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<a href=Revue de l'histoire des religions Survivances de la tripartition fonctionnelle en Grèce Atsuhiko Yoshida Citer ce document / Cite this document : Yoshida Atsuhiko. Survivances de la tripartition fonctionnelle en Grèce. In: Revue de l'histoire des religions, tome 166, n°1, 1964. pp. 21-38 ; doi : https://doi.org/10.3406/rhr.1964.8572 https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1964_num_166_1_8572 Fichier pdf généré le 11/04/2018 " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

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Yoshida Atsuhiko. Survivances de la tripartition fonctionnelle en Grèce. In: Revue de l'histoire des religions, tome 166, n°1, 1964. pp. 21-38;

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<a href=Revue de l'histoire des religions Survivances de la tripartition fonctionnelle en Grèce Atsuhiko Yoshida Citer ce document / Cite this document : Yoshida Atsuhiko. Survivances de la tripartition fonctionnelle en Grèce. In: Revue de l'histoire des religions, tome 166, n°1, 1964. pp. 21-38 ; doi : https://doi.org/10.3406/rhr.1964.8572 https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1964_num_166_1_8572 Fichier pdf généré le 11/04/2018 " id="pdf-obj-0-23" src="pdf-obj-0-23.jpg">

Survivances

de la tri partition fonctionnelle

en Grèce

  • I. UN HÉROS DR TROISIÈME FONCTION

Epeios1,

fils

de

Panopeus2,

lui-même frère jumeau de

Crisos3, arma contre Troie, d'après

Dictys4, trente navires

des Cyclades, mais

dès VIliade,

il apparaît

comme

«

un

médiocre guerrier »5 et la littérature postérieure fera même

de lui « un type

de lâche »6. Ce qui n'empêche

pas,

ainsi que

l'a souligné

avec raison

M. Charles

Picard7,

que

sa

place

parmi

les héros

achéens

n'ait été

des

plus

honorables. On

le considérait surtout comme « un compagnon aimé d'Aga-

memnon

»8.

Un

petit relief samothracien

du

Louvre,

 

qui

peut dater du milieu du vie s.9, le représente

« dans

la

suite

directe d'Agamemnon, avec le

seul héraut Talthybios »10.

Dans certaines régions de l'Italie méridionale d'autre part,

on l'honorait « à l'égal de Diomède, de Philoktète et d'autres

héros

de

la

guerre troyenne

»u.

1)

Cf. H. Wagner, IŒ, s. v. Epeios ; P. Weizsacki.r, Itoscher, s. v. ; F. Нон krt,

2)

П., XXIII, 665;

Eur.,

Fab., 97 ; Tzetz., Lycophr., 53.

Troad., 9 avec srhol.;

Paus.,

II, 29, 4:

live ...

Homère, 1950, p. 181-183; Ch. Picard, UN, 5« sér., VI, 1942, p. 1-22.

.3) Asios cité par Paus., II, 29, 4; Schni. Ear. Or., 33; Tzetz., Lycophr., 53. Les deux frères se sont disputés déjà dans le sein de leur mère (Tzetz., Lycophr., 9391.

4) Dict.,

5)

6)

V.

I,

17.

infra.

Lykophr., 930 avec schol. et Tzetz. ; Hesych., s. v. ; Sum., s. v. ; Zenou.,

Ill, 81 ; Apoštol., VIII, 69;

p. 79-81.

10) Picard,

Dioiien., IV, 61 ; Rhel.

Пг., edit. Walz, VI, 200.

7) Art. cit. ; v. surtout p. 11-12.

8)

9)

Ibid., p. 20, ri. 26.

Ibid., p. 17, n. 1 ; cf. Id., Man. arch, gr., I.a .sculpt. Période archaïque, 1935,

art. cit., p.

14 ; v. la reproduction de

ce relief dans Rnscher,

I,

1279-1280 et Picard, op. cil., p. 556, fipr. 191.

11)

Picard, art. cit., p. 12; cf. infra et J. Bérard, La colonisation grecque de

1941, p. 349-355.

l'Italie méridionale et de la Sicile dans Г Antiquité,

  • 22 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

Cette contradiction apparente forme un problème qui

n'est pas encore résolu.

M. Picard

a tenté à

le résoudre en

contestant qu' « Epeios apparaisse déjà chez Homère comme

un médiocre

guerrier, ni ailleurs comme

un type

de lâche в1,

mais cette affirmation est contredite par l'Iliade elle-même :

lorsque le personnage se présente,

dans

le

XXIIIe

chant,

au concours

du

pugilat lors

des jeux

funèbres célébrés en

l'honneur de Patrocle, il déclare en effet (670-671) :

Iv -качтгао'

Ôttî \ха.уу]с, £7u8súofJi.ai ; oùS'

ара

еру о ten Savcova <рсота ysvécrôai.

C'est donc ailleurs

que

sur les champs

de bataille qu'il

faut chercher un talent, ou des talents, qui le caractérisent. Aussi bien, dans ces jeux athlétiques où les héros se plaisent à faire montre d'une excellence essentiellement physique et

militaire, Epeios

n'est-il guère

à

sa

place : là même, malgré

sa maîtrise incontestée au pugilat, sur laquelle nous

reviendrons tout à l'heure, son intervention

n'aboutit, en

fin

de

compte, qu'à produire « uniquement des effets de bouffonnerie

et

de

gros comique »2.

Nous savons, d'autre part, que l'armée achéenne qui

ssiégeait Troie n'était pas uniquement composée de guerriers

redoutables. L'état-major comprenait, entre autres

personnages

distingués,

un

devin

et

deux

médecins

qui,

bien

qu'étrangers

à

l'art du

combat,

n'en étaient pas

moins des

participants honorables

et

indispensables

de

l'entreprise.

Le

rôle que joua Calchas

tout

le

long

de

la

campagne est

connu. Celui des deux fils d'Asclépios n'est pas moins

 

important.

Dans le

XIe chant de VIliade,

quand il voit Machaon

blessé, Idoménée exhorte en ces termes Nestor à le secourir

(514-515) :

tiQTpoç yàp ávTjp 7toXXc5v ávxá^toc aXXcov îouç T'éxTafxvsiv tni t' у\тх <páp[j,axa Trácrasiv.

n.

1) Art. cit., p. 20, n. 26; cf. E. Cahen, Callimaque*, éd. Budé,

2.

2)

1953, p. 173, '

Robert, op. cit., p. 181 ; cf. //., XXIII, 840 : yzXaaoiv 8'hnl toxvteç

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 23

 

(Vest que,

croyons-nous, la société mycénienne, dont le

rôle capital '-dans .-la: formation de la tradition épique est

de

plus en plus confirmé; par les découvertes et les recherches1,

se

concevait

elle-même,

tout

comme

d'autres

sociétés

archaïques du; monde indo-européen, comme composée de trois catégories d'hommes exerçant chacune l'une des trois

activités également nécessaires, dont la' pratique, à ceux qui s'en * acquittaient brillamment, valait l'estime générale2. Or,

selon cette conception, la réussite d'une entreprise,

même

aussi purement militaire que

la guerre

de Troie,

ne pouvait

être • assurée que * par la 5 collaboration harmonieuse des trois

« fonctions ». Or si l'on examine le dossier d'Epeios en le

confrontant avec l'idéologie tripartie dont nous connaissons

la structure grâce

aux travaux de M. Dumézil3,

il apparaît

clairement que c'est dans un. domaine bien délimité,

correspondant à l'un et

à un seul des

trois niveaux que

notre héros

peut être considéré comme un SaY^tov <pó5c.

Dès V Odyssée1 et à travers : toute la littérature classique5,

Epeios

est avant

tout célébré1 comme

l'artisan! qui

a, su

construire, avec l'aide d'Athéna, le fameux cheval de Troie6.

1)

V. par exemple, D. Page, History and the Homeric Iliad, 1959 ; A. Severyns,

Proche-Orient avant Homère,

1960 ; T.' B.'.L.

Webster, La

Grèce,

de

Grèce et

Mycènes à Homère, trad, fr., 1962 ; contra cf. I. Finley, Hisloria, VI, 1957, p. 133-
159.

2) Sur cette conception en Grèce, v. G. Dumézil, JMQ,

IV,

1948, p. 176;

La Saga de Hadingus, 1953, p. 152, n. 1 ; Hommages à Lucien Febvre, 1954, p. 27-31

Aspects de la fonction guerrière

chez les Indo-Européens, 1956, p. 93-98 ; F. Vian

La guerre des Géants, 1952, p. 257 ; Hommages à G. Dumézil, 1960, p. 215-224 Les origines de Thèbes, 1963, en particulier, p. 229-244 ; J.- P. Vernant, BHB, CLVII, 1960, p. 21-54 ; Les origines de la pensée grecque, 1962, p. 34-35. Pour la structure tripartie de la société mycénienne qui sera traitée plus bas, v. surtout
M.

Lejeune, Hommages à G. Dumézil, p. 129-139 ; Dumézil, L'idéologie tripartie

des Indo-Européens, 1958, p. 94-95. 3) V. en particulier, L'idéologie et en dernier lieu, BAB, 5e sér., XLVII, 1961,

  • p. 4) VIII, 493 : tôv .'Etteiî»? bobjasv aùv-'A6Y)vn ; XI, 523. 5) V. R. Wagner, Curae Mythographae de Apollodori Bibliothecae Fontibus {Epitoma Valicana ex Apollodori Bibliolheca, 1891, p. 115-296), p. 228-235 et pour références, BE, s. v. Epeios, 2717.

6) Pour la signification religieuse de ce récit, cf. W.

F. Jackson-Knight,

VergiVs Troy, 1932 ; P.-M. Schuhl, BA, 6e sér., VII, 1936, p. 183-188 ; F. Scha- chermeyr, Poseidon . und die Enlslehung des griechischen » Gôllerglaubens, 1950,

  • p. 189-203.

265-298.

  • 24 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

A Métaponte

et

à Lagaria,

qu'il passait pour avoir fondée,

on vénérait dans les temples d'Athéna les outils dont il s'était

servi à cette occasion1. L'aiiion d'un xoanon d'Hermès à

Ainos,

en Thrace, voulait

qu'il

eût

été taillé

par Epeios,

au siège de Troie,

avant le Cheval2. A Argos, un autre xoanon

du même dieu lui était également attribué3. Cependant le service dont s'acquittait notre héros dans la

plaine du Scamandre ne paraît pas avoir été limité aux seuls travaux artisanaux. D'après une tradition que connaissait

Stésichore, il était chargé de transporter l'eau pour l'armée achéenne4 et d'autre part Varron, citant Plaute, nous apprend qu'il était leur cuisinier5. Ces témoignages autorisent à

supposer l'existence d'une tradition attribuant à Epeios une fonction nourricière.

Or, dans l'idéologie indo-européenne tripartie, l'artisanat comme l'alimentation se situaient au troisième niveau6. En sorte que la contradiction qui avait choqué M. Picard

s'explique donc aisément : Epeios pouvait être honoré tout en fuyant le combat7, puisqu'il n'appartenait pas à la catégorie

d'hommes voués à acquérir la

gloire dans

la

mêlée; en

s'acquittant avec adresse de travaux techniques et nourriciers,

il représentait, aux côtés de Podalire et de Machaon, et d'une façon beaucoup plus complète que ces derniers dont le talent

se limitait

à

la

seule

médecine,

ce

que M.

Dumézil appelle

1) Justin., XX, 2, 1 ; Lycophr., 930 et 946-950;

op. cil., p. 349-351.

Callimaque*, p.

Ps.-Arist., De mir. nusc,

108 ; cf. Bérard,

2) V.

Cahen,

172-174; BEG, XLVIII, 1935, p. Зох-310;

xal

Picard, art. cit., p. 6-9.

3) Paus.,

II,

4) Athen., X,

19, 6. 456 /"-457 a : ó 'Etïsioç uSpoçopsï zoïç 'ATpsíáaic, oj?

ST7)aixopoç <p7]<nv qSxTsips yàp aùrôv uScop àsi çopéovxa Aioç xoûpa fiaaiXeùaiv ;

Schol. Townl. IL, XXIII, 665 : 'Etisiôv, oç ûSpoipopeï xoTç Пот., 1327, 57.

5) De

l.

/.,

VII,

'ЛН

:

Plautus

:

Epeum fumificum,

' Xyjxioïc, ;

Eusth.,

qui le^ioni noslrae

habet / Coctum cibum ; / Epeum fumificum cocum ab Epeo illo, qui dicitur ad

Trojam fecisse equom Argivis et apte (Variantes cibum curasse.

6) V.

toutefois pour l'artisanat,

:

et Argivis ; et Atridis, etc.)

Soc, (av., XIII,

Dumézil, Annales, Ec,

1958, p. 716-724. Cf. aussi Vernant, JP, XLV, 1952, p. 419-429. 7) C'est ainsi que Cahen interprète l'épithète çuyaiyaaç : Callimaque*, p. 173 et n. 2 ; cnnlra Picard, art. cit., p. 11-12.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 25

la

troisième

fonction,

aussi

représentait la deuxième1.

honorablement qu'un Achille

Cependant Epeios se distingue

encore par deux

autres

traits qu'il faut expliquer.

D'abord, comme

M.

F.

Robert

l'a bien vu2, « c'est à peu près constamment qu'Epeios nous

apparaît accompagné de chevaux, de

mules ou

d'ânes

»

De

fait,

c'est

dans la

fabrication d'un cheval

de

bois qu'il

donnera sa mesure, c'est une mule que lui vaudra son talent

de

boxeur3, et c'est

à

un

âne

que lui-même sera assimilé en

tant que porteur d'eau

:

à

('arthaia,

en ell'et.

dans le temple

d'Apollon, « Epeios » était le nom de l'âne (fui s'acquittait de

ce travail4.

Enfin,

nous

venons

de

le

rappeler,

notre

héros

est,

dès VIliade,

un excellent boxeur.

Aux jeux funèbres

du

XXIIIe chant, après s'être vanté d'être le meilleur dans cet

art5,

d'un seul coup de poing, il met l'adversaire dans un tel

état qu'il

perd connaissance et que des amis devront

 

l'emporter6.

L'affinité d'un héros du troisième niveau avec les équidés

ne surprend pas : ce n'est là, en effet, qu'un trait commun à un

grand nombre de patrons indo-européens

de

la troisième

fonction7 au nombre desquels on compte, en Grèce, Poseidon,

1) V. la définition des trois fonctions dans Dumézil, L'idéulnyie, p. 2) Op. cit., p. 182.

'.))

19.

IL, XXIII, 653-655. C'est une mule « encore indomptée et des plus dures

à dresser » (trad. Mazon), précise le texte. On pourrait peut-être voir là une allusion

au talent de dresseur du gagnant pour ainsi dire prédestiné de cet animal.

1)

Alhen., X, 456 f :

'Etisiôv

àvaxofxiÇovxoç S'aÙTOïç

zb

'jScop ovou,

ôv

èxaXouv

D'après H. Krahe (Die Sprache der Illyrier, I, 1955, p. 55), lenommêrne

... d'Epeios contiendrait le nom du cheval que, selon P. Kretschmer (Einleitung,

  • p. 247-248; Glolla, XXII, 1934, p. 120-121), les Grecs auraient emprunté à l'illy-

rien. Pour la possibilité, d'ailleurs très contestée, de l'alternance i-e dans le nom

mycénien du cheval

(i-qo),

H.

Muhlestein,

MH,

XII,

1955,

125;

('. Ciallavotti, Documenli e slrullura del green nelVela micenea, 1956, p. 62, 90, 142.

5)

V.

667-669.

6) V. 689-699 ; cf. l'intervention du héros aux jeux funèbres d'Achille : Quint.

V. Schachermeyr, op. cit., p. 65-108 (Une vue d'ensemble du rapport

Smyrn., IV, 323-404 ; cf. Schol. Townl. IL, XXIII, 665.

7)

•lu cheval et de la troisième fonction ; des détails en sont souvent contestables) ;

v.

p.

  • R. Christinger et W. Borgeaud, Mythologie de la Suisse ancienne, 1963, p. 25-37

et 61-76; S. Wikander, Orient. Suec, VI,

  • p. 1962, p. 109-117, v. surtout p. 117, n. 2.

59; .TA, CCXLII, 1953, p. 4 ;

Ind.-Iran.

1957, p. 79-84 ;

Dumézil, JMQ, IV,

./., V, 1962, p. 200-202; REL, XL,

  • 26 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

maître du

sol

et des eaux1,

et les Dioscures, homologues des

Ašvin védiques2. Le talent de boxeur, au contraire, semble d'abord quelque

peu déplacé dans le domaine de la troisième fonction. En fait, il est au contraire, en Grèce, pour des raisons encore obscures, caractéristique d'une des principales figures mythiques de ce

niveau. L'idéologie grecque archaïque faisait, en effet, de ce

talent l'un des principaux attributs de

l'un des Dioscures,

ces prolongements

en grande

partie

fidèles

des jumeaux

indo-européens, patrons de la troisième fonction. Les épopées,

qui réservent à Castor l'épithète imzóSaiioc, elles pas son frère de 7iù£ àyaOoç3 ?

ne qualifient-

Ainsi

un type

tout

le dossier,

sans exception, montre en Epeios

homogène de « héros

de troisième fonction

».

IL — Symrole

des trois fonctions a

Pylos

Voici ce qu'on lit sur la tablette de Pylos Ta 7164 :

pa-sa-ro

ku-ru-so

a- pi

lo-ni-jo 2

wa-o

— ^

2

qi-si-pe-e (?)

2

Personne ne conteste que

qi-si-pe-e ne soit

le

duel

de

£icpoç et que, par conséquent, l'idéogramme illisible qui suit

ce mot ne représente

 

soit une

épée,

soit un poignard5.

Mais

la première ligne

de

la

tablette ne

fait pas

cette unanimité ;

elle a été comprise

par Ventris

et Chadwick,

sur un avis de

Palmer,

comme « a specification of parts of these swords »6.

Mais cette interprétation, comme Palmer lui-même Га reconnu

1) V. en particulier, Schachermeyr, op. cit., et L. Malten, Jdl, XXIX, 1914,

179-255.

  • p. 2) V. par exemple, M. Albert, DA, s. v. Dioscuri, p. 249-250 et 253-254;

  • A. Furtwangler, Roscher, s. v. Dioscuren, 1156. 3) IL, III, 237 ; Od., XI, 300. Pour les références non homériques, v. Albert,

art. cit., p. 253, n. 98. 4) E. L. Bennett, The Pylos Tablets'1, 1955, p. 83 ; M. Ventris et J. Chadwick, Documents in Mycenaean Greek, 1956 (cité ci-dessous Docs), p. 346.

5)

V. Docs, p. 346 ; M. Lejeune, Mémoires de philologie mycénienne,

1958,

  • p. 6) Does, p. 346-347, qui traduit la ligne en question : « two gold studs on either

side of the hilt ; two

-s ».

315-316.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 27

ensuite1, est invraisemblable : l'ensemble du texte énumère,

de toute évidence, trois paires et indépendants.

des objets

différents, entiers

Une très importante suggestion a été faite par M. Taillardat

dans une de ses « Notules

Mycéniennes »2.

Il

a montré

qu'il

est possible de reconnaître dans pa-sa-ro

le

duel d'un

mot

*фаХо-,

d'où

dérive

le

diminutif classique

^áXtov,

attesté

dans

Hésychius

:

фаХог

zl8oç

-/^olivou.

La

signification

ancienne de фаХюу étant, d'après le scholiaste d'Euripide,

Phénic.

792,

xpixoç тои

jcaXivoîi,

e^

ku-ru-so

étant

certainement триста)3, les pa-sa-ro ku-ru-so pourraient

donc être

deux anneaux ou boucles d'or, comme le pense l'auteur des

« notules

»4, surtout si l'on

retient pour a-pi lo-ni-jo la

suggestion de Ventris et de Chadwick : « a single word amphiiornios,

cf.

Eur.,

à|i.<pÎTopvoç, «

welle-rounded » »5.

Cependant,

si

l'on voit

avec

Palmer6 dans

lo-ni-jo le diminutif

de

rovoç

qui peut signifier « brin de corde »7, le sens de « deux chaînes »

s'impose

pour фаХсо

et

les

deux objets

énumérés dans

la

première partie

de

la

première ligne paraissent alors bien

être des « double-stranded gold necklaces », comme le propose

l'érudit anglais8. L'idéogramme (n° 232)

qui suit

le

mot

wa-o représente

assez clairement une double hache.

Du

moment que

l'on

renonce à

lire

dans

la

première ligne une

description des

1) L.

H. Palmer, Mycenaeans and Minoans,

1961 (cité ci-dessous

MM),

p. 153 : « An unhappy suggestion of my own, made within a few days of receiving

the first copies of the texts in 1953, has received a warmer welcome than it deserved.

I thought that the next item on the tablet referred to the rivets on the sword and

I translated

« with golden rivets

round the

hilt ». But it is extremely unlikely

that the taker of the inventory would have listed the rivets as separate items.

Moreover, our greater understanding of the syllabary (my suggestion was made

in

December 1953) now makes it difficult to take the key

word in the sense

« rivets » (c'est-à-dire, pa-sa-ro comme duel de ixacaaXoç}. »

2) V. J. Taillardat, REG, LXXIII, 1960, p. 5-6.

3) V. M. Lejeune, op. cil., p. 165, n. 2.

4) Taillardat,

5) Docs,

p. 347.

art. cil., p. 6.

IMGT),

7) Cf. Xen., Cyneg., X, 2 : z/. Tpioiv tóvcov.

*)

IMGT, p. 45Я, s. v. lo-ni-jo.

6) Palmer, The Interpretation of Mycenaean Greek Texts, 1963 (cité ci-dessous

p. 358.

  • 28 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

parties des épées, on ne peut plus dire que cette interprétation soit « improbable in the context и1. Elle avait été proposée par Bennett2 et Palmer Га adoptée3. Bien que personne n'ait

encore pu donner une lecture satisfaisante de Гатох£

wa-o,

la tablette mentionne très probablement dans cette partie

une paire de doubles haches.

Or la tablette Ta 716, qui enregistre ainsi successivement

deux

bijoux d'or, deux

doubles haches et

deux épées, clôt,

on

le

sait,

un inventaire

d'objets très luxueux qui occupe

treize

des

tablettes

découvertes

par Blegen

en

1952-534.

La circonstance dans laquelle avaient été rédigées ces listes

est expliquée au début de Ta première tablette de la série5 :

711

qui

est, sans nul

doute,

la

o-wi-de pu2-ke-qi-ri o-le wa-na-ka le-ke 85-ke-wa da-mo-ko-ro6

et se lit selon toute vraisemblance :

àç fiSs рщ-ke-qi-ri бтг favaç ôyjxs 85-ke-wa da-mo-ko-ro7

L'interprétation est controversée. Tout dépend, comme dit

Palmer,

« on the determination

of

the

word da-mo-ko-ro »8.

Ventris et

Chadwick y reconnaissent un « title of a village

functionnary, perhaps equivalent to ko-re-le »9, et donnent

la traduction10 : « Thus

P.

made inspection on the occation

when the king appointed Sigewas to be a damo-koros. »

Palmer, par contre, objecte qu'on ne peut identifier l'office que désignait dâmokoros11 et comprend ce mot comme un nom de personne, AajxoxXoç12 ; en conséquence il traduit13 : « What

1) Docs,

p. 347.

2) Op. cit., p. 251. 3) IMGT, p. 359. 4) Does, p. 332-348 ; IMGT, p. 338-363.

5) Palmer, Minos, V, 1957, p. 60 ; Docs, p. 335.

6) Docs,

p. 335.

7) Palmer, art. cit., p. 87.

8)

MM, p.

p.

150.

390.

9) Docs,

10) Docs,

p. 235.

11) Minos, V, p. 81-82. 12) Ibid., p. 82-83; cf. IMGT, p. 340. 13) MM, p. 151 ; cf. Minos, V. p. 87.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 29

Pu-ke-qi-ri saw when the Wanax buried (ôvjxs)1 Sja-he-wa

son

of

Damokles

(Aá[xoxXoc = AafzoxXsf£!.oç).

»

Une

autre

notule

de

M.

Taillardat2 nous paraît cependant résoudre

définitivement le problème en faveur de la première interprétation, da-mo-ko-rn peut être en effet àâ[i.o-xoXoç : « notable

convoquant le dâmns », synonyme

de kn-re-te,

xoXett)?- Or

ce dernier titre, rappelons-le, a été identifié comme celui d'un

représentant local du gouvernement central3, plus ou moins

synonyme de (Saaùsuç4. La lecture par Palmer de la tablette PY

On 3005 permet

peut-être de préciser davantage les rôles respectifs du da-mo-

ko-rn et du kn-re-le dans le gouvernement local.

Car tout en

refusant de voir dans le premier « an official title », il a montré

<ju'un da-mn-kn-rn présidait, à

la

tête

de neuf kn-re-le-rc,

à l'administration d'une

des

deux

provinces (the Hither

Province), alors que

la place correspondante dans l'autre

province (the Further Province) était occupée par un nommé

le-po-se-u qui y commandait sept ko-re-le-re.

La série

des

tablettes en question semble donc avoir été

rédigée, au moment de la nomination par le wanax d'un

certain Si^ewas à cette importante fonction, pour inventorier les cadeaux offerts par ledit wanax audit Sigewas en cette

occasion6. Or, comme Palmer

le souligne

avec

raison7, la

nature dťs objets

qui

figurent sur la dernière tablette

de

la

1)

Cf. Palmer, Minos, V, p. 85.

1-4.

2) REG, LXXIII, p.

3) V. A. Furumark, Eranos, LII, 1954 : « Dorfschulze » oder « Burgmeister » ; Does, p. 357 : « mayor » or « local chief responsable for each village ».

4) Does, p. 296 : «

cil.,

p.

19

:

«

more or less synonymous with PaoiXeuç ? » ;

die

paaiX^fsç

,

den

korele etwa

Furumark,

nrl.

gleichgestellt »;

T. B. L. Webster, La

Grèce, de Mycènes à Homère, trad, fr., 1962, p. 21 : « Pour

la notion de • maire », il y avait au moins trois mots : basileus, koreler, et damo-

knros. ».

Le titre de xoXsr/jp, impliquant la nomination par le gouvernement

officiel que celui de

^aaiXeuç ; cf.

K.

Murakawa,

pratiqué en toutes

central, est peut-être plus

.1С S, VII,

1959, p. 1-24.

5) IMGT, p. 374-375. Cf. ibid., p. 89.

6) Webster,

op.

cit., p.

19.

Pour l'usage des cadeaux

circonstances et d'une façon illimitée dans la société héroïque des épopées

homériques, V.

M. I. Finley,

RIDA, 3, II,

1У56, p. 73-78. Cf. M. Mauss, REG,

Anthropologie, 1950, p.

7)

MM, p.

153.

145-279.

1955, p. 167-194; The World of Odysseus,

XXXIV,

1921,

p. 388-397; Sociologie et

  • 30 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

série que nous avons étudiée plus haut, la distingue nettement

des autres qui sont, elles, essentiellement constituées par un riche inventaire de meubles. Et l'érudit anglais a certainement

raison de voir dans ces objets hétérogènes des objets symboliques. Mais symboliques de quoi? Les doubles haches

symboliseraient, d'après Palmer, le culte de la Déesse Mère, alors que les épées et les colliers représenteraient la profession militaire

de la personne considérée1.

Nous croyons

plutôt que

ces

objets sont des espèces

d'enseignes différentes, mais homogènes, remises par le wanax lors de l'investiture au personnage qui aura la charge de représenter sa souveraineté auprès du dâmos. Les doubles

haches symbolisent sûrement, d'une manière ou d'une autre,

la

fonction religieuse et les épées la fonction combattante ;

quant aux bijoux d'or (pa-sa-rn ku-ru-so), il est plus naturel

d'y

voir des

symboles de

la richesse

que

de la profession

guerrière. Si l'on accepte ces réflexions, la tablette PY Ta 71G

montre que le wanax pylien concevait sa souveraineté comme

composée essentiellement de trois provinces (culte, puissance

militaire, richesse) qui correspondent, terme à terme, aux trois fonctions du système indo-européen.

III. — Wanax, lâwâgetâs et dâmokolos

REPRÉSENTANTS DES TROIS CLASSES SOCIALES

La structure de la société mycénienne que la lecture des

tablettes a permis d'entrevoir surtout à Pylos, a été comparée,

dès

le

début de

la

nouvelle science mycénologique, avec le

système indo-européen de la tripartition fonctionnelle

reconstituée par M. Dumézil2. Dans les deux articles publiés

en

1955, aussi érudits que méritoires en tant qu'œuvres de

pionnier,

Palmer a lié sa

thèse à la distinction

des statuts de

la terre entre ke-ke-me-na ko-lo-na et ki-li-me-na ko-to-na3, dont la première appartenait collectivement à la communauté

1) Ibid. 2) V. L'idéologie. 3) Palmer, Achaeans and Indo-Europeans,

1955 ;

TPhS,

1954, p.

18-53.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE

31

des producteurs dàmos,

alors que

la seconde était possédée

individuellement par les hommes le-re-la,

lesquels

ont

été

comparés par Palmer aux membres de la « warrior caste »

des autres sociétés indo-européennes1.

Toutefois cette interprétation de le-re-la a été sérieusement

mise

en doute

par

la

suite2 et

dans

ses derniers travaux.

Palmer lui-même ne considère

plus

les le-re-la comme

des

guerriers3.

Il convient donc de souligner

que le fait que

les

Mycéniens de Pylos concevaient la structure idéale de leur société suivant le modèle trifonctionnel qu'ils avaient hérité de leurs ancêtres indo-européens peut être considéré comme

certain, indépendamment de cette hypothétique

correspondance entre la dichotomie du

gros

du sol et la

bipartition du

gros de la population, laquelle doit être considérée

aujourd'hui comme périmée. Le da-mo mycénien est employé dans la terminologie des scribes comme terme technique pour la communauté rurale des producteurs. Cette communauté était organisée en un

« corporate body »4, comme

dit Palmer et avait un « organ to

act

as

its mouthpiece

and

to

defend

its interests

»5.

Car

la

formule

X

o-na-lo e-ke ke-ke-me-na ko-to-na pa-ro da-mo%

montre clairement que la terre communautaire ke-ke-me-na

ko-lo-na était gérée par le dâmos et que

PY Ep

704.5-6

enregistre la déclaration

(pa-si)

du dâmos

que

la

terre

qu'une

prêtresse avait proclamée e-to-ni-jo consacré à une divinité

(le-o),

soit en réalité un o-na-lo des terres communautaires

(ko-lo-na-o ke-ke-me-na-o )7 .

D'autre part, malgré quelques objections des hypercriti-

ques8, l'interprétation de га-wa-ke-la (XâfâyÉTâç) comme « war-

1)

Achaeans, p. 15-17.

p.

265 ;

W.

2) Does,

E. Brown,

Ilisloria, V,

1956,

p.

."595 ; Chadwick,

Minos, V, 1957, p. 126-127.

3)

IMGT, p. 190-196.

p.

85.

4) Ibid.,

5) Ibid., p. 212; cf. Lejeune, Hommages à

6)

PY

Ep

705,

7) Cf. Palmer,

G. Dumézil, p. 139.

etc. IMGT, p. 211-212; Lejeune, loc. cil.

8) D. Page, Hislonj and the Homeric Iliad, 1959, p. 184, 205 ; A. Skvkryns,

Grèce el Proche-Orient avant Homère, 1960, p. 153.

  • 32 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

leader

»

(cf.

hitt. lahha,

«

guerre

»)

peut être considérée

comme établie1. Aâfoç était donc le terme qui

désignait « the

whole

body of

the warriors »2.

Ainsi,

dès

1958,

M.

Lejeune

a pu affirmer l'existence, dans la société mycénienne, d'une

« classe sacerdotale

»,

ď

«

une

classe

guerrière,

le

Xâfoç

»

et ď « une classe productrice, le Sâjxoç Л

 

Ce qu'on

sait des membres

de l'ordre sacerdotal

à

Pylos

(i-je-re-ja,

i-je-re-u,

ka-ra-wi-po-ro), qui figurent dans les

tablettes

de

la

série

E

«

parmi

les gros attributaires

de?

terrains

»,

a

été

magistralement analysé

par

M. Lejeune4.

Dans deux tablettes (PY

 

Er

312 et

Un

718),

en outre,

un

collège des prêtres, désigné par l'adjectif wo-ro-ki-jo-ne-jo

(cf.

Att. ôpy£(!.)cov),

 

apparaît comme

un

des

principaux

termes qui

constituaient le cadre

de

la

société locale

en

question.

Dans

Er

312,

 

un

wo-ro-ki-jo-ne-jo

e-re-mo5

est

mentionné après

le temenos

du

wanax (wa-na-ka-ie-ro

le-

me-no),

celui du lâwâgelâs

 

(ra-wa-ke-si-jo le-me-no) et une

terre appartenant à trois le-re-la

(le-re-ia-o) et dans Un 718

qui est la liste de la contribution d'une localité (sa-ra-pe-da)

au culte de Poseidon, après l'apport de loin le plus important

d'un

nommé E-ke-ra2-wo qui possédait, selon

Er

880

dans

cette localité même, deux ki-ti-me-no où l'on semait 94 unités

de

blé,

alors

que

la

quantité de

blé semé

dans le lemenos

royal n'était que

de 30 unités, les trois autres contribuables

sont le da-mn,

le ra-wa-ke-la

et

une

terre d'un collège

de

prêtres (wo-ro-ki-jo-ne-jo ka-ma)6.

 

La classe guerrière,

le Xâfoç,

avait son

chef propre

dans

la personne

du

ra-wa-ke-la, qui était honoré surtout par

l'attribution d'un lemenos1. Ce qui se concevait moins bien en

juin 1958, c'était la façon dont les deux autres ordres se fai-

1)

Palmer, TPhS, 1954, p. 35-36 et, en dernier lieu, IMGT, p. 84 ; cf. Lejeune, loc. cit.

2) Palmer, loc. cit. ; cf. H. Jeanmaire, Couroi et Courèles, 1939, p. 54.

3) Lejeune, 4) Ibid., p.

loc.

cil.

129-139.

5) 'EpîjfJ.ov, « uninhabited land » (?) : Docs, p. 393, s. v. e-re-mo.

6) Cf. Hésych., xaji.áv rov áypóv. 7) Cf. П., VI, 194-195 ; IX, 578-580 ; XX,

184-185.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 33

saient représenter à l'échelon le plus haut

de

la

société : on

ne connaissait pas, comme a

dit

M.

Lejeune, de chef propre

au 85qjt.oç,

et l'on

ne pouvait

affirmer si

le wanax,

en même

temps que dépositaire d'une autorité générale, se trouvait

être, par rapport à la classe sacerdotale,

ce que le ra-wa-ke-la

était par rapport à la classe guerrière1. L'analyse par Palmer des tablettes de la série Fr2 semble

nous permettre de répondre affirmativement à cette dernière question. Car parmi les bénéficiaires divins des offrandes d'huile enregistrés dans ces tablettes tels que Po-se-da-o-ne

(Fr

1219, etc.),

Ma-le-re

le-i-ja

(=Матрг1 6eia ;

Fr

1202),

Po-li-ni-ja (Fr 1206, etc.), te-o-i (Fr 1216), on trouve le nom

du wanax (Wa-na-ka-le)

associé régulièrement à « Deux

Souveraines » (XVa-na-so-i)z. Palmer a rappelé avec justesse à ce propos4 que Wanassa est le nom de la déesse cypriote

homologue d'Astarté dont le roi de Paphos était le prêtre5

et

que

le

fait

que

les Mycéniens adoraient

un couple

de

Grandes Déesses est étayé aussi bien par des faits arcadiens

rapportés par Pausanias6 que par un monument

archéologique provenant de Mycènes7. Dans ce dernier, les deux déesses sont représentées avec un enfant mâle. Il semble donc certain que ce jeune parèdre des Déesses Souveraines fut identifié,

dans le culte

pylien, avec

son homonyme, le wanax humain

et

que

ce dernier,

associé étroitement au culte

des Grandes

1) Lejeune, art. cit., p. 139.

2)

3)

TPhS, 1958, p. 1-35; cf. IMGT, p. 240-258. PY Fr 1227, 1235 ; cf. 1225. Dans Fr 1220, le wanax est associé à di-pi-si-jo-i

(Aiyioiq, « Thirsty Ones », i. e. « the dead » : Palmer, IMGT, s. v. di-pi-si-jo-i).

Les Deux Souveraines apparaissent seules dans Fr 1222 et 1228, alors que dans

Fr 1219 elles sont associées à Poseidon (po-se-da-o-ne). Pour la signification de ce groupement de divinités, v. la très intéressante suggestion de Palmer, TPhS,

1958,

p.

7-9. L'interprétation de

wa-na-so-i comme « Deux Souveraines

:

1962, p.

15-16.

» est

soutenue par M. Lejeune, ПЕЛ, LXIV,

4) IMGT, p. 249-250 ; cf.

5) Cauer-Schwyzer,

TPhS, 1958, p. 7.

681.2

Tifxcr/apiFoç ^aoiXiFoç тас Favacaaç то

129.

'ApxáSsc

elvai xal Дт]:л7]трос.

i/eploç ; cf. 681.4 et V. Bérard, De V origine des cultes arcadiens, 1894, p.

6) V. surtout VIII, T7]v Aéu-oviav, биуатгра

37, 9

:

TaÛTYjv [xaXicrra Ûewv

8k aÙTvjv lloasiSœvoç çaaiv

csjîouaiv

Cf. V. Bérard, op. cit., p. 125-126 ; F. Schachermeyr, op. cit., p. 16-17.

7)

II s'agit d'un petit ex-voto d'ivoire découvert en 1939 à Mycènes, dans les

couches provenant du sanctuaire même du palais. V. Ch. Picard, Les religions

préhelléniques, 1948, p. 244-245 ; Palmer, MM, pi. 13.

  • 34 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

Déesses, était avant tout le chef religieux de la communauté1. D'autre part, nous l'avons vu2, à la tête de l'administration

locale du royaume

de

Pylos,

se

distinguait un SâfxoxoXoç,

« convoquateur du dàmos », commandant des xoXsTvjpsç,

« convoquateurs

». Comme il a été signalé

par M. Taillardat3,

la fonction qu'évoquent les titres du UauoxoXoç et du хоХг-т-р

rappelle

de

très près

celle

que les épopées

homériques

attribuent aux

xYipuxsç.

D'autant plus que xaXÝjTopa (accusatif

de

*хаХет(ор)4, qui

est

un

hapax comme

nom commun et

appartient visiblement à la terminologie archaïque, est utilisé dans Y Iliade comme synonyme de xvjpu^5. Les xvipuxs;

apparaissent dans les épopées, comme on le sait, surtout comme convoquateurs de l'assemblée des Achéens6. Mais ils sont loin de n'être rien que des hérauts. En tant qu' « intermédiaires

entre l'autorité suprême

et la foule

»7,

ils

se montrent

actifs

aussi bien dans des affaires religieuses8 que dans des affaires

militaires9,

sans toutefois

être

ni prêtres

ni guerriers.

Leur

vaste

et

complexe

fonction pourrait se

traduire comme

représentants auprès de la masse de l'autorité des rois. Celle-ci est en outre symbolisée par le sceptre qu'ils portent10, ce qui

1)

V. en particulier, Palmer, IMGT, p. 83-84; TPhS, 1958, p. 22-24. Dans

une autre liste d'offrandes (PY Un 219.7), le nom du wanax (wa-na-ka-te) se

trouve côte à côte avec celui de Po-ii-ni-ja (V. Palmer,

TPhS, p. 30-31 et pour

in Homer

... as a divine epithet.

Po-li-ni-ja, p. 9-10). Cf. J. Puhvel, ZVS, LXXIII, 1956, p. 204 : «

avas is the only designation for « king » which also serves

This exclusive feature can be explained only by similarity of conception and characteristics ». Cf. aussi E. Janssens, Ann. Centre ďEl. des Rel. Bruxelles, I :

Le Pouvoir et le Sacré, 1962, p. 87-102 et surtout B. Hemberg, Ava^, Avocaaoc und Avaxeç als Gôlternamen unier besonderer Berûcksichligung der allischen Kulle, 1955, dont ces nouvelles données confirment les conclusions.

2) V. ci-dessus II.

3) Art. cit., p. 3-4.

4)

5)

IL,

XXIV,

577 :

cf.

//., XV,

419 ; XIII,

6)

7)

8) //., III,

 

XX,

276.

9)

10)

IL,

CJ, XLIII,

 

P. Chantraine, Formation des noms en grec ancien, 1933, p. 329.

èç S'ayayov 541.
èç S'ayayov
541.

xýjpuxa хаХт]тора toïo yépovToç,

250-251; Od.,

;

IL, II, 50 ; IX, 10 ; XI, 685 ; Od., VIII, 8. E. Pottier, DA, s. v. Praeco, p. 607.

116-120, 245-258, 268-270; XIX,

III, 331-338;

II, 442-444; VIII, 517.

//., VII, 277 ; XVIII, 505 ; XXIII, 567 ; Od., II, 37 ; cf. F. M. Combellack.

1947-48, p. 209-217. Le sceptre, dans les épopées, est le symbole par

excellence de la royauté sacrée, « ni plus ni moins que Zeus lui-même », comme le

dit Janssens, art. cit., p. 91.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 33

ne

manque

pas

de

rappeler

le

fait

que

la

nomination du

àâfjLozoXoç pylien semble avoir été couronnée

par

la

remise

d'insignes

royaux dans

les

mains de

celui-ci1. Les xyjp'jxsç,

que les épopées qualifient comme (kio.2 et Яаулос, avaient

sûrement appartenu à la plus haute aristocratie de la société archaïque4 : leurs descendants, tant en Attique qu'à Sparte,

conservaient à l'époque classique le titre de l'authentique

noblesse5.

Les attaches de la fonction du v.r^Si, avec

la masse

populaire

(^r;[JLoç) sont assurées

encore

par

le vers souvent

cité de Y Odyssée (XIX,

135),

qui l'englobe dans la catégorie

des fryjfjuospyoi, c'est-à-dire de

«

those

who

work

for

the

people »6.

Il

est sûrement significatif à notre

propos qu'à

l'époque

historique

des

hauts

fonctionnaires portaient le

titre

de

Uocfiiopyot, surtout chez les

Doriens

mais

aussi

en

Arcadie7.

 

Le da-mo-ko-ro mycénien semble donc bien avoir été un

très haut fonctionnaire

que

sa fonction (qui

ne

se limitait

sûrement pas à celle d'un convoquateur8) associait étroitement au dâmos. On pourrait alors affirmer dès à présent que les Mycéniens concevaient leur société comme composée

essentiellement d'une classe sacerdotale (dont on ne connaît pas

encore

le

nom collectif),

d'une classe guerrière

le XaFoç

et

d'une classe

productrice le

Uà[j.oç

et

que

trifonctionnelle se retrouvait à l'échelon

cette

le

plus

structure

haut

de

la hiérarchie

dans

une espèce

de triumvirat constitué par

le

wanax,

attaché à

le

/агосуетзс; et

le £<x;aoxoXoç,

l'un des trois ordres sociaux.

dont chacun était

1) V. ci-dessus

II.

2) IL, IV, 192;

3)

X.

IL, VIII, 517.

.415.

4) Cf. K. Murakawa, Hisloria, VI,

Hermes, XX,

1957, p. 399-402.

1885, p.

1-40 ;

II3,

5) W. Dittenbergkr, Tallhybiadai ; G. Rusolt,

p.

6) M. Fin ley.

399.

v.

1926,

Geisau,

HE, s.

v.

(iriechische Slnalskunde,

p. 662-663,

n. 4.

The World of Odysseus1, 1956, p. 63 ; cf. Murakawa, arl. rit.,

V, 2, 261.9 et

7) V. IIesych. et El. Magn., s. v. ^[juoupyoc et surtout IG,

Тнис, V, 47, qui concernent l'Arcadie. Pour les autres données épi^raphiques,

v.

Murakawa, arl. cil., p. 389-394.

8)

Taillardat, arl. cil., p. 4.

36^

 

IV.

REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

— Les cadeaux de l'amant crétois

Le symbolisme ■ que nous avons relevé (ci-dessus • II)

sur,

une tablette mycénienne n'est pas isolé dans le monde indo-

européen. On a signalé; on le sait, un certain nombre de, faits

qui * engagent

à = penser : que, . dès ; les

temps indo-européens,

« tantôt les trois groupes sociaux; tantôt leurs trois principes ont été liés à des objets matériels simples dont le groupement les évoquait, les représentait Л Dans ; le domaine grec,' , on peut, croyons-nous,, ajouter- à ce dossier un autre; groupe

d'objets trif onctionnels conservé dans une • coutume Cretoise

que rapporte Strabon, d'après ■

Éphore2.

.

Ce qui est particulier (aux Crétois), dit le texte3, ce sont les

amoureuses ; ce n'est pas

c'est

coutumes réglant les relations le garçon qu'ils recherchent,

en courtisant

qu'ils s'en

par un enlèvement

assurent la possession. L'amant fait part de ce projet d'enlèvement aux amis du garçon trois jours au moins avant d'en tenter l'exécution.

Il serait de leur part contraire aux bienséances de cacher l'enfant ou de

lui faire: prendre: un chemin détourné

: ce

serait avouer qu'il

n'est

pas digne de l'ami qui s'offre. Ils s'assemblent néanmoins et si le

ravisseur est d'un rang social égal ou supérieur à celui auquel appartient l'enfant, ils ne font qu'un semblant de poursuite pour satisfaire

aux usages,, et, en fait, le laissent emmener en se félicitant ; c'est

seulement s'ils le jugent présomptueux qu'ils le soustraient

entreprise ..

à

son

Il y a poursuite jusqu'à ce que l'enfant ait été emmené

dans Yandreion du ravisseur. Ce que l'usage fait rechercher dans ces relations, c'est moins la beauté, que la vaillance et la bonne éducation.

Le garçon reçoit des cadeaux et le ravisseur l'emmène à la campagne,

il lui plaît.

Il est accompagné

de

tous ceux qui ont donné

leur

assistance à l'enlèvement ; on banquette et l'on chasse de compagnie pendant deux mois : c'est le terme au-delà duquel il n'est plus permis de retenir l'enfant. Alors on redescend en ville. Le garçon recouvre sa liberté, après avoir reçu comme cadeaux la tenue de guerre (axoXrjv

t:oXs[jux7)v),

un - bœuf ((3oGv)

et

une

[ûv

coupe • (roT-iQpiov)

та

хата tôv

:

ce

sont

là ■. les mais

présents . réglementaires

(тайта

vójaov ? 8£>ра),

on en ajoute d'autres et fort coûteux, de sorte que

dépense oblige

à recourir à

une cotisation des amis.

l'étendue de la L'enfant offre

1) Dumézil, Idéologie, \>. 25 et pour la bibliographie, p. 97-98, à laquelle il

Id.,

RIIH, CLVII,

1960,

p.

141-154. Cf.

aussi Yoshida, RHR,

1907," p. 447-448 ;

faut ajouter CLXIII,
faut ajouter
CLXIII,

1903, p. 241-243.

2) Strab., X, 4, 21. Cf. E. Bethe, RhM, n. s., XXVI,

H. Jeanmaire, op. cit., p. 450-455 ; J.-P. Vernant, op. cit., p. 9-10.

3) Cité d'après la traduction de Jeanmaire, ibid., p. 450-451.

SURVIVANCES DE LA TRIPARTITION FONCTIONNELLE 37

le bœuf en sacrifice à Zeus et festoie la troupe qui lui a

fait cortège

à son retour ; il fait une profession touchant son intimité avec son amant et déclare s'il en est content ou non ; ceci est prescrit afin que, s'il avait été usé de violence au cours de l'enlèvement, l'occasion soit donnée de se venger et de rompre. Mais pour les beaux garçons et de bonne famille, ce serait un scandale de ne pas trouver d'amant ; on dirait que leur caractère est cause de cet affront. C'est que des privilèges honorifiques distinguent ceux qui ont été reçus pages (тгараст-

TaOévTE:;), mot

dont

on

désigne ceux qui

ont

été

enlevés dans. ces

conditions. C'est ainsi qu'ils ont droit aux places d'honneur dans les

chœurs et aux gymnases (Scouoiç),

qu'ils

peuvent se parer

d'une

tunique qui les distingue, celle qu'ils ont reçue de leur amant, et ce

n'est pas seulement en cette occurrence, mais c'est même devenus adultes qu'ils portent un habit particulier, qui permet de reconnaître

ceux

qui

ont

été

parmi

les

xXeivoi ;

car

xXeivoç

distingue celui qui est aimé et l'amant s'appelle

est

le

mot

qui

Ces singuliers usages pédérastiques sont certainement à

interpréter, comme l'a fait H. Jeanmaire,

dans le contexte

de l'initiation des jeunes gens au Mànnerbund aristocratique

et militaire qui paraît

avoir été,

en Crète

aussi

bien qu'à

Sparte, une des institutions fondamentales des sociétés

doriennes1.

Or la collection

des

trois хата tov vótxov Sčopa que

doit offrir l'amant initiateur

à

son novice

bien-aimé

a

un

sens, forme, structure. La coupe, dont l'importance est grande dans les rituels indo-européens en tant qu'instrument des

libations, est utilisée dans de nombreux mythes et légendes comme le symbole par excellence du sacré2. Le bœuf, animal agricole et nourricier3 « das den Menschen Milch, Butter und

Kase spendet und trotzdem ihres Fleisches halben getôtet wird »4, était étroitement associé, chez les Indo-Européens comme ailleurs, à la mystique de la fécondité5 et occupe souvent le troisième niveau dans des ensembles trifonctionnels6.

Un passage de Quinte-Curce, par exemple, qui conserve,

Ibid., p. «1-588. Cf. Bethe, lue. cit., p. 438-475. 2) V. Dumézil, JMQ, I, 1941, p. 54-55.

3)

II sert en l'occurrence

1)

à des fins nourricières : tôv jjdv ouv fSoûv 6ûei ты

Ail xal éaxta xoùç сиухатаР «vovtxç.

4)

5)

J. de Vries, Allgermanische fíeligionsgeschichle, I2, 1956, p. 367. V. par exemple, L. II. Gray, Spiegel Memorial Volume, 1908, p. 160-168;

Ch. Kérényi, La religion antique, trad, fr., 1957, p. 133-136.

6) L.

Gerschel, JP, XLV,

1952, p. 47-77.

  • 38 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

comme M.

Dumézil l'a montré1, une structure scythique,

commente ainsi les valeurs du

bœuf et

de la coupe

dans un

contexte trifonctionnel : fruges amicis damus, boum labore

quaesilas ;

paiera cum

isdem

vinum dis

libamus2. Le bœuf

est associé ici manifestement à la fonction agricole et

 

nourricière

et

la coupe

à

l'office sacerdotal. La tenue de guerre

étant évidemment un objet de la deuxième fonction, les trois

cadeaux

en question évoquent bien

les trois fonctions

du

système indo-européen.

V. — Une classification

des familles de héros

Nous croyons,

enfin, pouvoir verser au

fragment d'Hésiode (fr. 157, Gôttl.)

:

'AXxtjV (jlÈv yàp è'Scoxsv 'OXu^tuoç

voîiv à'

'Afi-uGaoviSaic, tcXoutov S'sT

dossier un

Trois des plus illustres familles de héros sont ici caractérisées,

d'une manière très schématisée, par des vertus ou des

avantages en effet célèbres : la force

d'Achille et d'Ajax,

l'intelligence d'Adraste et d'Amphiaraos, la richesse d'Agamemnon et de Ménélas. Or ces trois notes sont de celles qui caractérisent

le mieux les trois fonctions3. Bien qu'elles soient présentées comme des dons différentiels de Zeus, il serait certainement

vain de voir dans ailleurs inconnu.

ce fragment

une allusion

à

un mythe

par

Il semble

du moins attester que le cadre de

cette classification, qui est celui du système indo-européen, s'imposait familièrement à l'esprit des vieux poètes.

Atsuhiko Yoshida.

1) En dernier lieu, fíllfí, CLVII, 1960, p. 142-144.

2) Quinte-Curce, VII, 8,

18.

3) V. Dumézil, Idéologie, p. 19.