Vous êtes sur la page 1sur 16

CHAPITRE 12

Érosion et conservation des sols

CHAPITRE 12 Érosion et conservation des sols 12.1 INTRODUCTION La fonte rapide des neiges et les

12.1 INTRODUCTION

La fonte rapide des neiges et les pluies diluviennes provoquent parfois des phénomènes spec- taculaires d’érosion tels que l’apparition des ravins, le sectionnement d’une route ou l’affouil- lement d’un pont ou d’un ponceau. Généralement, les phénomènes d’érosion par l’eau sont réguliers et presque imperceptibles, mais leur action n’est pas moins dévastatrice à la longue que les quelques phénomènes spectaculaires que nous avons pu observer.

Il importe d’identifier deux principaux types d’érosion, l’érosion géologique et l’érosion accé- lérée. L’érosion géologique est le processus normal de dégradation de la roche mère, de forma- tion des sols, de leur destruction sous les conditions environnantes, tant climatiques que biolo- giques. Par ses activités et son intervention, l’homme accélère le processus de détérioration des sols. On dit alors qu’il provoque une érosion accélérée qui s’additionne à l’érosion géolo- gique. Dans l’usage courant, le terme érosion fait généralement référence à cette érosion pro- voquée par l’homme qui est beaucoup plus importante que l’érosion géologique et qui dété- riore le milieu. C’est de cette érosion accélérée dont nous traiterons sous les aspects des processus, des effets, des mécanismes qui la provoquent, des facteurs qui l’influencent et des mesures qui permettent de la contrôler.

12.2 PROCESSUS ET EFFETS DE LÉROSION

12.2.1 Le processus

L’érosion est un processus selon lequel les particules de sol sont arrachées deleur milieu, trans- portées par un agent de transport (l’eau, l’air) et déposées en un autre milieu. Ce processus peut s’écrire:

ÉROSION = ARRACHEMENT TRANSPORT SÉDIMENTATION

172

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

L’érosion se produit lorsque les forces d’arrachement en présence sur les particules de sol sont plus grandes que leurs forces de résistance. Le phénomène est d’autant plus important que le déséquilibre est grand. La déposition survient lorsque les forces de transport sont plus faibles que le poids des particules.

12.2.2 Les effets

Les effets de l’érosion se font sentir sur le milieu d’origine comme sur celui où se déposent les particules de sol. Ces effets sont d’ordres physique et chimique. Au niveau du milieu d’ori- gine, le plus grand effet de l’érosion est la perte de sol. Ces pertes sont d’autant plus néfastes qu’elles sont plus grandes que le taux de formation de la couche arable. Ce sol perd graduelle- ment son potentiel de production et la culture devient impossible après un laps de temps plus ou moins long.

Ce sol enlevé devient à un moment ou l’autre des sédiments qui envasent les cours d’eau et les réservoirs. Ils amènent des nettoyages plus fréquents et nécessairement des coûts supplémen- taires. Lors de l’utilisation de l’eau d’un cours d’eau comme source d’alimentation, la pré- sence de sédiments oblige une plus grande filtration et des coûts additionnels.

Au niveau chimique, la perte d’éléments nutritifs (azote, potassium et phosphore) représente une valeur économique importante. Les nitrates sont facilement emportés car ils sont très solu- bles. Quant aux phosphates, ils sont surtout liés aux sédiments. Connaissant le prix des engrais chimiques, ces pertes peuvent être évaluées pour le Québec et la valeur de ces pertes monétai- res pourrait surprendre.

Ces éléments nutritifs sont une cause principale de pollution en diminuant la qualité de l’eau. La présence de phosphates stimule la croissance des algues. Certains herbicides ou insectici- des délavés peuvent atteindre des niveaux de toxicité élevés pour les utilisateurs éventuels.

12.3 MÉCANISMES PROVOQUANT L’ÉROSION

Les mécanismes provoquant l’érosion sont liés à l’énergie de la pluie ou à l’énergie de l’écou- lement de l’eau.

12.3.1 L’impact des gouttes de pluie

La goutte de pluie qui arrive au sol entre en collision avec les agrégats du sol (figure ) et forme un cratère. L’énergie de cette goutte de pluie est absorbée par la projection de ces agrégats, par la déformation ou le bris de ceux--ci (cas le plus fréquent), ou par les deux en même temps. Les projections des particules de sol sont les éclaboussures, phénomène facilement visible après une pluie au bas des murs ou sur la partie inférieure des tiges et des feuilles des plantes.

MÉCANISMES PROVOQUANT L’ÉROSION

MÉCANISMES PROVOQUANT L’ÉROSION 0 sec 1 1400 s e c 1 700 1 400 1 150

0 sec

1

1400 sec

1

700

1

400

1

150

sec

sec

sec

70 1 sec

173

Figure 12.1 Les étapes de la création d’un cratère lors de l’impact d’une goutte de pluie su le sol (Mihara, 1952).

La force d’impact d’une goutte d’eau est égale à sa décélération multipliée par sa masse. Son énergie est proportionnelle à sa masse et à sa vitesse au carré. En chute libre, la vitesse de cette goutte d’eau est d’autant plus grande qu’elle est grosse. Les gouttes de pluie possèdent une distribution de grosseur qui dépend de l’intensité de la pluie (I). L’énergie d’une pluie (E) a été évaluée par Wischmeier et Smith (1958) :

E = 0, 1190 + 0, 0379 ln i

[12.1]

E = énergie cinétique ( MJ ha --1 mm --1 )

i = intensité de la pluie (mm h --1 )

Les particules de sol pulvérisées entrent facilement en suspension dans la lame d’eau à la sur- face du sol et elles ont deux choix :

si l’eau s’infiltre, elles seront déposées et formeront une croûte (phénomène de bat- tance) qui deviendra peu perméable lors de la prochaine précipitation.

si l’eau ruisselle, elles seront, pour un grand nombre, emportées par l’eau et le proces- sus dynamique d’érosion est amorcé.

Édition 2015

174

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

12.3.2 La force d’arrachement de l’écoulement

L’eau qui coule sur une surface exerce une force de traction qui essaie d’arracher les particules de sol se trouvant sur son chemin. Cette force est proportionnelle au gradient de vitesse de l’écoulement au contact de la surface:

T= V x

T = force de traction

V

x

= gradient de vitesse

µ = viscosité

[12.2]

L’augmentation de la quantité de sédiments accroît la viscosité de l’eau et nécessairement cette force de traction. En un sens, l’érosion est génératrice d’érosion. Le gradient de vitesse pour un écoulement uniforme est généralement proportionnel à la vitesse d’écoulement. Cette vitesse d’écoulement est influencée par la pente du sol, l’épaisseur de la lame d’eau et la rugosité de la surface. L’équation de Manning montre bien l’importance de chacun des termes.

EV = 1

n

Rh 2 3 S 1 2

[12.3]

V

= vitesse d’écoulement (m s --1 )

n

Rh = rayon hydraulique de la lame d’eau ou du canal en fonction de la profondeur d’écoulement ”y”

S = pente hydraulique (m m --1 )

= coefficient de rugosité

12.3.3 Le transport

Les particules arrachées peuvent être transportées de trois manières par l’écoulement :

a) en suspension : l’écoulement ou l’impact des gouttes de pluie sur la lame d’eau provo- que une turbulence qui maintient les particules fines en suspension. Ces particules fines sont alors transportées sur de grandes distances.

b) par roulement : lorsque l’écoulement devient important, il peut arracher de plus grosses particules mais ne peut les mettre en suspension. La force de l’écoule- ment les roule sur le fond.

c) par saltation : lorsque les particules sont de grosseur moyenne, elles peuvent se dépla- cer par sauts successifs (saltation). Ce phénomène est surtout important avec le vent.

12.3.4 La déposition

Lorsque pour une raison ou une autre, la vitesse de l’écoulement diminue, le poids des particu- les devient plus important que les forces de turbulence ou de roulement et les particules se déposent. Les plus grosses se déposent en premier et les plus petites par la suite.

TYPES D’ÉROSION

175

12.4 TYPES D’ÉROSION

12.4.1 L’érosion par l’impact des gouttes de pluie

Le processus de l’impact des gouttes de pluie a été décrit dans la section 12.3.1. En général, c’est l’une des formes d’érosion les plus importantes en termes de dégradation du sol. Selon Schwab et al. (1966), le sol éclaboussé est de 50 à 90 fois plus important que le sol emporté par l’écoulement. L’impact des gouttes de pluie peut projeter une particule de sol à plus de 1.5 m de son point d’origine.

12.4.2 L’érosion en nappe (sheet erosion)

L’eau qui ruisselle en une mince lame à la surface du sol arrache les particules de sol comme une mince couche uniforme (une nappe) et les entraîne. C’est un concept plutôt idéalisé car l’eau se concentre rapidement dans les micros dépressions pour provoquer l’érosion en rigoles.

12.4.3 L’érosion en rigoles

Les micros dépressions du terrain causées par les raies de labour et les sillons plus ou moins creusés par le semoir ou le planteur provoquent rapidement la concentration de l’eau qui ruis- selle. Cette concentration de l’écoulement augmente le débit, la vitesse d’écoulement et les forces d’arrachement. Avec l’arrachement du sol, ces micros dépressions s’accentuent pour former des rigoles. L’érosion en rigoles est considérée tant que les rigoles creusées peuvent être réparées par les opérations normales de travail du sol.

12.4.4 Le ravinement

Par la suite, l’eau des rigoles se concentre avec leurs sédiments dans de plus grandes dépres- sions topographiques ou les talwegs du terrain. Avec les grandes vitesses d’écoulement, les masses d’eau importantes et la faible résistance du sol, le sol peut être profondément entaillé. Le processus survient généralement comme ceci:

1. une modification dans l’environnement (changement des cultures, modifications des aménagements) et des pluies importantes occasionnent des débits et des vitesses plus grands que normalement. Alors, la végétation et le sol de l’horizon de surface sont graduellement arrachés. Le phénomène de ravinement vient de s’amorcer;

2. les horizons inférieurs étant en général de résistance plus faible que celui de surface, le phénomène s’accélère à un rythme considérable. En général, le processus s’amorce en un point où la pente change pour s’accroître;

3. après un certain temps, le ravin atteint un nouvel équilibre, se stabilise et la végétation s’y installe pour le consolider. Mais les dégâts sont faits.

Édition 2015

176

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

12.4.5 L’érosion dans les cours d’eau

Dans les cours d’eau, l’érosion est de deux types. Le premier est causé par les grandes vitesses d’écoulement qui arrachent le matériel de faible résistance sur le lit du cours d’eau. Le deuxième est dû à l’instabilité mécanique des talus qui s’effondrent dans le lit et dont le maté- riel est emporté. Ces processus sont décrits au chapitre 4.

12.4.6 Une classification réaliste et pratique

L’érosion en nappe ne se produit presque jamais. Localement l’érosion provoquée par l’impact des gouttes de pluie est beaucoup plus importante que celle provoquée par la vitesse du film d’eau. À la surface du sol, les vitesses de chute des gouttes d’eau (6 à 10 m/s) sont générale- ment beaucoup plus grandes que celles de l’écoulement de la lame d’eau (0,3 à 0,5 m/s) (Schwab et al, 1966). À cause des micros dépressions, l’écoulement cherche à se concentrer si bien que l’érosion par rigoles apparaît rapidement. Au niveau de la parcelle, ces trois formes d’érosion (si nous acceptons le concept d’érosion en nappes) sont très liées et très difficiles à séparer. Pour cette raison, la classification suivante est proposée :

l’érosion de surface (ou au champs) qui inclut l’érosion par les gouttes de pluie et par rigoles et le concept théorique d’érosion en nappe;

le ravinement;

l’érosion dans les cours d’eau.

12.5 FACTEURS INFLUENÇANT L’ÉROSION HYDRIQUE

12.5.1 La nature du sol

Le facteur sol le plus important est la résistance (stabilité) des agrégats à l’impact des gouttes de pluie. Cette résistance ou cette stabilité est influencée positivement par la présence d’agents liants tels que les argiles, la matière organique et le calcium. Ainsi, les sols de texture limo- neuse sont généralement plus sensibles que les sols argileux à cause de leur faible stabilité structurale. Au niveau de la stabilité des agrégats, la matière organique est un des facteurs les plus importants. La grosseur des agrégats ou des particules de sol joue un rôle primordial. Plus ils sont gros, plus ils sont difficiles à briser et plus ils sont difficiles à transporter.

La porosité du sol influence indirectement le potentiel d’érosion des sols. Une plus grande porosité favorise une plus grande infiltration et un volume de ruissellement moindre, ce qui diminue les possibilités d’érosion. Lorsque le sol possède une plus grande capacité de stoc- kage de la pluie, cela diminue le volume de ruissellement et l’érosion. Cette capacité est favori- sée par une plus grande épaisseur de la couche arable, une teneur en eau faible avant la précipi- tation et la capacité intrinsèque de stockage du sol.

FACTEURS INFLUENÇANT L’ÉROSION HYDRIQUE

177

12.5.2 Le couvert végétal

Sur un sol nu, ce sont les particules de sol qui absorbent directement l’énergie des gouttes de pluie. Par contre, un couvert végétal peut absorber une partie importante de l’énergie de la pluie.

TYPE D’ÉCOULEMENT Faible Intermédiaire Élevé Début de la submersion Submergé à 30% Submersion totale
TYPE D’ÉCOULEMENT
Faible
Intermédiaire
Élevé
Début de la submersion
Submergé à 30%
Submersion
totale
Coefficient de rugosité ”n”

Épaisseur de la lame d’eau (pi)

Figure 12.2 Rugosité d’un canal enherbé (”bermuda grass” de longueur moyenne) possé- dant une pente de 5% (adapté de Ree, 1949).

Face à l’écoulement, la présence de végétation augmente considérablement le facteur de fric- tion de Manning. Tant que la végétation n’est pas submergée, le facteur de friction peut facile- ment être augmenté de dix (10) fois par rapport au sol nu (figure 12.2). Sous un autre aspect, le système radiculaire enlace considérablement les agrégats et accroît considérablement leur résistance à l’arrachement. De plus, les racines sont un excellent apport de matière organique pour le sol, ce qui augmente la porosité du sol, augmente l’infiltration et diminue le ruisselle- ment.

La végétation possède un taux d’évapotranspiration supérieur à celui d’un sol nu, ce qui contri- bue à diminuer les réserves en eau du sol et augmente sa capacité de stockage pour la pluie suivante. Le ruissellement potentiel et l’érosion seront alors moindres.

Face à l’érosion, la végétation joue plusieurs rôles : elle absorbe l’énergie de la pluie, protège le sol et influence positivement les propriétés physiques du sol.

12.5.3 Les facteurs climatiques

Nous avons présenté précédemment le rôle important que jouent l’intensité de la pluie et son énergie sur l’érosion. Le volume de précipitation joue un rôle similaire. En général, un plus grand volume de précipitation provoque un plus grand volume de ruissellement et nécessaire- ment une plus grande érosion.

Édition 2015

178

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

En climat sec ou chaud, où l’évapotranspiration est plus grande que les précipitations, le sol possède un plus grand déficit, ce qui augmente sa capacité d’absorber une précipitation et diminue le ruissellement et l’érosion. Pour deux précipitations identiques, les conditions météorologiques antérieures jouent un rôle important sur leur potentiel respectif d’érosion. Une longue période sans pluie augmente les capacités de stockage du sol et d’absorption de la précipitation et diminue le ruissellement et l’érosion. Tous les facteurs qui influencent positi- vement l’évapotranspiration contribuent à diminuer le potentiel d’érosion. Une mauvaise répartition des précipitations provoquent une concentration de celles--ci qui augmentent le volume de ruissellement et le potentiel d’érosion.

12.5.4 Les facteurs topographiques

La pente du terrain est le facteur topographique le plus important. L’influence première de la pente est l’augmentation des vitesses d’écoulement comme le montre l’équation de Manning (Eq. 12.3). Sur des pentes plus grandes, l’infiltration est plus faible et le volume de ruisselle- ment augmente. La longueur de la pente joue un rôle similaire. Elle augmente le volume de ruissellement et ainsi l’érosion.

Les micros dépressions du terrain provoquent une concentration de l’écoulement qui aug- mente le potentiel érosif par rapport à un même volume de ruissellement coulant selon une lame uniforme. Par contre, les dépressions fermées limitent les effets de l’érosion en permet- tant aux sédiments en suspension de se déposer au lieu de poursuivre leur chemin.

12.6 MOYENS DE CONTRÔLE OU DE CONSERVATION

Sous notre climat humide où les précipitations sont plus importantes que l’évapotranspiration, nous ne pouvons empêcher le ruissellement et l’érosion de se produire. Tout ce que nous pou- vons faire est de minimiser cette érosion à un niveau acceptable par des mesures de conserva- tion (pour conserver le sol). Ce niveau acceptable peut être défini selon deux aproches, soit :

1. d’une façon physique où les moyens de conservation amènent une érosion du sol plus faible que le taux de formation des sols;

2. d’une façon économique où les coûts des moyens de conservation sont compensés par la diminution des coûts des dégâts, l’économie des engrais et la valeur du main- tien du niveau de productivité.

Quant à l’agriculteur, il doit envisager les mesures de conservation non comme un coût, mais comme moyen d’augmenter ses revenus en diminuant sa facture d’engrais et en empêchant ses rendements de diminuer par le maintien du potentiel de productivité de ses champs.

12.6.1 Les principes de conservation

Pour minimiser l’érosion, l’homme ne peut intervenir que sur les facteurs affectant les condi- tions de surface (sol et végétation) et à un degré moindre sur les facteurs topographiques. Il ne peut intervenir (pour le moment) sur les facteurs climatiques.

MOYENS DE CONTRÔLE OU DE CONSERVATION

179

Comme l’érosion est générée par l’impact des gouttes de pluie et l’écoulement de l’eau qui ruisselle, nous devons, si nous voulons la minimiser, intervenir sur ces deux causes. Pour avoir une action efficace, l’analyse des facteurs influençant l’érosion montre que les moyens d’in- tervention doivent favoriser un des objectifs suivants :

1. augmenter la stabilité et la résistance des agrégats;

2. absorber l’énergie de la pluie;

3. limiter ou ralentir les vitesses d’écoulement;

4. réduire le ruissellement en favorisant l’infiltration.

Les deux premiers ont un effet sur l’impact des gouttes de pluie et les deux derniers sur l’écou- lement. Nous devrions toujours avoir ces principes en tête lors de toutes nos interventions. Au niveau du champ, l’érosion peut être minimisée en intervenant au niveau de la régie des cultu- res et des sols, des méthodes de culture et des méthodes de conservation.

12.6.2 Régie des cultures et des sols

Par la régie des cultures, nous devons favoriser une végétation plus luxuriante et donner au sol une plus grande stabilité structurale. Une série de mesures agronomiques bien connues peu- vent jouer ce rôle telles que la fertilisation, l’application de fumier et de chaux. La chaux est connue comme jouant un rôle considérable sur la structure du sol. L’application de fumier, en plus d’apporter des éléments fertilisants comme les engrais chimiques, contribue à accroître ou à maintenir le taux de matière organique. L’application de fumier peut facilement réduire l’érosion de 20 à 30%. Le maintien du taux de matière organique est primordial. Ces mesures favorisant l’infiltration, diminuent le ruissellement, augmentent la résistance du sol et permet- tent d’absorber l’énergie de la pluie.

12.6.3 Les méthodes culturales

Le choix des méthodes culturales peut jouer un rôle important pour prévenir l’érosion. La pré- sence de résidus de récolte sur le champ protège le sol en absorbant une partie de l’énergie de la pluie, ralentit l’écoulement et offre une couche de protection entre le sol et l’écoulement.

Le choix de la période et des types de travaux du sol peut être important. Sur les sols couverts de résidus ou de végétation, les labours de printemps (quand ils sont possibles) soustraient le sol nu de la fonte des neiges. Les techniques de travail du sol laissant des mottes plutôt grossiè- res en surface sont préférables à une pulvérisation fine des mottes. Ces grosses mottes sont plus difficiles à briser par la pluie et offrent une meilleure infiltration. Le degré de pulvérisation des sols est un point important à surveiller. Les techniques qui travaillent peu les sols telles que le travail minimum du sol et le no--till permettent de diminuer considérablement l’érosion car elles soustraient le sol de la possibilité d’être nu.

Les cultures herbagères de graminées ou de légumineuses sont très efficaces pour réduire l’érosion. Elles absorbent presqu’entièrement l’énergie de la pluie, favorisent considérable-

Édition 2015

180

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

ment l’infiltration et ralentissent l’écoulement. De plus, elles contribuent à maintenir un taux de matière organique élevé. Elles peuvent réduire l’érosion de 100 fois par rapport à une culture continue de maïs. Leur introduction dans une rotation a un effet très bénéfique. Là où l’érosion est sévère, elles sont souvent la seule solution avant le reboisement. Tout en étant une solution très économique, elles apportent souvent des rendements aussi élevés qu’une culture de maïs où les rendements décroissent d’année en année à cause de la perte de fertilité causée par l’érosion.

12.6.4 Les méthodes de conservation

Au contraire des méthodes liées à la régie des cultures et des méthodes culturales, les méthodes de conservation interviennent au niveau de l’organisation physique d’une parcelle et exigent une intervention technique.

12.6.5 Les cultures en contour

Pour empêcher l’eau de se concentrer dans les sillons laissés par le semoir ou les instruments de travail du sol, les travaux sont effectués en suivant les lignes de niveau. Alors, ces sillons sont perpendiculaires à l’écoulement normal et le billon entre les sillons devient un obstacle à l’écoulement qui est ralenti.

Pour être efficace, cette technique doit être utilisée avec soin. Elle exige la mise en place de lignes de référence après un relevé topographique. Ces lignes de référence doivent être suffi- samment rapprochées pour que les labours suivent une pente située entre 1 et 2%. Le labour est la clef de tous les autres travaux et demande le plus d’attention. Les raies et les ados sont géné- ralement utilisés comme lignes de référence permanente. Pour labourer entre deux lignes de niveau, deux méthodes peuvent être utilisées et elles sont présentées à la figure 12.3.

L’opération des outils aratoires et autres équipements au travers du sens de la pente accroît l’efficacité des machines d’environ 10 % et amène une économie de carburant d’environ 10 % (Schwab, 1966) car les machines montent peu de pente. Pour certaines récoltes telle que l’ensi- lage de maïs, un tracteur de 25 à 30 HP de moins peut être suffisant. Cette technique tout en étant peu dispendieuse réduit l’érosion de 30 à 50%. Par contre, elle devient moins efficace et même dangereuse pour les pentes supérieures à 10%. Alors le danger de ravinement croît prin- cipalement avec les cultures sur billon car le bris d’un billon amène un volume d’eau considé- rable et risque d’engendrer le phénomène d’avalanche ou de bris successif des ”digues” for- mer par les billons. Pour les cultures en rang, la culture selon les lignes de niveau est aussi pratiquement limitée à des pentes de 10% car les machines deviennent plus difficiles à conduire à cause de la poussée latérale créer par la pente.

MOYENS DE CONTRÔLE OU DE CONSERVATION

MÉTHODE 1
MÉTHODE 1

Labourez jusqu’à ce que la partie non labourée soit d’environ 9 m dans les parties étroites.

é e soit d’environ 9 m dans les parties é troites. Continuez de labourer les parties

Continuez de labourer les parties larges jusqu’à ce qu’il ne reste qu’une bande de 9 m non labourée.

ce qu’il ne reste qu’une bande de 9 m non labour é e. Labourez la bande

Labourez la bande restante.

181

MÉTHODE 2
MÉTHODE 2

En utilisant les rangs comme guide, commencez par labourer la partie irré- gulière en débutant à ce point.

la partie irr é- gulière en débutant à ce point. Quand les parties labour é es

Quand les parties labourées se rejoi- gnent, labourez d’une façon continue.

é es se rejoi- gnent, labourez d’une fa ç on continue. Continuez de labourer jusqu’ à

Continuez de labourer jusqu’à com- plétion de la bande.

Figure 12.3 Méthodes de labour et travail du sol pour les cultures en contour (adapté de Schwab et al., 1966).

12.6.6 Les cultures en bandes

En addition à la culture en contour, la culture en bande (figure 12.4) introduit des bandes enher- bées et/ou de cultures moins susceptibles à l’érosion qui captent et retiennent les sédiments des bandes supérieures plus susceptibles à l’érosion. Le travail général de l’érosion sur la parcelle est ainsi ralenti.

Il existe trois méthodes de culture en bandes,

1. suivant les lignes de contour;

2. en bandes parallèles, possible sur les pentes régulières;

3. en bandes avec tampons enherbés.

Cette dernière est la plus facile d’utilisation.

La culture en bande est surtout utilisée avec la rotation maïs--céréales--foin--foin. Elle réduit l’érosion de 50 à 75 %. La culture en bande exige les mêmes études topographiques et un sys- tème de lignes de référence comparable à celui des cultures en contour. La largeur des bandes varie généralement de 15 à 40 m dépendant des pentes et des régions.

Édition 2015

182

1 8 2 a) Bandes suivant les lignes de contour. ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS Direction

a) Bandes suivant les lignes de contour.

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

Direction des vents dominants ou direction de la pente

SOLS Direction des vents dominants ou direction de la pente b ) B a n d

b) Bandes parallèles.

TAMPON BANDE TAMPON BANDE
TAMPON
BANDE
TAMPON
BANDE

c) Bandes avec tampons enherbés.

Figure 12.4 Types de cultures en bandes (adapté de Schwab et al., 1966).

12.6.7 Les terrasses

Le but des terrasses est de diminuer la longueur de la pente de l’écoulement en construisant un fossé intercepteur qui acheminera sécuritairement l’eau vers l’extérieur de la parcelle.

Il existe trois types de terrasse (figure 12.5),

1. terrasse en escalier;

2. errasse avec un fossé d’interception;

3. terrasse de conservation.

Le premier type est utilisé de concert avec l’irrigation des cultures et sert aussi bien de structure d’irrigation comme de protection contre l’érosion. Le troisième est utilisé dans les régions semi--arides pour conserver l’eau des rares précipitations et permettre une meilleure infiltra- tion dans la zone aplanie. Les terrasses avec fossés d’interception sont celles qui conviennent à nos conditions.

La largeur des terrasses est généralement déterminée à l’aide de l’équation universelle des per- tes de sol. Leur longueur maximale peut varier de 300 à 550 m. La pente du fossé intercepteur est généralement de 0.4%, mais peut varier de 0,1 à 2%. En aucun cas, les vitesses d’écoule-

MOYENS DE CONTRÔLE OU DE CONSERVATION

Excavation

Remblais

183

6%
6%

0

15 m

30 m

a ) Terrasse avec fossé d’interception en Amérique du nord.

2% Horizontal
2%
Horizontal

0 30 m

b ) Terrasse de conservation.

60 m

90 m

25 % Horizontal ou pente inverse
25 %
Horizontal ou
pente inverse

0

7,5 m

c ) Terrasse en escalier.

15 m

Figure 12.5 Les types de terrasses (adapté de Schwab et al., 1966).

ment dans le fossé intercepteur ne doivent excéder les vitesses qui y provoqueraient l’érosion. Ces vitesses sont les mêmes que celles utilisées pour les cours d’eau et les canaux.

En général, ces fossés intercepteurs sont cultivés et la pente des talus doit être suffisamment faible pour permettre la circulation des machines. La pente maximale doit être alors de 4:1. La pente des talus peut parfois être aussi faible que 12:1.

Ces fossés intercepteurs se déversent dans les voies d’eau enherbées ou protégées par la pierre. Le design des voies d’eau enherbées est présenté au chapitre 4. Le dimensionnement d’un canal protégé par la pierre est identique à celui d’un cours d’eau.

En plus de l’effet de réduction de la longueur de la pente, le fossé intercepteur joue un second rôle qui est d’intercepter les sédiments provenant de la pente. C’est ce qui accroît l’efficacité des terrasses. Les terrasses réduisent l’érosion de 85 à 90% sur la parcelle. Par contre, sur la pente elle--même, outre de réduire la longueur d’écoulement, les terrasses ont la même effica- cité qu’une culture en contour ou même en bande lorsqu’elle y est cultivée en bandes.

Édition 2015

184

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS

12.7 LUTTE AU RAVINEMENT

Le ravinement est causé aux endroits où d’importants débits coulent. Lors d’un aménagement, il faut prévoir ces endroits et y installer des voies d’eau enherbées ou protégées par de la pierre. Les talwegs sont des emplacements idéaux pour ces voies d’eau. De plus, elles doivent être aménagées de la sorte que le moindre obstacle ou le débordement n’amène l’eau à prendre une nouvelle direction pour y creuser un ravin.

Dans les conditions naturelles, le ravinement peut être souvent prévenu en maintenant une bonne végétation dans les voies d’eau naturelles et en surveillant le moindre signe de manifes- tation de points faibles et en les protégeant davantage. De chaque côté de ces voies d’eau, ils est essentiel qu’une bande de 3 à 5 m soit enherbée pour retenir les sédiments, les empêcher d’em- plir la voie d’eau ou de contribuer à augmenter le pouvoir abrasif de l’écoulement.

Lorsqu’un ravin est créé, il incombe lorsque la situation le permet, de le combler, de compacter ce sol, de l’ensemencer le plus tôt possible et de le recouvrir d’un paillis comme protection temporaire. Lorsque le comblement n’est pas possible, on doit l’aménager pour le stabiliser et l’empêcher de s’agrandir.

12.8 CONCLUSION

L’érosion des sols est causé par l’impact des gouttes de pluie et l’écoulement de l’eau qui ruis- selle. Pour lutter contre cette érosion, les moyens d’intervention devront:

1. augmenter la stabilité et la résistance des agrégats;

2. absorber l’énergie de la pluie;

3. réduire le ruissellement en augmentant l’infiltration;

4. imiter ou ralentir les vitesses d’écoulement.

Les sols étant la base de la productivité agricole, il importe de les protéger au niveau du champ par des régies adéquates de cultures et du sol, des pratiques culturales et des méthodes de conservation. La protection contre le ravinement réside dans le maintien de bonnes voies d’eau enherbées naturelles ou construites.

BIBLIOGRAPHIE

BIBLIOGRAPHIE

185

Clyde, C.G., C.E. Israelson, P.E. Packer, E.E. Farmer, J.E. Fletcher, E.K. Israelson, F.W. Haws, H.V. Rao et J. Hanson. 1978. Manual of erosion control principles and practice. Utah Water Reasearch Laboratory, Utah State University, H--78--002.

Dubé, A. 1975. L’eau et l’érosion des sols. Ressources. Ministère des Richesses Naturelles du Québec. Vol Vl (4),: 8--15.

FAO. 1977. Soil conservation and management in developing countries FAO Soils Bulletin, No. 33, FAO, Rome.

Lagacé, R. 1 979a. La vie et la stabilité des cours d’eau. Dans: Construction et aménagement des cours d’eau en milieu agricole. 7e colloque de génie rural, Université Laval: 49--64.

Lagacé, R. 1979b. Mesure de protection des cours d’eau. Dans: Construction et aménagement des cours d’eau en milieu agricole. 7e colloque de génie rural, Université Laval: 85--96.

Lagacé, R. (Ed.) 1990. Les seuils dissipateurs d’énergie dans les cours d’eau. Compte rendus du 15 e colloque de génie rural, tenu le 31 octobre 1990. Université Laval. Pub. #CGR90--02. R. Lagacé, Editeur. 191pp.

Ree, W.O. 1949. Hydraulic characteristics of vegetation for vegetated waterways. Agr. Eng. Vol. 30: 184--187, 189.

Ripley, P.O. W.M. Kalbfleisch, S.J. Bourget et D.J. Cooper. 1962. Érosion du sol par l’eau:

dommages, moyens préventifs et répression. Agriculture Canada, Publication 1 083.

Schwab, G.O., K.K. Frevert, T.W. Edminster et K.K. Bernes. 1966. Soil and water conserva- tion engineering. John Wiley and sons, New York.

Scott, A. 1948. Le contrôle de l’érosion. Agriculture, Vol. 5(3): 1--7.

Wischmeier,W. H ., D. D. Smith . 1958. Rainfall energy and its relation to soil loss. Trans. Am. Geophys. Union. Vol. 39: 285--291.

U.S. Soil Conservation Service. 1954. Handbook for channel design for soil and water con- servation. USDA, Soil Conservation Service. SCS--TP--61.

Édition 2015

186

ÉROSION ET CONSERVATION DES SOLS