Vous êtes sur la page 1sur 22

Nobil

Donna
Suzie LeBlanc
LA NEF
Alexander Weimann

ACD2 2605 ATMA Classique


Nobil Suzie LeBlanc
Soprano

Donna La Nef Sylvain Bergeron


Direction artistique | Artistic direction

Chloe Meyers
Violon baroque | Baroque violin
Amanda Keesmaat
Violoncelle baroque | Baroque cello
Matthew Jennejohn
Cornet à bouquin, cornet muet, flûte à bec
Cornetto, mute cornetto, recorder
Sylvain Bergeron
Théorbe, guitare baroque | Theorbo, baroque guitar
Christa Patton
Triple harpe | Triple harp
Alexander Weimann
Clavecin, orgue | Harpsichord, organ
Direction | Conductor
1 :: Giovanni-Felice Sances [ 1600-1679 ] 10 :: Girolamo Frescobaldi [ 1583-1643 ]
Accenti queruli [ 4:34 ] Toccatta per Spinettina e Violino * [ 3:26 ]
[ LIBRO SECONDO DELLE CANTADE, PARTE PRIMA A VOCE SOLA, VENEZIA 1633 ]
11 :: Luigi Rossi [ 1597-1653 ]
2 :: Giovanni Girolamo Kapsberger [ v. 1580-1651 ] Lasciate Averno [ ORFEO ] [ 6:41 ]
Corrente Quinta * [ 1:28 ]
12 :: Girolamo Frescobaldi
3 :: Stefano Landi [ 1586-1639 ] Canzona Secunda a canto solo * [ CANZONI DA SONARI, VENEZIA 1638 ] [ 3:03 ]
Amarillide, deh vieni [ 3:48 ]
13 :: Giovanni-Felice Sances
4 :: Giovanni Girolamo Kapsberger Usurpator Tiranno [ CANTADA A VOCE SOLA SOPRA IL PASSACAGLIE ] [ 5:24 ]
Sinfonia Duodecima à 2 Canti * [ 1:41 ]
14 :: Girolamo Frescobaldi
5 :: Marco Marazzoli [ v.1602-1662 ] Canzona Secunda a basso solo * [ CANZONI DA SONARI, VENEZIA 1638 ] [ 4:31 ]
Nobil Donna in rozzo manto [ 6:38 ]
15 :: Giovanni Pierluigi da Palestrina [ v.1525 ou 1526-1594 ]
6 :: Giovanni Battista Vitali [ 1632-1692 ] Riccardo Rognoni [ 1550-1620 ]
Ciaccona * [ 3:18 ] Pulchra es amica mea * [ 4:35 ]
7 :: Benedetto Ferrari [ v. 1603-1681 ] 16 :: Luigi Rossi
Amanti, io vi so dire [ MUSICHE E POESIE VARIE… LIBRO TERZO 1641 ] [ 4:37 ] Dormite begl’occhi [ ORFEO ] [ 2:04 ]
8 :: Bernardo Storace [ v. 1637-1707 ] 17 :: Luigi Rossi
Ciaconna [ CLAVECIN | HARPSICHORD ] * [ 5:56 ] Passacaglia * [ 2:14 ]
9 :: Stefano Landi
Mentre cantiam [ LA MORTE DI ORFEO ] [ 5:12 ] * INSTRUMENTAL
abeille a jadis été le symbole de Les taons argentés sur fond rouge du blason familial avaient été remplacés par

Musique au
L’ l’un des chefs les plus puissants et
cultivés du monde, de l’un des
patrons des arts les plus éclatants de
des abeilles dorées sur bleu royal afin de dépeindre la famille Barberini comme
d’ambitieux et industrieux princes de l’Église plutôt que de citoyens de la classe
marchande dont ils sont issus. Le patronyme Barberini, par le truchement de liens
l’histoire. Le pape Urbain VIII, de son ténus avec le poète toscan du XIVe siècle Francesco da Barberino, avait servi à
Palais des Barberini nom Maffeo Barberini, a régné de 1623 à créer l’image d’un Maffeo poète. En 1623, la transformation est complète. Déjà
1644, plus longtemps que tout autre pape publié en tant que poète et connu pour son appui des arts, Maffeo était un candi-
du XVII e siècle. Ses champs d’intérêt dat de choix pour la papauté. Il est élu cette année-là et couronné le 29 septembre.
furent nombreux : la littérature, la L’intelligentsia italienne en était parfaitement ravie.
musique, les arts visuels et l’architecture, Il s’ensuivit un extraordinaire épanouissement des arts à Rome sous le patro-
les études classiques et orientales, la nage du pape Urbain VIII et de ses neveux Francesco, Taddeo et Antonio Barberini.
science militaire, toutes les sciences Les Barberini s’entourent d’illustres penseurs, musiciens, artistes et poètes; ils for-
naturelles — dont l’astronomie gali- ment une famille papale étendue qui partage œuvres d’art, argenterie et serviteurs.
léenne —, la magie noire et surtout Individuellement et ensemble, ils montent de somptueuses productions théâtrales,
l’astrologie. spectacles extérieurs et soirées musicales, commandent des œuvres d’art et font
Né à Florence dans une famille toscane appel à des architectes. Ils maintiennent chacun leur propre maison mais emploient
de marchands de laine, Maffeo a suivi les plusieurs des mêmes compositeurs, interprètes, instruments de musique et lieux de
traces de son oncle Francesco Barberini, spectacles, les rattachant ainsi tous à un même cercle intellectuel et artistique
un membre du la curie papale. Après des (Hammond, 1994).
doctorats en droit civil et canonique, il Cardinal et confident principal du pape, Francesco avait en plus de ses nom-
intègre les rangs du clergé administratif breuses fonctions la garde de la Biblioteca Vaticana. Il était le grand responsable
dès l’âge de 30 ans. Il gravit les échelons de l’administration diplomatique de l’Église à une époque où Rome est au cœur
et accède bientôt au rang d’archevêque, des échanges européens. Un réseau intellectuel rayonnait alors depuis la cour de
puis de cardinal en 1608. En 1617, il est Francesco jusqu’en Grande-Bretagne, en Pologne, en France et en Espagne. À
appelé à Rome afin de devenir préfet de Rome, on retrouvait dans son cercle l’érudit jésuite Athanasius Kircher, à Florence
la Segnatura di Giustizia, et commence à — Galilée, et en France — Marin Mersenne et le puissant cardinal Jules Mazarin. La
contribuer à la vie culturelle de Rome en musique privée du cardinal Francesco était célèbre pour son accademie, qui réu-
enrichissant la chapelle familiale d’œu- nissait les meilleurs musiciens de Rome. Les compositeurs dont les œuvres sont
vres d’art et en agrandissant son palais. enregistrées ici font partie de cette fertile société musicale romaine.

6 :: :: 7
Girolamo Frescobaldi (1583-1643) est sans doute le claviériste italien du début laissent deviner une assez forte ironie, voire un sar-
du XVIIe siècle le plus considéré. Ses habiletés au clavier et en tant que composi- casme poussé face à l’amour. Dans le court air
teur étaient partout admirées. Giovanni Battista Doni le plaçait auprès de Luca « Amarillide », l’amant est convié dans un jardin et pré-
Marenzio et de Monteverdi parmi les plus estimés des musiciens italiens. Par senté à toutes les jolies fleurs parfumées. Tout est bien
contre, ce même Doni, théoricien grincheux du cercle intellectuel d’Urbain VIII, a jusqu’à ce qu’il rencontre la reine des fleurs, la rose,
dit de lui qu’ « il est un homme mal dégrossi… il joue de l’orgue à la perfection… pourvue de la terrible épine. À cette rencontre, les
mais est dénué de jugement pour mettre des paroles en musique… tout son savoir tourments refoulés de l’amour sont libérés ; éclatent
se trouve au bout de ses doigts. » La description la plus vivante de l’homme en tant alors au grand jour les capacités tant destructrices que
qu’interprète nous vient de la Response faite à un curieux du gambiste virtuose créatrices de l’amour.
français André Maugars qui, après l’avoir entendu en 1639, nous dit que pour Marco Marazzoli (1602-1662) était compositeur,
juger de son érudition, il faut l’entendre improviser ses toccatas pleines d’artifices chanteur et harpiste virtuose. On le retrouve en 1629 au
contrapuntiques et d’inventions admirables. service du cardinal Antonio. Il a joué la célèbre harpe
Frescobaldi a tenu l’orgue à la Capella Giulia de Rome de façon intermittente ornée et dorée, maintenant conservée au Museo degli
entre 1608 et 1628. En 1634, après son emploi comme organiste du grand duc de strumenti musicali à Rome. Une peinture de cet
Toscane à Florence, il retourne à Rome jouissant cette fois-ci du soutien des Bar- instrument par Giovanni Lanfranco, commandée par
berini dont l’appui lui a permis de publier ses célèbres Fiori musicali. À la demande Marazzoli et intitulée Vénus jouant la harpe, est
du cardinal Francesco, les canzoni instrumentaux, déjà publiées en 1627 et 1628, toujours exposée au Palazzo Barberini. Marazzoli a
sont remaniées en 1634. Dans ces pièces pour un ou plusieurs instruments, on peut composé des opéras, des intermedii, des oratorios et
presque visualiser le jeu des arabesques musicales dans les sections toccata, comme quelque 380 cantates, surtout pour les Barberini mais
s’il s’agissait d’une œuvre picturale. Ces sections donnant libre cours à l’expression aussi pour la cour d’Anne d’Autriche à Paris. Ses can-
en alternance avec des éléments d’aria et de danse se déploient à la manière d’un tates, dit-on, ont ému la reine Anne, parfois jusqu’aux
discours rhétorique. Leur polyvalence expressive rendait leur usage approprié tant larmes. La cantate Nobile donna in rozzo manto, ici avec
à l’église qu’à la cour. l’ajout de ritournelles composées par l’auteure de ces
Stefano Landi (bap. 1587-1639) était un chanteur castrat alto, un harpiste vir- lignes, est construite sur un texte énigmatique racon-
tuose et un guitariste. Son premier opéra, La morte di Orfeo, a été publié à Venise tant l’histoire d’une noble dame abandonnée sur les
en 1619. Sant Alessio, composé en 1631, est le premier opéra pour Barberini qui rivages inhospitaliers d’Astura, une île déserte sur la côte
nous soit parvenu. Son second livre d’airs solos avait été dédié à la belle-sœur de ouest de l’Italie, éventuel lieu de la fondation de Rome.
son premier mécène, le prince-cardinal Maurizio de Savoie. Les airs brefs et légers Le texte n’est pas sans rappeler l’histoire d’Ariane et de
avec guitare contenus dans ce recueil, pris individuellement et dans leur ensemble, Thésée, mais la musique l’aborde de manière plus légère.

8 :: :: 9
Luigi Rossi (1597-1653) est le troisième du trio de compositeurs–chanteurs– ses deux filles Leonora et Caterina, elles chantaient et jouaient la viole de gambe,
harpistes représentés sur cet enregistrement. La puissance dramatique de ses le théorbe, le luth et la harpe, et formaient en quelque sorte la réponse de Rome
récitatifs ainsi que les douloureuses et extravagantes harmonies des ses somp- aux fameuses trois Dames de Ferrare. Et puis il y avait aussi Marc’Antonio Pas-
tueuses arias ont inspiré à G.A. Perti, dans la dédicace des Cantate morali et qualini, le préféré du cardinal Antonio parmi les illustres castrats employés par les
spirituali de Rossi, de l’identifier comme l’une des « trois grandes sommités de Barberini, qui a chanté aussi bien dans l’Orfeo que dans Palazzo Incantato de Rossi.
notre profession ». Rossi excellait aussi au clavier, et on a dit de son épouse, Cos- L’hypothèse a été avancée que Palazzo Incantato constituait une représentation
tanza, qu’elle jouait de la harpe « à la perfection ». Son frère Giovanni Carlo était mythologique de la culture et de la dynamique chez les Barberini au cours de leur
également harpiste et a joué dans l’Orfeo de Rossi. Créé le 2 mars 1647, cet opéra déclin à Rome. L’œuvre est basée sur l’Orlando furioso de l’Arioste et a été créée en
a été composé pour la cour française à la demande de Jules Mazarin (Giulio Maza- 1642 au palais à une époque de guerres ruineuses et impopulaires qui ont fini par
rino), le puissant cardinal italien responsable au premier chef de l’exportation d’art causer l’exile des Barberini, plusieurs desquels se sont retrouvés à Paris à la mort
italien vers la France. Au moment même où il recevait la commande d’Orfeo à l’au- d’Urbain VIII en 1644. Il s’agirait vraisemblablement de la représentation de la
tomne 1646, il devait apprendre la mort de sa femme à son retour de Paris. Selon loyauté et du courage des neveux du pape déclinant, au moment où ils s’accro-
les spécialistes, cela aurait contribué à la profonde intensité émotive qui habite les chent au pouvoir dans une Rome de plus en plus hostile. Si l’œuvre décrit en effet
plaintes d’Orphée « Lagrime dove sete ? » et « Lasciate Averno » (Hammond, 1994). la vie de la cour, c’était en toute probabilité du point de vue d’Antonio, et elle met-
La courte passacaglia de Rossi, l’une de ses rares pièces instrumentales, a peut- tait en vedette Pasqualini dans le rôle de Brademante, le plus important de l’opéra.
être été composée en France car elle se retrouve dans plusieurs sources françaises et Quelques années plus tard seulement, en 1648, les Barberini sont revenus à
rappelle par ses harmonies et ses rythmes certains aspects de la passacaille française. Rome après avoir été pardonnés de leurs excès et de leurs dettes, et leurs proprié-
Johann Hieronymus Kapsberger (vers 1580-1651), fils d’un officier militaire tés confisquées leur ayant été restituées. Jamais à court de divertissements, ils ont
autrichien et connu comme nobile alemano, était un luthiste virtuose célèbre. Les commémoré l’événement avec un opéra de Marco Marazzoli intitulé Dal male il
séances de l’accademie qu’on tenait chez lui avaient la réputation d’être l’une des bene — « Tout est bien qui finit bien ».
« merveilles de Rome » (Boye, 1997). Il a été au service du cardinal Francesco pen- CHRISTA PATTON, 2010
dant 30 ans et ses arie étaient exécutées le soir dans les chambres d’Urbain VIII. TRADUCTION : JACQUES-ANDRÉ HOULE
Les délicieuses pièces de Giovanni Sances, Giovanni Battista Vitali et Benedetto
Ferrari viennent compléter le programme de somptueuses cantates romaines et d’ex-
traits d’opéra du présent disque. Ce sont des exemples d’un style nordique qui mêle
des récitatifs pleins d’entrain et d’agréables accompagnements de basse continue.
En plus de compositeurs, la cour pouvait compter sur d’habiles chanteurs de
grande réputation. On y retrouvait la célèbre Adriana Basile Baroni, encensée par
Monteverdi comme l’une des plus grandes chanteuses de son temps. Ensemble avec

10 :: :: 11
a soprano acadienne de renom inter- long métrage canadien. On peut aussi la voir dans les films More than a thousand
L national Suzie LeBlanc a établi une
carrière extraordinaire en se spécialisant
kisses (la Cantate du café de Bach) et Suzie LeBlanc and a man named Quantz,
tous deux produits par feu Robert Chesterman pour les productions Prometheus.
Suzie LeBlanc dans les répertoires baroque et clas-
sique, explorant et enregistrant une
En concert, elle à participé à de nombreux festivals internationaux en plus de
se produire sur des scènes telles que le Concertgebouw d’Amsterdam, le Wigmore
quantité importante de musiques iné- Hall de Londres et le Konzerthaus de Vienne. À l’opéra, on l’a vue au Nederlandse
dites alors qu’elle résidait en Europe. Sa Opera, au Festival de Beaune, à l’Opéra de Montréal, au Boston Early Music Fes-
curiosité et sa soif de nouveaux hori- tival, à Tanglewood, au Festival Vancouver et à Early Music Vancouver.
zons la mènent maintenant vers la Récemment Suzie LeBlanc a chanté dans Jephte de Carissimi et Pygmalion de
mélodie française, le lied, la musique Rameau à Ottawa et à Vancouver. Elle a aussi fait partie de l’Orfeo de Monteverdi
folklorique acadienne, la musique à Edmonton, des cantates de Bach à Vancouver, du Stabat mater de Pergolesi avec
contemporaine, puis à explorer l’art de le Calgary Symphony et de la Passion selon saint Matthieu de Bach à Madrid et à
l’improvisation avec Helmut Lipsky et la Brooklyn Academy of Music, mis en scène par Jonathan Miller. On l’a aussi
« Au parfum de Tango ». entendue dans la première de la Grand-messe de Vigneault à Québec pour le Fes-
Sa contribution à la culture acadienne tival de musique sacrée, avec l’Orchestre symphonique de Québec.
avec ses disques La Mer jolie et Tout Suzie LeBlanc est directrice artistique du Nouvel Opéra, ensemble en résidence
passe, son documentaire Suzie LeBlanc : au Conservatoire de musique de Montréal, et co-directrice artistique du Elizabeth
A Musical Quest, dirigé par Donald Bishop Centenary Festival (2011) en Nouvelle-Écosse.
Winkler, en plus de ses prestations de
musique ancienne lui on valu des doc-
torats honorifiques du King’s College
University de Halifax et du Mount Alli-
son University au Nouveau-Brunswick.
En tant qu’actrice, elle a tenu le rôle « LeBlanc possède la superbe capacité de prendre le son
principal du film Lost Song dirigé par magnifiquement pur qu’elle sait produire, sur lequel elle a un
Rodrigue Jean, dont la première a eu contrôle parfait, et de le rendre savoureux et précieux avant
lieu au Festival international du film de de vous le servir. » — Sydney Morning Herald
Toronto (TIFF) en septembre 2008, et
qui remporta le prix City TV du meilleur

12 :: :: 13
La Nef Alexander Weimann
es musiciens de la compagnie de création et de écemment nommé directeur artistique du Pacific Baroque Orchestra, Alexander
L production La Nef puisent leur inspiration dans
les répertoires de musiques ancienne et nouvelle.
R Weimann est l’un des solistes, chambristes et directeurs d’ensemble les plus
demandés de sa génération. Il a effectué des tournées dans le monde à titre de
Fondée en 1991 et codirigée depuis par Sylvain Ber- membre de Tragicomedia et d’invité de l’Orchestre baroque de Fribourg, de même
geron, Claire Gignac et Viviane LeBlanc, La Nef fait que du Gesualdo Consort et Tafelmusik, et comme directeur musical avec Les Voix
appel à des musiciens et artistes tous azimuts, selon Baroques et Le Nouvel Opéra. Récemment, il a dirigé le Portland Baroque Orches-
la nature de ses productions. La compagnie œuvre tra dans Le Messie de Handel, et le Pacific Baroque Orchestra lors d’une tournée au
dans trois secteurs : la musique ancienne et tradi- Canada et aux États-Unis. Il a également interprété des concertos pour clavecin de
tionnelle, la musique nouvelle et les productions Bach avec Les Violons du Roy. Les Orchestres symphoniques de Québec et de Mont-
jeunesse. Ses productions comprennent des concerts, réal l’ont aussi invité à titre de soliste. Après avoir travaillé comme chef assistant
des disques, des spectacles de musique théâtre et des aux maisons d’opéra des villes d’Amsterdam, de Bâle et de Hambourg, il a dirigé
productions multidisciplinaires et multimédias. ses propres productions, la plus récente étant Clodoveo d’Antonio Caldara, une
La préoccupation de mise en contexte historique coproduction canado-allemande présentée à Montréal, à Vancouver et à Berlin ainsi
et théâtrale s’est exprimée dès les débuts de la com- que Resurrezione de Handel et Pygmalion de Rameau pour le Festival de Vancou-
pagnie, alors qu’elle produisait des spectacles de ver. À titre de pianofortiste, il a dirigé l’ensemble allemand Écho du Danube dans
musique théâtre. Ainsi, des trames historiques et des concertos de Georg Christoph Wagenseil. Alexander Weimann est né à Munich.
littéraires sous-tendent tous les concerts consacrés Il a étudié l’orgue, la musique d’église et la musicologie (sa thèse sur les récitatifs
aux répertoires de musiques ancienne et tradition- dans la musique de Bach lui a valu la mention « summa cum laude »), le théâtre, le
nelle. La Nef a inauguré, en 2001, un secteur latin médiéval et le piano jazz. Il a enseigné la théorie musicale et l’improvisation
consacré aux musiques nouvelles et à la création, dans sa ville natale et a donné des classes de maître de clavecin et sur l’interpréta-
qui alterne projets purement musicaux et œuvres tion de la musique ancienne un peu partout dans le monde. Depuis plusieurs
interdisciplinaires (performances, installations et années, Alexander Weimann est répétiteur vocal (coach) auprès d’étudiants de la
opéras). La Nef s’est aussi donné le mandat de favo- Faculté de musique de l’Université de Montréal.
riser l’accès des jeunes aux musiques anciennes. Son
secteur Jeunesse offre des concerts et des ateliers
dans les réseaux scolaires et communautaires.

14 :: :: 15
he honeybee was once the symbol The family crest containing silver horse flies on a red background was trans-

Music at the
T of one of the world’s most power-
ful, cultured leaders and one of
history’s most magnificent patrons of
formed into golden bees on royal blue in order to depict the Barberini family as
industrious and social climbing papal princes rather than the mercantile middle
class of their origins. The Barberini name, through tenuous association with the
the arts. Pope Urban VIII, also known as fourteenth-century Tuscan poet Francesco da Barberino, helped create Maffeo’s
Barberini Palace Maffeo Barberini, reigned from 1623 to persona as a poet. In 1623, the transformation was complete. Maffeo, already a
1644, longer than any other seven- published poet and well-known patron of the arts, made a brilliant choice for
teenth-century pope. His interests pope. He was elected that year and crowned on September 29. The Italian intel-
included literature, music, the visual lectual establishment was thrilled.
arts and architecture, the Classics and What followed was a great flourishing of the arts in Rome under the patron-
Oriental studies, military science, all of age of Pope Urban VIII and his nephews, Francesco, Taddeo, and Antonio
the natural sciences including Galilean Barberini. The Barberinis surrounded themselves with illustrious thinkers,
astronomy, the black arts, and especially musicians, artists, and poets. They formed an extended papal family which
astrology. shared artworks, silver and servants. Individually and together, they mounted
Born in Florence to a Tuscan family of lavish theatrical productions, outdoor pageants, and private music, commis-
wool merchants, Maffeo followed in the sioned art works, and utilized architects. They maintained separate houses but
footsteps of his uncle Francesco Bar- employed many of the same composers, performers, instruments, and per-
berini, a member of the papal Curia. forming spaces which linked them all to a common intellectual and artistic
After having achieved a doctorate of program (Hammond, 1994).
civil and canon law, he entered the Francesco, a cardinal and the Pope’s principal confidant, was, among his many
ranks of the administrative clergy at the offices, Librarian of the Biblioteca Vaticana. Ultimately he was responsible for
age of thirty. He ascended the clerical the diplomatic administration of the Church in an age when Rome was the com-
ladder, quickly becoming archbishop, munications centre of Europe. An intellectual network extended from
then cardinal in 1608. In 1617 he was Francesco’s court to Britain, Poland, France, and Spain. In Rome his circle
called to Rome to become a prefect of included the Jesuit scholar Athanasius Kircher, in Florence—Galileo Galilei, in
the Segnatura di Giustizia and began to France—Marin Mersenne and the powerful cardinal Jules Mazarin. Cardinal
contribute to the cultural fabric of Francesco’s private musical establishment was renowned for its accademie—the
Rome, commissioning art for his family musical gatherings of the finest musicians in Rome. The composers whose work
chapel and enlarging his palace. is heard on this recording were part of this musical culture.

16 :: :: 17
Girolamo Frescobaldi (1583-1643) was possibly the most revered Italian key- of irony, even sarcasm regarding love. In the short
boardist of the early seventeenth century. His abilities as a keyboardist and strophic song “Amarillide” the lover is invited into
composer were extolled widely. Giovanni Battista Doni placed him “on the level of the garden and introduced to all the fair sweet
the most esteemed Italian musicians… Luca Marenzio and Monteverdi.” On the smelling flowers. All is well until the lover meets the
other hand the same Doni, a curmudgeonly theorist of Urban VIII’s intellectual Queen of all flowers, the Rose, which possesses the
circle, said of him: “He is a very coarse man… he plays the organ absolutely per- mighty thorn. At the presentation of the rose, the
fectly… but for setting words he is devoid of judgment… he has all his knowledge pent up havoc that love can cause is released and all
at his fingers’ ends.” The most vivid picture of him as a performer comes from the of love’s ability to create and destroy issues forth.
Response faite à un curieux by the French gamba virtuoso André Maugars, who Marco Marazzoli (1602-1662) was a composer,
having heard a performance of his in 1639 wrote, “in order to judge of his pro- singer and virtuoso harpist. By 1629 he was in the
found knowledge it is necessary to hear him improvise toccatas full of service of Cardinal Antonio. He played the famous
contrapuntal devices and admirable inventions.” ornamented and gilded harp, now at the Museo degli
Intermittently during the years of 1608 to 1628 Frescobaldi served in Rome as Strumenti Musicali in Rome. A painting of this
organist at the Capella Giulia. In 1634 after a period of employment as organist to instrument by Giovanni Lanfranco, entitled Venus
the Grand Duke of Tuscany in Florence, he returned to Rome this time enjoying playing the harp, was commissioned by Marazzoli
the patronage of the Barberinis whose assistance allowed him to publish the and still hangs in the Palazzo Barberini. Marazzoli
famous Fiori Musicali. At the request of Cardinal Francesco the instrumental can- composed operas, intermedii, oratorios and as many
zoni, first published in 1627 and 1628, were reworked in 1634. In these as 380 cantatas principally for the Barberinis but
instrumental pieces for one or more instruments, one can almost visualize the curl- also for the court of Anne of Austria in Paris. His
ing playful musical figures in the toccata-like sections as if they were depicted in cantatas were said to have delighted Queen Anne,
art. These freely expressive sections alternating with aria and dance elements sometimes moving her to tears. The cantata Nobil
unfold as would a rhetorical discourse through text. Their expressive versatility donna in rozzo manto, here with added ritornelli
made them useful in church and appropriate for palace entertainments. composed by this author, has an enigmatic text
Stefano Landi (bap. 1587-1639) was an alto castrato, virtuoso harpist, and gui- telling of a noble woman abandoned on the cruel
tarist. His first opera was La morte di Orfeo published in Venice in 1619. Sant shores of Astura, a barren island along the central
Alessio, composed in 1631, was the first surviving Barberini opera. His second western coast of Italy and the eventual birthplace of
book of solo arias was dedicated to the sister-in-law of his first patron, Cardinal Rome. The text has overtones of the Ariadne-The-
Prince Maurizio of Savoy. The light little songs with guitar contained in this col- seus story but with a more light-hearted musical
lection individually hint at, and collectively seem to convey a rather strong sense point of view.

18 :: :: 19
Luigi Rossi (1597-1653) is the third composer in the trio of composer-singer- Caterina, they sang and played viol, theorbo, lute, and harp and were Rome’s
harpists represented on this CD. The dramatic power of his recitative style and the answer to the renowned three ladies of Ferrara. Marc’Antonio Pasqualini, Cardinal
extravagantly painful harmonies of his sumptuous arias inspired G.A. Perti in the Antonio’s favourite among the many prized castrati employed by the Barberinis,
dedication to Rossi’s Cantate morali e spirituali to name him as one of the “three performed in both Rossi’s Orfeo and Palazzo Incantato.
major luminaries of our profession.” It has been speculated by scholars that Palazzo Incantato was a mythical repre-
Rossi was also an excellent keyboardist and his wife, Costanza, was said to have sentation of the culture and dynamics of the Barberinis during the waning of their
played the harp “perfectly.” His brother Giovanni Carlo was also a harpist and per- power in Rome. It was based on Ariosto’s Orlando Furioso and was performed at
formed in Rossi’s Orfeo. Rossi composed Orfeo, which premiered on March 2, 1647, the palace in 1642 during a period of expensive and unpopular wars eventually
for the French court at the request of Jules Mazarin (Giulio Mazarino), the power- resulting in the exile of the Barberinis, some of whom went to Paris upon the death
ful Italian Cardinal who was the main exporter of Italian culture between Italy and of Urban VIII in 1644. It may well have been a representation of loyalty and val-
France. Just as Rossi received the commission to begin work on Orfeo in the fall of our among the nephews of the failing pope as they struggled to hold on to their
1646, he learned of his wife’s death upon returning home from Paris. It is in light power among the ever increasing hostility of Rome. If it did depict palace life it
of this fact that scholars have speculated that Orfeo’s laments, “Lagrime dove sete?” was most likely from Antonio’s point of view and was a celebration of Pasqualini
and “Lasciate Averno” carry particular emotional intensity (Hammond, 1994). who played the part of Brademante, the largest singing part in the opera.
The short little passacaglia by Rossi is one of his few instrumental works. Quite Just a few years later in 1648, the Barberinis returned to Rome having been par-
possibly composed in France, it is preserved in several French sources and brings doned for their excesses and debt and their confiscated properties having been restored
to mind harmonic and rhythmic aspects of similar French passacailles. to them. Never without entertainment, they commemorated the occasion with an opera
Johann Hieronymus Kapsberger (ca. 1580-1651), the son of an Austrian mil- by Marco Marazzoli called Dal male il bene or “All’s well that ends well.”
itary officer and known as a nobile alemano, was a renowned virtuoso lutenist. CHRISTA PATTON, 2010
The meetings of the accademie at his home were called one of the “wonders of
Rome” (Boye, 1997). He was in the service of Cardinal Francesco for thirty years
and his arie were performed in Urban VIII’s chambers in the evening.
The delightful pieces by Giovanni Sances, Giovanni Battista Vitali, and
Benedetto Ferrari serve to compliment the sumptuous Roman Cantatas and
excerpts from operas heard on this CD. These are examples of a northern style
which incorporated lively recitative and pleasing ground bass accompaniment.
In addition to the composers, the court possessed singers of great fame and abil-
ity. Among them was the famous Adriana Basile Baroni, lauded by Monteverdi as
the finest singer of her time. Together with her brilliant daughters Leonora and

20 :: :: 21
nternationally renowned, Acadian She can also be seen on film in More than a thousand kisses (Bach’s Coffee
I soprano Suzie LeBlanc has established
an extraordinary career specializing in
Cantata) and Suzie LeBlanc and a man named Quantz, both produced by the late
Robert Chesterman for Prometheus Productions.
Suzie LeBlanc Baroque and Classical repertoire and
exploring and recording a substantial
She has worked with many of the world’s leading early music ensembles in
concert and opera performances as well as on film and on disc. Concerts have
amount of unpublished material while taken her to Festivals all over the world as well as to the Concertgebouw
living in Europe. Her thirst and curiosity (Amsterdam), the Wigmore Hall and the Konzerthaus in Vienna. On the opera
for new vistas now lead her toward the stage, she has performed for De Nederlandse Opera, Festival de Beaune, Opéra de
repertoire of French mélodies, lieder, Montréal, the Boston Early Music Festival, Tanglewood, Festival Vancouver and
Acadian folk music, contemporary Early Music Vancouver.
music as well as exploring the art of Recently she was in Carissimi’s Jephte and Rameau’s Pygmalion in Ottawa and
improvisation with Helmut Lipsky and Vancouver. Suzie Leblanc was also part of Monteverdi’s Orfeo in Edmonton, Bach
“Au parfum de Tango”. Cantatas in Vancouver, Pergolesi’s Stabat Mater with the Calgary Symphony and
Her contribution to Acadian culture in St-Matthew Passion in Madrid and at the Brooklyn Academy of Music, staged
with the CDs La Mer Jolie and Tout by Jonathan Miller. She was also heard in the premiere of Vigneault’s Grand-messe
passe and with the documentary Suzie in Québec for Festival de musique sacrée with Orchestre symphonique de Québec.
LeBlanc: A Musical Quest, directed by Suzie LeBlanc is artistic director of Le Nouvel Opéra which is ensemble-in-
D o n a l d W i n k l e r, a l o n g w i t h h e r residence at the Montreal Conservatory and co-artisic director of the Elizabeth
performances of Early Music have Bishop Centenary Festival (2011) in Nova Scotia.
earned her honorary doctorates from
King’s College University in Halifax and
Mount Allison University in New-
Brunswick.
As an actress, she played the lead “LeBlanc has a superb ability to take the wonderfully pure
character in the film Lost Song directed sound she can make, over which she has consummate
by Rodrigue Jean which premiered at control, and wrap it in something luscious and special before
the Toronto International Film Festival giving it to you.” — Sydney Morning Herald
(TIFF) in September 2008 and won the
City TV Best Canadian Feature Award.

22 :: :: 23
La Nef Alexander Weimann
a Nef is a musical group dedicated to creating ecently appointed Artistic Director of the Pacific Baroque Orchestra, Alexan-
L and producing early and contemporary music.
Sylvain Bergeron, Claire Gignac, and Viviane
R der Weimann is one of the most sought after ensemble directors, soloists, and
chamber music partners of his generation. he has traveled the world as a member
LeBlanc co-founded La Nef in 1991 and still co- of Tragicomedia, as a guest of Freiburger Barockorchester, Gesualdo Consort,
direct it. Depending on its productions, La Nef Tafelmusik, and as music director of les Voix baroques and le Nouvel opéra. Lately,
collaborates with musicians and artists from a wide he conducted the Portland Baroque Orchestra in Handel’s Messiah and performed
range of disciplines. The company operates in three Bach’s harpsichord concertos with les Violons du Roy. He has been invited to play
sectors: early music and world music, new music, as a soloist by the Symphony Orchestras of both Québec City and of Montréal.
and youth. Its productions include concerts, record- Upcoming obligations include guest conducting with Scotia Symphony and Vic-
ings, musical theater shows, and multidisciplinary toria Symphony. After working as an assistant conductor at the Amsterdam, Basel,
and multimedia productions. and Hamburg opera houses, he directed many of his own productions, most
Since its beginning, La Nef has been attentive to recently Caldara’s Clodoveo, a Canadian-German co-production mounted in Mon-
the historical and theatrical settings of its musical- tréal, Vancouver, and Berlin, and, for Festival Vancouver, Handel’s Resurrezione,
theatrical shows, and historical and literary themes Rameau’s Pygmalion and Purcell’s Fairy Queen. As fortepiano soloist, he conducted
underpin all its concerts of early and traditional the German ensemble Echo du Danube in concertos by Wagenseil. Born in munich,
music. In 2001, La Nef launched a new sector dedi- he studied the organ, church music, musicology (his thesis on Bach’s recitatives
cated to contemporary music and creation. This was received summa cum laude), theatre, medieval latin, and jazz piano. Weimann
sector alternates purely musical projects with inter- taught music theory and improvisation in Munich, and has been giving master
disciplinary works such as performance art, classes in harpsichord and historical performance practice worldwide. For several
installations, and opera. La Nef has also set out to years, he has been coaching voice students at the Université de Montréal.
make early music accessible to young people. To
that end, La Nef’s youth sector offers concerts and
workshops in schools and community centers.

24 :: :: 25
1 :: Accenti queruli Accenti queruli, spiegate all’aure o augelleti garruli Oiselets babillards, confiez à la brise vos accents Cry forth your plaintive tones to the breeze,
Com’io lamenti caldi sospiri, plaintifs, O twittering birds.
Vital del cor respiri mando dal senoai venti comme je le fais lorsque je laisse s’envoler dans les Like me, send forth plaints, burning sighs,
airs ces plaintes, ces soupirs brûlants, The heart’s vital breath.
souffle vital de mon cœur. Thus do I send forth from my breast to the four winds
Miei sospir, miei respir o miei lamenti; Mes soupirs, mes plaintes, allez, languissants de My sighs, my breath, my plaints.
andate languidi nel duol solliciti alla mia Lidia douleur, avec empressement, vers ma Lidia ; As I anguish in my pain, let them hasten to my Lydia,
dite ch’io spiro con martir dite ch’io moro. dites-lui que j’expire, que je meurs, martyrisé. To tell her I am dying, I am leaving life,
Pien di martiro senza fatal ristoro Car celle qui fut d’abord insensible A martyr with no hope of recovery.
Che forse placida qual pria fu rigida à mes pleurs et à mes plaintes Tell her I am dying under torture.
Ai pianti ai gemiti finira peut-être par me donner la paix et la vie, Maybe she, who at first paid no heed
Ci darà pace vi darà vita et ne dira plus de façon arrogante : To my tears and my plaints,
Ne più sì audace dirà « Il ne mérite aucun secours », Will now finally give me peace, return me to life,
Non merta aita, mais : « À l’audacieux en amour, je donne paix et vie. And will no longer so bluntly say:
Ma all’audace in amor dò pace e vita. Car derrière un regard sévère, il a su cacherles beautés “He is not worthy of any help,”
Ch’in sguardo rigido belleze angeliche furò angéliques de son âme ; But rather: “I give peace of heart and life to he who is
Dell’anima son ardeur a déchiré le beau voile, bold in love,
Trasse l’ardore squarrio’ bel velo a volé l’honneur avec un zèle feint. For with his piercing gaze he has torn out the angelic
Rubbò l’honore con finto zelo Ô mon ardeur, ô mon honneur, le voile est déchiré ». beauty of my soul,
E mio ardor, o mio honor squarciato velo Ainsi parlera la malheureuse. Has extracted the burning passion from it,
Dirà così la misera. Et vous, mes soupirs, répondez-lui : Has torn asunder the fine veil,
E voi sospiri rispondet’a lei: « Lidia, si tu te tais encore, c’est que tu n’es pas And stolen my honour with a feigned zeal.
Lidia se taci ancor vergine sei touchée, Oh my passion! Oh my honour! Oh torn veil!”
Che quando sfogai teco l’ardor mio puisque quand j’ai donné libre cours à mon feu pour Thus will the unfortunate lady speak.
Altri non fù che Lidia, toi, And you, my sighs, will answer unto her:
Amor ed io. il n’y avait personne d’autres que Lidia, “If you keep your silence, Lydia, you will remain a
Amour et moi. » virgin,
For when I gave free rein to my passion with you
There was no-one else present but Lydia,
Love, and my own self.”

26 :: :: 27
3 :: Amarillide, deh! Vieni Amarillide, deh! Vieni, Amaryllis, ah! viens ! Amaryllis, oh come!
Non ti prego e non t’invito Je ne te prie ni ne t’invite I neither beg you nor invite you
Perché gl’occhi tuoi sereni pour que tes yeux sereins soient So that your serene eyes
Sian conforto al cor ferito: le réconfort de mon cœur blessé. Will be a comfort to my wounded heart:
Questo priego è troppo altero, Ma prière est bien trop exigeante, This prayer is too proud.
A ragion me ne dispero. et, avec raison, je désespère. I am right to despair of its success.
Vieni almen par trarre un hora, Viens au moins passer une heure, Come at least to spend an hour,
Tutta lieta e dilettosa; toute joyeuse et toute riante : Quite joyous and delightful;
Qui vermiglia esce l’Aurora, ici se lève l’aurore éclatante, Here Aurora rises all scarlet.
Qui la terra e ruggiadosa, ici la terre est humide de rosée, Here the earth is wet with dew.
Qui trascorre onda d’argento, ici passe une vague argentée, Here there passes a silvery wave.
Qui d’Amor mormora il vento. ici le vent parle d’amour. Here the wind speaks of love.
Mirerai rive selvagge, Tu verras des berges sauvages, You will see wild banks,
Chiusi boschi, aperti prati, des bois fermés, des prairies ouvertes, Enclosed woods, open meadows,
Spechi ombrosi, apriche piaggie, des grottes ombragées, des plages tranquilles, des Shady grottoes, sunlit seashores,
Valli incolte, e colli arati; vallées en friche et des collines labourées. Uncultivated valleys, and furrowed hills.
Che dirò di tanti fiori, Que dirai-je de toutes ces fleurs, What shall I say of all these flowers,
Fior che dan cotanti odori. riches d’autant de parfums ? Each exhaling its own perfume?
I nevosi gelsomini Le jasmin pointant sous la neige, The jasmine beneath the snow,
Le viole impallidite La violette au teint pâle, The pale violet,
Gl Amaranti porporini L’Amarante couleur pourpre, The purple amaranth,
Di beltà movono lite Se lancent dans un concours de beauté ; Vie to be most beautiful.
Mà la Rosa in sù la spina Mais, telle une reine, la rose sur l’épine But the thorny rose rises amidst them
Stà frà lor’ quasi Reina. Émerge parmi eux. Like a queen.
Nessun speri esser felice, Que personne n’espère le bonheur, Let no one hope to gain happiness
Per lo stral d’Amore ardente: de la flèche brûlante d’Amour : From the burning arrow of Cupid:
La medesma genitrice, sa mère elle-même Even his mother
In amor visse dolente. a connu la souffrance d’aimer Lived suffering through love,
E mirossi il suo conforto, et s’est réconfortée à la vue And found solace in the sight of a
Da cinghial trafitto e morto. d’un sanglier transpercé et agonisant *. Gored and expiring boar *.

* Allusion à la mort d’Adonis, tué par un sanglier, * A reference to the death of Adonis, who was killed
celui-ci mis à mort par la suite. by a boar, which then itself was killed

28 :: :: 29
5 :: Nobil Donna in rozzo manto Nobil Donna in rozzo manto, Une noble dame en manteau grossier, A noble Lady in rustic mantle,
Giovanni Baptista Franceschini ch’ha la man di latte e ‘l seno, la main et le sein de la couleur du lait, With milk-white hands and breasts,
col tesoro del suo pianto emperlait la mer Tyrrhénienne With her treasure of tears
imperlava il mar tirreno. de ses larmes abondantes. She sows pearls in the Etruscan sea.
Dove sorge antica Astura, Là où se dresse l’ancienne tour Astura, Where ancient Astura rises,
sì premea là il suo cordoglio sa douleur était si atrocement figée, Her pain was so great
ché parea la sua figura que son visage de femme That her face seemed not that of
non di donna ma di scoglio; avait les traits d’un rocher. A woman, but like a rock in the sea.
ché talor, nel suo martoro, Parfois, dans ses tourments, Sometimes, in her suffering,
si vedea sul bianco mento on percevait ses boucles d’or One saw on her white skin
Con le sue chiomette d’oro essuyant les ruisseaux d’argent Her golden locks
asciugar rivi d’argento coulant sur son blanc menton Drying the silver rivulets of tears,
e dal labro che incatena et sur ses lèvres ensorcelantes, And from lips that ensnare
disnodando note amare, d’où s’échappaient des notes amères. Came bitter notes.
somigliava una sirena Elle ressemblait à une sirène She resembled a siren
che languisce in mezzo al mare. qui se meurt au milieu des mers. That languished in the middle of the sea.
“O per me sponde crudeli” « Et vous, cruels et impitoyables “O you cruel and pitiless shores,”
gridava ella “e dispietate, rivages », criait-elle, She cried.
s’io mi sono in odio ai cieli, si je suis détestée par les cieux, “If the heavens hate me
perché al ciel non m’involate? pourquoi ne pas m’y renvoyer ? Why don’t the heavens take me?
S’io mi fido ai venti, all’onde Si je compte sur les vents et les vagues I put my faith in winds and waves
per fuggir catena infida, pour fuir la chaîne traîtresse, To flee a chain of treachery,
ecco vien da stranie sponde voici surgir aussitôt des rives inconnues But there sailed from some unknown shore
più del mar nave omicida un bateau plus dangereux encore que la mer, A ship more dangerous than the sea.
che, con atto empio e predace, qui va, tel un prédateur infâme A ship like a wicked predator,
mentre scioglie all ‘aure i lini, profitant d’une mer calme Its sails flapping in the calm wind
valicando i mari in pace pour détacher les voiles aux aurores, Drifting on the peaceful sea,
porta Guerra agli altrui pini. mener la guerre aux autres vaisseaux. Bringing war to other ships.
Era l’alba appena al cielo Quand l’aube s’élevait dans le ciel The dawn was just breaking in the sky
sormontata a spander fiori pour répandre les fleurs, Rising to pour forth flowers
e, col suo purpureo velo, et offrir les premières clartés, And, with its scarlet veil,
a svelarne i primi albori; s’échappant de son voile pourpre, To disclose the first light,
Quando l’empia volse a un tratto l’infâme soudain se lança When the wicked pirate suddenly turned
assalir mia navicella, à l’assaut de ma frêle nacelle, To attack my little boat.
dove, lassa, m’avea tratto là-même où mon dur destin And here harsh fate
il rigor della mia stella. m’avait conduite, épuisée. Has cast me away, exhausted.

30 :: :: 31
Foss’io morta allor ch’io nacque, Que n’ai-je trouvé la mort à ma naissance, ‘I would rather have died when I was born
pria che girne, ohimè, captiva avant que de retourner captive, me disais-je, Than become a captive.’ I said to myself.
–mi diceva– e ‘ntanto l’aque et voici que l’onde And, then the waters
mi sospinsero alla riva. me repoussa vers la rive. Washed me ashore.
Dove? Che far degg’io Où aller ? Que dois-je faire Where can I go? What should I do,
fra queste erme riviere, parmi ces rivières solitaires Cast away on this lonely shore,
in preda a mille fiere? en proie à mille bêtes sauvages ? Prey to a thousand beasts?
seppur fiera maggiore Pourtant rien n’est plus sauvage Surely the biggest beast
si può dar nel mio sen del mio dolore! encore que ce qui torture mon âme. Can’t give me more pain than I already have in my
Ma che, col pianto mendicar aita, Mais pourquoi implorer secours, breast?
misera abbandonata, malheureuse, délaissée que je suis, But what is life to one,
mentre il morire a un’infelice è vita? alors que la mort serait ma vie ? Who weeps, who begs for help,
Così doleasi e ‘ntanto Telle était sa plainte. Who is miserable and abandoned?”
il cielo, che non vuole Cependant les cieux, ne voulant So she lamented, and after a while
restar privo d’un sole, pas être privés de leur soleil, The heavens, not wanting to
fa che nobile eroe, firent qu’un noble héros, Remain without a sun,
ch’ha d’ostro il manto, dans son manteau pourpre, Arranged it so that a noble hero, in a purple cloak,
gionga improviso apparût soudainement Suddenly showed up
a consolar la bella pour consoler la belle, To console the beauty
che ‘n sulla riva restée sur le rivage. There on the shore.
d’anima priva non si restò Elle retint son souffle, She held her breath,
perché il dolore i labri gl’inchioddò. car la douleur cousit ses lèvres. Because the pain had sewn her lips shut.
Alfin un riso, Un sourire enfin Finally a smile,
freggïando la bocca vint décorer sa bouche, Escaped with a flash and
che fulmini scocca, déclanchant la foudre, Adorned her mouth.
gli scogli, i venti e l’ond’innamorò. plongeant les rochers, les vents The rocks, the winds and the waves fell in love.
Indi soggiunse alfine, et les vagues dans l’enchantement.
non bagnandola più lagrima alcuna: Elle arriva enfin sans qu’aucune And when tears ceased flowing down her face, she said
“Fuor dell’acque è soave ogni fortuna.” larme n’inondât plus son visage : “To be far from the waters is a very pleasing fate.”
« Hors des eaux, tout destin est propice. »

32 :: :: 33
7 :: Amanti, io vi sò dire Amanti, io vi sò dire Amants, je vais vous dire : Lovers, I will tell you
Poesia di Hè meglio assai fuggire il vaut toujours mieux fuir That it is much better to flee
Bella donna vezzosa une jolie et gracieuse femme, A fair and charming woman,
Benedetto Ferrari O sia cruda o pietosa; fût-elle cruelle ou adorable. Whether she be cruel or merciful;
Ad ogni modo e via De toute façon, et toujours, After all, whatever happens,
Il morir per amor è una pazzia. c’est folie que de mourir d’amour. To die for love is madness.
Non accade pensare Qu’on n’aille pas s’imaginer Do not go imagining
Di gioir in amare: que l’amour apporte le plaisir : That love brings pleasure:
Amoroso contento l’amant heureux Amorous contentment
Dedicato è al momento, s’engage sans arrière-pensée, Lasts but a moment,
E bella donna, al fine, mais une belle femme apporte And a fair lady, after all,
Rosa non dona mai senza le spine. à la fin les épines avec les roses. Never gives roses without thorns.
La speme del gioire L’espoir du plaisir The hope of pleasure
Fondata è su ‘l martire; s’érige sur le martyre. Is based on suffering;
Bellezza e cortesia La beauté et la courtoisie Beauty and kindness
Non stann’in compagnia; ne font pas bon ménage; Are ill assorted;
So ben dir con mio danno je puis le dire, à mon grand dam : But I can say, to my detriment,
Che la morte ed amor insieme vanno. la mort et l’amour sont inséparables. That death and love go together.
Vi vuol pianti a diluvi Il faut des fleuves de larmes It takes floods of tears
Per spegner i vesuvi pour éteindre les volcans To extinguish the volcanoes
D’un cor innamorato, d’un cœur amoureux, Of an amorous heart,
D’un spirit infiammato; d’un esprit enflammé. Of a soul that has been set on fire;
Pria che si giunga in porto Avant d’arriver à bon port, Before reaching safety,
Quante volte si dice: Ohimè son morto. que de fois n’a-t-on pas dit : « Hélas !, je suis mort ! » How many times has one said: “Alas, I am dead!”
Credetel a costui Écoutez celui qui peut dire Believe him who can say,
Che per prova può dir: lo vidi, io fui; par expérience : « Je l’ai vu, j’y étais. » From experience: “I saw it, I was there.”
Se creder nol volete, Si vous ne voulez pas le croire, If you will not believe him,
Lasciate star che poco importa a me: ignorez-le, cela m’est bien égal. Forget it, for what do I care!
Sguitate ad amar; ad ogni modo, Continuez à aimer! De toute façon, Go on loving; for he who must
Chi de’ rompersi il collo non accade celui qui doit se rompre le cou Break his neck has never been able
Che schivi od erta o fondo, n’a jamais pu l’éviter, car j’ai toujours entendu le To avoid the steep climb or the fall,
che per proverbio io senti sempre dire; proverbe qui dit que For I have always heard it said, according to the proverb,
dal destinato non si può fuggire. « nul n’échappe à son destin ». That no one can escape his destiny.
Donna, so chi tu sei; Femme, je te connais bien, Woman, I know who you are;
Amor, so i fatti miei. Amour, je sais à quoi m’en tenir. Love, I know what to expect.
Io non tresco più con voi Je ne veux plus avoir affaire à vous ; I will have no more to do with you;
Alla larga ambidoi tenez-vous tous deux loin de moi. Keep away from me, both of you!
S’ogn’un fosse com’io Si tous faisaient comme moi, If everyone was like me,
Saria un balardo Amor e non un dio! Amour serait un sot, et non un dieu ! Love would be a fool and not a god!

34 :: :: 35
9 :: Mentre cantiam Euretti insieme Les Vents The winds, together
Mentre cantiam lontane Pendant que nous chantons While we sing,
Itene, nubi insane, allez-vous-en, nuages néfastes, Go far way, evil clouds.
Né si vegga d’intorno qu’aucun voile ne vienne obscurcir Let no dark veil be seen,
Oscuro velo a cosi lieto giorno. une journée aussi joyeuse. On a day as happy as this.
E voi, vaghi augellini, Et vous, gracieux oisillons, And you, charming little birds,
A gara gorgheggiate, gazouillez et chantez Have a warbling contest,
Gareggiando cantare à qui mieux mieux And compete to sing of the birthday of Orpheus,
Il natale d’orfeo, la naissance d’Orphée, And the glory of the tuneful demigod.
La gloria del canoro semideo. la gloire du demi-dieu chanteur.

Primo Euretto Premier Vent First wind


Veggio una nuvoletta insidiosa, Je vois un petit nuage sournois, I see an insidious little cloud,
Superba e dispettosa, orgueilleux et agaçant, Haughty and mischievous,
Che ostinato s’aggira, qui rôde obstinément, That obstinately hovers,
E niuno se n’adira. et personne ne s’en inquiète. And no one is bothered by it.
Or rinoviamo il canto acciò s’asconda Poursuivons donc notre chant, Now let us renew our song
La nuvoletta immonda. forçons l’intrus à se cacher. So that the nasty little cloud will be hidden.
Secondo Euretto Deuxième Vent Second wind
Già puro in ogni parte il ciel si Mostra Déjà le ciel montre sa pureté de tout côté Now, everywhere, the sky is clear,
E già s’inostra di purpureo velo; et se drape d’un voile pourpre ; And clothed in a purple cloak,
Dal ciel, suo ostello, et voici que la rose surgit du ciel, son logis, From heaven, its home, all proudly,
Tutta pomposa, dans un manteau si somptueux The rose comes out,
Per esser vagheggiata qu’on la courtise davantage. To be admired.
Esce la rosa. So that it might better enjoy the gentle, warm breeze,
Let us return to our song.
Primo e secundo Euretto Premier et deuxième Vents First and second winds
E aciò meglio si goda il tener ostro, Pour qu’elle jouisse mieux de sa parure So that it might better enjoy the gentle, warm breeze,
Torniamo al canto nostro. reprenons notre chant. Let us return to our song.
Euretti insieme Les Vents The winds, together
Mentre cantiam la notte Chantons pendant que la nuit While we sing,
Torni all’inferne grotte, s’enfonce dans les grottes infernales Night shall return to the grottos of hell,
E li notturni mostri et que les monstres nocturnes se faufilent And the nocturnal shades
S’ascondan lievi, pria che il ciel s’inostri: avant que le ciel ne s’obscurcisse. Shall hide before the sky turns purple:
E voi, vaghi augellini, Et vous, gracieux oisillons, And you, charming little birds,
A gara gorgheggiate, gazouillez et chantez Have a warbling contest,
Garreggiando cantare à qui mieux mieux, And compete to sing of the birthday of Orpheus,
Il natale d’orfeo, la naissance d’Orphée, And the glory of the tuneful demigod.
La gloria del canoro semideo. La gloire du demi-dieu chanteur.
36 :: :: 37
11 :: Lasciate Averno Lasciate Averno, o pene, e me, e me seguite! Quittez l’Averne, peines, et suivez-moi ! Leave hell, Oh pain, and follow me,
Quel ben ch’a me si toglie Riman là giù, Ce bien qu’on m’arrache va rester là-bas, The beloved one who was taken from me stays below.
Né ponno angoscie e doglie les angoisses et les douleurs Agony and grief
Star già mai seco unite. doivent se séparer. Must part us.
Più penoso ricetto Le refuge le plus pénible, The harshest corner,
Più disperato loco l’endroit le plus désespéré The most desolate part of my heart,
Del mio misero petto de mon misérable cœur, Does not burn with eternal fire.
Non hà l’eterno foco; ne brûle pas d’un feu éternel. Only my miseries are infinite.
Son le miserie mie solo infinite. Seuls mes malheurs sont infinis. Leave hell, oh pain, and follow me!
Lasciate Averno, o pene, e me, e me seguite! Quittez l’Averne, peines, et suivez moi !
E voi, del Tracio suol piaggie ridenti, Vous, riantes plages de la Thrace, And you, the laughing shores of Thrace,
Ch’imparando à gioir de la mia Cetra qui avez appris à aimer le son de ma cithare, Who learned to rejoice in the song of my lyre
Gareggiaste con l’Etra. et qui avez voulu rivaliser avec le ciel, And vied with heaven’s vault,
Hor, all’aspetto sol de’ miei tormenti, vous vous couvrez d’horreur Now, seeing some of my torment,
D’horror vi ricoprite. au seul aspect de mes tourments. Hide yourself in dismay.
E tu, Cetra infelice, Et toi, malheureuse cithare, And you, unhappy lyre,
Oblia, gli accenti tuoi già sì canori. oublie tes accents pourtant si mélodieux. Forget your sounds once so melodious,
E per ogni pendice À chacune de mes faiblesses. And over every hillside
Vien pur meco viens avec moi Come with me
Piangendo i miei dolori. pleurer sur mes malheurs. Ever lamenting my grief.
Son le gioie per noi tutte smarite Toutes nos joies passées se sont évanouies. Joys are for us utterly lost.
Lasciate Averno, o pene, e me, e me seguite! Quittez l’Averne, peines, et suivez moi ! Leave hell, oh pains, and follow me!
Ma che tardo à morire, Pourquoi tarder à mourir, But why delay dying, but why delay dying,
Se può con lieta sorte si la mort peut me reconduire If, with happy fortune,
Ricondurmi la morte à un sort heureux, Death can lead me again to the lovely cause of my
Alla bella cagion del mio languire? à la douce raison de ma douleur ? pining?
A morire! Ah ! mourir ! Ah! To die!

38 :: :: 39
13 :: Usurpator tiranno Usurpator tiranno della tua libertà Que l’usurpateur exerce sa tyrannie ailleurs plutôt que Let not the usurper take your freedom, Lilla,
sia, Lilla, altrui, che da gl’imperi sui sur ta liberté, Lilla, But let him exercise his tyranny elsewhere,
non riceve il mio amor perdita o danno. ainsi mon amour ne recevra ni perte ni dommage. And thus my love will not be lessened or damaged.
Faccia’l geloso amante Fasse le ciel que l’amant jaloux Let the heavens decree that the jealous lover
che non t’oda ben mio ne tende l’oreille à ta voix, ni ne dirige Neither hears your voice, nor turns his gaze on your
che non ti miri, son regard sur ton visage, ma bien-aimée ; face, my beloved.
sarann’i miei sospiri seuls mes soupirs seront, In spite of him, only my sighs, will be those
à suo dispetto d’amator costante. à son dépit, ceux d’un fidèle amoureux. Of a constant lover.
Procuri pur ch’io sia Qu’il n’hésite pas à m’exiler de ton amour et de ton He may not well leave me exiled
esule dal tuo affetto e dal tuo core cœur, pour autant que l’amour n’abandonne jamais From your love and from your heart.
che non sarà d’amore mon âme. That does not mean
abbandoni giammai l’anima mia. Malgré le mépris dont il use That love will ever leave my inmost soul.
Di sdegno un frà gl’ardori pour remplir sa voix de colère Well may he clothe his voice
armi la voce a strazi miei rivolto face à mes souffrances With scorn, with passion,
non potrà far il stolto il ne pourra jouer au sot, croyant In order to wound my soul,
che se ben tù non m’ami io non t’adori. je ne t’adore point, He will never, ever, in his stupidity
Ma che val ch’il rival puisque tu ne m’aimes pas. Change the fact that even if you do not love me
non mi possa impedir Mais qu’importe que le rival I still adore you.
ch’io non ti brami ne puisse m’empêcher But what does it matter whether my rival
se per far ch’io non ami de ne pas te désirer Can or cannot prevent me
l’ardorar giova poco, si pour ce faire Desiring you
amar non vale. adorer est peu utile If adoration is useless,
Meta de tuoi diletti fatto è non amator et aimer ne vaut rien. And love is worthless?
vago e felice Le but de tes plaisirs atteint, Once you have attained the object of your desire,
a cui concede e lice voilà le nouvel amant ‘Tis to a different lover
il tuo voler del cor gl’ultimi accenti: charmant et heureux, Charming and fortunate,
seguane ciò che vuole: auquel ton bon vouloir concède et accorde That you will tend,
adorerò com’adorai’l tuo nome, les ultimes accents du cœur ; And with him share the latest poetry of your heart.
le luci tue, le chiome de toutes les manières, And, in any case,
saranno del mio cor catena e Sole. j’adorerai ton nom, I shall continue to hold your name in adoration,
Sii pur Lilla crudele comme je l’ai toujours fait ; As e’er before,
tenti per tormentarmi angosce e affani ta chevelure et tes yeux, And your eyes, your hair
non mi daranno gl’anni seront la chaîne et le soleil de mon cœur. Will be both the bonds and the sunlight of my heart.
altro titolo mai che di fedele. Sois cruelle, Lilla, sans crainte, So dear Lilla, be cruel,
inflige-moi les tourments des angoisses Cast forth anguish and pangs to torment me as you
et des affres, will.
les années ne me donneront point Yet the years that pass
d’autre titre que celui de fidèle. Will grant me but one name:
Faithful.

40 :: :: 41
16 :: Dormite begl’occhi Dormite, begl’occhi, dormite Dormez, beaux yeux, dormez, Sleep, beautiful eyes, sleep.
Che se ben tant’ impiegate Même si vous tardez à vous endormir, Even if sleep comes slowly
Più dolce’è’l mal che fate Plus doux est le mal que vous faites, car c’est sans It will softly come over you,
Qual ora in pace ferite violence que vous frappez. It will peacefully conquer you
Dormite, begl’occhi, dormite, Dormez, beaux yeux, dormez. Sleep, beautiful eyes, sleep.

TRADUCTION FRANÇAISE : PIERLUIGI VENTURA ENGLISH TRANSLATION: SEAN MCCUTCHEON

Nous remercions le gouvernement du Canada pour le Réalisation et montage / Produced and edited by:
soutien financier qu’il nous a accordé par l’entremise du Johanne Goyette
ministère du Patrimoine canadien (Fonds de la musique Enregistrement / Recorded by: Carlos Prieto
du Canada). Église Saint-Augustin, Mirabel, (Québec), Canada
Juin 2009 / June, 2009
We acknowledge the financial support of the Government Graphisme / Graphic design: Diane Lagacé
of Canada through the Department of Canadian Heritage Resposnable du livret / Booklet Editor: Michel Ferland
(Canada Music Fund). Photo de couverture / Cover photo: Tara McMullen

42 :: :: 43