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Classe de 4e/3e

Le Journal de Zlata
Zlata Filipović
Pocket Jeunesse n°4250
224 p. - 5,50 €

 L’auteur : Zlata Filipović, née le 3 décembre 1980, commence à


rédiger un journal, à Sarajevo, en 1991. Née d’un père avocat et d’une N°17-Septembre 2004
mère chimiste, la jeune fille est musulmane.
Le contexte historique : La guerre en ex-Yougoslavie.

Collège Collège Collège Collège Collège Collège


L’histoire du texte : Plusieurs personnes de l’entourage de Zlata diffusent une
édition en fac-similé de l’ouvrage. Des journalistes français, intéressés par le texte,
souhaitent sa publication en France. Entre-temps, une chaîne de solidarité s’est
organisée et Zlata et ses parents arrivent à Paris. Le livre est publié pour la première
fois en 1993 aux éditions Fixot, Robert Laffont.
Niveau : Quatrième et troisième.
Objectifs : Si l’on excepte le Journal d’Anne Frank, universellement connu, le livre
de Zlata est un des rares vrais journaux écrits par des adolescents victimes de la guerre
et qui ont pu faire l’objet d’une publication. On profitera donc de l’occasion qui est
ici donnée pour faire réfléchir les élèves sur un conflit récent, vécu par une jeune
adolescente qui partage une culture commune avec eux, celle des clips de MTV et de
Madonna.
Le texte fera l’objet d’une lecture cursive, en ouverture ou en fermeture à une
séquence consacrée à l’autobiographie. Voici les principaux axes d’étude que nous
suggérons :
I) Définir et distinguer un genre : Formes et contenus du journal intime
II) Le thème de la guerre : Récit / Sentiments / Dénonciation
III) Pourquoi écrire un journal ? Zlata Filipović et Anne Frank

I) Définir un genre : le journal


Questions
A) Aspects formels
1) À quelle personne est écrit le texte ? À qui cette personne renvoie-t-elle ?
2) Qui est Mimmy ? Que pensez-vous de ce choix de dénomination ?
3) Comment entre-t-on dans le texte ?
4) Quels temps utilise l’auteur à la page 11 ? Justifiez l’emploi de ces temps.
5) La modalisation : relevez aux pages 66 et 67 les termes ou signes qui expriment ce que pense
ou ressent Zlata.
Le Journal de Zlata
B) Contenus B) Contenus
1) De qui et de quoi parle Zlata ? 1) et 2) Zlata parle :
2) Quel sujet semble particulièrement l’affecter ? — de ses activités quotidiennes : « 17h45. Cela
3) Ce texte est-il une fiction ou non ? Sur quoi fait longtemps que je ne me suis pas confiée à
peut-il apporter une information ? toi, mon Journal. Alors, tiens je te raconte tout
dans l’ordre : j’ai eu 4 sur 5 à mon examen de
Éléments de réponse piano. En solfège, j’ai eu 5 sur 5, et 5 aussi en
A) Aspects formels instrument, ce qui m’a valu les félicitations. »
1) À la première personne : le « je » renvoie à (page 27)
l’auteur, Zlata. — de sa famille : « Maman retourne à son tra-
2) Mimmy est le nom que Zlata donne à son vail. Elle y va quand ça ne tire pas, mais on ne
journal qui, ainsi personnifié, devient un ami, peut jamais dire si ça ne va pas commencer.
un confident. C’est dangereux de circuler en ville. » (page 71),
3) Les dates constituent les entrées. Parfois « Papa s’est fait une hernie. Il a beaucoup mai-
discontinues, elles introduisent des change- gri, et les bidons d’eau étaient trop lourds pour
ments de rythme et reflètent des sélections opé- lui. Il est allé chez le docteur ; il ne doit plus
rées par le rédacteur. rien soulever de lourd. » (page 82)
4) L’auteur utilise les temps du discours — de ses amis: « Je suis tout le temps avec
comme le présent d’énonciation : « Je passe en Bojana et Maja Bobar. Ce sont mes meilleures
sixième », « je suis impatiente », « je suis amies maintenant. Bojana a un an et demi de
contente », « nous sommes à nouveau toutes plus que moi, elle a fini sa quatrième, et nous
ensemble ». avons beaucoup de points communs. » (page 57)
Le passé composé renvoie à un passé immé- — de sa ville, de l’école, et surtout de la guerre
diat : « Je n’ai plus revu ». qui devient le premier sujet de son livre : « Tu
Le futur est ici sous forme périphrastique : tiens un journal, Fipa ? (c’est mon surnom).
« On va pouvoir reparler de l’école ». - Oui, j’ai répondu.
Le système d’énonciation du journal est à - Tu y racontes tes petits secrets ou la guerre ?
rapprocher et à étudier en comparaison avec - Maintenant la guerre. » (page 98)
celui de l’autobiographie. Dans ce dernier cas, Cette citation marque bien le glissement de
un adulte se penche sur son passé qu’il évoque l’intimité au collectif et rend compte de la biva-
et recompose dans diverses perspectives, fai- lence du journal, à la fois relation de ce qui est
sant alterner temps de l’écriture adulte et temps propre au vécu individuel (les anniversaires, les
du récit d’enfance. Le « diariste », en revanche, amitiés, etc.) et de l’Histoire effroyable en train
note au jour le jour et commente « à chaud » ce de se faire.
qui lui arrive : son énoncé est toujours forte- 3) Le paratexte du journal atteste son caractère
ment ancré dans la situation d’énonciation. authentique et non fictionnel. La note de l’éditeur
5) Dans l’écriture intimiste, le rédacteur prend raconte l’histoire et le parcours du manuscrit.
position, exprime son point de vue. Parmi les Le dossier photographique interne nous montre
principaux modalisateurs, on peut relever : des photos de Zlata et de sa famille, des textes
— les adjectifs : « mauvaise », « tristes », « c’est écrits par elle et des dessins originaux. Ce
bien plus triste encore », « c’est la politique qui journal est aussi un document sur la guerre en
est responsable ». ex-Yougoslavie.
— les adverbes : « bien », « si bien », « effroya-
blement ». II) Le thème de la guerre
— les verbes : « je cherche la raison de tout cela »,
« je cherche mais je ne trouve pas », « tout ce que Récit
je sais », « je devine », « j’apprendrai un jour », Zlata évoque longuement la vie en temps de
« je comprendrai ». guerre. Les habitants de Sarajevo manquent
— les noms : « le malheur ». d’eau, de gaz, d’électricité ; ils connaissent le
— le mode conditionnel : « Il faudrait pourtant froid, la faim et la soif : « Nous sommes restés
bien que je sois un peu au courant ». douze heures sans manger ni boire… » (page 139)
La famille doit se réfugier dans une cave pour guerre sale et répugnante. Moi et aussi les
éviter les bombardements : « Notre cave est milliers d’autres enfants de cette ville qui se
laide, toute noire, et elle pue. […] Nous avons détruit, qui pleure, se lamente, espère un secours
entendu des obus exploser, des tirs, ça grondait qui ne viendra pas. Mon Dieu, est-ce que cela va
autour de nous. On a même entendu des cesser un jour, est-ce que je vais pouvoir redeve-
avions. » (page 49) nir écolière, redevenir une enfant contente d’être
Pour éviter les balles des snipers, les pièces de une enfant ? J’ai entendu dire que l’enfance est la
l’appartement ont dû changer de destination : plus belle période de la vie. J’étais contente de
« Dans un coin du salon, bien à l’abri, nous vivre mon enfance, mais cette sale guerre m’a
avons installé la « chambre ». Nous dormons tout pris. Mais pourquoi ? Je suis triste. J’ai envie
par terre, sur des matelas de yoga. » (page 52) de pleurer. Je pleure. » (page 70)
Les souffrances matérielles trouvent parfois
un soulagement humoristique, notamment la Dénonciation
faim : « Je regarde aussi souvent les photos dans Le mot anglais « peace » revient plusieurs fois
les livres de cuisine, ce qui me donne parfois l’im- dans l’ouvrage, comme dans les dessins qui l’ac-
pression d’avoir mangé ce que j’ai vu. » (page 140) compagnent (page 15). Zlata juge avec lucidité le
comportement des hommes politiques, appelés
Sentiments avec condescendance « ces chers bambins » :
Horreur et désespoir dominent. « En politique, rien de neuf. On vote des réso-
« UN CARNAGE ! UN MASSACRE ! UNE HOR- lutions, ces “chers bambins” discutent, et pendant
REUR ! UNE ABOMINATION ! LE SANG ! LES ce temps, nous mourons, nous gelons, nous mou-
HURLEMENTS ! LES PLEURS ! LE DÉSESPOIR ! rons de faim, nous disons adieu à nos amis, nous
Voilà la rue Vasa Miskin aujourd’hui. Deux laissons ceux qui nous sont le plus cher. » (page
obus sont tombés et un autre sur le marché. » 104)
(page 59) « Tous les regards, toutes les oreilles sont diri-
« Je suis à bout. J’AI ENVIE DE HURLER, DE gées vers le match Guerre-Paix de demain. Tout le
TOUT CASSER, DE TUER. » (page 148) monde attend cette rencontre historique sur l’aéro-
Zlata se sent abandonnée par ses amis qui port de Sarajevo. Et tout à coup une nouvelle inat-
quittent Sarajevo pour l’étranger : « Moi, mon tendue. Les seigneurs de la guerre, serbes, croates
pays est en feu, en ruine, ma ville est détruite, et musulmans se sont rencontrés sur un navire de
mes amis sont réfugiés dans le monde entier … guerre dans l’Adriatique. Pour un nouveau nau-
mais heureusement, je t’ai, toi, Mimmy, et tes frage ? … La suite au prochain numéro ! »
lignes qui attendent tout le temps patiemment. » Alors que ses parents sont musulmans, la
(page 172) jeune fille ne met jamais en avant son apparte-
Mais la jeune fille puise aussi sa force dans la nance religieuse et déplore l’utilisation poli-
révolte contre une guerre absurde qui lui volé tique meurtrière des différences.
son enfance. « Dans mes camarades, dans nos amis, dans
« J’EN AI MARRE DES CANONNADES ! ET notre famille, il y a des Serbes, des Croates, des
DES OBUS QUI TOMBENT ! ET DES MORTS ! Musulmans. Ça forme un groupe de gens très
ET DU DÉSESPOIR ! ET DE LA FAIM ! ET DU mélangés, et je n’ai jamais su qui était serbe, qui
MALHEUR ! ET DE LA PEUR ! était croate, qui était musulman. Aujourd’hui, la
Ma vie, c’est ça ! politique a mis le nez là-dedans. Elle a inscrit un
On ne peut pas reprocher de vivre à une éco- « S » sur les Serbes, un « M » sur les Musulmans,
lière innocente de onze ans ! Une écolière qui n’a un « C » sur les Croates. Elle veut les séparer. Et
pas d’école, plus aucune joie, plus aucune émo- pour écrire ces lettres, elle a pris le pire, le plus
tion d’écolière. Une enfant qui ne joue plus, reste noir des crayons. Le crayon de la guerre, qui ne
sans amies, sans soleil, sans oiseaux, sans nature, sait écrire que le malheur et la mort.
sans fruits, sans chocolat, sans bonbons, avec Pourquoi la politique nous rend-elle malheu-
juste un peu de lait en poudre. Une enfant qui, en reux, pourquoi veut-elle nous séparer, alors que,
un mot, n’a plus d’enfance. Une enfant de la tout seuls, nous savons qui est bon, et qui ne l’est
guerre. Maintenant, je réalise vraiment que je pas ? Les bons, on les fréquente, on trouve et des
suis dans la guerre, que je suis le témoin d’une Serbes et des Croates et des Musulmans. Et dans
les mauvais, les premiers sont aussi nombreux suis pas confiée à toi, mon Journal. » (page 27)
que les deuxièmes et que les troisièmes. Il rompt sa solitude : « Alexandra rentre chez
D’accord, je ne comprends rien, c’est vrai que je elle. Elle va retrouver son paisible pays, sa ville,
suis « petite » et que la politique c’est l’affaire des ses amis, son travail. Elle a tant de choses à
« grands ». Mais j’ai quand même l’impression retrouver là-bas. Et moi ?… Moi, mon pays est
que la politique, les « petits » la feraient mieux. en feu, en ruine, ma ville est détruite, mes amis
Nous, on n’aurait sûrement pas choisi la guerre. sont réfugiés dans le monde entier… Mais heu-
Les « chers bambins » s’amusent, et c’est à reusement, je t’ai, toi, Mimmy, et tes lignes qui
cause de ça que nous, les enfants, on ne peut attendent tout le temps, patiemment et sans
pas s’amuser ; à cause de ça qu’on meurt de rien dire que je les couvre de mes tristes confi-
faim, qu’on souffre, qu’on ne peut pas profiter dences. » (page 172)
du soleil, des fleurs – à cause de ça qu’on ne Le fait d’écrire libère de l’angoisse violente de
peut pas profiter de notre enfance. À CAUSE la mort qui plane à Sarajevo et de l’enfance
DE ÇA QU’ON PLEURE. » (pages 104-105). volée par les politiques : « J’ai fait un peu de
philosophie, mais j’étais seule et j’ai senti qu’à
III) Pourquoi écrire un journal ? toi, Mimmy, je pouvais dire tout ça. Toi, tu com-
prendras. Heureusement que je t’ai, que je peux
Zlata Filipović et Anne Frank t’écrire. » (page 105)
Pour Zlata, le Journal d’Anne Frank est un Le journal constitue un témoignage sur le
modèle littéraire, elle y puise l’idée du nom martyr d’une ville et de ses habitants.
« Mimmy ». « Je ne t’ai pas dit, Mimmy, que tu vas faire le
« Dis donc, mon journal, tu sais à quoi j’ai tour du monde. On va te publier dans le monde
pensé ? Anne Frank avait bien appelé son jour- entier. Je t’ai donnée pour que tu racontes au
nal Kitty, pourquoi je ne te trouverais pas un monde ce que je t’ai raconté, moi. Je t’ai parlé de
nom ? » (page 37) la guerre, de moi, de Sarajevo dans la guerre, et
Cependant la référence est aussi une source le monde veut découvrir ça à travers nos lignes.
d’angoisse qui se manifeste à deux reprises : Je t’ai dit ce que je ressentais, ce que je voyais et
« On me compare à Anne Frank. Et ça me fait entendais ; maintenant les gens en dehors de
peur, Mimmy. J’ai peur de finir comme elle. » Sarajevo le sauront aussi. Bon voyage pour ton
(page 162) tour du monde, Mimmy. » (page 187)
« Il faut donc que je continue d’endurer tout Dans son Journal, Anne Frank, avant que le
ça, avec toi Mimmy, et en espérant que ça va se destin n’en décide autrement, avait la même
terminer et que je ne finirai pas comme Anne raison d’espérer :
Frank. Que je pourrai être à nouveau une enfant « Hier soir, lors de l’émission de la Hollande
qui vit son enfance dans la paix. » (page 182) d’outre-mer, le ministre Bolkestein a dit dans
L’ombre du destin d’Anne plane sur cette son discours qu’après-guerre l’on ferait une col-
autre petite fille victime de la guerre et de la lection des lettres et des mémoires concernant
haine raciale. Les deux auteurs ont tenté d’ex- notre époque. Naturellement tous les yeux se
pliquer ce à quoi leur servait le journal : on tire- sont tournés vers moi : mon Journal semblait
ra profit d’une comparaison entre les deux pris d’assaut. Figure-toi un roman sur l’Annexe
situations et on réfléchira à la place donnée à publié par moi, n’est-ce pas que ce serait inté-
l’écriture par chacune des adolescentes. ressant ? (Rien que le titre ferait croire à un
Pour Zlata, le journal est un ami imaginaire roman policier).
avec qui elle peut entretenir une relation pos- Mais parlons sérieusement. Dix ans après la
sessive et exclusive. guerre, ça pourrait faire un drôle d’effet, mon
« Je prépare mes affaires, et toi aussi, mon histoire de huit Juifs dans leur cachette, leur
Journal, je t’emporte » (page 18). «Je t’avais tou- façon de vivre, de manger et de parler. » (page
jours avec moi, mon cher Journal, mais je n’ai 235 du Journal D’Anne Frank, édition Livre de
rien écrit. Tu n’es pas fâché ? » (page19) Poche).
Il lui permet de se confier, de livrer ses pensées Dominique Brunet
intimes : « 17h45. Cela fait longtemps que je ne me Professeur de lettres au collège Edmond-Michelet (Paris)

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