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Tsipras et Zaev, prix Nobel de la Paix, ou la version

balkanique de « Ubu Roi »


Le 7 février 2019, par Emmanuel Kosadinos

Après la ratification de l’accord de Prespa par le Parlement grec, la « Macédoine du Nord » a signé un
protocole d’adhésion à l’OTAN. Un consensus, de Donald Trump à la «Gauche» euro-atlantiste, se félicite de
cette évolution, certain-e-s allant jusqu’à proposer la candidature des Zaev – Tsipras pour le prix Nobel de la
Paix. Alors que cet accord n’est que préambule d’escalade militaire régionale.

« Si vis belli, pacem loquitur »

Cette paraphrase a été concoctée pour condenser la situation paradoxale


autour de l'accord dit «de Prespa» récemment signé entre Alexis Tsipras
et Zoran Zaev, respectivement Premiers Ministres de la Grèce et de la
«Macèdoine du Nord», appellation accordée au second pays par
l'accord. Présenté dans le monde occidental par la quasi-totalité des
gouvernements et médias «de Droite comme de Gauche» comme une
avancée pour la stabilité et la paix dans les Balkans, cet accord n'a
d'autre visée que l'intégration de la «Macédoine du Nord» dans
l'OTAN et le déploiement à terme dans la péninsule balkanique de
dispositifs militaires, défensifs et offensifs, ciblant les adversaires
stratégiques des États-Unis en Eurasie et au Moyen Orient. Sa
présentation donc sous les aspects du pacifisme est une farce, du genre
auquel les propagandes gouvernementales nous ont depuis longtemps
habitués, notamment à l'ère du néolibéralisme et de la médiacratie.

Tsipras, l'enfant-roi

La farce ubuesque se prolonge par la candidature conjointe des sieurs Tsipras et Zaev (respectivement
premiers ministres de la Grèce et de la « Macédoine du Nord ») présentée, par les médias grecs de
propagande, fidèles au gouvernement ou manipulés, comme soutenue par des groupes (Socialistes et
Démocrates, Verts, GUE/NGL) du Parlement Européen. Il est impossible de vérifier sur internet la réalité de
ce soutien, mentionné par aucune source officielle ou crédible.

Il est donc du devoir de ces groupes parlementaires, et particulièrement de la GUE/NGL, et des partis qui la
composent, de confirmer ou démentir cette information colportée par les médias proches de SYRIZA.

Les « soutiens illustres » de Tsipras (et de Zaev accessoirement)

Il est toutefois certain que cette candidature, étrange et provocante, tente de mobiliser celles ou ceux qui de
près ou de loin soutiennent les visées impérialistes des Etats-Unis et de leurs alliés européens et de rallier
aussi ces autres qui font l’impasse sur la nécessité de la lutte contre l’impérialisme, comme condition pour la
mise en place de changements progressistes et socialement justes.

Les rapports « cordiaux » de Gabi Zimmer, présidente de la « Gauche Unitaire européenne – GUE » et
membre du parti allemand « Die Linke » (« La Gauche ») avec ses homologues et compatriotes Udo
Bullmann et Ska Keller, chefs respectivement des groupes S&D et Verts, sont largement connus et annoncent
la tentative de mise en place au niveau européen de ce qui a déjà lieu dans des « landers » allemands : un
partage du gâteau du pouvoir sans remise en question de l’austérité néolibérale.

C’est bien ce trio, représentatif d'une « Europe dans un seul pays » que la presse de propagande de SYRIZA
présente comme soutenant l’autre « duo d’enfer », balkanique celui-là : Tsipras et Zaev, deux social-libéraux
sans scrupules, capables, chacun à sa manière, de toutes les intrigues politiques pour asseoir leur pouvoir sur
leurs peuples.

D’autres soutiens, vérifiés ceux-là, s'expriment depuis outre-Atlantique en faveur de la candidature comique
des deux « colombes balkaniques » de l’OTAN : le sénateur Chris Murphy, le magazine « Foreign Policy »
(du groupe qui détenait anciennement le Washington Post), le financier multi-milliardaire George Soros, etc.

Mais non, la double candidature, ce n’est pas un « fake ». Elle a été annoncée et soutenue publiquement par
Wided Bouchamaoui, ancien membre (au titre du syndicat UTICA des patrons tunisiens) du « quartet pour
le dialogue en Tunisie », qui a reçu le prix Nobel pour la Paix en 2015. Cette ancienne patronne de la société
Hédi Bouchamaoui & Sons, spécialisée dans le pétrole, le BTP et le textile (branches d’activité où le
capitalisme grec est particulièrement présent, notamment dans le cadre d’exportations et d'autres activités en
Méditerranée), a été invitée par Tsipras dans son « Palais du premier ministre » pour adouber sa candidature,
ce qu’elle a fait. Son homologue de la MdN, pâle de jalousie mais de joie aussi, a accepté le « cadeau grec »
sans faire la fine bouche.

Il faut bien souligner que le prix Nobel de la Paix de 2015 appartient au « quartet pour le dialogue en
Tunisie » et pas personnellement à Mme Bouchamaoui. Il ne devrait donc pas servir de façade à des
spéculations, politiques ou autres, étrangères à l’intérêt du peuple tunisien. Nous restons en attente des
réactions des autres membres du quartet. Je ne suis pas spécialement étonné de constater que la presse de
propagande de SYRIZA fait le silence sur tous ces aspects et se limite à glorifier le chef et ces « illustres
soutiens »

Ils ont signé l'accord pour défendre leurs intérêts partisans,


en obéissant au patron d'outre-Atlantique

La falsification idéologique

Mais les paradoxes ne s'arrêtent pas là. L'un des signataires de l'accord, la Grèce, est actuellement gouvernée
par un parti qui se dit «de Gauche radicale» mais qui est en réalité le promoteur de politiques néolibérales
antisociales et le plus fidèle serviteur des États-Unis dans sa région géopolitique et en Europe.

La question dite «macédonienne» fait partie de l'histoire des Balkans depuis près d'un siècle et demi. Au
centre des rivalités nationalistes des pays balkaniques, elle a été abordée aussi sous l'angle internationaliste
dès l'émergence du mouvement ouvrier révolutionnaire, puis communiste dans la région. Toutefois, la réalité
des frontières et des déplacements de populations, imposés à la suite de plusieurs guerres, et les spéculations
géopolitiques des grandes puissances ont privé les internationalistes d'objectifs politiques applicables à cette
question. Les positions des forces politiques à l'intérieur des pays impliqués ont été longtemps déterminées
par leur appartenance à la Gauche ou à la Droite.

De nos jours cette division ne donne pas immédiatement accès à une compréhension des positions des forces
politiques face à l'accord de Prespa, signé entre la Grèce et la «Macédoine du Nord». Des discours de types
différents sont utilisés pour défendre ou dénoncer l'accord de Prespa. Si, dans les deux pays, les
mobilisations contre l'accord ont été en très grande partie organisées par des forces nationalistes,
conservatrices ou réactionnaires, les Gauches radicales lui sont également critiques ou hostiles.

Aujourd’hui les discours politiques sur les rapports de la Grèce et de la « Macédoine du Nord » supportent
une seule lecture : celle des manœuvres géostratégiques des Etats-Unis, de l’OTAN et de leurs alliés dans la
perspective d’une future confrontation avec la Russie, l’Iran et la Chine, dont la péninsule des Balkans et la
Méditerranée orientale risqueraient de devenir le théâtre aux prix de souffrances incommensurables de leurs
populations. Sous cet angle, l'accord de Prespa est une étape de l’escalade militariste qui se met en route et il
doit être dénoncé par toutes les forces progressistes, pacifistes et internationalistes.
Lire aussi :

 Après l'accord de Prespa : réflexions sur la question dite «macédonienne»


(https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/250119/apres-laccord-de-prespa-
reflexions-sur- la-question-dite-macedonienne ) disponible aussi à :
https://fr.scribd.com/document/399112114/Apres- l-accord-de-Prespa-reflexions-sur-la-
question-dite-macedonienne
 Olivier Delorme, La Grèce et les Balkans, du 5e siècle à nos jours, tomes 1-3, Gallimard,
Paris 2013 Political platform of Levica (https://levica.mk/english )Histoire de la république
de Macédoine (https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_république_de_Macédoine)
 « La Question du nom de l’ARYM » – ancienne République yougoslave de Macédoine –
Article du site du ministère grec des Affaires Etrangères (https://www.mfa.gr/fr/la-question-
du-nom-de-larym ) sauvegardé sur le site : https://fr.scribd.com/document/398644565/La-
Question-Du-Nom-de-l- Ancienne-Republique-Yougoslave-de-Macedoine-Ministere-Grec-
Des-Affaires-Etrangeres Convention-cadre pour la protection des minorités nationales
https://rm.coe.int/16800c10d0%20adoption%20signature%20ratifications
 Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe: Dialogue postsuivi avec l’ex-République
yougoslave de Macédoine (http://website-pace.net/documents/19887/4268449/AS-MON-2018-
13- FR.pdf/5e27dbc7-c990-4c47-9651-ccd377a6b288)
 Grèce, la fin de l’alliance SYRIZA avec les «Grecs indépendants – ANEL»
(http://alencontre.org/europe/grece/grece-la-fin-de-lalliance-syriza-avec-les-grecs-
independants- anel.html)
 Grèce-Turquie, des manœuvres militaires au nom de prétendus «droits de la nation»
(http://alencontre.org/europe/grece/grece-turquie-des-manoeuvres-militaires-au-nom-de-
pretendus- droits-de-la-nation.html)
 Grèce: «Faire front contre l’aventurisme militaire pour du pétrole»
(http://alencontre.org/europe/grece/grece-faire-front-contre-laventurisme-militaire-
pour-du- petrole.html)

Publication initiale : https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/070219/tsipras-et-zaev-prix-


nobel-de-la- paix-ou-la-version-balkanique-de-ubu-roi