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Extrait 1 : Découverte de la ville de Siwan

Quand Virgile se pencha brusquement vers l’avant, les filles comprirent qu’il allait se
trouver mal et échangèrent une grimace. Gabriele et Suri se terrèrent même contre leur siège.
- Tu n’as pas l’air d’aller bien, constata la fée avec une moue. Dommage que Vassili ne
soit pas là, il aurait pu faire quelque chose.
Ryane roula des yeux d’un air de dire : « C’est de la comédie. ». Virgile fit semblant de
ne pas la voir. Il n’avait pas envie de se disputer avec elle de surcroît.
- Ne t’en fais pas ! assura Suri d’une voix douce. La descente est terminée. Maintenant,
on est en ville, la sphère va avancer plus doucement.
Elle disait vrai. La bulle se déplaçait sous l’eau si paisiblement qu’on n’en sentait plus
le mouvement. Rasséréné, Virgile se détendit et parvint, en respirant à fond, à calmer peu à
peu les élancements qui lui vrillaient l’estomac. Alors il accorda aux décors autour de lui
toute l’attention qui leur était due. Il avait l’impression de participer à une de ces visites sous-
marines touristiques dans les régions littorales très fréquentées pendant les vacances. Une fois
qu’il eut la certitude que la coupole de verre ne se briserait pas sous la pression de l’eau, ni
qu’une nouvelle chute ne viendrait troubler la balade, Virgile laissa son masque de froideur se
craqueler et afficha sur son visage la même expression émerveillée que Gabriele.
Siwan étaient sous les eaux, comme une Venise ultra moderne et plus limpide que la
source d’une montagne. Depuis les profondeurs, les voyageurs ne virent que les pieds des
immeubles couverts d’une pellicule d’algues qui leur donnaient un air fantomatique. Les
lumières aux fenêtres des habitations les rendaient encore plus mystérieux.
- Il y a des gens qui vivent sous l’eau ? s’étonna Gabriele.
- Pas beaucoup, répondit Suri dont le visage s’assombrit tout à coup, seulement des gens
qui sont… habilités à y vivre.
Gabriele voulut la questionner davantage mais la mine étrangement maussade de Suri
l’en dissuada. Elle préféra regarder le paysage sans rien ajouter de plus. Le simple
cheminement de la bulle entre les tours aux pieds mouillés aurait pu retenir l’attention de
Virgile mais elle fut bien vite détournée par d’autres merveilles de Minkar. Par exemple, la
contemplation d’un restaurant sous-marin sous une grande coupole de verre l’absorba tant
qu’il ne vit pas tout de suite qu’une masse épaisse frôlait la sphère. Ce fut l’ombre qu’elle
projeta sur lui qui attira son attention et lui fit lever les yeux. Virgile crut alors que ses yeux
allaient jaillir de leurs orbites.
Il y avait une créature énorme collée contre la coupole de la sphère. Virgile resta bouche
bée devant cette apparition extraordinaire dont il n’était séparé que par une mince paroi de
verre. Il ne put ni crier de peur, ni faire un geste brusque, seulement rester pétrifié et éperdu
de fascination devant la grandeur et la proximité de la bête. On eut dit une baleine mais
lorsqu’elle s’écarta un peu du véhicule, Virgile s’aperçut qu’en réalité, elle ressemblait
davantage à un dragon pourvu de nageoires grandes et larges comme des ailes.
- C’est un tiac, expliqua Ryane, un animal dangereux… et le meilleur ami de l’homme.
Virgile comprit aussitôt pourquoi elle avait ajouté cela : il y avait quelqu’un juché sur le
dos du tiac, harnaché dans un équipement adapté pour la plongée. L’adolescent croisa son
regard effaré et l’homme lui adressa un sourire derrière son masque à oxygène ainsi qu’un
signe de la main amical puis il poursuivit son chemin sur le dos de sa curieuse monture.
- C’est dingue, bredouilla Virgile de plus en plus dépaysé.
- Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une sphère-mobile, dit Suri qui avait
entretemps retrouvé sa mine joyeuse. Les Minkariens se débrouillent comme ils peuvent pour
surmonter l’eau. Celui qu’on vient de croiser devait être une fée. En général, ce sont plutôt les
fées qui se déplacent sur des tiacs.
Gabriele et Virgile regardèrent le tiac et son cavalier disparaître au loin et bientôt, un
nouvel objet de curiosité apparut dans leur champ de vision. Un train submersible et articulé
surgit au détour d’une rue et opéra un virage si souplement que les deux novices crurent qu’il
s’agissait d’un serpent de mer géant. Ils s’aperçurent bien vite cependant que le serpent était
de fer… et qu’il contenait des centaines de passagers.
- C’est… le tramway ? devina Virgile qui bégayait de stupeur tandis que la machine
doublait leur capsule sans un bruit.
- Oui, acquiesça Suri, le wasserschlange, le transport en commun le plus utilisé avec le
luftschlange, son homologue aérien.
- Wasserschlange ? Luftschlange ? répéta Gabriele en butant sur les mots. Quels drôles
de noms !
- C’est de l’allemand, précisa Ryane comme si tout cela lui paraissait banal. Ils ont été
inventés par Ludo Erfin, un Berlinois très ingénieux, l’ancien pilote de Funeral Home.
- C’est vraiment dingue, répéta Virgile éberlué.
Il n’était pas encore au bout de ses surprises. Ryane lui administra un petit coup de
coude qui pour une fois n’avait rien d’agressif. Virgile se tourna vers elle et la vit désigner le
toit d’un signe de tête. L’adolescent leva alors les yeux vers la surface et poussa cette fois une
exclamation qui resta coincée dans sa gorge. Pendant un instant, il crut rêver mais il s’aperçut
bien vite que non… il y avait bel et bien des gens qui marchaient au-dessus de sa tête sur la
surface de l’eau comme s’il s’agissait d’un sol de particules compactes. Virgile se laissa aller
sur son siège et se massa les tempes comme si cette avalanche de merveilles lui donnaient le
tournis. Gabriele en revanche ne parut pas surprise par ce dernier prodige. Virgile l’entendit
même demander à Suri.
- Ils utilisent des archimèdes ?
- Oui, répondit Suri avec le sourire fier d’un professeur ayant récolté une bonne réponse
de son élève, c’est le moyen le plus répandu pour braver l’eau.
- Alors ça, balbutia Virgile dont le souffle manquait, c’est le truc le plus dingue.
Ryane parut pour la première fois s’adoucir devant l’admiration qui débordait des yeux
du jeune homme. Elle échangea un sourire en coin avec Suri.
- Vous voulez peut-être voir la ville depuis la surface, dit soudain la fée en actionnant
une commande sur le petit boîtier, ce sera sûrement plus joli.

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