publicar a
un autor reconocido. Digo, nada más, que el pequeño editor
tiene, más que ningún otro, la obligación de defender su
gusto o, por lo menos, su intuición, sin temor al gigante que
pueda tener enfrente.
Si es verdad que en México los pequeños editores no sólo han
mostrado la nueva poesía, sino que de alguna manera la han
creado, entonces pienso que los pequeños editores mexicanos
tienen tres responsabilidades:
1 . Impulsar la publicación de los nuevos críticos y, sobre todo,

— 99 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

buscar entre los poetas que hacen crítica los temas canden-
tes de la literatura contemporánea y de la poesía actual.
Es necesario discutir. Las decisiones editoriales deben ser
resultado de una operación conceptual, no de un plan de
promoción comercial.
2 . Plantearse el problema fundamental de hacia dónde va eso
que llamamos la lírica contemporánea o vislumbrar, con
toda honestidad, si ésta revela síntomas de agotamiento. Y
De la misma forma que la nueva poesía de principios del siglo
pasado trataba de tomar distancia frente a los estereotipos y las
manías del simbolismo, a la poesía de hoy le convendría ajustar
cuentas con los fundadores de la poesía moderna y con su larga
y muchas veces aburrida cadena de epígonos.
La desaparición de las grandes figuras de la poesía hispano-
americana y española ha creado un vacío y una fuerte com-
petencia. Se nota, tanto en las antologías y revistas como en
los Festivales, la búsqueda de quiénes son los mejores poetas.
Pero algo falla. Ni las antologías ni las revistas ni los festivales
logran establecer un nuevo paisaje, un nuevo canon.
Desde mi punto de vista de editor y de crítico, la poesía se en-
cuentra en un momento difícil. Eso que llamamos lírica salió
mal parada del siglo xx. En un largo proceso perdió muchas de
sus mejores cualidades o, mejor dicho, ella misma las arrancó
de su propio cuerpo en una voluntad de transformación. Se
desprendió de sus medios más poderosos y, muchísimas veces,
eliminó hasta el sentido. Estos recursos amputados han sido
aprovechados por los narradores. Ellos mismos lo reconocen
sin reparos. Dueños de estos medios miran con cierto sarcasmo
la pobreza artística de los poetas de nuestros días. El poeta
ocupaba el lugar más alto en la escala de la creación, porque
un poema representaba una suma total. Ahora, desposeído o

— 100 —
autodesposeído, el poeta ocupa el lugar más bajo. Hace casi
sesenta años el gran poeta mexicano, José Gorostiza, observó
claramente este problema:
La poesía ha abandonado una gran parte del territorio que do-
minó en otros tiempos como suyo… El dialogo, la descripción,
el relato, así como muchas otras maneras de la poesía han ido
a engrosar los recursos del teatro y de la novela.

Aceptemos o no el empobrecimiento de la poesía actual, creo


que una parte del destino de la lírica contemporánea está en
manos de los pequeños editores y de su capacidad para abrir los
ojos y encontrar lo que los hábitos o las complicidades no ven o
no quieren ver. Creo que sí hay una nueva poesía muy original,
pero ésta casi no se puede distinguir, ya que está opacada por
las inercias retóricas o los juegos tontos de la poesía moderna
del siglo xx.
El reto y, sobre todo, la tarea de los pequeños editores es, a
mi manera de ver las cosas, aguzar la vista para recoger estas
nuevas obras, estimular la crítica e impulsar la recuperación
de los recursos perdidos de la poesía.

— 101 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Serge D. Kouam, Presses Universitaires d’Afrique (Cameroun)

Professionnalisation et
formation des éditeurs africains

En hommage au regretté Noureddine Ben Khader.


L’adjectif « professionnel » se rattache très souvent à l’état
d’une personne physique ou morale exerçant de façon habi-
tuelle une activité aux fins de se procurer les ressources néces-
saires à son existence. Au-delà de cette considération purement
économique, implicitement et par opposition au profane ou à
l’amateur, il doit s’agir d’un homme de l’art, jouissant d’une
qualification conséquente. Autrement dit, s’agissant du mé-
tier d’éditeur, c’est à la frontière entre ces deux acceptions, du
reste complémentaires, que pourrait se situer la légitimité de
la question de la professionnalisation en Afrique.
C’est vrai que l’Afrique continue d’être un lieu où le rôle de
l’industrie du livre dans la construction et la survie d’une na-
tion est encore mal perçu. De la topographie du paysage édi-
torial, se dégage le constat général du règne de l’amateurisme.
C’est à peine si l’on reconnaît la mission sociale dévolue à la
profession ; le cri de détresse des éditeurs africains continue
d’être ignoré des décideurs. Finalement, on comprend mieux
pourquoi, plus d’un demi-siècle après l’introduction du noble
métier d’éditeur dans le continent noir, l’on en est toujours à

. V. Gérard Cornu in Vocabulaire juridique, s. la dir. de l’Association Henri


Capitant, Puf, 1996, p. 637.

— 102 —
la recherche de repères pour un meilleur cadrage de ces « nou-
veaux entrepreneurs ».
À la faveur des recommandations de la 7e Conférence générale
de l’Unesco (1972), un formidable travail de recherche a été réa-
lisé et divulgué par Alvaro Garzon10 sous la férule de l’Unesco
en 1997. En dépit de l’unanimité qui s’est faite autour de sa
pertinence en matière de Politique nationale du livre, nombre
d’Etats africains continuent de rester dans l’indifférence totale,
alors que cette œuvre a trouvé terrain d’application dans la
quasi-totalité des pays de l’Amérique du Sud qui connaissaient
jusque-là un défaut de cadrage au niveau national.
Nous proposerons, dans le cadre d’une réflexion générale sur
la problématique de l’amateurisme, d’analyser l’état de la ques-
tion de la professionnalisation des éditeurs africains. Pour ce
faire, nous essayerons d’établir un lien entre l’amateurisme
actuel des acteurs de l’édition africaine et le contexte de nais-
sance de la profession sur le continent noir. A la suite d’un
diagnostic symptomatique de la situation, nous testerons la
plausibilité de l’hypothèse d’un environnement peu propice
à l’émergence de la profession, tant aux plans externe qu’in-
terne à celle-ci. Une fois cette hypothèse fondée en vérité, nous
orienterons alors notre réflexion vers l’identification des leviers
pouvant conduire à une plus grande maturité professionnelle
des éditeurs africains.

10. Lire La Politique nationale du livre : un guide pour le travail sur le terrain, éd.
Unesco, 1997.

— 103 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Les pesanteurs historiques à l’émergence de


l’édition africaine11
On le sait mieux aujourd’hui. Lorsqu’on parcourt les publi-
cations consacrées aux mutations de l’industrie du livre dans
le monde12, l’influence des pouvoirs publics a, de tout temps,
été décisive dans le décollage de tous les systèmes ou modèles
d’édition, qu’ils aient été européen, asiatique ou américain.
En justifiant le choix de la salamandre comme logo ou em-
blème de couverture, A.M. Métailié13 reconnaît le caractère
extrêmement difficile, du moins au lancement, de cette pro-
fession même dans un contexte de vieille tradition éditoriale,
car « c’est un animal censé vivre dans le feu » explique-t-elle.
Elle donne ainsi une perception professionnelle du métier qui
corrobore le souci d’A. Schiffrin14 qui décrit « la fragilisation
de l’édition traditionnelle par la déconstruction des biblio-
thèques dont le poids dans les achats suffisait à couvrir les
coûts éditoriaux ». J.Y. Mollier est parfaitement en phase avec
ces deux préoccupations lorsqu’il écrit que la prospérité des
maisons moyennes est…dépendante de décisions relevant du

11. Nous tenons à préciser que la gravité de cette problématique est assez
disparate en Afrique et qu’on ne saurait mettre tout le continent dans le même
panier car certains pays ont connu des avancées remarquables. Au demeurant, il
s’agit davantage de l’Afrique Subsaharienne et même singulièrement de la partie
francophone de cette zone.
12. Lire à propos : Les mutations du livre et de l’édition dans le monde du XVIIIe
siècle à l’an 2000, sous la direction de Jacques Michon et Jean-Yves Mollier, éds.
Les presses de l’Université Laval / L’Harmattan, 2001
13. Lire interview, Anne-Marie Métailié in Les rendez-vous de l’édition 2, éd.
Bibliothèque publique d’information (BPI) Centre Pompidou, p13, 2000
14. Lire : André Schiffrin in L’édition sans éditeurs, La fabrique - Éditions, 1999,
p64

— 104 —
politique15 ».Dès lors, on pourrait à bon droit s’interroger sur
le contexte de naissance, le déroulement de la vie du métier et
le cadre d’expression des éditeurs africains.
Les travaux de Joseph Okpaku16 soulignent qu’au lendemain
des « indépendances », certains éditeurs européens, pour avoir
accès au marché du livre17 scolaire, acceptaient de publier des
manuels scolaires apolitiques pour éviter de former des ci-
toyens critiques. Or l’éclosion du métier d’éditeurs nécessite
justement l’existence de citoyens critiques pouvant rendre
disponibles les textes dont ils ont besoin pour nourrir leur
catalogue. Par conséquent, il n’est pas exagéré de considérer
que de tels accords, qualifiés par certains auteurs18 d’ « accords
de la servitude », avaient pour finalité de faire mains basses sur
l’intrigue principale du moment. Ceci a forcément contribué à
fragiliser, voire neutraliser l’émergence d’éditeurs locaux qui,
en s’y impliquant tôt auraient sécrété les moyens nécessaires à
leur autonomie financière tout en se couvrant de leur vulnéra-
bilité actuelle. Il est en effet trivial que la question de l’ama-
teurisme est intimement liée à celle des moyens nécessaires au
perfectionnement des aptitudes professionnelles.

15. Où va le livre?, collectif (s. la dir. de Jean-Yves Mollier), La dispute-éd., 2002,


p 89.
16. Joseph O.O. Okpaku, Publishing and Public Enlightenment in Africa, in
« Publishing in Africa in the Seventies », eds. Edwina Oluwasanmi, Eva McLean
and Hans Zell, IIe-Ife, 1975, p. 233-237.
17. Marché particulièrement juteux en raison de la forte demande en formation
dans les pays qui sortaient d’une longue colonisation et qui venaient d’accéder à
l’ « indépendance » politique.
18. Lire : Joseph Tchundjang Pouemi in Monnaie, servitude et liberté : la répression
monétaire de l’Afrique, éd. Jeune Afrique, 1980 ; Koulybaly Mamadou in Les
servitudes du pacte colonial, éds CEDA / NEI, 2005.

— 105 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

À ce qui précède, s’ajoute le soutien multiforme apporté par


le discours de l’Administration coloniale, comme pour légiti-
mer ces pratiques. Quelques extraits repris par J.-G. Bidima19
confortent l’hypothèse d’une complicité diachronique entre
cette Administration coloniale et les premiers responsables po-
litiques africains aux fins d’anéantir la base critique naissante
à cette époque.
M. Brevié, qui fut gouverneur de l’Afrique occidentale fran-
çaise (AOF) cité par J. G Bidima20 affirmait que « le devoir
colonial et les nécessités politiques et économiques imposent
à notre œuvre une double tâche : il s’agit de former des cadres
indigènes qui sont destinés à devenir nos auxiliaires dans tous
les domaines… ». Aussi devons-nous rappeler que c’est ce der-
nier qui prit le décret d’interdiction de la pratique des dialectes
dans les campus scolaires, faisant de la langue française la seule
usitée en ces lieux. Ce qui de toute évidence, a quelque peu
freiné la création littéraire à cette époque. Les victimes de la
machine coloniale ne pouvaient raconter ce qui leur arrivait, si
oui dans une langue centripète aux contours labyrinthiques.
Les régimes autoritaires qui s’installeront au lendemain des
indépendances poursuivront avec une plus grande efficacité
cette mission de répression tous azimuts, au point qu’on ne
saurait s’étonner aujourd’hui de l’échec des politiques de lec-
ture publique.
La logique financière et les mutations technologiques qui gou-
vernent et menacent l’avenir de l’édition traditionnelle dans le
monde nous autorisent à rester pessimiste quant à l’avenir de la
profession en Afrique. Nos inquiétudes pourraient être mises
19. Jean-Godefroy Bidima, Le livre entre mémoires et anticipations africaines, PP.
119-136, in « Il était une fois… le livre », éd. Unesco, 2001.
20. op. cit.

— 106 —
en relation avec le fait que cinq décennies de programme d’aide
au développement du livre en Afrique au Sud du Sahara n’ont
amené aucun ou si peu d’États du continent noir à créer au sein
de leurs universités un département de bibliologie.
Bien plus, on comprend mieux pourquoi, depuis trente-trois
ans, les décideurs africains sont ceux-qui traînent à répondre à
l’appel de l’Unesco pour l’élaboration d’une Politique nationale
du livre. La proclamation de la date du 23 avril de chaque an-
née comme Journée mondiale du livre et du droit d’auteur (prin-
cipale résolution de la 28e session de la Conférence générale de
l’Unesco à Paris du 25 octobre au 16 novembre 1995) n’a en rien
bousculé l’inertie des décideurs africains puisqu’il s’agit d’une
date ordinaire dans la plupart des pays africains qui ne cessent
de pointer du doigt les bailleurs de fonds internationaux au
sujet de leurs nombreux engagements financiers. Ces argu-
ments, bien qu’ils ne soient pas contestables en soi, ne peuvent
plus à eux seuls justifier la transparence de l’action publique
relativement au sous-développement des projets sociocultu-
rels. C’est avant tout une question de politique volontariste,
notamment en matière de rigueur, de discipline budgétaire et
de choix stratégiques de la part des décideurs africains qui, non
seulement ne se contentent pas de leur inertie culturelle mais
également s’activent à bloquer l’éclosion de l’énergie éditoriale
endogène.

La condition de l’éditeur africain


À l’observation, le caractère professionnel d’une activité ré-
pond au principe physique des vases communicants. D’un
côté, l’activité doit pouvoir générer les moyens nécessaires à
l’épanouissement de la personne qui l’exerce. De l’autre, ces
moyens doivent aider cette personne à améliorer ses capacités

— 107 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

professionnelles notamment par la formation et l’acquisition


des ressources matérielles plus performantes (équipements et
logiciels informatiques en l’occurrence) pour un service plus
satisfaisant. On pourrait ainsi parler d’une interpénétration
améliorante entre un minimum de moyens et la qualité du
service éditorial attendu. De ce point de vue, des catalyseurs
d’un fonctionnement acceptable du marché du livre doivent
exister. Qu’en est-il en Afrique ?
L’environnement externe à la profession
La rhétorique est presque connue de tous : étroitesse des mar-
chés, absence de cadre réglementaire des métiers du livre,
inexistence de cadre de formation, politique fiscale inadaptée
voire nocive, application tatillonne des conventions et accords
ratifiés, pouvoirs d’achat insuffisants, désaffection toujours
plus grande vis-à-vis de la pratique lectorale, indifférence des
médias aux efforts éditoriaux effectués, jugement défavorable
des décideurs se traduisant par une demande publique d’achat
de livres quasi nulle. La conjugaison de tous ces facteurs est
de nature à empêcher le progrès de la profession. Il en découle
un tissu de maisons d’édition sous-capitalisées, aux comptes
financiers difficiles à équilibrer poussant les éditeurs africains
à vivre quotidiennement un réel Sisyphe éditorial.
L’environnement interne de la profession
Ici, la question concerne tant les activités connexes à l’édition
que cette dernière proprement dite. S’agissant de la profession
d’éditeur, la principale difficulté tient au défaut de lisibilité
dans l’engagement professionnel des uns et des autres. Très
souvent, on ignore pourquoi beaucoup ont embrassé le mé-
tier. Aucune finalité ne transparaît de leur engagement, ce
qui est souvent source première des troubles de croissance, car

— 108 —
les « propriétaires » ne regardent pas dans la même direction
si ce n’est celle de faire des bénéfices21 à tous prix . S’y ajoute
l’instabilité  d’un personnel peu imprégné de ce qu’on veut
défendre culturellement, et souffrant très souvent du malaise
d’une rétribution largement en-dessous du seuil acceptable.
Aussi, est-il irréaliste de travailler en professionnel dans une
chaîne dont certains maillons ne partagent pas le souci de
la perfection. Le problème de l’amateurisme se doit d’être
abordé de façon transversale afin d’en faire un mouvement
d’ensemble dans la sphère livresque, notamment par le biais
de la formation. En Afrique, quelques expériences en matière
de formation ont fait du chemin, et chacune d’elles recèle une
stratégie dont il serait intéressant d’en dévoiler la spécificité.

Cas de l’ APNET (African Publisher


Network)
Fondé en 1992, ce réseau panafricain constitué d’une qua-
rantaine d’associations nationales d’éditeurs s’est donné pour
ambition de « promouvoir l’édition locale en Afrique », no-
tamment par le renforcement des capacités professionnelles des
éditeurs à travers des formations thématiques ciblées, l’appui
à la diffusion commerciale (en soutenant la présence desdits
éditeurs dans les foires, salons et autres symposiums traitant
de l’industrie du livre) et la confection des outils communs de
diffusion, tels les catalogues.
S’agissant des formations, l’APNET a bâti sa stratégie sur
deux axes : organiser entre éditeurs ou entre ceux-ci et d’autres
maillons de la chaîne éditoriale des sessions thématiques de

21. Ce qui n’est certes pas contestable en soi mais il faut se doter d’une boussole
qui permette de donner un sens aux actions que l’on entend poser.

— 109 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

formation ou d’échanges mobiles au niveau régional ou na-


tional. Pour ce faire, l’APNET a signé avec cinq universités
africaines (Université américaine du Caire en Egypte pour
le compte de l’Afrique du Nord, Université de Cape Town
pour l’Afrique australe, Université Moi-Eldoret à Nairobi
(Kenya) pour l’Afrique de l’Est, Université Kwame Nkrumah
de Kumasi (Ghana) pour l’Afrique de l’Ouest anglophone et
l’Université de Yaoundé II-Soa au Cameroun pour le compte
de l’Afrique centrale et de l’Ouest francophone) des conven-
tions aux fins d’abriter ces formations dites certificatives, donc
reconnues par lesdites institutions.
Le dixième anniversaire de cette institution, célébré en 2002, a
marqué les esprits de par ses réalisations, mais a été également
l’occasion de laisser transparaître des signes d’essoufflement,
car en voulant plaider en-dehors de la cause, elle subit les fou-
dres du phénomène d’entropie (troubles de croissance).
Une expérience francophone réussie : Le CAFED 
Le Centre africain de formation à l’édition et à la diffusion du
livre (CAFED) est un programme pédagogique à gestion dé-
centralisée de l’Agence intergouvernementale de la francopho-
nie (ex Agence de Coopération Culturelle et Technique) abrité
par le Centre africain de perfectionnement des journalistes
et communicateurs (CAPJC) à Tunis (Tunisie). Sa mission
initiale était d’assurer le perfectionnement des professionnels
des métiers du livre dans les pays africains francophones.
En quinze ans d’existence, la moisson est abondante : 49
activités concernant 764 participants et stagiaires de 31 pays
francophones ont pu s’y tenir. Ces sessions de formation et
séminaires d’échanges ont embrassé tous les maillons de la
chaîne éditoriale, de la politique éditoriale à la librairie en

— 110 —
passant par la gestion, la fabrication, la diffusion et la distri-
bution du livre.
Au-delà de sa mission initiale, le CAFED a réussi à construire
une famille de professionnels à la base d’un véritable tissu édi-
torial africain qui ont chaque fois su mettre le dialogue et
l’éthique professionnelle au centre de leur partenariat dont les
résultats se mesurent au nombre des collections en coédition
ou coproduction Sud-Sud. Le CAFED conduit également des
études sur l’Industrie du livre en Afrique et réalise des publi-
cations pratiques servant de réels vade-mecum aux éditeurs
africains.
Un modèle de solidarité professionnelle en matière de for-
mation en ligne : la collection Enjeux-planète.
Le paysage éditorial international est marqué depuis trois
par une expérience pionnière : la collection Enjeux-planète.
Pas moins de douze éditeurs francophones22 de douze pays
différents publient ensemble des ouvrages dont le prix public
varie selon les zones géographiques. Les éditeurs d’Afrique
subsaharienne et du Maghreb ne supportant que des coûts très
inférieurs à ceux pris en charge par les éditeurs du Nord. Ceci
par le biais d’une règle de péréquation répondant à un vœu de
« livre équitable ».
Au delà de cette solidarité financière agissante, le suivi édi-
torial de chaque projet est le fait d’un parrain et de deux co-
parrains. Ce qui présente l’avantage de niveler par le haut
les insuffisances professionnelles notamment des éditeurs du
Sud. Il s’agit d’une approche pratique, conçue par l’Alliance

22. L’Atelier(Paris), Cérès(Tunis), ECLM(Paris), Eburnie(Abidjan),


Ecososiété(Montréal), En-bas(Lausanne), Ganndal(Conakry), Jamana(Bamako), Luc
Pire(Bruxelles), PUA(Yaoundé), Ruisseaux d’Afrique(Cotonou), Tarik(Casablanca).

— 111 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

des éditeurs indépendants23 (qui accompagne par ailleurs de fa-


çon multiforme la collection Enjeux-planète et bien d’autres
initiatives éditoriales) visant à encourager la formation par
la participation aux projets. Les observateurs reconnaissent
l’efficience de cette approche et concluent que le niveau pro-
fessionnel s’est largement accru à l’intérieur du G1224 voire au
sein de l’ensemble de la soixantaine de maisons qui compo-
sent présentement cette Alliance. Les rencontres bi-annuelles
organisées par l’Alliance constituent une occasion supplé-
mentaire de frottement professionnel entre éditeurs de divers
horizons linguistiques, membres de l’Alliance débouchant sur
de fructueux échanges. L’accompagnement par un encadre-
ment multiforme de telles initiatives de la part des partenaires
culturels internationaux (Unesco en l’occurrence) est souhaité.
C’est pourquoi nous soumettons à la présente assemblée l’idée
de la création d’une chaire professionnelle Unesco des métiers
de l’édition aux fins de faire reculer l’amateurisme ambiant.
La charge du cadrage d’un tel projet reviendrait à l’Alliance
des éditeurs indépendants qui en ferait alors un nouvel axe
de développement de son vaste programme d’échanges et de
mutualisation d’expériences professionnels entre éditeurs du
Nord et du Sud.

Une expérience à vocation régionale à


réorienter : l’ESSTIC
La filière Édition de l’École supérieure des sciences et techni-
ques de l’information et de la communication (ESSTIC25) de
23. Op. cit.
24. Entendons groupe des 12 éditeurs francophones.
25. Institution universitaire fondée en 1970 dans le cadre d’une convention liant
six États : Cameroun, Centrafrique, Gabon, Rwanda, Tchad et, plus tard Togo(en

— 112 —
l’Université de Yaoundé II-Soa, au Cameroun, a été lancée il
y a un peu plus de dix ans(1994). Le sentiment de déception
qu’inspire cette expérience camerounaise vient de ce que la
quasi-totalité des étudiants issus de ces formations est para-
doxalement au chômage, alors qu’une main d’œuvre qualifiée
continue de faire défaut à l’édition au Cameroun et même sur
l’ensemble du continent. Le contenu des enseignements don-
nés ici est plus diplômant que professionnalisant.
Pourtant, les métiers de l’édition touchant les aspects de la
conception éditoriale, de la gestion, de la fabrication, de la
promotion et de la commercialisation, du droit de l’édition,
etc. ; s’ils étaient mis réellement au centre d’une pédagogie
opératoire à l’ESSTIC, rendraient d’énormes services au mar-
ché de l’emploi dans la filière livre.
Le nécessaire dialogue interprofessionnel
En Afrique, sur le terrain, les opérateurs de l’industrie du livre
donnent une impression de concurrence plutôt que de com-
plémentarité bien que la finalité soit la même : promouvoir
la culture. C’est pourquoi il y a lieu d’examiner dans quelle
mesure l’on peut créer les conditions de concertation perma-
nente entre tous les acteurs de la chaîne éditoriale pouvant
déboucher, d’une part sur la mise sur pieds d’accords interpro-
fessionnels ou code des usages à mettre sous la surveillance des
pouvoirs publics, dans le cadre des conventions d’établissement
et d’autre part, sur la structuration et la transformation d’ins-
tances associatives en appareils « idéologiques  » pour mieux
défendre les intérêts de la profession.

1972). Elle forme des éditeurs, des relationnistes et documentalistes, mais surtout
des journalistes, et reçoit par voie de concours les étudiants camerounais, et sur
étude de dossier les étudiants étrangers et auditeurs libres.

— 113 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Un autre avantage d’un dialogue interprofessionnel permanent


tient à l’urgence d’arriver à des pratiques professionnelles sai-
nes. Les questions d’ordre éthique sont au centre du cancer
qui ronge le métier d’éditeur en Afrique. Le vœu de limiter
les goulots d’étranglement dus à des pratiques qui desservent
la profession et qui sont souvent le fait de certains acteurs
peu respectueux de la bonne gouvernance éditoriale doit être
soutenu. Notons que seuls les réseaux associatifs peuvent aider
à y arriver. D’où l’urgence de veiller à les re-dynamiser de
façon à permettre qu’ils jouent pleinement leur rôle au sein de
la profession.
Rappelons à propos de la formation qu’il est impératif de
concevoir des modules opérants, prenant en compte les quatre
étapes fondamentales dans l’exercice du métier à savoir : sphè-
res éditoriale, de la production, de la diffusion/distribution et
de la gestion du cycle de vie d’une œuvre publiée. A chaque
étape du processus éditorial, il s’agira de formuler des paradig-
mes ou modèles adaptables répondant à toutes les exigences de
rationalité professionnelle, la règle d’or dans ce métier étant la
guerre aux coûts superflus, tant les marges sont faibles.
La formation par l’information représente également un res-
sort important pour propulser les éditeurs, notamment afri-
cains, dans l’actualité de la profession. C’est pourquoi, dans
le cadre de leur mission de veille, les études commandées par
des associations militantes, telle l’Alliance des éditeurs indé-
pendants, notamment sur l’état de la question du livre dans
le monde méritent d’être soutenues aux fins de donner une
chance de survie aux victimes du coût prohibitif de l’informa-
tion professionnelle.
Dans le même sillage, rendre possible des rencontres profes-
sionnelles tant au niveau international que régional ou national

— 114 —
est très formateur en ce que les échanges vivants, en l’occur-
rence sur les expériences professionnels évitent beaucoup de
frustrations dans la pratique du métier. Ces rencontres vivifient
également des partenariats éditoriaux (coédition/coproduction)
au bout desquels se dégagent toujours des leçons formatrices.
La solidarité professionnelle, leitmotiv lors desdites rencontres
« permet de partager d’autres compétences26 ».

Quels leviers pour accroître la maturité


professionnelle des éditeurs africains ?
La réponse à cette interrogation nécessite non seulement une
précision sur l’identité de l’éditeur, mais aussi un préalable
indépendant de la volonté des éditeurs eux-mêmes. Préalable
car, un minimum de conditions doivent être remplies pour que
l’énergie éditoriale soit libérée. En l’occurrence, l’Etat doit
mettre son poids dans la balance en rentrant financièrement
dans la cour éditoriale sans pour autant tordre le cou à ses
acteurs.
Aussi, n’est-il pas inutile de se poser la question de savoir ce
qu’est un éditeur. Alvaro Garzon27 nous en donne une excel-
lente définition : « L’éditeur exerce fondamentalement trois
fonctions :
 il décide des livres à publier ;
 il assume les risques financiers de sa décision ;
 il coordonne, tel un chef d’orchestre, les activités de l’auteur,
du ou des traducteurs, de l’illustrateur, de l’imprimeur, du
relieur, du publicitaire et des distributeurs. »

26. Jean Richard : « le capital symbolique peut se partager » in Où va le livre en


Afrique, éd. L’Harmattan, 2003, p145
27. op. cit.

— 115 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

La dualité qui fait de l’éditeur à la fois un homme d’affaires


et un catalyseur culturel nous autorise à nuancer cette lecture
économique de Garzon28 en recherchant non pas le juste milieu
de cette dualité, mais le nécessaire point d’équilibre pouvant
garantir la construction de la mémoire collective d’un ou de
plusieurs peuples partageant des valeurs culturelles séculaires.
Une seule main ne pouvant attacher un fagot de bois, dit un
proverbe africain, une synergie s’avère incontournable pour les
amoureux du livre.

En guise de conclusion : Se professionnaliser,


c’est faire chaque jour de plus en plus dans
moins en moins de domaine
Historiquement, le livre est présenté comme le plus puissant
instrument qui aura, au fil des temps, le mieux aidé à la cir-
culation du savoir et à la conservation des grands moments
des civilisations modernes. Au moment où se pose la problé-
matique de reconstitution du patrimoine culturel mondial,
l’entreprenariat éditorial, qui en est le cadre d’élaboration,
mérite un regard tout particulier, susceptible de surmonter les
difficultés, notamment celles orchestrées par certains déci-
deurs africains qui, jusqu’à présent, ne trouvent pas de raisons
valables à soutenir la libre expression culturelle en général et
tout particulièrement l’édition. Bien que l’Afrique continue
de traîner les séquelles de sa longue et gênante tradition de
l’oralité, il est à jamais temps de faire de la profession d’éditeur
une vaste entreprise de salubrité culturelle si non, comme di-
rait l’écrivain malien Amadou Hampaté Bâ, les bibliothèques
continueront de brûler et l’Afrique ratera certainement encore

28. op. cit.

— 116 —
une fois le rendez-vous « du donner et du recevoir » prôné par
Léopold Sédar Senghor.

— 117 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Alejandro Zenker, Ediciones del Ermitaño (México)

La profesionalización
del editor independiente

En el quehacer editorial se conjugan tanto las artes como las


ciencias. Sin embargo, cada vez predominan más las ciencias
y quizá menos las artes. El editor ha sido históricamente más
un autodidacta que un profesional emergido de una institu-
ción académica. En el ámbito mundial, el denominador común
es la falta de instituciones que incorporen en su currículo las
ciencias y artes del libro. En las grandes corporaciones edito-
riales, esta falta de formación integral del editor se suple con la
concurrencia de muchos especialistas que abordan, cada uno (y
generalmente de manera disociada), los diversos aspectos del
quehacer editorial, desde la contratación de las obras, la pro-
ducción editorial (revisión y marcaje, tipografía y formación,
lecturas), la impresión y encuadernación, hasta el marketing
editorial.
Sin embargo, las editoriales independientes viven una realidad
distinta. Generalmente son producto de la voluntad artesanal
de una persona o, en el mejor de los casos, de un pequeño
grupo de entusiastas del libro. Acometen la tarea más con
pasión que con conocimientos y recursos. Más que profesio-
nales del quehacer editorial, son apasionados del libro. Estas
carencias hacen que los proyectos que emprenden tengan, en
su mayor parte, poco impacto y corta vida. Más aun en países
de mediano o bajo desarrollo, donde realizan su labor enfren-
tando incontables obstáculos y nulos incentivos. Por eso urge

— 118 —
impulsar una labor sistemática de capacitación que lleve a la
profesionalización de su labor.
Sin embargo, al hablar de profesionalización enfrentamos
un problema mayúsculo. El quehacer editorial está sufriendo
transformaciones mayúsculas en estos momentos de la histo-
ria. Cuando hablo de profesionalizar, distingo dos grupos y
dos momentos: el del que ya se desempeña profesionalmente
como editor y carece de conocimientos en muchas áreas, y el
de la labor de formación de futuros profesionales del libro. Son
dos aspectos distintos unidos por un gran problema: ¿sobre
qué bases dotar de los conocimientos necesarios a editores y
estudiantes tanto para enfrentar unos su presente como para
tener éxito los otros en su futuro? La formación profesional
parte de un principio básico: los conocimientos adquiridos a
lo largo de los, digamos, cuatro años de formación deben ser
aplicables a lo largo de la vida útil del individuo. El problema
es que la vida útil de los editores es muy larga frente a la corta
duración de la validez de algunos conocimientos. Es decir, la
velocidad con la que la tecnología cambia impacta de manera
directa nuestro quehacer a tal grado que, si no contamos con
personal en estado permanente de actualización, el peligro de
caer en la obsolescencia de los conocimientos adquiridos es
mayúsculo.
Para ilustrar el problema se me antojaba importar un ejemplo
que me tocó vivir hace más de 20 años, cuando fui director
de una institución que tenía por objetivo formar traductores
e intérpretes. La situación de esas profesiones era similar a la
que viven los editores. Se trataba de una labor que carecía de
reconocimiento profesional y que por tanto cualquiera podía
desempeñar impunemente. Es decir, los jefes encargaban tra-
ducciones a sus secretarias supuestamente “bilingües” que a

— 119 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

duras penas dominaban su propio idioma, como hoy se encarga


la producción de un libro a insensatos impostores, diseñadores
gráficos en el mejor de los casos, que confían en la automati-
zación de los programas de diseño y composición tipográfica
ignorando las más elementales reglas del oficio. Había quizás
en aquel entonces una ventaja en el terreno de la traducción e
interpretación: ambas se impartían como carreras técnicas y
ya existían estudios con características de posgrado. A mí me
tocó elevarlas al grado de licenciatura y encabezar la lucha por
el reconocimiento profesional de traductores e intérpretes en
México. Con anterioridad habíamos creado la Asociación de
Traductores Profesionales, que batalló por lograr el reconoci-
miento social de la profesión. De entonces a la fecha, la situa-
ción de traductores e intérpretes ha cambiado notablemente.
Extrapolando esa experiencia, diría que hoy enfrentamos en
el terreno del quehacer editorial un reto similar. Necesitamos,
por un lado, profesionalizar esa labor y, por otra, lograr el
reconocimiento social del profesional vs. el improvisado. Sé
que esto puede sonar ofensivo para quien hoy ejerce profesio-
nalmente el quehacer editorial sin una formación académica,
forjado sobre la base de la experiencia. Lo mismo pasaba en
el terreno de la traducción e interpretación. Quienes ejercían
ambas actividades se habían forjado en la práctica. Esos pro-
fesionales empíricos tuvieron que convertirse en los teóricos
y profesores de las futuras generaciones de licenciados en tra-
ducción e interpretación. Hoy, los editores empíricos tenemos
frente a nosotros un reto similar: formar a las futuras gene-
raciones de licenciados en las ciencias y artes del libro, a los
futuros editores.
Sin embargo, la creación de carreras profesionales, de estudios
técnicos, de licenciatura y de posgrado en el terreno del que-

— 120 —
hacer editorial no es más que el inicio de una larga batalla que
debemos librar por profesionalizar nuestro medio, porque es
una labor a largo plazo que debe ir de la mano con la creación
de conciencia social acerca de la necesidad de que, quienes
tengan en sus manos convertir los textos de los autores en
libros, sean profesionales calificados. El segundo frente de esta
batalla por la profesionalización de nuestro medio reside en el
hoy y ahora. ¿Cómo profesionalizar a quienes hoy ejercen la
labor editorial?
Partamos de un principio: convertir los textos y demás mate-
riales gráficos de los autores en libros (porque los autores no
hacen libros, sino que crean el texto, las ideas e imágenes que
sirven de base para hacerlos) no es más que la primera parte
de una cadena compleja que lleva la obra del autor a las manos
del lector. Lo que distingue a buena parte de las editoriales
independientes es precisamente la capacidad de lograr dar este
paso: hacer libros. Pero la capacidad de hacerlos no convierte a
nadie en editor propiamente. Porque hay que concebir hoy en
día la labor editorial como lo que logra que el texto llegue al
lector, y muchos de los libros que produce el editor indepen-
diente no conoce otro destino más que el de las bodegas. Aquí
podríamos atribuirle la culpa no a quien edita, en este caso
“hace” los libros, sino a las condiciones que prevalecen en un
mercado acaparado por las grandes corporaciones editoriales
que han moldeado el mercado a su imagen y conveniencia.
Porque los problemas que vivimos y que hacen que nuestros
libros no lleguen a manos del lector, son de naturaleza exó-
gena, aunque tienen un componente endógeno vital. Es decir,
hay razones externas que propiciaron lo que percibimos como
“crisis”. Quizás la más importante ha sido el fenómeno eco-
nómico-político conocido como Globalización. Las fronteras

— 121 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

se abrieron y las grandes editoriales se convirtieron en trans-


nacionales del libro. Compraron editoriales menores, fusiona-
ron catálogos, descartaron libros que para sus parámetros de
rentabilidad no eran comerciales e iniciaron así un proceso de
contracción del catálogo de la oferta comercial del libro y una
invasión internacional de sus productos, es decir, best-sellers.
Las editoriales independientes salieron al paso y mantuvieron
la bandera de la bibliodiversidad en alto, abriendo sus puertas a
nuevos escritores, apostando a nuevas propuestas y retomando
los libros que, siendo valiosos para la cultura universal, des-
plazaron las mega-editoriales del catálogo mercenario. Pero
la globalización ha conducido a muchos otros cambios en los
terrenos económicos, políticos, sociales y culturales que inci-
den también sobre el proceso.
La industria editorial en general se encuentra en un profundo
cambio y muchos no se dan cuenta. A lo anterior se suman
las transformaciones profundizadas por la revolución tecno-
lógica que impregna todo, particularmente nuestro quehacer
editorial. Se trata de una revolución que apenas araña nuestro
quehacer, pero que tendrá inmensas implicaciones y nos en-
frentará en muy poco tiempo a un panorama muy diferente
del que hoy tenemos.
No nos equivoquemos. No se trata simplemente de cambios
en la correlación de fuerzas, en las políticas públicas hacia el
libro y la lectura o en la introducción de leyes más favorables
o desfavorables a nuestra industria. Se trata, más bien, de un
cambio del paradigma que lleva el texto del autor al lector. Y
este paradigma está cambiando ya y afectando sin excepción
a editoriales grandes y a chicas. Bien sabemos que un gigante
de la industria, de cualquier industria, no por grande y por
manejar grandes capitales está exento de riesgos. Por el contra-

— 122 —
rio. El gigantismo los acrecienta. El capital busca maximizar
sus rendimientos. Las grandes corporaciones se rigen por la
lógica del capital, y éste huye de los riesgos y va al encuentro
de reductos más sólidos, menos riesgosos. Por eso vemos que
estas grandes corporaciones, que han transformado el mer-
cado a su gusto y conveniencia, siguen buscando ferozmente
adecuar las leyes y el mercado. Pero hay fuerzas que están tra-
bajando en contra de sus intereses actuales, impulsadas por las
grandes corporaciones que han desarrollado desde hace años
tecnologías que rompen el paradigma comercial de la industria
editorial clásica. Estas nuevas tecnologías constituyen a la vez
un riesgo y una oportunidad para todos, particularmente para
las pequeñas editoriales.
Podríamos deducir de lo anterior que lo que nos impide a las
editoriales independientes competir exitosamente son funda-
mentalmente las condiciones que prevalecen en el mercado,
configuradas a conveniencia de las grandes corporaciones. Sin
embargo, yo creo que ésa es una respuesta parcial o, más bien,
una respuesta errónea. Difícilmente, en un mercado que se rige
por la lógica del capital, quienes representamos la vertiente
de la defensa de la “bibliodiversidad” vamos a poder incidir
como para transformar las leyes a nuestro favor. El mercado
seguirá obedeciendo a los magnates de la “bestsellerización”
del mercado. El camino se encuentra, si acaso, por otra vía.
¿Cómo enfrentarlo entonces? Regresamos al tema central de
esta ponencia: Mediante la profesionalización del editor inde-
pendiente. ¿Y qué entendemos por profesionalización? El co-
nocimiento de las ciencias y de las artes del libro y su aplicación
a nuestro quehacer editorial. Es decir, sin un conocimiento
profuso de las ciencias y las artes que le son inherentes a nuestro
oficio, difícilmente podremos enfrentar no sólo las condiciones

— 123 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

adversas del presente, sino que menos aun los retos del futuro.
Hay quienes piensan que el editor nace, no se hace. Nada más
erróneo. Por supuesto, como dijimos antes, hay quienes editan
por la simple pasión por el libro. Gran parte de los editores
independientes han surgido así. Sin embargo, cuando no se
han adueñado de los conocimientos necesarios, o han tenido
que contratar quién los tenga, o han desaparecido inexorable-
mente. Pero surge la interrogante: ¿cómo adueñarse de esos
conocimientos? Gran parte de los editores independientes son,
además de editores, profesionistas, es decir, trabajan en otras
áreas que son, generalmente las que bien les arrojan gran parte
o la parte complementaria de los recursos que requieren para
sobrevivir. Es decir, tenemos editores-profesores, editores-
diseñadores, editores-funcionarios, editores-impresores, etc.
Todos desearíamos vivir de nuestra labor editorial, pero pocos
lo hacemos. Porque hacen faltan los conocimientos de cómo
hacer de nuestra labor editorial rentable pese a las condiciones
adversas del mercado. Es decir, el desconocimiento de las le-
yes que imperan en el mercado y la incapacidad de crear una
estructura comercial eficaz, el empeño en seguir las rutas que
marcan los estereotipos editoriales y la falta de una búsqueda
pertinaz de nuevos caminos para la comercialización del libro
es lo que, entre otras cosas, lleva al fracaso. Finalmente, una
“editorial”, en el sentido de un proyecto empresarial, es la que lo-
gra cubrir profesionalmente todo el ciclo (texto-edición-distri-
bución-venta), y no la entidad (o la persona) que simplemente
sabe hacer libros bonitos a partir de buenos contenidos, libros
que fracasan en su objetivo de llegar al lector.
Sin embargo, dominar las ciencias y artes tradicionales no
servirá de mucho si a la vez no incursionamos en un aspecto
crucial: la investigación de las transformaciones actuales y

— 124 —
por tanto de los cambios que se avecinan (y que ya están en
proceso). La investigación es finalmente también el arte de la
previsión. Hoy podemos prever los cambios. Si no los sabemos
identificar, nos arrollarán cual tsunami destructor sin dejar
rastro de nosotros. Tenemos muchos ejemplos recientes, par-
ticularmente provenientes de la industria de las artes gráficas.
Como cuando surgió la computadora armada con un scanner y
una impresora láser y desplazó a quienes subsistían tranquilos
en medio de una variedad de tecnologías, como el linotipo, la
composer y la fotocomposición para producir tipografía. En
poco tiempo, esas tecnologías pasaron a la obsolescencia. Pero
también los autores y traductores se tuvieron que adaptar al
cambio: la computadora se impuso a la máquina de escribir,
y ya no hay quien acepte más que archivos electrónicos. La
tecnología se ha ido imponiendo, y quien no esté familiarizado
con ella, pasará muy malos ratos en el futuro.
Profesionalizar pasa, por tanto, por dos componentes:
1 . el del dominio de las ciencias y artes del libro y
2 . la adecuación de las mismas, a través de la investigación, a
los cambios que se están dando y se van a dar de manera
que estemos en condiciones de prepararnos para enfrentar
las actuales condiciones y de capacitar adecuadamente a las
nuevas generaciones de editores.
Los que hoy estamos en el mercado necesitamos urgentemente,
si queremos sobrevivir, profesionalizar nuestras editoriales.
El común denominador del editor presenta un síndrome in-
equívoco de que está en crisis, de que percibe los cambios y
de que no sabe cómo enfrentarlos: lamenta que el pasado haya
pasado y pide al tiempo que vuelva bajo la conocida consigna
de que todo tiempo pasado fue mejor.

— 125 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

La mala noticia es que el tiempo no volverá, y el pasado, pasado


fue. Sin una adaptación a las nuevas condiciones, y una prepa-
ración para lo que viene, las editoriales están inevitablemente
condenadas a la desaparición. La transformación de la cadena,
es decir, los anuncios de Google, Amazon y Yahoo-Microsoft
encaminados a la creación de la megalibrería y megabiblioteca
global del libro tanto electrónico como con soporte papel vin-
culados a las tecnologías de impresión digital y apoyados en la
automatización e internacionalización de los procesos no son
más que el inicio de muchas transformaciones que le esperan
no sólo al mercado, sino también a los polos del proceso: el
creador, es decir, el autor, y el lector.
El tiempo es muy breve para desarrollar el tema con la ampli-
tud que desearía. Pero quiero concluir con lo que creo que es
una buena y una mala noticia: la buena, que el editor indepen-
diente tiene más posibilidades de profesionalizar su quehacer
en función de esas nacientes necesidades, que la megaeditorial
transnacional de adaptarse rápidamente a los cambios, y —la
mala— que quien no se profesionalice y se adapte rápidamente
a las nuevas circunstancias, tendrá poco tiempo de vida en el
mercado y probablemente desaparecerá.
Confío en que estos encuentros y la conformación de alianzas
coadyuven a que nos mantengamos firmes y nos volvamos a
reencontrar para festejar nuestra subsistencia y la desapari-
ción de quienes han prostituido al mercado impulsados por su
amor, no al libro, sino al lucro generando una pobreza cultural
a través de la “bestsellerización” más que una riqueza a través
de la bibliodiversidad.

— 126 —
Jean Richard, Éditions d’en bas (Suisse)

Les coéditions solidaires et le


livre équitable29

Liminaire
En 2000, les Éditions Zed Books à Londres lancent une col-
lection de livre de sciences humaines, Global Issues Series for
a Changing World, destinée à explorer de manière critique les
mécanismes et les effets de la mondialisation, et à envisager des
possibilités d’y répondre de manière appropriée. Elle inaugure
une politique éditoriale cohérente fondée sur la multiplication
de partenariats soit éditoriaux soit de diffusion/distribution.
Cette collection a ainsi connu un essor important dans le
monde anglo-saxon outre l’Angleterre, aux États-Unis, en
Australie et en Nouvelle-Zélande, en Asie, et en Afrique.
« Les livres participent à la construction de soi et du monde :
ils doivent circuler librement. Pourtant, la logique financière
imposée par la concentration des grands groupes éditoriaux
entrave leur circulation. Des “éditeurs indépendants”, farou-
chement attachés à leurs rêves et à leur liberté, se sont réunis
pour inventer le “livre équitable”. Un livre édité solidairement
et dont le prix de vente est adapté au pouvoir d’achat de chaque
pays. Il devient alors accessible ici, là-bas, parterre, en rayon,
dans les poches et les sacs des unes et des autres. »
29. Cette contribution, remaniée et réduite, s’inspire et reprend de nombreux
éléments du texte du même auteur paru dans l’ouvrage collectif, L’accès au livre.
Édition solidaire et bibliodiversité, Bruxelles, Colophon éditions, 2004, p. 15‑31.

— 127 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Ce texte publié en quatrième de couverture du livre d’Ami-


nata Sow Fall, Festins de la détresse30, — premier livre d’une
collection littéraire intitulée terres d’écritures, lancée au Salon
africain du livre dans le cadre du Salon du livre de Genève en
2005 — résume bien la politique éditoriale de la version fran-
cophone de la collection Global Issues : la collection Enjeux
Planète31 conçue en 2000 (sur l’initiative de Robert Molteno
de Zed Books), définie en 2001 et lancée en 2002, dans le
cadre du « réseau » francophone de l’Alliance des éditeurs
indépendants, par douze éditeurs (cette collection compte 9
titres actuellement). Avec la publication du livre de Vandana
Shiva, La vie n’est pas une marchandise, en 2004, le logo ou le
label « Le livre équitable » apparaît pour la première fois sur
la couverture. Ce label ne tombe pas du ciel : il est l’aboutis-
sement d’une pensée en action autour et à partir, d’une part,
de l’analyse des transformations du monde du livre et, d’autre
part, de pratiques solidaires de mutualisation dans le domaine
de l’édition.

L’expression « Le livre équitable » se traduit


ainsi par :
1 . Un principe : la libre circulation des biens culturels dont
font partie les livres et le libre accès aux livres conjugués à

30. Aminata Sow Fall, Festins de la détresse : L’Or des fous, éditeur Sankofa &
Gurli, Presses universitaires d’Afrique, Ruisseaux d’Afrique, les Éditions d’en bas,
Tarik, CAEC-Khoudia, Éburnie et Jamana ont coédité cet ouvrage.
31. Les partenaires sont : Cérès Éditions (Tunisie), les Éditions Charles Léopold
Mayer (France), Éburnie (Côte d’Ivoire), Écosociété (Canada), D’en-bas (Suisse),
Ganndal (Guinée), Jamana (Mali), Luc Pire (Belgique), Presses Universitaires
d’Afrique (Cameroun), Éditions Ruisseaux d’Afrique (Bénin), Tarik Éditions
(Maroc).

— 128 —
la liberté d’expression et à la promotion de la diversité de
ces biens culturels (la « bibliodiversité » en ce qui concerne
les livres) ;
2 . Un constat analytique et archéologique (au sens de Michel
Foucault) : les entraves et les barrières à la libre circulation
des livres sont nombreuses, mais toutes fondées sur deux
nouveaux totalitarismes étroitement liés — n’ayons pas peur
des mots — car leurs visées sont bien celle d’un contrôle
total. Le totalitarisme de l’économie (l’économisme, la
marchandisation du monde) dont les instruments sont la
libéralisation, la déréglementation et la restructuration des
marchés du livre ainsi que la mainmise ou recolonisation de
ces marchés, la concentration horizontale et/ou verticale des
entreprises opérant sur ces marchés, la non-application des
conventions internationales garantissant la libre circulation
des biens culturels, l’expropriation des biens culturels ; et
le totalitarisme diffus, normalisé, mais ô combien efficace,
du contrôle de la pensée, de sa sujétion et de sa diffusion,
autant de la part des États que des entreprises multinatio-
nales (André Schiffrin32; Maurice Born33) ;
3 . Des politiques d’édition indépendante et solidaire : il s’agit
d’une lutte politique et sociale fondée sur l’indépendance
(l’autonomie) et le libre choix des éditeurs, qui décident de
s’associer en des « communautés » pour mettre en œuvre des
politiques éditoriales solidaires, équitables et responsables,
pour mutualiser leurs ressources et leurs savoir-faire, à par-
tir de « pactes », « d’engagements mutuels », et « d’accords
32. André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, La Fabrique éditions, 1999, p.
93‑94.
33. Maurice Born, Pas de quartiers ! De quelques figures du déracinement, Éditions
d’en bas, 2005, sur le totalitarisme dans les démocraties occidentales cf. pp.
8-9, pp. 30-31.

— 129 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

pratiques réciproques ».34

Quelques remarques terminologiques


Première remarque. l’Alliance des éditeurs indépendants n’est
pas un simple assemblage de « réseaux » linguistiques ayant
des intérêts en commun, style GIE (Groupement d’intérêts
économiques). La métaphore horizontale et spatiale du « ré-
seau » est trop restrictive et technocratique. Tout le monde
en use et abuse. L’Alliance tend plutôt vers la constitution de
communautés irriguées par la mise en commun — la mise à
l’épreuve — de valeurs et de pratiques librement choisies dans
le monde du livre : c’est en cela qu’elle tend à répondre au
mieux au souhait d’André Schiffrin qu’un « groupe d’éditeurs
à travers le monde » s’attaque « aux très graves problèmes du
livre » en cherchant « à cerner les vraies questions et à y ap-
porter des réponses »35.
Deuxième remarque. Le label, le logo, « Le livre équitable » est
avant tout un label de solidarité. Il est évidemment énoncé par
analogie au label du commerce équitable, mais soyons attentifs
car il participe ainsi aux éléments discursifs de plus en plus
répandus et appropriés par des acteurs de tout bord : ONG,
gouvernements, instances internationales, fondations, entre-
prises privées, etc. C’est une véritable cacophonie qui s’égrène
selon des déclinaisons diverses : « le développement durable »,
« le commerce éthique », « l’économie à visage humain », ou
« l’économie solidaire ». Ces expressions se trouvent prises
dans les rets des discours concernant les rapports socio-éco-
nomiques « Nord-Sud », eux-mêmes enchâssés dans le cadre

34. Ibid, pp.32-33.


35. André Schiffrin, ibid., p. 92.

— 130 —
général de ce que l’on continue d’appeler les programmes de
« développement ». Méfions-nous des oxymores de ce genre
qui mythologise les pratiques économiques pour mieux cacher
leurs effets déstructurants et dévastateurs sur les communautés
humaines.36

De la destruction de la chaîne du livre


L’économisme
L’économisme a envahi le monde du livre sous toutes ses for-
mes — il constitue la barrière et la menace la plus grave pour
le libre accès au livre. Il veut nous faire croire que tout se tra-
duit en terme d’échanges économiques, en termes de coûts, en
termes de produits, de « marché », de concurrence — une ap-
proche réductrice, réifiante, fétichiste en fin de compte. Même
si l’édition et la diffusion de livres constituent effectivement
une activité économique, cette dimension s’articule à d’autres
aspects constitutifs du livre : la culture et la formation, le social
et la politique (des échanges d’un autre ordre) — en tout cas
dans les sociétés où la lecture et l’écrit sont dominants. Cette
constitution multiple plaide pour une approche économique
spécifique du livre et de sa circulation qui intègre tous ses
facteurs (Françoise Benhamou37).
Nous assistons depuis quelques années à la concentration et à
la restructuration, à la rationalisation, à la déréglementation
et à la libéralisation économique de la chaîne du livre sur le
plan horizontal (entreprises du même type : éditions, diffu-
sion/distribution, groupe de librairies) et sur le plan vertical

36. Gilbert Rist, Le développement. Histoire d’une croyance occidentale, Paris,


Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1996, p. 316.
37. Françoise Benhamou, L’économie de la culture, Paris, La Découverte, 2001.

— 131 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

(intégration de la chaîne du livre dans une seule entreprise),


ainsi qu’à l’inclusion de la chaîne du livre dans des multina-
tionales multimédias — ceci autant au niveau d’un pays qu’au
niveau transnational. Ce mouvement a fait basculer l’univers
du livre de la dimension de la création à celui de la gestion,
de celui de l’innovation — qui est de l’ordre de l’offre — au
formatage de la demande, il a renversé les priorités entre la
politique éditoriale et la rationalité économique. Le principe
de la péréquation financière (par exemple, entre les livres à
rotation rapide et ceux à rotation lente) est remplacé par une
rentabilisation sectorielle ou à l’unité. Au final, on en arrive à
concevoir que l’édition puisse se faire « sans éditeurs » (André
Schiffrin38).
Les conséquences de cette lame de fond sont multiples et ont
toutes des effets négatifs sur la diversité culturelle, sur la bi-
bliodiversité :
Les auteurs et les textes
L’uniformisation et la standardisation des livres, leur annexion
à des processus de marketing associés à des produits dérivés.
La surproduction d’ouvrages et le gaspillage écologique qui
s’ensuit.
L’innovation et la création, gage de diversité, sont alors relé-
guées dans les marges, les limes, pour souvent être récupérées
(rachats d’auteurs).
Dans le domaine scolaire, surtout en Afrique et dans les pays
de l’Europe de l’Est, les multinationales occidentales de l’édi-
tion vont procéder à des « glocalisations » : à partir de leurs
bases de données dans le domaine de la formation (textes, ima-
ges, audio), elles recrutent des équipes d’enseignants locaux et
38. André Schiffrin, L’édition sans éditeurs, Paris, La Fabrique éditions, 1999.

— 132 —
« localisent », contextualisent, adaptent, les textes en privilé-
giant évidemment les textes en langue étrangère (en Afrique,
le français). L’entrée sur le marché du livre scolaire, sous la
forme d’appels d’offre internationaux (politique de la Banque
mondiale), est souvent trop coûteuse pour de petites maisons
d’éditions indépendantes.
Par ailleurs, un processus d’expropriation culturelle se met en
place. Par exemple, un certain nombre d’auteur-e-s africain-
e-s sont publiés dans le Nord sans contreparties dans le Sud :
peu de coéditions, de coproductions et/ou de ventes de droits ;
à l’import les prix des livres sont inaccessibles au lectorat des
pays du Sud.
Les maisons d’éditions
La disparition de maisons d’éditions indépendantes et la mo-
dification de leurs catalogues, de leurs patrimoines. Par exem-
ple en Afrique ou en Europe de l’Est, des groupes d’éditions
occidentaux vont racheter des maisons d’éditions ou s’implan-
ter et fragiliser les structures éditoriales locales, afin de rafler le
marché du livre scolaire avec l’aide des programmes scolaires
de la Banque mondiale ou des gouvernements occidentaux.
Les librairies
La disparition de librairies indépendantes soit par l’absorption
dans des chaînes de librairie où les principes de la rentabilité
dominent — cela a un effet sur les éditeurs indépendants car
ces chaînes indépendantes exigent parfois un seuil de chiffre
d’affaires trop élevé (cf. le cas de Zed Books en Angleterre) ;
soit, lorsque les marchés sont libéralisés et déréglementés, par
une stratégie de terre brûlée : prix discountés, concurrence sur
les best-sellers. Le nombre de points d’accès culturel au livre que
sont les librairies sont aussi un gage de diversité.

— 133 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

La distribution
Le développement de mastodontes de la distribution — la
logistique concernant le livre est lourde — écarte les peti-
tes structures éditoriales peu rentables. Les flux Nord-Sud
de livres (centre-périphérie) sont déséquilibrés. Les pays du
Sud sont prétérités à double titre : accès quai impossibles aux
marchés du livre des pays du Nord et, lorsque les livres sont
exportés, prix prohibitifs à l’import (malgré les aides gouver-
nementales occidentales à l’export pour baisser ces prix et à la
promotion de leur propre).

Une nouvelle colonisation du monde et des


peuples
Quitte à paraître anachronique, l’on peut affirmer que la conju-
gaison de tous ces facteurs constitue, dans le monde du livre et
ailleurs, un nouveau colonialisme du monde : assujettir toute
espace de quelque ordre qu’il soit, telle est la visée du pouvoir
économique à notre époque.

Le livre équitable et solidaire : une réponse


alternative aux enjeux du monde du livre
L’usage de l’appellation « Le livre équitable » est une démarche
nécessaire, car elle inscrit de manière visible dans le paysage
éditorial un acte de résistance et de rupture par rapport aux
pratiques courantes et constitue une réponse modeste mais
adaptée aux enjeux et défis de la chaîne du livre. La prati-
que du « livre équitable » s’écarte du processus normatif lourd
et coûteux de certification — au demeurant le plus souvent
géré par des partenaires du Nord — propre au « commerce

— 134 —
équitable » dans d’autres domaines. Elle trouve sa légitimité
dans une démarche politique de démocratie participative et
associative.
L’assiette et les conditions du marché du livre d’un pays ou
d’une zone linguistique sont déterminantes pour rendre pos-
sible ou viable un projet éditorial. Dans le monde francophone,
la marginalisation des zones « périphériques », les coûts élevés
de la diffusion/distribution ou même l’impossibilité de trouver
des partenaires diffuseurs/distributeurs, des coûts de produc-
tion élevés (notamment en matière de traduction), une assiette
du marché réduite, sont des obstacles à la publication de livres
— en particulier, dans le domaine des sciences humaines et de
plus en plus dans celui de la création littéraire — et à la libre
circulation des idées et des œuvres de l’esprit.
Comment dès lors rendre économiquement et culturellement
accessibles les livres publiés par des maisons d’éditions indé-
pendantes ? Quelques exemples nous permettront d’y répon-
dre. Nous avons introduit cet exposé avec la collection Global
Issues de Zed Books, démarche politique, certes, mais sur un
modèle classique de coédition. Dans le cadre de cette col-
lection, Zed Books joue le rôle d’éditeur principal, assumant
toutes les fonctions éditoriales depuis le choix des sujets ou
problématiques, la recherche d’auteur-e-s ou spécialistes, le
traitement des manuscrits, la production des livres et la logis-
tique de la distribution — sauf dans certains cas où les livres
sont imprimés sur place comme en Australie. Ce modèle de
coopération se retrouve dans une démarche Sud-Sud : celles
mises en place par les Éditions Ruisseaux d’Afrique au Bénin
pour leurs collections de livres pour enfants, « Le Serin » et
« La Libellule », coéditées sur un axe Sud-Sud avec des par-
tenaires du continent africain. Les avantages : des économies

— 135 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

d’échelle grâce à la réduction des coûts de fabrication, du prix


de revient unitaire des livres, grâce à des tirages plus élevés.
Mais les éditeurs partenaires assument individuellement les
coûts souvent élevés du transport des livres.
Dans le domaine francophone, la collection « Enjeux Planète »
a fédéré des éditeurs indépendants autour d’un projet éditorial
encore plus intégré : il est régi par des principes de participa-
tion démocratique et associative. Ce même modèle se trouve
à l’œuvre autour de la collection littéraire terres d’écritures ou
même autour d’un ouvrage comme celui de Joseph Ki-Zerbo,
À quand l’Afrique. La dimension équitable et solidaire de ce
mode de coédition se fonde sur plusieurs paramètres :
 Le processus décisionnel : tout le processus décisionnel
de choisir un-e auteur-e, un-e traducteur/trice (en tenant
compte d’une répartition équitable entre personnes issues
du Sud et du Nord), de publier un manuscrit ou de traduire
un livre, d’établir le calendrier et le rythme des parutions,
de fixer les prix publics selon les marchés — en fait de
construire un projet collectif éditorial commun — est décidé
démocratiquement par les partenaires grâce à des rencontres
et aux ressources de communication de l’Internet.
 La répartition des tâches éditoriales et de fabrication : le
travail éditorial (préparation du manuscrit, validation de
la traduction, corrections, mise en page, suivi de la fabri-
cation) est assumé à tour de rôle par un éditeur principal
— qui gère aussi les droits pour le collectif des éditeurs
— assisté de deux parrains. L’éditeur établi un contrat
d’édition avec l’auteur-e ou de traduction avec la maison
d’édition. Ce contrat est prolongé par une convention entre
tous les éditeurs partenaires du projet d’édition. L’impres-
sion des livres a lieu le plus souvent dans un pays du Sud

— 136 —
(en l’occurrence pour Enjeux Planète chez un partenaire,
Cérès, en Tunisie).
 Un système de péréquation économique et financière : tous
les coûts (y compris les coûts de transport) sont répartis
de manière proportionnelle en fonction des conditions
économiques et du marché du livre de chaque partenaire.
L’impression du livre dans un seul lieu implique des éco-
nomies d’échelle importantes par rapport aux tirages qui
sont relativement importants. Afin de réduire les coûts de
transport, des partenariats solidaires sont mis en place avec
des compagnies aériennes ou avec des transitaires. L’objectif
final est de rendre le livre accessible au lectorat de chaque
éditeur partenaire et dans des conditions économiquement
viables pour lui. Selon une règle de 3, les coûts pour les pays
du Sud représentent environ 1/3 de ceux pour les pays du
Nord, et pour les pays de l’Afrique du Nord 2/3 Les droits
d’auteur et de traduction sont rétribués en fonction des prix
publics différenciés des différents partenaires.
 Le lecteur ou la lectrice français(e), belge, suisse et
canadien(ne), par son achat d’un « Livre équitable », sou-
tient indirectement l’achat du même livre par un lecteur ou
une lectrice béninois(e) ou malien(ne), à un prix plus adapté
à son pouvoir d’achat.
 La promotion collective des ouvrage sous la forme de cam-
pagnes de presse, de matériaux promotionnels (dépliants,
affiches), de rencontres publiques, etc.
 La création de communautés d’éditeurs indépendants par
zone linguistique dans le cadre de l’Alliance des éditeurs
indépendants permet aussi de proposer des projets édito-
riaux collectifs ou ponctuels aux partenaires sur des bases
semblables. La publication du livre de Joseph Ki-Zerbo, Á

— 137 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

quand l’Afrique ?39 en est un exemple patent. Cet ouvrage a


connu une très grande diffusion en grand format, puis en
poche, en Afrique et en Europe. Il a été traduit en Italie.
Une édition collective, solidaire, est en cours dans la zone
linguistique lusophone.
 Le modèle du livre équitable commence à avoir une in-
cidence au-delà du milieu des éditeurs indépendants : par
exemple, Actes Sud, maison d’éditions françaises ayant une
collection de littérature africaine, a accepté de céder des
droits à un tarif acceptable afin de permettre à des éditeurs
africains francophones de coéditer (Sud-Sud) en livre de
poche L’Ombre d’Imana. Voyages jusqu’au bout du Rwanda
(2006)de Véronique Tadjo40.

Bilans et perspectives
Le succès du livre équitable et de son mode d’édition solidaire
ne se mesure pas seulement à l’aune des résultats économiques.
L’existence de l’Alliance des éditeurs indépendants et de ses
multiples activités en atteste.
Ce mode intégré et équitable de faire de l’édition repose sur
une forme démocratique et participative où les éditeurs parte-
naires assument des responsabilités multiples. En principe un
tel processus fonctionne bien lorsque tout le monde assume ses
responsabilités et ses engagements. Mais ces partenaires, dans

39.39������������������
Joseph Ki-Zerbo, Á quand l’Afrique ? Entretiens
����������������
avec René
���������������
Holenstein, 2003,
2004 (poche), coéditeurs : l’aube (France), Éburnie (Côte d’Ivoire), en bas (Suisse),
Ganndal (Guinée), Jamana (Mali), Presses universitaires d’Afrique (Cameroun),
Sankofa et Gurli (Burkina Faso).
40. Les coéditeurs sont : Akoma Mba (Cameroun), Cérès (Tunisie), Edilis (Côte
d’Ivoire), Khoudia (Sénégal), Ruisseaux d’Afrique (Bénin), Sankofa & Gurli (Burkina
Faso), Silence (Gabon), Urukundo (Rwanda)

— 138 —
la mesure où ce sont des maisons d’éditions indépendantes, ne
sont pas à l’abri de défaillances et de difficultés : il s’agit alors
d’admettre cette fragilité et d’activer les relais solidaires, de
dépasser les habitudes de fonctionnement solitaires — cela
ne va pas de soi et requiert un apprentissage plus poussé de la
démocratie participative.
Mais il ne faut pas négliger la dimension économique.
L’introduction d’une péréquation complète sur l’ensemble des
coûts d’une collection comme Enjeux Planète sans aucuns sou-
tiens financiers (les débuts de cette collection ont été soutenus
par différents partenaires notamment la Fondation Charles
Lépold Mayer pour les progrès de l’homme) a une incidence à
la hausse importante des coûts pour les partenaires du Nord.
Dans la mesure où des ouvrages de sciences humaines ont plus
de peine à trouver leur lectorat (tendance générale sur le mar-
ché du livre), que pour certains partenaires l’assiette du marché
est restreinte et que certains auteur-e-s ne sont pas connu-e-s,
une telle collection est difficilement viable économiquement
sans aides (à la traduction en particulier) — les tirages sont en
moyenne plus élevés dans les pays du Nord. Ce qui n’est pas le
cas pour des ouvrages plus enracinés dans un contexte éditorial
culturel ou politique (des auteur-e-s connu-e-s ou reconnu-e-s
d’œuvres de sciences humaines ou de fiction, ou des livres dont
les problématiques sont liées de manière plus évidente à l’ac-
tualité) : selon les circonstances, les tirages et les ventes seront
plus élevés dans les pays du Sud ou dans l’ensemble des pays.
Le bilan écologique du livre équitable pose un problème non-
résolu : le transport par voie aérienne des livres est à la fois
coûteux et écologiquement discutable. Il est difficile de trouver
une solution médiane entre les économies d’échelle au niveau

— 139 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

de l’impression et les exigences éthiques par rapport à la di-


mension environnementale…

Au-delà des livres : la formation d’une


communauté solidaire au service de la
bibliodiversité41
Par la mutualisation des compétences, des pratiques et des
ressources éditoriales, la mise en place de coopérations in-
ternationales d’éditions solidaires permet d’affronter d’autres
aspects et problématiques propres à la chaîne du livre. Dans le
domaine du droit international, il s’agit de veiller à l’application
des accords internationaux tels que l’Accord de Florence et le
Protocole de Nairobi concernant la libre circulation des biens
culturels : trop souvent, lors du passage en douane, les livres
sont soumis à l’arbitraire de tarifs de traitement de dossier par
les douanes et les transitaires dans les pays du Sud. Ou bien, il
est nécessaire d’explorer les possibilités de faire appliquer les
dispositions de l’Acte de Paris (qui fait partie de la Convention
de Berne) qui obligent les détenteurs de droits de céder des
droits d’exploitation au pays du Sud selon les conditions du
marché de ceux-ci. D’autres aspects sont mis en œuvre ou
envisagés : la mutualisation des ressources et des savoir-faire
dans le domaine de la gestion éditoriale, de la formation, de
la diffusion et de la promotion (catalogues, sites portail sur
Internet, etc.) et des politiques nationales culturelles et struc-
turelles par rapport au livre. Trois ouvrages-ressources sont
ainsi issus de l’Alliance des éditeurs indépendants ou de parte-
nariats : Marcus Gerlach, Protéger le livre et Luc Pinhas, Éditer

41. Cf. Le site internet de l’Alliance des éditeurs indépendants, http://www.


alliance-editeurs.org

— 140 —
dans l’espace francophone, et L’accès au livre. Édition solidaire et
bibliodiversité — livre collectif initié par Colophon éditions.

— 141 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Gaston Bellemare, Écrits des Forges (Québec)

La coédition : acte engagé de


bibliodiversité pour les auteurs,
les éditeurs et les lecteurs

Écrits des Forges, éditeur québécois de poésie depuis 1971 et


dont le catalogue atteindra 1 000 titres de poésie dès l’automne
2006 pratique la coédition depuis 1983. Nous avons coédité
405 livres de poésie avec 52 éditeurs de 22 pays. Nous fûmes
et sommes encore un des premiers éditeurs de poésie à prati-
quer la mondialisation des marchés tout en nous opposant à la
mondialisation de la culture.
La coédition est tout le contraire de cette mondialisation de la
culture. En coéditant 2 livres bilingues, un éditeur québécois
publiant un poète mexicain et un éditeur mexicain, un poète
québécois, ces 2 éditeurs participent pleinement, à leur façon,
à la biblio-diversité. En effet, cette double coédition permet
à ces 2 livres de poésie et à leurs auteurs d’être vendus et lus
dans 2 pays différents. En même temps elle leur permet de
signifier au public qu’ils sont suffisamment importants pour
être traduits, pour faire partie de deux catalogues, de deux
chaînes différentes de distribution et diffusion du livre et de
rejoindre, entre autres, les publics suivants :
1 . le public de la langue des pays de ces 2 auteurs et celui des
réseaux internationaux différents de diffusion qu’utilisent
les 2 coéditeurs;
2 . les publics de la langue des gens qui ont émigré dans le pays

— 142 —
de l’autre auteur ;
3 . le public des traducteurs qui s’intéressent à ce que d’autres
traducteurs font et qui recherchent les bons auteurs à tradui-
re engendrant ainsi d’autres actes de biblio-diversification.
La coédition des livres bilingues de ces 2 auteurs leur donne
une plus value sur le marché des Foires de droits et des Salons
du livre où leurs coéditeurs font des affaires.
La coédition des livres bilingues de ces 2 auteurs favorise net-
tement une ouverture à la connaissance mutuelle des cultures
impliquées dans ces coéditions, et l’exportation de celles-ci
dans les pays des éditeurs signataires et de ceux de réseaux
internationaux qu’utilisent ces 2 langues.
La coédition permet aux 2 livres coédités de porter les cou-
leurs locales dans chacun de deux pays et, ainsi, d’éviter de se
retrouver dans la section des littératures étrangères dans les
librairies et les bibliothèques de ces pays
Elle permet aux éditeurs partenaires de garder totalement
leurs caractéristiques d’éditeur (composition, typographie,
couverture, etc.), lorsque chacun des partenaires est l’éditeur
principal ou de tête d’un titre, et de continuer d’être régi par
les lois du pays d’origine de chacun des éditeurs.
Elle permet de développer la complicité et la diversité édito-
riale et culturelle entre les coéditeurs qui cheminent ensemble
au cours des années.
Elle permet également de participer à la diversité du soutien
financier de chacun des coéditeurs; ce qui est loin d’être né-
gligeable en édition culturelle.
Elle permet de fournir et de recevoir toutes les informations
requises à l’orchestration de la pénétration de ces livres dans

— 143 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

les marchés de ces 2 pays (études de marché, public-cible, évo-


lution des clientèles, etc.).
Elle permet à ces éditeurs qui pratiquent la coédition au plan
international avec des partenaires de multiples pays, d’esquis-
ser, avec les années, un catalogue international de la poésie
actuelle qui en deviendra une sorte d’anthologie.
Elle permet de réduire les coûts unitaires de production pour
les titres retenus, vu les achats qu’occasionne chacune des coé-
ditions de ces titres.
Elle permet aux poètes coédités de participer, avec chacun
des coéditeurs, à toutes les activités et événements littéraires
(foires, salons, lancements, rencontres, etc..) de ces partenaires
et d’élargir ainsi visibilité, notoriété, positionnement, marché
et ventes.
Elle permet de maintenir à jour des dossiers d’auteur et de
presse sur des poètes internationaux et d’expérimenter diverses
stratégies de communication avec les journalistes nationaux.
Elle permet de choisir et d’appuyer ensemble les candidats à
soutenir lors de prix, de festivals et d’événements internatio-
naux de poésie.
Elle permet de faire le point annuellement sur l’évolution
de la mondialisation des marchés, ses caractéristiques, ses
mécanismes et le niveau d’intérêt de chacun à continuer d’y
participer.
Elle s’ajoute aux autres actes de bibliodiversité devenus né-
cessaires et participe à la résistance face à la montée de l’inté-
grisme culturel.

— 144 —
La coédition est donc au cœur de la bibliodiversité et de la
diversité culturelle et en constitue une pratique quotidienne
de premier plan tant pour les auteurs, les éditeurs que pour
les lecteurs.

— 145 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Gilles Colleu, Vents d’ailleurs (France)

Diffusion et distribution : la
place de l’éditeur indépendant

De rapprochements en rachats, la concentration dans le secteur


de l’édition en France n’a jamais été aussi visible. Rappelons
que les huit premiers groupes d’édition représentent les trois
quarts du chiffre d’affaires du secteur. Le leader, Hachette
Livre, avec 1,43 milliard d’euros de chiffre d’affaires fait plus
du double du deuxième, Editis42.
Ces huit premiers acteurs forts du marché se sont dotés de
structures logistiques de distribution du livre puissantes. Il est
tentant pour un éditeur indépendant de se rapprocher de ces
structures industrielles efficaces et de leur confier une tâche
que l’on pourrait croire de simple logistique : transporter les
livres vers les points de vente et assurer la facturation. Nous
allons voir que les implications sont moins neutres qu’il n’y
paraît.
Une enquête faite en 2003 par le Centre national du Livre43
auprès des librairies de premier niveau montre que « la part
cumulée des deux premiers distributeurs (Hachette et Editis-
Interforum) varie de 12 % à 70 %, la moyenne pondérée se si-
tuant à 44 %. La part des cinq premiers distributeurs (Hachette
et Editis-Interforum, Gallimard-Sodis, Flammarion-UD et
Seuil) sur la période concernée par l’étude (exercice 2001/2002)
42. « Les 200 premiers éditeurs français », Livres-Hebdo, n°618, octobre 2005
43. Situation économique des librairies de 1er niveau, enquête 2003, Centre
national du Livre, Paris, 2004.

— 146 —
varie quant à elle de 54 % à 99 % et s’élève à 72 % en moyenne
pondérée ». Le rachat partiel d’Editis par Hachette et le rachat
du Seuil par la Martinière ne peut que relever le seuil de ces
chiffres pourtant déjà particulièrement élevés.
Parallèlement à ces groupes, il existe quelques petites structu-
res de distribution indépendantes qui ont bien des difficultés
à se faire entendre auprès des différents points de vente du
livre et qui sont soumises aux lois du marché imposées par
le fonctionnement des groupes. À titre d’exemple le groupe
Hachette distribuerait plus de 300 millions de volumes tandis
que Harmonia Mundi, un des rares distributeurs indépen-
dants, en distribuerait moins de 3 millions.

Un éditeur d’un poids économique modeste pourrait croire


qu’il a tout à gagner en s’appuyant sur un groupe puissant
et que les intérêts entre éditeurs, diffuseurs, distributeurs et
libraires sont nécessairement convergents. Cette hypothèse,
hélas, ne se vérifie pas…
On sait que tout rapport commercial est également un rapport
de pouvoir. Le plus puissant peut dicter ses procédures et im-
poser les méthodes qui l’avantage le plus. L’idéologie libérale
qui domine le fonctionnement de l’économie en France induit
pour le livre une logique de produit comme les autres, or le livre
n’est justement pas un produit comme un autre. Les relations
souvent antagonistes entre le livre vu comme un objet culturel
et le livre vu comme un objet marchand laissent entrevoir les
logiques contradictoires auxquelles l’éditeur est soumis.

L’éditeur de création cherche à rendre cohérent son catalogue,


tisser au fil des années la trame de sa légitimité en produisant

— 147 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

des livres qui résonnent ensemble. La durée de vie de ces livres


devrait être celle des idées.
Cet éditeur fonctionne sur un système de péréquation. Un
système où les livres plus vendeurs soutiennent ceux qui le
sont moins, où un équilibre s’installe entre nouveaux auteurs
et auteurs confirmés, un système qui envisage sans peur d’ac-
compagner et d’aider à la constitution d’une œuvre, sur plu-
sieurs dizaines d’années peut-être. Un système qui permet à
un éditeur de publier des livres qui se vendront peut-être peu
aujourd’hui, mais qui seront les références littéraires des gé-
nérations futures. Un système qui ne met pas l’argent comme
un but à atteindre mais comme un moyen au service de la
culture.

Le diffuseur, lui, va porter à la connaissance des points de


vente les arguments commerciaux des éditeurs grâce aux re-
présentants et aux télévendeurs qui prendront les commandes.
Il met en avant les nouveautés et travaille des ouvrages qui ne
sont souvent pas encore fabriqués. Les chiffres des tirages sont
d’ailleurs ajustés en fonction de la mise en place.

Le distributeur a, lui, la responsabilité de la logistique et le souci


de rationaliser les flux. Les livres sont des objets conditionnés
qui entrent et sortent en permanence de ses entrepôts. Il gère
également la facturation et les flux financiers du secteur. Les
distributeurs minimisent souvent leur pouvoir, et se défendent
d’avoir le moindre rôle dans une politique commerciale définie
en amont par l’éditeur et le diffuseur. Outre le fait que les
plus gros distributeurs sont également diffuseurs et éditeurs, le
pouvoir est pourtant clairement de leur côté : même si l’éditeur

— 148 —
a une fonction de coordination du canal de distribution, c’est
bien le distributeur qui détermine les conditions commerciales,
prend les décisions logistiques, gère la temporalité du système
et contrôle le transport. Les groupes d’édition-diffusion-
distribution ont une assise et une puissance financière sans
commune mesure avec les éditeurs qu’ils distribuent ou avec
les libraires indépendants. Cela se traduit par une mise en
place unilatérale de pratiques commerciales. Concrètement
ces diffuseurs-distributeurs fixent les encours (c’est-à-dire les
sommes maximales que les libraires peuvent devoir au dis-
tributeur) et les remises de ses clients, imposent la pratique
de l’office et règlent ses modes d’application, définissent les
règles logistiques et financières des retours, etc. Rappelons que
l’office est un système permettant aux diffuseurs-distributeurs
de faire parvenir au libraire un certain nombre d’exemplaires
non commandés. Ceux-ci lui sont facturés et le libraire peut
les retourner dans des délais négociés et obtenir un avoir. Cette
pratique est difficilement évitable pour le libraire et ce dernier
fait ainsi la trésorerie du distributeur…

Le pouvoir de l’appareil marchand est, nous le voyons, déjà


très fort. Malheureusement la concentration gagne aussi le
secteur de la librairie et s’amplifie ces dernières années avec
la création de chaînes de vente de produits culturels dont le
livre fait partie.
Cette concentration diminue progressivement la présence
commerciale de la librairie indépendante au profit des grandes
surfaces spécialisées dans les loisirs. Ce phénomène entamé
dans les années 1970, où la Fnac fait figure d’acteur embléma-
tique, s’accélère et permet à de nouveaux acteurs comme les
librairies en ligne, par exemple, d’entrer sur le marché.

— 149 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Les logiques commerciales de ces diverses chaînes sont sûre-


ment très proches des logiques de la distribution des grands
groupes qui y voient les points de vente idéals pour des produits
périssables à rotation rapide. Des rapprochements sont déjà
opérés (le rachat de Virgin par Hachette, la prise de contrôle
des chaînes Alsatia et des librairies Privat par France-Loisirs
et donc Bertelsmann, etc.) et on peut craindre que le mouve-
ment de la concentration dans la vente du livre au détail ne
s’accélère.

La loi sur le prix unique, dite loi Lang, permet bien sûr de
protéger les librairies indépendantes, mais ne protège pas pour
autant ces commerces de pratiques commerciales ou logisti-
ques inadaptées à ces petites structures. Pensez qu’au seul mois
d’octobre 2005 des librairies de quelques employés ont reçu
près d’une tonne de livres certains jours… La grande majorité
de ces livres faisait partie de l’office.
La concentration dans l’édition et la librairie permet effec-
tivement d’alimenter la machine à distribuer. Il n’y a jamais
eu autant de livres publiés, il n’y a jamais eu autant de retours
et le temps de présence en rayon des ouvrages n’a jamais été
aussi court. Dans tous les cas les camions circulent, les flux
financiers grossissent (rappelons ici que l’éditeur paye au dis-
tributeur les retours et que le libraire paye les offices), l’usine à
fabriquer du produit frais tourne à plein rendement.
Ne croyons pas que cette production pléthorique permette à
toutes les idées de mieux s’exprimer. Cette augmentation du
nombre de titres n’est là que pour satisfaire la logique du flux
et accroître la rentabilité en alimentant la logique de croissance
et l’idéologie du marché.

— 150 —
François Rouet constatait déjà en 2000 que la distribution
influençait fortement l’édition en « une double et subtile infé-
rence »44. Il montre ainsi, d’une part, que l’éditeur orientera sa
production pour respecter les pratiques de son partenaire « la
commercialisation et la vente d’un ouvrage de grande diffusion
[…] seront […] plus rentables et faciles que celles de plusieurs
livres plus aléatoires et promis, en moyenne, à de petites ven-
tes. » et, d’autre part, que le risque est assimilable rapidement
à l’échec « […] les avis des commerciaux pèsent du poids des
statistiques de vente détaillées dont l’informatique leur permet
de disposer et qui objectivent impitoyablement les risques et
les avantages respectifs de chaque ouvrage ».
Le système pousse très clairement à produire des ouvrages
à forte rotation, à forte diffusion, à obsolescence rapide. Le
risque éditorial n’est plus : seules les erreurs de marketing sont
envisageables. On transforme le livre en un produit comme
les autres, un produit frais avec une date limite de vente. On y
aura bientôt plus besoin d’éditeurs mais de chefs de produits
prenant garde à leur gamme sans se préoccuper de la logique
de péréquation, cette logique de solidarité littéraire qui permet
aux ouvrages difficiles d’être soutenus par les bonnes ventes.
En 1981, Ricard Snyder, président de Simon & Schuster, dé-
clarait déjà : « Il vaut mieux publier n’importe quoi, que de ne
pas publier du tout… » et Jean-Marie Bouvaist constatait en
1993 que « la distributique a été importée dans l’édition par des
ingénieurs venus de la grande distribution […] dans laquelle
domine les produits frais, les séries à bas prix […] et les gadgets
conçus pour l’achat d’impulsion 45 ».

44. Rouet (François), Le livre. Mutation d’une industrie culturelle, Paris, La


documentation Française, 2000.
45. Bouvaist (Jean-Marie), Crise et mutations dans l’édition française, Paris,

— 151 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Les libraires croulent sous les cartons et subissent le flux sans


cesse grandissant des allers-retours. Ceux qui souhaitent en-
core faire un métier qui ne se résume pas à porter des cartons
et à vendre des produits ont un immense sentiment d’impuis-
sance.
Depuis le mois de septembre de l’année 2005, les libraires sont
asphyxiés par les offices qui peuvent représenter plus des deux
tiers des ouvrages transportés.
Les solutions pour absorber ce flot ininterrompu sont hélas
drastiques : soit vider les rayonnages des ouvrages de fond pour
faire de la place, soit faire tourner encore plus vite, si c’est
possible, le stock. Certains libraires retournent en octobre les
mises en place de septembre ! Bien sûr c’est dramatique pour la
bibliodiversité, bien sûr bon nombre d’ouvrages de valeurs sont
sacrifiés. Il n’est pas sûr pour autant que les chiffres d’affaires
et les bénéfices de tous les libraires s’envolent pour autant. Les
acteurs de la chaîne logistique, en revanche, auront fait tourner
l’appareil à plein régime.
Les éditeurs sans pouvoir sur l’appareil en pâtissent au premier
chef : pourquoi chercher à découvrir de nouveaux titres lorsque
l’offre paraît déjà surabondante ? Et où trouver le temps pour
faire ce travail de recherche ?
Et tant pis si toutes ces nouveautés ont un air de déjà-vu, de
livres au contenu faible ou redondant, tant pis…
Que faire alors pour lutter afin qu’une vraie « bibliodiversité »
puisse exister ?

Direction du livre et de la lecture, Éditions du Cercle de la Librairie, 1993.

— 152 —
Créer des centres de ressources basés sur la confiance et la du-
rée, prendre le temps d’asseoir un titre sur le long terme, jouer
la péréquation en acceptant les livres à très faible rotation,
mais qui donnent un sens à un rayon et légitiment le travail
du libraire. Mettre en place des relations commerciales basées
sur la confiance : confiance dans le libraire qui fera tout ce
qu’il peut pour qu’un auteur rencontre son public, confiance
dans l’éditeur qui publie un livre pour des raisons de sens et
de contenu, et non pour des raisons logistiques.
Et surtout ne plus accepter de travailler avec les ogres qui ne
peuvent que nous manger. Marche ou crève, obéis ou dispa-
rais.
La librairie de création doit soutenir l’édition indépendante,
l’édition indépendante doit connaître et s’adapter aux préoc-
cupations du libraire de création.
Vrai travail de partenariat et d’échange, ils ont tous deux à y
gagner : ne pas dépendre d’une machine monstrueuse impo-
sant son dictat, laminoir où les idées neuves n’existent pas.
Vœux pieux ? Naïveté ? Pas tant que ça. Ils sont nombreux les
libraires qui ne trouvent plus leur intérêt dans le système et qui
comprennent dans quels dangers tous se trouvent.
Peut-on réfléchir ensemble à la mise en place de structures
alternatives de diffusion et de distribution ? Les « grands » édi-
teurs indépendants, ne devraient-ils pas se tourner en priorité
vers les structures de diffusion/distribution indépendantes et
ainsi servir de « locomotives » ?
Un éditeur peut-il assurer seul sa propre diffusion et sa propre
distribution ? Cela prend du temps, demande des investisse-
ments, nécessite la création de structures communes, mais si de
nombreux éditeurs indépendants, petits, moyens, gros, gèrent

— 153 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

et assument leur distribution, les vendeurs (libraires, maga-


sins spécialisés, etc.) ne fonctionneront plus comme le dernier
maillon d’une seule chaîne et retrouveront leur souveraineté du
choix : les critères de sélection pourront être ceux des savoirs,
des idées et des engagements personnels et politiques…
Le libraire reprendra son véritable rôle : celui de gestionnaire
d’entreprise, avec ses propres choix de fournisseurs et une
multiplicité d’éléments de négociation et de pratiques com-
merciales adaptées.
Le libraire indépendant doit recouvrer sa liberté et affirmer son
rôle de découvreur et de prescripteur ; le libraire doit pouvoir
choisir les livres qu’il vend.
La librairie indépendante doit se déterminer : soit devenir ges-
tionnaire de cartons et vendre les livres comme des yaourts
et participer ainsi à sa propre disparition, soit profiter encore
du pouvoir du nombre et réfléchir à la meilleure manière de
sortir du système. Profitons-en, les lecteurs achètent encore
des livres « difficiles », en témoignent les catalogues spécialisés
qui font souvent plus de 10 % de leur vente via l’Internet et les
librairies en lignes46.

En dépit du pouvoir des groupes, et peut-être paradoxalement


même grâce à lui, des stratégies de résistances doivent voir
le jour. La librairie indépendante, les éditeurs indépendants,
les structures indépendantes de diffusion et de distribution,
doivent se soutenir et travailler ensemble à mettre en place
de nouvelles pratiques pour qu’une édition du savoir, riche,
diverse, créative, innovatrice, puisse exister.

46. Livres-hebdo, n° 617, octobre 2005.

— 154 —
Hubert Nyssen, fondateur des Éditions Actes Sud (France)

Éditer,
c’est allier le plaisir et la
nécessité

Parler d’Actes Sud, c’est mesurer la singularité d’une aventure


dans le paysage éditorial français. Cette maison, généraliste,
indépendante, dirigée par les mêmes personnes depuis ses
débuts, a eu pour première insolence de s’installer sur la rive
gauche… du Rhône.

Certains connaissent Actes Sud, d’autres moins sans doute. Je


me permets donc de vous donner en quelques lignes un bref
aperçu des vingt-sept années qui se sont écoulées depuis la
création de la maison, en 1978.
En 1983 est amorcée une étape déterminante : le déménagement
de la bergerie du Paradou à Arles, au lieu-dit Le Méjan. En
1985, Actes Sud publie, entre autres auteurs, Nina Berberova
et Paul Auster.
La croissance s’est effectuée lentement, au gré des rencontres.
En 1987, Actes Sud s’associe avec les éditions théâtrales Papiers
et ouvre un bureau à Paris (bureau décentralisé, comme on se
plaît à le dire depuis Arles). Deux ans plus tard, création de la
collection de poche Babel et rachat des éditions Solin, spécia-
lisées dans les pays de l’Est. En 1995, c’est le tour de Sindbad de
rejoindre le vaisseau amiral (au catalogue consacré aux mondes

— 155 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

arabes). Actes Sud Junior voit le jour la même année, ainsi que
le département Nature, dirigé par Jean-Paul Capitani.
En 1998, la libraire Maupetit, à Marseille, devient la deuxième
librairie de la maison d’édition et une filiale franco-italienne
de beaux-livres est constituée avec l’éditeur Motta. Afin de
financer son développement sans remettre en cause son in-
dépendance, la holding familiale cède 20 % de ses parts à
Flammarion. L’année suivante, prise de 60 % de la maison
d’édition Jacqueline Chambon, qui appartient à l’équipe
fondatrice d’Actes Sud. Deux ans plus tard, ouverture d’une
troisième librairie à Paris, au théâtre du Rond-Point, rachat
de Photopoche à Nathan. En 2004, lancement de la collection
de bandes dessinées et reprise à 100 % des éditions Errance et
de celles du Rouergue, dont la dirigeante, Danielle Dastugue
entre au capital d’Actes Sud.
Cette même année, Actes Sud obtient, contre toute attente,
le Prix Goncourt pour Le Soleil du Scorta de Laurent Gaudé.
Depuis, les éditions Gaïa, Thierry Magnier et l’Imprimerie
Nationale ont rejoint la maison. Aujourd’hui, Actes Sud
compte près de 5500 titres, regroupe une équipe de plus de cent
vingt collaborateurs, une vingtaine de conseillers extérieurs et
une pléiade de traducteurs.

Pour vous permettre une compréhension véritable des raisons


qui ont motivé certains choix et forgé nos convictions, notre
parcours d’éditeur mérite un plus ample développement.

Lorsqu’Hubert Nyssen, le fondateur de la maison, décide de


se lancer dans la traduction d’œuvres étrangères, ce domaine

— 156 —
est encore largement ignoré des maisons qui ont alors pignon
sur rue.
Il est certain que cette entreprise impliquait une véritable cu-
riosité, d’une part, et une prise de risque supplémentaire de
l’autre : à l’achat de droits s’ajoutent les coûts de la traduction,
réalités qui avaient jusque-là rendu plus d’un éditeur frileux.
Ce travail de découverte s’est effectué en étroite complicité
avec les traducteurs, alors parents pauvres de l’édition. Actes
Sud a eu une part active dans la reconnaissance progressive de
cette profession (en faisant notamment figurer leur nom sur
la couverture) et a contribué à la création de l’association des
traducteurs de même qu’à la création, à Arles, du collège inter-
national de la traduction littéraire, lieu éminemment propice
au brassage culturel.
On évoque souvent les aides à la traduction du Centre national
du livre. Il est certain qu’elles sont toujours les bienvenues,
mais elles ne représentent jamais que 10 % du budget des livres
concernés et font moins de 0,5 % du budget global de la mai-
son. Elles ont leur importance, mais ne déterminent en aucun
cas le choix éditorial. De même que l’aide à la traduction ne
conditionne pas la politique d’achats d’Actes Sud, la diversité
du catalogue n’est pas davantage une fin en soi tant il est vrai
que l’édition n’est pas un concept géographique et que le critère
suprême est et demeure la qualité intrinsèque d’un livre.

Cette conviction éditoriale se prolonge par une action sur le


terrain, à tous les niveaux, qu’il s’agisse de la diffusion ou de la
librairie, de la promotion ou de l’engagement culturel.
Très tôt, nous avons estimé que la diffusion-distribution était
le nerf de la guerre. De tout temps, le phénomène éditorial

— 157 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

s’est cristallisé autour d’une fonction, l’imprimeur aux origi-


nes, puis le libraire, aujourd’hui le diffuseur-distributeur qui
a lui seul peut décider du sort de n’importe quel titre. Malgré
la gageure que cela représentait à l’époque, alors que le chiffre
d’affaires qui aurait dû permettre une telle démarche n’était de
loin pas atteint, nous avons créé en 1991 notre propre équipe de
diffusion. Il s’agissait de constituer une chaîne de conviction
pour défendre de bout en bout les titres publiés et amener
le travail de l’éditeur jusqu’aux libraires, avant d’atteindre les
lecteurs.
En 2003, nous avons fait partie des rares éditeurs à aller contes-
ter le projet de fusion Hachette-Editis devant les autorités
de Bruxelles. Mais pas dans la foulée du trio Gallimard-Le
Seuil-La Martinière. Le véritable problème engendré par cette
concentration ne nous semblait être non pas l’aggravation de
la concurrence éditoriale mais la menace qu’elle faisait planer
sur la librairie indépendante. C’est pourquoi le choix a été fait
d’agir aux côtés du Syndicat de la librairie française.
En effet, la librairie est fondamentale dans la préservation de
la bibliodiversité puisqu’elle est la possibilité même de mise en
marché. À ce titre, la Loi Lang du prix unique, conçue sous les
auspices de Jean Gattégno, alors directeur du livre, a joué un
rôle fondamental dans le maintien de l’offre. Il suffit de voir a
contrario la situation de la Grande-Bretagne où le marché s’est
largement dégradé et l’offre standardisée. 

Par ailleurs, le partenariat nous a semblé être le meilleur


moyen de lutter contre la publicité agressive dans laquelle
les groupes engouffrent des sommes énormes pour imposer
un titre sur le marché. Actes Sud a réussi à être la première

— 158 —
maison à bénéficier d’une campagne d’affichage dans le métro
parisien. Jamais nous n’aurions pu être en mesure de disposer
des budgets normalement requis pour une telle opération. En
l’occurrence « Métrobus », en charge de la vente des espaces
publicitaires sur le réseau RATP, nous a choisis pour remplir
les espaces laissés vides. Cet accord s’est réalisé dans le cadre
d’un partenariat et fait figure de cas exemplaire dans l’édi-
tion.

Enfin, j’aimerais aussi évoquer ici notre implantation en pro-


vince, si souvent mentionnée quand on parle d’Actes Sud. Il
est vrai que nous avons fait figure de pionniers en matière de
décentralisation. Pourtant, nous n’avions jamais pensé en être
les apôtres. Notre désir premier a été celui de pouvoir travailler
où nous souhaitions vivre, d’amener les choses à nous plutôt
que d’aller dans leur sens. C’est pourquoi nous avons créé Le
Méjan : ce lieu, constitué d’une librairie, d’un restaurant, d’un
hammam, d’un cinéma et d’une chapelle désacralisée convertie
en salle de concert et d’exposition, est devenu une institution,
le véritable cœur culturel de la cité, un espace parfaitement
intégré à la ville et à sa vie.

Le fait d’être ici réunis — et remercions-en les organisateurs


qui nous manifestent ainsi ouvertement leur soutien — devrait
aussi nous permettre de partager les moyens d’actions auxquels
nous pensons pour préserver notre singularité et lutter contre
le risque sérieux d’appauvrissement de la création qui menace
l’édition.

— 159 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

En France, la librairie indépendante s’essouffle. On peut


s’inquiéter de la faible natalité des librairies quand celles qui
ferment, alors que leurs propriétaires partent en retraire, sont
rachetées par des chaînes. Un jeune libraire a du mal à financer
son installation et cela empêche tout renouvellement. Actes
Sud a l’idée de proposer de participer à cet effort d’investis-
sement en finançant pour moitié la création d’une librairie.
Il suffit, pour ce faire, de regarder une carte de France qui
mettrait en évidence les villes de taille moyenne qui ne sont
pourvues d’aucune librairie digne de ce nom, et cela ne man-
que pas. Actes Sud serait ensuite prêt à céder ses parts dès
lors que le libraire peut envisager son autonomie. Il s’agirait
ainsi de constituer un réseau de librairies sur lesquelles toute
l’édition indépendante peut s’appuyer et réciproquement.
La formation des libraires est elle aussi à prendre en compte.
À l’heure actuelle, elle échappe à la librairie pour ne s’effectuer
que dans les salles de classe ou les amphithéâtres des uni-
versités. Il convient de mettre en place un véritable système
d’apprentissage, peut-être inspiré du modèle allemand, plus
pragmatique. Ce personnel qui se forme et qui coûte moins
cher, si l’on compte aussi sur des aides gouvernementales dans
le cadre des formations et des apprentissages, permet une re-
valorisation des salaires des libraires. Il est temps d’arrêter
de considérer le libraire comme un factotum tout juste bon à
disposer des marchandises en rayons !

Puisqu’il s’agit de présenter des perspectives d’action, même


si elles sont peut-être propres à un contexte national, un autre
élément mérite ici d’être évoqué : le monopole d’Hachette dans
les aéroports, gares et hôpitaux exige une montée au créneau
pour que la production éditoriale puisse être présentée, aussi

— 160 —
en tous ces lieux, dans sa diversité. Il est temps que cesse cette
collusion entre la SNCF et Hachette ! Plus généralement, il en
est un enseignement à tirer : le libéralisme nouvelle manière,
qui vante les vertus de la concurrence, est surtout prosélyte
de positions dominantes, de distorsion et d’entrave au com-
merce.

Enfin, Actes Sud a choisi de s’associer à des petites structures


dans un souci d’élargissement éditorial et intellectuel, d’ac-
croissement des compétences et de collaboration égalitaire. Il
nous semble important de maintenir un réseau d’entreprises
qui défendent les mêmes valeurs que nous.
L’intégration de Papiers, Sindbad, Solin, du Rouergue, de
Jacqueline Chambon, Errance, Photopoche, Thierry Magnier
et l’Imprimerie nationale s’est faite dans un esprit d’associa-
tion. Notre volonté n’était pas de prendre des parts de marché
dans une perspective capitalistique, ni dans l’idée de procéder
à une simple politique d’économie d’échelle mais il apparais-
sait que c’était là, par l’addition d’énergie, pour tous le seul
moyen pour continuer à aller de l’avant.

On pourrait résumer tout cela d’un aphorisme qui eût enchanté


Flaubert : « les écrivains ont en commun d’être uniques ». Et
c’est à la défense de leurs singularités que l’éditeur est plus que
jamais nécessaire. Car les temps changent. Et les méthodes et
les slogans. « Un livre événement », « Un lancement puissant »,
« Une campagne sans précédent » : le discours commercial tend
à s’affirmer comme substance, légitimation et horizons litté-
raires. La littérature est un art menacé par la normalisation
marchande, par la prescription massive de l’identique. Menacé

— 161 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

également, hélas, par son propre renouvellement. Aujourd’hui,


plus encore qu’hier, on le sait, la pression de la nouveauté réduit
le temps de la présence en librairie. Or le fonds de l’éditeur est
appelé de facto à devenir le dernier recours à l’œuvre discrète.
Une maison d’édition littéraire a donc pour fonction et raison
d’être de garantir, par-delà les aléas du commerce, hors de
toute discrimination événementielle et mercantile, l’existence
et la pérennité d’une proposition artistique multiple, indépen-
dante et diversifiée.

Elisabeth Beyer responsable des droits étrangers, dérivés et audiovisuels,


traductrice et lectrice passionnée,
Jean Paul Capitani et Françoise Nyssen
avec la complicité de Bertrand Py
(les dirigeants d’Actes Sud,
travailleurs et associés depuis l’origine de la maison)

— 162 —
Pablo Harari, Ediciones Trilce (Uruguay)

Los editores independientes y la


diversidad cultural

En primera instancia quiero agradecer a los organizadores


de este encuentro por la oportunidad de intercambiar ideas y
aprender de otros colegas.
También quiero subrayar la originalidad de esta reunión. Es
usual que en el mundo de la edición nos agrupemos por com-
partir la misma lengua, eso ustedes lo saben bien, pero aquí es-
tamos reunidos por compartir las raíces de nuestras lenguas.
Agradezco a Unión Latina el haber tenido esta iniciativa que
nos permite ampliar nuestra área de conocimiento y relacio-
namiento del mundo editorial.
Quiero agradecer al Cerlalc, organismo que desde su creación
ha estado estrechamente vinculado al desarrollo de la industria
editorial en América Latina y que favorece, con su accionar, el
profesionalismo y el buen desempeño de la edición.
Agradecer a la Alianza de Editores Independientes, a quien
vimos nacer hace tan solo tres años y hoy comprobamos su
gran poder de convocatoria y el vigor con el cual establece
redes y vínculos solidarios entre editoriales independientes del
Sur y del Norte.
Finalmente agradecer a los hermanos mexicanos por recibir-
nos en esta hermosa tierra, cuya historia y cultura (debo decir
culturas, en plural, ya que México es un hermoso ejemplo de
riqueza en la diversidad cultural) son partes esenciales de nues-

— 163 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

tro sentir latinoamericano. Sin olvidar la Feria Internacional


del Libro de Guadalajara que es hoy la vitrina más importante
de la edición latinoamericana.

Situación de la edición en Uruguay


El tema que nos convoca esta mañana es el papel de los edito-
res independientes en defensa y promoción de la bibliodiver-
sidad. Yo voy a referirme específicamente a la relación entre
los editores independientes y la diversidad cultural pero como
introducción quiero hacer una breve exposición sobre la situa-
ción en mi país.
Uruguay es una de las naciones más pequeñas del continen-
te, situada entre Brasil y Argentina y con un gran frente al
Atlántico, tiene poco más de tres millones de habitantes y su
capital, Montevideo, concentra casi la mitad de la población.
Muchos de quienes han visitado Uruguay dicen que es un país
de nostalgia y yo también lo creo. Vivimos la nostalgia de la
bonanza que tuvimos en el pasado y de los precoces adelan-
tos políticos, sociales y culturales abrigados en una situación
económica muy favorable debido a sus exportaciones de carne,
lana y cuero. Una anécdota ilustrativa es que después de la
Primera Guerra Mundial, Uruguay le perdonó a Francia la
deuda que tenía con nuestro país. Hoy la deuda que Uruguay
tiene con los organismos financieros es igual a su Producto
Bruto Interno.
Más de la mitad de los niños vive en niveles de pobreza, casi
el 25% de los jóvenes no trabaja ni estudia. La poderosa clase
media fue diluyéndose y cada vez es mayor la polarización
social y la exclusión. Se estima que más del 10% de la población

— 164 —
emigró del país y la edad media de la población es comparable
a la de muchos países europeos.
Con todo algunas inercias del pasado nos benefician; por
ejemplo los niveles de lectura son similares a los europeos.
La industria editorial local es muy pequeña pero pelea con
fuerza su espacio frente a las multinacionales. Somos tres las
editoriales independientes que publicamos más de 20 títulos
al año (no cuento editoriales técnicas o de textos de estudio) y
hay dos multinacionales españolas que editan regularmente,
además de ser importadoras de los libros de sus filiales. El
grueso de la presencia en las librerías es importado.
Ediciones Trilce, la que fundamos hace veinte años, tiene en
catálogo una 500 obras y editamos entre treinta y cuarenta
títulos al año, de los cuales una tercera parte son reediciones.
Nuestros títulos son muy uruguayos, ya que para poder com-
petir debemos especializarnos en lo particular. Creo que esta
es una característica común a las editoriales independientes
en América Latina y a su vez una traba para salir fuera de
fronteras.

Presencia de multinacionales: estrategias


La fuerte presencia de editoriales de origen español en América
Latina se debe a que tienen en nuestro continente un territorio
natural de expansión y han beneficiado de políticas estatales
de desarrollo en ese sentido.
Esa invasión de multinacionales en la década de los ochenta
y noventa afectó la edición local y provocó la desaparición de
un buen número de editoriales nacionales.
En 1998, dentro de una estrategia de resistencia, nos juntamos
cuatro editoriales y conformamos una alianza llamada Editores

— 165 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Independientes (perdonen la falta de originalidad pero en aquel


momento esas dos palabras no tenían la visibilidad que hoy
tienen).
Editores Independientes une los esfuerzos de las editoriales Era
de México, Lom de Chile, Txalaparta del País vasco-España
y Trilce de Uruguay como forma de fortalecernos y poten-
ciarnos.
En el año 2000 tomamos la iniciativa de convocar al Primer
encuentro de editores independientes de América Latina en
Gijón, España, con el apoyo —entre otros— de la Biblioteca
Intercultural, predecesora de lo que es hoy la Alianza de
Editores Independientes. Un año antes André Schiffrin había
publicado su libro la Edición sin editores y su participación en
Gijón fue para nosotros muy reveladora.
En el año 2001 y 2002 nuestro grupo de cuatro editoriales par-
ticipó de los orígenes de la Alianza de Editores Independientes
cuya declaración de Dakar de 2003 realizada por sesenta edi-
toriales de cuarenta nacionalidades refleja nuestra manera de
ver la edición y en particular la relación solidaria de nuestra
actividad editorial en relación con la diversidad cultural.

Diversidad cultural y edición independiente


La Declaración Universal de la Unesco sobre la Diversidad
Cultural afirma que esta es tan necesaria como la diversidad
biológica lo es para los organismos vivos, la noción de que hay
una especie de ecosistema cultural nos permite establecer los
lazos entre nuestra actividad editorial y las otras expresiones
culturales de nuestros pueblos.
La edición independiente forma parte de lo que Gabriele
Muzio ha llamado la “cadena de la memoria histórica de la

— 166 —
humanidad”. Nuestras editoriales son espacios privilegiados
de encuentro de escritores e investigadores quienes tienen
oportunidad de intercambiar y reflexionar además de ser pu-
blicados. Las editoriales nacionales están insertas en la vida
cultural, muchas de ellas han sido fundadas por escritores o
intelectuales y a través de su acción editorial hacen aportes
esenciales. Las editoriales independientes abren sus puertas a
nuevos escritores y buscan creadores, actúan de agentes cul-
turales que dan impulso a proyectos que van más allá de su
labor editorial lo que demuestra la interacción de la edición
independiente con el resto de la vida cultural.
Esto es una diferencia esencial con las editoriales que se mue-
ven con el exclusivo fin del lucro. El impulso de los editores
independientes no son los márgenes de beneficio, ni éstos
orientan su política editorial.

Diversidad cultural: amenazas


No voy a extenderme sobre los riesgos en que se encuentra
la diversidad cultural debido a la ideología dominante y su
vehículo de imposición que es la mundialización económi-
ca. Perderíamos tiempo ya que no creo que haya nadie para
convencer en esta sala, sólo quiero enumerar algunos de esos
peligros para la diversidad cultural con relación a nuestro ofi-
cio de editar:
 la tendencia a editar solo lo que produce grandes ventas y
su contrapartida que es sumergir aquellas obras que no las
lograron;
 la tendencia a publicar obras literarias “insustanciales” —
como dijo Juan Marsé cuando renunció hace pocas semanas
a integrar el jurado del Premio Planeta;

— 167 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

 la necesidad de intermediación entre autores y editores que


aumenta la brecha entre escritor y editor;
 el traslado de “reglas del mercado” a la creación propiamente
dicha (la extensión de una novela por ejemplo);
 la transformación de la librería tradicional en “punto de
venta” lo que significa la pérdida de un territorio de inter-
cambio cultural;
Los dejo a ustedes completar esta lista de atentados a la crea-
ción y la investigación, a la cultura en general que vemos co-
tidianamente. Estos pocos ejemplos ilustran bien la relación
entre la edición y la diversidad cultural.
Lo que se encuentra en la raíz de estos hechos que ponen
en riesgo la diversidad cultural son los cambios en el sistema
capitalista: la expansión de criterios económicos que benefician
al gran capital, la imposición de reformas políticas que los
institucionalizan y la ideología dominante que pregona el indi-
vidualismo y el consumismo hedonista, y sustenta el dominio y
la reproducción de esos criterios económicos y políticos.

Tratados comerciales internacionales


Justamente una de las modalidades de esa expansión son los
tratados comerciales cuyas cláusulas benefician a los centros
de poder económico y financiero y cuyo abanderado son los
Estados Unidos. Ustedes conocen los planteos de excepción y
de exclusión cultural, con los cuales se ha tratado de impedir
que los bienes culturales sean manejados como una mercan-
cía más en los acuerdos internacionales. Esas excepciones se
han logrado imponer cuando los gobiernos que negocian con
Estados Unidos han sido conscientes de la necesidad de pre-
servar la soberanía en lo relativo a la cultura o cuando la so-

— 168 —
ciedad civil pudo presionar lo suficiente para que los gobiernos
hiciesen planteos soberanos. Lamentablemente no son muchos
los casos.
Se multiplican las propuestas de tratados bilaterales para es-
tablecer reglas del llamado “libre comercio”. La condición de
«libre» es fácilmente cuestionable ya que estamos hablando de
negociaciones entre economías enormemente desiguales y qué
libertad puede haber sin igualdad; y la categoría «comercio»
tiene connotaciones particulares ya que incluye, por ejemplo,
la cultura, la educación y hasta la salud. Al ser todo mercancía
y al establecerse total libertad de comercio se imponen reglas
que impiden que los Estados apoyen, protejan, subvencionen,
den ventajas fiscales o cualquier tratamiento preferencial para
el sector cultural. Bien se sabe la necesidad de apoyo y pro-
tección que tienen muchas industrias culturales en nuestros
países ya que el flujo de muchos bienes culturales es solamente
unidireccional.

Protecciones
La industria editorial en América Latina en general no cuenta
con protección estatal a pesar de que —gracias justamente al
Cerlalc— se han logrado en muchos países “Leyes del libro”
que son hermosas declaraciones de amor al libro y la lectura.
Pero nada más cambiante que los amores de los políticos. Al
momento de ponerlas en práctica esos estímulos se desvane-
cen.
Los escasos apoyos estatales no sólo pueden perderse con estos
tratados sino lo que es peor se habrá perdido la soberanía para
establecer políticas que protejan la creación propia.

— 169 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Evidentemente la disposición de los Estados a defender su


soberanía depende de la voluntad política de sus gobernantes
y esa voluntad política muchas veces se logra solamente con la
movilización de la sociedad civil, de la cual nosotros formamos
parte.

Convención sobre diversidad cultural de


Unesco
Una batalla ganada ha sido la decisión de la Conferencia
General de la Unesco, del mes pasado, que adoptó la
“Convención para la protección y promoción de la diversidad
de las expresiones culturales”. No ha sido nada desdeñable el
esfuerzo que realizó la sociedad civil para lograr el voto de
sus gobiernos —señalo muy particularmente a las Coaliciones
para la diversidad cultural— y que se reflejó en los 148 votos a
favor frente a los solitarios votos en contra de Estados Unidos
e Israel (y cuatro abstenciones).
No cabe duda de que este resultado demuestra que hay una
toma de conciencia sobre la necesidad de establecer normas
de Derecho Internacional que protejan la soberanía de los
países.
Pero es tan solo una batalla ya que la Convención debe ser
ratificada por los parlamentos de al menos treinta países para
que entre en vigor.
Los editores independientes aquí reunidos tenemos la res-
ponsabilidad de comprometernos en esta tarea y participar
activamente para que cada uno de nuestros países ratifique la
Convención a la brevedad.
Es en ese sentido que termino haciendo la propuesta formal de
que esta reunión de editores independientes del mundo latino

— 170 —
realice una declaración celebrando la adopción por la Unesco
de la Convención y llamando a todos los editores independien-
tes a trabajar activamente para que sus respectivos gobiernos
la ratifiquen a la brevedad.

— 171 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Gilles Pellerin, L’instant même (Québec)

Traduction et diversité
culturelle

À la quasi-unanimité, au terme d’une longue action menée


par des associations d’artistes, d’écrivains, de producteurs
et d’éditeurs, l’Unesco s’est dotée, le 18 octobre 2005, d’une
convention établissant la nature spécifique de la culture de
même que des biens et services culturels dans la sphère du
commerce international, et assurant les États de leur souve-
raineté dans ces domaines. Un principe a été établi en dépit
de l’opposition parfois féroce à laquelle se sont livrés les rares
mais puissants tenants d’une instance internationale unique
en matière d’échanges, à savoir l’Organisation mondiale du
commerce. L’affaire pourrait avoir des suites : déjà des voix
s’élèvent pour que l’agriculture jouisse des mêmes attentions
dans un monde qui semblait depuis quelques années devoir
s’organiser sous la férule du libre échange.
La réflexion sur la diversité culturelle a mis en lumière la
disproportion des moyens et son effet sur la pénétration des
marchés (par exemple : la part infime des écrans qui échappe
aux majors états-uniens). D’où le souci de soutenir la produc-
tion domestique pour éviter qu’elle ne croule sous le poids des
importations, privant ainsi une communauté de sa capacité
d’expression et de l’accès à sa propre production de « biens
symboliques47 ». Rappelez-vous qu’en décembre 2002 deux
films s’emparaient de la moitié des écrans dans le monde :
47. J’emprunte à Pierre Bourdieu sa célèbre dénomination.

— 172 —
ils ont atteint une force de frappe qu’on pourrait comparer à
celle des ouragans dont l’ampleur croît jusqu’à tout balayer sur
leur passage. Arrive un moment où Le Seigneur des anneaux et
Harry Potter, les produits dérivés et les faux occupent dans la
presse, en salle et à la maison un tel espace qu’on en vient à
suggérer qu’un grand film, un bon film, un film, c’est cela.
Le plus grand danger de la mondialisation est peut-être de
nous faire oublier que la culture, y compris dans ses limites na-
tionales, ne saurait être limitée à la consommation de masse :
elle est avant tout affaire de participation et de création, le tout
nourrissant la partie et inversement.
Ce lien de synecdoque est fondamental, mais encore importe-
t-il de définir ce que j’entends par culture. Dans le sillage du
poète Gaston Miron, je la conçois comme l’ensemble des si-
gnes dont un groupe s’est doté afin que ceux qui le composent
puissent s’y reconnaître, et les individus tisser entre eux des
liens d’appartenance. Les groupes dont il est ici question ne
sont pas forcément définis sur une base ethnique ou nationale :
c’est ainsi qu’en présence de la jeune génération, je me sens
dans un monde régi par d’autres codes que les miens, je ne suis
alors qu’un spectateur — pas un acteur. Je peux choisir d’être
imperméable à la culture de la jeunesse ou me complaire dans
l’illusion que ma propre jeunesse me fournit toutes les garan-
ties nécessaires. Il m’est aussi loisible de me laisser pénétrer par
des signes qui m’étaient à l’origine étrangers et de les laisser
agir en moi. Je vis, je mue, je me meus — la culture aussi.
Cette homologie proposée, établissant la culture comme orga-
nisme vivant, on comprendra que je tienne la traduction pour
primordiale. Sans compter que vous vous trouvez en présence
d’un citoyen qui ne peut honnêtement s’afficher comme bi-
lingue, ce qui, dans le monde contemporain et, compte tenu

— 173 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

de mon propos de ce matin, est tout de même assez gênant.


Pire : tout éditeur et nouvelliste que je sois, je dois parfois me
battre avec ma propre langue, comme si parler et écrire ne
m’étaient pas naturels. On comprendra que j’aie besoin des
traducteurs.
Comme les Québécois de ma génération, je me suis trouvé
un jour en contact avec les œuvres de Borges, Bioy Casares et
Cortázar. Nous découvrions ce qu’il est convenu de ramener
au réalisme magique. Et percevions par la littérature argentine
de nouvelles facettes de notre américanité, de notre présence
en Amérique, du regard qu’avec une langue européenne nous
portons sur notre continent.
Je ne me suis pas lassé de cette littérature. Si bien que j’ai
par la suite lu Carpentier et Rulfo. Ô luxe ! je ne savais plus à
qui accoler l’étiquette commode du réalisme magique : elle se
donnait simultanément comme une lecture de l’univers et une
imposture ! J’entrais dans un monde fusionnel : le déni qu’on
jetait au réalisme magique était aussi éloquent que la notion
elle-même. J’éprouve de même cette étrange plénitude née du
mariage entre la raison et son contraire, l’édit esthétique et
sa révocation, en écoutant Beethoven, dont le pianiste Louis
Lortie prétend, en blaguant à peine, qu’un interprète enrichit
la partition quand il trébuche ou s’écarte de la lettre. Le cos-
mos beethovénien autorise de nouveaux élans cosmogoniques ;
et le tumulte, le tumulte.
Pareillement, la seule mention de l’épithète dans « peinture
flamande » ouvre au visiteur d’un musée un magnifique abîme
de sensations — j’use de l’oxymore pour la raison que c’est dans
son étrangeté même, dans l’étirement extravagant de ses mots,
le curieux agencement des voyelles et des consonnes dans le
nom des peintres, que se situe une partie de mon plaisir : il

— 174 —
n’y aurait plus de langue néerlandaise derrière la peinture fla-
mande que l’exacte sensation mourrait.

J’ai écrit une partie de ces propos dans l’autocar qui me menait
de Québec à Montréal. Une voix enregistrée m’accueille ainsi à
mon arrivée à la gare routière : « Station Centrale de Montréal
est un lieu sans fumée », avant de nous prier de respecter la
consigne. Avant toute question hygiénique (s’il n’y a pas de
fumée sans feu, il faut croire qu’il y a des lieux sans fumée), la-
dite « Station Centrale » est un lieu désarticulé — dans le sens
grammatical comme au sens plein : désarticulé, c’est-à-dire
privé d’article, ce petit mot de deux sous (et de deux lettres).
« Station » comme dans « station debout ou station fléchie ? »
Comme dans le chemin de croix ? Comme un poste d’obser-
vation ? Je veux bien admettre que je me trouvais dans une sta-
tion d’autocars, mais avec l’impression étrange de qui, entrant
chez moi, verrait écrit au-dessus de la porte le mot « maison »
et entendrait « Maison de Gilles Pellerin vous souhaite la bien-
venue ». Mais il semble que tel est son nom, le même que pour
la Ottawa Central Station, d’ailleurs. Et qu’à côté de Station
Centrale il y a stations latérales. Mais je m’égare.
J’étais égaré, justement, égaré dans ma langue. Et l’on s’éton-
nera que j’aie à me battre avec elle alors que c’est pour elle que je
devrais le faire, pour son épanouissement, d’abord dans l’usage
quotidien — ce pour quoi la littérature constitue le fer de lance,
l’exercice magnifié de la parole —, puis dans la diffusion de
nos lettres au-delà de nos frontières. Vous aurez reconnu dans
ce plaidoyer en faveur d’espaces linguistiques et culturels clai-
rement délimités, la préoccupation d’un Québécois parlant le
français dans un environnement anglo-saxon. La pénétration
d’une langue par une autre engendre sa part de danger, ce que

— 175 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Gaston Miron, toujours lui, estimait la pire des aliénations :


un système de signes se trouve alors traversé à son insu par
un autre.
C’est ici que les traducteurs entrent en jeu et que j’en ai be-
soin. Au-delà des différends politiques, je vis dans la tension
linguistique. La désarticulation me construit, mais tout de
travers. J’applaudis au multilinguisme, mes minces connais-
sances des autres langues m’amènent parfois dans les délices de
l’étrangeté syntagmatique. Les différences de textures sonores,
de morphologie, l’absence fréquente de pronom personnel en
espagnol, la prise en charge du sens par le mode passif en
anglais me remplissent de joie. Mais c’est la joie sereine d’un
flûtiste écoutant du cor anglais, en sachant qu’il peut encore
jouer de son instrument et que des cornistes pourraient s’aviser
de venir l’entendre. J’habite avec plaisir la tour de Babel, mais
sans renoncer à mon modeste logement. Les traducteurs ? Ils
jettent la passerelle entre les autres et moi.
La circulation des livres se heurte apparemment à la barrière
linguistique. Seulement la part congrue de ce qui se publie
dans nos pays respectifs jouit de la traduction. Ma connais-
sance de la littérature hispanique d’aujourd’hui, pour m’en
tenir à cette aire linguistique, souffre donc d’un décalage :
je n’ai accès, à retardement, qu’à certains titres sélectionnés
(le plus souvent sur la foi du succès commercial, ce qui n’est
pas contestable, mais néanmoins restreignant). Mais cela vaut
mieux que rien. Ou, au contraire, qu’une ouverture pratiquée
sur le mode du dumping.
En dehors des livres émanant de sa propre langue, on ne lirait
des textes traduits que de quelques langues à peine. Or on
constate que les plus grands pourvoyeurs culturels sont ceux
qui sont le moins attentifs à la production des autres. Si 90 %

— 176 —
des écrans de cinéma dans le monde sont occupés par des films
étasuniens, ce n’est pas aux États-Unis que vous verrez des
films étrangers. L’échange n’a alors d’échange que le nom :
celui qui fournit acquiert peu ; à l’inverse, si vous occupez une
position périphérique, vous n’avez pas la possibilité de vous
faire connaître aux autres, avec le danger supplémentaire d’être
exclus de votre propre maison. Le combat pour la diversité
culturelle vise aussi à faire en sorte que nous ne soyons pas
éloignés de nos propres livres. Environ 40 % des ouvrages
traduits dans le monde le sont à partir de l’anglais ; les trois
quarts des livres traduits proviennent de l’anglais, du français,
de l’allemand et du russe, nous dit Johann Heilbron 48, cepen-
dant que le mouvement des langues centrales vers les langues
périphériques ne connaît pas de véritable contrepartie.
Il y a péril en la demeure. Double péril, quand on habite chez
moi, c’est-à-dire loin du foyer principal d’un espace linguisti-
que à rayonnement planétaire, mais où je suis minoritaire aux
portes d’un empire culturel d’une autre langue. Si la loi statisti-
que commune s’applique, nous risquons d’être cloisonnés chez
nous, en banlieue lointaine du français, et de ne pas afficher
de curiosité par le fait que nous parlons une langue centrale.
Les deux tiers du marché québécois du livre sont le fait de
livres publiés en France, en majorité écrits par des Français ou
traduits de l’anglais par des Français. Je le dis sans animosité,
d’autant plus que mes collègues et moi affichons, sur notre
propre marché, une vitalité que d’aucuns nous envient.
Éditeur, je rêve d’une Union latine à laquelle le Québec par-
ticiperait comme un partenaire réel, ce qu’il estime pouvoir

48. Johan Heilbron, “Towards a Sociology of Translation. Book Translations as


a Cultural World System”, European Journal of Social Theory, 1999, 2, p. 429-
444.

— 177 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

faire, comme l’indique notre présence devenue constante à la


Feria del libro. Puissent les échanges de titres entre vous et
nous prouver que la direction de la Feria a eu raison de faire
du Québec son invité d’honneur en 2003. Puissent aussi des
initiatives naître dans le sillage de ce colloque, par exemple
la création d’un fonds international destiné à soutenir les
échanges multilatéraux, dans l’esprit de la convention pour la
diversité culturelle.
Je remercie celles et ceux qui, dans l’anonymat de la cabine,
m’ont permis ce matin de me faire entendre dans votre langue.
C’est à eux que mes oreilles s’en remettent pour la suite des
choses.

— 178 —
Daniela Di Sora, Voland (Italia)

Promotion et distribution du
livre

Il y a seulement quelques semaines, la presse italienne (la


Repubblica du 14 octobre 2005, il Giornale.it. du 18 octobre
2005 etc..) reportait la nouvelle de la création d’un troisième
pôle dans le monde de l’édition, qui serait le fruit de la fu-
sion des intérêts de deux des puissantes familles de l’édition
italienne, Mauri et Spagnol. Le groupe GeMS qui vient de
se constituer regroupe dix maisons d’édition, dont huit sont
déjà contrôlées par les Mauri qui possèdent les Messageries
Italiennes (la plus grande structure commerciale et de dis-
tribution, aussi propriétaire de IBS.l’équivalent italien de
Amazon) : Longanesi, Garzanti, Vallardi, Guanda, Corbaccio,
Tea, Nord, Pro Libro, et deux de la famille Spagnol : Salani et
Ponte alle Grazie. Avec, dans l’ensemble, plus de 5000 titres
au catalogue et environ10 millions de livres vendus chaque
année (la Salani, entre autres, est en possession des droits
du best-seller mondial Harry Potter) GeMS se place de cette
façon en troisième position, après les groupes Mondadori et
RCS. Le groupe Mondadori à la tête duquel réside Marina
Berlusconi, fille de l’actuel Président du Conseil, possède non
seulement son propre réseau de distribution mais aussi plus de
cinquante sociétés contrôlées et réunies entre elles, italiennes
et étrangères ; selon ce qui est déclaré sur le site, « il est le
leader absolu sur le marché italien du livre » et en 2004 il a
produit 2440 nouveautés, 5240 rééditions, pour un total de 61

— 179 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

millions de copies distribuées sur le marché. Le groupe RCS


(secteur livres) a un chiffre d’affaires qui dépasse les 600 mil-
lions d’euros, plus de la moitié étant réalisée à l’étranger (elle
contrôle en outre les 100 % du groupe Flammarion) et publie
plus de 500 titres par an, réalisés par certaines des meilleu-
res marques du marché éditorial du livre :Rizzoli, Bompiani,
Fabbri, Bur, Sonzogno, Sansoni, La Nuova Italia, Marsiglio,
Archinto et La Coccinella.
Dans quelle réalité s’insèrent ces trois méga-groupes ?
Des 4226 éditeurs recensés en 2003 à la AIE (Association
Italienne des Éditeurs), 1400 n’ont publié aucun titre cette
année là. Il y a par contre environ 800 maisons d’édition ca-
ractérisées par un programme continu qui publient au moins
un titre par mois et possèdent une structure de distribution
capable de couvrir tout le territoire ou presque. 500 d’entre elles
publient de 11 à 50 titres par an (les dites petites ou moyennes
maisons d’édition) et déclarent un tirage moyen annuel de
1900 copies par titre (moyenne nationale 4100) ce qui révèle
parfaitement leur difficulté d’accès aux réseaux de ventes. En
ce qui concerne ce tirage de 1900 copies, au cours de l’année
qui suit la publication les ventes établissent autour 900 co-
pies. D’autre part, les petites et moyennes maisons d’édition
publient d’avantage de nouveautés que de rééditions : ce sont
elles (c’est nous) qui découvrent les nouveaux auteurs italiens et
étrangers, les littératures ignorées par les « Grands », car elles
sont considérées comme peu « commerciales » comme celles
du Sud de la planète ou du nord de l’Europe.
Face à des réalités aussi distantes des nôtres il revient à la
mémoire les considérations d’Alfredo Salsano qui, dans la pré-
face de l’édition italienne du livre d’André Schriffin, Édition
sans éditeurs, à propos des concentrations éditoriales, parlait de

— 180 —
désertification de l’édition et soulignait l’analogie avec ce qui
s’était passé dans le domaine de l’industrie de l’alimentation
agricole.
Quand le livre de Schriffin fut publié, la situation de l’édition
(surtout aux Etats Unis et dans le nord de l’Europe) était déjà
arrivée à un stade de non retour et ceci soulignait sa thèse.
De toute façon sur l’ Italie n’avait pas encore déferlé l’ouragan
qui a ultérieurement secoué la situation de l’édition de projet
ainsi nommée, définition utilisée pour la distinguer de l’édi-
tion dite « majeure », celle qui conçoit «  l’entreprise éditoriale
comme une structure qui tend à en tirer profit.. »
J’entends par là le véritable désastre provoqué par la vente de
livres chez les marchands de journaux qui sont proposés avec
un quotidien.
Jusqu’en 2002 les livres étaient distribués et vendus essentiel-
lement en librairie, au pire des cas dans les supermarchés. À
la fin des années 90 commence à se répandre le phénomène
Internet avec relatives ventes, y compris de livres qui ne sont
pourtant pas considérés comme une nourriture très appétis-
sante. Il y a encore peu de monde qui utilise Internet ; en Italie
à peine les 30 % de la population selon les données Eurostat :
nous sommes l’avant dernier pays d’Europe dans ce classement
suivi seulement de la Grèce. Et qui achète des livres avec ce
système représente à peine les 10 % du total des abonnés.
Cependant Mercredi 16 Janvier 2002 survient un fait nouveau,
et le livre devient un mode de rencontre possible, même pour
ceux qui n’ont pas l’habitude d’aller en librairie : le quotidien
La Repubblica inaugure une collection « les grands maîtres du
vingtième siècle » et distribue en hommage aux acheteurs du
journal, un livre, Il nome della Rosa de Umberto Eco. Un mil-

— 181 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

lion de copies seront distribuées en une seule matinée. Il faut


donc le réimprimer en vitesse. C’est le premier livre, gratuit,
d’une longue et heureuse série payante ; l’initiative en anticipe
de quatre mois une semblable du Corriere della sera (premier
roman de la collection rivale Il giorno della civetta de Leonardo
Sciascia). Durant cette première année Repubblica et Corriere
ont proposé avec le quotidien au moins un volume par semaine
pour la somme de 4,90 euros, plus le prix du journal.
Suivent en octobre de la même année L’Unità, il Giornale, et
petit à petit presque tous les autres quotidiens y compris les
journaux locaux auxquels s’ajoutent très vite les hebdomadai-
res. Mais la vraie invasion des kiosques à journaux commence
en 2003, par le fait aussi des quotidiens « mineurs » tant na-
tionaux que locaux. En théorie, si les livres proposés doivent
être vendus avec le journal ou l’ hebdomadaire, le fait qu’ils
continuent à être vendus même dans les jours et les semaines
successives à la sortie démontre clairement qu’ils peuvent être
acquis à n’importe quel moment et de façon autonome.
D’évidentes considérations s’imposent alors :
À ce genre d’opération peuvent participer presque exclusive-
ment les grands groupes de l’édition qui souvent possèdent
aussi soit les droits sur les livres et les traductions, soit ceux
des quotidiens avec lesquels ils sont proposés.
Les très hauts tirages, le papier souvent de qualité moyenne,
le fraisage au lieu de la couture des volumes permettent un
prix de vente au public plutôt bas (du moins en apparence, là
aussi il y aurait matière à discussion : certains livres de poche
classiques coûtent moins cher en librairie) avec le double effet
d’habituer le public à un produit de très moyenne qualité et

— 182 —
de le convaincre que les prix, plus élevés en librairie, ne sont
pas justifiés.
Aucun éditeur indépendant ne peut se permettre d’investir
de telles sommes dans la promotion d’une collection, encore
moins dans celle d’un simple livre : nous assistons chaque se-
maine à de remarquables campagnes publicitaires, aussi bien
par les dimensions que par l’intensité rendues possibles du fait
que souvent les entreprises concernées ont des liens et des in-
térêts dans différents médias.
Une des raisons, sinon la première, de la fortune de cette ini-
tiative, c’est le système capillaire de la distribution : en Italie,
face à 5000 points de vente pourvus d’une patente de librairie
( par conséquent non seulement les librairies mais aussi cer-
taines papeteries, supermarchés avec un secteur librairie) les
kiosques à journaux sont au nombre de 38000 (données FIEG-
Fédération Italienne Editeurs de Journaux. Ce qui signifie une
présence territoriale très élevée, impensable pour n’importe
quel éditeur, unie à un aspect excessivement rassurant : le lec-
teur a un rapport de confiance avec son quotidien habituel et
avec le marchand qui le lui fournit.

Je tiens avant tout à souligner que, si pour le moment le phéno-


mène concerne surtout l’Italie, il commence déjà à se répandre
dans d’autres pays comme l’Espagne vue l’incroyable simpli-
cité de la formule et l’incroyable succès obtenu, ce qui a permis
de renflouer les finances des quotidiens. Et au risque de vous
ennuyer, j’ai hâte de vous fournir des données précises.
Au cours de la première année (2002), dans les kiosques, envi-
ron 44 millions d ‘exemplaires ont été vendus, essentiellement
des romans classiques et contemporains.

— 183 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

En 2003 les initiatives augmentent : dans l’ensemble 19 jour-


naux offrent plus de 62 millions de copies de livres avec plus
de 400 titres proposés, non seulement des romans : petit à pe-
tit s’ajoutent des encyclopédies, des dictionnaires, différentes
sortes de publications.
En 2004 les copies vendues avec quotidiens et hebdomadaires
atteignent 74 millions, et pour l’année 2005 le président de la
FIEG a déjà dit qu’ « il est probable que le nombre de livres
vendus augmentera par rapport à l’année dernière ».
Et ceci comparé à un marché libraire qui s’arrête essentiel-
lement à environ 100 millions de copies vendues à travers
d’autres systèmes.

Je pense que nous sommes tous d’accord sur un point : le be-


soin d’un marché éditorial qui ne se contente pas de proposer
le Code de Vinci et ses successives filiations, ou les différents I
love shopping…,et qui ne soit pas seulement à la recherche de
best-sellers.
Les éditeurs disposés à croire à un roman, à un auteur sont
indispensables, tout en sachant à l’avance que ça ne sera pas
forcément un champion des ventes. Des éditeurs qui ont une
balance des comptes aux environs de 1000/1500 copies ven-
dues, donc plus disposés à risquer. Avec des projets éditoriaux
moins pharaoniques et plus flexibles. Des éditeurs curieux. Sur
la nécessité de ce type d’édition, aucun doute ne peut surgir.
Mais sur une réelle possibilité d’existence et de survie, peut-
être que oui.
Comprimée entre ces deux phénomènes, la concentration en
groupes importants et la diffusion des livres dans les kios-
ques à journaux, le monde de l’édition indépendante est en

— 184 —
grande difficulté, d’autant plus que les 20 % des 5000 librairies
présentes sur le territoire national couvre les 90 % des livres
vendus (plus ou moins 1000 librairies) : le marché, là aussi, est
essentiellement dominé par les grandes « chaînes » ( il s’agit
surtout de Feltrinelli et de Mondadori ) qui ont tendance à
agir en régime de monopole, et dictent aux plus petits éditeurs
leurs conditions commerciales qui sont plutôt dures. Et de ces
1000 librairies il y en a 300 qui sont nécessaires et suffisantes
au bon succès d’un livre.
Ce sont celles qui ont une superficie de vente supérieure à
250 m2.
Si l’on ajoute à cela une autre donnée vérifiée comme exacte,
c’est à dire que les lecteurs que l’on nomme les « forts », ceux
qui lisent au moins un livre par mois, en Italie ne sont pas plus
de trois millions (pour être plus précis entre 2,5 et 2,8 millions)
on a une idée de l’insuffisance et des difficultés du marché
avec lesquelles les petits éditeurs en particulier doivent faire
les comptes.
L’édition indépendante est-elle donc destinée à disparaître?
Comment peut-on s’organiser non seulement pour résister,
ce qui serait la moindre des choses, mais pour croître et être
présents et incisifs? Depuis quelques années en Italie ont été
mises en pratique des tentatives de réaction, sous le patro-
nage d’éditeurs indépendants comme Bollati, Boringueri et
Laterza : Slow book et Presìdi del libro sont des associations
entre éditeurs et libraires qui refusent la logique du best-seller
« usa e getta » et cherchent à diffuser un produit de qualité.
À Rome s’est formée une haute concentration de petites et
moyennes maisons d’édition, à tel point que l’on parle de-
puis déjà un certain temps de l’édition romaine comme d’
un modèle, en alternative aux grandes maisons du nord. La

— 185 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Voland a proposé au Maire de Rome, Walter Veltroni, le projet


d’ouverture d’une librairie qui serait un point de repère pour
l’édition de qualité, gérée directement par les éditeurs, sans
intermédiaires. Un modèle qui pourrait être même exporté. La
collaboration à un niveau international favorisant les échan-
ges d’informations entre les différentes maisons d’édition, la
pression sur des organismes comme la E.U. en ce qui concerne
l’Europe à fin d’obtenir des lois sur le livre, sont quelques-
unes des dispositions à prendre. Explorons donc ensemble la
possibilité d’éditions bilingues d’auteurs contemporains, à dis-
tribuer simultanément dans les pays des deux langues et dont
les frais d’acquisition des droits et d’imprimerie pourraient
être partagés.

— 186 —
Sandro Cohen, Colibrí (México)

Las literaturas locales en un


mercado global

En lugar de venir a celebrar, muchos de nosotros hemos lle-


gado a intercambiar historias de desgracia. No puedo afirmar
que, en términos generales, el mundo editorial esté desahucia-
do, pero las editoriales realmente importantes —las que están
renovando la literatura, defendiéndola y difundiéndola—, ya
rebasaron el estado crítico para entrar en lo que podríamos
llamar un estado poscrítico, casi ontológico, donde se vive del
aire, del optimismo y de cualquier otra cosa que sirva para
pagar papel, impresores, encuadernadores e impuestos. Para
decirlo de otro modo, no son “realmente importantes” por su
balance en efectivo o por las acciones que intercambian en la
bolsa de valores, sino por lo que aportan a la cultura general
de sus países y del mundo en general.
Puede que demuestren sanos números negros algunas de aque-
llas corporaciones editoriales trasnacionales que impusieron
un modelo económico más apto para vender pasta de dientes
o cereal que libros, pero —como acabo de mencionar— las
que están haciendo el trabajo de veras, si sobreviven, lo hacen
apenas, contra viento y marea, y el pronóstico es reservado.
Algunas no estarán aquí el año que entra. Quisiera afirmar que
Editorial Colibrí, el pequeño sello independiente que repre-
sento, está exento de este peligro. Pero, con toda honestidad,
no me es posible.

— 187 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Maldigo el día en que los contadores y administradores de


empresas se apoderaron de las buenas editoriales en aras de
poner sus finanzas en orden y volverlas más rentables. Ya lo
eran, pero no lo suficiente para ellos. En realidad, las edito-
riales antes independientes tardaban demasiado en hinchar de
billetes las arcas de los magnates detrás de las corporaciones
que fueron comprándolas, una por una, con la mentirosa con-
signa de Todo va a seguir igual. Al contrario: ya todas son
iguales entre sí. Gracias a esta lógica, nos estamos asfixiando
bajo toneladas de basura reciclable: libros pensados, escritos,
diseñados y editados para ser comprados y desechados sin pena
ni memoria.
Desde luego que no todas las editoriales independientes —to-
das ellas locales, identificadas con una ciudad, un país y una
cultura— de hace 100, 50, 25 o 15 años eran modelos de solidez
económica, pero de ellas salieron las obras literarias que ahora
son nuestros clásicos: aquellos libros de valor universal que no
pasarán de moda y que serán lectura obligada para quien desee
comprender su realidad. Lo que muchos ignoran es que estos
libros no nacieron clásicos. De hecho, muchos de ellos apa-
recieron y pasaron prácticamente inadvertidos. Salvo aquellos
títulos que provocaron escándalo —los menos—, los libros
que ahora consideramos importantes tardaron años para ser
siquiera reconocidos y, después, encontrados por su público.
Si se les hubiese aplicado la lógica económica editorial actual,
casi todos habrían desaparecido sin dejar rastro: actualmente,
un libro que tarda varios años en agotar su primera edición es
descatalogado de inmediato, si no es guillotinado antes. Sería
impensable una reimpresión, sinónimo de supervivencia.
Cuando tuve mis primeros contactos con el mundo editorial,
no hace demasiados años, todavía se hacían los escandallos

— 188 —
pensando que un libro podría tardar entre seis meses y tres
años para recuperar sus costos de manufactura. Esto es ahora
impensable: un libro que no sale rápidamente, es un libro que
no salió nunca y se lo come su editor. Esto ha cambiado radi-
calmente al mundo editorial —en su manera de seleccionar y
comercializar libros— al mismo tiempo que ha empobrecido
sensiblemente a la literatura. Lo que temo es que el día en
que se dé cuenta la gente, ya sea demasiado tarde para ponerle
remedio. Para comprender el porqué de la triste circunstancia
actual, es preciso recordar cómo las cosas funcionaban antes.
Siempre ha habido best sellers y los llamados clásicos: libros
que se venden fácilmente y con cierta constancia. Si sólo se
publicasen títulos con estas características, sería muy fácil
ser editor. Paradójicamente, porque los grandes sellos tras-
nacionales pretenden hacer precisamente eso, publicar puros
best sellers, corremos el riesgo de que el acervo de clásicos se
clave en el pasado, de que no crezca y se transforme. El mayor
lugar común de la industria editorial reza que no todos los
best sellers tienen calidad literaria. Es más: son excepcionales
aquellos que sí valen la pena, por mucho que todo buen escritor
daría lo que fuera para tener uno.
Los editores de antes comprendían que de cada diez libros, tres
o cuatro no iban a levantar en términos comerciales. Otros dos
o tres iban a tener buena aceptación. Los de en medio tal vez
recuperarían su inversión apenas. Y nunca se sabía, de antema-
no, cuál iba a ser cuál. (De tener bola de cristal, ya todos ha-
bríamos comprado departamento en París o Manhattan). Pero
antes, el editorial era un negocio noble, y con las ganancias de
los dos o tres que sí se vendían bien, podía financiarse a los
tres o cuatro que no llegaran a números negros rápidamente,
y aun así podía haber ganancias para reinvertir, pagar gastos,

— 189 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

crecer y dar de comer a muchas familias mientras se espera-


ba a que se diese el feliz encuentro entre libros y lectores. El
tamaño de las operaciones no solía ser muy grande y no tenía
por qué serlo: con un tiro de tres mil ejemplares en México, y
en América Latina en general, se cubría cómodamente el mer-
cado de librerías literarias, y quedarían unos 500 ejemplares
en bodega para reposición rápida. No había la devolución que
existe hoy porque no se imprimían tantas toneladas de libros
chatarra y porque había más espacio en librerías. Además, de
éstas había muchísimas, cosa que para nuestros jóvenes resulta
difícil de creer.
Todo esto contribuía a que los libros pudieran llegar a sus
lectores, tanto en la capital como en las ciudades y —en mu-
chas ocasiones— pueblos de los estados de la república. Y los
lectores encontraban los libros porque no desaparecían después
de 15, 30 o —cuando mucho— 60 días, como sucede en la ac-
tualidad. Como no había prisa por devolver, el buen buscador
podía encontrar un libro meses o incluso años después de su
aparición.
Sucede que no compramos libros como si se tratase de calce-
tines, pues entre un par y otro, las diferencias se deben sólo
a detalles de fabricación y materiales. En cambio, no hay dos
libros iguales, aunque entre ellos existan lazos profundos. Y
leer un libro implica tiempo y esfuerzo. Así, es necesario que
el lector esté convencido del valor de un libro dado, de que
le conviene comprar y leerlo, de que no va a arrepentirse. El
mejor convencimiento es el comentario de un amigo, familiar
u otra persona digna de nuestra confianza, como un maestro
o buen crítico literario, por ejemplo. Y como la gente, por lo
general, tarda para enterarse de un libro y de qué se trata,
también se demora un poco para decidirse a desembolsar el

— 190 —
dinero necesario para adquirirlo. De este modo, la voz no corre
de inmediato, salvo que se trate de una cause celèbre, algo que
no sucede todos los días.
Hace unos 15 o 20 años, más o menos, se dio una confluencia
maligna: la compra de editoriales independientes para conver-
tirlas en sellos de grupos trasnacionales, por un lado, y —por
el otro— una descarnada guerra de descuentos en los países
donde no existía la política del precio fijo. El caso de México es
patético. Si no fuera —además— trágico, podríamos decir que
es cómico en la mejor vena del humor negro del capitalismo
neoliberal y salvaje que sólo reconoce valor en el dinero. Por
algo nadie se ríe.
Las guerras de descuentos acabaron con casi todas las librerías
literarias del país. Donde antes tres o cuatro iluminaban cada
colonia, ahora sólo brilla su ausencia. En su lugar hay mini-sú-
pers, depósitos de cerveza, ópticas y paleterías La Michoacana.
Lo mismo sucedió en Estados Unidos. Sólo que allí prospe-
raron aquellos súper mercados de libros llamados Borders y
Barnes & Noble, entre algunos otros. Aunque éstos se hallan
lejos de la maravilla que habían sido las librerías independien-
tes de barrio que antes puntuaban la geografía estadunidense
—y que entre todas superaban con mucho la oferta y el servicio
(deficiente) que ofrecen las nuevas híper librerías—, brincos
diéramos nosotros por tener algo parecido. Su mayor ventaja
radica en que son muchos establecimientos distribuidos a lo
largo y ancho de un enorme abanico geográfico. Como son
grandes, también pueden llegar a tener una buena selección,
por lo menos en comparación con lo que sucede en México.
Aquí, las mejores librerías son Gandhi y El Sótano. Creemos
que son grandes cuando son chiquitas. Pensamos que tienen
muchos libros cuando son poquitos, casi todos ellos novedades,

— 191 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

best sellers o saldos reciclados de España: los desechos del


imperio que en las provincias americanas pueden pasar, entre
ignorantes, como material de calidad. Actualmente, resulta
casi imposible conseguir libros de catálogo; es decir, libros no
agotados —importantes— pero que no son novedades ni best
sellers. Ninguna librería los pide, salvo que sea por equivoca-
ción. El motivo: No hay lugar. Éstas son las mejores librerías
que tenemos y, por lo menos en sus casas matrices, venden
razonablemente bien, sobre todo los títulos comercializados
masivamente por las corporaciones multimillonarias.
Pero tendría que haber 500 Gandhi y Sótano, cada una cin-
co veces más grande, para que se surta el efecto Barnes &
Noble, sin llegar a lo que teníamos antes, tanto acá como allá.
Y México apenas empezaba a despegar cuando sobrevino la
debacle. ¡Lo que son las cosas! México y Argentina, en los
años 60 y 70 eran el centro del mundo editorial en español.
La madre patria era una sombra de lo que se producía aquí,
tanto en calidad como en cantidad. Entre México, Colombia,
Argentina, Venezuela y Chile, América mandaba. Es como
si hubiera habido una hecatombe nuclear. Sólo quedan las
cenizas de esa época. Y parecen radiactivas: de lo que surge
localmente, crece muy poco, y prospera menos.
Como se encogió terriblemente la oferta librera en el país, los
libros empezaron a esfumarse de la conciencia colectiva de los
lectores posibles. Además, nuestras escuelas se convirtieron en
eficaces productores de analfabetos funcionales, gracias a la
nula capacitación de los maestros para inspirar en sus alumnos
entusiasmo por la lectura y los libros. Y si esto no fuera sufi-
ciente, hoy en día hay poco ejemplo de lectura en la población
en general. Padres que no leen producen hijos que ni siquiera
contemplan la lectura como una actividad. Para ellos los libros

— 192 —
significan tarea, aburrimiento o incluso castigo. Esta dismi-
nución brutal en la demanda por fin ha llegado a pegar, donde
más les duele, a quienes la provocaron: las grandes editoriales
que se comieron a las chiquitas, y las grandes librerías que se
enriquecieron comiéndose a las más pequeñas. Por algo, todos
apoyan la nueva iniciativa de ley que establecería el precio fijo
en todo el país para que las librerías puedan competir en fun-
ción de servicio y oferta, y no practicando el canibalismo que
significa matar a la competencia que, en realidad, ayuda en la
tarea de crear cada vez más lectores. Pero no somos rencorosos
y bienvenida la iluminación, aunque tardía.
Por lo pronto, esta ley está bien dormida en el Congreso.
Mientras la despierten, de aquí a dos años aproximadamente
—cuando el nuevo presidente haya tenido tiempo de percatar-
se del país en que vive—, las editoriales independientes que
sobreviven lo estarán haciendo apenas porque no hay dónde
vender lo que producen, y el poco espacio de las pocas librerías
está invadido por aquellas trasnacionales que promovieron un
modelo económico que hasta ellos lamentan ahora, pero que
no pueden cambiar porque su estructura y mentalidad no se
lo permiten.
Es criminal pretender que las ventas de un libro se comporten
como el nuevo enjuague bucal. Pero ése es el esquema que nos
vendieron. Tomaron prestada, además, una hoja del manual de
los productores y distribuidores cinematográficos: Hagan pelí-
culas costosas, blockbusters, e inunden el mercado con cuantas
copias sea posible. Al hacer largometrajes caros, se filman me-
nos. Las películas eliminadas son las que arriesgarían, las que
realmente serían polémicas, las que provocarían pensamiento
y, posiblemente, rechazo en ciertos sectores de la población.
Ésas las tienen que hacer las empresas independientes, pero

— 193 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

pocas distribuidoras están dispuestas a comercializarlas porque


las cadenas de cine son una mafia más o menos cerrada. Lo
mismo sucede en la industria de los libros.
Las editoriales independientes son las que arriesgan porque
realmente creen en el valor literario de lo que publican. Las
independientes son las que están produciendo las obras im-
portantes del mañana, mientras que las trasnacionales siguen
atragantándose con las excrecencias de un boom venido a me-
nos, mucho menos, y de otros booms que sólo logran levantar
efímeramente gracias a costosísimas campañas publicitarias,
parecidas a las que monta la industria cinematográfica. Muy
poco de lo que hacen vale la pena y no tienen la visión para
darse cuenta de la verdadera calidad cuando la tienen enfrente.
Además, aunque la vieran, tardaría para encontrar a su públi-
co, y esto no es económicamente viable según el esquema que
ellos mismos impusieron.
Cada uno de nosotros representa un valor estratégico en cada
uno de nuestros países. Somos el eslabón de nuestra cadena
cultural que está en vías de extinción ante la globalización de
una mediocridad uniforme, alérgica a los riesgos, al pensa-
miento, a la innovación, y que sólo entiende el valor del dinero
rápido. Si nos tomamos en serio, debemos convencer a nuestros
políticos, primero, de la importancia del libro y la lectura. No
para que hagan campañas publicitarias como Hacia un país de
lectores, sino para que aprueben, en todo el continente, leyes
de precio fijo. También tiene que haber una revolución en las
escuelas públicas. No me refiero a los programas demagógicos
de siempre sino a la capacitación de los maestros para que sepan
infundir la inacabable sensación de maravilla que dan los libros
a quienes saben acercarse a ellos. Carteles bonitos no crean
lectores: lectores crean lectores. Y a todos nos urge darnos a

— 194 —
la tarea de crear a los lectores que las fuerzas más malignas
de la peor globalización no permitieron nacer, o que de plano
asfixiaron al reducir al libro a su mínima expresión comercial.
Los libros son vida, son la sangre de nuestras culturas, son la
suma de nuestra historia y la esencia de quiénes somos. Sin
ellos abdicamos nuestra responsabilidad y nos convertimos en
simples consumidores de la chatarra producida por imperios
que tienen otros intereses.
Éste es nuestro Álamo. El enemigo es poderoso y no hay que
subestimarlo. Se llama ignorancia, avaricia, miopía, estupidez.
A estas alturas, las grandes trasnacionales no son el enemigo
porque ellas mismas se han convertido en sus propias víctimas.
A esto yo le llamo justicia poética. Pero tampoco lloro por
ellas. Si saben lo que es bueno, también unirán sus esfuerzos
a los nuestros por volver a tocar los corazones y mentes de la
juventud, a aquellos que serán capaces, como seres pensantes
y críticos, de seguir construyendo los países que deseamos y
necesitamos, donde una vez más podamos escribir, editar y
poner a circular las obras clásicas del mañana, cada una con
un lugar de nacimiento específico, pero universal en su visión
de la humanidad.

— 195 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Cristina Warth49

Libre e o mercado
editorial brasileiro

Minha participação neste encontro dos Editores do Mundo


Latino em Guadalajara, a convite da Alliance des Éditeurs
Indépendants, tem o propósito de falar um pouco sobre a expe-
riência editorial de pequenos e médios editores brasileiros que
se reúnem numa jovem organização nomeada Libre — Liga
Brasileira de Editoras —, fundada em 2001 na cidade do Rio de
Janeiro e que hoje congrega 100 editores, com grande número
de representantes do Rio de Janeiro e de São Paulo, reflexo
da concentração de riquezas e da forma como está organizada
a economia brasileira, mas também com filiados, em menor
número, representando as demais regiões do país.
O surgimento da Libre reflete a necessidade de organização e
fortalecimento dos pequenos editores brasileiros no momento
em que o setor sofre profundas mudanças, que colocam em ris-
co não apenas a sobrevivência dessas empresas como também
indicam uma tendência à forte desnacionalização das editoras
brasileiras e a um movimento de fusões e aquisições dentro do
mercado nacional que aponta para performances mais conser-
vadoras em que a valorização das regionalidades nacionais, o
espaço para a busca de novos autores e o trabalho de nicho de
várias pequenas editoras ficarão seriamente comprometidos.

49. �������������������������������������������������������
Cristina Warth é editora e ex-vice presidente da Libre.

— 196 —
Antes de falar mais detalhadamente sobre a experiência da
Libre, vale descrever, mesmo que rapidamente, algumas ca-
racterísticas da indústria gráfica e editorial brasileira que certa-
mente ajudarão a entender os problemas pelos quais passamos
hoje.
Em primeiro lugar, destacamos que, cumprindo as determina-
ções portuguesas para a manutenção do domínio colonial sobre
o Brasil, eram proibidas durante praticamente todo o período
colonial as atividades impressora e editorial na então colônia
lusitana. Tal fato só começou a mudar no início do século XIX
com a vinda da família real portuguesa para o Brasil, fugin-
do da invasão de Napoleão a Portugal. Com ela vieram uma
quantidade fantástica de livros (que compunham a Biblioteca
Real) e a liberação da impressão no Brasil, fato que se deu
principalmente com o objetivo de fazer frente às necessidades
do Estado português (já que toda a administração real passou
a funcionar a partir do Brasil), e de suprir as necessidades da
corte portuguesa que para cá se viu forçada a migrar.
No início, a impressão de livros foi muito pequena e a edição
era majoritariamente de periódicos. Muitos livros em portu-
guês passaram mesmo a ser produzidos e trazidos legal ou
ilegalmente (visto que apesar da liberação da atividade, esta
ainda sofria os reveses da censura do Estado) da Inglaterra e,
com o fim do conflito com a França, o mesmo acorreu a partir
desse país.
Pouco mais tarde verificamos inclusive que os primeiros e
mais importantes gráficos, editores e livreiros estabelecidos
no Brasil seriam franceses, mantendo uma influência que per-
duraria por bastante tempo no país.

— 197 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Outro grave problema que certamente contribuiu para a tardia


atividade editorial no Brasil se deveu ao fato de que na colônia,
além de praticamente inexistirem escolas, não era permitido
o funcionamento de universidades. Enquanto cidades como
a do México, Lima e outras na América do Norte formaram
desde o século XVI milhares de bacharéis e letrados, os poucos
indivíduos com esse tipo de formação no Brasil, tinham que
buscá-la em Coimbra (era inclusive com eles que vinham clan-
destinamente os livros em português, e sobretudo em francês,
que certamente influenciaram os primeiros movimentos de
independência no Brasil ligados ao Iluminismo).
Se atentarmos para a data de fundação das universidades em
Salvador, Rio de Janeiro e Ouro Preto, das mais importantes
cidades econômica e culturalmente falando, durante o perío-
do colonial, verificaremos que estes centros de formação são
recentíssimos.
A universidade no Brasil seria implantada tardiamente, sendo
as primeiras escolas ligadas à formação de bacharéis e médi-
cos, só depois surgindo as escolas de engenharia, ligadas ao
exército.
A esses elementos somam-se outros:
 grande parte da população colonial era formada por escravos
—sem nenhuma possibilidade de acesso ao estudo formal,
tratados como elementos de uma engrenagem perversa e
que, como peças, deveriam ser simplesmente substituídos
quando deixassem de funcionar—;
 os conflitos entre Igreja e Estado português levaram à ex-
pulsão dos jesuítas, responsáveis pela manutenção de escolas
coloniais;
 a inexistência de escolas em praticamente toda a colônia;

— 198 —
 as enormes dificuldades de comunicação no interior desta
em função de seu tamanho e da adversidade do território e
mesmo o fato de que a noção de Brasil como unidade terri-
torial e lingüística é realmente algo recente — consolidado
apenas no século XX — foram decisivos para inviabilizar
do ponto de vista econômico (pois não havia mercado que
sustentasse essa atividade) e político a consolidação da em-
presa gráfica no país até o século XIX.
E não falemos aqui, num encontro de editores, que talvez no
Brasil o fenômeno da televisão tenha sido mais decisivo para a
consolidação de uma única língua nacional do que o modesto
esforço de alfabetizar e o de fazer chegarem livros a populações
pobres e remotas em qualquer dos diferentes governos de todo
o nosso período republicano, seja durante a ditadura militar ou
nos governos democráticos.
Fato é que, na virada do século XIX para o XX, período do fim
da escravidão, fim do Império e início da República, o Brasil
era um país profundamente agrário e atrasado, com graves
problemas de comunicação, com as populações do interior re-
legadas ao isolamento, e com um mercado interno incipiente.
As poucas casas editorias e gráficas (atividades que muitas ve-
zes se confundiam) se concentravam no Rio de Janeiro. Neste
período, com o crescimento econômico de São Paulo, estado
que primeiro instituiu o ensino primário obrigatório, começa-
ram a surgir editoras também nessa capital.
O fato da obrigatoriedade da oferta de escolas e a conseqüente
necessidade de suprir com livros seus alunos foram fatores fun-
damentais para o crescimento do número de editoras no país,
casas estas que não poderiam sobreviver apenas dos poucos
letrados existentes. Até os dias de hoje, as compras públicas

— 199 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

para escolas e bibliotecas, apesar de ainda insuficientes, são


fundamentais para a manutenção das editoras brasileiras, que
ainda sofrem com um número de leitores que tem mesmo de-
crescido no último decênio.
Veremos que, a partir de então, a compra pública para escolas
— e no futuro para bibliotecas —passa a ser um dos elementos
principais para a consolidação da edição no país. Não quere-
mos dizer com isso que ela tenha sido ao longo de todo o século
passado e início deste suficiente, seja do ponto de vista do
alcance social, ofertando livros de qualidade e a contento, ou
democrática na relação com o mercado editorial. Essas com-
pras têm histórico concentrador, que privilegiou durante dé-
cadas as mesmas empresas, contribuindo para a concentração
do setor; isso sem falar na distorção de comprar diretamente
dos editores, tirando de livreiros a possibilidade de atender
ao mercado, o que vem contribuindo para o enfraquecimento
deste que é o elo mais fraco da cadeia do livro.
A inexistência de uma lei que regule o preço do livro no país
soma-se ao crescimento de cadeias de livrarias, que compõem
seus resultados com a venda de outros artigos que não os livros.
Tais empresas, nos últimos anos, têm elevado os descontos
impostos pelo setor livreiro de 30 para 50% em média, impondo
também a consignação como prática. O que vemos é a quebra
geral das pequenas e médias livrarias independentes, o que
irá em futuro próximo repercutir de forma muito negativa na
distribuição dos livros produzidos no Brasil.
Finalmente, a negociação entre editoras e governo tem ocor-
rido, via de regra, da seguinte maneira: o governo compra um
grande número de exemplares com certa regularidade a preços
muito baixos apesar das grandes quantidades. Isso faz com
que os livros vendidos ao consumidor via livrarias chegue ao

— 200 —
público-leitor a preços mais elevados. Ou seja, o minguado
mercado brasileiro é ainda penalizado pela difícil negociação
entre governo e editores fazendo com que o preço do livro
didático vendido nas livrarias seja necessariamente mais caro
para fechar a conta da venda governamental.
Diante deste rápido apanhado, o que temos hoje, permitindo
aqui um grande salto, é um país cuja a permanência na escola
não chega a cinco anos; que lê anualmente menos que dois
livros per capita, aqui incluindo o livro didático; com mais edi-
toras que livrarias — estas últimas são cerca de 1500 em todo
o país (com notícias constantes de fechamento de pequenas e
médias), a maioria concentradas no sudeste e no sul do país,
áreas de maior poder aquisitivo e maior concentração urbana;
com déficit de bibliotecas — apesar do atual esforço governa-
mental em superar tal problema com uma política de abertura
de uma biblioteca em cada município; com uma enorme crise
na Universidade Pública e com um grande número de univer-
sidades particulares que ofertam cursos de baixa qualidade e
que possuem bibliotecas que não condizem com a necessidade
dos estudantes; enfim, um quadro desalentador.
Segundo dados oficiais, o Brasil possui registradas mais de
3000 empresas que se dizem editoras. Ativas, ou seja, com
um número mínimo de publicações por ano, elas não chegam
a 600. Destas, as poucas empresas grandes são as que se de-
dicam à produção de livros didáticos, muitas já nas mãos de
sócios estrangeiros, estando as empresas médias e pequenas
envolvidas com a produção de textos literários e de toda uma
série de publicações em diferentes nichos.
Duas entidades tiveram por longo tempo a exclusividade da
representação do setor no país, o SNEL — Sindicato Nacional
dos Editores de Livros — e a CBL — Câmara Brasileira do

— 201 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Livro. A primeira, apesar do nome, tem forte concentração


dos editores de obras gerais e das editoras tradicionais do Rio
de Janeiro. A segunda, como o nome indica, é uma câmara,
acolhendo representantes de diferentes setores — editores, dis-
tribuidores, livreiros —, mas com forte concentração e repre-
sentatividade dos editores paulistas envolvidos com a produção
dos livros didáticos.
Nestas entidades não conseguimos encontrar um espírito
corporativo. São entidades que não representam o todo da
categoria; são, antes, organizações que personificam em seus
dirigentes alguma forma de projeção pessoal, que lhes confere
o título honorífico de diretores ou presidentes, mas que não
estão envolvidas com as políticas de democratização do acesso
de pequenos e médios editores a uma condição mais sólida e
estável.
Essa consolidação só acontecerá mediante um conjunto de
ações a serem levadas a cabo pelo setor. Entre elas, podemos
destacar:
 o acesso de todas as editoras às licitações para compras pú-
blicas;
 a discussão sobre o crescimento do mercado editorial, que
só acontecerá com a formulação em conjunto com o governo
de políticas públicas de formação de leitores, o que signi-
fica acesso e permanência a boa escola, formação sólida de
professores, fortalecimento do ensino universitário público
e da pesquisa no país;
 apoio à criação de bibliotecas, que têm importante papel na
democratização do acesso ao livro num país onde este é um
produto caro, seja pelo problema de escala, seja pelos baixos
salários da maioria da população brasileira;
 apoio às livrarias, com especial destaque para as indepen-

— 202 —
dentes e as que se localizam fora dos grandes centros — e
seu fortalecimento como principal elo na distribuição dos
livros nacionalmente, inclusive e principalmente no caso das
compras para bibliotecas.
 ainda do ponto de vista da formação do profissional do li-
vro
 apoio a ações de formação profissional
 regulação profissional de nível médio e superior
 apoio à formação de massa crítica dentro dos diversos seg-
mentos que formam a cadeia do livro. Esse difícil e desigual
grupo de atividades reúne profissionais de diferentes forma-
ções como, por exemplo, um editor que adora livros mas não
está preparado para a gestão do seu negócio ou ainda um
livreiro que não lê, não conhece informações mínimas sobre
literatura, tem dificuldade de encontrar livros numa estante,
não sabe gerenciar estoques nem compor o acervo de seu
negócio. Isso sem falarmos nos distribuidores e vendedores,
segmentos muito pouco qualificados.
Enfim, uma extensa agenda que implicaria ações que parecem
estar na contramão de entidades que assistem à chegada de
editoras e livrarias estrangeiras e compõem com estas para
dar uma nova face mais concentradora e restritiva ao mer-
cado editorial brasileiro. Entidades que são a representação
dos vencedores, das maiores empresas, se podemos chamar de
vencedores, representantes de um mercado que decresceu 48%
nos últimos oito anos — conforme falaremos mais adiante —,
sem que esses números fossem abertos ou enfrentados pelo
segmento.
Esse é o contexto em que surge em 2001 a Libre, que vem en-
frentando nos últimos quatro anos a discussão colocada acima,
consolidando o espaço desse segmento de profissionais junto

— 203 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

ao governo e a interlocutores de outras entidades, e buscando


um diálogo com agentes sociais sobre a importância de for-
marmos um país leitor.
O que reuniu as pequenas e médias editoras que posteriormen-
te formaram a LIBRE foi, inicialmente, uma ação pragmática.
Um grupo de editores reunido ao fim de uma grande Bienal
discutia, insatisfeito, sobre as características gerais daquele
evento — altos custos
para editores e consumidores, difícil acesso, inexistência de
transporte público satisfatório — e sobre os resultados reais
para suas empresas — normalmente relegadas a estandes
pequenos, mal localizados e mais caros em relação aos pri-
vilegiados e grandes estandes das empresas de maior porte.
Daquela insatisfação surgiu um sentimento de união em torno
de críticas fortes e comuns a um formato de evento que nem
de longe cumpre sua função de formar leitores, uma vez que
o ambiente ali criado de modo algum reflete o universo do li-
vro, marcado por agentes que lidam com idéias, conhecimento,
criação, imaginação.
Diante disso, a primeira criação da Libre foi um evento de
nome Primavera dos Livros. Desnecessário aqui explicar o
sentido da Primavera, criação, renovação, novidade, frescor.
A Primavera, hoje com cinco edições no Rio de Janeiro e três
edições em São Paulo, é, em toda sua concepção, produção e
execução um esforço coletivo dos editores da Libre. A monta-
gem do evento não gera lucros para a entidade, tendo o salão
pressupostos bem definidos, a saber:
 a organização é feita com todos os estandes rigorosamente
iguais, nos quais o destaque é o livro e não se permite ofertá-
lo como uma guloseima no supermercado;

— 204 —
 todos os editores estão à frente de seus estandes, atendendo
o público e falando sobre o seu catálogo;
 o preço da entrada é apenas simbólico, além disso, ao visi-
tante é oferecido um catálogo geral dos participantes com
o perfil de cada editora e seus principais lançamentos. A
experiência, desde 2001, tem nos mostrado que este catálo-
go, um instrumento simples, tem permanecido como livro
de consulta durante todo o ano e mesmo os livreiros a ele
recorrem para mais bem entender o perfil das várias editoras
que participam da Primavera.
 Paralelamente à venda dos livros, acontecem discussões com
profissionais da cadeia do livro, mesas redondas, palestras e
seminários e, não menos importantes, ações especiais para
professores e alunos que começam a ser organizadas bem
antes do salão, preparando as crianças para que possam
aproveitar ao máximo a visita a um evento dedicado aos
livros.
Mas as Primaveras, que acontecem nos meses de setembro e
outubro respectivamente no Rio e em São Paulo, são apenas a
face pública da Libre; representam o momento em que peque-
nos editores com sérios problemas de fazer chegar seus livros
aos pontos de venda os apresentam ao leitor e muitas vezes ao
próprio livreiro. É o momento de receber publicamente jovens
profissionais, consolidar o diálogo com editores de igual per-
fil, como acontece com os editores de língua portuguesa da
Aliança dos Editores Independentes, além de publicamente
marcar a diferença na forma de exercer a atividade editorial
em nosso país.
Sendo assim, ser um libreiro significa estar envolvido em
ações que visam ao fortalecimento da cadeia do livro, de seus
profissionais, autores e leitores. É apoiar e discutir meios de

— 205 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

democratizar o acesso ao livro, seja participando da concepção


dos programas de distribuição de livros, política de bibliotecas
e formação de acervos, garantindo diversidade, atualização de
acervo e democratização das compras, ou combatendo a cen-
tralização e os privilégios. É apontar para a precariedade dos
acervos de nossas bibliotecas de referência, que, se bem equi-
padas, garantiriam não apenas o fortalecimento do mercado
editorial como também eliminariam em grande parte os sérios
problemas de pirataria, garantindo o acesso a bibliografia atu-
alizada a todos os estudantes e professores, principalmente
aos que não possuem os recursos necessários para adquiri-los.
É participar e discutir as políticas de letramento e de perma-
nência na escola.
Ou seja, a Libre pretende participar da elaboração de uma
agenda permanente para o livro e para a leitura, que garanta
a participação e a sobrevivência da edição nacional e inde-
pendente e o fortalecimento do público-leitor em nosso país
num momento em que vemos o fechamento de várias editoras
e livrarias, além da compra de várias outras por empresas es-
trangeiras.
Enfim, estamos envolvidos em praticamente todas as ações
listadas no decorrer desse texto e que só podem ser realmen-
te levadas a cabo por uma entidade com espírito corporativo
para enfrentar uma crise que não é apenas brasileira. Inúmeras
pesquisas mostram que o segmento editorial tem sofrido um
grande decréscimo de resultados em vários países, inclusi-
ve naqueles que contam com público consolidado e políti-
cas governamentais de apoio constante, como é o caso dos
EUA, Japão, Alemanha, Itália, Espanha, Bélgica, Áustria e
Argentina — que parece já começar a responder a uma crise
que afetou sua economia como um todo (dados de 1998 a 2002).

— 206 —
No Brasil, esse quadro torna-se dramático pois, apesar de um
crescimento de 22% da economia nos últimos 10 anos, tivemos
uma redução de 48% dos resultados do mercado editorial, em
número de livros vendidos e valores monetários reais.
Diante desse breve relato, constatamos que os desafios são
enormes para os editores brasileiros e que realmente acredita-
mos que a experiência da Libre, apesar de recente, oferece um
caminho de fortalecimento para os pequenos editores brasi-
leiros e aponta para a gestão de uma agenda de compromissos
para o livro que deve ser obrigatoriamente mais duradoura
que o período de cada governo e na qual pretendemos atuar
constantemente, seja na formação de leitores, no acesso ao li-
vro e à escola, na luta por preços justos, pela livre circulação
de idéias, pela viabilidade econômica de pequenas editoras e
livrarias, ou seja, todas as ações que fortaleçam a atividade
editorial independente.

— 207 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Ginevra Bompiani, Nottetempo (Italia)

Réseau national, réseau


international : que mettre en
commun ?

Nous sommes ici pour parler de l’édition indépendante. En


Italie, et dans beaucoup d’autres pays, elle coïncide en grande
partie avec la petite édition. Nous parlons donc de la petite
édition indépendante. La grande édition étant très souvent
le résultat du fusionnement de ceux qui étaient autrefois les
grands éditeurs, et l’absorption de ceux qui étaient les petits.
En Italie il y a trois groupes importants : RCS, Mondadori,
Longanesi. Les deux premiers groupes sont composés de
grandes et petites maisons nationales et de quelques maisons
étrangères. Ce sont donc des multinationales. La dernière,
née d’une importante chaîne de distribution, s’en détache pour
créer ce qu’ils appellent, depuis quelques semaines, le troisième
pôle.
Tous ces groupes ont leur propre chaîne de distribution et de
promotion et quelques journaux ou revues à l’appui. Ce sont
des forteresses qui agissent et se meuvent comme des flottes.
Elles occupent la plus grande partie du marché, achètent les
auteurs en bloc et les manuscrits à l’enchère, à coup de centai-
nes de milliers d’euros ou de dollars.
En Espagne, les 25 % des maisons d’édition appartiennent à
un groupe, raconte le BIEF (Bureau international de l’Édition

— 208 —
Française). Mais les quatre groupes principaux représentent
les 50 % du marché.
En Allemagne, l’association des éditeurs et libraires allemands
compte 1823 maisons d’édition, mais 65 maisons réalisent 71 %
des ventes et le nombre des groupes grandit vite.
À côté de ces formations, les petits éditeurs semblent exercer
un autre métier, plus traditionnel et plus funambulesque.
Tel qu’il est, le petit éditeur aujourd’hui est serré dans un étau :
d’une part la distribution, harcelée à son tour par le réseau des
grandes librairies, qui pratique des conditions supportables
pour les grands tirages, mais mortelles pour les petits, et tout
en pratiquant les mêmes conditions, réserve aux grands à peu
près tout l’espace d’exposition et d’autre part la grande édition
qui fait obstruction à toute tentative des petits de percer la
« muraille ». S’ajoute l’impossibilité de payer la publicité sur
les grands journaux, de faire pression sur les prix littéraires,
et ainsi de suite…
Cependant les petits éditeurs sont en train de devenir si
nombreux (plus de 4000 en Italie), qu’ils ont fini par soulever
l’attention des salons, des foires et de quelques régions. Ce
colloque en est la preuve.
Les salons des petits éditeurs se multiplient actuellement en
Italie, ainsi que les manifestations régionales, particulièrement
à Rome, devenue le point de rencontre des petits éditeurs
(comme Milan et Turin le sont des gros). Ces salons présentent
plusieurs avantages : ils permettent aux éditeurs indépendants
d’exposer face à un public qui n’est pas ébloui par la grande
édition, et permet surtout aux exposants de faire connaissance
entre eux, voir de se lier d’amitié.
Et c’est le premier pas vers l’alliance.

— 209 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

C’est là que s’ouvre en effet pour le petit éditeur indépendant


une possibilité encore presque inexplorée : le libre accord en-
tre maisons indépendantes, qui est peut-être une réponse, ou
même la réponse, à cette lutte inégale.

Il y a eu, dans le passé, quelques tentatives de parcourir ce


chemin, qui ont échoué à cause de la difficulté pour un éditeur
d’oublier les rivalités et de les transformer en alliances.
Mais ce chemin aujourd’hui aurait peut-être plus de chances,
non seulement à cause du nombre des éditeurs, mais parce que
il y a une vraie nécessité de le parcourir. Aujourd’hui beaucoup
pensent que le petit éditeur est l’héritier de la grande édition.
Mais pour rester tel, il lui faut multiplier ses chances de survie,
et inventer des stratégies aussi nouvelles que ses conditions de
travail.
Car il s’agit, pour lui, de rester indépendant et de rester petit.
Telles sont aujourd’hui les conditions de la vraie édition : de la
recherche, de la découverte, de l’anticipation. Il y a une place
qui a été laissée vide par la grande édition, et que la petite est
en devoir, est en train, de remplir.
Il s’agit donc de créer des accords sur une base nouvelle.

Mais que peut-on mettre en commun?


On peut commencer par des accords peu compromettants,
comme la mise en commun du stand dans les salons ou du
dépôt des livres. On peut s’accorder sur des choses plus im-
portantes, comme l’achat du papier, le service de presse, le
service commercial, une chaîne personnelle de promotion,
l’acquisition d’auteurs (dont on peut se partager les titres). On

— 210 —
peut jusqu’à partager l’achat de livres onéreux, pour lesquels
on pourrait créer une collection spéciale et commune.
L’alliance peut être plus ou moins formalisée : de l’association
au consortium, au simple accord privé. Si l’accord est forma-
lisé, on peut se présenter ensemble à une chaîne de distribution
ou de librairies, aux éditeurs étrangers et aux salons internatio-
naux, aux organismes régionaux, nationaux et internationaux.
On peut faire pression sur la Société des Éditeurs et chercher
à influencer sa politique. Ceci permettrait d’acquérir la force
que le petit éditeur indépendant n’a pas tout seul, sans toucher
à son autonomie et à sa personnalité.

À la différence des grands groupes, la base d’une alliance entre


petits éditeurs n’est pas d’abord, et encore moins exclusive-
ment, économique : elle se fonde sur trois principes : l’amitié,
la confiance, la résistance.
L’amitié n’est généralement pas la base d’un accord économi-
que : mais justement, il ne s’agit pas d’un accord économique,
mais d’un accord pour ainsi dire politique. Etre collègues ne
suffit pas, il faut quelque chose de l’ordre de l’affinité. Une
affinité qui ne concernerait évidemment pas le choix des livres
(qui engendrerait rivalité), mais plutôt une certaine parenté de
goût ; le choix des priorités ; et la structure de la société.
Goût, priorités et structure sont des aspects importants d’une
maison d’édition. Cela veut dire qu’il ne pourra pas y avoir des
méga groupes, comme dans la grande édition, mais différents
petits systèmes. Je crois que système est le mot qui définit des
éléments qui tiennent ensemble, tout en restant hétérogènes.

— 211 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

La confiance est également une condition essentielle. Il faut


établir entre partenaires un pacte de non agression, de respect
de l’autre, de ses idées, de ses découvertes.
Et enfin la résistance. À quoi faut-il résister? À-peu-près à
tout. Surtout à ce que Pasolini appelait le “génocide culturel”,
celui qui a été perpétré sur nos cultures. Et encore plus à celui
qui a ravagé les autres cultures, par la colonisation, la guerre et
le marché global.
Résister ne veut pas seulement dire se battre, mais persister.
Demeurer ce qu’on est, ce qu’on a commencé par être, ce qui a
voulu en nous être éditeur. L’édition a toujours été une forme
de résistance. Aujourd’hui la petite édition indépendante est
une forme de résistance. Tout accord ou entente entre petits
éditeurs devrait s’en souvenir et en tenir compte.

Naturellement il y aura des difficultés. Tout éditeur a sa per-


sonnalité et s’inquiète à l’idée qu’un autre la vole ou la coince.
Sa fragilité l’inquiète aussi : on ne s’habitue pas à marcher sur
la corde, on continue à avoir peur de tomber.
C’est un peu ce qui se passe en Europe parmi les états mem-
bres.
Car la création d’une alliance, tout en laissant à ses partenaires
leur individualité, crée un nouveau sujet. Voir un nouveau sujet
juridique.
Un ami éditeur, à qui je parle de ces questions, me répond qu’il
faudrait que non seulement les partenaires s’aident mutuelle-
ment, mais qu’il forment un ensemble qui agit en tant que tel,
qui ait une physionomie propre, de même qu’une fédération
d’états nations ajoute à la personnalité de chacun, la sienne.

— 212 —
Ses interlocuteurs seront les administrations publiques, les
bibliothèques, les opérateurs dans le marché de l’art, l’école,
les théâtres, les salles de lecture.
Le système pourrait agir sur plusieurs niveaux :
 créer un espace d’exposition et de vente commun
 inventer de nouvelles manières de présenter les auteurs et
les livres
 établir un rapport continu avec les bibliothèques, les écoles,
les instituts de culture
 négocier un rapport commercial et promotionnel avec les
librairies
 bref établir un réseau de contacts avec les institutions cultu-
relles, fondations, centres de recherche, artistes, entrepri-
ses.
C’est en tant que « nouveau sujet », c’est dans cette nouvelle
personnalité collective que le réseau national rejoint le réseau
international.
Ici les possibilités sont grandes.
Quand j’étais très jeune, j’ai assisté à la rencontre à Formentor
d’éditeurs de différentes nations qui avaient créé un prix
international du nom de cette île de la Méditerranée. Il y
avait Giulio Einaudi pour l’Italie, Claude Gallimard pour la
France, Ledig Rowohlt pour l’Allemagne, Carlos Barral pour
l’Espagne, les Muchnik pour l’Argentine, et d’autres dont je
ne me souviens pas. Mais je me souviens de Hans Magnus
Enzensberger, Alberto Moravia, Italo Calvino, Carlo Levi,
Juan Goytisolo, Henry Miller, qui étaient venus chacun pour
soutenir la candidature d’un écrivain de renom, qui serait pu-
blié par tous les éditeurs présents et se trouverait d’un jour à
l’autre une renommée internationale. Henry Miller était venu

— 213 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

soutenir John Cowper Powys, mais étant tombé malade, il a


disparu de la discussion. Cowper Powys, qui avait survécu
presque inconnu jusqu’à 94 ans, est mort tout aussi inconnu,
et c’est Uwe Johnson qui a gagné.
Cette initiative avait une valeur culturelle et politique impor-
tante, c’était un acte précis de résistance contre la dictature
espagnole. L’initiative partait de grands éditeurs, qui s’étaient
choisis parmi ceux qui se réunissaient une fois par an dans un
congrès, où ils discutaient la politique culturelle du monde
occidental.
Ces grands éditeurs n’existent plus ou ne jouent plus ce rôle.
C’est aujourd’hui aux petits éditeurs indépendants de prendre
la relève. Ce qu’ils peuvent accomplir est important : ils peu-
vent créer des réseaux culturels nouveaux, une union entre
mondes différents, qui traverse les continents et les cultures. Ils
peuvent résister à la décadence culturelle, politique et sociale
du monde occidental, en lui opposant des lignes culturelles
qui se souviennent des autres points cardinaux. C’est leur tra-
vail, c’est le travail de l’éditeur, de flairer le vent d’un futur
vivable.

— 214 —
Horia Barna, Humanitas (Rumania)

El precio fijo del libro

¿Qué representa hoy el libro? Parece una pregunta pueril, pero


suscita problemas en varias categorías de productos. Una de-
finición primaria: obra imprentada en papel, encuadernada y
difundida en las librerías. Con ISBN. En los últimos 15 años,
el desmantelamiento del soporte escrito por la imagen a través
de la informática y la trasposición a nuevos soportes (CD-
Rom, libro electrónico, archivo informático) han creado un
verdadero problema para la definición. Algunas legislaciones
más recientes tienen en cuenta la evolución, sometiendo estos
productos al precio fijo si se trata simplemente de una substi-
tución del soporte papel, como los diccionarios electrónicos o
los CD-Roms unidos a un libro. Sin embargo, los productos
que representan soportes independientes de un libro original
y aquellos que están destinados a ser escuchados (como las
grabaciones de libros) no están sometidos al precio fijo.
El libro es una obra cultural con un cierto valor estético en
su contenido y forma. Genéricamente, ofrece información
más o menos importante y sensible a la mente y al alma del
lector, conmoviéndole algunas veces. Pero ¿es el libro indis-
pensable para el hombre? Bastantes dirían que ya no tanto.
Seguramente, el libro no es un chorizo. Tampoco un pantalón
o un par de zapatos. Pero sigue siendo un producto del hombre
para los hombres, que tiene sus costes y su precio. Algunos le
pronostican un futuro incierto y otros una existencia perpetua
y necesaria. Encontrarlo fácilmente y comprarlo a precios ra-
zonables queda un problema para muchos de los interesados.

— 215 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Las causas de este fenómeno son múltiples. Antes de sinteti-


zarlas y de argumentar la necesidad de imponer el precio fijo
del libro como sistema global, tengo que plantear brevemente
el problema del destinatario del libro. Puesto que, cada vez que
para un producto hay menos personas interesadas en adqui-
rirlo, esto se produce menos y cuesta más. En gran parte del
mundo, como también en Rumania, sobre todo en la última
década, la civilización de tipo occidental ha dado unos pasos
cada año más veloces, avanzando en progresión geométrica
hacia un desarrollo general muy complejo. En mi opinión ya
se trata de un constante “choque” entre lo que yo llamaría la
“Generación del Volante” y la “Generación del Teclado” (si no
del mouse, joy-stick o Internet). Es decir, entre los habituados
a la cultura material y los aficionados a lo virtual. Muchos
jóvenes de hoy en día conducen los coches o las motos peor
que sus padres o abuelos, porque se han acostumbrado desde
pequeños a manejar los vehículos en las pantallas con las teclas
del ordenador o el joy-stick del Play Station. Hacia ellos y
hacia muchos de sus padres que prefieren el divertimiento “có-
modo” de la televisión tendríamos que orientar los esfuerzos
para reconquistar el gusto de la lectura a través de las páginas
delicadas pero reales de papel imprentado.
¿Por qué? Porque este contacto directo con la materia que al-
berga la ficción o la información general confiere al cerebro
humano la capacidad de no perderse completamente en un
mundo ficticio. Los sentidos y las percepciones del hombre
quedarán limitados todavía por un largo periodo de tiempo.
Necesitamos aún los libros porque simplemente nos resulta
improbable sólo en unas cuantas décadas hacer la transición
psico-fisiológica al tremendo desarrollo tecnológico.

— 216 —
¿Cómo? Precios accesibles y librerías apropiadas. Variedad de
la oferta editorial. Apoyo de entidades estatales y privadas.
Facilidades financieras. Esfuerzos y proyectos comunes, loca-
les y globales, de los gremios involucrados. De momento, los
efectos del precio fijo son mayoritariamente benéficos para el
conjunto de la producción editorial y el mercado del libro. Es
cierto que este modelo penaliza a algún tipo de consumidores
y de actores económicos: el lector que sólo lee best-sellers con-
sagrados, los grandes editores y las cadenas de librerías que
quieren dar salida rápidamente a una gran cantidad de títulos
de corta vida.
Pero el principal interés del precio fijo del libro sigue siendo su
capacidad para realizar algunos objetivos culturales. El libro
es un bien cultural que todos los Estados defienden y cuya
difusión debe ser promovida por el Estado, que es el mayor
comprador de libros. Sus adquisiciones destinadas a bibliote-
cas, escuelas y entidades públicas representan hasta el 50% del
volumen de negocios del sector editorial.
Muchos países llevan a cabo una política de promoción de
la lectura a través de subvenciones a toda la cadena de pro-
ducción (autores, traductores, editores y libreros). El Estado
puede intervenir directamente para modificar las reglas de la
competencia a las que está sometido el libro. La mayoría de los
Estados europeos prevén un índice preferencial para el IVA,
que varía entre 0% y 25%. En Rumania es de 9% (frente al 19%
usualmente). Esta enorme disparidad tiene fuertes incidencias
sobre el precio de venta del libro.
La defensa del precio del libro forma parte de una política
cultural que protege el libro como un bien cultural, así como
la producción intelectual que representa. En efecto, el precio
fijo cumple varios objetivos políticos. Preserva la existencia de

— 217 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

una red densa y variada de librerías. Garantizando unos már-


genes mínimos, evita una guerra de precios sobre los títulos de
rotación rápida, que tendría como consecuencia la erosión de
los márgenes de los libreros y pondría en peligro el sistema de
perecuación. Además, corresponde a un objetivo importante
que es el acondicionamiento regional que lucha contra la de-
sertización cultural en las zonas rurales y en los barrios frente
a los centros de las ciudades.
El precio fijo garantiza la supervivencia de los editores con un
ciclo de producción más largo y una presencia duradera en las
librerías, opuestos a las empresas de ciclo de producción corto,
que intentan minimizar los riesgos por un ajuste anticipado de
la demanda, poseyendo circuitos de comercialización, medios
de publicidad y relaciones públicas destinados a asegurar la
entrada acelerada de beneficios por una circulación rápida de
productos que pronto quedan obsoletos.
Además limita la subida de los precios y la desaparición de
títulos más “difíciles”, es decir, de rotación más lenta y con
una menor tirada, los cuales, recordémoslo, representan el 95%
de los títulos que se editan. El precio fijo asegura la variedad
de la oferta editorial que constituye por definición un objetivo
cultural indiscutible.
Asegura la existencia de un cierto número de servicios (con-
sejo, pedido de libros, presentación de novedades) de los que
se benefician tanto los lectores como los editores. Favorece el
traspaso internacional de la cultura y del saber que es compe-
tencia tanto de la política cultural como de la política de edu-
cación e investigación. Este traspaso, que se realiza a menudo
a través de libros traducidos, también se beneficia del precio
fijo. La edición es una industria de costos fijos, particularmen-
te elevados cuando a los costos de fabricación se añaden los

— 218 —
de traducción. Aparte de los best-sellers de origen anglosajón,
casi todos los libros traducidos pertenecen a la categoría de
libros de riesgo y a menudo representan la parte más cara de
los catálogos editoriales. Esto explica por qué en el campo
de las ciencias humanas, algunos títulos considerados como
fundamentales no están traducidos, o solamente se hacen
con un plazo de espera muy largo. Ya que, aun si los autores
gozan de un gran prestigio en el país de acogida, las ventas
no cubrirían los costos. La falta de publicación de una gran
cantidad de estos libros de origen extranjero que podían ser
una consecuencia del sistema de libertad de precios, limitan
su acceso a una pequeña élite que domina la lengua de origen.
Al mismo tiempo, esto fortalece la hegemonía creciente del
inglés como lengua de comunicación internacional y también
como lengua de producción. Los científicos de algunos campos
se ven obligados a publicar directamente en inglés si quieren
alcanzar la comunidad científica.
Desde un punto de vista cultural, el precio fijo cumple varias
funciones esenciales, como la de asegurar una gran diversidad
de oferta y de profesionales, tanto en la producción de libros
como en su difusión. Esta diversidad corresponde a una multi-
plicidad de voces que estarían amenazadas por la mercantiliza-
ción desenfrenada. Pero la garantía de una diversidad cultural
no debería reposar únicamente en las subvenciones. Una de
las fuerzas del mercado del libro es que se trata de uno de los
pocos sectores de producción cultural exigente, que funciona
casi de manera autónoma.
Como muestra el caso de los países que han abandonado el
precio fijo, la evolución de los precios no es mejor en un régi-
men de precios libres. Al contrario, parece ser que estos suben
con mayor rapidez. El fenómeno se explica por la particu-

— 219 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

laridad de mercados con competencia monopolística que no


permiten anticipar la demanda y que implican unos costos de
lanzamiento elevados. Los precios bajan en un número deter-
minado de best-sellers, pero la ausencia de perecuación hace que
se encarezca la producción media.
Si se abandonase el modelo del precio fijo del libro, las conse-
cuencias serían dramáticas para toda la cadena implicada:
Al nivel de las Editoriales:
Como efecto de la reducción inevitable del número de librerías,
aparecería una concentración de la venta al detalle. Lo que in-
eluctablemente llevaría a la sumisión progresiva de los editores
al creciente mercado de las tiendas que aplican precios más
bajos. De aquí, una disminución de la variedad de la oferta de
libros y la generalización de la búsqueda exclusiva del libro de
gran venta. Esto podría conducir a una creciente competencia
entre los editores, pero solamente para acceder a la promoción
y a la presencia en las grandes tiendas. De este modo, sin ganar
en términos de calidad cultural, los costos aumentarían, mien-
tras que la variedad editorial disminuiría drásticamente.
Al nivel de Distribución y Librerías:
Aparecerían las dificultades para los libreros que no pueden
liberalizar el precio en razón de sus costos y de su capacidad
de abastecimiento. También aparecería una segmentación de
la distribución. Lo que llevaría a una expansión de las ventas
de las grandes tiendas en detrimento de las librerías — en
particular en lo que se refiere a los best-sellers. Por lo tanto,
desaparecerían muchas de las librerías pequeñas y medianas; y
con ellas el cómodo acceso de muchos lectores fieles a las mis-
mas. En las que quedarían se registraría una disminución de la
cifra de ventas. Y otra baja de las ventas con descuento, pues los

— 220 —
precios de cesión tenderían a aumentar a causa de la inevitable
reducción de las tiradas y el aumento de los precios de venta.
Simultáneamente crecerían los costos para las librerías, deter-
minando su progresiva desaparición. Una librería común no
podría compensar más los resultados de los libros de rotación
lenta con aquellos de gran venta. La tendencia estaría al alza
de los precios, para contrarrestar a los bajos precios aplicados
por parte de algunas tiendas. Y así, otra vez, daríamos con la
depreciación de la necesaria variedad de oferta.

— 221 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Federico Ibáñez, Castalia (España)

Las políticas nacionales e


internacionales, la experiencia
del grupo “Bibliodiversidad”

Según datos de la Unión Internacional de editores cada año


se publican un millón de títulos diferentes en prácticamente
todas las lenguas de la tierra. Un millón se dice pronto pero
significa, utilizando una escala más próxima, que todos los
días, incluidos los festivos, se publican unos 2.740 títulos o que
cada hora nacen 46.
Al considerar este dato u otros parecidos me siento abrumado,
y hasta sobrecogido, por la enormidad de esta industria, por el
peso de su larga tradición, —más de 500 años de historia—, y
por su madura implantación en todo el mundo. Inevitablemente
uno se pregunta qué puede aportar a la galaxia del papel im-
preso y, más modestamente, qué posibilidades de superviven-
cia tiene en ese entorno poblado por infinitos colegas, sí, pero
también competidores.
Cabría pensar que esta industria de la edición tan madura, tan
histórica y tan generalizada disfrutaría, al menos, de la ventaja
de desenvolverse en un espacio regido por reglas fijas, en un
ecosistema, digamos, estable resultado de una cinco veces cen-
tenaria evolución. Pero ello no es así: dos factores nuevos, por
lo menos, aparecidos en las últimas décadas del siglo pasado
han alterado profundamente el “sistema tradicional del libro”
y le han configurando un nuevo entorno. Me refiero, natu-

— 222 —
ralmente, a la aparición de las nuevas tecnologías, los nuevos
soportes y las nuevas redes y a la generalización del proceso de
mundialización del comercio resultado de recientes acuerdos
internacionales.
Como efecto de este nuevo entorno, el libro se ha visto lanzado
súbitamente al universo de las llamadas industrias culturales
en el que operan macroempresas que producen bienes y servi-
cios que compiten por ocupar el tiempo de ocio, la formación
y la información de la gente. De esta manera han irrumpido
en el mundo del libro profesionales ajenos a él que provienen,
por ejemplo, del campo de las telecomunicaciones, o de la in-
formática. Simultáneamente los perfiles tradicionales del libro
se difuminan, se vuelven imprecisos con la aparición de nuevos
soportes hasta el punto de que alguno de estos nuevos soportes
le hurtan su nombre y se denominan ambiguamente “libros
electrónicos”. La cadena del libro, primero a causa de las foto-
copias y, más tarde, de la copia digital, se alarga de manera que
entre el texto y el lector aparecen eslabones intermedios.
El soporte se desmaterializa y, simultáneamente, los nuevos
actores de las redes cuestionan la propiedad intelectual y el
derecho de autor que, según ellos, limitan la posibilidad de
vender los productos y servicios de sus empresas.
Así, la cuestión en este preciso momento de la edición mundial
es el acuerdo de Google con ciertas bibliotecas universitarias
de EEUU que haría posible el escaneado de millones de tí-
tulos sin la previa autorización y eventual compensación a los
titulares de los derechos de autor y que ha sido objeto de una
demanda apoyada por la American Association of Publishers
y seguida con enorme interés por el resto de los editores.

— 223 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Repetidamente se ha señalado que la suma de estos factores,


—pérdida de la identidad del libro; debilitamiento del derecho
de autor, la fuerte competencia de otras industrias culturales,
de la cibernética y de las telecomunicaciones en un mercado
globalizado—, está en el origen de las fusiones de editoriales
o de su venta y final integración en grupos multimediáticos y
transnacionales en busca de la seguridad y las oportunidades
que proporciona el mayor volumen de negocio, la diversifica-
ción de productos o las sinergias que de esas uniones pudieran
obtenerse.
En España el resultado de ese proceso se resume, en estos
momentos, en la constatación de que seis grandes grupos, que
reúnen cerca de dos centenares de marcas, cubren el 80% del
total del mercado del libro. Para las editoriales no integradas,
esto es: las independientes, quedan 2 de cada 10 libros ven-
didos. La situación se complica más porque por el lado de la
demanda también se han producido importantes procesos de
concentración. En el último Congreso de Editores celebrado
en Santiago de Compostela en mayo de 2003 se señaló que el
60% de las compras de libros en España podrían corresponder
a 6 grandes compradores.
Dentro de este complejo panorama, que apenas ha quedado
esbozado, surge de entre un numeroso grupo de editores in-
dependientes de Madrid el colectivo “Bibliodiversidad”. Se
trata de un colectivo de unos sesenta editores, de carácter in-
formal, es decir, sin estructura jurídica o de otra naturaleza,
que reflexiona sobre su papel en este nuevo entorno, diseña
estrategias generales y actúa como grupo de presión para que
las instituciones gremiales y las públicas sean sensible a sus
problemas. A lo largo de los cuatro últimos años ha adquirido
una experiencia muy útil en la organización de servicios colec-

— 224 —
tivos; como foro de discusión; y como interlocutor creíble de las
instituciones gremiales y de las administraciones públicas.
La noción de ecosistema del libro, que he evocado al principio
de mi intervención, es la que está en el origen del concep-
to de Bibliodiversidad y ha hecho fortuna entre los editores
independientes. Lo han adoptado como nombre propio y su
programa de acción y acta de nacimento se denomina precisa-
mente Manifiesto de los editores independientes de Madrid a
favor de la Bibliodiversidad (mayo de 2003) que Vds. pueden
consultar en el sitio de internet www.bibliodiversidad.net.
En el Manifiesto, gracias a la asunción de los conceptos de
“independencia” y “diversidad”, el colectivo de editores no vin-
culado a grupos transnacionales o multimediáticos o subordi-
nados a otras instituciones públicas o privadas, se dota de un
perfil definido, se da una dimensión nueva, y se descubre lleno
de dinamismo y creatividad. Con una nueva conciencia de sí
mismos y de su función, los editores independientes reclaman
el reconocimiento de la importancia de su rol específico dentro
del sistema de comunicación que el libro representa y no dudan
en “hacerse visibles” asumiendo en muchos campos posiciones
destacadas cuando no protagonistas.

La cuestión del nombre


Curiosamente, la primera dificultad que hemos debido superar
las editoriales independientes es el del uso pacífico, recono-
cido, de la denominación “independientes”. Con toda razón
la edición independiente se opone a ser encasillada como de
“pequeñas editoriales”, aunque puedan serlo, porque su perso-
nalidad no se deriva únicamente de su volumen de negocio. No
se trata tampoco de “editoriales bonsáis”, construcciones bellas

— 225 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

pero delicadas, que necesitan de mil cuidados y cuya utilidad


se basa en el ornato y la decoración a pequeña escala.
Recordemos al paso que pequeño es un concepto meramente
cuantitativo e inespecífico, pero con valores connotativos, no
precisamente inocentes.
Vayamos al Diccionario de la RAE:
 pequeño: corto, que no tiene la extensión que le corres-
ponde.
 grande: que supera en tamaño, importancia, dotes e inten-
sidad, etc., a lo común y regular.

Caracterización de la edición independiente


Gracias a “Bibliodiversidad” disponemos de experiencias
prácticas y de primeros análisis que nos ayudan a perfilar con
alguna precisión las características y retos de este colectivo.
Respecto a la edición independiente se constata:
1 . La existencia de un alto número de editoriales independien-
tes, el 57,60% del total, en estimación de la editora Florenti-
na Gómez Morata, de ediciones Morata, y la gran variedad
de sus componentes que van desde la reciente figura del
“editor en casa” a empresas muy consolidadas o de los más
jóvenes empresarios a curtidos veteranos. Es de destacar
la importante presencia de las mujeres como editoras in-
dependientes y su participación activa en las iniciativas de
Bibliodiversidad. Todos estos aspectos ponen de manifiesto
la pluralidad y dinamismo de este colectivo.
2 . Que estas editoriales han adoptado líneas editoriales espe-
cíficas “de fondo”, distintas de las adoptadas por los grupos.
Los terrenos propios de estas editoriales se sitúan en las

— 226 —
Ciencias Sociales y Humanidades y en el libro Científico
Técnico y Académico y la Literatura. Por el contrario, el
libro de texto o escolar, los diccionarios y enciclopedias y la
ficción popular son las líneas que lideran los Grupos, según
se desprende de la serie Informe de Comercio Interior que
anualmente publica la Federación de Gremios de Editores
de España.
 La coincidencia en las editoriales independientes entre pro-
piedad de la empresa y dirección efectiva de la misma que
configura una disposición a considerar la actividad como
“personal”. La misma normativa laboral refuerza la condi-
ción personal de la edición independiente. Son considerados
“trabajadores autónomos” o “trabajadores por cuenta propia”
a todos los efectos.

Los retos de la edición independiente


Pues bien, a partir de estas características y considerando
el complejo entorno en que la edición debe actuar el Grupo
Bibliodiversidad da prioridad a lo que podrían ser cuatro re-
tos:
1 . La búsqueda de la calidad.
2 . Lograr la visibilidad.
3 . La lucha por la viabilidad.
4 . Superar el aislamiento.
El primer reto es el de la búsqueda de la calidad, la persecu-
ción de la excelencia, y la innovación como consecuencia de la
conciencia de la propia originalidad y de la necesidad de “ser
diferente”.
Es preciso para lograr esta meta alcanzar una excelente forma-
ción en los variados saberes, técnicas y oficios del libro y en la

— 227 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

gestión editorial. Pero no sólo: el editor independiente deman-


da estímulos a lo que considera su principal baza: la creatividad
o su intuición u “olfato”. Por ello en el seno de la Asociación
de Editores de Madrid, a iniciativa del grupo, se creó en el año
2003 el Aula Bibliodiversidad. La originalidad de su formato,
—el Aula está a caballo entre un curso de formación al uso y
el debate—, ha contribuido a que, contando con un alto nivel
de participación, realice tres funciones diferentes: formación
técnica y profesional; información sobre servicios ajenos y es-
tructuras de apoyo; e intercambio de experiencias concretas y
valoración de resultados.
Un segundo reto es el de lograr la visibilidad de la edición inde-
pendiente, esto es, que el entorno social, cultural y profesional
conozca la edición independiente y valore su realidad.
Dentro del programa Bibliodiversidad al que ya me he re-
ferido son numerosas las acciones encaminadas a lograr este
objetivo:
1 . La revista Bibliodiversidad que recoge gratuitamente las no-
vedades de estos editores y se reparte en librerías y biblio-
tecas con una tirada de 7.000 ejemplares. Esta publicación,
de aparición trimestral, recoge igualmente información de
interés sobre el mundo del libro.
2 . La fiesta de la Bibliodiversidad que se celebra con ocasión
de la Feria del Libro de Madrid y que reúne a los editores
independientes, profesionales del libro y medios de comu-
nicación en un encuentro en el Parque del Retiro.
3 . Los premios Bibliodiversidad a una librería y a un profesio-
nal del periodismo que se hayan destacado por su atención
especial a la edición independiente. Librería Jarcha, Librería
Rumor y Librería Rafael Alberti ; Javier Lostalé, de Radio
Nacional; Rosa Mora, de El País y Manuel Rodríguez Rive-

— 228 —
ro, de ABC Cultural, han sido, respectivamente, las librerías
y los periodistas galardonados en las tres ediciones hasta
ahora celebradas.
4 . La Calle de la Bibliodiversidad, como se denomina la par-
ticipación conjunta en Liber y en la Feria del Libro de Ma-
drid. Se sumaron a esta actividad más de cuarenta editores
que por medio de un cartel y un folleto se hacían visibles
como Bibliodiversidad.
5 . Los Encuentros “Bibliodiversidad” de editores independientes
que se celebran en junio y en el que intervienen numerosos
editores debatiendo en sesiones abiertas de diversos aspectos
de su profesión. Este año, por ejemplo se dedicó a “El editor
y su autor” lo que permitió sacar a relucir cuestiones vincu-
ladas con propiedad intelectual, control de tirada, relación
personal versus prestación de servicios, etc.
El tercer reto es la lucha por la viabilidad, verdadera piedra
angular de la edición independiente y garantía de la renovación
de este colectivo.
Una consecuencia del carácter personal de la edición inde-
pendiente es la búsqueda de la “viabilidad” con preferencia y
como alternativa a la pura ”rentabilidad” o a “las exigencias
de lo comercialmente correcto”. La “viabilidad” no excluye,
ni mucho menos, la rentabilidad pero introduce elementos
personales como forma y proyecto de vida, estilo, gustos y
hasta la perspectiva ética del editor. La “rentabilidad” queda
modulada dialécticamente por “personalidad” y viceversa. De
la misma manera, la “voluntad de permanencia” se opone a
la consideración de la empresa como un activo más y se sitúa
en el polo opuesto de su compra o venta por razones de mera
oportunidad.

— 229 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

Cuarto y último: superar el aislamiento. “El editor indepen-


diente es el que más precisa de sus colegas”, es una opinión
reiteradamente oída en los encuentros de los profesionales. De
ahí que el primer reflejo de supervivencia haya consistido en
la búsqueda de una economía de escala mediante iniciativas
de asociación entre ellos a diferentes niveles de producción y
distribución.
Dos son las líneas de acción cooperativa que han de señalar-
se:
 En primer lugar, las acciones cooperativas desarrolladas por
el grupo “Bibliodiversidad” con sus miembros, con otros
editores semejantes o con la totalidad del colectivo editorial
lo que precisa de una acción común dentro de Cámaras,
Asociaciones o Gremios. Alguna de ellas ya han sido des-
critas.
 En segundo lugar las acciones específicas, propias de un
verdadero grupo de interés en relación con las políticas
llevadas a cabo por los poderes públicos de cada país para
el desarrollo del libro y la lectura. En este momento para
Bibliodiversidad es tarea urgente ya que desde el Ministerio
de Cultura español se anuncian dos nuevas leyes, una del
Libro y la otra, de Propiedad Intelectual que obviamente
van a afectar al libro y a la edición.
Bibliodiversidad se manifiesta a favor de la existencia de polí-
ticas del libro que, como señala en su Manifiesto, contribuyen
a crear un tejido básico imprescindible para garantizar la di-
fusión plural y variada de lo escrito y para ello demanda de los
poderes públicos que le presten una atención especial en ciertos
campos especialmente sensibles.
Por citar algunos, sin ánimo de agotarlos:

— 230 —
En materia de derechos de autor:
 Una legislación que simultáneamente, de un lado, asegure
el uso pacífico de los derechos cedidos por los autores y, de
otro, evite la conversión del derecho de autor en un cuasi
derecho industrial que haga posible la concentración de la
propiedad intelectual en unos pocos operadores. Igualmente
que las excepciones a los derechos de autor en razón del
interés social conlleven la correspondiente compensación a
los titulares de derechos.
 Creación de mecanismos que efectivamente controlen la
reprografía. En este sentido consideramos que las entida-
des de gestión colectiva de derechos, como CEDRO en
España, resultan eficaces aunque en ellos debe prestarse
gran atención a evitar que queden bajo el control de unas
pocas empresas.
 Represión eficaz de la piratería.
En materia de edición:
 Creación de mecanismos de ayuda pública directa e indirec-
ta que favorezcan la excelencia, la calidad y la proximidad
de la producción editorial.
 Desarrollo de sistemas eficaces de información bibliográfi-
co-comercial al servicio de los lectores y de los profesionales
del libro y la presencia de éstos en ferias o acontecimientos
propicios para crear alianzas o ampliar mercados.
 Puesta en pie y sostenimiento de instrumentos que permi-
tan la formación de editores independientes y el intercambio
de experiencias entre ellos.
 El establecimiento de políticas fiscales que estimulen la
cooperación entre los profesionales y la participación en la
empresas del ámbito familiar no penalizando las donaciones

— 231 —
Los editores independientes del mundo latino y la bibliodiversidad

o las transmisiones “mortis causa”.


 El desarrollo del sistema de bibliotecas públicas, el fomento
de la lectura y la sustitución de la edición pública favore-
ciendo la publicación conjunta (coediciones) o el fomento
por medio de ayudas regladas de líneas de edición conside-
radas prioritarias.
Poco a poco se abre camino un tercer nivel de cooperación que
se presenta como más alejado y por lo tanto de mayor dificultad
de acceso para los editores independientes: me refiero al de
la cooperación internacional. Si difícil es, a veces, el acceso a
nuestras propias Cámaras y a nuestras instituciones y autori-
dades, los organismos e instituciones de carácter internacional
resultan distantes y frecuentemente envueltos en una niebla
que no permite ver con claridad sus perfiles y cometidos.
Sin embargo, la necesidad de jugar también en ese tablero
se hace cada vez más evidente en la medida que las políticas
nacionales muestran sus limitaciones para enfrentar proble-
mas que tienen su origen precisamente en la globalización del
comercio, la expansión de las tecnologías y la internacionali-
zación de los fenómenos relacionados con la información y el
conocimiento. La globalización debe ser gestionada allá donde
se produce: a nivel internacional.
Desde Bibliodiversidad pensamos que los editores indepen-
dientes que operamos en el llamado “Espacio iberoamericano
del libro” deberíamos propiciar nuestra visibilidad en el área a
través de dos instituciones fundamentales:
El Cerlalc (CEntro Regional del Libro para América Latina
y el Caribe) y el GIE (Grupo Interamericano de Editores).
Como señala D. Álvaro Garzón en su excelente informe en-
cargo de Cerlalc La edición independiente en América Latina y

— 232 —
el Caribe, pocos organismos podrían prestar una colaboración
tan autorizada y eficaz al movimiento de los editores indepen-
dientes como el Cerlalc por su mandato constitutivo, su ámbito
de acción y su capacidad de operación tanto en el plano técnico
como en el político”.
Estos dos campos, el privado que representa el GIE y el pú-
blico internacional de Cerlalc parecen los terrenos en los que
deberá participar el colectivo de los editores independientes
si quiere hacerse visible y afrontar los problemas a los que se
enfrentan en el ámbito de la Bibliodiversidad y estas Jornadas
Profesionales parecen el mejor altavoz para reclamar la aten-
ción urgente de estas dos instituciones.

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