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Accord du participe passé en

français
Le participe passé employé avec l'auxiliaire être et avoir

La manière dont se fait l’accord du participe passé en genre


et en nombre suit un ensemble de règles de la grammaire et
de l'orthographe du français.

Dans la conjugaison du français, le participe passé sert à la


formation des temps composés, et cette fonction
essentiellement verbale n'implique pas d'accord par elle-
même. Pour la plupart des verbes, le participe passé peut
aussi servir d'adjectif verbal, et dans cette fonction
essentiellement adjectivale, il s'accorde en genre et en
nombre avec l'objet qu'il qualifie, et auquel il se rapporte. Le
problème vient de ce que le participe passé peut souvent
superposer ces deux fonctions, conduisant à la question de
son accord éventuel. Cet accord peut affecter la langue
parlée et la langue écrite.

En français moderne, le participe en fonction d'adjectif se


situe après l'objet qu'il qualifie (« des heures perdues »),
alors que dans les temps composés, le groupe verbal
comprenant le participe est placé avant un complément
d'objet direct éventuel (« j'ai perdu des heures »). La règle
pratique qui en découle pour l'accord est essentiellement
que le participe s'accorde quand l'objet auquel il se rapporte
est situé avant lui, et reste invariable quand il n'a pas d'objet,
ou que cet objet lui fait suite.

Si le principe général paraît simple, son application à la


variété des cas grammaticaux possibles demande parfois
une analyse morphosyntaxique et une analyse sémantique
poussées car l'objet exact auquel se rattache
sémantiquement un participe peut n'avoir qu'un rapport
lointain avec l'énoncé immédiat.

Forme épithète et temps composés


Participe utilisé comme adjectif verbal

Articles détaillés : Participe, Temps composé et Voix


passive.

En français, les verbes transitifs directs traduisent, d'une


manière générale, une action, effectuée par un agent et
portant sur un objet :

« La fille chante des chansons » :


agent (sujet) : la fille ;
action (verbe) : chanter ;
objet : des chansons.

À chaque verbe de ce type correspondent deux participes,


l'un permettant de qualifier l'agent (le participe présent),
l'autre l'objet (le participe passé), qui peuvent l'un et l'autre
être utilisés comme adjectif, épithète ou attribut[1],[2].

Le participe passé ne peut s'employer comme qualificatif


que dans le cas de verbes transitifs directs (« les pains bien
cuits ») ou dans le cas des quelques verbes intransitifs
formant avec "être" leurs temps composés (« les gens nés
avant 1980 »). Par nature, les participes passés des verbes
intransitifs ou transitifs indirects ne peuvent pas qualifier un
objet direct de ces verbes ; ces verbes peuvent être
conjugués aux temps composés, mais leur participe passé
est par nature invariable (sauf avec l'auxiliaire être):

« J'ai ri de toi » mais rien ni personne ne peut « être ri » - le


verbe est intransitif.
« J'ai adhéré à ce club » mais le club ne peut pas « être
adhéré » - ce verbe est transitif indirect.

Dans leur emploi de qualificatif, les participes passés


peuvent s'accorder régulièrement, comme tout adjectif.

« Le participe est donc à cet égard comme les


adjectifs : comme eux, il s'accorde en genre, en
nombre, & en cas avec le nom auquel il est
appliqué ; & les adjectifs expriment comme lui
des additions accessoires qui peuvent
s'expliquer par des propositions incidentes : des
hommes savants, c'est-à-dire, des hommes qui
sont savants. En un mot le participe est un
véritable adjectif, puisqu'il sert, comme les
adjectifs, à déterminer l'idée du sujet par l'idée
accidentelle de l’évenement qu'il exprime, &
qu'il prend en conséquence les terminaisons
relatives aux accidens des noms & des
pronoms. Mais cet adjectif est aussi verbe,
puisqu'il en a la signification, qui consiste à
exprimer l'existence d'un sujet sous un
attribut ; & il reçoit les diverses inflexions
temporelles qui en sont les suites nécessaires :
le présent, precans (priant) ; le prétérit,
precatus (ayant prié) ; le futur, précaturus
(devant prier). »

— Diderot, Encyclopédie de Diderot, article


participe.

C'est essentiellement cette forme d'emploi qui entraîne


l'accord du participe passé.

Fonction épithète et passé composé

Enfant écrivant devant sa petite sœur. Anker, 1875.


Employé comme qualificatif, le participe passé s'accorde ; il
peut subir des transformations variées, qui conduisent à
des formes parallèles à celles des temps composés, où il
ne s'accorde pas. Les formes correctes de la série sont :

1. « Les mélodies célèbres sont chantées » : forme passive


(en train d'être chantés) ou emploi comme attribut (ayant
été chantés).
2. « Les mélodies chantées sont célèbres » : emploi comme
épithète.
3. « Les mélodies chantées par la fille sont célèbres » : ajout
d'un complément d'agent.
4. « Les mélodies qui seront chantées par la fille sont
célèbres » : ajout d'un marquage temporel (imposant de
transformer la forme épithète en une proposition relative).
5. « Les mélodies qui ont été chantées par la fille sont
célèbres » : marquage temporel mis au passé composé ;
ajout de l'auxiliaire avoir pour le passé composé régulier.
6. « Les mélodies que la fille a chantées sont célèbres » :
passage de la proposition relative à la voie active ;
suppression de l'auxiliaire être par passage à la voie active.
7. « La fille a chanté(-) des mélodies célèbres » :
basculement du sujet principal de l'objet (les mélodies) vers
l'agent (la fille) : l'accord avec l'objet de l'action est
supprimé.
8. « La fille a chanté(-)  » : l'agent accomplit une action,
l'objet de l'action n'est plus précisé.

Pour un locuteur français, les formes 1 à 4 (avec accord) ne


soulèvent généralement pas de question, et la forme 8 non
plus (sans accord). La question de l'accord est centrée sur
la ligne 6, où se rencontrent accidentellement le participe
passé et un auxiliaire « avoir » : faut-il dire avec accord « Les
mélodies que la fille a chantées », en parallèle avec la forme
« Les mélodies chantées », ou faut-il dire sans accord « que
la fille a chanté », en parallèle à « La fille a chanté des
mélodies» ? La solution (depuis pratiquement cinq siècles)
est la première.

Les difficultés de l'accord du participe passé sont d'une part


l'identification des cas où l'objet qu'il qualifie est le sujet
principal (cas où il s'accorde), et d'autre part, la
détermination exacte de l'objet auquel il se rapporte.

Cas d'accord du participe

La fleur, que tu m’avais jetée, dans ma prison m’était restée. (Carmen, de


Bizet).

En règle générale, le participe passé conjugué avec


l'auxiliaire avoir s'accorde en genre et en nombre avec son
objet direct quand celui-ci le précède ; il ne varie pas s'il est
suivi de son objet direct, ou s'il n'en a pas[3]. Le cas le plus
emblématique est celui où une proposition relative est à la
voie active, son objet étant sujet de la proposition
principale :

« La fleur, que tu m’avais jetée, dans ma prison m’était


restée. » (Carmen)

Avant d'être une « règle à appliquer », qui permettra de


trancher plus finement différents cas, la question de
l'accord du participe passé correspond à une nuance de
sens et une différence de point de vue sur la manière
d'articuler ces trois éléments, que sont l’agent et l’objet par
rapport à l’action :

« La fille a chanté des airs célèbres »


1. Le sujet sur lequel porte le discours (et sujet
grammatical de la proposition) est la fille.
2. Par rapport à ce sujet, l'action de «chanter » est mise
sous la forme d'un temps composé à la voie active (la
fille a chanté), dès avant toute mention d'un éventuel
objet.
3. L'essentiel est dit : ou pourrait s’arrêter à « la fille a
chanté. »
4. L'objet « des airs » n'est précisé que par la suite, en
position normale de complément d'objet direct, c'est-
à-dire derrière le groupe verbal.
La simple conjugaison d'un temps composé n'implique
pas d'accord du participe passé employé dans cette
conjugaison.
« Les airs que la fille a chantés sont célèbres »
1. Le sujet du discours est ici les airs.
2. Par rapport à ce sujet, le participe passé « chanté » a
une fonction épithète (les airs chantés sont célèbres),
le sens de l'action qu'il représente est passif (les airs
sont chantés), et il est placé derrière l'objet qu'il
qualifie, en position normale d'épithète.
3. L'essentiel est dit : ou pourrait s’arrêter à « les airs
chantés sont célèbres. »
4. La fille est complément d'agent du participe (se
rapportant aux airs), et se présente (par ailleurs)
comme le sujet grammatical de cette subordonnée à
fonction épithète. La précision « ...que la fille a... », qui
s'articule par rapport à l'essentiel, n'est qu'un rôle
second, incident.
La fonction épithète implique un accord avec l'objet
auquel se rapporte le participe passé.

L'accord en une règle unique


Le mythe de Sisyphe - recherche de l'objet passif :
Qu(i)est-ce qui est roulé?
C'est la pierre qui est roulée (par Sisyphe).

Identification de l'objet sur lequel porte l'action

Le participe passé (par exemple, « caractérisé ») cherche


constamment à s’accorder comme un adjectif, il établit
avec « le mot auquel il se rapporte » (qu'il caractérise) un
rapport dont l'accord est la marque[4]. Ce à quoi se rapporte
le participe peut être identifié par une question unique, où le
participe est en position d'attribut, « Qu(i)est-ce qui est
[agit]? »[4], avec une réponse mise à la voix passive : « c'est
[l'objet] qui est [agit] (par [l'agent]) » :

« La fleur que tu m'avais jetée... »


Qu'est-ce qui est jeté ? c'est la fleur qui est jetée (par toi).

Si la question ne peut pas être formulée dans ces termes,


ou n'a pas de sens, c'est généralement que le verbe
correspondant à l'action ne peut pas être mis sous la forme
passive. Dans ce cas, il n'y a pas d'accord, ce qui règle la
question.
La question peut paraître boiteuse ou le verbe peut sembler
changer de sens dans le cas des verbes essentiellement
pronominaux, ou pronominaux « subjectifs », pour lesquels
le pronom réfléchi ne peut pas être séparé du verbe sans en
changer ou détruire le sens. Dans ce cas, la question
discriminante doit également inclure le pronom réfléchi
pour maintenir le sens réel de l'action[4] :

« Elles se sont abstenues de crier »


Qu(i)est-ce qui *est abstenu (?) la question est
incorrecte ; et doit être reformulée
Qu(i)est-ce qui s’est abstenu conduit bien à l'objet de
l'action (ici, "l'abstention"), qui s'applique de manière
réfléchie à un objet ("elles-mêmes").
Détermination de l'accord

Ce travail d'identification étant fait, et à condition de ne pas


avoir fait de contre-sens à ce niveau, la règle de l'accord est
simple[4] :

Le participe s'accorde avec l'objet auquel il se rapporte,


Sauf quand sa relation à l'agent est « prioritaire » : la
phrase est un passé composé, reliant l'agent au participe,
et d'où l'objet éventuel — alors placé après son participe
— est facultatif et peut être supprimé.
Démarche simplifiée

La démarche correspond à la règle simplifiée proposée en


1838 par le grammairien Albert de Montry:
« Le participe, quel qu'il soit, s'accorde toujours avec le
substantif exprimé ou sous-entendu placé avant lui, et
répondant à la question qui est-ce qui ? Il reste invariable
lorsque la réponse se trouve après lui, ou n'existe pas. »[5]

La «méthode Wilmet» reprend le même principe : lire la


phrase dans l'ordre et s'arrêter au participe passé en se
demandant « est-ce qu'on a déjà dit (écrit) ce qui (s') est
[suit l'énonciation du participe] ? ». À cet instant, si l'on sait
de quoi on parle, on accorde. Cette technique fonctionne
dans la plupart des cas. Exemples :

« Les pommes que j'ai mangées… »


Quand on prononce "mangées", on sait qu'on parle des
pommes → On a déjà écrit ce qui est mangé ⇒ on
accorde
« Jenny a acheté… »
En lisant "acheté", on ne sait pas encore de quoi on parle
→ On n'a pas encore écrit ce qui a été acheté ⇒ on
n'accorde pas.
Cas où la simplification ne marche pas

Cette méthode ne marche évidemment pas dans les cas où


bien que le pronom soit avant le participe, l'objet réel est
repoussé derrière le participe passé par un effet de style :

« Mais je les ai mangées, ces pommes! » : au moment où


on écrit "mangé(es?), les pommes ne sont pas encore
mentionnées. L'accord doit néanmoins se faire.
Elle ne marche pas non plus dans les cas où le participe
introduit un second terme, qu'il est nécessaire de prendre en
compte :

«  Arrivés au lac, Paul et Louise se baignèrent. » : au


moment d'écrire "Arrivé" on peut croire que l'accord ne se
fait pas puisque avec "Paul et Louise" n'est pas encore
écrit, pourtant on doit l'accorder.

Elle ne marche pas lorsque l'objet d'un participe associé au


verbe être devient postponé, cas où l'accord doit néanmoins
se faire :

« Quand sont passées les cigognes ».

Enfin la règle semble à première vue ne pas marcher dans le


cas de participe passé suivi d'un verbe à l'infinitif où le sujet
subit l'action indiquée par l'infinitif:

« Les objets que nous avons choisi d’exposer sont à votre


entière disposition.. » :on pourrait croire que ce sont les
objets qui sont choisis, et qu'il faut donc accorder. Mais
ce qui est choisi, ce ne sont pas "les objets" c'est
"d'exposer les objets". Donc aucun accord à faire.

Évolution historique
Ancien français
Article détaillé : Ancien français.

Avec l'auxiliaire être, le participe passé est considéré


comme un attribut, et s'accorde comme en français
moderne avec le sujet ; il prend donc la forme du cas sujet
(ce qui correspond à la pratique moderne). Avec l'auxiliaire
avoir, l’accord était presque toujours fait quand l'objet direct
était entre l'auxiliaire et le participe : « ai lettres escrites »[3].

Ce n'est cependant pas une règle absolue. L'ancien français


admet en effet une plus grande liberté de construction. En
ancien français, les flexions étaient plus audibles,
permettant de faire à l'oreille la différence entre sujet et
complément, et l'ordre des mots était moins strict. On y
attache donc moins d'importance à l'antéposition du
complément, qui est beaucoup plus courante qu'en français
moderne, et l'accord ne se fait pas dans de nombreux cas.
C'est en particulier le cas lorsque le complément est placé
après l'auxiliaire avoir, mais aussi parfois lorsqu'il est placé
avant.

Avec l'auxiliaire avoir, marquant un temps composé, le


participe passé peut s'accorder avec le complément (au cas
régime) non seulement lorsque celui est placé avant
(comme actuellement), mais aussi par anticipation lorsqu'il
est placé après : « escrites ai lettres » ou « lettres ai escrites
 », et l'accord peut aussi bien ne pas être fait : « escrit ai
lettres » ou « lettres ai escrit  »[3]. Dans l’ordre objet-participe,
les copistes tendent à appliquer la règle de l’accord (mais
oublient souvent de le faire), dans l’ordre participe-objet ils
ont tendance à laisser le participe invariable (mais on relève
de nombreuses occurrences de l’accord dans ce cas).

Pour résumer, si l'habitude en ancien français en matière


d'accord du participe passé tend à respecter la règle du
français moderne, les textes font néanmoins preuve d'une
grande liberté[6].

Renaissance

Clément Marot, Précurseur de la Pléiade.

Avec la disparition du cas régime, l'ordre des mots devient


fondamental pour distinguer le sujet, normalement placé
avant le verbe, d'un complément d'objet direct, placé après.
Du XVIe siècle à nos jours, les formes composées
accueillent de moins en moins de mots tampons entre
l’auxiliaire avoir et le participe ; la syntaxe interdit d'écrire,
comme on le faisait au Moyen Âge : « Le povre Jehan a sa
femme perdue »[4].
Au XVIe siècle, Clément Marot, fasciné par le Renaissance en
Italie, importe en France la règle du participe passé avec
l'auxiliaire utilisée dans la langue italienne[7].

Enfants, oyez une Voila la force que Ne nous a faict,


leçon : possède pareillement,
Nostre langue a Le femenin quand il Mais nous a faictz
ceste facon, precede. tout rondement.
Que le terme qui va Or prouveray par L'italien, dont la
devant, bons temoings faconde
Voluntiers regist le Que tous pluriers Passe les vulgaires
suyvant. n'en font pas du monde,
Les vieux exemples moins ; Son langage a ainsi
je suyvray Il fault dire en basty
Pour le mieulx : car, termes parfaictz : En disant : Dio noi a
à dire vray ; Dieu en ce monde fatti.
La chanson fut bien nous a faictz ;
ordonnée Fault dire en — Clément
Qui dit : m'amour parolles parfaictes : Marot,
vous ay donnée. Dieu en ce monde Épigramme à
Et du bateau est les a faictes ; ses disciples,
estonné Et ne fault point CIX
Qui dit : M'amour dire en effect :
vous ay Dieu en ce monde
donné[Note 1]. les a faict.

Dans les textes de cette époque, la règle est généralement


suivie. On trouve cependant des cas où l'accord n'est pas
fait, ou se fait en dehors de la règle[8], comme dans ces vers
de Ronsard : « Mignonne, allons voir si la rose / Qui ce matin
avait déclose / Sa robe de pourpre au soleil...», ou le participe
de déclore est accordé à sa robe.

Dans l'exemple suivant, à quelques lignes de distance,


Marguerite de Navarre pratique l'accord dans le premier cas
et ne le pratique pas dans le second : « lequel n'osait
montrer les marques qu'elle lui avait faites au visage (…) si
ne retourna-t-il point à la cour qu'il ne fût bien guéri de
toutes ses plaies, hormis celle que l'amour et le dépit lui
avaient fait au cœur. » (L'Heptaméron, I, 4.)

Chez les grammairiens du XVIe siècle, comme Pierre de La


Ramée, on voit apparaître l'invariabilité du participe passé
employé avec l’auxiliaire avoir comme règle première, avec
son accord avec le complément d'objet direct considéré
comme une exception[9]. Mais certains, comme Louis
Meigret, Duclos ou l'abbé Mallet auraient souhaité que le
participe passé restât invariable sans aucune exception[10].

Période classique
Claude Favre de Vaugelas, « Le greffier de l’usage »

Au XVIIe siècle, les auteurs usent à l'égard de la règle


d'accord du participe passé employé avec l'auxiliaire avoir
d'à peu près la même liberté qu'au siècle précédent, même
si la tendance est à un respect accru de la règle énoncée
par Marot.

On trouve souvent chez les poètes des exemples où


l'accord se fait avec l'objet placé entre l'auxiliaire avoir et le
participe : « J'avais de point en point l'entreprise tramée » (=
J'avais tramé l'entreprise ; Corneille, Clitandre, vers 429)[11].
Les grammairiens sont hostiles à cette tournure,
probablement employée pour son élégance.

Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française, se


déclare pour un strict respect de la règle et y critique la
liberté que les auteurs prennent à son égard : « je m'estonne
de plusieurs Auteurs modernes qui faisant profession de
bien écrire, ne laissent pas de commettre cette
faute[Note 2],[11]. »
Lorsque le participe est suivi d'un infinitif ou d'un attribut,
Vaugelas recommande qu'il reste invariable. Il recommande
aussi l'invariabilité du participe dans le cas où le sujet est
postposé au participe, ce qu'il signale comme étant une
« belle et curieuse exception » : « il faut dire la peine que m’a
donné cette affaire, et non pas la peine que m’a
donnée[Note 3],[11]. » Il recommande de même que l'accord ne
se fasse pas quand le participe est suivi d'un attribut (« Les
habitants nous ont rendu maître de la ville ») ou d'un
complément prépositionnel (« Les lettres que j'ai reçu de
vous »), ou encore d'un infinitif prépositionnel (« C'est une
fortification que j'ai appris à faire »)[3],[12].

Dans leur ensemble les recommandations concernant


l'accord du participe passé, telles qu'elles sont énoncées
par Vaugelas, sont généralement suivies par les auteurs :
« Voilà les vérités […] que j'ai cru dignes d'être proposées à
un si grand prince. » (Bossuet, Oraison funèbre d'Henriette
d'Angleterre, 1670.). Il existe cependant un grand nombre
d'exemples où elles ne sont pas appliquées : le groupe
auxiliaire-participe passé du temps composé y est
considéré comme inséparable, et ne pouvant varier ni en
genre ni en nombre. Certains écrivains suivent
alternativement les deux tendances, et aucune des deux
n'est clairement dominante à la fin du siècle : la première
des règles dans ce domaine est encore la liberté de
l'écrivain[11].
Avec l'auxiliaire être, l'accord se fait avec le sujet. Vaugelas
considère cette règle comme obligatoire, et les écrivains la
respectent, sauf dans de rares exemples. Le participe des
verbes pronominaux n'est pas considéré comme un cas
particulier et suit généralement la même règle[13].

Cadre réglementaire

Georges Leygues, ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts dans le


gouvernement Pierre Waldeck-Rousseau du 22 juin 1899 au 7 juin 1902.

Articles détaillés : Académie française et Rectifications


orthographiques du français.

Lorsqu'en 1635 Richelieu fonda l'Académie française, il lui


donna comme mission de « fixer la langue » et de « donner
des règles certaines à notre langue et à la rendre pure,
éloquente, et capable de traiter les arts et les sciences »
(art. 24)[14]. Ce travail avait été entrepris pour établir la
Grammaire de l'Académie, dont la publication sera reportée
d'année en année. Après deux cent quatre-vingt-seize ans et
demi d'attente[15] cette grammaire est enfin publiée dans
une première édition annoncée en 1930 - très rapidement
décriée et désavouée[16],[17],[18], et non renouvelée.

Au XIXe siècle, le développement de l’institution scolaire a


sans doute contribué à figer quelque peu l’orthographe[14].
La « doctrine » en matière d'accord fut fixée de manière
pour ainsi dire intangible dès 1823 par Noël et Chapsal,
dans leur « Grammaire française »[4]. Les hussards noirs de
la République imposeront à des générations d'enfants la
« règle du participe passé » et du « complément d'objet
direct placé avant l'auxiliaire avoir », à travers cette
approche grammaticale, nonobstant les débats passionnés
qui s'élèvent dès cette époque pour une interprétation plus
nuancée des règles[14] : le système éducatif avait besoin de
règles fermes qui pussent être enseignées aux élèves[14].

En France, une certaine tolérance a été autorisée pour


l'emploi du participe passé dans les examens par divers
arrêtés ministériels depuis le début du XXe siècle. Au terme
de débats passionnés, deux arrêtés fixèrent, en 1900 et
1901, de simples tolérances orthographiques et
syntaxiques pour les examens et concours de l’Instruction
publique[14]. Le ministre de l’Instruction publique et des
Beaux-Arts Georges Leygues écrivait déjà dans un arrêté du
26 février 1901[19] : « Pour le participe passé construit avec
l’auxiliaire avoir, lorsque le participe passé est suivi soit d’un
infinitif, soit d’un participe présent ou passé, on tolérera qu’il
reste invariable, quels que soient le genre et le nombre des
compléments qui précèdent. » De même, les problèmes
posés par l'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir
pouvant se révéler particulièrement ardus et litigieux dans
les cas particuliers, quand ils introduisent un terme second,
l'arrêté du 28 décembre 1976 autorise certains accords (ou
absences d'accord) auparavant proscrits (ou tolérés par
l’arrêté de 1901, tombé entretemps en désuétude).

Règles d'accord du participe


Accord du qualificatif

Sur ses genoux, la brebis est tondue (en train d'être tondue, passif).
Dans le troupeau, les brebis sont tondues (ayant été tondues, attribut).

Comme n'importe quel adjectif, « le participe passé utilisé


comme adjectif verbal[1] s'accorde en genre et en nombre
avec l'objet qu'il qualifie ».

Le participe passé utilisé dans une fonction épithète


(donc sans auxiliaire) s'accorde (toujours) en genre et en
nombre avec le nom auquel il se rapporte :
« Les lettres reçues. »
« La rumeur répandue. »
Il s'accorde également quand il joue le rôle d'un attribut
du sujet :
« Elle semble étonnée. »
« La brebis est tondue » (ayant été tondue).
Il s'accorde de même quand l’auxiliaire « être »
correspond à une forme passive, laquelle ne se distingue
pas formellement d'une construction attribut :
« La brebis est tondue » (en train d'être tondue).
Le participe passé s'accorde de même quand
(exceptionnellement) l’auxiliaire « être » correspond à un
temps composé, cette forme ne se distinguant pas
formellement d'une construction attribut[20] :
« Elle est retournée à Paris. »
Il s'accorde dans ce cas, y compris en cas d'inversion
poétique plaçant accidentellement l'objet de l'action
après le participe :
« Quand sont passées les cigognes »

Noter dans ces deux derniers cas que pour les « verbes qui
se conjuguent avec être », ces verbes sont intransitifs, et le
passé composé décrit l'état final du sujet (forme attribut et
accomplie de l'objet ayant subi le processus), non une
hypothétique action en train d'être accomplie sur le sujet.
L'exemple extrême est le verbe mourir, qui n'a pas réellement
de participe passé ; la forme des temps composés est celle
d'un attribut, construit sur un adjectif verbal « équivalent »
(marquant l'équivalence de l'adjectif verbal accompli et du
participe passé inaccompli), et non sur un vrai participe
passé : « Elle est morte », au lieu d'un hypothétique « Elle *a
mouru ».

Tous ces cas dérivent fondamentalement de la même


situation, où le participe n'est pas à strictement parler un
« participe passé », mais plus exactement un « participe
passif » : mot à caractère qualificatif, qui désigne l'objet qui
subit (passivement) l'action.

C'est cette équivalence formelle avec la construction


attribut qui est à l'origine de la règle pratique « Le participe
passé employé avec l’auxiliaire Être s'accorde avec le sujet »,
mais cette "règle" occulte le fait que l'accord se fait toujours
avec l'objet de l'action, qui se trouve dans ce cas être le sujet
grammatical (quand le participe s'accorde avec le sujet,
c'est parce qu'il se confond avec l'objet). Elle peut de plus
être très trompeuse dans le cas pronominal, où le participe
peut ne pas s'accorder (« ils se sont plu et se sont mariés. »)
ou s'accorder avec autre chose que le sujet (« Ils se sont
payé une bouteille et se la sont servie »).

La forme pronominale fait l'objet d'un développement


séparé.

Absence d'accord aux temps composés purs


Qu(i)est-ce qui est servi, ici ? Une tasse de café.
« Le barman a servi une tasse de café ». Le participe est devant son objet, il
fait partie du groupe verbal.
« Le client a une tasse de café servie ». Le participe est derrière son objet :
fonction épithète.

« Aux temps composés conjugués avec l'auxiliaire avoir, le


participe passé ne varie pas quand il est en position
normale : sans objet direct, ou suivi de celui-ci »[3],[20].

Aux temps composés purs, pour lesquels il n’y a pas


d’accord, l’objet direct éventuel est normalement toujours
situé après le participe, parce que dans le cas de verbes
transitifs directs seul l'ordre des mots permet de distinguer
l'agent de l'objet (« Le chat mange la souris »).

« Nos enquêtes ont échoué » : pas de complément qui


puisse être l'objet de échouer.
« J'ai pensé à Jeanne » Le complément d'objet est indirect
(penser à quelqu'un), Jeanne ne reçoit pas le caractère
d'être *pensée par mon action.
« Elle a reçu des lettres » : les lettres sont bien reçues,
mais la construction est celle d'un passé composé dont
le complément en position normale n'est pas mis en
relief.
Par opposition au cas précédent, où le « participe passif »
s'accordait avec son objet, ici le participe est un vrai
« participe passé », employé dans une conjugaison verbale,
et n'impliquant pas en soi la présence d'un objet.

On peut également remarquer que généralement, en


français moderne, l'adjectif épithète (donc, le participe
passif) suit le nom qu'il qualifie et auquel il s'accorde (on dit
« une bouteille servie » et non « *servie une bouteille » ou
« *une servie bouteille »). Lorsque l'objet sur lequel porte
l'action du participe est situé derrière ce dernier, il ne s'agit
donc pas d'une construction épithète mais d'un temps
composé (donc, d'un vrai participe passé) n'entraînant pas
l'accord. Inversement, le fait de trouver l'objet devant le
participe met ce dernier en position d'épithète et entraîne
l'accord - c'est le cas suivant.

Accord entre objet et qualificatif conjugué

L'objet direct ne peut se trouver devant l'auxiliaire (sous


forme de pronom ou en apposition) que lorsqu'il est le sujet
principal de l'énoncé (« Le chat l’a mangée »). Le participe
retrouve alors une fonction épithète par rapport à son objet.
Dans ce cas, « le participe passé conjugué avec l'auxiliaire
avoir s'accorde en genre et en nombre avec son objet direct
quand celui-ci le précède »[3],[20].

Cette superposition d'une forme active et d'un sens épithète


passif ne se limite pas aux propositions relatives ; elle peut
également se rencontrer dans d'autres cas où l'ordre normal
« Sujet-Verbe-Complément » des verbes transitifs directs
peut être altéré, ce qui met en valeur le rôle du complément
(objet de l'action).

Sous forme d'une incise :


« Les lettres que j'ai reçues ont brûlé »
Le pronom relatif que est ici COD, et il est placé avant le
participe. Il reprend le groupe nominal les lettres, sujet
de la phrase principale.
Quand le complément d'objet direct est remplacé par un
pronom (me, te, se, le, la, l’, les, nous, vous, que mais pas
« en », cf. infra), celui-ci est toujours placé devant le
participe. Il faut se reporter dans ce cas à l'antécédent
pour déterminer le genre et le nombre de celui-ci ; et cet
antécédent peut être placé après le pronom, voire n'être
déterminé que par le contexte :
« Cette pièce vous a séduites. »
« Le fermier a lavé les brebis après les avoir tondues »
Le premier participe passé lavé est un passé composé
normal, dont l'objet est les brebis. Cet objet ayant été
introduit, l'incise « Après les avoir tondues » (où tondues
a ici valeur d'épithète) a le sens de « Après que ces
brebis ont été tondues » (où tondues aurait ici valeur
d'attribut). Le sujet propre de l'incise (après que...) est
les brebis, et dans cette incise, le participe a donc une
fonction épithète et désigne une action accomplie
(entraînant l'accord).
« Merci pour tes lettres. Je les ai bien reçues »
Le pronom personnel les est ici COD. Il reprend le
groupe nominal les lettres et il est placé avant le
participe. En revanche, l'accord ne se fait pas si le COD
suit le verbe: « J'ai bien reçu les lettres. »
Dans une phrase interrogative, quand l'interrogation porte
sur le nom complément d'objet direct, celui-ci est placé
en position inversée :
« Quelles brebis le fermier a-t-il lavées ? »
Le sujet du discours (et l'objet de la question) est ici les
brebis. Par rapport à ce sujet, le participe lavées
désigne une action accomplie (et a une valeur
épithète). La phrase est équivalente à « Quelles sont les
brebis lavées par le fermier ? » où l'accord se fait avec
les brebis parce que le participe passé a une fonction
de qualificatif attribut.
L'inversion peut également se rencontrer comme effet de
style poétique ou lyrique, pour mettre en valeur
l'objet [réf. nécessaire] :
«...Se réjouissant d'avoir ses brebis bien lavées... »
Par rapport à l'ordre normal (« d'avoir bien lavé ses
brebis »), l'inversion met en valeur ses
brebis. [réf. nécessaire] Par rapport à ce nouveau centre
d'intérêt, ainsi mis en relief, le participe passé prend
une valeur épithète (outre sa fonction normale de
participe passé). La construction peut toujours
s'interpréter comme un participe passé (inversion de
« d'avoir bien lavé ses brebis »), mais peut également
s'interpréter comme un qualificatif des brebis ( « Se
réjouissant d'avoir ses brebis qui sont bien lavées »).
Dans ce second sens, ou par rapport à une valeur
épithète, l'accord est nécessaire.

Dans le détail, la règle d'accord du participe passé conjugué


avec avoir est passablement artificielle ; et la langue parlée
la respecte très mal[3].

Cas particuliers
Participe passé antéposé

Fini les corvées ménagères !


Formulation publicitaire typique, ici, aspirateur de 1916.

Les participes passés utilisés comme épithète mais placés


avant le nom qu'ils qualifient peuvent être considérés
comme particule ou locution invariable jouant un rôle de
préposition, et restent dans ce cas invariables. Ils retrouvent
en revanche l'accord quand ils sont placés en position
normale ou quand ils conservent leur valeur verbale[21],[22] :

« Étant donné la conjoncture…  » mais « La conjoncture


étant donnée…  »
« Ci-joint une lettre qui vous donnera mes raisons » mais
« La lettre ci-jointe vous donnera mes raisons. »

De même pour : excepté, ôté, vu ; et dans le langage


commercial ou judiciaire : approuvé, attendu, certifié,
communiqué, entendu, ouï, passé, lu, supposé[20].
L'Académie précise que le participe s’accorde avec son
objet, à condition qu'il qualifie bien celui-ci :

« Fini les corvées ménagères ! » (c'en est fini des corvées


ménagères) mais « Finies, les vacances ! » (les vacances
sont bien finies).

Verbes transitifs indirect

Les verbes « transitifs indirects » n'ont pas de complément


d'objet direct. Pour ces verbes, par rapport au triptyque
"action / agent / objet", l'action est réalisée, elle a un agent,
mais n'a pas d'objet indispensable grammaticalement fixé,
qui en reçoive le caractère, et puisse être épithète du
participe passé.

« Ces deux livres nous ont plu »


L'action est de "plaire", ce qui plaît (l'agent) est "les livres",
mais cette action n'a pas d'objet grammaticalement
nécessaire. Les livres ne peuvent pas *plaire quelqu'un,
mais doivent plaire à quelqu'un. Ne pouvant qualifier un
objet, le participe "plu" ne sert que pour les temps
composés, et est donc invariable - personne n'a à se
sentir "* plué" par un livre quand il plaît.

En revanche, dès qu'un verbe (même transitif indirect)


dispose d'un attribut qualifiant son objet, cet attribut
s'accorde régulièrement :

« Mesdames, vous serez obéies à la lettre »


On obéit à quelqu'un, mais une femme peut néanmoins
être obéie : le participe passé pouvant servir de
qualificatif, les formes passives sont possibles. Il en est
de même des verbes désobéir, moquer, répondre (en
langage juridique) et pardonner. C'est l'effet d'un
changement de construction : la liaison directe avec un
objet était autrefois usuelle avec ces verbes, et la
construction passive s'en est conservée.

Objet correspondant à une proposition

L'objet de l'action peut être une proposition, laquelle est par


elle-même neutre et n'entraîne pas d'accord. C'est le sens
qui permet de déterminer l'accord. Comparer en effet :

« Elle est venue, mais je ne l'ai pas vue »


Qu(i)est-ce qui est vu ? c'est "elle" qui est vue : accord
normal du participe avec son objet.
« Elle est venue, mais je ne l'ai pas su »
Qu(i)est-ce qui est su ? c'est "qu'elle soit venue" qui est su
(non pas "elle") : proposition neutre, pas d'accord.

Les participes passés des verbes semi-auxiliaires, comme


devoir, pouvoir, vouloir, etc., ainsi que ceux des verbes
utilisés pour exprimer une opinion (dire, affirmer, croire,
penser, etc.) sont invariables lorsqu'ils sont suivis d'un
infinitif sous-entendu :

« J'ai pris toutes les précautions que j'ai pu. »


J'ai pu quoi? non pas "* pu des précautions", ce qui n'aurait
aucun sens, mais bien : j'ai pu "prendre des précautions".

On sous-entend ici que j'ai pu prendre. "Que" n'est donc pas


complément d'objet direct de "pouvoir", mais de l'infinitif.
L'objet auquel il se rapporte étant en réalité une proposition
(neutre), il n'y a pas d'accord.

Enfin, quand l'objet auquel se rapporte le participe est "le"


ou le pronom élidé " l’ ", le pronom peut être neutre et
représenter une proposition, équivalent à "cela"[3] :

« Cette épreuve est moins difficile que je ne l'avais craint »


Ici, qu(i)est-ce que j'avais craint ? "que l'épreuve fût
difficile", proposition neutre représentée par l'article " l’ " -
donc pas d'accord du participe.

Cependant, le pronom n'est pas nécessairement neutre, et


l'accord peut dépendre du sens de la phrase :
« Cette pièce est plus grande que je ne l'avais imaginée »
(j'avais imaginé la pièce).
« Cette pièce est plus grande que je ne l'avais imaginé »
(j'avais imaginé que cette pièce avait une certaine taille).

Forme impersonnelle

Dans une tournure impersonnelle, le participe passé ne peut


généralement pas s'analyser comme une épithète
conjuguée appliquée à l'objet de l'action, parce que cette
épithète n'a en réalité pas de complément d'agent :

« Elle a pris les médicaments qu’il a fallu »


Qu'est-ce qui est * fallu ? La question ne peut pas se
poser dans ces termes. On ne peut pas dire des
médicaments qu'ils sont « fallus » par « il ». Il faut ici
sous-entendre "qu'il a fallu prendre", le sens est celui d'une
proposition.
« La chaleur qu’il a fait. »
Qu(i)est-ce qui est fait ? Le sens n'est pas ici que "la
chaleur est faite * par il". L'action ("faire") a bien un objet
("chaleur") mais n'a pas formellement d'agent. La forme
impersonnelle traduit en réalité que la chaleur « se » fait,
elle est ici son propre agent. Dans cette construction, "il"
ne représente pas "la chaleur", ou un agent, mais est un
terme impersonnel et donc neutre. On aurait d'ailleurs la
même impossibilité avec une forme impersonnelle
comme « la chaleur qu'il s'est fait. »
La tournure impersonnelle ne s'accorde pas non plus dans
le cas d'un auxiliaire Être, parce que dans cette forme, si
l'accord se fait, c'est avec un sujet impersonnel :

« L’histoire qu’il est advenu. »


L'histoire est certes advenue, mais dans cette
construction, qu(i)est-ce qui est advenu - formellement,
c'est « il ». Le pronom "il" ne désigne pas ici l'histoire, ce
qui demanderait la construction « * L'histoire qu’elle est
advenue ». C'est un pronom impersonnel et neutre. Il n'y a
donc pas d'accord.
Remarque: Attention, à une lettre près, on dit au contraire
« L’histoire qui m’est advenue » dès que la tournure n’est
plus impersonnelle. Qu(i)est-ce qui est advenu ? c'est
"l’histoire" qui est advenue (par... la volonté divine,
probablement), donc accord.

Objet représenté par le pronom « en »

Il y a des pommes en promotion : j'en ai "acheté" (j'ai acheté quelque chose /


une part provenant des pommes en promotion), mais je n'ai pas acheté
directement les pommes en promotion ; on ne peut pas dire que "je les ai
achetées ".

« En » est un pronom adverbial invariable sans genre ni


nombre, étymologiquement adverbe de lieu. Selon le Littré,
« en » joue toujours le rôle de complément indirect, puisqu’il
contient virtuellement la préposition « de ». Il exprime une
portion imprécise de quelque chose, qui peut être non
nombrable, ou qui, si elle est nombrable, peut être l'unité : il
est normal qu'on hésite à considérer qu'il représente un
pluriel[23].

Si le verbe est accompagné d'un complément d'objet direct


(COD) qui le précède repris par le pronom en, il n'y a pas
d'accord :

« Il y avait des pommes en promotion, j’en ai acheté. »


J'ai acheté quoi ? Non pas directement toutes "les
pommes en promotion", ce qui serait le cas de « je les ai
achetées », mais "quelque chose / une part provenant des
pommes en promotion" : ce "quelque chose / une part" est
neutre, donc pas d'accord.

Mais cette absence d'accord n'a lieu que si « en » fait


effectivement référence à l'objet de l'action :

« J'ai écrit à Londres ; voici les réponses que j’en ai


reçues.»
Qu(i)est-ce que j'ai reçu ? "les réponses" (provenant de
"en" mis pour Londres), donc accord. Le pronom en
remplace « de Londres » et a donc valeur de complément
de lieu. Ce sont bien toutes les réponses qui "sont
reçues".
Compléments de quantité

« les cent ans qu'a dormi la Belle au bois dormant furent peuplés de rêves »
La Belle a dormi quoi (?) Elle a dormi cent ans, donc accord ? mais la
question initiale est boiteuse...
Qu(i)est-ce qui est * dormi ? On ne peut pas dire que "ce sont cent ans qui *
sont dormis par la Belle", donc : il ne s'agit pas d'un participe passif, pas
d'accord.

Certains verbes (courir, coûter, dormir, durer, marcher,


mesurer, peser, régner, valoir, vivre, etc.) peuvent recevoir un
complément, qui apparaît grammaticalement comme un
complément d'objet direct. Cependant ce complément n'est
pas toujours l'objet de l'action, mais peut correspondre
sémantiquement à un complément de durée, de mesure ou
de prix. On les dit alors « en réalité intransitifs », parce qu’ils
n’ont en réalité pas d’objet sur lequel s’exerce l’action
exprimée par le verbe. De ce fait, leur participe passé reste
normalement invariable dans ce cas.

Lorsque le complément de quantité ne constitue


manifestement pas l'objet réel d'une action, il n'entraîne
normalement pas d'accord :

« Les vingt francs que ça m'a coûté »


Qu(i)est-ce qui est "* coûté" ? la question est boiteuse, et
on ne peut pas répondre que "* les vingt francs sont
coûtés par ça". Blocage, donc pas d'accord possible.

Par rapport à cette formulation, le verbe coûter fonctionne


effectivement comme s'il était intransitif. Le complément
qu'il reçoit, bien que se présentant sous forme d'objet direct,
s'analyse comme un complément de prix. L'analyse doit être
ici que "Ça coûte" non pas un objet particulier, mais une
somme abstraite, dont la mesure est de vingt francs : Ça
coûte « combien ? » - une somme chiffrée à vingt francs.

Sémantiquement, c'est même la notion d’"action" qui est


alors en défaut : si l'on dit que « cette brique pèse trois
livres », la construction ne signifie pas que "cette brique"
serait l'agent d'une action de "peser" dont l'objet serait "trois
livres". De même pour "j'ai marché deux lieues", ou "j'ai dormi
cinq heures", ou encore "ça a coûté vingt francs", voire "il n'a
vécu que trois heures" (mais ce dernier cas est discutable).

« Les deux millions que j'ai investis sont perdus ».


Ce sont bien "les deux millions" (objet) qui ont été "investis" et "perdus"
(actions) par le "malheureux trader" (agent de change).

Inversement, pour d'autres verbes pouvant être complétés


par une quantité et dont la construction serait
grammaticalement parallèle (ajouter, calculer, couper,
dépenser, enlever, gagner, investir, passer, parier, perdre,
placer, prendre, rapporter, supprimer...) la signification est
bien celle d'une action reliant un agent à son objet, lequel
peut donc gouverner l'accord de son participe passé : dans
une phrase comme « les deux millions que j'ai investis sont
perdus » il y a bien deux actions ("investir" et "perdre") qui
porte sur un objet défini "deux millions" et un agent (agent
de change malheureux - j'ai investi et j'ai perdu).

Cependant, l'application mécanique d'une règle d'accord se


fondant sur la distinction entre complément d'objet direct et
complément de quantité (au lieu de s'interroger sur l'objet
subissant passivement une action) conduit à des accords
difficilement justifiables par le sens :

« Les efforts que cette épreuve m'a coûté(s?) »


Formellement, il n'y a aucune notion quantitative (on ne
peut pas se demander « l'épreuve a coûté combien? »),
et "coûter" a bien un complément d'objet direct :
L'épreuve a coûté « quoi ? » - des efforts, donc accord.
Sémantiquement, cependant, Qu(i)est-ce qui est
coûté ? on ne peut pas dire que "les efforts sont coûtés
par l'épreuve", ce que présuppose pourtant l'existence
d'un accord.

De même, si l'on ne se fonde que sur une analyse


grammaticale, on peut souvent hésiter à déterminer si le
sens est celui d'un véritable objet de l'action ou d'un
complément de quantité. Quand le sens est simplement
celui d'une donnée numérique, dans une construction
parallèle à la précédente, il n'y aurait dans ce cas pas de
raison de faire l'accord :

« Les quinze ans qu'il a vécu(s?) ensuite »


Qu(i)est-ce qui est vécu ? non pas un objet particulier,
mais une certaine période, dont l'étendue est de quinze
ans : Il vit « combien de temps ? » - pendant quinze
années.

La « règle » veut que l'on retrouve en revanche l'accord


quand le participe passé du verbe, pris dans un sens figuré,
s'applique à un objet direct (clairement identifiable,
susceptible de recevoir des attributs, et n'apportant pas de
notion quantitative) :

« Ces belles années qu'il a vécues ensuite »


Qu(i)est-ce qui est vécu ? - de belles années sont vécues
par lui : accord.

Mais il n'y a en réalité pas de solution de continuité entre


ces deux formes, puisque l'on peut dire par exemple :

« Les quinze belles années qu'il a vécu(es?) ensuite »


Qu(i)est-ce qui est vécu ? - de belles années (quinze)
sont vécues par lui : accord.
Il vit « combien de temps ? » - pendant quinze (belles)
années : pas d'accord.
Dans ce cas de verbes pouvant recevoir un complément de
quantité, la voie de l'analyse grammaticale formelle est
rapidement inextricable. L'analyse est rarement univoque, et
la « règle » conduit souvent à faire ou non arbitrairement
l'accord, suivant l'analyse grammaticale que l'on veut
donner à la phrase. La solution sémantique est nettement
plus simple, qui conduit à faire l'accord dans les cas où le
sens est bien celui d'un objet affecté par l'action de l'agent :

« Les quinze ans qu'il a vécus ensuite »


Qu(i)est-ce qui est vécu ? Ce sont les quinze ans qui sont
vécus par lui : accord.
« Les efforts que cette épreuve m'a coûté »
Qu(i)est-ce qui est * coûté ? Ce sont les efforts qui * sont
coûtés par cette épreuve : construction sémantiquement
impossible, pas d'accord.

Participe passé introduisant un terme


second
Participe passé suivi d'un infinitif

Alors, ces grues demoiselles,


je les ai vu voler ?
ou je les ai vues voler ?
Cette situation est en fait un reliquat de la proposition
infinitive en latin. La « règle du participe passé » appliquée
mécaniquement conduit à accorder le participe
indépendamment de l'infinitif qui le suit. Mais l'accord dans
ce cas est contestée par certains grammairiens[24] qui
considèrent qu'un participe passé suivi d'un infinitif ne peut
que rester invariable, même si le COD est placé avant, et
écrivent :

« Ces grues demoiselles, je les ai vu voler


majestueusement ».

L'accord dépend en effet de ce que l'on considère être l'objet


du participe. Pour qu'il y ait accord, l'objet sur lequel porte
l'action décrite par le participe ne doit pas être l'infinitif lui-
même, qui étant neutre n'entraîne pas d'accord :

« Ces grues demoiselles, je les ai vu voler


majestueusement »
Qu(i)est-ce que j'ai vu ? J'ai vu "voler majestueusement
ces oiseaux", proposition infinitive neutre, donc pas
d'accord.
« Ces grues demoiselles, je les ai vues voler
majestueusement »
Qu(i)est-ce que j'ai vu ? J'ai vu "ces grues demoiselles"
(en train de voler majestueusement), donc accord.

En toute hypothèse, il n'est guère possible de voir l'action


"voler" sans voir en même temps l'agent de cette action "ces
grues demoiselles" ; les deux réponses à la question
discriminante se défendent.

Dans leur Nouvelle grammaire française, Noel et Chapsal


choisissent ici la voie de l'accord avec le sujet, entraînant
derrière eux des générations d'élèves[25] :

« 597 On reconnaît mécaniquement que le participe suivi


immédiatement d'un infinitif est précédé de son régime
direct quand l'infinitif peut se changer en participe présent,
et qu'il a pour régime direct l'infinitif lorsque ce
changement ne peut avoir lieu : « Je les ai vus repousser
les ennemis » « Il nous a entendus blâmer son
imprudence » « Ils se sont vus « dépérir ». On peut dire « je
les ai vus repoussant les ennemis », « il nous a entendus
blamant son imprudence », « ils se sont vus dépérissant »,
donc le participe est précédé de son régime direct qui est
les, nous, se, et conséquemment il s'accorde. » (Noter au
passage la règle pratique, que l'accord ne peut se faire
que si l'infinitif peut être remplacé par un participe
présent.)

Cependant, on peut remarquer que l'objet même d'une


proposition infinitive étant de signifier une action, la
première interprétation (sans accord) paraît plus naturelle.
On peut noter de plus que dans le second cas, la
construction est un peu forcée. L'accord ne peut se faire
avec "ces grues" que parce que la proposition infinitive y est
considérée comme un qualificatif annexe, qui peut être
remplacée indifféremment par "en train de voler". Une
formulation imposant l'accord passe plutôt par la forme du
gérondif : « Ces grues demoiselles, je les ai vues volant
majestueusement » - forme pour laquelle il n'y a plus
d'hésitation.

Cas où l'accord n'est pas possible

La ville que j'ai vu bombarder (le bombardement est en cours et je le vois).

Lorsqu'un participe passé est placé devant un verbe infinitif,


pour qu'il puisse y avoir un accord éventuel, il faut en tout
état de cause (1) que le groupe nominal soit placé avant le
verbe au participe passé, et (2) qu'il soit le sujet de l'action
de l'infinitif[26]. Ainsi :

« Ces oiseaux, je les ai vus voler » : Qu(i)est-ce qui vole ?


c'est les oiseaux, objet placé avant le participe, il y a donc
un accord possible.
« La ville que j'ai vu bombarder » : Qu(i)est-ce qui
bombarde ? on n'en sait rien, mais ce n'est en tout cas pas
moi. L'accord est impossible dans ce cas.

On peut également remarquer que l'accord ne se fait pas si


l'on peut compléter l'infinitif par un complément
d'agent[20],[3] : « La ville que j'ai vu bombarder (par l'ennemi). »
Cette règle est particulièrement utile dans le cas des verbes
pronominaux discuté ci-dessous.

On peut enfin remarquer que l'accord n'est éventuellement


possible que si l'on peut remplacer l'infinitif par un participe
présent équivalent : « ces oiseaux, je les ai vus volant. »

À noter que quelle que soit la règle adoptée, le participe


passé du verbe faire est toujours invariable lorsqu'il est
placé devant un infinitif :

« Ma robe, il l'a fait nettoyer » Qu(i)est-ce qu'il a fait ?


Certainement pas "ma robe", mais plutôt "fait que ma robe
soit nettoyée" - donc pas d'accord.

Depuis la réforme de l'orthographe de 1990, le participe


passé du verbe laisser peut rester invariable lorsqu'il est
placé devant un infinitif ; il est également possible de
l'accorder avec le sujet conformément aux règles de
l'orthographe traditionnelles :

Les phrases : « Elle s'est laissé faire » et « Elle s'est laissée


faire » sont toutes deux correctes ; avant les
modifications orthographiques de 1990, seule la seconde
était juste.

De même, après des verbes semi-auxiliaires, comme devoir,


pouvoir, vouloir, etc., et les participes marquant l'opinion ou
la déclaration (croire, espérer, dire, affirmer...), on est
contraint de considérer que l'objet direct est effectivement
la proposition infinitive[3] et laisser le participe invariable :

« Une émotion qu'il eût souhaité être la crainte » : qu(i)est-


ce qu'il eût souhaité ? "que l'émotion fût de la crainte", pas
d'accord possible.
« La pomme que j'ai pu prendre » : qu(i)est-ce j'ai pu ? non
pas évidemment la pomme, mais "prendre la pomme", pas
d'accord possible.

Participe passé suivi d'un attribut

La ville que j'ai vue bombardée (le bombardement est achevé, et j'en vois le
résultat).

Quand le participe passé est suivi d'un attribut, l'accord peut


se faire ou non suivant le sens réel de la phrase :

« Une chienne que le vétérinaire a rendue malade »


Qu(i)est-ce que le vétérinaire a rendu ? "une chienne", et
par ailleurs il l'a rendue alors qu'elle était malade. C'est
bien la chienne qui est rendue, donc accord.
« Une chienne que le vétérinaire a rendu malade »
Le groupe verbal est « rendre malade », c'est-à-dire faire
devenir malade. Qu(i)est-ce que le vétérinaire a "*rendu" ?
ici, il n'a pas "rendu la chienne", il a "fait que la chienne
devienne malade". La chienne de son côté n'ayant pas été
"rendue", il n'y a pas d'accord possible.

L'usage est très flottant dans ce cas. C'est un des cas où


l'invariabilité était de règle pour les grammairiens du
XVIIe siècle[27]. Ici encore, la « règle du participe passé »
appliquée mécaniquement conduirait à accorder le participe
avec le complément d'objet direct, mais le résultat de cette
recherche est souvent contestable et parfois absurde. Avant
de pouvoir identifier un « complément d'objet direct », il faut
en effet identifier correctement l'objet sur lequel porte
l'action.

« La ville que j'ai vue bombardée » signifie bien que j'ai vu
la ville, et qu'elle était (en même temps) bombardée.

De même que précédemment, après des verbes semi-


auxiliaires, comme devoir, pouvoir, vouloir, etc., et après les
participes marquant l'opinion ou la déclaration (croire,
espérer, dire, affirmer...), on est contraint de considérer que
l'objet direct est effectivement une proposition infinitive et
laisser le participe invariable :

« Ces sons du cor que jamais je n'ai trouvé triste » (F.


Mauriac) : qu(i)est-ce que j'ai trouvé ? "que le son du cor
était triste", pas d'accord quand l'objet est toute une
proposition.

Temps surcomposés
Dans les temps surcomposés, seul le dernier participe
passé reflète une action ; les auxiliaires précédents relèvent
de la conjugaison du temps composé.

« Ces paroles d'excuse, quand bien même il les aurait eu


dites, n'auraient pas été comprises. »
Qu(i)est-ce qui est eu ? ici, ce ne peut être les paroles.
Avoir est ici en position d'auxiliaire marquant un temps
composé, donc pas d'accord (à la rigueur on peut dire
que ce que l'on a eu, c'est « dit les paroles », mais il n'y
a pas d'accord avec une proposition).
Qu(i)est-ce qui est dit ? ce sont les paroles qui sont
dites par lui : accord.

Problèmes des formes pronominales


Article détaillé : Forme pronominale de conjugaison.

Sens réfléchi : « Elle se regarde dans le miroir ». Le sujet est ici à la fois agent
et objet du regard.

Règles d'accord spécifiques du participe


passé
Les règles d'accord du participe passé quand il est employé
dans une forme pronominale sont essentiellement les
mêmes que dans le cas général ; la spécificité de la forme
pronominale est qu'elle « se conjugue avec être », et que
l'objet de l'action n'est pas toujours facile à identifier :

A/ « Le participe s'accorde quand l’auxiliaire « être »


correspond à une forme passive, laquelle ne se distingue
pas formellement d'une construction attribut.

La forme pronominale dérive d'une forme passive. Quand


la forme est réellement passive, l’accord s'y fait de
manière régulière avec l'objet de l'action, qui dans la
forme passive est le plus souvent le sujet.

B/ « Aux temps composés (ici conjugués avec l'auxiliaire


être), le participe passé ne varie pas quand il est en position
normale : sans objet direct, ou suivi de celui-ci. »

La principale difficulté pour distinguer ces cas est de bien


identifier quel est réellement l'objet de l'action : si l'objet
et l'agent ne sont pas identiques, il s'agit d'un temps
composé, l'objet est normalement situé après le participe,
et il n'y a pas d'accord dans ce cas.

C/ « Le participe passé conjugué (ici avec l'auxiliaire être)


s'accorde en genre et en nombre avec son objet quand
celui-ci le précède. »

Cette « règle » recouvre deux cas dans le cas d'une forme


pronominale:
Si la forme pronominale est une réelle forme réfléchie
ou réciproque (l'agent et l'objet sont alors identiques),
l'objet de l'action est identique à l'agent, et le pronom
faisant référence au sujet est situé devant l'auxiliaire.
Dans ce cas, il y a accord avec l'objet (qui se confond
avec le sujet).
Si l'agent et l'objet d'une forme pronominale sont
différents, l'objet entraîne l'accord du participe dans les
mêmes cas que pour les formes non pronominales,
c'est-à-dire quand il est placé avant le participe.
La difficulté est que dans les formes pronominales,
l'objet réel de l'action ne prend pas toujours clairement
la forme d'un complément d'objet direct.

On voit que quand le participe passé d'un verbe sous forme


pronominale s'accorde, il le fait comme toujours avec son
objet, mais celui-ci se confond le plus souvent avec l'agent.

Confusion entre agent et objet


« Elles se sont assuré du pain » : qu(i)est-ce qui est
assuré ? du pain (ou plus précisément, "d'avoir du pain"),
objet de l'assurance, donc pas d'accord puisque le
complément étant placé en position normale après le
participe, il s'agit d'un passé composé, non d'une forme
passive. Le sens de la phrase est bien : « Elles ont assuré
à elles-mêmes d'avoir du pain ».

Identifier quel est l'objet de l'action peut comporter des


pièges formels. Dans le cas d'une forme pronominale, en
effet, le sujet est répété par un pronom qui se confond
formellement avec un complément d'objet. Une erreur
courante dans une phrase comme celle-ci est de limiter la
question discriminatoire à « On assure qui? », dont la
réponse, parce que le verbe est sous une forme
pronominale, sera en réalité le sujet (se, mis pour elles, donc
« Elles sont assurées » - bonne réponse, mais mauvaise
question). De même, dans « Pierre et Marie se sont serré la
main » la question « qu’est-ce qui est serré ? » amène
correctement l'objet "la main", mais la question « qui est-ce
qui s’est serré ? » amène conflictuellement la réponse "Pierre
et Marie"[4].

Il faut bien rechercher quel est l'objet réel de l'action, non ce


qui ressemble formellement à un complément d'objet
direct : ici, l'identification de l'objet passerait par la question
« qu(i)est-ce qui est assuré » dont la réponse est bien « du
pain » (ou plus précisément, "d'avoir du pain").

Verbes intransitifs et transitifs indirects

Ils se
On pe
forme
On pe
"*être
Comme souligné en introduction, le participe passé
s'accorde quand il peut qualifier son objet (forme épithète
ou attribut), donc (notamment) lorsqu'il correspond à un
verbe transitif direct. Le participe passé ne s'accorde pas, y
compris dans les formes pronominales, quand il ne peut
pas qualifier son objet.

Le verbe s'entre-nuire, essentiellement pronominal,


possède ainsi un participe passé invariable. Il est facile
de comprendre pourquoi ; on nuit à quelqu'un, le pronom
dit « réfléchi » a donc la nature d'un COI, auquel cas le
participe passé reste invariable : personne ne peut être
qualifié de "entre-nuit".
Ils se sont entre-nui.
Noter que si le participe passé des verbes transitifs
directs peut toujours qualifier son objet, la réciproque
n'est pas nécessairement fausse, et la fonction de
qualificatif peut exceptionnellement rester possible
même pour des verbes transitifs indirect : le cas de "obéir"
a été signalé précédemment ; c'est également le cas ici
du verbe essentiellement pronominal "se marier (à
quelqu'un)", qui bien que transitif indirect, peut qualifier
son objet (une femme mariée).

Cependant, la forme pronominale peut toujours s'employer


aux temps composés, et ce temps se conjugue alors avec
l'auxiliaire "Être" :
« Ils se sont plu dès leur première rencontre »
"Plaire" n'est pas transitif direct, on ne peut pas "* plaire
quelqu'un", mais "plaire à quelqu'un". Le verbe étant
intransitif, si « Marie plaît à Pierre » on ne peut pas dire
que Pierre y acquiert une caractéristique traduite par ce
participe passé (« Pierre est *plu(?) » - ce que traduirait
correctement une forme transitive comme « Pierre est
séduit (par Marie) »). Le sens est bien ici celui d'un passé
composé (« l'un a plu à l'autre et réciproquement »), non
celui d'un attribut.

En revanche, on retrouve un accord normal quand le verbe


est transitif direct et que le participe peut qualifier son
objet :

« Ils se sont séduits dès leur première rencontre » :


qu(i)est-ce qui est séduit ? « l'un et l'autre sont séduits (par
se=l'un par l'autre)», donc accord normal pour une forme
passive.

Cependant, sous forme pronominale, les deux verbes


peuvent théoriquement être coordonnées : « Ils se sont plu
et séduits dès la première rencontre » - forme disparate qui
heurte l’œil. De ce fait, l'accord (correct) du second cas tend
à entraîner un accord par analogie dans le premier cas.

On pourrait appliquer à ce cas le même traitement que pour


celui des verbes essentiellement pronominaux : après tout,
à partir du moment où l'action de « plaire » renvoie
clairement à un agent, et que "se plaire" étant intransitif il n'y
a pas d'objet possible autre que cet agent, la forme
pronominale peut ici se comprendre comme une sorte de
forme réfléchie ou réciproque, entraînant de fait l'accord par
rapport à l'agent-objet. C'est par exemple la position
défendue par Marc Wilmet[28].

« Mais, de manière générale, on s’en tiendra à la règle qui


permet d’écrire correctement, selon l’exemple fameux :
« Que d’hommes se sont craints (avec un s), déplu (sans s)
détestés (avec s), nui (sans s), haïs (avec s), succédé
(sans s). » Car ce n’est presque plus là matière
d’orthographe, mais déjà de syntaxe. Tous ces accords
sont commandés par le sens, donc peuvent être
clairement expliqués. Il s’agit d’apprendre à se poser une
question : et c’est un fort bon exercice pour la pensée. »
(M. Druon)[29]

Accord du participe passé dans les formes


pronominales
Verbes pronominaux de sens passif

Cette forteresse s'est construite en moins de deux ans.


Mais... par quel agent ?
Cette forteresse a été construite par Richard.
Dans le cas où la forme pronominale remplace une forme
passive, la règle est que le participe passé s'accorde avec le
sujet, alors objet de l'action :

« Cette règle s'est appliquée de tout temps. »


« Cette ville ne s'est pas construite en un jour. »

En pratique, il est difficile de se tromper sur cet accord.


Toutes les interprétations formelles, même erronées,
aboutissent en effet à l'accord convenable. On peut ainsi
penser que la présence de l'auxiliaire être implique l'accord
avec le sujet ; ou considérer que le pronom se, de sens
réfléchi, est COD du verbe. Comme il est placé avant le
verbe, il y aura là aussi accord.

Sur le fond, une telle forme pronominale relie une action


("construire") à l'objet de cette action ("cette ville"), mais ne
précise pas l'agent. Au contraire, contrairement à la forme
passive normale qui permet d'introduire un complément
d'agent, la forme pronominale a ceci de particulier qu'elle
verrouille cette question et rend impossible l'ajout d'un
agent, donc la place est déjà formellement prise par le
pronom "se". Comparer en effet :

« Cette ville a été construite rapidement par Saint Louis. »


« Cette ville s'est construite rapidement [* par ???]. »

Le sens est bien celui d'une forme passive, ce qui justifie


entièrement l'accord du participe, mais la forme
pronominale interdit toute question sur l'agent et impose de
considérer que l'agent est l'objet lui-même, même quand
une telle idée est évidemment absurde (une ville ne peut
pas construire une ville, encore moins se construire elle-
même).

C'est cette propriété qu'a la forme pronominale d'exclure un


complément d'agent qui explique que pour presque tous les
verbes essentiellement pronominaux, l'accord se fait avec le
sujet, considéré à la fois comme agent et objet.

Verbes essentiellement pronominaux

Forme essentiellement pronominale : « Ils se sont évanouis.» La forme est


pronominale, le sens est passif : « Ils sont évanouis », "Ils" sont objet de
l'évanouissement, mais aucun agent ne les *évanouit.

Les verbes « essentiellement pronominaux » sont ceux qui


ne peuvent prendre qu'une forme pronominale :
« Elles s'évanouissent » : l'action est de s'évanouir, l'agent
est Elles, par nature identique à l'objet.

Dans le cas des verbes essentiellement pronominaux, la


forme est pronominale, mais cette forme est figée et
n'implique rien sur d'éventuels compléments. Un verbe
essentiellement pronominal peut être intransitif, transitif
indirect ou transitif direct.

Quasi-totalité des verbes essentiellement pronominaux

Les verbes transitifs directs sont cependant exceptionnels


parmi les verbes pronominaux. Ceux-ci peuvent être, en
général :

Intransitif : s'ébattre, s'envoler, s'évader, se méprendre...


Transitif indirect : s'abstenir (de), s'adonner (à), s'efforcer
(de)...

Dans tous les cas, la forme pronominale qu'ils adoptent fait


que le participe passé peut (sauf exception) servir à
qualifier l'agent aussi bien que le participe présent, et ne
peut pas servir à qualifier autre chose. De ce fait, ils
s'accordent formellement comme si la forme pronominale
traduisait un sens passif, indépendamment du sens que cet
accord suppose, qui est souvent problématique :

« Elles se sont ébattues toute la journée, et se sont


abstenues de crier. »
Qu'est-ce qui est "ébattu" (normalement intransitif) ?
Conventionnellement, au-delà de tout débat oiseux, on
considère que l'objet de l'action "ébattre" peut être en fin
de comptes "Elles" (et on voit mal quel autre objet pourrait
prendre ce rôle), donc accord.
De même, qu'est-ce qui est "abstenu" (transitif indirect) ?
conventionnellement, on considère dans cette
construction que l'objet de l'action d'abstenir (elles
abstiennent qui?) ne peut être qu’'"elles-mêmes" (objet
direct), et que l'objet indirect ("s'abstenir de quelque
chose") s'y ajoute. Et même si l'analyse
morphosyntaxique détaillée de « elles se sont abstenues »
paraît hasardeuse, sémantiquement, il y a clairement une
action (ici, "l'abstention") dont est responsable un acteur
("elles") et qui s'applique à un objet direct ("elles-mêmes").

En pratique, la question discriminante de l'objet n'est pas


dans ce cas un impossible « *qu(i)est-ce qui est abstenu »,
mais celle de la forme pronominale « qu(i)est-ce qui s'est
abstenu », donc la réponse est "elles", à la fois agent et objet
de l'action.

En bref, à partir du moment où une forme pronominale


interdit de préciser un agent différent du sujet, dès lors que
le verbe n'est pas transitif direct, ce qui interdit de préciser
un objet, la forme pronominale impose ici formellement de
considérer que le sujet est à la fois agent et objet de l'action
- même quand cette idée peut paraître très artificielle à
l'analyse. Le sens étant indissociable du pronom réfléchi,
celui-ci doit être incorporé à la « question discriminante » :
« qu(i)est-ce qui s’est abstenu », laquelle renvoie clairement
sur un agent-objet de l'action.

Verbes pronominaux « subjectifs »

Le cas des verbes « essentiellement pronominaux »


s'applique aussi au cas des verbes pronominaux
« subjectifs » ou « autonomes » (souvent assimilés aux
verbes essentiellement pronominaux) : ce sont des verbes
dont la forme pronominale n'a pas le même sens que la
forme non pronominale, et pour lesquels par rapport à la
forme non pronominale, le pronom réfléchi ne peut
s'analyser ni comme complément d'objet direct ni comme
complément d'attribution.

Par exemple, les verbes "s’apercevoir" et "apercevoir" n'ont


pas le même sens, "apercevoir quelque chose" signifie
percevoir de ses yeux (et est transitif direct), tandis que
"s'apercevoir de quelque chose" signifie percevoir par son
esprit (et est transitif indirect). "S'apercevoir" clairement ne
signifie ni "apercevoir soi-même", ni "apercevoir pour soi" :
son pronom réfléchi est « inanalysable »[30].

Exemples de verbes accidentellement pronominaux qui


changent de sens sous forme pronominale :

Rappeler et se rappeler
Faire et se faire
Garder et se garder

Contrairement aux précédents, cependant, les verbes rire,


plaire, déplaire, complaire ne sont pas transitifs directs, et
leur forme pronominale est donc invariable (on ne peut pas
être ri - donc « elles se sont ri de nous » sans accord
possible)[30].

S'arroger

Bien que ce verbe soit essentiellement pronominal[31], il est


néanmoins transitif direct : on s'arroge quelque chose. Le
participe s'accorde donc dans les mêmes cas qu'un
participe non pronominal :

« La direction s'est arrogé des droits étendus » : pas


d'accord quand l'objet arrogé ("des droits étendus") est
donné derrière le participe.
« Les droits que la direction s'est arrogés lui permettent de
modifier à tout moment les horaires » : accord régulier
quand l'objet est donné avant le participe.

Les verbes "s'exclamer" et "s'écrier" pourraient également


être qualifiés de transitifs directs (on s'écrie quelque chose),
mais les choses que l'on s'écrie ne peuvent jamais être
qualifié de "choses écriées".

On écrit donc « Le voyant, nous nous sommes écriés "à


l'aide !" », où ce qui est qualifié de "écrié" est non pas ce qui
est proféré ("à l'aide !"), mais ceux qui profèrent la chose -
les écriants - considérés à travers la forme pronominale
comme à la fois objet et agent de l'action.

Verbes accidentellement pronominaux

La mise sous forme pronominale d'un verbe peut recouvrir


différents cas[30] :

Le verbe au départ n'est pas transitif direct.


Dans ce cas, comme signalé ci-dessus, son participe
passé ne peut pas servir à qualifier un objet, et reste
nécessairement invariable.
« Elles se sont ri de lui » : "rire" est intransitif, personne
ne peut "* être ri", donc pas d'accord.
« Elles se sont succédé sur trois générations » :
succéder à quelqu'un est transitif indirect, personne ne
peut "* être succédé", donc pas d'accord.
Le verbe est transitif direct, et l'objet sur lequel porte le
sujet est identique à l'agent.
Il s'agit donc d'une forme réfléchie ou réciproque. On
peut dire formellement que le COD est dans ce cas
placé avant le participe, ou plus en liaison avec le sens,
que la construction est une forme passive où le
pronom réfléchi qui remplace l'objet-sujet a une valeur
de complément d'agent. Quelle que soit l'interprétation,
l'accord est de rigueur dans ce cas.
« Ils se sont lavés » : "ils" (agent) ont "lavé" (action) "se =
eux-mêmes" (objet), donc "ils" (objet) sont "lavés"
(action) par "se = eux-mêmes" (complément d'agent).
Quelle que soit l'interprétation, l'accord est évidemment
de rigueur.
Dans cette forme, "se" est complément d'agent, et il est
pratiquement impossible de forcer l'ajout d'un tel
complément autrement que par un pléonasme : « Ils se
sont lavés par eux-mêmes ».
Cette forme est intransitive, l'ajout d'un objet direct
transforme le "se" réflexif en un "se" d'attribution :
« elles se battent » (l'une bat l'autre) / « elles se battent
quelque chose » (elles battent quelque chose pour
elles-mêmes).
La forme pronominale à sens passif s'apparente à ce
cas : dans une construction comme « les pommes se
sont bien vendues », la construction implique
(conventionnellement et contre toute évidence) que
l'agent est identique à l'objet.
Les verbes essentiellement pronominaux ou
pronominaux subjectifs qui n'acceptent pas d'objet
direct s'apparentent à ce cas. Le sujet y est
considéré comme à la fois objet et agent de l'action :
« Elles se sont suicidées ».
Le verbe est transitif direct, mais le pronom réfléchi
correspond à un complément d'attribution.
Dans ce cas, l'accord éventuel dépend de l'objet réel de
l'action, et se fait ou non régulièrement suivant que cet
objet est situé avant ou après le participe.
« Elles se sont servi un cognac » : "Le cognac" (objet) est
"servi" (action) par "elles" (agent) à elles : "se" est donc
ici mis pour "à elles" et n'est pas complément d'objet
direct, mais complément d'attribution. La construction
est ici celle du passé composé normal, sans accord
quand l'objet suit le participe.
« Ils se sont payé une bouteille et se la sont servie » : les
deux occurrences de "se" sont des compléments
d'attribution, et l'objet des deux actions décrites par les
participes est dans les deux cas "une bouteille". La
première proposition est en forme normale de passé
composé, le complément suivant le participe sans
accord. Le sujet dont parle la deuxième proposition est
la bouteille, et le pronom qui la représente est donc
avant le participe, qui s'accorde donc.
Un verbe pronominal qui accepte un objet direct
s'apparente à ce cas. Le sujet y est considéré comme
agent et attributaire d'une action qui porte sur un
objet distinct : « Elles se sont arrogé des droits
inacceptables ».
Cas particuliers et exceptions

Certains verbes transitifs direct peuvent être construits de


deux manières, il faut déterminer quelle est la forme
employée pour savoir si le pronom réfléchi est direct ou
indirect[30].

« Nous nous sommes assuré des vivres pour six mois » :


assurer quelque chose à quelqu'un, donc le pronom est
transitif indirect : pas d'accord.
« Nous nous sommes assurés de cette nouvelle » : assurer
quelqu'un de quelque chose, donc le pronom est transitif
direct : accord.

D'une manière générale, les cas particuliers de l'accord du


participe se transposent au cas des verbes pronominaux :

Si l'antécédent est "en", il n'y a pas d'accord[30].


« Des directives, ils s'en sont donné »
Ils se sont donné non pas toutes les directives, mais
quelque(s) chose(s) provenant des directives.
Le participe introduisant un terme second n'entraîne pas
(nécessairement) un accord[30].
« Elle s'est laissé murer dans ce tombeau »
Elle a laissé faire qu'on mure dans ce tombeau (par
quelqu'un d'autre), pas d'accord avec une proposition.
« Elles se sont fait avoir »
Qu(i)est-ce qu'elles ont fait ? la réponse est
problématique, mais une chose est sûre c'est qu'elles
n'ont pas fait "se" mis pour elles-mêmes, donc pas
d'accord.
« Elles se sont laissé laver, puis se sont laissées
tomber »
Dans le premier cas, on peut ajouter un complément
d'agent (elles se sont laissé laver par leur mère), l'accord
est impossible. Dans le deuxième cas, ce sont "elles"
qui tombent, et dans la mesure où on peut dire qu'elles
sont "laissées tomber" l'accord est possible (quoique
l'alternative soit correcte)
Le participe suivi d'un attribut du pronom s'accorde en
revanche normalement[30].
« Elle s'est rendue intéressante » : Elle a rendu elle-
même intéressante.
Cependant, comme toujours, l'accord paraît beaucoup
plus douteux après des verbes semi-auxiliaires, comme
devoir, pouvoir, vouloir, etc., et avec les participes
marquant l'opinion ou la déclaration.
« Elle s'est cru morte » : Elle ne s'est pas crue elle-
même, mais a cru qu'elle était morte.

Notes et références
Notes

1. Amour est féminin au XVIe siècle.


2. Remarques sur la langue française , 1647, p. 176, sur
Gallica.
3. Remarques sur la langue française , 1647, p. 492-493, sur
Gallica.

Références

1. Cf Grevisse, Le bon usage, §886 et suivants : Le participe.


2. Cf Grevisse, Le bon usage, §889 et suivants : Le participe
passé.
3. Cf Grevisse, Le bon usage, §907 et suivants : Accord du
participe passé employé avec l'auxiliaire avoir.
4. Marc Wilmet, À l’école du participe passé en ligne ,
Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature
françaises de Belgique, 2015. Disponible sur :
<http://www.arllfb.be >.
5. D'après Marie-José Beguelin, Faut-il simplifier les règles
daccord du participe passé? , Travaux neuchâtelois de
linguistique, 2002, 37.
6. Lucien Foulet, Petite Syntaxe de l'ancien français, Librairie
Honoré Champion, 1963, p. 100-105.
7. Irina Henry, La langue française en danger ?, L'Epure, 1999,
p. 28.
8. Georges Gougenheim, Grammaire de la langue française
du seizième siècle, Picard, coll. « Connaissance des
langues », 1974, p. 251-252.
9. Obry, p. 166
10. Obry, p. 154
11. Gabriel Spillebout, Grammaire de la langue du XVIIe siècle,
Picard, 1985, p. 398-400.
12. Remarques sur la langue française , Claude Favre de
Vaugelas, p. 140.
13. Gabriel Spillebout, Grammaire de la langue du XVIIe siècle,
p. 401.
14. « Le français aujourd’hui » , Académie française.
15. La grammaire de l'académie française , présentation en
Séance publique annuelle des Cinq Académies le samedi 25
octobre 1930.
16. « Grammaire officielle (Existe-t-il une... ?) » .
17. Brunot (Ferdinand), doyen de l'académie des inscriptions
et belles lettres : Observations sur la Grammaire de
l'Académie Française , 1932.
18. L'offensive contre la grammaire de l'académie vue de
New York , M.R.Deville, 1933.
19. Arrêté du 26 février 1901 , Tolérances grammaticales ou
orthographiques.
20. Dictionnaire des difficultés de la langue française,
Larousse 1971, article participe passé.
21. Académie française
22. Cf Grevisse, Le bon usage, §904 et suivants : Accord du
participe passé employé sans auxiliaire ou avec l'auxiliaire
être.
23. Grevisse, Le bon usage, §910.
24. Le Bescherelle 3, (édition Hatier 1984,
(ISBN 978-2-218-05891-2), p. 275)
25. Nouvelle Grammaire Française sur un plan très
méthodique , Noël et Chapsal, 1843.
26. Bled, cours supérieur, édition 1998,
(ISBN 978-2-01-125146-6), p. 136
27. Cf Grevisse, Le bon usage, §914 : Le participe passé suivi
d'un attribut d'objet direct.
28. Marc Wilmet, L’accord du participe passé Projet de
réforme , in Penser l'orthographe de demain, conseil
international de la langue française, 2009.
29. Les rectifications de l'orthographe , conseil supérieur de
la langue française.
30. Cf Grevisse, Le bon usage, §916 et suivants : Accord du
participe passé des verbes pronominaux.
31. Adolphe V. Thomas, Dictionnaire des difficultés de la
langue française, éditions Larousse, 2001, article "s'arroger"

Bibliographie

J.-B. F. Obry, Étude historique et philologique sur le


participe passé français et sur ses verbes auxiliaires, vol. 8,
Académie des Sciences, des Lettres et des Arts d'Amiens,
coll. « Mémoires de l'Académie des Sciences, des Lettres
et des Arts d'Amiens », 1850 (lire en ligne )
Nouvelle grammaire française: sur un plan très-
méthodique , François Noel, Charles Pierre Chapsal,
1854.
GREVISSE (Maurice), Savoir accorder le participe passé,
DeBoeck-Duculot, collection « entre guillemets »,
Bruxelles, 5e édition, 3e tirage, 1996-2003, 98 pages,
(ISBN 2-8011-1352-2).
WILMET (Marc), Le Participe passé autrement — Protocole
d'accord, exercices et corrigés, Duculot, collection « entre
guillemets », Paris — Bruxelles, 1999, 122 pages,
(ISBN 2-8011-1256-9). Le pont aux ânes de la grammaire
scolaire et des ouvrages normatifs rebâti de manière
originale. Le lecteur se sent plus intelligent parce que
l'auteur, sur une délicate question, le fait pleinement
accéder à l'intelligence de la langue... en lui donnant une
méthode simple de résolution des problèmes d'accord
qui est directement à l'origine de la page sur l'accord du
participe passé en cinq minutes.
Bled, cours supérieur, édition 1998,
(ISBN 978-2-01-125146-6)
Le Bescherelle 3, édition Hatier 1984,
(ISBN 978-2-218-05891-2)

Articles :

Luce Petitjean, « Un vieux casse-tête : l'accord du


participe passé », Mots, 1991, vol. 28, no  28. [lire en
ligne ]
Monique Audibert-Gibier, « Étude de l'accord du participe
passé sur des corpus de français parlé », Langage et
société, 1992, vol. 61, no  61. [lire en ligne ]
L'orthographe n'est pas soluble dans les études
supérieures , F Daniellou, Octares éditions, février 2012.
L’accord du participe passé en français contemporain :
étude en vue d’une réforme . Ayça Dursen, septembre
2011.
L'accord du participe passé en une seule règle , Charles-
Henri Audet, 1996, in La structuration conceptuelle du
langage. Édité par Pierre Larrivée, Bibliothèque des
Cahiers de l’Institut de Linguistique de Louvain (BCILL).
Peeters, Bondgenotenlaan 153, B-3000 Leuven.

Voir aussi

Articles connexes

Participe
Réforme de l'orthographe française.
Rectifications orthographiques du français en 1990 du
Conseil supérieur de la langue française.
Arrêté du 28 décembre 1976
Accord du verbe avec le sujet en français

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